Matière et Révolution
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Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
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69144Qu'est-ce qui fait penser l'homme ?
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9119
https://www.matierevolution.org/spip.php?article91192026-08-06T22:33:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Qu'est-ce qui fait penser l'homme ? <br class='autobr' />
A l'opposé de Descartes, on pourrait dire je suis homme donc je pense. D'accord c'est plus juste que l'inverse, mais cela ne me dit pas comment cela se fait. <br class='autobr' />
Bien entendu, chacun croit connaitre la réponse : c'est le cerveau et pourtant rien n'est aussi simple. Le cerveau ? Quelle zone, quel mécanisme, quelle procédure, quelles interactions, quelle mise en route, où sont les idées, quelle part des émotions, où est le raisonnement, etc. Et puis, on (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique103" rel="directory">Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Qu'est-ce qui fait penser l'homme ?</h2>
<p>A l'opposé de Descartes, on pourrait dire je suis homme donc je pense. D'accord c'est plus juste que l'inverse, mais cela ne me dit pas comment cela se fait.</p>
<p>Bien entendu, chacun croit connaitre la réponse : c'est le cerveau et pourtant rien n'est aussi simple. Le cerveau ? Quelle zone, quel mécanisme, quelle procédure, quelles interactions, quelle mise en route, où sont les idées, quelle part des émotions, où est le raisonnement, etc. Et puis, on pense non seulement avec son cerveau mais avec tout son corps, et aussi avec ses interactions avec d'autres êtres humains. Depuis que nous possédons le langage et l'écriture, nous pensons au travers de ces moyens là.</p>
<p>Le cerveau n'est pas seul à penser…</p>
<p><a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/CLEMENT/50779" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/CLEMENT/50779</a></p>
<p>file :///C :/Users/Dell/Downloads/Le_cerveau_n_est_pas_ce_que_vous_pensez_LES_ACTES_DE_LECTURE.pdf</p>
<p>C'est l'homme qui pense et pas un cerveau isolé du corps ni isolé des autres hommes, des autres êtres vivants et du reste du monde.</p>
<p>Bachelard disait même qu'il faut penser contre son cerveau, ne pas le laisser dicter des réponses…</p>
<p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-conversation-scientifique/gaston-bachelard-ou-l-art-de-penser-contre-son-cerveau-8814229" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-conversation-scientifique/gaston-bachelard-ou-l-art-de-penser-contre-son-cerveau-8814229</a></p>
<p>Ensuite, la deuxième réponse est tout aussi bâteau : c'est l'éducation qui permet de penser en homme. Il y a certainement du vrai dans tout cela, il y a du mimétisme dans le mode d'acquisition humain mais dire cela ne dévoile pas le processus de la pensée ni comment il vient à un homme, à un groupe d'hommes, ni à l'humanité au cours de son histoire.</p>
<p>Il y a bien des éléments au « penser » humain comme le rêve, l'inconscient, l'activité humaine, la marche, la musique, la parole, le dessin, l'observation, l'action, le sport, la peur, l'appréhension, etc.</p>
<p>C'est le travail et le langage qui ont transformé le cerveau singe en cerveau humain.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/76-rotra.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/76-rotra.htm</a></p>
<p>Le langage et la pensée</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4003" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4003</a></p>
<p>Dans la mise en place de l'homme pensant, la marche semble jouer un très grand rôle.</p>
<p><a href="https://www.doctissimo.fr/sante/maladies/maladies-neurologiques/alzheimer/diagnostic-de-la-maladie-dalzheimer/ce-test-de-marche-revele-le-declin-cognitif-chez-les-personnes-agees/426625_ar.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.doctissimo.fr/sante/maladies/maladies-neurologiques/alzheimer/diagnostic-de-la-maladie-dalzheimer/ce-test-de-marche-revele-le-declin-cognitif-chez-les-personnes-agees/426625_ar.html</a></p>
<p>Il y a aussi la préhension par la main et toutes les activités et artisanats qu'elle permet. Comme dirait Engels, l'homme pense parce qu'il produit avec ses mains.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/76-rotra.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/76-rotra.htm</a></p>
<p>Il n'est pas le seul à penser ainsi…</p>
<p><a href="https://www.ethnographiques.org/2015/Adell" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ethnographiques.org/2015/Adell</a></p>
<p>Il faut aussi considérer le cerveau humain comme celui d'un être social et pas d'un individu isolé…</p>
<p><a href="https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-preaut-2012-1-page-15?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-preaut-2012-1-page-15?lang=fr</a></p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/socio-logos/5409" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://journals.openedition.org/socio-logos/5409</a></p>
<p>L'histoire de la pensée humaine est celle de la dialectique révolutionnaire des négations.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976</a></p>
<p>La pensée humaine a produit l'abstraction.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5053" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5053</a></p>
<p>L'abstraction, processus dynamique dialectiquement contradictoire indispensable à la pensée humaine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2494" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2494</a></p>
<p>Mais il faudrait d'abord savoir en quoi consiste « penser » pour un être humain, non ? Et poser la question, c'est déjà en voir toute la complexité. On croit savoir mais est-on bien sûr de la réponse ?</p>
<p>Comment fonctionne le cerveau humain pour nous permettre de connaître le monde ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5016" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5016</a></p>
<p>Le premier dialogue qui amène le cerveau à penser est celui entre ses zones et en particulier entre ses deux hémisphères cérébraux.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2143" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2143</a></p>
<p>La pensée humaine dépasse-t-elle la nature, est-elle seulement son reflet, ou bien dépend-elle d'un monde différent, celui de l'esprit ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5061" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5061</a></p>
<p>Réel et Rationnel, deux mondes ou un seul ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5085" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5085</a></p>
<p>Pourquoi avons-nous besoin de philosopher et ne pouvons-nous simplement nous contenter d'observer le monde et d'agir ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024</a></p>
<p>Une Nouvelle Étude Suggère que le Cerveau Humain Possède une Architecture Fractale et se Trouve dans un état Critique entre Deux Phases</p>
<p><a href="https://spacefed.com/fr/biologie/une-nouvelle-etude-suggere-que-le-cerveau-humain-possede-une-architecture-fractale-et-se-trouve-dans-un-etat-critique-entre-deux-phases/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://spacefed.com/fr/biologie/une-nouvelle-etude-suggere-que-le-cerveau-humain-possede-une-architecture-fractale-et-se-trouve-dans-un-etat-critique-entre-deux-phases/</a></p>
<p>Les bactéries intestinales, un élément clef du fonctionnement du… cerveau</p>
<p><a href="https://www.ladepeche.fr/2022/06/19/microbiote-intestinal-a-toulouse-des-chercheurs-expliquent-comment-il-controle-notre-cerveau-10376449.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.ladepeche.fr/2022/06/19/microbiote-intestinal-a-toulouse-des-chercheurs-expliquent-comment-il-controle-notre-cerveau-10376449.php</a></p>
<p>L'élasticité du temps dans notre cerveau et en physique</p>
<p><a href="https://www.canalacademies.com/emissions/eclairage/lelasticite-du-temps-dans-notre-cerveau-et-en-physique" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.canalacademies.com/emissions/eclairage/lelasticite-du-temps-dans-notre-cerveau-et-en-physique</a></p>
<p>Contrairement à ce qu'on a longtemps supposé, notre représentation du monde n'est pas le fruit de l'empreinte que laisseraient les stimuli extérieurs sur l'activité de nos neurones. Ceux-ci sont en fait le siège d'activités spontanées, construisant une représentation interne du monde, sans cesse comparée à nos actions et perceptions.</p>
<p><a href="https://www.pourlascience.fr/sd/neurosciences/comment-le-cerveau-construit-sa-realite-24025.php" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.pourlascience.fr/sd/neurosciences/comment-le-cerveau-construit-sa-realite-24025.php</a></p>
<p>Comment notre cerveau crée-t-il de la pensée ?</p>
<p><a href="https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/info-sciences/comment-notre-cerveau-cree-t-il-de-la-pensee_1734747.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/info-sciences/comment-notre-cerveau-cree-t-il-de-la-pensee_1734747.html</a></p>
<p>Une qualité spéciale du cerveau : la plasticité !</p>
<p><a href="https://www.frcneurodon.org/comprendre-le-cerveau/a-la-decouverte-du-cerveau/la-plasticite-cerebrale/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.frcneurodon.org/comprendre-le-cerveau/a-la-decouverte-du-cerveau/la-plasticite-cerebrale/</a></p>
<p>Le cerveau, capable de donner du sens au monde par l'abstraction</p>
<p><a href="https://institutducerveau.org/actualites/donner-sens-au-monde-bases-cerebrales-labstraction" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://institutducerveau.org/actualites/donner-sens-au-monde-bases-cerebrales-labstraction</a></p>
<p>Voir le cerveau penser</p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/chaines/utls/les-interfaces/voir-le-cerveau-penser" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.canal-u.tv/chaines/utls/les-interfaces/voir-le-cerveau-penser</a></p>
<p>Conférences</p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/recherche?search_api_fulltext=cerveau&op=Envoyer&f%5B0%5D=chaine%3A341&sort_by=search_api_relevance" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.canal-u.tv/recherche?search_api_fulltext=cerveau&op=Envoyer&f%5B0%5D=chaine%3A341&sort_by=search_api_relevance</a></p>
<p>Lire encore :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&recherche=cerveau" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&recherche=cerveau</a></p></div>
Quand des CRS, en 1947, faisaient grève.
https://www.matierevolution.org/spip.php?article7161
https://www.matierevolution.org/spip.php?article71612020-12-12T23:05:00Ztext/htmlfrAlexGrève Strike1943-1947
<p>Les récentes violences policières rendent d'actualité la question de l'Etat en général et de sa police en particulier. Une police qui respecterait la devise de la République française : « Liberté, égalité, fraternité » est-elle possible ? Pour les militants conscients du mouvement ouvrier qui ont assimilé l'ABC du marxisme, la réponse est bien sûr non, il suffit de lire et relire L'Etat et la révolution de Lénine. <br class='autobr' />
Mais pour ceux qui s'éveillent à la politique suite aux événements (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique184" rel="directory">Système nerveux</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>
<div class='rss_texte'><p>Les récentes violences policières rendent d'actualité la question de l'Etat en général et de sa police en particulier. Une police qui respecterait la devise de la République française : « Liberté, égalité, fraternité » est-elle possible ? Pour les militants conscients du mouvement ouvrier qui ont assimilé l'ABC du marxisme, la réponse est bien sûr non, il suffit de lire et relire <a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm" class="spip_out" rel="external">L'Etat et la révolution</a> de Lénine.</p>
<p>Mais pour ceux qui s'éveillent à la politique suite aux événements récents, qui croient encore, ou se demandent s'il faut encore croire, en la République française et n'ont pas fait le pas consistant à comprendre la nature bourgeoise de cette République, un épisode à méditer est la reconstruction de la police à la "Libération" en 1945.</p>
<p>Les policiers avaient alors le droit de grève et des CRS soutinrent ouvertement les ouvriers lors des grèves quasi insurrectionnelles de 1947-1948. Les nombreuses compagnies de CRS qui eurent cette attitude furent dissoutes par le socialiste Jules Moch.</p>
<p>Conclusion : une police, ou simplement une fraction au sein de la police, qui soit "exemplaire" est incompatible avec la nature bourgeoise de l'Etat même républicain. C'est la gauche "progressiste", en fait anti-ouvrière, celle de Jules Moch de la SFIO, qui a amputé la police française de l'aile "progressiste" qui s'était formée dans la Résistance. Encore une illustration du fait que la lutte n'avait pas lieu entre des progressistes et des réactionnaires, mais entre la classe ouvrière et la bourgeoisie.</p>
<p>Une encyclopédie consacrée à la police, préfacée par des réactionnaires pro-police N. Sarkozy et D. de Villepin, relate cet épisode.</p>
<div class='spip_document_14777 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L195xH293/police-4998c.jpg?1789976226' width='195' height='293' alt='' />
</figure>
</div>
<p>« ... Dès la fin de l'année 1944 s'opposent deux visions des forces de l'ordre. D'une part le courant socialiste et gaulliste conçoit les forces du maintien de l'ordre comme des instruments de défense de la République, dont l'usage doit être strictement encadré et qui, pour ce faire, sont soumises au contrôle du gouvernement et à celui de la hiérarchie administrative qu'il a nommée. Vis-à-vis des forces de police existant en 1939 ou crées par le régime de Vichy (comme les groupes mobiles de réserve, ou GMR), l'objectif est de les insérer ou de les réinsérer dans l'ordre républicain. C'est le sens profond de l'épuration, dont l'objectif est double par le fait même qu'il s'agit d'un tri : d'une part on se sépare des individus dont les actes sont condamnables, d'autre part cette purification sert à réinsérer dans la République cette institution ainsi épurée. Cela veut dire concrètement que la police, après avoir été mise par Bousquet au service des occupants, retrouvera ses fonctions antérieures, au service de la République.</p>
<p>D'autre part, jusqu'en 1947-1948, existe une vision des forces de l'ordre bien plus engagée. Les groupes militaro-policiers créés par le mouvement communiste (FTP, milices patriotiques, forces républicaines de sécurité) ont cherché non seulement à libérer les territoires sur lesquels ils ont été créés, mais aussi à y installer un pouvoir « populaire » qui appuiera les comités départementaux de libération (CDL), afin d'instaurer un pouvoir révolutionnaire. Leur action va à l'encontre des actions classiques de forces chargées du maintien de l'ordre : ainsi, l'article 14 du statut des milices patriotiques indique-t-il qu'« en cas de grèves les milices patriotiques s'efforceront d'assurer la défense des ouvriers ».</p>
<p>Le conflit entre les deux visions de la police est patent lorsqu'on lit la circulaire aux préfets de Jules Moch, ministre de l'Intérieur, du 24 novembre 1947. : « Vous devez en premier lieu faire respecter en toutes circonstances la liberté du travail. Le droit de grève est inscrit dans la Constitution. Mais il ne s'identifie pas avec le droit d'occuper les lieux du travail et encore moins d'empêcher de travailler ceux qui ne veulent pas faire grève. Le droit de grève, c'est pour les travailleurs le droit de cesser le travail sans encourir de sanctions pénales ou administratives. Ceux qui détournent de son sens véritable ce droit portent une atteinte aux institutions républicaines et mettent en cause l'autorité de l'Etat ».</p>
<p>De fait, la période 1946-1948 verra l'affrontement de ces deux visions, au travers des conflits sociaux très durs de 1947 et surtout de 1948. La gestion politique de ce conflit explique la génèse particulière des CRS (Compagnies républicaines de sécurité), créées par le décret du 9 décembre 1944, le même jour que le décret qui dissout les GMR. De fait, les CRS sont au départ une force mixte qui regroupe d'anciens membres des GMR amalgamés avec des forces issues des mouvement de résistance d'obédience communiste, porteurs d'une idéologie révolutionnaire. Il résulte de cet amalgame que les CRS contiennent une proportion non négligeable de militants communistes, dont l'action et l'idéologie sont véritablement différentes de celles de la hiérarchie qui les commande. A Marseille et dans le Sud, certaines CRS sont composées à parts égales d'anciens FFI ou FTP et d'anciens GMR. Les gouvernements qui se succèdent tentent à la fois de réaliser un compromis et surtout d'imposer une discipline et une hiérarchie qui permette un usage non révolutionnaire de telles forces. Mais le conflit n'est pas loin, et finit par éclater, le 12 novembre 1947, lorsque des émeutiers envahissent, à Marseille, le palais de justice et l'hôtel de ville, sans que les compagnies de CRS présentes aient un minimum lutté contre ce mouvement. Le gouvernement, par une des lois « de défense de la République » du 27 décembre 1947, sera autorisé à dissoudre onze des soixante cinq compagnies de CRS existantes. Le décret du 26 mars 1948 réorganisa les CRS ainsi amputées.</p>
