<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.matierevolution.org/spip.php?id_rubrique=42&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1777690952</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Italie 1943 : quand les Alli&#233;s &#233;crasaient la r&#233;volution sous pr&#233;texte d'&#233;craser le fascisme mussolinien avec lequel ils avaient tent&#233; de pactiser</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8834</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8834</guid>
		<dc:date>2026-04-14T22:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1943, les puissances alli&#233;es ont essay&#233; de signer un armistice avec Mussolini puis l'ont fait avec Badoglio pour &#233;viter les risques r&#233;cvolutionnaires du renversement du fascisme. Ils ont alors bombard&#233; les populations italiennes, y compris la r&#233;sistance anti-fasciste pour combattre tout &#233;lan r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Armistice_de_Cassibile &lt;br class='autobr' /&gt;
https://books.openedition.org/pur/130182?lang=fr (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1943, les puissances alli&#233;es ont essay&#233; de signer un armistice avec Mussolini puis l'ont fait avec Badoglio pour &#233;viter les risques r&#233;cvolutionnaires du renversement du fascisme. Ils ont alors bombard&#233; les populations italiennes, y compris la r&#233;sistance anti-fasciste pour combattre tout &#233;lan r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Armistice_de_Cassibile&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Armistice_de_Cassibile&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/130182?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/130182?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://museedelaresistanceenligne.org/media3532-Armistice-italien-du-3-septembre-1943&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://museedelaresistanceenligne.org/media3532-Armistice-italien-du-3-septembre-1943&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont finalement les forces de gauche (staliens, sociaux-d&#233;mocrates, r&#233;sistance d&#233;mocratique et syndicats) qui ont le plus &#339;uvr&#233; pour affacer toute volont&#233; r&#233;volutionnaire dans les masses italiennes d&#233;boussol&#233;es et accus&#233;es de fascisme d&#232;s qu'elles protestaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta &#233;crit en 1943 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime fasciste s'effondre en Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES OUVRIERS ITALIENS NOUS MONTRENT LA VOIE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 21 ans le prol&#233;tariat italien &#233;tait courb&#233; sous le joug de Mussolini et de ses bandes arm&#233;es au service de la bourgeoisie italienne. Pourquoi les ouvriers italiens qui en 1919 &#233;taient &#224; la t&#234;te de la lutte r&#233;volutionnaire en Europe, qui avaient occup&#233; les usines et les avaient mises en marche sous leur propre contr&#244;le et qui ne furent vaincus que par la trahison des r&#233;formistes, ne r&#233;ussirent-ils pas &#224; secouer la dictature fasciste ? C'est que les victoires successives de la r&#233;action en Pologne (1927), en Allemagne (1934), en Espagne (1939) et un r&#233;gime de dictature instaur&#233; dans toute l'Europe, leur avait ferm&#233; toute possibilit&#233; de r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le m&#233;contentement du prol&#233;tariat et des masses populaires en Italie grandissait de plus en plus contre le r&#233;gime pourri de Mussolini et n'attendait que la premi&#232;re occasion favorable pour se manifester. Quand en 1940 Mussolini aux ordres du grand capital, entra&#238;na le peuple italien dans la guerre imp&#233;rialiste les masses montr&#232;rent peu d'empressement &#224; se battre pour les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie italienne et pour la gloire de Mussolini. Les d&#233;sastres militaires subis par l'Italie imp&#233;rialiste depuis le d&#233;but de la guerre ont amen&#233; au paroxysme les contradictions int&#233;rieures engendr&#233;es par le r&#233;gime et l'exploitation patronale accrue. Des gr&#232;ves ont &#233;clat&#233; en Italie pendant la campagne de Tunisie. Avec le d&#233;barquement des imp&#233;rialistes alli&#233;s en Sicile, le prol&#233;tariat italien ne pouvait qu'intensifier sa lutte, l'&#233;tendre et poser des revendications de plus en plus hardies. Dans ces circonstances, pour ressaisir la situation int&#233;rieure et pouvoir man&#339;uvrer plus librement entre les diff&#233;rents imp&#233;rialismes en guerre (&#233;ventuels changements diplomatiques), la bourgeoisie italienne s'est servi du roi d'Italie pour effectuer une &#034;r&#233;volution de palais&#034; et s'est d&#233;barrass&#233;e de Mussolini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mussolini parti, les masses sont entr&#233;es imm&#233;diatement en action. Le r&#233;gime fasciste s'est compl&#232;tement effondr&#233;. Cette victoire du peuple italien sur ses propres oppresseurs a rempli de joie dans le monde entier les exploit&#233;s et les opprim&#233;s, elle montre la voie &#224; suivre pour conqu&#233;rir les libert&#233;s, pour conqu&#233;rir le droit de vivre en mangeant &#224; sa faim, pour mettre fin &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers les informations tronqu&#233;es, arrang&#233;es, int&#233;ress&#233;es, de la radio &#034;alli&#233;e&#034; et &#034;neutre&#034;, les &#233;v&#233;nements d'Italie parlent un langage suffisamment clair pour qu'on ne puisse pas se m&#233;prendre sur leur sens. Ce sont les masses ouvri&#232;res qui par des gr&#232;ves puissantes, dans les villes industrielles du Nord notamment &#224; Milan, appuy&#233;es par tout le m&#233;contentement populaire, ont pr&#233;cipit&#233;, apr&#232;s la d&#233;mission de Mussolini la chute du fascisme. Ce sont les masses qui ont manifest&#233; devant les prisons, qui ont contraint Badoglio &#224; consacrer officiellement la lib&#233;ration des emprisonn&#233;s politiques, qui ont lib&#233;r&#233; elles-m&#234;mes des d&#233;tenus politiques du r&#233;gime l&#224; o&#249; &#034;l'action&#034; gouvernementale se faisait attendre. C'est l'action des masses qui a pratiquement redonn&#233; la vie aux diff&#233;rents partis politiques, malgr&#233; l'interdiction gouvernementale de tout parti. Si les gr&#232;ves ont cess&#233; actuellement devant les mesures draconiennes prises par le gouvernement, elles ne pourront que recommencer au fur et &#224; mesure que les masses prol&#233;tariennes et les soldats auront fraternis&#233; pour des buts communs. OUVRIERS ET SOLDATS DOIVENT RESOUDRE EN ITALIE, AVEC LA QUESTION DU REGIME, LA QUESTION FONDAMENTALE DE LA PAIX. Des fraternisations entre ouvriers et soldats auraient d&#233;j&#224; eu lieu, la troupe ayant refus&#233; de tirer sur les gr&#233;vistes. Radio-Londres parle de la cr&#233;ation de comit&#233;s d'ouvriers et m&#234;me de soldats. S'il s'agit de comit&#233;s &#233;lus par les ouvriers et les soldats, cela signifie que les masses d'ouvriers et de soldats en lutte, dress&#233;es contre l'appareil officiel &#233;tatique, se m&#233;fiant &#224; juste titre de l'action et des promesses de la bourgeoisie, cr&#233;ent leurs propres organisations de classe en liaison constante avec la masse et d&#233;pendant d'elle. Seuls les COMITES, organes d&#233;mocratiques de la dictature du prol&#233;tariat, peuvent briser l'Etat de la bourgeoisie et r&#233;soudre les questions br&#251;lantes DE LA PAIX, DU PAIN ET DE LA LIBERTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements d'Italie marquent le d&#233;but de l'effondrement du r&#233;gime totalitaire &#233;tabli par la bourgeoisie en Europe sur le dos du mouvement ouvrier. Au Portugal, o&#249; cependant la politique de la bourgeoisie est inf&#233;od&#233;e &#224; l'Angleterre et non pas &#224; l'Allemagne et o&#249; la classe ouvri&#232;re est soumise &#224; la dictature sanglante de Salazar, la nouvelle de la chute de Mussolini et du fascisme a provoqu&#233; de grandes gr&#232;ves sur le tas, notamment dans les ports. En Espagne, le bourreau Franco a d&#251; inopin&#233;ment &#034;acc&#233;l&#233;rer&#034; la lib&#233;ration de prisonniers politiques qui meurent dans ses prisons fascistes. Ainsi 10.000 emprisonn&#233;s de plus ont retrouv&#233; la libert&#233; en Espagne, gr&#226;ce au mouvement des masses italiennes. Mais la chute du fascisme italien et la renaissance du mouvement ouvrier en Italie auront leurs r&#233;percussions les plus profondes en Allemagne m&#234;me o&#249; le r&#233;gime que Hitler pr&#233;tendait instaurer pour 1000 ans ne f&#234;tera s&#251;rement pas son 11&#232;me anniversaire. Le prol&#233;tariat allemand compte par centaines de milliers ses victimes anti-fascistes. Les masses populaires allemandes, le v&#233;ritable peuple allemand qui travaille de ses mains, souffre cruellement de la guerre imp&#233;rialiste, souffre cruellement de voir ses meilleurs fils arrach&#233;s &#224; leurs foyers et jet&#233;s sur tous les champs de bataille pour des conqu&#234;tes qui n'ont profit&#233; qu'&#224; la bourgeoisie allemande. En France les masses ouvri&#232;res luttent pour les m&#234;mes objectifs que ceux pour lesquels luttent les ouvriers italiens. Il faut reconqu&#233;rir les v&#233;ritables libert&#233;s, libert&#233;s de presse, de gr&#232;ve, de r&#233;union, qu'aucun pays capitaliste ne reconnait plus &#224; la classe ouvri&#232;re. Il faut lib&#233;rer les victimes de la r&#233;pression capitaliste et militariste qui peuplent les prisons et les camps de concentration ; il faut r&#233;cup&#233;rer les ouvriers d&#233;port&#233;s et les prisonniers de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute l'Europe ils ont les m&#234;mes aspirations imm&#233;diates de lutte. Les &#233;v&#233;nements d'Italie, sous le coup des &#233;v&#233;nements militaires, sont l'image des &#233;v&#233;nements qui demain d&#233;ferleront sur tout le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question fondamentale qui unit l'Europe prol&#233;tarienne c'est celle de la paix. Paix imp&#233;rialiste par la victoire d'un des camps imp&#233;rialistes et conservation de l'exploitation et de l'oppression du r&#233;gime capitaliste, ou renversement du r&#233;gime bourgeois par le prol&#233;tariat et instauration d'une paix v&#233;ritable par l'union des peuples dans une F&#233;d&#233;ration socialiste des peuples, la seule qui peut assurer aux nations un libre d&#233;veloppement ; voil&#224; l'enjeu de la lutte. Tout ouvrier conscient voit maintenant que les alli&#233;s n'offrent pas la paix au peuple italien, mais qu'ils veulent seulement contraindre l'Italie &#224; changer de camp dans la guerre. C'est ainsi que la France &#034;lib&#233;r&#233;e&#034; par l'imp&#233;rialisme anglais et am&#233;ricain devra continuer la guerre contre l'imp&#233;rialisme japonais au b&#233;n&#233;fice des capitalistes am&#233;ricains (convention Giraud-Roosevelt).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de guerre ont cloisonn&#233; les peuples. Sans contact avec les fr&#232;res prol&#233;taires des autres pays, plus d'un ouvrier et paysan oublie que c'est un fr&#232;re et non un ennemi qui est en face de lui, que ces bombardements et cette boucherie sont l'&#339;uvre non d'un peuple &#034;ennemi&#034;, mais d&#251;s &#224; un r&#233;gime capitaliste pourri. Seules les vagues puissantes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne peuvent balayer les barri&#232;res de boue et de sang que la bourgeoisie a &#233;lev&#233;es entre les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun peuple ne peut r&#233;soudre isol&#233;ment la question de la paix. Le sort de chaque peuple d&#233;pend finalement non pas de la place plus ou moins favoris&#233;e qu'il peut occuper par rapport &#224; d'autres peuples, mais du syst&#232;me dans lequel il s'int&#232;gre : syst&#232;me d'oppression imp&#233;rialiste (alli&#233; ou de l'Axe) ou syst&#232;me de f&#233;d&#233;ration socialiste. Le peuple italien a fait ce choix, il ne veut ni de la victoire allemande ni de la victoire alli&#233;e. Il cherche une issue prol&#233;tarienne &#224; la guerre, la seule issue qui apportera vraiment la paix, et non une nouvelle &#034;der des ders&#034;. Ecras&#233; par sa propre bourgeoisie, menac&#233; par les arm&#233;es imp&#233;rialistes anglaises, am&#233;ricaines et allemandes, le prol&#233;tariat italien doit pouvoir s'appuyer, dans cette question fondamentale, sur la solidarit&#233; de tous les peuples europ&#233;ens (de ceux qui travaillent de leurs mains) et leur lutte pour une paix juste (et non pas imp&#233;rialiste comme celle que leur offrent les alli&#233;s) doit trouver l'appui de tous les prol&#233;tariats, en premier lieu du prol&#233;tariat allemand et fran&#231;ais pour qu'ils puissent faire &#233;chec aux plans imp&#233;rialistes allemands et aux plans imp&#233;rialistes des alli&#233;s qui tous obligent l'Italie de rester dans le conflit &#034;jusqu'&#224; la fin&#034;, c'est-&#224;-dire tant qu'il plaira aux capitalistes dont elle d&#233;pendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes qui &#224; la suite de la guerre de 14-18 ont laiss&#233; leur peau en Russie mais ont r&#233;ussi &#224; maintenir leur domination sur le reste du globe, man&#339;uvrent dans la pr&#233;sente guerre pour assurer &#034;d&#233;finitivement&#034; leur domination capitaliste, par la destruction de la solidarit&#233; internationale des ouvriers, et pour mettre &#224; profit l'isolement de l'URSS dans le monde capitaliste pour essayer de liquider l'&#233;conomie planifi&#233;e de l'Union Sovi&#233;tique. Seule l'intervention des masses luttant pour leurs propres objectifs populaires peut d&#233;truire d&#233;finitivement les plans de tous les imp&#233;rialismes et mener &#224; la victoire du socialisme. Si sous la pression du militarisme alli&#233;, Staline a d&#233;savou&#233; publiquement l'Internationale en tant qu'instrument de lib&#233;ration des prol&#233;tariats et des peuples, la lutte r&#233;volutionnaire des masses contre leur propre bourgeoisie reforgera l'Internationale qui conduira les ouvriers, les paysans et les soldats &#224; la victoire, la Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVE LE PROLETARIAT ITALIEN !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVENT LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !&lt;br class='autobr' /&gt;
DE LA REVOLUTION TRAHIE AU FASCISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la premi&#232;re guerre imp&#233;rialiste de 14-18, l'Italie &#233;tait en Europe le pays le plus m&#251;r pour la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument d&#233;s&#233;quilibr&#233;e et ruin&#233;e par la guerre, la bourgeoisie italienne cherchait en vain &#224; se redresser en exploitant au maximum certaines colonies pauvres en mati&#232;re premi&#232;res que l'Angleterre avait bien voulu lui abandonner. Le sol italien ne renferme pas de richesses importantes, ni m&#233;taux, ni charbon, ni p&#233;trole. Il n'est pas assez &#233;tendu et fertile pour assurer le ravitaillement de la population en c&#233;r&#233;ales et de l'industrie en mati&#232;res premi&#232;res n&#233;cessaires, comme par exemple le coton. Seule par cons&#233;quent la possession et l'exploitation de colonies riches pouvait soulager la crise du capitalisme italien. Mais la bourgeoisie italienne, malgr&#233; sa participation &#224; la premi&#232;re guerre imp&#233;rialiste aux c&#244;t&#233;s de l'Entente, n'a obtenu qu'une part infime du butin au moment du repartage du monde. D'o&#249; l'acuit&#233; de la crise qui &#233;clata imm&#233;diatement apr&#232;s la guerre en Italie. La bourgeoisie ne pouvait plus imposer sa loi aux masses laborieuses lasses de la guerre, exasp&#233;r&#233;es par les souffrances et la mis&#232;re qui l'accompagnent. Dans diverses r&#233;gions le prol&#233;tariat se trouvait d&#233;j&#224; en &#233;tat d'insurrection. Des fractions consid&#233;rables de la classe paysanne commen&#231;aient &#224; se soulever contre les propri&#233;taires fonciers et contre l'Etat. Sur le terrain d'une action r&#233;volutionnaire commune, prol&#233;taires, paysans et soldats forgeaient des liens fraternels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise r&#233;volutionnaire en Italie atteignit son point culminant en automne 1920, par le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et l'occupation des usines par les ouvriers. En m&#234;me temps commen&#231;ait la lutte physique contre les hordes fascistes organis&#233;es par les &#233;l&#233;ments les plus actifs de la bourgeoisie sous l'impulsion et la direction de Mussolini. Cependant, l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire d&#233;cida du sort de la classe ouvri&#232;re, consacra sa d&#233;faite et pr&#233;para le triomphe du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait cependant en Italie, pendant ces ann&#233;es critiques, un parti ouvrier consid&#233;rable par le nombre de ses membres et de ses sympathies dans la masse : le parti socialiste. Mais son action fut toujours influenc&#233;e par la politique tra&#238;tre des &#233;l&#233;ments r&#233;formistes et les h&#233;sitations mortelles des centristes qu'il continuait &#224; abriter dans son sein, malgr&#233; les scissions de 1912 et de 1914. Les r&#233;formistes opposaient &#224; la lutte de classes la collaboration des classes, &#224; la transformation violente du r&#233;gime capitaliste par la force arm&#233;e du prol&#233;tariat et de ses alli&#233;s, la r&#233;forme graduelle du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient en r&#233;alit&#233; les agents de la politique bourgeoise dans le mouvement ouvrier, qui en rejetant les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires de lutte et la r&#233;volution, se soumettaient servilement &#224; la domination capitaliste. Leur politique, qui &#233;tait celle de tous les partis socialistes de la II&#232;me Internationale, avait comme base sociale l'aristocratie ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire la couche ouvri&#232;re qui b&#233;n&#233;ficie des meilleures conditions de r&#233;tribution, et qui est par dessus tout p&#233;n&#233;tr&#233;e d'un esprit de corporatisme &#233;troit, de petite bourgeoisie et de pr&#233;jug&#233;s capitalistes. C'est avec l'aide des r&#233;formistes qui ont divis&#233; et affaibli le parti socialiste et les syndicats ouvriers en Italie, que la bourgeoisie italienne consolida ses positions et passa ensuite &#224; l'offensive, r&#233;primant le mouvement ouvrier et instaurant le r&#233;gime fasciste, la pire forme de la r&#233;action capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;par le fer et par le feu&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en s'effor&#231;ant de pr&#233;senter les &#233;v&#233;nements d'Italie comme un mouvement en faveur des alli&#233;s &#034;lib&#233;rateurs&#034;, les imp&#233;rialistes de Londres et de Washington ont d&#233;cid&#233; de d&#233;clencher une action sanglante &#034;par le fer et par le feu&#034; contre le peuple italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but des alli&#233;s est d'obtenir que l'Etat italien de demain soit soumis &#224; leur influence, c'est-&#224;-dire qu'il soit un Etat collaborationniste comme ceux que Hitler a cr&#233;&#233;s dans l'Europe asservie. L'&#233;loignement de Mussolini &#224; la faveur de la situation int&#233;rieure explosive de l'Italie &#233;tait un premier pas dans cette voie, et maintenant il s'agit de parachever l'&#339;uvre commenc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bombardements terroristes d&#233;cid&#233;s par les alli&#233;s ont pour but de provoquer la panique et un exode de la population des grandes villes industrielles vers les campagnes semblable &#224; celui de juin 1940 en France qui troublerait, d&#233;sagr&#233;gerait, paralyserait l'Etat italien et am&#232;nerait la bourgeoisie &#224; la capitulation. Or, en m&#234;me temps cette action tend &#224; paralyser le mouvement des ouvriers italiens pour la paix et les libert&#233;s d&#233;mocratiques en semant les ruines, en dispersant la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les Anglo-Saxons jouent envers les masses italiennes le m&#234;me r&#244;le que l'imp&#233;rialisme allemand et la bourgeoisie italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'apr&#232;s cela Churchill nous pr&#233;sente l'action alli&#233;e comme une lutte pour la libert&#233; et la d&#233;mocratie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1943/08/ldc16_080443.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1943/08/ldc16_080443.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES LECONS D'ITALIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Provisoirement, la br&#232;che ouverte dans la guerre imp&#233;rialiste par le mouvement r&#233;volutionnaire en Italie a &#233;t&#233; &#034;colmat&#233;e&#034; par les imp&#233;rialistes de Berlin et de Londres et Washington. A nouveau le fracas des bombes et le silence des &#034;informations&#034; officielles couvrent d'un voile &#233;pais la lutte des travailleurs de la p&#233;ninsule pour la paix, le pain et la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant combattu &#224; mort le r&#233;gime de Mussolini pour sortir de la guerre et de l'oppression politique, les masses italiennes se trouvent cependant plus que jamais politiquement encha&#238;n&#233;es et, impuissantes, livr&#233;es aux ravages d'une guerre impitoyable qui se d&#233;roule sur le sol italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; en Italie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courb&#233;s sous le r&#233;gime fasciste &#233;tabli par Mussolini pour sauver le capitalisme italien de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, les ouvriers italiens, qui n'ont pas oubli&#233; les traditions de lutte de 1919 (occupation et mise en marche des usines), attendaient le moment favorable pour la reconqu&#234;te de leurs droits &#233;l&#233;mentaires. Ce moment arriva le 25 juillet, avec la chute de Mussolini (voir n&#176; 16). La lutte des masses ouvri&#232;res et populaires prit un caract&#232;re d&#233;cisif et liquida le r&#233;gime fasciste. En attaquant les locaux fascistes (permanences, journaux, etc...), en ouvrant les portes des prisons, en ressuscitant l'activit&#233; politique libre, en reconstruisant leurs organisations de classe (syndicats, &#233;lection de conseils ouvriers), les ouvriers italiens prenaient leur sort entre leurs propres mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien ne pouvait &#234;tre d&#233;finitivement conquis par les masses laborieuses tant que l'Italie continuait &#224; participer au conflit imp&#233;rialiste. La liquidation du r&#233;gime pourri n'&#233;tait que la premi&#232;re &#233;tape vers la solution du probl&#232;me fondamental de la PAIX, sans laquelle il ne peut y avoir pour aucun peuple de pain et de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette paix, que d&#233;siraient ardemment les travailleurs et les soldats italiens, ne pouvait leur &#234;tre accord&#233;e ni par l'imp&#233;rialisme allemand, ni par l'imp&#233;rialisme anglais et am&#233;ricain, ni par la bourgeoisie italienne. Les deux groupes imp&#233;rialistes, dans leur lutte, &#233;crasent sans se soucier les peuples plus faibles ; la bourgeoisie italienne ne balan&#231;ait pas un instant entre ses int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes qui pouvaient &#234;tre sauv&#233;s tout au moins partiellement en se vendant au plus fort et le sort du peuple italien vou&#233; au massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se soustraire &#224; la guerre imp&#233;rialiste les ouvriers et les soldats italiens ne pouvaient donc compter que sur la solidarit&#233; ouvri&#232;re et paysanne des soldats allemands, am&#233;ricains, anglais et des ouvriers du continent europ&#233;en. Pour r&#233;veiller cette solidarit&#233; de classe dans un monde d&#233;chir&#233; depuis quatre ans par un conflit imp&#233;rialiste qui a livr&#233; les exploit&#233;s de chaque pays &#224; leur propre bourgeoisie, il aurait fallu que ceux-ci entendent non pas les clameurs des &#233;l&#233;ments pro-imp&#233;rialistes qui occupaient le devant de la sc&#232;ne en Italie, mais la propre voix du prol&#233;tariat italien d&#233;fendant la cause des opprim&#233;s du monde entier. S'adressant directement par dessus la t&#234;te de leurs dirigeants capitalistes (le roi, Badoglio et les partis pro-alli&#233;s) aux soldats en guerre et aux ouvriers exploit&#233;s dans les usines, en d&#233;non&#231;ant la politique capitaliste de ceux-ci qui par leur diplomatie secr&#232;te s'appr&#234;taient &#224; vendre le peuple italien &#224; de nouveaux ma&#238;tres imp&#233;rialistes, en leur demandant &#224; eux une paix d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire une paix sans annexions ni clauses secr&#232;tes, et en r&#233;pudiant ouvertement l'exploitation d'autres peuples par le peuple italien, le prol&#233;tariat italien aurait pr&#233;par&#233; son propre avenir et celui de tous les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car m&#234;me si, pour des raisons g&#233;ographiques, la transformation de l'Italie en champ de bataille &#233;tait in&#233;vitable, ce langage prol&#233;tarien aurait tonn&#233; dans les oreilles des soldats et des ouvriers &#233;cras&#233;s sous le poids de la guerre, comme l'annonce de la soci&#233;t&#233; socialiste qui vient ; le concert de haines imp&#233;rialistes aurait &#233;t&#233; assourdi par le cri de solidarit&#233; prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il eut fallu pour cela que quelqu'un exprime les v&#233;ritables d&#233;sirs des masses laborieuses italiennes ; il eut fallu qu'&#224; l'heure o&#249; le fascisme a &#233;t&#233; vaincu se trouv&#226;t &#224; la t&#234;te des masses un parti totalement d&#233;vou&#233; aux masses travailleuses et qui, agissant au nom du prol&#233;tariat, incarn&#226;t cette volont&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un tel Parti n'existait pas en Italie. Les masses ont-elles &#224; peine fait irruption dans l'ar&#232;ne politique, que les vieux partis pourris (socialistes, communistes, d&#233;mocrates seulement de nom), pr&#233;tendant agir au nom des masses italiennes, se sont mis &#224; travailler pour un renversement d'alliance, quoique sachant bien le prix que cela co&#251;terait au peuple italien. Tous ces partis sont pour &#034;Badoglio &#224; l'action&#034;, Badoglio, l'homme de confiance du capitalisme italien, l'assassin de l'Abyssinie, travaillant &#224; sauver, apr&#232;s l'&#233;croulement du fascisme, le roi et la bourgeoisie. Pour que la bourgeoisie puisse garder le droit d'exploiter des esclaves en Afrique, pour que le roi puisse continuer &#224; accrocher des d&#233;corations sur la poitrine des &#034;braves&#034; officiers, pour que les officiers italiens puissent toucher des soldes &#233;lev&#233;es et porter de beaux uniformes, le peuple italien devait &#234;tre jet&#233; par Badoglio dans les pires souffrances. Des centaines de milliers de prisonniers en Allemagne, la d&#233;vastation de la p&#233;ninsule, voil&#224; l'&#339;uvre des imp&#233;rialistes et de leurs serviteurs conscients ou inconscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe dans le Sud de l'Europe depuis le 25 juillet c'est l'image des &#233;v&#233;nements qui demain d&#233;ferleront sur tout le continent. En comprendre la signification et les le&#231;ons, c'est une question de vie ou de mort pour les masses exploit&#233;es du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il doit &#234;tre maintenant clair pour tous les ouvriers que la lutte des masses, &#224; la premi&#232;re occasion favorable, pour la conqu&#234;te de la paix, du pain et de la libert&#233;, se heurtera non seulement &#224; la r&#233;sistance de l'imp&#233;rialisme allemand, mais &#233;galement &#224; l'imp&#233;rialisme alli&#233; et &#224; la bourgeoisie des diff&#233;rents pays en d&#233;pendant. Leur complicit&#233; a pour but d'emp&#234;cher tout mouvement de masses autonome, ayant ses propres buts ; les imp&#233;rialistes feront tout leur possible pour que leur guerre de brigandage ne se termine pas, comme en Russie en Octobre 17, par la victoire ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour combattre avec succ&#232;s les plans imp&#233;rialistes, la classe ouvri&#232;re doit comprendre &#224; temps les grands dangers auxquels elle s'expose en se laissant passivement man&#339;uvrer par la diplomatie secr&#232;te de la bourgeoisie et en faisant la moindre confiance aux imp&#233;rialistes alli&#233;s, parmi lesquels figurent, les derniers mais non pas les pires, le roi d'Italie et Badoglio complices de Mussolini pendant 21 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de le&#231;ons sanglantes doit-on encore recevoir pour comprendre que la lutte que m&#232;nent les puissances imp&#233;rialistes &#233;crase tous les peuples, y compris les peuples qui les soutiennent ? Les prol&#233;taires ont-ils oubli&#233; la longue exp&#233;rience sanglante que la bourgeoisie a inflig&#233; aux ouvriers dans tous les pays (en particulier l'&#339;uvre du &#034;d&#233;mocrate&#034; Daladier de 1939-1940) ? Les morts, les martyrs, les emprisonn&#233;s, victimes du capitalisme fran&#231;ais anglais, am&#233;ricain sont-ils d&#233;j&#224; oubli&#233;s ? Les crimes de l'imp&#233;rialisme allemand peuvent-ils &#234;tre punis par des criminels du m&#234;me genre ? Seule la classe ouvri&#232;re peut lever l'&#233;tendard de la justice sur le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; en Italie prouve une fois de plus que la classe ouvri&#232;re, les masses laborieuses sont vou&#233;es aux d&#233;faites sans l'existence d'un parti r&#233;volutionnaire. Mais la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise a elle aussi son propre exemple, ses propres luttes men&#233;es depuis 1934 sous tous les gouvernements &#8211; de droite ou de gauche &#8211; pour la conqu&#234;te du droit &#224; la vie. Si cette lutte n'a pas men&#233; &#224; la victoire, qui faut-il accuser sinon le fait que la lutte opini&#226;tre des masses n'a pas trouv&#233; un guide s&#251;r contre la bourgeoisie ? Quel prol&#233;taire fran&#231;ais ne voit pas clairement que le parti dit communiste s'est servi de la lutte ouvri&#232;re pour appuyer la diplomatie sovi&#233;tique au lieu de servir la classe ouvri&#232;re contre la bourgeoisie fran&#231;aise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut un parti r&#233;volutionnaire aux masses pour sortir de la guerre, pour renverser le capitalisme qui l'engendre, pour cr&#233;er une soci&#233;t&#233; meilleure. Ce parti est cr&#233;&#233; par les meilleurs &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; qui n'acceptent pas l'ordre bourgeois, qui ont compris les lois historiques et politiques, qui veulent construire une soci&#233;t&#233; socialiste bas&#233;e sur l'&#233;conomie planifi&#233;e dont l'URSS a prouv&#233; l'efficacit&#233;. Mais ce parti ne peut acqu&#233;rir une v&#233;ritable base r&#233;volutionnaire sans l'activit&#233; consciente des meilleurs &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens. A ceux-ci de rechercher l'activit&#233; politique, de s'organiser, de montrer au monde que la classe ouvri&#232;re accomplira son destin historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bas les imp&#233;rialismes allemand et alli&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bas la diplomatie secr&#232;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Quatri&#232;me Internationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1943/10/ldc18_101043.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1943/10/ldc18_101043.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1944, en Italie, malgr&#233; la situation terrible o&#249; se trouvent les masses travailleuses par suite de l'occupation imp&#233;rialiste allemande et anglo-am&#233;ricaine, le mouvement des travailleurs de la p&#233;ninsule continue. A Naples des gr&#232;ves ont &#233;clat&#233; en guise de protestation contre les discours imp&#233;rialistes de Churchill vis-&#224;-vis de l'Italie ; en Italie du Nord (Milan) les travailleurs ont d&#233;clench&#233; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales malgr&#233; les troupes de r&#233;pression allemandes. L'&#233;tat d'esprit des ouvriers est tel que Mussolini s'est vu oblig&#233; de sortir un projet de &#034;socialisation de l'industrie&#034; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/03/ldc26_031644.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/03/ldc26_031644.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Italie 1943 : quand les Alli&#233;s &#233;crasaient la r&#233;volution sous pr&#233;texte d'&#233;craser le fascisme mussolinien avec lequel ils avaient tent&#233; de pactiser&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Italie, &#224; l'automne 1942, commence le mouvement de d&#233;sob&#233;issance civile contre le r&#233;gime de Mussolini. La population commence r&#233;ellement &#224; s'organiser pour lutter contre le r&#233;gime. Une r&#233;volution peut m&#234;me sortir de l&#224;. On assiste &#224; une radicalisation politique qui se traduit surtout par une mont&#233;e consid&#233;rable des effectifs militants du parti communiste. En effet, en f&#233;vrier 43, c'est &#224; un bombardement massif des civils qu'on assiste dans les grandes villes d'Italie et tout particuli&#232;rement violent sur Milan, Turin et G&#232;nes. Il ne s'agit pas d'objectifs militaires mais au contraire la cible est vraiment les civils qu'il s'agit de terroriser. La suite va bien montrer que le v&#233;ritable souci des alli&#233;s est que la chute du r&#233;gime fasciste n'entra&#238;ne des troubles sociaux. Tout leur effort va &#234;tre de maintenir un Etat stable au cours de la transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ne cesse de monter jusqu'au d&#233;but 1943. En mars 1943, en plein r&#233;gime fasciste, la classe ouvri&#232;re entre en lutte. 300 000 ouvriers font gr&#232;ve dans toute l'Italie. Partie de l'usine Fiat de Turin, la gr&#232;ve gagne Milan, G&#234;nes et le sud de l'Italie. En vain, le r&#233;gime tente d'impressionner la classe ouvri&#232;re en faisant patrouiller ses chars dans les rues de Turin et en mobilisant la milice fasciste. C'est un rappel non seulement pour les classes dirigeantes italiennes mais mondiales du r&#244;le mena&#231;ant de la classe ouvri&#232;re. En Italie, on va assister &#224; la premi&#232;re op&#233;ration d'escamotage de la r&#233;volution, op&#233;ration conjointe des classes dirigeantes italiennes pro-fascistes et de celles des alli&#233;s anglo-am&#233;ricano-russes. Le 19 juillet 1943, Rome est bombard&#233;e pour la premi&#232;re fois par l'aviation alli&#233;e et ce sont les quartiers ouvriers qui sont les principales cibles ! Il faut d'abord faire peur aux travailleurs : le bombardement de Rome n'est que le premier d'une longue s&#233;rie. Et puis, il va s'agir &#224; la fois de trouver une solution pour se d&#233;barrasser en douceur de Mussolini de peur que les ouvriers se d&#233;barrassent du fascisme par la r&#233;volution. Le 24 juillet, le Grand Conseil Fasciste vote la destitution de Mussolini, le fait arr&#234;ter. Le roi annonce qu'il le remplace par le mar&#233;chal Badoglio. C'est une simple r&#233;volution de palais. Les hommes au pouvoir restent les m&#234;mes, y compris le grand conseil fasciste. Aucun membre du parti fasciste n'est inqui&#233;t&#233;. Par contre une centaine d'antifascistes est assassin&#233;e pour bien montrer que l'ordre sera maintenu. Les alli&#233;s sont dispos&#233;s &#224; m&#233;nager une transition en douceur et d'accepter cette substitution, mais la population travailleuse d'Italie ne l'entend pas de cette oreille. Le 25 juillet au soir, d&#232;s l'annonce de l'arrestation de Mussolini, la foule d&#233;ferle dans les rues de Rome, les cercles fascistes sont assaillis, les embl&#232;mes fascistes bris&#233;s, les portraits de Mussolini br&#251;l&#233;s, les appartements des fascistes connus saccag&#233;s. A Turin, des milliers d'ouvriers assi&#232;gent les prisons, d&#233;foncent les portes, lib&#232;rent les d&#233;tenus politiques. Partout dans le pays, le 26 juillet prend une allure d'insurrection populaire. La panique se fait jour dans les milieux dirigeants. Une circulaire est envoy&#233;e &#224; toutes les unit&#233;s de l'arm&#233;e pour l'inciter &#224; assumer la d&#233;fense de &#171; l'ordre public &#187;. Elle explique que &#171; tout mouvement doit &#234;tre impitoyablement bris&#233; dans l'oeuf &#187;, qu'il faut proc&#233;der avec ceux &#171; qui troublent l'ordre public comme avec des troupes ennemies &#187;, &#171; en ouvrant le feu sans pr&#233;avis &#187;. &#171; Que l'on ne tire jamais en l'air mais pour toucher au but, comme au combat ! &#187; En somme, pour la bourgeoisie italienne, l'ennemi principal n'est pas les alli&#233;s anglo-fran&#231;ais, qui ont pourtant d&#233;barqu&#233; depuis le 10 juillet en Sicile, ni l'Allemagne qui voit d'un mauvais oeil ces changements, mais la classe ouvri&#232;re italienne. Et inversement, pour les Alli&#233;s, la bourgeoisie fasciste est capable de signer un accord, mais avec le peuple travailleur il n'y aucune entente possible. Il faut bombarder les travailleurs pour s'assurer qu'ils n'auront pas envie de se r&#233;volter ! Dans les jours qui suivent, les affrontements entre la foule et l'arm&#233;e se multiplient. Les 17, 18 et 19 ao&#251;t, dans les grandes usines de Bologne, Milan, Turin, c'est &#224; nouveau la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour exiger la fin de la guerre, la lib&#233;ration des prisonniers politiques, la reconnaissance de ce qui tient lieu d'organisations ouvri&#232;res non li&#233;es au pouvoir : les &#171; commissions internes &#187; ouvri&#232;res. A Turin, l'arm&#233;e tire et fait un mort parmi les ouvriers de Fiat. Mais cela ne fait que provoquer une nouvelle extension de la gr&#232;ve. Les chasseurs alpins refusent d'ob&#233;ir au g&#233;n&#233;ral Rossi qui leur commande, &#224; nouveau, de tirer sur les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves et &#233;meutes ouvri&#232;res qui ont lieu alors en Italie font &#233;crire au militant r&#233;volutionnaire Barta, dans un rapport d&#233;but ao&#251;t 1943 : &#171; Les &#233;v&#233;nements qui ont lieu en Italie ne sont pas la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais c'est le d&#233;but de la r&#233;volution. (...) L'Europe n'est qu'un d&#233;p&#244;t de poudre o&#249; il suffit d'une &#233;tincelle r&#233;volutionnaire sur n'importe quel point du continent pour que la r&#233;volution s'&#233;tende aux endroits les plus favorables &#224; cette lutte &#187;. &#171; Nous entrons dans une p&#233;riode au cours de laquelle la bourgeoisie tentera par tous les moyens bombardements, paniques, ch&#244;mage, famine, de disperser &#224; nouveau la classe ouvri&#232;re et de la d&#233;moraliser compl&#232;tement afin de pouvoir liquider la guerre sans danger r&#233;volutionnaire. &#187; C'est en effet le moment o&#249; la population risque de faire la r&#233;volution pour renverser le fascisme que les anglo-am&#233;ricains choisissent non pour attaquer militairement le r&#233;gime mais pour bombarder massivement et m&#233;thodiquement la population civile, inaugurant l&#224; une m&#233;thode qui va &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;e ensuite &#224; tous les pays vaincus (France, Allemagne, Japon), comme l'avait si bien devin&#233; Barta &#224; l'&#233;poque dans le num&#233;ro de Lutte de classes d'octobre 1943 intitul&#233; &#171; les ouvriers italiens nous montrent la voie &#187;. Dans de nombreuses villes, avaient eu lieu des insurrections ouvri&#232;res qui ne disposent d'aucune coordination politique ou militaire entre elles. Et surtout, elles n'ont aucun &#233;clairage sur la signification de la guerre du c&#244;t&#233; &#171; alli&#233; &#187;. Paul-Jean Fransceschini &#233;crit dans Le Monde : &#171; Durant tout le mois d'ao&#251;t, pour &#171; assouplir &#187; l'Italie, ses villes, grandes et petites, ont &#233;t&#233; furieusement bombard&#233;es. La population n'en peut plus. &#187; Les troupes alli&#233;es, en d&#233;pit des mensonges des partis de gauche, ne sont nullement un alli&#233; pour le prol&#233;tariat italien. A peine, les travailleurs s'emparent de Naples que les troupes alli&#233;es anglo-am&#233;ricaines l'occupent pour &#233;viter tout vide du pouvoir. La guerre des alli&#233;s laisse les troupes allemandes r&#233;tablir l'ordre social au nord pendant que les troupes alli&#233;es le r&#233;tablissent au sud de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les forces de l'&#233;chiquier politique et militaire sont coalis&#233;es pour &#233;viter des troubles dans la classe ouvri&#232;re. Il y a un partage des t&#226;ches : les nazis r&#233;priment au nord, les alli&#233;s bombardent massivement la population et les partis de gauche d&#233;tournent la lutte de ses objectifs. Chacune tient sa partie et joue son r&#244;le pour endiguer la mont&#233;e ouvri&#232;re. Quand Mussolini d&#233;missionne, c'est en plein accord avec les alli&#233;s qu'il est remplac&#233; par Badoglio, fasciste de longue date. Les &#171; d&#233;mocrates italiens &#187; &#224; commencer par le parti communiste italien marchent dans la combine, non seulement de faire croire que les anglo-am&#233;ricains sont des lib&#233;rateurs, mais m&#234;me de tout faire pour &#233;viter l'explosion quitte &#224; faire passer Badoglio pour un d&#233;mocrate. Socialistes et communistes composent avec Badoglio et avec la royaut&#233;, alors que le r&#233;gime s'av&#232;re encore plus r&#233;actionnaire que celui de Mussolini. Jacques Noblecourt &#233;crit dans le Monde du 24 juillet 1983 : &#171; L'ordre social dont le fascisme &#233;tait un habit reste en place. Le cabinet de &#171; techniciens &#187; de Badoglio se compose &#224; peu pr&#232;s que d'anciens dignitaires du r&#233;gime. Les hauts fonctionnaires ne bougent pas. Le souverain proclame d'ailleurs : &#171; Acune d&#233;viation ne doit &#234;tre tol&#233;r&#233;e, aucune r&#233;crimination ne peut &#234;tre permise. &#187; Et, en quanarnte-cinq jours, l' &#171; ordre &#187;, incarn&#233; et maintenu par Badoglio, fait plus de cent morts antifascistes, bien plus proprtionnellement que n'en a fait le fascisme en vingt ans. &#187; Le 8 juin, le Comit&#233; de lib&#233;ration nationale, sous l'&#233;gide de Badoglio et du roi puis de son fils, constitue un gouvernement dont le chef est le conservateur Ivanoe Bonomi et comprend Croce, Gasperi, Saragat et Togliatti. Il accepte de ne pas proclamer la r&#233;publique. De retour en Italie le 27 mars, le dirigeant stalinien Palmiro Togliatti, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti communiste italien, aux ordres de Staline, affirmait son soutien total &#224; la monarchie et au cabinet Badoglio, contre les illusions de ses partisans du Nord. Les dirigeants du soi-disant antifascisme li&#233;s au Parti communiste acceptent ce nouveau pouvoir pour &#233;viter tout heurt. En fait, la manoeuvre op&#233;r&#233;e par le roi et le mar&#233;chal Badoglio se solde par un &#233;chec. Elle ne r&#233;ussit pas &#224; stopper l'extension des mouvements populaires. La r&#233;pression qui se solde par 93 morts, 536 bless&#233;s et 35 000 arrestations en un mois et demi, ne fait qu'acc&#233;l&#233;rer la chute du r&#233;gime. Le 8 septembre, Badoglio en annon&#231;ant qu'il demande l'armistice aux anglo-am&#233;ricains reconna&#238;t sa propre fin, les troupes allemandes prenant le contr&#244;le et Badoglio s'enfuyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux italiens se rendent aux troupes allemandes mais la population n'accepte pas de laisser faire. Dans tout le nord de l'Italie et jusqu'&#224; Rome et Naples, des &#233;l&#233;ments isol&#233;s de l'arm&#233;e et une partie de la population tentent, sans ordre, sans coordination et souvent presque sans arme, s'insurgent contre l'occupation allemande. Dans plusieurs villes, on assiste &#224; de v&#233;ritables tentatives d'insurrection, qui r&#233;sistent souvent plusieurs jours aux contre-attaques allemandes. Au Nord, les allemands ram&#232;nent au pouvoir Mussolini. Mais la population, et notamment la classe ouvri&#232;re, ne se tient pas pour battue. En novembre 1943, dans Turin occup&#233;e par les troupes allemandes, 40 000 ouvriers se mettent en gr&#232;ve, &#224; l'initiative encore une fois des ouvriers de Fiat. En d&#233;cembre le mouvement gagne Milan, o&#249; toutes les usines s'arr&#234;tent durant trois jours, puis G&#234;nes et la Ligurie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1944, une nouvelle vague de gr&#232;ves &#233;clate qui s'&#233;tend &#224; toute l'Italie du Nord jusqu'&#224; la Toscane. On compte jusqu'&#224; 1 200 000 gr&#233;vistes. Dans cette Italie du Nord, o&#249; en plus de mouvements mena&#231;ants de la classe ouvri&#232;re on compte 200 000 partisans dans les montagnes, les alli&#233;s anglo-am&#233;ricains qui occupent le sud voient une r&#233;volution mena&#231;ante. Ils ont r&#233;cup&#233;r&#233; le roi et Badoglio et c'est le parti communiste italien, avec &#224; sa t&#234;te Togliatti &#224; peine revenu d'URSS en mars 1944, qui va se charger de faire accepter l'autorit&#233; du roi et un gouvernement dont le fasciste Badoglio est pr&#233;sident et Togliatti vice-pr&#233;sident ! Socialistes et d&#233;mocrates bourgeois reconnaissent ce gouvernement fascisto-stalinien ! C'est seulement &#224; la condition que la r&#233;sistance s'engage &#224; remettre tout le pouvoir au commandement militaire alli&#233; que ceux-ci vont laisser la r&#233;sistance arr&#234;ter et fusiller Mussolini le 25 avril 1945. C'est une insurrection de toute l'Italie du nord qui r&#233;alise &#224; battre le fascisme en Italie, et pas les troupes alli&#233;es. Mais c'est seulement six mois plus tard, fin 1945, une fois bien s&#251;rs que tout risque r&#233;volutionnaire &#233;tait &#233;teint par la politique du PCI que les Alli&#233;s remettent le pouvoir aux autorit&#233;s italiennes, dont bon nombre n'&#233;taient autres que ceux de l'appareil de Mussolini ! Les forces militaires alli&#233;es ne quitteront le pays qu'en 1947. Tant l'alerte du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; chaude pour la bourgeoisie !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre civile en Gr&#232;ce en 1944</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8836</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8836</guid>
		<dc:date>2025-12-25T23:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La guerre civile en Gr&#232;ce en 1944 &lt;br class='autobr' /&gt;
VIVENT LES TRAVAILLEURS GRECS DEFENSEURS DE LA CAUSE PROLETARIENNE ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les fusillades de Belgique, le sang coule &#224; flots &#224; Ath&#232;nes. Qui donc verse ainsi le sang des travailleurs grecs ? Serait-ce les troupes allemandes en retraite, ou la &#034;toute-puissante&#034; 5&#232;me colonne ? Non ! Voil&#224; deux mois que la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, et pour autant qu'il a &#233;t&#233; fait allusion &#224; la 5&#232;me colonne dans les &#233;v&#233;nements de Gr&#232;ce, c'est seulement pour accuser les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre civile en Gr&#232;ce en 1944&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;VIVENT LES TRAVAILLEURS GRECS DEFENSEURS DE LA CAUSE PROLETARIENNE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les fusillades de Belgique, le sang coule &#224; flots &#224; Ath&#232;nes. Qui donc verse ainsi le sang des travailleurs grecs ? Serait-ce les troupes allemandes en retraite, ou la &#034;toute-puissante&#034; 5&#232;me colonne ? Non ! Voil&#224; deux mois que la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, et pour autant qu'il a &#233;t&#233; fait allusion &#224; la 5&#232;me colonne dans les &#233;v&#233;nements de Gr&#232;ce, c'est seulement pour accuser les travailleurs grecs d'agir pr&#233;cis&#233;ment sous son commandement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les troupes du g&#233;n&#233;ral anglais Scobie et les troupes s&#233;lectionn&#233;es du gouvernement &#034;d&#233;mocratique&#034; Papandr&#233;ou qui mitraillent, bombardent, ex&#233;cutent les travailleurs hell&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ces faits d'une brutalit&#233; sans fard, les chefs ouvriers (les bureaucrates qui font carri&#232;re au nom des ouvriers) nous disent &#224; peu pr&#232;s ceci : &#034;Nos amis&#034; (Huma du 7/12) les Anglais et le gouvernement &#233;migr&#233; de Papandr&#233;ou les mitraillent et ne veulent pas s'appuyer sur le peuple ; cependant l'action de l'ELAS et de l'EAM n'a pas d'autre but que de former un gouvernement &#034;d&#233;mocratique&#034; (c'est-&#224;-dire en union avec le m&#234;me Papandr&#233;ou et pro-alli&#233;) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude odieuse de ces pr&#233;tendus &#034;chefs&#034; sera accueillie avec m&#233;pris par les travailleurs qui ont appris quelque chose de l'exp&#233;rience d'avant-guerre et notamment de la d&#233;faite de l'Espagne rouge, vendue par les &#034;d&#233;mocrates&#034; du camp r&#233;publicain et assassin&#233;e avec la complicit&#233; de Paris et de Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que les &#233;v&#233;nements d'Espagne d&#233;cidaient de notre propre sort en France, les &#233;v&#233;nements de Belgique et de Gr&#232;ce nous donnent l'avertissement : &#034;c'est de toi qu'il s'agit dans cette histoire&#034;. Car tandis que Churchill, ce pionnier de l'anti-communisme d&#232;s 1919, d&#233;clare cyniquement aux Communes : &#034;Je persisterai&#034; (dans l'&#233;crasement des travailleurs grecs), les chefs social-patriotes staliniens et &#034;socialistes&#034; nous disent : ce qui se passe en Belgique et en Gr&#232;ce doit &#234;tre &#233;vit&#233; en France. Notre union nous sauvera. En France plus que jamais union !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise politique profonde qui ronge les pays d'Europe &#233;puis&#233;s par cinq ann&#233;es de guerre et qui a men&#233; aux &#233;v&#233;nements de Gr&#232;ce et de Belgique, a pr&#233;cis&#233;ment sa base dans cette &#034;union&#034; pr&#234;ch&#233;e par les chefs social-patriotes : union avec les Daladier de la &#034;d&#233;mocratie&#034;, union avec le camp imp&#233;rialiste alli&#233;. C'est cette union des chefs ouvriers avec De Gaulle et l'int&#233;gration de la France dans le camp imp&#233;rialiste alli&#233; qui nous pr&#233;pare pr&#233;cis&#233;ment en France des &#233;v&#233;nements semblables &#224; ceux de Gr&#232;ce et de Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, ayant &#224; peine succ&#233;d&#233; &#224; l'Etat-major allemand et aux gouvernements &#034;collaborateurs&#034; belge et grec, les alli&#233;s et les gouvernements &#034;d&#233;mocratiques&#034; se sont-ils mis &#224; tirer sur le peuple ? L'Humanit&#233; du 28/11 affecte une grande surprise : &#034;c'est l&#224; une chose vraiment incroyable...&#034; Ces &#034;grands camarades&#034; et &#034;guides g&#233;niaux&#034; sont-ils donc plus na&#239;fs qu'un journaliste de province ? Bien entendu ils ne sont pas aussi b&#234;tes. S'ils affectent la surprise, c'est uniquement pour faire oublier que ce sont eux qui ont pr&#234;ch&#233; aux peuples la cause alli&#233;e et celle des gouvernements &#034;d&#233;mocratiques&#034; r&#233;fugi&#233;s &#224; Londres ou au Caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous, qui ne sommes pas de &#034;grands camarades&#034;, nous avons clairement averti les travailleurs dans &#034;Les Le&#231;ons d'Italie&#034;, le 10 octobre 1943 : &#034;Ce qui se passe dans le Sud de l'Europe depuis le 25 juillet, c'est l'image des &#233;v&#233;nements qui demain d&#233;ferleront sur tout le continent... Il doit &#234;tre maintenant clair pour tous les ouvriers que la lutte des masses, &#224; la premi&#232;re occasion favorable, pour la conqu&#234;te de la paix, du pain et de la libert&#233;, se heurtera non seulement &#224; la r&#233;sistance de l'imp&#233;rialisme allemand, mais &#233;galement &#224; l'imp&#233;rialisme alli&#233; et &#224; la bourgeoisie des diff&#233;rents pays en d&#233;pendant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la d&#233;mocratie r&#233;elle, c'est-&#224;-dire les travailleurs en armes (L&#233;nine disait : une classe exploit&#233;e sans armes m&#233;rite d'&#234;tre trait&#233;e en esclave) et la domination de la bourgeoisie, de quelque &#233;tiquette qu'elle se couvre, il n'y a pas de cohabitation possible. Churchill est certainement un &#034;d&#233;mocrate&#034;, bien plus il est un des chefs de la &#034;d&#233;mocratie en lutte contre le fascisme&#034;. Cependant sur la v&#233;ritable d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire les travailleurs arm&#233;s pour la d&#233;fense de leurs droits, il s'exprime ainsi : &#034;la derni&#232;re chose au monde qui ait le droit de repr&#233;senter la d&#233;mocratie, c'est une foule d&#233;sordonn&#233;e, ce sont des bandes arm&#233;es d'engins meurtriers, qui pr&#233;tendent faire la loi...&#034; Papandr&#233;ou lui est non seulement un &#034;d&#233;mocrate&#034;, mais aussi un &#034;socialiste&#034;. Cependant, devant les &#034;foules arm&#233;es&#034;, &#034;d&#233;mocrates&#034; et &#034;socialistes&#034; agissent de la m&#234;me fa&#231;on que les SS. La &#034;d&#233;mocratie&#034; de Churchill et le &#034;socialisme&#034; de Papandr&#233;ou ne sont que des phrases creuses qui ne peuvent pas nourrir le ventre affam&#233; des exploit&#233;s ; c'est pourquoi la possession des armes devient une question de vie et de mort pour ces derniers. C'est pourquoi aussi devant les travailleurs &#034;ne voulant plus &#234;tre trait&#233;s en esclaves&#034;, c'est-&#224;-dire en armes, TOUT &#034;DEMOCRATE&#034; SE SENT UN MUSSOLINI OU UN HITLER. Les gouvernements soi-disant d&#233;mocratiques au service de la bourgeoisie ne reculent devant rien pour briser l'&#233;lan des ouvriers, pour leur enlever les armes seule garantie de leurs droits, pour les soumettre &#224; la discipline aveugle de l'exploitation capitaliste et &#224; la discipline meurtri&#232;re de la guerre imp&#233;rialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ces v&#233;rit&#233;s fondamentales que les chefs staliniens s'&#233;vertuent &#224; cacher, car elles d&#233;masquent leur politique de trahison &#224; l'&#233;gard des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, qu'ont fait les alli&#233;s &#034;d&#233;mocratiques&#034; des staliniens, en Belgique et en Gr&#232;ce ? En Belgique, Pierlot dont les staliniens se sont fait les garants devant les masses en participant &#224; son premier Minist&#232;re, a men&#233; l'attaque appuy&#233; sur la &#034;d&#233;mocratie&#034; et au nom de la &#034;d&#233;mocratie&#034;. Les sommets d&#233;mocratiques de ce qu'on appelle la R&#233;sistance ont soutenu Pierlot et son action anti-d&#233;mocratique. La R&#233;sistance a ainsi prouv&#233; sa nature contradictoire : en bas, les masses luttant contre l'exploitation, en haut les partisans de l'imp&#233;rialisme alli&#233; faisant d&#233;vier la lutte anti-imp&#233;rialiste des masses en une lutte imp&#233;rialiste pro-alli&#233;e. Le regroupement politique de la &#034;d&#233;mocratie&#034; officielle contre les masses travailleuses s'est fait avec le m&#234;me ensemble que celui de la &#034;d&#233;mocratie&#034; du Front Populaire, de Daladier &#224; Blum, se tournant contre la classe ouvri&#232;re (1939-1940) sous pr&#233;texte de lutter contre le PC. En Gr&#232;ce m&#234;me regroupement des forces : tandis que toute la politique des staliniens consiste &#224; vouloir contraindre Papandr&#233;ou &#224; maintenir &#034;l'unit&#233; d&#233;mocratique&#034;, TOUTE LA &#034;DEMOCRATIE&#034; OFFICIELLE EST DU COTE DE LA REPRESSION, du c&#244;t&#233; gouvernemental, qui utilise les bandes fascistes arm&#233;es sous l'occupation allemande, et le g&#233;n&#233;ral Zervas, g&#233;n&#233;ral de la R&#233;sistance, commande ses troupes contre les ELAS.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens ont pr&#234;ch&#233; aux ouvriers la renonciation &#224; leurs revendications qui provoquent &#8211; r&#233;p&#232;tent-ils apr&#232;s les capitalistes &#8211; le fascisme, pour sauver au moins la d&#233;mocratie. Les travailleurs ont attendu patiemment les &#034;lib&#233;rateurs&#034; pour lesquels ils ont vers&#233; leur sang, ils ont renonc&#233; &#224; lutter pour leur propre cause, pour se contenter de la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire d'un minimum de bien-&#234;tre et de libert&#233;. Quelle a &#233;t&#233; l'&#339;uvre des &#034;lib&#233;rateurs&#034; alli&#233;s et des &#034;d&#233;mocrates&#034; au pouvoir ? Comme le disait le chef stalinien Marty lui-m&#234;me, dans les territoires &#034;lib&#233;r&#233;s&#034; &#034;nulle part, rien n'a &#233;t&#233; chang&#233; dans aucun domaine&#034;. Les instruments de r&#233;pression cr&#233;&#233;s par les gouvernements soutenus par les Allemands, sont utilis&#233;s tels quels par les gouvernements &#034;d&#233;mocratiques&#034; ; si en Gr&#232;ce il s'agissait d'une n&#233;cessit&#233; pressante, en France c'est par mesure de pr&#233;voyance que De Gaulle &#034;transforme les G.M.R. (troupes de r&#233;pression de Vichy) en G.R.S. &#8211; groupes r&#233;publicains de s&#233;curit&#233; (sic).&lt;br class='autobr' /&gt;
N'avions-nous pas raison d'&#233;crire (au moment du d&#233;barquement) : &#034;...les masses ont subi dans cette guerre tous les plans des imp&#233;rialistes. Toutes les cliques politiques &#224; leur service nous ont berc&#233;s tour &#224; tour de promesses. Mais les travailleurs savent ce que deviennent ces promesses chaque fois qu'ils aident un clan bourgeois contre l'autre : DE LA MITRAILLE POUR LES OPPRIMES QUI RECLAMENT LEUR DROIT A LA VIE&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'attitude des staliniens en Belgique, Le Populaire du 6/12 &#233;crit : &#034;Les communistes posent comme condition de leur appui au cabinet Pierlot qu'il n'y aura pas de bloc de puissances occidentales en Europe&#034;. Nous avons ici l'explication pourquoi les staliniens, contrairement &#224; ce qu'ils ont fait en Belgique et en Gr&#232;ce, continuent &#224; participer en France &#224; un gouvernement qui ne se distingue en rien de celui d'un Pierlot ou d'un Papandr&#233;ou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons cependant que De Gaulle ne complote pas contre les masses populaires : qu'il ne se fasse pas le paravent derri&#232;re lequel se pr&#233;parent les forces de r&#233;pression capitalistes, fascistes et autres ; supposons que par l'arm&#233;e et la police, il veuille seulement maintenir &#034;l'ordre&#034;. Cependant comme les 200 familles (gr&#226;ce &#224; la politique &#034;d&#233;mocrate&#034; des staliniens) n'ont pas &#233;t&#233; expropri&#233;es, la source du fascisme reste vivante ; tous les jours nous avons la preuve, entre autres par les attentats qui se multiplient, que les bandes anti-ouvri&#232;res sont &#224; l'&#339;uvre. Et le gouvernement, m&#234;me s'il n'est pas complice de cette activit&#233;, ne peut en tout cas pas la r&#233;primer car elle est dirig&#233;e par les capitalistes, ma&#238;tres de l'administration et de tous les leviers de commande &#233;conomiques. La classe ouvri&#232;re exasp&#233;r&#233;e peut d'un jour &#224; l'autre riposter &#224; ces attaques et descendre dans la rue &#8211; comme cela a &#233;t&#233; fait par l'unanimit&#233; du prol&#233;tariat le 12 f&#233;vrier 1934, &#224; la suite du 6 f&#233;vrier. Mais dans un conflit ouvert, o&#249; les masses entreraient en lutte directement par leurs propres moyens, celles-ci seraient aux yeux du g&#233;n&#233;ral De Gaulle, d&#233;fenseur de &#034;l'ordre&#034;, une &#034;foule d&#233;sordonn&#233;e&#034; (voir Churchill) contre laquelle devraient se liguer tous les repr&#233;sentants de la bourgeoisie (en premier lieu le gouvernement et l'Etat-major alli&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme britannique, appuy&#233; sur les gouvernements collaborateurs Pierlot et Papandr&#233;ou, m&#232;ne l'attaque en Belgique et en Gr&#232;ce dans le but de s'assurer, en matant toute opposition politique dans ces pays, des positions strat&#233;giques sur le Continent (&#034;bloc occidental&#034; contre l'URSS). La &#034;neutralit&#233;&#034; am&#233;ricaine n'est que la volont&#233; de Roosevelt d'intervenir comme arbitre dans le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne s'est &#233;lev&#233; effectivement contre l'action de l'imp&#233;rialisme anglais en Gr&#232;ce. Cette action il la m&#232;ne avec l'appui des chefs travaillistes, mis&#233;rables social-patriotes qui protestent platoniquement, mais assurent Churchill de leur appui inconditionn&#233; jusqu'&#224; la victoire, c'est-&#224;-dire jusqu'au triomphe de l'imp&#233;rialisme.Cependant il n'y a aucune diff&#233;rence entre l'imp&#233;rialisme anglais et l'imp&#233;rialisme allemand ; car il n'y a pas d'imp&#233;rialisme &#034;d&#233;mocratique&#034; et d'imp&#233;rialisme fasciste, il n'y a que l'imp&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire la n&#233;cessit&#233; pour les quelques vieux pays capitalistes &#224; se disputer p&#233;riodiquement leurs brigandages sur le dos des peuples. La d&#233;mocratie, en Angleterre, signifie pour les travailleurs anglais le droit de d&#233;cider toutes les quelques ann&#233;es quels repr&#233;sentants bourgeois les repr&#233;senteront et opprimeront au Parlement (Marx). Mais les soldats britanniques, malgr&#233; l'&#233;tiquette d&#233;mocratique, on le voit en Gr&#232;ce, accomplissent la t&#226;che command&#233;e par l'Etat-major de la m&#234;me fa&#231;on que les soldats allemands. Est-ce qu'ils ont eu la possibilit&#233; de protester contre la t&#226;che que leur a command&#233;e Scobie ? Non. Ils sont encha&#238;n&#233;s aussi solidement que les soldats allemands au corps des officiers et &#224; l'Etat-major imp&#233;rialiste, par la discipline militaire, c'est-&#224;-dire les Cours martiales, et l'abrutissement des casernes. Ici comme partout il faut briser les cha&#238;nes id&#233;ologiques et mat&#233;rielles qui font du soldat l'esclave du corps des officiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous arrivons ainsi &#224; la diff&#233;rence essentielle qui nous s&#233;pare nous, les internationalistes, des social-patriotes. Le 19 septembre Duclos d&#233;non&#231;ait les Trotskystes comme les agents de l'imp&#233;rialisme allemand, parce qu'ils mettaient &#034;les Anglais et les Am&#233;ricains sur le m&#234;me plan que les Boches&#034; et qu'ils bl&#226;maient &#034;les patriotes s'appliquant &#224; descendre les Allemands&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions contre l'assassinat des soldats allemands encha&#238;n&#233;s &#224; leur Etat-major. Nous &#233;tions pour une action qui devait unir les travailleurs fran&#231;ais aux travailleurs-soldats allemands, pour briser pr&#233;cis&#233;ment les cha&#238;nes mat&#233;rielles et morales qui attachaient ces derniers &#224; leur Etat-major. Les staliniens &#233;taient pour la lutte sans distinction contre l'occupant, c'est-&#224;-dire pour encha&#238;ner tous ceux qui portaient l'uniforme allemand &#224; la m&#234;me n&#233;cessit&#233; de combattre en bloc le peuple fran&#231;ais Les staliniens pr&#233;coniseraient-ils aujourd'hui en Gr&#232;ce qu'on descende tout Anglais qui combat le peuple grec ? Quant &#224; nous, nous avons expos&#233; plus haut notre conception : elle est de lutter pour l'union et la fraternisation de tous les travailleurs, quel que soit leur uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui il est prouv&#233; par les faits que les Trotskystes avaient raison d'identifier les Etats-majors de tous les pays ; l'Etat-major anglais ne diff&#232;re en rien de l'Etat-major allemand dans son attitude vis-&#224;-vis des masses travailleuses. Les Trotskystes avaient raison et les chefs staliniens sont de vulgaires calomniateurs. &#034;Les trotskystes&#034;, disaient-ils, &#034;sont des agents de la Gestapo parce qu'ils sont contre les alli&#233;s&#034;. Voil&#224; qu'aujourd'hui, le chef des alli&#233;s, Churchill, fort de l'investiture &#034;d&#233;mocratique&#034; des staliniens, proclame : &#034;Les &#233;l&#233;ments de l'ELAS (dirig&#233;s par les staliniens) qui nous combattent en Gr&#232;ce sont dirig&#233;s par des Allemands&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens sont des calomniateurs sans vergogne, mais les Trotskystes ont cent fois raison quand ils accusaient et accusent les staliniens d'&#234;tre, malgr&#233; tous les coups de pied qu'ils en re&#231;oivent, les agents vulgaires et m&#233;prisables de l'imp&#233;rialisme &#034;d&#233;mocratique&#034; alli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre la &#034;d&#233;mocratie&#034; imp&#233;rialiste et les masses travailleuses en Belgique et surtout en Gr&#232;ce, quelles qu'en soient les p&#233;rip&#233;ties imm&#233;diates, a d&#233;j&#224; une signification r&#233;volutionnaire d&#233;cisive dans la marche de la guerre civile qui, comme la guerre, est engendr&#233;e constamment par l'imp&#233;rialisme : ce conflit d&#233;chire le voile id&#233;ologique (&#034;d&#233;mocratie contre fascisme&#034;) dont se couvrent les brigands capitalistes pour entra&#238;ner les masses sur les champs de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence de ce conflit ne se limite pas au camp &#034;d&#233;mocratique&#034; : les travailleurs allemands verront aussi que les peuples d'Europe ne sont pas &#034;anti-boches&#034;, mais anti-imp&#233;rialistes. &#034;L'anti-bochisme n'est qu'une marchandise imp&#233;rialiste alli&#233;e&#034; : les peuples d'Europe qui ont combattu ou qui combattent l'occupation imp&#233;rialiste allemande, quelles que soient les formules impos&#233;es par leurs dirigeants, ne veulent en r&#233;alit&#233; que se d&#233;barrasser de toute exploitation, de toute oppression. &#034;L'Allemagne seule&#034;, argument supr&#234;me des dirigeants allemands pour la poursuite de la guerre, appara&#238;tra d&#232;s lors aux travailleurs allemands comme une cons&#233;quence des relations imp&#233;rialistes entre les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les peuples montrent qu'ils veulent lutter contre le monde imp&#233;rialiste lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire gagner la libert&#233;, le pain et la paix contre tous les exploiteurs, d&#232;s lors leur union devient, d'une possibilit&#233;, un fait d&#233;j&#224; existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire consciente, &#224; la IV&#232;me Internationale, d'utiliser ce fait pour mener &#224; la victoire socialiste. Quelle que soit notre faiblesse, les &#233;v&#233;nements travaillent pour nous. Dans la lutte d&#233;cisive contre l'exploitation barbare et la guerre imp&#233;rialiste, nous nous renforcerons (et nous nous renfor&#231;ons d&#233;j&#224;), si nous savons exprimer dans notre politique, non pas l'h&#233;sitation devant la politique des Partis officiels, mais l'intransigeance et le radicalisme des masses les plus profondes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les masses sont cent fois plus &#224; gauche que leurs dirigeants, disait L&#233;nine. Et les travailleurs de Gr&#232;ce le prouvent effectivement, car ils n'ont pas un instant h&#233;sit&#233; &#224; combattre les alli&#233;s &#034;d&#233;mocratiques&#034;, quand ceux-ci ont montr&#233; leur v&#233;ritable visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;voiler aux masses, envers et contre tous, le v&#233;ritable visage de l'imp&#233;rialisme et de ses serviteurs social-patriotes, &#234;tre avec elles jusqu'au bout dans la lutte, voil&#224; la t&#226;che des v&#233;ritables r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A eux appartient l'avenir, dussent-ils le &#034;payer&#034; des plus grands sacrifices.&lt;br class='autobr' /&gt;
En avant avec la IV&#232;me Internationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/12/ldc40_121244.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/12/ldc40_121244.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;CAPITULATION SANS CONDITIONS&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formule qui a tant enthousiasm&#233; les dupes de la politique imp&#233;rialiste alli&#233;e, c'est aux travailleurs et paysans grecs d'en faire les premiers l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me o&#249; les journaux annon&#231;aient une offensive allemande vers la Belgique, ils annon&#231;aient &#233;galement une offensive des troupes anglaises contre... la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les essais de compromis de la part des ELAS par l'acceptation de leur d&#233;sarmement, le g&#233;n&#233;ral Scobie oppose le &#034;prestige britannique&#034;, c'est-&#224;-dire la volont&#233; esclavagiste de l'Empire, et exige la &#034;capitulation sans conditions&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si aucun compromis n'intervient, les ELAS poursuivront le combat, m&#234;me sans espoir...&#034; a d&#233;clar&#233; le stalinien Prophyrog&#233;nis (Le Populaire 21/12). Avec la politique des dirigeants staliniens, union avec les Daladier de la d&#233;mocratie bourgeoise, il n'y a non seulement aucun espoir de victoire, mais m&#234;me pas de compromis &#034;d&#233;mocratique&#034; possible pour les travailleurs grecs. Car &#224; notre &#233;poque de capitalisme pourrissant, la &#034;d&#233;mocratie&#034; bourgeoise n'est que l'&#233;touffement de la lutte des masses par des combinaisons politiciennes, jusqu'au moment o&#249; le fascisme est suffisamment fort pour &#233;tablir la dictature ouverte de la bourgeoisie. Nous l'avons vu notamment en Espagne (1931-1939) et en France (34-1939). L'union avec les Daladier de la d&#233;mocratie bourgeoise trahit, au nom de l'ordre bourgeois, la lutte des masses pour leurs objectifs r&#233;els (le pain, la libert&#233;, la paix) et les voue ainsi &#224; l'inertie et &#224; la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; peine les travailleurs grecs ont-ils re&#231;u une le&#231;on de plus au sujet des d&#233;mocrates, que les chefs staliniens, hier encore membres et soutiens du gouvernement Papaandr&#233;ou, ont offert leur soutien &#224; un autre &#034;grand d&#233;mocrate&#034;, cette fois-ci non plus un socialiste, mais un pope, le m&#233;tropolite Damaskinos. Et voici ce que d&#233;clare le pope d&#233;mocrate : &#034;Cette r&#233;bellion n'est pas une r&#233;volution fond&#233;e sur une id&#233;e, mais c'est un coup de force d'une minorit&#233; d'extr&#234;me-gauche pour s'emparer du pouvoir&#034; (Le Monde, 22/12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie de la victoire des travailleurs grecs est dans l'union autour des ouvriers d'usine, de toutes les petites gens et des paysans, trahis par tous les politiciens bourgeois. Ils ne doivent pas laisser leur direction actuelle &#034;converser&#034; avec Scobie, pendant que celui-ci m&#232;ne une lutte sans merci au peuple grec, mais s'adresser directement au prol&#233;tariat anglais, &#224; tous les exploit&#233;s d'Europe et du monde : au nom de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ils obtiendront l'appui efficace de tous les peuples qui souffrent de la guerre et ploient sous la dictature bourgeoise, &#034;d&#233;mocratique&#034; ou fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers r&#233;aliseront autour d'eux l'union de tous les exploit&#233;s seulement s'ils se montrent capables de d&#233;truire l'exploitation capitaliste d&#233;fendue non seulement par les fascistes, mais aussi par les &#034;d&#233;mocrates&#034;. Dans cette voie, seule la IV&#232;me Internationale lutte pour la &#034;capitulation sans conditions&#034; du vieux monde pourri qu'aucune &#034;d&#233;mocratie&#034; ne peut plus rajeunir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/12/ldc41_122444.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/12/ldc41_122444.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les mercenaires de la police grecque ouvrirent le feu sur la manifestation tenue le dimanche 3 d&#233;cembre &#224; Ath&#232;nes pour protester contre la d&#233;cision du gouvernement de d&#233;sarmer co&#251;te que co&#251;te les partisans, la foule &#233;tait sans armes. Mais, le soir m&#234;me, un vent r&#233;volutionnaire soufflait dans les quartiers et les faubourgs prol&#233;tariens d'Ath&#232;nes et du Pir&#233;e ; les armes, quand elles existaient, sortaient de leurs cachettes ; d'autres &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
fabriqu&#233;es avec des moyens de fortune. On a vu ainsi le lendemain, quand la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale se d&#233;clencha comme un ouragan &#224; travers tout ce pays, les dockers du Pir&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
manifester &#171; arm&#233;s de simples couteaux et de b&#226;tons, de bois et de fer &#187;. La lutte s'annon&#231;ait longue, &#226;pre, incertaine, mais le peuple l'acceptait comme n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre le 3 d&#233;cembre 1944 et le 5 janvier 1945, date &#224; laquelle la r&#233;sistance cessa dans la r&#233;gion d'Ath&#232;nes, les masses ont d&#233;ploy&#233; une activit&#233; r&#233;volutionnaire qui restera parmi les plus beaux exemples du mouvement prol&#233;tarien. Elles ont fait face, pendant plus d'un mois, aux forces combin&#233;es de l'imp&#233;rialisme britannique et de la r&#233;action grecque, en plein hiver, sans nourriture, sans chauffage, sans lumi&#232;re, sans m&#233;dicaments et m&#234;me sans v&#234;tements et sans souliers (rapport du m&#233;decin de l'arm&#233;e des &#201;tats-Unis, Max Milberg).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usines et les maisons des quartiers populaires d'Ath&#232;nes et du Pir&#233;e &#233;taient devenues autant de forteresses de r&#233;sistance qui ne prenait fin que lorsque les bombes des canons,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des tanks et des avions anglais les d&#233;molissaient enti&#232;rement. Les pierres des maisons d'Ath&#232;nes et du Pir&#233;e ont servi &#224; &#233;riger les barricades qui ont tenu en &#233;chec pendant plusieurs semaines le mouvement des forces blind&#233;es britanniques. Les combattants avaient l'appui &#171; de la plupart des quartiers ouvriers d'Ath&#232;nes &#187; est oblig&#233; d'avouer le journal conservateur anglais Daily Express du 11-12-44. &#171; Les femmes traversent les rues avec les armes cach&#233;es sous leurs jupes et des grenades cach&#233;es dans leurs paniers. Les enfants apportent la nourriture &#224; leurs parents qui combattent des toits des maisons. &#187; (Ibidem.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale eut un succ&#232;s complet tant dans la r&#233;gion d'Ath&#232;nes que dans le reste du pays. Les ouvriers et les paysans, pendant un mois, ont consenti &#224; tous les sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant la r&#233;sistance cessa en Attique, il y avait seize mille tu&#233;s et prisonniers du c&#244;t&#233; du peuple et six mille habitations ouvri&#232;res compl&#233;tement ras&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les renseignements sont encore rares sur ce que fut l'activit&#233; politique et sociale des masses pendant cette p&#233;riode. Nous savons seulement que la Milice Populaire avait d&#233;sarm&#233; et remplac&#233; partout les restes des forces r&#233;actionnaires et polici&#232;res ou autres ; que des tribunaux populaires avaient remplac&#233; les juges bourgeois ; qu'&#224; Salonique, les ouvriers contr&#244;laient le ravitaillement et le logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/pablo/works/1945/01/pablo_19450100.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/pablo/works/1945/01/pablo_19450100.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Churchill donnait comme consigne au commandement britannique des forces arm&#233;es occupant la Gr&#232;ce : &#171; N'h&#233;sitez pas &#224; ouvrir le feu sur tout homme arm&#233; qui, &#224; Ath&#232;nes, s'attaque &#224; l'autorit&#233; britannique ou &#224; l'autorit&#233; grecque avec laquelle nous travaillons. N'h&#233;sitez pas &#224; agir comme si vous vous trouviez dans une ville conquise o&#249; se d&#233;veloppe une r&#233;bellion locale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant pr&#232;s de trois ans, l'&#201;pire (sauf la c&#244;te) et la majeure partie de la Mac&#233;doine-Occidentale, ainsi que des zones de la Thessalie et de la Mac&#233;doine centrale, furent le territoire de la R&#233;publique (communiste) de Konitza, tandis que le reste de la Gr&#232;ce forma un Royaume (avec toutefois des poches de r&#233;sistance communiste dans les quartiers modestes des grandes villes). Dans les zones frontali&#232;res de la R&#233;publique de Konitza, un v&#233;ritable front se mit en place, avec bombardements (y compris a&#233;riens du c&#244;t&#233; royaliste), offensives et contre-offensives, tandis qu'attentats et r&#233;pression ensanglantaient les villes. Seules les &#238;les furent &#233;pargn&#233;es. Des dizaines de villages chang&#232;rent de mains plusieurs fois et furent finalement abandonn&#233;s par leurs habitants, somm&#233;s de choisir un camp et accus&#233;s de trahison par l'autre. Le rapport de force fut tout d'abord favorable &#224; l'ELAS, du fait de la connaissance du terrain et de l'exp&#233;rience de ses 50 000 hommes. D'autre part, les troupes royalistes &#233;taient mal form&#233;es et tr&#232;s peu motiv&#233;es &#224; combattre la r&#233;sistance communiste. Les tentatives pour reprendre le contr&#244;le des r&#233;gions du Nord se sold&#232;rent par des &#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sang des ouvriers grecs tromp&#233;s est vers&#233; &#224; flot pour les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie grecque et ceux de la bureaucratie russe. Pour le moment, le prol&#233;tariat grec n'a pas r&#233;ussi &#224; rompre avec sa bourgeoisie, &#224; se mettre sur son terrain de classe en opposition &#224; la bourgeoisie nationale et aux imp&#233;rialismes &#233;trangers. Et c'est cette situation tragique du prol&#233;tariat, se faisant massacrer pour les int&#233;r&#234;ts de son ennemi de classe, que les trotskistes fran&#231;ais repr&#233;sentent comme la R&#233;volution prol&#233;tarienne. Il montre l'exemple &#224; tous les opprim&#233;s, etc. Naturellement quand on repr&#233;sente la trag&#233;die du prol&#233;tariat grec comme la r&#233;volution, on doit aussi la consid&#233;rer comme &#034;la premi&#232;re entr&#233;e&#034; et passer sous silence &#034;la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile&#034; commenc&#233;e par le prol&#233;tariat italien en juillet 1943. Il n'y a rien de commun entre la position de classe du prol&#233;tariat italien luttant contre la guerre imp&#233;rialiste - contre les deux occupants imp&#233;rialistes, allemands et anglais, contre l'Etat capitaliste aussi bien sous sa forme fasciste que d&#233;mocratique &#8211; et la position du prol&#233;tariat grec se faisant massacrer sur le terrain de classe du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1483&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/shachtma/1944/12/greece.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/shachtma/1944/12/greece.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n70/cmo_070.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n70/cmo_070.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/archer/Revolution%20and%20Counter%20Revolution%20in%20Greece.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/writers/archer/Revolution%20and%20Counter%20Revolution%20in%20Greece.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/subject/greek-civil-war/revolutionary-history/stinas/memoirs.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/subject/greek-civil-war/revolutionary-history/stinas/memoirs.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_grecque&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_grecque&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/subject/greek-civil-war/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/subject/greek-civil-war/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ceb/756&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/ceb/756&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no3/kke.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no3/kke.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les pactes de l'imp&#233;rialisme occidental avec Staline</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8763</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8763</guid>
		<dc:date>2025-08-24T02:41:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les pactes de l'imp&#233;rialisme occidental avec Staline, de Berlin &#224; Paris puis de Berlin &#224; T&#233;h&#233;ran et de Yalta &#224; Potsdam &lt;br class='autobr' /&gt;
N'ayant aucune confiance dans la r&#233;volution mondiale pour combattre le capitalisme, Staline a sans cesse tent&#233; de pactiser avec les grands pays imp&#233;rialistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'abord eu le trait&#233; de Berlin en 1926 : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_germano-sovi%C3%A9tique &lt;br class='autobr' /&gt;
Il l'a fait avec la France en 1935 : (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pactes de l'imp&#233;rialisme occidental avec Staline, de Berlin &#224; Paris puis de Berlin &#224; T&#233;h&#233;ran et de Yalta &#224; Potsdam&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N'ayant aucune confiance dans la r&#233;volution mondiale pour combattre le capitalisme, Staline a sans cesse tent&#233; de pactiser avec les grands pays imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord eu le trait&#233; de Berlin en 1926 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_germano-sovi%C3%A9tique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_germano-sovi%C3%A9tique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'a fait avec la France en 1935 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_d%27alliance_entre_la_France_et_l%27URSS&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_d%27alliance_entre_la_France_et_l%27URSS&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il y a eu le pacte Hitler-Staline en 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_germano-sovi%C3%A9tique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_germano-sovi%C3%A9tique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une entente sur le fond entre Hitler et Staline, aussi apeur&#233;s l'un que l'autre d'un retour de flamme de la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6768&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6768&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis l'entente avec l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain, de T&#233;h&#233;ran &#224; Yalta et &#224; Potsdam :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_T%C3%A9h%C3%A9ran&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_T%C3%A9h%C3%A9ran&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Yalta&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Yalta&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Potsdam&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Potsdam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1945/02/realaims.html?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1945/02/realaims.html?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1945/02/yalta.html?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1945/02/yalta.html?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1945/09/potsdam.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1945/09/potsdam.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=f&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menac&#233; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; la fin de la seconde guerre mondiale, le monde capitaliste a &#233;t&#233; sauv&#233; du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire par Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7616&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre froide (fausse guerre entre les pr&#233;c&#233;dents alli&#233;s, stalinsime et imp&#233;rialisme occidental) n'a fait que cacher l'antagonisme principal : le prol&#233;tariat mondial contre le capital mondial :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7044&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7044&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de fond est le caract&#232;re usurpateur de la bureaucratie russe incarn&#233;e par la dictature de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VERITE SUR L'URSS&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La base mat&#233;rielle du communisme doit &#234;tre dans un si haut d&#233;veloppement de la puissance &#233;conomique de l'homme, que le travail productif cessant d'&#234;tre une charge et une peine n'ait besoin d'aucun aiguillon, et que la r&#233;partition des biens donn&#233;s en constante abondance, n'exige, comme aujourd'hui dans une famille ais&#233;e ou dans une pension &#034;convenable&#034;, d'autre contr&#244;le que ceux de l'&#233;ducation, de l'habitude et de l'opinion publique&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en partant du point de vue que le capitalisme a port&#233; les forces productives &#224; un d&#233;veloppement suffisamment &#233;lev&#233; que les marxistes affirment que la soci&#233;t&#233; est m&#251;re pour le socialisme, c'est-&#224;-dire &#034;le r&#233;gime de la production planifi&#233;e pour la satisfaction la meilleure des besoins de l'homme&#034;. En ce sens, Marx pensait que la R&#233;volution serait commenc&#233;e en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Mais la Russie, o&#249; pour la premi&#232;re fois dans l'histoire le prol&#233;tariat a pris le pouvoir et l'a gard&#233;, &#034;n'est pas entr&#233;e dans la voie de la R&#233;volution parce que son &#233;conomie &#233;tait la plus m&#251;re pour la transformation socialiste, mais parce que cette &#233;conomie ne pouvait plus se d&#233;velopper sur des bases capitalistes&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le renversement de la bourgeoisie et la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat permettaient la transformation rapide de la soci&#233;t&#233;, mais la transformation socialiste ne consistait pas simplement dans la prise du pouvoir : ELLE RESTAIT TOUT ENTIERE A ACCOMPLIR APRES CELLE-CI ET C'EST LA LA TACHE DE LA DICTATURE DU PROLETARIAT.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le pays tr&#232;s arri&#233;r&#233; qu'&#233;tait l'ancien Empire des Tsars, ruin&#233; par la guerre imp&#233;rialiste, la guerre civile et le blocus, les soviets ne pouvaient songer &#224; aborder le syst&#232;me de r&#233;partition socialiste (&#034;&#224; chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacit&#233;s&#034;) avant d'avoir rattrap&#233; et d&#233;pass&#233; l'&#233;conomie des pays capitalistes avanc&#233;s d'Occident. Dans cette voie elle devait rencontrer des difficult&#233;s non seulement en raison du fort handicap avec lequel elle partait, mais aussi en raison de SON ISOLEMENT DANS LE CERCLE DES NATIONS CAPITALISTES.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par suite du retard, puis de l'&#233;chec (en 1923) de la R&#233;volution allemande, les efforts du pouvoir des soviets pendant le communisme de guerre pour &#034;substituer au commerce une r&#233;partition des produits organis&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale sur un plan d'ensemble&#034; se heurt&#232;rent... au manque de produits &#224; r&#233;partir, les paysans pr&#233;f&#233;rant travailler seulement pour leurs besoins individuels ou d&#233;truire les r&#233;coltes s'ils ne pouvaient les vendre &#224; des prix de sp&#233;culation, plut&#244;t que de les livrer &#224; la ville qui ne pouvait rien leur donner en &#233;change &#224; cause du d&#233;labrement de l'industrie. La NEP (nouvelle politique &#233;conomique) r&#233;tablit partiellement le commerce priv&#233;, afin de stimuler les petits producteurs agricoles ; devant le manque d'ouvriers qualifi&#233;s, de techniciens et de sp&#233;cialistes, il fallut toujours faire de plus en plus appel &#224; des &#233;l&#233;ments &#233;trangers au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire ; les n&#233;cessit&#233;s de la reconstruction et de la construction (plans quinquennaux) exigeaient des efforts surhumains : on &#233;tablit une diff&#233;renciation des salaires de plus en plus grande, qui devait stimuler l'&#233;mulation (c'est-&#224;-dire la concurrence) entre les ouvriers dont le niveau de vie &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s bas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se forma peu &#224; peu une couche privil&#233;gi&#233;e, compos&#233;e de paysans moyens et riches, d'ing&#233;nieurs, techniciens, ouvriers qualifi&#233;s, stakhanovistes, et de fonctionnaires-bureaucrates du parti, qui pour garantir leur situation privil&#233;gi&#233;e durent usurper le pouvoir du prol&#233;tariat et &#233;liminer la vieille garde du bolch&#233;visme (d&#233;portation, assassinat, proc&#232;s de Moscou).&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus le prol&#233;tariat international subissait de d&#233;faites (Chine, Allemagne, Espagne, France), plus l'Etat ouvrier restait isol&#233; et plus cette diff&#233;renciation des privil&#233;gi&#233;s se poursuivait &#224; l'int&#233;rieur sous le poids des difficult&#233;s &#233;conomiques terribles. Staline et la bureaucratie &#233;taient d'autant plus oblig&#233;s d'&#233;touffer toutes les protestations par de terribles mesures polici&#232;res et de cacher leurs privil&#232;ges aux yeux du prol&#233;tariat international par une publicit&#233; tapageuse sur &#034;le socialisme r&#233;alis&#233; aux 9/10&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais de tels mensonges ne peuvent &#234;tre utiles qu'&#224; la propagande bourgeoise &#224; laquelle elle fournit des sujets comme celui-ci, maintes fois rebattu et repris ces temps derniers dans la presse parisienne : &#034;En URSS une paire de chaussures, un manteau ou du saucisson atteignent des prix inaccessibles pour l'ouvrier ; plusieurs familles doivent vivre dans un seul logement ; il r&#232;gne un r&#233;gime de terreur polici&#232;re avec passeports et livrets de travail, etc... et c'est cela le socialisme !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que cette propagande bourgeoise ne vaut pas plus que celle de Staline. Les ouvriers qui &#8211; surtout depuis quelques ann&#233;es &#8211; savent tr&#232;s bien &#224; quoi s'en tenir sur les f&#233;licit&#233;s du r&#233;gime capitaliste, se rendent bien compte que non seulement la bourgeoisie ne peut pas accorder aux travailleurs un niveau de vie convenable, mais que pour subsister elle entra&#238;ne la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re dans des catastrophes terribles qui ram&#232;nent brusquement les conditions de vie des masses &#224; un niveau insupportable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, la condition mat&#233;rielle des masses &#233;tait avant la guerre, en URSS, au-dessous du niveau du capitalisme, mais celui-ci &#034;glissait de tr&#232;s haut, tandis que l'URSS montait de tr&#232;s bas&#034;. Les ouvriers savent bien, qu'isol&#233;e dans un monde capitaliste hostile, l'URSS ne pouvait pas &#034;construire le socialisme dans un seul pays&#034;. Elle devait d'abord rattraper un retard historique &#233;norme et pour cela traverser &#034;une phase pr&#233;paratoire dans laquelle elle importa, assimila, emprunta les conqu&#234;tes techniques et culturelles de l'Occident&#034;. Dans sa lutte pour le r&#233;&#233;quipement de l'industrie, pour l'augmentation du rendement, pour la modernisation de l'agriculture, et contre l'analphab&#233;tisme, l'Union sovi&#233;tique, gr&#226;ce &#224; la nationalisation du sol, des moyens de production, des transports et des &#233;changes et gr&#226;ce au monopole du commerce ext&#233;rieur, vient de parcourir en vingt ans une &#233;volution que le capitalisme occidental a mis deux si&#232;cles &#224; accomplir. Les &#233;clatantes victoires de l'Arm&#233;e Rouge en sont aujourd'hui la preuve irr&#233;futable. &#034;Le m&#233;rite imp&#233;rissable du r&#232;gne des Soviets est dans sa lutte si &#226;pre et g&#233;n&#233;ralement efficace contre une barbarie s&#233;culaire&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;faites successives du mouvement ouvrier mondial ont permis &#224; la caste bureaucratique privil&#233;gi&#233;e de Staline d'acc&#233;der au pouvoir et de s'y maintenir. Mais &#034;la r&#233;partition des biens de la terre est en URSS beaucoup plus d&#233;mocratique qu'elle ne l'&#233;tait sous l'ancien r&#233;gime russe et m&#234;me dans les pays les plus d&#233;mocratiques d'occident ; pourtant elle n'a encore rien de commun avec le socialisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Car il est impossible, au stade historique o&#249; nous sommes arriv&#233;s, d'obtenir dans le cadre d'une &#233;conomie nationale isol&#233;e &#8211; si riche soit-elle &#8211; une production suffisamment abondante pour satisfaire les besoins nombreux et vari&#233;s qu'a cr&#233;&#233;s l'&#233;volution de la technique et de la culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seule l'union des diff&#233;rentes &#233;conomies europ&#233;ennes avec celle de l'URSS sur la base de la planification et de la propri&#233;t&#233; collective et dans le cadre des Etats-Unis socialistes d'Europe, assurera, par la r&#233;volution socialiste, la solution de tous les maux qui accablent les masses, et l'&#233;dification du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/04/ldc27_040644.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/04/ldc27_040644.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; communisme &#187; de Maurice Thorez &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187;</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8196</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8196</guid>
