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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Freud, Le r&#234;ve et son interpr&#233;tation</title>
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		<dc:date>2021-11-05T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

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&lt;p&gt;LE R&#202;VE ET SON INTERPR&#201;TATION &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; une &#233;poque que nous pouvons nommer pr&#233;scientifique, l'humanit&#233; n'&#233;tait pas en peine d'interpr&#233;ter ses r&#234;ves. Ceux dont on se souvenait au r&#233;veil, on les consid&#233;rait comme une manifestation bienveillante ou hostile des puissances sup&#233;rieures, dieux ou d&#233;mons. Avec l'&#233;closion de l'esprit scientifique, toute cette ing&#233;nieuse mythologie a c&#233;d&#233; le pas &#224; la psychologie, et de nos jours tous les savants, &#224; l'exception d'un bien petit nombre, sont d'accord (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;L'interpr&#233;tation freudienne des r&#234;ves&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE R&#202;VE ET SON INTERPR&#201;TATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;poque que nous pouvons nommer pr&#233;scientifique, l'humanit&#233; n'&#233;tait pas en peine d'interpr&#233;ter ses r&#234;ves. Ceux dont on se souvenait au r&#233;veil, on les consid&#233;rait comme une manifestation bienveillante ou hostile des puissances sup&#233;rieures, dieux ou d&#233;mons. Avec l'&#233;closion de l'esprit scientifique, toute cette ing&#233;nieuse mythologie a c&#233;d&#233; le pas &#224; la psychologie, et de nos jours tous les savants, &#224; l'exception d'un bien petit nombre, sont d'accord pour attribuer le r&#234;ve &#224; l'activit&#233; psychique du dormeur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, l'hypoth&#232;se mythologique se trouvant rejet&#233;e, il est devenu n&#233;cessaire de chercher au r&#234;ve de nouvelles interpr&#233;tations. Dans quelles conditions se produit le r&#234;ve ? Quelles sont ses relations avec la vie psychique &#224; l'&#233;tat de veille ? Comment les excitations venues du dehors sont-elles susceptibles d'influencer le dormeur ? Pourquoi ces d&#233;tails qui trop souvent r&#233;pugnent &#224; la pens&#233;e de l'homme &#233;veill&#233;, et cette discordance entre les moyens d'expression du r&#234;ve et les &#233;tats affectifs qu'il accompagne ? D'o&#249; vient enfin l'instabilit&#233; du r&#234;ve ? Pourquoi, d&#232;s le r&#233;veil, est-il rejet&#233; par la pens&#233;e comme un &#233;l&#233;ment &#233;tranger, et s'efface-t-il, en tout ou en partie, dans la m&#233;moire ? Ces probl&#232;mes qui, depuis des si&#232;cles, r&#233;clament une solution, n'en ont pas trouv&#233; de satisfaisante jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me qui nous int&#233;resse en premier lieu, celui de la signification du r&#234;ve, se pr&#233;sente sous deux aspects : On cherche ce que signifie le r&#234;ve au point de vue psychologique et quelle est sa place dans le s&#233;rie des ph&#233;nom&#232;nes psychiques. On veut savoir en outre si le r&#234;ve est susceptible d'interpr&#233;tation et si le contenu du r&#234;ve, comme tout autre produit psychique auquel nous serions tent&#233;s de l'assimiler, pr&#233;sente un &#171; sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant l'&#233;tat actuel de la question, nous nous trouvons en pr&#233;sence de trois tendances bien distinctes. La premi&#232;re, qui semble un &#233;cho attard&#233; de l'&#233;poque o&#249; l'on attribuait au r&#234;ve une origine surnaturelle, trouve son expression chez un certain nombre de philosophes. Pour eux, la vie du r&#234;ve aurait son principe dans un &#233;tat sp&#233;cial d'activit&#233; psychique ; ce serait une sorte d'ascension de l'&#226;me vers un &#233;tat sup&#233;rieur. Telle est, par exemple, l'opinion de Schubert : &#171; Par le r&#234;ve, l'esprit se d&#233;gage des entraves de la nature ext&#233;rieure, l'&#226;me &#233;chappe aux cha&#238;nes de la sensualit&#233;. &#187; Sans aller si loin, d'autres affirment pourtant que les r&#234;ves sont, par essence, des excitations psychiques ; qu'ils sont des manifestations de certaines forces psychiques , que l'&#233;tat de veille emp&#234;che de se d&#233;velopper librement. Il est de fait que dans certains domaines (par exemple celui de la m&#233;moire) la plupart des observateurs attribuent aux manifestations de la vie de r&#234;ve une sup&#233;riorit&#233; &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;decins qui &#233;crivent sur le r&#234;ve, ils professent g&#233;n&#233;ralement une opinion diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; celle des philosophes. C'est &#224; peine s'ils accordent au r&#234;ve la valeur d'un ph&#233;nom&#232;ne psychique. Il serait provoqu&#233;, d'apr&#232;s eux, par les excitations corporelles et sensorielles qui viennent au dormeur tant du monde ext&#233;rieur que de ses propres organes internes. En ce cas, le contenu du r&#234;ve serait aussi d&#233;pourvu de sens et aussi impossible &#224; interpr&#233;ter que les notes frapp&#233;es au hasard sur le clavier par une main inexperte en musique, et la d&#233;finition du r&#234;ve serait simplement celle-ci : &#171; Un processus mat&#233;riel toujours inutile et tr&#232;s souvent morbide &#187; (Bing). Tous les signes caract&#233;ristiques de la vie de r&#234;ve s'expliquent alors par l'activit&#233; incoh&#233;rente de certains groupes de cellules qui restent &#224; l'&#233;tat de veille dans le cerveau, sous l'empire de ces excitations physiologiques, tandis que le reste de l'organisme est plong&#233; dans le sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment populaire, m&#233;diocrement influenc&#233; par ces jugements de la science et peu soucieux des origines profondes du r&#234;ve, s'obstine dans son antique croyance. Pour lui, le r&#234;ve a un sens, et ce sens renferme une pr&#233;diction. Pour la d&#233;gager du contenu du r&#234;ve qui est trop souvent confus et &#233;nigmatique, il est n&#233;cessaire de mettre en &#339;uvre certains proc&#233;d&#233;s d'interpr&#233;tation, et ces proc&#233;d&#233;s consistent g&#233;n&#233;ralement &#224; remplacer le contenu du r&#234;ve, tel qu'il est rest&#233; dans la m&#233;moire, par un autre contenu. La transposition peut se faire en d&#233;tail, au moyen d'une &#171; clef &#187; qui ne doit pas varier ; on peut aussi remplacer d'un coup l'objet essentiel du r&#234;ve par un autre objet dont le premier n'aura &#233;t&#233; que le symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens s&#233;rieux sourient de ces enfantillages, car nous savons tous que &#171; songe et mensonge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ne fut pas ma surprise de m'apercevoir un jour que la plus juste conception du r&#234;ve, ce n'est pas chez les m&#233;decins qu'il faut la chercher, mais chez les profanes o&#249; elle reste encore &#224; demi voil&#233;e de superstition ! J'&#233;tais arriv&#233;, concernant le r&#234;ve, &#224; des conclusions impr&#233;vues qui m'avaient &#233;t&#233; fournies par une nouvelle m&#233;thode d'investigation psychologique, la m&#234;me qui m'a rendu de grands services dans le traitement des angoisses, obsessions, id&#233;es d&#233;lirantes et autres conflits, et qui depuis lors a &#233;t&#233; adopt&#233;e sous le nom de &#171; Psychanalyse &#187; par toute une &#233;cole de chercheurs. La plupart de ces praticiens n'ont pas &#233;t&#233; sans reconna&#238;tre les nombreuses analogies qui existent entre la vie de r&#234;ve et les troubles psychologiques de toutes sortes que l'on observe dans l'&#233;tat de veille. Il nous a donc paru int&#233;ressant d'appliquer aux images du r&#234;ve le m&#234;me proc&#233;d&#233; d'investigation qui avait fait ses preuves &#224; l'&#233;gard des images psychopathiques. Les id&#233;es d'angoisse et les id&#233;es d'obsession sont &#233;trang&#232;res &#224; une cons-cience normale, exactement comme le sont les r&#234;ves &#224; une conscience &#224; l'&#233;tat de veille ; leur origine comme celle du r&#234;ve plonge encore dans l'inconscient. Si l'on a jug&#233; int&#233;ressant au point de vue pratique d'&#233;tudier la naissance et le d&#233;veloppement de ces images psychopathiques, c'est qu'il avait &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; exp&#233;rimentalement qu'il suffirait de d&#233;couvrir les voies inconscientes par o&#249; les id&#233;es morbides d'un individu rejoignent le reste de son contenu psychique, pour que le sympt&#244;me n&#233;vrotique soit r&#233;solu et que l'id&#233;e morbide devienne parfaitement r&#233;pressible. C'est donc &#224; la psychoth&#233;rapie qu'est d&#251; le proc&#233;d&#233; dont je me suis servi pour r&#233;soudre le probl&#232;me du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce proc&#233;d&#233; est facile &#224; d&#233;crire, mais son application exige de l'acquis et de l'habilet&#233;. Supposons que l'on ait affaire &#224; un mala-de atteint d'id&#233;e d'angoisse. On l'invitera &#224; fixer son attention sur cette id&#233;e, non pas, comme il l'a fait &#224; d'autres moments, pour y r&#234;ver, mais pour en scruter clairement toutes les faces et faire part au m&#233;decin, sans restriction, de tout ce qui lui viendra &#224; l'esprit. Le malade, le plus souvent, commence par r&#233;pondre que son attention est incapable de rien saisir. Il faut le d&#233;mentir et affirmer &#233;nergiquement qu'il est impossible que les images lui fassent d&#233;faut. Et, de fait, on verra bient&#244;t se produire une foule d'id&#233;es et d'associations d'id&#233;es ; mais elles seront r&#233;guli&#232;rement pr&#233;c&#233;d&#233;es d'une remarque du patient qui les d&#233;clarera absurdes ou insignifiantes, ou bien pr&#233;tendre qu'elles lui sont venues &#224; l'esprit par hasard sans que rien les rattache au th&#232;me propos&#233;. On s'aper&#231;oit alors que c'est pr&#233;cis&#233;ment cette autocritique qui a em-p&#234;ch&#233; le malade d'ext&#233;rioriser ses images ou m&#234;me d'en prendre conscience. Si l'on peut obtenir de lui que, renon&#231;ant &#224; critiquer ses id&#233;es, il continue simplement &#224; &#233;noncer toutes les associations qu'un effort soutenu d'attention lui fera venir &#224; l'esprit, on obtient un mat&#233;riel psychique qui est en relation directe avec l'id&#233;e morbide primitive, qui permet de d&#233;couvrir les associations existant entre cette id&#233;e et la vie psychique du malade, et gr&#226;ce auquel le m&#233;decin finira par substituer &#224; l'id&#233;e morbide une id&#233;e nouvelle exactement adapt&#233;e aux exigences psychologiques de son client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les hypoth&#232;ses sur lesquelles repose cette exp&#233;rience, ni les conclusions &#224; tirer du fait qu'elle est infaillible. Qu'il nous suffise de dire qu'en fixant notre attention sur les associations &#171; involontaires &#187;, sur celles &#171; qui emp&#234;chent de r&#233;fl&#233;chir &#187;, sur celles que l'autocritique se h&#226;te de rejeter comme trop insignifiantes, nous obtenons, &#224; c&#244;t&#233; de l'id&#233;e morbide, un mat&#233;riel qui nous permet de la r&#233;soudre. Si l'on essaie le proc&#233;d&#233; sur soi-m&#234;me, le meilleur moyen de soutenir l'exp&#233;rience est de noter par &#233;crit, au fur et &#224; mesure qu'elles se pr&#233;sentent, les id&#233;es dont on ne s'explique pas l'apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais maintenant montrer le r&#233;sultat auquel on peut arriver en appliquant cette m&#233;thode &#224; l'interpr&#233;tation du r&#234;ve. En principe, le premier r&#234;ve venu se pr&#234;terait &#233;galement &#224; ma d&#233;monstration ; mais je pr&#233;f&#232;re, pour diff&#233;rents motifs, choisir celui que j'ai fait la nuit derni&#232;re. Il est court, ce qui nous permet de l'utiliser, et ce que j'en ai retenu est absurde et confus &#224; souhait. Voici le contenu de ce r&#234;ve que j'ai not&#233; tout de suite apr&#232;s le r&#233;veil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;union &#224; table ou &#224; table d'h&#244;te. On sert des &#233;pinards. Mme E.L. est assise aupr&#232;s de moi et toutes tourn&#233;e de mon c&#244;t&#233;. Elle me passe famili&#232;rement la main sur le genou. Je fais un geste pour &#233;carter sa main. Alors elle me dit : &#171; Vous avez toujours eu de si beaux yeux ! &#187; Et je distingue confus&#233;ment quelque chose qui ressemble &#224; un dessin repr&#233;sentant deux yeux, ou bien aux verres d'une paire de lunettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le r&#234;ve, ou du moins, voil&#224; ce que j'ai pu en noter. Je le trouve obscure, insignifiant et quelque peu surprenant. Mme E.L. est une personne avec qui j'ai eu de vagues relations d'amiti&#233; et n'en ai, que je sache, jamais d&#233;sir&#233; d'autres. Il y a longtemps que je ne l'ai plus vue, et je ne crois pas avoir entendu parler d'elle ces dernier temps. Je ne rencontre, dans le processus de ce r&#234;ve, aucune trace d'affectivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus j'y r&#233;fl&#233;chis, et moins il me semble intelligible Je vais proc&#233;der maintenant &#224; mon examen introspectif et noter, sans parti pris, comme sans critique, les id&#233;es qui me viendront. Mais je ne tarde pas &#224; m'apercevoir que ce travail est notablement plus facile si je d&#233;compose d'abord le r&#234;ve et ses &#233;l&#233;ments et si je groupe, autour de ces fragments isol&#233;s, les id&#233;es qui s'y rattachent.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;union, Table ou Table d'h&#244;te. Je me souviens tout d'abord de l'incident qui a clos la soir&#233;e d'hier. Comme je quittais une petite r&#233;union en compagnie d'un ami, celui-ci offrit de prendre une voiture et de me d&#233;poser chez moi. &#171; J'aime assez, ajouta-t-il, l'invention du taxim&#232;tre. On le suit des yeux, on s'occupe, on se distrait&#8230; &#187; Quand nous f&#251;mes en voiture et que le cocher eut dispos&#233; la vitre de mani&#232;re qu'on p&#251;t lire le chiffre : 60 heller, je repris place, et nous voici endett&#233;s. Le taxim&#232;tre en voiture, c'est comme le table d'h&#244;te, [on s'y sent devenir avare et &#233;go&#239;ste &#224; force de songer &#224; la dette qui augmente. Elle grandit trop vite, on a peur de ne pas en avoir pour son argent. &#192; table d'h&#244;te aussi, j'ai toujours cette pr&#233;occupation un peu comique de ne pas laisser le compte s'&#233;tablir &#224; mon d&#233;triment. &#187; Et je citai, sans grand &#224;-propos je l'avoue, deux vers de Goethe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous nous donnez la vie, Vous permettez que, pauvres, nous contractions une [dette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me id&#233;e relative &#224; la table d'h&#244;te : Il y a quelques se-maines, me trouvant &#224; table dans une auberge du Tyrol, j'eus une discussion avec ma femme. Il me d&#233;plaisait que celle-ci f&#238;t des avances &#224; certaines personnes dont je voulais &#224; tout prix &#233;viter le commerce. Je la priai de laisser l&#224; ces &#233;trangers et de s'occuper de moi. Ici encore, il me semble que, d'une mani&#232;re ou de l'autre, la table d'h&#244;te m'ait frustr&#233;. Ce qui me frappe maintenant aussi, c'est le contraste de l'attitude de ma femme &#224; cette table avec celle que prend dans le r&#234;ve Mme E.L. qui est toute tourn&#233;e vers moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre remarque : Ce d&#233;tail de mon r&#234;ve est la reproduction d'une petite sc&#232;ne qui eut lieu entre ma femme et moi au temps o&#249; je lui faisais secr&#232;tement la cour. La caresse sous la table, elle me la fit en r&#233;ponse &#224; une lettre o&#249; je le demandais en mariage. Dans le r&#234;ve, c'est la personne &#233;trang&#232;re, E.L., qui remplace ma femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme E.L. est la fille d'un homme &#224; qui j'ai d&#251; de l'argent autrefois. Ici, je d&#233;couvre une relation insoup&#231;onn&#233;e entre les d&#233;tails de mon r&#234;ve et les id&#233;es qu'il &#233;veille en moi. Si l'on suit la cha&#238;ne d'associations qui part de l'un des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve, on se trouve ramen&#233; assez vite &#224; un autre de ses &#233;l&#233;ments ; autrement dit, il existe entre les id&#233;es &#233;veill&#233;es par le r&#234;ve des liens qui ne sont pas discernables dans le r&#234;ve lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une personne a l'air de compter sur les services d'autrui sans se donner par elle-m&#234;me le moindre mal, en quels termes a-t-on coutume de la r&#233;primander ? On lui dit : &#171; croyez-vous que nous soyons ici pour vos beaux yeux ? &#187; de sorte que les paroles prononc&#233;es dans mon r&#234;ve par Mme E.L. : &#171; Vous avez toujours eu de si beaux yeux &#187;, ne signifient autre chose que : &#171; Ce qu'on en fait, c'est pour l'amour de vous ; vous avez toujours eu gratuitement ce que vous d&#233;siriez. &#187; Bien entendu, c'est le contraire qui est vrai ; mes amis m'ont toujours fait payer cher leurs bons proc&#233;d&#233;s. C'est pourquoi la course gratuite en voiture, hier soir, avec mon ami, m'a frapp&#233; comme une circonstance exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, cet autre ami chez qui nous &#233;tions hier soir &#224; d&#238;ner, j'ai souvent &#233;t&#233; son d&#233;biteur. J'ai laiss&#233; passer, l'autre jour encore, une occasion de m'acquitter envers lui. Je ne lui ai jamais fait qu'un seul cadeau, une coupe ancienne avec des yeux peints tout autour. Cela se nomme &#339;il. L'ami dont je parle est oculiste. Hier soir aussi je lui ai demand&#233; des nouvelles d'une malade que, pour une question de lunettes, j'avais envoy&#233;e &#224; sa consultation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici que presque tous les &#233;l&#233;ments de mon r&#234;ve se retrouvent dans les id&#233;es &#233;mises ci-dessus. Il reste &#224; se demander ce que repr&#233;sentent les &#233;pinards servis &#224; table d'h&#244;te. Eh bien, les &#233;pinards &#233;voquent une petite sc&#232;ne qui s'est pass&#233;e l'autre jour chez moi, &#224; table, parce qu'un enfant - celui-l&#224; m&#234;me qui peut revendiquer les beaux yeux - refusait de manger des &#233;pinards. Moi aussi, dans mon enfance, j'avais horreur de ce l&#233;gume, ce n'est plus que plus tard que mes go&#251;ts ont chang&#233; et que je l'ai appr&#233;ci&#233;. De sorte que la mention de ce mets rattache, &#224; l'image de mon petit gar&#231;on, celle de ma propre enfance.