<p>Le statut spécial des forces de police traduit le triomphe de la conception « républicaine » de la police—incarnée par Jules Moch—sur la conception « révolutionnaire » incarnée par Raymond Aubrac, commissaire de la République à Marseille en 1947.</p>
<p>Lorsque Jules Moch présente le projet de loi relative au statut spécial des personnels de police, voté le 28 septembre 1948, il a deux objectifs. Les premier est de « restaurer l'autorité de l'Etat » en lui donnant une police républicaine sur laquelle il puisse s'appuyer. L'autre objectif est de fixer les conditions de travail de ces fonctionnaires spécifiques que sont les policiers, d'où des droits et des devoirs particuliers.</p>
<p>L'article 2 accorde aux policiers la liberté de se syndiquer mais leur refuse le droit de grève. Cette liberté syndicale était en débat depuis la fin du XIXème siècle, lorsque plusieurs « amicales » s'étaient fondées. La loi de 1948 est véritablement la victoire de ce mouvement syndical qui n'était en 1939 que partiellement reconnu et dont les préfets de police pour la plupart n'avaient pas voulu reconnaître la légitimité. Paradoxalement, cette liberté syndicale fut bien moins discutée que l'octroi ou le refus du droit de grève, alors que ses conséquences furent déterminantes pour le « monde » policier. En effet, la syndicalisation du corps policier se fera rapidement et désormais, dans le concret, le syndicat fera partie intégrante de la carrière et de la vie professionnelle. On ajoutera que cette liberté syndicale sépare définitivement la police de la gendarmerie : cette arme en effet ne dispose pas de ce droit.</p>
<p>Quant au droit de grève, on comprend fort bien pourquoi il ne fut pas accordé en 1948. Dans l'esprit du législateur de l'époque, qui prend en compte la situation politique quasi insurrectionnelle du moment, il est impensable que la police se voie octroyer le droit de grève. En effet le droit de grève paraît incompatible avec la subordination qui est le fondement de l'activité de la police. A cet égard, il convient de souligner le rôle déterminant qu'a joué la journée d'action du 14 février 1947 sur l'évolution de l'état d'esprit des pouvoirs publics.</p>
<p>A cette époque les syndicats de policiers sont réunis au sein de la FPFUF affiliée à la CGT unifiée—d'avant la scission et la création de la CGT-FO. Les forces de l'ordre en général, qui disposent du droit de grève, participent activement à cette journée de revendication, centrée essentiellement sur les questions de rattrapage des salaires (c'est la thématique de la « vie chère », typique de l'époque). Cette présence des policiers dans la grève—notamment des CRS—démontra au gouvernement qu'elle pourrait être la force d'un mouvement d'opposition (à l'époque révolutionnaire) qui s'assurerait la neutralité, voire le concours, de ces forces. A partir de cette date, les ministres de l'intérieur successifs s'attachent à limiter le droit de grève des CRS, puis étendent cette contrainte à l'ensemble de la police. dès lors cette loi eut pour conséquence d'engager le corps policier dans un type d'action syndicale bien particulier. Les policiers ne prendront pas part aux grandes journées de grève organisées par les centrales syndicales. Mais ils n'en seront pas pour autant dépourvus de moyens d'action. L'action et la pression syndicale se font constamment sentir dans la gestion du corps par le biais des commissions paritaires et des comités techniques paritaires institués entre 1948 et 1955. ... »</p>
<p>(<i>Histoire et dictionnaire de la Police. Du Moyen âge à nos jours</i>. Chapitre XIII (1946-1966) par Claude CHARLOT)</p></div>
Développement et évolution du système nerveux
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6877
https://www.matierevolution.org/spip.php?article68772020-07-10T22:05:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Développement et évolution du système nerveux <br class='autobr' />
Par Alexandre Minkowski <br class='autobr' />
Par Alain Proschiantz <br class='autobr' />
Par Pascal Legendre et André Dautigny <br class='autobr' />
Par Kazuro-Broutin B. <br class='autobr' />
Par université de Liège <br class='autobr' />
Par Nicole Le Douarin <br class='autobr' />
Lire aussi <br class='autobr' />
Lire encore <br class='autobr' />
Lire toujours <br class='autobr' />
Lire enfin <br class='autobr' />
Pour conclure</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique184" rel="directory">Système nerveux</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Développement et évolution du système nerveux</h2>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/video/cerimes/le_developpement_du_systeme_nerveux_central_de_la_periode_foetale_au_terme.42911" class="spip_out" rel="external">Par Alexandre Minkowski</a></p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/developpement_et_evolution_du_systeme_nerveux.903" class="spip_out" rel="external">Par Alain Proschiantz</a></p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/video/biotv/l_electrophysiologie_moleculaire.1543" class="spip_out" rel="external">Par Pascal Legendre et André Dautigny</a></p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/video/canal_u_medecine/autour_de_jean_pierre.2448" class="spip_out" rel="external">Par Kazuro-Broutin B.</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=mLTtjbHBP1g" class="spip_out" rel="external">Par université de Liège</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=gqqD3cJoy04" class="spip_out" rel="external">Par Nicole Le Douarin</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1521" class="spip_out" rel="external">Lire aussi</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5016" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1194" class="spip_out" rel="external">Lire toujours</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420" class="spip_out" rel="external">Lire enfin</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=RUo-BAAAQBAJ&pg=PT24&dq=D%C3%A9veloppement+et+%C3%A9volution+du+syst%C3%A8me+nerveux&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjqmqDEkI3oAhWMHxQKHZV-ADIQ6AEIdzAJ#v=onepage&q=D%C3%A9veloppement%20et%20%C3%A9volution%20du%20syst%C3%A8me%20nerveux&f=false" class="spip_out" rel="external">Pour conclure</a></p></div>
Le chaos du coeur
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6840
https://www.matierevolution.org/spip.php?article68402020-06-11T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisDeterministic chaos - Chaos déterministeAttracteur étrangeAuto-organisation
<p>La régularité, c'est la maladie et le chaos, c'est la santé ! <br class='autobr' />
Mais le chaos n'est pas synonyme du désordre, c'est une dialectique très fine de l'ordre et du désordre imbriqués et un ordre très difficile à percevoir et à distinguer du désordre. <br class='autobr' />
Il est aussi difficile à distinguer de l'ordre. Au premier abord, on pourrait croire que c'est même une répétition périodique du même message... Mais ce n'est nullement le cas. <br class='autobr' />
C'est l'ordre le plus solide car c'est l'ordre intégrant des (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique102" rel="directory">Le coeur, ou l'émergence de rythmes issus du désordre</a>
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</div><h2 class="spip">La régularité, c'est la maladie et le chaos, c'est la santé !</h2>
<p>Mais le chaos n'est pas synonyme du désordre, c'est une dialectique très fine de l'ordre et du désordre imbriqués et un ordre très difficile à percevoir et à distinguer du désordre.</p>
<p>Il est aussi difficile à distinguer de l'ordre. Au premier abord, on pourrait croire que c'est même une répétition périodique du même message... Mais ce n'est nullement le cas.</p>
<p>C'est l'ordre le plus solide car c'est l'ordre intégrant des désordres...</p>
<p>Le rythme cardiaque</p>
<p>Inspirées par la théorie du chaos, de nombreuses études se sont penchées sur les éventuelles caractéristiques chaotiques du rythme cardiaque, tel qu'on l'observe par électrocardiogramme. On a comparé les résultats obtenus chez des sujets sains avec ceux de sujets atteints de pathologies cardiaques. La conclusion (il y faudrait bien sûr plus de nuances) est que le rythme cardiaque sain présente une composante chaotique alors que les rythmes très réguliers sont associés à des pathologies. L'explication vient de ce qu'un rythme cardiaque exactement périodique serait peu robuste : la moindre perturbation entraînerait une désynchronisation entre le rythme cardiaque et le rythme respiratoire. Qu'en est-il pour un régime chaotique ? La sensibilité aux conditions initiales des systèmes chaotiques, responsable de leur imprédictibilité à long terme, peut aussi apparaître comme un avantage exploitable au sens où une très faible influence extérieure peut suffire à modifier qualitativement le comportement. Cette constatation a mené à l'idée du contrôle d'une dynamique chaotique à l'aide de perturbations extérieures soigneusement choisies. Dans les systèmes vivants, les mécanismes de régulation réalisant ce contrôle ont pu se mettre en place au cours de l'évolution, par sélection naturelle. Il semble donc que le rythme cardiaque illustre cette possibilité de stabiliser un régime chaotique sur une trajectoire approximativement périodique, tout en gardant « en réserve » toute la sensibilité et la richesse de la dynamique chaotique pour mieux réagir aux perturbations et s'adapter plus rapidement aux changements extérieurs. La diminution du caractère chaotique du rythme cardiaque est ainsi un signe clinique inquiétant, indiquant un risque de moindre adaptabilité et de moindre robustesse. Cependant, on voit là un exemple des nuances à apporter quand on parle de chaos en biologie : ce seront souvent des versions plus sophistiquées ou hybrides de dynamiques chaotiques qui seront rencontrées.</p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=chaos+d%C3%A9terministe+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce que que le chaos déterministe</a></p>
<h2 class="spip">Le chaos déterministe du rythme du coeur
</h2>
<p><i>« Comment le chaos peut-il envahir un organe comme le coeur ? Pourquoi un rythme qui a été régulier pendant une vie entière, soit plus de 2 milliards de cycles ininterrompus, se détraque-t-il soudain pour s'engager dans une frénésie incontrôlée, puis fatale ?<br class='autobr' />
Au MIT, le physicien et cardiologue Richard COHEN a réalisé sur ordinateur une simulation des rythmes cardiaques et découvert que le doublement de période est la clé de l'apparition d'une crise cardiaque.<br class='autobr' />
Dans un coeur normal, des impulsions électriques se répandent de manière régulière dans les fibres musculaires qui forcent le ventricule du coeur à se contracter et à pomper le sang. Une fois contractées, les fibres musculaires sont insensibles aux signaux électriques. Les médecins qualifient cette période de réfractaire. Selon la théorie, ce sont les variations de la période réfractaire d'une zone du ventricule du coeur à une autre qui sont la cause de la fibrillation, de la contraction spasmodique d'une crise cardiaque.</p>
<p>Afin d'éprouver cette théorie, Cohen et son équipe ont fait varier les périodes réfractaires de leur modèle et découvert que les troubles commençaient lorsqu'un groupe de fibres musculaires du coeur avait une période réfractaire plus longue que l'intervalle entre les battements. A cause de leur période réfractaire, ces fibres cardiaques asynchrones pouvaient être stimulées de manière à ne se contracter qu'un battement sur deux. De ce fait, des impulsions électriques provenant du coeur contracté se brisaient de part et d'autre de ces fibres déphasées telle l'eau contournant une pierre et générant de la turbulence. En augmentant légèrement les périodes réfractaires de quelques fibres, il était possible d'amener le coeur à avoir un comportement de doublement de période jusqu'à ce que, au-delà d'une valeur critique de période réfractaire, le muscle cardiaque entre dans le chaos le plus total.</p>
<p>A l'université McGill de Montréal, le physiologiste Léon GLASS, a utilisé un groupe de cellules de coeur de poulet battant spontanément qu'il a stimulé de manière périodique en leur appliquant un choc électrique régulier. Le résultat obtenu a été un doublement continu de la période entre battements réguliers jusqu'à atteindre le chaos.</p>
<p>Ces expériences suggèrent que la fibrillation dans un corps humain peut être provoquée par l'apparition de foyers anormaux secondaires à l'intérieur du corps, lesquels donnent des impulsions qui entrent en conflit avec le rythme propre au muscle cardiaque. L'interaction entre ces impulsions secondaires et le rythme principal met le coeur dans un état chaotique qui entraîne la fibrillation. Celle-ci est donc une maladie "dynamique". Elle survient parce que le coeur est un système qui à partir d'un battement normal, peut cesser de battre ou battre de manière nouvelle et imprévue. La fibrillation est une forme de chaos stable, qui ne disparaît pas de lui-même. Seule une décharge électrique produite par un appareil de défribrillation à travers le thorax du patient peut ramener le coeur à son état normal.</p>
<p>Certains physiologues pensent qu'une certaine dose de chaos est nécessaire au bon fonctionnement du corps. Ainsi des chercheurs tentent de mettre au point une application "chaotique" qui pourrait soulager les épileptiques. Chez ces derniers, les crises sont apparemment liées à de grands "pics" électriques dans le cerveau, comme si un grand nombre de neurones se déchargeaient en même temps. En évitant ces "pics", c'est à dire en imprimant aux neurones un comportement plus chaotique et aléatoire, on pourrait peut-être supprimer ces crises. L'idée est de "chatouiller" le cerveau en lui appliquant de petites impulsions électriques de façon à déclencher un comportement plus chaotique des neurones. Le chaos remplirait alors paradoxalement une fonction de régulation et de « contrôle ! » </i></p>
<p>D'après l'ouvrage de James Gleick "La Théorie du Chaos"</p>