		<dc:date>2025-07-05T22:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le &#171; communisme &#187; de Maurice Thorez &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Tout pour la guerre&#034;, lan&#231;ait l'autre jour Thorez, et il ajoutait comme conclusion absolument n&#233;cessaire : &#034;la s&#233;curit&#233; publique doit &#234;tre assur&#233;e par les forces r&#233;guli&#232;res de police constitu&#233;es &#224; cet effet. Les gardes civiques et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tous les groupes arm&#233;s irr&#233;guliers, ne doivent pas &#234;tre maintenus plus longtemps&#034;. C'est la condamnation par le responsable du Parti, des groupements form&#233;s sous l'occupation et qui, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L343xH512/imageyui-57f9b.jpg?1777700616' width='343' height='512' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L173xH291/indexsdfm-7b3d1.jpg?1777700616' width='173' height='291' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16269 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH201/indexuiop-52644.jpg?1777700616' width='250' height='201' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16268 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L240xH164/indexwxc-c7b86.jpg?1777700616' width='240' height='164' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L369xH500/aze_mlm2005-45_001-d023c.jpg?1777700616' width='369' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; communisme &#187; de Maurice Thorez &#224; la &#171; lib&#233;ration &#187;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tout pour la guerre&#034;, lan&#231;ait l'autre jour Thorez, et il ajoutait comme conclusion absolument n&#233;cessaire : &#034;la s&#233;curit&#233; publique doit &#234;tre assur&#233;e par les forces r&#233;guli&#232;res de police constitu&#233;es &#224; cet effet. Les gardes civiques et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tous les groupes arm&#233;s irr&#233;guliers, ne doivent pas &#234;tre maintenus plus longtemps&#034;. C'est la condamnation par le responsable du Parti, des groupements form&#233;s sous l'occupation et qui, dans l'esprit des travailleurs, devaient pr&#233;cis&#233;ment non seulement vaincre l'occupant, mais surtout, par leur structure d&#233;mocratique, &#233;manciper le peuple des vieilles puissances d'oppression qui seules ont provoqu&#233; les malheurs qui se sont abattus sur la France depuis 1939. C'est la condamnation de ces milices dont le d&#233;sarmement, il y a quelques semaines seulement, avait &#233;t&#233; qualifi&#233; par Duclos (autre &#034;grand&#034; camarade du PC) de &#034;coup de force gouvernemental&#034;. Et cette police charg&#233;e de la &#034;s&#233;curit&#233; publique&#034; c'est toujours celle qu'&#224; plusieurs reprises l'Humanit&#233; elle-m&#234;me a d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;e comme &#233;tant compos&#233;e pour 95% d'&#233;l&#233;ments vichyssois, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires et pro-fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://marxists.architexturez.net/francais/barta/1945/01/ldc43_013045.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://marxists.architexturez.net/francais/barta/1945/01/ldc43_013045.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement bourgeois n'est pas contraint &#224; c&#233;der par l'action directe, il m&#232;nera la m&#234;me politique que jusqu'&#224; maintenant, celle des bas salaires, de l'inflation, du march&#233; noir, de la mobilisation, des mesures anti-d&#233;mocratiques et r&#233;actionnaires ; car cette politique lui est dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et la d&#233;composition du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au lieu d'envisager et de pr&#233;parer cette action directe, Thorez dit (l'Humanit&#233; du 8 mai) &#034;...le peuple compte sur le gouvernement provisoire &#233;clair&#233; par le suffrage universel&#034;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez et ses pareils sont rest&#233;s les d&#233;fenseurs de la politique de collaboration avec le gouvernement et d'union avec la bourgeoisie, politique de trahison des masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://marxists.architexturez.net/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://marxists.architexturez.net/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes de classe en France en f&#233;vrier 1946&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3750&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3750&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF et le colonialisme fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez, interview du 2 f&#233;vrier 1945 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	&#171; Ce (que nous d&#233;fendons dans le programme du CNR) n'est pas notre programme, ce n'est pas le programme communiste. Nous n'avons pas &#224; exiger actuellement l'application du programme communiste, car nous sommes unis dans le CNR avec d'autres partis non communistes. Nous honorons la signature que nous avons plac&#233;e au bas du programme du CNR en mars 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Les revendications syndicales et, en g&#233;n&#233;ral, les revendications des masses ne doivent pas &#234;tre oppos&#233;es au probl&#232;me de la production. Pour satisfaire les revendications essentielles et imm&#233;diates des travailleurs, il faut d&#233;velopper la production et r&#233;ciproquement, pour d&#233;velopper la production, ces revendications doivent &#234;tre satisfaites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Il y a un gouvernement, et il faut qu'il y ait une arm&#233;e, et une seule. Il doit y avoir une force de police, et une seule. Dans la lutte contre l'ennemi et ses agents, contre les tra&#238;tres et les saboteurs, il appartient &#224; tous les Fran&#231;ais de faire entendre leur voix, notamment via des groupes ou mouvements de r&#233;sistance, et &#224; l'usine ou au village par l'interm&#233;diaire du Mouvement patriotique. Comit&#233;s. Mais tous les groupes arm&#233;s doivent dispara&#238;tre. De m&#234;me, les Comit&#233;s de Lib&#233;ration ne doivent pas se substituer aux administrateurs et les seuls Comit&#233;s locaux doivent &#234;tre les Comit&#233;s Patriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Non, il n'y a pas eu de tournant dans notre position. Notre ligne n'a pas vari&#233; : d&#233;jouer le complot hitl&#233;rien qui visait &#224; d&#233;truire la France et gagner la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/reference/archive/thorez/1945/interview.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/reference/archive/thorez/1945/interview.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez : &#171; Ma bataille pour reconstruire la France &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle des trusts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas cach&#233; aux mineurs que, malgr&#233; les mauvaises conditions actuelles, ils devaient redoubler d'efforts pour gagner la bataille du charbon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Produire ! Produisez plus ! Permettre ainsi &#224; toutes nos industries, si durement touch&#233;es, de se redresser.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le destin de la France d&#233;pend en grande partie de l'effort des mineurs... Il s'agit de produire pour le pays afin de poursuivre le travail de lib&#233;ration contre les entreprises de la r&#233;action et du fascisme.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait appel &#224; l'orgueil des mineurs, &#224; leur sentiment de classe, &#224; leur patriotisme :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les paresseux, les ti&#232;des ne seront jamais de bons communistes, de bons r&#233;volutionnaires...&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, dans ce paysage de maisons de mineurs, de chemin&#233;es d'usines, de terrils, de chapelets de mines, se trouvaient la masse des mineurs, des dirigeants syndicaux, des directeurs de la Soci&#233;t&#233; nationale des mines, des &#233;lus du peuple, des cadres du Parti. Avec &#233;motion j'ai retrouv&#233; les visages chers de mes fr&#232;res au combat, et j'en ai &#233;voqu&#233; d'autres, que nous ne reverrons jamais... Quelle maturit&#233; politique et sens des responsabilit&#233;s chez ces hommes qui passent la plus grande partie de leur existence dans les entrailles de la terre pour donner de la chaleur et de la lumi&#232;re aux autres !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai rencontr&#233; mon ancien capitaine du 3e G&#233;nie, en g&#233;nie de la vie civile aux Ponts et Chauss&#233;es . Nous avions tous deux gard&#233; d'excellents souvenirs l'un de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appel de Waziers devait &#234;tre entendu. Et pas seulement par les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, mais par les mineurs de tous les bassins. A partir de juillet 1945, on assiste &#224; une augmentation constante de la production et de la production individuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/reference/archive/thorez/1960/post-war.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/reference/archive/thorez/1960/post-war.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Thorez 1946 : &#034;Nous allons gagner la bataille de la production&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/reference/archive/thorez/1946/production.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/reference/archive/thorez/1946/production.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconstruire les trusts et resolidifier l'exploitation du prol&#233;tariat, voil&#224; la politique de Thorez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits du discours de Maurice Thorez &#224; Waziers, aux mineurs de charbon, le 21 juillet 1945 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en 1934, que nous avons propos&#233;, lanc&#233; et fait triompher l'id&#233;e du Front populaire pour la libert&#233;. (&#8230;) Nous avons propos&#233; le Front fran&#231;ais, l'union de tous les Fran&#231;ais. (&#8230;) Les deux cent familles, les trusts (&#8230;) se mirent &#224; saboter l'&#233;conomie nationale, &#224; provoquer les gr&#232;ves comme le rappelait tout &#224; l'heure Martel. C'est vrai que nous seuls, les communistes, avons eu assez d'autorit&#233; pour pouvoir, en juin 1936, mettre en terme aux gr&#232;ves, que nous seuls pouvions avoir assez d'autorit&#233; pour dire, il y a cinq mois : il faut en finir avec jeux de guerre civile (&#8230;) La v&#233;rit&#233; sur 1939 : vous vous souvenez encore de ces journaux, chers camarades : la trahison de Staline, la trahison russe, la trahison des communistes ? (&#8230;) En v&#233;rit&#233;, c'est un traquenard que l'on tendait &#224; l'Union sovi&#233;tique. On pr&#233;tendait engager la guerre, une guerre o&#249; la Pologne devait s'effondrer rapidement, comme ce fut le cas, et ainsi les arm&#233;es hitl&#233;riennes pourraient d&#233;ferler rapidement &#224; travers toute l'Union sovi&#233;tique. L'Arm&#233;e rouge avait &#233;t&#233; mise dans l'impossibilit&#233; de pr&#233;parer sa mobilisation, l'Arm&#233;e rouge &#233;tait dans l'impossibilit&#233; de faire face &#224; l'agression. (&#8230;) De Londres, le g&#233;n&#233;ral De Gaulle lan&#231;ait son appel, organisait les &#171; Forces fran&#231;aises libres &#187;. Nous menions la bataille de la R&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur de notre pays (&#8230;) Aujourd'hui, chers camarades, de graves p&#233;rils nous menacent dans le domaine de la production. On ne le sait pas assez. (&#8230;) Le probl&#232;me d&#233;cisif de l'heure, c'est le probl&#232;me de la production. Vous le savez d&#233;j&#224;, chers camarades, c'est ce qui m'a amen&#233; &#224; Waziers, c'est pourquoi le Bureau politique m'a envoy&#233; vous parler, &#224; vous, les mineurs. J'aborde ici une partie importante de mon rapport, la question du charbon. (&#8230;) Je voudrais &#233;tablir un fait pour montrer l'effort des mineurs. En janvier, la production brute s'&#233;tait &#233;lev&#233;e &#224; 2.700.000 tonnes contre, en 1936, une production mensuelle de 3.400.000 tonnes, c'est-&#224;-dire 80% de la production. (&#8230;) Il est vrai qu'il s'est produit un fl&#233;chissement &#224; partir d'avril, fl&#233;chissement dans la production et fl&#233;chissement dans le rendement. Il y a diverses causes &#224; cela : ravitaillement d&#233;fectueux, manque de v&#234;tements, et en raison d'un m&#233;contentement plus ou moins justifi&#233; contre l'insuffisance de l'&#233;puration. Il y a aussi des gr&#232;ves, tr&#232;s peu justifi&#233;es. (&#8230;) Tout cela entra&#238;ne, dans un m&#233;tier comme le m&#233;tier de mineur, une certaine d&#233;sorganisation. (&#8230;) Il faut donner aux ouvriers mineurs de fond un certain salaire (&#8230;) Le prix &#224; la t&#226;che. On a accord&#233; la possibilit&#233; d'une majoration qui peut aller jusqu'&#224; 60% (&#8230;) L'essentiel est d'obtenir du charbon et, pour obtenir du charbon, il faut payer les sommes fix&#233;es. (&#8230;) Il faut ici, chers camarades, saluer le sacrifice de vos camarades de la m&#233;tallurgie qui viennent de renoncer &#224; leurs vacances pay&#233;es pour vous fabriquer des marteaux-piqueurs. Ce sont les m&#234;mes camarades qui, l'hiver dernier, aux Forges et Ateliers de Meudon, manquant de courant &#233;lectrique dans le jour, avaient demand&#233; et obtenu de leur direction, de travailler la nuit par un froid rigoureux sans suppl&#233;ment de salaire pour pouvoir produire pour vous. (&#8230;) A propos de la coupe &#224; terre, pourquoi ne pas g&#233;n&#233;raliser les 3X8 : deux postes au charbon, le troisi&#232;me au remblai ? (&#8230;) Nous savons que les avis des ouvriers peuvent bien souvent influencer d'une fa&#231;on tr&#232;s favorable les d&#233;cisions des ing&#233;nieurs. Je pense qu'en d&#233;finitive la d&#233;cision reste &#224; l'ing&#233;nieur et qu'une d&#233;cision doit &#234;tre appliqu&#233;e sur l'ordre de l'ing&#233;nieur et qu'une d&#233;cision doit &#234;tre appliqu&#233;e sur l'ordre de l'ing&#233;nieur, autrement il n'y a pas d'autorit&#233; possible, d'exploitation possible. (&#8230;) Il y a d'autres raisons de la crise du charbon sur lesquelles je voudrais m'expliquer aussi ouvertement et aussi franchement. Ce sont celles qui tiennent &#224; l'effort insuffisant des mineurs eux-m&#234;mes, &#224; votre effort &#224; vous. (&#8230;) Il y a des causes de m&#233;contentement, mais ce n'est pas une raison pour ralentir l'effort. Il faut au contraire le d&#233;velopper et briser tous les obstacles. Vous croyez que les camarades de la Loire sont contents quand on leur envoie comme directeur l'ancien directeur &#233;pur&#233; des Mines de Dourges ? Ils ne sont pas contents non plus et vous croyez qu'ils ont dit pour cela : nous faisons la gr&#232;ve ? Non. Martel a eu raison tout &#224; l'heure de stigmatiser de telles attitudes. Ils n'ont pas c&#233;d&#233; au courant public de d&#233;magogie et de vaine popularit&#233;. Comme disait le camarade Staline, nous ne craignons pas les difficult&#233;s, nous sommes faits pour surmonter les difficult&#233;s et nous les surmonterons. (&#8230;) Il y a pas mal d'exemples de mineurs qui pr&#233;tendent ne pas forcer &#224; la production, ne pas pousser &#224; la production et pas seulement parce qu'ils ont crainte de voir baisser les prix &#224; la t&#226;che. (&#8230;) Ils ne veulent pas para&#238;tre pour des macas. (&#8230;) Les macas, chers camarades, c'&#233;taient ceux qui for&#231;aient &#224; la production pour le profit du patron au d&#233;triment de leurs fr&#232;res, les ouvriers mineurs. (&#8230;) Il y a des camarades qui disent : &#171; Mais si je travaille davantage, je donne davantage aux actionnaires puisqu'il reste des actionnaires. &#187; C'est une erreur, chers camarades. (&#8230;) Si vous produisez beaucoup, c'est seulement dans l'int&#233;r&#234;t du pays, et c'est dans votre propre int&#233;r&#234;t. Et puis, je veux revenir sur la question des absences. On parle, on donne beaucoup de raisons, de pr&#233;textes, &#224; ce propos. Je dois vous dire, chers camarades, que je ne suis pas tout &#224; fait convaincu des raisons qu'on donne pour justifier les absences. (&#8230;) On s'absente trop facilement, pour un oui, pour un non et un mineur qui a le go&#251;t de son m&#233;tier sait tr&#232;s bien que tant d'absences entra&#238;nent une d&#233;sorganisation compl&#232;te du travail. Les camarades pr&#233;sents sont les premiers &#224; en souffrir. L'absence est justifi&#233;e ou n'est pas justifi&#233;e. Au lieu de produire, on d&#233;sorganise la production, on fait tort &#224; ses camarades et pour quelle raison ? Parfois pour un oui, pour un non, pour une &#233;gratignure. Je dis que c'est un scandale. Je ne peux pas comprendre, par exemple, que des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Caisse de secours puissent donner des billets de malade sans journ&#233;e de malade. (&#8230;) Chers camarades, celui qui a le billet de malade sans journ&#233;e de malade, il a aussi son ravitaillement ; il a aussi les litres de vin, il a aussi la viande ; il mange la part de ses camarades. Ce n'est pas possible, on ne peut pas continuer comme cela. Il faut avoir plus de conscience. Je vais vous dire, mes chers camarades, que, dans le bassin de la Loire, la m&#234;me question s'est pos&#233;e pendant l'hiver, quand il y a eu tant de grippes, quand il y a eu tant de difficult&#233;s alimentaires. Le syndicat a r&#233;uni les d&#233;l&#233;gu&#233;s des Caisses de secours et leur a dit : &#171; Epluchez les billets de malade et discutez avec les m&#233;decins &#187; et on leur a dit : &#171; Ces m&#233;decins, pour la plupart, ne sont pas vos amis. Ces m&#233;decins, ils donnent facilement les billets. (&#8230;) Ils poussent &#224; la d&#233;sorganisation. &#187; Il va y avoir des &#233;lections &#224; la Caisse de secours. Le syndicat doit demander que ces questions soient pos&#233;es largement, et dire aux d&#233;l&#233;gu&#233;s des Caisses de secours que vous allez &#233;lire : &#171; Il faut &#234;tre intransigeant ; c'en est fini avec de telles m&#233;thodes, parce que c'est de l'anarchie, un encouragement &#224; la paresse. &#187; Voici un autre cas. On m'a signal&#233; l'autre jour que dans un puits, le puits de l'Escarpelle, une quinzaine de jeunes gens, des galibots, ont demand&#233; de partir &#224; six heures pour aller au bal. Je dis que c'est inadmissible. (&#8230;) Ici, chers camarades, je le dis en toute responsabilit&#233;, au nom du Comit&#233; central, au nom des d&#233;cisions du Congr&#232;s du Parti, je le dis franchement : il est impossible d'approuver la moindre gr&#232;ve, surtout lorsqu'elle &#233;clate comme la semaine derni&#232;re, aux mines de B&#233;thune, en dehors du syndicat et contre le syndicat. On a pris des sanctions. Sur quatre porions, on en a r&#233;int&#233;gr&#233; deux, en les r&#233;trogradant d'ailleurs. (&#8230;) Je le dis tout net : si nous n'appliquons pas les d&#233;cisions de notre propre syndicat (&#8230;) nous allons &#224; l'anarchie, nous faciliterons les provocations contre les mineurs, contre la classe ouvri&#232;re et contre la R&#233;publique. Eh bien ! quelques camarades s'insurgent, ils d&#233;clenchent la gr&#232;ve au n&#176;2 et dans toute la concession, si bien que nous avons perdu 30.000 tonnes de charbon au moins en une p&#233;riode o&#249; le pays a besoin de la moindre gaillette, &#224; l'heure o&#249; nous fermons des usines, &#224; l'heure o&#249;, dans la r&#233;gion parisienne, on arr&#234;te des entreprises faute de charbon et ces ouvriers dont on arr&#234;te les usines apprennent que dans un des trous essentiels du bassin minier du Pas-de-Calais, on fait gr&#232;ve parce que le nez du porion ne revient pas au d&#233;l&#233;gu&#233;. C'est un scandale, c'est une honte, c'est une faute tr&#232;s grave contre le syndicat et l'int&#233;r&#234;t des mineurs. Des sanctions ont &#233;t&#233; prises, peut-&#234;tre pas dans les formes o&#249; elles devaient l'&#234;tre contre le d&#233;l&#233;gu&#233; mineur et son suppl&#233;ant qui avaient couru les autres puits pour d&#233;clencher la gr&#232;ve. Je dis que le mal, ce n'est pas la sanction, le mal c'est que des communistes et des militants du syndicat des mineurs se soient expos&#233;s &#224; de telles sanctions. Et, sous pr&#233;texte que l'on a sanctionn&#233; les d&#233;l&#233;gu&#233; mineur, on recommence la gr&#232;ve jusqu'&#224; jeudi soir et on a eu de la peine hier &#224; faire reprendre le travail, bien que le ministre de la Production ait rapport&#233; la sanction prise par le commissaire r&#233;gional. Ce n'est pas ainsi qu'on travaille pour le pays. (&#8230;) Chers camarades, alors on veut &#224; chaque fois faire la gr&#232;ve pour &#233;purer ou pour soutenir. On pourrait au fond en d&#233;finir le seul but : faire gr&#232;ve, pourvu qu'on ait un pr&#233;texte. (&#8230;) L'autre jour, on m'a parl&#233; d'une gr&#232;ve possible des m&#233;caniciens d'extraction. J'ai beaucoup de sympathie pour la m&#233;canique d'extraction. C'est vraiment un travail qui comporte une lourde responsabilit&#233; et on trouve chez les m&#233;caniciens d'extraction une grande conscience professionnelle. Je pense qu'il faut leur assurer les meilleures conditions de salaire et de travail. Mais, l&#224; encore, pas par la gr&#232;ve. (&#8230;) Je voudrais que ce que nous pensons au Comit&#233; central puisse passer dans la t&#234;te,dans le c&#339;ur de chacun de vous d'abord puis chez tous les mineurs, que produire, produire et encore produire, faire du charbon, c'est aujourd'hui la forme la plus &#233;lev&#233;e de votre devoir de classe, de votre devoir de Fran&#231;ais. (&#8230;) La grande t&#226;che des organisations communistes du Pas-de-Calais, c'est d'aller dans toutes les concessions de B&#233;thune, il faut aller &#224; B&#233;thune, il faut r&#233;unir toutes les sections communistes, discuter avec chaque camarade et amener les d&#233;l&#233;gu&#233;s mineurs &#224; reconna&#238;tre qu'ils ont commis une grande erreur, qu'ils doivent comprendre cette erreur et qu'ils ne doivent plus recommencer cette erreur. (&#8230;) Nous exigerons de chaque camarade le respect des d&#233;cisions du 10e Congr&#232;s du Parti et le 10e Congr&#232;s du Parti a dit : &#171; Il faut produire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le PCF s'est align&#233; derri&#232;re les puissances imp&#233;rialistes soi-disant antifascistes et derri&#232;re un g&#233;n&#233;ral r&#233;actionnaire, pro-fasciste m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison de 1936 : un des &#233;l&#233;ments du pass&#233; anti-ouvrier de Thorez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de la &#171; lib&#233;ration &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5810&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5810&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve357&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve357&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la seconde guerre mondiale, le stalinisme a sauv&#233; le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelles le&#231;ons tirer de la fin de la seconde guerre mondiale</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article9202</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article9202</guid>
		<dc:date>2025-06-02T22:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quelles le&#231;ons tirer de la fin de la seconde guerre mondiale en 1945 ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les festivit&#233;s fran&#231;aises de &#171; la victoire de 1945 &#187; associaient la France et l'Allemagne &#224; l'Europe mais pas trop les autres pays comme si les principaux vainqueurs n'&#233;taient pas la Russie, la Chine, les USA et l'Angleterre ! Et comme si la France et l'Allemagne n'&#233;taient pas des pays fascistes et des pays vaincus de cette guerre ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le simple fait que ces puissances soutiennent aujourd'hui les guerres d'Ukraine et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles le&#231;ons tirer de la fin de la seconde guerre mondiale en 1945 ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les festivit&#233;s fran&#231;aises de &#171; la victoire de 1945 &#187; associaient la France et l'Allemagne &#224; l'Europe mais pas trop les autres pays comme si les principaux vainqueurs n'&#233;taient pas la Russie, la Chine, les USA et l'Angleterre ! Et comme si la France et l'Allemagne n'&#233;taient pas des pays fascistes et des pays vaincus de cette guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le simple fait que ces puissances soutiennent aujourd'hui les guerres d'Ukraine et de Gaza et aussi bien d'autres qui pr&#233;parent la troisi&#232;me guerre mondiale montrent combien elles sont disqualifi&#233;es pour tirer des le&#231;ons de la guerre mondiale pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel genre de victoire en 1945 ? Pour la libert&#233; ? Contre le fascisme ? Pour le bien des peuples ? Pas du tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5810&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5810&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve357&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve357&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3711&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3711&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2690&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2690&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7806&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7806&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7803&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7803&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7137&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7137&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des festivit&#233;s russes de l'anniversaire de la victoire de 1945, Poutine s'inscrivait dans la continuit&#233; de la trahison nationaliste de la r&#233;volution par Staline, fond&#233;e sur le programme de &#171; construction du socialisme dans un seul pays &#187;. Elle visait &#224; la fois &#224; saper et &#224; affaiblir les &#233;lans r&#233;volutionnaires dans la conscience des masses, raviv&#233;s par l'attaque nazie contre l'Union sovi&#233;tique et mena&#231;ant non seulement les envahisseurs fascistes, mais aussi la bureaucratie sovi&#233;tique qui avait violemment usurp&#233; le pouvoir politique &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la bureaucratie stalinienne portait une part substantielle de responsabilit&#233; politique dans la mont&#233;e du fascisme et l'ampleur des destructions qu'il a inflig&#233;es au peuple sovi&#233;tique. Trois ans seulement avant la guerre, le pays connut lors de la Grande Terreur l'apog&#233;e de la terreur d'&#201;tat contre les vieux bolcheviks et tous les opposants au r&#233;gime de Staline. Au cours de cette campagne de massacres, tous les principaux dirigeants de la r&#233;volution d'Octobre et des milliers de trotskystes furent assassin&#233;s comme le fut L&#233;on Trotsky en ao&#251;t 1940. La Terreur impliqua une purge &#224; grande &#233;chelle de l'Arm&#233;e rouge, qui l'affaiblit et encouragea Hitler &#224; attaquer l'Union sovi&#233;tique en juin 1941. Hitler esp&#233;rait que les purges de Staline avaient tellement affaibli l'Arm&#233;e rouge que l'Union sovi&#233;tique subirait une d&#233;faite cuisante au premier coup s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, les espoirs d'Hitler ne furent pas enti&#232;rement r&#233;alis&#233;s. Mais l'Union sovi&#233;tique se trouva au bord de la destruction. Les premiers mois de la guerre furent un &#233;chec cuisant et confirm&#232;rent la faillite de la clique stalinienne, totalement impr&#233;par&#233;e. Rien qu'en 1941, les pertes au combat s'&#233;lev&#232;rent &#224; 3 millions de personnes, soit plus que durant tout autre semestre de la guerre. En r&#233;alit&#233;, l'Union sovi&#233;tique parvint &#224; tenir bon car le r&#233;gime hitl&#233;rien traversait une crise plus aigu&#235; encore et &#233;tait incapable de mener une guerre longue contre elle sur de si vastes distances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les souffrances de la guerre qui s'abattirent sur un pays d&#233;j&#224; affaibli et exsangue d&#251; &#224; la r&#233;pression furent sans pr&#233;c&#233;dent : 11,4 millions de personnes p&#233;rirent au combat ; 7,4 millions furent d&#233;lib&#233;r&#233;ment extermin&#233;es ; 2,2 millions p&#233;rirent dans les camps de for&#231;ats en Allemagne ; 4,1 millions moururent de faim, de maladie et de manque de soins m&#233;dicaux. Les pertes d&#233;mographiques totales s'&#233;lev&#232;rent &#224; 27 millions de personnes. Les pertes mat&#233;rielles durant les quatre ann&#233;es de guerre repr&#233;sent&#232;rent 30 pour cent de la richesse nationale de l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/05/20/vcsr-m20.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/05/20/vcsr-m20.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que L&#233;on Trotsky disait de la 2&#232;me guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/02/guerremond.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/02/guerremond.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/A_la_veille_de_la_Deuxi%C3%A8me_guerre_mondiale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/texts/fr/A_la_veille_de_la_Deuxi%C3%A8me_guerre_mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article60&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article60&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'en disait Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/11/barta_lutte2g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/11/barta_lutte2g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article62&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article62&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre imp&#233;rialiste, classe ouvri&#232;re et nations opprim&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/09/guerre.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/09/guerre.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes puissances f&#234;tent aujourd'hui la deuxi&#232;me guerre mondiale afin de pr&#233;parer les peuples &#224; la troisi&#232;me guerre mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas le lien entre guerre mondiale et r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/militaires/Engels_Guerre_mondiale_et_revolution.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/militaires/Engels_Guerre_mondiale_et_revolution.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles sont donc les principales le&#231;ons de la &#171; victoire &#187; de 1945 :
&lt;p&gt;1&#176;) dans le choix de faire la guerre comme de la finir, il y a d'abord la crainte par les classes dirigeantes du risque de r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale &#224; &#233;radiquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) La peur du prol&#233;tariat n'a rien d'une crainte d&#233;pass&#233;e, les classes poss&#233;dantes craignent plus que jamais le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et elles sont capables, pour d&#233;tourner une r&#233;volution, de cr&#233;er une pare-feu sanglant de masse, un v&#233;ritable massacre : un Gaza, un Y&#233;men et une Ukraine plan&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Les forces de la &#171; gauche &#187; politique et syndicale ont &#233;t&#233; et sont toujours l'un des instruments principaux de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le monde capitaliste occidental sauv&#233; du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire par Staline</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8677</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8677</guid>
		<dc:date>2024-01-25T07:06:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le monde occidental (des dirigeants politiques aux media et aux intellectuels) a accueilli Staline comme un sauveur, non pas pour le prot&#233;ger du nazisme mais pour le d&#233;barrasser des v&#233;ritables communistes r&#233;volutionnaires &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde occidental (traduisez l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain et ses alli&#233;s) a &#233;t&#233; le premier &#224; essayer de faire croire que le stalinisme a fait la guerre mondiale pour sauver le monde du fascisme et qu'il s'est alli&#233; aux USA, &#224; l'empire britannique et au Canada dans ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le monde occidental (des dirigeants politiques aux media et aux intellectuels) a accueilli Staline comme un sauveur, non pas pour le prot&#233;ger du nazisme mais pour le d&#233;barrasser des v&#233;ritables communistes r&#233;volutionnaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le monde occidental (traduisez l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain et ses alli&#233;s) a &#233;t&#233; le premier &#224; essayer de faire croire que le stalinisme a fait la guerre mondiale pour sauver le monde du fascisme et qu'il s'est alli&#233; aux USA, &#224; l'empire britannique et au Canada dans ce but. C'est le gros mensonge sur lequel s'est fond&#233;e l'apr&#232;s-deuxi&#232;me guerre mondiale et il n'en est pas sorti m&#234;me apr&#232;s avoir lanc&#233; la guerre froide. Le mensonge de Yalta couvrait le fait que la Russie s'&#233;tait alli&#233;e d'abord &#224; Hitler, qu'elle avait pactis&#233; compl&#232;tement avec lui en Pologne, et surtout qu'en politique int&#233;rieure le stalinisme ne valait pas plus cher que le fascisme&#8230; Mais, surtout, il se fondait sur l'id&#233;e la plus mensong&#232;re : que le stalinisme t&#226;chait de construire le socialisme dans le monde ! Les partis staliniens sont sortis de la guerre mondiale plus forts que jamais et cela aussi int&#233;ressait les dirigeants capitalistes, m&#234;me s'ils ne pouvaient pas avouer pourquoi : le stalinisme les sauvait du&#8230; communisme r&#233;el, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire plus dangereux que jamais &#224; l'apr&#232;s-guerre, quand tous les crimes capitalistes de la guerre risquaient de se payer ! En fait, le monde capitaliste n'a jamais cru que le stalinisme voulait construire le socialisme et, au contraire, c'est parce que les dirigeants capitalistes ont compris sa nature aussi violemment contre-r&#233;volutionnaire que l'imp&#233;rialisme qu'ils ont pactis&#233; sans r&#233;serve avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que les bourgeoisies occidentales n'ont utilis&#233; d'aucune mani&#232;re les accusations document&#233;es de Trotsky contre la Russie de Staline et pas m&#234;me relev&#233; l'accusation de Trotsky selon laquelle Staline a assassin&#233; L&#233;nine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1948/05/24/staline-a-t-il-precipite-la-mort-de-lenine_1901780_1819218.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/archives/article/1948/05/24/staline-a-t-il-precipite-la-mort-de-lenine_1901780_1819218.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on va le constater : la th&#232;se de la bourgeoisie occidentale sur Staline colle tout &#224; fait &#224; celle de Staline lui-m&#234;me puisqu'elle soutient les grossi&#232;res contre-v&#233;rit&#233;s suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Staline serait le digne successeur de L&#233;nine dont il reprendrait fid&#232;lement la politique et les m&#233;thodes, au plan national comme international&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) En particulier, la dictature du parti unique, l'&#233;crasement des minorit&#233;s au sein du parti, la dictature personnelle du chef supr&#234;me, l'&#233;crasement des nationalit&#233;s, le bureaucratisme, le &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, les ententes dans la guerre avec les puissances imp&#233;rialistes et notamment avec l'Allemagne nazie, la situation des travailleurs de Russie, le goulag seraient le produit des d&#233;cisions, des perspectives d&#233;fendues par L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Les proc&#232;s de Moscou d&#233;montreraient que les anciens dirigeants de la r&#233;volution d'Octobre seraient presque tous des supp&#244;ts du fascisme, de l'imp&#233;rialisme, des traitres, des assassassins et des espions employant des m&#233;thodes terroristes et l'auraient eux-m&#234;mes reconnu lors des proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Le combat de Trotsky n'aurait vis&#233; qu'&#224; remplacer la personne de Staline, par pure ambition personnelle et pour mener exactement la m&#234;me politique, sinon pire vis-&#224;-vis de la d&#233;mocratie et&#8230; des d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Les assassinats de masse de Staline ont &#233;t&#233; sciemment occult&#233;s dans les pays occidentaux. Les r&#233;voltes en Russie, notamment celles du goulag ont &#233;t&#233; cach&#233;es en occident. L'existence m&#234;me du goulag &#233;tait cach&#233;e ou jamais cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Les d&#233;nonciations port&#233;es par les r&#233;volutionnaires comme Trotsky et Victor Serge ont &#233;t&#233; sciemment &#233;touff&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Les assassinats de militants trotskystes par les staliniens dans les pays occidentaux et dans le reste du monde ont &#233;t&#233; occult&#233;s, couverts, ni&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela &#233;tait faux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve114&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve114&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7137&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7137&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6768&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6768&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voici comment les bourgeoisies occidentales ont fait l'&#233;loge de Staline qui &#233;tait parvenu &#224; tuer les bolcheviks et le bolchevisme alors que, par ses propres moyens, l'imp&#233;rialisme n'y &#233;tait pas parvenu&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, le jugement de la grande bourgeoisie est exprim&#233; ici par le Morning Post de Londres, du 20 janvier 1925 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'int&#233;r&#234;t de la civilisation Europ&#233;enne, c'est une satisfaction d'apprendre qu'enfin la victoire revient au triumvirat (Zinoviev, Kamenev, Staline), car Trotsky, avec ses qualit&#233;s diaboliques entra&#238;nant les hommes &#224; la destruction, est infiniment sup&#233;rieur &#224; la clique qui l'a remplac&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Le_monde_d%C3%A9fait_la_r%C3%A9volution_XXe_si%C3%A8/c1-BDAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=arslane+klioua+le+monde+d%C3%A9fait&amp;pg=PA3&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Le_monde_d%C3%A9fait_la_r%C3%A9volution_XXe_si%C3%A8/c1-BDAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=arslane+klioua+le+monde+d%C3%A9fait&amp;pg=PA3&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro de f&#233;vrier de la revue am&#233;ricaine de gauche &#171; The Nation &#187; de gauche, dit ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela met au premier plan la question suivante : qui est-ce qui repr&#233;sente la continuation du programme bolchevique en Russie, et qui am&#232;ne l'in&#233;vitable r&#233;action contre ce programme ? Le lecteur am&#233;ricain a toujours estim&#233; que L&#233;nine et Trotsky repr&#233;sentaient la m&#234;me cause ; la presse conservatrice et les hommes d'Etat de chez nous sont arriv&#233;s &#224; la m&#234;me conclusion. C'est ainsi que le &#171; Time &#187; de New York a trouv&#233; que, pour le nouvel an, le principal motif de r&#233;jouissance &#233;tait dans l'exclusion de Trotsky, prononc&#233;e par le parti communiste, affirmant tout net que &#171; l'opposition expuls&#233;e &#233;tait d'avis d'&#233;terniser les id&#233;es et le r&#233;gime qui ont s&#233;par&#233; la Russie de la civilisation occidentale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la premi&#232;re Conf&#233;rence Internationale de Gen&#232;ve o&#249; assistait une d&#233;l&#233;gation de Moscou, alors que le Thermidor stalinien se profilait d&#233;j&#224;, le repr&#233;sentant anglais, Chamberlain, le futur homme de Munich, s'&#233;criait en effet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Grande-Bretagne ne traitera pas avec l'Union Sovi&#233;tique aussi longtemps que Trotski ne sera pas fusill&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv45.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv45.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expulsion de Trotski du C.C. et du Parti russe, ainsi que plus tard sa d&#233;portation &#224; Alma Ata furent applaudies par la presse bourgeoise et les chancelleries occidentales comme un signe certain de la victoire de la fraction r&#233;actionnaire sur la fraction r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chamberlain complimenta m&#234;me les proc&#232;s de Moscou !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winston Churchill, lui aussi, applaudissait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'ensuivit en Russie sovi&#233;tique une purge impitoyable &#8211; mais peut-&#234;tre pas inutile &#8211; des milieux politiques et militaires, ainsi qu'une s&#233;rie de proc&#232;s &#224; partir de janvier 1937, dans lesquels le procureur Vychinsky joua un r&#244;le si magistral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Churchill, s'alliant avec Staline &#224; Yalta en 1945 et se partageant le monde avec lui et Roosevelt, affirmait : &#171; je ne crois pas me tromper en pensant du bien de Staline &#187; ou encore &#171; le diable a de bonnes r&#233;f&#233;rences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez ! Avoir assassine le plus grand nombre de r&#233;volutionnaires et emprisonn&#233; les autres, pour Churchill, c'&#233;tait une sacr&#233;e r&#233;f&#233;rence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que Churchil se d&#233;clarait ennemi mortel de la r&#233;volution russe quand c'&#233;tait la Russie des soviets dirig&#233;e par L&#233;nine et Trotsky. Il d&#233;clarait alors que &#171; les bolcheviks sont les ennemis avou&#233;s de la civilisation mondiale existante &#187;. (discours du 3 janvier 1920)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1931 encore, il d&#233;crivait l'URSS comme une &#171; menace gigantesque pour la paix de l'Europe &#187;. &#171; Winston Churchill voit la Russie sovi&#233;tique comme une menace gigantesque pour la paix de l'Europe &#187;, &#233;crivait le &#171; New York American &#187;, 23 ao&#251;t 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en est suivi presque trois ann&#233;es au cours desquelles il n'a pas r&#233;ussi &#224; offrir de commentaires substantiels sur l'Union sovi&#233;tique, une p&#233;riode pendant laquelle, cependant, il semble avoir consid&#233;rablement ajust&#233; ses points de vue. La mont&#233;e d'Hitler a bien s&#251;r &#233;t&#233; ici cruciale. En ao&#251;t 1934, le Sunday Express rapportait que Churchill avait chang&#233; d'avis &#224; l'&#233;gard de la Russie. Un article du journaliste Peter Howard avait pour titre : &#171; M. Churchill change d'avis : les croque-mitaines de Moscou sont d&#233;sormais plut&#244;t gentils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/M%C3%A9moires_de_guerre_Tome_1_1919_1941/ZsFSCwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=churchill+m%C3%A9moires+de+guerre&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/M%C3%A9moires_de_guerre_Tome_1_1919_1941/ZsFSCwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=churchill+m%C3%A9moires+de+guerre&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1930, Churchill &#233;tait parvenu &#224; la conclusion que l'URSS avait abandonn&#233; la r&#233;volution mondiale et que, agissant &#224; nouveau comme une grande puissance traditionnelle, elle partageait l'int&#233;r&#234;t de la Grande-Bretagne dans la pr&#233;servation de la paix en Europe. Cela d&#233;termina son attitude lors de la crise de Munich en 1938 et perdura jusqu'&#224; Yalta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imperialglobalexeter-com.translate.goog/2020/09/02/i-dont-think-im-wrong-about-stalin-churchills-strategic-and-diplomatic-assumptions-at-yalta/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://imperialglobalexeter-com.translate.goog/2020/09/02/i-dont-think-im-wrong-about-stalin-churchills-strategic-and-diplomatic-assumptions-at-yalta/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes fran&#231;ais (dont Blum) refusaient de d&#233;noncer clairement les proc&#232;s de Moscou :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1998_num_45_2_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1998_num_45_2_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas &#233;tonnant, L&#233;on Blum devait le pouvoir &#224; l'alliance de 1936 entre socialistes et staliniens (soi-disant communistes) et le calme social (apr&#232;s la temp&#234;te des gr&#232;ves) &#224; la CGT-PCF (&#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Populaire &#187;, journal du parti socialiste de L&#233;on Blum, cite ici &#171; Le Messagero &#187; italien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'opinion italienne a suivi avec int&#233;r&#234;t le proc&#232;s du groupe Zinoviev-Kamenev, qui s'est d&#233;roul&#233; &#224; Moscou, et auquel Le Messagero consacre aujourd'hui un long article sous le titre : &#171; La mort des obs&#233;d&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en se faisant l'interpr&#232;te de la profonde piti&#233; qu'inspire l'ex&#233;cution des seize accus&#233;s condamn&#233;s &#224; la peine de mort, le journal &#233;crit que c'est le dernier acte d'une trag&#233;die entre l'utopie en conflit avec la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M. Staline, &#233;crit-il, &#233;tait dans la r&#233;alit&#233;. Ce que ses adversaires jugeaient des trahisons &#224; l'id&#233;al n'&#233;taient que des concessions, aussi in&#233;vitables que n&#233;cessaires, &#224; la logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au programme abstrait de la r&#233;volution permanente du communisme, M. Staline a oppos&#233; le plan quinquennal, la cr&#233;ation d'une arm&#233;e, une &#233;conomie n'ignorant pas l'individu, une &#233;chelle de valeurs et la petite propri&#233;t&#233; ainsi qu'une politique &#233;trang&#232;re en Europe et en Asie qui reprenait la tradition nationale, et, enfin, une politique d&#233;mocratique qui interdisait les pratiques conduisant au suicide, restaurait la famille, limitait les cas de divorce et condamnait l'abandon des enfants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Messagero, tout comme L&#233;nine, son successeur Staline, dont le journal fait l'&#233;loge, connait le peuple et le comprend. Il sait lui parler et se faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8224018/f3.item.r=staline.zoom&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8224018/f3.item.r=staline.zoom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; anticommuniste et contre-r&#233;volutionnaire des proc&#232;s de Moscou, aucun organe de presse et aucune organisation officielle occidentale ne l'a v&#233;ritablement relat&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6243&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_15.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La presse s'indigne de la pr&#233;sence m&#234;me de Trotsky r&#233;fugi&#233; en France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 mars 1929, &#171; Le Populaire &#187; (journal du parti socialiste) ayant &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M. Bliira a plaid&#233; pour Trotsky : il a demand&#233; qu'on l'accueillit en France, au nom des vieilles traditions. &#187;, M. E. Gascoin (Ami du Peuple du soir) r&#233;pond dans Le Figaro : &#171; La France, jusqu'ici, accueillait les victimes, mais non pas les bourreaux. &#187; Ce qui rendait, en l'esp&#232;ce, cette pr&#233;tention particuli&#232;rement r&#233;voltante, c'est qu'en signant le trait&#233; de Brest-Litovsk, Trotsky, non seulement a trahi notre pays, alli&#233; de la Russie et qui s'est en partie ruin&#233; pour elle, mais qu'en outre il a prolong&#233; la guerre et demeure ainsi directement responsable de la mort de milliers de nos soldats. Sur les boulevards de nos villes, sur les routes de nos campagnes, &#171; l'assassin e&#251;t rencontr&#233; des orphelins et des veuves qui eussent &#233;t&#233;, qui sont toujours ses victimes. Tout cela le sang sur les mains, la trahison abjecte, nos compatriotes et les meilleurs, sacrifi&#233;s &#224; l'aberration la plus folle, les injures m&#234;mes dont chaque jour le couvrent personnellement les communistes, rien n'a arr&#234;t&#233; M. Blum. Il s'agissait d'empoisonner un peu plus la France en y introduisant un ferment de corruption plus que tout autre actif, automatiquement M. Blum, l'arri&#232;re-train chaud encore du dernier coup de pied de Cachin, s'est lev&#233; et a r&#233;pondu. &#171; Pr&#233;sent &#187;. Et derri&#232;re lui c'est ici que le fait devient grave, car les r&#233;actions personnelles de &#171; l'antipatriote ne nous int&#233;ressent pas en elles-m&#234;mes derri&#232;re lui il y avait, se taisant mais complice, tout le Cartel, depuis Herriot, qui a r&#233;tabli ce foyer de pestilence qu'est l'ambassade des Soviets, jusqu'&#224; Daladier autre ventre qui, hier, d&#233;plorait ouvertement la d&#233;faite des communistes, c'est-&#224;-dire des ennemis avou&#233;s de son, pays. &#171; Soyons des d&#233;faitistes &#187;, &#233;crivait ce matin m&#234;me Maurice Thorez, dans l'Humanit&#233;. &#171; Qu'on expulse les missionnaires qui vont faisant briller partout la claire lumi&#232;re de France, qu'on accueille Trotsky, propagandiste r&#233;volutionnaire et agent de trahison, voil&#224; l'essentiel de leurs v&#339;ux, voil&#224; ce qu'ils nous imposeront demain s'ils sont nos ma&#238;tres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k295801s/texteBrut&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k295801s/texteBrut&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Matin &#187; du 16 avril 1934 titre contre Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que fait, aux portes de Paris, l'homme qui a sign&#233; la trahison russe pendant la guerre et dresse, en France, la r&#233;volution contre la paix ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k578319k/f1.image.r=trotsky?rk=42918;4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k578319k/f1.image.r=trotsky?rk=42918;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal Le Devoir du 17 avril 1934 rapporte l'expulsion de France de Trotsky : on verra que le journal bourgeois reprend les protestations de &#171; citoyens &#187;, qui ne sont autres que les staliniens, sur la pr&#233;sence de Trotsky en France !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://collections.banq.qc.ca/jrn03/devoir/src/1934/04/17/5226335_1934-04-17.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://collections.banq.qc.ca/jrn03/devoir/src/1934/04/17/5226335_1934-04-17.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1927, &#171; La Presse &#187;, journal r&#233;actionnaire, bourgeois et antis&#233;mite, prend parti pour Staline contre Trotsky, propageant les mensonges staliniens selon lesquels &#171; malgr&#233; la facilit&#233; accord&#233;e aux chefs de l'opposition (Trotsky et Zinoviev) de prednre part &#224; la discussion devant le congr&#232;s et de d&#233;fendre leur point de vue, ni Zinoviev, ni Trotsky ne daign&#232;rent le faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6027409/f3.item.r=trotsky.zoom&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6027409/f3.item.r=trotsky.zoom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 octobre 1927, ce journal violemment anticommuniste affirme que &#171; Mr Trotski, &#224; la s&#233;ance du pr&#233;sidium du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, a d&#233;clar&#233; que la discipline du parti communiste n'est pas obligatoire pour lui. &#187; !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k602698r/f3.item.r=trotsky.zoom&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k602698r/f3.item.r=trotsky.zoom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1927, &#171; Le Figaro &#187; affirme qu'&#171; il y a une parfaite impossibilit&#233; d'appliquer le socialisme int&#233;gral auquel voudrait revenir Trotsky. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constatera que Le Figaro comprend que Staline ne veut pas appliquer &#171; le socialisme int&#233;gral &#187; et que ce journal bourgeois le soutient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2953229/f3.item.r=trotsky.zoom&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2953229/f3.item.r=trotsky.zoom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Presse &#187;, torchon de la bourgeoisie d&#233;j&#224; cit&#233;, reconna&#238;t le 27 d&#233;cembre 1927 que &#171; Trotsky jouit dans les masses d'une tr&#232;s grande popularit&#233;. Dans tous les cin&#233;mas de Russie passent en ce moment des &#233;pisodes des journ&#233;es d'octobre (1917), et &#224; chaque fois que Trotsky appara&#238;t sur l'&#233;cran la salle &#233;clate en applaudissements. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k602776m/f3.item.r=trotsky.zoom&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k602776m/f3.item.r=trotsky.zoom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, Le Figaro diffusera sans g&#232;ne et sans l'ombre d'une critique les mensonges &#233;normes des proc&#232;s de Moscou en 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k409219n/f3.item.r=trotsky.zoom&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k409219n/f3.item.r=trotsky.zoom&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme d'extr&#234;me droite Churchill et Staline s'entendaient comme larrons en foire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/monde/royaume-uni/12-aout-1942-staline-et-churchill-faisaient-la-fete-au-kremlin_3071897.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francetvinfo.fr/monde/royaume-uni/12-aout-1942-staline-et-churchill-faisaient-la-fete-au-kremlin_3071897.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Hollywood vantait le mod&#232;le stalinien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.slate.fr/story/251494/mission-a-moscou-film-hollywood-propagande-vante-merites-urss-communisme-staline&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.slate.fr/story/251494/mission-a-moscou-film-hollywood-propagande-vante-merites-urss-communisme-staline&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde occidental a soutenu la th&#232;se des proc&#232;s de moscou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1972_num_22_4_418968&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1972_num_22_4_418968&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/russe_1161-0557_2011_num_37_1_2463&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/russe_1161-0557_2011_num_37_1_2463&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse fran&#231;aise a soutenu les mensonges des proc&#232;s de Moscou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/conseils/content/les-proces-de-moscou-1936-1938&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/conseils/content/les-proces-de-moscou-1936-1938&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande terreur, tr&#232;s peu couverte par la presse occidentale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.retronews.fr/conflits-et-relations-internationales/long-format/2023/06/06/les-proces-de-moscou&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.retronews.fr/conflits-et-relations-internationales/long-format/2023/06/06/les-proces-de-moscou&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Guerre mondiale et R&#233;volution</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8386</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8386</guid>
		<dc:date>2023-09-05T22:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quand Karl Marx et Friedrich Engels pr&#233;voyaient la premi&#232;re guerre mondiale : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6764 &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions ! &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399 &lt;br class='autobr' /&gt;
Marxisme et question militaire : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6411 &lt;br class='autobr' /&gt;
La (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand Karl Marx et Friedrich Engels pr&#233;voyaient la premi&#232;re guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6764&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6764&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marxisme et question militaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6411&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6411&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise syst&#233;mique de 1873 menait &#224; l'imp&#233;rialisme et &#224; la guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article777&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article777&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre mondiale et R&#233;volution, de Friedrich Engels&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Appendice aux &#201;crits militaires de Marx-Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre et question des nationalit&#233;s en Europe apr&#232;s 1870&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PREMI&#200;RE PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Nationalit&#233;s r&#233;volutionnaires et contre-r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des t&#226;ches r&#233;elles de la r&#233;volution de 1848 (et les t&#226;ches r&#233;elles et non pas illusoires d'une r&#233;volution ont toujours &#233;t&#233; r&#233;solues &#224; la suite de cette r&#233;volution) a &#233;t&#233; la restauration des nationalit&#233;s opprim&#233;es et &#233;parpill&#233;es d'Europe centrale, pour autant que celles-ci &#233;taient viables et pr&#233;cis&#233;ment m&#251;res pour l'ind&#233;pendance . Cette t&#226;che a &#233;t&#233; remplie par les ex&#233;cuteurs testamentaires de la r&#233;volution, Napol&#233;on III, Cavour, Bismarck, dans les conditions existantes de l'&#233;poque pour l'Italie, la Hongrie, l'Allemagne, etc. Il resta l'Irlande et la Pologne. On peut laisser ici de c&#244;t&#233; l'Irlande, car elle ne touche pas directement aux conditions du continent. Mais la Pologne se trouve en plein milieu du continent, et le maintien de sa division est pr&#233;cis&#233;ment le lien qui tient sans cesse ensemble la Sainte-Alliance, et c'est la raison pour laquelle la Pologne nous int&#233;resse particuli&#232;rement .&lt;br class='autobr' /&gt;
Historiquement, il est impossible &#224; un grand peuple de discuter avec tant soit peu de s&#233;rieux ses questions int&#233;rieures aussi longtemps que l'ind&#233;pendance nationale fait d&#233;faut. Ce n'est que depuis 1861 que les r&#233;publicains ont &#233;puis&#233; leur t&#226;che [en Allemagne], et ils ont donn&#233; ensuite aux socialistes les meilleurs de leurs &#233;l&#233;ments. Ce n'est qu'en l'an 1866 &#8211; lorsque l'unit&#233; grand-prussienne de la Petite-Allemagne fut vraiment d&#233;cid&#233;e &#8211; que le parti dit d'Eisenach et les lassall&#233;ens ont gagn&#233; une importance, et ce n'est que depuis 1870, lorsque les vell&#233;it&#233;s d'immixtion de Bonaparte outre-Rhin furent d&#233;finitivement &#233;cart&#233;es, que notre cause a pris son v&#233;ritable essor. O&#249; serait notre parti si nous avions encore la vieille Di&#232;te ! De m&#234;me en Hongrie. Ce n'est que depuis 1860 qu'elle est attir&#233;e dans le mouvement moderne, caract&#233;ris&#233; par les filouteries en haut, et le socialisme en bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un mouvement international du prol&#233;tariat en g&#233;n&#233;ral n'est possible qu'entre nations ind&#233;pendantes. Le petit peu d'internationalisme r&#233;publicain de 1830-1848 se regroupa autour de la France qui devait lib&#233;rer l'Europe, et accrut donc le chauvinisme fran&#231;ais au point que la mission de lib&#233;ration universelle de la France, et donc son droit, de par sa naissance, &#224; prendre la t&#234;te, nous est encore jet&#233;e &#224; travers les jambes tous les jours (sous une forme caricaturale chez les blanquistes, et tr&#232;s marqu&#233;e chez les Malon et Cie, par exemple).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'Internationale &#233;galement, c'&#233;tait une opinion qui allait presque de soi chez les Fran&#231;ais. Ce n'est que les &#233;v&#233;nements qui firent entrer dans leur t&#234;te &#8211; ainsi que celle de quelques autres &#8211; qu'une action internationale commune n'est possible qu'entre &#233;gaux, et qu'un premier parmi ses pairs l'est tout au plus pour une action imm&#233;diate. En fait, la r&#233;alit&#233; de tous les jours est encore n&#233;cessaire pour ancrer cela dans les esprits .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la Pologne est divis&#233;e et asservie, il n'est donc pas possible qu'un puissant parti socialiste se d&#233;veloppe dans le pays, pas plus qu'il n'est possible de nouer des rapports v&#233;ritablement internationaux entre les Polonais de l'&#233;migration et les autres partis prol&#233;tariens d'Allemagne, etc. Tout paysan ou ouvrier polonais qui, &#233;mergeant du marais, s'ouvre &#224; l'id&#233;e de participer aux probl&#232;mes d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral se heurte aussit&#244;t &#224; la r&#233;alit&#233; de l'oppression nationale. Celle-ci surgit partout comme premier obstacle sur son chemin. Son &#233;limination est la condition fondamentale de toute &#233;volution saine et libre. Des socialistes polonais qui ne mettraient pas en t&#234;te de leur programme la lib&#233;ration de leur pays me feraient la m&#234;me impression que des socialistes allemands qui ne voudraient pas exiger d'abord l'abolition de la loi antisocialiste et la libert&#233; d'association, de presse, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour pouvoir lutter, il faut d'abord disposer d'un terrain, d'air, de lumi&#232;re et de la possibilit&#233; de se mouvoir. Sinon, tout reste bavardage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui importe ici n'est pas de savoir si la restauration de la Pologne est possible avant la prochaine r&#233;volution. Notre r&#244;le n'est en aucun cas de d&#233;tourner les Polonais des efforts pour arracher de force les conditions de vie pour leur d&#233;veloppement ult&#233;rieur, ni de les persuader que l'ind&#233;pendance nationale n'est qu'une cause secondaire du point de vue international, alors qu'elle est bien plu-t&#244;t la base de toute action internationale commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la guerre &#233;tait sur le point d'&#233;clater en 1873 entre l'Allemagne et la Russie , et il y avait donc une grande possibilit&#233; de restauration d'une quelconque Pologne, noyau d'une [Pologne] ult&#233;rieure qui e&#251;t &#233;t&#233; v&#233;ritable. Or si Messieurs les Russes ne mettent pas bient&#244;t un frein &#224; leurs intrigues panslavistes et &#224; leurs provocations en Herz&#233;govine, alors il se pourrait que leur tombe dessus une guerre qui les d&#233;passe, eux, l'Autriche et Bismarck. Il n'y a que le parti panslaviste et le tsar qui aient int&#233;r&#234;t &#224; ce que les choses prennent un tour s&#233;rieux en Herz&#233;govine ; la racaille des bandits bosniaques n'a pas plus d'int&#233;r&#234;t que les stupides ministres et bureaucrates autrichiens qui y s&#233;vissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes donc, m&#234;me sans soul&#232;vement, &#224; la suite de simples heurts en Europe, la restauration d'une Petite-Pologne ind&#233;pendante ne serait pas impossible du tout. Ce serait un peu comme la Petite Allemagne prussienne invent&#233;e par les bourgeois qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par la voie r&#233;volutionnaire ou parlementaire dont ils r&#234;vaient, mais par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc d'avis que deux nations en Europe n'ont pas seulement le droit, mais encore le devoir d'&#234;tre nationales, avant que d'&#234;tre internationales : les Irlandais et les Polonais. En somme, ils sont le mieux internationaux en &#233;tant nationaux. C'est ce qu'ont compris les Polonais dans toutes les crises, et c'est ce qu'ils ont d&#233;montr&#233; sur tous les champs de bataille de la r&#233;volution. Si on leur enlevait la perspective de restaurer la Pologne ou si on leur racontait que la Pologne se ferait toute seule bient&#244;t, c'en serait fini de leur int&#233;r&#234;t pour la r&#233;volution europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, en particulier, nous n'avons aucune raison de nous mettre en travers de la voie dans leurs aspirations irr&#233;pressibles &#224; l'ind&#233;pendance. Premi&#232;rement, ils ont invent&#233; et appliqu&#233; en 1863 la strat&#233;gie de lutte que les Russes utilisent maintenant eux-m&#234;mes avec succ&#232;s (cf. Berlin et Saint-P&#233;tersbourg, second suppl&#233;ment ) ; deuxi&#232;mement, ils &#233;taient les seuls officiers et g&#233;n&#233;raux capables et auxquels on pouvait se fier dans la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, quels sont les gens qui luttent contre les aspirations nationales des Polonais ? Premi&#232;rement, les bourgeois europ&#233;ens, qui ont retir&#233; leur confiance aux Polonais depuis l'insurrection de 1846 et en raison de leurs tendances socialistes ; deuxi&#232;mement, les panslavistes russes et les gens influenc&#233;s par eux, tel Proudhon qui consid&#233;rait ce probl&#232;me avec les lunettes de Herzen. Chez les Rus-ses &#8211; et m&#234;me parmi les meilleurs, il n'y a que fort peu de gens qui ne souffrent pas de tendances et r&#233;miniscences panslavistes : la mission panslaviste de la Russie est aussi r&#233;pandue chez eux que chez les Fran&#231;ais la croyance en l'initiative inn&#233;e de la France &#224; d&#233;clencher le processus r&#233;volutionnaire en Europe et dans le monde. En r&#233;alit&#233;, cependant, le panslavisme ne fait que tendre &#224; l'h&#233;g&#233;monie mondiale en pr&#233;textant une nationalit&#233; slave qui n'existe pas, et cette escroquerie est le pire ennemi pour nous et les Russes. Lorsque le moment en sera venu, cette escroquerie s'effacera d'elle-m&#234;me, mais d'ici l&#224; elle peut encore nous &#234;tre tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Une guerre panslaviste est la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage pour le tsarisme et la r&#233;action russe, et elle se pr&#233;pare en ce moment. Certes elle est tr&#232;s probl&#233;matique, mais si elle &#233;clate n&#233;anmoins, une chose est certaine : l'&#233;volution qui s'effectue si formidablement bien en direction de la r&#233;volution en Allemagne, en Autriche et en Russie m&#234;me, sera compl&#232;tement chambard&#233;e et sera pr&#233;cipit&#233;e dans des voies d'abord impr&#233;visibles. Dans la meilleure hypoth&#232;se, nous perdrions 3 &#224; 10 ans, qui seraient un d&#233;lai de gr&#226;ce pour une &#034;nouvelle &#232;re&#034; constitutionnelle de Bismarck en Allemagne et du tsar en Russie, une Petite-Pologne sous h&#233;g&#233;monie allemande, l'occasion d'une guerre de revanche de la France et la zizanie entre les peuples, et &#224; la fin on aurait probablement une nouvelle Sainte-Alliance. En cons&#233;quence, le panslavisme est plus que jamais notre ennemi mortel, bien qu'il se trouve au bord de la mort ou pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de cela. Ce que savent fort bien les Katkoff, Aksakoff, Ignatieff et Cie, c'est que leur r&#232;gne est fini &#224; jamais sit&#244;t que le tsarisme sera renvers&#233; et que le peuple russe entrera en sc&#232;ne. C'est ce qui explique leur fougue belliqueuse, au moment o&#249; le Tr&#233;sor russe est &#224; sec et o&#249; aucun banquier n'avance le moindre centime au gouvernement russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la raison pour laquelle, tous les panslavistes d&#233;testent mortellement les Polonais. Ce sont les seuls slaves antipanslavistes, soit des tra&#238;tres &#224; la sainte cause du slavisme, et il faut donc les contraindre de force &#224; s'int&#233;grer dans l'Empire tsariste grand-slave, dont la future capitale est Tsarigrad, c'est-&#224;-dire Constantinople.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous direz sans doute dans ces conditions, que je n'ai aucune sympathie pour les petits peuples ou vestiges de peuples slaves, qui ont &#233;t&#233; mis en pi&#232;ces par les trois coins avanc&#233;s dans la masse slave par les Allemands, les Magyars et les Turcs. Effectivement, j'en ai bougrement peu. Le cri de d&#233;tresse tch&#233;coslovaque &#8211; Dieu du Ciel, n'y a-t-il donc plus personne dans ce monde qui exerce la justice &#224; l'endroit des Slaves ? &#8211; a re&#231;u un &#233;cho &#224; P&#233;tersbourg, et tout le mouvement national tch&#232;que aspire &#224; ce que le tsar lui rende justice. Il en va de m&#234;me des autres aussi : Serbes, Bulgares, Slov&#232;nes, Ruth&#232;nes de Galicie (en partie du moins). Mais nous ne pouvons intervenir pour ces buts. Ce n'est que lorsque le tsarisme sera renvers&#233; que les aspirations nationales de ces nains de peuples pourront &#234;tre lib&#233;r&#233;es de leur connexion avec les aspirations &#224; la domination mondiale des panslavistes, et ce n'est qu'alors que nous pourrons leur laisser les mains libres. Mais je suis certain qu'il ne se passera pas six mois apr&#232;s cela pour que la plupart d'entre les Slaves austro-hongrois soient amen&#233;s &#224; prier qu'on les r&#233;int&#232;gre. Mais en aucun cas on ne reconna&#238;tra &#224; ces petits bouts de peuples le droit qu'on s'arroge actuellement en Serbie, en Bulgarie et en Roum&#233;lie Orientale : emp&#234;cher l'&#233;laboration du r&#233;seau ferroviaire europ&#233;en jusqu'&#224; Constantinople&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la magnifique coop&#233;ration entre les travailleurs allemands et tch&#232;ques en Boh&#234;me prouve &#224; quel point les travailleurs, m&#234;me dans les pays soi-disant &#171; opprim&#233;s &#187;, sont loin d'&#234;tre infect&#233;s par les app&#233;tits panslavistes des professeurs et des bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fort regrettable que ma lettre ne vous ait pas converti, &#233;tant donn&#233; les sympathies que vous aviez d&#233;j&#224; envers les Slaves du sud &#171; opprim&#233;s &#187; . &#192; l'origine, nous avons tous repris du lib&#233;ralisme ou du radicalisme par lequel nous sommes pass&#233;s cette sympathie &#224; l'&#233;gard de toutes les nationalit&#233;s &#171; opprim&#233;es &#187;, et je sais combien de temps et d'&#233;tudes cela m'a co&#251;t&#233; pour m'en d&#233;barrasser, mais ce fut alors de fond en comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois cependant vous prier &#224; pr&#233;sent de ne pas me pr&#234;ter des opinions que je n'ai jamais exprim&#233;es, comme les arguments de chancellerie autrichienne d&#233;fendus &#224; longueur d'ann&#233;e dans les colonnes de l'Allgemeine Zeitung d'Augsbourg et qui ne me concernent en rien. Ce qui l&#224;-dedans est exact est d&#233;pass&#233;, et ce qui n'est pas d&#233;pass&#233; est inexact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai absolument aucune raison d'enrager contre les mouvements centrifuges [des diverses nationalit&#233;s] en Autriche. Un &#171; rempart [autrichien] contre la Russie &#187; est superflu &#224; partir du moment o&#249; la r&#233;volution &#233;clate en Russie, c'est-&#224;-dire o&#249; se r&#233;unit une quelconque Assembl&#233;e repr&#233;sentative. &#192; partir du jour o&#249; la Russie est occup&#233;e &#224; l'int&#233;rieur, le panslavisme s'&#233;vanouit dans son n&#233;ant, et c'est le commencement de la d&#233;sagr&#233;gation de l'Empire russe. Le panslavisme est un produit artificiel des &#034;couches cultiv&#233;es&#034; des villes et des universit&#233;s, de l'arm&#233;e et des fonctionnaires, la campagne l'ignore compl&#232;tement, et m&#234;me la noblesse campagnarde est si coinc&#233;e qu'elle maudit toute guerre. Certes, l'Autriche a &#233;t&#233; de fait, de 1815 &#224; 1859, un rempart contre la Russie, m&#234;me si sa politique est rest&#233;e stupide et l&#226;che. Or, aujourd'hui, &#224; la veille de la r&#233;volution en Russie, lui donner de nouveau l'occasion de jouer au &#034;rempart&#034;, ce serait donner un nouveau d&#233;lai de gr&#226;ce &#224; l'Autriche, lui attribuer une nouvelle justification historique &#224; l'existence, ce serait diff&#233;rer la d&#233;sagr&#233;gation qui la guette s&#251;rement. L'ironie de l'histoire veut ici aussi que l'Autriche, du fait qu'elle permet aux Slaves d'arriver au pouvoir, d&#233;montre que l'unique droit &#224; l'existence dont elle disposait jusqu'ici a cess&#233; d'exister. Au reste, une guerre contre la Russie mettrait fin en vingt-quatre heures au pouvoir des Slaves en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous dites qu'&#224; partir du moment o&#249; les peuples slaves (en faisant toujours abstraction de la Pologne !) n'ont plus de raison de voir en la Russie leur seule lib&#233;ratrice, alors le panslavisme est &#233;chec et mat. Voil&#224; qui est vite dit, et cela a tout l'air plausible. Or, premi&#232;rement, le danger que repr&#233;sente le panslavisme, pour autant qu'il existe, ne provient pas de la p&#233;riph&#233;rie mais du centre, non des Balkans mais des 80 millions de Slaves dont le tsarisme tire son arm&#233;e et ses finances. C'est l&#224; donc qu'il faut poser le levier, et c'est bien l&#224; qu'il est plac&#233;. Une guerre doit-elle l'enlever de nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, je ne veux pas rechercher en d&#233;tail comment les petits peuples slaves en vinrent &#224; consid&#233;rer le tsar comme leur lib&#233;rateur. Il suffit que nous sachions ici qu'ils le font, et nous ne pouvons pas changer cela tant que le tsarisme n'est pas bris&#233; ; s'il y a une guerre, tous ces int&#233;ressants petits peuples se mettront du c&#244;t&#233; du tsarisme, soit de l'ennemi de tout l'Occident bourgeoisement d&#233;velopp&#233;. Tant que ce sera le cas, je ne puis m'int&#233;resser &#224; leur lib&#233;ration imm&#233;diate, ils restent notre ennemi direct tout comme leur alli&#233; et protecteur, le tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#224; contribuer &#224; l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat d'Europe occidentale, et il faut tout subordonner &#224; ce but. Si int&#233;ressants que soient les peuples slaves balkaniques etc., je me fiche compl&#232;tement d'eux sit&#244;t que leur aspiration &#224; la lib&#233;ration entre en conflit avec les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. Les Alsaciens sont eux aussi opprim&#233;s, et je veux bien me r&#233;jouir lorsque nous en serons de nouveau d&#233;barrass&#233;s. Mais si, &#224; l'avant-veille d'une r&#233;volution imminente, ils veulent provoquer une guerre entre la France et l'Allemagne, pousser et exciter de nouveau les deux peuples l'un contre l'autre, et repousser ainsi la r&#233;volution, alors je dis : halte-l&#224; ! Vous pouvez avoir autant de patience que le prol&#233;tariat europ&#233;en. Lorsque celui-ci se sera &#233;mancip&#233;, vous serez automatiquement libres, mais jusque-l&#224; nous ne tol&#233;rerons pas que vous g&#226;tiez l'attaque du prol&#233;tariat militant. Il en va de m&#234;me des Slaves. La victoire du prol&#233;tariat les lib&#232;re v&#233;ritablement et de toute n&#233;cessit&#233;, et non pas illusoirement et temporairement comme le ferait le tsar. C'est pourquoi, eux qui non seulement n'ont rien fait jusqu'ici pour le d&#233;veloppement historique et l'Europe, mais les ont encore entrav&#233;s, ont &#224; avoir au moins autant de patience que nos prol&#233;taires. D&#233;cha&#238;ner pour quelques Herz&#233;gov&#232;nes une guerre mondiale qui co&#251;terait mille fois plus de vies humaines qu'il n'en est dans toute l'Herz&#233;govine &#8211; telle n'est pas l'id&#233;e que je me fais de la politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de quelle mani&#232;re s'effectue la &#034;lib&#233;ration&#034; par le tsar ? Demandez-le donc aux paysans petits-russiens que Catherine a commenc&#233; par lib&#233;rer de &#171; l'oppression polonaise &#187;, sous le pr&#233;texte de la religion, pour les annexer ensuite purement et simplement. Quel est donc l'aboutissement de toute l'escroquerie russo-panslaviste ? Rien d'autre que la prise de Constantinople. Il n'y a que ce but qui puisse agir puissamment sur les traditions religieuses du paysan russe, qui l'enflamme pour la d&#233;fense de la Sainte Tsarigrad, et procure un d&#233;lai de vie suppl&#233;mentaire au tsarisme. Or, d&#232;s lors que les Russes seront &#224; Constantinople, adieu l'ind&#233;pendance et la libert&#233; des Bulgares et des Serbes - les petits fr&#232;res s'apercevraient bien vite qu'ils vivaient bien mieux sous les Turcs eux-m&#234;mes. Il faut une &#233;norme dose de na&#239;vet&#233; &#224; ces petits fr&#232;res pour croire que le tsar cherche leur int&#233;r&#234;t et non le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous dites qu'une Grande-Serbie constituerait un aussi bon barrage contre la Russie que l'Autriche. Je vous ai d&#233;j&#224; dit que toute la th&#233;orie du &#034;barrage&#034; s'est &#233;croul&#233;e depuis qu'il existe une puissance r&#233;volutionnaire en Russie m&#234;me. C'est ainsi avec joie que j'assiste &#224; la d&#233;sagr&#233;gation de l'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer maintenant la qualit&#233; de ces petites nations qui ne manquent pas de susciter des sympathies chez les n&#244;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut certes concevoir une Grande-Serbie d'ici 2 &#224; 4 g&#233;n&#233;rations et apr&#232;s des bouleversements g&#233;n&#233;raux en Europe, mais on ne le saurait absolument pas aujourd'hui, &#233;tant donn&#233; l'&#233;tat de d&#233;veloppement de ses &#233;l&#233;ments composants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Les Serbes se divisent en trois religions (les chiffres en sont tir&#233;s de Safarik, Slovansky Narodopis pour l'ann&#233;e 1849) : les grecs 2.880.000 ; les catholiques, y compris les pr&#233;tendus Croates qui parlent le serbe, 2.664.000, sans les Croates, 1.884.000, les mahom&#233;tans 555.000. Chez tous ces gens, la religion passe encore avant la nationalit&#233;, et chaque confession entend r&#233;gner. Aussi longtemps qu'il ne s'y sera pas d&#233;velopp&#233; un progr&#232;s qui admette au moins la tol&#233;rance, la Grande-Serbie signifiera simplement guerre civile. Cf. &#224; ce propos le Standard ci-inclus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ce pays a trois centres politiques : Belgrade, Mont&#233;n&#233;gro et Agram. Ni les Croates ni les Mont&#233;n&#233;grins ne veulent se plier &#224; la souverainet&#233; de Belgrade. En revanche, les Mont&#233;n&#233;grins et leurs amis &#8211; les petits peuples naturels de Krisovije et d'Herz&#233;govine &#8211; d&#233;fendront leur &#034;ind&#233;pendance&#034; aussi bien contre Belgrade et tout autre gouvernement central qu'il soit serbe ou non, qu'ils le font contre les Turcs et les Autrichiens. Cette ind&#233;pendance signifie qu'ils d&#233;montrent leur haine contre les oppresseurs en volant le b&#233;tail et autres biens meubles de leurs propres concitoyens serbes qu'ils &#034;oppriment&#034;. C'est ce qu'ils ont fait depuis 1.000 ans, et quiconque attaque leur droit au brigandage s'en prend &#224; leur ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis suffisamment autoritaire pour tenir pour un anachronisme l'existence de tels peuples naturels au milieu de l'Europe. Si ces gens &#233;taient au moins au niveau des Ecossais des Hauts Plateaux que chantait Walter Scott et qui &#233;taient eux aussi les pires voleurs de b&#233;tail, nous pourrions alors critiquer, &#224; la rigueur, la fa&#231;on dont les traite la pr&#233;sente soci&#233;t&#233;. Si nous &#233;tions au pouvoir, nous devrions nous aussi mettre un terme aux traditionnelles m&#339;urs de brigands et de pillards de ces gaillards. Et c'est ce que devrait faire aussi le gouvernement de la Grande-Serbie. Sur ce plan aussi, Grande-Serbie est synonyme de redoublement de la lutte que les Herz&#233;gov&#232;nes m&#232;nent actuellement, soit la guerre civile contre tous les habitants des hauts plateaux du Mont&#233;n&#233;gro, Cattaro, Herz&#233;govine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la consid&#233;rer de pr&#232;s, la Grande-Serbie n'a donc pas du tout l'air aussi simple et &#233;vidente que veulent nous le faire accroire les panslavistes et lib&#233;raux &#224; la Rasch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, vous pouvez avoir autant de sympathie que vous le voulez avec les peuples naturels, car ils ont certes un certain halo po&#233;tique. Je veux bien vous envoyer &#224; ce propos un article du Standard sur les chants populaires qui sont tout &#224; fait dans le style vieux-serbe (et ceux-ci sont tr&#232;s beaux). Mais ils sont et n'en restent pas moins des hommes de main du tsarisme, et les sentiments po&#233;tiques n'ont rien &#224; voir avec la politique. Et si le soul&#232;vement de ces gaillards menace de faire &#233;clater une guerre mondiale qui g&#226;che toute notre position r&#233;volutionnaire, il faut qu'ils sacrifient sans r&#233;mission leurs pr&#233;tentions, et leur droit &#224; voler du b&#233;tail, aux int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat europ&#233;en.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au demeurant, la Grande-Serbie, pour autant qu'elle se r&#233;aliserait aujourd'hui, ne serait rien d'autre que la principaut&#233; agrandie de la Serbie. Et qu'a fait celle-ci ? Elle a suscit&#233; une bureaucratie faite de citadins de Belgrade et d'autres villes ayant &#233;tudi&#233; &#224; l'Ouest, et notamment &#224; Vienne, et constitu&#233;e d'apr&#232;s le mod&#232;le autrichien. Or, cette bureaucratie ignore tout des rapports de propri&#233;t&#233; communautaire existant chez les paysans et elle fait des lois sur le mod&#232;le autrichien qui sont en opposition compl&#232;te &#224; ces conditions, de sorte que les paysans sont expropri&#233;s et paup&#233;ris&#233;s en masse, alors qu'au temps des Turcs ils disposaient d'une pleine autonomie de gouvernement, s'enrichissaient et payaient peu d'imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Bulgares se d&#233;peignent eux-m&#234;mes dans leurs chants populaires que les Fran&#231;ais viennent de rassembler et de publier &#224; Paris. Le feu y joue un r&#244;le &#233;minent. Une maison br&#251;le, la jeune femme est carbonis&#233;e parce que son mari pr&#233;f&#232;re sauver son cheval plut&#244;t que sa femme. Une autre fois, une jeune femme sauve ses bijoux et laisse br&#251;ler son enfant. Si par exception, on assiste &#224; un acte noble et courageux, c'est &#224; chaque fois de la part d'un Turc. O&#249; trouve-t-on ailleurs un pareil peuple de porcs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par ailleurs, vous jetez un coup d'&#339;il sur une bonne carte linguistique de la r&#233;gion (par exemple, celle de Safarik dans l'ouvrage ci-dessus mentionn&#233; ou dans celui de Kiepert sur l'Autriche et les pays du Bas-Danube de 1867), vous constaterez que la cause de la lib&#233;ration de ces Slaves des Balkans n'est tout de m&#234;me pas aussi simple et qu'&#224; l'exception du territoire serbe l'ensemble est parsem&#233; de colonies turques et bord&#233; d'une c&#244;te grecque, sans parler de ce que Salonique est une cit&#233; de Juifs espagnols. Certes, les braves Bulgares sont en train de d&#233;barrasser prestement la Bulgarie et la Roum&#233;lie orientale des Turcs, en les massacrant, les dispersant et en incendiant leurs maisons au-dessus de leurs t&#234;tes. La question bulgare ne se poserait plus &#224; notre monde si les Turcs avaient proc&#233;d&#233; de la m&#234;me mani&#232;re, au lieu de laisser les Bulgares s'administrer de plus en plus eux-m&#234;mes et payer moins d'imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PREMI&#200;RE PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2. Principe des nationalit&#233;s et guerre europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la guerre, vous me semblez tout de m&#234;me avoir le c&#339;ur un peu trop l&#233;ger . Si l'on en vient &#224; la guerre, Bismarck aura beau jeu de faire en sorte que la Russie apparaisse comme l'agresseur : il peut attendre, lui, mais les panslavistes non. Or une fois l'Allemagne et l'Autriche engag&#233;es &#224; l'Est, il faudrait mal conna&#238;tre les Fran&#231;ais, et notamment les Parisiens, pour ne pas savoir &#224; l'avance qu'ils hurleront aussit&#244;t &#224; la revanche chauvine devant laquelle on peut &#234;tre assur&#233; que la majorit&#233; pacifique du peuple gardera le silence, et ils feront si bien que la France appara&#238;tra &#233;galement ici comme l'agresseur, car le chau-vinisme r&#233;gnant exigera bient&#244;t la rive gauche du Rhin. Tout cela &#233;tant, il me semble &#233;vident que l'Allemagne en viendra &#224; lutter pour son existence et qu'alors le patriotisme chauvin y submergera &#233;galement tout. Jusque-l&#224;, les perspectives sont contre nous. Mais sit&#244;t la guerre d&#233;marr&#233;e, l'issue d'un semblable conflit &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, le premier depuis 1815, sera tout &#224; fait impr&#233;visible &#8211; et je ne voudrais donc &#224; aucun prix qu'il arrive. S'il &#233;clate, eh bien, il n'y a rien &#224; y changer alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais consid&#233;rons &#224; pr&#233;sent l'autre c&#244;t&#233;. En Allemagne, nous avons une situation qui pousse &#224; une vitesse croissante &#224; la r&#233;volution et qui doit projeter sous peu notre parti sur l'avant-sc&#232;ne. Nous-m&#234;mes n'avons rien &#224; faire pour cela : il suffit que nous laissions nos adversaires travailler pour nous. En plus de cela, on peut s'attendre &#224; une nouvelle &#232;re avec un nouveau kaiser lib&#233;ralisant qui oscille dans une irr&#233;solution totale, exactement du m&#234;me genre que Louis XVI. Ce qui nous manque, c'est uniquement une impulsion de l'ext&#233;rieur qui arrive au bon moment. C'est ce qu'offre la situation de la Russie o&#249; le d&#233;but de la r&#233;volution n'est plus qu'une question de mois. Les n&#244;tres ont pour ainsi dire fait prisonnier le tsar , d&#233;sorganis&#233; le gouvernement et &#233;branl&#233; les traditions populaires. M&#234;me sans un nouveau grand coup, l'effondrement devrait se produire bient&#244;t, et il se prolongera pendant des ann&#233;es comme de 1789 &#224; 1794 ; il donne ainsi tout le temps n&#233;cessaire pour r&#233;agir sur l'Occident et surtout sur l'Allemagne, de sorte que, contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; en 1848, o&#249; la r&#233;action &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; nouveau en plein cours le 20 mars, le mouvement suivra une courbe progressivement ascendante . Bref, nous avons devant nous une situation r&#233;volutionnaire magnifique comme jamais auparavant. Il n'y a qu'une seule chose qui puisse la g&#226;cher : Skobeleff l'a dit lui-m&#234;me &#224; Paris, &#224; savoir que seule une guerre ext&#233;rieure pourrait tirer la Russie du mar&#233;cage o&#249; elle s'enlise . Cette guerre devra rem&#233;dier &#224; tout ce que les n&#244;tres ont inflig&#233; au tsarisme en sacrifiant leur vie. Elle suffira en tout cas pour briser l'&#233;tat de captivit&#233; dans lequel se trouve le tsar, exciter contre les sociaux-r&#233;volutionnaires la col&#232;re g&#233;n&#233;rale du peuple, et leur retirer l'appui des lib&#233;raux dont ils b&#233;n&#233;ficient actuellement &#8211; et tous leurs sacrifices seraient inutiles ; il faudrait tout recommencer par le d&#233;but dans des conditions bien plus d&#233;favorables ; or une telle pi&#232;ce se joue difficilement une seconde fois, et en Allemagne m&#234;me, on peut &#234;tre assur&#233; que nos gens ou bien entonneraient le ch&#339;ur des hurlements patriotiques ou bien devraient subir une explosion de col&#232;re &#224; c&#244;t&#233; de laquelle celle des attentats [qui men&#232;rent &#224; la loi de Bismarck contre les socialistes] n'a &#233;t&#233; qu'un jeu d'enfant. Alors Bismarck r&#233;pondrait aux derni&#232;res &#233;lections, qui ont &#233;t&#233; un grand succ&#232;s pour les sociaux-d&#233;mocrates, encore tout autrement qu'il ne l'avait fait autrefois avec la loi contre les socialistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la paix continue de durer, alors ce sont les panslavistes russes qui sont roul&#233;s, et ils devront bient&#244;t ficher le camp. Alors le tsar pourra tout au plus faire une derni&#232;re tentative avec les vieux g&#233;n&#233;raux et bureaucrates en faillite qui ont d&#233;j&#224; fait naufrage. Cela pourra durer tout au plus quelques mois, et alors il ne restera plus d'autre issue que de faire appel aux lib&#233;raux &#8211; c'est-&#224;-dire &#224; une assembl&#233;e nationale d'une sorte quelconque &#8211; et cela sera, comme je connais la Russie, une r&#233;volution &#224; la 1789. Devrais-je souhaiter la guerre dans ces conditions ? Certainement jamais, et m&#234;me si, par-l&#224;, la racaille de 200 nobles petits peuples devaient crever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tiendrais pour un malheur une guerre europ&#233;enne, car cette fois-ci elle serait terriblement s&#233;rieuse ; partout elle d&#233;cha&#238;nerait le chauvinisme pour des ann&#233;es, car chaque peuple lutterait pour son existence . Tout le travail des r&#233;volutionnaires en Russie, qui sont &#224; la veille de la victoire, serait vain et d&#233;truit. Notre parti en Allemagne serait provisoirement submerg&#233; et disloqu&#233; par la vague de chauvinisme, et il en irait de m&#234;me en France. La seule chose de bien qui pourrait en sortir, c'est la restauration d'une petite Pologne, ce qui se produirait de toute fa&#231;on et tout naturellement avec une r&#233;volution. Une Constitution russe &#224; la suite d'une guerre malheureuse aurait un sens tout diff&#233;rent d'une Constitution r&#233;volutionnaire arrach&#233;e au pouvoir, ce serait quelque chose de plut&#244;t conservateur. Je pense qu'une telle guerre diff&#233;rerait la r&#233;volution de dix ans, et celle-ci se d&#233;roulerait alors, &#224; vrai dire, d'autant plus radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre europ&#233;enne commence &#224; nous menacer s&#233;rieuse-ment . Ces mis&#233;rables vestiges de petites nations surann&#233;es &#8211; Serbes, Bulgares, Grecs et autre racaille pour laquelle le philistin lib&#233;ral &#233;prouve des transports, dans l'int&#233;r&#234;t des Russes &#8211; ne peuvent souffrir que l'un quelconque d'entre eux vive tranquillement et ne peuvent s'emp&#234;cher de se prendre &#224; la gorge pour se d&#233;pouiller. Que tout cela est merveilleux et conforme aux aspirations du philistin qui s'enthousiasme pour les nationalit&#233;s selon lequel chacune de ces tribus naines dispose du droit de paix et de guerre pour toute l'Europe. Le premier coup de feu est tir&#233; &#224; Dragoman [en Bulgarie] &#8211; mais nul ne peut dire o&#249; et quand sera tir&#233; le dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre mouvement avance de mani&#232;re admirable : partout, vraiment partout, les conditions sociales travaillent &#224; le servir. Nous avons encore tant besoin de quelques ann&#233;es de d&#233;veloppement tranquille pour nous renforcer qu'il ne faut pas souhaiter jusque-l&#224; de grand chambardement. Celui-ci, en effet, ne ferait que nous repousser &#224; l'arri&#232;re-plan pour des ann&#233;es, et il serait ensuite probable qu'il nous faudrait de nouveau tout recommencer par le d&#233;but &#8211; comme apr&#232;s 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, une guerre pourrait susciter &#224; Paris une r&#233;volution, qui par ricochet pourrait de nouveau d&#233;clencher le mouvement dans le reste de l'Europe. Dans ce cas &#8211; dans des conditions certainement g&#233;n&#233;ratrices de chauvinisme aigu &#8211; les Fran&#231;ais seraient les chefs, ce dont leur niveau th&#233;orique de d&#233;veloppement les rend absolument incapables. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour les Fran&#231;ais &#8211; qui depuis 1871 ne cessent de se d&#233;velopper excellemment sur le plan politique, avec la cons&#233;quence logique qui leur est propre, quoiqu'elle leur soit inconsciente &#8211; que quelques ann&#233;es de r&#232;gne tranquille des radicaux seraient les plus pr&#233;cieux. En effet, ces radicaux se sont appropri&#233; tout le socialisme moyen, courant dans le pays, ce bric-&#224;-brac d'id&#233;es de Louis Blanc, Proudhon, etc., et nous aurions un int&#233;r&#234;t &#233;norme &#224; ce qu'ils aient l'occasion de tuer ces phrases dans la praxis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, une grande guerre, si elle venait &#224; &#233;clater, mettrait aux prises six millions de soldats sur les champs de bataille et co&#251;terait une quantit&#233; inou&#239;e d'argent. Cela aboutirait &#224; un bain de sang, &#224; des destructions et enfin &#224; un &#233;puisement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. C'est ce qui explique aussi que ces messieurs en aient eux-m&#234;mes une telle peur. Et voici ce que l'on peut pr&#233;dire : si cette guerre arrive, ce sera l'ultime et ce sera l'effondrement total de l'&#201;tat de classe, sur le plan politique militaire, &#233;conomique (m&#234;me financier) et moral. Cela peut aller jusqu'au moment o&#249; la machine de guerre se rebelle et refuse que les populations s'entre-d&#233;chirent &#224; cause de ces lamentables peuples balkaniques. C'est le mot cher &#224; l'&#201;tat de classe : apr&#232;s nous le d&#233;luge ! Or, apr&#232;s le d&#233;luge, c'est nous qui arriverons &#8211; et nous seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses restent en l'&#233;tat : quoi qu'il puisse arriver, cela tourne en un moyen de porter notre parti au pouvoir et de mettre fin &#224; toute la fripouillerie. Mais j'avoue que je souhaite que tout se passe sans cette tuerie, car elle n'est pas indispensable. Mais si elle doit avoir lieu, alors je veux esp&#233;rer que ma vieille carcasse ne m'emp&#234;chera pas au moment voulu de remonter &#224; cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Russes ne cessent d'intriguer autant qu'ils le peuvent, d'abord au sujet des atrocit&#233;s arm&#233;niennes, puis de celles qui eurent lieu &#224; la fronti&#232;re serbe . Il y a aussi l'Empire grand-serbe qu'ils jouent aux Serbes avec leur lanterne magique et l'allusion &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une convention militaire serbe avec la Russie. Maintenant ce sont les bagarres cr&#233;toises qui ont curieusement commenc&#233; parce que les Chr&#233;tiens s'entretu&#232;rent jusqu'&#224; ce que le consul russe ait r&#233;ussi &#224; les pousser &#224; se mettre tous ensemble pour massacrer des Turcs. C'est alors que le stupide gouvernement turc envoya en Cr&#232;te le pacha Schakir, qui avait &#233;t&#233; huit ans ambassadeur &#224; P&#233;tersbourg et y fut achet&#233; par les Russes ! Toute cette histoire cr&#233;toise a pour but d'emp&#234;cher les Anglais de conclure une alliance avec la Prusse . &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la raison pour laquelle l'affaire cr&#233;toise co&#239;ncida avec la visite de Guillaume II en Angleterre, de sorte que [le russophile] Gladstone put se lancer &#224; nouveau dans le pro-hell&#233;nisme et que les Lib&#233;raux purent s'enthousiasmer pour les voleurs de moutons cr&#233;tois. Le petit Guillaume voulait doubler les Russes en procurant la Cr&#232;te aux Grecs comme cadeau de noces de sa s&#339;ur [Sophie mari&#233;e avec le prince h&#233;r&#233;ditaire grec], et par la magie de sa simple pr&#233;sence amener le Sultan &#224; s'en d&#233;partir ; mais les Russes lui ont montr&#233; une fois de plus qu'il n'&#233;tait qu'un jeune nigaud &#224; c&#244;t&#233; d'eux : si la Gr&#232;ce re&#231;oit la Cr&#232;te, ce sera par la gr&#226;ce de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne va plus, m&#234;me dans la p&#233;ninsule des Balkans dans laquelle les Russes se posent par vocation en lib&#233;rateurs des peuples . Les Roumains ont d&#251; r&#233;troc&#233;der leur part de la Bessarabie, en remerciement de ce qu'ils ont aid&#233; les Russes &#224; vaincre devant Plevna : ils ne se laisseront pas facilement app&#226;ter par la promesse d'obtenir un jour la Transylvanie et le Banat. Les Bulgares en ont franchement assez d'une lib&#233;ration &#224; la fa&#231;on tsariste, qui leur envoie des agents russes dans le pays. Seuls les Serbes et tout au plus les Grecs &#8211; parce que tous deux se trouvent en dehors de la ligne directe de Constantinople &#8211; ne sont pas encore effarouch&#233;s. Les Slaves d'Autriche, que le tsar se sent appel&#233; &#224; lib&#233;rer de l'oppression allemande, ont pu &#8211; tout au moins dans la partie cisleithane de l'Empire &#8211; jouir d'une certaine autonomie. La formule de la lib&#233;ration des peuples chr&#233;tiens opprim&#233;s, utilis&#233;e par le tsar tout-puissant, ne produit plus le moindre effet ; elle peut tout au plus &#234;tre utilis&#233;e en Cr&#232;te et en Arm&#233;nie ; en Europe, elle ne prend plus &#8211; m&#234;me chez les pieux Lib&#233;raux anglais. Depuis que l'am&#233;ricain Kennan a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; la face du monde les proc&#233;d&#233;s inf&#226;mes par lesquels le tsarisme r&#233;prime dans son propre Empire toute vell&#233;it&#233; de r&#233;sistance, m&#234;me un admirateur du tsar tel que Gladstone ne risquera plus une guerre &#224; cause de la Cr&#232;te ou de l'Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PREMI&#200;RE PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.3. La solution r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution commencera cette fois &#224; l'Est, l&#224; o&#249; se trouvaient jusqu'ici le rempart inviol&#233; et l'arm&#233;e de r&#233;serve de la contre-r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; Fr. A. Sorge, 27 septembre 1877.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution russe signifie bien plus qu'un simple changement de gouvernement en Russie . Elle signifie la disparition d'une puissance militaire &#233;norme et pesante, qui depuis la R&#233;volution fran&#231;aise a constitu&#233; sans d&#233;faillance la colonne vert&#233;brale du despotisme europ&#233;en coalis&#233;. Elle signifie l'&#233;mancipation de l'Allemagne vis-&#224;-vis de la Prusse, qui a &#233;t&#233; jusqu'ici la cr&#233;ature de la Russie et n'a exist&#233; qu'en s'appuyant sur elle. Elle signifie la lib&#233;ration de la Pologne. Elle signifie pour les petites nationalit&#233;s slaves d'Europe orientale la sortie du r&#234;ve panslaviste, qui avait &#233;t&#233; cultiv&#233; chez elles par l'actuel gouvernement russe. Elle signifie enfin l'amorce d'une vie nationale active au sein du peuple russe lui-m&#234;me, et donc, en m&#234;me temps, le d&#233;but d'un v&#233;ritable mouvement ouvrier en Russie. En somme, elle signifie un tel changement de toute la situation de l'Europe, qu'il doit &#234;tre salu&#233; avec joie par les ouvriers de chaque pays comme un pas gigantesque vers leur but commun : l'&#233;mancipation g&#233;n&#233;rale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec grande joie que j'ai constat&#233; que les socialistes de Roumanie s'&#233;taient donn&#233; un programme en accord avec les principes g&#233;n&#233;raux de la th&#233;orie qui r&#233;ussit &#224; souder en un seul bloc presque tous les socialistes d'Europe et d'Am&#233;rique, je veux dire la th&#233;orie de mon d&#233;funt ami Karl Marx . La situation politique et sociale au moment de la mort de ce grand penseur et les progr&#232;s de notre parti dans tous les pays civilis&#233;s firent qu'il ferma les yeux dans la certitude que ses efforts en vue de rassembler les prol&#233;taires des deux mondes en une seule grande arm&#233;e et sous un seul et m&#234;me drapeau seraient couronn&#233;s de succ&#232;s. Mais s'il voyait seulement les immenses progr&#232;s que nous avons accomplis depuis lors en Am&#233;rique et en Europe !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces progr&#232;s sont si consid&#233;rables qu'une politique internationale commune est devenue possible et n&#233;cessaire, du moins pour le parti europ&#233;en. De ce point de vue aussi, je me r&#233;jouis de voir que vous concordez en principe avec nous et avec les socialistes de l'Occident&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, nous nous trouvons tous devant le m&#234;me grand obstacle qui entrave le libre d&#233;veloppement de l'ensemble des peuples et de chaque peuple en particulier ; sans ce libre d&#233;veloppement, nous ne pouvons penser &#224; la r&#233;volution sociale dans les diff&#233;rents pays, pas plus que nous ne pourrions la mener &#224; son terme en nous soutenant et en nous entraidant les uns les autres. Cet obstacle [au libre d&#233;veloppement des peuples du Centre et de l'Est europ&#233;en] est la vieille Sainte-Alliance des trois assassins de la Pologne, &#224; savoir de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse sous la souverainet&#233; du tsarisme russe et &#224; son profit particulier, et cette alliance continue de subsister, m&#234;me aux temps des conflits, qui ne sont que des chamailleries de famille .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1815, l'Alliance fut fond&#233;e pour s'opposer &#224; l'esprit r&#233;volutionnaire du peuple fran&#231;ais ; elle fut renforc&#233;e en 1871 gr&#226;ce au brigandage de l'Alsace-Lorraine, effectu&#233; aux d&#233;pens de la France, qui fit de l'Allemagne l'esclave du tsarisme, et du tsar l'arbitre de l'Europe ; en 1888, l'Alliance subsiste pour an&#233;antir le mouvement r&#233;volutionnaire au sein des trois Empires, en ce qui concerne aussi bien les aspirations nationales que les mouvements politiques et sociaux des ouvriers. Comme la Russie d&#233;tient une position strat&#233;gique pratiquement inexpugnable, le tsarisme russe repr&#233;sente le noyau de cette alliance, la plus grande r&#233;serve de la r&#233;action europ&#233;enne .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renverser le tsarisme et en finir avec ce cauchemar qui p&#232;se sur toute l'Europe est, &#224; nos yeux, la condition premi&#232;re de l'&#233;mancipation des nations de l'Europe centrale et orientale. D&#232;s lors que le tsarisme sera renvers&#233;, nous assisterons &#224; l'effondrement de cette puissance funeste, repr&#233;sent&#233;e par Bismarck, celle-ci &#233;tant alors priv&#233;e de son soutien principal, et notre parti ouvrier marchera &#224; pas de g&#233;ant vers la r&#233;volution. L'Autriche se d&#233;sagr&#233;gera, &#233;tant donn&#233; qu'elle perdra la seule justification de son existence, &#224; savoir emp&#234;cher par sa simple existence le tsarisme de s'incorporer les nations &#233;parpill&#233;es des Carpates et des Balkans ; la Pologne sera restaur&#233;e ; la Petite-Russie pourra choisir librement ses liens politiques ; les Roumains, les Magyars et les Slaves du sud, libres de toute immixtion &#233;trang&#232;re, pourront r&#233;gler entre eux leurs affaires et leurs probl&#232;mes frontaliers ; enfin, la noble nation des Grands-Russiens ne fera plus une chasse insens&#233;e &#224; des conqu&#234;tes qui ne profitent qu'au tsarisme, mais accomplira son authentique mission civilisatrice en Asie et, en liaison avec l'Ouest, ils d&#233;velopperont leurs capacit&#233;s intellectuelles impressionnantes, au lieu de livrer au travail forc&#233; et &#224; l'&#233;chafaud les meilleurs d'entre eux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
