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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Science &#233;conomique, la m&#233;thode de Karl Marx</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Karl MARX &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl MARX
&lt;p&gt;La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, le prix etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout, et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; on passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;terminations et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVIIe si&#232;cle, par exemple, commencent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233; ; qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifestement la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par la suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la reproduction du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfondit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous la forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience &#8212; et la conscience philosophique est ainsi faite que pour la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par la suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u &#8212; pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el &#8212; qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette &#8212; dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? Ca d&#233;pend. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velopp&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de possession. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#8220;cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te&#8221;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. &#192; cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233;s tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'il existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparaissent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement &#8212; en compr&#233;hension et en extension &#8212; pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe, alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; &#8212; comme travail en g&#233;n&#233;ral &#8212; est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#8220;travail&#8221; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manufacturier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective &#8212; le travail commercial et manufacturier &#8212;, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail &#8212; l'agriculture &#8212; comme la forme du travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature &#8212; produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;termination de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Ad. Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit &#8212; dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de chose a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#034;travail&#034;, &#8220;travail en g&#233;n&#233;ral&#8221;, travail &#8220;sans phrase&#034;, point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient une v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre les barbares qui ont des dispositions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables &#8212; pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite &#8212; pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables pour ces conditions et dans le cadre de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;veloppant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencontrer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano salis (avec un grain de sel). Elles peuvent rec&#233;ler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement historique repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;- tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique &#8212; il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence &#8212; elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire (virtuellement), sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocritique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;gories expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elles en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re form&#233; de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; &#8212; &#224; l'agriculture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une production d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celle-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale chez les Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e &#8212; cette implantation constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante &#8212; o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen-&#226;ge elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen-&#226;ge &#8212; dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire &#8212; a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agriculture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leurs rapports r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#8220;dans l'id&#233;e&#8221; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants &#8212; Ph&#233;niciens, Carthaginois &#8212; est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen-&#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-compagnies (soci&#233;t&#233;s par actions). Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les. &#233;conomistes du XVIIe si&#232;cle &#8212; l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIIIe &#8212; sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant : l&#176; les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ; 2&#176; les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales, l'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;). 3&#176; Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#8220;improductives&#8221;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. Emigration. 4&#176; Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. Echange international. Exportation et importation. Cours des changes. 5&#176; Le march&#233; mondial et les crises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction : Production, consommation, distribution, &#233;change (Circulation)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I. Production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains historiens de la civilisation, une simple r&#233;action contre des exc&#232;s de raffinement et un retour &#224; un &#233;tat de nature mal compris. De m&#234;me, le contrat social de Rousseau qui, entre des sujets ind&#233;pendants par nature, &#233;tablit des relations et des liens au moyen d'un pacte, ne repose pas davantage sur un tel naturalisme. Ce n'est qu'apparence, apparence d'ordre purement esth&#233;tique dans les petites et grandes robinso&#173;nades. Il s'agit, en r&#233;alit&#233;, d'une anticipation de la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; qui se pr&#233;parait depuis le XVI&#176; si&#232;cle et qui, au XVIII&#176; marchait &#224; pas de g&#233;ant vers sa maturit&#233;. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne la libre concurrence, l'individu appara&#238;t d&#233;tach&#233; des liens naturels, etc., qui font de lui &#224; des &#233;poques historiques ant&#233;rieures un &#233;l&#233;ment d'un conglom&#233;rat humain d&#233;termin&#233; et d&#233;limit&#233;. Pour les proph&#232;tes du XVIII&#176; si&#232;cle, - Smith et Ricardo se situent encore compl&#232;tement sur leurs positions, - cet individu du XVIII&#176; si&#232;cle - produit, d'une part, de la d&#233;composition des formes de soci&#233;t&#233; f&#233;odales, d'autre part, des forces de production nouvelles qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis le XVI&#176; si&#232;cle - appara&#238;t comme un id&#233;al qui aurait exist&#233; dans le pass&#233;. Ils voient en lui non un aboutissement historique, mais le point de d&#233;part de l'histoire, parce qu'ils consid&#232;rent cet individu comme quelque chose de naturel, conforme &#224; leur conception de la nature humaine, non comme un produit de l'histoire, mais comme une donn&#233;e de la nature. Cette illusion a &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant partag&#233;e par toute &#233;poque nou&#173;velle. Steuart, qui, &#224; plus d'un &#233;gard, s'oppose au XVIII&#176; si&#232;cle et, en sa qualit&#233; d'aristo&#173;crate, se tient davantage sur le terrain historique, a &#233;chapp&#233; &#224; cette illusion na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on remonte dans le cours de l'histoire, plus l'individu &#8211; et par suite l'individu produc&#173;teur, lui aussi, - appara&#238;t dans un &#233;tat de d&#233;pendance, membre d'un ensemble plus grand : cet &#233;tat se manifeste tout d'abord de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle dans la famille et dans la famille &#233;largie jusqu'&#224; former la tribu ; puis dans les diff&#233;rentes formes de communaut&#233;s, issues de l'opposition et de la fusion des tribus. Ce n'est qu'au XVIII&#176; si&#232;cle, dans la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;, que les diff&#233;rentes formes de l'ensemble social se pr&#233;sentent &#224; l'individu com&#173;me un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Mais l'&#233;poque qui engendre ce point de vue, celui de l'individu isol&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; les rapports sociaux (rev&#234;tant de ce point de vue un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral) ont atteint le plus grand d&#233;veloppement qu'ils aient connu. L'homme est, au sens le plus litt&#233;ral, un [...] [1], non seule&#173;ment un animal sociable, mais un animal qui ne peut s'isoler que dans la soci&#233;t&#233;. La production r&#233;alis&#233;e en dehors de la soci&#233;t&#233; par l'individu isol&#233; - fait exceptionnel qui peut bien arriver &#224; un civilis&#233; transport&#233; par hasard dans un lieu d&#233;sert et qui poss&#232;de d&#233;j&#224; en puissance les forces propres &#224; la soci&#233;t&#233; - est chose aussi absurde que le serait le d&#233;veloppe&#173;ment du langage sans la pr&#233;sence d'individus vivant et parlant ensemble. Inutile de s'y arr&#234;ter plus longtemps. Il n'y aurait aucune raison d'aborder ce point si cette niaiserie, qui avait un sens et une raison d'&#234;tre chez les gens du XVIII&#176; si&#232;cle, n'avait &#233;t&#233; r&#233;introduite tr&#232;s s&#233;rieuse&#173;ment par Bastiat, Carey, Proudhon etc., en pleine &#233;conomie politique moderne. Pour Proudhon entre autres, il est naturellement bien commode de faire de la mythologie pour donner une explication historico-philosophique d'un rapport &#233;conomique dont il ignore l'ori&#173;gine historique : l'id&#233;e de ce rapport serait venue un beau jour toute pr&#234;te &#224; l'esprit d'Adam ou de Prom&#233;th&#233;e, qui l'ont alors introduite dans le monde, etc... Rien de plus fastidieux et de plus plat que le locus communis [lieu commun] en proie au d&#233;lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;TERNISATION DES RAPPORTS DE PRODUCTION HISTORIQUES.&lt;br class='autobr' /&gt;
PRODUCTION ET DISTRIBUTION EN G&#201;N&#201;RAL. PROPRI&#201;T&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc nous parlons de production, c'est toujours de la production &#224; un stade d&#233;ter&#173;mi&#173;n&#233; du d&#233;veloppement social qu'il s'agit - de la production d'individus vivant en soci&#233;t&#233;. Aussi pourrait-il sembler que, pour parler de la production en g&#233;n&#233;ral, il faille, soit suivre le proc&#232;s historique de son d&#233;veloppement dans ses diff&#233;rentes phases, soit d&#233;clarer de prime abord que l'on s'occupe d'une &#233;poque historique d&#233;termin&#233;e, par exemple de la production bourgeoise moderne, qui est, en fait, notre v&#233;ritable sujet. Mais toutes les &#233;poques de la production ont certains caract&#232;res communs, certaines d&#233;terminations communes. La production en g&#233;n&#233;ral est une abstraction, mais une abstraction rationnelle, dans la mesure o&#249;, soulignant et pr&#233;cisant bien les traits communs, elle nous &#233;vite la r&#233;p&#233;tition. Cepen&#173;dant, ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral, ou ces traits communs, que permet de d&#233;gager la comparaison, forment eux-m&#234;mes un ensemble tr&#232;s complexe dont les &#233;l&#233;ments divergent pour rev&#234;tir des d&#233;termi&#173;nations diff&#233;rentes. Certains de ces caract&#232;res appartiennent &#224; toutes les &#233;poques, d'autres sont communs &#224; quelques-unes seulement. [Certaines] de ces d&#233;terminations appara&#238;tront communes &#224; l'&#233;poque la plus moderne comme &#224; la plus ancienne. Sans elles, on ne peut concevoir aucune production. Mais, s'il est vrai que les langues les plus &#233;volu&#233;es ont en commun avec les moins &#233;volu&#233;es certaines lois et d&#233;terminations, ce qui constitue leur &#233;volution, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui les diff&#233;rencie de ces caract&#232;res g&#233;n&#233;raux et communs ; aussi faut-il bien distinguer les d&#233;terminations qui valent pour la production en g&#233;n&#233;ral, afin que l'unit&#233; - qui d&#233;coule d&#233;j&#224; du fait que le sujet, l'humanit&#233;, et l'objet, la nature, sont identi&#173;ques - ne fasse pas oublier la diff&#233;rence essentielle. C'est de cet oubli que d&#233;coule, par exemple, toute la sagesse des &#233;conomistes modernes qui pr&#233;tendent prouver l'&#233;ternit&#233; et l'harmonie des rapports sociaux existant actuellement. Par exemple, pas de production possible sans un instrument de production, cet instrument ne serait-il que la main. Pas de production possible sans travail pass&#233; accumul&#233;, ce travail ne serait-il que l'habilet&#233; que l'exe&#173;r&#173;cice r&#233;p&#233;t&#233; a d&#233;velopp&#233;e et fix&#233;e dans la main du sauvage. Entre autres choses, le capital est, lui aussi, un instrument de production, c'est, lui aussi, du travail pass&#233;, objectiv&#233;. Donc le capital est un rapport naturel universel et &#233;ternel ; oui, mais &#224; condition de n&#233;gliger pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifique, ce qui seul transforme en capital l'&#171; instrument de produc&#173;tion &#187;, le &#171; travail accumul&#233; &#187;. Toute l'histoire des rapports de production appara&#238;t ainsi, par exemple chez Carey, comme une falsification provoqu&#233;e par la malveillance des gouverne&#173;ments. S'il n'y a pas de production en g&#233;n&#233;ral, il n'y a pas non plus de production g&#233;n&#233;rale. La production est toujours une branche particuli&#232;re de la production - par exemple l'agriculture, l'&#233;levage du b&#233;tail, la manufacture, etc., ou bien elle constitue un tout. Mais l'&#233;conomie politique n'est pas la technologie. Il faudra expliquer ailleurs (plus tard) le rapport entre les d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales de la production &#224; un stade social donn&#233; et les formes particuli&#232;res de la production. Enfin la production n'est pas non plus uniquement une production particuli&#232;re, elle appara&#238;t toujours sous la forme d'un certain corps social d'un sujet social, qui exerce son activit&#233; dans un ensemble plus ou moins grand et riche de branches de la production. Il n'y a pas encore lieu non plus d'&#233;tudier ici le rapport existant entre l'expos&#233; scientifique et le mouvement r&#233;el. Production en g&#233;n&#233;ral. Branches particuli&#232;res de la production. Production consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de mode en &#233;conomie politique de faire pr&#233;c&#233;der toute &#233;tude d'une partie g&#233;n&#233;rale, - celle, pr&#233;cis&#233;ment, qui figure sous le titre de Production (cf., par exemple, J. Stuart Mill), - dans laquelle on traite des conditions g&#233;n&#233;rales de toute production. Cette partie g&#233;n&#233;rale comprend ou est cens&#233;e comprendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;tude des conditions sans lesquelles la production n'est pas possible, et qui se borne donc en fait &#224; la mention des facteurs essentiels communs &#224; toute production. Mais, en r&#233;alit&#233;, cela se r&#233;duit, comme nous le verrons, &#224; quelques d&#233;terminations tr&#232;s simples rab&#226;ch&#233;es en plates tautologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#233;tude des conditions qui favorisent plus ou moins le d&#233;veloppement de la produc&#173;tion, comme, par exemple, l'&#233;tat social progressif ou stagnant d'Adam Smith. Pour donner un caract&#232;re scientifique &#224; ce qui, chez lui, a sa valeur comme aper&#231;u, il faudrait &#233;tudier les p&#233;riodes de divers degr&#233;s de productivit&#233; au cours du d&#233;veloppement de diff&#233;rents peuples - &#233;tude qui d&#233;passe les limites proprement dites de notre sujet, mais qui, dans la mesure o&#249; elle y entre, doit &#234;tre expos&#233;e dans la partie expliquant la concurrence, l'accumu&#173;lation, etc. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale, la conclusion aboutit &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'un peuple industriel est &#224; l'apog&#233;e de sa production au moment m&#234;me o&#249;, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il atteint son apog&#233;e historique. Et, de fait, un peuple est &#224; son apog&#233;e industrielle tant que ce n'est pas encore le profit, mais la recherche du gain qui est pour lui l'essentiel. Sup&#233;riorit&#233;, en ce sens, des Yankees sur les Anglais. Ou bien, aussi, on aboutit &#224; ceci, que certaines races, certaines dispositions, certains climats, certaines conditions naturelles, comme la situation au bord de la mer, la fertilit&#233; du sol, etc., sont plus favorables que d'autres &#224; la production. Ce qui donne de nouveau cette tautologie : la richesse se cr&#233;e d'autant plus facilement que ses &#233;l&#233;ments subjectifs et objectifs existent &#224; un degr&#233; plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette partie g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; pour les &#233;conomistes. Il s'agit bien plut&#244;t, comme le montre l'exemple de Mill, de repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait]. Tel est le but auquel tend plus ou moins consciemment tout ce proc&#233;d&#233;. Dans la distribution, au contraire, les hommes se seraient permis d'agir en fait avec beaucoup d'arbitraire. Abstraction faite de cette disjonction brutale de la production et la distribution et de la rupture de leur rapport r&#233;el, on peut d&#232;s l'abord voir au moins ceci clairement : si diverse que puisse &#234;tre la distribution aux diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233;, il doit &#234;tre possible, tout aussi bien que pour la production, de d&#233;gager des caract&#232;res communs, et possible aussi d'effacer ou de supprimer toutes les diff&#233;rences historiques pour &#233;noncer des lois s'appliquant &#224; l'homme en g&#233;n&#233;ral. Par exemple, l'esclave, le serf, le travailleur salari&#233; re&#231;oivent tous une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de nourriture qui leur permet de subsister en tant qu'esclave, serf, salari&#233;. Qu'ils vivent du tribut, de l'imp&#244;t, de la rente fonci&#232;re, de l'aum&#244;ne ou de la d&#238;me, le conqu&#233;rant, le fonctionnaire, le propri&#233;taire foncier, le moine ou le l&#233;vite re&#231;oivent tous une quote-part de la production sociale qui est fix&#233;e suivant d'autres lois que celle des esclaves, etc. Les deux principaux points que tous les &#233;conomistes placent sous cette rubrique sont : 1&#176; propri&#233;t&#233; ; 2&#176; garantie de cette derni&#232;re par la justice, la police, etc. On peut r&#233;pondre &#224; cela tr&#232;s bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point : Toute production est appropriation de la nature par l'individu dans le cadre et par l'interm&#233;diaire d'une forme de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e. En ce sens, c'est une tautologie de dire que la propri&#233;t&#233; (appropriation) est une condition de la production. Mais il est ridicule de partir de l&#224; pour passer d'un saut &#224; une forme d&#233;termin&#233;e de la propri&#233;t&#233;, par exemple &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. (Ce qui, de plus, suppose &#233;galement comme condition une forme oppos&#233;e, la non-propri&#233;t&#233;.)L'histoire nous montre bien plut&#244;t dans la propri&#233;t&#233; commune (par exemple chez les Indiens, les Slaves, les anciens Celtes, etc.) la forme primitive, forme qui, sous l'aspect de propri&#233;t&#233; communale, jouera longtemps encore un r&#244;le important. Quant &#224; savoir si la richesse se d&#233;veloppe mieux sous l'une ou l'autre forme de propri&#233;t&#233;, il n'en est encore nullement question ici. Mais, dire qu'il ne puisse &#234;tre question d'aucune production, ni par cons&#233;quent d'aucune soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe aucune forme de propri&#233;t&#233;, est pure tautologie. Une appropriation qui ne s'approprie rien est une contradictio in subjecto [une contradiction dans les termes].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le deuxi&#232;me point : Mise en s&#251;ret&#233; des biens acquis, etc. Si l'on r&#233;duit ces banalit&#233;s &#224; leur contenu r&#233;el, elles expriment beaucoup plus que ne s'en doutent ceux qui les pr&#234;chent. A savoir que toute forme de production engendre ses propres rapports juridiques, sa propre forme de gouvernement, etc. C'est manquer de finesse et de perspicacit&#233; que d'&#233;tablir entre des choses formant un tout organique des rapports contingents, que d'&#233;tablir seulement entre elles un lien de la r&#233;flexion. C'est ainsi que les &#233;conomistes bourgeois ont le sentiment vague que la production est plus facile avec la police moderne qu'&#224; l'&#233;poque par exemple du &#171; droit du plus fort &#187;. Ils oublient seulement que le &#171; droit du plus fort &#187; est &#233;galement un droit, et qui survit sous une autre forme dans leur &#171; &#201;tat juridique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les conditions sociales r&#233;pondant &#224; un stade d&#233;termin&#233; de la production sont seulement en voie de formation ou, au contraire, quand elles sont d&#233;j&#224; en voie de disparition, des perturbations se produisent naturellement dans la production, bien qu'elles soient d'un degr&#233; et d'un effet variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer : tous les stades de la production ont des d&#233;terminations communes auxquelles la pens&#233;e pr&#234;te un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral ; mais les pr&#233;tendues conditions g&#233;n&#233;rales de toute production ne sont rien d'autre que ces facteurs abstraits, qui ne r&#233;pondent &#224; aucun stade historique r&#233;el de la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Rapport g&#233;n&#233;ral entre la production et la distribution, l'&#233;change, la consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous engager plus avant dans l'analyse de la production, il est n&#233;cessaire d'examiner les diff&#233;rentes rubriques dont l'accompagnent les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'id&#233;e telle qu'elle se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me : dans la production, les membres de la soci&#233;t&#233; adaptent (produisent, fa&#231;onnent) les produits de la nature conform&#233;ment &#224; des besoins humains ; la distribution d&#233;termine la proportion dans laquelle l'individu participe &#224; la r&#233;partition de ces produits ; l'&#233;change lui procure les produits particuliers en lesquels il veut convertir la quote-part qui lui est d&#233;volue par la distribution ; dans la consommation enfin les produits deviennent objets de jouissance, d'appropriation individuelle. La production cr&#233;e les objets qui r&#233;pondent aux besoins ; la distribution les r&#233;partit suivant des lois sociales ; l'&#233;chan&#173;ge r&#233;partit de nouveau ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;parti, mais selon les besoins individuels ; dans la consommation enfin, le produit s'&#233;vade de ce mouvement social, il devient directement objet et serviteur du besoin individuel, qu'il satisfait dans la jouissance. La production appara&#238;t ainsi comme le point de d&#233;part, la consommation comme le point final, la distribution et l'&#233;change comme le moyen terme, lequel a, &#224; son tour, un double caract&#232;re, la distribution &#233;tant le moment ayant pour origine la soci&#233;t&#233; et l'&#233;change le moment ayant l'individu pour origine. Dans la production la personne s'objective et dans la personne [2] se subjectivise la chose ; dans la distribution c'est la soci&#233;t&#233;, sous forme de d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales domi&#173;nantes, qui fait office d'interm&#233;diaire entre la production et la consommation ; dans l'&#233;change, le passage de l'une &#224; l'autre est assur&#233; par la d&#233;termination contingente de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution d&#233;termine la proportion (la quantit&#233;) des produits qui &#233;choient &#224; l'individu ; l'&#233;change d&#233;termine les produits que chaque individu r&#233;clame en tant que part qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production, distribution, &#233;change, consommation forment ainsi [suivant la doctrine des &#233;conomistes [3]]un syllogisme dans les r&#232;gles ; la production constitue le g&#233;n&#233;ral, la distribu&#173;tion et l'&#233;change le particulier, la consommation le singulier, &#224; quoi aboutit l'ensemble. Sans doute, c'est bien l&#224; un encha&#238;nement, mais fort superficiel. La production est d&#233;termin&#233;e par des lois naturelles g&#233;n&#233;rales ; la distribution par la contingence sociale, et celle-ci peut, par suite, exercer sur la production une action plus ou moins stimulante ; l'&#233;change se situe entre les deux comme un mouvement social de caract&#232;re formel, et l'acte final de la consommation, con&#231;u non seulement comme abou&#173;tis&#173;se&#173;ment, mais comme but final, est, &#224; vrai dire, en dehors de l'&#233;conomie, sauf dans la mesure o&#249; il r&#233;agit &#224; son tour sur le point de d&#233;part, o&#249; il ouvre &#224; nouveau tout le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires des &#233;conomistes - adversaires de l'int&#233;rieur ou du dehors, - qui leur reprochent de dissocier d'une fa&#231;on barbare des choses formant un tout, se placent ou bien sur le m&#234;me terrain qu'eux, ou bien au-dessous d'eux. Rien de plus banal que le reproche fait aux &#233;conomistes de consid&#233;rer la production trop exclusivement comme une fin en soi et all&#233;guant que la distribution a tout autant d'importance. Ce reproche repose pr&#233;cis&#233;ment sur la conception &#233;conomique suivant laquelle la distribution existe en tant que sph&#232;re autonome, ind&#233;pendante, &#224; c&#244;t&#233; de la production. Ou bien [on leur reproche] de ne pas consid&#233;rer dans leur unit&#233; ces diff&#233;rentes phases. Comme si cette dissociation n'&#233;tait pas pass&#233;e de la r&#233;alit&#233; dans les livres, mais au contraire des livres dans la r&#233;alit&#233;, et comme s'il s'agissait ici d'un &#233;quilibre dialectique de concepts et non pas de la conception [4] des rapports r&#233;els !&lt;br class='autobr' /&gt;
a) La production est aussi consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double caract&#232;re de la consommation, subjectif et objectif : d'une part, l'individu qui d&#233;ve&#173;&#173;lop&#173;pe ses facult&#233;s en produisant les d&#233;pense &#233;galement, les consomme dans l'acte de la produc&#173;tion, tout comme la procr&#233;ation naturelle est consommation des forces vitales. Deuxi&#232;mement : consommation des moyens de production que l'on emploie, qui s'usent, et qui se dissolvent en partie (comme par exemple lors de la combustion) dans les &#233;l&#233;ments de l'univers. De m&#234;me pour la mati&#232;re premi&#232;re, qui ne conserve pas sa forme et sa constitution naturelles, mais qui se trouve consomm&#233;e. L'acte de production est donc lui-m&#234;me dans tous ses moments un acte de consommation &#233;galement. Les &#233;conomistes, du reste, l'admettent. La production consid&#233;r&#233;e comme imm&#233;diatement identique &#224; la consommation et la consomma&#173;tion comme co&#239;ncidant de fa&#231;on imm&#233;diate avec la production, c'est ce qu'ils appellent la consommation productive. Cette identit&#233; de la production et de la consommation revient &#224; la proposition de Spinoza : Determinatio est negatio [Toute d&#233;termination est n&#233;gation].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;termination de la consommation productive n'est pr&#233;cis&#233;ment &#233;tablie que pour distinguer la consommation qui s'identifie &#224; la production, de la consommation propre&#173;ment dite, qui est plut&#244;t con&#231;ue comme antith&#232;se destructrice de la production. Consid&#233;rons donc la consommation proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation est de mani&#232;re imm&#233;diate &#233;galement production, de m&#234;me que dans la nature la consommation des &#233;l&#233;ments et des substances chimiques est production de la plante. Il est &#233;vident que dans l'alimen&#173;tation, par exemple, qui est une forme particuli&#232;re de la consommation, l'homme produit son propre corps. Mais cela vaut &#233;galement pour tout autre genre de consommation qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, contribue par quelque c&#244;t&#233; &#224; la production de l'homme. Production consommatrice. Mais, objecte l'&#233;conomie, cette produc&#173;tion qui s'identifie &#224; la consommation est une deuxi&#232;me production, issue de la destruction du premier produit. Dans la premi&#232;re le producteur s'objectivait ; dans la seconde, au contraire, c'est l'objet qu'il a cr&#233;&#233; qui se person&#173;nifie. Ainsi, cette production consommatrice - bien qu'elle constitue une unit&#233; imm&#233;diate de la production et de la consommation - est essen&#173;tiel&#173;le&#173;&#173;ment diff&#233;rente de la production propre&#173;ment dite. L'unit&#233; imm&#233;diate, dans laquelle la produc&#173;tion co&#239;ncide avec la consommation et la consommation avec la production, laisse subsis&#173;ter leur dualit&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production est donc imm&#233;diatement consommation, la consommation imm&#233;diatement production. Chacune est imm&#233;diatement son contraire. Mais il s'op&#232;re en m&#234;me temps un mouvement m&#233;diateur entre les deux termes. La production est m&#233;diatrice de la consom&#173;mation, dont elle cr&#233;e les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et qui, sans elle, n'aurait point d'objet. Mais la consommation est aussi m&#233;diatrice de la production en procurant aux produits le sujet pour lequel ils sont des produits. Le produit ne conna&#238;t son ultime accomplissement que dans la consommation. Un chemin de fer sur lequel on ne roule pas, qui donc ne s'use pas, n'est pas consomm&#233;, n'est un chemin de fer que dans le domaine de la possibilit&#233; [...] et non dans celui de la r&#233;alit&#233;. Sans production, pas de consommation ; mais, sans consommation, pas de production non plus, car la production serait alors sans but. La consommation produit la production doublement. 1&#186; C'est dans la consommation seulement que le produit devient r&#233;ellement produit. Par exemple, un v&#234;tement ne devient v&#233;ritablement v&#234;tement que par le fait qu'il est port&#233; ; une maison qui n'est pas habit&#233;e n'est pas, en fait, une v&#233;ritable maison ; le produit donc, &#224; la diff&#233;rence du simple objet naturel, ne s'affirme comme produit, ne devient produit que dans la consommation. C'est la consommation seulement qui, en absor&#173;bant le produit, lui donne la derni&#232;re touche (finishing stroke) ; carla production n'est pas produit en tant qu'activit&#233; objectiv&#233;e, mais seulement en tant qu'objet pour le sujet agissant [la consommation produit la production] [5]. 2&#186; La consommation cr&#233;e le besoin d'une nouvelle production, par cons&#233;quent la raison id&#233;ale, le mobile interne de la production, qui en est la condition pr&#233;alable. La consommation cr&#233;e le mobile de la production ; elle cr&#233;e aussi l'objet qui agit dans la production en d&#233;terminant sa fin. S'il est clair que la production offre, sous sa forme mat&#233;rielle, l'objet de la consommation, il est donc tout aussi clair que la consommation pose id&#233;alement l'objet de la production, sous forme d'image int&#233;rieure, de besoin, de mobile et de fin. Elle cr&#233;e les objets de la production sous une forme encore subjective. Sans besoin, pas de production. Mais la consommation reproduit le besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce double caract&#232;re correspond du c&#244;t&#233; de la production : 1&#186; Elle fournit &#224; la consom&#173;ma&#173;tion sa mati&#232;re, son objet. Une consommation sans objet n'est pas une consommation ; &#224; cet &#233;gard donc la production cr&#233;e, produit la consommation. 2&#186; Mais ce n'est pas seulement l'objet que la production procure &#224; la consommation. Elle lui donne aussi son aspect d&#233;termin&#233;, son caract&#232;re, son fini (finish). Tout comme la consommation donnait la derni&#232;re touche au produit en tant que produit, la production le donne &#224; la consommation. D'abord l'objet n'est pas un objet en g&#233;n&#233;ral, mais un objet d&#233;termin&#233;, qui doit &#234;tre consomm&#233; d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, &#224; laquelle la production elle-m&#234;me doit servir [6] d'interm&#233;diaire. La faim est la faim, mais la faim qui se satisfait avec de la viande cuite, mang&#233;e avec fourchette et couteau, est une autre faim que celle qui avale de la chair crue en se servant des mains, des ongles et des dents. Ce n'est pas seulement l'objet de la consommation, mais aussi le mode de consommation qui est donc produit par la production, et ceci non seulement d'une mani&#232;re objective, mais aussi subjective. La production cr&#233;e donc le consommateur. 3&#186; La production ne fournit donc pas seulement un objet mat&#233;riel au besoin, elle fournit aussi un besoin &#224; l'objet mat&#233;riel. Quand la consommation se d&#233;gage de sa grossi&#232;ret&#233; primitive et perd son caract&#232;re imm&#233;diat - et le fait m&#234;me de s'y attarder serait encore le r&#233;sultat d'une production rest&#233;e &#224; un stade de grossi&#232;ret&#233; primitive -, elle a elle-m&#234;me, en tant qu'instinct, l'objet pour m&#233;diateur. Le besoin qu'elle &#233;prouve de cet objet est cr&#233;&#233; par la perception de celui-ci. L'objet d'art - comme tout autre produit - cr&#233;e un public apte &#224; comprendre l'art et &#224; jouir de la beaut&#233;. La production ne produit donc pas seulement un objet pour le sujet, mais aussi un sujet pour l'objet. La production produit donc la consommation 1&#186; en lui fournissant la mati&#232;re ; 2&#186; en d&#233;terminant le mode de consommation ; 3&#186; en faisant na&#238;tre chez le consom&#173;ma&#173;teur le besoin de produits pos&#233;s d'abord simplement par elle sous forme d'objets. Elle pro&#173;duit donc l'objet de la consommation, le mode de consommation, l'instinct de la consom&#173;mation. De m&#234;me la consommation engendre l'aptitude du producteur en le sollicitant sous la forme d'un besoin d&#233;terminant le but de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; entre la consommation et la production appara&#238;t donc sous un triple aspect :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Identit&#233; imm&#233;diate. La production est consommation ; la consommation est produc&#173;tion. Production consommatrice. Consommation productive. Toutes deux sont appel&#233;es consommation productive par les &#233;cono&#173;mis&#173;tes. Mais ils font encore une diff&#233;rence. La premi&#232;re prend la forme de reproduction ; la seconde, de consommation productive. Toutes les recherches sur la premi&#232;re sont l'&#233;tude du travail productif ou improductif ; les recherches sur la seconde sont celle de la consommation productive ou improductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Chacune appara&#238;t comme le moyen de l'autre ; elle est m&#233;di&#233;e par l'autre ; ce qui s'expri&#173;me par leur interd&#233;pendance, mouvement qui les rapporte l'une &#224; l'autre et les fait appara&#238;tre comme indispensables r&#233;ciproquement, bien qu'elles restent cependant ext&#233;rieures l'une &#224; l'autre. La production cr&#233;e la mati&#232;re de la consommation en tant qu'objet ext&#233;rieur ; la consommation cr&#233;e pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation ; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'&#233;conomie politique sous de nombreuses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La production n'est pas seulement imm&#233;diatement consommation, ni la consommation imm&#233;diatement production ; la production n'est pas non plus seulement moyen pour la consommation, ni la consommation but pour la production, en ce sens que chacune d'elles fournit &#224; l'autre son objet, la production l'objet ext&#233;rieur de la consommation, la consom&#173;ma&#173;tion l'objet figur&#233; de la production. En fait, chacune d'elles n'est pas seulement imm&#233;diate&#173;ment l'autre, ni seulement m&#233;diatrice de l'autre, mais chacune d'elles, en se r&#233;alisant, cr&#233;e l'autre ; se cr&#233;e sous la forme de l'autre. C'est la consommation qui accomplit pleinement l'acte de la production en donnant au produit son caract&#232;re achev&#233; de produit, en le dissolvant en consommant la forme objective ind&#233;pendante qu'il rev&#234;t, en &#233;levant &#224; la dext&#233;rit&#233;, par le besoin de la r&#233;p&#233;tition, l'aptitude d&#233;velopp&#233;e dans le premier acte de la production ; elle n'est donc pas seulement l'acte final par lequel le produit devient v&#233;ritablement produit, mais celui par lequel le producteur devient &#233;galement v&#233;ritablement producteur. D'autre part, la production produit la consommation en cr&#233;ant le mode d&#233;termin&#233; de la consommation, et ensuite en faisant na&#238;tre l'app&#233;tit de la consommation, la facult&#233; de consommation, sous forme de besoin. Cette derni&#232;re identit&#233;, que nous avons pr&#233;cis&#233;e au paragraphe 3, est com&#173;men&#173;t&#233;e en &#233;conomie politique sous des formes multiples, &#224; propos des rapports entre l'offre et la demande, les objets et les besoins, les besoins cr&#233;&#233;s par la soci&#233;t&#233; et les besoins naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus simple alors, pour un h&#233;g&#233;lien, que de poser la production et la consomma&#173;tion comme identiques. Et cela n'a pas &#233;t&#233; seulement le fait d'hommes de lettres socialistes, mais de prosa&#239;ques &#233;conomistes m&#234;me ; par exemple de Say, sous la forme suivante : quand on consid&#232;re un peuple, ou bien l'humanit&#233; in abstracto, on voit que sa production est sa consommation. Storch a montr&#233; l'erreur de Say : un peuple, par exemple, ne consomme pas purement et simplement sa production, mais cr&#233;e aussi des moyens de production, etc., du capital fixe, etc. Consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme un sujet unique, c'est au surplus la consid&#233;rer d'un point de vue faux - sp&#233;culatif. Chez un sujet, production et con&#173;som&#173;ma&#173;tion apparaissent comme des moments d'un m&#234;me acte. L'important ici est seulement de souligner ceci : que l'on consid&#232;re la production et la consommation comme des activit&#233;s d'un sujet ou de nom&#173;breux individus [7], elles apparaissent en tout cas comme les moments d'un proc&#232;s dans lequel la production est le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite aussi le facteur qui l'emporte. La consommation en tant que n&#233;cessit&#233;, que besoin, est elle-m&#234;me un facteur interne de l'activit&#233; productive ; maiscette derni&#232;re est le point de d&#233;part de la r&#233;alisa&#173;tion et par suite aussi son facteur pr&#233;dominant, l'acte dans lequel tout le proc&#232;s se d&#233;roule &#224; nouveau. L'individu produit un objet et fait retour en soi-m&#234;me par la consommation de ce dernier, mais il le fait en tant qu'individu productif et qui se reproduit lui-m&#234;me. La consom&#173;ma&#173;tion appara&#238;t ainsi comme moment de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233;, le rapport entre le producteur et le produit, d&#232;s que ce dernier est achev&#233;, est un rapport ext&#233;rieur,- et le retour du produit au sujet d&#233;pend des relations de celui-ci avec d'autres individus. Il n'en devient pas imm&#233;diatement possesseur. Aussi bien, l'appropriation imm&#233;diate du produit n'est-elle pas la fin que se propose le producteur quand il produit dans la soci&#233;t&#233;. Entre le producteur et les produits intervient la distribution, qui par des lois sociales d&#233;termine la part qui lui revient dans la masse des produits et se place ainsi entre la production et la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, alors, la distribution constitue-t-elle une sph&#232;re autonome &#224; c&#244;t&#233; et en dehors de la production ?&lt;br class='autobr' /&gt;
b) Distribution et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe n&#233;cessairement tout d'abord, quand on consid&#232;re les trait&#233;s ordinaires d'&#233;conomie politique, c'est que toutes les cat&#233;gories y sont pos&#233;es sous une double forme. Par exemple, dans la distribution figurent : rente fonci&#232;re, salaire, int&#233;r&#234;t et profit, tandis que dans la production terre, travail, capital figurent comme agents de la production. Or, en ce qui concerne le capital, il appara&#238;t clairement d&#232;s l'abord qu'il est pos&#233; sous deux formes : 1&#176; comme agent de production ; 2&#176; comme source de revenus : comme formes de distribution d&#233;termin&#233;es et d&#233;terminantes. Par suite, int&#233;r&#234;t et profit figurent aussi en tant que tels dans la production, dans la mesure o&#249; ils sont des formes sous lesquelles le capital augmente, s'accro&#238;t, donc des facteurs de sa production m&#234;me. Int&#233;r&#234;t et profit, en tant que formes de distribution, supposent le capital consid&#233;r&#233; comme agent de la production. Ce sont des modes de distribution qui ont pour postulat le capital comme agent de la production. Ce sont &#233;galement des modes de reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le salaire est le travail salari&#233;, que les &#233;conomistes consid&#232;rent sous une autre rubrique : le caract&#232;re d&#233;termin&#233; d'agent de production que poss&#232;de ici le travail appara&#238;t l&#224; comme d&#233;termination de la distribution. Si le travail n'&#233;tait pas d&#233;fini comme travail salari&#233;, le mode suivant lequel il participe &#224; la r&#233;partition des produits n'appara&#238;trait pas sous la forme de salaire : c'est le cas par exemple dans l'esclavage. Enfin la rente fonci&#232;re, pour prendre tout de suite la forme la plus d&#233;velopp&#233;e de la distribution, par laquelle la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re participe &#224; la r&#233;partition des produits, suppose la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re (&#224; vrai dire la grande agriculture) comme agent de production, et non tout simplement la terre, pas plus que le salaire ne suppose le travail tout court. Les rapports et les modes de distribution apparais&#173;sent donc simplement comme l'envers des agents de production. Un individu qui participe &#224; la production sous la forme du travail salari&#233; participe sous la forme du salaire &#224; la r&#233;partition des produits, r&#233;sultats de la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par la structure de la production. La distribution est elle-m&#234;me un produit de la production non seulement en ce qui concerne l'objet, le r&#233;sultat de la production seul pouvant &#234;tre distribu&#233;, mais aussi en ce qui concerne la forme, le mode pr&#233;cis de participation &#224; la production d&#233;terminant les formes particuli&#232;res de la distribution, c'est-&#224;-dire d&#233;terminant sous quelle forme le producteur participera &#224; la distribution. Il est absolu&#173;ment illusoire de placer la terre dans la production, la rente fonci&#232;re dans la distribution, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes comme Ricardo, auxquels on a le plus reproch&#233; de n'avoir en vue que la production, ont par suite d&#233;fini la distribution comme l'objet exclusif de l'&#233;conomie politique, parce qu'instinctivement ils voyaient dans les formes de distribution l'expression la plus nette des rapports fixes des agents de production dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; l'individu isol&#233;, la distribution appara&#238;t naturellement comme une loi sociale qui conditionne sa position &#224; l'int&#233;rieur de la production dans le cadre de laquelle il produit, et qui pr&#233;c&#232;de donc la production. De par son origine, l'individu n'a pas de capital, pas de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. D&#232;s sa naissance, il est r&#233;duit au travail salari&#233; par la distribution sociale. Mais le fait m&#234;me qu'il y soit r&#233;duit r&#233;sulte de l'existence du capital, de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re comme agents de production ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, la distribution, &#224; un autre point de vue encore, semble pr&#233;c&#233;der la production et la d&#233;terminer ; pour ainsi dire comme un fait pr&#233;&#173;&#233;cono&#173;mique. Un peuple conqu&#233;rant partage le pays entre les conqu&#233;rants et impose ainsi une certaine r&#233;partition et une certaine forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re : Il d&#233;termine donc la production. Ou bien il fait des peuples conquis des esclaves et fait ainsi du travail servile la base de la production. Ou bien un peuple, par la r&#233;volution, brise la grande propri&#233;t&#233; et la morcelle ; il donne donc ainsi par cette nouvelle distribution un nouveau caract&#232;re &#224; la production. Ou bien enfin la l&#233;gislation perp&#233;tue la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans certaines familles, ou fait du travail un privil&#232;ge h&#233;r&#233;ditaire et lui imprime ainsi un caract&#232;re de caste. Dans tous ces cas, et tous sont historiques, la distribution ne semble pas &#234;tre organis&#233;e et d&#233;termin&#233;e par la production, mais inversement la production semble l'&#234;tre par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception la plus banale, la distribution appara&#238;t comme distribution des produits, et ainsi comme plus &#233;loign&#233;e de la production et pour ainsi dire ind&#233;pendante de celle-ci. Mais, avant d'&#234;tre distribution des produits, elle est : 1&#176; distribution des instruments de production, et 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production. (Subordination des individus &#224; des rapports de production d&#233;termin&#233;s.) La distribution des produits n'est manifestement que le r&#233;sultat de cette distribution, qui est incluse dans le proc&#232;s de production lui-m&#234;me et d&#233;termine la structure de la production. Consid&#233;rer la production sans tenir compte de cette distribution, qui est incluse en elle, c'est manifestement abstraction vide, alors qu'au contraire la distribution des produits est impliqu&#233;e par cette distribution, qui constitue &#224; l'origine un facteur m&#234;me de la production. Ricardo, &#224; qui il importait de concevoir la production moderne dans sa structure sociale d&#233;termin&#233;e et qui est l'&#233;conomiste de la production par excellence [8], affirme pour cette raison que ce n'estpas la production, mais la distribution qui constitue le sujet v&#233;ritable de l'&#233;conomie politique moderne. D'o&#249; l'absurdit&#233; des &#233;conomistes qui traitent de la production comme d'une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle, tandis qu'ils rel&#232;guent l'histoire dans le domaine de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir quel rapport s'&#233;tablit entre la distribution et la production qu'elle d&#233;termine rel&#232;ve manifestement de la production m&#234;me. Si l'on pr&#233;tendait qu'alors, du fait que la production a n&#233;cessairement son point de d&#233;part dans une certaine distribution des instruments de production, la distribution, au moins dans ce sens, pr&#233;c&#232;de la production, en constitue la condition pr&#233;alable, on pourrait r&#233;pondre &#224; cela que la production a effectivement ses propres conditions et pr&#233;misses, qui en constituent des facteurs. Ces derniers peuvent appara&#238;tre tout au d&#233;but comme des donn&#233;es naturelles. Le proc&#232;s m&#234;me de la production transforme ces donn&#233;es naturelles en donn&#233;es historiques et, s'ils apparaissent pour une p&#233;riode comme des pr&#233;misses naturelles de la production, ils en ont &#233;t&#233; pour une autre p&#233;riode le r&#233;sultat historique. Dans le cadre m&#234;me de la production, ils sont constamment modifi&#233;s. Par exemple, le machinisme a modifi&#233; aussi bien la distribution des instruments de production que celle des produits. La grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re moderne elle-m&#234;me est le r&#233;sultat aussi bien du commerce moderne et de l'industrie moderne que de l'application de cette derni&#232;re &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les, questions soulev&#233;es plus haut se ram&#232;nent toutes en derni&#232;re instance &#224; celle de savoir comment des conditions historiques g&#233;n&#233;rales interviennent dans la production et quel est le rapport de celle-ci avec le mouvement historique en g&#233;n&#233;ral. La question rel&#232;ve manifestement de la discussion et de l'analyse de la production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sous la forme triviale o&#249; elles ont &#233;t&#233; soulev&#233;es plus haut, on peut les r&#233;gler &#233;galement d'un mot. Dans toutes les conqu&#234;tes, il y a trois possibilit&#233;s. Le peuple conqu&#233;rant impose au peuple conquis son propre mode de production (par exemple les Anglais en Irlande dans ce si&#232;cle, en partie dans l'Inde) ; ou bien il laisse subsister l'ancien mode de production et se contente de pr&#233;lever un tribut (par exemple les Turcs et les Romains) ; ou bien il se produit une action r&#233;ciproque qui donne naissance &#224; quelque chose de nouveau, &#224; une synth&#232;se (en partie dans les conqu&#234;tes germaniques). Dans tous les cas, le mode de production, soit celui du peuple conqu&#233;rant ou celui du peuple conquis, ou encore celui qui provient de la fusion des deux pr&#233;c&#233;dents, est d&#233;terminant pour la distribution nouvelle qui appara&#238;t. Bien que celle-ci se pr&#233;sente comme condition pr&#233;alable de la nouvelle p&#233;riode de production, elle est ainsi elle-m&#234;me &#224; son tour un produit de la production, non seulement de la production historique en g&#233;n&#233;ral, mais de telle ou telle production historique d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mongols, par leurs d&#233;vastations en Russie par exemple, agissaient conform&#233;ment &#224; leur mode de production fond&#233; sur le p&#226;turage, qui exigeait comme condition essentielle de grands espaces inhabit&#233;s. Les barbares germaniques, dont le mode de production traditionnel comportait la culture par les serfs et la vie isol&#233;e &#224; la campagne, purent d'autant plus facile&#173;ment soumettre les provinces romaines &#224; ces conditions, que la concentration de la propri&#233;t&#233; terrienne qui s'y &#233;tait op&#233;r&#233;e avait d&#233;j&#224; compl&#232;tement boulevers&#233; l'ancien r&#233;gime de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une image traditionnelle que dans certaines p&#233;riodes on n'aurait v&#233;cu que de pillage. Mais, pour pouvoir piller, il faut qu'il existe quelque chose &#224; piller, donc une production. Et le mode de pillage est lui-m&#234;me &#224; son tour d&#233;termin&#233; par le mode de production. Une stock-jobbing nation [nation de sp&#233;culateurs en Bourse] par exemple ne peut pas &#234;tre pill&#233;e comme une nation de vachers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la personne de l'esclave, l'instrument de production est directement ravi. Mais alors la production du pays, au profit duquel il est ravi, doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte qu'elle permette le travail d'esclave, ou (comme dans l'Am&#233;rique du Sud, etc.) il faut que l'on cr&#233;e un mode de production conforme &#224; l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lois peuvent perp&#233;tuer dans certaines familles un instrument de production, par exemple la terre. Ces lois ne prennent une importance &#233;conomique que lorsque la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est en harmonie avec la production sociale, comme en Angleterre par exemple. En France, on a pratiqu&#233; la petite culture malgr&#233; l'existence de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, aussi cette derni&#232;re fut-elle d&#233;truite par la R&#233;volution. Mais qu'advient-il si l'on pr&#233;tend perp&#233;tuer par des lois le morcellement par exemple. Malgr&#233; ces lois, la propri&#233;t&#233; se concentre de nouveau. Il y a lieu de d&#233;terminer &#224; part quelle influence les lois exercent sur le maintien des rapports de distribution et par suite quelle est leur influence sur la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) &#201;change et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation elle-m&#234;me n'est qu'un moment d&#233;termin&#233; de l'&#233;change ou encore l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#233;change n'est qu'un facteur servant d'interm&#233;diaire entre la produc&#173;tion et la distribution qu'elle d&#233;termine ainsi que la consommation ; dans la mesure d'autre part o&#249; cette derni&#232;re appara&#238;t elle-m&#234;me comme un facteur de la production, l'&#233;change est manifestement aussi inclus dans cette derni&#232;re en tant que moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il est &#233;vident que l'&#233;change d'activit&#233;s et de capacit&#233;s qui s'effectue dans la production elle-m&#234;me en fait directement partie et en est un &#233;l&#233;ment essentiel. Deuxi&#232;me&#173;ment, cela est vrai de l'&#233;change des produits pour autant que cet &#233;change est l'instrument qui sert &#224; fournir le produit achev&#233; destin&#233; &#224; la consommation imm&#233;diate. Dans cette mesure, l'&#233;change lui-m&#234;me est un acte inclus dans la production. Troisi&#232;mement, l'&#233;change (exchange) entre marchands (dealers) est, de par son organisation, &#224; la fois d&#233;termin&#233; enti&#232;&#173;re&#173;ment par la production et lui-m&#234;me activit&#233; productive. L'&#233;change n'appara&#238;t comme ind&#233;pendant &#224; c&#244;t&#233; de la production, comme indiff&#233;rent vis-&#224;-vis d'elle, que dans le dernier stade, o&#249; le produit est &#233;chang&#233; imm&#233;diatement pour &#234;tre consomm&#233;. Mais, 1&#176; il n'y a pas d'&#233;change sans division du travail, que celle-ci soit naturelle ou m&#234;me d&#233;j&#224; un r&#233;sultat historique ; 2&#176; l'&#233;change priv&#233; suppose la production priv&#233;e ; 3&#176; l'intensit&#233; de l'&#233;change comme son extension et son mode sont d&#233;termin&#233;s par le d&#233;veloppement et la structure de la production. Par exemple, l'&#233;change entre la ville et la campagne ; l'&#233;change &#224; la campagne, &#224; la ville, etc. Dans tous ces moments, l'&#233;change appara&#238;t donc comme directement compris dans la production, ou d&#233;termin&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat auquel nous arrivons n'est pas que la production, la distribution, l'&#233;change, la consommation sont identiques, mais qu'ils sont tous des &#233;l&#233;ments d'une totalit&#233;, des diff&#233;renciations &#224; l'int&#233;rieur d'une unit&#233;. La production d&#233;borde aussi bien son propre cadre dans sa d&#233;termination antith&#233;tique d'elle-m&#234;me que les autres moments. C'est &#224; partir d'elle que recommence sans cesse le proc&#232;s. Il va de soi qu'&#233;change et consommation ne peuvent &#234;tre ce qui l'emporte. Il en est de m&#234;me de la distribution en tant que distribution des produits. Mais, en tant que distribution des agents de production, elle est elle-m&#234;me un moment de la production. Une production d&#233;termin&#233;e d&#233;termine donc une consommation, une distribution, un &#233;change d&#233;termin&#233;s, elle r&#232;gle &#233;galement les rapports r&#233;ciproques d&#233;termin&#233;s de ces diff&#233;rents moments. A vrai dire, la production, elle aussi, sous sa forme exclusive, est, de son c&#244;t&#233;, d&#233;termin&#233;e par les autres facteurs. Par exemple quand le march&#233;, c'est-&#224;-dire la sph&#232;re de l'&#233;change, s'&#233;tend, le volume de la production s'accro&#238;t et il s'op&#232;re en elle une division plus profonde. Une transformation de la distribution entra&#238;ne une transformation de la production ; c'est le cas, par exemple, quand il y a concentration du capital, ou r&#233;partition diff&#233;rente de la population &#224; la ville et &#224; la campagne, etc. Enfin les besoins inh&#233;rents &#224; la consommation d&#233;terminent la production. Il y a action r&#233;ciproque entre les diff&#233;rents moments. C'est le cas pour n'importe quelle totalit&#233; organique.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; ou passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;termi&#173;na&#173;tions et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVII&#176; si&#232;cle, par exemple, commen&#173;cent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233;, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifeste&#173;ment la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la repro&#173;duc&#173;tion du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfon&#173;dit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u - pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el - qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? &#199;a d&#233;pend [9]. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou de tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velop&#173;p&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de posses&#173;sion. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#171; cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te &#187;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. A cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el. D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparais&#173;sent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement - en compr&#233;hen&#173;sion et en extension - pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe [10], alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; - comme travail en g&#233;n&#233;ral - est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#171; travail &#187; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manu&#173;fac&#173;turier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective le travail commercial et manufacturier -, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail - l'agriculture - comme la forme de travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature - produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;ter&#173;mi&#173;nation de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Adam Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation la plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit - dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre, non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est plus absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, comme commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est pas seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de choses a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#171; travail &#187;, &#171; travail en g&#233;n&#233;ral &#187;, travail &#171; sans phrase &#187; [12], point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais, d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre des barbares qui ont des disposi&#173;tions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher que des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables - pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite - pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables que pour ces conditions et dans le cadre de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; bourgeoise est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;velop&#173;pant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencon&#173;trer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano, salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es, caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement histori&#173;que repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique - il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence - elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocri&#173;ti&#173;que de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait encore &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;go&#173;ries expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elle en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re forme de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; - &#224; l'agri&#173;culture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une produc&#173;tion d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celles-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale des Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e - cette implanta&#173;tion constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante - o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen &#226;ge, elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen &#226;ge - dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire - a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agricul&#173;ture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leur rapport r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#171; dans l'id&#233;e &#187; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants - Ph&#233;niciens, Carthaginois - est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;&#173;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen &#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-companies [soci&#233;t&#233;s par actions]. Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les &#233;conomistes du XVIII&#176; si&#232;cle - l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIII&#176; - sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales. L'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#171; improductives &#187;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. &#201;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. &#201;change international. Exportation et importation. Cours des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le march&#233; mondial et les crises.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. Production. Moyens de production et rapports de production. Rapports de production et rapports de circulation. Formes de l'&#201;tat et de la conscience par rapport aux conditions de production et de circulation. Rapports juridiques. Rapports familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota bene, en ce qui concerne des points &#224; mentionner ici et a ne pas oublier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La guerre d&#233;velopp&#233;e ant&#233;rieurement &#224; la paix : montrer comment par la guerre et dans les arm&#233;es, etc., certains rapports &#233;conomiques, comme le travail salari&#233;, le machinisme, etc., se sont d&#233;velopp&#233;s plus t&#244;t qu'&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. De m&#234;me le rapport entre la force productive et les rapports de circulation particuli&#232;rement manifeste dans l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Rapport entre l'histoire id&#233;aliste telle qu'on l'a &#233;crite jusqu'ici et l'histoire r&#233;elle. En particulier celles qui se disent histoires de la civilisation, et qui sont toutes histoires de la religion et des &#201;tats [13]. (A cette occasion, on peut aussi parler des diff&#233;rents genres d'histoire &#233;crite jusqu'&#224; maintenant. L'histoire dite objective. La subjective (morale, etc.). La philosophique [14].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ph&#233;nom&#232;nes secondaires et tertiaires. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, rapports de production d&#233;riv&#233;s, transf&#233;r&#233;s, non originaux. Ici entr&#233;e en jeu de rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Reproches au sujet du mat&#233;rialisme de cette conception. Rapport avec le mat&#233;rialisme naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dialectique des concepts force productive (moyens de production) et rapports de production, dialectique dont les limites sont &#224; d&#233;terminer et qui ne supprime pas la diff&#233;rence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le rapport in&#233;gal entre le d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle et celui de la production artistique par exemple. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ne pas prendre l'id&#233;e de progr&#232;s sous la forme abstraite habituelle. Art moderne, etc. [15]. Cette disproportion est loin d'&#234;tre aussi importante, ni aussi difficile &#224; saisir que celle qui se produit &#224; l'int&#233;rieur des rapports sociaux pratiques. Par exemple, de la culture. Rapport des &#201;tats-Unis avec l'Europe [16]. Mais la vraie difficult&#233; &#224; discuter ici est celle-ci : comment les rapports de production, en prenant la forme de rapports juridiques, suivent un d&#233;veloppement in&#233;gal. Ainsi, par exemple, le rapport entre le droit priv&#233; romain (pour le droit criminel et le droit public c'est moins le cas) et la production moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Cette conception appara&#238;t comme un d&#233;veloppement n&#233;cessaire. Mais justification du hasard. Comment [17]. (La libert&#233; notamment aussi.) (Influence des moyens de communication. L'histoire universelle n'a pas toujours exist&#233; ; l'histoire consid&#233;r&#233;e comme histoire universelle est un r&#233;sultat [18].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le point de d&#233;part naturellement dans les d&#233;terminations naturelles ; subjectivement et objectivement. Tribus, races, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour l'art, on sait que certaines &#233;poques de floraison artistique ne sont nullement en rapport avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, ni par cons&#233;quent avec celui de sa base mat&#233;rielle, qui est pour ainsi dire l'ossature de son organisation. Par exemple les Grecs compar&#233;s aux modernes, ou encore Shakespeare. Pour certaines formes de l'art, l'&#233;pop&#233;e par exemple, il est m&#234;me reconnu qu'elles ne peuvent jamais &#234;tre produites dans la forme classique o&#249; elles font &#233;poque, d&#232;s que la production artistique appara&#238;t en tant que telle ; que donc, dans le domaine de l'art lui-m&#234;me, certaines de ses cr&#233;ations importantes ne sont possibles qu'&#224; un stade inf&#233;rieur du d&#233;veloppement artistique. Si cela est vrai du rapport des diff&#233;rents genres artistiques &#224; l'int&#233;rieur du domaine de l'art lui-m&#234;me, Il est d&#233;j&#224; moins surprenant que cela soit &#233;galement vrai du rapport du domaine artistique tout entier au d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;. La difficult&#233; ne r&#233;side que dans la mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de saisir ces contradictions. D&#232;s qu'elles sont sp&#233;cifi&#233;es, elles sont par l&#224; m&#234;me expliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le rapport de l'art grec d'abord, puis de l'art de Shakespeare avec notre temps. On sait que la mythologie grecque n'a pas &#233;t&#233; seulement l'arsenal de l'art grec, mais la terre m&#234;me qui l'a nourri. La fa&#231;on de voir la nature et les rapports sociaux qui inspire l'imagination grecque et constitue de ce fait le fondement de [la mythologie [19]] grecque est-elle compatible avec les Selfactors [machines &#224; filer automatiques], les chemins de fer, les locomotives et le t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique ? Qu'est-ce que Vulcain aupr&#232;s de Roberts and Co, Jupiter aupr&#232;s du paratonnerre et Herm&#232;s aupr&#232;s du Cr&#233;dit mobilier ? Toute mythologie ma&#238;trise, domine les forces de la nature dans le domaine de l'imagination et par l'imagination et leur donne forme : elle dispara&#238;t donc quand ces forces sont domin&#233;es r&#233;ellement. Que devient Fama &#224; c&#244;t&#233; de Printing-house square [20] ? L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-&#224;-dire l'&#233;laboration artistique mais inconsciente de la nature et des formes sociales elles-m&#234;mes par l'imagination populaire. Ce sont l&#224; ses mat&#233;riaux. Ce qui ne veut pas dire n'importe quelle mythologie, c'est-&#224;-dire n'importe quelle &#233;laboration artistique inconsciente de la nature (ce mot sous-entendant ici tout ce qui est objectif, donc y compris la soci&#233;t&#233;). Jamais la mythologie &#233;gyptienne n'aurait pu fournir un terrain favorable &#224; l'&#233;closion de l'art grec. Mais il faut en tout cas une mythologie. Donc en aucun cas une soci&#233;t&#233; arriv&#233;e &#224; un stade de d&#233;veloppement excluant tout rapport mythologique avec la nature, tout rapport g&#233;n&#233;rateur de mythes, exigeant donc de l'artiste une imagination ind&#233;pendante de la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Achille est-il compatible avec la poudre et le plomb ? Ou, somme toute, l'Iliade avec la presse ou encore mieux la machine &#224; imprimer ? Est-ce que le chant, le po&#232;me &#233;pique, la Muse ne disparaissent pas n&#233;cessairement devant la barre du typographe, est-ce que ne s'&#233;vanouissent pas les conditions n&#233;cessaires de la po&#233;sie &#233;pique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la difficult&#233; n'est pas de comprendre que l'art grec et l'&#233;pop&#233;e sont li&#233;s &#224; certaines formes du d&#233;veloppement social. La difficult&#233; r&#233;side dans le fait qu'ils nous procurent encore une jouissance esth&#233;tique et qu'ils ont encore pour nous, &#224; certains &#233;gards, la valeur de normes et de mod&#232;les inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme ne peut redevenir enfant, sous peine de tomber dans la pu&#233;rilit&#233;. Mais ne prend-il pas plaisir &#224; la na&#239;vet&#233; de l'enfant et, ayant acc&#233;d&#233; &#224; un niveau sup&#233;rieur, ne doit-il pas aspirer lui-m&#234;me &#224; reproduire sa v&#233;rit&#233; ? Dans la nature enfantine, chaque &#233;poque ne voit-elle pas revivre son propre caract&#232;re dans sa v&#233;rit&#233; naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanit&#233;, l&#224; o&#249; elle a atteint son plus bel &#233;panouissement, pourquoi ce stade de d&#233;veloppement r&#233;volu &#224; jamais n'exercerait-il pas un charme &#233;ternel ? Il est des enfants mal &#233;lev&#233;s et des enfants qui prennent des airs de grandes personnes. Nombre de peuples de l'antiquit&#233; appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Les Grecs &#233;taient des enfants normaux. Le charme qu'exerce sur nous leur art n'est pas en contradiction avec le caract&#232;re primitif de la soci&#233;t&#233; o&#249; il a grandi. Il en est bien plut&#244;t le produit et il est au contraire indissolublement li&#233; au fait que les conditions sociales insuffisamment m&#251;res o&#249; cet art est n&#233;, et o&#249; seulement il pouvait na&#238;tre, ne pourront jamais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Animal politique. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans la version Kautsky : dans la consommation. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Addition de Kautsky &#224; l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kautsky a lu tel Aufl&#245;sung (analyse) au lieu de Aufjassung (Conception). (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette phrase n'existe pas dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans le texte de Kautsky : sert. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans le texte de Kautsky : d'individus isol&#233;s. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. Dans le texte de Kautsky : grade nur kombinierten gesellschaftsformen (pr&#233;cis&#233;ment &#224; des formes de soci&#233;t&#233; complexes seulement) au lieu de : grade einer kombinierten Gesellschaftsform. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Chez Kautsky ; l'ancienne histoire de la religion et des &#201;tats. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les parenth&#232;ses dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Toute la ponctuation de ce passage, pleine d'erreurs dans le premier d&#233;chiffrage, est r&#233;tablie tel d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Parenth&#232;ses d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans l'original, le mot est sant&#233;. Nous reprenons le mot &#171; mythologie &#187; donn&#233; dans l'&#233;dition de Moscou (1939) et qui nous parait plus satisfaisant que le mot &#171; art &#187; de l'&#233;dition Kautsky. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Imprimerie du Times. (N. R.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8485</link>
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		<dc:date>2025-03-05T23:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire sur Proudhon &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de K. Marx &#224; J.-B. Schweitzer &lt;br class='autobr' /&gt;
Londres, le 24 janvier 1865. &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur, &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) J'ai re&#231;u hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement d&#233;taill&#233; sur Proudhon. Le temps me manque pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir. Et puis je n'ai sous la main aucun de ses &#233;crits. Cependant pour vous montrer ma bonne volont&#233;, je vous envoie, &#224; la h&#226;te, ces quelques notes. Vous pourrez les compl&#233;ter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=proudhon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur Proudhon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de K. Marx &#224; J.-B. Schweitzer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 janvier 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) J'ai re&#231;u hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement d&#233;taill&#233; sur Proudhon. Le temps me manque pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir. Et puis je n'ai sous la main aucun de ses &#233;crits. Cependant pour vous montrer ma bonne volont&#233;, je vous envoie, &#224; la h&#226;te, ces quelques notes. Vous pourrez les compl&#233;ter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que bon vous semblera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus des premiers essais de Proudhon. Son travail d'&#233;colier sur la Langue universelle t&#233;moigne du sans-g&#234;ne avec lequel il s'attaquait &#224; des probl&#232;mes pour la solution desquels les connaissances les plus &#233;l&#233;mentaires lui faisaient d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re &#339;uvre : &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; est sans conteste la meilleure. Elle fait &#233;poque, si ce n'est par la nouveaut&#233; du contenu, du moins par la mani&#232;re neuve et hardie de dire des choses connues. Les socialistes fran&#231;ais, dont il connaissait les &#233;crits, avaient naturellement non seulement critiqu&#233; de divers points de vue la propri&#233;t&#233; [96], mais encore l'avaient utopiquement supprim&#233;e. Dans son livre, Proudhon est &#224; Saint-Simon et &#224; Fourier &#224; peu pr&#232;s ce que Feuerbach est &#224; Hegel. Compar&#233; &#224; Hegel, Feuerbach est bien pauvre. Pourtant, apr&#232;s Hegel il fit &#233;poque, parce qu'il mettait l'accent sur des points d&#233;sagr&#233;ables pour la conscience chr&#233;tienne et importants pour le progr&#232;s de la critique philosophique, mais laiss&#233;s par Hegel dans un clair-obscur [97] mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style de cet &#233;crit de Proudhon est encore, si je puis dire, fortement muscl&#233;, et c'est le style qui, &#224; mon avis, en fait le grand m&#233;rite. On voit que, lors m&#234;me qu'il se borne &#224; reproduire de l'ancien, Proudhon d&#233;couvre que ce qu'il dit est neuf pour lui et qu'il le sert pour tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audace provoquante avec laquelle il porte la main sur le &#8220; sanctuaire &#8221; &#233;conomique, les paradoxes spirituels avec lesquels il se moque du plat sens commun bourgeois, sa critique corrosive, son am&#232;re ironie, avec &#231;&#224; et l&#224; un sentiment de r&#233;volte profond et vrai contre les infamies de l'ordre des choses &#233;tablies, son s&#233;rieux r&#233;volutionnaire, voil&#224; ce qui explique l'effet &#8220; &#233;lectrique &#8221;, l'effet de choc que produisit Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? d&#232;s sa parution. Dans une histoire rigoureusement scientifique de l'&#233;conomie politique, cet &#233;crit m&#233;riterait &#224; peine une mention. Mais ces &#233;crits &#224; sensation jouent leur r&#244;le dans les sciences tout aussi bien que dans la litt&#233;rature. Prenez, par exemple, l' &#171; Essai sur la population &#187; de Malthus. La premi&#232;re &#233;dition est tout bonnement un pamphlet sensationnel [98] et, par-dessus le march&#233; un plagiat d'un bout &#224; l'autre. Et pourtant quel choc cette pasquinade du genre humain n'a-t-elle pas provoqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais sous les yeux le livre de Proudhon, il me serait facile par quelques exemples de montrer sa premi&#232;re mani&#232;re. Dans les chapitres que lui-m&#234;me consid&#233;rait les plus importants, il imite la m&#233;thode de Kant traitant des antinomies - Kant &#233;tait &#224; ce moment le seul philosophe allemand qu'il conn&#251;t en traduction ; il donne l'impression que pour lui comme pour Kant, les antinomies ne se r&#233;solvent qu' &#8220; au-del&#224; &#8221; de l'entendement humain, c'est-&#224;-dire que son entendement &#224; lui est incapable de les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en d&#233;pit de ses allures d'iconoclaste, d&#233;j&#224; dans &#171; Qu'est ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187;, on trouve cette contradiction que Proudhon, d'un c&#244;t&#233;, fait le proc&#232;s &#224; la soci&#233;t&#233; du point de vue et avec les yeux d'un petit paysan (plus tard d'un petit-bourgeois [99] ) fran&#231;ais, et de l'autre c&#244;t&#233;, lui applique l'&#233;talon que lui ont transmis les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, le titre m&#234;me du livre en indiquait l'insuffisance. La question &#233;tait trop mal pos&#233;e pour qu'on p&#251;t y r&#233;pondre correctement. Les &#8220; rapports de propri&#233;t&#233; &#8221; antiques avaient &#233;t&#233; remplac&#233;s par la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, celle-ci par la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Ainsi l'histoire elle-m&#234;me avait soumis &#224; sa critique les rapports de propri&#233;t&#233; pass&#233;s. Ce qu'il s'agissait pour Proudhon de traiter c'&#233;tait la propri&#233;t&#233; bourgeoise actuelle. A la question de savoir ce qu'&#233;tait cette propri&#233;t&#233;, on ne pouvait r&#233;pondre que par une analyse critique de l'&#233;conomie politique, embrassant l'ensemble de ces rapports de propri&#233;t&#233;, non pas dans leur expression juridique de rapports de volont&#233;, mais dans la forme r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de rapports de production. Comme Proudhon int&#232;gre l'ensemble de ces rapports &#233;conomiques &#224; la notion juridique de la propri&#233;t&#233;, il ne pouvait aller au-del&#224; de la r&#233;ponse donn&#233;e par Brissot, d&#232;s avant 1789, dans un &#233;crit du m&#234;me genre, dans les m&#234;mes termes : &#8220; La propri&#233;t&#233; c'est le vol [100]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion que l'on en tire, dans le meilleur des cas, c'est que les notions juridiques du bourgeois sur le vol s'appliquent tout aussi bien &#224; ses profits honn&#234;tes. D'un autre c&#244;t&#233;, comme le vol, en tant que violation de la propri&#233;t&#233;, pr&#233;suppose la propri&#233;t&#233;, Proudhon s'est embrouill&#233; dans toutes sortes de divagations confuses sur la vraie propri&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant mon s&#233;jour &#224; Paris, en 1844, j'entrai en relations personnelles avec Proudhon. Je rappelle cette circonstance parce que jusqu'&#224; un certain point je suis responsable de sa &#8220; sophistication &#8221;, mot qu'emploient les anglais pour d&#233;signer la falsification d'une marchandise. Dans de longues discussions, souvent prolong&#233;es toute la nuit, je l'infectais, &#224; son grand pr&#233;judice, d'h&#233;g&#233;lianisme qu'il ne pouvait pas &#233;tudier &#224; fond, ne sachant pas l'allemand. Ce que j'avais commenc&#233;, M. Karl Gr&#252;n, apr&#232;s mon expulsion de France, le continua. Et encore ce professeur de philosophie allemande avait sur moi cet avantage de ne rien entendre &#224; ce qu'il enseignait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant la publication de son second ouvrage important : Philosophie de la mis&#232;re, etc., Proudhon me l'annon&#231;a dans une lettre tr&#232;s d&#233;taill&#233;e, o&#249; entre autres choses se trouvent ces paroles - &#8220; J'attends votre f&#233;rule critique [101]. &#8221; Mais bient&#244;t celle-ci tomba sur lui (dans ma Mis&#232;re de la philosophie, etc., Paris, 1847), d'une fa&#231;on qui brisa &#224; tout jamais notre amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, vous pouvez voir que sa Philosophie de la mis&#232;re ou syst&#232;me des contradictions &#233;conomiques devait, enfin, donner la r&#233;ponse &#224; la question : Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? En effet, Proudhon n'avait commenc&#233; ses &#233;tudes &#233;conomiques qu'apr&#232;s la publication de ce premier livre ; il avait d&#233;couvert que, pour r&#233;soudre la question pos&#233;e par lui, il fallait r&#233;pondre non par des invectives, mais par une analyse de l'&#233;conomie politique moderne. En m&#234;me temps, il essaya d'exposer le syst&#232;me des cat&#233;gories &#233;conomiques au moyen de la dialectique. La contradiction h&#233;g&#233;lienne devait remplacer l'insoluble antinomie de Kant, comme moyen de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la critique de ses deux gros volumes, je dois vous renvoyer &#224; ma r&#233;plique. J'ai montr&#233;, entre autres, comme il a peu p&#233;n&#233;tr&#233; les secrets de la dialectique scientifique, combien, d'autre part, il partage les illusions de la philosophie &#8220; sp&#233;culative &#8221; : au lieu de consid&#233;rer les cat&#233;gories &#233;conomiques comme des expressions th&#233;oriques de rapports de production historiques correspondant &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; du d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle, son imagination les transforme en id&#233;es &#233;ternelles, pr&#233;existantes &#224; toute r&#233;alit&#233;, et de cette mani&#232;re, par un d&#233;tour, il se retrouve &#224; son point de d&#233;part, le point de vue de l'&#233;conomie bourgeoise [102].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis je montre combien d&#233;fectueuse et rudimentaire est sa connaissance de l'&#233;conomie politique, dont il entreprenait cependant la critique, et comment avec les utopistes il se met &#224; la recherche d'une pr&#233;tendue &#8220; science &#8221;, d'o&#249; on ferait surgir une formule toute pr&#234;te et a priori pour la &#8220; solution de la question sociale &#8221;, au lieu de puiser la science dans la connaissance critique du mouvement historique, mouvement qui lui-m&#234;me produit les conditions mat&#233;rielles de l'&#233;mancipation. Ce que je d&#233;montre surtout, c'est que Proudhon n'a que des id&#233;es imparfaites, confuses et fausses sur la base de toute &#233;conomie politique, la valeur d'&#233;change, circonstance qui l'am&#232;ne &#224; voir les fondements d'une nouvelle science dans une interpr&#233;tation utopique de la th&#233;orie de la valeur de Ricardo. Enfin, je r&#233;sume mon jugement sur son point de vue g&#233;n&#233;ral en ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque rapport &#233;conomique a un bon et un mauvais c&#244;t&#233; : c'est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se d&#233;ment pas. Le bon c&#244;t&#233;, il le voit expos&#233; par les &#233;conomistes ; le mauvais c&#244;t&#233;, il le voit d&#233;nonc&#233; par les socialistes. Il emprunte aux &#233;conomistes la n&#233;cessit&#233; des rapports &#233;ternels, il emprunte aux socialistes l'illusion de ne voir dans la mis&#232;re que la mis&#232;re (au lieu d'y voir le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire, subversif, qui renversera la soci&#233;t&#233; ancienne). Il est d'accord avec les uns et les autres en voulant s'en r&#233;f&#233;rer &#224; l'autorit&#233; de la science. La science, pour lui, se r&#233;duit aux minces proportions d'une formule scientifique ; il est l'homme &#224; la recherche des formules. C'est ainsi que M. Proudhon se flatte d'avoir donn&#233; la critique et de l'&#233;conomie politique et du communisme : il est au-dessous de l'une et de l'autre. Au-dessous des &#233;conomistes, puisque comme philosophe, qui a sous la main une formule magique, il a cru pouvoir se dispenser d'entrer dans des d&#233;tails purement &#233;conomiques ; au-dessous des socialistes, puisqu'il n'a ni assez de courage, ni assez de lumi&#232;res pour s'&#233;lever, ne serait-ce que sp&#233;culativement au-dessus de l'horizon bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois, et des prol&#233;taires ; il n'est que le petit bourgeois, ballott&#233; constamment entre le Capital et le Travail, entre l'&#233;conomie politique et le communisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque dur que paraisse ce jugement, je suis oblig&#233; de le maintenir encore aujourd'hui, mot pour mot. Mais il importe de ne pas oublier qu'au moment o&#249; je d&#233;clarai et prouvai th&#233;oriquement que le livre de Proudhon n'&#233;tait que le code du socialisme des petits-bourgeois [103], ce m&#234;me Proudhon fut anath&#233;matis&#233; comme ultra et archi-r&#233;volutionnaire &#224; la fois par des &#233;conomistes et des socialistes. C'est pourquoi plus tard je n'ai jamais m&#234;l&#233; ma voix a ceux qui jetaient les hauts cris sur sa &#8220; trahison &#8221; de la r&#233;volution. Ce n'&#233;tait pas sa faute si, mal compris &#224; l'origine par d'autres comme par lui-m&#234;me, il n'a pas r&#233;pondu &#224; des esp&#233;rances que rien ne justifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;, mise en regard de &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; fait ressortir tr&#232;s d&#233;favorablement tous les d&#233;fauts de la mani&#232;re d'exposer de Proudhon. Le style est souvent ce que les Fran&#231;ais appellent ampoul&#233; [104]. Un galimatias pr&#233;tentieux et sp&#233;culatif, qui se donne pour de la philosophie allemande, se rencontre partout o&#249; la perspicacit&#233; gauloise fait d&#233;faut. Ce qu'il vous corne aux oreilles, sur un ton de saltimbanque et de fanfaron suffisant, c'est un ennuyeux radotage sur la &#8220; science &#8221; dont il fait par ailleurs ill&#233;gitimement &#233;talage. A la place de la chaleur vraie et naturelle qui &#233;claire son premier livre, ici en maint endroit Proudhon d&#233;clame syst&#233;matiquement, et s'&#233;chauffe &#224; froid. Ajoutez &#224; cela le gauche et d&#233;sagr&#233;able p&#233;dantisme de l'autodidacte qui fait l'&#233;rudit, de l'ex-ouvrier qui a perdu sa fiert&#233; de se savoir penseur ind&#233;pendant et original, et qui maintenant, en parvenu de la science, croit devoir se pavaner et se vanter de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il n'a pas. Puis il y a ses sentiments de petit-bourgeois qui le poussent &#224; attaquer d'une mani&#232;re inconvenante et brutale, mais qui n'est ni p&#233;n&#233;trante, ni profonde, ni m&#234;me juste, un homme tel que Cabet, respectable &#224; cause de son attitude pratique envers le prol&#233;tariat fran&#231;ais, tandis qu'il fait l'aimable avec un Dunoyer (conseiller d'&#201;tat, il est vrai), qui n'a d'autre importance que d'avoir pr&#234;ch&#233; avec un s&#233;rieux comique, tout au long (le trois gros volumes insupportablement ennuyeux, un rigorisme ainsi caract&#233;ris&#233; par Helv&#233;tius : &#8220; On veut que les malheureux soient satisfaits [105] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la r&#233;volution de f&#233;vrier survint fort mal &#224; propos pour Proudhon qui, tout juste quelques semaines auparavant, venait de prouver de fa&#231;on irr&#233;futable que l' &#8220; &#232;re des r&#233;volutions &#8221; &#233;tait pass&#233;e &#224; jamais. Cependant son attitude &#224; l'Assembl&#233;e nationale ne m&#233;rite que des &#233;loges, bien qu'elle prouve son peu d'intelligence de la situation. Apr&#232;s l'insurrection de juin cette attitude &#233;tait un acte de grand courage. Elle eut de plus cette cons&#233;quence heureuse que M. Thiers, dans sa r&#233;ponse aux propositions de Proudhon, publi&#233;e par la suite en brochure, d&#233;voila &#224; toute l'Europe sur quel pi&#233;destal, au niveau des enfants qui fr&#233;quentent le cat&#233;chisme, se dressait ce pilier intellectuel de la bourgeoisie fran&#231;aise. Oppos&#233; &#224; Thiers, Proudhon prit en effet les proportions d'un colosse ant&#233;diluvien. Les derniers &#8220; exploits &#8221; &#233;conomiques de Proudhon furent sa d&#233;couverte du &#8220; Cr&#233;dit gratuit &#8221; et de la &#8220; Banque du peuple &#8221; qui devait le r&#233;aliser. Dans mon ouvrage &#171; Z&#252;r Kritik der politischen Oekonomie &#187; (&#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187;) Berlin 1859 (pp. 59-64) [106], on trouve la preuve que la base th&#233;orique de ces id&#233;es proudhoniennes r&#233;sulte d'une compl&#232;te ignorance des premiers &#233;l&#233;ments de l'&#233;conomie politique bourgeoise : le rapport entre la marchandise et l'argent ; tandis que leur superstructure pratique n'&#233;tait que la reproduction de projets bien ant&#233;rieurs et bien mieux &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux, il est m&#234;me tout &#224; fait &#233;vident que le syst&#232;me de cr&#233;dit qui a servi par exemple en Angleterre, au commencement du XVIII&#176; et plus r&#233;cemment du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; transf&#233;rer les richesses d'une classe &#224; une autre pourrait servir aussi, dans certaines conditions politiques et &#233;conomiques, &#224; acc&#233;l&#233;rer l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. Mais consid&#233;rer le capital portant int&#233;r&#234;ts comme la forme principale du capital, mais vouloir faire une application particuli&#232;re du cr&#233;dit, de l'abolition pr&#233;tendue de l'int&#233;r&#234;t, la base de la transformation sociale - voil&#224; une fantaisie tout ce qu'il y a de plus philistin. Aussi la trouve-t-on d&#233;j&#224; &#233;lucubr&#233;e con amore chez les porte-parole &#233;conomiques de la petite bourgeoisie anglaise du XVII&#176; si&#232;cle. La pol&#233;mique de Proudhon contre Bastiat au sujet du capital portant int&#233;r&#234;ts (1850) est de beaucoup au-dessous de &#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;. Il r&#233;ussit &#224; se faire battre m&#234;me par Bastiat et pousse de hauts cris, d'une mani&#232;re burlesque, toutes les fois que son adversaire lui porte un coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Proudhon &#233;crivit une dissertation sur les imp&#244;ts, sur un sujet mis au concours, &#224; ce que je crois, par le gouvernement du canton de Vaud. Ici s'&#233;vanouit la derni&#232;re lueur de g&#233;nie : il ne reste que le petit-bourgeois tout pur [107].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits politiques et philosophiques de Proudhon ont tous le m&#234;me caract&#232;re double et contradictoire que nous avons trouv&#233; dans ses travaux &#233;conomiques. De plus, ils n'ont qu'une importance locale limit&#233;e &#224; la France. Toutefois, ses attaques contre la religion et l'&#201;glise avaient un grand m&#233;rite en France &#224; une &#233;poque o&#249; les socialistes fran&#231;ais se targuaient de leurs sentiments religieux comme d'une sup&#233;riorit&#233; sur le voltairianisme du XVIII&#176; si&#232;cle et sur l'ath&#233;isme allemand du XIX&#176; si&#232;cle. Si Pierre le Grand abattit la barbarie russe par la barbarie, Proudhon fit de son mieux pour terrasser la phrase fran&#231;aise par la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on ne peut plus consid&#233;rer comme de mauvais &#233;crits seulement, mais tout bonnement comme des vilenies - correspondant toutefois parfaitement au point de vue petit-bourgeois - c'est le livre sur le coup d'&#201;tat, o&#249; il coquette avec L. Bonaparte, s'effor&#231;ant en r&#233;alit&#233; de le rendre acceptable aux ouvriers fran&#231;ais, et son dernier ouvrage contre la Pologne, o&#249;, en l'honneur du tsar, il fait montre d'un cynisme de cr&#233;tin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent compar&#233; Proudhon &#224; Jean-Jacques Rousseau. Rien ne saurait &#234;tre plus faux. Il ressemble plut&#244;t &#224; Nicolas Linguet, dont la &#171; Th&#233;orie des lois civiles &#187; est d'ailleurs une oeuvre de g&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de Proudhon le portait &#224; la dialectique. Mais n'ayant jamais compris la dialectique vraiment scientifique, il ne parvint qu'au sophisme. En fait, c'&#233;tait li&#233; &#224; son point de vue petit-bourgeois. Le petit-bourgeois, tout comme notre historien Raumer, se compose de &#8220; d'un c&#244;t&#233; &#8221; et de &#8220; de l'autre c&#244;t&#233; &#8221;. M&#234;me tiraillement oppos&#233; dans ses int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et par cons&#233;quent ses vues religieuses, scientifiques et artistiques, sa morale, enfin son &#234;tre tout entier. Il est la contradiction faite homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est, de plus, comme Proudhon, un homme d'esprit, il saura bient&#244;t jongler avec ses propres contradictions et les &#233;laborer selon les circonstances en paradoxes frappants, tapageurs, parfois scandaleux, parfois brillants. Charlatanisme scientifique et accommodements politiques sont ins&#233;parables d'un pareil point de vue. Il ne reste plus qu'un seul mobile, la vanit&#233; de l'individu, et, comme pour tous les vaniteux, il ne s'agit plus que de l'effet du moment, du succ&#232;s du jour. De la sorte, s'&#233;teint n&#233;cessairement le simple tact moral qui pr&#233;serva un Rousseau, par exemple, de toute compromission, m&#234;me apparente, avec les pouvoirs existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la post&#233;rit&#233; dira, pour caract&#233;riser la toute r&#233;cente phase de l'histoire fran&#231;aise, que Louis Bonaparte en fut le Napol&#233;on et Proudhon le Rousseau-Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez confi&#233; le r&#244;le de juge... Si peu de temps apr&#232;s la mort de l'homme : &#224; vous maintenant d'en prendre la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre tout d&#233;vou&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl MARX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[95] Extrait du Social-Demokrat, nos 16, 17 et 18. 1. 3 et 5 f&#233;vrier 1865 (N.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[96] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[97] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[98] Ces deux mots en anglais dans le texte, &#8220; sensational pamphlet &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[99] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[100] Brissot de Warville : Recherche sur le droit de propri&#233;t&#233; et sur le vol, etc., Berlin, 1782.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[101] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[102] &#8220; En disant que les rapports actuels, - les rapports de la production bourgeoise. - sont naturels, les &#233;conomistes font entendre que ce sont des rapports dans lesquels se cr&#233;e la richesse et se d&#233;veloppent les forces productives aux lois naturelles ind&#233;pendantes de l'influence du temps. Ce sont des lois &#233;ternelles qui doivent toujours r&#233;gir la soci&#233;t&#233;. Ainsi, il y a eu de l'histoire mais il n'y en a plus. &#8221; Mis&#232;re de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[103] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[104] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[105] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[106] K. Marx : Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, &#201;ditions sociales, Paris 1957, pp. 39 &#224; 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[107] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx - Les gr&#232;ves et les coalitions des ouvriers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Tout mouvement de hausse dans les salaires ne peut avoir d'autre effet que celui d'une hausse sur le bl&#233;, le vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. Car qu'est-ce que le salaire ? C'est le prix de revient du bl&#233;, etc. ; c'est le prix int&#233;gral de toute chose. Allons plus loin encore : le salaire est la proportionnalit&#233; des &#233;l&#233;ments qui composent la richesse et qui sont consomm&#233;s reproductivement chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires, c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire ; et si la hausse ne porte que sur un petit nombre d'industries, c'est provoquer une perturbation g&#233;n&#233;rale dans les &#233;changes, en un mot, une disette... Il est impossible, je le d&#233;clare, que les gr&#232;ves suivies d'augmentation de salaires n'aboutissent pas &#224; un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral : cela est aussi certain que deux et deux font quatre [89].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces assertions, except&#233; que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il n'y a pas de rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral. Si le prix de toute chose double en m&#234;me temps que le salaire, il n'y a pas de changement dans les prix, il n'y a de changement que dans les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire un rench&#233;rissement plus ou moins g&#233;n&#233;ral des marchandises. Effectivement, si toutes les industries employaient le m&#234;me nombre d'ouvriers en rapport avec le capital fixe ou avec les instruments dont elles se servent, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune alt&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport du travail manuel au capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient relativement une plus grande masse de capital fixe et moins d'ouvriers, seront forc&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. Donc la hausse g&#233;n&#233;rale des salaires atteindra moins les industries qui emploient comparativement aux autres plus de machines que d'ouvriers. Mais la concurrence tendant toujours &#224; niveler les profits, ceux qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux ordinaire, ne sauraient &#234;tre que passagers. Ainsi, &#224; part quelques oscillations, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires am&#232;nera au lieu d'un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral, comme le dit M. Proudhon, une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse dans le prix courant des marchandises qui se fabriquent principalement &#224; l'aide des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse du profit et des salaires n'expriment que la proportion dans laquelle les capitalistes et les travailleurs participent au produit d'une journ&#233;e de travail, sans influer dans la plupart des cas sur le prix du produit. Mais que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les gr&#232;ves suivies d'augmentation de salaires aboutissent &#224; un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral, &#224; une disette m&#234;me,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce sont l&#224; de ces id&#233;es qui ne peuvent &#233;clore que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de quelques machines nouvelles. Les machines &#233;taient, on peut le dire, l'arme qu'employaient les capitalistes pour abattre le travail sp&#233;cial en r&#233;volte. Le self-acting mule, la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Quand les coalitions et les gr&#232;ves n'auraient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, toujours exerceraient-elles une influence immense sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers anglais ont perdu l'habitude des coalitions, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s, dont on ne peut que les f&#233;liciter : mais que cette am&#233;lioration dans le moral des ouvriers vient surtout de leur instruction &#233;conomique. Ce n'est point des manufacturiers, s'&#233;criait au meeting de Bolton, un ouvrier fileur, que les salaires d&#233;pendent. Dans les &#233;poques de d&#233;pression les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont s'arme la n&#233;cessit&#233;, et qu'ils le veuillent ou non, il faut qu'ils frappent. Le principe r&#233;gulateur est le rapport de l'offre avec la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir... A la bonne heure, s'&#233;crie M. Proudhon, voil&#224; des ouvriers bien dress&#233;s, des ouvriers mod&#232;les, etc., etc. Cette mis&#232;re manquait &#224; l'Angleterre : elle ne passera pas le d&#233;troit [90] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes de l'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre on ne peut plus r&#233;volutionnaires. Lors de la grande agitation qui eut lieu en Angleterre pour l'abolition des lois c&#233;r&#233;ales, les fabricants anglais ne crurent pouvoir faire face aux propri&#233;taires fonciers qu'en mettant en avant les ouvriers. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants, que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants dussent avoir le dessous dans les meetings des ouvriers. Que firent les fabricants ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des meetings compos&#233;s, en grande partie des contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des amis du commerce proprement dits. Quand ensuite les v&#233;ritables ouvriers essay&#232;rent, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, d'y prendre part pour protester contre ces d&#233;monstrations factices, on leur d&#233;fendit l'entr&#233;e, en disant que c'&#233;tait un ticket-meeting. On entend par ce mot des meetings o&#249; l'on n'admet que des personnes munies de cartes d'entr&#233;e. Cependant les affiches, placard&#233;es sur les murs, avaient annonc&#233; des meetings publics. Toutes les fois qu'il y avait de ces meetings, les journaux des fabricants rendaient un compte pompeux et d&#233;taill&#233; des discours qu'on y avait prononc&#233;s. Il va sans dire que c'&#233;taient les contrema&#238;tres qui pronon&#231;aient ces discours. Les feuilles de Londres les reproduisaient litt&#233;ralement. M. Proudhon a le malheur de prendre les contrema&#238;tres pour des ouvriers ordinaires et leur enjoint l'ordre de ne pas passer le d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et en 1845 les gr&#232;ves frappaient moins les regards qu'auparavant, c'est que 1844 et 1845 &#233;taient les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; qu'il y e&#251;t pour l'industrie anglaise depuis 1837. N&#233;anmoins, aucune des trades-unions n'avait &#233;t&#233; dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux les fabricants ne sont pas les ma&#238;tres du salaire, parce qu'ils ne sont pas les ma&#238;tres du prix du produit, et ils ne sont pas les ma&#238;tres du produit parce qu'ils ne sont pas les ma&#238;tres du march&#233; de l'univers. Par cette raison ils donnaient &#224; entendre qu'il ne fallait pas faire des coalitions pour arracher aux ma&#238;tres une augmentation de salaires. M. Proudhon, au contraire, leur interdit les coalitions de crainte qu'une coalition ne soit suivie d'une hausse de salaires, qui entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Nous n'avons pas besoin de dire que sur un seul point il y a entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : c'est qu'une hausse de salaires &#233;quivaut &#224; une hausse dans le prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte d'une disette. est-ce l&#224; la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Il en veut tout bonnement aux contrema&#238;tres de Bolton, parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et qu'ils ne se soucient gu&#232;re de la valeur constitu&#233;e, de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, flanqu&#233;s de la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve des ouvriers est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui dit cela, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, c'est la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli... Que chaque ouvrier individuellement ait la libre disposition de sa personne et de ses bras, cela peut se tol&#233;rer : mais que les ouvriers entreprennent par des coalitions de faire violence au monopole, c'est ce que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre [91] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon pr&#233;tend faire passer un article du Code p&#233;nal pour un r&#233;sultat n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;ral des rapports de la production bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les coalitions sont autoris&#233;es par un acte de Parlement et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a forc&#233; le Parlement &#224; donner cette autorisation de par la loi. En 1825, lorsque sous le ministre Huskisson le Parlement dut modifier la l&#233;gislature, pour la mettre de plus en plus d'accord avec un &#233;tat de choses r&#233;sultant de la libre concurrence, il lui fallut n&#233;cessairement abolir toutes les lois qui interdisaient les coalitions des ouvriers. Plus l'industrie moderne et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a des &#233;l&#233;ments [92] qui provoquent et secondent les coalitions, et aussit&#244;t que les coalitions sont devenues un fait &#233;conomique, prenant de jour en jour plus de consistance, elles ne peuvent pas tarder &#224; devenir un fait l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes et les socialistes [93] sont d'accord sur un seul point : c'est de condamner les coalitions. Seulement ils motivent diff&#233;remment leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux ouvriers : ne vous coalisez pas. En vous coalisant, vous entravez la marche r&#233;guli&#232;re de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants de satisfaire aux commandes, vous troublez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'envahissement des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous forcent d'accepter un salaire encore abaiss&#233;. D'ailleurs, vous avez beau faire, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des bras demand&#233;s avec les bras offerts et c'est un effort aussi ridicule que dangereux, que de vous mettre en r&#233;volte contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers : ne vous coalisez pas, car, au bout du compte, qu'est-ce que vous y gagneriez ? Une hausse de salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront jusqu'&#224; l'&#233;vidence, que les quelques sous que vous pourriez y gagner, en cas de r&#233;ussite, pour quelques moments, seront suivis d'une baisse pour toujours. