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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Les mensonges de la nationalisation-r&#233;quisition stalinienne de Berliet en 1944</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les mensonges de la nationalisation-r&#233;quisition stalinienne de Berliet en 1944 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les staliniens (PCF et CGT) ont pr&#233;tendu que l'Etat ayant r&#233;quisitionn&#233; les usines Berliet pour faits de collaboration, il s'agissait d'une avanc&#233;e ouvri&#232;re et socialiste. Balivernes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 septembre 1944, Marius Berliet est arr&#234;t&#233; sans mandat judiciaire. Les FTP r&#233;quisitionnent les usines Berliet. Le Commissaire de la R&#233;publique &#224; Lyon Yves Farge, s'appuyant sur la loi du 10 septembre 1940, place l'entreprise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mensonges de la nationalisation-r&#233;quisition stalinienne de Berliet en 1944&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens (PCF et CGT) ont pr&#233;tendu que l'Etat ayant r&#233;quisitionn&#233; les usines Berliet pour faits de collaboration, il s'agissait d'une avanc&#233;e ouvri&#232;re et socialiste. Balivernes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 septembre 1944, Marius Berliet est arr&#234;t&#233; sans mandat judiciaire. Les FTP r&#233;quisitionnent les usines Berliet. Le Commissaire de la R&#233;publique &#224; Lyon Yves Farge, s'appuyant sur la loi du 10 septembre 1940, place l'entreprise sous s&#233;questre le 5 septembre et fait arr&#234;ter les quatre fils &#8212; Jean, Henri, Maurice et Paul &#8212; le 13 septembre 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ann&#233;es d'emprisonnement, Marius, Paul et Jean sont jug&#233;s en juin 1946 &#8212; Maurice et Henri n'&#233;tant passibles que de la chambre civique. Le 8 juin 1946, le pr&#233;venu Marius Berliet &#171; dit coupable d'avoir sciemment accompli un ou plusieurs actes de nature &#224; nuire &#224; la d&#233;fense nationale &#187; est condamn&#233; &#224; deux ans de prison, &#224; l'indignit&#233; nationale, &#224; la confiscation de ses biens et &#224; une interdiction de s&#233;jour dans l'agglom&#233;ration parisienne, les d&#233;partements du Rh&#244;ne et limitrophes. En raison de son &#233;tat de sant&#233;, sa peine est commu&#233;e en assignation &#224; r&#233;sidence surveill&#233;e, sous surveillance m&#233;dicale judiciaire &#224; Cannes. Malgr&#233; l'exil, le vieillard, diminu&#233; par la maladie, reste pugnace. Entre 1946 et 1949, il r&#233;dige des centaines de lettres, tracts et brochures &#171; La V&#233;rit&#233; sur l'affaire Berliet, Exp&#233;rience sovi&#233;tique chez Berliet &#187;, qu'il envoie &#224; des personnalit&#233;s de l'administration, de la politique, du monde &#233;conomique. Il d&#233;c&#232;de le 17 mai 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire de la R&#233;publique &#224; Lyon nomme un de ses proches, Marcel Mosnier, militant actif au Parti communiste fran&#231;ais, administrateur s&#233;questre d'Automobiles M. Berliet. Ce dernier, en s'entourant de deux personnes, forme un Comit&#233; de gestion approuv&#233; par le pr&#233;fet du Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gestion cr&#233;e des organismes qui constituent un quadrillage syndical jusqu'au niveau des sections d'ateliers, le comit&#233; central d'entreprise, le comit&#233; social, les comit&#233;s de b&#226;timents, les assembl&#233;es p&#233;riodiques de compte-rendu. &#171; L'union &#187; est le mot d'ordre constamment r&#233;p&#233;t&#233; de cette nouvelle organisation, exp&#233;rience de &#171; l'usine sans patron &#187;, la plus grande op&#233;ration de gestion ouvri&#232;re de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques mois de motivation ouvri&#232;re, d&#232;s 1945, le groupe qui entra&#238;ne l'exp&#233;rience et o&#249; les communistes sont en majorit&#233; se d&#233;tache progressivement de la masse indiff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production de deux mod&#232;les d'avant guerre, les types VDC et GDR, mais &#171; gazobois &#187;, puis en 1946 du mod&#232;le GDM et les &#233;tudes des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes reprennent, l'effectif &#233;tant de 3 200 personnes. En 1945/1946 d&#233;butent les avant-projets d'&#233;tudes du camion 5 tonnes GLR. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le proc&#232;s de juin 1946, Marcel Mosnier est confirm&#233; dans ses fonctions en qualit&#233; d'administrateur provisoire par le &#171; communiste &#187; Marcel Paul, ministre de la Production industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte d&#233;grad&#233; de l'ann&#233;e 1947, marqu&#233;e par la baisse de la productivit&#233;, la crise de la qualit&#233;, l'exasp&#233;ration croissante des cadres face au processus du noyautage communiste, une gr&#232;ve des cadres et techniciens &#233;clate en novembre et d&#233;cembre 1947. Un nouvel administrateur provisoire, Henri Ansay, SFIO, ancien chef de cabinet de Vincent Auriol, est nomm&#233; en remplacement de Marcel Mosnier le 10 d&#233;cembre 1947. Henri Ansay, ne souhaitant pas s'&#233;loigner de Paris, d&#233;signe un directeur g&#233;n&#233;ral, Antoine de Tavernost bas&#233; &#224; Lyon. Ils s'emploieront &#224; r&#233;former la direction de l'entreprise en supprimant ou mettant en sommeil les structures &#233;tablies en 1944 et &#224; tenter de restaurer progressivement la discipline. En 1948, la production s'&#233;l&#232;ve &#224; 4 079 v&#233;hicules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la demande de Pierre Lefaucheux, pr&#233;sident stalinien de la R&#233;gie Nationale des Usines Renault (RNUR), Henry Ansay va reprendre, sans succ&#232;s, les pourparlers de rapprochement entre Berliet et la RNUR, pourparlers qui avaient &#233;chou&#233; trois ans auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications salariales donnent lieu &#224; des gr&#232;ves fr&#233;quentes, notamment en janvier 1949. La situation financi&#232;re est tendue &#224; la fois par les besoins de financement li&#233;s au lancement du GLR et &#224; la baisse du carnet de commandes, donc des acomptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par arr&#234;t du 22 juillet 1949, le Conseil d'&#201;tat, saisi par la famille Berliet, annule l'arr&#234;t&#233; du 1er ao&#251;t 1946 qui avait nomm&#233; Marcel Mosnier administrateur provisoire. Ipso facto, la nomination d'Henri Ansay devient caduque. Le 28 juillet 1949, celui-ci est maintenu dans ses fonctions par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit un bras de fer entre le Conseil d'&#201;tat et le gouvernement qui se termine par l'arr&#234;t du Conseil d'&#201;tat du 28 d&#233;cembre 1949 qui casse l'arr&#234;t&#233; nommant Henri Ansay administrateur provisoire. Automobiles M. Berliet est restitu&#233;e &#224; ses propri&#233;taires. Entre janvier 1947 et novembre 1949, le sort juridique de l'entreprise a fait l'objet d'une vingtaine de projets de nationalisation d&#233;pos&#233;s au Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Berliet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Berliet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;ri&#173;ence Berliet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un arr&#234;t en date du 5 sep&#173;tem&#173;bre 1944 du Commissaire de la R&#233;publique de la R&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes, la firme auto&#173;mo&#173;bile Berliet a &#233;t&#233; mise &#171; en admi&#173;nis&#173;tra&#173;tion s&#233;qu&#173;estre &#187;. Monsieur Berliet et ses fils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et transf&#233;r&#233;s au Fort Montluc, ancienne prison de la Gestapo. En atten&#173;dant, il se trouve &#224; l'h&#244;pital de l'Antiquaille. Le gou&#173;ver&#173;ne&#173;ment a d&#233;sign&#233; Monsieur Mosnier comme admi&#173;nis&#173;tra&#173;teur, qui de son c&#244;t&#233; a d&#233;sign&#233; un &#171; conseil consul&#173;ta&#173;tif &#187; de trois mem&#173;bres, M. Boutiller, ing&#233;nieur des Mines, secr&#233;t&#173;aire du Pr&#233;fet du Rh&#244;ne, repr&#233;s&#173;entant les pou&#173;voir publics et les usa&#173;gers, c'est-&#224;-dire la bour&#173;geoi&#173;sie et son &#201;tat ; M. Pardin, ing&#233;nieur, secr&#233;t&#173;aire du syn&#173;di&#173;cat des tech&#173;ni&#173;ciens, nomm&#233; direc&#173;teur tech&#173;ni&#173;que ; M. Besson, secr&#233;t&#173;aire du syn&#173;di&#173;cat des ouvriers m&#233;t&#173;all&#173;urg&#173;istes ; M. Gu&#233;rin, secr&#233;t&#173;aire du syn&#173;di&#173;cat &#233;ga&#173;lement ; et enfin M. Bidault, en rem&#173;pla&#173;ce&#173;ment de M. Gu&#233;rin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usines Berliet res&#173;tent donc pro&#173;pri&#233;t&#233; priv&#233;e de la soci&#233;t&#233; par actions Berliet ; Berliet lui-m&#234;me, un des co-action&#173;nai&#173;res, n'est m&#234;me pas expro&#173;pri&#233;. Les autres action&#173;nai&#173;res de la soci&#233;t&#233; ano&#173;nyme conti&#173;nuent &#224; empo&#173;cher les b&#233;n&#233;&#173;fices et les divi&#173;den&#173;des. Au contraire, l'effort accru des ouvriers, tromp&#233;s par la nou&#173;velle fa&#231;ade d&#233;moc&#173;ra&#173;tique et r&#233;f&#173;orm&#173;iste, aug&#173;men&#173;tera encore ces b&#233;n&#233;&#173;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usine Berliet reste pro&#173;pri&#233;t&#233; capi&#173;ta&#173;liste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les ouvriers de chez Berliet le sen&#173;tent plus ou moins, mais la nou&#173;velle direc&#173;tion essaie de les trom&#173;per &#224; ce sujet. Pourtant, tant que les ouvriers n'auront pas &#233;lu leurs pro&#173;pres comit&#233;s ouvriers dans toutes les usines du pays, tant que ces comit&#233;s ne s'empa&#173;re&#173;ront pas de la direc&#173;tion des moyens de pro&#173;duc&#173;tion et de toutes les affai&#173;res poli&#173;ti&#173;ques et &#233;co&#173;no&#173;miques, l'ouvrier res&#173;tera exploit&#233; par la classe capi&#173;ta&#173;liste, par l'Etat capi&#173;ta&#173;liste qui se pr&#233;s&#173;ente sous la cou&#173;ver&#173;ture de la &#171; nation &#187;, de l' &#171; int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;, de la &#171; col&#173;lec&#173;ti&#173;vit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si M. Berliet et ses fils &#233;taient expro&#173;pri&#233;s par l'Etat actuel, ce ne serait qu'une expro&#173;pria&#173;tion au profit des autres capi&#173;ta&#173;lis&#173;tes et non pas au profit du prol&#233;&#173;tariat. Les natio&#173;na&#173;li&#173;sa&#173;tions capi&#173;ta&#173;lis&#173;tes ne chan&#173;gent rien &#224; la condi&#173;tion prol&#233;&#173;tari&#173;enne. Des am&#233;l&#173;io&#173;rations r&#233;f&#173;orm&#173;istes ou d&#233;moc&#173;ra&#173;tiques sont pos&#173;si&#173;bles, des aug&#173;men&#173;ta&#173;tions de salai&#173;res peu&#173;vent avoir lieu, mais l'ouvrier reste un exploit&#233; et sou&#173;vent, par l'illu&#173;sion d'&#234;tre lib&#233;r&#233; du joug capi&#173;ta&#173;liste, l'exploi&#173;ta&#173;tion aug&#173;mente encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute natio&#173;na&#173;li&#173;sa&#173;tion n'est pas socia&#173;liste. Ainsi Engels condamne les &#233;ta&#173;ti&#173;sations de Bismarck, ainsi les marxis&#173;tes d'aujourd'hui d&#233;n&#173;oncent le caract&#232;re r&#233;acti&#173;onn&#173;aire des natio&#173;na&#173;li&#173;sa&#173;tions op&#233;r&#233;es par Hitler, par De Gaulle, par Roosevelt, par les gou&#173;ver&#173;ne&#173;ments capi&#173;ta&#173;lis&#173;tes du Mexique et de Turquie, etc. M&#234;me les natio&#173;na&#173;li&#173;sa&#173;tions r&#233;vo&#173;luti&#173;onn&#173;aires op&#233;r&#233;es par la dic&#173;ta&#173;ture du prol&#233;&#173;tariat en octo&#173;bre 1917 en Russie ont perdu leur valeur r&#233;vo&#173;luti&#173;onn&#173;aire depuis l'av&#232;&#173;nement d'une nou&#173;velle classe exploi&#173;teuse en Russie, depuis la des&#173;truc&#173;tion des soviets qui &#233;taient les seuls orga&#173;nes capa&#173;bles d'assu&#173;rer la domi&#173;na&#173;tion &#233;co&#173;no&#173;mique et poli&#173;ti&#173;que du prol&#233;&#173;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la contre-r&#233;vo&#173;lution sta&#173;li&#173;nienne en Russie, les capi&#173;ta&#173;lis&#173;tes de tous les pays voient de plus en plus qu'ils pour&#173;ront pro&#173;lon&#173;ger la dur&#233;e de leur domi&#173;na&#173;tion en &#171; &#233;ta&#173;tisant &#187; cer&#173;tai&#173;nes entre&#173;pri&#173;ses impor&#173;tan&#173;tes et en racontant au prol&#233;&#173;tariat que ce serait un pas en avant vers le socia&#173;lisme. Les &#233;ta&#173;ti&#173;sations en r&#233;gime capi&#173;ta&#173;liste, loin de lib&#233;rer le prol&#233;&#173;tariat, ren&#173;for&#173;cent au contraire son escla&#173;vage et la puis&#173;sance concen&#173;tr&#233;e de ses exploi&#173;teurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les am&#233;l&#173;io&#173;rations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;apport&#233;es aux condi&#173;tions de tra&#173;vail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers ont le droit de fumer dans les salles de tra&#173;vail o&#249; il ne se trouve pas de mati&#232;res inflam&#173;ma&#173;bles. Berliet, patron de combat, auto&#173;ri&#173;taire et des&#173;po&#173;ti&#173;que, ne tol&#233;rait pas que les ouvriers fument pour &#171; ne pas perdre de temps &#187;. La nou&#173;velle direc&#173;tion trouve d'autres moyens et, comme on peut le cons&#173;ta&#173;ter, des moyens plus effi&#173;ca&#173;ces pour &#171; gagner du temps &#187; et pour pous&#173;ser &#224; l'extr&#234;me l'effort des ouvriers. La can&#173;tine est bonne. Les gardes-chiourme ne sont plus der&#173;ri&#232;re chaque ouvrier. C'est moins n&#233;c&#173;ess&#173;aire, parce qu'une partie des ouvriers est encore assez &#171; enthou&#173;siaste &#187;, c'est-&#224;-dire assez illu&#173;sionn&#233;e pour donner un maxi&#173;mum de force de tra&#173;vail.Les salai&#173;res ont &#233;t&#233; aug&#173;ment&#233;s, 4 francs 40 par heure en moyenne. Cela ne fait m&#234;me pas 40%, et pour&#173;tant la vie monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aggra&#173;va&#173;tions des condi&#173;tions de tra&#173;vail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite des bom&#173;bar&#173;de&#173;ments, les ouvriers sont oblig&#233;s de tra&#173;vailler dans l'eau jusqu'aux che&#173;villes et dans les cou&#173;rants d'air. Tout est cass&#233;, des murs, des vitres. Pour r&#233;parer cet &#233;tat de choses, on demande des &#171; volon&#173;tai&#173;res &#187; qui font des heures sup&#173;pl&#233;m&#173;ent&#173;aires sur&#173;tout le samedi. Ces heures sont pay&#233;es sans majo&#173;ra&#173;tion. Le tra&#173;vail au temps chro&#173;nom&#233;tr&#233; conti&#173;nue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne pour&#173;rait mieux d&#233;m&#173;ontrer l'exploi&#173;ta&#173;tion que le fait sui&#173;vant : la pro&#173;duc&#173;tion de voi&#173;tu&#173;res aug&#173;mente sans cesse, mais les ouvriers man&#173;quent de moyens de transport pour aller &#224; l'usine. L'ouvrier a le choix d'&#234;tre bous&#173;cul&#233; dans le car ou de rester sur le pav&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escro&#173;que&#173;rie r&#233;f&#173;orm&#173;iste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;ri&#173;ence Berliet est nou&#173;velle pour la France, mais elle ne l'est pas pour le mou&#173;ve&#173;ment ouvrier inter&#173;na&#173;tio&#173;nal. Il suffit de rap&#173;pe&#173;ler l'exem&#173;ple des &#171; socia&#173;li&#173;sa&#173;tions &#187; en Allemagne et en Autriche en 1918. A ces occa&#173;sions, la bour&#173;geoi&#173;sie fai&#173;sait des conces&#173;sions encore plus impor&#173;tan&#173;tes que celles que nous voyons dans le cas Berliet. Certains Berliet alle&#173;mands ont r&#233;el&#173;lement &#233;t&#233; expro&#173;pri&#233;s par l'Etat &#171; d&#233;moc&#173;ra&#173;tique &#187; de Weimar et les ouvriers avaient un contr&#244;le encore beau&#173;coup plus impor&#173;tant que ceux de chez Berliet. En Espagne &#171; r&#233;pub&#173;lic&#173;aine &#187;, la bour&#173;geoi&#173;sie confiait m&#234;me aux bonzes syn&#173;di&#173;caux la ges&#173;tion de cer&#173;tai&#173;nes usines et la d&#233;moc&#173;ratie &#233;tait encore bien plus large que celle que nous voyons chez Berliet o&#249; la direc&#173;tion n'est pas &#233;lue mais d&#233;sign&#233;e par le repr&#233;s&#173;entant du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, c'est-&#224;-dire par le repr&#233;s&#173;entant de la bour&#173;geoi&#173;sie. Pourtant, m&#234;me dans les exem&#173;ples pr&#233;cit&#233;s, la classe ouvri&#232;re res&#173;tait tou&#173;jours classe exploit&#233;e et la bour&#173;geoi&#173;sie ne l&#226;chait jamais le gou&#173;ver&#173;nail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'emp&#234;che pas la nou&#173;velle direc&#173;tion de chez Berliet, com&#173;pos&#233;e de diff&#233;rents valets cons&#173;cients ou incons&#173;cients du r&#233;gime capi&#173;ta&#173;liste, de faire une pro&#173;pa&#173;gande d&#233;ma&#173;go&#173;gique. Le reflet fid&#232;le de cette pro&#173;pa&#173;gande est le jour&#173;nal de l'usine Contact dont deux num&#233;ros sont d&#233;j&#224; parus, 19 octo&#173;bre et 9 novem&#173;bre 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler pour la guerre imp&#233;r&#173;ial&#173;iste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contact avoue d&#232;s le pre&#173;mier num&#233;ro qu'il para&#238;t pour &#234;tre &#171; le trait d'union entre les diff&#233;r&#173;entes cat&#233;&#173;gories socia&#173;les &#187; de l'usine ; les marxis&#173;tes savent que &#171; les diff&#233;r&#173;entes cat&#233;&#173;gories socia&#173;les &#187; sont les CLASSES. Les d&#233;ma&#173;gogues ont peur de cette ques&#173;tion. Le m&#234;me &#233;di&#173;torial pr&#233;voit &#171; les malen&#173;ten&#173;dus et fina&#173;le&#173;ment la dis&#173;corde &#187;. &#171; Au ser&#173;vice de la nation fran&#231;&#173;aise &#187;, c'est l'arti&#173;cle de M. Mosnier qui d&#233;c&#173;lare ouver&#173;te&#173;ment que la pro&#173;duc&#173;tion a &#233;t&#233; frein&#233;e par les m&#233;t&#173;hodes mal&#173;sai&#173;nes de M. Berliet et qu'avec les nou&#173;vel&#173;les m&#233;t&#173;hodes de ges&#173;tion il s'agit de tra&#173;vailler &#171; pour la pour&#173;suite vic&#173;to&#173;rieuse de la guerre et pour rele&#173;ver la France de ses ruines &#187; ; pour arri&#173;ver &#224; ce sur&#173;tra&#173;vail dans l'int&#233;r&#234;t de la &#171; nation fran&#231;&#173;aise &#187; (lire bour&#173;geoi&#173;sie !) &#171; il &#233;tait n&#233;c&#173;ess&#173;aire d'&#233;li&#173;miner un patron de divi&#173;sion dont la pr&#233;s&#173;ence seule aurait inter&#173;dit aux tra&#173;vailleurs de cette entre&#173;prise d'appor&#173;ter une col&#173;la&#173;bo&#173;ra&#173;tion d&#233;cid&#233;e, totale, dans le haut souci de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de la Nation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous fabri&#173;quons pour satis&#173;faire les besoins urgents du pays, nous met&#173;trons &#224; sa dis&#173;po&#173;si&#173;tion tous nos moyens de pro&#173;duc&#173;tion, toute notre &#233;nergie, toute notre force de tra&#173;vail &#187;. &#171; Dans ces &#233;tabl&#173;is&#173;sements mis aujourd'hui au ser&#173;vice de la col&#173;lec&#173;ti&#173;vit&#233;, le com&#173;por&#173;te&#173;ment d'un tra&#173;vailleur doit &#234;tre marqu&#233; cons&#173;tam&#173;ment du souci de l'int&#233;r&#234;t col&#173;lec&#173;tif. &#187; Ce lan&#173;gage est assez clair. M. Berliet, le patron de combat et le col&#173;la&#173;bo&#173;ra&#173;teur, aurait, par sa seule pr&#233;s&#173;ence, sus&#173;cit&#233; des r&#233;s&#173;ist&#173;ances de la part des ouvriers. Il devait dis&#173;pa&#173;ra&#238;tre dans &#171; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; de l'imp&#233;r&#173;ial&#173;isme fran&#231;ais qui se trouve plus que jamais en guerre et qui a besoin d'un effort maxi&#173;mum de la classe ouvri&#232;re. Maintenant que Berliet est rem&#173;plac&#233; par une com&#173;mis&#173;sion de bureau&#173;cra&#173;tes et de tech&#173;ni&#173;ciens d&#233;sign&#233;s par le Commissaire du gou&#173;ver&#173;ne&#173;ment, les ouvriers n'ont plus droit &#224; la gr&#232;ve, ni m&#234;me &#224; la R&#233;sistance pas&#173;sive, sinon ils seront trait&#233;s comme des mem&#173;bres de la Cinqui&#232;me colonne, comme des contre-r&#233;vo&#173;luti&#173;onn&#173;aires et comme des sabo&#173;teurs de la pro&#173;pri&#233;t&#233; &#171; col&#173;lec&#173;tive &#187;. Comme on voit, la bour&#173;geoi&#173;sie fran&#231;&#173;aise a appris quel&#173;que chose de l'exp&#233;ri&#173;ence russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sta&#173;kha&#173;no&#173;visme est &#233;vid&#173;emment &#224; l'ordre du jour. Nous savons que le sta&#173;kha&#173;no&#173;visme russe, ins&#173;taur&#233; depuis 1936, n'est autre chose que le &#171; syst&#232;me de la sueur &#187; am&#233;&#173;ricain (Taylor) accen&#173;tu&#233; et pouss&#233; jusqu'&#224; l'extr&#234;me. Ce syst&#232;me a &#233;t&#233; aboli et condamn&#233; par la r&#233;vo&#173;lution d'octo&#173;bre 1917. La bureau&#173;cra&#173;tie sta&#173;li&#173;nienne, pour divi&#173;ser la classe ouvri&#232;re, l'a repris. Et le num&#233;ro 2 de Contact appelle les &#171; Milices patrio&#173;ti&#173;ques &#187;, les &#171; Brigades de choc &#187;, les sta&#173;kha&#173;no&#173;vis&#173;tes de la pro&#173;duc&#173;tion pour le rel&#232;&#173;vement et la renais&#173;sance de la France. La direc&#173;tion se pro&#173;pose de sus&#173;ci&#173;ter &#171; les ini&#173;tia&#173;ti&#173;ves, l'ardeur au tra&#173;vail&#8230;. L'enthou&#173;siasme au rel&#232;&#173;vement des ruines de notre pays &#187;. Rel&#232;vement des ruines du capi&#173;ta&#173;lisme fran&#231;ais, au lieu d'exploi&#173;ter sa situa&#173;tion dif&#173;fi&#173;cile pour l'abat&#173;tre une fois pour toutes ! Et sur&#173;tout, les ouvriers de chez Berliet tra&#173;vaillent actuel&#173;le&#173;ment non pas encore pour &#171; le rel&#232;&#173;vement des ruines &#187; mais pour en faire d'autres, car la plu&#173;part de la pro&#173;duc&#173;tion ne sert qu'&#224; la guerre imp&#233;r&#173;ial&#173;iste qui conti&#173;nue en France et au-del&#224; des fron&#173;ti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers com&#173;men&#173;cent &#224; com&#173;pren&#173;dre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me num&#233;ro de Contact refl&#232;te d&#233;j&#224; le m&#233;c&#173;ont&#173;en&#173;tement gran&#173;dis&#173;sant des ouvriers. Certes, en pre&#173;mi&#232;re page, nous lisons le com&#173;mu&#173;ni&#173;qu&#233; de la &#171; bataille de novem&#173;bre &#187; : &#171; Nous avons pris l'enga&#173;ge&#173;ment d'hon&#173;neur ( !), apr&#232;s avoir pro&#173;duit en octo&#173;bre 40% de plus qu'avant la Lib&#233;ration, de dou&#173;bler la pro&#173;duc&#173;tion en novem&#173;bre et de d&#233;p&#173;asser de 20% la pro&#173;duc&#173;tion men&#173;suelle moyenne de 1943, malgr&#233; les dif&#173;fi&#173;cult&#233;s et les ate&#173;liers mutil&#233;s. &#187; Certes nous trou&#173;vons aussi en pre&#173;mi&#232;re page l'arti&#173;cle d&#233;ma&#173;go&#173;gique de Bardin qui com&#173;mence par ces mots : &#171; Enfin nous voil&#224; d&#233;b&#173;arrass&#233;s des oppres&#173;seurs. La Maison Berliet devient la Maison de la Libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cer&#173;tains aveux concer&#173;nant &#171; les traces du r&#233;gime infect &#187;, Bardin exalte le sur&#173;tra&#173;vail que &#171; ni le froid, ni la pluie ne d&#233;c&#173;ou&#173;rage &#187;. Ce n'est pas le lan&#173;gage camou&#173;fl&#233; d'un marxiste, qui choi&#173;sit ses termes pour passer la cen&#173;sure, tout en expri&#173;mant tou&#173;jours sa pens&#233;e marxiste, mais c'est le lan&#173;gage de l'ancien trots&#173;kyste qui n'a jamais cess&#233; de consid&#233;rer la Russie contre-r&#233;vo&#173;luti&#173;onn&#173;aire comme un &#171; Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#187;. Pour ces gens-l&#224;, ce ne sont pas les ouvriers qui diri&#173;ge&#173;ront les usines pour cons&#173;truire le socia&#173;lisme, mais ce seront tou&#173;jours des cli&#173;ques de bureau&#173;cra&#173;tes et de tech&#173;ni&#173;ciens qui rem&#173;pla&#173;ce&#173;ront l'ancienne bour&#173;geoi&#173;sie pour main&#173;te&#173;nir dans le sala&#173;riat et dans l'exploi&#173;ta&#173;tion capi&#173;ta&#173;liste le prol&#233;t&#173;aire&#8230; tout en par&#173;lant de &#171; libert&#233; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant m&#234;me d'apr&#232;s Contact, les ouvriers de chez Berliet sont m&#233;c&#173;ontents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &#171; nom&#173;breux sont les cama&#173;ra&#173;des qui cri&#173;ti&#173;quent les salai&#173;res appli&#173;qu&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Ils consid&#232;rent l'usine Berliet tou&#173;jours comme la &#171; bo&#238;te Berliet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Ils sont m&#233;c&#173;ontents du manque de moyens de trans&#173;port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Ils se pr&#233;&#173;parent, d'une fa&#231;on &#171; g&#233;n&#233;&#173;ralis&#233;e &#187;, &#171; avant l'heure de sortie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quatre cas, l'organe du &#171; per&#173;son&#173;nel &#187; prend posi&#173;tion contre le per&#173;son&#173;nel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promesses et mena&#173;ces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rien ne peut mieux d&#233;m&#173;asquer son caract&#232;re de classe. Dans la ques&#173;tion des salai&#173;res, Besson et Bidault font de vaines pro&#173;mes&#173;ses, tout en avouant &#171; les salai&#173;res anor&#173;ma&#173;le&#173;ment bas &#187;, inf&#233;rieurs m&#234;me aux autres salai&#173;res de la place de Lyon. &#171; Nous disons donc que les cri&#173;ti&#173;ques sont pr&#233;&#173;matur&#233;es et qu'il ne tient qu'&#224; nous, ouvriers et tech&#173;ni&#173;ciens, d'am&#233;l&#173;iorer notre situa&#173;tion en tenant nos enga&#173;ge&#173;ments et en pre&#173;nant nos res&#173;pon&#173;sa&#173;bi&#173;lit&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voulez des salai&#173;res plus &#233;lev&#233;s ? Travaillez davan&#173;tage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la &#171; bo&#238;te Berliet &#187; : &#171; Cette appel&#173;la&#173;tion doit dis&#173;pa&#173;ra&#238;tre &#187;. Comme si le chan&#173;ge&#173;ment d'appel&#173;la&#173;tion chan&#173;ge&#173;rait quel&#173;que chose au fait. Tout en sou&#173;li&#173;gnant en pre&#173;mi&#232;re page la sur&#173;pro&#173;duc&#173;tion de voi&#173;tu&#173;res, on d&#233;c&#173;lare en der&#173;ni&#232;re page (Le Reniflard) : &#171; Nous n'avons pas assez de cars, c'est entendu, mais&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour arri&#173;ver au qua&#173;tri&#232;me point de m&#233;c&#173;ont&#173;en&#173;tement &#171; la sec&#173;tion syn&#173;di&#173;cale &#187; fait appel : &#171; Calculez un peu ce que cette perte de temps mul&#173;ti&#173;pli&#233;e par le nombre d'ouvriers repr&#233;s&#173;ente en perte dans la pro&#173;duc&#173;tion totale &#187; et exige que ces &#171; habi&#173;tu&#173;des inac&#173;cep&#173;ta&#173;bles doi&#173;vent dis&#173;pa&#173;ra&#238;tre &#187;. Aux vagues pro&#173;mes&#173;ses se joi&#173;gnent des mena&#173;ces non camou&#173;fl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers qui osent cri&#173;ti&#173;quer s&#233;ri&#173;eu&#173;sement ou m&#234;me r&#233;s&#173;ister &#224; l'exploi&#173;ta&#173;tion sont assi&#173;mil&#233;s &#224; la &#171; Cinqui&#232;me Colonne &#187;. Il faut sou&#173;li&#173;gner que la majo&#173;rit&#233; des ouvriers ne s'engage pas comme &#171; volon&#173;tai&#173;res &#187; pour les heures sup&#173;pl&#233;m&#173;ent&#173;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Milices patrio&#173;ti&#173;ques &#171; doi&#173;vent veiller &#224; ce que les sabo&#173;teurs ne vien&#173;nent pas jeter la per&#173;tur&#173;ba&#173;tion et faire &#233;chouer une exp&#233;ri&#173;ence qui d&#233;m&#173;ont&#173;rera leur lib&#233;&#173;ration d&#233;fi&#173;ni&#173;tive. Elles feront la chasse aux semeurs de dis&#173;corde, de d&#233;sunion, aux fabri&#173;cants de faux bruits mal&#173;veillants, aux frei&#173;neurs et aux sabo&#173;teurs. Elles seront les bri&#173;ga&#173;des de choc, les sta&#173;kha&#173;no&#173;vis&#173;tes&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe doit conti&#173;nuer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Communistes R&#233;volutionnaires doi&#173;vent d&#233;n&#173;oncer la man&#339;uvre r&#233;f&#173;orm&#173;iste et soi-disant d&#233;moc&#173;ra&#173;tique qui est faite dans l'int&#233;r&#234;t du capi&#173;ta&#173;lisme. Ils doi&#173;vent d&#233;m&#173;asquer le vrai caract&#232;re de classe de l'exp&#233;ri&#173;ence Berliet, de Renault, et de toutes les autres entre&#173;pri&#173;ses mises sous s&#233;qu&#173;estre d'Etat ou natio&#173;na&#173;lis&#233;es au profit de l'Etat capi&#173;ta&#173;liste. Seules les natio&#173;na&#173;li&#173;sa&#173;tions au profit d'un &#201;tat prol&#233;&#173;tarien, op&#233;r&#233;es par les comit&#233;s des ouvriers d'un pays tout entier, sont pro&#173;gres&#173;si&#173;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers ont prouv&#233; plus d'une fois qu'ils sont capa&#173;bles de faire fonc&#173;tion&#173;ner les usines eux-m&#234;mes, sans patron, group&#233;s en comit&#233;s qui pren&#173;nent en main toutes les entre&#173;pri&#173;ses. Ils l'ont prouv&#233; en Russie de 1917-1923, en 1918/19 en Allemagne, Autriche, Italie, Hongrie, plus tard en Espagne, au Mexique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas ce ne sont pas les exp&#233;ri&#173;ences Berliet ou Renault qui peu&#173;vent nous appor&#173;ter de nou&#173;vel&#173;les preu&#173;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas par&#173;ti&#173;cu&#173;lier de Berliet, il faut sou&#173;li&#173;gner que l'entre&#173;prise n'a m&#234;me pas &#233;t&#233; natio&#173;na&#173;lis&#233;e ni expro&#173;pri&#233;e. Berliet et les autres action&#173;nai&#173;res, ano&#173;ny&#173;mes d'ailleurs, res&#173;tent pro&#173;pri&#233;t&#173;aires et conti&#173;nuent &#224; empo&#173;cher les divi&#173;den&#173;des et les b&#233;n&#233;&#173;fices. Il est pos&#173;si&#173;ble que ces b&#233;n&#233;&#173;fices soient dans une cer&#173;taine mesure r&#233;duits mais alors ce n'est pas au profit du prol&#233;&#173;tariat mais au profit de l'Etat fran&#231;ais qui s'appelle men&#173;song&#232;&#173;rement &#171; nation &#187; ou &#171; int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; et qui fait, avec la sueur et le sang des ouvriers, la guerre imp&#233;r&#173;ial&#173;iste aux c&#244;t&#233;s des imp&#233;r&#173;ial&#173;ismes anglais, am&#233;&#173;ricain et russe, aujourd'hui contre l'Allemagne, demain contre le Japon et pour reconqu&#233;rir les colo&#173;nies ou pour &#233;craser la r&#233;vo&#173;lution prol&#233;&#173;tari&#173;enne dans tel ou tel pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En expli&#173;quant aux ouvriers le sens capi&#173;ta&#173;liste du chan&#173;ge&#173;ment de direc&#173;tion chez Berliet ou dans d'autres entre&#173;pri&#173;ses, les Communistes R&#233;volutionnaires doi&#173;vent appe&#173;ler les ouvriers &#224; la conti&#173;nua&#173;tion de la lutte des clas&#173;ses pour la r&#233;a&#173;li&#173;sation de toutes les reven&#173;di&#173;ca&#173;tions imm&#233;d&#173;iates, pour l'aug&#173;men&#173;ta&#173;tion imm&#233;d&#173;iate des salai&#173;res cor&#173;res&#173;pon&#173;dant &#224; la sur&#173;pro&#173;duc&#173;tion des ouvriers et sur&#173;tout au co&#251;t de la vie qui monte rapi&#173;de&#173;ment, pour l'&#233;ch&#173;elle mobile des salai&#173;res, pour l'am&#233;l&#173;io&#173;ration des condi&#173;tions de tra&#173;vail. Cette lutte doit &#234;tre men&#233;e non pas par des p&#233;titions ou des dis&#173;cus&#173;sions avec la nou&#173;velle direc&#173;tion mais par les moyens clas&#173;si&#173;ques de la lutte ouvri&#232;re : par la gr&#232;ve depuis la gr&#232;ve perl&#233;e jusqu'&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;&#173;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tra&#173;vers cette lutte de classe les ouvriers doi&#173;vent former leurs comit&#233;s d'usine, des comit&#233;s &#233;lus par les ouvriers, enti&#232;&#173;rement ind&#233;p&#173;endants de la bour&#173;geoi&#173;sie et de son Etat, &#224; l'oppos&#233; des pr&#233;t&#173;endus &#171; comit&#233;s mixtes &#187; ou autres dirig&#233;s par le patro&#173;nat ou l'Etat bour&#173;geois. Les comit&#233;s d'usine doi&#173;vent fina&#173;le&#173;ment pren&#173;dre la direc&#173;tion de l'usine. C'est la seule voie pour arri&#173;ver &#224; l'expro&#173;pria&#173;tion r&#233;elle des exploi&#173;teurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1944-12-l%E2%80%99experi%C2%ADence-berliet-cr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1944-12-l%E2%80%99experi%C2%ADence-berliet-cr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience Berliet et son sabotage par les politiciens (1948)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pr&#234;t&#233; en g&#233;n&#233;ral que peu d'attention au conflit des Usines Berliet qui pr&#233;sentait cette originalit&#233; d'avoir &#233;t&#233; provoqu&#233; par la r&#233;volte des cadres et agents de ma&#238;trise contre une administration &#171; politis&#233;e &#187; utilisant les ouvriers comme masse de man&#339;uvre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II nous a paru n&#233;cessaire de profiter de cette crise, qui a jailli aboutir &#224; la fin de l'exp&#233;rience, pour documenter nos camarades sur cet essai, de &#171; gestion &#187; entreprise avec la collaboration des salari&#233;s. La monographie que nous publions aujourd'hui est tir&#233;e d'une brochure encore in&#233;dite et des circulaires r&#233;dig&#233;es par le Comit&#233; de gr&#232;ve des Cadres de l'Entreprise. Elle pose les probl&#232;mes des conditions d'une gestion directe et du r&#244;le des cadres qui appellent un examen s&#233;rieux. Elle pose aussi indirectement le probl&#232;me de &#171; l'&#233;tatisme &#187;, et directement celui des ravages caus&#233;s dans tous les domaines, dans toute l'activit&#233; &#233;conomique comme dans le mouvement ouvrier, par la politique d'un parti caporalis&#233;. On peut faire des r&#233;serves pour certaines opinions exprim&#233;es par les &#171; cadres &#187; de Berliet. On peut m&#234;me regretter certaines de leurs r&#233;actions Encore faut-il conna&#238;tre opinions et r&#233;actions et rechercher les responsabilit&#233;s initiales du conflit et du sabotage de l'exp&#233;rience, m&#234;me si on n'approuve pas celle-ci dans son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historique de l'entreprise Berliet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise Berliet a &#233;t&#233; fond&#233;e par M. Marius Berliet en 1899. Elle comprenait un atelier de 90 m&#232;tres carr&#233;s occupant 5 ouvriers. Avec l'ensemble de l'&#233;conomie fran&#231;aise, la maison se d&#233;veloppait rapidement et, apr&#232;s 7 ann&#233;es d'efforts, en 1906, l'usine couvrait &#224; Lyon-Monplaisir 120.000 m&#232;tres carres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Onze ans plus tard, &#224; la fin de la premi&#232;re guerre mondiale, en 1917, un bond important &#233;tait r&#233;alis&#233; dans la voie de l'extension. Une soci&#233;t&#233; anonyme, au capital de 50 millions de francs, &#233;tait cr&#233;&#233;e, qui achetait &#224; V&#233;nissieux, dans la banlieue sud-est de Lyon, un domaine de plus de 400 hectares. Un groupe d'usines &#233;tait &#233;difi&#233;, dans une enceinte de 70 hectares. Autour de celles-ci, se situaient les cantines, le service des transports, la cit&#233; ouvri&#232;re et une ferme importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles usines comprennent les ateliers de fonderies, de forges, d'emboutissage, d'usinage, de montage et de carrosserie. Elles peuvent occuper de 12.000 &#224; 15.000 travailleurs avec plus de .6.000 machines. La r&#233;alisation de ces vues grandioses, que les circonstances avaient favoris&#233;es, dotait le pays d'un nouveau centre industriel de premi&#232;re importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les difficult&#233;s financi&#232;res, survenues au cours de 1920 et des ann&#233;es suivantes, la soci&#233;t&#233; anonyme &#233;tait transform&#233;e en soci&#233;t&#233; en commandite par actions. En 1944, le g&#233;rant en est toujours Marius Berliet, le capital est de 156 millions, r&#233;partis en 62-400 actions de 2.500 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion du g&#233;rant est contr&#244;l&#233;e par un conseil de surveillance de trois membres : un neveu et deux gendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un de ces derniers, M. Winckler, brasseur &#224; Lyon, est pr&#233;sident de ce comit&#233;. C'est lui qui appara&#238;tra, d&#233;sormais, dans la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de la famille Berliet. Malgr&#233; les confiscations de l'&#201;tat en 1946, celle-ci en effet poss&#232;de encore 80 % des actions de la soci&#233;t&#233;. La raison en est dans les pr&#233;cautions financi&#232;res que le potentat de V&#233;nissieux avait prises, avant la guerre, sachant &#224; quels &#233;garements son caract&#232;re pouvait l'entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu Marius Berliet s'entourait de ses fils dans la direction des usines. Si le grand patron-de combat, Marius Berliet, pouvait encore appara&#238;tre &#224; certains comme un grand bonhomme, ayant du moins beaucoup travaill&#233;, la pr&#233;sence de sa quadruple g&#233;niture aux postes essentiels amena bient&#244;t un climat intol&#233;rable. Form&#233;s aux rudes disciplines d'un p&#232;re autoritaire, les fils accept&#232;rent avec soumission ses id&#233;es obtuses sur l'&#233;volution sociale. Leur jeunesse, leur incomp&#233;tence et le souci de n'&#234;tre pas au-dessous de la t&#226;che qu'on attendait d'eux amplifi&#232;rent la malfaisance de leur comportement antisocial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le m&#233;pris de la classe ouvri&#232;re devint le premier article de leur credo. Pour eux, le travail &#233;tait une marchandise, comme les autres, que l'on rejetait quand elle n'&#233;tait plus n&#233;cessaire. Indiff&#233;rents &#224; l'avilissement de la personne humaine, ils impos&#232;rent la passivit&#233;, suscit&#232;rent la d&#233;lation et firent &#233;clore &#231;&#224; et l&#224; cette fleur v&#233;n&#233;neuse : la servilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re de crainte, de terreur m&#234;me, qui pesait sur l'usine enti&#232;re, la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes cat&#233;gories de travailleurs &#233;tait malais&#233;e. Les syndiqu&#233;s, consid&#233;r&#233;s comme des conspirateurs, &#233;taient pourchass&#233;s. Malgr&#233; cela, des r&#233;actions individuelles se firent jour, et les cadres particuli&#232;rement surent faire respecter la dignit&#233; de leurs fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois avant les grands mouvements de 1936, les ouvriers avaient fait une gr&#232;ve &#233;clatante, pour r&#233;pondre &#224; des tentatives de licenciements massifs, suivis en g&#233;n&#233;ral de r&#233;engagements avec diminution de salaire. Un lock-out patronal avait &#233;t&#233; la contre-attaque &#224; cette manifestation de m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ouvriers, techniciens et employ&#233;s constituaient, d&#232;s juin 1936, de fortes sections syndicales, qui impos&#232;rent l'application des conventions collectives. A la faveur de la &#171; pause &#187;, les avantages consentis la veille &#233;taient en partie repris, et les militants syndicalistes licenci&#233;s progressivement, notamment &#224; la suite de l'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 30 novembre 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939-1940, l'autoritarisme vindicatif de Marius Berliet le mit en opposition avec le ministre de l'Armement de l'&#233;poque, M. Dautry. N'ayant pas compris que l'importance de ses usines en faisait une richesse nationale, qui justifiait les directives de l'&#201;tat, son esprit absolutiste se dressa contre cette ing&#233;rence. L'obstruction qu'il fit au d&#233;marrage d'un programme de fabrication d'obus amena le ministre &#224; le remplacer par M. Roy dans la direction de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1940, apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle, le patron et ses fils reprirent la direction de l'usine. Les tragique &#233;v&#233;nements, qui meurtrissaient le c&#339;ur de tous les Fran&#231;ais, les laiss&#232;rent indiff&#233;rents. La tourmente passait sans rien leur apprendre. N'ayant eu aucune r&#233;v&#233;lation du lien qui les unissait &#224; leur personnel, ils s'engag&#232;rent &#224; nouveau dans cette conception moyen&#226;geuse qu'un grand patron peut se permettre toutes les exactions. S'opposant aux augmentations de salaires, m&#234;me lorsqu'elles &#233;taient accord&#233;es par le syndicat patronal, les Berliet s'install&#232;rent dans la collaboration et recherch&#232;rent les commandes allemandes. La poursuite du profit primait le devoir patriotique de r&#233;sistance &#224; l'occupant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne s'arr&#234;tant pas &#224; moiti&#233; chemin, ils facilit&#232;rent le d&#233;part des ouvriers et techniciens pour l'Allemagne hitl&#233;rienne. Deux des fils, Henri et Maurice, accompagn&#232;rent m&#234;me spectaculairement un convoi, revenant bien vite toutefois dans le giron paternel. A l'int&#233;rieur de l'usine, des r&#233;sistants &#233;taient traqu&#233;s, les fils &#233;tant tout heureux de montrer une servilit&#233; autoprotectrice envers la Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un accord secret avec nos alli&#233;s, l'usine e&#251;t pu &#234;tre &#233;pargn&#233;e, si Marius Berliet avait accept&#233; sa neutralisation. Ayant syst&#233;matiquement refuge d'entrer dans cette voie, un bombardement tr&#232;s s&#233;v&#232;re fut r&#233;alis&#233; le 2 mai 1944. La cit&#233; ouvri&#232;re fut en grande partie d&#233;truite ; les fonderies, les forges et l'emboutissage s&#233;rieusement endommag&#233;s ; d'autres b&#226;timents furent touch&#233;s plus l&#233;g&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat d'ensemble fut une mutilation de cette perle de l'industrie lyonnaise, qui, au del&#224; du pr&#233;sent, atteignait la France, dans ses forces vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces conditions que M. Yves Farge, commissaire de la R&#233;publique' &#224; la lib&#233;ration de Lyon, faisait emprisonner Marius Berliet et ses quatre fils.&lt;br class='autobr' /&gt;
La trahison n'enrichissait plus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que fut l'exp&#233;rience Berliet depuis la lib&#233;ration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des directions, genre Berliet, &#233;taient marqu&#233;es du sceau de la collaboration. Quelques-unes m&#234;me avaient des d&#233;nonciations &#224; leur actif. Elles furent impitoyablement ch&#226;ti&#233;es. Se substituant &#224; elles, de v&#233;ritables comit&#233;s de gestion, compos&#233;s d'une repr&#233;sentation des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du personnel, et assurant la direction effective des entreprises, surgiront un peu partout en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces comit&#233;s, couronn&#233;s d'un administrateur-s&#233;questre, contribu&#232;rent grandement &#224; la reprise de l'activit&#233; industrielle du pays par l'esp&#233;rance de d&#233;mocratie &#233;conomique qu'ils apportaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Berliet, le secr&#233;taire de l'Union d&#233;partementale des syndicats, Dedieu, fut charg&#233; de proposer l'administrateur-s&#233;questre. C'est ainsi que Bardin, ing&#233;nieur et secr&#233;taire du syndicat des techniciens de la m&#233;tallurgie, fut consult&#233;, mais il se r&#233;cusa. M. Yves Farge pressentit alors M. Mosnier, membre de son cabinet et secr&#233;taire de l'Union des cadres et ing&#233;nieurs de la France combattante (U. C. I. F. C), qui devait devenir l'U. N. I. T. E. C. Mosnier accepta et demanda &#224; Bardin d'assurer la direction technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5 septembre 1944, par arr&#234;t&#233; du commissaire de la R&#233;publique, Mosnier Marcel &#233;tait nomm&#233; administrateur-s&#233;questre des usines Berliet. L'arr&#234;t&#233; pr&#233;cisait en outre qu'un comit&#233; consultatif de gestion serait d&#233;sign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un arr&#234;t&#233; du 28 septembre 1944, le pr&#233;fet M. Longchambon fixait &#224; quatre membres la composition du comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 5 septembre 1944, la justice s'est prononc&#233;e. Le Comit&#233; de confiscations des profits illicites du Rh&#244;ne a d&#233;cid&#233;, le 23 mai 1945, une confiscation de 106.753.000 francs auxquels s'ajoute une somme de 37.000.000 de francs, soit un total de 143-753.000 francs, frappant la soci&#233;t&#233; des automobiles Berliet. Il a toutefois &#233;t&#233; demand&#233; que ce pr&#233;l&#232;vement ne vienne pas paralyser les efforts de la nouvelle gestion. Cette affaire sera vraisemblablement r&#233;gl&#233;e par la d&#233;cision de l'Assembl&#233;e nationale concernant le statut d&#233;finitif de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la cour de justice a condamn&#233; en 1946 Marius Berliet et ses deux fils, Paul et Jean, &#224; la confiscation de leurs biens et &#224; des peines de prison : deux ans pour le premier, 5 ans pour les deux autres. Les fils, Henry et Maurice, ont eu des condamnations l&#233;g&#232;res &#224; la chambre civique. Ces confiscations n'ont cependant amen&#233;, dans les mains de l'Etat, que 12 % environ des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconstruction et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle gestion a d&#251; assurer, en m&#234;me temps que le d&#233;marrage d'un programme de fabrication, la reconstruction des b&#226;timents endommag&#233;s ou d&#233;truits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'agitation cons&#233;cutive &#224; la lib&#233;ration et &#224; l'&#233;puration, un climat favorable &#233;tait cr&#233;&#233; et chacun cherchait &#224; travailler mieux et plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconstruction des ateliers, des succursales : Paris, Nantes, Dijon, Rouen &#233;tait entreprise, et parall&#232;lement des d&#233;marches &#233;taient effectu&#233;es pour obtenir les accords n&#233;cessaires des services du ministre comp&#233;tent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconstruction est sur le point d'&#234;tre achev&#233;e pour les usines ; elle ne l'est pas encore pour les succursales, et d&#233;j&#224; 175 millions ont &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;s &#224; ce titre. Pour donner une id&#233;e de l'importance des travaux, effectu&#233;s uniquement avec les moyens et les services de l'entreprise, voici quelques chiffres : la couverture et la fermeture des ateliers n&#233;cessitaient 75.000 m2 de verre, 3.500 tonnes de tuiles, 1.000 tonnes de bardeaux. La r&#233;fection des murs et des installations a englouti plus de 1-300 tonnes de ciment, chaux et pl&#226;tre, et plusieurs centaines de tonnes de fers profil&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les maisons de la cit&#233;, enti&#232;rement d&#233;truite, ne sont pas toutes reconstruites, un projet d'urbanisation ne l'ayant pas encore permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que les ateliers se remontaient, la remise en route de la production s'effectuait rapidement. Le 7 septembre 1944, l'usine &#233;tait ouverte avec un effectif de 3.200 personnes. L'effort se portait sur le type de camion qui s'imposait &#224; l'&#233;poque, le 6 tonnes 5 do charge utile. Le 20 septembre, le premier v&#233;hicule sortait : il &#233;tait d&#233;nomm&#233; symboliquement &#171; Gr&#233;goire &#187;, nom de M. Yves Farge dans la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
La production de 20 camions, en septembre, passe &#224; 70 en octobre. Rapidement, le point d'&#233;quilibre de la gestion &#233;tait atteint, puis d&#233;pass&#233;. Les difficult&#233;s furent grandes. Il faut rappeler l'insuffisance des approvisionnements en mati&#232;res premi&#232;res et produits divers, le rude passage de l'hiver 1944-45, les journ&#233;es pluvieuses, pendant lesquelles les ouvriers ont fait preuve d'une volont&#233;, d'un courage admirables, travaillant m&#234;me sous la pluie et la neige. Par ailleurs, il a fallu orienter les fabrications, en fonction des programmes et des cadences fix&#233;s par la direction des industries m&#233;caniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production s'est stabilis&#233;e quelques mois en 1945 &#224; 8 v&#233;hicules par jour, en 5 et 7 tonnes de charge utile. Dans le deuxi&#232;me semestre 19,45, le d&#233;marrage de la fabrication des moteurs Diesel &#233;tait assur&#233;. En octobre 1947, la production &#233;tait de 16 v&#233;hicules par jour, en camions de 5, 7 et 10 tonnes de charge utile et en autobus urbains et interurbains. Il faut ajouter &#224; cette cadence, la fabrication de trolleybus, qui sortaient &#224; raison de 8 par mois. La production des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es a plus que doubl&#233; par rapport &#224; 1938, pour atteindre 350 tonnes par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effectif du personnel est pass&#233; &#224; pr&#232;s de 7.500 personnes. Les services techniques ont eu &#224; &#233;tudier, en m&#234;me temps que la reconstruction des installations, leur modernisation. Il a fallu aussi adapter les ateliers aux programmes de fabrication, ceux-ci ne comportant plus de voitures l&#233;g&#232;res ou de v&#233;hicules utilitaires de petit tonnage. Les ateliers d'outillage ont &#233;t&#233; organis&#233;s pour construire et r&#233;parer les machines en service, pour pr&#233;parer l'outillage indispensable aux nouvelles fabrications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un effort important a &#233;t&#233; fait dans l'achat de machines et d'installations nouvelles, qui porte sur plus de 500 millions de francs, pour les ann&#233;es 1946-1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de la gestion sont tels que les investissements ont &#233;t&#233; couverts sans apport de capitaux ext&#233;rieurs, c'est-&#224;-dire par autofinancement de l'entreprise, et que les bilans des ann&#233;es 1945 et 1946 ont &#233;t&#233; clos avec des r&#233;sultats positifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonctionnement de la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1944, l'ancien comit&#233; social fut dissous, tandis qu'un comit&#233; d'&#233;puration &#233;tait constitu&#233; par les d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel et pr&#233;sid&#233; par une personnalit&#233; n'appartenant pas &#224; l'usine. Ce comit&#233; a fonctionn&#233; avec objectivit&#233; dans l'ensemble, se gardant de donner suite &#224; des frictions ant&#233;rieures personnelles. Il a d&#233;cid&#233; des s&#233;parations rendues indispensables par des comportements individuels inacceptables au cours de la p&#233;riode 1940-1944. La direction g&#233;n&#233;rale a sanctionn&#233; ces d&#233;cisions en les respectant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; a cess&#233; de fonctionner, apr&#232;s quelques mois, estimant sa t&#226;che termin&#233;e. Il est donc parfaitement incompr&#233;hensible que des &#233;l&#233;ments, anim&#233;s par des pr&#233;occupations s'opposant souvent &#224; la bonne marche de l'entreprise et les absorbant au point de se superposer totalement &#224; l'activit&#233; professionnelle normale, cherchent &#224; diviser les ouvriers d'avec les agents de ma&#238;trise et les cadres. Sur une base de calomnies, ils font appel &#224; cette tr&#232;s ancienne r&#233;action des ouvriers, qui voient chez ceux qui les commandent une &#233;manation du patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la lib&#233;ration, les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par le personnel, conform&#233;ment aux dispositions des conventions collectives, &#233;taient remis en fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; cette institution, et apr&#232;s une p&#233;riode de t&#226;tonnements, des &#171; comit&#233;s de b&#226;timent &#187; &#233;taient cr&#233;&#233;s qui permirent d'associer plus &#233;troitement tous les travailleurs &#224; la marche de chaque grand service. Quatorze comit&#233;s de b&#226;timents fonctionnent : Fonderies, Forges, Emboutissage, Usinage, Carrosserie, Entretien g&#233;n&#233;ral, Service &#233;lectrique, Service bois, Grands Bureaux, Usine de Monplaisir, Service des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque comit&#233; de b&#226;timent est pr&#233;sid&#233; par un cadre sup&#233;rieur, chef du service consid&#233;r&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers, techniciens et employ&#233;s sont &#233;lus au vote secret. Le comit&#233;1 est inform&#233; par son pr&#233;sident de la gestion du service, du programme de travail, des prix de revient, des difficult&#233;s diverses. Les membres du comit&#233; formulent les suggestions, critiques ou r&#233;clamations du personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la production, un &#233;lan enthousiaste a pu &#234;tre obtenu, en cristallisant dans ces organismes les aspirations l&#233;gitimes des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central d'entreprise doit coordonner et impulser l'action des comit&#233;s de b&#226;timent. Il comprend les 14 repr&#233;sentants de ces derniers, plus deux repr&#233;sentants des cadres. La proportion des ouvriers et mensuels a fait l'objet d'accords entre les d&#233;l&#233;gu&#233;s de ces cat&#233;gories. La l&#233;gislation a subi, chez Berliet, une adaptation qui, jusqu'ici, a recueilli l'approbation des diverses organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mercredi de chaque mois, le comit&#233; central est inform&#233; par l'administrateur provisoire, entour&#233; du comit&#233; consultatif de gestion, de la situation financi&#232;re, de la marche de l'entreprise et des projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix commissions de travail ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es, qui sont pr&#233;sid&#233;es par un membre du comit&#233; central. Leur r&#244;le est de faire b&#233;n&#233;ficier tout le personnel d'avantages mat&#233;riels, intellectuels et moraux qu'un groupement collectif uni peut seul procurer. Ces commissions sont contr&#244;l&#233;es financi&#232;rement par un petit comit&#233; de quatre membres. La tr&#233;sorerie du comit&#233; central d'entreprise est assur&#233;e par un versement non obligatoire, de tous les salari&#233;s de l'usine, &#233;gal &#224; 0,5 % du salaire. La tr&#233;sorerie de l'usine donne une somme &#233;gale &#224; la somme des versements individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dix commissions sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ravitaillement, Cantines, Sports et Loisirs, Jardins ouvriers, Formation professionnelle, Hygi&#232;ne et S&#233;curit&#233;, Entraide, Gestion de la ferme, Cit&#233; ouvri&#232;re, Action sociale et professionnelle. Elles comportent chacune 6 &#224; 10 membres pris parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s. Elles peuvent, en outre, faire appel &#224; des conseillers techniques ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journal mensuel &#171; Contact &#187; aurait d&#251; refl&#233;ter toute cette vie int&#233;rieure. En fait, il n'a pas atteint son but et n'en a &#233;t&#233; que le p&#226;le reflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cantines en gestion directe ont progressivement offert un repas d'autant plus acceptable que la gestion de la ferme devenait plus judicieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le comit&#233; d'entreprise a acquis en 1946 un ch&#226;teau et ses d&#233;pendances situ&#233; &#224; 40 km. de Lyon, &#224; L&#233;trat, dans le Beaujolais. Un centre de repos pour les convalescents et une colonie de vacances de 300 &#224; 400 enfants ont &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;s. Cette belle r&#233;alisation a pu se faire gr&#226;ce aux versements du personnel et &#224; des pr&#233;l&#232;vements effectu&#233;s sur les b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, un club sportif a &#233;t&#233; organis&#233; : le Stade-Auto Lyonnais (S. A. L.), qui compte plus de 800 membres et qui dispose d'un stade dont l'inauguration a eu lieu' au d&#233;but d'octobre 1947. Un groupe artistique a donn&#233; des f&#234;tes tr&#232;s appr&#233;ci&#233;es et organise chaque ann&#233;e un arbre do No&#235;l pour les enfants. Les jouets sont fournis en grande partie par le travail b&#233;n&#233;vole des menuisiers et de leurs chefs. Dans ces commissions et groupes, les cadres ont su prendre une large place. Ils y font &#339;uvre d'un grand d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion, avec un administrateur-s&#233;questre, devenu administrateur provisoire par un arr&#234;t&#233; du ministre de la Production industrielle, en juin 1947, a fait des b&#233;n&#233;fices. Ceux-ci ont &#233;t&#233; r&#233;partis partiellement en 1945 et 1946 en fonction de 4 coefficients : personnel, assiduit&#233;, anciennet&#233;, fonction. A partir de fin 1946, le syst&#232;me de r&#233;partition a &#233;t&#233; modifi&#233;. Il a &#233;t&#233; remplac&#233; par un pourcentage, &#233;tabli mensuellement, en fonction de la production et de la gestion de l'avant-dernier mois et s'exprimant par la formule suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X % = 1/3 x 100/42 x 100 (A/A + B (V/R &#8212; 1) + B/A + B (V'/R' &#8212; 1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule para&#238;t compliqu&#233;e. En fait, elle ne l'est pas. 100/42 est le rapport des d&#233;penses totales &#224; la somme de tous les salaires et appointements ; A &amp; B sont les poids de la production ch&#226;ssis et pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es ; V et V sont les prix de, vente Usine ch&#226;ssis et pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es ; R &amp; R' sont les prix de revient ch&#226;ssis et pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es. Il est distribu&#233; 1/3 de la marge b&#233;n&#233;ficiaire, ainsi calcul&#233;e. Cette formule a fait l'objet de plusieurs mises au point, avant de se pr&#233;senter ainsi. Le X % a vari&#233; avec les modifications de prix et de salaires entre 9 et 16 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque membre du personnel est int&#233;ress&#233; &#224; percevoir un X% le plus &#233;lev&#233; possible. Les facteurs sur lesquels il peut agir sont : l'augmentation de la production, l'am&#233;lioration de la qualit&#233;, la recherche de l'abaissement du prix de revient, par les &#233;conomies qu'il peut r&#233;aliser ou faire r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la d&#233;mocratie soit r&#233;elle, il faut que l'ac-cessibilit&#233; &#224; un poste plus &#233;lev&#233; soit possible &#224; n'importe quel salari&#233; suivant ses qualit&#233;s. L'existence d'une &#233;cole d'apprentissage, d'ateliers de perfectionnement, d'ateliers de promotion ouvri&#232;re, de cours sp&#233;ciaux adapt&#233;s aux &#233;l&#232;ves, rendent de grands services. Ces institutions sont &#224; compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avis sont bien diff&#233;rents sur la valeur de l'ex-p&#233;rience Berliet. Le but &#233;tant clair pour chacun, un rapprochement de toutes les cat&#233;gories du personnel aurait pu se faire ais&#233;ment. II n'est cependant pas facile d'unir dans un but commun ouvriers, employ&#233;s, techniciens, agents de ma&#238;trise, cadres et ing&#233;nieurs. Les fonctions diff&#233;rentes dans la production ne sont pas bien comprises par tous. Le d&#233;veloppement du sens des responsabilit&#233;s, &#224; travers une gestion qui se voulait plus d&#233;mocratique, n'a pas toujours permis les relations souhaitables, qui auraient pu na&#238;tre, entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des difficult&#233;s s'opposent &#224; cette compr&#233;hension r&#233;ciproque. Tout d'abord, les conditions g&#233;n&#233;rales n'ont pas aid&#233; &#224; clarifier l'atmosph&#232;re ; le personnel a &#233;t&#233; constamment agit&#233; par les probl&#232;mes du ravitaillement et des salaires. En janvier 1946 et septembre 1947, de courtes gr&#232;ves &#233;clatent, motiv&#233;es par les restrictions sur le pain. De tr&#232;s nombreuses gr&#232;ves partielles, en g&#233;n&#233;ral de quelques heures, ont lieu &#224; partir de fin 1945, dans le but d'obtenir dos augmentations de salaires. Des syst&#232;mes de prime au rendement sont appliqu&#233;s cependant partout o&#249; cela est possible. Le service du chronom&#233;trage rencontre des difficult&#233;s tr&#232;s grandes &#224; imposer des temps corrects. Peu &#224; peu le chronom&#233;trage se fait sur des moyennes horaires, exprim&#233;es en nombre de minutes, de plus en plus &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;s&#233;quilibre constant, entre les salaires et les prix, n'a pas encore permis d'arriver &#224; cette phase essentielle, qui d&#233;montrerait l'int&#233;r&#234;t de l'exp&#233;rience Berliet : Un taux des salaires sup&#233;rieur &#224; ceux des travailleurs des autres entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politisation progressive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu, dans les pages pr&#233;c&#233;dentes, le climat de m&#233;fiance et de crainte qui r&#233;gnait dans les usines au temps de Marius Berliet. A la lib&#233;ration, une d&#233;tente enthousiaste des esprits se manifeste. Chacun c'en est fini, d&#233;sormais, de travailler dans une atmosph&#232;re pesante et artificielle, o&#249; le travailleur ne livre de lui-m&#234;me que l'indispensable et jugule l'essentiel. La libert&#233; d'expression renaissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans contrainte, on allait enfin pouvoir s'exprimer et les initiatives allaient pouvoir &#234;tre lib&#233;r&#233;es. La prise de responsabilit&#233;s devenait un devoir agr&#233;able, que chacun allait s'honorer de rechercher. En fait, il en fut ainsi dans une p&#233;riode d'euphorie, qui dura pr&#232;s de deux ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tandem uni, Mosnier-Bardin. menait le peloton. Le personnel, tout entier, heureux de cette impulsion, accordait une confiance enthousiaste &#224; la direction nouvelle. Il &#233;tait ainsi &#224; m&#234;me de fournir l'effort exceptionnel qui lui fut demand&#233; pour la reconstruction d'une usine d&#233;vast&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les jours pass&#232;rent, et la politique, ce virus filtrant, p&#233;n&#233;tra les esprits.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que d'une &#339;uvre commune, on a tent&#233; de faire une &#339;uvre communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au surplus, il est &#224; noter que la politisation d'une entreprise, aussi importante que la n&#244;tre, n'aurait pu s'effectuer, avec la pers&#233;v&#233;rante continuit&#233; qui frappe l'observateur objectif, si une coordination des activit&#233;s d'investissement n'avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut l&#224;, le r&#244;le essentiel de l'administrateur provisoire. Examinons maintenant, avec objectivit&#233;, les faits patents et tout d'abord accordons une mention particuli&#232;re au service, de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Service de surveillance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce service doit assurer normalement le contr&#244;le des entr&#233;es et des sorties du personnel et des v&#233;hicules. Il doit faire appliquer les consignes concernant la discipline g&#233;n&#233;rale. Il doit, enfin, d&#233;pister les voleurs de mat&#233;riel. Le chef de ce service est Minet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a succ&#233;d&#233; &#224; Barrier qui fut &#233;limin&#233;, soi-disant pour manque d'&#233;nergie, mais, en r&#233;alit&#233;, afin de r&#233;server cet emploi &#224; un homme de confiance du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce poste, donnant autorit&#233; sur un groupe de gardes arm&#233;s, disposant pratiquement de. tout leur temps, constitue, en effet, une position strat&#233;gique de premi&#232;re importance. Il permet de jumeler facilement cette activit&#233; apparente de surveillance et une activit&#233; politique cach&#233;e. Eventuellement, d'appuyer cette action politique par une force organis&#233;e et arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action a pris, jusqu'ici, les formes suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Utilisation du local de ce service (pi&#232;ce du fond,&#224; droite en entrant) pour le stockage des journaux du parti communiste, et de tous documents imprim&#233;s &#224; distribuer ou &#224; afficher. Sert &#233;galement de salle intime de r&#233;union pour les militants communistes du sommet, les r&#233;unions de cellule se faisant dans l'ancienne conciergerie de la porte C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Utilisation des voitures et du personnel de l'usine, pour le transport des journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Distribution des documents (tracts, circulaires, journaux), du parti communiste pendant les heures de travail, par certains gardes du service, dont on maquille la silhouette traditionnelle en les coiffant d'un b&#233;ret basque, au lieu de la casquette r&#233;glementaire. Ces m&#244;mes gardes assurent, en outre, le transport des messages politiques- &#224; l'int&#233;rieur de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Racolage d'ouvriers &#171; qualifi&#233;s politiquement &#187; le 21-5-47 par le sieur Th&#233;venet du service de surveillance, afin de participer &#224; une manifestation &#171; spontan&#233;e &#187; contre le pr&#233;fet que l'on obligera &#224; d&#233;missionner. D&#233;bauchage de cette main-d'&#339;uvre &#224; l'usine, sans le consentement d'aucun chef qualifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transport de cette &#233;quipe de choc par les cars de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) Menaces et violences de langage du sieur Minet sur les ouvriers qui r&#233;sistent &#224; la pression communiste. Voies de fait le 2 septembre 1947 sur un ouvrier r&#233;tif, lors de la gr&#232;ve pour la ration de pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;f) Calomnies et menaces larv&#233;es contre les cadres, du m&#234;me sieur Minet dans le &#187; M&#233;cano &#187;, journal communiste de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;g) Action coercitive d'une &#233;quipe de militants communistes contre nos trois camarades Bardin, Benoit et Plant&#233;, renvoy&#233;s abusivement, sans aucune garantie l&#233;gale, par l'administrateur provisoire communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Action communiste au sein des syndicats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir d'avoir en main les leviers de commande syndicaux, afin d'abriter leur activit&#233; politique derri&#232;re une apparence de d&#233;mocratie, a conduit les militants du parti communiste a l'action suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8212; L'organisme sup&#233;rieur, vraiment repr&#233;sentatif de l'autorit&#233; syndicale dans l'usine, doit &#234;tre constitu&#233; d'&#233;l&#233;ments syndicaux appartenant aux diff&#233;rentes cat&#233;gories du personnel et m&#234;me aux diff&#233;rentes ob&#233;diences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#233;tant donn&#233; la fusion syndicale techniciens-ouvriers, il suffisait, pour r&#233;aliser un comit&#233; intersyndical, d'avoir le concours de repr&#233;sentants ing&#233;nieurs et cadres dont le syndicat jouit d'une certaine autonomie au sein de la F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux. Ce comit&#233; fut bien constitu&#233;, mais on ne le r&#233;unit jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat ouvrier neutralisant d'une part, en son sein, les &#233;l&#233;ments techniciens, ignora syst&#233;matiquement, d'autre part, le Syndicat ing&#233;nieurs et cadres que l'on savait rebelle aux directives communistes. Il devenait ainsi le seul ma&#238;tre des d&#233;cisions &#224; intervenir, ce dont il ne se priva pas, malgr&#233; les protestations v&#233;h&#233;mentes des ing&#233;nieurs et cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8212; En 1946, le congr&#232;s Berliet, c'est-&#224;-dire en fait la m&#234;me minorit&#233; agissante (les cadres &#233;tant absents), d&#233;cida que la fonction de membre ouvrier du comit&#233; de gestion &#233;tait incompatible avec celle de secr&#233;taire de section syndicale. Un excellent &#233;l&#233;ment, Besson, d'esprit objectif, mais d'appartenance non communiste, tenait ce double poste, depuis la lib&#233;ration, &#224; la satisfaction de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les augures, ayant d&#233;cid&#233; de l'&#233;liminer, l'op&#233;ration se fit en deux temps. En application du principe pr&#233;c&#233;dent, on le laissa &#224; la gestion et on nomma Pontal, communiste, secr&#233;taire syndical. Quelque temps apr&#232;s, ce dernier devenait permanent, appoint&#233; par l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s de 1947 (o&#249; les cadres furent violemment attaqu&#233;s) malgr&#233; l'approbation du rapport moral pr&#233;sent&#233; par Besson,, on &#233;limina celui-ci de la commission ex&#233;cutive : Besson, militant int&#232;gre et de noble conscience, se retira de la gestion, persuad&#233; qu'un vote ult&#233;rieur de ses camarades de base montrerait l'inanit&#233; de cette mise en minorit&#233;. On ne le lui permit pas et un communiste fut d&#233;sign&#233; (et non &#233;lu) par la section syndicale pour le remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en musique, ou une blanche &#233;gale deux noires, cette &#233;quivalence, flatteuse pour Besson, amenait deux communistes aux postes les plus responsables.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais le repr&#233;sentant des cadres et ing&#233;nieurs &#233;tait pratiquement isol&#233; au comit&#233; de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te de Besson &#233;tant tomb&#233;e, on pouvait &#339;uvrer maintenant pour obtenir celle de Bardin. On verra plus loin que celle-ci &#233;tait plus solidement attach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permanents syndicaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un noyautage syst&#233;matique a &#233;t&#233; effectu&#233;, au sein de l'entreprise, par la d&#233;signation de permanents connus et surtout d&#233;guis&#233;s, ceux-ci n'ayant qu'en apparence un emploi effectif, mais se livrant en fait &#224; une intense propagande communiste. Leur audace s'accro&#238;t, par la s&#233;curit&#233; que l'administrateur provisoire leur procure. L'un d'eux, permanent syndical et communiste, eut m&#234;me le front de convoquer des chefs de service cour se faire rendre compte directement de l'&#233;tat de la production. Fort heureusement, des refus cinglants arr&#234;t&#232;rent cette tentative de direction occulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unions syndicales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fr&#233;quence des r&#233;unions de d&#233;l&#233;gu&#233;s, de membres des commissions ou sp&#233;cifiquement syndicales, augmente exag&#233;r&#233;ment, cr&#233;ant une perturbation s&#233;rieuse &#224; l'activit&#233; essentielle de l'entreprise. La tenue des r&#233;unions syndicales devrait se faire apr&#232;s les heures de travail, la tol&#233;rance consentie de les tenir pendant le travail ayant conduit &#224; des, abus non r&#233;prim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;unions ne sont pas toujours repr&#233;sentatives du personnel int&#233;ress&#233;. Des militants communistes, sans fonction, y assistent et y sont tol&#233;r&#233;s, parce favorables aux id&#233;es que l'on veut y voir pr&#233;valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la forge, deux membres du parti communiste se sont m&#234;me arrog&#233;s le droit de participer aux travaux de la commission ex&#233;cutive, sans y avoir &#233;t&#233; &#233;lus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans vouloir d'aucune fa&#231;on limiter le contr&#244;le indispensable des vrais responsables, il est &#224; signaler que la passion partisane nuit &#224; leur travail effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meetings d'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tenue de meetings &#224; l'int&#233;rieur de l'usine rev&#234;t un caract&#232;re communiste marqu&#233;, les orateurs &#233;tant, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, tous de la m&#234;me ob&#233;dience (MM. Mosnier, Cagne, Pontal, Viala, etc.). Leur co&#251;t est de 600.000 francs l'heure et ils durent souvent deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible au personnel de quitter l'usine l'obligeant ainsi &#224; absorber le flot de l'&#233;loquence communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des protestataires ayant voulu marquer leur d&#233;sapprobation, en tentant de quitter l'usine par la porte A, les gardes s'y sont oppos&#233;s jusqu'&#224; l'heure l&#233;gale de d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; une contrainte intol&#233;rable, contraire &#224; la libert&#233; des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;union publique extra-muros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Elles ont ordinairement lieu &#224; 12 h. 45 &#224; la hauteur de la porte d'entr&#233;e dite porte B. Elles se prolongent parfois jusqu'&#224; 13 h.. 15 alors que la rentr&#233;e l&#233;gale est &#224; 13 h. 5.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; encore, les portes ferm&#233;es obligent le personnel &#224; une &#233;coute sans doute distraite, mais obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que les parois ext&#233;rieures du mur de cl&#244;ture servent &#224; accrocher les haut-parleurs et que le courant d'alimentation est fourni par l'usine. Ces m&#234;mes parois sont, en outre, couvertes d'affiches du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvement anormal des cars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de r&#233;unions intra-muros, les cars n'assurent le retour du personnel qu'en fin de r&#233;union, m&#234;me si celle-ci d&#233;passe l'heure r&#233;glementaire de d&#233;part. Dans le cas de r&#233;unions &#224; la Bourse du Travail, les cars am&#232;nent le personnel directement &#224; ce lieu, sans souci de l'opinion des voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une incontestable pression qui n'est au reste pas profitable au recrutement syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utilisation abusive des locaux d'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La salle de cantine qui servit de lieu de r&#233;union au parti communiste lors des &#233;lections municipales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) la Maison du Peuple Berliet o&#249; les convocations aux r&#233;unions de cellule sont en bonne place et o&#249; l'on vend des journaux du parti ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La salle de r&#233;unions de l'Unitec de Monplaisir o&#249; l'on projette des films communistes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
4) L'installation sonore, &#224; la cantine. Celle-ci ne sert pas seulement &#224; la diffusion des nouvelles sociales et syndicales, mais &#224; une propagande politique non voil&#233;e. Au moment des &#233;lections municipales, on a pu y entendre des appels en faveur du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divers faits d'ing&#233;rence communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le bulletin de l'entreprise &#171; Contact &#187; publie des articles tendancieux. La v&#233;rit&#233; qu'il propage ne souffre aucune contradiction. C'est ainsi que des militants de la C. F. T. C. ne purent jamais faire ins&#233;rer certaines rectifications n&#233;cessaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Certains militants communistes, s&#251;rs de l'impunit&#233;, vendent &#224; guichets ouverts, pendant les heures de travail, des p&#233;riodiques communistes, comme France-U. R. S. S., France nouvelle ou la Vie ouvri&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Un cadre sup&#233;rieur, ayant besoin d'un chef de secteur demanda &#224; un coll&#232;gue de lui muter un &#233;l&#233;ment qu'il avait remarqu&#233; dans son service. Cet employ&#233;, Pouzols, n'&#233;tant pas &#171; persona grata &#187; aupr&#232;s de la cellule communiste, l'organisation syndicale mit son veto, ent&#233;rin&#233; par la direction g&#233;n&#233;rale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) La f&#234;te de notre colonie de vacances de L&#233;trat &#233;tait pr&#233;vue pour le 3 ao&#251;t. C'&#233;tait &#233;galement la date de fermeture de l'usine pour les cong&#233;s pay&#233;s. Il se trouva qu'une grande f&#234;te communiste fut d&#233;cid&#233;e pour ce m&#234;me jour. Afin d'en assurer le succ&#232;s, par l'apport massif d'&#233;l&#233;ments Berliet, la direction communiste reporta au 10 ao&#251;t ses propres engagements ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Qu&#234;te, au profit du parti communiste, organis&#233;e par Minet, dans les maisons de la Cit&#233; ouvri&#232;re, en vue des &#233;lections d'octobre 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utilisation abusive de l'exp&#233;rience Berliet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une f&#234;te communiste, au parc de la T&#234;te d'Or, des panneaux publicitaires et photographiques, pr&#234;t&#233;s par la direction de l'usine, d&#233;montraient la belle &#233;volution de notre entreprise. Malheureusement, on y pr&#233;cisait, abusivement, que cette r&#233;ussite n'avait &#233;t&#233; possible que gr&#226;ce aux communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration du Rh&#244;ne du parti communiste, qui eut lieu ult&#233;rieurement, les m&#234;mes faits se renouvel&#232;rent. On voit que l'esprit partisan se marie difficilement* &#224; la modestie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conditions de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de travail se sont modifi&#233;es, surtout dans la derni&#232;re ann&#233;e. Chez les ouvriers et techniciens, la d&#233;mocratie n'est plus qu'un leurre. Les &#233;lections des d&#233;l&#233;gu&#233;s se font sur des listes pr&#233;par&#233;es par le sommet et la base n'a plus la latitude de d&#233;signer ses responsables. C'est ainsi qu'aux Grands Bureaux, des employ&#233;s adh&#233;rents &#224; la G. G. T. ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; voter pour les candidats de la C. F. T. C. parce qu'ils ne voulaient pas des communistes pr&#233;sent&#233;s par leur section syndicale, contre le sentiment de la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet investissement g&#233;n&#233;ral, le club sportif r&#233;siste, malgr&#233; le pr&#233;sident actif qui est lui aussi communiste. Le pr&#233;sident d'honneur Bardin s'attire l&#224; encore des rancunes qui &#233;clateront plus tard. D'ailleurs dans les usines, les militants communistes m&#232;nent une lutte sourde, tendant &#224; mettre sous la responsabilit&#233; du directeur technique, Bardin, toutes les d&#233;cisions impopulaires, notamment celles qui concernent les primes et les salaires, la discipline g&#233;n&#233;rale, tandis que l'administrateur Mosnier est couvert de louanges. Bien entendu, ce dernier laisse faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les services, les chefs ne savent plus quels sont les d&#233;l&#233;gu&#233;s. Il en na&#238;t constamment et tout contr&#244;le est devenu impossible. La direction g&#233;n&#233;rale ne d&#233;cide d'aucune mesure pratique ; seule, une affiche invitant &#224; la discipline a &#233;t&#233; appos&#233;e dans les ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justice communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Un d&#233;l&#233;gu&#233; ouvrier, membre du comit&#233; central d'entreprise, se faisait payer de,s bons pour des travaux qu'il n'effectuait pas. Son chef d'atelier, responsable, est renvoy&#233;, mais l'int&#233;ress&#233;, &#233;tant communiste, n'est pas inqui&#233;t&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Un employ&#233; du service comptabilit&#233; est renvoy&#233; brutalement de l'usine, pour d&#233;clarations injurieuses envers l'administrateur provisoire. Ce renvoi justifi&#233; est &#224; rapprocher du maintien de Minet, communiste, auteur de calomnies sur nos camarades Bardin, Benoit et Plant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statut Berliet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II est, d'autre part, bien certain que l'attente d'un statut a favoris&#233; les men&#233;es communistes. Au cours de son long s&#233;jour au minist&#232;re de la Production industrielle, il est inconcevable que Marcel Paul n'ait fait aucune tentative pour doter l'entreprise d'un statut d&#233;mocratique. Connaissant les conditions dans lesquelles il pouvait &#234;tre adopt&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale, il a sans doute pr&#233;f&#233;r&#233; conserver &#224; son parti le r&#244;le plus facile de critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que pense la grande majorit&#233; du personnel, il n'est pas simple de mettre fin au provisoire. Les int&#233;r&#234;ts sont contradictoires, entre les salari&#233;s et les actionnaires qui, eux, veulent reprendre le pouvoir pour garantir leurs capitaux et leur r&#233;mun&#233;ration. Aussi, les projets se sont-ils succ&#233;d&#233; &#224; la commission de la Production industrielle de l'Assembl&#233;e nationale. Un projet moyen a &#233;t&#233; retenu qui sera soumis prochainement au vote des d&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par les faits sus-indiqu&#233;s, l'influence croissante du parti communiste au sein de l'entreprise ne saurait &#234;tre contest&#233;e. La faveur dont jouissent leurs militants aupr&#232;s de la direction g&#233;n&#233;rale est un secret de polichinelle dans l'usine. Les chefs de service ne sont soutenus que dans la mesure o&#249; ils ne s'opposent pas &#224; la direction occulte qui semble superviser la direction apparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de travail ainsi cr&#233;&#233;es causent un malaise g&#233;n&#233;ral qui nuit &#224; la production. Le d&#233;couragement gagne les esprits des ing&#233;nieurs, chefs de service et techniciens responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci ont fourni un effort &#233;norme dans la reconstruction et la remise en route de l'entreprise. Si leurs t&#226;ches actuelles tendent &#224; redevenir normales apr&#232;s trois ans de surmenage, ils mettent en garde les inconscients contre l'illusion qu'elles sont termin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hostiles &#224; la politisation et connaissant la st&#233;rilit&#233; des men&#233;es partisanes, les ing&#233;nieurs, cadres et techniciens veulent travailler en paix, dans un climat nouveau de libert&#233; et de tol&#233;rance mutuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des cadres et techniciens a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par la parution, dans le journal de la section communiste Berliet d'octobre 1947, Le M&#233;cano, distribu&#233; le samedi 18 octobre, de deux papiers calomnieux &#8212; dont un &#171; pav&#233; &#187; mena&#231;ant les &#171; fascistes&#8230; anciens larbins de Berliet &#187; et un article attaquant grossi&#232;rement, sans le nommer, Plant&#233;, chef du service du chronom&#233;trage, secr&#233;taire de la section syndicale C.G.T., d&#233;l&#233;gu&#233; des cadres au Comit&#233; central d'entreprise ; Benoit, chef de la comptabilit&#233;, membre du bureau de la sec&#172;tion syndicale C.G.T. ; Bardin, directeur technique, secr&#233;taire d&#233;partemental du S.N.C.I.M. (syndicat national des cadres), d&#233;l&#233;gu&#233; des cadres au comit&#233; de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 octobre, Bardin demande &#224; l'administrateur provisoire et aux d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers au comit&#233; de gestion de d&#233;noncer ces calomnies. Ceux-ci refusent. Bardin se retire provisoirement du comit&#233;, et le soir m&#234;me une assembl&#233;e des cadres se solidarise avec lui. Le mouvement provoquera la gr&#232;ve des cadres auxquels se joindront les techniciens et par r&#233;action une gr&#232;ve des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve des cadres a expos&#233; dans une circulaire les faits les plus importants du conflit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voyons les faits, et d&#233;s l'abord, distinguons les causes imm&#233;diates et apparentes, des causes lointaines et cach&#233;es. L'imm&#233;diat est la parution, dans le journal communiste de l'entreprise, &#171; Le M&#233;cano &#187;, d'entrefilets calomnieux sign&#233;s du chef des gardes, et visant &#224; discr&#233;diter deux chefs d'importants services, MM. Benoit et Plant&#233;, ainsi que le directeur technique M, Bardin. A noter que ces trois cadres sup&#233;rieurs sont d'indiscutables militants syndicalistes C. G. T., le dernier nomm&#233;, particuli&#232;rement chevronn&#233;, &#233;tant secr&#233;taire d&#233;partemental des ing&#233;nieurs et cadres de la M&#233;tallurgie pour la R&#233;gion lyonnaise. Ils n'ont qu'une tare r&#233;dhibitoire : ils ne sont pas aux ordres. L'&#233;motion caus&#233;e par ce papier diffamatoire pouvait cependant &#234;tre ais&#233;ment apais&#233;e. Il e&#251;t suffit que monsieur l'Administrateur provisoire, d'ob&#233;dience communiste, &#8212; ce qui est son droit, &#8212; chass&#226;t un instant le partisan qui habite en lui et d&#233;savou&#226;t l'auteur de l'article. Celui-ci &#233;crivit-il par ordre ? Il est permis de le supposer. Peut-&#234;tre le saura-t-on un jour, mais, quoi qu'il en soit monsieur l'administrateur provisoire ne voyant pas l&#224; un motif de d&#233;sordre dans l'usine, observa de Conrart le silence prudent, pr&#233;textant,, apr&#232;s r&#233;flexion, l'incomp&#233;tence de sa juridiction ! D&#232;s lors les choses devaient aller leur train, comme un film &#224; &#233;pisodes dont le dernier ne sera pas le moins r&#233;ussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1&#176; Assembl&#233;e protestataire des ing&#233;nieurs et cadres qui se solidarisent unanimement avec leurs trois coll&#232;gues calomni&#233;s, devant monsieur l'Administrateur provisoire qui, au titre de syndiqu&#233; cadre, est pr&#233;sent dans la salle ! Ce dernier peut constater le bloc compact que forment les ing&#233;nieurs et cadres adh&#233;rents aux trois centrales syndicales (C. G. T., C. F. T. C.- C. G. C.) avec les ind&#233;pendants, lors&#172;qu'il s'agit de d&#233;fendre les conditions morales, n&#233;cessaires &#224; leur activit&#233; dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2&#176; R&#233;action, deux jours apr&#232;s, de monsieur l'Administrateur provisoire, vex&#233; de cette prise de position, qu'il n'avait pas pr&#233;vue et qui le d&#233;route. Accumulant d&#232;s lors les erreurs psychologiques, celui-ci va s'enfoncer dans une action qui attriste profond&#233;ment tous ceux qu'une estime sinc&#232;re liait &#224; lui. Par affiches appos&#233;es &#224; t'usine, il va crier &#224; la division, souffler sur le feu qu'il e&#251;t pu &#233;teindre facilement et, dans une harangue de foire, vitup&#233;rer ses meilleurs collaborateurs d'hier, donnant ainsi au personnel &#233;tonn&#233; le triste spectacle d'un partisan d&#233;cha&#238;n&#233; ! Son humeur atrabilaire trouvera enfin un exutoire dans une derni&#232;re affiche sur laquelle on lira que deux cadres seront invit&#233;s &#224; d&#233;missionner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3&#176; Les d&#233;missions n'arrivant pas, et pour cause, une gr&#232;ve partielle spontan&#233;ment organis&#233;e, sera d&#233;clench&#233;e pour exiger le d&#233;part des trois ind&#233;sirables qui ont eu le front de s'exprimer librement dans une r&#233;union syndicale. Ob&#233;issance passive de monsieur l'Administrateur provisoire qui, oublieux de la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine, violera sans vergogne les droits imprescriptibles que la Constitution accorde &#224; chaque citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4&#176;. Arriv&#233;e de l'&#233;quipe de choc dans les diff&#233;rents bureaux des cadres qui, sans voies de fait, mais sous contrainte, seront &#8216; oblig&#233;s de quitter l'usine. Coupables d'avoir enfreint les r&#232;gles du savoir-vivre communiste, ils obtemp&#233;reront, suivis bient&#244;t de l'en-semble des cadres et ing&#233;nieurs, qui reformeront imm&#233;diatement le bloc sans faille, n&#233;cessaire &#224; la sauvegarde des droits de leurs coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve &#233;tait d&#233;clench&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le ministre de la Production industrielle a &#233;t&#233; saisi du conflit le lendemain m&#234;me de son d&#233;clenchement. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s l'ont inform&#233; objectivement et lui ont remis un dossier complet sur la situation. Apr&#232;s, avoir re&#231;u M. l'Administrateur provisoire et une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re que l'on jette sans vergogne dans cette affaire, le ministre a envoy&#233; un d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; Lyon, M. Le Quellec, avec la difficile mission de &#8216; trouver un terrain de conciliation. Aux derni&#232;res nouvelles, cette mission n'a pu aboutir. Les ing&#233;nieurs et cadres ont fix&#233; leurs conditions de reprise du travail en six points dont il est &#224; souligner, qu'aucun n'apporte d'avantages mat&#233;riels &#224; leur situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1&#176; R&#233;int&#233;gration de chaque ing&#233;nieur, cadre, technicien et employ&#233; &#224; son poste et annulation de. toute nomination ou engagement survenus depuis le 4 novembre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2&#176; Les jours de gr&#232;ve ne donneront pas lieu &#224; retenue ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3&#176; D&#233;saveu par voie d'affiches appos&#233;es dans l'usine et sign&#233;es de M. Mosnier de toutes les contre-v&#233;rit&#233;s &#233;manant de lui. Le texte sera soumis pr&#233;alablement au comit&#233; de gr&#232;ve. Insertion dans &#171; Contact &#187; du dernier communiqu&#233; du comit&#233; de gr&#232;ve ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4&#176; D&#233;placement de Minet [1] avec r&#233;trogradation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 5&#176; Contr&#244;le de l'activit&#233; de l'usine et des r&#233;sultats depuis le mardi A novembre sous l'autorit&#233; d'un repr&#233;sentant des pouvoirs publics ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 6&#176; Constitution d'un jury d'honneur devant lequel les accusateurs, autres que M. Mosnier, viendront justifier leurs affirmations. Les sanctions ne pourront &#234;tre que des bl&#226;mes publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parall&#232;lement au mouvement cadres et, au bout de quelques jours, un mouvement de gr&#232;ve s'est d&#233;clench&#233; chez les employ&#233;s, techniciens et agents de ma&#238;trise. D&#233;cid&#233; souverainement et en toute libert&#233; par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes, ce magnifique mouvement de solidarit&#233; n'en acquiert qu'une signification plus grande, et les ing&#233;nieurs et cadres remercient leurs camarades qui ont senti combien leur cause &#233;tait juste. Les techniciens et les cadres d&#233;cid&#232;rent imm&#233;diatement d'avoir un comit&#233; de gr&#232;ve commun et de constituer des d&#233;l&#233;gations .communes qui assureront l'homog&#233;n&#233;it&#233; de pens&#233;e et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution du conflit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;l&#233;gation des gr&#233;vistes s'est rendue &#224; Paris, au minist&#232;re de la Production industrielle, et y est demeur&#233;e du 21 au 30 novembre. Elle a obtenu l'assurance que le statut sera discut&#233; par l'Assembl&#233;e nationale en janvier 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On envisage au minist&#232;re de charger Bardin et ses deux coll&#232;gues de missions ext&#233;rieures, afin d'apaiser les ouvriers &#8212; ce qui provoque la r&#233;action indign&#233;e des cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la tentative de gr&#232;ve g&#233;n&#233;ralis&#233;e et ta crise minist&#233;rielle retardent la solution du conflit. Les cadres, en approuvant les revendications g&#233;n&#233;rales des salari&#233;s, se sont &#233;lev&#233;s unanimement contre le caract&#232;re politique de l'op&#233;ration men&#233;e par les staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 d&#233;cembre, le ministre d&#233;cide de remplacer M. Mosnier par M. Ansay, en qualit&#233; d'administrateur provisoire de l'entreprise. Il r&#233;int&#232;gre Bardin, Benoit et Plant&#233; et affirme la n&#233;cessit&#233; de respecter la libert&#233; d'association et d'expression. Mais il &#233;carte provisoirement M. Mosnier et Bardin de la direction de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bardin adjure l'assembl&#233;e des cadres de s'incliner, malgr&#233; l'injustice dont il est personnellement victime. Et la reprise du travail est d&#233;cid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'agitation ouvri&#232;re ne cesse pas. M. Ansay, le nouvel administrateur, ne peut prendre possession de ses fonctions. La presse communiste se d&#233;cha&#238;ne contre la r&#233;int&#233;gration des trois agents victimes de la calomnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 d&#233;cembre, le ministre, Robert Lacoste, re&#231;oit une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re et appelle* le -21 d&#233;cembre une d&#233;l&#233;gation des cadres. Il annonce &#224; celle-ci qu'il maintient sa d&#233;cision, que Bardin exercera les fonctions d'ing&#233;nieur-conseil et que Benoit et Plant&#233; attendront pour rentrer &#224; l'usine que l'agitation soit calm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette victoire incompl&#232;te montre que le droit est toujours impuissant devant la force.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conflit a donc &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;, selon les conclusions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Bardin est r&#233;int&#233;gr&#233;. Il est suspendu de ses fonctions de direction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il peut &#234;tre affect&#233;, &#224; des fonctions &#224; l'ext&#233;rieur, comme d'ailleurs M. Mosnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Plant&#233; et Benoit sont r&#233;int&#233;gr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur rentr&#233;e effective &#224; l'usine est diff&#233;r&#233;e jusqu'au vote du statut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Benoit pourra exercer ses fonctions de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plant&#233;, ne pouvant exercer ses fonctions de l'ext&#233;rieur, sera provisoirement pourvu des fonctions d'ing&#233;nieur-conseil, avec le m&#234;me traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution est vot&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par l'assembl&#233;e des cadres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Cadres, et Ing&#233;nieurs du 23 d&#233;cembre 1947 enregistre la proposition de r&#232;glement, du conflit Berliet &#233;manant du pr&#233;fet et ayant obtenu l'accord de l'administrateur et de la d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re au cours de l'entrevue du 22 d&#233;cembre 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e d&#233;clare que les cadres et techniciens ne sont plus en gr&#232;ve depuis le 10 d&#233;cembre 1947 et restent d&#233;cid&#233;s &#224; ex&#233;cuter les ordres de l'administrateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle consid&#232;re que la sanction concernant leurs trois camarades d&#233;l&#233;gu&#233;s ou responsables syndicaux constitue une profonde injustice.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la suite de cette r&#233;solution le travail reprend sans incident le mercredi 24 d&#233;cembre. L'arr&#234;t du travail aura dur&#233; du 4 novembre au 23 d&#233;cembre et la question du paiement des jours de gr&#232;ve n'est pas r&#233;gl&#233;e malgr&#233; que sa dur&#233;e soit imputable aux repr&#233;sentants du gouvernement impuissants &#224; faire respecter la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attitude de sa presse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fut connu, le conflit Berliet suscita un tr&#232;s gros int&#233;r&#234;t, non seulement en France, mais dans d'autres pays tels l'Angleterre, les &#201;tats-Unis. Aussi, quotidiens de toutes tendances et hebdomadaires publi&#232;rent-ils de nombreux articles. Bien entendu, le comit&#233; de gr&#232;ve n'est responsable que de ses propres communiqu&#233;s. La plupart des journaux eurent le souci d'informations exactes. Il faut cependant excepter, la presse d'extr&#234;me droite et la presse communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; et son succ&#233;dan&#233; lyonnais la Voix du Peuple se sont particuli&#232;rement distingu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de tout citer. Voici quelques extraits de la Voix du Peuple :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5-11-47. &#8212; &#171; Aux ordres du tra&#238;tre Berliet, pour d&#233;fendre les agents de Winckler, les cadres de l'usine provoquent une gr&#232;ve de sabotage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6-11-47, &#224; propos d'un buste de Marius Berliet qui portait l'inscription : &#171; A Marius Berliet, ses chefs de service &#187;, on lit : &#171; Ceux qui eurent cette id&#233;e lumineuse d'offrir un buste en reconnaissance au plus repr&#233;sentatif des patrons de combat lyonnais ne sont-ils pas. les m&#234;mes aujourd'hui qui suivent le directeur technique Bardin ? &#187; Le r&#233;dacteur ne dit pas que ce buste a &#233;t&#233; inaugur&#233; en 1920 au lendemain de la guerre au cours de laquelle les camions C. B. A. avaient rendu de grands services &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise. Les chefs de service de cette &#233;poque ont 27 ans de plus et ils ont tous fini de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait trop long de tout citer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cependant utile de dire que Cagne, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Union des M&#233;taux, au cours d'une r&#233;union tenue &#224; l'ext&#233;rieur de l'usine de V&#233;nissieux le 2'4 d&#233;cembre 1947, a affirm&#233; que Bardin, Benoit, Plant&#233;, avaient &#233;crit aux fournisseurs de Berliet pour arr&#234;ter les livraisons. Pour mieux faire absorber son mensonge, il brandissait une feuille que personne n'a vue, bien entendu : &#171; Non, les travailleurs des usines Berliet ne sont pas pr&#234;ts d'oublier non plus l'inf&#226;me lettre du 19 novembre &#233;crite par Bardin et ses acolytes aux fournisseurs, leur demandant d'interrompre leurs envois. &#187; Dans le m&#234;me article autre contre-v&#233;rit&#233; dirig&#233;e contre M. Ansay, le nouvel administrateur, qui a arr&#234;t&#233; l'usine pendant deux jours pour faire un inventaire, journ&#233;es qui seront d'ailleurs r&#233;cup&#233;r&#233;es : &#171; Ajoutons que cet inventaire est le premier qu'aient connu les &#201;tablissements Berliet, et que celte mesure ne fut pas jug&#233;e utile, m&#234;me lors de leur mise sous s&#233;questre. &#187;. En fait, &#224; la prise de gestion Mosnier, il y eut &#233;videmment un inventaire, contradictoirement avec un repr&#233;sentant de la famille Berliet. Chaque ann&#233;e, le 31 d&#233;cembre, il y a un Inventaire pour permettre d'arr&#234;ter le bilan et personne ne l'ignore, sauf le r&#233;dacteur de la Voix du Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revue de presse est &#233;c&#339;urante, mais il &#233;tait indispensable de la faire rapidement pour montrer comment on trompe le lecteur, comment on a tent&#233; de cr&#233;er une agitation dans la population pour essayer de faire pression sur les cadres. Ceux-ci ont fait appel, avec de faibles, moyens, aux travailleurs honn&#234;tes pour les appeler &#224; les aider dans' leur lutte pour que soit respect&#233; le droit syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats devant notre mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des ing&#233;nieurs et cadres Berliet ayant &#233;t&#233; une r&#233;action de d&#233;fense contre des exactions d&#233;termin&#233;es par la politisation de l'entreprise, il &#233;tait &#224; pr&#233;voir que certaines organisations syndicales, elles-m&#234;mes politis&#233;es, glisseraient sans appuyer sur un conflit qui les g&#234;nait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, dans la r&#233;gion lyonnaise, les sections d&#233;partementales C.G.T., C.F.T.C, C.G.C, ont, avec vigueur, appuy&#233; moralement et financi&#232;rement notre action, le comit&#233; de gr&#232;ve a d&#233;plor&#233; l'attitude passive au bureau national du S. N. C. I. M.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'osant toutefois d&#233;savouer un mouvement dont les raisons morales entra&#238;naient irr&#233;sistiblement la sympathie de tous, il l'ignora ou presque, se contentant de voter une motion que nous reproduisons ci-apr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le bureau du S. N. C. I. M., en attente d'&#233;l&#233;ments d'information pr&#233;cis qui nous permettront de prendre ult&#233;rieurement position sur les incidents Berliet, s'&#233;l&#232;ve unanimement contre le fait que des cadres sup&#233;rieurs puissent &#234;tre licenci&#233;s &#224; la suite d'une consultation par vote secret du personnel plac&#233; sous leurs ordres. Question de principe sur laquelle il ne saurait transiger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; &#233;l&#233;ments d'information &#187; n'&#233;taient sans doute pas encore rassembl&#233;s, puisque aucune prise de position n'a eu lieu sur les points essentiels, &#224; savoir : renvoi de trois cadres, d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux, &#224; la suite de comptes rendus de mandat ; renvoi arbitraire avec le motif, ill&#233;gal et scandaleux, par la forme qu'il a rev&#234;tue : des partisans ayant appliqu&#233;, par la force, une d&#233;cision obtenue d'un administrateur docile au m&#233;pris des garanties des d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venu &#224; Lyon, le 8 novembre, Stremez, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du S. N. C. I. M., n'apporta &#224; l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes qu'une solidarit&#233; r&#233;ticente, celle-ci s'appuyant uniquement sur les termes de la motion pr&#233;cit&#233;e qui feint d'ignorer les divers aspects d'une ill&#233;galit&#233; manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve Berliet regrette sinc&#232;rement, pour l'avenir du S. N. C. I. M., que son bureau national n'ait pas eu le sursaut d'indignation qui, par del&#224; les appartenances politiques, est le fait d'hommes libres, soucieux du respect de la dignit&#233; humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bureau de la section technique lyonnaise de l'Union syndicale des M&#233;taux (C. G. T.) a eu lui, malgr&#233; les circonstances d&#233;favorables, cette prise de conscience, qui honorera longtemps ceux qui ont eu le courage de s'y associer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union syndicale des M&#233;taux n'avait pourtant pas n&#233;glig&#233; de faire conna&#238;tre sa position. Ignorant sans doute que le S. N. C. I. M. appartient, comme elle, &#224; la F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux (C. G. T.) et qu'un diff&#233;rend, au surplus artificiellement cr&#233;&#233;, entre les cadres et les ouvriers devait &#234;tre r&#233;solu en son sein, elle inonda les entreprises de tracts inf&#226;mes et couvrit les murs de la ville d'affiches du m&#234;me ordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre est-ce l&#224;, ce que l'on comprend en disant que du &#171; man&#339;uvre &#224; l'ing&#233;nieur &#187; l'unit&#233; de pens&#233;e et d'action existe au sein de la C. G. T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve des ing&#233;nieurs et cadres Berliet laisse &#224; ceux qui l'ont d&#233;clench&#233;e la responsabilit&#233; d'une pareille action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence qu'il a observ&#233;, sur ces attaques, lui permet de demander aujourd'hui, avec force : &#171; O&#249; sont les diviseurs ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, qui ne d&#233;sagr&#233;geait pas le bloc des ing&#233;nieurs et cadres, l'inqui&#233;tude augmentait &#224; l'Union syndicale des M&#233;taux. Beaumont, t&#233;norino de la F&#233;d&#233;ration, fut d&#233;p&#234;ch&#233; &#224; Lyon. Il ne se haussera pas &#224; la compr&#233;hension objective du probl&#232;me. Peut-&#234;tre, au fait, ne le pouvait-il pas. Il isolera simplement le cas des trois cadres, les consid&#233;rant comme des ind&#233;sirables que les ouvriers rejettent ; opinion qu'il demandera d'ent&#233;riner. II. n&#233;gligera la solidarit&#233;, que l'unanimit&#233; ; des cadres leur manifeste ; il n&#233;gligera le fait essentiel du renvoi abusif de trois, d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux qui, s'il s'&#233;tait produit chez les ouvriers, aurait d&#233;termin&#233;, avec raison, une action d'envergure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ambroise Croizat vint lui-m&#234;me &#224; Lyon, non pour arbitrer le conflit entre des &#233;l&#233;ments appartenant tous &#224; la F&#233;d&#233;ration syndicale, qu'il dirige, mais pour exciter la passion partisane, de ses amis. A son tour &#8212; et avec quel &#233;clat &#8212; il d&#233;nonce la &#171; man&#339;uvre politique &#187; (! ?) de Bardin, Plant&#233; et Benoit dont le &#171; but &#233;vident est le retour des Berliet &#187; (! ?) et dont l'attitude rel&#232;ve du &#171; plan des adversaires de la xlasse ouvri&#232;re qui projet&#232;rent l'&#233;clatement de la C. G. T., en comptant sur la division des travailleurs ouvriers, techniciens et cadres &#187; (sic !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croizat dirigera une d&#233;l&#233;gation ouvri&#232;re au minist&#232;re de la Production industrielle, r&#233;clamant &#8212; lui, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux &#8212; le renvoi de trois responsables syndicaux de sa F&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous donnons ci-apr&#232;s le texte de la r&#233;solution vot&#233;e par la commission executive de la section d&#233;partementale du Rh&#244;ne du Syndicat national des cadres et ing&#233;nieurs de la M&#233;tallurgie (C. G. T.) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s avoir entendu les explications des d&#233;l&#233;gu&#233;s C. G. T. du comit&#233; de gr&#232;ve des ing&#233;nieurs et cadres Berliet, la commission executive de la section d&#233;partementale du Rh&#244;ne S. N. I. C. M. s'&#233;l&#232;ve contre le renvoi abusif de responsables syndicaux et d&#233;cide de demander &#224; toutes les sections syndicales d'entreprise de soutenir les camarades en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Proteste contre le fait que l'Union syndicale des Travailleurs de la m&#233;tallurgie lyonnaise prend position au nom des ouvriers pour le renvoi de trois cadres du S. N. C. I. M. et les proc&#233;d&#233;s de force qui furent employ&#233;s &#224; leur &#233;gard, accr&#233;ditant dans un tract public les calomnies visant &#224; diviser les ouvriers et les cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'&#233;tonne que notre F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux ne se soit pas &#233;lev&#233;e contre cette atteinte &#224; la libert&#233; syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Demande au bureau du S. N. C, I. M. d'intervenir d'urgence aupr&#232;s de toutes les sections d&#233;partementales pour d&#233;clencher une action de solidarit&#233; jusqu'&#224; satisfaction de leurs justes revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Enregistre la r&#233;solution vot&#233;e par le bureau du S. N. C. I. M. &#224; sa r&#233;union du 7 novembre et demande que cette r&#233;solution soit communiqu&#233;e au plus t&#244;t aux dirigeants de la F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux &#224; seule fin qu'il en soit tenu compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Demande que le cas de M. Mosnier syndiqu&#233; &#171; cadres &#187; ayant assist&#233; volontairement &#224; une assembl&#233;e d'information &#171; cadres Berliet &#187; soit examin&#233; par une commission de discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En effet, ce cadre sup&#233;rieur n'a voulu aucunement reviser sa position apr&#232;s le vote massif de 104 voix contre 2 abstentions (dont la sienne), mais a cru devoir porter le diff&#233;rend devant une assembl&#233;e d'ouvriers qui n'&#233;taient nullement inform&#233;s pour discuter de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violentes oppositions qui se sont manifest&#233;es entre organismes syndicaux, appartenant &#224; la m&#234;me F&#233;d&#233;ration, posent de graves probl&#232;mes de structure. La preuve est administr&#233;e que le mouvement syndical ing&#233;nieurs et cadres est trait&#233; en mineur au sein de la C. G. T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flattant s'il couronne une action ouvri&#232;re, on d&#233;chire ses militants &#224; belles dents si ceux-ci cessent d'&#234;tre des b&#233;ni-oui-oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les cadres et ing&#233;nieurs trouveront-ils le point d'&#233;quilibre ne les s&#233;parant pas de la masse ouvri&#232;re, et leur permettant une action propre, qui soit en m&#234;me temps efficace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, parall&#232;lement, cr&#233;eront-ils cette puissance de qualit&#233; qui les lib&#233;rera de la loi du nombre, lorsque celle-ci s'&#233;garera dans l'injustice et l'arbitraire, comme notre conflit en est l'illustration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadres devront-ils d'abord trouver le chemin de leur unit&#233; syndicale pour constituer la force capable de r&#233;soudre le probl&#232;me essentiel de la liaison avec les autres travailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est urgent aussi que l'&#233;lite qu'ils constituent puisse faire entendre loin et fort la voix s&#233;rieuse de leurs esprits libres et cr&#233;ateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasement de la hi&#233;rarchie est-il autre chose qu'un pi&#233;tinement des valeurs ? Ne paralyse-t-il pas les efforts, et les &#233;conomies apparentes ne masquent-elles pas d'&#233;normes pertes cach&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'incompr&#233;hension qu'on leur manifeste, les ing&#233;nieurs et cadres ne pourront forcer la place qu'on leur conteste s'ils n'ont pas un mouvement syndical uni et homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les probl&#232;mes de structure et d'or-ganisation doivent &#234;tre &#224; la pointe de leurs pr&#233;occupations actuelles. Il faut toutefois que soit bris&#233; le joug politique qui &#231;&#224; et l&#224;, les enserre et que seuls les soucis professionnels dans le cadre de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral servent de guides &#224; leur action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/12/25/l%E2%80%99experience-berliet-et-son-sabotage-par-les-politiciens-1948/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/12/25/l%E2%80%99experience-berliet-et-son-sabotage-par-les-politiciens-1948/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.herodote.net/La_CGT_lyonnaise_1944_1948-article-1731.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.herodote.net/La_CGT_lyonnaise_1944_1948-article-1731.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fresques.ina.fr/rhone-alpes/fiche-media/Rhonal00104/les-usines-berliet-a-lyon-ceux-qui-veulent-produire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fresques.ina.fr/rhone-alpes/fiche-media/Rhonal00104/les-usines-berliet-a-lyon-ceux-qui-veulent-produire.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre ouverte de Castoriadis aux militants du PCI et de la &#034;IV&#176; Internationale&#034;</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7862</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7862</guid>
		<dc:date>2025-04-16T22:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lettre ouverte aux militants du PCI et de la &#034;IV&#176; Internationale&#034; Socialisme ou Barbarie &lt;br class='autobr' /&gt;
28 f&#233;vrier 1949 &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre groupe s'est constitu&#233; en ao&#251;t 1946 en tant que tendance au sein du PCI, qui pr&#233;parait alors son III&#176; Congr&#232;s. Il a progressivement d&#233;velopp&#233; les positions qui se trouvent aujourd'hui expos&#233;es sous une forme syst&#233;matique, quoique succinte, dans ce premier num&#233;ro de Socialisme ou Barbarie, &#224; travers le III&#176; Congr&#232;s du P.C.I. (septembre 1946), sa conf&#233;rence nationale sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lettre ouverte aux militants du PCI et de la &#034;IV&#176; Internationale&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Socialisme ou Barbarie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 f&#233;vrier 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe s'est constitu&#233; en ao&#251;t 1946 en tant que tendance au sein du PCI, qui pr&#233;parait alors son III&#176; Congr&#232;s. Il a progressivement d&#233;velopp&#233; les positions qui se trouvent aujourd'hui expos&#233;es sous une forme syst&#233;matique, quoique succinte, dans ce premier num&#233;ro de Socialisme ou Barbarie, &#224; travers le III&#176; Congr&#232;s du P.C.I. (septembre 1946), sa conf&#233;rence nationale sur la question russe de juillet 1947, le IV&#176; Congr&#232;s du P.C.I. (novembre 1947), la Conf&#233;rence pr&#233;paratoire pour le congr&#232;s mondial de l'Internationale (mars 1948), le deuxi&#232;me Congr&#232;s mondial de la IV&#176; Internationale (avril 1948) et le V&#176; Congr&#232;s du P.C.I. (juillet 1948).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement id&#233;ologique, l'&#233;loignant de plus en plus des positions du trotskisme officiel, l'a men&#233; &#224; poser le probl&#232;me de la rupture avec celui-ci. Ce fut l'exp&#233;rience du V&#176; Congr&#232;s du P.C.I. qui nous amena &#224; prendre la d&#233;cision d&#233;finitive de cette direction. Ce Congr&#232;s d&#233;montra en effet d'une mani&#232;re irr&#233;vocable d'une part la d&#233;composition compl&#232;te de l'organisation trotskiste, son incapacit&#233; totale d'&#234;tre autre chose qu'une porte de passage pour des militants qui constamment entrent et sortent, et surtout sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique sans appel. Non seulement ce Congr&#232;s ent&#233;rinait d'un bout &#224; l'autre les d&#233;cisions opportunistes du Congr&#232;s de l'Internationale qui venait d'avoir lieu et les m&#233;thodes bureaucratiques qui y avaient pr&#233;sid&#233;, non seulement il ne protestait pas contre le nouveau cours de r&#233;forme du stalinisme entam&#233; par le Secr&#233;tariat international avec sa &#034;Lettre au P.C. yougoslave&#034;, mais il s'av&#233;rait incapable d'analyser l'exp&#233;rience de l'organisation fran&#231;aise, qui venait de subir une crise r&#233;duisant ses effectifs de moiti&#233; par la scission de la tendance droiti&#232;re qui est entr&#233;e au R.D.R. d&#232;s la constitution de celui-ci. Le Congr&#232;s d&#233;montrait m&#234;me que, &#224; part quelques tr&#232;s rares exceptions, les militants du P.C.I. &#233;taient profond&#233;ment d&#233;moralis&#233;s et incapables dans les conditions actuelles de progresser politiquement. Dans ces conditions, nous ne pouvions nous orienter que vers une rupture d&#233;finitive avec une organisation dont non seulement le programme et l'id&#233;ologie nous &#233;taient devenus compl&#232;tement &#233;trangers, mais qui ne pouvait m&#234;me pas nous offrir un terrain de progression politique et organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture nous devions cependant la pr&#233;parer, en posant les bases d'une existence autonome de notre groupe. Au Comit&#233; Central du P.C.I. d'octobre 1948, nous avons d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que nous refusions dor&#233;navant tout poste responsable et que nous militerions d&#233;sormais uniquement &#224; la base de l'organisation. Mais m&#234;me ceci n'a pu &#234;tre fait, &#224; cause aussi bien des exigences de la pr&#233;paration de notre travail autonome que de la d&#233;composition du P.C.I. lui-m&#234;me. Nous avons fait conna&#238;tre notre d&#233;cision de sortir du P.C.I. &#224; la session du Comit&#233; Central de janvier 1949, auquel nous avons demand&#233; de pouvoir nous expliquer devant une Assembl&#233;e de la r&#233;gion parisienne du parti et de publier une d&#233;claration politique dans le Bulletin int&#233;rieur du Parti. Le Comit&#233; Central nous a r&#233;pondu quelques jours apr&#232;s qu'il nous donnait trois pages dans le B.I. pour cette d&#233;claration. Sur la question de l'Assembl&#233;e R&#233;gionale nous n'avons pas jusqu'ici re&#231;u de r&#233;ponse. Dans ces conditions, et malgr&#233; notre d&#233;sir d'&#233;viter la publication de textes qui peuvent ne pas int&#233;resser certains des lecteurs, nous sommes oblig&#233;s de publier ici-m&#234;me cette d&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques mois, &#224; la derni&#232;re r&#233;union du C.C., apr&#232;s avoir expos&#233; notre conception de la situation et les t&#226;ches d'une organisation r&#233;volutionnaire, nous avons pr&#233;sent&#233; une d&#233;claration concernant l'attitude de nos camarades dans le Parti. Dans cette d&#233;claration, nous constations l'incompatibilit&#233; croissante entre le point de vue de notre tendance et celui de la majorit&#233; du C.C., comme aussi l'impossibilit&#233; d'associer les uns et les autres dans un travail commun de direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, d&#232;s le lendemain du V&#176; Congr&#232;s, dont le caract&#232;re nous a d&#233;finitivement &#233;clair&#233;, notre tendance a d&#233;cid&#233; unanimement de rompre avec l'organisation du P.C.I. Nous nous &#233;tions cependant fix&#233;s un d&#233;lai afin de consolider nos propres liens organisationnels et de pr&#233;parer un expos&#233; approfondi et document&#233; de l'ensemble de nos positions, avant de consommer cette rupture. En ce sens, nous avions engag&#233; nos camarades &#224; continuer &#224; militer dans le P.C.I. jusqu'au moment opportun. Mais l'extr&#234;me d&#233;cr&#233;pitude dans laquelle est tomb&#233;e l'organisation et qui fait de la pr&#233;sence dans le Parti une perte s&#232;che de temps et un p&#233;nible devoir, les exigences de notre propre travail de groupe autonome, enfin le sentiment bien compr&#233;hensible chez nos camarades qu'il y a une absurdit&#233; &#224; participer aux pr&#233;occupations et &#224; la vie des cellules lorsque celles-ci nous sont de plus en plus &#233;trang&#232;res, ces divers facteurs ont fait que la presque totalit&#233; des camarades de notre tendance ont cess&#233; d'eux-m&#234;mes de militer dans le P.C.I. et ont pr&#233;cipit&#233; ainsi notre sortie de fait de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous venons donner une forme politique &#224; cette rupture d&#233;finitive. Dans quelques jours, le premier num&#233;ro de Socialisme ou Barbarie , qui sera l'organe de notre groupe, va para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc temps de mettre les choses au point et de dissiper les &#233;quivoques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision que nous vous faisons conna&#238;tre aujourd'hui ne vous surprendra que tr&#232;s peu sans doute ; les d&#233;saccords auxquels nous &#233;tions parvenus et qui concernent pratiquement toutes les questions sur lesquelles il peut y avoir d&#233;saccord, impliquaient une rupture organisationnelle. Ces d&#233;saccords, s'ils se sont approfondis, ne sont cependant pas nouveaux ; mais outre le temps qu'il nous a fallu pour clarifier le caract&#232;re principiel de nos divergences, il nous a surtout fallu une exp&#233;rience longue pour constater que l'effondrement d&#233;finitif de l'organisation fran&#231;aise et l'&#233;tat sans espoir de l'organisation internationale qui ne permettent, ni l'un ni l'autre, pas m&#234;me un travail de fraction fructueux. Nous avons en plus compris qu'il devenait p&#233;rilleux de participer plus longtemps &#224; l'organisation. Dans cette petite machine qui tourne lentement &#224; vide nous pouvions craindre que nombre de nos camarades ne soient d'eux-m&#234;mes ensevelis sous la poussi&#232;re qui s'en d&#233;gage. Dans notre revue, les camarades qui voudront pourront trouver, num&#233;ro apr&#232;s num&#233;ro, l'exposition de nos conceptions. Mais n'ayant nullement l'envie de commencer une pol&#233;mique publique avec vous, il y a une t&#226;che que nous ne pouvons remplir que dans le cadre de cette lettre : faire la critique, pour nous d&#233;finitive, de votre politique, et dresser le bilan de la faillite du P.C.I. sur les plans id&#233;ologique, politique et organisationnel, plans que nous concevons comme &#233;troitement li&#233;s et n'exprimant, en d&#233;finitive, qu'une seule et m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup parl&#233; de la crise du P.C.I. et des th&#232;ses et contre-th&#232;ses ont &#233;t&#233; &#233;dict&#233;es &#224; ce sujet par les multiples fractions qui se sont succ&#233;d&#233; au sein du Parti. Pour certains, la crise venait du caract&#232;re sectaire du Parti, de son incapacit&#233; d'aller aux masses, de se m&#234;ler &#224; tous les &#233;l&#233;ments existants, de parler le langage que parlent les masses (stalinien ou r&#233;formiste) ; pour d'autres, la crise venait des militants, qui ne savaient pas se comporter selon les normes du &#034;Programme Transitoire &#034;, et ainsi un mea culpa leur &#233;tait p&#233;riodiquement propos&#233; (Privas) ; ou bien encore, la crise venait de la pr&#233;sence chronique des &#233;l&#233;ments opportunistes droitiers au sein de l'organisation qui emp&#234;chaient le Parti de consacrer ses efforts au travail vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces bavardages sur la crise du P.C.I. qui ont constitu&#233;, pendant des p&#233;riodes enti&#232;res, la principale activit&#233; de l'organisation se passent de commentaires. Pour nous, qui consid&#233;rons objectivement l'ensemble de l'activit&#233; de l'organisation trotskiste fran&#231;aise depuis bient&#244;t vingt ans, nous sommes forc&#233;s de voir que la &#034;crise&#034; n'est pas accidentelle, mais qu'elle constitue un trait d&#233;terminant de sa nature. Il y a une crise chronique, une crise permanente - dont les scissions ne repr&#233;sentent que des moments particuli&#232;rement caract&#233;ristiques - ou plus exactement, il n'y a pas de crise du tout, car parler de &#034;crise&#034; serait supposer l'existence d'un organisme qui fonctionne entre les crises, tandis que la caract&#233;ristique essentielle du trotskisme a &#233;t&#233; l'incapacit&#233; d'atteindre le niveau d'une organisation constitu&#233;e, l'incapacit&#233; radicale de parvenir &#224; l'existence. On ne peut pas se boucher les yeux au point de ne pas voir que le probl&#232;me fondamental pour le P.C.I., depuis sa fondation formelle, est celui de sa constitution. Force est de reconna&#238;tre que ce probl&#232;me, pos&#233; depuis quinze ann&#233;es, n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incapacit&#233; ne se comprend qu'&#224; partir d'une autre incapacit&#233; plus profonde, celle de trouver une base d'existence id&#233;ologique autonome . C'est parce que l'organisation trotskiste a &#233;t&#233; incapable de se s&#233;parer radicalement et organiquement du stalinisme, parce ce qu'elle est rest&#233;e, au mieux, qu'une opposition &#224; celui-ci, ou comme on l'a dit, un appendice du stalinisme, qu'elle n'a jamais pu se construire. La &#034;IV&#176; Internationale&#034; n'a pas conquis son autonomie, parce que celle-ci exigeait une critique radicale et une analyse d&#233;finitive de l'&#233;volution et de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'organisme dont elle proc&#233;dait, de la III&#176; Internationale. Ce n'est qu'&#224; partir de cette analyse et de la destruction radicale de l'id&#233;ologie stalinienne qu'elle aurait pu poser les fondements de sa propre existence. C'est ainsi que la III&#176; Internationale s'&#233;tait impos&#233;e, &#224; partir de la caract&#233;risation &#233;conomique et sociale exhaustive de la II&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quel sens le stalinisme correspond-il &#224; un nouveau stade de l'&#233;conomie mondiale ? Quels sont les couches dont il repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts ? Quels liens unissent-ils les partis staliniens avec la soci&#233;t&#233; bureaucratique russe ? Quel est le r&#244;le de la politique stalinienne, engag&#233;e dans la lutte &#224; la fois contre la bourgeoisie poss&#233;dante et contre le prol&#233;tariat ? Le trotskisme n'a pas abord&#233; ces questions, il n'a cess&#233; de consid&#233;rer le stalinisme comme un &#034;parti ouvrier collaborant avec la bourgeoisie&#034;, s'agrippant &#224; cette d&#233;finition chaque jour d&#233;mentie par les faits et s'interdisant de faire comprendre quoi que ce soit &#224; l'avant-garde ouvri&#232;re. ; il est apparu et fut effectivement un parent aboyeur du stalinisme employant une phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire mais restant dans le fond son partenaire (comme le montrent ses mots d'ordre fondamentaux de &#034;d&#233;fense inconditionnelle de l'U.R.S.S.&#034; et de &#034;Gouvernement P.C.-P.S.-C.G.T.&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit ici de rappeler les propositions que, dans La V&#233;rit&#233; , Pierre Frank adressait &#224; Staline (!) en vue d'un accord pour la meilleure d&#233;fense de l'U.R.S.S. ; il suffit de rappeler la politique suivie avec pers&#233;v&#233;rance par la direction du P.C.I. sur la question gouvernementale, par le mot d'ordre &#034; Gouvernement P.C.-P.S.-C.G.T.&#034;, forme supr&#234;me et en m&#234;me temps la plus criminelle du front unique avec le stalinisme. Voici comment s'exprimait &#224; ce sujet le repr&#233;sentant le plus qualifi&#233; de cette direction, Privas (B.I. n&#176;37, d&#233;cembre 1946) : &#034; La question de notre soutien politique au gouvernement P.C.-P.S.-C.G.T. se pose. Il est (ce soutien) conditionn&#233; par la loyaut&#233; de ce gouvernement envers le programme anticapitaliste et envers les masses. S'il applique r&#233;ellement un tel programme, s'il fait r&#233;ellement appel &#224; l'action et &#224; l'organisation des masses, nous lui accorderons notre confiance ; quant &#224; notre participation, elle ne pourrait se poser qu'apr&#232;s qu'il aurait prouv&#233; qu'il m&#233;rite notre confiance et qu'il poursuivrait son action de destruction de l'appareil d'Etat bourgeois. Il serait tout &#224; fait faux aujourd'hui, avant d'avoir vu les dirigeants des partis traditionnels &#224; l'&#339;uvre, de nous engager. De toute fa&#231;on, notre participation &#224; la lutte des masses contre la bourgeoisie et ses forces de r&#233;pression est acquise &#224; l'avance sans condition.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on laisse de c&#244;t&#233; la sauce &#034;r&#233;volutionnaire&#034;, le contenu de ce texte est clair : en d&#233;cembre 1946, la direction trotskiste &#034; n'a pas encore vu les dirigeants&#034; staliniens et r&#233;formistes &#224; l'&#339;uvre ! Elle ignore ce qui va se passer lorsque les staliniens seront au pouvoir ! Ce pouvoir, par ailleurs, elle l'appelle par son agitation quotidienne : &#034;Gouvernement P.C.-P.S.-C.G.T.&#034;, inscrit sur les murs, titr&#233; dans La V&#233;rit&#233; . Mais attention : elle l'appelle, elle dit aux masses qu'il faut l'instaurer, mais elle ne le soutient pas : elle ne le soutient que s'il &#034;applique r&#233;ellement un programme anticapitaliste&#034;. Que r&#233;pond-elle aux ouvriers qui, &#233;tonn&#233;s, lui demandent : comment, vous demandez un tel gouvernement et vous ne le soutenez pas ? Myst&#232;re. Elle r&#233;pond peut-&#234;tre : nous le soutiendrons s'il applique tel ou tel programme. Vous ne savez donc pas quel programme le P.C. au pouvoir est capable de r&#233;aliser ? Peut-on concevoir que le P.C. au pouvoir applique un programme &#034;faisant appel &#224; l'action et &#224; la mobilisation des masses&#034; ? Et s'il le peut, en principe, alors pourquoi constituer des nouveaux partis et ne pas essayer de persuader le P.C. d'appliquer ce &#034;programme r&#233;volutionnaire&#034; ? Et &#224; quoi rime cette distinction entre les conditions du soutien et les conditions de participation &#224; un tel gouvernement, qui dans le texte de Privas reviennent exactement au m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas vider par la cuiller de la critique l'oc&#233;an d'une telle imb&#233;cillit&#233;. Il nous suffit de constater qu'&#224; travers leurs mots d'ordre les plus courants, les dirigeants trotskistes montrent non seulement qu'ils n'ont rien compris &#224; la r&#233;alit&#233; actuelle, mais qu'au fond d'eux-m&#234;mes cette &#034;direction r&#233;volutionnaire de l'humanit&#233;&#034; ne s'est jamais prise au s&#233;rieux et qu'elle consid&#232;re que les t&#226;ches r&#233;volutionnaires pourraient tr&#232;s bien &#234;tre accomplies par le stalinisme. Nous verrons plus loin que ce point a beaucoup plus d'importance encore qu'il n'en para&#238;t avoir &#224; premi&#232;re vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce collage &#233;perdu au stalinisme se traduit encore non seulement par le fait que toute l'agitation et la propagande du P.C.I. est &#224; chaque coup d&#233;finie en fonction du stalinisme (le P.C. dit ceci ? Alors il faut r&#233;pondre cela ; le P.C. fait-il tel &#034;tournant&#034; ? Alors il faut le mettre au pied du mur, etc.) mais essentiellement par la politique de front Unique avec le stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte que la tendance &#034;trotskiste-orthodoxe&#034; (majorit&#233; actuelle du P.C.I. et de la IV&#176; Internationale) a men&#233; contre la conception que la &#034;droite&#034; d&#233;fendait sur le Front Unique, n'a &#233;t&#233; que la couverture id&#233;ologique d'une rivalit&#233; de clan et un moyen de faire passer en d&#233;finitive des conceptions non moins opportunistes. Laissant m&#234;me de c&#244;t&#233; les questions de la &#034;d&#233;fense de l'U.R.S.S.&#034; et du gouvernement stalino-r&#233;formiste, nous ne pouvons que constater que dans l'essentiel la politique du P.C.I. (1946-1947) et la politique que la direction actuelle a men&#233;e par la suite sont identiques. L'incapacit&#233; radicale de se distinguer des staliniens, l'essai de pr&#233;senter les staliniens comme des r&#233;formistes, le ridicule m&#234;me d'un &#034;Front Unique&#034; dans lequel, s'il venait &#224; se r&#233;aliser, le P.C. serait tout et le P.C.I. rien, ont &#233;t&#233; les caract&#233;ristiques de toutes les campagnes de La V&#233;rit&#233; sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ressouder le front prol&#233;tarien&#034;, comme le r&#233;p&#232;te constamment la direction, refuser de le laisser se diviser en deux blocs, le bloc stalinien qui suit Moscou et le bloc r&#233;formiste qui suit Washington, voil&#224; ce qui nous est pr&#233;sent&#233; aujourd'hui comme l'h&#233;ritage essentiel de la tactique l&#233;niniste. C'est tout simplement cacher au prol&#233;tariat que le P.C. et le P.S. ne sont pas des partis ouvriers, que leur politique n'est pas &#034;fondamentalement fausse&#034;, comme le dit stupidement la th&#232;se majoritaire pour le V&#176; Congr&#232;s, mais qu'elle repr&#233;sente des int&#233;r&#234;ts sociaux hostiles &#224; ceux du prol&#233;tariat. Quand la majorit&#233; actuelle dit que la tactique du Front Unique est une &#034;arme de d&#233;limitation politique&#034; (m&#234;me th&#232;se), nous retrouvons l&#224; le m&#234;me argument, et avec les m&#234;mes mots, que la &#034;droite&#034; mettait en avant lorsqu'elle avait la direction et que les majoritaires n'ont jamais combattu que verbalement, comme le prouve cette d&#233;claration typiquement opportuniste de Bleibtreu, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti (rapport politique au Comit&#233; Central du 31 mars 1946) : &#034;En d&#233;veloppant notre programme de lutte de classes nous mettons en lumi&#232;re la trahison stalinienne et r&#233;formiste. Une d&#233;limitation particuli&#232;re est superflue et ne peut prendre que la forme de l'antistalinisme, qui nous fait perdre l'oreille des masses.&#034; (!) (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le collage au stalinisme et la parent&#233; profonde avec celui-ci se manifestent aussi sur d'autres points, encore plus importants. Le plus essentiel, parmi ceux-ci, c'est peut-&#234;tre l'incapacit&#233; d'impulser un regroupement ouvrier autonome, et m&#234;me l'hostilit&#233; mal cach&#233;e vers de telles formes de regroupements que la direction du P.C.I. a manifest&#233;e vis-&#224;-vis des rares Comit&#233;s de Lutte qui sont apparus en 1947. Le P.C.I. a simplement tent&#233; de faire de ces Comit&#233;s de Lutte des annexes trotskistes, les emp&#234;chant de jouer leur r&#244;le de regroupement des ouvriers d'avant-garde en dehors des partis. L'orientation obstin&#233;e vers les syndicats traditionnels (alors qu'il s'est av&#233;r&#233; impossible de construire une tendance r&#233;volutionnaire dans les syndicats bureaucratis&#233;s) ne fait que traduire la volont&#233; de maintenir les ouvriers dans les organisations traditionnelles, o&#249; ils peuvent &#234;tre contr&#244;l&#233;s. Le but du P.C.I. n'est pas d'impulser la cr&#233;ation d'organes autonomes de la classe, mais de prendre dans les syndicats la rel&#232;ve du P.C. C'est dans ce sens qu'il faut interpr&#233;ter certains passages essentiels de la th&#232;se majoritaire du V&#176; Congr&#232;s : &#034;Le rapport de forces internes &#224; la classe ouvri&#232;re implique que si m&#234;me le parti a une juste ligne politique, c'est seulement dans des secteurs limit&#233;s qu'il peut disputer le contr&#244;le de la direction aux staliniens. &#034; Et encore : &#034;L'avant-garde stalinienne est sensibilis&#233;e &#224; notre programme r&#233;volutionnaire, ce qui ne signifie nullement qu'elle est pr&#234;te &#224; passer sous le contr&#244;le de notre parti .&#034; (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Egalement significative est l'obstination de la direction du P.C.I. &#224; voir l'avant-garde r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re dans l'avant-garde stalinienne : &#034;Dans son ensemble, la classe ouvri&#232;re ou plut&#244;t les &#233;l&#233;ments d&#233;terminants de celle-ci ne voient pas d'autre direction politique que celle du P.C.F.&#034; (m&#234;me th&#232;se). La direction du P.C.I. ne veut pas simplement dire par l&#224; que les ouvriers staliniens, par le seul fait qu'ils se battent, constituent l'avant-garde - ce qui serait d&#233;j&#224; faux - elle veut surtout dire que l'avant-garde stalinienne, parce qu'elle lutte derri&#232;re un parti aussi bien organis&#233; que le P.C., est infiniment plus int&#233;ressante que les &#233;l&#233;ments anarchistes ou gauchisants mais sans parti qui s'insurgent actuellement contre toute forme de bureaucratisation et ne sont nullement &#034;pr&#234;ts &#224; passer sous le contr&#244;le du P.C.I.&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut &#233;galement r&#233;v&#233;ler l'opportunisme et l'abandon du marxisme r&#233;volutionnaire devant les conceptions &#034;th&#233;oriques&#034; de la direction troskiste. Disons tout de suite que le mot &#034;th&#233;orique&#034; est fort exag&#233;r&#233; &#224; ce propos, car depuis la mort de Trotski ses &#233;pigones n'ont fait que vulgariser, rabaisser et vider de tout contenu l'h&#233;ritage de celui-ci et le marxisme en g&#233;n&#233;ral. Il est &#233;tonnant de constater que, pendant dix ans, ces &#034;dirigeants&#034; ont &#233;t&#233; incapables de produire autre chose que des articles illisibles, r&#233;barbatifs et remplis de plates banalit&#233;s pour les &#034;Bulletins Int&#233;rieurs&#034;, et qu'ils enseignent aux ouvriers qui adh&#232;rent &#224; la &#034;IV&#176; Internationale&#034; une bouillie boukharinienne pr&#233;sent&#233;e comme du &#034;marxisme&#034;. Force est, cependant, d'essayer d'extraire de toutes ces platitudes un semblant de conception d'ensemble, pour appr&#233;cier &#224; sa juste valeur l'id&#233;ologie trotskiste officielle entre 1940 et 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la situation historique du capitalisme, la direction du P.C.I. et de la &#034; IV&#176; Internationale&#034; en rest&#233;e &#224; l'analyse que L&#233;nine faisait de l'imp&#233;rialisme en 1915, et souvent m&#234;me en de&#231;&#224; de celle-ci. Pour L&#233;nine, l'imp&#233;rialisme &#233;tait n&#233; de la concentration continue des forces productives (du capital et du travail) et cette concentration amenait la suppression graduelle de la concurrence. Mais cette concentration ne s'est pas arr&#234;t&#233;e en 1915, comme toutes les conceptions de la majorit&#233; du P.C.I. le supposent ; elle a continu&#233; en s'amplifiant et en prenant des nouvelles formes, dont la fusion des diff&#233;rents monop&#244;les eux-m&#234;mes, la fusion progressive du capital et de l'Etat, les nationalisations en France et surtout en Angleterre, l'&#233;tatisation compl&#232;te de l'&#233;conomie sous l'&#233;gide d'une bureaucratie exploiteuse (comme dans toute la zone russe), la vassalisation de l'Europe et de l'ensemble des pays bourgeois par l'imp&#233;rialisme yankee ne sont que des aspects particuliers. Tous ces ph&#233;nom&#232;nes, qui sont pr&#233;cis&#233;ment les traits caract&#233;ristiques de l'&#233;poque concr&#232;te dans laquelle nous vivions et qui la distinguent des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes, sont ignor&#233;s par la majorit&#233; ou consid&#233;r&#233;s comme d&#233;nu&#233;s d'importance. A la suite de quoi ses &#034;analyses&#034; de la situation actuelle se ravalent fatalement au niveau d'un journalisme provincial. Ainsi, par exemple, lorsqu'il s'agissait de la caract&#233;risation de la crise du capitalisme &#224; l'issue de la Deuxi&#232;me guerre mondiale, la majorit&#233; n'a pu faire autre chose que de citer les niveaux de la production, voulant &#034;prouver&#034; cette crise par le fait que la production des pays capitalistes n'avait pas rattrap&#233; ses chiffres d'avant-guerre (cf. th&#232;se de la majorit&#233; pour les III&#176; et IV&#176; Congr&#232;s du P.C.I.). Ce qui est encore plus ridicule, les raisons qu'elle donnait pour la baisse de la production &#233;taient de raison au fond conjoncturelles. Lorsque nous avons montr&#233; (dans un texte de mai 1947 et plus amplement dans notre th&#232;se pour le IV&#176; Congr&#232;s du P.C.I.) que les chiffres de la production mondiale avaient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; ceux d'avant-guerre, et que le moteur de la crise du capitalisme &#233;tait &#224; chercher ailleurs (dans la disproportion du d&#233;veloppement &#233;conomique entre l'Europe et l'Am&#233;rique, dans la dislocation du march&#233; mondial), lorsque la production europ&#233;enne elle-m&#234;me d&#233;passa ses chiffres d'avant-guerre, alors les leaders majoritaires ont &#233;crit (th&#232;se de la majorit&#233; pour le Ve Congr&#232;s) : &#034;La crise objectivement r&#233;volutionnaire n&#233;e de la guerre n'est pas termin&#233;e. Elle ne le serait que lorsque la bourgeoisie aurait r&#233;ussi &#224; r&#233;tablir une nouvelle division du travail, un nouveau march&#233; mondial&#8230;&#034;, en montrant par l&#224; qu'ils n'avaient rien compris &#224; l'affaire, car ce qui est pr&#233;cis&#233;ment le fond de la situation actuelle est qu'une telle restauration d'un &#034;march&#233;&#034; mondial capitaliste est impossible, et que la seule possibilit&#233; &#034;d'&#233;quilibre&#034; pour les classes exploiteuses se trouve dor&#233;navant dans la domination d'un seul imp&#233;rialisme sur l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si L&#233;nine constatait que le monopole supprime la concurrence, ce n'&#233;tait pas pour des prunes, ni par amour du d&#233;tail pittoresque. Suppression de la concurrence signifie suppression du march&#233; capitaliste mondial au sens &#233;tabli de ce terme ; parler de &#034;r&#233;tablissement d'un nouveau march&#233; mondial&#034; signifie vouloir renverser la tendance dominante de l'&#233;volution capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple significatif, c'est l'attitude de la majorit&#233; devant le &#034;Plan Marshall&#034;. Face &#224; celui-ci, tout ce que son marxisme lui inspira, fut de dire &#034;qu'en tout cas il ne porterait ses effets qu'&#224; partir de 1949&#034; ! Quels seraient ces effets ? Le capitalisme pourrait-il atteindre une &#034;stabilisation relative&#034; par le plan Marshall ? A d&#233;faut de celle-ci, des nouveaux rapports &#233;conomiques entre l'Europe et l'Am&#233;rique &#233;taient-ils &#233;tablis, les imp&#233;rialismes europ&#233;ens pourraient-ils maintenir dans ce cadre leur ind&#233;pendance ? Sur toutes ces questions d'une importance th&#233;orique et pratique extr&#234;me, le silence le plus complet continue &#224; r&#233;gner dans les textes de la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous touchons ici un point th&#233;orique important. Pour L&#233;nine, l'essence de l'imp&#233;rialisme consistait en ce que plusieurs ou au moins deux blocs imp&#233;rialistes rivaux &#233;taient constamment en lutte (&#034;pacifique&#034; ou violente) pour un nouveau partage du monde. Que se passe-t-il maintenant ? Pour la majorit&#233;, la Russie n'est pas un Etat imp&#233;rialiste mais un &#034;Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#034; qu'il faut d&#233;fendre. Dans le reste du monde, on voit difficilement les Fran&#231;ais ou les Anglais, m&#234;me dans l'avenir le plus lointain, partir en guerre contre les U.S.A. Nous avons donc un seul bloc imp&#233;rialiste dor&#233;navant ! Comment ceci est-il conciliable avec l'analyse l&#233;niniste de l'imp&#233;rialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour la direction trotskiste actuelle, ce sont l&#224; des subtilit&#233;s indignes d'attention. Tout ce qu'elle demande, c'est qu'on ne trouble pas son sommeil id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas non plus nous &#233;tendre sur nos divergences avec la majorit&#233; sur la question russe, divergences qui sont assez connues dans le P.C.I. Mais il est n&#233;cessaire d'exposer clairement la signification de l'attitude de la majorit&#233; du point de vue du marxisme et de la lutte de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la majorit&#233;, la Russie est un &#034;Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#034; qu'il faut d&#233;fendre &#034;inconditionnellement&#034;. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie tout d'abord que la majorit&#233; identifie la monopolisation totale des forces productives par une classe sociale (la bureaucratie russe), sous le couvert de l'&#233;tatisation, avec la collectivisation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour la majorit&#233;, la bureaucratie n'est pas une &#034;classe&#034; mais une &#034;caste parasitaire&#034;. Et ceci parce que la bureaucratie ne fait que participer &#224; la r&#233;partition du produit &#233;conomique russe, sans avoir une place propre dans les rapports de production. Qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement, une rupture avec le fondement de l'&#233;conomie politique marxiste, pour laquelle &#034;production&#034; et &#034;r&#233;partition&#034; ne sont que deux aspects ins&#233;parables d'un seul processus. Il n'y a de revenu, selon Marx, que dans la mesure o&#249; il y a rapport de production. D'ailleurs d&#233;j&#224; Adam Smith savait ce que Germain , Frank, etc., ignorent : que salaire, profit et rente, en tant que &#034;revenus&#034;, sont indissolublement li&#233;s au travail, au capital et &#224; la terre en tant que &#034;facteurs de production&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie aussi la r&#233;pudiation la plus compl&#232;te de la conception de Marx et de L&#233;nine sur l'Etat : en effet, selon cette conception, la monstrueuse croissance totalitaire de l'Etat bureaucratique russe ne peut que traduire une division de la soci&#233;t&#233; en classes et une opposition entre ces classes qui va en s'aggravant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la bureaucratie ne peut pas &#234;tre classe dans un seul pays, se plaint la majorit&#233;. En effet, elle ne le peut pas. La preuve, c'est qu'apr&#232;s cette guerre-ci, la bureaucratie est arriv&#233; au pouvoir dans la plupart des pays d'Europe centrale et balkanique, et qu'elle est en train de s'installer au pouvoir en Chine. Les r&#233;actions de la majorit&#233; face &#224; l'&#233;volution dans les pays de la zone russe sont franchement du domaine de l'arlequinade. Elles se r&#233;sument dans cette constatation &#233;tourdissante : dans les pays du &#034;Glacis&#034;, la bourgeoisie traditionnelle reste classe dominante ! Que cette bourgeoisie n'existe plus, qu'elle ait &#233;t&#233; enterr&#233;e depuis longtemps, qu'on soit en train de liquider ses derniers survivants (Mindszenty, etc.), ceci ne change rien &#224; l'affaire pour la majorit&#233;. Pr&#233;servons nos sch&#233;mas et que le monde p&#233;risse, voil&#224; sa devise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me en laissant de c&#244;t&#233; l'importance th&#233;orique &#233;norme de tous ces points, il est impossible de passer sous silence la signification politique de cette attitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel, en effet, n'est pas seulement que tout ceci signifie une capitulation politique et id&#233;ologique devant le stalinisme. L'essentiel est que par ces positions, le P.C.I. et la &#034;IV&#176; Internationale&#034; deviennent des instruments suppl&#233;mentaires de la mystification des masses. Avoir cette attitude signifie en fait : justifier par des sophismes l'exploitation et l'oppression ; enseigner aux masses sous pr&#233;texte d'arguments &#034;objectifs&#034; (le caract&#232;re &#034;progressif&#034; de l'&#233;tatisation et de la planification) d'accepter d'&#234;tre exploit&#233;es, pourvu que ce soit sous des formes &#034;socialistes&#034; ; pr&#233;parer pour demain une nouvelle d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la R&#233;volution russe, et, plus concr&#232;tement, r&#233;cup&#233;rer une partie de l'avant-garde d&#233;&#231;ue par le stalinisme et l'emp&#234;cher de saisir la v&#233;ritable signification de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction objective de la &#034;IV&#176; Internationale&#034; comme instrument suppl&#233;mentaire de la mystification des masses est apparue avec toute la clart&#233; possible lorsque a &#233;clat&#233; l'affaire Tito. L&#224;, dans la fameuse &#034;lettre ouverte du Secr&#233;tariat de la IVe Internationale au Parti Communiste Yougoslave&#034;, s'est exprim&#233;e pleinement la v&#233;ritable ligne politique du trotskisme actuel, orient&#233; vers le redressement et non pas vers la destruction r&#233;volutionnaire des partis staliniens et du stalinisme en g&#233;n&#233;ral. Cette ligne voulait se justifier par une s&#233;rie de mensonges, plus cyniques les uns que les autres, et par l'id&#233;alisation honteuse du r&#233;gime d'exploitation que Tito et sa clique bureaucratique imposent aux ouvriers et aux paysans yougoslaves. Ainsi, la seule chose - &#224; peu pr&#232;s - que l'on trouvait critiquable dans le r&#233;gime de Tito, c'&#233;taient&#8230; les d&#233;corations qu'il distribue &#224; ses g&#233;n&#233;raux ! A part cela, Tito r&#233;coltait une s&#233;rie de louanges (comme ayant &#034;r&#233;solu la question nationale&#034;, etc.) et on laissait entendre qu'il suffirait d'une d&#233;cision du Comit&#233; Central du P.C. yougoslave pour que celui-ci se transforme en parti r&#233;volutionnaire et pour que le pouvoir de Tito devienne un Etat ouvrier (non d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, sans doute, celui-l&#224;). Cependant, jusqu'&#224; la veille, le trotskisme officiel avait constamment expliqu&#233; que la Yougoslavie restait un Etat &#034;fondamentalement capitaliste&#034;. Que s'&#233;tait-il pass&#233; ? La r&#233;v&#233;lation publique d'une lutte entre deux cliques bureaucratiques, celle de Moscou et celle de Belgrade, lutte qui, dans les coulisses, se poursuivait depuis longtemps, suffisait donc pour transformer dans l'espace d'une nuit la Yougoslavie et la bureaucratie titiste . Elle suffisait de toute fa&#231;on pour que la direction trotskiste pi&#233;tine ses propres &#034;analyses&#034; ant&#233;rieures et qu'elle adopte cette position paradoxale, que le pouvoir et le parti dirigeant en Yougoslavie, &#034;Etat capitaliste&#034;, menaient une lutte &#034;progressive&#034; contre le pouvoir et le parti dirigeant en Russie, qui, cependant, comme tout le monde le sait, est un &#034;Etat ouvrier&#034;. Elle suffisait aussi pour que la direction trotskiste foule aux pieds la constatation fondamentale, mille fois faite par Trotski et sur laquelle se base l'existence de la &#034;IV&#176; Internationale&#034;, &#224; savoir que le stalinisme dans son ensemble et chaque parti stalinien pris s&#233;par&#233;ment sont irredressables, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de nouveaux partis r&#233;volutionnaires dans tous les pays. Elle suffisait enfin pour que la direction trotskiste viole compl&#232;tement le principe de toute politique r&#233;volutionnaire qui est d'enseigner toujours la v&#233;rit&#233; &#224; la classe et &#224; son avant-garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des points les plus instructifs de l'ensemble de l'affaire fut de voir la plus grande partie de la majorit&#233; du P.C.I. fran&#231;ais, qui se d&#233;solidarisait en paroles de l'attitude du Secr&#233;tariat International, non seulement s'abstenir de toute lutte politique v&#233;ritable contre cette orientation ultra-opportuniste, mais contribuer positivement, au cours du Comit&#233; Ex&#233;cutif International d'octobre, &#224; enterrer l'affaire. Cette triste com&#233;die prouve encore une fois l'insinc&#233;rit&#233; politique et la complicit&#233; de clan qui r&#232;gnent dans les directions trotskistes actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire Tito a prouv&#233;, pour nous, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence irr&#233;m&#233;diable du trotskisme actuel et le r&#244;le positivement nocif qu'il joue dans la lutte pour la d&#233;mystification du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que tous les ouvriers avanc&#233;s posent avec angoisse actuellement, c'est la question de la nature des partis &#034;communistes&#034; staliniens et de leur politique. Apr&#232;s avoir longtemps h&#233;sit&#233;, les &#233;pigones de Trotski sont enfin, en 1947, arriv&#233;s &#224; donner une r&#233;ponse &#034;th&#233;orique&#034; &#224; cette question : le stalinisme est un &#034;r&#233;formisme de type nouveau&#034;. A moins que le &#034;type nouveau&#034; dans cette phrase - et ces &#034;th&#233;oriciens&#034; n'ont jamais expliqu&#233; ce qu'ils entendaient par l&#224; - ne signifie &#034;type non r&#233;formiste&#034;, la stupidit&#233; de cette affirmation saute aux yeux. Ces intr&#233;pides &#034;marxistes&#034; ont perdu toutes les occasions, jour apr&#232;s jour, de nous expliquer comment un nouveau r&#233;formisme sans r&#233;formes peut na&#238;tre &#224; l'&#233;poque de la crise mortelle de la d&#233;mocratie capitaliste, comment et pourquoi ce &#034;r&#233;formisme&#034; est arriv&#233; &#224; exproprier la bourgeoisie dans tous les pays de la zone russe, comment et pourquoi il arrive aujourd'hui &#224; bouleverser la structure sociale de la Chine, mais, chose encore plus grave, ils ont aussi perdu l'occasion de jamais montrer aux masses, que le stalinisme et sa lutte contre la bourgeoisie obnubilent, pourquoi la destruction effective de la bourgeoisie dans les pays o&#249; les Partis &#034;communistes&#034; prennent le pouvoir ne signifie nullement une lib&#233;ration sociale, mais l'installation d'un r&#233;gime d'exploitation et d'oppression au moins aussi lourd que celui de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison profonde de ces lamentables contradictions est celle-ci : le trotskisme actuel nie qu'il y ait un probl&#232;me de la bureaucratie ; il nie que la bureaucratie repr&#233;sente une formation sociale ind&#233;pendante, qu'elle exploite pour son propre compte le prol&#233;tariat dans les pays o&#249; elle prend le pouvoir, qu'elle tend &#224; prendre le pouvoir dans tous les pays. Sous cette forme, le probl&#232;me de la vraie lutte contre la bureaucratie n'existe pas pour lui. L'objectif du prol&#233;tariat pour le trotskisme actuel est rest&#233; ce qu'il &#233;tait il y a un si&#232;cle : exproprier la bourgeoisie. Mais cet objectif commence &#224; &#234;tre r&#233;alis&#233; - non pas par le prol&#233;tariat, mais par la bureaucratie. Cela, le trotskisme ne peut pas le reconna&#238;tre, car le reconna&#238;tre signifierait que l'existence d'une &#034;IVe Internationale&#034;, ayant comme programme essentiel l'expropriation de la bourgeoisie, deviendrait sans objet, puisque ce programme est, en fait, celui que le stalinisme a et r&#233;alise constamment. Ne pouvant reconna&#238;tre ce fait fondamental, la &#034;IV&#176; Internationale&#034; non seulement est oblig&#233;e de mentir constamment sur la v&#233;ritable activit&#233; du stalinisme, mais aussi d'affubler celui-ci de caract&#233;ristiques imaginaires. Ceci fournit l'explication de conceptions comme &#034;stalinisme = r&#233;formisme&#034;, 'pays de la zone russe = pays bourgeois&#034;, &#034;Russie = Etat ouvrier&#034; qu'il faut d&#233;fendre&#034;, etc. Ceci explique aussi pourquoi la &#034;IV&#176; Internationale&#034;, sur la base de son programme et de son id&#233;ologie , est incapable de mener la t&#226;che fondamentale d'une organisation r&#233;volutionnaire &#224; la p&#233;riode actuelle, qui est d'expliquer et de clarifier aux masses que l'objectif de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne peut &#234;tre simplement l'expropriation de la bourgeoisie et la &#034;planification&#034;, mais l'abolition aussi bien de la bourgeoisie que de la bureaucratie, la suppression de la distinction entre dirigeants et ex&#233;cutants dans l'&#233;conomie et dans la soci&#233;t&#233;, la gestion propre de l'&#233;conomie par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me attitude de bavardages vides s'exprime dans la &#034;position&#034; de la direction trotskiste sur la question de la perspective de la guerre. Depuis le mois de mars 1948, o&#249; notre tendance a expliqu&#233; devant le Parti pourquoi la perspective d'une troisi&#232;me guerre mondiale est inscrite objectivement dans la r&#233;alit&#233; avec une n&#233;cessit&#233; absolue, comme un moment crucial exprimant la tendance vers la concentration mondiale des forces productives entre les mains d'un seul imp&#233;rialisme, nous avons vu, avec &#233;tonnement et d&#233;go&#251;t, les &#034;th&#233;oriciens&#034; majoritaires s'en prendre &#224; l'id&#233;e de la guerre &#224; venir, ind&#233;pendamment de tout contexte th&#233;orique et se livrer &#224; une basse d&#233;magogie contre nous en d&#233;clarant que la guerre n'&#233;tait pas &#034;fatale&#034;, que nous &#233;tions d&#233;faitistes par rapport &#224; la r&#233;volution, etc. Le passage consacr&#233; &#224; cette question dans la th&#232;se de la majorit&#233; pour le V&#176; Congr&#232;s du P.C.I. est assez &#233;loquent par lui-m&#234;me : &#034;Il est &#233;vident qu'en l'absence de r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse, la guerre, en fin de compte, est in&#233;luctable, mais il reste &#224; fixer les d&#233;lais et les rythmes&#8230; la guerre mondiale est l'aboutissement de tout un processus &#233;conomique et social dont les cha&#238;nons les plus importants sont la disparition du danger r&#233;volutionnaire imm&#233;diat (d&#233;faites ou acceptation de la guerre) et l'impasse &#233;conomique, conditions qui, aujourd'hui, ne sont pas encore r&#233;alis&#233;es. De plus, la bureaucratie du Kremlin conserve sa politique de cohabitation pacifique et pr&#233;f&#232;re un compromis &#224; une politique de force. Les derniers &#233;v&#233;nements diplomatiques le montrent. Sans exag&#233;rer la port&#233;e de ceux-ci ni cacher la difficult&#233; d'un tel compromis, nous ne nous trouvons pas face &#224; une guerre imminente.&#034; Sans insister sur le plan o&#249; se situe la discussion, juste au niveau d'un mauvais journalisme, il faut noter le caract&#232;re artificiel et gratuit de ces affirmations volontairement ambigu&#235;s et brouill&#233;es. Quels sont les &#034;d&#233;lais et les rythmes&#034; qu'il s'agit de fixer ? Depuis quand l'analyse marxiste des tendances fondamentales de l'&#233;volution est-elle remplac&#233;e par des pr&#233;visions m&#233;t&#233;orologiques sur le temps des jours &#224; venir ? En quoi l'impasse &#233;conomique n'est-elle pas r&#233;alis&#233;e ? Et comment cette id&#233;e se concilie-t-elle avec la conception qui est &#224; la base de toutes les th&#232;ses majoritaires, selon lesquelles &#034;le capitalisme n'a pas r&#233;ussi &#224; d&#233;passer sa crise issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale&#034; ? Pourquoi la guerre n'est-elle possible qu'apr&#232;s la d&#233;faite du prol&#233;tariat ? Quelle fut, par exemple, cette d&#233;faite en 1914 ? O&#249;, dans quel pays, y a-t-il un &#034;danger r&#233;volutionnaire imm&#233;diat&#034; ? Pourquoi la bureaucratie stalinienne pr&#233;f&#232;re-t-elle (le mot est admirable) un compromis ? Est-ce que la guerre est affaire de &#034;pr&#233;f&#233;rences&#034; des cliques dominantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons rien trouv&#233; d'autre dans les &#034;analyses&#034; des &#233;pigones de Trotski que ces descriptions journalistiques, ces affirmations gratuites, ces pr&#233;occupations artificielles, car coup&#233;es de tout contenu r&#233;el, de tout point de vue de classe : mont&#233;e ou recul, offensive de la bourgeoisie ou du prol&#233;tariat, guerre ou pas guerre. Il est facile de voir qu'un journaliste bourgeois s&#233;rieux est beaucoup plus profond dans ses analyses que ces &#034;marxistes&#034;. Il n'y a rien d'&#233;tonnant l&#224;-dedans : la bourgeoisie se place &#224; un point de vue qui est r&#233;el, car il exprime les int&#233;r&#234;ts d'une classe qui repr&#233;sente une r&#233;alit&#233; sociale. De ce point de vue, les &#034;th&#233;oriciens&#034; trotskistes ne repr&#233;sentent rien ; ayant depuis longtemps abandonn&#233; le marxisme, qui pouvait, &#224; d&#233;faut d'un contact avec la masse ouvri&#232;re, leur donner un point de vue objectif sur la r&#233;alit&#233;, ils ne sont en d&#233;finitive qu'un minuscule appendice de la bureaucratie stalinienne, dont ils aident le travail de mystification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la construction d'une organisation r&#233;volutionnaire, la direction du P.C.I., apr&#232;s avoir lourdement ironis&#233; sur &#034;l'intellectualisme&#034; de ceux qui, comme nous, voulaient mettre l'&#233;ducation des militants au premier plan des t&#226;ches, d&#233;couvre maintenant l'importance de ce secteur, en oubliant toutefois que pour &#233;duquer les autres, il faut d'abord &#234;tre &#233;duqu&#233; soi-m&#234;me. D'autre part, fixer &#224; l'organisation des objectifs sans aucun rapport ni avec ses possibilit&#233;s, ni surtout avec les n&#233;cessit&#233;s de l'heure, telle cette agitation large, superficielle et permanente que s&#232;me la direction trotskiste depuis des ann&#233;es, signifie que l'on se soucie beaucoup plus de maintenir la fiction, mieux : le bluff d'un &#034;Parti&#034; (qui en fait n'est qu'un groupe extr&#234;mement restreint et politiquement plus que faible) que de faire du travail r&#233;volutionnaire efficace dans le cadre des possibilit&#233;s existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous r&#233;sumer, il est clair que nous divergeons avec le trotskisme actuel &#224; peu pr&#232;s sur tous les points sur lesquels une divergence est possible, &#224; savoir sur l'&#233;volution historique depuis 1914, sur le programme de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, sur la situation actuelle et sur les t&#226;ches imm&#233;diates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, si nous quittons aujourd'hui le trotskisme ce n'est pas sur la simple base de &#034;d&#233;saccords&#034; si importants et si nombreux soient-ils ; c'est sur la base plus profonde d'une prise de conscience du r&#244;le de celui-ci dans le mouvement ouvrier et de son incompatibilit&#233; avec l'avant-garde r&#233;volutionnaire. Depuis dix ans le trotskisme tire un immense ch&#232;que sans provision sur la m&#233;moire de Trotski et le prestige du bolchevisme. Par sa phras&#233;ologie, il attire &#224; lui les ouvriers d'avant-garde mais ne leur fournit aucun &#233;l&#233;ment qui leur permette de comprendre le sens de leur &#233;poque et de lutter contre la bureaucratie ; tout au contraire, sa politique &#224; l'&#233;gard de l'U.R.S.S. et du stalinisme jette ces ouvriers dans le d&#233;sarroi et les conduit &#224; la d&#233;moralisation. L'immense roulement qui s'op&#232;re dans les rangs du parti depuis des ann&#233;es est en lui-m&#234;me significatif. Comme nous l'&#233;crivions dans notre texte de mars 1948, &#034;la IV&#176; est un rouage dans la machine de mystification du prol&#233;tariat. Tout se passe comme si son r&#244;le consistait &#224; r&#233;cup&#233;rer l'avant-garde qui &#233;chappe aux partis tra&#238;tres et &#224; lui masquer le probl&#232;me de son &#233;mancipation des bureaucrates en lui pr&#233;sentant le mythe de l'&#226;ge d'or bolchevique. Ce r&#244;le appara&#238;t mat&#233;riellement sur le terrain organisationnel o&#249; l'on voit se r&#233;aliser une tragique consommation des ouvriers d'avant-garde qui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; attir&#233;s par la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire des partis trotskistes, sont &#233;puis&#233;s par le travail pratique, r&#233;duits au r&#244;le d'ex&#233;cutants des couches intellectuelles et finalement rejet&#233;s apr&#232;s &#233;puisement hors de l'organisation, perdus le plus souvent pour tout travail politique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; nous, nous avons tir&#233; les le&#231;ons qu'il convenait de tirer de notre exp&#233;rience au sein du P.C.I. Nous avons le sentiment que pour la premi&#232;re fois se d&#233;tache du trotskisme un groupe qui prend conscience de la mystification de celui-ci sur un plan total et qui se cristallise non pas sur une analyse de d&#233;tail mais sur une conception d'ensemble de la soci&#233;t&#233; actuelle et de la dynamique historique. Nous ne partons pas pour nous rallier &#224; quelque mouvement centriste du type R.D.R. ou pour rentrer chez nous, mais pour jeter les fondements d'une future organisation r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne. Ceux qui, encore au sein du P.C.I., d&#233;couvriront plus tard que nous sommes dans la voie juste sauront nous rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saluts communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 28 f&#233;vrier 1949&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maurice Thorez en 1945-1947 : un dirigeant &#171; ouvrier &#187; au service de la bourgeoisie</title>
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		<dc:date>2024-06-18T22:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Maurice Thorez en 1945-1947 : un dirigeant &#171; ouvrier &#187; au service de la bourgeoisie &lt;br class='autobr' /&gt;
REPONSE, EN SEPTEMBRE 1945, DE LA &#171; LUTTE DE CLASSES &#187; (BARTA) AU &#171; PRODUIRE D'ABORD, REVENDIQUER ENSUITE &#187; du MINISTRE ET DIRIGEANT DU PCF MAURICE THOREZ : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#234;me si l'ouvrier courbe enti&#232;rement l'&#233;chine, l'&#233;conomie capitaliste ne peut m&#234;me plus revenir &#224; son niveau d'avant-guerre. Sur le revenu national p&#232;sent, outre les b&#233;n&#233;fices capitalistes, les d&#233;penses parasitaires de l'Etat, pour l'arm&#233;e, pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Maurice Thorez en 1945-1947 : un dirigeant &#171; ouvrier &#187; au service de la bourgeoisie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;REPONSE, EN SEPTEMBRE 1945, DE LA &#171; LUTTE DE CLASSES &#187; (BARTA) AU&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; PRODUIRE D'ABORD, REVENDIQUER ENSUITE &#187; du MINISTRE ET DIRIGEANT DU PCF MAURICE THOREZ :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me si l'ouvrier courbe enti&#232;rement l'&#233;chine, l'&#233;conomie capitaliste ne peut m&#234;me plus revenir &#224; son niveau d'avant-guerre. Sur le revenu national p&#232;sent, outre les b&#233;n&#233;fices capitalistes, les d&#233;penses parasitaires de l'Etat, pour l'arm&#233;e, pour l'immense bureaucratie de deux millions de fonctionnaires, pour la police, officielle et secr&#232;te, pour les groupements paramilitaires, etc. Mais la population, elle, vit et continuera &#224; vivre mis&#233;rablement (comme en Allemagne ou en Italie apr&#232;s l'autre guerre). En fin de compte la &#171; r&#233;animation &#187; de l'industrie ne ferait que d&#233;clencher au bout de peu de temps tous les anciens maux que les ouvriers connaissent : la crise dite de &#171; surproduction &#187; (l'impuissance des producteurs d'acheter ce qu'ils ont produit), par suite le ch&#244;mage, la paup&#233;risation, la ruine des &#171; classes moyennes &#187;, et pour finir de nouvelles guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BATAILLE DE LA PRODUCTION... CONTRE LES OUVRIERS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le marasme de l'&#233;conomie toutes les voix &#034;autoris&#233;es&#034; ne d&#233;couvrent qu'un seul rem&#232;de pour en sortir : l'intensification de l'effort de production de la part des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'attitude des dirigeants ouvriers dans cette question d&#233;cisive ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis un certain temps, le P.C.F. m&#232;ne une campagne acharn&#233;e devant le public ouvrier avec le th&#232;me suivant : &#034;le seul devoir des ouvriers, c'est de produire&#034;. Le 22 juillet &#224; Waziers, Thorez a reproch&#233; aux mineurs leurs &#034;efforts insuffisants&#034;, il s'est &#233;lev&#233; contre la &#034;crise de moralit&#233;&#034;, contre la &#034;paresse&#034; et la &#034;ti&#233;deur&#034;. Le 14 ao&#251;t, il rappelait &#224; l'intention des ouvriers et des paysans que &#034;tout citoyen oisif est un fripon&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On avait l'habitude d'entendre ces paroles de la part des cur&#233;s et des contrema&#238;tres, mais non de la part des chefs ouvriers. Mais Thorez les justifie en disant aux ouvriers qu'en travaillant avec acharnement ils gagneront la bataille de la production &#034;contre les trusts&#034;, et permettront au pays de vivre et de se relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trusts, explique, par ailleurs, Thorez, par leurs b&#233;n&#233;fices exag&#233;r&#233;s, leurs plans anti-populaires, l'administration r&#233;actionnaire qu'ils contr&#244;lent, et par leur sabotage, emp&#234;chent le rel&#232;vement de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il donc arriver &#224; cette conclusion inattendue que le travail acharn&#233; des ouvriers dans une &#233;conomie enti&#232;rement domin&#233;e par les trusts (ce que L'Humanit&#233; illustre tous les jours), puisse vaincre cet obstacle ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les marchandises produites par le labeur acharn&#233; des ouvriers sont la propri&#233;t&#233; des capitalistes, qui en disposent &#224; leur gr&#233;. Thorez pourrait-il citer un seul exemple d'un kilo de marchandises &#233;chappant au contr&#244;le des capitalistes fran&#231;ais et internationaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie d&#233;pend avant tout de la direction qu'on lui donne. En r&#233;gime capitaliste, les ouvriers, quoique producteurs, ne connaissent ni le plan de la production, ni la destination des marchandises, ni les sources de mati&#232;res premi&#232;res. Tout d&#233;pend du capitaliste poss&#233;dant qui r&#232;gle la production en fonction de son profit personnel. De ce fait les efforts des diff&#233;rentes branches de production et de chaque capitaliste en particulier ne tiennent aucun compte des besoins g&#233;n&#233;raux et ne se r&#232;glent pas en fonction de ceux-ci. C'est la concurrence entre capitalistes qui est le &#034;r&#233;gulateur&#034; de la production qui, de ce fait, aboutit &#224; l'anarchie, &#224; la limitation et m&#234;me &#224; la destruction directe des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rivalit&#233; capitaliste aboutit &#224; la supr&#233;matie de groupes de capitalistes sur d'autres ; &#224; l'heure actuelle toute l'&#233;conomie capitaliste est sous la coupe des banquiers de New-York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie capitaliste fran&#231;aise, apr&#232;s s'&#234;tre &#034;nourrie&#034; jusqu'&#224; maintenant des commandes de guerre, n'a pas, pour d&#233;marrer sur de nouvelles bases, un plan de production et de reconstruction destin&#233; &#224; relever rapidement le niveau de vie des masses. Le seul facteur qui entre en ligne de compte c'est la marge des profits, ce qui fait qu'avant m&#234;me d'avoir reconstruit l'&#233;conomie ruin&#233;e, les grands monopoles industriels cherchent &#224; se m&#233;nager par l'exportation, face aux concurrents, leurs positions internationales (colonies, march&#233;s &#233;trangers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me cas se pr&#233;sente par exemple pour l'Angleterre, o&#249; la situation &#233;conomique n'est pas la m&#234;me qu'en France et o&#249; pourtant les chefs &#034;socialistes&#034; font les m&#234;mes appels au travail acharn&#233; des ouvriers (malgr&#233; l'existence d&#233;j&#224; d'un million de ch&#244;meurs), parce qu'une concurrence acharn&#233;e se pr&#233;pare entre monopoleurs internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour tenir t&#234;te &#224; la concurrence internationale, tout en conservant sa marge de profit, le capital fran&#231;ais doit compresser au maximum le salaire des ouvriers, leur enlevant ainsi leur pouvoir d'achat pour les biens qu'ils produiront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie capitaliste, apr&#232;s avoir ruin&#233; la soci&#233;t&#233;, se d&#233;bat dans des contradictions inextricables. Est-ce &#233;tonnant qu'on ne voie que la paga&#239;e et la stagnation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si l'ouvrier courbe enti&#232;rement l'&#233;chine, l'&#233;conomie capitaliste ne peut m&#234;me plus revenir &#224; son niveau d'avant-guerre. Sur le revenu national p&#232;sent, outre les b&#233;n&#233;fices capitalistes, les d&#233;penses parasitaires de l'Etat, pour l'arm&#233;e, pour l'immense bureaucratie de 2 millions de fonctionnaires, pour la police, officielle et secr&#232;te, pour les groupements paramilitaires, etc. Mais la population, elle, vit et continuera &#224; vivre mis&#233;rablement (comme en Allemagne ou en Italie apr&#232;s l'autre guerre).&lt;br class='autobr' /&gt;