[Les Roumains ne savent que trop bien que] l'ind&#233;pendance nationale de la Roumanie cessera le jour o&#249; s'accomplira le r&#234;ve du tsarisme : la conqu&#234;te de Constantinople. Jusque-l&#224;, le tsarisme vous tiendra en haleine en vous poussant vers la Transylvanie roumaine, qui est aux mains des Magyars, alors que c'est pr&#233;cis&#233;ment le tsarisme qui la maintient s&#233;par&#233;e de la Roumanie. Si demain le despotisme s'effondrait &#224; P&#233;tersbourg, apr&#232;s-demain il n'y aurait plus d'Autriche-Hongrie en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, l'Alliance entre la Russie, la Prusse et l'Autriche semble dissoute, et la guerre imminente. Cependant, m&#234;me si la guerre &#233;clatait, ce ne serait que pour remettre au pas la r&#233;calcitrante Autriche et la Prusse. Esp&#233;rons que cette guerre n'aura pas lieu : dans une telle guerre, on ne pourrait sympathiser avec aucun des bellig&#233;rants ; au contraire, il faudrait souhaiter que tous fussent battus, si cela &#233;tait possible . Ce serait une guerre affreuse, mais, quoi qu'il advienne, ce qui est s&#251;r c'est que tout s'ach&#232;verait en fin de compte au profit du mouvement socialiste et la conqu&#234;te du pouvoir par la classe ouvri&#232;re en serait acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excusez cette longue lettre sur des consid&#233;rations aussi vastes, mais il ne m'&#233;tait pas possible d'&#233;crire &#224; un Roumain sans lui exprimer ma conception sur ces questions br&#251;lantes. Au reste, elle peut se r&#233;sumer en deux mots : une r&#233;volution &#233;clatant en Russie &#224; l'heure actuelle &#233;pargnerait &#224; l'Europe le malheur d'une guerre g&#233;n&#233;rale, et serait le commencement de la r&#233;volution dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre ou r&#233;volution dans l'Europe enti&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEUXI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1. Les conditions d'un conflit g&#233;n&#233;ral en 1886&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire orientale est un peu longue, il me faut entrer dans un tas de d&#233;tails, vu les b&#234;tises absurdes que la presse fran&#231;aise, y compris Le Cri, a r&#233;pandues sur ce sujet, sous l'influence russo-patriotique .&lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois de mars 1879, Disraeli envoya quatre vaisseaux cuirass&#233;s dans le Bosphore ; leur seule pr&#233;sence suffit pour arr&#234;ter la marche triomphale des Russes sur Constantinople, et pour d&#233;chirer le trait&#233; de San Stefano. La paix de Berlin r&#233;gla, pour quelque temps, la situation en Orient. Bismarck r&#233;ussit &#224; &#233;tablir un accord entre le gouvernement russe et le gouvernement autrichien. L'Autriche dominerait en sous-main la Serbie, tandis que la Bulgarie et la Roum&#233;lie orientale seraient abandonn&#233;es &#224; l'influence pr&#233;pond&#233;rante de la Russie. Cela signifiait que si l'on permettait plus tard aux Russes de prendre Constantinople, l'Autriche pourrait alors recevoir Salonique et la Mac&#233;doine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en outre, on donna la Bosnie &#224; l'Autriche, comme, en 1794, la Russie avait abandonn&#233;, pour la reprendre en 1814, la plus grande partie de la Pologne proprement dite aux Prussiens et aux Autrichiens. La Bosnie &#233;tait la cause d'une saign&#233;e perp&#233;tuelle pour l'Autriche, une pomme de discorde entre la Hongrie et l'Autriche occidentale, et surtout la preuve pour la Turquie que les Autrichiens, pas moins que les Russes, lui pr&#233;paraient le sort de la Pologne. D&#233;sormais la Turquie ne pouvait avoir confiance en l'Autriche : victoire importante de la politique du gouvernement russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Serbie avait des tendances slavophiles, partant russophiles, mais depuis son &#233;mancipation elle puise tous ses moyens de d&#233;veloppement bourgeois en Autriche. Les jeunes gens vont &#233;tudier dans les universit&#233;s autrichiennes ; le syst&#232;me bureaucratique, le code, la proc&#233;dure des tribunaux, les &#233;coles, tout a &#233;t&#233; copi&#233; des mod&#232;les autrichiens. C'&#233;tait naturel. Mais la Russie devait emp&#234;cher cette imitation en Bulgarie ; elle ne voulait pas tirer les marrons du feu pour l'Autriche. Donc la Bulgarie fut d&#232;s le d&#233;but organis&#233;e en satrapie russe. L'administration, les officiers et les sous-officiers, le personnel, tout le syst&#232;me enfin furent russes : Battenberg qui lui fut octroy&#233; comme satrape &#233;tait cousin d'Alexandre III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination d'abord directe puis indirecte du gouvernement russe suffit pour &#233;touffer en moins de quatre ans toutes les sympathies bulgares pour la Russie ; elles avaient pourtant &#233;t&#233; grandes et enthousiastes. La population regimbait de plus en plus contre l'insolence des &#171; lib&#233;rateurs &#187; ; et m&#234;me Battenberg, homme sans id&#233;es politiques, d'un caract&#232;re mou et qui ne demandait pas mieux que de servir le tsar, mais qui r&#233;clamait des &#233;gards, devint de plus en plus indocile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les choses suivaient leur cours en Russie. Le gouvernement avait r&#233;ussi, par des mesures violentes, &#224; disperser et &#224; d&#233;sorganiser les nihilistes pour quelque temps. Mais cela ne pouvait durer toujours, il lui fallait un appui dans l'opinion publique. Il lui fallait d&#233;tourner les esprits des mis&#232;res sociales et politiques de l'int&#233;rieur ; bref, il lui fallait un peu de fantasmagorie chauvine. De m&#234;me que, sous Napol&#233;on III, la rive gauche du Rhin avait servi &#224; d&#233;tourner vers l'ext&#233;rieur les passions r&#233;volutionnaires, le gouvernement russe fit miroiter au peuple anxieux et agit&#233; la conqu&#234;te de Constantinople, la &#171; d&#233;livrance &#187; des Slaves opprim&#233;s par les Turcs et leur r&#233;union en une grande f&#233;d&#233;ration sous l'&#233;gide de la Russie. Mais il ne suffisait pas d'&#233;voquer cette fantasmagorie, il fallait faire quelque chose pour la r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les circonstances &#233;taient favorables. L'annexion de l'Alsace-Lorraine avait sem&#233; entre la France et l'Allemagne des ferments de discorde, qui semblaient devoir neutraliser ces deux puissances. L'Autriche, &#224; elle seule, ne pouvait lutter contre la Russie, puisque son arme offensive la plus efficace, l'appel aux Polonais, serait toujours rendue inop&#233;rante par la Prusse. Et l'occupation &#8211; le vol &#8211; de la Bosnie &#233;tait une seconde Alsace entre l'Autriche et la Turquie. L'Italie &#233;tait au plus offrant, c'est-&#224;-dire &#224; la Russie, qui lui offrait Trieste et l'Istrie, avec la Dalmatie et Tripoli. Et l'Angleterre ? Le pacifique russophile Gladstone avait &#233;cout&#233; les paroles tentantes de la Russie : il avait occup&#233; l'&#201;gypte, en pleine paix, ce qui assurait non seulement &#224; l'Angleterre une querelle perp&#233;tuelle avec la France, mais bien plus : l'impossibilit&#233; d'une alliance des Turcs avec les Anglais, qui venaient de les spolier en s'appropriant un fief turc, l'&#201;gypte. En outre, les pr&#233;paratifs russes en Asie &#233;taient assez avanc&#233;s pour donner aux Anglais bien de la besogne aux Indes en cas de guerre. Jamais autant de chances ne s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;es aux Russes : leur diplomatie triomphait sur toute la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;bellion des Bulgares contre le despotisme russe fournit l'occasion d'entrer en campagne . &#192; l'&#233;t&#233; 1885, on fit miroiter devant les yeux des Bulgares du Nord et du Sud la possibilit&#233; de cette union promise par la paix de San Stefano et d&#233;truite par le trait&#233; de Berlin. On leur dit que s'ils se jetaient de nouveau dans les bras de la Russie lib&#233;ratrice, le gouvernement russe remplirait sa mission en accomplissant cette union ; mais que, pour cela, les Bulgares devaient commencer par chasser Battenberg. Celui-ci fut pr&#233;venu &#224; temps ; contre son habitude, il agit avec promptitude et &#233;nergie : il accomplit, mais pour son propre int&#233;r&#234;t, cette union que la Russie voulait faire contre lui. De ce moment date la lutte implacable entre lui et la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte fut men&#233;e d'abord sournoisement et indirectement. On r&#233;&#233;dita, pour les petits &#201;tats des Balkans, la belle doctrine de Louis Bonaparte, suivant laquelle, quand un peuple jusque-l&#224; &#233;pars, disons l'Italie ou l'Allemagne, se r&#233;unit et se constitue en nation, les autres &#201;tats, disons la France, ont droit &#224; des compensations territoriales. La Serbie avala l'amorce, et d&#233;clara la guerre aux Bulgares ; la Russie remporta ce triomphe que cette guerre, d&#233;clench&#233;e dans son int&#233;r&#234;t, se fit aux yeux du monde sous les auspices de l'Autriche, qui n'osa l'emp&#234;cher de peur de voir le parti russe arriver au pouvoir en Serbie. De son c&#244;t&#233;, la Russie d&#233;sorganisa l'arm&#233;e bulgare en rappelant tous les officiers russes, c'est-&#224;-dire tout l'&#233;tat-major et tous les officiers sup&#233;rieurs, y compris les chefs de bataillon de l'arm&#233;e bulgare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, contre toute attente, les Bulgares, sans officiers russes et &#224; deux contre trois, battent les Serbes &#224; plate couture et conqui&#232;rent le respect et l'admiration de l'Europe &#233;tonn&#233;e. Ces victoires ont deux causes. D'abord Alexandre Battenberg, bien que faible comme homme politique, est bon soldat ; il fit la guerre telle qu'il l'avait apprise &#224; l'&#233;cole prussienne, tandis que les Serbes suivaient la strat&#233;gie et la tactique de leurs mod&#232;les autrichiens. Ce fut donc une deuxi&#232;me &#233;dition de la campagne de 1866 en Boh&#234;me. Et puis les Serbes avaient v&#233;cu depuis soixante ans sous ce r&#233;gime bureaucratique autrichien qui, sans leur donner une puissante bourgeoisie et une paysannerie ind&#233;pendante (les paysans ont d&#233;j&#224; tous des hypoth&#232;ques), avait ruin&#233; et d&#233;sorganis&#233; les restes du communisme gentilice qui avait fait leur force dans leurs luttes contre les Turcs. Par contre, chez les Bulgares, ces institutions plus ou moins communistes n'avaient pas &#233;t&#233; entam&#233;es : ce qui explique leur bravoure extraordinaire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, nouvel &#233;chec pour la Russie ; c'&#233;tait &#224; recommencer. Le chauvinisme slavophile chauff&#233; comme contrepoids de l'&#233;l&#233;ment r&#233;volutionnaire grandissait de jour en jour et devenait d&#233;j&#224; mena&#231;ant pour le gouvernement. Le tsar se rend en Crim&#233;e, et les journaux russes annoncent qu'il fera quelque chose de grand ; il cherche &#224; attirer dans ses filets le sultan pour l'engager &#224; une alliance en lui montrant ses anciens alli&#233;s &#8211; l'Autriche et l'Angleterre &#8211; le trahissant et le spoliant, et la France &#224; la remorque et &#224; la merci de la Russie. Mais le sultan fait la sourde oreille et les &#233;normes armements de la Russie occidentale et m&#233;ridionale restent, pour le moment, sans emploi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tsar revient de Crim&#233;e (juin dernier). Mais en attendant, la mar&#233;e chauvine monte et le gouvernement, incapable de r&#233;primer ce mouvement envahissant, est de plus en plus entra&#238;n&#233; par lui ; si bien qu'il faut permettre au maire de Moscou de parler hautement, dans son allocution au tsar, de la conqu&#234;te de Constantinople. La presse, sous l'influence et la protection des g&#233;n&#233;raux dit ouvertement qu'elle attend du tsar une action &#233;nergique contre l'Autriche et l'Allemagne qui l'entravent, et le gouvernement n'a pas le courage de lui imposer silence. Bref, le chauvinisme slavophile est plus puissant que le tsar, et celui-ci doit c&#233;der de peur d'une r&#233;volution de la part des slavophiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;tresse financi&#232;re complique la situation. Personne ne veut pr&#234;ter &#224; ce gouvernement qui, de 1870 &#224; 1875, a emprunt&#233; 1 milliard 750.000 francs &#224; Londres et qui menace la paix europ&#233;enne. Il y a deux ou trois ans, Bismarck lui facilita, en Allemagne, un emprunt de 375 millions de francs, mais il est mang&#233; depuis longtemps, et sans la signature de Bismarck, les Allemands ne donneront pas un sou. Cependant cette signature ne s'obtient plus sans des conditions humiliantes. La fabrique des assignats de l'int&#233;rieur en a trop produit, le rouble argent vaut 3,80 F et le rouble papier 2,20 F. Les armements co&#251;tent un argent fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut agir : ou un succ&#232;s dans la direction de Constantinople, ou alors la r&#233;volution. C'est pourquoi Giers [l'ambassadeur russe] va chercher Bismarck pour lui exposer la situation, que celui-ci comprend fort bien. Il voudrait bien, pour m&#233;nager l'Autriche, retenir les Russes dont l'insatiabilit&#233; l'irrite. Mais voil&#224;, une r&#233;volution en Russie implique la chute du r&#233;gime de Bismarck en Allemagne . Sans la grande arm&#233;e de r&#233;serve russe de la r&#233;action, la domination des hobereaux en Prusse ne durerait pas un jour de plus. La r&#233;volution en Russie changerait d'un seul coup la situation en Allemagne ; elle mettrait fin &#224; la foi aveugle dans la toute-puissance de Bismarck qui r&#233;unit autour de celui-ci toutes les classes poss&#233;dantes ; elle acc&#233;l&#233;rerait le m&#251;rissement de la r&#233;volution en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bismarck qui ne se trompe point sur le fait que l'existence du tsarisme en Russie est la base de tout son syst&#232;me, a parfaitement compris ; il est all&#233; en h&#226;te &#224; Vienne dire &#224; ses amis d'Autriche qu'en face d'un tel danger il n'est plus temps, ni pour lui-m&#234;me ni pour eux, de faire grand cas de questions d'amour-propre ; qu'il faut aux Russes un semblant de triomphe, et que c'est dans leur propre int&#233;r&#234;t m&#234;me que l'Allemagne et l'Autriche doivent se mettre &#224; genoux devant le tsar. D'ailleurs, si messieurs les Autrichiens insistent pour se m&#234;ler des affaires de Bulgarie, il s'en lavera les mains : ils verront ce qui arrivera. Kalnoky c&#232;de, Alexandre Battenberg est sacrifi&#233;, et Bismarck court porter en personne la nouvelle &#224; Giers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit l'enl&#232;vement de Battenberg par des conspirateurs militaires, et ceci dans des circonstances qui doivent choquer tout conservateur de conviction monarchique et en premier lieu les princes, qui poss&#232;dent &#233;galement des arm&#233;es. Cependant Bismarck passe &#224; l'ordre du jour, heureux de s'en &#234;tre tir&#233; &#224; si bon compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par malheur, les Bulgares d&#233;ploy&#232;rent une capacit&#233; politique et une &#233;nergie inattendues et intol&#233;rables chez une nation slave &#171; d&#233;livr&#233;e par la sainte Russie &#187;. Ils arr&#234;tent les conspirateurs, nomment un gouvernement capable, &#233;nergique et incorruptible, (qualit&#233;s parfaitement intol&#233;rables chez une nation &#224; peine &#233;mancip&#233;e !) qui rappelle Battenberg ; celui-ci &#233;tale toute sa mollesse et prend la fuite. Mais les Bulgares sont incorrigibles. Avec ou sans Battenberg, ils r&#233;sistent aux ordres souverains du tsar et obligent l'h&#233;ro&#239;que Kaulbars [l'envoy&#233; russe] &#224; se rendre ridicule devant toute l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Imaginez la fureur du tsar. Apr&#232;s avoir courb&#233; Bismarck, bris&#233; la r&#233;sistance autrichienne, se voir arr&#234;t&#233; par ce petit peuple qui date d'hier, qui doit &#224; lui ou &#224; son p&#232;re son &#171; ind&#233;pendance &#187;, et qui ne veut pas comprendre que cette ind&#233;pendance ne signifie qu'ob&#233;issance aveugle aux ordres du &#171; lib&#233;rateur &#187;. Les Grecs et les Serbes ont &#233;t&#233; pas mal ingrats, mais les Bulgares d&#233;passent la limite ! Prendre leur ind&#233;pendance au s&#233;rieux, a-t-on d&#233;j&#224; vu cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se sauver de la r&#233;volution, le pauvre tsar est oblig&#233; de faire un nouveau pas en avant. Mais chaque pas devient plus dangereux ; car il ne se fait qu'au risque d'une guerre europ&#233;enne, ce que la diplomatie russe a toujours cherch&#233; &#224; &#233;viter. Il est certain que si l'intervention du gouvernement russe en Bulgarie am&#232;ne des complications extr&#234;mes, il arrivera un moment o&#249; l'hostilit&#233; des int&#233;r&#234;ts russes et autrichiens &#233;clatera ouvertement. Il sera alors impossible de localiser le conflit, qui deviendra une guerre g&#233;n&#233;rale. &#201;tant donn&#233; les filous qui gouvernent &#224; pr&#233;sent l'Europe, il est impossible de pr&#233;voir comment se regrouperont les deux camps. Bismarck est bien capable de se ranger du c&#244;t&#233; des Russes contre l'Autriche, s'il ne peut emp&#234;cher autrement la r&#233;volution en Russie. Mais le plus probable est une guerre entre la Russie et l'Autriche, dans laquelle l'Allemagne ne viendra au secours de cette derni&#232;re que pour emp&#234;cher son complet &#233;crasement. En attendant le printemps, car avant avril les Russes ne pourront s'engager dans une grande campagne d'hiver sur le Danube, le tsar travaille &#224; attirer les Turcs dans ses filets, et la trahison de l'Autriche et de l'Angleterre envers la Turquie lui facilite la t&#226;che. Son but est d'occuper les Dardanelles et de transformer ainsi la mer Noire en lac russe, d'en faire un abri inabordable pour l'organisation de flot-tes puissantes qui en sortiraient pour dominer ce que Napol&#233;on appelait un &#171; lac fran&#231;ais &#187; - la M&#233;diterran&#233;e. Mais il n'y est pas encore parvenu, bien que ses partisans de Sofia aient trahi sa secr&#232;te pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle est la situation : pour &#233;viter une r&#233;volution en Russie, il faut Constantinople au tsar. C'est ce qui fait h&#233;siter Bismarck ; il voudrait trouver le moyen d'&#233;viter l'une et l'autre &#233;ventualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux des Fran&#231;ais qui, depuis 16 ans, ne font que penser &#224; la revanche, il est naturel de saisir cette occasion qui peut-&#234;tre s'offrira [avec la guerre]. Cependant, pour notre parti, la question n'est pas aussi simple ; et m&#234;me pour ces messieurs les chauvins, elle ne l'est pas. En effet, une guerre contre l'Allemagne, en alliance avec la Russie, pourrait avoir pour cons&#233;quence une r&#233;volution ou bien une contre-r&#233;volution en France. Dans le cas d'une r&#233;volution qui porterait les socialistes au pouvoir, l'alliance russe s'effondrerait. D'abord, les Russes feraient imm&#233;diatement la paix avec Bismarck pour se ruer ensemble sur la France r&#233;volutionnaire . Ensuite, les socialistes ne seraient pas port&#233;s au pouvoir en France pour en venir &#224; faire une guerre afin d'emp&#234;cher une r&#233;volution en Russie. Mais cette &#233;ventualit&#233; n'est pas probable. La contre-r&#233;volution monarchique, favoris&#233;e par l'alliance russe, l'est bien davantage. Vous savez combien le tsar d&#233;sire la restauration des Orl&#233;ans, le seul gouvernement qui lui offre les conditions d'une solide et durable alliance. Une fois la guerre commenc&#233;e, on fera bon usage des officiers monarchistes dans l'arm&#233;e pour pr&#233;parer cette restauration. &#192; la moindre d&#233;faite partielle &#8211; et il y en aura in&#233;vitablement &#8211; on criera que c'est la faute de la R&#233;publique, que pour avoir des victoires et obtenir la coop&#233;ration sans arri&#232;re-pens&#233;e de la Russie, il faut un gouvernement stable, monarchique &#8211; en un mot, il faut Philippe VII [le duc d'Orl&#233;ans]. Les g&#233;n&#233;raux monarchistes agiront mollement, afin de pouvoir mettre leur manque de succ&#232;s sur le compte du gouvernement r&#233;publicain &#8211; et vlan, voici la monarchie r&#233;tablie. Une fois Philippe sur le tr&#244;ne, tous ces rois et empereurs s'entendront imm&#233;diatement et, au lieu de s'entred&#233;vorer, ils se partageront l'Europe en avalant les petits &#201;tats. Sit&#244;t la R&#233;publique fran&#231;aise tu&#233;e, on tiendra un nouveau Congr&#232;s de Vienne de la Sainte-Alliance, o&#249; l'on prendra peut-&#234;tre pr&#233;texte des p&#233;ch&#233;s r&#233;publicains et socialistes de la France pour lui refuser l'Alsace-Lorraine soit en totalit&#233;, soit en partie ; et les princes se moqueront des r&#233;publicains assez na&#239;fs pour avoir cru &#224; la possibilit&#233; d'une alliance sinc&#232;re entre le tsarisme et l'anarchie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, est-il vrai que le g&#233;n&#233;ral Boulanger dit &#224; qui veut l'entendre : &#171; Il faut la guerre uniquement pour emp&#234;cher la r&#233;volution sociale en France &#187; ? Si c'est vrai, que cela serve d'avertissement [au parti socialiste], ce brave Boulanger a des allures fanfaronnes que l'on peut pardonner &#224; un militaire, mais qui donnent une triste id&#233;e de son esprit politique. En tout cas, ce n'est pas lui qui sauverait la R&#233;publique. Somm&#233; de choisir entre les socialistes et les Orl&#233;ans, il est certain qu'il s'arrangera avec ces derniers d&#232;s lors qu'ils lui assureront l'alliance russe. Dans tous les cas, les r&#233;publicains bourgeois de France sont dans la m&#234;me situation que le tsar : ils voient se dresser devant eux le spectre de la r&#233;volution sociale et ils ne connaissent qu'un moyen de s'en pr&#233;server : la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France comme en Russie et en Allemagne, les &#233;v&#233;nements tournent si bien &#224; notre avantage que, pour le moment, nous ne pouvons d&#233;sirer que la continuation du statu quo. Si la r&#233;volution &#233;clatait en Russie, elle susciterait un jeu d'interactions donnant les conditions r&#233;volutionnaires les plus favorables qui puissent &#234;tre. Une guerre g&#233;n&#233;rale, au contraire, nous rejetterait dans le domaine de l'impr&#233;vu et des &#233;v&#233;nements incalculables. La r&#233;volution en Russie et en France serait repouss&#233;e, le brillant d&#233;veloppement de notre parti en Allemagne brutalement stopp&#233;, et en France la monarchie vraisemblablement restaur&#233;e. Sans doute, les &#233;v&#233;nements finiront par tourner en notre faveur ; mais quelle perte de temps, quels sacrifices, quels nouveaux obstacles &#224; surmonter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force qui, en Europe, pousse &#224; une guerre est grande. Le syst&#232;me militaire prussien, adopt&#233; partout, demande douze &#224; seize ans pour son d&#233;veloppement complet ; apr&#232;s ce laps de temps, les cadres de r&#233;serve sont remplis d'hommes rompus au maniement des armes. Ces douze &#224; seize ans sont partout &#233;coul&#233;s ; partout on a douze &#224; seize classes annuelles qui ont pass&#233; par l'arm&#233;e. On est donc pr&#234;t partout, et les Allemands n'ont pas d'avantage sp&#233;cial de ce c&#244;t&#233;. Et puis le vieux Guillaume va probablement mourir. Alors il y aura quelque changement de syst&#232;me. Bismarck verra sa situation plus ou moins &#233;branl&#233;e et peut-&#234;tre poussera-t-il &#224; la guerre comme moyen de se maintenir. Pour les autres, ce sera une nouvelle tentation d'attaquer l'Allemagne qu'on croira moins forte au moment d'un changement de politique int&#233;rieure. En effet, la Bourse croit partout &#224; la guerre, d&#232;s que le vieux [l'empereur d'Allemagne] fermera les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui me concerne, je crois qu'il faut qu'un fait soit assur&#233; pour nous : si guerre il y a, elle ne se fera que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution : en Russie, pour pr&#233;venir l'action commune de tous les m&#233;contents, slavophiles, constitutionnels, nihilistes, paysans ; en Allemagne, pour maintenir Bismarck ; en France, pour refouler le mouvement victorieux des socialistes et pour r&#233;tablir la monarchie &#8211; ce qui est le calcul de toute la grande-bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je suis pour &#034;la paix &#224; tout prix&#034;, car nous ne serons pas ceux qui devront payer ce prix .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Di&#232;te hongroise se r&#233;unit &#233;galement ces jours-ci, et les d&#233;bats sur les salades bulgares n'y manqueront pas . Ce qui serait le plus favorable pour nous, ce serait un refoulement pacifique ou belliqueux de la Russie, car ce serait alors la r&#233;volution dans ce pays. Les panslavistes y participeraient alors, mais seraient dup&#233;s le lendemain. C'est l&#224; un point sur lequel Marx s'exprimait toujours avec la plus grande assurance &#8211; et je ne connais personne qui conn&#251;t si bien la Russie, tant pour ce qui est de ses affaires int&#233;rieures qu'ext&#233;rieures. Il disait qu'&#224; partir du moment o&#249; le vieux syst&#232;me &#233;tait bris&#233; en Russie par n'importe qui &#8211; n'importe quelle Assembl&#233;e repr&#233;sentative &#8211;, ce serait la fin de la politique russe d'empi&#232;tements et de conqu&#234;te, si bien que tout y serait alors domin&#233; par les questions int&#233;rieures. Et d&#232;s lors que cet ultime rempart de la r&#233;action y sera bris&#233;, la r&#233;percussion sur l'Europe sera &#233;norme, et nous le remarquerons en premier en Allemagne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France comme en Allemagne, tout se d&#233;veloppe fort brillamment et quelques ann&#233;es d'&#233;volution int&#233;rieure sans perturbation, avec ses &#233;v&#233;nements in&#233;vitables, devraient nous aider grandement. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi je ne puis vraiment pas souhaiter une guerre mondiale &#8211; mais, est-ce que l'histoire se soucie de cela ? Elle suit son chemin, et nous devons la prendre comme elle vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEUXI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2. L'Allemagne et la France face au danger de guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre au Comit&#233; d'organisation de la F&#234;te internationale &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons face &#224; un danger extraordinaire. On nous menace d'une guerre dans laquelle les prol&#233;tariats fran&#231;ais et allemand, qui d&#233;testent la guerre et qui n'ont que des int&#233;r&#234;ts communs, seront contraints de se massacrer r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la v&#233;ritable cause de cet &#233;tat des choses ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le militarisme, l'introduction du syst&#232;me militaire prussien dans tous les grands &#201;tats du continent. Ce syst&#232;me pr&#233;tend armer toute la nation en vue de la d&#233;fense de son sol et de ses droits. C'est un mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me prussien a supplant&#233; le syst&#232;me de la conscription limit&#233;e et du droit au rachat accord&#233;s aux riches, parce qu'il a mis &#224; disposition des classes dominantes tous les ressources du pays, les personnes autant que les choses. Il n'a cependant pas r&#233;ussi &#224; former une arm&#233;e du peuple. L'arm&#233;e prussienne divise les citoyens soumis au service militaire obligatoire en deux cat&#233;gories. La premi&#232;re est int&#233;gr&#233;e dans la ligne, alors que la seconde est directement incorpor&#233;e dans la r&#233;serve ou dans la landwehr. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie ne re&#231;oit pratiquement pas de formation militaire ; par contre, la premi&#232;re est maintenue sous le drapeau pendant 2 ou 3 ans, une dur&#233;e suffisante pour en faire une arm&#233;e ob&#233;issante et dress&#233;e au point de r&#233;duire &#224; n&#233;ant toute volont&#233; propre, une arm&#233;e toujours pr&#234;te aux conqu&#234;tes &#224; l'&#233;tranger ainsi qu'&#224; l'oppression violente de tout mouvement populaire autoch-tone. Car, ne l'oublions pas, tous les gouvernements qui ont repris ce syst&#232;me craignent la population travailleuse &#224; l'int&#233;rieur du pays bien plus que les gouvernements rivaux au-del&#224; des fronti&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce syst&#232;me est capable d'une extr&#234;me extension, gr&#226;ce &#224; son &#233;lasticit&#233;. Tant que le dernier jeune homme en &#233;tat de porter les armes n'a pas encore &#233;t&#233; incorpor&#233; dans l'arm&#233;e, les ressources de r&#233;serve disponibles ne sont pas encore &#233;puis&#233;es. D'o&#249; cette course effr&#233;n&#233;e &#224; l'arm&#233;e la plus grande et la plus forte. Toute augmentation des forces militaires de l'un des pays oblige les autres &#201;tats &#224; faire pareil, sinon plus. Et tout ceci co&#251;te un argent fou. Les peuples sont ruin&#233;s par le fardeau des d&#233;penses militaires et la paix en devient presque plus co&#251;teuse encore que la guerre. Ainsi la guerre, au lieu de se pr&#233;senter comme le terrible fl&#233;au qu'elle est, appara&#238;t comme une crise salutaire qui met fin &#224; une situation intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle les intrigants des diff&#233;rents pays, qui aimeraient bien p&#234;cher en eau trouble, ont r&#233;ussi &#224; provoquer la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le rem&#232;de ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition du syst&#232;me prussien et son remplacement par une arm&#233;e du peuple v&#233;ritable qui est une simple &#233;cole &#224; laquelle tout citoyen en &#226;ge de porter des armes n'est int&#233;gr&#233; que pour la dur&#233;e de temps absolument n&#233;cessaire &#224; l'apprentissage du m&#233;tier de soldat ; engagement des gens ainsi form&#233;s dans des cadres de r&#233;serve locaux bien organis&#233;s pour que chaque ville, chaque district poss&#232;de son bataillon compos&#233; de gens qui se connaissent et qui, s'il le faut, pourront se rassembler en 24 heures, compl&#232;tement &#233;quip&#233;s et capable d'entrer en campagne .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que tout individu apte &#224; porter les armes garde son fusil et son &#233;quipement chez lui &#224; la maison, comme c'est le cas en Suisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple qui introduira ce syst&#232;me le premier, doublera sa force militaire r&#233;elle et r&#233;duira en m&#234;me temps son budget de guerre de moiti&#233;. En outre, par le seul fait d'armer tous ses citoyens, il prouvera encore son amour de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette arm&#233;e qui ne fait qu'un avec la nation est pareillement inapte aux conqu&#234;tes ext&#233;rieures qu'elle est invincible dans la d&#233;fense du sol natal. Et enfin, quel gouvernement oserait toucher &#224; la libert&#233; politique si tout citoyen d&#233;tient chez lui un fusil et 50 cartouches pr&#234;ts &#224; l'emploi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelle est la v&#233;ritable cause de cet &#233;tat de choses ? C'est le militarisme, c'est l'introduction du syst&#232;me militaire prussien dans tous les grands &#201;tats du continent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples sont ruin&#233;s par le poids des d&#233;penses militaires, la paix devient presque encore plus co&#251;teuse que la guerre, de telle fa&#231;on que celle-ci appara&#238;t finalement moins comme un affreux massacre que comme une crise b&#233;n&#233;fique qui met fin &#224; une situation impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse de l'Allemagne bismarckienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe, en consid&#233;rant toute cette histoire bulgare et orientale dans son ensemble, c'est que les Russes en sont arriv&#233;s seulement maintenant au point o&#249; &#8211; comme Marx l'annon&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; l'Internationale, en 1870, du fait de l'annexion de l'Alsace, etc. &#8211; ils sont devenus les arbitres de l'Europe . La seule explication possible &#224; cela est que, depuis cette guerre, le syst&#232;me militaire prussien a &#233;t&#233; introduit partout &#8211; en 1874, en Russie &#8211;, et celui-ci demande 10 &#224; 12 ans avant de mettre sur pied une arm&#233;e suffisamment puissante. Elle est pr&#234;te &#224; pr&#233;sent en Russie comme en France, et cela peut donc d&#233;marrer. C'est justement pourquoi l'arm&#233;e russe, qui est le noyau du panslavisme, fait une telle pression sur le gouvernement que le tsar est oblig&#233; de surmonter son aversion envers la R&#233;publique fran&#231;aise, et d'accepter, comme les deux seules possibilit&#233;s, ou bien l'alliance avec celle-ci, ou bien le consentement de Bismarck &#224; la politique orientale russe. Du c&#244;t&#233; de Bismarck et de Guillaume, l'alternative &#233;tait la suivante : ou bien r&#233;sister &#224; la Russie, avec la perspective d'alliance russo-fran&#231;aise et la guerre mondiale, ou la certitude d'une r&#233;volution russe par l'alliance des panslavistes et des nihilistes, ou bien c&#233;der face &#224; la Russie, ce qui signifie trahir l'Autriche . Il est clair pour moi que, de leur point de vue, Bismarck et Guillaume ne pouvaient agir autrement que ce qu'ils ont fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand progr&#232;s consiste pr&#233;cis&#233;ment en cela : l'incompatibilit&#233; des int&#233;r&#234;ts des Hohenzollern avec ceux de l'Allemagne appara&#238;t &#224; pr&#233;sent clairement et dans toute sa puissance. L'existence du Reich allemand est mise en danger du fait de sa base prussienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, l'affaire sera bien encore renvoy&#233;e &#224; apr&#232;s l'hiver, mais l'app&#233;tit vient aux panslavistes en mangeant et ils ne retrouveront jamais une occasion aussi favorable que la pr&#233;sente. Si les Russes parviennent &#224; occuper la Bulgarie, ils fonceront alors sur Constantinople, &#224; moins qu'un obstacle majeur &#8211; comme une alliance germano-austro-anglaise &#8211; ne leur impose de s'arr&#234;ter. C'est pourquoi Bismarck en appelle d'urgence &#224; une politique antirusse plus active de la part de l'Angleterre, comme on l'entend &#224; pr&#233;sent presque quotidiennement dans le Standard, afin que l'Angleterre emp&#234;che la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas l'antagonisme entre l'Autriche et la Russie s'est aiguis&#233; dans les Balkans, au point que la guerre semble plus vraisemblable que le maintien de la paix. Et ici, il n'y a plus de localisation possible de la guerre. Mais ce qui r&#233;sultera de tout cela &#8211; qui en sortira vainqueur &#8211;, il n'est pas possible de le dire &#224; l'avance. Il est incontestable que l'arm&#233;e allemande est la meilleure et la mieux dirig&#233;e, mais ce n'est qu'une arm&#233;e parmi de nombreuses autres. Les Autrichiens ont des r&#233;actions impr&#233;visibles, m&#234;me sur le plan militaire tant pour ce qui est des effectifs que &#8211; plus encore &#8211; de la direction. De fait, ils ont toujours su faire battre les meilleurs soldats. Comme toujours, les Russes se mystifient eux-m&#234;mes sur leurs forces, colossales sur le papier ; ils sont extr&#234;mement faibles dans l'offensive, mais forts dans la d&#233;fense de leur propre pays. En dehors de leur commandement, leur point le plus faible est la p&#233;nurie d'officiers susceptibles de commander les masses &#233;normes, et le pays ne produit pas une telle quantit&#233; de gens instruits. Les Turcs sont les meilleurs soldats, mais le commandement est toujours mis&#233;rable, s'il n'est pas purement et simplement vendu. Enfin les Fran&#231;ais souffrent d'un manque d'officiers, &#233;tant donn&#233; qu'ils sont politiquement trop &#233;volu&#233;s pour pouvoir tol&#233;rer une institution comme le volontariat d'un an et que le bourgeois fran&#231;ais n'a (personnellement) absolument pas une &#226;me de guerrier Nulle part, sauf chez les Allemands, le nouveau syst&#232;me n'a encore subi l'&#233;preuve du feu. Tant en ce qui concerne le nombre que la qualit&#233;, ces grandeurs sont donc difficiles &#224; calculer. Ce qui est s&#251;r des Italiens, c'est qu'&#224; effectifs &#233;gaux ils sont battus par n'importe quelle arm&#233;e. Il est absolument impossible de pr&#233;voir comment ces diff&#233;rentes grandeurs se grouperont les unes contre les autres dans une guerre mondiale. Le poids de l'Angleterre &#8211; tant de sa flotte que de ses &#233;normes ressources &#8211; cro&#238;tra &#224; mesure que la guerre se prolongera, et si elle h&#233;site, au d&#233;but &#224; faire intervenir ses soldats, un corps exp&#233;ditionnaire anglais de 60.000 hommes pourra ensuite emporter la d&#233;cision finale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela implique que rien ne se passe &#224; l'int&#233;rieur de ces diff&#233;rents pays. Or, il est possible que, pour ce qui est de la France, une guerre porte au pouvoir les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires ; qu'en Allemagne une d&#233;faite ou la mort du Vieux [Guillaume Ier] provoque un violent changement de syst&#232;me &#8211; cela peut &#224; son tour donner lieu &#224; d'autres regroupements des bellig&#233;rants. Bref, il y aura un chaos et la seule certitude est : boucherie et massacre d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, &#233;puisement de toute l'Europe &#224; un degr&#233; inou&#239; jusqu'ici, enfin effondrement de tout le vieux syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne pourrait en d&#233;couler un r&#233;sultat direct pour nous qu'&#224; la suite d'une r&#233;volution en France, mais celle-ci donnerait aux Fran&#231;ais le r&#244;le d'&#233;mancipateur du prol&#233;tariat europ&#233;en. Pour ce dernier, ce ne serait pas la solution la meilleure, &#224; mon avis, car elle accro&#238;trait &#224; l'infini la mentalit&#233; chauvine dans les esprits fran&#231;ais. Une crise violente en Allemagne &#224; la suite de la d&#233;faite militaire ne serait utile que si elle aboutissait &#224; la paix avec la France. La meilleure solution serait la r&#233;volution russe que l'on ne peut cependant escompter qu'apr&#232;s de tr&#232;s lourdes d&#233;faites de l'arm&#233;e russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain, c'est que la guerre aurait pour premier effet de rejeter notre mouvement &#224; l'arri&#232;re-plan dans toute l'Europe, voire le disloquerait totalement dans de nombreux pays, attiserait le chauvinisme et la haine entre les peuples, et parmi les nombreuses possibilit&#233;s n&#233;gatives nous assurerait seulement d'avoir &#224; recommencer apr&#232;s la guerre par le commencement, bien que le terrain lui-m&#234;me serait alors bien plus favorable qu'il ne l'est m&#234;me aujourd'hui .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait ou non la guerre, une chose est acquise : le philistin allemand s'est r&#233;veill&#233; en sursaut de sa torpeur et est de nouveau contraint d'intervenir activement dans la politique . &#201;tant donn&#233; qu'entre l'actuel bonapartisme prussien sur une base semi-f&#233;odale et la r&#233;publique socialiste qui sera notre premier stade, il y a encore de nombreuses phases interm&#233;diaires &#224; parcourir rapidement, il ne peut que nous &#234;tre utile que le bourgeois allemand soit de nouveau oblig&#233; &#224; faire son devoir politique en faisant opposition &#224; l'actuel syst&#232;me, afin que les choses se remettent enfin quelque peu en mouvement de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi que Bismarck s'est engag&#233; bien davantage avec les Russes qu'il n'y &#233;tait oblig&#233; eu &#233;gard &#224; la France . En dehors de ce que tu dis et qui est bien l'essentiel &#8211; la raison principale en est que les Russes lui ont dit, et il sait que cela est vrai : &#171; Nous avons besoin de grands succ&#232;s en direction de Constantinople ou bien, alors, nous aurons la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre III, et m&#234;me la diplomatie russe, ne peuvent conjurer l'esprit panslaviste et chauvin qu'ils ont suscit&#233;, sans consentir de lourds sacrifices, car sinon les g&#233;n&#233;raux tordront le cou &#224; Alexandre III, et alors il y aura une assembl&#233;e nationale constituante &#8211; qu'ils le veuillent ou non. Or, ce que Bismarck redoute le plus c'est une r&#233;volution russe, car la chute du tsarisme russe entra&#238;ne avec elle celle du r&#232;gne prusso-bismarckien. Et c'est pour cela qu'il met tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher cet effondrement &#8211; malgr&#233; l'Autriche, malgr&#233; l'indignation des bourgeois allemands, malgr&#233; que Bismarck sache qu'il enterre lui aussi en fin de compte son syst&#232;me, puisqu'il repose sur l'h&#233;g&#233;monie allemande en Europe, et qu'au jour de la mort du vieux Guillaume, la Russie ainsi que la France montreront bien autrement les dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de pire, &#233;tant donn&#233; la canaillerie des personnes qui nous gouvernent, c'est que nul ne peut pr&#233;voir quel sera le regroupement des combattants pour la guerre : avec qui l'un s'alliera et contre qui il s'alliera. Il est clair que l'issue finale en sera la r&#233;volution, mais avec quels sacrifices ! Avec quelle d&#233;perdition de forces &#8211; et apr&#232;s combien de revirements !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous avons encore le temps jusqu'au printemps, et d'ici l&#224; il peut se passer beaucoup de choses. Cela peut d&#233;marrer en Russie, le vieux Guillaume peut mourir et en Allemagne peut surgir une autre politique, les Turcs (qui maintenant que l'Autriche leur a enlev&#233; la Bosnie, et l'Angleterre l'&#201;gypte, ne voient plus que des tra&#238;tres en leurs anciens alli&#233;s) peuvent de nouveau sortir du sillage russe, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne peux pas avoir de plus mauvaise opinion que moi de la bourgeoisie allemande. Mais on peut se demander, si elle ne sera pas oblig&#233;e, contre sa volont&#233;, par les circonstances historiques, &#224; intervenir de nouveau activement &#8211; exactement comme la fran&#231;aise. Celle-ci est &#233;galement mis&#233;rable en ce moment, et la n&#244;tre la surpasserait certainement, mais elle devrait tout de m&#234;me &#339;uvrer de nouveau &#224; sa propre histoire. J'ai lu aussi avec satisfaction ce que Berger a dit au Reichstag , mais cela ne vaudra qu'aussi longtemps que Bismarck vivra. Je ne doute pas, un instant qu'ils aient l'intention de laisser tomber leurs propres phrases &#171; lib&#233;rales &#187;, mais on peut se demander s'ils le pourront, lorsque Bismarck ne sera plus l&#224;, lui qui r&#232;gne &#224; leur place, et qu'ils n'auront plus en face d'eux que des hobereaux simples d'esprit et des bureaucrates born&#233;s, c'est-&#224;-dire des hommes de leur propre calibre moral. Qu'il y ait la guerre ou la paix, l'h&#233;g&#233;monie allemande est an&#233;antie depuis quelques mois, et l'on redevient le laquais servile de la Russie. Or, ce n'&#233;tait que cette satisfaction chauvine, &#224; savoir &#234;tre l'arbitre de l'Europe, qui cimentait tout ce bataclan. La crainte du prol&#233;tariat fait certainement le reste. Et si ces messieurs les bourgeois sont admis au gouvernement, ils agiront certainement au d&#233;but comme tu le d&#233;cris, mais ils seront bient&#244;t oblig&#233;s de parler autrement. Je vais encore plus loin : m&#234;me si, apr&#232;s que le charme soit rompu par la mort du vieil Empereur, les m&#234;mes qu'aujourd'hui restaient au pouvoir, ils seraient, ou bien oblig&#233;s de d&#233;missionner &#224; la suite de nouvelles collisions &#8211; pas seulement dues aux intrigues de la Cour &#8211;, ou bien ils devraient agir dans le sens bourgeois. Naturellement pas tout de suite, mais avant peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une stagnation telle que celle qui r&#232;gne actuellement dans le domaine politique en Allemagne, et qui &#233;voque v&#233;ritablement le second Empire, ne peut &#234;tre qu'un &#233;tat d'exception passager. La grande industrie ne se laisse pas dicter ses lois par de l&#226;ches industriels : le d&#233;veloppement &#233;conomique suscite sans arr&#234;t des bouleversements et les pousse jusqu'&#224; l'extr&#234;me, bref, il ne souffre pas &#224; la longue que les hobereaux semi-f&#233;odaux r&#233;gentent le pays avec leurs vell&#233;it&#233;s f&#233;odales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, il est possible aussi que tous se pr&#233;parent pour la guerre au printemps, qu'ils se dressent face &#224; face arm&#233;s de pied en cap, et que chacun ait peur d'entamer les hostilit&#233;s &#8211; jusqu'&#224; ce que l'un d'entre eux propose un projet de solution impliquant des compromis r&#233;ciproques et l'engloutissement des petits &#201;tats, et que tous participent &#224; la cur&#233;e. Il est tout &#224; fait vraisemblable que Bismarck travaille d&#233;j&#224; &#224; un tel moyen de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tout l'automne et l'hiver, la diplomatie russe et prussienne a fait tous ses efforts pour mettre en &#339;uvre une guerre localis&#233;e et &#233;viter une guerre europ&#233;enne . Les Russes auraient bien aim&#233; &#233;craser la seule Autriche, et les Prussiens la seule France, tandis que les autres nations auraient assist&#233; sans rien dire au spectacle. H&#233;las, ces gentils efforts se contrecarrent r&#233;ciproquement, car celui qui aurait frapp&#233; le premier aurait provoqu&#233; la guerre mondiale. Tout enfant &#8211; mais pas les tristes sires qui gouvernent l'Europe &#8211; sait fort bien que le temps des guerres localis&#233;es est pass&#233;. Les grands hommes d'&#201;tat sont bien oblig&#233;s maintenant de s'en rendre compte eux aussi, et ils redoutent tout de m&#234;me quelque peu un conflit incendiant le monde entier, car ses effets sont impr&#233;visibles et son contr&#244;le est hors de port&#233;e des arm&#233;es prussienne et russe elles-m&#234;mes. Et c'est en cela que r&#233;side, &#224; mon avis, la seule garantie de paix que nous ayons encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une v&#233;ritable chance que les n&#244;tres ne forment plus de &#171; fraction &#187; au Reichstag, c'est bien, du moins pour quelques an-n&#233;es . Il est r&#233;jouissant de voir combien le &#171; parlementarisme &#187; tombe en discr&#233;dit subit chez tant de gens dont on n'attendrait pas une telle attitude. Le principal, c'est la rapidit&#233; irr&#233;sistible et sans cesse croissante de l'augmentation des suffrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous menons une guerre de si&#232;ge contre notre ennemi, et tant que nos tranch&#233;es ne cessent de progresser et de resserrer l'&#233;tau, tout va bien. Nous sommes maintenant tout pr&#232;s du second parall&#232;le, o&#249; nous dresserons nos batteries d&#233;montables et pourront d&#233;j&#224; faire taire l'artillerie adverse ; et si nous sommes d&#233;j&#224; aussi avanc&#233;s, sans que les assi&#233;g&#233;s ne puissent &#234;tre d&#233;gag&#233;s momentan&#233;ment par une guerre mondiale, alors nous pouvons aussi calculer le moment o&#249; l'artillerie qui ouvrira des br&#232;ches dans le glacis adverse commencera son tir et o&#249; nous pourrons passer &#224; l'attaque. Mais jusque-l&#224;, la lente et tranquille progression des travaux de si&#232;ge sont la meilleure garantie contre un assaut pr&#233;matur&#233; et contre des sacrifices inutiles. Le plus dr&#244;le dans tout cela, c'est que les assi&#233;g&#233;s proclament l'&#233;tat de si&#232;ge contre nous, les assaillants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; souhaiter que les nuages de guerre disparaissent . Tout se passe autrement si bien selon nos v&#339;ux que nous pouvons nous passer fort bien du trouble que nous causerait une guerre g&#233;n&#233;rale, d'autant que celle-ci aura une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent, bien que celle-ci s'ach&#232;vera au bout du compte &#224; notre avantage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, une guerre nous rejetterait en arri&#232;re pour de longues ann&#233;es. Le chauvinisme submergerait tout, &#233;tant donn&#233; qu'il s'agirait d'une lutte pour l'existence. L'Allemagne mobiliserait quelque 5 millions d'hommes en armes, soit environ 10 % de sa population, les autres quelque 4-5 et la Russie relativement moins. Bref, il y aurait de 10 &#224; 15 millions de combattants. J'aimerais savoir comment on les nourrira : il y aurait des d&#233;vastations semblables &#224; celles de la Guerre de Trente ans. Or, la querelle ne serait pas r&#233;gl&#233;e rapidement, malgr&#233; les colossales forces arm&#233;es. En effet, la France est prot&#233;g&#233;e par un syst&#232;me &#233;tendu de fortifications &#224; la fronti&#232;re du Nord-Ouest et du Sud-Est, et les nouvelles installations autour de Paris sont un mod&#232;le du genre. La guerre durera donc longtemps, et m&#234;me la Russie ne peut &#234;tre prise d'assaut. M&#234;me si tout se d&#233;roule d'apr&#232;s les v&#339;ux de Bismarck, les nations se verront confront&#233;es &#224; des difficult&#233;s comme jamais auparavant, et il est tr&#232;s possible que le renvoi &#224; plus tard de la victoire d&#233;cisive et des revers partiels susciteront une r&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur. Si les Allemands &#233;taient battus d'embl&#233;e, voire &#233;taient accul&#233;s &#224; une d&#233;fensive continuelle, cela barderait certainement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la guerre devait &#234;tre men&#233;e jusqu'&#224; son terme sans mouvements &#224; l'int&#233;rieur, on atteindrait un &#233;tat d'&#233;puisement tel que l'Europe n'en a pas connu depuis 200 ans. L'industrie am&#233;ricaine triompherait alors sur toute la ligne, et elle poserait devant nous l'alternative suivante : ou bien rechute dans l'agriculture pure pour l'autoconsommation (car les c&#233;r&#233;ales am&#233;ricaines interdiraient toute autre consommation), ou bien r&#233;volution sociale . C'est pourquoi je suppose que l'on ne poussera pas les choses jusqu'au bout, et l'on se bornera &#224; une guerre de parodie. Mais la premi&#232;re balle est-elle partie, que le contr&#244;le en sera perdu, et le cheval peut s'emballer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout pousse &#224; la d&#233;cision &#8211; qu'il y ait paix ou guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; de la guerre m'a lanc&#233; de nouveau dans les &#233;tudes militaires . S'il n'y a pas de guerre, tant mieux. Mais si elle &#233;clate &#8211; cela d&#233;pend de toutes sortes d'&#233;v&#233;nements impr&#233;visibles &#8211; j'esp&#232;re que les Russes seront battus &#224; plate couture et qu'il ne se passera rien de bien d&#233;cisif sur la fronti&#232;re fran&#231;aise, car cela laisserait des chances pour un raccommodement. Avec 5 millions d'Allemands sous les armes appel&#233;s &#224; se battre pour des choses qui ne les regardent pas, Bismarck ne serait plus ma&#238;tre de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les Russes seraient de grandes bourriques s'ils faisaient la guerre . On en revient &#224; la formule : Cr&#233;sus d&#233;truira un grand Empire quand il aura franchi le Halys . Ils ne peuvent amener un million d'hommes &#224; la fronti&#232;re et ils n'ont pas d'officiers pour plus de soldats. La France dispose de 1 million &#188; de tr&#232;s bonnes troupes, mais n'a pas plus de soldats entra&#238;n&#233;s, ni d'officiers pour encadrer plus de soldats. En &#233;valuant &#224; 2 millions &#189; [le nombre] de soldats entra&#238;n&#233;s pourvus d'assez d'officiers et de sous-officiers, Bismarck a toutefois donn&#233; une indication encore trop basse de la puissance militaire de son pays . C'est aussi une bonne chose. Bismarck ne doit pas &#234;tre renvers&#233; par une d&#233;faite ext&#233;rieure avant que la r&#233;volution soit en marche en Russie, car il n'en redeviendrait que plus populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il adviendra vraiment lorsque la guerre &#233;clatera effectivement, c'est ce que l'on ne peut encore pr&#233;voir. On essaiera certainement d'en faire une guerre de parodie, mais ce ne sera pas si facile. Si cela se passe comme cela nous arrange le mieux et comme il y a beaucoup de chance pour que cela se passe, alors ce sera une guerre de position avec des succ&#232;s changeants sur le front fran&#231;ais, une guerre d'attaque, avec la conqu&#234;te des forteresses polonaises, &#224; la fronti&#232;re russe, et la r&#233;volution &#224; P&#233;tersbourg qui fera appara&#238;tre soudainement sous une lumi&#232;re toute diff&#233;rente messieurs les boutefeux. Voil&#224; tout ce qui est s&#251;r : il n'y aura plus de d&#233;cisions rapides, ni de campagnes triomphales, pas plus en direction de Berlin qu'en direction de Paris. La France est tr&#232;s puissante et fort adroitement fortifi&#233;e, les positions d&#233;fensives autour de Paris sont &#233;rig&#233;es de main de ma&#238;tre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une bonne chose que Fr&#233;d&#233;ric III aille mieux . Si son fils Guillaume lui succ&#233;dait, Bismarck et lui s'arrangeraient avec la Russie &#8211; si tous les sympt&#244;mes ne sont pas un leurre &#8211; pour obtenir l'autorisation de mener une guerre contre la France. Il semble que d'ores et d&#233;j&#224; on ait conclu d'&#233;ventuelles conventions en ce sens. C'est par l&#224;, et par l&#224; seulement, que Boulanger serait un p&#233;ril, pour la France aussi bien que pour l'Allemagne. Les Fran&#231;ais pourraient &#234;tre vaincus, mais la guerre tra&#238;nerait en longueur en raison du puissant syst&#232;me fran&#231;ais de fortifications de sorte que d'autres nations s'en m&#234;leraient. Il est probable que l'Autriche et l'Italie prendraient parti contre l'Allemagne, car l'autorisation de la Russie ne pouvait &#234;tre obtenue sans qu'elles soient toutes deux sacrifi&#233;es aux Russes. Tout cela signifierait donc que Bismarck aide les Russes &#224; conqu&#233;rir Constantinople, et cela signifierait la guerre mondiale dans des conditions telles qu'il est absolument s&#251;r que l'Allemagne sera finalement vaincue : en alliance avec la Russie contre le monde ! J'esp&#232;re que ce p&#233;ril passera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise boulangiste en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y aura-t-il la guerre ? Si c'est le cas, ce serait la plus grosse b&#234;tise que le tsar et les chauvins fran&#231;ais puissent commettre. J'ai derni&#232;rement &#233;tudi&#233; les chances du point de vue militaire&#8230; Or, l'Allemagne seule serait en mesure de r&#233;sister, du moins pour quelque temps, &#224; une attaque venant de deux c&#244;t&#233;s &#224; la fois. Le grand avantage de l'Allemagne r&#233;side dans sa sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique en hommes bien entra&#238;n&#233;s, surtout en sous-officiers et officiers. En ce qui concerne la qualit&#233; des troupes de ligne, les Fran&#231;ais seront tout &#224; fait d'&#233;gale valeur aux Allemands ; en outre, la landwehr allemande est largement sup&#233;rieure &#224; l'arm&#233;e territoriale fran&#231;aise. Je tiens les Russes pour plus mauvais qu'ils ne l'ont jamais &#233;t&#233; ; ils ont adopt&#233; un syst&#232;me de service militaire g&#233;n&#233;ral pour lequel ils ne sont pas suffisamment civilis&#233;s et manquent sans aucun doute de bons officiers. La corruption y r&#232;gne comme toujours &#8211; et celle-ci jouera aussi un certain r&#244;le du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, &#224; un juger d'apr&#232;s l'affaire Wilson et autres scandales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication chauvine qui exige que toute l'histoire mondiale se r&#233;duise &#224; la r&#233;cup&#233;ration de l'Alsace par la France, et que rien ne se produise d'ici-l&#224;, telle est la revendication devant laquelle nos amis en France se plient trop volontiers, pratiquement sans exception, et voil&#224; le r&#233;sultat . C'est parce que Boulanger int&#232;gre cette revendication reconnue tacitement par tous les partis qu'il est puissant. Ses adversaires &#8211; les Cl&#233;menceau et C&#176; &#8211; n'ont rien &#224; dire contre cette revendication, ils n'osent pas, mais ils sont trop l&#226;ches pour le proclamer ouvertement et sont donc faibles. Et c'est parce que le mouvement est au fond chauvin et rien d'autre, qu'il fait le jeu de Bismarck qui serait trop heureux d'impliquer ce pauvre diable de Fritz [Fr&#233;d&#233;ric III] dans une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous dites que Boulanger ne veut pas la guerre . Or, il ne s'agit pas de ce que peut vouloir ce pauvre type. Qu'il le veuille ou non, il doit faire ce qu'exige sa situation. Une fois au pouvoir, il sera l'esclave de son programme chauvin, le seul qu'il ait, en dehors de celui par lequel il parvient au pouvoir. Il ne faudra pas six semaines pour que Bismarck l'ait impliqu&#233; dans toute une s&#233;rie de difficult&#233;s, provocations, incidents de fronti&#232;re, etc. en r&#233;ponse desquels Boulanger devra ou bien d&#233;cider la guerre ou bien d&#233;missionner. Et doutez-vous un instant de ce pour quoi il se d&#233;cidera ? Boulanger, c'est la guerre &#8211; et c'est ce qui est pratiquement certain. Or, quelle sera cette guerre ? La France, alli&#233;e &#224; la Russie, est en cons&#233;quence incapable de faire une r&#233;volution ; &#224; la moindre agitation &#224; Paris, le tsar s'entendrait avec Bismarck, afin d'&#233;touffer une fois pour toutes le foyer r&#233;volutionnaire . Pire encore : une fois la guerre commenc&#233;e, le tsar deviendrait le ma&#238;tre absolu de la France et vous imposerait le gouvernement qui lui plairait. En cons&#233;quence : se lancer dans les bras de Boulanger par haine des radicaux ce sera exactement comme se lancer dans les bras de tsar par haine de Bismarck. Est-il donc si difficile de dire qu'ils puent tous les deux, comme le disait la princesse Blanche chez Heine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;lection de Boulanger je ne vois rien d'autre qu'une nette r&#233;surgence de l'&#233;l&#233;ment bonapartiste dans le caract&#232;re parisien . Dans les ann&#233;es 1799, 1848 et 1889, cette r&#233;surgence jaillit &#224; chaque fois de l'insatisfaction que procurait la r&#233;publique bourgeoise, mais elle n'acquiert cette orientation sp&#233;cifique qu'&#224; la suite d'un courant chauvin. Mais il y a pire encore : en 1799, Napol&#233;on dut faire un coup d'&#201;tat pour conqu&#233;rir ces Parisiens qu'il avait fait mitrailler en Vend&#233;miaire, alors qu'en 1889 ce sont les Parisiens eux-m&#234;mes qui &#233;lisent l'un des bouchers de la Commune. Soit dit sans brutalit&#233;, Paris &#8211; du moins pour l'heure &#8211; a d&#233;missionn&#233; comme ville r&#233;volutionnaire, d&#233;missionn&#233; non pas apr&#232;s un coup d'&#201;tat victorieux et au milieu d'une guerre comme en 1799 ; non pas apr&#232;s six mois d'une lutte d'an&#233;antissement comme en d&#233;cembre 1848, mais en pleine paix, dix-huit ans apr&#232;s la Commune et &#224; la veille d'une possible r&#233;volution&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Paul [Lafargue] se remettait &#224; travailler &#224; un journal, il se pr&#233;parerait et s'armerait pour la lutte, et cesserait de dire sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : il n'y a pas &#224; aller contre le courant. Nul ne lui demande d'arr&#234;ter le courant ; cependant si nous ne nous opposons pas au courant g&#233;n&#233;ral de folie momentan&#233;e, je me demande que diable peut bien &#234;tre notre t&#226;che ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois apr&#232;s cela [si Boulanger arrive au pouvoir], il se peut que nous ayons la guerre : c'est ce qui d&#233;pend enti&#232;rement de la Russie. Actuellement elle est engag&#233;e dans de vastes op&#233;rations financi&#232;res pour r&#233;tablir son cr&#233;dit et ne peut gu&#232;re se lancer dans un conflit avant qu'elles ne soient termin&#233;es. Dans cette guerre, la neutralit&#233; de la Belgique et de la Suisse sera la premi&#232;re chose qui volera en &#233;clats, et si la guerre prend un tour s&#233;rieux, notre seule chance sera que les Russes soient battus et fassent la r&#233;volution. Les Fran&#231;ais ne pourront pas la faire tant qu'ils sont les alli&#233;s du tsar : ce serait une haute trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si aucune r&#233;volution n'interrompt la guerre, si on la laisse suivre son cours, dans ce cas, la victoire ira au camp qui se sera assur&#233; le concours de l'Angleterre, &#224; condition que celle-ci entre en guerre. En effet, on pourra alors, avec l'aide de l'Angleterre, r&#233;duire l'autre camp &#224; la famine, en coupant l'approvisionnement en bl&#233;s &#233;trangers dont toute l'Europe occidentale a besoin d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite du fantoche de Portland Place [Boulanger] retardera pour le moins l'&#233;ch&#233;ance de la guerre, tandis que les armements croissants de toutes les puissances y poussent de l'autre c&#244;t&#233; . Or s'il y a guerre, adieu mouvement socialiste pour quelque temps ! Partout nous serons &#233;cras&#233;s, d&#233;sorganis&#233;s, priv&#233;s de notre libert&#233; de mouvement. La France attach&#233;e au char de la Russie ne pourrait bouger, elle devrait renoncer &#224; toute pr&#233;tention r&#233;volutionnaire sous peine de voir son alli&#233; passer dans l'autre camp : les forces seraient &#224; peu pr&#232;s &#233;gales de part et d'autre, et l'Angleterre en mesure de faire pencher la balance du c&#244;t&#233; o&#249; il lui plairait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut pour les deux ou trois ans devant nous, mais si la guerre &#233;clate plus tard, je parie que les Allemands seront battus &#224; plate couture, car dans 3-4 ans le jeune Guillaume aura remplac&#233; tous les bons g&#233;n&#233;raux par des favoris imb&#233;ciles ou de faux g&#233;nies comme ceux qui dirigeaient les Autrichiens et les Russes &#224; Austerlitz et qui ont leurs poches pleines de recettes pour des miracles militaires. Or cette gent pullule en ce moment &#224; Berlin et elle a beaucoup de chances de pr&#233;valoir, car le jeune Guillaume lui-m&#234;me en est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'arrive pas d'incident inattendu, la paix semble assur&#233;e pour cette ann&#233;e &#8211; gr&#226;ce au progr&#232;s gigantesque de la technique, chaque nouveau fusil, chaque nouvelle sorte de poudre &#233;tant d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;s avant m&#234;me qu'ils n'aient pu &#234;tre introduits ne serait-ce que dans une seule arm&#233;e, et gr&#226;ce &#224; la peur g&#233;n&#233;rale de ces masses humaines et de ces forces de destruction gigantesques d&#232;s lors d&#233;cha&#238;n&#233;es, dont personne ne peut dire quels effets elles auront dans la r&#233;alit&#233; . Gr&#226;ce aussi aux Fran&#231;ais qui ont fait &#233;chouer aux &#233;lections le g&#233;n&#233;ral Boulanger pay&#233; par la Russie (ils avaient mis 15 millions de francs &#224; sa disposition), en &#233;cartant ainsi le dernier danger de restauration de la monarchie (car c'est &#224; cela seulement que devait servir Boulanger). Or, le tsar Alexandre III et la diplomatie russe n'aiment pas commencer une entreprise tant qu'ils ne sont pas certains de son issue : une alliance avec la r&#233;publique leur semble peu s&#251;re, et ils pr&#233;f&#233;reraient celle des Orl&#233;ans. Il faut dire aussi qu'en Angleterre la campagne amorc&#233;e par Gladstone contre les Turcs au profit de ses amis russes n'a gu&#232;re eu de succ&#232;s jusqu'ici , et comme Gladstone n'est pas encore au pouvoir et que le gouvernement des tories est r&#233;solument pro-allemand et autrichien et anti-russe, il faut que le petit p&#232;re [le tsar] fasse encore preuve de patience. Mais il est bien vrai que nous vivons sur un tonneau de poudre qu'une &#233;tincelle peut faire sauter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Liebknecht entonne, dans le Vorw&#228;rts, des chants triomphaux sur la non-existence du chauvinisme en France, la lecture de la presse parisienne que j'ai bien suivie pendant les &#233;lections &#8211; en particulier, la Justice de Cl&#233;menceau que lui-m&#234;me lit quotidiennement, je crois &#8211; m'a persuad&#233; que le pacte des &#171; r&#233;publicains &#187; (opportunistes, radicaux, possibilistes) contre Boulanger avait pour fondement secret ceci : il faut que le gouvernement surpasse Boulanger en patriotisme, instaure l'alliance russe, pr&#233;sente au monde une arm&#233;e pr&#234;te &#224; la riposte, brandisse le sabre et si la guerre de revanche est ainsi provoqu&#233;e, qu'il la m&#232;ne alors all&#232;grement &#8211; c'est-&#224;-dire qu'on aspire aussi directement que possible &#224; la guerre de revanche qui est le v&#339;u profond de tout bourgeois fran&#231;ais .&lt;br class='autobr' /&gt; De la m&#234;me mani&#232;re que la r&#233;publique &#233;tait en 1849 et 1871 la forme qui unissait le plus facilement les monarchistes, la guerre de revanche est le point sur lequel tous les r&#233;publicains, c'est-&#224;-dire tous ceux qui sont bourgeois &#8211; les travailleurs ne comptent que comme b&#233;tail &#233;lectoral &#8211; se concilient le plus s&#251;rement. C'est en fait le seul point, apr&#232;s que la R&#233;publique a &#233;t&#233; obtenue et consolid&#233;e, qui permet cela. La revanche &#233;tait le secret du succ&#232;s boulangiste &#8211; proclamons donc la revanche ! La r&#233;cup&#233;ration de l'Alsace-Lorraine ! Si tu compares la Justice de l'&#233;poque pr&#233;-boulangiste et boulangiste avec celle d'aujourd'hui, tu pourras difficilement en arriver &#224; une autre conclusion. Mais cela va &#224; l'encontre du principe de Liebknecht : il ne peut pas exister en France de fort courant chauvin, c'est contraire aux principes &#233;ternels, et c'est donc ni&#233;. Si cela continue, une telle politique du Vorw&#228;rts peut vous co&#251;ter cher et le fait que votre dirigeant de politique ext&#233;rieure est daltonien aura des cons&#233;quences f&#226;cheuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme allemand face au nouveau risque de guerre russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROISI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1. Pr&#233;liminaire sur la guerre russo-allemande&lt;br class='autobr' /&gt;
et la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les &#233;crits d'Engels de 1891-1892, nous en arrivons &#224; la question cruciale de la pr&#233;vision par le marxisme d'une guerre russo-allemande, et &#224; l'&#233;valuation de sa port&#233;e changeante selon les rapports de forces historiques. Cette question, qui est au c&#339;ur de toutes les guerres mondiales, constitue en m&#234;me temps un enjeu central pour l'issue de la r&#233;volution sur le continent europ&#233;en de 1848 &#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore la question nationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lettres &#224; Bebel de 1891 que nous reproduisons ci-dessous, Engels envisage l'hypoth&#232;se d'une guerre de l'Allemagne pour se sauver elle-m&#234;me et sauver l'Europe de la r&#233;action russe, quelque vingt ans apr&#232;s que l'Allemagne a fait sa r&#233;volution de bric et de broc sous la direction de Bismarck, ce qui pose la difficile question de la r&#233;surgence de guerres nationales que le prol&#233;tariat devrait soutenir, m&#234;me apr&#232;s que la r&#233;volution nationale bourgeoise a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e. Or, si cette &#233;ventualit&#233; est en effet th&#233;oriquement possible, il est de la plus haute importance d'en pr&#233;ciser les conditions et de d&#233;finir ses limites historiques r&#233;elles. C'est la seule fa&#231;on marxiste d'aborder le probl&#232;me, afin de pouvoir d'une part &#233;carter ce cas de figure lorsqu'il est effectivement d&#233;pass&#233;, et de l'autre, d&#233;finir la tactique &#224; retenir dans une telle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'hypoth&#232;se qu'il &#233;tablit dans cette p&#233;riode sous la pression des faits et de la menace r&#233;elle d'une guerre russo-allemande, Engels montre, en &#233;voquant l'exemple classique des &#233;v&#233;nements de 1793/94 en France, comment une guerre r&#233;volutionnaire pourrait se r&#233;p&#233;ter au centre de l'Europe &#8211; avec pour point de d&#233;part une Allemagne contrainte de se battre contre la Russie f&#233;odale alli&#233;e &#224; la France bourgeoise. Dans la perspective audacieuse trac&#233;e par Engels, cette guerre, en mettant en cause l'existence nationale allemande et l'unit&#233; difficilement acquise, ferait bient&#244;t tomber la classe &#233;tablie au pouvoir en Allemagne, ce qui susciterait un d&#233;passement de la guerre en v&#233;ritable r&#233;volution amenant le parti ouvrier au pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait donc d'expliquer comment, en raison des conditions historiques d'alors, le probl&#232;me national pourrait &#234;tre d&#233;pass&#233; dans le feu des &#233;v&#233;nements m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se ne s'est finalement pas v&#233;rifi&#233;e, mais elle est &#233;minemment int&#233;ressante, car elle d&#233;montre in fine que la phase des guerres nationales bourgeoises &#233;tait bien irr&#233;m&#233;diablement close pour l'Europe occidentale-centrale en 1870, et que toute imparfaite que f&#251;t la r&#233;volution par le haut qui unifia l'Allemagne, celle-ci &#233;tait d&#233;finitivement achev&#233;e : toute tentative pour en remettre en cause les r&#233;sultats, si imparfaits soient-ils, se heurterait en effet non pas tant &#224; l'Allemagne officielle, ni &#224; un sursaut r&#233;volutionnaire bourgeois, qu'&#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, le fait que la guerre n'ait pas pu &#233;clater, en raison des rapports de forces concrets de l'&#233;poque, d&#233;montre que le pr&#233;capitalisme tsariste n'&#233;tait d&#233;j&#224; pratiquement plus capable de menacer le d&#233;veloppement bourgeois dans cette partie de l'Europe, lui-m&#234;me &#233;tant d'ailleurs travaill&#233; &#224; l'int&#233;rieur par les premiers effets de la r&#233;volution capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le risque de crise militaire de 1891 remettra une derni&#232;re fois &#224; l'ordre du jour la possibilit&#233; d'une guerre nationale r&#233;volutionnaire contre la Russie tsariste qui tenterait, avant de s'engager elle-m&#234;me irr&#233;m&#233;diablement dans la voie bourgeoise, de faire reculer une partie de l'Europe au stade ant&#233;rieur &#224; sa syst&#233;matisation en nations modernes en 1871, et qui bloquerait ainsi le progr&#232;s historique dans l'ensemble du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; la disparit&#233; des conditions historiques h&#233;rit&#233;es de la phase des r&#233;volutions et guerres de 1848 &#224; 1871, il &#233;tait &#233;vident que si un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; &#233;clatait en Europe au d&#233;but des ann&#233;es 1890 celui-ci rev&#234;tirait un caract&#232;re d'une grande complexit&#233;, puisque la nature de la guerre serait diff&#233;rente selon les pays bellig&#233;rants : guerre nationale d&#233;fensive en Allemagne, guerre r&#233;actionnaire f&#233;odale du c&#244;t&#233; russe, et enfin guerre imp&#233;rialiste bourgeoise de la part de la France. Comme L&#233;nine le soulignera, il &#233;tait alors impossible de d&#233;finir une tactique unique pour le prol&#233;tariat dans l'ensemble des pays engag&#233;s : si son attitude devait &#234;tre d&#233;faitiste dans le camp domin&#233; par la Russie, elle ne pouvait l'&#234;tre en Allemagne pour laquelle la guerre ne serait pas une guerre imp&#233;rialiste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, pendant un si&#232;cle entier, la chute du bastion pr&#233;capitaliste russe est rest&#233;e la question centrale de la lutte r&#233;volutionnaire en Europe et l'objectif num&#233;ro un dans la politique internationale du parti prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de guerre Russie-Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec tragique de Napol&#233;on devant Moscou, il fallut attendre la flamb&#233;e r&#233;volutionnaire du milieu du 19&#232; si&#232;cle pour que l'histoire ouvre &#224; nouveau la perspective d'une guerre r&#233;volutionnaire contre le tsarisme. Or, c'est &#224; la r&#233;volution allemande que Marx attribuait alors un r&#244;le majeur dans cette t&#226;che . Puis, apr&#232;s la d&#233;faite g&#233;n&#233;rale des r&#233;volutionnaires, c'est la guerre entre &#201;tats qui pouvait remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour le renversement du f&#233;odalisme tsariste : les r&#233;sultats en furent particuli&#232;rement d&#233;cevants, en raison surtout de la faiblesse dont la bourgeoisie des pays d'Europe occidentale fit preuve lors des conflits contre la Russie, pendant la guerre de Crim&#233;e d'abord, puis en trahissant r&#233;guli&#232;rement la Turquie en butte &#224; l'expansionnisme russe. Mais c'est certainement l'unification allemande des ann&#233;es 1866-1871 qui constitua le danger majeur pour la Russie, et qui permit &#224; Marx d'&#233;tablir, en 1870, sa grande pr&#233;vision de l'in&#233;luctabilit&#233; d'une guerre russo-allemande comme cons&#233;quence certaine de la guerre franco-prussienne en train de s'achever et comme accoucheuse possible de la future r&#233;volution russe .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la conclusion malheureuse de la guerre contre la France, &#224; cause de la politique prussienne d'annexion, rendit cette solution extr&#234;mement difficile : de fait, l'unification r&#233;volutionnaire de l'Allemagne devait en rester l&#224;, et avec elle la syst&#233;matisation nationale de l'Europe centrale. Bismarck avait frustr&#233; l'Allemagne de sa r&#233;volution par le bas, &#224; la fran&#231;aise, pour r&#233;aliser la &#171; petite Allemagne &#187;, sans l'Autriche, et pactiser avec le tsar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me apr&#232;s la fin de la phase des guerres nationales en Europe en 1870, Marx conserve int&#233;gralement sa position vis-&#224;-vis du tsarisme, t&#234;te de file de la contre-r&#233;volution europ&#233;enne : si la puissance r&#233;actionnaire russe n'est pas abattue, la r&#233;volution ne pourra pas triompher dans l'ensemble du continent, puisque l'exp&#233;rience historique a prouv&#233; que non seulement les forces r&#233;actionnaires de toute l'Europe voyaient dans le tsar un rempart contre la r&#233;volution bourgeoise, mais aussi que les bourgeois eux-m&#234;mes trouvaient dans ces forces une planche de salut contre un prol&#233;tariat de plus en plus mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, apr&#232;s 1871 et le coup de tonnerre de la Commune, c'est ce second aspect qui passe au premier plan et fait le plus souhaiter la d&#233;faite du tsarisme &#8211; quelles que soient d'ailleurs les forces pouvant y contribuer . En effet, chaque fois que le prol&#233;tariat des diverses nations europ&#233;ennes (celui de l'Allemagne en premi&#232;re ligne) se dresse face &#224; sa bourgeoisie, le tsarisme menace et p&#232;se au profit des fractions les plus conservatrices (f&#233;odales, monarchiques&#8230;) des pays bourgeois. Il s'agit donc pour Marx et Engels non seulement de d&#233;livrer le mouvement ouvrier en pleine ascension de la force d'un potentiel r&#233;pressif consid&#233;rable, mais aussi de le d&#233;barrasser de tout ce qui entrave encore le caract&#232;re frontal de sa lutte contre la classe adverse dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie conservait donc sa puissance n&#233;gative externe dans les affaires internationales, alors m&#234;me que les choses avaient beaucoup &#233;volu&#233; sur le plan interne, avec le progr&#232;s des conditions de l'accumulation capitaliste dans ce vaste pays arri&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute la p&#233;riode qui va de 1871 &#224; 1891, phase marqu&#233;e comme nous l'avons vu par la domination de la Sainte-Alliance russo-austro-prussienne sous h&#233;g&#233;monie tsariste, Engels consid&#232;re qu'un &#233;ventuel conflit aurait des cons&#233;quences essentiellement n&#233;gatives pour le mouvement ouvrier confront&#233; &#224; la guerre europ&#233;enne, position invariante dans l'ensemble des textes reproduits jusqu'ici. Cette guerre venant &#171; trop t&#244;t ou trop tard &#187; : trop tard pour compl&#233;ter, par un &#171; suppl&#233;ment &#187; de r&#233;volution bourgeoise, les t&#226;ches politiques nationales, d&#233;mocratiques, bref bourgeoises, en Europe, mais encore trop t&#244;t pour d&#233;boucher sur la prise du pouvoir par les ouvriers allemands ou fran&#231;ais &#8211; seuls capables d&#233;sormais de liquider positivement ces t&#226;ches r&#233;siduelles, mais dans le cadre d'une r&#233;volution dont l'objectif premier serait nettement socialiste. Dans ces conditions, le temps travaille donc pour les socialistes allemands et fran&#231;ais, ce qu'Engels ne cesse de r&#233;p&#233;ter durant toute la d&#233;cennie 1880, et aussi en 1891 puisqu'il consid&#232;re qu'une phase de pr&#233;paration de quelques ann&#233;es serait encore pr&#233;f&#233;rable &#224; une prise du pouvoir imm&#233;diate, impos&#233;e par un &#233;tat de guerre o&#249; le prol&#233;tariat allemand devrait &#171; jouer son va-tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute l'&#233;volution des conditions r&#233;elles, &#224; commencer par celle des rapports &#233;conomiques et sociaux internes qui se r&#233;percute dans les rapports entre &#201;tats, qui conduit Engels &#224; pr&#233;coniser en 1891 l'apparent retour &#224; une strat&#233;gie de guerre r&#233;volutionnaire de l'Allemagne contre la Russie absolutiste, m&#234;me si celle-ci est alli&#233;e &#224; une France r&#233;publicaine purement bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier de ces facteurs est la ruine de la Sainte-Alliance, min&#233;e par le d&#233;veloppement bourgeois qui porte chacun des &#201;tats qui la composent &#224; l'expansion externe au d&#233;triment des autres (cf. le r&#244;le du panslavisme en Russie) ; vient ensuite le renforcement de l'alliance militaire franco-russe, extr&#234;mement mena&#231;ante &#224; partir de 1890 ; enfin, il faut consid&#233;rer la pression qu'exerce d&#233;sormais sur les bourgeoisies occidentales la mont&#233;e en puissance des forces prol&#233;tariennes et socialistes, ce qui pourrait inciter au d&#233;clenchement d'une r&#233;pression pr&#233;ventive sous couvert de guerre &#171; patriotique &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte n&#233; du d&#233;veloppement du capitalisme europ&#233;en et donc des contradictions croissantes entre ses diverses composantes nationales, tout semblait pousser &#224; nouveau &#224; la r&#233;alisation de la &#171; proph&#233;tie &#187; de 1870, &#224; savoir l'&#233;clatement d'une guerre g&#233;n&#233;rale o&#249; l'Allemagne devrait se battre &#171; contre les races latine et slave coalis&#233;es &#187; . En m&#234;me temps, ce qui est l'autre face de la m&#234;me &#233;volution historique, le mouvement socialiste s'&#233;tait renforc&#233; au point d'envisager de prendre le pouvoir, en Allemagne surtout o&#249; s'&#233;tait d&#233;plac&#233; le centre r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, avec par cons&#233;quent la possibilit&#233; d'influer de fa&#231;on concr&#232;te et d&#233;cisive sur le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements militaires. Or, cette maturation g&#233;n&#233;rale des conditions se produisait &#224; un moment charni&#232;re, puisque le pouvoir pr&#233;capitaliste tsariste continuait encore pour un temps &#224; menacer le d&#233;veloppement bourgeois en Europe orientale et centrale : il constituait donc toujours le foyer d'une guerre r&#233;actionnaire, qui, dans les conditions que nous avons r&#233;sum&#233;es, avait toutes les chances d'entra&#238;ner derri&#232;re lui la bourgeoisie fran&#231;aise. Les guerres de la r&#233;volution fran&#231;aise et du premier Empire n'avaient-elles pas d&#251; &#234;tre men&#233;es contre l'Europe f&#233;odale coalis&#233;e avec la toute bourgeoise Angleterre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation historique &#171; de transition &#187;, il est &#233;vident que l'Allemagne &#233;tait elle-m&#234;me une charni&#232;re, occupant la position centrale en Europe, et qu'elle se trouvait pour cela confront&#233;e &#224; la double perspective d'une guerre contre un adversaire f&#233;odal &#224; l'Est et purement bourgeois &#224; l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre et tactique prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels se devait par cons&#233;quent de d&#233;finir au pr&#233;alable la strat&#233;gie &#224; suivre et de pr&#233;ciser le plus possible les conditions de l'appui que les socialistes allemands devraient apporter &#224; une guerre nationale de la part de leur pays si celle-ci se produisait. Le parti marxiste a en effet pour fonction, en s'appuyant sur sa th&#233;orie, sur la d&#233;finition des phases historiques et l'exp&#233;rience pass&#233;e du prol&#233;tariat, de pr&#233;voir et de fixer &#224; l'avance la tactique &#224; suivre dans chacune des possibilit&#233;s envisag&#233;es &#8211; ce qui doit aboutir &#224; la d&#233;finition de tout un &#233;ventail tactique contraignant, et &#233;viter le recours &#224; l'improvisation et aux man&#339;uvres douteuses dans ce domaine o&#249; pourraient sans cela s'insinuer facilement les suggestions opportunistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sence d'un probl&#232;me strat&#233;gique aussi difficile, dans la situation &#171; impure &#187; de 1891, Engels n'h&#233;site pourtant pas car il a en vue l'int&#233;r&#234;t du mouvement prol&#233;tarien g&#233;n&#233;ral : jugeant que la Russie tsariste reste l'&#233;l&#233;ment majeur de la contre-r&#233;volution continentale et imprimerait &#224; la guerre d'agression contre l'Allemagne son propre caract&#232;re f&#233;odal, il estime que le socialisme allemand, devenu assez puissant, ne pourra faire &#224; moins qu'arracher au gouvernement la direction de cette guerre d&#233;fensive bourgeoise, initiant par cette strat&#233;gie la r&#233;volution europ&#233;enne, bourgeoise en Russie mais prol&#233;tarienne dans le reste du continent. Il se serait, en quelque sorte, agi pour l'Allemagne ouvri&#232;re de compenser le retard de la r&#233;volution russe en prenant audacieusement l'initiative de la r&#233;volution en Europe. Ce n'est donc pas seulement l'ind&#233;niable caract&#232;re &#171; d&#233;fensif &#187; et national allemand de cette guerre qui importait ici, mais les faits eux-m&#234;mes auraient impos&#233; aux socialistes de prendre appui sur ces ultimes possibilit&#233;s de guerre nationale allemande pour engager un processus de r&#233;volution en permanence dans le cadre international. C'&#233;tait donc l'hypoth&#232;se extr&#234;me d'une vieille tactique formelle (Engels invoque le souvenir des sans-culottes fran&#231;ais), mais dont le contenu serait enti&#232;rement nouveau, bref une possibilit&#233; historique qu'il ne faudrait pas laisser &#233;chapper &#8211; dans le cas o&#249; elle se pr&#233;senterait. Et cela, sous peine de subir l'&#233;crasement complet du socialisme allemand, soit des mains de la r&#233;action &#233;trang&#232;re, en cas de d&#233;faite, soit de la part sa propre bourgeoisie si on s'alignait derri&#232;re elle et renon&#231;ait &#224; la lutte de classe au nom de la d&#233;fense de la patrie. C'est dire que le parti devait d&#233;finir la tactique qui permettrait d'&#233;viter ces deux &#233;cueils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle tactique, dans les conditions de d&#233;veloppement du mouvement ouvrier apr&#232;s la Commune et les progr&#232;s des ann&#233;es qui l'ont suivie, peut appara&#238;tre comme un recul qui aurait &#233;t&#233; impos&#233; par les faits &#8211; et non certes par la volont&#233; d'Engels. Mais lui-m&#234;me n'avait-t-il pas continuellement averti que si elle parvenait &#224; &#233;clater, la guerre europ&#233;enne rejetterait le mouvement ouvrier une ou deux d&#233;cennies en arri&#232;re ? La perspective d'un nouveau 1793, d'une guerre r&#233;volutionnaire contre l'ennemi ext&#233;rieur, avait &#233;t&#233; jug&#233;e illusoire et explicitement d&#233;conseill&#233;e au prol&#233;tariat fran&#231;ais par Marx et Engels en 1870, dans les conditions qui suivirent la d&#233;faite militaire, alors qu'ils soutenaient pourtant la guerre d&#233;fensive men&#233;e du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, dans le but d'aboutir &#224; une paix honorable avec l'Allemagne &#8211; ce qui e&#251;t ouvert les meilleures perspectives r&#233;volutionnaires pour l'Europe enti&#232;re. Et la Commune de Paris, malgr&#233; l'id&#233;ologie patriotique qui pesait sur ses acteurs, avait d&#251; r&#233;aliser un saut en avant formidable de la strat&#233;gie prol&#233;tarienne, puisqu'elle avait r&#233;pondu &#224; la guerre entre &#201;tats bourgeois par la guerre civile entre les classes, en posant comme premi&#232;re t&#226;che de la r&#233;volution le renversement de sa propre bourgeoisie. Marx avait pu enregistrer en temps r&#233;el ce bond en avant pratique et en tirer les conclusions pour le futur, au plan th&#233;orique : la guerre nationale est devenue une mystification, puisque les gouvernements bourgeois ne font plus qu'un face au prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;&#233;dition allemande de la Commune de 1871, avec la certitude de devoir affronter d&#233;sormais non pas deux mais trois arm&#233;es ennemies, dans des conditions encore plus d&#233;favorables donc qu'&#224; Paris en butte aux forces coalis&#233;es de Thiers et de Bismarck, n'est manifestement pas souhait&#233;e par Engels en 1891. Rappelons ce que Marx &#233;crivait, en 1871 : &#171; Le &#171; hasard &#187; malheureux d&#233;cisif n'a cette fois rien &#224; voir avec les conditions g&#233;n&#233;rales de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, mais il doit &#234;tre cherch&#233; dans la pr&#233;sence des Prussiens en France et dans leur position au contact de Paris. Cela, les Parisiens le savaient fort bien, mais aussi les canailles bourgeoises de Versailles. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi elles ont mis les Parisiens devant l'alternative d'accepter le combat ou de de succomber sans lutter &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable enjeu de la guerre, sous l'aspect d'un conflit entre &#201;tats constitu&#233;s, &#233;tait donc celui-l&#224; : l'&#233;crasement du prol&#233;tariat allemand, avant-garde de la r&#233;volution en Europe. Et le v&#233;ritable sens de la solution pr&#233;conis&#233;e par Engels &#233;tait le suivant : la d&#233;fense du parti ouvrier menac&#233; de destruction totale en cas de d&#233;faite, ce qui aurait provoqu&#233; un recul terrible du mouvement international prol&#233;tarien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait donc, au plan tactique, de bien plus que d'un simple retour &#224; la strat&#233;gie qui fut celle de l'aile pl&#233;b&#233;ienne radicale &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volution bourgeoise &#8211; et finalement &#224; son profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons soulign&#233;, la strat&#233;gie propos&#233;e par Engels s'inscrit dans une situation historique qui n'est plus celle des r&#233;volutions bourgeoises, mais o&#249; la lutte des classes moderne est devenue le facteur essentiel d&#233;terminant les luttes entre &#201;tats. Et dans ces conditions, la dynamique m&#234;me de la guerre &#171; d&#233;fensive &#187; devait entra&#238;ner rapidement la chute du parti au pouvoir en Allemagne (que celui-ci soit semi-f&#233;odal, bonapartiste ou bourgeois) et l'av&#232;nement du seul parti d'opposition vraiment dot&#233; de vitalit&#233;, le parti ouvrier social-d&#233;mocrate. Certes, la guerre commencerait sous la conduite du gouvernement en place, mais celui-ci serait sans doute incapable de prendre les mesures r&#233;volutionnaires qui s'imposent (armement de la population, etc.) pour la d&#233;fense nationale, ce qui m&#232;nera immanquablement &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat . Or, dans les conditions de maturit&#233; &#233;conomiques et sociales de l'Allemagne, celle-ci serait le pr&#233;lude imm&#233;diat &#224; l'application des premi&#232;res mesures du programme socialiste &#8211; d'autant que la r&#233;volution ne manquerait pas de s'&#233;tendre simultan&#233;ment &#224; la France, m&#251;re elle-aussi pour un tel programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas &#224; l'Allemagne officielle qu'Engels reconna&#238;t la capacit&#233; de mener jusqu'au bout une telle guerre nationale &#8211; comme c'&#233;tait encore le cas en 1870 &#8211; mais au jeune et vigoureux prol&#233;tariat allemand sous la direction de son parti de classe. Il est ind&#233;niable &#8211; aujourd'hui comme hier &#8211; que les r&#233;volutions bourgeoises, men&#233;es de fa&#231;on si timor&#233;es et incompl&#232;tes, laissent derri&#232;re elles tout un reliquat &#171; f&#233;odal &#187; que la seule classe encore r&#233;volutionnaire peut r&#233;ellement liquider. Il n'&#233;tait donc pas question de refaire la r&#233;volution bourgeoise en Allemagne &#8211; quoi que puisse sugg&#233;rer la comparaison avec le 1793 fran&#231;ais &#8211; mais d'enclencher sur la lutte contre ce reliquat, celle pour le socialisme par la prise du pouvoir politique et militaire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort clairement de sa correspondance que la &#171; pr&#233;f&#233;rence &#187; d'Engels n'allait d'ailleurs pas &#224; la strat&#233;gie consistant &#224; &#171; rejouer 1793 &#187; et &#224; se hisser au pouvoir de cette fa&#231;on. Ce qu'il &#233;crit &#224; Sorge constitue une le&#231;on en mati&#232;re de non-libert&#233; tactique : &#171; quoique je sois persuad&#233; que la diplomatie russe ne veut pas de guerre et que la famine fasse appara&#238;tre celle-ci comme une stupidit&#233;, il se pourrait bien que les courants militaires et panslavistes (soutenus &#224; pr&#233;sent par la tr&#232;s forte bourgeoisie industrielle dans le but d'&#233;tendre ses march&#233;s) prennent le dessus et que des b&#234;tises se produisent &#224; Vienne, Berlin ou Paris qui m&#232;nent &#224; l'&#233;clatement de la guerre&#8230; Si l'Allemagne est &#233;cras&#233;e, nous le sommes aussi ; alors que, dans le meilleur des cas, le combat deviendra si puissant que l'Allemagne ne pourra se maintenir que par des moyens r&#233;volutionnaires. Bien que je consid&#232;re comme une grande malchance le fait d'en venir &#224; la guerre et d'&#234;tre port&#233;s au pouvoir par celle-ci de fa&#231;on pr&#233;matur&#233;e, on doit cependant &#234;tre arm&#233;s pour ce cas de figure &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra en d&#233;tail, dans la correspondance avec Bebel et dans les &#233;crits qui suivirent, pourquoi une telle guerre &#233;tait peu probable, non pas qu'il ait fallu l'&#233;carter a priori (le d&#233;terminisme marxisme est par m&#233;thode ennemi des apriorismes de tout poil) mais parce que l'examen impartial des capacit&#233;s militaires et de la situation &#233;conomique et sociale de la Russie allait permettre de la remiser, non seulement pour des ann&#233;es mais pour toujours, puisque le capitalisme passerait bient&#244;t de sa phase pacifique &#224; son &#232;re imp&#233;rialiste et militariste. Or, avec celle-ci, la nature de la guerre mondiale changera, passant de simple possibilit&#233; &#224; n&#233;cessit&#233; dict&#233;e par les contradictions &#233;conomiques insurmontables et les antagonismes de classes exacerb&#233;s du capital le plus d&#233;velopp&#233;, c'est-&#224;-dire pourrissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la longue &#233;poque dite pacifique et r&#233;formiste du capita-lisme europ&#233;en prendra fin, la guerre g&#233;n&#233;rale qui devait, dans la pr&#233;vision marxiste au souffle long, mettre aux prises les trois Europe, germanique, latine et slave, rev&#234;tira alors (seulement) un caract&#232;re purement bourgeois en se r&#233;alisant au plan imp&#233;rialiste g&#233;n&#233;ral. La r&#233;volution prol&#233;tarienne &#233;tant partout &#224; l'ordre du jour, y compris en Russie depuis 1905, cette guerre aura un irr&#233;futable caract&#232;re r&#233;actionnaire de quelque c&#244;t&#233; qu'on se place, et la vieille tactique, qui aurait pu &#224; la limite servir encore au temps d'Engels, devra &#234;tre nettement &#233;cart&#233;e. Mais c'est &#224; d'autres marxistes que reviendra, en continuit&#233; parfaite avec les &#233;crits militaires de Marx et Engels et dans une orthodoxie totale envers leur doctrine, la t&#226;che de mettre en &#339;uvre la strat&#233;gie correspondante : celle de la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile entre les classes, dont la Commune avait fourni le premier exemple historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation aura donc encore consid&#233;rablement m&#251;ri avec l'entr&#233;e dans la phase imp&#233;rialiste du capital &#8211; que L&#233;nine situe comme on l'a vu vers 1898-1900, moment auquel Engels jugeait pr&#233;cis&#233;ment la victoire socialiste probable . &#192; l'approche effective de la guerre mondiale, c'est la tactique du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire qui devra alors &#234;tre pr&#233;conis&#233;e pour tous les camps en pr&#233;sence, tactique valable pour toute la phase en question, comme L&#233;nine le th&#233;orisa en 1914, &#224; la suite des derniers congr&#232;s de l'Internationale socialiste de Stuttgart et de B&#226;le .