<p>En 1914, chercheur à l'université Mac Gill de Montréal, Georges Mines conçoit un appareil capable d'envoyer dans le cœur de petites impulsions électriques bien réglées. On le retrouvera atteint par une crise cardiaque due au fait qu'il a essayé sur lui-même son appareil. Mais ce qui en résulte de manière certaine, c'est qu'une petite impulsion peut entraîner un grand effet puisque le cœur s'arrête. Dans le cas de Mines, un petit choc a entraîné une fibrillation. C'est une maladie cardiaque grave puisqu'elle entraîne la mort et les cardiologues peinent à la combattre. Bien sûr, Mines ne jouait pas à s'électrocuter. Sa grande idée et qu'il a développé théoriquement était que si une petite impulsion peut détraquer le mécanisme cardiaque, une autre peut le rétablir. Sur les pas de Mines, soixante ans plus tard, des centaines de chercheurs vont étudier le petit choc électrique permettant d'entraîner une défibrillation, c'est-à-dire de ramener le cœur par un choc brutal à l'équilibre. L'étape suivante, c'est un modèle mathématique du battement cardiaque. Ce sont les chercheurs Van der Pol et Van der Mark qui le trouvent en 1920. Il y a un petit point auquel personne ne prêtera attention à l'époque : leur modèle entraîne le chaos à certains moments. Dans les années 70, Bernardo Huberman travaille à l'université Santa Cruz qui était le plus récent campus du complexe de l'université de Californie et un véritable laboratoire d'idées pour physiciens anticonformistes et brillants qui ont fait le succès technique des grandes sociétés comme Bell Telephone et IBM. Dans ses travaux sur le mouvement oculaire des schizophrènes, Huberman développe la première étude importante sur le chaos en physiologie. C'est à lui que l'on doit l'idée que « le chaos c'est la santé. » Ses travaux sont repris par Arnold Mandell psychiatre et dynamicien de San Diego, qui non seulement prit la défense d'Huberman mais montra en 1977 que certaines enzymes du cerveau avaient un comportement explicable seulement par le chaos et il en déduisit qu'il ne fallait pas rejeter les mathématiques non linéaires. Le principal théoricien du chaos cardiaque sera Léon Glass, encore un chercheur de l'université Mac Gill de Montréal. Glass va s'intéresser aux nombres et à leurs irrégularités puis il travaille à la Harvard Medical School. En 1981, il résume dans la revue américaine « Science » ses travaux sur les agrégats de cellules cardiaques prélevés sur des embryons de poulets âgés d'une semaine. Placés dans une coupelle puis agités, ces agrégats trouvent spontanément une pulsation commune sans intervention d'une vibration extérieure. Puis il introduit une micro électrode dans l'une des cellules et fait ainsi apparaître de nombreuses fréquences dans les agrégats. Il met ainsi en évidence un dédoublement de période, phénomène caractéristique de la formation du chaos. Léon Glass a montré que lorsque l'on perturbe même de manière périodique des oscillateurs biologiques, on obtient du chaos. Cela signifie que le message qui commande ces phénomènes est en fait chaotique et peut se traduire dans un grand nombre d'oscillations périodiques avec des périodes variées. Un autre grand nom du chaos cardiaque est Arthur Winfree, biologiste théoricien qui commença par étudier les horloges biologiques avant de se tourner vers les rythmes cardiaques. En 1983, Winfree étudie la fibrillation à l'aide de la théorie du chaos et publie un article dans la revue « Scientific American ». C'est Raymond Ideker, du Duke University Medical Center, qui devait tenter expérimentalement d'appliquer les idées de Winfree deux ans plus tard. Il a mis au point des dispositifs électriques pour bloquer la fibrillation. En même temps, Richard Cohen, cardiologue et physicien, dans une étude de sciences médicales conjointe au MIT et à Harvard, va montrer dans le mécanisme cardiaque un spectre de dédoublement de période lors d'expériences sur des chiens, or on sait que c'est ce dédoublement de période qui reproduit plusieurs fois est un chemin de la périodicité vers le chaos. Ary Goldberger, codirecteur du laboratoire des arythmies cardiaques de l'hôpital Beth Israël de Boston, a étudié les bifurcations brutales dans le comportement cardiaque et ainsi mis en évidence que les modèles de type classique c'est-à-dire linéaires ne pouvaient en rendre compte. C'est lui qui a mis en relations physiologistes et mathématiciens pour les amener à agir dans l'interdisciplinarité, ce que les uns et les autres étaient réticents à faire. Les mathématiciens du Courant Institute University de New York étudient le cœur artificiel dans les années 80 et s'attaquent au problème des valvules artificielles. Celles-ci posent notamment de gros problèmes de turbulences pouvant entraîner la formation de caillots du sang, causant des attaques. C'est en observant la manière dont le sang déformait les parois du cœur de manière dynamique et non-linéaire qu'il ont pu comprendre ce qui empêchait cette formation de caillots dans le mécanisme naturel. On a ainsi constaté que, dans les appareils artificiels qui aident le cœur à assurer son rythme, la non-linéarité est indispensable pour imiter les pacemakers naturels.</p>
<p>Quelques caractéristiques chaotiques du fonctionnement du coeur : 1°) l'autosimilarité est, rappelons le, la ressemblance d'allure de la courbe aux différentes échelles. On remarque que la courbe des battements cardiaques est du même type aux différentes échelles. On indique l'intervalle entre des battements cardiaques sur diverses périodes. On s'aperçoit alors, contrairement à l'électrocardiogramme qui pouvait faire croire à la périodicité, que nous avons du désordre mais que ce désordre est autosimilaire et fractal. Un tel graphique a été reproduit par Ary Goldberger dans la revue « Pour la science » et montre qu'au delà de l'irrégularité il y a similarité des courbes effectuées en changeant la distance de temps entre les relevés. 2°) le processus de feed-back dans le cycle de l'onde cardiaque qui passe du premier sinus au deuxième, au faisceau de His, au réseau puis revient au premier sinus. Il y a un feed-back car il y a réintroduction des données puisque c'est la fin du cycle qui indique au pace maker le moment pour relancer. Et il y a une fonction de contrôle et de régulation comme dans le chaos déterministe. Au contraire, un processus linéaire de feed-back, soumis à un petit choc, tend à modifier légèrement son évolution alors qu'un processus non-linéaire tend à revenir à son point de départ. 3°) la souplesse et l'interactivité du mécanisme cardiaque qui change de rythme en cours de journée, à toute vitesse si nécessaire comme aucun mécanisme périodique n'est capable de le faire, le chaos en est capable. 4°) l'effet de pointe puisqu'un petit choc entraîne une fibrillation (petite cause, grand effet) 5°) la superposition de plusieurs modes ordonnés dont aucun ne prédomine ordinairement. 6°) L'action conjointe d'au moins trois acteurs qui est nécessaire à la production du chaos. En effet, il n'y a pas une émission mais trois. Les deux sinus et le faisceau de His sont à la fois récepteurs et émetteurs de battements. On le sait car on peut interrompre l'émission du premier sinus, le deuxième fonctionne à un rythme différent. Et si on interrompt encore le deuxième sinus, le faisceau de His émet lui aussi avec un rythme encore différent. On a donc trois oscillateurs ce qui est la situation normale pour obtenir le chaos. Le premier sinus pulse à 120 par minute mais il transmet de manière beaucoup plus réduite soit une onde de contraction de 60 à 80 par minute chez l'adulte au repos, le deuxième sinus a un rythme naturel de 50 contractions par minute, le troisième point rythmique, le faisceau de His, émet de 30 à 40 contractions par minute. En fait il y a donc trois horloges qui ont non seulement des rythmes internes différents mais en plus sont des émetteurs récepteurs qui propagent les signaux à des vitesses différentes : le premier sinus diffuse à la vitesse de un mètre par seconde, le deuxième à 5 centimètre par seconde, le faisceau de His a une vitesse qui va de 2 à 4 mètres par seconde et il propage ses contractions à un réseau qui diffuse aux ventricules à la vitesse de 0,4 mètre par seconde. Comment fait le cœur pour faire de tout cela une contraction régulière de l'ensemble du cœur suivie d'une décontraction ? Comment le cœur peut-il fabriquer de l'ordre à l'aide d'un tel total d'informations apparemment désordonné ? Comment cela peut-il donner cette apparence périodique que nous connaissons ? Cette capacité de faire du signal de trois horloges échangeant sans cesse des énergies un signal unique périodique, c'est ce que l'on appelle l'autorégulation des horloges. En effet, des horloges battant à des rythmes différents mais qui échangent des vibrations donc de l'énergie peuvent se coordonner sans intervention extérieure. Elles constituent ainsi spontanément ce fameux rythme complexe dont on parlait. Elles trouvent des accrochages de fréquence qui leur permettent d'avoir un battement d'ensemble. Ce phénomène a lieu spontanément car la synchronisation des horloges permet de minimiser les échanges d'énergie et c'est donc l'état vers lequel va tendre spontanément le système. C'est ce qui explique aussi que c'est un phénomène stable bien que dynamique et même agité.</p>
<p>Mais comment le cœur peut-il avoir une telle variété de fréquences de battement et pourquoi cette variété se réduit elle tout à coup dans le cas de la fibrillation ? L'explication vient du faisceau de His. En effet, il a une capacité de vibrer sur de nombreux modes et de passer de l'un à l'autre grâce à sa forme fractale. Il a en effet une forme complexe, avec conservation des formes aux différentes échelles, forme qui lui permet de vibrer sur plusieurs modes. Comparons le à un arbre. Chacun a déjà remarqué comment lors d'un courant d'air, on constate parfois qu'une branche s'agite extraordinairement alors que le reste de l'arbre est quasi immobile. La vibration de l'air entre alors en résonance avec cette branche car elle a la forme convenable. La constitution fractale permet non seulement au faisceau de His de vibrer sur un très grand nombre de fréquences mais permet aussi qu'en cas de lésion, le faisceau continue à fonctionner, à recevoir et transmettre les impulsions. La thèse défendue ici souligne donc la capacité du cœur de réagir de manière dynamique à tous les incidents de l'existence et cette réaction consiste dans la capacité de changer son rythme. C'est cette dynamique adaptative que l'homme peut perdre avec l'âge. Il se met alors sur un rythme périodique mais qui est beaucoup plus instable car il est incapable de réagir à un changement. Les rythmes pathologiques sont plus réguliers que les rythmes d'un individu sain. Si on compare les diagrammes du rythme d'un individu proche de l'arrêt cardiaque et le rythme cardiaque pathologique de type périodique et en bas le rythme d'un individu sain, on remarque que c'est ce dernier qui, paradoxalement apparaît le plus agité.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article184" class="spip_out" rel="external">La suite</a></p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/chaos_impredictibilite_hasard.1070" class="spip_out" rel="external">Une conférence de David Ruelle</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=pj3BAgAAQBAJ&pg=PA166&dq=chaos+du+rythme+cardiaque&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=chaos%20du%20rythme%20cardiaque&f=false" class="spip_out" rel="external">Chaos et complexité du vivant</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=_D16DQAAQBAJ&pg=RA3-PA14&dq=chaos+du+rythme+cardiaque&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=chaos%20du%20rythme%20cardiaque&f=false" class="spip_out" rel="external">Chaos et déterminisme</a></p>
<p><a href="https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00955873/document" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p>
<p><a href="https://www.macalester.edu/~kaplan/knoxville/science1977.pdf" class="spip_out" rel="external">Read in english : "Oscillation and Chaos in Physiological Control Systems</a></p>
<p> <a href="http://reylab.bidmc.harvard.edu/pubs/1991/nps-1991-6-87.pdf" class="spip_out" rel="external">Is the Normal Heartbeat Chaotic or Homeostatic ? by Goldberger</a></p>
<p> <a href="https://www.macalester.edu/~kaplan/knoxville/jce.pdf" class="spip_out" rel="external">Chaos and Heart Rate Variability, by Leon Glass</a></p>
<p><a href="http://www.nytimes.com/1989/01/17/science/in-heartbeat-predictability-is-worse-than-chaos.html" class="spip_out" rel="external">In Heartbeat, Predictability Is Worse Than Chaos</a></p>
<p><a href="http://aip.scitation.org/doi/abs/10.1063/1.165837" class="spip_out" rel="external">Dynamics of Heart Rate : Chaos</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?q=non-linear+dynmaics+of+heart&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=1kO8WM2HMaTP8AfTqq-QCw#q=nonlinear+dynamics+of+heart&*" class="spip_out" rel="external">Read also</a></p></div>
Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ?
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6789
https://www.matierevolution.org/spip.php?article67892020-04-26T22:05:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ? <br class='autobr' />
Le système limbique, appelé parfois cerveau limbique ou cerveau émotionnel, est le nom donné à un groupe de structures de l'encéphale jouant un rôle très important dans le comportement et en particulier, dans diverses émotions comme l'agressivité, la douleur morale, la peur, le plaisir ainsi que la formation de la mémoire. <br class='autobr' />
On considère généralement que les principales composantes du système limbique sont les structures du cortex cérébral et (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique103" rel="directory">Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_13915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH391/CVT_Le-cerveau-des-emotions_819-e6840.jpg?1789976226' width='250' height='391' alt='' />
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</div><h2 class="spip">Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ?</h2>
<p>Le système limbique, appelé parfois cerveau limbique ou cerveau émotionnel, est le nom donné à un groupe de structures de l'encéphale jouant un rôle très important dans le comportement et en particulier, dans diverses émotions comme l'agressivité, la douleur morale, la peur, le plaisir ainsi que la formation de la mémoire.</p>
<p>On considère généralement que les principales composantes du système limbique sont les structures du cortex cérébral et subcorticales suivantes :</p>
<p>• l'hippocampe, notamment impliqué dans la formation de la mémoire à long terme ;</p>
<p>• l'amygdale, notamment impliquée dans l'agressivité et la peur ;</p>
<p>• la circonvolution (ou gyrus) cingulaire ;</p>
<p>• le fornix ;</p>
<p>• l'hypothalamus.<br class='autobr' />
•</p>
<p>Le cortex associatif préfrontal est le siège de la vie émotionnelle, consciente, de la possibilité de remise en activité des informations stockées en mémoire, de la mémorisation de longue séquence, de la réalisation de tâches.</p>
<p>« Le sentiment conscient d'une émotion n'est certainement pas indispensable au fonctionnement des systèmes émotionnels. La plupart des réactions émotionnelles sont générées inconsciemment. Freud avait parfaitement raison de comparer la conscience avec la partie émergée de l'iceberg mental. » Le neurologue Joseph LeDoux dans « Le cerveau émotionnel »</p>
<p>Joseph LeDoux écrit dans son article "Aborder le cerveau par la porte de derrière" de l'ouvrage collectif de Bear, Connors et Paraidso intitulé "Neurosciences, à la découverte du cerveau" qui récapitule l'ensemble des découvertes récentes de ce domaine : "L'une des choses les plus intéressantes que j'ai découverte est que l'apprentissage des émotions implique des informations sensorielles se projetant sans passer par le cortex sur l'amygdale latérale. La plupart des chercheurs pensaient que le traitement des informations au niveau cortical était indispensable pour prendre conscience de ces processus intentionnels. J'ai pu montrer que les informations sensorielles traitées au niveau sous-cortical était suffisant pour proposer que l'amygdale puisse être le siège d'une forme de mémoire émotionnelle de carractère inconscient. Ainsi, votre cerveau en sait probablement plus sur le monde qui nous entoure que vous ne l'imaginiez."</p>
<p>"Nous avons montré que des mémoires émotionnelles peuvent être supprimées en deux étapes par des mécanismes neuronaux : d'abord la suppression du message par le gyrus frontal inférieur droit agissant sur des régions qui sont concernées par les comportements sensoriels de la représentation de la mémoire (cortex visuel, thalamus) suivi par une deuxième étape dans laquelle le gyrus front médial droit contrôle des régions concernant le comportement émotionnel de la représentation de la mémoire (hippocampe, amygdale) (...)" Extrait de "Les régions préfrontales orchestrent la suppression de mémoires émotionnelles en deux phases" par Brendan, Depue, Curran et Banich</p>
<p>Antonio R. Damasio rapporte le lien entre émotion et amygdale et le lien entre conscience et émotion : « Il y a près de dix ans, une jeune femme, que je désignerai par S, attira mon attention en raison de ce que faisait apparaître la tomodensitométrie de son cerveau. De manière tout à fait inattendue, son scanner révélait que les deux amygdales étaient presque entièrement calcifiées. (…) Tout autour des deux amygdales, le cerveau de S était parfaitement normal. (…) D'un côté S n'avait aucune difficulté à apprendre les faits. (…) D'un autre côté, son comportement social démontrait une déviation constante par rapport à sa tonalité émotionnelle dominante. C'est comme si les émotions négatives telles que la peur et la colère avaient disparu de son vocabulaire affectif, laissant les émotions positives dominer sa vie. (…) Toutes ces suppositions devaient se transformer en faits lorsque Ralph Adolphs me rejoignit au laboratoire. En faisant appel à toute une série de techniques (…) fut en mesure de suggérer que la déviation affective était la plupart du temps causée par la détérioration d'une émotion : la peur. En utilisant une technique d'échelle multidimensionnelle, voici ce que montra Adolphs : S est en permanence incapable de lire l'expression de la peur sur le visage d'une autre personne (…) » Il est remarquable que la santé consiste en l'existence d'émotions positives et négatives, l'état pathologique consiste à l'inhibition de la moitié de ces émotions, de leurs contradictions, de la diminution du nombre de paramètres de l'attracteur et la trop grande régularité qui en découle.</p>
<p>Damasio écrit dans « L'erreur de Descartes » :<br class='autobr' />