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour vous rattraper. seulement sur l'augmentation des salaires, des frais qu'il vous a fallu faire pour organiser et entretenir les coalitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, nous vous dirons, en notre qualit&#233; de socialistes, qu'&#224; part cette question d'argent, vous ne serez pas moins les ouvriers, et les ma&#238;tres seront toujours les ma&#238;tres, apr&#232;s comme avant. Ainsi pas de coalitions, pas de politique, car faire des coalitions, n'est-ce pas faire de la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est form&#233;e et telle qu'ils l'ont consign&#233;e et scell&#233;e dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers laissent l&#224; la soci&#233;t&#233; ancienne, pour pouvoir mieux entrer dans la soci&#233;t&#233; nouvelle qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les uns et les autres, malgr&#233; les manuels et les utopies, les coalitions n'ont pas cess&#233; un instant de marcher et de grandir avec le d&#233;veloppement et l'agrandissement de l'industrie moderne. C'est &#224; tel point maintenant, que le degr&#233; o&#249; est arriv&#233; la coalition dans un pays, marque nettement le degr&#233; qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; de l'univers. L'Angleterre, o&#249; l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, a les coalitions les plus vastes et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'en est pas tenu &#224; des coalitions partielles, qui n'avaient pas d'autre but qu'une gr&#232;ve passag&#232;re, et qui disparaissaient avec elle. On a form&#233; des coalitions permanentes, des trades-unions qui servent de rempart aux ouvriers dans leurs luttes avec les entrepreneurs. Et &#224; l'heure qu'il est, toutes ces trades-unions locales trouvent un point d'union dans la National Association of United Trades, dont le comit&#233; central est &#224; Londres, et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. La formation de ces gr&#232;ves, coalitions, trades-unions marcha simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers qui constituent maintenant un grand parti politique sous le nom de Chartistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous la forme des coalitions qu'ont toujours lieu les premiers essais des travailleurs pour s'associer entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie agglom&#232;re dans un endroit une foule de gens inconnus les uns aux autres. La concurrence les divise d'int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien du salaire, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur ma&#238;tre, les r&#233;unit dans une m&#234;me pens&#233;e de r&#233;sistance - coalition. Ainsi la coalition a toujours un double but, celui de faire cesser entre eux la concurrence, pour pouvoir faire une concurrence g&#233;n&#233;rale au capitaliste. Si le premier but de r&#233;sistance n'a &#233;t&#233; que le maintien des salaires, &#224; mesure que les capitalistes &#224; leur tour se r&#233;unissent dans une pens&#233;e de r&#233;pression, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se forment en groupes, et en face du capital toujours r&#233;uni, le maintien de l'association devient plus n&#233;cessaire pour eux que celui du salaire. Cela est tellement vrai, que les &#233;conomistes anglais sont tout &#233;tonn&#233;s de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie du salaire en faveur des associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, ne sont &#233;tablies qu'en faveur du salaire. Dans cette lutte - v&#233;ritable guerre civile - se r&#233;unissent et se d&#233;veloppent tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir. Une fois arriv&#233;e &#224; ce point-l&#224;, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a cr&#233;&#233; &#224; cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Ainsi cette masse est d&#233;j&#224; une classe vis-&#224;-vis du capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons signal&#233; que quelques phases, cette masse se r&#233;unit, elle se constitue en classe pour elle-m&#234;me. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe &#224; classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer celle pendant laquelle elle se constitua en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle renversa la f&#233;odalit&#233; et la monarchie, pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Elle aussi avait commenc&#233; par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait bien des recherches pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand il s'agit de se rendre un compte exact des gr&#232;ves, des coalitions et des autres formes dans lesquelles les prol&#233;taires effectuent devant nos yeux leur organisation comme classe, les uns sont saisis d'une crainte r&#233;elle, les autres affichent un d&#233;dain transcendantal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'affranchissement de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'affranchir, il faut que les pouvoirs productifs d&#233;j&#224; acquis et les rapports sociaux existants ne puissent plus exister les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres. De tous les instruments de production, le plus grand pouvoir productif, c'est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires comme classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pouvaient s'engendrer dans le sein de la soci&#233;t&#233; ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233; il y aura une nouvelle domination de classe, se r&#233;sumant dans un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition d'affranchissement de la classe laborieuse c'est l'abolition de toute classe, de m&#234;me que la condition d'affranchissement du tiers &#233;tat, de l'ordre bourgeois, fut l'abolition de tous les &#233;tats [94] et de tous les ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe laborieuse substituera, dans le cours de son d&#233;veloppement, &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sum&#233; officiel de l'antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe &#224; classe, lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. D'ailleurs, faut-il s'&#233;tonner qu'une soci&#233;t&#233;, fond&#233;e sur l'opposition des classes, aboutisse &#224; la contradiction brutale, &#224; un choc de corps &#224; corps comme dernier d&#233;nouement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonisme de classes, que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques. Jusque-l&#224;, &#224; la veille de chaque remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot de la science sociale sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le combat ou la mort la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e. (George Sand.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[89] Proudhon : Ouvrage cit&#233; tome I, pp. 110 et 111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[90] Proudhon : Ouvrage cit&#233;. tome I, pp. 281 et 262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[91] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, Tome I. pp. 237 et 235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[92] Pour &#8220; ... plus il y a d'&#233;l&#233;ments &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[93] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque, les fouri&#233;ristes en France, les partisane d'Owen en Allemagne. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[94] &#201;tats, au sens historique tels qu'ils existant &#224; l'&#233;poque f&#233;odale, c'est-&#224;-dire des &#233;tats poss&#233;dant des privil&#232;ges pr&#233;cis et limit&#233;s. La r&#233;volution bourgeoise abolit ces &#233;tats et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t plus que des classes. C'&#233;tait donc une contradiction historique que de d&#233;signer le prol&#233;tariat noua le nom de &#8220; quatri&#232;me &#233;tat &#8221;. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;, de Pierre-Joseph Proudhon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chapitre I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; DE LA SCIENCE &#201;CONOMIQUE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) Qu'est-ce, par exemple, que le profit ? c'est ce qui reste &#224; l'entrepreneur apr&#232;s qu'il a pay&#233; tous ses frais. Or les frais se composent de journ&#233;es de travail et de valeurs consomm&#233;es, ou en d&#233;finitive de salaires. Quel est donc le salaire d'un ouvrier ? le moins qu'on puisse lui donner, c'est-&#224;-dire on ne sait pas. Quel doit &#234;tre le prix de la marchandise port&#233;e au march&#233; par l'entrepreneur ? le plus grand qu'il pourra obtenir, c'est-&#224;-dire encore, on ne sait pas. Il est m&#234;me d&#233;fendu, en &#233;conomie politique, de supposer que la marchandise et la journ&#233;e de travail puissent &#234;tre tax&#233;es, bien que l'on convienne qu'elles peuvent &#234;tre &#233;valu&#233;es ; et cela par la raison, disent les &#233;conomistes, que l'&#233;valuation est une op&#233;ration essentiellement arbitraire, qui ne peut aboutir jamais &#224; une s&#251;re et certaine conclusion. Comment donc trouver le rapport de deux inconnues qui, d'apr&#232;s l'&#233;conomie politique, ne peuvent en aucun cas &#234;tre d&#233;gag&#233;es ? Ainsi l'&#233;conomie politique pose des probl&#232;mes insolubles ; et pourtant nous verrons bient&#244;t qu'il est in&#233;vitable qu'elle les pose, et que notre si&#232;cle les r&#233;solve. Voil&#224; pourquoi j'ai dit que l'Acad&#233;mie des sciences morales, en mettant au concours le rapport des profits et des salaires, avait parl&#233; sans conscience, avait parl&#233; proph&#233;tiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, n'est-il pas vrai que si le travail est fort demand&#233; et les ouvriers rares, le salaire pourra s'&#233;lever pendant que d'un autre c&#244;t&#233; le profit baissera ? que si, par le flot des concurrences, la production surabonde, il y aura encombrement et vente &#224; perte, par cons&#233;quent absence de profit pour l'entrepreneur, et menace de f&#233;riation pour l'ouvrier ? qu'alors celui-ci offrira son travail au rabais ? que si une machine est invent&#233;e, d'abord elle &#233;teindra les feux de ses rivales ; puis, le monopole &#233;tabli, l'ouvrier mis dans la d&#233;pendance de l'entrepreneur, le profit et le salaire iront en sens inverse l'un de l'autre ? Toutes ces causes, et d'autres encore, ne peuvent-elles &#234;tre &#233;tudi&#233;es, appr&#233;ci&#233;es, compens&#233;es, etc., etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! des monographies, des histoires : nous en sommes satur&#233;s depuis Ad. Smith et J.-B. Say ; et l'on ne fait plus gu&#232;re que des variations sur leurs textes. Mais ce n'est pas ainsi que la question doit &#234;tre entendue, bien que l'Acad&#233;mie ne lui ait pas donn&#233; d'autre sens. Le rapport du profit et du salaire doit &#234;tre pris dans un sens absolu, et non au point de vue inconcluant des accidents du commerce et de la division des int&#233;r&#234;ts, deux choses qui doivent ult&#233;rieurement recevoir leur interpr&#233;tation. Je m'explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant le producteur et le consommateur comme un seul individu, dont la r&#233;tribution est naturellement &#233;gale &#224; son produit ; puis, distinguant dans ce produit deux parts, l'une qui rembourse le producteur de ses avances, l'autre qui figure son profit, d'apr&#232;s l'axiome que tout travail doit laisser un exc&#233;dant : nous avons &#224; d&#233;terminer le rapport de l'une de ces deux parts avec l'autre. Cela fait, il sera ais&#233; d'en d&#233;duire les rapports de fortune de ces deux classes d'hommes, les entrepreneurs et les salari&#233;s, comme aussi de rendre raison de toutes les oscillations commerciales. Ce sera une s&#233;rie de corollaires &#224; joindre &#224; la d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour qu'un tel rapport existe et devienne appr&#233;ciable, il faut de toute n&#233;cessit&#233; qu'une loi, interne ou externe, pr&#233;side &#224; la constitution du salaire et du prix de vente ; et comme, dans l'&#233;tat actuel des choses, le salaire et le prix varient et oscillent sans cesse, on demande quels sont les faits g&#233;n&#233;raux, les causes, qui font varier et osciller la valeur, et dans quelles limites s'accomplit cette oscillation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette question m&#234;me est contraire aux principes : car qui dit oscillation, suppose n&#233;cessairement une direction moyenne, vers laquelle le centre de gravit&#233; de la valeur la ram&#232;ne sans cesse ; et quand l'Acad&#233;mie demande qu'on d&#233;termine les oscillations du profit et du salaire, elle demande par l&#224; m&#234;me qu'on d&#233;termine la valeur. Or, c'est justement ce que repoussent messieurs de l'Acad&#233;mie : ils ne veulent point entendre que si la valeur est variable, elle est par cela m&#234;me d&#233;terminable ; que la variabilit&#233; est indice et condition de d&#233;terminabilit&#233;. Ils pr&#233;tendent que la valeur, variant toujours, ne peut jamais &#234;tre d&#233;termin&#233;e. C'est comme si l'on soutenait qu'&#233;tant donn&#233; le nombre des oscillations par seconde d'un pendule, l'amplitude des oscillations, la latitude et l'&#233;l&#233;vation du lieu o&#249; se fait l'exp&#233;rience, la longueur du pendule ne peut &#234;tre d&#233;termin&#233;e, parce que ce pendule est en mouvement. Tel est le premier article de foi de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au socialisme, il ne para&#238;t pas davantage avoir compris la question ni s'en soucier. Parmi la multitude de ses organes, les uns &#233;cartent purement et simplement le probl&#232;me, en substituant &#224; la r&#233;partition le rationnement, c'est-&#224;-dire en bannissant de l'organisme social le nombre et la mesure ; les autres se tirent d'embarras en appliquant au salaire le suffrage universel. Il va sans dire que ces pauvret&#233;s trouvent des dupes par mille et centaines de mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation de l'&#233;conomie politique a &#233;t&#233; formul&#233;e par Malthus dans ce passage fameux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme qui na&#238;t dans un monde d&#233;j&#224; occup&#233;, si sa famille n'a pas le moyen de le nourrir, ou si la soci&#233;t&#233; n'a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit &#224; r&#233;clamer une portion quelconque de nourriture ; il est r&#233;ellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et ne tardera pas &#224; mettre elle-m&#234;me cet ordre &#224; ex&#233;cution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc quelle est la conclusion n&#233;cessaire, fatale, de l'&#233;conomie politique, conclusion que je d&#233;montrerai avec une &#233;vidence jusqu'&#224; pr&#233;sent inconnue dans cet ordre de recherches : La mort &#224; qui ne poss&#232;de pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux saisir la pens&#233;e de Malthus, traduisons-la en propositions philosophiques, en la d&#233;pouillant de son vernis oratoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233; individuelle, et la propri&#233;t&#233; qui en est l'expression, sont donn&#233;es dans l'&#233;conomie politique ; l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233; ne le sont pas. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Sous ce r&#233;gime, chacun chez soi, chacun pour soi : le travail, comme toute marchandise, est sujet &#224; la hausse et &#224; la baisse : de l&#224; les risques du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Quiconque n'a ni revenu ni salaire, n'a pas droit de rien exiger des autres : son malheur retombe sur lui seul ; au jeu de la fortune, la chance a tourn&#233; contre lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de l'&#233;conomie politique, ces propositions sont irr&#233;fragables ; et Malthus, qui les a formul&#233;es avec une si alarmante pr&#233;cision, est &#224; l'abri de tout reproche. Au point de vue des conditions de la science sociale, ces m&#234;mes propositions sont radicalement fausses, et m&#234;me contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur de Malthus, ou pour mieux dire de l'&#233;conomie politique, ne consiste point &#224; dire qu'un homme qui n'a pas de quoi manger doit p&#233;rir, ni &#224; pr&#233;tendre que sous le r&#233;gime d'appropriation individuelle, celui qui n'a ni travail ni revenu n'a plus qu'&#224; sortir de la vie par le suicide, s'il ne pr&#233;f&#232;re s'en voir chass&#233; par la famine : telle est, d'une part, la loi de notre existence ; telle est, de l'autre, la cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; ; et M. Rossi s'est donn&#233; beaucoup trop de peine pour justifier sur ce point le bon sens de Malthus. Je soup&#231;onne, il est vrai, M. Rossi, faisant si longuement et avec tant d'amour l'apologie de Malthus, d'avoir voulu recommander l'&#233;conomie politique de la m&#234;me mani&#232;re que son compatriote Machiavel, dans le livre du Prince, recommandait &#224; l'admiration du monde le despotisme. En nous faisant voir la mis&#232;re comme la condition sine qu&#226; non de l'arbitraire industriel et commercial, M. Rossi semble nous crier : voil&#224; votre droit, votre justice, votre &#233;conomie politique ; voil&#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la na&#239;vet&#233; gauloise n'entend rien &#224; ces finesses ; et mieux e&#251;t valu dire &#224; la France, dans sa langue immacul&#233;e : L'erreur de Malthus, le vice radical de l'&#233;conomie politique, consiste, en th&#232;se g&#233;n&#233;rale, &#224; affirmer comme &#233;tat d&#233;finitif une condition transitoire, savoir la distinction de la soci&#233;t&#233; en patriciat et prol&#233;tariat ; &#8212; sp&#233;cialement, &#224; dire que dans une soci&#233;t&#233; organis&#233;e, et par cons&#233;quent solidaire, il se peut que les uns poss&#232;dent, travaillent et consomment, tandis que les autres n'auraient ni possession, ni travail, ni pain. Enfin Malthus, ou l'&#233;conomie politique, s'&#233;gare dans ses conclusions, lorsqu'il voit dans la facult&#233; de reproduction ind&#233;finie dont jouit l'esp&#232;ce humaine, ni plus ni moins que toutes les esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales, une menace permanente de disette ; tandis qu'il fallait seulement en d&#233;duire la n&#233;cessit&#233;, et par cons&#233;quent l'existence d'une loi d'&#233;quilibre entre la population et la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux mots, la th&#233;orie de Malthus, et c'est l&#224; le grand m&#233;rite de cet &#233;crivain, m&#233;rite dont aucun de ses confr&#232;res n'a song&#233; &#224; lui tenir compte, est une r&#233;duction &#224; l'absurde de toute l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au socialisme, il a &#233;t&#233; jug&#233; d&#232;s longtemps par Platon et Thomas Morus en un seul mot, utopie, c'est-&#224;-dire non-lieu, chim&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il faut le dire pour l'honneur de l'esprit humain, et afin que justice soit rendue &#224; tous : ni la science &#233;conomique et l&#233;gislative ne pouvait &#234;tre dans ses commencements autre que ce que nous l'avons vue ; ni la soci&#233;t&#233; ne peut s'arr&#234;ter &#224; cette premi&#232;re position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute science doit d'abord circonscrire son domaine, produire et rassembler ses mat&#233;riaux : avant le syst&#232;me, les faits ; avant le si&#232;cle de l'art, le si&#232;cle de l'&#233;rudition. Soumise comme toute autre &#224; la loi du temps et aux conditions de l'exp&#233;rience, la science &#233;conomique, avant de chercher comment les choses doivent se passer dans la soci&#233;t&#233;, avait &#224; nous dire comment elles se passent ; et toutes ces routines, que les auteurs qualifient si pompeusement dans leurs livres de lois, de principes et de th&#233;ories, malgr&#233; leur incoh&#233;rence et leur contrari&#233;t&#233;, devaient &#234;tre recueillies avec une diligence scrupuleuse, et d&#233;crites avec une impartialit&#233; s&#233;v&#232;re. Pour accomplir cette t&#226;che, il fallait plus de g&#233;nie peut-&#234;tre, surtout plus de d&#233;vouement, que n'en exigera le progr&#232;s ult&#233;rieur de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc l'&#233;conomie sociale est encore aujourd'hui plut&#244;t une aspiration vers l'avenir qu'une connaissance de la r&#233;alit&#233;, il faut reconna&#238;tre aussi que les &#233;l&#233;ments de cette &#233;tude sont tous dans l'&#233;conomie politique ; et je crois exprimer le sentiment g&#233;n&#233;ral en disant que cette opinion est devenue celle de l'immense majorit&#233; des esprits. Le pr&#233;sent trouve peu de d&#233;fenseurs, il est vrai ; mais le d&#233;go&#251;t de l'utopie n'est pas moins universel : et tout le monde comprend que la v&#233;rit&#233; est dans une formule qui concilierait ces deux termes : conservation et mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, gr&#226;ces en soient rendues aux A. Smith, aux J.-B. Say, aux Ricardo et aux Malthus, ainsi qu'&#224; leurs t&#233;m&#233;raires contradicteurs, les myst&#232;res de la fortune, atria Ditis, sont mis &#224; d&#233;couvert ; la pr&#233;pond&#233;rance du capital, l'oppression du travailleur, les machinations du monopole, &#233;clair&#233;es sur tous les points, reculent devant les regards de l'opinion. Sur les faits observ&#233;s et d&#233;crits par les &#233;conomistes, on raisonne et l'on conjecture : des droits abusifs, des coutumes iniques, respect&#233;s aussi longtemps que dura l'obscurit&#233; qui les faisait vivre, &#224; peine tra&#238;n&#233;s au grand jour, expirent sous la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale ; on soup&#231;onne que le gouvernement de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre appris, non plus dans une id&#233;ologie creuse, &#224; la fa&#231;on du Contrat social, mais, ainsi que l'avait entrevu Montesquieu, dans le rapport des choses ; et d&#233;j&#224; une gauche &#224; tendances &#233;minemment sociales, form&#233;e de savants, de magistrats, de jurisconsultes, de professeurs, de capitalistes m&#234;me et de chefs industriels, tous n&#233;s repr&#233;sentants et d&#233;fenseurs du privil&#232;ge, et d'un million d'adeptes, se pose dans la nation au-dessus et en dehors des opinions parlementaires, et cherche, dans l'analyse des faits &#233;conomiques, &#224; surprendre les secrets de la vie des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentons-nous donc l'&#233;conomie politique comme une immense plaine, jonch&#233;e de mat&#233;riaux pr&#233;par&#233;s pour un &#233;difice. Les ouvriers attendent le signal, pleins d'ardeur, et br&#251;lant de se mettre &#224; l'&#339;uvre : mais l'architecte a disparu sans laisser de plan. Les &#233;conomistes ont gard&#233; m&#233;moire d'une foule de choses : malheureusement ils n'ont pas l'ombre d'un devis. Ils savent l'origine et l'historique de chaque pi&#232;ce ; ce qu'elle a co&#251;t&#233; de fa&#231;on ; quel bois fournit les meilleures solives, et quelle argile les meilleures briques ; ce qu'on a d&#233;pens&#233; en outils et charrois ; combien gagnaient les charpentiers, et combien les tailleurs de pierre : ils ne connaissent la destination et la place de rien. Les &#233;conomistes ne peuvent se dissimuler qu'ils aient sous les yeux les fragments jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le d'un chef-d'&#339;uvre, disjecti membra poet&#230; ; mais il leur a &#233;t&#233; impossible jusqu'&#224; pr&#233;sent de retrouver le dessin g&#233;n&#233;ral, et toutes les fois qu'ils ont essay&#233; quelques rapprochements, ils n'ont rencontr&#233; que des incoh&#233;rences. D&#233;sesp&#233;r&#233;s &#224; la fin de combinaisons sans r&#233;sultat, ils ont fini par &#233;riger en dogme l'inconvenance architectonique de la science, ou, comme ils disent, les inconv&#233;nients de ses principes ; en un mot, ils ont ni&#233; la science[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la division du travail, sans laquelle la production serait &#224; peu pr&#232;s nulle, est sujette &#224; mille inconv&#233;nients, dont le pire est la d&#233;moralisation de l'ouvrier ; les machines produisent, avec le bon march&#233;, l'encombrement et le ch&#244;mage ; la concurrence aboutit &#224; l'oppression ; l'imp&#244;t, lien mat&#233;riel de la soci&#233;t&#233;, n'est le plus souvent qu'un fl&#233;au redout&#233; &#224; l'&#233;gal de l'incendie et de la gr&#234;le ; le cr&#233;dit a pour corr&#233;latif oblig&#233; la banqueroute ; la propri&#233;t&#233; est une fourmili&#232;re d'abus ; le commerce d&#233;g&#233;n&#232;re en jeu de hasard, o&#249; m&#234;me il est quelquefois permis de tricher : bref, le d&#233;sordre se trouvant partout en &#233;gale proportion avec l'ordre, sans qu'on sache comment celui-ci parviendra &#224; &#233;liminer celui-l&#224;, taxis ataxian di&#244;kein, les &#233;conomistes ont pris le parti de conclure que tout est pour le mieux, et regardent toute proposition d'amendement comme hostile &#224; l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;difice social a donc &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233; ; la foule a fait irruption sur le chantier : colonnes, chapiteaux et socles, le bois, la pierre et le m&#233;tal, ont &#233;t&#233; distribu&#233;s par lots et tir&#233;s au sort, et de tous ces mat&#233;riaux rassembl&#233;s pour un temple magnifique, la propri&#233;t&#233;, ignorante et barbare, a construit des huttes. Il s'agit donc, non-seulement de retrouver le plan de l'&#233;difice, mais de d&#233;loger les occupants, lesquels soutiennent que leur cit&#233; est superbe, et, au seul mot de restauration, se rangent en bataille sur leurs portes. Pareille confusion ne se vit autrefois &#224; Babel : heureusement nous parlons fran&#231;ais, et nous sommes plus hardis que les compagnons de Nemrod.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quittons l'all&#233;gorie : la m&#233;thode historique et descriptive, employ&#233;e avec succ&#232;s tant qu'il n'a fallu op&#233;rer que des reconnaissances, est d&#233;sormais sans utilit&#233; : apr&#232;s des milliers de monographies et de tables, nous ne sommes pas plus avanc&#233;s qu'au temps de X&#233;nophon et d'H&#233;siode. Les Ph&#233;niciens, les Grecs, les Italiens, travaill&#232;rent autrefois comme nous faisons aujourd'hui : ils pla&#231;aient leur argent, salariaient leurs ouvriers, &#233;tendaient leurs domaines, faisaient leurs exp&#233;ditions et recouvrements, tenaient leurs livres, sp&#233;culaient, agiotaient, se ruinaient, selon toutes les r&#232;gles de l'art &#233;conomique, s'entendant non moins bien que nous &#224; s'arroger des monopoles, et &#224; ran&#231;onner le consommateur et l'ouvrier. De tout cela, les relations surabondent ; et quand nous repasserions &#233;ternellement nos statistiques et nos chiffres, nous n'aurions toujours devant les yeux que le chaos, le chaos immobile et uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit, il est vrai, qu'&#224; partir des temps mythologiques jusqu'&#224; la pr&#233;sente ann&#233;e 57 de notre grande r&#233;volution, le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral s'est accru : le christianisme a longtemps pass&#233; pour la principale cause de cette am&#233;lioration, dont les &#233;conomistes r&#233;clament actuellement tout l'honneur pour leurs principes. Car apr&#232;s tout, disent-ils, quelle a &#233;t&#233; l'influence du christianisme sur la soci&#233;t&#233; ? Profond&#233;ment utopiste &#224; sa naissance, il n'a pu se soutenir et s'&#233;tendre qu'en adoptant peu &#224; peu toutes les cat&#233;gories &#233;conomiques, le travail, le capital, le fermage, l'usure, le trafic, la propri&#233;t&#233;, en un mot, en consacrant la loi romaine, expression la plus haute de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme, &#233;tranger, quant &#224; sa partie th&#233;ologique, aux th&#233;ories sur la production et la consommation, a &#233;t&#233; pour la civilisation europ&#233;enne ce qu'&#233;taient nagu&#232;re pour les ouvriers ambulants les soci&#233;t&#233;s de compagnonnage et la franc-ma&#231;onnerie, une esp&#232;ce de contrat d'assurance et de secours mutuel ; sous ce rapport, il ne doit rien &#224; l'&#233;conomie politique, et le bien qu'il a fait ne peut &#234;tre invoqu&#233; par elle en t&#233;moignage de certitude. Les effets de charit&#233; et de d&#233;vouement sont hors du domaine de l'&#233;conomie, laquelle doit procurer le bonheur des soci&#233;t&#233;s par l'organisation du travail et par la justice. Pour le surplus, je suis pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre les effets heureux du m&#233;canisme propri&#233;taire ; mais j'observe que ces effets sont enti&#232;rement couverts par les mis&#232;res qu'il est de la nature de ce m&#233;canisme de produire : en sorte que, comme l'avouait nagu&#232;re devant le parlement anglais un illustre ministre, et comme nous le d&#233;montrerons bient&#244;t, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, le progr&#232;s de la mis&#232;re est parall&#232;le et ad&#233;quat au progr&#232;s de la richesse, ce qui annulle compl&#232;tement les m&#233;rites de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;conomie politique ne se justifie ni par ses maximes ni par ses &#339;uvres ; et, quant au socialisme, toute sa valeur se r&#233;duit &#224; l'avoir constat&#233;. Force nous est donc de reprendre l'examen de l'&#233;conomie politique, puisqu'elle seule contient, du moins en partie, les mat&#233;riaux de la science sociale ; et de v&#233;rifier si ses th&#233;ories ne cacheraient pas quelque erreur dont le redressement concilierait le fait et le droit, r&#233;v&#233;lerait la loi organique de l'humanit&#233;, et donnerait la conception positive de l'ordre. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-	&#171; Le principe qui pr&#233;side &#224; la vie des nations, ce n'est pas la science pure : ce sont les donn&#233;es complexes qui ressortent de l'&#233;tat des lumi&#232;res, des besoins et des int&#233;r&#234;ts. &#187; Ainsi s'exprimait, en d&#233;cembre 1844, un des esprits les plus lucides qui soient en France, M. L&#233;on Faucher. Qu'on explique, si l'on peut, comment un homme de cette trempe a &#233;t&#233; amen&#233;, par ses convictions &#233;conomiques, &#224; d&#233;clarer que les donn&#233;es complexes de la soci&#233;t&#233; sont oppos&#233;es &#224; la science pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LA VALEUR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; I. &#8212; Opposition de la valeur d'utilit&#233; et de la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est la pierre angulaire de l'&#233;difice &#233;conomique. Le divin artiste qui nous a commis &#224; la continuation de son &#339;uvre ne s'en est expliqu&#233; &#224; personne : mais, sur quelques indices, on le conjecture. La valeur, en effet, pr&#233;sente deux faces : l'une, que les &#233;conomistes appellent valeur d'usage, ou valeur en soi ; l'autre, valeur en &#233;change, ou d'opinion. Les effets que produit la valeur sous ce double aspect, et qui sont fort irr&#233;guliers tant qu'elle n'est point assise, ou, pour nous exprimer plus philosophiquement, tant qu'elle n'est pas constitu&#233;e, changent totalement par cette constitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, en quoi consiste la corr&#233;lation de valeur utile k valeur en &#233;change ; que faut-il entendre par valeur constitu&#233;e, et par quelle p&#233;rip&#233;tie s'op&#232;re cette constitution : c'est l'objet et la fin de l'&#233;conomie politique. Je supplie le lecteur de donner toute son attention &#224; ce qui va suivre : ce chapitre &#233;tant le seul de l'ouvrage qui exige de sa part un peu de bonne volont&#233;. De mon c&#244;t&#233;, je m'efforcerai d'&#234;tre de plus en plus simple et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui peut m'&#234;tre de quelque service a pour moi de la valeur, et je suis d'autant plus riche que la chose utile est plus abondante : &#224; cela point de difficult&#233;. Le lait et la chair, les fruits et les graines, la laine, le sucre, le coton, le vin, les m&#233;taux, le marbre, la terre enfin, l'eau, l'air, le feu et le soleil, sont, relativement &#224; moi, valeurs d'usage, valeurs par nature et destination. Si toutes les choses qui servent &#224; mon existence &#233;taient aussi abondantes que certaines d'entre elles, par exemple la lumi&#232;re ; en d'autres termes, si la quantit&#233; de chaque esp&#232;ce de valeurs &#233;tait in&#233;puisable, mon bien-&#234;tre serait &#224; jamais assur&#233; : je n'aurais que faire de travailler, je ne penserais m&#234;me pas. Dans cet &#233;tat, il y aurait toujours utilit&#233; dans les choses, mais il ne serait plus vrai de dire qu'elles valent ; car la valeur, ainsi que nous le verrons bient&#244;t, indique un rapport essentiellement social ; et c'est m&#234;me uniquement par l'&#233;change, en faisant une esp&#232;ce de retour de la soci&#233;t&#233; sur la nature, que nous avons acquis la notion d'utilit&#233;. Tout le d&#233;veloppement de la civilisation tient donc &#224; la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouve la race humaine de provoquer incessamment la cr&#233;ation de nouvelles valeurs, de m&#234;me que les maux de la soci&#233;t&#233; ont leur cause premi&#232;re dans la lutte perp&#233;tuelle que nous soutenons contre notre propre inertie. Otez &#224; l'homme ce besoin qui sollicite sa pens&#233;e et la fa&#231;onne &#224; la vie contemplative, et le contrema&#238;tre de la cr&#233;ation n'est plus que le premier des quadrup&#232;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment la valeur d'utilit&#233; devient-elle valeur en &#233;change ? Car il faut remarquer que les deux sortes de valeurs, bien que contemporaines dans la pens&#233;e (puisque la premi&#232;re ne s'aper&#231;oit qu'&#224; l'occasion de la seconde), soutiennent n&#233;anmoins un rapport de succession : la valeur &#233;changeable est donn&#233;e par une sorte de reflet de la valeur utile, comme les th&#233;ologiens enseignent que dans la trinit&#233;, le p&#232;re, se contemplant de toute &#233;ternit&#233;, engendre le fils. Cette g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de valeur n'a pas &#233;t&#233; not&#233;e par les &#233;conomistes avec assez de soin : il importe de nous y arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis donc que parmi les objets dont j'ai besoin, un tr&#232;s grand nombre ne se trouve dans la nature qu'en une quantit&#233; m&#233;diocre, ou m&#234;me ne se trouve pas du tout, je suis forc&#233; d'aider &#224; la production de ce qui me manque ; et comme je ne puis mettre la main &#224; tant de choses, je proposerai &#224; d'autres hommes, mes collaborateurs dans des fonctions diverses, de me c&#233;der une partie de leurs produits en &#233;change du mien. J'aurai donc par devers moi, de mon produit particulier, toujours plus que je ne consomme ; de m&#234;me que mes pairs auront par devers eux, de leurs produits respectifs, plus qu'ils n'usent. Cette convention tacite s'accomplit par le commerce. &#192; cette occasion, nous ferons observer que la succession logique des deux esp&#232;ces de valeur appara&#238;t bien mieux encore dans l'histoire que dans la th&#233;orie, les hommes ayant pass&#233; des milliers d'ann&#233;es &#224; se disputer les bien naturels (c'est ce qu'on appelle la communaut&#233; primitive), avant que leur industrie e&#251;t donn&#233; lieu &#224; aucun &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la capacit&#233; qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir &#224; la subsistance de l'homme, se nomme particuli&#232;rement valeur d'utilit&#233; ; la capacit&#233; qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en &#233;change. Au fond, c'est la m&#234;me chose, puisque le second cas ne fait qu'ajouter au premier l'id&#233;e d'une substitution, et tout cela peut para&#238;tre d'une subtilit&#233; oiseuse : dans la pratique, les cons&#233;quences sont surprenantes, et tour &#224; tour heureuses ou funestes. Ainsi, la distinction &#233;tablie dans la valeur est donn&#233;e par les faits et n'a rien d'arbitraire : c'est &#224; l'homme, en subissant cette loi, de la faire tourner au profit de son bien-&#234;tre et de sa libert&#233;. Le travail, selon la belle expression d'um auteur, M. Walras, est une guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la parcimonie de la nature ; c'est par lui que s'engendrent &#224; la fois la richesse et la soci&#233;t&#233;. Non-seulement le travail produit incomparablement plus de biens que ne nous en donne la nature ; &#8212; ainsi, l'on a remarqu&#233; que les seuls cordonniers de France produisaient dix fois plus que les mines r&#233;unies du P&#233;rou, du Br&#233;sil et du Mexique ; &#8212; mais le travail, par les transformations qu'il fait subir aux valeurs naturelles, &#233;tendant et multipliant &#224; l'infini ses droits, il arrive peu &#224; peu que toute richesse, &#224; force de passer par la fili&#232;re industrielle, revient tout enti&#232;re &#224; celui qui la cr&#233;e, et qu'il ne reste rien ou presque rien pour le d&#233;tenteur de la mati&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est donc la marche du d&#233;veloppement &#233;conomique : au premier moment, appropriation de la terre et des valeurs naturelles ; puis association et distribution par le travail jusqu'&#224; compl&#234;te &#233;galit&#233;. Les ab&#238;mes sont sem&#233;s sur notre route, le glaive est suspendu sur nos t&#234;tes ; mais, pour conjurer tous les p&#233;rils, nous avons la raison ; et la raison, c'est la toute-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte du rapport de valeur utile &#224; valeur &#233;changeable que si, par accident ou malveillance, l'&#233;change &#233;tait interdit &#224; l'un des producteurs, ou si l'utilit&#233; de son produit venait &#224; cesser tout &#224; coup, avec ses magasins remplis il ne poss&#233;derait rien. Plus il aurait fait de sacrifices et d&#233;ploy&#233; de vaillance &#224; produire, plus profonde serait sa mis&#232;re. &#8212; Si l'utilit&#233; du produit, au lieu de dispara&#238;tre tout &#224; fait, &#233;tait seulement diminu&#233;e, chose qui peut arriver de cent fa&#231;ons : le travailleur, au lieu d'&#234;tre frapp&#233; de d&#233;ch&#233;ance et ruin&#233; par une catastrophe subite, ne serait qu'appauvri ; oblig&#233; de livrer une quantit&#233; forte de sa valeur pour une quantit&#233; faible de valeurs &#233;trang&#232;res, sa subsistance se trouverait r&#233;duite dans une proportion &#233;gale au d&#233;ficit de sa vente, ce qui le conduirait par degr&#233;s de l'aisance &#224; l'ext&#233;nuation. Si enfin l'utilit&#233; du produit venait &#224; cro&#238;tre, ou bien si la production en &#233;tait rendue moins co&#251;teuse, la balance de l'&#233;change tournerait &#224; l'avantage du producteur, dont le bien-&#234;tre pourrait ainsi s'&#233;lever de la m&#233;diocrit&#233; laborieuse &#224; l'oisive opulence. Ce ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;pr&#233;ciation et d'enrichissement se manifeste sous mille formes et par mille combinaisons : c'est en cela que consiste le jeu passionnel et intrigu&#233; du commerce et de l'industrie ; c'est cette loterie pleine d'emb&#251;ches que les &#233;conomistes croient devoir durer &#233;ternellement, et dont l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques demande, sans le savoir, la suppression, lorsque, sous les noms de profit et de salaire, elle demande que l'on concilie la valeur utile et la valeur en &#233;change, c'est-&#224;-dire qu'on trouve le moyen de rendre toutes les valeurs utiles &#233;galement &#233;changeables, et vice versa toutes les valeurs &#233;changeables &#233;galement utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes ont tr&#232;s-bien fait ressortir le double caract&#232;re de la valeur : mais ce qu'ils n'ont pas rendu avec la m&#234;me nettet&#233;, c'est sa nature contradictoire. Ici commence notre critique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'utilit&#233; est la condition n&#233;cessaire de l'&#233;change ; mais &#244;tez l'&#233;change, et l'utilit&#233; devient nulle : ces deux termes sont indissolublement li&#233;s. O&#249; est-ce donc qu'appara&#238;t la contradiction ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque tous tant que nous sommes nous ne subsistons que par le travail et l'&#233;change, et que nous sommes d'autant plus riches que nous produisons et &#233;changeons davantage, la cons&#233;quence, pour chacun, est de produire le plus possible de valeur utile, afin d'augmenter d'autant ses &#233;changes, et partant ses jouissances. Eh bien, le premier effet, l'effet in&#233;vitable de la multiplication des valeurs est de les avilir : plus une marchandise abonde, plus elle perd &#224; l'&#233;change et se d&#233;pr&#233;cie commercialement. N'est-il pas vrai qu'il y a contradiction entre la n&#233;cessit&#233; du travail et ses r&#233;sultats ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je conjure le lecteur, avant de courir au devant de l'explication, d'arr&#234;ter son attention sur le fait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un paysan qui a r&#233;colt&#233; vingt sacs de bl&#233;, qu'il se propose de manger avec sa famille, se juge deux fois plus riche que s'il n'en avait r&#233;colt&#233; que dix ; &#8212; pareillement une m&#233;nag&#232;re qui a fil&#233; cinquante aunes de toile se croit deux fois plus riche aussi que si elle n'en avait fil&#233; que vingt-cinq. Relativement au m&#233;nage, ils ont raison tous deux ; mais au point de vue de leurs relations ext&#233;rieures, ils peuvent se tromper du tout au tout. Si la r&#233;colte du bl&#233; est double dans tout le pays, vingt sacs se vendront moins que dix ne se seraient vendus si elle avait &#233;t&#233; de moiti&#233; ; comme aussi, dans un cas semblable, cinquante aunes de toile vaudront moins que vingt-cinq. En sorte que la valeur d&#233;cro&#238;t comme la production de l'utilit&#233; augmente, et qu'un producteur peut arriver &#224; l'indigence en s'enrichissant toujours. Et cela para&#238;t sans rem&#232;de, puisque le seul moyen de salut serait que les produits industriels devinssent tous, comme l'air et la lumi&#232;re, en quantit&#233; infinie, ce qui est absurde. Dieu de ma raison ! se serait dit Jean-Jacques : ce ne sont pas les &#233;conomistes qui d&#233;raisonnent ; c'est l'&#233;conomie politique elle-m&#234;me qui est infid&#232;le &#224; ses d&#233;finitions : Mentita est iniquitas sibi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les exemples qui pr&#233;c&#232;dent, la valeur utile d&#233;passe la valeur &#233;changeable : dans d'autres cas, elle est moindre. Alors le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se produit, mais en sens inverse : la balance est favorable au producteur, et c'est le consommateur qui est frapp&#233;. C'est ce qui arrive notamment dans les disettes, o&#249; la hausse des subsistances a toujours quelque chose de factice. Il y a aussi des professions dont tout l'art consiste &#224; donner &#224; une utilit&#233; m&#233;diocre, et dont on se passerait fort bien, une valeur d'opinion exag&#233;r&#233;e : tels sont en g&#233;n&#233;ral les arts de luxe. L'homme, par sa passion esth&#233;tique, est avide de futilit&#233;s dont la possession satisfait hautement sa vanit&#233;, son go&#251;t inn&#233; du luxe, et son amour plus noble et plus respectable du beau : c'est l&#224;-dessus que sp&#233;culent les pourvoyeurs de ces sortes d'objets. Imposer la fantaisie et l'&#233;l&#233;gance n'est une chose ni moins odieuse ni moins absurde que de mettre des taxes sur la circulation : mais cet imp&#244;t est per&#231;u par quelques entrepreneurs en vogue, que l'engouement g&#233;n&#233;ral prot&#232;ge, et dont tout le m&#233;rite est bien souvent de fausser le go&#251;t et de faire na&#238;tre l'inconstance. D&#232;s lors personne ne se plaint ; et tous les anath&#232;mes de l'opinion sont r&#233;serv&#233;s aux monopoleurs qui, &#224; force de g&#233;nie, parviennent &#224; &#233;lever de quelques centimes le prix de la toile et du pain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu d'avoir signal&#233;, dans la valeur utile et dans la valeur &#233;changeable, cet &#233;tonnant contraste, o&#249; les &#233;conomistes sont accoutum&#233;s &#224; ne voir rien que de tr&#232;s-simple : il faut montrer que cette pr&#233;tendue simplicit&#233; cache un myst&#232;re profond, que notre devoir est de p&#233;n&#233;trer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je somme donc tout &#233;conomiste s&#233;rieux de me dire, autrement qu'en traduisant ou r&#233;p&#233;tant la question, par quelle cause la valeur d&#233;cro&#238;t, &#224; mesure que la production augmente ; et r&#233;ciproquement qu'est-ce qui fait grandir cette m&#234;me valeur, &#224; mesure que le produit diminue. En termes techniques, la valeur utile et la valeur &#233;changeable, n&#233;cessaires l'une &#224; l'autre, sont en raison inverse l'une de l'autre : je demande donc pourquoi la raret&#233;, non l'utilit&#233;, est synonyme de chert&#233;. Car, remarquons-le bien, la hausse et la baisse des marchandises sont ind&#233;pendantes de la quantit&#233; de travail d&#233;pens&#233;e dans la production ; et le plus ou le moins de frais qu'elles co&#251;tent ne sert de rien pour expliquer les variations de la mercuriale. La valeur est capricieuse comme la libert&#233; : elle ne consid&#232;re ni l'utilit&#233; ni le travail ; loin de l&#224;, il semble que, dans le cours ordinaire des choses, et &#224; part certaines perturbations exceptionnelles, les objets les plus utiles soient toujours ceux qui doivent se livrer &#224; plus bas prix ; en d'autres termes, qu'il est juste que les hommes qui travaillent avec le plus d'agr&#233;ment soient le mieux r&#233;tribu&#233;s, et ceux qui versent dans leur peine le sang et l'eau, le plus mal. Tellement qu'en suivant le principe jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences, on arriverait &#224; conclure le plus logiquement du monde, que les choses dont l'usage est n&#233;cessaire et la quantit&#233; infinie, doivent &#234;tre pour rien ; et celles dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me, d'un prix inestimable. Mais, et pour comble d'embarras, la pratique n'admet point ces extr&#234;mes : d'un c&#244;t&#233;, aucun produit humain ne saurait jamais atteindre l'infini en grandeur ; de l'autre, les choses les plus rares ont besoin d'&#234;tre, &#224; un degr&#233; quelconque, utiles, sans quoi elles ne seraient susceptibles d'aucune valeur. La valeur utile et la valeur &#233;changeable restent donc fatalement encha&#238;n&#233;es l'une &#224; l'autre, bien que par leur nature elles tendent continuellement &#224; s'exclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne fatiguerai pas le lecteur de la r&#233;futation des logomachies qu'on pourrait pr&#233;senter pour &#233;claircir ce sujet : il n'y a pas, sur la contradiction inh&#233;rente &#224; la notion de valeur, de cause assignable, ni d'explication possible. Le fait dont je parle est un de ceux qu'on nomme primitifs, c'est-&#224;-dire qui peuvent servir &#224; en expliquer d'autres, mais qui en eux-m&#234;mes, comme les corps appel&#233;s simples, sont insolubles. Tel est le dualisme de l'esprit et de la mati&#232;re. L'esprit et la mati&#232;re sont deux termes qui, pris s&#233;par&#233;ment, indiquent chacun une vue sp&#233;ciale de l'esprit, mais sans r&#233;pondre &#224; aucune r&#233;alit&#233;. De m&#234;me, &#233;tant donn&#233; le besoin pour l'homme d'une grande vari&#233;t&#233; de produits avec l'obligation d'y pourvoir par son travail, l'opposition de valeur utile &#224; valeur &#233;changeable en r&#233;sulte n&#233;cessairement ; et de cette opposition, une contradiction sur le seuil m&#234;me de l'&#233;conomie politique. Aucune intelligence, aucune volont&#233; divine et humaine ne saurait l'emp&#234;cher. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, au lieu de chercher une explication chim&#233;rique, contentons-nous de bien constater la n&#233;cessit&#233; de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'abondance des valeurs cr&#233;&#233;es et la proportion dans laquelle elles s'&#233;changent, pour que nous &#233;changions nos produits, il faut, si vous &#234;tes demandeur, que mon produit vous convienne, et si vous &#234;tes offrant, que j'agr&#233;e le v&#244;tre. Car nul n'a droit d'imposer &#224; autrui sa propre marchandise : le seul juge de l'utilit&#233;, ou, ce qui revient au m&#234;me, du besoin, est l'acheteur. Donc, dans le premier cas, vous &#234;tes arbitre de la convenance ; dans le second, c'est moi. &#212;tez la libert&#233; r&#233;ciproque, et l'&#233;change n'est plus l'exercice de la solidarit&#233; industrielle : c'est une spoliation. Le communisme, pour le dire en passant, ne triomphera jamais de cette difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avec la libert&#233;, la production reste n&#233;cessairement ind&#233;termin&#233;e, soit en quantit&#233;, soit en qualit&#233; ; si bien qu'au point de vue du progr&#232;s &#233;conomique, comme &#224; celui de la convenance des consommateurs, l'estimation demeure &#233;ternellement arbitraire, et toujours le prix des marchandises flottera. Supposons pour un moment que tous les producteurs vendent &#224; prix fixe : il y en aura qui, produisant &#224; meilleur march&#233; ou produisant mieux, gagneront beaucoup, pendant que les autres ne gagneront rien. De toute mani&#232;re l'&#233;quilibre est rompu. &#8212; Veut-on, afin de parer &#224; la stagnation du commerce, limiter la production au juste n&#233;cessaire ? C'est violer la libert&#233; : car, en m'&#244;tant la facult&#233; de choisir, vous me condamnez &#224; payer un maximum ; vous d&#233;truisez la concurrence, seule garantie du bon march&#233;, et provoquez &#224; la contrebande. Ainsi, pour emp&#234;cher l'arbitraire commercial, vous vous jetterez dans l'arbitraire administratif ; pour cr&#233;er l'&#233;galit&#233;, vous d&#233;truirez la libert&#233; : ce qui est la n&#233;gation de l'&#233;galit&#233; m&#234;me. &#8212; Grouperez-vous les producteurs en un atelier unique, je suppose que vous poss&#233;diez ce secret ? Cela ne suffit point encore : il vous faudra grouper aussi les consommateurs en un m&#233;nage commun : mais alors vous d&#233;sertez la question. Il ne s'agit pas d'abolir l'id&#233;e de valeur, ce qui est aussi impossible que d'abolir le travail, mais de la d&#233;terminer ; il ne s'agit pas de tuer la libert&#233; individuelle, mais de la socialiser. Or, il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change : comment r&#233;soudre cette opposition, tant que subsistera le libre arbitre ? Et comment sacrifier celui-ci, &#224; moins de sacrifier l'homme ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, par cela seul qu'en ma qualit&#233; d'acheteur libre je suis juge de mon besoin, juge de la convenance de l'objet, juge du prix que je veux y mettre ; et que d'autre part, en votre qualit&#233; de producteur libre, vous &#234;tes ma&#238;tre des moyens d'ex&#233;cution, et qu'en cons&#233;quence vous avez la facult&#233; de r&#233;duire vos frais, l'arbitraire s'introduit forc&#233;ment dans la valeur, et la fait osciller entre l'utilit&#233; et l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette oscillation, parfaitement signal&#233;e par les &#233;conomistes, n'est rien que l'effet d'une contradiction qui, se traduisant sur une vaste &#233;chelle, engendre les ph&#233;nom&#232;nes les plus inattendus. Trois ann&#233;es de fertilit&#233;, dans certaines provinces de la Russie, sont une calamit&#233; publique ; comme, dans nos vignobles, trois ann&#233;es d'abondance sont une calamit&#233; pour le vigneron. Les &#233;conomistes, je le sais bien, attribuent cette d&#233;tresse au manque de d&#233;bouch&#233;s ; aussi est-ce une grande question parmi eux que les d&#233;bouch&#233;s. Malheureusement il en est de la th&#233;orie des d&#233;bouch&#233;s comme de celle de l'&#233;migration qu'on a voulu opposer &#224; Malthus ; c'est une p&#233;tition de principe. Les &#233;tats les mieux pourvus de d&#233;bouch&#233;s sont sujets &#224; la surproduction comme les pays les plus isol&#233;s : o&#249; est-ce que la baisse et la hausse sont plus connues qu'&#224; la bourse de Paris et de Londres ? &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'oscillation de la valeur et des effets irr&#233;guliers qui en d&#233;coulent, les socialistes et les &#233;conomistes, chacun de leur c&#244;t&#233;, ont d&#233;duit des cons&#233;quences oppos&#233;es, mais &#233;galement fausses : les premiers en ont pris texte pour calomnier l'&#233;conomie politique, et l'exclure de la science sociale ; les autres, pour rejeter toute possibilit&#233; de conciliation entre les termes, et affirmer comme loi absolue du commerce l'incommensurabilit&#233; des valeurs, partant l'in&#233;galit&#233; des fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dis que des deux parts l'erreur est &#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1o L'id&#233;e contradictoire de valeur, si bien mise en lumi&#232;re par la distinction in&#233;vitable de valeur utile et valeur en &#233;change, ne vient pas d'une fausse aperception de l'esprit, ni d'une terminologie vicieuse, ni d'aucune aberration de la pratique : elle est intime &#224; la nature des choses, et s'impose &#224; la raison comme forme g&#233;n&#233;rale de la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire comme cat&#233;gorie. Or, comme le concept de valeur est le point de d&#233;part de l'&#233;conomie politique, il s'ensuit que tous les &#233;l&#233;ments de la science, j'emploie le mot science par anticipation, sont contradictoires en eux-m&#234;mes et oppos&#233;s entre eux, si bien que sur chaque question l'&#233;conomiste se trouve incessamment plac&#233; entre une affirmation et une n&#233;gation &#233;galement irr&#233;futables. L'antinomie enfin, pour me servir du mot consacr&#233; par la philosophie moderne, est le caract&#232;re essentiel de l'&#233;conomie politique, c'est-&#224;-dire tout &#224; la fois son arr&#234;t de mort et sa justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antinomie, litt&#233;ralement contre-loi, veut dire opposition dans le principe ou antagonisme dans le rapport, comme la contradiction ou antilogie indique opposition ou contrari&#233;t&#233; dans le discours. L'antinomie, je demande pardon d'entrer dans ces d&#233;tails de scolastique, mais peu familiers encore &#224; la plupart des &#233;conomistes, l'antinomie est la conception d'une loi &#224; double face, l'une positive, l'autre n&#233;gative : telle est, par exemple, la loi appel&#233;e attraction, qui fait tourner les plan&#232;tes autour du soleil, et que les g&#233;om&#232;tres ont d&#233;compos&#233;e en force centrip&#232;te et force centrifuge. Tel est encore le probl&#232;me de la divisibilit&#233; de la mati&#232;re &#224; l'infini, que Kant a d&#233;montr&#233; pouvoir &#234;tre ni&#233; et affirm&#233; tour &#224; tour par des arguments &#233;galement plausibles et irr&#233;futables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinomie ne fait qu'exprimer un fait, et s'impose imp&#233;rieusement &#224; l'esprit : la contradiction proprement dite est une absurdit&#233;. Cette distinction entre l'antinomie (contra-lex) et la contradiction (contra-dictio) montre en quel sens on a pu dire que, dans un certain ordre d'id&#233;es et de faits, l'argument de contradiction n'a plus la m&#234;me valeur qu'en math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En math&#233;matiques, il est de r&#232;gle qu'une proposition &#233;tant d&#233;montr&#233;e fausse, la proposition inverse est vraie, et r&#233;ciproquement. Tel est m&#234;me le grand moyen de d&#233;monstration math&#233;matique. En &#233;conomie sociale, il n'en ira plus de m&#234;me : ainsi nous verrons, par exemple, que la propri&#233;t&#233; &#233;tant d&#233;montr&#233;e fausse par ses cons&#233;quences, la formule contraire, la communaut&#233;, n'est pas du tout vraie pour cela, mais qu'elle est niable en m&#234;me temps et au m&#234;me titre que la propri&#233;t&#233;. S'ensuit-il, comme on l'a dit avec une emphase assez ridicule, que toute v&#233;rit&#233;, toute id&#233;e proc&#232;de d'une contradiction, c'est-&#224;-dire d'un quelque chose qui s'affirme et se nie au m&#234;me moment et au m&#234;me point de vue, et qu'il faille rejeter bien loin la vieille logique, qui fait de la contradiction le signe par excellence de l'erreur ? Ce bavardage est digne de sophistes qui, sans foi ni bonne foi, travaillent &#224; &#233;terniser le scepticisme, afin de maintenir leur impertinente inutilit&#233;. Comme l'antinomie, aussit&#244;t qu'elle est m&#233;connue, conduit infailliblement &#224; la contradiction, on les a prises l'une pour l'autre, surtout en fran&#231;ais, o&#249; l'on aime &#224; d&#233;signer chaque chose par ses effets. Mais ni la contradiction, ni l'antinomie que l'analyse d&#233;couvre au fond de toute id&#233;e simple, n'est le principe du vrai. La contradiction est toujours synonyme de nullit&#233; ; quant &#224; l'antinomie, que l'on appelle quelquefois du m&#234;me nom, elle est, en effet, l'avant-coureur de la v&#233;rit&#233;, &#224; qui elle fournit pour ainsi dire la mati&#232;re ; mais elle n'est point la v&#233;rit&#233;, et, consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me, elle est la cause efficiente du d&#233;sordre, la forme propre du mensonge et du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinomie se compose de deux termes, n&#233;cessaires l'un &#224; l'autre, mais toujours oppos&#233;s, et tendant r&#233;ciproquement &#224; se d&#233;truire. J'ose &#224; peine ajouter, mais il faut franchir ce pas, que le premier de ces termes a re&#231;u le nom de th&#232;se, position, et le second celui d'anti-th&#232;se, contre-position. Ce m&#233;canisme est maintenant si connu, qu'on le verra bient&#244;t, j'esp&#232;re, figurer au programme des &#233;coles primaires. Nous verrons tout &#224; l'heure comment de la combinaison de ces deux z&#233;ros jaillit l'unit&#233;, ou l'id&#233;e, laquelle fait dispara&#238;tre l'antinomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la valeur, rien d'utile qui ne se puisse &#233;changer, rien d'&#233;changeable s'il n'est utile : la valeur d'usage et la valeur en &#233;change sont ins&#233;parables. Mais tandis que, par le progr&#232;s de l'industrie, la demande varie et se multiplie &#224; l'infini ; que la fabrication tend en cons&#233;quence &#224; exhausser l'utilit&#233; naturelle des choses, et finalement &#224; convertir toute valeur utile en valeur d'&#233;change ; &#8212; d'un autre c&#244;t&#233;, la production, augmentant incessamment la puissance de ses moyens et r&#233;duisant toujours ses frais, tend &#224; ramener la v&#233;nalit&#233; des choses &#224; l'utilit&#233; primitive : en sorte que la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change sont en lutte perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cette lutte sont connus : les guerres de commerce et de d&#233;bouch&#233;s, les encombrements, les stagnations, les prohibitions, les massacres de la concurrence, le monopole, la d&#233;pr&#233;ciation des salaires, les lois de maximum, l'in&#233;galit&#233; &#233;crasante des fortunes, la mis&#232;re, d&#233;coulent de l'antinomie de la valeur. On me dispensera d'en donner ici la d&#233;monstration, qui d'ailleurs ressortira naturellement des chapitres suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes, tout en demandant avec juste raison la fin de cet antagonisme, ont eu le tort d'en m&#233;conna&#238;tre la source, et de n'y voir qu'une m&#233;prise du sens commun, que l'on pouvait r&#233;parer par d&#233;cret d'autorit&#233; publique. De l&#224; cette explosion de sensiblerie lamentable, qui a rendu le socialisme si fade aux esprits positifs, et qui, propageant les plus absurdes illusions, fait tous les jours encore tant de dupes. Ce que je reproche au socialisme, n'est pas d'&#234;tre venu sans motif ; c'est de rester si longtemps et si obstin&#233;ment b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2o Mais les &#233;conomistes ont eu le tort non moins grave de repousser &#224; priori, et cela justement en vertu de la donn&#233;e contradictoire, ou pour mieux dire antinomique de la valeur, toute id&#233;e et tout espoir de r&#233;forme, sans vouloir jamais comprendre que par cela m&#234;me que la soci&#233;t&#233; &#233;tait parvenue &#224; son plus haut p&#233;riode d'antagonisme, il y avait imminence de conciliation et d'harmonie. C'est pourtant ce qu'un examen attentif de l'&#233;conomie politique aurait fait toucher au doigt &#224; ses adeptes, s'ils avaient tenu plus de compte des mati&#232;res de la m&#233;taphysique moderne. Il est en effet d&#233;montr&#233;, par tout ce que la raison humaine sait de plus positif, que l&#224; o&#249; se manifeste une antinomie, il y a promesse de r&#233;solution des termes, et par cons&#233;quent annonce d'une transformation. Or, la notion de valeur, telle qu'elle a &#233;t&#233; expos&#233;e entre autres par M. J. B. Say, tombe pr&#233;cis&#233;ment dans ce cas. Mais les &#233;conomistes, demeur&#233;s pour la plupart, et par une inconcevable fatalit&#233;, &#233;trangers au mouvement philosophique, n'avaient garde de supposer que le caract&#232;re essentiellement contradictoire, ou, comme ils disaient, variable de la valeur, f&#251;t en m&#234;me temps le signe authentique de sa constitutionnalit&#233;, je veux dire de sa nature &#233;minemment harmonique et d&#233;terminable. Quelque d&#233;shonneur qui en r&#233;sulte pour les diverses &#233;coles &#233;conomistes, il est certain que l'opposition qu'elles ont faite au socialisme proc&#232;de uniquement de cette fausse conception de leurs propres principes ; une preuve, entre mille, suffira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Acad&#233;mie des sciences (non pas celle des sciences morales, l'autre), sortant un jour de ses attributions, fit lecture d'un m&#233;moire dans lequel on proposait de calculer des tables de valeur pour toutes les marchandises, d'apr&#232;s les moyennes de produit par homme et par journ&#233;e de travail dans chaque genre d'industrie. Le Journal des &#201;conomistes (ao&#251;t 1845) prit aussit&#244;t texte de cette communication, usurpatrice &#224; ses yeux, pour protester contre le projet de tarif qui en &#233;tait l'objet, et r&#233;tablir ce qu'il appelait les vrais principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas, disait-il dans ses conclusions, de mesure de la valeur, d'&#233;talon de la valeur ; c'est la science &#233;conomique qui dit cela, comme la science math&#233;matique nous dit qu'il n'y a pas de mouvement perp&#233;tuel et de quadrature du cercle, et que cette quadrature et ce mouvement ne se trouveront jamais. Or, s'il n'y a pas d'&#233;talon de la valeur, si la mesure de la valeur n'est pas m&#234;me une illusion m&#233;taphysique, quelle est donc en d&#233;finitive la r&#232;gle qui pr&#233;side aux &#233;changes ? C'est, nous l'avons dit, l'offre et la demande d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, voil&#224; le dernier mot de la science. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, comment le Journal des &#201;conomistes prouvait-il qu'il n'y a pas de mesure de valeur ? Je me sers du terme consacr&#233; : je montrerai tout &#224; l'heure que cette expression, mesure de la valeur, a quelque chose de louche, et ne rend pas exactement ce que l'on veut, ce que l'on doit dire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce journal r&#233;p&#233;tait, en l'accompagnant d'exemples, l'exposition que nous avons faite plus haut de la variabilit&#233; de la valeur, mais sans atteindre comme nous &#224; la contradiction. Or, si l'estimable r&#233;dacteur, l'un des &#233;conomistes les plus distingu&#233;s de l'&#233;cole de Say, avait eu des habitudes dialectiques plus s&#233;v&#232;res ; s'il e&#251;t &#233;t&#233; de longue main exerc&#233;, non-seulement &#224; observer les faits, mais &#224; en chercher l'explication dans les id&#233;es qui les produisent, je ne doute pas qu'il ne se f&#251;t exprim&#233; avec plus de r&#233;serve, et qu'au lieu de voir dans la variabilit&#233; de la valeur le dernier mot de la science, il n'e&#251;t reconnu de lui-m&#234;me qu'elle en &#233;tait le premier. En r&#233;fl&#233;chissant que la variabilit&#233; dans la valeur proc&#232;de non des choses, mais de l'esprit, il se serait dit que comme la libert&#233; de l'homme a sa loi, la valeur doit avoir la sienne ; cons&#233;quemment, que l'hypoth&#232;se d'une mesure de la valeur, puisque ainsi l'on s'exprime, n'a rien d'irrationnel, tout au contraire, que c'est la n&#233;gation de cette mesure qui est illogique, insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, en quoi l'id&#233;e de mesurer, et par cons&#233;quent de fixer la valeur, r&#233;pugne-t-elle &#224; la science ? Tous les hommes croient &#224; cette fixation ; tous la veulent, la cherchent, la supposent : chaque proposition de vente ou d'achat n'est en fin de compte qu'une comparaison entre deux valeurs, c'est-&#224;-dire une d&#233;termination, plus ou moins juste, si l'on veut, mais effective. L'opinion du genre humain sur la diff&#233;rence qui existe entre la valeur r&#233;elle et le prix de commerce, est, on peut le dire, unanime. C'est ce qui fait que tant de marchandises se vendent &#224; prix fixe ; il en est m&#234;me qui, jusque dans leurs variations, sont toujours fix&#233;es : tel est le pain. On ne niera pas que si deux industriels peuvent s'exp&#233;dier r&#233;ciproquement en compte-courant, et &#224; prix fait, des quantit&#233;s de leurs produits respectifs, dix, cent, mille industriels ne puissent en faire autant. Or, ce serait pr&#233;cis&#233;ment avoir r&#233;solu le probl&#232;me de la mesure de la valeur. Le prix de chaque chose serait d&#233;battu, j'en conviens, parce que le d&#233;bat est encore pour nous la seule mani&#232;re de fixer le prix ; mais enfin comme toute lumi&#232;re jaillit du choc, le d&#233;bat, bien qu'il soit une preuve d'incertitude, a pour but, abstraction faite du plus ou moins de bonne foi qui s'y m&#234;le, de d&#233;couvrir le rapport des valeurs entre elles, c'est-&#224;-dire leur mensuration, leur loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricardo, dans sa th&#233;orie de la rente, a donn&#233; un magnifique exemple de la commensurabilit&#233; des valeurs. Il a fait voir que les terres arables sont entre elles comme, &#224; frais &#233;gaux, sont leurs rendements ; et la pratique universelle est en cela d'accord avec la th&#233;orie. Or, qui nous dit que cette mani&#232;re, positive et s&#251;re, d'&#233;valuer les terres, et en g&#233;n&#233;ral tous les capitaux engag&#233;s, ne peut pas s'&#233;tendre aussi aux produits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit : L'&#233;conomie politique ne se gouverne point par des &#224; priori ; elle ne prononce que sur des faits. Or, ce sont les faits, c'est l'exp&#233;rience qui nous apprend qu'il n'est ni peut exister de mesure de la valeur, et qui prouve que si une pareille id&#233;e a d&#251; se pr&#233;senter naturellement, sa r&#233;alisation est tout &#224; fait chim&#233;rique. L'offre et la demande, telle est la seule r&#232;gle des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;p&#233;terai pas que l'exp&#233;rience prouve pr&#233;cis&#233;ment le contraire ; que tout, dans le mouvement &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s, indique une tendance &#224; la constitution et &#224; la fixation de la valeur ; que c'est l&#224; le point culminant de l'&#233;conomie politique, laquelle, par cette constitution, se trouve transform&#233;e, et le signe supr&#234;me de l'ordre dans la soci&#233;t&#233; : cet aper&#231;u g&#233;n&#233;ral, r&#233;it&#233;r&#233; sans preuve, deviendrait insipide. Je me renferme pour le moment dans les termes de la discussion, et je dis que l offre et la demande, que l'on pr&#233;tend &#234;tre la seule r&#232;gle des valeurs, ne sont autre chose que deux formes c&#233;r&#233;monielles servant &#224; mettre en pr&#233;sence la valeur d'utilit&#233; et la valeur en &#233;change, et &#224; provoquer leur conciliation. Ce sont les deux p&#244;les &#233;lectriques, dont la mise en rapport doit produire le ph&#233;nom&#232;ne d'affinit&#233; &#233;conomique, appel&#233; &#233;change. Comme les p&#244;les de la pile, l'offre et la demande sont diam&#233;tralement oppos&#233;es, et tendent sans cesse &#224; s'annuler l'une l'autre ; c'est par leur antagonisme que le prix des choses ou s'exag&#232;re ou s'an&#233;antit : on veut donc savoir s'il n'est pas possible, en toute occasion, d'&#233;quilibrer ou faire transiger ces deux puissances, de mani&#232;re &#224; ce que le prix des choses soit toujours l'expression de la valeur vraie, l'expression de la justice. Dire apr&#232;s cela que l'offre et la demande sont la r&#232;gle des &#233;changes, c'est dire que l'offre et la demande sont la r&#232;gle de l'offre et de la demande ; ce n'est point expliquer la pratique, c'est la d&#233;clarer absurde, et je nie que la pratique soit absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure j'ai cit&#233; Ricardo comme ayant donn&#233;, pour un cas sp&#233;cial, une r&#232;gle positive de comparaison des valeurs : les &#233;conomistes font mieux encore ; chaque ann&#233;e ils recueillent, des tableaux de la statistique, la moyenne de toutes les mercuriales. Or, quel est le sens d'une moyenne ? Chacun con&#231;oit que dans une op&#233;ration particuli&#232;re, prise au hasard sur un million, rien ne peut indiquer si c'est l'offre, valeur utile, qui l'a emport&#233;, ou si c'est la valeur &#233;changeable, c'est-&#224;-dire la demande. Mais comme toute exag&#233;ration dans le prix des marchandises est t&#244;t ou tard suivie d'une baisse proportionnelle ; comme, en d'autres termes, dans la soci&#233;t&#233; les profits de l'agio sont &#233;gaux aux pertes, on peut regarder avec juste raison la moyenne, des prix, pendant une p&#233;riode compl&#232;te, comme indiquant la valeur r&#233;elle et l&#233;gitime des produits. Cette moyenne, il est vrai, arrive trop tard : mais qui sait si l'on ne pourrait pas, &#224; l'avance, la d&#233;couvrir ? Est-il un &#233;conomiste qui ose dire que non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon gr&#233;, mal gr&#233;, il faut donc chercher la mesure de la valeur : c'est la logique qui le commande, et ses conclusions sont &#233;gales contre les &#233;conomistes et contre les socialistes. L'opinion qui nie l'existence de cette mesure est irrationnelle, d&#233;raisonnable. Dites tant qu'il vous plaira, d'un c&#244;t&#233;, que l'&#233;conomie politique est une science de faits, et que les faits sont contraires &#224; l'hypoth&#232;se d'une d&#233;termination de la valeur ; &#8212; de l'autre, que cette question scabreuse n'a plus lieu dans une association universelle, qui absorberait tout antagonisme : je r&#233;pliquerai toujours, &#224; droite et &#224; gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Que comme il ne se produit pas de fait qui n'ait sa cause, de m&#234;me il n'en existe pas qui n'ait sa loi ; et que si la loi de l'&#233;change n'est pas trouv&#233;e, la faute en est, non pas aux faits, mais aux savants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#034; Qu'aussi longtemps que l'homme travaillera pour subsister, et travaillera librement, la justice sera la condition de la fraternit&#233; et la base de l'association : or, sans une d&#233;termination de la valeur, la justice est boiteuse, est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; II. &#8212; Constitution de la valeur : d&#233;finition de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons la valeur sous ses deux aspects contraires : nous ne la connaissons pas dans son tout. Si nous pouvions acqu&#233;rir cette nouvelle id&#233;e, nous aurions la valeur absolue ; et une tarification des valeurs, telle que la demandait le m&#233;moire lu &#224; l'Acad&#233;mie des sciences, serait possible. Figurons-nous donc la richesse comme une masse tenue par une force chimique ou &#233;tat permanent de composition, et dans laquelle des &#233;l&#233;ments nouveaux entrant sans cesse, se combinent en proportions diff&#233;rentes, mais d'apr&#232;s une loi certaine : la valeur est le rapport proportionnel (la mesure) selon lequel chacun de ces &#233;l&#233;ments fait partie du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit de l&#224; deux choses : l'une, que les &#233;conomistes se sont compl&#232;tement abus&#233;s lorsqu'ils ont cherch&#233; la mesure g&#233;n&#233;rale de la valeur dans le bl&#233;, dans l'argent, dans la rente, etc. ; comme aussi lorsqu'apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; que cet &#233;talon de mesure n'&#233;tait ni ici ni l&#224;, ils ont conclu qu'il n'y avait raison ni mesure &#224; la valeur ; &#8212; l'autre, que la proportion des valeurs peut varier continuellement, sans cesser pour cela d'&#234;tre assuj&#233;tie &#224; une loi, dont la d&#233;termination est pr&#233;cis&#233;ment la solution demand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept de la valeur satisfait, comme on le verra, &#224; toutes les conditions : car il embrasse &#224; la fois et la valeur utile, dans ce qu'elle a de positif et de fixe, et la valeur en &#233;change, dans ce qu'elle a de variable ; en second lieu fait cesser la contrari&#233;t&#233; qui semblait un obstacle insurmontable &#224; toute d&#233;termination ; de plus, nous montrerons que la valeur ainsi entendue diff&#232;re enti&#232;rement de ce que serait une simple juxta-position des deux id&#233;es de valeur utile et valeur &#233;changeable, et qu'elle est dou&#233;e de propri&#233;t&#233;s nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proportionnalit&#233; des produits n'est point une r&#233;v&#233;lation que nous pr&#233;tendions faire au monde : ni une nouveaut&#233; que nous apportions dans la science, pas plus que la division du travail n'&#233;tait chose inou&#239;e, lorsqu'Adam Smith en expliqua les merveilles. La proportionnalit&#233; des produits est, comme il nous serait facile de le prouver par des citations sans nombre, une id&#233;e vulgaire qui tra&#238;ne partout dans les ouvrages d'&#233;conomie politique, mais &#224; laquelle personne jusqu'&#224; ce jour n'a song&#233; &#224; restituer le rang qui lui est d&#251; : et c'est ce que nous entreprenons aujourd'hui de faire. Nous tenions, du reste, &#224; faire cette d&#233;claration, afin de rassurer le lecteur sur nos pr&#233;tentions &#224; l'originalit&#233;, et de nous r&#233;concilier les esprits que leur timidit&#233; rend peu favorables aux id&#233;es nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes semblent n'avoir jamais entendu, par la mesure de la valeur, qu'un &#233;talon, une sorte d'unit&#233; primordiale, existant par elle-m&#234;me, et qui s'appliquerait &#224; toutes les marchandises, comme le m&#232;tre s'applique &#224; toutes les grandeurs. Aussi a-t-il sembl&#233; &#224; plusieurs que tel &#233;tait en effet le r&#244;le de l'argent. Mais la th&#233;orie des monnaies a prouv&#233; de reste que, loin d'&#234;tre la mesure des valeurs, l'argent n'en est que l'arithm&#233;tique, et une arithm&#233;tique de convention. L'argent est &#224; la valeur ce que le thermom&#232;tre est &#224; la chaleur : le thermom&#232;tre, avec son &#233;chelle arbitrairement gradu&#233;e, indique bien quand il y a d&#233;perdition ou accumulation de calorique : mais quelles sont les lois d'&#233;quilibre de la chaleur, quelle en est la proportion dans les divers corps, quelle quantit&#233; est n&#233;cessaire pour produire une ascension de 10, 15 ou 20 degr&#233;s dans le thermom&#232;tre, voil&#224; ce que le thermom&#232;tre ne dit pas ; il n'est pas m&#234;me s&#251;r que les degr&#233;s de l'&#233;chelle, tous &#233;gaux entre eux, correspondent &#224; des additions &#233;gales de calorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que l'on s'&#233;tait faite jusqu'ici de la mesure de la valeur est donc inexacte ; ce que nous cherchons n'est pas l'&#233;talon de la valeur, comme on l'a dit tant de fois, et ce qui n'a pas de sens ; mais la loi suivant laquelle les produits se proportionnent dans la richesse sociale ; car c'est de la connaissance de cette loi que d&#233;pendent, dans ce qu'elles ont de normal et de l&#233;gitime, la hausse et la baisse des marchandises. En un mot, comme par la mesure des corps c&#233;lestes on entend le rapport r&#233;sultant de la comparaison de ces corps entre eux, de m&#234;me, par la mesure des valeurs, il faut entendre le rapport qui r&#233;sulte de leur comparaison ; or, je dis que ce rapport a sa loi, et cette comparaison son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose donc une force qui combine, dans des proportions certaines, les &#233;l&#233;ments de la richesse, et qui en fait un tout homog&#232;ne : si les &#233;l&#233;ments constituants ne sont pas dans la proportion voulue, la combinaison ne s'en op&#233;rera pas moins ; mais, au lieu d'absorber toute la mati&#232;re, elle en rejettera une partie comme inutile. Le mouvement int&#233;rieur par lequel se produit la combinaison, et que d&#233;termine l'affinit&#233; des diverses substances, ce mouvement dans la soci&#233;t&#233; est l'&#233;change, non plus seulement l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa forme &#233;l&#233;mentaire et d'homme &#224; homme, mais l'&#233;change en tant que fusion de toutes les valeurs produites par les industries priv&#233;es en une seule et m&#234;me richesse sociale. Enfin, la proportion selon laquelle chaque &#233;l&#233;ment entre dans le compos&#233;, cette proportion est ce que nous appelons valeur ; l'exc&#233;dant qui reste apr&#232;s la combinaison est non-valeur, tant que, par l'accession d'une certaine quantit&#233; d'autres &#233;l&#233;ments, il ne se combine, ne s'&#233;change pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous expliquerons plus bas le r&#244;le de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pos&#233;, on con&#231;oit qu'&#224; un moment donn&#233; la proportion des valeurs formant la richesse d'un pays puisse, &#224; force de statistiques et d'inventaires, &#234;tre d&#233;termin&#233;e ou du moins approxim&#233;e empiriquement, &#224; peu pr&#232;s comme les chimistes ont d&#233;couvert par l'exp&#233;rience, aid&#233;e de l'analyse, la proportion d'hydrog&#232;ne et d'oxyg&#232;ne n&#233;cessaire &#224; la formation de l'eau. Cette m&#233;thode, appliqu&#233;e &#224; la d&#233;termination des valeurs, n'a rien qui r&#233;pugne ; ce n'est, apr&#232;s tout, qu'une affaire de comptabilit&#233;. Mais un pareil travail, quelque int&#233;ressant qu'il f&#251;t, nous apprendrait fort peu de chose. D'une part, en effet, nous savons que la proportion varie sans cesse ; de l'autre, il est clair qu'un relev&#233; de la fortune publique ne donnant la proportion des valeurs que pour le lieu et l'heure o&#249; la table serait faite, nous ne pourrions en induire la loi de proportionnalit&#233; de la richesse. Ce n'est pas un seul travail de ce genre qu'il faudrait pour cela ; ce serait, en admettant que le proc&#233;d&#233; f&#251;t digne de confiance, des milliers et des millions de travaux semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il en est ici de la science &#233;conomique tout autrement que de la chimie. Les chimistes, &#224; qui l'exp&#233;rience a d&#233;couvert de si belles proportions, ne savent rien du comment ni du pourquoi de ces proportions, pas plus que de la force qui les d&#233;termine. L'&#233;conomie sociale, au contraire, &#224; qui nulle recherche &#224; posteriori ne pourrait faire conna&#238;tre directement la loi de proportionnalit&#233; des valeurs, peut la saisir dans la force m&#234;me qui la produit, et qu'il est temps de faire conna&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette force, qu'A. Smith a c&#233;l&#233;br&#233;e avec tant d'&#233;loquence et que ses successeurs ont m&#233;connue, lui donnant pour &#233;gal le privil&#232;ge, cette force est le travail. Le travail diff&#232;re de producteur &#224; producteur en quantit&#233; et qualit&#233; ; il en est de lui &#224; cet &#233;gard comme de tous les grands principes de la nature et des lois les plus g&#233;n&#233;rales, simples dans leur action et leur formule, mais modifi&#233;s &#224; l'infini par la multitude des causes particuli&#232;res, et se manifestant sous une vari&#233;t&#233; innombrable de formes. C'est le travail, le travail seul, qui produit tous les &#233;l&#233;ments de la richesse, et qui les combine jusque dans leurs derni&#232;res mol&#233;cules selon une loi de proportionnalit&#233; variable, mais certaine. C'est le travail enfin qui, comme principe de vie, agite, mens agitat, la mati&#232;re, molem, de la richesse, et qui la proportionne. &lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233;, ou l'homme collectif, produit une infinit&#233; d'objets dont la jouissance constitue son bien-&#234;tre. Ce bien-&#234;tre se d&#233;veloppe non-seulement en raison de la quantit&#233; des produits, mais aussi en raison de leur vari&#233;t&#233; (qualit&#233;) et proportion. De cette donn&#233;e fondamentale il suit que la soci&#233;t&#233; doit toujours, &#224; chaque instant de sa vie, chercher dans ses produits une proportion telle, que la plus forte somme de bien-&#234;tre s'y rencontre, eu &#233;gard &#224; la puissance et aux moyens de production. Abondance, vari&#233;t&#233; et proportion dans les produits, sont les trois termes qui constituent la richesse : la richesse, objet de l'&#233;conomie sociale, est soumise aux m&#234;mes conditions d'existence que le beau, objet de l'art ; la vertu, objet de la morale ; le vrai, objet de la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment s'&#233;tablit cette proportion merveilleuse et si n&#233;cessaire, que sans elle une partie du labeur humain est perdue, c'est-&#224;-dire inutile, inharmonique, invraie, par cons&#233;quent synonyme d'indigence, de n&#233;ant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e, selon la fable, est le symbole de l'activit&#233; humaine. Prom&#233;th&#233;e d&#233;robe le feu du ciel, et invente les premiers arts ; Prom&#233;th&#233;e pr&#233;voit l'avenir et veut s'&#233;galer &#224; Jupiter ; Prom&#233;th&#233;e est Dieu. Appelons donc la soci&#233;t&#233; Prom&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e donne au travail, en moyenne, dix heures par jour, sept au repos, autant au plaisir. Pour tirer de ses exercices le fruit le plus utile, Prom&#233;th&#233;e tient note de la peine et du temps que chaque objet de sa consommation lui co&#251;te. Rien que l'exp&#233;rience ne peut l'en instruire, et cette exp&#233;rience sera de toute sa vie. Tout en travaillant et produisant, Prom&#233;th&#233;e &#233;prouve donc une infinit&#233; de m&#233;comptes. Mais, en dernier r&#233;sultat, plus il travaille, plus son bien-&#234;tre se raffine et son luxe s'id&#233;alise ; plus il &#233;tend ses conqu&#234;tes sur la nature, plus il fortifie en lui-m&#234;me le principe de vie et d'intelligence dont l'exercice seul le rend heureux. C'est au point que, la premi&#232;re &#233;ducation du Travailleur une fois faite, et l'ordre mis dans ses occupations, travailler pour lui n'est plus peiner, c'est vivre, c'est jouir. Mais l'attrait du travail n'en d&#233;truit pas la r&#232;gle, puisqu'au contraire il en est le fruit ; et ceux qui, sous pr&#233;texte que le travail doit &#234;tre attrayant, concluent &#224; la n&#233;gation de la justice et &#224; la communaut&#233;, ressemblent aux enfants qui, apr&#232;s avoir cueilli des fleurs au jardin, &#233;tablissent leur parterre sur l'escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; la justice n'est donc pas autre chose que la proportionnalit&#233; des valeurs ; elle a pour garantie et sanction la responsabilit&#233; du producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e sait que tel produit co&#251;te une heure de travail, tel autre un jour, une semaine, un an ; il sait en m&#234;me temps que tous ces produits, par l'accroissement de leurs frais, forment la progression de sa richesse. Il commencera donc par assurer son existence, en se pourvoyant des choses les moins co&#251;teuses, et par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires ; puis, &#224; mesure qu'il aura pris ses s&#251;ret&#233;s, il avisera aux objets de luxe, proc&#233;dant toujours, s'il est sage, selon la gradation naturelle du prix que chaque chose lui co&#251;te. Quelquefois Prom&#233;th&#233;e se trompera dans son calcul, ou bien, emport&#233; par la passion, il sacrifiera un bien imm&#233;diat pour une jouissance pr&#233;matur&#233;e ; et, apr&#232;s avoir su&#233; le sang et l'eau, il s'affamera. Ainsi, la loi porte en elle-m&#234;me sa sanction : elle ne peut &#234;tre viol&#233;e, sans que l'infracteur soit aussit&#244;t puni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say a donc eu raison de dire : &#171; Le bonheur de cette classe (celle des consommateurs), compos&#233;e de toutes les autres, constitue le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, l'&#233;tat de prosp&#233;rit&#233; d'un pays. &#187; Seulement, il aurait d&#251; ajouter que le bonheur de la classe des producteurs, qui se compose aussi de toutes les autres, constitue &#233;galement le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, l'&#233;tat de prosp&#233;rit&#233; d'un pays. &#8212; De m&#234;me quand il dit : &#171; La fortune de chaque consommateur est perp&#233;tuellement en rivalit&#233; avec tout ce qu'il ach&#232;te, &#187; il aurait d&#251; ajouter encore : &#171; La fortune de chaque producteur est attaqu&#233;e sans cesse par tout ce qu'il vend. &#187; Sans cette r&#233;ciprocit&#233; nettement exprim&#233;e, la plupart des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques deviennent inintelligibles ; et je ferai voir en son lieu comment, par suite de cette grave omission, la plupart des &#233;conomistes faisant des livres ont d&#233;raisonn&#233; sur la balance du commerce. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit tout &#224; l'heure que la soci&#233;t&#233; produit d'abord les choses les moins co&#251;teuses, et par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires&#8230; Or, est-il vrai que dans le produit, la n&#233;cessit&#233; ait pour corr&#233;latif le bon march&#233;, et vice vers&#226; ; en sorte que ces deux mots, n&#233;cessit&#233; et bon march&#233;, de m&#234;me que les suivants, chert&#233; et superflu, soient synonymes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque produit du travail, pris isol&#233;ment, pouvait suffire &#224; l'existence de l'homme, la synonymie en question ne serait pas douteuse ; tous les produits ayant les m&#234;me propri&#233;t&#233;s, ceux-l&#224; nous seraient les plus avantageux &#224; produire, par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires, qui co&#251;teraient le moins. Mais ce n'est point avec cette pr&#233;cision th&#233;orique que se formule le parall&#233;lisme entre l'utilit&#233; et le prix des produits : soit pr&#233;voyance de la nature, soit par toute autre cause, l'&#233;quilibre entre le besoin et la facult&#233; productrice est plus qu'une th&#233;orie, c'est un fait, dont la pratique de tous les jours, aussi bien que le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233;, d&#233;pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transportons-nous au lendemain de la naissance de l'homme, au jour de d&#233;part de la civilisation : n'est-il pas vrai que les industries &#224; l'origine les plus simples, celles qui exig&#232;rent le moins de pr&#233;parations et de frais, furent les suivantes : cueillette, p&#226;ture, chasse et p&#234;che, &#224; la suite desquelles et longtemps apr&#232;s l'agriculture est venue ? Depuis lors, ces quatre industries primordiales ont &#233;t&#233; perfectionn&#233;es et de plus appropri&#233;es : double circonstance qui n'alt&#232;re pas l'essence des faits, mais qui lui donne au contraire plus de relief. En effet, la propri&#233;t&#233; s'est toujours attach&#233;e de pr&#233;f&#233;rence aux objets de l'utilit&#233; la plus imm&#233;diate, aux valeurs faites, si j'ose ainsi dire ; en sorte que l'on pourrait marquer l'&#233;chelle des valeurs par le progr&#232;s de l'appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage sur la Libert&#233; du travail, M. Dunoyer s'est positivement rattach&#233; &#224; ce principe, en distinguant quatre grandes cat&#233;gories industrielles, qu'il range selon l'ordre de leur d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire de la moindre &#224; la plus grande d&#233;pense de travail. Ce sont : industrie extractive, comprenant toutes les fonctions demi-barbares cit&#233;es plus haut ; &#8212; industrie commerciale, industrie manufacturi&#232;re, industrie agricole. Et c'est avec une raison profonde que le savant auteur a plac&#233; en dernier lieu l'agriculture. Car, malgr&#233; sa haute antiquit&#233;, il est positif que cette industrie n'a pas march&#233; du m&#234;me pas que les autres ; or, la succession des choses dans l'humanit&#233; ne doit point &#234;tre d&#233;termin&#233;e d'apr&#232;s l'origine, mais d'apr&#232;s l'entier d&#233;veloppement. Il se peut que l'industrie agricole soit n&#233;e avant les autres, ou que toutes soient contemporaines ; mais celle-l&#224; sera jug&#233;e la derni&#232;re en date, qui se sera perfectionn&#233;e post&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la nature m&#234;me des choses, autant que ses propres besoins, indiquaient au travailleur l'ordre dans lequel il devait attaquer la production des valeurs qui composent son bien-&#234;tre : notre loi de proportionnalit&#233; est donc tout &#224; la fois physique et logique, objective et subjective ; elle a le plus haut degr&#233; de certitude. Suivons-en l'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les produits du travail, aucun peut-&#234;tre n'a co&#251;t&#233; de plus longs, de plus patients efforts, que le calendrier. Cependant il n'en est aucun dont la jouissance puisse aujourd'hui s'acqu&#233;rir &#224; meilleur march&#233;, et cons&#233;quemment, d'apr&#232;s nos propres d&#233;finitions, soit devenue plus n&#233;cessaire. Comment donc expliquerons-nous ce changement ? Comment le calendrier, si peu utile aux premi&#232;res hordes, &#224; qui il suffisait de l'alternance de la nuit et du jour, comme de l'hiver et de l'&#233;t&#233;, est-il devenu &#224; la longue si indispensable, si peu dispendieux, si parfait ; car, par un merveilleux accord, dans l'&#233;conomie sociale toutes ces &#233;pith&#232;tes se traduisent ? Comment, en un mot, rendre raison de la variabilit&#233; de valeur du calendrier, d'apr&#232;s notre loi de proportion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le travail n&#233;cessaire &#224; la production du calendrier f&#251;t ex&#233;cut&#233;, f&#251;t possible, il fallait que l'homme trouv&#226;t moyen de gagner du temps sur ses premi&#232;res occupations, et sur celles qui en furent la cons&#233;quence imm&#233;diate. En d'autres termes, il fallait que ces industries devinssent plus productives, ou moins co&#251;teuses, qu'elles n'&#233;taient au commencement : ce qui revient &#224; dire qu'il fallait d'abord r&#233;soudre le probl&#232;me de la production du calendrier sur les industries extractives elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose donc que tout &#224; coup, par une heureuse combinaison d'efforts, par la division du travail, l'emploi de quelque machine, la direction mieux entendue des agents naturels, en un mot par son industrie, Prom&#233;th&#233;e trouve moyen de produire en un jour, d'un certain objet, autant qu'autrefois il produisait en dix : que s'ensuivra-t-il ? le produit changera de place sur le tableau des &#233;l&#233;ments de la richesse ; sa puissance d'affinit&#233; pour d'autres produits, si j'ose ainsi dire, s'&#233;tant accrue, sa valeur relative se trouvera diminu&#233;e d'autant, et au lieu d'&#234;tre cot&#233;e comme 100, elle ne le sera plus que comme 10. Mais cette valeur n'en sera pas moins, et toujours, rigoureusement d&#233;termin&#233;e ; et ce sera encore le travail qui seul fixera le chiffre de son importance. Ainsi la valeur varie, et la loi des valeurs est immuable : bien plus, si la valeur est susceptible de variation, c'est parce qu'elle est soumise &#224; une loi dont le principe est essentiellement mobile, savoir le travail mesur&#233; par le temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me raisonnement s'applique &#224; la production du calendrier, comme de toutes les valeurs possibles. Je n'ai pas besoin d'ajouter comment la civilisation, c'est-&#224;-dire le fait social de l'accroissement des richesses, multipliant nos affaires, rendant nos instants de plus en plus pr&#233;cieux, nous for&#231;ant &#224; tenir registre perp&#233;tuel et d&#233;taill&#233; de toute notre vie, le calendrier est devenu pour tous une des choses les plus n&#233;cessaires. Un sait d'ailleurs que cette d&#233;couverte admirable a suscit&#233;, comme son compl&#233;ment naturel, l'une de nos industries les plus pr&#233;cieuses, l'horlogerie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se place tout naturellement une objection, la seule qu'on puisse &#233;lever contre la th&#233;orie de la proportionnalit&#233; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say, et les &#233;conomistes qui l'ont suivi, ont observ&#233; que le travail &#233;tant lui-m&#234;me sujet &#224; &#233;valuation, une marchandise comme une autre, enfin, il y avait cercle vicieux &#224; le prendre pour principe et cause efficiente de la valeur. Donc, conclut-on, il faut s'en r&#233;f&#233;rer &#224; la raret&#233; et &#224; l'opinion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;conomistes, qu'ils me permettent de le dire, ont fait preuve en cela d'une prodigieuse inattention. Le travail est dit valoir, non pas en tant que marchandise lui-m&#234;me, mais en vue des valeurs qu'on suppose renferm&#233;es puissanciellement en lui. La valeur du travail est une expression figur&#233;e, une anticipation de la cause sur l'effet. C'est une fiction, au m&#234;me titre que la productivit&#233; du capital. Le travail produit, le capital vaut : et quand, par une sorte d'ellipse, on dit la valeur du travail, on fait un enjambement qui n'a rien de contraire aux r&#232;gles du langage, mais que des th&#233;oriciens doivent s'abstenir de prendre pour une r&#233;alit&#233;. Le travail, comme la libert&#233;, l'amour, l'ambition, le g&#233;nie, est chose vague et ind&#233;termin&#233;e de sa nature, mais qui se d&#233;finit qualitativement par son objet, c'est-&#224;-dire qui devient une r&#233;alit&#233; par le produit. Lors donc que l'on dit : le travail de cet homme vaut cinq francs par jour, c'est comme si l'on disait : le produit du travail quotidien de cet homme vaut cinq francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'effet du travail est d'&#233;liminer incessamment la raret&#233; et l'opinion, comme &#233;l&#233;ments constitutifs de la valeur, et, par une cons&#233;quence n&#233;cessaire, de transformer les utilit&#233;s naturelles ou vagues (appropri&#233;es ou non) en utilit&#233;s mesurables ou sociales : d'o&#249; il r&#233;sulte que le travail est tout &#224; la fois une guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la parcimonie de la nature, et une conspiration permanente contre la propri&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s cette analyse, la valeur, consid&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; que forment naturellement entre eux, par la division du travail et par l'&#233;change, les producteurs, est le rapport de proportionnalit&#233; des produits qui composent la richesse ; et ce qu'on appelle sp&#233;cialement la valeur d'un produit est une formule qui indique, en caract&#232;res mon&#233;taires, la proportion de ce produit dans la richesse g&#233;n&#233;rale. &#8212; L'utilit&#233; fonde la valeur ; le travail en fixe le rapport ; le prix est l'expression qui, sauf les aberrations que nous aurons &#224; &#233;tudier, traduit ce rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le centre autour duquel oscillent la valeur utile et la valeur &#233;changeable, le point o&#249; elles viennent s'ab&#238;mer et dispara&#238;tre ; telle est la loi absolue, immuable, qui domine les perturbations &#233;conomiques, les caprices de l'industrie et du commerce, et qui gouverne le progr&#232;s. Tout effort de l'humanit&#233; pensante et travailleuse, toute sp&#233;culation individuelle et sociale, comme partie int&#233;grante de la richesse collective, ob&#233;issent &#224; cette loi. La destin&#233;e de l'&#233;conomie politique &#233;tait, en posant successivement tous ses termes contradictoires, de la faire reconna&#238;tre ; l'objet de l'&#233;conomie sociale, que je demande pour un moment la permission de distinguer de l'&#233;conomie politique, bien qu'au fond elles ne doivent pas diff&#233;rer l'une de l'autre, sera de la promulguer et de la r&#233;aliser partout. &lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la mesure ou de la proportionnalit&#233; des valeurs est, qu'on y prenne garde, la th&#233;orie m&#234;me de l'&#233;galit&#233;. De m&#234;me, en effet, que dans la soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on a vu que l'identit&#233; entre le producteur et le consommateur est compl&#232;te, le revenu pay&#233; &#224; un oisif est comme une valeur jet&#233;e aux flammes de l'Etna ; de m&#234;me, le travailleur &#224; qui l'on alloue un salaire excessif est comme un moissonneur &#224; qui l'on donnerait un pain pour cueillir un &#233;pi : et tout ce que les &#233;conomistes ont qualifi&#233; de consommation improductive n'est au fond qu'une infraction &#224; la loi de proportionnalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous verrons par la suite comment, de ces donn&#233;es simples, le g&#233;nie social d&#233;duit peu &#224; peu le syst&#232;me encore obscur de l'organisation du travail, de la r&#233;paration des salaires, de la tarification des produits et de la solidarit&#233; universelle. Car l'ordre dans la soci&#233;t&#233; s'&#233;tablit sur les calculs d'une justice inexorable, nullement sur les sentiments paradisiaques de fraternit&#233;, de d&#233;vouement et d'amour que tant d'honorables socialistes s'efforcent aujourd'hui d'exciter dans le peuple. C'est en vain qu'&#224; l'exemple de J&#233;sus-Christ ils pr&#234;chent la n&#233;cessit&#233; et donnent l'exemple du sacrifice ; l'&#233;go&#239;sme est plus fort, et la loi de s&#233;v&#233;rit&#233;, la fatalit&#233; &#233;conomique, est seule capable de le dompter. L'enthousiasme humanitaire peut produire des secousses favorables au progr&#232;s de la civilisation ; mais ces crises du sentiment, de m&#234;me que les oscillations de la valeur, n'auront jamais pour r&#233;sultat que d'&#233;tablir plus fortement, plus absolument la justice. La nature, ou la Divinit&#233;, s'est m&#233;fi&#233;e de nos c&#339;urs ; elle n'a point cru &#224; l'amour de l'homme pour son semblable ; et tout ce que la science nous d&#233;couvre des vues de la Providence sur la marche des soci&#233;t&#233;s, je le dis &#224; la honte de la conscience humaine, mais il faut que notre hypocrisie le sache, atteste de la part de Dieu une profonde misanthropie. Dieu nous aide, non par bont&#233;, mais parce que l'ordre est son essence ; Dieu procure le bien du monde, non qu'il l'en juge digne, mais parce que la religion de sa supr&#234;me intelligence l'y oblige ; et tandis que le vulgaire lui donne le doux nom de p&#232;re, il est impossible &#224; l'historien, &#224; l'&#233;conomiste philosophe, de croire qu'il nous aime ni nous estime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imitons cette sublime indiff&#233;rence, cette ataraxie sto&#239;que de Dieu ; et puisque le pr&#233;cepte de charit&#233; a toujours &#233;chou&#233; dans la production du bien social, cherchons dans la raison pure les conditions de la concorde et de la vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur, con&#231;ue comme proportionnalit&#233; des produits, autrement dire la valeur constitu&#233;e, suppose n&#233;cessairement, et dans un degr&#233; &#233;gal, utilit&#233; et v&#233;nalit&#233;, indivisiblement et harmoniquement unies. Elle suppose utilit&#233;, car, sans cette condition, le produit aurait &#233;t&#233; d&#233;pourvu de cette affinit&#233; qui le rend &#233;changeable, et par cons&#233;quent fait de lui un &#233;l&#233;ment de la richesse ; &#8212; elle suppose v&#233;nalit&#233;, puisque si le produit n'&#233;tait pas &#224; toute heure et pour un prix d&#233;termin&#233; acceptable &#224; l'&#233;change, il ne serait plus qu'une non-valeur, il ne serait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la valeur constitu&#233;e, toutes ces propri&#233;t&#233;s acqui&#232;rent une signification plus large, plus r&#233;guli&#232;re et plus vraie qu'auparavant. Ainsi, l'utilit&#233; n'est plus cette capacit&#233; pour ainsi dire inerte qu'ont les choses de servir &#224; nos jouissances et &#224; nos explorations ; la v&#233;nalit&#233; n'est pas davantage cette exag&#233;ration d'une fantaisie aveugle ou d'une opinion sans principe ; enfin, la variabilit&#233; a cess&#233; de se traduire en un d&#233;bat plein de mauvaise foi entre l'offre et la demande : tout cela a disparu pour faire place &#224; une id&#233;e positive, normale, et, sous toutes les modifications possibles, d&#233;terminable. Par la constitution des valeurs, chaque produit, s'il est permis d'&#233;tablir une pareille analogie, est comme la nourriture qui, d&#233;couverte par l'instinct d'alimentation, puis pr&#233;par&#233;e par l'organe digestif, entre dans la circulation g&#233;n&#233;rale, o&#249; elle se convertit, suivant des proportions certaines, en chairs, en os, en liquides, etc., et donne au corps la vie, la force et la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que se passe-t-il dans l'id&#233;e de valeur, lorsque, des notions antagonistes de valeur utile et valeur en &#233;change, nous nous &#233;levons &#224; celle de valeur constitu&#233;e ou valeur absolue ? Il y a, si j'ose ainsi dire, un embo&#238;tement, une p&#233;n&#233;tration r&#233;ciproque dans laquelle les deux concepts &#233;l&#233;mentaires, se saisissant chacun comme les atomes crochus d'&#201;picure, s'absorbent l'un l'autre, et disparaissent, laissant &#224; leur place un compos&#233; dou&#233;, mais &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, de toutes leurs propri&#233;t&#233;s positives, et d&#233;barrass&#233; de leurs propri&#233;t&#233;s n&#233;gatives. Une valeur v&#233;ritablement telle, comme la monnaie, le papier de commerce de premier choix, les titres de rente sur l'&#201;tat, les actions sur une entreprise solide, ne peut plus ni s'exag&#233;rer sans raison, ni perdre &#224; l'&#233;change : elle n'est plus soumise qu'&#224; la loi naturelle de l'augmentation des sp&#233;cialit&#233;s industrielles et de l'accroissement des produits. Bien plus, une telle valeur n'est point le r&#233;sultat d'une transation, c'est-&#224;-dire d'un &#233;clectisme, d'un juste-milieu ou d'un m&#233;lange : c'est le produit d'une fusion compl&#232;te, produit enti&#232;rement neuf et distinct de ses composants : comme l'eau, produit de la combinaison de l'hydrog&#232;ne et de l'oxyg&#232;ne, est un corps &#224; part, totalement distinct de ses &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution de deux id&#233;es antith&#233;tiques en une troisi&#232;me d'ordre sup&#233;rieur est ce que l'&#233;cole nomme synth&#232;se. Elle seule donne l'id&#233;e positive et compl&#232;te, laquelle s'obtient, comme on a vu, par l'affirmation ou n&#233;gation successive, car cela revient au m&#234;me, de deux concepts en opposition diam&#233;trale. D'o&#249; l'on d&#233;duit ce corollaire d'une importance capitale en application aussi bien qu'en th&#233;orie : toutes les fois que dans la sph&#232;re de la morale, de l'histoire ou de l'&#233;conomie politique, l'analyse a constat&#233; l'antinomie d'une id&#233;e, on peut affirmer &#224; priori que cette antinomie cache une id&#233;e plus &#233;lev&#233;e qui t&#244;t ou tard fera son apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette d'insister si longuement sur des notions famili&#232;res &#224; tous les jeunes gens du baccalaur&#233;at ; mais je devais ces d&#233;tails &#224; certains &#233;conomistes qui, &#224; propos de ma critique de la propri&#233;t&#233;, ont entass&#233; dilemmes sur dilemmes pour me prouver que si je n'&#233;tais pas propri&#233;taire, j'&#233;tais n&#233;cessairement communiste ; le tout, faute de savoir ce que c'est que th&#232;se, antith&#232;se et synth&#232;se. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e synth&#233;tique de valeur, comme condition fondamentale d'ordre et de progr&#232;s pour la soci&#233;t&#233;, avait &#233;t&#233; vaguement aper&#231;ue par Ad. Smith, lorsque, pour me servir des expressions de M. Blanqui, &#171; il montra dans le travail la mesure universelle et invariable des valeurs, et fit voir que toute chose avait son prix naturel, vers lequel elle gravitait sans cesse au milieu des fluctuations du prix courant, occasionn&#233;es par des circonstances accidentelles &#233;trang&#232;res &#224; la valeur v&#233;nale de la chose. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette id&#233;e de la valeur &#233;tait tout intuitive chez Ad. Smith : or, la soci&#233;t&#233; ne change pas ses habitudes sur la foi d'intuitions ; elle ne se d&#233;cide que sur l'autorit&#233; des faits. Il fallait que l'antinomie s'exprim&#226;t d'une mani&#232;re plus sensible et plus nette : J. B. Say fut son principal interpr&#232;te. Mais, malgr&#233; les efforts d'imagination et l'effrayante subtilit&#233; de cet &#233;conomiste, la d&#233;finition de Smith le domine &#224; son insu, et &#233;clate partout dans ses raisonnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;valuer une chose, dit Say, c'est d&#233;clarer qu'elle doit &#234;tre estim&#233;e autant qu'une autre qu'on d&#233;signe&#8230; La valeur de chaque chose est vague et arbitraire tant qu'elle n'est pas reconnue&#8230;&#8230; &#187; Il y a donc une mani&#232;re de reconna&#238;tre la valeur des choses, c'est-&#224;-dire de la fixer ; et comme cette reconnaissance ou fixation se fait par la comparaison des choses entre elles, il y a donc aussi un caract&#232;re commun, un principe, au moyen duquel on d&#233;clare qu'une chose vaut plus, moins ou autant qu'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say avait dit d'abord : &#171; La mesure de la valeur est la valeur d'un autre produit. &#187; Plus tard, s'&#233;tant aper&#231;u que cette phrase n'&#233;tait qu'une tautologie, il la modifia ainsi : &#171; La mesure de la valeur est la quantit&#233; d'un autre produit, &#187; ce qui est tout aussi peu intelligible. Ailleurs, cet &#233;crivain, ordinairement si lucide et si ferme, s'embarrasse de distinctions vaines : &#171; On peut appr&#233;cier la valeur des choses ; on ne peut pas la mesurer, c'est-&#224;-dire la comparer avec un titre invariable et connu, parce qu'il n'y en a point. Tout ce que l'on peut faire se r&#233;duit &#224; &#233;valuer les choses en les comparant. &#187; D'autres fois, il distingue des valeurs r&#233;elles et des valeurs relatives : &#171; Les premi&#232;res sont celles o&#249; la valeur des choses change avec les frais de production ; les secondes sont celles o&#249; la valeur des choses change par rapport &#224; la valeur des autres marchandises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singuli&#232;re pr&#233;occupation d'un homme de g&#233;nie qui ne s'aper&#231;oit plus que comparer, &#233;valuer, appr&#233;cier, c'est mesurer ; que toute mesure n'&#233;tant jamais qu'une comparaison, indique par cela m&#234;me un rapport vrai si la comparaison est bien faite ; qu'en cons&#233;quence, valeur ou mesure r&#233;elle et valeur ou mesure relative, sont choses parfaitement identiques ; et que la difficult&#233; se r&#233;duit, non &#224; trouver un &#233;talon de mesure, puisque toutes les quantit&#233;s peuvent s'en tenir lieu r&#233;ciproquement, mais &#224; d&#233;terminer le point de comparaison. En g&#233;om&#233;trie, le point de comparaison est l'&#233;tendue, et l'unit&#233; de mesure est tant&#244;t la division du cercle en 360 parties, tant&#244;t la circonf&#233;rence du globe terrestre, tant&#244;t la dimension moyenne du bras, de la main, du pouce ou du pied de l'homme. Dans la science &#233;conomique, nous l'avons dit apr&#232;s A. Smith, le point de vue sous lequel toutes les valeurs se comparent est le travail ; quant &#224; l'unit&#233; de mesure, celle adopt&#233;e en France est le franc. Il est incroyable que tant d'hommes de sens se d&#233;m&#232;nent depuis quarante ans contre une id&#233;e si simple. Mais non : La comparaison des valeurs s'effectue sans qu'il y ait entre elles aucun point de comparaison, et sans unit&#233; de mesure ; &#8212; voil&#224;, plut&#244;t que d'embrasser la th&#233;orie r&#233;volutionnaire de l'&#233;galit&#233;, ce que les &#233;conomistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle ont r&#233;solu de soutenir envers et contre tous. Qu'en dira la post&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;sentement montrer, par des exemples frappants, que l'id&#233;e de mesure ou proportion des valeurs, n&#233;cessaire en th&#233;orie, s'est r&#233;alis&#233;e et se r&#233;alise tous les jours dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; III. &#8212; Application de la loi de proportionnalit&#233; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit est un signe repr&#233;sentatif du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit peut en cons&#233;quence &#234;tre &#233;chang&#233; par un autre, et la pratique universelle est l&#224; qui en t&#233;moigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais supprimez le travail : il ne vous reste que des utilit&#233;s plus ou moins grandes, qui, n'&#233;tant frapp&#233;es d'aucun caract&#232;re &#233;conomique, d'aucun signe humain, sont incommensurables entre elles, c'est-&#224;-dire logiquement in&#233;changeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent, comme toute autre marchandise, est un signe repr&#233;sentatif du travail : &#224; ce titre, il a pu servir d'&#233;valuateur commun, et d'interm&#233;diaire aux transactions. Mais la fonction particuli&#232;re que l'usage a d&#233;volue aux m&#233;taux pr&#233;cieux de servir d'agent au commerce est purement conventionnelle, et toute autre marchandise pourrait, moins commod&#233;ment peut-&#234;tre, mais d'une mani&#232;re aussi authentique, remplir ce r&#244;le ; les &#233;conomistes le reconnaissent, et l'on en cite plus d'un exemple. Quelle est donc la raison de cette pr&#233;f&#233;rence g&#233;n&#233;ralement accord&#233;e aux m&#233;taux, pour servir de monnaie, et comment s'explique cette sp&#233;cialit&#233; de fonction, sans analogue dans l'&#233;conomie politique, de l'argent ? Car toute chose unique et sans comparses dans son esp&#232;ce est par cela m&#234;me de plus difficile intelligence, souvent m&#234;me ne s'entend pas du tout. Or, est-il possible de r&#233;tablir la s&#233;rie d'o&#249; la monnaie semble avoir &#233;t&#233; d&#233;tach&#233;e, et, par cons&#233;quent, de ramener celle-ci &#224; son v&#233;ritable principe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question les &#233;conomistes, suivant leur habitude, se sont jet&#233;s hors du domaine de leur science : ils ont fait de la physique, de la m&#233;canique, de l'histoire, etc. ; ils ont parl&#233; de tout, et n'ont pas r&#233;pondu. Les m&#233;taux pr&#233;cieux, ont-ils dit, par leur raret&#233;, leur densit&#233;, leur incorruptibilit&#233;, offraient pour la monnaie des commodit&#233;s qu'on &#233;tait loin de rencontrer au m&#234;me degr&#233; dans les autres marchandises. Bref, les &#233;conomistes, au lieu de r&#233;pondre &#224; la question d'&#233;conomie qui leur &#233;tait pos&#233;e, se sont mis &#224; traiter la question d'art. Ils ont tr&#232;s-bien fait valoir la convenance m&#233;canique de l'or et de l'argent &#224; servir de monnaie ; mais ce qu'aucun d'eux n'a ni vu ni compris, c'est la raison &#233;conomique qui a d&#233;termin&#233;, en faveur des m&#233;taux pr&#233;cieux, le privil&#232;ge dont ils jouissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce que nul n'a remarqu&#233;, c'est que de toutes la marchandises, l'or et l'argent sont les premi&#232;res dont la valeur soit arriv&#233;e &#224; sa constitution. Dans la p&#233;riode patriarcale, l'or et l'argent se marchandent encore et s'&#233;changent en lingots, mais d&#233;j&#224; avec une tendance visible &#224; la domination, et avec une pr&#233;f&#233;rence marqu&#233;e. Peu &#224; peu les souverains s'en emparent et y apposent leur sceau : et de cette cons&#233;cration souveraine na&#238;t la monnaie, c'est-&#224;-dire la marchandise par excellence, celle qui, nonobstant toutes les secousses du commerce, conserve une valeur proportionnelle d&#233;termin&#233;e, et se fait accepter en tout payement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la monnaie, en effet, n'est point la duret&#233; du m&#233;tal, elle est moindre que celle de l'acier ; ni son utilit&#233;, elle est de beaucoup inf&#233;rieure &#224; celle du bl&#233;, du fer, de la houille, et d'une foule d'autres substances, r&#233;put&#233;es presque viles &#224; c&#244;t&#233; de l'or ; &#8212; ce n'est ni la raret&#233;, ni la densit&#233; : l'une et l'autre pouvaient &#234;tre suppl&#233;&#233;es, soit par le travail donn&#233; &#224; d'autres mati&#232;res, soit, comme aujourd'hui, par du papier de banque, repr&#233;sentant de vastes amas de fer ou de cuivre. Le trait distinctif de l'or et de l'argent vient, je le r&#233;p&#232;te, de ce que, gr&#226;ce &#224; leurs propri&#233;t&#233;s m&#233;talliques, aux difficult&#233;s de leur production, et surtout &#224; l'intervention de l'autorit&#233; publique, ils ont de bonne heure conquis, comme marchandises, la fixit&#233; et l'authenticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis donc que la valeur de l'or et de l'argent, notamment de la partie qui entre dans la fabrication des monnaies, bien que peut-&#234;tre cette valeur ne soit pas encore calcul&#233;e d'une mani&#232;re rigoureuse, n'a plus rien d'arbitraire ; j'ajoute qu'elle n'est plus susceptible de d&#233;pr&#233;ciation, &#224; la mani&#232;re des autres valeurs, bien que cependant elle puisse varier continuellement. Tous les frais de raisonnement et d'&#233;rudition qu'on a faits pour prouver, par l'exemple de l'argent, que la valeur est chose essentiellement ind&#233;terminable, sont autant de paralogismes, provenant d'une fausse id&#233;e de la question, ab ignoranti&#226; elenchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Ier, roi de France, m&#234;le &#224; la livre tournois de Charlemagne un tiers d'alliage, s'imaginant que lui seul ayant le monopole de la fabrication des monnaies, il peut faire ce que fait tout commer&#231;ant ayant le monopole d'un produit. Qu'&#233;tait-ce, en effet, que cette alt&#233;ration des monnaies tant reproch&#233;e &#224; Philippe et &#224; ses successeurs ? un raisonnement tr&#232;s-juste au point de vue de la routine commerciale, mais tr&#232;s-faux en science &#233;conomique, savoir, que l'offre et la demande &#233;tant la r&#232;gle des valeurs, on peut, soit en produisant une raret&#233; factice, soit en accaparant la fabrication, faire monter l'estimation et partant la valeur des choses, et que cela est vrai de l'or et de l'argent, comme du bl&#233;, du vin, de l'huile, du tabac. Cependant la fraude de Philippe ne fut pas plus t&#244;t soup&#231;onn&#233;e, que sa monnaie fut r&#233;duite &#224; sa juste valeur, et qu'il perdit lui-m&#234;me tout ce qu'il avait cru gagner sur ses sujets. M&#234;me chose arriva &#224; la suite de toutes les tentatives analogues. D'o&#249; venait ce m&#233;compte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, disent les &#233;conomistes, que par le faux monnayage, la quantit&#233; d'or et d'argent n'&#233;tant r&#233;ellement ni diminu&#233;e ni accrue, la proportion de ces m&#233;taux avec les autres marchandises n'&#233;tait point chang&#233;e, et qu'en cons&#233;quence il n'&#233;tait pas au pouvoir du souverain de faire que ce qui ne valait que comme 2 dans l'&#201;tat, val&#251;t 4. Il est m&#234;me &#224; consid&#233;rer que si, au lieu d'alt&#233;rer les monnaies, il avait &#233;t&#233; au pouvoir du roi d'en doubler la masse, la valeur &#233;changeable de l'or et de l'argent aurait aussit&#244;t baiss&#233; de moiti&#233;, toujours par cette raison de proportionnalit&#233; et d'&#233;quilibre. L'alt&#233;ration des monnaies &#233;tait donc, de la part du roi, un emprunt forc&#233;, disons mieux, une banqueroute, une escroquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; merveille : les &#233;conomistes expliquent fort bien, quand ils veulent, la th&#233;orie de la mesure des valeurs ; il suffit pour cela de les mettre sur le chapitre de la monnaie. Comment donc ne voient-ils pas que la monnaie est la loi &#233;crite du commerce, le type de l'&#233;change, le premier terme de cette longue cha&#238;ne de cr&#233;ations qui toutes, sous le nom de marchandises, doivent recevoir la sanction sociale, et devenir, sinon de fait, au moins de droit, acceptables comme la monnaie en toute esp&#232;ce de march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La monnaie, dit tr&#232;s-bien M. Augier, ne peut servir, soit d'&#233;chelle de constatation pour les march&#233;s pass&#233;s, soit de bon instrument d'&#233;change, qu'autant que sa valeur approche le plus de l'id&#233;al de la permanence ; car elle n'&#233;change ou n'ach&#232;te jamais que la valeur qu'elle poss&#232;de. &#187; (Hist. du Cr&#233;dit public.