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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Les lettres d'Engels &#224; Kautsky</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres d'Engels &#224; Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire ici ces lettres &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 1935 marque le quaranti&#232;me anniversaire de la mort de Friedrich Engels, un des deux auteurs du Manifeste Communiste. L'autre &#233;tait Karl Marx. Cet anniversaire est remarquable, entre autres raisons, car Karl Kautsky, en sa quatre-vingt uni&#232;me ann&#233;e, publie enfin sa correspondance avec Engels. De toute &#233;vidence, les propres lettres de Kautsky n'ont &#233;t&#233; conserv&#233;es qu'en de rares occasions, mais c'est l'int&#233;gralit&#233; ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique186" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Les lettres d'Engels &#224; Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;q=marxists.org+Les+lettres+d%27Engels+%C3%A0+Kautsky#ip=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici ces lettres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1935 marque le quaranti&#232;me anniversaire de la mort de Friedrich Engels, un des deux auteurs du Manifeste Communiste. L'autre &#233;tait Karl Marx. Cet anniversaire est remarquable, entre autres raisons, car Karl Kautsky, en sa quatre-vingt uni&#232;me ann&#233;e, publie enfin sa correspondance avec Engels. De toute &#233;vidence, les propres lettres de Kautsky n'ont &#233;t&#233; conserv&#233;es qu'en de rares occasions, mais c'est l'int&#233;gralit&#233; ou presque des missives d'Engels qui nous parvient. Bien s&#251;r, de nouvelles lettres ne r&#233;v&#232;lent pas un nouvel Engels. Son imposante correspondance internationale, pour autant qu'elle ait &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;e, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e pratiquement dans son exhaustivit&#233;, et sa vie a &#233;t&#233; soumise &#224; des &#233;tudes approfondies. N&#233;anmoins ce dernier livre est une donn&#233;e de grande valeur pour qui est s&#233;rieusement int&#233;ress&#233; par l'histoire politique des derni&#232;res d&#233;cennies du XIXe si&#232;cle, par le cours du d&#233;veloppement des id&#233;es marxistes, par la destin&#233;e du mouvement ouvrier et, enfin, par la personnalit&#233; d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la vie de Marx, Engels jouait les seconds violons, comme il le disait lui-m&#234;me. Mais durant la maladie de son partenaire, et encore plus apr&#232;s sa mort, Engels devint le premier et incontest&#233; chef d'orchestre du socialisme international pour une p&#233;riode de douze ans. A cette &#233;poque Engels s'&#233;tait d&#233;barrass&#233; depuis longtemps de ses liens avec toute activit&#233; commerciale ; il &#233;tait compl&#232;tement ind&#233;pendant financi&#232;rement, et &#233;tait &#224; m&#234;me de consacrer tout son temps &#224; publier le legs litt&#233;raire de Marx, &#224; poursuivre ses propres recherches scientifiques, et &#224; s'engager dans une imposante correspondance avec les militants de l'aile gauche du mouvement ouvrier de tous les pays. La correspondance avec Kautsky date de l'ultime p&#233;riode de la vie d'Engels, de 1881 &#224; 1895.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personnalit&#233; d'Engels, unique dans sa d&#233;termination sans faille et sa lucidit&#233;, a &#233;t&#233; l'objet de diverses interpr&#233;tations dans les ann&#233;es suivantes. C'est la logique de la lutte. Il suffit de rappeler comment durant la derni&#232;re guerre, Ebert, Scheidemann et autres ont repr&#233;sent&#233; Engels comme un patriote allemand, alors que les propagandistes de l'Entente en ont fait un pan-germaniste. Sur ce sujet comme sur d'autres, les lettres aident &#224; se d&#233;barrasser de ces peintures tendancieuses de la personnalit&#233; d'Engels. Mais leur principal int&#233;r&#234;t ne r&#233;side pas l&#224;. Les lettres sont surtout remarquables parce qu'elles sont caract&#233;ristiques de l'homme qu'&#233;tait Engels. On peut dire sans crainte d'exag&#233;ration que chaque nouveau document concernant Engels le r&#233;v&#232;le sous un jour meilleur, plus noble et plus fascinant encore que celui sous lequel nous ne le connaissions d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre correspondant m&#233;rite &#233;galement notre attention. Au d&#233;but des ann&#233;es 80, Kautsky s'imposa dans le r&#244;le de th&#233;oricien officiel de la social-d&#233;mocratie allemande, qui devint le plus important parti de la Deuxi&#232;me Internationale. Comme c'&#233;tait le cas d'Engels pendant la vie de Marx, Kautsky, lui aussi, joua au mieux le r&#244;le de second violon tant qu'Engels &#233;tait en vie, et sa partie &#233;tait bien loin d'approcher celle du premier violon. Apr&#232;s la mort d'Engels, l'autorit&#233; du disciple cr&#251;t rapidement, atteignant son z&#233;nith &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re R&#233;volution Russe de 1905... Dans son commentaire de la correspondance, Kautsky d&#233;crit son excitation lors de sa premi&#232;re visite aux domiciles de Marx et d'Engels. Un quart de si&#232;cle plus tard, de nombreux jeunes marxistes &#8211; en particulier l'auteur du pr&#233;sent article &#8211; ressentirent exactement la m&#234;me agitation alors qu'ils montaient l'escalier de sa maison modeste mais propre, &#224; Friedenau, dans la banlieue de Berlin, o&#249; Kautsky v&#233;cut pendant de longues ann&#233;es. Il &#233;tait alors consid&#233;r&#233; comme le chef le plus exceptionnel et incontest&#233; de l'Internationale, en tout cas sur les questions de th&#233;orie. Ses adversaires le d&#233;signaient comme le &#034; Pape &#034; du Marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Kautsky ne maintint pas longtemps son &#233;minente autorit&#233;. Des &#233;v&#232;nements majeurs durant le dernier quart de si&#232;cle lui inflig&#232;rent des coups d&#233;vastateurs. Pendant et apr&#232;s la guerre, Kautsky personnifia une ind&#233;cision irritante. Ce qui n'&#233;tait jusqu'alors soup&#231;onn&#233; que par quelques-uns &#233;tait d&#233;sormais pleinement confirm&#233;, &#224; savoir, que son marxisme &#233;tait essentiellement acad&#233;mique et de caract&#232;re contemplatif. Quand Kautsky &#233;crit &#224; Engels depuis Vienne, pendant une gr&#232;ve, en avril 1889, que &#034; &#8230;mes pens&#233;es sont plus dans la rue qu'en ce bureau &#034;, ces mots sonnent presque faux et absolument inattendus m&#234;me provenant de la plume du jeune Kautsky. Tout au long de sa vie, son bureau est rest&#233; son champ de bataille. Il voyait les &#233;v&#232;nements de la rue comme des obstacles. Il se pr&#233;tendait un vulgarisateur de la doctrine, un interpr&#232;te du pass&#233;, un d&#233;fenseur de la m&#233;thode. Oui, cela il l'&#233;tait, mais jamais un homme d'action, jamais un r&#233;volutionnaire, ou un h&#233;ritier de l'esprit de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La correspondance r&#233;v&#232;le compl&#232;tement non seulement la diff&#233;rence radicale entre les deux personnalit&#233;s mais aussi quelque chose de parfaitement inattendu pour la g&#233;n&#233;ration actuelle, l'antagonisme qui existait entre Engels et Kautsky, et qui finalement entra&#238;na une rupture de leurs relations personnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Le G&#233;n&#233;ral &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le savoir d'Engels dans les affaires militaires, bas&#233; non seulement sur ses vastes connaissances particuli&#232;res mais aussi sur sa capacit&#233; g&#233;n&#233;rale &#224; appr&#233;cier de fa&#231;on synth&#233;tique les conditions et les forces, lui a permis de publier dans le Pall-Mall Gazette de Londres, durant la guerre franco-prussienne, de remarquables articles militaires, dont la c&#233;l&#233;brit&#233; faisait de lui une des plus &#233;minentes autorit&#233;s militaires de l'&#233;poque (ces messieurs les &#034; autorit&#233;s &#034;, sans doute, ont d&#251; en cons&#233;quence se poser de nombreuses questions sur eux-m&#234;mes). Dans son cercle intime Engels &#233;tait surnomm&#233; du sobriquet taquin de &#034; G&#233;n&#233;ral &#034;. Ce nom lui sert de signature dans nombre de ses lettres &#224; Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels n'&#233;tait pas un orateur, ou plut&#244;t il n'eut jamais l'occasion d'en devenir un. Envers les &#034; orateurs &#034; il montrait m&#234;me une pointe de manque de respect, consid&#233;rant, non sans fondement, qu'ils ont tendance &#224; transformer des id&#233;es en banalit&#233;s. Mais Kautsky se souvient d'Engels comme d'un remarquable d&#233;bateur, dot&#233; d'une m&#233;moire sans faille, d'une pertinence extraordinaire et d'une grande pr&#233;cision dans l'expression. Malheureusement, Kautsky est un m&#233;diocre observateur, et certainement pas un artiste : dans ses propres lettres Engels appara&#238;t de fa&#231;on infiniment plus claire que dans les commentaires et les souvenirs de Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations d'Engels avec les gens &#233;taient &#233;trang&#232;res &#224; tout sentimentalisme ou toute illusion et pleines d'une p&#233;n&#233;trante simplicit&#233;, donc, profond&#233;ment humaines. En sa compagnie autour de la table du soir, o&#249; des repr&#233;sentants de diff&#233;rents pays et continents se retrouvaient, tout contraste s'estompait comme par magie entre la tr&#232;s distingu&#233;e duchesse radicale Schack et la nihiliste russe beaucoup moins distingu&#233;e, Vera Zasulich. La personnalit&#233; riche de l'h&#244;te se manifestait dans sa capacit&#233; pr&#233;cieuse de s'&#233;lever, et d'&#233;lever ses convives au-dessus de toute consid&#233;ration secondaire et superficielle, sans se d&#233;faire pour autant de ses id&#233;es ou m&#234;me de ses mani&#232;res d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait vain de chercher chez ce r&#233;volutionnaire des traits de caract&#232;re &#034;boh&#232;me&#034; pourtant si r&#233;pandus parmi les intellectuels radicaux. Engels &#233;tait intol&#233;rant envers tout manque de soin et toute n&#233;gligence tant dans les petites que dans les grandes choses. Il appr&#233;ciait la pr&#233;cision de la pens&#233;e, la pr&#233;cision que l'on trouve dans la comptabilit&#233;, une exactitude d'&#233;criture et d'expression. Quand un &#233;diteur allemand essaya de retoucher son orthographe, Engels exigea que lui soit retourn&#233; plusieurs de ses manuscrits pour les r&#233;viser. Il &#233;crivit : &#034; Je ne laisserai pas plus quelqu'un m'imposer son orthographe que me choisir une femme ! &#034;. Cette phrase aussi furieuse que comique nous ram&#232;ne presque Engels &#224; la vie ! En plus de sa langue maternelle, dont sa ma&#238;trise &#233;tait celle d'un virtuose, Engels &#233;crivait couramment en anglais, en fran&#231;ais et en italien ; il lisait l'espagnol et presque toutes les langues slaves et scandinaves. Ses connaissances de la philosophie, de l'&#233;conomie, de l'histoire, de la physique et de la science militaire auraient suffi &#224; une bonne douzaine de professeurs ordinaires ou extraordinaires. Mais en plus de tout cela, il poss&#233;dait un tr&#233;sor essentiel : son esprit libre et cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1884, quand Bernstein et Kautsky, imitant les propres