« Comme vous l'avez vu, j'ai combattu dans ce livre à la fois la conception dualiste de Descartes selon laquelle l'esprit est distinct du cerveau et du corps et ses variantes modernes : selon l'une de ces dernières, il existe bien un rapport entre l'esprit et le cerveau, mais seulement dans le sens où l'esprit est une espèce de programme informatique pouvant être mis en œuvre dans une espèce d'ordinateur appelé cerveau. (…) « Je pense, donc je suis », cette formule peut-être la plus célèbre de l'histoire de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième partie du « Discours de la Méthode » (1637), et en latin (« Cogito, ergo sum ») dans les « Principes de philosophie » (1644). Prise à la lettre, cette formule illustre précisément le contraire de ce que je crois être la vérité concernant l'origine de l'esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère que penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels de l'être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la pensée était une activité complètement séparée du corps, sa formule consacre la séparation de l'esprit, la « chose pensante » et du corps non pensant qui est caractérisé par une « étendue » et des « organes mécaniques ». (…) Descartes précise sa conception sans ambiguïté : « Je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser et qui, pour être, n'a besoin d'aucun lieu ni d'aucune chose matérielle, en sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps. » C'est là qu'est l'erreur de Descartes : il a instauré une séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, d'un côté, et l'esprit, non matériel, sans dimensions et exempt de tout mécanisme, de l'autre ; il a suggéré que la raison et le jugement moral ainsi qu'un bouleversement émotionnel et une souffrance provoquée par une douleur physique pouvaient exister indépendamment du corps. Et spécifiquement, il a posé que les opérations de l'esprit les plus délicates n'avaient rien à voir avec l'organisation et le fonctionnement d'un organisme biologique. (…) L'erreur de Descartes continue d'exercer une grande influence. (…) Il est intéressant de noter que, de façon paradoxale, de nombreux spécialistes des sciences cognitives qui estiment que l'on peut étudier les processus mentaux sans recourir à la neurobiologie, ne se considèrent sans doute pas comme des dualistes. On peut aussi voir un certain dualisme cartésien (posant une séparation entre le cerveau et le corps) dans l'attitude des spécialistes des neurosciences qui pensent que les processus mentaux peuvent être expliqués seulement en termes de phénomènes cérébraux, en laissant de côté le reste de l'organisme, ainsi que l'environnement physique et social – et en laissant aussi de côté le fait qu'une certaine partie de l'environnement est lui-même le produit des actions antérieures de l'organisme ».</p>
<p>Rita Carter explique dans « Le cerveau » : « Dans certaines circonstances, la psychothérapie donne de bons résultats. Mais c'est probablement moins parce qu'elle libère nos émotions que parce qu'elle nous permet de les remonter dans le cortex où elles peuvent être traitées de manière consciente. (…) Parler, réfléchir sur nos émotions nous permet de les contrôler, de nous défaire de leur emprise. » Rita Carter examine notamment les mécanismes cérébraux des peurs irrationnelles : « Selon Freud, ces peurs irrationnelles apparaissent parce que l'objet de phobie se substitue de manière symbolique à une entité réellement effrayante, mais qui est, pour une raison ou une autre, trop gênante ou trop horrible pour être reconnue. (…) Afin de mieux comprendre ce phénomène, nous allons examiner le parcours d'une information potentiellement effrayante lorsqu'elle pénètre dans le cerveau. (…) Toutes les information sensorielles parviennent d'abord au thalamus (…) Dans le cas des stimuli émotionnels, (…) l'information est conduite à l'amygdale (système d'alarme du cerveau et générateur de réponses émotionnelles). L'itinéraire numéro un conduit à l'arrière du cerveau, au cortex visuel qui analyse l'information et transmet ses conclusions. (…) Cet itinéraire numéro un est long, sinueux et implique de nombreux arrêts. (…) C'est ici qu'intervient l'itinéraire numéro deux. Le thalamus se situe près de l'amygdale, à laquelle il est relié par un épais faisceau de neurones. L'amygdale, à son tour, est étroitement reliée à l'hypothalamus qui contrôle la réponse corporelle – affrontement ou fuite. (…) L'information circule des yeux au corps en quelques millièmes de secondes. » De ces remarques de Rita Carter, nous déduisons d'abord qu'il existe des circuits cérébraux conscients qui passent pas le cortex et des circuits cérébraux non conscients qui n'y passent pas. Nous remarquons ensuite que les différents circuits fonctionnent généralement en même temps. Le conscient ne s'oppose pas au non-conscient. Enfin, nous remarquons que le circuit non-conscient est de loin le plus rapide. Enfin, une dernière remarque qui est tout aussi générale : le non-conscient lié à un mécanisme de refoulement freudien implique généralement l'amygdale. Rita Carter rapporte ainsi : « Des recherches récentes indiquent que les souvenirs inconscients seraient conservés dans l'amygdale – une aire cérébrale dont jamais, jusqu'alors, on n'avait imaginé qu'elle pouvait être un lieu de stockage de mémoire. Selon LeDoux, l'amygdale enregistrerait les souvenirs inconscients de la même manière que l'hippocampe enregistre les souvenirs conscients. (…) Si le souvenir activé par l'amygdale est suffisamment intense, il peut devenir incontrôlable et déclencher des réactions corporelles si spectaculaires que la personne revit le traumatisme réel avec toutes ses manifestations sensorielles. Cet état psychique – un désordre posttraumatique – est manifestement lié à une expérience particulièrement terrifiante. Il arrive toutefois que ces souvenirs inconscients émergent de l'amygdale sans que surgissent simultanément les souvenirs conscients qui pourraient les associer à un événement particulier. La peur irrationnelle alors ressentie peut rester vague – et générer une simple angoisse diffuse – ou exploser soudainement – et donner une crise de panique. Si le sentiment est provoqué par un stimulus conscient, il peut se révéler être une phobie. Les souvenirs inconscients se forment plus facilement lors d'événements particulièrement stressants, car les hormones et les neurotransmetteurs qui se libèrent alors excitent l'amygdale – et affectent également le traitement des souvenirs conscients. (…) LeDoux a montré – du moins, chez le rat – qu'un stimulus conditionné (générateur de peur) n'est pas nécessairement enregistré au niveau conscient. » Rita Carter cite l'ouvrage du neurologue Joseph LeDoux intitulé « Le cerveau émotionnel » : « Le sentiment conscient d'une émotion n'est certainement pas indispensable au fonctionnement des systèmes émotionnels. La plupart des réactions émotionnelles sont générées inconsciemment. Freud avait parfaitement raison de comparer la conscience avec la partie immergée de l'iceberg mental. (…) Les connexions reliant les systèmes émotionnels aux systèmes cognitifs sont plus puissants que celles allant en sens inverse. »</p>
<p>Paul Janet, dans « Le Cerveau et la Pensée » :</p>
<p>« D'après les phrénologues (et en cela les physiologistes leur donnent raison), les affections, les émotions, les passions, ont leur siège dans le cerveau : or il ne nous arrive jamais de les localiser là ; nous n'avons pas conscience d'aimer par la tête, mais par le cœur. Ce n'est cependant pas dans le cœur qu'est le siège de l'affection. »</p>
<p>Joseph LeDoux dans « Le cerveau des émotions » :</p>
<p>« Plusieurs notions liées à la nature des émotions émergeront et reviendront…</p>
<p>La première est qu'une fonction psychologique s'étudie au mieux lorsqu'elle peut être représentée dans le cerveau. Ce qui conduit à une conclusion qui peut paraître étrange de prime abord, à savoir que le mot « émotion » est juste une étiquette, un moyen pratique de parler de certains aspects du cerveau ou de l'esprit.</p>
<p>Les manuels de psychologie décomposent souvent l'esprit en parties fonctionnelles telles que la perception, la mémoire et l'émotion. Elles sont utiles pour classer l'information en grands domaines de recherche mais ne renvoient pas à des fonctions réelles. Par exemple, le cerveau n'a pas de système dévolu à la perception. Le mot « perception » décrit d'une façon générale ce qui arrive dans de nombreux systèmes neuronaux spécifiques : nous voyons, entendons et sentons le monde avec nos systèmes visuel, auditif et olfactif. Chacun d'entre eux a évolué pour résoudre un problème auquel les animaux étaient confrontés.</p>
<p>Dans un même ordre d'idées, les différentes classes d'émotions passent par des systèmes neuronaux différents qui ont évolué pour différentes raisons. Celui utilisé pour se défendre contre un danger est différent de celui requis pour procréer, et les sentiments résultant de l'activation de ces systèmes, la peur et le plaisir sexuel, n'ont pas une origine commune.</p>
<p>Il n'y a pas de faculté de type « émotion », pas plus qu'il n'y a de système cérébral unique consacré à cette fonction imaginaire.</p>
<p>Si nous nous intéressons à la compréhension des différents phénomènes auxquels se réfère le terme « émotion », nous devons nous concentrer sur des classes spécifiques d'émotions. Nous ne devons donc pas mélanger les résultats de l'étude d'émotions dont les origines sont différentes. C'est malheureusement ce qu'ont fait la plupart des travaux de psychologie et de neurosciences.</p>
<p>Une deuxième notion est que les systèmes cérébraux à l'origine des comportements émotionnels ont été très bien conservés au cours de l'évolution. Tous les animaux, homme compris, devaient satisfaire certaines conditions pour survivre et répondre à l'exigence biologique de transmettre leurs gènes à leur descendance. Il leur fallait au minimum de la nourriture, un abri, se protéger de dommages corporels, et procréer… Et parmi les animaux dotés d'une colonne vertébrale et d'un cerveau (poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères, dont l'homme), l'organisation nerveuse des systèmes de comportements émotionnels – comme ceux de la peur, du sexe ou de la prise de nourriture – semble très proche d'une espèce à l'autre. Cela ne veut pas dire que toutes les espèces ont le même cerveau. Mais plutôt que notre compréhension de l'humain passe par une appréciation de la manière dont nous nous rapprochons, ou différons, des autres animaux.</p>
<p>Une troisième notion est que si ces systèmes fonctionnent chez un animal pourvu de conscience, des sentiments émotionnels conscients peuvent aussi se produire. C'est ce qui se passe à l'évidence chez l'homme, mais personne n'est certain que d'autres animaux aient une telle capacité… Si nous n'avons pas besoin d'invoquer des sentiments conscients pour expliquer des comportements que nous dirions émotionnels chez certains animaux, alors nous n'en avons pas besoin non plus pour les expliquer chez l'homme. Les réponses émotionnelles sont, dans une large mesure, inconscientes. Freud avait parfaitement raison quand il décrivait la conscience comme le sommet de l'iceberg mental.</p>
<p>La quatrième notion est une conséquence directe de la précédente. Les sentiments conscients qui nous permettent d'appréhender et d'aimer (ou de haïr) nos émotions ne peuvent que nous tromper ou nous détourner de leur étude. Ce sera sûrement difficile à admettre à première vue. Car, après tout, qu'est-ce qu'une émotion si ce n'est un sentiment conscient ? Supprimez le registre subjectif de la peur et il ne reste plus grand-chose de l'expérience d'un danger. Pourtant, je commencerai par essayer de montrer que cette idée est fausse, qu'une expérience émotionnelle est beaucoup plus que ce que l'on peut imaginer à première vue.</p>
<p>Les sentiments de peur, par exemple, ne représentent qu'une part de la réaction globale au danger. Ils n'en sont pas plus centraux que les réponses comportementales ou physiologiques, elles aussi présentes, telles que le tremblement, la fuite, la transpiration et les palpitations cardiaques.</p>
<p>Nous n'avons pas tant besoin d'élucider l'état conscient de peur ou les réponses qui l'accompagnent que le système à l'origine de la détection du danger. Les sensations de peur et de cœur qui cogne sont toutes deux causées par l'activité de ce système qui agit à notre insu, avant même que nous nous sachions réellement en danger. Le système qui détecte le danger est le mécanisme fondamental de la peur et les manifestations comportementales, physiologiques et conscientes n'en sont que les réponses de surface. Cela ne veut pas dire que les sentiments n'ont pas d'importance, mais que si nous voulons les comprendre il nous faut creuser un peu plus profond.</p>
<p>Cinquièmement, si sentiments et réponses émotionnelles sont vraiment dus à l'activité d'un système commun sous-jacent, alors nous pouvons utiliser les secondes, mesurées de façon objective, pour explorer leur mécanisme en coulisse et avoir un aperçu du système responsable de la génération des sentiments conscients.</p>
<p>Le système cérébral à l'origine des réponses émotionnelles étant similaire chez les animaux et les hommes, les études chez ceux-là seront aussi une étape cruciale dans la compréhension des mécanismes émotionnels chez ceux-ci.</p>
<p>L'étude des bases nerveuses de l'émotion est difficile, voire impossible chez l'homme pour des raisons à la fois éthiques et pratiques. L'expérimentation chez l'animal est donc utile et nécessaire si nous voulons comprendre ce que sont les émotions dans le cerveau humain. Cette compréhension est à l'évidence importante quand on sait que la plupart des troubles mentaux sont aussi des troubles émotionnels.</p>
<p>Sixièmement, les sentiments conscients tels qu'être effrayé, en colère, content, amoureux ou dégoûté, ne sont en un sens pas différents d'autres états de conscience, comme le fait de se rendre compte que l'objet arrondi et plutôt rouge devant soi est une pomme, que la phrase que l'on vient d'entendre était une langue étrangère donnée, ou que l'on vient juste de trouver la solution d'un problème de mathématiques auparavant insoluble.</p>
<p>La prise de conscience se produit quand le système de la conscience a connaissance de l'activité qui se déroule dans les systèmes de traitement inconscient.</p>
<p>Ce qui diffère entre l'état où nous sommes effrayés et celui où nous percevons la couleur rouge n'est pas le système qui représente le contenu conscient (la peur ou la couleur rouge), mais celui qui fournit les signaux au système de la prise de conscience. Ce dernier est unique et peut être occupé par des choses aussi bien anodines qu'à forte teneur émotionnelle.</p>
<p>Les émotions chassent rapidement les faits insignifiants, mais ne sont pas facilement remplacés par ce qui n'est pas émotionnel, comme les pensées : il ne suffit pas de souhaiter que l'anxiété ou la dépression s'en aillent pour que cela soit le cas.</p>
<p>Septièmement, les émotions sont des phénomènes qui nous arrivent plutôt qu'ils ne dépendent de notre volonté. Bien que les gens se donnent en permanence des occasions d'influer sur leurs émotions – aller au cinéma ou dans un parc d'attractions, faire un bon repas, consommer de l'alcool ou d'autres substances psychotropes -, les événements extérieurs sont simplement prévus pour assurer la présence des stimuli qui déclencheront automatiquement les émotions. Notre contrôle direct des réactions émotionnelles reste faible… Si le contrôle conscient de nos émotions est limité, celles-ci peuvent par contre submerger notre conscience. Car notre cerveau est à un point de son évolution où les connexions des systèmes émotionnels vers ceux de la cognition sont plus fortes que dans le sens inverse.</p>
<p>Finalement, une fois les émotions produites, elles deviennent de puissants motivateurs pour de futurs comportements. Elles balisent le cours de nos actions, que celles-ci soient dans l'instant ou à plus long terme. Elles peuvent aussi nous poser des problèmes. Quand la peur devient de l'anxiété, que le désir cède la place à l'avidité ou l'ennui à la colère, la colère à la haine, l'amitié à l'envie, l'amour à l'obsession, ou le plaisir à la dépendance, nos émotions se mettent à jouer contre nous. La santé mentale est maintenue par une hygiène émotionnelle et les problèmes mentaux traduisent dans une large mesure la rupture de cet équilibre émotionnel. Les émotions peuvent avoir des conséquences aussi utiles que pathologiques…</p>
<p>Les émotions sont pour nous des expériences conscientes. Mais quand nous commençons à les étudier dans le cerveau, nous les considérons comme une partie, pas nécessairement centrale, des systèmes qui les engendrent…</p>
<p>Avec l'amygdale et ses connexions d'entrée et de sortie, le cerveau est préprogrammé pour détecter les dangers – ceux éprouvés par nos ancêtres et ceux appris par chacun d'entre nous – et produire des réponses protectrices qui sont les plus efficaces pour le corps dont nous disposons et dans les anciennes conditions où elles ont été sélectionnées.</p>