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROISI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.2. Instructions pour un possible 1793 allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton article sur la Russie dans le Vorw&#228;rts nous a tous plu, et il a fait un tr&#232;s bon effet ici . Nous sommes d'accord pour penser que la menace de guerre pointe, notamment du c&#244;t&#233; de la Russie, et que, si elle se r&#233;alise, il faudra agir avec tous les moyens en notre pouvoir pour abattre la Russie &#8211; cela nous concerne nous et c'est notre propre int&#233;r&#234;t. Le point o&#249; nous divergeons, c'est que tu crois que les Russes veulent la guerre, alors que je pense qu'ils veulent simplement en brandir la menace sans avoir effectivement l'intention de d&#233;clencher la guerre, mais je reconnais en m&#234;me temps qu'on peut cependant en arriver jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant des ann&#233;es, j'ai &#233;tudi&#233; les m&#233;thodes et les proc&#233;d&#233;s de la diplomatie russe de l'&#233;poque pass&#233;e aussi bien que contemporaine , et je sais qu'une guerre a chaque fois signifi&#233; pour elle une d&#233;faite et c'est pourquoi elle ne l'a jamais voulue. En effet, premi&#232;rement les succ&#232;s sont moins chers et plus s&#251;rs lorsqu'elle proc&#232;de &#224; de simples intimidations diplomatiques, et deuxi&#232;mement toute nouvelle guerre ne fait que d&#233;montrer que l'arm&#233;e russe est relativement faible lorsqu'il s'agit de vis&#233;es de conqu&#234;te. En Russie, les g&#233;n&#233;raux exag&#232;rent &#224; tel point leur capacit&#233; militaire, que m&#234;me lorsque les diplomates l'&#233;valuent &#224; 30% de moins, ils mesurent encore trop haut le potentiel de l'arm&#233;e. De tous les facteurs qu'ils font entrer en ligne de compte, celui de leur propre arm&#233;e pr&#233;sente le plus d'impond&#233;rables. Ce n'est que l&#224; o&#249; les autres se battent pour elle (par exemple 1813-1814) que la diplomatie russe part volontiers en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Gladstone acc&#232;de au pouvoir en Angleterre, alors la diplomatie russe aura la situation la plus favorable qu'elle attend depuis des d&#233;cennies : la France comme alli&#233; actif et l'Angleterre faisant preuve d'une neutralit&#233; bienveillante &#8211; ce qui est d&#233;j&#224; &#233;norme. Je suis persuad&#233; que les Russes adopteront alors des positions rigides. Cependant si la guerre devait &#233;clater effectivement, ce serait contre leur volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument certain que l'emprunt est fait pour l'&#233;ventualit&#233; d'une guerre . Mais ce n'est que le sympt&#244;me selon lequel ces messieurs se pr&#233;parent &#224; toute &#233;ventualit&#233;. Tous les autres sympt&#244;mes auxquels tu fais allusion &#8211; interdiction d'exporter du seigle, man&#339;uvres au cours desquelles les Russes ont exp&#233;riment&#233; sur la Mer Noire des op&#233;rations de d&#233;barquement, etc. &#8211; ne font que le confirmer &#224; mes yeux. Le calcul est que l'Europe, et notamment la Triplice craindra plus une guerre, au moment d&#233;cisif, que l'inattaquable Russie de son c&#244;t&#233;, si bien que la Russie empochera alors un avantage en Orient, et les chauvins fran&#231;ais seront les dindons de la farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu penses que la Russie devra d&#233;clencher la guerre, en raison de ses difficult&#233;s int&#233;rieures . Je ne le crois pas &#8211; du moins au sens o&#249; tu l'entends certainement. Trois classes souffrent en Russie : la noblesse des propri&#233;taires fonciers, le paysan et le prol&#233;tariat naissant. Ce dernier est encore trop faible et la premi&#232;re d&#233;j&#224; trop affaiblie pour faire une r&#233;volution. Quant aux paysans, ils ne peuvent aller plus loin que des &#233;meutes locales, tant qu'un soul&#232;vement victorieux des centres urbains n'apporte pas &#224; ces &#233;meutes le ciment et la base qui leur fait d&#233;faut. En revanche, la jeune bourgeoisie s'&#233;panouit comme nulle part ailleurs : elle atteint doucement le point o&#249; elle doit entrer en conflit avec la bureaucratie, mais cela peut encore durer des ann&#233;es. La bourgeoisie russe est n&#233;e des distillateurs d'eau de vie et des fournisseurs de l'arm&#233;e qui pillent l'&#201;tat, elle est devenue ce qu'elle est gr&#226;ce &#224; l'&#201;tat &#8211; protection douani&#232;re, subventions, vol de l'&#201;tat, ainsi que permission et protection de l'&#201;tat pour exploiter le plus f&#233;rocement les ouvriers. Il faudra que la situation se durcisse terriblement pour que cette bourgeoisie &#8211; dont l'infamie d&#233;passe encore celle de la n&#244;tre &#8211; secoue le tsarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bourgeoisie ne peut favoriser la guerre que pour autant qu'elle ait d&#233;couvert que le panslavisme traduit un fait mat&#233;riel ou plut&#244;t a une base mat&#233;rielle : l'agrandissement du march&#233; int&#233;rieur par des annexions. D'o&#249; le fanatisme slavophile, d'o&#249; la haine f&#233;roce des Allemands - il y a 20 ans encore, tout le commerce et l'industrie n'&#233;taient-ils pas presque exclusivement entre des mains allemandes ! &#8211; d'o&#249; la chasse aux Juifs. Cette mis&#233;rable et inculte bourgeoisie qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez souhaite effectivement la guerre et d&#233;veloppe une propagande de boutefeu dans la presse. Mais ce n'est pas par crainte d'une r&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur que le tsar a besoin de d&#233;clencher une guerre aujourd'hui, comme c'&#233;tait le cas dans les ann&#233;es 1870, lorsque la noblesse d&#233;chue s'&#233;tait rendu compte dans les zemstvos que sa situation &#233;tait partout semblable et en avait tir&#233; une grande amertume. &#192; pr&#233;sent, cette noblesse est d&#233;gringol&#233;e trop bas et les bourgeois lui rach&#232;tent ses domaines, de sorte qu'elle est pratique-ment tomb&#233;e au pouvoir de la bourgeoisie d'argent : cette derni&#232;re forme le nouveau rempart du tsarisme, pr&#233;cis&#233;ment dans les grandes villes d'o&#249; seul le danger pourrait menacer. Or une r&#233;volution de palais ou un attentat heureux ne pourrait amener au pouvoir que la bourgeoisie, quelle que soit la force d'o&#249; est venu le coup. Cette bourgeoisie serait certes capable de se pr&#233;cipiter encore plus t&#244;t dans une guerre que le tsar lui-m&#234;me . Mais c'est chose secondaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons tous deux pointer la menace de guerre, et malgr&#233; la famine en Russie, que tu sous-estimes nettement, la direction peut glisser d'entre les mains des gouvernants, et nous devons aussi &#234;tre pr&#233;par&#233;s &#224; cette &#233;ventualit&#233;. Je verrai ce qu'il convient de faire en France, o&#249; il faut attirer l'attention des n&#244;tres sur diff&#233;rentes choses, mais cela ne peut venir que des Fran&#231;ais eux-m&#234;mes . Ils doivent se rendre compte qu'une guerre men&#233;e en alliance avec la Russie contre l'Allemagne serait avant tout aussi une guerre contre le parti socialiste le plus puissant et le plus prompt &#224; la riposte d'Europe et qu'il ne nous resterait rien d'autre &#224; faire que de frapper de toutes les forces sur tout assaillant qui aiderait la Russie. En effet : ou bien nous succombons, et alors tout le mouvement socialiste en Europe est foutu pour vingt ans ; ou bien nous arriverons nous-m&#234;mes au pouvoir, et alors s'applique aux Fran&#231;ais ce que dit la Marseillaise : &#171; Quoi, ces cohortes &#233;trang&#232;res feraient la loi dans nos foyers ? &#187; En aucun cas, le syst&#232;me allemand actuel ne survivra &#224; la guerre, car la d&#233;fense exige des efforts gigantesques ; des moyens r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as raison, si la guerre arrive, il faut que nous exigions l'armement g&#233;n&#233;ral du peuple . Mais en connexion &#224; l'organisation d&#233;j&#224; existante, qui est d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233;e en cas de guerre. Autrement dit : incorporation de tous ceux qui n'ont pas subi jusqu'ici d'entra&#238;nement militaire en corps de r&#233;serve et landsturm et, surtout, pr&#233;paration militaire improvis&#233;e sur le tas des nouveaux incorpor&#233;s outre leur armement et int&#233;gration en cadres fixes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra que la proclamation adress&#233;e aux Fran&#231;ais re&#231;oive une forme quelque peu diff&#233;rente. Les diplomates russes ne sont pas b&#234;tes au point de provoquer une guerre aux yeux de toute l'Europe. Au contraire, ils man&#339;uvreront de telle sorte que le camp provocateur semblera &#234;tre, ou bien la France, ou bien l'un des pays de la Triple Alliance. Les Russes ont toujours des casus belli, pr&#233;textes de guerre, tout pr&#234;ts par douzaines dans leurs cartons : ce qu'il faudra r&#233;pondre exactement d&#233;pendra du pr&#233;texte avanc&#233; pour d&#233;clarer la guerre. En tout cas, il faudra que nous d&#233;clarions que, depuis 1871, nous &#233;tions &#224; tout moment dispos&#233;s &#224; nous entendre pacifiquement avec la France ; que, sit&#244;t notre Parti arriv&#233; au pouvoir, il ne pourrait exercer son r&#232;gne, sans que l'Alsace-Lorraine ne d&#233;cide librement de son avenir, mais que si l'on nous contraignait &#224; la guerre &#8211; et ce dans une guerre des Fran&#231;ais alli&#233;s aux Russes &#8211; nous y verrions une attaque contre notre existence et nous devrions nous d&#233;fendre par tous les moyens en utilisant toutes les positions qui sont &#224; notre disposition, et donc aussi Metz et Strasbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les op&#233;rations de guerre elles-m&#234;mes, il y a tout d'abord deux aspects qui sont d&#233;cisifs : la Russie est faible dans l'attaque mais d'une force &#233;norme dans la d&#233;fense, il est impossible de lui porter un coup au c&#339;ur. La France est puissante dans l'attaque, mais, apr&#232;s quelques d&#233;faites, est incapable d'attaquer et devient inoffensive. Comme je ne compte pas sur le commandement des Autrichiens et la troupe des Italiens, notre arm&#233;e aura &#224; conduire son attaque principale et &#224; faire front. Dans cette guerre, il faudra tout d'abord tenir les Russes en &#233;chec, mais il faudra d&#233;faire les Fran&#231;ais. D&#232;s lors que l'offensive fran&#231;aise sera hors d'&#233;tat de nuire, on pourra passer &#224; la conqu&#234;te de la Pologne jusqu'&#224; la Dvina et au Dniepr : avant ce serait difficile &#224; r&#233;aliser. C'est ce qu'il faudra effectuer avec des moyens r&#233;volutionnaires et, si n&#233;cessaire, en c&#233;dant une partie de la Pologne prussienne et de toute la Galicie &#224; la Pologne qu'il s'agit de restaurer . Si tout cela se passe bien, il s'ensuivra aussi une r&#233;volution en France. En m&#234;me temps nous devons avoir &#224; c&#339;ur d'offrir aux Fran&#231;ais au moins Metz et la Lorraine comme cadeau de paix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il est probable que cela ne se passera pas si bien. Les Fran&#231;ais ne se laisseront pas abattre aussi facilement, leur arm&#233;e est excellente et mieux arm&#233;e que la n&#244;tre, et pour ce qui concerne le commandement en chef chez nous, il ne me semble pas qu'on puisse en attendre grand-chose. On a vu cet &#233;t&#233; que les Fran&#231;ais avaient appris &#224; proc&#233;der &#224; la mobilisation. Il est certain aussi qu'ils ont assez d'officiers pour leur premi&#232;re arm&#233;e de campagne &#8211; qui est plus forte que la n&#244;tre. Ce n'est que lorsque d'autres troupes monteront ensuite en ligne qu'appara&#238;tra notre sup&#233;riorit&#233; de commandement. De plus, le chemin direct entre Berlin et Paris est barr&#233; des deux c&#244;t&#233;s par un syst&#232;me aussi puissant de fortifications. Bref, dans le cas le plus favorable, on en viendra probablement &#224; une lutte pleine d'&#224;-coups qui, n&#233;cessitant que l'on jette toujours &#224; nouveau des renforts dans la m&#234;l&#233;e, sera conduite jusqu'&#224; l'&#233;puisement d'un camp ou jusqu'&#224; l'intervention de l'Angleterre qui d&#233;cidera dans un sens ou dans l'autre, puisqu'elle pourra, dans ces circonstances, affamer et forcer &#224; la paix l'Allemagne ou la France, en emp&#234;chant simplement l'importation de c&#233;r&#233;ales. Ce qui se passera pendant ce temps-l&#224; &#224; la fronti&#232;re russe, c'est ce qui d&#233;pendra en premier lieu des op&#233;rations que m&#232;neront les Autrichiens : nous sommes l&#224; devant l'impond&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose me para&#238;t en tout certaine : si nous sommes battus, le chauvinisme et la guerre de revanche domineront tout en Europe pour longtemps. Si nous triomphons, notre parti sera au pouvoir. En cons&#233;quence : la victoire de l'Allemagne signifie la victoire de la r&#233;volution, et, si l'on en vient l&#224;, nous devons non seulement la souhaiter mais encore la promouvoir par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Bernstein devait constituer une r&#233;ponse &#224; l'opportunisme de Vollmar, et en tant que tel e&#251;t &#233;t&#233; tr&#232;s utile . Mais au lieu de cela le brave Bernstein tourne autour du pot jusqu'&#224; ce qu'il en arrive subitement &#224; r&#233;pondre &#224; la fraternisation de Cronstadt entre Fran&#231;ais et Russes . Il y dit naturellement des choses qui ne sont absolument pas &#224; leur place, alors qu'il aurait d&#251; soulever de tout autres aspects du probl&#232;me : que si la France repr&#233;sente formellement la r&#233;volution vis-&#224;-vis de l'Allemagne, celle-ci, en raison de son parti ouvrier, est mat&#233;riellement &#224; la pointe de la r&#233;volution, et c'est ce qui appara&#238;tra au grand jour au moment de la guerre &#8211; parce que nous, et avec nous la r&#233;volution, serons ou bien &#233;cras&#233;s, ou bien au contraire hiss&#233;s au pouvoir. C'est ce qu'il e&#251;t fallu dire dans tous les cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai juste le temps aujourd'hui de te r&#233;pondre &#224; propos des Russes, et de fait c'est la seule chose importante, le reste n'&#233;tant que babiole .&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce qui concerne la possibilit&#233; que la guerre &#233;clate au printemps, il faut tenir compte de trois courants en Russie. Le premier, c'est la diplomatie, dont je continue d'affirmer qu'elle recherche des succ&#232;s sans vouloir en payer le prix par une guerre, ni en prendre le risque ; mais c'est justement pourquoi elle fait tout pour pr&#233;parer la guerre, de fa&#231;on &#224; pouvoir exploiter au maximum la position &#233;minemment favorable de la Russie dans la d&#233;fense. C'est ce qui se passe &#224; chaque fois : cela permet de poser des revendications draconiennes qu'elle maintient jusqu'au dernier moment pour tirer le plus grand profit possible de la peur de la guerre chez l'adversaire, dont la position est plus risqu&#233;e &#8211; mais sans qu'on en vienne aux mains. Cependant, &#224; c&#244;t&#233; de la diplomatie, il y a l'arm&#233;e qui en Russie, malgr&#233; les innombrables revers subis dans les guerres, est tr&#232;s s&#251;re de sa force et prend des airs de matamore, plus que partout ailleurs. C'est elle qui voudrait passer aux actes. Et, troisi&#232;mement, il y a la jeune bourgeoisie : l'extension incessante du march&#233; lui semble, comme dans les ann&#233;es quarante &#224; la bourgeoisie am&#233;ricaine, une chose qui va de soi, si bien qu'il lui semble &#233;vident que la Russie ait pour mission historique de lib&#233;rer les Slaves et les Grecs et de dominer tout l'Est de l'Europe. Il faut mettre tous trois en balance, mais, sous le r&#232;gne d'Alexandre III, la diplomatie l'a toujours emport&#233; jusqu'ici. Or, la disette vient s'ajouter &#224; tout cela. Celle-ci est tr&#232;s grave dans l'Est et le Sud-Est. La famine s&#233;vit de mani&#232;re aig&#252;e partout &#224; l'Est d'une ligne &#224; l'arri&#232;re d'Odessa, Nijni-Novgorod et Viatka ; plus on va &#224; l'Ouest &#224; partir de cette ligne, meilleure devient progressivement la r&#233;colte ; tout &#224; fait &#224; l'Ouest, la r&#233;colte de bl&#233; a m&#234;me &#233;t&#233; passable par endroits. La r&#233;colte de seigle a &#233;t&#233; partout mauvaise. En Russie, les pommes de terre ne sont pas une denr&#233;e alimentaire populaire. La forme terriblement aigu&#235; de la famine dans la vall&#233;e de la Volga d&#233;montre &#224; quel point les moyens de communication en Russie sont toujours lamentables. Tout cela fait appara&#238;tre clairement que tu prendrais des risques inconsid&#233;r&#233;s, si tu voulais donner foi aux affirmations des militaires qui demandent des cr&#233;dits de guerre en Allemagne et pour cela affirment p&#233;remptoirement que la guerre sera pour le printemps. De m&#234;me que la diplomatie russe a coutume de pr&#233;parer la guerre de mani&#232;re d'autant plus fi&#233;vreuse qu'elle a moins envie de la d&#233;clencher, de m&#234;me est-il du devoir de l'&#233;tat-major de vous persuader au parlement que la guerre est certaine pour avril 1892. Tu as parfaitement raison de bien prendre en consid&#233;ration ces informations, et je te serais tr&#232;s reconnaissant si tu pouvais me faire parvenir &#224; ce sujet des nouvelles de source authentique, mais il faut savoir aussi que, ce faisant, ces gens poursuivent aussi des buts secondaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point n'est pas aussi acad&#233;mique qu'il en a l'air. En fait, il est de premi&#232;re importance, &#224; partir du moment o&#249; les demandes de cr&#233;dits sont d&#233;pos&#233;es au parlement par le gouvernement. Si nous sommes convaincus que cela va d&#233;marrer au printemps, alors nous pouvons difficilement &#234;tre oppos&#233;s par principe &#224; ces cr&#233;dits. Or, ce serait pour nous une situation plut&#244;t fatale. Car tous les partis de l&#232;che-culs jubileraient, en se f&#233;licitant d'avoir eu raison et en nous voyant maintenant devoir fouler aux pieds la politique que nous avons constamment poursuivie pendant vingt ans. Et un tournant aussi subit provoquerait des frictions au sein du parti et aussi au plan international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il se peut tout de m&#234;me que la guerre survienne au printemps. Quelle sera donc notre attitude vis-&#224;-vis des cr&#233;dits de guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, il ne peut y avoir qu'une seule position sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour modifier l'armement, il n'y a plus assez de temps. Si la paix dure jusqu'&#224; ce qu'on ait introduit de nouveaux canons et un nouveau fusil de petit calibre, alors la paix tiendra de toute fa&#231;on. Il s'agit donc de faux pr&#233;textes. 2. La m&#234;me chose vaut, et plus encore, pour de nouveaux corps de l'arm&#233;e permanente, c'est-&#224;-dire pour la demande de cr&#233;ation de nouveaux r&#233;giments. Ces quelques cr&#233;ations nouvelles que l'on r&#233;clame aujourd'hui ne comptent gu&#232;re en pr&#233;sence des arm&#233;es g&#233;antes de notre temps, et si c'est pour servir comme corps d'&#233;cole pour pouvoir mettre sur pied davantage d'hommes et les former, cela ne pourrait se faire qu'au bout de longues ann&#233;es de paix, et c'est donc superflu pour la guerre de ce printemps. En revanche, 3. toutes les demandes tendant &#224; rapprocher l'actuelle arm&#233;e de l'armement g&#233;n&#233;ral du peuple, tendant &#224; renforcer exclusivement la d&#233;fensive, &#224; former et armer des troupes d'hommes de tous les groupes d'&#226;ges de 17 &#224; 60 ans qui n'ont jamais &#233;t&#233; appel&#233;s jusqu'ici, et &#224; les incorporer dans des corps fixes, sans accroissement des contr&#244;les tracassiers &#8211; pour cela nous pourrions consentir de l'argent . Nous ne pouvons pas demander que l'organisation militaire existante soit boulevers&#233;e lorsque la guerre menace, mais si l'on veut entra&#238;ner maintenant aussi bien que possible la grande masse des hommes aptes au service et non encore form&#233;s et les encadrer &#8211; pour une lutte v&#233;ritable, et non pour la parade et les brimades &#8211; alors c'est un pas vers notre d&#233;fense populaire que nous ne pouvons qu'accepter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la menace de guerre grandit, alors nous pourrons dire au gouvernement que nous sommes pr&#234;ts, si l'on nous en met en mesure par un traitement ad&#233;quat, &#224; le soutenir contre l'ennemi ext&#233;rieur &#224; condition qu'il m&#232;ne la guerre sans piti&#233;, par tous les moyens, y compris r&#233;volutionnaires . Si l'Allemagne est attaqu&#233;e de l'est et de l'ouest, tous les moyens sont bons pour la d&#233;fense. Il en va de l'existence nationale et aussi, pour nous, du maintien de la position et des chances d'avenir que nous avons arrach&#233;es par la lutte. Plus la guerre sera conduite de fa&#231;on r&#233;volutionnaire, plus elle sera faite dans notre sens. Et il peut arriver &#8211; &#233;tant donn&#233; la couardise des bourgeois et des hobereaux, qui veulent sauver leur propri&#233;t&#233; &#8211; que nous soyons le seul parti de guerre r&#233;ellement &#233;nergique. Et il peut naturellement arriver aussi que nous devions prendre les r&#234;nes du pouvoir et jouer au 1794 pour jeter dehors les Russes et leurs alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois m'arr&#234;ter, parce que je dois envoyer cette lettre en recommand&#233;, et le bureau ferme apr&#232;s 5 heures. Je m'attendais d&#233;j&#224;, apr&#232;s les exp&#233;riences du pass&#233;, qu'en sous-main on renforce consid&#233;rablement la premi&#232;re arm&#233;e mobilisable de campagne : nous ne demandons pas mieux de le voir confirm&#233; de source authentique. Pour ce qui concerne les Autrichiens, les hommes sont absolument remarquables, les sous-officiers braves, mais ils sont tr&#232;s in&#233;galement pr&#233;par&#233;s au combat, tandis que les officiers sup&#233;rieurs sont absolument incertains. De plus, on peut s'attendre &#224; ce que le com&#172;mandement supr&#234;me revienne &#224; quelqu'un qui a rendu des services de maquereau &#224; Fran&#231;ois-Joseph.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;pare quelque chose pour les Fran&#231;ais sur le cas de guerre, mais il est bigrement difficile de ne pas y faire plus de mal que de bien, car les Fran&#231;ais sont si susceptibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-inclus quelques extraits sur la disette russe qui s'&#233;tend encore plus vers l'ouest que je ne le croyais . C'est ce que l'on trouve tous les jours dans la presse anglaise. Les choses ont pris effectivement un tour tr&#232;s grave, et l'on n'arr&#234;te pas d'envoyer d'autres troupes &#224; l'ouest &#8211; ne serait-ce que pour pouvoir les nourrir, comme Mendelsohn me l'a confirm&#233; hier. Il faudrait que les Russes soient fous pour d&#233;clencher la guerre, mais partout le parti militariste est fou, et la bourgeoisie russe est stupidement born&#233;e, chauvine et avide &#224; l'extr&#234;me. Si la guerre doit &#233;clater, alors il vaut mieux que ce soit bient&#244;t, les Russes seront alors les perdants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il faut dire les choses telles qu'elles sont aux Fran&#231;ais sur notre situation en cas de guerre &#8211; une chose certes bigrement difficile &#8211;, j'ai &#233;crit un article fran&#231;ais que j'ai envoy&#233; &#224; Laura . Elle m'a r&#233;pondu aujourd'hui qu'elle aussi bien que Paul sont ravis de cet article qui correspond exactement &#224; ce qui est n&#233;cessaire pour les Fran&#231;ais, etc. Si Guesde est du m&#234;me avis &#8211; il est encore &#224; Lille o&#249; il repr&#233;sente Lafargue, encore emprisonn&#233;, aupr&#232;s des &#233;lecteurs &#8211;, alors l'article sera publi&#233;. Il a &#233;t&#233; &#233;crit &#224; l'origine pour l'Almanach socialiste fran&#231;ais, mais il est possible et m&#234;me, &#224; mon avis, probable qu'il soit trop dur pour les &#233;l&#233;ments confus de cette revue, et il para&#238;trait alors dans le Socialiste, que tu lis, je l'esp&#232;re. Je leur dis ceci : nous aurions la certitude pratiquement absolue d'arriver au pouvoir avant dix ans ; or, nous ne pourrions conqu&#233;rir le pouvoir et moins encore le garder sans r&#233;parer les p&#233;ch&#233;s que nos pr&#233;d&#233;cesseurs ont commis contre les autres nationalit&#233;s. C'est dire qu'il nous faudrait : 1. pr&#233;parer ouverte-ment la restauration de la Pologne ; 2. mettre les Schlesvigois du Nord et les Alsaciens-Lorrains en &#233;tat de d&#233;cider librement de leur appartenance : la question de l'Alsace-Lorraine ne se pose absolument pas entre une France et une Allemagne socialistes. En cons&#233;quence, il n'y aurait absolument aucune raison pour une guerre &#224; cause de l'Alsace-Lorraine. Mais si la bourgeoisie fran&#231;aise d&#233;clenche n&#233;anmoins une telle guerre et se met pour cela au service du tsar de Russie qui est aussi l'ennemi des bourgeois de toute l'Europe occidentale, ce sera alors le reniement de la mission r&#233;volutionnaire de la France. En revanche, comme nous, socialistes allemands, arriverons au pouvoir dans les 10 ans si la paix se maintient, nous avons le devoir de d&#233;fendre la position que nous avons conquise &#224; l'avant-garde du mouvement ouvrier, et ce non seulement contre tous les ennemis de l'int&#233;rieur, mais encore ceux de l'ext&#233;rieur. Si la Russie &#233;tait victorieuse, nous serions &#233;cras&#233;s. Par cons&#233;quent, sus &#224; la Russie, si elle commence la guerre, sus aux Russes et &#224; leurs alli&#233;s, quels qu'ils soient. Ensuite, nous avons &#224; faire en sorte pour cela que la guerre soit men&#233;e avec tous les moyens r&#233;volutionnaires et que tout gouvernement qui se re-fuserait &#224; utiliser ces moyens soit rendu impossible ; c'est-&#224;-dire que nous prendrions nous-m&#234;mes la direction au moment voulu. Nous n'avons pas encore oubli&#233; le glorieux exemple des Fran&#231;ais de 1793, et si l'on nous y oblige, il se pourrait que nous comm&#233;morions le centi&#232;me anniversaire de 1793 en montrant que les ouvriers allemands de 1893 ne sont pas indignes des sans-culottes de l'&#233;poque, et si les soldats fran&#231;ais passaient nos fronti&#232;res, nous les accueillerions au cri de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi, ces cohortes &#233;trang&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feraient la loi dans nos foyers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Marseillaise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le raisonnement g&#233;n&#233;ral. D&#232;s que le texte sera d&#233;finitive-ment &#233;tabli (j'attends naturellement quelques propositions pour certaines l&#233;g&#232;res modifications) et que l'on commencera &#224; l'imprimer, je traduirai cet article en allemand et nous verrons alors ce que nous en ferons. Je ne suis pas s&#251;r que vos conditions existant en Allemagne pour la publication permettront que l'on imprime cet article, peut-&#234;tre que cela marchera si vous faites quelques restrictions &#8211; on verra bien. Quoi qu'il en soit, mes articles n'engagent pas la responsabilit&#233; du Parti &#8211; ce qui est une grande chance aussi bien pour moi que pour lui, bien que Liebknecht se figure qu'il s'agit d'un malheur pour moi, ce qui ne me vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comptes rendus rapportent que tu as pr&#233;tendu que j'avais pr&#233;dit l'effondrement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise pour 1898. Il y a l&#224; une petite erreur quelque part, car j'ai dit simplement qu'il &#233;tait bien possible que nous arrivions au pouvoir d'ici l&#224;. La vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, au cas o&#249; cela ne se produirait pas, pourrait encore continuer &#224; v&#233;g&#233;ter pendant quelque temps &#8211; aussi longtemps qu'un coup venu de l'ext&#233;rieur n'aura pas fait s'effondrer l'&#233;difice vermoulu. Or, une telle vieille bo&#238;te pourrie peut encore tenir pendant quelques d&#233;cennies apr&#232;s son essentielle mort int&#233;rieure, s'il n'y a pas de coup de vent. Je me garderai donc bien de faire une telle proph&#233;tie. En revanche, notre arriv&#233;e &#224; la possibilit&#233; du pouvoir rel&#232;ve du pur calcul de probabilit&#233;s d'apr&#232;s des lois math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela &#233;tant, j'esp&#232;re que la paix continuera . Nous sommes dans la situation de quelqu'un qui n'a pas besoin de jouer son va-tout &#224; la banque &#8211; et c'est ce &#224; quoi nous obligerait la guerre. Dans dix ans nous serions tout autrement pr&#233;par&#233;s. Voici pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre en main les moyens de production et les faire fonctionner, il nous faut des gens qui aient une formation technique &#8211; et ce en masse. Or nous ne les avons pas ; nous sommes m&#234;me assez contents que le peuple &#034;cultiv&#233;&#034; nous ait laiss&#233;s, en gros, jusqu'ici tranquilles. Il en va tout autrement maintenant. Nous sommes d&#233;sormais assez forts pour pouvoir supporter et dig&#233;rer n'importe quelle quantit&#233; de brouet cultiv&#233;, et je pr&#233;vois que, dans les prochaines 8-10 ann&#233;es, nous recruterons suffisamment de jeunes techniciens, m&#233;decins, juristes et ma&#238;tres d'&#233;cole pour pouvoir faire g&#233;rer les fabriques et les grands domaines par des camarades de parti pour le compte de la nation. C'est alors que notre accession au pouvoir sera &#224; l'image compl&#232;te d'un processus de la nature et se d&#233;roulera relativement sans encombre. En revanche, si nous arrivions pr&#233;matur&#233;ment au pouvoir &#224; cause d'une guerre, les techniciens seraient nos adversaires par principe, et ils nous tromperaient et trahiraient &#224; chaque fois qu'ils le pourraient : nous devrions utiliser la terreur &#224; leur encontre et ils nous arnaqueraient quand m&#234;me . C'est ce qui est arriv&#233; constamment aux r&#233;volutionnaires fran&#231;ais &#224; une petite &#233;chelle : ils durent, m&#234;me dans l'administration ordinaire, laisser occuper par les vieux r&#233;actionnaires les postes subalternes o&#249; s'effectue le v&#233;ritable travail, et ceux-ci entravaient et paralysaient tout. C'est pourquoi, j'esp&#232;re et je souhaite que nous en restions &#224; notre bonne et s&#251;re &#233;volution progressive, qui avance sur son chemin normal avec la s&#233;r&#233;nit&#233; et l'in&#233;luctabilit&#233; d'un processus naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROISI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.3. Guerre mondiale et pr&#233;vision marxiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les voix des &#233;lecteurs sont loin de constituer la force principale du socialisme allemand . Chez nous, on n'est &#233;lecteur qu'&#224; l'&#226;ge de vingt-cinq ans, mais &#224; vingt ans on est soldat. Or, comme c'est pr&#233;cis&#233;ment la jeune g&#233;n&#233;ration qui fournit au parti ses conscrits les plus nombreux, il s'ensuit que l'arm&#233;e allemande devient de plus en plus infect&#233;e de socialisme. Aujourd'hui, nous avons un soldat sur cinq, dans quelques ann&#233;es nous en aurons un sur trois ; vers 1900, l'arm&#233;e, jadis l'&#233;l&#233;ment prussien par excellence en Allemagne, sera socialiste dans sa majorit&#233;. Cela s'impose comme une fatalit&#233;. Le gouvernement de Berlin la voit arriver tout aussi bien que nous, mais il est impuissant. L'arm&#233;e lui &#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de fois les bourgeois ne nous ont-ils pas somm&#233;s de renoncer &#224; tout jamais &#224; l'emploi des moyens r&#233;volutionnaires, de rester dans la l&#233;galit&#233;, maintenant que la l&#233;gislation exceptionnelle est tomb&#233;e et que le droit commun est r&#233;tabli pour tous, y compris les socialistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, nous ne sommes pas dans le cas de faire plaisir &#224; messieurs les bourgeois. Ce qui n'emp&#234;che pas que, pour le moment, ce n'est pas nous que la l&#233;galit&#233; tue. Elle travaille si bien pour nous que nous serions fous d'en sortir tant que cela dure. Reste &#224; savoir si ce ne seront pas les bourgeois et leur gouvernement qui en sortiront les premiers pour nous &#233;craser par la violence. C'est ce que nous attendrons. Tirez les premiers, messieurs les bourgeois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute, ils tireront les premiers. Un beau jour, les bourgeois allemands et leur gouvernement, d&#233;go&#251;t&#233;s d'assister, les bras crois&#233;s, aux d&#233;bordements toujours croissants du socialisme, auront recours &#224; l'ill&#233;galit&#233; et &#224; la violence. &#192; quoi bon ! La force peut &#233;craser une petite secte, du moins sur un terrain limit&#233; ; mais il n'y a pas de force qui puisse extirper un parti de deux millions d'hommes r&#233;pandus sur toute la surface d'un grand Empire. La violence contre-r&#233;volutionnaire, tant que durera sa force sup&#233;rieure, pourra retarder de quelques ann&#233;es le triomphe du socialisme, mais ce sera pour le rendre d'autant plus complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui pr&#233;c&#232;de a &#233;t&#233; dit sous la r&#233;serve que l'Allemagne pourra suivre en paix son d&#233;veloppement &#233;conomique et politique. Une guerre changerait tout cela. Et la guerre peut &#233;clater d'un moment &#224; l'autre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Empire allemand est une monarchie aux forces semi-f&#233;odales, mais domin&#233;e, en dernier lieu, par les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques de la bourgeoisie. Gr&#226;ce &#224; Bismarck, cet empire a commis d'&#233;normes fautes. Sa politique int&#233;rieure, polici&#232;re, tracassi&#232;re, mesquine, indigne du gouvernement d'une grande nation, lui a valu le m&#233;pris de tous les pays bourgeoisement lib&#233;raux ; sa politique ext&#233;rieure a suscit&#233; la m&#233;fiance, sinon la haine, des nations voisines. Par l'annexion violente de l'Alsace-Lorraine, le gouvernement allemand a rendu impossible, pour longtemps, toute r&#233;conciliation avec la France, sans gagner aucun avantage r&#233;el pour lui-m&#234;me ; il a rendu la Russie l'arbitre de l'Europe. Cela est si &#233;vident que, d&#232;s le lendemain de Sedan, le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale a pu pr&#233;dire la situation europ&#233;enne d'aujourd'hui. Dans son Adresse du 9 septembre 1870, il a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les patriotes teutons s'imaginent-ils en r&#233;alit&#233; qu'ils vont assurer la libert&#233; et la paix en jetant la France dans les bras de la Russie ? Si l'Allemagne, emport&#233;e par la fortune des armes, l'arrogance de la victoire, l'intrigue dynastique, commettait une spoliation territoriale sur la France, de deux choses l'une : ou elle devrait se faire ouvertement l'instrument de la politique conqu&#233;rante de la Russie, ou bien, apr&#232;s un court armistice, elle aurait &#224; braver une nouvelle guerre d&#233;fensive, une guerre qui au lieu de ressembler &#224; ces guerres &#034;localis&#233;es&#034; d'invention moderne, serait une guerre contre les races slave et romane combi-n&#233;es &#187; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En cas de guerre, l'Allemagne d'abord, la France ensuite en seront le th&#233;&#226;tre principal ; ces deux pays surtout en payeront les frais sous forme de d&#233;vastation. Il y a plus. Cette guerre, d&#232;s l'abord, se distinguera par une s&#233;rie de trahisons entre alli&#233;s, telles que m&#234;me les annales de la tra&#238;tresse diplomatie ne nous en ont pas fourni jusqu'ici ; la France ou l'Allemagne, ou toutes les deux, en seront les principales victimes. Il est donc presque s&#251;r que ni l'un ni l'autre de ces deux pays, face &#224; de telles perspectives, ne provoquera la lutte ouverte. Mais la Russie, prot&#233;g&#233;e par sa position g&#233;ographique et par sa situation &#233;conomique contre les suites les plus funestes d'une s&#233;rie de d&#233;faites, la Russie officielle seule peut trouver son int&#233;r&#234;t &#224; faire &#233;clater une si terrible guerre : c'est elle qui y poussera. Dans tous les cas, &#233;tant donn&#233; la situation politique actuelle, il y a dix contre un &#224; parier qu'au premier coup de canon sur la Vistule, les arm&#233;es fran&#231;aises marcheront sur le Rhin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, l'Allemagne combat pour son existence m&#234;me. Victorieuse, elle ne trouve rien &#224; annexer. &#192; l'Est comme &#224; l'Ouest, elle ne trouve que des provinces de langue &#233;trang&#232;re ; de celles-l&#224;, elle n'en a d&#233;j&#224; que trop. Battue, &#233;cras&#233;e entre le marteau fran&#231;ais et l'enclume russe, elle devra c&#233;der &#224; la Russie l'ancienne Prusse et les provinces polonaises, au Danemark le Schleswig, &#224; la France toute la rive gauche du Rhin, M&#234;me si la France s'y refusait, son alli&#233;e lui imposerait cette conqu&#234;te ; ce qu'il faut avant tout &#224; la Russie, c'est une cause d'inimiti&#233; permanente entre la France et l'Allemagne. R&#233;conciliez ces deux grands pays, et c'en est fait de la supr&#233;matie russe en Europe. D&#233;membr&#233;e de cette sorte, l'Allemagne serait incapable de remplir le r&#244;le qui lui incombe dans le d&#233;veloppement historique europ&#233;en ; r&#233;duite au r&#244;le que lui avait impos&#233; Napol&#233;on apr&#232;s Tilsit, elle ne pourrait vivre qu'en pr&#233;parant une nouvelle guerre de r&#233;habilitation nationale ; mais en attendant, elle serait l'humble instrument du tsar qui ne manquerait pas de s'en servir &#8211; contre la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deviendrait en pareille circonstance le parti socialiste allemand ? Il va sans dire que ni le tsar ni les r&#233;publicains bourgeois fran&#231;ais, ni le gouvernement allemand lui-m&#234;me ne laisseraient passer une si bonne occasion pour &#233;craser le seul parti qui est, pour eux tous, l'ennemi. Nous avons vu comment Thiers et Bismarck se sont donn&#233; la main sur les ruines du Paris de la Commune ; nous verrions alors le tsar, Constans, Caprivi (ou leurs successeurs quelconques) s'embrasser sur le cadavre du socialisme allemand &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;sumons. La paix assure la victoire du parti socialiste allemand dans une dizaine d'ann&#233;es ; la guerre lui offre ou la victoire dans deux ou trois ans, ou la ruine compl&#232;te, au moins pour quinze &#224; vingt ans. Dans cette position, les socialistes allemands devraient &#234;tre fous pour pr&#233;f&#233;rer le va-tout de la guerre au triomphe assur&#233; que leur promet la paix. Il y a plus. Aucun socialiste, de n'importe quel pays, ne peut d&#233;sirer le triomphe guerrier, soit du gouvernement allemand actuel, soit de la r&#233;publique bourgeoise fran&#231;aise ; encore moins celui du tsar, qui &#233;quivaudrait &#224; la subjugation de l'Europe .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si n&#233;anmoins la guerre doit &#233;clater, une chose est certaine. Cette guerre, o&#249; quinze &#224; vingt millions d'hommes arm&#233;s s'entr&#233;gorgeraient et d&#233;vasteraient l'Europe comme jamais elle n'a &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;e, cette guerre ou bien am&#232;nerait le triomphe imm&#233;diat du socialisme, ou bien elle bouleverserait tellement l'ancien ordre des choses, elle laisserait partout apr&#232;s elle un tel monceau de ruines que la vieille soci&#233;t&#233; capitaliste deviendrait plus impossible que jamais, et que la r&#233;volution sociale, retard&#233;e de dix &#224; quinze ans, n'en serait que plus radicale et plus rapidement parcourue .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on n'a pas vu se r&#233;aliser la pr&#233;diction de la premi&#232;re Adresse : si la guerre de d&#233;fense de l'Allemagne contre Louis Bonaparte d&#233;g&#233;n&#232;re en guerre de conqu&#234;te contre le peuple fran&#231;ais, toutes les mis&#232;res qui se sont abattues sur l'Allemagne apr&#232;s les guerres dites de lib&#233;ration rena&#238;tront avec une intensit&#233; nouvel-le ? N'avons-nous pas eu encore vingt autres ann&#233;es de domination bismarckienne, et pour remplacer les pers&#233;cutions contre les d&#233;magogues, la loi d'exception et la chasse aux socialistes, avec le m&#234;me arbitraire policier, avec litt&#233;ralement la m&#234;me fa&#231;on monstrueuse d'interpr&#233;ter la loi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ne s'est-elle pas r&#233;alis&#233;e &#224; la lettre la pr&#233;diction que l'annexion de l'Alsace-Lorraine &#171; jetterait la France dans les bras de la Russie &#187; et qu'apr&#232;s cette annexion l'Allemagne ou bien deviendrait le valet servile de la Russie, ou bien serait oblig&#233;e, apr&#232;s un court r&#233;pit, de s'armer pour une nouvelle guerre, et, &#224; vrai dire, &#171; pour une guerre raciale contre les races latines et slaves coalis&#233;es &#187; ? Est-ce que l'annexion des provinces fran&#231;aises n'a pas pouss&#233; la France dans les bras de la Russie ? Bismarck n'a-t-il pas vainement, pendant vingt ann&#233;es enti&#232;res, brigu&#233; les bonnes gr&#226;ces du tsar, s'abaissant &#224; des services plus vils encore que ceux que la petite Prusse, avant qu'elle ne f&#251;t &#171; la premi&#232;re puissance d'Europe &#187;, avait coutume de d&#233;poser aux pieds de la Sainte-Russie ? Et ne voit-on pas quotidiennement, suspendue au-dessus de notre t&#234;te, telle l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, la menace d'une guerre, au premier jour de laquelle tous les trait&#233;s d'alliance des princes s'en iront en fum&#233;e ? D'une guerre dont rien n'est s&#251;r que l'absolue incertitude de son issue, d'une guerre raciale qui livrera toute l'Europe aux ravages de quinze &#224; vingt millions d'hommes arm&#233;s ; et si elle ne fait pas encore rage, c'est uniquement parce que le plus fort des grands &#201;tats militaires est pris de peur devant l'impr&#233;visibilit&#233; totale du r&#233;sultat final .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Projet militaire de la social-d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles ci-apr&#232;s r&#233;imprim&#233;s ont &#233;t&#233; publi&#233;s en mars 1893 dans le &#171; Vorw&#228;rts &#187; de Berlin, pendant que le d&#233;bat au Reichstag autour du projet de loi militaire battait son plein .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon point de d&#233;part dans ce travail, qui d'ailleurs se fait de plus en plus entendre, est que le syst&#232;me des arm&#233;es permanentes dans toute l'Europe a &#233;t&#233; pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, de sorte que soit il ruinera &#233;conomiquement les peuples par ce fardeau militaire, soit il d&#233;g&#233;n&#233;rera en guerre d'an&#233;antissement, &#224; moins qu'on ne transforme &#224; temps les arm&#233;es permanentes en un syst&#232;me de milices bas&#233;es sur l'armement g&#233;n&#233;ralis&#233; du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie de prouver que cette transformation est d'ores et d&#233;j&#224; possible, m&#234;me pour les gouvernements actuels et dans la situation politique actuelle. De la sorte, partant de cette situation, je ne propose ici que des mesures susceptibles d'&#234;tre adopt&#233;es aujourd'hui par tout gouvernement sans pr&#233;judice pour la d&#233;fense de son pays. Je m'efforce seulement de montrer que, d'un strict point de vue militaire, absolument rien ne s'oppose &#224; l'abolition progressive des arm&#233;es permanentes ; et que si malgr&#233; cela l'on conserve ces troupes, ce n'est pas pour des raisons militaires, mais politiques, qu'en un mot, les arm&#233;es ne doivent pas tant prot&#233;ger contre un ennemi ext&#233;rieur que contre l'ennemi int&#233;rieur .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction progressive du temps de service par contrat international qui constitue le point central de ma d&#233;monstration, me semble &#234;tre la voie la plus simple et la plus rapide pour op&#233;rer la transition de l'arm&#233;e permanente &#224; l'armement du peuple organis&#233; en milices. Les modalit&#233;s d'un tel accord varieront selon le caract&#232;re des gouvernements y participant et selon leur situation politique respective. Il est impossible que les choses se pr&#233;sentent plus favorablement que maintenant ; or, on peut d&#233;j&#224; prendre &#224; l'heure actuelle un temps de service maximal de deux ans comme point de d&#233;part, et dans quelques ann&#233;es on sera peut-&#234;tre amen&#233; &#224; choisir une dur&#233;e bien inf&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
En posant l'instruction gymnastique et militaire de toute la jeunesse masculine comme condition essentielle pour la transition au nouveau syst&#232;me, j'exclus express&#233;ment toute confusion du syst&#232;me de milice que je propose ici avec une quelconque autre milice actuellement existante, par exemple, en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 28 mars 1893	F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis vingt-cinq ans l'armement de l'Europe enti&#232;re &#224; atteint des sommets. Les grands &#201;tats cherchent &#224; s'&#233;clipser mutuellement en puissance et capacit&#233;s militaires. L'Allemagne, la France, la Russie s'efforcent de se surpasser r&#233;ciproquement jusqu'&#224; l'&#233;puisement. En ce moment pr&#233;cis, le gouvernement allemand exige de la population un effort nouveau si violent que notre Reichstag si complaisant s'en met &#224; trembler. N'est-ce donc pas folie, en ce moment, de parler d&#233;sarmement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, dans pratiquement tous les pays, les classes du peuple qui ont &#224; fournir le gros des soldats et &#224; porter la charge des imp&#244;ts r&#233;clament le d&#233;sarmement. Et pourtant, partout les efforts sont arriv&#233;s &#224; un point o&#249; les forces &#8211; que ce soit les recrues, ou bien l'argent ou les deux s'approchent de l'&#233;puisement. N'y a-t-il donc pas d'autre issue &#224; cette impasse qu'une guerre d'an&#233;antissement telle qu'on n'en a encore jamais vue dans le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis : le d&#233;sarmement et, avec lui, la garantie de la paix est possible et m&#234;me relativement facile &#224; r&#233;aliser ; et l'Allemagne plus que tout autre &#201;tat civilis&#233; en a le pouvoir et la vocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre de 1870/71 a &#233;t&#233; d&#233;finitivement d&#233;montr&#233;e la sup&#233;riorit&#233; du syst&#232;me de service militaire g&#233;n&#233;ral avec r&#233;serve et landwehr &#8211; m&#234;me sous sa forme prussienne r&#233;duite d'alors &#8211; sur le syst&#232;me de conscription avec remplacement. Tous les pays du continent l'ont adopt&#233; sous une forme plus ou moins modifi&#233;e. En soi, cela n'aurait pas &#233;t&#233; d'un grand pr&#233;judice. L'arm&#233;e qui s'appuie principalement sur les hommes mari&#233;s d'&#226;ge moyen est de nature moins offensive que l'arm&#233;e de conscription de Louis-Napol&#233;on fortement entrem&#234;l&#233;e d'engag&#233;s &#8211; de soldats de m&#233;tier enr&#244;l&#233;s. Cependant, il faut ajouter &#224; cela l'annexion de l'Alsace-Lorraine qui ne fait de la paix de Francfort qu'un simple armistice pour la France tout comme la paix de Tilsit l'a &#233;t&#233; pour la Prusse . C'est alors que commen&#231;a cette course &#224; l'armement effr&#233;n&#233;e entre la France et l'Allemagne, dans laquelle la Russie, l'Autriche et l'Italie ont &#233;t&#233; progressivement entra&#238;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commen&#231;a par prolonger le service obligatoire &#224; la landwehr. En France, l'arm&#233;e territoriale fut compl&#233;t&#233;e par une r&#233;serve d'hommes plus &#226;g&#233;s, en Allemagne on a r&#233;tabli la deuxi&#232;me lev&#233;e de la landwehr et m&#234;me le landsturm . Et ainsi de suite, pas &#224; pas jusqu'&#224; ce qu'on ait atteint ou m&#234;me d&#233;pass&#233; la limite d'&#226;ge qu'impose la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite on a augment&#233; l'enr&#244;lement de recrues et constitu&#233; les cadres que n&#233;cessite leur instruction ; toutefois, m&#234;me ici, la limite est presque ou compl&#232;tement atteinte, et m&#234;me d&#233;pass&#233;e en France. Les derni&#232;res ann&#233;es du contingent de l'arm&#233;e fran&#231;aise incluent d&#233;j&#224; un nombre relativement important de jeunes gens qui ne sont pas encore ou pas du tout &#224; la hauteur des &#233;preuves du service. Les officiers anglais qui assistaient aux grandes man&#339;uvres en Champagne de 1891, et qui appr&#233;ciaient pleinement et parfois avec admiration la capacit&#233; de l'actuelle arm&#233;e fran&#231;aise, rapportent unanimement, impartiaux en cela, qu'un nombre d&#233;mesur&#233;ment grand de jeunes soldats restaient en chemin lors des marches et dans les exercices de combat. En Allemagne, nous n'avons pas encore compl&#232;tement &#233;puis&#233; nos effectifs de r&#233;serve en hommes aptes au service, mais le nouveau projet militaire a &#233;t&#233; con&#231;u pour y &#171; rem&#233;dier &#187;. Bref, m&#234;me &#224; cet &#233;gard, nous nous approchons les limites de nos capacit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le c&#244;t&#233; moderne r&#233;volutionnaire du syst&#232;me de d&#233;fense prussien consiste dans l'exigence de l'int&#233;gration au service de la d&#233;fense nationale de tout homme en &#233;tat et en &#226;ge de porter les armes. Et le seul &#233;l&#233;ment r&#233;volutionnaire d&#233;celable dans l'ensemble de l'&#233;volution militaire depuis 1870 r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait qu'on s'est vu oblig&#233; &#8211; souvent &#224; contrec&#339;ur &#8211; de conduire &#224; bien dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me cette exigence qui, jusque-l&#224;, n'existait que dans l'imagination chauvine. &#192; l'heure actuelle on ne peut plus mettre en question, ni la dur&#233;e de l'obligation de service, ni le recrutement de tous les jeunes gens en &#233;tat de porter les armes, et encore moins de la part de l'Allemagne, et encore moins de la part du parti social-d&#233;mocrate qui, au contraire, est seul capable de mettre en pratique cette revendication en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne nous reste plus qu'un point o&#249; l'on peut mettre le levier pour arriver &#224; d&#233;sarmer : la dur&#233;e du temps de service sous les drapeaux. Et voil&#224; le point d'appui d'Archim&#232;de : &#233;tablissement international entre les grandes puissances du continent, du maximum du temps de service actif sous les drapeaux pour toutes les armes, disons d'abord &#224; deux ans, mais sous r&#233;serve de diminution ult&#233;rieure imm&#233;diate d&#232;s qu'on le juge possible et avec le syst&#232;me de milice comme but final. Et je soutiens que c'est la vocation de l'Allemagne de pr&#233;senter cette requ&#234;te avant tous les autres, que ce sera l'Allemagne qui en tirera parti avant les autres, et qu'elle doit la pr&#233;senter m&#234;me si elle n'&#233;tait pas adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fixation internationale du temps de service maximal sous les drapeaux toucherait uniform&#233;ment les arm&#233;es de toutes les puissances. On suppose g&#233;n&#233;ralement que, pour une arm&#233;e dont la troupe n'a pas encore connu le feu du combat, et dans les premiers temps d'une campagne, le temps de service actif constitue &#8211; dans certaines limites toutefois &#8211; le meilleur crit&#232;re de son aptitude dans toute situation de guerre, notamment en ce qui concerne l'attaque strat&#233;gique et tactique. Nos combattants de 1870 ont suffisamment connu la furia fran&#231;aise de l'attaque &#224; la ba&#239;onnette de l'infanterie imp&#233;riale, dont le temps de service est long, et la violence des attaques de cavalerie de W&#246;rth et de Sedan ; mais &#224; Spicheren, tout au d&#233;but de la guerre, ils ont prouv&#233; qu'ils &#233;taient capables &#8211; m&#234;me en &#233;tant inf&#233;rieurs en nombre &#8211; de chasser cette m&#234;me infanterie de sa position de force. Admettons donc qu'en g&#233;n&#233;ral : dans certaines limites qui varient selon les caract&#232;res nationaux, c'est la dur&#233;e de service sous les drapeaux qui d&#233;termine l'aptitude guerri&#232;re g&#233;n&#233;rale de troupes non habitu&#233;es au combat, et notamment leur valeur dans l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on r&#233;ussit &#224; fixer un temps de service maximal &#224; l'&#233;chelle internationale, le rapport d'efficacit&#233; relatif des diff&#233;rentes arm&#233;es s'&#233;tablit &#224; peu pr&#232;s au niveau actuel. Ce que l'une perd en disponibilit&#233; imm&#233;diate, les autres le perdent &#233;galement. Autant l'attaque par surprise d'un &#201;tat par un autre est exclue aujourd'hui, autant elle le sera aussi apr&#232;s. La diff&#233;rence entre le temps de service actif, par exemple en France et en Allemagne, n'a jusqu'&#224; pr&#233;sent pas &#233;t&#233; de taille &#224; peser dans la balance ; de m&#234;me sous un r&#233;gime de temps de service raccourci, tout d&#233;pendra, comme actuellement, de l'usage qu'on fera dans chacune des deux arm&#233;es du temps de service convenu. Au demeurant, la force relative des deux arm&#233;es correspondrait enti&#232;rement au rapport num&#233;rique de population des deux pays, et apr&#232;s l'introduction effective du service militaire g&#233;n&#233;ral, la mesure de la force arm&#233;e pour des pays de d&#233;veloppement &#233;conomique comparable (dont d&#233;pend le pourcentage d'inaptes) sera toujours donn&#233;e par le nombre de la population. &#192; pr&#233;sent le champ n'est plus libre pour des tours de force comme ceux qu'avaient faits les Prussiens en 1813. Cette chance ne se pr&#233;sentera plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, beaucoup d&#233;pendra de la mise &#224; profit du temps de service fix&#233;. Et l&#224;, on trouvera dans presque toutes les arm&#233;es des personnes qui pourraient raconter bien des choses, si elles en avaient le droit, car le cher manque d'argent a fait que dans toutes les arm&#233;es une partie des recrues n'a qu'une instruction rudimentaire de quelques mois. Ce qui oblige &#224; s'en tenir &#224; l'essentiel ; le bric-&#224;-brac traditionnel est alors jet&#233; aux orties, et l'on constate, &#224; son propre &#233;tonnement, combien peu de temps suffit pour faire d'un jeune homme de constitution physique moyenne un soldat. Bebel a racont&#233; au Reichstag &#224; quel point les officiers qui entrainaient la r&#233;serve suppl&#233;mentaire allemande en &#233;taient &#233;bahis. Dans l'arm&#233;e autrichienne les officiers ne manquent pas pour affirmer que la landwehr, qui a sensiblement le m&#234;me temps de service que la r&#233;serve suppl&#233;mentaire allemande, serait meilleure que la ligne. Il n'y a l&#224; rien d'&#233;tonnant. N'ayant pas le temps qu'on g&#226;che dans la ligne pour des marottes &#8211; d'autant plus sacr&#233;es que surann&#233;es &#8211; on ne le perd pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#232;glement allemand d'exercice pour l'infanterie de 1888 limite l'instruction tactique pour le combat &#224; l'essentiel. Il ne contient rien de nouveau ; la capacit&#233; de combattre dans toutes les positions d'inversion &#233;tait d&#233;j&#224; connue des Autrichiens apr&#232;s 1859, la formation de l'ensemble des colonnes des bataillons par simple association des quatre colonnes de compagnie avait &#233;t&#233; introduite par les forces de Hesse-Darmstadt &#224; la m&#234;me &#233;poque, mais elles devaient se faire interdire cette formation rationnelle par les Prussiens apr&#232;s 1866. Par ailleurs, le nouveau r&#232;glement supprime un &#233;norme ramassis de c&#233;r&#233;monies vieilles-franconiennes, aussi inutiles que sacr&#233;es ; je n'ai moi-m&#234;me absolument pas de raison d'ergoter &#224; ce sujet. Apr&#232;s la guerre de 1870, je me suis permis le luxe d'&#233;baucher un sch&#233;ma appropri&#233; &#224; la conduite de guerre actuelle, un sch&#233;ma de formations ferm&#233;es et de mouvements des compagnies et du bataillon : quelle ne fut pas ma surprise de voir que ce morceau d' &#171; &#201;tat de l'avenir &#187; se trouvait d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; dans presque tous ses &#233;l&#233;ments dans les passages s'y rapportant dans le nouveau r&#232;glement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#232;glement est une chose, son ex&#233;cution en est une autre. La chevalerie archa&#239;que , qui prosp&#232;re en toute p&#233;riode de paix dans l'arm&#233;e prussienne, r&#233;introduit par la petite porte du d&#233;fil&#233; militaire le gaspillage de temps, aboli dans les directives. Soudainement, le dressage &#224; la parade est d&#233;clar&#233; indispensable pour contrebalancer l'indiscipline qui serait engendr&#233;e par un ordre de combat dispers&#233;, et ce serait l&#224; le seul moyen pour cr&#233;er la v&#233;ritable discipline, etc., etc. Cela ne signifie rien d'autre que l'ordre et la discipline ne peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;s qu'&#224; condition d'entra&#238;ner les hommes &#224; des choses compl&#232;tement inutiles. D&#233;j&#224;, la suppression du &#171; pas de l'oie &#187; lib&#233;rerait des semaines enti&#232;res pour des exercices rationnels, mis &#224; part le fait que les officiers &#233;trangers pourraient alors assister &#224; une revue allemande sans devoir s'emp&#234;cher de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une institution pareillement surann&#233;e, c'est le service de garde qui, selon l'id&#233;e traditionnelle, sert &#224; d&#233;velopper l'intelligence et plus encore l'ind&#233;pendance d'esprit du soldat, en lui apprenant l'art &#8211; s'il ne le ma&#238;trise pas d&#233;j&#224; &#8211; de ne penser &#224; rien en faction pendant deux heures. Comme il est pass&#233; dans l'usage de s'entrainer aux avant-postes sur le terrain, il n'est plus n&#233;cessaire de monter la garde en ville o&#249; existe une police qui assure la s&#233;curit&#233; en tout genre. Qu'on l'abolisse et l'on gagnera au moins vingt pour cent de temps de service libre pour l'arm&#233;e, et pour les civils la s&#233;curit&#233; dans la rue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il y a partout quantit&#233; de soldats qui, sous toute sorte de pr&#233;texte, fournissent le moins de service possible : les artisans de compagnie, les ordonnances, etc. Ici &#233;galement, il y a des choses &#224; changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, mais qu'en est-il de la cavalerie ? N'a-t-elle pas besoin d'un temps de service plus long ? Ceci est s&#251;rement souhaitable lorsqu'on a affaire &#224; des recrues qui ne savent ni monter &#224; cheval, ni en prendre soin. Mais m&#234;me l&#224;, il y a beaucoup &#224; faire. Si les rations des chevaux &#233;taient moins restreintes &#8211; avant les man&#339;uvres, on est oblig&#233; de les augmenter afin de rendre aux chevaux leur force normale ! &#8211; et si chaque escadron disposait d'un nombre de chevaux en surnombre, de sorte que tout le monde pourrait s'entra&#238;ner plus et plus longtemps en selle, bref, si l'on s'appr&#234;tait s&#233;rieusement &#224; compenser le temps de service plus court par l'&#233;limination des choses superflues, on verrait rapidement qu'il en va de m&#234;me. M&#234;me pour l'entra&#238;nement des remontes que l'on consid&#232;re comme essentiel et dont je veux bien admettre la n&#233;cessit&#233;, on en trouvera bien les moyens. Et par ailleurs rien n'emp&#234;che de maintenir ou &#233;tendre, tant qu'on le juge utile, le syst&#232;me des volontaires de trois ou quatre ans, ou bien, pour la troupe mont&#233;e, celui des engag&#233;s &#224; long terme &#8211; contre compensations dans le service de r&#233;serve ou de la landwehr, qui permettraient la r&#233;alisation de tels projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, si l'on pr&#234;te l'oreille aux autorit&#233;s militaires, il en serait tout autrement. Cela ne marcherait absolument pas, et il ne faudrait rien remettre en question sous peine de faire s'&#233;crouler le tout. Depuis cinquante ans, j'ai vu tant d'institutions militaires que l'on claironnait intangibles et sacr&#233;es &#234;tre jet&#233;es brutalement aux orties du jour au lendemain, et ceci exactement par les m&#234;mes autorit&#233;s ; en outre, j'ai vu tant de fois que ce qui, dans telle arm&#233;e, &#233;tait vant&#233; outre mesure, &#233;tait jug&#233; en-dessous de tout dans telle autre ; j'ai tant de fois vu que les habitudes et institutions les mieux &#233;tablies et les plus lou&#233;es se sont av&#233;r&#233;es b&#234;tises devant l'ennemi ; j'ai enfin observ&#233; maintes fois que chaque arm&#233;e suit par convention une tradition particuli&#232;re qui, destin&#233;e aux grades inf&#233;rieurs, &#224; l'homme du commun et au public, est choy&#233;e par les sous-officiers, mais tourn&#233;e en d&#233;rision par les officiers ind&#233;pendants d'esprit, et se trouve r&#233;duite &#224; n&#233;ant par chaque campagne militaire &#8211; bref, j'ai fait tant d'exp&#233;riences historiques que je conseille &#224; tout un chacun, de se m&#233;fier plus que tout du jugement des &#171; experts &#187; militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un contraste curieux : nos militaires sup&#233;rieurs sont dans leur domaine la plupart du temps horriblement conservateurs, et pourtant il n'y a pas actuellement de domaine aussi r&#233;volutionnaire que le domaine militaire. Entre le canon de six livres et &#224; tube lisse et l'obusier de sept livres que je manipulais dans le temps au Kupfergraben &#224; Berlin et les actuelles armes &#224; chargement par la culasse, entre le fusil d'alors &#224; gros calibre et tube lisse et l'actuel fusil &#224; culasse de cinq millim&#232;tres et &#224; magasin int&#233;gr&#233;, il y a des si&#232;cles ; et ce n'est pas encore termin&#233; car, chaque jour, la technique bouleverse radicalement toutes les nouveaut&#233;s &#224; peine introduites. Elle fait m&#234;me dispara&#238;tre &#224; pr&#233;sent les romantiques vapeurs de poudre, et conf&#232;re au combat un caract&#232;re et un cours totalement transform&#233;s et absolument impr&#233;visibles. Il va bien falloir s'accommoder toujours plus d'une telle impr&#233;visibilit&#233;, vu ce r&#233;volutionnement ininterrompu de la base technique de la conduite de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#224; peine quarante ans, la port&#233;e de tir effective de l'infanterie &#233;tait de 300 pas ; &#224; cette distance un homme pouvait r&#233;sister sans danger &#224; une salve de tout un bataillon, &#224; condition que tous le visent v&#233;ritablement. La port&#233;e de tir de l'artillerie de campagne &#233;tait d&#233;j&#224; pratiquement inop&#233;rante entre 1.500 et 1.800 pas. Lors de la guerre franco-allemande, la bonne port&#233;e de tir se situait &#224; 600-1.000 pas, celle du canon au maximum &#224; 3.000-4.000 pas. Les nouveau fusils &#224; petit calibre qui n'ont pas encore &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;s au combat poss&#232;dent par contre une port&#233;e qui avoisine celle des canons, leurs projectiles poss&#232;dent une force de transpercement augment&#233;e du quadruple au sextuple ; le fusil &#224; magasin conf&#232;re &#224; une seule section la puissance de feu qui revenait &#224; toute une compagnie autrefois ; l'artillerie qui pourtant ne peut pas se vanter d'un rallongement de la port&#233;e de tir, a charg&#233; ses obus avec des mati&#232;res explosives nouvelles d'une efficacit&#233; insoup&#231;onn&#233;e autrefois ; certes, l'on n'est pas encore tout &#224; fait s&#251;r de qui devra supporter son action, celui qui tire ou celui qui sera touch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que s'op&#232;re le bouleversement incessant, toujours plus rapide de l'art de la guerre tout entier, nous avons en face de nous des autorit&#233;s militaires qui, il y a cinq ans encore, imposaient &#224; leurs troupes le dressage de tout un c&#233;r&#233;monial conventionnel et toutes les valse-h&#233;sitation artificielles d'une tactique de ligne d&#233;funte depuis longtemps, celle de feu le vieux Fritz, et qui sanctifiaient des r&#232;glements selon lesquels on risquait la d&#233;faite pour la seule raison d'&#234;tre parti &#224; droite lorsque manquait l'espace pour se d&#233;ployer &#224; gauche ! Des autorit&#233;s qui jusqu'&#224; l'heure actuelle n'osent m&#234;me pas toucher aux boutons brillants et ornements m&#233;talliques de l'&#233;quipement des soldats &#8211; qui constituent autant d'aimants susceptibles d'attirer les projectiles de cinq millim&#232;tres &#8211; et qui envoient au feu les uhlans avec leurs bavettes rouges et les cuirassiers bien que &#8211; enfin ! &#8211; sans cuirasse, mais en veste blanche, et qui ont eu beaucoup de mal &#224; sacrifier sur l'autel de la patrie ces &#233;paulettes d'un affreux mauvais go&#251;t, mais d'autant plus sacr&#233;es, plut&#244;t que leurs porteurs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis enclin &#224; croire que ce n'est ni dans l'int&#233;r&#234;t du peuple allemand, ni m&#234;me de l'arm&#233;e allemande, que cette superstition conservatrice continue &#224; dominer dans l'arm&#233;e au m&#233;pris de la r&#233;volution technique en cours. Nous avons besoin de t&#234;tes plus fraiches, plus audacieuses et je serais fort surpris qu'on n'en trouve pas suffisamment parmi nos officiers les plus capables qui aspirent &#224; se lib&#233;rer de la routine et des usages d&#233;mod&#233;s qui foisonnent &#224; nouveau durant ces vingt ann&#233;es de paix. Pourtant, jusqu'au moment o&#249; ceux-ci trouveront le courage et l'occasion de faire valoir leur conviction, nous autres devrons nous enfoncer de l'ext&#233;rieur dans la br&#232;che et faire tout notre possible pour prouver que nous avons &#233;galement appris quelque chose dans le domaine militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de d&#233;montrer ci-dessus que le temps de service de deux ans est d'ores et d&#233;j&#224; r&#233;alisable pour toute cat&#233;gorie d'arme &#224; condition d'apprendre aux hommes ce dont ils auront besoin &#224; la guerre et de ne pas leur faire perdre de temps avec des vieilleries traditionnelles. Mais j'ai dit d'embl&#233;e qu'on ne s'arr&#234;terait pas &#224; ces deux ans. La requ&#234;te d'un temps de service international de deux ans ne doit &#234;tre que le premier pas pour une ult&#233;rieure diminution progressive du temps de service &#8211; disons d'abord &#224; dix-huit mois, deux &#233;t&#233;s et un hiver, ensuite &#224; un an &#8230; et puis ? C'est ici que commence l'&#201;tat de l'avenir, le syst&#232;me de milice authentique dont nous dirons davantage lorsque le processus en sera vraiment lanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le principal, c'est de lancer le processus. Lorsqu'on aura reconnu que la diminution du temps de service est une n&#233;cessit&#233; existentielle pour l'&#233;conomie et la paix de tous les pays d'Europe, alors on pourra &#233;galement comprendre que la formation militaire doit reposer essentiellement sur l'&#233;ducation de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'apr&#232;s dix ans d'exil je suis retourn&#233; en pays rh&#233;nan, je fus agr&#233;ablement surpris de voir qu'on avait install&#233; dans toutes les cours des &#233;coles de village des barres et des chevalets. Jusque-l&#224;, tr&#232;s bien, mais malheureusement cela n'allait pas tr&#232;s loin. On a acquis, &#224; la prussienne, les appareils conform&#233;ment aux instructions, mais leur utilisation laissait &#224; d&#233;sirer ou faisait m&#234;me compl&#232;tement d&#233;faut. Est-ce donc trop demander que de prendre cette t&#226;che &#224; c&#339;ur ? Que l'on donne aux &#233;coliers de toutes les classes une &#233;ducation physique solide et syst&#233;matique, que l'on fasse ex&#233;cuter des exercices de gymnastique avec ou sans mat&#233;riel tant que les membres sont encore &#233;lastiques et souples au lieu d'esquinter inutilement &#8211; comme on le fait actuellement &#8211; des gars de vingt ans &#224; la sueur de leurs fronts pour assouplir &#224; nouveau leurs os, muscles, et ligaments raidis par le travail ? Tout m&#233;decin vous dira que la division du travail estropie les individus qui lui sont soumis, qu'elle d&#233;veloppe certains groupes musculaires aux d&#233;pens d'autres et ceci diff&#233;remment selon la branche de travail, chaque activit&#233; produisant sa d&#233;formation propre. N'est-ce pas folie que de laisser s'estropier les gens pour ensuite, au service militaire, les redresser et les rendre plus souples ? Faut-il un degr&#233; de discernement inaccessible &#224; l'horizon bureaucratique pour voir qu'on obtient des soldats trois fois meilleurs lorsqu'on pr&#233;vient cette d&#233;formation &#224; temps, d&#232;s l'&#233;cole primaire et secondaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est qu'un d&#233;but. &#192; l'&#233;cole, l'on peut ais&#233;ment apprendre aux jeunes la formation et le mouvement de d&#233;tachements militaires ferm&#233;s. L'&#233;colier, par nature, se tient droit, debout et en marchant, notamment s'il profite de cours d'&#233;ducation physique ; mais combien il est difficile d'apprendre &#224; certains de se tenir droit et de marcher droit, chacun de nous a pu l'observer pendant son temps de service. On peut pratiquer les mouvements de section et de compagnie dans toutes les &#233;coles et ceci avec une facilit&#233; inconnue dans l'arm&#233;e. Ce qui, pour la recrue, est une d&#233;testable difficult&#233;, souvent m&#234;me impossible &#224; ex&#233;cuter, n'est que jeu et divertissement pour l'&#233;colier. Le maintien du contact, l'alignement, la direction et le changement de direction de la marche frontale, si difficilement acquis par une recrue adulte, sont appris sans peine par l'&#233;colier d&#232;s lors qu'on l'y exerce syst&#233;matiquement. Si l'on utilise une bonne partie de l'&#233;t&#233; pour des marches et des exercices sur le terrain, le corps et l'esprit du gar&#231;on n'en profiteront pas moins que le fisc militaire qui &#233;conomisera ainsi des mois entiers de temps de service. Que de telles promenades militaires se pr&#234;tent particuli&#232;rement bien &#224; faire r&#233;soudre par les &#233;l&#232;ves des probl&#232;mes de man&#339;uvre militaire et qu'elles favorisent ainsi le d&#233;veloppement de leur intelligence et les rendent capables d'acqu&#233;rir une formation militaire propre en un laps de temps relativement court, cela a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; dans la pratique par mon vieil ami Beust, lui-m&#234;me ancien officier prussien, dans son &#233;cole de Zurich. Etant donn&#233; l'&#233;tat actuel complexe de la guerre, il n'est nullement question de passer au syst&#232;me de milice sans formation militaire pr&#233;alable de la jeunesse, et c'est justement dans ce domaine que les tentatives de Beust sont de la plus haute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, permettez-moi de soulever un probl&#232;me sp&#233;cifique &#224; la Prusse. La grande question pour l'&#201;tat prussien, c'est de trouver quoi faire de ses sous-officiers &#224; la retraite. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, ils ont &#233;t&#233; utilis&#233;s en tant que gendarme, garde-fronti&#232;re, portier, copiste, fonctionnaire civil en tout genre ; il n'y a point de poste dans la bureaucratie prussienne, aussi mis&#233;rable soit-il, o&#249; l'on n'ait plac&#233; ces sous-officiers. Eh bien voil&#224; : vous avez su&#233; sang et eau pour trouver &#224; caser vos sous-officiers ; vous vous &#234;tes &#233;vertu&#233;s &#224; les placer l&#224; o&#249; ils n'&#233;taient bons &#224; rien, &#224; les utiliser pour des choses auxquelles ils n'entendaient rien ; ne serait-il pas temps de les employer dans une mati&#232;re qu'ils ma&#238;trisent et o&#249; ils pourraient apporter quelque chose ? Qu'ils deviennent donc ma&#238;tres d'&#233;cole, non pour la lecture l'&#233;criture et le calcul, mais pour enseigner la gymnastique et l'exercice militaire, cela leur fera du bien tout comme &#224; la jeunesse. Et lorsque les sous-officiers seront sortis du secret des casernes et des tribunaux militaires pour passer au grand jour des cours d'&#233;coles et des proc&#232;s p&#233;naux civils, je parie que notre jeunesse d'&#233;cole rebelle en apprendra m&#234;me au pire ancien &#233;corcheur de soldat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons notre &#233;tude afin d'examiner si un tel projet de diminution g&#233;n&#233;rale, r&#233;guli&#232;re et progressive du temps de service par accord international a une chance d'&#234;tre adopt&#233;. Supposons pour le moment qu'il ait &#233;t&#233; adopt&#233;. Ce projet sur le papier sera-t-il traduit dans la pratique, sera-t-il r&#233;alis&#233; par toutes les parties de fa&#231;on honn&#234;te ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'ensemble, ce sera certainement le cas. D'abord, il sera difficile de dissimuler un contournement significatif de ce qui a &#233;t&#233; convenu. Ensuite, les populations elles-m&#234;mes veilleront &#224; l'ex&#233;cution de l'accord. Personne ne reste de plein gr&#233; dans la caserne, si on l'y retient au-del&#224; du temps fix&#233; par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les diff&#233;rents pays, l'Autriche, l'Italie ainsi que les &#201;tats de second et troisi&#232;me rang qui ont introduit le service militaire universel, ces pays salueront une telle convention comme une initiative lib&#233;ratrice et l'appliqueront &#224; la lettre et de bonne gr&#226;ce. Nous parlerons de la Russie dans le prochain chapitre. Mais qu'en est-il de la France ? La France est ici d'une importance cruciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la France aura sign&#233; et ratifi&#233; l'accord, il n'y a pas de doute qu'elle s'y tiendra dans l'ensemble. Mais nous voulons bien admettre que le courant revanchard parmi les classes poss&#233;dantes et parmi la partie non encore socialiste de la classe ouvri&#232;re a pris momentan&#233;ment le dessus et peut entra&#238;ner des transgressions de l'accord, directes ou justifi&#233;es par des ergotages. De telles transgressions, toutefois, ne pourront jamais &#234;tre significatives, car sinon Paris pr&#233;f&#233;rerait r&#233;silier carr&#233;ment l'accord. Face &#224; ces petites tricheries, l'Allemagne se trouve dans la situation chanceuse de pouvoir faire montre de g&#233;n&#233;rosit&#233; en fermant les yeux. Malgr&#233; tous les efforts admirables de la part de la France pour rendre impossible que les d&#233;faites de 1870 se reproduisent, l'Allemagne la devance beaucoup plus qu'il n'y para&#238;t &#224; premi&#232;re vue. D'abord, nous pouvons enregistrer tous les ans un exc&#233;dent croissant de population allemande qui se monte actuellement &#224; 12 millions. Deuxi&#232;mement, il y a le fait que le syst&#232;me militaire actuel existe d&#233;j&#224; depuis plus de soixante-dix ans en Prusse, qu'il s'est acclimat&#233; aupr&#232;s de la population, qu'il a &#233;t&#233; mis &#224; l'&#233;preuve dans tous les d&#233;tails lors d'une longue s&#233;rie de mobilisations, que toutes les difficult&#233;s s'y pr&#233;sentant et la mani&#232;re de les surmonter ont &#233;t&#233; abord&#233;es dans la pratique et sont bien connus &#8211; et tout ceci b&#233;-n&#233;ficie &#233;galement aux autres corps d'arm&#233;e allemands. En France, par contre, la premi&#232;re mobilisation g&#233;n&#233;rale doit encore &#234;tre exp&#233;riment&#233;e et cet objectif exige une organisation bien plus complexe. Troisi&#232;mement, l'institution non-d&#233;mocratique de volontaires pour un temps de service d'un an a rencontr&#233;e en France des obstacles insurmontables ; les soldats qui servent trois ans ont, &#224; force de brimades, exclu de l'arm&#233;e sans autre forme de proc&#232;s ces privil&#233;gi&#233;s qui servent un an. C'est ce qui r&#233;v&#232;le &#224; quel point la conscience publique et politique qui tol&#232;re de telles institutions en Allemagne se situe bien en-dessous de la fran&#231;aise. Cependant, ce qui est un manque sur le plan politique s'av&#232;re, en l'occurrence, &#234;tre un avantage sur le plan militaire. Il ne fait pas de doute qu'aucun autre pays que l'Allemagne n'envoie, proportionnellement &#224; sa population, autant de jeunes gens dans ses &#233;coles secondaires et sup&#233;rieures, et par cons&#233;quent l'institution du volontariat d'un an, aussi anti-d&#233;mocratique et condamnable sur le plan politique soit-elle, fournit un excellent moyen au haut commandement d'instruire au service d'officier la plupart de ces jeunes gens d&#233;j&#224; suffisamment pr&#233;par&#233;s d'un point de vue g&#233;n&#233;ral et aussi militaire. La campagne de 1866 a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; r&#233;v&#233;ler ceci, mais depuis, et particuli&#232;rement depuis 1871, ce c&#244;t&#233; de la force guerri&#232;re de l'Allemagne a &#233;t&#233; particuli&#232;rement cultiv&#233;, et cela presque jusqu'&#224; l'exc&#232;s. Et m&#234;me si, parmi les officiers de r&#233;serve allemands, nombreux sont ceux qui ont r&#233;cemment fait tout leur possible pour ridiculiser leur fonction, il ne fait pas de doute que sur le plan militaire ils sont sup&#233;rieurs, pris dans leur masse, &#224; leurs coll&#232;gues fran&#231;ais, homme contre homme ; ce qui est l'essentiel, c'est que l'Allemagne compte parmi ses r&#233;servistes et ses combattants de la landwehr un pourcentage bien sup&#233;rieur d'hommes qualifi&#233;s pour le service d'officier que tout autre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la mobilisation, cette richesse toute particuli&#232;re en officiers permet &#224; l'Allemagne de mettre sur pied un nombre de nouvelles formations d&#233;j&#224; entra&#238;n&#233;es par temps de paix bien sup&#233;rieur &#224; celui de n'importe quel autre pays. D'apr&#232;s l'affirmation de Richter, incontest&#233;e &#224; ma connaissance au Reichstag comme dans la commission militaire (Freisinnige Zeitung, du 26 novembre 1891), chaque r&#233;giment d'infanterie allemand sera capable de mettre en place pour la guerre un r&#233;giment de r&#233;serve mobile, deux bataillons de la landwehr et deux bataillons de d&#233;p&#244;t. Donc, trois bataillons en donneront dix, ou bien les 519 bataillons des 173 r&#233;giments de paix se transformeront en temps de guerre en 1730 bataillons, sans compter les tireurs et voltigeurs. Et tout ceci en un temps si bref qu'aucun autre pays ne peut, et de loin, y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers de r&#233;serve fran&#231;ais sont bien moins nombreux, comme l'un d'eux me l'a conc&#233;d&#233; ; mais leur nombre serait suffisant pour fournir les cadres des nouvelles formations pr&#233;vues selon les publications officielles. Au demeurant cet homme a avou&#233; que la moiti&#233; de ces officiers ne vaudrait pas grand-chose. Les formations nouvelles en question seraient loin d'atteindre ce que l'Allemagne serait capable de fournir d'apr&#232;s ce que nous venons de dire. Et plus encore, la France aurait &#233;puis&#233; toute sa r&#233;serve en officiers, alors que l'Allemagne en garderait encore en r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les guerres pass&#233;es, les officiers manquaient apr&#232;s quelques mois de campagne. Pour tous les pays, &#224; part l'Allemagne, ce serait encore le cas &#224; l'heure actuelle. Elle seule poss&#232;de un vivier in&#233;puisable d'officiers. Et l'on ne pourrait pas fermer les yeux si les Fran&#231;ais exer&#231;aient par-ci par-l&#224; leurs hommes de deux &#224; trois semaines au-del&#224; de la dur&#233;e fix&#233; par l'accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant &#224; la Russie. Et l&#224;, disons-le sans ambages, il est assez indiff&#233;rent non seulement de savoir si la Russie respecterait un accord pour une diminution progressive et r&#233;guli&#232;re du temps de service, mais m&#234;me si elle le conclurait. Par rapport &#224; la question que nous examinons, nous pouvons faire presqu'enti&#232;rement abstraction de la Russie et ceci pour les raisons suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Empire russe a beau abriter plus de cent millions d'habitants, et &#234;tre ainsi deux fois plus peupl&#233; que le Reich allemand, il est pourtant loin de poss&#233;der une puissance &#233;galant &#224; peu pr&#232;s la puissance militaire offensive allemande . L&#224; o&#249; les cinquante millions sont en Allemagne concentr&#233;s sur 540.000 km2, les 90 &#224; 100 millions &#224; prendre en compte au point de vue militaire en Russie sont dispers&#233;s sur, au bas mot, trois millions et demi de km2 ; et l'avantage que cela conf&#232;re aux Allemands est encore consid&#233;rablement accentu&#233; par leur r&#233;seau ferr&#233; qui est incomparablement meilleur. Il reste cependant le fait que les cent millions peuvent &#224; la longue aligner plus de soldats que les cin-quante millions. Cela demandera, dans l'&#233;tat de choses pr&#233;sent, davantage de temps pour qu'ils arrivent, mais ils devront pourtant finalement arriver. Et apr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une arm&#233;e ne se compose pas seulement de recrues mais aussi d'officiers. Et de ce point de vue, la Russie semble bien minable. Seuls la noblesse et les citoyens des villes sont &#224; prendre en consid&#233;ration pour l'accession au rang d'officier ; or, la noblesse est proportionnellement tr&#232;s peu nombreuse, et les gens des villes sont rares, puisque seulement un habitant sur dix y vit, et que seule une minorit&#233; de ces villes m&#233;ritent ce nom ; le nombre des &#233;coles secondaires et des &#233;coliers qui les fr&#233;quentent est extr&#234;mement restreint ; d'o&#249; peuvent donc sortir les officiers n&#233;cessaires pour tous les r&#233;giments ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me chose n'a pas la m&#234;me valeur pour tout le monde. Le syst&#232;me du service militaire g&#233;n&#233;ral suppose un certain niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique et intellectuel ; l&#224; o&#249; cela fait d&#233;faut, ce syst&#232;me cause plus d'inconv&#233;nients que d'avantages. Ce qui est manifestement le cas pour la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement : pour faire d'une recrue russe moyenne un soldat bien entrain&#233;, il faut d&#233;j&#224; un laps de temps relativement long. Le soldat russe est incontestablement d'un grand courage. Tant que l'attaque d'infanterie en masse compacte pr&#233;valait dans la tactique, il &#233;tait dans son &#233;l&#233;ment. Toute son exp&#233;rience de la vie l'avait fait chercher le contact avec ses camarades. Au village, la communaut&#233; encore semi-communiste, en ville le travail coop&#233;ratif de l'artel ; partout la krugovaja poruka, la responsabilit&#233; r&#233;ciproque des camarades ; bref, un &#233;tat de soci&#233;t&#233; o&#249; manifestement la solidarit&#233; incarne tout salut, puisque l'individu seul et rejet&#233; sur lui-m&#234;me y est sans d&#233;fense. Ce caract&#232;re du Russe lui reste aussi &#224; la guerre ; les masses des bataillons forment un bloc que l'on ne peut presque pas faire &#233;clater et plus le danger est grand, plus elles s'agglutinent. Mais cet instinct de regroupement, d'une valeur inestimable encore &#224; l'&#233;poque des campagnes napol&#233;oniennes et qui a contrebalanc&#233; certains c&#244;t&#233;s gu&#232;re fameux du soldat russe &#8211; lui est fatal actuellement. Aujourd'hui, les masses serr&#233;es ont disparu du front, ce qui est en jeu, c'est la coh&#233;sion des essaims d&#233;sagr&#233;g&#233;s de tirailleurs, o&#249; se retrouvent p&#234;le-m&#234;le les troupes des plus diff&#233;rentes formations et o&#249; le commandement passe souvent et rapidement &#224; des officiers totalement &#233;trangers &#224; la plupart des troupes ; aujourd'hui un soldat doit &#234;tre capable d'accomplir de mani&#232;re autonome ce qui doit &#234;tre fait &#224; l'instant m&#234;me sans pour autant perdre la liaison avec l'ensemble. Il s'agit d'une coh&#233;sion qui n'est pas permise par l'instinct gr&#233;gaire primitif du Russe, mais uniquement par le d&#233;veloppement de l'esprit de chaque individu ; nous n'en trouvons les pr&#233;suppositions qu'&#224; un niveau culturel de d&#233;veloppement &#171; individualiste &#187; sup&#233;rieur tel qu'il existe dans les nations capitalistes de l'Occident. Les propri&#233;t&#233;s du fusil &#224; culasse de petit calibre et de la poudre &#224; faible &#233;mission de fum&#233;e, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont constitu&#233; la plus grande force de l'arm&#233;e russe, se sont transform&#233;es en une de ses plus grandes faiblesses. De nos jours, il faudra donc encore plus de temps pour que le conscrit russe soit pr&#234;t pour le combat, et il supporte de moins en moins la comparaison avec le soldat de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais deuxi&#232;mement : o&#249; trouver, en temps de guerre, les officiers pour encadrer toutes ces masses dans des unit&#233;s de formations nouvelles ? Si d&#233;j&#224; la France peine &#224; trouver un nombre suffisant d'officiers, qu'en sera-t-il pour la Russie ? Cette Russie o&#249; la population instruite dont on peut seule tirer des officiers capables constitue un infime pourcentage de la population totale et o&#249;, en outre, les soldats, m&#234;me ceux qui ont &#233;t&#233; form&#233;s, requi&#232;rent un pourcentage d'officiers plus important que ceux d'autres arm&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et troisi&#232;mement : &#233;tant donn&#233; le syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de d&#233;tournement de fonds et de vol, qui est notoire en Russie de la part des fonctionnaires et souvent m&#234;me de la part des officiers, comment pourra se d&#233;rouler alors une mobilisation en masse ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent, dans toutes les guerres de la Russie, il est apparu imm&#233;diatement qu'une partie m&#234;me de l'arm&#233;e en temps de paix et de son &#233;quipement n'existait que sur le papier. Qu'adviendra-t-il lorsque les soldats de r&#233;serve en cong&#233;s et l'opoltchenie (landwehr) iront sous les drapeaux et devront &#234;tre pourvus de fusils, d'uniformes, d'armements, de munitions ? Si au moment de la mobilisation tout ne marche pas comme il faut, ne se trouve pas &#224; l'heure pr&#233;cise au bon endroit, la confusion sera alors totale. Mais comment cela pourrait-il marcher, quand tout passe par les mains de tchinowniks russes voleurs et corrompus ? La mobilisation russe &#8211; ce sera un spectacle fort divertissant. Une chose apr&#232;s l'autre : on peut permettre aux Russes, pour des raisons purement militaires, d'enr&#244;ler autant de soldats et de les garder sous les drapeaux aussi longtemps que le d&#233;sire le tsar. En dehors des troupes d'ores et d&#233;j&#224; en armes, il sera difficile pour lui d'en mettre beaucoup plus sur pied et de le faire en outre au moment voulu. L'exp&#233;rimentation du service militaire g&#233;n&#233;ral peut co&#251;ter cher &#224; la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, si l'on en vient &#224; la guerre, l'arm&#233;e russe se tiendra, sur toute la fronti&#232;re allant de Kowno &#224; Kaminieck, en pays ennemi sur son propre territoire, au milieu de Polonais et de Juifs, puisque le tsar a &#233;galement fait des Juifs des ennemis mortels. Il suffira de quelques batailles perdues par la Russie pour que le th&#233;&#226;tre des op&#233;rations militaires se d&#233;place de la Vistule &#224; la Dvina et au Dniepr ; &#224; l'arri&#232;re de l'arm&#233;e allemande et sous son &#233;gide se formera une arm&#233;e d'alli&#233;s polonais ; et ce sera une sanction m&#233;rit&#233;e pour la Prusse si elle doit, pour sa propre s&#233;curit&#233;, r&#233;tablir une Pologne puissante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons jusqu'ici fait que consid&#233;rer les rapports directement militaires et trouv&#233; que nous pouvions n&#233;gliger la Russie en ce qui concerne notre question initiale. Nous en apprendrons encore davantage en jetant un coup d'&#339;il sur la situation &#233;conomique g&#233;n&#233;rale, et en particulier financi&#232;re, de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation int&#233;rieure de la Russie est en ce moment presque d&#233;sesp&#233;r&#233;e. L'&#233;mancipation paysanne de 1861 et le d&#233;veloppement de la grande industrie capitaliste qui lui est li&#233;, en partie en tant que cause, en partie en tant qu'effet, ont pr&#233;cipit&#233; le plus stable de tous les pays, cette Chine europ&#233;enne, dans une r&#233;volution &#233;conomique et sociale qui suit &#224; pr&#233;sent sa voie irr&#233;pressiblement ; et cette voie s'av&#232;re pour l'instant particuli&#232;rement d&#233;vastatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette &#233;mancipation, la noblesse a &#233;t&#233; indemnis&#233;e sous forme d'obligations d'&#201;tat qu'elle a gaspill&#233;es le plus rapidement possible. Ceci accompli, la construction des nouveaux chemins de fer lui a ouvert un march&#233; pour le bois de ses for&#234;ts ; elle fit abattre les arbres, les vendit et v&#233;cut de nouveau dans l'abondance tant que ces recettes suffirent. L'exploitation de ses terres dans ces conditions nouvelles et avec des travailleurs libres, &#233;tait peu satisfaisante ; il n'est pas &#233;tonnant que la noblesse terrienne russe soit compl&#232;tement endett&#233;e, sinon en banqueroute, et que le rendement de ses biens d&#233;croisse plut&#244;t que de s'accro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan a re&#231;u moins de terres, et le plus souvent de moindre qualit&#233;, que celles qu'il poss&#233;dait jusque-l&#224; ; les prairies communes et l'usage commun des for&#234;ts lui ont &#233;t&#233; retir&#233;s et par l&#224; le fondement de l'&#233;levage du b&#233;tail ; les imp&#244;ts ont &#233;t&#233; consid&#233;rablement augment&#233;s et il doit &#224; pr&#233;sent s'en acquitter lui-m&#234;me partout en argent ; s'ajoutent &#224; cela les int&#233;r&#234;ts &#8211; eux-aussi en argent &#8211; pour la r&#233;mun&#233;ration et l'amortissement de l'argent avanc&#233; par l'&#201;tat pour le rachat des terres (wykup) ; en bref, ce qui mena &#224; l'aggravation de sa situation &#233;conomique g&#233;n&#233;rale, ce fut la conversion forc&#233;e de l'&#233;conomie naturelle en &#233;conomie mon&#233;taire, qui suffit &#224; elle-seule &#224; ruiner la paysannerie d'un pays. La cons&#233;quence en fut le d&#233;veloppement florissant de l'exploitation du paysan par les possesseurs ruraux d'argent, les riches paysans et les patrons de bistrot, les mirojedy (litt&#233;ralement les bouffeurs de communes) et les koulaks (usuriers). Et comme si cela ne suffisait pas, s'y ajouta la nouvelle grande industrie qui ruina l'&#233;conomie naturelle paysanne jusque dans ses derniers retranchements. Sa concurrence ne se contenta pas de d&#233;truire la production industrielle domestique du paysan destin&#233;e &#224; ses propres besoins, mais elle &#244;ta aussi le march&#233; pour les produits de son artisanat destin&#233;s &#224; la vente, ou bien elle les pla&#231;a, dans le meilleur des cas, entre les mains du commer&#231;ant en gros capitaliste, ou pire encore de son interm&#233;diaire. Le paysan russe avec son agriculture originellement foresti&#232;re et sa constitution communale de communisme primitif fut ainsi projet&#233; en collision avec la forme la plus d&#233;velopp&#233;e de la grande industrie moderne, qui devait se cr&#233;er par la force un march&#233; int&#233;rieur ; c'&#233;tait une situation dans laquelle il devait p&#233;rir irr&#233;m&#233;diablement. Mais le paysan repr&#233;sentait presque les neuf dixi&#232;mes de la population russe, et la ruine du paysan revenait &#8211; au moins temporairement &#8211; &#224; la ruine de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une vingtaine d'ann&#233;es d'un tel proc&#232;s de bouleversement social, d'autres r&#233;sultats se produisirent encore. La d&#233;forestation sans scrupule an&#233;antit les r&#233;serves d'humidit&#233; du sol, les eaux de pluie et de neige n'&#233;tant pas absorb&#233;es se d&#233;versaient rapidement dans les ruisseaux et les torrents, produisant de graves inondations ; mais en &#233;t&#233; le niveau des fleuves &#233;tait bas et le sol se dess&#233;chait. Dans bon nombre des plus fertiles r&#233;gions de Russie, le niveau d'humidit&#233; du sol doit avoir baiss&#233; d'un bon m&#232;tre, si bien que les racines des tiges des c&#233;r&#233;ales ne l'atteignent plus et se dess&#232;chent. Ainsi, ce ne sont pas seulement les hommes qui sont ruin&#233;s, mais dans beaucoup de r&#233;gions ce sont aussi les sols eux-m&#234;mes pour au moins une g&#233;n&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
La famine de 1891 a rendu aigu ce proc&#232;s de ruine jusque-l&#224; chronique et l'a ainsi r&#233;v&#233;l&#233; au monde entier. C'est pourquoi la Russie n'arrive pas &#224; sortir de la famine depuis 1891. La mauvaise ann&#233;e a largement ruin&#233; le dernier et plus important moyen de production du paysan &#8211; le b&#233;tail &#8211; et elle a port&#233; son endettement &#224; un tel point qu'il finira par briser ses derni&#232;res capacit&#233;s de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation, un pays pourrait tout au plus entreprendre une guerre de d&#233;sespoir. Mais les moyens manquent m&#234;me pour cela. En Russie, la noblesse vit de dettes, le paysan vit &#224; pr&#233;sent de dettes, et l'&#201;tat surtout vit de dettes. A combien se monte la dette ext&#233;rieure de l'&#201;tat russe, cela est connu : elle d&#233;passe 4 milliards de marks. &#192; combien se monte sa dette int&#233;rieure, cela personne ne le sait ; premi&#232;rement parce qu'on ne connait ni la somme des emprunts contract&#233;s ni celle du papier-monnaie en circulation, et deuxi&#232;mement parce que ce papier-monnaie change de valeur chaque jour. Une chose est cependant certaine : le cr&#233;dit de la Russie &#224; l'&#233;tranger est &#233;puis&#233;. Les quatre milliards de marks d'obligations russes ont satur&#233; enti&#232;rement le march&#233; financier ouest-europ&#233;en. L'Angleterre s'en est d&#233;barrass&#233;e depuis longtemps et l'Allemagne a r&#233;cemment vendu ses &#171; russes &#187;. La Hollande et la France &#224; leur tour en ont l'estomac retourn&#233; comme cela s'est av&#233;r&#233; lors du dernier emprunt russe &#224; Paris ; des 500 millions de francs seuls 300 ont pu &#234;tre plac&#233;s, et le ministre des finances russe a d&#251; reprendre les 200 millions restants aux banquiers qui avaient souscrit et sursouscrit. Cela prouve qu'un nouvel emprunt russe n'a absolument aucune perspective avant un certain temps, m&#234;me en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation du pays qui soi-disant nous menace d'un risque de guerre imm&#233;diat, et qui se montre cependant hors d'&#233;tat de provoquer m&#234;me une guerre de d&#233;sespoir, si nous ne sommes pas assez idiots pour lui en jeter nous-m&#234;mes l'argent dans la gueule.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne comprend gu&#232;re l'inconscience du gouvernement fran&#231;ais et de l'opinion publique fran&#231;aise bourgeoise qui le domine. Ce n'est pas la France qui a besoin de la Russie, mais au contraire, c'est plut&#244;t la Russie qui a besoin de la France. Sans elle, le tsar avec sa politique serait isol&#233; en Europe et devrait, impuissant, laisser aller les choses comme elles vont &#224; l'Ouest et dans les Balkans. Si la France &#233;tait un peu plus intelligente, elle pourrait extorquer tout ce qu'elle voudrait &#224; la Russie. Au lieu de cela, la France officielle rampe devant le tsar .&lt;br class='autobr' /&gt;