- &#171; Estime-toi heureux d'avoir des &#233;pinards &#187;, disait ma m&#232;re, qui d&#233;sapprouvait ces mani&#232;res, &#171; bien des enfants seraient trop contents d'&#234;tre &#224; ta place ! &#187; Ceci me ram&#232;ne aux devoirs des parents envers leurs enfants, et les paroles de Goethe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous nous donnez la vie, Vous permettez que, pauvres, nous contractions une [dette&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rapproch&#233;es de ce qui pr&#233;c&#232;de, prennent un sens nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous et jetons un coup d'&#339;il sur les r&#233;sultats auxquels nous sommes arriv&#233;s jusqu'ici par l'analyse de ce r&#234;ve. J'ai commenc&#233; par en isoler tous les d&#233;tails, rompant ainsi le lien qui les rattachait l'un &#224; l'autre ; ensuite, partant de chacun de ces d&#233;tails, j'ai suivi les associations d'id&#233;es qui s'offraient &#224; moi. J'ai obtenu par ce moyen un ensemble de pens&#233;es et de r&#233;miniscences parmi lesquelles je reconnais bon nombre d'&#233;l&#233;ments essentiels &#224; ma vie intime. Le mat&#233;riel ainsi mis au jour par l'analyse du r&#234;ve se trouve en relations &#233;troites avec le r&#234;ve lui-m&#234;me ; mais un simple examen du contenu du r&#234;ve ne me l'aurait pas fait d&#233;couvrir. Le r&#234;ve &#233;tait incoh&#233;rent, inintelligible et d&#233;pourvu de tout &#233;l&#233;ment affectif. Dans les id&#233;es que je d&#233;veloppe &#224; son arri&#232;re-plan on sent au contraire une affectivit&#233; intense et bien motiv&#233;e ; ces id&#233;es s'encha&#238;nent avec une logique parfaite, et, dans ces associations, les images qui ont le plus d'importance se reprodui-sent plus fr&#233;quemment que les autres. Dans le contenu du r&#234;ve que nous avons propos&#233; en exemple, certaines de ces id&#233;es essentielles ne sont pas repr&#233;sent&#233;es : l'opposition entre &#171; int&#233;ress&#233; &#187; et &#171; d&#233;sint&#233;ress&#233; &#187;, la notion de la &#171; dette &#187;, et celle du &#171; don gratuit &#187;. Dans cet &#233;cheveau de pens&#233;es qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#224; moi par l'analyse, je pourrais, en serrant plus &#233;troitement les fils, montrer qu'ils aboutissent tous &#224; un n&#339;ud unique. Mais, &#224; c&#244;t&#233; des int&#233;r&#234;ts de la science, il existe des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s qui m'interdisent formellement de publier un travail de ce genre. Il me faudrait pour cela d&#233;couvrir quelques-uns de mes sentiments intimes qui m'ont &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;s par l'analyse, mais que je n'aime pas &#224; m'avouer &#224; moi-m&#234;me. Mieux vaut se taire. Et si l'on demande pourquoi je n'ai pas choisi un r&#234;ve dont je puisse donner l'analyse sans restrictions, de mani&#232;re que le lecteur p&#233;n&#232;tre mieux le sens et la liaison des id&#233;es offertes, la r&#233;ponse est simple : tout autre r&#234;ve que je pourrais choisir se r&#233;duirait en fin de compte &#224; ces m&#234;mes &#233;l&#233;ments difficilement communicables, et m'obligerait &#224; la m&#234;me discr&#233;tion. La difficult&#233; ne sera pas moindre si je soumets &#224; l'analyse le r&#234;ve d'une personne &#233;trang&#232;re : du moins faudrait-il que ce f&#251;t dans de telles circonstances, que je pusse lever tous les voiles sans trahir celui qui m'aura communiqu&#233; son r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je puis d&#232;s maintenant concevoir le r&#234;ve comme un substitut de tout le contenu sentimental et intellectuel des associations d'id&#233;es auxquelles l'analyse m'a fait parvenir. Je ne sais pas encore par quel processus ces id&#233;es ont donn&#233; naissance au r&#234;ve, mais je puis affirmer d&#233;j&#224; que c'est une erreur de ne voir dans celui-ci qu'un ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel sans importance pour la psychologie et qui n'a d'autre cause que l'activit&#233; persistante de quelques groupes de cellules pendant le sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici que le contenu du r&#234;ve est beaucoup plus court que tout cet ensemble d'id&#233;es dont il semble &#234;tre le substitut ; et, en second lieu, l'analyse nous l'apprend, que ce qui a provoqu&#233; le r&#234;ve c'est une circonstance insignifiante de la soir&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, je ne voudrais pas tirer des conclusions g&#233;n&#233;rales de l'analyse d'un seul r&#234;ve. Mais quand l'exp&#233;rience m'aura montr&#233; que le premier r&#234;ve venu, d&#232;s que je le soumets &#224; l'analyse susdite, me donne de semblables encha&#238;nements d'id&#233;es ; que ces id&#233;es, non seulement sont judicieusement reli&#233;es entre elles, mais reproduisent en partie les &#233;l&#233;ments du r&#234;ve, peut-&#234;tre alors serai-je en droit d'affirmer que les associations d'id&#233;es observ&#233;es une premi&#232;re fois ne sont pas un pur effet du hasard ; et peut-&#234;tre me croirai-je autoris&#233; &#224; &#233;tablir la terminologie de mon nouveau travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, tel que je le trouve dans ma m&#233;moire, je l'oppose au mat&#233;riel qui me sera livr&#233; plus tard par l'analyse. Je nomme le premier : contenu manifeste du r&#234;ve ; le second, je le nomme, sans autre distinction pr&#233;alable : contenu latent du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me trouve maintenant en face de deux nouveaux probl&#232;mes que je n'avais pas encore formul&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Par quel processus psychique le contenu latent du r&#234;ve s'est-il transform&#233; en ce contenu manifeste que je trouve dans ma m&#233;moire au r&#233;veil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Pour quels motifs cette transformation s'est-elle trouv&#233;e n&#233;cessaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de transformation du r&#234;ve latent en r&#234;ve manifeste, je le nommerai travail de r&#234;ve. Le travail oppos&#233;, celui qui aboutit &#224; une transformation en sens inverse, je le nommerai travail d'analyse. Les autres probl&#232;mes, concernant la nature de l'incitation au r&#234;ve, l'origine du mat&#233;riel de r&#234;ve, son sens probable, sa fonction, les motifs qui en rendent l'oubli si facile, je m'en occuperai plus tard, quand je passerai de la question du r&#234;ve manifeste &#224; celle de son contenu latent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, j'&#233;viterai avec le plus grand soin de confondre le r&#234;ve manifeste avec les pens&#233;es latentes du r&#234;ve, car j'ai souvent pens&#233; que si l'on rencontre en litt&#233;rature tant de donn&#233;es fausses et contradictoires sur la vie de r&#234;ve, c'est que les &#233;crivains ignorent le plus souvent que le r&#234;ve enferme des pens&#233;es latentes et qu'il importe de d&#233;gager d'abord celles-ci par l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation des pens&#233;es latentes du r&#234;ve en son contenu manifeste m&#233;rite de retenir toute notre attention, car elle est le premier exemple connu de la mani&#232;re dont un mat&#233;riel psychique passe d'une forme d'expression dans une autre, - disons : d'une forme d'expression parfaitement intelligible dans une autre &#224; l'intelligence de laquelle nous ne parvenons que par un travail m&#233;thodique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;gard aux relations qui existent entre le contenu latent du r&#234;ve et son contenu manifeste, les r&#234;ves peuvent se diviser en trois cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, nous pla&#231;ons les r&#234;ves clairs et raisonnables qui semblent emprunt&#233;s directement &#224; notre vie psychique consciente. Ces r&#234;ves se produisent souvent. Ils sont brefs et ne nous int&#233;ressent gu&#232;re parce qu'ils n'ont rien qui &#233;tonne, rien qui frappe l'imagination. Qu'il existe de pareils r&#234;ves, c'est le meilleur argument contre la th&#233;orie qui veut que le r&#234;ve soit un produit de l'activit&#233; isol&#233;e de quelques groupes de cellules. Ils ne t&#233;moignent en aucune fa&#231;on d'une activit&#233; psychique r&#233;duite ou fragment&#233;e, et pourtant nous n'h&#233;sitons pas &#224; leur reconna&#238;tre les caract&#233;ristiques du r&#234;ve, jamais nous ne les confondrons avec des productions de l'&#233;tat de veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, nous avons le groupe des r&#234;ves raisonnables dont le sens, quoique parfaitement clair, ne laisse pas de nous &#233;tonner parce que rien en nous ne justifie de telles pr&#233;occupations. C'est le cas par exemple quand nous r&#234;vons qu'un parent qui nous est cher vient de mourir de la peste, alors que nous n'avons aucun motif d'appr&#233;hender cet &#233;v&#233;nement ou de le croire possible. Nous nous demandons avec surprise : &#171; D'o&#249; peut bien me venir cette id&#233;e ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me groupe enfin comprend les r&#234;ves qui manquent &#224; la fois de sens et de clart&#233;, qui sont incoh&#233;rents, obscurs et absurdes. C'est sous cette forme d'ailleurs qu'ils se pr&#233;sentent le plus sou-vent, et c'est pour cela que les m&#233;decins, qui n'attribuent aux r&#234;ves qu'une importance m&#233;diocre, refusent de voir en eux autre chose que le produit d'une activit&#233; psychique r&#233;duite. Disons en outre que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il est rare que des r&#234;ves un peu longs et suivis ne pr&#233;sentent quelques traces d'incoh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut conclure de ce qui pr&#233;c&#232;de que l'opposition entre le contenu latent du r&#234;ve et son contenu manifeste n'a d'importance que pour les r&#234;ves de la deuxi&#232;me et, plus sp&#233;cialement, de la troisi&#232;me cat&#233;gorie. C'est dans ceux-ci que se rencontrent les &#233;nigmes que l'on ne peut r&#233;soudre qu'en rempla&#231;ant le contenu manifeste par le contenu latent ; et l'analyse que nous avons expos&#233;e pr&#233;c&#233;demment est celle d'un r&#234;ve de cette cat&#233;gorie, aussi confus qu'intelligible. Mais, contre notre attente, nous nous sommes heurt&#233; &#224; des motifs de discr&#233;tion qui nous ont emp&#234;ch&#233; de pousser &#224; fond notre analyse, et apr&#232;s quelques essais du m&#234;me genre, nous nous croyons fond&#233; &#224; conjecturer ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le caract&#232;re confus et incompr&#233;hensible du r&#234;ve et la r&#233;sistance que l'on &#233;prouve &#224; en d&#233;velopper la pens&#233;e latente, il existe un rapport secret et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous chercherons &#224; savoir de quelle nature est ce rapport, mais, auparavant, il est d&#233;sirable que nous tournions notre attention vers les r&#234;ves plus simples de la premi&#232;re cat&#233;gorie, ceux o&#249; le contenu manifeste et le contenu latent se confondent de telle sorte que le travail du r&#234;ve y semble nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de ces r&#234;ves est encore n&#233;cessaire &#224; un autre point de vue. C'est le type selon lequel se forment les r&#234;ves des enfants, r&#234;ves coh&#233;rents et toujours parfaitement clairs. Ceci, soit dit en passant, serait un motif de plus de ne pas vouloir ramener le r&#234;ve &#224; une activit&#233; partielle du cerveau dans le sommeil, car pourquoi cette r&#233;duction des fonctions psychiques serait-elle propre au sommeil de l'adulte et non pas &#224; celui de l'enfant ? Toujours est-il que les processus psychiques chez l'enfant &#233;tant extr&#234;mement simplifi&#233;s, leur &#233;tude nous semble une pr&#233;paration n&#233;cessaire &#224; l'&#233;tude de la psychologie de l'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je donnerai ici, en exemples, les quelques r&#234;ves enfantins qu'il m'a &#233;t&#233; possible de recueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite fille de dix-neuf mois est tenue &#224; la di&#232;te pendant un jour parce qu'elle a vomi le matin ; au dire de sa bonne, ce sont les fraises qui lui ont fait du mal. Dans la nuit qui suit ce jour de je&#251;ne elle prononce en r&#234;ve son nom d'abord puis : &#171; fraise&#8230; tartine&#8230; bouillie &#187;. Donc, l'enfant r&#234;ve qu'elle mange, et voit dans son menu pr&#233;cis&#233;ment les choses dont elle s'attend &#224; &#234;tre priv&#233;e. Un enfant de vingt-deux mois voit de m&#234;me, en r&#234;ve, un plaisir d&#233;fendu : il avait d&#251; la veille offrir &#224; son oncle un petit panier de cerise dont on ne lui avait permis de manger qu'une seule. En s'&#233;veillant le matin, il d&#233;clara, enchant&#233; : &#171; Herman a mang&#233; toutes les cerises. &#187; Une petite fille de trois ans et trois mois avait fait une promenade trop courte &#224; son gr&#233; car elle s'&#233;tait mise &#224; pleurer au moment de descendre. Le lendemain, elle raconta qu'elle avait vogu&#233; sur le lac pendant la nuit ; elle avait donc continu&#233; en r&#234;ve le divertissement interrompu. Un enfant de cinq ans et trois mois se montrait de mauvaise humeur au cours d'une excursion dans la religion du Dachstein ; &#224; chaque nouveau sommet, il demandait si c'&#233;tait l&#224; le Dachstein, et pour finir, il refusa d'aller avec les autres voir la cascade. Son attitude, que l'on met sur le compte de la fatigue, s'expliqua le lendemain ; il d&#233;clara, &#224; son r&#233;veil, avoir r&#234;v&#233; qu'il montait sur le Dachstein. Il avait cru que le but de la promenade &#233;tait l'ascension du Dachstein, et, ne voyant pas la montagne, s'&#233;tait senti frustr&#233; ; apr&#232;s quoi, le r&#234;ve l'avait d&#233;dommag&#233; de la d&#233;ception du jour. M&#234;me exemple chez une fillette de six ans, en promenade avec son p&#232;re et que l'heure tardive obligeait &#224; rentrer sans avoir atteint le but. Elle avisa un poteau indicateur o&#249; se lisait un autre lieu d'excursion, et son p&#232;re lui promit de l'y conduire une autre fois. Le lendemain matin, elle raconta &#224; son p&#232;re qu'elle avait r&#234;v&#233; qu'il faisait avec elle la premi&#232;re excursion et puis aussi la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ais&#233; de voir que tous ces r&#234;ves d'enfants sont identiques en un point. Ils r&#233;alisent les d&#233;sirs que le jour a fait na&#238;tre et n'a pas satisfaits. Ils sont donc, franchement et sans d&#233;tours, des d&#233;sirs r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici encore un r&#234;ve d'enfant inintelligible &#224; premi&#232;re vue, mais qui ne fait non plus que r&#233;aliser un d&#233;sir. Une fillette de pr&#232;s de quatre ans avait &#233;t&#233; amen&#233; de la campagne &#224; la ville &#224; cause d'une poliomy&#233;lite ; elle avait pass&#233; la nuit chez une tante &#224; sa taille. Le lendemain matin, elle dit avoir r&#234;v&#233; que le lit &#233;tait devenu beaucoup trop petit de sorte qu'elle n'y avait plus assez de place. L'&#233;nigme de ce r&#234;ve, en tant que r&#233;alisation d'un d&#233;sir, est facile &#224; &#233;claircir. Qui ne sait que pour les enfants, une chose entre toutes est d&#233;sirable : devenir grand ! Les dimensions du lit avaient rappel&#233; trop vivement &#224; la fillette son peu d'importance ; aussi s'empressa-t-elle de rem&#233;dier en r&#234;ve &#224; cette situation humiliante, et elle devint si grande que le grand lit m&#234;me ne pouvait plus la contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors m&#234;me que le r&#234;ve enfantin se complique et se raffine, il reste toujours ais&#233; de le r&#233;duire &#224; la satisfaction d'un d&#233;sir. Un petit gar&#231;on de huit ans r&#234;ve qu'il se trouve aux c&#244;t&#233;s d'Achille dans le char conduit par Diom&#232;de. On n'ignore pas qu'il s'&#233;tait plong&#233; la veille dans la lecture des l&#233;gendes h&#233;ro&#239;ques de la Gr&#232;ce. Nul doute qu'enthousiasm&#233; par ces deux h&#233;ros il n'ait regrett&#233; de n'avoir pas v&#233;cu de leur temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents exemples nous r&#233;v&#232;lent un second caract&#232;re du r&#234;ve enfantin ; il est en relation directe avec la vie quotidienne. Les souhaits que l'on y voit r&#233;alis&#233;s, l'enfant les a formul&#233;s pendant le jour, le plus souvent la veille, avec une vivacit&#233; toute particuli&#232;re ; et d'autre part, jamais il ne r&#234;ve des choses qui semblent insignifiantes ou indiff&#233;rentes &#224; un esprit enfantin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez l'adulte aussi, on rencontre de nombreux exemples de ces r&#234;ves du type infantile, mais, comme nous l'avons dit d&#233;j&#224;, ils sont presque toujours tr&#232;s brefs. C'est ainsi que bien des personnes, s'il leur arrive d'avoir soif en dormant, r&#234;vent qu'elles boivent ; le d&#233;sir ainsi momentan&#233;ment &#233;cart&#233;, elles peuvent continuer &#224; dormir. Ces r&#234;ves, que l'on pourrait appeler r&#234;ves de confort, ne sont pas rares, et se produisent souvent un peu avant le r&#233;veil, quand le dormeur pressent qu'il va falloir se lever. Il se h&#226;te alors de r&#234;ver qu'il est sur pieds, qu'il est d&#233;j&#224; occup&#233; &#224; sa toilette ou m&#234;me &#224; l'&#233;cole, au bureau, &#224; l'endroit o&#249; il importe de se rendre. Dans la nuit qui proc&#232;de un voyage, on r&#234;ve souvent que l'on est arriv&#233; &#224; son lieu de destination. De m&#234;me avant une repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale ou une r&#233;union d'amis il arrive que le r&#234;ve anticipe, comme par une sorte d'impatience, sur le plaisir qu'on se promet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alisation du d&#233;sir s'exprime parfois dans le r&#234;ve d'une mani&#232;re indirecte. Il est n&#233;cessaire alors, pour r&#233;tablir la vraie pens&#233;e du dormeur, d'ajouter l'anneau qui manque &#224; la cha&#238;ne ; c'est le premier pas dans la voie de l'interpr&#233;tation du r&#234;ve. Un mari, par exemple, me raconte le r&#234;ve de sa jeune femme. Celle-ci a r&#234;v&#233; que ses r&#232;gles que se produisaient. Or, la cessation des r&#232;gles est sympt&#244;me de grossesse ; ces deux id&#233;es ne peuvent que co&#239;ncider dans l'esprit de la jeune femme, et le contenu de son r&#234;ve, en tant que d&#233;sir r&#233;alis&#233;, m'indique clairement qu'elle souhaite que la grossesse tarde encore &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des cas sp&#233;ciaux de n&#233;cessit&#233; extr&#234;me, les r&#234;ves du type infantile deviennent singuli&#232;rement fr&#233;quents. Le chef d'une exp&#233;dition polaire raconte que pendant l'hivernage dans les glaces ses hommes, condamn&#233;s &#224; des menus invariables et &#224; la portion congrue, r&#234;vaient toutes les nuits, comme des enfants, &#224; des repas plantureux, &#224; des montagnes de tabac et aux joies du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas rare que sur un fond de r&#234;ve obscur, long et confus, se d&#233;tache un motif plus clair dans lequel on reconna&#238;t imm&#233;diatement la r&#233;alisation d'un d&#233;sir. Mais ce motif est soud&#233; &#224; des mat&#233;riaux incompr&#233;hensibles, et apr&#232;s qu'on s'est appliqu&#233; longuement &#224; analyser des r&#234;ves d'adultes, ceux m&#234;mes qui paraissent les plus superficiels, on est assez &#233;tonn&#233; de s'apercevoir qu'ils n'ont jamais la simplicit&#233; des r&#234;ves enfantins et qu'un sens myst&#233;rieux se cache encore derri&#232;re l'image du d&#233;sir r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nigme du r&#234;ve se trouverait sans doute r&#233;solue de la mani&#232;re la plus simple et la plus satisfaisante si l'analyse nous permettait de ramener les r&#234;ves obscurs et intelligibles des adultes au type infantile, c'est-&#224;-dire d'y voir la r&#233;alisation d'un d&#233;sir vivement ressenti pendant le jour. Mais cette attente ne semble pas justifi&#233;e le moins du monde. Les r&#234;ves des adultes sont presque toujours encombr&#233;s de mat&#233;riaux absurdes et h&#233;t&#233;roclites, et ceux-ci n'offrent pas trace d'un d&#233;sir r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'abandonner ces r&#234;ves infantiles qui sont visiblement des r&#233;alisations de d&#233;sirs, notons encore une particularit&#233; qui a &#233;t&#233; observ&#233;e depuis longtemps dans le r&#234;ve et qui se v&#233;rifie le mieux sur ceux du premier groupe. Chacun des r&#234;ves que nous venons d'&#233;tudier peut se formuler par un souhait : &#171; Oh, si la promenade sur l'eau avait dur&#233; plus longtemps !- Que ne suis-je d&#233;j&#224; lev&#233; et habill&#233; !