inclinations et r&#233;pulsions d'Engels, se plaignirent aupr&#232;s de lui des pressions naissantes de toutes sortes de philistins &#034; &#233;rudits &#034; au sein du parti, Engels r&#233;pondit que &#034; le plus important est de ne rien conc&#233;der et, en plus, de rester absolument calme &#034;. Alors que le G&#233;n&#233;ral lui-m&#234;me ne gardait pas toujours un calme &#034; absolu &#034; au sens litt&#233;ral du terme &#8211; au contraire il avait l'habitude en certaines occasions de d&#233;border de col&#232;re &#8211; il &#233;tait toujours capable de s'&#233;lever au-dessus des ennuis temporaires, et de restaurer l'&#233;quilibre n&#233;cessaire entre sa conscience et ses &#233;motions. Fondamentalement sa personnalit&#233; &#233;tait d'un optimisme combin&#233; avec un sens de l'autod&#233;rision devant ses proches, et avec l'emploi de l'ironie envers ses ennemis. Dans son optimisme il n'y avait pas une once d'autosatisfaction &#8211; le terme ne convient pas &#224; son image. Les courants profonds de sa joie de vivre prenaient leur source dans un temp&#233;rament heureux et harmonieux, mais celui-ci &#233;tait baign&#233; par la connaissance et avec elle par le plus grand des bonheurs : celui de la perception cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'optimisme d'Engels s'&#233;tendait autant aux questions politiques qu'aux affaires personnelles. Apr&#232;s chaque d&#233;faite quelle qu'elle soit, il formulait imm&#233;diatement quelles &#233;taient les conditions qui pourraient pr&#233;parer un futur rebond, et apr&#232;s chaque coup que lui infligeait la vie il &#233;tait capable de se ressaisir et de regarder vers l'avenir. Il conserva cette attitude jusqu'au jour de sa mort. Il y eut des p&#233;riodes o&#249; il dut rester sur le dos pendant des semaines pour supporter les effets persistants d'une fracture survenue lors d'une chute pendant une partie de chasse au renard. Par moment ses yeux fatigu&#233;s refusaient de fonctionner sous la lumi&#232;re artificielle dont on ne peut se passer, m&#234;me durant la journ&#233;e, sous le brouillard londonien. Mais Engels ne se r&#233;f&#232;re jamais &#224; ses handicaps, sauf par allusion, afin d'expliquer quelque retard, et seulement pour promettre imm&#233;diatement que sous peu tout se &#034; passerait mieux &#034; , et qu'il reprendrait son travail &#224; son rythme habituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des lettres de Marx fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'habitude d'Engels de faire un clin d'&#339;il enjou&#233; durant une conversation. Ce chouette petit clin d'&#339;il transpara&#238;t &#224; travers toute la correspondance d'Engels. Cet homme de devoir et capable d'une affection profonde ne ressemble pas le moins du monde &#224; un asc&#232;te. Il &#233;tait amoureux de la nature et de l'art sous toutes ses formes, il adorait la compagnie de personnes intelligentes et joyeuses, la pr&#233;sence des femmes, les plaisanteries, les rires, les bons d&#238;ners, le bon vin et le bon tabac. Par moments il n'&#233;tait pas imperm&#233;able &#224; l'humour potache de Rabelais qui se laissait aller &#224; rechercher son inspiration en dessous de la ceinture. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, rien d'humain ne lui &#233;tait &#233;tranger. Il n'est pas rare de trouver dans sa correspondance des r&#233;f&#233;rences qui indiquent que plusieurs bouteilles de bon vin ont &#233;t&#233; ouvertes chez lui pour c&#233;l&#233;brer la nouvelle ann&#233;e, ou le r&#233;sultat heureux des &#233;lections allemandes, son anniversaire, et parfois des &#233;v&#233;nements de moindre importance. Il est plus rare de trouver le G&#233;n&#233;ral en train de se plaindre d'avoir &#224; rester allong&#233; sur le canap&#233; &#034; au lieu de boire avec vous&#8230; et bien, ce qui est remis &#224; plus tard n'est pas encore perdu &#034;. L'auteur avait alors plus de soixante-douze ans. Quelques mois plus tard, une fausse rumeur circulant dans la presse qu'Engels &#233;tait gravement malade. Le G&#233;n&#233;ral, &#224; soixante-treize ans &#233;crit : &#034; Alors, en l'honneur de ma r&#233;sistance &#224; la maladie qui s'affaiblirait rapidement, et de ma fin imminente, nous avons vid&#233; plusieurs bouteilles &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre &#233;tait-il &#233;picurien ? Il ne se laissait jamais dominer par les &#034;plaisirs secondaires de la vie&#034;. Il &#233;tait v&#233;ritablement int&#233;ress&#233; par les m&#339;urs familiales des sauvages ou par les &#233;nigmes de la philologie irlandaise mais toujours en rapport indissoluble avec les destin&#233;es futures de l'humanit&#233;. S'il se permettait de plaisanter un peu trivialement, c'&#233;tait toujours en compagnie de gens qui n'&#233;taient pas grossiers. Derri&#232;re son humour, son ironie et sa joie de vivre on trouvait toujours un sens moral &#8211; sans la moindre insistance ou posture arrogante &#8211; toujours bien dissimul&#233;, mais d'autant plus authentique et doubl&#233; d'abn&#233;gation. Cet homme de commerce, propri&#233;taire d'un moulin, d'un cheval de chasse et d'un cave de bons vins &#233;tait un communiste r&#233;volutionnaire jusqu'&#224; la moelle des os.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ex&#233;cuteur testamentaire de Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky n'exag&#232;re pas le moins du monde quand il &#233;nonce, dans son commentaire de la correspondance entre Marx et Engels, que dans toute l'histoire du monde il serait impossible de trouver un semblable exemple de deux hommes d'un tel puissant temp&#233;rament et d'une telle ind&#233;pendance id&#233;ologique que Marx et Engels, qui sont rest&#233;s la vie enti&#232;re aussi indissolublement li&#233;s par l'&#233;volution de leurs id&#233;es, leur activit&#233; sociale et leur amiti&#233;. Engels &#233;tait plus rapide &#224; convaincre, plus mobile, entreprenant et pr&#233;sentait de multiples facettes ; Marx, plus accrocheur, plus obstin&#233;, plus exigeant envers lui-m&#234;me et les autres. Lui aussi un esprit de premi&#232;re grandeur, Engels a reconnu l'ascendant intellectuel de Marx avec la m&#234;me simplicit&#233; dont il a g&#233;n&#233;ralement fait preuve dans leurs rapports personnels et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration de ces deux amis &#8211; c'est dans ce contexte que ce mot atteint sa pleine signification ! &#8211; s'&#233;tendit jusqu'&#224; rendre impossible &#224; quiconque de distinguer leurs travaux. Cependant, infiniment plus importante que leur collaboration purement litt&#233;raire fut la communaut&#233; d'esprit qui a r&#233;gn&#233; entre eux, et qui n'a &#233;t&#233; jamais rompue. Ils correspondaient entre eux quotidiennement, s'&#233;changeant des notes remplies d'humour, se comprenant &#224; demi-mot, ou ont entretenu des conversations satiriques au milieu de nuages de fum&#233;e de cigares. Pendant quelque quatre d&#233;cennies, dans leur lutte continuelle contre la science officielle et les superstitions traditionnelles, Marx et Engels se sont servis mutuellement d'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels consid&#233;rait que fournir &#224; Marx une aide mat&#233;rielle &#233;tait pour lui une importante obligation politique ; et c'est principalement &#224; ce titre qu'il s'est lui-m&#234;me contraint &#224; la servitude de longues ann&#233;es dans &#034; le maudit commerce &#034; &#8211; une sph&#232;re dans laquelle il a rencontr&#233; le m&#234;me succ&#232;s que dans toutes les autres : son patrimoine s'est d&#233;velopp&#233; et avec lui s'est am&#233;lior&#233; le bien-&#234;tre de la famille Marx. Apr&#232;s la mort de celui-ci, Engels a report&#233; tout ses soins vers les filles de Marx. La vieille domestique du couple Marx, H&#233;l&#232;ne Demuth, qui &#233;tait partie int&#233;grante de la famille, est devenue imm&#233;diatement sa propre gouvernante. Envers elle, Engels a fait preuve d'une tendre fid&#233;lit&#233;, partageant avec elle tous les centres d'int&#233;r&#234;t qui &#233;taient &#224; sa port&#233;e. Apr&#232;s sa mort il s'est plaint de manquer de ses conseils, non seulement sur des points personnels mais aussi en ce qui concerne les questions de parti. Engels a voulu qu'aillent aux filles de Marx pratiquement toutes ses possessions, qui s'&#233;levaient &#224; 30.000 livres, non compris la biblioth&#232;que, les meubles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en dans plus jeunes ann&#233;es Engels s'est retir&#233; dans l'ombre de l'industrie textile de Manchester pour donner &#224; Marx la possibilit&#233; de travailler au &#034; Capital &#034;, plus tard, devenu un vieil homme, sans se plaindre, et, on peut le dire avec certitude, sans aucun regret, il a mis de c&#244;t&#233; ses propres recherche pour passer des ann&#233;es &#224; d&#233;chiffrer les manuscrits hi&#233;roglyphiques de Marx, v&#233;rifiant soigneusement les traductions, et non moins soigneusement corrigeant les &#233;preuves dans presque toutes les langues europ&#233;ennes. Non. Dans cet &#034; &#233;picurisme &#034; il y avait aussi un rare &#034; sto&#239;cisme &#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles de la progression du travail sur le legs litt&#233;raire de Marx sont un des leitmotivs les plus constants de la correspondance d'Engels avec Kautsky, aussi bien qu'avec d'autres de ses camarades d'id&#233;es. Dans une lettre &#224; la m&#232;re de Kautsky (1885) &#8211; auteur alors plut&#244;t bien connu de romans populaires &#8211; Engels exprime son espoir que la vieille Europe sera finalement encore plong&#233;e dans le mouvement r&#233;volutionnaire, et il ajoute, &#034; j'esp&#232;re seulement qu'il me sera laiss&#233; suffisamment de temps pour conclure le troisi&#232;me volume du Capital, et puis apr&#232;s, allons-y ! &#034; Cette note semi-fac&#233;tieuse indique clairement l'importance qu'il a attach&#233;e au Capital ; mais il y a aussi autre chose &#224; en apprendre, &#224; savoir que l'action r&#233;volutionnaire a repr&#233;sent&#233; pour lui plus que n'importe quel livre, m&#234;me Le Capital. Le 3 d&#233;cembre 1891, c'est-&#224;-dire six ans apr&#232;s, Engels explique &#224; Kautsky les raisons de son silence prolong&#233; : &#034; &#8230; le responsable en est le troisi&#232;me volume, sur lequel je sue de nouveau. &#034; Il est occup&#233; non seulement &#224; d&#233;chiffrer les chapitres sur le capital, les banques et le cr&#233;dit de ce maudit manuscrit, mais il &#233;tudie &#233;galement en m&#234;me temps d'autres textes sur ces sujets. Certes, il sait &#224; l'avance pouvoir, dans la plupart des cas, laisser le manuscrit exactement tel que trac&#233; par le stylo de Marx, mais il veut se garantir lui-m&#234;me contre des erreurs &#233;ditoriales par des recherches compl&#233;mentaires. S'ajoute &#224; cela la liste sans fin des petits d&#233;tails techniques ! Engels entretient une correspondance pour savoir si une virgule est n&#233;cessaire &#224; tel ou tel endroit, et il remercie particuli&#232;rement Kautsky de d&#233;couvrir une faute d'orthographe dans le manuscrit. Ce n'est pas de la p&#233;danterie, mais la conscience que rien n'est sans importance concernant cette somme scientifique de la vie de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels, cependant, &#233;tait tr&#232;s loin d'une quelconque adulation aveugle du texte. Relisant un r&#233;sum&#233; de la th&#233;orie &#233;conomique de