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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>&#8220; L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#8221; de Freud</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220; L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#8221; de Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
(Das Unheimliche) &lt;br class='autobr' /&gt;
(1919) &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
Le psychanalyste ne se sent que rarement appel&#233; faire des recherches d'esth&#233;tique, m&#234;me lorsque, sans vouloir borner l'esth&#233;tique &#224; la doctrine du beau, on la consid&#232;re comme &#233;tant la science des qualit&#233;s de notre sensibilit&#233;. Il &#233;tudie d'autres couches de la vie psychique et s'int&#233;resse peu &#224; ces mouvements &#233;motifs qui - inhib&#233;s quant au but, assourdis, affaiblis, d&#233;pendant de la constellation des faits qui les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique164" rel="directory"&gt;La part de l'inconscient et de l'irrationnel dans la formation de la pens&#233;e&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8220; L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#8221; de Freud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Das Unheimliche)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1919)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le psychanalyste ne se sent que rarement appel&#233; faire des recherches d'esth&#233;tique, m&#234;me lorsque, sans vouloir borner l'esth&#233;tique &#224; la doctrine du beau, on la consid&#232;re comme &#233;tant la science des qualit&#233;s de notre sensibilit&#233;. Il &#233;tudie d'autres couches de la vie psychique et s'int&#233;resse peu &#224; ces mouvements &#233;motifs qui - inhib&#233;s quant au but, assourdis, affaiblis, d&#233;pendant de la constellation des faits qui les accompagnent - forment pour la plupart la trame de l'esth&#233;tique. Il est pourtant parfois amen&#233; &#224; s'int&#233;resser &#224; un domaine particulier de l'esth&#233;tique, et g&#233;n&#233;ralement c'en est alors un qui se trouve a &#224; c&#244;t&#233; &#187; et n&#233;glig&#233; par la litt&#233;rature esth&#233;tique proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; Unheimliche &#187;, l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, est l'un de ces domaines. Sans aucun doute, ce concept est apparent&#233; &#224; ceux d'effroi, de peur, d'angoisse, et il est certain que le terme n'est pas toujours employ&#233; dans un sens strictement d&#233;termin&#233;, si bien que le plus souvent il co&#239;ncide avec &#171; ce qui provoque l'angoisse &#187;. Cependant, on est en droit de s'attendre, pour justifier l'emploi d'un mot sp&#233;cial exprimant un certain concept, &#224; ce qu'il pr&#233;sente un fond de sens &#224; lui propre. On voudrait savoir quel est ce fond, ce sens essentiel qui fait que, dans l'angoissant lui-m&#234;me, l'on discerne de quelque chose qui est l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans les ouvrages d'esth&#233;tique d&#233;taill&#233;s, on ne trouve presque rien l&#224;-dessus, ceux-ci s'occupant plus volontiers des sentiments positifs, beaux, sublimes, attrayants, de leurs conditions et des objets qui les &#233;veillent que des sentiments contraires, repoussants ou p&#233;nibles. Du c&#244;t&#233; de la litt&#233;rature m&#233;dico-psychologique je ne connais qu'un seul trait&#233;, celui de E. Jentsch plein d'int&#233;r&#234;t, mais qui n'&#233;puise pas le sujet. Je dois convenir, toutefois, que, pour des raisons faciles &#224; comprendre et tenant &#224; l'&#233;poque o&#249; il a paru, la litt&#233;rature, dans ce petit article, et en particulier la litt&#233;rature &#233;trang&#232;re, n'a pas &#233;t&#233; consult&#233;e &#224; fond, ce qui lui enl&#232;ve aupr&#232;s du lecteur tout droit &#224; la priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jentsch a parfaitement raison de souligner qu'une difficult&#233; dans l'&#233;tude de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; provient de ce que la sensibilit&#233; &#224; cette qualit&#233; du sentiment se rencontre &#224; des degr&#233;s extr&#234;mement divers chez les divers individus. Oui, l'auteur lui-m&#234;me de l'essai qu'on lit doit s'accuser d'&#234;tre particuli&#232;rement peu sensible en cette mati&#232;re, l&#224; o&#249; une grande sensibilit&#233; serait plut&#244;t de mise. Voici longtemps qu'il n'a rien &#233;prouv&#233; ni rencontr&#233; qui ait su lui donner l'impression de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ; il doit donc ici d'abord &#233;voquer en pens&#233;e ce sentiment, en &#233;veiller en lui comme l'&#233;ventualit&#233;. Toutefois, des difficult&#233;s de cet ordre se rencontrent dans bien d'autres domaines de l'esth&#233;tique ; il ne faut pas pour cela renoncer &#224; l'espoir de trouver les cas o&#249; la plupart des hommes pourront admettre sans conteste le caract&#232;re en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut choisir entre deux voies : ou bien rechercher quel sens l'&#233;volution du langage a d&#233;pos&#233; dans le mot &#171; unheimlich &#187;, ou bien rapprocher tout ce qui, dans les personnes, les choses, les impressions sensorielles, les &#233;v&#233;nements ou les situations, &#233;veille en nous le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; et en d&#233;duire le caract&#232;re cach&#233; commun &#224; tous ces cas. Avouons tout de suite que chacune des deux voies aboutit au m&#234;me r&#233;sultat ; l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; sera cette sorte de l'effrayant qui se rattache aux choses connues depuis longtemps, et de tout temps famili&#232;res. On verra par la suite comment cela est possible et &#224; quelles conditions les choses famili&#232;res peuvent devenir &#233;trangement inqui&#233;tantes, effrayantes. Je ferai encore observer que notre enqu&#234;te a &#233;t&#233;, en r&#233;alit&#233;, men&#233;e sur une s&#233;rie de cas particuliers ; ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'elle s'est vue confirm&#233;e par l'usage linguistique. Mais dans mon expos&#233; je compte cependant suivre le chemin inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot allemand &#171; unheimlich &#187; est manifestement l'oppos&#233; de &#171; heimlich, heimisch, vertraut &#187; (ternies signifiant intime, &#171; de la maison &#187;, familier), et on pourrait en conclure que quelque chose est effrayant justement parce que pas connu, pas familier. Mais, bien entendu, n'est pas effrayant tout ce qui est nouveau, tout ce qui n'est pas familier ; le rapport ne saurait &#234;tre invers&#233;. Tout ce que l'on peut dire, c'est que ce qui est nouveau devient facilement effrayant et &#233;trangement inqui&#233;tant ; telle chose nouvelle est effrayante, toutes ne le sont certes pas. Il faut, &#224; la chose nouvelle et non famili&#232;re, quelque chose en plus pour lui donner le caract&#232;re de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jentsch n'a pas &#233;t&#233; plus loin que cette relation de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; avec ce qui est nouveau, non familier. Il trouve la condition essentielle &#224; la gen&#232;se du sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; dans l'incertitude intellectuelle. Ce sentiment d&#233;coulerait toujours essentiellement, d'apr&#232;s lui, de quelque impression pour ainsi dire d&#233;concertante. Plus un homme conna&#238;t bien son ambiance, moins il recevra des choses et des &#233;v&#233;nements qu'il y rencontre l'impression de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous est facile de constater que ce trait ne suffit pas &#224; caract&#233;riser l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ; aussi essaierons-nous de pousser notre investigation par-del&#224; l'&#233;quation : &#233;trangement inqui&#233;tant = non familier. Voyons d'abord ce qu'il en est dans d'autres langues. Mais les dictionnaires que nous consultons ne nous disent rien de neuf, peut-&#234;tre simplement parce que nous-m&#234;mes parlons une langue &#233;trang&#232;re. Oui, nous acqu&#233;rons m&#234;me l'impression que, dans beaucoup de langues, un mot d&#233;signant cette nuance particuli&#232;re de l'effrayant fait d&#233;faut .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Latin (d'apr&#232;s le petit dictionnaire allemandlatin K. E. Georges, 1898) : un endroit &#171; unheimlich &#187;, locus suspectus ; &#224; une heure nocturne &#171; unheimlich &#187;, intempesta nocte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grec (dictionnaire de Rost et von Schenkl) [mot grec dans le texte] c'est-&#224;-dire &#233;tranger, &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anglais (tir&#233; des dictionnaires de Lucas, Bellow, Fl&#252;gel, Muret-Sanders) : uncomfortable, uneasy, gloomy, dismal, uncanny, ghastly. S'il s'agit d'une maison : haunted s'il s'agit d'un homme, a repulsive fellow.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais (Sachs-Villatte) : Inqui&#233;tant, sinistre, lugubre, mal &#224; son aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagnol (Tollhausen, 1889) : sospechoso, de mal agu&#235;ro, lugubre, siniestro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'italien et le portugais semblent se contenter de mots que nous qualifierons de p&#233;riphrases. En arabe et en h&#233;breu, &#171; unheimlich &#187; se confond avec d&#233;moniaque, &#233;pouvantable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en par cons&#233;quent &#224; la langue allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dictionnaire de la langue allemande de Daniel Sanders (1860), on trouve au mot &#171; heimlich &#187; les donn&#233;es suivantes que je vais reproduire ln extenso, faisant ressortir, en le soulignant, tel ou tel passage (vol. 1, p. 729) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Heimlich &#187;, a. (-keit, f.-en) 1. aussi &#171; Heimelich &#187;, &#171; heimelig &#187;, faisant partie de la maison, pas &#233;tranger, familier, apprivois&#233;, intime, confidentiel, ce qui rappelle le foyer, etc. ; a) (vieilli) appartenant &#224; la maison, &#224; la famille, ou bien : consid&#233;r&#233; comme y appartenant, comparez lat. familiaris, intime : &#171; Die Heimlichen &#187;, les intimes ; &#171; Die Hausgenossen &#187;, les h&#244;tes de la maison ; &#171; Der heimliche Rat &#187;, le conseiller intime ; 1. Gen., 41, 45 ; 2. Samuel, 23, 23 ; 1. Chr., 12, 25 ; Sagesse, 8, 4, terme remplac&#233; maintenant par &#171; Geheimer (voir d 1) Rat &#187;, voir &#171; Heimlicher &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Se dit des animaux apprivois&#233;s, s'attachant famili&#232;rement &#224; l'homme. Contraire de sauvage, par exemple : animaux qui ne sont ni sauvages ni &#171; heimlich &#187;, c'est-&#224;-dire, ni apprivois&#233;s (Eppendorf, 88). - Animaux sauvages... tels qu'on les &#233;l&#232;ves pour qu'ils deviennent familiers, &#171; heimlich &#187; et habitu&#233;s aux gens (92). - Comme ces petites b&#234;tes &#233;lev&#233;es d&#232;s leur jeunesse parmi les hommes deviennent tout &#224; fait &#171; heimlich &#187; (apprivois&#233;es) et affectueuses, etc. (Stumpf, 608 a), etc. - Et encore : il (l'agneau) est si &#171; heimlich &#187; (confiant) et me mange dans la main (H&#246;lty). Toujours est-il que la cigogne reste un bel oiseau &#171; heimlich &#187; (familier) (voir c) (Linck. Schl., 146), voir &#171; _H&#228;uslich_ &#187;, 1, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Rappelant l'intimit&#233;, la familiarit&#233; du foyer ; &#233;veillant un sentiment de bien-&#234;tre paisible et satisfait, etc., de repos confortable et de s&#251;re protection comme celle qu'offre la maison confortable et enclose (comparez Geheuer) : Te sens-tu encore &#171; heimlich &#187; (&#224; ton aise) dans tes bois o&#249; les &#233;trangers d&#233;frichent ? (Alexis H., I., I, 289.) - Elle ne se sentait pas trop bien &#171; _eimlich_ &#187; (confortable) aupr&#232;s de lui (Brentano Wehm, 92) ; le long d'un haut sentier ombrag&#233; &#171; heimlich &#187; (intime)... suivant le ruisseau de la for&#234;t, qui frissonne, murmure, clapote (Forster B. I., 417). - D&#233;truire de la Patrie &#171; die Heimlichkeit &#187;, le caract&#232;re intime (Gervinus Lit, 5, 375). - Je ne trouverais pas facilement un petit coin aussi &#171; heimlich &#187; (intime) et familier (G., 14, 14). Nous nous trouvions &#234;tre si &#224; l'aise, si gentiment, si confortablement et &#171; heimlich &#187; (bien chez soi) [15,9]. - Dans une tranquille &#171; Heimlichkeit &#187; (intimit&#233;) entour&#233;s d'&#233;troites bornes (Haller). -D'une soigneuse m&#233;nag&#232;re qui sait cr&#233;er avec les moindres choses une d&#233;licieuse &#171; Heimlichkeit &#187; (int&#233;rieur), agr&#233;able (Hartmann Unst., I, 188). - D'autant plus &#171; heimlich &#187; (&#224; leur aise) au milieu de leurs sujets catholiques (Kohl Jrl..., I, 172). - Quand il fait &#171; heimlich &#187; (intime) et tranquille, seul le calme silencieux nocturne guette aupr&#232;s de ta cellule (Tiedge, 2, 39). - Silencieux, et aimable et &#171; heimlich &#187; (intime), tel que pour se reposer ils souhaiteraient un endroit (W., II, 144). - Il ne se sentait l&#224; pas du tout &#171; heimlich &#187; (&#224; son aise) [27, 170], etc. - Ou encore : l'endroit &#233;tait si calme, si solitaire, si &#171; heimlich &#187; (secret] et ombreux (Scherr, Pilg., I, 170). - Les vagues des flots avan&#231;ant et se retirant, r&#234;veuses et d'un bercement &#171; heimlich &#187; (intime) (Korner, Schw., 3, 320), etc. - Comparez notamment &#171; unheimlich. &#187;. - En particulier chez les auteurs souabes ou suisse souvent en trois syllabes - Combien &#171; heimelich &#187; (confortable) se sentait &#224; nouveau Ivo le soir, lorsqu'il couchait &#224; la maison (Auerbach, D. I, 249). - Dans cette maison je me suis senti si &#171; heimelig &#187; (4, 307). - La chambre chaude l'apr&#232;s-midi &#171; heimelig &#187; (confortable) [Gotthelf, Sch., 127, 148]. - C'est l&#224; ce qui est le v&#233;ritable &#171; heimelig &#187;, quand l'homme sent du fond du c&#339;ur combien il est peu de chose, combien grand est le Seigneur (147). - Peu &#224; peu on se trouva tr&#232;s &#224; l'aise et &#171; Heimelig &#187; tous ensemble (U., I, 297). - La douce &#171; Heimeligkeit &#187; (intimit&#233;) [380, 2, 86]. - Je crois que nulle part je ne me sentirai plus &#171; heimelich &#187; qu'ici (327 ; Pestalozzi, 4, 240). -Qui vient de loin... ne saurait certainement pas vivre tout &#224; fait &#171; heimelig &#187; (en compatriote, en amical voisinage) avec les gens (325). - La chaumi&#232;re o&#249; autrefois il &#233;tait souvent assis dans le cercle des siens si &#171; heimelig &#187; (confortablement), si joyeux (Reithard, 20). - Le cor du veilleur sonne l&#224; si &#171; heimelig &#187; (chaudement) de la tour - sa voix si hospitali&#232;re nous