- Que n'ai-je mang&#233; toutes les cerises au lieu de les donner &#224; mon oncle ! &#187; Mais le r&#234;ve donne quelque chose de plus que ce mode optatif ; il nous montre le souhait r&#233;alis&#233;, il nous offre cette r&#233;alisation sous une forme r&#233;elle et actuelle ; et les mat&#233;riaux dont il se sert pour nous la repr&#233;senter consistent le plus souvent en situations, en images sensorielles, presque toujours visuelles. Donc, dans ce groupe m&#234;me il se produit une sorte de transposition que nous pouvons appeler travail de r&#234;ve : une pens&#233;e qui existait sous la forme optative est remplac&#233; par une image actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; amen&#233; &#224; penser que quelques-uns des images que nous rencontrons dans nos r&#234;ves les plus incoh&#233;rents sont aussi le r&#233;sultat d'une transposition. Nous ignorons, il est vrai, si cette transposition a eu un d&#233;sir pour objet ; toutefois l'exemple du r&#234;ve cit&#233; plus haut et dont nous avons d&#233;j&#224; pouss&#233; assez loin l'analyse semble, dans deux de ses endroits au moins, nous confirmer dans cette supposition. On se rappelle que dans l'analyse de ce r&#234;ve, ma femme, &#224; table d'h&#244;te, s'occupe des &#233;trangers plus que de moi et que je m'en montr&#233; froiss&#233;. Dans le r&#234;ve, c'est le contraire : la personne qui repr&#233;sente ma femme est toute tourn&#233;e vers moi. Or, s'il est un d&#233;sir qu'un incident p&#233;nible peut faire na&#238;tre, c'est bien celui de voir se produire l'incident oppos&#233;&#8230; pr&#233;cis&#233;ment, l'incident du r&#234;ve. Et cet autre sentiment que je d&#233;couvre &#224; l'analyse, la ranc&#339;ur pour l'amour gratuit qui m'est refus&#233;, ne trouve-t-il pas sa contrepartie dans les paroles du r&#234;ve : &#171; Vous avez toujours eu de si beaux yeux ! &#187; De sorte qu'une partie des oppositions entre le contenu manifeste du r&#234;ve et son contenu latent peuvent aussi se ramener &#224; des d&#233;sirs r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de r&#234;ve a encore une action plus surprenante, &#224; laquelle sont dus, sans aucun doute, nos r&#234;ves les plus incoh&#233;rents. Prenant un r&#234;ve quelconque, si nous &#233;valuons le nombre de ses images, soit directement, soit en les notant par &#233;crit, et que nous fassions ensuite le m&#234;me calcul sur les id&#233;es latentes fournies par l'analyse et dont le r&#234;ve a gard&#233; une trace, nous nous apercevrons que le travail de r&#234;ve a op&#233;r&#233; une compression, une condensation singuli&#232;re. Il est difficile de se faire une id&#233;e a priori de l'importance de cette condensation, mais elle ne pourra que nous frapper davantage, &#224; mesure que nous avancerons dans l'analyse du r&#234;ve. Nous ne rencontrerons alors aucun des &#233;l&#233;ments de son contenu dont les fils ne divergent dans deux ou trois directions, aucune situation dont les &#233;l&#233;ments ne soient emprunt&#233;s &#224; deux ou &#224; plusieurs r&#233;miniscences de la vie r&#233;elle. Il m'est arriv&#233; par exemple de voir en r&#234;ve une sorte de bassin de natations o&#249; les baigneurs semblaient fuir de tous c&#244;t&#233;s. &#192; un certain endroit, une personne se penchait par-dessus bord vers une autre occup&#233;e &#224; se baigner, comme pour l'attirer hors de l'eau. Nous trouvons ici la combinaison d'un souvenir de l'&#233;poque de ma pubert&#233; et de deux tableaux dont l'un &#233;tait la Surprise au bain, dans les tableaux de Schwind sur M&#233;usine (baigneurs fuyant de tous c&#244;t&#233;s), et l'autre un D&#233;luge de l'&#233;cole italienne. J'avais vu un de ces tableaux quelques jours auparavant. Quant au petit incident, il est d&#251; &#224; une r&#233;miniscence de l'&#233;cole de natation et au spectacle du patron aidant &#224; la sortie d'une dame qui s'&#233;tait attard&#233;e jusqu'&#224; l'heure des messieurs. Dans le r&#234;ve que j'ai choisi en exemple du travail d'analyse, il y a une situation que l'analyse nous montre li&#233;e &#224; diff&#233;rents souvenirs ; or, chacun de ces souvenirs a apport&#233; sa contribution au contenu du r&#234;ve. C'est d'abord la petite sc&#232;ne du temps de mes fian&#231;ailles, cette pression de main sous la table dont j'ai parl&#233; plus haut, et qui fournit au r&#234;ve le d&#233;tail &#171; sous la ta-ble &#187;, attribuable &#224; la m&#233;moire. Quant &#224; la personne &#171; tourn&#233;e vers moi &#187;, il n'en &#233;tait pas question alors ; l'analyse m'apprend que ce d&#233;tail est une r&#233;alisation de d&#233;sir par le contraire et qu'il se rapporte &#224; l'attitude de ma femme &#224; table d'h&#244;te. Derri&#232;re ce souvenir r&#233;cent se cache une sc&#232;ne pareille, mais beaucoup plus tragique, qui remonte &#224; nos fian&#231;ailles et nous brouilla pour tout un jour. Quant au geste familier de la main qui se pose sur mon genou, il &#233;voque d'autres personnages et d'autres associations d'id&#233;es ; il devient lui-m&#234;me le point de d&#233;part de deux encha&#238;nements de souvenirs tr&#232;s diff&#233;rents ; et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut naturellement que les d&#233;tails emprunt&#233;s aux id&#233;es latentes et qui, rapproch&#233;s, vont produire une situation de r&#234;ve, soient a priori utilisables. La premi&#232;re condition, c'est la pr&#233;sence, dans toutes ces composantes, d'un &#233;l&#233;ment commun, voire de plusieurs. Le travail du r&#234;ve va servir alors du m&#234;me proc&#233;d&#233; que Francis Galton pour ses photographies de famille ; il superposera les &#233;l&#233;ments, de mani&#232;re &#224; faire ressortir en l'accentuant le point central commun &#224; toutes les images superpos&#233;es, tandis que les &#233;l&#233;ments contradictoires, isol&#233;s, iront plus ou moins en s'att&#233;nuant. Ce proc&#233;d&#233; de composition explique en partie l'impr&#233;cision, le caract&#232;re flottant qui sont si caract&#233;ristiques dans les d&#233;tails accessoires du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les observations qui pr&#233;c&#232;dent m'ont servi de base pour &#233;tablir une des r&#232;gles de l'interpr&#233;tation du r&#234;ve : Quand, dans l'analyse des id&#233;es de r&#234;ve, on se trouve en pr&#233;sence d'une alternative, il faut se rendre compte que celle-ci n'est qu'une affirmation d&#233;guis&#233;e, remplacer le &#171; ou &#187; par un &#171; et &#187; et prendre les deux termes de la fausse alternative pour point de d&#233;part de nouvelles cha&#238;n&#233;es d'associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les id&#233;es latentes n'ont pas de point commun, le travail de r&#234;ve, qui a toujours pour but de former une image unique, parvient n&#233;anmoins &#224; les fusionner en une seule ; le stratag&#232;me qu'il emploie pour joindre ainsi deux id&#233;es qui n'ont rien de commun, c'est de changer l'expression orale de l'une des deux, souvent m&#234;me des deux &#224; la fois ; travail qui revient en somme &#224; couler deux images disparates dans le moule unique d'une seule forme de langage. On pourrait assimiler cette fonction &#224; celle de l'assembleur de rimes, qui trouve dans la concordance des sons l'unit&#233; souhait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie du travail de r&#234;ve consiste &#224; cr&#233;er des transitions qui sont parfois tr&#232;s ing&#233;nieuses, mais nous paraissent souvent forc&#233;es. Elles servent &#224; &#233;tablir l'association qui existe entre le contenu du r&#234;ve et l'id&#233;e latente elle-m&#234;me, diff&#233;rente dans sa forme et dans sa mati&#232;re, &#233;labor&#233;e par les circonstances qui ont amen&#233; le r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En poursuivant l'analyse de notre r&#234;ve mod&#232;le je rencontre une pens&#233;e qui a &#233;t&#233; d&#233;form&#233;e dans le but de la faire co&#239;ncider avec une autre parfaitement &#233;trang&#232;re &#224; la premi&#232;re. Parmi les id&#233;es fournies par l'analyse se trouve celle-ci : Ne jouirai-je donc jamais, comme font les autres, d'un don gratuit ? Mais cette forme est inutilisable pour le contenu du r&#234;ve, aussi est-elle remplac&#233;e comme il suit : ne jouirai-je de rien dont il ne faille payer les frais ? Le mot &#171; frais &#187; va prendre un sens nouveau pour passer dans le cycle d'id&#233;es appartenant &#224; la table d'h&#244;te, et il y sera repr&#233;sent&#233; par les &#233;pinards servis sur la table. Chez nous en effet, quand on sert un plat auquel les enfants refusent de toucher, leur m&#232;re cherche &#224; les prendre par la douceur et les persuade d'en &#171; go&#251;ter &#187; seulement un peu. Il est tr&#232;s singulier de voir le travail de r&#234;ve se servir sans h&#233;siter des deux acceptations d'un m&#234;me mot ; mais l'exp&#233;rience nous montrera bient&#244;t que rien n'est plus fr&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On explique aussi, par le travail de condensation, certaines images sp&#233;ciales au r&#234;ve et que l'&#233;tat de veille ignore absolument. Ce sont les figures humaines &#224; personnalit&#233; multiple ou mixte, et aussi ces &#233;tranges cr&#233;ations composites qui ne se peuvent comparer qu'aux figures animales con&#231;ues par l'imagination des peuples d'Orient ; mais celles-ci se sont cristallis&#233;es une fois pour toutes tandis que les cr&#233;ations du r&#234;ve semblent emprunter des formes toujours nouvelles &#224; une imagination in&#233;puisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui de nous n'a rencontr&#233; dans ses propres r&#234;ves des images de ce genre ? Elles r&#233;sultent des combinaisons les plus vari&#233;es. Je puis former une figure unique de traits emprunt&#233;s &#224; plusieurs ; je puis voir en r&#234;ve une physionomie bien connue et lui donner le nom de quelqu'un d'autre, ou bien l'identifier compl&#232;tement mais la placer dans une situation o&#249;, en r&#233;alit&#233;, c'est une autre personne qui se trouve. Dans ces diff&#233;rents cas, la condensation de plusieurs personnes en une seule conf&#232;re &#224; toutes ces personnes une sorte d'&#233;quivalence, elle les met, d'un point de vue sp&#233;cial, sur le m&#234;me plan. Cette &#233;quivalence peut &#234;tre indiqu&#233;e par le contenu du r&#234;ve, mais le plus souvent elle ne se d&#233;couvre qu'&#224; l'analyse, et rien ne la r&#233;v&#232;le dans le r&#234;ve si ce n'est la figure attribu&#233;e &#224; la personne collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#232;gle unique et ces multiples proc&#233;d&#233;s de composition s'appliquent aussi &#224; toutes les images composites dont fourmille le r&#234;ve et dont il serait superflu de donner des exemples. Elles nous paraissent moins &#233;tranges d&#232;s que nous renon&#231;ons &#224; les assimiler aux objets de notre perception &#224; l'&#233;tat de veille, pour nous souvenir qu'elles r&#233;sultent du travail de condensation du r&#234;ve et servent &#224; mettre en valeur de mani&#232;re br&#232;ve et saisissante, le caract&#232;re commun aux diff&#233;rents motifs de la combinaison. Ce caract&#232;re commun, c'est l'analyse qui nous permettra de la d&#233;couvrir, car tout ce que nous pouvons conclure, le plus souvent, du contenu du r&#234;ve, c'est qu'il existe une inconnue, une valeur x, commune &#224; toutes ces images h&#233;t&#233;roclites. Et l'analyse, en dissociant ces images, nous m&#232;nera directement &#224; l'interpr&#233;tation du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple. J'ai r&#234;v&#233; que je me trouvais, en compagnie d'un de mes anciens professeurs de l'Universit&#233;, assis sur un banc et que ce banc, ainsi que plusieurs autres, &#233;tait projet&#233; en avant d'un mouvement rapide. Laissant de c&#244;t&#233; les associations d'id&#233;es qui m'ont amen&#233; &#224; conclure, je crois pouvoir affirmer qu'il y a ici combinaison de la salle de cours et du trottoir roulant. Dans un autre r&#234;ve, je me vois assis sur la banquette d'un compartiment de chemin de fer, tenant mon chapeau sur mes genoux. C'est un chapeau haut de forme en verre transparent. Cette situation me fait penser tout d'abord au proverbe : &#171; En mettant chapeau bas, on arrive &#224; tout en ce monde. &#187; Quant au cylindre de verre, il m'am&#232;ne sans trop de d&#233;tours &#224; penser au bec Auer et de l&#224; &#224; mon compatriote, le docteur Auer de Welsbach ; je me dis que je ne serais pas f&#226;ch&#233; de faire comme lui une d&#233;couverte qui me rend&#238;t riche et ind&#233;pendant&#8230; Je voyagerais alors, au lieu de rester &#224; Vienne. Dans le r&#234;ve, je voyage avec ma d&#233;couverte, ce chapeau de verre, d'une utilit&#233; encore discutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas rare non plus que le travail de r&#234;ve se plaise &#224; former une image composite avec deux id&#233;es contradictoires ; par exemple, ce r&#234;ve d'une jeune femme qui se voit porteuse d'une tige fleurie, celle de l'ange dans les tableaux de l'Annonciation (symbole d'innocence : cette jeune femme se nomme Marie). Seulement, la tige porte des fleurs blanches et lourdes qui ressemblent &#224; celles du cam&#233;lia (contraire de l'innocence : dame aux cam&#233;lias).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de nos d&#233;couvertes sur le travail de condensation dans le r&#234;ve peut se r&#233;sumer comme il suit : C'est le mat&#233;riel latent du r&#234;ve qui d&#233;termine le contenu manifeste presque dans ses moindres d&#233;tails ; chacun de ces d&#233;tails ne d&#233;rive pas d'une id&#233;e isol&#233;e, mais de plusieurs id&#233;es emprunt&#233;es &#224; ce fonds et qui ne sont pas n&#233;cessairement en relation entre elles. Elles peuvent appartenir aux domaines les plus diff&#233;rents des id&#233;es latents. Chaque d&#233;tail du r&#234;ve est &#224; proprement parler la repr&#233;sentation dans le contenu du r&#234;ve d'un tel groupe d'id&#233;es disparates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'analyse nous d&#233;couvre encore une autre particularit&#233; de ces &#233;changes compliqu&#233;s entre contenu de r&#234;ve et id&#233;es latentes. &#192; c&#244;t&#233; de ces fils divergents qui partent de chacun des d&#233;tails du r&#234;ve, il en existe d'autres qui partent des id&#233;es latentes et vont en divergeant vers le contenu du r&#234;ve, de mani&#232;re qu'une seule id&#233;e latente peut &#234;tre repr&#233;sent&#233;e par plusieurs d&#233;tails, et qu'entre le contenu manifeste du r&#234;ve et son contenu latent il se forme un r&#233;seau complexe de fils entrecrois&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condensation nous semble un &#233;l&#233;ment important et tout &#224; fait caract&#233;ristique du travail de r&#234;ve, au m&#234;me titre que la transformation de l'id&#233;e en situation (la &#171; dramatisation &#187;) ; mais quel est le motif qui rend cette compression n&#233;cessaire ? il nous a &#233;t&#233; impossible jusqu'&#224; pr&#233;sent de le d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#234;ves compliqu&#233;s et embrouill&#233;s dont nous occupons maintenant, la dissemblance que l'on remarque entre le contenu manifeste du r&#234;ve et son contenu latent ne peut pas &#234;tre attribu&#233;e uniquement &#224; la n&#233;cessit&#233; de condenser et de dramatiser. Certains indices, qu'il est int&#233;ressant de relever, t&#233;moignent de l'existence d'un troisi&#232;me facteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons tout d'abord que quand nous sommes arriv&#233;s par l'analyse &#224; conna&#238;tre les id&#233;es latentes, elles nous paraissent de tout autre nature que le contenu manifeste du r&#234;ve ; mais ce n'est l&#224; qu'une premi&#232;re impression qui se dissipera apr&#232;s examen, car nous trouvons pour finir que tout le contenu du r&#234;ve est expliqu&#233; par les id&#233;es latentes, et que la plupart des id&#233;es latentes ont leur repr&#233;sentation dans le contenu manifeste. Toutefois, une diff&#233;rence subsiste : ce que le r&#234;ve d&#233;veloppait amplement comme pour en faire l'essentiel de son contenu, c'est cela justement qui, apr&#232;s l'analyse et dans les id&#233;es latentes, va jouer un r&#244;le tout &#224; fait secondaire ; et au contraire, l'allusion &#224; peine perceptible, celle qui surgissait &#224; demi des r&#233;gions les plus t&#233;n&#233;breuses du r&#234;ve, c'est elle qui parmi les id&#233;es latentes va revendiquer le premier r&#244;le. Ce processus, nous pouvons le d&#233;crire comme il suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que le travail de r&#234;ve s'accomplit, l'intensit&#233; psy-chique des id&#233;es et des repr&#233;sentations qui en font l'objet se transporte sur d'autres, sur celles pr&#233;cis&#233;ment que nous ne nous attendions pas du tout &#224; voir ainsi accentu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce transport de l'accent psychique qui contribue le plus &#224; obscurcir le sens du r&#234;ve et &#224; rendre m&#233;connaissables les relations entre le r&#234;ve manifeste et le r&#234;ve latent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ce processus, que j'appellerai d&#233;placement dans le r&#234;ve, je vois aussi l'intensit&#233; psychique ou affective de l'id&#233;e laten-te se transformer en agitation mat&#233;rielle ; et alors que je serais tent&#233; de prendre pour essentiel ce qui est le plus clair, je m'aper&#231;ois que c'est au contraire dans un d&#233;tail obscur qu'il faut voir le substitut de l'id&#233;e essentielle du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je nomme d&#233;placement du r&#234;ve, je pourrais le nommer aussi bien renversement des valeurs. Au surplus, le ph&#233;nom&#232;ne vaut que nous nous y arr&#234;tions. J'ajouterai donc que les analyses que j'ai faites de diff&#233;rents r&#234;ves, j'ai rencontr&#233; tous les degr&#233;s du d&#233;placement et du renversement. Il y a des r&#234;ves o&#249; ils ne se produisent presque pas ; ce sont les r&#234;ves raisonnables et intelligibles comme ceux que j'ai cit&#233;s au d&#233;but et qui ne sont que des d&#233;sirs ouvertement exprim&#233;s. Dans d'autres r&#234;ves au contraire on ne trouve pas un seul &#233;l&#233;ment qui ait gard&#233; sa vraie valeur ; tout ce qu'il y avait d'essentiel dans les id&#233;es latentes y est repr&#233;sent&#233; par des d&#233;tails accessoires et l'on d&#233;couvre entre ceux-ci et celles-l&#224; une importante cha&#238;ne d'associations. Plus le r&#234;ve est obscur et embrouill&#233; et plus il faut tenir compte, pour l'interpr&#233;ter, du processus de transposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le r&#234;ve que nous avons soumis &#224; l'analyse, le d&#233;placement s'est fait de telle sorte que le contenu manifeste du r&#234;ve est accentu&#233; en un tout autre point que son contenu latent. Au premier plan du r&#234;ve nous avons une situation, celle de la femme qui semble vouloir me faire des avances ; dans les id&#233;es latentes, l'accent porte sur le souhait que je forme d'un amour d&#233;sint&#233;ress&#233;, d'un amour &#171; qui ne co&#251;te rien &#187;, et cette id&#233;e se dissimule derri&#232;re la phrase sur les &#171; beaux yeux &#187; et l'allusion fournie par les &#171; &#233;pinards &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du r&#234;ve, en nous permettant de r&#233;tablir la perspective originelle, nous met sur la voie de la meilleure solution &#224; deux pro-bl&#232;mes tr&#232;s discut&#233;s, celui de l'incitation au r&#234;ve et celui des relations entre le r&#234;ve et la vie de veille. Il y a des r&#234;ves o&#249; se trahit une attache directe avec les &#233;v&#233;nements du jour pr&#233;c&#233;dent ; d'autres, o&#249; les &#233;v&#233;nements semblent ne jouer aucun r&#244;le. Appelant alors l'analyse &#224; notre secours, nous nous apercevons que tous les r&#234;ves sans exception ont leur racine dans une impression re&#231;ue la veille, ou, disons mieux, pendant la journ&#233;e qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le r&#234;ve. Cette impression, qui peut &#234;tre appel&#233;e incitation au r&#234;ve, est quelquefois assez forte pour qu'il n'y ait rien d'&#233;tonnement &#224; ce qu'elle nous ait pr&#233;occup&#233;s pendant l'&#233;tat de veille ; et dans ce cas, nous disons avec raison que le r&#234;ve de la nuit ne fait que continuer les pr&#233;occupations du jour. Mais le plus souvent, quand le contenu du r&#234;ve offre un rappel des impressions du jour, ce n'est qu'un d&#233;tail si petit, si insignifiant, que nous devons faire effort pour nous le remettre en m&#233;moire ; et dans ce cas, le contenu du r&#234;ve, m&#234;me s'il est coh&#233;rent et compr&#233;hensible, nous semble fait de telles bagatelles, qu'il n'est pas &#233;tonnant que l'on tienne commun&#233;ment pour m&#233;prisables toutes les manifestations de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse toutefois vient infirmer ce jugement en d&#233;couvrant ce qui se cache sous les apparences. Une circonstance insignifiante, si elle se trouve plac&#233;e au premier plan, pourra passer tout d'abord pour l'incitation