Marx &#233;crite par le socialiste fran&#231;ais Deville, Engels, selon ses propres mots, a souvent senti la tentation de supprimer ou corriger des phrases ici et l&#224;, qui, soumises &#224; un examen compl&#233;mentaire, se sont av&#233;r&#233;es &#234;tre les propres expressions de Marx. Le centre de la question r&#233;side dans le fait que &#034; dans l'original, son auteur en soit remerci&#233;, leur usage &#233;tait pleinement justifi&#233;. Mais chez Deville, elles &#233;taient investies d'une g&#233;n&#233;ralit&#233; absolue, et par cons&#233;quent, prenaient une signification incorrecte &#034;. Ces quelques mots caract&#233;risent l'abus, fr&#233;quent, de formules &#034; pr&#234;tes &#224; l'emploi &#034; d'un ma&#238;tre (&#034; magister dixit &#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. Engels a non seulement d&#233;chiffr&#233;, poli, transcrit, corrig&#233; et annot&#233; les deuxi&#232;me et troisi&#232;me volumes du Capital mais il a aussi, avec des yeux d'aigle, mont&#233; une garde vigilante en d&#233;fense de la m&#233;moire de Marx contre des attaques hostiles. Rodbertus, socialiste prussien conservateur, et ses admirateurs se sont plaint que Marx ait utilis&#233; la d&#233;couverte scientifique de Rodbertus sans une quelconque r&#233;f&#233;rence &#224; ce dernier &#8211; en d'autres termes, que Marx ait plagi&#233; Rodbertus &#8211; . &#034; Il faut une ignorance monstrueuse pour affirmer cela, &#034; &#233;crit Engels &#224; Kautsky en 1884. Et de nouveau, Engels s'est plong&#233; dans l'&#233;tude de Rodbertus, &#233;conomiste mineur, dans le seul but de r&#233;futer ces charges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lettres &#224; Kautsky projettent un faisceau lumineux aussi &#233;clairant sur l'&#233;pisode de l'&#233;conomiste allemand Brentano, qui accusait Marx de citer faussement Gladstone. Si quelqu'un connaissait les scrupules scientifiques de Marx, c'&#233;tait bien Engels. Son attitude envers chaque id&#233;e de ses adversaires, quelle que soit son absurdit&#233;, &#233;tait apparent&#233;e &#224; l'attitude d'un bact&#233;riologiste envers un bacille pathog&#232;ne. &#192; maintes reprises dans les lettres d'Engels &#224; Marx et &#224; leurs amis communs, on rencontre ses r&#233;primandes &#224; l'&#233;gard de Marx, consciencieux &#224; l'exc&#232;s. Il n'est pas du tout &#233;tonnant, donc, qu'il ait mis tout autre travail de c&#244;t&#233; pour, quelque peu rageusement, r&#233;futer Brentano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels a toujours eut &#224; l'esprit l'id&#233;e d'&#233;crire une biographie de Marx. Personne d'autre n'aurait pu l'&#233;crire comme lui, car, n&#233;cessairement, &#231;'aurait &#233;t&#233; aussi, dans une large mesure, la propre autobiographie d'Engels. Il &#233;crit &#224; Kautsky : &#034; D&#232;s que possible je vais me mettre &#224; travailler &#224; ce livre sur lequel je rumine avec plaisir depuis longtemps. &#034; Engels souhaite ne pas &#234;tre d&#233;tourn&#233; de son projet : &#034; j'ai maintenant soixante-quatorze ans &#8212; je dois me d&#233;p&#234;cher. &#034; M&#234;me aujourd'hui personne ne peut sans douleur se souvenir qu'Engels n'a pas pu &#034; se d&#233;p&#234;cher &#034; et accomplir son projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le portrait de Marx qui avait &#233;t&#233; command&#233; en Suisse, Engels a fait transmettre par Kautsky cette description color&#233;e son ami d&#233;c&#233;d&#233; : &#034; un teint aussi fonc&#233; qu'il est possible pour un Europ&#233;en du sud, les joues peu color&#233;es, des moustaches noires comme suie, parsem&#233;es de blanc et la barbe et la chevelure blanches comme neige. &#034; Cette description &#233;claire le fait que Marx a &#233;t&#233; surnomm&#233; &#034; le Maure &#034; dans son cercle familial et intime. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le professeur des chefs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les deux premi&#232;res ann&#233;es Engels s'est adress&#233; &#224; son correspondant comme &#034; cher M. Kautsky &#034; (le terme &#034; camarade &#034; n'&#233;tait pas alors d'utilisation courante) ; apr&#232;s qu'ils se furent c&#244;toy&#233;s plus &#233;troitement &#224; Londres, il a abr&#233;g&#233; la formule de politesse en simplement &#034; cher Kautsky &#034; ; &#224; partir de mars 1884, Engels a adopt&#233; le mode familier pour s'adresser par &#233;crit &#224; Bernstein et &#224; Kautsky qui &#233;taient chacun vingt-cinq ans plus jeune que lui. Kautsky n'&#233;crit pas sans de bonnes raisons que &#034; &#224; partir de 1883 Engels a consid&#233;r&#233; Bernstein et moi-m&#234;me comme les repr&#233;sentants les plus fiables de la th&#233;orie marxiste&#034;. Le passage au mode familier refl&#232;te sans aucun doute l'attitude bienveillante d'un professeur envers ses &#233;l&#232;ves. Mais cette apparente familiarit&#233; n'est nullement la preuve d'une intimit&#233; r&#233;elle, qui f&#251;t emp&#234;ch&#233;e surtout par le fait que Kautsky et Bernstein &#233;taient consid&#233;rablement impr&#233;gn&#233;s de philistinisme. Pendant leur long s&#233;jour &#224; Londres, Engels les a aid&#233;s &#224; acqu&#233;rir la m&#233;thode marxiste. Mais il ne pouvait greffer en eux ni la volont&#233; r&#233;volutionnaire ni la capacit&#233; de penser avec hardiesse. Ces &#233;l&#232;ves &#233;taient et sont rest&#233;s les enfants d'un autre lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels se sont &#233;veill&#233;s &#224; une &#233;poque orageuse, et ils ont travers&#233; la r&#233;volution de 1848 comme v&#233;ritables combattants. Kautsky et Bernstein ont connu leur p&#233;riode de formation pendant l'intervalle en comparaison plus paisible entre l'&#233;poque des guerres et des r&#233;volutions des ann&#233;es 1848 &#224; 1871 et l'&#233;poque qui s'est ouverte sur la r&#233;volution russe de 1905 et qui, passant par la guerre mondiale de 1914, est loin d'&#234;tre arriv&#233;e, m&#234;me aujourd'hui, &#224; sa conclusion. Durant sa longue vie toute enti&#232;re Kautsky f&#251;t en mesure de louvoyer autour des conclusions qui mena&#231;aient de d&#233;ranger sa paix physique et mentale. Ce n'&#233;tait pas un r&#233;volutionnaire, et c'est cette barri&#232;re infranchissable qui l'a s&#233;par&#233; du &#034; G&#233;n&#233;ral Rouge &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me ind&#233;pendamment de cela il y avait une grande diff&#233;rence entre eux. Il est incontestable qu'on voyait Engels grandi apr&#232;s un contact personnel : sa personnalit&#233; &#233;tait plus riche et plus attrayante que tout ce qu'il faisait ou &#233;crivait. En aucun cas on ne peut dire la m&#234;me chose de Kautsky. Ses meilleurs livres sont bien plus avis&#233;s qu'il ne l'&#233;tait lui-m&#234;me. Il perdait consid&#233;rablement &#224; &#234;tre connu personnellement. Il se peut que ceci explique en partie pourquoi Rosa Luxembourg, qui a v&#233;cu &#224; c&#244;t&#233; de Kautsky, avait mesur&#233; son philistinisme avant L&#233;nine , bien qu'elle ait &#233;t&#233; inf&#233;rieure &#224; L&#233;nine dans la clairvoyance politique. Mais il s'agit l&#224; d'une p&#233;riode bien post&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lecture de la correspondance il devient absolument &#233;vident qu'il est toujours rest&#233; une barri&#232;re invisible entre le professeur et l'&#233;l&#232;ve, non seulement dans le domaine politique mais &#233;galement dans le domaine de la th&#233;orie. Engels, qui &#233;tait g&#233;n&#233;ralement avare d'&#233;loge, a parfois cit&#233; avec enthousiasme (&#034;Ausgeseichnet&#034;) les &#233;crits de Franz Mehring ou George Plekhanov ; mais ses &#233;loges de Kautsky ont toujours &#233;t&#233; retenus, et on sent une nuance d'irritation dans ses critiques. Comme Marx, quand Kautsky est entr&#233; pour la premi&#232;re fois dans sa maison, Engels a &#233;t&#233; repouss&#233; par l'omniscience et l'autosatisfaction passive du jeune viennois. Comme il trouvait ais&#233;ment des r&#233;ponses aux questions les plus complexes ! A vrai dire, Engels &#233;tait lui-m&#234;me enclin aux g&#233;n&#233;ralisations h&#226;tives ; mais, en revanche, il avait les ailes et la vision d'un aigle, et au fil des ans, il appliquait de plus en plus sur lui-m&#234;me l'impitoyable vigilance scientifique de Marx. Kautsky malgr&#233; toutes ses capacit&#233;s &#233;tait un homme plus dans la moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Quatre-vingt dix pour cent des auteurs allemands contemporains, &#034; c'est ainsi que le professeur avertit son &#233;l&#232;ve, &#034; &#233;crivent des livres sur d'autres livres. &#034; En d'autres termes : aucune analyse de la r&#233;alit&#233; vivante, aucun mouvement progressif de la pens&#233;e. A l'occasion de la parution du livre de Kautsky sur les questions de la soci&#233;t&#233; primitive, Engels a essay&#233; d'instiller en lui l'id&#233;e qu'il n'&#233;tait possible de dire quelque chose de vraiment nouveau sur ce domaine obscur et passablement &#233;tendu qu'&#224; travers une &#233;tude compl&#232;te et approfondie du sujet. Et il ajoutait tout &#224; fait impitoyablement, &#034; Autrement des livres comme Le Capital ne seraient pas si rares. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s (le 20 septembre 1884) Engels r&#233;primande encore Kautsky au sujet de ses &#034; affirmations rapides sur des questions &#224; propos desquelles vous ne vous sentez pas tout &#224; fait assur&#233; &#034;. On retrouve cette tonalit&#233; dans la correspondance toute enti&#232;re. En r&#233;primandant Kautsky pour avoir condamn&#233; l' &#034; abstraction &#034; &#8211; sans la pens&#233;e abstraite, aucune pens&#233;e n'est g&#233;n&#233;ralement possible &#8211; Engels donne une d&#233;finition classique qui montre la diff&#233;rence entre une abstraction vivifiante et une abstraction sans vie aucune : &#034; Marx ram&#232;ne le contenu commun des choses et de leurs relations &#224; son expression conceptuelle la plus universelle ; par cons&#233;quent son abstraction reprend sous une forme conceptuelle ce qui est d&#233;j&#224; inclus dans les choses elles-m&#234;mes. Rodbertus, lui, cr&#233;e pour lui-m&#234;me une expression mentale plus ou moins imparfaite et &#233;value toutes choses &#224; l'aune de son concept, auquel elles doivent &#234;tre commensurables. &#034; Quatre-vingt dix pour cent des erreurs de la pens&#233;e humaine sont contenus dans cette formule. Onze ans plus tard, dans sa derni&#232;re lettre &#224; Kautsky, Engels, tout en rendant l'hommage qui leur est du aux recherches de Kautsky sur les &#034; Pr&#233;curseurs du socialisme &#034;, r&#233;primande de nouveau l'auteur pour son inclination &#224; placer des &#034; lieux communs partout o&#249; il y a une faille dans les recherches &#034;. &#034; Quant au style, afin de rester populaire, vous tombez soit dans la tonalit&#233; d'un &#233;ditorial, soit dans celle d'un ma&#238;tre d'&#233;cole. &#034; Personne n'a pas pu d&#233;crire plus justement le mani&#233;risme litt&#233;raire de Kautsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, la magnanimit&#233; intellectuelle du ma&#238;tre envers son &#233;l&#232;ve &#233;tait vraiment in&#233;puisable. Il avait l'habitude de lire les articles les plus importants du prolifique Kautsky sous forme de manuscrit, et chacune de ses lettres de critique contient des suggestions pr&#233;cieuses, fruit d'une &#233;tude