En fin de compte la &#034;r&#233;animation&#034; de l'industrie ne ferait que d&#233;clencher au bout de peu de temps tous les anciens maux que les ouvriers connaissent : la crise dite de &#034;surproduction&#034; (l'impuissance des producteurs d'acheter ce qu'ils ont produit), par suite le ch&#244;mage, la paup&#233;risation, la ruine des &#034;classes moyennes&#034;, et pour finir de nouvelles guerres !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans leur lutte pour comprimer le niveau de vie des masses, les capitalistes rencontrent forc&#233;ment la r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re, qui se traduit par des gr&#232;ves, comme au mois de mai dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivant au jour le jour et sans aucun souci de l'avenir du prol&#233;tariat, &#034;compr&#233;hensifs&#034; des n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;conomie capitaliste, les bureaucrates syndicalistes et politiques de la classe ouvri&#232;re lui avaient lanc&#233; la formule : &#034;travailler d'abord, revendiquer ensuite&#034;, qui n'a cependant rencontr&#233; aucun succ&#232;s aupr&#232;s des ouvriers. C'est alors que les bureaucrates ouvriers ont cru trouver une formule plus astucieuse : &#034;travailler c'est gagner la bataille de la production contre les trusts&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque pour les capitalistes, ma&#238;tres de la production, l'ouvrier n'est qu'une marchandise utilis&#233;e &#224; leur gr&#233;, puisque d'autre part la classe ouvri&#232;re &#233;tant la classe productrice essentielle (avec les paysans) est la seule qui puisse diriger l'&#233;conomie, conform&#233;ment &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de toute la population, le r&#244;le des dirigeants ouvriers, s'ils ne sont pas des tra&#238;tres, ce n'est pas d'inciter les ouvriers au travail, mais de les appeler &#224; dresser avant tout un barrage contre l'anarchie et l'exploitation capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas renverser les capitalistes du jour au lendemain, diront les bureaucrates ouvriers, et en attendant il faut que la population vive, donc que les ouvriers travaillent sous la direction des capitalistes. Admettons-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces pr&#233;tendus chefs se soucient-ils au moins de donner aux masses ouvri&#232;res la possibilit&#233; de dresser des obstacles &#224; l'anarchie des trusts et &#224; leur toute puissance ? Se soucient-ils de leur indiquer la voie vers le renversement des monopoleurs capitalistes ? Pas un mot l&#224;-dessus dans tous les discours de Thorez et autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Si la r&#233;action sabote, l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re est de produire&#034;, dit Thorez. Mais si les capitalistes sont des saboteurs, et que seul le labeur des ouvriers fait vivre le pays, comment admettre que ceux-ci n'aient pas le droit de savoir o&#249; le poss&#233;dant achemine l'entreprise, pourquoi dans un endroit il r&#233;duit la production et chasse les ouvriers, pourquoi dans un autre il allonge la semaine de travail, comment il fixe les prix, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Thorez combat effectivement les trusts en m&#234;me temps qu'il demande aux ouvriers de nouveaux sacrifices, des semaines de travail de 50 et de 54 heures, pourquoi n'exige-t-il pas au nom de la classe ouvri&#232;re le droit au contr&#244;le ouvrier de la production, pourquoi ne l'organise-t-il pas pratiquement dans chaque usine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment vaincre le sabotage ? Par le travail ou par le contr&#244;le ouvrier ? Sans le contr&#244;le sur les capitalistes, si les ouvriers travaillent 10 heures au lieu de 8, cela n'emp&#234;chera pas que leur travail soit sabot&#233;, ou que le patron ferme l'usine si son int&#233;r&#234;t le lui dicte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le ouvrier de la production, voil&#224; un premier obstacle r&#233;el au pillage capitaliste, au &#034;d&#233;sordre et &#224; la gabegie&#034; que d&#233;nonce L'Humanit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commencer par abolir le &#034;secret commercial&#034;, par contr&#244;ler la r&#233;partition de la main-d'oeuvre et le plan de production dans chaque entreprise (pourquoi on produit tel type plut&#244;t que tel autre, etc.), pour aboutir &#224; l'&#233;laboration d'un plan &#233;conomique national, en tenant compte des int&#233;r&#234;ts des travailleurs et non des exploiteurs, est-ce l&#224; une t&#226;che insurmontable pour la classe ouvri&#232;re qui a derri&#232;re elle tant d'ann&#233;es de lutte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;masquer les manipulations financi&#232;res des banques, qui p&#232;sent sur toute la population, d&#233;terminer la part que pr&#233;l&#232;vent les capitalistes sur le revenu national, r&#233;v&#233;ler le gaspillage effroyable de travail humain, cons&#233;quence de l'anarchie capitaliste, et qui en imposant aux ouvriers des conditions de travail mis&#233;rables voue &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence l'&#233;l&#233;ment principal de la production, &#224; savoir la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me, ces t&#226;ches n'incombent-elles pas aux Comit&#233;s d'usine &#233;lus par tous les ouvriers, qui peuvent faire appel, en tant que conseillers, aux sp&#233;cialistes honn&#234;tes et d&#233;vou&#233;s au peuple (comptables, statisticiens, ing&#233;nieurs, savants, etc.) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne soulevant devant les ouvriers aucun de ces probl&#232;mes, les bureaucrates ouvriers prouvent leur abandon. Ils oublient de dire qu'en r&#233;gime capitaliste les longues heures de travail signifient pour les ouvriers se mettre &#224; la merci des capitalistes, abandonner toute possibilit&#233; de participation &#224; la vie politique, de s'organiser, de s'instruire en vue de leur &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aux ouvriers eux-m&#234;mes, en se d&#233;fendant pied &#224; pied et quotidiennement contre les attaques patronales, en maintenant leurs revendications, en renouvelant les responsables syndicaux d'usine et en les obligeant &#224; &#233;largir leurs fonctions et leur action, de ne pas se laisser &#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le r&#233;gime actuel &#8211; disait L&#233;nine &#8211; m&#234;me si les choses y suivent le cours le plus pacifique, impose in&#233;vitablement et toujours &#224; la classe ouvri&#232;re d'innombrables sacrifices. Des milliers et des dizaines de milliers d'hommes dont toute la vie est employ&#233;e &#224; cr&#233;er des richesses pour les autres, p&#233;rissent de faim et de privations perp&#233;tuelles, meurent pr&#233;matur&#233;ment de maladies caus&#233;es par des conditions impossibles de travail, par des logements mis&#233;rables et par le manque de repos. Et cent fois m&#233;rite le nom de h&#233;ros celui qui aime mieux mourir dans la lutte d&#233;clar&#233;e avec les d&#233;fenseurs et les gardiens de ce r&#233;gime ignoble, que s'&#233;teindre de la mort lente d'une rosse abrutie, &#233;puis&#233;e et servile.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez aux mineurs : produire, encore produire, toujours produire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1936, ce fut l'explosion dans les fosses contre le syst&#232;me Bedaux et le salaire individuel. Le &#171; Bedaux &#187; fut supprim&#233; par les conventions collectives de 1936. Celles-ci avaient &#233;galement introduit une clause dite de salaire minimum, auquel avait droit tout mineur. Apr&#232;s le Front populaire, les compagnies devaient amorcer progressivement un retour aux anciennes m&#233;thodes de rationalisation et sous l'occupation allemande le &#171; Bedaux &#187; fit sa r&#233;apparition. Ce fut une des causes de la gr&#232;ve de mai-juin 1941. L&#233;gitimement, les mineurs attendaient que le &#171; Bedaux &#187; et son corollaire, le salaire au rendement individuel, soient supprim&#233;s apr&#232;s la Lib&#233;ration. Dans le cahier de revendications des mineurs de Lens &#233;tabli le 21 septembre 1944, l'abolition du &#171; salaire aux pi&#232;ces &#187; figure en t&#234;te de la liste des dix-huit dol&#233;ances formul&#233;es, avant m&#234;me le ravitaillement et les augmentations de salaire (Libert&#233; 22 septembre 1944).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;ception fut totale. Non seulement le salaire au rendement ne fut pas supprim&#233; mais il fut institutionnalis&#233; dans le statut du mineur en 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s janvier 1945, un syst&#232;me de primes au rendement est introduit : la CGT a beaucoup de mal &#224; justifier cette mesure. L. Delfosse explique dans La Tribune : &#171; La prime &#224; la tonne est aussi une iniquit&#233;, nous le savons, nous luttons contre cela. Mais malgr&#233; tout, il faut que le charbon sorte de nos puits pour finir la guerre &#187; (La Tribune 3 f&#233;vrier 1945). Apr&#232;s la guerre, les mineurs ne voient toujours rien venir : primes et salaires aux pi&#232;ces sont justifi&#233;s maintenant par &#171; la bataille de la production &#187;. Demander aux mineurs, au nom de la patrie et du rel&#232;vement national, de produire avec les m&#234;mes m&#233;thodes, quasiment les m&#234;mes chefs, &#233;tait une gageure que seules des organisations qui &#171; encadraient &#187; solidement les masses pouvaient r&#233;ussir. Quand le salaire individuel &#224; la t&#226;che est officiellement adopt&#233;, le PCF ne m&#233;nage pas sa propagande pour le faire accepter. En f&#233;vrier 1946, M. Thorez descend dans une fosse d'Auby (Nord) pour faire l'&#233;loge du retour aux anciennes m&#233;thodes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puisqu'il faut du charbon, beaucoup de charbon, il faut appliquer &#224; l'extraction les proc&#233;d&#233;s scientifiques et m&#233;caniques. Il faut introduire certaines m&#233;thodes... il en est qui disent : mais vous n'avez pas toujours dit cela, vous &#233;tiez contre autrefois. Pardi, si nous &#233;tions contre : &#233;videmment. Mais maintenant qu'il s'agit de r&#233;aliser les proc&#233;d&#233;s avec le concours des mineurs eux-m&#234;mes, afin d'all&#233;ger leur peine et am&#233;liorer leur salaire, nous sommes pour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, plus besoin d'&#234;tre complex&#233;, d'&#234;tre trait&#233; de &#171; maca &#187;. Thorez souffle la r&#233;ponse en cas d'insulte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut r&#233;solument r&#233;pondre &#224; ceux qui vous disent &#171; vous &#234;tes des &#8220;macas&#8221; &#187; : &#171; vous n'avez pas le sens du prol&#233;tariat. &#187; Un &#171; maca &#187; autrefois, c'&#233;tait en effet celui qui travaillait pour le compte d'un patron contre ses camarades. Est-ce la m&#234;me situation maintenant dans les Houill&#232;res ? Les Houill&#232;res, c'est &#224; vous mineurs, chers camarades. Il ne faut pas l'oublier, c'est au pays, c'est nous les Houill&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res r&#233;voltes de mineurs contre des syst&#232;mes de paiement individuel remontaient au Second Empire : la revendication d'un salaire collectif et plus &#233;galitaire fut paradoxalement &#171; enterr&#233;e &#187; par la gauche au nom du productivisme sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent minimis&#233;es par l'histoire, les flamb&#233;es de gr&#232;ves de la premi&#232;re moiti&#233; de 1945 sont les t&#233;moins du d&#233;sarroi de la corporation. D&#233;clench&#233;es en dehors du syndicat, ces gr&#232;ves &#233;clatent le plus souvent spontan&#233;ment, sans qu'on puisse d&#233;celer de leader v&#233;ritable. D'autres t&#233;moignent de l'ascendant d'un d&#233;l&#233;gu&#233;-mineur, encore proche des aspirations issues de la R&#233;sistance, en opposition avec les mots d'ordre de la CGT. La CGT et le PCF y voient syst&#233;matiquement l'&#339;uvre des socialistes qui tentent de les d&#233;border sur leur gauche, tant&#244;t l'action sournoise d'anciens &#171; chartistes &#187; qui les d&#233;bordent sur la droite. &#171; Une gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e en dehors du syndicat est toujours condamnable, mais quand elle compromet le salut de la patrie et le succ&#232;s d'une exp&#233;rience &#233;conomique et sociale, elle devient un crime &#187; (La Tribune 2 mars 1945).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1945, par exemple beaucoup de mineurs (plus de 50 %) refusent de travailler le premier dimanche de l'ann&#233;e pour compenser le Jour de l'An. L'inspecteur des Renseignements g&#233;n&#233;raux note dans son rapport :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne faut pas voir dans le grand nombre d'abstentions enregistr&#233;es un mouvement de gr&#232;ve qui aurait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par des &#233;l&#233;ments extr&#233;mistes et ayant pour but de faire aboutir des revendications, mais plut&#244;t une manifestation du d&#233;sir de la majorit&#233; des ouvriers de ne pas travailler le dimanche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 18 f&#233;vrier, c'est un d&#233;l&#233;gu&#233;-mineur de B&#233;thune qui incite ses camarades &#224; ne pas travailler : &#171; Comment, leur dit-il, vous n'avez pas de ravitaillement et vous travaillez le dimanche ; vous feriez mieux de rester chez vous &#187;. Le PCF riposte aussit&#244;t : &#171; Nous demandons que ce saboteur du travail et de la production soit chass&#233; de notre si&#232;ge et que des sanctions &#233;nergiques soient prises contre ce mauvais Fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadres syndicaux ont du mal &#224; convaincre les mineurs : du 18 au 23 avril une gr&#232;ve des ouvriers du fond &#233;clate &#224; Dourges (Pas-de-Calais). Ils demandent &#171; l'&#233;puration de cadres et de la ma&#238;trise ayant d&#233;ploy&#233; un r&#244;le favorable au gouvernement de Vichy et l'augmentation des prix de t&#226;che de certaines tailles &#187;. Dans un premier temps, les ouvriers d&#233;cident de continuer malgr&#233; l'intervention du d&#233;l&#233;gu&#233; CGT. Le 22 avril, Ren&#233; Six, un dirigeant de la CGT, vient r&#233;p&#233;ter aux mineurs &#171; que la gr&#232;ve avait assez dur&#233; et que chacun devait tout mettre en &#339;uvre pour la rel&#232;ve du pays &#187;. A ce moment &#171; la foule hostile &#224; la reprise du travail manifeste son m&#233;contentement par des cris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre d&#233;l&#233;gu&#233; intervient, sans doute plus habilement, et dit &#171; qu'il est enti&#232;rement d'accord avec les revendications, mais que la guerre est l&#224; &#187;. Un nouveau vote a lieu et finalement une majorit&#233; se prononce pour la reprise du travail. Chaque semaine on enregistre un mouvement qui gagne parfois les fosses voisines : autant de coups de col&#232;re, vite enray&#233;s, mais qui finissent par inqui&#233;ter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin, la situation s'est nettement aggrav&#233;e &#224; la suite des mouvements qui ont r&#233;cemment affect&#233; tout le bassin minier. Si l'on tient compte des journ&#233;es perdues lors des f&#234;tes de la victoire, il en r&#233;sulte une diminution importante du tonnage de charbon extrait. Par ailleurs le rendement moyen par ouvrier continue &#224; baisser r&#233;guli&#232;rement (rapport du pr&#233;fet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de ces gr&#232;ves, des troubles manquent de d&#233;g&#233;n&#233;rer, comme &#224; Lourches ou &#224; Drocourt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire a &#233;t&#233; &#233;vit&#233; de justesse, pour un oui, pour un non, des ordres de cesser le travail sont propag&#233;s &#224; l'insu des f&#233;d&#233;rations. Et les chefs syndicaux qui risqueraient de s'y opposer se trouveraient d&#233;bord&#233;s. Des entretiens personnels avec ces derniers me permettent de penser que cette crainte n'est pas vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT laisse percer son impatience :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et maintenant il faudrait stopper. Partout des d&#233;l&#233;gu&#233;s viennent au si&#232;ge r&#233;clamer plus de savon. On s'en occupe mais de jeunes indisciplin&#233;s font gr&#232;ve pour cela &#224; Drocourt. Jeunes, r&#233;fl&#233;chissez ! &#187; (La Tribune 22 avril 1945).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du PCF s'inqui&#232;te suffisamment de son c&#244;t&#233; pour envoyer des dirigeants sur le carreau de la mine. A. Lec&#339;ur t&#233;moigne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque fois &#233;videmment il ne fallait pas que nous soyons d&#233;bord&#233;s. Pendant le congr&#232;s du Parti qui s'est tenu &#224; Strasbourg, il y avait une gr&#232;ve. Il fallait que je m'en occupe pour faire reprendre le travail. Un jeudi matin, j'&#233;tais arriv&#233; au Bureau politique qui commen&#231;ait &#224; 9 heures. A 9 heures 30, on apporte un petit billet &#224; M. Thorez. Thorez me fait signe : il y avait une gr&#232;ve &#224; Calonne ou &#224; Li&#233;vin, je ne sais plus. Il me dit : vas-y tout de suite. J'ai quitt&#233; le Bureau politique. J'ai pris le train. Pourtant il y avait des militants sur place. Mais je faisais le &#171; pompier &#187;, toujours avec le brave Nestor Calonne parce qu'il avait une grande exp&#233;rience et qu'on avait confiance en lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la m&#233;thode utilis&#233;e, elle semble invariable selon Lec&#339;ur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'allais directement sur le carreau de fosse et puis j'invitais les mineurs &#224; venir et &#224; discuter. Ils reprenaient, parce qu'&#224; la longue, c'&#233;taient les n&#244;tres qui restaient les derniers et quand je voyais qu'ils avaient la majorit&#233;, je faisais voter pour la reprise du travail. &#199;a se passait toujours comme &#231;a ! &#187; (interview de A. Lec&#339;ur, R. Pannequin, A. Pierrard, 1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette mont&#233;e en premi&#232;re ligne des chefs du parti, l'intervention la plus spectaculaire restera celle de Maurice Thorez &#224; Waziers le 21 juillet 1945. Thorez choisit cette petite cit&#233; mini&#232;re du Nord pr&#232;s de Douai parce que &#171; les troupes &#187; syndicales et ouvri&#232;res y sont plus disciplin&#233;es que dans le Pas-de-Calais, traditionnellement plus remuant. Officiellement Thorez vient pr&#233;senter devant les d&#233;l&#233;gu&#233;s des organisations communistes le compte rendu des travaux du Xe congr&#232;s du Parti. Mais l'histoire retiendra &#171; l'appel &#224; la production &#187; qui est au centre de son discours : &#171; Produire, faire du charbon, c'est la forme la plus &#233;lev&#233;e de votre devoir de classe, de votre devoir de Fran&#231;ais. &#187; Parmi les diff&#233;rentes causes de l'insuffisance de la production, Thorez s'&#233;tend longuement sur ce qu'il appelle &#171; l'effort insuffisant des mineurs eux-m&#234;mes &#187;. Et le &#171; guide clairvoyant et ferme du Parti communiste et du peuple fran&#231;ais &#187; de fustiger les gr&#232;ves et l'absent&#233;isme mis au compte de l'&#233;go&#239;sme, de la paresse et d'un patriotisme insuffisamment chevill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/2283?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/2283?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits du discours de Maurice Thorez &#224; Waziers, aux mineurs de charbon, le 21 juillet 1945 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en 1934, que nous avons propos&#233;, lanc&#233; et fait triompher l'id&#233;e du Front populaire pour la libert&#233;. (&#8230;) Nous avons propos&#233; le Front fran&#231;ais, l'union de tous les Fran&#231;ais. (&#8230;) Les deux cent familles, les trusts (&#8230;) se mirent &#224; saboter l'&#233;conomie nationale, &#224; provoquer les gr&#232;ves comme le rappelait tout &#224; l'heure Martel. C'est vrai que nous seuls, les communistes, avons eu assez d'autorit&#233; pour pouvoir, en juin 1936, mettre en terme aux gr&#232;ves, que nous seuls pouvions avoir assez d'autorit&#233; pour dire, il y a cinq mois : il faut en finir avec jeux de guerre civile (&#8230;) La v&#233;rit&#233; sur 1939 : vous vous souvenez encore de ces journaux, chers camarades : la trahison de Staline, la trahison russe, la trahison des communistes ? (&#8230;) En v&#233;rit&#233;, c'est un traquenard que l'on tendait &#224; l'Union sovi&#233;tique. On pr&#233;tendait engager la guerre, une guerre o&#249; la Pologne devait s'effondrer rapidement, comme ce fut le cas, et ainsi les arm&#233;es hitl&#233;riennes pourraient d&#233;ferler rapidement &#224; travers toute l'Union sovi&#233;tique. L'Arm&#233;e rouge avait &#233;t&#233; mise dans l'impossibilit&#233; de pr&#233;parer sa mobilisation, l'Arm&#233;e rouge &#233;tait dans l'impossibilit&#233; de faire face &#224; l'agression. (&#8230;) De Londres, le g&#233;n&#233;ral De Gaulle lan&#231;ait son appel, organisait les &#171; Forces fran&#231;aises libres &#187;. Nous menions la bataille de la R&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur de notre pays (&#8230;) Aujourd'hui, chers camarades, de graves p&#233;rils nous menacent dans le domaine de la production. On ne le sait pas assez. (&#8230;) Le probl&#232;me d&#233;cisif de l'heure, c'est le probl&#232;me de la production. Vous le savez d&#233;j&#224;, chers camarades, c'est ce qui m'a amen&#233; &#224; Waziers, c'est pourquoi le Bureau politique m'a envoy&#233; vous parler, &#224; vous, les mineurs. J'aborde ici une partie importante de mon rapport, la question du charbon. (&#8230;) Je voudrais &#233;tablir un fait pour montrer l'effort des mineurs. En janvier, la production brute s'&#233;tait &#233;lev&#233;e &#224; 2.700.000 tonnes contre, en 1936, une producion mensuelle de 3.400.000 tonnes, c'est-&#224;-dire 80% de la production. (&#8230;) Il est vrai qu'il s'est produit un fl&#233;chissement &#224; partir d'avril, fl&#233;chissement dans la production et fl&#233;chissement dans le rendement. Il y a diverses causes &#224; cela : ravitaillement d&#233;fectueux, manque de v&#234;tements, et en raison d'un m&#233;contentement plus ou moins justifi&#233; contre l'insuffisance de l'&#233;puration. Il y a aussi des gr&#232;ves, tr&#232;s peu justifi&#233;es. (&#8230;) Tout cela entra&#238;ne, dans un m&#233;tier comme le m&#233;tier de mineur, une certaine d&#233;sorganisation. (&#8230;) Il faut donner aux ouvriers mineurs de fond un certain salaire (&#8230;) Le prix &#224; la t&#226;che. On a accord&#233; la possibilit&#233; d'une majoration qui peut aller jusqu'&#224; 60% (&#8230;) L'essentiel est d'obtenir du charbon et, pour obtenir du charbon, il faut payer les sommes fix&#233;es. (&#8230;) Il faut ici, chers camarades, saluer le sacrifice de vos camarades de la m&#233;tallurgie qui viennent de renoncer &#224; leurs vacances pay&#233;es pour vous fabriquer des marteaux-piqueurs. Ce sont les m&#234;mes camarades qui, l'hiver dernier, aux Forges et Ateliers de Meudon, manquant de courant &#233;lectrique dans le jour, avaient demand&#233; et obtenu de leur direction, de travailler la nuit par un froid rigoureux sans suppl&#233;ment de salaire pour pouvoir produire pour vous. (&#8230;) A propos de la coupe &#224; terre, pourquoi ne pas g&#233;n&#233;raliser les 3X8 : deux postes au charbon, le troisi&#232;me au remblai ? (&#8230;) Nous savons que les avis des ouvriers peuvent bien souvent influencer d'une fa&#231;on tr&#232;s favorable les d&#233;cisions des ing&#233;nieurs. Je pense qu'en d&#233;finitive la d&#233;cision reste &#224; l'ing&#233;nieur et qu'une d&#233;cision doit &#234;tre appliqu&#233;e sur l'ordre de l'ing&#233;nieur et qu'une d&#233;cision doit &#234;tre appliqu&#233;e sur l'ordre de l'ing&#233;nieur, autrement il n'y a pas d'autorit&#233; possible, d'exploitation possible. (&#8230;) Il y a d'autres raisons de la crise du charbon sur lesquelles je voudrais m'expliquer aussi ouvertement et aussi franchement. Ce sont celles qui tiennent &#224; l'effort insuffisant des mineurs eux-m&#234;mes, &#224; votre effort &#224; vous. (&#8230;) Il y a des causes de m&#233;contentement, mais ce n'est pas une raison pour ralentir l'effort. Il faut au contraire le d&#233;velopper et briser tous les obstacles. Vous croyez que les camarades de la Loire sont contents quand on leur envoie comme directeur l'ancien directeur &#233;pur&#233; des Mines de Dourges ? Ils ne sont pas contents non plus et vous croyez qu'ils ont dit pour cela : nous faisons la gr&#232;ve ? Non. Martel a eu raison tout &#224; l'heure de stigmatiser de telles attitudes. Ils n'ont pas c&#233;d&#233; au courant public de d&#233;magogie et de vaine popularit&#233;. Comme disait le camarade Staline, nous ne craignons pas les difficult&#233;s, nous sommes faits pour surmonter les difficult&#233;s et nous les surmonterons. (&#8230;) Il y a pas mal d'exemples de mineurs qui pr&#233;tendent ne pas forcer &#224; la production, ne pas pousser &#224; la production et pas seulement parce qu'ils ont crainte de voir baisser les prix &#224; la t&#226;che. (&#8230;) Ils ne veulent pas para&#238;tre pour des macas. (&#8230;) Les macas, chers camarades, c'&#233;taient ceux qui for&#231;aient &#224; la production pour le profit du patron au d&#233;triment de leurs fr&#232;res, les ouvriers mineurs. (&#8230;) Il y a des camarades qui disent : &#171; Mais si je travaille davantage, je donne davantage aux actionnaires puisqu'il reste des actionnaires. &#187; C'est une erreur, chers camarades. (&#8230;) Si vous produisez beaucoup, c'est seulement dans l'int&#233;r&#234;t du pays, et c'est dans votre propre int&#233;r&#234;t. Et puis, je veux revenir sur la question des absences. On parle, on donne beaucoup de raisons, de pr&#233;textes, &#224; ce propos. Je dois vous dire, chers camarades, que je ne suis pas tout &#224; fait convaincu des raisons qu'on donne pour justifier les absences. (&#8230;) On s'absente trop facilement, pour un oui, pour un non et un mineur qui a le go&#251;t de son m&#233;tier sait tr&#232;s bien que tant d'absences entra&#238;nent une d&#233;sorganisation compl&#232;te du travail. Les camarades pr&#233;sents sont les premiers &#224; en souffrir. L'absence est justifi&#233;e ou n'est pas justifi&#233;e. Au lieu de produire, on d&#233;sorganise la production, on fait tort &#224; ses camarades et pour quelle raison ? Parfois pour un oui, pour un non, pour une &#233;gratignure. Je dis que c'est un scandale. Je ne peux pas comprendre, par exemple, que des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Caisse de secours puissent donner des billets de malade sans journ&#233;e de malade. (&#8230;) Chers camarades, celui qui a le billet de malade sans journ&#233;e de malade, il a aussi son ravitaillement ; il a aussi les litres de vin, il a aussi la viande ; il mange la part de ses camarades. Ce n'est pas possible, on ne peut pas continuer comme cela. Il faut avoir plus de conscience. Je vais vous dire, mes chers camarades, que, dans le bassin de la Loire, la m&#234;me question s'est pos&#233;e pendant l'hiver, quand il y a eu tant de grippes, quand il y a eu tant de difficult&#233;s alimentaires. Le syndicat a r&#233;uni les d&#233;l&#233;gu&#233;s des Caisses de secours et leur a dit : &#171; Epluchez les billets de malade et discutez avec les m&#233;decins &#187; et on leur a dit : &#171; Ces m&#233;decins, pour la plupart, ne sont pas vos amis. Ces m&#233;decins, ils donnent facilement les billets. (&#8230;) Ils poussent &#224; la d&#233;sorganisation. &#187; Il va y avoir des &#233;lections &#224; la Caisse de secours. Le syndicat doit demander que ces questions soient pos&#233;es largement, et dire aux d&#233;l&#233;gu&#233;s des Caisses de secours que vous allez &#233;lire : &#171; Il faut &#234;tre intransigeant ; c'en est fini avec de telles m&#233;thodes, parce que c'est de l'anarchie, un encouragement &#224; la paresse. &#187; Voici un autre cas. On m'a signal&#233; l'autre jour que dans un puits, le puits de l'Escarpelle, une quinzaine de jeunes gens, des galibots, ont demand&#233; de partir &#224; six heures pour aller au bal. Je dis que c'est inadmissible. (&#8230;) Ici, chers camarades, je le dis en toute responsabilit&#233;, au nom du Comit&#233; central, au nom des d&#233;cisions du Congr&#232;s du Parti, je le dis franchement : il est impossible d'approuver la moindre gr&#232;ve, surtout lorsqu'elle &#233;clate comme la semaine derni&#232;re, aux mines de B&#233;thune, en dehors du syndicat et contre le syndicat. On a pris des sanctions. Sur quatre porions, on en a r&#233;int&#233;gr&#233; deux, en les r&#233;trogradant d'ailleurs. (&#8230;) Je le dis tout net : si nous n'appliquons pas les d&#233;cisions de notre propre syndicat (&#8230;) nous allons &#224; l'anarchie, nous faciliterons les provocations contre les mineurs, contre la classe ouvri&#232;re et contre la R&#233;publique. Eh bien ! quelques camarades s'insurgent, ils d&#233;clenchent la gr&#232;ve au n&#176;2 et dans toute la concession, si bien que nous avons perdu 30.000 tonnes de charbon au moins en une p&#233;riode o&#249; le pays a besoin de la moindre gaillette, &#224; l'heure o&#249; nous fermons des usines, &#224; l'heure o&#249;, dans la r&#233;gion parisienne, on arr&#234;te des entreprises faute de charbon et ces ouvriers dont on arr&#234;te les usines apprennent que dans un des trous essentiels du bassion minier du Pas-de-Calais, on fait gr&#232;ve parce que le nez du porion ne revient pas au d&#233;l&#233;gu&#233;. C'est un scandale, c'est une honte, c'est une faute tr&#232;s grave contre le syndicat et l'int&#233;r&#234;t des mineurs. Des sanctions ont &#233;t&#233; prises, peut-&#234;tre pas dans les formes o&#249; elles devaient l'&#234;tre contre le d&#233;l&#233;gu&#233; mineur et son suppl&#233;ant qui avaient couru les autres puits pour d&#233;clencher la gr&#232;ve. Je dis que le mal, ce n'est pas la sanction, le mal c'est que des communistes et des militants du syndicat des mineurs se soient expos&#233;s &#224; de telles sanctions. Et, sous pr&#233;texte que l'on a sanctionn&#233; les d&#233;l&#233;gu&#233; mineur, on recommence la gr&#232;ve jusqu'&#224; jeudi soir et on aeu de la peine hier &#224; faire reprendre le travail, bien que le ministre de la Production ait rapport&#233; la sanction prise par le commissaire r&#233;gional. Ce n'est pas ainsi qu'on travaille pour le pays. (&#8230;) Chers camarades, alors on veut &#224; chaque fois faire la gr&#232;ve pour &#233;purer ou pour soutenir. On pourrait au fond en d&#233;finir le seul but : faire gr&#232;ve, pourvu qu'on ait un pr&#233;texte. (&#8230;) L'autre jour, on m'a parl&#233; d'une gr&#232;ve possible des m&#233;caniciens d'extraction. J'ai beaucoup de sympathie pour la m&#233;canique d'extraction. C'est vraiment un travail qui comporte une lourde resposnabilit&#233; et on trouve chez les m&#233;caniciens d'extraction une grande conscience professionnelle. Je pense qu'il faut leur assurer les meilleures conditions de salaire et de travail. Mais, l&#224; encore, pas par la gr&#232;ve. (&#8230;) Je vourdrais que ce que nous pensons au Comit&#233; central puisse passer dans la t&#234;te,dans le c&#339;ur de chacun de vous d'abord puis chez tous les mineurs, que produire, produire et encore produire, faire du charbon, c'est aujourd'hui la forme la plus &#233;lev&#233;e de votre devoir de classe, de votre devoir de Fran&#231;ais. (&#8230;) La grande t&#226;che des organisations communistes du Pas-de-Calais, c'est d'aller dans toutes les concessions de B&#233;thune, il faut aller &#224; B&#233;thune, il faut r&#233;unir toutes les sections communistes, discuter avec chaque camarade et amener les d&#233;l&#233;gu&#233;s mineurs &#224; reconna&#238;tre qu'ils ont commis une grande erreur, qu'ils doivent comprendre cette erreur et qu'ils ne doivent plus recommencer cette erreur. (&#8230;) Nous exigerons de chaque camarade le respect des d&#233;cisions du 10e Congr&#232;s du Parti et le 10e Congr&#232;s du Parti a dit : &#171; Il faut produire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fgimello.free.fr/CV-Bio-Liens/thorez.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fgimello.free.fr/CV-Bio-Liens/thorez.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de textes des &#339;uvres de Maurice Thorez r&#233;dig&#233;es par le Parti Communiste Fran&#231;ais et &#233;dit&#233;es par les Editions Sociales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En janvier 1943, le d&#233;l&#233;gu&#233; du Comit&#233; central arrivait &#224; Londres, au Quartier g&#233;n&#233;ral du g&#233;n&#233;ral De Gaulle. Au mois de mars, un Conseil national de la R&#233;sistance, &#233;tait constitu&#233; en France. En firent partie les repr&#233;sentants des &#171; mouvements de la R&#233;sistance &#187; : &#171; Combat &#187;, &#171; Lib&#233;ration &#187;, &#171; Francs-tireurs et Partisans &#187;, &#171; Front National &#187;, ceux de la CGT r&#233;unifi&#233;e et de la CFTC chr&#233;tienne, ceux, enfin, des six partis suivants : communiste, socialiste, radical, Parti d&#233;mocrate populaire (catholique), Alliance d&#233;mocratique et F&#233;d&#233;ration r&#233;publicaine. (&#8230;) Le Comit&#233; national fran&#231;ais de Londres avait &#233;t&#233; tenu dans l'ignorance du d&#233;barquement alli&#233; ; il restait en dehors des n&#233;gociations et des accords. (&#8230;) En novembre 1943, un an apr&#232;s le d&#233;barquement anglo-am&#233;ricain en Afrique du nord, le Comit&#233; fran&#231;ais de la Lib&#233;ration nationale fut r&#233;organis&#233;. De Gaulle, seul, en fut pr&#233;sident. (&#8230;) Lors de la r&#233;organisation du CFLN, la question de la participation des communistes fut pos&#233;e. Le Comit&#233; central du Parti communiste fran&#231;ais en accepta le principe. (&#8230;) On doit noter une certaine tendance &#224; bavarder beaucoup trop sur la France de demain, sur la place que notre pays devra tenir dans le monde (&#8230;) Le programme &#224; appliquer n'est pas le programme communiste. Nous n'avons pas &#224; demander actuellement l'application du programme communiste, puisque nous sommes unis dans le CNR avec d'autres partis non communistes. Nous faisons honneur &#224; la signature que nous avons appos&#233;e au bas du programme du CNR au mois de mars 1944. (&#8230;) Il y a un gouvernement, il doit y avoir une arm&#233;e, une seule ; il doit y avoir une police, une seule. (&#8230;) Tous les groupes arm&#233;s doivent dispara&#238;tre. (&#8230;) Les nationalisations, nous l'avons dit &#224; Ivry, et nous le r&#233;p&#233;terons, ne sont nullement du socialisme ou du communisme : ce sont des mesures de caract&#232;re d&#233;mocratique figurant au programme du Parti radical depuis plus d'un demi si&#232;cle. Elles ne sont nullement une mesure d'expropriation. (&#8230;) Le Parti a connu un grand succ&#232;s aux derni&#232;res &#233;lections municipales. En moyenne, un Fran&#231;ais ou une Fran&#231;aise sur quatre a vot&#233; pour les listes pr&#233;sent&#233;es ou soutenues par notre Parti communiste. A Paris, la proportion est d'un sur trois. Dans la banlieue parisienne, les listes communistes ou soutenues par les communistes ont obtenu d&#232;s le premier tour pr&#232;s de 60% des suffrages exprim&#233;s. Nos militants administrent 60 des 80 communes du d&#233;partement de la Seine. Pour la premi&#232;re fois, des villes de plus de 100.000 habitants (Nantes, Reims, Toulon) ont un maire communiste. De m&#234;me pour une dizaine de pr&#233;fectures (dont Limoges, Nimes, P&#233;rigueux, Ajaccio, Tarbes) et une vingtaine de sous-pr&#233;fectures. La statistique officielle a d&#251; reconna&#238;tre que nous &#233;tions devenus le premier parti dans l'administration des villes de plus de 4.000 habitants. (&#8230;) Le chiffre de nos adh&#233;rents est en progression constante. En f&#233;vrier 1934, nous &#233;tions 45.000 ; en janvier 1936 80.000 ; en d&#233;cembre 1937 340.000 ; &#224; ce jour notre tr&#233;sorier a d&#233;livr&#233; 986.727 cartes. Nous allons vers le million. (&#8230;) Notre conclusion, c'est que, tous ensemble Fran&#231;ais et Fran&#231;aises, nous devons nous atteler r&#233;solument &#224; la t&#226;che, tous ensemble et sans tarder, nous devons entreprendre un effort tenace et prolong&#233; afin de : Relever notre &#233;conomie nationale ; Produire et r&#233;tablir nos &#233;changes avec l'ext&#233;rieur ; Acheter et vendre ; Refaire effectivement la grandeur de la France (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN C.C. D'UNION SACREE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central du Parti Communiste Fran&#231;ais s'est r&#233;uni le 21 janvier en pr&#233;sence des &#034;notabilit&#233;s&#034; et des &#034;hauts&#034; fonctionnaires du Parti. Le but de cette r&#233;union appara&#238;t clairement dans l'intervention de Monsieur Thorez (que nous appelons ainsi suivant la consigne du Parti de ne plus tutoyer les &#034;grands&#034; camarades) : en finir une fois pour toutes avec les illusions d&#233;mocratiques qui subsistent encore parmi les militants communistes et dans la masse de ceux qui sympathisent avec le Parti, qui croient encore que le Parti lutte sur les deux fronts &#224; la fois, la guerre contre le fascisme &#224; l'ext&#233;rieur, la lutte pour la d&#233;mocratisation du r&#233;gime &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ces illusions cr&#233;ent des difficult&#233;s au gouvernement qui, tout en pr&#233;tendant mener &#224; l'ext&#233;rieur une guerre antifasciste, m&#232;ne &#224; l'int&#233;rieur une action tout &#224; fait anti-d&#233;mocratique. Il exige des chefs staliniens un soutien sans conditions (c'est-&#224;-dire une capitulation compl&#232;te). Ceux-ci, en soutenant la guerre du gouvernement, ne peuvent pas ne pas se soumettre &#224; toutes ses exigences. C'est pourquoi Thorez ne pouvait pas parler autrement qu'il l'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937, r&#233;pondant aux staliniens qui pr&#233;paraient alors leur union sacr&#233;e pour la pr&#233;sente guerre, sous pr&#233;texte de d&#233;fendre la &#034;d&#233;mocratie&#034; contre le fascisme en r&#233;gime capitaliste, Trotsky avertissait : &#034;une victoire de la France... sur l'Allemagne... pourrait signifier... la transformation de la France en un Etat fasciste, parce que pour &#234;tre victorieux d'Hitler il est n&#233;cessaire d'avoir une machine militaire monstrueuse et les tendances fascistes en France sont maintenant puissantes. Une victoire pourrait signifier la destruction du fascisme en Allemagne et l'&#233;tablissement du fascisme en France&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tout pour la guerre&#034;, lan&#231;ait l'autre jour Thorez, et il ajoutait comme conclusion absolument n&#233;cessaire : &#034;la s&#233;curit&#233; publique doit &#234;tre assur&#233;e par les forces r&#233;guli&#232;res de police constitu&#233;es &#224; cet effet. Les gardes civiques et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tous les groupes arm&#233;s irr&#233;guliers, ne doivent pas &#234;tre maintenus plus longtemps&#034;. C'est la condamnation par le responsable du Parti, des groupements form&#233;s sous l'occupation et qui, dans l'esprit des travailleurs, devaient pr&#233;cis&#233;ment non seulement vaincre l'occupant, mais surtout, par leur structure d&#233;mocratique, &#233;manciper le peuple des vieilles puissances d'oppression qui seules ont provoqu&#233; les malheurs qui se sont abattus sur la France depuis 1939. C'est la condamnation de ces milices dont le d&#233;sarmement, il y a quelques semaines seulement, avait &#233;t&#233; qualifi&#233; par Duclos (autre &#034;grand&#034; camarade du PC) de &#034;coup de force gouvernemental&#034;. Et cette police charg&#233;e de la &#034;s&#233;curit&#233; publique&#034; c'est toujours celle qu'&#224; plusieurs reprises l'Humanit&#233; elle-m&#234;me a d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;e comme &#233;tant compos&#233;e pour 95% d'&#233;l&#233;ments vichyssois, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires et pro-fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tant De Gaulle, Thorez dit : &#034;Nous ne manquons pas d'officiers de valeur, y compris ceux qui ont pu se laisser abuser un certain temps par P&#233;tain&#034;. Quelques jours apr&#232;s ce discours, la direction des FFI aupr&#232;s du Minist&#232;re de la Guerre est cong&#233;di&#233;e... Pourquoi l'Humanit&#233; s'indigne-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette guerre soi-disant d&#233;mocratique &#224; l'ext&#233;rieur, se traduit &#224; l'int&#233;rieur par l'abandon de tout le pouvoir au vieil Etat oppresseur, l'Etat des 200 familles qui se sert de Thorez pour paralyser les masses au nom de la &#034;d&#233;fense nationale&#034;. On comprend donc que &#034;les journaux de diverses nuances louent volontiers la sagesse, le sens politique... du porte-parole du PC&#034; comme dit Cachin dans l'Huma du 25/1 ; seulement le journal qui manifeste le plus son accord avec Thorez, c'est Le Monde, justement d&#233;nonc&#233; par l'Huma comme la reconstitution du Temps, organe du Comit&#233; des Forges. On a les amis que l'on m&#233;rite !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Comme tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs, Thorez, pour masquer sa trahison, joue au r&#233;aliste. Il affirme que ce qui le pr&#233;occupe c'est &#034;gagner la guerre au plus vite&#034; (cette guerre de 30 ans !), &#034;faire en sorte que revienne bient&#244;t... le lait pour nos petits, le pain pour nos vieux, le verre de vin pour tous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette promesse &#233;lectorale du verre de vin pour tous rel&#232;ve de la plus basse d&#233;magogie. Car tous les politiciens promettent le bonheur au peuple ; mais par quels moyens, par quelles mesures pr&#233;cises l'obtenir ? Thorez condamne la r&#233;volution. Mais que pr&#233;conise-t-il ? &#034;La confiscation des biens des tra&#238;tres&#034;. Mais ce n'est l&#224; qu'une phrase d&#233;magogique, parce qu'adress&#233;e au gouvernement de la bourgeoisie ; de m&#234;me que la &#034;punition des coupables&#034;. M&#234;me si cette mesure &#233;tait appliqu&#233;e (mais elle ne peut pas l'&#234;tre), elle ne changerait en rien l'&#233;tat des choses. Le peuple a &#233;t&#233; marchand&#233;, exploit&#233;, saign&#233; pendant cinq ans par toute la bourgeoisie, sous Daladier, sous l'occupation et maintenant. Sans l'expropriation de celle-ci, les b&#233;b&#233;s continueront &#224; mourir de froid dans les maternit&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez s'&#233;l&#232;ve contre &#034;ceux qui ont constamment &#224; la bouche le mot de r&#233;volution&#034;. C'est ce que les socialistes de trahison (de la II&#232;me Internationale) reprochaient pr&#233;cis&#233;ment aux communistes apr&#232;s la scission de Tours en 1921. Mais peut-&#234;tre Thorez, plus heureux que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, serait-il en train d'obtenir des r&#233;formes am&#233;liorant le sort des masses dans le cadre du r&#233;gime capitaliste, r&#233;formes que les exc&#232;s r&#233;volutionnaires (de langage !) risqueraient de mettre en danger ? Pas plus que les socialistes de trahison de la II&#232;me Internationale, Thorez n'a le moindre programme de r&#233;formes pour am&#233;liorer la situation des classes laborieuses en face d'une bourgeoisie gorg&#233;e de profits. Pour son malheur, ce sont au contraire les r&#233;volutionnaires qui, en m&#234;me temps qu'ils expliquent inlassablement aux travailleurs que sans r&#233;volution ils sont vou&#233;s &#224; l'&#233;crasement complet par les capitalistes, d&#233;fendent aussi inlassablement les travailleurs sur le terrain &#233;conomique &#224; l'usine (en opposant au &#034;travailler d'abord, revendiquer ensuite&#034; des chefs staliniens la lutte pour l'augmentation des salaires, la r&#233;glementation de la journ&#233;e de travail, le contr&#244;le ouvrier, etc...) et luttent pour les droits d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires (droits politiques pour le soldat, libert&#233; de la presse par la suppression de l'autorisation pr&#233;alable, la r&#233;partition du papier &#224; chaque groupe de citoyens constitu&#233;, etc...) Contrairement &#224; ce qu'affirme Thorez, seule la lutte r&#233;volutionnaire peut produire des r&#233;sultats pratiques, m&#234;me partiels. Comme les socialistes-jaunes, Thorez s'&#233;l&#232;ve contre la R&#233;volution pour masquer l'appui total qu'il donne aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les directives de Thorez ont produit dans la masse communiste (militants, jeunesses, sympathisants) des r&#233;actions dont la moindre est &#034;l'&#233;tonnement&#034;. Mais il n'y a rien d'&#233;tonnant dans la politique de Thorez. C'est au contraire la seule attitude logique, car qui veut la fin veut les moyens. Si on pr&#234;che la guerre sous la domination des 200 familles, il faut leur donner l'assurance qu'il ne sera pas touch&#233; &#224; leurs privil&#232;ges. Les 200 familles ne se contentent pas d'assurances verbales : il leur faut la certitude mat&#233;rielle, la disposition &#224; l'int&#233;rieur d'instruments qui garantissent leur domination, la police, l'administration, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez reconna&#238;t dans son discours (il ne peut faire autrement) que le ma&#238;tre du pays ce sont les Bureaux (&#034;les bureaux ! Ce n'est pas seulement le sommet de la hi&#233;rarchie administrative. C'est aussi et surtout la mainmise de certains cercles privil&#233;gi&#233;s sur les leviers de commande&#034;). Il ajoute cependant que personne, m&#234;me pas les Comit&#233;s de Lib&#233;ration, ne doit s'immiscer dans leur sph&#232;re d'action. C'est seulement &#224; ce prix que la bourgeoisie consent &#224; l'union sacr&#233;e, c'est-&#224;-dire accepte les services des bureaucrates ouvriers pour la d&#233;fense de ses coffres-forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces bureaucrates savent que la bourgeoisie t&#244;t ou tard se d&#233;barrassera d'eux. Mais que faire ? On ne peut pas &#224; l'infini faire semblant d'avoir une politique r&#233;volutionnaire tout en freinant la r&#233;volution. Car &#224; la longue les masses passeraient outre et les bureaucrates seraient d&#233;bord&#233;s. Or la r&#233;volution signifie pour eux la perte de leurs positions dirigeantes, car, engraiss&#233;s, styl&#233;s, pommad&#233;s, dress&#233;s, ils sont &#224; mille lieues de la mentalit&#233; des masses et seraient rejet&#233;s par leur mouvement d&#233;ferlant pour construire un monde nouveau. L'union sacr&#233;e assure aux bureaucrates des postes minist&#233;riels et politiques dans l'appareil de la bourgeoisie et ils esp&#232;rent durer aussi longtemps que la patience des masses supportera le r&#233;gime d'exploitation capitaliste ; ces bureaucrates infatu&#233;s sont convaincus, dans leur haute sagesse, que &#034;le peuple est b&#234;te&#034; et qu'il patientera longtemps, pour leur plus grand bonheur &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les masses comprennent maintenant tr&#232;s rapidement la situation. Elles ont la terrible exp&#233;rience de cinq ann&#233;es de guerre. La nouvelle union sacr&#233;e ne les encha&#238;ne plus sans r&#233;sistance au service de la bourgeoisie. L'appel aux sacrifices de la part de bureaucrates chauff&#233;s qui donnent en exemple L&#233;ningrad (L&#233;ningrad o&#249; en 1917 les ouvriers ont renvers&#233; les capitalistes !), les laisse compl&#232;tement froids, si on peut s'exprimer ainsi. Les masses sont pr&#234;tes &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel de d&#233;fenseurs hardis, r&#233;volutionnaires, capables de les guider effectivement dans la situation terrible o&#249; elles se trouvent et de trouver une issue. Ces d&#233;fenseurs, les r&#233;volutionnaires, augmentent tous les jours en nombre. Car la lutte des militants de la IV&#232;me Internationale pour rassembler en un Parti capable de conduire les travailleurs vers la lib&#233;ration de classe, rencontre un grand &#233;cho dans la masse communiste trahie par ses chefs bureaucrates. C'est pourquoi Marty met en garde le Parti contre &#034;les infiltrations id&#233;ologiques ennemies&#034;. Mais quelle id&#233;ologie peut s'infiltrer et trouver acc&#232;s aupr&#232;s des militants communistes, sinon le trotskysme, car le trotskysme c'est le communisme v&#233;ritable. Et dans le PCF d'union sacr&#233;e, le communisme ne s'est pas encore effac&#233; du c&#339;ur de tous les militants. Si des chefs &#224; la Cachin, qui d'ailleurs continue sa besogne de 14-18, n'ont plus de communiste que le nom, la masse du Parti, les militants de base restent communistes. Voil&#224; pourquoi les chefs staliniens sont oblig&#233;s de lutter constamment contre les &#034;infiltrations&#034; id&#233;ologiques, c'est-&#224;-dire le communisme des militants de base du PCF. Effray&#233;s par cet &#233;tat d'esprit, les chefs staliniens utilisent dans la lutte contre le trotskysme, c'est-&#224;-dire le communisme, toutes les m&#233;thodes, qui commencent &#224; la calomnie et finissent par le crime. Et pourtant les chefs de l'union sacr&#233;e n'arr&#234;teront pas pour cela leur chute. Maintenant que la roue de l'histoire tourne autrement, maintenant que la conscience r&#233;volutionnaire des militants honn&#234;tes et des masses se d&#233;veloppe &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, ces m&#233;thodes ne feront que pr&#233;cipiter leur chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une promesse d'unit&#233; entre le PC et le PS les bureaucrates pensent pouvoir cacher leur faillite. Mais les bureaucrates du PC, de m&#234;me que ceux du PS, si nombreux qu'ils soient par rapport aux r&#233;volutionnaires, ne repr&#233;sentent que les int&#233;r&#234;ts d'une tr&#232;s &#233;troite couche dans le prol&#233;tariat : l'aristocratie ouvri&#232;re. Par contre, les militants de la IV&#232;me Internationale repr&#233;sentent les int&#233;r&#234;ts de classe de l'&#233;crasante majorit&#233; non seulement des ouvriers, mais de tous les exploit&#233;s et opprim&#233;s en France. Les ouvriers prennent conscience de plus en plus vite de ce fait, et, que nous ayons ou pas une union des bureaucrates, nous marchons d&#233;j&#224; vers une nouvelle scission de Tours, c'est-&#224;-dire la s&#233;paration de tous les communistes et socialistes v&#233;ritables du PC et du PS C'est seulement cette scission qui permettra aux masses travailleuses d'avoir enfin un instrument de d&#233;fense et de victoire sur les exploiteurs, c'est-&#224;-dire le Parti Communiste, section fran&#231;aise de la IV&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais//barta/1945/01/ldc43_013045.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais//barta/1945/01/ldc43_013045.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BATAILLE DE LA PRODUCTION... CONTRE LES OUVRIERS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le marasme de l'&#233;conomie toutes les voix &#034;autoris&#233;es&#034; ne d&#233;couvrent qu'un seul rem&#232;de pour en sortir : l'intensification de l'effort de production de la part des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'attitude des dirigeants ouvriers dans cette question d&#233;cisive ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis un certain temps, le P.C.F. m&#232;ne une campagne acharn&#233;e devant le public ouvrier avec le th&#232;me suivant : &#034;le seul devoir des ouvriers, c'est de produire&#034;. Le 22 juillet &#224; Waziers, Thorez a reproch&#233; aux mineurs leurs &#034;efforts insuffisants&#034;, il s'est &#233;lev&#233; contre la &#034;crise de moralit&#233;&#034;, contre la &#034;paresse&#034; et la &#034;ti&#233;deur&#034;. Le 14 ao&#251;t, il rappelait &#224; l'intention des ouvriers et des paysans que &#034;tout citoyen oisif est un fripon&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On avait l'habitude d'entendre ces paroles de la part des cur&#233;s et des contrema&#238;tres, mais non de la part des chefs ouvriers. Mais Thorez les justifie en disant aux ouvriers qu'en travaillant avec acharnement ils gagneront la bataille de la production &#034;contre les trusts&#034;, et permettront au pays de vivre et de se relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trusts, explique, par ailleurs, Thorez, par leurs b&#233;n&#233;fices exag&#233;r&#233;s, leurs plans anti-populaires, l'administration r&#233;actionnaire qu'ils contr&#244;lent, et par leur sabotage, emp&#234;chent le rel&#232;vement de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il donc arriver &#224; cette conclusion inattendue que le travail acharn&#233; des ouvriers dans une &#233;conomie enti&#232;rement domin&#233;e par les trusts (ce que L'Humanit&#233; illustre tous les jours), puisse vaincre cet obstacle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/09/ldc50_090345.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/09/ldc50_090345.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUE SIGNIFIE LE BOYCOTT DU REFERENDUM ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections du mois d'octobre dernier, le Parti Communiste Fran&#231;ais avait men&#233; une &#034;grande bataille d&#233;mocratique&#034; contre le projet de loi propos&#233; par De Gaulle qui, approuv&#233; par une majorit&#233; de &#034;oui-oui&#034;, sanctionnait une nouvelle fois le syst&#232;me de gouvernement incontr&#244;l&#233; et irresponsable que nous connaissons depuis Daladier, Reynaud et P&#233;tain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la nouvelle Constitution &#233;labor&#233;e par le P.C.F. et le P.S. (avec le concours du M.R.P.) et pr&#233;sent&#233;e par le P.C.F. et le P.S. aux &#233;lecteurs TOUJOURS AU NOM DE LA DEMOCRATIE, se trouve incorpor&#233;e pr&#233;cis&#233;ment, telle que l'avait con&#231;ue De Gaulle, l'&#233;mancipation juridique du gouvernement vis-&#224;-vis de l'Assembl&#233;e (articles 73 &#224; 85 : dissolution automatique de la Chambre lors d'une deuxi&#232;me crise minist&#233;rielle, etc...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce seul fait suffit &#224; ouvrir les yeux &#224; tout travailleur qui r&#233;fl&#233;chit sur le v&#233;ritable sens de la lutte que se livrent les diff&#233;rents Partis qui se disputent le pouvoir actuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand P.R.L. et M.R.P. crient qu'il faut voter &#034;non&#034;, sans quoi nous nous exposons &#224; la &#034;dictature&#034; DE L'ASSEMBLEE, ils se moquent du peuple, puisque la nouvelle Constitution rend le gouvernement ind&#233;pendant de l'Assembl&#233;e : il LA DOMINE par la menace de dissolution. Etant eux-m&#234;mes partisans de ce syst&#232;me, leur &#034;non&#034; ne tend qu'&#224; p&#234;cher en eau trouble, &#224; exploiter en leur faveur le m&#233;contentement qui r&#232;gne dans le pays. Il s'agit encore moins pour eux, qui m&#234;me dans une Assembl&#233;e croupion voient une menace de dictature, de d&#233;mocratiser, de rapprocher le pouvoir du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la machine gouvernementale actuelle, qui d&#233;fend les privil&#232;ges des capitalistes, s'est totalement &#233;loign&#233;e du peuple. Comme on le voit par le nouvel exemple du P.C.F. lui-m&#234;me, TOUS les partis qui pr&#233;tendent g&#233;rer l'Etat actuel sont OBLIGES d'accepter (si on leur fait l'honneur de leur supposer des scrupules) la bonapartisation du gouvernement qui, en imposant sa volont&#233; aux Assembl&#233;es par la menace de dissolution, gouverne uniquement au moyen de la police et de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pl&#233;biscites servent pr&#233;cis&#233;ment au gouvernement &#224; MASQUER son &#233;mancipation de tout contr&#244;le, &#224; l'aide d'un pr&#233;tendu vote populaire organis&#233; autour de telle ou telle question juridique embrouill&#233;e : mais le r&#233;sultat du vote n'influe en aucune fa&#231;on sur le fait que le peuple aura toujours en face de lui un pouvoir oppresseur. Le fait qu'apr&#232;s le d&#233;part de De Gaulle, Gouin ait d&#233;clar&#233; &#034;nous revenons &#224; la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine&#034;, cela a-t-il entra&#238;n&#233; quelque modification dans le syst&#232;me de gouvernement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus l'Etat bourgeois devient totalitaire, c'est-&#224;-dire soumettant la nation &#224; une vaste oppression bureaucratique et polici&#232;re, plus il a besoin de se camoufler derri&#232;re des &#034;manifestations de la volont&#233; populaire&#034;. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans les pays totalitaires et fascistes qu'avaient lieu le plus fr&#233;quemment des &#034;referendum&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, c'est en boycottant le referendum qu'on d&#233;masque le caract&#232;re anti-d&#233;mocratique du r&#233;gime actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; la d&#233;mocratie v&#233;ritable ne peut se faire qu'&#224; travers la lutte directe des masses, qui cr&#233;eront au fur et &#224; mesure les instruments et les organismes d&#233;mocratiques n&#233;cessaires &#224; leur action &#8211; tels les Comit&#233;s d'usine, les organismes ouvriers de contr&#244;le &#224; tous les &#233;chelons &#8211; pour aboutir &#224; la destruction et au remplacement de l'Etat totalitaire actuel par l'Etat d&#233;mocratique des Comit&#233;s ouvriers et paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE OUI DES CAPITULARDS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions le &#034;oui&#034; de la fin du provisoire, de la stabilit&#233;, le &#034;oui&#034; d'un meilleur ravitaillement, le &#034;oui&#034; qui fait &#233;chec &#224; la r&#233;action, le &#034;oui&#034; de l'amiti&#233; entre les alli&#233;s &#8211; et ainsi de suite, suivant la t&#234;te du client. A ces &#034;oui&#034; de basse d&#233;magogie &#233;lectorale des Thorez et des Duclos, vient, au dernier moment, s'ajouter le &#034;oui&#034; pour les v&#233;ritables nationalisations, contre le patronat, pour la d&#233;fense des revendications ouvri&#232;res, etc... Cette nouvelle variante, la pire de toutes, c'est le &#034;oui&#034; des capitulards, le &#034;oui&#034; que vient de prononcer la majorit&#233; du C.C. du P.C.I., parti soi-disant r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que dans le n&#176; 119 de La V&#233;rit&#233; en date du 19 avril on ait pu lire sous la signature de J. Marcoux : &#034;Il est absurde et honteux d'inviter le 5 mai les masses laborieuses &#224; lutter contre la r&#233;action en leur demandant de voter une Constitution faite en collaboration avec les agents de la r&#233;action m&#234;me&#034;, dans le N&#176;120 de la m&#234;me V&#233;rit&#233; (sic), le m&#234;me Marcoux nous dit tout le contraire : &#034;Le M.R.P. ayant fait bloc avec les partis bourgeois contre les partis &#034;ouvriers&#034; en faisant voter &#034;non&#034; au &#034;r&#233;f&#233;rendum&#034;, il faut faire bloc avec ces derniers en faisant voter &#034;oui&#034;, pour emp&#234;cher que le pl&#233;biscite pour ou contre le P.C.F.-P.S. tourne &#224; leur d&#233;savantage&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa t&#226;che ainsi d&#233;finie, Marcoux n'a plus qu'&#224; psalmodier d'apr&#232;s Duclos : &#034;ce qu'il y a dans la Constitution (&#034;pourrie&#034;) importe peu, il faut voter avec les partis ouvriers contre la r&#233;action&#034;. Mais pourquoi les chefs de ces partis ont-ils engendr&#233; une Constitution pourrie, gaulliste, et quelle est sa port&#233;e ? Peu importe &#224; nos strat&#232;ges. Le &#034;oui&#034; que Thorez justifie par des phrases d&#233;mocratiques, eux, le justifient par des phrases &#034;r&#233;volutionnaires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi capituler et se livrer &#224; une basse d&#233;magogie de crainte que la r&#233;action ait une majorit&#233; de &#034;non&#034; ? En octobre, De Gaulle et ses partisans, du P.S. au M.R.P. et futurs P.R.L. n'avaient-ils pas gagn&#233; une majorit&#233; pl&#233;biscitaire consacr&#233;e alors par le &#034;oui-oui&#034;, ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; De Gaulle d'&#234;tre oblig&#233; de s'en aller quelques mois apr&#232;s ? Capituler devant le chantage stalinien, &#034;b&#233;nir nos cha&#238;nes&#034;, voter une Constitution gaulliste sous pr&#233;texte d'emp&#234;cher la droite d'avoir une majorit&#233; de &#034;non&#034;, cela n'emp&#234;chera nullement la r&#233;action de se grouper, de se mobiliser. Tout au contraire, si elle peut ouvertement faire bloc et au nom de la &#034;libert&#233;&#034;, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que la Constitution est pourrie. Dire oui &#224; une telle Constitution, c'est vous en rendre responsables devant les millions de petites gens &#233;cras&#233;es par l'Etat collecteur d'imp&#244;ts et des travailleurs qui, livr&#233;s &#224; la pire exploitation patronale dans les usines, voient que les &#034;meilleurs d&#233;fenseurs des profiteurs&#034; actuellement, ce sont les Staliniens. Vos bonnes intentions ne sont que des tr&#233;sors au fond des Oc&#233;ans. Vous ne pourrez pas, sous pr&#233;texte qu'un gouvernement P.C.F.-P.S.-C.G.T. repr&#233;sente un moindre mal, r&#233;concilier les couches travailleuses exasp&#233;r&#233;es avec le r&#233;gime actuel d'&#233;touffement et de mis&#232;re croissante. En faisant pl&#233;bisciter le P.C.F. et le P.S., vous ne luttez pas contre le fascisme, vous ne faites que renforcer les partis qui, par leur action, sont les fourriers du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le parti du prol&#233;tariat ne peut s'emparer du pouvoir que si, en r&#233;gime de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, c'est-&#224;-dire d'oppression capitaliste, la majorit&#233; de la population se prononce en sa faveur&#034;, &#8211; ainsi s'expriment les d&#233;mocrates petits bourgeois, larbins v&#233;ritables de la bourgeoisie, mais qui s'intitulent encore &#034;Socialistes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Que le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire renverse d'abord la bourgeoisie, se lib&#232;re du joug du capital, d&#233;truise le m&#233;canisme gouvernemental de la bourgeoisie et il saura s'attirer le concours et la sympathie des masses laborieuses non prol&#233;tariennes, en satisfaisant leurs besoins au d&#233;triment des exploiteurs&#034; &#8211; ainsi nous exprimons-nous&#034;. (L&#233;nine).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne sont que des petits-bourgeois &#034;d&#233;mocrates&#034;, tous ces dirigeants qui au lieu de guider les masses pratiquement dans leur lutte, les encha&#238;nent &#224; la domination de la bourgeoisie, &#224; ses m&#233;thodes de propagande, &#224; sa d&#233;magogie &#233;lectorale et au cr&#233;tinisme parlementaire. La majorit&#233; du C.C. du P.C.I. d&#233;guise sa capitulation devant la politique pourrie des staliniens au sujet du r&#233;f&#233;rendum en un &#034;bloc avec les masses travailleuses&#034;. C'est pourquoi celles-ci auront mille fois raison en ne distinguant pas du bloc pourri que constitue la direction des Thorez et des Duclos, la partie qui s'appelle &#034;majorit&#233; du C.C. du P.C.I.&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/04/ldc60_043046.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/04/ldc60_043046.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNION POUR UN GOUVERNEMENT OUVRIER ET PAYSAN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier r&#233;f&#233;rendum, en rendant obligatoire pour toute la nation une Constitution vot&#233;e par 36% des &#233;lecteurs, nous a donn&#233; la preuve d&#233;finitive que, au moment o&#249; pour chacun se pose la question &#034;comment joindre les deux bouts&#034;, dans le syst&#232;me parlementaire bourgeois, il n'y a ni d&#233;mocratie, ni issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combinaisons envisag&#233;es par les Partis apr&#232;s les prochaines &#233;lections, et les commentaires de certains journaux bourgeois, sont tous bas&#233;s sur ce fait qu'un d&#233;placement d'un million ou deux de voix d'un parti &#224; l'autre ou de partis &#224; d'autres, ne changerait en rien la forme gouvernementale que nous connaissons actuellement : les &#233;lections prochaines nous maintiendront donc dans l'impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Bidault ne pourra pas gouverner &#034;sans Thorez&#034;, car &#224; l'heure actuelle, seul M. Thorez peut &#034;pacifiquement&#034; emp&#234;cher les travailleurs de lutter contre l'exploitation de plus en plus &#233;hont&#233;e &#224; laquelle ils sont soumis par les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Thorez ne peut pas gouverner sans un Bidault quelconque ou un Daladier &#034;Front populaire&#034; (sic), car c'est seulement ainsi qu'il peut cacher ses trahisons derri&#232;re le pr&#233;texte qu'il fait bloc contre une r&#233;action encore plus noire. &#034;Contentez-vous, avec nous, de serrer votre ceinture, car sans nous, vous recevrez, par-dessus le march&#233;, la trique de De Gaulle&#034;, voil&#224; les perspectives de ces messieurs les chefs du P.C.F. Le P.C. et le P.S. ont d&#233;j&#224; eu une majorit&#233; parlementaire, et ils n'ont fait rien d'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis que, par la man&#339;uvre du r&#233;f&#233;rendum, De Gaulle nous avait montr&#233; qu'il voulait utiliser le pourrissement du parlementarisme pour instaurer, sous pr&#233;texte de faire &#034;du neuf et du raisonnable&#034;, un syst&#232;me totalitaire, nous avons propos&#233; aux travailleurs, sans distinction de partis, comme centre de ralliement, UN GOUVERNEMENT OUVRIER ET PAYSAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est seulement une minorit&#233; d'ouvriers conscients qui ont compris la n&#233;cessit&#233; d'opposer au gouvernement de la bourgeoisie LEUR PROPRE GOUVERNEMENT DE CLASSE pour trouver une issue &#224; une situation qui appara&#238;t autrement sans autre issue que celle de De Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, nous disent certains camarades, n'est-ce pas pr&#234;cher en l'air que de mettre en avant, dans la vie de tous les jours, dans les discussions, dans l'agitation, une perspective qui para&#238;t au-dessus de la compr&#233;hension des travailleurs ? Ne vaut-il pas mieux se contenter de les appeler &#224; l'action directe de tous les jours ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, si on veut contrecarrer avec succ&#232;s le totalitarisme de De Gaulle, QUI lui opposer ? Nous ne pouvons pas nous contenter de lui opposer &#034;l'action directe&#034; en g&#233;n&#233;ral. L'action directe contre les patrons, c'est la gr&#232;ve ; et contre l'appui que leur accorde le gouvernement, une gr&#232;ve allant jusqu'&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans cette lutte, la classe ouvri&#232;re ne peut pas rester &#233;ternellement sur la d&#233;fensive. Elle userait ses forces en des combats sans issue. Pour qu'elle se d&#233;fende avec &#233;nergie, il lui faut une perspective qui, en cas de victoire, soit UNE SOLUTION GOUVERNEMENTALE de ses int&#233;r&#234;ts. Mais si nous devons faire du gouvernement ouvrier et paysan un sujet de discussion et d'agitation QUOTIDIENNES, ce n'est pas seulement pour donner une perspective REELLE &#224; l'action directe de la classe ouvri&#232;re : c'est parce que, &#224; l'heure actuelle, FACE AUX PLANS DE DE GAULLE, il peut justement devenir, DU JOUR AU LENDEMAIN, une n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate de d&#233;fense de TOUS les travailleurs contre une attaque fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, en 1936, les travailleurs espagnols furent en pr&#233;sence de l'attaque de Franco, les chefs du P.C. leur impos&#232;rent la collaboration avec les Daladier espagnols, et le maintien de l'Etat bourgeois capitaliste, complice de Franco. Ce gouvernement de Front Populaire, appuy&#233; sur les organes de police et l'administration de la bourgeoisie espagnole, lutta davantage contre les ouvriers qui voulaient mener une lutte &#233;mancipatrice, que contre Franco. Malgr&#233; la volont&#233; des travailleurs espagnols, notamment ceux de Catalogne, pour liquider la police bourgeoise, sa bureaucratie, en un mot l'Etat capitaliste et cr&#233;er un gouvernement ouvrier et paysan s'appuyant directement sur les ouvriers organis&#233;s (dans les Partis, les Syndicats, les Comit&#233;s d'usines, de quartiers, etc...), parce qu'ils n'&#233;taient pas suffisamment pr&#233;par&#233;s &#224; cette t&#226;che, le gouvernement r&#233;publicain r&#233;ussit &#224; assurer la victoire de Franco. Et cela, malgr&#233; le d&#233;vouement inou&#239; et la lutte h&#233;ro&#239;que sans pr&#233;c&#233;dent men&#233;e par le peuple espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France aussi, les ouvriers ont r&#233;pondu au coup d'Etat fasciste du 6 F&#233;vrier 1934 par de grandioses mouvements d'action directe allant jusqu'&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936. Mais, gr&#226;ce &#224; la propagande des Thorez et des Blum, ils laiss&#232;rent le soin de combattre et de d&#233;truire le fascisme &#224; l'Etat : on conna&#238;t la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Gr&#232;ce et de l'Italie actuelles nous montre l'imminence du danger en France m&#234;me. Face &#224; la minorit&#233; de capitalistes et leurs laquais, le gouvernement ouvrier et paysan, appuy&#233; sur l'union dans la lutte des travailleurs des villes et des campagnes, repr&#233;sente pour ceux-ci une d&#233;mocratie nouvelle, la plus efficace et la seule efficace, pour r&#233;soudre les difficiles probl&#232;mes auxquels les masses exploit&#233;es ont &#224; faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc73_103146.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc73_103146.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DU FRONT POPULAIRE A L'UNION NATIONALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeux &#233;lectoraux sont faits, et le citoyen, avec ses droits, renvoy&#233; chez lui. Le peuple, souverain d'un jour, s'est donn&#233; des ma&#238;tres pour cinq ans. Et ses ma&#238;tres agissent en parfaite opposition avec leurs promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les partis de droite, du Rassemblement des Gauches et du M.R.P. &#224; l'Union Gaulliste, ont obtenu la majorit&#233; au nom de l'anticommunisme et dans le but d'&#233;liminer du gouvernement le P.C.F. Mais au lieu de former un &#034;GOUVERNEMENT DE SALUT PUBLIC&#034;, ils avouent maintenant que leur propre salut d&#233;pend d'une collaboration avec le P.C.F. &#034;LA COLLABORATION DES COMMUNISTES SERAIT LA GARANTIE DU TRAVAIL DE LA CLASSE ouvri&#232;re QUI A DEJA DONNE DE SI MAGNIFIQUES EXEMPLES DE CIVISME&#034;, &#233;crit La D&#233;p&#234;che de Paris (16-11) r&#233;sumant leurs pens&#233;es communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner le change, ils s'opposent &#034;farouchement&#034; &#224; un Thorez pr&#233;sident du Conseil. Mais tout change si ce m&#234;me Thorez porte seulement le titre de vice-pr&#233;sident. Ils sont pr&#234;ts alors &#224; &#234;tre enti&#232;rement solidaires de lui dans les Conseils minist&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, M. Thorez (inutile de parler de L&#233;on Blum), n'est pas moins &#034;politicien cons&#233;quent&#034; que ses comp&#232;res de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les &#233;lections, il se rajeunissait de dix ans et proclamait &#034;A gauche, rassemblement !&#034; : un nouveau Front Populaire contre la d&#233;magogie anti-communiste de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a d&#233;montr&#233; l'exp&#233;rience de 1936, un tel gouvernement &#034;antifasciste&#034;, d'union avec des Daladier d&#233;mocrates, serait impuissant &#224; liquider le Vichysme, &#224; arr&#234;ter la mont&#233;e de la r&#233;action qui trouve sa source dans la puissance &#233;conomique des 200 familles, d&#233;fendues par tous les Daladier d&#233;mocrates. Cependant un tel gouvernement avait trouv&#233; son origine dans la lutte des travailleurs contre les capitalistes (Juin 36) et excluait du gouvernement les r&#233;actionnaires av&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Thorez avoue maintenant que son but c'est de former un gouvernement d'o&#249; personne n'est exclu, et proclame m&#234;me la &#034;neutralit&#233;&#034; gouvernementale en mati&#232;re de religion, &#224; la place de la la&#239;cit&#233;. Le &#034;Front populaire anti-fasciste&#034; pour liquider le Vichysme, pour exclure du gouvernement les tenants de la r&#233;action cl&#233;ricale, le M.R.P., et les formations d'extr&#234;me-droite, a fait place &#224; l'&#034;Union nationale&#034; de tous les Partis r&#233;publicains (et qui ne l'est pas !) contre... mais contre qui se sont form&#233;s depuis toujours les gouvernements d'u-nion nationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la collaboration de Millerand le &#034;socialiste&#034; et de Galliffet, bourreau de la Commune, dans le minist&#232;re de Waldeck-Rousseau, depuis l'union sacr&#233;e 14-18, en passant par Poincar&#233;, jusqu'&#224; l'union sacr&#233;e de 39, tous ces gouvernements, toutes ces coalitions ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires pour ligoter les travailleurs et les petites gens quand la bourgeoisie avait besoin de rejeter sur eux brutalement de nouveaux fardeaux (op&#233;rations financi&#232;res, etc.) C'est ce &#034;magnifique exemple de civisme&#034;, la r&#233;signation aux entreprises des capitalistes, que La D&#233;p&#234;che de Paris attend de la classe ouvri&#232;re, gr&#226;ce &#224; M. Thorez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de r&#233;aliser l'unit&#233; des masses travailleuses contre la r&#233;action et le Vichysme, pour permettre la construction d'une France nouvelle, ouvri&#232;re et paysanne, Thorez s'appr&#234;te &#224; r&#233;aliser l'union des ministres communistes avec des ministres r&#233;actionnaires et vichystes, contre les masses travailleuses, pour sauver l'ancienne France, la France des capitalistes et des 200 familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de &#034;retentissantes&#034; interviews accord&#233;es &#224; l'organe officiel du capital anglais, le Times, et &#224; l'agence am&#233;ri-caine I.N.S., Thorez fait savoir qu'il existe &#034;d'autres voies dans la marche au socialisme que celle du communisme russe&#034; et que le Parti communiste &#034;dans son activit&#233; gouvernementale et dans le cadre du syst&#232;me parlementaire qu'il a contribu&#233; &#224; r&#233;tablir, s'en tiendra strictement au programme d&#233;mocratique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait de programme d&#233;mocratique, r&#233;alis&#233; &#034;dans le cadre du syst&#232;me parlementaire&#034;, laissons parler M. Yves Farge. Celui-ci ne s'&#233;tait pas propos&#233; d'accomplir des r&#233;formes d&#233;mocratiques &#224; la place de la r&#233;volution, de nettoyer la maison faute de pouvoir la transformer. M. Farge a voulu simplement, &#034;dans le cadre du r&#233;gime parlementaire&#034;, d&#233;f&#233;rer &#224; la justice des voleurs, de simples voleurs. Mais que s'est-il pass&#233; ? &#034;LORSQUE, LE 1er OCTOBRE, J'AI ANNONCE EN QUELQUES MOTS DU HAUT DE LA TRIBUNE DE L'ASSEMBLEE NATIONALE QUE J'AVAIS DEPOSE ENTRE LES MAINS DU GARDE DES SCEAUX LE DOSSIER DU VIN, J'AI VU, ET VOUS AVEZ VU, LES COLONNES DU TEMPLE PERDRE LEUR EQUILIBRE. JE N'AVAIS FAIT QUE RASSEMBLER DES DONNEES CONNUES DE TOUS LES INITIES RETENUS PAR JE NE SAIS QUELLE PEUR, QUELLE SOLIDARITE DE LA CONCUSSION OU LA LACHETE ; JE N'AVAIS FAIT QUE REMETTRE A LA MAGISTRATURE DE MON PAYS DES DOCUMENTS ETABLISSANT QUE, SUR LA MISERE DES PRODUCTEURS ET DES CONSOMMATEURS, ON AVAIT REALISE PLUS D'UN MILLIARD DE BENEFICES FRAUDULEUX. VOUS AVEZ ENTENDU LE TAPAGE ? VOUS AVEZ ASSISTE COMME MOI A CETTE PANIQUE QUI PRIT MEME UN ASPECT POLITIQUE, SI BIEN QUE J'AI PREFERE GARDER JUSQU'A CE JOUR LE SILENCE.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour punir de simples voleurs, les colonnes du temple &#034;d&#233;mocratique&#034; de Thorez perdirent leur &#233;quilibre. Il en avait &#233;t&#233; de m&#234;me, quand, le 30 septembre, un d&#233;put&#233; nord-africain, Ferhat Abbas, avait essay&#233; de d&#233;voiler simplement une partie de la v&#233;rit&#233; sur l'attitude de l'administration en Afrique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passerait-il si les ministres communistes essayaient de faire plus, de d&#233;mocratiser le r&#233;gime ? Le temple s'&#233;croulerait sans aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons qu'en abandonnant la voie russe, c'est-&#224;-dire la voie d'un gouvernement ouvrier et paysan, M. Thorez a renonc&#233; non seulement &#224; la r&#233;volution, mais &#224; la plus &#233;l&#233;mentaire d&#233;mocratie. Car la voie des Communistes russes de 1917 &#233;tait elle-m&#234;me le r&#233;sultat de toute l'exp&#233;rience d&#233;mocratique du mouvement ouvrier au XIX&#232;me si&#232;cle, en France, en Allemagne et partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'ils restent fid&#232;les &#224; la le&#231;on des Communistes russes de 1917 que les ouvriers r&#233;volutionnaires de France, en luttant pour un GOUVERNEMENT OUVRIER ET PAYSAN, sont les seuls d&#233;fenseurs r&#233;els des masses travailleuses contre les entreprises des 200 familles et leurs valets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/11/ldc76_112346.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/11/ldc76_112346.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;D&#233;mocrates cons&#233;quents&#034; et la r&#233;action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 janvier, L'Humanit&#233; annon&#231;ait par un grand titre en premi&#232;re page qu'&#224; la tribune de l'Assembl&#233;e, &#034;Jacques Duclos, dans un brillant discours, a fustig&#233; la r&#233;action&#034;. Mais en apprenant aussit&#244;t apr&#232;s dans l'article que cette &#034;fustigation&#034; visait exactement douze d&#233;put&#233;s &#034;opposants&#034;, on ne pouvait s'emp&#234;cher de penser &#224; Don Quichotte prenant d'assaut des outres remplies de vin en guise de g&#233;ants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ? Cette r&#233;action qui, soutenue par la bourgeoisie, domine actuellement dans toutes les sph&#232;res &#233;conomiques, sociales, administratives, etc., cette r&#233;action qui hier encore, aux &#233;lections, groupait LA MAJORITE DES PARTIS dans une majorit&#233; parlementaire &#034;anti-marxiste&#034;, cette r&#233;action qui, il y a un mois, d'apr&#232;s les leaders du P.C.F., emp&#234;chait la formation d'un gouvernement les comprenant, cette r&#233;action ne compterait plus que douze d&#233;put&#233;s dans une Assembl&#233;e de six cents ? Pas m&#234;me tout le P.R.L. ? Cette Assembl&#233;e, issue d'&#233;lections ayant donn&#233; une majorit&#233; aux partis &#034;anti-marxistes&#034;, se serait-elle transform&#233;e, par l'effet de quelque enchanteur, en la plus d&#233;mocratique du monde ? O&#249; s'est fourr&#233;e la majorit&#233; anti-marxiste du Parlement pour que le &#034;d&#233;mocrate-cons&#233;quent&#034; Duclos ne puisse plus la voir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les repr&#233;sentants des partis r&#233;actionnaires de l'Assembl&#233;e sont tout simplement au gouvernement, et forment avec M. Thorez une coalition, que Jacques Duclos appelle &#034;de concentration d&#233;mocratique&#034;. Voil&#224; l'explication de tout le myst&#232;re ! Ce ne sont pas les r&#233;actionnaires qui ont disparu, comme par enchantement, de l'Assembl&#233;e, ce sont les Duclos qui sont &#224; tel point &#034;enchant&#233;s&#034; de collaborer avec ces mes-sieurs (qu'ils &#034;valent pleinement&#034;) que toute l'ombre grise de la r&#233;action parlementaire se teint &#224; leurs yeux du rose de l'aurore d&#233;mocratique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la personne de Jacques Duclos, l'&#233;lan chevaleresque du Don Quichotte communiste prenant d'assaut les moulins &#224; vent du capitalisme, a fait place au prosa&#239;que Sancho Pan&#231;a, dont le &#034;gros bon sens&#034; ne r&#234;vait qu'&#224; un poste de &#034;gouverneur&#034; au service des puissants de son monde. &#034;BARRER LA ROUTE A LA REACTION&#034;, c'est, pour les Duclos, partager avec elle des sin&#233;cures et des portefeuilles minist&#233;riels, &#234;tre reconnu pour des hommes de confiance des banquiers, ces &#034;tout-puissants&#034; du monde capitaliste...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de quoi s'agissait-il dans cette &#034;fustigation de la r&#233;action&#034; ? S'agissait-il de la politique gouvernementale, qui continue celle des gouvernements pr&#233;c&#233;dents contre le peuple en faveur des riches ? Nullement. En mati&#232;re de &#034;programme&#034;, tout le monde est parfaitement d'accord. BLUM AVAIT LUI-MEME RECONNU QUE LA POLITIQUE QU'IL FAISAIT, TOUT GOUVERNEMENT, QUEL QU'IL SOIT, LA FERAIT : la sienne, du reste, avait &#233;t&#233; celle de Schuman, membre du parti cl&#233;ricalo-r&#233;actionnaire, le M.R.P. C'EST AINSI QUE LES GOUVERNEMENTS SE SUCCEDENT, MAIS LA POLITIQUE REACTIONNAIRE RESTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la discussion entre M. Duclos et les douze &#034;m&#233;contents&#034; c'&#233;tait de savoir si les dirigeants du Parti communiste pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme d'aussi bons Fran&#231;ais que ceux du M.R.P. ou du P.R.L. A l'unanimit&#233; contre douze (et quelques abstentions), les d&#233;put&#233;s, des Socialistes au P.R.L., les ont reconnus pour des leurs, en r&#233;compense des services que les chefs staliniens rendent depuis des ann&#233;es &#224; la bourgeoisie. On comprend donc pourquoi, d'apr&#232;s L'Humanit&#233;, il a suffi &#224; Duclos d'&#034;une chiquenaude par ci, une chiquenaude par l&#224;&#034;, pour r&#233;duire &#224; n&#233;ant l'argumentation des douze antagonistes de Billoux, ministre stalinien de la D&#233;fense Nationale. ILS SE VALENT, EN EFFET.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que sont r&#233;ellement les chefs staliniens. Ils sont des &#034;d&#233;mocrates-cons&#233;quents&#034; non pas en d&#233;fendant pas &#224; pas les droits des travailleurs, en leur apprenant &#224; lutter eux-m&#234;mes pour ces droits, en les &#233;clairant sur les combinaisons pourries des politiciens ; ils sont des &#034;d&#233;mocrates-cons&#233;quents&#034; dans les combines avec les autres partis pour le partage des bonnes places, ils sont des &#034;d&#233;mocrates-cons&#233;quents&#034; vis-&#224;-vis du m&#233;canisme parlementaire de la bourgeoisie, ce m&#233;canisme parlementaire que les marxistes, depuis des dizaines d'ann&#233;es, et l'exp&#233;rience propre des masses, montrent comme un organisme enti&#232;rement au service de la bourgeoisie, une machine &#224; &#233;craser le peuple, tout en l'emp&#234;chant de se r&#233;volter, sous couleur de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec un m&#233;pris croissant que les tra-vailleurs regardent ce spectacle lamentable de soi-disant d&#233;mocrates, s'escrimant contre la r&#233;action... dans le vide, tandis que plus que jamais la r&#233;action capitaliste &#233;touffe les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre l'espoir qu'ils mettaient hier, au moment des &#233;lections, dans ces chefs pseudo-d&#233;mocrates, et la lutte r&#233;volutionnaire de demain qu'il faudra mener pour ne pas succomber, le m&#233;pris pour ces chefs constitue aujourd'hui un anneau n&#233;cessaire. Contre la r&#233;action capitaliste, pour conqu&#233;rir le bien-&#234;tre et la dignit&#233; humaine, les travailleurs rejoindront dans l'action les seuls d&#233;mocrates-cons&#233;quents, LES REVOLUTIONNAIRES PROLETARIENS, qui en combattant le lourd h&#233;ritage des forces l&#233;gu&#233;es par le pass&#233;, pr&#233;parent un avenir meilleur pour les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1947/02/ldc83_020147.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1947/02/ldc83_020147.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la question de l'U.R.S.S. et du stalinisme mondial</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7861</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7861</guid>
		<dc:date>2023-04-09T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sur la question de l'U.R.S.S. et du stalinisme mondial &lt;br class='autobr' /&gt;
par Corn&#233;lius Castoriadis (Chaulieu) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ao&#251;t 1947 &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans th&#233;orie du stalinisme, pas d'action contre le stalinisme &lt;br class='autobr' /&gt;
La IV&#176; Internationale ne saurait se construire aujourd'hui sans faire une autocritique s&#233;rieuse de ses perspectives pass&#233;es. Sur un certain nombre de points fondamentaux, notre th&#233;orie a subi victorieusement l'&#233;preuve de ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Sur d'autres points elle a r&#233;v&#233;l&#233; des erreurs que le cours des &#233;v&#233;nements (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sur la question de l'U.R.S.S. et du stalinisme mondial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Corn&#233;lius Castoriadis (Chaulieu)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1947&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans th&#233;orie du stalinisme, pas d'action contre le stalinisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La IV&#176; Internationale ne saurait se construire aujourd'hui sans faire une autocritique s&#233;rieuse de ses perspectives pass&#233;es. Sur un certain nombre de points fondamentaux, notre th&#233;orie a subi victorieusement l'&#233;preuve de ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Sur d'autres points elle a r&#233;v&#233;l&#233; des erreurs que le cours des &#233;v&#233;nements permet de rectifier. En tout premier lieu nous nous sommes m&#233;pris sur la nature, le r&#244;le et le poids du stalinisme. On ne saurait trop souligner l'importance de cette erreur, &#233;tant donn&#233; qu'aujourd'hui une appr&#233;ciation juste et tactique efficace face au stalinisme forment la cl&#233; du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient nos pr&#233;visions et que nous a appris l'exp&#233;rience de la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Trotski sur l'U.R.S.S. &#233;tait bas&#233;e sur la conception de l'instabilit&#233; absolue du r&#233;gime stalinien, instabilit&#233; fond&#233;e sur la contradiction insoluble entre la domination de la bureaucratie et les &#034;formes socialistes de la propri&#233;t&#233;&#034;. Les perspectives qui d&#233;coulaient de cette conception &#233;taient essentiellement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la guerre a d&#233;menti toutes ces pr&#233;visions. Les th&#233;ories se discutent &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements, et les &#233;v&#233;nements ont d&#233;pass&#233; de loin la th&#233;orie traditionnelle sur l'U.R.S.S. et le stalinisme. Non seulement le stalinisme a &#233;t&#233; le frein le plus puissant &#224; la mont&#233;e r&#233;volutionnaire, non seulement il n'a pas &#233;t&#233; automatiquement balay&#233; par les vagues de la r&#233;volution montante, comme on le pensait, non seulement il a r&#233;ussi &#224; faire &#233;chouer tous les mouvements de lutte, mais il a aussi r&#233;ussi &#224; d&#233;former ces mouvements, bien plus, &#224; les d&#233;tourner &#224; son profit. La crise r&#233;volutionnaire issue de la guerre, loin de miner, a renforc&#233; la puissance stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence obstin&#233; et st&#233;rile de la majorit&#233; de l'Internationale sur la question de l'U.R.S.S. et du stalinisme, son hostilit&#233; &#224; toute remise en question du probl&#232;me ne peut rien y faire. Cette attitude est d'ailleurs &#224; l'oppos&#233; exact de l'attitude r&#233;volutionnaire. Une chose est de confronter sa m&#233;thode avec la m&#233;thode &#233;prouv&#233;e de Marx, de L&#233;nine et de Trotski, autre chose de se r&#233;fugier dans les analyses du pass&#233; avec une servilit&#233; th&#233;orique que ceux-ci ont toujours impitoyablement d&#233;nonc&#233;e. Ainsi, d'une part l'interpr&#233;tation du r&#233;gime de l'U.R.S.S. doit &#234;tre r&#233;vis&#233;e &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements ; on doit comprendre que la th&#233;orie traditionnelle de &#034;l'instabilit&#233;&#034;, absolument d&#233;mentie par les faits, doit &#234;tre enterr&#233;e. D'autre part une conception sociologique et historique des partis staliniens doit &#234;tre &#233;labor&#233;e, qui ne saurait &#234;tre la copie m&#233;canique de la th&#233;orie de L&#233;nine sur la social-d&#233;mocratie. Enfin et en conclusion, le stalinisme doit &#234;tre combattu avec une tactique qui n'est pas celle avec laquelle on pouvait hier combattre la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nature sociale de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Quoique en soi fausse depuis 1927, la conception de l'U.R.S.S. comme &#034;Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#034; a eu une justification dans le pass&#233; ; en effet aussi longtemps que les bases &#233;conomiques de la domination de la bureaucratie &#233;taient limit&#233;es au secteur &#233;tatis&#233; de l'industrie, aussi longtemps que des tendances &#233;conomiques internes vers le capitalisme subsistaient, et que par cons&#233;quent la bureaucratie paraissait prise inextricablement dans le dilemme &#034;capitalisme ou socialisme&#034;, aussi longtemps que le r&#233;gime n'avait pas montr&#233; toute la puissance de son intervention contre-r&#233;volutionnaire dans le monde, et par l&#224; m&#234;me sa capacit&#233; de se garantir contre un retour offensif de la r&#233;volution en U.R.S.S. m&#234;me, et surtout aussi longtemps que le r&#233;gime restait isol&#233; et n'avait pas d&#233;bord&#233; sur d'autres pays, la notion de l'&#034;Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#034;, s'inscrivant dans une perspective de victoire rapide de la r&#233;volution qui se chargerait de vider le probl&#232;me, pouvait &#234;tre discut&#233;e. Mais nous avons vu, au contraire, le r&#233;gime social de l'U.R.S.S. se confirmer &#224; travers une s&#233;rie d'&#233;preuves dont la guerre est le dernier exemple. Nous avons vu la bureaucratie, &#224; partir de 1928, &#233;tendre sa domination &#233;conomique sur l'ensemble de la production industrielle aussi bien qu'agricole. Nous avons vu Staline, dont la politique ne pouvait, selon Trotski, qu'aboutir &#224; bref d&#233;lai &#224; la restauration du capitalisme passer &#224; l'attaque contre la droite tout en continuant &#224; exterminer la gauche, et liquider physiquement et socialement toutes les couches bourgeoises et petites-bourgeoises du pays. Nous avons vu Trotski qualifier en 1928 la droite du Parti communiste russe d'aile ouvertement procapitaliste, et &#233;crire froidement en 1938 (&#034;Programme transitoire&#034;) que cette aile constituait pour la bureaucratie &#034;un danger de gauche&#034;. Nous avons vu Trotski &#233;crire que les proc&#232;s de Moscou &#233;taient &#034;l'annonce du d&#233;nouement, le commencement de la fin&#034;, alors qu'ils n'&#233;taient en fait que la fin du commencement. Nous avons vu ce r&#233;gime, &#034;produit de l'isolement&#034;, d&#233;border les cadres de l'U.R.S.S. et commencer son extension dans d'autres pays, sur des d&#233;bris des r&#233;volutions avort&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce qui n'&#233;tait hier qu'une pr&#233;occupation th&#233;orique, qualifier un r&#233;gime que l'on esp&#233;rait &#233;ph&#233;m&#232;re, est devenu aujourd'hui une n&#233;cessit&#233; pratique imm&#233;diate ; il s'agit d'expliquer au prol&#233;tariat comment le r&#233;gime stalinien de l'U.R.S.S. a r&#233;ussi &#224; se faire le plus grand fossoyeur de la r&#233;volution mondiale, quelle forme de soci&#233;t&#233; r&#233;actionnaire et exploiteuse il repr&#233;sente aujourd'hui. Il s'agit de d&#233;montrer &#224; la classe ouvri&#232;re du monde entier que le bureaucratisme russe n'est pas pour elle un moindre ennemi que l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Une seule question se pose pour caract&#233;riser ce r&#233;gime selon la m&#233;thode marxiste : Comment les hommes se situent-ils par rapport aux moyens de production ? Autrement dit : Quels sont les rapports de production en U.R.S.S. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de production en U.R.S.S. sont des rapports de classe . La position des hommes par rapports aux moyens de production y est absolument diff&#233;rente, selon le groupe social auquel ces hommes appartiennent. Une classe sociale, la bureaucratie, poss&#232;de les moyens de production, tandis que le prol&#233;tariat est absolument d&#233;poss&#233;d&#233;. Certes, il n'y a pas en U.R.S.S. de propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production ; la propri&#233;t&#233; de la bureaucratie est une propri&#233;t&#233; collective . La bureaucratie, prise dans son ensemble en tant que classe, jouit, use et abuse, selon la formule classique, des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie sovi&#233;tique n'est absolument pas comparable &#224; la bureaucratie capitaliste, m&#234;me nazie ou fasciste. Cette derni&#232;re peut tout au plus et dans une certaine mesure diriger et contr&#244;ler la production ; en fait le capital financier reste le ma&#238;tre de l'&#233;conomie et de l'Etat. Par contre, la bureaucratie sovi&#233;tique consid&#233;r&#233;e collectivement est le ma&#238;tre absolu de la production. Nous ne disons pas qui contr&#244;le poss&#232;de ; nous disons qui poss&#232;de poss&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la bureaucratie, le prol&#233;tariat n'a aucun pouvoir &#233;conomique. Sans parler des vingt millions d'esclaves du r&#233;gime, le &#034;libre&#034; travailleur sovi&#233;tique d&#233;pense, tout comme les prol&#233;taires des pays capitalistes, sa force de travail au profit de la classe poss&#233;dante. Il n'a comme salaire de sa mis&#232;re que ce que cette classe veut bien lui conc&#233;der, car il n'a m&#234;me pas la possibilit&#233; de lui arracher des concessions par la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette structure de classe des rapports de production se refl&#232;te directement dans la r&#233;partition. La bureaucratie consomme l&#233;galement et improductivement, au minimum et selon les calculs les plus cl&#233;ments pour elle, la moiti&#233; du revenu national (sans calculer les vols, le gaspillage, les faux frais, etc.). Son abolition permettrait de doubler imm&#233;diatement et en m&#234;me temps le fonds d'accumulation et les fonds de consommation de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe par cons&#233;quent en U.R.S.S. le m&#234;me antagonisme fondamental que dans toute soci&#233;t&#233; de classe contemporaine : la contradiction entre les forces productives et les rapports de production, l'incompatibilit&#233; entre la production sociale et l'appropriation de classe. Cet antagonisme s'exprime en U.R.S.S. par la crise constante de sous-production, et par le d&#233;s&#233;quilibre organique entre la production des biens de production et celle des biens de consommation. Les rapports de production de l'&#233;conomie bureaucratique sont devenus le frein absolu au d&#233;veloppement des forces productives en U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Hors de cette analyse marxiste il n'y a que formalisme et abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonnant le point de vue mat&#233;rialiste des rapports de production les &#034;d&#233;fensistes&#034; mettent en avant des consid&#233;rations formelles et juridiques. Ils abordent l'&#233;conomie sovi&#233;tique avec les lunettes de l'id&#233;alisme petit-bourgeois, r&#233;citant les formules de la constitution au lieu d'&#233;tudier les rapports sociaux mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tatisation et la planification en U.R.S.S., si elles suffisent pour diff&#233;rencier cette &#233;conomie de l'&#233;conomie capitaliste, n'ont par contre en elles-m&#234;mes aucune signification &#034;socialiste&#034; ou &#034;progressive&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, concr&#232;tement, la planification en U.R.S.S. n'est que la planification de l'exploitation, l'&#233;tatisation n'est que la forme juridique de la possession &#233;conomique de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir consid&#233;rer ces mesures comme progressives, il faudrait qu'elles aient signifi&#233; l'abolition de l'antagonisme des hommes par rapport aux moyens de production, l'abolition de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et de l'exploitation qui en r&#233;sulte. C'est juste l'inverse qui a lieu en U.R.S.S. La collectivisation et la planification ne sont progressives que dans la mesure o&#249; le prol&#233;tariat s'&#233;rige en classe dominante, qu'il intervient activement dans le fonctionnement de l'&#233;conomie, qu'il en prend la direction effective (gestion ouvri&#232;re) ou du moins qu'il s'achemine vers cette direction. Mais en U.R.S.S. aujourd'hui, le prol&#233;tariat n'est qu'une des mati&#232;res premi&#232;res de l'&#233;conomie, qu'un objet passif de l'exploitation. L'&#233;tatisation et la planification lui sont compl&#232;tement &#233;trang&#232;res, elles forment la base du r&#233;gime qui l'exploite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de &#034;base socialiste&#034; de l'&#233;conomie existant ind&#233;pendamment de la situation du prol&#233;tariat. Tout le marxisme repose sur cette id&#233;e : la r&#233;volution prol&#233;tarienne est le moment de l'histoire o&#249; l'automatisme &#233;conomique est d&#233;pass&#233;. C'est l'intervention consciente du prol&#233;tariat, &#224; travers ses diff&#233;rents organismes, dont l'ultime est le Parti r&#233;volutionnaire, qui est la seule garantie du socialisme. Si l'&#233;conomie &#233;chappe aux mains du prol&#233;tariat il n'y a plus trace de socialisme, car le trait fondamental de l'&#233;conomie socialiste, &#224; l'oppos&#233; de l'&#233;conomie bourgeoise, est de se construire par l'action politique consciente du prol&#233;tariat. Penser le contraire c'est justifier par avance la possibilit&#233; d'une d&#233;g&#233;n&#233;rescence pour une future r&#233;volution prol&#233;tarienne. Lorsque Frank dit que la bureaucratie est un &#034;mal n&#233;cessaire&#034;, il rend possible pour l'avenir une nouvelle catastrophe, car selon cette id&#233;ologie le simple changement de la propri&#233;t&#233; formelle accompagn&#233; de la domination de la bureaucratie serait en lui-m&#234;me progressif et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) La th&#233;orie &#034;d&#233;fensiste&#034; constitue en fait une r&#233;vision compl&#232;te du marxisme. Elle bouleverse l'&#233;conomie marxiste en soutenant non seulement que l'&#233;conomie est d&#233;termin&#233;e par les rapports juridiques de superstructure, mais aussi que la r&#233;partition est ind&#233;pendante des rapports de production, c'est-&#224;-dire qu'il peut y avoir des rapports de production socialistes dont d&#233;coule une r&#233;partition qui cr&#233;e des exploiteurs et des exploit&#233;s. Elle abandonne le mat&#233;rialisme dialectique lui-m&#234;me puisqu'elle fait d&#233;couler une politique r&#233;actionnaire d'une &#233;conomie &#034;progressive&#034;. Elle fausse le programme de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et c'est l&#224; son aspect le plus n&#233;faste, en masquant la diff&#233;rence qui s&#233;pare la v&#233;ritable collectivisation et la planification bureaucratiques qui servent &#224; l'exploitation du prol&#233;tariat. Elle fausse aussi la notion d'Etat ouvrier en donnant comme crit&#232;re de cet Etat les formules de l'&#233;tatisation et de la planification ; crit&#232;res d'apr&#232;s lequel, ni la Commune de Paris, ni la r&#233;volution russe avant sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence n'auraient &#233;t&#233; des Etats ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question m&#234;me de l'Etat o&#249; le marxisme s'est toujours distingu&#233; par la clart&#233; la plus absolue, la th&#233;orie &#034;d&#233;fensiste&#034; s'est r&#233;fugi&#233;e dans la confusion la plus lamentable. S'il existe un Etat en U.R.S.S., cet Etat doit, selon la th&#233;orie marxiste-l&#233;niniste, repr&#233;senter et exprimer la division de la soci&#233;t&#233; en classes et &#234;tre l'instrument de domination et d'oppression de la classe r&#233;gnante contre les autres. Or il est &#233;vident que l'Etat en U.R.S.S. n'est pas la dictature du prol&#233;tariat dirig&#233;e contre les capitalistes ; il exprime la dictature de la bureaucratie sur le prol&#233;tariat et les autres couches de la population. La th&#233;orie traditionnelle du &#034;bonapartisme &#224; l'&#233;chelle internationale&#034; selon laquelle l'Etat bureaucratique fait &#233;quilibre entre le prol&#233;tariat russe et le capitalisme mondial ne sert &#224; rien sous ce rapport : les Etats bonapartistes, quelque &#233;quilibre ou quelque acrobatie qu'ils aient pu r&#233;aliser, n'en furent pas moins des instruments de domination de classe. Il n'y a pas de doute que la bureaucratie ait pu profiter pour son d&#233;veloppement d'un tel &#233;quilibre ; mais ce qui est important, c'est de voir comment la pression du capitalisme mondial s'est produite en U.R.S.S., comment elle s'est concr&#233;tis&#233;e par la cr&#233;ation d'un Etat qui fonctionne comme machine d'oppression et d'exploitation contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) Si la soci&#233;t&#233; bureaucratique est une soci&#233;t&#233; de classes, elle ne peut pourtant pas &#234;tre assimil&#233;e &#224; une soci&#233;t&#233; capitaliste, car elle n'en a aucun des traits principaux. La notion de &#034;capitalisme d'Etat&#034; appliqu&#233;e &#224; l'ensemble d'une soci&#233;t&#233;, est &#224; la fois contradictoire et confusionniste. Dans le &#034;capitalisme d'Etat&#034; id&#233;al il n'y a plus aucun trait du capitalisme connu, sinon l'exploitation commune &#224; tous les r&#233;gimes. Par cons&#233;quent ce terme, qui n'a aucune signification historique et aucune signification de fond, ne peut pr&#233;cis&#233;ment &#234;tre employ&#233; pour d&#233;signer une soci&#233;t&#233; qui n'est pas issue du capitalisme, mais qui a surgi de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il ne s'agit pas pour les besoins d'une propagande facile de mettre le stalinisme et le capitalisme dans le m&#234;me sac. Il faut rendre compte au prol&#233;tariat du fait perceptible pour tous que le stalinisme et le capitalisme, quoique vivant tous les deux sur l'exploitation du prol&#233;tariat, s'affronte dans la p&#233;riode actuelle en une lutte &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