Les exportations de bl&#233; de la Russie sont d&#233;j&#224; ruin&#233;es par la concurrence am&#233;ricaine meilleur march&#233;. Il ne lui reste que le seigle comme principal produit d'exportation, et celui-ci est presqu'exclusivement destin&#233; &#224; l'Allemagne. Du jour o&#249; l'Allemagne se mettra &#224; manger du pain blanc au lieu de pain noir, l'actuelle Russie officielle tsariste et grand bourgeoise fera faillite sur l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons suffisamment critiqu&#233; nos pacifiques ennemis du voisinage. Mais comment les choses se pr&#233;sentent-elles chez nous ? L&#224; nous devons &#234;tre cat&#233;goriques : une diminution graduelle de la dur&#233;e de service ne profitera &#224; l'arm&#233;e qu'&#224; condition qu'on rende impossible, une fois pour toutes, les maltraitances envers les soldats qui se sont r&#233;pandues ces derni&#232;res ann&#233;es et sont devenues beaucoup plus la norme dans l'arm&#233;e qu'on ne veut bien le reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maltraitance des soldats est le pendant des chinoiseries du service et du dressage de revue ; depuis toujours, d&#232;s que l'arm&#233;e prussienne s'installe en temps de paix, toutes deux se propagent et passent des Prussiens &#233;galement aux Saxons, Bavarois, etc. Elle est un h&#233;ritage de l'&#233;poque vieux prussienne authentique, o&#249; le soldat &#233;tait soit un vagabond enr&#244;l&#233; soit un fils de paysan serf et devait donc supporter toutes les maltraitances et humiliations de ses officiers hobereaux sans broncher. Et c'est notamment la noblesse cr&#232;ve-la-faim et parasitaire d&#233;chue, tr&#232;s pr&#233;sente &#224; l'Est de l'Elbe, qui fournit encore aujourd'hui son contingent de pires bourreaux de soldats, et n'est &#233;gal&#233;e &#224; cet &#233;gard que par les fistons de bourgeois insolents qui voudraient jouer aux hobereaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maltraitance du soldat n'a jamais compl&#232;tement disparu dans l'arm&#233;e prussienne. Toutefois, dans le pass&#233;, elle &#233;tait plus rare, plus mod&#233;r&#233;e et parfois plus humoristique. Mais depuis qu'il fallut enseigner de plus en plus de choses au soldat alors qu'en m&#234;me temps on ne pensait pas &#224; se d&#233;barrasser des vieilleries vides de sens d'exercices tactiques surann&#233;s, le sous-officier re&#231;ut plus ou moins tacitement tout pouvoir de choisir la m&#233;thode de formation qui lui semblait ad&#233;quate, et d'autre part, il fut indirectement contraint &#224; employer des moyens violents parce qu'on exigeait de lui d'enfoncer passablement ceci ou cela en un temps limit&#233; dans les t&#234;tes de son escouade. S'y ajoute enfin le droit de recours du soldat qui est une pure d&#233;rision &#8211; pas &#233;tonnant que la vieille m&#233;thode prussienne ait connu un nouvel &#233;lan l&#224; o&#249; les soldats se laissaient faire. Car je suis convaincu que les r&#233;giments de l'Ouest ou bien &#224; forte composante d'&#233;l&#233;ments des grandes villes connaissent bien moins ces exactions que ceux qui sont com-pos&#233;s principalement de campagnards de l'Est de l'Elbe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs il y avait autrefois au moins un contrepoids effectif. Avec le fusil lisse &#224; chargement par la bouche il &#233;tait facile de laisser glisser un caillou sur la cartouche &#224; blanc et il arrivait assez souvent lors des man&#339;uvres que des sup&#233;rieurs d&#233;test&#233;s aient &#233;t&#233; fusill&#233;s par m&#233;garde. Parfois il y avait aussi des rat&#233;es. J'ai connu un jeune homme de Cologne qui p&#233;rit en 1849 d'une balle destin&#233;e &#224; son sup&#233;rieur. De nos jours, avec le fusil &#224; magasin de petit calibre, cela ne peut plus se faire de mani&#232;re aussi facile et discr&#232;te ; en contrepartie, les statistiques des suicides au sein de l'arm&#233;e repr&#233;sentent un barom&#232;tre assez pr&#233;cis des maltraitances de soldats. Mais si en cas de guerre on passe &#224; l'utilisation des cartouches &#224; balle, on peut se demander si la vielle pratique ne trouvera pas de nouveaux adeptes, comme cela a pu &#234;tre le cas ici et l&#224; lors des derni&#232;res guerres ; &#224; vrai dire, cela ne contribuera pas beaucoup &#224; la victoire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports des officiers anglais sur les man&#339;uvres en 1891 en Champagne font chorus dans l'&#233;loge des excellents rapports entre sup&#233;rieurs et soldats dans l'arm&#233;e fran&#231;aise. Dans cette arm&#233;e, des choses comme celles que rapporte souvent la presse au sujet de nos casernes, seraient carr&#233;ment impossibles. D&#233;j&#224; avant la Grande R&#233;volution, la tentative d'introduire les bastonnades &#224; la prussienne a &#233;chou&#233;. Aux pires temps des campagnes alg&#233;roises et pendant le second Empire aucun sup&#233;rieur n'aurait os&#233; faire supporter au soldat fran&#231;ais m&#234;me pas le dixi&#232;me de ce qu'&#224; nos yeux &#224; tous on fait subir &#224; l'allemand. Et je voudrais voir aujourd'hui, apr&#232;s l'introduction du service militaire universel, le sous-officier fran&#231;ais qui oserait donner l'ordre aux soldats de se gifler mutuellement ou de se cracher &#224; la figure. Mais quel m&#233;pris les soldats fran&#231;ais n'auront-ils pas pour leurs futurs adversaires, lorsqu' ils apprendront comment on les traite dans les casernes. Et l'on prendra soin &#224; ce que, dans chaque caserne fran&#231;aise, les hommes puissent le lire et l'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Fran&#231;ais r&#232;gne dans l'arm&#233;e les m&#234;mes esprit et rapports entre officier, sous-officier et soldat qui r&#233;gnaient en Prusse de 1813 &#224; 1815 et qui ont conduit nos soldats par deux fois &#224; Paris. Chez nous par contre tout r&#233;gresse de plus en plus au niveau de 1806, quand le soldat passait &#224; peine pour un &#234;tre humain, &#233;tait battu et &#233;reint&#233; et o&#249; le foss&#233; entre lui et l'officier &#233;tait infranchissable &#8211; et cet &#233;tat a conduit l'arm&#233;e &#224; I&#233;na et &#224; la captivit&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle beaucoup de la grande valeur des facteurs moraux dans la guerre. Mais que fait-on d'autre en temps de paix que de les d&#233;truire presque syst&#233;matiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons jusqu'&#224; pr&#233;sent suppos&#233; que le projet pour une diminution progressive et r&#233;guli&#232;re de la dur&#233;e de service pour passer finalement au syst&#232;me de milice serait accept&#233; universellement. Cependant la question est surtout : est-ce qu'il sera accept&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que l'Allemagne fasse d'abord la proposition &#224; l'Autriche, l'Italie et la France. L'Autriche sera heureuse d'adopter une dur&#233;e de service maximale de deux ans et la diminuera probablement encore dans sa propre pratique. Dans l'arm&#233;e autrichienne, on se prononce bien plus franchement que dans l'allemande, me semble-t-il, sur les succ&#232;s remport&#233;s par un temps de service court d'une partie des troupes. On y trouve m&#234;me de nombreux officiers qui consid&#232;rent que la landwehr qui n'a que quelques mois de service, constitue de meilleures troupes que l'arm&#233;e de ligne ; ce qui joue en faveur de la landwehr, c'est qu'elle est mobilis&#233;e en 24 heures, comme on me l'a assur&#233;, alors qu'il faut plusieurs jours &#224; un bataillon de ligne. Bien entendu : dans l'arm&#233;e de ligne, on n'ose pas toucher au vieux train-train routinier autrichien, &#224; la landwehr par contre, o&#249; toutes les institutions ont &#233;t&#233; nouvellement cr&#233;&#233;es, on a eu le courage de ne pas l'introduire. En tout cas, en Autriche le peuple comme le gouverne-ment d&#233;sirent un all&#232;gement du fardeau militaire, ce qui est le plus facilement r&#233;alisable, si l'on se fonde pr&#233;cis&#233;ment sur les propres exp&#233;riences faites en la mati&#232;re, par une r&#233;duction de la dur&#233;e de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie &#224; son tour ne se fera pas prier. Elle est &#233;cras&#233;e par la pression du budget de guerre dans une mesure telle qu'elle doit y rem&#233;dier sans tarder. La r&#233;duction du temps de service maximal est ici &#233;galement la voie la plus courte et la plus simple. Il est donc permis de dire : soit la Triple Alliance se brisera, soit elle devra recourir &#224; un moyen qui revient plus ou moins &#224; notre projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que l'Allemagne, soutenue par l'acceptation de l'Autriche et de l'Italie, soumette ce projet au gouvernement fran&#231;ais, celui-ci se trouvera en f&#226;cheuse position. S'il l'accepte, il n'aggrave absolument pas sa situation militaire relative. Au contraire, il aurait l&#224; l'occasion d'am&#233;liorer cette situation relative. &#192; certains &#233;gards, la France est d&#233;savantag&#233;e du fait de n'avoir introduit le service militaire universel qu'il y a 20 ans. Mais cet inconv&#233;nient renferme l'avantage que tout est encore neuf, qu'on ne s'est d&#233;barrass&#233; des habitudes d&#233;mod&#233;es que r&#233;cemment, et qu'il est donc plus facile de r&#233;aliser des am&#233;liorations ult&#233;rieures sans se heurter &#224; la r&#233;sistance tenace de pr&#233;jug&#233;s encro&#251;t&#233;s. Toutes les arm&#233;es sont extraordinairement capables d'&#233;volution apr&#232;s de grandes d&#233;faites. Une meilleure utilisation du temps de service contractuel serait donc bien plus facile &#224; r&#233;aliser en France qu'ailleurs, et &#233;tant donn&#233; que l'instruction publique tout comme l'arm&#233;e se trouve en &#233;tat de r&#233;volutionnement, l'&#233;ducation physique en g&#233;n&#233;ral de la jeunesse et sa formation militaire anticip&#233;e en particulier pourront s'y mettre en &#339;uvre plus rapidement qu'ailleurs. Cela signifierait, en m&#234;me temps, que la puissance militaire fran&#231;aise se renforce par rapport &#224; celle de l'Allemagne. Malgr&#233; tout, il est possible et m&#234;me assez vraisemblable que le courant chauvin &#8211; le chauvinisme fran&#231;ais est aussi stupide que l'allemand &#8211; devienne assez fort pour renverser tout gouvernement qui accepterait un tel projet, notamment venant de l'Allemagne. Supposons donc que la France le rejette. Qu'adviendra-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne se trouve alors &#233;norm&#233;ment avantag&#233;e par le seul fait d'avoir fait cette proposition. Nous ne devons pas oublier que les vingt-sept ann&#233;es de Bismarck aux affaires ont fait d&#233;tester l'Allemagne par tout l'&#233;tranger, et c'est justice. Ni l'annexion des Danois du Schlesvig septentrional, ni le non-respect et en d&#233;finitive l'abolition frauduleuse du point du Pacte de Prague s'y rapportant, ni l'annexion de l'Alsace-Lorraine, ni les r&#233;pugnantes mesures contre les Polonais de Prusse, rien de tout cela n'a le moins du monde &#224; voir avec l'&#233;tablissement de l'&#171; unit&#233; nationale &#187;. Bismarck a r&#233;ussi &#224; donner &#224; l'Allemagne la r&#233;putation d'un pays avide de conqu&#234;tes. Il a sinc&#232;rement aid&#233; le chauvin allemand qui a rejet&#233; l'Allemand autrichien et veut pourtant toujours r&#233;unir fraternellement et par-dessus tout l'Allemagne &#171; de l'Adige jusqu'&#224; Memel &#187;, tout comme il pr&#233;tend malgr&#233; cela unifier avec le Reich allemand la Hollande, les Flandres, la Suisse et les provinces russes de la Baltique pr&#233;tendument &#171; allemandes &#187; - il l'a m&#234;me aid&#233; avec un succ&#232;s si magnifique qu'aujourd'hui, en Europe, plus personne ne fait confiance au &#171; brave Allemand &#187;. O&#249; que vous vous pr&#233;sentiez, vous rencontrez de la sympathie pour la France mais de la d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de l'Allemagne que l'on tient pour la cause de la pr&#233;sente menace de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela prendrait fin si l'Allemagne se d&#233;cidait &#224; pr&#233;senter notre demande. Elle se poserait en pilier de la paix d'une mani&#232;re qui ne laisse plus de place au doute. Elle se montrerait pr&#234;te &#224; donner l'exemple dans l'&#339;uvre du d&#233;sarmement, comme il se doit d'ailleurs pour un pays qui a donn&#233; le signal &#224; l'armement. La m&#233;fiance devrait se changer en confiance, l'aversion en sympathie. Les belles paroles selon lesquelles la Triple Alliance serait une alliance de paix deviendraient enfin v&#233;rit&#233;, en m&#234;me temps que la Triple Alliance elle-m&#234;me qui n'est jusqu'&#224; pr&#233;sent qu'un faux semblant. Toute l'opinion publique de l'Europe et de l'Am&#233;rique se mettrait du c&#244;t&#233; de l'Allemagne. Et ce serait une conqu&#234;te morale qui contrebalancerait m&#234;me plus qu'amplement tous les d&#233;savantages militaires que l'on pourrait encore &#233;chafauder contre notre projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la France par contre, d&#233;clinait cette proposition de d&#233;sarmement, elle se trouverait dans une posture d&#233;favorable, &#233;tant suspect&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on que l'est &#224; pr&#233;sent l'Allemagne . Enfin nous voyons tous, dirait le philistin europ&#233;en &#8211; et c'est lui la plus grande puissance &#8211;, enfin nous voyons tous qui veut la paix et qui la guerre. Et si un jour un gouvernement v&#233;ritablement belliqueux arrivait au pouvoir en France, il se trouverait dans une situation qui lui proscrirait toute guerre s'il a un minimum de cervelle. De quelque fa&#231;on qu'il s'y prenne, il ferait figure devant toute l'Europe de partie qui a provoqu&#233;, impos&#233; la guerre. Ceci dit, il aurait non seulement tourn&#233; contre lui les petits pays, et pas seulement l'Angleterre, mais encore, il ne serait m&#234;me pas s&#251;r du soutien de la Russie &#8211; ce soutien traditionnel de la Russie qui consiste, dans un premier temps, &#224; entra&#238;ner ses alli&#233;s dans le p&#233;trin, pour ensuite les abandonner &#224; leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne l'oublions pas : dans la prochaine guerre, l'Angleterre est d&#233;cisive. La Triplice en guerre contre la Russie et la France, tout autant que la France s&#233;par&#233;e de la Russie par un territoire ennemi, tous sont alors d&#233;pendants de la voie maritime pour leurs indispensables grosses importations de c&#233;r&#233;ales. Or, l'Angleterre domine absolument celle-ci. Si elle met sa flotte &#224; la disposition de l'une des parties, l'autre partie est alors purement et simplement affam&#233;e, l'approvisionnement en bl&#233; lui &#233;tant coup&#233; ; c'est Paris affam&#233; [comme en 1870] mais sur une &#233;chelle bien plus &#233;norme, et la partie affam&#233;e doit capituler ; aussi certain que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restons-en l&#224; : le courant lib&#233;ral a en ce moment le dessus en Angleterre, et les lib&#233;raux anglais ont de franches sympathies fran&#231;aises. En plus de cela, le vieux Gladstone est un ami personnel de la Russie. Qu'une guerre europ&#233;enne &#233;clate, et l'Angleterre restera neutre aussi longtemps que possible ; mais m&#234;me sa neutralit&#233; &#171; bienveillante &#187; peut repr&#233;senter, dans les conditions que nous avons rappel&#233;es, une aide d&#233;cisive pour l'un des partis bellig&#233;rants. Si l'Allemagne pr&#233;sente notre projet et si la France le refuse, l'Allemagne n'aura pas seulement surmont&#233; toutes les sympathies anglaises allant contre elle et gagn&#233; la neutralit&#233; bienveillante de l'Angleterre ; elle aura, en outre, pratiquement interdit au gouvernement anglais de se rallier dans la guerre aux adversaires de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluons : ou bien la France accepte le projet. Et dans ce cas, le danger de guerre qui &#233;mane de la course aux armements est effectivement &#233;cart&#233;, les peuples pourront vivre en paix et l'Allemagne aura le prestige d'avoir ouvert la voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien la France n'accepte pas. Et alors, elle d&#233;grade sa position en Europe et l'Allemagne s'en trouve en si bonne posture qu'elle n'a absolument plus &#224; craindre de guerre et peut m&#234;me, sans courir le moindre danger, de concert avec ses alli&#233;s, des alli&#233;s v&#233;ritables &#224; partir de ce moment, passer de son propre chef &#224; une r&#233;duction progressive du temps de service et &#224; la pr&#233;paration d'un syst&#232;me de milice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aura-t-on le courage de faire ce pas qui peut tout sauver ? Ou veux-t-on vraiment attendre que la France, en connaissance de la situation r&#233;elle de la Russie, fasse le premier pas et r&#233;colte tout l'honneur pour elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la r&#233;volution mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CINQUI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.1. Remarque pr&#233;liminaire sur la pr&#233;vision r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les pr&#233;visions d'Engels, les perspectives pour la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat europ&#233;en devaient arriver &#224; leur meilleur niveau &#224; la toute fin du 19e si&#232;cle. Cette perspective concordait d'ailleurs avec celle, plus ancienne et naturellement moins pr&#233;cise, &#233;nonc&#233;e par Marx &#224; l'issue de l'&#233;chec de la grande vague r&#233;volutionnaire de 1848-1850 . Elle co&#239;ncide aussi exactement avec la date qui, selon L&#233;nine marquait le d&#233;but de la phase imp&#233;rialiste du capital. Il n'y a rien de fortuit &#224; cela, puisque cette &#233;volution totalitaire des superstructures capitalistes, celles de contrainte violente surtout, n'est rien d'autre que l'alternative bourgeoise au passage &#224; la forme sup&#233;rieure socialiste lorsque celle-ci est enfin m&#251;re au sein de la base &#233;conomique, comme c'&#233;tait effectivement le cas pour la majeure partie de l'Europe et pour l'Am&#233;rique du Nord &#224; la charni&#232;re entre les deux si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du 19e si&#232;cle, le monde bourgeois entrant &#224; peine dans sa phase imp&#233;rialiste de blindage contre-r&#233;volutionnaire, les chances de victoire &#233;taient bel et bien au plus haut : c'est pourquoi l'optimisme r&#233;volutionnaire d'Engels n'&#233;tait nullement d&#233;plac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera dans la partie finale de ce recueil les principaux ex-traits o&#249; Engels &#233;tablit, &#224; la fin de sa vie, ses pronostics au sujet du passage du pouvoir entre les mains du parti prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler, avant d'aborder cette partie qui ne s'&#233;carte qu'en apparence de la question militaire toujours &#233;troitement imbriqu&#233;e &#224; celle de la r&#233;volution, comme l'atteste l'ensemble des textes reproduits, ce que disait Engels &#224; Bebel au sujet de la dite pr&#233;vision : &#171; tu as pr&#233;tendu que j'avais pr&#233;dit l'effondrement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise pour 1898. Il y a l&#224; une petite erreur quelque part, car j'ai dit simplement qu'il &#233;tait bien possible que nous arrivions au pouvoir d'ici l&#224;. La vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, au cas o&#249; cela ne se produirait pas, pourrait encore continuer &#224; v&#233;g&#233;ter pendant quelque temps &#8211; aussi longtemps qu'un coup venu de l'ext&#233;rieur n'aura pas fait s'effondrer l'&#233;difice vermoulu. Or, une telle vieille bo&#238;te pourrie peut encore tenir pendant quelques d&#233;cennies apr&#232;s son essentielle mort int&#233;rieure, s'il n'y a pas de coup de vent. Je me garderai donc bien de faire une telle proph&#233;tie. En revanche, notre arriv&#233;e &#224; la possibilit&#233; du pouvoir rel&#232;ve du pur calcul de probabilit&#233;s d'apr&#232;s des lois math&#233;matiques &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;vision marxiste n'est donc pas une proph&#233;tie : elle indique le sens dans lequel se dirige le proc&#232;s historique en cours, en s'appuyant sur le cours rigoureusement d&#233;termin&#233; de la base &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, et &#233;tablit des d&#233;lais qui ne sont pas le fruit de la volont&#233; mais reposent, pour les uns sur des certitudes irr&#233;futables (la mort prochaine du capitalisme), et pour les autres sur un calcul de probabilit&#233;s &#8211; qui concerne l'issue optimale de la premi&#232;re pr&#233;vision (hypoth&#232;se fond&#233;e de l'intervention r&#233;volutionnaire de classe). M&#234;me en l'absence de cette solution radicale (le moment critique dans un d&#233;veloppement dialectique o&#249; la contradiction d&#233;bouche sur un &#171; ou bien, ou bien &#187;), le cours des choses ne se poursuit pas inchang&#233; (comme veut le croire le bourgeois pour se soulager de ses terreurs), mais il en est au contraire profond&#233;ment affect&#233;. Qui ne reconna&#238;t, dans la citation ci-dessus, la description anticip&#233;e du cours imp&#233;rialiste ult&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#8211; que certains &#171; marxistes &#187; pr&#233;sentent comme une nouveaut&#233; impr&#233;visible, ou encore comme une phase pr&#233;tendument in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication du cours historique de la forme de production capitaliste, selon la m&#233;thode mat&#233;rialiste et dialectique, ne serait rien si elle ne d&#233;bouchait pas sur une pr&#233;vision, forc&#233;ment risqu&#233;e, une &#171; traite &#187; sur le futur en quelque sorte. La certitude r&#233;side en ceci que cette traite doit &#234;tre pay&#233;e t&#244;t ou tard, et si c'est plus tard que pr&#233;vu, ce sera &#224; la charge de cette forme de production qui se refuse encore &#224; dispara&#238;tre, telle un cadavre qui marcherait encore. Le bourgeois ne devrait donc pas se r&#233;jouir trop vite du sursis obtenu, car le pronostic mortel sera confirm&#233; de fa&#231;on bien plus &#233;clatante et catastrophique que si les choses avaient eu lieu en temps et en heure .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits d'Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, tout marche bien jusqu'ici, et en Allemagne aussi ; le petit Guillaume menace d'abolir le suffrage universel &#8211; rien de mieux ne pourrait nous arriver ! De toute fa&#231;on, nous marchons assez vite, ou bien vers la guerre mondiale, ou bien vers la r&#233;volution mondiale &#8211; ou les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels &#224; H. Schl&#252;ter, 14 juin 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CINQUI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.2. Hypoth&#232;ses pour une r&#233;volution &#171; fin de si&#232;cle &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution &#224; partir d'une crise agraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tout lieu d'&#234;tre satisfaits du Congr&#232;s de Bruxelles . (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'incident Domela Nieuwenhuis a montr&#233; que les ouvriers europ&#233;ens ont d&#233;finitivement d&#233;pass&#233; la p&#233;riode de la domination de la phrase ronflante et qu'ils ont conscience des responsabilit&#233;s qui leur incombent : c'est une classe constitu&#233;e en parti de &#171; lutte &#187;, parti qui compte avec les &#171; faits &#187;. Et les faits prennent une tournure de plus en plus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, il y a d&#233;j&#224; famine ; en Allemagne, il y aura famine dans quelques mois ; les autres pays souffriront moins, voici pourquoi : le d&#233;ficit de la r&#233;colte de 1891 est estim&#233; &#224; un million et demi d'hectolitres de froment et &#224; 87 ou 100 millions d'hectolitres de seigle : ce dernier d&#233;ficit affecte donc principalement les deux pays consommateurs de seigle, la Russie et l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous garantit la paix jusqu'au printemps 1892. La Russie ne bougera pas avant cette &#233;poque ; &#224; moins de b&#234;tises inconcevables &#224; Paris ou &#224; Berlin, il n'y aura donc pas de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, le tsarisme traversera-t-il cette crise ? J'en doute. Il y a trop d'&#233;l&#233;ments rebelles dans les grandes villes et surtout &#224; P&#233;tersbourg pour qu'on ne t&#226;che pas de saisir cette occasion pour d&#233;poser l'alcoolique Alexandre III ou tout au moins pour le placer sous le contr&#244;le d'une assembl&#233;e nationale &#8211; peut-&#234;tre lui-m&#234;me sera-t-il forc&#233; de prendre l'initiative de cette convocation. La Russie a travaill&#233; &#233;norm&#233;ment &#8211; c'est-&#224;-dire le gouvernement et la jeune bourgeoisie &#8211; &#224; la cr&#233;ation d'une grande industrie nationale (voir dans la Neue Zeit l'article de Plekhanov). Cette industrie sera arr&#234;t&#233;e net dans sa marche parce que la famine lui fermera son seul march&#233; &#8211; le march&#233; int&#233;rieur. Le tsar verra ce que c'est que d'avoir fait [de] la Russie un pays se suffisant &#224; lui-m&#234;me et ind&#233;pendant de l'&#233;tranger : il aura une crise agricole doubl&#233;e d'une crise industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne le gouvernement se d&#233;cidera trop tard, comme toujours, &#224; l'abolition ou &#224; la suspension des droits sur le bl&#233;. Cela brisera la majorit&#233; protectionniste dans le Reichstag. Les grands propri&#233;taires fonciers, les &#171; ruraux &#187; ne voudront plus soutenir les droits sur les produits industriels, ils voudront acheter le meilleur march&#233; possible. De sorte que nous aurons probablement la r&#233;p&#233;tition de ce qui s'est pass&#233; lors du vote sur la loi contre les socialistes : une majorit&#233; protectionniste divis&#233;e elle-m&#234;me par des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s, cr&#233;&#233;s par la nouvelle situation, se trouvant dans l'impossibilit&#233; de tomber d'accord sur les d&#233;tails du syst&#232;me protecteur. Toutes les propositions possibles n'obtiennent que des minorit&#233;s ; il y aura ou un retour au syst&#232;me libre-&#233;changiste, ce qui est aussi impossible, ou dissolution, avec d&#233;placement des anciens partis et de l'ancienne majorit&#233;, et avec une nouvelle majorit&#233; libre-&#233;changiste, oppos&#233;e au gouvernement actuel. Cela signifie la fin r&#233;elle et d&#233;finitive de la p&#233;riode &lt;br class='autobr' /&gt;
bismarckienne et de la stagnation politique int&#233;rieure &#8211; je ne parle pas ici de notre parti, mais des partis gouvernementalement possibles &#8211; il y aura lutte entre la noblesse fonci&#232;re et la bourgeoisie, et entre la bourgeoisie industrielle qui est protectionniste et les commer&#231;ants, et une fraction de la bourgeoisie industrielle, qui sont libre-&#233;changistes ; la stabilit&#233; minist&#233;rielle et de la politique int&#233;rieure sera bris&#233;e, enfin, il y aura mouvement, lutte, vie et notre parti en r&#233;coltera tous les fruits : et si les &#233;v&#233;nements prennent cette allure, notre parti pourra arriver au pouvoir vers 1898 (Bebel le croit en 1895).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ! Je ne parle pas des autres pays, parce que la crise agricole ne les affecte pas aussi consid&#233;rablement. Mais si cette crise agricole faisait &#233;clater en Angleterre la crise industrielle que nous attendons depuis 25 ans ... Alors !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution requiert l'action du prol&#233;tariat des trois pays d&#233;cisifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, c'est le commencement de la fin [en France avec le scandale de Panama] . La r&#233;publique bourgeoise et ses politiciens ne peuvent gu&#232;re survivre &#224; cette mise &#224; nu sans pr&#233;c&#233;dent. Il n'y a que trois possibilit&#233;s : soit une tentative de restauration monarchique, soit un autre Boulanger, soit le socialisme. La premi&#232;re et la seconde, si l'on s'y risquait, ne pourraient conduire qu'&#224; la troisi&#232;me, et nous pouvons donc &#234;tre appel&#233;s, bien avant que notre propre activit&#233; ne nous donne le droit d'y pr&#233;tendre, &#224; entrer dans une carri&#232;re pleine de responsabilit&#233;s immenses. J'en serais content, si cela n'arrive pas trop t&#244;t et trop brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fera du bien &#224; nos Allemands de voir que les Fran&#231;ais n'ont pas perdu leur sens historique de l'initiative. Un pays ne peut traverser deux cents ann&#233;es comme celles qu'a connues l'Allemagne entre 1648 et 1848 sans qu'il ne subsiste des traces de philistinisme m&#234;me dans la classe ouvri&#232;re. Notre r&#233;volution de 1848-49 a &#233;t&#233; trop br&#232;ve et trop inachev&#233;e pour les effacer tout &#224; fait. Naturellement, la prochaine r&#233;volution qui se pr&#233;pare en Allemagne avec une rigueur logique et une r&#233;gularit&#233; qu'on ne trouve nulle part ailleurs surviendrait d'elle-m&#234;me &#224; la longue, disons entre 1898 et 1904 ; mais une p&#233;riode r&#233;volutionnaire pr&#233;parant une crise d&#233;cisive en France h&#226;terait ce processus ; d'ailleurs, si cela &#233;clatait d'abord en France, disons en 1894, l'Allemagne suivrait imm&#233;diatement, et alors, l'alliance prol&#233;tarienne franco-allemande forcerait la main de l'Angleterre et briserait d'un coup la Triple Alliance en m&#234;me temps que la conspiration franco-russe ; nous aurions alors une guerre r&#233;volutionnaire contre la Russie, &#224; moins que nous ne trouvions en Russie m&#234;me un &#233;cho r&#233;volutionnaire, et vogue la gal&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez encore parfaitement raison en vous glorifiant du pass&#233; r&#233;volutionnaire de la France, et de croire que ce pass&#233; r&#233;volutionnaire r&#233;pondra de son avenir socialiste . Mais il me para&#238;t que, arriv&#233;s l&#224;, vous donnez un peu trop dans le blanquisme, c'est-&#224;-dire dans la th&#233;orie que la France est destin&#233;e &#224; jouer dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne le m&#234;me r&#244;le (initiateur non seulement, mais aussi directeur) qu'elle a jou&#233; dans la r&#233;volution bourgeoise de 1789-98. Cela est contraire aux faits &#233;conomiques et politiques d'aujourd'hui. Le d&#233;veloppement industriel de la France est rest&#233; inf&#233;rieur &#224; celui de l'Angleterre ; il est inf&#233;rieur en ce moment &#224; celui de l'Allemagne qui a fait des pas de g&#233;ant depuis 1860 ; le mouvement ouvrier en France aujourd'hui ne peut se comparer &#224; celui de l'Allemagne. Mais ni Fran&#231;ais, ni Allemands, ni Anglais n'auront, &#224; eux seuls, la gloire d'avoir &#233;cras&#233; le capitalisme ; si la France &#8211; PEUT-&#202;TRE &#8211; donne le signal, ce sera en Allemagne, le pays le plus profond&#233;ment travaill&#233; par le socialisme et o&#249; la th&#233;orie a le plus profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; les masses, que la lutte se d&#233;cidera, et encore ni la France, ni l'Allemagne n'auront d&#233;finitivement assur&#233; la victoire tant que l'Angleterre restera aux mains de la bourgeoisie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation prol&#233;tarienne ne peut &#234;tre qu'un fait international, si vous t&#226;chez d'en faire un fait simplement fran&#231;ais, vous la rendez impossible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oubliez pas que, si la France fait la guerre &#224; l'Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t et avec l'aide du tsar, c'est l'Allemagne qui sera le centre r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor du mouvement prol&#233;tarien pousse &#224; une crise dans tous les pays, et les succ&#232;s conquis dans un pays r&#233;agissent donc puissamment sur tous les autres . Le mouvement pour le droit de vote remporte sa premi&#232;re victoire en Belgique, suivi par l'Autriche, ce qui nous assure d'abord le maintien du suffrage universel, mais qui incite &#224; poser de nouvelles exigences &#8211; chez nous comme en France et en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de f&#233;vrier [1848] fut pr&#233;par&#233;e par les luttes internes de la Suisse et les changements constitutionnels en Italie, jusqu'&#224; ce que la guerre du Sonderbund et le bombardement de Messine par les Napolitains (f&#233;vrier 1848) donnent le signal imm&#233;diat pour l'&#233;clatement de la r&#233;volution &#224; Paris. Nous sommes peut-&#234;tre encore &#224; 5-6 ans de la crise, mais il me semble que la Belgique et surtout l'Autriche devraient cette fois jouer le r&#244;le de pr&#233;paration pour la d&#233;cision qui, cette fois, se produira en Allemagne .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne les choses se d&#233;veloppent de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re, c'est une arm&#233;e bien organis&#233;e et bien disciplin&#233;e qui devient chaque jour plus grande et avance d'un pas assur&#233;, sans se laisser d&#233;tourner de son but. En Allemagne, on peut pour ainsi dire calculer &#224; l'avance le jour o&#249; notre parti sera le seul en mesure de prendre en main le pouvoir .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En Angleterre, le sentiment socialiste (car il s'agit bien plus d'un sentiment que d'une claire conscience) continue de se d&#233;velopper parmi les masses, mais les organisations existantes et leurs leaders poursuivent leurs querelles et leurs rivalit&#233;s . Cela pourrait d&#233;sesp&#233;rer celui qui ne conna&#238;t pas le caract&#232;re des Anglais ; en tout cas, il semble que ce soit le continent europ&#233;en qui donne l'impulsion qui fait d&#233;faut aux Anglais. En France, la bande d'escrocs qui gouverne le pays et l'exploite f&#233;rocement ne pourra plus tenir longtemps. Il en va de m&#234;me en Italie, o&#249; la corruption est encore plus &#233;hont&#233;e. En Allemagne, tout pousse &#224; la crise, g&#233;n&#233;raux et hauts fonctionnaires de l'&#201;tat y pr&#234;chent ouvertement le coup d'&#201;tat, afin de briser l'essor irr&#233;sistible de la social-d&#233;mocratie. La fin de ce si&#232;cle prendra un tour nettement r&#233;volutionnaire. En France, les socialistes sont le seul parti vraiment honn&#234;te, en Allemagne ils sont le seul v&#233;ritable parti d'opposition, en cas de crise, il n'y existe pas de recours possible &#224; un autre parti. En Autriche, tout le monde est d'accord sur le fait que les socialistes feront leur entr&#233;e au parlement : il s'agit simplement de d&#233;cider par quelle porte ils entreront. Et en Russie le petit Nicolas nous a rendu le service de rendre la r&#233;volution absolument in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique suivra&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tiens l'entr&#233;e en sc&#232;ne des Am&#233;ricains pour l'un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'ann&#233;e [1886] . L'&#233;clatement de la lutte des classes en Am&#233;rique signifie pour les bourgeois du monde entier la m&#234;me chose que ce que signifierait l'effondrement du tsarisme russe pour les grandes monarchies militaires d'Europe &#8211; &#224; savoir l'&#233;branlement de leur fondement. Car l'Am&#233;rique a toujours &#233;t&#233; l'id&#233;al de tout bourgeois : un pays riche, grand et tendu vers le progr&#232;s, poss&#233;dant des institutions purement bourgeoises, exemptes de vestiges f&#233;odaux comme de traditions monarchistes, et sans prol&#233;tariat permanent et h&#233;r&#233;ditaire. L&#224;, chacun pouvait, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre un capitaliste, devenir en tout cas un homme ind&#233;pendant qui, par ses propres moyens, produit pour son propre compte ou pratique le commerce. Et comme il n'existait pas jusqu'&#224; pr&#233;sent de classe ayant des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s, notre bourgeois &#8211; comme le v&#244;tre &#8211; pensait que l'Am&#233;rique &#233;tait au-dessus des antagonismes et des luttes de classes. Cette illusion est maintenant bris&#233;e, le dernier paradis bourgeois sur terre se change &#224; vue d'&#339;il en purgatoire et ne peut &#234;tre pr&#233;serv&#233; de la transformation en enfer, comme en Europe, que gr&#226;ce au d&#233;veloppement fulgurant du prol&#233;tariat am&#233;ricain qui vient &#224; peine de prendre son envol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CINQUI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.3. La condition &#233;conomique : la crise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle r&#233;volution ne sera possible qu'&#224; la suite d'une nouvelle crise : l'une est aussi certaine que l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx, Les Luttes de classes en France, 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence des crises depuis 1868 repose aussi sur l'extension du march&#233; mondial, qui permet de distribuer le capital anglais et europ&#233;en superflu dans les investissements concernant les transports etc. sur l'ensemble du monde ainsi que sur toute une quantit&#233; de branches d'investissements . C'est pourquoi une crise provenant d'une sur-sp&#233;culation dans les chemins de fer, les banques etc. ou bien dans des investissements am&#233;ricains sp&#233;cifiques ou encore dans les affaires indiennes est devenue impossible, alors que de petites crises, comme la crise argentine, sont depuis trois ans possibles. Mais tout cela prouve qu'une &#233;norme crise se pr&#233;pare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux monde vivait sous l'empire du fatum, de l'heimarm&#233;n&#232;, de l'in&#233;vitable et myst&#233;rieux destin . C'est ainsi que les Grecs et les Romains nommaient cette toute puissance insaisissable qui annihilait toute volont&#233; et aspiration humaines et conduisait toute action humaine &#224; des r&#233;sultats tout autres que ceux qui &#233;taient escompt&#233;s, une puissance irr&#233;sistible que l'on a appel&#233; depuis Providence, pr&#233;destination, etc. Cette myst&#233;rieuse puissance a pris peu &#224; peu une forme compr&#233;hensible, et nous le devons &#224; la domination de la bourgeoisie et du capital, premi&#232;re domination de classe qui cherche &#224; commencer &#224; comprendre les causes et conditions de sa propre existence, et qui en cela ouvre &#233;galement la porte &#224; la reconnaissance de l'in&#233;luctabilit&#233; de sa propre fin prochaine. Le destin, la Providence &#8211; comme nous le savons &#224; pr&#233;sent &#8211; ne sont que les conditions &#233;conomiques dans lesquelles on produit et &#233;change, et celles-ci se rassemblent dans le march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est bien l&#224; que r&#233;side la signification de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle am&#233;ricaine qui s'av&#232;re &#234;tre un &#233;v&#233;nement de premier ordre pour le march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quatre ans, fut imprim&#233; un article en anglais, &#224; Boston, et en allemand, &#224; Stuttgart, au sujet du protectionnisme et du libre-&#233;change . J'y d&#233;montrais que le monopole industriel de l'Angleterre &#233;tait incompatible avec le d&#233;veloppement &#233;conomique des autres pays civilis&#233;s ; que le protectionnisme mis en place en Am&#233;rique depuis sa guerre civile attestait de la volont&#233; des Am&#233;ricains pour secouer le joug de ce monopole ; que gr&#226;ce aux immenses ressources naturelles et aux capacit&#233;s intellectuelles et morales de la race am&#233;ricaine, ce but &#233;tait &#224; pr&#233;sent d&#233;j&#224; atteint et que le protectionnisme &#233;tait devenu en Am&#233;rique, pas moins qu'en Allemagne, une entrave &#224; l'industrie. Puis, je disais : si l'Am&#233;rique adopte le libre-&#233;change, elle battra alors l'Angleterre sur le march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en au fait. L'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 8 novembre 1892 a ouvert la voie au libre-&#233;change. La protection douani&#232;re, sous la forme due &#224; Mc Kinley, est devenue une entrave intol&#233;rable ; le rench&#233;rissement insens&#233; de toutes les mati&#232;res premi&#232;res et des denr&#233;es alimentaires import&#233;es, qui se r&#233;percute &#233;galement sur le prix de nombre de celles qui sont produites dans le pays, a ferm&#233; en grande partie &#224; l'industrie am&#233;ricaine les portes du march&#233; mondial, alors m&#234;me que le march&#233; int&#233;rieur souffrait d&#233;j&#224; d'engorgement du fait des produits industriels am&#233;ricains. Et de fait, le protectionnisme n'a servi ces derni&#232;res ann&#233;es qu'&#224; ruiner les producteurs plus petits sous la pression des gros, et &#224; livrer le march&#233; et la consommation nationale &#224; l'exploitation des cartels et trusts des gros producteurs r&#233;unis. L'Am&#233;rique ne peut se d&#233;gager de cette crise int&#233;rieure permanente caus&#233;e par le protectionnisme qu'en s'ouvrant le march&#233; mondial, et doit pour cela se lib&#233;rer du protectionnisme, du moins sous son absurde forme actuelle. Ce qui montre bien qu'elle y est d&#233;cid&#233;e, c'est le changement complet de l'opinion publique r&#233;v&#233;l&#233; par cette &#233;lection. Une fois install&#233;e sur le march&#233; mondial, l'Am&#233;rique sera &#8211; tout comme l'Angleterre et &#224; cause d'elle &#8211; pouss&#233;e irr&#233;sistiblement en avant dans la voie du libre-&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous conna&#238;trons alors un combat industriel tel qu'on n'en a pas vu jusqu'ici. Les produits anglais, et sp&#233;cialement les marchandises textiles et sid&#233;rurgiques, devront affronter les am&#233;ricains et seront finalement vaincus par eux sur tous les march&#233;s. Les tissus am&#233;ricains de coton et de lin &#233;vincent d'ores et d&#233;j&#224; ceux de l'Angleterre. Et voulez-vous savoir ce qui a caus&#233; le miracle de transformer en seulement un an les ouvriers du coton du Lancashire, de furieux adversaires qu'ils en &#233;taient, en partisans enthousiastes de la journ&#233;e l&#233;gale de 8 heures ? R&#233;f&#233;rez-vous donc &#224; l'article de la Neue Zeit n&#176; 2 d'octobre, p. 56, [au sujet du march&#233; chinois ] pour voir comment les produits de coton et de lin am&#233;ricains refoulent pas &#224; pas les produits anglais du march&#233; domestique ; comment, depuis 1881, les importations anglaises n'ont jamais plus atteint le niveau des am&#233;ricaines et ne se montent plus en 1891 qu'environ au tiers de ces derni&#232;res. Or la Chine est largement, avec l'Inde, le principal march&#233; en ce qui concerne ces tissus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela prouve &#224; nouveau combien tous les rapports se d&#233;placent au tournant de ce si&#232;cle. Que le centre de gravit&#233; de l'industrie textile et sid&#233;rurgique passe de l'Angleterre &#224; l'Am&#233;rique, et l'Angleterre devra, ou bien devenir une deuxi&#232;me Hollande &#8211; un pays dont la bourgeoisie se nourrit de la grandeur pass&#233;e et dont le prol&#233;tariat se dess&#232;che &#8211;, ou bien se r&#233;organiser de fa&#231;on socialiste. La premi&#232;re option n'est pas possible car le prol&#233;tariat anglais est bien trop nombreux et d&#233;velopp&#233; pour le permettre. Il ne reste alors que la seconde. La chute du protectionnisme en Am&#233;rique signifie la victoire finale du socialisme en Angleterre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'Allemagne, qui avait d&#232;s 1878 gagn&#233; une place sur le march&#233; mondial, et qui la perd &#224; pr&#233;sent de plus en plus &#224; cause de sa stupide politique protectionniste ? Continuera-t-elle, &#224; se fermer elle-m&#234;me, par son obstination, la voie au march&#233; mondial, du fait du rench&#233;rissement des mati&#232;res premi&#232;res et biens alimentaires, et cela face &#224; la concurrence am&#233;ricaine qui sera autrement plus s&#233;v&#232;re que ne l'a &#233;t&#233; jusqu'ici la concurrence anglaise ? La bourgeoisie allemande aura-t-elle l'intelligence et le courage de suivre l'exemple de l'Am&#233;rique, ou bien attendra-t-elle, timor&#233;e comme elle l'a &#233;t&#233; jusqu'ici, que l'industrie am&#233;ricaine devenue surpuissante fasse voler en &#233;clats le cartel protectionniste entre les junkers et les gros fabricants ? Et le gouvernement et la bourgeoisie comprendront-ils enfin &#224; quel point le moment est formidablement inappropri&#233; pour faire peser sur les forces &#233;conomiques de l'Allemagne de nouvelles et exorbitantes d&#233;penses militaires, aujourd'hui justement o&#249; il s'agit d'affronter la comp&#233;tition industrielle avec la nation la plus juv&#233;nilement puissante du monde, un pays qui a ais&#233;ment liquid&#233; en quelques ann&#233;es sa colossale dette de guerre et dont le gouvernement ne sait que faire du revenu de ses imp&#244;ts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie allemande a l'occasion &#8211; peut-&#234;tre pour la derni&#232;re fois &#8211; d'accomplir enfin une grande action. Parions &#224; cent contre un qu'elle est trop obtuse et l&#226;che pour en faire autre chose que prouver qu'elle a d&#233;finitivement fait son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous autres, &#224; l'Ouest, avions &#233;t&#233; plus rapides en ce qui concerne notre propre d&#233;veloppement &#233;conomique, nous aurions pu renverser le syst&#232;me capitaliste il y a dix ou vingt ans &#8211; et la Russie aurait alors peut-&#234;tre pu &#233;viter &#224; temps la tendance &#224; son propre d&#233;veloppement capitaliste . Nous avons &#233;t&#233; malheureusement trop lents et ce n'est que maintenant que commencent &#224; se d&#233;velopper dans les diff&#233;rents pays autour de nous ces cons&#233;quences &#233;conomiques du syst&#232;me capitaliste qui doivent le mener jusqu'&#224; son point critique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que l'Angleterre perd rapidement son monopole industriel, la France et l'Allemagne se rapprochent de l'&#233;tat industriel de l'Angleterre, et l'Am&#233;rique est sur le point de tous les chasser du march&#233; mondial, aussi bien pour ce qui est des produits industriels qu'agricoles. L'introduction en Am&#233;rique d'une politique de libre-&#233;change, du moins relative, parach&#232;vera s&#251;rement la ruine du monopole industriel anglais, et cela ruinera dans le m&#234;me temps les exportations industrielles de la France et de l'Allemagne ; doit alors venir la crise tout ce qu'il y a de plus fin de si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CINQUI&#200;ME PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.4. La contribution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre entre la Chine et le Japon me semble avoir &#233;t&#233; tram&#233;e par le gouvernement russe qui utilise le Japon pour parvenir &#224; ses fins . Mais quoi qu'il en soit, une chose est in&#233;vitable : 1'effondrement complet de tout le syst&#232;me social de la Chine antique. Dans ce pays subsiste encore un syst&#232;me combinant artificiellement l'agriculture &#224; l'industrie domestique, puisqu'il &#233;limine impitoyablement tout &#233;l&#233;ment qui le perturberait. Cette exclusion de tout ce qui est &#233;tranger a &#233;t&#233;, en partie, contrecarr&#233;e par les guerres contre les Anglais et les Fran&#231;ais, et elle doit &#234;tre men&#233;e &#224; terme par cette guerre entre Asiatiques, contre un rival qui est le plus proche voisin des Chinois. Les Chinois, battus sur terre et sur mer, devront s'europ&#233;aniser, ouvrir leurs ports au commerce universel, construire des chemins de fer et des fabriques et, par cons&#233;quent, mettre compl&#232;tement en pi&#232;ces l'antique syst&#232;me qui permettait de nourrir tant de millions d'&#234;tres humains.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Chine ressentira subitement sa surpopulation sans cesse croissante ; les paysans chass&#233;s de leur terre afflueront vers les c&#244;tes, afin de chercher leurs moyens de subsistance dans les pays &#233;trangers. Jusqu'ici, des milliers de Chinois ont &#233;migr&#233;. Or &#224; pr&#233;sent des millions seront candidats &#224; l'&#233;migration. Dans ces conditions, les coolies chinois iront partout, en Europe, Am&#233;rique et Australie, et ils auront pour effet d'y faire baisser les salaires et d'adapter le niveau de vie de nos ouvriers &#224; celui des Chinois . Alors LE MOMENT SERA VENU POUR NOS OUVRIERS EUROP&#201;ENS. Or, les Anglais seront les premiers &#224; souffrir de cette invasion, et ils devront de nouveau lutter. Je compte absolument sur cette guerre sino-japonaise pour acc&#233;l&#233;rer d'au moins cinq ans notre victoire en Europe, sans parler de ce qu'elle la facilitera consid&#233;rablement, &#233;tant donn&#233; qu'elle rejettera toutes les classes non capitalistes dans notre camp. Seuls les grands propri&#233;taires fonciers et les fabricants seront prochinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de nouveau une ironie merveilleuse de l'histoire : en somme, il ne reste plus &#224; la production capitaliste qu'&#224; s'emparer de la Chine ; or, en effectuant enfin cette conqu&#234;te, elle se rend la vie impossible &#224; elle-m&#234;me dans sa patrie d'origine .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence chinoise, dans la mesure o&#249; elle sera massive, poussera les choses &#224; leur paroxysme, chez vous [en Am&#233;rique] et chez nous : AINSI LA CONQU&#202;TE DE LA CHINE PAR LE CAPITALISME SERA EN M&#202;ME TEMPS LE PRELUDE &#192; LA CHUTE DU CAPITALISME EN EUROPE ET EN AM&#201;RIQUE .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation et strat&#233;gie militaires de la dictature du prol&#233;tariat dans l'exp&#233;rience historique de la Commune de 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les d&#233;bris de la colonne Vend&#244;me, &#171; symbole du chauvinisme fran&#231;ais &#187; (Marx), d&#233;truite sur ordre de la Commune le 16 mai 1871&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mouvement a &#233;t&#233; le plus grand de tous ceux qui se sont produits jusqu'ici, et il ne peut y avoir deux opinions &#224; son &#233;gard : la Commune a &#233;t&#233; la conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re . Il y a eu de nombreux malentendus sur la Commune. Celle-ci ne devait pas asseoir une nouvelle forme de domination de classe. Lorsque les pr&#233;sentes conditions d'oppression seront &#233;limin&#233;es gr&#226;ce au transfert des moyens de production aux travailleurs productifs et &#224; l'obligation faite &#224; tous les individus physiquement aptes de travailler pour vivre, on aura d&#233;truit l'unique raison d'&#234;tre d'une quelconque domination de classe et d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de r&#233;aliser un changement socialiste, il faut une dictature du prol&#233;tariat, dont une condition premi&#232;re est l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Les classes ouvri&#232;res devront conqu&#233;rir sur le champ de bataille le droit &#224; leur propre &#233;mancipation. La t&#226;che de l'Internationale est d'organiser et de concerter les forces ouvri&#232;res dans le combat qui les attend .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transformation de la guerre des &#201;tats bourgeois en guerre civile entre les classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dire les choses tout simplement, la Commune repr&#233;sentait la destruction pr&#233;alable du vieil appareil gouvernemental dans ses si&#232;ges centraux, &#224; Paris et dans les autres grandes villes de France, et son remplacement par un v&#233;ritable autogouvernement qui, &#224; Paris et dans les grandes villes, places-fortes sociales de la classe ouvri&#232;re, f&#251;t le gouvernement de la classe ouvri&#232;re . &#192; la faveur du si&#232;ge, Paris se trouva d&#233;barrass&#233; de l'arm&#233;e qui avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par une Garde nationale constitu&#233;e principalement par des ouvriers de Paris. Ce n'est que gr&#226;ce &#224; cet &#233;tat de choses que le soul&#232;vement du 18 mars &#233;tait devenu possible. Il s'agit ensuite de transformer ce fait en institution, en substituant &#224; l'arm&#233;e qui d&#233;fendait le gouvernement contre le peuple, la Garde nationale des grandes villes, c'est-&#224;-dire le peuple en armes contre l'usurpation gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de tout ce qu'il y avait de sain &#224; Paris contre le gouvernement de la d&#233;fense, ne date pas du 18 mars, bien qu'il ait remport&#233; ce jour-l&#224; sa premi&#232;re victoire contre la conspiration ; il date du 31 janvier qui &#233;tait en fait le jour de la capitulation . La Garde nationale &#8211; c'est-&#224;-dire tous les Parisiens en armes &#8211; s'est organis&#233;e et a effectivement gouvern&#233; Paris &#224; partir de ce jour-l&#224;, ind&#233;pendamment du gouvernement des usurpateurs et capitulards, install&#233;s par la gr&#226;ce de Bismarck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle refusa de livrer ses armes et son artillerie, qui &#233;taient sa propri&#233;t&#233;, et qui lui avaient &#233;t&#233; officiellement reconnues comme telle lors de la capitulation. Ce n'&#233;tait pas &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; de Jules Favre que l'on doit d'avoir sauv&#233; ces armes de Bismarck, mais &#224; la d&#233;termination de Paris en armes de lutter pour celles-ci contre Jules Favre et Bismarck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot contre-r&#233;volutionnaire eut directement comme cons&#233;quence in&#233;vitable le d&#233;sarmement de Paris, mais il aurait pu &#234;tre op&#233;r&#233; avec plus de circonspection, de mollesse et &#224; un moment plus opportun . Cependant, il ne souffrait pas d'&#234;tre diff&#233;r&#233;, &#233;tant une stipulation de l'imp&#233;rieux accord financier dont les s&#233;ductions &#233;taient irr&#233;sistibles. Il fallait donc que Thiers s'essay&#226;t &#224; un coup d'&#201;tat : il d&#233;clencha la guerre civile, en chargeant Vinoy qui avait d&#233;j&#224; tremp&#233; dans le coup d'&#201;tat du 10 D&#233;cembre 1851, d'une incursion nocturne contre la butte Montmartre, &#224; la t&#234;te d'une bande de sergents de ville et de quelques r&#233;giments de ligne. Son entreprise criminelle &#233;choua devant la r&#233;sistance des gardes nationaux et leur fraternisation avec les soldats. Le lendemain, dans un manifeste affich&#233; sur les murs de Paris, Thiers informa les gardes nationaux de sa d&#233;cision magnanime de leur laisser les armes, car il ne doutait pas qu'ils s'empresseraient de les utiliser contre les &#171; rebelles &#187; en se ralliant au gouvernement. Sur les 300.000 gardes nationaux, il n'en eut que 300 &#224; r&#233;pondre &#224; son appel. La glorieuse r&#233;volution ouvri&#232;re du 18 mars avait incontestablement instaur&#233; son pouvoir sur Paris .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central, qui avait dirig&#233; la d&#233;fense de Montmartre et &#233;tait apparu &#224; l'aube du 18 mars comme le guide de la r&#233;volution, n'&#233;tait ni une improvisation n&#233;e des circonstances, ni le produit d'une conspiration secr&#232;te. Du jour m&#234;me de la capitulation, par laquelle le gouvernement de la d&#233;fense nationale avait d&#233;sarm&#233; la France, mais s'&#233;tait r&#233;serv&#233; une garde du corps de 40.000 soldats dans le but de mater Paris, Paris se tenait sur le qui-vive. La Garde nationale r&#233;forma son organisation et confia son commandement supr&#234;me &#224; un Comit&#233; central, constitu&#233; par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie : c'&#233;taient pour la plupart des ouvriers, dont la force essentielle r&#233;sidait dans les faubourgs ouvriers, mais ils furent bient&#244;t accept&#233;s par toute la Garde, &#224; l'exception de ses vieilles formations bonapartistes. &#192; la veille de l'entr&#233;e des Prussiens dans Paris, le Comit&#233; central assura le transport &#224; Montmartre, Belleville et La Villette des canons et des mitrailleuses tra&#238;treusement abandonn&#233;s par les capitulards dans les quartiers m&#234;mes que les Prussiens allaient occuper. Il assura ainsi la sauvegarde de l'artillerie qui provenait des souscriptions de la Garde nationale. Cette artillerie avait &#233;t&#233; explicitement reconnue comme la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la Garde nationale par la convention du 31 janvier, et &#224; ce titre except&#233;e de la reddition g&#233;n&#233;rale des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute la p&#233;riode qui s'&#233;tend entre la r&#233;union de l'Assembl&#233;e nationale &#224; Bordeaux et le 18 mars, le Comit&#233; central avait &#233;t&#233; le gouvernement populaire de la capitale, et il &#233;tait assez fort pour maintenir avec fermet&#233; son attitude de d&#233;fense, malgr&#233; les provocations de l'Assembl&#233;e, les violentes mesures de l'Ex&#233;cutif et les mena&#231;antes concentrations de troupes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite inflig&#233;e &#224; Vinoy par la Garde nationale n'&#233;tait qu'un rejet de la contre-r&#233;volution ourdie par les classes dirigeantes. Cependant, le peuple de Paris fit aussit&#244;t de ce r&#233;flexe de d&#233;fense le premier acte de la r&#233;volution sociale. La r&#233;volution du 4 Septembre avait r&#233;tabli la R&#233;publique, apr&#232;s que le tr&#244;ne de l'usurpateur avait &#233;t&#233; renvers&#233;. L'opini&#226;tre r&#233;sistance de Paris durant le si&#232;ge, qui constitua la base de la guerre de d&#233;fense en province, avait arrach&#233; &#224; l'envahisseur &#233;tranger la reconnaissance de cette R&#233;publique, dont la v&#233;ritable signification et le v&#233;ritable but ne furent r&#233;v&#233;l&#233;s que le 18 mars. Elle devait abolir les conditions politiques et sociales de la domination de classe sur lesquels repose le syst&#232;me du vieux monde, qui avaient engendr&#233; le Second Empire et avaient, sous sa tutelle, m&#251;ri jusqu'&#224; la pourriture. L'Europe fr&#233;mit comme sous un choc &#233;lectrique. On eut l'impression qu'un moment elle se mit m&#234;me &#224; douter de la r&#233;alit&#233; de ses r&#233;cents exploits sensationnels dans le domaine politique et militaire, comme s'il ne s'agissait que de simples r&#234;ves sanguinaires appartenant &#224; un pass&#233; depuis longtemps r&#233;volu. Portant sur son visage les traces d'une longue famine, la classe ouvri&#232;re de Paris, face aux ba&#239;onnettes prussiennes, conquit d'un seul coup la position d'avant-garde dans la lutte pour le progr&#232;s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base existante de son organisation militaire, Paris constitua une f&#233;d&#233;ration politique conform&#233;ment &#224; un plan tr&#232;s simple . C'&#233;tait la combinaison de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient les d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gions, dont le r&#244;le &#233;tait de repr&#233;senter un arrondissement et de coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements de Paris. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil d'&#201;tat centralis&#233; qui, avec ses organes militaires, bureaucratiques, cl&#233;ricaux et judiciaires, omnipr&#233;sents et compliqu&#233;s, enserre le corps vivant de la soci&#233;t&#233; civile, comme un boa constrictor, fut d'abord forg&#233; aux temps de la monarchie absolue comme arme de la soci&#233;t&#233; moderne naissante dans sa lutte pour s'&#233;manciper du f&#233;odalisme. Les privil&#232;ges f&#233;odaux des seigneurs, des villes et du clerg&#233; &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale furent transform&#233;s en attributs d'un pouvoir d'&#201;tat unifi&#233;. Celui-ci rempla&#231;a les dignitaires f&#233;odaux par des fonctionnaires d'&#201;tat salari&#233;s ; il retira leurs armes aux vassaux m&#233;di&#233;vaux des seigneurs fonciers et aux corporations urbaines pour les remettre &#224; une arm&#233;e permanente ; il substitua &#224; l'anarchie bigarr&#233;e des puissances m&#233;di&#233;vales en conflit, la structure ordonn&#233;e d'un pouvoir d'&#201;tat, avec une division syst&#233;matique et hi&#233;rarchique du travail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les r&#233;volutions eurent pour cons&#233;quence unique de perfectionner cet appareil d'&#201;tat au lieu de rejeter ce cauchemar &#233;touffant . Les fractions et les partis des classes dominantes qui, &#224; tour de r&#244;le se disput&#232;rent la pr&#233;pond&#233;rance ont consid&#233;r&#233; la possession (contr&#244;le, prise) et la direction de cet immense appareil de gouvernement comme le butin principal du vainqueur. Au centre de leur activit&#233; se trouvait la cr&#233;ation d'immenses arm&#233;es permanentes, un grouillement de parasites d'&#201;tat et d'&#233;normes dettes publiques. &#192; l'&#233;poque de la monarchie absolue, l'appareil d'&#201;tat &#233;tait un instrument de la lutte de la soci&#233;t&#233; moderne contre le f&#233;odalisme, lutte couronn&#233;e par la R&#233;volution fran&#231;aise ; sous le premier Bonaparte, non seulement il servit &#224; subjuguer la r&#233;volution et &#224; supprimer toutes les libert&#233;s populaires, mais ce fut aussi l'instrument de la R&#233;volution fran&#231;aise pour frapper au dehors, pour cr&#233;er au profit de la France, sur le continent, &#224; la place des monarchies f&#233;odales, des &#201;tats faits plus ou moins &#224; l'image de la France. Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, il devint non seulement un instrument de la domination de classe de la bourgeoisie par la violence, mais aussi un moyen d'ajouter &#224; l'exploitation &#233;conomique directe une deuxi&#232;me exploitation du peuple, en assurant aux familles bourgeoises toutes les bonnes places dans l'appareil d'&#201;tat. &#192; l'&#233;poque de la lutte r&#233;volutionnaire de 1848, enfin, il servit d'instrument pour an&#233;antir cette r&#233;volution et toutes les aspirations des masses populaires &#224; l'&#233;mancipation. Mais l'&#201;tat parasitaire n'atteignit son d&#233;veloppement final que sous le Second Empire. Le pouvoir gouvernemental, avec son arm&#233;e permanente, sa bureaucratie toute-puissante, son clerg&#233; ab&#234;tissant et sa hi&#233;rarchie de tribunaux serviles, &#233;tait devenu si ind&#233;pendant de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me qu'un aventurier d'une grotesque m&#233;diocrit&#233;, &#224; la t&#234;te d'une bande de desperados, suffisait &#224; l'exercer...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune &#8211; c'est la r&#233;appropriation du pouvoir d'&#201;tat par la soci&#233;t&#233; dont il devient la force vivante, au lieu d'&#234;tre la force qui s'assujettit et opprime cette m&#234;me soci&#233;t&#233; . C'est sa prise en mains par les masses populaires elles-m&#234;mes qui substituent leur propre force &#224; la force organis&#233;e pour les opprimer. La Commune c'est la forme politique de leur &#233;mancipation sociale ; elle substitue &#224; la violence artificielle de la soci&#233;t&#233; au service de leurs exploitants qui les oppriment, leur propre violence qui s'oppose &#224; leurs ennemis et s'organise contre eux. Cette forme &#233;tait simple comme toutes les grandes choses. Toutes les r&#233;volutions du pass&#233; avaient &#233;t&#233; priv&#233;es du temps n&#233;cessaire aux d&#233;veloppements historiques du mouvement, car au jour m&#234;me du triomphe du peuple, celui-ci avait &#224; chaque fois rendu ses armes victorieuses, les lassant se retourner contre lui. La premi&#232;re mesure de la Commune, qui prenait le contre-pied des r&#233;volutions ant&#233;rieures, fut de remplacer l'arm&#233;e par la garde nationale : &#171; Pour la premi&#232;re fois depuis le 4 septembre, la r&#233;publique est affranchie du gouvernement de ses ennemis&#8230; elle donne &#224; la cit&#233; une milice nationale qui d&#233;fend les citoyens contre le pouvoir et le gouvernement, au lieu d'une arm&#233;e permanente qui d&#233;fend le gouvernement contre les citoyens &#187; (cf. Proclamation du Comit&#233; central, 22 mars) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit au peuple d'organiser cette milice &#224; l'&#233;chelle nationale pour en finir avec les arm&#233;es permanentes. C'est la premi&#232;re condition &#233;conomique sine qua non de toutes les am&#233;liorations sociales. Elle &#233;limine d'un seul coup cette source d'imp&#244;ts et de dettes d'&#201;tat ainsi que les constants abus du gouvernement usurp&#233; par les classes dominantes &#8211; qu'il s'agisse de la forme ordinaire sous lesquelles r&#232;gnent les classes dominantes, ou d'un aventurier pr&#233;tendant sauver toutes les classes. C'&#233;tait en m&#234;me temps la garantie la plus s&#251;re contre l'agression &#233;trang&#232;re, et cela rendait pratiquement impossible dans tous les autres &#201;tats le co&#251;teux appareil militaire . C'&#233;tait, en outre, supprimer l'imp&#244;t du sang pour les paysans qui n'&#233;taient plus d&#232;s lors la source la plus juteuse de toutes les impositions d'&#201;tat et de toutes les dettes publiques. Cette mesure faisait d&#233;j&#224; de la Commune une chance pour les paysans, le premier mot de leur &#233;mancipation&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la com&#233;die des myst&#232;res et des pr&#233;tentions de l'&#201;tat fut supprim&#233;e par une Commune compos&#233;e surtout de simples ouvriers, qui organisent la d&#233;fense de Paris, m&#232;nent la guerre contre les pr&#233;toriens de Bonaparte, assurent le ravitaillement de cette ville immense, remplissent toutes les fonctions r&#233;parties jusqu'alors entre le gouvernement, la police et la pr&#233;fecture ; ils font leur travail publiquement, simplement, dans les circonstances les plus difficiles et les plus compliqu&#233;es, et le font comme Milton fit son &#171; Paradis perdu &#187;, pour quelques sous ; ils agissent au grand jour, sans pr&#233;tendre &#224; l'infaillibilit&#233;, sans se cacher derri&#232;re une bureaucratie paperassi&#232;re, et ils n'ont pas honte de reconna&#238;tre des erreurs tout en les corrigeant. Ils m&#232;nent de pair l'accomplissement de toutes les fonctions publiques &#8211; militaires, administratives et politiques &#8211; en en faisant des fonctions v&#233;ritablement ouvri&#232;res, au lieu qu'elles soient les attributs secrets d'une caste form&#233;e pour cela ; ils maintiennent l'ordre au milieu des troubles de la guerre civile et de la r&#233;volution, et prennent des mesures de r&#233;g&#233;n&#233;ration g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le m&#233;rite de chacune des mesures de la Commune, sa mesure la plus importante fut sa propre cr&#233;ation et sa propre organisation qui jaillit &#224; un moment o&#249; l'ennemi &#233;tranger se trouvait &#224; une porte, et l'ennemi de classe &#224; l'autre porte. Elle d&#233;montra sa vitalit&#233; par son existence, et confirma sa th&#233;orie par son action. Son apparition fut une victoire sur les vainqueurs de la France. Paris captif reprit &#224; lui, d'un &#233;lan hardi, la direction de l'Europe, non en s'appuyant sur la force brutale, mais en prenant la direction du mouvement social, en donnant corps aux aspirations de la classe ouvri&#232;re de tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les grandes villes s'&#233;taient organis&#233;es en Communes selon le mod&#232;le de Paris, aucun gouvernement n'aurait pu r&#233;primer le mouvement en le surprenant par une r&#233;action soudaine. C'est pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; cette conqu&#234;te pr&#233;liminaire que le mouvement gagnerait le temps n&#233;cessaire &#224; son d&#233;veloppement interne, ainsi que sa meilleure garantie. La France enti&#232;re se serait organis&#233;e en Communes s'administrant et se gouvernant elles-m&#234;mes, l'arm&#233;e permanente aurait &#233;t&#233; remplac&#233;e par la milice populaire, la masse des parasites d'&#201;tat &#233;cart&#233;e, la hi&#233;rarchie cl&#233;ricale remplac&#233;e par les ma&#238;tres d'&#233;cole, les tribunaux d'&#201;tat transform&#233;s en organes de la Commune ; les &#233;lections de la repr&#233;sentation nationale n'auraient plus &#233;t&#233; des tours de prestidigitation d'un gouvernement tout-puissant, mais l'expression consciente des Communes organis&#233;es ; les t&#226;ches de l'&#201;tat auraient &#233;t&#233; r&#233;duites &#224; quelques rares fonctions au service de buts nationaux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chauvinisme bourgeois contre internationalisme prol&#233;tarien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Journal officiel du Comit&#233; central du 20 mars relate : &#171; Les prol&#233;taires de la capitale &#8211; au milieu des d&#233;faillances et des trahisons des classes dominantes &#8211; ont compris que l'heure &#233;tait arriv&#233;e pour eux de sauver la situation en prenant en mains la direction des affaires publiques &#187; (l'administration d'&#201;tat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils d&#233;noncent &#171; l'incapacit&#233; politique et la d&#233;cr&#233;pitude des m&#339;urs bourgeoises &#187; comme source des &#171; malheurs de la France &#187; : &#171; Les travailleurs qui produisent tout et ne jouissent de rien, souffrent de la mis&#232;re au milieu de leurs produits accumul&#233;s, fruit de leur labeur et de leur sueur&#8230; Ne leur sera-t-il jamais permis d'&#339;uvrer &#224; leur &#233;mancipation ?... Le prol&#233;tariat , en face de la menace permanente qui p&#232;se sur ses droits, de la n&#233;gation absolue de toutes ses aspirations l&#233;gitimes, de la ruine de la patrie et de toutes ses esp&#233;rances, a compris qu'il &#233;tait de son devoir imp&#233;rieux et de son droit absolu de prendre en main ses propres destin&#233;es et d'en assurer le triomphe &#187; en s'emparant du pouvoir (cf. D&#233;claration au peuple fran&#231;ais, 20-4-1871).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clairement affirm&#233; que le gouvernement de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; en premier lieu, indispensable pour sauver la France de la ruine et de la d&#233;composition dont la mena&#231;aient les classes dominantes, si bien que d&#233;loger du pouvoir ces classes (qui avaient perdu la capacit&#233; de diriger la France) a &#233;t&#233; une exigence de salut national .&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il n'est pas moins clairement affirm&#233; que le gouvernement de la classe ouvri&#232;re ne peut sauver la France et &#339;uvrer pour les affaires de la nation qu'en travaillant &#224; sa propre &#233;mancipation, car les conditions de cette &#233;mancipation sont en m&#234;me temps les conditions de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la France. Le gouvernement ouvrier est proclam&#233; en tant que guerre ouverte du travail contre les propri&#233;taires qui monopolisent les moyens de production, contre le capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chauvinisme de la bourgeoisie est tout &#224; fait inconsistant et donne un d&#233;guisement national &#224; toutes ses exigences &#224; elle. C'est un moyen, par le truchement des arm&#233;es permanentes, de perp&#233;tuer les luttes entre les nations, pour subjuguer dans chaque pays les producteurs en les dressant contre leurs fr&#232;res de chaque autre pays ; c'est un moyen pour pr&#233;venir la collaboration internationale des classes ouvri&#232;res, premi&#232;re condition de leur &#233;mancipation . Le caract&#232;re v&#233;ritable de ce chauvinisme (devenu purement verbal depuis longtemps) est apparu au cours de la guerre de d&#233;fense qui, apr&#232;s Sedan, a &#233;t&#233; partout paralys&#233;e par la bourgeoisie chauvine ; il est apparu dans la capitulation de la France et dans la guerre civile d&#233;clench&#233;e par le grand-pr&#234;tre du chauvinisme, Thiers, avec la permission de Bismarck ! Il est apparu dans les mesquines men&#233;es polici&#232;res de la Ligue antiallemande, dans la chasse aux &#233;trangers qui se fit &#224; Paris apr&#232;s la capitulation. On esp&#233;rait pouvoir ab&#234;tir le peuple de Paris (et avec lui tout le peuple fran&#231;ais) avec la passion des haines nationales, et lui faire oublier, &#224; la suite d'exc&#232;s provoqu&#233;s de toute pi&#232;ce contre les &#233;trangers, ses v&#233;ritables aspirations et ses tra&#238;tres de l'int&#233;rieur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous ces artifices se sont dissip&#233;s au souffle du Paris r&#233;volutionnaire ! En manifestant ouvertement ses tendances internationales, car la cause des producteurs est partout la m&#234;me, tout comme son ennemi est partout le m&#234;me quelle que soit sa nationalit&#233; ou son travestissement national, Paris a proclam&#233; le principe de l'admission des &#233;trangers &#224; la Commune. Il a m&#234;me &#233;lu un travailleur &#233;tranger (membre de l'Internationale) &#224; son Ex&#233;cutif , et a d&#233;cr&#233;t&#233; d'abattre le symbole du chauvinisme fran&#231;ais &#8211; la colonne Vend&#244;me !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que les bourgeois chauvins d&#233;membraient la France et op&#233;raient sous la dictature de l'envahisseur &#233;tranger, les ouvriers ont battu l'adversaire &#233;tranger en portant leurs coups contre leur propre classe dominante ; ils ont fait sauter les s&#233;parations en conqu&#233;rant la position d'avant-garde parmi les ouvriers de toutes les nations ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le franc patriotisme de la bourgeoisie &#8211; si naturel chez les v&#233;ritables propri&#233;taires des divers biens &#171; nationaux &#187; &#8211; n'est plus qu'une mystification pure et simple par suite de la nature cosmopolite qui marque ses entreprises financi&#232;res, commerciales et industrielles. D&#232;s lors que ces conditions sont les m&#234;mes dans tous les pays, cette baudruche y &#233;clatera comme en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thiers, le chauvin, menace Paris depuis le 18 mars de &#171; l'intervention de la Prusse &#187;, il s'est d&#233;clar&#233; partisan de &#171; l'intervention de la Prusse &#187;, il n'agit en r&#233;alit&#233; contre Paris que gr&#226;ce aux moyens que lui a accord&#233;s la Prusse . Les Bourbons &#233;taient la dignit&#233; m&#234;me en comparaison de ce saltimbanque du chauvinisme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Prussiens qui, dans l'ivresse bruyante de leur victoire militaire, contemplent les tourments de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et les exploitent en faisant de sordides calculs &#224; la Shylock, avec la grossi&#232;ret&#233; d&#233;sinvolte des [profiteurs] , sont d&#233;j&#224; punis eux-m&#234;mes par la transplantation de l'Empire en terre allemande. Eux-m&#234;mes sont condamn&#233;s &#224; lib&#233;rer en France les courants souterrains qui les engloutiront en m&#234;me temps que le vieil ordre des choses. La Commune de Paris peut fort bien tomber, mais la r&#233;volution sociale qu'elle a instigu&#233;e, ne manquera pas de triompher. Les foyers o&#249; elle na&#238;tra sont partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Cf. Engels &#224; Karl Kautsky, 7 f&#233;vrier 1882.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Engels rappelle ici que l'&#232;re des r&#233;volutions nationales bourgeoises est close pour l'Europe occidentale et centrale apr&#232;s 1870. Cela n'emp&#234;che cependant pas l'agitation de petites nationalit&#233;s, ou les probl&#232;mes d'irr&#233;dentisme de se produire ici et l&#224;. Ceux-ci doivent &#234;tre jug&#233;s en fonction de leur influence sur le cours de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;chelle g&#233;n&#233;rale, et non en vertu d'un quelconque &#171; principe des nationalit&#233;s &#187; parfaitement &#233;tranger au marxisme. De fait, les cas sont rares o&#249; ces mouvements vont dans le sens de la r&#233;volution, la plupart &#233;tant susceptible d'&#234;tre au contraire utilis&#233;s par la r&#233;action ou m&#234;me de servir de pr&#233;texte pour une guerre g&#233;n&#233;rale fratricide contre le prol&#233;tariat europ&#233;en, pr&#233;figuration des grandes guerres imp&#233;rialistes du 20e si&#232;cle. &#192; l'est et au sud-est de l'Europe, o&#249; la r&#233;volution bourgeoise est encore &#224; l'ordre du jour, toute question nationale &#233;ventuelle est soumise &#224; la perspective du renversement r&#233;volutionnaire du tsarisme, qui devait &#234;tre le grand moteur de la transformation de cette vaste aire arri&#233;r&#233;e, et ouvrir la voie &#224; la r&#233;volution socialiste dans l'Europe bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons ainsi rappel&#233;, dans le volume des Ecrits militaires de Marx-Engels, la position marxiste favorable &#224; la Turquie lors de la guerre russo-turque de 1877-1878 (p. 605-608).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On sait que l'histoire a pleinement confirm&#233; cette pr&#233;vision, avec L&#233;nine en 1917, mais on peut aussi s'apercevoir que le retard de la r&#233;volution en Russie &#8211; gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; de toutes les puissances bourgeoises du continent &#8211; a entrav&#233; la r&#233;alisation de l'hypoth&#232;se &#171; optimiste &#187; d'Engels d'une conqu&#234;te du pouvoir par les partis socialistes des grands pays europ&#233;ens vers la toute fin du 19&#232; si&#232;cle. Il est &#233;vident que ce retard, par rapport &#224; cette perspective optimale de Marx et Engels, a pes&#233; d'un poids n&#233;gatif consid&#233;rable sur le cours ult&#233;rieur de la lutte des classes internationale, la r&#233;volution n'ayant pas r&#233;ussi &#224; prendre de vitesse la guerre imp&#233;rialiste en 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Nous verrons dans cette s&#233;rie de textes des ann&#233;es 1880-1890, que cette derni&#232;re hypoth&#232;se avait &#233;galement &#233;t&#233; soigneusement envisag&#233;e par Engels, qui avait ainsi pr&#233;vu les grandes lignes d'une guerre g&#233;n&#233;rale en Europe. C'est d'ailleurs la principale raison pour laquelle nous publions cet Appendice aux Ecrits militaires, qui doit permettre de pr&#233;ciser jusque dans certains d&#233;tails la perspective d&#233;j&#224; trac&#233;e, &#224; la fin de notre publication de 1970, dans l'article d'Engels de 1888 reproduit dans la partie significativement intitul&#233;e Ce qui attend l'Europe (p. 609-611).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1870, la question de l'ind&#233;pendance nationale polonaise (comme l'irlandaise) continue &#224; se poser comme revendication qui se rattache au succ&#232;s de la r&#233;volution socialiste europ&#233;enne : &#171; L'oppression s&#233;culaire des Polonais les a mis dans une situation o&#249;, &#224; moins de p&#233;rir, ils deviennent r&#233;volutionnaires et soutiennent tout soul&#232;vement v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Occident comme premier pas vers l'affranchissement de la Pologne. Or, en ce moment pr&#233;cis, ils se trouvent dans une situation o&#249; c'est uniquement dans le camp du prol&#233;tariat qu'ils peuvent trouver leurs alli&#233;s en Europe occidentale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les Polonais ne peuvent trouver que chez le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire un appui loyal et sans r&#233;serve, parce que tous deux ont un int&#233;r&#234;t &#233;gal &#224; la chute de leur ennemi commun [l'Empire russe], et que l'affranchissement de la Pologne va de pair avec cette chute &#187; (cf. Engels, les Probl&#232;mes sociaux de la Russie, 1875. Traduction fran&#231;aise : Marx-Engels, La Russie, &#233;dit. 10/18, p. 237-238).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4 Si en 1848 une nation &#8211; la France &#8211; avait pu, &#224; un faible niveau g&#233;n&#233;ral de d&#233;veloppement, prendre la t&#234;te de la r&#233;volution, ce n'est qu'au cours de la premi&#232;re phase durant laquelle l'assaut prol&#233;tarien en France lan&#231;ait le mouvement des peuples du continent europ&#233;en pour leur r&#233;volution bourgeoise nationale. Une fois cette phase de faible d&#233;veloppement historique d&#233;pass&#233;e, il n'y a plus de place dans la conception marxiste de la r&#233;volution socialiste pour le r&#244;le de guide d'une nation r&#233;volutionnaire. Il n'y a plus, &#224; la rigueur, qu'un premier parmi des &#233;gaux dans un tout organique, au cours de la lutte pratique dans un rapport de forces &#233;minemment changeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Engels &#233;voque ainsi la premi&#232;re occasion de guerre russo-allemande apr&#232;s l'unification allemande de 1870-71 : &#171; La Prusse, jusqu'ici le valet ob&#233;issant de la Russie, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e soudainement la premi&#232;re puissance militaire d'Europe ; un changement aussi &#233;norme de la situation europ&#233;enne en d&#233;faveur de la Russie &#233;quivalait &#224; la d&#233;faite de la politique russe ; les voix appelant &#224; la revanche retentissaient suffisamment fort en Russie. Dans ces circonstances, on trouva &#224; Berlin qu'il serait pr&#233;f&#233;rable d'en finir le plus t&#244;t et le plus vite et de ne laisser point le temps aux Russes pour les armements. [&#8230;] bref, dans l'&#233;t&#233; 1872 on &#233;tait pour ainsi dire pr&#234;t, notamment en ce qui concerne le plan de campagne, qui, cette fois-ci, n'envisageait pas de &#171; coup dans le c&#339;ur &#187;. Cependant l'empereur Alexandre de Russie s'est rendu en visite imp&#233;riale &#224; Berlin sans avoir &#233;t&#233; invit&#233; et montra &#171; en haut lieu &#187; certaines pi&#232;ces de dossier, qui ont fini par an&#233;antir ce petit plan. Pour le moment, on a renouvel&#233; la Sainte Alliance contre la Turquie et la guerre contre la Russie a &#233;t&#233; momentan&#233;ment refoul&#233;e bien que restant quand m&#234;me in&#233;vitable &#187; (cf. Fr. Engels, la Loi militaire du Reich, in Der Volksstaat, 8 mars 1874).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De fait, on a assist&#233;, apr&#232;s 1873, au renouveau de la Sainte-Alliance r&#233;-actionnaire entre la Prusse, l'Autriche et la Russie qui restera longtemps le facteur d&#233;terminant de l'ordre &#233;tabli europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Allusion &#224; la r&#233;volte qui &#233;clata au d&#233;but de 1882 contre l'occupation autrichienne de cette r&#233;gion, et que le tsarisme s'effor&#231;a de manipuler pour ses int&#233;r&#234;ts propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Ouvrage paru en 1889 dont une partie est d&#233;di&#233;e au soul&#232;vement polonais de 1863. Les r&#233;volutionnaires russes des ann&#233;es 1880 suivent l'exemple polo-nais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Cf. Engels &#224; Eduard Bernstein, 22-25 f&#233;vrier 1882.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cette lettre, Engels r&#233;fute l'argumentation opportuniste bernsteinienne : la notion de guerre de d&#233;fense (des &#034;petits et nobles peuples&#034; agress&#233;s, en l'occurrence) est ici soumise &#224; une critique d&#233;finitive, d'o&#249; il ressort lumineusement que la notion d'agression et de d&#233;fense est pure argutie, toute l'&#233;valuation marxiste tenant compte avant tout du caract&#232;re r&#233;volutionnaire ou non de l'un ou de l'autre camp en guerre. Avec Engels, il n'y a jamais le moindre relent de pacifisme ou de justice abstraite, mais l'analyse de classe de chaque conflit, qui est toujours consid&#233;r&#233; comme un moment privil&#233;gi&#233; parce que la crise et les antagonismes y &#233;clatent toujours de mani&#232;re dense et concentr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En outre, Engels fait ici une critique impitoyable de l'utilisation de l'oppression subie par les peuples plus ou moins grands pour justifier une guerre r&#233;actionnaire. Le seul point de vue sous lequel il faut consid&#233;rer les conflits quels qu'ils soient du monde moderne, c'est sous l'angle de l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Ainsi, c'est en vertu du principe que les luttes nationales ne sont qu'un tremplin dans la bataille du prol&#233;tariat et ne peuvent donc servir qu'autant qu'elles favorisent cette lutte et non pas l'entravent, qu'Engels nie aux revendications des nationalit&#233;s des Balkans tout caract&#232;re progressif ou utile dans les conditions g&#233;n&#233;rales qui &#233;taient celles de la r&#233;volution en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Apr&#232;s l'attentat sur le tsar Alexandre II qui fut tu&#233; sur ordre du comit&#233; ex&#233;cutif de la Volont&#233; populaire, organisation clandestine des Populistes russes, le tsar Alexandre III demeura, sous surveillance de la police et de la troupe, dans son ch&#226;teau de la Gatchina par crainte d'un nouvel attentat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 11 On le voit, Engels avait en vue un processus de r&#233;volution permanente devant aboutir, pour la Russie, &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par les pl&#233;b&#233;iens &#8211; comme en 1793 en France &#8211; de sorte que la jonction pourrait se produire avec la r&#233;volution en Allemagne o&#249; les conditions seraient m&#251;res pour une r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est pas parce qu'un tel d&#233;veloppement ne s'est pas produit dans les ann&#233;es 1880 que la pr&#233;vision d'Engels serait &#224; &#233;carter, en la mettant sur le compte du n&#233;cessaire optimisme r&#233;volutionnaire. En fait, les r&#233;volutionnaires peuvent-&#234;tre battus, comme en 1848, ou encore d&#233;faits sans que la bataille d&#233;cisive n'ait pu &#233;clater, comme dans les derni&#232;res d&#233;cennies du 19e si&#232;cle en Russie, de sorte que la solution de la crise pr&#233;vue est renvoy&#233;e &#224; plus tard. Mais les termes de l'alternative se reproduisent n&#233;cessairement avec plus d'acuit&#233; encore, dans des conditions g&#233;n&#233;rales de plus en plus m&#251;res et sur une &#233;chelle croissante. Ainsi, c'est au prol&#233;tariat russe et &#224; sa constitution en classe au cours des combats gigantesques du d&#233;but du 20e si&#232;cle, que reviendra la t&#226;che, en 1917, de confirmer la pr&#233;vision marxiste de 1882 : mais &#224; ce moment, c'est en Occident que les conditions r&#233;volutionnaires firent d&#233;faut, et la formidable perspective internationale devait encore &#233;chouer du fait de l'ignoble trahison de la social-d&#233;mocratie opportuniste et chauvi-ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Lors de son entrevue avec des &#233;tudiants serbes &#224; Paris le 17 f&#233;vrier 1882, le g&#233;n&#233;ral russe M.D. Skobeleff d&#233;clara que la Russie ne pouvait en ce moment &#034;remplir son devoir&#034; par rapport aux peuples slaves, parce qu'elle &#233;tait en proie &#224; de graves difficult&#233;s int&#233;rieures et ext&#233;rieures. Il qualifia l'Allemagne d'ennemi principal des peuples slaves et pr&#233;dit que la guerre &#233;tait in&#233;vitable avec l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme on le voit, c'&#233;taient les milieux officiels qui avaient lanc&#233; la nouvelle qu'une guerre pouvait &#233;clater entre l'Allemagne et la Russie, et c'est cette menace de fait que Marx-Engels confront&#232;rent avec l'&#233;volution historique du rapport des forces pour savoir si elle se r&#233;aliserait, comment et avec quelles cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Engels &#233;tait parfaitement conscient du vertige qui saisit les peuples &#224; la d&#233;claration de guerre et permet de les lancer, sous les cris d'all&#233;gresse de la propagande chauvine, dans le carnage o&#249; ce n'est pas seulement l'ennemi mais eux-m&#234;mes qui se font d&#233;cimer. Il est s&#251;r que la guerre, si elle parvient &#224; &#233;clater et &#224; prendre de vitesse la r&#233;volution, procure &#224; la classe dominante cet avantage de pouvoir se d&#233;barrasser de ses opposants par une r&#233;pression pr&#233;ventive. En temps de paix, la m&#234;me offensive contre-r&#233;volutionnaire pourrait avoir les effets inverses &#8211; comme le prouve le renforcement du parti ouvrier en Allemagne apr&#232;s les lois antisocialistes de Bismarck &#8211; et mettre m&#234;me le feu aux poudres en d&#233;clenchant une contre-offensive sur le terrain de la violence r&#233;volutionnaire. Les cons&#233;quences d'une r&#233;pression pr&#233;ventive sont d'autant plus d&#233;vastatrices que le parti est engag&#233; dans la voie de la lutte l&#233;gale et &#233;lectorale, et qu'il a n&#233;glig&#233; la pr&#233;paration d'un appareil clan-destin et d'une lutte insurrectionnelle. Les rares &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires internationalistes se retrouvent alors dans un tragique isolement : comme L&#233;nine le souligne A propos de la brochure de Junius (Rosa Luxemburg) en 1916 : &#171; on sent le solitaire qui n'agit pas au coude &#224; coude avec des cama-rades au sein d'une organisation ill&#233;gale habitu&#233;e &#224; penser les mots d'ordre r&#233;volutionnaires jusqu'au bout et &#224; &#233;duquer m&#233;thodiquement les masses dans leur esprit &#187;, d&#233;faut qui r&#233;sulte &#171; de la faiblesse de toute la gauche allemande, envelopp&#233;e de toute parts dans l'odieux r&#233;seau du kautskisme hy-pocrite, p&#233;dant, plein de complaisance &#224; l'&#233;gard des opportunistes &#187; (in &#338;uvres, t. 22, p. 343).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Cf. Engels &#224; August Bebel, 22 d&#233;cembre 1882.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Cf. Fr. Engels &#224; A. Bebel, 17 novembre 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 En ce qui concerne la critique du soi-disant principe des nationalit&#233;s &#8211; source de confusions et &#233;ternel pr&#233;texte &#224; toutes les crapuleries &#8211;, voir la seconde partie de l'article d'Engels : En quoi la Pologne concerne-t-elle la classe ouvri&#232;re ? (The Commonwealth, 31 mars 1866) ; cf. Marx-Engels, La Russie, &#233;dit. 10/18, p. 201-205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels y &#233;num&#232;re les &#171; grandes nations historiquement bien d&#233;finies de l'Europe &#187;, &#224; savoir, outre la France, l'Angleterre, l'Espagne et la Scandinavie &#8211; dont les formations nationales sont anciennes &#8211; l'Italie, la Pologne, l'Allemagne et la Hongrie. Une fois la phase r&#233;volutionnaire bourgeoise de construction de l'&#201;tat moderne achev&#233;e, c'est-&#224;-dire au plus tard en 1870 pour tous ces pays (sauf la Pologne), le prol&#233;tariat lutte pour la conqu&#234;te du pouvoir dans le cadre des &#201;tats constitu&#233;s, et il doit refuser tout soutien &#224; de pr&#233;tendus suppl&#233;ments de revendications nationales de sa bourgeoisie (irr&#233;dentisme, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Cf. Engels &#224; Fr. A. Sorge, 17 ao&#251;t 1889.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une fois de plus, l'analyse d'Engels confirme sa th&#232;se selon laquelle les petites nations ne sont que des pions sur l'&#233;chiquier politique pour les grandes puissances qui d&#233;terminent la politique mondiale dans le champ des for-ces r&#233;elles &#8211; et c'est ce qui d&#233;termine ici toute son analyse des &#233;v&#233;nements internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La position marxiste ne saurait donc jamais &#234;tre &#171; pour ou contre &#187; une nationalit&#233; quelle qu'elle soit, puisque l'appr&#233;ciation d&#233;pend du r&#244;le qu'elle joue, et de son caract&#232;re r&#233;volutionnaire ou non, dans le contexte global. Ici, par exemple, le nationalisme grec &#224; l'int&#233;rieur de l'Empire ottoman profite &#224; la Russie qui cherche &#224; &#233;tendre son influence en direction du bassin m&#233;diterran&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Apr&#232;s le d&#233;part de Bismarck, l'Allemagne entamera un rapprochement spectaculaire avec la Turquie, et les futurs alignements imp&#233;rialistes s'annonceront, avec la France, la Russie et l'Angleterre d'un c&#244;t&#233;, et l'Allemagne, l'Autriche et l'Empire ottoman de l'autre, les deux camps &#233;tant aussi imp&#233;rialiste l'un que l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 En janvier 1889, Bismarck s'&#233;tait rapproch&#233; de l'Angleterre, dont il soutenait activement la politique coloniale en Afrique orientale, ce qui aboutit &#224; la convention germano-anglaise du 1er juillet 1890, qui r&#233;gla la question des fronti&#232;res entre les colonies anglaises et allemandes en Afrique orientale. On voit ici que la vieille Sainte-Alliance commen&#231;ait &#224; battre de l'aile, au profit de marchandages dans le pur style bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Cf. Engels, la Politique ext&#233;rieure du tsarisme russe, article paru dans le Sozialdemokrat, mai 1890. La traduction fran&#231;aise de cet article tr&#232;s complet se trouve dans Marx-Engels, la Russie, p. 153-193.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Cf. Engels, les Ouvriers europ&#233;ens en 1877, in The Labor Standard, 31 mars 1878.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Cf. Engels &#224; Ion Nadejde, 4 janvier 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette lettre pr&#233;voit les cons&#233;quences qu'aurait l'&#233;limination du tsarisme f&#233;odal sur les conditions de l'&#233;mancipation nationale des peuples de l'Europe centrale et orientale. En effet, la syst&#233;matisation en nations bourgeoises modernes n'avait port&#233; en 1871 que de fa&#231;on fort incompl&#232;te sur l'Europe centrale &#8211; o&#249;, outre le cas polonais, les limitations de l'unification allemande &#224; la prussienne avaient laiss&#233; subsister une monarchie autrichienne qui exer&#231;ait son pouvoir sur un grand nombre de nationalit&#233;s mineures. En ce qui concerne l'Europe orientale (en gros, &#224; l'est de la Pologne) et sud-orientale (Balkans, etc.), les t&#226;ches nationales restaient encore &#224; accomplir, avant de pouvoir passer &#224; la lutte purement classiste du prol&#233;tariat contre sa bourgeoisie. Non seulement la chute du tsarisme aurait ouvert la voie &#224; une syst&#233;matisation nationale dans cette aire, mais elle aurait permis de d&#233;passer les tares de celle de l'Europe centrale (pour l'Allemagne et l'Autriche en particulier). Cette hypoth&#232;se, &#233;minemment favorable au prol&#233;tariat, ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e historiquement, exc&#233;dant en fait les capacit&#233;s g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie &#224; &#339;uvrer encore pour ses propres objectifs de classe contre les puissances f&#233;odales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 Dans le brouillon de la lettre, il &#233;tait pr&#233;cis&#233; : &#171; Elle subsistera m&#234;me au cas o&#249; une guerre surviendrait entre les alli&#233;s, car cette guerre aurait pour but de mettre de nouveau au pas la Prusse ou l'obstin&#233;e Autriche ; cette alliance &#233;tant form&#233;e, il en d&#233;coule l'h&#233;g&#233;monie de la Russie sur les deux autres puissances du simple fait de la pr&#233;pond&#233;rance militaire russe &#187; (passage biff&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 &#171; Qui plus est, la Russie ne peut &#234;tre attaqu&#233;e qu'&#224; partir de la Pologne, c'est dire qu'elle est pratiquement inexpugnable pour ses deux autres partenaires, &#224; moins que ceux-ci ne se risquent dans une guerre qui leur cr&#233;era des difficult&#233;s &#224; eux-m&#234;mes &#187; (cf. brouillon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 Ukraine sous contr&#244;le de l'Empire russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Il est clair que la perspective n'est pas le renforcement de l'une quelconque des puissances r&#233;actionnaires qui p&#232;sent sur l'Europe orientale et centrale, mais l'effondrement de toutes celles-ci : la Russie, pilier central de la Sainte Alliance, l'Autriche, &#171; ce conglom&#233;rat bigarr&#233; et h&#233;t&#233;roclite de peuples &#187;, la Prusse, qui domine l'Allemagne, auxquelles on peut m&#234;me d&#233;sormais ajouter l'Empire turc qui domine &#171; les r&#233;gions slaves, grecques et albanaises &#187; et qui est lui-m&#234;me vassalis&#233; par la Russie &#8211; base commune de toutes les forces r&#233;actionnaires. L'avantage qui en r&#233;sulterait pour le prol&#233;tariat europ&#233;en tout entier serait immense : non seulement la question nationale serait r&#233;gl&#233;e &#224; l'Est, de la Pologne aux Balkans, avec &#171; l'autonomie et le libre regroupement des peuples et d&#233;bris de peuples, des Carpates &#224; la mer Eg&#233;e &#187;, mais encore, &#224; l'Ouest, le terrain serait d&#233;blay&#233; pour la lutte de classe directe : &#171; De ce fait, l'Occident se trouverait plac&#233; dans une situation dans laquelle il pourrait se pr&#233;occuper de sa mission historique actuelle, sans &#234;tre troubl&#233; ni distrait par l'intrusion d'&#233;l&#233;ments &#233;trangers : le conflit entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, avec le passage de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste &#187;. Le secret du d&#233;faitisme des gouvernements bourgeois europ&#233;ens face au tsarisme russe, c'est qu'ils per&#231;oivent qu'au bout du compte celui-ci les prot&#232;ge contre la r&#233;volution ouvri&#232;re, et que le jour o&#249; il tombera, &#171; ils en seront alors r&#233;duits &#224; leurs seules ressources et ils ne tarderont pas &#224; constater que cela fait une grande diff&#233;rence &#187; (cf. la Politique ext&#233;rieure du tsarisme russe, op. cit. p. 190-192).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Cf. Engels &#224; P. Lafargue, 25 octobre 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Engels se r&#233;f&#232;re ici aux r&#233;sultats du Congr&#232;s de Berlin (du 13 juin au 13 juillet 1878) qui donna lieu &#224; un nouveau partage des Balkans entre les trois puissances imp&#233;riales &#8211; russe, autrichienne et turque &#8211; sous le patronage de Bismarck. Ainsi, &#224; l'annexion d'une partie de la Bessarabie par la Russie r&#233;-pondait celle de la Bosnie et de l'Herz&#233;govine par l'Autriche, qui se partageaient ainsi les territoires c&#233;d&#233;s par l'Empire ottoman. La Bulgarie &#233;tait partag&#233;e en deux parties : le nord sous domination russe, et le sud (Roum&#233;lie orientale) qui restait officiellement turc. Cette situation fut le point de d&#233;part de la crise bulgare de 1885 qu'Engels relate dans cette lettre, et qui lui permet surtout d'analyser l'alignement des forces imp&#233;rialistes en Europe orientale, en relation avec les conditions d'une guerre g&#233;n&#233;rale sur le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits majeurs qui caract&#233;risent la situation dans cette partie de l'Europe, o&#249; les t&#226;ches de la r&#233;volution bourgeoise sont encore en suspens, sont la r&#233;volution russe et la situation de la Turquie &#8211; menac&#233;e du m&#234;me sort que la Pologne. La Sainte-Alliance de la Prusse, l'Autriche et la Russie, bien que min&#233;e par ses contradictions internes, repr&#233;sente l'adversaire le plus acharn&#233; du progr&#232;s bourgeois dans toute cette aire, en m&#234;me temps que le premier obstacle au d&#233;veloppement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est dire que ce texte d'Engels est la continuation directe du commentaire de Marx sur la guerre russo-turque de 1877-1878 (cf. sa lettre &#224; W. Liebknecht du 4 f&#233;vrier 1878, in Ecrits militaires, p.605-608). Du fait de son importance pour la d&#233;termination de la strat&#233;gie du parti de classe dans toute l'Europe, Paul Lafargue en a tir&#233; un article publi&#233; sous le titre &#171; la Situation politique en Europe &#187;, reproduit dans la presse socialiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 En Septembre 1885, il y eut en Roum&#233;lie orientale (Bulgarie du sud sous domination turque) un soul&#232;vement de patriotes bulgares. Le gouverneur turc fut renvers&#233;, les autorit&#233;s investies par la Porte furent chass&#233;es et l'union avec la Bulgarie proclam&#233;e. Le prince Alexandre Battenberg se proclama le 8 septembre r&#233;gent de la Bulgarie unifi&#233;e. La Russie qui d&#233;j&#224; avait &#233;t&#233; m&#233;contente du rapprochement entre Battenberg et l'Autriche prit d&#232;s lors une attitude hostile et rappela tous les officiers russes encadrant l'arm&#233;e bulgare, alors que la Serbie entrait en guerre contre la Bulgarie. Les Bulgares mirent en &#233;chec la tentative russe de renverser Battenberg, puis, contre toute attente, ils battirent les Serbes. La crise, si elle provoqua une forte pouss&#233;e de chauvinisme en Russie et accrut le risque d'un conflit entre Allemands et Russes, ne conduisit pas &#224; une guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e en Europe, la Russie ayant pu neutraliser &#224; la fin les effets de la victoire des Bulgares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Le d&#233;veloppement social dans cette aire sud-est europ&#233;enne est comparable &#224; celui de la Russie pr&#233;capitaliste, et &#224; certains &#233;gards m&#234;me inf&#233;rieur : &#171; Il aurait &#233;t&#233; infiniment meilleur pour les Bulgares comme pour nous que ceux-ci demeurent turcs jusqu'&#224; la r&#233;volution europ&#233;enne ; les institutions gentilices auraient constitu&#233; un merveilleux point de d&#233;part pour l'&#233;volution ult&#233;rieure vers le communisme, tout &#224; fait comme le mir russe qui meurt &#224; pr&#233;sent sous notre nez &#187; (Engels &#224; E. Bernstein, 9 octobre 1886).