s&#233;rieuse, et parfois de recherches. Le travail bien connu de Kautsky, &#034; Les antagonismes de classe dans la R&#233;volution Fran&#231;aise &#034;, qui a &#233;t&#233; traduit en presque toutes les langues de l'humanit&#233; civilis&#233;e, para&#238;t aussi &#234;tre pass&#233; par le laboratoire intellectuel d'Engels. Sa longue lettre sur les groupes sociaux &#224; l'&#233;poque de la grande r&#233;volution du dix-huiti&#232;me si&#232;cle n'est pas seulement une application des m&#233;thodes mat&#233;rialistes aux &#233;v&#233;nements historiques, c'est aussi un des plus magnifiques documents de l'esprit humain. Elle est bien trop laconique, et chacune de ses formules pr&#233;suppose une trop grande quantit&#233; de connaissances pour qu'elle soit de lecture facile ; mais ce document, rest&#233; cach&#233; si longtemps, demeurera pour toujours, non seulement une source de connaissances th&#233;oriques mais &#233;galement de joie esth&#233;tique pour n'importe qui ayant s&#233;rieusement r&#233;fl&#233;chi &#224; la dynamique des relations de classe dans une &#233;poque r&#233;volutionnaire, ainsi qu'aux probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux englob&#233;s dans l'interpr&#233;tation mat&#233;rialiste des &#233;v&#233;nements historiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le divorce de Kautsky et son conflit avec Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky pr&#233;tend, non sans avoir une id&#233;e derri&#232;re la t&#234;te, comme nous allons le voir, qu'Engels &#233;tait un pi&#232;tre &#233;valuateur d'hommes. Marx &#233;tait sans doute dans une plus grande mesure apte &#224; &#034; capturer des homes dans son filet de p&#234;cheur &#034;. Il &#233;tait plus &#224; m&#234;me de jouer de leurs forces et de leurs faiblesses, et le prouva, par exemple, par son travail assez difficile dans le Conseil G&#233;n&#233;ral de la Premi&#232;re Internationale, extr&#234;mement h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Cependant, la correspondance d'Engels est la meilleure preuve qui soit que, s'il n'a pas toujours man&#339;uvr&#233; habilement dans ses relations personnelles, cela d&#233;coulait de sa franchise brutale et pas du tout de son incapacit&#233; &#224; comprendre les gens. Kautsky, qui lui-m&#234;me est tr&#232;s myope sur les questions de psychologie, pr&#233;sente, comme exemple au sujet d'Engels, sa d&#233;fense t&#234;tue d'Aveling, l'ami de la fille de Marx, un homme qui malgr&#233; toutes ses capacit&#233;s incontestables n'en &#233;tait pas moins un homme de peu de valeur. Prudemment, mais avec beaucoup d'insistance, Kautsky s'efforce d'accr&#233;diter l'id&#233;e qu'Engels ne fit pas preuve de perspicacit&#233; psychologique vis-&#224;-vis de Kautsky lui-m&#234;me. C'est son but qu'il poursuit quand il soul&#232;ve la question particuli&#232;re des capacit&#233;s d'Engels &#224; juger les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute sa vie Engels a &#233;t&#233; particuli&#232;rement attentionn&#233; envers les femmes, en tant que victimes d'une double oppression. Ce citoyen du monde, d'une culture encyclop&#233;dique &#233;tait mari&#233; &#224; une simple ouvri&#232;re du textile, une irlandaise, et apr&#232;s sa mort il a v&#233;cu avec sa soeur. Sa tendresse envers elles &#233;tait v&#233;ritablement remarquable. La r&#233;ponse maladroite de Marx &#224; la nouvelle de la mort de Mary Burns, la premi&#232;re femme d'Engels, a introduit un petit nuage dans leur relation, vraisemblablement le premier et le dernier au cours des quarante ann&#233;es de leur amiti&#233;. Engels se comportait &#224; l'&#233;gard des filles de Marx comme si elles &#233;taient ses propres enfants. Mais quand Marx, apparemment sous l'influence de sa femme, voulut interf&#233;rer dans la vie amoureuse de ses filles, Engels lui f&#238;t prudemment comprendre que de telles affaires ne concernaient personne &#224; l'exception des principaux int&#233;ress&#233;s. Engels avaient une affection particuli&#232;re pour Eleanor, la plus jeune fille de Marx. Aveling devint son ami ; c'&#233;tait un homme mari&#233; qui avait rompu avec sa premi&#232;re famille. Ces circonstances amen&#232;rent autour du couple &#034; ill&#233;gal &#034; l'atmosph&#232;re &#233;touffante d'une hypocrisie toute britannique. Doit-on beaucoup s'&#233;tonner qu'Engels ait pris la d&#233;fense d'Eleanor et de son ami, m&#234;me ind&#233;pendamment des qualit&#233;s morales de celui-ci ? Eleanor s'est battue pour son amour pour Aveling jusqu'&#224; l'&#233;puisement de ses forces. Engels n'&#233;tait pas aveugle mais il consid&#233;rait que la personnalit&#233; d'Aveling concernait en premier lieu Eleanor. De son c&#244;t&#233;, il n'assumait que la charge de sa d&#233;fense contre l'hypocrisie et les ragots malveillants. &#034; Bas les pattes ! &#034; r&#233;p&#233;tait-il avec ent&#234;tement aux pieux hypocrites. Finalement, incapable d'encaisser les coups de sa vie personnelle, Eleanor se donna la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky se r&#233;f&#232;re aussi au fait qu'Engels soutenait la politique d'Aveling. Mais ceci s'explique par le simple fait qu'Eleanor, comme Aveling, agissait politiquement en b&#233;n&#233;ficiant directement des conseils d'Engels lui-m&#234;me. &#201;videmment, leur activit&#233; f&#251;t loin de donner les r&#233;sultats escompt&#233;s. Mais l'activit&#233; de leur opposant Hyndman, que Kautsky, soutint constamment, se termina &#233;galement par un naufrage. La cause des &#233;checs des premi&#232;res tentatives des marxistes doit &#234;tre recherch&#233;e dans les conditions objectives de l'Angleterre qu'Engels lui-m&#234;me a si magnifiquement analys&#233;es. L'opposition personnelle d'Engels &#224; Hyndman provint en particulier de l'insistance but&#233;e de celui-ci &#224; ne pas prononcer correctement le nom de Marx, et s'en justifiant par l'aversion des Anglais pour toute autorit&#233; &#233;trang&#232;re. Engels, cependant, soup&#231;onnait qu'en Hyndman sommeillait &#034; le plus chauvin des &#034; John Bull &#034; [un anglais x&#233;nophobe] de la cr&#233;ation &#034;. Kautsky essaie d'invalider les suspicions d'Engels &#224; ce sujet, comme si le comportement honteux d'Hyndman pendant la guerre &#8211; pas un mot de Kautsky &#224; ce sujet ! &#8211; n'avait pas r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour son chauvinisme pourri jusqu'&#224; la moelle. Combien Engels s'est montr&#233; plus perspicace dans ce cas l&#224; aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le principal exemple de la pr&#233;tendue &#034; incapacit&#233; &#034; d'Engels &#224; juger les hommes a grandement &#224; voir avec la vie personnelle de Kautsky. Dans la correspondance qui vient d'&#234;tre publi&#233;e, une place consid&#233;rable, si ce n'est la principale, est occup&#233;e par le divorce de Kautsky et de sa premi&#232;re femme. C'est le chatouillement de cette circonstance qui a sans doute longtemps emp&#234;ch&#233; Kautsky de rendre publiques ces lettres. Aujourd'hui, pour la premi&#232;re fois, l'&#233;pisode entier est accessible &#224; la presse&#8230; Le jeune couple Kautsky a pass&#233; plus de six ans &#224; Londres dans une communion constante et sans faille avec Engels et son cercle familial. Le &#034; G&#233;n&#233;ral &#034; f&#251;t litt&#233;ralement foudroy&#233; par la nouvelle de l'ouverture d'une proc&#233;dure de divorce entre Karl et Luise Kautsky, ce qui advint presque imm&#233;diatement apr&#232;s leur retour sur le continent. Les amis les plus proches devinrent bon gr&#233; mal gr&#233; les arbitres moraux du conflit. Engels prit imm&#233;diatement et inconditionnellement le parti de l'&#233;pouse et, jusqu'&#224; sa mort, ne modifia pas sa position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre du 17 octobre 1888, Engels &#233;crit en r&#233;ponse &#224; Kautsky : &#034; Il faut avant tout consid&#233;rer la diff&#233;rence entre la position de l'homme et de la femme dans les conditions actuelles&#8230; Il n'y a que dans des cas extr&#234;mes, seulement apr&#232;s une r&#233;flexion bien m&#251;rie, seulement s'il est absolument clair qu'une telle &#233;tape est n&#233;cessaire, qu'un homme doit avoir recours &#224; cette disposition extr&#234;me, mais m&#234;me alors, seulement sous sa forme la plus prudente et la plus cl&#233;mente. &#034; Dans la bouche d'Engels, qui savait tr&#232;s bien que les affaires de c&#339;ur ne concernent que les int&#233;ress&#233;s, ces mots t&#233;moignent d'un moralisme inattendu. Cependant, ce n'est pas par hasard qu'il s'adresse ainsi &#224; Kautsky&#8230; Nous n'avons ici ni l'occasion ni les bases n&#233;cessaires pour analyser ce conflit marital dont tous les &#233;l&#233;ments ne sont pas &#224; notre disposition. M&#234;me Kautsky s'abstient de tout commentaire sur cet &#233;pisode de sa vie familiale qui appartient pourtant &#224; un pass&#233; bien lointain. Cependant, de ses quelques commentaires tout empreints de r&#233;serve, on ne peut que conclure qu'Engels n'est arriv&#233; &#224; cette position que sous la seule influence de Luise. Mais pourquoi cette influence ? Pendant le divorce, les deux parties demeuraient en Autriche. Comme dans le cas d'Eleanor, Kautsky &#233;lude de mani&#232;re &#233;vidente l'essentiel du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Toutes choses &#233;tant &#233;gales d'ailleurs &#034;, son &#234;tre tout entier portait Engels &#224; venir au secours de l'opprim&#233;. Mais, justement, il est &#233;vident qu'&#224; ses yeux, &#034; toutes choses n'&#233;taient pas &#233;gales d'ailleurs &#034;. Le fait m&#234;me que Luise ait pu l'influencer, parle en sa faveur. D'autre part, beaucoup de traits de personnalit&#233; de Kautsky ont clairement repouss&#233; Engels. Ce qu'il aurait pu passer sous silence si leurs relations avaient &#233;t&#233; confin&#233;es aux questions de th&#233;orie et de politique. Mais apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; introduit dans la querelle de famille sur l'initiative de Kautsky lui-m&#234;me, il a exprim&#233; sa pens&#233;e sans aucune retenue particuli&#232;re. Les vues d'un homme et les morales d'un homme sont, de m&#234;me que bien connu, pas du tout identique. Dans le marxiste Kautsky, Engels a clairement senti un petit-bourgeois viennois, content de lui, &#233;go&#239;ste et conservateur. Pour jauger la personnalit&#233; d'un homme il y a au premier plan son attitude envers les femmes. Engels &#233;tait &#233;videmment de l'opinion que dans cette sph&#232;re, le marxiste Kautsky manquait de certaines des r&#232;gles morales de l'humanisme, m&#234;me bourgeois. Qu'Engels ait eu raison ou tort, c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment l'explication de sa conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1889, le divorce &#233;tant d&#233;j&#224; prononc&#233;, Kautsky, avec le d&#233;sir &#233;vident de d&#233;montrer qu'il n'&#233;tait pas du tout un sans-c&#339;ur &#233;go&#239;ste, &#233;crivit imprudemment &#224; Engels qu'il se sentait &#034; d&#233;sol&#233; &#034; pour Luise. Mais ce fut exactement ce mot qui provoqua une nouvelle explosion d'indignation. Le G&#233;n&#233;ral furieux r&#233;pondit en grondant : &#034; Dans toute cette affaire, Luise s'est comport&#233;e avec tant d'h&#233;ro&#239;sme et de f&#233;minit&#233;&#8230; que si l'on devait avoir piti&#233; de quelqu'un, ce ne serait &#233;videmment pas de Luise. &#034;. Ces mots impitoyables &#8211; qui suivent l'affirmation plus conciliatrice : &#034; vous deux &#234;tes seuls &#224; m&#234;me de juger, et quoi que vous fassiez, nous autres devrons l'accepter. &#034; &#8211; permettent de comprendre la position d'Engels sur cette question et r&#233;v&#232;lent bien sa personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s du divorce tra&#238;na en longueur pendant un long moment, au point que Kautsky se trouva oblig&#233; de passer une ann&#233;e enti&#232;re &#224; Vienne. A son retour &#224; Londres (automne 1898) il ne retrouva pas l'accueil chaleureux auquel il &#233;tait habitu&#233;. De plus, Engels, presque d&#233;monstrativement, invita Luise &#224; devenir la gouvernante de sa maison bien d&#233;laiss&#233;e depuis la mort d'H&#233;l&#232;ne Demuth. Luise se remaria bient&#244;t et v&#233;cut dans la maison d'Engels avec son &#233;poux. Finalement, Engels fit de Luise une de ses h&#233;riti&#232;res. Le G&#233;n&#233;ral n'&#233;tait pas seulement magnanime mais t&#234;tu dans ses engagements. Le 21 mai 1895, dix semaines avant son d&#233;c&#232;s, Engels, de son lit de malade, &#233;crivit une lettre &#224; Kautsky, sur un ton extr&#234;mement col&#233;rique et plein de reproches irrit&#233;s, &#224; propos d'une affaire v&#233;ritablement accidentelle. Kautsky jure cat&#233;goriquement que ces reproches &#233;taient absolument sans fondement. Peut-&#234;tre. Mais il ne re&#231;&#251;t aucune r&#233;ponse suite &#224; sa tentative de dissiper les soup&#231;ons du vieil homme. Le 6 ao&#251;t, Engels mourut. Kautsky essaie de justifier cette rupture si tragique par l'irritabilit&#233; maladive du ma&#238;tre. L'explication est &#233;videmment insatisfaisante. En plus de ses reproches f&#226;ch&#233;s, la lettre d'Engels contient des &#233;valuations de probl&#232;mes historiques complexes, &#233;met un avis favorable au sujet du dernier travail scientifique de Kautsky, et t&#233;moigne g&#233;n&#233;ralement d'un &#233;tat d'esprit tout &#224; fait lucide. Par ailleurs, nous savons de Kautsky lui-m&#234;me que ce changement dans leurs relations intervint sept ans avant cette rupture et prit imm&#233;diatement un caract&#232;re sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1889, Engels avait encore clairement &#224; l'id&#233;e de charger Kautsky et Bernstein de l'h&#233;ritage litt&#233;raire de Marx et de lui-m&#234;me. Peu apr&#232;s, cependant, il y renon&#231;a en ce qui concerne Kautsky. Il demanda, sous un pr&#233;texte &#233;videmment artificiel, que Kautsky lui retourne les manuscrits qu'il lui avait donn&#233; &#224; d&#233;chiffrer et transcrire (Les Th&#233;ories de la Plus-value). Cela advint en cette m&#234;me ann&#233;e, 1889, alors qu'il n'&#233;tait pas encore question d'irritabilit&#233; maladive. Les raisons pour lesquelles Engels a effac&#233; le nom de Kautsky de la liste de ses ex&#233;cuteurs testamentaires, nous ne pouvons que les supposer ; mais elles d&#233;coulent tr&#232;s logiquement des circonstances de l'affaire. Engels lui-m&#234;me, comme nous le savons, consid&#233;rait la publication de l'h&#233;ritage litt&#233;raire de Marx comme le devoir le plus important de sa vie. Il n'y a pas m&#234;me le commencement d'une telle attitude de la part de Kautsky. Le jeune et prolifique &#233;crivain &#233;tait trop pr&#233;occup&#233; de lui-m&#234;me pour accorder aux manuscrits de Marx l'attention qu'Engels exigeait. Peut-&#234;tre le vieil homme eut-il peur que le prolifique Kautsky, consciemment ou non, utilise plusieurs des id&#233;es de Marx pour en faire ses propres &#034; d&#233;couvertes &#034;. C'est la seule explication possible du remplacement de Kautsky par Bebel qui &#233;tait moins qualifi&#233; concernant la th&#233;orie, mais qui avait la compl&#232;te confiance d'Engels. Une confiance que ce dernier n'a jamais accord&#233;e &#224; Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, jusqu'ici, Kautsky nous disait qu'Engels, contrairement &#224; Marx, aurait &#233;t&#233; un m&#233;diocre psychologue, dans un autre de ses commentaires, il adresse &#224; ses deux ma&#238;tres la m&#234;me critique. Il &#233;crit, &#034; ils n'&#233;taient &#233;videmment pas experts pour juger des personnes &#034;. Cette d&#233;claration semble incroyable, si l'on se rappelle de la richesse et de l'incomparable pr&#233;cision des caract&#233;risations personnelles qui abondent non seulement dans les lettres et les pamphlets de Marx mais aussi dans son Capital. On peut dire que Marx &#233;tait capable d'&#233;tablir le caract&#232;re d'un homme &#224; partir de traits individuels de la m&#234;me fa&#231;on que Cuvier reconstruisait un animal &#224; partir d'une seule m&#226;choire. Si en 1852 Marx n'&#233;tait pas capable de discerner les intentions du provocateur hongro-prussien Banya &#8211; le seul cas auquel Kautsky fait r&#233;f&#233;rence &#8211; cela ne fait que prouver que Marx n'&#233;tait ni m&#233;dium ni sorcier mais &#233;tait susceptible de faire des erreurs dans son appr&#233;ciations des personnes, particuli&#232;rement celles rencontr&#233;es par hasard. En affirmant cela, Kautsky cherche &#233;videmment &#224; effacer l'impression laiss&#233;e par l'allusion de Marx, d&#233;favorable &#224; son sujet, apr&#232;s leur premi&#232;re, et derni&#232;re, rencontre. Se contredisant compl&#232;tement, Kautsky &#233;crit deux pages plus loin que &#034; Marx ma&#238;trisait bien l'art de manier les gens, et le montre de la fa&#231;on la plus lumineuse et la plus incontestable dans le Conseil G&#233;n&#233;ral de la Premi&#232;re Internationale &#034;. Une question demeure : comment un homme est-il capable de diriger les gens, de plus &#034; brillamment &#034;, sans &#234;tre capable de percer le secret de leur caract&#232;re ? Il est impossible de ne pas en conclure que Kautsky dresse un bilan bien fauss&#233; de ses relations avec ses ma&#238;tres !&lt;br class='autobr' /&gt;
Appr&#233;ciations et pronostics&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lettres d'Engels abondent en caract&#233;risations d'individus et en appr&#233;ciations succinctes des &#233;v&#232;nements de la politique mondiale. Limitons-nous &#224; quelques exemples. &#034; L'&#233;crivain B. Shaw, rempli de paradoxes, est tr&#232;s talentueux et plein d'esprit en tant qu'homme de lettres mais absolument sans valeur en tant qu'&#233;conomiste et dans le domaine politique. &#034; Cette remarque de 1892 garde toute sa pertinence aujourd'hui. Le journaliste bien connu, V. T. Stead, est caract&#233;ris&#233; comme &#034; un gars compl&#232;tement &#233;cervel&#233; mais marchand de chevaux brillant&#034;. A propos de Sydney Webb, Engels remarque bri&#232;vement : &#034; ein echter Britischer politician &#034; (un v&#233;ritable politicien britannique). Il utilise l&#224; le terme le plus cruel de son vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1889, au plus fort de la campagne de Boulanger en France, Engels &#233;crivit : &#034; L'&#233;lection de Boulanger am&#232;ne la situation en France &#224; un seuil critique. Les Radicaux se sont transform&#233;s en laquais de l'opportunisme, et ont ainsi litt&#233;ralement nourri le Boulangisme. &#034;. Ces mots sont sid&#233;rants de modernit&#233; ; il suffit de remplacer &#034; Boulangisme &#034; par &#034; fascisme &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels condamne la th&#233;orie de la transformation &#034; &#233;volutionniste &#034; du capitalisme en socialisme comme celle d'une &#034; 'fra&#238;che et joyeuse' escalade &#224; partir d'une obscure bestialit&#233; vers une soci&#233;t&#233; socialiste &#034;. Cette formule satirique pr&#233;figure le bilan d'une pol&#233;mique qui devait &#233;clater des ann&#233;es plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me lettre Engels d&#233;monte m&#233;thodiquement le discours d'un d&#233;put&#233; social-d&#233;mocrate, Vollmar, &#034; avec ses garanties abusives et non autoris&#233;es que les sociaux-d&#233;mocrates n'allaient pas rester sur le bas-c&#244;t&#233; si leur patrie &#233;tait attaqu&#233;e, et qu'ils aideraient par cons&#233;quent &#224; d&#233;fendre l'annexion de l'Alsace-Lorraine&#8230; &#034;. Engels r&#233;clama que la direction du parti d&#233;savoue publiquement Vollmar. Pendant la Grande Guerre quand les sociaux-patriotes d&#233;pec&#232;rent compl&#232;tement l'&#339;uvre d'Engels, il ne vint pas &#224; l'esprit de Kautsky de publier ces lignes. Pourquoi s'emb&#234;ter ? La guerre fournissait assez d'inqui&#233;tude comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er avril 1895, Engels protesta contre l'utilisation qui &#233;tait faite de sa pr&#233;face aux &#034;Luttes de classe en France&#034; de Marx par l'organe central du parti, &#034; Vorw&#228;rts &#034;. Par le biais de coupures, l'article est tellement d&#233;natur&#233; qu'Engels en est furieux, &#034; je suis transform&#233; en un vulgaire adorateur de la l&#233;galit&#233; &#224; tout prix &#034;. Il demande que cette &#034; &#233;dition honteuse &#034; soit retir&#233;e, quoi qu'il en co&#251;te. Engels, qui &#224; l'&#233;poque approchait de son soixante-quinzi&#232;me anniversaire, n'&#233;tait &#233;videmment pas encore pr&#234;t &#224; renoncer &#224; l'enthousiasme r&#233;volutionnaire de sa jeunesse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on devait parler de toutes les erreurs d'Engels sur les personnes, alors on devrait citer non pas Aveling, imprudent dans ses affaires personnelles, ou l'espion Banya, mais les plus grands leaders du socialisme : Victor Adler, Jules Guesde, Eduard Bernstein, Karl Kautsky lui-m&#234;me et beaucoup d'autres. Tous, sans aucune exception, trahirent ses esp&#233;rances, apr&#232;s sa mort, naturellement. Mais pr&#233;cis&#233;ment, ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233; de l' &#034; erreur &#034; montre qu'elle ne rel&#232;ve pas de l'appr&#233;ciation des psychologies individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1884, Engels, se r&#233;f&#233;rant &#224; la social-d&#233;mocratie allemande, qui engrangeait des progr&#232;s rapides, &#233;crivait qu'il s'agissait d'un parti &#034; libre de tout philistinisme dans le pays le plus philistin du monde, libre de tout chauvinisme dans le pays le plus saoul de victoire en Europe &#034;. Le cours ult&#233;rieur des &#233;v&#232;nements prouva qu'Engels avait visualis&#233; le cours futur du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire d'une fa&#231;on bien trop lin&#233;aire. Surtout, il n'anticipa pas le puissant essor capitaliste qui s'enclencha imm&#233;diatement apr&#232;s sa mort et qui dura jusqu'&#224; la veille de la guerre imp&#233;rialiste. Ce fut pr&#233;cis&#233;ment au cours de ces quinze ann&#233;es de vigueur &#233;conomique qu'advint la compl&#232;te d&#233;g&#233;n&#233;rescence opportuniste des milieux dirigeants du mouvement ouvrier. Cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence se r&#233;v&#233;la compl&#232;tement durant la guerre et, en derni&#232;re analyse, elle mena &#224; l'inf&#226;me capitulation face au national-socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Kautsky, Engels, m&#234;me dans les ann&#233;es 1880, pr&#233;sumait que la r&#233;volution allemande &#034; am&#232;nerait d'abord la d&#233;mocratie bourgeoise au pouvoir, et ensuite seulement la social-d&#233;mocratie &#034;. A contrario, Kautsky aurait anticip&#233; que &#034; l'imminente r&#233;volution allemande ne pouvait &#234;tre que prol&#233;tarienne &#034;. Il est remarquable qu'en rappelant cette vieille divergence d'opinion, qui n'est d'ailleurs pas expos&#233;e correctement, Kautsky ne soul&#232;ve m&#234;me pas la question de ce qu'&#233;tait vraiment la r&#233;volution allemande de 1918. En l'occurrence il aurait d&#251; dire : cette r&#233;volution &#233;tait une r&#233;volution prol&#233;tarienne ; elle pla&#231;ait imm&#233;diatement le pouvoir dans les mains de la social-d&#233;mocratie ; mais cette derni&#232;re, avec l'aide de Kautsky lui-m&#234;me, rendit le pouvoir &#224; la bourgeoisie qui, incapable de le conserver, d&#251;t appeler Hitler &#224; l'aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; historique est infiniment plus riche en possibilit&#233;s et en &#233;tapes transitoires que ne peuvent l'imaginer les plus grands g&#233;nies. La valeur des pronostics politiques ne r&#233;side pas tant dans leur correspondance exacte avec chaque &#233;tape de la r&#233;alit&#233; que dans leur contribution &#224; distinguer son v&#233;ritable d&#233;veloppement. De ce point de vue, la pens&#233;e de Friedrich Engels a &#233;t&#233; confront&#233;e victorieusement au verdict de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OSLO, Octobre 1935&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques citations remarquables de Karl Marx et Friedrich Engels</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</guid>