La signification historique du r&#233;gime bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation de l'existence d'une classe bureaucratique en U.R.S.S. ne signifie nullement que cette classe a une n&#233;cessit&#233; historique et par l&#224; une mission progressive. Une classe n'est rien d'autre qu'une couche d'individus li&#233;s d'une mani&#232;re semblable aux moyens de production. L'id&#233;e que toute classe doit avoir une n&#233;cessit&#233; historique est une &#233;lucubration id&#233;aliste inspir&#233;e de Hegel et non de Marx. Une chose est de croire au d&#233;terminisme historique, de dire qu'une classe ne se forme pas arbitrairement, mais en rassemblant dans des conditions donn&#233;es des int&#233;r&#234;ts historiques par rapport &#224; la production, autre chose de dire que tout ce qui se produit devait par d&#233;finition se produire et que l'histoire est jou&#233;e d'avance. C'est le cours vivant et r&#233;el de la lutte des classes qui d&#233;termine l'&#233;volution historique et non les sch&#233;mas int&#233;rieurs du camarade Frank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait capital qui montre que la bureaucratie n'a aucune mission historique progressive, c'est qu'&#224; la longue elle est incapable d'apporter un d&#233;veloppement des forces productives par rapport au syst&#232;me capitaliste. Comme le disait d&#233;j&#224; Trotski dans La R&#233;volution trahie , la bureaucratie est devenue depuis longtemps le pire frein au d&#233;veloppement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique comme sur le plan social et politique, la soci&#233;t&#233; bureaucratique russe, situ&#233;e &#224; l'&#233;chelle historique, est une soci&#233;t&#233; fondamentalement et profond&#233;ment r&#233;actionnaire. Elle est la pr&#233;face de la barbarie. Trotski l'avait d&#233;j&#224; vu, qui &#233;crivait : &#034;Le socialisme n'est pas r&#233;alisable par lui-m&#234;me mais comme le r&#233;sultat de la lutte vivante des classes et de leurs partis&#8230; Nous avons enti&#232;rement le droit de nous demander : quel caract&#232;re prendra la soci&#233;t&#233; si les forces de la r&#233;action sont victorieuses ? &#8230; Les marxistes ont formul&#233; un incalculable nombre de fois l'alternative : Socialisme ou barbarie&#8230; Le fascisme d'une part, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Etat sovi&#233;tique d'autre part esquissent d&#233;j&#224; les formes sociales et politiques d'une nouvelle barbarie ( [1] ) .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir si le r&#244;le de la bureaucratie sovi&#233;tique, r&#244;le totalement r&#233;gressif, sera de donner une forme &#224; la barbarie ne peut &#234;tre tranch&#233;e th&#233;oriquement ; elle sera r&#233;solue par la lutte des classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience du glacis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion sovi&#233;tique d'apr&#232;s-guerre a inflig&#233; un d&#233;menti cinglant &#224; la th&#233;orie de &#034;l'&#233;tat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&#034;. D'apr&#232;s la conception traditionnelle toute id&#233;e d'une large expansion de la bureaucratie &#233;tait &#224; exclure, non seulement parce que le r&#233;gime de l'U.R.S.S. &#233;tait le produit de l'isolement de l'Etat sovi&#233;tique (par cons&#233;quent son extension &#233;tait inconcevable), mais aussi parce que la bureaucratie, disait-on, &#034;ne pourrait ni exposer l'Arm&#233;e rouge &#224; la contamination r&#233;volutionnaire dans les autres pays, ni &#233;craser ouvertement la r&#233;volution&#034;. En fait, c'est ce qui a eu lieu. L'Arm&#233;e rouge a occup&#233; un grand nombre de pays et sa pr&#233;sence a permis aux partis staliniens d'endiguer totalement le courant r&#233;volutionnaire, de le d&#233;tourner &#224; leur profit et de soumettre ces pays &#224; un processus d'assimilation structurelle par rapport &#224; l'U.R.S.S. selon un rythme et une tactique qui d&#233;coulent de la situation propre &#224; chaque pays particulier et des besoins g&#233;n&#233;raux de la politique stalinienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le stalinisme mondial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe bureaucratique en U.R.S.S., les couches bureaucratiques en train de se cristalliser dans le glacis, forment la base mat&#233;rielle du stalinisme mondial, exprim&#233; dans les pays capitalistes par les partis communistes. Mais la force de ces partis demande une explication. Les divers P.C. ne sont pas seulement la cinqui&#232;me colonne de Moscou, selon la conception polici&#232;re et rocambolesque de la majorit&#233; de l'Internationale. La collusion &#233;vidente des dirigeants staliniens avec Moscou ne suffit absolument pas pour expliquer leur politique dans son ensemble, ni surtout leur immense force &#224; l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier. En v&#233;rit&#233;, le stalinisme n'est devenu &#224; l'issue de cette guerre un facteur si puissant que parce qu'il est venu recouper &#224; l'int&#233;rieur d'un grand nombre de pays des tendances sociales, propres, n&#233;es du pourrissement du capitalisme. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le stalinisme n'est pas un enfant l&#233;gitime de l'histoire, mais la cons&#233;quence du retard de la r&#233;volution prol&#233;tarienne que cette base sociale n'est pas mondialement uniforme : couches d'aristocrates ouvriers, de bonzes syndicaux et de techniciens en France et en Italie par exemple ; petite-bourgeoisie lump&#233;nis&#233;e en Europe sud-orientale, bourgeoisie nationale dans plusieurs colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais ces couches n'auraient pris corps si le prol&#233;tariat n'avait &#233;chou&#233; &#224; plusieurs reprises dans ses tentatives r&#233;volutionnaires et si l'exp&#233;rience bureaucratique russe ne s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e. Pouss&#233;es aujourd'hui par la d&#233;cadence du capitalisme &#224; consolider leurs int&#233;r&#234;ts et leurs privil&#232;ges dans une soci&#233;t&#233; plus stable que le capitalisme, ces couches se r&#233;unissent derri&#232;re le stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de leur manque de coh&#233;sion, en raison du fait qu'elles ne jouent pas aujourd'hui un r&#244;le d&#233;fini par rapport &#224; la production, ces couches sont amen&#233;es &#224; r&#233;v&#233;ler toutes leurs contradictions et leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; fondamentale, dans une p&#233;riode d'offensive du prol&#233;tariat. Mais il est d'autant plus vrai que pour faire d&#233;marrer le prol&#233;tariat, il faut s'adresser d'abord aux couches les plus exploit&#233;es et les dresser contre l'id&#233;ologie des couches staliniennes privil&#233;gi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] In Defense of Marxism (1942), New York, Merit, 1965, p. 30-37.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>1954 : la Russie stalinienne en r&#233;volte</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7814</link>
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		<dc:date>2022-12-24T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

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&lt;p&gt;Raya Dunayevska&#239;a 1954 &#034;La Russie, plus que jamais pleine de r&#233;volutionnaires...&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : Correspondance , 12 juin 1954. Cette pi&#232;ce est apparue dans la chronique non sign&#233;e de Dunayevskaya, &#034;Two Worlds : Notes From a Diary&#034;. Transcrit : par Kevin Michaels. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous semblez tous si sceptiques quant aux chances d'une r&#233;volution en Russie. Je ne suis pas s&#251;r moi-m&#234;me. Mais, croyez-moi, la Russie est plus que jamais pleine de r&#233;volutionnaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, Brigitte Gerland s'est adress&#233;e &#224; ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Raya Dunayevska&#239;a 1954&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La Russie, plus que jamais pleine de r&#233;volutionnaires...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Correspondance , 12 juin 1954. Cette pi&#232;ce est apparue dans la chronique non sign&#233;e de Dunayevskaya, &#034;Two Worlds : Notes From a Diary&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Transcrit : par Kevin Michaels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous semblez tous si sceptiques quant aux chances d'une r&#233;volution en Russie. Je ne suis pas s&#251;r moi-m&#234;me. Mais, croyez-moi, la Russie est plus que jamais pleine de r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Brigitte Gerland s'est adress&#233;e &#224; ses co-journalistes pr&#233;sents &#224; la Four Power Conference &#224; Berlin en janvier dernier. Mlle Gerland, une journaliste allemande qui avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e en 1946 et envoy&#233;e dans un camp de concentration russe, &#233;tait l'une des plusieurs milliers de d&#233;tenues allemandes qui avaient soudainement &#233;t&#233; amnisti&#233;es pour le spectacle de la Conf&#233;rence des Quatre Pouvoirs. Son public &#233;tait tr&#232;s sceptique car elle ne racontait pas une histoire de malheur, mais de r&#233;volte. Elle aurait trouv&#233; des auditeurs sympathiques si elle s'&#233;tait engag&#233;e dans une discussion abstraite sur la question de savoir si une r&#233;volte peut se produire sous un &#201;tat policier, mais pas lorsqu'elle a racont&#233; qu'une r&#233;volte s'&#233;tait produite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jeunesse russe en r&#233;volte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gerland raconte qu'elle a rencontr&#233; des &#233;tudiants des grandes villes de Russie, Moscou, Leningrad, Kiev, Odessa. Les plus remarquables d'entre eux &#233;taient les fils des vieux bolcheviks, c'est-&#224;-dire les dirigeants de la r&#233;volution de 1917 qui avaient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s par Staline lors des tristement c&#233;l&#232;bres proc&#232;s de Moscou en 1937. Ces &#171; enfants de la &#034;g&#233;n&#233;ration de 37... avaient &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s dans des orphelinats d'&#201;tat et n'avaient r&#233;ussi &#224; se frayer un chemin vers les universit&#233;s qu'au prix d'efforts et de ruses sans fin. Maintenant, ces aspirants philosophes, historiens ou &#233;conomistes &#233;taient assis dans le camp, avec vingt-cinq ans de travaux forc&#233;s comme seul avenir... &#187; Mais ils n'&#233;taient ni bris&#233;s ni r&#233;sign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour eux, poursuit Gerland, l'&#201;tat socialiste de demain ne serait pas dirig&#233; par un ou plusieurs partis, mais par des &#034;syndicats&#034; ouvriers et paysans - ils ont utilis&#233; le mot fran&#231;ais, tir&#233; d'une &#233;tude du Commune de Paris de 1871, que L&#233;nine lui-m&#234;me avait salu&#233;e comme son mod&#232;le avant de prendre le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit, le mot utilis&#233; par Marx pour d&#233;crire la Commune de Paris &#233;tait &#034;l'autonomie gouvernementale des producteurs&#034;. En tout cas, le programme de la jeunesse &#171; &#233;tait n&#233; d'un rejet d&#233;sesp&#233;r&#233; des alternatives du syst&#232;me de l'oligarchie stalinienne d'une part et de la d&#233;mocratie &#171; bourgeoise &#187; occidentale d'autre part. Les formes parlementaires et l'&#233;conomie capitaliste de l'Occident avaient peu d'attrait pour ces jeunes assoiff&#233;s de justice sociale qui, comme ils le disaient, &#034;n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; se laisser s&#233;duire par les automobiles et les nylons&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce groupe de jeunes que Gerland attribue &#171; le courage, la vitalit&#233; et l'initiative qu'un nouveau type de jeu se joue maintenant sur le m&#234;me vieux fond du syst&#232;me des camps, tandis que les grands officiers de la police secr&#232;te regardent et ne croient pas. leurs yeux.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve dans le camp de travaux forc&#233;s de Vorkouta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence au &#171; nouveau genre de jeu &#187; renvoie &#224; la gr&#232;ve de Vorkouta, en Russie europ&#233;enne. Il y a entre 35 et 50 mines et 250 000 travailleurs, certains libres, mais surtout esclaves. Vorkouta fournit le charbon aux industries de Leningrad, et personne n'en avait jamais entendu parler, et la bureaucratie totalitaire n'avait s&#251;rement jamais imagin&#233; une gr&#232;ve des travailleurs esclaves. Ils ont commenc&#233; &#224; envoyer leurs gros bonnets, leurs grands noms, dans les mines frapp&#233;es pour offrir une concession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rapporte Gerland, de son point de vue dans un camp de femmes. Elle parle des trois types de r&#233;sistance : les &#233;tudiants d&#233;j&#224; cit&#233;s, les &#171; croyants &#187;, un groupe religieux et les Ukrainiens. Les Ukrainiens avaient tous &#233;t&#233; dans le mouvement clandestin. Cette semaine, le Soviet supr&#234;me de l'Ukraine est en session. Le premier ministre Malenkov et Khrouchtchev, le premier secr&#233;taire du Parti communiste russe, sont tous les deux l&#224;. Toute la campagne agricole, dont Khrouchtchev est le patron, d&#233;pend de ce riche &#171; grenier &#224; bl&#233; de la Russie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les nationalit&#233;s en Russie, les Ukrainiens sont ceux qui m&#232;nent une v&#233;ritable gu&#233;rilla contre la Russie. Il est clair que cela continue. Mais &#224; ce stade, nous ne nous int&#233;ressons qu'aux Ukrainiens qui se trouvaient dans ce camp de travaux forc&#233;s &#224; Vorkouta et ont particip&#233; &#224; la gr&#232;ve des mines. Au moment du d&#233;part de Frau Gerland le 5 ao&#251;t dernier, la gr&#232;ve durait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre rapport de t&#233;moin oculaire par un Dr Joseph Scholmer qui avait directement particip&#233; &#224; la gr&#232;ve, montre que la gr&#232;ve s'est poursuivie pendant plusieurs semaines. &#171; L'ordre &#187; est enfin r&#233;tabli, c'est-&#224;-dire que les troupes ouvrent le feu. 64 ont &#233;t&#233; tu&#233;s, 200 bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Scholmer avait fait partie du mouvement de r&#233;sistance anti-nazi pendant la Seconde Guerre mondiale et arr&#234;t&#233; par la Gestapo en 1943, pour &#234;tre de nouveau arr&#234;t&#233; par les Russes en 1950 et envoy&#233; dans un camp de travaux forc&#233;s pendant 25 ans aux travaux forc&#233;s. Il &#233;tait l'un de ceux qui ont &#233;t&#233; amnisti&#233;s et sont retourn&#233;s en Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chemin de la libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Scholmer a &#233;t&#233; interrog&#233; sur les motifs de la gr&#232;ve. &#171; Nos motivations ? &#187; il a demand&#233; : &#171; Oh, ils &#233;taient fantastiquement m&#233;lang&#233;s. Certains voulaient des conditions de vie et de travail un peu meilleures. D'autres esp&#233;raient une &#171; nouvelle &#232;re &#187; maintenant que Staline &#233;tait mort. Certains voulaient imiter le 17 juin en Allemagne, dont on avait entendu parler sur Radio Moscou et dans la Pravda . D'autres voulaient d&#233;truire le syst&#232;me, et il y avait un vieil homme dans ma caserne qui criait encore et encore : &#171; Avons-nous d&#233;j&#224; d&#233;moli la cl&#244;ture de barbel&#233;s ? Est-ce qu'il est en panne, est-ce qu'il est en panne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, les barbel&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; arrach&#233;s et la lib&#233;ration du totalitarisme russe n'a pas non plus &#233;t&#233; gagn&#233;e par la r&#233;volte est-allemande. Mais deux nouvelles pages de l'histoire s'&#233;crivent : qui avait entendu parler avant le 17 juin d'une r&#233;volte de masse contre la dictature totalitaire ? Qui avait entendu parler avant juillet de travailleurs esclaves for&#231;ant des concessions &#224; un &#201;tat policier ? Deux pages d'histoire qui ont montr&#233; le chemin de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les anciens d&#233;tenus, le docteur Scholmer et mademoiselle Gerland parlent moins de souffrance que de r&#233;volte, de libert&#233;. Pas encore ? &#171; Pas encore &#187;, disent-ils eux aussi, et reviennent &#224; la citation du grand po&#232;te russe Pouchkine, qui en 1827 &#233;crivait &#224; ses amis emprisonn&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de la mine sib&#233;rienne,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gardez votre patience fi&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le labeur amer ne sera pas perdu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e rebelle insoumise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lourdes cha&#238;nes tomberont,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les murs s'effondreront &#224; un mot ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la Libert&#233; vous salue dans la lumi&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et les fr&#232;res vous rendent l'&#233;p&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> La r&#233;sistance en France, mouvement populaire aux potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires ou tromperie politique stalinienne et pro-imp&#233;rialiste ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7777</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1940</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;sistance en France, mouvement populaire aux potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires ou tromperie politique stalinienne et pro-imp&#233;rialiste ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour beaucoup de courants politiques de gauche ou syndicalistes, et m&#234;me se disant d'extr&#234;me gauche, &#171; la r&#233;sistance fran&#231;aise &#187; est un &#233;pisode de gloire, d'union du peuple travailleur de France et de victoire sociale et politique. Cela aurait selon eux d&#233;bouch&#233; non seulement sur le d&#233;part de France des arm&#233;es d'occupation allemande mais sur une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot104" rel="tag"&gt;1940&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_15855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L237xH213/indexqsqs-2-a1895.jpg?1776222702' width='237' height='213' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15856 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/index-7-be0d8.png?1776222702' width='225' height='225' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La r&#233;sistance en France, mouvement populaire aux potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires ou tromperie politique stalinienne et pro-imp&#233;rialiste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup de courants politiques de gauche ou syndicalistes, et m&#234;me se disant d'extr&#234;me gauche, &#171; la r&#233;sistance fran&#231;aise &#187; est un &#233;pisode de gloire, d'union du peuple travailleur de France et de victoire sociale et politique. Cela aurait selon eux d&#233;bouch&#233; non seulement sur le d&#233;part de France des arm&#233;es d'occupation allemande mais sur une r&#233;publique politique et sociale domin&#233;e par le parti communiste, la CGT et la gauche, qui a eu de grands ministres comme Thorez, Ambroise Croizat et Marcel Paul. Ce gouvernement issu de la r&#233;sistance aurait pris des mesures durables de progr&#232;s. Pourtant il n'en est rien. Or, pour tous ceux qui se revendiquent de la r&#233;sistance, l'union nationale du prol&#233;tariat &#224; la grande bourgeoisie et &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise et aussi les arm&#233;es imp&#233;rialistes dites &#171; alli&#233;es &#187; est un a priori &#233;vident. Ils estiment qu'il y avait objectivement un caract&#232;re progressiste &#224; l'alliance de &#171; tous les Fran&#231;ais antifascistes et d&#233;mocrates &#187;. Nous allons voir &#224; quel point tout cela rel&#232;ve du mythe et que la r&#233;alit&#233; est bien plus complexe, tr&#232;s diff&#233;rente de ce discours officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer et d&#233;construire ce mythe rel&#232;ve d'une actualit&#233; br&#251;lante. Beaucoup de manifestants aujourd'hui se revendiquent de la r&#233;sistance. Beaucoup croient, en clamant la r&#233;sistance, renouer avec un combat glorieux et progressiste alors qu'ils ne font que rechuter dans la tromperie de la collaboration de classe et du stalinisme. La r&#233;sistance est un slogan f&#233;d&#233;rateur dans les manifestations. Le cri le plus repris dans les manifestations contre les lois liberticides et contre le pass sanitaire ou vaccinal est celui-ci : Libert&#233; ! R&#233;sistance ! Pourtant, on va le voir la libert&#233; est tout le contraire de ce mouvement de tromperie qui s'est appel&#233; apr&#232;s-coup r&#233;sistance. Peu connaissent la r&#233;alit&#233; de l'histoire de cette r&#233;sistance. Or, beaucoup auraient &#224; apprendre concernant les mensonges v&#233;hicul&#233;s au nom de cette r&#233;sistance. Ils s'en revendiqueraient peut-&#234;tre beaucoup moins s'ils avaient un peu plus une id&#233;e des mensonges que ce terme recouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plus que temps, depuis le 17 juillet dernier que le mouvement anti-pass d&#233;file tous les samedis, organisant les convois de la libert&#233;, de dissocier la lutte pour la libert&#233; d'une &#233;vocation &#224; la r&#233;sistance. Cela est vital pour la suite du mouvement. Et surtout pour sa victoire. Faire appel &#224; la r&#233;sistance, ce n'est absolument pas donner une perspective r&#233;volutionnaire au mouvement. Jamais la r&#233;sistance n'a remis en cause l'Etat capitaliste, la domination capitaliste, l'ordre capitaliste, les tromperies nationalistes du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;sistance int&#233;rieure fran&#231;aise : une s&#233;rie de mensonges historiques imbriqu&#233;s les uns dans les autres&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De nombreux groupes sociaux, politiques, syndicaux et associatifs consid&#232;rent &#171; la R&#233;sistance &#187; comme le moment clef de toute l'histoire de France, une avanc&#233;e sans pr&#233;c&#233;dent selon eux, le fondement d'une r&#233;publique sociale et on en passe&#8230; Il s'agit bien entendu du parti stalinien fran&#231;ais PCF qui en fait son heure de gloire comme de la CGT mais aussi de toute la gauche, la gauche de la gauche sans parler de l'extr&#234;me gauche officielle. Le POI, le NPA se revendiquent ouvertement de la r&#233;sistance et de leur participation &#224; son action. Le POI en fait une r&#233;f&#233;rence &#224; son action actuelle, parlant de &#171; Comit&#233;s de R&#233;sistance et de Reconqu&#234;te &#187;. Le NPA ne cesse de parler de &#171; r&#233;sistance &#187;, par exemple &#171; face au lib&#233;ralisme &#187;. Qu'elle ait servi &#224; d&#233;tourner une r&#233;volution sociale &#224; la fin de la guerre imp&#233;rialiste ne les effleure pas. Le fondateur de l'organisation fran&#231;aise Lutte ouvri&#232;re, Hardy, explique dans son ouvrage d'interview (&#171; La v&#233;ritable histoire de Lutte ouvri&#232;re &#187;) qu'il a eu la m&#233;daille de la r&#233;sistance alors qu'il se pr&#233;tend le successeur du fondateur du courant UCI, Barta, qui, lui, analysait la r&#233;sistance comme une alliance nationaliste interclassiste de trahison des int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat et d'union avec les imp&#233;rialismes anglo-am&#233;ricain ! L'organisation Lutte ouvri&#232;re, entre ces deux p&#244;les divergents, se garde de trop parler de la r&#233;sistance et d'analyser cette vaste tromperie politique et sociale, si populaire chez ses amis syndicaux ou de gauche ! Le courage politique n'&#233;touffe pas cette organisation pr&#233;tendument trotskiste r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons commencer la liste des mensonges imbriqu&#233;s les uns dans les autres qui ont marqu&#233; ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; mensong&#232;rement la &#171; r&#233;sistance nationale &#187; fran&#231;aise au sein de la deuxi&#232;me guerre mondiale, de son d&#233;but mensong&#232;rement antifasciste &#224; sa fin, appel&#233;e mensong&#232;rement &#171; la lib&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier de ces mensonges s'est appel&#233; &#171; le front unique antifasciste &#187;. C'est une politique internationale (mais pas internationaliste !) initi&#233;e par Staline et la bureaucratie russe contre-r&#233;volutionnaire qu'il dirigeait. Cela a men&#233; aussi bien au pacte Laval-Staline entre bureaucratie russe et bourgeoisie fran&#231;aise qu'aux congr&#232;s internationaux d'intellectuels bourgeois antifascistes dont nombre d'entre eux &#233;taient soit appoint&#233;s soit carr&#233;ment membres secrets du Gu&#233;p&#233;ou (l'URSS de Staline &#233;tait le seul Etat au monde qui finan&#231;ait directement des intellectuels comme Andr&#233; Malraux, Otto Katz, Ernest Hemingway, Lion Feuchtwanger et Klaus Mann). Mais le gouvernement dit de &#171; front populaire &#187; de 1936 en France, fond&#233; sur la m&#234;me propagande de l'unit&#233; nationale antifasciste soutenu par le stalinisme a d&#233;montr&#233; qu'il n'&#233;tait nullement antifasciste puisqu'il a refus&#233; d'intervenir contre le fascisme en Espagne. L'URSS y est intervenue mais bien plus pour combattre la r&#233;volution sociale que pour combattre le fascisme. Plus exactement, la n&#233;cessit&#233; de combattre le fascisme y a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e comme une raison de remettre &#224; plus tard la r&#233;volution sociale ! Et c'est du fascisme que cette politique contre-r&#233;volutionnaire a fait le jeu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a eu la phase de l'alliance entre Hitler et Staline qui a parfaitement d&#233;montr&#233; que la bureaucratie russe &#233;tait tr&#232;s loin d'&#234;tre un adversaire d&#233;termin&#233; et irr&#233;ductible du fascisme ! C'est Trotsky qui avait pr&#233;vu cette alliance et qui avait montr&#233; que le stalinisme et le fascisme, loin de s'opposer r&#233;solument, &#233;taient attir&#233;s l'un par l'autre, tout en expliquant que c'&#233;taient les bases de la r&#233;volution communiste qu'Hitler voulait combattre en Russie, pas la bureaucratie stalinienne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bel et bien Hitler qui a rompu le pacte avec Staline et non l'inverse. Et jusqu'au dernier moment, Staline a clam&#233; &#224; qui voulait l'entendre qu'il admirait Hitler !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rappelons tout cela parce que cela sera sciemment oubli&#233; dans la phase suivante, justement celle de l'union &#171; antifasciste &#187; de la r&#233;sistance, quand le stalinisme va renouer avec le nationalisme fran&#231;ais et le pr&#233;tendu antifascisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me mensonge fondamental dans ce domaine : la deuxi&#232;me guerre mondiale aurait &#233;t&#233; men&#233;e pour combattre le fascisme. C'est compl&#233;tement faux. La deuxi&#232;me guerre mondiale n'a nullement &#233;t&#233; men&#233;e pour combattre le fascisme allemand, ou le fascisme tout court ! La lutte contre le fascisme n'&#233;taient en rien le but des puissances anglo-am&#233;ricaines ni de leurs alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance qui se pr&#233;tend une partie du combat de ces forces anglo-am&#233;ricaines, participe de ce mensonge fondamental. Si le combat &#233;tait men&#233; contre le fascisme allemand, il aurait suffi de le mener en 1933 quand Hitler a pris le pouvoir. Loin de l&#224;, les m&#234;mes puissances imp&#233;rialistes occidentales se sont f&#233;licit&#233;es de la victoire d'Hitler contre le communisme ! Encore une fois, quand le fascisme s'est mis en &#339;uvre en Espagne, ni USA ni Angleterre ne se sont consid&#233;r&#233;s comme menac&#233;s. Ces puissances imp&#233;rialistes n'ont jamais eu aucune raison d'&#234;tre antifascistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de la bourgeoisie fran&#231;aise et on a l&#224; un des principaux mensonges du mythe de la r&#233;sistance : ce n'est pas l'occupation militaire allemande qui a pouss&#233; la bourgeoisie fran&#231;aise et son Etat dans les bras du fascisme. C'est la peur de la r&#233;volution sociale de 1936 (pas la peur du gouvernement capitaliste de Front Populaire !) qui l'y a pouss&#233;. Le r&#233;gime de Vichy n'a pas &#233;t&#233; mis en place seulement par les forces d'extr&#234;me droite mais par l'essentiel de la bourgeoisie, social-d&#233;mocratie incluse. Le choix du r&#233;gime n'a pas &#233;t&#233; le fait d'une puissance militaire occupante. C'est l'ensemble de la classe dominante qui a fait ce choix en France et avec elle l'ensemble de l'appareil d'Etat. C'est m&#234;me l'assembl&#233;e &#233;lue par le front populaire qui a donn&#233; les pleins pouvoir &#224; P&#233;tai. Les &#171; forces fran&#231;aises &#187; qui ont choisi le camp anglo-am&#233;ricain contre le camp allemand-fran&#231;ais sont de rares individus et aucune fraction notable de la grande bourgeoisie. Faire croire que c'est toute une partie de la France capitaliste qui a fait partie de la coalition anglo-am&#233;ricaine qui finira militairement victorieuse est l'un des buts politiques de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise a certes subi une occupation militaire dont elle se serait pass&#233;e. Mais on ne peut pas, pour autant, la faire passer pour une classe opprim&#233;e qui se bat. On ne peut la consid&#233;rer comme une classe d'un pays sous-d&#233;velopp&#233;e, et m&#234;me pas comme les classes bourgeoises des pays de l'Est occup&#233;s par l'arm&#233;e allemande. Elle a, pour l'essentiel, conserv&#233; ses affaires, son pouvoir et son appareil d'Etat, ainsi que ses colonies : avant, pendant et apr&#232;s l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre but de la r&#233;sistance &#171; int&#233;rieure &#187; va consister &#224; faire croire que les tout petits bouts d'arm&#233;e fran&#231;aise, essentiellement des colonies, qui sont du c&#244;t&#233; anglo-am&#233;ricain, ont de v&#233;ritables relais de combat au sein de la population fran&#231;aise. Cela ne sera quasiment jamais le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en venir maintenant &#224; une part essentielle de la r&#233;sistance, la plus grande part des forces organis&#233;es sur le terrain en France : le parti stalinien de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se dire : si c'est l'essentiel des forces de r&#233;sistance, c'est qu'une perspective communiste peut s'ouvrir en France d&#232;s la d&#233;faite allemande. Mais ce n'est qu'une partie de la v&#233;rit&#233; car le parti stalinien est d&#233;j&#224;, en 1936, la force la plus contre-r&#233;volutionnaire du monde, en France comme ailleurs ! Le stalinisme a plus peur du renouveau de la r&#233;volution sociale dans le monde que la bourgeoisie capitaliste elle-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le stalinisme poss&#232;de une caract&#233;ristique mortelle pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne et il l'a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; &#224; l'&#233;poque aux quatre coins du monde : il peut se mobiliser pour assassiner les r&#233;volutionnaires et aussi les discr&#233;diter ; il peut d&#233;sorganiser des r&#233;volutions, les d&#233;sarmer comme il l'a fait en Allemagne, en Chine, en Espagne, en Angleterre, en France et ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce qu'il va faire au travers de la r&#233;sistance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les suites de la deuxi&#232;me guerre mondiale, la bourgeoisie et la bureaucratie s'y attendent, seront sans doute r&#233;volutionnaires prol&#233;tariennes comme l'ont &#233;t&#233; les suites de la premi&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du parti stalinien de France (n'oublions pas que Thorez se proclamait le &#171; premier stalinien de France &#187;) va changer du tout au tout avec l'attaque militaire de l'URSS par Hitler rompant le pacte germano-sovi&#233;tique et surprenant en premier&#8230; Staline qui en &#233;tait encore &#224; ses r&#234;ves d'amour avec Hitler. En redevenant antifasciste, du moins en paroles, la bureaucratie russe a redonn&#233; une perspective nationaliste aux staliniens du monde occidental, y compris en France. Ces derniers &#233;taient pris &#224; contre-pied par la politique pro-Hitler car ils avaient v&#233;cu les ann&#233;es trente comme une idylle avec le nationalisme bourgeois et cette alliance les prenait compl&#232;tement &#224; rebrousse-poil m&#234;me si quelques uns parvenaient &#224; se justifier d'une telle alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du moment que la bureaucratie russe s'est dite l'ennemi mortel de Hitler, les staliniens du monde se sont sentis pousser des ailes dans le sens de l'antifascisme nationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les militants staliniens, pourchass&#233;s depuis le pacte germano-sovi&#233;tique, ont trouv&#233; un nouvel axe de militantisme clandestin : le combat contre l'ennemi mortel allemand et nazi. Une partie d'entre eux a rapidement commenc&#233; une activit&#233; clandestine et a reconstitu&#233; des r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci sont loin d'avoir rapidement trouv&#233; le lien avec des &#233;l&#233;ments issus d'autres secteurs de la soci&#233;t&#233;, d'autres courants sociaux et politiques, les rares &#233;l&#233;ments qui choisissaient de s'opposer &#224; l'occupation militaire allemande et au r&#233;gime vichyste n'ayant pas de liens avec le stalinisme ni avec la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, la r&#233;sistance unissant toutes les couches sociales, tous les courants politiques, a longtemps &#233;t&#233; un simple mythe qui ne s'est r&#233;alis&#233; un tout petit peu que compl&#232;tement sur la fin du vichysme et de l'occupation allemande, en particulier apr&#232;s la r&#233;sistance arm&#233;e de la Russie stalinienne &#224; l'avanc&#233;e allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est un fait tout &#224; fait secondaire de la guerre qui va donner des troupes &#224; la r&#233;sistance (qui d'ailleurs est incapable militairement comme politiquement de r&#233;sister &#224; quoi que ce soit) : c'est le STO, service du travail obligatoire qui conduit nombre de travailleurs et de jeunes fran&#231;ais &#224; &#234;tre oblig&#233;s d'accepter le travail obligatoire en Allemagne pour remplacer les soldats allemands au boulot. Les jeunes qui veulent couper au STO se mettent &#224; &#171; gagner le maquis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que cela va devenir un facteur militaire important contre l'arm&#233;e allemande mais cela est faux. M&#234;me un tr&#232;s grand nombre de jeunes rejoignant des maquis tr&#232;s peu arm&#233;s ne peuvent faire qu'un mal tr&#232;s limit&#233; aux actions militaires de l'arm&#233;e allemande. Les maquis sont plus des victimes d'une r&#233;pression violente que des participants actifs de la guerre, semant le d&#233;sarroi et la d&#233;sorganisation dans l'arm&#233;e d'occupation. L&#224; encore, il y a eu la construction d'un mythe glorieux qui ne correspond en rien &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite des mythes se d&#233;veloppe ensuite. Le parti communiste devient une pi&#232;ce indispensable dans l'&#233;difice de tromperie de De Gaulle, non pas du fait de la force militaire de la r&#233;sistance mais pour &#233;viter une occupation militaire alli&#233;e de la France quand l'arm&#233;e allemande quittera le sol national. Avoir le soutien du parti communiste fran&#231;ais signifie que De Gaulle peut vendre aux forces alli&#233;es qu'il est capable d'assurer une fin de guerre sans r&#233;volution sociale. Et c'est exactement ce march&#233; que propose effectif le PCF avec ses FFI : reb&#226;tir l'Etat capitaliste lors de l'effondrement de Vichy et ensuite reb&#226;tir les trusts en exigeant des sacrifices des travailleurs. En &#233;change de quoi il participera au pouvoir et &#224; tous les postes de commandement. Des deux c&#244;t&#233;s, de De Gaulle et du PCF, chacun respectera le contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EN 1944, quand la situation mondiale tourne, les pires collaborateurs pro-nazis auront leur carte de r&#233;sistants. L'un des moins connus &#224; r&#233;aliser cette volte-face s'appelle Jean-Paul Sartre et il est intronis&#233; r&#233;sistant par un vrai r&#233;sistant : Albert Camus. On peut aussi citer Fran&#231;ois Mitterrand, vichyste d&#233;cor&#233; qui se pr&#233;tend r&#233;sistant ! Ils sont des centaines de milliers et la r&#233;sistance &#233;changera ais&#233;ment argent et position sociale contre cartes de r&#233;sistants. C'est l'un des mensonges de la r&#233;sistance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime gaulliste, rempla&#231;ant P&#233;tain et la vichysme, parfois sans grand changement, comme dans la police, a &#233;t&#233; mis en place par De Gaulle avec l'aide du PCF. Le PCF a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; au gouvernement. En contrepartie, il a &#233;t&#233; demand&#233; au PCF de dissoudre les groupes arm&#233;s de la r&#233;sistance. Le PCF a gagn&#233; alors une place dans la soci&#233;t&#233; capitaliste plus importante que jamais, au point que des dirigeants du PCF ou proches soient nomm&#233;s PDG de grandes entreprises. Au m&#234;me moment le sort de la classe ouvri&#232;re et des plus d&#233;munis &#233;tait pire que pendant le p&#233;tainisme ! Au sein des entreprises, PCF et CGT &#233;taient la police contre la classe ouvri&#232;re ! Le ministre d'&#201;tat Thorez ob&#233;issant &#224; l'&#201;tat capitaliste et &#224; la bureaucratie stalinienne, a alors dissout les milices de r&#233;sistance sous le mot d'ordre &#171; Un seul &#201;tat, une seule arm&#233;e, une seule police &#187;. On n'avait plus besoin, ni au PCF ni dans la bourgeoisie, de &#171; la r&#233;sistance &#187; et on la cong&#233;diait purement et simplement ou bien on l'embauchait pour des guerres coloniales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance, quand elle l'a pu, a pr&#233;tendu frapper mortellement le fascisme, tant allemand que fran&#231;ais, mais dans la r&#233;alit&#233;, si quelques soldats allemands ou quelques collabos ont &#233;t&#233; victimes de ses actions, c'est parfois aussi des adversaires politiques des partis de la r&#233;sistance qui ont &#233;t&#233; vis&#233;s, en particulier les trotskistes que les staliniens voulaient absolument &#233;liminer. La r&#233;sistance a aussi &#233;t&#233; le moyen employ&#233; dans le but de quelques vengeances particuli&#232;res qui n'avaient pas n&#233;cessairement &#224; voir avec le combat contre l'Occupant. Certaines actions terroristes de la r&#233;sistance ont surtout eu comme r&#233;sultat de faire massacrer les jeunes r&#233;tifs au STO et &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187; les victimes ont aussi &#233;t&#233; des prostitu&#233;es, accus&#233;es de &#171; coucher avec les boches &#187;, alors que des hauts responsables de l'Etat et de la grande bourgeoisie, massivement pro-P&#233;tain, ont souvent &#233;t&#233; blanchis et m&#234;me d&#233;clar&#233;s r&#233;sistants parce qu'&#224; la derni&#232;re seconde ils ont favoris&#233; quelque chef r&#233;sistant haut plac&#233; qui s'est retrouv&#233; par exemple mari&#233; &#224; une grande bourgeoise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les forces alli&#233;es anglo-am&#233;ricaines (les forces fran&#231;aises pro-alli&#233;es &#233;tant toujours quantit&#233; n&#233;gligeable dans la guerre mondiale) se sont senties capables de battre les forces allemandes en France, elles ont men&#233; des exp&#233;ditions de bombardement massifs dont le but n'avait plus rien de militaire ni d'anti-allemand. Il s'agissait d'&#233;craser pr&#233;ventivement le prol&#233;tariat fran&#231;ais des grandes villes, de la m&#234;me mani&#232;re que l'on avait pr&#233;c&#233;demment &#233;cras&#233; le prol&#233;tariat italien et que l'on allait aussi &#233;craser le prol&#233;tariat allemand et japonais. Le but &#233;tait de battre un ennemi de classe : les travailleurs des villes que l'imp&#233;rialisme craignait, ayant eu les exemples des r&#233;volutions de la Commune suite &#224; la guerre franco-allemande et de la vague des r&#233;volutions en Europe suite &#224; la premi&#232;re guerre mondiale. Des quartiers prol&#233;tariens entiers et m&#234;me des villes enti&#232;res ont &#233;t&#233; ras&#233;es par des bombardements sans qu'il y ait &#224; c&#244;t&#233; le moindre objectif militaire ni m&#234;me un n&#339;ud ferroviaire, sans qu'il y ait d'erreur sur l'objectif du bombardement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la position de la r&#233;sistance fran&#231;aise face &#224; l'&#233;crasement physique du prol&#233;tariat &#224; coups de bombes a consist&#233; &#224; pr&#233;tendre que cela faisait partie de l'offensive alli&#233;e anti-nazie et &#224; traiter ceux qui d&#233;non&#231;aient le bombardement de collabos ! Ainsi, les staliniens et leurs alli&#233;s capitalistes ont &#233;cras&#233; moralement politiquement le prol&#233;tariat comme leurs bombes l'avaient &#233;cras&#233; physiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, au travers de la r&#233;sistance fran&#231;aise, on a assist&#233; &#224; une vaste tromperie sociale et politique issue de l'alliance entre imp&#233;rialisme occidental et bureaucratie russe. Imp&#233;rialisme et bureaucratie &#233;taient aussi contre-r&#233;volutionnaires l'un que l'autre, aussi peu soucieux l'un que l'autre du sort des peuples, et aussi peu l'un que l'autre hostile fondamentalement au fascisme qu'ils ont pr&#233;tendu combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont entra&#238;n&#233; des milliers de jeunes, de femmes, d'ouvriers et de paysans derri&#232;re des forces qui &#233;taient leurs ennemis, et notamment de g&#233;n&#233;raux d'extr&#234;me droite comme De Gaulle. Cela a ainsi permis au stalinisme et au capitalisme d'&#233;viter la r&#233;volution sociale &#224; la fin de la guerre mondiale. Avec la contribution le parti stalinien pour &#233;craser la lutte sociale. Ils ont ainsi remis en selle la bourgeoisie fran&#231;aise qui aurait d&#251; &#234;tre une bourgeoisie vaincue et ils ont permis l'&#233;mergence des trusts en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il est arriv&#233; au pouvoir en France sous De Gaulle, le stalinisme &#171; r&#233;sistant &#187; (CGT et PCF) s'est employ&#233; &#224; d&#233;truire les gr&#232;ves, les formes de lutte auto-organis&#233;es, que ce soit pour les salaires, contre la mis&#232;re, l'absence de logements, les hausses de prix, tout. Il s'est servi pour cela de son poids politique et organisationnel, un poids inimaginable aujourd'hui, et notamment de son image r&#233;sistante, de martyrs et de h&#233;ros, pour casser la classe ouvri&#232;re politiquement et socialement. Jusqu'&#224; la gr&#232;ve Renault de 1947 men&#233;e par les trotskistes de l'UCI (Barta), PCF et CGT n'ont cess&#233; d'&#234;tre le parti des briseurs de gr&#232;ves accusant les trotskystes d' &#171; hitl&#233;ro-trotskisme &#187;, leur interdisant de se syndiquer et de diffuser des tracts politiques &#224; l'entr&#233;e des entreprises, pour mieux encadrer strictement la classe ouvri&#232;re et cacher que la r&#233;alit&#233; avait &#233;t&#233; l' &#171; hitl&#233;ro-stalinisme &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bombardement alli&#233; du... prol&#233;tariat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5306&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve357&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve357&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2690&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2690&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du mythe r&#233;sistancialiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/16398?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/16398?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France occup&#233;e ne veut pas dire une bourgeoisie opprim&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1942/12/cahiers_19421212.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1942/12/cahiers_19421212.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POI (pr&#233;tendument trotskyste) avait affirm&#233; que la bourgeoisie fran&#231;aise &#233;tait opprim&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/cahiers_19440215.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/cahiers_19440215.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la r&#233;sistance assassinait les trotskystes r&#233;volutionnaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3969&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3969&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes et la r&#233;sistance d'apr&#232;s un pr&#233;tendu &#171; trotskyste &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1976/00/em19760000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1976/00/em19760000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de la r&#233;sistance au pouvoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/09/ldc35_090244.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/09/ldc35_090244.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reniement du trotskysme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mythe et r&#233;alit&#233; de la lib&#233;ration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/12/tract_120144.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/12/tract_120144.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la seconde guerre mondiale, le stalinisme a sauv&#233; le capitalisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Barta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le PCF, par la voix de Maurice Thorez, savait comment &#034;terminer une gr&#232;ve&#034; avant qu'elle ne se transforme en r&#233;volution et ne renverse la bourgeoisie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mensonges de &#171; la lib&#233;ration &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve631&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve631&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance contre la r&#233;volution et pas contre le fascisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La dissolution des milices :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article464&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;istance int&#233;rieure fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_int%C3%A9rieure_fran%C3%A7aise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_int%C3%A9rieure_fran%C3%A7aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance fran&#231;aise, un mythe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/416506/la-resistance-francaise-est-elle-un-mythe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/416506/la-resistance-francaise-est-elle-un-mythe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de la r&#233;sistance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/stop-aux-mensonges-sur-la-resistance-francaise-entre-1940-et-1945-par-leon-landini/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/stop-aux-mensonges-sur-la-resistance-francaise-entre-1940-et-1945-par-leon-landini/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sarmement des milices patriotiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/11/tract_110844.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/11/tract_110844.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la guerre, les partis communistes ram&#232;nent l'ordre en Europe contre le prol&#233;tariat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; trotskiste &#187; devient r&#233;sistant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://andre-calves.org/resistance/J_ai_essaye_de_comprendre_%28livre%29.htm#_Toc120703077&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://andre-calves.org/resistance/J_ai_essaye_de_comprendre_%28livre%29.htm#_Toc120703077&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations des communistes avec De Gaulle et la R&#233;sistance int&#233;rieure, expos&#233;es par&#8230; le PCF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://siteedc.edechambost.net/communistes_degaulle.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://siteedc.edechambost.net/communistes_degaulle.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF et le Conseil National de la R&#233;sistance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.causecommune-larevue.fr/pcf_et_cnr_un_double_rapprochement_insolite&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.causecommune-larevue.fr/pcf_et_cnr_un_double_rapprochement_insolite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF et les maquis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/Histoire_documentaire_communisme/Fabrice_Grenard.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/Histoire_documentaire_communisme/Fabrice_Grenard.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que Mythe R&#233;sistancialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cultea.fr/le-mythe-resistancialiste-comment-toute-la-france-a-ete-resistante.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cultea.fr/le-mythe-resistancialiste-comment-toute-la-france-a-ete-resistante.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le testament supprim&#233; de L&#233;nine </title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6646</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article6646</guid>
		<dc:date>2021-10-18T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le Testament supprim&#233; de L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
(d&#233;cembre 1932) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte int&#233;gral du testament de L&#233;nine a &#233;t&#233; publi&#233; pour la premi&#232;re fois en anglais dans le New York Times du 18 octobre 1926. Par la suite, il a &#233;t&#233; inclus par les &#233;diteurs (Harcourt Brace and Co., 1928) en tant que suppl&#233;ment &#224; The Real Situation in Russia de L&#233;on Trotsky. . En 1935, Pioneer Publishers publia le texte int&#233;gral de la brochure Le Testament supprim&#233; de L&#233;nine , ainsi que l'article de L&#233;on Trotsky Sur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le Testament supprim&#233; de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d&#233;cembre 1932)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte int&#233;gral du testament de L&#233;nine a &#233;t&#233; publi&#233; pour la premi&#232;re fois en anglais dans le New York Times du 18 octobre 1926. Par la suite, il a &#233;t&#233; inclus par les &#233;diteurs (Harcourt Brace and Co., 1928) en tant que suppl&#233;ment &#224; The Real Situation in Russia de L&#233;on Trotsky. . En 1935, Pioneer Publishers publia le texte int&#233;gral de la brochure Le Testament supprim&#233; de L&#233;nine , ainsi que l'article de L&#233;on Trotsky Sur le testament de L&#233;nine , paru pour la premi&#232;re fois dans les num&#233;ros de juillet et ao&#251;t 1934 de la Nouvelle Internationale . La brochure est &#233;puis&#233;e depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document connu plus tard sous le nom de Testament de L&#233;nine &#233;tait, comme le dit Trotsky dans sa biographie de Staline, &#171; le dernier conseil de L&#233;nine sur la fa&#231;on d'organiser la direction du parti &#187;. Un an avant sa mort, L&#233;nine, avec sa perspicacit&#233; politique infaillible, voyait dans la politique de Staline les d&#233;buts de ce que L&#233;nine lui-m&#234;me appelait &#171; le bureaucratisme non seulement dans les institutions sovi&#233;tiques mais aussi dans le parti &#187;. C'est contre ce danger qu'il dicta une lettre confidentielle donnant son estimation des dirigeants du Comit&#233; central et, dix jours plus tard, ajouta un post-scriptum dans lequel il proposait de destituer Staline de son poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un compte rendu d&#233;taill&#233; du contexte politique et des circonstances entourant le testament de L&#233;nine est donn&#233; par L&#233;on Trotsky dans son article Sur le testament de L&#233;nine &#8211; &#233;crit dix ans plus tard en Turquie, o&#249; Trotsky avait &#233;t&#233; contraint &#224; l'exil par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'authenticit&#233; du testament n'est pas contest&#233;e. Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, le document est devenu connu de tant de chefs de parti que &#8211; bien qu'il ait &#233;t&#233; bien s&#251;r supprim&#233; &#8211; nier son existence aurait &#233;t&#233; impossible. Pas plus tard qu'en 1927, Staline lui-m&#234;me, dans la correspondance de presse internationale du 17 novembre 1927, a ouvertement accept&#233; l'authenticit&#233; du testament de L&#233;nine, en &#233;crivant &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que dans le Testament en question, L&#233;nine a sugg&#233;r&#233; au Congr&#232;s du parti de d&#233;lib&#233;rer sur la question du remplacement de Staline et de nommer un autre camarade &#224; sa place comme secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti. C'est parfaitement vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il ne fallut pas longtemps avant que les staliniens, m&#234;me face aux preuves incontestables et &#224; leurs propres aveux, commencent &#224; nier l'existence m&#234;me d'un tel document. Ils ont bien entendu radi&#233; de leur litt&#233;rature officielle toute r&#233;f&#233;rence &#224; celui-ci. Mais leur machine de r&#233;pression et de falsification n'a pas pu enterrer ce dernier conseil de L&#233;nine au parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky a &#233;crit sur la derni&#232;re p&#233;riode de la vie de L&#233;nine et les origines de la &#171; l&#233;gende du trotskysme &#187; &#224; plusieurs autres occasions. Le lecteur est renvoy&#233; sp&#233;cialement &#224; Ma Vie , chapitres 28 et 38-40 ; et la Lettre au Bureau d'histoire du Parti dans L'&#233;cole de falsification de Staline .&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Testament de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la stabilit&#233; du Comit&#233; central, dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233;, j'entends des mesures pour emp&#234;cher une scission, dans la mesure o&#249; de telles mesures peuvent &#234;tre prises. Car, bien s&#251;r, la Garde blanche de Russkaya Mysl (je pense que c'&#233;tait le SE Oldenburg) avait raison quand, en premier lieu, dans son jeu contre la Russie sovi&#233;tique, il a mis&#233; sur l'espoir d'une scission dans notre parti, et quand, en en second lieu, il a mis&#233; pour cette scission sur de graves d&#233;saccords dans notre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parti repose sur deux classes, et c'est pourquoi son instabilit&#233; est possible, et s'il ne peut exister un accord entre ces classes, sa chute est in&#233;vitable. Dans un tel cas, il serait inutile de prendre des mesures ou de discuter en g&#233;n&#233;ral de la stabilit&#233; de notre Comit&#233; central. Dans un tel cas, aucune mesure ne s'av&#233;rerait capable d'emp&#234;cher une scission. Mais j'esp&#232;re que c'est un avenir trop lointain et un &#233;v&#233;nement trop improbable pour en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#224; l'esprit la stabilit&#233; comme garantie contre une scission dans un avenir proche, et j'ai l'intention d'examiner ici une s&#233;rie de consid&#233;rations d'un caract&#232;re purement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le facteur fondamental en mati&#232;re de stabilit&#233; &#8211; de ce point de vue &#8211; ce sont des membres du Comit&#233; central comme Staline et Trotsky. La relation entre eux constitue, &#224; mon avis, une grande moiti&#233; du danger de cette scission, qui pourrait &#234;tre &#233;vit&#233;, et dont l'&#233;vitement pourrait &#234;tre favoris&#233;, &#224; mon avis, en portant &#224; cinquante le nombre des membres du Comit&#233; central. ou cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Staline, devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, a concentr&#233; entre ses mains un pouvoir &#233;norme ; et je ne suis pas s&#251;r qu'il sache toujours user de ce pouvoir avec suffisamment de prudence. D'autre part, le camarade Trotsky, comme l'a prouv&#233; sa lutte contre le Comit&#233; central &#224; propos de la question du Commissariat du peuple aux voies et communications, ne se distingue pas seulement par ses capacit&#233;s exceptionnelles - personnellement, il est bien s&#251;r le l'homme le plus capable du Comit&#233; central actuel - mais aussi par sa trop grande confiance en soi et sa disposition &#224; &#234;tre trop attir&#233; par le c&#244;t&#233; purement administratif des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux qualit&#233;s des deux dirigeants les plus capables de l'actuel Comit&#233; central pourraient, tout &#224; fait innocemment, conduire &#224; une scission ; si notre parti ne prend pas de mesures pour l'emp&#234;cher, une scission pourrait survenir de mani&#232;re inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne caract&#233;riserai pas davantage les autres membres du Comit&#233; central quant &#224; leurs qualit&#233;s personnelles. Je vous rappellerai seulement que l'&#233;pisode d'octobre de Zinoviev et Kamenev n'&#233;tait pas, bien s&#251;r, accidentel, mais qu'il devrait &#234;tre aussi peu utilis&#233; contre eux personnellement que le non-bolchevisme de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les plus jeunes membres du Comit&#233; central, je veux dire quelques mots sur Boukharine et Piatakov. Ce sont, &#224; mon avis, les forces les plus capables (parmi les plus jeunes) et &#224; leur &#233;gard, il faut garder &#224; l'esprit ce qui suit : Boukharine n'est pas seulement le th&#233;oricien le plus pr&#233;cieux et le plus grand du parti, mais il peut aussi l&#233;gitimement &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le favori de tout le parti ; mais ses vues th&#233;oriques ne peuvent qu'avec le plus grand doute &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme pleinement marxistes, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n'a jamais appris, et je pense n'a jamais pleinement compris, la dialectique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis Piatakov &#8211; un homme sans aucun doute distingu&#233; par sa volont&#233; et ses capacit&#233;s, mais trop consacr&#233; &#224; l'administration et &#224; l'aspect administratif des choses pour qu'on puisse se fier sur une question politique s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ces deux remarques ne sont faites par moi qu'en vue du temps pr&#233;sent, ou en supposant que ces deux ouvriers capables et loyaux ne trouveront peut-&#234;tre pas l'occasion de compl&#233;ter leurs connaissances et de corriger leur partialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 d&#233;cembre 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post-scriptum : Staline est trop grossier, et cette faute, tout &#224; fait supportable dans les relations entre nous communistes, devient insupportable dans la fonction de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Par cons&#233;quent, je propose aux camarades de trouver un moyen de retirer Staline de cette position et de lui nommer un autre homme qui &#224; tous &#233;gards ne diff&#232;re de Staline que par sa sup&#233;riorit&#233; - &#224; savoir, plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentif aux camarades, moins capricieuse, etc. Cette circonstance peut para&#238;tre anodine, mais je pense que du point de vue de la pr&#233;vention de la scission et du point de vue de la relation entre Staline et Trotsky dont j'ai parl&#233; plus haut, ce n'est pas une bagatelle, ou c'est une bagatelle qui peut acqu&#233;rir une signification d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#201;NINE&lt;br class='autobr' /&gt;
4 janvier 1923&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le testament de L&#233;nine&lt;br class='autobr' /&gt;
Par L&#201;ON TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-guerre a largement r&#233;pandu la biographie psychologique, dont les ma&#238;tres de l'art tirent souvent leur sujet hors de la soci&#233;t&#233; par les racines. La force motrice fondamentale de l'histoire est pr&#233;sent&#233;e comme l'abstraction, la personnalit&#233;. Le comportement de &#171; l'animal politique &#187;, comme Aristote a brillamment d&#233;fini l'humanit&#233;, se r&#233;sout en passions et instincts personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la personnalit&#233; soit abstraite peut sembler absurde. Les forces supra-personnelles de l'histoire ne sont-elles pas vraiment des choses abstraites ? Et quoi de plus concret qu'un homme vivant ? Cependant, nous insistons sur notre d&#233;claration. Si vous enlevez &#224; une personnalit&#233;, m&#234;me la plus richement dot&#233;e, le contenu qui y est introduit par le milieu, la nation, l'&#233;poque, la classe, le groupe, la famille, il reste un automate vide, un robot psych&#233;-physique. , un objet de science naturelle, mais pas de science sociale ou &#171; humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de cet abandon de l'histoire et de la soci&#233;t&#233; doivent, comme toujours, &#234;tre recherch&#233;es dans l'histoire et la soci&#233;t&#233;. Deux d&#233;cennies de guerres, de r&#233;volutions et de crises ont boulevers&#233; cette personnalit&#233; humaine souveraine. Pour avoir du poids dans la balance de l'histoire contemporaine, une chose doit se mesurer en millions. Pour cela, la personnalit&#233; offens&#233;e cherche &#224; se venger. Incapable de faire face &#224; la soci&#233;t&#233; d&#233;cha&#238;n&#233;e, elle tourne le dos &#224; la soci&#233;t&#233;. Incapable de s'expliquer par des processus historiques, elle essaie d'expliquer l'histoire de l'int&#233;rieur. Ainsi les philosophes indiens ont construit des syst&#232;mes universels en contemplant leur propre nombril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole de psychologie pure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence de Freud sur la nouvelle &#233;cole biographique est ind&#233;niable, mais superficielle. Essentiellement, ces psychologues de salon sont enclins &#224; une irresponsabilit&#233; belletriste. Ils emploient moins la m&#233;thode que la terminologie de Freud, et moins pour l'analyse que pour l'ornement litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#339;uvre r&#233;cente, Emil Ludwig, le repr&#233;sentant le plus populaire de ce genre, a franchi une nouvelle &#233;tape dans la voie choisie : il a remplac&#233; l'&#233;tude de la vie et de l'activit&#233; du h&#233;ros par le dialogue. Derri&#232;re les r&#233;ponses de l'homme d'&#201;tat aux questions qui lui sont pos&#233;es, derri&#232;re ses intonations et ses grimaces, l'&#233;crivain d&#233;couvre ses v&#233;ritables motivations. La conversation devient presque un aveu. Dans sa technique, la nouvelle approche de Ludwig envers le h&#233;ros sugg&#232;re l'approche de Freud envers son patient : il s'agit de faire surgir la personnalit&#233; avec sa propre coop&#233;ration. Mais avec toute cette similitude ext&#233;rieure, comme c'est diff&#233;rent par essence ! La f&#233;condit&#233; de l'&#339;uvre de Freud est atteinte au prix d'une rupture h&#233;ro&#239;que avec toutes sortes de conventions. Le grand psychanalyste est impitoyable. Au travail, il est comme un chirurgien, presque comme un boucher aux manches retrouss&#233;es.Tout ce que vous voulez, mais il n'y a pas un centi&#232;me d'un pour cent de diplomatie dans sa technique. Freud se soucie moins du prestige de son patient, ni des consid&#233;rations de forme d'aiguillon, ou de toute autre sorte de fausse note ou de fioritures. Et c'est pour cette raison qu'il ne peut dialoguer qu'en face &#224; face, sans secr&#233;taire ni st&#233;nographe, derri&#232;re des portes capitonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas si Ludwig. Il entre en conversation avec Mussolini, ou avec Staline, afin de pr&#233;senter au monde un portrait authentique de leurs &#226;mes. Pourtant, toute la conversation suit un programme pr&#233;alablement convenu. Chaque mot est not&#233; par un st&#233;nographe. Le patient &#233;minent sait tr&#232;s bien ce qui peut lui &#234;tre utile dans ce processus et ce qui lui est nuisible. L'&#233;crivain est assez exp&#233;riment&#233; pour distinguer les tours de rh&#233;torique, et assez poli pour ne pas les remarquer. Le dialogue qui se d&#233;veloppe dans ces circonstances, s'il ressemble bien &#224; un aveu, ressemble &#224; celui mis en sc&#232;ne pour les films parlants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emil Ludwig a toutes les raisons de d&#233;clarer : &#171; Je ne comprends rien &#224; la politique. Cela est cens&#233; signifier : &#171; Je me tiens au-dessus de la politique. En r&#233;alit&#233; c'est une simple formule de neutralit&#233; personnelle &#8211; ou pour emprunter &#224; Freud, c'est ce &#171; censeur mental &#187; qui facilite au psychologue sa fonction politique. De m&#234;me les diplomates ne s'immiscent pas dans la vie int&#233;rieure du pays aupr&#232;s du gouvernement duquel ils sont accr&#233;dit&#233;s, mais cela ne les emp&#234;che pas &#224; l'occasion de soutenir des complots et de financer des actes de terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me personne dans des conditions diff&#233;rentes d&#233;veloppe diff&#233;rents aspects de sa politique. Combien d'Aristotes &#233;l&#232;vent des porcs, et combien de porchers portent une couronne sur la t&#234;te ! Mais Ludwig peut r&#233;soudre &#224; la l&#233;g&#232;re m&#234;me la contradiction entre le bolchevisme et le fascisme en une simple question de psychologie individuelle. M&#234;me le psychologue le plus p&#233;n&#233;trant ne pourrait impun&#233;ment adopter une &#171; neutralit&#233; &#187; aussi tendancieuse. Se d&#233;tachant du conditionnement social de la conscience humaine, Ludwig entre dans un royaume de simple caprice subjectif. L'&#171; &#226;me &#187; n'a pas trois dimensions, et il lui manque donc la qualit&#233; r&#233;fractaire commune &#224; toutes les autres substances. L'&#233;crivain perd le go&#251;t de l'&#233;tude des faits et des documents. A quoi servent ces preuves incolores quand elles peuvent &#234;tre remplac&#233;es par des suppositions lumineuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son travail sur Staline, comme dans son livre sur Mussolini, Ludwig reste &#171; en dehors de la politique &#187;. Cela n'emp&#234;che nullement que ses &#339;uvres deviennent une arme politique. L'arme de qui ? Dans un cas celui de Mussolini, dans l'autre celui de Staline et de son groupe. La nature a horreur du vide. Si Ludwig ne s'occupe pas de politique, cela ne veut pas dire que la politique ne s'occupe pas de Ludwig.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la publication de mon autobiographie il y a environ trois ans, l'historien sovi&#233;tique officiel, Pokrovsky, aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;, a &#233;crit : &#171; Nous devons r&#233;pondre &#224; ce livre imm&#233;diatement, mettre nos jeunes savants au travail pour r&#233;futer tout ce qui peut &#234;tre r&#233;fut&#233;, etc. Mais c'est un fait frappant que personne, absolument personne, n'a r&#233;pondu. Rien n'a &#233;t&#233; analys&#233;, rien n'a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;. Il n'y avait rien &#224; r&#233;futer, et personne ne pouvait &#234;tre trouv&#233; capable d'&#233;crire un livre qui trouverait des lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attaque frontale s'av&#233;rant impossible, il fallut recourir &#224; un mouvement de flanc. Ludwig, bien s&#251;r, n'est pas un historien de l'&#233;cole stalinienne. Il est un portraitiste psychologique ind&#233;pendant. Mais un &#233;crivain &#233;tranger &#224; toute politique peut s'av&#233;rer le moyen le plus commode pour faire circuler des id&#233;es qui ne trouvent d'autre appui qu'un nom populaire. Voyons comment cela fonctionne dans les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Six mots&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citant le t&#233;moignage de Karl Radek, Emil Ludwig lui emprunte l'&#233;pisode suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, nous nous sommes assis ensemble, dix-neuf membres du Comit&#233; central, attendant tendu d'apprendre ce que notre chef perdu nous dirait de sa tombe. La veuve de L&#233;nine nous a donn&#233; sa lettre. Staline l'a lu. Personne ne bougea pendant la lecture. Quand il s'agissait de Trotsky, les mots se sont produits : &#034;Son pass&#233; non bolchevique n'est pas accidentel.&#034; Trotsky interrompit alors la lecture et demanda : &#171; Qu'est-ce que &#231;a dit l&#224; ? La phrase a &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233;e. Ce furent les seuls mots prononc&#233;s en ce moment solennel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis en tant qu'analyste, et non narrateur, Ludwig fait la remarque suivante pour son propre compte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moment terrible, o&#249; le c&#339;ur de Trotsky a d&#251; s'arr&#234;ter de battre ; cette phrase de six mots d&#233;termina essentiellement le cours de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il semble simple de trouver une cl&#233; aux &#233;nigmes de l'histoire ! Ces lignes onctueuses de Ludwig m'auraient sans doute d&#233;couvert moi-m&#234;me le secret m&#234;me de mon destin si... si cette histoire de Radek-Ludwig n'&#233;tait pas fausse du d&#233;but &#224; la fin, fausse en petites choses et en grandes, en ce qui compte et dans ce qui n'a pas d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, le testament a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par L&#233;nine non pas deux ans avant sa mort comme le confirme notre auteur, mais un an. Il &#233;tait dat&#233; du 4 janvier 1923 ; L&#233;nine mourut le 21 janvier 1924. Sa vie politique s'&#233;tait compl&#232;tement interrompue, en mars 1923. Louis parle comme si le testament n'avait jamais &#233;t&#233; publi&#233; dans son int&#233;gralit&#233;. Il a d'ailleurs &#233;t&#233; reproduit des dizaines de fois dans toutes les langues de la presse mondiale. La premi&#232;re lecture officielle du testament au Kremlin a eu lieu, non pas lors d'une session du Comit&#233; central, comme l'&#233;crit Ludwig, mais au Conseil des sages lors du treizi&#232;me congr&#232;s du parti le 22 mai 1924. Ce n'est pas Staline qui a lu le testament, mais Kamenev dans sa position alors en tant que pr&#233;sident permanent des organes centraux du parti. Et enfin &#8211; le plus important &#8211; je n'ai pas interrompu la lecture par une exclamation &#233;motionnelle,en raison de l'absence de quelque motif que ce soit pour un tel acte. Ces mots que Ludwig a &#233;crits sous la dict&#233;e de Radek ne sont pas dans le texte du testament. Ils sont une invention pure et simple. Aussi difficile que cela puisse &#234;tre &#224; croire, c'est le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Ludwig n'avait pas &#233;t&#233; aussi indiff&#233;rent &#224; la base factuelle de ses sch&#233;mas psychologiques, il aurait pu sans difficult&#233; se procurer un texte exact du testament, &#233;tablir les faits et les dates n&#233;cessaires, et ainsi &#233;viter ces mis&#233;rables erreurs avec lesquelles son travail sur le Kremlin et les bolcheviks est malheureusement d&#233;bordant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soi-disant testament a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; en deux p&#233;riodes s&#233;par&#233;es par un intervalle de dix jours : le 25 d&#233;cembre 1922 et le 4 janvier 1923. Au d&#233;but, seules deux personnes connaissaient le document : le st&#233;nographe, M. Volodicheva, qui l'a r&#233;dig&#233; de dict&#233;e, et la femme de L&#233;nine, N. Krupskaya. Tant qu'il restait une lueur d'espoir pour le r&#233;tablissement de L&#233;nine, Krupskaya a laiss&#233; le document sous cl&#233;. Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, peu avant le treizi&#232;me congr&#232;s, elle remit le testament au secr&#233;tariat du comit&#233; central, afin que, par le congr&#232;s du parti, il f&#251;t port&#233; &#224; la connaissance du parti auquel il &#233;tait destin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'appareil du parti &#233;tait officieusement entre les mains de la tro&#239;ka (Zinoviev, Kamenev, Staline) &#8211; en fait, d&#233;j&#224; entre les mains de Staline. La tro&#239;kase sont prononc&#233;s r&#233;solument contre la lecture du testament au Congr&#232;s &#8211; le motif n'est pas du tout difficile &#224; comprendre. Krupskaya a insist&#233; sur son souhait. &#192; ce stade, le diff&#233;rend se d&#233;roulait dans les coulisses. La question a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e &#224; une r&#233;union des Anciens au Congr&#232;s, c'est-&#224;-dire les chefs des d&#233;l&#233;gations provinciales. C'est ici que les membres de l'opposition du Comit&#233; central ont pris connaissance pour la premi&#232;re fois du testament, moi parmi eux. Apr&#232;s l'adoption d'une d&#233;cision selon laquelle personne ne devrait prendre de notes, Kamenev a commenc&#233; &#224; lire le texte &#224; haute voix. L'humeur des auditeurs &#233;tait en effet tendue au plus haut point. Mais pour autant que je puisse reconstituer l'image de m&#233;moire, je dois dire que ceux qui connaissaient d&#233;j&#224; le contenu du document &#233;taient incomparablement les plus inquiets. La tro&#239;kaintroduit, par l'interm&#233;diaire d'un de ses hommes de main, une r&#233;solution pr&#233;alablement convenue avec les dirigeants provinciaux : le document doit &#234;tre lu s&#233;par&#233;ment &#224; chaque d&#233;l&#233;gation en s&#233;ance ex&#233;cutive ; personne ne devrait oser prendre des notes ; en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re, le testament ne doit pas &#234;tre invoqu&#233;. Avec la douce insistance qui la caract&#233;rise, Krupskaya a fait valoir qu'il s'agissait d'une violation directe de la volont&#233; de L&#233;nine, &#224; qui vous ne pouviez pas refuser le droit de porter son dernier conseil &#224; l'attention du parti. Mais les membres du Conseil des Anciens, li&#233;s par la discipline des factions, rest&#232;rent obstin&#233;s ; la r&#233;solution de la tro&#239;ka a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#224; une &#233;crasante majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour saisir la signification de ces &#171; six mots &#187; mystiques et mythiques qui sont cens&#233;s avoir d&#233;cid&#233; de mon sort, il est n&#233;cessaire de rappeler certaines circonstances pr&#233;c&#233;dentes et concomitantes. D&#233;j&#224; dans la p&#233;riode de vives disputes au sujet de la R&#233;volution d'Octobre, certains &#171; vieux bolcheviks &#187; de droite avaient plus d'une fois fait remarquer avec d&#233;pit qu'apr&#232;s tout Trotsky n'avait pas &#233;t&#233; auparavant un bolchevik. L&#233;nine s'est toujours oppos&#233; &#224; ces voix. Trotsky a compris depuis longtemps qu'une union avec les mencheviks &#233;tait impossible, a-t-il dit, par exemple, le 14 novembre 1917 - &#034;et depuis lors, il n'y a pas eu de meilleur bolchevik&#034;. Sur les l&#232;vres de L&#233;nine, ces mots signifiaient quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, tout en expliquant dans une lettre aux communistes &#233;trangers les conditions dans lesquelles le bolchevisme s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;, comment il y avait eu des d&#233;saccords et des scissions, L&#233;nine soulignait qu'&#171; au moment d&#233;cisif, au moment o&#249; il s'empara du pouvoir et cr&#233;a le R&#233;publique sovi&#233;tique, le bolchevisme &#233;tait uni et attirait &#224; lui tous les meilleurs &#233;l&#233;ments des courants de pens&#233;e socialiste qui lui &#233;taient les plus proches . Aucun courant plus proche du bolchevisme que celui que j'ai repr&#233;sent&#233; jusqu'en 1917 n'a exist&#233; ni en Russie ni en Occident. Mon union avec L&#233;nine avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par la logique des id&#233;es et la logique des &#233;v&#233;nements. Au moment d&#233;cisif, le bolchevisme attira dans ses rangs &#171; tous les meilleurs &#233;l&#233;ments &#187; des tendances &#171; qui lui &#233;taient les plus proches &#187;. Telle &#233;tait l'appr&#233;ciation que faisait L&#233;nine de la situation. J'ai raison de le contester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de notre discussion de deux mois sur la question syndicale (hiver 1920-1921), Staline et Zinoviev avaient de nouveau tent&#233; de mettre en circulation des r&#233;f&#233;rences au pass&#233; non bolchevique de Trotsky. En r&#233;ponse &#224; cela, les chefs moins retenus du camp oppos&#233; avaient rappel&#233; &#224; Zinoviev sa conduite pendant la p&#233;riode de l'insurrection d'octobre. Pensant de toutes parts sur son lit de mort comment les relations se cristalliseraient dans le parti sans lui, L&#233;nine ne pouvait que pr&#233;voir que Staline et Zinoviev essaieraient d'utiliser mon pass&#233; non bolchevique pour mobiliser les vieux bolcheviks contre moi. Le testament essaie d'ailleurs de pr&#233;venir aussi ce danger. Voici ce qu'il dit imm&#233;diatement apr&#232;s sa caract&#233;risation de Staline et Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne caract&#233;riserai pas davantage les autres membres du Comit&#233; central quant &#224; leurs qualit&#233;s personnelles. Je vous rappellerai seulement que l'&#233;pisode d'octobre de Zinoviev et Kamenev n'&#233;tait pas, bien s&#251;r, accidentel, mais qu'il devrait &#234;tre aussi peu utilis&#233; contre eux personnellement que le non-bolchevisme de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque selon laquelle l'&#233;pisode d'octobre &#171; n'&#233;tait pas accidentel &#187; poursuit un objectif parfaitement d&#233;fini : avertir le parti que dans des circonstances critiques, Zinoviev et Kamenev pourraient &#224; nouveau r&#233;v&#233;ler leur manque de fermet&#233;. Cet avertissement n'a cependant aucun rapport avec la remarque sur Trotsky. A son &#233;gard, il est simplement recommand&#233; de ne pas utiliser son pass&#233; non bolchevique comme argument ad hominem . Je n'avais donc aucun motif pour poser la question que Radek m'attribue. La supposition de Ludwig que mon c&#339;ur &#171; a cess&#233; de battre &#187; tombe &#233;galement au sol. Le testament s'effor&#231;ait surtout de me rendre difficile un r&#244;le de guide dans le travail du parti. Comme nous le verrons plus loin, elle poursuivait un but exactement oppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les relations mutuelles de Staline et Trotsky &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position centrale du testament, qui occupe deux pages dactylographi&#233;es, est consacr&#233;e &#224; une caract&#233;risation des relations mutuelles de Staline et Trotsky, &#171; les deux dirigeants les plus capables de l'actuel Comit&#233; central &#187;. Ayant remarqu&#233; les &#171; capacit&#233;s exceptionnelles &#187; de Trotsky (&#171; l'homme le plus capable du Comit&#233; central actuel &#187;), L&#233;nine signale imm&#233;diatement ses traits n&#233;gatifs : &#171; une grande confiance en soi &#187; et &#171; une disposition &#224; &#234;tre trop attir&#233; par le c&#244;t&#233; purement administratif des affaires. Si graves que soient les fautes signal&#233;es en elles-m&#234;mes, elles n'ont - je le remarque en passant - aucun rapport avec la &#171; sous-estimation des paysans &#187; ou le &#171; manque de foi dans les forces int&#233;rieures de la r&#233;volution &#187; ou toute autre invention des &#233;pigones en derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline, devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, a concentr&#233; entre ses mains un pouvoir &#233;norme ; et je ne suis pas s&#251;r qu'il sache toujours user de ce pouvoir avec suffisamment de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de l'influence politique de Staline, qui &#224; cette &#233;poque &#233;tait insignifiante, mais du pouvoir administratif qu'il avait concentr&#233; entre ses mains, &#171; &#233;tant devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral &#187;. C'est une formule tr&#232;s exacte et soigneusement pes&#233;e ; nous y reviendrons plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le testament insiste sur l'augmentation du nombre des membres du Comit&#233; central &#224; cinquante, voire &#224; cent, afin qu'avec cette pression compacte il puisse contenir les tendances centrifuges du Bureau politique. Cette proposition d'organisation a encore l'apparence d'une garantie neutre contre les conflits personnels. Mais seulement dix jours plus tard, il parut insuffisant &#224; L&#233;nine, et il ajouta une proposition suppl&#233;mentaire qui donna aussi &#224; l'ensemble du document sa physionomie finale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Je propose aux camarades de trouver un moyen de retirer Staline de cette position et de lui nommer un autre homme qui &#224; tous autres &#233;gards [1] ne diff&#232;re de Staline que par sa sup&#233;riorit&#233; &#8211; &#224; savoir ; plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentif aux camarades, moins capricieux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque o&#249; le testament &#233;tait dict&#233;, L&#233;nine s'effor&#231;ait encore de donner &#224; son appr&#233;ciation critique de Staline une expression aussi sobre que possible. Dans les semaines &#224; venir, son ton deviendrait de plus en plus aigu jusqu'&#224; la derni&#232;re heure o&#249; sa voix s'arr&#234;ta pour toujours. Mais m&#234;me dans le testament, on dit qu'il y a suffisamment de raisons pour exiger un changement de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral : en plus de l'impolitesse et des caprices, Staline est accus&#233; de manque de loyaut&#233; . &#192; ce stade, la caract&#233;risation devient une lourde accusation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il appara&#238;tra plus tard, le testament ne pouvait pas &#234;tre une surprise pour Staline. Mais cela n'a pas adouci le coup. D&#232;s sa premi&#232;re connaissance du document, au Secr&#233;tariat, dans l'entourage de ses plus proches collaborateurs, Staline laissa &#233;chapper une phrase qui exprimait sans dissimuler ses sentiments r&#233;els envers l'auteur du testament. Les conditions dans lesquelles cette phrase s'est r&#233;pandue dans de larges cercles, et surtout la qualit&#233; inimitable de la r&#233;action elle-m&#234;me, sont &#224; mes yeux une garantie sans r&#233;serve de l'authenticit&#233; de l'&#233;pisode. Malheureusement, cette phrase ail&#233;e ne peut pas &#234;tre cit&#233;e sur papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase du testament montre sans &#233;quivoque de quel c&#244;t&#233;, selon L&#233;nine, &#233;tait le danger. &#201;loigner Staline - juste lui et lui seul - signifiait le couper de l'appareil, lui retirer la possibilit&#233; d'appuyer sur le long bras du levier, le priver de tout ce pouvoir qu'il avait concentr&#233; dans ses mains dans ce bureau. Qui donc doit &#234;tre nomm&#233; Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral ? Quelqu'un qui, ayant les qualit&#233;s positives de Staline, devrait &#234;tre plus patient, plus loyal, moins capricieux. C'est la phrase qui a le plus frapp&#233; Staline. L&#233;nine ne le consid&#233;rait &#233;videmment pas comme irrempla&#231;able, puisqu'il proposait que nous cherchions une personne plus appropri&#233;e pour son poste. En remettant sa d&#233;mission, pour la forme, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral r&#233;p&#233;tait capricieusement : &#171; Eh bien, je suis vraiment impoli...Ilyich a sugg&#233;r&#233; que vous trouviez un autre qui serait diff&#233;rent de moiseulement dans une plus grande politesse. Eh bien, essayez de le trouver. &#034;Peu importe&#034;, r&#233;pondit la voix d'un des amis de Staline &#224; l'&#233;poque. &#171; Nous n'avons pas peur de l'impolitesse. Tout notre parti est grossier, prol&#233;taire. Une conception de salon de la politesse est ici indirectement attribu&#233;e &#224; L&#233;nine. Quant &#224; l'accusation de loyaut&#233; insuffisante, ni Staline ni ses amis n'avaient un mot &#224; dire. Ce n'est peut-&#234;tre pas sans int&#233;r&#234;t que la voix de soutien est venue d'AP Smirnov, alors commissaire du peuple &#224; l'agriculture, mais d&#233;sormais banni comme opposant de droite. La politique ne conna&#238;t pas la gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek, qui &#233;tait alors encore membre du Comit&#233; central, s'assit &#224; c&#244;t&#233; de moi pendant la lecture du testament. C&#233;dant avec abandon &#224; l'influence du moment et manquant de discipline int&#233;rieure, Radek a imm&#233;diatement pris le feu du testament et s'est pench&#233; vers moi avec les mots : &#171; Maintenant, ils n'oseront plus aller contre vous. &#187; Je lui ai r&#233;pondu : &#171; Au contraire, ils devront aller jusqu'au bout, et en plus le plus vite possible. Les jours suivants de ce treizi&#232;me congr&#232;s d&#233;montr&#232;rent que mon jugement &#233;tait le plus sobre. La tro&#239;ka a &#233;t&#233; oblig&#233;e de pr&#233;venir l'effet possible du testament en pla&#231;ant le parti le plus t&#244;t possible devant un fait accompli. La lecture m&#234;me du document aux d&#233;l&#233;gations locales avec des &#171; &#233;trangers &#187; non admis, s'est transform&#233;e en une lutte franche contre moi. Les chefs des d&#233;l&#233;gations dans leur lecture avalaient quelques mots, en soulignaient d'autres et offraient des commentaires &#224; l'effet que la lettre avait &#233;t&#233; &#233;crite par un homme gravement malade et sous l'influence de la ruse et de l'intrigue. La machine &#233;tait d&#233;j&#224; totalement sous contr&#244;le. Le simple fait que la tro&#239;ka ait pu transgresser la volont&#233; de L&#233;nine, refusant de lire sa lettre au Congr&#232;s, caract&#233;rise suffisamment la composition du Congr&#232;s et son atmosph&#232;re. Le testament n'affaiblit ni ne mit un terme &#224; la lutte int&#233;rieure, mais lui donna au contraire un tempo d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de L&#233;nine envers Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique est persistante. Il peut mettre &#224; son service m&#234;me ceux qui lui tournent le dos de mani&#232;re d&#233;monstrative. Ludwig &#233;crit : &#171; Staline a suivi L&#233;nine avec ferveur jusqu'&#224; sa mort. Si cette phrase exprimait simplement la puissante influence de L&#233;nine sur ses &#233;l&#232;ves, y compris Staline, il ne pourrait y avoir aucun argument. Mais Ludwig veut dire quelque chose de plus. Il veut sugg&#233;rer une proximit&#233; exceptionnelle avec le professeur de cet &#233;l&#232;ve particulier. Comme t&#233;moignage particuli&#232;rement pr&#233;cieux, Ludwig cite sur ce point les paroles de Staline lui-m&#234;me : &#171; Je ne suis qu'un &#233;l&#232;ve de L&#233;nine, et mon but est d'&#234;tre son digne &#233;l&#232;ve. C'est dommage quand un psychologue professionnel op&#232;re sans critique avec une phrase banale, dont la modestie conventionnelle ne contient pas un atome de contenu intime. Ludwig devient ici un simple transmetteur de la l&#233;gende officielle fabriqu&#233;e au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es.Je doute qu'il ait la moindre id&#233;e des contradictions o&#249; l'a conduit son indiff&#233;rence aux faits. Si Staline suivit L&#233;nine jusqu'&#224; sa mort, comment alors expliquer que le dernier document dict&#233; par L&#233;nine, &#224; la veille de son second coup, soit une lettre br&#232;ve &#224; Staline, de quelques lignes en tout,rompre toutes relations personnelles et de camaraderie ? Cet &#233;v&#233;nement unique du genre dans la vie de L&#233;nine, une rupture brutale avec l'un de ses proches, a d&#251; avoir des causes psychologiques tr&#232;s graves, et serait pour le moins incompr&#233;hensible par rapport &#224; un &#233;l&#232;ve qui suivait &#171; avec ferveur &#187; son professeur jusqu'&#224; la fin. Pourtant, nous n'entendons pas un mot &#224; ce sujet de Ludwig.