<p>Les réponses préconditionnées ont été modelées par l'évolution et se produisent automatiquement ou, comme Darwin l'a fait remarquer, involontairement. Elles ont lieu avant que le cerveau ne commence à penser à ce qu'il faut faire. Penser prend du temps, mais répondre au danger exige souvent d'agir rapidement et de se décider sans trop d'hésitation…</p>
<p>Vous commencez à explorer les alentours quand vous repérez un lynx, que vous savez être un sérieux ennemi. Immédiatement, vous cessez tout mouvement. Si figer est un cadeau de l'évolution. Vous le faites sans avoir à peser votre décision. Cela se produit de soi-même. La vue ou le son du félin va directement à votre amygdale d'où sort la réponse d'immobilisation. Si vous aviez à prendre une décision délibérée sur ce quil faut faire, vous devriez considérer la probabilité de la réussite ou de l'échec de chaque choix possible et vous pourriez vous enliser dans le processus au point d'être mangé avant d'avoir décidé quoi que ce soit… »</p>
<p>Rita Carter dans « Atlas du cerveau » :</p>
<p>« Que sont exactement ces émotions ? Nous confondons souvent émotion et sentiment. En fait, ce dernier terme est trompeur car il ne décrit qu'une moitié du processus – la moitié qui est effectivement le sentiment. Par essence, les émotions sont, non pas les sentiments, mais un ensemble de mécanismes de survie enracinés dans notre corps et dont la fonction est de nous détourner du danger pour nous orienter vers ce qui peut nous être bénéfique.</p>
<p>La composante mentale – le sentiment – n'est qu'un perfectionnement de ce mécanisme de base. Pour reprendre la formule de Joseph LeDoux, spécialiste de la recherche sur les émotions à l'université de New York, cette composante est la « cerise sur le gâteau ».</p>
<p>Les émotions humaines semblent plutôt fonctionner comme les couleurs : il y aurait d'un côté un petit nombre d'émotions primaires, et de l'autre, une large palette d'émotions plus complexes obtenues par combinaison d'émotions primaires.</p>
<p>Selon certains chercheurs, ces émotions primaires seraient le dégoût, la peur, la colère et l'amour parental. Ce sont les réactions que manifestent pratiquement tous les êtres vivants dotés d'une certaine complexité. Les émotions primaires n'exigent aucune intervention de la conscience : elles peuvent amener une personne à foncer ou battre en retraite contre son propre gré. Avec, nous le verrons, un résultat parfois catastrophique.</p>
<p>Les émotions complexes, en revanche, sont des constructions cognitives sophistiquées qui résultent d'un travail considérable de l'esprit conscient et d'un échange complexe d'informations entre les aires corticales conscientes et le système limbique.</p>
<p>Considérez le plaisir mêlé de culpabilité, d'affection et d'irritation que vous pourriez ressentir en recevant une carte d'anniversaire d'un ami dont vous avez vous-même oublié de fêter l'anniversaire…</p>
<p>Les perceptions isolées qui déclenchent les émotions sont enregistrées au niveau conscient dans le cortex, où elles sont assemblées en un concept unique aux multiples facettes. Mais en lui-même, ce concept ne garantit pas l'apparition d'une émotion. Tant qu'il reste un assemblage purement cognitif, il constitue seulement de la connaissance. A ce stade du traitement émotionnel, une personne regardant la carte dirait : « Cela devrait produire un mélange de culpabilité, d'affection et d'irritation. » (…)</p>
<p>Pour que l'émotion apparaisse, il faut franchir une étape supplémentaire.</p>
<p>Dès que l'esprit conscient perçoit qu'une situation appelle une réaction émotionnelle, il envoie des signaux au système limbique – thalamus, amygdale, hippocampe, putamen, noyau caudé et hypothalamus pour l'essentiel - et exige une action appropriée. Ce dernier transmet alors des messages au corps (via l'hypothalamus) afin de provoquer certains changements. Des neurotransmetteurs sont libérés ou inhibés ; des hormones coulent à flot ; des processus vitaux tels que le rythme cardiaque et la pression artérielle sont altérés. Ces transformations sont ensuite enregistrées par l'hypothalamus, puis un message remonte au cortex : « Nous avons une émotion. »</p>
<p>Les changements produits dans le corps ne sont pas spécifiques de la combinaison culpabilité-affection-irritation élaborée dans le cortex. Selon la situation, une poussée d'adrénaline sera associée à la colère ou à la jubilation. Mais dès que le cerveau conscient enregistre les tremblements, les picotements, le trac, la respiration accélérée et la tension des muscles, il les interprète en fonction de ses propres préconceptions et se dit : « Je pense que je devrais ressentir de la colère », puis « Oui ! Il me semble que je ressens quelque chose », enfin : « Ce doit être de la colère. »</p>
<p>Même à ce stade, l'émotion n'est pas encore pleinement mature. Pour remplir son rôle de mécanisme de survie, elle doit être exprimée – ce qui nécessite un autre cycle de traitement cognitif. L'expression d'une émotion exige une action corporelle, par exemple un sanglot, un coup de poing, un mouvement de fuite ou simplement une infime inflexion de la voix dans une phrase au débit par ailleurs parfaitement neutre…</p>
<p>L'incapacité à exprimer les émotions ressenties résulte probablement d'une rupture des connexions neuronales reliant les aires corticales responsables du traitement conscient des émotions, aux aires cérébrales contrôlant l'expression faciale, la parole et les autres moyens physiques permettant d'exprimer les émotions…</p>
<p>Or, nos émotions se doivent précisément d'avoir un impact. Si les plus sommaires d'entre elles nous forcent à frapper, fuir ou hurler, celles que nous ressentons la plupart du temps ont toutefois comme principal objectif de susciter des changements émotionnels analogues dans notre entourage, afin de le pousser à agir dans un sens qui nous est bénéfique…</p>
<p>Pour exercer leur influence sur autrui, les émotions doivent être exprimées…</p>
<p>Sentez-vous la contraction de vos muscles faciaux ? Bien. Vous avez composé sur votre visage le sourire social, l'une des sept-mille et quelques expressions faciales du répertoire de l'espèce humaine. Leur combinaison nous fournit une formidable panoplie d'outils facilitant les relations sociales…</p>
<p>Si le cerveau conscient peut produire sur commande un large éventail d'expressions, celles-ci ne sont toutefois jamais tout à fait identiques à leurs équivalents automatiques : certains muscles faciaux échappent en effet au contrôle du cortex…</p>
<p>Dès leur naissance, pratiquement, les enfants réagissent de manière appropriée aux expressions faciales. Leurs réactions s'améliorent ensuite à mesure que s'opère la maturation des lobes frontaux – les aires corticales responsables des émotions.</p>
<p>Les expressions de peur sont collectées et identifiées par l'amygdale – un minuscule noyau de tissu enfoui dans l'aire limbique (inconsciente) du cerveau. La partie droite de l'amygdale réagit davantage aux expressions faciales, tandis que la partie gauche est plus sensible aux inflexions de la voix – aux tremblements révélateurs, par exemple, de colère ou de peur. Il s'ensuit qu'une amygdale hypersensible génère une personnalité plutôt irritable ou facilement meurtrie, tandis qu'une amygdale lente à réagir donne une personnalité effacée et indolente.</p>
<p> Le dégoût s'exprime distinctement par un froncement du nez, un plissement des yeux et une moue des lèvres. Une scanographie du cerveau montre que l'expression de dégoût active le cortex insulaire antérieur – une aire cérébrale également stimulée par les goûts désagréables. La vision d'une expression d'intense dégoût active également, dans le cerveau de l'observateur, un circuit reliant le cortex au système limbique. Cela suggère que lorsque vous voyez une personne exprimer un léger dégoût, vous enregistrez cette émotion dans votre seul cerveau conscient, tandis que si ce dégoût est une réelle répulsion, les aires émotionnelles du cerveau entrent en scène et vous font éprouver cette répulsion.</p>
<p>Certains gestes – hausser les épaules en signe de mépris, avancer le bassin en signe de défi, relâcher les épaules en signe de résignation – semblent déclenchés par les mêmes processus cérébraux qui gênent les expressions du visage et de la voix…</p>
<p>L'amygdale est le système d'alarme du cerveau – c'est elle qui génère les états mentaux qui se sont développés pour favoriser notre survie face aux menaces. Stimulez une région de l'amygdale, vous obtenez la réaction de peur typique : un sentiment de panique combiné à un désir de fuite. Stimulez une autre région, vous générez ce que certaines personnes décrivent comme un comportement chaleureux, aérien et excessivement amical – la conciliation. L'activation d'une troisième région provoque des accès de fureur.</p>
<p>La localisation des mécanismes déclencheurs de ces trois stratégies de survie fondamentales – la fuite, l'affrontement et la conciliation – dans un unique petit noyau tissulaire offre l'avantage de pouvoir passer rapidement de l'une à l'autre…</p>
<p>Contrôler les émotions et en prendre conscience sont deux processus exactement inverses. L'amygdale reçoit les premiers stimuli émotionnels par l'intermédiaire de ce que Joseph LeDoux nomme le « petit raccourci d'urgence », qui permet d'obtenir une réaction automatique presque instantanée – un sourire, un pas en arrière ou en avant. Un quart de seconde plus tard, toutefois, l'information atteint le cortex frontal qui la replace dans son contexte et conçoit un plan d'action rationnel pour en tenir compte.</p>
<p>Si le bon sens affirme que l'une des trois stratégies de survie est en fait appropriée, la réaction corporelle déjà amorcée continue. Mais si la décision rationnelle est de répondre verbalement plutôt que physiquement, le cortex envoie un ordre d'apaisement à l'hypothalamus, qui à son tour demande au corps de stopper ou d'inverser les réactions corporelles qu'il a amorcées. Une fois cette accalmie corporelle confirmée à l'hypothalamus, celui-ci transmet des messages inhibiteurs à l'amygdale, qui, à son tour, réduit son activité.</p>
<p>Ce mécanisme de contrôle des émotions par les fonctions cérébrales « supérieures » s'avère généralement efficace chez la plupart des gens. Pourquoi, alors, une minorité d'êtres humains subit-elle des explosions de colère apparemment incontrôlables ?</p>
<p>Le contrôle émotionnel est essentiellement exposé à deux défaillances. Soit les signaux transmis du cortex au système limbique sont trop faibles ou trop diffus pour endiguer l'activité se développant dans l'amygdale ; soit l'amygdale est activée par un stimulus externe qui n'active pas également le cortex.</p>
<p>La première défaillance est plus fréquente. C'est elle qui est à l'origine des spectaculaires emportements émotionnels des enfants. Cette absence de contrôle des émotions chez l'enfant s'explique pas le fait que les axones qui propagent les signaux du cortex au système limbique ne sont pas encore totalement développés. En outre, les cellules du lobe préfrontal, où s'effectue le traitement rationnel des émotions, n'atteignent leur pleine maturité qu'à l'âge adulte. L'amygdale en revanche est plus ou moins mature dès la naissance, et donc totalement opérationnelle. Avec un cortex immature et une amygdale en pleine possession de ses moyens, le jeune cerveau souffre donc d'un déséquilibre fondamental…</p>
<p>Une lésion de l'aire corticale responsable des émotions peut également réduire sa capacité à inhiber l'activité de l'amygdale…</p>
<p>Certaines peurs potentielles semblent inscrites dans nos cerveaux, comme des souvenirs très affaiblis de dangers remontant à un stade lointain de notre passé évolutif… En règle générale, les objets de phobie correspondent à ce qui, autrefois, a représenté les plus grands dangers du point de vue de l'espèce. Pour les êtres humains, cela concerne les reptiles, les araignées, les gros rapaces, les chiens et l'altitude.</p>
<p> L'enracinement de ces dangers dans notre passé évolutif est évident – les phobies associées aux dangers actuels (par exemple, les voitures et les armes à feu) sont bien plus rares…</p>
<p>Toutes les informations sensorielles parviennent d'abord au thalamus où elles subissent un tri avant d'être transmises vers les aires de traitement appropriées. Dans le cas des stimulu émotionnels – la vue d'un serpent dans l'herbe, par exemple -, l'information est dupliquée, puis emprunte deux itinéraires différents qui la conduisent à l'amygdale (système d'alarme du cerveau et générateur de réponses émotionnelles).</p>
<p>L'itinéraire numéro un conduit à l'arrière du cerveau, au cortex visuel qui analyse l'information et transmet ses conclusions. A ce stade, il ne s'agit que d'une information grossière – une chose longue, fine, avec des dessins sur le dos, qui se tortille, ici et maintenant. Les aires de reconnaissance du cerveau se mettent au travail afin d'identifier cette chose qui se tortille. L'information, maintenant baptisée « serpent », déclenche à sont tour le rappel de toutes les informations stockées sur les serpents – animal/ différentes espèces/danger ? – dans la mémoire à long terme. Ces informations combinées créent alors un message « Serpent ! Attention ! » immédiatement transmis à l'amygdale qui initie une réaction corporelle.</p>
<p>On le voit, cet itinéraire numéro un est long, sinueux, et implique de nombreux arrêts. Etant donné l'urgence du danger – il faut une réaction plus rapide. C'est ici qu'intervient l'itinéraire numéro deux. Le thalamus se situe près de l'amygdale, à laquelle il est relié par un épais faisceau de neurones. L'amygdale, à son tour, est étroitement liée à l'hypothalamus, qui contrôle la réponse corporelle – affrontement ou fuite. Ces connexions forment le « petit raccourci d'urgence » de Joseph LeDoux : l'information y circule des yeux au corps en quelques millièmes de seconde. »</p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1510" class="spip_out" rel="external">D'où vient l'intelligence humaine ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article185" class="spip_out" rel="external">Le cerveau</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=lOzUy6Zt1ZYC&printsec=frontcover&dq=le+cerveau+et+%C3%A9motions+damasio&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiEwKry-_7mAhWh3eAKHTp1AzYQ6AEIKzAA#v=onepage&q=le%20cerveau%20et%20%C3%A9motions%20damasio&f=false" class="spip_out" rel="external">« Le cerveau de la tristesse, de la joie et des émotions » de Antonio Damasio</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=gvss5LgdWGEC&printsec=frontcover&dq=le+cerveau+et+%C3%A9motions+damasio&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiEwKry-_7mAhWh3eAKHTp1AzYQ6AEIQzAD#v=onepage&q=le%20cerveau%20et%20%C3%A9motions%20damasio&f=false" class="spip_out" rel="external">« L'erreur de Descartes – La raison des emotions » de Antonio Damasio</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=IJD0DQAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=le+cerveau+des++%C3%A9motions+ledoux&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjctuSg-_7mAhVD4OAKHdgHCFUQ6AEIKzAA#v=onepage&q=le%20cerveau%20des%20%20%C3%A9motions%20ledoux&f=false" class="spip_out" rel="external">« Le cerveau des émotions » de Joseph Ledoux</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=eq4C-eT1ZXQC&printsec=frontcover&dq=le+cerveau+des++%C3%A9motions+ledoux&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjctuSg-_7mAhVD4OAKHdgHCFUQ6AEISjAE#v=onepage&q=le%20cerveau%20des%20%20%C3%A9motions%20ledoux&f=false" class="spip_out" rel="external">Les émotions de Elisabeth Vincent</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=sMTCCwAAQBAJ&pg=PA93&dq=le+cerveau+des++%C3%A9motions+ledoux&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjctuSg-_7mAhVD4OAKHdgHCFUQ6AEIUjAF#v=onepage&q=le%20cerveau%20des%20%20%C3%A9motions%20ledoux&f=false" class="spip_out" rel="external">« Phénoménologie des émotions » de Ondřej Švec</a></p>
<p><a href="https://books.google.fr/books?id=3TSWDgAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=le+cerveau+et+%C3%A9motions+damasio&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiEwKry-_7mAhWh3eAKHTp1AzYQ6AEISzAE#v=onepage&q=le%20cerveau%20et%20%C3%A9motions%20damasio&f=false" class="spip_out" rel="external">« La face cachée des émotions » de Sylvie Berthod et Silvia Krauth-Gruber</a></p></div>
Pourquoi nous dormons
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6305
https://www.matierevolution.org/spip.php?article63052019-05-18T22:51:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Pourquoi nous dormons ? <br class='autobr' />