		<dc:date>2025-09-04T22:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me... &lt;br class='autobr' /&gt; Ecrits peu connus de Marx et Engels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique186" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH275/marx_and_engels_at_hague_congress-300x275-abb47.jpg?1787535616' width='300' height='275' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecrits peu connus de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, d&#233;crits et comment&#233;s par eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ath&#233;isme selon Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, journalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits sur les r&#233;volutions de 1848 en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Marx et Engels sur les sciences de la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport dialectique de Marx et Engels, v&#233;ritable pierre de touche du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Marx et Engels concevaient leur activit&#233; militante en direction de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesv-2-fdc27.jpg?1787535616' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesop-1d1d1.jpg?1787535616' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH250/imagesnj-a4f0d.jpg?1787535616' width='201' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesio-fc90a.jpg?1787535616' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L244xH207/imagesyu-315a4.jpg?1787535616' width='244' height='207' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/imagesfg-14284.png?1787535616' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH162/imagesaz-dae68.jpg?1787535616' width='310' height='162' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L314xH160/imagesqs-4-37014.jpg?1787535616' width='314' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titreop-ebc2e.jpg?1787535616' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L277xH182/sans_titrelm-5e4b2.jpg?1787535616' width='277' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L327xH154/sans_titreui-95a0a.jpg?1787535616' width='327' height='154' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titrekl-de7c3.jpg?1787535616' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L318xH159/sans_titrejk-48a3f.jpg?1787535616' width='318' height='159' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH163/sans_titreqs-68817.jpg?1787535616' width='310' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/sans_titredd-846bb.jpg?1787535616' width='300' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH202/sans_titres-2-5e62b.jpg?1787535616' width='250' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/ba827604a28dbd29777f85ae9d16c94f-036ce.jpg?1787535616' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;nine et le marxisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8627</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8627</guid>
		<dc:date>2024-02-24T23:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine et le marxisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Etre marxiste pour L&#233;nine en septembre 1917, c'est pr&#233;parer l'insurrection menant &#224; la prise de pouvoir des soviets ! Il n'&#233;tait pas alors majoritaire sur cette question &#224; la direction du parti bolchevik ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de L&#233;nine au comit&#233; central du P.O.S.D. (b.) R. (parti bolchevik) &lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les d&#233;formations du marxisme, l'une des plus malveillantes et peut&#8209;&#234;tre des plus r&#233;pandues par les partis &#171; socialistes &#187; r&#233;gnants est le mensonge opportuniste qui pr&#233;tend que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique186" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine et le marxisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Etre marxiste pour L&#233;nine en septembre 1917, c'est pr&#233;parer l'insurrection menant &#224; la prise de pouvoir des soviets ! Il n'&#233;tait pas alors majoritaire sur cette question &#224; la direction du parti bolchevik !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de L&#233;nine au comit&#233; central du P.O.S.D. (b.) R. (parti bolchevik)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les d&#233;formations du marxisme, l'une des plus malveillantes et peut&#8209;&#234;tre des plus r&#233;pandues par les partis &#171; socialistes &#187; r&#233;gnants est le mensonge opportuniste qui pr&#233;tend que la pr&#233;paration &#224; l'insurrection et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la fa&#231;on de consid&#233;rer l'insurrection comme un art [1], c'est du &#171; blanquisme [2] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand ma&#238;tre de l'opportunisme, Bernstein, s'est d&#233;j&#224; acquis une triste c&#233;l&#233;brit&#233; en portant contre le marxisme l'accusation de blanquisme, et, en fait, les opportunistes d'aujourd'hui ne renouvellent ni n'&#171; enrichissent &#187; d'un iota les pauvres &#171; id&#233;es &#187; de Bernstein, quand ils crient au blanquisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accuser les marxistes de blanquisme, parce qu'ils consid&#232;rent l'insurrection comme un art ! Peut&#8209;il y avoir plus criante d&#233;formation de la v&#233;rit&#233; alors que nul marxiste ne niera que c'est justement Marx qui s'est exprim&#233; sur ce point de la fa&#231;on la plus pr&#233;cise, la plus nette et la plus p&#233;remptoire, en d&#233;clarant pr&#233;cis&#233;ment que l'insurrection est un art, en disant qu'il faut la traiter comme un art, qu'il faut conqu&#233;rir les premiers succ&#232;s et avancer de succ&#232;s en succ&#232;s, sans interrompre la marche contre l'ennemi, en profitant de son d&#233;sarroi, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;ussir, l'insurrection doit s'appuyer non pas sur un complot, non pas sur un parti, mais sur la classe d'avant-garde. Voil&#224; un premier point. L'insurrection doit s'appuyer sur l'&#233;lan r&#233;volutionnaire du peuple. Voil&#224; le second point. L'insurrection doit surgir &#224; un tournant de l'histoire de la r&#233;volution ascendante o&#249; l'activit&#233; de l'avant&#8209;garde du peuple est la plus forte, o&#249; les h&#233;sitations sont les plus fortes (dans les rangs de l'ennemi et dans ceux des amis de la r&#233;volution faibles, ind&#233;cis, pleins de contradictions ; voil&#224;le troisi&#232;me point. Telles sont les trois conditions qui font que, dans la fa&#231;on de poser la question de l'insurrection, le marxisme se distingue du blanquisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s lors que ces conditions se trouvent remplies, refuser de consid&#233;rer l'insurrection comme un art, c'est trahir le marxisme, c'est trahir la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prouver qu'en ce moment pr&#233;cis&#233;ment le parti doit de toute n&#233;cessit&#233; reconna&#238;tre que l'insurrection est mise &#224; l'ordre du jour par le cours objectif des &#233;v&#233;nements, qu'il doit traiter l'insurrection comme un art, pour prouver cela, le mieux sera peut&#8209;&#234;tre d'employer la m&#233;thode de comparaison et de mettre en parall&#232;le les journ&#233;es des 3 et 4 juillet [4] et les journ&#233;es de septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 3 et 4 juillet, on pouvait sans p&#233;cher contre la v&#233;rit&#233; poser ainsi le probl&#232;me : il serait pr&#233;f&#233;rable de prendre le pouvoir sinon nos ennemis nous accuseront de toute fa&#231;on de s&#233;dition et nous traiteront comme des factieux. Mais on ne pouvait en conclure &#224; l'utilit&#233; de prendre alors le pouvoir, car les conditions objectives pour la victoire de l'insurrection n'&#233;taient pas r&#233;alis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'avions pas encore derri&#232;re nous la classe qui est l'avant&#8209;garde de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'avions pas encore la majorit&#233; parmi les ouvriers et les soldats des deux capitales [5]. Aujourd'hui, nous l'avons dans les deux Soviets. Elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e uniquement par les &#233;v&#233;nements des mois de juillet et d'ao&#251;t, par l'exp&#233;rience des &#171; r&#233;pressions &#187; contre les bolch&#233;viks et par l'exp&#233;rience de la r&#233;bellion de Kornilov [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'enthousiasme r&#233;volutionnaire n'avait pas encore gagn&#233; la grande masse du peuple. Il l'a gagn&#233;e aujourd'hui, apr&#232;s la r&#233;bellion de Kornilov. C'est ce que prouvent les &#233;v&#233;nements en province et la prise du pouvoir par les Soviets en maints endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'y avait pas alors d'h&#233;sitations d'une amplitude politique s&#233;rieuse parmi nos ennemis et parmi la petite bourgeoisie incertaine. Aujourd'hui, ces h&#233;sitations ont une grande ampleur : notre principal ennemi, l'imp&#233;rialisme alli&#233;, l'imp&#233;rialisme mondial &#8209; car les &#171; Alli&#233;s &#187; sont &#224; la t&#234;te de l'imp&#233;rialisme mondial &#8209; a balanc&#233; entre la guerre jusqu'&#224; la victoire et la paix s&#233;par&#233;e contre la Russie. Nos d&#233;mocrates petits&#8209;bourgeois, qui ont manifestement perdu la majorit&#233; dans le peuple, ont eu de profondes h&#233;sitations, quand ils ont refus&#233; de faire bloc, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire de se coaliser avec les cadets [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi, les 3 et 4 juillet, l'insurrection aurait &#233;t&#233; une faute : nous n'aurions pu conserver le pouvoir ni physiquement ni politiquement. Physiquement, bien que P&#233;trograd f&#251;t par instants entre nos mains, car nos ouvriers et nos soldats n'auraient pas alors accept&#233; de se battre, de mourir pour la possession de P&#233;trograd il n'y avait pas alors cette &#171; exasp&#233;ration &#187;, cette haine implacable &#224; la fois contre les K&#233;renski