invite (49). - On s'endort l&#224; si doucement et chaudement, si merveilleusement &#171; heimlig &#187; (intime) [23], etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle forme aurait m&#233;rit&#233; de se g&#233;n&#233;raliser pour pr&#233;server, &#224; cau-se de la confusion si facile avec 2, le mot ad&#233;quat de tomber en d&#233;su&#233;tude. Comparez - &#171; Les Zeck sont tous &#171; heimlich &#187; [2]. Heimlich ? Que voulez-vous dire par heimlich ? - &#171; Eh bien..., ils me font l'effet d'un puits combl&#233; ou d'un &#233;tang dess&#233;ch&#233; ; on ne peut pas passer dessus sans avoir l'impression que l'eau pourra y r&#233;appara&#238;tre un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons cela un-heimlich. Vous l'appelez heimlich... En quoi trouvez-vous donc que cette famille ait quelque chose de dissi-mul&#233;, de peu s&#251;r ? etc. (Gutzkow, 2, 61) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) (voyez c) Sp&#233;cialement sil&#233;sien : joyeux, gai, se dit aussi du temps, voyez &#171; Adelung &#187; et &#171; Weinhold &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Secret tenu cach&#233;, de mani&#232;re &#224; ne rien en laisser percer, &#224; vouloir le dissimuler aux autres, comparez &#171; Geheim &#187;, qui, dans le nouveau haut-allemand et surtout dans la langue plus ancienne, par ex. dans la Bible, Job 11, 6 ; 15, 8 ; Sagesse 2, 22 ; 1. Cor. 2, 7, etc. et de m&#234;me aussi &#171; Heimlichkeit &#187; au lieu de &#171; Geheimnis &#187;, Math., 13, 35, etc., n'est pas toujours pris dans un sens absolument distinct. paire quelque chose en secret (heimlich) derri&#232;re le dos de quelqu'un. -S'&#233;loigner &#171; heimlich &#187;, furtivement ; rendez-vous &#171; heimlich &#187; (clandestin), convention &#171; heimlich &#187; (secr&#232;te). - Regardez &#171; heimlich &#187;, avec une joie maligne (et dissimul&#233;e). - Soupirer, pleurer &#171; heimlich &#187; (en secret). - Se comporter &#171; heimlich &#187; (de mani&#232;re myst&#233;rieuse, comme si l'on avait quelque chose &#224; cacher. - &#171; Heimiche Liebe, Liebschaften, S&#252;nde &#187; (amour, amourette, p&#233;ch&#233; secret). - &#171; Hein-Aiche &#187; (intimes), organes que la biens&#233;ance enjoint de dissimuler, 1. Sam. 5, 6. -L'endroit &#171; heimlich &#187; (secret) [les cabinets]. - 2. Rois 10, 27 ; W., 5, 256, etc. - Aussi : Si&#232;ge &#171; heimlich &#187; (chaise perc&#233;e). [Zinkgr&#228;f, 1, 249]. - Pr&#233;cipiter quelqu'un au foss&#233;, dans les &#171; Hei-mlichkeiten &#187; (oubliettes) [3, 75 ; Rollenhagen Fr., 83, etc.]. - Il amena &#171; heimlich &#187; (en secret) les juments devant Laom&#233;don (B. 161 b), etc. - Aussi dissimul&#233; &#171; heimlich &#187; (sournois), perfide et m&#233;chant envers des ma&#238;tres cruels... que franc, ouvert, sympathique et serviable pour l'ami souffrant (Burmeister, g B 2, 157). - Il faut que tu saches encore ce. que j'ai de plus &#171; heimlich &#187; (intime), sacro-saint (Chamisso, 4, 56). - L'art &#171; heimlich &#187; occulte ; de la Magie) [3, 224]. - O&#249; la discussion publique est oblig&#233;e de cesser, l&#224; commence l'intrigue &#171; heimlich &#187; (t&#233;n&#233;breuse) [Forster, Br. 2, 135]. - Libert&#233; est le mot d'ordre silencieux des conspirateurs &#171; heimlich &#187; (secrets), le bruyant cri de guerre des r&#233;volutionnaires d&#233;clar&#233;s (G. 4, 222). - Une sainte influence &#171; heimlich &#187; (sourde). - J'ai des racines qui sont fort &#171; heimlich &#187; (cach&#233;es), dans le sol profond je prends pied (2, 109). - Ma malice &#171; heimlich &#187; (sournoise) (comparez Heimst&#252;cke) [30, 344]. - S'il ne l'accepte pas ouvertement et consciencieusement, il pourrait s'en emparer &#171; heimlich &#187; (en cachette) et sans scrupules 39, 22). - Il fit &#171; heimlich &#187; (en cachette), et secr&#232;tement agencer des lunettes d'approche achromatiques (375). - D&#233;sormais, je veux qu'il n'y ait plus rien de &#171; heimlich &#187; (secret) entre nous (Sch., 369 b). - D&#233;couvrir, publier, trahir les &#171; Heimlichkeiten &#187; (secrets) de quelqu'un ; tramer derri&#232;re mon dos des &#171; Heimlichkeiten &#187; (secr&#232;tes men&#233;es) [Alexis, H., 2, 3, 168]. - De mon temps, on s'appliquait &#224; montrer de la &#171; Heimlichheit &#187; (discr&#233;tion) [Hagedorn, 3, 92]. - La &#171; Heimlichkeit &#187; (cachotterie) et chuchotements dont on s'occupe en sous-main (Immermann, M. 3, 289). - Seule l'action de l'intelligence peut rompre le charme puissant de la &#171; Heimlichkeit &#187; (de l'or cach&#233;). [Novalis, 1, 69]. - Dis, o&#249; la caches-tu... dans quel endroit de silencieuse &#171; Hei-mlichkeit &#187; (retraite cach&#233;e) [Schr., 495 b]. &#8211; O vous, abeilles, qui p&#233;trissez le sceau des &#171; Heimlichkeiten &#187; (des secrets, cire &#224; cacheter) [Tieck, Cymb., 3, 2]. - &#202;tre expert en (proc&#233;d&#233;s occultes) rares &#171; Heimlichkeiten &#187; (arts magiques). [Schlegel Sh., 6, 102, etc. ; comparez &#171; Geheimnis &#187; L. 10 : p. 291 sq.].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En liaison, voir le, comme aussi en particulier la contrepartie &#171; Unheimlich &#187;, faisant na&#238;tre une terreur p&#233;nible, angoissante : Qui presque lui parut &#171; unheimlich &#187;, plein d'une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, spectal (Chamisso, 3, 238). - De la nuit les heures &#171; unheimlich &#187; (&#233;trangement inqui&#233;tantes) et anxieuses (4, 148). - Depuis longtemps j'&#233;tais dans un &#233;tat d'&#226;me &#171; unheimlich &#187; (&#233;trangement inquiet), voire sinistre (242). - Voici maintenant que je commence &#224; me sentir &#171; unheimlich &#187; (&#233;trangement mal &#224; l'aise). (Gutzkow. 2, 82.) - &#201;prouve un effroi &#171; unheimlich &#187; (&#233;trangement inqui&#233;tant) [Verni., 1, 51]. - &#171; Unheimlich &#187; (&#233;trangement inqui&#233;tant) et fig&#233; comme une statue de pierre. [Reis, 1, 10]. - Le brouillard &#171; unheimlich &#187; (&#233;trangement inqui&#233;tant), appel&#233; &#171; Haarrauch &#187; (Immermann M., 3, 299). - Ces p&#226;les jeunes jens sont &#171; unheimlich &#187; (d'une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;) et m&#233;ditent, Dieu sait quoi de mal (Laube, vol. I, 119). - On appelle &#171; unheimlich &#187; tout ce qui devrait rester secret, cach&#233;, et qui se manifeste (Schelling, 2, 2, 649, etc.). - Voiler le Divin, l'envelopper d'une certaine &#171; Unheimlichkeit &#187; (inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;) [658], etc. - N'est pas usit&#233; comme contraire de (2), ainsi que Campe le dit sans preuve &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressort pour nous de plus int&#233;ressant de cette longue citation, c'est que le mot &#171; heimlich &#187;, parmi les nombreuses nuances de son sens, en poss&#232;de une qui co&#239;ncide avec son contraire &#171; unheimlich &#187;. Ce qui &#233;tait sympathique se transforme en inqui&#233;tant, troublant ; comparez l'exemple de Gutzkow : &#171; Nous appelons cela &#8220; unheimlich &#8221;, vous l'appelez &#8220; heimlich &#8221;. &#187; Nous voil&#224; avertis, en somme, que le mot &#171; heimlich &#187; n'a pas un seul et m&#234;me sens, mais qu'il appartient &#224; deux groupes de repr&#233;sentations qui, sans &#234;tre oppos&#233;s, sont cependant tr&#232;s &#233;loign&#233;s l'un de l'autre : celui de ce qui est familier, confortable, et celui de Ce qui est cach&#233;, dissimul&#233;. &#171; Unheimlich &#187; ne serait usit&#233; que dans le sens du contraire de la premi&#232;re signification du mot et non de la deuxi&#232;me. Sanders ne nous apprend pas si l'on peut tout de m&#234;me admettre un rapport g&#233;n&#233;tique entre ces deux sens. Par contre, notre attention est sollicit&#233;e par une observation de Schelling qui &#233;nonce quelque chose de tout nouveau sur le contenu du concept &#171; Unheimlich &#187;. Nous ne nous attendions certes pas &#224; cela. &#171; Unheimlich &#187; serait tout ce qui aurait d&#251; rester cach&#233;, secret, mais se manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part des incertitudes ainsi cr&#233;&#233;es se trouve lev&#233;e par ce que nous apprennent Jacob et Wilhelm Grimm (Deutsches W&#246;rterbuch ; Leipzig, 1877, IV/2, p. 874 sq.) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) &#171; Heimlich, adj. et adv. vernaculus, occultus ; moyen-haut-allemand : &#171; heimelich &#187; &#171; heimlich &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 874 : dans un sens un peu diff&#233;rent : je me sens &#171; heimlich &#187;, bien, &#224; mon aise, sans crainte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &#171; Heimlich &#187; d&#233;signe aussi un endroit sans fant&#244;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 875 : familier, aimable, intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. du sentiment du pays natal, du foyer &#233;mane la, notion de ce qui est soustrait aux regards &#233;trangers, cach&#233;, secret, ceci dans des rapports divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 876 : &#171; &#224; sa gauche, au bord du lac, s'&#233;tend nue prairie &#171; heimlich &#187; (cach&#233;e) dans les bois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Schiller, Tell, 1, 4.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Familier et peu usit&#233; dans la langue moderne... &#171; heimlich &#187; s'adjoint &#224; un verbe exprimant l'acte de cacher : il me gardera secr&#232;tement (heimlich) cach&#233; dans sa tente. (Ps., 27, 5.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... &#171; heimliche Orte &#187;, parties secr&#232;tes du corps humain, pudenda... les hommes qui ne mouraient point &#233;taient frapp&#233;s dans leurs organes secrets. (I Samuel, 5, 12 ...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Des fonctionnaires qui ont &#224; donner dans les affaires de gouvernement des conseils importants et &#171; geheim &#187; (secrets) s'appellent &#171; heimliche R&#228;the &#187;, conseillers secrets ; l'adjectif &#171; heimliche &#187; est remplac&#233; dans le langage courant par &#171; Geheim &#187; (voyez d) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pharaon le (Joseph) nomme conseiller secret (I Gen&#232;se, 41, 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 878 : 6. &#171; heimlich &#187;, par rapport &#224; la connaissance, mystique, all&#233;gorique : &#171; heimliche &#187;, signification secr&#232;te mysticus, divinus, occultus, figuratus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 878 : &#171; heimlich &#187; est de sens diff&#233;rent dans l'acception suivante : soustrait &#224; l'intelligence, inconscient...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors &#171; heimlich &#187; signifie aussi ferm&#233;, imp&#233;n&#233;trable par rapport &#224; l'investigation... :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vois-tu bien ? ils n'ont pas confiance en mot, ils ont peur du visage &#171; heimlich &#187; (ferm&#233;) du Due de Friedland. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Camp de Wallenstein, acte II.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le sens du cach&#233;, du dangereux, qui ressort du num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent, se pr&#233;cise encore plus, si bien que &#171; heimlich &#187; prend le sens qu'a d'habitude &#171; unheimlich &#187; (form&#233; d'apr&#232;s &#171; heimlich &#187;, 3 b, sp. 874) : &#171; Je me sens parfois comme un homme qui marche dans la nuit et croit aux revenants ; pour lui, chaque recoin est &#171; heimlich &#187; (&#233;trangement inqui&#233;tant) et lugubre. &#187; (Klinger, Th&#233;&#226;tre, 111, 298.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#171; heimlich &#187; est un mot dont le sens se d&#233;veloppe vers une ambivalence, jusqu'&#224; ce qu'enfin il se rencontre avec son contraire &#171; unheimlich &#187;. &#171; Unheimlich &#187; est, d'une mani&#232;re quelconque, un genre de &#171; heimlich &#187;. Rapprochons ce r&#233;sultat encore insuffisamment &#233;clairci de la d&#233;finition donn&#233;e par Schelling de ce qui est &#171; unheimlich &#187;. L'examen successif des divers cas de l'&#171; Unheimliche &#187; va nous rendre compr&#233;hensibles les indications ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant nous voulons passer en revue les personnes, choses, impressions, &#233;v&#233;nements et situations susceptibles d'&#233;veiller en nous avec une force et une nettet&#233; particuli&#232;res le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, le choix d'un heureux exemple est &#233;videmment ce qui s'impose d'abord. E. Jentsch a mis en avant, comme &#233;tant un cas d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; par excellence &#171; celui o&#249; l'on doute qu'un &#234;tre en apparence anim&#233; ne soit vivant, et, inversement, qu'un objet sans vie ne soit en quelque sorte anim&#233; &#187;, et il en appelle &#224; l'impression que produisent les figures de cire, les poup&#233;es savantes et les automates. Il compare cette impression &#224; celle que produisent la crise &#233;pileptique et les manifestations de la folie, ces derniers actes faisant sur le spectateur l'impression de processus automatiques, m&#233;caniques, qui pourraient bien se dissimuler sous le tableau habituel de la vie. Sans &#234;tre tout &#224; fait convaincus de la justesse de cette opinion de Jentsch, nous la prendrons pour point de d&#233;part de nos propres recherches, car elle nous fait penser &#224; un &#233;crivain qui, mieux qu'aucun autre, s'entend &#224; faire na&#238;tre en nous le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'un des proc&#233;d&#233;s les plus s&#251;rs pour &#233;voquer facilement l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; est de laisser le lecteur douter de ce qu'une certaine personne qu'on lui pr&#233;sente soit un &#234;tre vivant ou bien un automate. Ceci doit &#234;tre fait de mani&#232;re &#224; ce que cette incertitude ne devienne pas le point central de l'attention, car il ne faut Pas que le lecteur soit amen&#233; &#224; examiner et v&#233;rifier tout de suite la chose, ce qui, avons-nous dit, dissiperait ais&#233;ment son &#233;tat &#233;motif sp&#233;cial. E. T. A. Hoffmann, &#224; diverses reprises, s'est servi avec succ&#232;s de cette man&#339;uvre psychologique dans ses Contes fantastiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette observation, certainement juste, vise avant tout le conte Der Sandmann (L'homme au sable), dans les Nachtst&#252;cke (Contes nocturnes) , d'o&#249; est tir&#233; le personnage de la poup&#233;e Olympia du premier acte de l'op&#233;ra d'Offenbach Les Contes d'Hoffmann. Je dois cependant dire -et j'esp&#232;re avoir l'assentiment de la plupart des lecteurs du conte - que le th&#232;me de la poup&#233;e Olympia, en apparence anim&#233;e, ne peut nullement &#234;tre consid&#233;r&#233; comme seul responsable de l'impression incomparable d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; que produit ce conte ; non, ce n'est m&#234;me pas celui auquel on peut en premi&#232;re ligne attribuer cet effet. La l&#233;g&#232;re tournure satirique que le po&#232;te donne &#224; l'&#233;pisode d'Olympia, et qu'il fait servir &#224; railler l'amoureuse pr&#233;somption du jeune homme, ne favorise gu&#232;re non plus cette impression. Ce qui est au centre du conte est bien plut&#244;t un autre th&#232;me, le m&#234;me qui a donn&#233; au conte son titre, th&#232;me qui est toujours repris aux endroits d&#233;cisifs : c'est celui de l'homme au sable qui arrache les yeux aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tudiant Nathana&#235;l, dont les souvenirs d'enfance forment le d&#233;but du conte fantastique, ne peut pas, malgr&#233; son bonheur pr&#233;sent, bannir les souvenirs qui se rattachent pour lui &#224; la mort myst&#233;rieuse et terrifiante de son p&#232;re bien-aim&#233;. Certains soirs, sa m&#232;re avait l'habitude d'envoyer les enfants au lit de bonne heure en leur disant : l'homme au sable va venir et, r&#233;ellement, l'enfant, chaque fois, entendait le pas lourd d'un visiteur qui accaparait son p&#232;re toute cette soir&#233;e-l&#224;. La m&#232;re, interrog&#233;e sur cet homme au sable, d&#233;mentit que celui-ci exist&#226;t autrement qu'en une locution courante, mais une bonne d'enfant sut donner des renseignements plus pr&#233;cis : &#171; C'est un m&#233;chant homme qui vient chez les enfants qui ne veulent pas aller au lit, jette des poign&#233;es de sable dans leurs yeux, ce qui fait sauter ceux-ci tout sanglants hors de la t&#234;te. Alors il jette ces yeux dans un sac et les porte dans la lune en p&#226;ture &#224; ses petits qui sont dans le nid avec des becs crochus comme ceux des hiboux, lesquels leurs servent &#224; piquer les yeux des enfants des hommes qui n'ont pas &#233;t&#233; sages. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique le petit Nathana&#235;l f&#251;t alors assez &#226;g&#233; et intelligent pour ne pas croire &#224; des choses si &#233;pouvantables touchant l'homme au sable, n&#233;anmoins la terreur que lui inspirait celui-ci se fixa en lui. Il d&#233;cida de d&#233;couvrir de quoi avait l'air l'homme au sable, et, un soir o&#249; l'on attendait celui-ci, il se cacha dans le cabinet de travail de son p&#232;re. Il reconnut alors dans le visiteur l'avocat Copp&#233;lius, personnage repoussant dont, d'habitude, les enfants prenaient peur lorsque, par hasard, il venait d&#233;jeuner chez eux, et il identifia ce Copp&#233;lius &#224; l'homme au sable redout&#233;. En ce qui concerne la suite de cette sc&#232;ne, le po&#232;te laisse d&#233;j&#224; dans le doute si nous avons affaire &#224; un premier acc&#232;s de d&#233;lire de l'enfant en proie &#224; l'angoisse, ou bien &#224; un r&#233;cit fid&#232;le qu'il convient d'envisager comme r&#233;el dans l'ambiance o&#249; &#233;volue ce conte. Le p&#232;re et son h&#244;te se mettent &#224; l'&#339;uvre aupr&#232;s d'un fourneau au brasier enflamm&#233;. Le petit aux aguets entend Copp&#233;lius s'&#233;crier : &#171; Des yeux, ici, des yeux ! &#187; et se trahit par ses cris. Copp&#233;lius le saisit et veut verser des grains ardents dans ses yeux, qu'il jettera ensuite sur le foyer. Le p&#232;re le supplie d'&#233;pargner les yeux de son enfant Un profond &#233;va-nouissement et une longue maladie sont la suite de cet &#233;v&#233;nement. Quiconque se prononce pour l'explication rationnelle de l'homme au sable ne pourra m&#233;conna&#238;tre, dans cette vision fantastique de l'enfant, l'influence persistante du r&#233;cit de la bonne. Au lieu de grains de sable, ce sont de br&#251;lants grains enflamm&#233;s qui, dans les deux cas, doivent &#234;tre jet&#233;s dans les yeux pour les faire sauter de leur orbite. Au cours d'une visite ult&#233;rieure de l'homme au sable, un an plus tard, le p&#232;re est tu&#233; dans son cabinet de travail par une explosion, et l'avocat Copp&#233;lius dispara&#238;t de la r&#233;gion sans laisser de traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette figure terrifiante du temps de son enfance, l'&#233;tudiant Nathana&#235;l croit la reconna&#238;tre dans un opticien ambulant italien, Giuseppe Coppola, qui, dans la ville universitaire o&#249; il se trouve, vient lui offrir des barom&#232;tres et qui, sur son refus, ajoute : &#171; H&#233;, point de barom&#232;tres, point de barom&#232;tres ! J'ai aussi de beaux yeux, de beaux yeux. &#187; L'&#233;pouvante de l'&#233;tudiant se calme en voyant que les yeux ainsi offerts sont d'inoffensives lunettes ; il ach&#232;te une lorgnette &#224; Coppola et, au moyen de celle-ci, &#233;pie la demeure voisine du professeur Spalanzani o&#249; il aper&#231;oit la fille de celui-ci, la belle, mais myst&#233;rieusement silencieuse et immobile Olympia. Il en devient bient&#244;t si &#233;perdument amoureux qu'il en oublie sa sage et modeste fianc&#233;e. Mais Olympia est un automate dont Spalanzani a fabriqu&#233; les rouages et auquel Coppola - l'homme au sable - a pos&#233; les yeux. L'&#233;tudiant survient au moment o&#249; les deux ma&#238;tres ont une querelle au sujet de leur &#339;uvre ; l'opticien a emport&#233; la poup&#233;e de bois sans yeux et le m&#233;canicien Spalanzani rainasse par terre les yeux sanglants d'Olympia et les jette &#224; la t&#234;te de Nathana&#235;l en s'&#233;criant que c'est &#224; lui que Coppola les a vol&#233;s. Celui-ci est saisi d'une nouvelle crise de folie et, dans son d&#233;lire, la r&#233;miniscence de la mort de son p&#232;re s'allie &#224; cette nouvelle impression. Il crie : &#171; Hou-hou-hou ! cercle de feu ! cercle de feu ! tourne, cercle de feu, - gai, gai ! Petite poup&#233;e de bois, hou ! belle petite poup&#233;e de bois, danse ! &#187; L&#224;-dessus il se pr&#233;cipite sur le professeur suppos&#233; d'Olympia et cherche &#224; l'&#233;trangler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenu &#224; lui apr&#232;s une longue et grave maladie, Nathana&#235;l semble enfin gu&#233;ri. Il songe &#224; &#233;pouser sa fianc&#233;e, qu'il a retrouv&#233;e. Ils traversent un jour ensemble la ville sur le march&#233; de laquelle la tour de l'H&#244;tel de Ville projette son ombre g&#233;ante. La jeune fille propose &#224; son fianc&#233; de monter &#224; la tour tandis que le fr&#232;re de la jeune fille, qui accompagne le couple, restera en bas. De l&#224;-haut, une apparition singuli&#232;re qui s'avance dans la rue fixe l'attention de Clara. Nathana&#235;l examine l'apparition &#224; travers la lorgnette de Coppola qu'il trouve dans sa poche, il est alors repris de folie et cherche &#224; pr&#233;cipiter la jeune fille dans l'ab&#238;me en criant : &#171; Danse, danse, poup&#233;e de bois ! &#187; Le fr&#232;re, attir&#233; par les cris de sa s&#339;ur, la sauve et la redescend en bas. L&#224;-haut, l'insens&#233; court en tous sens, criant : &#171; Tourne, cercle de feu ! &#187; cri dont nous comprenons certes la provenance. Parmi les gens rassembl&#233;s en bas surgit soudain l'avocat Copp&#233;lius qui vient de r&#233;appara&#238;tre. Nous devons supposer que c'est son apparition qui a fait &#233;clater la folie chez Nathana&#235;l. On veut monter pour s'emparer du forcen&#233;, mais Copp&#233;lius ricane : &#171; Attendez donc, il va bien descendre tout seul ! &#187; Nathana&#235;l s'arr&#234;te soudain, aper&#231;oit Copp&#233;lius et se pr&#233;cipite par-dessus la balustrade avec un cri per&#231;ant : &#171; Oui, de beaux yeux, de beaux yeux ! &#187; Le voil&#224; &#233;tendu, la t&#234;te fracass&#233;e, sur le pav&#233; de la vue : l'homme au sable a disparu dans le tumulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire rapidement cont&#233;e ne laisse subsister aucun doute : le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; est inh&#233;rent &#224; la personne de l'homme au sable, par cons&#233;quent &#224; l'id&#233;e d'&#234;tre priv&#233; des yeux, et une incertitude intellectuelle dans le sens o&#249; l'entend Jentsch n'a rien &#224; voir ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le doute relatif au fait qu'une chose soit anim&#233;e ou non, qui &#233;tait de mise dans le cas de la poup&#233;e Olympia, n'entre pas en ligne de compte dans cet exemple plus significatif d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Le conteur, il est vrai, fait na&#238;tre en nous, au d&#233;but, une sorte d'incertitude en ce sens que, non sans intention, il ne nous laisse pas deviner s'il compte nous introduire dans la vie r&#233;elle, ou bien dans un monde fantastique de son intention. Un auteur a certes le droit de faire ou l'un ou l'autre, et s'il a choisi, par exemple, pour sc&#232;ne un monde o&#249; &#233;voluent des esprits, des d&#233;mons et des spectres, tel Shakespeare dans Hamlet, Macbeth et, en un autre sens, dans la Temp&#234;te ou le Songe d'une nuit d'&#233;t&#233;, nous devons l'y suivre et tenir pour r&#233;el, pendant tout le temps que nous nous abandonnons &#224; lui, ce monde de son imagination. Mais, au cours du r&#233;cit d'Hoffmann, ce doute dispara&#238;t, nous nous apercevons que le conteur veut nous faire nous-m&#234;me regarder &#224; travers les lunettes ou la satanique lorgnette de l'opticien, ou peut-&#234;tre que lui-m&#234;me, en personne, a regard&#233; &#224; travers l'un de ces instruments. La conclusion du conte montre bien que l'opticien Coppola est r&#233;ellement l'avocat Copp&#233;lius et par cons&#233;quent aussi l'homme au sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est plus question ici d'incertitude intellectuelle : nous savons maintenant qu'on n'a pas mis en sc&#232;ne ici les imaginations fantaisistes d'un d&#233;ment, derri&#232;re lesquelles, nous, dans notre sup&#233;riorit&#233; intellectuelle, nous pouvons reconna&#238;tre le sain &#233;tat des choses, et l'impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; n'en est pas le moins du monde diminu&#233;e. &#171; Une incertitude intellectuelle &#187; ne nous aidera en rien &#224; comprendre cette impression-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, l'observation psychanalytique nous l'apprend : se blesser les yeux ou perdre la vue est une terrible peur infantile. Cette peur a persist&#233; chez beaucoup d'adultes qui ne craignent aucune autre l&#233;sion organique autant que celle de l'&#339;il. N'a-t-on pas aussi coutume de dire qu'on couve une chose comme la prunelle de ses yeux ? L'&#233;tude des r&#234;ves, des fantasmes et des mythes nous a encore appris que la crainte pour les yeux, la peur de devenir aveugle, est un substitut fr&#233;quent de la peur de la castration. Le ch&#226;timent que s'inflige Oedipe, le criminel mythique, quand il s'aveugle lui-m&#234;me, n'est qu'une att&#233;nuation de la castration laquelle, d'apr&#232;s la loi du talion, seule serait &#224; la mesure de son crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut tenter, du point de vue rationnel, de nier que la crainte pour les yeux se ram&#232;ne &#224; la peur de la castration ; on trouvera compr&#233;hensible qu'un organe aussi pr&#233;cieux que l'&#339;il soit gard&#233; par une crainte anxieuse de valeur &#233;gale, oui, on peut m&#234;me affirmer, en outre, que ne se cache aucun secret plus profond, aucune autre signification derri&#232;re la peur de la castration elle-m&#234;me. Mais on ne rend ainsi pas compte du rapport substitutif qui se manifeste dans les r&#234;ves, les fantasmes et les mythes, entre les yeux et le membre viril, et on ne peut s'emp&#234;cher de voir qu'un sentiment particuli&#232;rement fort et obscur s'&#233;l&#232;ve justement contre la menace de perdre le membre sexuel et que c'est ce sentiment qui continue &#224; r&#233;sonner dans la repr&#233;sentation que nous nous faisons ensuite de la perte d'autres organes. Toute h&#233;sitation dispara&#238;t lorsque, de par l'analyse des n&#233;vropathes, on a appris &#224; conna&#238;tre les particularit&#233;s du &#171; complexe de castration &#187; et le r&#244;le immense que celui-ci joue dans leur vie psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne conseillerais-je &#224; aucun adversaire de la m&#233;thode psychanalytique de s'appuyer justement sur le conte d'Hoffmann, l'Homme au sable, pour affirmer que la crainte pour les yeux soit ind&#233;pendante du complexe de castration. Car pourquoi la crainte pour les yeux est-elle mise ici en rapport intime avec la mort du p&#232;re ? Pourquoi l'homme au sable revient-il chaque fois comme trouble-f&#234;te de l'amour ? Il s&#233;pare le malheureux &#233;tudiant de sa fianc&#233;e et du fr&#232;re de celle-ci, qui est son meilleur ami ; il d&#233;truit l'objet de son second amour, la belle poup&#233;e Olympia, et le force lui-m&#234;me au suicide juste avant son heureuse union avec Clara qu'il vient de reconqu&#233;rir. Ces traits du conte, de m&#234;me que plusieurs autres, semblent arbitraires et sans importance &#224; qui refuse d'admettre la relation qui existe entre la crainte pour les yeux et la castration, mais deviennent pleins de sens d&#232;s qu'on met &#224; la place de l'homme au sable le p&#232;re redout&#233;, de la part de qui l'on craint la castration .