au r&#234;ve ; mais par le moyen de l'analyse nous d&#233;couvrirons bient&#244;t la v&#233;ritable cause du r&#234;ve, la circonstance assez importante pour le susciter et &#224; laquelle l'autre s'est substitu&#233;e parce qu'elles avaient entre elles de nombreux points de contact. Quand le contenu du r&#234;ve se pr&#233;sente sous une forme d&#233;pourvue de sens et d'int&#233;r&#234;t, l'analyse d&#233;couvre les chemins de traverse par o&#249; ces &#233;l&#233;ments sans valeur en rejoignent d'autres qui sont de premi&#232;re importance pour la psychologie du sujet. C'est au travail de d&#233;placement qu'est due cette substitution, dans le contenu du r&#234;ve, de l'incident banal au fait &#233;mouvant, des mat&#233;riaux quelconques &#224; ceux qui peuvent justement int&#233;resser. En nous basant sur ce nouvel acquis, nous pourrons, il me semble, donner un commencement de solution au double probl&#232;me de l'incitation au r&#234;ve et des relations entre le r&#234;ve et la vie quotidienne, et nous dirons : Les choses qui ne nous sont pas mati&#232;re &#224; int&#233;r&#234;t pendant le jour, ne deviennent pas mati&#232;re &#224; int&#233;r&#234;t pour le r&#234;ve ; et les v&#233;tilles qui ne nous touchent pas dans l'&#233;tat de veille, il est impossible qu'elles nous poursuivent dans notre sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exemple que nous avons propos&#233; &#224; l'analyse, quelle peut &#234;tre l'incitation au r&#234;ve ? C'est ce fait, franchement insignifiant, d'un ami qui m'offre une course gratuite en voiture. La situation du r&#234;ve, la table d'h&#244;te, est une allusion &#224; ce fait insignifiant, puisqu'en causant avec l'ami en question j'avais mis en parall&#232;le le taxim&#232;tre et la table d'h&#244;te, est une allusion &#224; ce fait insignifiant, puisqu'en causant avec l'ami en question j'avais mis en parall&#232;le le taxim&#232;tre et la table d'h&#244;te. Le fait essentiel qui se cache ici, c'est que j'avais, quelques jours plus t&#244;t, d&#233;pens&#233; une assez grosse somme pour une personne de ma famille &#224; laquelle je suis attach&#233; ; et parmi les id&#233;es latentes, je trouve cette r&#233;flexion, que la personne oblig&#233;e me t&#233;moignera de la reconnaissance, mais que ses sentiments &#224; mon &#233;gard se seront pas d&#233;sint&#233;ress&#233;s. Dans le contenu latent du r&#234;ve, c'est l'amour d&#233;sint&#233;ress&#233; qui se trouve au premier plan. J'avais &#224; plusieurs reprises accompagn&#233; cette personne en voiture, et c'est ainsi que la course faite la veille avec u ami me remet en m&#233;moire celles que j'ai faites moins r&#233;cemment. L'incident banal que devient incitation au r&#234;ve par des raccords de ce genre est soumis &#224; une condition qui n'existe pas pour la vraie source du r&#234;ve : il doit n&#233;cessairement s'&#234;tre produit la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'abandonnerai pas ce th&#232;me du d&#233;placement en r&#234;ve sans si-gnaler un exemple o&#249; il est int&#233;ressant de voir la condensation et la transposition concourir ensemble &#224; produire une image de r&#234;ve. Nous avons d&#233;j&#224; expos&#233; le cas o&#249; deux id&#233;es de r&#234;ve qui ont un seul point de contact se fusionnent pour introduire dans le contenu manifeste du r&#234;ve une image mixte, une image dont le noyau central intelligible correspondra au d&#233;tail commun, tandis que les d&#233;tails particuliers aux deux id&#233;es ne seront plus repr&#233;sent&#233;s dans le r&#234;ve que par des accessoires confus. S'il s'ajoute, &#224; ce travail de condensation, un travail de d&#233;placement, il n'en r&#233;sultera plus une image mixte, mais une image m&#233;diane que je puis comparer, en fonction des deux id&#233;es primitives, qu'&#224; la r&#233;sultante du parall&#233;logramme des forces en fonction de ses composantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de mes r&#234;ves, par exemple, il s'agit d'une injection de propyl&#232;ne. Je ne trouve tout d'abord &#224; l'analyse, en fait d'incitation au r&#234;ve, qu'une circonstance insignifiante o&#249; l'amyl&#232;ne joue un r&#244;le. Ceci n'explique pas encore comment amyl&#232;ne est devenu propyl&#232;ne. Mais aux cycles d'id&#233;es de ce m&#234;me r&#234;ve appartient aussi le souvenir de ma premi&#232;re visite &#224; Munich, o&#249; je fus frapp&#233; par la vue des Propyl&#233;es. Les autres circonstances de l'analyse nous autorisent &#224; admettre que c'est l'influence de ce second cycle sur le premier qui a amen&#233; la transformation d'amyl&#232;ne en propyl&#232;ne. Propyl&#232;ne est pour ainsi dire la repr&#233;sentation m&#233;diane d'amyl&#232;ne et de Propyl&#233;es, et c'est par une sorte de compromis qu'il s'est introduit dans le r&#234;ve &#224; cause de l'action simultan&#233;e de la condensation et du d&#233;placement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, nous semble-t-il, l'&#233;nigme du travail de d&#233;placement, ou plut&#244;t des motifs qui rendent ce travail n&#233;cessaire, qu'il importerait tout d'abord de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, en y regardant bien, trouver encore, dans le travail du r&#234;ve, un autre ph&#233;nom&#232;ne moins actif que le ph&#233;nom&#232;ne du d&#233;placement mais qui contribue, lui aussi, &#224; transformer les id&#233;es latentes de mani&#232;re &#224; les rendre m&#233;connaissables. Quand nous sommes arriv&#233;s par l'analyse &#224; identifier quelques-unes de ces id&#233;es, il est rare que nous ne soyons pas surpris tout d'abord de leur singulier d&#233;guisement. Elles ne se pr&#233;sentent pas &#224; nous sous la forme verbale, aussi sobre que possible, dont nous avons coutume de rev&#234;tir nos pens&#233;es, mais elles trouvent le plus souvent un moyen d'expression symbolique, celui du po&#232;te qui accumule dans son &#339;uvre les comparaisons et les m&#233;taphores. Le motif d'un emploi aussi exclusif des images n'est en somme pas difficile &#224; comprendre ; le contenu manifeste du r&#234;ve n'&#233;tant form&#233; que de situations concr&#232;tes, il faut n&#233;cessairement que pour s'y introduire les id&#233;es latentes subissent un travestissement qui les rende utilisables pour la repr&#233;sentation. Si l'on songe aux phrases d'un article de journal ou &#224; celles d'un plaidoyer en cour d'assises, et qu'on s'imagine la possibilit&#233; de les remplacer par une s&#233;rie d'images visuelles, on aura une id&#233;e des transformations que le travail de r&#234;ve doit faire subir aux id&#233;es latentes pour qu'elles deviennent susceptibles d'une pr&#233;sentation concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fonds psychique qui alimente ces id&#233;es il se rencontre fr&#233;quemment des souvenirs de choses v&#233;cues impressionnantes, dont l'origine remonte &#224; la petite enfance. Elles fournissent au r&#234;ve une situation qui se pr&#233;sente toujours sous la forme concr&#232;te, et elles exercent sur la formation du r&#234;ve une influence active, servant de noyau de cristallisation autour duquel vient se ranger et se grouper le reste du mat&#233;riel. De sorte que presque toutes les situations que nous offrent nos r&#234;ves ne sont autre chose que des copies, consid&#233;rablement revues et augment&#233;es, de quelques-uns de ces souvenirs impressionnants. Il est tr&#232;s rare au contraire que le r&#234;ve nous donne une reproduction exacte et sinc&#232;re d'une sc&#232;ne de la vie de veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, le contenu manifeste du r&#234;ve comporte autre chose que des situations. Il s'y ajoute des images visuelles fragment&#233;es et incoh&#233;rentes, des conversations, parfois un bout de phrase st&#233;r&#233;otyp&#233;. Il y aurait sans doute avantage &#224; ce que nous passions rapidement en revue toutes ces formes d'expression qui sont les moyens employ&#233;s par le travail de r&#234;ve pour r&#233;duire le groupe des id&#233;es latentes &#224; la seule forme ad&#233;quate au r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es latentes d&#233;couvertes par l'analyse nous apparaissent comme un complexe psychique d'une architecture infiniment confuse, dont les &#233;l&#233;ments ont entre eux les rapports les plus divers ; ils sont au premier plan ou &#224; l'arri&#232;re-plan ; ils forment des conditions, des digressions, des explications, des justifications et des exigences. Presque toujours, &#224; c&#244;t&#233; d'une association d'id&#233;es, il s'en trouve une autre qui la contredit ; et de mat&#233;riel pr&#233;sente en somme les m&#234;mes caract&#232;res que notre pens&#233;e &#224; l'&#233;tat de veille. Pour que tout cela devienne un r&#234;ve, il faut d'abord que le mat&#233;riel de r&#234;ve soit soumis &#224; une pression qui aura pour r&#233;sultat d'abord la condensation de ce mat&#233;riel, et puis l'&#233;miettement de ses &#233;l&#233;ments internes. Ces &#233;l&#233;ments, ainsi fragment&#233;s &#224; l'infini, vont se reconstituer sur de nouveaux plans ; enfin, le travail de s&#233;lection viendra &#233;liminer tout ce qui, dans ce nouveau mat&#233;riel de r&#234;ve, sera jug&#233; impropre &#224; la repr&#233;sentation concr&#232;te. Eu &#233;gard aux origines de ce mat&#233;riel, tout le processus que nous venons de d&#233;crire peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une r&#233;gression. Les liens logiques qui rattachaient entre elles les id&#233;es latentes disparaissent compl&#232;tement d&#232;s que le r&#234;ve manifeste est constitu&#233;, le travail de r&#234;ve ne s'exer&#231;ant en somme que sur le contenu utilisable des id&#233;es latentes. C'est &#224; l'analyse &#224; r&#233;tablir apr&#232;s coup les encha&#238;nements et les relations logiques de ces id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici &#224; quel point les moyens d'expression du r&#234;ve sont limit&#233;s, compar&#233;s &#224; ceux de la pens&#233;e &#224; l'&#233;tat de veille. Toutefois, le r&#234;ve ne renonce pas, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; reproduire les rapports logiques entre ses mat&#233;riaux ; il parvient assez souvent &#224; se les assimiler ; mais, pour cela, il est n&#233;cessaire qu'il les remplace par les pi&#232;ces qui lui semblent le mieux adapt&#233;es &#224; ses engrenages particuliers. On dirait m&#234;me que le r&#234;ve, en pr&#233;sence de tous ces fragments d'id&#233;es &#233;tal&#233;s, s'efforce de satisfaire aux exigences imp&#233;rieuses de la logique. Pour cela, il englobe tous ses mat&#233;riaux en une seule situation, et reproduit un groupement logique au moyen d'un rapprochement dans le temps et dans l'espace ; &#224; peu pr&#232;s come fait le peintre qui repr&#233;sente des po&#232;tes group&#233;s sur le Parnasse, tout en sachant tr&#232;s bien que ses mod&#232;les ne sont jamais rencontr&#233;s au sommet d'une montagne et que son tableau est purement symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me m&#233;thode de figuration existe dans le d&#233;tail du r&#234;ve. Quand celui-ci juxtapose deux &#233;l&#233;ments, cela veut dire qu'il y a une relation intime entre les id&#233;es latentes que ces &#233;l&#233;ments repr&#233;sentent. Il est &#224; remarquer ici que tous les r&#234;ves d'une m&#234;me nuit, soumis &#224; l'analyse, se ram&#232;nent invariablement &#224; un seul cycle de pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien causal entre deux id&#233;es peut &#234;tre ou bien supprim&#233;, ou bien remplac&#233; par la juxtaposition de deux longs fragments h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Ces fragments sont souvent intervertis, c'est-&#224;-dire que le premier repr&#233;sente la conclusion et le second l'hypoth&#232;se. Toute transformation imm&#233;diate d'une chose en une autre repr&#233;sente dans le r&#234;ve, croyons-nous, la relation de cause &#224; effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit plus haut que le r&#234;ve n'admet pas l'alternative et que, quand deux hypoth&#232;ses se pr&#233;sentent, il les fait entrer toutes les deux dans la m&#234;me association d'id&#233;es. En d'autres termes, la conjonction &#171; ou &#187; dans le contenu latent du r&#234;ve se trouve remplac&#233;e dans le contenu manifeste par la conjonction &#171; et &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentations contradictoires s'expriment presque toujours dans le r&#234;ve par un seul et m&#234;me &#233;l&#233;ment . Il semble que le &#171; non &#187; y soit inconnu. L'opposition entre deux id&#233;es leur antagonisme s'exprime dans le r&#234;ve d'une fa&#231;on tout &#224; fait caract&#233;ristique : un autre &#233;l&#233;ment s'y transforme comme apr&#232;s coup en son contraire. Nous verrons plus loin par quel autre proc&#233;d&#233; le r&#234;ve peut encore exprimer la contradiction. Disons aussi que la sensation si fr&#233;quente d'une impossibilit&#233; &#224; se mouvoir, manque qu'il y a chez le dormeur deux impulsions en sens inverse qui produisent un conflit de la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un certain nombre de relations qui semblent plus utiles que les autres au m&#233;canisme de la formation du r&#234;ve, ce sont les associations par ressemblance, par contrat et par correspondance. Le r&#234;ve s'en sert pour &#233;tayer son travail de condensation, et, de tous les &#233;l&#233;ments plus ou moins concordants, il fait une seule et nouvelle unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que cet &#233;nonc&#233; trop bref de quelques remarques &#233;l&#233;mentaires ne suffit pas &#224; donner une id&#233;e du nombre infini de moyens dont le r&#234;ve dispose pour repr&#233;senter les relations logiques de ses &#233;l&#233;ments. Chaque r&#234;ve en particulier fait &#224; ce point de vue son travail sp&#233;cial, qui est tant&#244;t minutieux, tant&#244;t grossier, qui tant&#244;t s'en &#233;carte davantage. Dans ce dernier cas, il utilise dans une plus large mesure les proc&#233;d&#233;s que nous venons d'indiquer et c'est alors que le r&#234;ve nous para&#238;t le plus obscur, confus et incoh&#233;rent. Mais il est &#224; remarquer que quand le contenu manifeste est par trop absurde, quand il renferme une contradiction par trop flagrante, ce n'est jamais sans une intention cach&#233;e, et souvent, sous cet apparent m&#233;pris des r&#232;gles de la logique, nous d&#233;couvrons une indication quant au contenu intellectuel des id&#233;es de r&#234;ve. Une absurdit&#233; dans le contenu manifeste du r&#234;ve correspond, dans son contenu latent, &#224; un sentiment de contradiction, de haine ou de m&#233;pris. Comme cette interpr&#233;tation nous fournit le meilleur argument contre la th&#233;orie qui voudrait attribuer le r&#234;ve &#224; une activit&#233; intellectuelle r&#233;duite et incoh&#233;rente, il est n&#233;cessaire de l'appuyer ici par un exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#234;ve qu'un jeune homme de ma connaissance, M.H., a &#233;t&#233; vio-lemment pris &#224; partie, dans une pol&#233;mique, par un adversaire qui n'est rien moins que le grand Goethe. Les attaques, de notre avis &#224; tous, sont aussi injustes que violentes. M.H., &#224; la suite de cet incident, se voit perdu de r&#233;putation. Il s'en plaint am&#232;rement &#224; table d'h&#244;te. Toutefois, son enthousiasme pour Goethe n'a subi de ce fait aucune atteinte. Je cherche de mon c&#244;t&#233; &#224; &#233;claircir certains points de chronologie qui me paraissent invraisemblables. Goethe est mort en 1832. Sa pol&#233;mique avec M.H. a eu lieu &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure&#8230; mais, &#224; cette &#233;poque, H. &#233;tait un tout jeune homme. En y r&#233;fl&#233;chissant, il me para&#238;t plausible d'admettre qu'il avait dix-huit ans. Mais je ne sais pas exactement en quelle ann&#233;e nous sommes ; et le reste de mon calcul se perd dans l'ombre. Au surplus, toute cette pol&#233;mique se trouve dans l'ouvrage c&#233;l&#232;bre de Goethe : Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absurdit&#233; de ce r&#234;ve ressort plus clairement encore si l'on r&#233;fl&#233;chit que H. est un homme d'affaires tr&#232;s jeune et qui ne se soucie pas le moins du monde de po&#233;sie et de litt&#233;rature. Nous allons maintenant en d&#233;velopper le contenu par l'analyse et montrer toute la logique qui se cache derri&#232;re cette absurdit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	M.H., dont j'ai fait la connaissance &#224; table d'h&#244;te, me pria un jour d'examiner son fr&#232;re ain&#233; qui donnait des signes de d&#233;rangement mental. Tandis que je causais avec le malade je fus p&#233;niblement surpris de l'entendre faire, sans aucune provocation de ma part, une allusion aux &#233;carts de jeunesse de son fr&#232;re. Je l'avais interrog&#233; sur la date de sa naissance (date mortuaire, dans le r&#234;ve), et, pour me rendre compte de certains troubles de m&#233;moire, je l'avais amen&#233; &#224; faire devant moi quelques calculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Une revue m&#233;dicale dont j'&#233;tais membre avait publi&#233;, sous le nom d'un tr&#232;s jeune collaborateur, une violente critique du livre d'un de mes amis, F. de Berlin. Je demandai raison de la chose au r&#233;dacteur et celui-ci, tout en exprimant ses regrets, refusa toute esp&#232;ce de rectification. L&#224;-dessus, je rompis mes relations avec le journal, mais dans ma lettre de cong&#233; j'exprimais l'espoir que nos relations personnelles ne souffriraient pas de cet incident. Ici est la v&#233;ritable source du r&#234;ve. Le mauvais accueil fait au livre de mon ami m'avait pein&#233; d'autant plus que ce livre renferme une d&#233;couverte biologique que je consid&#232;re comme essentielle et que les confr&#232;res - apr&#232;s tant d'ann&#233;es -commencent aujourd'hui &#224; appr&#233;cier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Une cliente m'avait fait peu de temps auparavant le r&#233;cit de la maladie de son fr&#232;re, saisi d'un acc&#232;s de d&#233;lire furieux qui avait d&#233;but&#233; par le cri : &#171; Nature, Nature ! &#187; De l'avis des m&#233;decins, ce cri &#233;tait inspir&#233; par la lecture d'un ouvrage de Goethe et pouvait bien que le malade s'&#233;tait surmen&#233; dans ses &#233;tudes. Quant &#224; moi, il me parut plau-sible d'admettre que ce cri : &#171; Nature &#187; devait &#234;tre pris dans le sens sexuel que tout le monde conna&#238;t chez nous, les ignorants aussi bien que les savants ; et l'&#233;v&#233;nement ne m'a donn&#233; tort, puisque ce malheureux plus tard, mutila ses organes g&#233;nitaux. Il avait dix-huit ans quand la crise se produisit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contenu manifeste de ce r&#234;ve, ce qui se cache sous le &#171; moi &#187; c'est la personne de cet ami si maltrait&#233; par la critique. Je cherche &#224; &#233;claircir certains points de chronologie. Le livre de mon ami traite pr&#233;cieusement, &#224; un point de vue biologique, de certaines circonstances de temps ; et il ram&#232;ne circonstances de temps ; et il ram&#232;ne entre autres choses la dur&#233;e de la vie de Goethe &#224; un nombre d&#233;termin&#233; de p&#233;riodes. Le r&#234;ve assimile ce &#171; moi &#187; &#224; un paralytique g&#233;n&#233;ral : &#171; Je ne sais pas en quelle ann&#233;e nous sommes. &#187; C'est donc, dans le r&#234;ve, mon ami qui est le fou. Ici, on touche du doigt l'absurdit&#233;. Dans les id&#233;es latentes du r&#234;ve, nous trouvons cette apostrophe ironique : &#171; C'est lui, maintenant, qui est le d&#233;traqu&#233;, le fou&#8230; et vous le critiquez, vous, les hommes de g&#233;nie ! Ne serait-ce pas plut&#244;t l'inverse ? &#187; Ce retournement va &#234;tre repris par le r&#234;ve, qui nous montrera Goethe prenant &#224; partie un jeune homme - situation absurde - alors que l'inverse, un adolescent faisant la critique du grand Goethe, peut parfaitement se produire de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, tel que je l'ai observ&#233;, ne s'inspire jamais que de senti-ments personnels ; et dans le r&#234;ve ci-dessus, c'est ma personnalit&#233;, bien avant celle de mon ami, qui se trouve