et contre les Ts&#233;r&#233;t&#233;li et les Tchernov ; nos gens n'avaient pas encore &#233;t&#233; tremp&#233;s par l'exp&#233;rience des pers&#233;cutions contre les bolch&#233;viks avec la participation des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Politiquement nous n'aurions pas gard&#233; le pouvoir les 3 et 4 juillet, car, avant l'aventure Kornilov, l'arm&#233;e et la province auraient pu marcher et auraient march&#233; contre P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la situation est tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons avec nous la majorit&#233; de la classe qui est l'avant&#8209;garde de la r&#233;volution, l'avant&#8209;garde du peuple, capable d'entra&#238;ner les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons avec nous la majorit&#233; du peuple, car le d&#233;part de Tchernov, s'il est loin d'&#234;tre le seul signe, est pourtant le signe le plus visible et le plus concret que la paysannerie ne recevra pas la terre du bloc socialiste&#8209;r&#233;volutionnaire (ni des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires eux&#8209;m&#234;mes). C'est l&#224; le point essentiel, celui qui donne &#224; la r&#233;volution son caract&#232;re national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pour nous l'avantage d'une situation o&#249; le parti conna&#238;t s&#251;rement son chemin, en face des h&#233;sitations inou&#239;es de tout l'imp&#233;rialisme et de tout le bloc des mench&#233;viks et des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pour nous une victoire assur&#233;e, car le peuple est d&#233;sormais au bord du d&#233;sespoir, et nous donnons &#224; tout le peuple une perspective claire en lui montrant l'importance de notre direction &#171; pendant les journ&#233;es de Kornilov &#187;, puis en proposant un compromis aux &#171; hommes du bloc &#187; et en recevant d'eux un refus qui est loin d'avoir mis un terme aux h&#233;sitations le leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grave erreur serait de croire que notre offre de compromis n'a pas encore &#233;t&#233; repouss&#233;e, que la Conf&#233;rence d&#233;mocratique [8] peut encore l'accepter. Le compromis a &#233;t&#233; propos&#233; par un parti &#224; des partis : il ne pouvait en &#234;tre autrement. Les partis l'ont repouss&#233;. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique n'est qu'une conf&#233;rence, rien de plus. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'elle ne repr&#233;sente pas la majorit&#233; du peuple r&#233;volutionnaire, la paysannerie appauvrie et exasp&#233;r&#233;e. C'est une conf&#233;rence de la minorit&#233; du peuple il ne faut pas oublier cette v&#233;rit&#233; &#233;vidente. La plus grande erreur de notre part, le pire cr&#233;tinisme parlementaire, serait de traiter la Conf&#233;rence d&#233;mocratique comme un parlement, car m&#234;me si elle se proclamait parlement et parlement souverain et permanent de la r&#233;volution, elle ne d&#233;ciderait malgr&#233;, tout de rien : la d&#233;cision ne lui appartient pas ; elle d&#233;pend des quartiers ouvriers de P&#233;trograd et de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les conditions objectives d'une insurrection couronn&#233;e de succ&#232;s sont r&#233;unies. Nous avons l'avantage exceptionnel d'une situation o&#249; seule notre victoire dans l'insurrection mettra fin aux h&#233;sitations qui ont exasp&#233;r&#233; le peuple et qui constituent un v&#233;ritable supplice ; o&#249; seule notre victoire dans l'insurrection donnera imm&#233;diatement la terre &#224; la paysannerie ; o&#249; seule notre victoire dans l'insurrection fera &#233;chouer les manoeuvres do paix s&#233;par&#233;e contre la r&#233;volution, les fera &#233;chouer par la proposition ouverte d'une paix plus compl&#232;te, plus juste et plus proche, d'une paix favorable &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul enfin notre parti, apr&#232;s, avoir remport&#233; la victoire dans l'insurrection peut sauver P&#233;trograd, car, si notre offre de paix est repouss&#233;e et si nous n'obtenons pas m&#234;me un armistice, alors c'est nous qui serons les partisans d'aller &#171; jusqu'au bout &#187;, c'est nous qui serons &#224; la t&#234;te des partis de la guerre c'est nous qui serons le parti &#171; de la guerre &#187; par excellence, nous m&#232;nerons la guerre d'une fa&#231;on vrai&#173;ment r&#233;volutionnaire. Nous enl&#232;verons aux capitalistes tout leur pain et toutes leurs bottes. Nous leur laisserons les cro&#251;tes, nous les chausserons de lapti. Nous donnerons au front tout le pain et toutes les chaussures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors nous d&#233;fendrons victorieusement P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une guerre v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire, les ressources tant mat&#233;rielles que morales sont encore immenses en Russie ; il y a 99 chances sur 100 pour que les Allemands nous accordent au moins un armistice. Et obtenir un armistice aujourd'hui, c'est vaincre le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant pris conscience que l'insurrection des ouvriers de P&#233;trograd et de Moscou est absolument n&#233;cessaire pour sauver la r&#233;volution et pour sauver la Russie du partage &#171; s&#233;par&#233; &#187; que veulent les imp&#233;rialistes des deux coalitions, nous devons, tout d'abord, adapter aux conditions de l'insurrection ascendante notre tactique politique &#224;. la Conf&#233;rence ; nous devons ensuite prouver que ce n'est pas seulement en paroles que nous acceptons la pens&#233;e de Marx sur la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rer l'insurrection comme un art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons sans retard donner une coh&#233;sion nouvelle &#224; la fraction des bolch&#233;viks qui si&#232;gent &#224; la Conf&#233;rence sans nous laisser impressionner par le nombre, sans craindre de laisser les h&#233;sitants dans le camp des h&#233;sitants : ils seront plus utiles &#224; la cause de la r&#233;volution l&#224;&#8209;bas que dans le camp des combattants r&#233;solus et d&#233;vou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons r&#233;diger une courte d&#233;claration des bolch&#233;viks soulignant de la fa&#231;on la plus cat&#233;gorique l'inopportunit&#233; des longs discours, l'inopportunit&#233; des &#171; discours &#187; en g&#233;n&#233;ral, la n&#233;cessit&#233; d'une action imm&#233;diate pour le salut de la r&#233;volution, la n&#233;cessit&#233; absolue d'une rupture compl&#232;te avec la bourgeoisie de la destitution de tous les membres du gouvernement actuel, d'une rupture compl&#232;te avec les imp&#233;rialistes anglo&#8209;fran&#231;ais qui pr&#233;parent un partage &#171; s&#233;par&#233; &#187; de la Russie, la n&#233;cessit&#233; de faire passer imm&#233;diatement tout le pouvoir aux mains de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire guid&#233;e par le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;claration doit formuler de la fa&#231;on la plus br&#232;ve et la plus nette cette conclusion en liaison avec notre projet de programme : la paix aux peuples, la terre aux paysans, la confiscation des profits scandaleux et la r&#233;pression contre le sabotage &#233;hont&#233; de la production par les capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus notre d&#233;claration sera br&#232;ve, plus elle sera tranchante, meilleure elle sera. Il faut seulement y souligner encore deux points tr&#232;s importants : le peuple est exasp&#233;r&#233; par les h&#233;sitations, le peuple est d&#233;chir&#233; par l'ind&#233;cision des socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks ; nous rompons d&#233;finitivement avec ces partis, car ils ont trahi la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chose encore : en proposant tout de suite une paix sans annexions, en rompant tout de suite avec les imp&#233;rialistes alli&#233;s et avec tous les imp&#233;rialistes, nous obtiendrons imm&#233;diatement soit un armistice, soit le ralliement de tout le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#224; la d&#233;fense, et la poursuite par la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, sous la direction de ce dernier, d'une guerre v&#233;ritablement juste, v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir lu cette d&#233;claration, apr&#232;s avoir r&#233;clam&#233; des d&#233;cisions et non des paroles, des actes et non des r&#233;solutions &#233;crites, nous devons lancer toute notre fraction dans les usines et dans les casernes : c'est l&#224; qu'est sa place, c'est l&#224; qu'est le nerf vital, c'est de l&#224; que viendra le salut de la r&#233;volution, c'est l&#224; qu'est le moteur de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que nous devons dans des discours ardents, passionn&#233;s, expliquer notre programme et poser ainsi la question : ou bien l'acceptation compl&#232;te de ce programme par la Conf&#233;rence, ou bien l'insurrection. Il n'y a pas de milieu. Impossible d'attendre. La r&#233;volution p&#233;rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ainsi pos&#233;e, toute notre fraction &#233;tant concentr&#233;e dans les usines et dans les casernes, nous serons &#224; m&#234;me de juger du moment o&#249; il faut d&#233;clencher l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour consid&#233;rer l'insurrection en marxistes, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire comme un art, nous devrons en m&#234;me temps, sans perdre une minute, organiser l'&#233;tat&#8209;major des d&#233;tachements insurrectionnels, r&#233;partir nos forces, lancer les r&#233;giments s&#251;rs aux points les plus importants, cerner le th&#233;&#226;tre Alexandra [9], occuper la forteresse Pierre&#8209;et&#8209;Paul [10], arr&#234;ter l'&#233;tat&#8209;major g&#233;n&#233;ral et le gouvernement, envoyer contre les &#233;l&#232;ves-officiers et la division sauvage [11] des d&#233;tachements pr&#234;ts &#224; mourir plut&#244;t que de laisser l'ennemi p&#233;n&#233;trer dans les centres vitaux de la ville ; nous devrons mobiliser les ouvriers arm&#233;s, les appeler &#224; une lutte ultime et acharn&#233;e occuper simultan&#233;ment le t&#233;l&#233;graphe et le t&#233;l&#233;phone, installer notre &#233;tat-major de l'insurrection au Central t&#233;l&#233;phonique, le relier par t&#233;l&#233;phone &#224; toutes les usines, &#224; tous les r&#233;giments, &#224; tous les centres de la lutte arm&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est qu'approximatif, certes, et seulement destin&#233; &#224; illustrer le fait que, au moment que nous vivons, on ne peut rester fid&#232;le au marxisme, rester fid&#232;le &#224; la r&#233;volution, si on ne consid&#232;re pas l'insurrection comme un art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit les 13-14 (26-27) septembre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru pour la premi&#232;re fois en 1921 dans la revue &#171; Prol&#233;tarska&#239;a R&#233;volioutsia &#187; n&#176; 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] F. Engels, R&#233;volution et contre&#8209;r&#233;volution en Allemagne. Cet ouvrage fut &#233;crit par Engels et publi&#233; en 1851&#8209;1852, sous forme d'une s&#233;rie d'articles dans le New York Daily Tribune, sign&#233;s par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Blanquisme : courant du mouvement socialiste fran&#231;ais dirig&#233; par