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la lettre de L&#233;nine rompant avec Staline devint largement connue des dirigeants du parti, la tro&#239;ka &#233;tant alors tomb&#233;e en morceaux, Staline et ses amis proches ne trouv&#232;rent d'autre issue que de faire revivre cette m&#234;me vieille histoire sur l'&#233;tat d'incomp&#233;tence de L&#233;nine. En fait, le testament, ainsi que la lettre de rupture des relations, ont &#233;t&#233; &#233;crits au cours de ces mois (d&#233;cembre 1922 &#224; d&#233;but mars 1923) au cours desquels L&#233;nine, dans une s&#233;rie d'articles programmatiques, a donn&#233; au parti les fruits les plus m&#251;rs de sa r&#233;flexion. . Cette rupture avec Staline n'est pas tomb&#233;e d'un ciel clair. Elle d&#233;coulait d'une longue s&#233;rie de conflits ant&#233;rieurs, sur des questions de principe comme sur des questions pratiques, et elle expose toute l'amertume de ces conflits sous un jour tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine appr&#233;ciait sans aucun doute certains traits de caract&#232;re de Staline : sa fermet&#233; de caract&#232;re, sa t&#233;nacit&#233;, son ent&#234;tement, voire sa cruaut&#233; et sa ruse &#8211; qualit&#233;s n&#233;cessaires dans une guerre et par cons&#233;quent dans son &#233;tat-major. Mais L&#233;nine &#233;tait loin de penser que ces dons, m&#234;me extraordinaires, suffisaient &#224; la direction du parti et de l'&#201;tat. L&#233;nine voyait en Staline un r&#233;volutionnaire, mais pas un homme d'&#201;tat dans le grand style. La th&#233;orie avait une trop grande importance pour L&#233;nine dans une lutte politique. Personne ne consid&#233;rait Staline comme un th&#233;oricien, et lui-m&#234;me jusqu'en 1924 n'a jamais fait semblant de cette vocation. Au contraire, ses faibles fondements th&#233;oriques &#233;taient trop connus dans un petit cercle. Staline ne conna&#238;t pas l'Occident ; il ne conna&#238;t aucune langue &#233;trang&#232;re.Il n'a jamais &#233;t&#233; impliqu&#233; dans la discussion des probl&#232;mes du mouvement ouvrier international. Et enfin Staline n'&#233;tait - c'est moins important, mais non sans importance - ni un &#233;crivain ni un orateur au sens strict du terme. Ses articles, malgr&#233; toutes les pr&#233;cautions de l'auteur, sont charg&#233;s non seulement de maladresses th&#233;oriques et de na&#239;vet&#233;s, mais aussi de p&#233;ch&#233;s grossiers contre la langue russe. Aux yeux de L&#233;nine, la valeur de Staline &#233;tait enti&#232;rement dans la sph&#232;re de l'administration du parti et des man&#339;uvres de la machine. Mais m&#234;me ici, L&#233;nine a fait des r&#233;serves substantielles, et celles-ci ont augment&#233; au cours de la derni&#232;re p&#233;riode.sont charg&#233;s non seulement de maladresses th&#233;oriques et de na&#239;vet&#233;s, mais aussi de p&#233;ch&#233;s grossiers contre la langue russe. Aux yeux de L&#233;nine, la valeur de Staline &#233;tait enti&#232;rement dans la sph&#232;re de l'administration du parti et des man&#339;uvres de la machine. Mais m&#234;me ici, L&#233;nine a fait des r&#233;serves substantielles, et celles-ci ont augment&#233; au cours de la derni&#232;re p&#233;riode.sont charg&#233;s non seulement de maladresses th&#233;oriques et de na&#239;vet&#233;s, mais aussi de p&#233;ch&#233;s grossiers contre la langue russe. Aux yeux de L&#233;nine, la valeur de Staline &#233;tait enti&#232;rement dans la sph&#232;re de l'administration du parti et des man&#339;uvres de la machine. Mais m&#234;me ici, L&#233;nine a fait des r&#233;serves substantielles, et celles-ci ont augment&#233; au cours de la derni&#232;re p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine m&#233;prisait les moralisations id&#233;alistes. Mais cela ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre un rigoriste de la morale r&#233;volutionnaire, de ces r&#232;gles de conduite, c'est-&#224;-dire qu'il consid&#233;rait comme n&#233;cessaires au succ&#232;s de la r&#233;volution et &#224; la cr&#233;ation de la nouvelle soci&#233;t&#233;. Dans le rigorisme de L&#233;nine, qui d&#233;coulait librement et naturellement de son caract&#232;re, il n'y avait pas une goutte de p&#233;dantisme, de sectarisme ou de raideur. Il connaissait trop bien les gens et les prenait tels qu'ils &#233;taient. Il combinait les d&#233;fauts des uns avec les vertus des autres, et parfois aussi avec leurs d&#233;fauts, et ne cessait d'observer attentivement ce qui en sortait. Il savait aussi que les temps changent, et nous avec eux. Le parti s'&#233;tait &#233;lev&#233; d'un seul coup de la clandestinit&#233; au sommet du pouvoir. Cela a cr&#233;&#233; pour chacun des vieux r&#233;volutionnaires un changement &#233;tonnamment brutal dans sa situation personnelle et dans ses relations avec les autres.Ce que L&#233;nine d&#233;couvrit en Staline dans ces nouvelles conditions, il le remarqua prudemment mais clairement dans son testament : un manque de loyaut&#233; et une inclination &#224; l'abus de pouvoir. Ludwig a rat&#233; ces indices. C'est pourtant en eux que l'on peut trouver la cl&#233; des relations entre L&#233;nine et Staline dans la derni&#232;re p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine n'&#233;tait pas seulement un th&#233;oricien et un technicien de la dictature r&#233;volutionnaire, mais aussi un gardien vigilant de ses fondements moraux. Chaque allusion &#224; l'utilisation du pouvoir pour des int&#233;r&#234;ts personnels a allum&#233; des feux mena&#231;ants dans ses yeux. &#171; En quoi est-ce mieux que le parlementarisme bourgeois ? demandait-il, pour mieux exprimer son indignation &#233;touffante. Et il n'a pas manqu&#233; d'ajouter au sujet du parlementarisme une de ses riches d&#233;finitions. Pendant ce temps, Staline utilisait de plus en plus largement et sans discernement les possibilit&#233;s de la dictature r&#233;volutionnaire pour le recrutement de personnes personnellement oblig&#233;es et d&#233;vou&#233;es &#224; lui. Dans sa position de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, il est devenu le dispensateur de faveurs et de fortune. Ici, les bases ont &#233;t&#233; jet&#233;es pour un conflit in&#233;vitable. L&#233;nine a progressivement perdu sa confiance morale en Staline. Si vous comprenez ce fait fondamental, alors tous les &#233;pisodes particuliers de la derni&#232;re p&#233;riode prennent leur place en cons&#233;quence, et donnent une image r&#233;elle et non fausse de l'attitude de L&#233;nine envers Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sverdlov et Staline comme types d'organisateurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner au testament sa place dans le d&#233;veloppement du parti, il faut ici faire une parenth&#232;se. Jusqu'au printemps 1919, le principal organisateur du parti &#233;tait Sverdlov. Il n'avait pas le nom de Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, nom qui n'&#233;tait pas encore invent&#233; &#224; l'&#233;poque, mais il l'&#233;tait en r&#233;alit&#233;. Sverdlov est d&#233;c&#233;d&#233; &#224; l'&#226;ge de 34 ans en mars 1919, des suites de la fi&#232;vre espagnole. Dans la propagation de la guerre civile et de l'&#233;pid&#233;mie, fauchant les gens &#224; droite et &#224; gauche, le parti a &#224; peine r&#233;alis&#233; le poids de cette perte. Dans deux discours fun&#232;bres, L&#233;nine a donn&#233; une appr&#233;ciation de Sverdlov qui jette une lumi&#232;re r&#233;fl&#233;chie mais tr&#232;s claire &#233;galement sur ses relations ult&#233;rieures avec Staline. &#034;Au cours de notre r&#233;volution, dans ses victoires&#034;, a d&#233;clar&#233; L&#233;nine,&#171; Il appartenait &#224; Sverdlov d'exprimer plus pleinement et plus compl&#232;tement que quiconque l'essence m&#234;me de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Sverdlov &#233;tait &#171; avant tout et avant tout un organisateur &#187;. D'un modeste ouvrier clandestin, ni th&#233;oricien ni &#233;crivain, grandit en peu de temps &#171; un organisateur qui acquit une autorit&#233; irr&#233;prochable, un organisateur de tout le pouvoir sovi&#233;tique en Russie, et un organisateur du travail du parti unique dans son entendement. &#034; L&#233;nine n'avait aucun go&#251;t pour les exag&#233;rations des pan&#233;gyriques anniversaires ou fun&#233;raires. Son appr&#233;ciation de Sverdlov &#233;tait en m&#234;me temps une caract&#233;risation de la t&#226;che de l'organisateur :un organisateur de tout le pouvoir sovi&#233;tique en Russie, et un organisateur du travail du parti unique dans sa compr&#233;hension. L&#233;nine n'avait aucun go&#251;t pour les exag&#233;rations des pan&#233;gyriques anniversaires ou fun&#233;raires. Son appr&#233;ciation de Sverdlov &#233;tait en m&#234;me temps une caract&#233;risation de la t&#226;che de l'organisateur :un organisateur de tout le pouvoir sovi&#233;tique en Russie, et un organisateur du travail du parti unique dans sa compr&#233;hension. L&#233;nine n'avait aucun go&#251;t pour les exag&#233;rations des pan&#233;gyriques anniversaires ou fun&#233;raires. Son appr&#233;ciation de Sverdlov &#233;tait en m&#234;me temps une caract&#233;risation de la t&#226;che de l'organisateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que gr&#226;ce au fait que nous avions un organisateur tel que Sverdlov que nous pouvions en temps de guerre travailler comme si nous n'avions pas un seul conflit digne d'&#234;tre &#233;voqu&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait donc en fait. Dans nos conversations avec L&#233;nine &#224; cette &#233;poque, nous remarqu&#226;mes plus d'une fois, et avec une satisfaction toujours renouvel&#233;e, l'une des principales conditions de notre succ&#232;s : l'unit&#233; et la solidarit&#233; du groupe dirigeant. Malgr&#233; la pression &#233;pouvantable des &#233;v&#233;nements et des difficult&#233;s, la nouveaut&#233; des probl&#232;mes et des d&#233;saccords pratiques aigus qui &#233;clataient parfois, les travaux se sont d&#233;roul&#233;s avec une douceur et une convivialit&#233; extraordinaires, et sans interruption. D'un mot nous rappellerions les &#233;pisodes des vieilles r&#233;volutions. &#034;Non, c'est mieux avec nous.&#034; &#034;Cela seul garantit notre victoire.&#034; La solidarit&#233; du centre avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par toute l'histoire du bolchevisme, et &#233;tait entretenue par l'autorit&#233; incontest&#233;e des dirigeants et surtout de L&#233;nine.Mais dans la m&#233;canique int&#233;rieure de cette unanimit&#233; sans exemple, le technicien en chef avait &#233;t&#233; Sverdlov. Le secret de son art &#233;tait simple : se laisser guider par les int&#233;r&#234;ts de la cause et cela seulement. Aucun des ouvriers du parti n'avait peur des intrigues qui venaient de l'&#233;tat-major du parti. La base de cette autorit&#233; de Sverdlov &#233;taitfid&#233;lit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir test&#233; mentalement tous les chefs de parti, L&#233;nine dans son discours fun&#232;bre en tira la conclusion pratique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne pourra jamais remplacer un tel homme, si par remplacement on entend la possibilit&#233; de trouver un camarade r&#233;unissant de telles qualit&#233;s... L'&#339;uvre qu'il a accomplie seul ne peut d&#233;sormais &#234;tre accomplie que par tout un groupe d'hommes qui, suivant ses traces, continuer son service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots n'&#233;taient pas rh&#233;toriques, mais une proposition strictement pratique. Et la proposition a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e. Au lieu d'un seul secr&#233;taire, il a &#233;t&#233; nomm&#233; un Collegium de trois personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ces paroles de L&#233;nine, il est &#233;vident, m&#234;me pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire du parti, que pendant la vie de Sverdlov, Staline n'a jou&#233; aucun r&#244;le de premier plan dans l'appareil du parti - ni &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution d'Octobre ni &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution d'Octobre. jeter les fondations et les murs de l'&#201;tat sovi&#233;tique. Staline n'a pas non plus &#233;t&#233; inclus dans le premier Secr&#233;tariat qui a remplac&#233; Sverdlov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'au Xe Congr&#232;s, deux ans apr&#232;s la mort de Sverdlov, Zinoviev et d'autres, non sans une pens&#233;e cach&#233;e de la lutte contre moi, ont soutenu la candidature de Staline au poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral - c'est-&#224;-dire l'ont plac&#233; de jure dans la position que Sverdlov avait occup&#233; de facto&#8211; L&#233;nine s'est prononc&#233; en petit cercle contre ce plan, exprimant sa crainte que &#171; ce cuisinier ne pr&#233;pare que des plats poivr&#233;s &#187;. Cette seule phrase, prise en rapport avec le personnage de Sverdlov, nous montre les diff&#233;rences entre les deux types d'organisateurs : l'un infatigable &#224; aplanir les conflits, &#224; faciliter le travail du Collegium, et l'autre sp&#233;cialiste des plats poivr&#233;s - pas m&#234;me peur de les &#233;picer avec du vrai poison. Si L&#233;nine n'a pas pouss&#233; en mars 1921 son opposition &#224; la limite &#8211; c'est-&#224;-dire n'a pas fait appel ouvertement au Congr&#232;s contre la candidature de Staline &#8211; c'est parce que le poste de secr&#233;taire, m&#234;me &#171; g&#233;n&#233;ral &#187;, avait dans les conditions alors , avec le pouvoir et l'influence concentr&#233;s dans le Bureau politique, une signification strictement subordonn&#233;e. Peut-&#234;tre aussi L&#233;nine, comme beaucoup d'autres,n'a pas suffisamment pris conscience du danger &#224; temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de 1921, la sant&#233; de L&#233;nine se d&#233;t&#233;riora brusquement. Le 7 d&#233;cembre, prenant son d&#233;part sur l'insistance de son m&#233;decin, L&#233;nine, peu port&#233; &#224; se plaindre, &#233;crivait aux membres du Bureau politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars aujourd'hui. Malgr&#233; mon quota de travail r&#233;duit et mon quota de repos augment&#233;, ces derniers jours l'insomnie a augment&#233; diaboliquement. Je crains de ne pouvoir parler ni au congr&#232;s du parti ni au congr&#232;s sovi&#233;tique. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cinq mois, il languit, &#224; moiti&#233; &#233;loign&#233; de son travail par des m&#233;decins et des amis, constamment alarm&#233; par le cours des affaires du gouvernement et du parti, en lutte continuelle contre sa maladie persistante. En mai, il a le premier accident vasculaire c&#233;r&#233;bral. Pendant deux mois, L&#233;nine est incapable de parler, d'&#233;crire ou de bouger. En juillet, il commence lentement &#224; r&#233;cup&#233;rer. Rest&#233; au pays, il entre peu &#224; peu en correspondance active. En octobre, il retourne au Kremlin et reprend officiellement son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas de mal sans bien &#187;, &#233;crit-il en priv&#233; dans le brouillon d'un futur discours. &#171; Je suis rest&#233; assis tranquillement pendant une demi-ann&#233;e et j'ai regard&#233; &#171; de c&#244;t&#233; &#187;. &#187; L&#233;nine veut dire : autrefois, j'&#233;tais assis trop fermement &#224; mon poste et j'ai manqu&#233; d'observer beaucoup de choses ; la longue interruption m'a maintenant permis de voir beaucoup avec des yeux neufs. Ce qui le d&#233;rangeait le plus, sans aucun doute, c'&#233;tait la croissance monstrueuse du pouvoir bureaucratique, dont le point central &#233;tait devenu le Bureau d'organisation du Comit&#233; central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de supprimer le patron qui se sp&#233;cialisait dans les plats poivr&#233;s est apparue &#224; L&#233;nine imm&#233;diatement apr&#232;s son retour au travail. Mais cette question personnelle &#233;tait devenue notablement compliqu&#233;e. L&#233;nine ne pouvait manquer de voir &#224; quel point son absence avait &#233;t&#233; utilis&#233;e par Staline pour une s&#233;lection unilat&#233;rale d'hommes - souvent en conflit direct avec les int&#233;r&#234;ts de la cause. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral s'appuyait d&#233;sormais sur une faction nombreuse, unie par des liens sinon toujours intellectuels, du moins solides. Un changement des chefs de la machine du parti &#233;tait d&#233;j&#224; devenu impossible sans la pr&#233;paration d'une attaque politique s&#233;rieuse. A cette &#233;poque eut lieu la conversation &#034;conspiratrice&#034; entre L&#233;nine et moi au sujet d'une lutte combin&#233;e contre le bureaucratisme sovi&#233;tique et de parti,et sa proposition d'un &#171; bloc &#187; contre le Bureau d'organisation &#8211; le bastion fondamental de Staline &#224; cette &#233;poque. Le fait de cette conversation ainsi que son contenu ont rapidement trouv&#233; leur reflet dans des documents, et ils constituent un &#233;pisode de l'histoire du parti ind&#233;niable et non ni&#233; par personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en quelques semaines seulement, l'&#233;tat de sant&#233; de L&#233;nine s'est de nouveau d&#233;grad&#233;. Non seulement le travail continuel, mais aussi les conversations ex&#233;cutives avec les camarades &#233;taient &#224; nouveau interdits par ses m&#233;decins. Il a d&#251; penser &#224; d'autres mesures de lutte seul entre quatre murs. Pour contr&#244;ler les activit&#233;s en coulisses du Secr&#233;tariat, L&#233;nine &#233;labora quelques mesures g&#233;n&#233;rales de caract&#232;re organisationnel. C'est ainsi qu'est n&#233; le projet de cr&#233;er un centre du parti de haute autorit&#233; sous la forme d'une Commission de contr&#244;le compos&#233;e de membres fiables et exp&#233;riment&#233;s du parti, totalement ind&#233;pendants du point de vue hi&#233;rarchique - c'est-&#224;-dire ni fonctionnaires ni administrateurs - et en m&#234;me temps dot&#233; de pouvoirs le droit de demander des comptes pour les violations de la l&#233;galit&#233;, du parti et de la d&#233;mocratie sovi&#233;tique, et pour manque de moralit&#233; r&#233;volutionnaire, tous les fonctionnaires sans exception,non seulement du parti, y compris les membres du Comit&#233; central, mais aussi, par l'interm&#233;diaire de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, les hauts fonctionnaires de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 janvier, par l'interm&#233;diaire de Krupskaya, L&#233;nine envoya pour publication dans la Pravda un article au sujet de son projet de r&#233;organisation des institutions centrales. Craignant &#224; la fois un coup tra&#238;tre de sa maladie et une r&#233;ponse non moins tra&#238;tresse du Secr&#233;tariat, L&#233;nine exigea que son article soit imprim&#233; dans la Pravdaimm&#233;diatement ; cela impliquait un appel direct au parti. Staline refusa &#224; Krupskaya cette demande en raison de la n&#233;cessit&#233; de discuter la question au Bureau politique. Formellement, cela signifiait simplement un report d'un jour. Mais la proc&#233;dure m&#234;me de saisine du Bureau politique ne pr&#233;sageait rien de bon. Sous la direction de L&#233;nine, Krupskaya s'est tourn&#233; vers moi pour coop&#233;rer. J'ai demand&#233; une r&#233;union imm&#233;diate du Bureau politique. Les craintes de L&#233;nine &#233;taient totalement confirm&#233;es : tous les membres et suppl&#233;ants pr&#233;sents &#224; la r&#233;union, Staline, Molotov, Kouibychev, Rykov, Kalinine et Boukharine, &#233;taient non seulement contre la r&#233;forme propos&#233;e par L&#233;nine, mais aussi contre l'impression de son article. Pour consoler le malade que toute vive &#233;motion mena&#231;ait de catastrophe, Kuibyshev, le futur chef de la Commission centrale de contr&#244;le, proposa d'imprimer un num&#233;ro sp&#233;cial dePravda contenant l'article de L&#233;nine, mais compos&#233; d'un seul exemplaire. C'est donc &#171; avec ferveur &#187; que ces personnes suivaient leur professeur. J'ai rejet&#233; avec indignation la proposition de tromper L&#233;nine, je me suis prononc&#233; essentiellement en faveur de la r&#233;forme qu'il proposait et j'ai demand&#233; la publication imm&#233;diate de son article. J'&#233;tais soutenu par Kamenev qui &#233;tait arriv&#233; avec une heure de retard. L'attitude de la majorit&#233; fut enfin bris&#233;e par l'argument que L&#233;nine mettrait de toute fa&#231;on son article en circulation ; il serait copi&#233; sur des machines &#224; &#233;crire, lu avec une attention redoubl&#233;e, et il serait ainsi d'autant plus dirig&#233; contre le Bureau politique. L'article est paru dans la Pravda le lendemain matin, 25 janvier. Cet &#233;pisode trouva aussi son reflet en son temps dans les documents officiels, sur la base desquels il est ici d&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime qu'il faut en g&#233;n&#233;ral souligner le fait que, n'appartenant pas &#224; l'&#233;cole de psychologie pure, et puisque j'ai l'habitude de me fier aux faits solidement &#233;tablis plut&#244;t qu'&#224; leur reflet &#233;motionnel dans la m&#233;moire, l'ensemble de la pr&#233;sente exposition, &#224; l'exception de &#233;pisodes sp&#233;cialement indiqu&#233;s, est expos&#233; par moi sur la base de documents dans mes archives et avec une v&#233;rification minutieuse des dates, des t&#233;moignages et des circonstances factuelles en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;saccords entre L&#233;nine et Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique organisationnelle n'&#233;tait pas la seule ar&#232;ne de la lutte de L&#233;nine contre Staline. Le Pl&#233;num de novembre du Comit&#233; central (1922), si&#233;geant sans L&#233;nine et sans moi, introduisit de mani&#232;re inattendue un changement radical dans le syst&#232;me du commerce ext&#233;rieur, sapant le fondement m&#234;me du monopole d'&#201;tat. Dans une conversation avec Krassin, alors commissaire du peuple au commerce ext&#233;rieur, j'ai parl&#233; de cette r&#233;solution du Comit&#233; central &#224; peu pr&#232;s ainsi : &#171; Ils n'ont pas encore creus&#233; le fond du baril, mais ils y ont perc&#233; plusieurs trous. L&#233;nine en a entendu parler. Le 13 d&#233;cembre, il m'a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous prie instamment de prendre sur vous lors du prochain pl&#233;num la d&#233;fense de notre point de vue commun quant &#224; la n&#233;cessit&#233; inconditionnelle de pr&#233;server et de faire respecter le monopole... Le pr&#233;c&#233;dent pl&#233;num a pris une d&#233;cision sur cette question en totale contradiction avec le monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refusant toute concession sur cette question ; L&#233;nine insista pour que j'en appelle au Comit&#233; central et au Congr&#232;s. Le coup &#233;tait principalement dirig&#233; contre Staline, responsable en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la pr&#233;sentation des questions aux pl&#233;nums du Comit&#233; central. Cette fois, cependant, la chose n'allait pas jusqu'&#224; la lutte ouverte. Sentant le danger, Staline c&#233;da sans lutter, et ses amis avec lui. Lors du pl&#233;num de d&#233;cembre, la d&#233;cision de novembre a &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233;e. &#171; Il semble que nous ayons captur&#233; la position sans tirer un coup de feu, par de simples mouvements de man&#339;uvre &#187;, m'&#233;crivait L&#233;nine en plaisantant le 21 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;saccord dans le domaine de la politique nationale &#233;tait encore plus aigu. A l'automne 1922, nous pr&#233;parions la transformation de l'Etat sovi&#233;tique en une union f&#233;d&#233;r&#233;e de r&#233;publiques nationales. L&#233;nine consid&#233;rait qu'il fallait aller le plus loin possible pour r&#233;pondre aux revendications et revendications de ces nationalistes qui avaient longtemps v&#233;cu sous l'oppression et &#233;taient encore loin de s'en remettre. Staline, au contraire, qui en sa qualit&#233; de commissaire du peuple aux nationalit&#233;s dirigeait les travaux pr&#233;paratoires, menait dans ce domaine une politique de centralisme bureaucratique. L&#233;nine, en convalescence dans un village pr&#232;s de Moscou, entretenait une pol&#233;mique avec Staline dans des lettres adress&#233;es au Bureau politique. Dans ses premi&#232;res remarques sur le projet stalinien d'union f&#233;d&#233;r&#233;e, L&#233;nine &#233;tait extr&#234;mement doux et retenu.Il esp&#233;rait encore &#224; cette &#233;poque &#8211; vers la fin septembre 1922 &#8211; r&#233;gler la question par le Bureau politique et sans conflit ouvert. Les r&#233;ponses de Staline, en revanche, contenaient une irritation notable. Il renvoya &#224; L&#233;nine le reproche de &#171; pr&#233;cipitation &#187;, et avec lui une accusation de &#171; lib&#233;ralisme national &#187;, c'est-&#224;-dire d'indulgence envers le nationalisme des &#233;trangers. Cette correspondance, bien qu'extr&#234;mement int&#233;ressante politiquement, est encore cach&#233;e au parti.bien qu'extr&#234;mement int&#233;ressant politiquement, est toujours cach&#233; du parti.bien qu'extr&#234;mement int&#233;ressant politiquement, est toujours cach&#233; du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique nationale bureaucratique avait d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque provoqu&#233; une vive opposition en G&#233;orgie, s'unissant contre Staline et son bras droit, Ordjonikidze, la fleur du bolchevisme g&#233;orgien. Par l'interm&#233;diaire de Krupskaya, L&#233;nine est entr&#233; en contact priv&#233; avec les dirigeants de l'opposition g&#233;orgienne (Mdivani, Makharadze, etc.) contre la faction de Staline, Ordjonikidze et Dzenhinsky. La lutte aux confins &#233;tait trop vive et Staline s'&#233;tait trop li&#233; &#224; des groupements d&#233;termin&#233;s pour c&#233;der en silence comme il l'avait fait sur la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. Dans les semaines qui suivirent, L&#233;nine devint convaincu qu'il serait n&#233;cessaire de faire appel au parti. Fin d&#233;cembre, il dicta une volumineuse lettre sur la question nationale qui devait tenir lieu de son discours au congr&#232;s du parti si la maladie l'emp&#234;chait de se pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a employ&#233; contre Staline une accusation d'impulsivit&#233; administrative et de m&#233;chancet&#233; contre un pr&#233;tendu nationalisme. &#171; La m&#233;chancet&#233; en g&#233;n&#233;ral &#187;, &#233;crivait-il avec force, &#171; joue le pire r&#244;le possible en politique &#187;. La lutte contre les exigences justes, bien qu'exag&#233;r&#233;es au d&#233;but, des nations autrefois opprim&#233;es, L&#233;nine la qualifie de manifestation du bureaucratisme grand-russe. Il nomma pour la premi&#232;re fois ses opposants par leur nom : &#171; Il faut, bien s&#251;r, tenir Staline et Dzerjinski pour responsables de toute cette campagne nationaliste grande-russe. Que le Grand-Russe L&#233;nine accuse le G&#233;orgien Djugashvili et le Polonais Dzerjinski de nationalisme grand-russe, peut sembler paradoxal ; mais il ne s'agit pas ici de sentiments nationaux et de partialit&#233;s,mais de deux syst&#232;mes politiques dont les diff&#233;rences se r&#233;v&#232;lent dans tous les domaines, la question nationale parmi eux. En condamnant impitoyablement les m&#233;thodes de la faction stalinienne, Rakovsky &#233;crivit quelques ann&#233;es plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question nationale, comme &#224; toutes les autres questions, la bureaucratie fait son approche du point de vue de la commodit&#233; de l'administration et de la r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de mieux &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concessions verbales de Staline n'ont pas du tout apais&#233; L&#233;nine, mais au contraire aiguis&#233; ses soup&#231;ons. &#171; Staline fera un compromis pourri &#187;, m'a averti L&#233;nine par l'interm&#233;diaire de son secr&#233;taire, &#171; pour ensuite tromper &#187;. Et ce n'&#233;tait que le cours de Staline. Il &#233;tait pr&#234;t &#224; accepter lors du prochain Congr&#232;s toute formulation th&#233;orique de la politique nationale &#224; condition qu'elle n'affaiblisse pas son soutien aux factions du centre et des r&#233;gions frontali&#232;res. Certes, Staline avait de bonnes raisons de craindre que L&#233;nine ne comprenne compl&#232;tement ses plans. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l'&#233;tat du malade ne cessait de s'aggraver. Staline a froidement inclus ce facteur non n&#233;gligeable dans ses calculs. La politique pratique du Secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral devenait d'autant plus d&#233;cisive que la sant&#233; de L&#233;nine s'aggravait.Staline tenta d'isoler le dangereux superviseur de toutes les informations qui pourraient lui donner une arme contre le Secr&#233;tariat et ses alli&#233;s. Cette politique de blocus &#233;tait naturellement dirig&#233;e contre les personnes les plus proches de L&#233;nine. Krupskaya a fait ce qu'elle a pu pour prot&#233;ger le malade du contact avec les machinations hostiles du Secr&#233;tariat. Mais L&#233;nine savait deviner toute une situation &#224; partir de sympt&#244;mes accidentels. Il &#233;tait clairement au courant des activit&#233;s de Staline, de ses motivations et de ses calculs. Il n'est pas difficile d'imaginer quelles r&#233;actions ils ont provoqu&#233;es dans son esprit. Rappelons-nous qu'&#224; ce moment-l&#224; se trouvaient d&#233;j&#224; sur le bureau de L&#233;nine, outre le testament insistant sur la destitution de Staline, les documents sur la question nationale que les secr&#233;taires de L&#233;nine Fotieva et Glyasser, refl&#233;tant avec sensibilit&#233; l'humeur de leur chef,d&#233;crivaient comme &#171; une bombe contre Staline &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi-ann&#233;e de lutte d'aff&#251;tage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a d&#233;velopp&#233; son id&#233;e du r&#244;le de la Commission centrale de contr&#244;le en tant que protecteur de la loi et de l'unit&#233; du parti en rapport avec la question de la r&#233;organisation de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ( Rabkrin ), dont le chef pendant plusieurs ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes avait &#233;t&#233; Staline. Le 4 mars 1923, la Pravda publie un article c&#233;l&#232;bre dans l'histoire du parti, Better Less but Better. Cet ouvrage a &#233;t&#233; &#233;crit &#224; plusieurs reprises. L&#233;nine n'aimait pas et ne pouvait pas dicter. Il a eu du mal &#224; &#233;crire l'article. Le 2 mars, il l'&#233;couta enfin avec satisfaction : &#034;Enfin, tout va bien.&#034; Cet article incluait la r&#233;forme des institutions du parti directeur dans une large perspective politique, &#224; la fois nationale et internationale. Sur ce c&#244;t&#233; de la question, cependant, nous ne pouvons pas nous arr&#234;ter ici. Mais l'estimation que L&#233;nine a donn&#233;e de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne est tr&#232;s importante pour notre th&#232;me. Voici les paroles de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons franchement. Le Commissariat du Peuple de Rabkrin ne jouit pas actuellement d'une ombre d'autorit&#233;. Tout le monde sait qu'il n'existe pas d' institution moins organis&#233;e que notre Commissariat de Rabkrin , et que dans les circonstances actuelles on ne peut rien attendre de ce Commissariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette allusion extraordinairement mordante imprim&#233;e par le chef du gouvernement &#224; l'une des institutions les plus importantes de l'&#201;tat &#233;tait un coup direct et sans &#233;quivoque contre Staline en tant qu'organisateur et chef de cette Inspection. La raison devrait maintenant &#234;tre claire. L'Inspection devait surtout servir d'antidote aux distorsions bureaucratiques de la dictature r&#233;volutionnaire. Cette fonction responsable pouvait &#234;tre remplie avec succ&#232;s &#224; la condition d'une enti&#232;re loyaut&#233; dans sa direction, mais c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment cette loyaut&#233; qui manquait &#224; Staline. Il avait fait de l'Inspection comme du secr&#233;tariat du parti un instrument d'intrigues m&#233;caniques, de protection de &#171; ses hommes &#187; et de pers&#233;cution de ses adversaires. Dans l'article Mieux Moins mais MieuxL&#233;nine a ouvertement soulign&#233; que sa proposition de r&#233;forme de l'Inspection, &#224; la t&#234;te de laquelle Tsuryupa avait &#233;t&#233; plac&#233;e il n'y a pas longtemps, devait in&#233;vitablement rencontrer la r&#233;sistance de &#171; toute notre bureaucratie, &#224; la fois la bureaucratie sovi&#233;tique et la bureaucratie du parti &#187;. Entre parenth&#232;ses, L&#233;nine ajoute de mani&#232;re significative : &#171; Nous avons du bureaucratisme non seulement dans les institutions sovi&#233;tiques, mais aussi dans le parti. C'&#233;tait un coup parfaitement d&#233;lib&#233;r&#233; contre Staline en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait donc pas exag&#233;r&#233; de dire que le dernier semestre de la vie politique de L&#233;nine, entre sa convalescence et sa seconde maladie, fut rempli d'une lutte acharn&#233;e contre Staline. Rappelons encore une fois les dates principales. En septembre 1922, L&#233;nine ouvrit le feu contre la politique nationale de Staline. Dans la premi&#232;re quinzaine de d&#233;cembre, il attaqua Staline sur la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. Le 25 d&#233;cembre, il r&#233;dige la premi&#232;re partie de son testament. Le 30 d&#233;cembre, il &#233;crit sa lettre sur la question nationale (la &#171; bombe &#187;). Le 4 janvier 1923, il ajouta un post-scriptum &#224; son testament sur la n&#233;cessit&#233; de destituer Staline de son poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Le 23 janvier, il dressa contre Staline une batterie lourde : le projet d'une Commission de contr&#244;le. Dans un article du 2 mars, il a port&#233; un double coup &#224; Staline,&#224; la fois en tant qu'organisateur de l'Inspection et en tant que Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Le 5 mars, il m'&#233;crivait au sujet de son m&#233;morandum sur la question nationale : &#171; Si vous acceptiez d'en assurer la d&#233;fense, je pourrais &#234;tre tranquille. Ce m&#234;me jour, il s'est pour la premi&#232;re fois ouvertement uni aux ennemis g&#233;orgiens irr&#233;conciliables de Staline, les informant dans une note sp&#233;ciale qu'il soutenait leur cause &#171; de tout mon c&#339;ur &#187; et pr&#233;parait pour eux des documents contre Staline, Ordjonikidze et Dzerjinski. . &#171; De tout mon c&#339;ur &#187; &#8211; cette expression n'&#233;tait pas fr&#233;quente chez L&#233;nine.Le m&#234;me jour, il s'associa pour la premi&#232;re fois ouvertement aux irr&#233;conciliables ennemis g&#233;orgiens de Staline, les informant dans une note sp&#233;ciale qu'il soutenait leur cause &#171; de tout mon c&#339;ur &#187; et pr&#233;parait pour eux des documents contre Staline, Ordjonikidze et Dzerjinski. &#171; De tout mon c&#339;ur &#187; &#8211; cette expression n'&#233;tait pas fr&#233;quente chez L&#233;nine.Le m&#234;me jour, il s'associa pour la premi&#232;re fois ouvertement aux irr&#233;conciliables ennemis g&#233;orgiens de Staline, les informant dans une note sp&#233;ciale qu'il soutenait leur cause &#171; de tout mon c&#339;ur &#187; et pr&#233;parait pour eux des documents contre Staline, Ordjonikidze et Dzerjinski. &#171; De tout mon c&#339;ur &#187; &#8211; cette expression n'&#233;tait pas fr&#233;quente chez L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette question [la question nationale] l'a extr&#234;mement pr&#233;occup&#233; &#187;, t&#233;moigne sa secr&#233;taire, Fotieva, &#171; et il s'appr&#234;tait &#224; en parler au congr&#232;s du parti. Mais un mois avant le Congr&#232;s, L&#233;nine s'effondre enfin, et sans m&#234;me avoir donn&#233; d'instructions au sujet de l'article. Un poids a roul&#233; des &#233;paules de Staline. Lors du caucus du Conseil des Anciens au XIIe Congr&#232;s, il s'est d&#233;j&#224; os&#233; &#8203;&#8203;parler, dans le style qui lui est propre, de la lettre de L&#233;nine comme du document d'un malade sous l'influence des &#171; femmes &#187;. (C'est-&#224;-dire Krupskaya et les deux secr&#233;taires.) Sous pr&#233;texte de la n&#233;cessit&#233; de conna&#238;tre la volont&#233; r&#233;elle de L&#233;nine, il fut d&#233;cid&#233; de mettre la lettre sous cl&#233;. Il y reste &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;pisodes dramatiques &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus, assez vivants en eux-m&#234;mes, ne traduisent pas du tout la ferveur avec laquelle L&#233;nine vivait les &#233;v&#233;nements festifs des derniers mois de sa vie active. Dans les lettres et les articles, il s'imposait la censure habituelle tr&#232;s s&#233;v&#232;re. L&#233;nine a assez bien compris d&#232;s son premier coup la nature de sa maladie. Apr&#232;s son retour au travail en octobre 1922, les vaisseaux capillaires de son cerveau ne cess&#232;rent de se rappeler d'eux-m&#234;mes par un coup de coude &#224; peine perceptible, mais inqui&#233;tant et de plus en plus fr&#233;quent, mena&#231;ant manifestement une rechute. L&#233;nine &#233;valuait sobrement sa propre situation malgr&#233; les assurances apaisantes de ses m&#233;decins. Au d&#233;but du mois de mars, lorsqu'il fut &#224; nouveau contraint de se retirer du travail, au moins des r&#233;unions, entretiens et conversations t&#233;l&#233;phoniques,il emporta dans sa chambre de malade nombre d'observations et de craintes troublantes. L'appareil bureaucratique &#233;tait devenu un facteur ind&#233;pendant dans la grande politique avec l'&#233;tat-major secret des factions de Staline au Secr&#233;tariat du Comit&#233; central. Dans la sph&#232;re nationale, o&#249; L&#233;nine exigeait une sensibilit&#233; particuli&#232;re, les crocs du centralisme imp&#233;rial se montraient de plus en plus ouvertement. Les id&#233;es et les principes de la r&#233;volution se pliaient aux int&#233;r&#234;ts des combinaisons en coulisses. L'autorit&#233; de la dictature servait de plus en plus souvent de couverture aux dict&#233;es des fonctionnaires.l&#224; o&#249; L&#233;nine exigeait une sensibilit&#233; particuli&#232;re, les crocs du centralisme imp&#233;rial se montraient de plus en plus ouvertement. Les id&#233;es et les principes de la r&#233;volution se pliaient aux int&#233;r&#234;ts des combinaisons en coulisses. L'autorit&#233; de la dictature servait de plus en plus souvent de couverture aux dict&#233;es des fonctionnaires.l&#224; o&#249; L&#233;nine exigeait une sensibilit&#233; particuli&#232;re, les crocs du centralisme imp&#233;rial se montraient de plus en plus ouvertement. Les id&#233;es et les principes de la r&#233;volution se pliaient aux int&#233;r&#234;ts des combinaisons en coulisses. L'autorit&#233; de la dictature servait de plus en plus souvent de couverture aux dict&#233;es des fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine pressentit l'approche d'une crise politique et craignait que l'appareil n'&#233;trangle le parti. La politique de Staline est devenue pour L&#233;nine dans la derni&#232;re p&#233;riode de sa vie l'incarnation d'un monstre montant du bureaucratisme. Le malade a d&#251; fr&#233;mir plus d'une fois &#224; la pens&#233;e qu'il n'avait pas r&#233;ussi &#224; op&#233;rer cette r&#233;forme de l'appareil dont il m'avait parl&#233; avant sa seconde maladie. Un terrible danger, lui semblait-il, mena&#231;ait l'&#339;uvre de toute sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Staline ? &#201;tant all&#233; trop loin pour battre en retraite, pouss&#233; par sa propre faction, craignant cette attaque concentr&#233;e dont les fils sortaient tous du lit de malade de son ennemi redoutable, Staline allait d&#233;j&#224; t&#234;te baiss&#233;e, recrutait ouvertement des partisans par la r&#233;partition des positions du parti et des sovi&#233;tiques, &#233;tait terrorisant ceux qui faisaient appel &#224; L&#233;nine par l'interm&#233;diaire de Krupskaya, et diffusait de plus en plus avec insistance des rumeurs selon lesquelles L&#233;nine n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas responsable de ses actes. Telle &#233;tait l'atmosph&#232;re d'o&#249; s'&#233;levait la lettre de L&#233;nine rompant absolument avec Staline. Non, il n'est pas tomb&#233; d'un ciel clair. Cela signifiait simplement que la coupe de l'endurance s'&#233;tait &#233;coul&#233;e. Non seulement chronologiquement, mais politiquement et moralement, il a trac&#233; une derni&#232;re ligne sous l'attitude de L&#233;nine envers Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas surprenant que Ludwig, r&#233;p&#233;tant avec reconnaissance l'histoire officielle de l'&#233;l&#232;ve fid&#232;le &#224; son ma&#238;tre &#171; jusqu'&#224; sa mort &#187;, ne prononce pas un mot de cette derni&#232;re lettre, ni m&#234;me de toutes les autres circonstances qui ne s'accordent pas avec le pr&#233;sent L&#233;gendes du Kremlin ? Ludwig devait au moins conna&#238;tre le fait de la lettre, ne serait-ce que par mon autobiographie, qu'il connaissait autrefois, car il lui donna une critique favorable. Peut-&#234;tre que Ludwig avait des doutes sur l'authenticit&#233; de mon t&#233;moignage. Mais ni l'existence de la lettre ni son contenu n'ont jamais &#233;t&#233; contest&#233;s par qui que ce soit. De plus, elles sont confirm&#233;es dans les proc&#232;s-verbaux st&#233;nographiques du Comit&#233; central. Lors du pl&#233;num de juillet 1926, Zinoviev d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e 1923, Vladimir Ilitch, dans une lettre personnelle au camarade Staline, rompt toute relation de camaraderie avec lui. ( Proc&#232;s-verbal st&#233;nographique du Pl&#233;num , n&#176;4, page 32.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'autres orateurs, parmi lesquels MI Ulyanova, la s&#339;ur de L&#233;nine, ont parl&#233; de la lettre comme d'un fait g&#233;n&#233;ralement connu dans les cercles du Comit&#233; central. &#192; cette &#233;poque, il ne pouvait m&#234;me pas entrer dans la t&#234;te de Staline de s'opposer &#224; ce t&#233;moignage. En effet, il ne s'est pas aventur&#233; &#224; le faire &#224; ma connaissance, sous une forme directe, m&#234;me par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les historiens officiels ont fait ces derni&#232;res ann&#233;es des efforts litt&#233;ralement gigantesques pour effacer de la m&#233;moire de l'homme tout ce chapitre de l'histoire. Et en ce qui concerne la jeunesse communiste, ces efforts ont atteint certains r&#233;sultats. Mais les enqu&#234;teurs existent, semble-t-il, pr&#233;cis&#233;ment dans le but de d&#233;truire les l&#233;gendes et de confirmer les faits r&#233;els dans leurs droits. Ou n'est-ce pas vrai des psychologues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se du &#171; Duumvirat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons indiqu&#233; plus haut les balises de la lutte finale entre L&#233;nine et Staline. A toutes ces &#233;tapes, L&#233;nine a recherch&#233; mon soutien et l'a trouv&#233;. A partir des discours, des articles et des lettres de L&#233;nine, vous pourriez sans difficult&#233; d&#233;duire des dizaines de t&#233;moignages sur le fait qu'apr&#232;s notre d&#233;saccord temporaire sur la question des syndicats, tout au long de 1921 et 1922 et au d&#233;but de 1923, L&#233;nine n'a pas perdu une chance souligner en tribune ouverte sa solidarit&#233; avec moi, citer telle ou telle d&#233;claration de ma part, soutenir telle ou telle d&#233;marche que j'avais franchie. Il faut comprendre que ses motivations n'&#233;taient pas personnelles, mais politiques. Ce qui l'a peut-&#234;tre alarm&#233; et pein&#233; au cours des derniers mois, en effet, c'est mon soutien pas assez actif &#224; ses mesures de combat contre Staline. Oui, tel est le paradoxe de la situation ! L&#233;nine,craignant &#224; l'avenir une scission sur la ligne de Staline et Trotsky, m'a demand&#233; une lutte plus &#233;nergique contre Staline. La contradiction ici, cependant, n'est que superficielle. C'&#233;tait dans l'int&#233;r&#234;t de la stabilit&#233; future de la direction du parti que L&#233;nine voulait maintenant condamner s&#233;v&#232;rement Staline et le d&#233;sarmer. Ce qui me retenait, c'&#233;tait la crainte qu'un conflit aigu au sein du groupe dirigeant &#224; cette &#233;poque, alors que L&#233;nine luttait contre la mort, ne soit compris par le parti comme un tirage au sort pour le manteau de L&#233;nine. Je ne soul&#232;verai pas ici la question de savoir si ma retenue dans ce cas &#233;tait juste ou non, ni la question plus large de savoir s'il aurait &#233;t&#233; possible &#224; ce moment-l&#224; d'&#233;carter le danger croissant avec des r&#233;formes organisationnelles et des changements personnels.Mais &#224; quel point toutes les positions r&#233;elles des acteurs &#233;taient-elles &#233;loign&#233;es du tableau qui nous est donn&#233; par cet &#233;crivain allemand populaire qui tire si l&#233;g&#232;rement les cl&#233;s de toutes les &#233;nigmes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons entendu de lui que le testament &#171; a d&#233;cid&#233; du sort de Trotsky &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire qu'il a manifestement servi de cause &#224; la perte de pouvoir de Trotsky. Selon une autre version de Ludwig, expos&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de cela sans m&#234;me tenter de les r&#233;concilier, L&#233;nine souhaitait &#171; un duumvirat de Trotsky et de Staline &#187;. Cette derni&#232;re pens&#233;e, aussi, sans doute sugg&#233;r&#233;e par Radek, donne une excellente preuve que m&#234;me maintenant, m&#234;me dans l'entourage proche de Staline, m&#234;me dans la manipulation tendancieuse d'un &#233;crivain &#233;tranger invit&#233; &#224; une conversation, personne n'osait affirmer que L&#233;nine voyait son successeur en Staline. Pour ne pas entrer en conflit trop grossier avec le texte du t&#233;moignage, et toute une s&#233;rie d'autres documents, il est n&#233;cessaire d'avancer a posteriori cette id&#233;e de duumvirat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment concilier cette histoire avec le conseil de L&#233;nine : destituer le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral ? Cela aurait signifi&#233; priver Staline de toutes les armes de son influence. Vous ne traitez pas ainsi le candidat au duumvir. Non, et d'ailleurs cette seconde hypoth&#232;se de Radek-Ludwig, bien que plus prudente, ne trouve aucun appui dans le texte du testament. Le but du document a &#233;t&#233; d&#233;fini par son auteur &#8211; garantir la stabilit&#233; du Comit&#233; central. L&#233;nine cherchait la voie de cet objectif non pas dans la combinaison artificielle d'un duumvirat, mais dans le renforcement du contr&#244;le collectif sur l'activit&#233; des dirigeants. Comment, en faisant cela, il a con&#231;u l'influence relative des membres individuels de la direction collective - &#224; ce sujet, le lecteur est libre de tirer ses propres conclusions sur la base des citations ci-dessus du testament.Mais il ne devait pas perdre de vue que le testament n'&#233;tait pas le dernier mot de L&#233;nine, et que son attitude envers Staline devenait plus s&#233;v&#232;re &#224; mesure qu'il sentait le d&#233;nouement approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludwig n'aurait pas commis une erreur aussi capitale dans son appr&#233;ciation du sens et de l'esprit du testament, s'il s'&#233;tait int&#233;ress&#233; un peu &#224; son sort futur. Cach&#233; par Staline et son groupe du parti, le testament n'a &#233;t&#233; r&#233;imprim&#233; et republi&#233; que par les opposants &#8211; bien s&#251;r, secr&#232;tement. Des centaines de mes amis et partisans ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et exil&#233;s pour avoir copi&#233; et distribu&#233; ces deux petites pages. Le 7 novembre 1927 &#8211; le dixi&#232;me anniversaire de la r&#233;volution d'Octobre &#8211; les oppositionnels de Moscou ont particip&#233; &#224; la manifestation anniversaire avec une pancarte : &#171; Accomplir le testament de L&#233;nine. Des troupes sp&#233;cialement choisies de staliniens ont fait irruption dans la ligne de marche et ont arrach&#233; la pancarte criminelle. Deux ans plus tard, au moment de mon bannissement &#224; l'&#233;tranger,une histoire a m&#234;me &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e d'une insurrection en pr&#233;paration par les &#171; trotskystes &#187; le 7 novembre 1927. L'appel &#224; &#171; accomplir le testament de L&#233;nine &#187; a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; par la faction stalinienne comme un appel &#224; l'insurrection ! Et m&#234;me maintenant, la publication du testament est interdite par aucune section de l'Internationale Communiste. L'opposition de gauche, au contraire, r&#233;&#233;dite le testament &#224; chaque occasion appropri&#233;e dans tous les pays. Politiquement, ces faits &#233;puisent la question.Politiquement, ces faits &#233;puisent la question.Politiquement, ces faits &#233;puisent la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek comme source d'information&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, d'o&#249; vient ce conte fantastique sur la fa&#231;on dont j'ai bondi de mon si&#232;ge lors de la lecture du testament, ou plut&#244;t des &#171; six mots &#187; qui ne sont pas dans le testament, avec la question : &#171; Qu'est-ce que &#231;a dit l&#224; ? De cela, je ne peux offrir qu'une explication hypoth&#233;tique. Dans quelle mesure cela peut-il &#234;tre correct, laissez le lecteur en juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek appartient &#224; la tribu des esprits et des conteurs professionnels. Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il ne poss&#232;de pas d'autres qualit&#233;s. Qu'il suffise de dire qu'au VIIe Congr&#232;s du parti, le 8 mars 1918, L&#233;nine, qui &#233;tait en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s retenu dans les commentaires personnels, a jug&#233; possible de dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens au camarade Radek, et ici je veux faire remarquer qu'il a accidentellement r&#233;ussi &#224; prononcer une remarque grave...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore une fois plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il arriva que nous ayons eu une remarque parfaitement s&#233;rieuse de Radek...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui ne parlent s&#233;rieusement qu'&#224; titre exceptionnel ont une tendance organique &#224; am&#233;liorer la r&#233;alit&#233;, car dans sa forme brute la r&#233;alit&#233; n'est pas toujours appropri&#233;e &#224; leurs histoires. Mon exp&#233;rience personnelle m'a appris &#224; adopter une attitude tr&#232;s prudente face aux t&#233;moignages de Radek. Son habitude n'est pas de raconter les &#233;v&#233;nements, mais d'en faire l'occasion d'un discours spirituel. Puisque tout art, y compris l'anecdotique, aspire &#224; une synth&#232;se, Radek est enclin &#224; r&#233;unir divers faits, ou les traits les plus brillants de divers &#233;pisodes, m&#234;me s'ils ont eu lieu &#224; des moments et des lieux diff&#233;rents. Il n'y a aucune m&#233;chancet&#233; l&#224;-dedans. C'est la mani&#232;re de son appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce qui s'est pass&#233;, apparemment, cette fois. Radek, de toute &#233;vidence, a combin&#233; une session du Conseil des Anciens au XIIIe Congr&#232;s avec une session du Pl&#233;num du Comit&#233; central de 1926, malgr&#233; le fait qu'un intervalle de plus de deux ans se soit &#233;coul&#233; entre le deux. Lors de ce pl&#233;num &#233;galement, des manuscrits secrets furent lus, parmi lesquels le testament. Cette fois c'est bien Staline qui les a lus, et non Kamenev, qui &#233;tait alors d&#233;j&#224; assis &#224; c&#244;t&#233; de moi sur les bancs de l'opposition. La lecture a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le fait qu'&#224; cette &#233;poque des copies du testament, la lettre de L&#233;nine sur la question nationale et d'autres documents gard&#233;s sous cl&#233; circulaient d&#233;j&#224; assez largement dans le parti. L'appareil du parti devenait nerveux et voulait savoir ce que L&#233;nine avait r&#233;ellement dit.&#171; L'opposition sait et nous ne savons pas &#187;, disaient-ils. Apr&#232;s une r&#233;sistance prolong&#233;e, Staline s'est vu contraint de lire les documents interdits lors d'une session du Comit&#233; central &#8211; les introduisant ainsi automatiquement dans le dossier st&#233;nographique, imprim&#233; dans des cahiers secrets pour les chefs de l'appareil du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois aussi, il n'y eut pas d'exclamations pendant la lecture du testament, car le document &#233;tait depuis longtemps trop connu des membres du Comit&#233; central. Mais j'ai effectivement interrompu Staline lors de la lecture de la correspondance sur la question nationale. L'&#233;pisode en lui-m&#234;me n'est pas si important, mais peut-&#234;tre sera-t-il utile aux psychologues pour certaines inf&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait extr&#234;mement &#233;conome dans ses moyens et ses m&#233;thodes litt&#233;raires. Il entretenait sa correspondance d'affaires avec des coll&#232;gues proches en langage t&#233;l&#233;graphique. La forme de l'adresse &#233;tait toujours le nom de famille du destinataire avec la lettre &#171; T &#187; ( Tovarich : camarade), et la signature &#233;tait &#171; L&#233;nine &#187;. Les explications compliqu&#233;es ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par un double ou triple soulignement de mots s&#233;par&#233;s, des points d'exclamation suppl&#233;mentaires, etc. Nous connaissions tous bien les particularit&#233;s de la mani&#232;re de L&#233;nine, et donc m&#234;me un l&#233;ger &#233;cart par rapport &#224; sa coutume laconique a attir&#233; l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En envoyant sa lettre sur la question nationale, L&#233;nine m'a &#233;crit le 5 mars :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estim&#233; camarade Trotsky,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je vous demande instamment d'entreprendre la d&#233;fense de l'affaire g&#233;orgienne au Comit&#233; central du parti. Cette affaire est maintenant sous &#171; accusations &#187; entre les mains de Staline et de Dzerjinski et je ne peux pas compter sur leur impartialit&#233;. En effet, bien au contraire ! Si vous acceptiez d'assumer sa d&#233;fense, je pourrais &#234;tre tranquille. Si pour une raison quelconque vous n'&#234;tes pas d'accord, renvoyez-moi tous les papiers. Je consid&#233;rerai cela comme un signe de votre d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes meilleures salutations amicales,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le 5 mars 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu et le ton de cette note l&#233;g&#232;re, dict&#233;e par L&#233;nine au dernier jour de sa vie politique, n'&#233;taient pas moins douloureux pour Staline que le testament. Un manque d'&#171; impartialit&#233; &#187; &#8211; cela n'implique-t-il pas, en effet, ce m&#234;me manque de loyaut&#233; ? La derni&#232;re chose que l'on ressent dans cette note est toute confiance en Staline &#8211; &#171; bien au contraire &#187; &#8211; la chose soulign&#233;e est la confiance en moi. Une confirmation de l'union tacite entre L&#233;nine et moi contre Staline et sa faction &#233;tait &#224; port&#233;e de main. Staline s'est mal ma&#238;tris&#233; pendant la lecture. Arriv&#233; &#224; la signature, il h&#233;sita : &#171; Avec les meilleures salutations de camaraderie &#187; &#8211; c'&#233;tait trop d&#233;monstratif de la plume de L&#233;nine. Staline a lu : &#034;Avec les salutations communistes.&#034; Cela sonnait plus sec et officiel. &#192; ce moment-l&#224;, je me suis lev&#233; sur mon si&#232;ge et j'ai demand&#233; : &#171; Qu'est-ce qui est &#233;crit l&#224;-bas ? Staline &#233;tait oblig&#233;,non sans g&#234;ne, de lire le texte authentique de L&#233;nine. Un de ses amis proches m'a cri&#233; que je chicanais sur des d&#233;tails, alors que je n'avais cherch&#233; qu'&#224; v&#233;rifier un texte. Ce l&#233;ger incident fit impression. On en parlait parmi les chefs de parti. Radek, qui n'&#233;tait alors plus membre du Comit&#233; central, l'apprit au Pl&#233;num par d'autres, et peut-&#234;tre par moi. Cinq ans plus tard, alors qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; avec Staline et non plus avec moi, sa m&#233;moire souple l'a &#233;videmment aid&#233; &#224; composer cet &#233;pisode synth&#233;tique qui a stimul&#233; Ludwig &#224; une inf&#233;rence si efficace et si erron&#233;e.On en parlait parmi les chefs de parti. Radek, qui n'&#233;tait alors plus membre du Comit&#233; central, l'apprit au Pl&#233;num par d'autres, et peut-&#234;tre par moi. Cinq ans plus tard, alors qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; avec Staline et non plus avec moi, sa m&#233;moire souple l'a &#233;videmment aid&#233; &#224; composer cet &#233;pisode synth&#233;tique qui a stimul&#233; Ludwig &#224; une inf&#233;rence si efficace et si erron&#233;e.On en parlait parmi les chefs de parti. Radek, qui n'&#233;tait alors plus membre du Comit&#233; central, l'apprit au Pl&#233;num par d'autres, et peut-&#234;tre par moi. Cinq ans plus tard, alors qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; avec Staline et non plus avec moi, sa m&#233;moire souple l'a &#233;videmment aid&#233; &#224; composer cet &#233;pisode synth&#233;tique qui a stimul&#233; Ludwig &#224; une inf&#233;rence si efficace et si erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que L&#233;nine, comme nous l'avons vu, n'ait trouv&#233; aucune raison de d&#233;clarer dans son testament que mon pass&#233; non bolchevique n'&#233;tait &#171; pas accidentel &#187;, je suis n&#233;anmoins pr&#234;t &#224; adopter cette formule de ma propre autorit&#233;. Dans le monde spirituel, la loi de causalit&#233; est aussi inflexible que dans le monde physique. Dans ce sens g&#233;n&#233;ral, mon orbite politique n'&#233;tait bien s&#251;r &#171; pas accidentelle &#187;, mais le fait que je sois devenu bolchevique n'&#233;tait pas non plus accidentel. La question de savoir &#224; quel point je suis devenu s&#233;rieux et permanent ; Le bolchevisme ne doit &#234;tre d&#233;cid&#233; ni par un simple enregistrement chronologique ni par les suppositions de la psychologie litt&#233;raire. Une analyse th&#233;orique et politique est n&#233;cessaire. Ceci, bien s&#251;r, est un th&#232;me trop vaste et se situe totalement en dehors du cadre du pr&#233;sent article. Pour notre propos, il suffit que L&#233;nine, en d&#233;crivant la conduite de Zinoviev et de Kamenev en 1917 comme &#171; non accidentelle, &#187; ne faisait pas une r&#233;f&#233;rence philosophique aux lois du d&#233;terminisme, mais un avertissement politique pour l'avenir. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que Radek a jug&#233; n&#233;cessaire, par l'interm&#233;diaire de Ludwig, de me transf&#233;rer cet avertissement de Zinoviev et de Kamenev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende du &#171; trotskisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les principaux indicateurs de cette question. De 1917 &#224; 1924, pas un mot n'a &#233;t&#233; prononc&#233; sur le contraste entre le trotskisme et le l&#233;ninisme. Au cours de cette p&#233;riode ont eu lieu la R&#233;volution d'Octobre, la guerre civile, la construction de l'&#201;tat sovi&#233;tique, la cr&#233;ation de l'Arm&#233;e rouge, l'&#233;laboration du programme du parti, la cr&#233;ation de l'Internationale communiste, la formation de ses cadres et le dessin de ses documents fondamentaux. Apr&#232;s le retrait de L&#233;nine de son travail dans le noyau du Comit&#233; central, de s&#233;rieux d&#233;saccords se sont d&#233;velopp&#233;s. En 1924, le spectre du &#171; trotskysme &#187; &#8211; apr&#232;s une pr&#233;paration minutieuse dans les coulisses &#8211; est apparu sur sc&#232;ne. Toute la lutte int&#233;rieure du parti se poursuit d&#233;sormais dans le cadre d'un contraste entre le trotskysme et le l&#233;ninisme. Autrement dit,les d&#233;saccords cr&#233;&#233;s par de nouvelles circonstances et de nouvelles t&#226;ches entre moi et les &#233;pigones ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s comme une continuation de mes anciens d&#233;saccords avec L&#233;nine. Une vaste litt&#233;rature a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e sur ce th&#232;me. Ses tireurs d'&#233;lite &#233;taient toujours Zinoviev et Kamenev. En leur qualit&#233; d'anciens et tr&#232;s proches coll&#232;gues de L&#233;nine, ils &#233;taient &#224; la t&#234;te de &#171; la vieille garde bolchevique &#187; contre le trotskysme. Mais sous la pression de processus sociaux profonds, ce groupe lui-m&#234;me s'est effondr&#233;. Zinoviev et Kamenev se sont trouv&#233;s oblig&#233;s de reconna&#238;tre que les soi-disant &#171; trotskystes &#187; avaient eu raison sur des questions fondamentales. De nouveaux milliers de vieux bolch&#233;vistes ont adh&#233;r&#233; au &#171; trotskysme &#187;.Ses tireurs d'&#233;lite &#233;taient toujours Zinoviev et Kamenev. En leur qualit&#233; d'anciens et tr&#232;s proches coll&#232;gues de L&#233;nine, ils &#233;taient &#224; la t&#234;te de &#171; la vieille garde bolchevique &#187; contre le trotskysme. Mais sous la pression de processus sociaux profonds, ce groupe lui-m&#234;me s'est effondr&#233;. Zinoviev et Kamenev se sont trouv&#233;s oblig&#233;s de reconna&#238;tre que les soi-disant &#171; trotskystes &#187; avaient eu raison sur des questions fondamentales. De nouveaux milliers de vieux bolch&#233;vistes ont adh&#233;r&#233; au &#171; trotskysme &#187;.Ses tireurs d'&#233;lite &#233;taient toujours Zinoviev et Kamenev. En leur qualit&#233; d'anciens et tr&#232;s proches coll&#232;gues de L&#233;nine, ils &#233;taient &#224; la t&#234;te de &#171; la vieille garde bolchevique &#187; contre le trotskysme. Mais sous la pression de processus sociaux profonds, ce groupe lui-m&#234;me s'est effondr&#233;. Zinoviev et Kamenev se sont trouv&#233;s oblig&#233;s de reconna&#238;tre que les soi-disant &#171; trotskystes &#187; avaient eu raison sur des questions fondamentales. De nouveaux milliers de vieux bolch&#233;vistes ont adh&#233;r&#233; au &#171; trotskysme &#187;.De nouveaux milliers de vieux bolch&#233;vistes ont adh&#233;r&#233; au &#171; trotskysme &#187;.De nouveaux milliers de vieux bolch&#233;vistes ont adh&#233;r&#233; au &#171; trotskysme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du Pl&#233;num de juillet 1926, Zinoviev a annonc&#233; que sa lutte contre moi avait &#233;t&#233; la plus grande erreur de sa vie &#8211; &#171; plus dangereuse que l'erreur de 1917 &#187;. Ordjonikidze n'avait pas tout &#224; fait tort de l'appeler de son si&#232;ge : &#171; Alors pourquoi avez-vous dup&#233; tout le parti ? (Voir les Minutes st&#233;nographiques d&#233;j&#224; cit&#233;es.) A cette lourde r&#233;plique, Zinoviev n'a officiellement trouv&#233; aucune r&#233;ponse. Mais il donna une explication officieuse lors d'une conf&#233;rence de l'opposition en octobre 1926. &#171; Vous devez comprendre, dit-il en ma pr&#233;sence &#224; ses amis les plus proches, quelques ouvriers de L&#233;ningrad qui croyaient sinc&#232;rement &#224; la l&#233;gende du trotskisme, vous devez comprendre que c'&#233;tait une lutte pour le pouvoir. L'astuce consistait &#224; encha&#238;ner les anciens d&#233;saccords avec de nouveaux probl&#232;mes. C'est dans ce but que le &#171; trotskisme &#187; a &#233;t&#233; invent&#233;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de leur s&#233;jour de deux ans dans l'opposition, Zinoviev et Kamenev ont r&#233;ussi &#224; exposer compl&#232;tement la m&#233;canique des coulisses de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente o&#249; ils avaient cr&#233;&#233; avec Staline la l&#233;gende du &#171; trotskysme &#187; par des m&#233;thodes conspiratrices. Un an plus tard, lorsqu'il devint enfin clair que l'opposition serait oblig&#233;e de nager longtemps et obstin&#233;ment &#224; contre-courant, Zinoviev et Kamenev se jet&#232;rent &#224; la merci du vainqueur. Comme premi&#232;re condition de la r&#233;habilitation de leur parti, il &#233;tait exig&#233; qu'ils r&#233;habilitent la l&#233;gende du trotskysme. Ils &#233;taient d'accord. A cette &#233;poque, j'ai d&#233;cid&#233; de renforcer leurs propres d&#233;clarations ant&#233;rieures sur cette question &#224; travers une s&#233;rie de t&#233;moignages faisant autorit&#233;. C'est Radek, nul autre que Karl Radek, qui a donn&#233; le t&#233;moignage &#233;crit suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais pr&#233;sent &#224; la conversation avec Kamenev lorsque LB [Kamenev] a dit qu'il d&#233;clarerait ouvertement au pl&#233;num du Comit&#233; central comment ils, c'est-&#224;-dire Kamenev et Zinoviev, avec Staline, ont d&#233;cid&#233; d'utiliser les vieux d&#233;saccords entre LD [Trotsky] et L&#233;nine pour emp&#234;cher le camarade Trotsky de la direction du Parti apr&#232;s la mort de L&#233;nine. De plus, j'ai entendu r&#233;p&#233;ter de la bouche de Zinoviev et de Kamenev le r&#233;cit de la fa&#231;on dont ils avaient &#171; invent&#233; &#187; le trotskisme comme slogan d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Radek&lt;br class='autobr' /&gt;
25 d&#233;cembre 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moignages &#233;crits similaires ont &#233;t&#233; donn&#233;s par Preobrazhensky, Piatakov, Rakovsky et Eltsin. Piatakov, l'actuel directeur de la Banque d'&#201;tat, a r&#233;sum&#233; le t&#233;moignage de Zinoviev en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; trotskisme &#187; avait &#233;t&#233; invent&#233; pour remplacer les diff&#233;rences d'opinion r&#233;elles par des diff&#233;rences fictives, c'est-&#224;-dire pour utiliser des diff&#233;rences pass&#233;es qui n'avaient aucune incidence sur le pr&#233;sent mais qui ont &#233;t&#233; artificiellement ressuscit&#233;es dans le but pr&#233;cis mentionn&#233; ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est assez clair, n'est-ce pas ? Et V. Eltsin, un repr&#233;sentant de la jeune g&#233;n&#233;ration, a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des partisans du Groupe de 1925 (les zinovievistes) pr&#233;sents ne s'y oppose. Tout le monde a re&#231;u cette information de Zinoviev comme un fait g&#233;n&#233;ralement connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moignage de Radek cit&#233; ci-dessus a &#233;t&#233; soumis par lui le 25 d&#233;cembre 1927. Quelques semaines plus tard, il &#233;tait d&#233;j&#224; en exil, et quelques mois plus tard, au m&#233;ridien de Tomsk, il devint convaincu de la justesse de la position de Staline, ce qui ne lui avait pas &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; plus t&#244;t &#224; Moscou. Mais de Radek aussi les pouvoirs exigeaient, comme condition sine qua non , une reconnaissance de la r&#233;alit&#233; de cette m&#234;me l&#233;gende du &#171; trotskysme &#187;. Apr&#232;s que Radek eut accept&#233; cela, il n'avait plus qu'&#224; r&#233;p&#233;ter les vieilles formules de Zinoviev que ce dernier avait lui-m&#234;me expos&#233;es en 1926, pour y revenir en 1928. Radek est all&#233; plus loin. Dans une conversation avec un &#233;tranger cr&#233;dule, il a amend&#233; le testament de L&#233;nine pour y trouver un appui &#224; cette l&#233;gende &#233;pigoniste du &#171; trotskisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette br&#232;ve revue historique, reposant exclusivement sur des donn&#233;es documentaires, de nombreuses conclusions peuvent &#234;tre tir&#233;es. La premi&#232;re est qu'une r&#233;volution est un processus aust&#232;re et n'&#233;pargne pas ses vert&#232;bres humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours des &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs au Kremlin et en Union sovi&#233;tique n'a pas &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par un seul document, m&#234;me s'il s'agissait du testament de L&#233;nine, mais par des causes historiques d'un ordre bien plus profond. Une r&#233;action politique apr&#232;s l'&#233;norme effort des ann&#233;es d'insurrection et de guerre civile &#233;tait in&#233;vitable. Le concept de r&#233;action doit &#234;tre ici strictement distingu&#233; du concept de contre-r&#233;volution. La r&#233;action n'implique pas n&#233;cessairement un bouleversement social, c'est-&#224;-dire un transfert de pouvoir d'une classe &#224; une autre. M&#234;me le tsarisme a eu ses p&#233;riodes de r&#233;forme progressive et ses p&#233;riodes de r&#233;action. L'humeur et l'orientation de la classe dirigeante changent selon les circonstances. C'est vrai aussi de la classe ouvri&#232;re. La pression de la petite bourgeoisie sur le prol&#233;tariat, fatigu&#233; du tumulte,entra&#238;na une renaissance des tendances petites-bourgeoises dans le prol&#233;tariat lui-m&#234;me et une premi&#232;re r&#233;action profonde sur la cr&#234;te de laquelle l'actuel appareil bureaucratique dirig&#233; par Staline acc&#233;da au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces qualit&#233;s que L&#233;nine appr&#233;ciait chez Staline &#8211; l'ent&#234;tement de caract&#232;re et la ruse &#8211; sont rest&#233;es, bien s&#251;r, m&#234;me alors. Mais ils ont trouv&#233; un nouveau champ d'action, et un nouveau point d'application. Ces caract&#233;ristiques qui, dans le pass&#233;, avaient repr&#233;sent&#233; un inconv&#233;nient dans la personnalit&#233; de Staline &#8211; &#233;troitesse de point de vue, manque d'imagination cr&#233;atrice, empirisme &#8211; ont maintenant acquis une signification effective importante au plus haut degr&#233;. Ils ont permis &#224; Staline de devenir l'instrument semi-conscient de la bureaucratie sovi&#233;tique, et ils ont pouss&#233; la bureaucratie &#224; voir en Staline son chef inspir&#233;.Cette lutte de dix ans entre les chefs du Parti bolchevik a prouv&#233; indubitablement que, dans les conditions de cette nouvelle &#233;tape de la r&#233;volution, Staline a d&#233;velopp&#233; &#224; la limite ces traits m&#234;mes de son caract&#232;re politique contre lesquels L&#233;nine dans la derni&#232;re p&#233;riode de sa vie fait une guerre irr&#233;conciliable. Mais cette question, qui se trouve encore aujourd'hui au centre de la politique sovi&#233;tique, nous entra&#238;nerait bien au-del&#224; des limites de notre th&#232;me historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis les &#233;v&#233;nements que nous avons relat&#233;s. S'il y a encore dix ans il y avait des facteurs en action bien plus puissants que le conseil de L&#233;nine, il serait maintenant tout &#224; fait na&#239;f de faire appel au testament comme &#224; un document politique efficace. La lutte internationale entre les deux groupes issus du bolchevisme a depuis longtemps d&#233;pass&#233; la question du sort des individus. La lettre de L&#233;nine, connue sous le nom de son testament, a d&#233;sormais surtout un int&#233;r&#234;t historique. Mais l'histoire, oserons-nous penser, a aussi ses droits, qui d'ailleurs ne sont pas toujours en conflit avec les int&#233;r&#234;ts de la politique. Les exigences scientifiques les plus &#233;l&#233;mentaires &#8211; &#233;tablir correctement les faits et v&#233;rifier les rumeurs par des documents &#8211; peuvent au moins &#234;tre recommand&#233;es aussi bien &#224; l'homme politique qu'&#224; l'historien. Et cette demande pourrait bien s'&#233;tendre m&#234;me au psychologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prinkipo, 31 d&#233;cembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il ne faut pas oublier que le testament a &#233;t&#233; dict&#233; et non corrig&#233; ; d'o&#249; des difficult&#233;s stylistiques par endroits ; mais la pens&#233;e est tout &#224; fait claire. &#8211; LT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ceci, comme beaucoup d'autres lettres cit&#233;es dans le pr&#233;sent article, est reproduit &#224; partir de documents dans mes archives. &#8211; LT&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13629 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/pdf/IL_TESTAMENTO_DI_LENIN.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 254 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1776222093' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Olupu0m-N7wC&amp;pg=PR15&amp;dq=Buranov,+Lenin%27s+will+falsified+and+forbidden&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiRncvKjKPlAhVoxYUKHQK3BeEQ6AEIUTAE#v=onepage&amp;q=Buranov%2C%20Lenin's%20will%20falsified%20and%20forbidden&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Buranov, Lenin's will falsified and forbidden&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13623 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L330xH499/41gIGFbZ14L-_SX328_BO1_204_203_200_-6fcf7.jpg?1776224257' width='330' height='499' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jurij Alekseevich Buranov, Paolo Casciola, &#171; Le testament de L&#233;nine, falsifi&#233; et interdit &#187; - &#034;Il testamento di Lenin falsificato e proibito&#034;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13626 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L134xH160/Staline_funerailles_de_Lenine_-_Copie-5ccd3-2-717f6-44ca7.jpg?1776224257' width='134' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Staline heureux... devant le cercueil de L&#233;nine assassin&#233; (empoisonn&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13625 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH334/470630-lenins-sidste-elevatortur---914f1-0800d.jpg?1776224257' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jurij Buranov&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13624 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L203xH300/558bb5fed640f30b0001e0da-067db-eaf3e.jpg?1776224257' width='203' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le testament de L&#233;nine a &#233;t&#233; trafiqu&#233; par Staline et le vrai testament est cach&#233; par Poutine - Il testamento di Lenin &#232; stato manomesso da Stalin e il vero testamento &#232; nascosto da Putin
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Olivier nous &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; T'ai-je dis que Paolo Casciola a publi&#233; en italien &#034;Il testamento di Lenin falsificato e proibito&#034; avec des documents tr&#232;s importants et inconnus, trouv&#233;s r&#233;cemment dans les archives de Moscou montrant clairement le r&#244;le de Staline dans les derniers temps de L&#233;nine ? Il faudrait traduire cet important travail avec les documents de l'italien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13627 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH567/15431941-9fc36.jpg?1776224257' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aptresso.org/files.spazioweb.it/Buranov/IL_TESTAMENTO_DI_LENIN.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LE &#034;TESTAMENT&#034; DE LENINE : FALSIFI&#201; ET INTERDIT (en italien) - IL &#171; TESTAMENTO &#187; DI LENIN:FALSIFICATO E PROIBITO &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/prospettivamarxista/videos/360422904672727/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Buranov &#8211; Il testament de Lenin -&gt; https://www.aptresso.org/files.spazioweb.it/Buranov/IL_TESTAMENTO_DI_LENIN.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Film en italien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/italiano/lenin/1922/12/testamento.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lenin, Testamento (1922)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/12/19321231.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;on Trotsky, Le &#034;testament&#034; de L&#233;nine (d&#233;cembre 1932)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine, Lettre au congr&#232;s, D&#233;cembre-janvier 1923&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ultimes recommandations au Comit&#233; central du Parti communiste russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1929/01/testament.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Boukharine cherchant &#224; couvrir les mensonges et crimes staliniens, Le testament politique de L&#233;nine (janvier 1929)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le camarade Staline, devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, a concentr&#233; un pouvoir immense entre ses mains et je ne suis pas s&#251;r qu'il sache toujours comment l'utiliser avec suffisamment de prudence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le testament&#034; de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1922, L&#233;nine ouvrit le feu contre la politique nationale de Staline. Dans la premi&#232;re partie de d&#233;cembre, il attaqua Staline sur la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. Le 25 d&#233;cembre, il &#233;crivit la premi&#232;re partie de son testament. Le 30 d&#233;cembre, il &#233;crivit la lettre sur la question nationale (la &#034;bombe&#034;). Le 4 janvier 1923, il ajouta &#224; son testament quelques mots sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;mettre Staline de ses fonctions de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Le 23 janvier, il r&#233;digea une attaque violente contre Staline : le projet de commission de contr&#244;le. Dans un article du 2 mars, il donna un double coup &#224; Staline, &#224; la fois en tant qu'inspecteur et en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Le 5 mars, il m'&#233;crivit au sujet de son m&#233;morandum sur la question nationale : &#034;Si vous acceptez de prendre la d&#233;fense, je pourrais &#234;tre calme.&#034; Le m&#234;me jour, il rejoignit ouvertement ses forces, pour la premi&#232;re fois, avec celles d'ennemis irr&#233;conciliables. Les G&#233;orgiens de Staline, en les informant par une note sp&#233;ciale qui soutenait leur cause &#034;de tout c&#339;ur&#034; ... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L. TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'art talentueux de contrefa&#231;on et d'information, en tenant compte des histoires historiques. &#187; Ainsi &#233;crivait Jurij Alekseevich Buranov en 1994, pr&#233;sentant son travail, fruit d'une recherche bas&#233;e en partie sur des documents publics puis rendus secrets et conserv&#233;s dans les archives du Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique. L'action a &#233;t&#233; ainsi reconstitu&#233;e et, &#224; partir des sommets eux-m&#234;mes de l'appareil dit sovi&#233;tique, je vais lire les textes dict&#233;s par L&#233;nine gravement malade.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;APR&#200;S 1991, LES DOCUMENTS DES ARCHIVES SOVI&#201;TIQUES ONT &#201;T&#201; D&#201;VOIL&#201;S DANS UNE OPTIQUE ANTISTALINISTE ET ANTICOMMUNISTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'histoire est la version des faits de ceux qui sont au pouvoir&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Wilhelm Friedrich Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viktor Ilyujin (PCFR), vice-pr&#233;sident de la commission du d&#233;veloppement constitutionnel de la Douma et avocat honoraire de la Russie, a d&#233;nonc&#233; la falsification &#224; grande &#233;chelle des archives sovi&#233;tiques lors de la session pl&#233;ni&#232;re de la Douma, tenue en juin 2010. Ilyujin a de nouveau exhort&#233;, devant la Douma, la cr&#233;ation d'un comit&#233; d'enqu&#234;te charg&#233; de clarifier une fois pour toutes la v&#233;rit&#233; sur les faits de Katyn. En fait, Ilyujin a propos&#233; de modifier la l&#233;gislation et le code p&#233;nal russe afin d'introduire la sanction pour falsification et fraude d'archives historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilyujin a d&#233;clar&#233; que son groupe parlementaire avait des informations sur la cr&#233;ation, dans les ann&#233;es 90 du si&#232;cle dernier, sous la pr&#233;sidence d'Eltsine, d'un puissant groupe d'experts en mati&#232;re de manipulation et de falsification de documents historiques de l'Union sovi&#233;tique, documents relatifs &#224; la p&#233;riode stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je suis pr&#234;t &#224; d&#233;missionner de mon poste de d&#233;put&#233; si Sergu&#233;i Mir&#243;nenko d&#233;montre qu'aucun document dans ce dossier ne fait r&#233;f&#233;rence aux faits historiques des ann&#233;es 1930 et 1940 du si&#232;cle dernier ...&#034; a d&#233;clar&#233; Ilyuhin peu de temps avant l'arriv&#233;e de son microphone comme vous pouvez &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=hpN1lxczpm4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le voir sur la vid&#233;o&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRANSCRIPTION ET TRADUCTION DE LA PLAINTE DU D&#201;PUT&#201; RUSSE (PCFR) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Chers coll&#232;gues, c'est une opinion commune que les journalistes &#233;crivent et interpr&#232;tent des journalistes et des &#233;crivains. D'une certaine mani&#232;re cette opinion est correcte. Cependant, nous avons toutes les preuves pour affirmer que l'histoire moderne de notre pays a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;crite par des falsificateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe parlementaire a des preuves que cela doit &#224; l'&#233;vidence faire l'objet d'une enqu&#234;te parlementaire minutieuse. Dans les ann&#233;es 90 du si&#232;cle dernier, pendant le mandat et l'administration du pr&#233;sident Eltsine, un puissant groupe d'experts en mati&#232;re de falsification de documents historiques de l'Union sovi&#233;tique, et en particulier de documents concernant la p&#233;riode stalinienne, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. L'objectif de cette activit&#233; de falsification consistait &#224; discr&#233;diter le travail du gouvernement sovi&#233;tique et &#224; cr&#233;er une comparaison entre le stalinisme et le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce groupe &#233;tait compos&#233; de membres des services secrets russes et comprenait &#233;galement le 6e Institut d'&#233;tat-major des forces arm&#233;es. Ce groupe occupait les locaux des b&#226;timents de l'ancien Comit&#233; central du PCUS dans la ville de Nagorniy, dans la r&#233;gion de Moscou. Il est possible que ce groupe ou l'une de ses succursales reste op&#233;rationnel aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa principale activit&#233; a co&#239;ncid&#233; avec la d&#233;classification des documents du Politburo et du Comit&#233; central, effectu&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 90 par une commission gouvernementale pr&#233;sid&#233;e par Mijail Potoranin. Selon nos informations, ces manipulateurs ont falsifi&#233; des milliers de documents introduits dans les archives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;j&#224; clair que le pr&#233;tendu &#034;testament de L&#233;nine&#034; a &#233;t&#233; falsifi&#233; &lt;a href=&#034;http://it.wikipedia.org/wiki/Testamento_di_Lenin&#8230;; ed&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; cet &#233;gard, voir&lt;/a&gt;, ainsi que de nombreux autres documents relatifs &#224; la renonciation au tr&#244;ne par le tsar Nicolas II ou, par exemple, les documents selon lesquels Staline &#233;tait lui-m&#234;me un agent d'Ojranka, la police secr&#232;te tsariste, ainsi que de nombreux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons affirmer aujourd'hui que la fameuse &#034;lettre de Beria&#034; dat&#233;e de mars 1940 dans laquelle Beria exhorte le Politburo du VKP (acronyme du futur PCUS) &#224; autoriser l'ex&#233;cution de 27 000 prisonniers de guerre polonais, est un faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pr&#233;c&#233;demment pr&#233;sent&#233; un rapport d'enqu&#234;te sur des experts afin de documenter ce que je viens de dire. La note concernant la r&#233;solution du Politburo dans laquelle l'autorisation d'ex&#233;cuter des prisonniers polonais avait &#233;t&#233; accord&#233;e a &#233;galement &#233;t&#233; falsifi&#233;e. Je pr&#233;sente le rapport d'expert sur la falsification de documents concernant la pr&#233;tendue collaboration entre GESTAPO et le NKVD. Voici le rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes extr&#234;mement alarm&#233;s et inquiets pour un certain nombre de raisons, principalement la falsification de documents, qui ont &#233;t&#233; utilis&#233;s dans des publications universitaires ; Ces documents sont pr&#233;sent&#233;s comme authentiques dans la litt&#233;rature historique, dans les documentaires et les &#339;uvres d'art, cr&#233;ant dans la population une vision d&#233;form&#233;e de notre pass&#233; r&#233;cent. Nous nous serions abstenus de faire ces d&#233;clarations si nous n'avions pas su qu'au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, les archives russes s'ouvraient librement &#224; la publication de ces documents et que l'&#201;tat ne s'y opposait pas, mais favorisait plut&#244;t ce d&#233;sastre. Notre th&#232;se est confort&#233;e par le fait que l'ancien conseiller de Eltsine, Dmitri Volkogonov, a remis &#224; la Biblioth&#232;que du Congr&#232;s des &#201;tats-Unis des centaines de documents d'archives, des copies en tant qu'originaux, portant les marques &#034;Secret&#034; et &#034;Secret&#034;. Aujourd'hui, ces documents circulent dans toute l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons des timbres et de fausses notes, de fausses impressions avec la signature de Staline, B&#233;ria et autres. Ainsi que des &#233;bauches des ann&#233;es 1930 et 1940, le mat&#233;riel utilis&#233; pour fabriquer de faux documents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;sente ici le dossier avec les documents d'archives : il s'agit de la correspondance du NKVD, du NKGB et du Commissariat du Peuple pour la d&#233;fense de l'URSS du temps de Staline. Ce fichier a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; dans un seul but : l&#233;galiser de faux documents, y compris la lettre cr&#233;&#233;e au nom de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e rouge. Malheureusement, cette l&#233;galisation a &#233;t&#233; accomplie et ces documents falsifi&#233;s circulent librement, m&#234;me parmi les milieux universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dossier, il y a des timbres disant &#034;la d&#233;classification est interdite&#034; et &#034;&#233;ternellement secr&#232;te&#034;. La question qui se pose est donc la suivante : comment se fait-il que ces documents ne se trouvent plus dans les archives, comment peuvent-ils circuler librement et &#234;tre accessibles &#224; un grand nombre de personnes ? En ce qui concerne mes d&#233;clarations &#224; la presse, le directeur des archives nationales du pays, Serguei Mironenko, a d&#233;clar&#233; que ce fait est impossible et qu'il s'agit d'une sp&#233;culation. Je d&#233;clare que je suis pr&#234;t &#224; d&#233;missionner de mon poste de d&#233;put&#233; si Mironenko prouve qu'aucun des documents de ce dossier ne fait r&#233;f&#233;rence aux faits historiques des ann&#233;es 1930 et 1940 du si&#232;cle dernier et qu'il n'&#233;tait pas imp&#233;ratif qu'ils restent dans les archives. . Et s'il est incapable de le prouver, qu'il d&#233;missionne de ses fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la n&#233;cessit&#233; de mener une enqu&#234;te parlementaire sur l'ex&#233;cution de prisonniers de guerre polonais pr&#232;s de Smolensk, ainsi que sur la falsification de documents historiques. Dans un proche avenir, des modifications du Code p&#233;nal seront introduites en ce qui concerne la responsabilit&#233; en mati&#232;re de fraude et de falsification de documents d'archives ayant une valeur historique si quelqu'un pense que tout cela est li&#233; au pass&#233;, c'est une erreur d'aujourd'hui &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://scintillarossa.forumcommunity.net/?t=40883229#02&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Testament de L&#233;nine, ou Lettre au Congr&#232;s du Parti Bolchevique, est un document dans lequel le dirigeant bolchevique, qui est sur le point de mourir, est confront&#233; aux probl&#232;mes d'organisation interne du parti et des juges, avec des tonalit&#233;s souvent violemment critiques, le travail des dirigeants. L'&#233;criture, rendue publique en URSS en 1956, au d&#233;but du processus de d&#233;stalinisation, est cit&#233;e par l'historiographie comme preuve des contrastes id&#233;ologiques et de caract&#232;re entre L&#233;nine et Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre a &#233;t&#233; dict&#233;e par L&#233;nine, handicap&#233; et incapable d'&#233;crire &#224; la suite d'un accident c&#233;r&#233;brovasculaire, &#224; sa st&#233;nographe Marija Volodi&#269;eva, entre le 23 et le 26 d&#233;cembre 1922, lors de son s&#233;jour dans la maison de retraite Gorky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte pr&#233;sente une note dat&#233;e du 4 janvier 1923 dans laquelle L&#233;nine proposait explicitement au Congr&#232;s de destituer Staline (jug&#233; &#034;trop brutal&#034;) du poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie du texte indique la n&#233;cessit&#233; d'augmenter le nombre de membres du Comit&#233; central en faisant entrer les travailleurs et les paysans (50 &#224; 100 membres) et en d&#233;crivant les portraits des principaux repr&#233;sentants des candidats des partis &#224; la succession. De Staline et de Trotzky il &#233;crivit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je pense que, de ce point de vue, certains membres du CC tels que Staline et Trotsky sont essentiels &#224; la question de la stabilit&#233;. Les relations entre eux repr&#233;sentent, &#224; mon avis, une bonne moiti&#233; du danger de cette scission, qui pourrait &#234;tre &#233;vit&#233; et &#224; &#233;viter ce qui, &#224; mon avis, devrait servir, entre autres, &#224; augmenter le nombre de membres du CC &#224; 50 ou 100 personnes. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il poursuivit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le camarade Staline, devenu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, a concentr&#233; un pouvoir immense entre ses mains, et je ne suis pas s&#251;r qu'il sache toujours comment l'utiliser avec une prudence suffisante. D'autre part, le camarade Trotsky a d&#233;j&#224; montr&#233; sa lutte contre le CC. dans la question du Commissariat du Peuple aux Transports, il se distingue non seulement par ses capacit&#233;s exceptionnelles, mais il est peut-&#234;tre le plus capable des membres actuels du CC, mais il a aussi une confiance en soi excessive et une tendance excessive &#224; envisager les purement administratif des probl&#232;mes &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 janvier ajout&#233; &#224; propos de Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Staline est trop grossier, et ce d&#233;faut, totalement tol&#233;rable dans l'environnement et dans les relations entre nous, communistes, devient intol&#233;rable dans la fonction de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Je propose donc aux compagnons de r&#233;fl&#233;chir &#224; la mani&#232;re de retirer Staline de cette t&#226;che et de le d&#233;signer. a plac&#233; un autre homme qui, en dehors de tout autre aspect, ne s'est distingu&#233; du camarade Staline que pour une meilleure qualit&#233;, c'est-&#224;-dire pour &#234;tre plus tol&#233;rant, plus loyal, plus courtois et plus attentionn&#233; envers ses compagnons, moins capricieux, etc. cela peut sembler une petitesse insignifiante, mais je pense que, du point de vue de l'emp&#234;chement de la scission et de ce que j'ai &#233;crit plus haut sur les relations entre Staline et Trotsky, ce n'est pas une petitesse, ou plut&#244;t une petitesse qui peut avoir une importance d&#233;cisive &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres membres du comit&#233; central ont jug&#233; ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je ne continuerai pas &#224; caract&#233;riser les autres membres du CC en fonction de leurs qualit&#233;s personnelles. Je me souviens seulement que l'&#233;pisode dont ils &#233;taient les protagonistes en octobre, Zinoviev et Kamenev, n'&#233;tait certes pas accidentel, mais qu'il ne pouvait en revanche lui &#234;tre personnellement attribu&#233; ni bl&#226;m&#233; &#224; ce propos, de m&#234;me que le non-bolch&#233;visme envers Trotzky. Parmi les jeunes membres du CC, je voudrais dire quelques mots sur Boukharine et Pjatakov. &#192; mon avis, ce sont les forces les plus &#233;minentes (parmi les plus jeunes), et nous devons les garder &#224; l'esprit. Bukharine est non seulement un th&#233;oricien du parti tr&#232;s important et tr&#232;s important, mais il est &#233;galement consid&#233;r&#233; &#224; juste titre comme le favori de tout le parti, mais ses conceptions th&#233;oriques ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme compl&#232;tement marxistes, car il y a quelque chose en lui de scolastique (il n'a jamais appris et, je pense, n'a jamais compl&#232;tement compris la dialectique) Et maintenant, Piatakov : il est sans aucun doute un homme de grande volont&#233; et de grande volont&#233; capacit&#233;, mais trop attir&#233;e par la m&#233;thode administrative et l'aspect administratif des probl&#232;mes pour pouvoir compter sur lui pour une question politique s&#233;rieuse. Bien s&#251;r, cette observation et cette observation ne sont faites que pour le moment, en partant du principe que ces militants &#233;minents et pieux trouveront l'occasion de compl&#233;ter leurs connaissances et d'&#233;liminer leur partialit&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev, accus&#233;s de complot en vue de renverser le gouvernement sovi&#233;tique, seront condamn&#233;s &#224; mort lors des proc&#232;s de 1936. Boukharine et Pjatakov formeront l'opposition de droite et seront ex&#233;cut&#233;s sous les m&#234;mes accusations en 1938. Trotzky, exil&#233; de l'Union sovi&#233;tique dans le En 1929, il fonda un mouvement international anti-stalinien avant d'&#234;tre tu&#233; par Ram&#243;n Mercader en 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, le testament a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; au comit&#233; central. Le texte de la lettre a &#233;t&#233; rendu public par Nikita Chru&#353;&#269;&#1105;v en 1956, &#224; l'occasion du XXe Congr&#232;s du PCUS ; la m&#234;me ann&#233;e, sa publication compl&#232;te a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que dans l'un de ses &#233;crits, Trotsky lui-m&#234;me a d&#233;clar&#233; que L&#233;nine ne laisserait aucun testament, ce qui aurait &#233;t&#233; contraire au caract&#232;re du parti lui-m&#234;me, et a expliqu&#233; comment la presse &#233;trang&#232;re bourgeoise avait interpr&#233;t&#233; comme un legs hypoth&#233;tique une lettre sur laquelle seraient rapport&#233;s recommandations organisationnelles prises en compte lors du XIIIe congr&#232;s ; il ajoute que les rumeurs concernant la dissimulation du &#034;testament&#034; n'&#233;taient pas fond&#233;es et allaient &#224; l'encontre de la volont&#233; r&#233;elle de L&#233;nine [1]. La n&#233;gation donn&#233;e par Trotzky r&#233;pondait &#224; des raisons diplomatiques et &#224; la recherche d'un accord entre les deux factions qui se sont affront&#233;es au sein du parti, avant la rupture totale entre la majorit&#233; stalinienne et l'opposition trotskiste. [2] [3] En outre, certains de ses partisans ont reproch&#233; &#224; Lev Trotsky de ne pas avoir utilis&#233; le document en question &#224; temps pour une fonction antistalinienne [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, un universitaire russe, professeur &#224; l'Universit&#233; d'&#201;tat de Moscou V.A. Saharov a publi&#233; le livre &#034;Le testament politique de L&#233;nine. V&#233;rit&#233;s historiques et mythes politiques&#034; [5] dans lequel la paternit&#233; l&#233;ninienne de nombreux passages du document est mise en doute. Une th&#232;se similaire a &#233;t&#233; soutenue en 2008 par l'&#233;rudit italien Luciano Canfora qui, dans l'essai La falsa storia (Rizzoli), a d&#233;clar&#233; que le testament de L&#233;nine avait &#233;t&#233; manipul&#233; pour discr&#233;diter Trotsky sur l'ordre de Staline, avec l'insertion d'un court insert qui il a rappel&#233; le pass&#233; des mencheviks : &#034;Ainsi que le non-bolch&#233;visme dans Trotsky&#034;. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Article de L. Trotsky &#034;&#192; propos du livre d'Eastman - Apr&#232;s la mort de L&#233;nine - Bolscevik n.16, le 1er septembre 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Boris Souvarine. Staline. Le Adelphi. 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Pierre Brou&#232;, La R&#233;volution Perdue, Turin, Bollati Boringhieri, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Boris Souvarine.Stalin.delphi, p.566&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. V.A. Saharov, &#034;&#1055;&#1086;&#1083;&#1080;&#1090;&#1080;&#1095;&#1077;&#1089;&#1082;&#1086;&#1077; &#1079;&#1072;&#1074;&#1077;&#1097;&#1072;&#1085;&#1080;&#1077;&#034; &#1042;.&#1048;. &#1051;&#1077;&#1085;&#1080;&#1085;&#1072;. &#1056;&#1077;&#1072;&#1083;&#1100;&#1085;&#1086;&#1089;&#1090;&#1100; &#1080;&#1089;&#1090;&#1086;&#1088;&#1080;&#1080; &#1080; &#1084;&#1080;&#1092;&#1099; &#1087;&#1086;&#1083;&#1080;&#1090;&#1080;&#1082;&#1080;, Editions de l'Universit&#233; de Moscou 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Luciano Canfora, La falsa de storia, Rizzoli, Milan, 2008, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aptresso.org/files.spazioweb.it/Buranov/IL_TESTAMENTO_DI_LENIN.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IL &#171; TESTAMENTO &#187; DI LENIN:FALSIFICATO E PROIBITO &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il compagno Stalin, divenuto segretario generale, ha concentrato nelle sue mani un immenso potere, e io non sono sicuro che egli sappia servirsene sempre con suf-ficiente prudenza. &#187; &#8211;Dal &#171; testamento &#187; di Lenin&#171; Nel settembre 1922 Lenin apr&#236; il fuoco contro la politica nazionale di Stalin. Nella prima parte di dicembre attacc&#242; Stalin sulla questione del monopolio del commercio estero. Il 25 dicembre scrisse la parte iniziale del suo testamento. Il 30 dicembre scrisse la lettera sulla questio-ne nazionale (la &#8220;bomba&#8221;). Il 4 gennaio 1923 aggiunse al suo testamento un po-scritto circa la necessit&#224; di rimuovere Stalin dalla sua carica di segretario ge-nerale. Il 23 gennaio redasse un pesante attacco contro Stalin : il progetto di una Commissione di controllo. In un articolo del 2 marzo assest&#242; a Stalin un duplice colpo, sia come organizzatore dell'ispet-torato che come segretario generale. Il 5 marzo mi scrisse a proposito del suo pro-memoria sulla questione nazionale : &#8220;Se voi accettaste di assumervene la difesa, potrei essere tranquillo.&#8221; Nella stessa giornata egli un&#236; apertamente le proprie forze, per la prima volta, a quelle degli irreconciliabili nemici georgiani di Sta-lin, informandoli mediante un'apposita nota che sosteneva la loro causa &#8220;con tutto il cuo re&#8221;... &#187;&#8211;L. TROTSKY&#171; L'arte staliniana d ella falsificazione e de lla d isinformazione cogl ie o gni volta di sorpresa g li storici. &#187; Cos&#236; scriveva Jurij Alekseevi&#269; Buranov nel 1994 presentando questo suo lavoro, frutto di una ricerca basata in parte su documenti fino ad allora secretati e conservati negli archivi del Comitato Centrale del Partito comunista dell'Unione Sovietica. Veniva cos&#236; ricostruita l'azione che, dipanandosi dai verti-ci stessi dell'apparato so vietico, a lter&#242; i testi dettati da un Lenin gravemente malato.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DOPO IL 1991 VENNERO FALSIFICATI DOCUMENTI DEGLI ARCHIVI SOVIETICI IN OTTICA ANTISTALINISTA E ANTICOMUNISTA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;La storia &#232; la versione dei fatti di chi detiene il potere&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Georg Wilhelm Friedrich Hegel)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viktor Ilyujin (PCFR), vicepresidente del Comitato per lo Sviluppo Costituzionale della Duma e avvocato onorario della Russia, ha denunciato durante la sessione plenaria della Duma, tenutasi nel giugno 2010, la falsificazione su grande scala degli archivi sovietici. Ilyujin ha sollecitato ancora una volta, di fronte alla Duma, l'istituzione di un comitato d'indagine per chiarire una volta per tutte la verita sui fatti di Katyn. Infatti, Ilyujin ha proposto di modificare la legislazione e il codice penale russo perche venga introdotta la sanzione per la falsificazione e la frode degli archivi storici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilyujin ha affermato che il suo gruppo parlamentare dispone di informazioni riguardanti la creazione, negli anni '90 del secolo passato, sotto la presidenza Yeltsin, di un poderoso gruppo di esperti in manipolazione e falsificazione dei documenti storici dell'Unione Sovietica e, ovviamente, di documenti inerenti al periodo staliniano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;sono disposto a dimettermi dalla mia carica di deputato, se Sergu&#233;i Mir&#243;nenko dimostra che nessun documento di questo fascicolo si riferisce ai fatti storici degli anni '30 e '40 del secolo passato...&#8221; ha detto Ilyuhin poco prima che il suo microfono venisse spento, come si puo vedere dal video : &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=hpN1lxczpm4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=hpN1lxczpm4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRASCRIZIONE E TRADUZIONE DELLA DENUNCIA DEL DEPUTATO RUSSO (PCFR) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Stimati colleghi : &#232; opinione comune che la storia la scrivano e la interpretino giornalisti e scrittori. In qualche modo questa opinione &#232; corretta. Tuttavia noi disponiamo di tutte le prove per affermare che la storia moderna del nostro paese &#232; stata scritta anche da falsificatori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nostro gruppo parlamentare dispone di prove che, ovviamente, vanno sottoposte ad un accurata e accorta investigazione parlamentare. Negli anni '90 del secolo passato, durante il mandato e l'amministrazione del presidente Yeltsin, &#232; stato creato un poderoso gruppo di esperti in falsificazione di documenti storici della Unione Sovietica e, in particolare, di documenti riguardanti il periodo staliniano. L'obbiettivo di questa attivita falsificatoria ha consistito nel discreditare l'opera del governo sovietico e nel creare il paragone tra stalinismo e fascismo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Detto gruppo fu formato da membri del servizio segreto russo e vide implicato anche il 6&#186; Instituto di Stato Maggiore Generale delle Forze Armate. Questo gruppo occupava i locali degli edifici dell'ex Comitato Centrale del PCUS nella citta di Nagorniy, nella regione di Mosca. E' possibile che questo gruppo o alcuna delle sue diramazioni continui ad essere operativo tutt'oggi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sua maggiore attivit&#224; coincise con la declassificazione dei documenti del Politburo e del Comitato Centrale, effettuata al principio degli anni novanta da una commissione governativa capeggiata da Mijail Potoranin. Secondo le informazioni in nostro possesso, questi manipolatori falsificarono migliaia di documenti che furono introdotti negli archivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E' gia chiaro che il cosidetto &#8220;testamento di Lenin&#8221; fu falsificato [a riguardo si veda &lt;a href=&#034;http://it.wikipedia.org/wiki/Testamento_di_Lenin&#8230;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://it.wikipedia.org/wiki/Testamento_di_Lenin&#8230;&lt;/a&gt; ; ndr], cosi come molti altri documenti relativi alla rinuncia al trono da parte dello zar Nicola II o, per esempio, i documenti socondo cui lo stesso Stalin fosse un agente della Ojranka, la polizia segreta zarista, cosi come molti altri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oggi possiamo affermare che la famosa &#8220;lettera di Beria&#8221;, datata marzo del 1940, in cui Beria sollecita il Politburo del VKP (acronimo del futuro PCUS) ad autorizzare l'esecuzione di 27.000 prigionieri di guerra polacchi, sia una falsificazione.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noi abbiamo gia presentato precedentemente un rapporto su di una investigazione di esperti per dimostrare documentalmente quanto ho appena affermato. E' stata falsificata anche la nota riguardante la risoluzione del Politburo in cui si concedeva l'autorizzazione per l'esecuzione dei prigionieri polacchi. Vi presento il rapporto degli esperti sulla falsificazione dei documenti riguardanti la presunta collaborazione tra la GESTAPO e la NKVD. Ecco qui il rapporto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Siamo enormemente allarmati e preoccupati per una serie di ragioni, principalmente per la falsificazione dei documenti, i quali sono stati utilizzati in pubblicazioni accademiche ; questi documenti sono presentati come autentici nella letteratura storica, in documentari e opere d'arte, creando nella popolazione una visione distorta del nostro passato recente. Ci saremmo astenuti dal fare queste dichiarazioni se non sapessimo che al principio degli anni novanta le porte degli archivi russi si aprirono liberamente alla fuoriuscita di questi documenti e che lo Stato non si oppose ma anzi foment&#242; questo disastro. La nostra tesi si rafforza per il fatto che l'ex consigliere di Yeltsin, Dmitri Volkogonov, consegn&#242; alla Biblioteca del Congresso degli USA centinaia di documenti d'archivio, copie come originali, bollati come &#8220;Segretissimo&#8221; e &#8220;Segreto&#8221;. Oggi questi documenti circolano per tutt'Europa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disponiamo di timbri e postille falsificate, stampe falsificate con la firma di Stalin, di Beria e di altri. Cosi come di formati in bianco degli anni '30 e '40, materiale utilizzato per fabbricare i documenti falsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui vi presento il fascicolo con i documenti d'archivio : &#232; la corrispondenza del NKVD, del NKGB e del Commissariato del Popolo per la Difesa dell'URSS dell'epoca di Stalin. Questo fascicolo fu creato con un unico proposito : legalizzare una documentazione falsa, includendo la lettera creata a nome dello Stato Maggiore Generale dell'Armata Rossa. Per disgrazia, questa legalizzazione fu compiuta e questi documenti falsificati circolano liberamente, anche tra gli ambienti accademici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nel fascicolo ci sono timbri che dicono &#8220;proibita la declassificazione&#8221; e &#8220;secretare in eterno&#8221;. Quindi la domanda &#232; : come &#232; possibile che questi documenti non si trovano pi&#249; negli archivi, come &#232; possibile che circolino liberamente e che siano accessibili a una gran quantit&#224; di persone ? In relazione alle mie dichiarazioni alla stampa, il direttore dell'Archivio Statale del paese Serguei Mironenko ha dichiarato che questo fatto sia impossibile e si tratti di una speculazione. Da questa latta tribuna dichiaro che : sono disposto a dimettermi dalla mia carica di deputato, se Mironenko dimostra che nessuno dei documenti di questo fascicolo si riferiscono ai fatti storici degli anni '30 e '40 del secolo passato e non era obbligatorio che rimanessero negli archivi. E se lui non &#232; capace di dimostrarlo che si dimetta dai suoi incarichi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Torniamo a perorare la necessit&#224; di effettuare un'investigazione parlamentare sull'esecuzione dei prigionieri di guerra polacchi vicono a Smolensk, cosi come sulla falsificazione dei documenti storici. In un futuro prossimo che si introducano modifiche al Codice Penale in materia di responsabilit&#224; per frode e falsificazione di documenti d'archivio che hanno valenza storica se qualcuno pensa che tutto questo sia relazionato con il passato si sbaglia profondamente, tutto ha a che fare con il presente.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://scintillarossa.forumcommunity.net/?t=40883229#02&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aptresso.org/files.spazioweb.it/Buranov/IL_TESTAMENTO_DI_LENIN.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IL &#171; TESTAMENTO &#187; DI LENIN:FALSIFICATO E PROIBITO &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il Testamento di Lenin, o Lettera al Congresso del Partito Bolscevico, &#232; un documento in cui il leader bolscevico, ormai vicino alla morte, affronta i problemi organizzativi interni al partito e giudica, con toni spesso violentemente critici, l'operato dei dirigenti. Lo scritto, reso pubblico in URSS nel 1956, all'inizio del processo di destalinizzazione, &#232; citato dalla storiografia come prova dei contrasti ideologici e caratteriali tra Lenin e Stalin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Lettera sarebbe stata dettata da Lenin, reso invalido e incapace di scrivere a seguito di un ictus cerebrale, alla sua stenografa Marija Volodi&#269;eva, tra il 23 e il 26 dicembre 1922, durante il soggiorno nella casa di cura a Gorkij.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il testo presenta una nota datata 4 gennaio 1923 in cui Lenin avrebbe proposto esplicitamente al Congresso la rimozione di Stalin (giudicato &#034;troppo brutale&#034;) dalla carica di segretario generale del partito.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prima parte del testo indica la necessit&#224; di aumentare l'effettivo del Comitato Centrale facendovi entrare operai e contadini (50-100 membri) e deline&#242; i ritratti dei maggiori esponenti del partito candidati alla sua successione. Di Stalin e Trotzky scriveva :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Io penso che, da questo punto di vista, fondamentali per la questione della stabilit&#224; siano certi membri del CC come Stalin e Trotski. I rapporti tra loro, secondo me, rappresentano una buona met&#224; del pericolo di quella scissione, che potrebbe essere evitata e ad evitare la quale, a mio parere, dovrebbe servire, tra l'altro, l'aumento del numero dei membri del CC a 50 o a 100 persone.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poi continuava :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il compagno Stalin, divenuto segretario generale, ha concentrato nelle sue mani un immenso potere, e io non sono sicuro che egli sappia servirsene sempre con sufficiente prudenza. D'altro canto, il compagno Trotski come ha gi&#224; dimostrato la sua lotta contro il CC nella questione del commissariato del popolo per i trasporti, si distingue non solo per le sue eminenti capacit&#224;. Personalmente egli &#232; forse il pi&#249; capace tra i membri dell'attuale CC, ma ha anche una eccessiva sicurezza di s&#233; e una tendenza eccessiva a considerare il lato puramente amministrativo dei problemi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il 4 gennaio aggiungeva riguardo a Stalin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Stalin &#232; troppo grossolano, e questo difetto, del tutto tollerabile nell'ambiente e nel rapporti tra noi comunisti, diventa intollerabile nella funzione di segretario generale. Perci&#242; propongo ai compagni di pensare alla maniera di togliere Stalin da questo incarico e di designare a questo posto un altro uomo che, a parte tutti gli altri aspetti, si distingua dal compagno Stalin solo per una migliore qualit&#224;, quella cio&#232; di essere pi&#249; tollerante, pi&#249; leale, pi&#249; cortese e pi&#249; riguardoso verso i compagni, meno capriccioso, ecc. Questa circostanza pu&#242; apparire una piccolezza insignificante. Ma io penso che, dal punto di vista dell'impedimento di una scissione e di quanto ho scritto sopra sui rapporti tra Stalin e Trotski, non &#232; una piccolezza, ovvero &#232; una piccolezza che pu&#242; avere un'importanza decisiva.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cos&#236; giudicava gli altri membri del comitato centrale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Non continuer&#242; a caratterizzare gli altri membri del CC secondo le loro qualit&#224; personali. Ricordo soltanto che l'episodio di cui sono stati protagonisti nell'ottobre Zinoviev e Kamenev non fu certamente casuale, ma che d'altra parte non glielo si pu&#242; ascrivere personalmente a colpa, cos&#236; come il non bolscevismo a Trotzky. Dei giovani membri del CC, voglio dire qualche parola su Bucharin e Pjatakov. Sono queste, secondo me, le forze pi&#249; eminenti (tra quelle pi&#249; giovani), e riguardo a loro bisogna tener presente quanto segue : Bukharin non &#232; soltanto un validissimo e importantissimo teorico del partito, ma &#232; considerato anche, giustamente, il prediletto di tutto il partito, ma le sue concezioni teoriche solo con grandissima perplessit&#224; possono essere considerate pienamente marxiste, poich&#233; in lui vi &#232; qualcosa di scolastico (egli non ha mai appreso e, penso, mai compreso pienamente la dialettica). Ed ora Piatakov : &#232; un uomo indubbiamente di grandissima volont&#224; e di grandissime capacit&#224;, ma troppo attratto dal metodo amministrativo e dall'aspetto amministrativo dei problemi perch&#233; si possa contare su di lui per una seria questione politica. Naturalmente, sia questa che quella osservazione sono fatte solo per il momento, nel presupposto che ambedue questi eminenti e devoti militanti trovino l'occasione di completare le proprie conoscenze e di eliminare la propria unilateralit&#224;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev e Kamenev, accusati di aver complottato per rovesciare il governo sovietico, saranno condannati a morte nei processi del 1936. Bucharin e Pjatakov formeranno l'opposizione di destra e saranno giustiziati con le stesse accuse nel 1938. Trotzky, esiliato dall'Unione Sovietica nel 1929, fonder&#224; un movimento antistalinista internazionale prima di essere ucciso da Ram&#243;n Mercader nel 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dopo la morte di Lenin, il Testamento fu presentato alla commissione del Comitato Centrale. Il testo della lettera venne reso pubblico da Nikita Chru&#353;&#269;&#1105;v nel 1956, nel corso del XX Congresso del PCUS ; nello stesso anno avvenne la sua pubblicazione integrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#200; vero che in un suo scritto, lo stesso Trotsky, affermava che Lenin non avrebbe lasciato nessun testamento in quanto ci&#242; sarebbe stato contrario al carattere del partito stesso e spiegava come la stampa estera borghese aveva interpretato come un ipotetico lascito una lettera sulla quale erano riportati consigli di carattere organizzativo che sono stati presi in considerazione nel XIII congresso ; aggiunge inoltre che le voci riguardo all'occultamento del &#034;testamento&#034; erano infondate e andavano contro l'effettivo volere di Lenin,[1]. La smentita data da Trotzky rispondeva a ragioni diplomatiche, e alla ricerca di un accordo tra le due fazioni che si scontravano all'interno del partito, prima della rottura totale tra la maggioranza staliniana e l'opposizione trotzkista.[2][3] Peraltro, Lev Trotsky &#232; stato anche criticato da una parte dei suoi sostenitori per non essersi avvalso per tempo, in funzione antistaliniana del documento in questione.[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nel 2003 uno studioso russo, il docente dell'Universit&#224; Statale di Mosca V.A. Saharov pubblic&#242; il libro &#034;Il testamento politico di Lenin. Verit&#224; storiche e miti della politica&#034;[5] in cui viene messa in dubbio la paternit&#224; leniniana di numerosi passaggi del documento. Una tesi analoga &#232; stata sostenuta nel 2008 dallo studioso italiano Luciano Canfora che, nel saggio La storia falsa (Rizzoli), ha affermato che il testamento di Lenin fu manipolato per screditare Trotsky su ordine di Stalin, con l'inserimento di un breve inserto che ne ricordava i trascorsi menscevichi : &#034;Cos&#236; come il non bolscevismo a Trockij&#034;.[6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	L. Trotsky Articolo &#8220;A proposito del libro di Eastman &#8211; Dopo la morte di Lenin &#8211; Bolscevik n.16, 1&#186; settembre 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Boris Souvarine. Stalin. Gli Adelphi. 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Pierre Brou&#232;, La rivoluzione perduta, Torino, Bollati Boringhieri, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Boris Souvarine.Stalin.delphi, p.566&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	V.A. Saharov, &#034;&#1055;&#1086;&#1083;&#1080;&#1090;&#1080;&#1095;&#1077;&#1089;&#1082;&#1086;&#1077; &#1079;&#1072;&#1074;&#1077;&#1097;&#1072;&#1085;&#1080;&#1077;&#034; &#1042;.&#1048;. &#1051;&#1077;&#1085;&#1080;&#1085;&#1072;. &#1056;&#1077;&#1072;&#1083;&#1100;&#1085;&#1086;&#1089;&#1090;&#1100; &#1080;&#1089;&#1090;&#1086;&#1088;&#1080;&#1080; &#1080; &#1084;&#1080;&#1092;&#1099; &#1087;&#1086;&#1083;&#1080;&#1090;&#1080;&#1082;&#1080;, Edizioni dell'Universit&#224; di Mosca 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Luciano Canfora, La storia falsa, Rizzoli, Milano, 2008, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=testament+l%C3%A9nine+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Olupu0m-N7wC&amp;pg=PR15&amp;dq=Buranov,+Lenin%27s+will+falsified+and+forbidden&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiRncvKjKPlAhVoxYUKHQK3BeEQ6AEIUTAE#v=onepage&amp;q=Buranov%2C%20Lenin's%20will%20falsified%20and%20forbidden&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Buranov, Lenin's will falsified and forbidden&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le combat de L&#233;nine contre la bureaucratie</title>
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		<dc:date>2020-11-22T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#034;Discours au onzi&#232;me congr&#232;s du parti bolchevik de mars-avril 1922, combatttant la bureaucratisation de l'Etat ouvrier : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous, communistes, vous, ouvriers, vous, partie consciente du prol&#233;tariat, qui vous &#234;tes charg&#233;s de gouverner l'Etat, saurez- vous faire en sorte que l'Etat, dont vous avez assum&#233; la charge, fonctionne comme vous l'entendez ? Nous avons v&#233;cu une ann&#233;e, l'Etat est entre nos mains ; eh bien, sur le plan de la nouvelle politique &#233;conomique, a-t-il fonctionn&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#034;Discours au onzi&#232;me congr&#232;s du parti bolchevik de mars-avril 1922, combatttant la bureaucratisation de l'Etat ouvrier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous, communistes, vous, ouvriers, vous, partie consciente du prol&#233;tariat, qui vous &#234;tes charg&#233;s de gouverner l'Etat, saurez- vous faire en sorte que l'Etat, dont vous avez assum&#233; la charge, fonctionne comme vous l'entendez ? Nous avons v&#233;cu une ann&#233;e, l'Etat est entre nos mains ; eh bien, sur le plan de la nouvelle politique &#233;conomique, a-t-il fonctionn&#233; comme nous l'entendions ? Non. Nous ne voulons pas l'avouer : l'Etat n'a pas fonctionn&#233; comme nous l'entendions. Et comment a-t-il fonctionn&#233; ? La voiture n'ob&#233;it pas : un homme est bien assis au volant, qui semble la diriger, mais la voiture ne roule pas dans la direction voulue ; elle va o&#249; la pousse une autre force - force ill&#233;gale, force illicite, force venant d'on ne sait o&#249; -, o&#249; la poussent les sp&#233;culateurs, ou peut-&#234;tre les capitalistes priv&#233;s, ou peut-&#234;tre les uns et les autres, - mais la voiture ne roule pas tout &#224; fait, et, bien souvent, pas du tout comme se l'imagine celui qui est au volant. (...) Et il faut poser nettement cette question : qu'est-ce qui fait notre force et qu'est-ce qui nous manque ? Le pouvoir politique, nous en avons autant qu'il faut. Il ne se trouvera probablement personne ici pour dire qu'&#224; l'endroit de telle ou telle question pratique, dans telle ou telle institution, les communistes, le Parti communiste n'ont pas suffisamment de pouvoir. Il y a des gens qui ont constamment cette pens&#233;e en t&#234;te, mais ce sont des gens tourn&#233;s d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vers le pass&#233;, qui ne comprennent pas qu'il faut se tourner vers l'avenir. La force &#233;conomique essentielle est entre nos mains. Toutes les grandes entreprises cl&#233;s, les chemins de fer, etc., sont entre nos mains. Le bail, si largement qu'il soit pratiqu&#233; en certains lieux, ne joue, dans l'ensemble, qu'un r&#244;le minime. C'est, dans l'ensemble, une part tout &#224; fait insignifiante. La force &#233;conomique dont dispose l'Etat prol&#233;tarien de Russie est tout &#224; fait suffisante pour assurer le passage au communisme. Qu'est-ce donc qui manque ? C'est clair : ce qui manque, c'est la culture chez les communistes dirigeants. De fait, si nous consid&#233;rons Moscou - 4700 communistes responsables - et si nous consid&#233;rons la machine bureaucratique, cette masse &#233;norme, qui donc m&#232;ne et qui est men&#233; ? Je doute fort qu'on puisse dire que les communistes m&#232;nent. A dire vrai ce ne sont pas eux qui m&#232;nent. C'est eux qui sont men&#233;s. Il s'est pass&#233; l&#224; quelque chose de pareil &#224; ce qu'on nous racontait dans notre enfance, aux le&#231;ons d'histoire. Il arrive, nous enseignait-on, qu'un peuple en subjugue un autre, et alors le peuple qui a subjugu&#233; est un peuple conqu&#233;rant, et celui qui a &#233;t&#233; subjugu&#233; est un peuple vaincu. Voil&#224; qui est simple et compr&#233;hensible pour chacun. Mais qu'advient-il de la culture de ces peuples ? Cela n'est pas si simple. Si le peuple conqu&#233;rant est plus cultiv&#233; que le peuple vaincu, il lui impose sa culture. Dans le cas contraire, il arrive que c'est le vaincu qui impose sa culture au conqu&#233;rant. Ne s'est-il pas produit quelque chose de pareil dans la capitale de la R.S.F.S.R. et n'est-il pas arriv&#233; ici que 4700 communistes (presque toute une division, et des meilleurs) ont &#233;t&#233; soumis &#224; une culture &#233;trang&#232;re ? Il est vrai qu'on pourrait, ici, avoir l'impression d'un niveau culturel &#233;lev&#233; chez les vaincus. Erreur. Leur culture est mis&#233;rable, insignifiante. Mais, tout de m&#234;me, elle est sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre. Si pi&#232;tre, si mis&#233;rable qu'elle soit, elle surpasse celle de nos communistes responsables, parce que ceux-ci ne savent pas suffisamment diriger. Les communistes qui se mettent &#224; la t&#234;te des institutions - parfois des saboteurs les y poussent habilement, &#224; dessein, pour se faire une enseigne -, se trouvent souvent dup&#233;s. Aveu tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Ou, tout au moins, pas tr&#232;s agr&#233;able. Mais il faut le faire, me semble-t-il, car c'est l&#224;, &#224; pr&#233;sent, le n&#339;ud de la question. C'est &#224; cela que se ram&#232;ne, selon moi, la le&#231;on politique de l'ann&#233;e, et c'est sous ce signe que la lutte se d&#233;roulera en 1922. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les communistes responsables de la R.S.F.S.R. et du Parti communiste de Russie sauront-ils comprendre qu'ils ne savent pas diriger ? Qu'ils s'imaginent mener les autres, alors qu'en r&#233;alit&#233; c'est eux qu'on m&#232;ne ? S'ils arrivent &#224; le comprendre, ils apprendront certainement &#224; diriger, car c'est possible. Mais, pour cela, il faut &#233;tudier, or, chez nous, on n'&#233;tudie pas. On lance &#224; tour de bras ordres et d&#233;crets, et le r&#233;sultat n'est pas du tout celui que l'on souhaite. (...) &lt;br class='autobr' /&gt;
B&#226;tir la soci&#233;t&#233; communiste par les mains des communistes est une id&#233;e pu&#233;rile s'il en fut. Les communistes sont une goutte dans l'oc&#233;an, une goutte dans l'oc&#233;an populaire. Ils ne sauront conduire le peuple dans leur voie qu'&#224; la condition de la tracer d'une fa&#231;on juste non pas seulement du point de vue de l'orientation historique mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le combat de L&#233;nine contre la bureaucratie&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En avril 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats, paysans et autres sont incompris non seulement en ce sens que la plupart des gens ne se font pas une id&#233;e nette de la port&#233;e sociale, du r&#244;le des soviets dans la r&#233;volution russe. Ils ne sont pas compris, non plus en tant que forme nouvelle, ou plus exactement en tant que nouveau type d'Etat. Le type le plus parfait, le plus &#233;volu&#233; d'Etat bourgeois, c'est la r&#233;publique d&#233;mocratique parlementaire : le pouvoir y appartient au Parlement ; la machine de l'Etat, l'appareil administratif sont ceux de toujours : arm&#233;e permanente, police, bureaucratie pratiquement non r&#233;vocable, privil&#233;gi&#233;e, plac&#233;e au dessus du peuple. Mais d&#232;s la fin du 19&#232;me si&#232;cle, les &#233;poques r&#233;volutionnaires offrent un type sup&#233;rieur d'Etat d&#233;mocratique, un Etat qui, selon l'expression d'Engels, cesse d&#233;j&#224;, sous certains rapports, d'&#234;tre un Etat, &#171; n'est plus un Etat au sens propre du terme &#187;. C'est l'Etat du type de la Commune de Paris : il substitue &#224; la police et &#224; l'arm&#233;e s&#233;par&#233;es de la nation, l'armement direct et imm&#233;diat du peuple. L&#224; est l'essence de la Commune&#8230; C'est pr&#233;cis&#233;ment un Etat de ce type que la r&#233;volution russe a commenc&#233; &#224; cr&#233;er en 1905 et 1917. La R&#233;publique des soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats, paysans et autres, &#8230; voil&#224; ce qui na&#238;t aujourd'hui, &#224; l'heure actuelle, sur l'initiative des masses innombrables du peuple qui cr&#233;e spontan&#233;ment la d&#233;mocratie, &#224; sa mani&#232;re, sans attendre que messieurs les professeurs cadets aient r&#233;dig&#233; leurs projets de loi pour une r&#233;publique parlementaire bourgeoise, ni que les pendants et les routiniers de la &#171; social-d&#233;mocratie &#187; petite-bourgeoise, tels Plekhanov ou Kautsky, aient renonc&#233; &#224; falsifier la doctrine marxiste de l'Etat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Th&#232;ses d'avril&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En ao&#251;t 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la r&#233;volution de 1917, quand le probl&#232;me de la signification et du r&#244;le de l'Etat se posa dans toute son ampleur, pratiquement, comme un probl&#232;me d'action imm&#233;diate et, qui plus est, d'action de masse, socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viks vers&#232;rent tous, d'embl&#233;e et sans r&#233;serve, dans la th&#233;orie petite-bourgeoise de la &#034;conciliation&#034; des classes par l'&#034;Etat&#034;. D'innombrables r&#233;solutions et articles d'hommes politiques de ces deux partis sont tout impr&#233;gn&#233;s de cette th&#233;orie petite-bourgeoise et philistine de la &#034;conciliation&#034;. Que l'Etat soit l'organisme de domination d'une classe d&#233;termin&#233;e, qui ne peut pas &#234;tre concili&#233;e avec son antipode (avec la classe qui lui est oppos&#233;e), c'est ce que la d&#233;mocratie petite-bourgeoise ne peut jamais comprendre. L'attitude que nos socialistes-r&#233;volutionnaires et nos mench&#233;viks observent envers l'Etat est une des preuves les plus &#233;videntes qu'ils ne sont pas du tout des socialistes (ce que nous, bolch&#233;viks, avons toujours d&#233;montr&#233;), mais des d&#233;mocrates petits-bourgeois &#224; phras&#233;ologie pseudo-socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, il y a la d&#233;formation &#034;kautskiste&#034; du marxisme, qui est beaucoup plus subtile. &#034;Th&#233;oriquement&#034;, on ne conteste ni que l'Etat soit un organisme de domination de classe, ni que les contradictions de classes soient inconciliables. Mais on perd de vue ou l'on estompe le fait suivant : si l'Etat est n&#233; du fait que les contradictions de classes sont inconciliables, s'il est un pouvoir plac&#233; au-dessus de la soci&#233;t&#233; et qui &#034;lui devient de plus en plus &#233;tranger &#034;, il est clair que l'affranchissement de la classe opprim&#233;e est impossible, non seulement sans une r&#233;volution violente, mais aussi sans la suppression de l'appareil du pouvoir d'Etat qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par la classe dominante et dans lequel est mat&#233;rialis&#233; ce caract&#232;re &#034;&#233;tranger&#034;. Cette conclusion, th&#233;oriquement claire par elle-m&#234;me, Marx l'a tir&#233;e avec une parfaite pr&#233;cision, comme nous le verrons plus loin, de l'analyse historique concr&#232;te des t&#226;ches de la r&#233;volution. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment cette conclusion que Kautsky - nous le montrerons en d&#233;tail dans la suite de notre expos&#233; - a ... &#034;oubli&#233;e&#034; et d&#233;natur&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de Marx est que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034;, et ne pas se borner &#224; en prendre possession.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 avril 1871, c'est-&#224;-dire justement pendant la Commune, Marx &#233;crivait &#224; Kugelmann :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Dans le dernier chapitre de mon 18-Brumaire , je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la prochaine tentative de la r&#233;volution en France devra consister non plus &#224; faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la briser. (Soulign&#233; par Marx ; dans l'original, le mot est zerbrechen ). C'est la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris&#034; (Neue Zeit , XX, 1, 1901-1902, p. 709). Les lettres de Marx &#224; Kugelmann comptent au moins deux &#233;ditions russes, dont une r&#233;dig&#233;e et pr&#233;fac&#233;e par moi.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Briser la machine bureaucratique et militaire&#034; : en ces quelques mots se trouve bri&#232;vement exprim&#233;e la principale le&#231;on du marxisme sur les t&#226;ches du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat au cours de la r&#233;volution. Et c'est cette le&#231;on qui est non seulement tout &#224; fait oubli&#233;e, mais encore franchement d&#233;natur&#233;e par l'&#034;interpr&#233;tation&#034; dominante du marxisme, due &#224; Kautsky !&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#233;crit : &#034;Au lieu de continuer d'&#234;tre l'instrument du gouvernement central, la police fut imm&#233;diatement d&#233;pouill&#233;e de ses attributs politiques et transform&#233;e en un instrument de la Commune, responsable et &#224; tout instant r&#233;vocable. Il en fut de m&#234;me pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'&#233;chelle, la fonction publique devait &#234;tre assur&#233;e pour des salaires d'ouvriers. Les b&#233;n&#233;fices d'usage et les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation des hauts dignitaires de l'Etat disparurent avec ces hauts dignitaires eux-m&#234;mes... Une fois abolies l'arm&#233;e permanente et la police, instruments du pouvoir mat&#233;riel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour t&#226;che de briser l'outil spirituel de l'oppression, le &#034;pouvoir des pr&#234;tres&#034;... Les fonctionnaires de la justice furent d&#233;pouill&#233;s de leur feinte ind&#233;pendance... ils devaient &#234;tre &#233;lectifs, responsables et r&#233;vocables.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la Commune semblait avoir remplac&#233; la machine d'Etat bris&#233;e en instituant une d&#233;mocratie &#034;simplement&#034; plus compl&#232;te : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;lectivit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en r&#233;alit&#233;, ce &#034;simplement&#034; repr&#233;sente une oeuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres fonci&#232;rement diff&#233;rentes. C'est l&#224; justement un cas de &#034;transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;&#034; : r&#233;alis&#233;e de cette fa&#231;on, aussi pleinement et aussi m&#233;thodiquement qu'il est possible de le concevoir, la d&#233;mocratie, de bourgeoise, devient prol&#233;tarienne ; d'Etat (=pouvoir sp&#233;cial destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, &#224; proprement parler, un Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mater la bourgeoisie et briser sa r&#233;sistance n'en reste pas moins une n&#233;cessit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; s'imposait particuli&#232;rement &#224; la Commune, et l'une des causes de sa d&#233;faite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de r&#233;solution. Mais ici, l'organisme de r&#233;pression est la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, ainsi qu'avait toujours &#233;t&#233; le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salari&#233;. Or, du moment que c'est la majorit&#233; du peuple qui mate elle-m&#234;me ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un &#034;pouvoir sp&#233;cial&#034; de r&#233;pression ! C'est en ce sens que l'Etat commence &#224; s'&#233;teindre. Au lieu d'institutions sp&#233;ciales d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, chefs de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; elle-m&#234;me peut s'acquitter directement de ces t&#226;ches ; et plus les fonctions du pouvoir d'Etat sont exerc&#233;es par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait ressortir, est particuli&#232;rement remarquable : suppression de toutes les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation, de tous les privil&#232;ges p&#233;cuniaires attach&#233;s au corps des fonctionnaires, r&#233;duction des traitements de tous les fonctionnaires au niveau des &#034;salaires d'ouvriers &#034;. C'est l&#224; justement qu'appara&#238;t avec le plus de relief le tournant qui s'op&#232;re de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la d&#233;mocratie des oppresseurs &#224; la d&#233;mocratie des classes opprim&#233;es, de l'Etat en tant que &#034;pouvoir sp&#233;cial &#034; destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e sur les oppresseurs par le pouvoir g&#233;n&#233;ral de la majorit&#233; du peuple, des ouvriers et des paysans. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point, particuli&#232;rement frappant et le plus important peut-&#234;tre en ce qui concerne la question de l'Etat, que les enseignements de Marx sont le plus oubli&#233;s ! Les commentaires de vulgarisation - ils sont innombrables - n'en parlent pas. Il est &#034;d'usage&#034; de taire cela comme une &#034;na&#239;vet&#233;&#034; qui a fait son temps, &#224; la mani&#232;re des chr&#233;tiens qui, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont &#034;oubli&#233;&#034; les &#034;na&#239;vet&#233;s&#034; du christianisme primitif avec son esprit r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;duction du traitement des hauts fonctionnaires de l'Etat appara&#238;t &#034;simplement&#034; comme la revendication d'un d&#233;mocratisme na&#239;f, primitif. Un des &#034;fondateurs&#034; de l'opportunisme moderne, l'ex-social-d&#233;mocrate Ed. Bernstein, s'est maintes fois exerc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les plates railleries bourgeoises contre le d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034;. Comme tous les opportunistes, comme les kautskistes de nos jours, il n'a pas du tout compris, premi&#232;rement, qu'il est impossible de passer du capitalisme au socialisme sans un certain &#034;retour&#034; au d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034; (car enfin, comment s'y prendre autrement pour faire en sorte que les fonctions de l'Etat soient exerc&#233;es par la majorit&#233;, par la totalit&#233; de la population ?) et, deuxi&#232;mement, que le &#034;d&#233;mocratisme primitif&#034; bas&#233; sur le capitalisme et la culture capitaliste n'est pas le d&#233;mocratisme primitif des &#233;poques anciennes ou pr&#233;capitalistes. La culture capitaliste a cr&#233;&#233; la grande production, les fabriques, les chemins de fer, la poste, le t&#233;l&#233;phone, etc. Et, sur cette base l'immense majorit&#233; des fonctions du vieux &#034;pouvoir d'Etat&#034; se sont tellement simplifi&#233;es, et peuvent &#234;tre r&#233;duites &#224; de si simples op&#233;rations d'enregistrement, d'inscription, de contr&#244;le, qu'elles seront parfaitement &#224; la port&#233;e de toute personne pourvue d'une instruction primaire, qu'elles pourront parfaitement &#234;tre exerc&#233;es moyennant un simple &#034;salaire d'ouvrier&#034; ; ainsi l'on peut (et l'on doit) enlever &#224; ces fonctions tout caract&#232;re privil&#233;gi&#233;, &#034;hi&#233;rarchique&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Electivit&#233; compl&#232;te, r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, r&#233;duction de leurs traitements au niveau d'un normal &#034;salaire d'ouvrier&#034;, ces mesures d&#233;mocratiques simples et &#034;allant de soi&#034;, qui rendent parfaitement solidaires les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans, servent en m&#234;me temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme. Ces mesures concernent la r&#233;organisation de l'Etat, la r&#233;organisation purement politique de la soci&#233;t&#233;, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattach&#233;es &#224; la r&#233;alisation ou &#224; la pr&#233;paration de l'&#034;expropriation des expropriateurs&#034;, c'est-&#224;-dire avec la transformation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste des moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, a r&#233;alis&#233; ce mot d'ordre de toutes les r&#233;volutions bourgeoises, le gouvernement &#224; bon march&#233;, en abolissant ces deux grandes sources de d&#233;penses : l'arm&#233;e permanente et le fonctionnarisme d'Etat.&#034; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La Commune n'&#233;tait plus un Etat, au sens propre&#034;, telle est l'affirmation d'Engels, capitale au point de vue th&#233;orique. Apr&#232;s l'expos&#233; qui pr&#233;c&#232;de, cette affirmation est parfaitement compr&#233;hensible. La Commune cessait d'&#234;tre un Etat dans la mesure o&#249; il lui fallait opprimer non plus la majorit&#233; de la population, mais une minorit&#233; (les exploiteurs) ; elle avait bris&#233; la machine d'Etat bourgeoise ; au lieu d'un pouvoir sp&#233;cial d'oppression, c'est la population elle-m&#234;me qui entrait en sc&#232;ne. Autant de d&#233;rogations &#224; ce qu'est l'Etat au sens propre du mot. Et si la Commune s'&#233;tait affermie, les vestiges de l'Etat qui subsistaient en elle se seraient &#034;&#233;teints&#034; d'eux-m&#234;mes ; elle n'aurait pas eu besoin d'&#034;abolir&#034; ses institutions : celles-ci auraient cess&#233; de fonctionner au fur et &#224; mesure qu'elles n'auraient plus rien eu &#224; faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, l'Etat et la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En octobre 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous devons exiger la nationalisation de toutes les terres du pays, c'est &#224; dire leur remise en toute propri&#233;t&#233; au pouvoir central. Celui ci d&#233;terminera l'&#233;tendue, etc., du fond de peuplement, promulguera des lois pour la protection des for&#234;ts et la bonification des terres, etc. ; il exclura express&#233;ment tout interm&#233;diaire entre le propri&#233;taire de la terre, c'est &#224; dire l'Etat, et son locataire, c'est &#224; dire le cultivateur (interdiction de toute sous location de la terre). Ce sont les Soviets r&#233;gionaux et locaux des d&#233;put&#233;s paysans et non la bureaucratie, les fonctionnaires qui disposeront enti&#232;rement et exclusivement, de la terre et fixeront les conditions locales de possession et de jouissance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, le programme de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Camarades, la r&#233;volution des ouvriers et des paysans, dont les bolch&#233;viks n'ont cess&#233; de montrer la n&#233;cessit&#233;, est r&#233;alis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que signifie cette r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne ? Avant tout, le sens de cette r&#233;volution, c'est que nous aurons un gouvernement des Soviets, notre pouvoir &#224; nous, sans la moindre participation de la bourgeoisie. Les masses opprim&#233;es cr&#233;eront elles-m&#234;mes le pouvoir. Le vieil appareil d'Etat sera radicalement d&#233;truit et il sera cr&#233;&#233; un nouvel appareil de direction dans la personne des organisations des Soviets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle &#233;tape s'ouvre dans l'histoire de la Russie, et cette troisi&#232;me r&#233;volution russe doit en fin de compte mener &#224; la victoire du socialisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gouvernement ouvrier et paysan proposera sur-le-champ une paix juste et d&#233;mocratique &#224; tous les peuples bellig&#233;rants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il abolira sur-le-champ la propri&#233;t&#233; de la terre dont jouissent les propri&#233;taires fonciers et remettra la terre aux paysans. Il &#233;tablira le contr&#244;le ouvrier de la production et de la distribution des produits et il instaurera le contr&#244;le national des banques, en les transformant en une seule entreprise d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;trograd appelle tous les ouvriers et toute la paysannerie &#224; soutenir sans r&#233;serve et de toute leur &#233;nergie la r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne. Il exprime la conviction que les ouvriers des villes, unis aux paysans pauvres, feront preuve d'une discipline fraternelle inflexible et qu'ils cr&#233;eront l'ordre r&#233;volutionnaire le plus rigoureux, indispensable &#224; la victoire du socialisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Soviet est convaincu que le prol&#233;tariat des pays d'Europe occidentale nous aidera &#224; mener la cause du socialisme &#224; une victoire totale et durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pouvoir des Soviets proposera une paix imm&#233;diate et d&#233;mocratique &#224; tous les peuples et un armistice imm&#233;diat sur tous les fronts. Il assurera la remise sans indemnit&#233; des terres des propri&#233;taires fonciers, des apanages et des monast&#232;res &#224; la disposition des comit&#233;s paysans ; il d&#233;fendra les droits du soldat en proc&#233;dant &#224; la d&#233;mocratisation totale de l'arm&#233;e ; il &#233;tablira le contr&#244;le ouvrier de la production ; il assurera en temps voulu la convocation de l'Assembl&#233;e constituante ; il se pr&#233;occupera de fournir du pain aux villes et des objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; &#224; la campagne ; il assurera &#224; toutes les nations qui peuplent la Russie le droit v&#233;ritable de disposer d'elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le congr&#232;s d&#233;cr&#232;te : tout le pouvoir sur le plan local passe aux Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats et paysans, qui doivent assurer un ordre authentiquement r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le congr&#232;s appelle les soldats dans les tranch&#233;es &#224; la vigilance et &#224; la fermet&#233;. Le Congr&#232;s des Soviets est convaincu que l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire saura d&#233;fendre la r&#233;volution contre toutes les atteintes de l'imp&#233;rialisme, tant que le nouveau gouvernement n'aura pas obtenu la conclusion de la paix d&#233;mocratique qu'il proposera imm&#233;diatement &#224; tous les peuples. Le nouveau gouvernement prendra toutes mesures utiles pour assurer &#224; l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire tout le n&#233;cessaire, gr&#226;ce &#224; une politique ferme de r&#233;quisition et de taxation des classes poss&#233;dantes ; il am&#233;liorera aussi la situation des familles des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons exiger la nationalisation de toutes les terres du pays, c'est &#224; dire leur remise en toute propri&#233;t&#233; au pouvoir central. Celui ci d&#233;terminera l'&#233;tendue, etc., du fond de peuplement, promulguera des lois pour la protection des for&#234;ts et la bonification des terres, etc. ; il exclura express&#233;ment tout interm&#233;diaire entre le propri&#233;taire de la terre, c'est &#224; dire l'Etat, et son locataire, c'est &#224; dire le cultivateur (interdiction de toute sous location de la terre). Ce sont les Soviets r&#233;gionaux et locaux des d&#233;put&#233;s paysans et non la bureaucratie, les fonctionnaires qui disposeront enti&#232;rement et exclusivement, de la terre et fixeront les conditions locales de possession et de jouissance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, le programme de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En novembre 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Jetez un coup d'&#339;il dans les profondeurs du peuple travailleur, au c&#339;ur des masses. Vous verrez quel travail d'organisation s'y accomplit, quel &#233;lan cr&#233;ateur : vous y verrez jaillir la source d'une vie r&#233;nov&#233;e et sanctifi&#233;e par la r&#233;volution. L'essentiel, aujourd'hui, c'est de rompre avec le pr&#233;jug&#233; des intellectuels bourgeois d'apr&#232;s lequel seuls des fonctionnaires sp&#233;ciaux peuvent diriger l'Etat&#8230; L'essentiel, c'est d'inspirer aux opprim&#233;s et aux travailleurs la confiance dans leur propre force. Il faut d&#233;truire &#224; tout prix ce vieux pr&#233;jug&#233; absurde, barbare, inf&#226;me et odieux, selon lequel seules pr&#233;tendues &#171; classes sup&#233;rieures &#187;, seuls les riches ou ceux qui sont pass&#233;s par l'&#233;cole des riches, peuvent administrer l'Etat, organiser l'&#233;dification de la soci&#233;t&#233; socialiste. C'est l&#224; un pr&#233;jug&#233;. Il est entretenu pas une routine pourrie, par l'encro&#251;tement, par l'habitude de l'esclave, et plus encore par la cupidit&#233; sordide des capitalistes, qui ont int&#233;r&#234;t &#224; administrer en pillant et &#224; piller en administrant&#8230; L'organisation de la production incombe enti&#232;rement &#224; la classe ouvri&#232;re. Rompons une fois pour toutes avec le pr&#233;jug&#233; qui veut que les affaires de l'Etat, la gestion des banques, des usines, etc., soit une t&#226;che inaccessible aux ouvriers&#8230; Il est facile de promulguer un d&#233;cret sur l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais seuls les ouvriers eux-m&#234;mes doivent et peuvent l'appliquer. Qu'il se produise des erreurs, soit ! ce sont les erreurs d'une nouvelle classe qui cr&#233;e une vie nouvelle. Les travailleurs n'ont &#233;videmment pas d'exp&#233;rience en mati&#232;re d'administration, mais cela ne nous effraie pas. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, &#339;uvres compl&#232;tes, novembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En avril 1918&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Le caract&#232;re socialiste de la d&#233;mocratie sovi&#233;tique, c'est-&#224;-dire prol&#233;tarienne, dans son application concr&#232;te, d&#233;termin&#233;e, consiste en ceci : premi&#232;rement, les &#233;lecteurs sont les masses laborieuses et exploit&#233;es, la bourgeoisie en est except&#233;e ; deuxi&#232;mement, toutes les formalit&#233;s et restrictions bureaucratiques en mati&#232;re d'&#233;lections sont supprim&#233;es, les masses fixent elles-m&#234;mes le mode et la date des &#233;lections et ont toute libert&#233; pour r&#233;voquer leurs &#233;lus ; troisi&#232;mement, on voit se former la meilleure organisation de masse de l'avant-garde des travailleurs, du prol&#233;tariat de la grande industrie, organisation qui lui permet de diriger la tr&#232;s grande masse des exploit&#233;s, de les faire participer activement &#224; la vie politique, de les &#233;duquer politiquement par leur propre exp&#233;rience, et de s'attaquer ainsi pour la premi&#232;re fois &#224; cette t&#226;che : faire en sorte que ce soit v&#233;ritablement la population tout enti&#232;re qui apprenne &#224; gouverner et qui commence &#224; gouverner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tels sont les principaux signes distinctifs de la d&#233;mocratie appliqu&#233;e en Russie, d&#233;mocratie de type sup&#233;rieur, qui brise avec sa d&#233;formation bourgeoise et marque la transition &#224; la d&#233;mocratie socialiste et aux conditions dans lesquelles l'Etat pourra commencer &#224; s'&#233;teindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, l'&#233;l&#233;ment de la d&#233;sorganisation petite-bourgeoise (qui se manifestera in&#233;vitablement plus ou moins dans toute r&#233;volution prol&#233;tarienne, et qui, dans notre r&#233;volution &#224; nous, se manifeste avec une extr&#234;me vigueur en raison du caract&#232;re petit-bourgeois du pays, de son &#233;tat arri&#233;r&#233; et des cons&#233;quences de la guerre r&#233;actionnaire) doit forc&#233;ment marquer les Soviets, eux aussi, de son empreinte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons travailler sans rel&#226;che &#224; d&#233;velopper l'organisation des Soviets et du pouvoir des Soviets. Il existe une tendance petite-bourgeoise qui vise &#224; transformer les membres des Soviets en &#171; parlementaires &#187; ou, d'autre part, en bureaucrates. Il faut combattre cette tendance en faisant participer pratiquement tous les membres des Soviets &#224; la direction des affaires. En maints endroits, les sections des Soviets se transforment en organismes qui fusionnent peu &#224; peu avec les commissariats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre but est de faire participer pratiquement tous les pauvres sans exception au gouvernement du pays ; et toutes les mesures prises dans ce sens &#8212; plus elles seront vari&#233;es, mieux cela vaudra &#8212; doivent &#234;tre soigneusement enregistr&#233;es, &#233;tudi&#233;es, syst&#233;matis&#233;es, mises &#224; l'&#233;preuve d'une exp&#233;rience plus vaste, et recevoir force de loi. Notre but est de faire remplir gratuitement les fonctions d'Etat par tous les travailleurs, une fois qu'ils ont termin&#233; leur huit heures de &#171; t&#226;ches &#187; dans la production : il est particuli&#232;rement difficile d'y arriver, mais l&#224; seulement est la garantie de la consolidation d&#233;finitive du socialisme. Il est tout naturel que la nouveaut&#233; et la difficult&#233; de ce changement donnent lieu &#224; une quantit&#233; de t&#226;tonnements, d'erreurs et d'h&#233;sitations, sans lesquels aucun progr&#232;s rapide ne saurait se faire. La situation actuelle a ceci d'original, du point de vue de beaucoup de gens qui d&#233;sirent passer pour des socialistes, qu'ils ont pris l'habitude d'opposer le capitalisme au socialisme dans l'abstrait, en pla&#231;ant d'un air grave, entre le premier et le second, le mot : &#171; bond &#187; (certains, se souvenant de bribes de textes lus chez Engels, ajoutent d'un air plus grave encore : &#171; Le bond du r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233; dans le r&#232;gne de la libert&#233; &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart de ces pseudo-socialistes, qui ont &#171; lu des livres &#187; &#224; propos du socialisme, mais sans jamais approfondir s&#233;rieusement la question, sont incapables de consid&#233;rer que les ma&#238;tres du socialisme entendaient par &#171; bond &#187; un tournant sous l'angle de l'histoire mondiale, et que des bonds de ce genre s'&#233;tendent &#224; des p&#233;riodes de dix ans et parfois plus. Il est tout naturel qu'&#224; de pareils moments la fameuse &#171; intelliguentsia &#187; fournisse une infinit&#233; de pleureuses : l'une pleure l'Assembl&#233;e constituante, l'autre la discipline bourgeoise, la troisi&#232;me le r&#233;gime capitaliste, la quatri&#232;me le seigneur terrien cultiv&#233;, la cinqui&#232;me l'imp&#233;rialisme dominateur, et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'une &#233;poque de grands bonds a de vraiment int&#233;ressant, c'est que la profusion des d&#233;bris du pass&#233;, qui s'accumulent parfois plus vite que les germes (pas toujours visibles au d&#233;but) de l'ordre nouveau, exige que l'on sache discerner l'essentiel dans la ligne ou dans la cha&#238;ne du d&#233;veloppement. Il est des moments historiques o&#249; l'essentiel, pour le succ&#232;s de la r&#233;volution, est d'accumuler le plus possible de d&#233;bris, c'est-&#224;-dire de faire sauter le plus possible de vieilles institutions ; il est des moments o&#249; l'on en a fait sauter assez et o&#249; s'inscrit &#224; l'ordre du jour la besogne &#171; prosa&#239;que &#187; (&#171; fastidieuse &#187; pour le r&#233;volutionnaire petit-bourgeois) qui consiste &#224; d&#233;blayer le terrain des d&#233;bris qui l'encombrent ; il est d'autres moments o&#249; ce qui importe le plus, c'est de cultiver soigneusement les germes du monde nouveau qui poussent de dessous les d&#233;bris jonchant le sol encore mal d&#233;blay&#233; de la pierraille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne suffit pas d'&#234;tre un r&#233;volutionnaire et un partisan du socialisme, ou un communiste en g&#233;n&#233;ral. Il faut savoir trouver, &#224; chaque moment donn&#233;, le maillon pr&#233;cis dont on doit se saisir de toutes ses forces pour retenir toute la cha&#238;ne et pr&#233;parer solidement le passage au maillon suivant ; l'ordre de succession des maillons, leur forme, leur assemblage et ce qui les distingue les uns des autres, ne sont pas aussi simples, ni aussi rudimentaires dans une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements historiques que dans une cha&#238;ne ordinaire, sortie des mains d'un forgeron.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre la d&#233;formation bureaucratique de l'organisation sovi&#233;tique est garantie par la solidit&#233; des liens unissant les Soviets au &#171; peuple &#187;, c'est-&#224;-dire aux travailleurs et aux exploit&#233;s, par la souplesse et l'&#233;lasticit&#233; de ces liens. Les parlements bourgeois, m&#234;me celui de la r&#233;publique capitaliste la meilleure du monde au point de vue d&#233;mocratique, ne sont jamais consid&#233;r&#233;s par les pauvres comme des institutions &#171; &#224; eux &#187;. Tandis que, pour la masse des ouvriers et des paysans, les Soviets sont &#171; &#224; eux &#187; et bien &#224; eux. Aujourd'hui, les &#171; social-d&#233;mocrates &#187; de la nuance Scheidemann ou, ce qui est &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose, de la nuance Martov, &#233;prouvent de la r&#233;pugnance pour les Soviets, et se sentent attir&#233;s vers le respectable parlement bourgeois, ou l'Assembl&#233;e constituante, exactement comme Tourgueniev se sentait attir&#233; il y a soixante ans vers la Constitution monarchique et nobiliaire mod&#233;r&#233;e et &#233;prouvait de la r&#233;pugnance pour le d&#233;mocratisme moujik de Dobrolioubov et Tchernychevski.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le contact des Soviets avec le &#171; peuple &#187; des travailleurs qui cr&#233;e pr&#233;cis&#233;ment des formes particuli&#232;res de contr&#244;le par en bas, comme, par exemple, la r&#233;vocation des d&#233;put&#233;s, formes que l'on doit maintenant d&#233;velopper avec un z&#232;le tout particulier. Ainsi les Soviets de l'instruction publique en tant que conf&#233;rences p&#233;riodiques des &#233;lecteurs sovi&#233;tiques et de leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s, discutant et contr&#244;lant l'activit&#233; des autorit&#233;s sovi&#233;tiques dans ce domaine, m&#233;ritent toute notre sympathie et tout notre appui. Rien ne serait plus stupide que de transformer les Soviets en quelque chose de fig&#233;, que d'en faire un but en soi. Plus nous devons nous affirmer r&#233;solument aujourd'hui pour un pouvoir fort et sans merci, pour la dictature personnelle dans telles branches du travail, dans tel exercice de fonctions de pure ex&#233;cution, et plus doivent &#234;tre vari&#233;s les formes et les moyens de contr&#244;le par en bas, afin de paralyser la moindre d&#233;formation possible du pouvoir des Soviets, afin d'extirper encore et toujours l'ivraie du bureaucratisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Les t&#226;ches imm&#233;diates du pouvoir des soviets&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En novembre 1920&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Du fait que le niveau de culture de notre paysan et de notre masse ouvri&#232;re ne correspondait pas &#224; la t&#226;che r&#233;clam&#233;e, et qu'en m&#234;me temps nous &#233;tions pour les 99 % absorb&#233;s par les probl&#232;mes militaires et politiques, il s'est produit une renaissance de l'esprit bureaucratique. La chose est reconnue de tous. Le but du pouvoir des Soviets est de d&#233;truire enti&#232;rement l'antique appareil de l'&#201;tat, comme il fut d&#233;truit en novembre 1917 pour transmettre tout le pouvoir aux Soviets : mais nous avouons d&#233;j&#224; dans notre programme cette reconnaissance de la bureaucratie, et nous reconnaissons que les fondements &#233;conomiques n&#233;cessaires &#224; la vraie soci&#233;t&#233; socialiste n'existent pas encore. Les conditions de culture, d'instruction, et en g&#233;n&#233;ral de niveau intellectuel n&#233;cessaires &#224; la masse ouvri&#232;re et paysanne n'existent pas. La faute en est &#224; ce que les exigences militaires ont accapar&#233; toute l'&#233;lite du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat a consenti de gigantesques sacrifices pour d&#233;fendre la R&#233;volution, des dizaines de millions de paysans y ont &#233;t&#233; sacrifi&#233;s, et il a fallu appeler &#224; collaborer avec nous des &#233;l&#233;ments p&#233;n&#233;tr&#233;s d'esprit bourgeois, parce qu'il n'en restait plus d'autres. Voil&#224; pourquoi nous avons d&#251; d&#233;clarer dans notre programme, dans un document aussi important que le programme du parti, que la bureaucrate rena&#238;t et qu'il faut la combattre syst&#233;matiquement. &#201;videmment, cette bureaucratie dans nos administrations sovi&#233;tistes n'a pas pu ne pas exercer son influence n&#233;faste au sein m&#234;me de nos organisations communistes, puisque le sommet de notre parti est en m&#234;me temps celui de l'administration sovi&#233;tiste. Si nous avons reconnu le mal, si cette vieille bureaucratie a pu se glisser dans notre organisme communiste, il est clair et naturel que les organes de notre Parti portent tous les sympt&#244;mes du mal. Et puisqu'il en est ainsi, la question a &#233;t&#233; mise &#224; l'ordre du jour du congr&#232;s des Soviets ; elle occupe une grande partie de l'attention de la pr&#233;sente conf&#233;rence, et fort justement, car la maladie reconnue dans notre parti par les r&#233;solutions de la conf&#233;rence panrusse4 n'existe pas seulement &#224; Moscou, mais s'&#233;tend &#224; toute la R&#233;publique, elle est due &#224; la n&#233;cessit&#233; o&#249; nous &#233;tions de tout donner au labeur militaro-politique, d'entra&#238;ner &#224; tout prix les masses paysannes, sans pouvoir exiger un plan plus large, li&#233; au d&#233;veloppement de la culture paysanne et &#224; l'&#233;l&#233;vation du niveau g&#233;n&#233;ral des masses paysannes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me permettrai en concluant de dire quelques mots de la situation int&#233;rieure du Parti, de nos d&#233;bats intimes et des manifestations d'opposition que connaissent admirablement tous les assistants et qui ont co&#251;t&#233; &#224; la Conf&#233;rence provinciale de Moscou tant d'attention et d'efforts, peut-&#234;tre m&#234;me plus qu'il n'e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;sirable pour nous tous. Il est naturel que la difficile transition que nous accomplissons aujourd'hui dans l'&#233;puisement de nos forces vives, que la r&#233;publique a &#233;t&#233; oblig&#233;e d'enlever sans cesse au prol&#233;tariat et au parti pendant trois ann&#233;es de lutte, nous a plac&#233;s dans une situation p&#233;nible vis-&#224;-vis d'un probl&#232;me que nous ne sommes pas m&#234;me en &#233;tat d'&#233;valuer exactement. Mais cette opposition n'a rien de mauvais. Nous devons reconna&#238;tre que nous ne connaissons pas exactement l'&#233;tendue de la maladie, nous ne pouvons pas d&#233;terminer l'importance et la situation relative des groupements adverses. Le grand m&#233;rite de notre conf&#233;rence aura &#233;t&#233; de poser la question, de d&#233;couvrir le mal existant, d'attirer sur lui l'attention du parti et d'inviter tous ses membres &#224; s'efforcer de le gu&#233;rir. Il est trop clair que du point de vue du Comit&#233; Central et aussi, je pense, de l'&#233;norme majorit&#233; des camarades (dans la mesure o&#249; je connais les opinions, que personne n'a reni&#233;es), cette crise de notre parti, cette opposition qui se manifeste non seulement &#224; Moscou mais dans toute la Russie renferme beaucoup d'&#233;l&#233;ments sains, indispensables et in&#233;vitables aux &#233;poques de croissance naturelle du parti, &#224; une &#233;poque comme la n&#244;tre, o&#249;, apr&#232;s avoir eu toute notre attention r&#233;clam&#233;e par les probl&#232;mes politiques et militaires, nous abordons une &#232;re de construction et d'organisation o&#249; nous devons embrasser des dizaines d'administrations bureaucratiques et o&#249; le niveau de culture de la majorit&#233; du prol&#233;tariat et des paysans ne correspond plus &#224; la t&#226;che. L'Inspection Ouvri&#232;re et Paysanne, on le sait, existe plut&#244;t comme un id&#233;al, il a &#233;t&#233; impossible de la mettre en marche parce que l'&#233;lite des ouvriers &#233;tait prise par le front et que le niveau de culture des masses paysannes ne leur permettait pas de fournir des militants capables&#8230;. Si nous voulons lutter contre la bureaucratie, nous devons appeler &#224; nous les masses. Nous devons conna&#238;tre l'exp&#233;rience accumul&#233;e par telle ou telle usine, savoir ce qui a &#233;t&#233; fait par elle pour chasser tel ou tel bureaucrate, profiter de l'exp&#233;rience de chaque p&#226;t&#233; de maisons, de chaque soci&#233;t&#233; de consommation. Il nous faut mettre en mouvement avec le maximum de vitesse tout le m&#233;canisme &#233;conomique. Or, de cela, vous n'entendez pas un mot, tandis que des criailleries et des disputes vous en aurez tout votre so&#251;l. Il est trop clair qu'une aussi gigantesque R&#233;volution ne peut manquer de soulever de la poussi&#232;re, et de produire une &#233;cume qui n'est pas toujours propre. Il est temps de parler, non plus de la libert&#233; de critique, mais du contenu de cette critique. Il est temps d'affirmer que sur la base de notre exp&#233;rience nous devons faire une s&#233;rie de concessions, mais que nous ne permettrons plus &#224; l'avenir aucune d&#233;viation aboutissant &#224; de vaines disputes. Il nous faut faire une croix sur notre pass&#233; et nous mettre d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; l'&#339;uvre &#233;conomique. Il nous faut transformer toute l'activit&#233; du parti afin qu'il devienne le guide &#233;conomique de la r&#233;publique et que les succ&#232;s pratiques deviennent sa meilleure propagande. Aujourd'hui, les mots ne suffisant plus &#224; convaincre l'ouvrier ou le paysan, il leur faut l'exemple. Il faut les convaincre qu'ils pourront am&#233;liorer leur exploitation en se passant de capitalistes, que les sp&#233;cialistes sont l&#224; pour leur service, que les conflits peuvent &#234;tre r&#233;solus sans un b&#226;ton de policier, sans la famine capitaliste, mais qu'il faut la direction des gens du parti. Voil&#224; le point de vue que nous devons adopter, et alors nous obtiendrons dans notre construction &#233;conomique un succ&#232;s qui donnera &#224; notre victoire dans le domaine international son ach&#232;vement d&#233;finitif. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Notre situation ext&#233;rieure et int&#233;rieure et les t&#226;ches du parti -&lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence de la province de Moscou du PC(b)R&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En 1921&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au 5 mai 1918, le bureaucratisme ne figurait pas dans notre champ visuel. Six mois apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, alors que nous avions d&#233;truit de fond en comble l'ancien appareil bureaucratique, nous ne ressentions pas encore les effets de ce mal. Une ann&#233;e encore se passe. Le 8&#232;me congr&#232;s du P.C.R. (bolchevik), qui se tient du 18 au 23 mars 1919, adopte un nouveau programme o&#249; nous parlons franchement, sans crainte de reconna&#238;tre le mal, mais d&#233;sireux au contraire de le d&#233;masquer&#8230; - o&#249; nous parlons d'une &#171; reconnaissance partielle du bureaucratisme au sein du r&#233;gime sovi&#233;tique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ann&#233;es s'&#233;coulent encore. Au printemps de 1921, apr&#232;s le 8&#232;me Congr&#232;s des soviets, qui a discut&#233; (d&#233;cembre 1920) la question du bureaucratisme, apr&#232;s le 10&#232;me Congr&#232;s du P.C.R. (bolchevik) en mars 1921, qui a dress&#233; le bilan des d&#233;bats &#233;troitement rattach&#233;s &#224; l'analyse du bureaucratisme, nous voyons ce mal se dresser devant nous encore plus net, plus pr&#233;cis, plus mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les origines &#233;conomiques du bureaucratisme ? Ces origines sont principalement de deux sortes : d'une part, une bourgeoisie d&#233;velopp&#233;e a besoin, justement pour combattre le mouvement r&#233;volutionnaire des ouvriers, et en partie des paysans, d'un appareil bureaucratique, d'abord militaire, ensuite judiciaire, etc. Cela n'existe pas chez nous. Nos tribunaux sont des tribunaux de classe, dirig&#233;s contre la bourgeoisie Notre arm&#233;e est une arm&#233;e de classe, dirig&#233;e contre la bourgeoisie. La bureaucratie n'est pas dans l'arm&#233;e, mais dans les institutions qui la desservent. Chez nous, l'origine &#233;conomique du bureaucratisme est autre : c'est l'isolement, l'&#233;parpillement des petits producteurs, leur mis&#232;re, leur inculture, l'absence des routes, l'analphab&#233;tisme, l'absence d'&#233;changes entre l'agriculture et l'industrie, le manque de liaison, d'action r&#233;ciproque entre elles. C'est l&#224;, dans une mesure consid&#233;rable, le r&#233;sultat de la guerre civile&#8230; le bureaucratisme, h&#233;ritage de l' &#171; &#233;tat de si&#232;ge &#187;, superstructure bas&#233;e sur l'&#233;parpillement et la d&#233;moralisation du petit producteur, s'est r&#233;v&#233;l&#233; pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour provoquer un afflux de forces nouvelles, pour combattre avec succ&#232;s le bureaucratisme, pour surmonter cette inertie nuisible, l'aide doit venir des organisations locales, de la base, de l'organisation exemplaire d'un &#171; tout &#187;&#8230; Il faut une attention maximum accord&#233;e aux besoins des ouvriers et des paysans ; sollicitude infinie pour le rel&#232;vement de l'&#233;conomie, augmentation de la productivit&#233; du travail, d&#233;veloppement des &#233;changes locaux entre l'agriculture et l'industrie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Sur l'imp&#244;t en nature&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mars 1921&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A propos de l' &#171; Opposition ouvri&#232;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous avons incontestablement besoin d'aide pour lutter contre la bureaucratie, pour d&#233;fendre la d&#233;mocratie, pour resserrer nos liens avec les masses r&#233;ellement ouvri&#232;res. Dans cet ordre d'id&#233;es, nous pouvons et nous devons faire des &#171; concessions &#187;. Ils auront beau r&#233;p&#233;ter qu'ils n'acceptent pas les concessions, nous, nous disons : nous les acceptons. Ce ne sont pas du tout des concessions, c'est une aide au parti ouvrier. Ainsi, tout ce qu'il y a de sain et de prol&#233;tarien dans 1'&#171; opposition ouvri&#232;re &#187; rejoindra le parti ; les auteurs des discours syndicalistes, les gens &#171; anim&#233;s de la conscience de classe &#187;, eux, resteront en dehors. (Applaudissements.) Cette voie a &#233;t&#233; suivie &#224; Moscou. En novembre, la conf&#233;rence de la province de Moscou s'est termin&#233;e dans deux locaux : les uns par ici, les autres par l&#224;. C'est la veille de la scission. La derni&#232;re conf&#233;rence de Moscou a dit : &#171; Nous prendrons dans l'opposition ouvri&#232;re ceux que nous voulons et non ceux qu'ils veulent &#187;, parce qu'il nous faut le concours de ceux qui sont li&#233;s aux masses ouvri&#232;res, qui nous apprendront pratiquement &#224; combattre la bureaucratie. C'est une t&#226;che difficile. Je crois que le congr&#232;s devra tenir compte de l'exp&#233;rience de Moscou et proc&#233;der &#224; l'examen, non seulement de ce point, mais de toutes les questions &#224; l'ordre du jour. Finalement, &#224; ceux qui disent qu'ils &#171; n'acceptent pas les concessions &#187;, le congr&#232;s devra r&#233;pliquer : &#171; Le parti, lui, accepte des concessions &#187;, il faut que le travail soit concert&#233;. Gr&#226;ce &#224; cette politique, nous s&#233;parerons les &#233;l&#233;ments sains des &#233;l&#233;ments malsains de l'&#171; opposition ouvri&#232;re &#187; et le parti s'en trouvera renforc&#233;&#8230; Ceux qui emploient une expression comme &#171; inciter &#224; la discorde &#187; oublient le point n&#176;5 de la r&#233;solution sur l'unit&#233; qui reconna&#238;t les m&#233;rites de l'&#171; opposition ouvri&#232;re &#187;. N'est-ce pas c&#244;te &#224; c&#244;te ? D'une part, &#171; pr&#233;sentent une d&#233;viation &#187;, et d'autre part, lisez le paragraphe 5 : &#171; Le congr&#232;s d&#233;clare en m&#234;me temps que sur les points qui ont particuli&#232;rement retenu l'attention, par exemple du groupe dit de l'&#171; opposition ouvri&#232;re &#187;, l'&#233;puration du parti des &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens et peu s&#251;rs, la lutte contre la bureaucratie, le progr&#232;s de la d&#233;mocratie et de l'initiative ouvri&#232;re, etc... toutes les propositions constructives, quelles qu'elles soient, doivent &#234;tre examin&#233;es avec le plus grand soin &#187;, etc. Est-ce l&#224; inciter &#224; la discorde ? C'est reconna&#238;tre des m&#233;rites. Nous disons : d'une part, vous avez r&#233;v&#233;l&#233;, au cours de la discussion, une d&#233;viation qui pr&#233;sente un danger politique ; m&#234;me la r&#233;solution du camarade Medv&#233;dev le reconna&#238;t en d'autres termes ; ensuite, on dit : quant &#224; la lutte contre la bureaucratie, nous sommes d'accord, nous ne faisons pas encore tout ce qui est possible. C'est l&#224; reconna&#238;tre les m&#233;rites et nullement inciter &#224; la discorde !... Nous devons lutter contre la bureaucratie, il nous faut des centaines de milliers auxiliaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de la lutte contre la bureaucratie s'est pos&#233; dans notre programme comme un travail de longue haleine. Plus la paysannerie est morcel&#233;e plus la bureaucratie est in&#233;vitable au sommet. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, conclusions du 10&#232;me congr&#232;s du parti bolchevik&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Janvier 1923&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Notre appareil d'Etat, except&#233; le Commissariat du Peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res, constitue dans une tr&#232;s grande mesure une survivance du pass&#233;, et qui a subi le minimum de modifications tant soit peu notables. Il n'est que l&#233;g&#232;rement enjoliv&#233; &#224; la surface ; pour le reste, c'est le vrai type de notre ancien appareil d'Etat. Et pour rechercher les moyens de le r&#233;nover r&#233;ellement, il faut faire appel, je crois, &#224; l'exp&#233;rience de notre guerre civile&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Comment r&#233;organiser l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ? Proposition faite au XIIe congr&#232;s du parti&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mars 1923&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Critique directe du commissariat &#224; l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne (tenu par Staline)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les choses vont si mal avec notre appareil d'Etat, pour ne pas dire qu'elles sont d&#233;testables, qu'il nous faut d'abord r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement &#224; la fa&#231;on de combattre ses d&#233;fauts ; ces derniers ne l'oublions pas, remontent au pass&#233;, lequel, il est vrai, a &#233;t&#233; boulevers&#233;, mais n'est pas encore aboli ; il ne s'agit pas d'un stade culturel r&#233;volu depuis longtemps. le pose ici la question pr&#233;cis&#233;ment de la culture, parce que dans cet ordre de choses, il ne faut tenir pour r&#233;alis&#233; que ce qui est entr&#233; dans la vie culturelle, dans les m&#339;urs, dans les coutumes. Or, chez nous, ce qu'il y a de bon dans notre organisation sociale est saisi &#224; la h&#226;te, on ne peut moins m&#233;dit&#233;, compris, senti, v&#233;rifi&#233;, &#233;prouv&#233;, confirm&#233; par l'exp&#233;rience, consolid&#233;, etc. Il ne pouvait certes en &#234;tre autrement &#224; une &#233;poque r&#233;volutionnaire et avec un d&#233;veloppement tellement vertigineux qui nous a amen&#233;s, en cinq ans, du tsarisme au r&#233;gime des Soviets&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons net. Le Commissariat du peuple de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ne jouit pas &#224; l'heure actuelle d'une ombre de prestige. Tout le monde sait qu'il n'est point d'institutions plus mal organis&#233;es que celles relevant de notre Inspection ouvri&#232;re et paysanne, et que dans les conditions actuelles on ne peut rien exiger de ce Commissariat. Il nous faut bien retenir cela si nous voulons vraiment arriver &#224; constituer, d'ici quelques ann&#233;es, une institution qui, premi&#232;rement, sera exemplaire, deuxi&#232;mement, inspirera &#224; tous une confiance absolue, et troisi&#232;mement, montrera &#224; tous et &#224; chacun que nous avons r&#233;ellement justifi&#233; les activit&#233;s de cette haute institution qu'est la Commission centrale de contr&#244;le. Toutes les normes g&#233;n&#233;rales du personnel de ses administrations doivent, &#224; mon avis, &#234;tre bannies d'embl&#233;e et sans recours. Nous devons choisir les cadres de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne avec un soin particulier, en leur faisant subir le plus rigoureux examen, pas autrement. En effet, &#224; quoi bon fonder un Commissariat du Peuple o&#249; le travail se ferait tant bien que mal, qui, derechef, n'inspirerait pas la moindre confiance, et dont l'opinion n'aurait qu'une infime autorit&#233; ? Je pense que notre t&#226;che principale est de l'&#233;viter lors de la r&#233;organisation que nous projetons actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers que nous d&#233;signons comme membres de la Commission centrale de contr&#244;le doivent &#234;tre des communistes irr&#233;prochables, et je pense qu'il faudra leur consacrer un long effort pour leur apprendre les m&#233;thodes et les objectifs de leur travail. Ensuite, il devra y avoir un nombre d&#233;termin&#233; de secr&#233;taires comme auxiliaires &#224; qui l'on aura soin de faire subir un triple contr&#244;le avant de les admettre. Enfin, ceux des postulants que nous aurons d&#233;cid&#233;s, &#224; titre d'exception, d'engager d'embl&#233;e &#224; l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, devront r&#233;pondre aux conditions ci apr&#232;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;rement, ils seront recommand&#233;s par plusieurs communistes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
deuxi&#232;mement, ils subiront une &#233;preuve attestant qu'ils connaissent notre appareil d'Etat ;&lt;br class='autobr' /&gt;
troisi&#232;mement, ils subiront une &#233;preuve attestant qu'ils connaissent les &#233;l&#233;ments de la th&#233;orie relative &#224; notre appareil d'Etat, les principes de la science administrative, les &#233;critures, etc ;&lt;br class='autobr' /&gt;
quatri&#232;mement, ils devront &#339;uvrer en bonne intelligence avec les membres de la Commission centrale de contr&#244;le et avec leur propre secr&#233;tariat, de fa&#231;on que nous puissions r&#233;pondre du bon fonctionnement de l'appareil tout entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que ce sont l&#224; des conditions hors de pair, et je crains fort que la majorit&#233; des &#171; praticiens &#187; de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ne les d&#233;clarent irr&#233;alisables, ou ne les accueillent avec un sourire d&#233;daigneux. Mais je demande &#224; n'importe lequel des dirigeants actuels de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ou des personnes rattach&#233;es &#224; ce Commissariat : peut il me dire franchement quelle est l'utilit&#233; pratique de ce Commissariat du Peuple qu'est l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ? Je pense que cette question lui permettra de trouver le sens de la mesure. Ou bien il ne vaut pas la peine de proc&#233;der &#224; la r&#233;organisation nous en avons tant vu de cette entreprise d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'est l'Inspection ouvri&#232;re et, paysanne ; ou bien il faut vraiment se donner comme t&#226;che de cr&#233;er par un effort lent, difficile, inaccoutum&#233;, non sans recourir &#224; de nombreuses v&#233;rifications, quelque chose de vraiment exemplaire, susceptible d'inspirer le respect &#224; tous et &#224; chacun, non pas seulement parce que titres et grades obligent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on ne s'arme pas de patience, si l'on ne consacre pas &#224; cette &#339;uvre plusieurs ann&#233;es, mieux vaut ne pas l'entreprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense que parmi les &#233;tablissements que nous avons d&#233;j&#224; enfant&#233;s, en fait d'instituts sup&#233;rieurs du travail etc., il faut choisir un minimum, v&#233;rifier s'ils sont organis&#233;s avec tout le s&#233;rieux requis, et continuer le travail, mais seulement de fa&#231;on qu'il soit r&#233;ellement &#224; la hauteur de la science moderne, qu'il nous fasse b&#233;n&#233;ficier de toutes ses acquisitions. D&#232;s lors, ce ne sera pas une utopie d'esp&#233;rer avoir, dans quelques ann&#233;es, une institution qui sera en mesure de s'acquitter de sa t&#226;che, c'est &#224; dire de perfectionner notre appareil d'Etat avec m&#233;thode, sans d&#233;faillance, en jouissant de la confiance de la classe ouvri&#232;re, du Parti communiste de Russie et de toute la population de notre R&#233;publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'action pr&#233;paratoire pourrait commencer d&#232;s maintenant. Si le Commissariat de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne acceptait le plan de cette r&#233;forme, il pourrait entamer tout de suite les pr&#233;paratifs et continuer d'agir syst&#233;matiquement pour les faire aboutir, sans se presser et sans refuser de refaire ce qui aura &#233;t&#233; fait une fois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Mieux vaut moins mais mieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contre la bureaucratie x&#233;nophobe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur L&#233;nine et Trotsky contre Staline&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Articles contre la bureaucratie stalinienne</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6866</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article6866</guid>
		<dc:date>2020-07-03T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine en 1922 &lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux vaut moins mais mieux &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) en ce qui concerne l'appareil d'Etat, nous devons tirer de l'exp&#233;rience pass&#233;e cette conclusion qu'il vaut mieux proc&#233;der plus lentement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les choses vont si mal avec notre appareil d'Etat, pour ne pas dire qu'elles sont d&#233;testables, qu'il nous faut d'abord r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement &#224; la fa&#231;on de combattre ses d&#233;fauts ; ces derniers ne l'oublions pas, remontent au pass&#233;, lequel, il est vrai, a &#233;t&#233; boulevers&#233;, mais n'est pas encore aboli ; il (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique147" rel="directory"&gt;000- Le stalinisme ou la r&#233;volution trahie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine en 1922