repr&#233;sent&#233;e par le &#171; moi &#187;. Si je me suis identifi&#233; avec cet ami, c'est que le sort de sa d&#233;couverte symbolise &#224; mes yeux la r&#233;ussite de ma propre th&#233;orie. Quand j'exposerai celle-ci, qui d&#233;nonce la sexualit&#233; comme origine de tous les troubles psychopathiques (voir mon diagnostic du malade de dix-huit ans : &#171; nature, nature&#8230; &#187;) nul doute que je ne rencontre les m&#234;mes critiques, auxquelles, d&#232;s aujourd'hui, j'oppose le m&#234;me sentiment d'ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En poursuivant l'analyse de ce r&#234;ve, nous constatons que les absurdit&#233;s qui s'y rencontrent ont &#224; leur origine un sentiment de raillerie ou de m&#233;pris. On sait que c'est &#224; Venise, en ramassant sur le Lido les d&#233;bris d'un cr&#226;ne de mouton, que Goethe a con&#231;u sa th&#233;orie des vert&#232;bres cr&#226;niennes. Or, mon ami se fait gloire d'avoir, &#233;tant &#233;tudiant, organis&#233; un chahut pour obtenir la mise &#224; la pension d'un vieux professeur autrefois brillant (pr&#233;cis&#233;ment dans cette branche de l'anatomie compar&#233;e) mais qui devenait, par le fait de la s&#233;nilit&#233;, incapable d'enseigner. L'agitation provoqu&#233;e par mon ami pouvait seule rem&#233;dier &#224; cet &#233;tat de choses, car dans les universit&#233;s allemandes, o&#249; l'on oublie que l'&#226;ge n'est pas une garantie contre l'imb&#233;cilit&#233;, il n'y a pas de limite d'&#226;ge dans l'enseignement universitaire. Dans l'h&#244;pital de cette ville, j'ai eu l'honneur de travailler, des ann&#233;es durant, sous la direction d'un chef qui &#233;tait fossile depuis longtemps et devenait, de l'avis de tous, parfaitement imb&#233;cile, sans qu'on songe&#226;t pour cela &#224; lui retirer aucune de ses responsabilit&#233;s. Une relation s'impose entre ce d&#233;tail et la d&#233;couverte du Lido. Mes jeunes coll&#232;gues de l'h&#244;pital compos&#232;rent un jour, &#224; propos de ce chef, une parodie de l'&#339;uvre de Gassenhauer, alors &#224; la mode : &#171; Ce n'est pas Goethe qui &#233;crit comme &#231;a&#8230; Ils ne sont pas de Schiller, ces vers-l&#224; &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas fini d'examiner le travail du r&#234;ve. Il faut que nous ajoutions &#224; la condensation, au d&#233;placement et &#224; la repr&#233;sentation concr&#232;te du mat&#233;riel psychique une autre activit&#233; encore. Celle-ci ne contribue pas n&#233;cessairement &#224; toute formation de r&#234;ve, et sans vouloir la traiter en d&#233;tail, disons que pour se l'imaginer avec quelque pr&#233;cision il faut admettre l'hypoth&#232;se - probablement inexacte - d'une activit&#233; qui agirait apr&#232;s coup sur le contenu du r&#234;ve, et seulement quand les diverses parties de celui-ci auraient pris leur forme symbolique. Le travail du r&#234;ve consisterait alors &#224; disposer ces symboles pour en faire un ensemble coh&#233;rent, une repr&#233;sentation bien ordonn&#233;e. Le r&#234;ve acquiert ainsi une sorte de fa&#231;ade, insuffisante &#224; v&#233;rit&#233; et qui n'en masque pas &#233;galement toutes les parties ; mais, moyennant quelques raccords, quelques l&#233;g&#232;res modifications il re&#231;oit une interpr&#233;tation provisoire et tout &#224; fait approximative. En somme, nous ne trouvons l&#224; qu'un brillant travestissement des id&#233;es latentes. Quand nous entreprenons une analyse, notre premier soin doit &#234;tre de r&#233;agir contre cette interpr&#233;tation trop spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc qui motive cette derni&#232;re partie du travail, cette r&#233;vision finale du contenu du r&#234;ve ? Il est ais&#233; de voir qu'elle a uniquement pour but de rendre le r&#234;ve intelligible, et nous comprenons aussi par l&#224; de quelle nature est cette activit&#233;. Elle agit sur le contenu de r&#234;ve qui lui est pr&#233;sent&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re que notre activit&#233; psychique normale sur tous les objets de perception ; elle les saisit au moyen des notions pr&#233;alables qu'elle poss&#232;de, elle les ordonne selon leurs plus grandes chances d'intelligibilit&#233;, et ainsi elle court risque de les fausser ; car si l'objet de perception ne peut s'assimiler &#224; aucun autre objet connu, son interpr&#233;tation donnera lieu aux plus singuli&#232;res erreurs. Chacun sait que nous sommes incapables de consid&#233;rer une s&#233;rie de signes &#233;trangers ou de mots inconnus sans qu'ils nous fassent penser tout d'abord aux termes connus qui leur ressemblent le plus et auxquels nous serons tent&#233;s de les assimiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves qui ont &#233;t&#233; retravaill&#233;s de la sorte par une activit&#233; psychique analogue &#224; notre pens&#233;e &#224; l'&#233;tat de veille sont des r&#234;ves &#171; bien compos&#233;s &#187;. Il en est d'autres sur lesquels cette activit&#233; ne s'est pas exerc&#233;e ; aucune tentative n'a &#233;t&#233; faite pour y mettre de l'ordre et du sens, et quand nous nous r&#233;veillons nous jugeons parfaitement incoh&#233;rentes les images qui nous sont rest&#233;es dans la m&#233;moire. Mais, au point de vue de l'analyse, ce tas de mat&#233;riaux h&#233;t&#233;roclites a tout autant de valeur qu'un r&#234;ve superficiellement ordonn&#233; ; peut-&#234;tre m&#234;me le premier cas nous &#233;pargnera-t-il la peine de d&#233;faire tout d'abord une ordonnance provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se tromperait toutefois si l'on ne voulait voir dans cette premi&#232;re fa&#231;ade du r&#234;ve qu'une m&#233;prise ou un caprice de notre activit&#233; psychique consciente. Il a fallu au contraire pour l'&#233;difier un certain nombre De d&#233;sirs, de r&#234;veries come il s'en trouve dans les pens&#233;es latentes du r&#234;ve et qui sont de m&#234;me nature que celles que nous connaissons &#224; l'&#233;tat de veille et d&#233;nommons &#224; juste titre &#171; r&#234;ves &#233;veill&#233;s &#187;. Ces r&#234;veries, que l'analyse d&#233;c&#232;le dans le r&#234;ve nocturne, s'y montrent &#224; nous sous forme de sc&#232;nes infantiles plus ou moins remani&#233;es et transform&#233;es ; c'est la fa&#231;ade du r&#234;ve, et l'on voit comment, dans la plupart des cas, nous pouvons y toucher imm&#233;diatement son noyau essentiel, qui n'a &#233;t&#233; que d&#233;guis&#233; par l'apport d'autres mat&#233;riaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre formes d'activit&#233;s que nous venons d'indiquer composant &#224; elles seules le travail du r&#234;ve. Nous pouvons donc d&#233;finir ce dernier en disant qu'il n'est que le transfert des id&#233;es latentes en contenu manifeste. Il s'ensuit que le travail du r&#234;ve n'est jamais cr&#233;ateur, qu'il n'imagine rien qui lui soit propre, qu'il ne juge pas, ne conclut pas. Son action consiste &#224; condenser, d&#233;placer, et remanier, en vue d'une repr&#233;sentation sensorielle, tous les mat&#233;riaux du r&#234;ve ; il s'y ajoute, en dernier lieu, le travail accessoire d'ordonnance que nous venons d'indiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rencontre en v&#233;rit&#233; dans le contenu du r&#234;ve bon nombre d'&#233;l&#233;ments que l'on serait tent&#233; de prendre pour le r&#233;sultat d'une activit&#233; purement intellectuelle. Mais l'analyse est l&#224;, pour nous d&#233;montrer que ces op&#233;rations de l'esprit &#233;taient accomplies d&#233;j&#224; dans les pens&#233;es latentes du r&#234;ve, et que celui-ci n'a fait que les reproduire telles quelles. Une d&#233;duction logique, si elle se rencontre dans le r&#234;ve, n'est autre chose que la reproduction verbale de la logique des id&#233;es de r&#234;ve ; elle semble irr&#233;prochable quand elle passe sans alt&#233;ration dans le contenu du r&#234;ve, mais elle devient absurde quand, par le travail du r&#234;ve, elle est transf&#233;r&#233;e sur d'autres mat&#233;riaux. De m&#234;me, la pr&#233;sence d'un calcul d'arithm&#233;tique dans le contenu du r&#234;ve veut dire simplement qu'il se trouvait un calcul semblable parmi les id&#233;es latentes ; et l&#224;, il &#233;tait exact ; mais quand nous le retrouvons ensuite dans le r&#234;ve manifeste, par suite de la condensation de ses facteurs et du transfert de ses op&#233;rations sur d'autres mat&#233;riaux, il donne les r&#233;sultats les plus extravagants. Les discours m&#234;mes que nous rencontrons dans le contenu du r&#234;ve ne sont jamais des discours originaux, ce sont des mosa&#239;ques o&#249; l'on retrouve toutes sortes de fragments emprunt&#233;s &#224; des discours que le dormeur peut avoir prononc&#233;s, entendus ou lus ; la m&#233;moire a conserv&#233; ces fragments, le r&#234;ve les reproduit litt&#233;ralement, mais il a oubli&#233; leur sujet et en transforme le sens de la fa&#231;on la plus surprenante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre ne serait-il pas inutile d'appuyer ces derni&#232;res r&#232;gles de quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.	Voici le r&#234;ve d'une de mes malades ; c'est un r&#234;ve bien ordonn&#233; et, &#224; premi&#232;re vue, parfaitement inoffensif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dame va au march&#233; en compagnie de sa cuisini&#232;re, qui porte le panier. Elle fait sa commande au boucher, celui-ci r&#233;pond : &#171; Cela ne se trouve plus &#187;, et veut lui donner un autre morceau qui, dit-il, est de m&#234;me qualit&#233; ; mais elle refuse et se tourne vers la marchande de l&#233;gumes. Cette femme lui offre un l&#233;gume d'aspect singulier, noir&#226;tre et li&#233; par bottes. &#171; Je ne veux pas voir cela, dit-elle, je n'en prendra pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase : &#171; Cela ne se trouve plus &#187; a son origine dans ma consultation. J'avais dit moi-m&#234;me &#224; la malade, quelques jours auparavant, que les souvenirs de la toute premi&#232;re enfance ne se retrouvent plus comme tels, mais qu'on les rencontre encore transpos&#233;s, dans les r&#234;ves. C'est donc moi que le boucher repr&#233;sente ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde phrase : &#171; Je ne veux pas voir cela &#187;, appartient &#224; une autre association d'id&#233;es. Cette dame avait grond&#233; la veille sa cuisini&#232;re, la m&#234;me qui joue un r&#244;le dans le r&#234;ve, et lui avait dit : &#171; Conduisez-vous convenablement ; je ne veux pas voir cela&#8230; &#187;, c'est-&#224;-dire : je n'autorise pas, je ne veux pas voir une pareille conduite. La partie la plus insignifiante de ce discours a subi un d&#233;placement qui l'a fait appara&#238;tre dans le contenu du r&#234;ve. Dans les id&#233;es de r&#234;ve, l'autre partie seule jouait un r&#244;le, car, voici ce qui s'est pass&#233; : le travail du r&#234;ve a transform&#233; de mani&#232;re &#224; la rendre m&#233;connaissable et parfaitement innocente une situation qui n'existait que dans l'imagination de la dormeuse et o&#249; je me conduisais envers cette dame de fa&#231;on en quelque sorte inconvenante. Et cette situation imaginaire n'est &#224; son tour que le d&#233;calque d'une situation o&#249; la malade s'est r&#233;ellement trouv&#233;e &#224; une &#233;poque tr&#232;s ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un r&#234;ve tr&#232;s insignifiant en apparence, o&#249; nous voyons appara&#238;tre des chiffres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une personne r&#234;ve qu'elle veut effectuer un paiement quel-conque ; sa fille lui prend la bourse des mains et en tire 3 flo-rins 65 kreuzer. Alors elle lui dit : &#171; Que fais-tu ? Cela ne co&#251;te que 21 kreuzer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette personne est &#233;trang&#232;re. Elle a mis sa fille dans un institut de demoiselles &#224; Vienne et compte se soumettre &#224; mon traitement tant que l'enfant restera dans cette ville. La veille du r&#234;ve, la directrice du pensionnat lui a demand&#233; si elle ne se d&#233;ciderait pas &#224; lui laisser sa fille un an de plus, ce qui prolongerait &#233;galement d'un an son traitement chez moi. Pour trouver le sens des chiffres du r&#234;ve il faut se souvenir que &#171; le temps c'est de l'argent &#187;. Une ann&#233;e repr&#233;sente 365 jours. Exprim&#233; en kreuzer cela fait 365 kreuser, ou 3 florins 65 kreuzer. Les 21 kreuzer correspondent aux 3 semaines qui s&#233;paraient encore &#224; ce moment le jour du r&#234;ve de la fin des cours et de la fin du traitement chez moi. Il est visible que ce sont des consid&#233;rations d'argent qui ont d&#233;cid&#233; cette dame &#224; refuser la proposition de la directrice, et ce sont elles aussi qui d&#233;terminent le peu d'importance de la somme pay&#233;e en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II.	Une jeune femme, mari&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es, apprend qu'une de ses connaissances qui est &#224; peu pr&#232;s de son &#226;ge, Mlle &#201;lise L., vient de se fiancer. La nuit suivante, elle r&#234;ve qu'elle se trouve au th&#233;&#226;tre avec son mari. &#192; l'orchestre, bon nombre de places sont encore inoccup&#233;es. Le mari ra-conte qu'&#201;lise L. et son fianc&#233; avaient l'intention de venir, mais qu'il ne restait que des places &#224; 1 florin 50 kreuzer les trois et qu'ils les ont jug&#233;es inacceptables. Elle r&#233;pond avec le malheur n'est pas grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous int&#233;resse ici c'est de savoir comment les chiffres tirent leur origine des id&#233;es latentes du r&#234;ve, et quelle transformation ils ont subie. D'o&#249; vient la somme 1 florin 50 kreuzer ? Elle vient d'une circonstance insignifiante de la veille : la belle-s&#339;ur de cette dame avait re&#231;u de son mari un cadeau de 150 florins et s'&#233;tait d&#233;p&#234;ch&#233;e de les d&#233;penser pour s'acheter un bijou. Remarquons que 150 florins repr&#233;sentent cent fois plus que 1 florin 50 kreuzer. Pour le chiffre 3 qui accompagne le prix des billes de th&#233;&#226;tre, nous ne trouvons qu'une seule association : la fianc&#233;e, &#201;lise L., est de trois mois plus jeune que son amie. La situation du r&#234;ve reproduit une petite aventure qui a &#233;t&#233; plus d'une fois motif &#224; taquineries entre les &#233;poux : la jeune femme s'&#233;tait d&#233;p&#234;ch&#233;e de prendre &#224; l'avance des billets de th&#233;&#226;tre et avait fait son entr&#233;e dans la salle de spectacle quand tout un c&#244;t&#233; de l'orchestre &#233;tait encore inoccup&#233;. Il aurait donc &#233;t&#233; inutile de tant se d&#233;p&#234;cher. Remarquons enfin que ce r&#234;ve renferme une absurdit&#233; : le fait de deux personnes prenant trois cartes d'entr&#233;e pour le th&#233;&#226;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es latentes du r&#234;ve sont &#233;videmment celles-ci : &#171; Ai-je &#233;t&#233; sotte de me marier su jeune ! Quel besoin ai-je eu de tant me d&#233;p&#234;-cher ? Je vois bien par l'exemple d'&#201;lise que j'aurais toujours fini par trouver un mari, je n'avais qu'&#224; attendre, j'en aurais trouv&#233; un cent fois meilleur (mari, ou bijou). Pour cet argent (la dot) j'aurais pu m'en acheter trois ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'expos&#233; que nous venons de faire des proc&#233;d&#233;s de travail du r&#234;ve, on pourrait &#234;tre tent&#233; de regarder ce travail comme un processus psychique sp&#233;cial auquel rien, &#224; notre connaissance, ne pourrait &#234;tre compar&#233; ; et peut-&#234;tre &#233;veillera-t-il en nous un peu de l'&#233;tonnement superstitieux que son produit, le r&#234;ve lui-m&#234;me, u a de tous temps &#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le travail du r&#234;ve n'est que le premier et le mieux &#233;tudi&#233; d'une s&#233;rie de processus psychiques, ceux, notamment, auxquels se ram&#232;ne la production des sympt&#244;mes hyst&#233;riques, angoisses, obsessions, d&#233;mences, etc. Tous ces processus pr&#233;sentent &#233;galement les caract&#232;res de la condensation et du d&#233;placement, de ce dernier surtout ; tandis que le remaniement en vue d'une repr&#233;sentation sensorielle demeure sp&#233;cial au travail du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc le processus du r&#234;ve est le m&#234;me que celui qui donne lieu aux images morbides, il n'en sera que plus int&#233;ressant de d&#233;terminer les conditions dans lesquelles il se produit. Nous ne serons pas m&#233;diocrement surpris d'apprendre qu'il peut exister sans le concours du sommeil et sans celui de la maladie, et que bon nombre de ph&#233;nom&#232;nes qui appartiennent &#224; la vie quotidienne des sujets normaux, oublis, lapsus de parole et de conduite, sont forg&#233;s par le m&#234;me m&#233;canisme psychique que le r&#234;ve et que tous les sympt&#244;mes morbides d&#233;sign&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#339;ud du probl&#232;me r&#233;side dans le processus du d&#233;placement, celui, nous semble-t-il, qui m&#233;rite entre tous le plus d'attention. Pour conna&#238;tre la condition essentielle du d&#233;placement, il est indispensable que l'on aborde le probl&#232;me d'un point de vue purement psychologique ; on verra alors que ce ph&#233;nom&#232;ne se produit uniquement sous l'empire de la n&#233;cessit&#233;, et pour le comprendre il importera de s'attacher &#224; certaines difficult&#233;s auxquelles &#233;chappera difficilement celui qui &#233;tudie les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, au d&#233;but de ce travail, j'ai donn&#233; un de mes r&#234;ves en exemple d'analyse, j'ai d&#251; interrompre l'inventaire de mes id&#233;es latentes parce qu'il s'en trouvait parmi elles que je pr&#233;f&#233;rais garder secr&#232;tes, que je ne pouvais pas communiquer sans manquer gravement &#224; certaines convenances. J'ai ajout&#233; qu'il ne servirait &#224; rien de remplacer cette analyse par une autre, car, quel que soit le r&#234;ve choisi, f&#251;t-il le plus obscur de tous et le plus embrouill&#233;, je me heurtais en fin de compte &#224; des pens&#233;es latentes que je ne pourrais r&#233;v&#233;ler sans indiscr&#233;tion. Toutefois, quand, apr&#232;s avoir &#233;cart&#233; les t&#233;moins de ces d&#233;bats intimes, j'ai poursuivi l'analyse &#224; part moi, j'ai rencontr&#233; des pens&#233;es qui m'ont profond&#233;ment &#233;tonn&#233;. Je ne me les connaissais pas ; elles me semblaient non seulement &#233;trang&#232;res, mais p&#233;nibles ; je les repoussais de toutes mes forces et cependant je sentais qu'elles m'&#233;taient impos&#233;es par la logique inflexible des id&#233;es latentes. Je ne puis m'expliquer cet &#233;tat de choses que d'une mani&#232;re, en admettant que ces pens&#233;es ont r&#233;ellement exist&#233; en moi, qu'elles y poss&#233;daient une certaine intensit&#233; ou &#233;nergie psychique, mais qu'elles se trouvaient &#224; mon &#233;gard dans une situation psychologique sp&#233;ciale qui m'emp&#234;chait d'en prendre conscience. Cette situation sp&#233;ciale, je la d&#233;nomme &#233;tat de refoulement. Je reconnais alors qu'entre l'obscurit&#233; du r&#234;ve manifeste et l'&#233;tat de refoulement des id&#233;es latentes - autrement dit, la r&#233;pugnance que j'&#233;prouve &#224; prendre conscience de ces id&#233;es -, il existe une relation de cause &#224; effet ; et j'en conclus que si le r&#234;ve est obscur, c'est par n&#233;cessit&#233; et pour ne pas trahir certaines id&#233;es latentes que ma conscience d&#233;sapprouve. Ainsi s'explique le travail de d&#233;formation qui est pour le r&#234;ve comme un v&#233;ritable d&#233;guisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait assez int&#233;ressant, dans le r&#234;ve que j'ai propos&#233; &#224; l'analyse, de chercher laquelle d'entre mes pens&#233;es se pr&#233;sente sous un d&#233;guisement par crainte d'exciter trop vivement ma r&#233;probation, si elle se montrait sans voiles. Je sais que la course dont j'ai parl&#233;, cette course gratuite en voiture, m'en a rappel&#233; d'autres plus co&#251;teuses en compagnie d'une personne de ma famille, et que la signification du r&#234;ve semblait &#234;tre : &#171; Je voudrais conna&#238;tre un amour d&#233;sint&#233;ress&#233; &#187; Or, peu de temps avant de faire ce r&#234;ve j'avais d&#233;pens&#233; une forte somme d'argent pour la personne en question. Devant cette association d'id&#233;es, je suis contraint de m'avouer que je regrette d'avoir fait cette d&#233;pense. Ce n'est que par l'aveu d'un pareil sentiment que j'arriverai &#224; comprendre ce que signifie, dans mon r&#234;ve, le d&#233;sir d'un amour qui n'occasionne pas de d&#233;pense. Pourtant, je puis le dire en toute sinc&#233;rit&#233;, je n'ai pas h&#233;sit&#233; un instant &#224; d&#233;penser cette somme ; le regret que j'en &#233;prouve fait partie d'un courant qui n'a pas effleur&#233; ma conscien-ce. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Ceci est une autre question, qui nous m&#232;nerait trop loin. La r&#233;ponse que j'y pourrais faire appar-tient &#224; une autre association d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'analyse, au lieu d'un r&#234;ve qui m'est propre, le r&#234;ve d'une personne &#233;trang&#232;re, j'arriverai &#224; des constatations semblables ; seuls, mes moyens de contr&#244;le seront quelque peu diff&#233;rents. Si le r&#234;ve &#224; d&#233;velopper est celui d'un sujet normal, c'est en lui d&#233;montrant l'encha&#238;nement des pens&#233;es du r&#234;ve que je l'am&#232;nerai &#224; reconna&#238;tre ses id&#233;es refoul&#233;es ; et encore sera-t-il toujours libre de les nier. Mais s'il s'agit d'un malade nerveux, d'un hyst&#233;rique par exemple, il faudra, pour l'amener &#224; la reconnaissance des id&#233;es refoul&#233;es, lui montrer la relation qui existe entre celles-ci et les sympt&#244;mes de sa maladie et insister sur ce point que son &#233;tat s'est am&#233;lior&#233; d&#232;s que les id&#233;es refoul&#233;es se sont substitu&#233;es aux sympt&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de cette jeune femme qui m'a racont&#233; le r&#234;ve des trois billets de th&#233;&#226;tre pour 1 florin 50 kreuzer. L'analyse de ses id&#233;es latentes montre qu'elle ne fait aucun cas de son mari, qu'elle aimerait mieux ne l'avoir pas &#233;pous&#233;, qu'elle le verrait sans regret remplac&#233; par un autre. Il est vrai qu'elle pr&#233;tend l'aimer ; elle n'admet pas que le m&#233;pris o&#249; elle le tient (&#171; un autre pourrait &#234;tre cent fois meilleur ! &#187;) porte la moindre atteinte &#224; sa vie sentimentale ; pourtant, tous ses sympt&#244;mes conduisent &#224; la m&#234;me solution que ce r&#234;ve ; et il suffit qu'on r&#233;veille en elle les souvenirs refoul&#233;s d'une &#233;poque &#224; laquelle elle &#233;tait parfaitement consciente de ne pas aimer son mari pour qu'aussit&#244;t les sympt&#244;mes soient r&#233;solus, et que la malade cesse de protester contre mon interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion du refoulement &#233;tant &#233;tablie, de m&#234;me que les relations qui existent entre la d&#233;formation du r&#234;ve et le mat&#233;riel psychique refoul&#233;, il nous devient possible de r&#233;sumer d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les principales conclusions que nous avons tir&#233;es de nos recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que les r&#234;ves intelligents et raisonnables sont la r&#233;alisation non d&#233;guis&#233;e d'un d&#233;sir ; en d'autres termes, que le d&#233;sir dont ils nous montrent la r&#233;alisation concr&#232;te est un d&#233;sir reconnu par la conscience, insatisfait dans la vie quotidienne, mais parfaitement digne d'int&#233;r&#234;t. L'analyse des r&#234;ves confus et inintelligibles nous enseigne quelque chose d'analogue : le fondement de ces r&#234;ves est aussi un d&#233;sir r&#233;alis&#233;, d&#233;sir que les id&#233;es latentes nous r&#233;v&#232;lent d'autre part ; seulement, la repr&#233;sentation en est obscure ; pour l'&#233;claircir il faut avoir recours &#224; l'analyse et celle-ci nous montrera tant&#244;t un d&#233;sir refoul&#233; et inconscient, tant&#244;t un d&#233;sir intimement uni &#224; des pens&#233;es refoul&#233;es et pour ainsi dire port&#233; par celles-ci. Nous pouvons caract&#233;riser ces r&#234;ves en disant qu'ils sont les r&#233;alisations voil&#233;es de d&#233;sirs refoul&#233;s. Remarquons en outre, ce qui est assez int&#233;ressant, que la sagesse populaire a raison quand elle pr&#233;tend que les r&#234;ves pr&#233;disent l'avenir. C'est bien en r&#233;alit&#233; l'avenir que le r&#234;ve nous montre, non pas tel qu'il se r&#233;alisera, mais tel que nous souhaitons le voir r&#233;alis&#233; ; et l'&#226;me populaire fait en cela ce qu'elle a coutume de faire ailleurs : elle croit ce qu'elle d&#233;sire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves, au point de vue des r&#233;alisations de d&#233;sirs, peuvent se diviser en trois cat&#233;gories : Nous avons en premier lieu le r&#234;ve qui repr&#233;sente sans d&#233;guisement un d&#233;sir non refoul&#233;. C'est le r&#234;ve du type infantile, il devient de plus en plus rare &#224; mesure que l'enfant avance en &#226;ge. En second lieu nous avons le r&#234;ve qui repr&#233;sente, d&#233;guis&#233;, un d&#233;sir refoul&#233;. La majorit&#233; de nos r&#234;ves rel&#232;vent de ce type et c'est pourquoi ils ne peuvent &#234;tre compris sans analyse. Enfin vient le r&#234;ve qui exprime un d&#233;sir refoul&#233; mais ne le d&#233;guise pas ou le d&#233;guise trop peu. Ce dernier r&#234;ve, est toujours accompagn&#233; d'une sensation d'angoisse qui le force &#224; s'interrompre et qui semble bien &#234;tre l'&#233;quivalent du travail de travestissement puisque dans les r&#234;ves de la deuxi&#232;me cat&#233;gorie, c'est gr&#226;ce &#224; ce travail que l'angoisse a &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e au dormeur. Il serait facile de d&#233;montrer que la situation de r&#234;ve qui cause l'angoisse n'est autre chose qu'un ancien d&#233;sir non r&#233;alis&#233; et depuis longtemps refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les r&#234;ves intelligibles il s'en trouve dont le contenu est p&#233;nible et qui pourtant n'&#233;veillent chez le dormeur aucun sentiment d'angoisse. On ne peut pas les mettre en rang des r&#234;ves d'angoisse, et ils servent d'argument &#224; ceux qui veulent d&#233;nier toute signification et toute valeur aux manifestations du r&#234;ve. Il nous suffira d'un exemple pour montrer que ces r&#234;ves ne sont autre chose que des r&#233;alisations voil&#233;es de d&#233;sirs refoul&#233;s, et appartiennent nettement &#224; la deuxi&#232;me cat&#233;gorie. Nous y verrons aussi avec quel art ing&#233;nieux le travail de d&#233;placement s'emploie &#224; d&#233;guiser le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune fille r&#234;ve que le second enfant de sa s&#339;ur vient de mourir et qu'elle se trouve devant le cercueil exactement comme elle s'est trouv&#233;e, quelques ann&#233;es auparavant, devant celui du premier-n&#233; de la m&#234;me famille. Ce spectacle ne lui inspire pas le moindre chagrin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune fille se refuse naturellement &#224; voir interpr&#233;ter son r&#234;ve dans le sens d'un d&#233;sir secret. Telle n'est pas non plus notre interpr&#233;tation. Mais il y a ceci qu'aupr&#232;s du cercueil du premier enfant elle s'est rencontr&#233;e avec l'homme qu'elle aime ; elle lui a parl&#233; ; depuis ce moment, elle ne l'a plus jamais revu. Nul doute que, si le second enfant mourait, elle ne rencontr&#226;t de nouveau cet homme dans la maison de sa s&#339;ur. Elle se r&#233;volte contre cette hypoth&#232;se, mais elle en souhaite ardemment la cons&#233;quence, la rencontre de l'homme aim&#233;. Et le jour qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le r&#234;ve elle avait pris une carte d'entr&#233;e pour une conf&#233;rence o&#249; elle esp&#233;rait le voir. Le r&#234;ve est donc un simple r&#234;ve d'impatience, comme il s'en produit avant un voyage, avant une soir&#233;e au th&#233;&#226;tre, dans l'attente de n'importe quel plaisir. Mais il faut dissimuler &#224; la jeune fille son propre d&#233;sir ; alors, &#224; l'un des aspects de la situation, il s'en substitue un autre, aussi impropre que possible &#224; inspirer la joie qui persiste. Remarquons encore que l'&#233;l&#233;ment affectif du r&#234;ve ne s'adapte qu'&#224; son contenu latent, &#224; celui qui a &#233;t&#233; refoul&#233; ; et cette id&#233;e latente &#233;tant celle d'une rencontre ardemment souhait&#233;e, elle ne peut pas s'associer &#224; un sentiment de tristesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque les philosophes jusqu'ici n'ont pas eu l'occasion de s'occuper d'une philosophie du refoulement, nous croyons n&#233;cessaire, dans ce premier contact avec le myst&#233;rieux probl&#232;me de la formation du r&#234;ve, d'en tenter une exposition aussi claire que possible. Nous nous sommes aid&#233;, pour notre sch&#233;ma, d'autres &#233;tudes que de celle du r&#234;ve, - et s'il peut para&#238;tre d'abord un peu compliqu&#233;, il nous a sembl&#233; d'autre part qu'aucune de ces complications n'&#233;tait superflue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous admettons que, dans notre appareil psychique, il existe deux fonctions cr&#233;atrices de pens&#233;e. La seconde de ces fonctions poss&#232;de ce privil&#232;ge, que tous ses produits deviennent imm&#233;diatement part de la conscience ; tandis que l'activit&#233; de la premi&#232;re reste inconsciente ou bien n'atteint la conscience que par l'interm&#233;diaire de la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la limite de s&#233;paration entre ces deux fonctions, au point m&#234;me o&#249; la premi&#232;re rejoint la seconde, il existe une censure qui ne laisse passer que ce qui lui est agr&#233;able, et rejette le reste. Les produits rejet&#233;s par la censure se trouvent alors, pour employer notre propre expression, en &#233;tat de refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans certaines conditions, pendant le sommeil, qui am&#232;ne une sorte de rel&#226;chement de la censure, les activit&#233;s r&#233;ciproques des deux fonctions ne sont plus les m&#234;mes ; les produits refoul&#233;s ne peuvent plus &#234;tre rejet&#233;s enti&#232;rement, et r&#233;ussissent &#224; se frayer un chemin jusqu'&#224; la conscience. Toutefois, comme la censure peut bien &#234;tre affaiblie, mais qu'elle n'est jamais abolie, il faut, pour &#234;tre admis dans la conscience, que les objets refoul&#233;s soient d&#233;guis&#233;s de telle sorte qu'ils perdent leur caract&#232;re rebutant ; et ce qui p&#233;n&#232;tre alors dans la conscience c'est un compromis entre les tendances de la premi&#232;re fonction et les scrupules de la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici, abstraction faite des images du r&#234;ve, que le refoulement, le rel&#226;chement de la censure et l'acceptation d'un compromis sont pr&#233;cis&#233;ment au fond de tout processus concourant &#224; la formation d'une image psychopathique ; et qu'&#224; la formation de ce compromis concourent pr&#233;cis&#233;ment les processus de condensation, de d&#233;placement, voire d'ordonnance provisoire et superficielle que nous avons &#233;tudi&#233;s dans le travail du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cherchons pas &#224; dissimuler qu'une sorte de d&#233;monologie intervient largement dans l'expos&#233; ci-dessus. Il nous a sembl&#233; en effet que le processus de formation du r&#234;ve obscur ressemble &#224; l'effort que ferait un subordonn&#233; pour glisser subrepticement une parole qu'il saurait devoir d&#233;plaire &#224; son chef. Nous sommes parti de cette comparaison pour &#233;tablir le processus du travestissement du r&#234;ve et celui de la censure, et nous nous sommes efforc&#233; de traduire, notre impression par une th&#233;orie psychologique encore fruste, mais aussi claire que possible. Nous esp&#233;rons qu'un examen plus approfondi du sujet permettra d'identifier les deux fonctions que nous avons qualifi&#233;es de &#171; premi&#232;re&#171; et de &#171; seconde &#187;, et de d&#233;couvrir des corr&#233;lations qui confirment ce que nous avons &#233;tabli a priori : l'antagonisme de deux fonctions dont l'une garde l'entr&#233;e de la conscience et peut en exclure l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'&#233;tat de sommeil est vaincu, la censure reprend ses droits, et fait table rase de tout ce qui lui a &#233;t&#233; impos&#233; pendant sa p&#233;riode d'impuissance. Ce qui confirme notre hypoth&#232;se, c'est la rapidit&#233; avec laquelle le r&#234;ve s'efface de la m&#233;moire, et aussi une exp&#233;rience qu'il m'est arriv&#233; de faire fr&#233;quemment : Pendant que nous racontons un de nos r&#234;ves ou que nous le soumettons &#224; l'analyse, il se peut qu'un d&#233;tail que nous avions compl&#232;tement oubli&#233; surgisse &#224; l'improviste ; et presque toujours, ce d&#233;tail arrach&#233; &#224; l'oubli repr&#233;sente la voie la plus courte et la plus s&#251;re pour p&#233;n&#233;trer le sens latent du r&#234;ve. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'il aurait d&#251; succomber &#224; l'oubli, qui repr&#233;sente l'effort supr&#234;me de la censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous admettons que le contenu du r&#234;ve repr&#233;sente un d&#233;sir r&#233;alis&#233;, et si l'obscurit&#233; de son contenu est l'&#339;uvre de la censure qui modifie et travestit les mat&#233;riaux refoul&#233;s, il nous devient ais&#233; de d&#233;terminer la fonction du r&#234;ve. &#192; l'inverse de ce qui est admis par l'opinion courante qui veut voir dans le r&#234;ve le perturbateur du sommeil, nous arrivons &#224; cette singuli&#232;re conclusion que le r&#234;ve sert au sommeil de gardien. Le r&#234;ve enfantin nous fournira ici la meilleure d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de sommeil, ou passage psychique de veille au sommeil, est amen&#233; chez l'enfant par une sensation de fatigue &#224; laquelle vient se joindre certaine contrainte ext&#233;rieure ; car, pour lui faciliter ce passage, on &#233;carte de lui toutes les excitations qui pourraient d&#233;tourner son esprit de l'id&#233;e du sommeil. On sait comment &#233;carter les excitations du dehors, mais comment pourrions-nous r&#233;duire au silence tous ces d&#233;sirs qui occupent l'&#226;me de l'enfant et le tiennent &#233;veill&#233; ? Voyez une m&#232;re qui cherche &#224; endormir son enfant : celui-ci ne cesse pas de r&#233;clamer soit un baiser, soit un jouet, mais on ne contente ses d&#233;sirs qu'en partie, ou en remet, d'autorit&#233;, la r&#233;alisation au lendemain. Il est clair que tous ces mouvements qui agitent l'enfant sont des obstacles &#224; son sommeil. Qui ne conna&#238;t la joyeuse histoire du m&#233;chant gar&#231;on qui, s'&#233;veillant la nuit, se met &#224; hurler pour faire venir le rhinoc&#233;ros ? Un enfant sage, au lieu de hurler, aurait r&#234;v&#233; qu'il voyait le rhinoc&#233;ros et jouait avec lui. Le r&#234;ve, qui montre &#224; l'enfant son d&#233;sir r&#233;alis&#233;, trouv&#233; cr&#233;dit aupr&#232;s de lui pendant son sommeil ; le d&#233;sir &#233;tant satisfait le sommeil continue. Il va sans dire que si l'enfant ajoute foi &#224; son image de r&#234;ve, c'est que celle-ci rev&#234;t les formes de la vraisemblance manque encore de la facult&#233; qu'il aura acquise plus tard de discerner son imagination et ses hallucinations d'avec la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adulte, lui, a appris &#224; faire cette distinction. Il a compris de m&#234;me qu'il est inutile de former des souhaits et sait par exp&#233;rience qu'il vaut mieux contenir ses ambitions jusqu'au moment o&#249;, par des voies d&#233;tourn&#233;es et gr&#226;ce &#224; des circonstances plus favorables, il leur sera permis de se satisfaire. Il en r&#233;sulte que dans le sommeil de l'adulte les r&#233;alisations directes de d&#233;sirs se pr&#233;sentent rarement, peut-&#234;tre m&#234;me jamais, et que le r&#234;ve adulte qui nous para&#238;t &#234;tre du type infantile se r&#233;v&#232;le &#224; l'examen comme un probl&#232;me infiniment compliqu&#233;. C'est pourquoi, chez l'adulte - chez tout adulte normal sans exception - il se produit une diff&#233;renciation des mat&#233;riaux psychiques qui n'existe pas chez l'enfant. Une fonction se r&#233;alise en lui, fonction qui s'alimente de l'exp&#233;rience de la vie et exerce jalousement sur tous ses mouvements d'&#226;me une influence de r&#233;pression et d'inhibition. Par ses rapports avec la conscience et avec l'activit&#233; volontaire, cette fonction est investie d'un pouvoir consid&#233;rable sur toute la vie psychique de l'adulte ; or, elle condamne comme impropres et superflues beaucoup de tendances infantiles, mettant ainsi en &#233;tat de refoulement toutes les mani&#232;res de penser et de sentir qui d&#233;rivent de ces tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s le moment que cette fonction, dans laquelle nous reconnaissons notre moi normal, c&#232;de &#224; la n&#233;cessit&#233; du sommeil, nous le voyons forc&#233;e par les conditions psychophysiologiques o&#249; se produit celui-ci de rel&#226;cher sa surveillance et d'opposer une &#233;nergie tr&#232;s r&#233;duite &#224; l'intrusion des mat&#233;riaux refoul&#233;s. Ce rel&#226;chement en soi importe peu, il n'y a aurait pas grand mal &#224; ce que les tendances infantiles refoul&#233;es se donnassent momentan&#233;ment carri&#232;re. Seulement, tant que durera le sommeil, elles ne trouveront d'issue ni dans la pens&#233;e consciente ni dans l'activit&#233; motrice ; elles ne peuvent donc que devenir un danger pour le sommeil, et c'est &#224; ce danger qu'il s'agit de parer. Il nous faut admettre ici qu'aux heures m&#234;mes o&#249; nous sommes profon-d&#233;ment endormis une certaine somme d'attention libre reste disponible ; elle fait office de veilleur pour le cas o&#249; il y aurait int&#233;r&#234;t pour nous &#224; interrompre notre somme ; comment expliquer sans cela que &#8211; comme le fait observer le v&#233;n&#233;rable physiologiste Burdach- chacun de nous pendant son sommeil reste sensible &#224; certaines excitations sensorielles qui le touchent sp&#233;cialement : la m&#232;re au vagissement de son enfant, le meunier &#224; un arr&#234;t du bruit de son moulin, et tous les hommes en g&#233;n&#233;ral &#224; l'appel de leur nom ? Cette attention toujours en &#233;veil se tourne aussi vers les excitations internes produites par les d&#233;sirs refoul&#233;s, et, de celles-ci, elle fait le r&#234;ve, c'est-&#224;-dire, comme nous l'avons dit plus haut, un compromis qui satisfait &#224; la fois deux tendances. Le r&#234;ve est en quelque sorte le d&#233;charge psychique d'un d&#233;sir en &#233;tat de refoulement, puisqu'il pr&#233;sente ce d&#233;sir comme r&#233;alis&#233; ; et il satisfait du m&#234;me coup l'autre tendance en permettant au dormeur de poursuivre son somme. Notre &#171; moi &#187; se conduit en cela comme un enfant, il aime mieux croire aux images du r&#234;ve : &#171; Oui, oui &#187;, semble-t-il dire, &#171; tu as raison, mais laisse-moi dormir. &#187; Le jugement m&#233;prisant que nous portons &#224; l'&#233;tat de veille sur le r&#234;ve, sur son incoh&#233;rence et son manque de logique, c'est le m&#234;me sans doute que porte notre &#171; moi &#187; endormi sur les produits du refoulement ; m&#233;pris d'autant mieux fond&#233;, que ces perturbateurs du sommeil n'arrivent pas &#224; nous mettre en mouvement. Nous en restons conscients pendant notre sommeil m&#234;me, car quand les images du r&#234;ve s'affranchissent par trop de la censure nous pensons : &#171; Bah ! Ce n'est qu'un r&#234;ve ! &#187; et nous continuons &#224; dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous objectera qu'il y a des cas, par exemple celui du r&#234;ve d'angoisse, o&#249; le r&#234;ve est impuissant &#224; pr&#233;server le sommeil. Mais il faut en conclure simplement que le r&#234;ve est investi de deux fonctions dont la seconde est d'interrompre le sommeil quand il le faut. Il est comparable en cela au veilleur de nuit consciencieux, dont le devoir est tout d'abord de faire taire les bruits qui pourraient &#233;veiller la population ; mais