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Dans cette partie de sa lettre, Engels passe de l'analyse de la situation en Europe orientale &#224; ses prolongements, r&#233;volutionnaires ou guerriers, en Allemagne et en France o&#249; la lutte est principalement dirig&#233;e contre la classe capitaliste, quelle que soit la forme, monarchiste ou r&#233;publicaine, de son pouvoir. Il se comporte ainsi en repr&#233;sentant du parti historique et international, vis-&#224;-vis des diff&#233;rents partis ouvriers &#171; nationaux &#187;, afin de fondre leur action dans une strat&#233;gie unitaire &#224; l'&#233;chelle de l'Europe enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 En pr&#233;sence de cette ind&#233;niable manifestation de vigueur nationale de la part des Bulgares &#8211; qu'Engels explique d'ailleurs moins par le d&#233;veloppement bourgeois interne que par la force de structures sociales h&#233;rit&#233;es du communisme primitif, encore plus ou moins vivaces chez les peuples slaves du Sud &#8211; celui-ci d&#233;finit ainsi l'attitude &#224; adopter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1. Soutenir les Sud-slaves si et pour autant qu'ils vont contre la Russie, et vont alors avec le mouvement r&#233;volutionnaire europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	2. Mais s'ils vont contre les Turcs, c'est-&#224;-dire s'ils exigent &#224; tout prix l'annexion des d&#233;sormais peu nombreux Serbes et Bulgares turcs, ils font alors consciemment ou non le jeu de la Russie, et nous ne pouvons pas &#234;tre avec eux. Ce but ne peut &#234;tre obtenu qu'au risque d'une guerre europ&#233;enne, et il ne le vaut pas, ces messieurs doivent simplement attendre aussi bien que les Alsaciens et les Lorrains, les habitants du Trentin, etc. D'ailleurs, toute nouvelle attaque contre les Turcs &#8211; &#233;tant donn&#233;s les rapports actuels &#8211; ne peut mener qu'&#224; ceci : les toute petites nations victorieuses &#8211; et elles ne peuvent le devenir que gr&#226;ce aux Russes &#8211; doivent ou bien passer directe-ment sous le joug russe, ou bien &#8211; si l'on consid&#232;re la carte linguistique de la p&#233;ninsule balkanique &#8211; se d&#233;chirer immanquablement les unes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3. Cependant, d&#232;s lors que la r&#233;volution russe &#233;clate, ces messieurs peu-vent faire ce qu'ils veulent. Mais ils devront alors aussi constater qu'ils n'arriveront pas &#224; bout des Turcs &#187; (Engels &#224; E. Bernstein, 9 octobre 1886).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 On voit avec quel s&#233;rieux Engels jaugeait toute &#233;ventualit&#233; en cas de guerre et en discutait &#224; fond. Il ne doutait pas seulement de la possibilit&#233; de victoire r&#233;volutionnaire en France au cours de la guerre &#8211; comme il l'explique ici &#8211;, mais il savait que m&#234;me ce cas de figure improbable ne permettrait pas la victoire du prol&#233;tariat europ&#233;en, en raison notamment des faiblesses du socialisme fran&#231;ais. De fait, la crise boulangiste prouvera &#224; quel point le mouvement ouvrier de ce pays souffrait de tares qui l'emp&#234;chaient de prendre positivement la t&#234;te du mouvement g&#233;n&#233;ral : au premier rang de celles-ci figure un profond chauvinisme, h&#233;rit&#233; de la r&#233;volution bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marx avait pr&#233;vu d&#232;s 1870 le d&#233;placement en Allemagne du centre de gravit&#233; du mouvement prol&#233;tarien europ&#233;en (voir sa lettre au Comit&#233; de Brunswick, in Ecrits militaires, p. 522).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 Dans le texte imprim&#233;, Lafargue a remplac&#233; &#171; anarchie &#187; par &#171; R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 En ce qui concerne Boulanger, la pouss&#233;e de fi&#232;vre chauvine en France et le regain belliqueux qu'elle a suscit&#233;, voir ci-dessous les extraits de la correspondance d'Engels avec Paul et Laura Lafargue dans la partie intitul&#233;e La crise boulangiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 Le &#034;g&#233;n&#233;ral&#034; Engels ne cesse, en effet, de souligner, tout au long de ses &#233;tudes militaires, le caract&#232;re de classe n&#233;cessaire des guerres et de la violence. La pr&#233;sente lettre en est encore un exemple frappant : toute guerre moderne, qui est conduite entre &#201;tats de m&#234;me nature de classe, a un caract&#232;re de guerre commune contre le prol&#233;tariat. Celui-ci, force d&#233;cisive de la production et de la vie modernes, est toujours au centre des questions cruciales de paix ou de guerre. Mais pour le voir, il faut se placer d'un point de vue de classe, comme L&#233;nine l'a fait magistralement en 1914 en expliquant que le conflit imp&#233;rialiste en cours &#233;tait dirig&#233; avant tout contre la classe ouvri&#232;re internationale qui tendait au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Le texte imprim&#233; par Lafargue se termine ainsi : &#171; Entre socialistes fran&#231;ais et socialistes allemands, il n'existe pas de question alsacienne. Les socialistes allemands ne savent que trop que les annexions de 1871, contre lesquelles ils ont toujours protest&#233;, ont &#233;t&#233; le point d'appui de la politique r&#233;actionnaire de Bismarck, tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Les socialistes des deux pays sont &#233;galement int&#233;ress&#233;s au maintien de la paix ; c'est eux qui paieraient les frais de la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 Cf. Engels &#224; August Bebel, 14 septembre 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 Cf. Fr. Engels, Londres, 13 f&#233;vrier 1887, lettre publi&#233;e dans la presse socialiste internationale. Cette F&#234;te internationale de Paris, &#224; laquelle particip&#232;rent des &#233;migr&#233;s socialistes allemands, scandinaves, polonais et russes vivant en France, &#233;tait destin&#233;e &#224; protester contre la course aux armements et la pr&#233;pa-ration d'une guerre entre la France et l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#233;sormais, &#233;tant donn&#233; que le prol&#233;tariat devient chaque jour plus fort pour conqu&#233;rir le pouvoir dans ces deux pays, le risque de guerre y d&#233;coule en premier lieu de la volont&#233; d'&#233;liminer la menace r&#233;volutionnaire int&#233;rieure. De ce point de vue, le danger le plus grave ne venait pas tant de la guerre contre la Russie, dont on pouvait escompter l'effondrement militaire rapide, que d'un conflit arm&#233; franco-allemand, suscit&#233; de fa&#231;on convergente par le bonapartisme prussien et le revanchisme fran&#231;ais afin d'exciter le chauvinisme et la haine entre les deux peuples les plus avanc&#233;s dans les pr&#233;paratifs d'assaut final contre la forteresse bourgeoise. Dans sa lettre &#224; Bebel du 22 d&#233;cembre 1882, reproduite dans notre 1e partie, Engels ne pr&#233;voyait-il pas que, si la guerre g&#233;n&#233;rale &#233;clatait, &#171; notre parti en Allemagne serait provisoirement submerg&#233; et disloqu&#233; par la vague de chauvinisme, et il en irait de m&#234;me en France &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 Engels d&#233;veloppe ce programme militaire social-d&#233;mocrate, valable seule-ment pour la phase pacifique et r&#233;formiste du capitalisme europ&#233;en, dans son &#233;crit de 1893, L'Europe peut-elle d&#233;sarmer ?, que nous reproduisons dans la 4e partie de ce recueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 Cf. Engels &#224; August Bebel, 13 septembre 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 Le tsar Alexandre III, qui cherchait &#224; agrandir la zone d'influence russe en Europe m&#233;ridionale et centrale aux d&#233;pens de la Turquie et de l'Autriche, devait pour y avoir les mains libres obtenir la neutralit&#233; de la Prusse en cas de conflit avec l'Empire austro-hongrois. Au mois d'ao&#251;t, Giers, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res russes, n&#233;gocia &#224; Berlin avec Bismarck, tandis que douze corps d'arm&#233;e russes faisaient des man&#339;uvres spectaculaires pr&#232;s de Vilna, &#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re prussienne. Dans ces conditions, Bismarck s'inclina devant la volont&#233; des Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tous ces faits montrent les contradictions croissantes au sein de la Sain-te-Alliance des trois puissances r&#233;actionnaires : ces tensions ont des effets positifs, puisqu'elles rendent la position de Bismarck de plus en plus in-confortable, mais elles renforcent aussi le risque de guerre entre les partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 Engels pr&#233;cise ainsi sa pens&#233;e sur ce point : &#171; J'esp&#232;re que cette mis&#233;rable histoire des Balkans se d&#233;roulera de mani&#232;re pacifique. Nous progresserons maintenant partout d'une mani&#232;re si fameuse qu'une guerre mondiale viendrait maintenant mal &#224; propos pour nous &#8211; trop tard ou trop t&#244;t. Mais cette guerre elle-m&#234;me travaillerait finalement pour nous, en mettant une fois pour toutes un terme au militarisme &#8211; gr&#226;ce au massacre d'un million et demi d'hommes et &#224; la dilapidation de mille milliards de francs. Apr&#232;s cela la guerre ne serait plus possible &#187; (&#224; J.-Ph. Becker, 5 d&#233;cembre 1885).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une explication est ici n&#233;cessaire. En effet, dans la phase imp&#233;rialiste du capitalisme il ne pourrait &#234;tre question que la guerre devienne impossible, la paix elle-m&#234;me &#233;tant toute relative et ne faisant que pr&#233;parer la conflagration suivante, et le complexe militaro-industriel exacerb&#233; par la crise tendant plut&#244;t &#224; instaurer, entre deux conflits g&#233;n&#233;ralis&#233;s de plus en plus graves, une situation de guerres permanentes. Seule la victoire du communisme peut alors conjurer le risque de guerre. Mais en 1885, nous n'en sommes pas l&#224; puisque le capitalisme se trouve encore, en Europe, dans sa phase la plus pacifique, apr&#232;s la fin des guerres nationales progressives en 1871. Si une grande guerre &#233;clate alors, ce sera donc pr&#233;matur&#233;ment &#8211; en ce qui concerne la capacit&#233; du prol&#233;tariat d'y r&#233;pondre par sa r&#233;volution victorieuse &#8211; et la raison principale en reviendra en premier lieu, comme Engels ne cesse de le souligner, aux forces pr&#233;capitalistes qui ont leur centre de gravit&#233; en Russie, puis aux diverses bourgeoisies incapables de leur opposer une r&#233;sistance d&#233;-termin&#233;e et hant&#233;es par &#171; l'ennemi int&#233;rieur &#187;. Dans cette situation historique incertaine, puisque de transition entre deux phases, les facteurs qui pourraient s'av&#233;rer d&#233;terminants sont li&#233;s &#224; des forces qui paraissent bien futiles au regard du risque encouru &#8211; et ces facteurs ont leur foyer principal, en 1885-86, dans les Balkans. C'est pourquoi le travail de pr&#233;vision quant &#224; l'&#233;ventualit&#233; de la guerre et, plus encore, de son issue s'av&#232;re particuli&#232;re-ment difficile et n&#233;cessite un examen extr&#234;mement minutieux de la part d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 Engels explique, dans sa lettre du m&#234;me jour &#224; Laura Lafargue, ce r&#233;veil attendu du pitoyable bourgeois allemand : &#171; Le r&#234;ve d'un Empire allemand, gardien de la paix europ&#233;enne, sans la permission duquel il ne saurait &#234;tre tir&#233; un seul coup de canon, ce r&#234;ve est bris&#233;, et le philistin allemand constate qu'il est autant l'esclave du tsar qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; la Prusse &#233;tait &#034;la cinqui&#232;me roue de la charrette europ&#233;enne&#034; [en 1815]. Et voil&#224; qu'il s'en prend maintenant &#224; Bismarck, qui, apr&#232;s tout, ne fait que ce qu'il est contraint de faire. La fureur est grande en Allemagne, non seulement parmi les philistins, mais encore dans l'arm&#233;e. Liebknecht dit que depuis 1866 il n'y a jamais eu un tel toll&#233; contre un acte du gouvernement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44 Engels &#224; A. Bebel, 23-25 octobre 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans sa lettre du 12-10-1886 &#224; Engels, Bebel avait &#233;crit : &#171; Il me semble que la Russie op&#232;re de sorte qu'elle puisse en d&#233;coudre seule avec l'Autriche. Si elle force l'Autriche &#224; ouvrir le feu, alors Bismarck ne serait pas oblig&#233; d'aider l'Autriche... Si c'&#233;tait la guerre europ&#233;enne, je suis certain qu'une r&#233;volution europ&#233;enne s'ensuivrait... Je suis enfin d'avis que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce fait qui retient Bismarck, bien plus que la peur de ne pas &#234;tre en &#233;tat d'affronter la Russie et la France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45 Le national-lib&#233;ral Louis Konstanz Berger avait d&#233;clar&#233; le 20-5-1886 &#224; la Chambre prussienne qu'il n'attendait plus un gouvernement lib&#233;ral &#224; son go&#251;t et &#224; celui de ses amis, et que dans les conditions exis&#172;tantes il fallait d&#233;j&#224; se satisfaire, dans le meilleur des cas, d'un gouvernement conservateur mod&#233;r&#233;. Bebel avait &#233;crit dans sa lettre &#224; Engels du 12-10-1886 &#171; Le bourgeois allemand est le plus grand l&#226;che et d&#233;bile qui soit au monde : dans tous ses membres, il y a la peur de nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46 Cf. Engels &#224; Julie Bebel, 12 mars 1887. Les plans subtils de Bismarck et du tsar pour parvenir &#224; de nouvelles guerres &#171; localis&#233;es &#187; et poursuivre leurs politiques expansionnistes tout en &#233;vitant ainsi la guerre mondiale, sont ici tourn&#233;s en d&#233;rision. Engels y revient encore une fois en 1893 : &#171; Plus je re-cueille d'informations (&#8230;), plus il m'appara&#238;t que Bismarck n'a cr&#233;&#233; l'alliance autrichienne, voire la Triple Alliance, que dans le but d'&#233;changer, &#224; la veille d'une guerre devenue in&#233;vitable, l'Autriche &#224; la Russie en &#233;change de la France : vous m'abandonnez la France je vous laisse l'Autriche et la Turquie et, par-dessus le march&#233;, j'excite l'Italie contre l'Autriche en l'app&#226;tant avec Trieste et Trente. Et il se figurait encore que cela lui r&#233;ussirait ! Vois un peu, toi aussi, l'histoire depuis 1878, et je crois que tu en viendras aussi &#224; penser comme moi &#187; (&#224; August Bebel, 24 janvier 1893).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 Cf. Engels &#224; H. Schl&#252;ter, 19 mars 1887.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Apr&#232;s les &#233;lections du 21 f&#233;vrier 1887, la social-d&#233;mocratie n'avait plus qu'onze d&#233;put&#233;s au Reichstag, malgr&#233; une forte augmentation des voix, &#224; cause d'un remaniement des conscriptions &#233;lectorales et autres mesures du m&#234;me genre. Pour pouvoir d&#233;poser une motion ou interpellation, il fallait 15 d&#233;put&#233;s. Or, Engels se r&#233;jouit tant de l'augmentation de l'influence de la social-d&#233;mocratie, que du recul du cr&#233;tinisme parlementaire que cette situation permet : &#171; des gens qui sont int&#233;rieurement satisfaits du parlementarisme, d&#233;clarent maintenant &#224; qui veut l'entendre que c'est une bonne chose que le parti et surtout sa fraction parlementaire aient &#233;chapp&#233; au danger de succomber aux tentations parlementaristes. C'est une excellente chose que les raisins deviennent parfois acides ! En revanche les 225.000 voix nouvelles que nous avons conquises, malgr&#233; la pression la plus vive, repr&#233;sentent un nouveau pas en avant qui a eu son effet dans toute l'Europe et l'Am&#233;rique, et ils g&#226;chent m&#234;me le triomphe momentan&#233; de messieurs nos gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est pr&#233;cis&#233;ment cette absence de pr&#233;cipitation, ce progr&#232;s mesur&#233;, mais s&#251;r et irr&#233;sistible qui a quelque chose de formidablement imposant et qui doit susciter chez nos gouvernants le m&#234;me sentiment d'angoisse qu'&#233;prouvait le prisonnier de l'Inquisition d'&#201;tat &#224; Venise &#224; la vue des murs de sa cellule qui avan&#231;aient d'un pouce chaque jour, si bien qu'il pouvait calculer avec pr&#233;cision le jour o&#249; il devait &#234;tre broy&#233; entre les quatre murs &#187; (cf. lettre &#224; J. Bebel, 12 mars 1887).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48 Cf. Engels &#224; Fr.-A. Sorge, 7 janvier 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49 Le r&#244;le d&#233;terminant de l'alimentation des populations, et donc de l'agriculture, dans la question militaire, les rapports de forces entre les imp&#233;rialismes et finalement la r&#233;volution communiste, est explicitement pr&#233;vu dans cet extrait o&#249; Engels envisage les caract&#232;res pratiques d'une guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;crit de 1883 sur la Marche, celui-ci pr&#233;cise cet important argument qui annonce la future h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine sur l'Europe, r&#233;sultat effectif des deux guerres imp&#233;rialistes mondiales, faute de passage au socialisme qui e&#251;t &#233;t&#233; la seule alternative au d&#233;clin historique du continent : &#171; D&#233;j&#224; un rival trop puissant fait peser sa menace sur l'agriculture europ&#233;enne dans son ensemble : c'est, telle qu'elle se pr&#233;sente en Am&#233;rique, la production de c&#233;r&#233;ales en masse... Le mode europ&#233;en d'exploitation agricole, sous tous ses aspects, succombe devant la concurrence am&#233;ricaine. L'agriculture en Europe ne reste possible que si elle est pratiqu&#233;e collectivement et pour le compte de la soci&#233;t&#233; &#187; (in l'Origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat, p. 322-323. Ed. sociales, 1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 Cf. Engels &#224; P. Lafargue, le 7 f&#233;vrier 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51 Cf. Engels &#224; Wilhelm Liebknecht, 23 f&#233;vrier 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52 Cr&#233;sus souhaitant attaquer l'empire perse, de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve Halys, re&#231;ut cette r&#233;ponse de l'oracle de Delphes qu'il jugea favorable, mais c'est son propre empire qui fut d&#233;truit (H&#233;rodote).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53 Dans son discours au Reichstag du 6 f&#233;vrier 1888 pour le projet de nouvelle loi militaire pr&#233;voyant une prolongation du temps de service, Bismarck avait demand&#233; que l'Allemagne renfor&#231;&#226;t son syst&#232;me de d&#233;fense. Tandis qu'il louait la politique allemande d'Alexandre III en l'opposant aux campagnes de presse antiallemandes simultan&#233;es, il soutenait n&#233;anmoins qu'il fallait renforcer consid&#233;rablement le potentiel de guerre allemand face &#224; la menace que faisait peser sur l'Allemagne l'alliance franco-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54 Dans l'&#233;valuation scrupuleuse que fait Engels des forces militaires respectives de la France et de l'Allemagne, ce qui lui tient le plus &#224; c&#339;ur, c'est qu'on en arrive &#224; un certain &#233;quilibre qui rende la guerre impossible &#224; gagner pour l'une comme pour l'autre : &#171; comme les choses se pr&#233;sentent actuellement, l'Allemagne ne peut pas davantage venir &#224; bout de la France, que la France de l'Allemagne. Et cela est tr&#232;s bien. Si l'on en vient au pire, il y aura alors sur cette fronti&#232;re une guerre de position avec des succ&#232;s changeants, qui inspirera le respect des deux arm&#233;es vis-&#224;-vis de l'adversaire, et rendra possible une paix acceptable. Par contre, les Russes peuvent s'attendre &#224; une terrible racl&#233;e, ce qui serait pour le mieux &#187; (lettre &#224; W. Liebknecht, 29 f&#233;-vrier 1888).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55 Cf. Engels &#224; Wilhelm Liebknecht, vers le 29 avril 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56 Cf. Engels &#224; Laura Lafargue, 25 f&#233;vrier 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57 Allusion au scandale dans lequel le Pr&#233;sident de la R&#233;publique de l'&#233;poque (Jules Gr&#233;vy) fut impliqu&#233; du fait de son gendre (Daniel Wilson) qui se li-vrait &#224; un trafic de d&#233;corations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 Cf. Engels &#224; Laura Lafargue, 3 juin 1888.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels critique ici l'indiff&#233;rentisme qui s&#233;vit dans les rangs m&#234;me du parti fran&#231;ais &#224; l'&#233;gard du boulangisme, consid&#233;r&#233; comme un &#171; mouvement populaire &#187;, ce qui revient &#224; une capitulation des socialistes face au chauvinisme ambiant et &#224; la menace d'une guerre de revanche qui servirait finale-ment les int&#233;r&#234;ts de Bismarck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans sa lettre &#224; Paul Lafargue, du 19 mars, il fait l'analyse suivante : &#171; Il est s&#251;r que si les Fran&#231;ais veulent perdre toute perspective de r&#233;cup&#233;rer les provinces perdues, ils n'ont qu'&#224; suivre l'ami Boulanger&#8230; Il n'est besoin que d'une guerre de revanche perdue pour r&#233;concilier les ballots d'Alsaciens avec l'Allemagne ; les paysans sont des valets qui servent toujours de pr&#233;f&#233;rence dans l'arm&#233;e du vainqueur, et les bourgeois trouvent leur profit assur&#233; aussi bien par le tarif allemand que par le fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59 Cf. Engels &#224; Paul Lafargue, 4 d&#233;cembre 1888. Cette lettre manque dans la Correspondance Friedrich Engels/Paul et Laura Lafargue des Editions Sociales en trois volumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 Dans sa lettre &#224; Paul Lafargue du 25 mars 1889, Engels insiste sur ce point : &#034;La France ne pourra faire de r&#233;volution pendant cette guerre sans jeter sa seule alli&#233;e, la Russie, dans les bras de Bismarck et se voir &#233;cras&#233;e par une coalition.&#034; Les perspectives r&#233;volutionnaires sont tout aussi sombres &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, puisqu'un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; provoquerait des d&#233;vastations inou&#239;es et un &#233;puisement g&#233;n&#233;ral des peuples, qui r&#233;duiraient encore &#171; la maigre chance qu'une r&#233;volution sorte de cette guerre acharn&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61 Cf. Engels &#224; Laura Lafargue, 4 f&#233;vrier 1889.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier, le g&#233;n&#233;ral Boulanger avait &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;put&#233; &#224; Paris avec 244.000 voix, alors que le candidat socialiste n'en avait recueilli que 17.000. Engels commente : &#171; Paris a renonc&#233; &#224; sa mission r&#233;volutionnaire traditionnelle &#187; (lettre &#224; Kautsky du 28 janvier). Cette analyse, sombre mais r&#233;aliste, confirme le d&#233;placement du centre de gravit&#233; r&#233;volutionnaire de la France vers l'Allemagne. On peut aussi voir dans cette d&#233;mission un signe avant-coureur de la d&#233;bandade quasi-totale du socialisme fran&#231;ais en 1914, de l'absence de rescousse r&#233;volutionnaire dans ce pays &#224; la fin de la guerre &#171; victorieuse &#187;, enfin de la persistance d'une tendance chauvine dans le PCF, tenue en respect par l'Internationale communiste tant qu'elle &#233;tait r&#233;volutionnaire, mais qui submergea tout par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62 On trouve ici, jusque dans les termes employ&#233;s, une &#233;vocation de ce qui attendait les rares mais glorieux socialistes rest&#233;s fid&#232;les &#224; l'internationalisme prol&#233;tarien et insensibles aux charmes de la &#171; d&#233;fense de la patrie &#187;, de la d&#233;mocratie etc. lors des grands conflits imp&#233;rialistes du 20e si&#232;cle : voir L&#233;nine / Zinoviev, Contre le courant, 1914-1917 (2 tomes en fac-simile, &#233;di-tions Maspero, 1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63 Cf. Engels &#224; Laura Lafargue, 7 mai 1889.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64 Cf. Engels &#224; Paul Lafargue, le 3 octobre 1889.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65 Cf. Engels &#224; August Bebel, 23 janvier 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels confirme dans cette lettre l'attitude qu'il eut constamment vers la fin de sa vie face &#224; un conflit mondial : le danger d'une conflagration g&#233;n&#233;rale est permanent du fait de la course folle aux armements et de la politique imp&#233;rialiste insens&#233;e des gouvernements, qu'ils soient bourgeois ou f&#233;odaux, mais l'analyse de la situation r&#233;v&#232;le toujours en fin de compte que les causes d&#233;terminantes qui rendent la guerre in&#233;vitable ne sont pas encore r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le marxisme a qualifi&#233; la phase qui va de 1871 &#224; 1914, de phase pacifique et r&#233;formiste du capitalisme, cela ne signifie pas pour autant que le parti ouvrier devait devenir&#8230; pacifiste et r&#233;formiste, en suivant en quelque sorte le courant ! De plus, m&#234;me dans la phase la plus tranquille du capitalisme, la guerre ne peut jamais &#234;tre exclue ; pas plus que le recours &#224; la violence et &#224; l'ill&#233;galit&#233; ne doit l'&#234;tre, sur le plan int&#233;rieur, dans cette phase &#233;volutionniste et d&#233;mocratique&#8230; En tant que repr&#233;sentant du parti de classe historique et international, Engels mena une lutte continuelle dans ce sens au sein de la social-d&#233;mocratie (cf. Marx-Engels, la Social-d&#233;mocratie allemande, &#233;d. 10/18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve d&#233;finitive du cours d&#233;termin&#233; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise vers le militarisme et la r&#233;action fut administr&#233;e par l'&#233;clatement de la guerre imp&#233;rialiste en 1914, et celui qui parle d&#232;s lors de possibilit&#233; d'&#233;volution pacifique et r&#233;formiste comme phase pr&#233;alable du socialisme a non seulement rompu avec le marxisme mais aussi perdu tout contact avec la r&#233;alit&#233; historique. Les pr&#233;visions d'Engels au sujet de la guerre ont donc valeur d'anticipation, et elles sont pour cela toujours plus actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66 Engels fait sans doute allusion au discours qu'avait fait Gladstone le 22 janvier 1890 devant une assembl&#233;e de Lib&#233;raux &#224; Chester, o&#249; il critiqua hypocritement l'intervention turque &#224; Cr&#232;te et en Arm&#233;nie (cf. sa lettre du 17 Ao&#251;t 1889 &#224; Sorge, reproduite dans la premi&#232;re partie de ce recueil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67 Cf. Engels &#224; August Bebel, 9 novembre 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68 Dans une lettre &#224; Inessa Armand (25 d&#233;cembre 1916), L&#233;nine revient sur l'hypoth&#232;se d'Engels : &#171; Une guerre de la France + Russie contre l'Allemagne en 1891&#8230; Je dis quant &#224; moi que de la part de la France et de la Russie, c'e&#251;t &#233;t&#233; une guerre r&#233;actionnaire : une guerre pour faire r&#233;trograder l'Allemagne et la faire revenir de l'unit&#233; nationale au morcellement&#8230; Mais de la part de l'Allemagne, en 1891, il n'y avait pas et ne pouvait pas y avoir une guerre de caract&#232;re imp&#233;rialiste &#187;. En effet, &#171; en 1891, il n'y avait pas d'imp&#233;rialisme en g&#233;n&#233;ral (j'ai essay&#233; de montrer dans ma brochure qu'il est apparu vers 1898-1900, et pas avant &#187;. Au contraire, &#171; ce qui est maintenant (1916) c'est une guerre imp&#233;rialiste des deux c&#244;t&#233;s &#187; (cf. &#338;uvres compl&#232;tes, t. 35, p. 268).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69 Voir la partie des Ecrits militaires de Marx-Engels concernant la R&#233;volution de 1848-1849 (La contrepartie r&#233;volutionnaire en Europe centrale et m&#233;ridionale). C'est dans le feu de la grande vague national-d&#233;mocratique europ&#233;enne qui eut l'Allemagne pour c&#339;ur et le prol&#233;tariat fran&#231;ais pour avant-garde que Marx a soulev&#233; la vaste perspective d'une guerre r&#233;volutionnaire g&#233;n&#233;rale : &#171; la guerre de classes au sein de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, &#233;crit-il en 1850, s'&#233;largit en une guerre mondiale o&#249; les nations se trouvent face &#224; face. La solution [de la t&#226;che prol&#233;tarienne] ne commence qu'au moment o&#249;, par la guerre mondiale, le prol&#233;tariat est mis &#224; la t&#234;te du peuple qui domine le march&#233; mondial, &#224; la t&#234;te de l'Angleterre &#187; (cf. Les Luttes de classes en France, 1848-1850, Ed. sociales, p. 133).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70 Cf. la lettre de K. Marx &#224; Sorge, du 1er septembre 1870 (l'annexion de l'Alsace-Lorraine n'&#233;tait pas encore s&#251;re) : la guerre franco-prussienne de 1870 m&#232;ne n&#233;cessairement &#224; la guerre entre l'Allemagne et la Russie, &#171; c'est le meilleur r&#233;sultat que j'en attends pour l'Allemagne &#187; (soulign&#233; par Marx). Cette &#171; guerre n&#176;2 &#187; aurait eu deux r&#233;sultats hautement r&#233;volutionnaires : 1. L'effondrement de la domination prussienne sur l'Allemagne ; 2. La r&#233;volution sociale en Russie. Vingt ans plus tard, l'histoire ayant emprunt&#233; une voie bien plus longue, ce sont les m&#234;mes r&#233;sultats qu'en esp&#232;re Engels, avec comme prime au retard &#8211; excusez du peu &#8211; la conqu&#234;te du pouvoir par les socialistes allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71 Engels &#233;crit en 1875, que seule une guerre victorieuse contre la Turquie ou l'Autriche pouvait retarder la r&#233;volution russe. On peut dire, &#224; ce propos, que les bourgeoisies europ&#233;ennes ont fait de leur mieux pour freiner la crise r&#233;volutionnaire en Russie &#8211; m&#234;me au prix de lourdes concessions au d&#233;triment de leurs int&#233;r&#234;ts de classe &#8211; et retarder par l&#224; m&#234;me les chances de victoire du socialisme &#224; l'Ouest. Ainsi, malgr&#233; des prestations militaires peu brillantes contre les Turcs, en 1877, la diplomatie russe r&#233;ussit &#224; faire valoir ses vues &#224; la conf&#233;rence de Berlin, ce qui permit au tsarisme de durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, toute d&#233;faite militaire du tsarisme avait pour r&#233;sultat d'acc&#233;l&#233;rer le processus r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur, comme le confirme toute l'exp&#233;rience ant&#233;rieure &#8211; avec le d&#233;but de la transformation bourgeoise russe apr&#232;s la d&#233;faite dans la guerre de Crim&#233;e &#8211; et plus encore, l'exp&#233;rience ult&#233;rieure de 1905 quand la r&#233;volution &#233;clata comme cons&#233;quence directe de la d&#233;route face au Japon. La tactique, th&#233;oris&#233;e plus tard par L&#233;nine, du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire n'a donc pas &#233;t&#233; invent&#233;e par lui dans le contexte de la guerre imp&#233;rialiste moderne, m&#234;me si, dans la phase pr&#233;c&#233;dente, cette tac-tique ne pouvait pas encore &#234;tre pr&#233;conis&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de tous les camps en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72 Du c&#244;t&#233; de la r&#233;publique fran&#231;aise, la crise boulangiste avait prouv&#233; la force du chauvinisme revanchard ; ce regain manifestait la tendance unanime de toute la bourgeoisie fran&#231;aise, r&#233;publicaine ou monarchiste, opportuniste ou radicale, irr&#233;sistiblement pouss&#233;e &#224; l'imp&#233;rialisme. Cette tendance se manifestait, d'un c&#244;t&#233;, par l'engouement pour les conqu&#234;tes coloniales en Afrique et en Indochine, dont le but &#233;tait surtout la conqu&#234;te de march&#233;s prot&#233;g&#233;s de la concurrence sup&#233;rieure des capitalismes rivaux, d'un autre c&#244;t&#233;, en Europe, par l'expansion territoriale en direction de l'Allemagne, avec la revendication plus ou moins dissimul&#233;e de la rive gauche du Rhin &#8211; leitmotiv de la bourgeoisie et du militarisme fran&#231;ais jusqu'&#224; Cl&#233;menceau et De Gaulle &#8211; ; enfin, les tendances &#224; l'exportation de capital financier commen&#231;aient &#224; se faire jour de fa&#231;on particuli&#232;rement pr&#233;coce, du fait du relatif sous-d&#233;veloppement de la base industrielle nationale apr&#232;s la Commune. Ainsi, la France r&#233;publicaine, pays le plus avanc&#233; au plan politique mais largement devanc&#233; au plan &#233;conomique par l'Angleterre et l'Allemagne, &#233;tait &#224; m&#234;me d'anticiper certains traits de la phase imp&#233;rialiste du capital en gestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73 Selon les termes de la Seconde Adresse du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale, &#233;crite par Marx en septembre 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74 Cf. sa lettre &#224; Kugelmann du 17 avril 1871. Le d&#233;clenchement d'une Commune ne d&#233;pend certes pas de la volont&#233; du parti r&#233;volutionnaire, mais celui-ci doit &#233;valuer par avance les chances de la victoire dans les diff&#233;rentes circonstances, puis il doit tout mettre en &#339;uvre pour la r&#233;aliser y compris lors-que la lutte &#233;clate spontan&#233;ment et dans un rapport de forces d&#233;favorable. A l'heure des grandes organisations militaires internationales destin&#233;es &#224; &#233;craser toute r&#233;bellion en un point quelconque du globe, les conditions de r&#233;ussi-te des Communes &#8211; qui ne cessent de surgir dans le monde &#8211; r&#233;sident sur-tout dans leur capacit&#233; &#224; s'&#233;tendre jusqu'&#224; frapper dans leurs propres pays les gouvernements et arm&#233;es coalis&#233;s contre elles ; bref, dans leur caract&#232;re international. Voil&#224; qui est conforme &#224; la nature m&#234;me du prol&#233;tariat, mais qui ne va pas de soi puisque celui-ci doit d'abord prendre le pouvoir nationalement, c'est-&#224;-dire renverser sa propre bourgeoisie, son ennemi imm&#233;diat. La tactique contre-r&#233;volutionnaire bien r&#244;d&#233;e consiste alors &#224; l'obliger &#224; faire face non pas seulement &#224; celle-ci &#8211; dans ce cas, la r&#233;volution l'aurait certainement d&#233;j&#224; emport&#233; &#8211; mais &#224; un front uni comprenant les forces r&#233;pressives des &#201;tats les plus puissants du monde bourgeois. Cette situation doit pousser &#224; la constitution de la classe en parti communiste international afin de pouvoir relever victorieusement le formidable d&#233;fi, et passer &#224; l'offensive g&#233;n&#233;rale lorsque le front ennemi tend &#224; se d&#233;sagr&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75 Dans ses articles sur la guerre de Crim&#233;e, Marx r&#233;digea un v&#233;ritablement plan de guerre contre la Russie dans l'hypoth&#232;se d'une confrontation entre les puissances bourgeoises (France et Angleterre) et les puissances f&#233;odales alli&#233;es (Russie, Prusse et Autriche). Il pr&#233;conisa pour la France menac&#233;e de r&#233;gression par cette Sainte-Alliance une strat&#233;gie avec laquelle celle d'Engels pour l'Allemagne en 1891 concorde pleinement : la France &#8211; alors sous gouvernement bonapartiste &#8211; ne pourrait &#234;tre sauv&#233;e que par une guerre r&#233;volutionnaire, capable de &#171; r&#233;sister &#224; toutes les invasions &#187;. Il s'agirait dans un premier temps de &#171; mettre en mouvement Louis-Bonaparte et ses l&#226;ches valets &#187; en les poussant &#224; prendre des mesures &#233;nergiques pour vaincre, mais comme &#171; la direction de la guerre &#233;chapperait sans aucun doute des mains de leurs actuels commandants en chef &#187;, il faudrait ensuite renverser le gouvernement en place pour repousser l'invasion &#233;trang&#232;re r&#233;actionnaire et le pouvoir tomberait ainsi aux mains du parti r&#233;volutionnaire. On reviendrait alors d'une guerre entre &#201;tats &#224; une situation r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur des pays europ&#233;ens, avec un pouvoir prol&#233;tarien &#224; Paris et une reprise de la r&#233;volution permanente en Allemagne et en Autriche. Nous renvoyons le lecteur en particulier aux articles du 23 mai 1854 (intitul&#233; Les faits de guerre dans la Baltique et la Mer Noire) et du 1er janvier 1855.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On constate &#233;videmment qu'Engels n'a aucunement innov&#233; en proposant pour l'Allemagne de 1891 la solution de la guerre r&#233;volutionnaire contre le tsarisme. Seule change, selon l'&#233;volution historique, l'identit&#233; du pays appel&#233; &#224; la mettre en &#339;uvre, avec le d&#233;placement du centre de gravit&#233; de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76 Autrement dit, on est l&#224;, au niveau de la politique internationale, dans la m&#234;me strat&#233;gie indirecte (social-d&#233;mocrate) que le parti ouvrier m&#232;ne dans la lutte de classe &#224; l'int&#233;rieur du pays, o&#249; subsiste un fatras de rapports semi-f&#233;odaux, dans une phase o&#249; les conditions de sa pure r&#233;volution de classe ne sont pas encore tout &#224; fait r&#233;alis&#233;es en Allemagne (c'est pourquoi Engels parle d'une dizaine d'ann&#233;es n&#233;cessaires pour parvenir &#224; ce point).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77 Cf. lettre &#224; Sorge du 24 octobre 1891. Dans le m&#234;me esprit, Engels &#233;crit &#224; Lafargue : &#171; nous pourrons peut-&#234;tre &#233;viter la guerre, et comme nous [Allemands] sommes lents et m&#233;thodiques cela pourrait donner aux Fran&#231;ais l'occasion de nous devancer gr&#226;ce &#224; un grand coup. La &#171; fin du si&#232;cle &#187; semble bien se pr&#233;senter et pourrait rejeter 1793 dans l'ombre &#187; (lettre du 31 octobre 1891).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78 Cette co&#239;ncidence n'est bien s&#251;r pas fortuite, et nous consacrerons &#224; la pr&#233;vision r&#233;volutionnaire d'Engels la derni&#232;re partie de ce recueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79 La menace du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; brandie pour l'ensemble de l'Europe avant m&#234;me le d&#233;clenchement de la premi&#232;re guerre mondiale par l'Internationale socialiste (en r&#233;alit&#233;, par son aile gauche) : &#171; Si la guerre &#233;clate, les socialistes ont pour devoir d'intervenir pour en h&#226;ter la fin et tirer de toute fa&#231;on parti de la crise &#233;conomique et politique pour soulever le peuple et pr&#233;cipiter par l&#224; m&#234;me la chute de la domination capitaliste &#187; (congr&#232;s de Stuttgart, 1907). &#171; Que les gouvernements n'oublient pas que la guerre franco-allemande a provoqu&#233; l'&#233;ruption r&#233;volutionnaire de la Commune, que la guerre russo-japonaise a mis en mouvement les forces r&#233;volutionnaires des peuples de la Russie &#187; (congr&#232;s de B&#226;le, 1912).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la menace ne fut pas suivie d'effet, c'est parce que, comme l'&#233;crit L&#233;nine, &#171; des dizaines d'ann&#233;es de paix avaient accumul&#233; dans tous les pays d'Europe, dans tous les partis socialistes, une &#233;norme quantit&#233; de fumier opportuniste petit bourgeois &#187; (Et quoi donc ensuite ? 12 d&#233;cembre 1914). La position d'Engels, aux antipodes tant du pacifisme petit bourgeois que du chauvinisme qui lui succ&#232;de naturellement, n'en ressort qu'avec plus de relief !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80 Cf. Engels &#224; August Bebel, 29 septembre 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels fait allusion &#224; l'article de Bebel sur l'Emprunt russe, paru dans le Volksstaat du 27 septembre 1891. Bebel y d&#233;finissait cet emprunt comme un emprunt de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;81 Cf. la tr&#232;s longue &#233;tude d'Engels sur la Politique ext&#233;rieure du tsarisme rus-se, in Marx-Engels, la Russie, Ed. 10/18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;82 Gladstone arriva au pouvoir en 1892 et y resta jusqu'en 1894. Depuis sa pol&#233;mique contre le puissant premier ministre de l'Empire britannique, Marx avait d&#233;voil&#233; la connivence du dirigeant du Parti lib&#233;ral anglais avec le tsarisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;83 En septembre 1891, la Russie avait lanc&#233; en France un emprunt &#224; 3 % pour 500 millions de francs. Le succ&#232;s initial en fut si grand qu'il fut couvert 7 fois et demi, mais apr&#232;s une baisse inqui&#233;tante du cours des papiers russes dans les bourses europ&#233;ennes, &#224; la suite de la disette russe de la m&#234;me ann&#233;e, les signataires de l'emprunt refus&#232;rent de prendre les obligations. Pour &#233;viter un effondrement de l'emprunt, le gouvernement russe dut racheter une partie des obligations, afin de soutenir leur cours, si bien qu'il n'en r&#233;alisa que les deux tiers, soit environ 350 millions de francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;84 La Triplice (ou Triple Alliance) regroupait l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie. Celle-ci adh&#233;ra en 1882 &#224; l'alliance militaire germano-austro-hongroise de 1879. L'Europe fut d&#232;s lors divis&#233;e en deux camps militaires hostiles, qui entr&#232;rent en heurt finalement lors de la guerre imp&#233;rialiste de 1914. Pendant cette guerre, l'Italie quitta la Triplice et rejoignit en 1915 le camp militaire oppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85 Engels passe maintenant &#224; l'analyse des conditions de classes dans la Russie des ann&#233;es 1890, et constate le recul des perspectives de la r&#233;volution anti-tsariste, car la classe qui &#233;tait alors la plus apte &#224; faire la r&#233;volution en Russie &#8211; la bourgeoisie &#8211; est devenue le meilleur soutien du r&#233;gime. Son pronostic est sombre, et l'histoire l'a confirm&#233; en donnant au tsarisme une tr&#232;s longue traite pour survivre. Il confirme &#224; l'avance toute la tactique de L&#233;nine, qui ne pourra s'appliquer qu'apr&#232;s 1905, lorsque le prol&#233;tariat sera assez d&#233;velopp&#233; en Russie pour prendre de bout en bout la direction de la r&#233;volution, d'abord antif&#233;odale en F&#233;vrier, puis socialiste en Octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;86 Sur ce point aussi, le diagnostic d'Engels fut confirm&#233; en 1917 : les repr&#233;sentants de la bourgeoisie pr&#234;ch&#232;rent de nouveau la participation &#224; la guerre imp&#233;rialiste apr&#232;s F&#233;vrier 1917, malgr&#233; la volont&#233; de paix manifeste des grandes masses des villes et de la campagne, et ils s'appuy&#232;rent au maximum sur la soldatesque pour se maintenir au pouvoir contre l'assaut des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;87 Engels r&#233;digea pour cela un manifeste qui para&#238;tra &#224; la fois en France et en Allemagne (cf. en version fran&#231;aise in Marx-Engels, le Parti de classe, t. IV, &#233;d. Maspero, p. 81-91), sous le titre le Socialisme en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ce Manifeste, Engels souligne quel serait, sous l'habit national de la guerre du c&#244;t&#233; allemand, le v&#233;ritable caract&#232;re de classe du conflit : &#034;La R&#233;publique fran&#231;aise peut repr&#233;senter, vis-&#224;-vis de l'Empire allemand, la r&#233;volution bourgeoise. Mais vis-&#224;-vis de la R&#233;publique des Constans, des Rouvier, et m&#234;me des Cl&#233;menceau, surtout de la R&#233;publique qui travaille pour le tsar russe, le socialisme allemand repr&#233;sente la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187; (p. 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;88 Il s'agit l&#224; de la principale mesure r&#233;volutionnaire exig&#233;e pour que les socialistes se jettent dans l'effort de guerre : si elle n'&#233;tait pas r&#233;alis&#233;e, la base manquerait non seulement pour l'efficacit&#233; de la d&#233;fense nationale mais encore pour la prise du pouvoir par le parti ouvrier au cours de la guerre ; il se livrerait alors pieds et poings li&#233;s au gouvernement qui ne manquerait pas d'en profiter, et le r&#233;sultat ne serait gu&#232;re meilleur qu'en cas de d&#233;faite. Ce seul crit&#232;re &#8211; qui ne vaut d'ailleurs que pour une guerre nationale, et non imp&#233;rialiste &#8211; suffit &#224; d&#233;montrer l'immense hypocrisie des social-patriotes qui os&#232;rent, en 1914, &#233;voquer le cas d'une guerre nationale de d&#233;fense pour justifier leur aplatissement complet devant le pouvoir en place, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La m&#234;me combinaison d'&#233;l&#233;ments militaires r&#233;volutionnaires et d'&#233;l&#233;ments de l'arm&#233;e officielle se retrouve dans toutes les guerres r&#233;volutionnaires men&#233;es dans le cadre d'une r&#233;volution double, soit en 1793-94 comme en 1919-20. Seule la dictature du parti r&#233;volutionnaire extr&#234;me peut assurer la subordination des seconds &#224; l'&#233;gard des premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;89 II est &#233;vident qu'Engels n'englobe pas dans ce NOUS les Allemands en g&#233;n&#233;ral, avec leur gouvernement officiel, c'est-&#224;-dire les classes dominantes m&#234;mes et leurs partisans qui ont applaudi et soutenu l'entreprise imp&#233;rialiste d'annexion de l'Alsace-Lorraine. Ce &#171; nous &#187; se borne aux sociaux-d&#233;mocrates et ouvriers allemands que la guerre menace en premier, comme Engels l'a dit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;90 Marx avait d&#233;j&#224; &#233;tabli quel devrait &#234;tre le plan des op&#233;rations militaires contre la Russie ; voir notamment l'article intitul&#233; le D&#233;roulement de la guerre, in New York Tribune, 1er janvier 1855, en traduction fran&#231;aise dans Marx-Engels, Ecrits militaires, p. 307-316. L'une des mesures les plus efficaces &#224; utiliser serait l'appel &#224; la lib&#233;ration des nationalit&#233;s opprim&#233;es par le joug tsariste. Voil&#224; encore une arme r&#233;volutionnaire dont l'Allemagne officielle aurait eu bien du mal &#224; se saisir puisqu'elle-m&#234;me opprimait les Polonais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;91 Georg von Vollmar avait prononc&#233; le 1er juin 1891 &#224; Munich un discours sur les t&#226;ches et la tactique de la social-d&#233;mocratie au moment du soi-disant Cours nouveau du gouvernement Caprivi, apr&#232;s la chute de Bismarck. Il se fit le porte-parole de l'opportunisme dans le parti et pr&#244;na une tactique de collaboration avec les classes dominantes jusque dans le domaine de la poli-tique ext&#233;rieure, notamment en cas de guerre contre la Russie. Il pr&#233;sentait ainsi hypocritement la Triplice non comme une alliance de guerre mais comme une force de paix. Sa tactique revenait en fait &#224; une r&#233;conciliation de la classe ouvri&#232;re avec l'&#201;tat militaire existant, au nom de la d&#233;fense de la patrie. C'est ce qui amena Engels &#224; se pr&#233;occuper de la menace de guerre en 1891. Au congr&#232;s d'Erfurt (octobre 1891), Bebel notamment s'en prit aux conceptions opportunistes de Vollmar et d&#233;fendit avec succ&#232;s la ligne marxiste dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;92 En juillet 1891 la flotte fran&#231;aise avait &#233;t&#233; re&#231;ue triomphalement &#224; Cronstadt pour marquer le rapprochement survenu entre la Russie tsariste et la France. Au m&#234;me moment, les diplomates n&#233;goci&#232;rent un trait&#233; franco-russe, qui fut sign&#233; en ao&#251;t 1892 et pr&#233;voyait une action militaire commune en cas d'attaque de l'un des deux partenaires. Ce trait&#233; pr&#233;para l'alliance franco-russe de 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est la raison pour laquelle la menace d'une guerre imminente exigeait d'&#234;tre prise au s&#233;rieux, la Sainte-Alliance &#233;tant d&#233;sormais &#224; l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;93 Cf. Engels &#224; August Bebel, 13 octobre 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans sa lettre &#224; Engels du 9 octobre, en r&#233;ponse &#224; la pr&#233;c&#233;dente correspondance, Bebel avait d&#233;fini comme suit ce qui distinguait sa position de celle d'Engels : &#034;Il existe des divergences entre nous sur l'&#233;poque o&#249; il pour-rait y avoir la guerre, et si la Russie la provoquera... A mes yeux, c'est un fait &#233;tabli que la Russie d&#233;clenchera la guerre d&#232;s qu'elle pourra ; qui plus est, je suis convaincu que la Russie en prendra l'initiative et que la France suivra&#034;. Le cours des &#233;v&#233;nements donnera sur ce point aussi raison &#224; la position r&#233;aliste d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;94 En ce qui concerne les usages en vigueur dans la social-d&#233;mocratie en mati&#232;re de vote de cr&#233;dits au gouvernement existant, voir Marx- Engels, la Social-d&#233;mocratie allemande, 10/18, p.195-206 : Pol&#233;miques autour du vote de la subvention de la navigation &#224; vapeur, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il fallait, &#224; chaque fois, examiner et discuter longuement chaque vote de fa&#231;on &#224; justifier en d&#233;tail le rejet de cr&#233;dits qui renforceraient le caract&#232;re de classe de l'arm&#233;e existante, et parer &#224; la man&#339;uvre du gouvernement qui utilisait la menace de guerre pour acc&#233;l&#233;rer la course aux armements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour ce qui est ici, au troisi&#232;me et dernier point, des seules mesures qui justifieraient une r&#233;ponse positive, on voit bien que, bien que modestes et en principe acceptables par le gouvernement et l'&#233;tat-major, elles faciliteraient en fait la prise du pouvoir par les socialistes au cours de la guerre. Et m&#234;me si on peut s'attendre &#224; ce que, justement pour cette raison, elles soient pure-ment et simplement &#233;cart&#233;es, il y aurait l&#224; une excellente base de propagande r&#233;volutionnaire pour d&#233;masquer le pouvoir bourgeois et le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;95 Il est clair que, pour jouer un tel jeu avec le gouvernement, il faut avoir en principe pour point commun avec lui la d&#233;fense de la nation, ce qui ne peut &#234;tre le cas que s'il s'agit bien s&#251;r non pas d'une guerre dynastique ou imp&#233;rialiste, mais d'une guerre nationale &#8211; pour la d&#233;fense de la relativement jeune unification bourgeoise du pays. C'est ce qu'Engels rappelle vigoureusement &#224; Lafargue : &#171; Pour celle-ci [l'unit&#233; nationale], qui est la condition politique de leur existence, les socialistes allemands se battraient &#224; outrance. Jamais nous ne voudrions r&#233;duire l'Allemagne &#224; l'&#233;tat de division et d'impuissance d'avant 1866 &#187; (lettre du 27 juin 1893).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans sa lettre &#224; Kautsky du 14 octobre 1891, il pr&#233;cise les avanc&#233;es concr&#232;tes r&#233;alis&#233;es, &#224; la suite de cette unification, par les bourgeois qui ont&#171; bris&#233; en Allemagne la division en &#201;tats minuscules, donn&#233; &#224; la bourgeoisie les coud&#233;es franches pour sa r&#233;volution industrielle, introduit des conditions unitaires de circulation pour les marchandises et les personnes &#187; et souligne le profit qu'en tire la classe ouvri&#232;re, puisque ces mesures &#171; devaient nous procurer &#224; nous-m&#234;mes un plus grand champ d'action et plus de libert&#233; de mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qu'Engels avait en vue, c'&#233;tait donc la d&#233;fense des acquis r&#233;volutionnaires bourgeois r&#233;alis&#233;s depuis 20 ans en Allemagne par suite de sa r&#233;volution par le haut, et qui pouvaient encore &#234;tre remis en question &#8211; ce qui se produirait immanquablement &#224; la suite d'une attaque de l'Allemagne par l'&#201;tat f&#233;odal russe, alli&#233; &#224; une France vassalis&#233;e. Cette menace n'a, en 1891, rien d'imaginaire puisqu'au plan interne allemand tout un &#171; fatras f&#233;odal et bureaucratique antibourgeois subsiste encore en si grande quantit&#233; &#187; (idem). Sa tactique est donc pleinement en r&#232;gle avec la doctrine marxiste qui exige l'analyse du contenu historique et de classe de toute guerre, et Engels n'a nullement troqu&#233;, m&#234;me provisoirement, l'habit r&#233;volutionnaire pour l'uniforme patriotique (comme le voulait l'opportuniste Vollmar). La d&#233;fense de ce contenu r&#233;volutionnaire bourgeois devait impliquer le recours aux moyens d&#233;mocratiques r&#233;volutionnaires, condition indispensable pour que le prol&#233;tariat puisse intervenir et qui le conduirait sans doute &#224; greffer sa r&#233;volution propre sur cet &#233;ventuel regain de &#171; guerre d&#233;fensive &#187; impos&#233; par la grave menace russe de r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;96 Cf. Engels &#224; August Bebel, 24-26 octobre 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette lettre, Engels analyse la situation &#233;conomique catastrophique de la Russie agraire qui souffre d'une mauvaise r&#233;colte record, et il en d&#233;duit qu'&#233;tant dans la plus mauvaise posture qu'il soit, il est probablement impossible au tsarisme, contrairement &#224; ce que pense Bebel, de d&#233;clencher la guerre avant des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;97 Il s'agit toujours du Manifeste publi&#233; en fran&#231;ais et en allemand, dont il a &#233;t&#233; question plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;98 L'hypoth&#232;se sur laquelle Engels comptait en fait, c'est &#8211; comme on le constate encore &#8211; que la social-d&#233;mocratie allemande arriverait &#224; la prise d'assaut du pouvoir apr&#232;s une phase de pr&#233;paration &#034;pacifique&#034; &#8211; aussi pacifique que le permettait l'&#233;tat de la lutte des classes dans la phase historique donn&#233;e &#8211; c'est-&#224;-dire sans que le processus &#034;normal&#034; de la soci&#233;t&#233; soit interrompu par une guerre qui permettrait aux classes dirigeantes de perturber cette &#233;volution r&#233;guli&#232;re. En ce qui concerne la prise du pouvoir, il serait tout &#224; fait abusif d'en d&#233;duire qu'Engels aurait estim&#233;, &#224; la fin de sa vie, que ce pour-rait &#234;tre le cas en Allemagne par la voie pacifique, &#034;l&#233;gale&#034;, alors que lui-m&#234;me comme Marx ont toujours consid&#233;r&#233; l'emploi de la violence comme hautement probable, qu'elle intervienne du fait d'une guerre ou d'une attaque pr&#233;visible du gouvernement contre les socialistes. De plus, apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, le prol&#233;tariat doit organiser sa dictature avec un appareil coercitif l&#233;gal et &#233;tatique afin de prendre des mesures despotiques contre les &#034;rebelles&#034;, bourgeois, petit bourgeois et propri&#233;taires. Cf. Marx-Engels, la Social-d&#233;mocratie allemande, p. 116 et aussi p. 301-329.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;99 On voit ici qu'Engels concevait bien la prise du pouvoir par les socialistes allemands non seulement comme le moyen de mener &#224; bien la guerre nationale r&#233;volutionnaire, mais aussi comme le point de d&#233;part de la transformation socialiste de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233;. Ce n'est pas qu'il se refusait &#224; employer des moyens dictatoriaux pour cela, mais il savait que ceux-ci ne pouvaient &#224; eux seuls suppl&#233;er l'immaturit&#233; de certaines conditions objectives et subjectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;100 Cf. Engels, le Socialisme en Allemagne, article publi&#233; aussi bien en allemand (dans la Neue Zeit, I, 1891-1892, n&#186; 19) qu'en fran&#231;ais (dans l'Almanach du Parti ouvrier pour 1892, imprim&#233; &#224; Lille). Les extraits s&#233;lectionn&#233;s ici compl&#232;tent les explications contenues dans les lettres &#224; Bebel reproduites ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autre part, Engels y aborde et pr&#233;voit avec une clairvoyance remarquable les aspects pratiques d'une guerre mondiale pour l'Allemagne et pour l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;101 Cf. K. Marx, Adresse du Conseil g&#233;n&#233;ral sur la guerre franco-prussienne, du 9 septembre 1870, in La Guerre civile en France, 1871 (p. 37, Ed. soc. 1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette pr&#233;vision de &#171; guerre raciale &#187; a &#233;t&#233; confirm&#233;e par l'alignement g&#233;n&#233;ral des forces durant la 1e guerre imp&#233;rialiste mondiale. De plus, on a assist&#233; depuis &#224; la mobilisation syst&#233;matique du racisme &#224; l'appui de pratiquement toutes guerres ult&#233;rieures &#8211; pour suppl&#233;er sans doute au facteur national en dissolution, en faisant appel &#224; une superstructure id&#233;ologique encore plus recul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;102 Engels se montre ici extr&#234;mement pessimiste quant aux chances de victoire d'une Commune qui suivrait la guerre dans une Allemagne d&#233;faite et probablement occup&#233;e par les arm&#233;es fran&#231;aises et tsaristes. Ce n'est pas bien s&#251;r qu'il abandonne la perspective de la lutte directe contre sa propre bourgeoisie, voire de la guerre civile, mais il consid&#232;re que les conditions du succ&#232;s seront bien plus favorables si, quelques ann&#233;es plus tard, la r&#233;volution par-vient &#224; &#233;clater avant la guerre. Voil&#224; encore une appr&#233;ciation h&#233;las confirm&#233;e par la conclusion des guerres imp&#233;rialistes du 20e si&#232;cle, en Allemagne surtout, avec la d&#233;faite tragique de la Commune spartakiste d'abord, puis l'occupation totale du territoire allemand en 1945 par les monstres militaires des 4 imp&#233;rialismes vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;103 Cette phrase, en accord avec l'ensemble du texte, exclut express&#233;ment la solution ren&#233;gate de l'Union sacr&#233;e qui consiste &#224; faire front avec sa propre bourgeoisie et qui, triomphant &#224; la Premi&#232;re comme &#224; la Seconde Guerre mondiale, a ruin&#233; le mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire pour des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fin de l'article en allemand, parue un peu plus tard, se termine par ces mots : &#171; Les clameurs de guerre russes sont &#233;teintes pour un certain nombre d'ann&#233;es. Des millions de paysans russes meurent de faim au lieu que des millions de soldats tombent sur les champs de bataille. Attendons encore un peu ce qui va en r&#233;sulter pour le despotisme russe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104 Engels envisage donc deux hypoth&#232;ses en cas de guerre mondiale : celle du renversement de l'ordre bourgeois au cours de la guerre, et celle d'une &#171; survie &#187; du capitalisme dans des conditions de pourrissement telles que la r&#233;volution, retard&#233;e pour un temps plus ou moins long, exigerait un radicalisme accru en ce qui concerne la prise du pouvoir mais permettrait ensuite une transformation socialiste plus assur&#233;e. Cette alternative est pos&#233;e pratiquement dans les m&#234;mes termes dans son article de janvier 1888 : &#171; Mais, lorsque vous aurez d&#233;cha&#238;n&#233; les puissances que vous ne pourrez plus ma&#238;triser, les choses suivront implacablement leur cours propre : &#224; la fin de la trag&#233;die, vous serez ruin&#233;s, et la victoire du prol&#233;tariat sera, ou bien acquise, ou bien elle sera finalement in&#233;vitable &#187; (cf. Ecrits militaires, p. 611).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;105 Nous reproduisons ici un passage de l'Introduction d'Engels de 1891 &#224; la Guerre civile en France (p. 14, Ed. soc.), o&#249; celui-ci commente un extrait de la fameuse Adresse de Marx. Celle-ci se terminait par l'appel solennel suivant : &#171; Que les sections de l'Association internationale des travailleurs dans tous les pays appellent &#224; l'action la classe ouvri&#232;re. Si les ouvriers oublient leur devoir, s'ils demeurent passifs, la terrible guerre actuelle ne sera que l'annonciatrice de conflits internationaux encore plus terribles et conduira dans chaque pays &#224; de nouvelles d&#233;faites des ouvriers battus par les seigneurs du sabre, de la terre et du capital. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;106 Pour Marx et Engels, l'heure des guerres localis&#233;es &#233;tant pass&#233;e, la paix &#233;tait certes garantie &#171; pour quelques ann&#233;es &#187;, mais l'in&#233;vitable conflit futur impliquerait l'ensemble du monde capitaliste, avec les cons&#233;quences d&#233;vastatrices qu'Engels a pr&#233;vues et d&#233;crites par avance. Ne croyant pas &#224; une paix durable sous le capitalisme, il analyse minutieusement l'&#233;volution des rap-ports de force &#224; l'apog&#233;e de la phase pacifique de l'ordre bourgeois europ&#233;en (1870-1914) pour en d&#233;duire les termes de l'alternative suivante : ou bien la r&#233;volution l'emporte dans les meilleures conditions possibles &#224; relativement br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, ou bien le monde bourgeois ne pourra &#233;chapper &#224; la sombre perspective d'une guerre mondiale. Les caract&#232;res r&#233;els de celle-ci se laissent d&#233;duire de l'analyse des conditions du d&#233;but des ann&#233;es 1890 &#8211; la paix bourgeoise ne faisant jamais que pr&#233;parer la guerre suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il &#233;crit ainsi, dans sa lettre &#224; Bebel du 9 f&#233;vrier 1893 : &#171; Si elle &#233;clate, la prochaine guerre ne sera absolument plus locale ; il y aura pour le moins tous les pays du continent qui y seront impliqu&#233;s d&#232;s les premiers mois ; cela commencera spontan&#233;ment dans les Balkans, et &#224; la rigueur l'Angleterre pourra demeurer neutre pendant un temps &#187; avant de devenir l'arbitre du conflit gr&#226;ce &#224; sa ma&#238;trise des mers. &#171; L'Europe serait au pouvoir de l'Angleterre, car elle pourra affamer &#224; son gr&#233; l'un ou l'autre des bellig&#233;rants&#8230; Pendant que les bellig&#233;rants s'&#233;puiseraient &#224; combattre, elle viendrait, au moment opportun, dicter ses conditions de paix &#187; (interview de F. Engels au journal le Figaro, 8 mai 1893).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme on le voit, si la France et l'Allemagne &#233;taient appel&#233;es &#224; devenir les principaux champs de bataille et de d&#233;vastation de la prochaine guerre mondiale, c'est l'Angleterre (capitalisme h&#233;g&#233;monique sur le d&#233;clin) qui devait en tirer les marrons du feu. Est-il besoin de souligner que, plus de 20 ans apr&#232;s les propos d'Engels, c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le qui sera d&#233;volu &#224; l'Am&#233;rique, dont l'entr&#233;e en guerre en 1917 a servi de point de d&#233;part &#224; la conqu&#234;te de l'Europe par ce nouvel imp&#233;rialisme h&#233;g&#233;monique ? Voir &#224; ce sujet la s&#233;rie d'articles de la revue th&#233;orique de la Gauche communiste internationale qui dressent, apr&#232;s 1945, le bilan contre-r&#233;volutionnaire des deux guerres mondiales du 20e si&#232;cle, en particulier : Agression &#224; l'Europe, in Prometeo n&#176;13, ao&#251;t 1949. ; cf. trad. fr. dans le Fil du temps n&#176;12, Perspective r&#233;volutionnaire de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;107 Cf. Fr. Engels, L'Europe peut-elle d&#233;sarmer ? in Vorw&#228;rts, mars 1893. La pr&#233;sente traduction tient compte de celle des passages cit&#233;s par L&#233;nine dans l'un de ses Cahiers de l'imp&#233;rialisme &#8211; in &#338;uvres vol. 39, p. 519-523.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le texte ci-dessous a &#233;t&#233; &#233;crit par Engels en f&#233;vrier 1893 pour guider l'intervention des socialistes dans le d&#233;bat au Reichstag au sujet du projet militaire gouvernemental. Celui-ci pr&#233;voyait un renforcement consid&#233;rable de l'arm&#233;e et exigeait une augmentation des d&#233;penses militaires. L'augmentation requise &#233;tait telle qu'elle provoquait le m&#233;contentement de larges couches de la population et incitait m&#234;me des partis bourgeois &#224; se prononcer contre ce projet. Au mois de mai 1893, le projet de loi a &#233;t&#233; re-jet&#233; par la majorit&#233; du Reichstag. Cependant, apr&#232;s la dissolution de celui-ci et de nouvelles &#233;lections, le nouveau Reichstag confirma un projet militaire analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui est d&#233;fini ici par Engels, c'est la strat&#233;gie &#224; suivre en mati&#232;re de revendications militaires au moment o&#249; se dessine, dans l'&#232;re pacifique du capitalisme europ&#233;en, le tournant vers sa phase imp&#233;rialiste &#8211; avec le gonflement monstrueux et irr&#233;versible du militarisme. Son projet de limitation rationnel du poids du militarisme et de l'armement &#8211; qu'il pr&#233;sente ici sous la forme de proposition adress&#233;e au gouvernement allemand &#8211; n'est en fait rien moins que l'alternative encore th&#233;oriquement possible &#224; la grande d&#233;gringolade de l'Europe vers la guerre imp&#233;rialiste. Or, de deux choses l'une : ou bien les gouvernements bourgeois, en premier lieu l'allemand, l'acceptent et le prol&#233;tariat se trouve alors dans une position optimale pour affronter l'ordre bourgeois dans la &#171; r&#233;volution fin de si&#232;cle &#187; pr&#233;vue par le marxisme (cf. la derni&#232;re partie de ce recueil), ou bien, comme il s'av&#232;re de plus en plus probable, ils lui tournent le dos, et il est alors &#233;tabli que le capital fonce droit dans la voie de la catastrophe, la t&#226;che du prol&#233;tariat &#233;tant la plus claire qui soit, &#224; savoir se pr&#233;parer &#224; la lutte ill&#233;gale et violente pour l'&#233;tablissement prochain de sa propre domination de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;108 On voit ici tout l'int&#233;r&#234;t des revendications militaires social-d&#233;mocrates pr&#233;sent&#233;es par Engels, dans le cas m&#234;me o&#249; elles seraient repouss&#233;es : la propagande r&#233;volutionnaire prend alors le pas et devient plus percutante &#224; mesure que la possibilit&#233; de r&#233;former l'&#201;tat existant s'amenuise. C'est pourquoi, dans ses notes de lecture, L&#233;nine attribuait &#224; juste titre une grande importance &#224; ce passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;109 La landwehr a &#233;t&#233; introduite par le r&#232;glement du 17 mars 1813 en Prusse. Au d&#233;but, elle &#233;tait une milice autonome qui se distingua par son courage et sa vaillance dans la lutte contre les troupes de Napol&#233;on Ier. A partir de 1814 elle devint une composante de l'arm&#233;e territoriale prussienne. Elle comprenait les classes d'&#226;ge sup&#233;rieures, jusqu'&#224; 40 ans, qui avaient d&#233;j&#224; accompli leur service militaire. Ses exercices en temps de paix &#233;taient sporadiques. Voici ce qu'Engels en dit par ailleurs : &#171; La landwehr se bat bien lorsqu'il s'agit de d&#233;fendre le pays, mais elle ne peut, en aucun cas, faire une d&#233;monstration de guerre. La landwehr est con&#231;ue pour la d&#233;fensive ; elle ne peut passer &#224; l'offensive que si elle a repouss&#233; une invasion, comme en 1814 et 1815. &#187; (Cf. La question militaire prussienne et le Parti ouvrier allemand, in Ecrits militaires, p. 451.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;110 Le trait&#233; de paix de Francfort (10 mai 1871) avait amput&#233; le territoire fran&#231;ais, tout comme le trait&#233; de Tilsit (7-9 juillet 1807) l'avait fait de celui de la Prusse, apr&#232;s la victoire de Napol&#233;on Ier sur la 4&#232;me coalition antifran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;111 Depuis 1872, l'arm&#233;e territoriale faisait partie int&#233;grante de l'arm&#233;e fran&#231;aise ; elle r&#233;sultait de la guerre franco-allemande ; elle assurait le service de garnison et de garde dans l'arri&#232;re-pays. L'arm&#233;e territoriale comprenait les personnes des anciennes classes d'&#226;ge qui avaient effectu&#233; leur service obligatoire dans l'arm&#233;e permanente et dans la r&#233;serve. La dur&#233;e de l'obligation de service dans l'arm&#233;e territoriale s'&#233;levait &#224; six ans (avant 1892, neuf ans) et six ans dans sa r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le landsturm &#233;tait une formation militaire n&#233;e en Prusse dans les ann&#233;es 1813/1814. D'apr&#232;s la loi du 11 f&#233;vrier 1888 tous les hommes de 17 &#224; 45 ans astreints au service militaire qui n'avaient pas servi dans l'arm&#233;e ou la marine, faisaient partie du landsturm. Le landsturm ne devait &#234;tre lev&#233; que lors d'invasions ennemies sur le territoire du Reich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112 La bataille de W&#246;rth du 6 ao&#251;t 1870 fut une des premi&#232;res grandes batailles de la guerre franco-allemande et se termina par la d&#233;faite des Fran&#231;ais qui combattaient sous les ordres de Mac-Mahon. Lors de la bataille de Spicheren, appel&#233;e &#233;galement bataille de Forbach, le 2&#232;me corps de l'arm&#233;e fran&#231;aise command&#233; par le g&#233;n&#233;ral Frossard fut battu par les Prussiens. Celle de Sedan (1-2 septembre) marqua la d&#233;faite finale des arm&#233;es de Napol&#233;on III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;113 Apr&#232;s la constitution de la Conf&#233;d&#233;ration de l'Allemagne du Nord sous l'&#233;gide de la Prusse en 1867, le syst&#232;me militaire prussien fut &#233;tendu &#233;galement au Grand-Duch&#233; de Hesse-Darmstadt qui adh&#233;ra &#224; la Conf&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;114 Engels utilise le terme difficilement traduisible &#171; Kamaschenritterei &#187; que l'on trouve chez Heine : &#171; Le moyen &#226;ge, le vrai moyen &#226;ge tel qu'il a &#233;t&#233;, je veux bien l'accepter ; mais d&#233;livre-nous de ce r&#233;gime b&#226;tard, de cette chevalerie en uniforme prussien [Kamaschenritterei], hideux m&#233;lange de superstition gothique et de moderne mensonge, qui n'est ni chair ni poisson. Chasse-moi cet attirail de com&#233;diens, chasse les de ces tr&#233;teaux o&#249; l'on parodie le pass&#233;. Viens, viens, empereur Barberousse ! &#187; (Cf. H. Heine, Allemagne, un conte d'hiver).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;115 Chevaux de 3 et 4 ans n&#233;cessaires au remplacement des animaux mis au rebut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;116 Engels fait allusion &#224; son service militaire, en 1841-1842.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;117 Lanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;118 Dans ces V et VIe parties de l'article, Engels donne une appr&#233;ciation synth&#233;-tique de la situation militaire, &#233;conomique et sociale de la Russie au moment o&#249; d&#233;cline le spectre d'une guerre d&#233;clench&#233;e par le tsarisme aux abois. Un autre int&#233;r&#234;t de ces chapitres consiste dans la mention d'un cas de figure ex-tr&#234;me : celui d'une guerre dans laquelle une puissance condamn&#233;e se lance-rait de fa&#231;on d&#233;sesp&#233;r&#233;e. D'autre part, Engels fait ici une int&#233;ressante com-paraison des potentiels et positions militaires respectives de la Russie et de l'Allemagne, dont les conclusions seront elles-aussi pleinement confirm&#233;es de 1914 &#224; 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;119 Agents de l'&#201;tat tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;120 Voici encore comment Engels juge cette d&#233;mission de la bourgeoisie fran&#231;aise vis-&#224;-vis de la Russie tsariste, dont les finances se trouvent &#171; dans un &#233;tat de ruine qui rappelle celui de la France de 1788 &#187; : &#171; si le public &#224; l'Ouest ne veut plus continuer &#224; lui ouvrir sa bourse, il ne lui reste que trois solutions : 1- la banqueroute, 2- la convocation de l'Assembl&#233;e nationale pour faire adopter un nouvel emprunt, qui pourrait ensuite avoir en Europe occidentale une perspective de succ&#232;s, 3- la guerre de d&#233;sespoir &#8211; et pour ce dernier cas on a besoin de la France ; &#224; peine la guerre est-elle d&#233;clar&#233;e et l'arm&#233;e fran&#231;aise entr&#233;e en action, qu'il y a &#224; parier 10 contre 1 que le tsar s'entendra avec Guillaume et Fran&#231;ois-Joseph, qui le rejoindront rapidement, et que la belle France devra payer les frais du banquet de r&#233;conciliation &#187; (cf. Engels, brouillon de lettre &#224; Charles Bonnier, mi-octobre 1892).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;121 Dans le Vorw&#228;rts, n&#176; 58 du 9 mars 1893, ce passage a &#233;t&#233; supprim&#233; par crainte de &#171; la pratique judiciaire qui bien souvent voit dans l'information objective de faits &#233;nonc&#233;s pour pr&#233;venir un &#233;v&#233;nement ( ? !), l'intention de provoquer de tels faits &#187;. On jugera au ton d'Engels &#224; quel point celui-ci est soucieux de prot&#233;ger des balles perdues les sup&#233;rieurs ha&#239;s des soldats&#8230; Si le texte complet n'a pu para&#238;tre dans le journal, du fait de la bien intention-n&#233;e r&#233;daction du Vorw&#228;rts, il a finalement &#233;t&#233; imprim&#233; tout de m&#234;me dans un tirage &#224; part. Le pire dans l'autocensure, c'est qu'elle en rajoute le plus souvent sur celle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;122 La bataille d'I&#233;na du 14 octobre 1806 entre l'arm&#233;e fran&#231;aise de Napol&#233;on Ier et les troupes prussiennes s'est termin&#233;e par la d&#233;faite totale de ces derni&#232;res et a men&#233; &#224; la capitulation de la Prusse. Engels saluait dans cette &#171; date glorieuse &#187; l'effondrement de la vieille Prusse f&#233;odale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;123 Comme on le voit, la responsabilit&#233; dans la pr&#233;vention de la guerre europ&#233;enne &#224; venir repose essentiellement sur les gouvernements de ces deux pays. Engels note, deux ans seulement apr&#232;s cet &#233;crit, que l'adoption du pro-jet social-d&#233;mocrate par les gouvernements fran&#231;ais et allemand est d&#233;j&#224; grandement probl&#233;matique : &#171; Si la France et l'Allemagne s'entendaient pour transformer progressivement leurs arm&#233;es en troupes de milice ayant le m&#234;me temps d'exercice, l'affaire serait pli&#233;e &#187; car les autres pays suivraient. &#171; Mais du fait de leurs relations int&#233;rieures, ni la France ni l'Allemagne ne peuvent se le permettre, et m&#234;me si elles le pouvaient, cela ne marcherait pas &#224; cause de l'Alsace-Lorraine. Et c'est pour cela qu'&#233;choue toute cette histoire de milice &#187; (lettre &#224; Kautsky, 25 mars 1895). Sa d&#233;monstration minutieuse de la possibilit&#233; de mesures allant dans ce sens (dans le contexte d'alors) n'en a qu'une valeur plus grande, car elle permet la d&#233;nonciation et la lutte pied &#224; pied contre le militarisme grandissant, et pousse le prol&#233;tariat &#224; prendre le pouvoir afin de conjurer la catastrophe &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si, sur le plan bourgeois, l'arm&#233;e de milice ne peut plus &#234;tre r&#233;alis&#233;e, c'est seulement une milice prol&#233;tarienne qui pourra &#234;tre substitu&#233;e aux arm&#233;es permanentes, comme l'exp&#233;rience historique de la Commune de Paris l'a concr&#232;tement montr&#233; (cf. l'&#233;tude en Annexe au pr&#233;sent recueil). Dans la guerre de 1914, L&#233;nine faisait remarquer &#224; Rosa Luxemburg (Junius) com-bien il &#233;tait erron&#233; et d&#233;pass&#233; de continuer &#224; r&#233;clamer du pouvoir bourgeois l'organisation en milice &#8211; comme si la pr&#233;tendue d&#233;fense nationale n'&#233;tait alors autre chose que la couverture des m&#233;faits imp&#233;rialistes. Toute l'histoire ult&#233;rieure a prouv&#233; &#224; quel point les &#201;tats constitu&#233;s se sont &#233;loign&#233;s du principe d'une arm&#233;e populaire au profit du renforcement de l'arm&#233;e de m&#233;tier, en fait, la plus appropri&#233;e pour la guerre civile &#8211; ce qui explique aussi, &#224; c&#244;t&#233; d'elle, la pr&#233;sence de toutes sortes de bandes arm&#233;es para-l&#233;gales, des escadrons fascistes aux multiples polices priv&#233;es : autrement dit, de milices bourgeoises et sous-bourgeoises. Comme L&#233;nine le souligne avec force, l'alternative qui se pose est entre milice prol&#233;tarienne et milice bourgeoise, cependant que dans les rangs de l'arm&#233;e officielle l'heure est au d&#233;faitisme int&#233;gral (voir par exemple le Programme militaire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, septembre 1916, in &#338;uvres, t. 23, p. 93-94).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;124 Marx d&#233;clarait, en septembre 1850, que ses adversaires au sein de la Ligue des communistes mettaient &#171; &#224; la place de la conception critique&#8230; une conception dogmatique, et &#224; la place de la conception mat&#233;rialiste, une conception id&#233;aliste : au lieu de la situation r&#233;elle, c'est la simple volont&#233; qui devient la force motrice de la r&#233;volution &#187;. Et il poursuivait : &#171; Nous, nous disons aux ouvriers : vous avez &#224; traverser 15, 20, 50 ans de guerres civiles et de luttes internationales, non seulement pour changer la situation existante, mais pour vous changer vous-m&#234;mes et vous rendre aptes au pouvoir politique &#187;. C f. K. Marx, R&#233;v&#233;lations sur le proc&#232;s des communistes de Cologne (octobre 1852). Selon l'expression de Marx, il ne s'agit pas &#171; d'une r&#233;volution au souffle court &#187;, puisque celle-ci embrasse et relie des g&#233;n&#233;rations enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;125 Cf. la lettre &#224; Bebel des 24-26 octobre 1891, reproduite ci-dessus dans la 3e partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;126 Voici une derni&#232;re petite citation au sujet des possibles d&#233;calages chronologiques dans la pr&#233;vision marxiste de guerre et r&#233;volution : &#171; Le marxisme donne en effet les combinaisons des num&#233;ros sans&#8230; la date de leur extraction &#224; la roue de l'histoire : ce serait tr&#232;s commode pour le jeu des opportunistes et des carri&#233;ristes qui aiment miser sur le vainqueur avant qu'ils ne soient crev&#233;s ou d&#233;cr&#233;pits, tandis que le r&#233;volutionnaire ne demande pas comme carte un billet de loterie &#187; Cf. Olympiades de l'amn&#233;sie, in Battaglia comunista, 16/1952. Cet article commentait par ces mots le &#171; retard &#187; dans la r&#233;alisation de la pr&#233;vision de Marx, en 1870, de la guerre russo-allemande qui ne se produisit que 44 ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;127 Cf. Engels &#224; Paul Lafargue, 2 septembre 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au congr&#232;s de Bruxelles de l'Internationale socialiste d'ao&#251;t 1891, le socialiste hollandais Domela Nieuwenhuis avait propos&#233; une r&#233;solution visant &#224; r&#233;pondre par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; toute d&#233;claration de guerre. Celle-ci fut rejet&#233;e par une forte majorit&#233; qui adopta un appel &#224; combattre tous les buts et alliances de guerre des classes dominantes. L&#8216;&#233;valuation marxiste est &#224; l'oppos&#233; du pacifisme &#8211; m&#234;me quand elle consid&#232;re le maintien de la paix pr&#233;f&#233;rable &#224; certains moments &#8211; car elle n'envisage comme v&#233;ritable alter-native &#224; la guerre que la r&#233;volution, que celle-ci se produise avant que la guerre n'ait pu commencer, pendant, ou &#224; la fin, dans une situation de d&#233;faite. En tout &#233;tat de cause, lorsque la guerre &#233;clate, les r&#233;volutionnaires ne pr&#233;conisent pas une impossible abstention, mais appellent le prol&#233;tariat &#224; utiliser les armes dans le sens de leurs int&#233;r&#234;ts de classe &#8211; soit, dans une phase de moindre maturit&#233;, pour mener la guerre r&#233;volutionnaire (1793), soit pour renverser d'abord leur propre bourgeoisie dans la guerre civile, lorsque prol&#233;tariat et classe capitaliste se font face frontalement (1871).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels commente ainsi la mise en &#233;chec de la proposition hollandaise : &#171; Vous parlez d'&#233;viter la guerre, et vous vous flattez d'avoir vot&#233; pour Domela &#8211; avec le plan duquel tous les partis socialistes d'Europe seraient ruin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est tr&#232;s beau de dire que l'on doit emp&#234;cher la guerre de quelque c&#244;t&#233; qu'elle menace. Mais pourquoi se faire des illusions ? Les socialistes fran&#231;ais ont-ils donc un moyen d'emp&#234;cher le jeune Guillaume de d&#233;clarer la guerre dans un moment de folie ? Les socialistes allemands pourraient-ils donc interdire &#224; un Carnot ou &#224; un cabinet patriotique de commettre la m&#234;me b&#234;tise ? Si encore le vrai danger venait de Guillaume ou des revanchistes de boulevard ! Mais c'est le gouvernement russe qui fait danser ces marionnettes et qui inspire aux uns des espoirs, et aux autres la peur. Emp&#234;chez-le donc de provoquer la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la guerre &#233;clate, ceux qui subiront une d&#233;faite auront la possibilit&#233; et le devoir d'accomplir la r&#233;volution &#8211; voil&#224; tout &#187; (brouillon de lettre &#224; Charles Bonnier, 24 octobre 1892).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;128 Il n'y avait pas eu en effet de crise v&#233;ritable en Angleterre depuis 1868, mais cela signifiait en fait qu'une grande crise g&#233;n&#233;rale se pr&#233;parait pour la fin de si&#232;cle (cf. ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;129 Cf. Engels &#224; Laura Lafargue, 5 d&#233;cembre 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;130 Une collaboration de ce type de la part des deux pays a &#233;t&#233; pr&#233;vue de longue date par le marxisme, comme Engels le rappelle au m&#234;me Lafargue (lettre du 2 juin 1894) : &#171; la tradition r&#233;volutionnaire de la France et de sa capitale, le caract&#232;re de votre arm&#233;e, qui depuis 1870 a &#233;t&#233; r&#233;organis&#233;e sur une base bien plus populaire, tout cela rend possible l'&#233;ventualit&#233; &#187; que les premi&#232;res victoires du socialisme soient obtenues en France. &#171; Mais pour assurer la victoire, pour faire tomber les bases de la soci&#233;t&#233; capitaliste, vous aurez be-soin du soutien actif d'un parti socialiste, plus fort, plus nombreux, plus &#233;prouv&#233;, plus conscient que celui dont vous disposez. Ce serait l'accomplissement de ce que nous avons pr&#233;vu et pr&#233;dit depuis de nombreuses ann&#233;es : les Fran&#231;ais donnent le signal, ouvrent le feu, et les Allemands d&#233;cident la bataille &#187;. Car &#171; en Allemagne, il existe un corps de bataille soli-de dont l'action d&#233;cidera de la lutte &#187; (l'indispensable Parti).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;131 Cf. Engels &#224; Paul Lafargue, 27 juin 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;132 C'est donc &#224; l'Angleterre que reviendra finalement le r&#244;le d&#233;cisif pour la victoire du socialisme en Europe ; cette conclusion d&#233;coule de la fonction &#233;conomique de ce pays &#224; la fin du 19e si&#232;cle, alors que son monopole industriel est d&#233;j&#224; &#233;branl&#233;, ce qui pr&#233;sage du retour de sa classe ouvri&#232;re &#224; une position r&#233;volutionnaire et de l'effondrement du capitalisme tout entier : &#171; Mais &#224; mon avis, le d&#233;clin de l'industrie anglaise co&#239;ncide avec la d&#233;gringolade de la production capitaliste en g&#233;n&#233;ral. S'il est presque hors de doute que l'Allemagne constitue le terrain o&#249; le combat sera men&#233; &#224; fond, la d&#233;cision tombera cependant vraisemblablement en Angleterre &#187; (cf. lettre &#224; Conrad Schmidt, 9 d&#233;cembre 1889).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui concerne la renaissance des capacit&#233;s r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat anglais &#8211; qui ne pouvait venir que de la perte du monopole industriel et commercial britannique et de l'entr&#233;e en sc&#232;ne de nouvelles et importantes couches ouvri&#232;res non aristocratis&#233;es &#8211; nous renvoyons &#224; la lecture de l'important article d'Engels : Angleterre 1845-1885 (trad. fr. in Marx-Engels, le Syndicalisme, t. 1, p. 185-193). Malgr&#233; l'apparente disparition du socialisme dans ce pays, apr&#232;s la brillante phase initiale de l'owenisme et du chartisme, on pouvait rester confiant dans les capacit&#233;s de ce grand prol&#233;tariat &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel, le moment venu : &#171; Ici [en Angleterre], un socialisme instinctif s'empare des masses, un socialisme qui r&#233;pugne heureuse-ment encore &#224; &#234;tre formul&#233; de fa&#231;on d&#233;finie, selon le dogme de telle ou telle organisation socialiste, et qui le sera donc d'autant plus facilement &#224; partir d'un &#233;v&#233;nement d&#233;cisif. Il suffit que cela d&#233;marre quelque part, et les bourgeois seront &#233;tonn&#233;s du socialisme cach&#233; qui fera ensuite &#233;ruption et de-viendra manifeste &#187; (cf. Engels &#224; F. A. Sorge, 22 f&#233;vrier 1888).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;133 Cf. Engels &#224; August Bebel, 12 octobre 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;134 Dans sa lettre du 11 octobre &#224; Victor Adler, Engels pr&#233;cise ce m&#234;me parall&#232;le historique : &#171; La situation europ&#233;enne &#8211; je veux dire la situation int&#233;rieure des diff&#233;rents &#201;tats &#8211; se rapproche maintenant toujours plus de celle de 1845. Le prol&#233;tariat occupe de plus en plus la position qui &#233;tait alors celle de la bourgeoisie&#8230; Aujourd'hui, la Belgique semble vouloir reprendre le r&#244;le de la Suisse, l'Autriche celui de l'Italie, et l'Allemagne celui de la France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'hypoth&#232;se la plus favorable, celle d'une Allemagne qui prendrait la t&#234;te de la r&#233;volution internationale, repose en outre sur une large &#233;valuation historique qui part de la R&#233;forme et de la grande Guerre des Paysans de 1525 : &#171; Il y a pr&#232;s de quatre si&#232;cles, l'Allemagne fut le point de d&#233;part du premier soul&#232;vement de la bourgeoisie europ&#233;enne ; au point o&#249; en sont les choses, serait-il impossible que l'Allemagne soit encore le th&#233;&#226;tre de la premi&#232;re grande victoire du prol&#233;tariat europ&#233;en ? &#187; (cf. Introduction de 1892 &#224; Socialisme utopique et socialisme scientifique, Ed. sociales, p. 58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;135 Cf. Engels &#224; Pablo Iglesias, 26 mars 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;136 Cf. Engels &#224; Edouard Vaillant, 5 mars 1895.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels ach&#232;ve son tour d'horizon sur la situation internationale &#224; la fin de sa vie sur la perspective de la r&#233;volution, qui est la solution socialiste &#224; la crise universelle du capitalisme, solution qui s'oppose &#8211; si tout se passe bien dans le camp ouvrier socialiste &#8211; &#224; l'alternative bourgeoise de la guerre de destruction et de carnage imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;137 Cf. Engels &#224; Florence Kelley-Wischnewetsky, 3 juin 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;138 Cf. Engels, Sur certaines particularit&#233;s de l'&#233;volution &#233;conomique et politique de l'Angleterre (12 septembre 1892).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;139 Cf. Engels, L'&#233;lection pr&#233;sidentielle am&#233;ricaine, in Vorw&#228;rts, 16 novembre 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Fatum en latin, heimarm&#233;n&#232; en grec, signifient destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;140 L'article de 1888 en question est Protectionnisme et libre-&#233;change (pr&#233;face &#224; l'&#233;dition am&#233;ricaine du &#171; Discours sur la question du libre-&#233;change &#187; de Karl Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;141 Sur le front de la guerre &#233;conomique, le g&#233;n&#233;ral Engels se montre carr&#233;ment d&#233;faitiste : ce n'est pas des bonnes affaires de sa propre bourgeoisie que le prol&#233;tariat doit attendre une am&#233;lioration de ses conditions de lutte, bien au contraire, puisque c'est la crise provoqu&#233;e par la concurrence ext&#233;rieure qui a caus&#233; le revirement des ouvriers du Lancashire. Voil&#224; ce qu'il dit au sujet de l'&#233;volution de la position de ces ouvriers sur la question majeure de la lutte syndicale pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail : &#171; les travailleurs du textile, qui constituaient l'an dernier encore la masse des adversaires des 8 heures, se sont pourtant d&#233;clar&#233;s maintenant en masse en faveur des 8 heures par suite de la mauvaise p&#233;riode de travail. La semaine derni&#232;re, tout le Lancashire a vot&#233; dans tous les districts, le plus souvent &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, pour 8 heures au lieu de 10. Bref, les choses avancent ici aussi merveilleusement, et l'an prochain non seulement l'Autriche et la France mais aussi l'Angleterre marcheront derri&#232;re l'Allemagne, et cela agira bien aussi enfin sur vos Anglo-am&#233;ricains avec l'effet qu'il se doit, notamment si votre milice tire encore un peu, de fa&#231;on &#224; faire perdre aux gens du grand pays r&#233;publicain un peu de leur superbe &#187; (lettre &#224; F. A. Sorge, 23 ao&#251;t 1892).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;142 Il s'agit de l'article intitul&#233; L'industrie textile am&#233;ricaine sur le march&#233; chinois (Die Neue Zeit, n&#176;2, 11e ann&#233;e, 1892-93). Les donn&#233;es &#233;voqu&#233;es ici concernent la concurrence des produits anglais et am&#233;ricains sur le march&#233; chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;143 Engels n'a de cesse de souligner que la fin de l'h&#233;g&#233;monie industrielle an-glaise (qui sonne le glas de son aristocratie ouvri&#232;re) est la condition indispensable de la r&#233;volution socialiste en Angleterre &#8211; et donc, comme nous l'avons vu, de son succ&#232;s d&#233;finitif en Europe. Dans la pr&#233;vision marxiste sur l'avenir de l'Europe, l'Am&#233;rique &#233;tait ainsi appel&#233;e &#224; jouer au plan &#233;conomique un r&#244;le d&#233;clencheur parall&#232;le &#224; celui que la Russie devait endosser au plan politique avec la chute du tsarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notons par ailleurs que, pour les m&#234;mes raisons fondamentales et dans certaines conditions, le marxisme est dispos&#233; &#224; reconna&#238;tre certaines vertus au protectionnisme douanier : &#171; Ce que tu dis du rapide progr&#232;s industriel de l'Autriche et de la Hongrie m'a &#233;norm&#233;ment r&#233;joui. C'est la seule base solide pour le progr&#232;s de notre mouvement, et c'est aussi le seul bon c&#244;t&#233; du syst&#232;me de protectionnisme douanier &#8211; du moins pour la plupart des pays continentaux et pour l'Am&#233;rique. Ainsi seront artificiellement cultiv&#233;s une grande industrie, de grands capitalistes et de grandes masses de prol&#233;taires, alors que la centralisation du capital sera acc&#233;l&#233;r&#233;e et les couches moyennes seront d&#233;truites&#8230; En &#233;levant le niveau de votre industrie, vous faites beau-coup pour l'Angleterre ; plus vite sa domination du march&#233; mondial sera totalement an&#233;antie, plus t&#244;t les ouvriers y parviendront au pouvoir &#187; (Cf. Engels &#224; Victor Adler, 30 ao&#251;t 1892).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;144 Cf. Engels &#224; N. F. Danielson, 24 f&#233;vrier 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;145 Cf. Engels &#224; Laura Lafargue, septembre 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les passages mis en majuscules dans tout ce chapitre l'ont &#233;t&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les principaux &#233;crits de Marx et Engels au sujet de la Chine, et de sa place dans la perspective de la r&#233;volution anticapitaliste mondiale, ont &#233;t&#233; recueillis dans : Marx-Engels, la Chine, Ed. 10/18 (1973). Dans une lettre &#224; Engels du 8 octobre 1858, Marx s'inqui&#233;tait du terrible probl&#232;me suivant : &#171; La question difficile &#224; r&#233;soudre pour nous est la suivante : SUR LE CONTINENT, LA R&#201;VOLUTION EST IMMINENTE ET PRENDRA AUSSITOT UN CARACT&#200;RE SOCIALISTE, MAIS NE SERA-T-ELLE PAS &#201;TOUFF&#201;E DANS CE PETIT COIN DU MONDE, PUISQUE, SUR UN TERRAIN BEAUCOUP PLUS VASTE, LE MOUVEMENT DE LA SOCI&#201;T&#201; BOURGEOISE EST ENCORE ASCENDANT ?... La cause essentielle de la faiblesse [du march&#233; chinois] semble &#234;tre le commerce de l'opium auquel continue de se limiter en fait tout l'accroissement du commerce d'exportation vers la Chine, mais aussi l'organisation &#233;conomique int&#233;rieure du pays, son agriculture minuscule, etc. qu'il faudra UN TEMPS &#201;NORME POUR ABATTRE. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La raison de la grande difficult&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par Marx, c'est que le capitalisme est un stade certes transitoire mais absolument n&#233;cessaire dans l'histoire, et qu'il l'emporte sur toutes les autres formes de production &#8211; y compris celle que le prol&#233;tariat tente d'introduire &#8211; tant qu'il est r&#233;volutionnaire et progressif. La cause, en derni&#232;re instance, des &#233;checs successifs de la r&#233;volution ouvri&#232;re depuis 1848 en Europe, c'est que le capitalisme avait encore un terrain d'expansion formidable, sinon en Europe et en Am&#233;rique m&#234;mes, du moins dans les continents de couleur. Le capitalisme est indispensable au point que l&#224; o&#249; il est &#224; peine d&#233;velopp&#233;, voire inexistant, c'est le prol&#233;tariat lui-m&#234;me qui doit prendre sur lui le fardeau de l'&#233;difier. Et il est bien difficile alors d'emp&#234;cher, si ce pays est isol&#233;, que l'&#233;conomie capitaliste n'imprime &#224; la fin son sceau aux superstructures de l'&#201;tat et de l'id&#233;ologie &#8211; comme la Russie sovi&#233;tique en a fait l'am&#232;re exp&#233;rience. Un capitalisme amplement d&#233;velopp&#233; est la base mat&#233;rielle compl&#232;te du socialisme, et le passage sera ais&#233;, au plan &#233;conomique, si le prol&#233;tariat parvient &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce &#224; quoi les vieux pays capitalistes opposent la plus forte r&#233;sistance, en s'appuyant pour cela sur leur domination imp&#233;rialiste du reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;146 C'est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat que pr&#233;voyait Marx du fait des exportations massives de capitaux britanniques dans le monde : &#171; L'aspect vraiment inqui&#233;tant pour l'Angleterre (&#8230;) est qu'elle a manifestement le plus grand mal &#224; trouver chez elle un champ d'utilisation suffisant pour son &#233;norme capital ; qu'elle doit en cons&#233;quence le pr&#234;ter sur une &#233;chelle croissante, et semblable en cela &#224; la Hollande, Venise et G&#234;nes &#224; l'&#233;poque de leur d&#233;clin, forger elle-m&#234;me les armes de ses concurrents (&#8230;) En &#233;tant oblig&#233;e d'accorder de larges cr&#233;dits aux pays industriels &#233;trangers, comme le continent europ&#233;en, elle avance elle-m&#234;me &#224; ses rivaux industriels les moyens de lui faire concurrence pour les mati&#232;res premi&#232;res, et contribue donc elle-m&#234;me au rench&#233;rissement des mat&#233;riaux utilis&#233;s par ses propres fabriques. La faible marge de profit laiss&#233;e au fabricant britannique, encore r&#233;duite par la n&#233;cessit&#233; constante, pour un pays dont l'existence m&#234;me est li&#233;e &#224; la situation de monopole qui en fait l'atelier du monde, de vendre constamment moins cher que le reste du monde, est alors compens&#233;e par la r&#233;duction des salaires des classes travailleuses et par la cr&#233;ation &#224; l'int&#233;rieur de la mis&#232;re sur une &#233;chelle rapidement croissante &#187; (cf. Le Commerce britannique, in New York Daily Tribune, 03-02-1858, traduction fran&#231;aise dans Programme communiste, n&#176;64, octobre 1974, p.57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;147 Cf. Engels &#224; K. Kautsky, 22 septembre. 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;148 Cf. Engels &#224; Fr. A. Sorge, 10 novembre 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut rappeler enfin ce que disait Engels &#224; propos de l'attitude du prol&#233;tariat vis-&#224;-vis des peuples de couleur colonis&#233;s, encore pr&#233;capitalistes, dans la phase postr&#233;volutionnaire : ceux-ci devraient &#234;tre &#171; conduits le plus vite possible &#224; l'ind&#233;pendance &#187;, puis &#171; une fois l'Europe r&#233;organis&#233;e, ainsi que l'Am&#233;rique du Nord, cela donnera une si forte impulsion et un tel exemple que les pays &#224; demi civilis&#233;s suivront d'eux-m&#234;mes notre sillage ; rien que les besoins &#233;conomiques y pourvoiront d&#233;j&#224;. Les phases &#233;conomiques que ces pays auront &#224; franchir ensuite, avant d'atteindre &#224; leur tour l'organisation socialiste, ne peuvent selon moi que faire l'objet d'hypoth&#232;ses assez vaines. Une seule chose est s&#251;re : le prol&#233;tariat victorieux ne peut imposer le bonheur &#224; aucun peuple &#233;tranger sans compromettre sa propre victoire. Bien entendu, cela n'exclut nullement les guerres d&#233;fensives de divers genres &#187; (cf. lettre &#224; K. Kautsky, 12 septembre 1882).