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduisons cette observation &#233;minemment judicieuse en une formule g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail ne devient une garantie de bien-&#234;tre et d'&#233;galit&#233;, qu'autant que le produit de chaque individu est en proportion avec la masse : car il n'&#233;change ou n'ach&#232;te jamais qu'une valeur &#233;gale &#224; la valeur qui est en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas &#233;trange qu'on prenne hautement la d&#233;fense du commerce agioteur et infid&#232;le, et qu'en m&#234;me temps on se r&#233;crie sur la tentative d'un monarque faux-monnayeur, qui, apr&#232;s tout, ne faisait qu'appliquer &#224; l'argent le principe fondamental de l'&#233;conomie politique, l'instabilit&#233; arbitraire des valeurs ? Que la r&#233;gie s'avise de donner 750 grammes de tabac pour un kilogramme, les &#233;conomistes crieront au vol ; &#8212; mais si la m&#234;me r&#233;gie, usant de son privil&#232;ge, augmente le prix du kilogramme de 2 fr., ils trouveront que c'est cher, mais ils n'y verront rien qui soit contraire aux principes. Quel imbroglio que l'&#233;conomie politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc, dans la mon&#233;tisation de l'or et de l'argent, quelque chose de plus que ce qu'en ont rapport&#233; les &#233;conomistes : il y a la cons&#233;cration de la loi de proportionnalit&#233;, le premier acte de constitution des valeurs. L'humanit&#233; op&#232;re en tout par des gradations infinies : apr&#232;s avoir compris que tous les produits du travail doivent &#234;tre soumis &#224; une mesure de proportion qui les rende tous &#233;galement permutables, elle commence par donner ce caract&#232;re de permutabilit&#233; absolue &#224; un produit sp&#233;cial, qui deviendra pour elle le type et le patron de tous les autres. C'est ainsi que pour &#233;lever ses membres &#224; la libert&#233; et &#224; l'&#233;galit&#233;, elle commence par cr&#233;er des rois. Le peuple a le sentiment confus de cette marche providentielle, lorsque dans ses r&#234;ves de fortune et dans ses l&#233;gendes, il parle toujours d'or et de royaut&#233; ; et les philosophes n'ont fait que rendre hommage &#224; la raison universelle, lorsque dans leurs hom&#233;lies soi-disant morales et leurs utopies soci&#233;taires, ils tonnent avec un &#233;gal fracas contre l'or et la tyrannie. Auri sacra fames ! Maudit or ! s'&#233;crie plaisamment un communiste. Autant vaudrait dire : maudit froment, maudites vignes, maudits moutons ; car, de m&#234;me que l'or et l'argent, toute valeur commerciale doit arriver &#224; une exacte et rigoureuse d&#233;termination. L'&#339;uvre est d&#232;s longtemps commenc&#233;e : aujourd'hui elle avance &#224; vue d'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un axiome g&#233;n&#233;ralement admis par les &#233;conomistes, est que tout travail doit laisser un exc&#233;dant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette proposition est pour moi d'une v&#233;rit&#233; universelle et absolue : c'est le corollaire de la loi de proportionnalit&#233;, que l'on peut regarder comme le sommaire de toute la science &#233;conomique. Mais, j'en demande pardon aux &#233;conomistes, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant n'a pas de sens dans leur th&#233;orie, et n'est susceptible d'aucune d&#233;monstration. Comment, si l'offre et la demande sont la seule r&#232;gle des valeurs, peut-on reconna&#238;tre ce qui exc&#232;de et ce qui suffit ? Ni le prix de revient, ni le prix de vente, ni le salaire, ne pouvant &#234;tre math&#233;matiquement d&#233;termin&#233;s, comment est-il possible de concevoir un surplus, un profit ? La routine commerciale nous a donn&#233;, ainsi que le mot, l'id&#233;e du profit : et comme nous sommes politiquement &#233;gaux, on en conclut que chaque citoyen a un droit &#233;gal &#224; r&#233;aliser, dans son industrie personnelle, des b&#233;n&#233;fices. Mais les op&#233;rations du commerce sont essentiellement irr&#233;guli&#232;res, et l'on a prouv&#233; sans r&#233;plique que les b&#233;n&#233;fices du commerce ne sont qu'un pr&#233;l&#232;vement arbitraire et forc&#233; du producteur sur le consommateur, en un mot un d&#233;placement, pour ne pas dire mieux. C'est ce que l'on apercevrait bient&#244;t, s'il &#233;tait possible de comparer le chiffre total des d&#233;ficits de chaque ann&#233;e, avec le montant des b&#233;n&#233;fices. Dans le sens de l'&#233;conomie politique, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant n'est autre que la cons&#233;cration du droit constitutionnel que nous avons tous acquis par la r&#233;volution, de voler le prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de proportionnalit&#233; des valeurs peut seule rendre raison de ce probl&#232;me. Je prendrai la question d'un peu haut : elle est assez grave pour que je la traite avec l'&#233;tendue qu'elle m&#233;rite. &lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des philosophes, comme des philologues, ne voient dans la soci&#233;t&#233; qu'un &#234;tre de raison, ou pour mieux dire un nom abstrait servant &#224; d&#233;signer une collection d'hommes. C'est un pr&#233;jug&#233; que nous avons tous re&#231;u d&#232;s l'enfance avec nos premi&#232;res le&#231;ons de grammaire, que les noms collectifs, les noms de genre et d'esp&#232;ce, ne d&#233;signent point des r&#233;alit&#233;s. Il y aurait fort &#224; dire sur ce chapitre : je me renferme dans mon sujet. Pour le v&#233;ritable &#233;conomiste, la soci&#233;t&#233; est un &#234;tre vivant, dou&#233; d'une intelligence et d'une activit&#233; propres, r&#233;gi par des lois sp&#233;ciales que l'observation seule d&#233;couvre, et dont l'existence se manisfeste, non sous une forme physique, mais par le concert et l'intime solidarit&#233; de tous ses membres. Ainsi, lorsque tout &#224; l'heure, sous l'embl&#232;me d'un dieu de la fable, nous faisions l'all&#233;gorie de la soci&#233;t&#233;, notre langage n'avait au fond rien de m&#233;taphorique : c'&#233;tait l'&#234;tre social, unit&#233; organique et synth&#233;tique, auquel nous venions de donner un nom. Aux yeux de quiconque a r&#233;fl&#233;chi sur les lois du travail et de l'&#233;change (je laisse de c&#244;t&#233; toute autre consid&#233;ration), la r&#233;alit&#233;, j'ai presque dit la personnalit&#233; de l'homme collectif, est aussi certaine que la r&#233;alit&#233; et la personnalit&#233; de l'homme individu. Toute la diff&#233;rence est que celui-ci se pr&#233;sente aux sens sous l'aspect d'un organisme dont les parties sont en coh&#233;rence mat&#233;rielle, circonstance qui n'existe pas dans la soci&#233;t&#233;. Mais l'intelligence, la spontan&#233;it&#233;, le d&#233;veloppement, la vie, tout ce qui constitue au plus haut degr&#233; la r&#233;alit&#233; de l'&#234;tre, est aussi essentiel &#224; la soci&#233;t&#233; qu'&#224; l'homme : et de l&#224; vient que le gouvernement des soci&#233;t&#233;s est science, c'est-&#224;-dire &#233;tude de rapports naturels ; et non point art, c'est-&#224;-dire bon plaisir et arbitraire. De l&#224; vient enfin que toute soci&#233;t&#233; d&#233;cline, d&#232;s qu'elle passe aux mains des id&#233;ologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant, ind&#233;montrable &#224; l'&#233;conomie politique, c'est-&#224;-dire &#224; la routine propri&#233;taire, est un de ceux qui t&#233;moignent le plus de la r&#233;alit&#233; de la personne collective : car, ainsi qu'on va voir, ce principe n'est vrai des individus que parce qu'il &#233;mane de la soci&#233;t&#233;, qui leur conf&#232;re ainsi le b&#233;n&#233;fice de ses propres lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons aux faits. On a remarqu&#233; que les entreprises de chemins de fer sont beaucoup moins une source de richesse pour les entrepreneurs que pour l'&#201;tat. L'observation est juste ; et l'on aurait d&#251; ajouter qu'elle s'applique non-seulement aux chemins de fer, mais &#224; toute industrie. Mais ce ph&#233;nom&#232;ne, qui d&#233;rive essentiellement de la loi de porportionnalit&#233; des valeurs, et de l'identit&#233; absolue de la production et de la consommation, est inexplicable avec la notion ordinaire de valeur utile et valeur &#233;changeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix moyen du transport des marchandises par le roulage est 18 cent, par tonne et kilom&#232;tre, marchandise prise et rendue en magasin. On a calcul&#233; qu'&#224; ce prix, une entreprise ordinaire de chemin de fer n'obtiendrait pas 10 p. 100 de b&#233;n&#233;fice net, r&#233;sultat &#224; peu pr&#232;s &#233;gal &#224; celui d'une entreprise de roulage. Mais admettons que la c&#233;l&#233;rit&#233; du transport par fer soit &#224; celle du roulage de terre, toutes compensations faites, comme 4 est &#224; 1 : comme dans la soci&#233;t&#233; le temps est la valeur m&#234;me, &#224; &#233;galit&#233; de prix le chemin de fer pr&#233;sentera sur le roulage un avantage de 400 p. 100. Cependant cet avantage &#233;norme, tr&#232;s-r&#233;el pour la soci&#233;t&#233;, est bien loin de se r&#233;aliser dans la m&#234;me proportion pour le voiturier, qui, tandis qu'il fait jouir la soci&#233;t&#233; d'une mieux value de 400 p. 100, ne retire pas quant &#224; lui 10 p. 100. Supposons, en effet, pour rendre la chose encore plus sensible, que le chemin de fer porte son tarif &#224; 25 cent., celui du roulage restant &#224; 18 ; il perdra &#224; l'instant toutes ses consignations. Exp&#233;diteurs, destinataires, tout le monde reviendra &#224; la malbrouk, &#224; la patache, s'il faut. On d&#233;sertera la locomotive ; un avantage social de 500 p. 100 sera sacrifi&#233; &#224; une perte priv&#233;e de 35 p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de cela est facile &#224; saisir : l'avantage qui r&#233;sulte de la c&#233;l&#233;rit&#233; du chemin de fer est tout social, et chaque individu n'y participe qu'en une proportion minime (n'oublions pas qu'il ne s'agit en ce moment que du transport des marchandises), tandis que la perte frappe directement et personnellement le consommateur. Un b&#233;n&#233;fice social &#233;gal &#224; 400, repr&#233;sente pour l'individu, si la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e seulement d'un million d'hommes, quatre dix milli&#232;mes ; tandis qu'une perte de 33 p. 100 pour le consommateur supposerait un d&#233;ficit social de trente-trois millions. L'int&#233;r&#234;t priv&#233; et l'int&#233;r&#234;t collectif, si divergents au premier coup d'&#339;il, sont donc parfaitement identiques et ad&#233;quats : et cet exemple peut d&#233;j&#224; servir &#224; faire comprendre comment, dans la science &#233;conomique, tous les int&#233;r&#234;ts se concilient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, pour que la soci&#233;t&#233; r&#233;alise le b&#233;n&#233;fice suppos&#233; ci-dessus, il faut de toute n&#233;cessit&#233; que le tarif du chemin de fer ne d&#233;passe pas, ou d&#233;passe de fort peu le prix du roulage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, pour que cette condition soit remplie, en d'autres termes, pour que le chemin de fer soit commercialement possible, il faut que la mati&#232;re transportable soit assez abondante pour couvrir au moins l'int&#233;r&#234;t du capital engag&#233;, et les frais d'entretien de la voie. Donc la premi&#232;re condition d'existence d'un chemin de fer est une forte circulation, ce qui suppose une production plus forte encore, une grande masse d'&#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais production, circulation, &#233;changes, ne sont point choses qui s'improvisent ; puis, les diverses formes du travail ne se d&#233;veloppent pas isol&#233;ment et ind&#233;pendamment l'une de l'autre : leur progr&#232;s est n&#233;cessairement li&#233;, solidaire, proportionnel. L'antagonisme peut exister entre les industriels : malgr&#233; eux, l'action sociale est une, convergente, harmonique, en un mot, personnelle. Donc enfin il est un jour marqu&#233; pour la cr&#233;ation des grands instruments de travail ; c'est celui o&#249; la consommation g&#233;n&#233;rale peut en soutenir l'emploi, c'est-&#224; dire, car toutes ces propositions se traduisent, celui o&#249; le travail ambiant peut alimenter les nouvelles machines. Anticiper l'heure marqu&#233;e par le progr&#232;s du travail, serait imiter ce fou qui, descendant de Lyon &#224; Marseille, fit appareiller pour lui seul un steamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points &#233;claircis, rien de plus ais&#233; que d'expliquer comment le travail doit laisser &#224; chaque producteur un exc&#233;dant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, pour ce qui concerne la soci&#233;t&#233; : Prom&#233;th&#233;e, sortant du sein de la nature, s'&#233;veille &#224; la vie dans une inertie pleine de charme, mais qui deviendrait bient&#244;t mis&#232;re et torture s'il ne se h&#226;tait d'en sortir par le travail. Dans cette oisivet&#233; originelle, le produit de Prom&#233;th&#233;e &#233;tant nul, son bien-&#234;tre est identique &#224; celui de la brute, et peut se repr&#233;senter par z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e se met &#224; l'&#339;uvre : et d&#232;s sa premi&#232;re journ&#233;e, premi&#232;re journ&#233;e de la seconde cr&#233;ation, le produit de Prom&#233;th&#233;e, c'est-&#224;-dire sa richesse, son bien-&#234;tre, est &#233;gal &#224; 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second jour, Prom&#233;th&#233;e divise son travail, et son produit devient &#233;gal &#224; 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me jour, et chacun des jours suivants, Prom&#233;th&#233;e invente des machines, d&#233;couvre de nouvelles utilit&#233;s dans les corps, de nouvelles forces dans la nature ; le champ de son existence s'&#233;tend du domaine sensitif &#224; la sph&#232;re du moral et de l'intelligence, et, &#224; chaque pas que fait son industrie, le chiffre de sa production s'&#233;l&#232;ve et lui d&#233;nonce un surcro&#238;t de f&#233;licit&#233;. Et puisque enfin pour lui consommer c'est produire, il est clair que chaque journ&#233;e de consommation n'emportant que le produit de la veille, laisse un exc&#233;dant de produit &#224; la journ&#233;e du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais remarquons aussi, remarquons surtout ce fait capital, c'est que le bien-&#234;tre de l'homme est en raison directe de l'intensit&#233; du travail et de la multiplicit&#233; des industries, en sorte que l'accroissement de la richesse et l'accroissement du labeur sont corr&#233;latifs et parall&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire maintenant que chaque individu participe &#224; ces conditions g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement collectif, ce serait affirmer une v&#233;rit&#233; qui, &#224; force d'&#233;vidence, pourrait sembler niaise. Signalons plut&#244;t les deux formes g&#233;n&#233;rales de la consommation dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233;, de m&#234;me que l'individu, a d'abord ses objets de consommation personnelle, objets dont le temps lui fait sentir peu &#224; peu le besoin, et que ses instincts myst&#233;rieux lui commandent de cr&#233;er. Ainsi, il y eut au moyen &#226;ge, pour un grand nombre de villes, un instant d&#233;cisif o&#249; la construction d'h&#244;tels de ville et de cath&#233;drales devint une passion violente, qu'il fallut &#224; tout prix satisfaire ; l'existence de la communaut&#233; en d&#233;pendait. S&#233;curit&#233; et force, ordre public, centralisation, nationnalit&#233;, patrie, ind&#233;pendance, voil&#224; ce qui compose la vie de la soci&#233;t&#233;, l'ensemble de ses facult&#233;s mentales ; voil&#224; les sentiments qui devaient trouver leur expression et leurs insignes. Telle avait &#233;t&#233; autrefois la destination du temple de J&#233;rusalem, v&#233;ritable palladium de la nation juive ; tel &#233;tait le temple de Jupiter-Capitolin, &#224; Rome. Plus tard, apr&#232;s le palais municipal et le temple, organes pour ainsi dire de la centralisation et du progr&#232;s, vinrent les autres travaux d'utilit&#233; publique, ponts, th&#233;&#226;tres, h&#244;pitaux, routes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monuments d'utilit&#233; publique &#233;tant d'un usage essentiellement commun, et par cons&#233;quent gratuit, la soci&#233;t&#233; se couvre de ses avances par les avantages politiques et moraux qui r&#233;sultent de ces grands ouvrages, et qui, donnant un gage de s&#233;curit&#233; au travail et un id&#233;al aux esprits, impriment un nouvel essor &#224; l'industrie et aux arts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il on est autrement des objets de consommation domestique, qui seuls tombent dans la cat&#233;gorie de l'&#233;change : ceux-ci ne sont productibles que selon les conditions de mutualit&#233; qui en permettent la consommation, c'est-&#224;-dire le remboursement imm&#233;diat et avec b&#233;n&#233;fice aux producteurs. Ces conditions, nous les avons suffisamment d&#233;velopp&#233;es dans la th&#233;orie de proportionnalit&#233; des valeurs, que l'on pourrait nommer &#233;galement th&#233;orie de la r&#233;duction progressive des prix de revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;montr&#233; par la th&#233;orie et par les faits le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant ; mais ce principe, aussi certain qu'une proposition d'arithm&#233;tique, est loin encore de se r&#233;aliser pour tout le monde. Tandis que par le progr&#232;s de l'industrie collective, chaque journ&#233;e de travail individuel obtient un produit de plus en plus grand, et, par une cons&#233;quence n&#233;cessaire, tandis que le travailleur, avec le m&#234;me salaire, devrait devenir tous les jours plus riche, il existe dans la soci&#233;t&#233; des &#233;tats qui profitent et d'autres qui d&#233;p&#233;rissent ; des travailleurs &#224; double, triple et centuple salaire, et d'autres en d&#233;ficit ; partout enfin des gens qui jouissent et d'autres qui souffrent, et, par une division monstrueuse des facult&#233;s industrielles, des individus qui consomment, et qui ne produisent pas. La r&#233;partition du bien-&#234;tre suit tous les mouvements de la valeur, et les reproduit, en mis&#232;re et luxe, sur des dimensions et avec une &#233;nergie effrayantes. Mais partout aussi le progr&#232;s de la richesse, c'est-&#224;-dire la proportionnalit&#233; des valeurs, est la loi dominante ; et quand les &#233;conomistes opposent aux plaintes du parti social l'accroissement progressif de la fortune publique et les adoucissements apport&#233;s &#224; la condition des classes m&#234;me les plus malheureuses, ils proclament, sans s'en douter, une v&#233;rit&#233; qui est la condamnation de leurs th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car j'adjure les &#233;conomistes de s'interroger un moment dans le silence de leur c&#339;ur, loin des pr&#233;jug&#233;s qui les troublent, et sans &#233;gard aux emplois qu'ils occupent ou qu'ils attendent, aux int&#233;r&#234;ts qu'ils desservent, aux suffrages qu'ils ambitionnent, aux distinctions dont leur vanit&#233; se berce : qu'ils disent si, jusqu'&#224; ce jour, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant leur &#233;tait apparu avec cette cha&#238;ne de pr&#233;liminaires et de cons&#233;quences que nous avons soulev&#233;e ; et si par ces mots ils ont jamais con&#231;u autre chose que le droit d'agioter sur les valeurs, en man&#339;uvrant l'offre et la demande ? s'il n'est pas vrai qu'ils affirment tout &#224; la fois, d'un c&#244;t&#233; le progr&#232;s de la richesse et du bien-&#234;tre, et par cons&#233;quent la mesure des valeurs ; de l'autre, l'arbitraire des transactions commerciales et l'incommensurabilit&#233; des valeurs, c'est-&#224;-dire tout ce qu'il y a de plus contradictoire ? N'est-ce pas en vertu de cette contradiction qu'on entend sans cesse r&#233;p&#233;ter dans les cours, et qu'on lit dans les ouvrages d'&#233;conomie politique, cette hypoth&#232;se absurde : Si le prix de toutes choses &#233;tait doubl&#233; &#8230; Comme si le prix de toutes choses n'&#233;tait pas la proportion des choses, et qu'on p&#251;t doubler une proportion, un rapport, une loi ! N'est-ce pas enfin en vertu de la routine propri&#233;taire et anormale, d&#233;fendue par l'&#233;conomie politique, que chacun dans le commerce, dans l'industrie, dans les arts et dans l'&#201;tat, sous pr&#233;texte de services rendus &#224; la soci&#233;t&#233;, tend sans cesse &#224; exag&#233;rer son importance, sollicite des r&#233;compenses, des subventions, de grosses pensions, de larges honoraires : comme si la r&#233;tribution de tout service n'&#233;tait pas n&#233;cessairement fix&#233;e par le montant de ses frais ? Pourquoi les &#233;conomistes ne r&#233;pandent-ils pas de toutes leurs forces cette v&#233;rit&#233; si simple et si lumineuse : Le travail de tout homme ne peut acheter que la valeur qu'il renferme, et cette valeur est proportionnelle aux services de tous les autres travailleurs ; si, comme ils paraissent le croire, le travail de chacun doit laisser un exc&#233;dant ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici se pr&#233;sente une derni&#232;re consid&#233;ration que j'exposerai en peu de mots. &lt;br class='autobr' /&gt;
J. B. Say, celui de tous les &#233;conomistes qui a le plus insist&#233; sur l'ind&#233;terminabilit&#233; absolue de la valeur, est aussi celui qui s'est donn&#233; le plus de peine pour renverser cette proposition. C'est lui qui, si je ne me trompe, est auteur de la formule : Tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, ou, ce qui revient au m&#234;me, les produits s'ach&#232;tent avec des produits. Cet aphorisme, plein de cons&#233;quences &#233;galitaires, a &#233;t&#233; contredit depuis par d'autres &#233;conomistes ; nous examinerons tour &#224; tour l'affirmative et la n&#233;gative. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je dis : Tout produit vaut les produits qu'il a co&#251;t&#233;s, cela signifie que tout produit est une unit&#233; collective qui, sous une forme nouvelle, groupe un certain nombre d'autres produits consomm&#233;s en des quantit&#233;s diverses. D'o&#249; il suit que les produits de l'industrie humaine sont, les uns par rapport aux autres, genres et esp&#232;ces, et qu'ils forment une s&#233;rie du simple au compos&#233;, selon le nombre et la proportion des &#233;l&#233;ments, tous &#233;quivalents entre eux, qui constituent chaque produit. Peu importe, quant &#224; pr&#233;sent, que cette s&#233;rie, ainsi que l'&#233;quivalence de ses &#233;l&#233;ments, soit plus ou moins exactement exprim&#233;e dans la pratique par l'&#233;quilibre des salaires et des fortunes : il s'agit avant tout du rapport dans les choses, de la loi &#233;conomique. Car ici, comme toujours, l'id&#233;e engendre d'abord et spontan&#233;ment le fait, lequel, reconnu ensuite par la pens&#233;e qui lui a donn&#233; l'&#234;tre, se rectifie peu &#224; peu et se d&#233;finit conform&#233;ment &#224; son principe. Le commerce, libre et concurrent, n'est qu'une longue op&#233;ration de redressement ayant pour objet de faire ressortir la proportionnalit&#233; des valeurs, en attendant que le droit civil la consacre et la prenne pour r&#232;gle de la condition des personnes. Je dis donc que le principe de Say, Tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, indique une s&#233;rie de la production humaine, analogue aux s&#233;ries animale et v&#233;g&#233;tale, et dans laquelle les unit&#233;s &#233;l&#233;mentaires (journ&#233;es de travail) sont r&#233;put&#233;es &#233;gales. En sorte que l'&#233;conomie politique affirme d&#232;s son d&#233;but, mais par une contradiction, ce que ni Platon, ni Rousseau, ni aucun publiciste ancien ou moderne n'a cru possible, l'&#233;galit&#233; des conditions et des fortunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e est tour &#224; tour laboureur, vigneron, boulanger, tisserand. Quelque m&#233;tier qu'il exerce, comme il ne travaille que pour lui-m&#234;me, il ach&#232;te ce qu'il consomme (ses produits) avec une seule et m&#234;me monnaie (ses produits), dont l'unit&#233; m&#233;trique est n&#233;cessairement sa journ&#233;e de travail. Il est vrai que le travail lui-m&#234;me est susceptible de variation : Prom&#233;th&#233;e n'est pas toujours &#233;galement dispos, et d'un moment &#224; l'autre son ardeur, sa f&#233;condit&#233;, monte et descend. Mais, comme tout ce qui est sujet &#224; varier, le travail a sa moyenne, et cela nous autorise &#224; dire qu'en somme la journ&#233;e de travail paye la journ&#233;e de travail, ni plus ni moins. Il est bien vrai, si l'on compare les produits d'une certaine &#233;poque de la vie sociale &#224; ceux d'une autre, que la cent-millionni&#232;me journ&#233;e du genre humain donnera un r&#233;sultat incomparablement sup&#233;rieur &#224; celui de la premi&#232;re ; mais c'est le cas de dire aussi que la vie de l'&#234;tre collectif, pas plus que celle de l'individu, ne peut &#234;tre scind&#233;e ; que si les jours ne se ressemblent pas, ils sont indissolublement unis, et que dans la totalit&#233; de l'existence la peine et le plaisir leur sont communs. Si donc le tailleur, pour rendre la valeur d'une journ&#233;e, consomme dix fois la journ&#233;e du tisserand, c'est comme si le tisserand donnait dix jours de sa vie pour un jour de la vie du tailleur. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui arrive quand un paysan paye 12 francs &#224; un notaire pour un &#233;crit dont la r&#233;daction co&#251;te une heure ; et cette in&#233;galit&#233;, cette iniquit&#233; dans les &#233;changes, est la plus puissante cause de mis&#232;re que les socialistes aient d&#233;voil&#233;e et que les &#233;conomistes avouent tout bas, en attendant qu'un signe du ma&#238;tre leur permette de la reconna&#238;tre tout haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute erreur dans la justice commutative est une immolation du travailleur, une transfusion du sang d'un homme dans le corps d'un autre homme&#8230;&#8230; Qu'on ne s'effraie pas : je n'ai nul dessein de fulminer une irritante philippique &#224; la propri&#233;t&#233; ; j'y pense d'autant moins, que, selon mes principes, l'humanit&#233; ne se trompe jamais ; qu'en se constituant d'abord sur le droit de propri&#233;t&#233; elle n'a fait que poser un des principes de son organisation future ; et que, la pr&#233;pond&#233;rance de la propri&#233;t&#233; une fois abattue, ce qui reste &#224; faire est de ramener &#224; l'unit&#233; cette fameuse antith&#232;se. Tout ce que l'on pourrait m'objecter en faveur de la propri&#233;t&#233;, je le sais aussi bien qu'aucun de mes censeurs, &#224; qui je demande pour toute gr&#226;ce de montrer du c&#339;ur, alors que la dialectique leur fait d&#233;faut. Comment des richesses dont le travail n'est pas le module seraient-elles valables ? Et si c'est le travail qui cr&#233;e la richesse et l&#233;gitime la propri&#233;t&#233;, comment expliquer la consommation de l'oisif ? Comment un syst&#232;me de r&#233;partition dans lequel le produit vaut, selon les personnes, tant&#244;t plus, tant&#244;t moins qu'il ne co&#251;te, est-il loyal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Say conduisaient &#224; une loi agraire ; aussi le parti conservateur s'est-il empress&#233; de protester contre elles. &#171; La premi&#232;re source de la richesse, avait dit M. Rossi, est le travail. En proclamant ce grand principe, l'&#233;cole industrielle a non-seulement mis en &#233;vidence un principe &#233;conomique, mais celui des faits sociaux qui, dans la main d'un historien habile, devient le guide le plus s&#251;r pour suivre l'esp&#232;ce humaine, dans sa marche et ses &#233;tablissements sur la face du globe. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi, apr&#232;s avoir consign&#233; dans son cours ces paroles profondes, M. Rossi a-t-il cru devoir les r&#233;tracter ensuite dans une revue, et compromettre gratuitement sa dignit&#233; de philosophe et d'&#233;conomiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dites que la richesse n'est que le r&#233;sultat du travail ; affirmez que dans tous les cas le travail est la mesure de la valeur, le r&#233;gulateur des prix ; et pour &#233;chapper tant bien que mal aux objections que soul&#232;vent de toutes parts ces doctrines, les unes incompl&#232;tes, les autres absolues, vous serez amen&#233;s bon gr&#233; mal gr&#233; &#224; g&#233;n&#233;raliser la notion du travail, et &#224; substituer &#224; l'analyse une synth&#232;se parfaitement erron&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette qu'un homme tel que M. Rossi me sugg&#232;re une si triste pens&#233;e ; mais en lisant le passage que je viens de rapporter, je n'ai pu m'emp&#234;cher de dire : La science et la v&#233;rit&#233; ne sont plus rien ; ce que l'on adore maintenant, c'est la boutique, et apr&#232;s la boutique, le constitutionnalisme d&#233;sesp&#233;r&#233; qui la repr&#233;sente. &#192; qui donc M. Rossi pense-t-il s'adresser ? Veut-il du travail ou d'autre chose ? de l'analyse ou de la synth&#232;se ? Veut-il toutes ces choses &#224; la fois ? Qu'il choisisse, car la conclusion est in&#233;vitable contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le travail est la source de toute richesse, si c'est le guide le plus s&#251;r pour suivre l'histoire des &#233;tablissements humains sur la face du globe, comment l'&#233;galit&#233; de r&#233;partition, l'&#233;galit&#233; selon la mesure du travail, ne serait-elle pas une loi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au contraire, il est des richesses qui ne viennent pas du travail, comment la possession de ces richesses est-elle un privil&#232;ge ? Quelle est la l&#233;gitimit&#233; du monopole ? Qu'on expose donc, une fois, cette th&#233;orie du droit de consommation improductive, cette jurisprudence du bon plaisir, cette religion de l'oisivet&#233;, pr&#233;rogative sacr&#233;e d'une caste d'&#233;lus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie maintenant cet appel &#224; l'analyse des faux jugements de la synth&#232;se ? ces termes de m&#233;taphysique ne sont bons qu'&#224; endoctriner les niais, qui ne se doutent pas que la m&#234;me proposition peut &#234;tre rendue indiff&#233;remment et &#224; volont&#233;, analytique ou synth&#233;tique. &#8212; Le travail est le principe de la valeur et la source de la richesse : proposition analytique, telle que M. Rossi la veut, puisque cette proposition est le r&#233;sum&#233; d'une analyse, dans laquelle on d&#233;montre qu'il y a identit&#233; entre la notion primitive de travail et les notions subs&#233;quentes de produit, valeur, capital, richesse, etc. Cependant nous voyons que M. Rossi rejette la doctrine qui r&#233;sulte de cette analyse. &#8212; Le travail, le capital et la terre, sont les sources de la richesse. Proposition synth&#233;tique, telle pr&#233;cis&#233;ment que M. Rossi n'en veut pas ; en effet, la richesse est ici consid&#233;r&#233;e comme notion g&#233;n&#233;rale, qui se produisit sous trois esp&#232;ces distinctes, mais non identiques. Et pourtant la doctrine, ainsi formul&#233;e, est celle qui a la pr&#233;f&#233;rence de M. Rossi. Pla&#238;t-il maintenant &#224; M. Rossi que nous rendions sa th&#233;orie du monopole analytique, et la n&#244;tre du travail synth&#233;tique ? Je puis lui donner cette satisfaction&#8230;. Mais je rougirais, avec un homme aussi grave, de prolonger un tel badinage. M. Rossi sait mieux que personne que l'analyse et la synth&#232;se ne prouvent par elles-m&#234;mes absolument rien, et que ce qui importe, comme disait Bacon, c'est de faire des comparaisons exactes et des d&#233;nombrements complets. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque M. Rossi &#233;tait en verve d'abstractions, que ne disait-il &#224; cette phalange d'&#233;conomistes qui recueillent avec tant de respect les moindres paroles tomb&#233;es de sa bouche : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le capital est la mati&#232;re de la richesse, comme l'argent est la mati&#232;re de la monnaie, comme le bl&#233; est la mati&#232;re du pain, et, en remontant la s&#233;rie jusqu'au bout, comme la terre, l'eau, le feu, l'atmosph&#232;re, sont la mati&#232;re de tous nos produits. Mais c'est le travail, le travail seul, qui cr&#233;e successivement chaque utilit&#233; donn&#233;e &#224; ces mati&#232;res, et qui cons&#233;quemment les transforme en capitaux et en richesses. Le capital est du travail, c'est-&#224;-dire de l'intelligence et de la vie r&#233;alis&#233;es : comme les animaux et les plantes sont des r&#233;alisations de l'&#226;me universelle ; comme les chefs-d'&#339;uvre d'Hom&#232;re, de Rapha&#235;l et de Rossini, sont l'expression de leurs id&#233;es et de leurs sentiments. La valeur est la proportion suivant laquelle toutes les r&#233;alisations de l'&#226;me humaine doivent se balancer pour produire un tout harmonique, qui, &#233;tant richesse, engendre pour nous le bien-&#234;tre, ou plut&#244;t est le signe, non l'objet, de notre f&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; La proposition, il n'y a pas de mesure de la valeur, est illogique et contradictoire ; cela r&#233;sulte des motifs m&#234;me sur lesquels on a pr&#233;tendu l'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; La proposition, le travail est le principe de proportionnalit&#233; des valeurs, non-seulement est vraie, parce qu'elle r&#233;sulte d'une irr&#233;fragable analyse, mais elle est le but du progr&#232;s, la condition et la forme du bien-&#234;tre social, le commencement et la fin de l'&#233;conomie politique. De cette proposition et de ses corollaires, tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, et les produits s'ach&#232;tent avec des produits, se d&#233;duit le dogme de l'&#233;galit&#233; des conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; L'id&#233;e de valeur socialement constitu&#233;e, ou de proportionnalit&#233; des produits, sert &#224; expliquer en outre : a) comment une invention m&#233;canique, nonobstant le privil&#232;ge qu'elle cr&#233;e temporairement et les perturbations qu'elle occasionne, produit toujours &#224; la fin une am&#233;lioration g&#233;n&#233;rale ; &#8212; b) comment la d&#233;couverte d'un proc&#233;d&#233; &#233;conomique ne peut jamais valoir &#224; l'inventeur un profit &#233;gal &#224; celui qu'il procure &#224; la soci&#233;t&#233; ; &#8212; c) comment, par une s&#233;rie d'oscillations entre l'offre et la demande, la valeur de chaque produit tend constamment &#224; se mettre de niveau avec le prix de revient et avec les besoins de la consommation, et par cons&#233;quent &#224; s'&#233;tablir d'une mani&#232;re fixe et positive ; &#8212; d) comment la production collective augmentant incessamment la masse des choses consommables, et cons&#233;quemment la journ&#233;e de travail &#233;tant de mieux en mieux pay&#233;e, le travail doit laisser &#224; chaque producteur un exc&#233;dant ; &#8212; e) comment le labeur', loin de diminuer par le progr&#232;s industriel, augmente incessamment en quantit&#233; et qualit&#233;, c'est-&#224;-dire en intensit&#233; et difficult&#233; pour toutes les industries ; &#8212; f) comment la valeur sociale &#233;limine continuiellement les valeurs fictives, en d'autres termes, comment l'industrie op&#232;re la socialisation du capital et de la propri&#233;t&#233; ; &#8212; g) enfin, comment la r&#233;partition des produits se r&#233;gularisant &#224; fur et mesure de la garantie mutuelle, produite par la constitution des valeurs, pousse la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;galit&#233; des conditions et des fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Enfin, la th&#233;orie de la constitution successive de toutes les valeurs commerciales impliquant un progr&#232;s &#224; l'infini du travail, de la richesse et du bien-&#234;tre, la destin&#233;e sociale, au point de vue &#233;conomique, nous est r&#233;v&#233;l&#233;e : Produire incessamment, avec la moindre somme possible de travail pour chaque produit, la plus grande quantit&#233; et la plus grande vari&#233;t&#233; possibles de valeurs, de mani&#232;re &#224; r&#233;aliser pour chaque individu la plus grande somme de bien-&#234;tre physique, moral et intellectuel, et pour l'esp&#232;ce, la plus haute perfection, et une gloire infinie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons d&#233;termin&#233;, non sans peine, le sens de la question propos&#233;e par l'Acad&#233;mie des sciences morales, touchant les oscillations du profit et du salaire, il est temps d'aborder la partie essentielle de notre t&#226;che. Partout o&#249; le travail n'a point &#233;t&#233; socialis&#233;, c'est-&#224;-dire partout o&#249; la valeur ne s'est pas d&#233;termin&#233;e synth&#233;tiquement, il y a perturbation et d&#233;loyaut&#233; dans les &#233;changes, guerre de ruses et d'embuscades, emp&#234;chement &#224; la production, &#224; la circulation et &#224; la consommation, labeur improductif, absence de garanties, spoliation, insolidarit&#233;, indigence et luxe, mais en m&#234;me temps effort du g&#233;nie social pour conqu&#233;rir la justice, et tendance constante vers l'association et l'ordre. L'&#233;conomie politique n'est autre chose que l'histoire de cette grande lutte. D'une part, en effet, l'&#233;conomie politique, en tant qu'elle consacre et pr&#233;tend &#233;terniser les anomalies de la valeur et les pr&#233;rogatives de l'&#233;go&#239;sme, est v&#233;ritablement la th&#233;orie du malheur et l'organisation de la mis&#232;re ; mais en tant qu'elle expose les moyens invent&#233;s par la civilisation pour vaincre le paup&#233;risme, bien que ces moyens aient constamment tourn&#233; &#224; l'avantage exclusif du monopole, l'&#233;conomie politique est le pr&#233;ambule de l'organisation de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe donc de reprendre l'&#233;tude des faits et des routines &#233;conomiques, d'en d&#233;gager l'esprit et d'en formuler la philosophie. Sans cela, nulle intelligence de la marche des soci&#233;t&#233;s ne peut &#234;tre acquise, nulle r&#233;forme essay&#233;e. L'erreur du socialisme a &#233;t&#233; jusqu'ici de perp&#233;tuer la r&#234;verie religieuse en se lan&#231;ant dans un avenir fantastique, au lieu de saisir la r&#233;alit&#233; qui l'&#233;crase ; comme le tort des &#233;conomistes est de voir dans chaque fait accompli un arr&#234;t de proscription contre toute hypoth&#232;se de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, ce n'est point ainsi que je con&#231;ois la science &#233;conomique, la v&#233;ritable science sociale. Au lieu de r&#233;pondre par des &#224; priori aux redoutables probl&#232;mes de l'organisation du travail et de la r&#233;partition des richesses, j'interrogerai l'&#233;conomie politique comme la d&#233;positaire des pens&#233;es secr&#232;tes de l'humanit&#233;, je ferai parler les faits selon l'ordre de leur g&#233;n&#233;ration, et raconterai, sans y mettre du mien, leurs t&#233;moignages. Ce sera tout &#224; la fois une triomphante et lamentable histoire, o&#249; les personnages seront des id&#233;es, les &#233;pisodes des th&#233;ories, et les dates des formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187;, la r&#233;ponse de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I : Une d&#233;couverte scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opposition de la valeur d'utilit&#233; et de la valeur d'&#233;change&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La capacit&#233; qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir &#224; la subsistance de l'homme, se nomme particuli&#232;rement valeur d'utilit&#233; ; la capacit&#233; qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en &#233;change... Comment la valeur d'utilit&#233; devient-elle valeur en &#233;change ?... La g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de la valeur (en &#233;change) n'a pas &#233;t&#233; not&#233;e par les &#233;conomistes avec assez de soin : il importe de nous y arr&#234;ter. Puis donc que, parmi les objets dont j'ai besoin, un tr&#232;s grand nombre ne se trouve dans la nature qu'en une quantit&#233; m&#233;diocre, ou m&#234;me ne se trouve pas du tout, je suis forc&#233; d'aider &#224; la production de ce qui me manque, et comme je ne puis mettre la main &#224; tant de choses, je proposerai &#224; d'autres hommes, mes collaborateurs dans des fonctions diverses, de me c&#233;der une partie de leurs produits en &#233;change du mien &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon se propose de nous expliquer avant tout la double nature de la valeur, la &#8220; distinction dans la valeur &#8221;, le mouvement qui fait de la valeur d'utilit&#233; la valeur d'&#233;change. Il importe de nous arr&#234;ter avec M. Proudhon &#224; cet acte de transsubstantiation. Voici comment cet acte s'accomplit d'apr&#232;s notre auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s grand nombre de produits ne se trouvent pas dans la nature, ils se trouvent au bout de l'industrie. Supposez que les besoins d&#233;passent la production spontan&#233;e de la nature, l'homme est forc&#233; de recourir &#224; la production industrielle. Qu'est-ce que cette industrie, dans la supposition de M. Proudhon ? Quelle en est l'origine ? Un seul homme &#233;prouvant le besoin d'un tr&#232;s grand nombre de choses &#8220; ne peut mettre la main &#224; tant de choses &#8221;. Tant de besoins &#224; satisfaire supposent tant de choses &#224; produire - il n'y a pas de produits sans production - tant de choses &#224; produire ne supposent d&#233;j&#224; plus la main d'un seul homme aidant &#224; les produire. Or, du moment que vous supposez plus d'une main aidant &#224; la production, vous avez d&#233;j&#224; suppos&#233; toute une production, bas&#233;e sur la division du travail. Ainsi le besoin, tel que M. Proudhon le suppose, suppose lui-m&#234;me toute la division du travail. En supposant la division du travail, vous avez l'&#233;change et cons&#233;quemment la valeur d'&#233;change. Autant aurait valu supposer de prime abord la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais M. Proudhon a mieux aim&#233; faire le tour. Suivons-le dans tous ses d&#233;tours, pour revenir toujours &#224; son point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de l'&#233;tat de choses o&#249; chacun produit en solitaire, et pour arriver &#224; l'&#233;change, &#8220; je m'adresse &#8221;, dit M. Proudhon, &#8220; &#224; mes collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;. Donc, moi, j'ai des collaborateurs, qui tous ont des fonctions diverses, sans que pour cela moi et tous les autres, toujours d'apr&#232;s la supposition de M. Proudhon, nous soyons sortis de la position solitaire et peu sociale des Robinson. Les collaborateurs et les fonctions diverses, la division du travail, et l'&#233;change qu'elle implique, sont tout trouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : j'ai des besoins fond&#233;s sur la division du travail et sur l'&#233;change. En supposant ces besoins, M. Proudhon se trouve avoir suppos&#233; l'&#233;change, la valeur d'&#233;change, dont il se propose pr&#233;cis&#233;ment de &#8220; noter la g&#233;n&#233;ration avec plus de soin que les autres &#233;conomistes &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait pu tout aussi bien intervertir l'ordre des choses, sans intervertir pour cela la justesse de ses conclusions. Pour expliquer la valeur en &#233;change, il faut l'&#233;change. Pour expliquer l'&#233;change, il faut la division du travail. Pour expliquer la division du travail, il faut des besoins qui n&#233;cessitent la division du travail. Pour expliquer ces besoins, il faut les &#8220; supposer &#8221;, ce qui n'est pas les nier, contrairement au premier axiome du prologue de M. Proudhon : &#8220; Supposer Dieu c'est le nier [2]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment M. Proudhon, pour lequel la division du travail est suppos&#233;e connue, s'y prend-il pour expliquer la valeur d'&#233;change, qui pour lui est toujours l'inconnu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Un homme &#8221; s'en va &#8220; proposer &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, d'&#233;tablir l'&#233;change et de faire une distinction entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable. En acceptant cette distinction propos&#233;e, les collaborateurs n'ont laiss&#233; &#224; M. Proudhon d'autre &#8220; soin &#8221; que de prendre acte du fait, de marquer, &#8220; de noter &#8221; dans son trait&#233; d'&#233;conomie politique la &#8220; g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de la valeur &#8221;. Mais il nous doit toujours, &#224; nous, d'expliquer la &#8220; g&#233;n&#233;ration &#8221; de cette proposition, de nous dire enfin comment ce seul homme, ce Robinson, a eu tout &#224; coup l'id&#233;e de faire &#8220; &#224; ses collaborateurs &#8221; une proposition du genre connu et comment ces collaborateurs l'ont accept&#233;e sans protestation aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon n'entre pas dans ces d&#233;tails g&#233;n&#233;alogiques. Il donne simplement au fait de l'&#233;change une mani&#232;re de cachet historique en le pr&#233;sentant sous la forme d'une motion, qu'un tiers aurait faite, tendant &#224; &#233;tablir l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un &#233;chantillon de &#8220; la m&#233;thode historique et descriptive &#8221; de M. Proudhon, qui professe un d&#233;dain superbe pour la &#8220; m&#233;thode historique et descriptive &#8221; des Adam Smith et des Ricardo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change a son histoire &#224; lui. Il a pass&#233; par diff&#233;rentes phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps, comme au moyen-&#226;ge, o&#249; l'on n'&#233;changeait que le superflu, l'exc&#233;dent de la production sur la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut encore un temps o&#249; non seulement le superflu, mais tous les produits, toute l'existence industrielle &#233;tait pass&#233;e dans le commerce, o&#249; la production tout enti&#232;re d&#233;pendait de l'&#233;change. Comment expliquer cette deuxi&#232;me phase de l'&#233;change - la valeur v&#233;nale &#224; sa deuxi&#232;me puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait une r&#233;ponse toute pr&#234;te : mettez qu'un homme ait &#8220; propos&#233; &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, d'&#233;lever la valeur v&#233;nale &#224; sa deuxi&#232;me puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint enfin un temps o&#249; tout ce que les hommes avaient regard&#233; comme inali&#233;nable devint objet d'&#233;change, de trafic et pouvait s'ali&#233;ner. C'est le temps o&#249; les choses m&#234;mes qui jusqu'alors &#233;taient communiqu&#233;es, mais jamais &#233;chang&#233;es ; donn&#233;es mais jamais vendues ; acquises, mais jamais achet&#233;es - vertu, amour, opinion, science, conscience, etc., - o&#249; tout enfin passa dans le commerce. C'est le temps de la corruption g&#233;n&#233;rale, de la v&#233;nalit&#233; universelle, ou, pour parler en termes d'&#233;conomie politique, le temps o&#249; toute chose, morale ou physique, &#233;tant devenue valeur v&#233;nale, est port&#233;e au march&#233; pour &#234;tre appr&#233;ci&#233;e &#224; sa plus juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer encore cette nouvelle et derni&#232;re phase de l'&#233;change - la valeur v&#233;nale &#224; sa troisi&#232;me puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait une r&#233;ponse toute pr&#234;te : Mettez qu'une personne ait &#8220; propos&#233; &#224; d'autres personnes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, de faire de la vertu, de l'amour, etc., une valeur v&#233;nale, d'&#233;lever la valeur d'&#233;change &#224; sa troisi&#232;me et derni&#232;re puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la &#8220; m&#233;thode historique et descriptive &#8221; de M. Proudhon est bonne &#224; tout, elle r&#233;pond &#224; tout, elle explique tout. S'agit-il surtout d'expliquer historiquement la &#8220; g&#233;n&#233;ration d'une id&#233;e &#233;conomique &#8221;, il suppose un homme qui propose &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses, d'accomplir cet acte de g&#233;n&#233;ration, et tout est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, nous acceptons la &#8220; g&#233;n&#233;ration &#8221; de la valeur d'&#233;change comme un acte accompli ; il ne reste maintenant qu'&#224; exposer le rapport de la valeur d'&#233;change &#224; la valeur d'utilit&#233;. &#201;coutons M. Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes ont tr&#232;s bien fait ressortir le double caract&#232;re de la valeur ; mais ce qu'ils n'ont pas rendu avec la m&#234;me nettet&#233;, c'est sa nature contradictoire ; ici commence notre critique... C'est peu d'avoir signal&#233; dans la valeur utile et dans la valeur &#233;changeable cet &#233;tonnant contraste, o&#249; les &#233;conomistes sont accoutum&#233;s &#224; ne voir rien que de tr&#232;s simple : il faut montrer que cette pr&#233;tendue simplicit&#233; cache un myst&#232;re profond que notre devoir est de p&#233;n&#233;trer... En termes techniques, la valeur utile et la valeur &#233;changeable sont en raison inverse l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons bien saisi la pens&#233;e de M. Proudhon, voici les quatre points qu'il se propose d'&#233;tablir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La valeur utile et la valeur &#233;changeable forment un &#8220; contraste &#233;tonnant &#8221;, se font opposition ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La valeur utile et la valeur &#233;changeable sont en raison inverse l'une de l'autre, en contradiction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les &#233;conomistes n'ont ni vu ni connu l'opposition ni la contradiction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La critique de M. Proudhon commence par la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aussi nous commencerons par la fin, et pour disculper les &#233;conomistes des accusations de M. Proudhon, nous laisserons parler deux &#233;conomistes assez importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sismondi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'opposition entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable &#224; laquelle le commerce a r&#233;duit toute chose, etc. [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauderdale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la richesse nationale [la valeur utile] diminue &#224; proportion que les fortunes individuelles s'accroissent par l'augmentation de la valeur v&#233;nale ; et &#224; mesure que celles-ci se r&#233;duisent par la diminution de cette valeur, la premi&#232;re augmente g&#233;n&#233;ralement [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sismondi a fond&#233; sur l'opposition entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable, sa principale doctrine, d'apr&#232;s laquelle la diminution du revenu est proportionnelle &#224; l'accroissement de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauderdale a fond&#233; son syst&#232;me sur la raison inverse des deux esp&#232;ces de valeur et sa doctrine &#233;tait m&#234;me tellement populaire du temps de Ricardo, que celui-ci pouvait en parler comme d'une chose g&#233;n&#233;ralement connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en confondant les id&#233;es de la valeur v&#233;nale et des richesses (valeur utile) qu'on a pr&#233;tendu qu'en diminuant la quantit&#233; des choses n&#233;cessaires, utiles ou agr&#233;ables &#224; la vie, on pouvait augmenter les richesses [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de voir que les &#233;conomistes, avant M. Proudhon, ont &#8220; signal&#233; &#8221; le myst&#232;re profond d'opposition et de contradiction. Voyons maintenant comment M. Proudhon explique &#224; son tour ce myst&#232;re apr&#232;s les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur &#233;changeable d'un produit baisse &#224; mesure que l'offre va croissant, la demande restant la m&#234;me ; en d'autres termes : plus un produit est abondant relativement &#224; la demande, plus sa valeur &#233;changeable ou son prix est bas. Vice-versa : plus l'offre est faible relativement &#224; la demande, plus la valeur &#233;changeable ou le prix du produit offert hausse ; en d'autres termes, plus il y a raret&#233; des produits offerts relativement &#224; la demande, plus il y a chert&#233;. La valeur d'&#233;change d'un produit d&#233;pend de son abondance ou de sa raret&#233;, mais toujours par rapport &#224; la demande. Supposez un produit plus que rare, unique dans son genre, je le veux bien : ce produit unique sera plus qu'abondant, il sera superflu, s'il n'est pas demand&#233;. En revanche, supposez un produit multipli&#233; &#224; millions : il sera toujours rare, s'il ne suffit pas &#224; la demande, c'est-&#224;-dire s'il est trop demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; de ces v&#233;rit&#233;s, nous dirons presque banales, et qu'il a fallu cependant reproduire ici pour faire comprendre les myst&#232;res de M. Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tellement qu'en suivant le principe jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences on arriverait &#224; conclure, le plus logiquement du monde, que les choses dont l'usage est n&#233;cessaire et la quantit&#233; infinie, doivent &#234;tre pour rien, et celles dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me, d'un prix inestimable. Pour comble d'embarras, la pratique n'admet point ces extr&#234;mes : d'un c&#244;t&#233;, aucun produit humain ne saurait jamais atteindre l'infini en grandeur ; de l'autre, les choses les plus rares ont besoin &#224; un degr&#233; quelconque d'&#234;tre utiles, Sans quoi elles ne seraient susceptibles d'aucune valeur. La valeur utile et la valeur &#233;changeable restent donc fatalement encha&#238;n&#233;es l'une &#224; l'autre, bien que par leur nature elles tendent continuellement &#224; s'exclure [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui met le comble &#224; l'embarras de M. Proudhon ? C'est qu'il a tout simplement oubli&#233; la demande, et qu'une chose ne saurait &#234;tre rare ou abondante qu'autant qu'elle est demand&#233;e. Une fois la demande mise de c&#244;t&#233;, il assimile la valeur &#233;changeable &#224; la raret&#233; et la valeur utile &#224; l'abondance. Effectivement, en disant que les choses &#8220; dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me &#8221; sont &#8220; d'un prix inestimable &#8221;, il dit tout simplement que la valeur en &#233;change n'est que la raret&#233;. &#8220; Raret&#233; extr&#234;me et utilit&#233; nulle &#8221;, c'est la raret&#233; pure. &#8220; Prix inestimable &#8221;, c'est le maximum de la valeur &#233;changeable, c'est la valeur &#233;changeable toute pure. Ces deux termes, il les met en &#233;quation. Donc, valeur &#233;changeable et raret&#233; sont des termes &#233;quivalents. En arrivant &#224; ces pr&#233;tendues &#8220; cons&#233;quences extr&#234;mes &#8221;, M. Proudhon se trouve en effet avoir pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, non, pas les choses, mais les termes qui les expriment, et en cela il fait preuve de rh&#233;torique bien plus que de logique. Il retrouve ses hypoth&#232;ses premi&#232;res dans toute leur nudit&#233;, quand il croit avoir trouv&#233; de nouvelles cons&#233;quences. Gr&#226;ce au m&#234;me proc&#233;d&#233;, il r&#233;ussit &#224; identifier la valeur utile avec l'abondance pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir mis en &#233;quation la valeur &#233;changeable et la raret&#233;, la valeur utile et l'abondance, M. Proudhon est tout &#233;tonn&#233; de ne trouver ni la valeur utile dans la raret&#233; et la valeur &#233;changeable, ni la valeur &#233;changeable dans l'abondance et la valeur utile ; et en voyant que la pratique n'admet point ces extr&#234;mes il ne peut plus faire autrement que de croire au myst&#232;re. Il y a pour lui prix inestimable, parce qu'il n'y a pas d'acheteurs, et il n'en trouvera jamais, tant qu'il fait abstraction de, la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, l'abondance de M. Proudhon semble &#234;tre quelque chose de spontan&#233;. Il oublie tout &#224; fait qu'il y a des gens qui la produisent, et qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de ceux-ci de ne jamais perdre de vue la demande. Sinon, comment M. Proudhon aurait-il pu dire que les choses qui sont tr&#232;s utiles doivent &#234;tre &#224; tr&#232;s bas prix ou m&#234;me ne co&#251;ter rien ? Il lui aurait fallu conclure, au contraire, qu'il faut restreindre l'abondance, la production des choses tr&#232;s utiles, si l'on veut en &#233;lever le prix, la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens vignerons de France, en sollicitant une loi qui interdisait la plantation de nouvelles vignes ; les Hollandais, en br&#251;lant les &#233;pices de l'Asie, en d&#233;racinant les girofliers dans les Moluques, voulaient tout simplement r&#233;duire l'abondance pour &#233;lever la valeur d'&#233;change. Tout le moyen-&#226;ge, en limitant par des lois le nombre des compagnons qu'un seul ma&#238;tre pouvait occuper, en limitant le nombre des instruments qu'il pouvait employer, agissait d'apr&#232;s ce m&#234;me principe. (Voir Anderson : Histoire du commerce.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir repr&#233;sent&#233; l'abondance comme la valeur utile, et la raret&#233; comme la valeur &#233;changeable, - rien de plus facile que de d&#233;montrer que l'abondance et la raret&#233; sont en raison inverse - M. Proudhon identifie la valeur utile &#224; l'offre et la valeur &#233;changeable &#224; la demande. Pour rendre l'antith&#232;se encore plus tranch&#233;e, il fait une substitution de termes en mettant &#8220; valeur d'opinion &#8221; &#224; la place de valeur &#233;changeable. Voil&#224; donc que la lutte a chang&#233; de terrain, et nous avons d'un c&#244;t&#233; l'utilit&#233; (la valeur en usage, l'offre), de l'autre l'opinion (la valeur &#233;changeable, la demande).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux puissances oppos&#233;es l'une &#224; l'autre, qui les conciliera ? Comment faire pour les mettre d'accord ? Pourrait-on seulement &#233;tablir entre elles un point de comparaison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, s'&#233;crie M. Proudhon, il y en a un ; c'est l'arbitraire. Le prix qui r&#233;sultera de cette lutte entre l'offre et la demande, entre l'utilit&#233; et l'opinion, ne sera pas l'expression de la justice &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon continue &#224; d&#233;velopper cette antith&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ma qualit&#233; d'acheteur libre, je suis juge de mon besoin, juge de la convenance de l'objet, du prix que je veux y mettre. D'autre part, en votre qualit&#233; de producteur libre, vous &#234;tes ma&#238;tre des moyens d'ex&#233;cution, et, en cons&#233;quence, vous avez la facult&#233; de r&#233;duire vos frais &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme la demande ou la valeur en &#233;change est identique avec l'opinion, M. Proudhon est amen&#233; &#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change. Comment r&#233;soudre cette opposition tant que subsistera le libre arbitre ? Et comment sacrifier celui-ci, &#224; moins de sacrifier l'homme &#187; [8] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a pas de r&#233;sultat possible. Il y a une lutte entre deux puissances pour ainsi dire incommensurables, entre l'utile et l'opinion, entre l'acheteur libre et le producteur libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons les choses d'un peu plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre ne repr&#233;sente pas exclusivement l'utilit&#233;, la demande ne repr&#233;sente pas exclusivement l'opinion. Celui qui demande n'offre-t-il pas aussi un produit quelconque ou le signe repr&#233;sentatif de tous les produits, l'argent, et en offrant ne repr&#233;sente-t-il pas, d'apr&#232;s M. Proudhon, l'utilit&#233; ou la valeur en usage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, celui qui offre ne demande-t-il pas aussi un produit quelconque ou le signe repr&#233;sentatif de tous les produits, de l'argent ? Et ne devient-il pas ainsi le repr&#233;sentant de l'opinion, de la valeur d'opinion ou de la valeur en &#233;change ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demande est en m&#234;me temps une offre, l'offre est en m&#234;me temps une demande. Ainsi l'antith&#232;se de M. Proudhon, en identifiant simplement l'offre et la demande, l'une &#224; l'utilit&#233;, l'autre &#224; l'opinion, ne repose que sur une abstraction futile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que M. Proudhon appelle valeur utile, d'autres &#233;conomistes l'appellent avec autant de raison valeur d'opinion. Nous ne citerons que Storch [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, on appelle besoins les choses dont nous sentons le besoin ; on appelle valeurs les choses auxquelles nous attribuons de la valeur. La plupart des choses ont seulement de la valeur parce qu'elles satisfont aux besoins engendr&#233;s par l'opinion. L'opinion sur nos besoins peut changer, donc l'utilit&#233; des choses, qui n'exprime qu'un rapport de ces choses &#224; nos besoins, peut changer aussi. Les besoins naturels eux-m&#234;mes changent continuellement. Quelle vari&#233;t&#233; n'y a-t-il pas, en effet, dans les objets qui servent de nourriture principale chez les diff&#233;rents peuples !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte ne s'&#233;tablit pas entre l'utilit&#233; et l'opinion : elle s'&#233;tablit entre la valeur v&#233;nale que demande l'offreur, et la valeur v&#233;nale qu'offre le demandeur. La valeur &#233;changeable du produit est chaque fois la r&#233;sultante de ces appr&#233;ciations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, l'offre et la demande mettent en pr&#233;sence la production et la consommation, mais la production et la consommation fond&#233;es sur les &#233;changes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le produit qu'on offre n'est pas l'utile en lui-m&#234;me. C'est le consommateur qui en constate l'utilit&#233;. Et lors m&#234;me qu'on lui reconna&#238;t la qualit&#233; d'&#234;tre utile, il n'est pas exclusivement l'utile. Dans le cours de la production il a &#233;t&#233; &#233;chang&#233; contre tous les frais de production, tels que les mati&#232;res premi&#232;res, les salaires des ouvriers, etc., toutes choses qui sont valeurs v&#233;nales. Donc le produit repr&#233;sente, aux yeux du producteur, une somme de valeurs v&#233;nales. Ce qu'il offre, ce n'est pas seulement un objet utile, mais encore et surtout une valeur v&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la demande, elle ne sera effective qu'&#224; la condition d'avoir &#224; sa disposition des moyens d'&#233;change. Ces moyens eux-m&#234;mes sont des produits, des valeurs v&#233;nales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'offre et la demande nous trouvons donc d'un c&#244;t&#233; un produit qui a co&#251;t&#233; des valeurs v&#233;nales, et le besoin de vendre ; de l'autre, des moyens qui ont co&#251;t&#233; des valeurs v&#233;nales, et le d&#233;sir d'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon oppose l'acheteur libre au producteur libre. Il donne &#224; l'un et &#224; l'autre des qualit&#233;s purement m&#233;taphysiques. C'est ce qui lui fait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le producteur, du moment qu'il a produit dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la division du travail et sur les &#233;changes, et c'est l&#224; l'hypoth&#232;se de M. Proudhon, est forc&#233; de vendre. M. Proudhon fait le producteur ma&#238;tre des moyens de production ; mais il conviendra avec nous que ce n'est pas du libre arbitre que d&#233;pendent ses moyens de production. Il y a plus ; ces moyens de production sont en grande partie des produits qui lui viennent du dehors, et dans la production moderne il n'est pas m&#234;me libre de produire la quantit&#233; qu'il veut. Le degr&#233; actuel du d&#233;veloppement des forces productives l'oblige de produire sur telle ou telle &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consommateur n'est pas plus libre que le producteur. Son opinion repose sur ses moyens et ses besoins. Les uns et les autres sont d&#233;termin&#233;s par sa situation sociale, laquelle d&#233;pend elle-m&#234;me de l'organisation sociale tout enti&#232;re. Oui, l'ouvrier qui ach&#232;te des pommes de terre, et la femme entretenue qui ach&#232;te des dentelles, suivent l'un et l'autre leur opinion respective. Mais la diversit&#233; de leurs opinions s'explique par la diff&#233;rence de la position qu'ils occupent dans le monde, laquelle est le produit de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me des besoins tout entier est-il fond&#233; sur l'opinion ou sur toute l'organisation de la production ? Le plus souvent les besoins naissent directement de la production, ou d'un &#233;tat de choses bas&#233; sur la production. Le commerce de l'univers roule presque entier sur des besoins, non de la consommation individuelle, mais de la production. Ainsi, pour choisir un autre exemple, le besoin que l'on a des notaires ne suppose-t-il pas un droit civil donn&#233;, qui n'est qu'une expression d'un certain d&#233;veloppement de la propri&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire de la production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas &#224; M. Proudhon d'avoir &#233;limin&#233; du rapport de l'offre et de la demande les &#233;l&#233;ments dont nous venons de parler. Il pousse l'abstraction aux derni&#232;res limites, en fondant tous les producteurs en un seul producteur, tous les consommateurs en un seul consommateur, et en &#233;tablissant la lutte entre ces deux personnages chim&#233;riques. Mais dans le monde r&#233;el les choses se passent autrement. La concurrence entre ceux qui offrent et la concurrence entre ceux qui demandent, forment un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de la lutte entre les acheteurs et les vendeurs, d'o&#249; r&#233;sulte la valeur v&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;limin&#233; les frais de production et la concurrence, M. Proudhon peut tout &#224; son aise, r&#233;duire &#224; l'absurde la formule de l'offre et de la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre et la demande, dit-il, ne sont autre chose que deux formes c&#233;r&#233;monielles servant &#224; mettre en pr&#233;sence la valeur d'utilit&#233; et la valeur d'&#233;change, et &#224; provoquer leur conciliation. Ce sont les p&#244;les &#233;lectriques dont la mise en rapport doit produite le ph&#233;nom&#232;ne d'affinit&#233; appel&#233; &#233;change [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant vaut dire que l'&#233;change n'est qu'une &#8220; forme c&#233;r&#233;monielle &#8221;, pour mettre en pr&#233;sence le consommateur et l'objet de la consommation. Autant vaut dire que tous les rapports &#233;conomiques sont des &#8220; formes c&#233;r&#233;monielles &#8221;, pour servir d'interm&#233;diaire &#224; la consommation imm&#233;diate. L'offre et la demande sont des rapports d'une production donn&#233;e, ni plus ni moins que les &#233;changes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, toute la dialectique de M. Proudhon en quoi consiste-t-elle ? A substituer &#224; la valeur utile et &#224; la valeur &#233;changeable, &#224; l'offre et &#224; la demande, des notions abstraites et contradictoires, telles que la raret&#233; et l'abondance, l'utile et l'opinion, un producteur ci un consommateur, tous les deux chevaliers du libre-arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; quoi voulait-il en venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A se m&#233;nager le moyen d'introduire plus tard un des &#233;l&#233;ments qu'il avait &#233;cart&#233;s, les frais de production, comme la synth&#232;se entre la valeur utile et la valeur &#233;changeable. C'est ainsi qu'&#224; ses yeux les frais de production constituent la valeur synth&#233;tique ou la valeur constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Proudhon : syst&#232;me des contradictions, ou philosophie de la mis&#232;re, tome I, chap. II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, prologue p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sismondi : &#201;tudes, tome II, page 162, &#233;dition de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Lauderdale : Recherches sur la nature et l'origine de la richesse publique ; traduit par Largentie de Lavaisse. Paris, 1808.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ricardo : Principes d'&#233;conomie politique, traduits par Constancio, annot&#233;s par J.-B. Say, Paris, 1835 ; tome II, chapitre &#8220; Sur la valeur et les richesses &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome I. p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome I, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Idem, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Cours d'&#233;conomie politique, Paris. 1823, pp. 88 et 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome. I. pp. 19-50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Criticalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production &lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence d'une contradiction entre le mode capitaliste de r&#233;partition du travail et les forces de travail, c'est &#224; dire une contradiction entre la subordination de l'individu &#224; la division du travail et les forces de production a &#233;t&#233; d&#233;couverte par Karl Marx et expos&#233;e dans le Capital Livre 1. La suppression de cette contradiction n'est rien d'autre que la lutte pour le socialisme car elle est permanente (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'une contradiction entre le mode capitaliste de r&#233;partition du travail et les forces de travail, c'est &#224; dire une contradiction entre la subordination de l'individu &#224; la division du travail et les forces de production a &#233;t&#233; d&#233;couverte par Karl Marx et expos&#233;e dans le Capital Livre 1. La suppression de cette contradiction n'est rien d'autre que la lutte pour le socialisme car elle est permanente et inh&#233;rente au syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience et le comportement des hommes sont d&#233;termin&#233;s &#224; la fois par la soci&#233;t&#233; du pass&#233; et la conscience de l'avenir n'est produite qu'au cours de la transformation elle-m&#234;me, de la lutte r&#233;volutionnaire, qui est provoqu&#233;e par les contradictions entre les forces productives et les rapports de production. L'id&#233;ologie d'une &#233;poque d&#233;pend bien s&#251;r de son niveau scientifique et technologique, c'est-&#224;-dire du niveau des forces productives, mais plus encore de l'organisation sociale, de l'&#233;tat des rapports entre hommes, c'est-&#224;-dire fondamentalement des rapports de production et de la structure sociale qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces productives sont toutes les forces (humaines ou mat&#233;rielles) qui concourent &#224; la production de biens mat&#233;riels. Les rapports de production sont les rapports sociaux entre les hommes qui sont rendus n&#233;cessaires par l'organisation de la production &#224; une &#233;poque donn&#233;e et &#224; un stade donn&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production sociale de leur vie, les hommes se trouvent li&#233;s par certains rapports indispensables, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, par des rapports de production, qui correspondent &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le fondement r&#233;el sur lequel s'&#233;l&#232;ve la superstructure juridique et politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A un certain degr&#233; de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors ... Alors commence une &#232;re de r&#233;volution sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hier encore formes de d&#233;veloppement des forces productives ces conditions se changent en de lourdes entraves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce r&#233;gime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles pr&#233;cipitent dans le d&#233;sordre la soci&#233;t&#233; bourgeoise tout enti&#232;re et menacent l'existence de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Le syst&#232;me bourgeois est devenu trop &#233;troit pour contenir les richesses cr&#233;&#233;es dans son sein. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au-del&#224; d'un certain point, le d&#233;veloppement des forces productives devient une barri&#232;re pour le capital ; en d'autres termes, le syst&#232;me capitaliste devient un obstacle pour l'expansion des forces productives du travail. Arriv&#233; &#224; ce point, le capital, ou plus exactement le travail salari&#233;, entre dans le m&#234;me rapport avec le d&#233;veloppement de la richesse sociale et des forces productives que le syst&#232;me des corporations, le servage, l'esclavage, et il est n&#233;cessairement rejet&#233; comme une entrave&#8230; Le travail salari&#233; et le capital sont, &#224; leur tour, ni&#233;s par les conditions mat&#233;rielles et spirituelles issues de leur propre processus de production. C'est par des conflits aigus, des crises, des convulsions que se traduit l'incompatibilit&#233; croissante entre le d&#233;veloppement cr&#233;ateur de la soci&#233;t&#233; et les rapports de production &#233;tablis. L'an&#233;antissement violent du capital par des forces venues non pas de l'ext&#233;rieur, mais jaillies du dedans, de sa propre volont&#233; d'autoconservation, voil&#224; de quelle mani&#232;re frappant avis lui sera donn&#233; de d&#233;guerpir pour faire place nette &#224; une phase sup&#233;rieure de la production sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La limite du capital appara&#238;t dans le fait que tout ce d&#233;veloppement se d&#233;roule de mani&#232;re antagonique et que l'&#233;closion des forces productives, de la richesse g&#233;n&#233;rale, du savoir etc., se manifeste de telle fa&#231;on que les travailleurs s'ali&#232;ne lui-m&#234;me&#8230; Mais cette forme antagonique est elle-m&#234;me transitoire et produit les conditions de sa propre abolition&#8230; Parvenu &#224; un certain niveau, le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles &#8211; qui implique celui des forces de la classe laborieuse &#8211; entra&#238;ne l'abolition du capital lui-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a un fait &#233;clatant qui est caract&#233;ristique pour notre si&#232;cle, un fait qu'aucun parti politique n'oserait contester. D'un c&#244;t&#233; nous avons vu na&#238;tre des forces industrielles et scientifiques qu'on n'aurait pu imaginer &#224; aucune &#233;poque ant&#233;rieure de l'histoire humaine. De l'autre, on aper&#231;oit les sympt&#244;mes d'une d&#233;b&#226;cle telle qu'elle &#233;clipsera m&#234;me les horreurs de la fin de l'Empire romain. De nos jours, chaque chose para&#238;t grosse de son contraire. La machine qui poss&#232;de le merveilleux pouvoir d'abr&#233;ger le travail de l'homme et de le rendre plus productif entra&#238;ne la faim et l'exc&#232;s de fatigue. Par un &#233;trange caprice du destin, les nouvelles sources de richesse se transforment en sources de mis&#232;re. On dirait que chaque victoire de la technique se paie par une d&#233;ch&#233;ance de l'individu. A mesure que l'homme se rend ma&#238;tre de la nature, il semble se laisser dominer par ses semblables ou par sa propre infamie. La pure lumi&#232;re de la science elle-m&#234;me semble avoir besoin, pour resplendir, des t&#233;n&#232;bres de l'ignorance. (&#8230;) Les forces nouvelles de la soci&#233;t&#233; r&#233;clament des hommes nouveaux, les ouvriers. Ils sont le produit des temps nouveaux, au m&#234;me titre que les machines elles-m&#234;mes. Aux signes qui d&#233;concertent la bourgeoisie, l'aristocratie et les pauvres annonciateurs du d&#233;clin, nous reconnaissons la vieille taupe qui sait si vite travailler sous la terre, le digne pionnier &#8211; la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui, au moins, lui permettent de vivre dans la servitude. (...) Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son r&#244;le de classe dirigeante et d'imposer, &#224; la soci&#233;t&#233;, comme loi r&#233;gulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus r&#233;gner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est oblig&#233;e de le laisser d&#233;choir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La soci&#233;t&#233; ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient &#224; dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La v&#233;ritable barri&#232;re de la production capitaliste, c'est le capital lui-m&#234;me : le capital et sa mise en valeur par lui-m&#234;me apparaissent comme point de d&#233;part et point final, moteur et fin de la production ; la production n'est qu'une production pour le capital et non l'inverse : les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l'&#233;largissant sans cesse, au processus de la vie au b&#233;n&#233;fice de la soci&#233;t&#233; des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable &#224; la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l'expropriation et l'appauvrissement de la grande masse des producteurs ; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les m&#233;thodes de production que le capital doit employer n&#233;cessairement pour sa propre fin, et qui tendent &#224; promouvoir un accroissement illimit&#233; de la production, un d&#233;veloppement inconditionn&#233; des forces productives sociales du travail, &#224; faire de la production une fin en soi. Le moyen d&#233;veloppement inconditionn&#233; de la productivit&#233; sociale entre perp&#233;tuellement en conflit avec la fin limit&#233;e : mise en valeur du capital existant. Si donc le mode de production capitaliste est un moyen historique de d&#233;velopper la force productive mat&#233;rielle et de cr&#233;er le march&#233; mondial correspondant, il repr&#233;sente en m&#234;me temps une contradiction permanente entre cette t&#226;che historique et les rapports de production sociaux qui lui correspondent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici les r&#233;sultats qui d&#233;coulent, entre autres, de la conception de l'histoire, telle que nous l'avons d&#233;velopp&#233;e : 1- A un certain degr&#233; de d&#233;veloppement des forces productives, surgissent des forces de production et des moyens de communication tels que, dans les conditions existantes, ils ne font que provoquer des catastrophes. Ce ne sont plus alors des forces de production mais des forces de destruction (la machine et l'argent)&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors d'une prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, au cours de laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent avec toute la luxuriance possible dans les rapports sociaux bourgeois, il ne peut &#234;tre question de v&#233;ritable r&#233;volution. Celle-ci n'est possible qu'aux p&#233;riodes o&#249; deux facteurs, les forces productives modernes et les formes bourgeoises de production, entrent en conflit les unes avec les autres&#8230; Une nouvelle r&#233;volution ne sera possible qu'&#224; la suite d'une nouvelle crise : l'une est aussi certaine que l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capitalisme ne sera jamais aussi vuln&#233;rable que quand il atteindra son apog&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La production du capitalisme engendre, tel une loi de la nature inexorable, sa propre n&#233;gation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel je parvins, et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur &#224; mes &#233;tudes, peut &#234;tre bri&#232;vement formul&#233; ainsi : dans la production sociale de leur vie, les hommes entrent dans des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires et ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui correspondent &#224; un stade de d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre mais inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. &#192; un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production pr&#233;sents, ou ce qui n'en est qu'une expression juridique, les rapports de propri&#233;t&#233;, &#224; l'int&#233;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusque-l&#224;. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports se changent en cha&#238;nes pour ces derni&#232;res. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Avec la transformation de la base &#233;conomique fondamentale se trouve boulevers&#233;e plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Quand on examine de tels bouleversements, il fout toujours distinguer le bouleversement mat&#233;riel des conditions de production &#233;conomiques, que l'on peut constater aussi rigoureusement que dans les sciences de la nature, des formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref des formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent &#224; terme. Pas plus qu'on ne peut juger de ce qu'est un individu d'apr&#232;s l'image qu'il a de lui-m&#234;me, on ne peut juger d'une telle &#233;poque de bouleversement d'apr&#232;s sa conscience ; il faut bien plut&#244;t expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit existant entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que ne soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux rapports de production sup&#233;rieurs ne la remplacent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports n'aient &#233;clos au sein m&#234;me de l'ancienne soci&#233;t&#233;. L'humanit&#233; ne s'assigne donc jamais que des t&#226;ches qu'elle peut r&#233;soudre car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que la t&#226;che ne na&#238;t elle-m&#234;me que l&#224; o&#249; sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents soit les conditions mat&#233;rielles de sa r&#233;solution, soit au moins le processus de leur devenir. &#192; grands traits, on peut d&#233;signer comme &#233;poques progressives de la formation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et le mode de production bourgeois moderne. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme antagoniste du processus social de production, antagoniste non au sens d'un antagonisme individuel, mais au sens d'un antagonisme issu des conditions de vie sociales des individus ; cependant, les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; civile bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles de la r&#233;solution de cet antagonisme. Avec cette formation sociale, c'est la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine qui s'ach&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel j'arrivai et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur &#224; mes &#233;tudes, peut bri&#232;vement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base concr&#232;te sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre ; c'est inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles &#233;taient jusqu'alors. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8212; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8212; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, on ne saurait juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et sup&#233;rieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports soient &#233;closes dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que des probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de devenir. A grands traits, les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et bourgeois moderne peuvent &#234;tre qualifi&#233;s d'&#233;poques progressives de la formation sociale &#233;conomique. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme contradictoire du processus de production sociale, contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui na&#238;t des conditions d'existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles pour r&#233;soudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s'ach&#232;ve donc la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas n&#233;cessaire d'ajouter que les hommes ne sont pas libres arbitres de leurs forces productives - qui sont la base de toute leur histoire - car toute force productive est une force acquise, le produit d'une activit&#233; ant&#233;rieure. Ainsi les forces productives sont le r&#233;sultat de l'&#233;nergie pratique des hommes, mais cette &#233;nergie elle-m&#234;me est circonscrite par les conditions dans lesquelles les hommes se trouvent plac&#233;s, par les forces productives d&#233;j&#224; acquises, par la forme sociale qui existe avant eux, qu'ils ne cr&#233;ent pas, qui est la production de la g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure. (...) Les hommes ne renoncent jamais &#224; ce qu'ils ont gagn&#233;, mais cela ne vient pas &#224; dire qu'ils ne renoncent jamais &#224; la forme sociale, dans laquelle ils ont acquis certaines forces productives. Tout au contraire. Pour ne pas &#234;tre priv&#233; du r&#233;sultat obtenu, pour ne pas perdre les fruits de la civilisation, les hommes sont forc&#233;s, du moment o&#249; le mode de leur commerce ne correspond plus aux forces productives acquises, de changer toutes leurs formes sociales traditionnelles. (...) Ainsi les formes &#233;conomiques sous lesquelles les hommes produisent, consomment, &#233;changent, sont transitoires et historiques. Avec de nouvelles facult&#233;s productives acquises, les hommes changent leur mode de production, et avec leur mode de production, ils changent tous les rapports &#233;conomiques qui n'ont &#233;t&#233; que les relations n&#233;cessaires de ce mode de production d&#233;termin&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chesnais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/chesnais/01-chesnais.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/writers/chesnais/01-chesnais.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes du passage d'un mode de production &#224; l'autre sont complexes et variables ; cependant Marx insiste sur le fait que le d&#233;veloppement des forces productives (hommes, moyens de production, machines, techniques) entre &#224; un moment donn&#233; en contradiction avec le maintien des rapports humains de production anciens. La superstucture, par exemple id&#233;ologique, subit &#171; plus ou moins rapidement &#187; les transitions et changements de mode de production. Engels pr&#233;cise en 1890 &#171; Le facteur d&#233;terminant de l'histoire est en derni&#232;re instance la production et la reproduction de la vie r&#233;elle. Ni Marx, ni moi, n'avons affirm&#233; davantage. Si ensuite quelqu'un triture cela jusqu'&#224; dire que le facteur &#233;conomique est le seul d&#233;terminant, il transforme cela en une phrase vide, abstraite, absurde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3478#forum25983&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3478#forum25983&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Marx, le probl&#232;me de la reconstruction de la soci&#233;t&#233; ne se posait pas en raison de ses pr&#233;f&#233;rences personnelles ; il surgissait, comme une n&#233;ces&#172;sit&#233; historique inexorable, d'une part de la croissance des forces pro&#172;ductives jusqu'&#224; leur pleine maturit&#233;, d'autre part de l'impossibilit&#233; de d&#233;velopper davantage ces forces productives sous l'empire de la loi de la valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lucubrations de certains intellectuels, selon lesquelles, en d&#233;pit de l'enseignement de Marx, le socialisme ne serait pas in&#233;luctable, mais seulement possible, sont absolument vides de sens. Il est &#233;vident que Marx n'a jamais voulu dire que le socialisme se r&#233;aliserait sans l'intervention de la volont&#233; et de l'action de l'homme ; une telle id&#233;e est simplement absurde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx a pr&#233;dit que, pour sortir de la catastrophe &#233;conomique o&#249; doit conduire in&#233;vitablement le d&#233;veloppement du capitalisme &#8211; et cette catastrophe est devant nos yeux -, il ne peut y avoir d'autre issue que la socialisation des moyens de production. Les forces productives ont besoin d'un nouvel organisateur et d'un nouveau ma&#238;tre ; et, l'existence d&#233;terminant la conscience, Marx ne doutait pas que la classe ouvri&#232;re, au prix d'erreurs et de d&#233;faites, parviendrait &#224; prendre conscience de la situation, et, t&#244;t ou tard, tirerait les conclusions pratiques qui s'imposent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la socialisation des moyens de production cr&#233;&#233;s par le capitalisme offre un avantage &#233;conomique &#233;norme, c'est ce que l'on peut d&#233;montrer aujourd'hui, non seulement en th&#233;orie, mais aussi par l'exp&#233;&#172;rience de l'U.R.S.S., en d&#233;pit des limites de cette exp&#233;rience. Il est vrai que les r&#233;actionnaires capitalistes, non sans artifice, se servent du r&#233;gime de Staline comme d'un &#233;pouvantail contre les id&#233;es de socialisme. En fait, Marx n'a jamais dit que le socialisme pouvait se r&#233;aliser dans un seul pays, et, de plus, dans un pays arri&#233;r&#233;. Les privations que les masses subissent toujours en U.R.S.S., l'omnipotence de la caste privil&#233;gi&#233;e qui s'est &#233;lev&#233;e au-dessus de la nation et de sa mis&#232;re, l'arbitraire insolent des bureaucrates, ce ne sont pas l&#224; des cons&#233;quences des m&#233;thodes &#233;conomiques du socialisme, mais de l'isolement et du retard historique de l'U.R.S.S., prise dans l'&#233;tau de l'encerclement capitaliste. L'&#233;tonnant, c'est que, dans des conditions aussi exceptionnellement d&#233;favorables, l'&#233;conomie planifi&#233;e ait r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer ses avantages indiscutables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les sauveurs du capitalisme, ceux de l'esp&#232;ce d&#233;mocratique aussi bien que ceux de l'esp&#232;ce fasciste, s'efforcent de limiter ou, tout au moins, de camoufler la puissance des magnats du capital, afin de pr&#233;venir l'expropriation des expropriateurs. Ils reconnaissent tous, et certains d'entre eux l'admettent m&#234;me ouvertement, que l'&#233;chec de leurs tentatives de r&#233;formes doit in&#233;vitablement conduire &#224; la r&#233;volution socialiste. Ils ont tous r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer que leurs m&#233;thodes pour sauver le capitalisme ne sont que charlatanisme r&#233;actionnaire et impuis&#172;sant. L'in&#233;luctabilit&#233; du socialisme, pr&#233;dite par Marx, est ainsi confirm&#233;e par l'absurde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4436&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3988&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3988&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un chapitre in&#233;dit du Capital de Karl Marx - Par Dangeville</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8297</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8297</guid>
		<dc:date>2024-08-16T22:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital de Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Dangeville &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le plus terrible missile &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Marx, la th&#233;orie est un acte mat&#233;riel en m&#234;me temps qu'un r&#233;sultat abstrait des conditions sociales g&#233;n&#233;rales, dont l'intelligence fournit &#224; l'action un cadre, une voie trac&#233;e et un but conscient. Ce n'est jamais qu'un premier pas, mais c'est d&#233;j&#224; une conqu&#234;te finale. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, Marx affirmait que le Capital &#233;tait &#171; certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un chapitre in&#233;dit du Capital de Karl Marx
&lt;p&gt;Par Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Le plus terrible missile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la th&#233;orie est un acte mat&#233;riel en m&#234;me temps qu'un r&#233;sultat abstrait des conditions sociales g&#233;n&#233;rales, dont l'intelligence fournit &#224; l'action un cadre, une voie trac&#233;e et un but conscient. Ce n'est jamais qu'un premier pas, mais c'est d&#233;j&#224; une conqu&#234;te finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, Marx affirmait que le Capital &#233;tait &#171; certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; la face des bourgeois (y compris les propri&#233;taires fonciers) &#187;. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a toujours attribu&#233; une importance primordiale &#224; la th&#233;orie. D&#232;s 1842, il affirmait : &#171; Nous avons la ferme conviction que le v&#233;ritable danger n'est pas dans les tentatives pratiques, mais dans la r&#233;alisation des id&#233;es communistes &#224; partir de la th&#233;orie. En effet, on peut r&#233;pondre par des canons aux tentatives pratiques, m&#234;me si elles sont effectu&#233;es en masse. &#187; [2]. Lorsque le socialisme dialectique d&#233;couvre que la soci&#233;t&#233; &#233;volue dans tel sens d&#233;termin&#233;, les efforts des r&#233;volutionnaires, soutenus par la dynamique historique, prennent un maximum d'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le Capital pr&#233;cis&#233;ment que Marx a &#233;nonc&#233; &#171; la loi concr&#232;te de la soci&#233;t&#233; moderne &#187; qui aboutit &#224; la crise g&#233;n&#233;rale du capitalisme et &#224; une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure, dont l'instauration s'impose in&#233;luctablement comme t&#226;che au prol&#233;tariat : &#171; Il ne s'agit pas de savoir ce que tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se propose comme but momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir ce que le prol&#233;tariat est et ce qu'il doit faire historiquement, conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Son but et son action historiques lui sont trac&#233;s, de mani&#232;re tangible et irr&#233;vocable, dans sa propre situa&#173;tion historique, comme dans toute l'organisation de la soci&#233;t&#233; actuelle. &#187; [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bon disciple de Marx, L&#233;nine &#233;crivit &#224; propos du Congr&#232;s d'avril 1906, qui d&#233;finit les t&#226;ches du prol&#233;tariat russe dans la r&#233;volution : &#171; Le gros d&#233;faut de la presque totalit&#233; de la presse social-d&#233;mocrate dans la question du programme en g&#233;n&#233;&#173;ral et, en particulier, l'insuffisance des d&#233;bats de notre Congr&#232;s de Stockholm, c'est que les consid&#233;rations pratiques l'emportent sur les th&#233;oriques, et les consid&#233;&#173;rations politiques sur les &#233;conomiques. &#187; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation de L&#233;nine n'est pas fortuite, mais constante. Il est facile de cons&#173;tater que ce fut un marxiste rigoureux et qu'il subordonna toujours son action aux principes doctrinaux, si l'on confronte son activit&#233; au cours historique de la r&#233;volution russe, de 1905 &#224; 1917. [5] Bien des l&#233;ninistes affirment le contraire et rejoignent sur ce point l'opinion bourgeoise la plus commune, pour qui L&#233;nine est une esp&#232;ce de surhomme qui a su man&#339;uvrer en transgressant toutes les r&#232;gles pour r&#233;ussir une r&#233;volution dans des conditions qui n'&#233;taient pas celles que Marx et Engels pr&#233;voyaient pour un bouleversement socialiste. La r&#233;volution russe n'e&#251;t pas &#233;t&#233; possible sans son action exceptionnelle : il n'aurait pas appris le marxisme, et la r&#233;volution future d'Europe occidentale n'aurait plus rien &#224; apprendre ni du vieux marxisme, ni du g&#233;nial L&#233;nine. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volution socialiste a triomph&#233; dans la Russie de 1917, c'est que L&#233;nine et, avec lui, le parti bolchevik ont su reprendre et manier avec &#233;nergie l'arme th&#233;orique, forg&#233;e par Marx. D&#232;s 1899, en se fondant sur le mod&#232;le th&#233;orique du Capital, L&#233;nine s'est mis &#224; &#233;tudier l'organisation de la soci&#233;t&#233; russe en vue d'y d&#233;couvrir la dialectique de son &#233;volution : c'est sa vaste recherche sur le D&#233;veloppement du capitalisme en Russie (Ed. Soc., 758 p.). C'est encore cette m&#233;thode que L&#233;nine, soucieux de voir le parti accomplir ses t&#226;ches premi&#232;res, recommandait aux socialistes en 1906, comme on l'a vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le communisme est la th&#233;orie des conditions sociales et historiques de l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. L'&#233;laboration de cette th&#233;orie a commenc&#233; d&#232;s la p&#233;riode des premiers mouvements prol&#233;tariens, face aux pr&#233;tentions du syst&#232;me de production bourgeois ; elle a pris forme dans la critique de l'&#233;conomie capitaliste, dans la m&#233;thode du mat&#233;rialisme historique, dans la pratique de la lutte des classes et dans la conscien&#173;ce des bouleversements que manifestera le cours historique jusqu'&#224; la chute du r&#233;gime capitaliste et au triomphe de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1899, c'est-&#224;-dire avant m&#234;me la r&#233;volution de 1905, L&#233;nine concevait claire&#173;ment les structures de la soci&#233;t&#233; russe et son d&#233;veloppement. Il commen&#231;a aussit&#244;t de mettre en place sur l'&#233;chiquier du champ de forces les diff&#233;rentes classes, couches sociales, avec leurs partis et programmes, afin de d&#233;terminer leur rayon d'action et de pr&#233;voir la nature et le cours ult&#233;rieur de la r&#233;volution. Par la suite, chaque &#233;pisode de la lutte devait pr&#233;ciser le &#171; sch&#233;ma &#187;, en confirmant ou en infirmant - succ&#232;s ou d&#233;faite de l'&#226;pre lutte de classe - la justesse de cette pr&#233;vision th&#233;orique. Au fur et &#224; mesure, les partis, d&#233;pass&#233;s par l'&#233;volution historique, &#233;taient &#233;limin&#233;s et la pr&#233;vision s'imposait de plus en plus aux masses et &#224; leur conscience. Cet art de la r&#233;volution, par sa coh&#233;rence logique tout autant que par ses effets pratiques, fit que la th&#233;orie devint effectivement une force en s'emparant des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que quiconque, L&#233;nine a appris chez Marx-Engels et a &#233;pluch&#233; leurs textes, saluant toute publication nouvelle de leurs &#233;crits comme une victoire et un renfor&#173;cement du parti r&#233;volutionnaire. Sa lutte incessante contre les r&#233;visionnistes t&#233;moigne de la pl&#233;nitude et de l'orthodoxie de son marxisme qui fut le secret de son efficacit&#233; pratique. [8]&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Hommage &#224; L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la victoire de la r&#233;volution russe que triompha le marxisme restaur&#233; par L&#233;nine et qu'une partie consid&#233;rable de l'&#339;uvre de Marx, mise sous le boisseau, fit enfin surface [9] : les deux faits - le bouleversement politique, &#233;conomique et social de l'immense Russie, et l'exhumation de quelques vieux papiers - sont &#233;videmment sans commune mesure, mais un fil solide les relie n&#233;anmoins : l'int&#233;r&#234;t port&#233; par les bolcheviks aux id&#233;es de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne se contentait pas de lire, il voulait conna&#238;tre : &#171; On ne saurait compren&#173;dre enti&#232;rement le Capital de Marx, et notamment le premier chapitre, si l'on n'a pas &#233;tudi&#233; et compris toute la Logique de Hegel. En cons&#233;quence, on peut affirmer que, depuis un demi-si&#232;cle, aucun marxiste n'a compris Marx. &#187; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne se proposait &#233;videmment pas de d&#233;courager un &#233;ventuel lecteur du Capital. Pas plus que nous, il n'avait le pouvoir et l'intention de sonder les esprits pour &#233;tablir ce que cette lecture avait donn&#233; pour r&#233;sultat. Au reste, l'ouvrier apprendra plus du Capital - &#171; la bible de la classe ouvri&#232;re &#187;, selon l'expression d'Engels - que de n'importe quelle autre lecture, m&#234;me s'il commence par le second chapitre, puisque &#171; la premi&#232;re partie qui contient l'analyse de la marchandise est d'une intelligence un peu difficile &#187; (Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe vraiment, c'est que L&#233;nine se proposait de chercher, &#224; tout prix, &#224; saisir compl&#232;tement la pens&#233;e de Marx, quitte &#224; recourir &#224; un auteur dont les travaux sur la dialectique et le raisonnement font autorit&#233; pour resserrer les fils qui traversent l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tout cas l'attitude inverse de celle des &#171; marxistes &#187; modernes, qui n'&#233;crivent que pour rechercher une faille, afin de d&#233;former la pens&#233;e de Marx, comme aucun r&#233;visionniste d'antan n'e&#251;t os&#233; le faire : opposer Marx &#224; lui-m&#234;me, le mettre en contradiction avec ses propres affirmations et id&#233;es, en d&#233;coupant par exemple son &#339;uvre en &#233;crits de jeunesse et en &#233;crits de maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Dialectique du Concret [11], Karel Kosik, notant que l'opposition entre le jeune Marx et le Marx de la maturit&#233; n'est possible qu'en faisant abstraction des ouvrages qui forment le relais entre les Manuscrits de 1844 et le Capital, entre la &#171; philo&#173;sophie &#187; et l' &#171; &#233;conomie &#187;, estime que le meilleur moyen de combler les &#171; lacunes &#187;, c'est de compl&#233;ter l'&#339;uvre publi&#233;e de Marx par ses &#233;crits encore in&#233;dits et par ses travaux pr&#233;paratoires, qui permettent de suivre jusque dans le d&#233;tail le cheminement de sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman Rosdolsky d&#233;fend la m&#234;me th&#232;se, et commente comme suit l'aphorisme ci-dessous de L&#233;nine : &#171; J'ignore si beaucoup de marxistes ont m&#233;dit&#233; cette phrase de L&#233;nine et s'ils furent nombreux &#224; suivre ce conseil. Quoi qu'il en soit, je pense que, depuis la publication des Fondements, il n'est plus aussi n&#233;cessaire d'avoir recours &#224; ce d&#233;tour aride qu'est l'&#233;tude compl&#232;te de toute la Logique de Hegel pour comprendre le Capital de Marx. En effet, on peut d&#233;sormais atteindre le m&#234;me r&#233;sultat gr&#226;ce &#224; l'&#233;tude de ces manuscrits pr&#233;paratoires &#187;. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, L&#233;nine n'e&#251;t sans doute pas trouv&#233; dans les travaux pr&#233;paratoires des Fondements ce qui lui paraissait manquer dans le premier livre du Capital. En effet, il pr&#233;cise que le point difficile en est le chapitre I&#176;, consacr&#233; &#224; l'&#233;tude de la marchan&#173;dise et la monnaie, dont Marx dit qu'elles sont des formes devant encore se transformer en capital. Or, c'est le VI&#176; Chapitre pr&#233;cis&#233;ment qui traite en d&#233;tail de la marchandise devenue capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que ce VI&#176; Chapitre n'ait pas &#233;t&#233; publi&#233; explique le grave malentendu qui a pu surgir : le lecteur peut consid&#233;rer que la marchandise simple, d&#233;crite au d&#233;but du Capital, subsiste m&#234;me dans le capitalisme d&#233;velopp&#233;, alors qu'elle change compl&#232;te&#173;ment de caract&#232;re. Cette &#233;volution de la marchandise &#233;tait tout &#224; fait claire pour Marx, et ne pr&#234;te pas &#224; confusion dans le 1er livre du Capital, dont elle sous-tend l'argumen&#173;tation. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la publication du VI&#176; Chapitre, l'analyse marxiste de la marchandise-capital est explicite, [14] et le circuit de l'&#233;tude du capital, qui suit fid&#232;lement le d&#233;veloppe&#173;ment historique, est boucl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre &#224; Engels du 24.VIII.1867, Marx souligne combien il importe d'analyser correctement la marchandise et de d&#233;finir clairement le capital en tant que cr&#233;ation de plus-value, ce qui est proprement l'objet du VI&#176; Chapitre, avec l'&#233;tude de la forme capitaliste d&#233;velopp&#233;e : &#171; Ce qu'il y a de meilleur dans mon livre, c'est : 1&#730; qu'il met en &#233;vidence, d&#232;s le premier chapitre, le caract&#232;re double du travail, selon qu'il s'exprime en valeur d'usage ou en valeur d'&#233;change, et c'est sur quoi repose toute l'intelligence du texte ; 2&#730; qu'il analyse la plus-value, ind&#233;pendamment de ses formes particuli&#232;res (profit, int&#233;r&#234;t, rente fonci&#232;re, etc.). C'est au second volume surtout que tout cela appara&#238;tra. Dans l'&#233;conomie classique, ces formes particuli&#232;res sont cons&#173;tam&#173;ment m&#233;lang&#233;es et confondues avec la forme g&#233;n&#233;rale, de sorte qu'il en r&#233;sulte un fouillis inextricable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait donc bien clair pour Marx. Les al&#233;as de la vie et les difficult&#233;s de publi&#173;cation et de traduction ont embrouill&#233; les choses, du moins tant qu'on ne disposait pas de l'ensemble des &#233;crits de Marx et d'Engels, publi&#233;s ou manuscrits : mais, c'est l&#224; plut&#244;t la faute des &#171; marxistes &#187; que de Marx. [15]&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Petite chronique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc &#233;voquer les conditions dans lesquelles fut r&#233;dig&#233; le VI&#176; Chapitre et le sort r&#233;serv&#233; &#224; ce manuscrit : nous nous contenterons de l'essentiel et de ce qui est s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir achev&#233; en juin 1863 les 23 cahiers de 1472 pages in-quarto, intitul&#233;es Critique de l'&#233;conomie politique, dont Engels tirera, avec le scrupule et l'exactitude dont seul il &#233;tait capable, le texte du livre II du Capital, et Kautsky le texte du livre IV, connu en France sous le titre de Histoire des doctrines &#233;conomiques (&#201;ditions Costes), Marx se consacra &#224; l'&#233;laboration du gigantesque mat&#233;riel en vue de la publication du I&#176; livre, tout en d&#233;veloppant parall&#232;lement le canevas (en partie contenu dans les 23 cahiers, en partie r&#233;uni en cahiers successifs) du livre III, publi&#233; lui aussi, comme on le sait, par Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1864, retrouvant la liaison entre th&#233;orie et pratique r&#233;volutionnaires, Marx est pris par son activit&#233; au sein de la I&#176; Internationale, et il lui faudra presque quatre ans avant que le I&#176; livre soit pr&#234;t pour l'impression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est entre juin 1863 et d&#233;cembre 1866 - et plut&#244;t au d&#233;but de cette p&#233;riode - que se situe la r&#233;daction du pr&#233;sent cahier intitul&#233; : Premier livre. Le proc&#232;s de production du capital. - Sixi&#232;me chapitre [16]. R&#233;sultats du proc&#232;s de production imm&#233;diat. A la page 1110 du manuscrit de la Critique, Marx a trac&#233; un plan du Livre I&#176; qui permet de situer la place qu'il comptait donner au VI&#176; chapitre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le premier livre sur le proc&#232;s de production du capital se subdivise comme suit :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Introduction. Marchandise. Argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Transformation de l'argent en capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. La plus-value absolue ...&lt;br class='autobr' /&gt;