qui n'h&#233;site pas &#224; remplir le devoir oppos&#233; et &#224; mettre tout le monde sur pied quand les bruits deviennent inqui&#233;tants et qu'&#224; lui tout seul il n'en peut plus venir &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette seconde fonction du r&#234;ve nous devient surtout claire quand nous consid&#233;rons, sur une personne endormie, l'effet des excitations sensorielles. On sait que les excitations sensorielles. On sait que les excitations venues du dehors influencent g&#233;n&#233;ralement le contenu du r&#234;ve ; la preuve exp&#233;rimentale en a &#233;t&#233; faite ; elle appartient &#224; ce petit nombre de recherches que les m&#233;decins ont pratiqu&#233;es sur le r&#234;ve, et auxquelles on a, malheureusement, attach&#233; une importance exag&#233;r&#233;e. Ici encore, nous nous trouvons en pr&#233;sence d'une &#233;nigme : la personne endormie, soumise par l'exp&#233;rimentateur &#224; une excitation quelconque, ne reconna&#238;t pas en r&#234;ve cette excitation, elle ne fait que la traduire, l'interpr&#233;ter&#8230; et comment se d&#233;termine son choix entre tant de formes possibles d'interpr&#233;tation ? Ce choix ne peut que nous sembler arbitraire, et nous savons d'autre part que l'arbitraire psychique n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dormeur, en effet, a plusieurs moyens de r&#233;agir contre toute excitation sensorielle venue du dehors. Il peut s'&#233;veiller, il peut aussi parvenir &#224; prolonger son sommeil, et dans ce dernier cas, il y parvient encore par les moyens les plus vari&#233;s. S'il r&#234;ve, par exemple, qu'il se trouve dans une situation incompatible avec le trouble ext&#233;rieur, il parviendra &#224; vaincre celui-ci ; c'est la situation du dormeur qui, souffrant d'un abc&#232;s douloureux au p&#233;rin&#233;e, r&#234;va qu'il montait &#224; cheval ; le cataplasme destin&#233; &#224; lui all&#233;ger la douleur devint la selle de sa monture, et, de cette fa&#231;on, il continua &#224; dormir. On peut aussi, ce qui est le cas le plus fr&#233;quent, faire entrer l'excitation per&#231;ue en r&#234;ve dans une association d'images appartenant &#224; un d&#233;sir refoul&#233; qui veut se r&#233;aliser. L'excitation perd aussit&#244;t sa r&#233;alit&#233; et s'incorpore au mat&#233;riel psychique du dormeur. C'est ainsi qu'il arrive &#224; un de mes amis de r&#234;ver qu'il r&#233;cite une com&#233;die, r&#233;alisation d'une id&#233;e qui lui est ch&#232;re. On est au th&#233;&#226;tre, le premier acte se d&#233;roule avec succ&#232;s, un tonnerre d'applaudissement &#233;clate&#8230; Et ici, le dormeur doit avoir r&#233;ussi &#224; prolonger son sommeil, car quand il s'&#233;veilla il n'entendit plus le moindre bruit et supposa, ce qui se montra vrai par la suite, qu'on avait battu des tapis dans le voisinage. Tous les r&#234;ves qui se manifestent imm&#233;diatement avant le r&#233;veil par un vacarme quelconque ne sont que des efforts pour nier le bruit perturbateur, lui donner une autre interpr&#233;tation et gagner encore quelques instants de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet les exigences de la censure comme cause principale de la d&#233;formation du r&#234;ve, on ne verra rien d'&#233;tonnant au fait que presque tous les r&#234;ves des adultes se ram&#232;nent &#224; l'analyse &#224; des d&#233;sirs &#233;rotiques. Nous ne parlons pas ici des r&#234;ves commun&#233;ment d&#233;crits sous le nom de &#171; r&#234;ves sexuels &#187;, et qui pr&#233;sentent des images &#233;rotiques d&#233;pouill&#233;es de voiles ; tous ceux qui ont r&#234;v&#233; les connaissent ; ils ne laissent pas d'&#234;tre toujours assez surprenants, soit par le choix des personnes dont ils font des objets de d&#233;sir, soit par l'abolition de toutes les barri&#232;res que l'individu &#233;veill&#233; a soin d'opposer &#224; ses exigences sexuelles, soit enfin par certains d&#233;tails bizarres qui semblent toucher &#224; la perversion. Ce que l'analyse nous apprend, c'est que beaucoup d'autres r&#234;ves qui ne semblent pas &#224; premi&#232;re vue renfermer des pr&#233;occupations &#233;rotiques se r&#233;duisent par le travail d'interpr&#233;tation, &#224; une r&#233;alisation du d&#233;sir sexuel ; et d'autre part, que tels mat&#233;riaux de notre pens&#233;e consciente qui semblent avoir pass&#233; dans le r&#234;ve de la nuit comme &#171; reliquats de la journ&#233;e &#187; n'y sont admis que pour tenir le r&#244;le de figurants dans la repr&#233;sentation des d&#233;sirs &#233;rotiques refoul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer un &#233;tat de choses dont on ne voit pas la n&#233;cessit&#233; th&#233;orique, rappelons qu'il n'est pas de tendances qui aient &#233;t&#233; mieux refoul&#233;es et combattus en nous par la morale et la civilisation, que les tendances sexuelles ; et de plus, que ces tendances, chez la plupart des hommes, savent parfaitement se d&#233;rober &#224; la tyrannie des fonctions psychiques d'un ordre plus &#233;lev&#233;. L'&#233;tude que nous avons faite ailleurs de la sexualit&#233; infantile, de ses manifestations obscures et g&#233;n&#233;ralement incomprises, nous autorise de dire que chez presque, tous les individus civilis&#233;s l'&#233;volution infantile de la vie sexuelle s'est arr&#234;t&#233;e en un point ; par cons&#233;quent, les d&#233;sirs sexuels refoul&#233;s chez l'enfant deviendront plus tard les ressorts multiples et puissants de la formation des r&#234;ves adultes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le r&#234;ve, qui est une manifestation de d&#233;sirs &#233;rotiques, n'offre dans son contenu manifeste aucune trace de sexualit&#233;, une pr&#233;paration secr&#232;te est indispensable. Les mat&#233;riaux des images sexuelles ne pouvant se pr&#233;senter tels quels seront remplac&#233;s dans le contenu du r&#234;ve par des signes, des allusions ou toute autre forme d'expression indirecte ; seulement, &#224; l'inverse de ce qu'on demande g&#233;n&#233;ralement &#224; ces formules, celles du r&#234;ve doivent avant tout n'&#234;tre pas imm&#233;diatement intelligibles. Ainsi s'explique le fait bien connu de la repr&#233;sentation symbolique des id&#233;es de r&#234;ve, fait d'autant plus remarquable, que l'on sait aujourd'hui que tous les songeurs de m&#234;me langue se servent des m&#234;mes symboles ; j'ajouterai m&#234;me que, dans certains cas, la communaut&#233; des symboles s'&#233;tend au-del&#224; de la communaut&#233; des langues. Comme le songeur ignore lui-m&#234;me le sens des symboles qu'il emploie, la question de l'origine de ces symboles et des rapports qu'ils peuvent avoir avec leur objet reste enti&#232;rement obscure ; mais le fait en soi est certain, et ce fait semble de toute premi&#232;re importance pour la technique de l'interpr&#233;tation du r&#234;ve. Il est clair que, pour qui conna&#238;t &#224; fond cette symbolique, le sens du r&#234;ve, de tous ses d&#233;tails et de certains de ses fragments, devient des plus faciles &#224; comprendre sans qu'il soit n&#233;cessaire de faire subir au dormeur un interrogatoire sur ses pens&#233;es de r&#234;ve. Nous nous rapprochons ici de l'id&#233;al populaire d'une part et, d'autre part, de la m&#233;thode ch&#232;re aux peuples primitifs chez qui les images du r&#234;ve s'interpr&#233;taient uniquement par des symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les sp&#233;cialistes de la symbolique du r&#234;ve soient encore loin de conclure, nous pouvons d&#233;j&#224; tenir pour acquises quelques donn&#233;es g&#233;n&#233;rales et un certain nombre de remarques particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des symboles &#224; interpr&#233;tation unique ; ainsi Empereur et Imp&#233;ratrice, Roi et reine, signifient P&#232;re et M&#232;re. Chambre signifie Femme et les portes d'entr&#233;e et de sortie repr&#233;sentent les ouvertu-res naturelles du corps. Les symboles employ&#233;s par le r&#234;ve servent le plus souvent &#224; recouvrir des personnes, des parties du corps ou des actes qui int&#233;ressent la sexualit&#233; ; les organes g&#233;nitaux en particulier utilisent une collection de symboles bizarres, et les objets les plus vari&#233;s entrent dans la composition de ces symboles. Or, nous admettons que des armes pointues, des objets longs et rigides, troncs d'arbres ou cannes, repr&#233;sentent, l'organe masculin, tandis que les armoires, bo&#238;tes, voitures, po&#234;les, remplacent dans le r&#234;ve l'organe f&#233;minin, parce que le motif de cette substitution est facile &#224; comprendre ; mais tous les symboles de r&#234;ve ne renferment pas des allusions aussi transparentes, et quand on nous dit que la cravate est l'organe masculin, le bois le corps f&#233;minin, et que le mouvement ascendant, l'escalier, repr&#233;sente les relations sexuelles, nous demandons &#224; r&#233;fl&#233;chir, tant que la preuve de l'authenticit&#233; de ces symboles n'a pas &#233;t&#233; faite d'autre part. Ajoutons ici que la plupart des symboles de r&#234;ve sont bisexuels et peuvent, selon les circonstances, &#234;tre rapport&#233;s aux organes des deux sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains symboles sont d'un usage g&#233;n&#233;ral et se rencontrent chez tous les songeurs de m&#234;me langue et de m&#234;me formation intellectuelle. D'autres, d'un usage limit&#233;, sont cr&#233;&#233;s par l'individu au fur et &#224; mesure de ses besoins. Il faut distinguer parmi les premiers ceux qui sont destin&#233;s tout naturellement, par l'usage qu'on en fait dans la langue courante, &#224; repr&#233;senter les choses sexuelles ; ceux, par exemple, qui ont trait &#224; la culture : semence, f&#233;condation, etc. Et, en second lieu, ceux dont le rapport avec les choses sexuelles semble dater des &#233;poques primitives et n'a pu na&#238;tre que dans notre inconscient le plus obscur. De toute fa&#231;on et quelle qu'en soit la nature, cette force cr&#233;atrice de symboles n'est pas encore &#233;teinte de nos jours : il est &#224; remarquer que certaines d&#233;couvertes r&#233;centes, comme celle du ballon, ont &#233;t&#233; utilis&#233;es imm&#233;diatement &#224; ce point de vue et sont pass&#233;es au rang des symboles sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ferait erreur toutefois si l'on s'imaginait que gr&#226;ce &#224; une connaissance plus approfondie de la symbolique du r&#234;ve (la Clef des Songes) nous pourrons un jour &#233;viter de questionner le dormeur sur ses pens&#233;es de l'&#233;tat de veille, et revenir aux proc&#233;d&#233;s primitifs de l'Interpr&#233;tation. Car, outre qu'il existe des symboles individuels et, dans l'emploi des symboles g&#233;n&#233;raux, des fluctuations sans nombre, il est impossible de savoir a priori si le contenu manifeste du r&#234;ve doit &#234;tre pris au sens symbolique ou au sens propre. Ce que l'on sait avec certitude, c'est que les mat&#233;riaux ne sont pas tous des symboles. La connaissance des symboles peut nous aider, dans une large mesure, &#224; travers ce qui reste obscur dans le contenu manifeste du r&#234;ve, mais elle ne rend pas inutile l'emploi du proc&#233;d&#233; &#233;nonc&#233; plus haut ; tout au plus nous servira-t-elle de moyen d'investigation dans le cas o&#249; les id&#233;es de r&#234;ve seraient nulles ou insuffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La symbolique du r&#234;ve nous para&#238;t &#233;galement indispensable &#224; l'analyse des r&#234;ves dits &#171; typiques &#187;, communs &#224; tous les hommes, et des r&#234;ves individuels dits &#171; p&#233;riodiques &#187;. Si nous n'avons fait qu'effectuer ici cette int&#233;ressante question de l'expression symbolique du r&#234;ve, c'est que pr&#233;cis&#233;ment par son importance, cette question d&#233;passe le cadre de notre travail ; elle nous conduit bien au-del&#224; du domaine du r&#234;ve dans celui de l'imagination populaire ; nous y verrons le symbole &#224; l'origine des contes ; des mythes et des l&#233;gendes, dans l'esprit comique et dans le folklore ; c'est par lui que nous d&#233;couvrirons des rapports intimes entre le r&#234;ve et ces diverses productions ; mais nous savons qu'il n'est pas cr&#233;&#233; par le travail du r&#234;ve, qu'il n'est autre chose que la forme d'expression de notre pens&#233;e inconsciente et que c'est lui qui fournit &#224; ce travail les mat&#233;riaux &#224; condenser, &#224; d&#233;placer et &#224; dramatiser .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes loin certes d'avoir indiqu&#233; tous les probl&#232;mes qui se posent au sujet du r&#234;ve, ou m&#234;me d'avoir r&#233;solu compl&#232;tement ceux que nous soulevons ici. Les lecteurs que la question int&#233;resse d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale nous les renvoyons au livre de Sancte de Sanctis : I sogni, Turin, 1899. Ceux qui cherchent un expos&#233; plus complet de ma th&#233;orie personnelle du r&#234;ve le trouveront dans mon ouvrage : Die Traumdeutung, Leipzig et Vienne, 1900 . Disons encore dans quelle direction il nous para&#238;t d&#233;sirable que l'on poursuive les &#233;tudes sur le r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tablissant, comme nous venons de le faire, qu'interpr&#233;ter un r&#234;ve consiste &#224; remplacer son contenu manifeste par ses id&#233;es latentes, en d'autres termes, &#224; d&#233;faire la trame qui a &#233;t&#233; ourdie par le travail de r&#234;ve, je pose, d'une part, une s&#233;rie de nouveaux probl&#232;mes psychologiques concernant ce travail, concernant aussi la nature et la formation de ce que j'ai appel&#233; le refoulement ; et d'autre part, j'affirme l'existence des id&#233;es latentes au r&#234;ve, c'est-&#224;-dire de mat&#233;riaux abondants pouvant donner naissance &#224; des formations psychologiques de premier ordre, semblables en tout aux productions normales de l'intelligence mais qui ne peuvent se manifester &#224; la conscience que sous le travestissement du r&#234;ve. Ces id&#233;es latentes existent chez tous les hommes, puisque tous, et m&#234;me les plus normaux, sont sujets &#224; r&#234;ver. C'est &#224; leurs relations avec la conscience et avec le refoulement que se rattachent les questions ult&#233;rieures, de premi&#232;re importance en psychologie, mais dont il faut ajourner la solution au moment o&#249;, par l'analyse, on sera parvenu &#224; &#233;claircir l'origine de quelques autres formations psychopathiques telles que les sympt&#244;mes hyst&#233;riques et les obsessions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La psychanalyse, c'est d'abord et avant tout l'analyse des r&#234;ves par le r&#234;veur ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article3283</link>
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		<dc:date>2013-04-15T00:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La psychanalyse, c'est d'abord et avant tout l'analyse des r&#234;ves par le r&#234;veur ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#234;ve est l'une des interfaces entre l'univers c&#233;r&#233;bral conscient et inconscient mais il est loin d'&#234;tre la seule passerelle entre les deux. En fait, ils sont toujours en interaction et on a des moments d'absence m&#234;me de jour pendant lesquelles l'inconscient domine, par exemple quand on &#233;coute de la musique. Ce n'est pas par hasard qu'on appelle r&#234;veurs ceux qui, le jour, ont l'air d'&#234;tre ailleurs&#8230;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique171" rel="directory"&gt;L'interpr&#233;tation freudienne des r&#234;ves&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/7-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH714/7-2-5754b.jpg?1776395283' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La psychanalyse, c'est d'abord et avant tout l'analyse des r&#234;ves par le r&#234;veur ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve est l'une des interfaces entre l'univers c&#233;r&#233;bral conscient et inconscient mais il est loin d'&#234;tre la seule passerelle entre les deux. En fait, ils sont toujours en interaction et on a des moments d'absence m&#234;me de jour pendant lesquelles l'inconscient domine, par exemple quand on &#233;coute de la musique. Ce n'est pas par hasard qu'on appelle r&#234;veurs ceux qui, le jour, ont l'air d'&#234;tre ailleurs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interpr&#233;ter ses propres r&#234;ves, tout le monde l'a fait un jour ou l'autre. Le faire syst&#233;matiquement, c'est la base m&#234;me de la psychanalyse de Freud comme il l'a lui-m&#234;me expliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit dans &#171; De la psychanalyse &#187; : &lt;i&gt;&#171; L'interpr&#233;tation des r&#234;ves est en r&#233;alit&#233; la voie royale menant &#224; la connaissance de l'inconscient, le fondement le plus s&#251;r de la psychanalyse et le domaine dans lequel tout travailleur (celui qui &#233;tudie en psychanalyse) doit acqu&#233;rir sa conviction et aspirer &#224; sa formation. Quand on me demande comment devenir psychanalyste, je r&#233;ponds : par l'&#233;tude de ses propres r&#234;ves. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rajoute dans &#171; De l'interpr&#233;tation du r&#234;ve &#187; : &lt;i&gt;&#171; J'en suis r&#233;duit &#224; mes propres r&#234;ves comme &#224; un mat&#233;riel abondant et commode, provenant d'une personne &#224; peu pr&#232;s normale et se rapportant &#224; de multiples occasions de la vie quotidienne. On m'opposera s&#251;rement les doutes quant &#224; la fiabilit&#233; de telles &#171; auto-analyses &#187;. L'arbitraire n'en serait nullement exclu (&#8230;) En tout cas, on a le droit d'essayer, pour voir jusqu'o&#249; on peut aller &#224; l'aide de l'auto-analyse. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il rajoute encore que la psychanalyse est &lt;i&gt;&#171; n&#233;e avec le vingti&#232;me si&#232;cle, la publication par laquelle elle para&#238;t au monde comme quelque chose de nouveau, mon &#171; Interpr&#233;tation des r&#234;ves &#187;, portant le mill&#233;sime 1900. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien par l'interpr&#233;tation des r&#234;ves que Freud estime avoir commenc&#233; &#224; fonder une th&#232;se nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etudier les r&#234;ves n'est pourtant pas chose nouvelle et nombre de devins pr&#233;tendaient vous dire l'avenir en lisant dans vos r&#234;ves. La premi&#232;re particularit&#233; de Freud est qu'il pousse le patient ou l'analys&#233; &#224; &#233;tudier lui-m&#234;me ses propres r&#234;ves. Le psychanalyste n'est qu'un aide ext&#233;rieur. La clef du r&#234;ve est entre les mains du patient. Lui seul peut retrouver dans son pass&#233; les &#233;l&#233;ments historiques qui fondent ces r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit dans &#171; Th&#233;orie de la libido &#187; : &lt;i&gt;&#171; La psychanalyse a redonn&#233; au r&#234;ve la signification qui lui &#233;tait jadis, dans les temps anciens, g&#233;n&#233;ralement d&#233;volue, mais elle proc&#232;de autrement que lui. Elle ne s'en remet pas &#224; la sagacit&#233; de l'interpr&#232;te du r&#234;ve, mais transf&#232;re la t&#226;che pour la plus grande part au r&#234;veur lui-m&#234;me, en l'interrogeant sur ses associations &#224; tel ou tel &#233;l&#233;ment du r&#234;ve. (&#8230;) Un nouvel acc&#232;s aux profondeurs de la vie d'&#226;me s'ouvrit lorsqu'on appliqua la technique de la libre association aux r&#234;ves, les siens propres ou ceux de patients analytiques. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud ne fait pas du r&#234;ve un signe des dieux ni une lecture de l'avenir mais une lecture d'un pass&#233; plus ou moins enfoui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit dans &#171; L'interpr&#233;tation du r&#234;ve &#187; : &lt;i&gt;&#171; Et la valeur du r&#234;ve pour la connaissance de l'avenir ? Il ne faut naturellement pas y penser. On aimerait mettre &#224; la place : pour la connaissance du pass&#233;. Car c'est du pass&#233; qu'est issu le r&#234;ve, dans tous les sens de cette phrase. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi des &#233;l&#233;ments de notre pass&#233; seraient-ils enfouis en nous-m&#234;mes ? Parce que notre conscience les a inhib&#233;s, parce que nous craignons qu'ils nous fassent souffrir, parce que nous consid&#233;rons de telles pens&#233;es comme interdites, parce que la morale, les institutions, la famille, les lois, les r&#232;gles les interdisent. Parce que nous avons construit notre personnalit&#233; et notre comportement social en les mettant de c&#244;t&#233;, en ne nous laissant pas aller &#224; nos instincts. Pendant le sommeil, cette inhibition tombe d'elle-m&#234;me, la conscience ne pilotant plus nos pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve nous donne acc&#232;s &#224; des sentiments, des sensations, des d&#233;sirs, des souvenirs, des blessures morales dont nous n'avons plus conscience, dont nous ignorons jusqu'&#224; l'existence&#8230; Les remettre &#224; jour peut avoir une grande importance si nous souffrons par exemple de maladies qui expriment la r&#233;tention de d&#233;sirs violents, l'enfermement trop brutal de l'inconscient dans une vie trop r&#233;gl&#233;e, trop dirig&#233;e par le rationnel, ne donnant pas assez de place &#224; l'irrationnel et aux sentiments. La mise &#224; jour de la source du blocage devient un &#233;l&#233;ment crucial pour lib&#233;rer le patient de ses fantasmes. D'ailleurs, ceux-ci s'expriment souvent par des r&#234;ves ou des cauchemars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers contiennent des &#233;l&#233;ments montrant quelle sph&#232;re de la vie personnelle est en cause mais ce n'est jamais tr&#232;s clair car le propre des r&#234;ves est d'&#234;tre une vision tr&#232;s d&#233;sordonn&#233;e. Cependant, un &#233;l&#233;ment les caract&#233;rise : les r&#234;ves sont toujours tr&#232;s personnels, ne contiennent que peu d'&#233;l&#233;ments sur les autres participants, en dehors de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est un fait d'exp&#233;rience, auquel je n'ai trouv&#233; aucune exception, que tout r&#234;ve traite de la personne propre. Les r&#234;ves sont absolument &#233;go&#239;stes. &#187;&lt;/i&gt; (dans &#171; L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand d'autres personnes interviennent, nous savons souvent qui ils sont mais nous ne les voyons pas clairement. Les r&#234;ves ne peignent pas les autres mais nos propres sentiments, nos peurs, nos r&#233;flexions, nos recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu le caract&#232;re tr&#232;s d&#233;sordonn&#233;, illogique, souvent absurde des r&#234;ves, pourquoi vouloir leur donner une signification ? Tout d'abord ce n'est pas nous qui cherchons artificiellement &#224; le relier aux &#233;tats d'&#226;me de la personne. On ne fait que constater ce lien puisque, lorsque la personne a une maladie li&#233;e &#224; son &#233;tat psychologique, ce la se manifeste par des r&#234;ves. Si cette maladie est grave, cela va se manifester par une r&#233;p&#233;tition du m&#234;me r&#234;ve et perturber y compris la vie diurne. Ce r&#234;ve qui se r&#233;p&#232;te n'est pas sans une signification et m&#234;me les r&#234;ves absurdes ne le sont que par rapport &#224; notre conception habituelle du rationnel. Dans un r&#234;ve, des gens peuvent faire des choses qui seraient invraisemblables en temps normal. Cela signifie que le cerveau s'est, pendant la nuit, lib&#233;r&#233; des interdits habituels, qu'il ne confronte plus les discours et propositions &#224; l'univers logique comme il le fait en temps normal de jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut para&#238;tre artificiel d'interpr&#233;ter de telle ou telle mani&#232;re un r&#234;ve. Comment s'assurer de la justesse ? Quelle conclusion en tirer ? Quelle justification de telle ou telle interpr&#233;tation ? Il faut bien comprendre que nous ne serons jamais certains de notre interpr&#233;tation mais, contrairement &#224; ce que nous croyons parfois, nous ne pouvons jamais &#234;tre certain de rien et nous fonctionnons non pas &#224; partir de certitudes mais de ce que nous estimons, momentan&#233;ment, assez probable ou le plus probable. Notre rationalit&#233; ne nous offre pas mieux qu'une bonne probabilit&#233; sans cesse rev&#233;rifi&#233;e. La base de cette rationalit&#233; est l'existence de propositions non v&#233;rifi&#233;es qui sont sans cesse sugg&#233;r&#233;es &#224; notre cerveau. C'est seulement apr&#232;s coup que nous v&#233;rifions la conformit&#233; de ces propositions d&#233;sordonn&#233;es avec ce que nous savons du contexte. En somme, la pens&#233;e irrationnelle du r&#234;ve est la base m&#234;me de ce que nous appelons notre conscience rationnelle avec seulement un ingr&#233;dient suppl&#233;mentaire : la v&#233;rification de la conformit&#233; des hypoth&#232;ses propos&#233;es avec ce qui est consid&#233;r&#233; comme acquis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui distingue le r&#234;ve de la r&#233;alit&#233; consciente du jour, ce n'est pas seulement le d&#233;sordre : le r&#234;ve contient des situations que nous avions oubli&#233;es ou que nous croyions compl&#232;tement effac&#233;es et qui r&#233;apparaissent brutalement comme si elles s'&#233;taient d&#233;roul&#233;es hier. Le r&#234;ve a la capacit&#233; d'aller chercher dans le pass&#233;, y compris dans le pass&#233; lointain, m&#234;me si notre conscience pr&#233;tend ne rien se souvenir de cette &#233;poque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud &#233;crit dans &#171; Josef Popper-Lynkeus et la th&#233;orie du r&#234;ve &#187; : &lt;i&gt;&#171; Je suis parti du caract&#232;re &#233;trange, embrouill&#233;, insens&#233;, de tant de r&#234;ves et j'en suis venu &#224; l'id&#233;e que le r&#234;ve devait devenir tel parce que, en lui, quelque chose lutte pour l'expression, quelque chose qui a contre soi la r&#233;sistance d'autres puissances de la vie d'&#226;me. Dans le r&#234;ve s'agitent des motions secr&#232;tes qui sont en contradiction avec l'aveu, pour ainsi dire officiel, &#233;thique et esth&#233;tique, du r&#234;veur&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; motions secr&#232;tes &#187;, selon Freud, sont des souhaits inexauc&#233;s, qui sont r&#233;alis&#233;s de mani&#232;re virtuelle dans le r&#234;ve : &lt;i&gt;&#171; Le r&#234;ve n'est pas d&#233;nu&#233; de sens, ni absurde. (&#8230;) Il est un ph&#233;nom&#232;ne psychique &#224; part enti&#232;re et pour tout dire un accomplissement de souhait. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains souhaits ne peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;s que virtuellement car ils sont non seulement irr&#233;alistes mais inconcevables vus la morale r&#233;gnante, les r&#232;gles sociales, psychologiques, familiale et personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans &#171; Le&#231;ons d'introduction &#224; la psychanalyse &#187;, il pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Ces impressions n'ont jamais &#233;t&#233; vraiment oubli&#233;es, elles &#233;taient seulement inaccessibles, latentes, elles appartenaient &#224; l'inconscient. Mais il arrive aussi spontan&#233;ment qu'elles &#233;mergent de l'inconscient, et cela se passe pr&#233;cis&#233;ment en connexion avec des r&#234;ves. Il appara&#238;t que la vie de r&#234;ve sait trouver l'acc&#232;s &#224; ces exp&#233;riences v&#233;cues infantiles et latentes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, dans &#171; R&#234;ve et t&#233;l&#233;pathie &#187; : &lt;i&gt;&#171; Les pens&#233;es de r&#234;ve latentes peuvent souvent avoir &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;es tout au long de la journ&#233;e, jusqu'&#224; ce qu'elles trouvent la nuit la jonction avec le souhait inconscient qui les remod&#232;le en r&#234;ve. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans &#171; L'interpr&#233;tation du r&#234;ve &#187;, il rajoute : &lt;i&gt;&#171; Plus on s'engage profond&#233;ment dans l'analyse des r&#234;ves, plus on est mis sur la trace d'exp&#233;riences v&#233;cues de l'enfance, qui jouent un r&#244;le comme sources de r&#234;ves dans le contenu de r&#234;ve latent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, &lt;i&gt;&#171; Il ne fait de doutes pour personne que les exp&#233;riences v&#233;cues de nos premi&#232;res ann&#233;es d'enfance ont laiss&#233; des traces ineffa&#231;ables dans l'int&#233;rieur de notre &#226;me. &#187;&lt;/i&gt; (dans &#171; Des souvenirs-couverture &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mauvais r&#234;ves sont l'expression d'aspirations, de peurs, de sentiments et d'aspirations que notre conscience refuse. Mais le rationnel n'est pas la totalit&#233; de notre esprit. Et il n'y a pas une part bonne et une part mauvaise, les deux sont emm&#234;l&#233;s inextricablement. Freud explique ainsi que &lt;i&gt;&#171; Si ces motions mauvaises des r&#234;ves ne sont que des infantilismes, un retour aux d&#233;buts de notre d&#233;veloppement &#233;thique, le r&#234;ve faisant simplement de nous des enfants par la pens&#233;e et le sentiment, nous n'avons raisonnablement pas &#224; avoir honte de ces r&#234;ves mauvais. Mais le raisonnable n'est qu'une partie de la vie de l'&#226;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une erreur de nous voir int&#233;gralement comme des &#234;tres raisonnable. Nous avons absolument besoin de l'autre part, de l'irrationnel. Notre rationnel lui-m&#234;me est construit &#224; partir de l'irrationnel. Nous fonctionnons &#224; partir d'essais, des hypoth&#232;ses, que nous v&#233;rifions au fur et &#224; mesure et pas de faits bruts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rajoute, dans &#171; Quelques suppl&#233;ments &#224; l'ensemble de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves &#187;, que &lt;i&gt;&#171; D'autres r&#234;ves &#8211; le plus grand nombre, conc&#233;dons-le &#8211; signifient vraiment ce qu'ils annoncent, ils n'ont subi aucune d&#233;formation par la censure. Ils sont l'expression de notions immorales, incestueuses et perverses, ou de d&#233;sirs meurtriers et sadiques. A certains de ces r&#234;ves, le r&#234;veur r&#233;agit par un r&#233;veil plein d'angoisse&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation est un long chemin&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans les r&#234;ves les mieux interpr&#233;t&#233;s, on doit souvent laisser un point dans l'obscurit&#233;, parce que l'on remarque lors de l'interpr&#233;tation, que commence l&#224; une pelote de pens&#233;es de r&#234;ve qui ne se laisse pas d&#233;m&#234;ler, mais qui n'a pas non plus livr&#233; de contributions suppl&#233;mentaires au contenu du r&#234;ve. C'est alors l&#224; l'ombilic du r&#234;ve, le point o&#249; il repose sur le non-contenu. &#187;&lt;/i&gt; (dans &#171; L'interpr&#233;tation des r&#234;ves &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste l'analyse du r&#234;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud r&#233;pond dans &#171; L'interpr&#233;tation du r&#234;ve &#187; que &lt;i&gt;&#171; Le travail de r&#234;ve ne juge absolument pas, mais se borne &#224; ceci : donner une autre forme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit : &lt;i&gt;&#171; Ainsi le r&#234;ve rem&#233;mor&#233; se trouve-t-il en tant que contenu de r&#234;ve manifeste confront&#233; aux pens&#233;es de r&#234;ve latentes trouv&#233;es par interpr&#233;tation. Le processus qui a transpos&#233; celles-ci en celui-l&#224;, le &#171; r&#234;ve &#187; justement, et qui est d&#233;fait par le travail de l'interpr&#233;tation, peut &#224; bon droit &#234;tre appel&#233; travail de r&#234;ve. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est-il pas hasardeux, incertain, inv&#233;rifiable, sans preuve, sujet &#224; caution ? Tout d'abord, prenons conscience que toute notre intelligence a les m&#234;mes d&#233;fauts. Par exemple, notre m&#233;moire, elle-m&#234;me, ne vaut pas mieux : elle est une r&#233;interpr&#233;tation des faits vus et v&#233;cus qui pourrait aussi bien &#234;tre tax&#233;e de hasardeux, incertaine, inv&#233;rifiable, sans preuve et sujette &#224; caution, etc&#8230; La m&#233;moire n'est nullement une reconstitution &#224; l'identique mais une r&#233;interpr&#233;tation du pass&#233; comme celle de la psychanalyse&#8230;.Tous les raisonnements pr&#233;tendument tr&#232;s rationnels que nous faisons ne sont pas plus solides non plus. Les faits sur lesquels ils se pr&#233;tendent fond&#233;s ne sont pas plus assur&#233;s. L'essentiel des bases de nos raisonnements ne sont pas prouv&#233;es ni v&#233;rifi&#233;es et pourtant elles fondent toute notre confiance dans nos actions, dans nos pens&#233;es, dans nos relations avec les autres, dans nos buts, dans notre existence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interpr&#233;ter, c'est tout ce que nous offre notre cerveau, conscient comme inconscient. Prouver de mani&#232;re ferme et d&#233;finitive n'est nullement en ses moyens car tel n'est pas son fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#234;ves ou pens&#233;es de nuit ne sont pas plus absurdes et ridicules que nos pens&#233;es de jour et ils sont tout aussi indispensables. M&#234;me les r&#234;ves des chats sont si indispensables qu'il devient fou si on l'emp&#234;che de r&#234;ver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves ne sont pas une agitation nocturne perturbatrice et secondaire, sans importance et sans int&#233;r&#234;t. Ils sont une activit&#233; intellectuelle fondamentale, fondatrice et contenant des informations inappr&#233;ciables, indispensables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre m&#233;moire, nos intuitions, nos raisonnements, notre capacit&#233; de nous projeter dans des situations nouvelles, de nous revoir dans des situations anciennes, tout cela n&#233;cessite absolument les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le contenu des r&#234;ves nous d&#233;range est certain. Cela ne signifie pas qu'il faille les n&#233;gliger ou les m&#233;priser. Ni nous contenter de les &#233;carter. Nous avons souvent besoin de les raconter et nous cherchons &#224; qui nous pouvons le faire et qui ne pourrait pas valablement les entendre. Nous sommes g&#234;n&#233;s par leur contenu et n'avouons pas &#224; tout le monde que de telles pens&#233;es nous soient pass&#233;es par la t&#234;te. Parfois, nous estimons que ce sont des pens&#233;es folles, parfois des pens&#233;es d&#233;traqu&#233;es, parfois des pens&#233;es r&#233;prouvables moralement, parfois des pens&#233;es violentes, etc&#8230; Nous ne nous reconnaissons pas dans ces pens&#233;es et elles r&#233;v&#232;lent un &#234;tre que nous ne connaissons pas et que nous ne souhaitons pas admettre en nous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La critique m&#233;prisante &#171; Mais ce n'est qu'un r&#234;ve &#187; appara&#238;t dans le r&#234;ve quand la censure, qui ne dort jamais tout &#224; fait, se sent prise au d&#233;pourvu par le r&#234;ve qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; admis. Il est trop tard pour le r&#233;primer, aussi affronte-t-elle par cette remarque l'angoisse ou la sensation p&#233;nible soulev&#233;e par le r&#234;ve &#187;&lt;/i&gt; &#233;crit Freud dans &#171; L'Interpr&#233;tation du r&#234;ve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle existence r&#233;v&#233;l&#233;e par la vie nocturne nous g&#234;ne car nous croyions &#234;tre une seule personne et non deux. Nous allons continuer &#224; lutter pour faire en sorte d'&#234;tre toujours une seule personne mais, en m&#234;me temps, nous serons toujours deux personnes et nous ne comprenons pas pourquoi. Eh bien, disons-le clairement, c'est notre aspiration &#224; refuser la dualit&#233; qui est contre-nature si l'on peut dire. La nature contient sans cesse des contradictions unifi&#233;es au sein d'un m&#234;me ensemble, que ce soit dans la conscience humaine comme dans le vivant, comme dans l'inerte. A tous les niveaux, on trouve une unit&#233; fond&#233;e sur des contraires. Nous combattons pour contraindre notre &#234;tre &#224; exister dans un seul monde rationnel et il r&#233;pond sans cesse &#224; la fois de mani&#232;re rationnelle et irrationnelle, que cela nous plaise ou pas. Si nous contraignons trop durement notre esprit et notre corps, ceux-ci vont seulement se r&#233;volter &#224; un moment de mani&#232;re violente, produisant des n&#233;vroses. Nous aurons tellement r&#233;prim&#233; l'influence de nos r&#234;ves qu'ils viendront nous perturber aussi le jour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis notre prime enfance, nous avons rentr&#233; en nous bien des sentiments et des d&#233;sirs trop explosifs ou trop peu adapt&#233;s, des envies insatisfaites, des besoins physiques, mentaux, moraux, relationnels, sexuels,&#8230; Ils sont parfois tellement lointains que nous ignorons qu'ils ont marqu&#233; notre m&#233;moire profonde. Si on nous demandait nos souvenirs de cette &#233;poque, nous r&#233;pondrions que nous ne savons plus rien et pourtant&#8230; A sa mani&#232;re, notre conscient sait ce que nous, nous ne savons pas. Mais parfois, l'inconscient peut rappeler au conscient&#8230; Soit volontairement, soit involontairement. Et parfois, quand l'inconscient se rappelle au bon souvenir du conscient cela peut &#234;tre explosif&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve est un fonctionnement normal et non maladif m&#234;me quand son contenu est bizarre, &#233;trange et d&#233;rangeant. Ce n'est pas l&#224; que peut r&#233;sider la maladie mais dans la r&#233;pression trop grande de ce qu'il signifie. Le fait que le contenu des aspirations inconscientes d&#233;range ne signifie pas qu'il faille totalement les exclure, ni non plus les r&#233;aliser&#8230; Il faut encore moins chercher &#224; les nier, &#224; les effacer, &#224; les d&#233;nigrer, &#224; les r&#233;primer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#234;ves pourraient alors envahir notre pens&#233;e, de jour comme de nuit, et dans ces cas extr&#234;mes, l'inconscient prenant le dessus, on a une maladie n&#233;vrotique. L'inconscient, enferm&#233;, se r&#233;volte et prend alors le pouvoir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=freud+r%C3%AAve+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2203&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce que nous ne savons pas que nous savons...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique165&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La part de l'inconscient et de l'irrationnel dans la formation de la pens&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1528&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#244;le de l'inhibition et de l'inconscient, de la logique et de l'absurde, du rationnel et de la fable dans la formation de l'intelligence&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Inconscience, conscience : Freud et les derni&#232;res d&#233;couvertes en neurosciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=inconscient+freud+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'inconscient&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=rationnel+irrationnel+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#244;le de l'irrationnel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2780&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce que les comportements infantiles nous apprennent sur l'&#234;tre humain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1900&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment fonctionne le cerveau humain pour nous permettre de conna&#238;tre le monde ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article357&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Conscience et inconscience&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article497&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La m&#233;moire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique161&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les r&#234;ves&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2013&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le peuple du r&#234;ve&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article187&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Relire Freud aujourd'hui&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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