Avertissement : Les réponses à cette question sont aussi diverses que variées et cependant nous allons en donner une nouvelle. Nous dormons parce que nous sommes vivants, le sommeil étant l'état de base de la vie !!! Bien des travaux ont étudié la manière dont nous entrons en sommeil en considérant l'éveil comme le fonctionnement de base du vivant. Des études récentes inversent ce point de vue et considèrent que le sommeil est le mode fondamental de fonctionnement (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique104" rel="directory">Les rythmes biologiques, un processus dynamique et des structures auto-organisées et émergentes</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Pourquoi nous dormons ?</h2>
<p><i>Avertissement : Les réponses à cette question sont aussi diverses que variées et cependant nous allons en donner une nouvelle. Nous dormons parce que nous sommes vivants, le sommeil étant l'état de base de la vie !!! Bien des travaux ont étudié la manière dont nous entrons en sommeil en considérant l'éveil comme le fonctionnement de base du vivant. Des études récentes inversent ce point de vue et considèrent que le sommeil est le mode fondamental de fonctionnement du vivant ! Un renversement de point de vue impressionnant ! Le fonctionnement du cerveau est encore loin d'avoir été décrypté, sans son mode d'éveil comme dans son mode de repos. Les idées sur ces questions changent rapidement. Nous allons voir que la conception du sommeil, de son rôle, ne s'en tient plus aux diverses phases du sommeil, aux types d'ondes, au rôle du sommeil paradoxal et que la phase du repos est en train d'être considérée comme le mode de fonctionnement de base sur laquelle peut se développer le mode en phase active et consciente.</i></p>
<h2 class="spip">Jean-Didier Vincent, dans « Voyage extraordinaire au centre du cerveau :</h2>
<p>« Deux conditions pour dormir : la sécurité et la peau à 27°C. Ces conditions remplies, le sujet peut s'endormir, mais il ne dort pas encore… Les yeux fermés, le sujet sur lui s'accroître la pression du besoin de dormir… Il ne s'enfonce pas progressivement dans le sommeil ; l'éveil le quitte brusquement : une véritable chute dans la nuit de la conscience… Il s'agit d'un commutateur à bascule qui lorsqu'on appuie sur un versant supprime l'inhibition venant du versant opposé. Nous verrons qu'il s'agit d'un système sécurisé, gardien aussi bien du sommeil que de la veille selon l'adage qu'il est un temps pour dormir et un temps pour être éveillé. »</p>
<h2 class="spip">Patrick Berque, « Les sortilèges du cerveau » :</h2>
<p>« Le sommeil fait partie des rythmes circadiens déterminant l'alternance des phases de repos et d'éveil. Il rythme nos vies quotidiennement. Il nous force à dormir avec une puissance impérative. Il est indispensable à la vie. Sa privation entraîne une baisse de perspicacité, une maladresse et une impression d'être diminué.</p>
<p>On le retrouve chez toutes les espèces vivantes, insectes araignées, vers de terre, poissons, reptiles, oiseaux, mammifères, primates et l'homme. Nul n'y échappe.</p>
<p>Se mettre au repos est une des premières choses qu'apprend le cerveau. Dès la vingtième semaine de la grossesse, le sommeil apparaît chez le fœtus, avec des alternances d'immobilité et d'agitation selon une périodicité de 50 à 60 minutes, similaire à celle du sommeil observé chez le nouveau-né qui dort dix-huit heures par jour. A l'âge adulte, sa durée est d'environ 7 à 8 heures chez l'homme.</p>
<p>N'est-il pas étrange que nous passions un tiers de notre vie inconscients, à dormir et souvent à rêver !</p>
<p>Pourquoi ? A quoi cela sert-il ? Ce mystère a intrigué dès l'Antiquité…</p>
<p>La privation complète de sommeil chez l'animal entraîne la mort en deux à trois semaines. Chez l'homme, la plupart des gens s'effondrent après trois jours à une semaine…</p>
<p>La découverte du noyau cérébral du sommeil, le thalamus, a été faite par Walter Hess, prix Nobel 1949, en déclenchant un sommeil immédiat par insertion d'une électrode dans l'hippocampe d'un chat. »</p>
<h2 class="spip">Dean Burnett dans « Le cerveau, cet imbécile » :</h2>
<p>« Nous ne connaissons toujours pas le but du sommeil ! Nous l'avons observé chez presque toutes les espèces animales, même les plus simples comme les nématodes, des vers parasites très courants. Certains animaux, comme les méduses et les éponges, ne montrent aucun signe de sommeil, mais elles n'ont pas de cerveau donc on ne peut pas vraiment se fier au fait qu'elles « font » quoique ce soit.</p>
<p>Néanmoins des phases de sommeil, ou disons des périodes d'inactivité régulières, sont observées chez une grande variété d'espèces radicalement différentes. Il est clair que c'est une activité importante, profondément enracinée dans l'évolution. Les mammifères aquatiques ont des méthodes de sommeil n'impliquant que la moitié du cerveau parce que s'ils dormaient complètement, ils arrêteraient de nager et risqueraient de couler et de se noyer.</p>
<p>Le sommeil est tellement important qu'il est plus fort que « ne pas se noyer », et pourtant nous ne savons pas pourquoi.</p>
<p>Il existe de nombreuses théories, comme celle de la guérison. On a découvert que les rats privés de sommeil mettaient beaucoup plus de temps à se remettre de leurs blessures et que, de façon générale, ils ne vivent pas aussi longtemps que les rats qui dorment suffisamment.</p>
<p>Selon une autre théorie, le sommeil réduit l'importance des liaisons neurologiques faibles afin de pouvoir les supprimer plus facilement.</p>
<p>Pour d'autres, le sommeil permet d'amoindrir les émotions négatives.</p>
<p>D'après l'une des théories les plus bizarres, le sommeil est venu de la nécessité de nous préserver des prédateurs. Beaucoup de prédateurs sont actifs la nuit et les hommes n'ont pas besoin d'être actifs vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour subvenir à leurs besoins, donc le sommeil offre des périodes prolongées d'inertie durant lesquelles le corps ne libère pas les signaux permettant aux prédateurs de le trouver…</p>
<p>Le sommeil sert à se reposer, à donner au corps et au cerveau le temps de se recharger après une journée épuisante. Eh oui, quand nous avons fait quelque chose de particulièrement fatigant, une période d'inactivité prolongée aide notre organisme à se remettre et à refaire le plein.</p>
<p>Mais si le sommeil n'est lié qu'au repos, pourquoi dormons-nous presque toujours des durées identiques, que nous ayons passé la journée à soulever des briques ou à regarder des dessins animés en pyjama ? Les deux activités n'exigent pas la même récupération. Et l'activité métabolique du corps pendant le sommeil ne baisse que de 5 à 10%. Ce n'est pas un ralentissement très fort ; ça revient à passer de 100 à 0 kilomètres à l'heure quand vous avez de la fumée qui s'échappe du moteur de la voiture.</p>
<p>La fatigue ne dicte pas directement notre sommeil, c'est pourquoi les gens ne s'endorment jamais pendant qu'ils courent un marathon.</p>
<p>En réalité, le déclenchement et la durée du sommeil sont déterminés par notre rythme cardiaque, lui-même calé sur des mécanismes internes précis. Il y a la glande pinéale qui régule notre sommeil en sécrétant de la mélatonine, une hormone qui nous détend et nous rend paisibles. La glande pinéale réagit aux niveaux de lumière. Les rétines de nos yeux détectent la lumière et envoient des signaux à la glande pinéale, et plus celle-ci reçoit de signaux, moins elle libère de mélatonine (mais sans jamais s'arrêter complètement d'en relâcher).</p>
<p>Les niveaux de mélatonine dans notre corps augmentent progressivement au cours de la journée et ils s'accroissent plus rapidement lorsque la nuit tombe, d'où le fait que notre rythme cardiaque s'adapte aux heures de la journée et que nous soyons plus alertes le matin et fatigués le soir.</p>
<p>C'est ce mécanisme qui sous-tend le « jet-lag », la fatigue due au décalage horaire. Voyager, passer d'un créneau horaire à un autre, c'est s'exposer à des niveaux de lumière complètement différents, et vous avez une lumière de 11 heures du matin alors que votre cerveau pense qu'il est 20 heures.</p>
<p>Nos cycles de sommeil sont précisément réglés et ce bousculement des niveaux de mélatonine les détraque. Et il est beaucoup plus dur de « rattraper le sommeil » qu'on ne peut le penser ; notre cerveau et notre corps sont liés au rythme cardiaque, de sorte qu'il est difficile de forcer le sommeil à un moment où il n'est pas attendu (même si ce n'est pas impossible). Quelques jours d'exposition au nouveau cycle de lumière et notre rythme s'ajuste miraculeusement…<br class='autobr' />
Notre température corporelle change elle aussi en fonction de ces rythmes, variant entre 36 et 37 degrés (ce qui est une grosse variation pour un mammifère)…</p>
<p>L'hypothèse selon laquelle le sommeil n'est lié qu'au repos et à la conservation d'énergie est encore plus mise à mal par le fait qu'on a observé le sommeil chez des animaux en hibernation… L'hibernation n'est pas la même chose que le sommeil ; le métabolisme et la température corporelle diminuent beaucoup plus ; la durée est beaucoup plus longue ; en réalité, cela ressemble plus au coma qu'au sommeil. Mais les animaux en hibernation entrent régulièrement en état de sommeil, de sorte qu'il leur faut dépenser davantage d'énergie pour dormir. L'idée que le sommeil n'est lié qu'au repos est à l'évidence trop limitée…</p>
<p>Une autre théorie affirme que le sommeil est essentiel pour que le cerveau évacue les déchets qu'il produit. Les processus cellulaires complexes du cerveau créent une grande quantité de rebuts dont il faut se débarrasser, et des études ont montré que cela a lieu beaucoup plus souvent quand nous dormons ; pour le cerveau, le sommeil serait l'équivalent des heures de fermeture l'après-midi d'un restaurant, où le personnel met de l'ordre entre deux services ; il y a autant d'activité mais elle est différente.</p>
<p>Quelle qu'en soit la vraie raison, le sommeil est essentiel pour le fonctionnement normal du cerveau. Les gens privés de sommeil, en particulier de la phase REM, éprouvent rapidement un déclin de leur attention et de leurs facultés à résoudre des problèmes, une augmentation du stress et une chute générale de leurs performances…</p>
<p>Si vous passez trop de temps sans dormir, votre cerveau commence à initier des « micro-siestes », où il attrape des bribes de sommeil de quelques minutes, voire secondes d'affilée.</p>
<p>Notre évolution a rendu nécessaires de longues périodes d'inconscience et nous ne savons pas vraiment faire avec quelques miettes ici et là.</p>
<p>Même si nous réussissons à fonctionner avec les problèmes cognitifs posés par le manque de sommeil, il réduit l'efficacité du système immunitaire et est associé à l'obésité, au stress et aux problèmes cardiaques… »</p>
<h2 class="spip">Stanislas Dehaene et Marcus Raichle, « Pas de repos pour le cerveau », dans « C3RV34U » :</h2>
<p>« Nos neurones sont en ébullition permanente. Même lorsque nous nous reposons, nos aires cérébrales communiquent et discutent entre elles. De nombreuses études récentes de neuro-imagerie l'ont démontré : notre cerveau a une vie intérieure… Bien que nous commencions seulement à comprendre pourquoi notre cerveau dépense une telle énergie à vagabonder, l'étude de l'activité intrinsèque pourrait fournir une des clés pour l'explication des troubles neurologiques, et même pour la connaissance de ce phénomène appelé « conscience »…</p>
<p>L'activité cérébrale d'une personne qui « ne fait rien » est loin d'être négligeable.</p>
<p>On sait maintenant que lorsque l'esprit est au repos – lorsqu'on rêvasse tranquillement dans une chaise, qu'on est endormi dans un lit ou anesthésié lors d'une opération chirurgicale – diverses aires cérébrales bavardent entre elles. Et l'énergie consommée par cette discussion permanente, connue sous l'expression « mode par défaut » du cerveau, est environ vingt fois celle utilisée consciemment pour chasser une mouche avec un journal ou à tout autre stimulus extérieur. En effet, la plupart des choses que l'on fait consciemment, que ce soit de s'asseoir pour dîner ou préparer un discours, constituent une petite déviation de l'activité de base du mode par défaut.</p>
<p>Une découverte clé pour la compréhension du mode par défaut du cerveau a été celle d'un système cérébral jusqu'ici inconnu, baptisé le « réseau du mode par défaut ». Son rôle exact dans l'organisation de l'activité cérébrale fait toujours l'objet de recherches, mais on pense qu'il orchestre la façon dont le cerveau organise les souvenirs et gère les différents systèmes qui ont besoin de se préparer aux événements futurs : le système moteur doit être prêt à réagir au quart de tour lorsque vous sentez le chatouillement de la mouche sur votre bras…</p>
<p>L'idée que le cerveau est en constante ébullition n'est pas nouvelle. Hans Berger, l'inventeur de l'électroencéphalogramme fut un pionnier de cette notion. Dans un des articles fondateur sur ses découvertes en 1929, Berger déduisait des oscillations électriques incessantes détectées par sa machine :</p>
<p>« Nous devons faire l'hypothèse que le système nerveux central est en permanence, et pas seulement durant les phases d'éveil, dans un état d'activité considérable. »</p>
<p>Cependant ses idées sur le fonctionnement cérébral furent largement ignorées…</p>
<p>Certaines aires du cerveau sont très actives, à la fois au repos et dans les conditions d'activité…</p>
<p>Des analyses poussées ont montré que réaliser une tâche spécifique augmente d'au moins 5% la consommation énergétique du cerveau par rapport à sa consommation de base.</p>
<p>Une large proportion de l'activité totale du cerveau – de 60 à 80% de l'énergie totale qu'il utilise – provient de circuits qui ne sont pas liés au traitement des événements extérieurs…</p>
<p>Les indices de l'existence d'une vie intérieure du cerveau étant bien établis, il était nécessaire de comprendre la physiologie de cette activité intrinsèque du cerveau – et comment elle pouvait influencer la perception et le comportement…</p>
<p>Au milieu des années 1990, nous avons remarqué de manière presque accidentelle que certaines régions du cerveau, à notre grande surprise, subissent une diminution de leur niveau d'activité par rapport à l'état de repos lorsque les sujets réalisent une tâche. Ces aires – en particulier une zone du cortex pariétal médian (région proche du milieu du cerveau impliquée, entre autres, dans la capacité à se souvenir des événements propre de sa vie) – montrent cette baisse d'activité lorsque d'autres régions sont engagées dans la réalisation d'une tâche particulière, telle la lecture à voix haute. Déconcertés, nous avons surnommé « aire pariétale mystérieuse » la zone montrant la diminution d'activité la plus forte…</p>
<p>En fait, notre « aire mystérieuse » reste constamment active, même lorsqu'elle n'est pas engagée dans une tâche précise…</p>
<p>Ces résultats ont été confirmés, tant pour le cortex pariétal médian que pour le cortex préfrontal médian. Ces deux aires qui permettent d'évoquer des souvenirs et des images mentales personnelles, mais également de nous représenter ce que les autres pensent et ressentent, sont aujourd'hui considérées comme des nœuds centraux du réseau du mode par défaut…</p>
<p>L'organisation frappante de cette activité cérébrale observée sous anesthésie générale ou durant le sommeil suggère qu'elle représente une composante fondamentale du fonctionnement cérébral et non pas seulement « du bruit »… »</p>
<h2 class="spip">Michel Jouvet, dans « Les mystères du sommeil » :</h2>
<p>« Le sommeil paradoxal serait une sorte de reprogrammeur effaçant (oubli) ou renforçant (mémoire) les acquisitions du jour en accord avec l'individuation génétique. En bref, nous ne rêverions pas mais « nous serions rêvés ». Pendant cette reprogrammation interne, le cerveau serait coupé de l'extérieur. Des entrées stochastiques seraient assurées par des activations générées au niveau du pont, sélectionnant les nouveaux récepteurs synaptiques synthétisés pendant le sommeil lent… Une énorme quantité d'énergie est nécessaire pour que les cent minutes de sommeil paradoxal soient capables de remanier la circuiterie synaptique initiée pendant les 600 minutes d'éveil. Le sommeil lent serait alors indispensable au sommeil paradoxal en assurant une réserve d'énergie sous forme de glycogène dans la glie. »</p>
<h2 class="spip"><a href="http://eugrafal.free.fr/Marcus-Raichle-Lafargue.pdf" class="spip_out" rel="external">La suite</a></h2>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&ei=6Q06XKLCEsmugwe3-5HICQ&q=sommeil+paradoxal+cerveau+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&oq=sommeil+paradoxal+cerveau+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&gs_l=psy-ab.3...12780.14336..14596...0.0..0.97.659.8......0....1..gws-wiz.MG2IyLiO_wo" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p>
<p><a href="https://lejournal.cnrs.fr/billets/pourquoi-dormons-nous" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p></div>
Comment allons-nous comprendre le fonctionnement du cerveau ?