4. La plus-value relative ...&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Combinaison de la plus-value relative et de la plus-value absolue. Rapports (proportion) entre travail salari&#233; et plus-value. Soumission formelle et r&#233;elle du travail au capital. Productivit&#233; du capital. Travail productif et improductif. [17]&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Reconversion de la plus-value en capital. L'accumulation primitive. La th&#233;orie coloniale de Wakefield.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. R&#233;sultats du proc&#232;s de production. [18] (Le change sous forme de la loi d'appro&#173;priation peut &#234;tre trait&#233; ici ou &#224; la pr&#233;c&#233;dente rubrique).&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Th&#233;orie de la plus-value.&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Th&#233;ories sur le travail productif et improductif. [19] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le lecteur compare ce plan avec l'ordonnancement des chapitres de la premi&#232;re &#233;dition du Livre I du Capital, il notera que le I&#176; chapitre (marchandise et argent) est devenu une introduction, de sorte que les chapitres se r&#233;duisent &#224; six. Celui des R&#233;sultats du proc&#232;s de production imm&#233;diat aurait alors &#233;t&#233; &#224; sa place, la sixi&#232;me. En revanche, les chapitres 8 et 9 ont disparu, tandis que Marx a substitu&#233; au chapitre 5 du plan le chapitre relatif aux Nouvelles recherches sur la production de plus-value, et le livre s'ach&#232;ve avec le Proc&#232;s d'accumulation du capital, le VI&#176; chapitre &#233;tant finale&#173;ment &#233;cart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute oiseux de se demander pourquoi Marx a d&#233;cid&#233; finalement de ne pas reprendre le VI&#176; chapitre pour lui donner sa place et une forme d&#233;finitive &#224; la fin du I&#176; livre ou ailleurs. De m&#234;me, ce serait pure sp&#233;culation que se demander si Engels n'en a pas tenu compte, parce que le livre I &#233;tait d&#233;sormais publi&#233; et n'admet&#173;tait plus d'&#234;tre compl&#233;t&#233;, ou s'il savait de Marx qu'il fallait l'&#233;carter du plan final du Capital, ou enfin s'il avait l'intention de le faire para&#238;tre s&#233;par&#233;ment, ou parmi l'&#233;norme mat&#233;riel qui restait encore &#224; publier apr&#232;s le livre III du Capital. Ce qui est certain, c'est que le manuscrit est rest&#233; dans les tiroirs jusque dans les ann&#233;es 1930 [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx avait not&#233; que l'&#233;conomie politique bourgeoise avait culmin&#233; avec la phase r&#233;volutionnaire du mode de production capitaliste, et n'avait cess&#233; de d&#233;cliner et de d&#233;g&#233;n&#233;rer ensuite, sombrant dans l'&#233;conomie vulgaire, pure apolog&#233;tique du capitalis&#173;me. Marx et Engels se sont battus pour rompre le mur du silence qui ne cessa d'entourer le Capital [21] et qui repr&#233;sente l'ultime moyen pour la bourgeoisie de combattre les effets de l'&#339;uvre ma&#238;tresse de Marx. De fait, la pens&#233;e &#233;conomique en d&#233;cadence n'a jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;futer - voire &#224; discuter s&#233;rieusement - le contenu de l'&#233;conomie marx&#173;iste, et la critique ne porte jamais que sur des questions de formes et de plus en plus sur des questions personnelles : elle pr&#233;f&#232;re sp&#233;culer sur les intentions subjecti&#173;ves, plut&#244;t que d'aborder la discussion des id&#233;es exprim&#233;es. Ainsi, parlera-t-on &#224; perte de vue sur le point de savoir si les Manuscrits parisiens de 1844 sont philosophiques ou &#233;conomiques, sont une &#339;uvre de jeunesse et donc ne sont pas une... &#339;uvre de maturit&#233;, et pourquoi ces textes n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s pour l'impression, ce qui leur enl&#232;verait une grande partie de leur importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction au texte int&#233;gral du VI&#176; Chapitre a pour but de parer &#224; l'absence de discussion sur le fond, mais plus encore de faciliter au lecteur la compr&#233;hension d'un texte qui, faisant partie du Capital, est par d&#233;finition ardu. [22] Il ne s'agit pas d'une pr&#233;sentation personnelle, mais de parti, non seulement pour ce qui est de l'&#233;laboration, mais encore de la continuit&#233; de pens&#233;e avec le &#171; parti Marx &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Transition et synth&#232;se&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formant charni&#232;re entre le I&#176; livre (traitant de la production, non des marchandises, mais du capital) et le 2&#176; livre (traitant de la circulation dans toute la soci&#233;t&#233;, non des marchandises, mais du capital), le VI&#176; Chapitre rassemble tous les fils qui traversent l'&#339;uvre de Marx pour former une unit&#233; significative de l'ensemble. Marx y traite d'un point central, du proc&#232;s de production imm&#233;diat du capital, l'antre, le Saint des Saints, la forge du capitalisme. Il y d&#233;finit le capital par ce qui le caract&#233;rise de mani&#232;re sp&#233;cifique et le distingue de toutes les formes - surtout les plus proches - qui, historiquement, le pr&#233;c&#232;dent ou lui succ&#232;dent. Bref, par la formule definitio fit per genus maximum et differentiam specilicam, il s'efforce constamment de percer les mystifications du capital : la recherche &#233;conomique suit un but politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'esclavage et le servage, le capital est production de plus-value, mais il la produit de mani&#232;re syst&#233;matique et &#224; une &#233;chelle toujours croissante. Comme la production marchande simple, le capital se pr&#233;sente tout entier sous forme de mar&#173;chandise, mais celle-ci a une structure complexe, &#233;tant compos&#233;e d'une fraction de capital variable, de capital constant et de plus-value. En somme, cette production de plus-value est cr&#233;ation de capital : la production capitaliste produit et reproduit tout le syst&#232;me (les rapports de production et de classes, les conditions de sa production nouvelle en m&#234;me temps que ses produits mat&#233;riels). Il appara&#238;t de la sorte comme son propre fondement, donc &#233;ternel, et Marx s'acharne &#224; combattre cette pr&#233;tention exorbitante et cette mystification qui s'impose aux agents qui sont impliqu&#233;s dans son proc&#232;s, les capitalistes aussi bien que les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;chiffr&#233;, dans la dynamique sociale, la n&#233;cessit&#233; de l'av&#232;nement du capitalisme, dans ses c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs aussi bien que positifs, Marx met en &#233;vidence que le capital d&#233;veloppe en son sein les &#233;l&#233;ments d'une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure. Il montre que cette &#233;volution in&#233;luctable est inscrite dans le cours des choses et na&#238;t de lui, avant de se r&#233;v&#233;ler &#224; la conscience des agents et classes du mode de production capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Les marchandises capitalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandise et l'argent existent bien avant le capital, mais ne survivent pas au capital. N&#233;anmoins, avant le capitalisme, la marchandise n'est pas la forme g&#233;n&#233;rale du produit, l'exc&#233;dent seul &#233;tant commercialis&#233; dans les modes de production asiati&#173;que, esclavagiste ou servile. L'argent, simple forme d&#233;termin&#233;e de la marchandise, ne se transforme en capital qu'au terme d'une longue p&#233;riode historique, et essentiel&#173;lement au moment o&#249; la force de travail de l'ouvrier est elle-m&#234;me devenue une marchandise : avec le salariat ayant atteint une grande ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que dans l'agriculture, point de naissance du capital, une grande partie du produit est moyen de subsistance et qu'une grande partie de la population laborieuse n'est pas encore salari&#233;e, le capital ne jouit pas encore de la domination r&#233;elle et com&#173;pl&#232;te, m&#234;me s'il a d&#233;j&#224; conquis la sph&#232;re de la manufacture. Dans les Pages &#201;parses, citant l'exemple de la France, Marx montre que le syst&#232;me de la parcellisation du sol, en emp&#234;chant la formation d'une nombreuse main-d'&#339;uvre disponible pour le capital, emp&#234;che le d&#233;veloppement de l'industrie et des rapports sp&#233;cifiquement capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture peut devenir une branche d'industrie g&#233;r&#233;e de mani&#232;re capitaliste, lorsque tous ses produits sont port&#233;s sur le march&#233; pour y &#234;tre vendus, au lieu d'entrer dans la consommation imm&#233;diate. Tout cela se v&#233;rifie, m&#234;me si une partie du produit de l'exploitation (les semences, la fumure, etc.) est restitu&#233;e en nature &#224; la production nouvelle : on en comptabilise la valeur en monnaie comme s'il avait fallu l'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;volution, le capital exige que la marchandise soit produite &#224; grande &#233;chelle, sur des mod&#232;les fixes, avec un produit uniforme, bref une production de masse. D&#232;s lors que la production est &#233;troitement li&#233;e aux rapports sociaux de plein capitalisme, le lien imm&#233;diat qui existait dans la production marchande simple avec sa valeur d'usage et la satisfaction d'un besoin, devient tout &#224; fait indiff&#233;rent, contingent et inessentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandise produite dans le plein capitalisme se distingue de la marchandise simple qui fut l'&#233;l&#233;ment initial de la gen&#232;se du capital, en ce qu'elle contient une fraction de capital variable (salaire), de capital constant et de plus-value, bien que sa seule source de valeur soit le travail. &#201;tant d&#233;sormais du capital, la mystification consiste en ce qu'il se pr&#233;sente, dans la circulation, &#224; l'issue du proc&#232;s de production, sous la m&#234;me forme que la marchandise simple, produit qui s'ach&#232;te et se vend pour satisfaire un besoin d&#233;termin&#233;. Cette enveloppe masque sa structure interne qui correspond aux rapports de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la production sp&#233;cifiquement capitaliste, toute marchandise appara&#238;t - du point de vue de sa mati&#232;re et de sa valeur - comme une fraction du produit total. Ce n'est donc plus une marchandise sp&#233;cifique, un produit &#224; part. Le r&#233;sultat du proc&#232;s capitaliste n'est plus la simple marchandise, mais une masse de marchandises, dont chaque &#233;l&#233;ment comporte une fraction de la valeur avanc&#233;e ainsi qu'une plus-value. Contrairement &#224; ce que pensent les &#233;conomistes bourgeois, le capital ne s'estime pas en fonction du patrimoine d'installations fixes et de machines (ce que Marx appelle la valeur des moyens de production), mais de la masse de marchandises produites, le chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste pr&#233;tendra toujours que son capital correspond au patrimoine d'entreprise sanctionn&#233; par un titre de propri&#233;t&#233; juridique d'une valeur, mettons, de 2 millions. L'&#233;conomie marxiste affirme, au contraire, que son capital est de 20 mil&#173;lions, son chiffre d'affaires annuel. La diff&#233;rence est de taille. En effet, si l'on admet avec Adam Smith que l'argent est le pouvoir de commandement ou de disposition du travail d'autrui, soit sous forme directe de la force de travail, soit sous la forme du produit du travail, le pouvoir d'un capitaliste est quantitativement d&#233;cupl&#233; - de 2 &#224; 20 millions [23] - et l'on s'aper&#231;oit que son pouvoir outrepasse la sph&#232;re de la production proprement dite. Ce n'est pas tout : comme ce capital se reproduit, sans diminuer - au contraire - d'ann&#233;e en ann&#233;e, ce pouvoir, mettons pour une g&#233;n&#233;ration, est de 500 millions pour... 2 millions, si nous multiplions le chiffre d'affaires de 20 millions par 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la marchandise - en tant que support de la valeur totale du capital - doit s'exprimer en une masse d&#233;termin&#233;e, qui permette de la vendre effectivement sur le march&#233;, c'est-&#224;-dire de r&#233;aliser la valeur du capital avanc&#233; plus celle de la plus-value produite. Marx d&#233;montre ici qu'une marchandise (c'est-&#224;-dire une fraction de la masse produite) ne peut se vendre &#224; un prix de march&#233; &#233;gal &#224; sa valeur particuli&#232;re. Le capitaliste fait l'estimation pour toute la masse : il isole, d'une mani&#232;re ou d'une autre, dans la masse de marchandises la fraction de valeur transf&#233;r&#233;e pour l'&#233;l&#233;ment du capital constant (mati&#232;res premi&#232;res, usure des machines, etc.) et il recherche ensuite la diff&#233;rence avec la valeur du produit fini pour obtenir la fraction correspondant au capital variable (frais d'achat de la force de travail) et la fraction correspondant au profit cr&#233;&#233; dans le proc&#232;s de production : cette estimation, fort &#233;loign&#233;e de la d&#233;termination de la valeur, masque tous les gaspillages et les filouteries. Si l'on prend toute la production nationale, quelle part ne s'en va pas en fum&#233;e, quels que soient les bons g&#233;rants du capital ?&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Rapports entre les &#233;l&#233;ments constitutifs de la marchandise-capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx avait parl&#233; du travailleur ou de l'atelier collectif dans l'entreprise capitaliste, &#224; la diff&#233;rence du travailleur individuel de l'&#233;conomie parcellaire, artisanale ou paysanne, qui produit la marchandise simple. Dans le VI&#176; Chapitre, il poursuit en parlant de la masse ou bloc de marchandises (mettons, 1 million d'automobiles, pour &#234;tre moderne) qui repr&#233;sente le capital, sous la forme du produit qui sort annuellement du proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, le capitaliste est incapable de d&#233;terminer la valeur exacte de chaque voiture produite, mais en fait une estimation gr&#226;ce au calcul de moyenne. Ce qui est &#233;galement essentiel pour la doctrine marxiste, c'est qu'il est tout aussi fastidieux et approximatif de calculer la valeur individuelle du travail de l'ouvrier particulier, d&#232;s lors que nous avons affaire &#224; la grande industrie moderne. Ainsi, la r&#233;alit&#233; moderne d&#233;ment la th&#233;orie de Proudhon et de Lassalle - et du &#171; communisme des conseils &#187; - selon laquelle chaque ouvrier doit toucher le fruit int&#233;gral de son travail : m&#234;me si l'on voulait le faire, ce ne serait qu'une moyenne &#171; injuste &#187;, et ce serait faire revivre la loi de la valeur-travail de l'&#233;conomie mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, Marx qualifie cette th&#233;orie de r&#233;actionnaire. Le communisme moderne part des conditions m&#234;mes de l'actuel d&#233;veloppement &#233;conomique et historique : d'o&#249; l'importance de l'analyse de l'&#233;volution du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Marx entend d&#233;montrer c'est que le capitalisme produit sa propre n&#233;gation au cours de son d&#233;veloppement, et cette &#233;volution antagonique est la source non seulement des crises et guerres violentes qui p&#233;riodiquement d&#233;chirent le capitalisme, mais encore du mode de production socialiste futur. Dans les Fondements, etc., et le Capital, Marx a mis en &#233;vidence que le capital se d&#233;valorisait de plus en plus, en dimi&#173;nuant non seulement la valeur de la force de travail, mais encore celle des condi&#173;tions de production en g&#233;n&#233;ral, et ce, d'une mani&#232;re in&#233;gale, spasmodique, et donc anarchique. Or, la loi fondamentale du capitalisme est celle qu'&#224; &#233;nonc&#233;e Ricardo : la loi de la valeur-travail, qui permet d'&#233;valuer le co&#251;t de toutes les marchandises (force de travail, machines, installations, mati&#232;res premi&#232;res, produit, etc.), de mesurer les conditions de la production et de la consommation et de r&#233;mun&#233;rer les divers agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le VI&#176; chapitre, Marx aborde ce m&#234;me probl&#232;me, en analysant les contradictions internes de la marchandise, produit du capital. Pour ce faire, il dresse cinq tableaux num&#233;riques, o&#249; il fait varier l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs du capital-marchandise, afin de d&#233;terminer, du point de vue de la valeur, son effet sur les autres &#233;l&#233;ments ou la marchandise dans son entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une m&#234;me avance de capital et une m&#234;me plus-value, la valeur de production ou prix de march&#233; peut varier consid&#233;rablement dans l'industrie - et plus encore dans l'agriculture - sans qu'il en r&#233;sulte n&#233;cessairement une modification du taux de la plus-value, c'est-&#224;-dire de l'int&#233;r&#234;t du capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les exemples de Marx les fractions en shilling, pence et tiers de pence, compliquent la d&#233;monstration, nous avons dress&#233; un tableau synth&#233;tique o&#249; tout est ramen&#233; &#224; des nombres d&#233;cimaux : si les chiffres changent, les rapports, &#224; l'int&#233;rieur de chaque exemple et d'un exemple &#224; l'autre sont les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux exemples de la manufacture de toile figurent dans les colonnes horizontales 1 et 2. Dans la premi&#232;re, les avances de capital sont de 1000 pour le capital cons&#173;tant, et de 250 pour le capital variable et la plus-value (ces deux derniers &#233;l&#233;&#173;ments forment ce que Marx appelle la &#171; valeur additionnelle &#187;, c'est-&#224;-dire la valeur ajout&#233;e dans le proc&#232;s de travail, d&#233;sign&#233;e dans notre tableau par la lettre V.). Le capital total est de 1500. Le taux de plus-value est de 1 (ou 100 %), la composition organique ou taux de productivit&#233; est de 4. Pour ces avances, nous supposons que la toile produite soit de 30 m&#232;tres, et le prix du m&#232;tre en sera de 50. Marx subdivise la masse globale (30 m&#232;tres) en les diff&#233;rentes fractions du capital : le capital constant repr&#233;sente 20 m&#232;tres, le capital variable 5 m&#232;tres et la plus-value 5 m&#232;tres &#233;galement : la valeur ajout&#233;e, somme des deux derni&#232;res, est donc de 10 m&#232;tres. L'autre partie du tableau reproduit les donn&#233;es pour l'unit&#233; de mar&#173;chandise et permet une claire vision de la structure complexe de la marchandise et de ses &#233;volutions et contradictions internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple num&#233;rique correspond au premier donn&#233; par Marx en I-B. L'exemple suivant de Marx figure sous C-II, &#224; la troisi&#232;me ligne de notre tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'entendons pas, &#233;videmment, substituer notre tableau aux exemples num&#233;riques de Marx. Il permet simplement une premi&#232;re vision d'ensemble et nous &#233;vite d'entrer dans le d&#233;tail des exemples que l'on trouve dans le texte. Nous pouvons donc aller directement &#224; la conclusion [24] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. si le prix des marchandises change, le taux et la masse de plus-value peuvent rester constants. C'est ce qui ressort des exemples des deux premi&#232;res lignes de notre tableau : le progr&#232;s de la technique capitaliste a fait tomber le prix de la toile de 50 &#224; 40, cependant les ouvriers re&#231;oivent le m&#234;me salaire et les capitalistes le m&#234;me profit : l'avantage social est indiscutable, et c'est ce qui justifie la sup&#233;riorit&#233; historique du mode de production capitaliste par rapport aux modes ant&#233;rieurs. Comme on le verra, Marx n'est pas du tout &#171; ennuy&#233; &#187; par les c&#244;t&#233;s positifs du capitalisme, au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Variation des &#233;l&#233;ments&lt;br class='autobr' /&gt;
constitutifs de la marchandise-capital dans les exemples trait&#233;s par Marx dans la premi&#232;re partie du VI&#176; chapitre&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rence aux exemples de Marx BI &amp; CI BII CII CIII CIIIa&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital constant (c) 1000 4300 1200 1000 1250&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital variable (v) 250 250 250 200 250&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus-value (p) 250 250 350 300 375&lt;br class='autobr' /&gt;
Valeur ajout&#233;e (V) soit : p + v 500 500 600 500 625&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital total (C) soit : c + v 1500 4800 1800 1500 1875&lt;br class='autobr' /&gt;
Taux de plus-value soit p/v en % 100 100 140 150 150&lt;br class='autobr' /&gt;
Composition organique (produc&#173;tivit&#233;) : c/v 4 17,2 4,8 5 5&lt;br class='autobr' /&gt;
Quantit&#233; de produit (q) 30 120 36 30 37,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Prix de l'unit&#233; (u) soit : C/q 50 40 50 50 50&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital constant par unit&#233; (c/u) 20 107.5 24 20 25&lt;br class='autobr' /&gt;
Capital variable par unit&#233; v/u 5 6,25 5 4 5&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus-value par unit&#233; p/u 5 6,25 7 6 7,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Valeur ajout&#233;e par unit&#233; V/u 10 12,5 12 10 12,5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. si le prix des marchandises reste constant, le taux et la masse de plus-value peuvent changer. Les quatre cas des lignes I, III, IV et V confirment cette loi. Le prix de l'unit&#233; y est toujours de 50, mais dans le second cas (ligne III), la masse de plus-value est mont&#233;e de 250 &#224; 350 et son taux de 100 &#224; 140 %, tandis que la productivit&#233; passe de 4 &#224; 4,8 : s'il y a avantage pour le capitaliste, il n'y en a pas pour la soci&#233;t&#233;. Il a &#233;t&#233; obtenu en prolongeant la dur&#233;e de travail de 20 %, comme cela se passe dans la phase initiale du capitalisme avec la soumission formelle du travail au capital : ceci implique que l'on tienne compte de ce que Marx a d&#233;velopp&#233; ailleurs [25]. Dans le cas de la ligne IV, au lieu d'augmenter la journ&#233;e de travail, le salaire ouvrier est diminu&#233;, si bien que la plus-value passe de 250 &#224; 300, et la productivit&#233; de 4 &#224; 5. L&#224; encore, aucun avantage ni pour la soci&#233;t&#233;, ni pour la classe ouvri&#232;re, et de nouveau soumis&#173;sion formelle du travail au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la derni&#232;re ligne, le prix de march&#233; et du salaire sont constants, mais la produc&#173;ti&#173;vit&#233; passe, pour des raisons techniques, de 4 &#224; 5 : la masse de plus-value atteint sa valeur maxima avec 375, ainsi que la valeur ajout&#233;e avec 625. Nous avons affaire &#224; la soumission r&#233;elle du travail au capital, avec d&#233;veloppement du machinisme et de la grande industrie. Historiquement, la productivit&#233; du travail augmente alors de plus en plus, et d&#233;passe m&#234;me celle de la ligne II, celle du seul exemple o&#249; le prix des marchandises a sensiblement diminu&#233;, cette fois, du fait du capitalisme pleinement d&#233;velopp&#233; et techniquement avanc&#233; [26]. Cela nous am&#232;ne &#224; la derni&#232;re loi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. le mode de production capitaliste tend &#224; augmenter sans cesse la productivit&#233; du travail. Il accro&#238;t donc constamment la masse des moyens de production trans&#173;form&#233;s en produit pour un m&#234;me travail additionnel, qui se r&#233;partit sur une quantit&#233; toujours plus grande de marchandises, de sorte que le prix de la marchandise baisse de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix de la marchandise &#233;volue en rapport inverse du nombre total de marchan&#173;dises produites : plus ce nombre augmente, plus le prix de chaque marchandise dimi&#173;nue. C'est l'opposition fondamentale entre le d&#233;veloppement de la valeur d'&#233;change et celui de la valeur d'usage, qui aboutit &#224; la d&#233;valorisation g&#233;n&#233;rale de tous les &#233;l&#233;ments du capital, force de travail y comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;duire que le capital cr&#233;e lui-m&#234;me les conditions de l'abolition de la valeur, et donc du capital, du salariat et des classes, Marx se place dans la vision la plus optimiste du d&#233;veloppement capitaliste (qui, en fait, cr&#233;e de nombreux obstacles &#224; cette tendance, notamment dans l'agriculture, o&#249; du fait de la rente, le produit se vend g&#233;n&#233;ralement au-dessus de sa valeur, comme le d&#233;veloppe le livre III du Capital) [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Capital, Marx n'a pas voulu d&#233;montrer aux bourgeois qu'il e&#251;t su mieux qu'eux g&#233;rer le capital, ni r&#233;pondre &#224; la question absurde &#171; qu'est-ce que le capi&#173;tal ? &#187;, mais il y d&#233;montre que le capitalisme na&#238;t, vit et meurt (de mort violente), et, mieux encore, qu'il renferme dans son sein une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure en contradiction directe avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition la plus ramass&#233;e et la plus dialectique que nous connaissions de l'&#339;uvre centrale de Marx est la suivante : le Capital n'est pas la biologie, mais la n&#233;crologie du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en bonne logique que Marx termine cette premi&#232;re partie du VI&#176; Chapitre en pol&#233;miquant avec Proudhon qui a une vision tout &#224; fait erron&#233;e de la soci&#233;t&#233; socialiste et ne comprend pas qu'il est impossible aux travailleurs de reconqu&#233;rir la totalit&#233; du fruit de leur travail par de simples augmentations de leur r&#233;mun&#233;ration (salaire) : il s'agit bien d'abolir le capital aussi bien que son corollaire le salariat. [28]&lt;br class='autobr' /&gt;
7. La production capitaliste comme cr&#233;ation de plus-value&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde rubrique, Marx d&#233;finit positivement le capital. Comme on le sait, les marchandises et l'argent existent dans l'histoire, bien avant qu'on puisse parler de production et de soci&#233;t&#233; capitalistes. Cependant, le capital moderne rev&#234;t toujours les formes &#233;l&#233;mentaires de la marchandise et de l'argent. Le capitaliste moderne est pos&#173;ses&#173;seur de marchandises et d'argent, bien que cette figure sociale lui soit ant&#233;rieure. Mais, l'essentiel n'est pas l&#224;. En effet, ce qu'il importe de d&#233;finir, ce sont les con&#173;di&#173;tions sociales sp&#233;cifiques qui transforment la marchandise et l'argent en capital, et donc aussi leur possesseur en capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'une somme d'argent - capital potentiel - puisse devenir du capital r&#233;el, il faut un rapport social lui permettant de s'accro&#238;tre, la somme d'argent devenant un fluens (dans les Fondements, etc., Marx dira proc&#232;s, ou mouvement faisant perdre &#224; l'argent (valeur) sa forme fig&#233;e pour le faire entrer dans le proc&#232;s de production, et son augmentation une fluxion. [29]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence des formes simples de la production marchande (par exemple, l'artisanat individuel ou familial qui, pour se procurer ses objets de consommation, proc&#232;de d'abord au troc, puis &#224; l'&#233;change mon&#233;taire entre &#233;quivalents), le capital se d&#233;finit donc par le fait que si, avant le proc&#232;s, le capital est une somme &#233;gale &#224; x, cet x tend &#224; devenir et devient du capital en se transformant en x + &#916;x, l'augmentation &#233;tant repr&#233;sent&#233;e par la lettre grecque &#916;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de x qui devient x + &#916;x n'existe pas seulement dans la forme historique capitaliste, mais encore dans d'autres formes historiques ant&#233;rieures, telles que l'esclavage et le servage. Mais, Marx prend bien soin de pr&#233;ciser qu'il n'existe pas l&#224; o&#249; l'on &#233;change uniquement des &#233;quivalents, c'est-&#224;-dire dans la sph&#232;re de la production marchande simple, dont proc&#232;de pr&#233;cis&#233;ment le mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point, la mystification est la plus totale. En effet, comme le capital conti&#173;nue de rev&#234;tir la forme de la marchandise et de l'argent, les &#233;conomistes bourgeois attribuent au capital et au salariat les lois de la production marchande simple, et no&#173;tam&#173;ment le principe de l'&#233;change d'&#233;quivalents alors que le capital se d&#233;finit &#224; l'inver&#173;se par l'&#233;change de non-&#233;quivalents. Marx explique que le capitalisme reprend donc les conceptions juridiques et id&#233;ologiques propres &#224; la petite production marchande et les reporte sans plus de fa&#231;on sur un mode de production diff&#233;rent : le capitalisme. Ce qui permet ce quiproquo, c'est le rapport entre acheteur et vendeur dans la sph&#232;re de la circulation, ce rapport restant formellement le m&#234;me dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la superstructure id&#233;ologique et juridique du capitalisme d&#233;velopp&#233; n'est donc qu'un reflet de conditions de production d&#233;pass&#233;es. En effet, d&#232;s lors que la force de travail est devenue, &#224; une vaste &#233;chelle, une marchandise, en &#233;tant salari&#233;e, la production marchande simple aboutit n&#233;cessairement au capitalisme et est elle-m&#234;me d&#233;truite par la production capitaliste, qui &#233;limine la production individuelle autonome et l'&#233;change entre possesseurs ayant produit eux-m&#234;mes leur marchandise, c'est-&#224;-dire l'&#233;change d'&#233;quivalents entre les producteurs. D&#233;sormais, quoique le capitalisme le maintienne et le glorifie, l'&#233;change entre &#233;quivalents n'est plus qu'un vernis super&#173;ficiel, masquant la r&#233;alit&#233; profonde des choses, qui ne se d&#233;roule pas dans le proc&#232;s d'&#233;change (circulation), mais dans le proc&#232;s de production, o&#249; Marx nous entra&#238;ne pour d&#233;finir le capital, de mani&#232;re sp&#233;cifique et fondamentale, comme cr&#233;ation de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mystification fatale pour le prol&#233;tariat est celle de Staline, qui affirme - &#224; l'oppo&#173;s&#233; de Marx - que la production marchande ne conduit pas n&#233;cessairement au capitalisme [30], et que le socialisme continue de produire des marchandises : &#171; Les kolkhoz n'acceptent pas aujourd'hui d'autres relations &#233;conomiques avec la ville que celles intervenant dans les &#233;changes par achat et vente de marchandises [conform&#233;&#173;ment &#224; la th&#233;orie marxiste, ce sont les classes qui dictent au &#171; dictateur &#187;]. Aussi la production marchande et les &#233;changes sont-ils chez nous, &#224; l'heure actuelle, une n&#233;cessit&#233; pareille &#224; celle d'il y a trente ans, par exemple, &#233;poque &#224; laquelle L&#233;nine proclamait la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper par tous les moyens les &#233;changes. &#187; [31]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change gr&#226;ce auquel l'argent devient capital ne peut porter sur des marchandises, mais sur son contraire. la force de travail vivante. Le travail est la seule valeur d'usage contre laquelle l'argent, capital virtuel, peut s'&#233;changer pour qu'il y ait conservation et augmentation de la valeur d'&#233;change, plus-value. En effet, l'&#233;change du capital et de la force de travail est essentiellement in&#233;gal : ce que l'ouvrier vend au capitaliste, c'est la valeur d'usage de sa force de travail, qui produira une valeur d'&#233;chan&#173;ge bien sup&#233;rieure &#224; celle que l'ouvrier touche pour salaire. Dans le VI&#176; cha&#173;pitre, Marx appelle donc la force de travail capacit&#233; de travail [32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mystification est d'autant plus ais&#233;e ici qu'il y a plusieurs &#233;changes que l'on peut confondre. En effet, l'ouvrier &#233;change, selon le principe de l'&#233;quivalence, sa force de travail contre les moyens de subsistance n&#233;cessaires &#224; la produire et &#224; la reproduire, et cet &#233;change qui se produit dans la sph&#232;re de la circulation marchande est aussit&#244;t glorifi&#233; par les apologistes du capital pour montrer que l'ouvrier est libre de choisir, d'acheter et de consommer ses moyens de subsistance. Mais, cet &#233;change de capital variable contre les moyens de subsistance, m&#234;me s'il noue le rapport capitaliste, n'a rien &#224; voir avec l'&#233;change fondamental qui a lieu dans le proc&#232;s de production, o&#249; l'ouvrier fournit au capitaliste la contrepartie de son salaire en produisant des marchandises en exc&#233;dent, c'est-&#224;-dire une valeur plus grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Proc&#232;s de travail capitaliste comme valeur d'usage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de travail de l'ouvrier ne cr&#233;e et ne multiplie pas seulement la valeur, mais elle transforme encore dans le proc&#232;s de travail r&#233;el les &#233;l&#233;ments objectifs et sub&#173;jectifs du capital avanc&#233; en des produits qualitativement et quantitativement nou&#173;veaux. C'est elle qui change les moyens de production en &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de sa propre activit&#233;, les faisant passer de leur forme primitive de valeurs d'usage (mati&#232;res premi&#232;res &#224; transformer et instruments &#224; utiliser) en la forme nouvelle des produits du travail, ayant une autre valeur d'usage. Elle effectue une v&#233;ritable transformation physico-chimique des mat&#233;riaux introduits dans le proc&#232;s de production. En ce sens, le proc&#232;s de production est valeur d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient ici de distinguer toutes les diff&#233;rences sp&#233;cifiques parmi les &#233;l&#233;ments qui forment le proc&#232;s de production et qui, dans l'optique bourgeoise, sont identiques du point de vue de la valeur d'&#233;change - sauf pour ce qui est de la quantit&#233; - tous ayant &#233;t&#233; achet&#233;s avec l'argent du capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le capital constant, on peut dire qu'il est la propri&#233;t&#233; absolue du capitaliste qui l'a achet&#233; &#224; sa valeur de march&#233;. (Cependant, sa valeur mon&#233;taire ou marchande n'aurait jamais pu avoir d'effet comme capital, sans l'intervention d'un autre facteur, le travail vivant.) En ce qui concerne l'autre fraction, c'est l'argent avanc&#233; pour payer les ouvriers, la force de travail. C'est l&#224; qu'intervient la diff&#233;rence sp&#233;cifique. L'emploi de cette seconde fraction du capital avanc&#233; consiste justement dans le proc&#232;s de travail, celui-ci &#233;tant la fonction de l'ouvrier et non du capitaliste. Bref, les fractions de capital dans lesquelles le capitaliste a investi son argent op&#232;rent de fa&#231;on toute diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s ne pourrait s'effectuer sans la fusion de ces deux valeurs d'usage, [33] et c'est &#224; cause d'elle et d'elle seule que le r&#233;sultat est plus grand que le capital avanc&#233;. Or, Marx d&#233;montre que la force vivante du travail est le seul facteur actif de cette fusion, la valeur cr&#233;&#233;e ne provenant que du facteur variable. Par ailleurs, on se contente le plus souvent d'admettre que la valeur du capital constant utilis&#233; ou us&#233; dans le cycle de production se transmet sans plus &#224; la masse des marchandises produites. Or, dit Marx, dans le proc&#232;s de production, le travail vivant fait de l'instrument et de la mati&#232;re le corps de son &#226;me et les &#233;veille d'entre les morts. Sans l'activit&#233; du travail vivant, les moyens de production objectifs se d&#233;t&#233;rioreraient et fini&#173;raient par se corrompre. Par exemple, gr&#226;ce &#224; son travail de tissage, l'ouvrier con&#173;serve l'utilit&#233; du coton et de la broche qui constitueront le fil. De la sorte, le capitaliste obtient gratuitement le surtravail, ainsi que la conservation de la valeur des mati&#232;res premi&#232;res et des instruments. En ajoutant une valeur nouvelle &#224; l'ancienne, le travail conserve et &#233;ternise le capital. En s'appropriant le travail pr&#233;sent, le capitaliste d&#233;tient d&#233;j&#224; une assignation sur le travail futur. [34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du proc&#232;s de production, source v&#233;ritable du capitalisme, r&#233;v&#232;le que les &#233;l&#233;ments objectifs de la valeur du capital dont l'un existe sous forme de mati&#232;re premi&#232;re et l'autre sous celle de l'instrument ne sont plus s&#233;par&#233;s de l'ouvrier ou travail vivant du fait qu'ils sont la propri&#233;t&#233; du capital. De m&#234;me, ils ne repr&#233;sentent plus des valeurs d'&#233;change, mais de simples valeurs d'usage, de simples &#233;l&#233;ments de production pour l'ouvrier en activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dit Marx, l'existence du capital et du travail salari&#233; repose sur cette s&#233;paration. Sa conclusion est &#233;vidente : contrairement aux &#233;conomistes bourgeois, qui affirment que l'achat des moyens objectifs de production assure la propri&#233;t&#233; de tout le produit au capitaliste, Marx met en &#233;vidence que le travail vivant, bien qu'achet&#233; par le capitaliste, n'appartient pas &#224; celui-ci, mais est et reste la fonction et le lot de l'ouvrier qui produit gratuitement l'ensemble des rapports de production. La r&#233;ponse de Marx aux &#233;conomistes et apologistes du capital est donc claire : expropriation des expro&#173;pria&#173;teurs capitalistes, et retour aux producteurs des moyens de production et du produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx tire ses d&#233;ductions de l'analyse scrupuleuse de l'ensemble du mode de pro&#173;duction capitaliste, et d&#233;montre que la production, m&#234;me avec le machinisme et les proc&#233;d&#233;s techniques les plus &#233;volu&#233;s, peut se poursuivre sans les capitalistes. En effet, l'acte fondamental de la production est l'&#339;uvre du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capital domine cependant le travail vivant, c'est du fait de rapports sociaux d&#233;termin&#233;s de subordination qui, dans le capitalisme sp&#233;cifique, se nouent, non pas dans le proc&#232;s de production, mais dans un proc&#232;s pr&#233;alable et non essentiel, le proc&#232;s de circulation marchande, avec l'achat-vente des conditions objectives et subjectives de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'analyse scientifique et objective du m&#233;canisme et de la dynamique du syst&#232;me capitaliste, Marx situe exactement o&#249; la r&#233;volution ouvri&#232;re devra porter le fer pour transformer le syst&#232;me social tout entier. Et de fait, il s'agit d'extirper tout le syst&#232;me de distribution et d'&#233;change capitaliste, soit la sph&#232;re de la circulation o&#249; se nouent les rapports sp&#233;cifiques d'exploitation, gr&#226;ce au principe de l'&#233;quivalence dans l'&#233;change des marchandises, avec le syst&#232;me mon&#233;taire et l'ali&#233;nation de la force de travail (salariat). Marx montre que dans le proc&#232;s de production le capital lui-m&#234;me abandonne sa valeur d'&#233;change pour op&#233;rer seulement en fonction de la valeur d'usage. Salaire, marchandise, &#233;changes priv&#233;s, argent sont autant de formes rev&#234;tues par le capital dans la circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi la sph&#232;re de la circulation exprime-t-elle le plus nettement, dans le capitalisme d&#233;velopp&#233;, les limitations historiques du mode de production capitaliste. D'ores et d&#233;j&#224;, il r&#233;v&#232;le qu'au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement le capital est de plus en plus asocial et parasitaire : les statistiques les plus r&#233;centes elles-m&#234;mes le prouvent et confirment l'analyse de Marx d'il y a plus de cent ans. En effet, depuis environ 10 ans aux &#201;tats-Unis, et quelque deux ans en France, les frais de circulation d&#233;passent les frais de production dans les marchandises produites par le syst&#232;me capitaliste. Cela signifie que la soci&#233;t&#233; actuelle d&#233;pense plus d'activit&#233; et d'&#233;nergie &#224; r&#233;aliser les mar&#173;chandises qu'&#224; les produire, et que les revenus des improductifs d&#233;passent en nombre et en volume ceux des classes productives. [35]&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Proc&#232;s de circulation et proc&#232;s de valeur d'&#233;change&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx aborde ici la question de l'antagonisme fondamental entre le mode de circu&#173;la&#173;tion, de distribution ou d'appropriation priv&#233; (c'est-&#224;-dire individuel, de groupes, d'associations anonymes ou de coop&#233;ratives, bref de classe, &#224; l'exclusion du reste de la population) et le mode de production r&#233;el, qui socialise de plus en plus les forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce point du texte, Marx d&#233;montre que si le proc&#232;s de production est &#233;galement proc&#232;s de valorisation [36], c'est de par sa connexion avec l'acte de l'achat-vente de la force de travail dans la sph&#232;re de la circulation marchande, connexion qui n'est pas naturelle ni n&#233;cessaire, mais transitoire et cr&#233;&#233;e par la soci&#233;t&#233;. Dans ce chapitre, Marx n'explique pas en d&#233;tail comment l'&#233;change entre capitalistes et ouvriers sur le march&#233; se prolonge dans le proc&#232;s de production par la circulation - ou distribution - des ouvriers et instruments au sein des branches productives, puis dans la circulation des produits de consommation aussi bien que de production : il se borne &#224; &#233;tudier le point de d&#233;part fondamental de toute cette circulation et distribution propres au capitalisme : le march&#233; du travail qui est, aux yeux de Marx, le march&#233; principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le rapport social, nou&#233; dans la sph&#232;re de la circulation et appuy&#233; par tout l'&#233;crasant ordre social, politique, juridique, administratif et commercial de la soci&#233;t&#233;, soit par la majeure partie des activit&#233;s des individus d'une soci&#233;t&#233; de capitalisme d&#233;ve&#173;loppe, c'est ce rapport social qui contraint l'ouvrier &#224; produire la plus-value pour le capital, la valeur d'usage de sa force de travail cr&#233;ant une quantit&#233; de produits plus grande que celle qu'il touche comme salaire, pour sa valeur d'&#233;change. Cependant, le capitaliste n'y voit pas la source de sa richesse. Pour lui, propri&#233;taire absolu des moyens de production objectifs, le capital par excellence est le coton ou la machine, bref des objets. Il identifie absolument valeur d'&#233;change &#224; valeur d'usage, de sorte que le capital appara&#238;t inscrit dans la nature m&#234;me des choses qu'il poss&#232;de, et ce, en d&#233;pit du fait que le travail soit la source de toute valeur et de toute richesse. Dans ces conditions, les moyens de production objectifs, du point de vue capitaliste, ont pour seule fonction d'absorber la plus grande quantit&#233; de travail vivant possible. La force de travail qui valorise le capital, c'est-&#224;-dire en conserve la valeur et lui ajoute une plus-value, appara&#238;t comme force du capital. La domination de classe des capitalistes sur les travailleurs se fonde sur le proc&#232;s d'ali&#233;nation du travail de l'ouvrier &#171; libre &#187;. Toute la production - et toutes les structures de la soci&#233;t&#233; - op&#232;rent non pas pour produire le plus grand nombre de valeurs d'usage possible, mais pour obtenir la plus grande production possible de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le capital puisse se valoriser, il faut donc deux sph&#232;res absolument diff&#233;rentes dans le proc&#232;s d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est celle de la circulation des marchandises qui s'effectue sur le march&#233;. Dans cette sph&#232;re d'&#233;change pur, il y a non seulement l'achat de tout ce qui constitue le capital constant et la vente finale du produit, mais encore l'ali&#233;nation du travail vivant : la vente et l'achat de la force de travail qui s'&#233;change contre un salaire en monnaie. Le travail y est trait&#233; comme une marchandise quelconque et est pay&#233; au cours en vigueur sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde sph&#232;re, absolument ind&#233;pendante quoique conditionn&#233;e par la premi&#232;re, repr&#233;sente la consommation par le capital de la force de travail achet&#233;e : c'est le proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;tablit d'ores et d&#233;j&#224; que si l'ouvrier ne vendait pas sa force de travail pour pouvoir vivre, la richesse mat&#233;rielle ne pourrait pas se transformer en capital ni s'accumuler en quantit&#233;s croissantes. C'est par rapport au travail salari&#233; que tous les objets repr&#233;sentant les conditions objectives du travail deviennent du capital. Sans salariat, pas de production de plus-value. Partout o&#249; il y a salariat, monnaie et mar&#173;chandise, il y a donc plus-value et capitalisme, m&#234;me si ce pays s'appelle l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois effectu&#233; l'&#233;change entre capital variable et force de travail, l'unique pr&#233;misse indispensable &#224; la valorisation du capital est fournie. L'auto-valorisation du capital, c'est, une fois les choses d&#233;mystifi&#233;es, la valorisation gr&#226;ce au seul effet du travail, c'est-&#224;-dire le proc&#232;s de consommation r&#233;el de la force de travail dans l'acte de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la sph&#232;re de circulation, capitaliste et ouvrier op&#232;rent comme tous les pos&#173;ses&#173;seurs de marchandises. L'op&#233;ration respecte le code bourgeois et le principe mercantile de l'&#233;change d'&#233;quivalents. Une seule chose distingue l'ouvrier des autres ven&#173;deurs du march&#233; : la nature sp&#233;cifique de sa marchandise pour ce qui est de sa valeur d'usage. Si l'ouvrier est amen&#233; &#224; offrir sur le march&#233; cette marchandise originale, c'est qu'il n'est propri&#233;taire d'aucune autre marchandise ou bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx met ici en &#233;vidence un point cardinal non seulement &#233;conomique, mais encore politique et social, &#224; savoir que le v&#233;ritable prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire est celui qui ne poss&#232;de rien et dont la force de travail n'a pas de valeur. [37]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans les conditions actuelles, la force de travail est, de par elle-m&#234;me, sans valeur, ni ne sert &#224; rien, si elle ne trouve pas les conditions objectives de son travail dans les mains d'une s&#233;rie de capitalistes aupr&#232;s desquels l'ouvrier doit aller les chercher, et que Marx appelle tout simplement capitalistes n&#176; 1, 2 et 3, selon qu'ils poss&#232;dent l'argent, les moyens de production ou les moyens de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;alit&#233;, le ph&#233;nom&#232;ne peut se compliquer autant qu'on voudra, mais en substance les capitalistes n&#176; 1, 2 et 3 dans leur ensemble (classe) sont les possesseurs exclusifs (monopolistes) de l'argent, des moyens de production et de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx va encore plus loin, il d&#233;finit simplement le capitaliste comme la personnification du capital, et cette puissance &#233;trang&#232;re - &#224; l'ouvrier, il la d&#233;crit comme un &#171; f&#233;tiche &#187;, dou&#233; de volont&#233; et d'une &#226;me exploiteuses. En somme, dans sa formule g&#233;niale, ce sont ces marchandises, anim&#233;es par le d&#233;mon capitaliste, qui s'incarnent dans le capitaliste, jouent le r&#244;le d'acheteuses de personnes humaines et font du salari&#233; moderne un esclave qui se vend lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse abstraite du capital n'a rien de &#171; philosophique &#187;, elle est parfaitement &#233;conomique et scientifique. Elle souligne que le rapport social objectif est d&#233;ter&#173;minant et d&#233;passe les consid&#233;rations juridiques du titre de propri&#233;t&#233;. Au reste, dans ce contexte, Marx n'utilise jamais le terme de &#171; bourgeois &#187; au sens de l'individu qui est propri&#233;taire dans la soci&#233;t&#233; civile. En r&#233;sum&#233;, &#171; le travail appartient &#224; l'ouvrier pour ce qui est de la peine et de l'effort, et au capitaliste pour ce qui est de la substance cr&#233;atrice de richesses toujours plus grandes &#187; c'est-&#224;-dire des richesses accumul&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
10. Fonctions du capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;finition du capital par une analyse &#171; statique &#187;, Marx reprend l'analyse &#171; cin&#233;tique &#187;, historique, afin d'&#233;lucider certains points particuliers : la fonction du capitaliste dans le proc&#232;s de production d'ensemble, par quoi les &#233;conomistes bourgeois justifient le revenu capitaliste du profit ainsi que le syst&#232;me capitaliste tout entier et &#224; tout jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste &#171; fonctionne &#187;, d'une part, dans le proc&#232;s de circulation gr&#226;ce au&#173;quel le proc&#232;s de travail devient proc&#232;s de valorisation, d'autre part, dans le proc&#232;s de produc&#173;tion qu'il dirige et surveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est cat&#233;gorique en ce qui concerne le proc&#232;s de circulation. le capitaliste y joue, certes, un r&#244;le &#171; &#233;conomique &#187; en choisissant de mani&#232;re ad&#233;quate les valeurs d'&#233;change et d'usage, mais, dit-il, on introduirait &#171; la pire confusion si l'on consid&#233;rait le temps consacr&#233; par le capitaliste &#224; la circulation comme du temps cr&#233;ant de la valeur ou de la plus-value &#187;. [38] De toute fa&#231;on, &#171; le capital, en tant que tel, n'a pas de temps de travail en dehors de son temps de production... Les frais de circulation repr&#233;sentent une d&#233;duction sur les valeurs produites. Si ces fonctions diminuent les faux frais et ajoutent quelque chose &#224; la production, ce n'est pas en cr&#233;ant des valeurs, mais en r&#233;duisant les d&#233;ductions &#224; op&#233;rer sur les valeurs produites. Si elles remplissaient &#224; fond leur r&#244;le, elles ne repr&#233;senteraient jamais que le minimum possi&#173;ble des faux frais de production. &#187; [39]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le proc&#232;s de production, le capitaliste, comme tel, n'y travaille pas, car telle est la fonction du travail vivant qui est salari&#233;. En effet, &#171; le temps du capitaliste est du temps superflu, temps de non-travail, temps non cr&#233;ateur de valeur, bien que ce soit le capital qui r&#233;alise la valeur produite &#187;. [40] Si le capitaliste y travaille n&#233;anmoins, &#171; il ne cr&#233;e pas de plus-value parce qu'il travaille en tant que capitaliste, mais parce que, mise &#224; part sa qualit&#233; de capitaliste, il travaille lui aussi. Cette partie de la plus-value n'est donc plus du tout de la plus-value, mais son contraire : un &#233;quivalent pour du travail accompli. &#187; [41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, pour devenir capitaliste, le chef hi&#233;rarchique doit poss&#233;der un certain volume de moyens objectifs de production et d'ouvriers, afin d'avoir du temps libre pour exercer les fonctions du capital. Certes, aujourd'hui encore, il y a des artisans en voie de se transformer en capitalistes, mais c'est un ph&#233;nom&#232;ne secondaire &#224; l'&#233;chelle de la production actuelle. Cependant, il entretient l'id&#233;e du travail utile des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Marx montre qu'avec l'&#233;volution de l'&#233;conomie capitaliste, la s&#233;paration entre profit d'entreprise et salaire d'administrateur devient de plus en plus nette et emp&#234;che les apologistes du capital de justifier tant soit peu le profit par ce travail. Pour preuve, Marx cite, d'une part, les coop&#233;ratives des ouvriers o&#249; toutes les fonctions sont assum&#233;es par des travailleurs et, d'autre part, les soci&#233;t&#233;s par actions o&#249; des salari&#233;s remplissent les fonctions de direction et d'administration. Et de conclure : &#171; le capitaliste dispara&#238;t du proc&#232;s de production comme superflu &#187;. [42]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx d&#233;veloppe dans l'analyse relative &#224; la soumission r&#233;elle du travail au capital, stade auquel le capital &#171; perd tous ses caract&#232;res individuels &#187; (p. 219), la contrainte n'&#233;tant plus ext&#233;rieure au proc&#232;s du travail, comme dans la sou&#173;mis&#173;sion formelle, mais objective, au sein du m&#233;canisme lui-m&#234;me : les machines elles-m&#234;mes dictent un rythme intensif au travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, Marx a d&#233;j&#224; r&#233;gl&#233; la question du r&#244;le du capitaliste dans le proc&#232;s de circulation et de production, en attribuant au seul travail vivant la facult&#233; de produire un exc&#233;dent, de la plus-value.&lt;br class='autobr' /&gt;
11. Soumission formelle du travail au capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Marx observe que si le capitaliste n'est pas un travailleur productif dans ses fonctions sp&#233;cifiques au sein du proc&#232;s de circulation au sens o&#249; il cr&#233;erait de la plus-value, il n'en reste pas moins qu'&#224; l'&#233;chelle historique, la classe capitaliste a &#233;t&#233; une &#171; classe productive par excellence &#187;. C'est ce que Marx explique dans la partie consacr&#233;e &#224; la soumission formelle du travail au capital : c'est en s'assujettissant les ouvriers - par une action qui va bien au-del&#224; de l'&#233;troite sph&#232;re de production - que le capital obtient d'eux une augmentation des forces productives. Bref, par rapport au f&#233;odalisme, le capitalisme constitue un progr&#232;s consid&#233;rable, et le Manifeste affirme que : &#171; la bourgeoisie a jou&#233; dans l'histoire un r&#244;le &#233;minemment r&#233;volutionnaire &#187;. De fait, Marx soutient, pour un temps, le repr&#233;sentant de l'&#233;conomie politique classique r&#233;volutionnaire, Ricardo, et va jusqu'&#224; le d&#233;fendre : &#171; A juste titre, Ricardo consid&#232;re, pour son &#233;poque du moins, que la production capitaliste EST LA PLUS AVANTA&#173;GEUSE pour la production de richesses. Il veut la production pour la production, et en cela il a raison. S'il voulait pr&#233;tendre - comme le font certains de ses adversaires sentimentaux - que la production, en tant que telle, ne peut &#234;tre le but, cela reviendrait &#224; oublier que la formule &#171; la production pour la production &#187; signifie simplement d&#233;veloppement de toutes les forces productives humaines, pos&#233; comme son propre but. Si l'on oppose &#224; un tel but le bien-&#234;tre de l'individu, comme l'a fait Sismondi, on pr&#233;tend que le d&#233;veloppement de l'esp&#232;ce doit &#234;tre arr&#234;t&#233; pour assurer le bien-&#234;tre de l'individu, que par exemple, il ne faut jamais faire la guerre, parce que ce serait tuer des individus. On ne comprend pas alors que le d&#233;veloppement des capacit&#233;s de l'esp&#232;ce humaine, bien qu'elle se fasse d'abord au d&#233;triment de la majorit&#233; des individus et de classes enti&#232;res, BRISERA FINALEMENT CET ANTAGONISME et se confondra avec le d&#233;veloppement de l'individu. En somme, le d&#233;veloppement sup&#233;rieur des individus ne se conquiert qu'au travers d'un proc&#232;s historique dans lequel les individus sont continuellement sacrifi&#233;s. &#187; [43]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le temps de travail consacr&#233; &#224; faire circuler les marchandises ne cr&#233;e jamais de valeurs, mais se d&#233;duit des valeurs produites, par rapport &#224; la production marchande simple, o&#249; le producteur perdait une partie consid&#233;rable de son temps &#224; marchander, le capitalisme diminue, sans aucun doute, le temps de circulation des marchandises de mani&#232;re draconienne. Cependant, parvenu &#224; un certain stade de son &#233;volution, le capital, par rapport aux forces productives d&#233;velopp&#233;es alors, tend &#224; augmenter de plus en plus le temps de circulation aux d&#233;pens du temps de production : le capitalisme doit alors c&#233;der la place &#224; un mode de production plus avantageux pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si le temps consacr&#233; par le capitaliste &#224; la production est du travail qui ne produit pas de plus-value, il a cependant un effet &#233;conomique. Deux simples exemples : lorsqu'un capitaliste surveille et stimule l'ouvrier : &#171; Vas-y, fain&#233;ant ! &#187;, son langage est un acte &#233;conomique, &#171; productif &#187;, non parce qu'il cr&#233;e de la valeur ou de la plus-value, mais parce qu'il oblige autrui &#224; en cr&#233;er davantage, simplement parce que le capitaliste lui fait sentir que chaque minute perdue lui enl&#232;ve une fraction de son profit. [44]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, un capitaliste, qui concentre une centaine d'ouvriers dans un seul atelier, fait que ces ouvriers pris ensemble vont produire davantage que lorsqu'ils &#233;taient s&#233;par&#233;s ; pourtant ce n'est pas le capitaliste qui produit la plus-value, mais bien les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le capital est plus productif que la production marchande simple, parce que, ayant s&#233;par&#233; de force les producteurs de leurs moyens de production lors du proc&#232;s dit d'accumulation primitive, il peut contraindre les travailleurs &#224; lui c&#233;der gratuitement - sans &#233;quivalent - une partie de leur travail. En d'autres termes, dans le r&#233;gime capitaliste, au proc&#232;s de production imm&#233;diat s'ajoute le proc&#232;s de valori&#173;sation, qui est conditionn&#233; par la sph&#232;re de la circulation et les rapports de domina&#173;tion capitalistes dans la soci&#233;t&#233; politique et la vie priv&#233;e. Et Marx pr&#233;cise que c'est l&#224; une forme g&#233;n&#233;rale de toutes les phases d'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est dire que les structures id&#233;ologiques ou politiques ne sont pas un simple reflet de l'&#233;cono&#173;mie, mais bien plut&#244;t son prolongement complexe dans des sph&#232;res d'activit&#233; (politique, militaire, administratif, religieux, &#233;ducatif, juridique), servant &#224; maintenir et &#224; perp&#233;tuer la domination bourgeoise dans tous les domaines. C'est en ce sens que la violence ou l'&#201;tat est un agent &#233;conomique (Engels). [45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue donc la production sp&#233;cifiquement capitaliste de la production marchande simple, c'est que cette derni&#232;re est, en th&#233;orie, un syst&#232;me fond&#233; sur le seul proc&#232;s de production imm&#233;diat, sans qu'il y ait contradiction avec les autres institutions sociales. En effet, le proc&#232;s de production imm&#233;diat encha&#238;ne rapports physiques et op&#233;rations mat&#233;rielles pour transformer les moyens de production en produits, sans consid&#233;rer les interm&#233;diaires constitu&#233;s par les institutions sociales et les rapports de classe. Une soci&#233;t&#233; de production marchande simple, si elle avait jamais exist&#233; de par elle-m&#234;me [46] ou ailleurs que dans les utopies petites-bourgeoises de Proudhon, Lassalle ou du communisme de conseil moderne, serait un encha&#238;ne&#173;ment de rapports sociaux calqu&#233;s strictement sur le proc&#232;s mat&#233;riel de travail, chaque ouvrier, proportionnellement &#224; sa capacit&#233; ou sa force de travail, mettant &#224; la disposition de la soci&#233;t&#233; la quantit&#233; requise de mati&#232;res premi&#232;res et d'instruments, sans devoir en partager la disposition avec personne : il toucherait l'int&#233;gralit&#233; des fruits de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette union est abolie et bris&#233;e d&#233;finitivement par la soci&#233;t&#233; capitaliste : la violence et le pouvoir politique y sont aussi une puissance &#233;conomique. A ce point du Vle chapitre, il faut tenir compte non seulement du r&#244;le de la violence dans l'accu&#173;mulation primitive du capital, mais encore de toutes les luttes et r&#233;volutions politiques qui ont permis &#224; la bourgeoisie de s'emparer des r&#234;nes du pouvoir dans la soci&#233;t&#233; et d'imposer sa domination au travail. M&#234;me s'il ne d&#233;crit que le proc&#232;s de production capitaliste dans le VI&#176; Chapitre, toute l'analyse de Marx d&#233;signe ses &#233;tudes et ouvrages &#171; politiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa phase initiale, le capitalisme reprend le proc&#232;s de production tel qu'il le trouve, c'est-&#224;-dire avec les techniques et proc&#233;d&#233;s d&#233;velopp&#233;s par la soci&#233;t&#233; pr&#233;&#173;capitaliste. Le capital impose simplement une domination formelle &#224; l'ouvrier au sein du proc&#232;s de production, domination formelle, au sens o&#249; elle est encore ext&#233;rieure au proc&#232;s de production, et non encore produite par celui-ci, comme cela est le cas dans la domination r&#233;elle. La domination formelle implique la rupture de l'unit&#233; entre producteur et moyens de production, autrement dit l'expropriation des artisans et paysans parcellaires. Cette unit&#233;, le capital ne la r&#233;tablira que dans le proc&#232;s de production r&#233;el, mais &#224; ses conditions et &#224; son profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx note &#224; ce propos que la force productive isol&#233;e (individuelle) du travail est d&#233;sormais impuissante, non seulement lorsqu'elle ne trouve pas les conditions objectives de production, mais encore lorsqu'elle n'est pas associ&#233;e &#224; de nombreuses autres forces de travail vivantes et soutenue par la science qui se d&#233;veloppe dans tous les secteurs de la soci&#233;t&#233; (de nombreuses d&#233;couvertes viennent de la guerre, ou bien de Chine et d'Arabie, et certaines se font en regardant une marmite ou en se pr&#233;lassant sous un pommier).&lt;br class='autobr' /&gt;
12. Travail productif et improductif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx proc&#232;de &#224; la fa&#231;on d'un bulldozer : il commence par la critique g&#233;n&#233;rale du capitalisme et &#233;branle d'un coup de boutoir l'&#233;difice tout entier, puis il continue dans le d&#233;tail, le rouleau compresseur &#233;crasant au fur et &#224; mesure ce qui reste encore debout. La t&#226;che de Marx est d&#233;j&#224; tr&#232;s avanc&#233;e lorsqu'il aborde la question du travail productif et improductif : il ne s'agit plus que de classifier les diff&#233;rents travaux effec&#173;tu&#233;s dans la soci&#233;t&#233;. Tout serait simple, sans les mystifications de l'apolog&#233;tique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx nous entra&#238;ne en plein dans l'histoire et la dialectique : il n'entend nullement nous apprendre quels m&#233;tiers - les &#171; productifs &#187; seront maintenus dans la soci&#233;t&#233; future - ce serait utopique et r&#233;actionnaire. Il d&#233;montrerait, bien plut&#244;t, comment la soci&#233;t&#233; capitaliste elle-m&#234;me est de moins en moins productive et de plus en plus improductive, d'apr&#232;s ses propres crit&#232;res d'appr&#233;ciation. [47]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx commence par le travail productif et improductif tel qu'il est d&#233;fini dans la production marchande simple, qui est, en th&#233;orie, proc&#232;s de production imm&#233;diat : est productif tout travail qui se r&#233;alise dans un produit, une marchandise. Dans un sens encore plus large, quiconque aura fabriqu&#233; un objet, m&#234;me s'il n'est pas destin&#233; &#224; l'&#233;change, fait un travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste, il faut consid&#233;rer comme improductif tout travail qui ne sert pas &#224; augmenter la masse de plus-value, et, en substance, de capital. L'ouvrier doit donc &#234;tre consid&#233;r&#233; comme productif ou improductif en fonction du travail qu'il effectue : tout travail cr&#233;ant de la plus-value, c'est-&#224;-dire valorisant le capital, sera vraiment productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, la mentalit&#233; bourgeoise ne reconna&#238;t pas ce principe, dont les &#233;conomistes classiques &#233;taient pourtant bien proches : consid&#233;rant comme naturels et &#233;ternels la forme capitaliste et le travail salari&#233;, elle finit par appeler productif et utile tout travail qui trouve &#224; s'employer, car sinon il ne serait pas pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte, Marx dit que toutes les activit&#233;s, depuis celle du roi &#224; celle de la prostitu&#233;e (nous dirions aujourd'hui du pr&#233;sident des &#201;tats-Unis au dernier parasite) sont, en fin de compte, salari&#233;es, et donc consid&#233;r&#233;es comme productives d'une mani&#232;re ou d'une autre. De fait, la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, par exemple - ne demande pas &#224; un individu s'il collabore &#224; la production de certaines marchandises socialement utiles, mais s'il a un &#171; job &#187;. Pourvu qu'il r&#233;ussisse &#224; faire entrer de l'argent dans son bilan personnel, nul ne lui demandera, si son activit&#233; ou le temps pendant lequel il est occup&#233; contribue &#224; la production de quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Anti-D&#252;hring (1878), Marx et Engels affirment qu'avec le capitalisme d&#233;velopp&#233;, &#171; la bourgeoisie s'av&#232;re comme une classe superflue : toutes ses fonctions sociales sont maintenant remplies par des employ&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;s. &#187; (&#201;ditions Soc., p. 323). La mystification est d&#233;sormais &#224; son comble : exploit&#233;s et exploiteurs sont tous des travailleurs salari&#233;s [48], comme s'il n'y avait plus de profiteurs (on pratique, bien s&#251;r, pour ceux-l&#224;, la politique des &#171; hauts salaires &#187;). Qui plus est, tous les salari&#233;s, quels qu'ils soient, sont utiles et indispensables, et ce, bien que le capital d&#233;veloppe davantage les travailleurs improductifs, vivant de la plus-value, que les ouvriers productifs, vivant vraiment d'un salaire cr&#233;ateur de la plus-value. Toutes les &#171; va&#173;leurs &#187; sont d&#233;sormais renvers&#233;es : plus on travaille durement et productivement, plus le salaire est bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mystification s'op&#232;re en reprenant les crit&#232;res de la soci&#233;t&#233; marchande sim&#173;ple, et en rejetant ceux de l'&#233;conomie bourgeoise classique. Si l'on consid&#232;re comme productifs m&#234;me ceux dont la t&#226;che consiste &#224; manger la plus-value cr&#233;&#233;e par d'autres ou &#224; maintenir les obstacles &#224; la production en s'agitant dans la sph&#232;re de la circulation pour r&#233;aliser tant bien que mal les marchandises produites, on peut qualifier pour toujours les capitalistes de &#171; classe productive par excellence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le vieux Malthus, l'ouvrier productif est celui qui augmente directement la richesse de son patron. Aujourd'hui encore, le marxisme d&#233;finit comme travail pro&#173;ductif celui qui produit de la plus-value, du moins tant que nous sommes en soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion r&#232;gne sur ce point plus encore qu'il y a un si&#232;cle ou deux, du fait que le syst&#232;me capitaliste devient de plus en plus improductif et parasitaire et se justifie de moins en moins &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
13. Produit brut et produit net&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point aussi, l'&#233;volution est consid&#233;rable entre l'&#233;conomie classique d'antan et l'&#233;conomie vulgaire d'aujourd'hui. Il est normal qu'au d&#233;but du capitalisme, les &#233;conomistes pr&#234;chent les vertus de l'&#233;pargne et pr&#244;nent les mesures les plus efficaces pour obtenir le rendement le plus fort. Et Marx de citer Ricardo. Puisque le but de la production capitaliste (et donc du travail productif) n'est pas l'existence des produc&#173;teurs, mais la production de plus-value, tout travail n&#233;cessaire (salaire) qui ne produit pas de surtravail est superflu et sans valeur pour la production capitaliste. Toute production (produit brut) qui ne sert qu'&#224; l'entretien de l'ouvrier, c'est-&#224;-dire ne con&#173;tient pas de surtravail, est aussi superflu que l'ouvrier lui-m&#234;me. En d'autres termes, il ne faut que le nombre d'hommes qui, dans la soci&#233;t&#233;, est susceptible de cr&#233;er du profit au capital. C'est tout le probl&#232;me des pays sous-d&#233;velopp&#233;s o&#249; le capital est incapable de procurer du travail rentable aux grandes masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, le but de la production capitaliste est le produit net, dont la forme concr&#232;te est le surproduit r&#233;alis&#233; en plus-value. Aujourd'hui, la mystification sur ce point ne porte pas sur le contenu, mais sur les termes : l'&#233;quivoque na&#238;t de la d&#233;finition du produit. Le produit brut est le r&#233;sultat d'ensemble de la production d'une entreprise ou d'une nation enti&#232;re. Or, les bourgeois classiques ne distinguent que deux parties dans le produit brut : le capital total avanc&#233; dans la production, le profit r&#233;alis&#233; dans celle-ci, que chaque entreprise a coutume d'appeler son revenu net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes ont toujours divis&#233; le produit brut en trois, en distinguant le capital constant et le capital variable, &#224; quoi s'ajoute la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le produit net est assimil&#233; au revenu net, alors son rapport au produit brut va en diminuant, et nous obtenons la loi marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit. [49]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on feint d'admettre la division marxiste du produit brut en trois parties, afin de brouiller les distinctions de classe. Dans ce but, on admet l'existence de la partie constante du produit brut, mais on cherche &#224; confondre - surtout &#224; des fins politiques - la plus-value et les salaires. On en arrive ainsi, &#224; l'Est, &#224; la &#171; propri&#233;t&#233; des moyens de production du peuple &#187;, et &#224; l'Ouest, &#224; la moderne politique des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On maintient la plus-value pour la part (croissante) &#224; r&#233;investir dans la production nouvelle, et l'on pr&#233;tend &#233;liminer le &#171; profit &#187; en ne versant plus que des &#171; salaires &#187;. Ce qui, entreprise par entreprise, se d&#233;finit comme valeur ajout&#233;e par le travail au cours de la production, est consid&#233;r&#233; comme le patrimoine commun de la classe des entrepreneurs et de la classe travailleuse, et on en d&#233;duit, par exemple, le revenu par t&#234;te d'habitant, sans se demander quelle partie de la population appartient &#224; la classe dominante et quelle autre &#224; la classe exploit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme n'est plus alors un mode de production et de distribution nouveau, mais un capitalisme &#224; peine retouch&#233; par la pr&#233;tendue &#233;limination des revenus d&#233;coulant d'un titre de propri&#233;t&#233; (en fait de quelques revenus d'actionnaires dans les monopoles de l'industrie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de vo&#251;te de la courbe du d&#233;veloppement capitaliste est la composition organique du capital. c'est-&#224;-dire le rapport entre sa partie constante et sa partie variable. Avec les progr&#232;s techniques, la productivit&#233; du travail augmente et du m&#234;me coup ce rapport. La mystification capitaliste cherche &#224; faire croire que la masse de travail objectiv&#233; dans le capital constant n'est pas la base de la domination capitaliste sur la classe ouvri&#232;re, mais un patrimoine commun... puisqu'il participe &#224; cr&#233;er les revenus de tous et profite &#224; toute la nation. [50]&lt;br class='autobr' /&gt;
14. La mystification du capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, m&#234;me aux yeux du simple bon sens, que toutes les forces produc&#173;ti&#173;ves appartiennent au travail, et donc &#224; la classe qui travaille. Mais toute l'organisation de la pr&#233;sente soci&#233;t&#233; et le poids des id&#233;es traditionnelles dont elle est infest&#233;e, conduisent &#224; faire croire que les forces productives sont une propri&#233;t&#233; inh&#233;rente au capital. De la sorte, le caract&#232;re social moderne du travail humain, avec son rende&#173;ment fabuleux, on l'attribue, non &#224; la puissance collective du travail humain, mais &#224; celle du capital. Le capital s'octroie le m&#233;rite de diminuer historiquement le prix des objets manufactur&#233;s produits par le travail associ&#233;, afin de se d&#233;clarer ma&#238;tre pour toujours de ce qui a &#233;t&#233; accumul&#233;. Par ce mensonge et par bien d'autres, il veut faire oublier que, par rapport aux r&#233;gimes antiques, il a provoqu&#233; un rench&#233;rissement des moyens de subsistance vitaux et transform&#233; la majeure partie de l'humanit&#233; en une masse d'affam&#233;s. Pendant ce temps, la petite minorit&#233; des peuples privil&#233;gi&#233;s et de leurs classes sup&#233;rieures elles-m&#234;mes vit sous la menace effrayante de guerres, de crises catastrophiques, d'inflation et de p&#233;nurie g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mystifications du capital ne sont pas de purs et simples mensonges, mais repr&#233;sentent toute l'organisation sociale actuelle qui est d&#233;pass&#233;e et inad&#233;quate par rapport aux forces de production sociales d&#233;velopp&#233;es Par le prol&#233;tariat moderne, Marx ne combat donc pas pour d&#233;voiler la v&#233;rit&#233;, mais pour abattre tout l'ordre ali&#233;n&#233; et mystificateur qui pr&#233;vaut actuellement dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Fondements, Marx &#233;crit : &#171; Si l'ouvrier d&#233;couvre que les produits du travail sont les siens, s'il condamne sa s&#233;paration d'avec ses conditions de travail et juge qu'on lui impose une situation intol&#233;rable, il aura acquis une immense conscien&#173;ce, qui d&#233;coule d'ailleurs du mode de production reposant sur le capital &#187; (tome I, p. 426-427).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette claire conscience ne d&#233;coule pas de la propagande d'id&#233;es vraies (les mystifications ont une certaine r&#233;alit&#233;), mais de l'&#233;volution du champ des forces sociales. L'ouvrier ne se soumet au futur sort d'esclave ou lutte pour la future condition de ma&#238;tre que parce qu'il choisit, qu'il le veuille ou non, le pr&#233;sent en fonction de l'avenir : il fa&#231;onne son pr&#233;sent dans la perspective de l'avenir. Mais l'avenir se d&#233;ter&#173;mine d&#233;j&#224; dans l'imm&#233;diat. [51] En effet, la dialectique du mouvement imm&#233;diat des choses transforme d&#232;s &#224; pr&#233;sent le futur, soit en d&#233;valorisant le futur de l'esclave comme situation intol&#233;rable, soit en valorisant le futur de l'esclave comme situation tol&#233;rable, selon la crise ou la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
15. Le capital produit et reproduit l'ensemble des rapports capitalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue imm&#233;diat, les entreprises capitalistes produisent des marchandises, dont la valeur d'&#233;change r&#233;alis&#233;e sur le march&#233; est propri&#233;t&#233; exclusive du capi&#173;tal individuel (entreprise ou son propri&#233;taire). Mais dans sa d&#233;finition des caract&#232;res sp&#233;cifiques de la forme, capitaliste, Marx a &#233;tabli que le but de celle-ci n'est pas la valeur d'&#233;change des produits vendus et encore moins leur valeur d'usage, mais la marge b&#233;n&#233;ficiaire que l'on appelle plus-value. C'est pourquoi, le capital est beaucoup plus qu'une masse de marchandises et d'argent, c'est une valeur qui se valorise, une valeur qui engendre plus de la valeur, du capital qui se reproduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx va encore plus loin : le ph&#233;nom&#232;ne social le plus significatif est que la classe capitaliste - surtout &#224; ses d&#233;buts - ne consomme qu'une petite partie de la plus-value, destinant le reste &#224; l'investissement de capital additionnel. Ainsi le proc&#232;s d'accumu&#173;lation est immanent au proc&#232;s capitaliste de production. Il implique la cr&#233;ation de nouveaux salari&#233;s (femmes, enfants, couches de la population occup&#233;es pr&#233;c&#233;demment dans l'agriculture familiale, etc.) : le capital produit &#224; une &#233;chelle toujours plus large les travailleurs salari&#233;s productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin : &#171; Le proc&#232;s de valorisation du capital a essentiellement pour but de produire des capitalistes et des travailleurs salari&#233;s. C'est ce que l'&#233;conomie politique oublie compl&#232;tement, car elle ne retient que les choses produites. &#187; Or, la reproduc&#173;tion de ce rapport des classes est &#171; un r&#233;sultat plus important de ce proc&#232;s que n'en sont les produits mat&#233;riels &#187;. [52]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit en termes sociaux et politiques, cela signifie qu'il est impossible au capitalisme, tant qu'il n'est pas abattu par les forces enserr&#233;es dans ses contradictions internes, d'&#234;tre autre chose que lui-m&#234;me, de se &#171; r&#233;former &#187;, &#233;tant condamn&#233; par sa nature m&#234;me a se reproduire continuellement et &#224; une &#233;chelle quantitative toujours plus vaste, avec les caract&#232;res et les rapports entre &#171; personnes &#187;, c'est-&#224;-dire entre les classes, qui le caract&#233;risent de son point de d&#233;part &#224; son point d'arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx montre que des rapports d'une fixit&#233; compl&#232;te se nouent entre les individus dans la sph&#232;re de la circulation et que le proc&#232;s de valorisation de la production capitaliste les produit et les reproduit sans cesse. Cependant, le proc&#232;s de production r&#233;el cr&#233;e bien davantage, malgr&#233; les entraves que repr&#233;sentent toute l'organisation et l'ordre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : une cr&#233;ation sans cesse nouvelle &#224; une &#233;chelle crois&#173;sante, soit pour le capital une continuelle surproduction : &#171; L'inad&#233;quation crois&#173;sante du d&#233;veloppement productif de la soci&#233;t&#233; aux conditions de production actuelles se manifeste au travers de contradictions tranchantes, de crises et de convulsions. Les destructions violentes de capital dues non pas &#224; des conditions ext&#233;rieures, mais &#224; celles de sa propre conservation, telle est la forme la plus frappante de l'avertissement qui lui est donn&#233; de c&#233;der la place &#224; un mode de production sup&#233;rieure, et de dispara&#238;tre. &#187; [53]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La facult&#233; du travail humain de cr&#233;er des quantit&#233;s plus grandes et des qualit&#233;s nouvelles ne saurait &#234;tre toujours contenue et st&#233;rilis&#233;e : le travail fera voler en &#233;clats les cha&#238;nes qui l'enserrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. K. Marx &#224; J. Ph. Becker, le 17 avril 1867. Et pour qu'il n'y ait pas de doute sur l'efficacit&#233; de ce missile : sur le plan th&#233;orique, le Capital porte &#224; la bourgeoisie &#171; un coup dont elle ne se rel&#232;vera jamais. &#187; Cf. K. Marx &#224; K. Klings, 4 octobre 1864, in : Lettres sur &#171; le Capital &#187;, pr&#233;sent&#233;es et annot&#233;es par G. Badia, Paris, Ed. Soc., 1964, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. K. Marx, le Communisme et la &#171; Gazette g&#233;n&#233;rale &#187; d'Augsbourg, in : Gazette rh&#233;nane, 16 octobre 1842.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. Marx-Engels, la Sainte Famille, 1845, Ed. Costes, tome 2, pp. 61-62, et Ed. Soc., p. 48. Dans son acception la plus haute, le d&#233;terminisme ne nie pas la libert&#233;, ni la volont&#233; et son efficacit&#233;, ni la &#171; cr&#233;ation &#187; (si l'on traduit ce mot par Schaffung, travail, production, son caract&#232;re ex nihilo s'estompe) : &#171; La libert&#233; n'est pas dans une ind&#233;pendance r&#234;v&#233;e &#224; l'&#233;gard des lois de la nature mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilit&#233; donn&#233;e par l&#224; m&#234;me de les mettre en &#339;uvre m&#233;thodiquement pour des fins d&#233;termin&#233;es. &#187; cf. Marx-Engels, Anti-D&#252;hring, Ed. Soc., p. 146.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre de Marx et d'Engels formant un tout, une question pos&#233;e sur le plan &#171; philoso&#173;phi&#173;que &#187; peut recevoir sa r&#233;ponse dans l' &#171; &#233;conomie &#187;, le Capital par exemple. Au fur et &#224; mesure, la r&#233;ponse est plus &#233;labor&#233;e, et les solutions &#233;tay&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cf. L&#233;nine, &#338;uvres, tome 13, p. 309 : Programme agraire de la social-d&#233;mocratie dans la premi&#232;re r&#233;volution russe de 1905-1907. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; Rien n'est plus dangereux que de vouloir amoindrir en temps de r&#233;volution la port&#233;e des mots d'ordre tactique strictement conformes aux principes... L'&#233;laboration de d&#233;cisions tactiques correctes a une importance &#233;norme pour un parti qui veut diriger le prol&#233;tariat dans un esprit rigoureusement marxiste, et non pas simplement se laisser remorquer par les &#233;v&#233;nements &#187;. L&#233;nine, Deux tactiques de la social-d&#233;mocratie dans la r&#233;volution d&#233;mocratique, 1905, in : &#338;uvres, tome 9, pp. 13-14.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seule analyse syst&#233;matique que nous connaissions du rapport entre l'action de L&#233;nine et toutes les phases successives de la r&#233;volution, de la fin du XIX&#176; si&#232;cle &#224; 1917 est celle publi&#233;e par Programma Comunista de 1954 &#224; 1961 : Russia e Rivoluzione nella teoria marxista, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] C'est ce qu'implique, par exemple, la th&#233;orie du passage au socialisme en France par des voies pacifiques. Les principaux &#233;v&#233;nements th&#233;oris&#233;s par Marx-Engels et L&#233;nine - les r&#233;volutions de 1848, la Commune de Paris, 1905 et 1917 - seraient alors &#171; d&#233;pass&#233;s &#187; et la r&#233;volution violente deviendrait une anormalit&#233;, une sorte de particularisme du sous-d&#233;veloppement, voire de l'asiatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] C'est la premi&#232;re des th&#232;ses de la fraction communiste abstentionniste d'Italie, mai 1920, in : Fil du Temps, n&#186; 8. Cette fraction a fond&#233; en janvier 1921 &#224; Livourne le Parti communiste d'Italie, conform&#233;ment aux m&#233;thodes l&#233;ninistes, et collabora &#224; la r&#233;daction des th&#232;ses sur le Parti de l'Internationale communiste (notamment pour la 21&#176; condition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] L&#233;nine se range lui-m&#234;me parmi les &#171; marxistes dogmatiques &#187; et rejette la &#171; libert&#233; de critique &#187; du marxisme, cf. Que faire ? chap. 1&#176; : Dogmatisme et &#171; libert&#233; de critique &#187;, in :&#338;uvres, tome 5, p. 358-380.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Le VI&#176; chapitre in&#233;dit du Capital de Marx, qui fait l'objet de ce volume, fait partie de ce lot. Il fut publi&#233; pour la premi&#232;re fois dans Arkhiv Marksa i Engelsa, vol. II (VII), sous le titre : Erstes Buch. Der Produktionsprozess des Kapitals. Sechstes Kapitel. Resultate des unmittelbaren Produktionsprozesses, avec en regard la traduction russe, Moscou, 1933, pp. 4-266.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Cf. L&#233;nine, Aus dem philosophischen Nachlass, Berlin, 1961, p. 240, et, en fran&#231;ais, Cahiers Philosophiques, Ed. Soc., p. 149.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Cf. Karel Kosik, la Dialectique du Concret, Ed. Fr. Maspero, BS 15, Paris, 1970, 171 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Cf. En partant du &#171; Capital &#187;, Roman Rosdolsky : la Signification du &#171; Capital &#187; pour la recherche marxiste contemporaine, p. 253, Ed. Anthropos, Paris, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Engels suppose comme admise cette distinction entre marchandise-capital et marchandise simple. &#171; En cons&#233;quence, on voit clairement pourquoi Marx, au d&#233;but du livre I&#176;, part de la simple production marchande qui est pour lui la condition historique pr&#233;alable pour en venir ensuite, en partant de cette base, au capital ; on voit pourquoi il part pr&#233;cis&#233;ment de la marchandise simple et non pas directement de la marchandise d&#233;j&#224; modifi&#233;e, Par le capitalisme qui n'en est, du point de vue conceptuel et historique, que la forme seconde. &#187; Cf. Pr&#233;face au Capital, livre III&#176;, Ed. Soc., vol. VI, pp. 17-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Marx dit express&#233;ment &#224; la fin de ce qui devait &#234;tre le VI&#176;chapitre. &#171; Ainsi se trouve r&#233;solue la difficult&#233; soulev&#233;e au chapitre I&#176; &#187;. (p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Une grande partie de la pol&#233;mique portant sur l'opposition entre les &#233;crits philosophiques et &#233;conomiques de Marx repose sur des questions de forme ou de traduction. La traduction fran&#231;aise notamment a &#233;limin&#233; syst&#233;matiquement tout le jargon non seulement philosophique, mais encore dialectique du Capital, en provoquant la col&#232;re d'Engels : &#171; Hier, j'ai lu, en fran&#231;ais, le chapitre sur la l&#233;gislation des fabriques. Sauf tout le respect que j'ai pour l'art avec lequel on a transform&#233; ce chapitre en un fran&#231;ais &#233;l&#233;gant, cela me fait mal au c&#339;ur pour ce beau chapitre. Sa vigueur, sa s&#232;ve et sa vie s'en sont all&#233;es au diable. On paie la possibilit&#233; qu'a l' &#171; &#233;crivain moyen &#187; de s'exprimer avec une certaine &#233;l&#233;gance, par une castration de la langue. Donner la vie &#224; des id&#233;es en fran&#231;ais moderne, cette camisole de force, devient de plus en plus impossible. Ne serait-ce que le renversement de la construction des phrases, rendu presque partout n&#233;cessaire par cette logique formelle p&#233;dante, &#244;te &#224; l'expos&#233; tout ce qu'il a de frappant et de vivant. Je consid&#233;rerais comme une grosse faute que de prendre comme base pour la traduction anglaise le v&#234;tement fran&#231;ais. &#187; Engels &#224; Marx, le 29.X.1873, cf., Lettres sur le Capital &#187;, p. 273. Cf. infra, p. 163 note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Il serait plus exact de parler de Sixi&#232;me section, puisque c'est &#224; cette subdivision que correspond le texte. Cependant, nous avons gard&#233; la traduction de Sixi&#232;me chapitre, parce que le texte est d&#233;j&#224; connu, en France et &#224; l'&#233;tranger, sous ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Marx a regroup&#233; ces rubriques dans le VI&#176; chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] C'est l'objet proprement dit du pr&#233;sent manuscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Ce chapitre est trait&#233; dans le livre IV du Capital (Histoire des Doctrines &#201;conomiques). Trad. J. Molitor, Ed. Costes, 8 vol., cf. vol. 2, pp. 5-215).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Dans &#201;conomies et Soci&#233;t&#233;s, Cahiers de l'I.S.E.A., S&#233;rie &#201;tudes de Marxologie, n&#176; 6, juin 1967, p. 128-175, Maximilien Rubel a publi&#233; une premi&#232;re traduction (environ le tiers) de ce VI&#176; Chapitre, puis il en a donn&#233; de tr&#232;s larges extraits (environ les deux tiers) dans Karl Marx, &#201;conomie II, de la collection La Pl&#233;iade, pp. 365-472. Plus r&#233;cemment, Bruno Maffi a publi&#233; une traduction italienne du VI&#176; chapitre, sans y inclure les Pages Eparses, cf. Marx. Il Capitale : Libro 1, capitolo VI inedito, La Nuova Italia, Firenze, 1969, XXVIII-131 p. Actuellement, une &#233;dition allemande est sous presse en R&#233;publique F&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Pour rompre le mur du silence, Marx et Engels all&#232;rent jusqu'&#224; imaginer &#171; d'attaquer le livre d'un point de vue bourgeois pour lancer la discussion &#187;, cf. lettres du 11.IX, 12.IX, 11.X et 18.X.1867, in : Lettres sur &#171; le Capital &#187;. Correspondance Marx-Engels, pr&#233;sent&#233;e et annot&#233;e par Gilbert Badia, Paris, Ed. Soc., pp. 182-187.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Marx a encourag&#233; la r&#233;daction d'abr&#233;g&#233;s ou de r&#233;sum&#233;s du Capital, non seulement pour faciliter l'acc&#232;s &#224; un sujet difficile, mais pour donner au lecteur un premier sch&#233;ma de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] C'est pourquoi Engels d&#233;montrait que les capitalistes ne voudront jamais c&#233;der leurs entreprises aux ouvriers, de mani&#232;re pacifique, en leur vendant les usines &#224; leur valeur de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Pour des raisons techniques, le tableau a &#233;t&#233; invers&#233; lors de son &#233;dition HTML. Il faudra donc comprendre &#034;lignes&#034; l&#224; o&#249; l'auteur &#233;crit &#034;colonnes&#034; et r&#233;ciproquement dans le passage qui suit. (N.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Ici, pp. 98-99 et au livre I&#176;du Capital, 5&#176; section, chap. XVI sur la plus-value absolue et la plus-value relative, Ed. Soc., II, pp. 183-191. Ces deux notions ont un caract&#232;re historique : la plus-value absolue s'obtient au stade o&#249; le capital ne domine que formellement le travail, en augmentant le nombre d'ouvriers salari&#233;s au d&#233;triment de l'agriculture, en prolongeant la journ&#233;e de travail ; la plus-value relative s'obtient au stade de la domination r&#233;elle par l'augmentation de la productivit&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Au chapitre XV du I&#176; livre du Capital, Marx d&#233;veloppe un autre cas sur l'augmentation de la productivit&#233; g&#233;n&#233;rale qui fait diminuer le co&#251;t de la vie au point qu'il en r&#233;sulte un avantage pour le prol&#233;tariat m&#234;me si son salaire reste constant, quoique la masse et le taux de plus-value puissent augmenter consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Cf. le Capital, troisi&#232;me livre, vol. VIII des Ed. Soc., p. 146. Cf. &#233;galement le Marxisme et la question agraire (suite) dans la revue ron&#233;otyp&#233;e Fil du Temps, n&#186; 6, pp. 137-139, Jacques Angot, B.P. 24 Paris-19e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Dans la r&#233;daction d&#233;finitive, cette partie e&#251;t form&#233; la conclusion du VI&#176; chapitre, et donc du Livre I&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] En math&#233;matique, le fluente d&#233;signe une fonction variable (int&#233;grale), et la fluxion la diff&#233;rentielle d'une fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Cf. J. Staline, les probl&#232;mes &#233;conomiques du socialisme en U.R.S.S., Ed. Soc, 1952, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Ibid., pp. 17-18. Dans la Russie de L&#233;nine, il &#233;tait question de dictature du prol&#233;tariat et d'un secteur capitaliste de l'&#233;conomie. D'ailleurs, il est normal qu'un secteur de production non socialiste subsiste alors, puisque la dictature du prol&#233;tariat est un &#233;tat o&#249; l'&#233;conomie est encore antagonique, le prol&#233;tariat, en tant que classe dirigeante, luttant contre les survivances de l'&#233;cono&#173;mie pr&#233;-socialiste. Au fur et &#224; mesure de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'internationale communiste, le but n'&#233;tait plus, comme au d&#233;but, la dictature du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;chelle internationale, mais la construction acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'&#233;conomie russe ; l'&#233;conomie capitaliste, loin de r&#233;gresser, s'&#233;panouit alors, &#233;tant la meilleure pour accumuler et d&#233;velopper les forces productives, en vue d'accro&#238;tre la production &#224; un rythme &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline, certes, essaie de tergiverser, et s'il reconna&#238;t qu'il y a production marchande en Russie, il pr&#233;tend n&#233;anmoins que le salariat n'y existe pas, parce qu'il est absurde de croire que &#171; la classe ouvri&#232;re, poss&#233;dant les moyens de production, se salarie elle-m&#234;me et se vend &#224; elle-m&#234;me sa force de travail &#187;. En fait, les ouvriers russes ne se salarient pas eux-m&#234;mes et vendent leur force de travail &#224; autrui. En th&#233;orie, la personne de cet autrui - capitaliste qui d&#233;tient l'argent, ach&#232;te la force de travail, vend les produits, dirige le proc&#232;s de production et le surveille - n'est pas d&#233;termi&#173;nante pour d&#233;finir le rapport salariat-capital. Peu importe que les capitalistes n&#186; 1, 2 et 3 soient l'&#201;tat, la direction devenue autonome des usines, l'association des entreprises anonymes, les sovkhoz ou kholkoz qui d&#233;tiennent les moyens de subsistance, etc. : l'essentiel dans la d&#233;finition du salariat, c'est qu'il y a production de plus-value accumul&#233;e sous forme mon&#233;taire et de marchan&#173;dises, par une force de travail qui ne peut survivre qu'en vendant sa marchandise-travail. Cf. p. 164.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, Staline pense pouvoir faire de la loi de la valeur marchande un instrument commode pour mesurer la production et les besoins : c'est tourner le dos au marxisme, qui voit dans la marchandise, le salariat, la monnaie et la valeur d'&#233;change des r&#233;alit&#233;s qui ne sont pas susceptibles d'&#234;tre manipul&#233;es, mais qui, au contraire, dominent les hommes. Cf. le Dialogue avec Staline, in : Programme communiste, n&#186; 8, 1959, 55 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Arbeitsverm&#246;gen peut se traduire par facult&#233;, capacit&#233; ou puissance possible du travail, et ce en un double sens : 1&#186; le travail, &#233;tant s&#233;par&#233; des conditions objectives de production, pure force de travail vivante et &#171; subjective &#187;, n'a pas la certitude, mais seulement la possibilit&#233; de produire : pour que cette possibilit&#233; se r&#233;alise, le capitaliste doit &#171; donner &#187; du travail &#224; l'ouvrier ; 2&#186; la force de travail est potentielle, parce que d'une part elle est elle-m&#234;me essentiellement variable (plus ou moins productive, sp&#233;cialis&#233;e, etc.) et que d'autre part elle produit une valeur tout &#224; fait variable, au sens o&#249; elle cr&#233;e un exc&#233;dent par rapport au salaire touch&#233; par l'ouvrier (&#224; la diff&#233;rence du capital constant qui transmet au produit une valeur &#233;quivalente).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] En effet, dans le proc&#232;s de production, les machines et les mati&#232;res premi&#232;res ne fonctionnent pas en raison de leur valeur mon&#233;taire, mais de leur nature et finalit&#233; particuli&#232;res - valeur d'usage - et op&#232;rent dont de mani&#232;re sp&#233;cifique, comme machines et mati&#232;res servant, par exemple, &#224; produire du fil ou des saucissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Cf. les Fondements, etc., tome I, pp. 314-318. Marx anticipe ici sur la 3&#176; rubrique du VI&#176; chapitre : la production capitaliste est production et reproduction du rapport sp&#233;cifiquement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Dans la partie consacr&#233;e au Produit brut et produit net, Marx pr&#233;voit cette &#233;volution d&#232;s le si&#232;cle dernier : la production capitaliste a pour id&#233;al de diminuer autant que possible le nombre de ceux qui vivent du salaire, et d'augmenter le plus possible le nombre de ceux qui vivent de la plus-value (p. 245).&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon l'&#233;tude Statistiques de la population active pour les ann&#233;es 1956 &#224; 1967 de l'O.C.D.E., la population industrielle n'est plus que de 39,7 % en Europe, de 33,5 % au Japon, de 33,7 % aux &#201;tats-Unis par rapport &#224; la population active totale. L'agriculture n'y forme plus que 20,9 % en Europe, 23,2 % au Japon et 5,5 % aux &#201;tats-Unis, tandis que la population tertiaire est mont&#233;e &#224; 39,4 % en Europe, 43,4 % au Japon et 60,8 % aux &#201;tats-Unis. L'&#233;volution s'accentue non seule&#173;ment depuis ces dix derni&#232;res ann&#233;es, mais elle est la plus prononc&#233;e dans les pays les plus d&#233;ve&#173;lopp&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le capitalisme ne cesse de prol&#233;tariser de plus en plus les grandes masses. En effet, d'une part, la population agricole diminue de plus en plus, d'autre part, ce sont les masses les plus nombreuses des pays sous-d&#233;veloppes qui perdent de plus en plus la disposition et la propri&#233;t&#233; de leurs instruments de production et deviennent des travailleurs &#171; libres &#187;, c'est-&#224;-dire disponibles &#224; l'exploitation capitaliste. Ce ph&#233;nom&#232;ne est li&#233; &#224; l'expansion du capitalisme dans le monde entier, la fameuse exportation de capitaux des pays les plus d&#233;velopp&#233;s vers les moins d&#233;velopp&#233;s, ph&#233;no&#173;m&#232;ne appel&#233; imp&#233;rialisme et li&#233; fondamentalement au mode de production capitaliste qui se d&#233;finit comme production de plus-value, d'exc&#233;dents. Ainsi, les &#201;tats-Unis voient leur population industrielle diminuer le plus, mais leur exportation de capitaux augmenter le plus : les deux mouvements de prol&#233;tarisation et de d&#233;prol&#233;tarisation sont li&#233;s, mais le premier l'emporte sur le second, &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] L'expression, pourtant fondamentale, de proc&#232;s de valorisation ne se trouve pas dans la traduction fran&#231;aise du I&#176; livre du Capital, et notamment dans la 3&#176; Section qui traite du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation. Roy a traduit cette expression par production de plus-value ou production de valeur. Ces d&#233;fectuosit&#233;s de traduction compliquent &#233;videmment la compr&#233;hension du processus par lequel la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change de la marchandise se prolongent dans le proc&#232;s de production capitaliste qui est donc proc&#232;s de travail, du point de vue de la valeur d'usage, et proc&#232;s de valorisation, du point de vue de la valeur d'&#233;change.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce m&#234;me chapitre, Marx distingue entre proc&#232;s de valorisation et proc&#232;s de production de valeur simple. Ce dernier consiste &#224; produire une valeur correspondant au remplacement de la valeur du travail pay&#233;, selon le strict principe de l'&#233;quivalence de la production marchande simple. Le proc&#232;s de production de valeur devient proc&#232;s de valorisation (capitaliste) d&#232;s lors qu'il se prolonge au-del&#224; de ce point, autrement dit : produit de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Dans le I&#176; livre du Capital (Ed. Soc. vol. II, pp. 206-209) et au d&#233;but des Pages &#201;parses du VI&#176; Chapitre, Marx d&#233;montre que la force de travail &#233;tant la mesure de toutes les valeurs, il n'est pas possible de la mesurer &#224; elle-m&#234;me. La force vivante du travail n'a pas de valeur, mais (dans le syst&#232;me mercantile) ce qu'elle produit en a. Elle-m&#234;me est pay&#233;e (salaire), non pas pour ce qu'elle vaut, mais pour ce qu'il faut de produits pour reconstituer la vie de la capacit&#233; physique et nerveuse du travail. Il ne s'agit donc pas d'un &#171; truc &#187; comptable, d'une difficult&#233; m&#233;thodologique. Cette constatation historique de premi&#232;re importance ne peut surgir qu'au moment o&#249; les conditions objectives du travail sont compl&#232;tement s&#233;par&#233;es de la force de travail. La conclusion socialiste en est qu'il est absurde de revendiquer la propri&#233;t&#233; de la force de travail, puisque celle-ci, en soi, n'a pas de valeur. Ainsi, Marx consid&#232;re que les syndicats se placent encore sur le plan de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, en s'effor&#231;ant de garantir aux ouvriers la valeur de leur force de travail, seul &#233;l&#233;ment de valeur qui leur appartienne. C'est pourquoi, il leur enjoint d'&#234;tre r&#233;volutionnaires, en luttant aussi pour l'abolition du salariat. Pour la m&#234;me raison, Marx rejette l'utopie d'une soci&#233;t&#233; o&#249;, parce que l'ouvrier est propri&#233;taire de sa force de travail, il recevrait l'int&#233;gralit&#233; du fruit de son travail. D&#232;s lors que les conditions objectives du travail sont r&#233;unies &#224; la force de travail collective, associ&#233;e de mani&#232;re rationnelle et appuy&#233;e par la science, il n'est plus de propri&#233;t&#233; priv&#233;e des individus, des groupes, des nations ou des classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que Marx dit de la propri&#233;t&#233; de la terre qui conditionne, dans les soci&#233;t&#233;s de classe, la propri&#233;t&#233; de tout le reste :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Du point de vue d'une organisation &#233;conomique sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233;, le droit de propri&#233;t&#233; de certains individus sur des parties du globe para&#238;tra tout aussi absurde que le droit de propri&#233;t&#233; d'un individu sur son prochain. [et, &#224; plus forte raison, le droit de propri&#233;t&#233; de l'individu sur lui-m&#234;me]. Une soci&#233;t&#233; enti&#232;re, une nation et m&#234;me toutes les soci&#233;t&#233;s contemporaines r&#233;unies ne sont pas propri&#233;taires de la terre. Elles n'en sont que les possesseurs, elles n'en ont que la jouissance et doivent la transmettre aux g&#233;n&#233;rations futures apr&#232;s l'avoir am&#233;lior&#233;e en bons p&#232;res de famille. &#187; (Capital, III, vol. VIII, Ed. Soc., p. 159).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Cf. K. Marx, Fondements, etc., tome II, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Ibid.,p. 141, 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Ibid.,p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Cf. K. Marx, Capital, livre III, Ed. Sec., vol. VII, p. 47. Marx traite de la question du &#171; salaire du capitaliste &#187; de la page 43 &#224; 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ibid., p. 53. Cette conclusion th&#233;orique peut avoir des effets pratiques consid&#233;rables. Cet apr&#232;s-guerre en fournit la preuve a contrario : apr&#232;s 1945, la C.G.T. a d&#233;fendu parmi les ouvriers le principe de la hi&#233;rarchie des salaires, c'est-&#224;-dire de salaires tr&#232;s &#233;lev&#233;s (pour les improductifs ou op&#233;rateurs du capital) et tr&#232;s bas (pour les productifs). Les masses lutt&#232;rent avec moins de fermet&#233; pour &#233;lever les salaires les plus faibles qui sont les plus nombreux, et n'entam&#232;rent en rien les privil&#232;ges parasitaires du profit des capitalistes. Pourtant, en France m&#234;me, la Commune avait d&#233;j&#224; os&#233;, il y a un si&#232;cle, &#233;galiser des salaires ouvriers &#224; tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;sultat de la reconnaissance de la hi&#233;rarchie des salaires fut une d&#233;moralisation croissante de la classe ouvri&#232;re, perdant de plus en plus sa confiance en soi. Elle d&#233;serta les syndicats plus que dans tout autre pays europ&#233;en de d&#233;veloppement analogue. Aujourd'hui, la France a les salaires les plus bas et les plus hauts, parmi ces pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots d'ordre tactique doivent d&#233;couler de principes th&#233;oriques justes, la th&#233;orie devenant une force si elle est radicale, c'est-&#224;-dire correspondant &#224; la situation et aux besoins profonds des masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Cf. K. Marx, Theorien &#252;ber den Mehrwert, Dietz, Berlin, vol. 2, p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Cf. les Facteurs de race et de nation dans la th&#233;orie marxiste, in : Fil du Temps, n&#176; 5, pp. 42, et 33-39. Que la force soit un &#171; acte &#233;conomique &#187; c'est une nouvelle de tous les jours. Par exemple : &#171; A Ghisonaccia. Les habitants barrent la route : ils obtiennent 300.000 F du pr&#233;fet &#187;, in : le Monde, du 14 Ao&#251;t 1969, p. 12, col. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Cf. Engels &#224; C. Schmidt, 27. X. 1890, in : K. Marx et Fr. Engels sur la litt&#233;rature et l'art, Ed. Soc., Paris, 1954, p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] La production marchande simple s'est, en r&#233;alit&#233;, d&#233;velopp&#233;e au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, &#224; l'abri des privil&#232;ges de l'&#201;tat politique qui garantissait les chartes de franchise de m&#233;tier, les artisans et autres petits-bourgeois formant un &#233;tat &#224; c&#244;t&#233; du clerg&#233; et des seigneurs, etc. Aux &#201;tats-Unis, la production marchande simple semble avoir exist&#233; de par elle-m&#234;me vers la fin du XVIII&#176; lorsque la population de propri&#233;taires parcellaires de la campagne formait 90 % de la population totale. N&#233;anmoins, la violence &#233;tait omnipr&#233;sente, et l'&#201;tat anglais &#224; l'arri&#232;re-plan. Cf. l'&#201;tat et la nation dans la th&#233;orie marxiste, in : Fil du Temps, n&#186; 4, p. 89-102, le chapitre sur la Contribution f&#233;odale au d&#233;veloppement &#233;conomique de la production marchande des communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Dans les Fondements, Marx indique des crit&#232;res meilleurs : &#171; D&#232;s que le travail, sous sa forme imm&#233;diate, a cess&#233; d'&#234;tre la source principale de la richesse [autrement dit, d&#232;s que le travail est socialis&#233;, &#233;tant associ&#233; et b&#233;n&#233;ficiant de la technique et des proc&#233;d&#233;s &#233;labor&#233;s par toutes les g&#233;n&#233;rations humaines], le temps de travail cesse et doit cesser d'&#234;tre la mesure de la valeur d'usage &#187; (tome 2, p. 222.) Le capital ayant accumul&#233; toutes les richesses et facult&#233;s dans le capital fixe, on ne peut plus d&#233;velopper les forces productives qu'en accroissant la force de travail vivante de l'homme. C'est pourquoi : &#171; la richesse v&#233;ritable signifie, en effet, le d&#233;veloppement de la force productive de tous les individus. D&#232;s lors, ce n'est plus le temps de travail, mais le temps disponible qui mesure la richesse. &#187; Ibid., p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] En ce sens, le salariat portant sur la forme mensuelle et comptable de la r&#233;mun&#233;ration, est purement formel, et n'a rien &#224; voir avec le salaire qui est capital variable et source de plus-value. Mais, ce mode formel de r&#233;mun&#233;ration permet, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest, de nier le caract&#232;re capitaliste de l'&#233;conomie, en donnant une m&#234;me apparence ext&#233;rieure &#224; tous les revenus (salaires, profits, rente) des trois classes fondamentales de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est l&#224; &#233;videmment une, grande force mystificatrice en faveur des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] &#201;conomiste plus que m&#233;diocre, Staline a pr&#233;tendu que la tendance du capitalisme moderne &#233;tait la recherche du profit maximum qui remplacerait la loi marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit. En fait il a confondu deux choses : historiquement, la masse du produit brut capitaliste augmente, ainsi que la masse du profit net (qui cro&#238;t cependant moins vite). En revanche, le taux de profit baisse tendanciellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En g&#233;n&#233;ral, Staline se place plut&#244;t au niveau de l'&#233;conomie bourgeoise classique des Ricardo qu'au niveau de l'&#233;conomie vulgaire d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e. Avec sa formule &#171; l'homme est le capital le plus pr&#233;cieux &#187;, il se situe m&#234;me au niveau de la soumission formelle du travail au capital, caract&#233;ris&#233;e par la production de la plus-value absolue, o&#249; le capital obtient la majeure partie de sa plus-value en augmentant la dur&#233;e du travail et le nombre des ouvriers, soit le &#171; capital humain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Si l'on confond de la m&#234;me fa&#231;on, tous les revenus (profits et salaires) sur le plan de l'entreprise, on obtient la gestion ouvri&#232;re ou la cogestion des r&#233;gimes aussi bien fasciste, d&#233;mocratique que &#171; socialiste &#187; : le capital constant (installations fixes, machines, etc.) appartient &#224; tous ceux qui sont employ&#233;s par l'entreprise, puisqu'il contribue &#224; leur donner un revenu justifi&#233; par un &#171; job &#187; dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] Cf. K. Kosik, la Dialectique du concret, pp. 152-153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] Cf. les Fondements, etc., tome I&#176;, pp. 422, 478.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] L.c., tome 2, pp. 276-277.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/presentation.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/presentation.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marx adepte du pur d&#233;terminisme &#233;conomique ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx adepte du pur d&#233;terminisme &#233;conomique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de Engels &#224; Starkenburg, 25 janvier 1894 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La dynamique des sph&#232;res politique, juridique, philosophique, religieuse, litt&#233;raire, artistique, etc., repose sur la dynamique &#233;conomique. Ces sph&#232;res r&#233;agissent toutes les unes sur les autres, ainsi que sur la base, &#233;conomique. Ce n'est pas que l'&#233;conomie soit la seule cause active et que tout le reste n'exerce qu'une action passive. Au contraire, il y a action r&#233;ciproque sur la base (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx adepte du pur d&#233;terminisme &#233;conomique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Engels &#224; Starkenburg, 25 janvier 1894 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dynamique des sph&#232;res politique, juridique, philosophique, religieuse, litt&#233;raire, artistique, etc., repose sur la dynamique &#233;conomique. Ces sph&#232;res r&#233;agissent toutes les unes sur les autres, ainsi que sur la base, &#233;conomique. Ce n'est pas que l'&#233;conomie soit la seule cause active et que tout le reste n'exerce qu'une action passive. Au contraire, il y a action r&#233;ciproque sur la base &#233;conomique, encore que celle-ci l'emporte toujours en derni&#232;re instance. Par exemple, l'&#201;tat agit par le protectionnisme, le libre-&#233;change, par une bonne ou mauvaise fiscalit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sph&#232;res ne constituent donc nullement des reflets passifs de la base &#233;conomique, comme se l'imaginent les marxistes vulgaires qui manquent d'esprit dialectique et n'entendent rien au d&#233;terminisme. Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste d&#233;velopp&#233;e, chacune de ces &#171; sph&#232;res &#187; repr&#233;sente une v&#233;ritable branche d'activit&#233; regroupant des masses consid&#233;rables d'hommes et de femmes &#8212; souvent salari&#233;es &#8212; qui remplissent des fonctions indispensables au capital, quoique improductives ou socialement nocives, par exemple l'administration, la police, l'arm&#233;e, l'&#233;ducation nationale, la presse, la publicit&#233;, les spectacles, les exercices religieux, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la mesure o&#249; toutes ces activit&#233;s constituent des groupes ind&#233;pendants au sein de la division sociale du travail, leurs productions y compris leurs erreurs &#8212; exercent une influence en retour sur tout le d&#233;veloppement &#233;conomique. Ce qui n'emp&#234;che qu'elles soient toutes sous l'influence dominante du d&#233;veloppement &#233;conomique. &#187; (Lettre de Engels &#224; Conrad Schmidt, 27 octobre 1890)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Engels d'expliquer bri&#232;vement quel est le rapport entre l'&#233;conomie et les activit&#233;s superstructurelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;conomie ne cr&#233;e rien directement d'elle-m&#234;me, mais elle d&#233;termine une sorte de modification et un d&#233;veloppement de la mati&#232;re intellectuelle existante, et encore le plus souvent indirectement. Ainsi ce sont les formes politiques, juridiques, morales, qui exercent le plus directement une action sur la philosophie. &#187; (Ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent attribu&#233; &#224; Marx et Engels un v&#233;ritable d&#233;terminisme purement &#233;conomique et effectivement ils ont affirm&#233; que l'histoire est d&#233;termin&#233;e, &#224; chaque &#233;tape, par le niveau atteint des forces productives fondant les rapports de production fond&#233;s et un type de propri&#233;t&#233;. Mais ils ont toujours pr&#233;cis&#233;, comme on le verra dans les citations suivantes, que les hommes font leur propre histoire. Cela ne signifiait pas que les hommes font ce qu'ils veulent de l'histoire, ni que cette derni&#232;re d&#233;pendrait seulement de ce que les hommes veulent faire et devenir. Le point de vue de Marx et Engels est bien plus dynamique et r&#233;volutionnaire. La conscience des hommes est d&#233;termin&#233;e par la soci&#233;t&#233; du pass&#233; et la conscience de l'avenir n'est produite qu'au cours de la transformation elle-m&#234;me, de la lutte r&#233;volutionnaire, qui est provoqu&#233;e par les contradictions entre forces productives et rapports de production. Il n'y a pas de fatalisme ni &#233;conomique, ni social, ni politique. Cela signifie que l'humanit&#233; ne peut se hausser au dessus des conditions d'existence qui sont permises par les moyens de production mais qu'elle peut parfaitement descendre bien en dessous quand les hommes ne se donnent pas les moyens sociaux et politiques des transformations historiquement n&#233;cessaires, s'ils ne disposent pas de la conscience, de l'organisation et de la mobilisation n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tape historique qu'ils vivent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, &#171; L'Id&#233;ologie allemande &#187;, 1846 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La fa&#231;on dont les hommes produisent leurs moyens d'existence, d&#233;pend d'abord de la nature des moyens d'existence d&#233;j&#224; donn&#233;s et qu'il leur faut reproduire. Il ne faut pas consid&#233;rer ce mode de production de ce seul point de vue, &#224; savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il repr&#233;sente au contraire d&#233;j&#224; un mode d&#233;termin&#233; de l'activit&#233; de ces individus, une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e de manifester leur vie, un mode de vie d&#233;termin&#233;. La fa&#231;on dont les individus manifestent leur vie refl&#232;te tr&#232;s exactement ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont co&#239;ncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu'ils produisent qu'avec la fa&#231;on dont ils le produisent. Ce que sont les individus d&#233;pend donc des conditions mat&#233;rielles de leur production. (&#8230;)La division du travail &#224; l'int&#233;rieur d'une nation entra&#238;ne d'abord la s&#233;paration du travail industriel et commercial, d'une part, et du travail agricole, d'autre part ; et, de ce fait, la s&#233;paration de la ville et de la campagne et l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts. Son d&#233;veloppement ult&#233;rieur conduit &#224; la s&#233;paration du travail commercial et du travail industriel. En m&#234;me temps, du fait de la division du travail &#224; l'int&#233;rieur des diff&#233;rentes branches, on voit se d&#233;velopper &#224; leur tour diff&#233;rentes subdivisions parmi les individus coop&#233;rant &#224; des travaux d&#233;termin&#233;s. La position de ces subdivisions particuli&#232;res les unes par rapport aux autres est conditionn&#233;e par le mode d'exploitation du travail agricole, industriel et commercial (patriarcat, esclavage, ordres et classes). Les m&#234;mes rapports apparaissent quand les &#233;changes sont plus d&#233;velopp&#233;s dans les relations des diverses nations entre elles. Les divers stades de d&#233;veloppement de la division du travail repr&#233;sentent autant de formes diff&#233;rentes de la propri&#233;t&#233; ; autrement dit, chaque nouveau stade de la division du travail d&#233;termine &#233;galement les rapports des individus entre eux pour ce qui est de la mati&#232;re, des instruments et des produits du travail. (&#8230;) Voici donc les faits : des individus d&#233;termin&#233;s qui ont une activit&#233; productive selon un mode d&#233;termin&#233; entrent dans des rapports sociaux et politiques d&#233;termin&#233;s. Il faut que dans chaque cas isol&#233;, l'observation empirique montre dans les faits, et sans aucune sp&#233;culation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l'&#201;tat r&#233;sultent constamment du processus vital d'individus d&#233;termin&#233;s ; mais de ces individus non point tels qu'ils peuvent s'appara&#238;tre dans leur propre repr&#233;sentation ou appara&#238;tre dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire, tels qu'ils &#339;uvrent et produisent mat&#233;riellement ; donc tels qu'ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es et ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. Les repr&#233;sentations que se font ces individus sont des id&#233;es soit sur leurs rapports avec la nature, soit sur leurs rapports entre eux, soit sur leur propre nature. Il est &#233;vident que, dans tous ces cas, ces repr&#233;sentations sont l'expression consciente r&#233;elle ou imaginaire de leurs rapports et de leur activit&#233; r&#233;els, de leur production, de leur commerce, de leur organisation politique et sociale. Il n'est possible d'&#233;mettre l'hypoth&#232;se inverse que si l'on suppose en dehors de l'esprit des individus r&#233;els, conditionn&#233;s mat&#233;riellement, un autre esprit encore, un esprit particulier. Si l'expression consciente des conditions de vie r&#233;elles de ces individus est imaginaire, si, dans leurs repr&#233;sentations, ils mettent la r&#233;alit&#233; la t&#234;te en bas, ce ph&#233;nom&#232;ne est encore une cons&#233;quence de leur mode d'activit&#233; mat&#233;riel born&#233; et des rapports sociaux &#233;triqu&#233;s qui en r&#233;sultent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frederich Engels &#171; Lettre &#224; Joseph Bloch &#187; septembre 1890 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'apr&#232;s la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, le facteur d&#233;terminant dans l'histoire est, en derni&#232;re instance, la production et la reproduction de la vie r&#233;elle. Ni Marx, ni moi n'avons jamais affirm&#233; davantage. Si, ensuite, quelqu'un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur &#233;conomique est le seul d&#233;terminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation &#233;conomique est la base, mais les divers &#233;l&#233;ments de la superstructure &#8211; les formes politiques de la lutte de classes et ses r&#233;sultats, &#8211; les Constitutions &#233;tablies une fois la bataille gagn&#233;e par la classe victorieuse, etc., &#8211; les formes juridiques, et m&#234;me les reflets de toutes ces luttes r&#233;elles dans le cerveau des participants, th&#233;ories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur d&#233;veloppement ult&#233;rieur en syst&#232;mes dogmatiques, exercent &#233;galement leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en d&#233;terminent de fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante la forme. Il y a action et r&#233;action de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement &#233;conomique finit par se frayer son chemin comme une n&#233;cessit&#233; &#224; travers la foule infinie de hasards (c'est-&#224;-dire de choses et d'&#233;v&#233;nements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile &#224; d&#233;montrer que nous pouvons la consid&#233;rer comme inexistante et la n&#233;gliger). Sinon, l'application de la th&#233;orie &#224; n'importe quelle p&#233;riode historique serait, ma foi, plus facile que la r&#233;solution d'une simple &#233;quation du premier degr&#233;. Nous faisons notre histoire nous-m&#234;mes, mais, tout d'abord, avec des pr&#233;misses et dans des conditions tr&#232;s d&#233;termin&#233;es. Entre toutes, ce sont les conditions &#233;conomiques qui sont finalement d&#233;terminantes. Mais les conditions politiques, etc., voire m&#234;me la tradition qui hante les cerveaux des hommes, jouent &#233;galement un r&#244;le, bien que non d&#233;cisif. Ce sont des causes historiques et, en derni&#232;re instance, &#233;conomiques, qui ont form&#233; &#233;galement l'Etat prussien et qui ont continu&#233; &#224; le d&#233;velopper. Mais on pourra difficilement pr&#233;tendre sans p&#233;danterie que, parmi les nombreux petits Etats de l'Allemagne du Nord, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le Brandebourg qui &#233;tait destin&#233; par la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique et non par d'autres facteurs encore (avant tout par cette circonstance que, gr&#226;ce &#224; la possession de la Prusse, le Brandebourg &#233;tait entra&#238;n&#233; dans les affaires polonaises et par elles impliqu&#233; dans les relations politiques internationales qui sont d&#233;cisives &#233;galement dans la formation de la puissance de la Maison d'Autriche) &#224; devenir la grande puissance o&#249; s'est incarn&#233;e la diff&#233;rence dans l'&#233;conomie, dans la langue et aussi, depuis la R&#233;forme, dans la religion entre le Nord et le Sud. On parviendra difficilement &#224; expliquer &#233;conomiquement, sans se rendre ridicule, l'existence de chaque petit Etat allemand du pass&#233; et du pr&#233;sent ou encore l'origine de la mutation consonnantique du haut allemand qui a &#233;largi la ligne de partage g&#233;ographique constitu&#233;e par les cha&#238;nes de montagnes des Sud&#232;tes jusqu'au Taunus, jusqu'&#224; en faire une v&#233;ritable faille traversant toute l'Allemagne. Mais, deuxi&#232;mement, l'histoire se fait de telle fa&#231;on que le r&#233;sultat final se d&#233;gage toujours des conflits d'un grand nombre de volont&#233;s individuelles, dont chacune &#224; son tour est faite telle qu'elle est par une foule de conditions particuli&#232;res d'existence ; il y a donc l&#224; d'innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement, un groupe infini de parall&#233;logrammes de forces, d'o&#249; ressort une r&#233;sultante &#8211; l'&#233;v&#233;nement historique &#8211; qui peut &#234;tre regard&#233;e elle-m&#234;me, &#224; son tour, comme le produit d'une force agissant comme un tout, de fa&#231;on inconsciente et aveugle. Car, ce que veut chaque individu est emp&#234;ch&#233; par chaque autre et ce qui s'en d&#233;gage est quelque chose que personne n'a voulu. C'est ainsi que l'histoire jusqu'&#224; nos jours se d&#233;roule &#224; la fa&#231;on d'un processus de la nature et est soumise aussi, en substance, aux m&#234;mes lois de mouvement qu'elle. Mais de ce que les diverses volont&#233;s &#8211; dont chacune veut ce &#224; quoi la poussent sa constitution physique et les circonstances ext&#233;rieures, &#233;conomiques en derni&#232;re instance (ou ses propres circonstances personnelles ou les circonstances sociales g&#233;n&#233;rales) &#8211; n'arrivent pas &#224; ce qu'elles veulent, mais se fondent en une moyenne g&#233;n&#233;rale, en une r&#233;sultante commune, on n'a pas le droit de conclure qu'elles sont &#233;gales &#224; z&#233;ro. Au contraire, chacune contribue &#224; la r&#233;sultante et, &#224; ce titre, est incluse en elle. Je voudrais, en outre, vous prier d'&#233;tudier cette th&#233;orie aux sources originales et non point de seconde main, c'est vraiment beaucoup plus facile. Marx a rarement &#233;crit quelque chose o&#249; elle ne joue son r&#244;le. Mais, en particulier, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte est un exemple tout &#224; fait excellent de son application. Dans Le Capital, on y renvoie souvent. Ensuite, je me permets de vous renvoyer &#233;galement &#224; mes ouvrages Monsieur E. D&#252;hring bouleverse la science et Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, o&#249; j'ai donn&#233; l'expos&#233; le plus d&#233;taill&#233; du mat&#233;rialisme historique qui existe &#224; ma connaissance. C'est Marx et moi-m&#234;me, partiellement, qui devons porter la responsabilit&#233; du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu'il ne lui est d&#251; au c&#244;t&#233; &#233;conomique. Face &#224; nos adversaires, il nous fallait souligner le principe essentiel ni&#233; par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l'occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent &#224; l'action r&#233;ciproque. Mais d&#232;s qu'il s'agissait de pr&#233;senter une tranche d'histoire, c'est-&#224;-dire de passer &#224; l'application pratique, la chose changeait et il n'y avait pas d'erreur possible. Mais, malheureusement, il n'arrive que trop fr&#233;quemment que l'on croie avoir parfaitement compris une nouvelle th&#233;orie et p ouvoir la manier sans difficult&#233;, d&#232;s qu'on s'en est appropri&#233; les principes essentiels, et cela n'est pas toujours exact. Je ne puis tenir quitte de ce reproche plus d'un de nos r&#233;cents &#8220; marxistes &#8221;, et il faut dire aussi qu'on a fait des choses singuli&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx, Lettre &#224; Paul Annenkov, 26 d&#233;cembre 1846 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici, en peu de mots, le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel j'arrivai et qui, une fois obtenu, me servit de fil conducteur dans mes &#233;tudes. Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires, ind&#233;pendants de leur volont&#233; ; ces rapports de production correspondent &#224; un degr&#233; donn&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la fondation r&#233;elle sur laquelle s'&#233;l&#232;ve un &#233;difice juridique et politique, et &#224; quoi r&#233;pondent des formes d&#233;termin&#233;es de la conscience sociale. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle domine en g&#233;n&#233;ral le d&#233;veloppement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain degr&#233; de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors, et qui n'en sont que l'expression juridique. Hier encore formes de d&#233;veloppement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence un &#232;re de r&#233;volution sociale. Le changement dans les fondations &#233;conomiques s'accompagne d'un bouleversement plus ou moins rapide dans tout cet &#233;norme &#233;difice. Quand on consid&#232;re ces bouleversements, il faut toujours distinguer deux ordres de choses. Il y a le bouleversement mat&#233;riel des conditions de production &#233;conomique. On doit le constater dans l'esprit de rigueur des sciences naturelles. Mais il y a aussi les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques, philosophiques, bref les formes id&#233;ologiques, dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le poussent jusqu'au bout. On ne juge pas un individu sur l'id&#233;e qu'il a de lui-m&#234;me. On ne juge pas une &#233;poque de r&#233;volution d'apr&#232;s la conscience qu'elle a d'elle-m&#234;me. Cette conscience s'expliquera plut&#244;t par les contrari&#233;t&#233;s de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui oppose les forces productives sociales et les rapports de production. Jamais une soci&#233;t&#233; n'expire, avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir ; jamais des rapports sup&#233;rieurs de production ne se mettent en place, avant que les conditions mat&#233;rielles de leur existence soient &#233;closes dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se propose jamais que les t&#226;ches qu'elle peut remplir : &#224; mieux consid&#233;rer les choses, on verra toujours que la t&#226;che surgit l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles de sa r&#233;alisation sont d&#233;j&#224; form&#233;es, ou sont en voie de se cr&#233;er. R&#233;duits &#224; leurs grandes lignes, les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et bourgeois moderne apparaissent comme des &#233;poques progressives de la formation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme antagoniste du proc&#232;s social de la production. Il n'est pas question ici d'un antagonisme individuel ; nous l'entendons bien plut&#244;t comme le produit des conditions sociales de l'existence des individus ; mais les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent dans le m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles propres &#224; r&#233;soudre cet antagonisme. Avec ce syst&#232;me social c'est donc la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine qui se cl&#244;t. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; la Contribution &#224; la Critique de l'Economie politique, 1859 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233;, quelle que soit sa forme ? Le produit de l'action r&#233;ciproque des hommes. Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale ? Pas du tout. Posez un certain &#233;tat de d&#233;veloppement des facult&#233;s productives des hommes et vous aurez une telle forme de commerce et de consommation. Posez de certains degr&#233;s de d&#233;veloppement de la production, du commerce, de la consommation, et vous aurez telle forme de constitution sociale, telle organisation de famille, des ordres ou des classes, en un mot telle soci&#233;t&#233; civile. Posez telle soci&#233;t&#233; civile, et vous aurez tel &#201;tat politique, qui n'est que l'expression officielle de la soci&#233;t&#233; civile. (...) : Il n'est pas n&#233;cessaire d'ajouter que les hommes ne sont pas libres arbitres de leurs forces productives - qui sont la base de toute leur histoire - car toute force productive est une force acquise, le produit d'une activit&#233; ant&#233;rieure. Ainsi les forces productives sont le r&#233;sultat de l'&#233;nergie pratique des hommes, mais cette &#233;nergie elle-m&#234;me est circonscrite par les conditions dans lesquelles les hommes se trouvent plac&#233;s, par les forces productives d&#233;j&#224; acquises, par la forme sociale qui existe avant eux, qu'ils ne cr&#233;ent pas, qui est la production de la g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure. (...) Les hommes ne renoncent jamais &#224; ce qu'ils ont gagn&#233;, mais cela ne vient pas &#224; dire qu'ils ne renoncent jamais &#224; la forme sociale, dans laquelle ils ont acquis certaines forces productives. Tout au contraire. Pour ne pas &#234;tre priv&#233; du r&#233;sultat obtenu, pour ne pas perdre les fruits de la civilisation, les hommes sont forc&#233;s, du moment o&#249; le mode de leur commerce ne correspond plus aux forces productives acquises, de changer toutes leurs formes sociales traditionnelles. (...) Ainsi les formes &#233;conomiques sous lesquelles les hommes produisent, consomment, &#233;changent, sont transitoires et historiques. Avec de nouvelles facult&#233;s productives acquises, les hommes changent leur mode de production, et avec leur mode de production, ils changent tous les rapports &#233;conomiques qui n'ont &#233;t&#233; que les relations n&#233;cessaires de ce mode de production d&#233;termin&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Pr&#233;face de la critique de l'&#233;conomie politique &#187;, 1859 :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Dans la production de leur existence, les hommes se soumettent &#224; des conditions d&#233;termin&#233;es, n&#233;cessaires, ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. Ces conditions de production correspondent &#224; un stade d&#233;termin&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces conditions de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne la vie sociale, politique et intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur existence, mais, au contraire, c'est leur existence sociale qui d&#233;termine leur conscience. Ayant atteint un certain niveau de d&#233;veloppement, les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les conditions de production existantes, ou, ce qui en est l'expression juridique, avec le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; au sein duquel elles ont &#233;volu&#233; jusqu'alors. De facteurs de d&#233;veloppement des forces productives, ces conditions deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Parall&#232;lement &#224; la transformation de la base &#233;conomique s'effectue le bouleversement plus ou moins lent ou rapide de toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre la transformation mat&#233;rielle des conditions de production &#233;conomiques &#8211; transformation qu'on doit constater &#224; l'aide des m&#233;thodes exactes qu'emploient les sciences naturelles &#8211; et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, de m&#234;me on ne saurait juger une telle &#233;poque de bouleversement sur la conscience qu'elle a d'elle-m&#234;me. Il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de production. Un type de soci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives que cette soci&#233;t&#233; est capable de contenir, et jamais un syst&#232;me de production nouveau et sup&#233;rieur ne s'y substitue avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ce syst&#232;me aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car en y regardant de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de na&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont maintes fois soulign&#233; le caract&#232;re &#233;mergent de l'homme, de la soci&#233;t&#233; humaine, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de ses formes historiques diverses, des nouvelles classes sociales, des nouveaux modes de production, des nouveaux rapports sociaux, des nouvelles situations politiques et de la conscience sociale qui en d&#233;coule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il existe par cons&#233;quent des forces innombrables qui s'entre-croisent, un nombre infini de parall&#233;logrammes de forces, donnant une r&#233;sultante, l'&#233;v&#233;nement historique, qui peut &#224; son tour, &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le produit d'une puissance agissant comme un tout, sans conscience ni volont&#233;. Car ce que chacun veut s&#233;par&#233;ment est emp&#234;ch&#233; par tous les autres, et ce qui en r&#233;sulte, c'est quelque chose qu'aucun n'a voulu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre d'Engels publi&#233;e dans le &#171; Sozialistischer Akademiker en 1890&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Engels reprend ce th&#232;me :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les hommes font eux-m&#234;mes leur propre histoire, mais jusqu'&#224; pr&#233;sent, m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s bien d&#233;limit&#233;es, ils ne l'ont pas faite avec une volont&#233; d'ensemble ni selon un plan g&#233;n&#233;ral. Leurs aspirations s'entrecroisent, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que, dans toutes les soci&#233;t&#233;s semblables, r&#232;gne la n&#233;cessit&#233;, dont le hasard est le compl&#233;ment et la forme sous laquelle elle se manifeste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la superstructure a un caract&#232;re &#233;mergent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production sociale de leur vie, les hommes se trouvent li&#233;s par certains rapports indispensables, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, par des rapports de production, qui correspondent &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le fondement r&#233;el sur lequel s'&#233;l&#232;ve la superstructure juridique et politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crit dans sa lettre &#224; Engels en date du 7 juillet 1866 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre th&#233;orie de la d&#233;termination de l'organisation du travail par les moyens de production. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; d&#233;terminisme &#233;conomique &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1909/00/laf_19090000a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1909/00/laf_19090000a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;terminisme &#233;conomique et sciences naturelles et math&#233;matiques&lt;br class='autobr' /&gt;
(mars 1906)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lafargue/1906/03/economic-determinism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lafargue/1906/03/economic-determinism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettres sur &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7563</link>
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		<dc:date>2024-05-18T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lettres sur &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de Marx &#224; Engels du 2 ao&#251;t 1862 : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://gesd.free.fr/marx1862.pdf &lt;br class='autobr' /&gt; Lettre de Karl Marx &#224; Kugelmann &lt;br class='autobr' /&gt;
6 mars 1868 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cher ami, &lt;br class='autobr' /&gt;
Coppel &#224; peine disparu, mon &#233;tat empira de nouveau. Je ne crois gu&#232;re que son d&#233;part en soit la cause. Post, non propter [Apr&#232;s et non &#224; cause de]. (C'est d'ailleurs, dans son genre, quelqu'un de tr&#232;s gentil ; mais dans l'&#233;tat o&#249; je suis actuellement je trouve ce genre trop sain pour pouvoir me sentir beaucoup en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettres sur &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Marx &#224; Engels du 2 ao&#251;t 1862 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/marx1862.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/marx1862.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Karl Marx &#224; Kugelmann
&lt;p&gt;6 mars 1868&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cher ami,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coppel &#224; peine disparu, mon &#233;tat empira de nouveau. Je ne crois gu&#232;re que son d&#233;part en soit la cause. Post, non propter [Apr&#232;s et non &#224; cause de]. (C'est d'ailleurs, dans son genre, quelqu'un de tr&#232;s gentil ; mais dans l'&#233;tat o&#249; je suis actuellement je trouve ce genre trop sain pour pouvoir me sentir beaucoup en harmonie avec lui.) Voil&#224; la raison de mon silence, de sorte que je ne vous ai m&#234;me pas accus&#233; r&#233;ception du livre de Th&#252;nen : il est presque touchant, ce hobereau mecklembourgeois (avec d'ailleurs une distinction de pens&#233;e allemande) qui traite son domaine de Tellow comme s'il &#233;tait la campagne et Mecklembourg-Schwerin, la ville par excellence et, partant de l&#224;, &#224; l'aide d'observations, du calcul diff&#233;rentiel, de la comptabilit&#233; pratique, etc., se construit lui-m&#234;me la th&#233;orie ricardienne de la rente fonci&#232;re. C'est &#224; la fois respectable et ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'explique maintenant le ton singuli&#232;rement embarrass&#233; de M. D&#252;hring dans sa critique. C'est d'habitude un gar&#231;on cassant, au verbe haut et qui se pose en r&#233;volutionnaire en &#233;conomie politique. Il avait publi&#233; deux choses : d'abord (en partant de Carey) des Fondements critiques de l'&#233;conomie politique, about [environ]) 500 pages, et une nouvelle dialectique naturelle [1] (dirig&#233;e contre la dialectique h&#233;g&#233;lienne). Mon livre l'a coul&#233; des deux c&#244;t&#233;s : il ne l'a signal&#233; que par haine pour les Roscher, etc. D'ailleurs, moiti&#233; intentionnellement, moiti&#233; par manque de discernement, il commet des malhonn&#234;tet&#233;s. Il sait tr&#232;s bien que ma m&#233;thode d'exposition n'est pas celle de Hegel, puisque je suis mat&#233;rialiste et Hegel id&#233;aliste. La dialectique de Hegel est la forme fondamentale de toute dialectique, mais seulement une fois d&#233;pouill&#233;e de sa forme mystique et c'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui distingue ma m&#233;thode. Quant &#224; Ricardo, ce qui a vex&#233; M. D&#252;hring, c'est qu'on ne trouve pas dans mon expos&#233; les points faibles que Carey, et cent autres avant lui, soulignent dans leur pol&#233;mique contre Ricardo. Aussi essaie-t-il avec mauvaise foi de m'imputer les &#233;troitesses de Ricardo. But never mind [mais peu importe]. Je dois de la reconnaissance &#224; cet homme, puisqu'il est le premier sp&#233;cialiste qui ait dit quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me tome (qui ne para&#238;tra sans doute jamais si mon &#233;tat ne s'am&#233;liore pas), j'analyse entre autres la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et la concurrence [2], cette derni&#232;re dans la mesure seulement o&#249; l'exige l'&#233;tude des autres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant mon indisposition (qui cessera bient&#244;t compl&#232;tement, je l'esp&#232;re), je n'ai pu &#233;crire, mais j'ai aval&#233; une masse &#233;norme de &#171; mat&#233;riaux &#187; statistiques et autres qui auraient suffi &#224; rendre sick [malades] des gens dont l'estomac n'est pas habitu&#233; comme le mien &#224; absorber et &#224; dig&#233;rer rapidement ce e de p&#226;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma situation mat&#233;rielle est tr&#232;s p&#233;nible parce que je n'ai pu me livrer &#224; aucun travail accessoire lucratif et que je suis cependant toujours oblig&#233; de sauver un peu les apparences &#224; cause de mes enfants. Si je n'avais &#224; livrer ces deux maudits tomes (et &#224; chercher en outre un &#233;diteur anglais), et Londres est la seule ville possible pour ce travail, je me rendrais &#224; Gen&#232;ve o&#249; je pourrais fort bien vivre avec les moyens dont je dispose. Ma fille n&#176;2 se marie &#224; la fin du mois [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut &#224; Fran&#231;oise,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre K.M.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Eugen D&#252;hring : Nat&#252;rliche Dialektik, Berlin, 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Marx traite de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans la 6&#176; section du troisi&#232;me volume (&#233;d. fr. : t. VIII) et de la concurrence dans la 2&#176; section de ce m&#234;me livre (&#233;d. fr. : t. VI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Laura Marx &#233;pousa Paul Lafargue le 2 avril 1868.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lettre de clarifications suite &#224; la publication du Capital :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx &#224; Kugelman
&lt;p&gt;11 juillet 1868&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cher ami,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants se portent mieux, quoiqu'elles soient encore affaiblies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous remercie beaucoup de vos envois [1] . N'&#233;crivez surtout pas &#224; Faucher [2]. Sinon, ce Mannequinpiss [3] ferait bien trop l'important. Tout ce qu'il aura obtenu, c'est que, s'il para&#238;t une seconde &#233;dition [4], je donnerai &#224; Bastiat, dans le passage en question sur la grandeur de la valeur, quelques coups bien m&#233;rit&#233;s. Si cela n'a pas encore &#233;t&#233; fait, c'est parce que le volume III [5] doit contenir un chapitre sp&#233;cial et d&#233;taill&#233; sur ces messieurs de l'&#171; &#233;conomie vulgaire &#187;. Vous trouverez d'ailleurs naturel que Faucher et consorts fassent d&#233;couler la &#171; valeur d'&#233;change &#187; de leurs propres expectorations, non de la masse de force de travail d&#233;pens&#233;e, mais de l'absence de cette d&#233;pense, c'est-&#224;-dire du travail &#233;pargn&#233;. Et cette &#171; d&#233;couverte &#187;, si bien venue pour ces messieurs, le digne Bastiat ne l'a m&#234;me pas faite lui-m&#234;me, il s'est born&#233; &#224; la &#171; copier &#187;, &#224; sa fa&#231;on, sur des auteurs beaucoup plus anciens. Naturellement, Faucher et consorts ignorent tout de ses sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le Centralblatt [6], notre homme fait la plus grande concession possible, en reconnaissant que, si le terme de valeur veut dire quelque chose, il faut adopter mes conclusions. Le malheureux ne voit pas que m&#234;me si, dans mon livre, il n'y avait pas le moindre chapitre sur la &#171; valeur &#187;, l'analyse des rapports r&#233;els, que je donne, contiendrait la preuve et la d&#233;monstration du rapport de valeur r&#233;el. Son bavardage sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;montrer la notion de valeur ne repose que sur une ignorance totale, non seulement de la question d&#233;battue, mais aussi de la m&#233;thode scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe quel enfant sait que toute nation cr&#232;verait qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an, mais ne f&#251;t-ce que pour quelques semaines. De m&#234;me un enfant sait que les masses de produits correspondant aux diverses masses de besoins exigent des masses diff&#233;rentes et quantitativement d&#233;termin&#233;es de la totalit&#233; du travail social. Il est self-evident [il va de soi] que la forme d&#233;termin&#233;e de la production sociale ne supprime nullement cette n&#233;cessit&#233; de la r&#233;partition du travail social en proportions d&#233;termin&#233;es : c'est la fa&#231;on dont elle se manifeste qui peut seule &#234;tre modifi&#233;e. Des lois naturelles ne peuvent pas &#234;tre supprim&#233;es absolument. Ce qui peut &#234;tre transform&#233;, dans des situations historiques diff&#233;rentes, c'est uniquement la forme sous laquelle ces lois s'appliquent. Et la forme sous laquelle cette r&#233;partition proportionnelle du travail se r&#233;alise, dans un &#233;tat social o&#249; la connexit&#233; du travail social se manifeste sous la forme d'un &#233;change priv&#233; de produits individuels du travail, cette forme, c'est pr&#233;cis&#233;ment la valeur d'&#233;change de ces produits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le de la science c'est pr&#233;cis&#233;ment d'expliquer comment agit cette loi de la valeur. Si l'on voulait donc commencer par &#171; expliquer &#187; tous les ph&#233;nom&#232;nes qui en apparence contredisent la loi, il faudrait pouvoir fournir la science avant la science. C'est justement l'erreur de Ricardo qui, dans son premier chapitre sur la valeur, suppose donn&#233;es toutes les cat&#233;gories possibles, pour d&#233;montrer leur conformit&#233; &#224; la loi de la valeur, alors qu'il faut commencer par expliquer ces cat&#233;gories.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que l'histoire de la th&#233;orie prouve d'autre part, comme vous l'avez suppos&#233; avec raison, que la conception du rapport de valeur a toujours &#233;t&#233; la m&#234;me, plus ou moins claire, tant&#244;t entach&#233;e d'illusions, tant&#244;t mieux d&#233;finie scientifiquement. Comme le processus de la pens&#233;e &#233;mane lui-m&#234;me des conditions de vie, et est, lui-m&#234;me, un processus de la nature, la pens&#233;e, en tant qu'elle appr&#233;hende r&#233;ellement les choses, ne peut qu'&#234;tre toujours identique, et elle ne peut se diff&#233;rencier que graduellement, en fonction de la maturit&#233; atteinte par l'&#233;volution, et donc aussi de la maturit&#233; de l'organe qui sert &#224; penser. Tout le reste n'est que radotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomiste vulgaire ne soup&#231;onne m&#234;me pas que les rapports r&#233;els de l'&#233;change quotidien et les grandeurs des valeurs ne peuvent &#234;tre imm&#233;diatement identiques. L'astuce de la soci&#233;t&#233; bourgeoise consiste justement en ceci qu'a priori il n'y a pas pour la production de r&#233;glementation sociale consciente. Ce que la raison exige, et ce que la nature rend n&#233;cessaire, ne se r&#233;alise que sous la forme d'une moyenne s'imposant aveugl&#233;ment. Et alors l'&#233;conomiste vulgaire croit faire une grande d&#233;couverte lorsque, se trouvant devant la r&#233;v&#233;lation de la structure interne des choses, il se targue avec insistance que ces choses, telles qu'elles apparaissent, ont un tout autre aspect. En fait, il se targue de son attachement &#224; l'apparence qu'il consid&#232;re comme la v&#233;rit&#233; derni&#232;re. Alors, &#224; quoi bon encore une science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a dans cette affaire un second arri&#232;re-plan. Une fois qu'on a vu clair dans ces rapports internes, toute croyance th&#233;orique &#224; la n&#233;cessit&#233; permanente de l'&#233;tat de choses actuel s'effondre, avant que l'effondrement n'ait lieu dans la pratique. Les classes dominantes ont donc dans ce cas un int&#233;r&#234;t absolu &#224; perp&#233;tuer cette confusion et ce vide de pens&#233;e. Et sinon pourquoi donc paierait-on ces sycophantes bavards qui n'ont d'autre argument scientifique &#224; faire valoir que d'affirmer qu'en &#233;conomie politique il est absolument interdit de r&#233;fl&#233;chir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, satis superque [c'est assez et plus qu'assez]. En tout cas, ceci prouve &#224; quel niveau ces calotins de la bourgeoisie sont tomb&#233;s, puisque des ouvriers et m&#234;me des fabricants et des commer&#231;ants ont compris mon livre et y ont vu clair, alors que ces &#171; docteurs de la loi &#187; (!) se plaignent de ce que j'attends trop de leur intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne conseillerais pas de reproduire l'article de S[chweitzer], bien que pour son journal il ait &#233;crit de bonnes choses. Vous m'obligeriez en m'envoyant quelques exemplaires du Staatsanzeiger. Vous obtiendrez certainement l'adresse de Schnake en vous adressant &#224; l'Elberfelder [7]. Mes meilleurs souvenirs &#224; votre femme et &#224; Fran&#231;oise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre K. M.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Kugelmann avait joint &#224; sa lettre du 9 juillet plusieurs comptes rendus du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Julius FAUCHER (1820-1878) : journaliste, repr&#233;sentant de l'&#233;conomie vulgaire. &#201;migr&#233; &#224; Londres de 1850 &#224; 186. Rentr&#233; en Allemagne, il adh&#232;re au parti progressiste, puis au parti national-lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Manneken-Pis, fontaine c&#233;l&#232;bre de Bruxelles. Nous avons respect&#233; l'orthographe de l'original&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Du livre I du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il s'agit des Th&#233;ories sur la plus-value dont Marx voulait faire le tome III de son livre. Il critiquera les th&#233;ories de l'&#233;conomiste fran&#231;ais Fr&#233;d&#233;ric Bastiat notamment dans la postface de la deuxi&#232;me &#233;dition du Capital (1872) et dans les Th&#233;ories sur la plus-value, Berlin 1962, 3. Teil, pp. 451-535.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Marx fait allusion &#224; un compte rendu du Capital paru dans le Literarisches Centralblatt, n&#176;28, Leipzig, 1868.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans sa lettre du 9 juillet, Kugelmann sugg&#233;rait de faire &#233;diter en brochure la s&#233;rie d'articles de Schweitzer consacr&#233;s au Capital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettres entre Marx, Engels et l'&#233;diteur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Traduire_Le_Capital/TA4gEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=lettres+sur+Le+Capital+de+Marx&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Traduire_Le_Capital/TA4gEAAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=lettres+sur+Le+Capital+de+Marx&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment la loi de la classe capitaliste frappe la classe ouvri&#232;re</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8137</link>
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		<dc:date>2023-09-03T13:09:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans La Nouvelle Gazette Rh&#233;nane &lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Un document bourgeois &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#176;187, 5 janvier 1849 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cologne, 4 janvier. &lt;br class='autobr' /&gt;
On sait qu'en Angleterre o&#249; le pouvoir de la bourgeoisie est le plus &#233;tendu, la charit&#233; publique a pris les formes les plus nobles et les plus g&#233;n&#233;reuses. Les workhouses anglais - &#233;tablissements publics o&#249; la population ouvri&#232;re en surnombre continue &#224; v&#233;g&#233;ter aux frais de la soci&#233;t&#233; bourgeoise - r&#233;unissent de fa&#231;on vraiment raffin&#233;e la charit&#233; et la vengeance que la bourgeoisie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans La Nouvelle Gazette Rh&#233;nane&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un document bourgeois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;n&#176;187, 5 janvier 1849&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cologne, 4 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'en Angleterre o&#249; le pouvoir de la bourgeoisie est le plus &#233;tendu, la charit&#233; publique a pris les formes les plus nobles et les plus g&#233;n&#233;reuses. Les workhouses anglais - &#233;tablissements publics o&#249; la population ouvri&#232;re en surnombre continue &#224; v&#233;g&#233;ter aux frais de la soci&#233;t&#233; bourgeoise - r&#233;unissent de fa&#231;on vraiment raffin&#233;e la charit&#233; et la vengeance que la bourgeoisie exerce envers les malheureux contraints de faire appel &#224; sa charit&#233;. Non seulement on nourrit les pauvres diables avec des rations alimentaires des plus mis&#233;rables et des plus maigres, suffisant &#224; peine &#224; la reproduction de leur force physique, mais encore on limite leur activit&#233; &#224; un semblant de travail improductif &#233;c&#339;urant, abrutissant le corps et l'esprit - comme par exemple s'atteler aux treuils &#224; tambours. Afin qu'apparaisse clairement aux yeux de ces malheureux toute l'&#233;tendue de leur crime, qui consiste pour eux &#224; se transformer en une mati&#232;re co&#251;teuse pour leurs exploiteurs-n&#233;s, au lieu d'&#234;tre, comme dans le cours ordinaire de la vie, exploitables et rentables pour la bourgeoisie - &#224; peu pr&#232;s comme des tonneaux d'alcool stock&#233;s dans un entrep&#244;t deviennent co&#251;teux pour le n&#233;gociant - afin qu'ils apprennent &#224; sentir toute l'&#233;tendue de leur crime, on leur retire tout ce qu'on laisse au plus vulgaire des criminels : l'autorisation de voir sa femme et ses enfants, de se distraire, de parler - tout, en un mot. Et cette &#171; cruelle charit&#233; &#187; de la bourgeoisie anglaise n'est nullement bas&#233;e sur la sentimentalit&#233;, mais sur des motifs pratiques que l'on peut &#233;valuer avec pr&#233;cision. Si tous les pauvres de Grande-Bretagne &#233;taient brusquement jet&#233;s &#224; la rue, l'ordre bourgeois et l'activit&#233; commerciale pourraient en souffrir de fa&#231;on inqui&#233;tante. D'autre part, l'industrie anglaise se d&#233;bat tant&#244;t dans des p&#233;riodes de surproduction fi&#233;vreuse o&#249; il est &#224; peine possible de r&#233;pondre &#224; la demande de main-d'&#339;uvre et o&#249; il faut pourtant se la procurer au prix le plus avantageux, tant&#244;t dans des p&#233;riodes de ralentissement commercial o&#249; la production d&#233;passe de beaucoup la consommation et o&#249; il est difficile d'occuper utilement et &#224; demi-salaire la moiti&#233; de l'arm&#233;e des ouvriers. Quel moyen plus astucieux que les workhouses destin&#233;s &#224; tenir pr&#234;te une arm&#233;e de r&#233;serve pour les p&#233;riodes favorables, et du m&#234;me coup pendant les p&#233;riodes d&#233;favorables, &#224; former dans ces institutions charitables une machine sans volont&#233;, sans r&#233;sistance, sans pr&#233;tentions et sans besoins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie prussienne se distingue avantageusement de la bourgeoisie anglaise : elle oppose &#224; l'orgueil politique britannique qui rappelle la mani&#232;re pa&#239;enne des Romains, l'aplatissement le plus servile, empreint d'humilit&#233; et de m&#233;lancolie chr&#233;tiennes devant le tr&#244;ne, l'autel, l'arm&#233;e, la bureaucratie et le f&#233;odalisme ; dans la mesure o&#249;, au lieu de l'&#233;nergie commerciale qui soumet des continents entiers, elle pratique le petit commerce &#224; la chinoise du bourgeois d'Empire et &#233;clipse l'esprit inventif, gigantesque et remuant par une vertueuse fid&#233;lit&#233; &#224; une routine traditionnelle datant en partie des corporations. Mais sur un point, la bourgeoisie prussienne se rapproche de son id&#233;al britannique, dans son exploitation &#233;hont&#233;e de la classe ouvri&#232;re. Si en tant que corps constitu&#233;, et consid&#233;r&#233;e dans son ensemble, elle reste dans ce domaine aussi en de&#231;a des Britanniques, cela s'explique simplement par le fait que dans l'ensemble, en tant que classe nationale, son manque d'intelligence et d'&#233;nergie l'a en somme toujours emp&#234;ch&#233;e d'arriver &#224; quoi que ce f&#251;t et l'emp&#234;chera d'arriver &#224; quoi que ce soit d'important. Elle n'existe pas sur le plan national, elle n'existe que sur le plan de la province, de la cit&#233;, sur le plan local et priv&#233;, et sous ces formes elle affronte la classe ouvri&#232;re avec encore moins d'&#233;gards que la bourgeoisie anglaise. Pourquoi depuis la Restauration les peuples avaient-ils la nostalgie de Napol&#233;on qui avait &#233;t&#233; riv&#233; &#224; un roc solitaire dans l'Atlantique ? Parce que le despotisme d'un g&#233;nie est plus supportable que le despotisme d'un imb&#233;cile. C'est ainsi que l'ouvrier anglais peut encore se targuer d'une certaine fiert&#233; nationale vis-&#224;-vis de l'ouvrier allemand, car le ma&#238;tre qui le b&#226;illonne, b&#226;illonne le monde entier, tandis que le ma&#238;tre de l'ouvrier allemand, le bourgeois allemand, est le valet du monde entier et rien n'est plus funeste, plus humiliant que d'&#234;tre le valet d'un valet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions int&#233;gralement la &#171; Carte ouvri&#232;re &#187; que doivent signer les prol&#233;taires employ&#233;s &#224; des travaux municipaux dans la bonne ville de Cologne ; c'est un document historique t&#233;moignant du cynisme de notre bourgeoisie vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Carte Ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout travailleur doit ob&#233;ir en tous points aux indications et aux ordres du personnel municipal de surveillance, asserment&#233; en m&#234;me temps comme personnel policier. Insubordination et r&#233;bellion entra&#238;neront le renvoi imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2.&lt;br class='autobr' /&gt; Aucun ouvrier ne doit passer d'une division &#224; une autre ou quitter le chantier sans une autorisation sp&#233;ciale de l'inspecteur des travaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 3.&lt;br class='autobr' /&gt; Les ouvriers qui d&#233;tournent d'une autre division voitures, planches ou autres ustensiles, pour s'en servir dans leur travail, seront renvoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 4.&lt;br class='autobr' /&gt; Ivrognerie, perturbation de l'ordre, incitation aux querelles, aux disputes ou aux rixes auront pour cons&#233;quence le renvoi. En outre, dans les cas susceptibles de s'y pr&#234;ter, des poursuites judiciaires contre les ouvriers seront engag&#233;es par les tribunaux comp&#233;tents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 5.&lt;br class='autobr' /&gt; Quiconque arrivera dix minutes en retard sur le chantier n'aura pas de travail pour la demi-journ&#233;e correspondante ; &#224; la troisi&#232;me r&#233;cidive, l'exclusion compl&#232;te pourra &#234;tre prononc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 6.&lt;br class='autobr' /&gt; Quand les ouvriers sont licenci&#233;s, soit sur leur demande, soit &#224; titre de sanction, ils seront pay&#233;s au prochain jour de paie, en proportion du travail fourni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 7.&lt;br class='autobr' /&gt; Le licenciement de l'ouvrier sera inscrit sur la carte de travail. Si le licenciement r&#233;sulte d'une sanction, il sera interdit &#224; l'ouvrier, suivant les circonstances, de se faire r&#233;embaucher sur le m&#234;me chantier ou sur tous les chantiers municipaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Le renvoi &#224; titre de sanction et ses causes seront chaque fois port&#233;s &#224; la connaissance de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 9.&lt;br class='autobr' /&gt; Si les ouvriers ont des griefs contre le personnel de surveillance des chantiers, une d&#233;l&#233;gation &#233;lue de trois ouvriers les exposera &#224; l'architecte de la ville. Celui-ci m&#232;nera sur place l'enqu&#234;te concernant l'objet de la plainte et prendra une d&#233;cision &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 10.&lt;br class='autobr' /&gt; La journ&#233;e de travail est fix&#233;e comme suit : de 6 heures 30 &#224; 12 heures et de 1 heure de l'apr&#232;s-midi jusqu'&#224; ce qu'il fasse sombre. (Joli style !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 11.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est &#224; ces conditions que l'ouvrier obtiendra du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 12.&lt;br class='autobr' /&gt; La paie sera effectu&#233;e le samedi apr&#232;s-midi sur le chantier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Surveillant de chantier asserment&#233; [...] dont les ordres doivent &#234;tre suivis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cologne&lt;br class='autobr' /&gt;
Signature ou signe distinctif de l'ouvrier Sera mis &#224; la division de... et doit, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Signature du Surveillant de chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;dits de l'autocrate de toutes les Russies &#224; ses sujets peuvent-ils &#234;tre r&#233;dig&#233;s sur un ton plus asiatique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ob&#233;ir en tous points aux surveillants municipaux et m&#234;me &#171; &#224; tous les surveillants municipaux asserment&#233;s en m&#234;me temps comme policiers &#187;. Insubordination et r&#233;bellion entra&#238;neront un renvoi imm&#233;diat. Donc, avant tout, ob&#233;issance passive ! Apr&#232;s quoi les ouvriers ont, selon l'article 9, le droit &#171; d'exposer leurs &#171; griefs &#187; &#224; &#171; l'architecte de la ville &#187;. Ce pacha tranche sans appel - naturellement contre les ouvriers, et bien s&#251;r d'abord dans l'int&#233;r&#234;t de la hi&#233;rarchie. Et quand il a tranch&#233;, quand les ouvriers encourent l'interdit municipal - malheur &#224; eux, ils seront ensuite plac&#233;s sous surveillance polici&#232;re. Le dernier semblant de libert&#233; civique dispara&#238;t car, suivant l'article 8 : &#171; le licenciement &#224; titre de sanction et son motif seront chaque fois port&#233;s &#224; la connaissance de la police. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Messieurs, quand vous licenciez l'ouvrier, quand vous d&#233;noncez le contrat par lequel il engage son travail contre votre salaire, en quoi la d&#233;nonciation d'un contrat civil regarde-t-elle la police ? L'ouvrier municipal est-il le d&#233;tenu d'une maison d'arr&#234;t, est-il d&#233;nonc&#233; &#224; la police parce qu'il a manqu&#233; au respect qu'il vous doit &#224; vous, Messieurs, autorit&#233; h&#233;r&#233;ditaire, sage et noble ? Ne ririez-vous pas d'un citoyen qui vous d&#233;noncerait &#224; la police pour avoir rompu un contrat de livraison ou n'avoir pas r&#233;gl&#233; une traite au jour de l'&#233;ch&#233;ance, ou avoir trop bu en f&#234;tant l'an neuf ? Mais soit ! Vous n'&#234;tes pas, vis-&#224;-vis de l'ouvrier, dans le rapport d'un contrat civil ; vous tr&#244;nez au-dessus de lui avec toute l'irritabilit&#233; des Seigneurs de droit divin ! Sur lui pour vous servir, la police doit tenir &#224; jour un dossier secret !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'article 5, quiconque arrive dix minutes trop tard sera sanctionn&#233; d'une demi-journ&#233;e de travail. Quel rapport entre le d&#233;lit et la peine ! Vous avez des si&#232;cles de retard et l'ouvrier n'a pas le droit d'arriver dix minutes apr&#232;s 6 heures 30 sans perdre une demi-journ&#233;e de travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin pour que cet arbitraire patriarcal ne soit diminu&#233; en aucune fa&#231;on et que l'ouvrier soit livr&#233; purement et simplement &#224; votre humeur, vous avez laiss&#233; la jurisprudence des sanctions au bon plaisir de votre serviteur en livr&#233;e. D'apr&#232;s l'article 4, dans &#171; les cas susceptibles de s'y pr&#234;ter &#187;, c'est-&#224;-dire dans les cas qui vous paraissent s'y pr&#234;ter, le licenciement et la d&#233;nonciation &#224; la police sont suivis de &#171; poursuites judiciaires contre les coupables aupr&#232;s des tribunaux comp&#233;tents. &#187; Selon l'article 5, l'exclusion d&#233;finitive de l'ouvrier &#171; peut &#187; &#234;tre prononc&#233;e si pour la troisi&#232;me fois il arrive dix minutes en retard apr&#232;s 6 heures 30. Lors d'un licenciement &#224; titre de sanction, suivant les circonstances, &#171; il sera interdit &#224; l'ouvrier d'&#234;tre r&#233;embauch&#233; sur le m&#234;me chantier et sur tous les chantier municipaux &#187;, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle latitude laisse aux caprices d'un bourgeois contrari&#233; ce code de nos cantons municipaux, ces grands hommes qui rampent dans la poussi&#232;re devant Berlin ! On peut d&#233;duire de cette loi mod&#232;le la charte que notre bourgeoisie, si elle &#233;tait &#224; la barre, octroierait au Peuple.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Friedrich Engels - Economie politique</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7729</link>
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		<dc:date>2023-01-16T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;F. ENGELS &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;conomie Politique &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Objet et m&#233;thode &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomie politique, au sens le plus &#233;tendu, est la science des lois qui r&#233;gissent la production et l'&#233;change des moyens mat&#233;riels de subsistance dans la soci&#233;t&#233; humaine. Production et &#233;change sont deux fonctions diff&#233;rentes. La production peut avoir lieu sans &#233;change ; l'&#233;change, - du fait m&#234;me qu'il n'est par d&#233;finition que l'&#233;change de produits, - ne peut avoir lieu sans production. Chacune de ces deux fonctions sociales est sous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F. ENGELS
&lt;p&gt;&#201;conomie Politique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I. Objet et m&#233;thode&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie politique, au sens le plus &#233;tendu, est la science des lois qui r&#233;gissent la production et l'&#233;change des moyens mat&#233;riels de subsistance dans la soci&#233;t&#233; humaine. Production et &#233;change sont deux fonctions diff&#233;rentes. La production peut avoir lieu sans &#233;change ; l'&#233;change, - du fait m&#234;me qu'il n'est par d&#233;finition que l'&#233;change de produits, - ne peut avoir lieu sans production. Chacune de ces deux fonctions sociales est sous l'influence d'actions ext&#233;rieures qui lui sont, en majeure partie, sp&#233;ciales, et elle a donc aussi en majeure partie ses lois propres et sp&#233;ciales. Mais, d'autre part, elles se conditionnent l'une l'autre &#224; chaque instant et agissent &#224; tel point l'une sur l'autre qu'on pourrait les d&#233;signer comme l'abscisse et l'ordonn&#233;e de la courbe &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions dans lesquelles les hommes produisent et &#233;changent varient de pays &#224; pays et dans chaque pays de g&#233;n&#233;ration &#224; g&#233;n&#233;ration. L'&#233;conomie politique ne peut donc pas &#234;tre la m&#234;me pour tous les pays et pour toutes les &#233;poques historiques. Depuis l'arc et la fl&#232;che du sauvage, depuis son couteau de silex et ses relations d'&#233;change intervenant &#224; titre purement exceptionnel jusqu'&#224; la machine &#224; vapeur de mille chevaux, au m&#233;tier &#224; tisser m&#233;canique, aux chemins de fer et &#224; la Banque d'Angleterre, il y a une &#233;norme distance. Les Fu&#233;giens n'en sont pas arriv&#233;s &#224; la production en masse et au commerce mondial, pas plus qu'&#224; la cavalerie des effets de commerce ou &#224; un krach en Bourse. Quiconque voudrait ramener aux m&#234;mes lois l'&#233;conomie politique de la Terre de Feu et celle de l'Angleterre actuelle ne mettrait &#233;videmment au jour que le plus banal des lieux communs. L'&#233;conomie politique est donc essentiellement une science historique. Elle traite une mati&#232;re historique, c'est-&#224;-dire constamment changeante ; elle &#233;tudie d'abord les lois particuli&#232;res &#224; chaque degr&#233; d'&#233;volution de la production et de l'&#233;change, et ce n'est qu'&#224; la fin de cette &#233;tude qu'elle pourra &#233;tablir les quelques lois tout &#224; fait g&#233;n&#233;rales qui sont valables en tout cas pour la production et l'&#233;change. Il va d'ailleurs de soi que les lois valables pour des modes de production et des formes d'&#233;change d&#233;termin&#233;s gardent leur validit&#233; pour toutes les p&#233;riodes de l'histoire qui ont en commun ces modes de production et ces formes d'&#233;change. Ainsi, par exemple, l'introduction de la monnaie m&#233;tallique fait entrer en vigueur une s&#233;rie de lois qui restent valables pour tous les pays et tous les stades de l'histoire dans lesquels la monnaie m&#233;tallique sert de moyen d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production et d'&#233;change d'une soci&#233;t&#233; historique d&#233;termin&#233;e et les conditions historiques de cette soci&#233;t&#233; impliquent simultan&#233;ment le mode de r&#233;partition des produits. Dans la communaut&#233; de tribu ou de village o&#249; r&#232;gne la propri&#233;t&#233; collective du sol, qui subsiste, ou dont les vestiges tr&#232;s reconnaissables subsistent, chez tous les peuples civilis&#233;s lors de leur entr&#233;e dans l'histoire, une r&#233;partition sensiblement &#233;gale des produits est tout &#224; fait naturelle, l&#224; o&#249; intervient une in&#233;galit&#233; plus grande de la r&#233;partition entre les membres, elle marque aussi le d&#233;but de la dissolution de la communaut&#233;. La grande culture et aussi la petite admettent des formes de r&#233;partition tr&#232;s diff&#233;rentes selon les conditions historiques &#224; partir desquelles elles ont &#233;volu&#233;. Mais il est &#233;vident que la grande culture conditionne toujours une tout autre r&#233;partition que la petite ; que la grande suppose ou produit une opposition de classes, - propri&#233;taires d'esclaves et esclaves, seigneurs terriens et paysans corv&#233;ables, capitalistes et salari&#233;s, - tandis que la petite n'a nullement pour cons&#233;quence une diff&#233;rence de classe entre les individus occup&#233;s &#224; la production agricole et qu'au contraire, la simple existence d'une telle diff&#233;rence marque le commencement du d&#233;clin de l'&#233;conomie parcellaire. - L'introduction et la diffusion de la monnaie m&#233;tallique dans un pays o&#249; jusqu'alors l'&#233;conomie naturelle r&#233;gnait exclusivement ou d'une fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante, sont toujours li&#233;es &#224; un bouleversement plus ou moins rapide de la r&#233;partition ant&#233;rieure, et cela de telle sorte que l'in&#233;galit&#233; de la r&#233;partition entre les individus, donc l'opposition entre riche et pauvre, se renforce de plus en plus. L'artisanat corporatif et local du moyen &#226;ge rendait les grands capitalistes et les salari&#233;s &#224; vie tout aussi impossibles qu'ils sont n&#233;cessairement engendr&#233;s par la grande industrie moderne, le d&#233;veloppement actuel du cr&#233;dit et la forme d'&#233;change correspondant &#224; l'&#233;volution de l'une et de l'autre, la libre concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec les diff&#233;rences dans la r&#233;partition apparaissent aussi les diff&#233;rences de classes. La soci&#233;t&#233; se divise en classes privil&#233;gi&#233;es et en classes d&#233;savantag&#233;es, exploiteuses et exploit&#233;es, dominantes et domin&#233;es, et l'&#201;tat auquel les groupes naturels de communaut&#233;s d'une m&#234;me tribu avaient abouti dans leur &#233;volution, simplement, au d&#233;but, afin de veiller &#224; leurs int&#233;r&#234;ts communs (par exemple l'irrigation en Orient) et pour assurer leur d&#233;fense contre l'ext&#233;rieur, a d&#233;sormais tout autant pour fin de maintenir par la violence les conditions de vie et de domination de la classe dominante contre la classe domin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition n'est cependant pas un pur r&#233;sultat passif de la production et de l'&#233;change ; elle r&#233;agit tout autant sur l'une et sur l'autre. Tout mode de production nouveau ou toute forme d'&#233;change nouvelle sont entrav&#233;s au d&#233;but non seulement par les formes anciennes et les institutions politiques correspondantes, mais aussi par le mode ancien de r&#233;partition. Ils doivent d'abord dans une longue lutte conqu&#233;rir la r&#233;partition qui leur correspond. Mais plus un mode donn&#233; de production et d'&#233;change est mobile, plus il est susceptible de d&#233;veloppement et d'&#233;volution, plus vite aussi la r&#233;partition atteint un niveau o&#249; elle &#233;chappe aux conditions m&#234;mes dont elle est issue et entre en conflit avec le mode ant&#233;rieur de production et d'&#233;change. Les vieilles communaut&#233;s primitives dont il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; question peuvent subsister des mill&#233;naires, comme aujourd'hui encore chez les Indiens et les Slaves, avant que le commerce avec le monde ext&#233;rieur ne produise en leur sein les diff&#233;rences de fortune qui entra&#238;nent leur dissolution. Par contre, la production capitaliste moderne qui est &#224; peine vieille de trois cents ans et qui n'a assur&#233; sa domination que depuis l'introduction de la grande industrie, c'est-&#224;-dire depuis cent ans, a produit dans ce court laps de temps des contradictions dans la r&#233;partition, - concentration des capitaux en quelques mains d'une part, concentration des masses non poss&#233;dantes dans les grandes villes d'autre part, - qui la conduiront n&#233;cessairement &#224; sa perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien dans chaque cas entre la r&#233;partition et les conditions mat&#233;rielles d'existence d'une soci&#233;t&#233; est tellement dans la nature des choses qu'on en trouve r&#233;guli&#232;rement le reflet dans l'instinct populaire. Tant qu'un mode de production se trouve sur la branche ascendante de son &#233;volution, il est acclam&#233; m&#234;me de ceux qui sont d&#233;savantag&#233;s par le mode de r&#233;partition correspondant. Ainsi des ouvriers anglais lors de l'apparition de la grande industrie. Aussi longtemps m&#234;me que ce mode de production reste normal pour la soci&#233;t&#233;, dans l'ensemble on est satisfait de la r&#233;partition et les protestations qui s'&#233;l&#232;vent &#224; ce moment dans le sein de la classe dominante elle-m&#234;me (Saint-Simon, Fourier, Owen) ne trouvent au d&#233;but absolument aucun &#233;cho dans la masse exploit&#233;e. C'est seulement lorsque le mode de production en question a parcouru une bonne partie de sa branche descendante, qu'il s'est &#224; demi surv&#233;cu &#224; lui-m&#234;me, que les conditions de son existence ont en grande partie disparu et que son successeur frappe d&#233;j&#224; &#224; la porte, - c'est seulement alors que la r&#233;partition devenant de plus en plus in&#233;gale appara&#238;t injuste, c'est seulement alors que des faits d&#233;pass&#233;s par la vie, on en appelle &#224; la justice dite &#233;ternelle. Cet appel &#224; la morale et au droit ne nous fait pas scientifiquement progresser d'un pouce ; la science &#233;conomique ne saurait voir dans l'indignation morale, si justifi&#233;e soit-elle, aucun argument, mais seulement un sympt&#244;me. Sa t&#226;che est bien plut&#244;t de montrer que les anomalies sociales qui viennent de se faire jour sont des cons&#233;quences n&#233;cessaires du mode de production existant, mais aussi, en m&#234;me temps, des signes de sa d&#233;sagr&#233;gation commen&#231;ante, et de d&#233;couvrir &#224; l'int&#233;rieur de la forme de mouvement &#233;conomique qui se d&#233;sagr&#232;ge les &#233;l&#233;ments de la nouvelle organisation future de la production et de l'&#233;change qui &#233;liminera ces anomalies. La col&#232;re qui fait le po&#232;te est tout &#224; fait &#224; sa place dans la description de ces anomalies ou dans l'attaque contre les chantres de l'harmonie au service de la classe dominante qui les nient ou les enjolivent ; mais combien elle est peu probante dans chaque cas, cela ressort du simple fait que, &#224; chaque &#233;poque de toute l'histoire pass&#233;e, on trouve en suffisance de quoi l'alimenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie politique en tant que science des conditions et des formes dans lesquelles les diverses soci&#233;t&#233;s humaines ont produit et &#233;chang&#233; et dans lesquelles en cons&#233;quence les produits se sont chaque fois r&#233;partis, - l'&#233;conomie politique avec cette extension reste pourtant &#224; cr&#233;er. Ce que nous poss&#233;dons de science &#233;conomique jusqu'ici, se limite presque exclusivement &#224; la gen&#232;se et au d&#233;veloppement du mode de production capitaliste : cela commence par la critique des restes des formes f&#233;odales de production et d'&#233;change, d&#233;montre la n&#233;cessit&#233; de leur remplacement par des formes capitalistes, d&#233;veloppe ensuite les lois du mode de production capitaliste et des formes d'&#233;change correspondantes dans le sens positif, c'est-&#224;-dire dans le sens o&#249; elles favorisent les fins g&#233;n&#233;rales de la soci&#233;t&#233;, et termine par la critique socialiste du mode de production capitaliste, c'est-&#224;-dire par l'exposition de ses lois dans le sens n&#233;gatif, par la d&#233;monstration que ce mode de production, par son &#233;volution propre, tend vers le point o&#249; il se rend lui-m&#234;me impossible. Cette critique d&#233;montre que les formes capitalistes de production et d'&#233;change deviennent de plus en plus une insupportable entrave pour la production elle-m&#234;me ; que le mode de r&#233;partition conditionn&#233; n&#233;cessairement par ces formes a engendr&#233; une situation de classe de jour en jour plus intol&#233;rable, l'opposition chaque jour accentu&#233;e entre des capitalistes de moins en moins nombreux, mais de plus en plus riches, et des ouvriers salari&#233;s non poss&#233;dants toujours plus nombreux et dont la situation, en gros, va de mal en pis ; et enfin que les forces massives de production engendr&#233;es dans le cadre du mode de production capitaliste et que celui-ci n&#233; peut plus ma&#238;triser, n'attendent que la prise de possession par une soci&#233;t&#233; organis&#233;e en vue d'une coop&#233;ration planifi&#233;e, pour assurer &#224; tous les membres de la soci&#233;t&#233; les moyens d'existence et de libre d&#233;veloppement de leurs facult&#233;s, et cela dans une mesure toujours croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mener jusqu'au bout cette critique de l'&#233;conomie bourgeoise, il ne suffisait pas de conna&#238;tre la forme capitaliste de production, d'&#233;change et de r&#233;partition. Les formes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e ou qui existent encore &#224; c&#244;t&#233; d'elle dans des pays moins &#233;volu&#233;s, devaient &#233;galement &#234;tre &#233;tudi&#233;es, tout au moins dans leurs traits essentiels, et servir de points de comparaison. Une &#233;tude et une comparaison de cette sorte n'ont &#233;t&#233; jusqu'ici faites dans l'ensemble que par Marx et c'est &#224; ses recherches que nous devons donc presque exclusivement ce qui a &#233;t&#233; &#233;tabli jusqu'ici de l'&#233;conomie th&#233;orique d'avant l'&#232;re bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'elle soit n&#233;e vers la fin du XVII&#176; si&#232;cle dans des cerveaux de g&#233;nie, l'&#233;conomie politique est cependant, au sens restreint, dans les formules positives qu'en ont donn&#233; les physiocrates et Adam Smith, essentiellement la fille du XVIII&#176; si&#232;cle et elle s'ins&#232;re dans la lign&#233;e des conqu&#234;tes faites en ce temps par les grands philosophes fran&#231;ais des lumi&#232;res, avec tous les avantages et les d&#233;fauts de cette p&#233;riode. Ce que nous avons dit des philosophes des lumi&#232;res vaut aussi pour les &#233;conomistes de ce temps. La nouvelle science &#233;tait pour eux non l'expression des conditions et des besoins de leur &#233;poque, mais celle de la raison &#233;ternelle ; les lois de la production et de l'&#233;change qu'elle d&#233;couvrait n'&#233;taient pas les lois d'une forme historiquement d&#233;termin&#233;e de ces activit&#233;s, mais des lois &#233;ternelles de la nature ; on les d&#233;duisait de la nature de l'homme. Mais cet homme, &#224; y regarder de pr&#232;s, &#233;tait le bourgeois moyen d'alors en train de se transformer en grand bourgeois et sa nature consistait &#224; fabriquer et &#224; faire du commerce dans les conditions historiquement d&#233;termin&#233;es de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que dans le domaine de la philosophie, nous avons suffisamment fait connaissance avec notre &#8220; fondateur critique &#8221;, M. D&#252;hring et sa m&#233;thode, nous pourrons pr&#233;dire sans difficult&#233; la mani&#232;re dont il concevra l'&#233;conomie politique. En philosophie, l&#224; o&#249; il ne se contentait pas de divaguer (comme dans la philosophie de la nature), sa fa&#231;on de voir &#233;tait une caricature de celle du XVIII&#176; si&#232;cle. Il ne s'agissait pas de lois historiques d'&#233;volution, mais de lois naturelles, de v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles. Des rapports sociaux comme la morale et le droit n'&#233;taient pas d&#233;cid&#233;s d'apr&#232;s les conditions historiques existantes dans chaque cas, mais par les deux fameux bonshommes, dont ]'un ou bien opprime l'autre, ou bien ne l'opprime pas, ce qui malheureusement ne s'est jamais produit jusqu'ici. Aussi ne nous tromperons-nous gu&#232;re si nous en tirons la conclusion que M. D&#252;hring ram&#232;nera &#233;galement l'&#233;conomie &#224; des v&#233;rit&#233;s d&#233;finitives en derni&#232;re analyse, &#224; des lois &#233;ternelles de la nature, &#224; des axiomes tautologiques du vide le plus d&#233;solant, mais que, par contre, dans la mesure o&#249; il conna&#238;t tout le contenu positif de l'&#233;conomie, il le r&#233;introduira en fraude, par la porte de derri&#232;re ; et qu'il ne tirera pas la r&#233;partition en tant qu'&#233;v&#233;nement social de la production et de l'&#233;change, mais qu'il la confiera pour solution d&#233;finitive &#224; son illustre duo. Et comme tout cela n'est que vieux artifices d&#233;j&#224; bien connus, nous pouvons &#234;tre d'autant plus bref sur ce chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, M. D&#252;hring nous d&#233;clare d&#232;s la page 2 que son &#233;conomie se r&#233;f&#232;re &#224; ce qui a &#233;t&#233; &#8220; &#233;tabli &#8221; dans sa philosophie et que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; sur quelques points essentiels, elle s'appuie sur des v&#233;rit&#233;s pr&#233;&#233;minentes, d&#233;j&#224; r&#233;gl&#233;es dans un domaine de recherches plus &#233;lev&#233;.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, la m&#234;me indiscr&#233;tion dans la louange de soi. Partout, le triomphe de M. D&#252;hring a raison de ce que M. D&#252;hring a &#233;tabli et r&#233;gl&#233;. R&#233;gl&#233; en effet, nous l'avons vu en long et en large- -mais dans le seins o&#249; on dit : &#8220; Son compte est r&#233;gl&#233; ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s, nous avons &#8220; Ies lois naturelles les plus g&#233;n&#233;rales de toute &#233;conomie &#8221;. - Donc nous avions devin&#233; juste. Mais ces lois naturelles ne permettent une intelligence correcte de l'histoire r&#233;volue que si on&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; les &#233;tudie dans cette d&#233;termination plus exacte qu'ont fait subir &#224; leurs r&#233;sultats les formes politiques de suj&#233;tion et de groupement. Des institutions comme l'esclavage ou la d&#233;pendance salari&#233;e, auxquels s'ajoute leur s&#339;ur jumelle la propri&#233;t&#233; fond&#233;e sur la violence, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des formes constitutives de l'&#233;conomie sociale ayant une nature authentiquement politique, et elles repr&#233;sentent dans le monde tel qu'il existe jusqu'ici le seul cadre &#224; l'int&#233;rieur duquel ont pu se manifester les effets des lois naturelles de l'&#233;conomie.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition est la fanfare qui, tel un leitmotiv wagn&#233;rien, nous annonce l'approche du fameux duo. Mais elle est plus encore, elle est le th&#232;me fondamental de tout le livre de D&#252;hring. A propos du droit, M. D&#252;hring ne savait rien nous offrir d'autre qu'une mauvaise transposition sur le plan socialiste de la th&#233;orie &#233;galitaire de Rousseau, comme depuis des ann&#233;es on peut en entendre de bien meilleures dans tout estaminet ouvrier de Paris. Ici, il nous donne une transposition socialiste, qui n'est pas meilleure, des dol&#233;ances des &#233;conomistes sur la falsification des lois naturelles et &#233;ternelles de l'&#233;conomie et de leurs effets par l'ing&#233;rence de l'&#201;tat, de la violence. Ce faisant, il se trouve, - et c'est justice, - tout seul parmi les socialistes. Tout ouvrier socialiste, quelle que soit sa nationalit&#233;, sait fort bien que la violence prot&#232;ge seulement l'exploitation, mais qu'elle n'en est pas la cause ; que le rapport entre capital et travail salari&#233; est la cause de son exploitation et que ce rapport est n&#233; de fa&#231;on purement &#233;conomique et non pas par voie de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, nous apprenons maintenant que dans toutes les questions &#233;conomiques, &#8220; on pourra distinguer deux processus, celui de la production et celui de la r&#233;partition &#8221;. En outre, cette c&#233;l&#233;brit&#233; superficielle de J.-B. Say y aurait ajout&#233; un troisi&#232;me processus, celui de l'utilisation, de la consommation, mais il n'aurait rien su en dire de judicieux, pas plus que ses successeurs. Quant &#224; l'&#233;change ou &#224; la circulation, ce ne serait qu'une subdivision de la production, dans laquelle rentre l'ensemble de ce qui doit se passer pour que les produits parviennent au dernier consommateur, au consommateur proprement dit. - Si M. D&#252;hring m&#233;lange les deux processus essentiellement diff&#233;rents, bien qu'ils se conditionnent r&#233;ciproquement, de la production et de la circulation et s'il affirme sans se g&#234;ner qu'en &#233;vitant cette confusion &#8220; on ne fait que produire de la confusion&#8221;, cela prouve simplement que, ou bien il ne conna&#238;t pas, ou bien il ne comprend pas le d&#233;veloppement colossal qu'a pris justement la circulation depuis cinquante ans ; ce que d'ailleurs son livre confirme dans la suite. Mais ce n'est pas tout. Apr&#232;s avoir tout bonnement fondu la production et l'&#233;change en une seule chose, la production tout court, il place la r&#233;partition &#224; c&#244;t&#233; de la production comme un second processus tout &#224; fait ext&#233;rieur, qui n'a absolument rien &#224; faire avec le premier. Or, nous avons vu que, dans ses traits d&#233;cisifs, la r&#233;partition est dans chaque cas le r&#233;sultat n&#233;cessaire des rapports de production et d'&#233;change d'une soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, ainsi que des ant&#233;c&#233;dents historiques de cette soci&#233;t&#233;, et cela en telle mani&#232;re qu'une fois que nous connaissons ces derniers, nous pouvons avec certitude en d&#233;duire le mode de r&#233;partition dominant dans cette soci&#233;t&#233;. Mais nous voyons aussi que si M. D&#252;hring ne veut pas devenir infid&#232;le aux principes &#8220;&#233;tablis&#8221; dans sa conception de la morale, du droit et de l'histoire, il faut qu'il nie ce fait &#233;conomique &#233;l&#233;mentaire, et il le faut surtout quand il s'agit d'introduire en fraude dans l'&#233;conomie son indispensable duo. C'est seulement quand il a heureusement d&#233;barrass&#233; la r&#233;partition de tout lien avec la production et l'&#233;change que ce grand &#233;v&#233;nement peut se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant rappelons-nous d'abord comment la chose s'est d&#233;roul&#233;e pour la morale et le droit. L&#224;, M. D&#252;hring a commenc&#233; &#224; l'origine avec un seul homme ; il disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Dans la mesure o&#249; un homme est pens&#233; comme unique, ou, ce qui revient au m&#234;me, comme hors de toute connexion avec autrui, il ne peut avoir de devoirs. Pour lui, il n'y a pas d'obligation, mais seulement un vouloir. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme sans devoirs, pens&#233; comme unique, qu'est-il d'autre que ce fatal &#8220; Juif primitif Adam &#8221; dans le paradis, o&#249; il est sans p&#233;ch&#233;, parce qu'il ne peut justement en commettre aucun ? Mais m&#234;me pour cet Adam philosophe du r&#233;el, un p&#233;ch&#233; originel est imminent. A c&#244;t&#233; de cet Adam intervient brusquement, - non certes une &#200;ve aux boucles ondoyantes, mais un deuxi&#232;me Adam. Et, aussit&#244;t, Adam a des devoirs, et ... il les viole. Au lieu de serrer son fr&#232;re sur son c&#339;ur comme son &#233;gal en droit, il le soumet &#224; sa domination, il l'asservit, - et c'est des suites de ce premier p&#233;ch&#233;, du p&#233;ch&#233; originel d'asservissement, que toute l'histoire universelle souffre jusqu'&#224; ce jour, raison pour laquelle, selon M. D&#252;hring, elle ne vaut pas trois liards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc, soit dit en passant, M. D&#252;hring croyait livrer suffisamment au m&#233;pris la &#8220;n&#233;gation de la n&#233;gation&#8221; en la caract&#233;risant comme une mauvaise copie de la vieille histoire de la chute et de la r&#233;demption, que devons-nous dire dans ce cas de sa derni&#232;re &#233;dition &#224; lui de la m&#234;me histoire ? (Car nous &#8220; marcherons &#8221; aussi &#224; la r&#233;demption avec le temps, comme dit la presse gouvernementale). En tout cas, nous pr&#233;f&#233;rons la vieille l&#233;gende tribale des s&#233;mites, dans laquelle, pour le petit bonhomme et la petite bonne femme, il valait tout de m&#234;me la peine de sortir de l'&#233;tat d'innocence ; M. D&#252;hring gardera la gloire sans concurrence d'avoir construit son p&#233;ch&#233; originel avec ... deux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant la transposition du p&#233;ch&#233; originel dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Pour l'id&#233;e de production, la repr&#233;sentation d'un Robinson qui se trouve isol&#233; avec ses forces en face de la nature et qui n'a rien &#224; partager avec personne, peut en tout cas donner un sch&#233;ma mental appropri&#233; ... Pour rendre sensible ce qu'il y a de plus essentiel dans l'id&#233;e de r&#233;partition, il sera tout aussi opportun d'utiliser le sch&#233;ma mental de deux personnes dont les forces &#233;conomiques se combinent et qui, manifestement, sont oblig&#233;es de discuter mutuellement sous une forme ou une autre de leur quote-part. En fait, il ne faut rien de plus que ce simple dualisme pour exposer en toute rigueur quelques-unes des relations de r&#233;partition les plus importantes et pour en &#233;tudier les lois au stade embryonnaire dans leur n&#233;cessit&#233; logique ... La coop&#233;ration sur pied d'&#233;galit&#233; est tout aussi concevable ici que la combinaison des forces par la suj&#233;tion compl&#232;te d'une des parties, qui est alors enr&#244;l&#233;e de force dans le service &#233;conomique comme esclave ou comme simple instrument et n'est d'ailleurs entretenue que comme instrument... Entre l'&#233;tat d'&#233;galit&#233; et celui de nullit&#233; d'une part, d'omnipotence et de simple activit&#233; d'ex&#233;cution d'autre part, se trouve une s&#233;rie de degr&#233;s, auxquels les ph&#233;nom&#232;nes de l'histoire universelle se sont charg&#233;s de pourvoir avec une extr&#234;me diversit&#233;. Une vue universelle embrassant les institutions de justice et d'injustice de l'histoire est ici la condition pr&#233;alable essentielle ... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en fin de compte, toute la r&#233;partition se transforme en un &#8220; droit &#233;conomique de r&#233;partition &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici qu'enfin M. D&#252;hring retrouve la terre ferme sous ses pieds. Bras dessus, bras dessous, avec ses deux hommes, il peut lancer un d&#233;fi &#224; son si&#232;cle. Mais derri&#232;re ce trio, il y a encore quelqu'un dont on tait le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le capital n'a point invent&#233; le surtravail. Partout o&#249; une partie de la soci&#233;t&#233; poss&#232;de le monopole des moyens de production, le travailleur, libre ou non, est forc&#233; d'ajouter au temps de travail n&#233;cessaire &#224; son propre entretien un surplus destin&#233; &#224; produire la subsistance du possesseur des moyens de production. Que ce propri&#233;taire soit kalos kagathos ath&#233;nien, th&#233;ocrate &#233;trusque, civis romanus (citoyen romain), baron normand, ma&#238;tre d'esclaves am&#233;ricain, boyard valaque, seigneur foncier ou capitaliste moderne peu importe ! &#8221; (Marx : Le Capital, I, deuxi&#232;me &#233;dition page 227 [1].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que, de cette mani&#232;re, M. D&#252;hring avait appris ce qu'est la forme fondamentale d'exploitation commune &#224; toutes les formes de production ant&#233;rieures, dans la mesure o&#249; elles &#233;voluent dans des contradictions de classe, il n'avait plus qu'&#224; y appliquer son duo, et le fondement radical de l'&#233;conomie du r&#233;el &#233;tait pr&#234;t. Il n'a pas h&#233;sit&#233; une minute &#224; mettre &#224; ex&#233;cution cette &#8220; pens&#233;e g&#233;n&#233;ratrice de syst&#232;me &#8221;. Travail sans contrepartie, au-del&#224; du temps de travail n&#233;cessaire &#224; la subsistance de l'ouvrier, voil&#224; le point. L'Adam, qui s'appelle ici Robinson, fait donc trimer son second Adam, Vendredi. Mais pourquoi Vendredi trime-t-il plus qu'il ne lui est n&#233;cessaire pour son entretien ? A cette question aussi, Marx r&#233;pond en partie. Mais pour nos deux gaillards, sa r&#233;ponse est beaucoup trop compliqu&#233;e. La chose est r&#233;gl&#233;e en un tournemain. Robinson &#8220;opprime&#8221; Vendredi, l'enr&#244;le de force dans le service &#233;conomique &#8220; en tant qu'esclave ou qu'instrument &#8221; et ne l'entretient &#8220; que comme instrument &#8221;. Avec cette &#8220; tournure cr&#233;atrice &#8221; des plus neuves, M. D&#252;hring fait d'une pierre deux coups. D'une part, il s'&#233;pargne la peine d'expliquer les diverses formes de r&#233;partition jusqu'&#224; ce jour, leurs diff&#233;rences et leurs causes : toutes ensemble, elles ne valent tout simplement rien, elles reposent sur l'oppression, la violence. Nous aurons bient&#244;t &#224; y revenir. Et deuxi&#232;mement, il transpose par l&#224; toute la th&#233;orie de la r&#233;partition du plan &#233;conomique sur celui de la morale et du droit, c'est-&#224;-dire du plan de faits mat&#233;riels &#233;tablis au plan d'opinions et de sentiments plus ou Moins chancelants. Il n'a donc plus besoin d'&#233;tudier ou de prouver, il ne lui reste qu'&#224; poursuivre all&#233;grement ses d&#233;clamations et il peut exiger que la r&#233;partition des produits du travail se r&#232;gle non d'apr&#232;s ses causes r&#233;elles, mais d'apr&#232;s ce qui lui para&#238;t &#224; lui, M. D&#252;hring, moral et juste. Toutefois ce qui para&#238;t juste &#224; M. D&#252;hring n'est nullement immuable, c'est donc loin d'&#234;tre une v&#233;rit&#233; authentique. Car les v&#233;rit&#233;s authentiques sont, d'apr&#232;s M. D&#252;hring lui-m&#234;me, &#8220;absolument immuables&#8221;. En 1868, M. D&#252;hring (Die Schicksale meiner sozialen Denkschrift, etc.) pr&#233;tendait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; qu'il est dans la tendance de toute civilisation sup&#233;rieure de marquer la propri&#233;t&#233; d'une empreinte de plus en plus nette ; c'est l&#224;, et non dans une confusion des droits et des sph&#232;res de souverainet&#233;, que r&#233;sident l'essence et l'avenir de l'&#233;volution moderne. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin, disait-il, il ne pouvait absolument pas pr&#233;voir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; comment une transformation du travail salari&#233; en une autre sorte de gagne-pain pourrait jamais &#234;tre compatible avec les lois de la nature humaine et avec la hi&#233;rarchie impos&#233;e par la nature au corps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, en 1868 : la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le travail salari&#233; sont des n&#233;cessit&#233;s de nature, en cons&#233;quence justes ; en 1876 : tous deux sont des &#233;manations de la violence et du &#8220; vol &#8221;, donc injustes [2]. Et il nous est impossible de savoir ce qui, &#224; un g&#233;nie qu'emporte une telle imp&#233;tuosit&#233;, pourra bien para&#238;tre moral et juste dans quelques ann&#233;es ; nous ferons donc mieux en tout cas, dans notre &#233;tude de la r&#233;partition des richesses, de nous en tenir aux lois &#233;conomiques r&#233;elles, objectives, et non &#224; l'id&#233;e momentan&#233;e, changeante et subjective qu'a M. D&#252;hring du juste et de l'injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, pour croire au bouleversement en marche du mode actuel de r&#233;partition des produits du travail, avec ses contradictions criantes de mis&#232;re et d'opulence, de famine et de ripailles, nous n'avions pas de certitude meilleure que la conscience de l'injustice de ce mode de r&#233;partition et que la conviction de la victoire finale du droit, nous serions bien mal en point et nous pourrions attendre longtemps. Les mystiques du moyen &#226;ge qui r&#234;vaient de l'approche du r&#232;gne mill&#233;naire, avaient d&#233;j&#224; la conscience de l'injustice des oppositions de classe. Au seuil de l'histoire moderne, il y a trois ceint cinquante ans, Thomas M&#252;nzer la proclame tr&#232;s haut dans le monde. Dans la r&#233;volution bourgeoise d'Angleterre, dans celle de France, le m&#234;me cri retentit ... et s'&#233;teint. Et si maintenant le m&#234;me cri d'abolition des oppositions et des diff&#233;rences de classes, qui jusqu'en 1830 laissait froides les classes laborieuses et souffrantes, &#233;veille un &#233;cho qui se r&#233;p&#232;te des millions de fois, s'il gagne un pays apr&#232;s l'autre, et cela dans l'ordre m&#234;me et avec la m&#234;me intensit&#233; selon lesquels la grande industrie se d&#233;veloppe dans les divers pays ; si, en une g&#233;n&#233;ration, il a conquis une puissance qui peut d&#233;fier toutes les puissances ligu&#233;es contre lui et &#234;tre s&#251;r de la victoire dans un proche avenir, - d'o&#249; cela vient-il ? Du fait, que, d'une part, la grande industrie moderne a cr&#233;&#233; un prol&#233;tariat, une classe qui, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, peut revendiquer l'abolition non pas de telle ou telle organisation de classe particuli&#232;re ou de tel ou tel privil&#232;ge de classe particulier, mais des classes en g&#233;n&#233;ral et qui est plac&#233;e devant l'obligation de r&#233;aliser cette revendication sous peine de tomber dans la condition du coolie chinois. Et du fait que, d'autre part, la m&#234;me grande industrie a cr&#233;&#233; dans la bourgeoisie une classe qui a le monopole de tous les instruments de production et moyens de subsistance, mais qui, dans toute p&#233;riode de fi&#232;vre de la production et dans toute banqueroute cons&#233;cutive &#224; cette p&#233;riode, prouve qu'elle est devenue incapable de continuer &#224; r&#233;gner sur les forces productives qui &#233;chappent &#224; sa puissance ; classe sous la conduite de laquelle la soci&#233;t&#233; court &#224; sa ruine, comme une locomotive dont le m&#233;canicien n'a pas assez de force pour ouvrir la soupape de s&#251;ret&#233; bloqu&#233;e. En d'autres termes : cela vient du fait que les forces productives engendr&#233;es par le mode de production capitaliste moderne, ainsi que le syst&#232;me de r&#233;partition des biens qu'il a cr&#233;&#233;, sont entr&#233;s en contradiction flagrante avec ce mode de production lui-m&#234;me, et cela &#224; un degr&#233; tel que devient n&#233;cessaire un bouleversement du mode de production et de r&#233;partition &#233;liminant toutes les diff&#233;rences de classes, si l'on ne veut pas voir toute la soci&#233;t&#233; moderne p&#233;rir. C'est sur ce fait mat&#233;riel palpable qui, avec une n&#233;cessit&#233; irr&#233;sistible, s'impose sous une forme plus ou moins claire aux cerveaux des prol&#233;taires exploit&#233;s, - c'est sur ce fait, et non dans les id&#233;es de tel ou tel th&#233;oricien en chambre sur le juste et l'injuste que se fonde la certitude de victoire du socialisme moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Capital, livre I, tome I, p. 231, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La seconde &#233;dition du Cursus der National- und Sozial&#246;konomie de D&#220;HRING parut en 1876.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. Th&#233;orie de la violence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le rapport de la politique g&#233;n&#233;rale aux formes du droit &#233;conomique est d&#233;termin&#233; dans mon syst&#232;me de fa&#231;on si d&#233;cisive et, en m&#234;me temps, si originale, qu'il ne serait pas superflu d'y renvoyer sp&#233;cialement pour en faciliter l'&#233;tude. La forme des rapports politiques est l'&#233;l&#233;ment historique fondamental et les d&#233;pendances &#233;conomiques ne sont qu'un effet ou un cas particulier, elles sont donc toujours des faits de second ordre. Quelques-uns des syst&#232;mes socialistes r&#233;cents prennent pour principe directeur le faux semblant d'un rapport enti&#232;rement inverse tel qu'il saute aux yeux, en faisant pour ainsi dire sortir des situations &#233;conomiques les infrastructures politiques. Or, ces effets du second ordre existent certes en tant que tels, et ce sont eux qui dans le temps pr&#233;sent sont le plus sensibles ; mais il faut chercher l'&#233;l&#233;ment primordial dans la violence politique imm&#233;diate et non pas seulement dans une puissance &#233;conomique indirecte. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, &#224; un autre endroit, M. D&#252;hring&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; part de la th&#232;se que les situations politiques sont la cause d&#233;cisive de l'&#233;tat &#233;conomique et que la relation inverse ne repr&#233;sente qu'une r&#233;action de second ordre ... Tant que l'on ne prend pas le groupement politique pour lui-m&#234;me comme point de d&#233;part, mais qu'on le traite exclusivement comme un moyen pour des fins alimentaires, on garde quand m&#234;me en soi, si belle figure de socialiste radical et de r&#233;volutionnaire qu'on prenne, une dose larv&#233;e de r&#233;action. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la th&#233;orie de M. D&#252;hring. Ici, et en beaucoup d'autres passages, elle est tout simplement pos&#233;e, on pourrait dire d&#233;cr&#233;t&#233;e. Nulle part dans les trois &#233;pais volumes, il n'est question, f&#251;t-ce du moindre semblant de preuve ou de r&#233;futation de l'opinion adverse. Et les arguments pourraient &#234;tre aussi bon march&#233; que les m&#251;res, que M. D&#252;hring ne nous en donnerait pas. La chose est d&#233;j&#224; prouv&#233;e par la fameuse chute originelle, o&#249; Robinson a asservi Vendredi. C'&#233;tait un acte de violence, donc un acte politique. Et comme cet asservissement forme le point de d&#233;part et le fait fondamental de toute l'histoire r&#233;volue et qu'il lui inocule le p&#233;ch&#233; originel d'injustice, et cela &#224; un point tel que dans les p&#233;riodes ult&#233;rieures celui-ci n'a &#233;t&#233; qu'att&#233;nu&#233; et &#8220; m&#233;tamorphos&#233; en formes &#233;conomiques de d&#233;pendance plus indirectes &#8221; ; comme, d'autre part, toute la &#8220; propri&#233;t&#233; fond&#233;e sur la violence &#8221;, encore aujourd'hui en vigueur, repose sur cet asservissement primitif, il est clair que tous les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques s'expliquent par des causes politiques, &#224; savoir par la violence. Et celui &#224; qui cela ne suffit pas, c'est qu'il est un r&#233;actionnaire larv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons tout d'abord qu'il ne faut pas &#234;tre moins amoureux de soi-m&#234;me que l'est M. D&#252;hring, pour tenir pour tellement &#8220; originale &#8221; cette opinion qui ne l'est nullement. L'id&#233;e que les actions politiques de premier plan sont le facteur d&#233;cisif en histoire est aussi vieille que l'historiographie elle-m&#234;me, et c'est la raison principale qui fait que si peu de chose nous a &#233;t&#233; conserv&#233; de l'&#233;volution des peuples qui s'accomplit silencieusement &#224; l'arri&#232;re-plan de ces sc&#232;nes bruyantes et pousse r&#233;ellement les choses de l'avant. Cette id&#233;e a domin&#233; toute la conception de l'histoire dans le pass&#233; et n'a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e que gr&#226;ce aux historiens bourgeois fran&#231;ais de l'&#233;poque de la Restauration ; le seul point &#8220; original &#8221; l&#224;-dedans, c'est qu'encore une fois, M. D&#252;hring ne sait rien de tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, admettons pour un instant que M. D&#252;hring ait raison de dire que toute l'histoire jusqu'&#224; ce jour peut se ramener &#224; l'asservissement de l'homme par l'homme ; nous sommes encore loin pour autant d'avoir touch&#233; au fond du probl&#232;me. Car on demande de prime abord : comment Robinson a-t-il pu en arriver &#224; asservir Vendredi ? Pour son simple plaisir ? Absolument Pas. Nous voyons au contraire que Vendredi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; est enr&#244;l&#233; de force dans le service &#233;conomique comme esclave ou simple instrument et qu'il n'est d'ailleurs entretenu que comme instrument. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robinson a seulement asservi Vendredi pour que Vendredi travaille au profit de Robinson. Et comment Robinson peut-il tirer profit pour lui-m&#234;me du travail de Vendredi ? Uniquement du fait que Vendredi produit par son travail plus de moyens de subsistance que Robinson n'est forc&#233; de lui en donner pour qu'il reste capable de travailler. Donc, contrairement aux instructions expresses de M. D&#252;hring, Robinson n' &#8220; a pas pris le groupement politique &#8221; qu'&#233;tablissait l'asservissernent de Vendredi &#8220; en lui-m&#234;me comme point de d&#233;part, mais l'a trait&#233; exclusivement comme un moyen pour des fins alimentaires &#8221;. - A lui maintenant de s'arranger avec son ma&#238;tre et seigneur M. D&#252;hring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'exemple pu&#233;ril que M. D&#252;hring a invent&#233; de son propre fonds pour prouver que la violence est &#8220; &#233;l&#233;ment historique fondamental &#8221;, prouve que la violence n'est que le moyen, tandis que l'avantage &#233;conomique est le but. Et dans la mesure o&#249; le but est &#8220; plus fondamental &#8221; que le moyen employ&#233; pour y parvenir, dans la m&#234;me mesure le c&#244;t&#233; &#233;conomique du rapport est plus fondamental dans l'histoire que le c&#244;t&#233; politique. L'exemple prouve donc exactement le contraire de ce qu'il doit prouver. Et ce qui se passe pour Robinson et Vendredi, se passe de m&#234;me pour tous les cas de domination et de servitude qui se sont produits jusqu'ici. L'oppression a toujours &#233;t&#233;, pour employer l'&#233;l&#233;gante expression de M. D&#252;hring, &#8220; un moyen pour des fins alimentaires &#8221; (ces fins alimentaires &#233;tant prises dans le sens le plus large), mais jamais ni nulle part un groupement politique introduit &#8220; pour lui-m&#234;me &#8221;. Il faut &#234;tre M. D&#252;hring pour pouvoir s'imaginer que les imp&#244;ts ne sont dans l'&#201;tat que &#8220; des effets de second ordre &#8221; ou que le groupement politique d'aujourd'hui en bourgeoisie dominante et en prol&#233;tariat domin&#233; existe &#8220; pour lui-m&#234;me &#8221;, et non pour &#8220; les fins alimentaires &#8221; des bourgeois r&#233;gnants, c'est-&#224;-dire pour le profit et l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, retournons &#224; nos deux bonshommes. Robinson, &#8220;l'&#233;p&#233;e &#224; la main&#8221;, fait de Vendredi son esclave. Mais pour y parvenir, Robinson a besoin d'autre chose encore que de l'&#233;p&#233;e. Un esclave ne fait pas l'affaire de tout le monde. Pour pouvoir en utiliser un, il faut disposer de deux choses : d'abord des outils et des objets n&#233;cessaires au travail de l'esclave et, deuxi&#232;mement, des moyens de l'entretenir petitement. Donc, avant que l'esclavage soit possible, il faut d&#233;j&#224; qu'un certain niveau dans la production ait &#233;t&#233; atteint et qu'un certain degr&#233; d'in&#233;galit&#233; soit intervenu dans la r&#233;partition. Et pour que le travail servile devienne le mode de production dominant de toute une soci&#233;t&#233;, on a besoin d'un accroissement bien plus consid&#233;rable encore de la production, du commerce et de l'accumulation de richesse. Dans les antiques communaut&#233;s naturelles &#224; propri&#233;t&#233; collective du sol, ou bien l'esclavage ne se pr&#233;sente pas, ou bien il ne joue qu'un r&#244;le tr&#232;s subordonn&#233;. De m&#234;me, dans la Rome primitive, cit&#233; paysanne ; par contre, lorsque Rome devint &#8220; cit&#233; universelle &#8221; et que la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re italique passa de plus en plus aux mains d'une classe peu nombreuse de propri&#233;taires extr&#234;mement riches, la population paysanne fut &#233;vinc&#233;e par une population d'esclaves. Si &#224; l'&#233;poque des guerres m&#233;diques, le nombre des esclaves s'&#233;levait &#224; Corinthe &#224; 460.000 et &#224; Egine &#224; 470.000, et si leur proportion &#233;tait de dix par t&#234;te d'habitant libre [1], il fallait pour cela quelque chose de plus que de la &#8220; violence &#8221;, &#224; savoir une industrie d'art et un artisanat tr&#232;s d&#233;velopp&#233;s et un commerce &#233;tendu. L'esclavage aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique reposait beaucoup moins sur la violence que sur l'industrie anglaise du coton ; dans les r&#233;gions o&#249; ne poussait pas de coton ou qui ne pratiquaient pas, comme les &#201;tats limitrophes, l'&#233;levage des esclaves pour les &#201;tats cotonniers, il s'est &#233;teint de lui-m&#234;me, sans qu'on e&#251;t &#224; utiliser la violence, simplement parce qu'il ne payait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc M. D&#252;hring appelle la propri&#233;t&#233; actuelle une propri&#233;t&#233; fond&#233;e sur la violence et qu'il la qualifie de &#8220; forme de domination qui n'a peut-&#234;tre pas seulement pour base l'exclusion du prochain de l'usage des moyens naturels d'existence, mais aussi, ce qui veut dire encore beaucoup plus, l'assujettissement de l'homme &#224; un service d'esclave&#8221;, - il fait tenir tout le rapport sur la t&#234;te. L'assujettissement de l'homme &#224; un service d'esclave, sous toutes ses formes, suppose, chez celui qui assujettit, la disposition des moyens de travail sans lesquels il ne pourrait pas utiliser l'homme asservi, et en outre, dans l'esclavage, la disposition des moyens de subsistance sans lesquels il ne pourrait pas conserver l'esclave en vie, D&#233;j&#224;, par cons&#233;quent, dans tous les cas, la possession d'une certaine fortune d&#233;passant la moyenne. Comment celle-ci est-elle n&#233;e ? En toute hypoth&#232;se, il est clair qu'elle peut avoir &#233;t&#233; vol&#233;e, c'est-&#224;-dire reposer sur la violence, mais que ce n'est nullement n&#233;cessaire. Elle peut &#234;tre gagn&#233;e par le travail, par le vol, par le commerce, par l'escroquerie. Il faut m&#234;me qu'elle ait &#233;t&#233; gagn&#233;e par le travail avant de pouvoir &#234;tre vol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'appara&#238;t en aucune fa&#231;on dans l'histoire comme r&#233;sultat du vol et de la violence. Au contraire. Elle existe d&#233;j&#224;, limit&#233;e toutefois &#224; certains objets, dans l'antique communaut&#233; naturelle de tous les peuples civilis&#233;s. A l'int&#233;rieur m&#234;me de cette communaut&#233;, elle &#233;volue d'abord dans l'&#233;change avec des &#233;trangers, jusqu'&#224; prendre la forme de marchandise. Plus les produits de la communaut&#233; prennent forme de marchandise, c'est-&#224;-dire moins il en est produit pour l'usage propre du producteur et plus ils sont produits dans un but d'&#233;change, plus l'&#233;change, m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233;, supplante la division naturelle primitive du travail, plus l'&#233;tat de fortune des divers membres de la communaut&#233; devient in&#233;gal, plus la vieille communaut&#233; de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est profond&#233;ment min&#233;e, plus la communaut&#233; s'achemine rapidement &#224; sa dissolution en un village de paysans parcellaires. Le despotisme oriental et la changeante domination de peuples nomades conqu&#233;rants n'ont pu pendant des mill&#233;naires entamer ces vieilles communaut&#233;s ; c'est la destruction progressive de leur industrie domestique naturelle par la concurrence des produits de la grande industrie qui cause de plus en plus leur dissolution. Pas plus question de violence ici que dans le lotissement encore en cours de la propri&#233;t&#233; agraire collective des &#8220; communaut&#233;s rurales &#8221; des bords de la Moselle et du Hochwald [2] ; ce sont les paysans qui trouvent de leur int&#233;r&#234;t que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des champs remplace la propri&#233;t&#233; collective. M&#234;me la formation d'une aristocratie primitive, telle qu'elle se produit chez les Celtes, les Germains et au Pendjab, sur la base de la propri&#233;t&#233; en commun du sol, ne repose au premier abord nullement sur la violence, mais sur le libre consentement et la coutume. Partout o&#249; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e se constitue, c'est la cons&#233;quence de rapports de production et d'&#233;change modifi&#233;s, et cela sert l'accroissement de la production et le d&#233;veloppement du commerce, - cela a donc des causes &#233;conomiques. La violence ne joue en cela absolument aucun r&#244;le. Il est pourtant &#233;vident que l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e doit d'abord exister, avant que le voleur puisse s'approprier le bien d'autrui, donc que la violence peut certes d&#233;placer la possession, mais ne peut pas engendrer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e en tant que telle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me pour expliquer &#8220; l'assujettissement de l'homme au service d'esclave &#8221; sous sa forme la plus moderne, le travail salari&#233;, nous ne pouvons faire intervenir ni la violence, ni la propri&#233;t&#233; fond&#233;e sur la violence. Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; le r&#244;le que joue, dans la dissolution de la communaut&#233; antique, donc dans la g&#233;n&#233;ralisation directe ou indirecte de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la transformation des produits du travail en marchandises, leur production non pour la consommation personnelle, mais pour l'&#233;change. Or, Marx a prouv&#233; lumineusement dans Le Capital, - et M. D&#252;hring se garde bien d'en souffler le moindre mot, - qu'&#224; un certain niveau de d&#233;veloppement, la production marchande se transforme en production capitaliste et qu'&#224; ce degr&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; la loi de l'appropriation qui repose sur la production et la circulation des marchandises, ou loi de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, se convertit par l'effet in&#233;vitable de sa propre dialectique interne en son contraire : l'&#233;change d'&#233;quivalents ; celui-ci, qui apparaissait comme l'op&#233;ration primitive, a tourn&#233; de telle sorte qu'on n'&#233;change plus qu'en apparence, du fait que, premi&#232;rement, la portion du capital &#233;chang&#233;e contre de la force de travail n'est elle-m&#234;me qu'une partie de l'appropriation sans &#233;quivalent du produit du travail d'autrui et que, deuxi&#232;mement, elle ne doit pas seulement &#234;tre remplac&#233;e par son producteur, l'ouvrier, niais doit &#234;tre remplac&#233;e avec un nouveau surplus [exc&#233;dent] ... Primitivement, la propri&#233;t&#233; nous apparaissait fond&#233;e sur le travail personnel ... La propri&#233;t&#233; appara&#238;t maintenant [&#224; la fin du d&#233;veloppement de Marx] du c&#244;t&#233; du capitaliste comme le droit de s'approprier le travail d'autrui sans le payer, du c&#244;t&#233; de l'ouvrier comme l'impossibilit&#233; de s'approprier son propre produit. La s&#233;paration entre la propri&#233;t&#233; et le travail devient la cons&#233;quence n&#233;cessaire d'une loi qui, apparemment, partait de leur identit&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : m&#234;me en excluant toute possibilit&#233; de vol, de violence et de do], en admettant que toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e repose &#224; l'origine sur le travail personnel du possesseur et que, dans tout le cours ult&#233;rieur des choses, on n'&#233;change que des valeurs &#233;gales contre des valeurs &#233;gales, nous obtenons tout de m&#234;me n&#233;cessairement, dans la suite du d&#233;veloppement de la production et de l'&#233;change, le mode actuel de production capitaliste, la monopolisation des moyens de production et de subsistance entre les mains d'une seule classe peu nombreuse, l'abaissement de l'autre classe, qui forme l'immense majorit&#233;, au niveau de prol&#233;taires non poss&#233;dants, l'alternance p&#233;riodique de production vertigineuse et de crise commerciale, et toute l'anarchie actuelle de la production. Tout le processus s'explique par des causes purement &#233;conomiques sans qu'il ait &#233;t&#233; besoin d'avoir recours une seule fois au vol, &#224; la violence, &#224; l'&#201;tat ou &#224; quelque ing&#233;rence politique. La &#8220;propri&#233;t&#233; fond&#233;e sur la violence &#8221; ne s'av&#232;re, ici encore, que comme une rodomontade destin&#233;e &#224; cacher l'incompr&#233;hension du cours r&#233;el des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cours des choses, exprim&#233; historiquement, est l'histoire du d&#233;veloppement de la bourgeoisie. Si &#8220; les situations politiques sont la cause d&#233;terminante de l'&#233;tat &#233;conomique &#8221;, la bourgeoisie moderne ne doit pas s'&#234;tre d&#233;velopp&#233;e dans la lutte contre le f&#233;odalisme, mais &#234;tre son enfant g&#226;t&#233; mis au monde de plein gr&#233;. Chacun sait que c'est le contraire qui a eu lieu. Ordre opprim&#233;, &#224; l'origine tributaire de la noblesse f&#233;odale r&#233;gnante, recrut&#233; parmi des corv&#233;ables et des serfs de toute cat&#233;gorie, c'est dans une lutte sans r&#233;pit avec la noblesse que la bourgeoisie a conquis un poste du pouvoir apr&#232;s l'autre et, finalement, a pris possession du pouvoir &#224; sa place dans les pays dans les pays les plus &#233;volu&#233;s ; en France en renversant directement la noblesse ; en Angleterre, en l'embourgeoisant de plus en plus et en se l'incorporant pour en faire son couronnement d&#233;coratif. Et comment y est-elle parvenue ? Simplement par une transformation de l' &#8220; &#233;tat &#233;conomique&#8221;, que suivit t&#244;t ou tard, de bon gr&#233; ou par la lutte, une transformation des situations politiqu&#233;s. La lutte de la bourgeoisie contre la noblesse f&#233;odale est la lutte de la ville contre la campagne, de l'industrie contre la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, de l'&#233;conomie mon&#233;taire contre l'&#233;conomie naturelle, et les armes d&#233;cisives des bourgeois dans cette lutte furent leurs moyens de puissance &#233;conomique accrus sans arr&#234;t par le d&#233;veloppement de l'industrie, d'abord artisanale, puis progressant jusqu'&#224; la manufacture, et par l'extension du commerce. Pendant toute cette lutte, la puissance politique &#233;tait du c&#244;t&#233; de la noblesse, &#224; l'exception d'une p&#233;riode o&#249; le pouvoir royal utilisa la bourgeoisie contre la noblesse pour tenir un ordre en &#233;chec par l'autre. Mais d&#232;s l'instant o&#249; la bourgeoisie, politiquement encore impuissante, commen&#231;a, gr&#226;ce &#224; l'accroissement de sa puissance &#233;conomique, &#224; devenir dangereuse, la royaut&#233; s'allia de nouveau &#224; la noblesse et par l&#224; provoqua, en Angleterre d'abord, en France ensuite, la r&#233;volution de la bourgeoisie. En France, les conditions politiques &#233;taient rest&#233;es sans changement, tandis que l'&#233;tat &#233;conomique &#233;tait devenu trop avanc&#233; pour elles. Au point de vue politique, la noblesse &#233;tait tout, la bourgeoisie rien ; au point de vue social, le bourgeois &#233;tait maintenant la classe la plus importante dans l'&#201;tat, tandis que la noblesse avait vu toutes ses fonctions sociales lui &#233;chapper et qu'elle ne faisait plus qu'encaisser sous la forme de ses revenus la r&#233;mun&#233;ration de ces fonctions disparues. Ce n'est pas tout : dans toute sa production, la bourgeoisie &#233;tait rest&#233;e prisonni&#232;re des formes politiques f&#233;odales du moyen &#226;ge, pour lesquelles cette production, - non seulement la manufacture, mais m&#234;me l'artisanat, - &#233;tait depuis longtemps devenue trop grande : prisonni&#232;re des mille privil&#232;ges corporatifs et des barri&#232;res douani&#232;res locales et provinciales, transform&#233;s en simples brimades et entraves de la production. La r&#233;volution de la bourgeoisie y mit fin. Mais non pas en adaptant, selon le principe de M. D&#252;hring, l'&#233;tat &#233;conomique aux conditions politiques, - c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que la noblesse et la royaut&#233; avaient tent&#233; en vain pendant des ann&#233;es, - mais &#224; l'inverse en jetant de c&#244;t&#233; le vieux bric-&#224;-brac politique pourri et en cr&#233;ant des conditions politiques dans lesquelles le nouvel &#8220; &#233;tat &#233;conomique &#8221; pouvait subsister et se d&#233;velopper. Et dans cette atmosph&#232;re politique et juridique faite pour elle, la bourgeoisie s'est brillamment d&#233;velopp&#233;e, si brillamment que d'ores et d&#233;j&#224;, elle n'est plus loin de la position qu'occupait la noblesse en 1789 : elle devient de plus en plus non seulement une superf&#233;tation sociale, mais encore un obstacle social ; elle s'&#233;limine de plus en plus de l'activit&#233; productrice et devient de plus en plus, comme en son temps la noblesse, une classe qui ne fait qu'encaisser des revenus ; et c'est sans la moindre simagr&#233;e de violence, d'une mani&#232;re purement &#233;conomique qu'elle a r&#233;alis&#233; ce bouleversement de sa propre position et la cr&#233;ation d'une classe nouvelle, le prol&#233;tariat. Plus encore. Elle n'a nullement voulu ce r&#233;sultat de ses propres agissements ; au contraire, il s'est impos&#233; avec une puissance irr&#233;sistible contre sa volont&#233;, contre son intention ; ses propres forces de production sont devenues trop puissantes pour ob&#233;ir &#224; sa direction et poussent, comme sous l'effet d'une n&#233;cessit&#233; naturelle, toute la soci&#233;t&#233; bourgeoise au-devant de la ruine ou de la r&#233;volution. Et si les bourgeois en appellent maintenant &#224; la violence pour sauver de la catastrophe l' &#8220; &#233;tat &#233;conomique&#8221; qui s'&#233;croule, ils prouvent seulement par l&#224; qu'ils sont victimes de l'illusion de M. D&#252;hring, selon laquelle &#8220; les conditions politiques sont la cause d&#233;terminante de l'&#233;tat &#233;conomique &#8221; ; qu'ils se figurent, tout comme M. D&#252;hring, capables de transformer, avec les &#8220; moyens primitifs &#8221;, avec la &#8220; violence politique imm&#233;diate &#8221;, ces &#8220; faits de second ordre &#8221;, l'&#233;tat &#233;conomique et son &#233;volution in&#233;luctable, et donc de d&#233;barrasser le monde, gr&#226;ce au feu des canons Krupp et des fusils Mauser, des effets &#233;conomiques de la machine &#224; vapeur et du machinisme moderne mis par elle en mouvement, du commerce mondial et du d&#233;veloppement actuel de la banque et du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] W. WACHSMUTH : Hellenische Altertumskunde aus dem Gesichtspunkte des Staates, 2&#176; partie, I&#176; Section, Halle, 1829, p. 44. Wachsmuth a pour source ATH&#201;N&#201;E : Banquet des sophistes, liv. VI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. G. HANSSEN : Die Geh&#246;ferschaften (Erbgenossenschaften) im Regierungsbezirk Trier, Berlin, 1863.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Th&#233;orie de la violence (suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cependant d'un peu plus pr&#232;s cette &#8220; violence &#8221; toute-puissante de M. D&#252;hring. Robinson asservit Vendredi &#8220; l'&#233;p&#233;e &#224; la main &#8221;. O&#249; a-t-il pris l'&#233;p&#233;e ? M&#234;me dans les &#238;les imaginaires des robinsonnades, les &#233;p&#233;es, jusqu'ici, ne poussent pas sur les arbres et M. D&#252;hring laisse cette question sans r&#233;ponse. De m&#234;me que Robinson a pu se procurer une &#233;p&#233;e, nous pouvons tout aussi bien admettre que Vendredi appara&#238;t un beau matin avec un revolver charg&#233; &#224; la main, et alors tout le rapport de &#8220; violence &#8221; se renverse : Vendredi commande et Robinson est forc&#233; de trimer. Nous nous excusons aupr&#232;s du lecteur de revenir avec tant de suite dans les id&#233;es sur l'histoire de Robinson et de Vendredi qui, &#224; vrai dire, est du ressort du jardin d'enfants et non de la science, mais qu'y pouvons-nous ? Nous sommes oblig&#233;s d'appliquer en conscience la m&#233;thode axiomatique de M. D&#252;hring et ce n'est pas notre faute si, de ce fait, nous &#233;voluons continuellement dans le domaine de la pu&#233;rilit&#233; pure. Donc, le revolver triomphe de l'&#233;p&#233;e et m&#234;me l'amateur d'axiomes le plus pu&#233;ril concevra sans doute que la violence n'est pas un simple acte de volont&#233;, mais exige pour sa mise en oeuvre des conditions pr&#233;alables tr&#232;s r&#233;elles, notamment des instruments, dont le plus parfait l'emporte sur le moins parfait ; qu'en outre ces instruments doivent &#234;tre produits, ce qui signifie aussi que le producteur d'instruments de violence plus parfaits, grossi&#232;rement parlant des armes, l'emporte sur le producteur des moins parfaits et qu'en un mot la victoire de la violence repose sur la production d'armes, et celle-ci &#224; son tour sur la production en g&#233;n&#233;ral, donc ... sur la &#8220;puissance &#233;conomique&#8221;, sur l' &#8220; &#233;tat &#233;conomique &#8221;, sur les moyens mat&#233;riels qui sont &#224; la disposition de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence, ce sont aujourd'hui l'arm&#233;e et la flotte de guerre, et toutes deux co&#251;tent, comme nous le savons tous &#224; nos d&#233;pens, &#8220; un argent fou &#8221;. Mais la violence ne peut pas faire de l'argent, elle peut tout au plus rafler celui qui est d&#233;j&#224; fait et cela ne sert pas non plus &#224; grand-chose, comme nous l'avons &#233;galement appris &#224; nos d&#233;pens avec les milliards de la France [1]. L'argent doit donc, en fin de compte, &#234;tre fourni par le moyen de la production &#233;conomique ; la violence est donc une fois de plus d&#233;termin&#233;e par l'&#233;tat &#233;conomique, qui lui procure les moyens de s'armer et de conserver ses engins. Mais cela ne suffit pas. Rien ne d&#233;pend plus de conditions &#233;conomiques pr&#233;alables que justement l'arm&#233;e et la flotte. Armement, composition, organisation, tactique et strat&#233;gie d&#233;pendent avant tout du niveau atteint par la production dans chaque cas, ainsi que des communications. Ce ne sont pas les &#8220; libres cr&#233;ations de l'intelligence &#8221; des capitaines de g&#233;nie qui ont eu en cette mati&#232;re un effet de bouleversement, c'est l'invention d'armes meilleures et la modification du mat&#233;riel humain, le soldat ; dans le meilleur des cas, l'influence des capitaines de g&#233;nie se borne &#224; adapter la m&#233;thode de combat aux armes et aux combattants nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XlV&#176; si&#232;cle, la poudre &#224; canon est pass&#233;e des Arabes aux Europ&#233;ens occidentaux et a boulevers&#233;, comme nul ne l'ignore, toute la conduite de la guerre. Mais l'introduction de la poudre &#224; canon et des armes &#224; feu n'&#233;tait nullement un acte de violence, c'&#233;tait un progr&#232;s industriel, donc &#233;conomique. L'industrie reste l'industrie, qu'elle s'oriente vers la production ou la destruction d'objets. Et l'introduction des armes &#224; feu a eu un effet de bouleversement non seulement sur la conduite m&#234;me de la guerre, mais aussi sur les rapports politiques, rapports de domination et de suj&#233;tion. Pour obtenir de la poudre et des armes &#224; feu, il fallait l'industrie et l'argent, et tous deux appartenaient aux bourgeois des villes. C'est pourquoi les armes &#224; feu furent d&#232;s le d&#233;but les armes des villes et de la monarchie montante, appuy&#233;e sur les villes, contre la noblesse f&#233;odale. Les murailles jusque-l&#224; imprenables des ch&#226;teaux forts des nobles tomb&#232;rent sous les coups des canons des bourgeois, les balles des arquebuses bourgeoises travers&#232;rent les cuirasses des chevaliers. Avec la cavalerie cuirass&#233;e de la noblesse, s'effondra aussi la domination de la noblesse ; avec le d&#233;veloppement de la bourgeoisie, l'infanterie et l'artillerie devinrent de plus en plus les armes d&#233;cisives ; sous la contrainte de l'artillerie, le m&#233;tier de la guerre dut s'annexer une nouvelle subdivision tout &#224; fait industrielle : le corps des ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des armes &#224; feu se fit tr&#232;s lentement. Le canon restait lourd, l'arquebuse grossi&#232;re, malgr&#233; de nombreuses inventions de d&#233;tail. Il fallut plus de trois cents ans pour mettre au point une arme valable pour &#233;quiper toute l'infanterie. Ce n'est qu'au d&#233;but du XVIII&#176; si&#232;cle que le fusil &#224; pierre avec ba&#239;onnette supplante d&#233;finitivement la pique dans l'armement de l'infanterie. L'infanterie d'alors se composait de mercenaires au service des princes, qui avaient belle tenue &#224; l'exercice, mais qui &#233;taient tr&#232;s peu s&#251;rs et dont la bastonnade &#233;tait l'unique moyen de coh&#233;sion ; elle &#233;tait recrut&#233;e parmi les &#233;l&#233;ments les plus d&#233;prav&#233;s de la soci&#233;t&#233; et, souvent, parmi les prisonniers de guerre ennemis enr&#244;l&#233;s de force, et la seule forme de combat dans laquelle ces soldats pussent utiliser le nouveau fusil &#233;tait la tactique lin&#233;aire, qui atteignit son ach&#232;vement supr&#234;me sous Fr&#233;d&#233;ric II. Toute l'infanterie d'une arm&#233;e &#233;tait dispos&#233;e sur trois rangs en un tr&#232;s long quadrilat&#232;re creux, et en ordre de bataille elle ne se mouvait qu'en bloc ; tout au plus autorisait-on l'une des deux ailes &#224; avancer ou &#224; reculer un peu. Cette masse maladroite ne pouvait se mouvoir en ordre que sur un terrain tout &#224; fait plat et l&#224; encore &#224; cadence lente (75 pas &#224; la minute) ; il &#233;tait impossible de changer l'ordre de bataille au cours de l'action et une fois l'infanterie au feu, la victoire ou la d&#233;faite se d&#233;cidaient tr&#232;s rapidement, d'un seul coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes peu maniables se heurt&#232;rent dans la guerre d'ind&#233;pendance am&#233;ricaine &#224; des bandes de rebelles qui, certes, ne savaient pas faire l'exercice, mais n'en tiraient que mieux avec leurs carabines ray&#233;es ; ils combattaient pour leurs int&#233;r&#234;ts &#224; eux, donc ne d&#233;sertaient pas comme les troupes mercenaires et ils n'avaient pas l'obligeance d'affronter les Anglais en se disposant comme eux en ligne et en terrain d&#233;couvert, mais se pr&#233;sentaient en groupes de tirailleurs dispers&#233;s et rapidement mobiles, sous le couvert des for&#234;ts. La ligne &#233;tait impuissante ici et succombait aux adversaires invisibles et insaisissables. On red&#233;couvrait la disposition en tirailleurs : m&#233;thode de combat nouvelle due &#224; un mat&#233;riel humain modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avait commenc&#233; la r&#233;volution am&#233;ricaine, la R&#233;volution fran&#231;aise l'acheva, &#233;galement sur le terrain militaire. Aux arm&#233;es mercenaires de la coalition si bien entra&#238;n&#233;es, elle n'avait, elle aussi, &#224; opposer que des masses mal exerc&#233;es, mais nombreuses, la lev&#233;e en masse de toute la nation. Mais avec ces masses il fallait prot&#233;ger Paris, donc couvrir une zone d&#233;termin&#233;e et cela ne pouvait se faire sans une victoire dans une bataille de niasses &#224; d&#233;couvert. Le simple combat en tirailleurs ne suffisait pas : il fallait trouver une formation pour l'utilisation des masses et elle se trouva avec la colonne. La formation en colonne permettait, f&#251;t-ce &#224; des troupes peu entra&#238;n&#233;es, de se mouvoir avec assez d'ordre, et m&#234;me avec une vitesse de marche plus grande (100 pas et plus &#224; la minute) ; elle permettait d'enfoncer les formations rigides du vieil ordre en ligne, de combattre sur tout terrain, par cons&#233;quent m&#234;me sur ceux qui &#233;taient le plus d&#233;favorables &#224; la ligne, de grouper les troupes de la mani&#232;re qui convenait suivant les besoins, et en liaison avec le combat de tirailleurs dispers&#233;s, de retenir, d'occuper et de fatiguer les lignes ennemies jusqu'&#224; ce que le moment f&#251;t venu de les rompre au point d&#233;cisif de la position avec des masses tenues en r&#233;serve. Si par cons&#233;quent cette nouvelle m&#233;thode de combat, qui reposait sur la combinaison de tirailleurs et de colonnes et sur la distribution de l'arm&#233;e en divisions ou en corps autonomes, compos&#233;s de toutes les armes, et qui fut port&#233;e au sommet de sa perfection par Napol&#233;on aussi bien sous son aspect tactique que strat&#233;gique, &#233;tait devenue n&#233;cessaire, c'&#233;tait surtout en raison de la modification du mat&#233;riel humain, le soldat de la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais elle avait encore dans le domaine technique deux conditions pr&#233;alables d'une grande importance : premi&#232;rement, le montage des pi&#232;ces de campagne sur aff&#251;ts plus l&#233;gers qui avait &#233;t&#233; mis au point par Gribeauval et qui seul rendait possible le mouvement plus rapide qu'on exigeait d'elles maintenant, et, deuxi&#232;mement, la cambrure de la crosse du fusil qui jusque-l&#224; &#233;tait une prolongation du canon en droite ligne ; introduit en France en 1777, cet emprunt au fusil de chasse permettait de viser un adversaire pris &#224; part avec des chances de l'atteindre. Sans ce progr&#232;s, on n'aurait pas pu op&#233;rer en tirailleurs avec l'arme ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me r&#233;volutionnaire qu'&#233;tait l'armement du peuple entier fut bient&#244;t limit&#233; &#224; la conscription (avec remplacement par rachat en faveur des riches), et adopt&#233; sous cette forme dans la plupart des grands &#201;tats du continent. Seule, la Prusse, avec son syst&#232;me de Landwehr, essaya de faire appel dans une plus large mesure &#224; la force militaire du peuple. La Prusse est, en outre, le premier &#201;tat qui, - apr&#232;s le r&#244;le sans lendemain jou&#233; par le bon fusil &#224; baguette ray&#233; qui avait &#233;t&#233; perfectionn&#233; entre 1830 et 1860, - ait pourvu toute son infanterie de l'arme la plus moderne, le fusil ray&#233; charg&#233; par la culasse. C'est &#224; ces deux dispositions qu'elle dut ses succ&#232;s de 1866.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la guerre franco-allemande s'oppos&#232;rent pour la premi&#232;re fois deux arm&#233;es qui disposaient toutes deux du fusil ray&#233; charg&#233; par la culasse, et cela en ayant toutes deux des formations tactiques essentiellement semblables &#224; celles du temps du vieux fusil &#224; pierre et &#224; canon lisse, r&#233;serve faite de l'introduction de la colonne de compagnie &#224; l'aide de laquelle les Prussiens avaient tent&#233; de trouver une forme de combat mieux appropri&#233;e au nouvel armement. Mais lorsque le 18 ao&#251;t &#224; Saint-Privat [2], la garde prussienne voulut faire un essai s&#233;rieux de la colonne de compagnie, les cinq r&#233;giments les plus engag&#233;s perdirent, en deux heures au maximum, plus d'un tiers de leur effectif (176 officiers et 5.114 hommes), et de ce jour, la colonne de compagnie &#233;tait condamn&#233;e en tant que formation de combat, au m&#234;me titre que la colonne de bataillon et la ligne. On abandonna toute tentative d'exposer &#224; l'avenir au feu de l'ennemi toute esp&#232;ce de formation serr&#233;e, et du c&#244;t&#233; allemand, on ne combattit plus qu'avec ces groupes denses de tirailleurs en lesquels jusqu'ici, sous la gr&#234;le de balles frappant au but, la colonne s'&#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;guli&#232;rement d&#233;compos&#233;e toute seule, mais auxquels en haut lieu on s'&#233;tait toujours oppos&#233; comme contraires &#224; la discipline ; et de m&#234;me, dans le champ de tir de l'ennemi, le pas de course devint d&#233;sormais la seule fa&#231;on de se d&#233;placer. Encore une fois, le soldat avait &#233;t&#233; plus malin que l'officier ; il avait trouv&#233; instinctivement la seule forme de combat qui fasse ses preuves jusqu'ici sous le feu du fusil charg&#233; par la culasse, et il l'imposa avec succ&#232;s malgr&#233; la r&#233;sistance du commandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre franco-allemande a marqu&#233; un tournant d'une tout autre signification que tous les tournants pr&#233;c&#233;dents. D'abord, les armes sont si perfectionn&#233;es qu'un nouveau progr&#232;s capable d'avoir quelque influence bouleversante n'est plus possible. Lorsque l'on a des canons avec lesquels on peut toucher un bataillon du plus loin que l'&#339;il le distingue, ainsi que des fusils qui en font autant en prenant l'homme isol&#233; pour cible et avec lesquels l'armement prend moins de temps que la vis&#233;e, tous les autres progr&#232;s sont plus ou moins indiff&#233;rents pour la guerre en rase campagne. Pour l'essentiel, l'&#232;re du d&#233;veloppement est donc close de ce c&#244;t&#233;. Mais en second lieu, cette guerre a contraint tous les grands &#201;tats continentaux &#224; introduire chez eux en le renfor&#231;ant le syst&#232;me de l'arm&#233;e de r&#233;serve (Landwehr) prussienne et, ce faisant, une charge militaire qui les m&#232;nera forc&#233;ment &#224; leur ruine en peu d'ann&#233;es. L'arm&#233;e est devenue le but principal de l'&#201;tat, elle est devenue un but en soi ; les peuples ne sont plus l&#224; que pour fournir des soldats et les nourrir. Le militarisme domine et d&#233;vore l'Europe. Mais ce militarisme porte aussi en lui le germe de sa propre ruine. La concurrence des divers &#201;tats entre eux les oblige d'une part &#224; d&#233;penser chaque ann&#233;e plus d'argent pour l'arm&#233;e, la flotte, les canons, etc., donc &#224; acc&#233;l&#233;rer de plus en plus l'effondrement financier, d'autre part, &#224; prendre de plus en plus au s&#233;rieux le service militaire obligatoire et, en fin de compte, &#224; familiariser le peuple tout entier avec le maniement des armes, donc &#224; le rendre capable de faire &#224; un moment donn&#233; triompher sa volont&#233; en face de la majest&#233; du commandement militaire. Et ce moment vient d&#232;s que la masse du peuple, - ouvriers de la ville et des champs et paysans, - a une volont&#233;. A ce point, l'arm&#233;e dynastique se convertit en arm&#233;e populaire ; la machine refuse le service, le militarisme p&#233;rit de la dialectique de son propre d&#233;veloppement. Ce que la d&#233;mocratie bourgeoise de 1848 n'a pu r&#233;aliser pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle &#233;tait bourgeoise et non prol&#233;tarienne, -l'acte de donner aux masses laborieuses une volont&#233; dont le contenu correspond&#238;t &#224; leur situation de classe, - le socialisme y parviendra infailliblement. Et cela signifie l'&#233;clatement par l'int&#233;rieur du militarisme et avec lui, de toutes les arm&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une des moralit&#233;s de notre histoire de l'infanterie moderne. La deuxi&#232;me, qui nous ram&#232;ne de nouveau &#224; M. D&#252;hring, est que toute l'organisation et la m&#233;thode de combat des arm&#233;es, et par suite, la victoire et la d&#233;faite s'av&#232;rent dans la d&#233;pendance des conditions mat&#233;rielles, c'est-&#224;-dire &#233;conomiques, du mat&#233;riel humain et du mat&#233;riel d'armement, donc de la qualit&#233; et de la quantit&#233; de la population ainsi que de la technique. Seul, un peuple de chasseurs comme les Am&#233;ricains pouvait red&#233;couvrir le combat en tirailleurs, - et s'ils &#233;taient chasseurs, c'&#233;tait pour des raisons purement &#233;conomiques, de m&#234;me que, maintenant, c'est pour des raisons purement &#233;conomiques que les m&#234;mes Yankees des anciens &#201;tats se sont m&#233;tamorphos&#233;s en paysans, industriels, marins et n&#233;gociants qui tiraillent non plus dans les for&#234;ts vierges, mais d'autant mieux, en revanche, sur le terrain de la sp&#233;culation, o&#249; ils ont aussi pouss&#233; tr&#232;s loin l'utilisation des masses. Seule, une r&#233;volution comme la R&#233;volution fran&#231;aise, qui &#233;mancipa &#233;conomiquement le bourgeois et notamment le paysan, pouvait trouver les arm&#233;es de masse en m&#234;me temps que les libres formes de mouvement sur lesquelles se bris&#232;rent les vieilles lignes rigides, - images militaires de l'absolutisme pour lequel elles se battaient. Et nous avons vu, cas par cas, comment les progr&#232;s de la technique, d&#232;s qu'ils &#233;taient applicables et appliqu&#233;s dans le domaine militaire, obligeaient aussit&#244;t et presque de force &#224; des changements, voire &#224; des bouleversements de la m&#233;thode de combat, et qui plus est, souvent contre la volont&#233; du commandement de l'arm&#233;e. En outre, il n'est pas un sous-officier z&#233;l&#233; qui ne f&#251;t capable d&#232;s aujourd'hui d'&#233;clairer M. D&#252;hring sur la fa&#231;on dont la conduite de la guerre d&#233;pend de la productivit&#233; et des moyens de communications de l'arri&#232;re comme de ceux du th&#233;&#226;tre des op&#233;rations. Bref, partout et toujours, ce sont les conditions et les moyens de puissance &#233;conomique qui aident la &#8220; violence &#8221; &#224; remporter la victoire, sans laquelle elle cesse d'&#234;tre violence, et celui qui, selon les principes de M. D&#252;hring, voudrait r&#233;former la chose militaire en partant du point de vue oppos&#233;, ne r&#233;colterait que des coups [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous passons maintenant de la terre sur la mer, les vingt derni&#232;res ann&#233;es &#224; elles seules nous offrent un bouleversement d'une port&#233;e tout autre encore. Le vaisseau de combat de la guerre de Crim&#233;e &#233;tait le deux-ponts ou le trois-ponts en bois, arm&#233; de 60 &#224; 100 canons, qui marchait encore de pr&#233;f&#233;rence &#224; la voile et n'avait qu'une faible machine &#224; vapeur de secours. Il portait surtout des pi&#232;ces de 32 avec un corps de canon d'environ 50 quintaux de 100 livres, et seulement quelques pi&#232;ces de 68 pesant 95 quintaux. Vers la fin de la guerre apparurent des batteries flottantes blind&#233;es, monstres lourds, presque immobiles, mais invuln&#233;rables pour l'artillerie d'alors. Bient&#244;t, le blindage d'acier fut transf&#233;r&#233; aussi aux vaisseaux de ligne ; mince encore au d&#233;but, une &#233;paisseur de quatre pouces passait d&#233;j&#224; pour un blindage extr&#234;mement lourd. Mais le progr&#232;s de l'artillerie d&#233;passa bient&#244;t le blindage ; pour chacune des &#233;paisseurs de blindage qui furent employ&#233;es l'une apr&#232;s l'autre, il se trouva une nouvelle pi&#232;ce plus lourde, qui la per&#231;ait avec facilit&#233;. Nous voici donc, d'une part, &#224; des &#233;paisseurs de 10, 12, 14, 24 pouces (l'Italie va faire construire un navire avec un blindage de trois pieds d'&#233;paisseur) ; d'autre part, &#224; des pi&#232;ces ray&#233;es dont les canons p&#232;sent 25, 35, 80, et m&#234;me 100 tonnes (de 20 quintaux) et qui lancent &#224; des distances inou&#239;es auparavant des projectiles de 300, 400, 1.700 et 2.000 livres. Le navire de combat d'aujourd'hui est un gigantesque vapeur &#224; h&#233;lice blind&#233; d&#233;pla&#231;ant 8 &#224; 9.000 tonnes avec une puissance de 6 &#224; 8.000 chevaux, &#224; tourelles mobiles et 4 ou au maximum 6 pi&#232;ces lourdes, avec une proue qui se termine au-dessous de la ligne de flottaison en un &#233;peron destin&#233; &#224; couler les navires ennemis ; c'est une machine colossale unique, sur laquelle la vapeur effectue non seulement la propulsion rapide, mais aussi le pilotage, la man&#339;uvre de l'ancre, la rotation des tourelles, le pointage et la charge des pi&#232;ces, le pompage de l'eau, la rentr&#233;e et la mise &#224; flot des canots, qui eux-m&#234;mes marchent en partie &#224; la vapeur, etc. Et la course entre le blindage et l'efficacit&#233; du tir est si peu arriv&#233;e &#224; son terme qu'aujourd'hui un navire, d'une fa&#231;on presque g&#233;n&#233;rale, ne r&#233;pond d&#233;j&#224; plus &#224; ce qu'on en exige, est d&#233;j&#224; vieilli avant d'&#234;tre lanc&#233;. Le navire de guerre moderne est non seulement un produit, mais, en m&#234;me temps, un sp&#233;cimen de la grande industrie moderne, une usine flottante, - qui toutefois produit principalement du gaspillage d'argent. Le pays o&#249; la grande industrie est le plus d&#233;velopp&#233;e, a presque le monopole de la construction de ces navires. Tous les cuirass&#233;s turcs, presque tous les cuirass&#233;s russes, la plupart des allemands sont construits en Angleterre ; les plaques de blindage, quel qu'en soit l'emploi, sont faites presque uniquement &#224; Sheffield ; des trois usines m&#233;tallurgiques d'Europe qui sont seules capables de fournir les pi&#232;ces les plus lourdes, deux (Woolwich et Elswick) appartiennent &#224; l'Angleterre, la troisi&#232;me (Krupp) &#224; l'Allemagne. On voit l&#224; de la fa&#231;on la plus palpable comment la &#8220; violence politique imm&#233;diate &#8221;, qui d'apr&#232;s M. D&#252;hring est la &#8220; cause d&#233;cisive de l'&#233;tat &#233;conomique &#8221;, est, au contraire, enti&#232;rement assujettie &#224; l'&#233;tat &#233;conomique ; comment non seulement la production, mais aussi le maniement de l'instrument de la violence sur mer, le vaisseau de guerre, est devenu lui-m&#234;me une branche de la grande industrie moderne. Et il n'y a personne qui soit plus contrari&#233; par cet &#233;tat de choses que la violence elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire l'&#201;tat, &#224; qui un vaisseau co&#251;te maintenant autant qu'auparavant toute une petite flotte, qui doit se r&#233;signer &#224; ce que ces co&#251;teux navires soient d&#233;j&#224; vieillis, donc d&#233;pr&#233;ci&#233;s, avant m&#234;me d'avoir pris la mer, et qui ressent certainement tout autant de d&#233;pit que M. D&#252;hring &#224; voir que l'homme de l' &#8220; &#233;tat &#233;conomique &#8221;, l'ing&#233;nieur, est maintenant bien plus important &#224; bord que l'homme de la &#8220; violence imm&#233;diate &#8221;, le capitaine. Nous, au contraire, nous n'avons absolument aucune raison d'&#233;prouver de la contrari&#233;t&#233; &#224; voir que dans cette concurrence entre la cuirasse et le canon, le navire de guerre se perfectionne jusqu'au comble du raffinement, ce qui le rend tout aussi hors de prix qu'impropre &#224; la guerre [4], et ce que cette lutte r&#233;v&#232;le, jusque dans le domaine de la guerre navale, ces lois internes du mouvement, ces lois dialectiques selon lesquelles le militarisme, comme tout autre ph&#233;nom&#232;ne historique, p&#233;rit des cons&#233;quences de son propre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici &#233;galement, nous voyons donc avec &#233;vidence qu'il n'est nullement vrai que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; I'&#233;l&#233;ment primitif doive &#234;tre cherch&#233; dans la violence politique imm&#233;diate et non pas d'abord dans une puissance &#233;conomique indirecte. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire. Qu'est-ce qui appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment comme &#8220; &#233;l&#233;ment primitif &#8221; de la violence elle-m&#234;me ? La puissance &#233;conomique, le fait de disposer des moyens de puissance de la grande industrie. La violence politique sur mer, qui repose sur les navires de guerre modernes, se r&#233;v&#232;le comme n'&#233;tant absolument pas imm&#233;diate, mais pr&#233;cis&#233;ment due &#224; la m&#233;diation de la puissance &#233;conomique, du haut d&#233;veloppement de la m&#233;tallurgie, de l'autorit&#233; exerc&#233;e sur des techniciens habiles et des mines de charbon abondantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; quoi bon tout cela ? Qu'au cours de la prochaine guerre navale on donne le commandement en chef &#224; M. D&#252;hring, et il an&#233;antira toutes les flottes blind&#233;es esclaves de l'&#233;tat &#233;conomique, sans torpilles ni autres artifices, mais par la seule vertu de sa &#8220; violence imm&#233;diate. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il s'agit des cinq milliards d'indemnit&#233; pay&#233;s par la France &#224; l'Allemagne &#224; la suite de la guerre de 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] C'est la bataille g&#233;n&#233;ralement connue sous le nom de bataille de Gravelotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] A l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral prussien, on sait aussi cela tr&#232;s bien. &#8220; Le fondement des choses militaires est, en premi&#232;re ligne, la forme de vie &#233;conomique des peuples en g&#233;n&#233;ral&#8221;, dit M. Max J&#228;hns, capitaine &#224; l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral, clans une conf&#233;rence scientifique. (K&#246;ln. Ztg., 20 avril 1876, page 3.) * (F. E.)&lt;br class='autobr' /&gt;
* La conf&#233;rence de Max J&#196;HNS : &#8220; Macchiavelli und der Gedanke der allgemeinen Wehrpflicht &#8221;, fut publi&#233;e dans la K&#246;lnische Zeitung des 18, 20, 22 et 25 avril 1876.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le perfectionnement du dernier produit de la grande industrie pour la guerre navale, la torpille &#224; propulsion automatique, semble destin&#233; &#224; r&#233;aliser cet effet : le plus petit torpilleur serait dans ces conditions sup&#233;rieur au plus puissant cuirass&#233;. (Qu'on se souvienne d'ailleurs que ce qui pr&#233;c&#232;de fut &#233;crit en 1878.) * (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cette parenth&#232;se d'Engels fut ajout&#233;e &#224; la 3&#176; &#233;dition en 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Th&#233;orie de la violence (fin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; C'est une circonstance tr&#232;s importante qu'en fait, la domination de la nature ne se soit en g&#233;n&#233;ral[ !] pass&#233;e [une domination qui s'est pass&#233;e !] que gr&#226;ce &#224; celle de l'homme. Jamais ni nulle part, la mise en valeur de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sur de vastes &#233;tendues n'a &#233;t&#233; accomplie sans l'asservissement pr&#233;alable de l'homme &#224; quelque forme d'esclavage ou de servage. L'&#233;tablissement d'une domination &#233;conomique sur les choses a eu pour condition pr&#233;alable la domination politique, sociale et &#233;conomique de l'homme sur l'homme. Comment aurait-on pu seulement avoir l'id&#233;e d'un grand propri&#233;taire foncier sans inclure dans cette id&#233;e en m&#234;me temps sa souverainet&#233; sur des esclaves, des serfs ou des hommes indirectement priv&#233;s de libert&#233; ? Quelle signification aurait bien pu, et pourrait bien avoir pour une exploitation agricole d'envergure la force de l'individu &#224; laquelle s'ajouterait tout au plus l'apport des forces de sa famille ? L'exploitation de la terre ou l'extension de la domination &#233;conomique sur cette terre &#224; une &#233;chelle qui d&#233;passe les forces naturelles de l'individu n'est devenue jusqu'ici possible dans l'histoire que parce que, avant l'&#233;tablissement de la domination sur le sol ou en m&#234;me temps qu'elle, on a effectu&#233; l'asservissement correspondant de l'homme. Dans les p&#233;riodes ult&#233;rieures de l'&#233;volution, cet asservissement a &#233;t&#233; adouci ... Sa forme actuelle dans les &#201;tats de haute civilisation est un salariat plus ou moins r&#233;gent&#233; par la domination polici&#232;re. C'est donc sur ce salariat que repose la possibilit&#233; pratique de ce genre de richesse actuelle qui se pr&#233;sente dans la domination &#233;tendue du sol et [ !] dans la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Naturellement, toutes les autres esp&#232;ces de richesse de r&#233;partition doivent s'expliquer historiquement d'une mani&#232;re analogue et le fait que l'homme d&#233;pende indirectement de l'homme, fait qui constitue actuellement le trait fondamental des &#233;tats &#233;conomiques les plus d&#233;velopp&#233;s, ne peut pas se comprendre et s'expliquer par lui-m&#234;me, mais seulement comme un h&#233;ritage quelque peu m&#233;tamorphos&#233; d'un assujettissement et d'une expropriation directs qui ont exist&#233; ant&#233;rieurement. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parle M. D&#252;hring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se : La domination de la nature (par l'homme) suppose la domination de l'homme (par l'homme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Preuve : La mise en valeur de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sur de vastes &#233;tendues ne s'est jamais ni nulle part r&#233;alis&#233;e qu'au moyen d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Preuve de la preuve. Comment pourrait-il y avoir de grands propri&#233;taires fonciers sans esclaves, &#233;tant donn&#233; que le grand propri&#233;taire foncier avec sa famille et sans esclaves ne pourrait certes cultiver qu'une partie minime de sa propri&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : Pour prouver que l'homme, afin de s'assujettir la nature, a d&#251; d'abord asservir l'homme, M. D&#252;hring m&#233;tamorphose sans autre forme de proc&#232;s la &#8220; nature &#8221; en &#8220; propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sur de vastes &#233;tendues &#8221; et il reconvertit aussit&#244;t cette propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, - sans qu'on sache de qui elle est la propri&#233;t&#233; ! - en propri&#233;t&#233; d'un gros agrarien qui, naturellement, ne peut pas cultiver sa terre sans esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la &#8220; domination de la nature &#8221; et la &#8220; mise en valeur de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re &#8221; ne sont nullement la m&#234;me chose. La domination de la nature se pratique dans l'industrie sur une &#233;chelle tout autrement colossale que dans l'agriculture, laquelle, jusqu'&#224; pr&#233;sent, est oblig&#233;e d'ob&#233;ir au temps qu'il fait au lieu de commander au temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, si nous nous bornons &#224; la mise en valeur de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sur de grandes &#233;tendues, ce qui importe, c'est de savoir &#224; qui cette propri&#233;t&#233; fonci&#232;re appartient. Et voil&#224; qu'au d&#233;but de l'histoire de tous les peuples civilis&#233;s, nous trouvons non pas le &#8220; grand propri&#233;taire foncier&#8221; que M. D&#252;hring nous glisse ici en fraude par un de ses tours de passe-passe habituels d&#233;nomm&#233;s par lui &#8220; dialectique naturelle &#8221; [1], - mais des communaut&#233;s de tribu ou de village avec propri&#233;t&#233; en commun du sol. Des Indes &#224; l'Irlande, l'exploitation de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sur de grandes &#233;tendues a &#233;t&#233; op&#233;r&#233;e &#224; l'origine par ces communaut&#233;s de tribu ou de village, et cela soit sous la forme de culture en commun des terres pour le compte de la communaut&#233;, soit sous la forme de parcelles agraires individuelles attribu&#233;es pour un temps aux familles par la communaut&#233;, avec jouissance commune des for&#234;ts et des p&#226;turages en permanence. Il est une fois de plus caract&#233;ristique pour les &#8220; &#233;tudes techniques les plus p&#233;n&#233;trantes &#8221; de M. D&#252;hring &#8220; dans le domaine politique et juridique &#8221; qu'il ne sache rien de toutes ces choses ; que l'ensemble de ses oeuvres respire une ignorance totale de travaux qui font &#233;poque, aussi bien de ceux de Maurer sur la constitution primitive de la Mark germanique, fondement de l'ensemble du droit allemand, que de toute la litt&#233;rature, chaque jour plus volumineuse, inspir&#233;e principalement par Maurer, qui est consacr&#233;e &#224; d&#233;montrer la communaut&#233; primitive de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re chez tous les peuples civilis&#233;s d'Europe et d'Asie et &#224; exposer ses diff&#233;rentes formes d'existence et de dissolution. Dans le domaine du droit fran&#231;ais et anglais, M. D&#252;hring s'&#233;tait acquis &#8220;lui-m&#234;me toute son ignorance&#8221;, si grande f&#251;t-elle : il n'agit pas autrement dans le domaine du droit allemand, o&#249; elle est plus grande encore. L'homme qui s'emporte si violemment contre l'horizon born&#233; des professeurs d'Universit&#233;, en est, aujourd'hui encore, dans le domaine du droit allemand, tout au plus l&#224; o&#249; les professeurs en &#233;taient il y a vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que &#8220; libre cr&#233;ation et imagination&#8221; de M. D&#252;hring s'il affirme que pour exploiter la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sur de grandes &#233;tendues, les propri&#233;taires fonciers et les esclaves ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires. Dans tout l'Orient, ou l'&#201;tat ou bien la commune est propri&#233;taire du sol, le terme m&#234;me de propri&#233;taire foncier n'existe pas dans les langues. Sur ce fait, M. D&#252;hring peut aller chercher conseil aupr&#232;s des juristes anglais qui, aux Indes, se sont mis l'esprit &#224; la torture pour r&#233;soudre la question : qui est propri&#233;taire foncier ? Et ils n'ont pas eu plus de succ&#232;s que jadis le prince Henri LXXII de Reuss-Greiz-Schleitz-Lobenstein-Eberswalde quand il se posait la question : qui est veilleur de nuit ? Les Turcs ont &#233;t&#233; les premiers &#224; introduire en Orient, dans les pays qu'ils avaient conquis, une sorte de f&#233;odalisme agraire. D&#232;s les temps h&#233;ro&#239;ques, la Gr&#232;ce entre dans l'histoire avec une division en ordres qui n'est elle-m&#234;me que le produit &#233;vident d'une longue pr&#233;histoire inconnue ; mais l&#224; aussi, le sol est exploit&#233; principalement par des paysans ind&#233;pendants ; les grands domaines des nobles et des princes dynastiques constituent l'exception et disparaissent d'ailleurs bient&#244;t apr&#232;s. L'Italie a &#233;t&#233; d&#233;frich&#233;e principalement par des paysans ; lorsque dans les derniers temps de la R&#233;publique romaine les grands domaines, les latifundia, supplant&#232;rent les paysans parcellaires et les remplac&#232;rent par des esclaves, ils remplac&#232;rent en m&#234;me temps la culture par l'&#233;levage et, comme Pline d&#233;j&#224; le savait, men&#232;rent l'Italie &#224; sa perte (latifundia Italiam perdidere) [2]. Au moyen &#226;ge, c'est la culture paysanne qui domine dans toute l'Europe (surtout lors du d&#233;frichage des terres incultes), &#233;tant admis qu'il importe peu pour la question qui nous occupe de savoir si les paysans avaient &#224; payer des taxes &#224; de quelconques seigneurs f&#233;odaux, et lesquelles. Les colons venus de Frise, de Basse-Saxe, des Flandres et du Rhin inf&#233;rieur, qui mirent en culture le sol arrach&#233; aux Slaves &#224; l'est de l'Elbe, le firent comme paysans libres avec des taux de redevance tr&#232;s favorables, mais nullement sous &#8220; quelque forme de corv&#233;e &#8221;. - En Am&#233;rique du Nord, c'est de beaucoup la majeure partie du pays qui a &#233;t&#233; ouverte &#224; la culture par le travail de paysans libres, tandis que les grands propri&#233;taires du Sud avec leurs esclave. et leur exploitation effr&#233;n&#233;e ont &#233;puis&#233; le sol jusqu'&#224; ce qu'il ne port&#226;t plus que des sapins, de sorte que la culture du coton a d&#251; &#233;migrer de plus en plus vers l'Ouest. En Australie et en Nouvelle-Z&#233;lande, toutes les tentatives du gouvernement anglais pour cr&#233;er artificiellement une aristocratie terrienne ont &#233;chou&#233;. Bref, &#224; l'exception des colonies tropicales et subtropicales, o&#249; le climat interdit le travail de la te- &#224; l'Europ&#233;en, le grand propri&#233;taire foncier qui se sert de ses esclaves ou de ses serfs pour assujettir la nature &#224; sa domination et mettre le sol en culture, se r&#233;v&#232;le comme une pure cr&#233;ation de l'imagination. Au contraire, l&#224; o&#249; il appara&#238;t dans l'antiquit&#233;, comme en Italie, il ne d&#233;friche pas des terres incultes, mais transforme en p&#226;turages les terres labourables d&#233;frich&#233;es par les paysans, d&#233;peuple et ruine des pays entiers. Ce n'est qu'&#224; l'&#233;poque moderne, ce n'est que depuis que l'augmentation de la densit&#233; de la population a relev&#233; la valeur du sol et que, surtout, le d&#233;veloppement de l'agronomie a permis de mieux utiliser m&#234;me des terres m&#233;diocres, - c'est seulement depuis lors que la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re a commenc&#233; &#224; prendre part sur une grande &#233;chelle au d&#233;frichement de terres incultes et de p&#226;turages, et cela de pr&#233;f&#233;rence en volant les communaux des paysans, tant en Angleterre qu'en Allemagne. La chose ne s'est pas faite non plus sans contrepartie. Pour chaque acre de terre de la communaut&#233; que les grands propri&#233;taires fonciers ont d&#233;frich&#233; en Angleterre, ils ont transform&#233; en &#201;cosse au moins trois acres de terre arable en p&#226;turages a moutons et en fin de compte, en simple terrain de chasse au gros gibier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons affaire ici qu'&#224; l'affirmation de M. D&#252;hring selon laquelle le d&#233;frichage de grandes &#233;tendues de terre, donc, finalement, &#224; peu pr&#232;s de toutes les terres civilis&#233;es, ne s'est &#8220;jamais et nulle part &#8221; effectu&#233; autrement que gr&#226;ce &#224; de grands propri&#233;taires fonciers et &#224; des esclaves, - affirmation dont nous avons vu qu'elle a pour condition pr&#233;alable une ignorance v&#233;ritablement inou&#239;e de l'histoire. Nous n'avons donc &#224; nous pr&#233;occuper ici ni de savoir dans quelle mesure &#224; diverses &#233;poques des &#233;tendues de terre d&#233;j&#224; enti&#232;rement ou en tr&#232;s grande partie d&#233;frich&#233;es ont &#233;t&#233; cultiv&#233;es par des esclaves (comme &#224; l'apog&#233;e de la Gr&#232;ce) ou par des serfs (comme les manses seigneuriaux depuis le moyen &#226;ge), ni de savoir ce qu'a &#233;t&#233; la fonction sociale des grands propri&#233;taires fonciers &#224; diff&#233;rentes &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s que M. D&#252;hring nous a pr&#233;sent&#233; ce tableau d'imagination digne du plus grand ma&#238;tre, dont on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, - les tours de passe-passe dans la d&#233;duction, ou la falsification de l'histoire, - il s'&#233;crie d'un ton triomphant : &#8220; Naturellement, toutes les autres esp&#232;ces de la richesse de r&#233;partition s'expliquent historiquement de mani&#232;re analogue !&#8221; Ce qui lui &#233;pargne de toute &#233;vidence la peine de perdre le moindre mot sur la gen&#232;se, par exemple, du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si avec sa domination de l'homme par l'homme, condition pr&#233;alable de la domination de la nature par l'homme, M. D&#252;hring veut seulement dire en g&#233;n&#233;ral que tout notre &#233;tat &#233;conomique actuel, le niveau de d&#233;veloppement atteint aujourd'hui par l'agriculture et l'industrie est le r&#233;sultat d'une histoire sociale qui se d&#233;roule en oppositions de classes, en rapports de domination et d'esclavage, il dit quelque chose qui est devenu un lieu commun, il y a beau temps, depuis le Manifeste communiste. Il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'expliquer la naissance des classes et des rapports de domination et si M. D&#252;hring n'a toujours pour cela que le seul mot de &#8220; violence &#8221;, nous en sommes exactement au m&#234;me point qu'au d&#233;but. Le simple fait que, en tout temps, les domin&#233;s et les exploit&#233;s sont bien plus nombreux que les dominateurs et les exploiteurs, que donc la violence r&#233;elle r&#233;side chez ces derniers, suffit &#224; lui tout seul pour mettre au jour la folie de toute la th&#233;orie de la violence. Il s'agit donc toujours d'expliquer les rapports de domination et d'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont n&#233;s par deux voies diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels les hommes sortent primitivement du r&#232;gne animal, - au sens &#233;troit, - tels ils entrent dans l'histoire : encore &#224; demi animaux, grossiers, impuissants encore en face des forces de la nature, ignorants encore de leurs propres forces ; par cons&#233;quent, pauvres comme les animaux et &#224; peine plus productifs qu'eux. Il r&#232;gne alors une certaine &#233;galit&#233; des conditions d'existence et, pour les chefs de famille, aussi une sorte d'&#233;galit&#233; dans la position sociale, - tout au moins une absence de classes sociales, qui continue dans les communaut&#233;s naturelles agraires des peuples civilis&#233;s ult&#233;rieurs. Dans chacune de ces communaut&#233;s existent, d&#232;s le d&#233;but, certains int&#233;r&#234;ts communs, dont la garde doit &#234;tre commise &#224; des individus, quoique sous le contr&#244;le de l'ensemble : jugement de litiges ; r&#233;pression des empi&#232;tements de certains individus au-del&#224; de leurs droits ; surveillance des eaux, surtout dans les pays chauds ; enfin, &#233;tant donn&#233; le caract&#232;re primitif et sauvage des conditions, fonctions religieuses. De semblables attributions de fonctions se trouvent en tout temps dans les communaut&#233;s primitives, ainsi dans les plus vieilles communaut&#233;s de la Mark germanique et aujourd'hui encore aux Indes. Il va sans dire que ces individus sont arm&#233;s d'une certaine pl&#233;nitude de puissance et repr&#233;sentent les pr&#233;misses du pouvoir d'&#201;tat. Peu &#224; peu, les forces de production augmentent ; la population plus dense cr&#233;e des int&#233;r&#234;ts ici communs, l&#224; antagonistes, entre les diverses communaut&#233;s, dont le groupement en ensembles plus importants provoque derechef une nouvelle division du travail, la cr&#233;ation d'organes pour prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts communs et se d&#233;fendre contre les int&#233;r&#234;ts antagonistes. Ces organes, qui d&#233;j&#224; en tant que repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts communs de tout le groupe, ont vis-&#224;-vis de chaque communaut&#233; prise &#224; part une situation particuli&#232;re, parfois m&#234;me en opposition avec elle, prennent bient&#244;t une autonomie plus grande encore, soit du fait de l'h&#233;r&#233;dit&#233; de la charge, qui s'instaure presque toute seule dans un monde o&#249; tout se passe selon la nature, soit du fait de l'impossibilit&#233; grandissante de s'en passer &#224; mesure qu'augmentent les conflits avec d'autres groupes. Comment, de ce passage &#224; l'autonomie vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233;, la fonction sociale a pu s'&#233;lever avec le temps &#224; la domination sur la soci&#233;t&#233; ; comment, l&#224; o&#249; l'occasion &#233;tait favorable, le serviteur primitif s'est m&#233;tamorphos&#233; peu &#224; peu en ma&#238;tre ; comment, selon les circonstances, ce ma&#238;tre a pris l'aspect du despote ou du satrape oriental, du dynaste chez les Grecs, du chef de clan celte, etc. ; dans quelle mesure, lors de cette m&#233;tamorphose, il s'est finalement servi aussi de la violence ; comment, au bout du compte, les individus dominants se sont unis pour former une classe dominante, ce sont l&#224; des questions que nous n'avons pas besoin d'&#233;tudier ici. Ce qui importe ici, c'est seulement de constater que, partout une fonction sociale est &#224; la base de la domination politique ; et que la domination politique n'a aussi subsist&#233; &#224; la longue que lorsqu'elle remplissait cette fonction sociale qui lui &#233;tait confi&#233;e. Quel que soit le nombre des pouvoirs despotiques qui ont surgi ou ont d&#233;clin&#233; en Perse et aux Indes, chacun a su tr&#232;s exactement qu'il &#233;tait, avant tout, l'entrepreneur g&#233;n&#233;ral de l'irrigation des vall&#233;es, sans laquelle aucune culture n'est l&#224;-bas Possible. Il &#233;tait r&#233;serv&#233; aux Anglais &#233;clair&#233;s de ne pas remarquer cela aux Indes ; ils ont laiss&#233; tomber en ruine les canaux d'irrigation et les &#233;cluses, et d&#233;couvrent enfin maintenant, par le retour r&#233;gulier des famines, qu'ils avaient n&#233;glig&#233; l'unique activit&#233; susceptible de donner &#224; leur domination aux Indes une l&#233;gitimit&#233; au moins &#233;gale &#224; celle de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de cette formation de classes, il s'en d&#233;roulait encore une autre. La division naturelle du travail &#224; l'int&#233;rieur de la famille agricole a permis, &#224; un certain niveau de bien-&#234;tre, d'introduire une ou plusieurs forces de travail &#233;trang&#232;res. Ce fut particuli&#232;rement le cas dans des pays o&#249; la vieille propri&#233;t&#233; en commun du sol s'&#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;sagr&#233;g&#233;e ou bien, du moins, la vieille culture en commun avait c&#233;d&#233; le pas &#224; la culture individuelle des lots de terrain par les familles respectives. La production &#233;tait d&#233;velopp&#233;e au point que la force de travail humaine pouvait maintenant produire plus qu'il n'&#233;tait n&#233;cessaire &#224; son entretien simple ; les moyens d'entretenir davantage de forces de travail existaient ; ceux de les occuper, &#233;galement : la force de travail prit une valeur. Mais la communaut&#233; &#224; laquelle on appartenait et l'association dont elle faisait partie ne fournissaient pas de forces de travail disponibles, exc&#233;dentaires. En revanche, la guerre en fournissait, et la guerre &#233;tait aussi vieille que l'existence simultan&#233;e de plusieurs groupes de communaut&#233;s juxtapos&#233;s. Jusque-l&#224;, on n'avait su que faire des prisonniers de guerre, on les avait donc tout simplement abattus ; &#224; une date plus recul&#233;e encore, on les avait mang&#233;s. Mais, au niveau de l' &#8220; &#233;tat &#233;conomique&#8221; maintenant atteint, ils prenaient une valeur ; on leur laissa donc la vie et on se servit de leur travail. C'est ainsi que la violence, au lieu de dominer la situation &#233;conomique, a &#233;t&#233; au contraire enr&#244;l&#233;e de force dans le service de la situation &#233;conomique. L'esclavage &#233;tait invent&#233;. Il devint bient&#244;t la forme dominante de la production chez tous les peuples dont le d&#233;veloppement d&#233;passait la vieille communaut&#233;, mais aussi, en fin de compte, une des causes principales de leur d&#233;cadence. Ce fut seulement l'esclavage qui rendit possible sur une assez grande &#233;chelle la division du travail entre agriculture et industrie et par suite, l'apog&#233;e du monde antique, l'hell&#233;nisme. Sans esclavage, pas d'&#201;tat grec, pas d'art et de science grecs ; sans esclavage, pas d'Empire romain. Or, sans la base de l'hell&#233;nisme et de l'Empire romain, pas non plus d'Europe moderne. Nous ne devrions jamais oublier que toute notre &#233;volution &#233;conomique, politique et intellectuelle a pour condition pr&#233;alable une situation dans laquelle l'esclavage &#233;tait tout aussi n&#233;cessaire que g&#233;n&#233;ralement admis. Dans ce sens, nous avons le droit de dire : sans esclavage antique, pas de socialisme moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne co&#251;te pas grand chose de partir en guerre avec des formules g&#233;n&#233;rales contre l'esclavage et autres choses semblables, et de d&#233;verser sur une telle infamie un courroux moral sup&#233;rieur. Malheureusement, on n'&#233;nonce par l&#224; rien d'autre que ce que tout le monde sait, &#224; savoir que ces institutions antiques ne correspondent plus &#224; nos conditions actuelles et aux sentiments que d&#233;terminent en nous ces conditions. Mais cela ne nous apprend rien sur la fa&#231;on dont ces institutions sont n&#233;es, sur les causes pour lesquelles elles ont subsist&#233; et sur le r&#244;le qu'elles ont jou&#233; dans l'histoire. Et si nous nous penchons sur ce probl&#232;me, nous sommes oblig&#233;s de dire, si contradictoire et si h&#233;r&#233;tique que cela paraisse, que l'introduction de l'esclavage dans les circonstances d'alors &#233;tait un grand progr&#232;s. C'est un fait &#233;tabli que l'humanit&#233; a commenc&#233; par l'animal, et qu'elle a donc eu besoin de moyens barbares, presque animaux, pour se d&#233;p&#234;trer de la barbarie. Les anciennes communaut&#233;s, l&#224; o&#249; elles ont subsist&#233;, constituent depuis des mill&#233;naires la base de la forme d'&#201;tat la plus grossi&#232;re, le despotisme oriental, des Indes jusqu'en Russie. Ce n'est que l&#224; o&#249; elles se sont dissoutes que les peuples ont progress&#233; sur eux-m&#234;mes, et leur premier progr&#232;s &#233;conomique a consist&#233; dans l'accroissement et le d&#233;veloppement de la production au moyen du travail servile. La chose est claire : tant que le travail humain &#233;tait encore si peu productif qu'il ne fournissait que peu d'exc&#233;dent au-del&#224; des moyens de subsistance n&#233;cessaires, l'accroissement des forces productives, l'extension du trafic, le d&#233;veloppement de l'&#201;tat et du droit, la fondation de l'art et de la science n'&#233;taient possibles que gr&#226;ce &#224; une division renforc&#233;e du travail, qui devait forc&#233;ment avoir pour fondement la grande division du travail entre les masses pourvoyant au travail manuel simple et les quelques privil&#233;gi&#233;s adonn&#233;s &#224; la direction du travail, au commerce, aux affaires de l'&#201;tat et plus tard aux occupations artistiques et scientifiques. La forme la plus simple, la plus naturelle, de cette division du travail &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'esclavage. &#201;tant donn&#233; les ant&#233;c&#233;dents historiques du monde antique sp&#233;cialement du monde grec, la marche progressive &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des oppositions de classes ne pouvait s'accomplir que sous la forme de l'esclavage. M&#234;me pour les esclaves, cela fut un progr&#232;s ; les prisonniers de guerre parmi lesquels se recrutait la masse des esclaves, conservaient du moins la vie maintenant, tandis qu'auparavant on les massacrait et plus anciennement encore, on les mettait &#224; r&#244;tir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons, &#224; cette occasion, que, jusqu'aujourd'hui, toutes les contradictions historiques entre classes exploiteuses et exploit&#233;es, dominantes et opprim&#233;es trouvent leur explication dans cette m&#234;me productivit&#233; relativement peu d&#233;velopp&#233;e du travail humain. Tant que la population qui travaille effectivement est tellement accapar&#233;e par son travail n&#233;cessaire qu'il ne lui reste plus de temps pour pourvoir aux affaires communes de la soci&#233;t&#233;, - direction du travail, affaires de l'&#201;tat, questions juridiques, art, science, etc., - il a toujours fallu une classe particuli&#232;re qui, lib&#233;r&#233;e du travail effectif, puisse pourvoir &#224; ces affaires ; ce qui ne l'a jamais emp&#234;ch&#233;e d'imposer &#224; son propre profit aux masses travailleuses une charge de travail de plus en plus lourde. Seul, l'&#233;norme accroissement des forces productives atteint par la grande industrie permet de r&#233;partir le travail sur tous les membres de la soci&#233;t&#233; sans exception, et par l&#224;, de limiter le temps de travail de chacun de fa&#231;on qu'il reste &#224; tous suffisamment de temps libre pour prendre part aux affaires g&#233;n&#233;rales de la soci&#233;t&#233;, - th&#233;oriques autant que pratiques. C'est donc maintenant seulement que toute classe dominante et exploiteuse est devenue superflue, voire un obstacle au d&#233;veloppement social, et c'est maintenant seulement qu'elle sera impitoyablement &#233;limin&#233;e, si ma&#238;tresse qu'elle soit encore de la &#8220;violence imm&#233;diate &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc M. D&#252;hring fronce le nez sur l'hell&#233;nisme parce qu'il &#233;tait fond&#233; sur l'esclavage, il aurait tout autant raison de reprocher aux Grecs de n'avoir pas eu de machines &#224; vapeur et de t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique. Et s'il affirme que notre asservissement moderne du salariat n'est qu'un h&#233;ritage quelque peu m&#233;tamorphos&#233; et adouci de l'esclavage et ne s'explique pas par lui-m&#234;me (c'est-&#224;-dire par les lois &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; moderne), ou bien cela signifie que le salariat comme l'esclavage sont des formes de la servitude et de la domination de classe, ce qu'aucun enfant n'ignore, ou bien cela est faux. Car nous serions tout aussi fond&#233;s &#224; dire que le salariat s'explique comme une forme adoucie de l'anthropophagie, forme primitive, partout constat&#233;e maintenant, de l'utilisation des ennemis vaincus,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le que joue la violence dans l'histoire vis-&#224;-vis de l'&#233;volution &#233;conomique est donc clair. D'abord, toute violence politique repose primitivement sur une fonction &#233;conomique de caract&#232;re social et s'accro&#238;t dans la mesure o&#249; la dissolution des communaut&#233;s primitives m&#233;tamorphose les membres de la soci&#233;t&#233; en producteurs priv&#233;s, les rend donc plus &#233;trangers encore aux administrateurs des fonctions sociales communes. Deuxi&#232;mement, apr&#232;s s'&#234;tre rendue ind&#233;pendante vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233;, apr&#232;s &#234;tre devenue, de servante, ma&#238;tresse, la violence politique peut agir dans deux directions. Ou bien, elle agit dans le sens et dans la direction de l'&#233;volution &#233;conomique normale. Dans ce cas, il n'y a pas de conflit entre les deux, l'&#233;volution &#233;conomique est acc&#233;l&#233;r&#233;e. Ou bien, la violence agit contre l'&#233;volution &#233;conomique, et dans ce cas, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, elle succombe r&#233;guli&#232;rement au d&#233;veloppement &#233;conomique. Ces quelques exceptions sont des cas isol&#233;s de conqu&#234;tes, o&#249; les conqu&#233;rants plus barbares ont extermin&#233; ou chass&#233; la population d'un pays et d&#233;vast&#233; ou laiss&#233; perdre les forces productives dont ils ne savaient que faire. Ainsi firent les chr&#233;tiens dans l'Espagne mauresque pour la majeure partie des ouvrages d'irrigation, sur lesquels avaient repos&#233; l'agriculture et l'horticulture hautement d&#233;velopp&#233;es des Maures. Toute conqu&#234;te par un peuple plus grossier trouble &#233;videmment le d&#233;veloppement &#233;conomique et an&#233;antit de nombreuses forces productives. Mais dans l'&#233;norme majorit&#233; des cas de conqu&#234;te durable, le conqu&#233;rant plus grossier est forc&#233; de s'adapter &#224; l' &#8220; &#233;tat &#233;conomique&#8221; plus &#233;lev&#233; tel qu'il ressort de la conqu&#234;te ; il est assimil&#233; par le peuple conquis et oblig&#233; m&#234;me, la plupart du temps, d'adopter sa langue. Mais l&#224; o&#249; dans un pays, - abstraction faite des cas de conqu&#234;te, - la violence int&#233;rieure de l'&#201;tat entre en opposition avec son &#233;volution &#233;conomique, comme cela s'est produit jusqu'ici &#224; un certain stade pour presque tout pouvoir politique, la lutte s'est chaque fois termin&#233;e par le renversement du pouvoir politique. Sans exception et sains piti&#233;, l'&#233;volution &#233;conomique s'est ouvert la voie, - nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; le dernier exemple des plus frappants : la grande R&#233;volution fran&#231;aise. Si, selon la doctrine de M. D&#252;hring, l'&#233;tat &#233;conomique et avec lui la constitution &#233;conomique d'un pays d&#233;termin&#233; d&#233;pendaient simplement de la violence politique, on ne verrait pas du tout pourquoi, apr&#232;s 1848, Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume IV ne put r&#233;ussir, malgr&#233; sa &#8220; magnifique arm&#233;e &#8221; [3], &#224; greffer dans son pays les corporations m&#233;di&#233;vales et autres marottes romantiques, sur les chemins de fer, les machines &#224; vapeur et la grande industrie qui &#233;tait alors en train de se d&#233;velopper ; ou pourquoi l'empereur de Russie, qui est encore bien plus puissant, s'av&#232;re incapable non seulement de payer ses dettes, mais m&#234;me de maintenir sa &#8220; violence &#8221; sains emprunter sans cesse &#224; la &#8220;situation &#233;conomique&#8221; d'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour M. D&#252;hring la violence est le mal absolu, le premier acte de violence est pour lui le p&#233;ch&#233; originel, tout son expos&#233; est une j&#233;r&#233;miade sur la fa&#231;on dont toute l'histoire jusqu'ici a &#233;t&#233; ainsi contamin&#233;e par le p&#233;ch&#233; originel, sur l'inf&#226;me d&#233;naturation de toutes les lois naturelles et sociales par cette puissance diabolique, la violence. Mais que la violence joue encore dans l'histoire un autre r&#244;le, un r&#244;le r&#233;volutionnaire ; que, selon les paroles de Marx, elle soit l'accoucheuse de toute vieille soci&#233;t&#233; qui en porte une nouvelle dans ses flancs ; qu'elle soit l'instrument gr&#226;ce auquel le mouvement social l'emporte et met en pi&#232;ces des formes politiques fig&#233;es et mortes- de cela, pas un mot chez M. D&#252;hring. C'est dans les soupirs et les g&#233;missements qu'il admet que la violence soit peut-&#234;tre n&#233;cessaire pour renverser le r&#233;gime &#233;conomique d'exploitation, - par malheur ! Car tout emploi de la violence d&#233;moralise celui qui l'emploie. Et dire qu'on affirme cela en pr&#233;sence du haut essor moral et intellectuel qui a &#233;t&#233; la cons&#233;quence de toute r&#233;volution victorieuse ! Dire qu'on affirme cela en Allemagne o&#249; un heurt violent, qui peut m&#234;me &#234;tre impos&#233; au peuple, aurait tout au moins l'avantage d'extirper la servilit&#233; qui, &#224; la suite de l'humiliation de la Guerre de Trente ans, a p&#233;n&#233;tr&#233; la conscience nationale ! Dire que cette mentalit&#233; de pr&#233;dicateur sans &#233;lan, sans saveur et sans force a la pr&#233;tention de s'imposer au parti le plus r&#233;volutionnaire que connaisse l'histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] D&#252;hring qualifiait sa dialectique de &#8220;naturelle&#8221;, par opposition &#224; la dialectique h&#233;g&#233;lienne, &#8220; pour r&#233;pudier express&#233;ment toute communaut&#233; avec les manifestations chaotiques de la partie d&#233;voy&#233;e de la philosophie allemande &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] PLINE L'ANCIEN : Histoire naturelle, liv. XVIII, 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Expression employ&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume IV dans son adresse de f&#233;licitations &#224; l'arm&#233;e prussienne du 1er janvier 1849.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Th&#233;orie de la valeur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a environ cent ans paraissait &#224; Leipzig un livre qui connut jusqu'au d&#233;but de ce si&#232;cle trente et quelques &#233;ditions, fut r&#233;pandu, distribu&#233; &#224; la ville et aux champs par les autorit&#233;s, les pr&#233;dicateurs et les philanthropes de toute esp&#232;ce et prescrit universellement aux &#233;coles primaires comme livre de lecture. Ce livre s'appelait : L'Ami des enfants, de Rochow. Il avait pour but d'instruire les jeunes rejetons des paysans et des artisans sur leur fonction dans la vie et leurs devoirs envers leurs sup&#233;rieurs dans la soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat, en m&#234;me temps de leur inculquer un salutaire contentement de leur sort terrestre, avec le pain noir et les pommes de terre, la corv&#233;e, les bas salaires, la schlague paternelle et autres agr&#233;ments de m&#234;me sorte, et tout cela au moyen des id&#233;es alors en vogue de l'&#232;re des lumi&#232;res. A cette fin, on montrait &#224; la jeunesse de la ville et des champs combien &#233;tait sage la disposition de la nature qui oblige l'homme &#224; gagner sa vie et ses jouissances par le travail, et combien, par cons&#233;quent, le paysan et l'artisan doivent se sentir heureux qu'il leur soit permis d'&#233;picer leurs repas par la sueur de leur travail au lieu de souffrir, comme le riche bambocheur, de maux d'estomac, d'engorgement de la bile ou de constipation et de n'avaler qu'&#224; contrec&#339;ur les friandises les plus exquises. Ce sont ces m&#234;mes lieux communs jug&#233;s par le vieux Rochow assez bons pour les petits paysans de la Saxe &#233;lectorale de son temps, que M. D&#252;hring nous offre pages 14 et suivantes de son Cours comme l'&#233;l&#233;ment &#8220; absolument fondamental &#8221; de l'&#233;conomie politique la plus r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Les besoins humains ont, en tant que tels, leurs lois naturelles et sont quant &#224; leur accroissement enferm&#233;s dans des limites qui ne peuvent &#234;tre outrepass&#233;es pour un temps que par la contre-nature, jusqu'&#224; ce que s'ensuivent la naus&#233;e, le d&#233;go&#251;t de vivre, la d&#233;cr&#233;pitude, l'&#233;tiolement social et, en fin de compte, un salutaire an&#233;antissement ... Un jeu fait de purs divertissements sans autre but s&#233;rieux m&#232;ne bient&#244;t &#224; un &#233;tat blas&#233;, ou, ce qui revient au m&#234;me, &#224; l'usure de toute facult&#233; de sentir. Le travail r&#233;el sous quelque forme est donc la loi sociale naturelle de personnalit&#233;s saines ... Si les instincts et les besoins n'avaient pas de contrepoids, ils apporteraient tout juste une existence pu&#233;rile, loin qu'on puisse parler d'une vie en ascension historique. S'ils &#233;taient pleinement satisfaits sans peine, ils s'&#233;puiseraient bient&#244;t et ne laisseraient derri&#232;re eux qu'une existence vide en forme d'intervalles fastidieux s'&#233;coulant jusqu'au retour de ces besoins ... Donc, sous tous les rapports, le fait que la mise en oeuvre des instincts et des passions soit subordonn&#233;e &#224; la victoire remport&#233;e sur un obstacle &#233;conomique est une loi fondamentale salutaire de l'institution naturelle ext&#233;rieure et de la nature int&#233;rieure de l'homme ... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, les platitudes les plus plates de l'honorable Rochow c&#233;l&#232;brent chez M. D&#252;hring le jubil&#233; de leur centenaire et, par-dessus le march&#233;, sous forme de &#8220; base plus profonde &#8221; du seul &#8220; syst&#232;me socialitaire &#8221; vraiment critique et scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi pos&#233; les fondations, M. D&#252;hring peut continuer sa construction. Appliquant la m&#233;thode math&#233;matique, il nous donne d'abord, selon le proc&#233;d&#233; du vieil Euclide, une s&#233;rie de d&#233;finitions. Cela est d'autant plus commode qu'il peut imm&#233;diatement arranger ses d&#233;finitions de fa&#231;on qu'elles contiennent d&#233;j&#224; en partie ce qu'elles doivent servir &#224; d&#233;montrer. Ainsi, nous apprenons d'abord que, jusqu'ici, le concept directeur de l'&#233;conomie politique s'appelle richesse, et que la richesse, telle qu'on l'a effectivement comprise dans l'histoire universelle jusqu'&#224; pr&#233;sent et telle qu'elle a d&#233;velopp&#233; son empire, est la &#8220;puissance &#233;conomique&#8221; sur les hommes et les choses. Double inexactitude. D'abord, la richesse des anciennes communaut&#233;s de tribu ou de village n'&#233;tait nullement une domination sur les hommes. Et deuxi&#232;mement, m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s qui &#233;voluent dans des contradictions de classes, la richesse, dans la mesure o&#249; elle inclut une domination sur les hommes, est principalement et presque exclusivement une domination sur les hommes en vertu et au moyen de la domination sur les choses. D&#232;s les temps tr&#232;s anciens o&#249; la capture et l'exploitation des esclaves furent deux branches d'activit&#233; s&#233;par&#233;es, les exploiteurs de travail servile ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'acheter les esclaves, d'acqu&#233;rir la domination sur les hommes seulement par la domination sur les choses, sur le prix d'achat, les moyens de subsistance et de travail de l'esclave. Dans tout le moyen &#226;ge, la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est la condition pr&#233;alable pour que la noblesse f&#233;odale puisse mettre la main sur des paysans taillables et corv&#233;ables. Et m&#234;me aujourd'hui, un enfant de six ans voit d&#233;j&#224; que la richesse domine l'homme exclusivement au moyen des choses dont elle dispose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi M. D&#252;hring est-il forc&#233; de fabriquer cette fausse d&#233;finition, pourquoi est-il forc&#233; de rompre l'encha&#238;nement r&#233;el tel qu'il s'est appliqu&#233; dans toutes les soci&#233;t&#233;s de classes jusqu'ici ? Pour tra&#238;ner la richesse du domaine &#233;conomique dans le domaine moral. La domination sur les choses, c'est tr&#232;s bien ; mais la domination sur les hommes, voil&#224; le mal ; et comme M. D&#252;hring s'est lui-m&#234;me interdit d'expliquer la domination sur les hommes par la domination sur les choses, il peut se livrer de nouveau &#224; un coup d'audace et l'expliquer sans fa&#231;ons par sa ch&#232;re violence. La richesse comme dominatrice des hommes, c'est le &#8220; vol &#8221;, et nous voici revenus &#224; une &#233;dition aggrav&#233;e de l'antique refrain de Proudhon : &#8220; La propri&#233;t&#233;, c'est le vol &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224;, nous avons heureusement amen&#233; la richesse sous les deux points de vue essentiels de la production et de la r&#233;partition : richesse en tant que domination sur les choses, richesse de production, bon c&#244;t&#233; ; en tant que domination sur les hommes, richesse de r&#233;partition comme elle le fut jusqu'&#224; nos jours, mauvais c&#244;t&#233;, au diable ! Appliqu&#233; aux conditions actuelles, cela donne : le mode capitaliste de production est tr&#232;s bien et peut rester, mais le mode de r&#233;partition capitaliste ne vaut rien et il faut l'abolir. Voil&#224; &#224; quelle ineptie on est conduit lorsqu'on fait de l'&#233;conomie sans avoir seulement compris l'encha&#238;nement entre production et r&#233;partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la richesse on d&#233;finit la valeur comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La valeur est le cours que les choses et les prestations &#233;conomiques ont dans le commerce. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cours correspond &#8220; au prix ou &#224; n'importe quel autre nom &#233;quivalent, par exemple le salaire &#8221;. En d'autres termes, la valeur est le prix. Ou plut&#244;t, pour ne pas faire tort &#224; M. D&#252;hring et pour t&#226;cher de rendre l'absurdit&#233; de sa d&#233;finition avec ses propres termes : la valeur, ce sont les prix. Car &#224; la page 19, il dit : &#8220; La valeur et les prix qui l'expriment en argent &#8221;, il constate donc lui-m&#234;me que la m&#234;me valeur a des prix tr&#232;s diff&#233;rents et qu'elle a ainsi autant de valeurs diff&#233;rentes. Si Hegel n'&#233;tait pas mort depuis longtemps, il irait se pendre ! Cette valeur qui est autant de valeurs diff&#233;rentes qu'elle a de prix, il n'y serait pas arriv&#233; avec toute sa th&#233;ologie. Il faut vraiment, encore un coup, avoir l'assurance de M. D&#252;hring pour commencer &#224; fonder l'&#233;conomie sur des bases neuves, plus profondes, en d&#233;clarant que l'on ne conna&#238;t pas d'autre diff&#233;rence entre le prix et la valeur, sinon que l'un est exprim&#233; en argent et l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec cela nous ne savons toujours pas ce qu'est la valeur et encore moins d'apr&#232;s quoi elle se d&#233;termine. Il faut donc que M. D&#252;hring y aille d'autres explications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Tout &#224; fait en gros, la loi fondamentale de comparaison et d'estimation sur laquelle reposent la valeur et les prix qui l'expriment en argent, r&#233;side d'abord dans le domaine de la pure production, abstraction faite de la r&#233;partition qui apporte seulement un deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment dans le concept de valeur. Les obstacles plus ou moins grands que la diff&#233;rence des conditions naturelles oppose aux efforts tendant &#224; obtenir les objets et par lesquels elle oblige &#224; des d&#233;penses plus ou moins grandes de force &#233;conomique, d&#233;terminent aussi... la valeur plus ou moins grande [et celle-ci est estim&#233;e d'apr&#232;s la] r&#233;sistance que la nature et les circonstances opposent &#224; l'obtention des choses... La proportion dans laquelle nous avons introduit notre propre force en elles [dans les choses] est la cause imm&#233;diatement d&#233;cisive de l'existence de la valeur en g&#233;n&#233;ral et d'une grandeur particuli&#232;re de celle-ci. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; tout cela a un sens, cela signifie : la valeur d'un produit du travail est d&#233;termin&#233;e par le temps de travail n&#233;cessaire &#224; sa fabrication, et cela nous le savions depuis longtemps, m&#234;me sans M. D&#252;hring. Au lieu d'&#233;noncer le fait simplement, il faut qu'il le d&#233;forme de mani&#232;re &#224; lui donner un air sibyllin. Il est tout simplement faux de dire que la proportion dans laquelle quelqu'un introduit sa force dans quelque chose (pour garder cette tournure pompeuse) est la cause imm&#233;diatement d&#233;cisive de la valeur et de la grandeur de valeur. D'abord, ce qui importe, c'est dans quelle chose la force est introduite, et, deuxi&#232;mement, comment elle est introduite. Si notre quelqu'un fabrique un objet qui n'a aucune valeur d'usage pour autrui, toute sa force ne cr&#233;e pas un atome de valeur ; et s'il s'obstine &#224; fabriquer &#224; la main un objet qu'une machine fabrique vingt fois moins cher, les 19/20 de la force qu'il y introduit ne produisent ni de la valeur en g&#233;n&#233;ral, ni une grandeur particuli&#232;re de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, c'est d&#233;former enti&#232;rement la chose que de m&#233;tamorphoser le travail productif, qui cr&#233;e des produits positifs, en l'action purement n&#233;gative de surmonter une r&#233;sistance. Voici &#224; peu pr&#232;s comment nous devrions proc&#233;der pour obtenir une chemise : d'abord, nous surmontons la r&#233;sistance de la semence de cotonnier contre le fait d'&#234;tre sem&#233;e et de cro&#238;tre ; ensuite, celle du coton m&#251;r contre le fait d'&#234;tre cueilli, emball&#233; et exp&#233;di&#233; ; puis la r&#233;sistance contre le d&#233;ballage, le cardage et le filage ; en outre, la r&#233;sistance du fil contre le tissage, celle du tissu contre le blanchissage et la couture et, enfin, celle de la chemise finie contre le fait d'&#234;tre enfil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi bon cet enfantillage, qui met les choses &#224; l'envers et t&#233;moigne d'une t&#234;te &#224; l'envers ? Pour arriver, moyennant la &#8220;r&#233;sistance&#8221;, de la &#8220; valeur de production&#8221;, la vraie valeur, mais id&#233;ale seulement jusqu'ici, &#224; la &#8220; valeur de r&#233;partition &#8221;, qui a seule cours dans l'histoire jusqu'&#224; nos jours et qu'a fauss&#233;e la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Outre la r&#233;sistance qu'oppose la nature ... il y a encore un autre obstacle, purement social ... Entre les hommes et la nature une force barre la route, et cette force est encore une fois l'homme. L'homme pens&#233; singulier et isol&#233; est libre vis-&#224;-vis de la nature ... La situation prend un autre aspect d&#232;s que nous pensons un second homme qui, l'&#233;p&#233;e &#224; la main, occupe les voies d'acc&#232;s &#224; la nature et &#224; ses ressources et qui exige un prix sous quelque forme que ce soit pour accorder le passage. Ce second homme ... taxe, pour ainsi dire, l'autre et est ainsi cause que la valeur de l'objet convoit&#233; finit par &#234;tre plus grande que ce ne serait le cas sans cet obstacle politique et social oppos&#233; &#224; l'obtention ou &#224; la production ... Les formes particuli&#232;res que prend ce cours artificiellement augment&#233; des choses sont extr&#234;mement diverses, et il a naturellement pour pendant un abaissement correspondant du cours du travail. ...C'est donc une illusion de vouloir consid&#233;rer a priori la valeur comme un &#233;quivalent au sens propre du terme, c'est-&#224;-dire comme un &#8220; valoir autant&#8221; ou comme un rapport d'&#233;change conforme au principe de l'&#233;galit&#233; de la prestation et de la contre-prestation. Ce sera, au contraire, l'indice d'une th&#233;orie exacte de la valeur que de voir le facteur d'estimation le plus g&#233;n&#233;ral qu'elle implique ne pas co&#239;ncider avec la forme particuli&#232;re du cours, laquelle repose sur la contrainte de r&#233;partition. Cette forme varie avec la constitution sociale, tandis que la valeur &#233;conomique proprement dite ne peut &#234;tre qu'une valeur de production mesur&#233;e vis-&#224;-vis de la nature et ne variera donc qu'avec les seuls obstacles &#224; la production qui sont d'ordre naturel et technique. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur pratiquement en vigueur d'une chose se compose donc, selon M. D&#252;hring, de deux parties : d'abord du travail qu'elle contient et ensuite, du tribut suppl&#233;mentaire extorqu&#233; &#8220; l'&#233;p&#233;e &#224; la main &#8221;. En d'autres termes, la valeur qui a cours aujourd'hui est un prix de monopole. Or si, d'apr&#232;s cette th&#233;orie de la valeur, toutes les marchandises ont un tel prix de monopole, deux cas seulement sont possibles. Ou bien, chacun reperd comme acheteur ce qu'il a gagn&#233; comme vendeur, les prix ont certes chang&#233; nominalement, mais en r&#233;alit&#233;, - dans leur rapport r&#233;ciproque, - ils sont rest&#233;s &#233;gaux ; tout reste en l'&#233;tat, et la fameuse valeur de r&#233;partition n'est qu'une illusion. - Ou bien les pr&#233;tendus tributs suppl&#233;mentaires repr&#233;sentent une somme r&#233;elle de valeur, &#224; savoir celle qui est produite par la classe laborieuse productrice de valeur, mais appropri&#233;e par la classe des monopolistes ; et alors cette somme de valeur se compose simplement de travail non pay&#233; ; dans ce cas, malgr&#233; l'homme l'&#233;p&#233;e &#224; la main, malgr&#233; les pr&#233;tendus tributs suppl&#233;mentaires et la pr&#233;tendue valeur de r&#233;partition, nous voici revenus ... &#224; la th&#233;orie marxiste de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchons pourtant quelques exemples de la fameuse &#8220; valeur de r&#233;partition &#8221;. Il est dit pages 135 et suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Il faut aussi consid&#233;rer l'&#233;tablissement du prix en vertu de la concurrence individuelle comme une forme de la r&#233;partition &#233;conomique et de l'imposition mutuelle d'un tribut ... Imaginons que le stock de quelque marchandise n&#233;cessaire diminue brusquement de fa&#231;on consid&#233;rable, il en r&#233;sulte du c&#244;t&#233; du vendeur un pouvoir disproportionn&#233; d'exploitation ... A quel niveau colossal l'augmentation peut atteindre, on le voit particuli&#232;rement par les situations anormales dans lesquelles l'approvisionnement en articles n&#233;cessaires est coup&#233; pour un temps assez long... &#8221;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il y aurait, m&#234;me dans le cours normal des choses, des monopoles de fait, qui permettent une augmentation arbitraire des prix, par exemple les chemins de fer, les soci&#233;t&#233;s de distribution d'eau et de gaz d'&#233;clairage dans les villes, etc. Qu'il se pr&#233;sente de semblables occasions d'exploitation monopoliste, c'est un fait connu de vieille date. Mais ce qui est nouveau, c'est que les prix de monopole qu'elles engendrent ne soient pas appel&#233;s &#224; prendre valeur d'exceptions et de cas d'esp&#232;ce, mais d'exemples classiques de la fa&#231;on dont sont aujourd'hui &#233;tablies les valeurs. Comment se d&#233;terminent les prix des denr&#233;es alimentaires ? Allez dans une ville assi&#233;g&#233;e, o&#249; l'approvisionnement est arr&#234;t&#233; et renseignez-vous ! r&#233;pond M. D&#252;hring. Comment la concurrence agit-elle sur l'&#233;tablissement des prix du march&#233; ? Demandez au monopole, il vous r&#233;pondra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, m&#234;me dans ces monopoles, on ne peut pas d&#233;couvrir l'homme &#224; l'&#233;p&#233;e &#224; la main, qui se tient en principe derri&#232;re eux. Au contraire : dans les villes assi&#233;g&#233;es, l'homme &#224; l'&#233;p&#233;e, le commandant de place a coutume, s'il fait son devoir, de mettre tr&#232;s rapidement fin au monopole et de r&#233;quisitionner les stocks monopolis&#233;s pour les r&#233;partir &#233;galement. Au reste, les hommes &#224; l'&#233;p&#233;e, d&#232;s qu'ils ont essay&#233; de fabriquer une &#8220; valeur de r&#233;partition &#8221;, n'ont r&#233;colt&#233; que mauvaises affaires et pertes d'argent. En monopolisant le commerce des Indes orientales, les Hollandais ont ruin&#233; leur monopole et leur commerce. Les deux gouvernements les plus forts qui aient jamais exist&#233;, le gouvernement r&#233;volutionnaire de l'Am&#233;rique du Nord et la Convention fran&#231;aise ont eu la pr&#233;tention de fixer des prix maxima et ont &#233;chou&#233; lamentablement. En ce moment, le gouvernement russe travaille depuis des ann&#233;es &#224; faire monter &#224; Londres, en achetant sans arr&#234;t des traites sur la Russie, le cours du rouble papier, qu'il fait baisser en Russie en &#233;mettant sans arr&#234;t des billets non convertibles. En quelques ann&#233;es, ce petit jeu lui a co&#251;t&#233; dans les 60 millions de roubles et le rouble est maintenant au-dessous de deux marks, au lieu d'&#234;tre au-dessus de trois. Si l'&#233;p&#233;e a en &#233;conomie le pouvoir magique que lui conf&#232;re M. D&#252;hring, pourquoi aucun gouvernement n'a-t-il donc r&#233;ussi &#224; imposer &#224; la longue &#224; de la mauvaise monnaie la &#8220; valeur de r&#233;partition&#8221; de la bonne, ou aux assignats celle de l'or ? Et o&#249; est l'&#233;p&#233;e qui commande en chef sur le march&#233; mondial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il y a encore une forme principale sous laquelle la valeur de r&#233;partition permet l'appropriation du travail accompli par les autres sans contrepartie : la rente de possession, c'est-&#224;-dire la rente fonci&#232;re et le gain du capital. Nous nous bornons pour l'instant &#224; enregistrer le fait, uniquement pour pouvoir dire que c'est l&#224; tout ce que nous apprenons sur la c&#233;l&#232;bre &#8220; valeur de r&#233;partition &#8221;. - Tout ? Pas tout &#224; fait, cependant. &#201;coutons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Malgr&#233; le double point de vue qui appara&#238;t dans la reconnaissance d'une valeur de production et d'une valeur de r&#233;partition, il reste cependant toujours &#224; la base un quelque chose de commun sous la forme de l'objet dont se composent toutes les valeurs et avec lequel, en cons&#233;quence, on les mesure. La mesure imm&#233;diate, naturelle, est la d&#233;pense de force et l'unit&#233; la plus simple, la force humaine au sens le plus grossier du mot. Cette derni&#232;re se ram&#232;ne au temps d'existence dont l'entretien par soi-m&#234;me repr&#233;sente &#224; son tour la victoire sur une certaine somme de difficult&#233;s alimentaires et vitales. La valeur de r&#233;partition ou d'appropriation existe purement et exclusivement l&#224; seulement o&#249; existe le pouvoir de disposer de choses non produites, ou, pour parler un langage plus courant, l&#224; o&#249; ces choses elles-m&#234;mes s'&#233;changent contre des prestations ou des choses ayant une valeur de production r&#233;elle. Le facteur homog&#232;ne tel qu'il se trouve indiqu&#233; et repr&#233;sent&#233; dans toute expression de valeur et, par cons&#233;quent aussi, dans les &#233;l&#233;ments de valeur appropri&#233;s par r&#233;partition sans contrepartie, consiste dans la d&#233;pense de force humaine qui se trouve ... incorpor&#233;e ... dans toute marchandise. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire &#224; cela ? Si toutes les valeurs des marchandises sont mesur&#233;es en d&#233;pense de force humaine incorpor&#233;e dans la marchandise, que deviennent alors la valeur de r&#233;partition, l'ench&#233;rissement du prix, le tribut impos&#233; ? M. D&#252;hring nous dit, certes, que m&#234;me des objets non produits, donc incapables d'avoir une valeur &#224; proprement parler, peuvent recevoir une valeur de r&#233;partition et s'&#233;changer contre des objets produits, ayant de la valeur. Mais il dit en m&#234;me temps que toutes les valeurs, donc m&#234;me les valeurs de r&#233;partition pures et exclusives, consistent en la d&#233;pense de force qui y est incorpor&#233;e. Ce qui malheureusement ne nous apprend pas comment une d&#233;pense de force doit s'incorporer dans une chose non produite. En tout cas, ce qui, en fin de compte, appara&#238;t clairement dans tout ce p&#234;le-m&#234;le de valeurs, c'est que, une fois de plus, la valeur de r&#233;partition, l'ench&#233;rissement des marchandises extorqu&#233; gr&#226;ce &#224; la position sociale, le tribut exig&#233; &#224; la force de l'&#233;p&#233;e ne riment &#224; rien ; les valeurs des marchandises sont d&#233;termin&#233;es uniquement par la d&#233;pense de force humaine, en termes vulgaires, la d&#233;pense de travail qui s'y trouve incorpor&#233;. Abstraction faite de la rente fonci&#232;re et des quelques prix de monopole, M. D&#252;hring ne dit donc, sauf le style plus l&#226;che et plus confus, rien d'autre que ce que la th&#233;orie d&#233;cri&#233;e de la valeur selon Ricardo et Marx a dit depuis longtemps d'une fa&#231;on plus pr&#233;cise et plus claire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le dit, et tout d'une haleine, dit le contraire. Marx, partant des &#233;tudes de Ricardo, &#233;crit : la valeur des marchandises est d&#233;termin&#233;e par le travail humain g&#233;n&#233;ral socialement n&#233;cessaire, qui est incorpor&#233; dans les marchandises, et celui-ci est &#224; son tour mesur&#233; d'apr&#232;s sa dur&#233;e. Le travail est la mesure de toutes les valeur% mais lui-m&#234;me n'a pas de valeur. M. D&#252;hring, apr&#232;s avoir &#233;galement pos&#233;, avec sa mollesse d'expression, le travail comme mesure de la valeur, continue : il&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; se ram&#232;ne au temps d'existence dont l'entretien par soi-m&#234;me repr&#233;sente &#224; son tour la victoire sur une certaine somme de difficult&#233;s alimentaires et vitales. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;gligeons la confusion, qui r&#233;sulte uniquement de la recherche de l'originalit&#233; &#224; tout prix, entre le temps de travail, qui seul importe ici, et le temps d'existence, qui jusqu'ici n'a jamais cr&#233;&#233; ou mesur&#233; de valeurs. N&#233;gligeons aussi le faux semblant &#8220; socialitaire &#8221;, que l' &#8220; entretien par soi-m&#234;me &#8221; de ce temps d'existence doit introduire ; depuis que le monde existe et tant qu'il existera, chacun devra s'entretenir par soi-m&#234;me dans ce sens qu'il consomme lui-m&#234;me ses moyens d'entretien. Admettons que M. D&#252;hring se soit exprim&#233; en termes d'&#233;conomie et avec pr&#233;cision ; en ce cas, ou bien la phrase pr&#233;c&#233;dente ne signifie rien, ou elle signifie : la valeur d'une marchandise est d&#233;termin&#233;e par le temps de travail qui y est incorpor&#233;, et la valeur de ce temps de travail par les moyens d'existence n&#233;cessaires &#224; l'entretien de l'ouvrier pour ce temps. Et cela signifie pour la soci&#233;t&#233; actuelle : la valeur d'une marchandise est d&#233;termin&#233;e par le salaire qui y est contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici enfin arriv&#233;s &#224; ce que M. D&#252;hring veut v&#233;ritablement dire. La valeur d'une marchandise se d&#233;termine selon la fa&#231;on de s'exprimer de l'&#233;conomie vulgaire par les frais de production ; contre quoi Carey&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; a fait ressortir cette v&#233;rit&#233; que ce ne sont pas les frais de production, mais les frais de reproduction qui d&#233;terminent la valeur.&#8221; (Histoire critique p. 401.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin ce qu'il en est de ces frais de production ou de reproduction ; insistons ici seulement sur le fait que, comme chacun le sait, ils se composent du salaire et du profit du capital. Le salaire repr&#233;sente la &#8220; d&#233;pense de force &#8221; incorpor&#233;e &#224; la marchandise, la valeur de production. Le profit repr&#233;sente le tribut ou l'ench&#233;rissement impos&#233; par le capitaliste en vertu de son monopole, de son &#233;p&#233;e &#224; la main, la valeur de r&#233;partition. Et ainsi, tout l'imbroglio contradictoire de la th&#233;orie de la valeur selon M. D&#252;hring se r&#233;sout, en fin de compte, dans la plus belle et la plus harmonieuse des clart&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination de la valeur de la marchandise par le salaire, qui chez Adam Smith se confond encore fr&#233;quemment avec la d&#233;termination de la valeur par le temps de travail, est bannie de l'&#233;conomie scientifique depuis Ricardo et ne hante plus aujourd'hui que l'&#233;conomie vulgaire. Ce sont, pr&#233;cis&#233;ment, les thurif&#233;raires les plus plats du r&#233;gime capitaliste existant qui pr&#234;chent la d&#233;termination de la valeur par le salaire et qui, en m&#234;me temps, font passer le profit du capitaliste pour une esp&#232;ce sup&#233;rieure de salaire, pour un salaire de renoncement (du fait que le capitaliste n'a pas gaspill&#233; son capital en noces et festins), pour une prime de risque, pour un salaire de direction, etc. M. D&#252;hring ne se distingue d'eux que par le fait qu'il d&#233;clare que le profit est un vol. En d'autres termes, M. D&#252;hring fonde son socialisme directement sur les doctrines de la pire sorte d'&#233;conomie vulgaire. Cette &#233;conomie vulgaire vaut juste autant que son socialisme. Les deux tiennent et s'&#233;croulent ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est pourtant claire : ce que produit un ouvrier et ce qu'il co&#251;te sont des choses tout aussi diff&#233;rentes que ce que produit une machine et ce qu'elle co&#251;te. La valeur qu'un ouvrier cr&#233;e en une journ&#233;e de travail de douze heures n'a absolument rien de commun avec la valeur des moyens de subsistance qu'il consomme dans cette journ&#233;e de travail et le repos qui la compl&#232;te. Dans ces moyens de subsistance peut &#234;tre incorpor&#233;e une dur&#233;e de travail de trois, quatre ou sept heures selon le degr&#233; d'&#233;volution du rendement du travail. Si nous admettons que sept heures de travail ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires &#224; leur production, la th&#233;orie de la valeur propre &#224; l'&#233;conomie vulgaire et admise par M. D&#252;hring dit que le produit de douze heures de travail a la valeur du produit de sept heures de travail, que douze heures de travail sont &#233;gales &#224; sept heures de travail ou que 12 = 7. Parlons encore plus nettement : un ouvrier de la campagne, quelles que soient les conditions sociales, produit une somme de c&#233;r&#233;ales, disons de vingt hectolitres de froment dans l'ann&#233;e. Il consomme pendant ce temps une somme de valeurs qui s'exprime dans une somme de quinze hectolitres de froment. D&#232;s lors, les vingt hectolitres de froment ont la m&#234;me valeur que les quinze, et cela sur le m&#234;me march&#233; et toutes choses &#233;gales d'ailleurs ; en d'autres termes, 20 = 15. Voil&#224; ce qui s'appelle de l'&#233;conomie politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine au-dessus du niveau de la sauvagerie animale commence &#224; partir du jour o&#249; le travail de la famille a cr&#233;&#233; plus de produits qu'il n'&#233;tait n&#233;cessaire pour sa subsistance, &#224; partir du jour o&#249; une partie du travail a pu &#234;tre consacr&#233;e &#224; la production non plus de simples moyens de subsistance, mais de moyens de production. Un exc&#233;dent du produit du travail par rapport aux frais d'entretien du travail, la formation et l'accroissement &#224; l'aide de cet exc&#233;dent d'un fonds social de production et de r&#233;serve, telles ont &#233;t&#233; et restent les bases de toute avance sociale, politique et intellectuelle. Jusqu'ici, dans l'histoire, ce fonds a &#233;t&#233; la propri&#233;t&#233; d'une classe privil&#233;gi&#233;e, &#224; laquelle revenaient aussi, avec cette possession, la domination politique et la direction intellectuelle. Seul, le prochain bouleversement social fera de ce fonds social de production et de r&#233;serve, c'est-&#224;-dire de la masse totale des mati&#232;res premi&#232;res, des instruments de production et des vivres, un fonds social r&#233;el en en retirant la disposition &#224; cette classe privil&#233;gi&#233;e et en le transf&#233;rant comme bien commun &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une. Premi&#232;re possibilit&#233; : la valeur des marchandises se d&#233;termine par les frais d'entretien du travail n&#233;cessaire &#224; leur production, c'est-&#224;-dire, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, par le salaire. En ce cas, chaque ouvrier re&#231;oit dans son salaire la valeur du produit de son travail, et alors une exploitation de la classe des salari&#233;s par la classe des capitalistes est une impossibilit&#233;. Admettons que les frais d'entretien d'un ouvrier soient, dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, exprim&#233;s par la somme de trois marks. En ce cas, le produit journalier de l'ouvrier a, selon la th&#233;orie de l'&#233;conomie vulgaire cit&#233;e plus haut, la valeur de trois marks. Admettons maintenant que le capitaliste qui occupe cet ouvrier per&#231;oive sur ce produit un profit, un tribut d'un mark, et le vende quatre marks. Les autres capitalistes en font autant. D&#232;s lors, l'ouvrier ne peut plus faire face &#224; son entretien quotidien avec trois marks, il a &#233;galement besoin de quatre marks pour cela. Comme toutes choses sont suppos&#233;es &#233;gales d'ailleurs, le salaire exprim&#233; en moyens de subsistance doit forc&#233;ment rester le m&#234;me ; le salaire exprim&#233; en argent doit donc s'&#233;lever, et cela de trois &#224; quatre marks par jour. Ce que les capitalistes soutirent &#224; la classe ouvri&#232;re sous forme de profit, ils sont oblig&#233;s de le lui rendre sous forme de salaire. Nous en sommes exactement au m&#234;me point qu'au d&#233;but : si le salaire d&#233;termine la valeur, aucune exploitation du travailleur par le capitaliste n'est possible. Mais la constitution d'un exc&#233;dent de produits est &#233;galement impossible, car d'apr&#232;s notre hypoth&#232;se, les ouvriers consomment exactement autant de valeur qu'ils en cr&#233;ent. Et comme les capitalistes ne produisent pas de valeur, on ne voit m&#234;me pas de quoi ils doivent vivre. Et s'il existe tout de m&#234;me aujourd'hui un tel exc&#233;dent de la production sur la consommation, un tel fonds de production et de r&#233;serve, et cela entre les mains des capitalistes, reste cette seule et unique explication que les ouvriers ne consomment pour leur entretien que la valeur des marchandises, mais ont abandonn&#233; les marchandises elles-m&#234;mes, pour plus ample utilisation, aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me possibilit&#233; : si ce fonds de production et de r&#233;serve existe effectivement entre les mains de la classe capitaliste, s'il est effectivement n&#233; de l'accumulation du profit (laissons provisoirement de c&#244;t&#233; la rente fonci&#232;re), il se compose n&#233;cessairement de l'exc&#233;dent accumul&#233; du produit du travail fourni par la classe ouvri&#232;re &#224; la classe capitaliste sur la somme des salaires pay&#233;e par la classe capitaliste &#224; la classe ouvri&#232;re. En ce cas, la valeur ne se d&#233;termine pas par le salaire, mais par la quantit&#233; de travail ; en ce cas, la classe ouvri&#232;re fournit &#224; la classe capitaliste dans le produit du travail une plus grande quantit&#233; de valeur qu'elle n'en re&#231;oit par le salaire que celle-ci lui paie, et, en ce cas, le profit du capital, comme toutes les autres formes d'appropriation du produit non pay&#233; du travail d'autrui, s'explique comme un simple &#233;l&#233;ment de cette plus-value d&#233;couverte par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit dit en passant : de la grande d&#233;couverte par laquelle Ricardo commence son &#339;uvre principale, &#224; savoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; que la valeur d'une marchandise... d&#233;pend de la quantit&#233; de travail n&#233;cessaire &#224; sa fabrication, mais non de la r&#233;mun&#233;ration plus ou moins &#233;lev&#233;e pay&#233;e pour ce travail [1] &#8221;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de cette d&#233;couverte qui fait &#233;poque, il n'est nulle part question dans tout le Cours d'&#233;conomie. Dans l'Histoire critique, on s'en d&#233;barrasse avec cette phrase sibylline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Il [Ricardo] ne s'avise pas que la proportion plus ou moins grande dans laquelle le salaire peut &#234;tre une indication des besoins vitaux [ !] implique aussi obligatoirement... une constitution h&#233;t&#233;rog&#232;ne des rapports de valeur. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrase qui permet au lecteur de penser tout ce qu'il veut, et &#224; propos de laquelle le plus s&#251;r pour lui sera de ne rien penser du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, libre au lecteur de choisir lui-m&#234;me, parmi les cinq esp&#232;ces de valeur que M. D&#252;hring nous sert, celle qui lui pla&#238;t le mieux : la valeur de production qui vient de la nature ; ou la valeur de r&#233;partition qu'a cr&#233;&#233;e la m&#233;chancet&#233; des hommes et qui a ceci de particulier qu'elle est mesur&#233;e par la d&#233;pense de force ne s'y trouvant pas ; ou troisi&#232;mement, la valeur qui est mesur&#233;e par le temps de travail ; ou quatri&#232;mement, celle qui est mesur&#233;e par les frais de reproduction ; ou enfin, celle qui est mesur&#233;e par le salaire. Le choix est abondant, la confusion parfaite, et il ne nous reste plus qu'&#224; nous &#233;crier avec M. D&#252;hring : &#8220; La th&#233;orie de la valeur est la pierre de touche de la solidit&#233; des syst&#232;mes &#233;conomiques ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] David RICARDO : On the principles of national economy and taxation, 4&#176; &#233;d., Londres, 1821, p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. Travail simple et travail compos&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. D&#252;hring a d&#233;couvert dans l'&#339;uvre &#233;conomique de Marx une bourde tout &#224; fait grossi&#232;re, digne d'un &#233;l&#232;ve de quatri&#232;me, et grosse en m&#234;me temps d'une h&#233;r&#233;sie socialiste qui est un danger publie. La th&#233;orie marxiste de la valeur n'est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; rien d'autre que la... doctrine commune selon laquelle le travail est cause de toutes valeurs et le temps de travail la mesure de celles-ci. Voil&#224;, cependant, qui ne donne aucune clart&#233; sur la fa&#231;on de penser la valeur diff&#233;rentielle du travail dit qualifi&#233; ... Certes, m&#234;me d'apr&#232;s notre th&#233;orie, seul le temps de travail utilis&#233; peut mesurer les frais de revient naturels et par l&#224;, la valeur absolue des choses &#233;conomiques ; mais pour cela, le temps de travail de chacun devra &#234;tre estim&#233; pleinement &#233;gal a priori et il suffira de prendre garde au fait que dans les productions plus qualifi&#233;es, il intervient aussi, en plus du travail singulier de l'individu, celui d'autres personnes ... disons dans l'outil employ&#233;. Le travail d'un homme donn&#233; n'a donc pas en soi, comme M. Marx se le repr&#233;sente de fa&#231;on n&#233;buleuse, plus de valeur que celui d'une autre personne, parce qu'il y aurait alors en lui pour ainsi dire plus de temps de travail moyen condens&#233; ; en fait, tout temps de travail est, sans exception et par principe, donc sans que l'on ait d'abord &#224; prendre une moyenne, parfaitement &#233;quivalent, et l'on a seulement &#224; prendre garde, pour le travail accompli par une personne de m&#234;me que pour tout produit fini, &#224; la quantit&#233; de temps de travail d'autrui qui peut &#234;tre latente dans l'utilisation d'un temps de travail qui est en apparence purement personnel. Peu importe que ce soit un instrument manuel de production, ou la main, voire la t&#234;te, qui n'ait pu obtenir sans le temps de travail d'autrui la propri&#233;t&#233; et possibilit&#233; de rendement particuli&#232;re, cela est absolument sans influence pour la stricte validit&#233; de la th&#233;orie. Si dans ses divagations sur la valeur, M. Marx n'arrive pas &#224; &#233;chapper &#224; la hantise du fant&#244;me d'un temps de travail qualifi&#233;, c'est qu'il a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; de toucher juste par la mani&#232;re de penser traditionnelle des classes cultiv&#233;es, pour laquelle il semble forc&#233;ment monstrueux de reconna&#238;tre une valeur &#233;conomique parfaitement &#233;gale en soi au temps de travail du man&#339;uvre et au temps de travail de l'architecte. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de Marx qui provoque ce &#8220; violent courroux &#8221; de M. D&#252;hring est fort court. Marx &#233;tudie ce qui d&#233;termine la valeur des marchandises et r&#233;pond : le travail humain qu'elles contiennent. Celui-ci, continue-il,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; est une d&#233;pense de la force simple, que tout homme ordinaire, sans d&#233;veloppement sp&#233;cial, poss&#232;de dans l'organisme de son corps ... Le travail complexe n'est qu'une puissance du travail simple, ou plut&#244;t n'est que le travail simple multipli&#233;, de sorte qu'une quantit&#233; donn&#233;e de travail complexe correspond &#224; une quantit&#233; plus grande de travail simple. L'exp&#233;rience montre que cette r&#233;duction se fait constamment. Lors m&#234;me qu'une marchandise est le produit du travail le plus complexe, sa valeur la ram&#232;ne dans une proportion quelconque, au produit d'un travail simple dont elle ne repr&#233;sente, par cons&#233;quent, qu'une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e. Les proportions diverses suivant lesquelles diff&#233;rentes esp&#232;ces de travail sont r&#233;duites au travail simple comme &#224; leur unit&#233; de mesure, s'&#233;tablissent dans la soci&#233;t&#233; &#224; l'insu des producteurs et leur paraissent des conventions traditionnelles [1]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Marx, il ne s'agit ici, pour commencer, que de d&#233;terminer la valeur des marchandises, donc d'objets qui, &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233; compos&#233;e de producteurs priv&#233;s, sont produits par ces producteurs priv&#233;s, &#224; compte priv&#233;, et &#233;chang&#233;s les uns contre les autres. Il ne s'agit donc nullement ici de la &#8220;valeur absolue&#8221;, quels que soient les lieux que hante celle-ci, mais de la valeur qui a cours dans une forme de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e. Cette valeur, sous cet aspect historique d&#233;termin&#233;, s'av&#232;re cr&#233;&#233;e et mesur&#233;e par le travail humain incorpor&#233; dans les diverses marchandises et ce travail humain s'av&#232;re, &#224; son tour, comme d&#233;pense de force de travail simple. Mais le travail n'est pas toujours une pure d&#233;pense de force de travail humaine simple ; un tr&#232;s grand nombre de genres de travail impliquent l'emploi de talents et de connaissances acquis avec plus ou moins de peine, en plus ou moins de temps, &#224; plus ou moins de frais. Ces genres de travail compos&#233; produisent-ils dans le m&#234;me temps la m&#234;me valeur marchande que le travail simple, la d&#233;pense de force de travail simple toute pure ? &#201;videmment non. Le produit de l'heure de travail compos&#233; est une marchandise de valeur plus &#233;lev&#233;e, double ou triple, par comparaison avec le produit de l'heure de travail simple. La valeur des produits du travail compos&#233; est exprim&#233;e gr&#226;ce &#224; cette comparaison en quantit&#233;s d&#233;termin&#233;es de travail simple ; mais cette r&#233;duction du travail compos&#233; se fait par un processus social &#224; l'insu des producteurs, par une op&#233;ration que nous ne pouvons que constater ici dans cet expos&#233; de la th&#233;orie de la valeur, mais pas encore expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce fait simple, intervenant chaque jour sous nos yeux dans la soci&#233;t&#233; capitaliste actuelle, que Marx constate ici. Ce fait est si indiscutable que M. D&#252;hring lui-m&#234;me n'ose le contester ni dans son Cours, ni dans son Histoire de l'&#233;conomie ; et la pr&#233;sentation qu'en fait Marx est si simple et si lumineuse que personne sans doute ne trouvera qu'elle &#8220; ne nous donne aucune clart&#233; &#8221;, hormis M. D&#252;hring. Gr&#226;ce &#224; ce manque total de clart&#233;, qui est son fait &#224; lui, il prend la valeur marchande, dont l'&#233;tude est au d&#233;but la seule &#224; occuper Marx, pour les &#8220;frais de revient naturels&#8221;, qui ne font que rendre l'obscurit&#233; encore plus compl&#232;te, et m&#234;me pour la &#8220; valeur absolue &#8221;, qui jusqu'ici, n'a eu cours nulle part, &#224; notre connaissance, en &#233;conomie politique. Mais quoi que M. D&#252;hring entende par &#8220;frais de revient naturels&#8221; et quelle que soit celle de ses cinq sortes de valeur qui ait l'honneur de repr&#233;senter la valeur absolue, il est en tout cas certain qu'il n'est question d'aucune de ces choses chez Marx, mais seulement de la valeur marchande ; et que dans toute la section du Capital consacr&#233;e &#224; la valeur, on ne trouve pas la moindre indication sur la question de savoir si Marx tient cette th&#233;orie de la valeur marchande pour applicable &#224; d'autres formes de soci&#233;t&#233; et jusqu'&#224; quel point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. D&#252;hring continue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le temps de travail d'un homme donn&#233; n'a donc pas en soi, comme M. Marx se le repr&#233;sente de fa&#231;on n&#233;buleuse, plus de valeur que celui d'une autre personne parce qu'il y aurait pour ainsi dire en lui plus de travail moyen condens&#233;, mais tout temps de travail, sans exception et par principe, donc sans que l'on ait d'abord &#224; prendre une moyenne, est parfaitement &#233;quivalent. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chance pour M. D&#252;hring que le destin n'ait pas fait de lui un fabricant et lui ait ainsi &#233;pargn&#233; le soin de fixer la valeur de ses marchandises d'apr&#232;s cette r&#232;gle nouvelle, ce qui l'e&#251;t conduit infailliblement &#224; la banqueroute. Mais quoi ! Nous trouvons-nous encore dans une soci&#233;t&#233; de fabricants ? Nullement. Avec les &#8220; frais de revient naturels &#8221; et la valeur absolue, M. D&#252;hring nous a fait faire un bond, un v&#233;ritable saut p&#233;rilleux hors du m&#233;chant monde actuel des exploiteurs, dans sa propre commune &#233;conomique de l'avenir, dans l'&#232;re c&#233;leste et pure de l'&#233;galit&#233; et de la justice, et il nous faut donc, m&#234;me si c'est pr&#233;matur&#233;, examiner d&#233;j&#224; un peu ici ce monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, d'apr&#232;s la th&#233;orie de M. D&#252;hring, m&#234;me dans la commune &#233;conomique, seul le temps de travail utilis&#233; peut mesurer la valeur des choses &#233;conomiques, mais il faudra l&#224; estimer a priori le temps de travail de chacun comme parfaitement &#233;gal ; tout temps de travail, sans exception et par principe, est parfaitement &#233;quivalent, et cela sans que l'on ait &#224; prendre d'abord une moyenne. Que l'on rapproche maintenant de ce socialisme &#233;galitaire radical l'id&#233;e n&#233;buleuse de Marx selon laquelle le temps de travail d'un homme donn&#233; aurait en soi plus de valeur que celui d'une autre personne, parce qu'il y serait condens&#233; plus de temps de travail moyen, id&#233;e dont il est tenu prisonnier par la mani&#232;re de penser traditionnelle des classes cultiv&#233;es, auxquelles il para&#238;t forc&#233;ment monstrueux de reconna&#238;tre pleinement &#233;quivalents au point de vue &#233;conomique le temps de travail du man&#339;uvre et celui de l'architecte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, Marx ajoute au passage du Capital cit&#233; plus haut cette petite note :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le lecteur doit remarquer qu'il ne s'agit pas ici du salaire ou de la valeur que l'ouvrier re&#231;oit pour un jour de travail, mais de la valeur de la marchandise dans laquelle se r&#233;alise cette journ&#233;e de travail [2]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, qui semble avoir ici pressenti son D&#252;hring, interdit de lui-m&#234;me qu'on utilise ses th&#232;ses ci-dessus m&#234;me pour le salaire &#224; payer dans la soci&#233;t&#233; actuelle en &#233;change du travail compos&#233;. Et si M. D&#252;hring, non content de le faire malgr&#233; Marx, donne ces th&#232;ses pour les principes selon lesquels Marx voudrait voir se r&#233;gler la r&#233;partition des moyens de subsistance dans la soci&#233;t&#233; &#224; organisation socialiste, c'est l&#224; une impudence dans la falsification qui ne trouve son &#233;gale que dans la litt&#233;rature de chantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, consid&#233;rons d'un peu plus pr&#232;s la doctrine de l'&#233;quivalence. Tout temps de travail est parfaitement &#233;quivalent, celui du man&#339;uvre et celui de l'architecte. Donc, le temps de travail et par suite, le travail lui-m&#234;me, a une valeur. Mais le travail est le producteur de toutes les valeurs. C'est lui seul qui donne aux produits naturels existants une valeur au sens &#233;conomique. La valeur elle-m&#234;me n'est rien d'autre que l'expression du travail humain socialement n&#233;cessaire objectiv&#233; dans une chose. Le travail ne peut donc pas avoir de valeur. Parler d'une valeur du travail et vouloir la d&#233;terminer, n'a pas plus de sens que de parler de la valeur de la valeur ou vouloir d&#233;terminer le poids non pas d'un corps pesant, mais de la pesanteur elle-m&#234;me. M. D&#252;hring exp&#233;die des gens comme Owen, Saint-Simon et Fourier, en les qualifiant d'alchimistes sociaux. En ruminant sur la valeur du temps de travail, c'est-&#224;-dire du travail, il d&#233;montre qu'il est encore bien au-dessous des alchimistes r&#233;els. Que l'on mesure maintenant la hardiesse avec laquelle M. D&#252;hring fait affirmer &#224; Marx que le temps de travail d'un homme donn&#233; aurait en soi plus de valeur que celui d'une autre personne, comme si le temps de travail, donc le travail, avait une valeur. Faire dire cela &#224; Marx qui a expos&#233; le premier que le travail ne petit avoir de valeur et, le premier, en a donn&#233; la raison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le socialisme, qui veut &#233;manciper la force de travail humaine de sa position de marchandise, il est d'une haute importance de comprendre que le travail n'a pas de valeur et ne peut en avoir. C'est cette compr&#233;hension qui fait &#233;crouler toutes les tentatives que M. D&#252;hring a h&#233;rit&#233;es du socialisme ouvrier primitif pour r&#233;gler la future r&#233;partition des moyens d'existence comme une sorte de salaire sup&#233;rieur. De cette compr&#233;hension suit encore l'id&#233;e que la r&#233;partition, pour autant qu'elle sera domin&#233;e par des pr&#233;occupations purement &#233;conomiques, se r&#233;glera par l'int&#233;r&#234;t de la production, et que la production sera le plus favoris&#233;e par un mode de r&#233;partition permettant &#224; tous les membres de la soci&#233;t&#233; de d&#233;velopper, de maintenir et d'exercer leurs facult&#233;s avec le maximum d'universalit&#233;. Pour la mani&#232;re de penser des classes cultiv&#233;es dont M. D&#252;hring a h&#233;rit&#233;, c'est forc&#233;ment une monstruosit&#233; que de croire qu'un jour il n'y aura plus de man&#339;uvre ni d'architecte de profession, et que l'homme qui, pendant une demi-heure, aura donn&#233; des instructions comme architecte, poussera aussi quelque temps la brouette, jusqu'&#224; ce qu'on fasse de nouveau appel &#224; son activit&#233; d'architecte. Quel beau socialisme que celui qui &#233;ternise les man&#339;uvres de profession !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;quivalence du temps de travail doit signifier que chaque ouvrier produit des valeurs &#233;gales dans des temps de travail &#233;gaux sans que l'on ait d'abord &#224; prendre une moyenne, cela est &#233;videmment faux. Chez deux ouvriers, fussent-ils de la m&#234;me branche, le produit de valeur de l'heure de travail sera toujours diff&#233;rent selon l'intensit&#233; du travail et l'habilet&#233; ; &#224; cet inconv&#233;nient, qui n'en est d'ailleurs un que pour des gens &#224; la D&#252;hring, il n'est pas de commune &#233;conomique, du moins sur notre corps c&#233;leste, qui puisse jamais rem&#233;dier. Que reste-t-il donc de toute l'&#233;quivalence du travail de tous et de chacun ? Rien de plus que la simple phras&#233;ologie fanfaronne, qui n'a pas d'autre base &#233;conomique que l'incapacit&#233; o&#249; est M. D&#252;hring de distinguer entre la d&#233;termination de la valeur par le travail et la d&#233;termination de la valeur par le salaire, - rien de plus que cet oukase, loi fondamentale de la nouvelle commune &#233;conomique : &#224; temps de travail &#233;gal salaire &#233;gal ! Les vieux communistes ouvriers de France et Weitling donnaient tout de m&#234;me de bien meilleures raisons pour justifier leur &#233;galit&#233; des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se r&#233;sout d&#232;s lors toute cette importante question de la r&#233;tribution plus &#233;lev&#233;e du travail compos&#233; ? Dans la soci&#233;t&#233; des producteurs priv&#233;s, ce sont les personnes priv&#233;es ou leurs familles qui supportent les frais de la formation de l'ouvrier qualifi&#233; ; c'est aux personnes priv&#233;es que revient donc d'abord le prix plus &#233;lev&#233; de la force de travail qualifi&#233;e : l'esclave habile se vend plus cher, le salari&#233; habile se r&#233;tribue plus cher. Dans la soci&#233;t&#233; &#224; organisation socialiste, c'est la soci&#233;t&#233; qui supporte ces frais. C'est donc &#224; elle qu'en appartiennent les fruits, les valeurs plus grandes du travail compos&#233; une fois qu'elles sont produites. L'ouvrier lui-m&#234;me n'a pas de droit suppl&#233;mentaire. Et, en passant, la morale de cette histoire est encore que le droit de l'ouvrier au &#8220; produit int&#233;gral du travail &#8221; [3], quelle qu'en soit la vogue, ne va pas toujours sans anicroches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Capital, livre I, tome I, p. 59, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le Capital, livre I, tome I, p. 59, note, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Une des revendications avanc&#233;es par Lassalle. Voir sa critique par Marx dans Critique du programme de Gotha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. Capital et plus-value&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; En premier lieu, M. Marx n'a pas du capital la conception &#233;conomique courante, selon laquelle il est un moyen de production qui a &#233;t&#233; produit ; il essaie au contraire de lancer une id&#233;e plus sp&#233;ciale, qui rel&#232;ve de l'histoire dialectique et qui entre dans le jeu des m&#233;tamorphoses appliqu&#233; aux concepts et &#224; l'histoire. Le capital s'engendrerait &#224; partir de l'argent ; il constituerait une phase historique qui commence avec le XVI&#176; si&#232;cle, c'est-&#224;-dire avec les d&#233;buts du march&#233; mondial plac&#233;s par hypoth&#232;se en ce temps. Il est &#233;vident que dans une telle conception, la rigueur de l'analyse &#233;conomique se perd. Dans ces vues d&#233;sordonn&#233;es de l'imagination, qui veulent &#234;tre mi-historiques et mi-logiques, mais qui ne sont en fait que des b&#226;tards de l'esprit visionnaire en histoire et en logique, la facult&#233; de discernement de l'entendement sombre avec toute utilisation honn&#234;te du concept &#8221;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et la charge continue ainsi pendant toute une page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La fa&#231;on dont Marx caract&#233;rise le concept de capital ne fait que cr&#233;er la confusion dans la doctrine rigoureuse de l'&#233;conomie ... Des frivolit&#233;s que l'on fait passer pour des v&#233;rit&#233;s logiques profondes ... Infirmit&#233; du point de d&#233;part &#8221;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, selon Marx, le capital s'engendrerait &#224; partir de l'argent au d&#233;but du XVI&#176; si&#232;cle. C'est comme si on voulait dire que la monnaie m&#233;tallique s'est engendr&#233;e &#224; partir du b&#233;tail, il y a trente si&#232;cles bien compt&#233;s, parce que le b&#233;tail remplissait autrefois, entre autres fonctions, des fonctions mon&#233;taires. Il n'y a que M. D&#252;hring pour &#234;tre capable de s'exprimer d'une mani&#232;re aussi grossi&#232;re et aussi biscornue. Chez Marx, dans l'analyse des formes &#233;conomiques &#224; l'int&#233;rieur desquelles &#233;volue le processus de circulation des marchandises, la monnaie se pr&#233;sente comme derni&#232;re forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Ce produit final de la circulation des marchandises est la premi&#232;re forme d'apparition du capital. Lorsqu'on &#233;tudie le capital historiquement dans ses origines, on le voit partout se poser en face de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sous forme d'argent, soit comme fortune mon&#233;taire soit comme capital commercial ou comme capital usuraire ... Il nous suffira d'observer ce qui se passe aujourd'hui m&#234;me sous nos yeux. Aujourd'hui comme jadis, chaque capital nouveau entre en sc&#232;ne, c'est-&#224;-dire sur le march&#233;, march&#233; des produits, march&#233; du travail ou march&#233; de la monnaie, sous forme d'argent, d'argent qui, par des proc&#233;d&#233;s sp&#233;ciaux, doit se transformer en capital [1]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un fait que Marx constate une fois de plus. Incapable de le contester, M. D&#252;hring le d&#233;forme : le capital s'engendrerait &#224; partir de l'argent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx continue en &#233;tudiant les processus par lesquels l'argent se transforme en capital et il trouve d'abord que la forme sous laquelle l'argent circule comme capital est le renversement de celle sous laquelle il circule comme &#233;quivalent g&#233;n&#233;ral des marchandises. Le simple possesseur de marchandises vend pour acheter ; il vend ce dont il n'a pas besoin et, avec l'argent acquis, il ach&#232;te ce dont il a besoin. Le capitaliste d&#233;butant ach&#232;te d'embl&#233;e ce dont il n'a pas besoin lui-m&#234;me ; il ach&#232;te pour vendre, et pour vendre plus cher, pour recouvrer la valeur de l'argent qu'il a primitivement jet&#233; dans l'achat, augment&#233;e d'un accroissement en argent, accroissement que Marx appelle la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'origine de cette plus-value ? Elle ne peut ni venir du fait que l'acheteur a achet&#233; les marchandises au-dessous de la valeur, ni du fait que le vendeur les a revendues au-dessus de la valeur. Car, dans les deux cas, les gains et les pertes de chaque individu se compensent, puisque chacun est tour &#224; tour acheteur et vendeur. Elle ne peut provenir non plus du dol, puisque le dol peut sans doute enrichir l'un aux d&#233;pens de l'autre, mais il ne peut pas augmenter la somme totale poss&#233;d&#233;e par l'un et l'autre, non plus, par cons&#233;quent, que la somme des valeurs circulantes en g&#233;n&#233;ral. &#8220; La classe enti&#232;re des capitalistes d'un pays ne peut pas b&#233;n&#233;ficier sur elle-m&#234;me. [2] &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant nous trouvons que la classe enti&#232;re des capitalistes de chaque pays s'enrichit continuellement sous nos yeux en revendant plus cher qu'elle n'a achet&#233;, en s'appropriant de la plus-value. Nous en sommes donc au m&#234;me point qu'au d&#233;but : d'o&#249; provient cette plus-value ? C'est cette question qu'il s'agit de r&#233;soudre, et de mani&#232;re purement &#233;conomique, en excluant tout dol, toute intervention d'une violence quelconque. En v&#233;rit&#233;, comment est-il possible de revendre continuellement plus cher que l'on a achet&#233;, &#233;tant suppos&#233; pourtant que des valeurs &#233;gales sont continuellement &#233;chang&#233;es contre des valeurs &#233;gales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution de cette question est, dans l'&#339;uvre de Marx, le m&#233;rite qui fait le plus &#233;poque. Elle jette une lumi&#232;re &#233;clatante sur des domaines &#233;conomiques o&#249; auparavant les socialistes t&#226;tonnaient dans les plus profondes t&#233;n&#232;bres sans avantage sur les &#233;conomistes bourgeois. C'est d'elle que date, c'est autour d'elle que se groupe le socialisme scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution est la suivante. L'accroissement de valeur de l'argent qui doit se transformer en capital ne peut pas s'op&#233;rer en cet argent ou provenir de l'achat, puisque cet argent ne fait ici que r&#233;aliser le prix de la marchandise ; et comme nous supposons qu'on &#233;change des valeurs &#233;gales, ce prix n'est pas diff&#233;rent de la valeur de la marchandise. Mais, pour la m&#234;me raison, l'accroissement de valeur ne peut pas provenir non plus de la vente de la marchandise. La modification doit donc se produire avec la marchandise qui est achet&#233;e ; non avec sa valeur, &#233;tant donn&#233; qu'elle est achet&#233;e et vendue &#224; sa valeur, mais au contraire avec sa valeur d'usage en tant que telle, c'est-&#224;-dire que la modification de valeur doit r&#233;sulter de la consommation de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Pour pouvoir tirer une valeur &#233;changeable de la valeur usuelle d'une marchandise, il faudrait que l'homme aux &#233;cus e&#251;t l'heureuse chance ... de d&#233;couvrir sur le march&#233; m&#234;me une marchandise, dont la valeur usuelle poss&#233;d&#226;t la vertu particuli&#232;re d'&#234;tre source de valeur &#233;changeable, de sorte que la consommer serait r&#233;aliser du travail, et par cons&#233;quent cr&#233;er de la valeur. Et notre homme trouve effectivement sur le march&#233; une marchandise dou&#233;e de cette vertu sp&#233;cifique - elle s'appelle puissance de travail ou force de travail [3]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme nous l'avons vu, le travail en tant que tel ne peut avoir de valeur, il n'en va nullement de m&#234;me de la force de travail. Celle-ci prend une valeur d&#232;s qu'elle devient marchandise, ce qui est effectivement le cas aujourd'hui, et cette valeur se d&#233;termine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; comme celle de toute autre marchandise par le temps de travail n&#233;cessaire &#224; la production, donc aussi &#224; la reproduction de cet article sp&#233;cifique &#8221;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est-&#224;-dire par le temps de travail qui est indispensable en vue de produire les moyens de subsistance dont l'ouvrier a besoin pour se maintenir en &#233;tat de travailler et pour propager sa race. Admettons que ces moyens de subsistance repr&#233;sentent, un jour dans l'autre, un temps de travail de six heures. Notre capitaliste d&#233;butant qui ach&#232;te de la force de travail pour exploiter son affaire, c'est-&#224;-dire qui loue un ouvrier, paye donc &#224; cet ouvrier la valeur journali&#232;re int&#233;grale de sa force de travail lorsqu'il lui paye une somme d'argent qui repr&#233;sente &#233;galement six heures de travail. Or, d&#232;s que l'ouvrier a travaill&#233; six heures au service du capitaliste d&#233;butant, il a int&#233;gralement rembours&#233; celui-ci de sa d&#233;pense, de la valeur journali&#232;re de la force de travail qui a &#233;t&#233; vers&#233;e. Mais l'argent ne serait pas transform&#233; par l&#224; en capital, il n'aurait pas produit de plus-value. C'est pourquoi l'acheteur de la force de travail a une opinion tout &#224; fait diff&#233;rente sur la nature du march&#233; qu'il a conclu. Qu'il suffise de six heures de travail pour maintenir l'ouvrier en vie pendant vingt-quatre heures, n'emp&#234;che nullement celui-ci de travailler douze heures sur vingt-quatre. La valeur de la force de travail et la mise en valeur de cette force dans le processus du travail sont deux grandeurs diff&#233;rentes. L'homme aux &#233;cus a pay&#233; la valeur journali&#232;re de la force de travail, donc son utilisation pendant la journ&#233;e, le travail de la journ&#233;e lui appartient aussi. Si la valeur que son utilisation cr&#233;e en une journ&#233;e est le double de sa propre valeur journali&#232;re, c'est une chance particuli&#232;re pour l'acheteur, mais selon les lois de l'&#233;change des marchandises, ce n'est absolument pas une injustice envers le vendeur. L'ouvrier co&#251;te donc chaque jour &#224; l'homme aux &#233;cus, d'apr&#232;s notre hypoth&#232;se, le produit en valeur de six heures de travail, mais il lui fournit chaque jour le produit en valeur de douze heures de travail. Diff&#233;rence au profit de l'homme aux &#233;cus : six heures de surtravail impay&#233;, un surproduit impay&#233; dans lequel est incorpor&#233; le travail de six heures. Le tour est jou&#233;. La plus-value est produite, l'argent transform&#233; en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;montrant de cette mani&#232;re la fa&#231;on dont na&#238;t la plus-value et la seule fa&#231;on dont la plus-value peut na&#238;tre sous l'empire des lois r&#233;glant l'&#233;change de marchandises, Marx a mis &#224; nu le m&#233;canisme du mode de production capitaliste d'aujourd'hui et du mode d'appropriation qui repose sur lui ; il a d&#233;couvert le noyau autour duquel s'est cristallis&#233; tout le r&#233;gime actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gen&#232;se du capital a pourtant une condition essentielle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La transformation de l'argent en capital exige donc que le possesseur d'argent trouve sur le march&#233; le travailleur libre, et libre &#224; un double point de vue. Premi&#232;rement, le travailleur doit &#234;tre une personne libre, disposant &#224; son gr&#233; de sa force de travail comme de sa marchandise &#224; lui ; secondement, il doit n'avoir pas d'autre marchandise &#224; vendre ; &#234;tre, pour ainsi dire, libre de tout, compl&#232;tement d&#233;pourvu des choses n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation de sa puissance travailleuse [4]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce rapport entre possesseurs d'argent et de marchandises, d'une part, et possesseurs de rien hormis leur propre force de travail, d'autre part, n'est pas un rapport inscrit dans la nature des choses ni commun &#224; toutes les p&#233;riodes de l'histoire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; il est &#233;videmment le r&#233;sultat d'un d&#233;veloppement historique pr&#233;liminaire, le produit ... de la destruction de toute une s&#233;rie de vieilles formes de production sociale [5].&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de fait, cet ouvrier libre nous appara&#238;t pour la premi&#232;re fois en masse dans l'histoire &#224; la fin du XV&#176; si&#232;cle et au d&#233;but du XVI&#176; si&#232;cle par suite de la dissolution du mode de production f&#233;odal. Mais par l&#224;, et par la cr&#233;ation du commerce mondial et du march&#233; mondial qui date de la m&#234;me &#233;poque, &#233;tait donn&#233;e la base sur laquelle la masse de la richesse mobili&#232;re existante se transforme forc&#233;ment de plus en plus en capital et le mode de production capitaliste orient&#233; vers la production de plus-value devient forc&#233;ment de plus en plus le mode exclusivement dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, nous avons suivi les &#8220; conceptions d&#233;sordonn&#233;es &#8221; de Marx, ces &#8220; b&#226;tards de l'esprit visionnaire en histoire et en logique&#8221;, o&#249; &#8220;sombre la facult&#233; de discernement de l'entendement avec toute utilisation honn&#234;te du concept &#8221;. Opposons maintenant &#224; ces &#8220; frivolit&#233;s &#8221; les &#8220; profondes v&#233;rit&#233;s logiques &#8221; et le &#8220; dernier mot d'une science rigoureuse au sens des disciplines exactes &#8221;, tels que M. D&#252;hring nous les offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, Marx n'a pas du capital &#8220; la conception &#233;conomique courante &#8221;, selon laquelle il est un moyen de production qui a &#233;t&#233; produit ; il dit au contraire qu'une somme de valeurs ne se transforme en capital que lorsqu'elle se r&#233;alise en cr&#233;ant de la plus-value. Et que dit M. D&#252;hring ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le capital est une souche de moyens de puissance &#233;conomiques pour continuer la production et pour constituer des participations aux fruits de la force de travail g&#233;n&#233;rale. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le style sibyllin et la confusion qui caract&#233;risent encore une fois l'expression, une chose est s&#251;re : la souche de moyens de puissance &#233;conomiques pourra continuer la production dans l'&#233;ternit&#233;, selon les termes propres de M. D&#252;hring, sans qu'elle se transforme en capital tant qu'elle ne cr&#233;era pas de &#8220; participations. aux fruits de la force de &#8220; travail g&#233;n&#233;rale &#8221;, c'est-&#224;-dire de plus-value ou tout au moins de surproduit. Donc quand M. D&#252;hring reproche &#224; Marx le p&#233;ch&#233; qui l'emp&#234;che d'avoir du capital la conception &#233;conomique courante, non seulement il y tombe lui-m&#234;me, mais il tombe en outre dans un plagiat maladroit de Marx, &#8220; mal dissimul&#233;&#8221; sous des tournures pompeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement continue page 262 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le capital au sens social [et il reste &#224; M. D&#252;hring &#224; d&#233;couvrir un capital qui ne soit pas au sens social] est, en effet, sp&#233;cifiquement diff&#233;rent du pur moyen de production ; car tandis que ce dernier a un caract&#232;re purement technique et est n&#233;cessaire en toutes circonstances, le premier se distingue par sa force sociale d'approbation et de cr&#233;ation de parts. Le capital social n'est certes rien d'autre, en grande partie, que le moyen de production technique dans sa fonction sociale ; mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette fonction-l&#224; qui ... doit dispara&#238;tre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous r&#233;fl&#233;chissons que ce fut pr&#233;cis&#233;ment Marx qui le premier mit en valeur la &#8220; fonction sociale&#8221; indispensable pour qu'une somme de valeurs se transforme en capital, il sera certes &#8220;rapidement &#233;tabli pour tout observateur attentif de la mati&#232;re que la fa&#231;on dont Marx caract&#233;rise le concept de capital ne fait que cr&#233;er la confusion&#8221;, non pourtant, comme M. D&#252;hring le croit, dans la doctrine rigoureuse de l'&#233;conomie, mais, - cela se voit de reste, - purement et simplement dans la t&#234;te de M. D&#252;hring lui-m&#234;me, lequel a d&#233;j&#224; oubli&#233; dans l'Histoire critique comment, dans le Cours, il a fait ses choux gras dudit concept de capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, M. D&#252;hring ne se contente pas d'emprunter &#224; Marx sa d&#233;finition du capital, bien que sous une forme &#8220;&#233;pur&#233;e&#8221;. Il faut qu'il le suive aussi dans &#8220; le jeu des m&#233;tamorphoses appliqu&#233; aux concepts et &#224; l'histoire&#8221;, et cela en sachant mieux que personne qu'il n'en sortira que des &#8220; vues d&#233;sordonn&#233;es de l'imagination &#8221;, des &#8220;frivolit&#233;s&#8221;, l' &#8220; infirmit&#233; du point de d&#233;part&#8221;, etc. D'o&#249; vient cette &#8220;fonction sociale&#8221; du capital qui le met en mesure de s'approprier les fruits du travail d'autrui et qui seul le distingue du simple moyen de production ? Elle ne repose pas, dit M. D&#252;hring, &#8220; sur la nature des moyens de production et sur l'impossibilit&#233; technique de s'en passer &#8221;. Elle a donc une origine historique et &#224; la page 252, M. D&#252;hring ne fait que r&#233;p&#233;ter ce que nous avons d&#233;j&#224; entendu dix fois, lorsqu'il explique son origine au moyen de cette vieille aventure des deux bonshommes dont l'un, au d&#233;but de l'histoire, transforme son moyen de production en capital en faisant violence &#224; l'autre. Mais non content d'assigner un d&#233;but historique &#224; la fonction sociale sans laquelle une somme de valeur ne se transforme pas en capital, M. D&#252;hring lui proph&#233;tise aussi une fin historique. C'est elle &#8220; qui pr&#233;cis&#233;ment doit dispara&#238;tre &#8221;. Un ph&#233;nom&#232;ne qui a une origine historique et qui doit aussi dispara&#238;tre historiquement, re&#231;oit d'habitude, dans la langue courante, le nom de &#8220; phase historique &#8221;. Donc, le capital est une phase historique non seulement chez Marx, mais aussi chez M. D&#252;hring, et c'est pourquoi nous voil&#224; oblig&#233;s de conclure que nous nous trouvons ici chez les j&#233;suites. Si deux hommes font la m&#234;me chose, ce n'est pas la m&#234;me chose ! Si Marx dit que le capital est une phase historique, c'est l&#224; une vue d&#233;sordonn&#233;e de l'imagination, un produit b&#226;tard de l'esprit visionnaire en histoire et en logique avec lequel sombre la facult&#233; de discernement, ainsi que tout usage honn&#234;te du concept. Si M. D&#252;hring pr&#233;sente pareillement le capital comme une phase historique, c'est l&#224; une preuve de la rigueur de l'analyse &#233;conomique et du dernier mot de la science la plus rigoureuse au sens des disciplines exactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi se distingue donc l'id&#233;e du capital chez D&#252;hring et chez Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le capital, dit Marx, n'a point invent&#233; le surtravail. Partout o&#249; une partie de la soci&#233;t&#233; poss&#232;de le monopole des moyens de production, l'ouvrier, libre ou non, est forc&#233; d'ajouter au temps de travail n&#233;cessaire &#224; son propre entretien un surplus destin&#233; &#224; produire la subsistance du possesseur des moyens de production [6]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surtravail, le travail au-del&#224; du temps n&#233;cessaire &#224; la conservation de l'ouvrier et l'appropriation du produit de ce surtravail par d'autres, l'exploitation du travail sont donc communs &#224; toutes les formes sociales pass&#233;es, dans la mesure o&#249; celles-ci ont &#233;volu&#233; dans des contradictions de classes. Mais c'est seulement le jour o&#249; le produit de ce surtravail prend la forme de la plus-value, o&#249; le propri&#233;taire des moyens de production trouve en face de lui l'ouvrier libre, - libre de liens sociaux et libre de toute chose qui pourrait lui appartenir, - comme objet d'exploitation et o&#249; il l'exploite dans le but de produire des marchandises, c'est alors seulement que, selon Marx, le moyen de production prend le caract&#232;re sp&#233;cifique de capital. Et cela ne s'est op&#233;r&#233; &#224; grande &#233;chelle que depuis la fin du XV&#176; et le d&#233;but du XVI&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. D&#252;hring, par contre, proclame capital toute somme de moyens de production qui &#8220;constitue des participations aux fruits de la force de travail g&#233;n&#233;rale&#8221;, donc, qui procure du surtravail sous n'importe quelle forme. En d'autres termes, M. D&#252;hring s'annexe le surtravail d&#233;couvert par Marx afin de s'en servir pour tuer la plus-value &#233;galement d&#233;couverte par Marx et qui, momentan&#233;ment, ne lui convient pas. D'apr&#232;s M. D&#252;hring donc, non seulement la richesse mobili&#232;re et immobili&#232;re des citoyens de Corinthe et d'Ath&#232;nes qui exploitaient leurs biens avec des esclaves, mais encore celle des grands propri&#233;taires fonciers romains de l'Empire et tout autant celle des barons f&#233;odaux du moyen &#226;ge dans la mesure o&#249; elle servait de quelque mani&#232;re &#224; la production, tout cela serait, sans distinction, du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, M. D&#252;hring lui-m&#234;me n'a pas &#8220; du capital le concept courant selon lequel il est un moyen de production qui a &#233;t&#233; produit&#8221;, mais au contraire un concept tout oppos&#233;, qui englobe m&#234;me les moyens de production non produits, la terre et ses ressources naturelles. Or l'id&#233;e que le capital soit tout bonnement &#8220; un moyen de production qui a &#233;t&#233; produit&#8221; n'a cours, derechef, que dans l'&#233;conomie vulgaire. En dehors de cette &#233;conomie vulgaire si ch&#232;re &#224; M. D&#252;hring, le &#8220; moyen de production qui a &#233;t&#233; produit &#8221; ou une somme de valeur en g&#233;n&#233;ral ne se transforme en capital que parce qu'ils procurent du profit ou de l'int&#233;r&#234;t, c'est-&#224;-dire approprient le surproduit du travail impay&#233; sous la forme de plus-value, et cela, derechef, sous ces deux vari&#233;t&#233;s d&#233;termin&#233;es de la plus-value. Il reste avec cela parfaitement indiff&#233;rent que toute l'&#233;conomie bourgeoise soit prisonni&#232;re de l'id&#233;e que la propri&#233;t&#233; de procurer du profit ou de l'int&#233;r&#234;t &#233;choit tout naturellement &#224; n'importe quelle somme de valeur qui est employ&#233;e dans des conditions normales dans la production ou dans l'&#233;change. Dans l'&#233;conomie classique, capital et profit, ou bien capital et int&#233;r&#234;t sont &#233;galement ins&#233;parables, ils sont dans la m&#234;me relation r&#233;ciproque l'un avec l'autre que la cause et l'effet, le p&#232;re et le fils, hier et aujourd'hui. Mais le terme de capital avec sa signification &#233;conomique moderne n'appara&#238;t qu'a la date o&#249; la chose elle-m&#234;me appara&#238;t, o&#249; la richesse mobili&#232;re prend de plus en plus une fonction de capital en exploitant le surtravail d'ouvriers libres pour produire des marchandises : de fait, ce mot est introduit par la premi&#232;re nation de capitalistes que l'histoire connaisse, les Italiens des XV&#176; et XVI&#176; si&#232;cles. Et s'il est vrai que Marx a le premier analys&#233; jusqu'en son fond le mode d'appropriation particulier au capital moderne, si c'est lui qui a mis le concept de capital en harmonie avec les faits historiques dont il avait &#233;t&#233; abstrait en dernier ressort et auxquels il devait l'existence ; s'il est vrai que Marx, ce faisant, a lib&#233;r&#233; ce concept &#233;conomique des repr&#233;sentations confuses et vagues dont il &#233;tait encore infect&#233; m&#234;me dans l'&#233;conomie bourgeoise classique et chez les socialistes ant&#233;rieurs, c'est donc bien Marx qui a proc&#233;d&#233; avec le &#8220; dernier mot de l'esprit scientifique le plus rigoureux &#8221; que M. D&#252;hring a toujours &#224; la bouche et qui manque si douloureusement chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les choses se passent tout autrement chez M. D&#252;hring. Il ne lui suffit pas, en pr&#233;sence de la description du capital comme phase historique, de la traiter de &#8220;produit b&#226;tard de l'esprit visionnaire en histoire et en logique&#8221;, pour la pr&#233;senter ensuite lui-m&#234;me comme une phase historique : il proclame aussi tout net comme capital tous les moyens de puissance &#233;conomiques, tous les moyens de production qui s'approprient &#8220; des parts du fruit de la force de travail g&#233;n&#233;rale&#8221;, y compris donc la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans toutes les soci&#233;t&#233;s de classes ; ce qui ne le g&#234;ne pas le moins du monde pour s&#233;parer par la suite la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et la rente fonci&#232;re du capital et du profit en plein accord avec la tradition, et pour r&#233;server donc le nom de capital aux moyens de production qui procurent du profit ou de l'int&#233;r&#234;t, comme on peut le v&#233;rifier abondamment aux pages 156 et suivantes de son Cours. De la m&#234;me fa&#231;on, M. D&#252;hring pourrait comprendre tout d'abord sous le nom de locomotive des chevaux, des b&#339;ufs, des &#226;nes et des chiens, puisqu'ils peuvent servir aussi &#224; mouvoir des v&#233;hicules, et accuser les ing&#233;nieurs d'aujourd'hui de faire une phase historique du terme de locomotive en le r&#233;servant &#224; la voiture &#224; vapeur moderne ; il pourrait les accuser de se livrer par l&#224; &#224; des vues d&#233;sordonn&#233;es de l'imagination, &#224; des b&#226;tards de l'esprit visionnaire en histoire et en logique, etc. Apr&#232;s quoi, il ne lui resterait qu'&#224; d&#233;clarer que chevaux, &#226;nes, b&#339;ufs et chiens sont exclus de la d&#233;nomination de locomotive et que celle-ci ne vaut que pour le v&#233;hicule &#224; vapeur. - Nous voici donc oblig&#233;s derechef de dire que c'est bien la conception &#224; la D&#252;hring de l'id&#233;e de capital qui fait perdre toute rigueur &#224; l'analyse &#233;conomique et sombrer la facult&#233; de discernement avec tout usage honn&#234;te du concept ; c'est bien chez M. D&#252;hring que s'&#233;panouissent les vues d&#233;sordonn&#233;es de l'imagination, la confusion, les frivolit&#233;s qui sont donn&#233;es pour de profondes v&#233;rit&#233;s logiques, et l'infirmit&#233; des points de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'&#224; cela ne tienne ! M. D&#252;hring gardera la gloire d'avoir trouv&#233; le pivot autour duquel se meuvent toute l'&#233;conomie ant&#233;rieure, toute la politique, et tout le fatras du droit, en un mot l'ensemble de l'histoire ant&#233;rieure. Ce pivot, le voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La violence et le travail sont les deux facteurs principaux qui entrent en ligne de compte dans la formation des liens sociaux. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette seule phrase r&#233;side toute la constitution du monde &#233;conomique jusqu'&#224; ce jour. Constitution extr&#234;mement br&#232;ve, qui est ainsi r&#233;dig&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1 : Le travail produit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Article 2 : La violence r&#233;partit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224;, &#8220; pour parler en bon fran&#231;ais &#8221;, toute la sagesse &#233;conomique de M. D&#252;hring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Capital, livre I, tome I, p. 151, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ibid., p. 166.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le Capital, livre I, tome I, p. 170, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le Capital, livre I, tome I, p. 172, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ibid., p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Capital, livre I, tome I, p. 231, E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. Capital et plus-value (fin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; De l'avis de M. Marx, le salaire ne repr&#233;sente que le paiement de ce temps de travail pendant lequel l'ouvrier est r&#233;ellement &#224; l'&#339;uvre pour rendre possible sa propre existence. Or, il suffit pour cela d'un assez petit nombre d'heures ; tout le reste de la journ&#233;e de travail, souvent longue, fournit un exc&#233;dent qui contient ce que notre auteur nomme &#8220; plus-value &#8221; et qui, dans le langage courant, s'appelle le gain du capital. Abstraction faite du temps de travail d&#233;j&#224; contenu a tout niveau de la production dans les moyens de travail et dans les mati&#232;res premi&#232;res requises, cet exc&#233;dent de la journ&#233;e de travail est la part du patron capitaliste. L'allongement de la journ&#233;e de travail est donc un pur gain d'extorsion au profit du capitaliste. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon M. D&#252;hring, la plus-value de Marx ne serait donc rien d'autre que ce que, dans la langue courante, on appelle gain du capital ou profit. &#201;coutons Marx lui-m&#234;me. Page 195 du Capital, la plus-value est expliqu&#233;e par les mots qui sont mis entre parenth&#232;ses apr&#232;s ce terme : &#8220; Int&#233;r&#234;t, profit, rente [1]. &#8221; Page 210, Marx donne un exemple dans lequel une somme de plus-value de 71 shillings appara&#238;t sous ses diff&#233;rentes formes de r&#233;partition : d&#238;mes, imp&#244;ts locaux et imp&#244;ts d'&#201;tat 21 shillings, rente fonci&#232;re 28 shillings, profit du fermier et int&#233;r&#234;t 22 shillings, plus-value totale 71 shillings [2]. - Page 542, Marx d&#233;clare que c'est un d&#233;faut capital chez Ricardo de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; ne pas repr&#233;senter la plus-value &#224; l'&#233;tat pur, c'est-&#224;-dire ind&#233;pendamment de ses formes particuli&#232;res telles que profit, rente fonci&#232;re, etc. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et que, de ce fait, Ricardo m&#233;lange directement les lois du taux de plus-value avec les lois du taux de profit ; par contre, Marx annonce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Je d&#233;montrerai plus tard, dans le troisi&#232;me livre, que, donn&#233; le taux de la plus-value, le taux du profit peut varier ind&#233;finiment, et que donn&#233; le taux du profit, il peut correspondre aux taux de plus-value les plus divers [3]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 587, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; le capitaliste qui produit la plus-value, c'est-&#224;-dire qui extrait directement de l'ouvrier du travail non pay&#233; et fix&#233; dans des marchandises se l'approprie le premier, mais il n'en reste pas le dernier possesseur. Il doit, au contraire, la partager en sous-ordre avec d'autres capitalistes qui accomplissent d'autres fonctions dans l'ensemble de la production sociale, avec le propri&#233;taire foncier, etc. La plus-value se scinde donc en diverses parties, en fragments qui &#233;choient &#224; diverses cat&#233;gories de personnes et rev&#234;tent des formes diverses, apparemment ind&#233;pendantes les unes des autres, telles que profit industriel, int&#233;r&#234;t, gain commercial, rente fonci&#232;re, etc. Ces formes transform&#233;es de la plus-value ne pourront &#234;tre trait&#233;es que dans le troisi&#232;me livre [4].&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en est de m&#234;me dans bien d'autres passages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait s'exprimer plus nettement. A chaque occasion, Marx attire l'attention sur le fait qu'il ne faut absolument Pas confondre sa plus-value avec le profit ou gain du capital, que ce dernier est bien plut&#244;t une vari&#233;t&#233; et tr&#232;s souvent une fraction seulement de la plus-value. Si M. D&#252;hring affirme cependant que la plus-value de Marx est &#8220; dans le langage courant, le gain du capital &#8221;, et s'il est constant que tout le livre de Marx tourne autour de la plus-value, de deux choses l'une : ou bien M. D&#252;hring n'est pas renseign&#233; et il faut alors une impudence sans pareille pour &#233;reinter un livre dont on ignore le contenu essentiel ; ou bien il est renseign&#233; et alors il commet, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, une falsification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La haine venimeuse dont M. Marx accompagne cette description de l'entreprise d'extorsion n'est que trop compr&#233;hensible. Mais un courroux plus violent et une reconnaissance plus compl&#232;te encore du caract&#232;re d'exploitation de la forme &#233;conomique fond&#233;e sur le salariat sont possibles sans qu'on accepte cette attitude th&#233;orique qui s'exprime dans la doctrine marxiste de la plus-value. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude th&#233;orique de Marx, bien intentionn&#233;e, mais erron&#233;e, provoque chez lui une haine venimeuse contre l'entreprise d'extorsion ; la passion morale en soi prend, par suite de cette &#8220; attitude th&#233;orique &#8221; fausse, une expression immorale ; elle se montre sous la forme de la haine ignoble et de la basse virulence tandis que le dernier mot de la science la plus rigoureuse chez M. D&#252;hring se manifeste en une passion morale de nature non moins noble, dans un courroux qui est moral m&#234;me quant &#224; la forme, et qui, de plus, est quantitativement sup&#233;rieur &#224; la haine venimeuse, un courroux plus violent. Tandis que M. D&#252;hring se donne ce plaisir &#224; lui-m&#234;me, voyons d'o&#249; vient ce courroux plus violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; En effet, dit-il ensuite, la question surgit de savoir comment les patrons concurrents sont capables de r&#233;aliser durablement le produit entier du travail, et par l&#224;, le surproduit &#224; ce niveau tellement sup&#233;rieur aux frais naturels de production qu'indique la proportion de l'exc&#233;dent des heures de travail dont nous avons parl&#233;. On ne trouve pas de r&#233;ponse dans la doctrine de Marx, et cela pour la simple raison qu'il n'y avait m&#234;me pas place dans cette doctrine pour soulever la question. Le caract&#232;re de luxe de la production fond&#233;e sur le travail &#224; gages n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233; s&#233;rieusement du tout et la constitution sociale avec ses positions de vampires n'a nullement &#233;t&#233; reconnue comme la raison derni&#232;re de la traite des blancs. Au contraire, c'est toujours l'&#233;l&#233;ment politico-social qui a d&#251; trouver son explication dans l'&#233;conomique.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu dans les passages cit&#233;s plus haut que Marx n'affirme nullement que le surproduit soit, en toute circonstance, vendu en moyenne &#224; sa pleine valeur, comme M. D&#252;hring le suppose ici, par le capitaliste industriel, qui est le premier &#224; se l'approprier. Marx dit express&#233;ment que le gain commercial constitue aussi une partie de la plus-value et cela, dans l'hypoth&#232;se pr&#233;sente, n'est possible que si le fabricant vend son produit au commer&#231;ant au-dessous de la valeur et lui c&#232;de ainsi une part du butin. A la fa&#231;on dont la question est pos&#233;e ici, Marx n'avait certainement pas la place de la soulever. Pos&#233;e de fa&#231;on rationnelle, elle se formule : comment la plus-value se transforme-t-elle en ses vari&#233;t&#233;s - profit, int&#233;r&#234;t, gain commercial, rente fonci&#232;re etc. ? Et de fait c'est au livre III que Marx promet de r&#233;soudre cette question. Mais si M. D&#252;hring n'a pas la patience d'attendre la publication du deuxi&#232;me volume du Capital, il pouvait, en attendant, y regarder d'un peu plus pr&#232;s dans le premier volume. Outre les passages d&#233;j&#224; cit&#233;s, il pouvait lire en ce cas, par exemple, page 323 que, d'apr&#232;s Marx, les lois immanentes de la production capitaliste prennent dans le mouvement ext&#233;rieur des capitaux la valeur de lois coercitives de la concurrence et que, sous cette forme, elles s'imposent aux capitalistes comme mobiles de leurs op&#233;rations ; que, donc, une analyse scientifique de la concurrence pr&#233;suppose l'analyse de la nature intime du capital, de m&#234;me que le mouvement apparent des corps c&#233;lestes n'est intelligible que pour celui qui conna&#238;t leur mouvement r&#233;el, imperceptible pourtant aux sens ; l&#224;-dessus Marx montre par un exemple comment une loi d&#233;termin&#233;e, la loi de la valeur, dans un cas d&#233;termin&#233;, appara&#238;t &#224; l'int&#233;rieur de la concurrence et y exerce sa force motrice. M. D&#252;hring pouvait tirer de l&#224; que la concurrence joue un r&#244;le capital dans la r&#233;partition de la plus-value et, avec quelque r&#233;flexion, ces indications donn&#233;es dans le premier volume suffisent en fait pour faire conna&#238;tre, tout au moins dans ses grandes lignes, la transformation de la plus-value en ses vari&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour M. D&#252;hring, la concurrence est justement l'obstacle absolu &#224; l'intelligence de la chose. Il ne peut pas concevoir comment les patrons concurrents peuvent, durablement, r&#233;aliser le produit entier du travail et, par l&#224;, le surproduit &#224; un niveau tellement sup&#233;rieur aux frais naturels de production. Il s'exprime ici, une fois encore, avec sa &#8220; rigueur &#8221; habituelle qui, en fait, n'est que n&#233;gligence. Le sur produit comme tel n'a pr&#233;cis&#233;ment chez Marx absolument pas de frais de production, c'est la part du produit qui ne co&#251;te rien au capitaliste. Si donc les patrons concurrents voulaient r&#233;aliser le surproduit &#224; ses frais de production naturels, il faudrait qu'ils en fassent cadeau. Mais ne nous arr&#234;tons pas &#224; ces &#8220; d&#233;tails micrologiques &#8221;. Est-ce que les patrons concurrents ne r&#233;alisent pas en fait, chaque jour, le produit du travail au-dessus des frais naturels de production ? Pour M. D&#252;hring, les frais naturels de production se composent de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; la d&#233;pense de travail ou de force, et celle-ci peut &#224; son tour &#234;tre mesur&#233;e jusque dans ses derniers &#233;l&#233;ments de base par la d&#233;pense de nourriture&#8221; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;donc, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, ils se composent des d&#233;penses r&#233;ellement engag&#233;es en mati&#232;res premi&#232;res, moyens de travail et salaire, &#224; la diff&#233;rence du &#8220;tribut&#8221;, du profit, de l'ench&#233;rissement extorqu&#233; l'&#233;p&#233;e &#224; la main. Or, tout le monde sait que dans la soci&#233;t&#233; o&#249; nous vivons, les patrons ne r&#233;alisent Pas leurs marchandises au co&#251;t naturel de production, mais qu'ils y ajoutent dans leurs calculs le soi-disant ench&#233;rissement, le profit et que, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ils l'encaissent en effet. La question que M. D&#252;hring n'a, croyait-il, qu'&#224; soulever pour renverser d'un souffle tout l'&#233;difice de Marx comme feu Josu&#233; les murailles de J&#233;richo, cette question existe donc aussi pour la th&#233;orie &#233;conomique de M. D&#252;hring. Voyons comment il y r&#233;pond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La propri&#233;t&#233; capitaliste, dit-il, n'a pas de sens pratique et ne peut se faire valoir si elle n'implique pas en m&#234;me temps la violence indirecte sur la mati&#232;re humaine. Le produit de cette violence est le gain capitaliste, et la grandeur de celui-ci d&#233;pendra donc de l'&#233;tendue et de l'intensit&#233; de cet exercice de la domination ... Le gain capitaliste est une institution politique et sociale, qui agit plus puissamment que la concurrence. A cet &#233;gard, les patrons op&#232;rent comme un corps et chacun d&#233;fend sa position. Une certaine proportion de gain capitaliste est une n&#233;cessit&#233; dans ce genre d'&#233;conomie une fois qu'il est dominant.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, nous ne savons toujours pas comment les patrons concurrents sont en mesure de r&#233;aliser durablement le produit du travail au-dessus des frais naturels de production. M. D&#252;hring pourrait-il donc avoir assez pi&#232;tre opinion de son public pour le payer de la formule que le gain capitaliste est au-dessus de la concurrence comme en son temps le roi de Prusse &#233;tait au-dessus de la loi ? Nous connaissons les man&#339;uvres gr&#226;ce auxquelles le roi de Prusse est parvenu &#224; sa position au-dessus de la loi ; les man&#339;uvres gr&#226;ce auxquelles le gain capitaliste en arrive &#224; &#234;tre plus puissant que la concurrence, voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment ce que M. D&#252;hring a &#224; nous expliquer et ce qu'il se refuse obstin&#233;ment &#224; expliquer. Peu importe que, comme il le dit, les patrons &#224; cet &#233;gard op&#232;rent comme un corps et que chacun d'eux d&#233;fende cependant sa position. Nous n'allons tout de m&#234;me pas, d'aventure, le croire sur parole et penser qu'il suffit qu'un certain nombre de gens agissent comme corps pour que chacun d'eux d&#233;fende sa position ? Les membres des corporations du moyen &#226;ge, les nobles fran&#231;ais en 1789 ont agi, comme on sait, avec beaucoup de d&#233;cision en tant que corps et pourtant ils ont p&#233;ri. L'arm&#233;e prussienne, &#224; I&#233;na, a agi aussi comme un corps constitu&#233; et au lieu de d&#233;fendre sa position, elle a au contraire &#233;t&#233; oblig&#233;e de d&#233;guerpir et m&#234;me de capituler ensuite morceau par morceau. Nous ne pouvons pas davantage nous contenter de l'assurance qu'une fois donn&#233; ce genre d'&#233;conomie dominant, une certaine proportion de gain capitaliste est une n&#233;cessit&#233; ; car il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;montrer pourquoi il en est ainsi. Nous ne nous rapprochons pas du but d'un pouce quand M. D&#252;hring nous annonce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La domination capitaliste a grandi en liaison avec la domination fonci&#232;re. Une partie des travailleurs serfs de la terre a &#233;t&#233; transform&#233;e dans les villes en ouvriers des arts et m&#233;tiers et, finalement, en mat&#233;riel de fabrique. C'est apr&#232;s la rente fonci&#232;re que le gain capitaliste s'est d&#233;velopp&#233; comme seconde forme de la rente de possession. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous faisons abstraction de la fausset&#233; historique de cette affirmation, elle n'en reste pas moins une simple affirmation et se borne &#224; d&#233;clarer une nouvelle fois ce qu'il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'expliquer et de d&#233;montrer. Nous ne pouvons donc pas conclure &#224; autre chose qu'&#224; l'incapacit&#233; de M. D&#252;hring de r&#233;pondre &#224; sa propre question : comment les patrons concurrents sont-ils en mesure de r&#233;aliser durablement le produit du travail au-dessus des frais naturels de production ? Autrement dit, M. D&#252;hring est incapable d'expliquer la gen&#232;se du profit. Il ne lui reste donc plus qu'&#224; d&#233;cr&#233;ter tout de go : le gain capitaliste est un produit de la violence, ce qui, certes, s'accorde tout &#224; fait avec l'article 2 de la constitution sociale &#224; la D&#252;hring : la violence r&#233;partit. Voil&#224;, &#224; coup s&#251;r, qui est fort bien dit ; mais maintenant &#8220; surgit la question &#8221; : Qu'est-ce que la violence r&#233;partit ? Il faut bien qu'il y ait quelque chose &#224; r&#233;partir, sans quoi m&#234;me la violence la plus omnipotente avec la meilleure volont&#233; du monde ne peut rien r&#233;partir. Le gain que les patrons concurrents empochent est quelque chose de tr&#232;s solide et de tr&#232;s palpable. La violence peut le prendre, mais non le produire. Et si M. D&#252;hring s'obstine &#224; refuser de nous expliquer comment la violence prend le gain patronal, il est muet comme la tombe d&#232;s qu'il s'agit de r&#233;pondre &#224; la question : o&#249; le prend-elle ? L&#224; o&#249; il n'y a rien, le roi, comme toute autre violence, perd ses droits. De rien, il ne sort rien, surtout pas de profit. Si la propri&#233;t&#233; capitaliste n'a pas de sens pratique et ne peut se faire valoir tant qu'elle n'implique pas en m&#234;me temps la violence indirecte sur la mati&#232;re humaine, la question surgit derechef de savoir : 1. comment la richesse capitaliste est parvenue &#224; cette violence, question qui n'est nullement r&#233;gl&#233;e par les quelques affirmations historiques cit&#233;es plus haut ; 2. comment cette violence se transforme en mise en valeur du capital, en profit et 3. o&#249; elle prend ce profit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons empoigner l'&#233;conomie &#224; la D&#252;hring par o&#249; nous voulons, nous n'avan&#231;ons pas d'un pas. Pour toutes les affaires impopulaires, pour le profit, la rente fonci&#232;re, le salaire de famine, l'asservissement des ouvriers, elle n'a qu'un seul mot d'explication : la violence, et toujours la violence, et le &#8220; courroux plus violent &#8221; de M. D&#252;hring se r&#233;sout lui aussi en courroux contre la violence. Nous avons vu : 1. que le fait d'en appeler &#224; la violence est un mauvais pr&#233;texte, un renvoi du domaine &#233;conomique au domaine politique, lequel n'est pas en mesure d'expliquer un seul fait &#233;conomique. Et 2. qu'il laisse sans explication l'origine de la violence elle-m&#234;me, et cela tr&#232;s sagement, puisqu'autrement, il aboutirait forc&#233;ment &#224; ceci que toute puissance sociale et toute violence politique ont leur origine dans des conditions &#233;conomiques pr&#233;alables, dans le mode de production et d'&#233;change de chaque soci&#233;t&#233; tel qu'il est donn&#233; dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons toutefois de voir si nous ne pouvons pas arracher encore quelques &#233;claircissements sur le profit &#224; notre &#8220; fondateur profond &#8221;, mais inexorable, de l'&#233;conomie. Peut-&#234;tre y parviendrons-nous si nous abordons sa discussion du salaire. Il dit page 158 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le salaire est la r&#233;mun&#233;ration pour l'entretien de la force de travail et il n'entre d'abord en ligne de compte que comme fondement de la rente fonci&#232;re et du gain capitaliste. Pour s'expliquer d'une fa&#231;on tout &#224; fait d&#233;cisive les rapports pr&#233;dominant ici, qu'on imagine la rente fonci&#232;re et &#233;galement le gain capitaliste tout d'abord d'une mani&#232;re historique, sans salaire, donc sur la base de l'esclavage ou du servage ... Peu importe de savoir si c'est l'esclave ou le serf, ou si c'est l'ouvrier salari&#233; qui doit &#234;tre entretenu ; cela ne motive qu'une diff&#233;rence dans la mani&#232;re dont sont grev&#233;s les frais de production. Dans chaque cas, le produit net acquis par l'utilisation de la-force de travail constitue le revenu du ma&#238;tre ... On voit donc notamment que l'opposition capitale en vertu de laquelle on trouve, d'une part, une sorte quelconque de rente de possession, et, d'autre part le travail &#224; gages sans possession, ne peut &#234;tre saisie exclusivement dans l'un de ses termes, mais toujours seulement dans les deux &#224; la fois. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#8220; rente de possession &#8221;, comme nous l'apprenons page 188, est une expression commune pour la rente fonci&#232;re et le gain capitaliste. On lit en outre, page 174 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le caract&#232;re du gain capitaliste est une appropriation de la partie essentielle du produit de la force de travail. On ne peut le concevoir sans l'&#233;l&#233;ment corr&#233;latif qui est le travail assujetti directement ou non sous une forme ou l'autre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et page 183 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le salaire n'est, en tous les cas, rien d'autre qu'une r&#233;mun&#233;ration au moyen de laquelle l'entretien et la possibilit&#233; de procr&#233;ation de l'ouvrier doivent &#234;tre en g&#233;n&#233;ral assur&#233;s. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, enfin, page 195 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Ce qui &#233;choit &#224; la rente de possession doit forc&#233;ment &#234;tre perdu pour le salaire et inversement, ce qui revient au travail sur la capacit&#233; g&#233;n&#233;rale de production [!] est forc&#233;ment retir&#233; aux revenus de la propri&#233;t&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. D&#252;hring nous m&#232;ne de surprise en surprise. Dans la th&#233;orie de la valeur et dans les chapitres suivants jusques et y compris la doctrine de la concurrence, donc de la page 14 la page 155, les prix des marchandises ou valeurs se divisaient : 1. en frais naturels de production ou valeur de production, c'est-&#224;-dire d&#233;penses de mati&#232;res premi&#232;res, de moyens de travail et de salaire et 2. en ench&#233;rissement ou valeur de r&#233;partition, tribut impos&#233; l'&#233;p&#233;e &#224; la main au profit de la classe monopoliste ; ench&#233;rissement qui, comme nous l'avons vu, ne pouvait rien changer en r&#233;alit&#233; &#224; la r&#233;partition de la richesse, puisqu'il devait rendre d'une main ce qu'il prenait de l'autre et qui, de plus, dans la mesure o&#249; M. D&#252;hring nous renseigne sur son origine et son contenu, ne naissait de rien et donc ne se composait de rien. Dans les deux chapitres suivants, qui traitent des genres de revenus, donc de la page 156 &#224; la page 217, il n'est plus question d'ench&#233;rissement. En son lieu et place, la valeur de tout produit du travail, donc de toute marchandise, se divise dans les deux parties suivantes : 1. les frais de production, dans lesquels est inclus aussi le salaire pay&#233;, et 2. le &#8220; produit net obtenu par l'utilisation de la force de travail &#8221;, qui constitue le revenu du ma&#238;tre. Et ce produit net a une physionomie parfaitement connue, qu'aucun tatouage ni vernis ne pourraient dissimuler. &#8220; Pour s'expliquer d'une fa&#231;on vraiment d&#233;cisive les rapports pr&#233;dominant ici &#8221;, le lecteur n'aura qu'&#224; imaginer les passages de M. D&#252;hring que nous venons de citer, imprim&#233;s en face des passages cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment de Marx sur le surtravail, le surproduit et la plus-value. Et il trouvera que M. D&#252;hring transcrit directement ici, &#224; sa mani&#232;re, Le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. D&#252;hring reconna&#238;t le surtravail sous quelque forme que ce soit, esclavage, servage ou salariat, comme source des revenus de toutes les classes dominantes jusqu'&#224; nos jours : pris dans le passage cit&#233; maintes fois, Le Capital page 227, &#8220; le capital n'a pas invent&#233; le surtravail etc. &#8221; - Et le &#8220; produit net &#8221; qui constitue &#8220; le revenu du ma&#238;tre&#8221;, qu'est-il d'autre que l'exc&#233;dent du produit du travail sur le salaire, lequel, m&#234;me chez M. D&#252;hring, doit, malgr&#233; son travestissement tout &#224; fait superflu en une r&#233;mun&#233;ration, assurer en g&#233;n&#233;ral l'entretien et la possibilit&#233; de procr&#233;ation de l'ouvrier ? Comment &#8220; l'appropriation de la partie essentielle du produit de la force de travail&#8221; peut-elle se produire, sinon parce que le capitaliste, comme chez Marx, extorque &#224; l'ouvrier plus de travail qu'il est n&#233;cessaire pour la reproduction des moyens de subsistance que celui-ci consomme, c'est-&#224;-dire parce que le capitaliste fait travailler l'ouvrier plus longtemps qu'il n'est n&#233;cessaire pour remplacer la valeur du salaire pay&#233; &#224; l'ouvrier ? Donc, prolongation de la journ&#233;e de travail au-del&#224; du temps n&#233;cessaire &#224; la reproduction des moyens de subsistance de l'ouvrier, surtravail de Marx, - c'est cela, et rien d'autre, qui se cache derri&#232;re &#8220;l'utilisation de la force de travail &#8221; de M. D&#252;hring. Et son &#8220;produit net du ma&#238;tre&#8221;, sous quelle autre forme peut-il se pr&#233;senter que la forme du surproduit et de la plus-value marxistes ? Et par quoi, sinon par sa conception inexacte, la rente de possession de D&#252;hring se distingue-t-elle de la plus-value marxiste ? D'ailleurs, M. D&#252;hring a emprunt&#233; le nom de &#8220;rente de possession&#8221; &#224; Rodbertus qui r&#233;unissait d&#233;j&#224; la rente fonci&#232;re et la rente capitaliste ou gain capitaliste sous l'expression commune de rente, de sorte que M. D&#252;hring n'a eu qu'&#224; ajouter &#8220; de possession &#8221; [5]. Et, afin qu'il ne subsiste aucun doute sur le plagiat, M. D&#252;hring r&#233;sume les lois expos&#233;es par Marx au chapitre 15 du Capital (pages 539 et suivantes) sur les variations de grandeur dans le prix de la force de travail et dans la plus-value, et il les r&#233;sume si bien &#224; sa mani&#232;re que ce qui &#233;choit &#224; la rente de possession est forc&#233;ment perdu pour le salaire et inversement, r&#233;duisant ainsi les lois particuli&#232;res de Marx si riches de substance &#224; une tautologie vide, car il va de soi que d'une grandeur donn&#233;e qui se divise en deux parties, l'une ne peut grandir sans que l'autre diminue. Voil&#224; comment M. D&#252;hring a r&#233;ussi &#224; s'approprier les id&#233;es de Marx de telle fa&#231;on que &#8220; le dernier mot de la science la plus rigoureuse au sens des disciplines exactes&#8221;, ainsi qu'on le trouve vraiment dans l'expos&#233; de Marx, disparaisse compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, devant le tapage insolite auquel M. D&#252;hring se livre dans l'Histoire critique au sujet du Capital et, surtout, devant le tourbillon de mots qu'il soul&#232;ve avec la fameuse question relative &#224; la plus-value, - question qu'il aurait mieux fait de ne pas poser, d'autant plus qu'il ne sait pas y r&#233;pondre lui-m&#234;me, - nous ne pouvons &#233;chapper &#224; l'id&#233;e que tout cela n'est que ruses de guerre, habiles man&#339;uvres pour couvrir le plagiat grossier de Marx qu'il a commis dans son Cours. En effet, M. D&#252;hring avait toute raison de d&#233;conseiller &#224; ses lecteurs de s'occuper de &#8220;l'&#233;cheveau embrouill&#233; que M. Marx appelle Le Capital&#8221;, de les mettre en garde contre les b&#226;tards de l'esprit visionnaire en histoire et en logique, les repr&#233;sentations n&#233;buleuses et confuses de Hegel, et ses fariboles, etc. La V&#233;nus contre laquelle ce fid&#232;le Eckart met en garde la jeunesse allemande, il &#233;tait all&#233; la qu&#233;rir, en tapinois, sur les bris&#233;es de Marx pour la ranger en lieu s&#251;r aux fins d'usage personnel. F&#233;licitons-le pour ce produit net obtenu par l'utilisation de la force de travail de Marx et pour la lumi&#232;re originale que son annexion de la plus-value marxiste sous le nom de rente de possession jette sur les motifs de son affirmation obstin&#233;e, - parce que r&#233;p&#233;t&#233;e dans deux &#233;ditions, - et fausse, selon laquelle Marx n'entendrait par plus-value que le profit ou le gain capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi, il nous faut d&#233;crire les performances de M. D&#252;hring avec ses propres termes, que voici : &#8220; D'apr&#232;s l'opinion de Monsieur &#8221; D&#252;hring, &#8220; le salaire ne repr&#233;sente que le paiement de ce temps de travail pendant lequel l'ouvrier est r&#233;ellement &#224; l'&#339;uvre pour rendre possible sa propre existence. Il y suffit d'un assez petit nombre d'heures, tout le reste de la journ&#233;e de travail, souvent allong&#233;e, fournit un exc&#233;dent dans lequel est contenu ce que notre auteur appelle &#8221; rente de possession. &#8220; Abstraction faite du temps de travail d&#233;j&#224; contenu &#224; un niveau quelconque de la production dans les moyens de travail et les mati&#232;res premi&#232;res en question, cet exc&#233;dent de la journ&#233;e de travail est la part du patron capitaliste. L'allongement de la journ&#233;e de travail n'est par cons&#233;quent qu'un gain d'extorsion au profit du capitaliste. La haine venimeuse dont Monsieur &#8221; D&#252;hring &#8220; accompagne cette description de l'entreprise d'extorsion n'est que trop compr&#233;hensible&#8221; ... Par contre, on comprend moins bien comment apr&#232;s ce plagiat, il va revenir &#224; son &#8220; courroux plus violent &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Capital, livre I, tome I, p. 205 (note), E. S., 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ibid., p. 217.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ibid., tome II, p. 196, E. S., 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ibid., tome III, pp. 7-8, E. S., 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Et m&#234;me pas. Rodbertus dit (Soziale Briefe, 2e lettre, p. 159) : &#8220; La rente est d'apr&#232;s cette th&#233;orie [la sienne] tout revenu qui est per&#231;u sans travail propre, uniquement en raison d'une possession &#8221;. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. Lois naturelles de l'&#201;conomie - La rente fonci&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; le triomphe de l'esprit scientifique sup&#233;rieur consiste &#224; d&#233;passer les simples descriptions et divisions de la mati&#232;re pour ainsi dire statique, pour arriver aux id&#233;es vivantes qui &#233;clairent la production. La connaissance des lois est donc la plus parfaite, puisqu'elle nous montre comment un processus est conditionn&#233; par l'autre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la premi&#232;re loi naturelle de toute &#233;conomie a &#233;t&#233; sp&#233;cialement d&#233;couverte par M. D&#252;hring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adam Smith&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; non seulement n'a pas mis en t&#234;te, ce qui est curieux, le facteur le plus important de tout d&#233;veloppement &#233;conomique, mais encore il a compl&#232;tement omis sa formulation particuli&#232;re, et de cette fa&#231;on il a involontairement rabaiss&#233; &#224; un r&#244;le subordonn&#233; cette puissance qui avait imprim&#233; son sceau au d&#233;veloppement moderne de l'Europe. [Cette] loi fondamentale qui doit &#234;tre mise en t&#234;te, est celle de l'&#233;quipement technique, on pourrait m&#234;me dire de l'armement de la force &#233;conomique naturellement donn&#233;e &#224; l'homme. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#8220; loi de base &#8221;, d&#233;couverte par M. D&#252;hring, s'exprime comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loi n&#186; 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La productivit&#233; des moyens &#233;conomiques, des ressources naturelles et de la force humaine est intensifi&#233;e par des inventions et des d&#233;couvertes. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici frapp&#233;s d'&#233;tonnement. M. D&#252;hring nous traite tout &#224; fait comme le plaisantin de Moli&#232;re traitait le bourgeois gentilhomme auquel il annon&#231;ait cette nouveaut&#233; que toute sa vie il avait fait de la prose sans le savoir. Il y a longtemps que nous savions que les inventions et les d&#233;couvertes augmentent, en de nombreux cas, la force productive du travail (mais, dans de tr&#232;s nombreux cas, elles ne l'augmentent pas non plus, comme le prouve le colossal rebut des archives de tous les offices de brevets du monde) ; mais que cette banalit&#233; vieille comme le monde soit la loi de base de toute l'&#233;conomie, nous sommes redevables de cet &#233;claircissement &#224; M. D&#252;hring ! Si &#8220; le triomphe de l'esprit scientifique sup&#233;rieur&#8221; en &#233;conomie comme en philosophie consiste seulement &#224; donner un nom ronflant au premier lieu commun venu, &#224; le proclamer &#224; son de trompe comme loi naturelle ou m&#234;me fondamentale, voil&#224; le &#8220; fondement profond &#8221; et le bouleversement de la science effectivement &#224; la port&#233;e de chacun, m&#234;me &#224; la port&#233;e de la r&#233;daction de la Volkszeitung de Berlin [1]. &#8220; En toute rigueur &#8221;, nous serions donc oblig&#233;s d'appliquer &#224; M. D&#252;hring lui-m&#234;me le propre jugement de M. D&#252;hring sur Platon : &#8220; Si cependant c'est quelque chose comme cela qui repr&#233;sente la sagesse de l'&#233;conomie politique, l'auteur des &#8220; fondements critiques &#8221; partage cette sagesse avec quiconque trouva jamais &#224; exprimer une id&#233;e &#8221;, - ou simplement &#224; bavarder, - &#8220; sur la pure &#233;vidence &#8221;. Si par exemple, nous disons : les animaux mangent, nous &#233;non&#231;ons en toute innocence et s&#233;r&#233;nit&#233; une grande parole ; car nous n'avons qu'&#224; dire que la loi fondamentale de toute vie animale est de manger, et voil&#224; toute la zoologie boulevers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loi n&#186; 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Division du travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La scission des branches professionnelles et la dissociation des activit&#233;s augmentent la productivit&#233; du travail. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; c'est exact, c'est &#233;galement un lieu commun depuis Adam Smith. Dans quelle mesure c'est exact, nous le verrons dans la troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loi n&#186; 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La distance et les moyens de transport sont les causes capitales qui entravent et favorisent la coop&#233;ration des forces productives. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loi n&#186; 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La capacit&#233; de population de l'&#201;tat industriel est incomparablement sup&#233;rieure &#224; celle de l'&#201;tat agricole. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loi n&#186; 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; En &#233;conomie, rien ne se fait sans un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les &#8220; lois naturelles &#8221; sur lesquelles M. D&#252;hring fonde son &#233;conomie nouvelle. Il reste fid&#232;le &#224; sa m&#233;thode que nous avons expos&#233;e d&#233;j&#224; &#224; propos de sa Philosophie. Quelques &#233;vidences, de la banalit&#233; la plus d&#233;solante, souvent exprim&#233;es de travers par surcro&#238;t, constituent, en &#233;conomie aussi, les axiomes qui ne requi&#232;rent aucune preuve, les th&#232;ses fondamentales, les lois naturelles. Sous pr&#233;texte de d&#233;velopper le contenu de ces lois qui n'ont pas de contenu, on met &#224; profit l'occasion pour se livrer &#224; de vastes radotages &#233;conomiques sur les divers th&#232;mes dont le nom se rencontre dans ces pr&#233;tendues lois, donc sur les inventions, la division du travail, les moyens de transport, la population, l'int&#233;r&#234;t, la concurrence, etc., radotages dont la plate trivialit&#233; n'est assaisonn&#233;e que par une grandiloquence sibylline et, &#231;&#224; et l&#224;, par une conception fausse ou une ratiocination pleine de suffisance sur toutes sortes de subtilit&#233;s casuistiques. Puis, nous en arrivons enfin &#224; la rente fonci&#232;re, au gain capitaliste et au salaire, et comme dans ce qui pr&#233;c&#232;de nous n'avons trait&#233; que ces deux derni&#232;res formes d'appropriation, nous voulons ici, en terminant, &#233;tudier encore bri&#232;vement la conception de la rente fonci&#232;re de M. D&#252;hring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons de c&#244;t&#233; tous les points sur lesquels M. D&#252;hring ne fait que copier son pr&#233;d&#233;cesseur Carey ; nous n'avons pas affaire &#224; Carey, ni &#224; d&#233;fendre la conception de Ricardo sur la rente fonci&#232;re contre les alt&#233;rations et les folies de Carey. Seul, M. D&#252;hring nous importe, et lui d&#233;finit la rente fonci&#232;re comme &#8220; ce revenu que le propri&#233;taire en tant que tel tire du sol &#8221;. Le concept &#233;conomique de rente fonci&#232;re que M. D&#252;hring est appel&#233; &#224; expliquer, est incontinent transpos&#233; par lui sur le plan juridique, de sorte que nous ne sommes pas plus avanc&#233;s qu'avant. Notre fondateur profond est donc oblig&#233;, bon gr&#233; mal gr&#233;, de condescendre &#224; d'autres explications. Il compare maintenant l'affermage d'un domaine &#224; un fermier avec le fait d'avancer un capital &#224; un patron, mais il trouve bient&#244;t que la comparaison est boiteuse, comme beaucoup d'autres d'ailleurs. Car, dit-il&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; si l'on voulait poursuivre l'analogie, le gain qui reste au fermier apr&#232;s paiement de la rente fonci&#232;re devrait correspondre &#224; ce reste de gain capitaliste qui &#233;choit, apr&#232;s d&#233;duction des int&#233;r&#234;ts, au patron qui fait valoir le capital. Mais on n'a pas coutume de consid&#233;rer les gains du fermier comme les revenus principaux, et la rente fonci&#232;re comme un reste... Une preuve de cette diff&#233;rence de conception est le fait que dans la doctrine de la rente fonci&#232;re, on ne distingue pas particuli&#232;rement le cas du faire-valoir direct et que l'on ne met pas particuli&#232;rement l'accent sur la diff&#233;rence de grandeur d'une rente sous forme de fermage et d'une rente produite directement. Du moins, on ne s'est pas senti pouss&#233; &#224; concevoir la rente qui r&#233;sulte du faire-valoir direct comme d&#233;compos&#233;e de telle fa&#231;on qu'un de ses &#233;l&#233;ments repr&#233;senterait pour ainsi dire l'int&#233;r&#234;t du domaine et l'autre le gain exc&#233;dentaire de l'entreprise. Abstraction faite du capital propre que le fermier emploie, on semble tenir la plupart du temps son gain sp&#233;cifique pour une sorte de salaire. Mais il est d&#233;licat de vouloir affirmer quelque chose sur ce point, car on ne s'est pas du tout pos&#233; la question avec cette pr&#233;cision. Partout o&#249; il s'agit d'exploitations assez grandes, on pourra constater facilement qu'il n'est pas permis de faire passer le gain sp&#233;cifique du fermier pour un salaire. En effet, ce gain repose lui-m&#234;me sur l'opposition avec la main-d'&#339;uvre agricole, dont l'utilisation rend seule possible ce genre de revenus. C'est &#233;videmment une portion de rente qui reste entre les mains du fermier et qui vient en d&#233;duction de la rente enti&#232;re qui serait obtenue dans le faire-valoir direct du propri&#233;taire &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la rente fonci&#232;re est une partie sp&#233;cifiquement anglaise de l'&#233;conomie et il fallait bien qu'elle le f&#251;t, car on ne trouvait qu'en Angleterre un mode de production dans lequel la rente s'&#233;tait effectivement s&#233;par&#233;e du profit et de l'int&#233;r&#234;t. On sait que ce sont la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et la grande agriculture qui r&#232;gnent en Angleterre. Les propri&#233;taires fonciers afferment leurs terres en domaines &#233;tendus, souvent immenses, &#224; des fermiers qui sont pourvus d'un capital suffisant pour les exploiter et ne travaillent pas eux-m&#234;mes comme nos paysans, mais emploient, comme de v&#233;ritables patrons capitalistes, le travail de domestiques de ferme et de journaliers. Nous avons donc ici les trois classes de la soci&#233;t&#233; capitaliste et le revenu original de chacune d'elles : le propri&#233;taire foncier qui per&#231;oit la rente fonci&#232;re, le capitaliste qui empoche le profit et l'ouvrier qui touche le salaire. Il n'est jamais venu &#224; l'id&#233;e d'un &#233;conomiste anglais de tenir, comme il semble &#224; M. D&#252;hring, le gain du fermier pour une sorte de salaire. Encore bien moins pouvait-il &#234;tre d&#233;licat pour lui d'affirmer que le profit du fermier &#233;tait ce qu'il est, d'une fa&#231;on indiscutable, &#233;vidente et tangible, &#224; savoir du profit capitaliste. N'est-il pas ridicule de lire ici qu'on ne s'est pas du tout pos&#233; avec cette pr&#233;cision la question de savoir ce qu'est v&#233;ritablement le gain du fermier ? En Angleterre, on n'a pas besoin de se poser la question, la question comme la r&#233;ponse sont depuis longtemps pr&#233;sentes dans les faits eux-m&#234;mes et, depuis Adam Smith, il n'a jamais subsist&#233; de doute &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du faire-valoir direct, comme M. D&#252;hring l'appelle, ou plut&#244;t le faire-valoir &#224; l'aide d'intendants pour le compte du propri&#233;taire foncier, comme il se produit dans la r&#233;alit&#233; assez souvent en Allemagne, ne change rien &#224; la chose. Si le propri&#233;taire foncier fournit aussi le capital et fait exploiter pour son propre compte, il empoche, en plus de la rente fonci&#232;re, le profit capitaliste lui-m&#234;me, comme cela va de soi et comme il ne peut en &#234;tre autrement dans le mode actuel de production. Et si M. D&#252;hring affirme que, jusqu'ici, on ne s'est pas senti pouss&#233; &#224; concevoir la rente qui r&#233;sulte du faire-valoir direct (il faudrait dire : le revenu) comme d&#233;compos&#233;e, ceci est tout simplement faux, et dans le meilleur des cas ne nous prouve &#224; nouveau que l'ignorance de M. D&#252;hring. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le revenu qui se tire du travail s'appelle salaire ; celui que quelqu'un tire de l'emploi du capital s'appelle profit... Le revenu qui na&#238;t exclusivement du sol s'appelle rente et appartient au propri&#233;taire foncier... Quand ces diff&#233;rentes sortes des revenus &#233;choient &#224; des personnes diff&#233;rentes, elles sont faciles &#224; distinguer ; mais si elles &#233;choient &#224; la m&#234;me personne, elles sont fr&#233;quemment confondues, du moins dans le langage courant. Un propri&#233;taire foncier qui fait valoir lui-m&#234;me une partie de son propre sol devrait, apr&#232;s d&#233;duction des frais d'exploitation, percevoir aussi bien la rente du propri&#233;taire foncier que le profit du fermier Mais, dans le langage courant du moins, il nommera facilement profit tout son gain en confondant ainsi la rente avec le profit. La majorit&#233; de nos planteurs d'Am&#233;rique du Nord et des Indes occidentales sont dans cette situation ; la plupart cultivent leurs propres possessions et c'est ainsi que nous entendons rarement parler de la rente d'une plantation, niais bien du profit qu'elle rapporte... Un jardinier qui cultive de ses mains son propre jardin est propri&#233;taire foncier, fermier et ouvrier en une seule personne. Son produit devrait par cons&#233;quent lui payer la rente du premier, le profit du second et le salaire du troisi&#232;me. Mais tout passe habituellement pour le gain de son travail ; on confond donc ici la rente et le profit avec le salaire. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage se trouve au chapitre six du premier livre d'Adam Smith [2]. Le cas du faire-valoir direct a donc &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; il y a plus de cent ans d&#233;j&#224;, et les doutes et incertitudes qui causent tant de souci &#224; M. D&#252;hring jaillissent uniquement de sa propre ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, il se tire d'embarras par un coup d'audace : le gain du fermier repose sur l'exploitation de la &#8220; main-d'&#339;uvre agricole &#8221; et par cons&#233;quent est &#233;videmment une &#8220;portion de rente&#8221;, laquelle &#8220; vient en d&#233;duction &#8221; de la &#8220; rente enti&#232;re &#8221; qui, &#224; vrai dire, devrait tomber dans la poche du propri&#233;taire foncier. Cela nous permet d'apprendre deux choses : 1. Que le fermier &#8220; diminue &#8221; la rente du propri&#233;taire foncier, de sorte que chez M. D&#252;hring ce n'est pas, comme on l'avait pens&#233; jusqu'ici, le fermier qui paye une rente au propri&#233;taire foncier, mais le propri&#233;taire foncier qui paye une rente au fermier, &#8220;conception qui est certes fonci&#232;rement originale &#8221;. Et 2. nous apprenons, enfin ce que M. D&#252;hring se repr&#233;sente par rente fonci&#232;re : l'ensemble du surproduit obtenu en agriculture par l'exploitation du travail rural. Mais comme ce surproduit se partage dans l'&#233;conomie ant&#233;rieure - &#224; l'exception peut-&#234;tre de quelques &#233;conomistes vulgaires - en rente fonci&#232;re et profit capitaliste, nous devons constater que M. D&#252;hring &#8220; ne cultive pas la conception courante &#8221; de la rente fonci&#232;re, elle non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, rente fonci&#232;re et gain capitaliste ne se distinguent chez M. D&#252;hring que par le fait que la premi&#232;re s'obtient dans l'agriculture et le second dans l'industrie ou le commerce. Il &#233;tait fatal que M. D&#252;hring parv&#238;nt &#224; cette id&#233;e aussi peu critique que confuse. Nous avons vu qu'il est parti de la &#8220;conception historique v&#233;ritable&#8221; selon laquelle la domination sur le sol n'est fond&#233;e que gr&#226;ce &#224; la domination sur l'homme. Donc, d&#232;s que le sol est cultiv&#233; au moyen d'une forme quelconque de travail asservi, il na&#238;t un exc&#233;dent pour le propri&#233;taire foncier et cet exc&#233;dent est pr&#233;cis&#233;ment la rente, comme l'exc&#233;dent du produit du travail sur le gain du travail est dans l'industrie le gain capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; De cette mani&#232;re, il est clair que la rente fonci&#232;re existe partout et toujours &#224; une &#233;chelle consid&#233;rable l&#224; o&#249; l'agriculture est pratiqu&#233;e au moyen de l'une quelconque des formes d'assujettissement du travail &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pr&#233;sentation de la rente comme ensemble du surproduit obtenu dans l'agriculture, M. D&#252;hring se heurte, d'une part, au profit du fermier en Angleterre et, d'autre part, au partage de ce surproduit en rente fonci&#232;re et en profit du fermier, partage qui s'applique dans toute l'&#233;conomie classique, c'est-&#224;-dire qu'il se heurte en plein &#224; la notion pure, pr&#233;cise de la rente. Que fait M. D&#252;hring ? Il fait comme s'il ne connaissait pas un tra&#238;tre mot de la distribution du surproduit agricole en profit du fermier et en rente fonci&#232;re, donc de toute la th&#233;orie de la rente de l'&#233;conomie classique ; comme si, dans toute l'&#233;conomie, la question de savoir ce qu'est &#224; proprement parler le profit du fermier n'avait absolument pas &#233;t&#233; pos&#233;e encore &#8220; avec cette pr&#233;cision &#8221; ; comme s'il s'agissait d'un objet absolument inexplor&#233; dont rien n'est connu que l'apparence et les incertitudes. Et, de cette fatale Angleterre o&#249; le surproduit de l'agriculture est si impitoyablement d&#233;membr&#233; en ses &#233;l&#233;ments, rente fonci&#232;re et profit capitaliste, sans le moindre concours d'aucune &#233;cole th&#233;orique, il se r&#233;fugie dans son cher domaine d'application du droit prussien, o&#249; le faire-valoir direct conna&#238;t son plein &#233;panouissement patriarcal, o&#249; &#8220; le propri&#233;taire foncier entend par rente les revenus de ses domaines &#8221; et o&#249; l'opinion de Messieurs les hobereaux sur la rente a encore la pr&#233;tention de donner le ton &#224; la science ; o&#249; par cons&#233;quent M. D&#252;hring peut encore esp&#233;rer se faufiler avec sa confusion des notions de rente et de profit, et m&#234;me trouver cr&#233;ance pour sa plus r&#233;cente d&#233;couverte. la rente fonci&#232;re pay&#233;e non par le fermier au propri&#233;taire foncier, mais par le propri&#233;taire foncier au fermier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La Volkszeitung &#233;tait un quotidien d&#233;mocrate de Berlin, &#224; propos duquel Engels emploie dans une lettre &#224; Marx du 15 septembre 1860, les expressions &#8220;radotage ennuyeux et fadaises ergoteuses &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Adam SMITH : An inquiry into the nature and causes of the wealth of nations, vol. 1, Londres, 1776, pp. 63-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611z.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait de l'Anti-D&#252;hring&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'innovation technologique est-elle le moteur du changement historique ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7312</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7312</guid>
		<dc:date>2022-11-23T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
La naissance du capitalisme, est-ce d'abord une r&#233;volution technologique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Identifier r&#233;volution technologique et r&#233;volution sociale, une erreur classique dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines &lt;br class='autobr' /&gt;
Les avanc&#233;es technologiques n'ont parfois rien eu &#224; voir avec les avanc&#233;es de la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si le capitalisme d'aujourd'hui va sur la Lune ou vers Mars, d&#233;veloppe des mat&#233;riaux nano comme le graph&#232;ne et autres pr&#233;tendues r&#233;volutions technologiques comme celles de l'informatique, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4517&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La naissance du capitalisme, est-ce d'abord une r&#233;volution technologique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Identifier r&#233;volution technologique et r&#233;volution sociale, une erreur classique dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les avanc&#233;es technologiques n'ont parfois rien eu &#224; voir avec les avanc&#233;es de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le capitalisme d'aujourd'hui va sur la Lune ou vers Mars, d&#233;veloppe des mat&#233;riaux nano comme le graph&#232;ne et autres pr&#233;tendues r&#233;volutions technologiques comme celles de l'informatique, il est en chute vertigineuse parce qu'il a atteint ses limites sur le terrain &#233;conomique et social et d'abord sur celui de l'accumulation du capital. La pand&#233;mie n'est qu'une image de cette chute in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ne l'ont pas compris ont cru que le but du capitalisme &#233;tait de produire des biens fabriqu&#233;s, alors que son but est de produire de la plus-value, c'est-&#224;-dire un capital suppl&#233;mentaire capable de se r&#233;investir dans la production. Nous allons voir que le machinisme lui-m&#234;me ne peut &#234;tre compris qu'en liaison avec le capitalisme, c'est-&#224;-dire la recherche du profit et pas seulement avec la production rendue plus efficace par des techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est parfois exact que les changements sociaux fondamentaux se sont parfois appuy&#233;s sur des r&#233;volutions technologiques, l'inverse n'est pas vrai : la r&#233;volution technologique n'a pas attendu le changement de soci&#233;t&#233; pour &#233;clore dans les esprits. Par contre, la d&#233;couverte technique est parfois tellement &#233;loign&#233;e de son utilisation qu'elle a &#233;t&#233; perdue longtemps avant d'&#234;tre massivement utilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Archim&#232;de invente la grue, il la propose comme arme de guerre contre les vaisseaux d'attaque, car, comme moyen de soulever, la soci&#233;t&#233; esclavagiste n'en voit pas de meilleurs que les esclaves !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand L&#233;onard de Vinci invente de nombreuses machines, il ne dispose pas du moteur qui donnera &#233;nergie et mouvement &#224; toutes ces inventions mais il aura l'intuition de tr&#232;s nombreux fonctionnements m&#233;caniques, terrestres, hydrauliques ou a&#233;riens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une &#233;norme distance de temps et de conception entre la d&#233;couverte de l'&#233;lectricit&#233; dans l'antiquit&#233; et son utilisation, la d&#233;couverte du vide bien plus r&#233;cente et son utilisation, pour ne prendre que ces deux exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des gens confondent le fait que des soci&#233;t&#233;s nouvelles socialement et &#233;conomiquement aient pris appui sur des techniques qui n'&#233;taient pas employ&#233;es pr&#233;c&#233;demment et l'invention de techniques nouvelles, qui, elles, ne n&#233;cessitent que des esprits inventifs et novateurs et pas forc&#233;ment un grand soutien de la soci&#233;t&#233;. Les inventeurs n'ont pas eu besoin d'une demande sociale pour inventer, pas plus que les autres penseurs, po&#232;tes, &#233;crivains, peintres ou musiciens. La conception utilitariste de la pens&#233;e n'est pas juste. La soci&#233;t&#233; peut favoriser un certain type de pens&#233;es, artistiques, scientifiques ou techniques mais cela ne signifie pas que ces pens&#233;es aient besoin de ce soutien social, celui en g&#233;n&#233;ral de la classe dominante, pour appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Marx affirme que les pens&#233;es dominantes sont celles de la classe dominante, il ne veut pas dire que n'apparaissent que des pens&#233;es voulues par la classe dominante. L'apparition d'id&#233;es n'est dict&#233;e que par la curiosit&#233; permanente de l'&#234;tre humain et donc par une locomotive personnelle des auteurs, penseurs, concepteurs, qui n'ont souvent re&#231;u aucun soutien, et souvent aussi n'ont eu, de leur vivant, que tr&#232;s peu de b&#233;n&#233;fice attach&#233; &#224; leur d&#233;couverte, pour laquelle ils ont souvent sacrifi&#233; tous leurs moyens et toute leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;tonne de d&#233;couvertes tr&#232;s tr&#232;s anciennes comme celle de la serpe dans l'agriculture et du grand nombre d'ann&#233;es qu'il a fallu pour que cette utilisation se g&#233;n&#233;ralise, mais cet &#233;tonnement est en fait comparable &#224; celui des d&#233;couvreurs de la grotte Chauveau qui remarquent que les progr&#232;s artistiques comme les autres progr&#232;s du g&#233;nie humain ne suivent pas une courbe lin&#233;aire et continue, allant du petit vers le grand, du faible vers le fort, du pire vers le meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent utilis&#233; &#224; tort la technique comme rep&#232;re du degr&#233; de d&#233;veloppement social, alors que le niveau des techniques ne signifie pas r&#233;ellement un niveau en termes de degr&#233; de d&#233;veloppement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans bien des &#233;tudes, on a caract&#233;ris&#233; des techniques comme significatives d'un type de soci&#233;t&#233; et le nom m&#234;me de ces &#233;tapes du d&#233;veloppement social est rest&#233; attach&#233; &#224; ces techniques : Pal&#233;olithique, N&#233;olithique, par exemple, pour les techniques de taille de la pierre&#8230; Culture du Ruban&#233; (au d&#233;but du n&#233;olithique) ou Culture Campaniforme (&#224; partir du 3&#232;me mill&#233;naire avant notre &#232;re), par exemple, pour la technique de la c&#233;ramique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue technologique sur le progr&#232;s humain confond souvent &#233;volution sociale et &#233;volution technique, &#233;conomie et culture, au point de parler des &#171; cultures &#187; diverses au lieu des soci&#233;t&#233;s. L'extension de ces cultures techniques ne recouvre pas en fait des soci&#233;t&#233;s identiques, mais seulement des extensions d'influences culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'un progr&#232;s technique ma&#238;tre de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines a de nombreux d&#233;fauts : non seulement il gomme les r&#233;volutions sociales, il efface la lutte des classes, il pr&#233;sente l'histoire comme un continuum, il est fondamentalement id&#233;aliste, il ne permet pas de comprendre que la dialectique des rapports de classes dans la production et des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pseudo-marxistes, comme Kostas Axelos, ont souvent mis en avant la technique en pr&#233;tendant que c'&#233;tait le point de vue de Karl Marx et Friedrich Engels mais c'est compl&#232;tement faux ! Les staliniens eux-m&#234;mes ont souvent diffus&#233; ce type de mensonges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, le moteur de l'Histoire est clairement et nettement la lutte des classes, pas le progr&#232;s technologique. La figure r&#233;volutionnaire n'est pas l'inventeur mais l'action r&#233;volutionnaire des masses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s est tout le contraire d'une cat&#233;gorie dialectique. La r&#233;volution est n&#233;gation alors que la technique agit soi-disant positivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est sous-estimer toute la difficult&#233; pour faire passer la soci&#233;t&#233; d'une technique &#224; une autre, tout le conservatisme social qui emp&#234;che de mettre en &#339;uvre ces &#171; progr&#232;s &#187;. Essayez seulement de &#171; conseiller &#187; &#224; une soci&#233;t&#233; traditionnelle d'agir contrairement &#224; la tradition et de produire autrement et vous comprendrez qu'il faut souvent une r&#233;volution sociale pour &#171; simplement &#187; changer de technique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contresens caus&#233; par le point de vue technologique est tr&#232;s largement diffus&#233;, au point que certains ont affirm&#233; que le capitalisme lui-m&#234;me &#233;tait le produit du seul progr&#232;s technologique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela se fonde sur une autre erreur, prendre la production pour un rapport entre l'homme et la mati&#232;re &#224; transformer sans envisager l'autre rapport, celui des hommes entre eux, et m&#234;me davantage encore un rapport des classes sociales entre elles. Le mode de production n'est pas qu'un fonctionnement technologique mais un mode de relations sociales. Ainsi, dans le mode de production capitalistes, ces relations sociales ne sont pas issues que du progr&#232;s technologique dans les outils mais du fait qu'une classe d'hommes est d&#233;pourvue de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e de ces moyens de production. Le fait que les prol&#233;taires aient &#233;t&#233; form&#233;s par la d&#233;possession des moyens de production est un combat de classe qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; violemment et &#224; un moment donn&#233; de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain type de production n&#233;cessite un certain type de producteurs et leur apparition provient de la lutte des classes, pas des seuls inventeurs de la machine &#224; tisser, &#224; filer, de la locomotive ou de la machine &#224; vapeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le machinisme transforme la division du travail et transforme aussi la composition organique du capital, voil&#224; encore deux points qui sont oubli&#233;s par les partisans de la th&#232;se technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kostas Axelos a fait de l'analyse du capital par Marx une branche de l'&#233;tude de la technologie !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1962/03/03/marx-et-la-technique_2344714_1819218.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/archives/article/1962/03/03/marx-et-la-technique_2344714_1819218.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, lui, ne n&#233;glige ni les techniques ni les transformations sociales et il lie les deux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'industrie moderne, cet ensemble de combinaisons sociales et de proc&#233;d&#233;s techniques que nous avons nomm&#233; le mode sp&#233;cifique de la production capitaliste ou la production capitaliste proprement dite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, livre premier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'isole pas les machines (moyens de travail) des travailleurs (force de travail) qui s'y emploient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La force de travail dans la manufacture et le moyen de travail dans la production m&#233;canique sont les points de d&#233;part de la r&#233;volution industrielle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, &#171; Machinisme et grande industrie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'embl&#233;e, Marx ne voit pas le progr&#232;s technique qu'en positif mais de mani&#232;re dialectique. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La production capitaliste ne d&#233;veloppe donc la technique et la combinaison du proc&#232;s de production sociale qu'en &#233;puisant en m&#234;me temps les deux sources d'o&#249; jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, livre premier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-10.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-10.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nos jours, chaque chose para&#238;t grosse de son contraire. Nous voyons que les machines dou&#233;es du merveilleux pouvoir de r&#233;duire le travail humain et de le rendre f&#233;cond le font d&#233;p&#233;rir et s&#180;ext&#233;nuer. Les sources de richesse nouvellement d&#233;couvertes se changent, par un &#233;trange sortil&#232;ge, en sources de d&#233;tresse. Il semble que les triomphes de la technique s&#180;ach&#232;tent au prix de la d&#233;ch&#233;ance morale. A mesure que l&#180;humanit&#233; ma&#238;trise la nature, l&#180;homme semble devenir l&#180;esclave de ses pareils ou de sa propre infamie. M&#234;me la pure lumi&#232;re de la science semble ne pouvoir luire autrement que sur le fond obscur de l&#180;ignorance. Toutes nos d&#233;couvertes et tous nos progr&#232;s semblent avoir pour r&#233;sultat de doter de vie intellectuelle les forces mat&#233;rielles et de d&#233;grader la vie humaine &#224; une force mat&#233;rielle. Cet antagonisme entre l&#180;industrie et la science modernes d&#180;autre part, et la mis&#232;re et la d&#233;composition morale d&#180;autre part, cet antagonisme entre les forces productives et les rapports sociaux de notre &#233;poque est un fait tangible, &#233;crasant et impossible &#224; nier. Tels partis le d&#233;plorent, d&#180;autres souhaitent se d&#233;barrasser de la technique moderne, pour peu qu&#180;ils se d&#233;livrent des conflits modernes ; ou bien s&#180;imaginent qu&#180;un progr&#232;s aussi important dans l&#180;industrie doit n&#233;cessairement s&#180;accompagner d&#180;une r&#233;gression non moins consid&#233;rable en politique. Pour notre part, nous ne nous abusons pas quant &#224; la nature de l&#180;esprit retors qui ne cesse d&#180;impr&#233;gner toutes ces contradictions. Nous savons que pour faire oeuvre utile les forces nouvelles de la soci&#233;t&#233; ont besoin d&#180;une chose, &#224; savoir d&#180;hommes nouveaux qui ma&#238;trisent ces forces ; et ces hommes nouveaux, ce sont les travailleurs. Ils sont tout autant une invention des temps modernes que les machines elles-m&#234;mes. Dans les sympt&#244;mes qui d&#233;concertent la bourgeoisie, l&#180;aristocratie et les pi&#232;tres proph&#232;tes de la r&#233;gression, nous retrouvons notre brave ami, Robin Goodfellow, la vieille taupe capable de travailler si vite sous terre, l&#180;excellent mineur - la r&#233;volution. Les travailleurs anglais sont les pionniers de l&#180;industrie moderne. Ils ne seront certainement pas les derniers &#224; venir &#224; l&#180;aide de la r&#233;volution sociale engendr&#233;e par cette industrie, une r&#233;volution qui signifie l&#180;&#233;mancipation de leur propre classe et de l&#180;esclavage salari&#233;. Je sais les luttes h&#233;ro&#239;ques que les ouvriers anglais ont men&#233;es depuis le milieu du si&#232;cle dernier, luttes moins glorifi&#233;es parce que oubli&#233;es et mises sous le boisseau par les historiens bourgeois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx, &#171; Les r&#233;volutions de 1848 et le prol&#233;tariat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit dans l'extrait pr&#233;c&#233;dent, Marx ne s&#233;pare jamais les techniques modernes de production de ceux qui les mettent en &#339;uvre, les producteurs, les prol&#233;taires et de leurs combats de classe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en reconnaissant le r&#244;le des machines dans le d&#233;veloppement de l'industrie, Marx lui redonne sa v&#233;ritable place :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec la manufacture se d&#233;veloppa aussi &#231;&#224; et l&#224; l'usage des machines, surtout pour certains travaux pr&#233;liminaires simples qui ne peuvent &#234;tre ex&#233;cut&#233;s qu'en grand et avec une d&#233;pense de force consid&#233;rable. Ainsi, par exemple, dans la manufacture de papier, la trituration des chiffons se fit bient&#244;t au moyen de moulins ad hoc, de m&#234;me que dans les &#233;tablissements m&#233;tallurgiques l'&#233;crasement du minerai au moyen de moulins dits brocards. L'empire romain avait transmis avec le moulin &#224; eau la forme &#233;l&#233;mentaire de toute esp&#232;ce de machine productive. La p&#233;riode des m&#233;tiers avait l&#233;gu&#233; les grandes inventions de la boussole, de la poudre &#224; canon, de l'imprimerie et de l'horloge automatique. En g&#233;n&#233;ral, cependant, les machines ne jou&#232;rent dans la p&#233;riode manufacturi&#232;re que ce r&#244;le secondaire qu'Adam Smith leur assigne &#224; c&#244;t&#233; de la division du travail. Leur emploi sporadique devint tr&#232;s important au XVII&#176; si&#232;cle, parce qu'il fournit aux grands math&#233;maticiens de cette &#233;poque un point d'appui et un stimulant pour la cr&#233;ation de la m&#233;canique moderne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx, &#171; Les r&#233;volutions de 1848 et le prol&#233;tariat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-14-3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-14-3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx comprend que la machine est, aux mains des capitalistes, d'abord un moyen d'augmenter l'exploitation des travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ainsi que la machine, en augmentant la mati&#232;re humaine exploitable, &#233;l&#232;ve en m&#234;me temps le degr&#233; d'exploitation&#8230; Le machinisme bouleversa tellement le rapport juridique entre l'acheteur et le vendeur de la force de travail, que la transaction enti&#232;re perdit m&#234;me l'apparence d'un contrat entre personnes libres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la machine est le moyen le plus puissant d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail, c'est-&#224;-dire de raccourcir le temps n&#233;cessaire &#224; la production des marchandises, elle devient comme support du capital, dans les branches d'industrie dont elle s'empare d'abord, le moyen le plus puissant de prolonger la journ&#233;e de travail au-del&#224; de toute limite naturelle. Elle cr&#233;e et des conditions nouvelles qui permettent au capital de l&#226;cher bride &#224; cette tendance constante qui le caract&#233;rise, et des motifs nouveaux qui intensifient sa soif du travail d'autrui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx, &#171; Les r&#233;volutions de 1848 et le prol&#233;tariat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx expose comment la machine augmente l'exploitation de la force de travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;veloppement de la force productive du travail, au sein de la production capitaliste, vise &#224; raccourcir la partie de la journ&#233;e de travail o&#249; le travailleur doit travailler pour lui-m&#234;me, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour allonger l'autre partie de la journ&#233;e de travail, celle o&#249; il peut travailler gratuitement pour le capitaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, livre premier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans la compr&#233;hension de l'int&#233;r&#234;t pour le capitaliste du machinisme est dans le fonctionnement non de la machine mais dans celui&#8230; du capital lui-m&#234;me, &#224; savoir comment le capital s'accroit du travail gratuit excroqu&#233; au travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels explique clairement que l'un des &#233;l&#233;ments historiques les plus importants dans les apports du grand machinisme consiste en la transformation, non de la mati&#232;re, mais de la&#8230; lutte des classes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment cette r&#233;volution industrielle qui, la premi&#232;re, a partout fait la lumi&#232;re dans les rapports de classes, supprim&#233; une foule d'existences interm&#233;diaires provenant de la p&#233;riode manufacturi&#232;re et en Europe orientale issues m&#234;me des corps de m&#233;tier, engendrant une v&#233;ritable bourgeoisie et un v&#233;ritable prol&#233;tariat de grande industrie et les poussant l'un et l'autre au premier plan du d&#233;veloppement social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels, Introduction aux &#171; Luttes de classes en France &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1895/03/fe18950306.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1895/03/fe18950306.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technologie et la domination du capitalisme &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://spartacus1918.canalblog.com/archives/1998/07/10/38422334.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://spartacus1918.canalblog.com/archives/1998/07/10/38422334.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7618</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7618</guid>