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous oserons maintenant rapporter &#224; l'infantile complexe de castration l'effet &#233;trangement inqui&#233;tant que produit l'homme au sable. Cependant l'id&#233;e qu'un tel facteur infantile ait pu engendrer ce sentiment nous incitera &#224; rechercher une d&#233;rivation semblable &#224; d'autres exemples de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Dans L'Homme au sable se rencontre encore le th&#232;me de la poup&#233;e anim&#233;e que Jentsch a relev&#233;. D'apr&#232;s cet auteur, c'est une circonstance particuli&#232;rement favorable &#224; la cr&#233;ation de sentiments d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qu'une incertitude intellectuelle relative au fait qu'une chose soit anim&#233;e ou non, ou bien lorsqu'un objet priv&#233; de vie prend l'apparence trop marqu&#233;e de la vie. Bien entendu, avec les poup&#233;es, nous voil&#224; assez pr&#232;s de l'infantile. Nous nous rappellerons qu'en g&#233;n&#233;ral l'enfant, au premier &#226;ge des jeux, ne trace pas une ligne bien nette entre une chose vivante ou un objet inanim&#233; et qu'il traite volontiers sa poup&#233;e comme un &#234;tre vivant. Il arrive qu'on entende une patiente raconter qu'&#226;g&#233;e de huit ans d&#233;j&#224;, elle &#233;tait convaincue encore qu'en regardant ses poup&#233;es d'une mani&#232;re particuli&#232;rement p&#233;n&#233;trante celles-ci allaient devenir vivantes. Ainsi, le facteur infantile est ici encore facile &#224; d&#233;celer, mais, chose &#233;trange, si, dans le cas de l'homme au sable, il s'agissait du r&#233;veil d'une ancienne peur infantile avec la poup&#233;e vivante, il n'est plus ici question de peur, l'enfant n'avait pas peur &#224; l'id&#233;e de voir vivre sa poup&#233;e, peut-&#234;tre m&#234;me le d&#233;sirait-elle. La source du sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ne proviendrait pas ici d'une peur infantile, mais d'un d&#233;sir infantile, ou, plus simplement encore, d'une croyance infantile. Voil&#224; qui semble contradictoire ; il est possible cependant que cette diversit&#233; apparente favorise plus tard notre compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E.T.A. Hoffmann est le ma&#238;tre in&#233;gal&#233; de l'&#171; Unheimliche &#187; ou inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; en litt&#233;rature. Son roman, les Elixirs du Diable, pr&#233;sente tout un faisceau de th&#232;mes auxquels on pourrait attribuer l'effet &#233;trangement inqui&#233;tant de l'histoire. L'ensemble du roman est trop touffu et enchev&#234;tr&#233; pour qu'on puisse en tenter titi extrait. A la fin du livre, lorsque les bases sur lesquelles s'&#233;l&#232;ve l'action, dissimul&#233;es jusque-l&#224; au lecteur, lui sont enfin d&#233;voil&#233;es, le r&#233;sultat n'est pas d'&#233;clairer celui-ci, mais plut&#244;t de le d&#233;concerter compl&#232;tement. Le conteur a accumul&#233; trop d'effets semblables ; l'impression dans l'ensemble n'en souffre pas, mais bien la compr&#233;hension. Il faut se contenter de choisir, parmi ces th&#232;mes qui produisent un effet d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, les plus saillants, afin de rechercher si, &#224; ceux-ci &#233;galement, peut se retrouver une source infantile. Nous avons alors tout ce qui touche au th&#232;me du &#171; double &#187; dans toutes ses nuances, tous ses d&#233;veloppements : on y voit appara&#238;tre des personnes qui, vu la similitude de leur aspect, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme identiques, ces relations se corsent par le fait que des processus psychiques se transmettent de l'une &#224; l'autre de ces personnes, - ce que nous appellerions t&#233;l&#233;pathie, - de sorte que l'une d'elles participe &#224; ce que l'autre sait, pense et &#233;prouve ; nous y trouvons une personne identifi&#233;e avec une autre, au point qu'elle est troubl&#233;e dans le sentiment de son propre mot, ou met le moi &#233;tranger &#224; la place du sien propre. Ainsi, redoublement du mot, scission du moi, substitution du moi, - enfin, constant retour du semblable, r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes traits, caract&#232;res destin&#233;es, actes criminels, voire des m&#234;mes noms dans plusieurs g&#233;n&#233;rations successives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du &#171; double &#187; a &#233;t&#233; sous ce m&#234;me titre travaill&#233; &#224; fond par O. Rank . Les rapports qu'a le double avec l'image dans le miroir et avec l'ombre, avec les g&#233;nies tut&#233;laires, avec les doctrines relatives &#224; l'&#226;me et avec la crainte de la mort y sont &#233;tudi&#233;s, et du m&#234;me coup, une vive lumi&#232;re tombe sur la surprenante histoire de l'&#233;volution de ce th&#232;me. Car, primitivement, le double &#233;tait une assurance contre la destruction du mot, un &#171; &#233;nergique d&#233;menti &#224; la puissance de la mort &#187; (O. Rank) et l'&#226;me &#171; immortelle &#187; a sans doute &#233;t&#233; le premier double du corps. La cr&#233;ation d'un pareil redoublement, afin de conjurer l'an&#233;antissement, a son pendant dans un mode de figuration du langage onirique o&#249; la castration s'exprime volontiers par le redoublement ou la multiplication du symbole g&#233;nital ; elle donna chez les &#201;gyptiens une impulsion &#224; l'art en incitant les artistes &#224; modeler dans une mati&#232;re durable l'image du mort. Mais ces repr&#233;sentations ont pris naissance sur le terrain de l'&#233;go&#239;sme illimit&#233;, du narcissisme primaire qui domine l'&#226;me de l'enfant comme celle du primitif, et lorsque cette phase est d&#233;pass&#233;e, le signe alg&#233;brique du double change et, d'une assurance de survie, il devient un &#233;trangement inqui&#233;tant signe avant-coureur de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e du double ne dispara&#238;t en effet pas forc&#233;ment avec le narcissisme primaire, car elle peut, au cours des d&#233;veloppements successifs du moi, acqu&#233;rir des contenus nouveaux. Dans le moi se d&#233;veloppe peu &#224; peu une instance particuli&#232;re qui peut s'opposer au restant du mot, qui sert &#224; s'observer et &#224; se critiquer soi-m&#234;me, qui accomplit un travail de censure psychique et se r&#233;v&#232;le &#224; notre conscient sous le nom de &#171; conscience morale &#187;. Dans le cas pathologique de d&#233;lire d'introspection, cette instance est isol&#233;e, d&#233;tach&#233;e du moi, perceptible au m&#233;decin. Le fait qu'une pareille instance existe et puisse traiter le restant du moi comme un objet, que l'homme, par cons&#233;quent, soit capable d'auto-observation, permet &#224; la vieille repr&#233;sentation du double d'acqu&#233;rir un fond nouveau et on lui attribue alors bien des choses, en premier lieu tout ce qui appara&#238;t &#224; la critique de soi-m&#234;me comme appartenant au narcissisme surmont&#233; du temps primitif .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant ce qui heurte la critique de notre mot n'est pas la seule chose &#224; pouvoir &#234;tre incorpor&#233;e au double ; le peuvent encore toutes les &#233;ventualit&#233;s non r&#233;alis&#233;es de notre destin&#233;e dont l'imagination ne veut pas d&#233;mordre, toutes les aspirations du moi qui n'ont pu s'accomplir par suite des circonstances ext&#233;rieures, de m&#234;me que toutes ces d&#233;cisions r&#233;prim&#233;es de la volont&#233; qui ont produit l'illusion du libre arbitre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s avoir ainsi expos&#233; la motivation manifeste de cette figure du &#171; double &#187;, nous sommes forc&#233;s de nous avouer que rien de tout ce que nous avons dit ne nous explique le degr&#233; extraordinaire d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui lui est propre. Notre connaissance des processus psychiques pathologiques nous permet m&#234;me d'ajouter que rien de ce que nous avons trouv&#233; ne saurait expliquer l'effort de d&#233;fense qui projette le double hors du mot comme quelque chose d'&#233;tranger. Ainsi le caract&#232;re d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; inh&#233;rent au double ne peut provenir que de ce fait : le double est une formation appartenant aux temps psychiques primitifs, temps d&#233;pass&#233;s o&#249; il devait sans doute alors avoir un sens plus bienveillant. Le double s'est transform&#233; en image d'&#233;pouvante &#224; la fa&#231;on dont les dieux, apr&#232;s la chute de la religion &#224; laquelle ils appartenaient, sont devenus des d&#233;mons. (Heine, Die G&#246;tter un Exil, Les dieux en exil.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile de juger, d'apr&#232;s le mod&#232;le du th&#232;me du double, des autres troubles du moi nus en &#339;uvre par Hoffmann. Il s'agit ici du retour &#224; certaines phases dans l'histoire &#233;volutive du sentiment du moi, d'une r&#233;gression &#224; l'&#233;poque o&#249; le moi n'&#233;tait pas encore nettement d&#233;limit&#233; par rapport au monde ext&#233;rieur et &#224; autrui. Je crois que ces th&#232;mes contribuent &#224; donner l'impression de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; aux contes d'Hoffmann, quoiqu'il ne soit pas facile de d&#233;terminer, d'isoler quelle y est leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur de la r&#233;p&#233;tition du semblable ne sera peut-&#234;tre pas admis par tout le monde comme produisant le sentiment en question. D'apr&#232;s mes observations, il engendre indubitablement un sentiment de ce genre, dans certaines conditions et en combinaison avec des circonstances d&#233;termin&#233;es ; il rappelle, en outre, la d&#233;tresse accompagnant maints &#233;tats oniriques. Un Jour o&#249;, par un br&#251;lant apr&#232;s-midi d'&#233;t&#233;, je parcourais les rues vides et inconnues d'une petite ville italienne, je tombai dans un quartier sur le caract&#232;re duquel je ne pus pas rester longtemps en doute. Aux fen&#234;tres des petites maisons on ne voyait que des femmes fard&#233;es et je m'empressai de quitter l'&#233;troite rue au plus proche tournant. Mais, apr&#232;s avoir err&#233; quelque temps sans guide, je me retrouvai soudain dans la m&#234;me rue o&#249; je commen&#231;ai &#224; faire sensation et la h&#226;te de mon &#233;loignement n'eut d'autre r&#233;sultat que de m'y faire revenir une troisi&#232;me fois par un nouveau d&#233;tour. Je ressentis alors un sentiment que je ne puis qualifier que d'&#233;trangement inqui&#233;tant, et je fus bien content lorsque, renon&#231;ant &#224; d'autres explorations, je me retrouvai sur la place que je venais de quitter. D'autres situations, qui ont de commun avec la pr&#233;c&#233;dente le retour involontaire au m&#234;me point, en diff&#233;rant radicalement par ailleurs, produisent cependant le m&#234;me sentiment de d&#233;tresse et d'&#233;tranget&#233; inqui&#233;tante. Par exemple, quand on se trouve surpris dans la haute futaie par le brouillard, qu'on s'est perdu, et que, malgr&#233; tous ses efforts pour retrouver un chemin marqu&#233; ou connu, on revient &#224; plusieurs reprises &#224; un endroit signal&#233; par un aspect d&#233;termin&#233;. Ou bien lorsqu'on erre ans une chambre inconnue et obscure, cherchant la porte ou le commutateur et que l'on se heurte pour la dixi&#232;me fois au m&#234;me meuble, - situation que Marc Twain a, par une grotesque exag&#233;ration, il est vrai, transform&#233;e en situation d'un comique irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le voyons aussi sans peine dans une autre s&#233;rie de faits : c'est uniquement le facteur de la r&#233;p&#233;tition involontaire qui nous fait para&#238;tre &#233;trangement inqui&#233;tant ce qui par ailleurs serait innocent, et par l&#224; nous impose l'id&#233;e du n&#233;faste, de l'in&#233;luctable, l&#224; o&#249; nous n'aurions autrement parl&#233; que de &#171; hasard &#187;. Ainsi, par exemple, c'est un incident certes indiff&#233;rent qu'on vous donne &#224; un vestiaire un certain num&#233;ro - disons le 62 - ou que la cabine du bateau qui vous est destin&#233;e porte ce num&#233;ro. Mais cette impression se modifie si ces deux faits, indiff&#233;rents en eux-m&#234;mes, se rapprochent ait point que l'on rencontre le chiffre 62 plusieurs fois le m&#234;me jour ou si l'on en vient, par aventure, &#224; faire l'observation que tout ce qui porte un chiffre, adresses, chambre d'h&#244;tel, wagon de chemin de fer, etc., ram&#232;ne toujours le m&#234;me chiffre ou du moins ses composantes. On trouve cela &#233;trangement inqui&#233;tant et quiconque n'est pas cuirass&#233; contre la superstition sera tent&#233; d'attribuer un sens myst&#233;rieux &#224; ce retour obstin&#233; du m&#234;me chiffre, d'y voir -par exemple une allusion &#224; l'&#226;ge qu'il ne d&#233;passera pas. Ou bien, si l'on vient de se consacrer &#224; l'&#233;tude des &#339;uvres du grand physiologiste H. Hering et qu'alors on re&#231;oive &#224; peu de jours d'intervalle, et provenant de pays diff&#233;rents, des lettres de deux personnes portant ce m&#234;me nom, tandis que jusque-l&#224; on n'&#233;tait jamais entr&#233; en relation avec des gens s'appelant ainsi. Un savant a entrepris derni&#232;rement de ramener &#224; de certaines lois les &#233;v&#233;nements de ce genre, ce qui supprimerait n&#233;cessairement toute impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Je ne me risquerai pas &#224; d&#233;cider s'il l'a fait avec succ&#232;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis ici qu'indiquer comment l'impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; produite par la r&#233;p&#233;tition de l'identique d&#233;rive de la vie psychique infantile et je suis oblig&#233; de renvoyer &#224; un expos&#233; plus d&#233;taill&#233; de la question dans un contexte diff&#233;rent . En effet, dans l'inconscient psychique r&#232;gne, ainsi qu'on peut le constater, un &#171; automatisme de r&#233;p&#233;tition &#187; qui &#233;mane des pulsions instinctives, automatisme d&#233;pendant sans doute de la nature la plus intime des instincts, et assez fort pour s'affirmer par-del&#224; le principe du plaisir. Il pr&#234;te &#224; certains c&#244;t&#233;s de la vie psychique un caract&#232;re d&#233;moniaque, se manifeste encore tr&#232;s nettement dans les aspirations du petit enfant et domine une partie du cours de la psychanalyse du n&#233;vros&#233;. Nous sommes pr&#233;par&#233;s par tout ce qui pr&#233;c&#232;de &#224; ce que soit ressenti comme &#233;trangement inqui&#233;tant tout ce qui peut nous rappeler cet automatisme de r&#233;p&#233;tition r&#233;sidant en nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il est temps, je pense, d'abandonner la discussion de ces rapports toujours difficiles &#224; saisir afin de rechercher des cas indiscutables d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; dont l'analyse nous permette de juger en fin de compte la valeur de notre hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Anneau de Polycrate, l'h&#244;te se d&#233;tourne avec effroi lorsqu'il s'aper&#231;oit que chaque d&#233;sir de son ami s'accomplit aussit&#244;t, que chacun des soucis de celui-ci se trouve instantan&#233;ment effac&#233; par le destin. Son ami lui en appara&#238;t &#233;trangement inqui&#233;tant. La raison qu'il se donne &#224; lui-m&#234;me de son sentiment, que celui qui est trop heureux doit craindre l'envie des dieux, nous semble encore trop peu transparente, son sens reste mythologiquement voil&#233;. C'est pourquoi nous allons prendre un autre exemple bien plus modeste. J'ai rapport&#233;, dans l'histoire d'un n&#233;vros&#233; obsessionnel , que ce malade avait fait dans une station thermale un s&#233;jour qui lui avait valu une tr&#232;s grande am&#233;lioration. Mais il fut assez sage pour ne pas attribuer ce succ&#232;s &#224; la puissance curative des eaux, mais &#224; la situation de sa chambre qui &#233;tait directement contigu&#235; &#224; celle d'une aimable garde-malade. Lorsqu'il revint une deuxi&#232;me fois dans cet &#233;tablissement, il r&#233;clama la m&#234;me chambre, et, en apprenant qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; occup&#233;e par un vieux monsieur, il donna libre cours &#224; son m&#233;contentement en s'exclamant : Que l'apoplexie le terrasse ! Quinze jours plus tard, le vieux monsieur est, en effet, frapp&#233; d'une attaque. Ce fut pour mon malade un &#233;v&#233;nement &#233;trangement inqui&#233;tant. L'impression en aurait &#233;t&#233; plus forte encore si un temps bien plus court s'&#233;tait &#233;coul&#233; entre cette exclamation et l'accident, ou bien si mon malade avait pu mentionner de nombreux &#233;v&#233;nements absolument semblables qui lui seraient