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6012
https://www.matierevolution.org/spip.php?article60122018-09-29T22:51:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Comment allons-nous comprendre le fonctionnement du cerveau ? <br class='autobr' />
Le cerveau reste un grand inconnu dans la physiologie et la psychologie humaines et même l'un des plus grands de toutes les questions scientifiques non résolues. <br class='autobr' />
Cet organe principal de l'être humain a été examiné sous toutes les coutures depuis des décennies et pourtant on peut dire que ses secrets essentiels de fonctionnement restent bien gardés. On ne sait même pas d'où viendront les révélations nouvelles, de quelles (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique103" rel="directory">Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Comment allons-nous comprendre le fonctionnement du cerveau ?</h2>
<p>Le cerveau reste un grand inconnu dans la physiologie et la psychologie humaines et même l'un des plus grands de toutes les questions scientifiques non résolues.</p>
<p>Cet organe principal de l'être humain a été examiné sous toutes les coutures depuis des décennies et pourtant on peut dire que ses secrets essentiels de fonctionnement restent bien gardés. On ne sait même pas d'où viendront les révélations nouvelles, de quelles disciplines, de quelles observations, de quelles méthodes, de quel type de recherche. On est tout à fait dans le noir de ce côté-là.</p>
<p>Est-ce que cela proviendra de la compréhension des transmissions électriques ou chimiques inter-neuronales, de l'étude de la structure des neurones, la visualisation des zones activées du cerveau, de la compréhension du tissus qui couvre l'ensemble du cerveau, de la génétique ou l'épigénétique du développement du cerveau, de la modélisation informatique des liaisons du cerveau, de l'étude des comportements des singes, de la comparaison des cerveaux de l'homo sapiens et des autres hominidés ?</p>
<p>Essayons de rappeler ce que nous savons de fondamental ainsi que ce qui nous semble manquer dans notre compréhension du fonctionnement cérébral…</p>
<p>Nous savons que le cerveau d'un être humain est un outil indispensable et que l'être humain meurt s'il est séparé du cerveau. Nous savons donc qu'il y a une unité corps-cerveau qui est produite au cours du développement de l'embryon. Pas d'explication du cerveau qui soit séparée de celle de la construction du corps. Les deux se sont constitués simultanément en liaison l'un avec l'autre. Aucune partie du corps n'est séparée du cerveau. Toutes les parties du corps sont nées en même temps que des parties du cerveau et réciproquement.</p>
<p>Nous savons non seulement que l'ensemble corps/cerveau est un tout mais également que le cerveau lui-même est un tout, ce qui signifie qu'il y a des zones spécifiques, des hémisphères, des particularités de chacune des couches en oignon, des particularités des trois parties successives emboitées du cerveau qui semblent représenter des étapes de l'évolution, mais que toutes ces subdivisions ne signifient nullement des parties avec des séparations étanches, indépendantes les unes des autres. Quand une zone d'un hémisphère est vouée à une activité, elle utilise d'autres zones du cerveau pour être activée, pour fonctionner. Quand un hémisphère cérébral est particulièrement dédié à une fonction ou à une capacité, cela ne veut pas dire que l'autre hémisphère n'est pas concerné par cette fonction ou cette capacité. Tout est connecté. Le cerveau est un ensemble interconnecté, interdépendant, un tout inséparable.</p>
<p>Nous savons bien sûr que l'unité de base des messages qui circulent dans le cerveau est le neurone et cependant nous savons aussi que le réductionnisme du neurone ne fonctionne pas, et pas davantage le réductionnisme du réseau neuronal, ni celui de la carte de relations inter-neuronales, ni encore le message électrique seul (puisqu'existe également le message chimique échangé par les synapses).</p>
<p>Nous ne savons pas lire les messages électriques des neurones et pas davantage les messages chimiques. Nous avons certes distingués divers rythmes de ces messages mais nous ne savons pas comment le cerveau les décrypte et aucune étude du cerveau n'est parvenue à nous répondre sur ce point.</p>
<p>L'image du cerveau découpé en zones n'a pas davantage résolu le problème que celle du cerveau-ordinateur, ou que celle du cerveau émetteur-récepteur de messages électriques, ou encore celle des cartes de relations inter-réseaux neuronales, et on en passe des hypothèses de fonctionnement cérébral qui ont été successivement abandonnées…</p>
<p>On est contraints de reconnaitre que le cerveau existe avec des niveaux d'organisation de structures multiples, intégrés, interactifs, interdépendants et pas avec un seul niveau fondamental. Le cerveau n'est ni tout neurone, ni tout réseau de neurones, ni tout carte neuronale, ni tout synapse, ni tout zone cérébrale, ni tout couche cérébrale, ni tout hémisphère cérébral. Ces niveaux sont tous fondamentaux en un sens et le sont en même temps. Et ces niveaux de structure sont également reliés au niveau global. Le cerveau est lui-même une unité, un niveau. Mais ce n'est pas non plus un niveau qui commande tout. Personne ne commande l'ensemble. Un hémisphère est le plus souvent dominant mais pas toujours. Un hémisphère a un rôle fondamental dans telle ou telle fonction, dans telle ou telle capacité, mais pas tout le temps ni tout seul.</p>
<p>Toutes les actions, toutes les voies de celles-ci, toutes les méthodes d'action sont doublées, triplées, etc., le cerveau passant par plusieurs chemins pour faire la même chose ou à peu près. Le mécanisme n'agit pas du tout à l'économie de moyens. Tout ce qui peut fonctionner, en étant nourri, en recevant de l'énergie, vivra et fonctionnera : voilà le seul principe de construction et de fonctionnement.</p>
<p>L'électricité qui parcourt les circuits neuronaux les nourrit, envoie aux neurones, ces cellules vivantes, de l'énergie, des moyens de subsistance et des messages de survie qui permettent à la cellule nerveuse de ne pas s'auto-détruire par apoptose (ou suicide cellulaire).</p>
<p>La capacité du corps humain de se bâtir un cerveau, tout en bâtissant un corps a été explicitée justement par l'apoptose. En effet, ce qu'Ameisen appelle « la sculpture du corps par suicide cellulaire » est le mode de construction fondamental du cerveau. En effet, la formation des liaisons neuronales n'est nullement programmée génétiquement. Elle se constitue progressivement dans l'embryon au cours du développement de l'individu.</p>
<p>Les cellules nerveuses et leurs liaisons naissent et se développent dans un grand désordre et la plupart d'entre elles vont très rapidement disparaître dans l'embryon parce qu'elles ne contribuent pas à relier le cerveau au corps. C'est cette liaison qui va construire le plan du cerveau. Ce plan n'est pas inscrit dans les gènes, dans l'ADN, ni dans aucun niveau de structure préexistante au processus de fabrication de l'individu. Le cerveau est reconstruit pour chaque individu !</p>
<p>La formation du cerveau humain est un processus auto-organisé et le fonctionnement de celui-ci est un pilotage des lois du chaos déterministe !!!</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article185" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce que le cerveau humain</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1856" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce que le cerveau dynamique ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique103" class="spip_out" rel="external">Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1521" class="spip_out" rel="external">Comment se construit un cerveau humain ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2016" class="spip_out" rel="external">Le dialogue des deux hémisphères du cerveau</a></p>
<p><a href="https://www.books.fr/cerveau-cet-inconnu/" class="spip_out" rel="external">Le cerveau, cet inconnu</a></p>
<p><a href="http://pratclif.com/brain/cerveau/cerveau.htm" class="spip_out" rel="external">Ce que nous savons et ne savons pas sur le cerveau humain et son fonctionnement</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1510" class="spip_out" rel="external">D'où vient l'intelligence humaine ?</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189" class="spip_out" rel="external">Cerveau et dialectique</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4905" class="spip_out" rel="external">Pourquoi les hommes n'ont pas envie de reconnaître que leur cerveau est un produit aléatoire de l'évolution…</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2608" class="spip_out" rel="external">Pas d'évolution linéaire de la taille du cerveau humain</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1900" class="spip_out" rel="external">Comment fonctionne le cerveau humain pour nous permettre de connaître le monde ?</a></p>
<p><a href="https://www.google.com/search?tbm=bks&q=conna%C3%AEtre+le+cerveau" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p></div>
Imaginer, une fonction cérébrale spontanée et permanente
https://www.matierevolution.org/spip.php?article6024
https://www.matierevolution.org/spip.php?article60242018-08-17T22:46:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Imaginer, une fonction cérébrale spontanée et permanente <br class='autobr' />
Notre cerveau est sans cesse en train d'inventer, de broder, de proposer, de créer, d'imaginer. Il suffit que nous soyons en train de taper un texte mot à mot pour qu'il suggère des propositions de mots qui n'y sont pas pour compléter une phrase que nous n'avons pas fini de lire ou que nous avons lue sans attention suffisante. Il suffit que nous regardions des gens d'un peu loin pour qu'il nous suggère que ce sont des personnes de (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique103" rel="directory">Le cerveau, ou le pilotage du chaos des interactions neuronales</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_10710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
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</div><h2 class="spip">Imaginer, une fonction cérébrale spontanée et permanente</h2>
<p>Notre cerveau est sans cesse en train d'inventer, de broder, de proposer, de créer, d'imaginer. Il suffit que nous soyons en train de taper un texte mot à mot pour qu'il suggère des propositions de mots qui n'y sont pas pour compléter une phrase que nous n'avons pas fini de lire ou que nous avons lue sans attention suffisante. Il suffit que nous regardions des gens d'un peu loin pour qu'il nous suggère que ce sont des personnes de notre connaissance. Il suffit que nous soyons dans une situation inattendue pour qu'il suggère des interprétations diverses pouvant l'expliquer. Il suffit que nous évoquions la journée qui va venir pour qu'il brode des scénarios possibles. Il suffit que nous recevions une lettre pour qu'il tente de décrypter les envoyeurs possibles. Nous ne cessons jamais de broder, d'inventer, de donner des réponses aux questions alors que nous ne disposons pas réellement de la réponse, que nous complétions ce qui manque dans nos données alors que nous ne pouvons pas réellement le faire.</p>
<p>Ce n'est pas un défaut de caractère. Cela ne signifie pas que vous soyez particulièrement imaginatif, même si cela existe. Ce sont tous les êtres possédant un cerveau qui détiennent cette particularité imaginative, même si son degré peut varier.</p>
<p>Et d'abord, ce degré varie au cours de la journée, car l'imagination est particulièrement débridée durant les rêves, ce qui montre bien que ce n'est pas une volonté de la conscience qui provoque cette imagination, mais qu'elle agit au contraire automatiquement et spontanément.</p>
<p>Le fait que l'imagination soit actionnée spontanément et même automatiquement est démontré aussi quand elle ne l'est pas. Ainsi, dès que nous voyons un visage humain ou son image, est actionné le mode de reconnaissance des visages qui imagine qui cela pourrait être si c'était quelqu'un de connu. Si ce visage est vu à l'envers, ce mode de reconnaissance par la comparaison et l'imagination n'est pas actionné</p>
<p>Tous nos sens ne se contentent pas de ce qu'ils voient. Ils sont pilotés par un cerveau qui interprète, qui complète les informations insuffisantes, qui rajoute des éléments manquants à l'information, qui décide la transformation des images, qui crée de la continuité et du sens là où il n'y en a pas ou là il en manque.</p>
<p>Certains auteurs affirment que nos sens nous placent au niveau des faits mais aucun de nos sens ne fonctionne bien sûr indépendamment du cerveau et ce dernier ne fonctionne jamais sur la seule base des faits. Un simple regard, un simple toucher, une simple odeur, une simple sensation de température, une sensation de courant d'air, un simple son, etc., ne peut être perçu sans que le cerveau propose immédiatement d'y rajouter des remarques, des options, des explications, de broder sur ce qu'il sait de la réalité.</p>
<p>L'imagination n'est pas un attribut secondaire mais une fonction essentielle du cerveau. En effet, c'est elle qui nous permet de « voir » ce que nous ne voyons pas vraiment, de penser sur l'inconnu, de mettre un nom sur un objet, de penser sur l'inconnu, d'élaborer des hypothèses, de nous préparer à des situations à venir, de rêver, de construire des scénarios, etc.</p>
<p>Sans l'imagination, nous ne pouvons pas penser à un objet ou à une situation qui n'est pas directement devant nous, que nous ne pouvons pas immédiatement voir, toucher, sentir, entendre… Sans l'imagination, nous ne pouvons pas, en restant immobiles et les yeux fermés, repenser à tout ce qui nous entoure. Sans l'imagination, nous ne pouvons pas penser le monde qui nous entoure, nous ne pouvons pas bâtir des concepts, des raisonnements. Dès que nous racontons à quelqu'un ce qui nous est arrivé, notre imagination nous conduit autant que les faits réels. Sans notre imagination, cela n'aurait aucun sens de discuter de faits qui ne sont pas devant nous, tout ce qui n'est pas dans notre champ direct cessant complètement d'exister.</p>
<p>On peut imaginer toutes sortes de choses : des formes, des couleurs, des mouvements, des gestes, des situations, des sentiments, des pensées, des sons, des mots, des scénarios, des hypothèses, etc. On a beaucoup discuté sur la place de l'imagination dans les théories et expériences des savants (on doit imaginer les expériences autant que les concepts, les paramètres, les particules, les lois, etc.) et on sait sa place pour tous les artistes. Mais elle est nécessaire pour tous les humains. Elle leur est nécessaire pour vivre !</p>
<p>Les êtres humains ont développé de multiples moyens pour stimuler leur imagination, comme ils peuvent aussi stimuler leurs sens ou d'autres fonctions. Ainsi, le manque de sommeil, l'excès de café ou les drogues peuvent favoriser cette fonction cérébrale.</p>
<p>La fonction que nous appelons « imagination » n'agit pas librement sur nos images cérébrales car cette fonction est combattue par une autre qui lui est couplée et que l'on pourrait appeler « raison ». Cette dernière nous dit que telle ou telle proposition de l'imagination est à rejeter car non conforme à ce que nous pensons savoir du monde, à ce que nous estimons possible, à ce qui nous semble raisonnablement vraisemblable.</p>
<p>Le couple contradictoire imagination/raison fonctionne sans cesse de manière dialectique, chacun combattant l'autre, au cours de la journée consciente des êtres humains. La nuit, l'imagination semble seule au pouvoir dans les rêves. En réalité, c'est la fonction dominante du couple qui s'échange. Dans les rêves, l'imagination domine et dans la journée consciente, c'est la raison qui domine.</p>
<p>Ce qui nous a permis d'en savoir plus sur la fonction « imagination », ce sont tous les cas de dysfonctionnements du cerveau qu'ils soient de naissance ou dus à des accidents.</p>
<p>Que se passe-t-il dans un cerveau sans imagination ou à faible imagination ?</p>
<p>Imaginons… que nous en restions à ce que nous savons vraiment. Il ne resterait pas grand-chose. Pour penser à tel ou tel état de nos fonctions cérébrales il faut d'ailleurs une sacrée dose d'imagination ! Ce que nous sommes, nous humains, nous le devons grandement à l'imagination.</p>
<p>Sans l'imagination, nous ne pouvons pas, par exemple, mettre un nom sur les choses. La chosification du monde est déjà un produit de l'imagination humaine. « La chaise », « la table », « le repas » ou encore « le sommeil » et même « le soleil » e n sont des produits. Le soleil que l'on observe n'est pas le concept de soleil. D'ailleurs nous ne pouvons voir en continu le soleil et il n'existerait plus pour nous dès que nous clignons des yeux. Il y a discontinuité même quand on croit sentir et vivre dans la continuité. C'est notre cerveau qui invente cette continuité apparente, qu'elle soit logique, spatiale ou temporelle, en fait partout où il y a discontinuité réelle.</p>
<p>Quel mécanisme cérébral est à l'œuvre dans cette fonction « imagination » ? Y a-t-il une zone cérébrale ou un réseau neuronal que l'on pourrait appeler « fabula » ?</p>
<p>La première zone qui ait été découverte en ce sens est le « cingula » ou aire cingulaire du cortex cérébral.</p>
<p>Il y a débat permanent à l'intérieur de chaque crâne humain. C'est même le fondement de l'intelligence humaine. C'est de manière automatique que notre cerveau répond à toute information par une interprétation fournie par le cingula. Mais cette interprétation n'a rien d'intelligente. Elle est généralement absurde. C'est la réponse contradictoire du cerveau qui permet que cette interprétation, après une série de contradictions et de confrontations avec tout ce que le cerveau croit savoir sur les circonstances.<br class='autobr' />
La partie du cerveau appelée cingula proposerait sans cesse des interprétations hurluberlus de tout ce que nous voyons et de tout ce qui nous arrive, les proposerait au cerveau qui les comparerait à tout ce qu'il sait et à tout ce dont il se souvient d'avoir vécu ou croit avoir compris. L'hypothèse serait rejetée si elle ne correspond pas à plusieurs pré-établis.</p>
<p>La partie du cerveau appelée cingula proposerait sans cesse des interprétations hurluberlus de tout ce que nous voyons et de tout ce qui nous arrive, les proposerait au cerveau qui les comparerait à tout ce qu'il sait et à tout ce dont il se souvient d'avoir vécu ou croit avoir compris. L'hypothèse serait rejetée si elle ne correspond pas à plusieurs pré-établis.</p>