&lt;p&gt;Mieux vaut moins mais mieux&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) en ce qui concerne l'appareil d'Etat, nous devons tirer de l'exp&#233;rience pass&#233;e cette conclusion qu'il vaut mieux proc&#233;der plus lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses vont si mal avec notre appareil d'Etat, pour ne pas dire qu'elles sont d&#233;testables, qu'il nous faut d'abord r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement &#224; la fa&#231;on de combattre ses d&#233;fauts ; ces derniers ne l'oublions pas, remontent au pass&#233;, lequel, il est vrai, a &#233;t&#233; boulevers&#233;, mais n'est pas encore aboli ; il ne s'agit pas d'un stade culturel r&#233;volu depuis longtemps. le pose ici la question pr&#233;cis&#233;ment de la culture, parce que dans cet ordre de choses, il ne faut tenir pour r&#233;alis&#233; que ce qui est entr&#233; dans la vie culturelle, dans les m&#339;urs, dans les coutumes. Or, chez nous, ce qu'il y a de bon dans notre organisation sociale est saisi &#224; la h&#226;te, on ne peut moins m&#233;dit&#233;, compris, senti, v&#233;rifi&#233;, &#233;prouv&#233;, confirm&#233; par l'exp&#233;rience, consolid&#233;, etc. Il ne pouvait certes en &#234;tre autrement &#224; une &#233;poque r&#233;volutionnaire et avec un d&#233;veloppement tellement vertigineux qui nous a amen&#233;s, en cinq ans, du tsarisme au r&#233;gime des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de devenir raisonnable. Il faut se p&#233;n&#233;trer d'une m&#233;fiance salutaire envers un &#233;lan inconsid&#233;r&#233;, envers toute esp&#232;ce de vantardise, etc. ; il faut songer &#224; v&#233;rifier les dispositions que nous proclamons &#224; chaque heure, que nous prenons &#224; chaque minute et dont nous d&#233;montrons ensuite &#224; chaque seconde la faiblesse, le caract&#232;re inconsistant et inintelligible. Le plus nuisible, ici, ce serait la pr&#233;cipitation. Le plus nuisible serait de croire que le peu que nous savons suffit, ou encore que nous poss&#233;dons un nombre plus ou moins consid&#233;rable d d'&#233;l&#233;ments pour &#233;difier un appareil vraiment neuf, et qui m&#233;rite v&#233;ritablement le nom d'appareil socialiste, sovi&#233;tique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, cet appareil, nous ne l'avons pour ainsi dire pas, et m&#234;me nous poss&#233;dons ridiculement peu d'&#233;l&#233;ments qui permettent de le cr&#233;er. Et nous ne devons pas oublier que pour le mettre en place, il ne faut pas m&#233;nager son temps, et que cela prendra beaucoup, beaucoup, beaucoup d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels &#233;l&#233;ments poss&#233;dons&#8209;nous pour cr&#233;er cet appareil ? Deux seulement. En premier lieu, les ouvriers exalt&#233;s par la lutte pour le socialisme. Ils ne sont pas suffisamment instruits. Ils voudraient bien nous donner un appareil meilleur. Mais ils ne savent pas comment s'y prendre. Ils ne peuvent pas le faire. Ils ne sont pas assez form&#233;s, ils n'ont pas le niveau de culture requis. Or, pour ce faire, il faut justement avoir de la culture. Ici, l'on ne peut s'en tirer par un coup d'audace ou un assaut, avec de l'&#233;nergie ou du cran, ou, en g&#233;n&#233;ral, par une des meilleures qualit&#233;s humaines, quelle qu'elle soit. En second lieu, nous poss&#233;dons des &#233;l&#233;ments de connaissance, d'instruction, d'enseignement, mais ridiculement peu par rapport &#224; tous les autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne faut pas oublier que nous sommes encore trop enclins &#224; vouloir suppl&#233;er &#224; ce savoir (ou &#224; nous imaginer que l'on peut y suppl&#233;er) par le z&#232;le, la pr&#233;cipitation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;nover notre appareil d'Etat, nous devons &#224; tout prix nous assigner la t&#226;che que voici : premi&#232;rement, nous instruire ; deuxi&#232;mement, nous instruire encore ; troisi&#232;mement, nous instruire toujours. Ensuite, avoir soin que le savoir ne reste pas chez nous lettre morte ou une phrase &#224; la mode (ce qui, avouons&#8209;le, nous arrive bien souvent) ; que le savoir p&#233;n&#232;tre vraiment dans l'esprit, devienne partie int&#233;grante de notre vie, pleinement et effectivement. Bref, il nous faut exiger autre chose que ce qu'exige la bourgeoisie de l'Europe occidentale, savoir ce qu'il est digne et convenable d'exiger pour un pays qui se propose de devenir un pays socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : nous devons faire de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, instrument d'am&#233;lioration de notre appareil d'Etat, une institution vraiment exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'elle puisse atteindre au niveau voulu, il faut s'en tenir &#224; la r&#232;gle : vingt fois sur le m&#233;tier remettez votre ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il faut que tout ce qu'il y a de vraiment meilleur dans notre r&#233;gime social soit mis en &#339;uvre avec le maximum de prudence, de r&#233;flexion et de comp&#233;tence, en vue de cr&#233;er ce nouveau Commissariat du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il faut que les meilleurs &#233;l&#233;ments de notre r&#233;gime social, &#224; savoir : les ouvriers avanc&#233;s, d'abord, et, en second lieu, les &#233;l&#233;ments vraiment instruits, pour lesquels on peut se porter garant qu'ils ne croiront rien sur parole et qu'ils ne diront pas un mot qui soit contraire &#224; leur conscience, ne craignent pas de prendre conscience des difficult&#233;s, quelles qu'elles soient, et ne reculent devant aucune lutte pour atteindre le but qu'ils se seront s&#233;rieusement assign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; cinq ans que nous nous &#233;vertuons &#224; perfectionner notre appareil d'Etat. Mais ce n'a &#233;t&#233; l&#224; qu'une agitation vaine qui, en ces cinq ans, nous a montr&#233; simplement qu'elle &#233;tait inefficace, ou m&#234;me inutile, voire nuisible. Cette vaine agitation nous donnait une apparence de travail ; en r&#233;alit&#233;, elle encrassait nos institutions et nos cerveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin que cela change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut adopter cette r&#232;gle : mieux vaut moins, mais mieux. Il faut adopter cette r&#232;gle : mieux vaut dans deux ans ou m&#234;me dans trois ans, que pr&#233;cipiter les choses sans aucun espoir de former un bon mat&#233;riel humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'il sera difficile d'observer cette r&#232;gle et de l'appliquer dans notre situation. Je sais que la r&#232;gle contraire se frayera un chemin par mille tours et d&#233;tours. Je sais qu'il faudra opposer une r&#233;sistance formidable, qu'il s'agira de faire preuve d'une pers&#233;v&#233;rance prodigieuse ; que ce travail, dans les premi&#232;res ann&#233;es du moins, sera diablement ingrat. Et cependant je suis persuad&#233; que c'est seulement ainsi que nous parviendrons &#224; notre but et saurons, une fois ce but atteint, fonder une r&#233;publique r&#233;ellement digne du nom de R&#233;publique socialiste, sovi&#233;tique, etc., etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que beaucoup de lecteurs aient trouv&#233; trop insuffisants les chiffres que j'ai cit&#233;s &#224; titre d'exemple dans mon premier article [1]. Je suis s&#251;r que l'on peut produire bien des calculs pour montrer l'insuffisance de ces chiffres. Mais je pense que par&#8209;dessus tous les calculs possibles et imaginables, nous devons mettre une chose : une qualit&#233; vraiment exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que le moment est justement venu o&#249; nous devons nous occuper comme il convient, avec tout le s&#233;rieux voulu, de notre appareil d'Etat, et o&#249; la pr&#233;cipitation serait peut&#173;-&#234;tre ce qui causerait le plus grand tort. Aussi je tiens &#224; mettre en garde contre un accroissement de ces chiffres. Bien au contraire, je pense qu'ici il faut se montrer particuli&#232;rement avare de chiffres. Parlons net. Le Commissariat du peuple de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ne jouit pas &#224; l'heure actuelle d'une ombre de prestige. Tout le monde sait qu'il n'est point d'institutions plus mal organis&#233;es que celles relevant de notre Inspection ouvri&#232;re et paysanne, et que dans les conditions actuelles on ne peut rien exiger de ce Commissariat. Il nous faut bien retenir cela si nous voulons vraiment arriver &#224; constituer, d'ici quelques ann&#233;es, une institution qui, premi&#232;rement, sera exemplaire, deuxi&#232;mement, inspirera &#224; tous une confiance absolue, et troisi&#232;mement, montrera &#224; tous et &#224; chacun que nous avons r&#233;ellement justifi&#233; les activit&#233;s de cette haute institution qu'est la Commission centrale de contr&#244;le. Toutes les normes g&#233;n&#233;rales du personnel de ses administrations doivent, &#224; mon avis, &#234;tre bannies d'embl&#233;e et sans recours. Nous devons choisir les cadres de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne avec un soin particulier, en leur faisant subir le plus rigoureux examen, pas autrement. En effet, &#224; quoi bon fonder un Commissariat du Peuple o&#249; le travail se ferait tant bien que mal, qui, derechef, n'inspirerait pas la moindre confiance, et dont l'opinion n'aurait qu'une infime autorit&#233; ? Je pense que notre t&#226;che principale est de l'&#233;viter lors de la r&#233;organisation que nous projetons actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers que nous d&#233;signons comme membres de la Commission centrale de contr&#244;le doivent &#234;tre des communistes irr&#233;prochables, et je pense qu'il faudra leur consacrer un long effort pour leur apprendre les m&#233;thodes et les objectifs de leur travail. Ensuite, il devra y avoir un nombre d&#233;termin&#233; de secr&#233;taires comme auxiliaires &#224; qui l'on aura soin de faire subir un triple contr&#244;le avant de les admettre. Enfin, ceux des postulants que nous aurons d&#233;cid&#233;s, &#224; titre d'exception, d'engager d'embl&#233;e &#224; l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, devront r&#233;pondre aux conditions ci&#8209;apr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;premi&#232;rement, ils seront recommand&#233;s par plusieurs communistes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;deuxi&#232;mement, ils subiront une &#233;preuve attestant qu'ils connaissent notre appareil d'Etat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;troisi&#232;mement, ils subiront une &#233;preuve attestant qu'ils connaissent les &#233;l&#233;ments de la th&#233;orie relative &#224; notre appareil d'Etat, les principes de la science administrative, les &#233;critures, etc ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quatri&#232;mement, ils devront &#339;uvrer en bonne intelligence avec les membres de la Commission centrale de contr&#244;le et avec leur propre secr&#233;tariat, de fa&#231;on que nous puissions r&#233;pondre du bon fonctionnement de l'appareil tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que ce sont l&#224; des conditions hors de pair, et je crains fort que la majorit&#233; des &#171; praticiens &#187; de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ne les d&#233;clarent irr&#233;alisables, ou ne les accueillent avec un sourire d&#233;daigneux. Mais je demande &#224; n'importe lequel des dirigeants actuels de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ou des personnes rattach&#233;es &#224; ce Commissariat : peut&#8209;il me dire franchement quelle est l'utilit&#233; pratique de ce Commissariat du Peuple qu'est l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ? Je pense que cette question lui permettra de trouver le sens de la mesure. Ou bien il ne vaut pas la peine de proc&#233;der &#224; la r&#233;organisation nous en avons tant vu &#8209; de cette entreprise d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'est l'Inspection ouvri&#232;re et, paysanne ; ou bien il faut vraiment se donner comme t&#226;che de cr&#233;er par un effort lent, difficile, inaccoutum&#233;, non sans recourir &#224; de nombreuses v&#233;rifications, quelque chose de vraiment exemplaire, susceptible d'inspirer le respect &#224; tous et &#224; chacun, non pas seulement parce que titres et grades obligent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne s'arme pas de patience, si l'on ne consacre pas &#224; cette &#339;uvre plusieurs ann&#233;es, mieux vaut ne pas l'entreprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que parmi les &#233;tablissements que nous avons d&#233;j&#224; enfant&#233;s, en fait d'instituts sup&#233;rieurs du travail etc., il faut choisir un minimum, v&#233;rifier s'ils sont organis&#233;s avec tout le s&#233;rieux requis, et continuer le travail, mais seulement de fa&#231;on qu'il soit r&#233;ellement &#224; la hauteur de la science moderne, qu'il nous fasse b&#233;n&#233;ficier de toutes ses acquisitions. D&#232;s lors, ce ne sera pas une utopie d'esp&#233;rer avoir, dans quelques ann&#233;es, une institution qui sera en mesure de s'acquitter de sa t&#226;che, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire de perfectionner notre appareil d'Etat avec m&#233;thode, sans d&#233;faillance, en jouissant de la confiance de la classe ouvri&#232;re, du Parti communiste de Russie et de toute la population de notre R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action pr&#233;paratoire pourrait commencer d&#232;s maintenant. Si le Commissariat de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne acceptait le plan de cette r&#233;forme, il pourrait entamer tout de suite les pr&#233;paratifs et continuer d'agir syst&#233;matiquement pour les faire aboutir, sans se presser et sans refuser de refaire ce qui aura &#233;t&#233; fait une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les demi&#8209;mesures seraient ici nuisibles au plus haut point. Toutes les consid&#233;rations d'un autre ordre que l'on pourrait &#233;mettre au sujet des effectifs de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, seraient en r&#233;alit&#233; fond&#233;es sur les vieux principes bureaucratiques, sur les vieux pr&#233;jug&#233;s, sur ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233; et qui provoque la ris&#233;e publique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, la question se pose ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien montrer, d&#232;s &#224; pr&#233;sent, que nous avons acquis des connaissances s&#233;rieuses en mati&#232;re de construction de l'Etat (il n'est pas d&#233;fendu d'apprendre quelque chose en cinq ans) ; ou bien nous ne sommes pas encore m&#251;rs pour cela, et alors, il ne vaut pas la peine de s'en charger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'avec le mat&#233;riel humain dont nous disposons, il ne sera pas immodeste de pr&#233;sumer que nous en savons d&#233;j&#224; assez pour pouvoir reconstruire &#224; neuf, avec m&#233;thode, au moins un seul Commissariat du peuple. Il est vrai que ce seul Commissariat doit donner la mesure de l'ensemble de notre appareil d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrir imm&#233;diatement un concours pour la r&#233;daction de deux manuels ou plus, traitant de l'organisation du travail en g&#233;n&#233;ral, et sp&#233;cialement de l'administration. On pourrait prendre pour base le livre de Iermanski, encore que, soit dit entre parenth&#232;ses, cet auteur sympathise manifestement avec le mench&#233;visme et soit incapable de r&#233;diger un manuel pouvant convenir au pouvoir des Soviets. Ensuite, on pourrait prendre pour base l'ouvrage r&#233;cemment paru de Kerjentsev ; enfin, on pourrait aussi mettre &#224; profit quelques autres manuels traitant divers aspects de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envoyer quelques personnes averties et consciencieuses en Allemagne ou en Angleterre pour recueillir la documentation et &#233;tudier le probl&#232;me. J'ai dit l'Angleterre pour le cas o&#249; le voyage en Am&#233;rique ou au Canada serait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nommer une commission charg&#233;e d'&#233;laborer le programme pr&#233;liminaire des examens &#224; faire subir aux personnes qui sollicitent une place &#224; l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ; de m&#234;me pour les postulants aux postes de membres de la Commission centrale de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces activit&#233;s et autres analogues ne g&#234;neront, bien entendu, ni le commissaire du peuple, ni les membres du coll&#232;ge de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, ni le pr&#233;sidium de la Commission centrale de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parall&#232;lement, il faudra d&#233;signer une commission pr&#233;paratoire charg&#233;e de trouver des candidats aux postes de membres de la Commission centrale de contr&#244;le. J'esp&#232;re que pour ces postes nous aurons aujourd'hui un nombre de candidats plus que suffisant, tant parmi les collaborateurs exp&#233;riment&#233;s des administrations que parmi les &#233;tudiants de nos &#233;coles sovi&#233;tiques. Il ne serait gu&#232;re rationnel d'exclure &#224; l'avance telle ou telle cat&#233;gorie. Il nous faudra probablement donner la pr&#233;f&#233;rence &#224; un personnel vari&#233; pour cette institution, o&#249; nous devons rechercher une synth&#232;se de nombreuses qualit&#233;s, de m&#233;rites divers. De sorte qu'il y aura &#224; fournir un gros effort pour dresser la liste des candidats. Il serait ind&#233;sirable au plus haut point que ce nouveau Commissariat soit form&#233; d'apr&#232;s un standard unique, mettons, le type de fonctionnaire, ou en en &#233;liminant le type d'agitateur, ou les hommes dont le trait distinctif est la sociabilit&#233; ou la facult&#233; de p&#233;n&#233;trer dans des milieux gu&#232;re familiers &#224; ce genre de collaborateurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que je traduirai mieux ma pens&#233;e en comparant mon plan &#224; des institutions de caract&#232;re acad&#233;mique. Les membres de la Commission centrale de contr&#244;le seront tenus, sous la direction de leur pr&#233;sidium, d'examiner r&#233;guli&#232;rement tous les dossiers et documents du Bureau politique. D'autre part, ils devront r&#233;partir rationnellement leur temps entre les divers travaux de v&#233;rification des &#233;critures dans nos institutions, depuis les plus petites et les moins importantes jusqu'aux grandes administrations de l'Etat. Enfin, ils devront aussi &#233;tudier la th&#233;orie, c'est&#8209;&#224;-dire la th&#233;orie de l'organisation du travail auquel ils ont l'intention de se consacrer ; ils auront de m&#234;me &#224; effectuer des exercices pratiques sous la direction soit de camarades exp&#233;riment&#233;s, soit de professeurs des instituts sup&#233;rieurs de l'organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense qu'ils n'auront pas lieu de se borner &#224; cette activit&#233; purement acad&#233;mique. Il leur faudra se pr&#233;parer, en outre, &#224; des fonctions que je n'h&#233;siterais pas &#224; appeler pr&#233;paration &#224; la chasse, je ne dirais pas aux filous, mais &#224; quelque chose dans ce genre, et invention de ruses destin&#233;es &#224; dissimuler leurs campagnes, leurs marches et contre-marches, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les institutions de l'Europe occidentale, de pareilles propositions auraient provoqu&#233; une indignation inou&#239;e, un sentiment de r&#233;volte morale, etc. ; mais j'esp&#232;re que nous ne sommes pas encore bureaucratis&#233;s &#224; ce point&#8209;l&#224;. La NEP chez nous ne s'est pas encore acquis une r&#233;putation telle que l'on puisse se formaliser &#224; l'id&#233;e d'attraper quelqu'un. Notre R&#233;publique des Soviets a &#233;t&#233; &#233;difi&#233;e depuis si peu de temps, et il y a l&#224; un tel bric&#8209;&#224;&#8209;brac que personne ne songera &#224; s'offusquer &#224; l'id&#233;e que l'on puisse, dans ce fatras, op&#233;rer des fouilles &#224; l'aide de certaines ruses et de coups de sonde visant quelquefois des sources assez &#233;loign&#233;es, ou s'effectuant par des voies assez d&#233;tourn&#233;es. Et si m&#234;me quelqu'un y songeait, on peut &#234;tre certain que nous en ririons tous de bon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre nouvelle Inspection ouvri&#232;re et paysanne, nous l'esp&#233;rons, laissera loin derri&#232;re elle cette qualit&#233; que les Fran&#231;ais d&#233;nomment pruderie [2], et que nous pourrions appeler affectation ridicule ou ridicule ostentation, et qui fait sup&#233;rieurement le jeu de toute notre bureaucratie, tant de nos institutions sovi&#233;tiques que des organisations du Parti, car, soit dit entre parenth&#232;ses, la bureaucratie existe chez nous dans les unes comme dans les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'ai &#233;crit plus haut que nous devions nous instruire et encore nous instruire dans les &#233;coles sup&#233;rieures d'organisation du travail, etc., cela ne veut pas dire le moins du monde que je con&#231;oive cet &#171; enseignement &#187; &#224; la fa&#231;on scolaire, ou que je me borne &#224; l'id&#233;e d'un enseignement scolaire. J'esp&#232;re qu'un vrai r&#233;volutionnaire ne me soup&#231;onnera pas d'avoir renonc&#233; ici &#224; entendre par &#171; enseignement &#187; une farce mi&#8209;plaisante, une ruse, un bon tour ou quelque chose dans ce genre. Je sais que dans un Etat grave et compass&#233; de l'Europe occidentale, cette id&#233;e aurait vraiment provoqu&#233; l'horreur ; aucun fonctionnaire qui se respecte n'aurait consenti m&#234;me &#224; la discuter. Mais j'esp&#232;re que nous ne sommes pas encore bureaucratis&#233;s &#224; ce point, et que la discussion de cette id&#233;e ne provoque chez nous que de la bonne humeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pourquoi ne pas joindre l'agr&#233;able &#224; l'utile ? Pourquoi ne pas profiter d'une farce plaisante ou mi&#8209;plaisante pour surprendre quelque chose de ridicule, quelque chose de nuisible, ou de semi&#8209;ridicule, de semi&#8209;nuisible, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que notre Inspection ouvri&#232;re et paysanne gagnera beaucoup &#224; tenir compte de ces consid&#233;rations, et que la liste des cas o&#249; notre Commission centrale de contr&#244;le ou ses coll&#232;gues de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne ont remport&#233; quelques&#8209;unes de leurs plus brillantes victoires, s'enrichira de nombreux exploits de nos futurs inspecteurs et contr&#244;leurs, en des endroits qu'il n'est gu&#232;re commode de mentionner dans des manuels d&#233;cents et graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut&#8209;on r&#233;unir une institution du Parti &#224; une administration sovi&#233;tique ? N'y a&#8209;t&#8209;il pas l&#224; quelque chose d'inadmissible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pose pas cette question en mon nom, mais au nom de ceux auxquels j'ai fait allusion plus haut, en disant que nous avons des bureaucrates non seulement dans nos administrations sovi&#233;tiques, mais aussi dans les organisations du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pourquoi ne pas r&#233;unir les unes et les autres quand l'int&#233;r&#234;t de la chose le commande ? Est&#8209;ce que personne n'a jamais remarqu&#233;, par exemple, que dans un Commissariat du Peuple comme celui des Affaires &#233;trang&#232;res, une semblable r&#233;union est extr&#234;mement utile et se pratique d&#232;s sa fondation ? Le Bureau politique ne discute&#8209;t&#8209;il pas, du point de vue du Parti, quantit&#233; de questions, grandes et petites, relatives &#224; nos &#171; contre&#8209;man&#339;uvres &#187; en r&#233;ponse aux &#171; man&#339;uvres &#187; des puissances &#233;trang&#232;res, afin de pr&#233;venir, disons, quelque ruse de leur part, pour &#234;tre poli ? L'alliance souple de l'&#233;l&#233;ment administratif et de l'&#233;l&#233;ment du Parti n'est&#8209;elle pas une source d'&#233;nergie immense dans notre politique ? Je crois que ce qui a fait ses preuves, s'est consolid&#233; dans notre politique ext&#233;rieure, et qui est entr&#233; dans les m&#339;urs au point de ne plus provoquer le moindre doute en la mati&#232;re, serait non moins opportun (et m&#234;me beaucoup plus, &#224; mon avis) dans l'ensemble de notre appareil d'Etat. Or, l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne doit justement prendre en consid&#233;ration notre appareil d'Etat tout entier, et son activit&#233; doit porter sur toutes les institutions de l'Etat sans aucune exception, locales, centrales, commerciales, purement administratives, scolaires, th&#233;&#226;trales, archives, etc., en un mot, toutes, sans la moindre exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc pour une institution de cette envergure et qui demande, en outre, une souplesse extraordinaire des formes de son activit&#233;, &#8209; pourquoi donc ne pas admettre pour elle une fusion particuli&#232;re de l'organisme de contr&#244;le du Parti avec celui de l'Etat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi je n'y verrais aucun inconv&#233;nient. Bien plus je crois que cette fusion est le seul gage d'une activit&#233; f&#233;conde. Je pense que tous les doutes &#224; cet &#233;gard &#233;manent des recoins les plus poussi&#233;reux de notre appareil d'Etat, et qu'ils ne m&#233;ritent qu'une chose, c'est d'&#234;tre tourn&#233;s en ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre doute : convient&#8209;il d'associer les &#233;tudes &#224; l'exercice d'une fonction ? Il me semble que non seulement cela convient, mais que c'est n&#233;cessaire. En g&#233;n&#233;ral, malgr&#233; toute notre attitude r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;gard des principes qui r&#233;gissent les Etats d'Occident, ceux&#8209;ci ont r&#233;ussi &#224; nous inoculer une s&#233;rie de pr&#233;jug&#233;s des plus nuisibles et ridicules. Dans une certaine mesure, cette contagion nous vient aussi de nos aimables bureaucrates qui nous l'ont pass&#233;e sciemment, dans l'espoir de pouvoir souvent p&#234;cher dans l'eau trouble de ces pr&#233;jug&#233;s. Et ils ont p&#234;ch&#233; dans cette eau trouble au point que seuls les aveugles imp&#233;nitents parmi nous n'ont pas remarqu&#233; combien largement cette p&#234;che &#233;tait pratiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la sph&#232;re des rapports sociaux, &#233;conomiques et politiques nous sommes &#171; terriblement &#187; r&#233;volutionnaires. Mais en ce qui concerne la hi&#233;rarchie, le respect des formes et des usages de la proc&#233;dure administrative, notre &#171; r&#233;volutionnarisme &#187; fait constamment place &#224; l'esprit de routine le plus moisi. On peut ici constater un ph&#233;nom&#232;ne du plus haut int&#233;r&#234;t, savoir que dans la vie sociale le plus prodigieux bond en avant s'allie fr&#233;quemment &#224; une monstrueuse ind&#233;cision devant les moindres changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se con&#231;oit, parce que les pas en avant les plus audacieux relevaient, depuis fort longtemps, du domaine de la th&#233;orie, d'un domaine cultiv&#233; principalement, voire presque exclusivement, sur le plan th&#233;orique. Ec&#339;ur&#233; par l'abominable r&#233;alit&#233; bureaucratique, le Russe soulageait son c&#339;ur chez lui en &#233;chafaudant des syst&#232;mes &#233;minemment audacieux ; et c'est pourquoi ces syst&#232;mes &#233;minemment audacieux prenaient chez nous un caract&#232;re extraordinairement &#233;troit. On voyait coexister chez nous la hardiesse dans les constructions d'ordre g&#233;n&#233;ral et une timidit&#233; surprenante devant la plus insignifiante des r&#233;formes administratives. L'id&#233;e d'une prodigieuse r&#233;volution agraire universelle &#233;tait &#233;labor&#233;e avec une audace inconnue dans les autres pays ; et &#224; c&#244;t&#233; de cela, on manquait d'imagination pour r&#233;aliser une r&#233;forme administrative de dixi&#232;me ordre ; on manquait d'imagination ou de patience pour appliquer &#224; cette r&#233;forme les principes g&#233;n&#233;raux qui, touchant les probl&#232;mes d'ordre g&#233;n&#233;ral, donnaient de si &#171; brillants &#187; r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi notre vie pr&#233;sente r&#233;unit en elle de fa&#231;on saisissante des traits d'audace stup&#233;fiante et une ind&#233;cision de pens&#233;e devant les changements les plus insignifiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il n'en a jamais &#233;t&#233; autrement dans toutes les r&#233;volutions vraiment grandes, car elles naissent des contradictions entre l'ancien, la tendance &#224; remanier l'ancien, et la tendance la plus abstraite vers ce qui est nouveau, nouveau au point de ne plus contenir un seul grain du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus cette r&#233;volution est radicale, plus longtemps subsisteront ces contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait g&#233;n&#233;ral caract&#233;risant notre vie actuelle est celui&#8209;ci : nous avons d&#233;truit l'industrie capitaliste, nous nous sommes appliqu&#233;s &#224; d&#233;molir &#224; fond les institutions moyen&#226;geuses, la propri&#233;t&#233; seigneuriale, et sur cette base, nous avons cr&#233;&#233; la petite et tr&#232;s petite paysannerie qui suit le prol&#233;tariat, confiante dans les r&#233;sultats de son action r&#233;volutionnaire. Cependant, avec cette confiance &#224; elle seule, il ne nous est pas facile de tenir jusqu'&#224; la victoire de la r&#233;volution socialiste dans les pays plus avanc&#233;s ; car la petite et la toute petite paysannerie, surtout sous la NEP, reste, par n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, &#224; un niveau de productivit&#233; du travail extr&#234;mement bas. Au demeurant, la situation internationale fait que la Russie est aujourd'hui rejet&#233;e en arri&#232;re ; que dans l'ensemble la productivit&#233; du travail national est maintenant sensiblement moins &#233;lev&#233;e chez nous qu'avant la guerre. Les puissances capitalistes de l'Europe occidentale, partie sciemment, partie spontan&#233;ment, ont fait tout leur possible pour nous rejeter en arri&#232;re, pour profiter de la guerre civile en Russie en vue de ruiner au maximum notre pays. Pr&#233;cis&#233;ment une telle issue &#224; la guerre imp&#233;rialiste leur apparaissait, bien entendu, comme offrant des avantages sensibles ; si nous ne renversons pas le r&#233;gime r&#233;volutionnaire en Russie, nous entraverons du moins son &#233;volution vers le socialisme, voil&#224; &#224; peu pr&#232;s comment ces puissances raisonnaient, et de leur point de vue, elles ne pouvaient raisonner autrement. En fin de compte elles ont accompli leur t&#226;che &#224; moiti&#233;. Elles n'ont pas renvers&#233; le nouveau r&#233;gime instaur&#233; par la r&#233;volution, mais elles ne lui ont pas permis non plus de faire aussit&#244;t un pas en avant tel qu'il e&#251;t justifi&#233; les pr&#233;visions des socialistes, qui leur e&#251;t permis de d&#233;velopper &#224; une cadence extr&#234;mement rapide les forces productives ; de d&#233;velopper toutes les possibilit&#233;s dont l'ensemble e&#251;t form&#233; le socialisme ; de montrer &#224; tous et &#224; chacun nettement, de toute &#233;vidence, que le socialisme implique des forces immenses et que l'humanit&#233; est pass&#233;e maintenant &#224; un stade de d&#233;veloppement nouveau, qui comporte des perspectives extraordinairement brillantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me des rapports internationaux est maintenant tel qu'en Europe, un Etat, l'Allemagne, est asservi par les vainqueurs. Ensuite, plusieurs Etats, parmi les plus vieux d'Occident, se trouvent, &#224; la suite de la victoire, dans des conditions qui leur permettent d'en profiter pour faire certaines concessions &#224; leurs classes opprim&#233;es, concessions qui, bien que m&#233;diocres, retardent le mouvement r&#233;volutionnaire dans ces pays et cr&#233;ent un semblant de &#171; paix sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, bon nombre de pays, ceux d'Orient, l'Inde, la Chine, etc., pr&#233;cis&#233;ment du fait de la derni&#232;re guerre imp&#233;rialiste, se sont trouv&#233;s d&#233;finitivement rejet&#233;s hors de l'orni&#232;re. Leur &#233;volution s'est orient&#233;e d&#233;finitivement dans la voie g&#233;n&#233;rale du capitalisme europ&#233;en. La fermentation qui travaille toute l'Europe y a commenc&#233;. Et il est clair maintenant, pour le monde entier, qu'ils se sont lanc&#233;s dans une voie qui ne peut manquer d'aboutir &#224; une crise de l'ensemble du capitalisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc &#224; l'heure actuelle plac&#233;s devant cette question : saurons&#8209;nous tenir avec notre petite et tr&#232;s petite production paysanne, avec l'&#233;tat de d&#233;labrement de notre pays, jusqu'au jour o&#249; les pays capitalistes d'Europe occidentale auront achev&#233; leur d&#233;veloppement vers le socialisme ? Mais ils ne l'ach&#232;vent pas comme nous le pensions auparavant. Ils l'ach&#232;vent non par une &#171; maturation &#187; r&#233;guli&#232;re du socialisme chez eux, mais au prix de l'exploitation de certains Etats par d'autres, de l'exploitation du premier Etat vaincu dans la guerre imp&#233;rialiste, exploitation jointe &#224; celle de tout l'Orient. D'autre part, pr&#233;cis&#233;ment par suite de cette premi&#232;re guerre imp&#233;rialiste, l'Orient est entr&#233; d&#233;finitivement dans le mouvement r&#233;volutionnaire, et a &#233;t&#233; d&#233;finitivement entra&#238;n&#233; dans le tourbillon du mouvement r&#233;volutionnaire mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle tactique cette situation impose&#8209;t&#8209;elle &#224; notre pays ? Evidemment la suivante : nous devons faire preuve de la plus grande prudence, afin de conserver notre pouvoir ouvrier, de maintenir sous son autorit&#233; et sous sa direction notre petite et toute petite paysannerie. Nous avons pour nous cet avantage que le monde entier est entra&#238;n&#233; d'ores et d&#233;j&#224; dans un mouvement qui doit engendrer la r&#233;volution socialiste universelle. Mais nous avons aussi ce d&#233;savantage que les imp&#233;rialistes sont parvenus &#224; scinder le monde en deux camps ; et cette scission se complique du fait que l'Allemagne, pays o&#249; le capitalisme est r&#233;ellement &#233;volu&#233;, ne saurait que tr&#232;s difficilement se relever aujourd'hui. Toutes les puissances capitalistes de ce qu'on appelle l'Occident la d&#233;chiqu&#232;tent et l'emp&#234;chent de se relever. D'autre part, l'Orient tout entier, avec ses centaines de millions de travailleurs exploit&#233;s, r&#233;duits &#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, est plac&#233; dans des conditions o&#249; ses forces physiques et mat&#233;rielles ne sauraient aucunement soutenir la comparaison avec les forces physiques, mat&#233;rielles et militaires de n'importe quel Etat, f&#251;t&#8209;il beaucoup plus petit, de l'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvons&#8209;nous conjurer le choc futur avec ces pays imp&#233;rialistes ? Pouvons&#8209;nous esp&#233;rer que les antagonismes et les conflits internes entre les pays imp&#233;rialistes prosp&#232;res d'Occident et les pays imp&#233;rialistes prosp&#232;res d'Orient nous laisseront une tr&#234;ve pour la deuxi&#232;me fois, comme ils l'ont fait la premi&#232;re fois, lorsque la croisade entreprise par la contre&#8209;r&#233;volution occidentale pour venir en aide &#224; la contre&#8209;r&#233;volution russe &#233;choua par suite des contradictions qui existaient dans le camp des contre&#173;r&#233;volutionnaires d'Occident et d'Orient, dans celui des exploiteurs orientaux et des exploiteurs occidentaux, dans celui du Japon et de l'Am&#233;rique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'&#224; cette question il faut r&#233;pondre que la solution d&#233;pend ici d'un trop grand nombre de facteurs ; ce qui permet, en somme, de pr&#233;voir l'issue de la lutte, c'est le fait qu'en fin de compte, le capitalisme lui&#8209;m&#234;me instruit et &#233;duque pour la lutte l'immense majorit&#233; de la population du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de la lutte d&#233;pend finalement de ce fait que la Russie, l'Inde, la Chine, etc., forment l'immense majorit&#233; de la population du globe. Et c'est justement cette majorit&#233; de la population qui, depuis quelques ann&#233;es, est entra&#238;n&#233;e avec une rapidit&#233; incroyable dans la lutte pour son affranchissement ; &#224; cet &#233;gard, il ne saurait y avoir une ombre de doute quant &#224; l'issue finale de la lutte &#224; l'&#233;chelle mondiale. Dans ce sens, la victoire d&#233;finitive du socialisme est absolument et pleinement assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui nous int&#233;resse, ce n'est point cette in&#233;vitable victoire finale du socialisme. Ce qui nous int&#233;resse, c'est la tactique que nous devons suivre, nous, Parti communiste de Russie, nous, pouvoir des Soviets de Russie, pour emp&#234;cher les Etats contre&#8209;r&#233;volutionnaires de l'Europe occidentale de nous &#233;craser. Pour que nous puissions subsister jusqu'au prochain conflit militaire entre l'Occident imp&#233;rialiste contre&#8209;r&#233;volutionnaire et l'Orient r&#233;volutionnaire et nationaliste, entre les Etats les plus civilis&#233;s du monde et les pays arri&#233;r&#233;s comme ceux de l'Orient, et qui forment cependant la majorit&#233;, il faut que cette majorit&#233; ait le temps de se civiliser. Nous non plus, nous ne sommes pas assez civilis&#233;s pour pouvoir passer directement au socialisme, encore que nous en ayons les pr&#233;misses politiques. Il nous faut suivre cette tactique, ou bien adopter pour notre salut la politique suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons nous efforcer de construire un Etat o&#249; les ouvriers continueraient &#224; exercer la direction sur les paysans, garderaient la confiance de ces derniers, et par une &#233;conomie rigoureuse, banniraient de tous les domaines de la vie sociale jusqu'aux moindres exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons r&#233;aliser le maximum d'&#233;conomie dans notre appareil d'Etat. Nous devons en bannir toutes les traces d'exc&#232;s que lui a laiss&#233;es en si grand nombre la Russie tsariste, son appareil capitaliste et bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est&#8209;ce que ce ne sera pas le r&#232;gne de la m&#233;diocrit&#233; paysanne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Si nous conservons &#224; la classe ouvri&#232;re sa direction sur la paysannerie, nous pourrons, au prix d'une &#233;conomie des plus rigoureuses dans la gestion de notre Etat, employer la moindre somme &#233;conomis&#233;e pour d&#233;velopper notre grande industrie m&#233;canis&#233;e, l'&#233;lectrification, l'extraction hydraulique de la tourbe, pour achever la construction de la centrale hydro&#8209;&#233;lectrique du Volkhov [3], etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, et l&#224; seulement, est notre espoir. Alors seulement nous pourrons, pour employer une image, changer de cheval, abandonner la haridelle du paysan, du moujik, renoncer aux &#233;conomies indispensables dans un pays agricole ruin&#233;, et enfourcher le cheval que recherche et ne peut manquer de rechercher le prol&#233;tariat, &#224; savoir, la grande industrie m&#233;canis&#233;e, l'&#233;lectrification, la centrale hydro&#8209;&#233;lectrique du Volkhov, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment je rattache dans mon esprit le plan d'ensemble de notre travail ; de notre politique, de notre tactique, de notre strat&#233;gie, aux t&#226;ches de l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne r&#233;organis&#233;e. Voil&#224; ce qui justifie &#224; mes yeux le souci exceptionnel, l'attention soutenue que nous devons porter &#224; l'Inspection ouvri&#232;re et paysanne, en la pla&#231;ant &#224; une hauteur exceptionnelle, en conf&#233;rant &#224; ses dirigeants les droits du Comit&#233; central, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici la justification : c'est seulement en &#233;purant au maximum notre appareil, en r&#233;duisant au maximum tout ce qui n'est pas absolument n&#233;cessaire, que nous pourrons nous maintenir &#224; coup s&#361;r. Et cela, non pas au niveau d'un pays de petite agriculture paysanne, non pas au niveau de cette &#233;troitesse g&#233;n&#233;ralis&#233;e, mais &#224; un niveau qui s'&#233;l&#232;ve de plus en plus vers la grosse industrie m&#233;canis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les grandes t&#226;ches dont je r&#234;ve pour notre Inspection ouvri&#232;re et paysanne. Voil&#224; pourquoi je projette pour elle la fusion de l'organisme supr&#234;me du Parti avec un &#171; simple &#187; Commissariat du Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 mars 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#171; Comment r&#233;organiser l'Inspection Ouvri&#232;re et Paysanne ? &#187;, 23.1.1923. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Il s'agit de la premi&#232;re centrale hydro&#233;lectrique sovi&#233;tique. Sa construction commen&#231;a d&#232;s 1918 mais ne fut achev&#233;e qu'en qu'en 1926.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, 4 janvier 1923&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Post-scriptum au &#034;testament de L&#233;nine&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Staline est trop brutal, et ce d&#233;faut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intol&#233;rable dans la fonction de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. C'est pourquoi je propose aux camarades de r&#233;fl&#233;chir au moyen de d&#233;placer Staline de ce poste et de nommer &#224; sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue de Staline par une sup&#233;riorit&#233; - c'est-&#224;-dire qu'il soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionn&#233; envers les camarades, moins capricieux, etc. Cette circonstance peut para&#238;tre une bagatelle insignifiante, mais je pense que pour pr&#233;venir une scission, et du point de vue des rapports entre Staline et Trotsky que j'ai examin&#233;s plus haut, ce n'est pas une bagatelle, &#224; moins que ce ne soit une bagatelle pouvant acqu&#233;rir une signification d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cours Nouveau (1923)
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE BUREAUCRATISME ET LA R&#201;VOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. - Les conditions essentielles qui non seulement entravent la r&#233;alisation de l'id&#233;al socialiste, mais encore sont parfois pour la r&#233;volution une source de p&#233;nibles &#233;preuves et de graves dangers, sont suffisamment connues. Ce sont : a) les contradictions sociales int&#233;rieures de la r&#233;volution qui, sous le communisme de guerre, &#233;taient automatiquement comprim&#233;es, mais qui, sous la Nep, se d&#233;ploient fatalement et cherchent &#224; trouver une expression politique ; b) la menace contre-r&#233;volutionnaire que repr&#233;sentant pour la R&#233;publique sovi&#233;tique les &#201;tats imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.- Les contradictions sociales de la r&#233;volution sont ses contradictions de classe. Quelles sont les classes fondamentales de notre pays ? &#8211;a) le prol&#233;tariat, b)la paysannerie, c)la nouvelle bourgeoisie avec la couche d'intellectuels bourgeois qui la recouvre.Au point de vue &#233;conomique et politique, la premi&#232;re place revient au prol&#233;tariat organis&#233; en &#201;tat et &#224; la paysannerie fournissant les produits agricoles qui pr&#233;dominent dans notre &#233;conomie. La nouvelle bourgeoisie joue principalement le r&#244;le d'interm&#233;diaire entre l'industrie sovi&#233;tique et l'agriculture ainsi qu'entre les diff&#233;rentes parties de l'industrie sovi&#233;tique et les diff&#233;rents domaines de l'&#233;conomie rurale. Mais elle ne se borne pas &#224; &#234;tre un interm&#233;diaire commercial ; partiellement, elle assume &#233;galement le r&#244;le d'organisateur de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.- Abstraction faite de la rapidit&#233; du d&#233;veloppement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Occident, la marche de notre r&#233;volution sera d&#233;termin&#233;e par la croissance comparative des trois &#233;l&#233;ments fondamentaux de notre &#233;conomie : industrie sovi&#233;tique, agriculture, et capital commercial et industriel priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.-Les analogies historiques avec la grande R&#233;volution fran&#231;aise (chute des Jacobins) qu'&#233;tablissent le lib&#233;ralisme et le menchevisme et avec lesquelles ils se consolent sont superficielles et inconsistantes. La chute des Jacobins &#233;tait pr&#233;d&#233;termin&#233;e par le manque de maturit&#233; des rapports sociaux : la gauche (artisans et marchands ruin&#233;s), priv&#233;e de la possibilit&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique, ne pouvait &#234;tre un appui ferme pour la r&#233;volution ; la droite (bourgeoisie) croissait fatalement ; enfin, l'Europe, &#233;conomiquement et politiquement plus arri&#233;r&#233;e, emp&#234;chait la r&#233;volution de se d&#233;ployer au-del&#224; des limites de la France.Sous tous ces rapports, notre situation est incomparablement plus favorable. Chez nous, le noyau en m&#234;me temps que la gauche de la r&#233;volution sont le prol&#233;tariat, dont les t&#226;ches et objectifs co&#239;ncident enti&#232;rement avec la r&#233;alisation de l'id&#233;al socialiste. Le prol&#233;tariat est politiquement si fort que permettant, dans certaines limites, la formation &#224; ses c&#244;t&#233;s d'une nouvelle bourgeoisie, il fait participer la paysannerie au pouvoir &#233;tatique non pas par l'interm&#233;diaire de la bourgeoisie et des partis petits-bourgeois, mais directement, barrant ainsi &#224; la bourgeoisie l'acc&#232;s &#224; la vie politique. La situation &#233;conomique et politique de l'Europe non seulement n'exclut pas, mais rend in&#233;vitable l'extension de la r&#233;volution sur son territoire. Si donc, en France, la politique m&#234;me la plus clairvoyante des Jacobins e&#251;t &#233;t&#233; impuissante &#224; modifier radicalement le cours des &#233;v&#233;nements, chez nous, o&#249; la situation est infiniment plus favorable, la justesse d'une ligne politique trac&#233;e selon les m&#233;thodes du marxisme sera pour un temps consid&#233;rable un facteur d&#233;cisif dans la sauvegarde de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.-Prenons l'hypoth&#232;se historique la plus d&#233;favorable pour nous. Le d&#233;veloppement rapide du capital priv&#233;, s'il se produisait, signifierait que l'industrie et le commerce sovi&#233;tiques, y compris la coop&#233;ration, n'assurent pas la satisfaction des besoins de l'&#233;conomie paysanne. En outre, il montrerait que le capital priv&#233; s'interpose de plus en plus entre l'&#201;tat ouvrier et la paysannerie, acquiert une influence &#233;conomique et, partant, politique sur cette derni&#232;re. Il va de soi qu'une telle rupture entre l'industrie sovi&#233;tique et l'agriculture, entre le prol&#233;tariat et la paysannerie, constituerait un grave danger pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne, un sympt&#244;me de la possibilit&#233; du triomphe de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.-Quelles sont les voies politiques par lesquelles pourrait venir la victoire de la contre-r&#233;volution si les hypoth&#232;ses &#233;conomiques que nous venons d'exposer se r&#233;alisaient ? Il pourrait y en avoir plusieurs : le renversement du parti ouvrier, sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence progressive, enfin une d&#233;g&#233;n&#233;rescence partielle accompagn&#233;e de scissions et de bouleversements contre-r&#233;volutionnaires. La r&#233;alisation de l'une ou l'autre de ces &#233;ventualit&#233;s d&#233;pendrait surtout de l'allure du d&#233;veloppement &#233;conomique. Au cas o&#249; le capital priv&#233; parviendrait peu &#224; peu, lentement, &#224; dominer le capital sovi&#233;tique, l'appareil sovi&#233;tique subirait vraisemblablement une d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise avec les cons&#233;quences qu'elle comporterait pour le Parti. Si le capital priv&#233; croissait rapidement et arrivait &#224; se mettre en contact, &#224; se souder avec la paysannerie, les tendances contre-r&#233;volutionnaires actives dirig&#233;es contre le Parti pr&#233;vaudraient alors probablement.Si nous exposons cr&#251;ment ces hypoth&#232;ses, ce n'est pas &#233;videmment parce que nous les consid&#233;rons comme historiquement probables (leur probabilit&#233; au contraire est minime) mais parce que seule, une telle fa&#231;on de poser la question permet une orientation historique juste et, partant, l'adoption de toutes les mesures pr&#233;ventives possibles. Notre sup&#233;riorit&#233;, &#224; nous marxistes, est de distinguer et de saisir les nouvelles tendances et les nouveaux dangers m&#234;me lorsqu'ils ne sont encore qu'&#224; l'&#233;tat embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.-La conclusion de ce que nous avons dit dans le domaine &#233;conomique nous ram&#232;ne au probl&#232;me des &#8220;ciseaux&#8221;, c'est-&#224;-dire &#224; l'organisation rationnelle de l'industrie, &#224; sa coordination avec le march&#233; paysan. Perdre du temps en l'occurrence, c'est ralentir notre lutte contre le capital priv&#233;. C'est l&#224; qu'est la t&#226;che principale, la cl&#233; essentielle du probl&#232;me de la r&#233;volution et du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.-Si le danger contre-r&#233;volutionnaire surgit comme nous l'avons dit de certains rapports sociaux, cela ne veut nullement dire que par une politique rationnelle, on ne puisse parer &#224; ce danger (m&#234;me avec des conditions &#233;conomiques d&#233;favorables pour la r&#233;volution), le diminuer, l'&#233;loigner, l'ajourner. Or, un tel ajournement &#224; son tour est susceptible de sauver la r&#233;volution en lui assurant, soit un revirement &#233;conomique favorable &#224; l'int&#233;rieur, soit le contact avec la r&#233;volution victorieuse en Europe. Voil&#224; pourquoi, sur la base de la politique &#233;conomique indiqu&#233;e plus haut, il nous faut une politique d&#233;termin&#233;e de l'&#201;tat et du Parti (y compris une politique d&#233;termin&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du Parti), ayant pour but de contrecarrer l'accumulation et le renforcement des tendances dirig&#233;es contre la dictature de la classe ouvri&#232;re et aliment&#233;es par les difficult&#233;s et les insucc&#232;s du d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 -L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la composition sociale de notre Parti refl&#232;te les contradictions objectives du d&#233;veloppement de la r&#233;volution avec les tendances et dangers qui en d&#233;coulent : Les noyaux d'usine qui assurent la liaison du Parti avec la classe essentielle de la r&#233;volution repr&#233;sentent maintenant un sixi&#232;me de l'effectif du Parti. En d&#233;pit de tous leurs c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs, les cellules des institutions sovi&#233;tiques assurent au Parti la direction de l'appareil &#233;tatique ; aussi leur importance est-elle consid&#233;rable. Les anciens militants participent dans une forte proportion &#224; la vie du Parti par l'interm&#233;diaire de ces cellules. Les cellules rurales donnent au Parti une certaine liaison (tr&#232;s faible encore) avec la campagne.Les cellules militaires r&#233;alisent la liaison du Parti avec l'arm&#233;e et, par cette derni&#232;re &#233;galement, avec la campagne (surtout). Enfin, dans les cellules des institutions d'enseignement, toutes ces tendances et influences se m&#234;lent et s'entrecroisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.- Par leur composition de classe, les cellules d'usine sont, il va de soi, fondamentales. Mais comme elles constituent un sixi&#232;me seulement du Parti et que leurs &#233;l&#233;ments les plus actifs leur sont enlev&#233;s pour &#234;tre affect&#233;s &#224; l'appareil du Parti ou de l'&#201;tat, le Parti ne peut encore, par malheur, s'appuyer uniquement ou m&#234;me principalement sur elles.Leur croissance sera l'indicateur le plus s&#251;r des succ&#232;s du Parti dans l'industrie, dans l'&#233;conomie en g&#233;n&#233;ral, et en m&#234;me temps la meilleure garantie qu'il conservera son caract&#232;re prol&#233;tarien. Mais il n'est gu&#232;re possible d'esp&#233;rer leur accroissement rapide dans un avenir prochain. Par suite, le Parti sera oblig&#233; dans la p&#233;riode prochaine d'assurer son &#233;quilibre int&#233;rieur et sa ligne r&#233;volutionnaire en s'appuyant sur des cellules &#224; composition sociale h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.- Les tendances contre-r&#233;volutionnaires peuvent trouver un appui dans les koulaks, les interm&#233;diaires, les revendeurs, les concessionnaires, en un mot dans des &#233;l&#233;ments beaucoup plus capables d'envelopper l'appareil &#233;tatique que le Parti lui-m&#234;me. Seules, les cellules paysannes et militaires pourraient &#234;tre menac&#233;es d'une influence plus directe et m&#234;me d'une p&#233;n&#233;tration de la part des koulaks.N&#233;anmoins, la diff&#233;renciation de la paysannerie repr&#233;sente un facteur susceptible de contrecarrer cette influence. L'inadmission des koulaks dans l'arm&#233;e (y compris les divisions territoriales) doit non seulement rester une r&#232;gle intangible, mais encore devenir une mesure importante d'&#233;ducation politique de la jeunesse rurale, des unit&#233;s militaires et particuli&#232;rement des cellules militaires.Les ouvriers assureront leur r&#244;le dirigeant dans les cellules militaires en opposant politiquement les masses rurales laborieuses de l'arm&#233;e &#224; la couche renaissante des koulaks. Dans les cellules rurales &#233;galement, cette opposition devra &#234;tre mise en lumi&#232;re. Le succ&#232;s du travail d&#233;pendra &#233;videmment, en fin de compte, de la mesure o&#249; l'industrie &#233;tatique r&#233;ussira &#224; satisfaire les besoins de la campagne.Mais quelle que soit la rapidit&#233; de nos succ&#232;s &#233;conomiques, notre ligne politique fondamentale dans les cellules militaires doit &#234;tre dirig&#233;e non pas simplement contre la nouvelle bourgeoisie, mais avant tout contre la couche des koulaks, seul appui s&#233;rieux et possible de toutes les tentatives contre-r&#233;volutionnaires. Sous ce rapport, il nous faut une analyse plus minutieuse des diff&#233;rentes parties cons&#233;cutives de l'arm&#233;e au point de vue de leur composition sociale.18&#201;crit avant la mort de L&#233;nine. Gros bonnets campagnards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.- Il est indubitable que par l'interm&#233;diaire des cellules rurales et militaires s'infiltrent et s'infiltreront dans le Parti des tendances refl&#233;tant plus ou moins la campagne avec les traits sp&#233;ciaux qui la distinguent de la ville. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, les cellules rurales n'auraient aucune valeur pour le Parti.Les modifications de l'&#233;tat d'esprit qui se manifestent dans ces cellules sont pour le Parti un rappel ou un avertissement. La possibilit&#233; de diriger ces cellules selon la ligne du Parti d&#233;pend de la justesse de la direction g&#233;n&#233;rale du Parti ainsi que de son r&#233;gime int&#233;rieur et, en fin de compte, de nos succ&#232;s dans la solution du probl&#232;me d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13.-L'appareil &#233;tatique est la source la plus importante du bureaucratisme. D'une part, il absorbe une quantit&#233; &#233;norme des &#233;l&#233;ments les plus actifs du Parti et apprend aux plus capables d'entre eux les m&#233;thodes d'administration des hommes et des choses, et non la direction politique des masses. D'autre part, il accapare dans une large mesure l'attention de l'appareil du Parti sur lequel il influe par ses m&#233;thodes d'administration. De l&#224;, dans une large mesure, la bureaucratisation de l'appareil, laquelle menace de d&#233;tacher le Parti des masses. C'est ce danger pr&#233;cis&#233;ment qui est maintenant le plus &#233;vident, le plus direct. La lutte contre les autres dangers doit, dans les conditions actuelles, commencer par la lutte contre le bureaucratisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.-Il est indigne d'un marxiste de consid&#233;rer que le bureaucratisme n'est que l'ensemble des mauvaises habitudes des employ&#233;s de bureau. Le bureaucratisme est un ph&#233;nom&#232;ne social en tant que syst&#232;me d&#233;termin&#233; d'administration des hommes et des choses. Il a pour causes profondes l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la soci&#233;t&#233;, la diff&#233;rence des int&#233;r&#234;ts journaliers et fondamentaux des diff&#233;rents groupes de la population. Le bureaucratisme se complique du fait du manque de culture des larges masses. Chez nous, la source essentielle du bureaucratisme r&#233;side dans la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er et de soutenir un appareil &#233;tatique alliant les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat et ceux de la paysannerie dans une harmonie &#233;conomique parfaite, dont nous sommes encore tr&#232;s loin. La n&#233;cessit&#233; d'entretenir une arm&#233;e permanente est &#233;galement une autre source importante de bureaucratisme.Il est &#233;vident que les ph&#233;nom&#232;nes sociaux n&#233;gatifs que nous venons d'&#233;num&#233;rer et qui alimentent maintenant le bureaucratisme pourraient, s'ils continuaient &#224; se d&#233;velopper, mettre la r&#233;volution en danger. Nous avons mentionn&#233; plus haut cette hypoth&#232;se : le d&#233;saccord croissant entre l'&#233;conomie sovi&#233;tique et l'&#233;conomie paysanne, le renforcement des koulaks dans les campagnes, leur alliance avec le capital commercial et industriel priv&#233;, telles seraient, &#233;tant donn&#233; le niveau culturel des masses laborieuses de la campagne et en partie de la ville, les causes des dangers contre-r&#233;volutionnaires &#233;ventuels. En d'autres termes, le bureaucratisme dans l'appareil &#233;tatique et dans le Parti est l'expression des tendances les plus f&#226;cheuses inh&#233;rentes &#224; notre situation, des d&#233;fauts et des d&#233;viations de notre travail qui, dans certaines conditions sociales, peuvent saper les bases de la r&#233;volution. Et, en l'occurrence, comme en beaucoup d'autres cas, la quantit&#233;, &#224; un stade d&#233;termin&#233;, se transformera en qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15.-La lutte contre le bureaucratisme de l'appareil &#233;tatique est une t&#226;che exceptionnellement importante, mais exigeant beaucoup de temps et plus ou moins parall&#232;le &#224; nos autres t&#226;ches fondamentales : reconstruction &#233;conomique et &#233;l&#233;vation du niveau culturel des masses.L'instrument historique le plus important pour l'accomplissement de toutes ces t&#226;ches est le Parti. &#201;videmment, le Parti ne peut s'arracher aux conditions sociales et culturelles du pays. Mais, organisation volontaire de l'avant-garde, des &#233;l&#233;ments les meilleurs, les plus actifs, les plus conscients de la classe ouvri&#232;re, il peut beaucoup plus que l'appareil &#233;tatique se pr&#233;server contre les tendances du bureaucratisme. Pour cela, il doit voir clairement le danger et le combattre sans rel&#226;che.De l&#224;, l'importance immense de l'&#233;ducation de la jeunesse du Parti, bas&#233;e sur l'initiative personnelle, afin d'arriver &#224; modifier le fonctionnement de l'appareil &#233;tatique et &#224; le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux&#8209;bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est&#8209;&#224;&#173;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt; 2. La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle&#173;-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui&#8209;ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt; 4. Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre&#8209;r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre&#8209;r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt; 5. Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par&#8209;dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate&#8209;forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt; 6. La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti&#8209;marxiste, invent&#233;e en 1925 &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C.&#8209; c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt; 7. La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle&#8209;ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle&#8209;ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; 8. Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt; 9. L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de &#173;concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt; Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt; 10. La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre&#8209;temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut&#8209;on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt; 11. Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224;&#8209;dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt; 12. Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire &#8209; tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt; 13. La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti &#8209; convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti &#8209; a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui&#8209;ci, exerc&#233;e par son avant&#8209;garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux&#173;-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt; 14. Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt; 15. Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi ne pensons&#8209;nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures : M . Alsky &#8209; A. Beloborodov &#8209; A. Ichtchenko - L. Trotsky &#8209; K. Radek &#8209; Kh. Rakovsky &#8209; E. A. Pr&#233;obrajensky &#8209; I. N. Smirnov &#8209; L. S&#233;r&#233;briakov &#8209; I. Smilga - L Sosnovsky &#8209; N. I. Mouralov &#8209; G. Valentinov - Nevelson-Man &#8209; V. Eltsine &#8209; V. Vaganian &#8209; V. Maliouta &#8209; V. Kasparova &#8209;S. Kavtaradz&#233; &#8209; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Piotr N. Wrangel (1878&#8209;1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate&#8209;forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov &#8209; qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#8209; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous&#8209;estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo&#8209;russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239;&#8209;chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239;&#8209;chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline&#8209;Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plate-forme pour le XV&#176; congr&#232;s du PCUS
&lt;p&gt;Opposition bolch&#233;vique unifi&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 13 membres du CC et de la CCC soumettent au CC du PC de l'URSS la plate-forme ci-dessous des bolcheviks-l&#233;ninistes (Opposition) pour le XV&#176; Congr&#232;s du PC de l'URSS [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se r&#233;servent le droit &#224; la veille du Congr&#232;s et apr&#232;s un &#233;change d'opinions dans la presse et dans les r&#233;unions du Parti de la pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le texte avait &#233;t&#233; essentiellement r&#233;dig&#233; par Trotsky et Zinoviev. Parmi ses signaitaires : Radek, Kamenev, Rakovsky, Preobrajensky, etc. 10 000 militants prirent position en faveur de ce texte ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(extrait) Les soviets&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'appareil bureaucratique de n'importe quel &#201;tat bourgeois, ind&#233;pendamment de sa forme, domine la population, lie &#233;troitement la caste dirigeante, inculque aux travailleurs le respect et la peur du Gouvernement. La R&#233;volution d'Octobre, qui rempla&#231;a l'ancienne structure de l'&#201;tat par les Soviets des ouvriers, des paysans et des soldats, porta le coup le plus terrible qu'ait enregistr&#233; l'Histoire au gouvernement bureaucratique. Le programme du parti dit &#224; ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le PCR, en menant la lutte la plus &#233;nergique contre le bureaucratisme, pour vaincre compl&#232;tement ce fl&#233;au, prend les mesures suivantes : 1&#176; attirer chaque membre des soviets dans l'accomplissement d'un certain travail de direction de l'&#201;tat ; 2&#176; afin de familiariser les membres des soviets avec tous les domaines du travail de direction de l'&#201;tat, chacun, &#224; tour de r&#244;le, occupera les diff&#233;rentes fonctions ; 3&#176; attirer, petit &#224; petit, toute la population laborieuse &#224; la direction de l'&#201;tat. L'application int&#233;grale de ces diff&#233;rentes mesures nous donne la possibilit&#233; de faire un pas en avant dans la voie d&#233;j&#224; t c&#233;e par la Commune de Paris, qui conduit &#224; la simplification de l'appareil de direction au fur et &#224; mesure que le niveau culturel des travailleurs s'&#233;l&#232;ve ; ces mesures nous m&#232;nent vers la suppression du pouvoir &#233;tatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bureaucratisme sovi&#233;tique ne se manifeste pas exclusivement dans la lenteur administrative, le nombre exag&#233;r&#233; des fonctionnaires, etc., mais il joue un r&#244;le de classe, par ses liaisons, ses amiti&#233;s, sa force, ses privil&#232;ges, ses rapports avec le nepman et le man&#339;uvre, l'intellectuel et l'illettr&#233;, la femme d'un &#171; haut &#187; fonctionnaire et la simple paysanne, etc. Qui est soutenu par le fonctionnaire ? Telle est la question primordiale qui se pose journellement devant des millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore &#224; la veille de la R&#233;volution d'Octobre, L&#233;nine s'appuyant sur l'analyse faite par Marx de la Commune de Paris soutenait fortement cette id&#233;e que dans un &#201;tat socialiste les gens occupant des fonctions publiques cesseront d'&#234;tre des &#171; bureaucrates &#187;, des &#171; fonctionnaires &#187;, dans la mesure o&#249; on introduira, entre l'&#233;ligibilit&#233;, le droit d'&#234;tre remplac&#233;, &#224; n'importe quel moment ; dans la mesure o&#249; on abaissera le salaire au niveau du salaire moyen des ouvriers ; dans la mesure o&#249; on remplacera les institutions parlementaires par des institutions qui &#233;dictent les lois et les appliquent elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle voie emprunte, dans ces derniers temps, le d&#233;veloppement de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ? Est-ce celle des simplifications, de la diminution des d&#233;penses, de la prol&#233;tarisation, du rapprochement des travailleurs des villes et des campagnes, de la diminution de la &#171; distance &#187; entre les gouvernants et les gouvern&#233;s ? O&#249; en est-on dans le domaine de l'&#233;galit&#233; des conditions de vie, des droits et des devoirs ? Avons-nous, dans ce domaine, fait un pas en avant ? Il est clair qu'on ne petit r&#233;pondre par l'affirmative &#224; aucune de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident quela r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; compl&#232;te et r&#233;elle n'est possible que dans les conditions de la disparition des classes. A l'&#233;poque de la Nep, la r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; est plus difficile, elle est ralentie mais ne dispara&#238;t pas. La Nep, pour nous, est le chemin vers le socialisme et non vers le capitalisme ; par cons&#233;quent, une des t&#226;ches principales du parti reste, pendant la Nep, d'attirer progressivement au travail de direction de l'&#201;tat toute la population laborieuse et de lutter syst&#233;matiquement pour une &#233;galit&#233; plus grande. Cette lutte ne sera victorieuse qu'&#224; la condition que l'industrialisation du pays se d&#233;veloppe et que le r&#244;le dirigeant du prol&#233;tariat grandisse dans tous les domaines de l'&#233;dification &#233;conomique et culturelle. La lutte pour une &#233;galit&#233; plus grande n'exclut pas, dans la p&#233;riode transitoire actuelle, une r&#233;mun&#233;ration plus grande des sp&#233;cialistes de l'industrie, de m&#234;me qu'elle n'exclut pas une meilleure r&#233;mun&#233;ration des ouvriers qualifi&#233;s, l'&#233;l&#233;vation des conditions de vie &#224; un niveau sup&#233;rieur &#224; celui des pays bourgeois, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut qu'on se rende compte clairement que, chez nous, ces derniers temps, l'arm&#233;e des fonctionnaires a grandi et qu'elle se soude int&#233;rieurement, s'&#233;l&#232;ve au-dessus des administr&#233;s, se lie aux couches ais&#233;es des villes et des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, les &#171; instructions &#187; &#233;lectorales accordant des droits &#233;lectoraux &#224; des &#233;l&#233;ments capitalistes fort nombreux, d&#233;montrent d'une mani&#232;re &#233;clatante la fa&#231;on dont l'appareil bureaucratique, y compris sa t&#234;te, r&#233;pond aux exigences des couches sup&#233;rieures, des riches, de ceux qui accumulent et s'enrichissent. L'annulation de ces &#171; instructions &#187; qui, en fait, violaient la Constitution sovi&#233;tique, a &#233;t&#233; prononc&#233;e - cela ne fait aucun doute - par suite des critiques de l'Opposition. Mais, d&#233;j&#224;, les premi&#232;res r&#233;&#233;lections qui se sont faites, selon les nouvelles instructions, ont d&#233;montr&#233; que, dans divers endroits, existe une tendance, encourag&#233;e d'en haut, &#224; enlever au plus petit nombre possible des couches ais&#233;es les droits &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceci n'est plus le centre de la question. Le poids sp&#233;cifique de la nouvelle bourgeoisie et des koulaks grandit sans cesse, ils se rapprochent des bureaucrates et, aid&#233;s par les fautes de la direction, le koulak et le nepman, m&#234;me n'avant plus de droits politiques, gardent n&#233;anmoins la possibilit&#233; d'influencer, tout en restant derri&#232;re les coulisses, la composition et la politique des organes de base du pouvoir sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;n&#233;tration des &#233;l&#233;ments koulaks, &#171; sous-koulaks &#187; et de la petite bourgeoisie des villes dans les soviets de base, p&#233;n&#233;tration qui a commenc&#233; en 1925 et fut partiellement arr&#234;t&#233;e par la r&#233;sistance de l'Opposition, repr&#233;sente un processus politique tr&#232;s important. Les cons&#233;quences les plus funestes pour la dictature du prol&#233;tariat peuvent r&#233;sulter de la n&#233;gligence ou de la dissimulation de ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soviets des villes, arme principale pour attirer les ouvriers et en g&#233;n&#233;ral les travailleurs &#224; la direction de l'&#201;tat, s'&#233;loignent, ces derni&#232;res ann&#233;es, de leur but, refl&#233;tant de cette fa&#231;on un regroupement dans les rapports de classe aux d&#233;pens du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut combattre ces ph&#233;nom&#232;nes par une &#171; activisation &#187; administrative des soviets, mais seulement par une ferme ligne de classe, en menant la lutte contre les nouveaux exploiteurs, en augmentant l'activit&#233; et l'influence du prol&#233;tariat et des paysans pauvres dans toutes les institutions sovi&#233;tiques sans exception ainsi que dans tous les organes de l'&#201;tat sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; th&#233;orie &#187; de Molotov, qui dit qu'on ne peut pas exiger le rapprochement des ouvriers de l'&#201;tat et l'&#201;tat des ouvriers car, dit-il, notre &#201;tat est d&#233;j&#224; un &#201;tat ouvrier (Pravda, 13-12-1925), repr&#233;sente une formule malsaine du bureaucratisme, car elle couvre d'avance toutes les alt&#233;rations bureaucratiques. La critique de la &#171; th&#233;orie &#187; anti-l&#233;niniste de Molotov, qui trouve un appui tacite de la part de larges cercles des administrations sovi&#233;tiques, est repr&#233;sent&#233;e par le cours actuel comme une d&#233;viation social-d&#233;mocrate, alors que la lutte la plus cat&#233;gorique contre une telle &#171; th&#233;orie &#187; et des &#171; th&#233;ories &#187; semblables est le seul moyen de lutter effectivement contre le bureaucratisme, non pas en transformant un certain nombre d'ouvriers en fonctionnaires, mais en rapprochant les couches inf&#233;rieures des ouvriers et des pays de tout l'appareil d'&#201;tat, dans toutes ses fonctions quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte officielle contre le bureaucratisme, qui ne s'appuie pas sur l'activit&#233; de classe du prol&#233;tariat et qui essaie de la remplacer par les efforts de l'appareil lui-m&#234;me, ne donne pas et ne peut donner de r&#233;sultats appr&#233;ciables et dans beaucoup de cas renforce le bureaucratisme existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie int&#233;rieure des soviets se sont manifest&#233;s, pendant cette derni&#232;re p&#233;riode, divers processus &#224; caract&#232;re n&#233;gatif. Les soviets s'&#233;cartent de plus en plus des solutions des probl&#232;mes politiques, &#233;conomiques et culturels essentiels, et deviennent des adjonctions aux Comit&#233;s ex&#233;cutifs et aux bureaux de ceux&#173;-ci. Tout le travail de direction est concentr&#233; dans les mains de ces derniers. L'examen des questions dans les pl&#233;nums des soviets n'a qu'un caract&#232;re de pure exhibition. En m&#234;me temps, on prolonge les d&#233;lais fix&#233;s par les r&#233;&#233;lections des organes sovi&#233;tiques, on augmente l'ind&#233;pendance de ces derniers vis-&#224;-vis des larges masses ouvri&#232;res. Tout ceci renforce &#233;trangement le poids des fonctionnaires dans les solutions des diverses questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades &#233;lus &#224; des postes tr&#232;s importants sont remplac&#233;s, au premier diff&#233;rend avec le pr&#233;sident du Soviet, et encore plus vite si ce diff&#233;rend se produit avec le secr&#233;taire du Comit&#233; R&#233;gional du Parti ; de cette mani&#232;re, l'&#233;ligibilit&#233;, en fait, est supprim&#233;e ; la responsabilit&#233; directe, vis-&#224;-vis des ouvriers, diminue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. De prendre une ligne ferme, l&#233;niniste, dans la lutte contre le fonctionnarisme, en limitant les aspirations capitalistes de la nouvelle bourgeoisie et des koulaks, en introduisant progressivement la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans le parti, les syndicats et les soviets.&lt;br class='autobr' /&gt; 2. D'appliquer le mot d'ordre de rapprochement des ouvriers, des ouvriers agricoles, des paysans pauvres et des paysans moyens de l'&#201;tat, en subordonnant l'appareil d'&#201;tat aux exigences vitales des larges masses travailleuses.&lt;br class='autobr' /&gt; 3. D'activer les soviets et d'&#233;lever l'activit&#233; politique de classe des ouvriers, des ouvriers agricoles, des paysans pauvres et moyens.&lt;br class='autobr' /&gt; 4. De transformer les soviets des villes en de v&#233;ritables organes du pouvoir prol&#233;tarien, instruments destin&#233;s &#224; entra&#238;ner les larges masses des travailleurs &#224; la t&#226;che de direction dans la construction socialiste. R&#233;aliser, non en paroles, mais en fait le contr&#244;le de la part des soviets des villes sur le travail du Comit&#233; Ex&#233;cutif d&#233;partemental et des organes qui leur sont subordonn&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; 5. Cesser d&#233;finitivement d'&#233;carter des camarades &#233;lus aux postes de direction du travail sovi&#233;tique, &#224; l'exception des cas vraiment indispensables, susceptibles d'&#234;tre compris par les &#233;lecteurs.&lt;br class='autobr' /&gt; 6. De tenter d'arriver &#224; ce que n'importe quel man&#339;uvre ou n'importe quelle paysanne soient convaincus, l'exp&#233;rience aidant, que dans n'importe quelle institution sovi&#233;tique ils trouveront de l'attention, des conseils et un soutien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dangers professionnels du pouvoir
&lt;p&gt;Khristian Rakovsky&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une lettre sur les causes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti et de l'appareil d'&#233;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher camarade Valentinov,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans vos R&#233;flexions sur les masses dat&#233;es du 9 juillet, en soulevant la question de &#034;l'activit&#233;&#034; de la classe ouvri&#232;re vous abordez un probl&#232;me-cl&#233;, celui de savoir comment conserver au prol&#233;tariat son r&#244;le dirigeant dans notre Etat. Bien que toutes les revendications de l'Opposition tendent pr&#233;cis&#233;ment vers ce but, je suis d'accord avec vous que tout n'a pas &#233;t&#233; dit sur cette question. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous l'avons toujours examin&#233;e en liaison avec l'ensemble du probl&#232;me de la prise et de la conservation du pouvoir politique, alors que, pour l'&#233;clairer davantage, il e&#251;t fallu lui r&#233;server un sort particulier, la traiter comme une question sp&#233;cifique et &#224; part enti&#232;re, caract&#232;re qu'en fait les &#233;v&#233;nements se sont eux-m&#234;mes charg&#233;s de lui donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition a, en temps voulu, sonn&#233; l'alarme devant l'effroyable d&#233;clin du militantisme des masses travailleuses et leur indiff&#233;rence croissante envers la destin&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat et de l'Etat sovi&#233;tique, et ce fait restera &#224; jamais son m&#233;rite vis-&#224;-vis du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;ferlement actuel de manifestations d'un arbitraire sans pr&#233;c&#233;dent, le fait le plus caract&#233;ristique, et qui en constitue le principal danger, tient pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette passivit&#233; des masses (passivit&#233; plus grande encore parmi les communistes que chez les sans-parti) envers ces actes scandaleux. Des ouvriers en ont &#233;t&#233; t&#233;moins, mais, par crainte des puissants ou par indiff&#233;rence politique, ils les ont laiss&#233; passer sans protester ou bien se sont content&#233;s de ronchonner. Depuis l'affaire de Tchoubarovo (pour ne pas remonter plus haut) jusqu'aux tout derniers abus de Smolensk, d'Artemovka (1) , etc, on entend toujours le m&#234;me refrain &#034;Nous le savions depuis longtemps d&#233;j&#224;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vols, pr&#233;varication, violences physiques, extorsion de fonds, abus de pouvoir inou&#239;s, arbitraire illimit&#233;, ivrognerie, d&#233;bauche : on parle de tout cela comme de faits d&#233;j&#224; connus, non depuis des mois mais depuis des ann&#233;es, et que tout le monde tol&#232;re sans savoir pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas besoin d'expliquer que quand la bourgeoisie mondiale vocif&#232;re sur les vices de l'Etat sovi&#233;tique, nous pouvons l'ignorer avec un tranquille m&#233;pris. Nous ne connaissons que trop la &#034;puret&#233;&#034; de m&#339;urs des gouvernements et parlements bourgeois du monde entier. Mais ce n'est pas sur eux que nous devons prendre mod&#232;le : chez nous, il s'agit d'un Etat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nul ne peut nier les terribles ravages provoqu&#233;s dans la classe ouvri&#232;re par son indiff&#233;rence quant &#224; la marche de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet aspect, la question des causes de cette indiff&#233;rence et des moyens pour l'&#233;liminer s'av&#232;re essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela m&#234;me nous oblige &#224; la traiter en allant &#224; la racine du probl&#232;me, scientifiquement, et &#224; en soumettre toutes les facettes &#224; l'analyse. Ce ph&#233;nom&#232;ne m&#233;rite que nous lui accordions la plus extr&#234;me attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation que vous en donnez est, indiscutablement, correcte : chacun de nous l'a d&#233;j&#224; expos&#233;e dans ses interventions et elle a d&#233;j&#224; en partie trouv&#233; son expression dans notre Plate-forme (2). N&#233;anmoins, ces explications et les rem&#232;des propos&#233;s pour sortir d'une aussi grave situation ont eu et ont encore un caract&#232;re empirique ; ils se r&#233;f&#232;rent &#224; des cas particuliers sans r&#233;soudre le fond de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, cela provient de ce que cette question est, en soi, nouvelle. Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous avions connu un grand nombre de cas o&#249; l'esprit d'initiative de la classe ouvri&#232;re avait faibli, sombr&#233; non seulement dans une apathie petite-bourgeoise g&#233;n&#233;ralis&#233;e, mais m&#234;me recul&#233; jusqu'au stade de la r&#233;action politique. Mais ces exemples nous &#233;taient apparus en une p&#233;riode o&#249;, aussi bien ici qu'&#224; l'&#233;tranger, le prol&#233;tariat luttait encore pour la conqu&#234;te du pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvions pas avoir d'exemples de d&#233;clin de l'ardeur du prol&#233;tariat &#224; une &#233;poque o&#249; il aurait d&#233;j&#224; en le pouvoir, pour la simple raison que, dans l'histoire, nous nous trouvons pour la premi&#232;re fois dans un cas o&#249; le prol&#233;tariat a gard&#233; le pouvoir aussi longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous savions ce qui pouvait arriver au prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire &#224; quelles fluctuations pouvait &#234;tre soumis son &#233;tat d'esprit, quand il &#233;tait une classe opprim&#233;e et exploit&#233;e. Mais c'est maintenant seulement que nous pouvons &#233;valuer, sur la base des faits, les changements d'&#233;tat d'esprit d'une classe ouvri&#232;re devenue une classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position politique (de classe dirigeante) n'est pas exempte de dangers ; ils sont, au contraire, tr&#232;s grands. Je n'entends pas ici les difficult&#233;s objectives dues &#224; l'ensemble des conditions historiques (encerclement capitaliste &#224; l'ext&#233;rieur, pression petite-bourgeoise &#224; l'int&#233;rieur du pays), mais les difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; toute nouvelle classe dirigeante, en tant que cons&#233;quences de la prise et de l'exercice du pouvoir lui-m&#234;me, et de la fa&#231;on dont on sait ou pas s'en servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprenez que ces difficult&#233;s subsisteraient &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre m&#234;me si, un instant, nous admettions le pays uniquement habit&#233; par des masses prol&#233;tariennes et son environnement constitu&#233; d'&#201;tats prol&#233;tariens. Ces difficult&#233;s, on pourrait les appeler les &#034;dangers professionnels&#034; du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la situation d'une classe qui lutte pour la prise du pouvoir diff&#232;re de celle d'une classe qui d&#233;tient d&#233;j&#224; le pouvoir depuis quelque temps et, r&#233;p&#233;tons-le, j'envisage ici non pas ce qui diff&#233;rencie ces situations sous l'angle des rapports du prol&#233;tariat avec les autres classes, mais du point de vue des nouveaux rapports qui se cr&#233;ent dans la classe victorieuse elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sente une classe passant &#224; l'offensive ? Un maximum d'unit&#233; et de coh&#233;sion. L'esprit corporatiste, les particularismes, sans parler de l'int&#233;r&#234;t individuel, tout cela passe &#224; l'arri&#232;re-plan. L'initiative est totalement entre les mains m&#234;mes de la masse en lutte et de son avant-garde r&#233;volutionnaire, li&#233;e organiquement &#224; cette masse de la fa&#231;on la plus intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une classe s'est empar&#233;e du pouvoir, une certaine partie de cette classe devient l'agent de ce pouvoir. C'est ainsi qu'appara&#238;t la bureaucratie. Dans un Etat prol&#233;tarien, o&#249; l'accumulation capitaliste est interdite aux membres du parti dirigeant, cette diff&#233;renciation commence par &#234;tre fonctionnelle, par la suite elle devient sociale. Je ne dis pas de classe, mais sociale. Je pense ici &#224; la position sociale d'un communiste qui dispose d'une voiture, d'un bon appartement, de vacances r&#233;guli&#232;res, et qui per&#231;oit le salaire maximum autoris&#233; par le parti. Sa position diff&#232;re de celle du communiste qui travaille dans les mines de charbon et qui re&#231;oit un salaire de 50 &#224; 60 roubles par mois (parce que ce dont nous discutons ici, c'est des ouvriers et des employ&#233;s, et vous savez qu'on les a class&#233;s en dix-huit cat&#233;gories diff&#233;rentes) (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a aussi pour effet que certaines des fonctions remplies autrefois par le parti tout entier, par la classe tout enti&#232;re, sont d&#233;sormais du ressort du pouvoir, c'est-&#224;-dire de quelques personnes seulement dans ce parti et dans cette classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; et la coh&#233;sion, auparavant cons&#233;quences naturelles de la lutte de classe r&#233;volutionnaire, ne peuvent plus maintenant &#234;tre conserv&#233;es que gr&#226;ce &#224; tout un syst&#232;me de mesures ayant pour but de pr&#233;server un &#233;quilibre entre les diff&#233;rents groupes de cette classe et de ce parti, et de subordonner ces groupes au but fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela constitue un processus long et d&#233;licat. Il consiste &#224; &#233;duquer politiquement la classe dominante, &#224; lui faire acqu&#233;rir l'art de prendre en main l'appareil de son Etat, de son parti, de ses syndicats, de les contr&#244;ler et de les diriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le r&#233;p&#232;te . il s'agit bien l&#224; d'une question d'&#233;ducation. Aucune classe n'est venue au monde en possession de l'art de gouverner. Cet art s'acquiert seulement par l'exp&#233;rience, en commettant des erreurs et en tirant les le&#231;ons de ses propres fautes. Aucune Constitution sovi&#233;tique, f&#251;t-elle id&#233;ale, ne peut assurer &#224; la classe ouvri&#232;re l'exercice sans obstacle de, sa dictature et de son contr&#244;le de classe si cette classe ne sait pas utiliser les droits que lui accorde la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inad&#233;quation entre les capacit&#233;s politiques d'une classe donn&#233;e, son habilet&#233; &#224; gouverner et les formes juridico-constitutionnelles qu'elle &#233;tablit &#224; son usage apr&#232;s la prise du pouvoir, est un fait d'histoire. On peut l'observer dans le d&#233;veloppement historique de toutes les classes, et tout particuli&#232;rement dans celui de la bourgeoisie. La bourgeoisie anglaise, par exemple, livra plus d'une bataille, non seulement pour remodeler la constitution en fonction de ses propres int&#233;r&#234;ts, mais aussi pour pouvoir profiter pleinement et sans entrave de ses droits, et en particulier de son droit de vote. Le roman de Charles Dickens, Les aventures de M. Pickwick, comprend bien des sc&#232;nes de cette &#233;poque du constitutionnalisme anglais o&#249; la tendance dirigeante, assist&#233;e de son appareil administratif, renversait dans le foss&#233; le coche amenant aux urnes les &#233;lecteurs de l'opposition, afin que ceux-ci ne puissent arriver &#224; temps pour voter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de diff&#233;renciation est parfaitement naturel chez la bourgeoisie triomphante et qui a d&#233;j&#224; remport&#233; plus d'un succ&#232;s. En effet, prise dans le plus large sens du terme, la bourgeoisie se pr&#233;sente comme une s&#233;rie de groupements et m&#234;me de classes &#233;conomiques. Nous connaissons l'existence de la grande, de la moyenne et de la petite bourgeoisies ; nous savons qu'il y a une bourgeoisie financi&#232;re, une bourgeoisie commer&#231;ante, une bourgeoisie industrielle et une bourgeoisie agraire. A la suite de certains &#233;v&#233;nements, tels que des guerres et des r&#233;volutions, des regroupements s'effectuent au sein m&#234;me de la bourgeoisie ; de nouvelles couches apparaissent, commencent &#224; jouer un r&#244;le qui leur est propre, comme par exemple les propri&#233;taires et les acqu&#233;reurs de biens nationaux, ceux que l'on appelle les &#034;nouveaux riches&#034; et qui font leur apparition apr&#232;s chaque guerre tant soit peu durable. Pendant la r&#233;volution fran&#231;aise, sous le Directoire, ces nouveaux riches constitu&#232;rent un des facteurs de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'histoire de la victoire du Tiers Etat en France en 1789 est extr&#234;mement instructive. En premier lieu, ce Tiers Etat &#233;tait lui-m&#234;me des plus disparates. Il englobait tous ceux qui n'appartenaient pas &#224; la noblesse ou au clerg&#233; ; il comprenait ainsi non seulement toutes les vari&#233;t&#233;s de la bourgeoisie, mais &#233;galement les ouvriers et les paysans pauvres. Ce n'est que graduellement, apr&#232;s une longue lutte et des interventions arm&#233;es r&#233;p&#233;t&#233;es, que tout le Tiers Etat acquit en 1792 la possibilit&#233; l&#233;gale de participer &#224; l'administration du pays. La r&#233;action politique, qui d&#233;buta avant Thermidor, consista en ceci que le pouvoir commen&#231;a &#224; passer &#224; la fois formellement et effectivement dans les mains d'un nombre de citoyens de plus en plus restreint. Peu &#224; peu, d'abord dans les faits puis l&#233;galement, les masses populaires furent &#233;limin&#233;es de la direction du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, dans ce cas, la pression de la r&#233;action s'exer&#231;a avant toute chose sur les coutures r&#233;unissant ces tissus de classe diff&#233;rents qui constituaient le Tiers Etat. Il est &#233;galement vrai que si l'on examine une fraction particuli&#232;re de la bourgeoisie, elle ne pr&#233;sente pas des contours de classe aussi vifs que ceux qui, par exemple, s&#233;parent la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire deux classes jouant un r&#244;le enti&#232;rement diff&#233;rent dans la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pendant la p&#233;riode de d&#233;clin de la r&#233;volution fran&#231;aise, le pouvoir, en taillant dans le tissu social suivant ses lignes de diff&#233;renciation, ne fit pas qu'&#233;carter des groupes sociaux qui, hier encore, marchaient ensemble et &#233;taient unis par le m&#234;me but r&#233;volutionnaire ; il d&#233;sint&#233;gra aussi une masse sociale jusqu'alors plus ou moins homog&#232;ne. Des suites d'une sp&#233;cialisation fonctionnelle qui vit une oligarchie dirigeante faite de fonctionnaires se s&#233;parer de cette classe, des fissures s'y produisirent qui allaient se transformer en gouffres b&#233;ants sous la pression accrue de la contre-r&#233;volution. Cette contradiction eut pour r&#233;sultat d'engendrer une lutte dans les rangs m&#234;me de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contemporains de la r&#233;volution fran&#231;aise, ceux qui y particip&#232;rent et plus encore les historiens de l'&#233;poque suivante, furent pr&#233;occup&#233;s par la question des causes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti jacobin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une fois, Robespierre avait mis en garde ses partisans contre les cons&#233;quences que l'ivresse du pouvoir pouvait entra&#238;ner. Il les avait avertis que, d&#233;tenant le pouvoir, ils ne devraient pas c&#233;der &#224; l'infatuation, en &#234;tre enfl&#233;s comme il disait, ou, comme nous le dirions maintenant, &#234;tre infect&#233;s de &#034;vanit&#233; jacobine&#034;. Mais, comme nous le verrons plus loin, Robespierre lui-m&#234;me contribua largement &#224; d&#233;saisir du pouvoir la petite bourgeoisie s'appuyant sur les ouvriers parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne citerons pas ici toutes les indications fournies par les contemporains concernant les diverses causes de la d&#233;composition du parti des Jacobins, comme par exemple, leur tendance &#224; s'enrichir, leurs liens avec les entreprises, leur participation aux contrats sur les fournitures, etc. Mentionnons plut&#244;t un fait curieux et bien connu : l'opinion de Babeuf d'apr&#232;s laquelle la chute des Jacobins fut grandement facilit&#233;e par les nobles dames dont ils s'&#233;taient tellement entich&#233;s. Il s'adressait aux Jacobins en ces termes - &#034;Que faites-vous donc, pusillanimes pl&#233;b&#233;iens ? Aujourd'hui, elles vous serrent dans leurs bras, demain elles vous &#233;trangleront !&#034;. (Si les automobiles avaient exist&#233; au temps de la r&#233;volution fran&#231;aise, nous aurions eu aussi le facteur &#034;harem,-automobile&#034;, dont le r&#244;le - comme l'a montr&#233; le camarade Sosnovski &#8211; ne fut pas n&#233;gligeable dans la formation de l'id&#233;ologie de notre bureaucratie des soviets et du parti).