arriv&#233;s. De fait, il n'&#233;tait pas embarrass&#233; pour apporter de semblables confirmations et, non seulement lui, mais encore tous les obs&#233;d&#233;s que J'ai &#233;tudi&#233;s avaient des histoires analogues les touchant &#224; raconter. Ils n'&#233;taient pas surpris de toujours rencontrer la personne &#224; laquelle ils venaient justement de penser, parfois apr&#232;s un long intervalle ; r&#233;guli&#232;rement il leur arrivait de recevoir une lettre d'un ami lorsque, le soir pr&#233;c&#233;dent, ils avaient dit : Il y a bien longtemps qu'on ne sait plus rien d'un tel ! et surtout, des accidents ou des morts arrivaient rarement sans que l'id&#233;e leur en e&#251;t travers&#233; l'esprit. Ils exprimaient cet &#233;tat de choses de la mani&#232;re la plus discr&#232;te, pr&#233;tendant avoir des &#171; pressentiments &#187; qui &#171; le plus souvent &#187; se r&#233;alisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des formes les plus r&#233;pandues et les plus &#233;trangement inqui&#233;tantes de la superstition est la peur du &#171; mauvais oeil &#187; ; S. Seligmann, oculiste &#224; Hambourg , a consacr&#233; &#224; ce sujet une &#233;tude approfondie. La source d'o&#249; provient cette crainte ne semble pas avoir &#233;t&#233; jamais m&#233;connue. Quiconque poss&#232;de quelque chose de pr&#233;cieux et de fragile &#224; la fois craint l'envie des autres, projetant sur ceux-ci celle qu'&#224; leur place il aurait &#233;prouv&#233;e. C'est par le regard qu'on trahit de tels &#233;mois, m&#234;me lorsqu'on s'interdit de les exprimer en paroles, et quand quelqu'un se fait remarquer par quelque manifestation frappante, surtout de caract&#232;re d&#233;plaisant, on est pr&#234;t &#224; supposer que son envie devra atteindre une force particuli&#232;re, et que cette force sera capable de se transformer en actes. On suspecte l&#224; une sourde intention de nuire et on admet, d'apr&#232;s certains indices, qu'elle dispose en outre d'un pouvoir nocif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers exemples d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; rel&#232;vent du principe que j'ai appel&#233;, &#224; l'incitation d'un malade, la &#171; toute-puissance des pens&#233;es &#187;. Nous ne pouvons, &#224; pr&#233;sent, plus m&#233;conna&#238;tre le terrain sur lequel nous nous trouvons. L'analyse de ces divers cas d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; nous a ramen&#233;s &#224; l'ancienne conception du monde, &#224; l'animisme, conception caract&#233;ris&#233;e par le peuplement du monde avec des esprits humains, par la surestimation narcissique de nos propres processus psychiques, par la toute-puissance des pens&#233;es et la technique de la magie bas&#233;e sur elle, par la r&#233;partition de forces magiques soigneusement gradu&#233;es entre des personnes &#233;trang&#232;res et aussi des choses (Mana), de m&#234;me que par toutes les cr&#233;ations au moyen desquelles le narcissisme illimit&#233; de cette p&#233;riode de l'&#233;volution se d&#233;fendait contre la protestation &#233;vidente de la r&#233;alit&#233;. Il semble que nous ayons tous, au cours de notre d&#233;veloppement individuel, travers&#233; une phase correspondant &#224; cet animisme des primitifs, que chez aucun de nous elle n'ait pris fin sans laisser en nous des restes et des traces toujours capables de se r&#233;veiller, et que tout ce qui aujourd'hui nous semble &#233;trangement inqui&#233;tant remplisse cette condition de se rattacher &#224; ces restes d'activit&#233; psychique animiste et de les inciter &#224; se manifester .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai ici deux observations o&#249; je voudrais faire tenir le fond essentiel de cette petite enqu&#234;te. En premier lieu, si la th&#233;orie psychanalytique a raison d'affirmer que tout affect d'une &#233;motion, de quelque nature qu'il soit, est transform&#233; en angoisse par le refoulement, il faut que, parmi les cas d'angoisse, se rencontre un groupe dans lequel on puisse d&#233;montrer que l'angoissant est quelque chose de refoul&#233; qui se montre &#224; nouveau. Cette sorte d'angoisse serait justement l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, l' &#171; Unheimliche &#187;, et il devient alors indiff&#233;rent que celle-ci ait &#233;t&#233; &#224; l'origine par elle-m&#234;me de l'angoisse ou bien qu'elle provienne d'un autre affect. En second lieu, si telle est vraiment la nature intime de l'&#171; Unheimliche &#187;, nous comprendrons que le langage courant fasse insensiblement passer le &#171; Heimliche &#187; &#224; son contraire l' &#171; Unheimliche &#187; (voir 167-175) car cet &#171; Unheimliche &#187; n'est en r&#233;alit&#233; rien de nouveau, d'&#233;tranger, mais bien plut&#244;t quelque chose de familier, depuis toujours, &#224; la vie psychique, et que le processus du refoulement seul a rendu autre. Et la relation au refoulement &#233;claire aussi pour nous la d&#233;finition de Schelling, d'apr&#232;s laquelle l' &#171; Unheimliche &#187;, l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, serait quelque chose qui aurait d&#251; demeurer cach&#233; et qui a reparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne nous reste plus qu'&#224; appliquer les vues que nous venons d'acqu&#233;rir &#224; l'&#233;lucidation de quelques autres cas d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui semble, &#224; beaucoup de gens, au plus haut degr&#233; &#233;trange-ment inqui&#233;tant, c'est tout ce qui se rattache &#224; la mort, aux cadavres, &#224; la r&#233;apparition des morts, aux spectres et aux revenants. Nous avons vu que plusieurs langues modernes ne peuvent rendre notre expression &#171; une maison unheimlich &#187; autrement que par cette circonlocution : une maison hant&#233;e. En somme, nous aurions pu commencer nos recherches par cet exemple, le plus frappant peut-&#234;tre de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, mais nous ne l'avons pas fait car, dans ce cas, celle-ci se con. ; fond trop avec l'effrayant et s'en trouve en partie recouverte. Mais il n'y a gu&#232;re d'autre domaine dans lequel notre pens&#233;e et nos sensations se soient aussi peu modifi&#233;es depuis les temps primitifs, o&#249; ce qui est ancien se soit aussi bien conserv&#233; sous un l&#233;ger vernis, que nos relations &#224; la mort. Deux facteurs expliquent cet arr&#234;t &#233;volutif : la force de nos r&#233;actions sentimentales primitives et l'incertitude de notre savoir scientifique. Notre biologie n'a pu encore d&#233;terminer si la mort est une fatalit&#233; n&#233;cessaire inh&#233;rente &#224; tout ce qui vit ou seulement un hasard r&#233;gulier, mais peut-&#234;tre &#233;vitable, de la vie m&#234;me. La proposition : tous les hommes sont mortels, s'&#233;tale, il est vrai, dans les trait&#233;s de logique comme exemple d'une assertion g&#233;n&#233;rale, mais elle n'est, au fond, une &#233;vidence pour personne, et notre inconscient a, aujourd'hui, aussi peu de place qu'autrefois pour la repr&#233;sentation de notre propre mortalit&#233;. De nos jours encore, les religions contestent son importance au fait incontestable de la mort individuelle, et elles font continuer l'existence par-del&#224; la fin de la vie ; les autorit&#233;s publiques ne croiraient pas pouvoir maintenir l'ordre moral parmi les vivants, s'il fallait renoncer &#224; voir la vie terrestre corrig&#233;e par un au-del&#224; meilleur ; on annonce sur les colonnes d'affichage de nos grandes villes des conf&#233;rences qui se proposent de faire conna&#238;tre comment on peut se mettre en relation avec les &#226;mes des d&#233;funts, et il est ind&#233;niable que plusieurs des meilleurs esprits et des plus subtils penseurs parmi les hommes de science, surtout vers la fin de leur propre vie, ont estim&#233; que la possibilit&#233; &#224; de pareilles communications n'&#233;tait pas exclue. Comme la plupart d'entre nous pense encore sur ce point comme les sauvages, il n'y a pas lieu de s'&#233;tonner que la primitive crainte des morts soit encore si puissante chez nous et se tienne pr&#234;te &#224; resurgir d&#232;s que quoi que ce soit la favorise. Il est m&#234;me probable qu'elle conserve encore son sens ancien : le mort est devenu l'ennemi du survivant, et il se propose de l'emmener afin qu'il soit son compagnon dans sa nouvelle existence. On pourrait plut&#244;t se demander, vu cette immutabilit&#233; de notre attitude envers la mort, o&#249; se trouve la condition du refoulement exigible pour que ce qui est primitif puisse repara&#238;tre en tant qu'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Mais elle existe cependant ; officiellement, les soi-disant gens cultiv&#233;s ne croient plus que les d&#233;funts puissent en tant qu'&#226;mes r&#233;appara&#238;tre &#224; leurs yeux, ils ont rattach&#233; leur apparition &#224; des conditions lointaines et rarement r&#233;alis&#233;es, et la primitive attitude affective &#224; double sens, ambivalente, envers le mort, s'est att&#233;nu&#233;e dans les couches les plus hautes de la vie psychique jusqu'&#224; n'&#234;tre plus que celle de la pi&#233;t&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons plus que peu de chose &#224; ajouter car, avec l'animisme, la magie et les enchantements, la toute-puissance des pens&#233;es, les relations &#224; la mort, les r&#233;p&#233;titions involontaires et le complexe de castration, nous avons &#224; peu pr&#232;s &#233;puis&#233; l'ensemble des facteurs qui transforment ce qui n'&#233;tait qu'angoissant en inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit aussi d'un homme qu'il est &#171; unheimlich &#187;, &#233;trangement inqui&#233;tant, quand on lui suppose de mauvaises intentions. Mais cela ne suffit pas, il faut ajouter ici que ces siennes intentions, pour devenir malfaisantes, devront se r&#233;aliser &#224; l'aide de forces particuli&#232;res. Le &#171; gettatore &#187; en est un bon exemple, ce personnage &#233;trangement inqui&#233;tant de la superstition romane qu'Albert Schaeffer dans Joseph Montfort, a transform&#233;, avec une intuition po&#233;tique et une profonde intelligence psychanalytique, en une figure sympathique. Mais ces forces secr&#232;tes nous ram&#232;nent de nouveau &#224; l'animisme. C'est le pressentiment de ces forces myst&#233;rieuses qui fait para&#238;tre M&#233;phisto si &#233;trangement inqui&#233;tant &#224; la pieuse Marguerite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pressent que je dots &#234;tre un g&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou peut-&#234;tre bien m&#234;me le Diable .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression &#233;trangement inqui&#233;tante que font l'&#233;pilepsie, la folie, a la m&#234;me origine. Le profane y voit la manifestation de forces qu'il ne soup&#231;onnait pas chez son prochain, mais dont il peut pressentir obscur&#233;ment l'existence dans les recoins les plus recul&#233;s de sa propre personnalit&#233;. Le Moyen Age, avec beaucoup de logique, et presque correctement du point de vue psychologique, avait attribu&#233; &#224; l'influence de d&#233;mons toutes ces manifestations morbides. Je ne serai pas non plus &#233;tonn&#233; d'apprendre que la psychanalyse, qui s'occupe de d&#233;couvrir ces forces secr&#232;tes, ne soit devenue elle-m&#234;me, de par cela, &#233;trangement inqui&#233;tante aux yeux de bien des gens. Dans un cas o&#249; j'avais r&#233;ussi, quoique pas tr&#232;s rapidement, &#224; gu&#233;rir une jeune fille malade depuis de longues ann&#233;es, je l'ai entendu dire &#224; la m&#232;re de la jeune fille depuis longtemps gu&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des membres &#233;pars, une t&#234;te coup&#233;e, une main d&#233;tach&#233;e du bras, comme dans un conte de Hauff, des pieds qui dansent tout seuls comme dans le livre de A. Schaeffer cit&#233; plus haut, voil&#224; ce qui, cri soi, a quelque chose de tout particuli&#232;rement &#233;trangement inqui&#233;tant, surtout quand il leur est attribu&#233;, ainsi que dans ce dernier exemple, une activit&#233; ind&#233;pendante. C'est, nous le savons d&#233;j&#224;, de la relation au complexe de castration que provient cette impression particuli&#232;re. Bien des gens d&#233;cerneraient la couronne de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#224; l'id&#233;e d'&#234;tre enterr&#233;s vivants en &#233;tat de l&#233;thargie. La psychanalyse nous l'a pourtant appris : cet effrayant fantasme n'est que la transformation d'un autre qui n'avait. &#224; l'origine rien d'effrayant, mais &#233;tait au contraire accompagn&#233; d'une certaine volupt&#233;, &#224; savoir le fantasme de la vie dans le corps maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'elle soit &#224; la rigueur incluse dans nos pr&#233;c&#233;dentes all&#233;gations sur l'animisme et les m&#233;thodes p&#233;rim&#233;es de travail de l'appareil psychique, nous ferons ici une observation g&#233;n&#233;rale qui nous semble m&#233;riter d'&#234;tre mise en valeur : c'est que l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; surprit souvent et ais&#233;ment chaque fois o&#249; les limites entre imagination et r&#233;alit&#233; s'effacent, o&#249; ce que nous avions tenu pour fantastique s'offre &#224; nous comme r&#233;el, o&#249; un symbole prend l'importance et la force de ce qui &#233;tait symbolis&#233; et ainsi de suite. L&#224;-dessus repose en grande partie l'impression inqui&#233;tante qui s'attache aux pratiques de magie. Ce qu'elles comportent d'infantile et qui domine aussi la vie psychique du n&#233;vros&#233;, c'est l'exag&#233;ration de la r&#233;alit&#233; psychique par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, trait qui se rattache &#224; la toute-puissance des pens&#233;es. Pendant le blocus de la guerre mondiale, un num&#233;ro du magazine anglais Strand me tomba entre les mains, dans lequel, parmi d'autres &#233;lucubrations assez peu int&#233;ressantes, je pus lire l'histoire d'un jeune couple qui s'installe dans un appartement meubl&#233; o&#249; se trouve une table de forme &#233;trange avec des crocodiles en bois sculpt&#233;. Vers le soir, une insupportable et caract&#233;ristique puanteur se r&#233;pand dans l'appartement, on tr&#233;buche dans l'obscurit&#233; sur quelque chose, on croit voir glisser quelque chose d'ind&#233;finissable dans l'escalier, bref, on devine qu'&#224; cause de la pr&#233;sence de cette table, des crocodiles fant&#244;mes hantent la maison, ou bien que, dans l'obscurit&#233;, les monstres de bois sculpt&#233; prennent vie ou que quelque chose d'analogue a lieu. L'histoire &#233;tait assez sotte, mais l'impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qu'elle produisait &#233;tait de premier ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour clore cette s&#233;rie, encore bien incompl&#232;te, d'exemples, nous mentionnerons une observation que la clinique psychanalytique nous a permis de faire et qui, si elle ne repose pas sur