<p>Dans « Science et vie » de juin 2008, on peut lire que les fabulations sont une forme de faux souvenirs qui n'apparaissent que dans des situations pathologiques. Elles sont fréquemment observées chez des patients amnésiques mais peuvent l'être également chez les schizophrènes ou les malades d'Alzheimer par exemple. S'ils fabulent, c'est que ces patients ont perdu un des processus fondamentaux qui accompagne normalement la récupération des souvenirs. Selon Martin Conway, quand nous reconstruisons un souvenir, nous suivons deux impératifs : la cohérence de soi, mais aussi le principe de réalité. Ces deux principes agissent de manière contradictoire mais aussi combinée. Ils produisent une mémoire qui n'est pas une simple conservation mais une construction permanente et dynamique. Sous son action, le passé perçu par notre mémoire change sans cesse, est reconstruit en fonction du présent et du futur. Il permet de concevoir un futur. Ce dernier nous est indispensable car nous sommes un être qui a besoin de se projeter dans l'avenir. La « cohérence de soi », c'est celle des multiples récits possibles inventés par notre imaginaire. Dès qu'un fait nouveau se produit, l'automatisme de notre cerveau, en particulier le cingula, produit immédiatement un « pourquoi ». Ces divers « pourquoi » peuvent être cohérents sans correspondre à la réalité vécue. C'est là que se niche le « principe de réalité » qui écarte les versions trop étranges. La contradiction entre logique interne et informations externes produit donc une dialectique dynamique. Ce n'est pas un simple dialogue mais une contradiction permanente dans laquelle l'essentiel des thèses produites par notre cerveau sont détruites et rejetées, ou au moins sont inhibées ou encore cachées et abandonnées momentanément. Lorsque nous ne sommes plus capables de mener ce combat permanent, nous sommes livrés aux versions internes et à leur logique fermée. Pascale Piolino explique que « les patients fabulateurs n'ont plus ce principe de réalité et acceptent tout ce qui leur vient de leur esprit. » De là vient, aussi, le caractère obsessionnel de la maladie des paranoïaques. Ces malades sont parfaitement logiques de leur point de vue. Tous les événements de leur vie ont une logique : on leur en veut. La réalité ne peut plus mener son combat dialectique. En effet, la contradiction n'est pas destructrice mais dialectique. Elle sélectionne parmi les multiples produits approximatifs et imaginaires du cingula ceux qui se conforment à l'observation. En somme, la contradiction entre « principe de réalité » et « cohérence de soi » n'est pas pathologique. C'est son absence qui l'est. La fabulation provient du fait que l'influence externe est inhibée par la crainte. Les fabulations sont des versions inventées en interne sur des soi disant faits externes. Par contre, dans le fonctionnement normal, la cohérence interne, la conservation interne, n'est pas un objectif sensé fonctionner seul mais de manière contradictoire avec les informations liées à l'environnement.</p>
<p>D'autre part, ces études nous apprennent que l'imaginaire, le mensonger éventuellement, n'est pas remise en cause de l'individu mais, au contraire, il vient rassurer, conforter l'individu. Il est aussi nécessaire que la réalité. Son absence serait tout aussi pathologique. L'imaginaire, la construction et même l'invention du passé, est indispensable à la construction de l'identité individuelle qui est très loin de ne se fonder que sur des faits réels. Nos souvenirs sont systématiquement (par automatisme cérébral) infectés par des interprétations et des introductions de faux souvenirs ou de fausses explications qui ont un rôle, celui de donner une cohérence d'ensemble. La continuité n'a rien de réelle. Elle est un produit imaginaire. Elle rempli les trous. Non seulement ceux de la mémoire des faits réels mais aussi les trous de la compréhension des événements. Nous bâtissons une logique continue du passé, là où nous ne percevons que des bribes dont les liens ne nous apparaissent pas. « Notre mémoire autobiographique – nos souvenirs, infidèles au réel, imprégnés de fiction – est tout aussi essentielle à notre « moi de demain ». C'est ce qu'a démontré l'utilisation de l'imagerie cérébrale complétant la psychologie cognitive. L'imagerie cérébrale le montre sans appel : la mémoire est le laboratoire où s'invente notre futur. Cela va à l'encontre de l'image de réservoir figé que nous en avions. C'est le même système neuro-cognitif qui sous-tendrait le voyage dans le temps, vers le passé et vers le futur, comme l'a montré l'équipe de Lilianne Manning. L'imagerie cérébrale montre que ce sont les mêmes zones qui sont activées par des exercices d'évocation du passé et par des exercices d'imagination portée vers des actions futures. Ces expériences montrent que « sans notre répertoire de souvenirs construits et reconstruits nous ne pouvons pas nous projeter dans l'avenir.</p>
<p>Pour nous le passé n'est pas seulement du passé, quelque chose sur lequel on ne peut plus revenir, qu'on ne peut plus modifier, qui est figé et condamné à se perdre progressivement. C'est une construction tournée vers l'avenir. Il n'y pas de succession linéaire du passé vers le futur en passant par le présent mais une interpénétration contradictoire du passé et de l'avenir sans laquelle le présent n'aurait plus de sens. Le souvenir permet de réactualiser un événement du passé que nous faisons semblant de revivre pour nous en approprier les apports. Mais il ne s'agit pas d'une simple évocation gratuite. C'est un besoin nécessité par les questions présentes et à venir que pose notre cerveau. Le caractère dynamique du fonctionnement cérébral, fondé sur le virtuel, sans cesse en construction, sans cesse en contradiction est donc général. Le passé n'agit pas comme un substrat inerte, inchangé et inchangeable. Nous pouvons agir sur notre passé afin de donner un sens au présent et de préparer l'avenir, et nous ne cessons pas de le faire. Nos pertes de mémoire liées à l'âge peuvent parfaitement n'avoir rien de purement physiologique. Elles peuvent découler du fait que l'individu ne se projette plus dans l'avenir, n'a plus de projets. Du coup, il cesse partiellement de faire appel à ses souvenirs en vue d'actions futures. La mémoire qui n'est plus reconstruite perd de plus d'éléments. On conçoit ainsi qu'elle ne ressemble en rien à une simple conservation.</p>
<p>En cas d'amnésie sévère, ce n'est pas seulement le passé qui est affecté : c'est le présent et le futur. L'individu malade ne dispose plus des références indispensables Non seulement il peut ne plus reconnaître des individus, des situations mais il peut ne plus reconnaître des comportements simples et devenir indifférent à son entourage. Ce n'est pas seulement une connaissance du passé qui lui fait défaut. C'est la possibilité d'actionner le mécanisme par lequel la mémoire construit des fictions à partir d'évocations du passé afin de réaliser des projets. Et sans cette possibilité de modifier le passé pas de possibilité de construire un avenir. Les anciens ne perdent pas le passé, ils le conservent et, en le conservant, ils se ferment la possibilité de se projeter vers le futur. C'est ce qu'a démontré notamment l'équipe de Lilianne Manning de neuropsychologie de Strasbourg, la psychologue canadienne Endel Tulving, le professeur Martin Conway de Leeds (Angleterre), Eleanore Maguire de Londres, Aikaterini Potopoulou de Londres, Pascale Piolino de Paris, le professeur Daniel Schacter de Harvard, les neuropsychologues américains Randy Buckner et Daniel Caroll, le professeur Martial Van Der Linden de Genève et le professeur Arnaud D'Argembeau de Liège.</p>
<p>Citons les :</p>
<p>« La possibilité d'utiliser des événements du passé pour se projeter dans l'avenir est un fonction cruciale du cerveau. » dit Lilianne Manning. <br class='autobr' />
« Tout le monde ne fabrique pas des faux souvenirs. Cela dépend notamment des capacités d'imagerie mentale de chacun. Les individus chez qui elles sont importantes ont plus de mal à faire la part des choses entre ce qu'ils ont imaginé et ce qu'ils ont vécu. » affirme Martial Van Der Linden. <br class='autobr' />
« Nous extrayons des éléments d'expériences vécues et les recombinons pour simuler, imaginer notre futur. » explique Arnaud d'Argembeau.</p>
<p>On sait dorénavant que le réaménagement à chaque moment de notre passé, de l'ensemble de nos connaissances et de nos expériences mémorisées (c'est-à-dire qui ont été réévoquées dans un passé pas trop ancien) est un élément déterminant de notre personnalité. Une personne qui déprécie sa propre valeur du fait d'une dépression va se souvenir de tous les faits du passé qui confirment sa mauvaise appréciation d'elle-même. Pascale Piolino explique que « Nous complétons nos souvenirs vagues en nous appuyant sur des choses que nous savons de nous-mêmes, le but étant que le tout soit cohérent. »</p>
<p>Des spécialistes ont pu utiliser l'imagerie cérébrale dans les expériences de psychologie cognitive pour mettre en évidence des circuits concernés dans ce type de fonctionnement. Ils ont montré que le même type de circuit est concerné par l'évocation du passé que par celle du futur : un circuit passant par le cortex préfrontal antéro-médian et l'hippocampe.</p>
<p>Le cingula est-il dans une zone « faite pour » imaginer ? Pas du tout ! Il semblerait même que la fonction de base de sa zone soit dans la perception subjective de la douleur.</p>
<p>Mais le cortex cingulaire n'est pas le seul impliqué dans l'imagination.</p>
<p>C'est le cortex préfrontal qui est relié d'une manière générale à l'imagination. Cette fois, il s'agit de la fonction dialectiquement contraire. Le cortex préfrontal modère, inhibe ou bloque notre imagination ! Le cortex préfrontal rostral (CPFR ou aire de Brodmann 10) gère particulièrement l'imagination.</p>
<p>Des scientifiques de l'université de Dartmouth ont réalisé des IRM sur des cerveaux de volontaires durant un exercice mental. Ils ont ainsi réussi à créer une carte cérébrale des régions impliquées lorsque ces sujets étaient en plein processus imaginatif visuel.</p>
<p>Au cours de ces travaux publiés dans la revue PNAS, les chercheurs ont mené des examens IRM sur les cerveaux de 16 patients. Pendant ce temps, ils ont demandé aux volontaires d'effectuer des exercices mentaux, consistants à analyser des images et à les recomposer mentalement, soit en les déstructurant, soit pour en assembler de nouvelles. L'IRM a ainsi permis de cartographier quelles zones du cerveau étaient activées par cet exercice.</p>
<p>"Nos résultats nous rapprochent de la compréhension de l'organisation de notre cerveau, et comment il nous sépare des autres espèces, et nous fournit un terrain intellectuel aussi riche pour pouvoir penser librement et de façon créative" explique dans un communiqué Alex Shlegel, auteur de l'étude. "Comprendre ces différences nous donnera des indices sur l'origine de la créativité humaine et peut-être nous permettra de récréer ces schémas chez les machines".</p>
<p>La théorie de "l'espace de travail mental" n'est pas nouvelle en neurosciences, mais elle est très difficile à prouver. L'équipe s'est donc intéressée au penchant visuel de l'imagination, qui requiert la création d'une image totalement nouvelle, et donc une activité cérébrale puissante. Leurs résultats ont permis de mettre en évidence de 11 régions impliquées dans ce processus. Parmi ces régions, figurent notamment le lobe occipital et le précuneus.</p>
<p>Le lobe occipital héberge la plus grande partie du cortex visuel et permet le traitement de l'information qui arrive par nos yeux. Mais en plus de cette fonction, celui-ci joue également un rôle dans la création d'images mentales, expliquent les chercheurs. Le précuneus est lui, une région qui sert entre autres à la représentation spatiale de l'environnement, et par exemple à "calculer" à l'avance nos mouvements. C'est une des régions les plus connectées de notre cerveau.</p>
<p>Des études ont d'ailleurs démontré que le précuneus était plus gros chez l'humain que chez n'importe quel autre animal. Or, les IRM ont démontré que cette zone était également très impliquée lors des exercices mentaux. Cette découverte constitue ainsi une nouvelle avancée vers la compréhension du processus complexe et unique qu'est l'imagination. Mais il faudra encore poursuivre les recherches avant de pouvoir préciser le rôle joué par chacune de ces structures.</p>
<p><a href="https://www.inrees.com/articles/imaginaire-nouvelle-realite-scientifique/" class="spip_out" rel="external">L'imaginaire, nouvelle réalité scientifique ?</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cortex_pr%C3%A9frontal" class="spip_out" rel="external">Lire ici sur le cortex préfrontal</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cortex_cingulaire_ant%C3%A9rieur" class="spip_out" rel="external">Lire ici sur le cortex cingulaire antérieur responsable des la perception subjective de la douleur</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gyrus_cingulaire" class="spip_out" rel="external">Lire ici sur le gyrus cingulaire</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cortex_cingulaire_post%C3%A9rieur" class="spip_out" rel="external">Lire aussi sur le cortex cingulaire postérieur</a></p>
<p><a href="http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_12/i_12_cr/i_12_cr_con/i_12_cr_con.html" class="spip_out" rel="external">Lire ici sur la cartographie cérébrale des états de conscience</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cortex_insulaire" class="spip_out" rel="external">Lire ici sur le cortex insulaire ou insula</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1524" class="spip_out" rel="external">Lire encore</a></p></div>
Les rythmes biologies auto-organisés et dynamiques
https://www.matierevolution.org/spip.php?article1521
https://www.matierevolution.org/spip.php?article15212017-05-15T23:35:00Ztext/htmlfrRobert ParisSystème dynamiqueAuto-organisation
<p>Les rythmes biologiques <br class='autobr' /> Rythmes auto-organisés <br class='autobr' />
Rythmes du vivant <br class='autobr' />
Coeur, cerveau et rythmes biologiques <br class='autobr' />
Rythmes non-linéaires auto-organisés <br class='autobr' />
Qu'est-ce qu'un attracteur étrange ? <br class='autobr' />
Gènes et rythmes biologiques <br class='autobr' />
Pourquoi et comment les rythmes biologiques révèlent une discontinuité fondamentale ? <br class='autobr' />
Rythmes non-linéaires auto-organisés <br class='autobr' />
Rythmes du sommeil</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique104" rel="directory">Les rythmes biologiques, un processus dynamique et des structures auto-organisées et émergentes</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot65" rel="tag">Système dynamique</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag">Auto-organisation</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article186" class="spip_out" rel="external">Les rythmes biologiques</a></p>
<p> <a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique127" class="spip_out" rel="external">Rythmes auto-organisés</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique170" class="spip_out" rel="external">Rythmes du vivant</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique32" class="spip_out" rel="external">Coeur, cerveau et rythmes biologiques</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article704" class="spip_out" rel="external">Rythmes non-linéaires auto-organisés</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article706" class="spip_out" rel="external">Qu'est-ce qu'un attracteur étrange ?</a></p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/video/inria/modelisation_mathematique_en_biologie_quand_les_genes_jouent_la_montre_2eme_partie.12695" class="spip_out" rel="external">Gènes et rythmes biologiques</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1925" class="spip_out" rel="external">Pourquoi et comment les rythmes biologiques révèlent une discontinuité fondamentale ?</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article704" class="spip_out" rel="external">Rythmes non-linéaires auto-organisés</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4007" class="spip_out" rel="external">Rythmes du sommeil</a></p></div>
For Human Heart, Deterministic Chaos is not Disorder nor Disease : It Is the Dynamical Order
https://www.matierevolution.org/spip.php?article5459
https://www.matierevolution.org/spip.php?article54592017-03-07T07:41:01Ztext/htmlenRobert ParisEnglishDeterministic chaos - Chaos déterministe
<p>For Human Heart, Deterministic Chaos is not Disorder nor Disease : It Is the Dynamical Order <br class='autobr' />
Regularity is disease and chaos, it is health! <br class='autobr' /> Human Beings as Chaotic Systems <br class='autobr' />
Oscillation and Chaos in Physiological Control Systems <br class='autobr' /> Is the Normal Heartbeat Chaotic or Homeostatic ? by Goldberger <br class='autobr' /> Chaos and Heart Rate Variability, by Leon Glass <br class='autobr' />
In Heartbeat, Predictability Is Worse Than Chaos <br class='autobr' />
Dynamics of Heart Rate : Chaos <br class='autobr' />
Non-Linear Dynamics of Heart <br class='autobr' />
Chaos Theory, Heart Rate (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique102" rel="directory">Le coeur, ou l'émergence de rythmes issus du désordre</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot1" rel="tag">English</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot59" rel="tag">Deterministic chaos - Chaos déterministe</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_8575 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L450xH600/-168-97677.gif?1789976226' width='450' height='600' alt='' />
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<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L222xH228/-223-30bb2.png?1789976226' width='222' height='228' alt='' />
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</div><h2 class="spip">For Human Heart, Deterministic Chaos is not Disorder nor Disease : It Is the Dynamical Order</h2>
<p><a href="http://translate.google.fr/translate?u=http://www.matierevolution.fr%2Fspip.php?article1073&sl=fr&tl=en&hl=fr&ie=UTF-8" class="spip_out" rel="external">Regularity is disease and chaos, it is health!</a></p>
<p> <a href="http://www.fractal.org/Life-Science-Technology/Publications/Human-beings-as-fractal-systems.pdf" class="spip_out" rel="external">Human Beings as Chaotic Systems</a></p>
<p><a href="https://www.macalester.edu/~kaplan/knoxville/science1977.pdf" class="spip_out" rel="external">Oscillation and Chaos in Physiological Control Systems</a></p>
<p> <a href="http://reylab.bidmc.harvard.edu/pubs/1991/nps-1991-6-87.pdf" class="spip_out" rel="external">Is the Normal Heartbeat Chaotic or Homeostatic ? by Goldberger</a></p>
<p> <a href="https://www.macalester.edu/~kaplan/knoxville/jce.pdf" class="spip_out" rel="external">Chaos and Heart Rate Variability, by Leon Glass</a></p>
<p><a href="http://www.nytimes.com/1989/01/17/science/in-heartbeat-predictability-is-worse-than-chaos.html" class="spip_out" rel="external">In Heartbeat, Predictability Is Worse Than Chaos</a></p>
<p><a href="http://aip.scitation.org/doi/abs/10.1063/1.165837" class="spip_out" rel="external">Dynamics of Heart Rate : Chaos</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?q=non-linear+dynmaics+of+heart&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=1kO8WM2HMaTP8AfTqq-QCw#q=nonlinear+dynamics+of+heart&*" class="spip_out" rel="external">Non-Linear Dynamics of Heart</a></p>
<p><a href="http://circ.ahajournals.org/content/101/1/8" class="spip_out" rel="external">Chaos Theory, Heart Rate Variability, and Arrhythmic Mortality</a></p>
<p> <a href="http://www.worldscientific.com/worldscibooks/10.1142/5506" class="spip_out" rel="external">Emergence of Dynamical Order</a></p>
<p>[<a href="http://circ.ahajournals.org/content/99/21/2819" class="spip_out" rel="external">Chaos and the Transition to Ventricular Fibrillation</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=deterministic+chaos+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=&gws_rd=ssl" class="spip_out" rel="external">Deterministic Chaos</a></p></div>