Louis&#8209;Auguste Blanqui (1805&#8209;1881). Les blanquistes substituaient les actions d'une poign&#233;e de conspirateurs &#224; l'activit&#233; d'un parti r&#233;volutionnaire et n&#233;gligeaient la liaison avec les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L&#233;nine fait allusion aux manifestations qui se d&#233;roul&#232;rent &#224; P&#233;trograd les 3 et 4 (16 et 17) juillet 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il fallait s'y attendre, l'offensive des troupes russes sur le front &#233;choua. Soldats, marins et ouvriers indign&#233;s par les agissements du Gouvernement provisoire qui avait ordonn&#233; cette offensive condamn&#233;e &#224; l'avance, descendirent dans la rue. Les premiers &#224; agir furent les soldats du I&#176; r&#233;giment de mitrailleurs de P&#233;trograd, dans le quartier Vyborgska&#239;a Storona, le 3 (16) juillet. La manifestation risquait de se transformer en une insurrection arm&#233;e. A cette &#233;poque, le Parti bolch&#233;vik se pronon&#231;ait contre l'insurrection arm&#233;e, estimant que la crise r&#233;volutionnaire n'&#233;tait pas encore m&#251;re. A la s&#233;ance convoqu&#233;e le 3 (16) juillet &#224; 4 heures de l'apr&#232;s&#8209;midi, le Comit&#233; central d&#233;cida donc de renoncer aux actions et manifestations. La m&#234;me d&#233;cision fut prise par la II&#176; conf&#233;rence des bolcheviks de P&#233;trograd&#8209;ville qui se tenait au m&#234;me moment. Ses d&#233;l&#233;gu&#233;s se rendirent dans les usines et les quartiers pour d&#233;tourner les masses de manifester. Mais le mouvement avait d&#233;j&#224; pris de l'envergure, et il ne fut plus possible de l'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenant compte cette situation, le Parti r&#233;solut, le 3 (16) juillet, de prendre part &#224; l'action, afin de lui conf&#233;rer un caract&#232;re pacifique et organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait alors absent de P&#233;trograd. Inform&#233; des &#233;v&#233;nements, il revint d'urgence dans la capitale le 4 (17) juillet au matin pour diriger l'action qui prenait de l'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, plus de 500 000 personnes manifest&#232;rent sur les mots d'ordre bolch&#233;viks : &#171; Tout le pouvoir aux Soviets ! &#187; et autres. Les manifestants exig&#232;rent du Comit&#233; ex&#233;cutif central des Soviets qu'il prenne le pouvoir. Mais les s.&#8209;r. et mench&#233;viks refus&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le consentement du Comit&#233; ex&#233;cutif central o&#249; dominaient les s.&#8209;r. et les mench&#233;viks, le Gouvernement provisoire lan&#231;a contre les manifestants d&#233;sarm&#233;s des d&#233;tachements d'&#233;l&#232;ves&#8209;officiers et de cosaques qui ouvrirent le feu. Le Gouvernement provisoire fit rappeler du front des troupes contre-r&#233;volutionnaires pour &#233;craser l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une r&#233;union du Comit&#233; central et du Comit&#233; de P&#233;trograd qui se d&#233;roula dans la nuit du 4 au 5 juillet, sous la direction de L&#233;nine, la d&#233;cision fut prise de faire cesser d'une mani&#232;re organis&#233;e les manifestations pour pr&#233;server de la d&#233;b&#226;cle le gros des forces r&#233;volutionnaires. Les s.&#8209;r. et les mencheviks se firent pratiquement les complices de la r&#233;pression. La manifestation r&#233;prim&#233;e, ils s'attaqu&#232;rent, de concert avec la bourgeoisie, au Parti bolch&#233;vik. La Pravda, la Soldatska&#239;a Pravda et les autres journaux bolch&#233;viks furent interdits par le Gouvernement provisoire. L'imprimerie &#171; Troud &#187; fut saccag&#233;e. Le Gouvernement provisoire proc&#233;da au d&#233;sarmement des ouvriers ; arrestations en masse, perquisitions et massacres se multipli&#232;rent. Les troupes r&#233;volutionnaires furent retir&#233;es de la garnison de P&#233;trograd et envoy&#233;es au front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les journ&#233;es de juillet, le pouvoir passa enti&#232;rement entre les mains du Gouvernement provisoire. La dualit&#233; des pouvoirs et la p&#233;riode pacifique de la r&#233;volution &#233;taient termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] P&#233;trograd et Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il s'agit de la r&#233;bellion dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e tsariste Kornilov, commandant en chef. Les rebelles comptaient s'emparer de P&#233;trograd, d&#233;truire les organisations ouvri&#232;res, dissoudre les Soviets et instaurer dans le pays une dictature militaire pour r&#233;tablir ensuite la monarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t (7 septembre), Kornilov dirigea le 3&#176; corps de cavalerie sur P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti bolch&#233;vik se pronon&#231;a pour tout faire pour mettre le putsch en &#233;chec, tout en ne cessant pas de d&#233;noncer le Gouvernement provisoire, ses complices socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires et mench&#233;viks. A l'appel du C.C. du Parti bolch&#233;vik, les ouvriers de P&#233;trograd commenc&#232;rent rapidement &#224; former des d&#233;tachements de la Garde Rouge, des comit&#233;s r&#233;volutionnaires apparurent dans certaines r&#233;gions, et l'offensive de Kornilov fut stopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Cadets, membres du parti constitutionnel&#8209;d&#233;mocrate (K.-D.), principal parti de la bourgeoisie monarchiste lib&#233;rale en Russie. Le parti fut fond&#233; en octobre 1905 ; il comprenait des repr&#233;sentants de la bourgeoisie, des propri&#233;taires fonciers et des intellectuels bourgeois. Milioukov, Mouromtsev, Maklakov, Chingarev, Strouv&#233; &#233;taient parmi leurs chefs de file. Pendant la premi&#232;re guerre mondiale, ils soutinrent acti&#173;vement la politique ext&#233;rieure annexionniste du gouvernement du tsar. Au cours de la r&#233;volution de f&#233;vrier, ils essay&#232;rent de sauver la monarchie. Occupant une situation pr&#233;pond&#233;rante dans le Gouvernement provisoire bourgeois, les cadets men&#232;rent une politique antipopulaire, contre&#8209;r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la victoire de la R&#233;volution d'Octobre, les cadets furent des ennemis irr&#233;conciliables du pouvoir sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La Conf&#233;rence d&#233;mocratique de Russie fut convoqu&#233;e par le comit&#233; ex&#233;cutif central des Soviets o&#249; pr&#233;dominaient les mench&#233;viks et les socialistes&#8209;r&#233;volutionnaires, sous pr&#233;texte de r&#233;gler la question du pouvoir, le vrai but &#233;tant de trouver un d&#233;rivatif &#224; la pouss&#233;e r&#233;volutionnaire grandissante. Fix&#233;e au 12 (25) septembre, elle fut ajourn&#233;e et se tint &#224; P&#233;trograd du 14 au 22 septembre (27 septembre&#8209;5 octobre) 1917 avec plus de 1 500 participants. Les leaders mench&#233;viks et s.&#8209;r. firent tout le possible pour r&#233;duire le nombre de repr&#233;sentants ouvriers et paysans au profit des organisations petites&#8209;bourgeoises et bourgeoises, qui s'y trouv&#232;rent ainsi en majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le C.C. du P.O.S.D.(b.)R., &#224; sa s&#233;ance du 3 (16) septembre, d&#233;cida de prendre part &#224; la Conf&#233;rence, et envoya aux organisations de base du Parti une circulaire indiquant qu'il fallait &#171; r&#233;unir tous les efforts afin d'assurer la pr&#233;sence &#224; la Conf&#233;rence du groupe le plus nombreux et le plus uni possible &#187;. En acceptant de participer &#224; la Conf&#233;rence, les bolch&#233;viks voulaient en utiliser la tribune pour mettre en accusation les mench&#233;viks et les s.&#8209;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre au Comit&#233; central, aux comit&#233;s de P&#233;trograd et de Moscou du P.O.S.D.(b.) R., intitul&#233;e &#171; les bolcheviks, doivent prendre le pouvoir &#187; et dans la lettre au C.C. &#171; Le marxisme et l'insurrection &#187;, L&#233;nine d&#233;termina l'attitude des bolch&#233;viks &#224; l'&#233;gard de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence d&#233;cida de former un Pr&#233;parlement (Conseil provisoire de la R&#233;publique), qui devait donner l'impression que le r&#233;gime parlementaire &#233;tait instaur&#233; en Russie. Or, selonl'arr&#234;t&#233; adopt&#233; par le Gouvernement provisoire lui&#8209;m&#234;me, le Pr&#233;parlement ne devait jouer qu'un r&#244;le consultatif A la r&#233;union des bolch&#233;viks participants &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, convoqu&#233;e par le Comit&#233; central du Parti, il fut d&#233;cid&#233; par 77 voix contre 50 de prendre part au Pr&#233;parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses articles &#171; Les champions de la fraude et les erreurs des bolch&#233;viks &#187;, &#171; Notes d'un publiciste &#187;, &#171; Les erreurs de notre Parti &#187; et &#171; La crise est m&#251;re &#187;, L&#233;nine critiqua les erreurs tactiques commises par les bolch&#233;viks vis&#8209;&#224;&#8209;vis de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique : il exigea que les bolch&#233;viks quittent le Pr&#233;parlement, en soulignant la n&#233;cessit&#233; de concentrer tous les efforts sur la pr&#233;paration de l'insurrection, contra la position d&#233;fendue par Kam&#233;nev et autres qui pr&#233;conisaient la participation. Le 7 (20) octobre, le jour de l'ouverture du Pr&#233;parlement, les bolch&#233;viks donn&#232;rent lecture d'une d&#233;claration et quitt&#232;rent le Pr&#233;parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Th&#233;&#226;tre Alexandra : th&#233;&#226;tre de P&#233;trograd o&#249; si&#233;gea la Conf&#233;rence d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Forteresse Pierre&#8209;et&#8209;Paul : forteresse situ&#233;e sur la N&#233;va, en face du Palais d'Hiver ; sous le tsarisme servait de lieu de d&#233;tention des prisonniers politiques ; poss&#233;dait un &#233;norme arsenal et &#233;tait un point strat&#233;gique important de P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] La division sauvage fut form&#233;e pendant la guerre de 1914&#8209;1918 &#224; partir de volontaires recrut&#233;s parmi les peuples montagnards du Caucase du Nord. Le g&#233;n&#233;ral Kornilov essaya de les utiliser comme fer de lance de son offensive contre P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'autres &#233;crits de L&#233;nine sur le marxisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1908&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/04/vil19080403.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/04/vil19080403.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900d.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900d.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1910&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1910/12/vil19101223.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1910/12/vil19101223.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/19130300.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/19130300.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1914&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/karlmarx/km02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1914/karlmarx/km02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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