quelque co&#239;ncidence fortuite, nous apporte la confirmation la plus belle de notre conception de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Il arrive souvent que des hommes n&#233;vros&#233;s d&#233;clarent que les organes g&#233;nitaux f&#233;minins repr&#233;sentent pour eux quelque chose d'&#233;trangement inqui&#233;tant. Cet &#233;trangement inqui&#233;tant est cependant l'or&#233;e de l'antique patrie des enfants des hommes, de l'endroit o&#249; chacun a d&#251; s&#233;journer en son temps d'abord. On le dit parfois en plaisantant : Liebe ist Heimweh (l'amour est le mal du pays), et quand quelqu'un r&#234;ve d'une localit&#233; ou d'un paysage et pense en r&#234;ve : je connais cela, J'ai d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ici - l'interpr&#233;tation est autoris&#233;e &#224; remplacer ce lieu par les organes g&#233;nitaux ou le corps maternel. Ainsi, dans ce cas encore, l'&#171; Unheimliche &#187; est ce qui autrefois &#233;tait &#171; heimisch &#187;, de tous temps familier. Mais le pr&#233;fixe &#171; un &#187; plac&#233; devant ce mot est la marque du refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la lecture des pages pr&#233;c&#233;dentes, des doutes ont d&#233;j&#224; d&#251; s'&#233;lever chez le lecteur sur la validit&#233; de notre conception. Il serait temps de les embrasser d'un coup d'&#339;il d'ensemble et de les exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-il vrai que l'&#171; Unheimliche &#187; est le &#171; Heimliche-Heimische &#187;, c'est-&#224;-dire l' &#171; intime de la maison &#187;, apr&#232;s que celui-ci a subi le refoulement et en a fait retour, et que tout ce qui est &#171; unheimlich &#187; remplit cette condition. Mais l'&#233;nigme de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ne semble pas &#234;tre par l&#224; r&#233;solue. De toute &#233;vidence, notre proposition ne supporte pas le renversement. N'est pas n&#233;cessairement &#233;trangement inqui&#233;tant tout ce qui rappelle des d&#233;sirs refoul&#233;s et des modes de penser r&#233;prim&#233;s propres aux temps primitifs de l'individu ou des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne voudrions-nous pas passer sous silence ce fait : on peut, &#224; chacun des exemples qui devrait d&#233;montrer notre proposition, opposer un cas analogue qui le contredit. Par exemple, la main coup&#233;e, dans le conte de Hauff : &#171; Histoire de la main coup&#233;e &#187;, fait certes une impression &#233;trangement inqui&#233;tante, que nous avons rapport&#233;e au complexe de castration. Mais, dans l'histoire du tr&#233;sor de Rhampsenit, dans H&#233;rodote, le ma&#238;tre voleur que la princesse veut retenir par la main lui tend la main coup&#233;e de son fr&#232;re &#224; lui, et je crois que d'autres jugeront, comme moi, que ce trait ne fait aucune impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapide r&#233;alisation des d&#233;sirs, dans Der Ring des Polycrates (L'anneau de Polycrate), produit sur nous un effet tout aussi &#233;trangement inqui&#233;tant que sur le roi d'&#201;gypte lui-m&#234;me. Pourtant, dans nos contes populaires, il y a des masses de souhaits aussit&#244;t accomplis que form&#233;s, et toute inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; est exclue de la chose. Dans le conte des &#171; Trois Souhaits &#187;, la femme se laisse aller, s&#233;duite par la bonne odeur d'une saucisse qu'on fait cuire, &#224; dire, qu'elle voudrait bien en avoir une pareille. Aussit&#244;t, en voil&#224; une sur l'assiette. Plein de col&#232;re contre l'indiscr&#232;te, l'homme souhaite que la saucisse lui pende au nez. La voil&#224;, qui, aussit&#244;t, lui pendille au nez. Tout cela est tr&#232;s impressionnant, mais d&#233;nu&#233; de toute inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Le conte se place d'embl&#233;e ouvertement sur le terrain de l'animisme, de la toute-puissance des pens&#233;es et des d&#233;sirs, et, du reste, je ne saurais citer un seul vrai conte de f&#233;es o&#249; se fasse quelque chose d'&#233;trangement inqui&#233;tant. Nous avons vu que cette impression est produite au plus haut degr&#233; par des objets, images ou poup&#233;es inanim&#233;es qui prennent vie, mais, dans Andersen, la vaisselle, les meubles, le soldat de plomb vivent et rien n'est peut-&#234;tre plus loin de faire une impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. De m&#234;me on aura peine &#224; trouver &#233;trangement inqui&#233;tant le fait que la belle statue de Pygmalion s'anime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons appris &#224; consid&#233;rer comme &#233;trangement inqui&#233;tant la l&#233;thargie et le retour des morts &#224; la vie. Ce sont choses pourtant tr&#232;s fr&#233;quentes dans les contes de f&#233;es et qui oserait dire qu'il soit &#233;trangement inqui&#233;tant, de voir, par exemple, Blanche-neige dans son cercueil rouvrir les yeux ? De m&#234;me dans les histoires miraculeuses, par exemple du Nouveau Testament, la r&#233;surrection des morts &#233;voque des sentiments qui n'ont rien &#224; voir avec l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Le retour involontaire de l'identique, qui nous a fourni des effets si manifestes de ce sentiment, pr&#233;side cependant &#224; toute une s&#233;rie d'autres cas faisant un effet tr&#232;s diff&#233;rent. Nous en avons d&#233;j&#224; rencontr&#233; un de ce genre, o&#249; la r&#233;p&#233;tition sert &#224; provoquer le sentiment du comique, et nous pourrions accumuler quantit&#233; d'exemples de ce genre. D'autres fois, la r&#233;p&#233;tition sert &#224; renforcer, etc., enfin : d'o&#249; provient l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui &#233;mane du silence, de la solitude, de l'obscurit&#233; ? Ces facteurs ne font-ils pas voir le r&#244;le du danger dans la gen&#232;se de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, bien que ce soit dans les m&#234;mes conditions que nous voyions les enfants manifester le plus souvent de l'angoisse simple ? Et pouvons-nous vraiment tout &#224; fait n&#233;gliger le facteur de l'incertitude intellectuelle apr&#232;s avoir admis son importance dans ce qu'il y a d'&#233;trangement inqui&#233;tant dans la mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici pr&#234;ts &#224; admettre que, pour faire &#233;clore le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, d'autres conditions encore que celles mentionn&#233;es plus haut sont n&#233;cessaires. On pourrait, &#224; la rigueur, dire qu'avec ce que nous avons d&#233;j&#224; &#233;tabli, l'int&#233;r&#234;t que porte la psychanalyse au probl&#232;me de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; est &#233;puis&#233;, et que ce qui en reste requiert probablement d'&#234;tre &#233;tudi&#233; du point de vue de l'esth&#233;tique. Mais nous ouvririons ainsi la porte au doute : nous pourrions douter de la valeur m&#234;me de nos vues relativement au fait que l'&#171; Unheimliche &#187; provient du &#171; Heimische &#187; (de l'intime) refoul&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une observation pourra nous amener &#224; r&#233;soudre ces incertitudes. Presque tous les exemples qui sont en contradiction avec ce que nous nous attendions &#224; trouver sont emprunt&#233;s au domaine de la fiction, de la po&#233;sie. Ainsi, nous en voil&#224; avertis : il y a peut-&#234;tre une diff&#233;rence &#224; &#233;tablir entre l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qu'on rencontre dans la vie et celle qu'on s'imagine simplement, ou qu'on trouve dans les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;trangement inqui&#233;tant dans la vie d&#233;pend de conditions beaucoup plus simples, mais ne comprend que des cas bien moins nombreux. Je crois que cette inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;-l&#224; se plie sans exception &#224; nos tentatives de solution et que chaque fois elle se laisse ramener au refoul&#233; de choses autrefois famili&#232;res. Cependant, l&#224; encore, il y a lieu d'&#233;tablir une distinction importante et d'une grande signification psychologique que des exemples appropries pourront mieux nous faire saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui &#233;mane de la toute-puissance des pens&#233;es, de la prompte r&#233;alisation des souhaits, des forces n&#233;fastes occultes ou du retour des morts. On ne peut m&#233;conna&#238;tre la condition de laquelle d&#233;pend ici ce sentiment. Nous-m&#234;mes, - j'entends nos anc&#234;tres primitifs, - nous avons jadis cru r&#233;elles ces &#233;ventualit&#233;s, nous &#233;tions convaincus de la r&#233;alit&#233; de ces choses. Nous n'y croyons plus aujourd'hui, nous avons &#171; surmont&#233; &#187; ces fa&#231;ons de penser, niais nous ne nous sentons pas absolument s&#251;rs de nos convictions nouvelles, les anciennes survivent en nous et sont &#224; l'aff&#251;t d'une confirmation. Alors, d&#232;s qu'arrive dans notre vie quelque chose qui semble apporter une confirmation &#224; ces vieilles convictions abandonn&#233;es, le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; nous envahit et c'est comme si nous nous disions : serait-il donc possible qu'on puisse faire mourir quelqu'un par la simple force d'un souhait, que les morts continuent &#224; vivre et qu'ils r&#233;apparaissent aux lieux o&#249; ils ont v&#233;cu, et ainsi de suite ? Mais pour celui qui, au contraire, se trouve avoir absolument et d&#233;finitivement abandonn&#233; ces convictions animistes, ce genre d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; n'existe plus. La plus extraordinaire co&#239;ncidence entre un souhait et sa r&#233;alisation, la r&#233;p&#233;tition la plus &#233;nigmatique d'&#233;v&#233;nements analogues en un m&#234;me endroit ou &#224; la m&#234;me date, les plus trompeuses perceptions visuelles et les bruits les plus suspects ne l'abuseront pas, n'&#233;veilleront pas en lui une peur que l'on puisse qualifier d'&#233;trangement inqui&#233;tante. Ainsi il s'agit simplement ici d'un cas d'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233;, d'une question de r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autrement en est-il de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui &#233;mane de complexes infantiles refoul&#233;s, du complexe de castration, du fantasme du corps maternel, etc., &#224; la diff&#233;rence pr&#232;s que les &#233;v&#233;nements r&#233;els susceptibles d'&#233;veiller ce genre d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ne sauraient &#234;tre nombreux. L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; dans la vie r&#233;elle appartient le plus souvent au groupe pr&#233;c&#233;dent, mais du point de vue de la th&#233;orie, la distinction entre les deux groupes est des plus importantes. Dans l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; due aux complexes infantiles, la question de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle n'entre pas du tout en jeu, c'est la r&#233;alit&#233; psychique qui en tient lieu. Il s'agit ici du refoulement effectif d'un contenu psychique et du retour de ce refoul&#233;, non de l'abolition de la croyance en la r&#233;alit&#233; de ce contenu psychique lui-m&#234;me. On pourrait dire que dans l'un des cas un certain contenu de repr&#233;sentations est refoul&#233;, dans l'autre la croyance en sa r&#233;alit&#233; (mat&#233;rielle). Mais cette derni&#232;re mani&#232;re de s'exprimer &#233;tend probablement au-del&#224; de ses limites l&#233;gitimes l'emploi du terme de &#171; refoulement &#187;. Il serait plus correct de tenir compte ici d'une diff&#233;rence psychologique sensible et de qualifier la condition dans laquelle se trouvent les convictions animistes de l'homme civilis&#233;, d'&#233;tat plus ou moins &#171; surmont&#233; &#187;. Nous nous r&#233;sumerions alors ainsi : l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; prend naissance dans la vie r&#233;elle lorsque des complexes infantiles refoul&#233;s sont ranim&#233;s par quelque impression ext&#233;rieure, ou bien lorsque de primitives convictions surmont&#233;es semblent de nouveau &#234;tre confirm&#233;es. Enfin, il ne faut pas, par pr&#233;dilection pour les solutions faciles et les expos&#233;s clairs, se refuser &#224; reconna&#238;tre que les deux sortes d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; que nous distinguons ici ne peuvent pas toujours se s&#233;parer nettement dans la vie r&#233;elle. Quand on consid&#232;re que les convictions primitives se rattachent profond&#233;ment aux complexes infantiles et y prennent, &#224; proprement parler, racine, on ne s'&#233;tonnera pas beaucoup de voir leurs limites se confondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;trangement inqui&#233;tant dans la fiction, l'imagination, la po&#233;sie, m&#233;rite, de fait, un examen &#224; part. L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; dans la fiction est avant tout beaucoup plus pleine et riche que cette m&#234;me &#233;tranget&#233; dans la vie r&#233;elle ; elle englobe compl&#232;tement celle-ci et comprend de plus autre chose encore qui ne se pr&#233;sente pas dans les conditions de la vie. Le contraste entre ce qui est refoul&#233; et ce qui est &#171; surmont&#233; &#187; ne peut pas &#234;tre transpos&#233; &#224; l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; dans la fiction sans une importante mise au point, car le domaine de l'imagination implique, pour &#234;tre mis en valeur, que ce qu'il contient soit dispens&#233; de l'&#233;preuve de la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;sultat, qui tourne au paradoxe en est donc, que dans la fiction bien des choses ne sont pas &#233;trangement inqui&#233;tantes qui le seraient si elles se passaient dans la vie, et que, dans la fiction, il existe bien des moyens de provoquer des effets d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui, dans la vie, n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur, qui dispose de nombreuses libert&#233;s, poss&#232;de aussi celle de choisir &#224; son gr&#233; le th&#233;&#226;tre de son action, que celui-ci appartienne &#224; la r&#233;alit&#233; famili&#232;re ou s'en &#233;carte d'une mani&#232;re quelconque. Nous le suivons dans tous les cas. Le monde des contes de f&#233;es, par exemple, a, d&#232;s l'abord, abandonn&#233; le terrain de la r&#233;alit&#233; et s'est ralli&#233; ouvertement aux convictions animistes. R&#233;alisation des souhaits, forces occultes, toute-puissance des pens&#233;es, animation de l'inanim&#233;, autant d'effets courants dans les contes et qui ne peuvent y donner l'impression de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;. Car, pour que naisse ce sentiment, il est n&#233;cessaire, comme nous l'avons vu, qu'il y ait d&#233;bat, afin de juger si l' &#171; incroyable &#187;, qui fut surmont&#233; ne pourrait pas, malgr&#233; tout, &#234;tre r&#233;el ; or, cette question a &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e