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il y a un invariant particuli&#232;rement puissant dans la grande perspective historique marxiste, c'est bien celui de la lutte pour &#233;viter au maximum le passage de pans entiers de l'humanit&#233; par les affres de l'accumulation capitaliste de richesse et de mis&#232;re croissantes, ce qui n'est possible qu'&#224; certaines conditions internationales (cf. les &#233;tudes de Marx sur le mir, la commune russe). L'Internationale communiste de 1920 lan&#231;ait ainsi, dans les th&#232;ses pr&#233;sent&#233;es par le communiste indien M.N. Roy, cet appel vibrant : &#171; La r&#233;volution dans les colonies, dans son premier temps ne peut certes pas &#234;tre une r&#233;volution communiste, mais si d&#232;s son d&#233;but la direction est aux mains d'une avant-garde communiste, les masses ne seront pas &#233;gar&#233;es et dans les diff&#233;rentes p&#233;riodes du mouvement leur exp&#233;rience r&#233;volutionnaire ne fera que grandir&#8230; La direction de la r&#233;volution ne doit pas &#234;tre abandonn&#233;e &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise. Le parti prol&#233;tarien doit au contraire d&#233;velopper une propagande puissante et syst&#233;matique en faveur des soviets et organiser des soviets de paysans et d'ouvriers qui devront travailler en &#233;troite collaboration avec les r&#233;publiques sovi&#233;tiques des pays capitalistes avanc&#233;s pour atteindre la victoire finale sur le capitalisme dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, les masses des pays arri&#233;r&#233;s, conduites par le prol&#233;tariat conscient des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, arriveront au communisme sans passer par les diff&#233;rents stades du d&#233;veloppement capitaliste &#187; (cf. Th&#232;ses suppl&#233;mentaires sur les questions nationale et coloniale, au 2e Congr&#232;s de l'IC &#8211; soulign&#233; par nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;149 Extraits de textes de Marx-Engels sur la Commune de Paris. Ces passages, tir&#233;s essentiellement des deux Ebauches de Marx pour la fameuse Adresse du Conseil G&#233;n&#233;ral de l'AIT de mai 1871 (la Guerre civile en France), montrent de fa&#231;on lumineuse comment la tactique prol&#233;tarienne radicale de la guerre civile face &#224; la guerre bourgeoise a &#233;t&#233; impos&#233;e par les faits eux-m&#234;mes ; Marx, tenant la plume pour l'Internationale ouvri&#232;re, a imm&#233;diatement tir&#233; de cette exp&#233;rience vivante la th&#233;orie pour les guerres ult&#233;rieures entre &#201;tats purement bourgeois, et donc pour toutes les guerres imp&#233;rialistes &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme il l'&#233;crit avant m&#234;me l'&#233;crasement des insurg&#233;s : &#171; Gr&#226;ce au combat livr&#233; par Paris, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la classe capitaliste et son &#201;tat est entr&#233;e dans une phase nouvelle. Mais de quelque fa&#231;on que les choses tournent dans l'imm&#233;diat, un nouveau point de d&#233;part d'une importance historique mondiale est acquis &#187; (lettre &#224; Kugelmann du 17 avril 1871).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;150 Cf. K. Marx, Discours &#224; l'occasion du 7e anniversaire de la Premi&#232;re Inter-nationale, 25 septembre 1871, in MEW 17, p. 433.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;151 Si la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat est forc&#233;ment nationale par la forme, dans la mesure o&#249; celui-ci doit d'abord combattre sa propre bourgeoisie et en finir avec elle en conqu&#233;rant le pouvoir d'&#201;tat qui est organis&#233; &#224; cette &#233;chelle, la r&#233;volution communiste est par nature internationale, tout comme le prol&#233;tariat, et cela s'exprime dans son parti qui doit diriger la dictature &#171; nationale &#187; en la subordonnant &#224; la strat&#233;gie internationale &#8211; y com-pris et surtout sur le plan militaire. Comme il ressort des &#233;crits de Marx-Engels sur la Commune, l'art militaire prol&#233;tarien vise avant tout &#224; l'&#233;clatement de la lutte de classes &#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats bourgeois adverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#233;nine explique ainsi la c&#233;l&#232;bre phrase du Manifeste, &#171; l'ouvrier n'a pas de patrie &#187; : &#171; a) sa situation &#233;conomique (le salariat) n'est pas nationale, mais internationale ; b) son ennemi de classe est international ; c) les conditions de son &#233;mancipation le sont aussi ; d) l'unit&#233; internationale des travail-leurs est plus importante que l'unit&#233; nationale &#187; (lettre &#224; Inessa Armand, 20 novembre 1916). Les bourgeoisies, par contre, sont des classes nationales : si elles sont solidaires en tant que classe (comme ici, face &#224; la Commune), elles sont aussi ennemies en tant que nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;152 Cf. K. Marx, Seconde &#201;bauche de &#8220;la Guerre civile en France&#8220;, in Werke, t. 17, p. 595.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;153 Cf. K. Marx, Premi&#232;re &#201;bauche de &#8220;la Guerre civile en France&#8220;, in Werke, t. 17, p. 537-538.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;154 R&#233;publicain bourgeois, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res du gouvernement de la d&#233;fense nationale, &#224; partir de septembre 1870, puis du gouvernement de Thiers, et &#224; ce titre, n&#233;gociateur des conditions de la capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;155 Seconde Ebauche, p. 582-584 (D&#233;but de la guerre civile.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;156 Le gouvernement Thiers avait pr&#233;par&#233; un emprunt pour obtenir une &#8220;provision&#8221; de plus de 300 millions. Thiers reconnut que les milieux financiers avec lesquels il avait n&#233;goci&#233; cet emprunt avaient exig&#233; que l'on commen&#231;&#226;t &#224; &#171; pacifier &#187; le peuple de Paris. Ce n'est qu'apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune que la loi sur l'emprunt d'&#201;tat fut adopt&#233;e. Rappelons que, de son c&#244;t&#233;, Bismarck avait impos&#233; &#224; Paris une ran&#231;on de 200 millions de francs payable aux Prussiens dans les 15 jours, selon la Convention d'armistice et de la capitulation de Paris du 28-1-1871, sign&#233;e par J. Favre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;157 Voici les &#233;v&#233;nements relat&#233;s de la main de Marx : &#171; Le 18 mars, &#224; 3 h. du matin, les agents de police et divers bataillons de ligne &#233;taient &#224; Montmartre, Belleville et La Villette pour prendre &#224; l'improviste les gardiens de l'artillerie et leur arracher de force leurs canons. La Garde nationale r&#233;sista, les soldats de la ligne lev&#232;rent la crosse en l'air (Fr.), malgr&#233; les menaces et les ordres du g&#233;n&#233;ral Lecomte que ses soldats fusill&#232;rent le m&#234;me jour et en m&#234;me temps que [le g&#233;n&#233;ral] Cl&#233;ment Thomas. Les troupes de la ligne mirent leurs crosses en l'air et fraternis&#232;rent avec les insurg&#233;s &#187; (Premi&#232;re Ebauche, p. 566).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La fraternisation entre les soldats et le peuple avait &#233;t&#233; activement pr&#233;pa-r&#233;e puisque, le 11 mars, une Affiche rouge adress&#233;e aux soldats avait &#233;t&#233; placard&#233;e partout au nom des d&#233;l&#233;gu&#233;s de la garde nationale : &#171; Il y a &#224; Paris 300.000 gardes nationaux, et cependant on y fait entrer des troupes que l'on cherche &#224; tromper sur l'esprit de la population parisienne. Les hommes qui ont organis&#233; la d&#233;faite, d&#233;membr&#233; la France, livr&#233; tout notre or, veulent &#233;chapper &#224; la responsabilit&#233; qu'ils ont assum&#233;e, en suscitant la guerre civile. Ils comptent que vous serez les dociles instruments du crime qu'ils m&#233;ditent. &#187; &#171; Que veut le peuple de Paris ? Il veut conserver ses armes, choisir lui-m&#234;me ses chefs, et les r&#233;voquer quand il n'a plus confiance en eux. Il veut que l'arm&#233;e soit renvoy&#233;e dans ses foyers &#187; (cit&#233; par Marx dans ses Ex-traits de presse, dans la Guerre civile en France, Ed. soc. 1953, p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;158 &#171; Depuis ce moment-l&#224;, la Garde nationale organisa la r&#233;sistance (contre le gouvernement des usurpateurs). Sur 260 bataillons, 215 &#8211; depuis les soldats aux officiers &#8211; ont constitu&#233; un Comit&#233; Central. Chaque compagnie a choisi un d&#233;l&#233;gu&#233;, les d&#233;l&#233;gu&#233;s ont form&#233; des sous-comit&#233;s d'arrondissement ou de quartier, qui ont &#233;lu ensuite le Comit&#233; Central... Aucun des hommes du Comit&#233; Central n'est c&#233;l&#232;bre ; il n'y a pas parmi eux de F&#233;lix Pyat et individus de son esp&#232;ce, mais ses hommes sont bien connus de la classe ouvri&#232;re. Quatre membres de l'Internationale font partie du Comit&#233; &#187;. Cf. Engels, Ex-pos&#233; sur la r&#233;volution du 18 mars &#224; la r&#233;union du Conseil g&#233;n&#233;ral de la 1&#232;re Internationale du 21 mars 1871, in Marx-Engels, la Commune de Paris, Ed. 10/18, p. 118-120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;159 Cf. K. Marx, Premi&#232;re &#201;bauche, in Werke, t. 17, p. 538.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce sch&#233;ma d'organisation du nouveau pouvoir prol&#233;tarien, &#224; partir d'une base militaire propre, &#233;tait tout &#224; fait conforme aux besoins de la r&#233;volution. L'une des critiques adress&#233;es par Marx aux dirigeants du mouvement fut de se d&#233;faire trop vite, par scrupule d&#233;mocratique, de l'organe pr&#233;cieux qu'&#233;tait le Comit&#233; central de la Garde nationale, en proc&#233;dant &#224; des &#233;lections alors qu'il aurait fallu une d&#233;cision rapide afin de prendre l'offensive et de foncer sur Versailles (cf. lettres &#224; W. Liebknecht du 6 avril et &#224; Kugelmann du 12 avril 1871).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans toutes les r&#233;volutions du prol&#233;tariat, une force de classe s'organise n&#233;cessairement sur le plan militaire (conseils de soldats, comme en Russie en 1917, en Allemagne en 1918, etc.) et joue un r&#244;le d&#233;terminant dans la prise du pouvoir politique, lequel est organis&#233; territorialement. C'est &#224; ce niveau, et non &#224; celui des entreprises, dont le r&#233;seau copie strictement l'organisation du mode de production capitaliste avec ses divisions &#233;conomiques, que l'&#201;tat ouvrier trouve une base politique &#224; l'&#233;chelle de tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;160 Cf. K. Marx, Premi&#232;re &#201;bauche, in Werke, t. 17, p. 538-540. Trad. Fr. In La Guerre civile en France, Ed. sociales (1953) p. 209-211.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;161 &#171; Apr&#232;s chaque r&#233;volution, qui marque un progr&#232;s de la lutte des classes, le caract&#232;re purement r&#233;pressif du pouvoir d'&#201;tat appara&#238;t de fa&#231;on de plus en plus ouverte &#187; (La Guerre civile en France, p. 60-61, Ed. soc. 1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La Commune elle-m&#234;me ne devait pas marquer la fin de la lutte des classes &#8211; qui n'est possible qu'avec la disparition totale de celles-ci &#8211; mais permettre son d&#233;veloppement dans le cadre le plus rationnel et humain. Qui plus est, de violentes r&#233;actions n'&#233;taient pas &#224; exclure m&#234;me sur ce chemin : &#171; les r&#233;bellions sporadiques des anciens esclavagistes interrompraient certes momentan&#233;ment l'&#339;uvre de progr&#232;s pacifique, mais ne feraient qu'acc&#233;l&#233;rer encore le mouvement, en armant le bras de la r&#233;volution sociale &#187; (Premi&#232;re Ebauche, p. 546). La r&#233;pression des classes dominantes ne fait donc que radicaliser et pousser de plus en plus en avant le prol&#233;tariat, au lieu d'entraver durablement son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;162 Cf. K. Marx, Premi&#232;re &#201;bauche, in Werke, t. 17, p. 543-545.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;163 Le 29 mars, la Commune d&#233;cr&#232;te : &#171; 1&#176; La conscription est abolie. 2&#176; Aucune force militaire autre que la Garde nationale ne pourra &#234;tre cr&#233;&#233;e ou introduite dans Paris. 3&#176; Tous les citoyens valides font partie de la Garde nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette question essentielle de la milice prol&#233;tarienne est trait&#233;e par L&#233;nine dans la Milice prol&#233;tarienne, 3 mai 1917, in &#338;uvres, t. 24, p. 175-178, et le Programme militaire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, septembre 1916, in &#338;uvres, t. 23, p. 93-94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;164 Marx d&#233;voile ici le &#171; secret &#187; de l'efficacit&#233; supr&#234;me de l'art militaire du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire qui s'exprime en premier lieu dans le d&#233;faitisme qui d&#233;sagr&#232;ge l'appareil militaire adverse et le rend inop&#233;rant en face de la r&#233;volution. Le principe en est qu'en sabotant le militarisme dans son pays, celui o&#249; s'effectue la r&#233;volution, on sabote en m&#234;me temps le militarisme adverse. La politique militaire du prol&#233;tariat parvenu au pouvoir dans un pays, si elle vise naturellement &#224; la d&#233;fense de la r&#233;volution victorieuse, continue d'appliquer la m&#233;thode qui consiste &#224; agir sur les arri&#232;res des pays bourgeois, en y stimulant l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;165 Cf. K. Marx, Premi&#232;re &#201;bauche, in Werke, t. 17, p. 558-559.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;166 La r&#233;volution n'est pas affaire de volont&#233; ou de conviction, c'est un ph&#233;nom&#232;ne physique au milieu duquel les hommes bouleversent leurs traditions et leur mode d'existence pr&#233;sent. La catastrophe, les contradictions br&#251;lantes et tranchantes du capitalisme lui-m&#234;me suscitent l'effondrement et l'&#233;chec de la bourgeoisie incapable de satisfaire les besoins les plus &#233;l&#233;mentaires des larges masses de la population. Les mesures que prendra le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire au cours de la catastrophe sociale, d'abord de la crise &#233;conomique mondiale de plus en plus aigu&#235;, puis des conflits arm&#233;s qu'elle suscitera avec toutes les destructions, la mis&#232;re et les larmes qui s'ensuivront, ne seront pas dict&#233;es par des id&#233;es, mais viseront &#224; la sauvegarde collective et, en ce sens, pousseront vers la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;167 Engels r&#233;pondait ainsi &#224; Mazzini, qui accusait l'Internationale d'avoir pour principe &#171; la n&#233;gation de la patrie, qu'elle veut dissoudre en un conglom&#233;rat de communes, dont le destin fatal serait d'entrer en conflit les unes avec les autres &#187; : &#171; La seconde accusation [de Mazzini] est absurde : en ne reconnaissant aucune patrie, l'Internationale tend &#224; l'unit&#233; de l'humanit&#233;, et non &#224; sa dissolution. Elle est contre la revendication &#224; cor et &#224; cri de la nationalit&#233;, parce que ce mot d'ordre tend &#224; diviser les peuples et est exploit&#233; par les tyrans pour cr&#233;er des pr&#233;jug&#233;s et semer la haine ; la rivalit&#233; entre les races latine et germanique a conduit &#224; la r&#233;cente guerre catastrophique et a &#233;t&#233; invoqu&#233;e aussi bien par Napol&#233;on que par Bismarck &#187; (cf. Expos&#233;s sur les rapports de Mazzini et de l'Internationale, &#224; la r&#233;union du 25 juillet 1871, in Marx-Engels, la Commune de Paris, &#233;ditions 10/18, 1971).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;168 &#171; Consid&#233;rant que le drapeau de la Commune est celui de la R&#233;publique universelle ; consid&#233;rant que toute cit&#233; a le droit de donner le titre de citoyen aux &#233;trangers qui la servent ; consid&#233;rant que le titre de membre de la Commune, &#233;tant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen, comporte implicitement cette derni&#232;re qualit&#233;, la Commission est d'avis que les &#233;trangers peuvent &#234;tre admis et vous propose l'admission du citoyen Frankel &#187; (Journal officiel de la Commune, 31 mars).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;169 Cf. K. Marx, Seconde &#201;bauche, in Werke, t. 17, p. 599-600. Dans son expo-s&#233; du 23 mai 1871 devant le Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale, Marx pr&#233;ci-se : &#171; La Commune de Paris a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e avec l'aide des Prussiens, qui ont assum&#233; le r&#244;le de gendarme de Thiers. (&#8230;) Bismarck a autoris&#233; Thiers &#224; utiliser plus de soldats que n'en pr&#233;voyait la convention ; en revanche, il n'a permis qu'un approvisionnement limit&#233; de Paris en vivres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La circonstance militaire la plus d&#233;favorable pour la Commune est &#224; chercher dans le fait que les Prussiens encerclaient &#233;troitement Paris : &#171; C'est exactement pour cela que les canailles bourgeoises de Versailles plac&#232;rent les Parisiens devant l'alternative ou de relever le d&#233;fi, ou de succomber sans lut-ter &#187; (lettre &#224; Kugelmann du 17 avril 1871). Voir Marx-Engels, la Commune de 1871, p. 103 et 95-96). Et Marx tire de cette exp&#233;rience le verdict c&#233;l&#232;bre, qui vaut jusqu'&#224; la fin de l'&#232;re bourgeoise en Europe : &#171; La domination de classe ne peut plus se cacher sous un uniforme national, les gouvernements nationaux ne font qu'un contre le prol&#233;tariat ! &#187; (cf. conclusion de la Guerre civile en France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;170 Le mot &#233;tant manquant dans le manuscrit, nous proposons celui-ci en fonction du sens de la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; la fin de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; Il n'y avait pas de guerre entre la Prusse et la Commune de Paris. Au contraire, la Commune avait accept&#233; les pr&#233;liminaires de paix, et la Prusse avait proclam&#233; sa neutralit&#233;. La Prusse, donc, n'&#233;tait pas un bellig&#233;rant. Elle se comporta comme un nervi ; comme un nervi l&#226;che, puisqu'elle ne prit sur elle aucun risque ; comme un nervi &#224; gages, puisqu'elle avait li&#233; d'avance le paiement du prix du sang, ses 500 millions, &#224; la chute de Paris. Et ainsi apparaissait enfin le v&#233;ritable caract&#232;re de cette guerre, ordonn&#233;e par la Providence contre la France ath&#233;e et d&#233;bauch&#233;e, ch&#226;ti&#233;e par le bras de la pieuse et morale Allemagne ! (&#8230;) Bismarck contemple avec satisfaction les cadavres du prol&#233;tariat de Paris, o&#249; il voit le premier acompte de cette destruction g&#233;n&#233;rale des grandes villes qu'il appelait de ses v&#339;ux alors qu'il &#233;tait encore un simple rural dans la Chambre introuvable de la Prusse de 1849 &#187; ( p. 86-87, Ed. soc. 1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marx met ici en &#233;vidence la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'art militaire bourgeois, qui s'av&#232;re de plus en plus v&#233;nal, r&#233;actionnaire et d&#233;vastateur, ce qui est parfaitement confirm&#233; dans sa pr&#233;sente phase imp&#233;rialiste du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sOURCES /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/Guerre_mondiale_et_revolution/Guerre_mondiale_et_revolution.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/Guerre_mondiale_et_revolution/Guerre_mondiale_et_revolution.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/militaires/Engels_Guerre_mondiale_et_revolution.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/militaires/Engels_Guerre_mondiale_et_revolution.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits militaires de Marx/Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/Ecrits_militaires/Ecrits_militaires_tdm.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/Ecrits_militaires/Ecrits_militaires_tdm.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.robingoodfellow.info/pagesfr/archives/rimcfr/Rimc1213_2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.robingoodfellow.info/pagesfr/archives/rimcfr/Rimc1213_2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/engels-guerre-revolution-socialisme-armes-insurrection/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/engels-guerre-revolution-socialisme-armes-insurrection/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; G&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme d'action dans le domaine militaire, l'alter ego de Karl Marx le fut dans sa jeunesse, bri&#232;vement mais r&#233;solument. Fort de son stage d'une ann&#233;e (1841-42) dans l'artillerie prussienne &#224; Berlin, o&#249; il meublait ses loisirs de bidasse en suivant les cours de philosophie de Schelling et en fr&#233;quentant ses critiques Jeunes-H&#233;g&#233;liens, le Bombardier(brigadier ou caporal) Engels s'engagea dans les combats de la r&#233;volution allemande de 1848-49 : d'abord en mai 1849, dans sa ville natale d'Elberfeld, dont il ne tarda pas &#224; &#234;tre expuls&#233; par crainte que le &#171; rouge &#187; qu'il &#233;tait, puisse d&#233;teindre sur le Comit&#233; de salut public local ; puis en juin-juillet, dans les rangs de l'arm&#233;e insurrectionnelle de Bade et du Palatinat, avec les restes de laquelle il finit par se r&#233;fugier sur le territoire suisse, fuyant l'offensive des Prussiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels alla au feu, sans illusion aucune quant au sort des insurg&#233;s et sans respect aucun pour la direction de ce qu'il consid&#233;rait, au fond, comme une caricature de r&#233;volution. Il fit cependant preuve de bravoure au combat, soucieux avant tout d'&#233;viter toute accusation de l&#226;chet&#233; &#224; l'encontre des communistes, dont avec Marx il &#233;tait d&#233;j&#224; un porte-drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le parti du prol&#233;tariat &#233;tait assez bien repr&#233;sent&#233; dans l'arm&#233;e de Bade-Palatinat, notamment dans les corps francs, comme le n&#244;tre, dans la l&#233;gion d'&#233;migr&#233;s, etc. Il peut tranquillement d&#233;fier les autres partis de pouvoir adresser le moindre reproche &#224; l'un quelconque de ses membres. Les communistes les plus d&#233;cid&#233;s &#233;taient aussi les soldats les plus courageux &#187; [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son incursion dans la bataille, Engels entendait &#233;galement enrichir sa connaissance des choses militaires, ayant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; promu sp&#233;cialiste de la question dans la division des t&#226;ches au sein de l'&#233;quipe de la Neue Rheinische Zeitung. C'est dans cette revue qu'il avait comment&#233;, en critique militaire r&#233;volutionnaire, les principaux &#233;pisodes arm&#233;s du &#171; printemps des peuples &#187; de 1948-49. Des articles qu'il avait consacr&#233;s &#224; la Hongrie, Wilhelm Liebknecht rapportera plus tard qu'on les &#171; attribuait g&#233;n&#233;ralement &#224; quelque militaire haut plac&#233; de l'arm&#233;e hongroise &#187; [3], de la m&#234;me fa&#231;on que, dix ans apr&#232;s, les opuscules d'Engels publi&#233;s &#224; Berlin sans nom d'auteur, Le P&#244; et le Rhin (1859) et La Savoie, Nice et le Rhin (1860), seront attribu&#233;s &#224; quelque g&#233;n&#233;ral prussien d&#233;sireux de garder l'anonymat [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de Friedrich Engels pour les questions militaires n'&#233;tait pas un engouement ludique. S'il se plongea aussi profond&#233;ment dans l'&#233;tude de tout ce qui s'y rapportait &#224; son &#233;poque, c'est anim&#233; de la m&#234;me motivation qui poussa Marx &#224; dig&#233;rer tout ce qui avait trait &#224; l'&#233;conomie politique : la volont&#233; de servir leur classe adoptive, le prol&#233;tariat &#8212; Marx, en fourbissant les armes de la Critique [5], Engels en se consacrant &#224; la critique des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fut install&#233; &#224; Manchester &#224; la fin de 1850, Engels s'attela &#224; un programme syst&#233;matique de lecture qui fit de lui un &#233;rudit, aussi bien en mati&#232;re de strat&#233;gie que d'histoire militaire. Mais &#224; cette pr&#233;paration intellectuelle, il adjoignait le souci constant d'entretenir son aptitude physique &#224; renouer, quand l'heure aura sonn&#233;, avec l'engagement sur le terrain. A l'&#226;ge de 64 ans, un an et demi apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Marx, il r&#233;pondait encore &#224; l'un de ses correspondants, qui s'inqui&#233;tait de ses probl&#232;mes de sant&#233;, en pr&#233;sentant un bilan de son aptitude &#224; monter &#224; cheval et &#224; prendre part &#224; la guerre [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si une r&#233;volution s'&#233;tait produite de son vivant, nous aurions eu en Engels notre Carnot, penseur militaire, organisateur de nos arm&#233;es et de nos victoires &#187;, avait affirm&#233; Wilhelm Liebknecht [7], apr&#232;s la mort de celui qui s'adressait aux chefs du socialisme allemand &#171; en tant que repr&#233;sentant, pour ainsi dire, de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral du parti &#187; [8].&lt;br class='autobr' /&gt;
La fortune priva Engels de ce &#171; supr&#234;me accomplissement &#187;. Il ne put jamais mettre &#224; ex&#233;cution les plans militaires qu'il con&#231;ut &#8212; de celui qu'encore novice, il &#233;chafauda pour les insurg&#233;s de 1849, &#224; celui que, devenu expert militaire reconnu, il aurait dress&#233;, 22 ans plus tard, &#224; l'intention du gouvernement fran&#231;ais r&#233;publicain, pour la d&#233;fense de Paris contre l'arm&#233;e prussienne. Son &#233;rudition militaire, aiguis&#233;e par sa grande intelligence et ses lueurs de g&#233;nie, il la confronta &#224; l'analyse de toutes les guerres d'un demi-si&#232;cle qui en connut de nombreuses. Et &#224; d&#233;faut de faire ses preuves sur le champ de bataille, c'est en commentant la guerre franco-allemande de 1870-71 pour la Pall Mall Gazette de Londres, avec une p&#233;n&#233;tration qui suscita l'admiration du public et des experts, qu'Engels gagna ses galons de &#171; g&#233;n&#233;ral &#187;, titre que lui d&#233;cerna affectueusement la famille de Karl Marx. Pour le dernier quart de si&#232;cle de son existence, il resta le &#171; G&#233;n&#233;ral &#187; pour ses intimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;oricien militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notori&#233;t&#233; de Friedrich Engels en tant que penseur de la guerre est solidement &#233;tablie depuis le milieu de ce si&#232;cle, surtout parmi ceux qui s'int&#233;ressent &#224; l'art de la guerre et &#224; son histoire. La raison de cette notori&#233;t&#233; n'est cependant pas toujours la meilleure que l'on puisse souhaiter, dans la mesure o&#249; l'on a souvent voulu voir une filiation entre la pens&#233;e d'Engels et les doctrines militaires sovi&#233;tiques, conform&#233;ment aux professions de foi dont ces derni&#232;res &#233;taient ornement&#233;es. Toujours est-il qu'il n'y a pas un ouvrage s&#233;rieux consacr&#233; aux &#233;tapes de la pens&#233;e strat&#233;gique, qui puisse ignorer le compagnon de Marx : du classique d'Edward Mead Earle [9], o&#249; un chapitre est consacr&#233; &#224; Marx et Engels (surtout &#224; ce dernier) sous la plume de Sigmund Neumann [10], &#224; la r&#233;cente anthologie volumineuse de G&#233;rard Chaliand [11], en passant par l'ouvrage du colonel professeur isra&#233;lien, Jehuda Wallach [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier distingue, chez Engels, entre ce qui constitue, &#224; ses yeux, une doctrine de la guerre r&#233;volutionnaire, et les &#233;crits militaires de facture plus classique. De ces derniers, doublement expert, il dresse le bilan succinct que voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;crits militaires importants d'Engels, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont pas &#233;t&#233; enti&#232;rement &#233;tudi&#233;s, traitent (&#8230;) de tous les domaines de la science de la guerre. Il a &#233;crit sur les questions de l'organisation et de l'armement, sur l'&#233;volution de l'art de la guerre &#224; l'&#233;poque de la r&#233;volution industrielle, sur les aspects militaires de la politique internationale, sur la strat&#233;gie et la tactique, ainsi que sur les questions de commandement et la qualit&#233; des g&#233;n&#233;raux. Il a &#233;galement formul&#233; des pronostics proph&#233;tiques sur la guerre future (qui correspondent, en effet, &#224; ce que fut la Premi&#232;re Guerre mondiale). Sur beaucoup de questions, il a &#233;t&#233; plus perspicace que les militaires professionnels. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ses &#233;crits anonymes sur la situation militaire en Europe de l'ouest et du sud-ouest, Engels a &#233;labor&#233; un plan qui, 45 ans plus tard, a &#233;t&#233; baptis&#233; du nom de Schlieffen. Il a d&#233;montr&#233; pourquoi un tel plan allemand serait vou&#233; &#224; l'&#233;chec dans une guerre contre la France. Il a proph&#233;tis&#233; avec la plus grande exactitude la dur&#233;e de la prochaine guerre mondiale, l'ampleur des pertes et les conditions dans lesquelles elle sera termin&#233;e &#187; [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'Engels ait &#233;t&#233; l'un des grands penseurs de la guerre au XIXe si&#232;cle, cela est indiscutable pour quiconque conna&#238;t cette majeure partie de la masse volumineuse de ses &#233;crits. Il constitue, sans nul doute, une r&#233;f&#233;rence incontournable pour l'histoire militaire de son &#233;poque. Qu'il soit une r&#233;f&#233;rence strat&#233;gique pour la n&#244;tre, cela est beaucoup moins certain, si l'on entend par l&#224; une doctrine de la guerre en g&#233;n&#233;ral, voire m&#234;me de la guerre r&#233;volutionnaire en particulier. A l'instar de Clausewitz qu'il appr&#233;ciait, et moins encore que ce dernier, il n'a pas cherch&#233; &#224; &#233;laborer une &#171; th&#233;orie syst&#233;matique de la guerre &#187;, mais s'est content&#233; de commenter les guerres et les situations r&#233;elles, dans les conditions concr&#232;tes de leur d&#233;veloppement, quitte &#224; corriger ses propres conceptions, chemin faisant [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir une doctrine &#171; engelsienne &#187; de la guerre r&#233;volutionnaire, qui serait originale par rapport aux enseignements de 1793 et des guerres napol&#233;oniennes, et qui aurait trouv&#233; son prolongement chez L&#233;nine, Trotsky, Mao Ts&#233;-Toung et/ou l'&#233;tat-major sovi&#233;tique, rel&#232;ve toujours d'une entreprise de syst&#233;matisation a posteriori, m&#234;lant consid&#233;rations militaires et r&#233;flexions g&#233;n&#233;rales sur la r&#233;volution. Ce type de fabrication ressemble fort peu &#224; la fa&#231;on dont Engels a con&#231;u son activit&#233; de penseur militaire, et &#224; l'aversion qu'il a d&#233;velopp&#233;e, au fil des ans, contre toute forme de dogmatisme. Comment aurait-il pu d'ailleurs &#234;tre tent&#233; par quelque syst&#233;matisation que ce f&#251;t en mati&#232;re de doctrine militaire, alors qu'il soulignait sans cesse l'acc&#233;l&#233;ration vertigineuse du progr&#232;s des techniques guerri&#232;res, produisant un armement parfois &#171; vieilli avant d'&#234;tre lanc&#233; &#187; [15] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t majeur de la pens&#233;e de la guerre chez Engels est &#224; chercher ailleurs que dans les recettes proprement militaires, fussent-elles celles de la &#171; guerre r&#233;volutionnaire &#187;. Il se situe plut&#244;t dans son traitement des probl&#232;mes cruciaux pour le mouvement ouvrier que sont l'attitude face aux guerres non r&#233;volutionnaires, l'articulation entre guerre et r&#233;volution et la possibilit&#233; d'une strat&#233;gie de la r&#233;volution qui ne d&#233;pende pas de la guerre. En notre &#233;poque o&#249; la guerre directe entre puissances industrielles est &#224; la fois &#171; improbable &#187;, pour reprendre l'expression de Raymond Aron, et ind&#233;sirable au plus haut point, c'est l&#224; qu'Engels, en tant que penseur de la guerre et strat&#232;ge de la r&#233;volution socialiste, conserve sa plus forte actualit&#233;. C'est &#224; cet &#233;gard, comme il s'agira ici de le d&#233;montrer bri&#232;vement, que sa pens&#233;e de la guerre et de la r&#233;volution anticipait les questions de notre si&#232;cle, et gardera peut-&#234;tre longtemps encore son actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude face aux guerres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont v&#233;cu une p&#233;riode de profonde mutation du monde, celle de la gestation de la soci&#233;t&#233; industrielle moderne et de son extension &#224; l'Europe continentale et &#224; ses terres d'immigration massive, celle par cons&#233;quent de la profonde dualisation de la plan&#232;te, qui continue &#224; marquer, &#244; combien, l'&#233;poque dans laquelle nous vivons. Selon l'analyse de leur post&#233;rit&#233; intellectuelle et dans ses propres termes, ils ont &#233;t&#233; contemporains de la maturation du syst&#232;me mondial imp&#233;rialiste, sans conna&#238;tre vraiment le moment o&#249; elle fut achev&#233;e. Engels, selon cette m&#234;me analyse, serait mort en pleine phase critique de cette mutation historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux th&#233;oriciens de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ont donc connu une &#232;re qui, pour sa plus grande part, fut encore celle du parach&#232;vement de la transformation bourgeoise en Europe, une &#233;poque o&#249; le continent se d&#233;barrassait encore de son long pass&#233; agraire et f&#233;odal. Les guerres auxquelles ils assist&#232;rent furent d'abord l'expression de cette premi&#232;re mutation. Certes, les m&#234;mes ou d'autres furent aussi, partiellement ou int&#233;gralement, des guerres de conqu&#234;te, pr&#233;figurant cette apoth&#233;ose de la guerre de brigandage qu'allait &#234;tre la Premi&#232;re Guerre mondiale. La guerre de l'Allemagne de Bismarck contre la France de Louis-Napol&#233;on en 1870, fut le dernier grand t&#233;moin de l'ambivalence de cette p&#233;riode de transition historique. Elle combinait, du c&#244;t&#233; allemand, une guerre de d&#233;fense et de consolidation de l'unit&#233; allemande &#8212; t&#226;che &#233;minemment progressive aux yeux de Marx et Engels, m&#234;me si elle se r&#233;alisait, &#224; leur grand regret, sous l'&#233;gide de la monarchie prussienne &#8212; et une guerre de conqu&#234;te qui se traduira par l'annexion de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx et Engels modul&#232;rent donc leurs attitudes face aux guerres r&#233;elles de leur &#233;poque en fonction d'une analyse de leur signification historique objective, allant jusqu'&#224; distinguer chez le m&#234;me protagoniste, dans une seule et m&#234;me guerre comme celle qui vient d'&#234;tre &#233;voqu&#233;e, entre une phase &#233;mancipatrice m&#233;ritant d'&#234;tre soutenue passivement, sinon activement, et une phase oppressive o&#249; c'est avec la partie adverse qu'il fallait se solidariser &#8212; m&#234;me si la politique qui pr&#233;sidait &#224; la guerre n'avait nullement chang&#233; en cours de route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, et c'est l&#224; une caract&#233;ristique importante de leur probl&#233;matique commune, nos deux penseurs n'avaient que faire de la c&#233;l&#232;bre formule de Clausewitz, que L&#233;nine allait populariser plus que nul autre. Ce n'est pas faute de la conna&#238;tre qu'ils ne s'en entich&#232;rent point comme ce dernier. Pour eux, l'important n'&#233;tait pas de quelle politique telle ou telle guerre &#233;tait la continuation, mais d'abord et surtout de quel mouvement historique sous-jacent elle &#233;tait porteuse. Pour les fondateurs du mat&#233;rialisme historique, th&#233;oriciens de la fausse conscience id&#233;ologique, on ne pouvait juger une guerre sur la subjectivit&#233; politique de ceux qui la menaient. Leur jugement, du haut de leur tribunal de scrutateurs des m&#233;tamorphoses de la structure socio-&#233;conomique, se fondait sur l'effet objectif de la guerre quant &#224; la lib&#233;ration des forces productives des entraves sociales ou politiques &#224; leur d&#233;veloppement [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la croissance de plus en plus rapide et impressionnante du mouvement ouvrier, en Allemagne surtout, la traduction prioritaire du crit&#232;re de jugement devint, aux yeux de Marx et Engels, l'effet de la guerre sur ce mouvement m&#234;me, porteur de l'&#233;mancipation supr&#234;me. De ce point de vue bien pr&#233;cis, l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne constitua un tournant majeur dans leur appr&#233;ciation commune du rapport entre guerre et r&#233;volution au c&#339;ur de l'Europe (et non des guerres p&#233;riph&#233;riques sans cons&#233;quences imm&#233;diates sur le danger de d&#233;flagration centrale). Cette annexion, en effet, &#233;tait de nature &#224; creuser des tranch&#233;es entre les deux bataillons de choc du prol&#233;tariat europ&#233;en, en attisant le chauvinisme de part et d'autre. Elle &#233;tait grosse d'une nouvelle guerre dans laquelle s'engouffrerait cette fois le reste de l'Europe, et qui serait d'autant plus terrible et n&#233;faste que s'y entre-&#233;gorgeraient les prol&#233;taires de tous les pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel &#233;tait le sens de ce Man&#233;, Th&#233;cel, Phar&#232;s que s'av&#233;ra &#234;tre l'avertissement contenu dans les deux Adresses du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'A.I.T. sur la guerre franco-allemande, r&#233;dig&#233;es par Marx en juillet et septembre 1870, et certainement con&#231;ues conjointement avec Engels :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si la classe ouvri&#232;re allemande permet &#224; la guerre actuelle de perdre son caract&#232;re strictement d&#233;fensif et de d&#233;g&#233;n&#233;rer en une guerre contre le peuple fran&#231;ais, victoire ou d&#233;faite, ce sera toujours un d&#233;sastre &#187; [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;Apr&#232;s un court r&#233;pit, [l'Allemagne] devra se pr&#233;parer &#224; nouveau &#224; une autre guerre &#8220;d&#233;fensive&#8221;, non pas une de ces guerres &#8220;localis&#233;es&#8221; d'invention nouvelle, mais une guerre de races, une guerre contre les races latines et slaves coalis&#233;es &#187; [18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, tant que la guerre entre puissances europ&#233;ennes n'avait pas atteint un stade technologique qui conf&#233;r&#226;t &#224; la &#171; mont&#233;e aux extr&#234;mes &#187; et &#224; la &#171; destruction de l'ennemi &#187; un sens beaucoup plus litt&#233;ral et total que ce que Clausewitz avait jamais pu imaginer, elle pouvait &#234;tre envisag&#233;e plus ou moins sereinement comme une modalit&#233; de la violence &#171; accoucheuse &#187; de progr&#232;s social, selon les termes du Capital de Marx repris par Engels dans son Anti-D&#252;hring.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la folle course aux armements que d&#233;clencha la situation produite par la guerre de 1870, et le formidable accroissement quantitatif et qualitatif des moyens de destruction accumul&#233;s par les puissances europ&#233;ennes, toute explosion g&#233;n&#233;ralis&#233;e au c&#339;ur du syst&#232;me mondial devenait de plus en plus porteuse de d&#233;sastre, plut&#244;t que grosse de r&#233;volutions. Autrement dit, m&#234;me si une telle guerre devait d&#233;boucher, &#224; plus ou moins long terme, sur une transformation r&#233;volutionnaire, elle aurait &#233;t&#233; le pire moyen d'y parvenir, au prix d'une terrible h&#233;catombe et d'une gigantesque destruction de forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proph&#232;te de la guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Engels n'&#233;tait en aucune fa&#231;on le seul penseur politique de la p&#233;riode &#224; &#234;tre alarm&#233; par ces d&#233;veloppements. Mais je soutiendrais que nul autre en son temps n'a envisag&#233; tel qu'il le fit la totalit&#233; de ce que nous en sommes venus &#224; appeler &#8220;guerre totale&#8221; &#187;. Ce constat est celui d'un pacifiste, peu suspect de sympathie a priori pour le marxisme [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas trop dire que d'affirmer, comme le colonel Wallach cit&#233; plus haut, qu'Engels a &#171; proph&#233;tis&#233; &#187; le profil de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Comment qualifier, en effet, sinon de proph&#233;tiques, ces lignes d'Engels r&#233;dig&#233;es &#224; la fin de 1887 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;Il ne peut plus y avoir d'autre guerre, pour la Prusse-Allemagne, qu'une guerre mondiale, c'est-&#224;-dire une guerre mondiale d'une ampleur et d'une violence jamais imagin&#233;es jusqu'ici. Huit &#224; dix millions de soldats s'entre-&#233;gorgeront et, ce faisant, raseront l'Europe enti&#232;re comme jamais un essaim de sauterelles ne l'a fait. Les d&#233;vastations de la guerre de Trente Ans, concentr&#233;es en trois ou quatre ans, et r&#233;pandues sur l'ensemble du continent ; famine, &#233;pid&#233;mies, abrutissement g&#233;n&#233;ralis&#233; des arm&#233;es comme des masses populaires pour cause de mis&#232;re aigu&#235; ; chaos irr&#233;m&#233;diable de notre m&#233;canisme artificiel dans le commerce, l'industrie et le cr&#233;dit, aboutissant &#224; la banqueroute g&#233;n&#233;rale ; effondrement des vieux &#201;tats et de leur sagesse &#233;tatique traditionnelle, de sorte que les couronnes rouleront par dizaines sur le pav&#233;, et il ne se trouvera personne pour les ramasser ; impossibilit&#233; absolue de pr&#233;voir comment tout cela finira et qui sortira vainqueur de ce combat ; un seul r&#233;sultat absolument certain : l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et la mise en place des conditions de la victoire finale de la classe ouvri&#232;re. &#8212; Telle est la perspective lorsque le syst&#232;me de la surench&#232;re mutuelle dans l'armement guerrier pouss&#233;e &#224; son comble portera in&#233;vitablement ses fruits &#187; [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout y est, jusqu'&#224; la mise en place des conditions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui &#233;clatera en Russie, en Allemagne et en Hongrie, et sera d&#233;faite dans ces deux derniers pays. Ces conditions, Engels pr&#233;voyait qu'elles seraient mises en place dans le camp des vaincus par la d&#233;faite de leurs arm&#233;es. Mais s'il ne souhaitait pas pour autant que la guerre e&#251;t lieu, ce n'&#233;tait pas seulement parce qu'il avait peu de go&#251;t pour la politique du pire. C'&#233;tait aussi et surtout parce que le seul fait du d&#233;clenchement de la guerre aurait &#233;t&#233;, &#224; ses yeux, le t&#233;moin infaillible de l'&#233;chec des partis socialistes, et partant aurait mal augur&#233; de leur avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur mission &#233;tait de s'opposer r&#233;solument &#224; la guerre, au point de la faire craindre &#224; leurs gouvernements. Si ceux-ci devaient n&#233;anmoins choisir de s'y embarquer, c'est qu'ils &#233;taient assur&#233;s de r&#233;aliser l'union sacr&#233;e autour d'eux-m&#234;mes. D'o&#249; un pessimisme inquiet qui point dans les lettres d'Engels &#224; ses camarades, et qui contraste nettement avec l'optimisme r&#233;volutionnaire eschatologique encore affich&#233; dans les textes publics. En cas de guerre mondiale, la barbarie seule sera s&#251;re, pas la victoire du socialisme, expliquait-il en 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bref, il y aura un chaos avec un seul r&#233;sultat certain : un massacre collectif &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent, l'&#233;puisement de toute l'Europe &#224; un degr&#233; jamais atteint auparavant et, finalement, l'effondrement total de l'ancien syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un succ&#232;s imm&#233;diat pour nous pourrait seulement r&#233;sulter d'une r&#233;volution en France (&#8230;). Un bouleversement en Allemagne &#224; la suite d'une d&#233;faite ne serait utile que s'il menait &#224; la paix avec la France. Le mieux serait une r&#233;volution russe &#224; laquelle, toutefois, on ne peut s'attendre qu'apr&#232;s plusieurs d&#233;faites s&#233;v&#232;res de l'arm&#233;e russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Voil&#224; ce qui est certain : la guerre ferait d'abord r&#233;gresser notre mouvement dans toute l'Europe, le briserait compl&#232;tement dans plusieurs pays, attiserait le chauvinisme et la x&#233;nophobie, et nous offrirait une seule certitude, parmi les nombreuses incertitudes, celle d'avoir &#224; tout recommencer apr&#232;s la guerre, bien que sur une base beaucoup plus favorable m&#234;me que celle d'aujourd'hui &#187; [21].&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pronostic d'Engels quant aux cons&#233;quences de la guerre &#233;tait encore plus nettement pessimiste, et donc plus justement proph&#233;tique, en 1889 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant &#224; la guerre, c'est pour moi l'&#233;ventualit&#233; la plus terrible. Autrement je me ficherais pas mal des caprices de Mme la France. Mais une guerre o&#249; il y aura 10 &#224; 15 millions de combattants, une d&#233;vastation inou&#239;e seulement pour les nourrir, une suppression forc&#233;e et universelle de notre mouvement, une recrudescence des chauvinismes dans tous les pays, et &#224; la fin un affaiblissement dix fois pire qu'apr&#232;s 1815, une p&#233;riode de r&#233;action bas&#233;e sur l'inanition de tous les peuples saign&#233;s &#224; blanc &#8212; tout cela contre le peu de chance qu'il y a que de cette guerre acharn&#233;e r&#233;sulte une r&#233;volution &#8212; cela me fait horreur. Surtout pour notre mouvement en Allemagne qui serait terrass&#233;, &#233;cras&#233;, &#233;teint par la force, tandis que la paix nous donne la victoire presque certaine &#187; [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces crit&#232;res et pronostics qui dict&#232;rent les prises de position du vieil Engels, jusqu'&#224; la fin de ses jours. Non pas un quelconque penchant patriotique allemand, ni son antipathie bien connue pour les &#171; petites peuplades primitives &#187; des Balkans, m&#234;me d&#233;barrass&#233;e de sa tonalit&#233; h&#233;g&#233;lienne originelle, mais bien l'effet escompt&#233; de toute guerre r&#233;elle ou potentielle sur l'avenir du mouvement ouvrier europ&#233;en, avec, au premier chef, le souci quasi obsessionnel d'&#233;viter la catastrophe qu'il voyait poindre &#224; l'horizon. C'est ce qui explique le retournement de l'&#233;quation guerre-r&#233;volution chez Engels, &#224; partir de 1871, comme l'a bien montr&#233; Martin Berger : &#171; Ainsi Engels, qui avait auparavant pr&#234;ch&#233; la guerre comme catalyseur de la r&#233;volution, glorifiait maintenant la r&#233;volution comme moyen d'&#233;viter la guerre &#187; [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;venir la guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;venir la guerre mondiale, pr&#233;parer la r&#233;volution : tel devint, en quelque sorte, le mot d'ordre de Friedrich Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons collaborer &#224; la lib&#233;ration du prol&#233;tariat d'Europe occidentale et nous devons subordonner tout le reste &#224; ce but. Et les Slaves des Balkans, etc., peuvent bien &#234;tre tout aussi dignes d'int&#233;r&#234;t, &#224; partir du moment o&#249; leur d&#233;sir de lib&#233;ration entre en conflit avec l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, ils peuvent bien aller au diable ! Les Alsaciens sont &#233;galement opprim&#233;s (&#8230;). Mais si, &#224; la veille d'une r&#233;volution qui visiblement s'approche, ils provoquaient une guerre entre la France et l'Allemagne, s'ils voulaient &#224; nouveau exasp&#233;rer ces deux peuples, ajournant ainsi la r&#233;volution, je leur dirai : Halte-l&#224; ! Vous aussi pouvez patienter tout autant que le prol&#233;tariat europ&#233;en. Si celui-ci se lib&#232;re, vous serez libres du m&#234;me coup, mais en attendant, nous ne souffrirons pas que vous fassiez obstacle au prol&#233;tariat en lutte. De m&#234;me pour les Slaves. La victoire du prol&#233;tariat les lib&#232;rera effectivement et n&#233;cessairement, et non en apparence et temporairement comme le ferait le Tsar. (&#8230;) A cause de quelques Herz&#233;goviniens, faire s'embraser une guerre mondiale qui co&#251;tera mille fois plus d'hommes qu'il n'y a d'habitants dans toute l'Herz&#233;govine &#8212; ce n'est point ainsi que j'entends la politique du prol&#233;tariat &#187; [24].&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel &#233;tait &#233;galement le sens du fameux texte d'Engels de 1891, sur Le Socialisme en Allemagne [25]. Inquiet de la perspective d'une guerre franco-russe contre l'Allemagne, qui paraissait fort plausible au moment o&#249; il r&#233;digeait son article, le p&#232;re spirituel des socialistes allemands mettait en garde leurs camarades fran&#231;ais contre un soutien quelconque &#224; une entreprise revancharde de leur gouvernement, en alliance avec le Tsar. Faisant la part des choses, il d&#233;non&#231;ait l'annexion de l'Alsace-Lorraine, pr&#233;f&#233;rait la r&#233;publique bourgeoise fran&#231;aise &#224; l'empire allemand, mais expliquait n&#233;anmoins qu'en cas d'alliance avec la Russie, la guerre contre l'Allemagne ne pourrait avoir de contenu autre que r&#233;actionnaire. Le socialisme allemand risquerait d'en faire les frais, en cas de victoire russe, &#233;cras&#233; par &#171; l'ennemi du dehors &#187; ou par &#171; l'ennemi du dedans &#187; [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'hypoth&#232;se bien pr&#233;cise d'une telle victoire, c'est-&#224;-dire d'une invasion franco-russe de l'Allemagne, Engels justifiait donc un &#171; d&#233;fensisme &#187; socialiste allemand, mais un &#171; d&#233;fensisme &#187; d'un genre bien particulier, un &#171; d&#233;fensisme r&#233;volutionnaire &#187;, puisque le mod&#232;le invoqu&#233; est celui-l&#224; m&#234;me qui inspirait les Communards en 1871 : le mod&#232;le de 1793. Cela dit, poursuivait-il, &#171; aucun socialiste, de n'importe quel pays, ne peut d&#233;sirer le triomphe guerrier, soit du gouvernement actuel allemand, soit de la r&#233;publique bourgeoise fran&#231;aise ; encore moins celui du Tsar (&#8230;). Voil&#224; pourquoi les socialistes demandent partout que la paix soit maintenue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie allemande feignit, en 1914, de trouver dans cet article une l&#233;gitimation de son &#171; d&#233;fensisme patriotique &#187;. Elle dut, &#224; cette fin, le d&#233;naturer profond&#233;ment et faire bon march&#233; de la d&#233;marche d'ensemble d'Engels dans laquelle il s'inscrivait [27]. Celui-ci l'avait d'ailleurs &#233;crit avec quelque r&#233;ticence, comme en t&#233;moigne sa correspondance, dans le seul but d'armer les socialistes fran&#231;ais contre la tentation du revanchisme : c'est &#224; ceux-ci qu'il s'adressait (en fran&#231;ais !), il ne faut pas l'oublier [28].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;parer la r&#233;volution, pr&#233;venir la guerre mondiale : si tel &#233;tait bien le mot d'ordre, il ne suffisait &#233;videmment pas de le monnayer en r&#233;flexions sur des situations hypoth&#233;tiques o&#249; la premi&#232;re na&#238;trait de la seconde, avec une faible probabilit&#233; (&#171; peu de chance &#187;) de surcro&#238;t. Il fallait agir avec urgence pour l'une, comme contre l'autre, et donc chercher des th&#232;mes autour desquels il serait possible de traduire le mot d'ordre dans l'action. Dans les deux cas, le grand tacticien du militaire et du politique, qu'&#233;tait Engels, cherchait des passerelles praticables vers l'objectif strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la lutte contre la guerre mondiale et pour la paix, il r&#233;cusa comme illusoires les beaux projets de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et d'insubordination en cas de guerre, propos&#233;s par Domela Nieuwenhuis (aussi beaux que la r&#233;solution du Congr&#232;s de B&#226;le de la IIe Internationale, en 1912, mena&#231;ant de transformer la guerre en r&#233;volution, dont on sait quel sort l'histoire lui r&#233;serva). Ces &#171; phrases pompeuses &#187; ne pouvaient &#234;tre adopt&#233;es par les socialistes, alors m&#234;me qu'ils gommaient de leur programme des objectifs bien moins radicaux, de peur de pr&#234;ter flanc &#224; la r&#233;pression. Elles ne pouvaient non plus avoir une quelconque efficacit&#233; r&#233;elle face &#224; un engrenage guerrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels formula donc sa propre proposition, avec le souci de se conformer, &#224; la fois, &#224; l'exigence de r&#233;alisme et &#224; l'objectif r&#233;volutionnaire. La solution qu'il trouva est expos&#233;e dans les articles qu'il r&#233;digea en 1893 pour Vorw&#228;rts et regroupa ensuite en brochure, sous le titre Le d&#233;sarmement de l'Europe est-il possible ?. L'expert militaire socialiste proposait &#171; la r&#233;duction graduelle de la dur&#233;e du service militaire par trait&#233; international &#187; [29], dans le but d&#233;clar&#233; de transformer &#224; terme les arm&#233;es permanentes en &#171; milice fond&#233;e sur l'armement universel du peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il expliquait sa d&#233;marche comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je cherche &#224; prouver que cette transformation est possible d&#232;s maintenant, m&#234;me pour les gouvernements actuels et dans la situation politique pr&#233;sente. (&#8230;) Je ne propose pour le moment que des mesures telles qu'elles puissent &#234;tre adopt&#233;es par tout gouvernement actuel, sans mettre en p&#233;ril la s&#233;curit&#233; nationale. J'essaye simplement d'&#233;tablir que, du point de vue purement militaire, il n'y a absolument rien qui emp&#234;che l'abolition graduelle des arm&#233;es permanentes ; et que, si ces arm&#233;es sont maintenues n&#233;anmoins, c'est pour des raisons politiques et non pas militaires &#8212; en un mot, que les arm&#233;es sont destin&#233;es &#224; la protection moins contre l'ennemi ext&#233;rieur que contre l'ennemi int&#233;rieur &#187; [30].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en partant de ce qui aurait &#233;t&#233; objectivement possible, si l'on devait prendre au s&#233;rieux les intentions purement d&#233;fensives affich&#233;es par les gouvernements, Engels d&#233;montrait, avec toute la richesse et l'assurance de sa science militaire, que sa proposition &#233;tait tout &#224; fait compatible avec les exigences de la d&#233;fense nationale (sa plaidoirie &#233;tait adress&#233;e au Reichstag). Sachant que le d&#233;sarmement unilat&#233;ral n'avait aucune chance d'&#234;tre adopt&#233; dans l'Europe de son temps, Engels, toujours par souci de r&#233;alisme, proposait d'engager une dynamique de d&#233;sarmement par trait&#233; international, en faisant valoir, en termes d'avantage moral ou psychologique, l'int&#233;r&#234;t pour l'Allemagne de se lancer dans une surench&#232;re pacifiste &#8212; ajoutant ainsi une autre dimension &#224; l'actualit&#233; de sa pens&#233;e de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si sa proposition &#233;tait retenue par les gouvernements, elle aurait soit frein&#233; la course aux armements, soit enclench&#233; un processus de d&#233;sarmement &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, conjurant ainsi le danger de guerre. Si, par contre, elle &#233;tait rejet&#233;e &#8212; hypoth&#232;se la plus probable, bien s&#251;r &#8212; elle aurait n&#233;anmoins eu le m&#233;rite de d&#233;noncer la fonction r&#233;elle des arm&#233;es, et de contribuer ainsi &#224; l'&#233;ducation des masses contre le militarisme et le chauvinisme. A condition, bien entendu, que les partis socialistes s'emparassent de la proposition dans leur agitation, ce qui ne fut pas le cas [31].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels pr&#244;nait depuis longtemps le service militaire universel (pour les hommes seuls, dans les limites sexistes de l'&#233;poque) et l'&#233;volution &#171; asymptotique &#187; [32] vers l'abolition de l'arm&#233;e permanente et son remplacement par un syst&#232;me de milice populaire. Sa premi&#232;re pr&#233;occupation &#233;tait de pr&#233;parer la r&#233;volution et de pr&#233;venir la contre-r&#233;volution, comme il l'expliquait, en 1865, lors de sa premi&#232;re intervention au nom du parti ouvrier, dans le d&#233;bat prussien sur l'arm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus il y aura d'ouvriers exerc&#233;s au maniement des armes, mieux cela vaudra. Le service militaire universel est le compl&#233;ment n&#233;cessaire et naturel du suffrage universel ; il met les &#233;lecteurs &#224; m&#234;me d'imposer leurs d&#233;cisions contre toutes les tentatives de coup d'&#201;tat, les armes &#224; la main &#187; [33].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoutait maintenant le devoir de pr&#233;vention de la grande guerre, de sorte que les deux soucis majeurs d'Engels convergeaient ainsi sur un m&#234;me terrain, celui de l'arm&#233;e, pi&#232;ce ma&#238;tresse de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire d&#233;velopp&#233;e par Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et l'arm&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'&#233;crasement sanglant des ouvriers parisiens par Cavaignac, en juin 1848, Engels avait parfaitement compris qu'une page avait &#233;t&#233; tourn&#233;e dans l'histoire des r&#233;volutions. Comme il l'&#233;crivit en 1852, &#171; il avait &#233;t&#233; prouv&#233; que l'invincibilit&#233; d'une insurrection populaire dans une grande ville &#233;tait une illusion (&#8230;). L'arm&#233;e &#233;tait de nouveau la puissance d&#233;cisive de l'&#201;tat&#8230; &#187; [34]. C'est cette m&#234;me le&#231;on de l'histoire qu'il r&#233;it&#233;rait encore &#224; la fin de sa vie, dans cette fameuse Introduction de 1895 [35] &#224; la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage de Marx sur Les Luttes de classes en France, qui, tronqu&#233;e de son vivant, fut si souvent d&#233;natur&#233;e au cours du si&#232;cle &#233;coul&#233; depuis sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1848 donc, Engels avait acquis la conviction, renforc&#233;e au fil des ans, que le sort de la r&#233;volution sociale sera d&#233;termin&#233; par son aptitude &#224; neutraliser l'arm&#233;e bourgeoise. Jusqu'en 1871, il pouvait envisager avec optimisme, pour l'Allemagne notamment, un sc&#233;nario inspir&#233; de 1793, dans lequel l'arm&#233;e aurait &#233;t&#233; affaiblie, sinon d&#233;faite, au cours d'un affrontement ext&#233;rieur, de telle sorte que les r&#233;volutionnaires eussent pu se hisser &#224; la t&#234;te de &#171; la patrie en danger &#187;. Pour les raisons d&#233;j&#224; expliqu&#233;es, la guerre franco-prussienne et l'&#233;crasement sanglant de la Commune de Paris en 1871, port&#232;rent Engels &#224; appr&#233;hender le mod&#232;le guerre-r&#233;volution, aux cons&#233;quences dramatiques et impr&#233;visibles, et &#224; lui pr&#233;f&#233;rer de beaucoup la strat&#233;gie de l'&#233;clatement de l'arm&#233;e bourgeoise par l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le militarisme domine et d&#233;vore l'Europe. Mais ce militarisme porte aussi en lui le germe de sa propre ruine. La concurrence des divers &#201;tats entre eux les oblige d'une part &#224; d&#233;penser chaque ann&#233;e plus d'argent pour l'arm&#233;e, la flotte, les canons, etc., donc &#224; acc&#233;l&#233;rer de plus en plus l'effondrement financier, d'autre part, &#224; prendre de plus en plus au s&#233;rieux le service militaire obligatoire et, en fin de compte, &#224; familiariser le peuple tout entier avec le maniement des armes, donc &#224; le rendre capable de faire &#224; un moment donn&#233; triompher sa volont&#233; en face de la majest&#233; du commandement militaire. Et ce moment vient d&#232;s que la masse du peuple &#8212; ouvriers de la ville et des champs et paysans &#8212; a une volont&#233;. A ce point, l'arm&#233;e dynastique se convertit en arm&#233;e populaire ; la machine refuse le service, le militarisme p&#233;rit de la dialectique de son propre d&#233;veloppement. (&#8230;) Et cela signifie l'&#233;clatement par l'int&#233;rieur du militarisme et avec lui, de toutes les arm&#233;es permanentes &#187; [36].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, &#171; briser &#187; l'arm&#233;e bourgeoise n'&#233;tait pas seulement une t&#226;che incontournable de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, comme l'avait d&#233;montr&#233; la Commune aux yeux de Marx et Engels. C'&#233;tait aussi, selon la conception strat&#233;gique &#233;labor&#233;e par Engels, la condition sine qua non du succ&#232;s de la r&#233;volution, sans laquelle celle-ci avorterait dans un bain de sang. C'&#233;tait enfin, d&#233;sormais, une t&#226;che r&#233;alisable par des moyens politiques, dans la mesure o&#249; le champ de l'action politique au grand jour et de l'organisation l&#233;gale s'ouvrait devant le prol&#233;tariat, tandis que l'osmose entre les arm&#233;es et les populations augmentait consid&#233;rablement avec la g&#233;n&#233;ralisation de la conscription. Cela conf&#233;rait &#224; l'influence des socialistes dans l'arm&#233;e, une importance tout &#224; fait cruciale et d&#233;cisive. Et plus les arm&#233;es croissaient, plus il devenait imp&#233;ratif que ce pr&#233;cepte r&#233;volutionnaire, sans cesse martel&#233; par Engels jusqu'&#224; la fin de ses jours et repris apr&#232;s lui par L&#233;nine et l'Internationale communiste, fut assimil&#233; [37].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne garde pas &#224; l'esprit cette id&#233;e-force de la pens&#233;e strat&#233;gique r&#233;volutionnaire d'Engels, on ne peut que se m&#233;prendre sur le sens des textes publics qu'il &#233;crivit au cours des derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, quand il &#233;tait contraint &#224; s'exprimer dans des limites certaines, et souvent par allusion. C'&#233;tait, d'une part, parce qu'il redoutait, alors, que les progr&#232;s spectaculaires du mouvement ouvrier allemand fussent an&#233;antis par un coup d'&#201;tat r&#233;actionnaire ou une nouvelle loi contre les socialistes [38], pr&#233;cis&#233;ment parce que ces derniers n'&#233;taient pas encore pr&#234;ts &#224; l'affrontement, n'ayant pas encore acquis une influence suffisante au sein de l'arm&#233;e. D'autre part, parce qu'il devait tenir compte, pour pouvoir &#234;tre publi&#233; par ces m&#234;mes socialistes, de leur propre hantise de la r&#233;pression et de leur culte de la l&#233;galit&#233;, qu'il stigmatisa si s&#233;v&#232;rement lorsque son Introduction de 1895 fut tronqu&#233;e, malgr&#233; toutes ses pr&#233;cautions stylistiques [39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par ailleurs, Engels, f&#233;ru d'histoire militaire (comme d'histoire tout court), aimait &#224; citer la phrase c&#233;l&#232;bre des Fran&#231;ais &#224; Fontenoy (1745) : &#171; Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! &#187;, en l'appliquant &#224; &#171; messieurs les bourgeois &#187;, c'est parce qu'il estimait que le temps et la l&#233;galit&#233; jouaient en faveur des socialistes, et savait donc pertinemment que, t&#244;t ou tard, la bourgeoisie r&#233;agirait en violant ses propres lois. &#171; Nul doute, ils tireront les premiers &#187; [40]. Alors r&#233;colteront-ils ce qu'ils auront sem&#233;, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution. &#171; Combien de fois les bourgeois ne nous ont-ils pas somm&#233;s de renoncer &#224; tout jamais &#224; l'emploi des moyens r&#233;volutionnaires, de rester dans la l&#233;galit&#233; (&#8230;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, nous ne sommes pas dans le cas de faire plaisir &#224; messieurs les bourgeois. Ce qui n'emp&#234;che pas que, pour le moment, ce n'est pas nous que la l&#233;galit&#233; tue. Elle travaille si bien pour nous que nous serions fous d'en sortir tant que cela dure &#187; [41].&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le moment, le prol&#233;tariat doit s'en tenir &#224; une guerre de positions, aurait pu dire Engels, dont les propres termes en 1895 semblent renvoyer directement &#224; la m&#233;taphore militaire qu'empruntera plus tard, apr&#232;s d'autres, Antonio Gramsci [42]. Il faut, &#233;crivait-il, que le prol&#233;tariat &#171; progresse lentement de position en position dans un combat dur, obstin&#233; &#187;. Cela est possible, car &#171; les institutions d'&#201;tat o&#249; s'organise la domination de la bourgeoisie fournissent encore des possibilit&#233;s d'utilisation nouvelles qui permettent &#224; la classe ouvri&#232;re de combattre ces m&#234;mes institutions d'&#201;tat &#187; [43].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le temps des coups de main, des r&#233;volutions ex&#233;cut&#233;es par de petites minorit&#233;s conscientes &#224; la t&#234;te des masses inconscientes, est pass&#233;. L&#224; o&#249; il s'agit d'une transformation compl&#232;te de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, il faut que les masses elles-m&#234;mes y coop&#232;rent, qu'elles aient d&#233;j&#224; compris elles-m&#234;mes de quoi il s'agit, pour quoi elles interviennent (avec leur corps et avec leur vie). (&#8230;) Mais pour que les masses comprennent ce qu'il y a &#224; faire, un travail long, pers&#233;v&#233;rant est n&#233;cessaire (&#8230;). Partout on a imit&#233; l'exemple allemand de l'utilisation du droit de vote, de la conqu&#234;te de tous les postes qui nous sont accessibles, partout, le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque passe au second plan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maintenir sans cesse cet accroissement, jusqu'&#224; ce que de lui-m&#234;me il devienne plus fort que le syst&#232;me gouvernemental au pouvoir, ne pas user dans des combats d'avant-garde ces troupes de choc qui se renforcent journellement, mais les garder intactes jusqu'au jour d&#233;cisif, telle est notre t&#226;che principale &#187;. Car en cas de &#171; saign&#233;e &#187; comme celle de 1871 &#224; Paris, &#171; les troupes de choc ne seraient peut-&#234;tre pas disponibles au moment critique, le combat d&#233;cisif serait retard&#233;, prolong&#233; et s'accompagnerait de sacrifices plus lourds &#187; [44].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la &#171; guerre de positions &#187; n'&#233;tait-elle chez Engels qu'une longue et patiente pr&#233;paration du meilleur rapport de forces, en vue du moment critique o&#249; la &#171; guerre de mouvement &#187; reprendra le dessus pour le combat d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art de l'insurrection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela veut-il dire qu'&#224; l'avenir le combat de rues ne jouera plus aucun r&#244;le ? Pas du tout. Cela veut dire seulement que les conditions depuis 1848 sont devenues beaucoup moins favorables pour les combattants civils, et beaucoup plus favorables pour les troupes. Un combat de rues ne peut donc &#224; l'avenir &#234;tre victorieux que si cette inf&#233;riorit&#233; est compens&#233;e par d'autres facteurs. Aussi, se produira-t-il plus rarement au d&#233;but d'une grande r&#233;volution qu'au cours du d&#233;veloppement de celle-ci et il faudra l'entreprendre avec des forces plus grandes &#187; [45].&lt;br class='autobr' /&gt;
Par &#171; autres facteurs &#187; destin&#233;s &#224; compenser l'inf&#233;riorit&#233; des civils dans les combats de rues, c'est l'influence des socialistes au sein de l'arm&#233;e, due &#224; leur travail politique pr&#233;alable, qu'Engels entendait, de toute &#233;vidence. Lorsqu'en 1891, il d&#233;crivait en fran&#231;ais, avec une plus grande libert&#233; d'expression, la progression spectaculaire des scores &#233;lectoraux de ses camarades allemands, il pr&#233;cisait tout de suite que &#171; les voix des &#233;lecteurs sont loin de constituer la force principale du socialisme allemand &#187; ; celle-ci, expliquait-il, est constitu&#233;e par les soldats, par le fait que &#171; l'arm&#233;e allemande est de plus en plus infect&#233;e de socialisme &#187; [46].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'Engels proposait de temporiser jusqu'&#224; ce que l'arm&#233;e soit acquise aux socialistes ? Sa strat&#233;gie r&#233;volutionnaire souffrirait-elle, sur ce point, d'une lacune majeure ? C'est ce que semble croire Martin Berger, qui tout en cernant bien la place de l'arm&#233;e dans la strat&#233;gie d'Engels, baptise celle-ci &#171; Th&#233;orie de l'arm&#233;e en voie de disparition &#187; (Theory of the Vanishing Army) et la d&#233;crit comme &#233;tant &#171; essentiellement une doctrine passive &#187; [47]. Selon l'interpr&#233;tation de Berger, la doctrine d'Engels consisterait &#224; attendre jusqu'&#224; ce que, par un processus &#171; naturel &#187;, il y ait &#171; le nombre n&#233;cessaire de socialistes &#187; dans l'arm&#233;e pour que celle-ci &#171; disparaisse &#187; d'elle-m&#234;me [48]. La lutte pour la conqu&#234;te de l'arm&#233;e pr&#244;n&#233;e par L&#233;nine semblerait, toujours selon Berger, &#171; &#233;trang&#232;re &#224; la vision d'Engels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, c'est plut&#244;t cette interpr&#233;tation qui est &#233;trang&#232;re &#224; la vision d'Engels. L&#233;nine en 1906, dans l'article cit&#233; par Berger, Les Enseignements de l'insurrection de Moscou, ne faisait que souligner l'id&#233;e, somme toute classique, selon laquelle l'utilisation de la force par les insurg&#233;s et leur d&#233;termination peuvent faire basculer les troupes ind&#233;cises dans leur camp [49]. Engels ne disait rien de diff&#233;rent &#224; cet &#233;gard, dans son Introduction de 1895 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne nous faisons pas d'illusions &#224; ce sujet : une v&#233;ritable victoire de l'insurrection sur les troupes dans le combat de rues, une victoire comme dans la bataille entre deux arm&#233;es, est une chose des plus rares. Mais d'ailleurs il &#233;tait rare aussi que les insurg&#233;s l'aient envisag&#233;e. Il ne s'agissait pour eux que d'amollir les troupes en les influen&#231;ant moralement (&#8230;). Si cela r&#233;ussit, la troupe refuse de marcher, ou les chefs perdent la t&#234;te, et l'insurrection est victorieuse. Si cela ne r&#233;ussit pas, alors, m&#234;me avec des troupes inf&#233;rieures en nombre, c'est la sup&#233;riorit&#233; de l'&#233;quipement et de l'instruction, de la direction unique, de l'emploi syst&#233;matique des forces arm&#233;es et de la discipline qui l'emporte. Le maximum de ce que l'insurrection peut attendre dans une action vraiment tactique, c'est l'&#233;tablissement dans les r&#232;gles et la d&#233;fense d'une barricade isol&#233;e. (&#8230;) La r&#233;sistance passive est, par cons&#233;quent, la forme de lutte pr&#233;dominante ; l'attaque, ramassant ses forces, fera bien &#224; l'occasion &#231;&#224; et l&#224;, mais de fa&#231;on purement exceptionnelle, des avances et des attaques de flanc, mais en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, elle se bornera &#224; l'occupation des positions abandonn&#233;es par les troupes battant en retraite. (&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#234;me &#224; l'&#233;poque classique des combats de rues, la barricade avait donc un effet plus moral que mat&#233;riel. Elle &#233;tait un moyen d'&#233;branler la fermet&#233; des soldats. Si elle tenait jusqu'&#224; ce que celle-ci flanche, la victoire &#233;tait acquise ; sinon, on &#233;tait battu. Tel est le point principal qu'il faut &#233;galement avoir &#224; l'esprit dans l'avenir lorsque l'on examine la chance d'&#233;ventuels combats de rues &#187; [50].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'avenir, lorsque les forces de la r&#233;volution auront r&#233;ussi &#224; s'assurer au pr&#233;alable de la sympathie d'une grande partie des soldats, de mani&#232;re &#224; compenser leur inf&#233;riorit&#233; militaire, et qu'elles devront engager un combat de rues, au d&#233;but de la r&#233;volution ou au cours de son d&#233;veloppement, elles &#171; pr&#233;f&#233;reront sans doute l'attaque ouverte &#224; la tactique passive de la barricade &#187; [51] !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil Engels renouait ainsi avec les c&#233;l&#232;bres lignes que, quarante-trois ans auparavant, saisissant d&#233;j&#224; parfaitement les aspects militaires du changement d'&#233;poque r&#233;volutionnaire, il avait &#233;crites sur l'art de l'insurrection, ces m&#234;mes lignes sur lesquelles L&#233;nine s'appuyait et qu'il aimait tant citer. Quelle meilleure d&#233;monstration y a-t-il de la continuit&#233; remarquable d'une pens&#233;e strat&#233;gique d&#233;di&#233;e tout enti&#232;re &#224; la r&#233;volution, comme le fut la vie m&#234;me des deux comp&#232;res barbus dont le spectre n'en finit pas de hanter le monde ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Premi&#232;rement, ne jamais jouer avec l'insurrection si vous n'&#234;tes pas absolument d&#233;cid&#233;s &#224; affronter toutes les cons&#233;quences de votre jeu. L'insurrection est un calcul avec des grandeurs tr&#232;s ind&#233;termin&#233;es dont la valeur peut varier tous les jours ; les forces de l'adversaire ont tout l'avantage de l'organisation, de la discipline et de l'habitude de l'autorit&#233; ; si vous ne pouvez leur opposer des forces bien sup&#233;rieures, vous &#234;tes d&#233;fait, perdu. Deuxi&#232;mement, une fois entr&#233; dans la carri&#232;re insurrectionnelle, agir avec la plus grande d&#233;termination et de fa&#231;on offensive. La d&#233;fensive est la mort de tout soul&#232;vement arm&#233; ; il est perdu avant de s'&#234;tre mesur&#233; avec ses ennemis. Attaquez vos adversaires &#224; l'improviste, pendant que leurs forces sont &#233;parpill&#233;es, pr&#233;parez de nouveaux succ&#232;s, si petits soient-ils, mais quotidiens ; maintenez l'ascendant moral que vous a donn&#233; le premier soul&#232;vement victorieux ; ralliez ainsi &#224; vos c&#244;t&#233;s les &#233;l&#233;ments vacillants qui toujours suivent l'impulsion la plus forte et cherchent toujours &#224; aller du c&#244;t&#233; le plus s&#251;r ; forcez vos ennemis &#224; battre en retraite avant qu'ils aient pu r&#233;unir leurs forces contre vous, en disant avec Danton, le plus grand ma&#238;tre en politique r&#233;volutionnaire connu jusqu'ici : De l'audace, de l'audace, encore de l'audace &#187; [52].&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e pour le colloque organis&#233; par Georges Labica &#224; l'universit&#233; de Nanterre en 1995, &#224; l'occasion du centenaire du d&#233;c&#232;s d'Engels. Elle a &#233;t&#233; publi&#233;e pour la premi&#232;re fois dans l'ouvrage issu du colloque, Friedrich Engels, savant et r&#233;volutionnaire, dirig&#233; par Georges Labica et Mireille Delbraccio et paru en 1997 aux Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Penser la guerre, Clausewitz, Gallimard, Paris, 1976. La citation figure dans le tome I, L'&#226;ge europ&#233;en, pp. 32-33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels, Die deutsche Reichsverfassungskampagne, 1850, dans MEW (Marx Engels Werke), t. 7, p. 185.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Friedrich Engels &#187; (1897), dans Souvenirs sur Marx et Engels, &#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou, 1982, p. 151.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] C'est pour leur cause r&#233;volutionnaire commune qu'Engels, chaleureusement soutenu par Marx, avait choisi de tenter d'influencer les militaires autrichiens et prussiens, en r&#233;futant le principe des &#171; fronti&#232;res naturelles &#187; sous un angle militaro-politique et du point de vue de l'int&#233;r&#234;t national allemand. Il d&#233;montra que l'Allemagne n'avait nul besoin d'empi&#233;ter sur le territoire italien pour se d&#233;fendre, s'effor&#231;ant d'&#233;tablir la convergence des int&#233;r&#234;ts entre les mouvements d'unification des deux nations. Il d&#233;montra &#233;galement la nature offensive r&#233;actionnaire des vis&#233;es expansionnistes de Napol&#233;on III, et formula des consid&#233;rations militaires sur une &#233;ventuelle guerre franco-allemande qui se trouv&#232;rent par deux fois confirm&#233;es au cours du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le sous-titre du Capital est : Critique de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Lettre &#224; Becker, du 15 octobre 1884 (MEW, t. 36, p. 218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Op. cit., p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Lettre &#224; Bebel, du 12 d&#233;cembre 1884 (MEW, t. 36, p. 253).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Makers of Modern Strategy, Princeton University Press, 1943. Traduction fran&#231;aise : Les Ma&#238;tres de la strat&#233;gie, Flammarion, Paris, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#171; Engels et Marx : concepts militaires des socialistes r&#233;volutionnaires &#187;, dans Les Ma&#238;tres&#8230;, op. cit., t. 1, pp. 179-198.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Anthologie mondiale de la strat&#233;gie, Robert Laffont, Paris, 1990. Cet ouvrage commet toutefois la prouesse d'accumuler trois erreurs, en douze lignes de pr&#233;sentation d'Engels (p. 937) : il commence par le d&#233;crire comme &#171; juif allemand &#187; (Engels avait d&#233;j&#224; connu cela de son vivant, cf. &#220;ber den Antisemitismus, 1890, MEW, t. 22, p. 51), le fixe &#171; &#224; Londres jusqu'en 1870 &#187; et le fait animer la Premi&#232;re Internationale &#171; apr&#232;s la mort de Marx &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Kriegstheorien : Ihre Entwicklung im 19. und 20. Jahrhundert, Bernard &amp; Graefe, Francfort, 1972. Le m&#234;me auteur avait d&#233;j&#224; consacr&#233; un ouvrage entier &#224; la pens&#233;e militaire d'Engels : Die Kriegslehre von Friedrich Engels, Europ&#228;ische Verlagsanstalt, Francfort, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Kriegstheorien, op. cit., pp. 253-254. Ce bilan est d&#233;velopp&#233; dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;dent de l'auteur. Dans Kriegstheorien, il s'int&#233;resse exclusivement au &#171; concept de guerre r&#233;volutionnaire &#187; chez Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Tel &#233;tait le pr&#233;cepte de l'auteur de Vom Kriege : &#171; Il ne faut pas trop laisser cro&#238;tre les feuilles et les fleurs th&#233;oriques des arts pratiques, mais les rapprocher de l'exp&#233;rience qui est leur terrain naturel &#187; (Carl von Clausewitz, De la Guerre, &#201;ditions de Minuit, Paris, 1955, p. 47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Engels, Anti-D&#252;hring, &#201;ditions sociales, Paris, 1963, p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] De ce qui pr&#233;c&#232;de, il ne s'ensuit pas que l'analyse faite par L&#233;nine &#224; partir de 1914 n'&#233;tait pas conforme aux crit&#232;res marxiens. Bien au contraire, elle &#233;tait elle-m&#234;me, en fait, fond&#233;e essentiellement sur une appr&#233;ciation de la place et de la signification historiques du stade imp&#233;rialiste dans l'&#233;volution du mode de production capitaliste. Pour &#233;tayer sa position &#171; d&#233;faitiste r&#233;volutionnaire &#187;, le dirigeant bolchevik ne se pencha pas tant sur la diplomatie des bellig&#233;rants (sens premier de la politique dans la formule de Clausewitz, comme le reconna&#238;t Raymond Aron en discutant Ludendorff &#8212; Penser la guerre, op. cit., t. II, p. 59) que sur la structure et la dynamique de leurs &#233;conomies. Il pr&#233;senta la guerre de 1914 comme surd&#233;termin&#233;e, inexorable, quelle que f&#251;t l'intention premi&#232;re de ses protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Premi&#232;re Adresse, dans Marx Engels, &#338;uvres choisies en trois volumes, &#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou, 1970, t. 2, pp. 203-204.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Seconde adresse, ibid., p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] W. B. Gallie, Philosophers of Peace and War, Cambridge University Press, Cambridge, 1978, p. 92. L'auteur ne cache pas, cependant, sa sympathie pour le personnage Engels, dont il estime que, gr&#226;ce notamment &#224; ses derniers &#233;crits sur la guerre, il &#171; sera un jour r&#233;habilit&#233; [sic] par les historiens futurs du marxisme &#187; (p. 81).&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] Einleitung [zu Borkheims &#8222;Zur Erinnerung f&#252;r die deutschen Mordspatrioten&#8220;], MEW, t. 21, pp. 350-351.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Friedrich Engels a dit un jour : &#8220;La soci&#233;t&#233; bourgeoise est plac&#233;e devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie.&#8221; (&#8230;) Jusqu'ici nous avons lu ces paroles sans y r&#233;fl&#233;chir et nous les avons r&#233;p&#233;t&#233;es sans en pressentir la terrible gravit&#233;. Jetons un coup d'&#339;il autour de nous en ce moment m&#234;me [1915], et nous comprendrons ce que signifie une rechute de la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans la barbarie. (&#8230;) C'est exactement ce que Friedrich Engels avait pr&#233;dit une g&#233;n&#233;ration avant nous, voici quarante ans. &#187; Rosa Luxemburg, La Crise de la social-d&#233;mocratie, La Taupe, Bruxelles, 1970, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Lettre &#224; Bebel, du 13 septembre 1886 (MEW, t. 36, pp. 525-526). C'est Engels lui-m&#234;me qui souligne seul et certitude. Quelques ann&#233;es auparavant, en 1882, il avait exprim&#233; son pessimisme quant &#224; l'attitude des socialistes allemands en cas de guerre, de mani&#232;re encore plus cat&#233;gorique : &#171; notre parti en Allemagne serait, pour un temps, inond&#233; et bris&#233; par la mar&#233;e montante du chauvinisme, et il en serait de m&#234;me en France &#187; (lettre &#224; Bebel, du 22 d&#233;cembre 1882, MEW, t. 35, p. 416).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Lettre &#224; Paul Lafargue, du 25 mars 1889 (Engels, Paul et Laura Lafargue, Correspondance, t. 2, &#201;ditions sociales, Paris, 1956, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Engels, Armies and Revolution, Archon Books, Hamden (Conn.), 1977, p. 129. L'ouvrage de Martin Berger constitue probablement le meilleur recensement des vues d'Engels sur le rapport guerre-r&#233;volution. A cet &#233;gard, cependant, son d&#233;faut majeur est de ne pas saisir suffisamment, ou de ne pas faire ressortir, la coh&#233;rence th&#233;orique de la d&#233;marche d'Engels et de l'&#233;volution de son attitude en fonction des changements objectifs de la situation mondiale. Ainsi, faire souhaiter &#224; Engels &#224; des fins r&#233;volutionnaires, dans les ann&#233;es 1850, une guerre &#171; terrible &#187;, voire un &#171; holocauste &#187; (p. 99), c'est utiliser des termes anachroniques qui permettent mal de comprendre la hantise du compagnon de Marx, au cours des vingt-quatre derni&#232;res ann&#233;es de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Lettre &#224; Bernstein, du 22 f&#233;vrier 1882 (MEW, t. 35, pp. 279-280 &#8212; traduction fran&#231;aise publi&#233;e dans Haupt, L&#246;wy, Weill, Les Marxistes et la question nationale, Maspero, Paris, 1974, p. 102). Dans le registre proph&#233;tique, Engels poursuit dans la m&#234;me lettre : &#171; Les Serbes sont divis&#233;s en trois religions (&#8230;). Mais pour ces gens, la religion compte plus que la nationalit&#233; et chaque confession veut dominer. Aussi une Grande Serbie ne signifiera-t-elle que guerre civile, tant qu'il n'y aura pas l&#224; de progr&#232;s culturel, qui rendra possible au moins la tol&#233;rance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] La revue Actuel Marx (PUF, Paris) vient d'en exhumer la version fran&#231;aise originale dans son n&#176; 18, deuxi&#232;me semestre 1995, pp. 129-142 &#8212; texte pr&#233;c&#233;d&#233; d'une pr&#233;sentation par Jacques Texier (pp. 121-127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Engels pensait manifestement &#224; la Commune de Paris &#233;cras&#233;e par les Versaillais, sous le regard de l'occupant allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Les internationalistes r&#233;volutionnaires de 1914 ont d&#233;nonc&#233; le d&#233;tournement &#171; social-patriote &#187; de l'article d'Engels : Rosa Luxemburg dans sa c&#233;l&#232;bre brochure de 1915, sign&#233;e Junius (La Crise&#8230;, op. cit., pp. 188-189) et Georges Zinoviev, en 1916, dans sa brochure La IIe Internationale et le probl&#232;me de la guerre (reprise dans L&#233;nine, Zinoviev, Contre le courant, Maspero, Paris, 1970, pp. 197-200). Ils ont r&#233;tabli le sens de l'article du compagnon de Marx tel qu'expos&#233; ci-dessus, tout en soulignant &#233;galement que la mutation imp&#233;rialiste accomplie apr&#232;s la mort d'Engels, faussait toute extrapolation de son analyse de 1891 sur la guerre mondiale d&#233;clench&#233;e pr&#232;s d'un quart de si&#232;cle plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Il aurait souhait&#233; que les Fran&#231;ais eux-m&#234;mes se chargeassent d'expliquer pourquoi l'&#233;ventualit&#233; d'une guerre de leur gouvernement contre l'Allemagne, en alliance avec la Russie, &#233;tait &#224; combattre (lettre &#224; Bebel, du 29 septembre 1991, MEW, t. 38, p. 161). En publiant son article en allemand, quelques mois plus tard, Engels prit soin de le d&#233;samorcer, en expliquant longuement que, du fait des d&#233;boires de l'empire tsariste, la menace russe qui pesait sur l'Allemagne n'&#233;tait plus d'actualit&#233; &#8212; ce qui d&#233;truisait la seule et unique justification du &#171; d&#233;fensisme r&#233;volutionnaire &#187; qu'il avait jug&#233; n&#233;cessaire en pareil cas. En octobre 1992, il expliquait au socialiste fran&#231;ais Charles Bonnier qu'il allait de soi qu'en cas de nouvelle guerre de conqu&#234;te du Kaiser contre la France, les r&#244;les des socialistes des deux pays seraient invers&#233;s (ibid., p. 498). Et en juin 1893, Engels reprochait &#224; Paul Lafargue de se pr&#233;senter comme patriote : &#171; Ce mot a un sens &#233;troit &#8212; ou bien si ind&#233;termin&#233;, c'est selon &#8212; que moi je n'oserai jamais m'appliquer cette qualification. J'ai parl&#233; aux non-Allemands comme Allemand, de m&#234;me que je parle aux Allemands comme simple International &#187; (Engels, Paul et Laura Lafargue, Correspondance, t. 3, &#201;ditions sociales, Paris, 1959, p. 292).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Engels proposait une dur&#233;e maximale de deux ans, ajoutant que &#171; dans quelques ann&#233;es, il pourrait &#234;tre possible de choisir une dur&#233;e bien plus courte &#187;. Il pr&#244;nait un service se limitant &#224; la formation militaire essentielle et rationnelle, sans le c&#233;r&#233;monial superflu et autres &#171; b&#234;tises &#187; telles que le pas de l'oie qu'il raillait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Kann Europa abr&#252;sten ?, MEW, t. 22, p. 371.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Seul Jean Jaur&#232;s, parmi les t&#233;nors du socialisme europ&#233;en, militera pour les vues d'Engels sur la transformation des arm&#233;es comme moyen de pr&#233;venir la guerre. Son pacifisme radical lui valut la haine meurtri&#232;re des nationalistes fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Lettre &#224; Marx, du 16 janvier 1868 (MEW, t. 32, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Die preu&#223;ische Milit&#228;rfrage und die deutsche Arbeiterpartei, MEW, t. 16, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] R&#233;volution et contre-r&#233;volution en Allemagne, dans Marx Engels, &#338;uvres choisies, op. cit., t. 1, p. 359 (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Ibid., pp. 194-212.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Anti-D&#252;hring, op. cit., p. 203 (soulign&#233; par Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] &#171; Le devoir de propager les id&#233;es communistes implique la n&#233;cessit&#233; absolue de mener une propagande et une agitation syst&#233;matique et pers&#233;v&#233;rante parmi les troupes &#187;, stipulait la 4e des 21 conditions d'admission des Partis dans l'Internationale communiste (Manifestes, th&#232;ses et r&#233;solutions des quatre premiers Congr&#232;s mondiaux de l'Internationale communiste 1919-1923, r&#233;impression en fac-simil&#233;, Maspero, Paris, 1969, p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] &#171; [Mon introduction] a quelque peu souffert du d&#233;sir excessif, &#224; mon sens, qu'&#233;prouvent nos amis de Berlin de ne rien dire qui puisse &#234;tre utilis&#233; comme pr&#233;texte pour faire passer au Reichstag l'Umsturzvorlage [le projet de loi contre les men&#233;es subversives]. &#201;tant donn&#233; les circonstances, j'ai d&#251; c&#233;der. &#187; Lettre &#224; Laura Lafargue, du 28 mars 1895 (Engels, Lafargue, Correspondance, t. 3, op. cit., pp. 400-401).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] &#171; Je ne peux pas croire que vous ayez l'intention de vous d&#233;dier corps et &#226;me &#224; la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; quelles que soient les conditions, la l&#233;galit&#233; m&#234;me face aux lois qui sont viol&#233;es par leurs auteurs, bref, la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche lorsque l'on est frapp&#233; sur la joue droite. &#187; Lettre &#224; Fischer, du 8 mars 1895 (MEW, t. 39, p. 424).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Le Socialisme en Allemagne, op. cit., p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Ibid. Une des phrases caviard&#233;es de l'Introduction de 1895, &#224; la grande col&#232;re d'Engels, disait, s'adressant au gouvernement allemand : &#171; Si donc vous brisez la Constitution imp&#233;riale, la social-d&#233;mocratie est libre, libre de faire ce qu'elle veut &#224; votre &#233;gard. Mais ce qu'elle fera ensuite, elle se gardera bien de vous le dire aujourd'hui &#187; (op. cit., p. 211 &#8212; je souligne ici, et dor&#233;navant, les passages de l'Introduction censur&#233;s par les &#233;diteurs socialistes d'Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Pour une analyse critique des r&#233;flexions de Gramsci dans ses Cahiers de prison, et une vue d'ensemble p&#233;n&#233;trante des d&#233;bats strat&#233;giques marxistes post&#233;rieurs &#224; Engels, voir l'&#233;tude magistrale de Perry Anderson, The Antinomies of Antonio Gramsci, dans New Left Review, Londres, n&#176; 100, nov.-d&#233;c. 1976, pp. 5-78 (traduction fran&#231;aise : Sur Gramsci, Maspero, Paris, 1978). Ni Gramsci, ni Anderson, ne remontent cependant jusqu'&#224; Engels, pourtant &#224; l'origine de cette probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Engels, Introduction, op. cit., pp. 201et 205. L'approche du parlementarisme contenue dans ce texte d'Engels reste aux antipodes du &#171; cr&#233;tinisme parlementaire &#187; que Marx et lui ont toujours fustig&#233;. Elle s'apparente bien plus &#224; celle que L&#233;nine exposera dans Le Gauchisme, maladie infantile du communisme, qu'&#224; celle des sociaux-d&#233;mocrates europ&#233;ens, m&#234;me avant 1914. D'ailleurs lorsque Engels d&#233;crit plus loin, avec satisfaction, les progr&#232;s remport&#233;s par les socialistes au Parlement, dans les autres pays europ&#233;ens, il s'empresse d'ajouter : &#171; Il est bien &#233;vident que nos camarades &#233;trangers ne renoncent nullement pour cela &#224; leur droit &#224; la r&#233;volution. Le droit &#224; la r&#233;volution n'est-il pas apr&#232;s tout le seul &#8220;droit historique&#8221; r&#233;el, le seul sur lequel reposent tous les &#201;tats modernes sans exception&#8230; &#187; (op. cit., p. 209).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de r&#233;viser les options r&#233;volutionnaires de sa jeunesse, Engels restait ainsi fid&#232;le &#224; ce qu'il avait &#233;crit dans sa premi&#232;re d&#233;claration de principes, en 1847 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est-elle possible par la voie pacifique ? Il serait souhaitable qu'il p&#251;t en &#234;tre ainsi, et les communistes seraient certainement les derniers &#224; s'en plaindre. (&#8230;) Mais ils voient &#233;galement que le d&#233;veloppement du prol&#233;tariat se heurte dans presque tous les pays civilis&#233;s &#224; une r&#233;pression brutale, et qu'ainsi les adversaires des communistes travaillent eux-m&#234;mes de toutes leurs forces pour la r&#233;volution. &#187; Principes du communisme, dans Marx Engels, &#338;uvres choisies, op. cit., t. 1, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Ibid., pp. 208-209 et 210. L'&#233;dition de Moscou traduit Gewalthaufen par &#171; groupe de choc &#187;, ici remplac&#233; par &#171; troupes de choc &#187;, correction d'autant plus justifi&#233;e que la premi&#232;re formule a une connotation de commando, alors qu'il s'agit pour Engels de la masse consid&#233;rable des partisans du socialisme en Allemagne, &#171; troupes de choc d&#233;cisives de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne internationale &#187; (Ibid., p. 210 &#8212; MEW, t. 22, pp. 524-525).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels relativisa consid&#233;rablement, peu apr&#232;s, ce texte d&#233;sign&#233; abusivement par une certaine post&#233;rit&#233; comme &#233;tant son &#171; testament politique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Liebknecht vient de me jouer un joli tour. Il a pris de mon introduction (&#8230;) tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique &#224; tout prix paisible et anti-violente qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et, pour l'Allemagne, elle pourra devenir inapplicable demain. &#187; Lettre &#224; Paul Lafargue, du 3 avril 1895 (Engels, Lafargue, Correspondance, t. 3, op. cit., pp. 404, soulign&#233; par Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Liebknecht, c'est Eduard Bernstein qui utilisa ce document d&#233;natur&#233; pour &#233;tayer ses propos &#171; r&#233;visionnistes &#187;, contribuant ainsi &#224; forger le mythe d'un revirement d'Engels &#224; la fin de sa vie. Depuis, nombre d'auteurs, de Karl Kautsky &#224; Lucio Colletti, crurent n&#233;cessaire de contredire Engels en accordant cr&#233;ance &#224; ce travestissement. Toutefois, depuis la publication du texte int&#233;gral de l'Introduction de 1895 par les soins de Riazanov, en 1930, beaucoup se sont appliqu&#233;s &#224; en restituer le sens original, en citant la correspondance d'Engels &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Ibid., p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Le Socialisme&#8230;, op. cit., pp. 132-133 (je souligne). &#171; Et si nous gagnons les circonscriptions rurales des six provinces orientales de la Prusse, o&#249; pr&#233;dominent la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et la grande culture, l'arm&#233;e allemande est &#224; nous &#187;, &#233;crivait Engels &#224; Paul Lafargue, la m&#234;me ann&#233;e (Engels, Lafargue, Correspondance, t. 3, op. cit., p. 89, soulign&#233; par Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique Ernst Wangermann dans sa br&#232;ve, mais excellente, introduction &#224; la premi&#232;re &#233;dition anglaise du texte d'Engels sur Le R&#244;le de la violence dans l'histoire, celui-ci &#171; pr&#233;conisait des politiques destin&#233;es &#224; saper l'esprit de soumission absolue de la troupe dans les r&#233;giments prussiens, qui &#233;taient encore recrut&#233;s largement parmi les masses opprim&#233;es des travailleurs ruraux &#187; (The Role of Force in History, Lawrence &amp; Wishart, Londres, 1968, p. 23). La place manque, ici, pour expliquer la fa&#231;on dont le programme agraire pr&#233;conis&#233; par Engels, et rejet&#233; par les socialistes allemands, s'articulait avec sa strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. On pourrait &#233;galement montrer comment la d&#233;marche programmatique d'Engels, dans le domaine agraire comme en ce qui concerne l'arm&#233;e, pr&#233;figurait celle des &#171; revendications transitoires &#187;, qui fut adopt&#233;e par l'Internationale communiste sous L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de toutes les critiques, &#233;parses mais acerbes, formul&#233;es par Engels &#224; l'adresse des socialistes allemands, en particulier, il ne serait pas exag&#233;r&#233; d'affirmer que le compagnon de Marx est le premier marxiste &#224; avoir pressenti l'&#233;volution future de la social-d&#233;mocratie (il sera suivi par Rosa Luxemburg, alors qu'il faudra la trahison de 1914 pour que L&#233;nine s'en aper&#231;oive).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Engels, Armies&#8230;, op. cit., p. 169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Berger a bien du mal &#224; concilier son interpr&#233;tation avec le t&#233;moignage du socialiste britannique Ernest Belfort Bax sur Engels :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bien qu'il s&#251;t en toute circonstance d&#251;ment peser les exigences pratiques du moment, ce vieux camarade de Marx, qui lui avait surv&#233;cu, resta jusqu'&#224; la fin convaincu que la r&#233;volution sociale ne pouvait commencer que par une insurrection arm&#233;e, surtout en Allemagne. Je lui ai entendu dire plus d'une fois que si les dirigeants du parti pouvaient compter sur un soldat sur trois, c'est-&#224;-dire sur un tiers de l'arm&#233;e allemande, ils devraient passer aussit&#244;t &#224; l'action r&#233;volutionnaire. &#187; (&#171; Rencontres avec Engels &#187;, dans Souvenirs sur Marx et Engels, op. cit., pp. 332-333).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Dans &#338;uvres, &#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou, 1966, t. 11, pp. 173-175. &#171; Nous nous sommes attach&#233;s et nous nous attacherons encore avec plus de t&#233;nacit&#233; &#224; &#8220;travailler&#8221; id&#233;ologiquement l'arm&#233;e. Mais nous ne serions que de pitoyables p&#233;dants, si nous oublions qu'au moment de l'insurrection, il faut aussi employer la force pour gagner l'arm&#233;e &#187; (p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Op. cit., pp. 205-206.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] Ibid., p. 208.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] R&#233;volution et contre-r&#233;volution&#8230;, op. cit., p. 392 (je souligne, sauf pour Danton, cit&#233; en fran&#231;ais par Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/engels-guerre-revolution-socialisme-armes-insurrection/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/engels-guerre-revolution-socialisme-armes-insurrection/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La gr&#232;ve chez Ford River Rouge &#224; Detroit en 1941</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7482</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7482</guid>