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui joua le r&#244;le le plus important dans l'isolement de Robespierre et du Club des Jacobins, ce qui les coupa compl&#232;tement des masses ouvri&#232;res et petites-bourgeoises, ce fut, outre la liquidation de tous les &#233;l&#233;ments de gauche, en commen&#231;ant par les Enrag&#233;s d'H&#233;bert et de Chaumette (et de toute la Commune de Paris en g&#233;n&#233;ral), l'&#233;limination graduelle du principe &#233;lectif et son remplacement par le principe des nominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envoi de commissaires aux arm&#233;es et dans les villes o&#249; la contre-r&#233;volution relevait la t&#234;te, ou s'y essayait, n'&#233;tait pas seulement l&#233;gitime mais indispensable. Mais quand, petit &#224; petit, Robespierre commen&#231;a &#224; remplacer les juges et les commissaires des diff&#233;rentes sections de Paris qui, jusqu'alors, avaient &#233;t&#233; &#233;lus ; quand il commen&#231;a &#224; nommer les pr&#233;sidents des comit&#233;s r&#233;volutionnaires et en arriva m&#234;me &#224; substituer des fonctionnaires &#224; toute la direction de la Commune, il ne pouvait, par toutes ces mesures que renforcer le bureaucratisme et tuer l'initiative populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le r&#233;gime de Robespierre, au lieu de d&#233;velopper l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des masses, d&#233;j&#224; brid&#233;e par la crise &#233;conomique et en particulier par la crise alimentaire, ne fit qu'aggraver le mal et faciliter le travail des forces antid&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dumas, le pr&#233;sident du Tribunal r&#233;volutionnaire, se plaignit &#224; Robespierre de ne pas pouvoir trouver de jur&#233;s pour ce tribunal, personne ne voulant remplir de telles fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Robespierre fit sur lui-m&#234;me l'exp&#233;rience de cette indiff&#233;rence des masses parisiennes, le 10 thermidor, quand on lui fit traverser Paris, bless&#233; et ensanglant&#233;, sans nulle crainte que les masses populaires interviennent en faveur du dictateur de la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, il serait ridicule d'attribuer la chute de Robespierre et la d&#233;faite de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire au principe des nominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il acc&#233;l&#233;ra, sans aucun doute, l'action d'autres facteurs. Parmi ceux-ci, le plus d&#233;terminant tenait aux difficult&#233;s de ravitaillement dues, en grande partie, &#224; deux ann&#233;es de mauvaises r&#233;coltes (et aux perturbations engendr&#233;es par la transformation de la grande propri&#233;t&#233; f&#233;odale en petite exploitation paysanne) et au fait que, face &#224; une hausse constante des prix du pain et de la viande, les Jacobins ne voulurent pas, au d&#233;but, recourir &#224; des mesures administratives pour r&#233;primer l'avidit&#233; des paysans riches et des sp&#233;culateurs. Et quand, sous l'imp&#233;tueuse pression des masses, ils se d&#233;cid&#232;rent enfin &#224; faire voter la loi du maximum, celle-ci, dans les conditions de la libert&#233; du march&#233; et de la production capitaliste, ne pouvait &#234;tre qu'un palliatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; la r&#233;alit&#233; dans laquelle nous vivons. Je tiens pour avant tout n&#233;cessaire d'indiquer que, lorsque nous employons des expressions comme &#034;le parti&#034; et &#034;les masses&#034;, nous ne devrions pas perdre de vue le contenu que l'histoire des dix derni&#232;res ann&#233;es a mis dans ces termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la classe ouvri&#232;re ni le parti ne sont plus ni physiquement ni moralement ce qu'ils &#233;taient voici une dizaine d'ann&#233;es. Je ne pense gu&#232;re exag&#233;rer quand je dis que le membre du parti de 1917 aurait peine &#224; se reconna&#238;tre en celui de 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement profond a eu lieu dans l'anatomie et dans la physiologie de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, il est n&#233;cessaire de concentrer notre attention sur l'&#233;tude des modifications survenues tant dans les tissus que dans leurs fonctions. L'analyse de ces changements aura &#224; nous montrer la fa&#231;on de sortir de la situation ainsi cr&#233;&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas le faire, en tout cas dans cette lettre ; je me bornerai &#224; quelques remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de la classe ouvri&#232;re il faudrait trouver une r&#233;ponse &#224; toute une s&#233;rie de questions, par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la proportion d'ouvriers employ&#233;s actuellement dans notre industrie qui y sont entr&#233;s apr&#232;s la r&#233;volution, et quelle est la proportion de ceux qui y travaillaient auparavant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la proportion de ceux qui ont particip&#233; autrefois au mouvement r&#233;volutionnaire, &#224; des gr&#232;ves, ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s, emprisonn&#233;s, ont pris part &#224; la guerre civile ou combattu dans l'Arm&#233;e rouge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la proportion d'ouvriers employ&#233;s dans l'industrie qui y travaillent sans interruption ? Combien d'entre eux n'y travaillent que provisoirement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'industrie, quelle est la proportion d'&#233;l&#233;ments semi-prol&#233;tariens, semi-paysans, etc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous descendons et p&#233;n&#233;trons dans les profondeurs m&#234;me du prol&#233;tariat, du semi-prol&#233;tariat, et plus largement des masses travailleuses, nous tomberons sur des pans entiers de la population dont il est &#224; peine question chez nous. Je ne veux pas parler ici uniquement des ch&#244;meurs (un ph&#233;nom&#232;ne constituant un danger toujours croissant que l'Opposition a, en tout cas, clairement indiqu&#233;), mais des masses r&#233;duites &#224; la pauvret&#233; ou &#224; demi-paup&#233;ris&#233;es, subsistant gr&#226;ce aux aides d&#233;risoires de l'Etat, et qui se trouvent &#224; la limite de la mis&#232;re, du vol et de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas imaginer comment et quels gens vivent parfois &#224; peine &#224; quelques pas de nous. Il arrive &#224; l'occasion qu'on se heurte &#224; des ph&#233;nom&#232;nes dont on n'aurait m&#234;me pas pu soup&#231;onner l'existence dans un Etat sovi&#233;tique et qui donnent l'impression que l'on voit soudainement s'ouvrir un ab&#238;me. Bien s&#251;r, cela existait d&#233;j&#224; auparavant. Il ne s'agit pas de plaider la cause du pouvoir sovi&#233;tique, en invoquant le fait qu'il n'a pas r&#233;ussi &#224; se d&#233;barrasser de ce qui reste encore le lourd h&#233;ritage laiss&#233; par le r&#233;gime tsariste et capitaliste. Non, mais &#224; notre &#233;poque, sous notre r&#233;gime, nous constatons l'existence, dans le corps de la classe ouvri&#232;re, de crevasses par o&#249; la bourgeoisie pourrait se forcer un passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, sous le r&#233;gime bourgeois, la partie consciente de la classe ouvri&#232;re entra&#238;nait &#224; sa suite cette masse nombreuse, y compris les semi-vagabonds. La chute du r&#233;gime capitaliste devait amener la lib&#233;ration de la classe ouvri&#232;re dans son entier. Les &#233;l&#233;ments semi-d&#233;class&#233;s rendaient la bourgeoisie et l'Etat capitaliste responsables de leur situation et consid&#233;raient que la r&#233;volution devait apporter un changement &#224; leur condition. Ces gens maintenant sont loin d'&#234;tre satisfaits ; leur situation ne s'est pas am&#233;lior&#233;e ou gu&#232;re. Ils commencent &#224; consid&#233;rer avec hostilit&#233; le pouvoir sovi&#233;tique ainsi que la partie de la classe ouvri&#232;re qui a un emploi dans l'industrie. Ils deviennent surtout les ennemis des fonctionnaires des soviets, du parti et des syndicats. On les entend parfois parler des sommets de la classe ouvri&#232;re comme de la &#034;nouvelle noblesse&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas ici sur la diff&#233;renciation que le pouvoir a introduite au sein de la classe ouvri&#232;re, et que j'ai qualifi&#233;e plus haut de &#034;fonctionnelle&#034;. La fonction a introduit des modifications dans l'organe m&#234;me, c'est-&#224;-dire dans la psychologie de ceux qui sont charg&#233;s des diverses t&#226;ches de direction dans l'administration et l'&#233;conomie &#233;tatiques, et cela &#224; un point tel que, non seulement objectivement mais subjectivement, physiquement mais aussi moralement, ils ont cess&#233; de faire partie de cette m&#234;me classe ouvri&#232;re. Ainsi, un directeur d'usine jouant au &#034;satrape&#034; bien qu'il soit un communiste, n'incarnera pas aux yeux des ouvriers les meilleures qualit&#233;s du prol&#233;tariat, et cela malgr&#233; son origine prol&#233;tarienne, malgr&#233; le fait qu'il travaillait peut-&#234;tre &#224; l'&#233;tabli il y a quelques ann&#233;es encore. Molotov peut, aussi souvent qu'il le voudra, mettre un signe d'&#233;galit&#233; entre la dictature du prol&#233;tariat et notre Etat avec ses d&#233;formations bureaucratiques et, qui plus est, avec ses brutes de Smolensk, ses escrocs de Tachkent et ses aventuriers d'Artemovka. Ce faisant il ne r&#233;ussit qu'&#224; discr&#233;diter la dictature du prol&#233;tariat sans d&#233;sarmer le l&#233;gitime m&#233;contentement des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous passons au parti lui-m&#234;me, &#224; la bigarrure que nous trouvons d&#233;j&#224; dans la classe ouvri&#232;re, il convient d'ajouter la coloration que lui donnent les transfuges des autres classes. La structure sociale du parti est bien plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne que celle de la classe ouvri&#232;re. Il en a toujours &#233;t&#233; ainsi, naturellement avec cette diff&#233;rence que lorsque le parti avait une vie id&#233;ologique intense, il fondait cet amalgame social en un seul alliage gr&#226;ce &#224; la lutte d'une classe r&#233;volutionnaire en action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pouvoir est une cause, aussi bien dans la classe ouvri&#232;re que dans le parti, de la m&#234;me diff&#233;renciation r&#233;v&#233;lant les coutures qui existent entre les diff&#233;rentes couches sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie des soviets et du parti constitue un ph&#233;nom&#232;ne d'un nouvel ordre. Il ne s'agit pas de faits isol&#233;s ou passagers, de lacunes individuelles, de d&#233;faillances dans la conduite de tel ou tel camarade, mais plut&#244;t d'une nouvelle cat&#233;gorie sociologique, &#224; laquelle il faudrait consacrer tout un trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du projet de programme de l'Internationale communiste (4), j'&#233;crivais entre autres choses &#224; L&#233;on Davidovitch (Trotsky) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En ce qui concerne le chapitre IV (la p&#233;riode de transition). La fa&#231;on dont est formul&#233; le r&#244;le des partis communistes dans la p&#233;riode de la dictature du prol&#233;tariat est tout &#224; fait inconsistante. Il est probable que le brouillard dans lequel on noie la question du r&#244;le du parti envers la classe ouvri&#232;re et l'Etat n'est pas un effet du hasard. On le voit bien dans la mani&#232;re dont est pos&#233;e l'antith&#232;se d&#233;mocratie prol&#233;tarienne-d&#233;mocratie bourgeoise, sans qu'un seul mot vienne expliquer ce que le parti doit faire pour r&#233;aliser, concr&#232;tement cette d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. &#034;Attirer les masses et les faire participer &#224; la construction &#034;, &#034;r&#233;&#233;duquer sa propre nature&#034; (Boukharine se pla&#238;t &#224; d&#233;velopper ce dernier point, entre autres, sp&#233;cialement sous l'angle de la r&#233;volution culturelle) : ce sont des affirmations vraies du point de vue de l'histoire et connues depuis des lustres, mais qui se r&#233;duisent &#224; des lieux communs si l'on n'y introduit pas l'exp&#233;rience accumul&#233;e au cours de dix ann&#233;es de dictature du prol&#233;tariat en URSS. C'est ici que se pose avec toute son acuit&#233; la question des m&#233;thodes de direction, dont le r&#244;le est tellement &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos dirigeants n'aiment pas en parler, de peur qu'il ne devienne &#233;vident qu'eux-m&#234;mes sont encore loin d'avoir &#034;r&#233;&#233;duqu&#233; leur propre nature&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais eu &#224; &#233;crire un projet de programme pour l'Internationale communiste, j'aurais consacr&#233; beaucoup de place, dans ce chapitre (la p&#233;riode de transition), &#224; la th&#233;orie de L&#233;nine sur l'Etat pendant la dictature du prol&#233;tariat et au r&#244;le du parti et de sa direction dans la cr&#233;ation d'une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, telle qu'elle devrait &#234;tre au lieu de cette bureaucratie des soviets et du parti que nous avons actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade Pr&#233;obrajenski a promis de consacrer un chapitre sp&#233;cial, dans son livre Les conqu&#234;tes de la dictature du prol&#233;tariat en l'an XI de la r&#233;volution, &#224; la bureaucratie sovi&#233;tique. J'esp&#232;re qu'il n'oubliera pas la bureaucratie du parti, qui joue un r&#244;le bien plus grand dans l'Etat sovi&#233;tique que sa soeur des soviets. Je lui ai exprim&#233; l'espoir qu'il &#233;tudiera ce ph&#233;nom&#232;ne sociologique sp&#233;cifique sous tous ses aspects. Il n'y a pas de brochure communiste qui, relatant la trahison de la social-d&#233;mocratie allemande du 4 ao&#251;t 1914, n'indique en m&#234;me temps quel r&#244;le fatal les sommets bureaucratiques du parti et des syndicats ont jou&#233; dans l'histoire de la chute de ce parti. Mais tr&#232;s peu a &#233;t&#233; dit, et encore en termes tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, sur le r&#244;le jou&#233; par notre bureaucratie des soviets et du parti, dans la d&#233;composition du parti et de l'Etat sovi&#233;tique. C'est un ph&#233;nom&#232;ne sociologique de la plus haute importance qui ne peut, cependant, &#234;tre compris et saisi dans toute sa port&#233;e que si l'on examine quelles cons&#233;quences il a eues dans le changement d'id&#233;ologie du parti et de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous demandez ce qu'il est advenu de l'esprit militant du parti et de notre prol&#233;tariat ? O&#249; a disparu leur initiative r&#233;volutionnaire ? O&#249; sont pass&#233;s leur int&#233;r&#234;t pour les id&#233;es, leur vaillance r&#233;volutionnaire, leur fiert&#233; pl&#233;b&#233;ienne ? Vous vous &#233;tonnez qu'il y ait tant d'apathie, de bassesse, de pusillanimit&#233;, de carri&#233;risme et tant d'autres choses que je pourrais ajouter moi-m&#234;me. Comment se fait-il que des gens qui ont un riche pass&#233; de r&#233;volutionnaires, dont l'honn&#234;tet&#233; personnelle ne fait aucun doute, qui ont donn&#233; maintes preuves de leur abn&#233;gation en tant que r&#233;volutionnaires, se soient transform&#233;s en de pitoyables bureaucrates ? D'o&#249; vient cette ambiance de servilit&#233; abjecte &#224; la Smerdiakov (5) dont parle Trotsky dans sa lettre sur les d&#233;clarations de Krestinski et d' Antonov-Ovseenko ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on peut s'attendre &#224; ce que des transfuges de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, des intellectuels et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, des gens habitu&#233;s &#224; faire &#034;cavalier seul&#034;, glissent du point de vue des id&#233;es et de la moralit&#233;, comment expliquer que le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne s'applique &#224; la classe ouvri&#232;re ? Beaucoup de camarades ont not&#233; le fait de sa passivit&#233; et ne peuvent dissimuler leur d&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que d'autres camarades ont vu en une certaine campagne men&#233;e pour la collecte du bl&#233; (6), des sympt&#244;mes d'une robuste sant&#233; r&#233;volutionnaire et la preuve que les r&#233;flexes de classe sont encore vivants dans le parti. Tout &#224; fait r&#233;cemment, le camarade Ichtchenko m'&#233;crivait (ou plut&#244;t, a &#233;crit dans des th&#232;ses qu'il doit avoir envoy&#233;es &#224; d'autres camarades aussi) que la collecte du bl&#233; et l'autocritique sont dues &#224; la r&#233;sistance de la fraction prol&#233;tarienne de la direction et du parti. Malheureusement, je dois dire que ce n'est pas exact. Ces deux faits r&#233;sultent d'une combinaison maniganc&#233;e dans les hautes sph&#232;res et ne doivent rien &#224; la pression de la critique des ouvriers : c'est pour des raisons ayant un caract&#232;re politique et parfois m&#234;me tendancieux ou, devrais-je dire, fractionnel, qu'une partie des sommets dirigeants s'est engag&#233;e dans cette ligne. Il n'y a qu'une seule pression prol&#233;tarienne dont on puisse parler : celle dirig&#233;e par l'opposition. Mais, on doit le dire clairement, cette pression n'a pas &#233;t&#233; suffisante pour ne serait-ce que maintenir l'Opposition &#224; l'int&#233;rieur du parti et a fortiori pour changer la politique de ce dernier. Je suis d'accord avec L&#233;on Davidovitch (Trotsky) qui a montr&#233;, par une s&#233;rie d'exemples irr&#233;futables, le r&#244;le r&#233;volutionnaire v&#233;ritable et positif que certains mouvements r&#233;volutionnaires ont jou&#233; par leur d&#233;faite : la Commune de Paris, l'insurrection de d&#233;cembre 1905 &#224; Moscou. La premi&#232;re assura le maintien de sa forme r&#233;publicaine au gouvernement de la France, la seconde a ouvert la voie &#224; la r&#233;forme constitutionnelle en Russie. Cependant, les effets de ces d&#233;faites conqu&#233;rantes sont de courte dur&#233;e si une nouvelle vague r&#233;volutionnaire ne vient pas &#224; leur rescousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait le plus affligeant est l'absence de r&#233;actions de la part du parti et des masses. Pendant deux ans, une lutte exceptionnellement &#226;pre s'est poursuivie entre l'Opposition et la majorit&#233; des hautes sph&#232;res du parti et, ces huit derniers mois, des &#233;v&#233;nements se sont d&#233;roul&#233;s qui auraient d&#251; ouvrir les yeux aux plus aveugles. Cela sans que, durant tout ce temps, la masse du parti n'intervienne et le fasse sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, compr&#233;hensible est le pessimisme de certains camarades, celui-l&#224; m&#234;me que je sens percer &#224; travers vos questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Babeuf, regardant tout autour de lui apr&#232;s sa sortie de la prison de l'Abbaye, commen&#231;a &#224; se demander ce qu'&#233;taient devenus ce peuple de Paris, ces ouvriers des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau qui, le 14 juillet 1789, avaient pris la Bastille, le 10 ao&#251;t 1792 les Tuileries, assi&#233;g&#233; la Convention le 30 mai 1793, sans parler de leurs nombreuses autres interventions arm&#233;es. Il r&#233;suma ses observations en une phrase dans laquelle on sent l'amertume du r&#233;volutionnaire : &#034;Il est plus difficile de r&#233;&#233;duquer le peuple dans l'amour de la Libert&#233; que de la conqu&#233;rir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu pourquoi le peuple de Paris se d&#233;prit de la Libert&#233;. La famine, le ch&#244;mage, la liquidation des cadres r&#233;volutionnaires (nombre de leurs dirigeants avaient &#233;t&#233; guillotin&#233;s), l'&#233;limination des masses de la direction du pays, tout cela entra&#238;na une si grande lassitude morale et physique des masses que le peuple de Paris et du reste de la France eut besoin de trente-sept ann&#233;es de r&#233;pit avant de commencer une nouvelle r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Babeuf formula son programme en deux mots (je parle ici de son programme de 1794) : &#034;La Libert&#233; et une Commune &#233;lue&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois ici faire un aveu : je ne me suis jamais laiss&#233; bercer par l'illusion qu'il suffisait aux leaders de l'Opposition d'appara&#238;tre dans les meetings du parti et dans les r&#233;unions ouvri&#232;res pour faire passer les masses du c&#244;t&#233; de l'Opposition. J'ai toujours consid&#233;r&#233; de tels espoirs, caress&#233;s par les dirigeants de L&#233;ningrad (Zinoviev et autres), comme une certaine survivance de la p&#233;riode o&#249; ils prenaient les ovations et les applaudissements officiels pour l'expression du v&#233;ritable sentiment des masses en les attribuant &#224; ce qu'ils imaginaient &#234;tre leur popularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irai m&#234;me plus loin : c'est cela qui explique pour moi le brusque revirement de leur conduite auquel nous venons d'assister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient pass&#233;s &#224; l'opposition dans l'espoir de prendre rapidement le pouvoir. C'est dans ce but qu'ils s'&#233;taient unis &#224; l'opposition de 1923 (7). Quand quelqu'un du &#034;groupe sans leaders&#034; (8) reprocha &#224; Zinoviev et Kamenev d'avoir laiss&#233; tomber leur alli&#233; Trotsky, Kamenev r&#233;pondit : &#034;Nous avions besoin de Trotsky pour gouverner. Pour rentrer dans le parti, il est un poids mort&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il aurait fallu toujours poser comme pr&#233;misse que l'oeuvre d'&#233;ducation du parti et de la classe ouvri&#232;re est une t&#226;che longue et difficile, qu'elle l'est d'autant plus que les esprits doivent &#234;tre tout d'abord nettoy&#233;s de toutes les impuret&#233;s introduites en eux par ce que sont r&#233;ellement nos soviets et notre parti et par la bureaucratie de ces institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit pas perdre de vue que la majorit&#233; des membres du parti (sans parler de ceux de la jeunesse communiste) a la conception la plus erron&#233;e des t&#226;ches, des fonctions et de la structure du parti, &#224; savoir la conception que la bureaucratie leur enseigne par son exemple, sa fa&#231;on d'agir et ses formules st&#233;r&#233;otyp&#233;es. Les ouvriers qui rejoignirent le parti apr&#232;s la guerre civile, dans leur &#233;crasante majorit&#233; apr&#232;s 1923 (la promotion L&#233;nine), n'ont aucune id&#233;e de ce qu'&#233;tait autrefois le r&#233;gime du parti. La majorit&#233; de ces ouvriers est d&#233;pourvue de cette &#233;ducation r&#233;volutionnaire de classe que l'on acquiert pendant la lutte, dans la vie, dans l'action consciente. Dans le temps, cette conscience de classe s'obtenait dans la lutte contre le capitalisme, aujourd'hui, elle doit se former en participant &#224; la construction du socialisme. Mais, notre bureaucratie ayant r&#233;duit cette participation &#224; une phrase creuse, les ouvriers n'ont nulle part o&#249; ils pourraient acqu&#233;rir une telle conscience. J'exclus, bien entendu, comme un moyen anormal d'&#233;duquer la classe le fait que notre bureaucratie, en abaissant les salaires r&#233;els, en aggravant les conditions de travail, en favorisant le d&#233;veloppement du ch&#244;mage, pousse les ouvriers &#224; la lutte de classe et &#224; se former une conscience de classe, mais sur une base alors hostile &#224; l'Etat socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la conception de L&#233;nine et de nous tous, la t&#226;che de la direction du parti consistait pr&#233;cis&#233;ment &#224; pr&#233;server le parti comme la classe ouvri&#232;re de l'influence corruptrice des privil&#232;ges, passe-droit et faveurs inh&#233;rents au pouvoir en raison de son contact avec les d&#233;bris de l'ancienne noblesse et de la petite bourgeoisie ; &#224; les pr&#233;munir contre l'influence n&#233;faste de la NEP, contre la tentation de l'id&#233;ologie et de la morale bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions l'espoir que, en m&#234;me temps, la direction du parti saurait cr&#233;er un nouvel appareil, v&#233;ritablement ouvrier et paysan, de nouveaux syndicats, vraiment prol&#233;tariens, une nouvelle morale de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le reconna&#238;tre franchement, clairement et &#224; haute voix : l'appareil du parti n'a pas accompli cette t&#226;che qui &#233;tait la sienne. Il a montr&#233; l'incomp&#233;tence la plus compl&#232;te dans cette double t&#226;che de pr&#233;servation et d'&#233;ducation, il a &#233;chou&#233; et fait banqueroute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions convaincus depuis longtemps - et les huit derniers mois auraient d&#251; le prouver &#224; chacun - que la direction du parti s'avan&#231;ait sur le plus p&#233;rilleux des chemins. Et elle continue &#224; suivre cette route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les reproches que nous lui adressons ne concernent, pour ainsi dire, pas l'aspect quantitatif de son travail, mais son c&#244;t&#233; qualitatif. Ce point doit &#234;tre soulign&#233;, sinon l'on va &#224; nouveau nous submerger de chiffres sur les succ&#232;s innombrables et int&#233;graux obtenus par les appareils du parti et des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est grand temps de mettre fin &#224; ce charlatanisme statistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrez les comptes rendus du XV&#232;me congr&#232;s du parti (9). Lisez le rapport de Kossior sur l'activit&#233; organisationnelle. Qu'y trouvez-vous ? Je le cite litt&#233;ralement : &#034;Le plus prodigieux d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie dans le parti&#034;, &#034;L'activit&#233; organisationnelle du parti s'est accrue de fa&#231;on colossale &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, bien entendu, pour renforcer tout cela : des chiffres, des chiffres et encore des chiffres. Et l'on nous dit cela alors qu'il y a dans les dossiers du Comit&#233; central des documents apportant la preuve de la pire corruption des appareils du parti et des soviets, de l'&#233;touffement de tout contr&#244;le des masses, de l'oppression la plus horrible, des pers&#233;cutions, d'une terreur jouant avec la vie et l'existence des membres du parti et des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment la Pravda du 11 avril caract&#233;rise notre bureaucratie : &#034;Un milieu de fonctionnaires hostiles, Paresseux, incomp&#233;tents et pleins de morgue se trouve en mesure de chasser les meilleurs inventeurs sovi&#233;tiques au del&#224; des fronti&#232;res de l'URSS, &#224; moins qu'une bonne fois pour toutes un grand coup ne soit frapp&#233; contre ces &#233;l&#233;ments, de toute notre force, avec toute notre d&#233;termination et de mani&#232;re impitoyable&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connaissant notre bureaucratie, je ne serais cependant pas surpris d'entendre ou de lire &#224; nouveau des discours sur &#034;le d&#233;veloppement prodigieux&#034; et &#034;colossal&#034; de l'activit&#233; des masses du parti, du travail organisationnel du Comit&#233; central pour implanter la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; que la bureaucratie du parti et des soviets existant actuellement va continuer avec le m&#234;me succ&#232;s &#224; cultiver autour d'elle des abc&#232;s purulents, malgr&#233; les bruyants proc&#232;s de ces derniers mois. Cette bureaucratie ne changera pas par le fait qu'on la soumettra &#224; une &#233;puration. Je ne nie pas, bien entendu, l'utilit&#233; relative et l'absolue n&#233;cessit&#233; d'une telle &#233;puration. Je d&#233;sire simplement souligner le fait qu'il s'agit non pas uniquement de changer de personnel, mais de changer de m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, la premi&#232;re condition pour rendre la direction de notre parti capable d'exercer un r&#244;le &#233;ducatif, c'est de r&#233;duire la taille et les fonctions de cette direction. Les trois quarts de l'appareil devraient &#234;tre licenci&#233;s et les t&#226;ches du quart restant devraient avoir des limites strictement d&#233;termin&#233;es. Cela devrait s'appliquer &#233;galement aux t&#226;ches, aux fonctions et aux droits des organismes centraux. Les membres du parti doivent recouvrer leurs droits qui ont &#233;t&#233; foul&#233;s aux pieds et recevoir de solides garanties contre l'arbitraire auquel les cercles dirigeants nous ont accoutum&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peine &#224; imaginer ce qui se passe dans les couches inf&#233;rieures de l'appareil du parti. C'est sp&#233;cialement dans la lutte contre l'Opposition que s'est manifest&#233;e l'indigence id&#233;ologique de ces cadres, ainsi que l'influence corruptrice qu'ils exercent sur la base ouvri&#232;re du parti. Si, au sommet, il existait encore une certaine ligne id&#233;ologique (bien qu'elle soit erron&#233;e, faite de sophismes et m&#234;l&#233;e, il est vrai, &#224; une forte dose de mauvaise foi), &#224; l'&#233;chelon inf&#233;rieur cette fois, on a surtout eu recours aux arguments de la plus effr&#233;n&#233;e des d&#233;magogies contre l'opposition. Les agents du parti n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; user de l'antis&#233;mitisme, de la x&#233;nophobie, de la haine des intellectuels, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; que toute r&#233;forme du parti qui s'appuie sur la bureaucratie n'est qu'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous : tout en notant, comme vous, l'absence d'esprit militant r&#233;volutionnaire &#224; la base du parti, je ne vois rien de surprenant &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Il r&#233;sulte de tous les changements qui ont eu lieu dans le parti et dans la composition m&#234;me de la classe ouvri&#232;re. Il convient de r&#233;&#233;duquer les masses travailleuses et les masses du parti dans le cadre du parti et des syndicats. Ce processus est en soi long et difficile, mais il est in&#233;vitable et il a d&#233;j&#224; commenc&#233;. La lutte de l'Opposition, l'exclusion de centaines et de centaines de camarades, les emprisonnements, les d&#233;portations, bien que n'ayant pas encore fait beaucoup pour l'&#233;ducation communiste de notre parti, ont, en tout cas, eu plus d'effets en ce sens que n'en a eu tout l'appareil pris ensemble. En fait, les deux facteurs ne peuvent m&#234;me pas &#234;tre compar&#233;s : l'appareil a gaspill&#233; le capital du parti l&#233;gu&#233; par L&#233;nine, d'une fa&#231;on non seulement inutile mais nuisible. Il a d&#233;moli tandis que l'Opposition construisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, j'ai raisonn&#233; en faisant &#034;abstraction&#034; des faits de notre vie &#233;conomique et politique qui ont &#233;t&#233; soumis &#224; l'analyse dans la Plate-forme de l'Opposition. Je l'ai fait d&#233;lib&#233;r&#233;ment, car tout mon propos &#233;tait de souligner les changements intervenus dans la composition et la psychologie du prol&#233;tariat et du parti, en rapport avec la prise du pouvoir lui-m&#234;me. Cela a peut-&#234;tre donn&#233; un caract&#232;re unilat&#233;ral &#224; mon expos&#233;. Mais sans proc&#233;der &#224; cette analyse pr&#233;liminaire, il est difficile de comprendre l'origine des erreurs &#233;conomiques et politiques fatales commises par notre direction en ce qui concerne tant les paysans que les ouvriers ou les probl&#232;mes de l'industrialisation, du r&#233;gime int&#233;rieur du parti et, finalement, de la gestion de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salutations communistes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C Rakovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Astrakhan, le 6 ao&#251;t 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Scandales financiers et affaires de moeurs impliquant des Bureaucrates que venaient de r&#233;v&#233;ler la presse et la justice sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La Plate-forme de l'opposition de Gauche fut sign&#233;e par treize dirigeants du Parti Communiste de l'URSS et publi&#233;e, en 1927, pour le XV&#232;me Congr&#232;s du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Un certain &#233;galitarisme des revenus s'&#233;tait maintenu jusque vers 1927. La bureaucratie a ensuite fortement ouvert l'&#233;ventail des salaires pour trouver des appuis dans l'aristocratie ouvri&#232;re et justifier l'accroissement de ses propres privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Les quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale Communiste se d&#233;roul&#232;rent sous la direction de L&#233;nine et Trotsky. Le cinqui&#232;me sous celle de Zinoviev, alli&#233; &#224; Staline contre Trotsky. Le sixi&#232;me congr&#232;s (&#233;t&#233; 1928) d'une Internationale d&#233;sormais contr&#244;l&#233;e par les seuls staliniens adopta ce programme que Trotsky critiqua dans un ouvrage connu sous le nom de L'Internationale Communiste apr&#232;s L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Personnage particuli&#232;rement r&#233;pugnant dans Les Fr&#232;res Karazamov de Dostoievski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Campagne lanc&#233;e au d&#233;but de 1928 face aux difficult&#233;s croissantes de ravitaillement et &#224; laquelle prirent part des ouvriers voulant en d&#233;coudre avec les koulaks (paysans riches). Ce revirement de la fraction au pouvoir contre des koulaks dont elle avait favoris&#233; l'enrichissement et qui devenaient mena&#231;ants pour le r&#233;gime, fut le pr&#233;lude au retournement de Staline contre ses alli&#233;s, Boukharine-Rykov, chantres de l'enrichissement des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Devenue l'opposition Unifi&#233;e en 1925 quand elle fut rejointe, pour un temps, Par Zinoviev et Kamenev que Staline &#233;tait en train d'&#233;carter du pouvoir et qui avaient fond&#233; la Nouvelle Opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Zinovi&#233;vistes qui, en 1927, refus&#232;rent de suivre Zinoviev-Kamenev dans leur ralliement &#224; Staline apr&#232;s l'exclusion du parti des dirigeants oppositionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Le XV&#232;me congr&#232;s s'&#233;tait tenu en d&#233;cembre 1927.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les trotskystes intern&#233;s par le stalinisme au camp de Vorkouta
&lt;p&gt;1937-38&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous un article, sign&#233; M. B., intitul&#233; &#171; Les trotskystes &#224; Vorkouta &#187;, qui a paru dans le num&#233;ro d'octobre-novembre 1961 de l'organe des mencheviks russes &#171; Le Messager socialiste &#187;. Ce r&#233;cit correspond &#224; des informations qui nous &#233;taient parvenues d'autres sources et il ne peut y avoir de doute quant &#224; l'authenticit&#233; des faits qu'il expose&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milieu et fin des ann&#233;es 1930, les trotskystes formaient, &#224; Vorkouta, un groupe assez disparate : une partie d'entre eux avait conserv&#233; son ancien nom de &#171; bolcheviks-l&#233;ninistes &#187;. A la mine, ils &#233;taient pr&#232;s de 500 personnes, au camp de Oukhto-Petchora, pr&#232;s d'un millier et, dans l'ensemble du rayon de Petchora, certainement plusieurs milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait l&#224; de trotskystes orthodoxes, demeur&#233;s fid&#232;les jusqu'au bout &#224; leur plate-forme et &#224; leurs dirigeants. En 1927, &#224; la suite des r&#233;solutions du XV&#176; Congr&#232;s du parti, ils furent exclus du Parti communiste et, en m&#234;me temps, arr&#234;t&#233;s. Se trouvant, depuis, en d&#233;tention, ils continuaient toujours &#224; se consid&#233;rer comme communistes ; quant &#224; Staline et ses partisans &#8211; &#171; les hommes de l'appareil &#187; &#8211; ils les qualifiaient de ren&#233;gats du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces &#171; trotskystes &#187; se trouvaient aussi des gens qui, formellement, n'avaient jamais appartenu au P.C. et qui ne rejoignirent l'Opposition de gauche &#8211; mais li&#232;rent alors, jusqu'au bout, leur sort au sien &#8211; que lorsque la lutte de l'opposition prit un caract&#232;re aigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de ces v&#233;ritables trotskystes se trouvaient alors, dans les camps de Vorkouta et d'ailleurs, plus de 100.000 intern&#233;s qui, membres du parti ou des jeunesses, avaient adh&#233;r&#233; &#224; l'opposition trotskyste puis, &#224; diff&#233;rentes &#233;poques et pour diverses raisons (dont les principales furent, &#233;videmment, les r&#233;pressions, le ch&#244;mage, les pers&#233;cutions, l'exclusion des &#233;coles et facult&#233;s, etc&#8230;) furent contraints de &#171; se repentir de leurs fautes &#187; et de s'&#233;loigner de l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes orthodoxes arriv&#232;rent &#224; la mine durant l'&#233;t&#233; 1936 et vivaient en masse compacte dans deux grandes baraques. Ils se refus&#232;rent cat&#233;goriquement &#224; travailler dans les puits ; ils ne faisaient que le travail de surface, et durant 8 heures seulement, et non pas 10 et 12 ainsi que le voulait le r&#232;glement et que le faisaient les autres intern&#233;s. Ils le faisaient de leur propre autorit&#233;, d'une mani&#232;re organis&#233;e, et ignoraient ouvertement les r&#232;glements du camp. Dans leur ensemble, il y avait d&#233;j&#224; pr&#232;s de dix ans qu'ils &#233;taient d&#233;port&#233;s. Au d&#233;but, ils furent envoy&#233;s dans des isolateurs politiques, puis, ensuite, exil&#233;s &#224; Solovka ; enfin, ils arriv&#232;rent &#224; Vorkouta. Les trotskystes formaient l'unique groupe des intern&#233;s politiques qui critiquaient ouvertement la &#171; ligne g&#233;n&#233;rale &#187; stalinienne et offraient une r&#233;sistance organis&#233;e aux ge&#244;liers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les diff&#233;rents groupes trotskystes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au sein de ce groupe, il y avait aussi des divergences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains se comptaient comme disciples de Timoth&#233;e Sapronov (ex-secr&#233;taire du V.Z.I.K. [1]) et se faisaient appeler &#171; sapronovistes &#187; ou &#171; d&#233;mocrates-centralistes &#187; (d&#233;cistes). Ils affirmaient &#234;tre plus &#224; gauche que les trotskystes et estimaient que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise de la dictature stalinienne s'&#233;tait d&#233;j&#224; accomplie &#224; la fin des ann&#233;es 1920 et que le rapprochement d'Hitler et de Staline &#233;tait tr&#232;s probable. Cependant, en cas de guerre, les &#171; sapronovistes &#187; se d&#233;claraient pour la d&#233;fense de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#171; trotskystes &#187; se trouvaient &#233;galement des partisans des &#171; droitiers &#187;, c'est-&#224;-dire de Rykov et de Boukharine, ainsi que des adeptes de Chliapnikov et de sa plateforme &#171; opposition ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grosse majorit&#233; du groupe &#233;tait form&#233;e de vrais trotskystes, de partisans de L.D. Trotsky. Ils d&#233;fendaient ouvertement la th&#232;se dite de Cl&#233;menceau : &#171; L'ennemi est dans notre pays. Il faut d'abord &#233;carter le gouvernement r&#233;actionnaire de Staline et seulement apr&#232;s organiser la d&#233;fense du pays contre l'ennemi ext&#233;rieur &#187; [2].&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques dirigeants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leurs divergences, tout ces groupes, &#224; la mine, vivaient assez amicalement sous un seul d&#233;nominateur commun : &#171; les trotskystes &#187;. Leurs dirigeants &#233;taient Socrate Gu&#233;vorkian, Vladimir Ivanov, Melna&#239;s, V. V. Kossior et l'ex-secr&#233;taire de Trotsky, Posnansky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#233;vorkian &#233;tait un homme calme, bien &#233;quilibr&#233;, raisonnable, plein de bon sens. Il parlait sans se presser, pesant ses mots, fuyant toute affectation et tout geste th&#233;&#226;tral. Jusqu'&#224; son arrestation, il travaillait comme savant &#224; l'Association russe des Centres de Recherches scientifiques de l'Institut des Sciences Humaines. C'&#233;tait un arm&#233;nien et, &#224; cette &#233;poque, il avait sensiblement 40 ans. Son fr&#232;re cadet &#233;tait intern&#233; avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Melna&#239;s, un Letton, &#233;tait un peu plus jeune que Gu&#233;vorkian. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; membre du Comit&#233; central des Jeunesses communistes, il avait fait des &#233;tudes &#224; la Facult&#233; de Physique et de Math&#233;matiques de l'Universit&#233; de Moscou o&#249;, en 1925-27, il &#233;tait &#224; la t&#234;te d'un groupe fort important (quelques centaines de personnes) d'&#233;tudiants oppositionnels. Aux r&#233;unions de I'Universit&#233;, quand Melna&#239;s intervenait, les staliniens soulevaient une temp&#234;te de bruits et de cris, l'emp&#234;chant de parler. Mais obstin&#233;ment, opini&#226;trement, Melna&#239;s attendait ; quand les hurleurs &#233;taient &#224; bout de souffle, fatigu&#233;s et se taisaient, le pr&#233;sident de l'assembl&#233;e, faisant tinter sa sonnette, lui d&#233;clarait : &#171; Votre temps de parole est &#233;coul&#233; ! &#187; &#8211; &#171; Pardon, c'&#233;tait votre temps. Vous vous &#234;tes d&#233;men&#233;s comme de beaux diables et vous avez cri&#233; ; moi, je me suis tu. Maintenant, c'est &#224; moi de parler &#187;, r&#233;pondait Melna&#239;s qui, ensuite, s'adressait &#224; l'auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1927, Melna&#239;s fut un des premiers opposants de l'Universit&#233; &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233;. Son arrestation provoqua une explosion d'indignation parmi les &#233;tudiants. Dans les couloirs et les arnphith&#233;&#226;tres de l'universit&#233;, on racontait les d&#233;tails r&#233;voltants de l'arrestation. Melna&#239;s &#233;tait mari&#233; et vivait dans un appartement priv&#233;. Sa femme, une &#233;tudiante &#233;galement, &#233;tait enceinte. Durant la nuit. les douleurs de l'accouchement commenc&#232;rent. Ayant appel&#233; une ambulance par t&#233;l&#233;phone, Melna&#239;s allait et venait nerveusement dans l'appartement, attendant le m&#233;decin. Entendant sonner &#224; la porte d'entr&#233;e, il ouvre vivement celle-ci et laisse entrer trois personnes habill&#233;es en civil : &#171; Par ici, s'il vous pla&#238;t, ma femme est vraiment mal &#187;, dit-il, montrant le chemin. &#171; Minute ! &#8211; l'arr&#234;ta un des hommes en civil &#8211; pour l'instant, nous ne nous int&#233;ressons pas &#224; votre femme, mais &#224; vous personnellement &#187; ; et il lui exhiba un mandat de perquisition et d'arr&#232;t. Tr&#232;s bient&#244;t arrivaient le m&#233;decin et les infirmiers des secours rapides ; la femme de Melna&#239;s fut emmen&#233;e &#224; l'h&#244;pital... et lui-m&#234;me &#224; la Loubianka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce temps-l&#224;, Melna&#239;s &#233;tait intern&#233;. Dans les isolateurs politiques et en exil, il travailla beaucoup sur les probl&#232;mes &#233;conomiques et s'av&#233;ra bient&#244;t un &#233;conomiste &#233;minent et de talent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir Ivanov &#233;tait un homme r&#226;bl&#233;, au visage rond et plein de gros marchand, aux grosses moustaches noires et aux yeux gris intelligents. Malgr&#233; ses 50 ans, on sentait en lui une grande volont&#233; et une force d'ours. Vieux bolchevik et membre du Comit&#233; central, lvanov, jusqu'&#224; son arrestation, dirigeait le chemin de fer sino-oriental. Il avait adh&#233;r&#233;, ainsi que sa femme, au groupe des &#171; centralistes d&#233;mocrates &#187; (d&#233;cistes) et se rangeait du c&#244;t&#233; des partisans de Sapronov. Quand le XV&#176; Congr&#232;s d&#233;cida l'incompatibilit&#233; de l'appartenance &#224; l'Opposition et de l'appartenance au P.C., Ivanov quitta les rangs de l'Opposition ce qui, malgr&#233; tout, ne le sauva pas : il fut arr&#234;t&#233; apr&#232;s l'assassinat de Kirov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au camp, il &#233;tait responsable du chemin de fer &#224; voie &#233;troite reliant la mine de Vorkouta &#224; la rivi&#232;re Oussa. En 1936, selon les directives du centre, la N.K.V.D. du camp manigan&#231;a une affaire d'accusation dans laquelle Ivanov &#233;tait accus&#233; de sabotage de ce jouet de chemin de fer long de 60 kilom&#232;tres. Un jury sp&#233;cial du haut tribunal de la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique autonome des Komis vint au camp. Si&#233;geant &#224; huis-clos, apr&#232;s avoir lu I'acte d'accusation, il s'adressa &#224; Ivanov : &#171; Que pouvez-vous dire pour votre justification ? &#8211; Vous avez vos directives : vous avez pour mission de remplir toutes les formalit&#233;s n&#233;cessaires et de sanctionner l&#226;chement, par la peine de mort. Vous &#234;tes oblig&#233;s de remplir cette t&#226;che. Ces accusations, vous le savez aussi bien que moi, sont forg&#233;es de toutes pi&#232;ces et ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es par les fonctionnaires complaisants de la police stalinienne. Alors ne vous compliquez pas la t&#226;che ; faites votre affaire. Quant &#224; moi, je me refuse de participer &#224; votre com&#233;die judiciaire. Demandez-leur donc &#8211; dit-il en montrant du doigt trois pseudo-t&#233;moins pris parmi les intern&#233;s de droit commun &#8211; pour un paquet de makhorka, non seulement ils vous confirmeront que je suis un saboteur, mais &#233;galement un parent du Mikado &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tribunal ne put en obtenir rien de plus : il ne lui resta donc qu'&#224; interroger les &#171; t&#233;moins &#187; commis. L'instruction &#224; l'audience fut &#233;court&#233;e. Par contre, la d&#233;lib&#233;ration du jury dura fort longtemps : appel t&#233;l&#233;phonique, longue attente pour la r&#233;ponse et, finalement, la sentence fut prononc&#233;e : &#171; M&#233;rite la peine la plus haute ; mais, tenant compte de ... et de..., celle-ci est commu&#233;e en 10 ans de r&#233;clusion &#187;. Et le regard fuyant, n'osant regarder Ivanov, les jur&#233;s ramass&#232;rent vivement leurs papiers et s'&#233;loign&#232;rent. Les faux t&#233;moins &#224; charge, cherchant &#224; se justifier, s'approch&#232;rent, tremblants, d'lvanov. &#171; Foutez-moi le camp, salauds ! &#187;, rugit-il ; et il se retira dans sa baraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kossior &#233;tait un homme d'&#226;ge moyen, de tr&#232;s petite taille (presque un nain) avec une grosse t&#234;te. Avant son arrestation, il avait un poste dirigeant &#224; la direction des P&#233;troles. Son fr&#232;re, Stanislas Kossior [3] si&#233;geait alors au Bureau politique et, en m&#234;me temps, &#233;tait secr&#233;taire du Comit&#233; central du Parti communiste ukrainien. Au camp, Kossior travaillait &#224; la chaufferie, amenant avec une brouette le charbon n&#233;cessaire aux chaudi&#232;res. Etaient &#233;gaIement au camp sa premi&#232;re femme, une Ukrainienne de qui il avait divorc&#233;, et la seconde, une Russe qu'il avait &#233;pous&#233;e en d&#233;portation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posnanski, un beau brun bien b&#226;ti de 35-38 ans, &#233;tait passionn&#233; de musique et du jeu d'&#233;checs. Le deuxi&#232;me secr&#233;taire de Trotsky, Grigoriev, se trouvait alors quelque part le long de la Petchora.&lt;br class='autobr' /&gt;
1936 : &#224; la suite des proc&#232;s de Moscou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'automne 1936, aussit&#244;t apr&#232;s les simulacres de proc&#232;s contre les dirigeants de l'opposition : Zinoviev, Kamenev et les autres, tout le groupe des trotskystes &#171; orthodoxes &#187; se trouvant &#224; la mine se r&#233;unit en vue de d&#233;lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrant la r&#233;union, Guevorkian s'adressa aux pr&#233;sents : &#171; Camarades ! Avant de commencer notre r&#233;union, je vous demande d'honorer la m&#233;moire de nos camarades, guides et dirigeants, morts en martyrs par la main des staliniens tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution &#187;. L'assembl&#233;e enti&#232;re se leva. Puis, dans un bref discours tr&#232;s tranchant, Guevorkian expliqua qu'il s'agissait d'examiner et de r&#233;soudre le probl&#232;me-clef : que faire et comment se comporter par la suite ? &#171; II est maintenant &#233;vident que le groupe des aventuriers staliniens ach&#232;ve son coup d'Etat contre-r&#233;volutionnaire dans notre pays. Toutes les conqu&#234;tes progressives de notre r&#233;volution sont en danger de mort. Non seulement les t&#233;n&#232;bres du cr&#233;puscule, mais ceux de la nuit noire et profonde, enveloppent notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun Cavaignac n'a fait couler autant de sang des classes laborieuses que ne le fait Staline. An&#233;antissant physiquement tous les groupes oppositionnels du parti, il aspire &#224; une dictature personnelle sans partage. Le parti et le peuple entier sont soumis &#224; l'examen et &#224; la justice sommaire de l'appareil policier. Les pronostics et les appr&#233;hensions les plus sombres de notre opposition se sont pleinement confirm&#233;s. La nation glisse irr&#233;sistiblement dans le marais thermidorien. C'est le triomphe des forces centristes petites-bourgeoises, dont Staline s'av&#232;re l'interpr&#232;te, le porte-parole et l'ap&#244;tre. Aucun compromis avec les tra&#238;tres staliniens et les bourreaux de la r&#233;volution n'est possible. Demeurant jusqu'au bout des r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, nous ne devons nous nourrir d'aucune illusion en ce qui concerne le sort qui nous attend. Mais avant de nous an&#233;antir, Staline cherchera &#224; nous humilier le plus qu'il pourra. En mettant les intern&#233;s politiques au m&#234;me r&#233;gime que les &#171; droit commun &#187;, il s'efforce de nous disperser parmi les criminels et de dresser ceux-ci contre nous. Il ne nous reste qu'un unique moyen de lutte dans ce combat in&#233;gal : la gr&#232;ve de la faim. Avec un groupe de camarades, nous avons d&#233;j&#224; &#233;bauch&#233; la liste de nos revendications dont d&#233;j&#224; beaucoup d'entre vous ont eu connaissance. Je vous propose donc, maintenant, d'en discuter tous ensemble et de prendre une d&#233;cision &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union fut de courte dur&#233;e, la question de la gr&#232;ve de la faim et des revendications concr&#232;tes &#233;tant d&#233;j&#224; d&#233;battue depuis quelques mois par les trotskystes. Des groupes trotskystes se trouvant dans d'autres camps (station Oussa, Tchibiou, Kotchmess, etc...) en avaient &#233;galement discut&#233; et avaient envoy&#233; Ieur accord de soutien des revendications et de participation &#224; la gr&#232;ve de la faim. Ces revendications furent ratifi&#233;es par l'unanimit&#233; des pr&#233;sents. Elles stipulaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abrogation de la d&#233;cision ill&#233;gale de la NKVD concernant le transfert de tous Ies trotskystes des camps administratifs dans des camps de concentration. Les affaires relatives &#224; I'opposition politique au r&#233;gime ne doivent pas &#234;tre jug&#233;es par les tribunaux sp&#233;ciaux du NKVD, mais dans des assembl&#233;es juridiques publiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e de travail, au camp, ne doit pas d&#233;passer 8 heures ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alimentation des d&#233;tenus ne doit pas d&#233;pendre de leur norme de rendement. Cette derni&#232;re ne doit pas &#234;tre stimul&#233;e par la ration alimentaire, mais par une prime p&#233;cuniaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;paration, tant au travail que dans les baraquements, des d&#233;tenus politiques et des condamn&#233;s de droit commun ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les invalides, vieillards et femmes d&#233;tenus politiques doivent &#234;tre transf&#233;r&#233;s hors des camps polaires dans des camps o&#249; les conditions climatiques sont plus favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; recommand&#233;, lors de la r&#233;union, que les malades, les invalides et les vieillards ne participent pas &#224; la gr&#232;ve de la faim ; n&#233;anmoins, tous ceux-l&#224; repouss&#232;rent &#233;nergiquement cette recommandation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e n'avait pas d&#233;cid&#233; du jour o&#249; commencerait cette gr&#232;ve de la faim ; une direction de 5 membres, avec &#224; sa t&#234;te Guevorkian, en &#233;tait charg&#233;e apr&#232;s en avoir inform&#233; les autres groupes trotskystes diss&#233;min&#233;s sur l'immense territoire des camps de Oukhto-P&#233;tchora.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve de la faim, son d&#233;roulement, son succ&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois semaines plus tard, le 27 octobre 1936, commen&#231;a la massive gr&#232;ve de la faim des d&#233;tenus politiques. gr&#232;ve sans pr&#233;c&#233;dent et exemplaire dans les conditions des camps sovi&#233;tiques. Le matin, au signal du r&#233;veil, dans presque chaque baraquement, il y eut des d&#233;tenus se d&#233;clarant gr&#233;vistes. Les baraquements dans lesquels &#233;taient install&#233;s des trotskystes particip&#232;rent au mouvement en totalit&#233;. M&#234;me des plantons firent la gr&#232;ve. A cette trag&#233;die, qui dura plus de quatre mois, particip&#232;rent pr&#232;s de mille d&#233;tenus, dont la moiti&#233; &#233;tait &#224; la mine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premiers jours, les gr&#233;vistes demeur&#232;rent &#224; leurs places habituelles. Puis l'administration du camp se pr&#233;occupa de les isoler du reste des d&#233;tenus, craignant que leur exemple n'entra&#238;ne ces derniers. Dans la toundra, &#224; quarante kilom&#232;tres de la mine, sur Ies berges de la Syr-laga, il y avait des baraques primitives &#224; moiti&#233; d&#233;molies qui, pr&#233;c&#233;demment, avaient servi lors des sondages de recherche. De toute urgence, ces baraques furent tant bien que mal remises en &#233;tat ; on fit appel &#224; des habitants de la r&#233;gion qui, avec leurs attelages de rennes, y transport&#232;rent les gr&#233;vistes de la faim qui s'y trouv&#232;rent bient&#244;t dans les six cents. Les autres furent rassembl&#233;s non loin de Tchibiou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir isol&#233; les gr&#233;vistes, le Gu&#233;p&#233;ou prit les mesures n&#233;cessaires afin que le mouvement ne s'&#233;tende pas dans le pays et soit ignor&#233; hors des fronti&#232;res. Les d&#233;tenus n'eurent plus le droit de correspondre avec leurs familles, les employ&#233;s salari&#233;s du camp se virent supprimer leurs cong&#233;s et leur droit de d&#233;placement. Des tentatives furent faites de dresser les autres d&#233;tenus contre les gr&#233;vistes. A la mine, il n'y avait plus de r&#233;serves de vivres, plus de quoi nourrir ceux qui travaillaient aux puits ; l'administration du camp soutint qu'elle avait d&#251; d&#233;penser de grandes r&#233;serves de graisse et de sucre, stock&#233;es pour les travailleurs de fond, pour l'alimentation artificielle des trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du premier mois de gr&#232;ve, un des participants &#233;tait mort d'&#233;puisement ; deux autres encore devaient mourir au cours du troisi&#232;me mois. Ce m&#234;me mois, deux gr&#233;vistes, des trotskystes non-orthodoxes, cess&#232;rent volontairement la gr&#232;ve. Enfin, juste quelques jours avant la fin de la gr&#232;ve, mourut encore un des participants. Ayant commenc&#233; fin octobre 1936, la gr&#232;ve de la faim avait dur&#233; 132 jours et ne s'est termin&#233;e qu'en mars 1937. Et elle ne prit fin que sur la victoire compl&#232;te des gr&#233;vistes, &#224; qui il fut communiqu&#233; un radiogramme de la direction centrale de la NKVD r&#233;dig&#233; en ces termes : &#171; Faites savoir aux gr&#233;vistes de la faim d&#233;tenus aux mines de Vorkouta que satisfaction sera donn&#233;e &#224; toutes leurs revendications &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes furent donc ramen&#233;s &#224; la mine, re&#231;urent l'alimentation r&#233;serv&#233;e aux malades et, au bout de quelque temps, reprirent le travail, mais uniquement en surface : certains d'entre eux m&#234;me &#233;taient dans les bureaux de direction de la mine, en qualit&#233; d'employ&#233;s, de comptables, d'&#233;conomistes, etc... Leur journ&#233;e de travail ne d&#233;passait pas 8 heures, leur ration alimentaire &#233;tait ind&#233;pendante de Ieur norme de rendement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1937, brutale et sanglante r&#233;pression&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'int&#233;r&#234;t des autres d&#233;tenus envers les gr&#233;vistes commen&#231;a peu &#224; peu &#224; s'&#233;teindre. L'attention de tous &#233;tait maintenant ax&#233;e sur les nouveaux proc&#232;s de Moscou dont la radio avait fait part ; d'ailleurs, d&#232;s la fin juin, arrivaient de nouveaux d&#233;tenus. Leurs r&#233;cits signalaient les arrestations massives, les injures, les ex&#233;cutions sans proc&#232;s derri&#232;re les murs de la N.K.V.D., et ceci dans tout le pays. Au d&#233;but, personne ne voulait y croire, d'autant plus que les nouveaux arrivants n'en parlaient pas volontiers et plut&#244;t sous forme d'allusion. Mais, petit &#224; petit, les liens devinrent plus &#233;troits et les conversations plus franches. Sans arr&#234;t, de nouveaux d&#233;tenus arrivaient de Russie ; d'anciens amis et connaissances se retrouvaient : il devenait impossible de ne plus les croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces faits manifestes, un certain nombre de d&#233;tenus attendaient avec impatience l'automne 1937 et le XX&#176; anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre ; ils esp&#233;raient, &#224; cette occasion, et &#224; l'image de 1927, une large amnistie du gouvernement, d'autant plus que, peu auparavant, avait &#233;t&#233; adopt&#233;e la tr&#232;s prometteuse &#171; Constitution stalinienne &#187;. Mais l'automne n'amena qu'am&#232;res d&#233;sillusions. Le dur r&#233;gime des camps empira brusquement. Les brigadiers et charg&#233;s de l'ordre &#8211; des droit communs &#8211; ayant re&#231;u de nouvelles directives de la direction du camp, s'arm&#232;rent de gourdins et matraqu&#232;rent impitoyablement les d&#233;tenus. Les gardiens, des miradors &#224; proximit&#233; des baraques, narguaient les d&#233;tenus et se moquaient d'eux. La nuit, pour s'amuser, ils tiraient sur ceux qui se rendaient aux toilettes. Ou bien, ordonnant &#171; couch&#233; &#187;, ils obligeaient les d&#233;tenus &#224; rester allong&#233;s, d&#233;shabill&#233;s, des heures sur la neige. Et puis, bient&#244;t, ce furent des arrestations massives. Presque chaque nuit, les agents du Guepeou se pr&#233;sentaient dans les baraques, proc&#233;daient &#224; l'appel de certains noms et emmenaient les appel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains trotskystes, dont V.I. lvanov, Kossior et le fils de L.D. Trotsky, Serge S&#233;dov, un adolescent modeste et sympathique qui, imprudemment, avait refus&#233; de suivre ses parents en exil en 1928 &#8211; furent emmen&#233;s en convoi sp&#233;cial &#224; Moscou. Il faut croire qu'il ne suffisait pas &#224; Staline de les faire simplement abattre dans la toundra : sa nature sadique n'avait pas seulement soif de sang ; il voulait pr&#233;alablement les humilier sans mesure et les mettre &#224; la torture, les contraignant &#224; de fausses auto-accusations. lvanov et Kossior disparurent sans laisser de traces derri&#232;re les murs de la Loubianka. Quant &#224; Serge S&#233;dov. apr&#232;s un &#171; traitement &#187; &#224; la Loubianka, il fut &#171; jug&#233; &#187; &#224; Sverdlovsk o&#249; il avait travaill&#233; comme ing&#233;nieur &#224; la station &#233;lectrique ; d'apr&#232;s les communiqu&#233;s des journaux, &#171; il reconnut s'&#234;tre livr&#233; &#224; des actes de sabotage &#187; et autres &#171; crimes &#187; encore, ce pourquoi il fut condamn&#233; &#224; &#234;tre fusill&#233;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'automne bien avanc&#233;, environ 1200 d&#233;tenus se trouvaient concentr&#233;s &#224; l'ancienne briqueterie, dont sensiblement la moiti&#233; &#233;tait compos&#233;e de trotskystes. Tous ces gens logeaient dans quatre grandes baraques ; leur ration alimentaire &#233;tait de 100 grammes de pain par jour et pas de ravitaillement quotidien. Les baraques &#233;taient entour&#233;es d'un r&#233;seau de fil de fer barbel&#233;. Pr&#232;s de 100 gardiens fra&#238;chement recrut&#233;s, nantis d'armes automatiques, surveillaient les prisonniers jour et nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;tenus arr&#234;t&#233;s &#224; la mine, &#224; Oussa et dans les autres camps proches, furent conduits &#224; une vieille briqueterie. Ceux qui furent arr&#234;t&#233;s dans les camps plus lointains &#8211; &#224; la Petchora, Ijm&#233;, Kojv&#233;, Tchibiou, etc... &#8211; furent concentr&#233;s &#224; c&#244;t&#233; de Tchibiou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'hiver 1937-38, des d&#233;tenus, affam&#233;s, campant dans des baraques &#224; la briqueterie, attendaient d&#233;cision concernant leur sort. Enfin, en mars, arriv&#232;rent en avion &#224; Vorkouta, venant de Moscou, trois officiers de la NKVD, Kachketine en t&#234;te. S'&#233;tant pr&#233;sent&#233;s &#224; la briqueterie, ils pass&#232;rent &#224; l'interrogatoire des d&#233;tenus. Trente &#224; quarante intern&#233;s &#233;taient appel&#233;s chaque jour, interrog&#233;s superficiellement 3 &#224; 10 minutes chacun, grossi&#232;rement injuri&#233;s, entendant injures et obsc&#233;nit&#233;s. Certains &#233;taient gratifi&#233;s de coups de poing dans le visage ; &#224; l'un d'eux, le vieux bolchevik Virab Virabov, ancien membre du Comit&#233; Central d'Arm&#233;nie, le lieutenant Kachk&#233;tine porta lui-m&#234;me plusieurs coups &#224; la figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mars, une liste de 25 personnes fut communiqu&#233;e, parmi Iesquelles figuraient Gu&#233;vorkian, Virabov, Slavine, etc... A chacun, il fut d&#233;livr&#233; un kilo de pain et ordonn&#233; de se pr&#233;parer avec ses affaires pour un nouveau convoi. Apr&#232;s de chaleureux adieux avec leurs amis, les appel&#233;s quitt&#232;rent les baraques et apr&#232;s l'appel, le convoi quitta l'enceinte. Au bout de 15-20 minutes, pas loin de l&#224;, &#224; un demi kilom&#232;tre, sur la rive escarp&#233;e de la petite rivi&#232;re Verkhnia&#239;a Vorkouta (Vorkouta Sup&#233;rieure) une brusque salve retentit, suivie de coups de feu isol&#233;s et d&#233;sordonn&#233;s : puis tout s'apaisa de nouveau. Bient&#244;t, aupr&#232;s des baraques, repassa l'escorte du convoi. Et il fut clair pour tous dans quelle sorte de convoi avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s Ies d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surlendemain, nouvel appel, cette fois de quarante noms. De nouveau, une ration de pain. Certains, d'&#233;puisement, ne pouvaient d&#233;j&#224; plus bouger ; &#224; ceux-l&#224;, on promit de les installer dans une charrette. Retenant leur respiration, les d&#233;tenus rest&#233;s dans les baraques &#233;coutaient le crissement de la neige sous les pas du convoi qui s'&#233;loignait. Depuis longtemps, tous les bruits s'&#233;taient tus ; mais tous, aux aguets, &#233;coutaient toujours. Et, ainsi, pr&#232;s d'une heure passa. Mais de nouveau, les d&#233;tonations retentirent dans la toundra ; cette fois. elles venaient de bien plus loin, en direction du chemin de fer &#224; voie &#233;troite passant &#224; 3 kilom&#232;tres de la briqueterie. Ce deuxi&#232;me &#171; convoi &#187; convainquit d&#233;finitivement de leur condamnation irr&#233;m&#233;diable ceux qui &#233;taient rest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ex&#233;cutions dans la toundra dur&#232;rent encore tout le mois d'avril et une partie de mai. G&#233;n&#233;ralement un jour sur deux, un jour sur trois, trente &#224; quarante d&#233;tenus &#233;taient appel&#233;s. Il est caract&#233;ristique de noter que, chaque fois, quelques criminels de droit commun, r&#233;cidivistes, y &#233;taient inclus. Afin de terroriser les d&#233;tenus, les gu&#233;peoutistes, de temps en temps, faisaient publiquement conna&#238;tre, par la voie de la cha&#238;ne de radio locale, des listes de fusill&#233;s. Habituellement, ces retransmissions commen&#231;aient comme suit : &#171; Pour agitation contre-r&#233;volutionnaire, sabotage, banditisme dans les camps, refus de travail, tentatives d'&#233;vasion, ont &#233;t&#233; fusill&#233;s... &#187; et suivait une liste de noms o&#249; ceux des d&#233;tenus politiques &#233;taient m&#234;l&#233;s &#224; ceux de droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois, en vue de les fusiller, c'est un groupe de pr&#232;s de cent d&#233;tenus qui fut emmen&#233;, compos&#233; essentiellement de trotskystes. S'&#233;loignant, les condamn&#233;s chantaient l'Internationale, soutenus par la voix des centaines de d&#233;tenus rest&#233;s au camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mai, c'est un groupe de femmes qui fut fusill&#233;. Parmi elles, on d&#233;nombrait la communiste ukrainienne Choumska&#239;a, Smirnova (femme de I.N. Smirnov, bolchevik depuis 1898 et ex-commissaire du peuple ; la fille de Smirnov, Olga, une jeune fille apolitique passionn&#233;e de musique, avait &#233;t&#233; fusill&#233;e un an avant &#224; Moscou), les femmes de Kossior, de Melna&#239;s, etc... Une de ces femmes se d&#233;pla&#231;ait avec des b&#233;quilles. Lors de l'ex&#233;cution d'un oppositionnel, sa femme, intern&#233;e, &#233;tait automatiquement passible de la peine capitale ; et quand il s'agissait des oppositionnels les plus en vue, ses enfants de plus de douze ans &#233;taient &#233;galement passibles de l'ex&#233;cution. En mai, quand il ne subsista &#224; peine plus de cent d&#233;tenus, les ex&#233;cutions furent interrompues. Deux semaines pass&#232;rent, tranquilles ; puis tous les intern&#233;s furent emmen&#233;s en convoi &#224; la mine. L&#224;, on apprit qu'Ejov avait &#233;t&#233; destitu&#233; et que sa place commen&#231;ait &#224; &#234;tre assum&#233;e par B&#233;ria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les rescap&#233;s de la vieille briqueterie ayant &#233;chapp&#233; &#224; l'ex&#233;cution se trouvaient quelques trotskystes orthodoxes. L'un d'entre eux, l'ing&#233;nieur R..., &#233;tait tr&#232;s proche de Gu&#233;vorkian et fut l'un des cinq membres dirigeants qui avaient organis&#233; la massive gr&#232;ve de la faim. A la mine, on disait que R... avait eu la vie sauve au prix de la trahison de ses camarades ; ces soup&#231;ons paraissent probablement fond&#233;s puisqu'apr&#232;s les ex&#233;cutions, R... a joui de la confiance de l'administration du camp et progressa dans l'&#233;chelle des postes dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Soviet Supr&#234;me de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'auteur fait erreur sur ce point : La &#034;th&#232;se Cl&#233;menceau&#034;, &#233;nonc&#233;e en 1926-27 alors que l'opposition &#233;tait encore dans le parti bolchevik, signifiait que celle-ci, m&#234;me en temps de guerre, ne renon&#231;ait pas &#224; lutter pour changer la ligne du Parti et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ult&#233;rieurement liquid&#233; par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] En r&#233;alit&#233; Serge S&#233;dov ne fut jamais jug&#233; publiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1402&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est devenu le r&#233;gime stalinien en 1933 ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dix le&#231;ons que nous tirons du stalinisme (d&#233;tournement sanglant et violent d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, dans l'impasse, isol&#233;e des gros bataillons mondiaux du prol&#233;tariat et enferm&#233;e dans un pays arri&#233;r&#233; et compl&#232;tement d&#233;truit par la guerre et la guerre civile)</title>
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		<dc:date>2020-02-29T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dix le&#231;ons que nous tirons du stalinisme (d&#233;tournement sanglant et violent d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, dans l'impasse, isol&#233;e des gros bataillons mondiaux du prol&#233;tariat et enferm&#233;e dans un pays arri&#233;r&#233; et compl&#232;tement d&#233;truit par la guerre et la guerre civile) &lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des le&#231;ons tir&#233;es du stalinisme par la soci&#233;t&#233; bourgeoise, les intellectuels, les partis politiques de tous bords, les m&#233;dia, les syndicats, l'histoire institutionnelle et le grand public consistent en gros &#224; jeter la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dix le&#231;ons que nous tirons du stalinisme (d&#233;tournement sanglant et violent d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, dans l'impasse, isol&#233;e des gros bataillons mondiaux du prol&#233;tariat et enferm&#233;e dans un pays arri&#233;r&#233; et compl&#232;tement d&#233;truit par la guerre et la guerre civile)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des le&#231;ons tir&#233;es du stalinisme par la soci&#233;t&#233; bourgeoise, les intellectuels, les partis politiques de tous bords, les m&#233;dia, les syndicats, l'histoire institutionnelle et le grand public consistent en gros &#224; jeter la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; la poubelle de l'Histoire : le stalinisme &#233;tant syst&#233;matiquement consid&#233;r&#233; comme un produit direct du l&#233;ninisme et du trotskisme, de la r&#233;volution elle-m&#234;me et de ses soviets, m&#234;me si les militants l&#233;ninistes, trotskistes et sovi&#233;tiques en ont &#233;t&#233; les victimes directes et l'ont le plus souvent combattu, le stalinisme n'ayant conserv&#233; du l&#233;ninisme, de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et des soviets vivants de l'&#233;poque r&#233;volutionnaire que leurs noms et seulement pour mieux les salir et les d&#233;molir. Pour l'opinion publique, toute r&#233;volution prol&#233;tarienne m&#232;nerait fatalement &#224; une dictature de type stalinienne puis &#224; l'effondrement social, &#233;conomique et politique qui a &#233;t&#233; celui de l'URSS. La plupart des travailleurs et de ceux qui s'estiment faire partie de leur camp, et aussi la jeunesse, qui ne veulent nullement soutenir la classe capitaliste, rejettent le l&#233;ninisme et le trotskisme au m&#234;me titre que le stalinisme. Ils ont perdu toute confiance dans la politique communiste r&#233;volutionnaire. C'est dire &#224; quel point il est aujourd'hui difficile de d&#233;fendre un point de vue communiste r&#233;volutionnaire soutenant la prise de pouvoir prol&#233;tarienne d'Octobre 1917, tout en d&#233;masquant la r&#233;alit&#233; du stalinisme qui, loin d'avoir combattu le capitalisme, l'a sauv&#233; ! Mais il est impossible de d&#233;fendre la perspective communiste sans mettre au clair la question du stalinisme. On ne peut ni l'escamoter, ni l'&#233;carter, ni tourner simplement la page : il faut l'analyser du point de vue du communisme r&#233;volutionnaire. Il ne suffit pas de dire que Trotsky l'a fait. Il faut le refaire aujourd'hui &#224; la lumi&#232;re du pass&#233; mais aussi du monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, il faut prendre conscience que le v&#233;ritable p&#244;le politique et social oppos&#233; au stalinisme n'est nullement la pr&#233;tendue d&#233;mocratie bourgeoise des pays riches capitalistes mais bel et bien le communisme r&#233;volutionnaire, celui de Russie comme du reste du monde, celui de l'&#233;poque comme celui d'aujourd'hui. Stalinisme et capitalisme ont en commun la haine de la r&#233;volution sociale, de l'organisation des prol&#233;taires, de leur capacit&#233; &#224; se diriger eux-m&#234;mes, de leur n&#233;cessit&#233; de d&#233;stabiliser l'ancien monde, celui des bureaucrates comme celui des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux apparences, la classe capitaliste, loin d'&#234;tre neutre dans le combat politique entre les communistes (trotskistes, zinovi&#233;vistes, gauches communistes, l&#233;ninistes, etc.) et les staliniens de 1923-1927, &#233;tait violemment hostile aux premiers, les dirigeants r&#233;volutionnaires qui l'avaient fait sortir de Russie et menac&#233;e de faire perdre son pouvoir mondial. Mais elle s'est parfaitement accommod&#233;e du stalinisme, ennemi de la r&#233;volution mondiale. Elle a pu compter sur lui pour d&#233;truire physiquement et moralement une g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires communistes en Russie comme dans le reste du monde. Une t&#226;che d'extermination et de discr&#233;dit que la bourgeoisie mondiale n'&#233;tait pas capable d'accomplir par elle-m&#234;me tant la vague r&#233;volutionnaire en Europe, m&#234;me si elle n'avait triomph&#233; durablement qu'en Russie, avait durement frapp&#233; la bourgeoisie mondiale et l'avait affaibli pour de longues ann&#233;es, an&#233;antissant en particulier sa capacit&#233; d'intervention arm&#233;e contre la Russie. Seul le fascisme allemand, triomphant gr&#226;ce au soutien du stalinisme russe qui, &#224; l'aide du &#171; parti communiste allemand &#187; ( le parti stalinien qui usurpait ce nom), a paralys&#233; le prol&#233;tariat allemand en 1930-1933, devait durablement redonner un peu de confiance en elle-m&#234;me &#224; la bourgeoisie capitaliste mondiale qui pr&#233;f&#233;rait mille fois la marche &#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale que la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Le stalinisme, qui avait d&#233;j&#224; trahi la r&#233;volution chinoise en 1925-1927, devait compl&#233;ter sa t&#226;che contre-r&#233;volutionnaire lors de la r&#233;volution espagnole, livrant ainsi le prol&#233;tariat mondial &#224; la deuxi&#232;me boucherie guerri&#232;re mondiale. L'isolement de la Russie avait &#233;t&#233; le produit des &#233;checs des r&#233;volutions de la vague de 1917-1923 mais, &#224; partir de 1923, elle &#233;tait devenue le produit de la politique internationale de la bureaucratie russe, couche parasitaire contre-r&#233;volutionnaire qui n'avait aucun r&#244;le historique et n'&#233;tait parvenue progressivement au pouvoir que par l'absence politique et sociale &#224; la fois du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et de la grande bourgeoisie, tous deux saign&#233;s &#224; blanc par la guerre civile en Russie et dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; compr&#233;hension &#187; courante (celle diffus&#233;e par la bourgeoisie) du stalinisme ne conna&#238;t de la r&#233;volution russe d'Octobre que des caricatures et des mensonges et attribue &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne les horreurs impos&#233;es en Russie par la violence arm&#233;e des classes poss&#233;dantes russes ou &#233;trang&#232;res : l'&#233;tatisme, le centralisme, la barbarie, la terreur, les proc&#232;s, les massacres, la famine, la guerre civile, le parti unique, l'interdiction des libert&#233;s, la nationalisation forc&#233;e des petits paysans et bien d'autres. Bien s&#251;r, cette image horrible ne permet pas de comprendre que la R&#233;volution ait gagn&#233; la guerre et la guerre civile contre toutes les bourgeoisies du monde &#224; commencer par la bourgeoisie russe et les forces tsaristes. Elle ne permet pas de comprendre le soutien massif que les bolcheviks et pouvoir ouvrier ont trouv&#233; non seulement parmi les ouvriers mais aussi parmi les paysans et les nationalit&#233;s et religions opprim&#233;es. Elle ne permet pas de comprendre que le pouvoir ouvrier russe a d'abord &#233;t&#233; r&#233;ellement, pendant les cinq ans o&#249; le prol&#233;tariat russe a cru &#224; son r&#244;le r&#233;volutionnaire international, celui des soviets, de ces organisations de masse permettant &#224; la grande majorit&#233; du prol&#233;tariat de discuter et de d&#233;cider de mani&#232;re autonome de toutes les mesures prises ou &#224; prendre. Elle ne permet pas de comprendre que le projet qui sous-tendait cette action r&#233;volutionnaire ne se cantonnait nullement &#224; la Russie et n'avait aucun sens dans une Russie isol&#233;e puisqu'il s'agissait de renverser le capitalisme mondial et pas le tsarisme russe, de construire une soci&#233;t&#233; socialiste fond&#233;e sur le plus haut niveau de d&#233;veloppement industriel du capitalisme et pas sur l'arri&#233;ration sociale f&#233;odale de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre d'o&#249; vient l'&#233;chec d'une r&#233;volution si on en ignore compl&#232;tement les buts et les projets r&#233;els de celle-ci, ou si on les cache sous une tonne de contrev&#233;rit&#233;s ? Si on pr&#233;tend que L&#233;nine &#233;gale Staline, on occulte qu'il y a eu un &#233;chec de la r&#233;volution et on affirme qu'elle a continu&#233; &#224; triompher sous le stalinisme et m&#234;me pendant la premi&#232;re guerre mondiale et durant toute la guerre froide ! Si on comprend que Staline est diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; L&#233;nine et &#224; la r&#233;volution d'Octobre, il faut chercher comment la r&#233;volution a pu passer aux mains de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment questionner les causes de l'&#233;chec ? Sont-elles russes ou pas (proviennent-elles des &#233;checs r&#233;volutionnaires hors de Russie) et dans quelle proportion et dans quelle logique d'interactions ? Proviennent&#8211;elles des d&#233;cisions des dirigeants bolcheviks ou les d&#233;passent-elles largement ? Proviennent-elles des bases m&#234;mes de la r&#233;volution d'Octobre ? Proviennent-elles de la conception de la r&#233;volution, de celle du parti, de celle de l'internationale, de celle des soviets, des mesures politiques, des mesures &#233;conomiques, des mesures sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, la r&#233;ponse d&#233;pend en fait des buts que l'on attribue &#224; la r&#233;volution russe, de la signification qu'on lui donne. Si le but qui lui est attribu&#233;, c'est de faire progresser le r&#233;gime &#233;conomique et social de la seule Russie, alors ce n'est pas le but d'octobre 1917 que l'on discute mais seulement celui de Staline et de la bureaucratie. Le sens de la r&#233;volution n'est socialiste que si la r&#233;volution ne se fonde pas seulement sur la Russie mais au minimum sur une partie de l'Europe. Le sens de la r&#233;volution n'est socialiste que si l'Etat est celui du prol&#233;tariat organis&#233; et pas celui de la bureaucratie. Le sens de la r&#233;volution n'est socialiste que si elle ne renforce l'Etat que provisoirement et vise ensuite &#224; la dissolution de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rappelle &#224; juste titre qu'il n'y a pas de socialisme sans libert&#233;, mais il conviendrait de rajouter que, dans la mis&#232;re affreuse, il ne peut pas y avoir durablement de libert&#233;. Et pas non plus de socialisation de la mis&#232;re. Le socialisme n&#233;cessite le d&#233;veloppement moderne, le d&#233;passement du capitalisme et pas la collectivisation du sous-d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du moment que la Russie arri&#233;r&#233;e, d&#233;truite, d&#233;sorganis&#233;e, d&#233;molie, au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire physiquement &#233;limin&#233;, &#224; l'activit&#233; &#233;conomique compl&#232;tement exsangue, se retrouve durablement seul pouvoir ouvrier r&#233;volutionnaire face au monde capitaliste, la d&#233;faite de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale est acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation pourrait sembler alors devoir &#234;tre simplement le retour de l'Etat capitaliste et des classes poss&#233;dantes mais c'est omettre un autre &#233;l&#233;ment de la situation : le prol&#233;tariat, &#233;puis&#233; moralement et physiquement, trahi dans les m&#233;tropoles imp&#233;rialistes, ne disposant pas directions r&#233;volutionnaires dans le reste de l'Europe, n'a pas vaincu mais les classes poss&#233;dantes, elles aussi, sont au bord de l'asphyxie. Elles sont bien incapables de lancer la contre-offensive et de balayer le pouvoir des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cette double impuissance des deux puissances sociales principales, situation que personne n'aurait pu deviner d'avance, que va na&#238;tre un pouvoir fond&#233; sur une couche sociale qui, elle, ne repr&#233;sente aucune perspective historique, aucun programme &#224; part celui du maintien du statu quo, &#224; savoir de la pr&#233;servation de cette impuissance prol&#233;tarienne et de cette incapacit&#233; &#224; revenir militairement sur le sol russe. Le premier &#224; remettre en cause cela sera Hitler qui envahit la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi de cette double impuissance que va na&#238;tre la confrontation Staline-Trotsky entre deux personnalit&#233;s que rien ne rapproche, qui ne les met pas naturellement en face &#224; face. Tout au long des r&#233;volutions russes (1905, f&#233;vrier et octobre 1917), nul n'aurait pu imaginer un tel affrontement, imaginant &#233;ventuellement un affrontement L&#233;nine-Trotsky mais certainement pas avec un personnage comme Staline auquel personne n'attribuait une quelconque capacit&#233; de direction politique et sociale de la r&#233;volution et de l'Etat ouvrier. En effet, la contre-r&#233;volution a &#233;t&#233; contrainte, pour s'exprimer politiquement, de faire appel &#224; des &#233;l&#233;ments du parti devenu unique du fait de la violence de la guerre civile, la classe poss&#233;dante internationale ayant mis&#233; sur la destruction totale du pays plut&#244;t que reconna&#238;tre la victoire des bolcheviks. Toutes les autres forces politiques bourgeoises en Russie s'&#233;tant au pr&#233;alable discr&#233;dit&#233;es, d&#233;mantel&#233;es, d&#233;band&#233;es, il ne restait que des repr&#233;sentants de la bureaucratie pour repr&#233;senter la r&#233;action politique. Le prol&#233;tariat mobilis&#233; par la r&#233;volution n'aurait fait qu'une bouch&#233;e de telles pr&#233;tentions bureaucratiques, mais, au contraire affaibli, mortellement frapp&#233; dans ses &#233;l&#233;ments les plus dynamiques et r&#233;volutionnaires, d&#233;moralis&#233; lui aussi, d&#233;mobilis&#233;, n'&#233;tait pas capable alors de faire face aux pr&#233;tentions bureaucratiques, issues &#224; la fois des soviets, de l'Etat et du parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des personnes favorables au socialisme, y compris des r&#233;volutionnaires, se heurtent ici &#224; un handicap dans la compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements : leur engagement s'oppose curieusement &#224; leur compr&#233;hension du cours des &#233;v&#233;nements. S'il s'agissait d'une r&#233;volution bourgeoise, d'&#233;v&#233;nements ne les concernant pas directement, ils auraient la capacit&#233; d'avoir une vision historique objective, mais, concernant une r&#233;volution socialiste, qui les engage directement, ils n'en sont plus capables. Impossible pour eux &#224; la fois de prendre parti contre le stalinisme et d'en comprendre le sens historique. Un peu comme il est impossible &#224; toutes les personnes qui sont marqu&#233;es par leur r&#233;probation de comprendre historiquement l'extermination des juifs par le nazisme. Quand trop de morale p&#233;n&#232;tre la compr&#233;hension de l'Histoire, celle-ci n'est plus analysable de mani&#232;re rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bonapartisme &#187; de Staline n'est pas le premier de l'histoire. On se rappelle des magnifiques pages de Karl Marx concernant le bonapartisme de Napol&#233;on III. Mais, l&#224;, il s'agit pour nous de d&#233;tournement de la r&#233;volution bourgeoise, l'un des exemples fameux de ce bonapartisme et qui lui a donn&#233; son nom &#233;tant celui de Napol&#233;on 1er succ&#233;dant &#224; la Grande R&#233;volution fran&#231;aise. Pourtant, l'un des plus grands soul&#232;vements de l'Histoire en faveur de la libert&#233; avait achev&#233; son cours par la dictature personnelle, guerri&#232;re et sanguinaire de l'empereur Napol&#233;on 1er, massacrant les peuples d'Espagne et de Russie, notamment, et nommant rois et princes tous les membres de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la lutte des classes semblent bien difficiles &#224; comprendre &#224; tous ceux qu'infecte un tant soi peu le moralisme dans leur perception de la lutte politique. Bien s&#251;r, ceux-l&#224; r&#233;pliquent que c'est l'amoralisme bolchevik qui aurait men&#233; au stalinisme. Ce serait lui qui aurait inaugur&#233; la suppression des libert&#233;s, la casse des droits des citoyens, et m&#234;me la casse du pouvoir aux soviets en mettant en place le pouvoir du seul parti bolchevik. La th&#232;se est bien connue et a &#233;t&#233; souvent discut&#233;e dans notre site sans qu'il soit n&#233;cessaire d'y revenir ici. Nous voulons seulement faire remarquer que le moralisme politique, m&#234;me drap&#233; dans des positions ultra-r&#233;volutionnaires de certains gauches communistes, n'&#233;claire nullement les le&#231;ons &#224; tirer du stalinisme. En effet, une telle position n'explique nullement comment L&#233;nine et Trotsky auraient pu, dialectiquement eux aussi comme le pouvoir sovi&#233;tique, se transformer en leur contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et Trotsky et l'immense majorit&#233; des dirigeants r&#233;volutionnaires n'ont pas eu l'occasion de se transformer : le stalinisme les a &#233;cart&#233;s comme s'ils n'avaient jamais eu de poids dans la soci&#233;t&#233; ! Ils ne s'&#233;taient pas affaiblis politiquement. C'est que la force sociale qui les portait a &#233;t&#233; vaincue dans l'ar&#232;ne o&#249; elle exer&#231;ait sa force : dans la r&#233;volution en Europe essentiellement. Ce qui avait permis &#224; la r&#233;volution russe de se maintenir face aux imp&#233;rialismes occidentaux, c'&#233;tait le lien entre la r&#233;volution &#171; russe &#187; et la r&#233;volution europ&#233;enne et m&#234;me mondiale. C'est quand ce lien a &#233;t&#233; rompu, f&#251;t-ce momentan&#233;ment, que les prol&#233;taires r&#233;volutionnaires russes se sont retrouv&#233;s devant une &#233;quation insoluble : faire le socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et Trotsky savaient que ce d&#233;fi n'avait aucune solution autre que le triomphe des anciennes classes poss&#233;dantes et de la bourgeoisie mondiale en Russie. Mais ils n'imaginaient pas la forme que cela prendrait. Ils n'imaginaient pas que la r&#233;volution aurait triomph&#233; en Russie sans qu'elle ait triomph&#233; en Europe, ne serait-ce qu'en Allemagne. C'est pourtant ce qui s'est produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter en long et en large sur les mesures prises par les bolcheviks devant une situation en impasse, on n'en tirera rien d'autre que le fait qu'il n'y avait aucune issue, ni politique ni sociale &#224; une telle catastrophe. La &#171; solution &#187; de L&#233;nine et Trotsky, apr&#232;s 1921, ne consistait pas &#224; d&#233;velopper des perspectives mais seulement &#224; tenir dans une citadelle assi&#233;g&#233;e, affam&#233;e, d&#233;moralis&#233;e. On ne peut ni condamner les mesures prises alors, ni en faire une politique &#171; de principe &#187;, ni des m&#233;thodes d'avenir. On ne peut que souhaiter ne pas se trouver pris dans un pi&#232;ge aussi affreux lors des r&#233;volutions sociales qui viennent. Quelles le&#231;ons morales voulez-vous que tirent les moralistes des histoires de passagers d'avions jet&#233;s contre une cha&#238;ne de montagne recouverte de glaciers et qui mangent les cadavres pour survivre, rien que des balivernes ! Ceux qui les glorifient d'avoir tenu valent &#224; peu pr&#232;s ceux qui les condamnent moralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons politiques r&#233;volutionnaires du stalinisme sont d'un autre ordre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Pas de r&#233;volution sociale qui soit dans des fronti&#232;res nationales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) La r&#233;volution socialiste n'est pas le partage de la mis&#232;re et ne repose pas sur une &#233;conomie inf&#233;rieure &#224; celle du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Pas de statu quo avec le capitalisme pour la r&#233;volution socialiste triomphant dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Pas de solution formelle pour la d&#233;mocratie r&#233;elle des opprim&#233;s. Le seul moyen de maintenir la d&#233;mocratie, c'est de faire avancer la r&#233;volution. Mis&#232;re et d&#233;mocratie ne coexistent pas durablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) La r&#233;volution mondiale n'est pas un slogan mais une r&#233;alit&#233; qui repose sur la crise mondiale de la domination des classes poss&#233;dantes. La r&#233;volution emploie des armes objectives contre ses adversaires. Quand celles-ci disparaissent ou ont &#233;t&#233; mal utilis&#233;es, les r&#233;volutionnaire retombent &#224; leur ancienne position de groupes minoritaires et m&#234;me groupusculaires et cessent de d&#233;tenir des moyens extraordinaires de &#171; faire l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Personne ne peut remplacer le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire organis&#233; en conseils, d&#233;cidant et agissant par lui-m&#234;me, ni une autre forme d'organisation comme les comit&#233;s d'usine, les assembl&#233;es, les associations, les syndicats ou les partis politiques, fussent-ils r&#233;volutionnaires et prol&#233;tariens. La force sociale, c'est le prol&#233;tariat lui-m&#234;me mais il n'est pas &#233;ternellement une force r&#233;volutionnaire et sa force n'est pas infinie. Elle peut d&#233;cliner. Elle peut &#234;tre affaiblie. Et, dans ce cas, tout le poids de la r&#233;action, de l'arri&#233;ration, de la passivit&#233; des exploit&#233;s et des opprim&#233;s revient en surface, momentan&#233;ment &#233;cart&#233; par l'explosion r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Quand le prol&#233;tariat est mobilis&#233;, organis&#233; et conscient de son r&#244;le historique, sa force am&#232;ne m&#234;me &#224; oublier celle de ses adversaires int&#233;rieurs, r&#233;formistes et bureaucrates de toutes sortes. Quand le prol&#233;tariat recule, redevient seulement une classe pauvre, exploit&#233;e, frapp&#233;e de tous c&#244;t&#233;s, qui recule politiquement et socialement, qui ne parvient plus seulement &#224; nourrir ses membres, &#224; leur donner du travail, &#224; d&#233;velopper l'&#233;conomie, alors ces adversaires int&#233;rieurs redeviennent des forces organis&#233;es difficiles &#224; contrer, &#224; combattre, et &#224; bloquer. Les appareils bureaucratiques, syndicaux, politiques et m&#234;me sovi&#233;tiques, redeviennent des poids lourds trop pesants pour &#234;tre soulev&#233;s et les r&#233;volutionnaires redeviennent moins forts que ces machineries r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Le bureaucratisme, la d&#233;moralisation, la r&#233;action ne sont pas tr&#232;s mena&#231;ants tant que la r&#233;volution prol&#233;tarienne va de l'avant, conqui&#232;re du poids dans toutes les couches prol&#233;tariennes, et m&#234;me dans les couches petites bourgeoises, chez tous les opprim&#233;s, dans la jeunesse, parmi les femmes, parmi les ch&#244;meurs, parmi les nations et religions opprim&#233;es, quand la r&#233;volution gagne de nouvelles r&#233;gions, de nouveaux pays, frappe de nouvelles classes poss&#233;dantes, supprime le pouvoir &#233;conomique, politique et social des anciens exploiteurs. Les anciennes classes et id&#233;es r&#233;actionnaires sont alors balay&#233;es par le grand courant prol&#233;tarien qui semble capable de tout emporter avec lui. D&#232;s que ce courant r&#233;gresse, c'est l'inverse qui se produit. C'est arri&#233;ration de l'ancienne soci&#233;t&#233;, l'inculture des masses, le manque de confiance en eux des exploit&#233;s, les retards &#233;conomiques, sociaux, politiques et m&#234;me id&#233;ologiques de l'ancienne soci&#233;t&#233; qui p&#232;sent &#224; nouveau sur les prol&#233;taires, ceux-ci perdant chaque jour du poids sur les couches sociales plus &#233;loign&#233;es du prol&#233;tariat, sur la petite-bourgeoisie, sur les nationalit&#233;s et religions opprim&#233;s. C'est &#224; l'inverse le poids des anciennes id&#233;ologies r&#233;actionnaires qui reprend le dessus, seulement &#233;cart&#233;es momentan&#233;ment par la vague r&#233;volutionnaire mais toujours capables de s'implanter dans les masses arri&#233;r&#233;es. C'est la dynamique r&#233;volutionnaire qui a &#233;t&#233; capable de les mettre au rencart mais, d&#232;s que cette dynamique est cass&#233;e, la r&#233;volution est gel&#233;e et la force r&#233;volutionnaire a disparu. La conscience prol&#233;tarienne se perd alors dans le recul g&#233;n&#233;ral. Les plus conscients des r&#233;volutionnaires sont les derniers bastions politiques et id&#233;ologiques mais m&#234;me eux ne sont pas &#233;ternels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Le r&#244;le des individus, m&#234;me r&#233;volutionnaires, dans l'Histoire ne consiste pas &#224; inventer des perspectives l&#224; o&#249; l'Histoire n'en propose pas, ou plus. Il ne consiste pas &#224; trouver des solutions politiques et sociales au prol&#233;tariat, l&#224; o&#249; le prol&#233;tariat est d&#233;fait par le cours m&#234;me des &#233;v&#233;nements. Il est d&#233;j&#224; bien suffisant que les r&#233;volutionnaires soient capables de comprendre les possibilit&#233;s historiques quand elles se pr&#233;sentent et c'est d&#233;j&#224; rarement le cas. L&#224; non plus, ce n'est pas une question de morale. Ce n'est pas la malhonn&#234;tet&#233; qui frappe les gens qui se revendiquent de la r&#233;volution sociale prol&#233;tarienne et qui les pousserait &#224; trahir en devenant opportunistes ou sectaires. Non, ce qui leur fait d&#233;faut, c'est la compr&#233;hension des lois de l'Histoire, celles de la lutte des classes. Cette incompr&#233;hension les emp&#234;che d'appr&#233;hender la politique juste, capable de mener le prol&#233;tariat au pouvoir politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Ce que les r&#233;volutionnaires russes ont fait, devant une impasse historique, ne provient pas essentiellement des politiques qu'ils ont men&#233;es en Russie, mais surtout de la d&#233;faite du prol&#233;tariat en Europe. Pour maintenir un v&#233;ritable Etat ouvrier, dictature du prol&#233;tariat, alors que le prol&#233;tariat russe &#233;tait isol&#233; dans un pays arri&#233;r&#233;, il aurait fallu une politique permettant de marcher au plafond. Une telle politique ne pouvait pas exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : il y a d'autres r&#233;ponses que celles consistant &#224; tout justifier de ce qui s'est pass&#233; dans les ann&#233;es 1920 en Russie ou de tout rejeter. Comprendre n'est pas justifier. Rejeter les chemins historiques des r&#233;volutions ne permet pas de mieux faire face aux prochaines &#233;ch&#233;ances r&#233;volutionnaires prol&#233;tariennes qui sont en train de venir. Les r&#233;volutions de 1917 est n&#244;tre et pas sa caricature stalinienne et c'est au nom d'Octobre 1917 que l'on combat le mieux le stalinisme car on le comprend le mieux, pas au nom de l'anarchisme, du purisme conseilliste, du d&#233;mocratisme, du pacifisme et autres. Comme on l'aura compris, la le&#231;on que nous tirons n'est certainement pas que les prol&#233;taires ont eu tort de prendre le pouvoir politique en Octobre 1917 et de tenter de l'&#233;tendre au monde entier par la suite, bien au contraire !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas religieusement attach&#233;s &#224; chaque mot prof&#233;r&#233; par des idoles qui s'appelleraient L&#233;nine, Trotsky ou les bolcheviks, mais nous estimons que l'on ne doit pas faire croire qu'une autre politique fondamentalement diff&#233;rente de celle des r&#233;volutionnaires communistes russes aurait chang&#233; quoique ce soit &#224; la venue du stalinisme. Ce n'est du fatalisme de notre part : c'est seulement la conscience que le seul choix &#233;tait entre la r&#233;volution montante et la contre-r&#233;volution. Du moment que la r&#233;volution avait &#233;chou&#233; en Europe, la Russie seule ne pouvait que tomber aux mains de forces contre-r&#233;volutionnaires, les noms et les personnes n'y changeant rien. Si L&#233;nine et Trotsky proposaient de mener le combat face aux forces contre-r&#233;volutionnaires bourgeoises et bureaucrates et de le mener jusqu'au bout, ce n'est pas avec des illusions sur la possibilit&#233; de le gagner en cas de maintien de l'isolement de la r&#233;volution dans son seul bastion russe. Faire croire le contraire n'a rien de r&#233;volutionnaire, m&#234;me si cela peut avoir un petit air radical parfois&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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