d&#232;s l'abord par les conventions qui pr&#233;sident au monde o&#249; &#233;voluent les contes. De cette mani&#232;re le conte, qui nous a fourni la plupart des exemples qui sont en contradiction avec notre th&#233;orie de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, r&#233;alise le cas, d'abord mentionn&#233;, dans lequel au domaine de la fiction, bien des choses ne sont pas &#233;trangement inqui&#233;tantes, qui le seraient dans la vie r&#233;elle. De plus, d'autres facteurs concourent &#224; ce fait, facteurs, qui, plus tard, seront rapidement effleur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur peut aussi s'&#234;tre cr&#233;&#233; un monde qui, moins fantastique que celui des contes, s'&#233;carte pourtant du monde r&#233;el par le fait qu'il admet des &#234;tre surnaturels, d&#233;mons ou esprits des d&#233;funts. Tout ce qui pourrait sembler &#233;trangement inqui&#233;tant dans ces apparitions dispara&#238;t alors dans la mesure o&#249; s'&#233;tend le domaine des conventions pr&#233;sidant &#224; cette r&#233;alit&#233; po&#233;tique. Les &#226;mes de l'Enfer de Dante ou les apparitions dans Hamlet, Macbeth ou Jules C&#233;sar de Shakespeare peuvent &#234;tre effrayantes et lugubres au possible, mais elles sont, au fond, aussi d&#233;nu&#233;es d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; que, par exemple, l'univers serein des dieux d'Hom&#232;re. Nous adaptons notre jugement aux conditions de cette r&#233;alit&#233; fictive du po&#232;te et nous consid&#233;rons alors les &#226;mes, les esprits et les revenants comme s'ils avaient une existence r&#233;elle ainsi que nous-m&#234;mes dans la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. C'est l&#224; encore un cas o&#249; le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; nous est &#233;pargn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autrement en est-il quand l'auteur semble s'en tenir au terrain de la r&#233;alit&#233; courante. Il assume alors toutes les conditions qui importent pour faire na&#238;tre dans la vie r&#233;elle le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, et tout ce qui agit de fa&#231;on &#233;trangement inqui&#233;tante dans la vie produit alors le m&#234;me effet dans la fiction. Mais, dans ce cas, l'auteur a la possibilit&#233; de renforcer, de multiplier encore l'effet d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; bien au-del&#224; du degr&#233; possible dans la vie r&#233;elle en faisant surgir des incidents qui, dans la r&#233;alit&#233;, ne pourraient pas arriver, ou n'arriver que tr&#232;s rarement. Il fait pour ainsi dire se trahir en nous notre superstition soi-disant r&#233;prim&#233;e, il nous trompe en nous promettant la vulgaire r&#233;alit&#233; et en en sortant cependant. Nous r&#233;agissons &#224; ses fictions comme nous le ferions &#224; des &#233;v&#233;nements nous concernant ; quand nous remarquons la mystification il est trop tard, l'auteur a d&#233;j&#224; atteint son but, mais je soutiens, moi, qu'il n'a pas obtenu un effet pur. Il nous reste un sentiment d'insatisfaction, une sorte de rancune qu'on ait voulu nous mystifier, ainsi que je l'ai &#233;prouv&#233; tr&#232;s nettement apr&#232;s la lecture du r&#233;cit de Schnitzler, Die Weissagung (la Proph&#233;tie), et d'autres productions du m&#234;me ordre recourant au miraculeux. L'&#233;crivain dispose encore d'un autre moyen pour se d&#233;rober &#224; notre r&#233;volte et am&#233;liorer du m&#234;me coup les conditions lui permettant d'atteindre son but. Ce moyen consiste &#224; ne pas nous laisser deviner pendant un temps assez long quelles conventions pr&#233;sident &#224; l'univers qu'il a adopt&#233;, ou bien d'&#233;viter, avec art et astuce, jusqu'&#224; la fin, de nous en donner une explication d&#233;cisive. Somme toute, le cas &#233;nonc&#233; tout &#224; l'heure se r&#233;alise, et l'on voit que la fiction peut cr&#233;er de nouvelles formes du sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui n'existent pas dans la vie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces variations ne se rapportent vraiment qu'au sentiment d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; provenant de ce qui est &#171; surmont&#233; &#187;. L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#233;man&#233;e des complexes refoul&#233;s est plus r&#233;sistante, elle reste dans la fiction (&#224; une condition pr&#232;s) tout aussi &#233;trangement inqui&#233;tante que dans la vie. L'autre cas de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, celle &#233;manant du &#171; surmont&#233; &#187;, pr&#233;sente ce caract&#232;re et dans la r&#233;alit&#233; et dans la fiction qui s'&#233;l&#232;ve sur le terrain de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, mais il peut le perdre dans les r&#233;alit&#233;s fictives cr&#233;&#233;es par l'&#233;crivain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les libert&#233;s de l'auteur et, &#224; leur suite, les privil&#232;ges de la fiction pour &#233;voquer et inhiber le sentiment de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ne sauraient &#233;videmment &#234;tre &#233;puis&#233;s par les pr&#233;c&#233;dentes remarques. Envers ce qui nous arrive dans la vie, nous nous comportons en g&#233;n&#233;ral tous avec une passivit&#233; &#233;gale et restons soumis &#224; l'influence des faits. Mais Dons sommes dociles &#224; l'appel du po&#232;te ; par la disposition dans laquelle il nous met, par les expectatives qu'il &#233;veille en nous, il peut d&#233;tourner nos sentiments d'un effet pour les orienter vers un autre, il peut souvent d'une m&#234;me mati&#232;re tirer de tr&#232;s diff&#233;rents effets. Tout cela est connu depuis longtemps et a probablement &#233;t&#233; jug&#233; &#224; sa valeur par les esth&#233;ticiens de profession. Nous avons &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s sans le vouloir par nos recherches sur ce domaine, ceci en cherchant &#224; &#233;lucider la contradiction que constituent &#224; notre d&#233;rivation de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; certains exemples cit&#233;s plus haut. Aussi, allons-nous re-prendre quelques-uns de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure nous nous demandions pourquoi la main coup&#233;e du Tr&#233;sor de Rhampsenit ne faisait pas la m&#234;me impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; que celle de l'histoire de la main coup&#233;e de Hauff. Cette question nous semble maintenant avoir plus de port&#233;e, car nous avons constat&#233; la plus grande r&#233;sistance de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#233;man&#233;e des complexes refoul&#233;s. Cependant la r&#233;ponse est facile &#224; donner : dans cette histoire nous ne vibrons pas aux &#233;motions de la princesse, mais &#224; la ruse sup&#233;rieure du ma&#238;tre voleur. Le sentiment d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; n'a probablement pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; &#224; la princesse, nous trouvons m&#234;me vraisemblable qu'elle se soit &#233;vanouie, mais nous n'&#233;prouvons rien de r&#233;ellement inqui&#233;tant et &#233;trange, car nous ne nous mettons pas &#224; sa place, &#224; elle, mais &#224; celle du ma&#238;tre voleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre signe, l'impression d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; nous est &#233;pargn&#233;e dans la farce de Nestroy. Der Zerrissene (Le d&#233;chir&#233;), lorsque le fugitif qui se croit un meurtrier, voit, en soulevant le couvercle de chacune des trappes, surgir &#224; chaque fois le soi-disant fant&#244;me de l'assassin&#233; et s'&#233;crie, d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; Pourtant, je n'en ai tu&#233; qu'un seul ! &#187; Quel sens a ici cette atroce multiplication ? Nous savons quelles sont les conditions pr&#233;liminaires de la sc&#232;ne et nous ne partageons pas l'erreur du &#171; d&#233;chir&#233; &#187; ; voil&#224; pourquoi ce qui, pour lui, doit &#234;tre &#233;trangement inqui&#233;tant, ne produit sur nous qu'un effet irr&#233;sistiblement comique. Et m&#234;me un v&#233;ritable spectre, comme celui du conte de 0. Wilde, Le fant&#244;me de Canterville, perd tous droits &#224; inspirer la moindre terreur, du moment que l'&#233;crivain se permet la plaisanterie de le laisser tourner en ridicule et berner. L'effet affectif peut &#234;tre ind&#233;pendant &#224; ce point du choix de la mati&#232;re au domaine de la fiction. Quant au monde des contes de f&#233;es, les sentiments d'angoisse, partant les sentiments d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, ne doivent pas y &#234;tre &#233;veill&#233;s. Nous le comprenons, et c'est pourquoi nous d&#233;tournons les yeux de tout ce qui pourrait provoquer un effet semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la solitude, du silence, de l'obscurit&#233;, nous ne pouvons rien dire, si ce n'est que ce sont l&#224; vraiment les &#233;l&#233;ments auxquels se rattache l'angoisse infantile qui jamais ne dispara&#238;t tout enti&#232;re chez la plupart des hommes. De ce probl&#232;me, l'investigation psychanalytique s'est occup&#233;e ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Paru dans Imago, tome V (1919), puis dans la cinqui&#232;me s&#233;rie de Ja Sammlung kleiner Schrillen zur Neurosenlehre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Il nous a sembl&#233; impossible de mieux traduire ce terme allemand en r&#233;alit&#233; intraduisible en fran&#231;ais. Le double vocable auquel, apr&#232;s bien des h&#233;sitations, nous nous sommes arr&#234;t&#233;es. nous para&#238;t du moins avoir le m&#233;rite de rendre les deux principaux concepts contenus dans le terme allemand. (N. D. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3	Zur Psychologie des Unheimlichen (Psychiatr. neurolog. Wochenschrift, 1906, nos 22 et 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4	Je dois au docteur Th. Reik les extraits qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Ces italiques, comme aussi celles qui suivent plus loin, sont de l'auteur de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6	[Tel quel dans le texte. JMT]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 3e volume de l'&#233;dition des Oeuvres compl&#232;tes d'Hoffmann par Crisebach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Pour la d&#233;rivation du nom : Coppella = coupelle (les op&#233;rations chimiques dont son p&#232;re est victime) ; coppo = orbite de l'&#339;il (d'apr&#232;s une remarque de Mme Rank).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 De fait, l'imagination du conteur n'a pas brass&#233; &#224; tel point les &#233;l&#233;ments de son sujet qu'on ne puisse en r&#233;tablir l'ordonnance primitive. Dans l'histoire de l'en-fant, le p&#232;re et Copp&#233;lius repr&#233;sentent l'image du p&#232;re d&#233;compos&#233;, gr&#226;ce &#224; l'ambivalence, en ses deux contraires ; le premier menace l'enfant de l'aveugler (castration), l'autre, le bon p&#232;re, lui sauve les yeux par son intervention. Le c&#244;t&#233; du complexe que le refoulement frappa le plus fortement, la d&#233;sir de la mort du mauvais p&#232;re, se trouve repr&#233;sent&#233; par la mort du bon p&#232;re dont est charg&#233; Copp&#233;lius. A ces deux p&#232;res correspondent dans la suite de l'histoire de l'&#233;tudiant le professeur Spalanzani et l'opticien Coppola, le professeur par lui-m&#234;me personnage de la lign&#233;e des p&#232;res, et Coppola identifi&#233; avec l'avocat Coop&#233;lius. De m&#234;me qu'ils travaillaient dans le temps ensemble nu myst&#233;rieux foyer, de m&#234;me ils ont parachev&#233; la poup&#233;e Olympia ; le professeur est d'ail-leurs appel&#233; le p&#232;re d'Olympia. Tous deux, par cette double communaut&#233;, se r&#233;v&#232;lent comme &#233;tant des d&#233;doublements de l'image paternelle - le m&#233;canicien comme l'opticien se trouvent &#234;tre le p&#232;re d'Olympia comme de Nathana&#235;l. Dans la sc&#232;ne d'horreur d'autrefois, Copp&#233;lius, apr&#232;s avoir renonc&#233; &#224; aveugler l'enfant, lui avait d&#233;viss&#233; &#224; titre d'essai bras et jambes, le traitant comme l'au-rait fait un m&#233;canicien d'une poup&#233;e. Ce trait singulier, qui sort compl&#232;tement du cadre de l'apparition de l'homme au sable, nous apporte un nouvel &#233;quiva-lent de la castration ; mais il indique aussi l'identit&#233; interne de Copp&#233;lius et de son futur antagoniste, le m&#233;canicien Spalanzani, et nous pr&#233;pare &#224; l'interpr&#233;ta-tion d'Olympia. Cette poup&#233;e automate ne peut &#234;tre autre chose que la mat&#233;-rialisation de l'attitude f&#233;minine de Nathana&#235;l envers son p&#232;re dans sa premi&#232;re enfance. Les p&#232;res de celle-ci, - Spalanzani et Coppola, - ne sont que des r&#233;&#233;ditions, des r&#233;incarnations des deux p&#232;res de Nathana&#235;l ; l'all&#233;gation, qui serait sans cela incompr&#233;hensible, de Spalanzani, d'apr&#232;s laquelle l'opticien aurait vol&#233; les yeux de Nathana&#235;l (voir plus haut) pour les poser &#224; la poup&#233;e, acquiert ainsi une signification en tant que preuve de l'identit&#233; d'Olympia et de Nathana&#235;l. Olympia est en quelque sorte un complexe d&#233;tach&#233; de Nathana&#235;l qui se pr&#233;sente &#224; lui sous l'aspect d'une personne ; la domination exerc&#233;e par ce complexe trouve son expression dans l'absurde amour obsessionnel pour Olympia. Nous avons le droit d'appeler cet amour du narcissisme, et nous comprenons que celui qui en est atteint devienne &#233;tranger &#224; l'objet d'amour r&#233;-el. Combien il est exact, psychologiquement, que le jeune homme fix&#233; au p&#232;re par le complexe de castration devienne incapable d'&#233;prouver de l'amour pour la femme, c'est ce que d&#233;montrent de nombreuses analyses de malades dont la mati&#232;re est moins fantastique, mais gu&#232;re moins triste que l'histoire de l'&#233;tu-diant Nathana&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	E. T. A. Hoffmann &#233;tait l'enfant d'un mariage malheureux. Lorsqu'il avait trois ans, son p&#232;re se s&#233;para de sa petite famille et ne revint plus jamais aupr&#232;s d'el-le. D'apr&#232;s les t&#233;moignages que rapporte E. Grisebach dans son introduction biographique aux Oeuvres d'Hoffmann, la relation du conteur &#224; son p&#232;re fut toujours un des c&#244;t&#233;s les plus douloureux de sa vie affective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 O. Rank, Der Doppelg&#228;nger, Imago, III, 1914, (Une &#233;tude sur le double), Deno&#235;l et Steele, 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11	Je crois que lorsque les auteurs se lamentent sur ce que deux &#226;mes habitent dans le sein de l'homme et quand les psychologues vulgarisateurs parlent de la scission du moi chez l'homme, c'est cette division, ressortissant &#224; la psycholo-gie entre l'instance critique et le restant du moi, qui flotte devant leurs yeux, et non point l'opposition, d&#233;couverte par la psychanalyse, entre le moi et le re-foul&#233; inconscient. La diff&#233;rence s'efface cependant de ce fait que, parmi ce que la critique du moi &#233;carte, se trouvent en premi&#232;re ligne les rejetons du re-foul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Dans la nouvelle de H. H. Ewers, Der Student von Prag (L'&#233;tudiant de Pra-gue) qui a servi de point de d&#233;part &#224; Rank pour son &#233;tude sur le double, Io h&#233;-ros a promis &#224; sa fianc&#233;e de ne pas tuer son adversaire en duel. Mais tandis qu'il se rend sur le terrain il rencontre son double qui vient de tuer son rival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13	P. Kammerer, Das Gesetz der Serie (La Loi de la s&#233;rie), Vienne, 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14	Jenseits des Lustprinzips (Par-del&#224; le principe du plaisir) dans Essais de Psy-chanalyse. (Trad. Jank&#233;l&#233;vitch, Paris, Payot, 1927.) (N. D. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Bemerkungen &#252;ber einen Fall von Zwangsneurose (Remarques sur un cas de n&#233;vrose obsessionnelle). Ges. Schriften, vol. VIII. (Trad. Marie Bonaparte et R. Loewenstein, Revue fran&#231;aise de Psychanalyse, 1932, 3.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16	Der b&#246;se Blick und Verwandtes. (Le mauvais &#339;il et choses connexes), 2 vol., Berlin, 1910 et 1911.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Comparez. &#171; Le tabou et l'ambivalence des sentiments, &#187;, dans Totem et Tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18	Comparer la partie III, &#171; animisme, magie et toute-puissance des id&#233;es &#187;, dans le livre de l'auteur Totem et Tabou, 1913 (trad. Jank&#233;l&#233;vitch, Payot, Paris, 1921). L&#224; aussi se trouve cette remarque : &#171; Il semble que nous pr&#234;tions le ca-ract&#232;re de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; (de l'Unheimliche), &#224; ces impressions qui tendent &#224; confirmer la toute-puissance des pens&#233;es et la mani&#232;re animiste de penser, alors que notre jugement s'en est d&#233;j&#224; d&#233;tourn&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Sie ahnt, dass ich ganz sicher ein Genie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vielleicht sogar der Teufet bin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Comme l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; qui touche au double est de cette famille, il est int&#233;ressant de nous rendre compte de l'effet que produit sur nous l'apparition non voulue et impr&#233;vue de notre propre personne. E. Mach raconte deux semblables observations dans Analyse der Empfindungen (Analyse des sensations), 1900, p. 3. La premi&#232;re fois il ne fut pas peu effray&#233; en reconnaissant dans la figure qu'il venait d'apercevoir son propre visage ; une autre fois, il porta un jugement tr&#232;s d&#233;favorable sur le soi-disant &#233;tranger qui montait dans son omnibus. &#171; Quel est le mis&#233;rable instituteur qui monte l&#224; ! &#187; Je puis raconter une aventure analogue arriv&#233;e &#224; moi-m&#234;me. J'&#233;tais assis seul dans un compartiment de wagons-lits lorsque, &#224; la suite d'un violent cahot de la marche, la porte qui menait au cabinet de toilette voisin s'ouvrit et un homme d'un certain &#226;ge, en robe de chambre et casquette de voyage, entra chez moi. Je supposai qu'il s'&#233;tait tromp&#233; de direction en sortant des cabinets qui se trouvaient entre les deux compartiments et qu'il &#233;tait entr&#233; dans le mien par erreur. Je me pr&#233;cipitai pour le renseigner, mais je m'aper&#231;us, tout interdit, que l'intrus n'&#233;tait autre que ma propre image refl&#233;t&#233;e dans la glace de la porte de communication. Et je me rappelle encore que cette apparition m'avait profond&#233;ment d&#233;plu. Au lieu de nous effrayer de notre double, nous ne l'avions tout simplement, - Mach et moi, - tous les deux, pas reconnu. Qui sait si le d&#233;plaisir &#233;prouv&#233; n'&#233;tait tout de m&#234;me pas un reste de cette r&#233;action archa&#239;que que ressent le double comme &#233;tant &#233;trangement inqui&#233;tant ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'homme ou l'esp&#232;ce fabulatrice ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6306</link>
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		<dc:date>2019-05-17T22:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'homme ou l'esp&#232;ce fabulatrice ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais un &#234;tre humain ne peut se contenter de ce qu'il sait vraiment. Sur chaque question, il lui semble indispensable de broder, de construire des pr&#233;somptions et m&#234;me d'y croire, de vouloir que les autres y croient, et d'agir en fonction de cette conception librement invent&#233;e. M&#234;me les sciences, les &#233;tudes savantes, les philosophies sont fond&#233;es sur de telles fabulations humaines qui d&#233;passent largement ce que l'homme sait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans ces inventions et ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique164" rel="directory"&gt;La part de l'inconscient et de l'irrationnel dans la formation de la pens&#233;e&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme ou l'esp&#232;ce fabulatrice ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jamais un &#234;tre humain ne peut se contenter de ce qu'il sait vraiment. Sur chaque question, il lui semble indispensable de broder, de construire des pr&#233;somptions et m&#234;me d'y croire, de vouloir que les autres y croient, et d'agir en fonction de cette conception librement invent&#233;e. M&#234;me les sciences, les &#233;tudes savantes, les philosophies sont fond&#233;es sur de telles fabulations humaines qui d&#233;passent largement ce que l'homme sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans ces inventions et ces histoires racont&#233;es, nous ne saurions pas grand-chose et notre science serait presque vide&#8230; Et surtout, sans elles, nous ne serions pas ce que nous sommes : sans cesse &#224; la recherche de quelque chose que nous ne connaissons pas, que nous ne comprenons pas, que nous n'avons pas encore les moyens de comprendre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de poser &#224; quelqu'un une question sur un sujet dont vous &#234;tes s&#251;r qu'il ne conna&#238;t pas la r&#233;ponse pour l'entendre donner des r&#233;ponses invent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit que quelqu'un attende &#224; un rendez-vous sans savoir pourquoi la personne ne vient pas pour entendre celle-ci &#233;mettre des hypoth&#232;ses de toutes sortes sur ce retard ou ce rendez-vous manqu&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme refuse de se contenter de son ignorance : il veut pouvoir agir en fonction d'hypoth&#232;ses plus ou moins gratuites et plus ou mons rationnelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://pascaledesclos.fr/lhomme-espece-fabulatrice/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme, esp&#232;ce fabulatrice&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1528&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notre capacit&#233; c&#233;r&#233;brale humaine &#224; fabuler&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4929&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Imaginer, une fonction c&#233;r&#233;brale spontan&#233;e et permanente&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5061&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pens&#233;e humaine d&#233;passe-t-elle la nature&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1510&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Inventer, une capacit&#233; li&#233;e &#224; la zone cingulaire du cerveau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5085&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;el et Rationnel, deux mondes ou un seul ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-mysteres-caches-imagination-49177/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment l'imagination est fabriqu&#233;e dans le cerveau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=F4TGCwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=l%27humain+a+besoin+de+fictions&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiNicb77ODfAhVIaBoKHWuvD0gQ6AEIKDAA#v=onepage&amp;q=l'humain%20a%20besoin%20de%20fictions&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le point de vue de Nancy Huston&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1524}
&lt;p&gt;L'Esp&#232;ce fabulatrice de Nancy Huston L'Esp&#232;ce fabulatrice, Nancy Huston, roman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'Esp&#232;ce fabulatrice&#8221; est une r&#233;flexion, un essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nancy Huston est de ces auteurs qui saisissent par leur cran (il suffit de lire, pour le mesurer, son superbe Dolce Agonia ou le r&#233;cent Lignes de failles, prix Femina 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'attaque ici &#224; un th&#232;me intime pour elle, crucial : l'Homme et le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa r&#233;flexion s'appuie d'abord sur des constats simples, voire simplistes, et qui pourraient presque d&#233;cevoir en d&#233;but de lecture. Oui, l'&#234;tre humain se diff&#233;rencie de l'animal par la narration. Il est l'Esp&#232;ce fabulatrice. Oui, l'&#234;tre humain se construit par et dans la transmission de contes, d'&#233;pop&#233;es, de visions du futur, du pass&#233;, de r&#233;cits fondateurs et mythiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; l'on se demande o&#249; veut aller Nancy Huston, elle oriente son raisonnement vers le Sens, le sens ultime, celui que nous cherchons partout, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, depuis l'aube de l'humanit&#233;. Que ce soit dans la foudre, col&#232;re de Zeus, dans les entrailles d'un poulet, dans la v&#233;n&#233;ration de divinit&#233;s, la construction des cath&#233;drales, dans la connaissance scientifique, dans l'organisation d'une pens&#233;e philosophique et jusqu'aux pr&#233;visions des &#233;conomistes et des politiques, trouver du sens est notre qu&#234;te, toujours renouvel&#233;e, car notre seule parade &#224; l'effrayante conscience que nous avons d'&#234;tre mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;veloppons ainsi un tel besoin d'histoires pour donner sens &#224; nos vies, que les fictions nous nourrissent autant que nous les nourrissons. Et ces fictions, loin d'&#234;tre fictives, sont on ne peut plus r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucun groupement humain n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;couvert circulant tranquillement dans le r&#233;el &#224; la mani&#232;re des autres animaux : sans religion, sans tabou, sans rituel, sans g&#233;n&#233;alogie, sans contes, sans magie, sans histoires, sans recours &#224; l'imaginaire, c'est-&#224;-dire sans fictions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ces fictions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Accueillir un enfant c'est, &#224; travers des histoires, lui m&#233;nager une place &#224; l'int&#233;rieur de plusieurs cercles concentriques : famille/ethnie/Eglise/clan/tribu/pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'advienne son je, on doit le faire exister au milieu de plusieurs nous. Avec, toujours, plus ou moins proches et mena&#231;ants, des ils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu es des n&#244;tres. Les autres, c'est l'ennemi. Voil&#224; l'Arch&#233;-texte de l'esp&#232;ce humaine, archa&#239;que et archipuissant. Structure de base de tous les r&#233;cits primitifs, depuis La guerre du feu jusqu'&#224; La guerre des &#233;toiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nancy Huston &#233;tablit donc une &#233;chelle entre toutes les fictions qui composent notre colonne vert&#233;brale. Elle affine sa pens&#233;e. Les Arch&#233;-textes sont la base, le ciment initial qui nous d&#233;finit comme esp&#232;ce humaine. N&#233;fastes, c'est d'eux que naissent m&#233;fiances, clivages, d&#233;signation de boucs &#233;missaires, volont&#233; de puissance, de vengeance, affrontements, violences, guerres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'ouverture et le contact entre les diff&#233;rentes fictions humaines qui les rendent moins dangereuses. Savoir d'o&#249; viennent et ce que sont nos fictions nous donne le choix, la libert&#233; de nous en extraire. L'enrichissement des multiplicit&#233;s de point de vue ne peut que nous &#233;lever au-dessus, et au-dessus encore du degr&#233; z&#233;ro de la survie de l'esp&#232;ce, du primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela jusqu'&#224; la fiction la plus civilis&#233;e qui soit, la plus fine &#8211; et c'est l&#224; toute la force du propos de Nancy Huston &#8211; la plus propre &#224; ouvrir l'homme &#224; la fois sur autrui et sur lui-m&#234;me : le roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seul le roman combine ces deux &#233;l&#233;ments que sont la narration et la solitude. Il &#233;pouse la narrativit&#233; de chaque existence humaine, mais, tant chez l'auteur que chez le lecteur, exige silence et isolement, autorise interruption, r&#233;flexion et reprise. [&#8230;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commentaires &#224; partir de Nancy Huston&lt;/p&gt;
&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;Seule de tous les arts, la litt&#233;rature nous permet d'explorer l'int&#233;riorit&#233; d'autrui. C'est l&#224; son apanage souverain, et sa valeur. Inestimable, irrempla&#231;able. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en romanci&#232;re que l'auteur parle. Dans L'Esp&#232;ce fabulatrice, elle met au jour l'unicit&#233; de la litt&#233;rature, son intelligence, l'ampleur cach&#233;e de son impact. Lire n'est pas anodin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle invite &#224; l'entendre et donne &#8211; et c'est bien d'un don qu'il s'agit &#8211; au fur et &#224; mesure qu'elle &#233;gr&#232;ne parall&#232;les et anecdotes, sa r&#233;ponse &#224; la question, somme toute banale et mille fois pos&#233;e : &#171; Pourquoi &#233;crivez-vous ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acuit&#233; de sa r&#233;ponse est incontestable. Effet miroir, sa m&#233;ditation pousse &#224; se formuler un &#171; Pourquoi lisons-nous ? &#187; aussi personnel qu'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sommes nous ? Une construction complexe et fabuleuse, un cheminement, une &#233;volution. C'est pourquoi nous lisons ou nous &#233;crivons. C'est aussi pourquoi certains auteurs, ceux de la trempe d'une Nancy Huston, ne manquent pas de devenir &#171; inestimables, irrempla&#231;ables &#187;&#8230; infiniment n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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