		<dc:date>2023-04-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent au printemps 1941 pour imposer la reconnaissance du syndicat chez Ford dans l'automobile et chez Bethlehem Steel dans la sid&#233;rurgie, dans ces deux cas, elles se heurt&#232;rent &#224; la totale inertie des dirigeants du CIO. C'est sans eux, et m&#234;me contre eux, que les ouvriers se mirent en gr&#232;ve, stopp&#232;rent toute la production et arrach&#232;rent la victoire. De m&#234;me, dans une usine d'aviation, c'est contre l'avis de l'UAW, fleuron du CIO, que les travailleurs se mirent en gr&#232;ve (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent au printemps 1941 pour imposer la reconnaissance du syndicat chez Ford dans l'automobile et chez Bethlehem Steel dans la sid&#233;rurgie, dans ces deux cas, elles se heurt&#232;rent &#224; la totale inertie des dirigeants du CIO. C'est sans eux, et m&#234;me contre eux, que les ouvriers se mirent en gr&#232;ve, stopp&#232;rent toute la production et arrach&#232;rent la victoire. De m&#234;me, dans une usine d'aviation, c'est contre l'avis de l'UAW, fleuron du CIO, que les travailleurs se mirent en gr&#232;ve pour de meilleurs salaires, en juin 1941. L&#226;ch&#233;s par leur syndicat, ils allaient voir intervenir contre eux, pour briser leur gr&#232;ve, rien moins que 3 500 hommes de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re am&#233;ricaine, envoy&#233;s par Roosevelt. La Gr&#232;ve des studios Disney est un &#233;v&#233;nement marquant de l'histoire des studios Disney qui a d&#233;but&#233; le 29 mai 1941 et dur&#233; 5 semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me p&#233;riode :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; General Motors Tool and Diemakers' Strike (1939, U.S.)&lt;br class='autobr' /&gt;
1940s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Ford Motor Strike (1940, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Disney animators' strike (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Allis-Chalmers Strike (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Captive Coal Miners' Strike (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Detroit Michigan, Hate Strike against Black Workers (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; International Harvester Strike (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; New York City Bus Strike (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; North American Aviation Strike (1941, U.S.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1941 Gr&#232;ve &#224; l'usine de River Rouge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1941, Ford Motor Company est rest&#233;e la derni&#232;re grande entreprise automobile &#224; refuser de reconna&#238;tre l'UAW ou tout autre syndicat en tant qu'agent n&#233;gociateur de ses travailleurs. L'UAW avait d&#233;j&#224; sign&#233; des contrats avec General Motors et Chrysler, mais Henry Ford restait oppos&#233; &#224; la syndicalisation. N&#233;anmoins, l'organisation s'est poursuivie &#224; l'usine Rouge et de nombreux travailleurs se sont inscrits. En avril 1941, le chef de la s&#233;curit&#233; de Ford, Harry Bennett, aurait licenci&#233; huit membres du syndicat. La main-d'&#339;uvre dans son ensemble a fait une gr&#232;ve sauvage, bloquant l'usine. Quelques ouvriers fid&#232;les &#224; Henry Ford sont rest&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de l'usine. Eux-m&#234;mes, ainsi que d'autres briseurs de gr&#232;ve, ont &#233;t&#233; pay&#233;s 1 $ de l'heure pour leur temps, m&#234;me si aucun travail n'a &#233;t&#233; effectu&#233;. Le syndicat maintient la pression pendant dix jours, au bout desquels Henry Ford, pouss&#233; par sa femme Clara, capitule, faisant des concessions au-del&#224; des revendications syndicales. Il a convenu que Ford Motor serait un atelier ferm&#233;, ce qui signifie que tous les employ&#233;s devaient &#234;tre membres d'un syndicat, et qu'il initierait une disposition de &#171; pr&#233;compte des cotisations &#187;, qui permettrait de d&#233;duire les cotisations syndicales de la paie et de les envoyer directement au syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH385/ID38774_2_FMC1941Strike-0c106.jpg?1777710026' width='500' height='385' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15542 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH391/ID38767_FMC1941Strike-a43a5.jpg?1777710026' width='500' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/ford-1941-strike-678x381-d87ab.jpg?1777710026' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH400/image062-d1d71.jpg?1777710026' width='500' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH360/hqdefault-10-c4f11.jpg?1777710026' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH251/index-86-4d627.jpg?1777710026' width='201' height='251' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gr&#232;ve &#224; River Rouge : D&#233;troit 1941&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1941, des dizaines de milliers de travailleurs de l'automobile du complexe Ford River Rouge &#224; Dearborn, Michigan, ont surmont&#233; de nombreux obstacles pour construire un syndicat de bas en haut et gagner une gr&#232;ve qui avait un fort potentiel de se transformer en une &#171; &#233;meute raciale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une histoire remplie de drame, d'h&#233;ro&#239;sme et d'excitation, une &#233;tape politique pour les travailleurs am&#233;ricains, dans laquelle la conscience de classe a vaincu le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henry Ford &#233;tait un patron qui savait alterner la carotte et le b&#226;ton. Il a introduit un salaire minimum de 5 $ par jour en 1914, avant d'autres dans l'automobile et a publi&#233; d'innombrables publications remplies de conseils paternalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, &#224; partir de 1919, il met en place le Ford Service, la plus grande force de police priv&#233;e au monde &#8211; environ 3000 gangsters, ex-d&#233;tenus, boxeurs, catcheurs et autres. Ils ne portaient pas d'uniformes ni de LD et certains travaillaient dans les usines. Ils se sont livr&#233;s &#224; l'espionnage, &#224; l'intimidation et &#224; la violence contre les travailleurs de Ford int&#233;ress&#233;s par la syndicalisation ou des id&#233;es radicales. Entre 1937 et 1941, quelque 4000 travailleurs ont &#233;t&#233; licenci&#233;s des usines Ford.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dearborn, o&#249; se trouvait le complexe de River Rouge, &#233;tait une ville de compagnie, un domaine f&#233;odal appartenant &#224; Henry Ford. Il a fallu attendre 1940 pour que le United Automobile Workers Union obtienne le droit l&#233;gal d'avoir un acc&#232;s direct aux travailleurs de Ford. Enfin, Ford a utilis&#233; la politique du diviser pour r&#233;gner pour tenter de diviser la main-d'&#339;uvre par nationalit&#233; et/ou race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailleurs noirs chez Ford&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, il y a eu un grand afflux de Noirs &#224; D&#233;troit. Avant 1935, moins de 4 % de la population active de Detroit &#233;tait noire. &#192; l'exception de Ford, les travailleurs noirs se sont vu refuser en grande partie un emploi dans les autres grandes entreprises automobiles comme General Motors et Chrysler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier employ&#233; noir a &#233;t&#233; embauch&#233; chez Ford en 1914. Ford employait plus de la moiti&#233; des travailleurs noirs de l'automobile avant la syndicalisation. En 1940, &#224; la veille de la gr&#232;ve, environ 2 % de la main-d'&#339;uvre chez Ford &#233;tait noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; travaillait dans la fonderie et dans les travaux de conciergerie &#8211; les emplois les plus sales, les moins bien pay&#233;s et les plus dangereux de l'usine. Certains travailleurs noirs ont &#233;galement &#233;t&#233; embauch&#233;s dans des emplois qualifi&#233;s. Ford avait une division sp&#233;ciale pour embaucher des travailleurs noirs, dirig&#233;e par Don Marshall et par un ancien athl&#232;te de l'Universit&#233; du Michigan, Willis Ward. Ward avait une grande influence dans la section de Detroit appel&#233;e Paradise Valley, o&#249; vivaient de nombreux travailleurs noirs de l'automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford a &#233;tabli des liens directs avec les &#233;glises noires pour le recrutement, avec &#224; la fois des avantages et des conditions. Ford a donn&#233; des contributions mon&#233;taires aux &#233;glises &#224; condition qu'elles n'utilisent pas leurs &#233;glises pour des activit&#233;s syndicales. S'ils ob&#233;issaient, leurs paroissiens pourraient &#234;tre embauch&#233;s pour 5 $ par jour &#8211; un tr&#232;s bon salaire pour les travailleurs noirs &#224; l'&#233;poque. Les ministres qui refusaient pouvaient perdre leurs congr&#233;gations au profit d'une autre &#233;glise qui avait des liens avec Ford.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le leader national du travail noir A. Philip Randolph est venu parler dans une &#233;glise de D&#233;troit en 1938, les membres de l'&#233;glise qui travaillaient chez Ford ont &#233;t&#233; menac&#233;s de licenciement et certains ont &#233;t&#233; licenci&#233;s. &#192; la fin de la campagne syndicale, seuls trois ministres noirs se sont joints au syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford a &#233;galement offert des cadeaux &#224; des organisations noires et a envoy&#233; Marshall et Ward donner des conf&#233;rences &#233;ducatives dans la communaut&#233; noire. Ford a repris Inkster, un quartier d&#233;labr&#233; o&#249; 500 travailleurs noirs et leurs familles vivaient pr&#232;s du complexe Rouge. Ford a compl&#232;tement r&#233;nov&#233; la ville. Il a fait installer la plomberie, l'&#233;lectricit&#233; et un syst&#232;me d'&#233;gouts et a peint et r&#233;nov&#233; les maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford en cons&#233;quence a &#233;t&#233; salu&#233; comme un grand humanitaire. Il n'y avait qu'un seul probl&#232;me : les travailleurs d'Inkster ne recevaient que 12 cents de l'heure sur leur salaire normal et le reste &#233;tait destin&#233; &#224; rembourser Ford pour ses &#171; bons travaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le service Ford a &#233;galement &#233;chang&#233; des emplois contre des votes. Avant 1939, on disait que le r&#233;seau r&#233;publicain de Ford dans la communaut&#233; noire de D&#233;troit contr&#244;lait un huiti&#232;me des votes exprim&#233;s lors d'une &#233;lection normale &#224; D&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conditions de l'usine et r&#233;ponse du syndicat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tous les efforts de Ford, les conditions de travail ont contraint les travailleurs &#224; se syndiquer. Les travailleurs de Ford gagnaient 10 cents de l'heure de moins que les travailleurs de Chrysler et GM, 5 cents de moins que la moyenne de l'industrie automobile. Ils n'avaient pas de salle &#224; manger et seulement une pause d&#233;jeuner de 10 &#224; 15 minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils travaillaient par quarts rotatifs sans r&#233;mun&#233;ration major&#233;e. Ils n'avaient pas d'heures suppl&#233;mentaires ni de r&#233;mun&#233;ration sp&#233;ciale les samedis, dimanches et jours f&#233;ri&#233;s. Il y avait un favoritisme g&#233;n&#233;ralis&#233; et les contrema&#238;tres essayaient surtout de dresser les travailleurs noirs et les travailleurs blancs les uns contre les autres. L'escouade d'hommes de main de Ford a utilis&#233; la peur et l'intimidation pour garder les gens en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1932, des ch&#244;meurs de Ford ont march&#233; sur l'usine et ont &#233;t&#233; licenci&#233;s par la s&#233;curit&#233; de Ford. Quatre ouvriers ont &#233;t&#233; tu&#233;s. En 1937, les organisateurs syndicaux qui se sont rendus &#224; la porte 4 pour distribuer de la documentation syndicale ont &#233;t&#233; pass&#233;s &#224; tabac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, des probl&#232;mes internes au sein de l'United Auto Workers (UAW), qui &#233;tait affili&#233; au nouveau Congr&#232;s des organisations industrielles (CIO), entravaient &#233;galement la campagne syndicale de Ford. Homer Martin, le pr&#233;sident de l'UAW, rencontrait secr&#232;tement la direction de Ford. Il s'est retrouv&#233; sur la liste de paie de Ford, ce qui a vraiment nui &#224; la cr&#233;dibilit&#233; du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand d&#233;fi pour le syndicat restait de gagner les travailleurs noirs &#224; la cause syndicale. Ce n'&#233;tait pas une t&#226;che facile. En 1937, l'UAW a accept&#233; l'id&#233;e de listes d'anciennet&#233; s&#233;par&#233;es par race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939, des travailleurs noirs ont tent&#233; de franchir une ligne de piquetage &#224; Chrysler et il y a eu une bagarre entre les travailleurs blancs et les travailleurs noirs. Des probl&#232;mes comme celui-ci, ajout&#233;s aux politiques de Ford, ont rendu les travailleurs noirs sceptiques &#224; l'&#233;gard de la syndicalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UAW a essay&#233; activement de lutter contre le racisme. Lorsque les travailleurs noirs ont &#233;t&#233; victimes de discrimination lors de la convention de l'UAW &#224; St. Louis en J939, le syndicat a vot&#233; pour ne plus y tenir sa convention. L'UAW a collabor&#233; avec la NAACP dans les ann&#233;es 1930 sur des questions telles que les lois anti-lynchage. Le syndicat a embauch&#233; des organisateurs noirs et a utilis&#233; ses propres membres noirs pour essayer de s'organiser dans d'autres usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les travailleurs ont vu que les organisateurs noirs jouaient un r&#244;le r&#233;el dans la campagne Ford et que l'UAW s'opposait &#224; la discrimination, un changement a progressivement commenc&#233; &#224; s'op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il n'y avait pas d'acc&#232;s l&#233;gal &#224; l'usine jusqu'en 1940, il a fallu faire beaucoup de d&#233;marches de porte &#224; porte pour faire passer le mot aux travailleurs de Ford. Les travailleurs &#233;taient de grands innovateurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs laitiers ont donn&#233; &#224; l'UAW des listes de travailleurs de Ford sur leurs itin&#233;raires. Les amis et les &#233;pouses faisaient le tour touristique de l'usine Ford et, une fois &#224; l'int&#233;rieur, mettaient des casquettes UAW ou brandissaient des pancartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers des cha&#238;nes de montage installaient les autoradios sur le poste syndical. Les travailleurs mettent des tracts syndicaux dans les voitures sur la ligne et dans le papier toilette dans les salles de bain. Le syndicat a diffus&#233; des &#233;missions de radio quotidiennes en plusieurs langues et a publi&#233; un journal pour les travailleurs appel&#233; Ford Facts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, la NAACP coparrainait des &#233;v&#233;nements avec le syndicat et les ministres pro-syndicats ouvraient leurs &#233;glises aux travailleurs noirs. Les travailleurs noirs, dirig&#233;s par l'organisateur noir de l'UAW Walter Hardin et licenci&#233;s des travailleurs noirs d'autres usines, &#233;taient actifs dans la campagne de l'UAW. Ils se sont r&#233;unis tous les samedis matins et ont conseill&#233; le personnel de Ford UAW. L'UAW a pr&#233;sent&#233; une &#233;quipe int&#233;gr&#233;e dans la communaut&#233; noire comme une d&#233;monstration d'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effort syndical a &#233;t&#233; contr&#233; par Don Marshall qui a donn&#233; un banquet en f&#233;vrier pour 300 dirigeants noirs. Marshall a prononc&#233; un discours accusant le CIO d'&#234;tre dirig&#233; par des personnes n&#233;es &#224; l'&#233;tranger et d&#233;non&#231;ant les ministres noirs qui travaillaient avec le syndicat. Il a &#233;galement lanc&#233; une rh&#233;torique anti-communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; ce que Ford a essay&#233; de faire, le syndicat s'est lentement construit dans l'usine. Bill McKie, un organisateur du Parti communiste, a sugg&#233;r&#233; que chaque organisateur rassemble 10 travailleurs. Si en trois semaines aucun n'&#233;tait licenci&#233;, ils devaient se s&#233;parer et organiser 10 nouveaux membres. Ce plan a bien fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le du Parti communiste &#233;tait encore un autre ingr&#233;dient dans le m&#233;lange de syndicalisation de Ford. En 1938, le CP comptait 2 600 membres dans la r&#233;gion de D&#233;troit, dont 750 dans l'automobile. En 1941, ils comptaient ISO jusqu'&#224; 250 membres dans les clubs du complexe Rouge. Le r&#233;dacteur en chef du journal UA W &#233;tait associ&#233; au PC et plusieurs membres noirs de premier plan de l'&#233;quipe organisatrice &#233;taient membres du PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance syndicale explose chez Ford&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat s'est d&#233;velopp&#233; d&#233;partement par d&#233;partement, puis b&#226;timent par b&#226;timent. Il y avait plus de 1000 organisateurs b&#233;n&#233;voles en usine. Ils ont tenu des assembl&#233;es des membres. En r&#233;ponse, Ford a licenci&#233; des centaines de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la Seconde Guerre mondiale, Ford d&#233;tenait des contrats de d&#233;fense d'un montant de 55 millions de dollars. Le CIO mena&#231;a une campagne contre les contrats, notant qu'Henry Ford avait re&#231;u la Grand-Croix d'Allemagne et &#233;tait connu &#224; la fois comme pro-allemand et antis&#233;mite. Le gouvernement a fait un geste symbolique en refusant un contrat. Mais le geste a remont&#233; le moral des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a &#233;galement pris des mesures devant les tribunaux et par le biais du National Labor Relations Board (NLRB), ce qui a entra&#238;n&#233; pour la premi&#232;re fois une distribution massive de tracts au complexe Ford. Les travailleurs ont commenc&#233; &#224; porter des macarons syndicaux dans l'usine, ont &#233;lu des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux et ont forc&#233; l'entreprise &#224; n&#233;gocier. Il a commenc&#233; &#224; y avoir un syndicat r&#233;el mais officieux dans la Ford Rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier et mars 1941, la croissance des syndicats monta en fl&#232;che. En une semaine, 6000 travailleurs ont &#233;t&#233; inscrits. La tension montait. L'UAW a exig&#233; une discussion officielle avec l'entreprise. Il n'a re&#231;u aucune r&#233;ponse. Le syndicat a d&#233;pos&#233; une intention de gr&#232;ve aupr&#232;s du NLRB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars, 3000 travailleurs se sont assis pour protester contre les derniers licenciements de syndicalistes. Le 18 mars, 6000 se sont r&#233;unis jusqu'&#224; ce que l'entreprise accepte de r&#233;embaucher 12 syndicalistes licenci&#233;s. Le 19 mars, un autre b&#226;timent a frapp&#233; et l'entreprise a c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er avril, Ford a refus&#233; de rencontrer un comit&#233; syndical dans le laminoir et a licenci&#233; plusieurs travailleurs syndiqu&#233;s. Les ouvriers du laminoir arr&#234;tent la production et la gr&#232;ve s'&#233;tend autour de l'usine. Ford a appel&#233; la police de Dearborn et la direction de VAW et leur a demand&#233; de renvoyer les travailleurs au travail. La VAW a propos&#233; que Ford r&#233;embauche les travailleurs licenci&#233;s. L'entreprise a refus&#233;. Deux heures plus tard, le syndicat a d&#233;clar&#233; la gr&#232;ve officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford's Security et 1000 travailleurs sont rest&#233;s dans l'usine en tant que briseurs de gr&#232;ve. Ils &#233;taient pay&#233;s 1 $ de l'heure, 24 heures par jour. La plupart &#233;taient noirs &#8211; soit des travailleurs de longue date fid&#232;les &#224; Ford, soit de nouveaux travailleurs recrut&#233;s dans le but de briser la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les lignes de piquetage montraient une solidarit&#233; noire et blanche. Des dizaines de milliers de travailleurs se sont joints aux piquets de gr&#232;ve &#224; toutes les portes. Il y avait des bulletins de gr&#232;ve quotidiens, des communiqu&#233;s de presse toutes les heures et 12 &#233;missions de radio par jour. Dix camions sonores ont fait passer le message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers ont gar&#233; leurs voitures dans d'immenses barricades, bloquant toutes les entr&#233;es de l'usine. L'UAW a organis&#233; un rassemblement auquel ont assist&#233; 16 000 &#224; 20 000 personnes. Les promesses de soutien ont afflu&#233; de la part des travailleurs de Chrysler et de GM, et de tout le CIO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un conflit racial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 avril, il y a eu une bataille &#224; la porte 4. Certains travailleurs noirs ont charg&#233; hors de l'usine et ont attaqu&#233; la ligne de piquetage principalement blanche. Il y a eu de plus petites escarmouches et des dizaines de bless&#233;s. D'&#233;normes photos ont &#233;t&#233; imprim&#233;es dans tous les journaux de Detroit, donnant l'impression que la race &#233;tait la question cruciale de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford a d&#233;clar&#233; qu'il s'agissait d'un conflit racial et a tent&#233; de mobiliser la communaut&#233; noire contre l'UAW. Il a &#233;galement utilis&#233; l'AFL, le concurrent de l'UAW. L'AFL avait annonc&#233; en f&#233;vrier qu'elle avait une majorit&#233; de travailleurs chez Ford et maintenant elle attaquait la gr&#232;ve. Homer Martin, qui s'est fait passer pour le leader de l'AFL Ford, a accus&#233; l'UAW d'&#234;tre contr&#244;l&#233; par les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les piquets syndicaux tentaient &#233;galement d'encourager les travailleurs noirs rest&#233;s &#224; l'int&#233;rieur &#224; sortir. Ils ont imm&#233;diatement partag&#233; leurs beignets et leur caf&#233; avec quiconque quittait l'usine. Parfois, ils les ont inscrits au syndicat sur-le-champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 6 avril, il y a eu &#224; nouveau des combats mineurs. Le syndicat a d&#233;clar&#233; que 153 travailleurs avaient d&#251; &#234;tre hospitalis&#233;s depuis le d&#233;but de la gr&#232;ve et que six &#233;taient dans un &#233;tat grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ministres noirs qui soutenaient le syndicat se sont rendus &#224; l'usine pour lancer un appel aux travailleurs noirs &#224; l'int&#233;rieur et pour rallier le soutien &#224; la gr&#232;ve. Les jeunes de la NAACP se sont ralli&#233;s &#224; la litt&#233;rature de distribution de cause dans les &#233;glises, les magasins et les m&#233;nages et &#224; l'usine. Le chef de la NAACP les a rejoints. Au total, 10 000 tracts ont &#233;t&#233; distribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter White, chef de la NAACP nationale, est venu en ville et a propos&#233; que l'UAW publie des annonces dans les journaux promettant un traitement &#233;gal pour les travailleurs noirs. L'UAW a &#233;galement publi&#233; une &#233;dition sp&#233;ciale de son journal, Ford Facts, affirmant son engagement envers les travailleurs noirs. White est all&#233; avec le camion sonore NAACP et a appel&#233; les travailleurs noirs &#224; sortir de l'usine. L'un a &#233;merg&#233;. Bient&#244;t, d'autres groupes de la communaut&#233; noire se sont joints &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a donn&#233; &#224; Ford une ordonnance d'interdiction temporaire le 2 avril pour emp&#234;cher les gr&#233;vistes de garder les travailleurs hors de l'usine. Cependant, cela a &#233;chou&#233; parce que les ouvriers avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; assez intelligents pour mettre en place leurs barricades de voitures. Le gouvernement a mobilis&#233; des m&#233;diateurs pour intervenir aux niveaux local, &#233;tatique et f&#233;d&#233;ral, y compris le gouverneur du Michigan, Van Wagoner. Apr&#232;s une semaine de gr&#232;ve, le NLRB a d&#233;cid&#233; qu'il devait y avoir une &#233;lection de n&#233;gociation collective dans les 45 jours, une d&#233;rogation aux 60 jours habituels. Mais restait la question de la r&#233;int&#233;gration des huit ouvriers dont les licenciements avaient d&#233;clench&#233; la gr&#232;ve. Le gouverneur et Murray, chef de la CIA, ont propos&#233; de r&#233;int&#233;grer cinq d'entre eux et d'arbitrer les cas des trois autres plus tard. Ford a convenu qu'il n'y aurait pas de repr&#233;sailles contre les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une r&#233;union de masse de 20 000 personnes pour voter sur un r&#232;glement. Une certaine opposition s'&#233;leva de la part de ceux qui pensaient que le contrat devait &#234;tre remport&#233; avant de s'installer. Mais la VAW a accept&#233; de reporter les autres plaintes jusqu'apr&#232;s les &#233;lections syndicales. La gr&#232;ve a pris fin et les travailleurs ont repris le travail le 14 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AFL rivale a continu&#233; &#224; fomenter des antagonismes raciaux. Une semaine apr&#232;s la colonisation, il y a eu de nouveaux combats dans l'usine. Des camions sonores de l'UAW ont fait le tour de l'usine pour demander aux travailleurs de ne pas &#234;tre provoqu&#233;s et appelant &#224; la solidarit&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rumeurs circulaient selon lesquelles la CIA allait se d&#233;barrasser des ouvriers noirs de la fonderie qui &#233;taient rest&#233;s dans l'usine, alors ils sont venus travailler arm&#233;s pour se battre. Des soldats de l'&#201;tat ont &#233;t&#233; affect&#233;s &#224; l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UAW a organis&#233; une r&#233;union de masse pour rallier le soutien. Soixante mille travailleurs et leurs familles se sont entass&#233;s sur Cadillac Square &#224; Detroit. Le 21 mai, l'&#233;lection a eu lieu sur la repr&#233;sentation syndicale. L'UAW a remport&#233; une &#233;crasante majorit&#233; tandis que l'AFL a obtenu 28 pour cent des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juin, le contrat est sign&#233;. Il pr&#233;voyait pour la premi&#232;re fois la retenue des cotisations, l'anciennet&#233; et une proc&#233;dure de r&#232;glement des griefs. Il a augment&#233; les salaires pour qu'ils correspondent au reste de l'industrie automobile. Il y avait aussi une clause interdisant la discrimination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, l'UAW a remport&#233; une boutique syndicale. Cela repr&#233;sentait &#233;galement le genre de man&#339;uvre dont Ford &#233;tait capable. Il avait fait tout ce qu'il pouvait pour emp&#234;cher le syndicat d'entrer, mais maintenant qu'il &#233;tait en place, il voulait que tous les travailleurs soient sous le contr&#244;le de l'appareil syndical !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;union de ratification a eu lieu au parc des expositions de l'&#201;tat. Douze mille travailleurs ont vot&#233; &#224; cinq contre un pour accepter le contrat, bien qu'un groupe du syndicat s'y soit oppos&#233; parce que le rapport entre les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux et les travailleurs n'&#233;tait que de un pour 550. Ce fut un coup dur pour l'organisation de l'usine utilis&#233;e par les travailleurs pour construire l'union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat local de Ford a mis en place un comit&#233; charg&#233; de s'occuper de la race. Ils ont publi&#233; de la litt&#233;rature &#233;ducative et pris une position claire contre le racisme. Dans Ford Facts, ils ont montr&#233; aux travailleurs noirs que l'UAW avait des membres du comit&#233; et des d&#233;l&#233;gu&#233;s noirs, ainsi que des membres du comit&#233; de n&#233;gociation. Ils avaient int&#233;gr&#233; des &#233;quipes de baseball (bien avant les ligues majeures !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ford a cess&#233; d'embaucher des travailleurs noirs d&#232;s que le syndicat &#233;tait en place. De toute &#233;vidence, il ne pouvait plus manipuler les antagonismes raciaux pour maintenir les travailleurs divis&#233;s. Sur 22 000 travailleurs embauch&#233;s en 1942, moins de 100 &#233;taient noirs. Malheureusement, l'UAW n'a pas fait grand-chose pour contester la politique de Ford.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau conflit a &#233;clat&#233; &#224; propos du projet de logement The Sojourner Truth. Ce projet financ&#233; par le gouvernement f&#233;d&#233;ral avait &#233;t&#233; pr&#233;vu pour les Noirs &#224; faible revenu, mais &#224; la derni&#232;re minute, il a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; aux Blancs. Il y a eu de grandes protestations et finalement le gouvernement f&#233;d&#233;ral a &#233;t&#233; contraint de revenir &#224; ses plans originaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Noirs ont essay&#233; d'emm&#233;nager, ils ont &#233;t&#233; accueillis par des piquets blancs. Il y a eu une petite &#233;meute et la police a brutalement attaqu&#233; les noirs. L'UAW et la NAACP se sont tous deux oppos&#233;s &#224; ce qui se passait. Enfin, le 29 avril, les locataires noirs ont r&#233;ussi &#224; emm&#233;nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1943, il y a eu des &#233;meutes &#224; Detroit au cours desquelles de nombreux Noirs ont &#233;t&#233; victimes de la foule blanche. Malgr&#233; cela, il y avait moins de frictions dans les usines organis&#233;es par l'UAW qu'ailleurs. Les travailleurs noirs et les travailleurs blancs se sont d&#233;fendus contre les attaques raciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1940, la VAW avait subi des changements majeurs. Les radicaux avaient &#233;t&#233; chass&#233;s de la direction. La VAW s'est &#233;galement retir&#233;e de son engagement envers ses membres noirs et la plupart des officiers et du personnel noirs avaient disparu de la masse salariale. Mais les changements qui avaient &#233;t&#233; apport&#233;s dans les relations dans l'usine sont rest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes &#224; Ford River Rouge en 1941 ont montr&#233; le pouvoir des travailleurs de surmonter de nombreux obstacles sur leur chemin. Ils ont &#233;t&#233; aid&#233;s dans leurs luttes par des militants de gauche, des membres de la NAACP et d'autres dirigeants et jeunes de la communaut&#233; noire. La fa&#231;on dont les travailleurs de Ford ont construit leur syndicat dans l'usine &#224; partir de z&#233;ro montre les possibilit&#233;s des travailleurs ordinaires de cr&#233;er leurs propres organisations pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes chez Ford montrent que les travailleurs peuvent d&#233;fier le syst&#232;me d'oppression auquel ils sont confront&#233;s au travail chaque jour. Le fait que les travailleurs de Ford aient pu int&#233;grer des pique-niques et des matchs de baseball ainsi que se tenir c&#244;te &#224; c&#244;te dans l'usine et dans leurs quartiers montre le pouvoir de la solidarit&#233; de classe pour surmonter les pires tentatives de division raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les travailleurs sont confront&#233;s &#224; des obstacles et &#224; des divisions similaires. Et les m&#234;mes possibilit&#233;s existent pour les travailleurs de triompher. Il reste &#224; la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine de comprendre cela et d'utiliser son pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1943-1947 : la gauche communiste (bordiguiste) n'a pas vu passer la r&#233;volution &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8214</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8214</guid>
		<dc:date>2023-02-16T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1943-1947 : la gauche communiste (bordiguiste) n'a pas vu passer la r&#233;volution &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La p&#233;riode historique actuelle est profond&#233;ment contre-r&#233;volutionnaire&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Bordiga, Parti communiste international, &#171; Th&#232;ses caract&#233;ristiques du parti &#187;, d&#233;cembre 1951 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioi/qioiipebof.html#u22 &lt;br class='autobr' /&gt;
Selon l'&#233;crit bordiguiste suivant, le plus grand m&#233;rite de la gauche communiste bordiguiste aurait &#233;t&#233; d'expliquer pourquoi une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1943-1947 : la gauche communiste (bordiguiste) n'a pas vu passer la r&#233;volution &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La p&#233;riode historique actuelle est profond&#233;ment contre-r&#233;volutionnaire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordiga, Parti communiste international, &#171; Th&#232;ses caract&#233;ristiques du parti &#187;, d&#233;cembre 1951&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioi/qioiipebof.html#u22&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioi/qioiipebof.html#u22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'&#233;crit bordiguiste suivant, le plus grand m&#233;rite de la gauche communiste bordiguiste aurait &#233;t&#233; d'expliquer pourquoi une revolution prol&#233;tarienne n'&#233;tait plus possible &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale, contrairement &#224; ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; la fin de la premi&#232;re guerre mondiale&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Contrairement &#224; bien des survivants du second massacre mondial, Amadeo Bordiga avait pr&#233;vu que le sch&#233;ma du premier apr&#232;s-guerre ne se r&#233;p&#232;terait pas, que la guerre imp&#233;rialiste ne se transformerait pas en guerre civile&#8230; En ce qui concerne, de fa&#231;on plus particuli&#232;re, l'issue de la seconde guerre imp&#233;rialiste, la Gauche montrait en outre que la victoire de l'Angleterre et surtout des U.S.A., gendarme de l'imp&#233;rialisme mondial, sur les pays plus faibles de l'Axe capitaliste Berlin &#8211; Tokyo &#8211; Rome avait constitu&#233; la solution la plus d&#233;favorable &#224; la reprise du mouvement prol&#233;tarien. Repoussant l'indiff&#233;rentisme pour lequel toutes les issues ont les m&#234;mes effets historiques, elle montrait que cette victoire assurerait au capitalisme mondial une stabilit&#233; qu'apr&#232;s la chute de la puissance anglaise, la victoire des &#201;tats moins solides de l'Axe aurait &#233;t&#233; incapable de lui procurer&#8230; Dans les pays vaincus, l'occupation militaire bloqua toute reprise du mouvement de classe, comme c'&#233;tait d'ailleurs son but, le capitalisme ayant, mieux que le prol&#233;tariat, tir&#233; la le&#231;on de l'histoire ant&#233;rieure. Il ne fallait donc pas se taire d'illusions sur la dur&#233;e de la vague contre-r&#233;volutionnaire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioi/qioiipebof.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioi/qioiipebof.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, pour expliquer ce triomphe &#233;crasant de la contre-r&#233;volution, Bordiga &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La deuxi&#232;me guerre imp&#233;rialiste et ses s&#233;quences d&#233;j&#224; &#233;videntes se caract&#233;risent par l'influence pr&#233;pond&#233;rante, dans toutes les r&#233;gions du monde, m&#234;me celles soumises aux formes les plus arri&#233;r&#233;es de la soci&#233;t&#233; indig&#232;ne, non pas tant des formes &#233;conomiques capitalistes puissantes, mais de l'irr&#233;sistible politique et le contr&#244;le militaire exerc&#233; par les grandes forteresses imp&#233;rialistes du capitalisme, actuellement organis&#233;es en une gigantesque coalition qui inclut l'&#201;tat russe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-pcint-org.translate.goog/07_TP/016/016_nature-function.htm?_x_tr_sch=http&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-pcint-org.translate.goog/07_TP/016/016_nature-function.htm?_x_tr_sch=http&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au point qu'il en arrive &#224; affirmer que le but du parti r&#233;volutionnaire n'est pas de comprendre la r&#233;volution mais la contre-r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://libcom-org.translate.goog/article/lessons-counterrevolutions-amadeo-bordiga?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libcom-org.translate.goog/article/lessons-counterrevolutions-amadeo-bordiga?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1951, Bordiga estime qu'aucune lutte r&#233;volutionnaire n'a &#233;t&#233; possible depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bordiga/works/1951/charthes.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bordiga/works/1951/charthes.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut lire dans un &#233;crit bordiguiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bordiga a lui aussi bien compris la d&#233;faite du prol&#233;tariat et le d&#233;veloppement orgiaque du capital apr&#232;s 1945. C'est pourquoi il &#233;crit : &#171; Nous avons dit &#224; maintes reprises que le manifeste est une apologie de la bourgeoisie, et aujourd'hui, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, et apr&#232;s la r&#233;sorption de la r&#233;volution russe, nous ajoutons qu'il faut en &#233;crire une autre.&#034; ( Il Marxismo dei cacagli , 1952) Le d&#233;veloppement du capital &#224; l'&#233;chelle mondiale augmenterait, pensait-il, le prol&#233;tariat et la crise r&#233;sultant de l'extraordinaire boum repousserait &#224; nouveau le prol&#233;tariat dans les anciennes m&#233;tropoles, l'Allemagne en particulier. Ce pays &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le centre de la future r&#233;volution. Les diverses r&#233;cessions, ainsi que les contre-coups des r&#233;volutions anticoloniales n'ont nullement conduit &#224; la restauration de l'agitation r&#233;volutionnaire en Europe de l'Ouest et aux USA. La passivit&#233; du prol&#233;tariat semble m&#234;me &#234;tre devenue permanente au d&#233;but des ann&#233;es 60&#8230; La d&#233;faite de 1945 a signifi&#233; l'impossibilit&#233; pour le prol&#233;tariat de se substituer et de remplacer le capital dans la zone esclavagiste, et dans d'autres zones, qui se sont soulev&#233;es apr&#232;s 1945, et d'emp&#234;cher le capital de r&#233;aliser sa domination r&#233;elle sur le plan social, d'abord et avant tout. imm&#233;diatement &#224; l'Ouest, puis sur l'ensemble de la plan&#232;te (dans la mesure o&#249; c'est m&#234;me la forme sup&#233;rieure qui domine les autres). Nous avons dit que le capital ne peut y parvenir qu'en r&#233;alisant la domination de l'&#234;tre imm&#233;diat du prol&#233;tariat, le travail productif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/camatte/capcom/revolution.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/camatte/capcom/revolution.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Cela d&#233;montrait la justesse de la position de la Gauche italienne qui, consid&#233;rant la seconde guerre mondiale comme imp&#233;rialiste, et l'occupation des pays vaincus comme contre-r&#233;volutionnaire, pr&#233;voyait la totale impossibilit&#233; d'une reprise r&#233;volutionnaire imm&#233;diate. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sinistra.net/lib/bas/progra/vami/vamimfebif.html#u3c&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sinistra.net/lib/bas/progra/vami/vamimfebif.html#u3c&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une position &#233;tonnante pour un r&#233;volutionnaire, connaissant la dialectique des contraires : pas de situation contre-r&#233;volutionnaire sans situation ou menace r&#233;volutionnaire. Or, Bordiga consid&#232;re que toute la p&#233;riode est d&#233;finie comme contre-r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ici les positions du courant bordiguiste en 1945 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pcint.org/40_pdf/15_Textes_Theses/FR/1945_plateforme-pcinternazionalista.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pcint.org/40_pdf/15_Textes_Theses/FR/1945_plateforme-pcinternazionalista.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais ce sch&#233;ma est faux : &#224; la fin de la guerre d&#233;bute une vague r&#233;volutionnaire, r&#233;volution dans les camps de la mort des juifs, r&#233;volution &#224; Varsovie, r&#233;volution en 1945 au Vietnam, en Cor&#233;e, en Indon&#233;sie, en Inde, en Alg&#233;rie, &#224; Madagascar, etc&#8230; Les r&#233;volutions qui succ&#232;dent &#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale sont l&#233;gion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles sont combattues et trahies par le stalinisme alli&#233; aux &#171; d&#233;mocraties &#187; capitalistes occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles qui n'ont pas eu lieu proviennent de la trahison stalinienne qui pactise avec l'imp&#233;rialisme et des bombardements alli&#233;s qui ont massivement d&#233;truit la classe ouvri&#232;re, notamment en Allemagne et au Japon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution en Cor&#233;e en 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1680&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1680&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revolution en Indon&#233;sie en 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_nationale_indon%C3%A9sienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_nationale_indon%C3%A9sienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1825&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1825&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution au Vietnam en 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menace prol&#233;tarienne au Japon et r&#233;ponse imp&#233;rialiste alli&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article104&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article104&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article63&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article63&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situation r&#233;volutionnaire en Inde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article439&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article439&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte des ghettos juifs et camps de la mort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1264&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1264&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article827&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article827&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://information.tv5monde.com/info/seconde-guerre-mondiale-l-insurrection-du-ghetto-de-varsovie-5101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://information.tv5monde.com/info/seconde-guerre-mondiale-l-insurrection-du-ghetto-de-varsovie-5101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soul&#232;vement aussi en Italie en 1943&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article94&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insurrection &#224; Ath&#232;nes en 1944&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1483&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1483&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insurrection de Varsovie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Varsovie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Varsovie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insurrection de Prague&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francais.radio.cz/le-75e-anniversaire-de-linsurrection-de-prague-sur-fond-de-crise-sanitaire-et-de-8101126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://francais.radio.cz/le-75e-anniversaire-de-linsurrection-de-prague-sur-fond-de-crise-sanitaire-et-de-8101126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Prague_(1945&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_Prague_(1945&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insurrection aux Philippines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-strategique-2012-2-page-95.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-strategique-2012-2-page-95.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://en.wikipedia.org/wiki/Hukbalahap_Rebellion&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://en.wikipedia.org/wiki/Hukbalahap_Rebellion&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insurrection alg&#233;rienne de 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4690&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4690&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe01000/la-repression-par-l-armee-francaise-des-manifestations-algeriennes-du-8-mai-1945-muet.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe01000/la-repression-par-l-armee-francaise-des-manifestations-algeriennes-du-8-mai-1945-muet.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insurrection malgache de 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France la pr&#233;tendue r&#233;sistance d&#233;tourne des potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte des travailleurs de Douala (Cameroun) en septembre 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3711&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3711&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de Mao emp&#234;che une r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1291&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, le prol&#233;tariat se radicalise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article108&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article108&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux USA aussi&#8230; Il est peu connu que des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent aux &#201;tats-Unis pendant la Seconde guerre mondiale et que 3 millions 470 000 travailleurs firent gr&#232;ve en 1945 et 4 millions 600 000 en 1946 ! C'&#233;tait la plus grande vague de gr&#232;ves de gr&#232;ves de toute son histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1830&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1830&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y avait aussi une mont&#233;e r&#233;volutionnaire parmi les Noirs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/dunayevskaya/works/1945/negro-revolution.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/dunayevskaya/works/1945/negro-revolution.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de cheminots se multiplient dans toute l'Afrique : en 1945, de Matadi &#224; L&#233;opoldville, en Afrique centrale, en 1945-46 &#224; Douala (Cameroun) et en 1947 au Za&#239;re. On atteint alors le sommet de la mobilisation, avec &#224; la fois la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 11 jours au Kenya, la mobilisation de 15.000 ouvriers &#224; Mombasa, celle de 10.000 cheminots soudanais, celle des cheminots et mineurs de Gold Coast, avec une &#233;meute populaire &#224; Abidjan, en C&#244;te d'Ivoire, luttes qui se d&#233;roulent en pleine gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des cheminots de la ligne du Dakar-Niger. Cette mobilisation ouvri&#232;re dure jusque dans les ann&#233;es 1950 dans toute l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5788&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5788&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le stalinisme avait encore plus peur que le monde occidental imp&#233;rialiste d'une vague r&#233;volutionnaire &#224; l'apr&#232;s-guerre &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors de la troisi&#232;me conf&#233;rence de Moscou (octobre 1943), ils se mettent d'accord sur le principe d'une capitulation sans condition de l'Allemagne, ce qui exclut, bien s&#251;r, tout accord avec un gouvernement de type demi-nazi ou militaire, mais qui, sur demande du secr&#233;taire d'Etat Cordell Hull, exclut aussi toute perspective de paix avec un gouvernement socialiste qui na&#238;trait d'un soul&#232;vement populaire. Un reporter &#233;tats-unien t&#233;moigne que les n&#233;gociateurs russes partageaient ce souci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nombreux Russes, avec lesquels l'auteur a parl&#233; franchement, discutaient les dangers d'une Allemagne communis&#233;e. Ils pensaient qu'elle pourrait &#233;ventuellement se tourner vers ; le trotskysme et pourrait ainsi provoquer des dangers pour l'Union sovi&#233;tique, - une possibilit&#233; qui doit &#234;tre &#233;vit&#233;e &#224; tout prix. &#187; (C. L. Sulzberger dans le New-York Times du 31 octobre, cit&#233; dans Pierre Brou&#233;, Le parti bolch&#233;vique, 1963)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme et l'imp&#233;rialisme alli&#233;s pour &#233;touffer la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article59&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e de Bordiga en 1946&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bordiga/works/1946/violence.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bordiga/works/1946/violence.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/bordiga/works/1946/orientation.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/bordiga/works/1946/orientation.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la deuxi&#232;me guerre mondiale, quels &#233;taient les sentiments de la classe ouvri&#232;re dans un pays imp&#233;rialiste occidental comme l'Angleterre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au fur et &#224; mesure que la Seconde Guerre mondiale avan&#231;ait, les mentalit&#233;s commenc&#232;rent &#224; changer. Rien de tel que de demander aux travailleurs de sacrifier leur vie pour leur faire remettre en question la l&#233;gitimit&#233; du syst&#232;me et de la soci&#233;t&#233; pour laquelle ils le sacrifient. Les coups de marteau des &#233;v&#233;nements ont &#233;limin&#233; toute trace de patriotisme et ouvert la voie &#224; une radicalisation de masse. C'est en g&#233;n&#233;ral le cas des guerres, qui tendent &#224; s'ouvrir avec une p&#233;riode d'unit&#233; nationale mais conduisent &#224; une polarisation de classe accrue. C'est pourquoi la guerre conduit si souvent &#224; la r&#233;volution. Les travailleurs britanniques voulaient toujours vaincre le fascisme, mais ils &#233;taient de plus en plus m&#233;contents de la fa&#231;on dont leur gouvernement s'y prenait. Les patrons faisaient d'&#233;normes profits, tandis que les droits des travailleurs &#233;taient &#233;rod&#233;s ; les rations &#233;taient insuffisantes et la protection contre les raids a&#233;riens &#233;tait inf&#233;rieure aux normes. Ce changement de conscience s'est exprim&#233; politiquement tout au long de 1942 et 1943, au cours desquelles un parti lib&#233;ral de gauche appel&#233; le parti Common Wealth a pr&#233;sent&#233; des candidats aux &#233;lections partielles contre le gouvernement de coalition multipartite. Il a r&#233;ussi &#224; gagner des si&#232;ges dans les c&#339;urs conservateurs tels qu'Eddisbury, Skipton et Chelmsford, ce qui a secou&#233; les commentateurs bourgeois qui ont utilis&#233; les pages du Times et d'autres journaux pour avertir du m&#233;contentement bouillonnant des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front industriel, le nombre de gr&#232;ves en Grande-Bretagne a augment&#233; d'ann&#233;e en ann&#233;e chaque ann&#233;e de 1939 &#224; 1944, date &#224; laquelle plus de 3,7 millions de journ&#233;es de travail ont &#233;t&#233; perdues &#224; cause des gr&#232;ves - le chiffre le plus &#233;lev&#233; depuis une d&#233;cennie et celui qui ne serait pas &#233;gal&#233; pour une autre d&#233;cennie. Et ce malgr&#233; l'existence de l'ordonnance gouvernementale sur les conditions d'emploi et d'arbitrage national, connue sous le nom d'ordonnance 1305, qui a effectivement interdit les gr&#232;ves pendant la guerre et qui a &#233;t&#233; largement accept&#233;e par la direction syndicale. En 1941, des apprentis ing&#233;nieurs ont fait gr&#232;ve pour obtenir un meilleur salaire dans le Clydeside, ainsi qu'&#224; Coventry, dans le Lancashire et &#224; Londres. Ces travailleurs n'&#233;taient pas syndiqu&#233;s et avaient peu de r&#233;putation d'action militante, et pourtant ils furent les premiers &#224; d&#233;fier le gouvernement et les employeurs. En janvier 1942, une gr&#232;ve de 19 jours pour un meilleur salaire pour des conditions de travail plus dures par les mineurs de la mine Betteshanger dans le Kent s'est sold&#233;e par la poursuite de 1 050 mineurs et l'emprisonnement de trois responsables syndicaux. En r&#233;ponse, d'autres stands sont sortis en solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes et, &#224; la fin, le gouvernement a recul&#233;, lib&#233;rant les responsables syndicaux et abandonnant les poursuites. Les mineurs &#233;taient des travailleurs cl&#233;s pour l'effort de guerre qui, associ&#233; &#224; une bonne organisation et &#224; un militantisme, leur a donn&#233; le pouvoir de d&#233;fendre leur salaire et leurs conditions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de 1943, les travailleurs du chantier de r&#233;paration navale Neptune &#224; Tyneside ont fait gr&#232;ve pendant six semaines pour d&#233;fendre l'accord de &#171; atelier ferm&#233; &#187;, renfor&#231;ant les organisations de la classe ouvri&#232;re. Les ing&#233;nieurs de Barrow ont &#233;galement fait gr&#232;ve cette ann&#233;e-l&#224; au chantier Vickers Armstrong sur la question des salaires, qui n'avaient pas augment&#233; depuis 29 ans malgr&#233; les profits &#233;normes de l'entreprise gr&#226;ce &#224; la production d'armements. La gr&#232;ve de Barrow n'&#233;tait pas officielle, mais elle avait le soutien de la branche locale de l'Amalgamated Engineering Union, ce qui a effray&#233; les dirigeants syndicaux nationaux qui tentaient de maintenir une tr&#234;ve industrielle avec les patrons. Des luttes industrielles comme celle-ci tout au long de la guerre ont pouss&#233; de nombreux travailleurs &#224; critiquer, non seulement les patrons et le gouvernement, mais aussi les dirigeants du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en 1943, les ouvriers de l'usine Chrysler de Londres, reconvertie pour la production de guerre, s'unissent pour exiger un meilleur traitement au travail et une augmentation du salaire minimum, ce qu'ils obtiennent. Beaucoup de ces travailleurs &#233;taient des femmes dont les maris &#233;taient dans l'arm&#233;e. Ils ont vu leur combat, en tant que familles ouvri&#232;res, se d&#233;rouler sur deux fronts - l'un contre les nazis et l'autre contre les patrons profitant de la situation de guerre. L'un de ces ouvriers de Chrysler a d&#233;clar&#233; pendant le conflit : &#034;Si je ne me bats pas pour les conditions et les salaires ou si je les laisse s'aggraver, mon mari me tuera quand il rentrera &#224; la maison&#034;. Ces &#034;travailleurs en uniforme&#034; qui composaient l'arm&#233;e savaient clairement de quel c&#244;t&#233; ils se tenaient dans la lutte des classes. Au printemps 1943, &#224; la suite d'une gr&#232;ve des mineurs de charbon gallois, le titre du journal produit par la Huiti&#232;me Arm&#233;e, alors stationn&#233;e en Afrique du Nord, &#233;tait &#034;Le droit de gr&#232;ve fait partie de la libert&#233; pour laquelle nous luttons&#034;. Dans ce num&#233;ro du journal militaire figurait une p&#233;tition adress&#233;e au ministre de l'Int&#233;rieur sign&#233;e par 82 soldats du Royal Engineers protestant contre l'arrestation de quatre trotskystes. Malgr&#233; tous les efforts du gouvernement et de la presse bourgeoise pour dresser les gr&#233;vistes contre les soldats pendant la guerre, c'est souvent la solidarit&#233; de classe qui a triomph&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1944, 180 000 mineurs de charbon ont fait la gr&#232;ve des salaires et des conditions dans les mines. Le salaire minimum industriel &#233;tait de 6 10 &#163; par jour, mais les mineurs devaient se contenter de 5 &#163; seulement. En plus de cela, les normes de s&#233;curit&#233; avaient &#233;t&#233; tellement &#233;rod&#233;es qu'en 1944, vous &#233;tiez plus susceptible d'&#234;tre bless&#233; en tant que mineur que dans l'arm&#233;e. En r&#233;ponse &#224; la gr&#232;ve, et compte tenu de l'importance du charbon dans l'effort de guerre, le gouvernement a tent&#233; de recruter des apprentis d'autres m&#233;tiers et de les envoyer dans les mines. Cela provoqua une &#233;norme opposition et, en mars 1944, 26 000 apprentis &#233;taient en gr&#232;ve sur la Tyne, &#224; Glasgow, Huddersfield et Teesside, exigeant la fin de la conscription et la nationalisation des mines. Le niveau de col&#232;re de classe &#233;tait tel que, quelle que soit la direction prise par le gouvernement, il a &#233;t&#233; accueilli par une couche organis&#233;e et militante de travailleurs pr&#234;ts &#224; enfreindre la loi pour d&#233;fendre leur salaire et leurs conditions. Ce qui pr&#233;c&#232;de ne repr&#233;sente qu'une fraction des conflits du travail qui ont eu lieu pendant les ann&#233;es de guerre. Il a fallu quelques ann&#233;es pour que la fureur contre le profit et la mauvaise gestion de l'effort de guerre par la classe capitaliste trouve son expression dans la gr&#232;ve, et quelques ann&#233;es de plus pour que celle-ci trouve sa premi&#232;re expression politique confuse. Mais une fois en mouvement, le filet des conflits sociaux est vite devenu un torrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la guerre a r&#233;v&#233;l&#233; le tournant brutal vers la gauche que de nombreux travailleurs avaient pris pendant le conflit. Une vague r&#233;volutionnaire a balay&#233; l'Europe, The Economist &#233;crivant &#224; l'&#233;poque que &#171; l'effondrement de cet ordre nouveau a donn&#233; un grand &#233;lan r&#233;volutionnaire en Europe. Il a stimul&#233; toutes les impulsions vagues et confuses mais n&#233;anmoins radicales et socialistes des masses. En Grande-Bretagne, les effectifs syndicaux &#233;taient pass&#233;s de 6 053 000 en 1938 &#224; 7 803 000 en 1945. La croissance n'&#233;tait pas seulement num&#233;rique mais s'accompagnait d'un militantisme accru. Cela s'est refl&#233;t&#233; dans le congr&#232;s du TUC de 1944 adoptant un programme radical pour la reconstruction d'apr&#232;s-guerre, qui a ensuite &#233;t&#233; repris dans le programme &#233;lectoral du parti travailliste de 1945 qui d&#233;clarait que l'objectif principal du parti &#233;tait &#034;l'&#233;tablissement du Commonwealth socialiste&#034;. Avec un programme socialiste radical pour rompre avec la pauvret&#233;, la mis&#232;re et le ch&#244;mage des ann&#233;es de guerre, le Parti travailliste est arriv&#233; au pouvoir en 1945. La classe ouvri&#232;re nouvellement organis&#233;e et radicalis&#233;e en Grande-Bretagne a propuls&#233; le parti travailliste au pouvoir avec un nombre sans pr&#233;c&#233;dent de 393 si&#232;ges &#224; la Chambre. des Communes, et avec de grandes attentes quant aux changements fondamentaux que le Labour allait apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les dirigeants de ce gouvernement travailliste se sont born&#233;s &#224; modifier le capitalisme plut&#244;t qu'&#224; le d&#233;raciner et &#224; le remplacer par une soci&#233;t&#233; socialiste. Ils ont gaspill&#233; l'humeur et l'&#233;nergie des masses qui auraient soutenu un gouvernement travailliste portant des coups fondamentaux au syst&#232;me capitaliste, qui a caus&#233; tant de morts et de destructions. C'est cet &#233;chec qui a jet&#233; les bases de la victoire &#233;lectorale des conservateurs en 1951. Mais bien que les dirigeants travaillistes se soient montr&#233;s r&#233;ticents &#224; enfreindre les r&#232;gles du syst&#232;me capitaliste, l'attitude des &#034;travailleurs en uniforme&#034; apr&#232;s la fin de la guerre offre un contraste et une indication de l'&#233;tat d'esprit de la classe ouvri&#232;re britannique &#224; cette &#233;poque. Les hommes de la classe ouvri&#232;re servant dans l'arm&#233;e britannique en Asie du Sud-Est n'avaient pas &#233;t&#233; autoris&#233;s &#224; rentrer chez eux apr&#232;s la fin de la guerre, car les imp&#233;rialistes britanniques tentaient de conserver une partie de l'influence et des atouts de l'Empire dans la r&#233;gion. Exasp&#233;r&#233;s par cela, les soldats ont estim&#233; qu'ils rataient l'enthousiasme pour le nouveau gouvernement travailliste radical de 1945, et tout ce qu'il promettait en termes de nouveaux emplois et d'enseignement sup&#233;rieur, simplement pour continuer &#224; se battre pour quelque chose en quoi ils ne croyaient pas. Le r&#233;sultat fut qu'en Malaisie, les troupes britanniques assistaient ouvertement aux rassemblements communistes. En janvier 1946, la RAF de Karachi se met en gr&#232;ve. Cela a &#233;t&#233; suivi par 4 000 soldats, dont des officiers, frappant la base a&#233;rienne de Seletar &#224; Singapour. Et 5 000 autres qui sortent de la base a&#233;rienne de Cawnpore en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La frappe de la RAF s'est rapidement &#233;tendue au-del&#224; de l'Asie du Sud-Est &#224; travers le Moyen-Orient jusqu'&#224; l'&#201;gypte et l'Afrique du Nord, jusqu'&#224; Gibraltar. &#192; son apog&#233;e, 50 000 militaires de la RAF &#233;taient en gr&#232;ve. Face &#224; la r&#233;pression des autorit&#233;s militaires, la gr&#232;ve s'est &#233;tendue &#224; la marine lorsque le HMS Northway dans le port de Singapour a refus&#233; les commandes et que la Royal Indian Navy &#224; Mumbai s'est mutin&#233;e. En mai 1946, il s'&#233;tait propag&#233; &#224; l'arm&#233;e lorsque le r&#233;giment de parachutistes de Malaisie s'est rebell&#233; contre les ordres. Au d&#233;but, 240 soldats ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; la prison, mais le toll&#233; a &#233;t&#233; tel en Grande-Bretagne que les condamnations ont &#233;t&#233; annul&#233;es. L'humeur des soldats sur la ligne de front &#233;tait d'une telle col&#232;re et frustration qu'ils ne voyaient aucun des avantages pour lesquels ils se sont soi-disant battus, qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; enfreindre la loi militaire par des mutineries. Ce mouvement &#233;tait si puissant que les autorit&#233;s militaires britanniques ne pouvaient pas punir les soldats, mais acc&#233;daient simplement &#224; leurs demandes le plus rapidement possible gr&#226;ce &#224; une d&#233;mobilisation rapide. Non seulement ce fut une victoire pour ces hommes de la classe ouvri&#232;re qui ont particip&#233; aux mutineries, mais cela a &#233;galement port&#233; un coup &#233;norme &#224; la puissance de l'imp&#233;rialisme britannique qui avait &#233;t&#233; un fl&#233;au pour les masses d'Asie du Sud-Est pendant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toute la lutte industrielle pendant la guerre, les dirigeants du Parti travailliste ont maintenu une coalition de guerre avec les conservateurs. C'est un ministre du Travail qui a poursuivi les gr&#233;vistes ! Pendant ce temps, les dirigeants syndicaux &#233;taient d&#233;termin&#233;s &#224; maintenir une tr&#234;ve industrielle pour maintenir la production en marche pour aider l'effort de guerre, ce qui les a conduits &#224; s'organiser contre les gr&#233;vistes. Apr&#232;s la guerre, malgr&#233; l'aspiration &#224; un changement fondamental de la soci&#233;t&#233;, le gouvernement travailliste de 1945 ne s'appuie pas sur les masses radicalis&#233;es pour rompre avec le capitalisme. Au lieu de cela, il a fini par rendre le pouvoir aux conservateurs en 1951. La mesure dans laquelle les dirigeants du mouvement ouvrier ont &#233;t&#233; d&#233;connect&#233;s de la classe ouvri&#232;re radicalis&#233;e pendant et apr&#232;s la guerre devrait &#234;tre une le&#231;on pour nous aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxist.com/world-war-ii-from-war-to-revolution.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxist.com/world-war-ii-from-war-to-revolution.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La bataille de Stalingrad, victoire de la d&#233;mocratie contre le fascisme ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8228</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8228</guid>
		<dc:date>2023-02-04T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La bataille de Stalingrad, victoire de la d&#233;mocratie contre le fascisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Avant de d&#233;fendre l'Union Sovi&#233;tique contre Hitler, par la guerre, les staliniens d&#233;fendirent leurs privil&#232;ges bureaucratiques contre l'aile prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur de l'U.R.S.S. Pour d&#233;fendre leurs titres, leurs villas, leurs autos, leurs sabres &#224; poign&#233;e de diamants, les bureaucrates dirigeants n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; affaiblir dangereusement l'Union Sovi&#233;tique, en &#233;liminant les meilleurs g&#233;n&#233;raux, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;02- La deuxi&#232;me guerre mondiale et l'alliance imp&#233;rialisme/stalinisme contre le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bataille de Stalingrad, victoire de la d&#233;mocratie contre le fascisme ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant de d&#233;fendre l'Union Sovi&#233;tique contre Hitler, par la guerre, les staliniens d&#233;fendirent leurs privil&#232;ges bureaucratiques contre l'aile prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur de l'U.R.S.S. Pour d&#233;fendre leurs titres, leurs villas, leurs autos, leurs sabres &#224; poign&#233;e de diamants, les bureaucrates dirigeants n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; affaiblir dangereusement l'Union Sovi&#233;tique, en &#233;liminant les meilleurs g&#233;n&#233;raux, et les trotskystes, les MEILLEURS D&#201;FENSEURS DE L'&#201;CONOMIE PLANIFI&#201;E. Affaiblissement qui conduisit, A TRAVERS LE PACTE GERMANO-SOVI&#201;TIQUE, &#224; l'invasion de 1941, et &#224; une s&#233;rie de d&#233;faites qui mirent l'U.R.S.S. jusqu'&#224; Stalingrad, &#224; deux doigts de sa perte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA LUTTE DE CLASSES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/ldc44s_030645.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/ldc44s_030645.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille de Stalingrad est le point tournant de la deuxi&#232;me guerre mondiale et la d&#233;faite allemande est le d&#233;but d'une longue s&#233;rie. Bien des gens y ont vu une d&#233;faite du nazisme et un succ&#232;s de la d&#233;mocratie. Quelle ironie de l'Histoire ! Pr&#233;senter le stalinisme comme vainqueur d'une lutte contre la contre-r&#233;volution nazie et pour la d&#233;mocratie, il fallait le faire. D&#233;cid&#233;ment les mensonges de guerre sont aussi &#233;normes que la boucherie guerri&#232;re elle-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement, le stalinisme de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente n'&#233;tait pas un adversaire r&#233;solu du nazisme mais Staline &#233;tait un grand admirateur d'Hitler. La caste bureaucratique du Kremlin avait parfaitement pactis&#233; avec le nazisme, en particulier en Pologne. Ce n'est pas Staline qui a rompu l'alliance de l'Allemagne nazie et de la Russie stalinienne, c'est Hitler. Les dirigeants staliniens &#233;taient &#224; mille kilom&#232;tres de penser qu'Hitler pouvait les attaquer. Staline en personne avait refus&#233; de l'imaginer, m&#234;me quand ses agents l'en avertissaient. Il avait en grande partie d&#233;moli l'arm&#233;e rouge, consid&#233;rant que les plus grands g&#233;n&#233;raux &#233;taient surtout des h&#233;ritiers de l'arm&#233;e rouge de Trotsky, donc des dangers potentiels pour lui et sa caste bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la signification historique de la bataille de Stalingrad et de la victoire contre Hitler, il faut comprendre la signification de la deuxi&#232;me guerre mondiale, ses vrais buts, le sens de ses alliances. Si Staline a pu aussi ais&#233;ment remplacer l'alliance avec Hitler par celle avec l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain, ce n'est pas pour des raisons militaires mais du fait de la n&#233;cessit&#233; pour l'imp&#233;rialisme de disposer du maximum de forces contre les risques de r&#233;volution sociale mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens croient que l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain &#233;tait l'adversaire direct du fascisme allemand. L&#224; encore rien de plus faux. Les trusts et les classes dirigeantes des USA et d'Angleterre ont accueilli le nazisme comme une b&#233;n&#233;diction avec aux risques de r&#233;volution sociale en Allemagne. Le choix de l'Angleterre et des USA d'entrer en guerre contre l'Allemagne n'a jamais rien eu &#224; voir avec le r&#233;gime fasciste de l'Allemagne, r&#233;gime qu'ils ont tous compl&#232;tement appuy&#233;. M&#234;me les camps de la mort nazis et le sort des juifs n'a rien &#224; voir avec les objectifs de guerre des imp&#233;rialistes anglo-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces imp&#233;rialismes aident sans condition Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
Winston Churchill, violent anticommuniste, &#233;crit en 1943 &#224; Staline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon souhait le plus cher est de faire plus pour vous aider. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/correspondence/01/43.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/correspondence/01/43.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, apr&#232;s la victoire de Stalingrad, Staline &#233;crit &#224; Churchill :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Veuillez accepter mes remerciements pour les f&#233;licitations amicales pour la reddition du mar&#233;chal Paulus et la destruction des troupes ennemies encercl&#233;es &#224; Stalingrad. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire qu'il consid&#232;re que les imp&#233;rialismes occidentaux ne sont pas pour rien dans cette victoire. Churchill parlait un peu plus haut de convois de trente navires pour envoyer armes, essence et munitions &#224; Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/correspondence/01/43.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/correspondence/01/43.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les USA ont envoy&#233; &#224; la Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	400 000 jeeps et camions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	14 000 avions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	8 000 tracteurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	13 000 chars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Plus de 1,5 million de couvertures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	15 millions de paires de brodequins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	107 000 tonnes de coton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	2,7 millions de tonnes de carburant (pour les avions, les camions et les chars)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	4,5 millions de tonnes de denr&#233;es alimentaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Am&#233;ricains ont &#233;galement envoy&#233; des fusils, des munitions, des explosifs, du cuivre, de l'acier, de l'aluminium, des m&#233;dicaments, des &#233;metteurs-r&#233;cepteurs radio, des outils radar, des livres et d'autres articles encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ont m&#234;me exp&#233;di&#233; en Union sovi&#233;tique toute une usine de la soci&#233;t&#233; Ford qui fabriquait des pneus pour les v&#233;hicules militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1941 &#224; 1945, les &#201;tats-Unis ont fait parvenir aux Sovi&#233;tiques des biens et des services d'une valeur totale de 11,3 milliards de dollars, l'&#233;quivalent en 2016 de 180 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://share.america.gov/fr/le-materiel-militaire-livre-par-les-etats-unis-a-lu-r-s-s-a-aide-a-vaincre-le-nazisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://share.america.gov/fr/le-materiel-militaire-livre-par-les-etats-unis-a-lu-r-s-s-a-aide-a-vaincre-le-nazisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention des USA et de l'Angleterre p&#232;se par contre d'un grand poids dans la victoire militaire russe de Stalingrad qui n'est pas du coup enti&#232;rement une victoire russe. En effet, une tr&#232;s grande part des armes utilis&#233;es &#224; la fin de la bataille de Stalingrad provenait des usines anglo-am&#233;ricaines. Le peuple russe a vers&#233; son sang, convaincu non pas gr&#226;ce aux discours staliniens ni pour soutenir le r&#233;gime staliniens mais du fait des exactions extr&#234;mement violentes des troupes allemandes contre le peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du 22 juin 1941, Hitler lan&#231;ait 3,5 millions d'hommes, 3 500 tanks et 3 000 avions &#224; l'assaut de l'Union sovi&#233;tique. En moins d'un mois d'offensive &#233;clair, la moiti&#233; de l'Arm&#233;e rouge &#233;tait an&#233;antie ou disloqu&#233;e, et on croyait &#224; l'effondrement prochain de l'URSS...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre une sup&#233;riorit&#233; criante d'entra&#238;nement, d'&#233;quipement et de commandement, la raison de ce succ&#232;s vertigineux portait un nom : Staline. C'est lui qui &#233;tait tomb&#233; amoureux du nazisme et d'Hitler en temps que personne ! C'est lui qui, contrairement &#224; nombre de ses conseillers, s'&#233;tait persuad&#233; qu'Hitler ressentait le m&#234;me amour, et respecterait leur pacte d'alliance d'ao&#251;t 1939 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Staline qui, par sa purge, a &#233;limin&#233; trois mar&#233;chaux, huit amiraux, 430 g&#233;n&#233;raux et les 35 000 &#224; 40 000 officiers sup&#233;rieurs russes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Staline en personne qui a gob&#233; comme des &#339;ufs les deux lettres personnelles de Hitler qui &#171; informait &#187; son vis-&#224;-vis que les divisions allemandes n'&#233;taient l&#224; que pour se soustraire aux regards a&#233;riens anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pacte germano-sovi&#233;tique n'est pas qu'une aliance tactique, mais un pacte politique. Staline et Molotov manifestent ouvertement une affinit&#233; id&#233;ologique avec le Reich. Molotov n'a-t-il pas confi&#233; &#224; Rudolf Hess, le 13 novembre 1940 : &#171; L'Allemagne et l'URSS se ressemblent sur bien des points car toutes deux ont un parti et un &#201;tat de type nouveau &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette &#171; ressemblance &#187; provient essentiellement de la peur de la r&#233;volution mondiale prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crivait en d&#233;cembre 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;gime totalitaire de Hitler a surgi de la peur des classes poss&#233;dantes d'Allemagne devant une r&#233;volution socialiste. Hitler a &#233;t&#233; mandat&#233; par les poss&#233;dants pour sauver la propri&#233;t&#233; des menaces du bolchevisme, &#224; tout prix, et pour am&#233;nager une ouverture de l'Allemagne vers l'ar&#232;ne mondiale. Le r&#233;gime totalitaire de Staline a surgi de la peur de la nouvelle caste de parvenus r&#233;volutionnaires devant le peuple r&#233;volutionnaire qu'elle &#233;trangle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'oublions pas l'immortel discours de Molotov du 31 octobre 1939 devant le Soviet Supr&#234;me : les fauteurs de guerre fran&#231;ais et britanniques &#171; ont d&#233;clar&#233; &#224; l'Allemagne une sorte de guerre &#8220;id&#233;ologique&#8221;, qui fait penser aux guerres de religion, d'&#233;poques depuis longtemps r&#233;volues. Quoi qu'il en soit, c'est sous la banni&#232;re &#8220;id&#233;ologique&#8221; qu'a commenc&#233; [&#8230;] la guerre. On peut, soit accepter, soit rejeter l'id&#233;ologie nationale-socialiste comme tout autre syst&#232;me id&#233;ologique ; c'est une question d'opinion politique. Mais chacun devrait reconna&#238;tre qu'une id&#233;ologie ne peut se d&#233;truire par la force, ni &#234;tre &#233;limin&#233;e par la guerre. De ce fait, il est non seulement d&#233;nu&#233; de sens, mais m&#234;me criminel de mener une telle guerre dans le but de &#8220;d&#233;truire l'hitl&#233;risme&#8221;, camoufl&#233; sous le pr&#233;texte de d&#233;fense de la &#8220;d&#233;mocratie&#8221; [&#8230;] Nos relations avec l'Allemagne se sont am&#233;lior&#233;es de fa&#231;on fondamentale &#187; parce qu'elles &#171; reposent sur la base solide d'int&#233;r&#234;ts communs &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre que m&#232;ne Staline notamment &#224; Stalingrad n'est pas d'abord une guerre contre le fascisme mais, comme toute sa politique, une guerre contre la r&#233;volution sociale internationale. C'est pour cela que l'imp&#233;rialisme peut si rapidement le soutenir avec autant de moyens. C'est aussi pour cela qu'il peut lui permettre et m&#234;me lui demander d'occuper militairement la moiti&#233; de l'Europe. Comme force contre-r&#233;volutionnaire, Staline est parfaitement fiable pour les imp&#233;rialismes. M&#234;me sa phase d'alliance avec Hitler le montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres imp&#233;rialistes ont toutes &#233;t&#233; en m&#234;me temps des guerres contre la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai de la guerre de 1870 en Europe et aussi de la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calcul des imp&#233;rialismes anglo-am&#233;ricain a &#233;t&#233; de pr&#233;senter la Russie comme le p&#244;le de la lutte antifesciste et pour le progr&#232;s dans le monde, pour d&#233;tourner les risques r&#233;volutionnaires de la fin de la guerre mondiale en livrant les forces militantes au stalinisme. Et ce calcul a &#233;t&#233; tr&#232;s payant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, la cr&#233;dibilisation du r&#233;gime stalinien par les imp&#233;rialismes occidentaux dans la victoire de Stalingrad a &#233;t&#233; jusqu'&#224; minimiser sciemment le r&#244;le dans cette victoire de l'intervention massive en armements des imp&#233;rialismes occidentaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la bataille de Stalingrad :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas question de diminuer l'importance de la bataille de Stalingrad qui fut, incontestablement, le tombeau des arm&#233;es allemandes au cours de l'hiver 1942. Il faut pourtant souligner que c'est une ann&#233;e plus t&#244;t, &#224; l'entr&#233;e de l'hiver 1941, que la situation militaire a commenc&#233; &#224; se modifier c'est devant L&#233;ningrad et devant Moscou que les troupes allemandes sont arr&#234;t&#233;es &#224; l'automne de cette ann&#233;e. C'est dans les rues de Rostov et de S&#233;bastopol qu'elles ont rencontr&#233; la premi&#232;re r&#233;sistance acharn&#233;e, de maison &#224; maison, de rue &#224; rue, la lutte pied &#224; pied qui, &#224; Stalingrad, donnera aux Russes leur plus &#233;clatante victoire. C'est aussi dans cette p&#233;riode que se forment les premiers groupes de partisans, dont l'action ult&#233;rieure sera consid&#233;rable, au moins autant sur le plan moral que sur le plan strictement strat&#233;gique, ainsi que l'ont reconnu plusieurs chefs militaires allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant de la r&#233;sistance dans les cit&#233;s ouvri&#232;res, Moscou, L&#233;ningrad, Rostov, S&#233;bastopol, Henri Michel &#233;crit que &#171; des masses humaines travaill&#232;rent aux fortifications improvis&#233;es &#187;. Des correspondants de guerre aussi perm&#233;ables pourtant &#224; la propagande officielle que l'Am&#233;ricain Lesueur ont soulign&#233; la participation &#224; la d&#233;fense de d&#233;tachements, d'ouvriers arm&#233;s. Le g&#233;n&#233;ral von Blumentritt a racont&#233; comment les &#233;l&#233;ments allemands appartenant &#224; la 258&#176; division ayant r&#233;ussi &#224; p&#233;n&#233;trer dans les faubourgs de Moscou y ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par une masse humaine comprenant notamment des ouvriers arm&#233;s d'outils divers et de marteaux. Le journaliste australien Geoffroy Blunden a consacr&#233; un roman, Room on the Route, &#224; un fait confirm&#233; par de nombreux t&#233;moins : la constitution d'unit&#233;s de choc - une division de gardes du peuple - recrut&#233;es parmi le condamn&#233;s et d&#233;tenus politiques qui accept&#232;rent devant Moscou des missions de sacrifice. Schapiro, tout en constatant que la majorit&#233; de la population de Moscou, en octobre 1941, resta inerte et passive, au moins dans les premiers jours, au moment o&#249; le gouvernement avait &#233;vacue la capitale, emmenant avec lui toutes les forces de police, signale que la volont&#233; de r&#233;sister &#224; tout prix naquit dans une minorit&#233; &#171; comprenant essentiellement des jeunes gens dans les usines &#187;, une petite avant-garde ouvri&#232;re, aussi enthousiaste que celle qui avait salu&#233; le premier plan quinquennal, mais dont l'action, cette fois, se substitua &#224;, celle du parti d&#233;faillant. D&#232;s le mois d'ao&#251;t, il y a &#224; L&#233;ningrad &#8211; que Vorochilov vient d'appeler &#224; d&#233;fendre en tant que &#171; cit&#233; de la r&#233;volution d'Octobre &#187; - des milices ouvri&#232;res qui, non seulement patrouillent dans les quartiers, s'entra&#238;nent r&#233;guli&#232;rement, mais tiennent des secteurs du front. Au m&#234;me moment elles apparaissent &#224; Rostov et &#224; Moscou. C'est seulement en septembre qu'est pris officiellement le d&#233;cret pr&#233;voyant la formation militaire obligatoire de seize &#224; cinquante ans, plus d'un mois apr&#232;s que cette mesure ait &#233;t&#233; mise en pratique sans directives et, contrairement &#224; une tradition solidement &#233;tablie du r&#233;gime, sans avoir &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par une campagne de presse et de r&#233;unions. John G. Wright souligne que c'est probablement la seule, sur une longue p&#233;riode de l'histoire de l'U.R.S.S., dont l'application n'ait pas donn&#233; l'occasion de d&#233;noncer les d&#233;fauts, ce qui renforce la th&#232;se suivant laquelle elle a correspondu &#224; une initiative spontan&#233;e, prise ind&#233;pendamment de l'appareil, qui semble avoir h&#233;sit&#233; avant de s'y r&#233;soudre et ne l'avoir sanctionn&#233;e qu'une fois le fait accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me processus semble s'&#234;tre d&#233;roul&#233; dans les r&#233;gions occup&#233;es par les troupes allemandes. Henri Michel &#233;crit : &#171; La d&#233;sorganisation est patente. [&#8230;] Pratiquement les populations occup&#233;es sont abandonn&#233;es &#224; elles-m&#234;mes. Des groupes se forment spontan&#233;ment, sans plan d'ensemble et sans directives. [&#8230;] Souvent l'initiative revient &#224; des sans-parti qui se d&#233;couvrent des &#226;mes de chefs &#187;. Armstrong, qui a &#233;tudi&#233; les mouvements de partisans en Ukraine, en tire la m&#234;me conclusion : les &#171; plans &#187; pr&#233;vus pour leur organisation existaient peut-&#234;tre mais n'ont pas re&#231;u un commencement d'ex&#233;cution. Les responsables du parti qui y joueront un r&#244;le seront toujours des hommes des &#233;chelons inf&#233;rieurs de l'appareil, agissant sur leur propre initiative : les membres du parti ne constitueront jamais plus de 7 % de l'effectif total des groupes. La Pravda du 16 janvier 1942 publie un compte-rendu du comit&#233; du parti d'une r&#233;gion non pr&#233;cis&#233;e, concernant les territoires reconquis sur les Allemands pendant les derni&#232;res semaines : &#171; Le comit&#233; r&#233;gional a d&#233;cid&#233; qu'il fallait avant tout rassembler les cadres des activistes et r&#233;tablir les organes du pouvoir sovi&#233;tique dans les localit&#233;s lib&#233;r&#233;es. Tous ne seront pas revenus &#224; leurs anciens postes. Parmi eux, d'autres se sont r&#233;v&#233;l&#233;s, au moment critique, avoir des &#226;mes de corrompus, de poltrons et de tra&#238;tres. [&#8230;] On a mis en avant de nouveaux cadres de bolcheviks du parti et sans-parti. &#187; L'article d&#233;montre clairement ce double ph&#233;nom&#232;ne insuffisamment mis en relief par les historiens du parti pendant la guerre : la disparition de fait du parti, m&#234;me clandestin - et non sa &#171; mise en sommeil &#187; -, pendant la conqu&#234;te allemande, la m&#233;diocre qualit&#233; des cadres de l'appareil, dont une partie a flanch&#233; sans rem&#232;de, et le souci de la direction de le reconstruire n&#233;anmoins par en haut avec la reconqu&#234;te de l'arm&#233;e rouge. A certains &#233;gards, tout se passe comme si, &#224; des degr&#233;s divers, mais partout, le parti s'&#233;tait av&#233;r&#233; n'&#234;tre, &#224; l'heure du danger, qu'une coquille vide. La r&#233;sistance r&#233;elle ne passe pas par lui, que ce soit dans les r&#233;gions menac&#233;es ou celles qui sont perdues. La Pravda du 18 janvier 1942 parle de la situation du parti &#224; Rostov : dans cette ville d'o&#249; l'arm&#233;e allemande a &#233;t&#233; chass&#233;e apr&#232;s des combats acharn&#233;s par l'arm&#233;e rouge et la population civile en armes, le parti ne compte que 5 000 membres sur une population totale de 500 000 personnes. Le 29 septembre, &#224; Moscou, Chtcherbakov, secr&#233;taire r&#233;gional et suppl&#233;ant du bureau politique, d&#233;clare devant le comit&#233; r&#233;gional qu' &#171; un certain nombre d'organisations du parti, [... ] au lieu de renforcer le travail politique de parti, l'ont affaibli. [... ] Elles ont cess&#233; de convoquer des r&#233;unions du parti, n&#233;glig&#233; l'agitation politique dans les masses &#187;. Le comit&#233; r&#233;gional votera une r&#233;solution qui fait &#171; obligation aux dirigeants du parti de la cit&#233; et de la province de venir aux r&#233;unions des ouvriers et d'y faire des rapports &#187;. D&#233;j&#224; la Pravda du 27 septembre se plaignait du manque de vigilance de certains membres du parti, qui laissaient s'exprimer en public des &#171; agents provocateurs &#187;, semant de &#171; fausses nouvelles &#187; et semant la &#171; d&#233;moralisation non seulement, dans ces premiers mois, le parti n'est pas le dirigeant de la r&#233;sistance, mais il tend &#224; s'affaiblir par rapport &#224; elle, et c'est seulement &#224; l'&#233;tape suivante, en 1942 et 1943, quand les patrons de l'appareil se seront ressaisis, qu'il profitera de l'&#233;lan populaire, &#233;largira son recrutement et contr&#244;lera effectivement, par l'interm&#233;diaire de la N.K.V.D., la majorit&#233; des groupes de partisans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que Stalingrad ait chang&#233; le cours de la Seconde Guerre mondiale, c'est peu&lt;br class='autobr' /&gt;
contestable. Que Staline en soit l'architecte, c'est en revanche tr&#232;s contestable.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il faut attribuer la victoire de Stalingrad &#224; un homme, c'est plus au mar&#233;chal&lt;br class='autobr' /&gt;
Joukov &#8212; qui en a &#233;t&#233; le principal strat&#232;ge &#8212; qu'&#224; Staline. Car pour ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
concerne Staline : gr&#226;ce &#224; quelles dispositions g&#233;niales, et de qui, les troupes allemandes ont-elles pu arriver jusqu'&#224; Stalingrad ? Qui a d&#233;cid&#233; que les troupes sovi&#233;tiques ne devaient pas &#234;tre mises en &#233;tat d'alerte, alors m&#234;me que l'attaque allemande &#233;tait imminente et que Staline&lt;br class='autobr' /&gt;
en avait &#233;t&#233; pr&#233;venu par une douzaine de canaux ? Qui, sinon Staline lui-m&#234;me... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n47/N_Chroniques_6_.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n47/N_Chroniques_6_.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1956, Khrouchtchev parle des &#171; cons&#233;quences d&#233;sastreuses &#187; de l'&#233;puration de 1937-1938, de la liquidation syst&#233;matique de tous les cadres sup&#233;rieurs ayant acquis une exp&#233;rience militaire sur le terrain en Espagne et en Extr&#234;me-Orient. Personne ne songe plus aujourd'hui &#224; contester que cette &#233;puration de l'arm&#233;e rouge, loin de la d&#233;barrasser de sa &#171; cinqui&#232;me colonne &#187;, avait abouti &#224;, la d&#233;capiter en la privant de ses &#233;l&#233;ments les plus capables sur le plan technique et vraisemblablement les plus d&#233;vou&#233;s sur le plan politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Khrouchtchev s'emploie &#224; d&#233;molir quand il affirme : &#171; Staline &#233;tait tr&#232;s loin de comprendre la situation r&#233;elle qui se d&#233;veloppait sur le front. C'&#233;tait naturel puisque, pendant toute la guerre patriotique, il n'a jamais visit&#233; aucun secteur du front ni aucune ville lib&#233;r&#233;e, sauf pour une br&#232;ve sortie sur la chauss&#233;e de Mojaisk pendant une p&#233;riode de stabilisation. [... ] En m&#234;me temps il se m&#234;lait des op&#233;rations et donnait des ordres qui ne tenaient pas compte de la situation r&#233;elle dans un secteur donn&#233; du front et ne pouvaient qu'aboutir &#224; de lourdes pertes en vies humaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble pourtant que peu &#224; peu les chefs militaires les plus capables r&#233;ussissent &#224; s'imposer et &#224; imposer des conceptions plus s&#233;rieuses que celles de celui qui s'est donn&#233; le titre de &#171; commandant en chef &#187;. Au lieu des attaques frontales exig&#233;es par lui jusqu'&#224; la fin de 1941, ils parviennent &#224; &#233;laborer une tactique plus souple d'encerclement par attaque des saillants ennemis. Ce n'est probablement pas sans difficult&#233;s. En juillet, le sp&#233;cialiste des blind&#233;s, le g&#233;n&#233;ral Pavlov, est arr&#234;t&#233; et ex&#233;cut&#233; avec son &#233;tat-major : c'est lui qui paie pour la d&#233;faite et l'incapacit&#233; du r&#233;gime qui lui avait confi&#233; le front de l'ouest. Cependant, Vorochilov et Boudienny, dont l'incomp&#233;tence et l'inculture sont notoires, mais qu'une longue complicit&#233;, remontant aux temps de la guerre civile, lie &#224; Staline, restent avec Timochenko, les commandants des trois grands secteurs du front. Le moment n'est plus cependant o&#249; l'on puisse, sans danger mortel, maintenir pour les affectations et les promotions, le seul crit&#232;re bureaucratique des liens de clique et la solidarit&#233; d'appareil. Il faut des talents, des techniciens, des chefs capables. On va les chercher, jusque dans les prisons et les camps, comme le Polonais Rokossovski, ancien officier de liaison de Toukhatchevski, comme Podlas et Meretzkov ; on les prend aussi sur le front, parmi ceux qui &#233;mergent, qui montrent une capacit&#233; d'initiative jusque-l&#224; impitoyablement &#233;cart&#233;e. D&#232;s l'automne 1941, Vorochilov et Boudienny sont &#233;cart&#233;s de tout commandement effectif : plus heureux que Pavlov, ils conservent titres, honneurs et surtout la vie. A leur place sont promus de v&#233;ritables techniciens, des militaires de profession, membres du parti parce qu'ils sont officiers, et non pas le contraire, les Joukov, Vassilievski. Les promotions sont rapides et r&#233;compensent le talent et le succ&#232;s, non plus la d&#233;lation ou la man&#339;uvre d'appareil : parmi les nouveaux g&#233;n&#233;raux, il y a de jeunes hommes, Rodimtsev qui, devant Madrid, en 1937, &#233;tait capitaine, Tcherniakovski surtout, ce jeune juif, commandant en 1941, g&#233;n&#233;ral commandant d'arm&#233;e en 1944, tu&#233; en 1945, &#224; trente-neuf ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne semblable se produit dans les autres secteurs de la vie sovi&#233;tique : d'une certaine fa&#231;on, l'emprise de l'appareil d&#233;cro&#238;t et ce n'est pas un hasard si c'est Voznessenski, le seul dirigeant du parti qui soit un technicien v&#233;ritable et dont la carri&#232;re se soit d&#233;roul&#233;e en partie en dehors de l'appareil, qui est plac&#233; &#224; la t&#234;te de la machine &#233;conomique. Le p&#233;ril extr&#234;me desserre l'&#233;tau bureaucratique. Chantre de Staline, Korneitchouk, dans le Front, essaie de pr&#233;senter ces nouvelles promotions comme un m&#233;rite suppl&#233;mentaire du &#171; chef g&#233;nial &#187; qui sait au bon moment remplacer la vieille g&#233;n&#233;ration r&#233;volutionnaire par des jeunes capables, alors que c'est la dure n&#233;cessit&#233; qui les impose en r&#233;alit&#233;. Il n'est plus gu&#232;re question des tra&#238;tres et des espions &#171; trotskystes &#187; et &#171; boukhariniens &#187;, bien qu'&#224; l'occasion, on en parle, pour les lier &#224; Vlassov - qui avait &#233;t&#233; pourtant un stalinien mod&#232;le avant de servir Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des condamn&#233;s sont discr&#232;tement lib&#233;r&#233;s et m&#234;me si le ph&#233;nom&#232;ne n'a pas eu l'ampleur que lui attribue Deutscher, puisqu'il int&#233;resse surtout des sp&#233;cialistes qui n'ont vraisemblablement jamais &#233;t&#233; de v&#233;ritables opposants, le silence sur les accusations pass&#233;es repr&#233;sente une sorte de r&#233;habilitation tacite : c'est une v&#233;ritable tr&#234;ve que commandent les besoins de la d&#233;fense et l'on en viendra m&#234;me &#224; accueillir, quand cela para&#238;t n&#233;cessaire, les chefs de groupes arm&#233;s qui ont soutenu les Allemands, lorsqu'ils abandonnent la mauvaise cause et reviennent dans le camp des &#171; patriotes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une sorte d'union sacr&#233;e que Staline s'efforce de promouvoir dans la r&#233;sistance nationale, et il y r&#233;ussit. Les ouvriers sont &#224; l'avant-garde : la reconstruction des industries de guerre dans l'ouest se fait &#224; une allure record, les normes sont d&#233;pass&#233;es, dans des conditions de vie et de travail exceptionnellement dures. Les volontaires accourent des faubourgs dans toutes les villes ouvri&#232;res pour entrer dans les milices populaires ou les bataillons de travailleurs - form&#233;s en majorit&#233; de femmes - qui creusent les tranch&#233;es et construisent les lignes de d&#233;fense. Le paysan doit &#234;tre gagn&#233; &#224; la cause : de lui d&#233;pend la nourriture de l'arm&#233;e et des vIlles. Avec la perte des riches provinces agricoles de l'ouest, les prix montent en fl&#232;che. Pour stimuler la production et faire face aux besoins, le gouvernement multiplie les concessions, autorise le d&#233;veloppement des marches kolkhoziens ou la vente est libre : leur part dans le commerce de d&#233;tail passe de 15,9 % en 1939 &#224; 44,5 %, en 1942-1943, et Ernest Mandel peut caract&#233;riser ce ph&#233;nom&#232;ne comme une &#171; revanche g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la campagne sur la ville &#187;. Car si les ouvriers font d'&#233;normes sacrifices, certains kolkhoziens font d'&#233;normes b&#233;n&#233;fices. C'est pendant la guerre qu'apparaissent les kolkhoziens millionnaires : de nouveaux koulaks accaparent des terres pourtant th&#233;oriquement collectives - plus de millions d'hectares au total, apprendra-t-on apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie voit ses privil&#232;ges garantis et consolid&#233;s. Les vieux titres sont remis en vigueur : les diplomates sont &#171; ambassadeurs &#187; et &#171; ministres &#187; &#224; partir de 1941. Les r&#232;gles de classement et d'avancement sont fix&#233;es ; &#224; chaque grade correspond un titre et un uniforme Il s'agit d'&#233;lever l'autorit&#233; des fonctionnaires civils et la &#171; table des grades &#187; dans l'administration judiciaire comporte une &#171; table de comparaison &#187; avec les grades militaires : Alf Edeen peut &#233;crire sans exag&#233;ration que &#171; le cycle du d&#233;veloppement russe est compl&#233;t&#233; &#187; par le r&#233;tablissement de la table des rangs de Pierre le Grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caste militaire est particuli&#232;rement favoris&#233;e. Les communiqu&#233;s et les circulaires remettent en vigueur les termes abolis en 1917 d'&#171; officiers &#187; et de &#171; soldats &#187;. Le salut en dehors du service est r&#233;tabli, m&#234;me du soldat au sous-officier ou caporal. Le commissaire politique r&#233;tabli en 1941 au moment o&#249; tout semble s'effondrer, est ensuite supprim&#233; et les membres de ce corps int&#233;gr&#233;s dans celui des officiers. En 1942, pour le 25&#176; anniversaire de la r&#233;volution, les &#233;paulettes, qui avaient &#233;t&#233; supprim&#233;es &#171; comme symbole de l'oppression de classe &#187;, sont remises en usage. Les unit&#233;s d'&#233;lite de la garde sont r&#233;tablies dans leurs anciens noms la m&#234;me ann&#233;e, avec des privil&#232;ges et des soldes sup&#233;rieures. En 1943, les &#233;coles de cadets, qui avaient disparu &#224; la r&#233;volution, sont &#233;galement r&#233;tablies : elles sont ouvertes aux enfants d'officiers, admis d&#232;s l'&#226;ge de huit neuf ans, ce qui constitue un pas vers l'h&#233;r&#233;dit&#233; des privil&#232;ges et des fonctions sociales un facteur consid&#233;rable de consolidation de la caste. Des ordres militaires anciens sont r&#233;tablis, portant le nom des grands g&#233;n&#233;raux de la Russie tsariste, Souvorov, Koutouzov. Les officiers ont droit &#224; des clubs sp&#233;ciaux. Officiers sup&#233;rieurs et officiers subalternes disposent de cercles, de mess particuliers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch_17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ennemi violent de toute d&#233;mocratie, assassin de toute organisation autonome du prol&#233;tariat, cercueil des r&#233;volutionnaires communistes, le stalinisme ne peut pas &#234;tre cr&#233;dit&#233; d'une victoire quelconque contre le fascisme, pas plus que l'imp&#233;rialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie du goulag et l'imp&#233;rialisme d'Hiroshima ne luttaient nullement contre le fascisme mais contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