		<dc:date>2022-09-03T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx, Manifeste du parti communiste : &lt;br class='autobr' /&gt;
La propri&#233;t&#233; priv&#233;e d'aujourd'hui, la propri&#233;t&#233; bourgeoise, est la derni&#232;re et la plus parfaite expression du mode production et d'appropriation bas&#233; sur des antagonismes de classes, sur l'exploitation des uns par les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, les communistes peuvent r&#233;sumer leur th&#233;orie dans cette formule unique : abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
On nous a reproch&#233;, &#224; nous autres communistes, de vouloir abolir la propri&#233;t&#233; personnellement acquise, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx, Manifeste du parti communiste :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e d'aujourd'hui, la propri&#233;t&#233; bourgeoise, est la derni&#232;re et la plus parfaite expression du mode production et d'appropriation bas&#233; sur des antagonismes de classes, sur l'exploitation des uns par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, les communistes peuvent r&#233;sumer leur th&#233;orie dans cette formule unique : abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a reproch&#233;, &#224; nous autres communistes, de vouloir abolir la propri&#233;t&#233; personnellement acquise, fruit du travail de l'individu, propri&#233;t&#233; que l'on d&#233;clare &#234;tre la base de toute libert&#233;, de toute activit&#233;, de toute ind&#233;pendance individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; personnelle, fruit du travail et du m&#233;rite ! Veut-on parler de cette forme de propri&#233;t&#233; ant&#233;rieure &#224; la propri&#233;t&#233; bourgeoise qu'est la propri&#233;t&#233; du petit bourgeois du petit paysan ? Nous n'avons que faire de l'abolir, le progr&#232;s de l'industrie l'a abolie et continue &#224; l'abolir chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien veut-on parler de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e d'aujourd'hui, de la propri&#233;t&#233; bourgeoise ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx, Manuscrits de 1844 :&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Propri&#233;t&#233; priv&#233;e et travail&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Points de vue des mercantilistes, des physiocrates, d'Adam Smith, de Ricardo et de son &#233;cole.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'essence subjective de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, comme activit&#233; &#233;tant pour soi, comme sujet, comme personne, est le travail. On comprend donc parfaitement que seule l'&#233;conomie politique, qui a reconnu le travail pour principe - Adam Smith -, qui ne connais&#173;sait donc plus la propri&#233;t&#233; priv&#233;e seulement comme un &#233;tat en dehors de l'homme, que cette &#233;conomie politique doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e d'une part comme un produit de l'&#233;nergie et du mou&#173;ve&#173;ment r&#233;els de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, comme un produit de l'industrie moderne, et que, d'au&#173;tre part, elle a acc&#233;l&#233;r&#233;, c&#233;l&#233;br&#233; l'&#233;nergie et le d&#233;veloppement de cette industrie et en a fait une puissance de la conscience. C'est donc comme des f&#233;tichistes, des catholiques qu'ap&#173;pa&#173;rais&#173;&#173;&#173;sent aux yeux de cette &#233;conomie politique &#233;clair&#233;e, qui a d&#233;couvert l'essence subjec&#173;tive de la richesse - dans les limites de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e - les partisans du syst&#232;me mon&#233;&#173;taire et du mercantilisme qui connaissent la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme une essence seulement objective pour l'homme. Engels a donc eu raison d'appeler Adam Smith le Luther de l'&#233;conomie politique. De m&#234;me que Luther re&#173;con&#173;nais&#173;sait la religion, la foi comme l'essence du monde r&#233;el et s'opposait donc au paganisme catholique, de m&#234;me qu'il abolissait la religiosit&#233; ext&#233;rieure en faisant de la religiosit&#233; l'es&#173;sence int&#233;rieure de l'homme, de m&#234;me qu'il niait les pr&#234;tres existant en dehors du la&#239;que, parce qu'il transf&#233;rait le pr&#234;tre dans le c&#339;ur du la&#239;que, de m&#234;me la richesse qui se trouve en dehors de l'homme et ind&#233;pendante de lui - qui ne peut donc &#234;tre conserv&#233;e et affirm&#233;e que d'une mani&#232;re ext&#233;rieure - est abolie ; en d'autres termes cette objectivit&#233; ext&#233;rieure absurde qui est la sienne est supprim&#233;e du fait que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'incorpore dans l'homme lui-m&#234;me et que celui-ci est reconnu comme son essence ; mais, en cons&#233;quence, il est lui-m&#234;me plac&#233; dans la d&#233;termination de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, comme chez Luther il &#233;tait plac&#233; dans celle de la religion. Sous couleur de reconna&#238;tre l'hom&#173;me, l'&#233;conomie politique, dont le prin&#173;ci&#173;pe est le travail, ne fait donc au contraire qu'accomplir avec cons&#233;quence le reniement de l'homme, car il n'est plus lui-m&#234;me dans un rapport de tension externe avec l'essence ext&#233;rieure de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais il est devenu lui-m&#234;me cette essence tendue de la pro&#173;pri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ce qui &#233;tait autrefois l'&#234;tre-ext&#233;rieur-&#224;-soi, l'ali&#233;nation r&#233;elle de l'homme, n'est devenu que l'acte d'ali&#233;nation, l'ali&#233;nation de soi. Si donc cette &#233;conomie politique d&#233;bute en paraissant reconna&#238;tre l'homme, son ind&#233;pendance, son activit&#233; propre, etc., et si, quand elle transf&#232;re la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dans l'essence m&#234;me de l'homme, elle ne peut plus &#234;tre condi&#173;tion&#173;n&#233;e par les d&#233;terminations locales, nationales, etc. de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e en tant qu'essen&#173;ce existant en dehors d'elle ; si donc elle d&#233;veloppe une &#233;nergie cosmopolite, univer&#173;selle, qui renverse toute barri&#232;re et tout lien pour se poser elle-m&#234;me &#224; la place comme la seule poli&#173;tique, la seule universalit&#233;, la seule barri&#232;re et le seul lien, il faudra en continuant &#224; se d&#233;ve&#173;lop&#173;per qu'elle rejette cette hypocrisie et apparaisse dans tout son cynisme ; et eue le fait - sans se soucier de toutes les contradictions apparentes o&#249; l'entra&#238;&#173;ne cette doctrine - en d&#233;ve&#173;lop&#173;pant le travail d'une fa&#231;on beaucoup plus exclusive, donc plus nette et plus cons&#233;&#173;quente, comme l'essence unique de la richesse ; &#224; l'oppos&#233; de cette conception primitive, elle d&#233;montre au con&#173;traire que les cons&#233;quences de cette doctrine sont hostiles &#224; l'homme et elle donne, en fin de compte, le coup de gr&#226;ce &#224; la derni&#232;re existence individuelle, naturelle, ind&#233;pendante du mouvement du travail, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et &#224; la source de la richesse - la rente fonci&#232;re - cette expression de la propri&#233;t&#233; f&#233;odale qui est d&#233;j&#224; devenue tout &#224; fait &#233;conomique et qui est donc incapable de r&#233;sister &#224; l'&#233;conomie (&#233;cole de Ricardo). Non seulement le cynisme de l'&#233;conomie politique grandit relativement de Smith en passant par Say pour aboutir &#224; Ricardo, Mill, etc., dans la mesure o&#249; les cons&#233;quences de l'industrie appa&#173;rais&#173;sent aux derniers nomm&#233;s plus d&#233;velopp&#233;es et plus remplies de contradic&#173;tions, mais encore, sur le plan positif, ceux-ci vont toujours et consciemment plus loin que celui qui les a pr&#233;c&#233;d&#233;s dans l'ali&#233;nation par rapport &#224; l'homme, et ceci seulement parce que leur science se d&#233;veloppe avec plus de cons&#233;quence et de v&#233;rit&#233;. Du fait qu'ils font de la pro&#173;pri&#233;t&#233; priv&#233;e sous sa forme active le sujet, que du m&#234;me coup ils font donc de l'homme l'essence (de cet homme qu'ils r&#233;duisent &#224; un monstre), la contradiction de la r&#233;alit&#233; correspond pleinement &#224; l'essence emplie de contradictions qu'ils ont reconnue pour principe. La r&#233;alit&#233; d&#233;chir&#233;e de l'industrie, loin de le r&#233;futer, confirme leur principe d&#233;chir&#233; en soi. Leur principe est en effet le principe de ce d&#233;chirement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine physiocratique du docteur Quesnay constitue le passage du mercantilisme &#224; Adam Smith. La physiocratie est directement la d&#233;composition &#233;conomique de la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, mais elle est de ce fait tout aussi imm&#233;diatement la transformation &#233;conomique, la restauration de celle-ci, &#224; ceci pr&#232;s que son langage n'est plus maintenant f&#233;odal, mais &#233;cono&#173;mi&#173;que. Toute richesse se r&#233;sout en terre et en agriculture. La terre n'est pas encore le capital, elle en est encore un mode d'existence particulier, qui doit &#234;tre valable dans sa particularit&#233; naturelle et &#224; cause d'elle ; mais la terre est cependant un &#233;l&#233;ment naturel, g&#233;n&#233;ral, tandis que le mercantilisme ne reconnaissait que le m&#233;tal pr&#233;cieux comme existence de la richesse. L'objet de la richesse, sa mati&#232;re, a donc aussit&#244;t re&#231;u son universalit&#233; la plus haute dans le cadre des limites naturelles - dans la mesure o&#249;, en tant que nature, elle est aussi la richesse imm&#233;diatement objective. Et la terre n'est pour l'homme que par le travail, l'agriculture. Donc l'essence subjective de la richesse est d&#233;j&#224; transf&#233;r&#233;e dans le travail. Mais en m&#234;me temps l'agriculture est le seul travail productif. Donc, le travail n'est pas encore saisi dans son universalit&#233; et son abstraction ; il est encore li&#233; &#224; un &#233;l&#233;ment naturel particulier, &#224; sa mati&#232;re, il n'est donc encore reconnu que sous un mode d'existence particulier d&#233;termin&#233; par la nature. Il est donc seulement une ali&#233;nation d&#233;termin&#233;e, particuli&#232;re de l'homme, de m&#234;me que son produit n'est encore con&#231;u que comme une richesse d&#233;termin&#233;e - qui &#233;choit plus en&#173;co&#173;re &#224; la nature qu'&#224; lui-m&#234;me. La terre est encore reconnue ici comme existence naturelle, ind&#233;pendante de l'homme, et ne l'est pas encore comme capital, c'est-&#224;-dire comme un mo&#173;ment du travail lui-m&#234;me. C'est plut&#244;t le travail qui appara&#238;t comme son moment. Mais du fait que le f&#233;tichisme de la vieille richesse ext&#233;rieure existant seulement comme objet est r&#233;duit &#224; un &#233;l&#233;ment naturel tr&#232;s simple et que son essence est d&#233;j&#224; reconnue d'une mani&#232;re particuli&#232;re, si elle ne l'est que partiellement, dans son existence subjective, le progr&#232;s n&#233;ces&#173;saire sera que l'essence g&#233;n&#233;rale de la richesse sera reconnue et que, par cons&#233;quent, le travail, dans son absolu achev&#233;, c'est-&#224;-dire son abstraction, sera &#233;rig&#233; en principe. Il sera d&#233;montr&#233; &#224; la physiocratie que l'agriculture, du point de vue &#233;conomique, donc le seul fond&#233; en droit, n'est diff&#233;rente d'aucune autre indus. trie ; que donc ce n'est pas un travail d&#233;termin&#233;, une ext&#233;riorisation particuli&#232;re du travail, h&#233; &#224; un &#233;l&#233;ment particulier, mais le travail en g&#233;n&#233;ral qui est l'essence de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physiocratie nie la richesse particuli&#232;re ext&#233;rieure seulement objective, en d&#233;clarant que le travail en est l'essence. Mais tout d'abord le travail n'est pour elle que l'essence subjec&#173;tive de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re (elle part de l'esp&#232;ce de propri&#233;t&#233; qui appara&#238;t historiquement comme l'esp&#232;ce dominante et reconnue) ; elle fait seulement de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re l'homme ali&#233;n&#233;. Elle abolit son caract&#232;re f&#233;odal en d&#233;clarant que l'industrie (l'agriculture) est son essence ; mais elle a une attitude n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du monde de l'industrie, elle reconna&#238;t la f&#233;odalit&#233; en d&#233;clarant que l'agriculture est la seule industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que d&#232;s que l'on saisit l'essence subjective de l'industrie qui se constitue en opposition avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, c'est-&#224;-dire comme industrie, cette essence implique ce contraire qui lui est propre. Car de m&#234;me que l'industrie englobe la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re abolie, de m&#234;me son essence subjective englobe &#233;galement l'essence subjective de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est la premi&#232;re forme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, que l'industrie ne l'affronte tout d'abord histo&#173;riquement que comme une esp&#232;ce particuli&#232;re de propri&#233;t&#233; - elle est plut&#244;t l'esclave affran&#173;chi de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re -, de m&#234;me ce processus se r&#233;p&#232;te lorsque l'on saisit d'une ma&#173;ni&#232;re scientifique l'essence subjective de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le travail ; et celui-ci n'appara&#238;t d'abord que comme travail agricole, mais il est ensuite reconnu comme travail en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute richesse s'est transform&#233;e en richesse industrielle, en richesse du travail, et l'industrie est le travail achev&#233;, comme le r&#233;gime de fabrique est l'essence d&#233;velopp&#233;e de l'industrie, c'est-&#224;-dire du travail, et le capital industriel la forme objective achev&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons comment la propri&#233;t&#233; priv&#233;e peut achever maintenant seulement sa domi&#173;nation sur l'homme et, sous sa forme la plus universelle, devenir une puissance historique mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
[Propri&#233;t&#233; priv&#233;e et communisme, stades de d&#233;veloppement des conceptions communistes. Le communisme grossier et &#233;galitaire. Le communisme en tant que socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'opposition entre la non-propri&#233;t&#233; et la propri&#233;t&#233; est une opposition encore indif&#173;f&#233;&#173;rente, qui n'est pas saisie dans sa relation active, dans son rapport interne, qui n'est pas enco&#173;re saisie comme contradiction, tant qu'elle n'est pas comprise comme l'opposition du travail et du capital. M&#234;me sans le mouvement d&#233;velopp&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dans la Rome antique, en Turquie, etc., cette opposition peut s'exprimer sous la premi&#232;re forme. Ainsi elle n'appara&#238;t pas encore comme pos&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e elle-m&#234;me. Mais le travail, essen&#173;ce subjec&#173;tive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme exclusion de la propri&#233;t&#233;, et le capital, le travail objectif comme exclusion du travail, c'est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, forme de cette opposition pous&#173;s&#233;e jusqu'&#224; la contradiction, donc forme &#233;nergique qui pousse &#224; la solution de cette contra&#173;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la m&#234;me page. La suppression de l'ali&#233;nation de soi suit la m&#234;me voie que l'ali&#233;nation de soi. Tout d'abord la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est consid&#233;r&#233;e que sous son c&#244;t&#233; objectif -avec cependant le travail pour essence. Sa forme d'existence est donc le capital, qui doit &#234;tre supprim&#233; &#8220; en tant que tel &#8221; (Proudhon). Ou bien le mode particulier du travail, le travail nivel&#233;, morcel&#233; et par suite non libre, est saisi comme la source de la nocivit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de son existence ali&#233;n&#233;e &#224; l'homme - Fourier, qui, tout comme les physiocrates, con&#231;oit aussi &#224; son tour le travail agricole tout au moins comme le travail par excellence, tandis que chez Saint-Simon, au contraire, l'essentiel est le travail industriel en tant que tel et qu'il r&#233;clame de surcro&#238;t la domination exclusive des industriels et l'am&#233;lioration de la situation des ouvriers. Le communisme, enfin, est l'expression positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e abolie, et en premier lieu la propri&#233;t&#233; priv&#233;e g&#233;n&#233;rale. En saisissant ce rapport dans son universalit&#233;, le communisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ...n'est sous sa premi&#232;re forme qu'une g&#233;n&#233;ralisation et un ach&#232;vement de ce rapport ; en tant que rapport achev&#233;, il appara&#238;t sous un double aspect : d'une part la domination de la pro&#173;pri&#233;t&#233; mat&#233;rielle est si grande vis-&#224;-vis de lui qu'il veut an&#233;antir tout ce qui n'est pas suscep&#173;tible d'&#234;tre poss&#233;d&#233; par tous comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; il veut faire de force abstraction du talent, etc. La possession physique directe est pour lui l'unique but de la vie et de l'exis&#173;tence ; la cat&#233;gorie d'ouvrier n'est pas supprim&#233;e, mais &#233;tendue &#224; tous les hommes ; le rapport de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e reste le rapport de la communaut&#233; au monde des choses. Enfin, ce mouve&#173;ment qui consiste &#224; opposer &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e la propri&#233;t&#233; priv&#233;e g&#233;n&#233;rale s'exprime sous cette forme bestiale qu'au mariage (qui est certes une forme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e exclusive) on oppose la communaut&#233; des femmes, dans laquelle la femme devient donc une propri&#233;t&#233; collective et commune. On peut dire que cette id&#233;e de la communaut&#233; des femmes constitue le secret r&#233;v&#233;l&#233; de ce communisme encore tr&#232;s grossier et tr&#232;s irr&#233;fl&#233;chi. De m&#234;me que la femme passe du mariage &#224; la prostitution g&#233;n&#233;rale, de m&#234;me tout le monde de la richesse, c'est-&#224;-dire de l'essence objective de l'homme, passe du rapport du mariage exclusif avec le propri&#233;taire priv&#233; &#224; celui de la prostitution universelle avec la communaut&#233;. Ce communisme - en niant partout la personnalit&#233; de l'homme - n'est pr&#233;cis&#233;ment que l'expression cons&#233;quente de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, qui est cette n&#233;gation. L'envie g&#233;n&#233;rale et qui se constitue comme puissance est la forme dissimul&#233;e que prend la soif de richesse et sous laquelle elle ne fait que se satisfaire d'une autre mani&#232;re. L'id&#233;e de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e en tant que telle est tourn&#233;e tout au moins contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e plus riche, sous forme d'envie et de go&#251;t de l'&#233;galisation, de sorte que ces derniers constituent me l'essence de la concur&#173;rence. Le commu&#173;nisme grossier n'est que l'ach&#232;vement de cette envie et de ce nivellement en partant de la repr&#233;&#173;sen&#173;tation d'un minimum. Il a une mesure pr&#233;cise, limit&#233;e. A quel point cette abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est peu une appropriation r&#233;elle, la preuve en est pr&#233;cis&#233;ment faite par la n&#233;gation abstraite de tout le monde de la culture et de la civilisation, par le retour &#224; la simpli&#173;cit&#233; contraire &#224; la nature de l'homme pauvre et sans besoin, qui non seulement n'a pas d&#233;pass&#233; le stade de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais qui n'y est m&#234;me pas encore parvenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette communaut&#233; ne signifie que communaut&#233; du travail et &#233;galit&#233; du salaire que paie le capital collectif, la communaut&#233; en tant que capitaliste g&#233;n&#233;ral. Les deux aspects du rapport sont &#233;lev&#233;s &#224; une g&#233;n&#233;ralit&#233; figur&#233;e, le travail devient la d&#233;termination dans laquelle chacun est plac&#233;, le capital l'universalit&#233; et la puissance reconnues de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport &#224; l'&#233;gard de la femme, proie et servante de la volupt&#233; collective, s'exprime l'infinie d&#233;gradation dans laquelle l'homme existe pour soi-m&#234;me, car le secret de ce rapport trouve son expression non-&#233;quivoque, d&#233;cisive, manifeste, d&#233;voil&#233;e dans le .rapport de l'hom&#173;me &#224; la femme et dans la mani&#232;re dont est saisi le rapport g&#233;n&#233;rique [134] naturel et imm&#233;diat. Le rapport imm&#233;diat, naturel, n&#233;cessaire de l'homme &#224; l'homme est le rapport de l'homme &#224; la femme. Dans ce rapport g&#233;n&#233;rique naturel, le rapport de l'homme &#224; la nature est imm&#233;diate&#173;ment son rapport &#224; l'homme, de m&#234;me que le rapport &#224; l'homme est directement son rapport &#224; la nature, sa propre d&#233;termination naturelle. Dans ce rapport appara&#238;t donc de fa&#231;on sensible, r&#233;duite &#224; un fait concret la mesure dans laquelle, pour l'homme, l'essence humaine est devenue la nature, ou celle dans laquelle la nature est devenue l'essence humaine de l'homme. En partant de ce rapport, on peut donc juger tout le niveau de culture de l'homme. Du carac&#173;t&#232;re de ce rapport r&#233;sulte la mesure dans laquelle l'homme est devenu pour lui-m&#234;me &#234;tre g&#233;n&#233;rique, homme, et s'est saisi comme tel ; le rapport de l'homme &#224; la femme est le rapport le plus naturel de l'homme &#224; l'homme. En celui-ci appara&#238;t donc dans quelle mesure le compor&#173;tement naturel de l'homme est devenu humain ou dans quelle mesure l'essence humaine est devenue pour lui l'essence naturelle, dans quelle mesure sa nature humaine est devenue pour lui la nature. Dans ce rapport appara&#238;t aussi dans quelle mesure le besoin de l'homme est devenu un besoin humain, donc dans quelle mesure l'homme autre en tant qu'homme est devenu pour lui un besoin, dans quelle mesure, dans son existence la plus individuelle, il est en m&#234;me temps un &#234;tre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re abolition positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le communisme grossier, n'est donc qu'une forme sous laquelle appara&#238;t l'ignominie de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui veut se poser comme la communaut&#233; Positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) encore de nature politique, d&#233;mocratique ou despotique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) avec suppression de l'&#201;tat, mais en m&#234;me temps encore inachev&#233; et restant sous l'emprise de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, c'est-&#224;-dire de l'ali&#233;nation de l'homme. Sous ces deux formes, le communisme se conna&#238;t d&#233;j&#224; comme r&#233;int&#233;gration ou retour de l'homme en soi, comme abolition de l'ali&#233;nation humaine de soi ; mais du fait qu'il n'a pas encore saisi l'essence positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et qu'il a tout aussi peu compris la nature humaine du besoin, il est encore entrav&#233; et contamin&#233; par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Il a certes saisi son concept, mais non encore son essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme, abolition positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e (elle-m&#234;me ali&#233;nation humaine de soi) et par cons&#233;quent appropriation r&#233;elle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme ; donc retour total de l'homme pour soi en tant qu'homme social, c'est-&#224;-dire humain, retour conscient et qui s'est op&#233;r&#233; en conservant toute la richesse du d&#233;veloppement ant&#233;rieur. Ce communisme en tant que naturalisme achev&#233; = humanisme, en tant qu'huma&#173;nis&#173;me achev&#233; = naturalisme ; il est la vraie solution de l'antagonisme entre l'homme et la nature, entre l'homme et l'homme, la vraie solution de la lutte entre existence et essence, entre objectivation et affirmation de soi, entre libert&#233; et n&#233;cessit&#233;, entre individu et genre. Il est l'&#233;nigme r&#233;solue de l'histoire et il se conna&#238;t comme cette solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement entier de l'histoire est donc, d'une part, l'acte de procr&#233;ation r&#233;el de ce communisme - l'acte de naissance de son existence empirique - et, d'autre part, il est pour sa conscience pensante, le mouvement compris et connu de son devenir. Par contre, cet autre communisme encore non achev&#233; cherche pour lui une preuve historique dans des formations historiques isol&#233;es qui s'opposent &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il cherche une preuve dans ce qui existe, en d&#233;tachant des moments pris &#224; part du mouvement (Cabet, Villegardelle, etc., ont en particulier enfourch&#233; ce dada) et en les fixant pour prouver que, au point de vue historique, il est pur sang ; par l&#224; il fait pr&#233;cis&#233;ment appara&#238;tre que la partie in&#173;com&#173;pa&#173;rablement la plus grande de ce mouvement contredit ses affirmations et que s'il a jamais exist&#233;, son &#202;tre pass&#233; r&#233;fute pr&#233;cis&#233;ment sa pr&#233;tention &#224; l'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout le mouvement r&#233;volutionnaire trouve sa base tant empirique que th&#233;orique dans le mouvement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, de l'&#233;conomie, on en comprend ais&#233;ment la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e mat&#233;rielle, imm&#233;diatement sensible, est l'expression mat&#233;rielle sensible de la vie humaine ali&#233;n&#233;e. Son mouvement - la production et la consommation - est la r&#233;v&#233;lation sensible du mouvement de toute la production pass&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'il est la r&#233;a&#173;li&#173;sation ou la r&#233;alit&#233; de l'homme. La religion, la famille, l'&#201;tat, le droit, la morale, la scien&#173;ce, l'art, etc., ne sont que des modes particuliers de la production et tombent sous sa loi g&#233;n&#233;&#173;rale. L'abolition positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'appropriation de la vie humaine, signifie donc la suppression positive de toute ali&#233;nation, par cons&#233;quent le retour de l'homme hors de la religion, de la famille, de l'&#201;tat, etc., &#224; son existence humaine, c'est-&#224;-dire sociale. L'ali&#233;na&#173;tion religieuse en tant que telle ne se passe que dans le domaine de la conscience, du for int&#233;rieur de l'homme, mais l'ali&#233;nation &#233;conomique est celle de la vie r&#233;elle - sa sup. pression embrasse donc l'un et l'autre aspects. Il est &#233;vident que chez les diff&#233;rents peuples le mouve&#173;ment prend sa premi&#232;re origine selon que la v&#233;ritable vie reconnue du peuple se d&#233;roule plus dans la conscience ou dans le monde ext&#233;rieur, qu'elle est plus la vie id&#233;ale ou r&#233;elle. Le communisme commence imm&#233;diatement (Owen) avec l'ath&#233;isme. L'ath&#233;isme est au d&#233;but encore bien loin d'&#234;tre le communisme, de m&#234;me que cet ath&#233;isme est plut&#244;t encore une abs&#173;trac&#173;tion. La philanthropie de l'ath&#233;isme n'est donc au d&#233;but qu'une philanthropie philoso&#173;phi&#173;que abstraite, celle du communisme est imm&#233;diatement r&#233;elle et directement tendue vers l'action (Wirkung).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment dans l'hypoth&#232;se de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e positivement abolie, l'homme produit l'homme, se produit soi-m&#234;me et produit l'autre homme ; comment l'objet, qui est le produit de l'activit&#233; imm&#233;diate de son individualit&#233;, est en m&#234;me temps se propre existence pour l'autre homme, l'existence de celui-ci et l'existence de ce dernier pour lui. Mais, de m&#234;me, le mat&#233;riel du travail aussi bien que l'homme en tant que sujet sont tout autant le r&#233;sultat que le point de d&#233;part du mouvement (et la n&#233;cessit&#233; historique de la pro&#173;pri&#233;t&#233; priv&#233;e r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait qu'ils doivent &#234;tre ce point de d&#233;part). Donc le caract&#232;re social est le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral de tout le mouvement ; de m&#234;me que la soci&#233;t&#233; [137] elle-m&#234;me produit l'homme en tant qu'homme, elle est produite par lui. L'activit&#233; et la jouissance tant par leur contenu que par leur genre d'origine sont sociales ; elles sont activit&#233; sociale et jouissance sociale. L'essence humaine de la nature n'est l&#224; que pour l'homme social ; car c'est seulement dans la soci&#233;t&#233; que la nature est pour lui comme lien avec l'homme, comme existence de lui-m&#234;me pour l'autre et de l'autre pour lui, ainsi que comme &#233;l&#233;ment vital de la r&#233;alit&#233; humaine ; ce n'est que l&#224; qu'elle est pour lui le fondement de sa propre existence hu&#173;mai&#173;ne. Ce West que l&#224; que son existence naturelle est pour lui son existence humaine et que la nature est devenue pour lui l'homme. Donc, la soci&#233;t&#233; est l'ach&#232;vement de l'unit&#233; essen&#173;tielle de l'homme avec la nature, la vraie r&#233;surrection de la nature, le naturalisme accompli de l'homme et l'humanisme accompli de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; sociale et la jouissance sociale n'existent nullement sous la seule forme d'une activit&#233; imm&#233;diatement collective et d'une jouissance imm&#233;diatement collective, bien que l'activit&#233; collective et la jouissance collective, c'est-&#224;-dire l'activit&#233; et la jouissance qui s'expriment et se v&#233;rifient directement en soci&#233;t&#233; r&#233;elle avec d'autres hommes, se rencontrent partout o&#249; cette expression imm&#233;diate de la sociabilit&#233; est fond&#233;e dans l'essence de leur contenu et appropri&#233;e &#224; la nature de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si mon activit&#233; est scientifique, etc., et que je puisse rarement m'y livrer en communaut&#233; directe avec d'autres, je suis social parce que j'agis en tant qu'homme. Non seulement le mat&#233;riel de mon activit&#233; - comme le langage lui-m&#234;me gr&#226;ce auquel le penseur exerce la sienne -m'est donn&#233; comme produit social, mais ma propre existence est activit&#233; sociale ; l'est en cons&#233;quence ce que je fais de moi, ce que je fais de moi pour la soci&#233;t&#233; et avec la conscience de moi en tant qu'&#234;tre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma conscience universelle n'est que la forme th&#233;orique de ce dont la communaut&#233; r&#233;elle, l'organisation sociale est la forme vivante, tandis que de nos jours la conscience universelle est une abstraction de la vie r&#233;elle et, &#224; ce titre, s'oppose &#224; elle en ennemie. Donc L'activit&#233; de ma conscience universelle - en tant que telle - est aussi mon existence th&#233;orique en tant qu'&#234;tre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut surtout &#233;viter de fixer de nouveau la &#8220; soci&#233;t&#233; &#8221; comme une abstraction en face de l'individu. L'individu est l'&#234;tre social. La manifestation de sa vie - m&#234;me si elle n'appara&#238;t pas sous la forme imm&#233;diate d'une manifestation collective de la vie, accomplie avec d'autres et en m&#234;me temps qu'eux - est donc une manifestation et une affirmation de la vie sociale. La vie individuelle et la vie g&#233;n&#233;rique de l'homme ne sont pas diff&#233;rentes, malgr&#233; que - et ceci n&#233;ces&#173;sairement - le mode d'existence de la vie individuelle soit un mode plus particulier ou plus g&#233;n&#233;ral de la vie g&#233;n&#233;rique ou que la vie du genre soit une vie individuelle plus parti&#173;culi&#232;re ou plus g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que conscience g&#233;n&#233;rique l'homme affirme sa vie sociale r&#233;elle et ne fait que r&#233;p&#233;&#173;ter dans la pens&#233;e son existence r&#233;elle ; de m&#234;me qu'inversement l'&#234;tre g&#233;n&#233;rique s'affir&#173;me dans la conscience g&#233;n&#233;rique et qu'il est pour soi, dans son universalit&#233;, en tant qu'&#234;tre pensant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme - &#224; quelque degr&#233; qu'il soit donc un individu particulier et sa particularit&#233; en fait pr&#233;cis&#233;ment un individu et un &#234;tre social individuel r&#233;el - est donc tout autant la totalit&#233;, la totalit&#233; id&#233;ale, l'existence subjective pour soi de la soci&#233;t&#233; pens&#233;e et sentie, que dans la r&#233;alit&#233; il existe soit comme contemplation et jouissance r&#233;elle de l'existence sociale soit comme totalit&#233; de manifestations humaines de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e et l'&#202;tre sont donc certes distincts, mais en m&#234;me temps ils forment ensemble une unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort appara&#238;t comme une dure victoire du genre sur l'individu d&#233;termin&#233; et semble contredire leur unit&#233; ; mais l'individu d&#233;termin&#233; n'est qu'un &#234;tre g&#233;n&#233;rique d&#233;termin&#233;, et &#224; ce titre mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est que l'expression sensible du fait que l'homme devient &#224; la fois objectif pour lui. m&#234;me et en m&#234;me temps au contraire un objet &#233;tranger pour lui-m&#234;me et non-humain, que la manifestation de sa vie est l'ali&#233;nation de sa vie, que sa r&#233;alisation est sa privation de r&#233;alit&#233;, une r&#233;alit&#233; &#233;trang&#232;re, de m&#234;me l'abolition positive de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, c'est-&#224;-dire l'appropriation sensible pour les hom&#173;mes et par les hommes de la vie et de l'&#234;tre humains, des hommes objectifs, des oeuvres humai&#173;nes, ne doit pas &#234;tre saisie seulement dans le sens de la jouissance imm&#233;diate, exclu&#173;sive, dans le sens de la possession, de l'avoir. L'homme s'approprie son &#234;tre universel d'une mani&#232;re universelle, donc en tant qu'homme total. Chacun de ses rapports humains avec le monde, la vue, l'ou&#239;e, l'odorat, le go&#251;t, le toucher, la pens&#233;e, la contemplation, le sentiment, la volont&#233;, l'activit&#233;, l'amour, bref tous les organes de son individualit&#233;, comme les organes qui, dans leur forme, sont imm&#233;diatement des organes sociaux, [VII] sont dans leur compor&#173;te&#173;ment objectif ou dans leur rapport &#224; l'objet l'appropriation de celui-ci, l'appropri&#173;ation de la r&#233;alit&#233; humaine ; leur rapport &#224; l'objet est la manifestation de la r&#233;alit&#233; humaine [138] ; c'est l'activit&#233; humaine et la souffrance humaine car, comprise au sens humain, la souffrance est une jouissance que l'homme a de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e nous a rendus si sots et si born&#233;s qu'un objet n'est n&#244;tre que lorsque nous l'avons, qu' [il] existe donc pour nous comme capital ou qu'il est imm&#233;diatement poss&#233;&#173;d&#233;, mang&#233;, bu, port&#233; sur notre corps, habit&#233; par nous, etc., bref qu'il est utilis&#233; par nous, bien que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne saisisse &#224; son tour toutes ces r&#233;alisations directes de la possession elle-m&#234;me que comme des moyens de subsistance, et la vie, &#224; laquelle elles servent de moyens, est la vie de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le travail et la capitalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la place de tous les sens physiques et intellectuels est donc apparue la simple ali&#233;nation de tous ces sens, le sens de l'avoir. L'&#234;tre humain devait &#234;tre r&#233;duit &#224; cette pauvret&#233; absolue, afin d'engendrer sa richesse int&#233;rieure en partant de lui-m&#234;me. (Sur la cat&#233;gorie de l'Avoir cf. Hess dans les 21 Feuilles [139] .)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est donc l'&#233;mancipation totale de tous les sens et de toutes les qualit&#233;s humaines ; mais elle est cette &#233;mancipation pr&#233;cis&#233;ment parce que ces sens et ces qualit&#233;s sont devenus humains, tant subjectivement qu'objectivement. L'&#339;il est devenu l'&#339;il humain de la m&#234;me fa&#231;on que son objet est devenu un objet social, humain, venant de l'homme et destin&#233; &#224; l'homme. Les sens sont donc devenus directement dans leur praxis des th&#233;oriciens. Ils se rapportent &#224; la chose pour la chose, mais la chose elle-m&#234;me cet un rapport humain objectif &#224; elle-m&#234;me et &#224; l'homme [140] et inversement. Le besoin on la jouissance ont perdu de ce fait leur nature &#233;go&#239;ste et la nature a perdu sa simple utilit&#233;, car l'utilit&#233; est devenue l'utilit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me les sens et la jouissance des autres hommes sont devenus mon appropriation &#224; moi. En dehors de ces organes imm&#233;diats se constituent donc des organes sociaux sous la forme de la soci&#233;t&#233; ; ainsi, par exemple, l'activit&#233; directement en soci&#233;t&#233; avec d'autres, etc. est devenue un organe de la manifestation de ma vie et un mode d'appropriation de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'&#339;il humain jouit autrement que l'&#339;il grossier non-humain ; l'oreille humaine autrement que l'oreille grossi&#232;re, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que nous l'avons vu, l'homme ne se perd pas dans son objet &#224; la seule condition que celui-ci devienne pour lui objet humain ou homme objectif. Cela n'est possible que lorsque l'objet devient pour lui un objet social, que s'il devient lui-m&#234;me pour soi un &#234;tre social, comme la soci&#233;t&#233; devient pour lui &#234;tre dans cet objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, d'une part, &#224; mesure que partout dans la soci&#233;t&#233; la r&#233;alit&#233; objective devient pour l'homme la r&#233;alit&#233; des forces humaines essentielles, la r&#233;alit&#233; humaine et par cons&#233;quent la r&#233;alit&#233; de ses propres forces essentielles, tous les objets deviennent pour lui l'objectivation de lui-m&#234;me, les objets qui confirment et r&#233;alisent son individualit&#233;, ses objets, c'est-&#224;-dire qu'il devient lui-m&#234;me objet. De quelle mani&#232;re ils deviennent siens, cela d&#233;pend de la nature de l'objet et de la nature de la force essentielle qui correspond &#224; celle-ci ; car c'est pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;termination de ce rapport qui constitue le mode particulier, r&#233;el, d'affirmation. Pour l'&#339;il un objet est per&#231;u autrement que pour l'oreille et l'objet de ]'&#339;il est un autre que celui de l'oreille. La particularit&#233; de chaque force essentielle est pr&#233;cis&#233;ment son essence particuli&#232;re, donc aussi le mode particulier de son objectivation, de son &#202;tre objectif, r&#233;el, vivant. Non seulement dans la pens&#233;e mais avec tous les sens, l'homme s'affirme donc dans le monde objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, en prenant les choses subjectivement c'est d'abord la musique qui &#233;veille le sens musical de l'homme pour l'oreille qui n'est pas musicienne, la musique la plus belle n'a aucun sens [n'] est [pas] un objet, car mon objet ne peut &#234;tre que la confirmation d'une de mes forces essentielles, il ne peut donc &#234;tre pour moi que tel que ma force essentielle est pour soi en tant que facult&#233; subjective, car le sens d'un objet pour moi (il n'a de signification que pour un sens qui lui correspond) s'&#233;tend exactement aussi loin que s'&#233;tend mon sens. Voil&#224; pourquoi les sens de l'homme social sont autres que ceux de l'homme non-social ; c'est seu&#173;le&#173;ment gr&#226;ce &#224; la richesse d&#233;ploy&#233;e objectivement de l'essence humaine que la richesse de la facult&#233; subjective de sentir de l'homme est tout d'abord soit d&#233;velopp&#233;e, soit produite, qu'une oreille devient musicienne, qu'un oeil per&#231;oit la beaut&#233; de la forme, bref que les sens devien&#173;nent capables de jouissance humaine, deviennent des sens qui s'affirment comme des forces essentielles de l'homme. Car non seulement les cinq sens, mais aussi les sens dits spirituels, les sens pratiques (volont&#233;, amour, etc.), en un mot le sens humain, l'humanit&#233; des sens, ne se forment que gr&#226;ce &#224; l'existence de leur objet, &#224; la nature humanis&#233;e. La formation des cinq sens est le travail de toute l'histoire pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens qui est encore prisonnier du besoin pratique grossier n'a qu'une signification limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'homme qui meurt de faim, la forme humaine de l'aliment n'existe pas, mais seulement son existence abstraite en tant qu'aliment ; il pourrait tout aussi bien se trouver sous sa forme la plus grossi&#232;re et on ne peut dire en quoi cette activit&#233; nutritive se distinguerait de l'activit&#233; nutritive animale. L'homme qui est dans le souci et le besoin n'a pas de sens pour le plus beau spectacle ; celui qui fait commerce de min&#233;raux ne voit que la valeur mercantile, mais non la beaut&#233; ou la nature propre du min&#233;ral ; il n'a pas le sens min&#233;ralogique. Donc l'objectivation de l'essence humaine, tant au point de vue th&#233;orique que pratique, est n&#233;cessaire aussi bien pour rendre humain le sens de l'homme que pour cr&#233;er le sens humain qui correspond &#224; toute la richesse de l'essence de l'homme et de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que par le mouvement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de sa richesse comme de sa mis&#232;re - de la richesse et de la mis&#232;re mat&#233;rielles et spirituelles - la soci&#233;t&#233; qui prend naissan&#173;ce trouve tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; cette formation, de m&#234;me la soci&#233;t&#233; constitu&#233;e produit comme sa r&#233;alit&#233; constante l'homme avec toute cette richesse de son &#234;tre, l'homme riche, l'homme dou&#233; de sens universels et profond&#233;ment d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit comment le subjectivisme et l'objectivisme, le spiritualisme et le mat&#233;rialisme, l'activit&#233; et la passivit&#233; ne perdent leur opposition, et par suite leur existence en tant que contraires de ce genre, que dans l'&#233;tat de soci&#233;t&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on voit comment la solution des opposi&#173;tions th&#233;oriques elles-m&#234;mes n'est possible que d'une mani&#232;re pratique, par l'&#233;nergie pratique des hommes, et que leur solution n'est donc aucunement la t&#226;che de la seule connaissance, mais une t&#226;che vitale r&#233;elle que la philosophie n'a pu r&#233;soudre parce qu'elle l'a pr&#233;cis&#233;ment con&#231;ue comme une t&#226;che seulement th&#233;orique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit comment l'histoire de l'industrie et l'existence objective constitu&#233;e de l'industrie sont le livre ouvert des forces humaines essentielles, la psychologie de l'homme concr&#232;te&#173;ment pr&#233;sente, que jusqu'&#224; pr&#233;sent on ne concevait pas dans sa connexion avec l'essence de l'homme, mais toujours uniquement du point de vue de quelque relation ext&#233;rieure d'utilit&#233;, parce que - comme on se mouvait &#224; l'int&#233;rieur de l'ali&#233;nation - on ne pouvait concevoir, comme r&#233;alit&#233; de ses for&#173;ces essentielles et comme activit&#233; g&#233;n&#233;rique humaine, que l'existence universelle de l'hom&#173;me, la religion, ou l'histoire dans son essence abstraite universelle (politique, art, litt&#233;ra&#173;ture, etc.). [IX] Dans l'industrie mat&#233;rielle courante (- on peut tout aussi bien la concevoir comme une partie du mouvement g&#233;n&#233;ral en question, que l'on peut concevoir ce mouvement lui-m&#234;me comme une partie particuli&#232;re de l'industrie, puisque toute activit&#233; humaine a &#233;t&#233; jusqu'ici travail, donc industrie, activit&#233; ali&#233;n&#233;e &#224; soi-m&#234;me -), nous avons devant nous, sous forme d'objets concrets, &#233;trangers, utiles, sous la forme de l'ali&#233;nation, les forces essentielles de l'homme objectiv&#233;es. Une psychologie pour laquelle reste ferm&#233; ce livre, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment la partie la plus concr&#232;tement pr&#233;sente, la plus accessible de l'histoire, ne peut devenir une science r&#233;elle et vraiment riche de contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que penser somme toute d'une science qui en se donnant de grands airs fait abstraction de cette grande partie du travail humain et qui n'a pas le sentiment de ses lacunes tant que toute cette richesse d&#233;ploy&#233;e de l'activit&#233; humaine ne lui dit rien, sinon peut-&#234;tre ce que l'on peut dire d'un mot : &#8220; besoin &#8221;, &#8220; besoin vulgaire&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences de la nature ont d&#233;ploy&#233; une &#233;norme activit&#233; et ont fait leur un mat&#233;riel qui va grandissant. Cependant, la philosophie leur est rest&#233;e tout aussi &#233;trang&#232;re qu'elles sont rest&#233;es &#233;trang&#232;res &#224; la philosophie. Leur union momentan&#233;e n'&#233;tait qu'une illusion de l'imagination. La volont&#233; &#233;tait l&#224;, mais les capacit&#233;s manquaient. Les historiens eux-m&#234;mes ne se r&#233;f&#232;rent aux sciences de la nature qu'en passant, comme &#224; un moment du d&#233;veloppe&#173;ment des lumi&#232;res, d'utilit&#233;, qu'illustrent quelques grandes d&#233;couvertes. Mais par le moyen de l'industrie, les sciences de la nature sont intervenues d'autant plus pratiquement dans la vie humaine et l'ont transform&#233;e et ont pr&#233;par&#233; l'&#233;mancipation humaine, bien qu'elles aient d&#251; parachever directement la d&#233;shumanisation. L'industrie est le rapport historique r&#233;el de la nature, et par suite des sciences de la nature, avec l'homme ; si donc on la saisit comme une r&#233;v&#233;&#173;la&#173;tion exot&#233;rique des forces essentielles de l'homme, on comprend aussi l'essence hu&#173;maine de la nature ou l'essence naturelle de l'homme ; en cons&#233;quence les sciences de la nature perdront leur orientation abstraitement mat&#233;rielle ou plut&#244;t id&#233;aliste et deviendront la base de la science humaine, comme elles sont d&#233;j&#224; devenues - quoique sous une forme ali&#233;n&#233;e - la base de la vie r&#233;ellement humaine ; dire qu'il y a une base pour la vie et une autre pour la science est de prime abord un mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature en devenir dans l'histoire hu&#173;mai&#173;ne - acte de naissance de la soci&#233;t&#233; humaine - est la naturelle r&#233;elle de l'homme, donc la na&#173;tu&#173;&#173;re telle que l'industrie la fait, quoique sous une forme ali&#233;n&#233;e, est la nature anthropolo&#173;gique v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde sensible (cf. Feuerbach) doit &#234;tre la base de toute science. Ce n'est que s'il part de celle-ci sous la double forme et de la conscience sens&#173;ible et du besoin concret - donc si la science part de la nature - qu'elle est science r&#233;elle, L'histoire enti&#232;re a servi &#224; pr&#233;parer (&#224; d&#233;velopper) la transformation de &#8220; l'homme &#8221; en objet de la conscience sensible et du besoin de &#8220; l'homme en tant qu'homme &#8221; en besoin [naturel concret]. L'histoire elle-m&#234;me est une partie r&#233;elle de l'histoire de la nature, de la transfor&#173;ma&#173;tion de la nature en homme. Les sciences de la nature comprendront plus tard aussi bien la science de l'homme, que la science de l'homme englobera les sciences de la nature : il y aura une seule science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est l'objet imm&#233;diat des sciences de la nature [147] ; car la nature sensible imm&#233;&#173;diate pour l'homme est directement le monde sensible humain (expression identique) ; elle est imm&#233;diatement l'homme autre qui existe concr&#232;tement pour lui ; car son propre mon&#173;de sensi&#173;ble n'est que gr&#226;ce &#224; l'autre homme monde sensible humain pour lui-m&#234;me. Mais la nature est l'objet imm&#233;diat de la science de l'homme. Le premier objet de l'homme - l'homme - est nature, monde sensible, et les forces essentielles particuli&#232;res et concr&#232;tes de l'hom&#173;me, ne trouvant leur r&#233;alisation objective que dans les objets naturels, ne peuvent parvenir &#224; la connaissance de soi que dans la science de la nature en g&#233;n&#233;ral. L'&#233;l&#233;ment de la pens&#233;e elle-m&#234;me, l'&#233;l&#233;ment de la manifestation vitale de la pens&#233;e, le langage est de nature con&#173;cr&#232;te. La r&#233;alit&#233; sociale de la nature et les sciences naturelles humaines ou les sciences naturelles de l'homme sont des expressions identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit comment l'homme riche et le besoin humain riche prennent la place de la richesse et de la mis&#232;re de l'&#233;conomie politique. L'homme riche est en m&#234;me temps l'homme qui a besoin d'une totalit&#233; de manifestation vitale humaine. L'homme chez qui sa propre r&#233;ali&#173;sa&#173;tion existe comme n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure, comme besoin. Non seulement la richesse, mais aussi la pauvret&#233; de l'homme re&#231;oivent &#233;galement - sous le socialisme - une significa&#173;tion humaine et par cons&#233;quent sociale. Elle est le lien passif qui fait ressentir aux hommes com&#173;me un besoin la richesse la plus grande, l'autre homme. La d&#233;nomination de l'essence objective en moi, l'explosion sensible de mon activit&#233; essentielle est la passion, qui devient par l&#224; l'activit&#233; de mon &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#186; Un &#234;tre ne commence &#224; se tenir pour ind&#233;pendant que d&#232;s qu'il est son propre ma&#238;tre, et il n'est son propre ma&#238;tre que lorsqu'il doit son existence &#224; soi-m&#234;me. Un homme qui vit de la gr&#226;ce d'un autre se consid&#232;re comme un &#234;tre d&#233;pendant. Mais je vis enti&#232;rement de la gr&#226;ce d'un autre, si non seulement je lui dois l'entretien de ma vie, mais encore si en outre il a cr&#233;&#233; ma vie, s'il en est la source, et ma vie a n&#233;cessairement un semblable fondement en dehors d'elle si elle n'est pas ma propre cr&#233;ation. C'est pourquoi la cr&#233;ation est une id&#233;e tr&#232;s difficile &#224; chasser de la conscience populaire. Le fait que la nature et l'homme sont par eux-m&#234;mes lui est incompr&#233;hensible, parce qu'il contredit toutes les &#233;vidences de la vie pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de la terre a &#233;t&#233; puissamment &#233;branl&#233;e par la g&#233;ognosie, c'est-&#224;-dire par la science qui repr&#233;sente la formation du globe, le devenir de la terre, comme un processus, un auto-engendrement. La g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e est la seule r&#233;futation pratique de la th&#233;orie de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il est certes facile de dire &#224; l'individu isol&#233; ce qu'Aristote dit d&#233;j&#224; : &#8220; Tu es engendr&#233; par ton p&#232;re et ta m&#232;re, c'est donc l'accouplement de deux hommes, c'est donc un acte g&#233;n&#233;ri&#173;que des hommes qui a produit en toi l'homme. Tu vois donc que m&#234;me physiquement l'hom&#173;me doit sa vie &#224; l'homme. Tu ne dois par cons&#233;quent pas garder la vue fix&#233;e sur un aspect seulement, sur la progression &#224; l'infini &#224; propos de laquelle tu continues &#224; poser des questions : qui a engendr&#233; mon p&#232;re, qui a engendr&#233; son grand-p&#232;re ?..., etc. Tu dois aussi garder la vue fix&#233;e sur le mouvement cyclique qui est concr&#232;tement visible dans cette progression et qui fait que l'homme dans la procr&#233;ation se r&#233;p&#232;te lui-m&#234;me, donc que l'homme reste toujours sujet. Mais tu r&#233;pondras : si je t'accorde ce mouvement cyclique, accorde-moi la progression qui me fait remonter de plus en plus haut jusqu'&#224; ce que je pose la question : qui a engendr&#233; le premier homme et la nature en g&#233;n&#233;ral ? Je ne puis que te r&#233;pondre : ta question est elle-m&#234;me un produit de l'abstraction. Demande-toi comment tu en arrives &#224; cette question ; demande-toi si ta question n'est pas pos&#233;e en partant d'un point de vue auquel je ne puis r&#233;&#173;pon&#173;&#173;dre parce qu'il est absurde ? Demande-toi si cette progression existe en tant que telle pour une pens&#233;e raisonnable ? Si tu poses la question de la cr&#233;ation de la nature et de l'homme, tu fais donc abstraction de l'homme et de la nature. Tu les poses comme n'existant pas et tu veux pourtant que je te d&#233;montre qu'ils existent. Je te dis alors : abandonne ton abstraction et tu abandonneras aussi ta question, ou bien si tu veux t'en tenir &#224; ton abstraction, sois cons&#233;&#173;quent, et si, bien que tu penses l'homme et la nature comme n'&#233;tant pas [XII tu penses tout de m&#234;me, alors pense-toi toi-m&#234;me comme n'&#233;tant pas, puisqu'aussi bien tu es nature et homme. Ne pense pas, ne m'interroge pas, car d&#232;s que tu penses et que tu m'interroges, ta fa&#231;on de faire abstraction de l'&#234;tre de la nature et de l'homme n'a aucun sens. Ou bien es-tu &#224; ce point &#233;go&#239;ste que tu poses tout comme n&#233;ant et que tu veuilles &#234;tre toi-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux me r&#233;pliquer : je ne veux pas poser le n&#233;ant de la nature, etc. ; je te pose la ques&#173;tion de l'acte de sa naissance comme j'interroge l'anatomiste sur les formations osseuses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour l'homme socialiste, tout ce qu'on appelle l'histoire universelle n'est rien d'autre que l'engendrement de l'homme par le travail humain, que le devenir de la nature pour l'hom&#173;me ; il a donc la preuve &#233;vidente et irr&#233;futable de son engendrement par lui-m&#234;me, du proces&#173;sus de sa naissance. Si la r&#233;alit&#233; essentielle de l'homme et de la nature, si l'homme qui est pour l'homme l'existence, de la nature et la nature qui est pour l'homme l'existence de l'hom&#173;me sont devenus un fait, quelque chose de concret, d'&#233;vident, la question d'un &#234;tre &#233;tranger, d'un &#234;tre plac&#233; au-dessus de la nature et de l'homme est devenue pratiquement impossible - cette question impliquant l'aveu de l'inessentialit&#233; de la nature et de l'homme. L'ath&#233;isme, dans la mesure o&#249; il nie cette, chose secondaire, n'a plus de sens, car l'ath&#233;isme est une n&#233;ga&#173;tion de Dieu et par cette n&#233;gation il pose l'existence de l'homme ; mais le socialisme en tant que socialisme n'a plus besoin de ce moyen terme. Il part de la conscience th&#233;oriquement et pratiquement sensible de l'homme et de la nature comme de l'essence. Il est la conscience de soi positive de l'homme, qui n'est plus par le moyen terme de l'abolition de la religion, comme la vie r&#233;elle est la r&#233;alit&#233; positive de l'homme qui n'est plus par le moyen terme de l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le communisme. Le communisme pose le positif comme n&#233;ga&#173;tion de la n&#233;gation, il est donc le moment r&#233;el de l'&#233;mancipation et de la reprise de soi de l'homme, le moment n&#233;cessaire pour le d&#233;veloppement &#224; venir de l'histoire. Le communisme est la forme n&#233;cessaire et le principe &#233;nerg&#233;tique du futur prochain, mais le communisme n'est pas en tant que tel le but du d&#233;veloppement humain, - la forme de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Signification des besoins humains dans le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et sous le socialisme. Diff&#233;rence entre la richesse dissipatrice et la richesse industrielle, division du travail dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu quelle signification prend sous le socialisme la richesse des besoins humains et, par suite, quelle signification prennent un nouveau mode de production et un nouvel objet de la production : c'est une manifestation nouvelle de la force essentielle de l'homme et un enrichissement nouveau de l'essence humaine. Dans le cadre de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, les choses prennent une signification inverse. Tout homme s'applique &#224; cr&#233;er pour l'autre un besoin nouveau pour le contraindre &#224; un nouveau sacrifice, le placer dans une nou&#173;velle d&#233;pendance et le pousser &#224; un nouveau mode de jouissance et, par suite, de ruine &#233;cono&#173;mique. Chacun cherche &#224; cr&#233;er une force essentielle &#233;trang&#232;re dominant les autres hommes pour y trouver la satisfaction de son propre besoin &#233;go&#239;ste. Avec la masse des objets augmen&#173;te donc l'empire des &#234;tres &#233;trangers auquel l'homme est soumis et tout produit nouveau renforce encore la tromperie r&#233;ciproque et le pillage mutuel. L'homme devient d'autant plus pauvre en tant qu'homme, il a d'autant plus besoin d'argent pour se rendre ma&#238;tre de l'&#234;tre hostile, et la puissance de son argent tombe exactement en raison inverse du volume de la production, c'est-&#224;-dire que son indigence augmente &#224; mesure que cro&#238;t la puissance de l'argent. - Le besoin d'argent est donc le vrai besoin produit par l'&#233;conomie politique et l'unique besoin qu'elle produit. La quantit&#233; de l'argent devient de plus en plus l'unique et puissante propri&#233;t&#233; de celui-ci ; de m&#234;me qu'il r&#233;duit tout &#234;tre &#224; son abstraction, il se r&#233;duit lui-m&#234;me dans son propre mouvement &#224; un &#234;tre quantitatif. L'absence de mesure et la d&#233;mesure deviennent sa v&#233;ritable mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le plan subjectif m&#234;me cela se manifeste d'une part en ceci, que l'extension des produits et des besoins devient l'esclave inventif et toujours en train de calculer d'app&#233;tits inhumains, raffin&#233;s, contre nature et imaginaires - la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne sait pas transformer le besoin grossier en besoin humain ; son id&#233;alisme est l'imagination, l'arbitraire, le caprice et un eunuque ne flatte pas avec plus de bassesse son despote et ne cherche pas &#224; exciter ses facult&#233;s &#233;mouss&#233;es de jouissance pour capter une faveur avec des moyens plus inf&#226;mes que l'eunuque industriel, le producteur, pour capter les pi&#232;ces blanches et tirer les picaillons de la poche de son voisin tr&#232;s chr&#233;tiennement aim&#233;. - (Tout produit est un app&#226;t avec lequel on t&#226;che d'attirer &#224; soi l'&#234;tre de l'autre, son argent ; tout besoin r&#233;el ou possible est une faiblesse qui attirera la mouche dans la glu ; - exploitation universelle de l'essen&#173;ce sociale de l'homme, de m&#234;me que chacune de ses imperfections est un lien avec le ciel, un c&#244;t&#233; par lequel son c&#339;ur est accessible au pr&#234;tre ; tout besoin est une occasion pour s'approcher du voisin avec l'air le plus aimable et lui dire : cher ami, je te donnerai ce qui t'est n&#233;cessaire ; mais tu con&#173;nais la condition sine qua non ; tu sais de quelle encre tu dois signer le pacte qui te lie &#224; moi ; je t'&#233;trille en te procurant une jouissance). L'eunuque industriel se plie aux caprices les plus inf&#226;mes de l'homme, joue l'entremetteur entre son besoin et lui, excite en lui des app&#233;tits morbides, guette chacune de ses faiblesses pour lui demander ensuite le salaire de ces bons offices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette ali&#233;nation appara&#238;t d'autre part en produisant, d'un c&#244;t&#233;, le raffinement des besoins et des moyens de les satisfaire, de l'autre le retour &#224; une sauvagerie bestiale, la simplicit&#233; compl&#232;te, grossi&#232;re et abstraite du besoin ; ou plut&#244;t elle ne fait que s'engendrer &#224; nouveau elle-m&#234;me avec sa signification oppos&#233;e. M&#234;me le besoin de grand air cesse d'&#234;tre un besoin pour l'ouvrier ; l'homme retourne &#224; sa tani&#232;re, mais elle est maintenant empest&#233;e par le souffle pestilentiel et m&#233;phitique de la civilisation et il ne l'habite plus que d'une fa&#231;on pr&#233;caire, com&#173;me une puissance &#233;trang&#232;re qui peut chaque jour se d&#233;rober &#224; lui, dont il peut chaque jour &#234;tre [XV]. expuls&#233; s'il ne paie pas. Cette maison de mort, il faut qu'il la paie. La maison de lumi&#232;re, que, dans Eschyle, Prom&#233;th&#233;e d&#233;signe comme l'un des plus grands cadeaux qui lui ait permis de transformer le sauvage en homme, cesse d'&#234;tre pour l'ouvrier. La lumi&#232;re, l'air, etc., ou la propret&#233; animale la plus &#233;l&#233;mentaire cessent d'&#234;tre un besoin pour l'homme. La salet&#233;, cette stagnation, cette putr&#233;faction de l'homme, ce cloaque (au sens litt&#233;ral) de la civilisation devient son &#233;l&#233;ment de vie. L'incurie compl&#232;te et contre nature, la nature putride devient l'&#233;l&#233;ment de sa vie. Aucun de ses sens n'existe plus, non seulement sous son aspect humain, mais aussi sous son aspect inhumain, c'est-&#224;-dire pire qu'animal. On voit revenir les modes (et instruments) les plus grossiers du travail humain : la meule [149] des esclaves romains est devenue le mode de production, le mode d'existence pour beaucoup d'ouvriers anglais. Il n'est pas assez que l'homme n'ait pas de besoins humains, m&#234;me les besoins animaux cessent. L'Irlandais ne conna&#238;t plus que le besoin de manger, et, qui plus est, seulement de manger des pommes de terre, et m&#234;me des pommes de terre &#224; cochon, celle de la pire esp&#232;ce. Mais l'Angle&#173;terre et la France ont d&#233;j&#224; dans chaque ville industrielle une petite Irlande. Le sauva&#173;ge, l'animal ressentent pourtant le besoin de la chasse, du mouvement, etc., de la soci&#233;t&#233;. - La simplification de la machine, du travail est utilis&#233;e pour transformer en ouvrier l'homme qui en est encore au stade de la formation, l'homme qui n'est encore absolument pas d&#233;velopp&#233; - l'enfant -, tandis que l'ouvrier est devenu un enfant laiss&#233; &#224; l'abandon. La machine s'adapte &#224; la faiblesse de l'homme pour transformer l'homme faible en machine. -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle mani&#232;re l'augmentation des besoins et des moyens de les satisfaire engendre-t-elle l'absence de besoins et de moyens ? L'&#233;conomiste (et le capitaliste : en g&#233;n&#233;ral nous par&#173;lons toujours des hommes d'affaires empiriques lorsque nous recourons aux &#233;conomistes... qui sont leur mea culpa et leur existence scientifiques) le prouve ainsi : 1&#186; il r&#233;duit le besoin de l'ouvrier &#224; l'entretien le plus indispensable et le plus mis&#233;rable de la vie physique et son activit&#233; au mouvement m&#233;canique le plus abstrait, et dit en cons&#233;quence l'homme n'a pas d'au&#173;tre besoin ni d'activit&#233;, ni de jouissance car m&#234;me cette vie-l&#224;, il la proclame vie et existence humaines 2&#186; il calcule la vie (l'existence) la plus indigente possible comme norme et, qui plus est, comme norme universelle : universelle parce que valable pour la masse des hommes ; il fait de l'ouvrier un &#234;tre priv&#233; de sens et de besoins, comme il fait de son activit&#233; une pure abstraction de toute activit&#233; ; tout luxe de l'ouvrier lui appara&#238;t donc condamnable et tout ce qui d&#233;passe le besoin le plus abstrait - f&#251;t-ce comme jouissance passive ou manifesta&#173;tion d'activit&#233; - lui semble un luxe. L'&#233;conomie politique, cette science de la richesse, est donc en m&#234;me temps la science du renoncement, des privations, de l'&#233;pargne, et elle en arrive r&#233;ellement &#224; &#233;pargner &#224; l'homme m&#234;me le besoin d'air pur ou de mouvement physique. Cette science de la merveilleuse industrie est aussi la science de l'asc&#233;tisme et son v&#233;ritable id&#233;al est l'avare asc&#233;tique, mais usurier, et l'esclave asc&#233;tique, mais produc&#173;teur. Son id&#233;al moral est l'ouvrier qui porte &#224; la Caisse d'&#201;pargne une partie de son salaire et, pour cette lubie favorite qui est la sienne, elle a m&#234;me trouv&#233; un art servile. On a port&#233; cela avec beau&#173;coup de sentiment au th&#233;&#226;tre. Elle est donc - malgr&#233; son aspect profane et volup&#173;tueux - une science morale r&#233;elle, la plus morale des sciences. Le renoncement &#224; soi-m&#234;me, le renonce&#173;ment &#224; la vie et &#224; tous les besoins humains est sa th&#232;se principale. Moins tu man&#173;ges, tu bois, tu ach&#232;tes des livres, moins tu vas au th&#233;&#226;tre, au bal, au cabaret, moins tu penses, tu aimes, tu fais de la th&#233;orie, moins tu chantes, tu parles, tu fais de l'escrime, etc., plus tu &#233;pargnes, plus tu augmentes ton tr&#233;sor que ne mangeront ni les mites ni la poussi&#232;re, ton capital. Moins tu es, moins tu manifestes ta vie, plus tu poss&#232;des, plus ta vie ali&#233;n&#233;e grandit, plus tu accumules de ton &#234;tre ali&#233;n&#233;. Tout ce que l'&#233;conomiste te prend de vie et d'hu&#173;ma&#173;nit&#233;, il te le rem&#173;pla&#173;ce en argent et en richesse et tout ce que tu ne peux pas, ton argent le peut : il peut man&#173;ger, boire, aller au bal, au th&#233;&#226;tre ; il conna&#238;t l'art, l'&#233;rudition, les curiosit&#233;s his&#173;to&#173;ri&#173;ques, la puis&#173;san&#173;ce politique ; il peut voyager ; il peut t'attribuer tout cela ; il peut ache&#173;ter tout cela ; il est la vraie capacit&#233;. Mais lui qui est tout cela, il n'a d'autre possibilit&#233; que de se cr&#233;er lui-m&#234;me, de s'acheter lui-m&#234;me, car tout le reste est son valet et si je poss&#232;de l'homme, je poss&#232;de aussi le valet et je n'ai pas besoin de son valet. Toutes les passions et toute activit&#233; doivent donc sombrer dans la soif de richesse. L'ouvrier doit avoir juste assez pour vouloir vivre et ne doit vouloir vivre que pour poss&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il s'&#233;l&#232;ve maintenant une controverse sur le terrain &#233;conomique. Les uns (Lauder&#173;dale, Malthus, etc.) recommandent le luxe et maudissent l'&#233;pargne ; les autres (Say, Ricardo, etc.) recommandent l'&#233;pargne et maudissent le luxe. Mais les premiers avouent qu'ils veulent le luxe pour produire le travail (c'est-&#224;-dire l'&#233;pargne absolue) ; les autres avouent qu'ils recom&#173;mandent l'&#233;pargne pour, produire la richesse, c'est-&#224;-dire le luxe. Les premiers ont l'illusion romantique que ce n'est pas la seule soif du gain qui doit d&#233;terminer la consomma&#173;tion des riches et ils contredisent leurs propres lois en donnant directement la prodigalit&#233; com&#173;me moyen d'enrichissement ; et les autres leur d&#233;montrent en cons&#233;quence, avec beau&#173;coup de gravit&#233; et un grand luxe de d&#233;tails que, par la prodigalit&#233;, je diminue mon avoir et ne l'augmente pas ; les seconds commettent l'hypocrisie de ne pas avouer que la production est pr&#233;cis&#233;ment d&#233;termin&#233;e par le caprice et l'inspiration ; ils oublient les &#8220; besoins raffin&#233;s &#8221;, ils oublient que sans consommation on ne produirait pas ; ils oublient que la production ne peut devenir que plus universelle et plus luxueuse par la concurrence ; ils oublient que l'usage d&#233;termine pour eux la valeur de la chose et que la mode d&#233;termine l'usa&#173;ge. Ils souhaitent ne voir produire que de l' &#8220; utile &#8221;, mais ils oublient qu'&#224; force de produire de l'utile, la produc&#173;tion produit un exc&#232;s de population inutile. Les uns et les autres oublient que le gaspillage et l'&#233;pargne, le luxe et le d&#233;nuement, la richesse et la pauvret&#233; s'&#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non seulement tu dois &#234;tre &#233;conome de tes sens imm&#233;diats comme le manger, etc., mais tu dois aussi t'&#233;pargner de prendre part aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux, d'avoir piti&#233;, confiance, etc., si tu veux te conformer aux enseignements de l'&#233;conomie, si tu ne veux pas p&#233;rir d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui t'appartient, tu dois le rendre v&#233;nal, c'est-&#224;-dire utile. Si je demande &#224; l'&#233;cono&#173;miste : est-ce que j'ob&#233;is aux lois &#233;conomiques si je tire de l'argent de l'abandon, de la vente de mon corps &#224; la volupt&#233; d'autrui (en France les ouvriers d'usines appellent la prostitution de leurs femmes et de leurs filles l'heure de travail suppl&#233;mentaire, ce qui est litt&#233;ralement exact), ou bien est-ce que je n'agis pas conform&#233;ment &#224; l'&#233;conomie lorsque je vends mon ami aux Marocains (et la vente directe des hommes sous la forme du commerce des recrues, etc., a lieu dans tous les pays civilis&#233;s). celui-ci me r&#233;pond : tu n'agis pas &#224; ren&#173;contre de mes lois ; mais prends garde &#224; ce que disent mes cousines, la morale et la religion ; ma morale et ma religion &#233;conomiques n'ont rien &#224; t'objecter, mais... Mais qui dois-je plut&#244;t croire alors de l'&#233;conomie politique ou de la morale ? La morale de l'&#233;conomie politique est le gain, le travail et l'&#233;pargne, la sobri&#233;t&#233;... mais l'&#233;conomie politique me promet de satisfaire mes besoins. L'&#233;conomie politique de la morale est la richesse en bonne conscience, en vertu, etc., mais com&#173;ment puis-je &#234;tre vertueux si je ne suis pas, comment puis-je avoir une bonne conscience si je ne sais rien ? Tout ceci est fond&#233; dans l'essence de l'ali&#233;nation : chaque sph&#232;re m'appli&#173;que une norme diff&#233;rente et contraire, la morale m'en applique une et l'&#233;conomie une autre, car chacune est une ali&#233;nation d&#233;termin&#233;e de l'homme et chacune [XVII] retient une sph&#232;re particuli&#232;re de l'activit&#233; essentielle ali&#233;n&#233;e, chacune est dans un rapport d'ali&#233;nation &#224; l'autre ali&#233;nation. Ainsi M. Michel Chevalier reproche &#224; Ricardo de faire abstraction de a morale. Mais Ricardo laisse l'&#233;conomie parler son propre langage. Si celui-ci n'est pas moral, Ricardo n'y peut rien. M. Chevalier fait abstraction de l'&#233;conomie dans la mesure o&#249; il moralise, mais il fait n&#233;cessairement et r&#233;ellement abstraction de la morale dans la mesure o&#249; il fait de l'&#233;conomie politique. La relation de l'&#233;conomie &#224; la morale, si par ailleurs elle West pas arbitraire, contingente, et par suite sans fondement et sans caract&#232;re scientifique, si on n'en fait pas &#233;tat pour la frime, mais qu'on la consid&#232;re comme essentielle, ne peut &#234;tre que la relation des lois &#233;conomiques &#224; la morale : si celle-ci n'appara&#238;t pas, ou plut&#244;t que le contraire se produit, en quoi Ricardo en est-il responsable ? D'ailleurs l'opposition entre l'&#233;conomie et la morale West qu'une appa&#173;rence et s'il y a une opposition, ce n'en est pas une. L'&#233;conomie politique ne fait qu'exprimer &#224; sa mani&#232;re les lois morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de besoins comme principe de l'&#233;conomie se manifeste de la fa&#231;on la plus &#233;clatante dans sa th&#233;orie de la population. Il y a trop d'hommes. M&#234;me l'existence des hom&#173;mes est un pur luxe et si l'ouvrier est &#8220; moral &#8221; (Mill propose des f&#233;licitations publiques pour ceux qui se montrent abstinents au point de vue sexuel, et un bl&#226;me public pour ceux qui p&#232;chent contre cette st&#233;rilit&#233; [id&#233;ale] du mariage [150] ... N'est-ce pas moral, n'est-ce pas la doctrine de l'asc&#233;tisme ?), il sera &#233;conome sur le plan de la g&#233;n&#233;ration. La production de l'homme appara&#238;t comme une calamit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens qu'a la production en ce qui concerne les riches appara&#238;t ouvertement dans le sens qu'elle a pour les pauvres ; par rapport &#224; ceux qui sont en haut, il s'exprime toujours d'une mani&#232;re subtile, d&#233;guis&#233;e, ambigu&#235;, il est l'apparence, par rapport &#224; ceux qui sont en bas, il s'exprime d'une mani&#232;re grossi&#232;re, directe, sinc&#232;re, il est l'essence. Le besoin grossier de l'ouvrier est une source bien plus grande de profit que le besoin raffin&#233; du riche. Les sous-sols de Londres rapportent &#224; leurs loueurs plus que les palais, c'est-&#224;-dire que par rapport au propri&#233;taire, ils sont une richesse plus grande, donc pour parler comme l'&#233;conomiste une plus grande richesse sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout comme l'industrie sp&#233;cule sur le raffinement des besoins, elle sp&#233;cule sur leur grossi&#232;ret&#233;, mais sur leur grossi&#232;ret&#233; provoqu&#233;e artificiellement. La v&#233;ritable joie que procu&#173;rent ces besoins grossiers consiste donc &#224; s'&#233;tourdir, elle est donc cette satisfaction apparente du besoin, cette civilisation &#224; l'int&#233;rieur de la grossi&#232;re barbarie du besoin. Les estaminets anglais sont par cons&#233;quent des illustrations symboliques de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Leur luxe montre le v&#233;ritable rapport &#224; l'homme du luxe et de la richesse industriels. Ils sont donc aussi avec rai&#173;son les seules r&#233;jouissances dominicales du peuple qui soient tout au moins trait&#233;e$ avec douceur par la police anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu comment l'&#233;conomiste pose de fa&#231;on vari&#233;e l'unit&#233; du travail et du capital. 1&#186; Le capital est du travail accumul&#233; ; 2&#186; La d&#233;termination du capital &#224; l'int&#233;rieur de la production, soit la reproduction du capital avec profit, soit le capital comme mati&#232;re premi&#232;re (mati&#232;re du travail), soit comme instrument travaillant lui-m&#234;me (l a machine est le capital qui est pos&#233; imm&#233;diatement comme identique avec le travail), est le travail productif ; 3&#186; L'ouvrier est un capital ; 4&#186; Le salaire fait partie des frais du capital ; 5&#186; En ce qui concerne l'ouvrier, le travail est la reproduction de son capital vital ; 6&#186; En ce qui concerne le capitaliste, il est un facteur d'activit&#233; de son capital ; enfin 7&#186; L'&#233;conomiste suppose l'unit&#233; primitive de l'un et de l'autre, comme l'unit&#233; du capitaliste et de l'ouvrier ; c'est l'&#233;tat primitif paradisiaque. Comme ces deux aspects qu'incarnent deux personnes se sautent &#224; la gorge l'un de l'autre, cela est pour l'&#233;conomiste un &#233;v&#233;nement contingent et par suite qui ne peut s'expliquer que de l'ext&#233;rieur (cf. Mill).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nations qui sont encore aveugl&#233;es par l'&#233;clat sensible des m&#233;taux pr&#233;cieux et qui sont donc encore des f&#233;tichistes de l'argent m&#233;tal - ne sont pas encore les nations d'argent ache&#173;v&#233;es. Opposition entre la France et l'Angleterre. - Combien la solution des &#233;nigmes th&#233;&#173;ori&#173;ques est une t&#226;che de la praxis et se fait par son entremise, combien la praxis vraie est la condition d'une th&#233;orie r&#233;elle et positive appara&#238;t par exemple &#224; propos du f&#233;tichisme. La conscience sensible du f&#233;tichiste est diff&#233;rente de celle du grec, parce que son existence sensible est aussi diff&#233;rente. L'hostilit&#233; abstraite entre sensibilit&#233; et esprit est n&#233;cessaire tant que le sens de l'homme pour la nature, le sens humain de la nature, donc aussi le sens naturel de l'homme n'est pas encore produit par le travail propre de l'homme. -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; n'est rien d'autre que le moi = moi de l'allemand traduit en fran&#231;ais, c'est-&#224;-dire dans le langage politique. L'&#233;galit&#233; comme raison du communisme est son fondement politi&#173;que et la m&#234;me chose se passe lorsque l'Allemand se donne le fondement du communisme en concevant l'homme comme conscience de soi universelle. Il va de soi que l'abolition de l'ali&#233;nation part toujours de la forme de l'ali&#233;nation qui est la puissance dominante, en Allemagne la conscience de soi, en France l'&#233;galit&#233; &#224; cause de la politique, en Angleterre le besoin r&#233;el mat&#233;riel pratique qui ne se mesure qu'&#224; soi-m&#234;me. C'est de l&#224; qu'il faut partir pour critiquer et appr&#233;cier Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous caract&#233;risons encore le communisme lui-m&#234;me - parce qu'il est la n&#233;gation de la n&#233;gation, l'appropriation de l'essence humaine qui a pour moyen terme avec elle-m&#234;me la n&#233;gation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e parce qu'il ne pose donc pas encore le positif de fa&#231;on vraie, en partant de lui-m&#234;me, mais en partant au contraire de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e [153] , -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... de la ... ainsi &#224; la mani&#232;re vieille allemande - &#224; la mani&#232;re de la Ph&#233;nom&#233;nologie de Hegel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... soit maintenant liquid&#233; comme un mouvement d&#233;pass&#233; et qu'on ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... et que l'on puisse se tranquilliser parce que dans sa conscience...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... de l'essence humaine seulement par l&#224; r&#233;elle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... abolition de sa pens&#233;e tout comme avant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme demeurent donc avec lui l'ali&#233;nation r&#233;elle de la vie humaine et une ali&#233;nation d'autant plus grande que l'on en a plus conscience en tant que telle - peut &#234;tre r&#233;alis&#233; (e), elle (il) ne peut donc se r&#233;aliser que par le communisme rais en oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour abolir l'id&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le communisme pens&#233; suffit enti&#232;rement. Pour abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e r&#233;elle, il faut une action communiste r&#233;elle. L'histoire l'apportera et ce mouvement, dont nous savons d&#233;j&#224; en pens&#233;e qu'il s'abolit lui-m&#234;me, passera dans la r&#233;alit&#233; par un processus tr&#232;s rude et tr&#232;s &#233;tendu. Mais nous devons consid&#233;rer comme un progr&#232;s r&#233;el que, de prime abord, nous ayons acquis une conscience tant de la limitation que du but du mouvement historique, et une conscience qui le d&#233;passe. -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les ouvriers communistes se r&#233;unissent, c'est d'abord la doctrine, la propagande, etc., qui est leur but. Mais en m&#234;me temps ils s'approprient par l&#224; un besoin nouveau, le besoin de la soci&#233;t&#233;, et ce qui semble &#234;tre le moyen est devenu le but. On peut observer les plus brillants r&#233;sultats de ce mouvement pratique, lorsque l'on voit r&#233;unis des ouvriers socialistes fran&#231;ais. Fumer, boire, manger, etc., ne sont plus l&#224; comme des pr&#233;textes &#224; r&#233;union ou des moyens d'union. L'assembl&#233;e, l'association la conversation qui &#224; son tour a la soci&#233;t&#233; pour but leur suffisent, la fraternit&#233; humaine n'est pas chez eux une phrase vide, mais une v&#233;rit&#233;, et la noblesse de l'humanit&#233; brille sur ces figures endurcies par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;conomie politique affirme que la demande et l'offre se couvrent toujours l'une l'autre, elle oublie aussit&#244;t que, d'apr&#232;s ses propres affirmations, l'offre en hommes (th&#233;&#173;orie de la Population) d&#233;passe toujours la demande, que le r&#233;sultat essentiel de toute la production -l'existence de l'homme - fait donc appara&#238;tre de la fa&#231;on la plus &#233;clatante la disproportion entre la demande et l'offre. -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quel point l'argent, qui &#224; l'origine est moyen, est la puissance vraie et le but unique, - combien en g&#233;n&#233;ral le moyen qui fait de moi un &#234;tre, qui fait mien l'&#234;tre objectif, &#233;tranger, est un but en soi... on peut le voix &#224; la fa&#231;on dont la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, l&#224; o&#249; la terre est la source de la vie, dont le cheval et l'&#233;p&#233;e, l&#224; o&#249; ils sont les vrais moyens de subsistance, sont aussi reconnus comme les vraies puissantes politiques de la vie. Au Moyen Age une classe est &#233;mancip&#233;e d&#232;s qu'elle a le droit de porter l'&#233;p&#233;e. Dans les Populations nomades, le cheval est ce qui fait de moi un homme libre, un participant &#224; la communaut&#233;,-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit plus haut que l'homme retourne &#224; sa tani&#232;re, etc., mais la retrouve sous une forme ali&#233;n&#233;e et hostile. Le sauvage dans sa caverne - cet &#233;l&#233;ment de la nature qui s'offre spontan&#233;ment &#224; lui pour qu'il en jouisse et qu'il y trouve abri - ne se sent pas plus &#233;tranger, nu plus exactement tout aussi a l'aise que le poisson dans l'eau. Mais la cave o&#249; loge le pauvre est quelque chose d'hostile, elle est &#8220; un domicile qui contient en soi une puissance &#233;trang&#232;re, qui ne se donne &#224; lui que dans la mesure o&#249; il lui donne sa sueur &#8221;, 'il ne peut consid&#233;rer comme sa propre maison, - o&#249; il pourrait enfin dire : ici je suis chez o&#249; il se trouve plut&#244;t dans la maison d'un autre, dans la maison d'un &#233;tranger qui chaque jour le guette et l'expulse s'il ne paie pas le loyer. De m&#234;me au point de vue de la qualit&#233;, il conna&#238;t son logement comme le contraire du logement humain situ&#233; dom l'au-del&#224;, au ciel de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ali&#233;nation appara&#238;t tout autant dans le fait que mes moyens de subsistance appartien&#173;nent &#224; un autre, que ce qui est mon d&#233;sir est la possession inaccessible d'un autre, que dans le fait que toute chose est elle-m&#234;me autre qu'elle-m&#234;me, que mon activit&#233; est autre chose, qu'enfin - et ceci est vrai aussi pour le capitalisme - c'est somme toute la puissance inhumaine qui r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finition de la richesse inactive, dissipatrice adonn&#233;e seulement &#224; la jouissance : d'une part, celui qui en jouit se conduit, certes, comme un individu seulement &#233;ph&#233;m&#232;re, se pas&#173;sant des lubies inconsistantes, et il consid&#232;re &#233;galement le travail d'esclave d'autrui, la sueur de sang de l'homme, comme la proie de son d&#233;sir ; c'est pourquoi il conna&#238;t l'homme lui-m&#234;me, donc se conna&#238;t lui-m&#234;me, comme un &#234;tre sacrifi&#233; et nul (cependant son m&#233;pris des hommes appara&#238;t comme superbe, comme gaspillage de tout ce qui peut prolonger cent vies humaines ou bien comme l'illusion inf&#226;me que sa prodigalit&#233; effr&#233;n&#233;e et sa consomma&#173;tion imp&#233;tueuse et improductive conditionnent le travail et par suite la subsistance d'autrui) ; la r&#233;alisation des forces essentielles de l'homme, il ne la conna&#238;t que comme la r&#233;alisation de sa monstruosit&#233;, de son caprice et de ses lubies arbitraires et bizarres. Mais cette richesse-l&#224;, d'autre part, conna&#238;t la richesse comme un simple moyen et comme une chose qui m&#233;rite elle est donc &#224; la fois son esclave et son. ma&#238;tre, &#224; la fois g&#233;n&#233;reuse et abjecte, capricieuse, infa&#173;tu&#233;e, orgueilleuse et raffin&#233;e, cultiv&#233;e, spirituelle ; elle n'a pas encore fait l'exp&#233;rience de la richesse comme d'une puissance totalement &#233;trang&#232;re qui la domine ; elle voit bien plut&#244;t en elle sa propre puissance et [ce n'est pas] la richesse, mais la jouissance (qui est pour elle]... fin derni&#232;re. Cette... et &#224; l'illusion brillante, aveugl&#233;e par l'apparence sensible, l'essence de la richesse, s'oppose l'industriel travailleur, sobre, pensant selon l'&#233;conomie, prosa&#239;que - qui est &#233;clair&#233; sur l'essence m&#234;me de la richesse - et tout en procurant &#224; la soif de jouissance du dissipateur un champ plus vaste, en ne lui disant que de belles flatteries par ses produc&#173;tions, - ses produits sont pr&#233;cis&#233;ment tout autant de bas complimenta aux app&#233;tits de celui-ci, - il sait s'approprier pour lui-m&#234;me de la 4eule mani&#232;re utile la puissance qui &#233;chappe &#224; l'autre. Si donc la richesse industrielle appara&#238;t tout d'abord comme le r&#233;sultat de la richesse dissipatrice, fantaisiste, - le mouvement de la premi&#232;re la supplante aussi activement, par un mouvement qui lui est propre. La baisse du taux de l'int&#233;r&#234;t est, en effet, une cons&#233;quence et un r&#233;sultat n&#233;cessaire du mouvement industriel. Les moyens du dissipateur vivant de ses rentes diminuent donc chaque jour, exactement en raison inverse de l'augmentation des moyens de jouissance et de leurs pi&#232;ges. Il doit donc ou bien manger lui-m&#234;me son capital, donc p&#233;rir, ou bien se transformer lui-m&#234;me en capitaliste industriel... D'autre part, la rente fonci&#232;re monte certes directement d'une fa&#231;on continue gr&#226;ce &#224; la marche du mouvement industriel, mais - nous l'avons d&#233;j&#224; vu - il vient n&#233;cessairement un moment o&#249; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re doit tomber comme toute autre propri&#233;t&#233; dans la cat&#233;gorie du capital qui se reproduit avec profit - et, qui plus est, c'est l&#224; le r&#233;sultat de ce m&#234;me mouvement industriel. Donc, le propri&#233;taire foncier dissipateur doit, lui aussi, ou bien manger son capital, donc p&#233;rir... ou bien devenir lui-m&#234;me le fermier de sa propre terre -l'industriel pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diminution de l'int&#233;r&#234;t de l'argent - que Proudhon consid&#232;re comme la suppression du capital et comme la tendance &#224; la socialisation du capital - n'est donc bien plut&#244;t qu'un sympt&#244;me direct de la victoire compl&#232;te du capital qui travaille sur la richesse dissipatrice, c'est-&#224;-dire la transformation de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e en capital industriel - la victoire com&#173;pl&#232;te de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sur toutes ses qualit&#233;s encore humaines en apparence et l'assujet&#173;tis&#173;se&#173;ment total du propri&#233;taire priv&#233; &#224; l'essence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, - le travail. Certes le capitaliste industriel jouit lui aussi. Il ne revient nullement &#224; la simplicit&#233; contre nature du besoin, niais sa jouissance n'est que chose secondaire, r&#233;cr&#233;ation, subordonn&#233;e &#224; la produc&#173;tion, et elle est avec cela jouissance calcul&#233;e, donc m&#234;me conforme &#224; l'&#233;conomie, car il l'ajou&#173;te aux frais du capital et elle ne doit donc lui co&#251;ter que ce qu'il faut pour que ce qu'il a dissip&#233; pour elle soit remplac&#233; avec profit par la reproduction du capital. La jouissance est donc subordonn&#233;e au capital, l'individu qui jouit est subordonn&#233; &#224; celui qui capitalise, tandis qu'autrefois c'&#233;tait le contraire. La diminution de l'int&#233;r&#234;t n'est donc un sympt&#244;me de l'abo&#173;li&#173;tion du capital que dans la mesure o&#249; elle est un sympt&#244;me de sa domination en voie d'ac&#173;com&#173;plissement, donc de l'ali&#233;nation qui s'ach&#232;ve et se h&#226;te vers sa suppression. C'est somme toute l'unique mani&#232;re dont ce qui existe confirme son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La querelle des &#233;conomistes &#224; propos du luxe et de l'&#233;pargne n'est par cons&#233;quent que la querelle de l'&#233;conomie politique arriv&#233;e &#224; une notion claire de l'essence de la richesse avec celle qui est encore entach&#233;e de souvenirs romantiques et anti-industriels. Mais les deux parties ne savent pas ramener l'objet de leur querelle &#224; son expression simple et par suite n'arrivent pas &#224; venir &#224; bout l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rente fonci&#232;re fut en outre renvers&#233;e parce que rente fonci&#232;re - car &#224; l'oppo&#173;s&#233; de l'argument des physiocrates qui faisaient du propri&#233;taire foncier le seul vrai producteur, l'&#233;conomie politique moderne a d&#233;montr&#233; au contraire qu'il &#233;tait en tant que propri&#233;taire foncier le seul rentier tout &#224; fait improductif. L'agriculture serait l'affaire du capi&#173;ta&#173;liste qui donnerait cet emploi &#224; son capital s'il avait &#224; en attendre le profit habituel. Le principe pos&#233; par les physiocrates - que la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re &#233;tant la seule propri&#233;t&#233; produc&#173;trice devrait seule payer l'imp&#244;t d'&#201;tat, donc aussi seule l'accorder et prendre part &#224; la gestion de l'&#201;tat - se change donc en la d&#233;finition inverse : l'imp&#244;t sur la rente fonci&#232;re est le seul im&#173;p&#244;t sur un revenu improductif et par suite le seul qui ne soit pas nuisible pour la produc&#173;tion nationale. Il est &#233;vident que, selon cette conception, le privil&#232;ge politique des propri&#233;tai&#173;res fonciers ne r&#233;sulte plus non plus de ce qu'ils portent le poids principal de l'imp&#244;t. -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que Proudhon saisit comme le mouvement du travail contre le capital n'est que le mouvement du travail dans sa d&#233;termination de capital, de capital industriel, contre le capital qui ne se consomme pas en tant que capital, c'est-&#224;-dire d'une fa&#231;on industrielle. Et ce mou&#173;ve&#173;ment suit sa voie victorieuse, c'est-&#224;-dire la voie de la victoire du capital industriel. - On voit donc que ce West qu'une fois le travail saisi comme essence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e que le mou&#173;ve&#173;ment de l'&#233;conomie peut &#234;tre lui aussi perc&#233; &#224; jour en tant que tel dans sa d&#233;termi&#173;na&#173;tion r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; - telle qu'elle appara&#238;t &#224; l'&#233;conomiste - est la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans laquelle chaque individu est un ensemble de besoins et n'est l&#224; que pour l'autre, comme l'autre n'est l&#224; que pour lui dans la mesure o&#249; ils deviennent l'un pour l'autre un moyen. L'&#233;cono&#173;miste - aussi bien que la politique dans ses droits de l'homme - r&#233;duit tout &#224; l'homme, c'est-&#224;-dire &#224; l'individu qu'il d&#233;pouille de toute d&#233;termination pour le retenir comme capi&#173;ta&#173;liste ou comme ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division du travail est l'expression &#233;conomique du caract&#232;re social du travail dans le cadre de l'ali&#233;nation. Ou bien, comme le travail n'est qu'une expression de l'activit&#233; de l'homme dans le cadre de l'ali&#233;nation, l'expression de la manifestation de la vie comme ali&#233;nation de la vie, la division du travail n'est elle-m&#234;me pas autre chose que le fait de poser, d'une mani&#232;re devenue &#233;trang&#232;re, ali&#233;n&#233;e, l'activit&#233; humaine comme une activit&#233; g&#233;n&#233;rique r&#233;elle, ou comme l'activit&#233; de l'homme en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'essence de la division du travail - qui devait naturellement &#234;tre con&#231;ue comme un facteur essentiel de la production de la richesse d&#232;s l'instant o&#249; le travail &#233;tait reconnu comme l'essence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e - c'est-&#224;-dire sur cette forme devenue &#233;trang&#232;re et ali&#233;n&#233;e de l'activit&#233; humaine en tant qu'activit&#233; g&#233;n&#233;rique, les &#233;conomistes sont tr&#232;s obscurs et se contredisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adam Smith :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette division du travail, [de laquelle d&#233;coulent tant d'avantages,] ne doit pas &#234;tre regar&#173;d&#233;e, dans son origine, comme l'effet d'une sagesse humaine... elle est la cons&#233;&#173;quen&#173;ce n&#233;cessaire, quoique lente et graduelle, de... ce penchant &#224; trafiquer, &#224; faire des trocs et des &#233;changes d'une chose pour une autre. [Il n'est pas de mon sujet d'examiner si] ce pen&#173;chant est [un de ces premiers principes de la nature humaine... ou bien,] comme il pa&#173;ra&#238;t plus probable, [s'il est] une cons&#233;quence n&#233;cessaire de l'usage du raisonnement et de la parole. Il est commun &#224; tous les hommes, et on ne l'aper&#231;oit dans aucune autre esp&#232;&#173;ce d'animaux [157] ... Dans presque toutes les autres esp&#232;ces d'animaux, chaque individu, quand il est parvenu &#224; sa pleine croissance, est tout &#224; fait ind&#233;pendant... [Mais] l'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien plus s&#251;r de son fait en s'adressant &#224; leur int&#233;r&#234;t personnel, et en leur persuadant qu'il y va de leur propre avantage de faire ce qu'il souhaite d'eux... Nous ne nous adressons pas &#224; leur humanit&#233;s, mais &#224; leur &#233;go&#239;sme [158] ; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage. Comme c'est ainsi par trait&#233;, par troc et par achat que nous obtenons des autres la plupart de ces bons offices qui nous sont mutuel&#173;le&#173;&#173;ment n&#233;cessaires, c'est cette m&#234;me disposition &#224; trafiquer qui a, dans l'origine, don&#173;n&#233; lieu &#224; la division du travail * . Par exemple, dans une tribu de chasseurs ou de bergers, un particulier fait des arcs et des fl&#232;ches avec plus de c&#233;l&#233;rit&#233; et d'adresse qu'un autre. Il troque souvent avec ses compagnons ces sortes d'ouvrages contre du b&#233;tail ou du gibier, et il s'aper&#231;oit bient&#244;t que par ce moyen il peut se procurer plus de b&#233;tail et de gibier que s'il se met&#173;tait lui-m&#234;me en campagne pour en avoir. Par calcul d'int&#173;&#233;&#173;r&#234;t donc, il fait sa principale affaire de fabriquer des arcs et des fl&#232;ches... Dans la r&#233;alit&#233;, la diff&#233;rence des talents naturels * entre les individus... n'est pas tant la cause * que l'effet * de la division du travail... Sans la disposition des hommes &#224; trafi&#173;quer et &#224; &#233;changer, chacun aurait &#233;t&#233; oblig&#233; de se procurer &#224; soi-m&#234;me toutes les n&#233;ces&#173;si&#173;t&#233;s et commodit&#233;s de la vie. Chacun aurait eu la m&#234;me t&#226;che &#224; remplir et le m&#234;me ou&#173;vra&#173;ge &#224; faire, et il n'y aurait pas eu lieu &#224; cette grande diff&#233;rence d'occupations * , qui seule peut donner naissance &#224; une grande diff&#233;rence de talents. Comme c'est ce pen&#173;chant &#224; troquer qui donne lieu &#224; cette diver&#173;sit&#233; de talents, si remarquable entre hommes de dif&#173;f&#233;&#173;rentes professions, c'est aussi ce m&#234;me penchant qui rend cette diversit&#233; utile. Beau&#173;coup de races d'animaux, qu'on recon&#173;na&#238;t pour &#234;tre de la m&#234;me esp&#232;ce, ont re&#231;u de la natu&#173;re des signes distinctifs, quant &#224; leurs dispositions, beau. coup plus remarquables que ceux qu'on pourrait observer entre les hommes, ant&#233;rieurement &#224; l'effet des habi&#173;tu&#173;des et de l'&#233;ducation. Par nature, un philosophe n'est pas de moiti&#233; aussi diff&#233;rent d'un portefaix, en talent et en intelli&#173;gence, qu'un m&#226;tin l'est d'un l&#233;vrier, un l&#233;vrier d'un &#233;pagneul, et celui-ci d'un chien de berger. Toutefois, ces diff&#233;rentes races d'animaux, quoique de m&#234;me esp&#232;ce, ne sont presque d'aucune utilit&#233; les unes pour les autres. Le m&#226;tin ne peut pas ajouter aux avantages de sa force en s'aidant de la l&#233;g&#232;ret&#233; du l&#233;vrier... Les effets de ces diff&#233;rents talents ou degr&#233;s d'intelligence, faute d'une facult&#233; ou d'un penchant au com&#173;&#173;mer&#173;ce ou &#224; l'&#233;change, ne peuvent &#234;tre mis en commun, et ne peuvent le moins du monde contribuer &#224; l'avantage ou &#224; la commodit&#233; com&#173;mune * de l'esp&#232;ce. Chaque animal est toujours oblig&#233; de s'entretenir et de se d&#233;fendre lui-m&#234;me &#224; part et ind&#233;pendam&#173;ment des autres, et il ne peut retirer la moindre utilit&#233; de cette vari&#233;t&#233; de talents que la nature a r&#233;partis entre ses pareils. Parmi les hommes, au con&#173;traire, les talents les plus disparates sont utiles les uns aux autres, parce que les diff&#233;rents produits * de chacune de leurs diverses sortes d'industrie respective, au moyen de ce penchant universel &#224; troquer et &#224; commercer se trouvent mis, pour ainsi dire, en une masse commune o&#249; chaque homme peut aller acheter, suivant ses besoins, une portion quelconque du produit de l'indus&#173;trie des autres. Puisque c'est la facult&#233; d'&#233;changer * qui donne lieu &#224; la division du tra&#173;vail, l'ac&#173;crois&#173;sement * de cette division * doit par cons&#233;quent toujours &#234;tre limit&#233; par l'&#233;ten&#173;due de la facult&#233; d'&#233;changer, ou, en d'autres termes, par l'&#233;tendue du march&#233;. Si le march&#233; est tr&#232;s petit, personne ne sera encourage &#224; s'adonner enti&#232;rement &#224; une seule occupation, faute de pouvoir trouver &#224; &#233;changer tout ce surplus du produit de son travail qui exc&#233;dera sa propre consommation, contre un pareil surplus du produit du travail d'autrui qu'il voudrait se procu&#173;rer... &#8221;. Dans l'&#233;tat avanc&#233; : &#8220; Ainsi chaque homme subsiste d'&#233;changes ou devient une esp&#232;&#173;ce de marchand et la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me est proprement une soci&#233;t&#233; commer&#231;ante. (Cf. Destutt de Tracy : la soci&#233;t&#233; est... une s&#233;rie continuelle d'&#233;changes, le commerce est toute la soci&#233;t&#233;)... L'accumulation des capitaux augmente avec la division du travail et r&#233;cipro&#173;que&#173;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour Adam Smith.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si chaque famille produisait la totalit&#233; des objets de sa consommation, la soci&#233;t&#233; pour&#173;rait marcher ainsi, quoi qu'il ne s'y f&#238;t aucune esp&#232;ce d'&#233;changes ; je sais que, sans &#234;tre fondamentaux, ils sont indispensables dans l'&#233;tat avanc&#233; de nos soci&#233;t&#233;s. On peut dire que la s&#233;paration des travaux est un habile emploi des forces de l'homme, qu'elle accro&#238;t en cons&#233;quence les produits de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire sa puis&#173;sance et ses jouis&#173;sances, mais qu'elle &#244;te quelque chose &#224; la capacit&#233; de chaque hom&#173;me pris individuelle&#173;ment. La production ne peut avoir lieu sans &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parle J.-B. Say.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les forces inh&#233;rentes &#224; l'homme sont : son intelligence et son aptitude physique au tra&#173;&#173;vail. Celles qui d&#233;rivent de l'&#233;tat de soci&#233;t&#233; consistent - dans la facult&#233; de diviser et de r&#233;partir parmi les hommes les divers travaux... et dans a facult&#233; d'&#233;changer les services mutuels et les produits qui constituent ces moyens... Les motifs pour lesquels il con&#173;sent &#224; vouer ses services &#224; autrui... sont l'&#233;go&#239;sme, - l'homme exige... une r&#233;compense pour les services rendus &#224; autrui ... L'existence du droit de propri&#233;t&#233; exclusive est donc indispensable pour que l'&#233;change puisse s'&#233;tablir parmi les hommes... Influence r&#233;ci&#173;proque de la division d'industrie sur l'&#233;change et de l'&#233;change sur cette division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que dit Skarbek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mill repr&#233;sente l'&#233;change d&#233;velopp&#233;, le commerce, comme une cons&#233;quence de la divi&#173;sion du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'action de l'homme peut &#234;tre ramen&#233;e &#224; de tr&#232;s simples &#233;l&#233;ments. Il ne peut, en effet, rien faire de plus que de produire du mouvement ; il peut mouvoir les choses pour les approcher [XXXVII] ou les &#233;loigner les unes des autres ; les propri&#233;t&#233;s de la mati&#232;re font tout le reste... Dans l'emploi du travail et des machines, on trouve souvent que les effets peuvent &#234;tre augment&#233;s... en s&#233;parant toutes les op&#233;rations qui ont une tendance &#224; se contrarier, et en r&#233;unissant toutes celles qui peuvent, de quelque mani&#232;re que ce soit, se faciliter les unes les autres. Comme en g&#233;n&#233;ral les hommes ne peuvent ex&#233;cuter beau&#173;coup d'op&#233;rations diff&#233;rentes avec la m&#234;me vitesse et la m&#234;me dext&#233;rit&#233; qu'ils parviennent, par l'habitude, &#224; en ex&#233;cuter un petit nombre, il est toujours avantageux de limiter autant que possible le nombre d'op&#233;rations confi&#233;es &#224; chaque individu. Pour diviser le travail et distribuer les forces des hommes et des machines de la mani&#232;re la plus avantageuse, il est n&#233;cessaire, dans une foule de cas, d'op&#233;rer sur une grande &#233;chel&#173;le, ou en d'autres ter&#173;mes de produire les richesses par grandes masses. C'est cet avan&#173;&#173;tage qui donne nais&#173;sance aux grandes manufactures. Un petit nombre de ces manu&#173;factures plac&#233;es dans les positions les plus convenables, approvisionnent quelquefois non pas un seul, mais plusieurs pays, de la quantit&#233; qu'on y d&#233;sire de l'objet qu'elles produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que dit Mill.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute l'&#233;conomie moderne s'accorde sur le fait que division du travail et richesse de la production, division du travail et accumulation du capital se conditionnent r&#233;ciproquement, ainsi que sur le fait que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e affranchie, laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me, peut seule pro&#173;duire la division du travail la plus utile et la plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer ainsi le d&#233;veloppement dAdam Smith : la division du travail donne au travail une capacit&#233; infinie de production. Elle est fond&#233;e sur la disposition &#224; l'&#233;change et au trafic, disposition sp&#233;cifiquement humaine qui n'est vraisemblablement pas fortuite, mais conditionn&#233;e par l'usage de la raison et du langage. Le mobile de celui qui pratique l'&#233;change n'est pas l'humanit&#233;, mais l'&#233;go&#239;sme. La diversit&#233; des talents humains est plut&#244;t l'effet que la cause de la division du travail, c'est-&#224;-dire de l'&#233;change. C'est aussi ce dernier seulement qui rend utile cette diversit&#233;. Les qualit&#233;s particuli&#232;res des diverses races d'une esp&#232;ce animale sont par nature plus fortement marqu&#233;es que la diversit&#233; des dons et de l'activit&#233; humaine. Mais comme les animaux ne peuvent pas &#233;changer, la propri&#233;t&#233; diff&#233;rente d'un animal de la m&#234;me esp&#232;ce mais de race diff&#233;rente ne sert &#224; aucun individu animal. Les animaux ne peuvent pas additionner les qualit&#233;s diff&#233;rentes de leur esp&#232;ce ; ils ne peuvent en rien contribuer &#224; l'avantage ou &#224; la commodit&#233; communes de leur esp&#232;ce. Il en va diff&#233;remment pour l'homme chez qui les talents et les modes d'activit&#233; les plus disparates sont utiles les uns aux autres parce qu'ils peuvent rassembler leurs divers produits en une masse commune o&#249; chacun peut acheter. De m&#234;me que la division du travail na&#238;t de la disposition &#224; l'&#233;chan&#173;ge, elle grandit, elle est limit&#233;e par l'&#233;tendue de l'&#233;change, du march&#233;. Dans l'&#233;tat avan&#173;c&#233;, chaque homme est commer&#231;ant, la soci&#233;t&#233; est une soci&#233;t&#233; de commerce. Say consid&#232;re l'&#233;change comme fortuit et non fondamental. La soci&#233;t&#233; pourrait subsister sans lui. Il devient indispen&#173;sable dans l'&#233;tat avanc&#233; de la soci&#233;t&#233;. Pourtant la production ne peut avoir lieu sans lui. La division du travail est un moyen commode et utile, une habile utilisation des forces humaines pour la richesse sociale, mais elle diminue la facult&#233; de chaque homme pris individuellement. Cette derni&#232;re remarque est un progr&#232;s de Say.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Skarbek distingue les forces individuelles inh&#233;rentes &#224; l'homme, l'intelligence et la disposition physique au travail, des forces d&#233;riv&#233;es de la soci&#233;t&#233;, l'&#233;change et la division du travail qui se conditionnent r&#233;ciproquement. Mais la condition n&#233;cessaire de l'&#233;change est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Skarbek exprime ici, sous une forme objective, ce que Smith, Say, Ricardo, etc., disent lorsqu'ils font de l'&#233;go&#239;sme, de l'int&#233;r&#234;t priv&#233;, le fondement de l'&#233;change, ou du trafic la forme essentielle et ad&#233;quate de l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mill repr&#233;sente le commerce comme la cons&#233;quence de la division du travail. L'activit&#233; humaine se r&#233;duit pour lui &#224; un mouvement m&#233;canique. La division du travail et l'utilisation des machines font progresse ; la richesse de la production. On doit confier &#224; chaque homme un cercle aussi r&#233;duit que possible d'op&#233;rations. De leur c&#244;t&#233;, la division du travail et l'utili&#173;sa&#173;tion des machines conditionnent la production de la richesse en masse, donc du produit. C'est le fondement des grandes manufactures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de la division du travail et de l'&#233;change est du plus haut int&#233;r&#234;t, parce qu'ils sont l'expression visiblement ali&#233;n&#233;e de l'activit&#233; et de la force essentielle de l'hom&#173;me en tant qu'activit&#233; et force essentielle g&#233;n&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que la division du travail et l'&#233;change reposent sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas autre chose qu'affirmer que le travail est l'essence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, affirmation que l'&#233;cono&#173;miste ne peut pas prouver et que nous allons prouver pour lui. Dans le fait pr&#233;cis&#233;ment que division du travail et &#233;change sont des formes de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, repose la double preuve que, d'une part, la vie humaine avait besoin de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e pour se r&#233;aliser, et que, d'autre part, elle a maintenant besoin de l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Division du travail et &#233;change sont les deux ph&#233;nom&#232;nes qui font que l'&#233;conomiste tire vanit&#233; du caract&#232;re social de sa science et que, inconsciemment, il exprime d'une seule haleine la contradiction de sa science, la fondation de la soci&#233;t&#233; par l'int&#233;r&#234;t priv&#233; asocial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aspects que nous avons &#224; examiner sont les suivants d'une part la disposition &#224; l'&#233;change -dont le motif est trouv&#233; dans l'&#233;go&#239;sme - est consid&#233;r&#233;e comme la raison ou l'effet en retour de la division du travail. Say estime que l'&#233;change n'est pas fondamental pour l'essen&#173;ce de la soci&#233;t&#233;. La richesse, la production est expliqu&#233;e par la division du travail et l'&#233;change. On admet que la division du travail provoque l'appauvrissement et la d&#233;gradation de l'activit&#233; individuelle. L'&#233;change et la division du travail sont reconnus comme les produc&#173;teurs de la grande diversit&#233; des talents humains, diversit&#233; qui retrouve son utilit&#233; gr&#226;ce au premier. Skarbek divise les formes de production ou les forces essentielles productives de l'homme en deux parts, 1&#186; les forces individuelles qui lui sont inh&#233;rentes, son intelligence et la facult&#233; ou la disposition sp&#233;ciale au travail ; 2&#186; celles qui sont d&#233;riv&#233;es de la soci&#233;t&#233;, - non de l'individu r&#233;el, - la division du travail et l'&#233;change. En outre la division du travail est limit&#233;e par le march&#233;. - Le travail humain est un simple mouvement m&#233;canique ; l'essentiel est fait par les propri&#233;t&#233;s mat&#233;rielles des objets. Il faut attribuer &#224; un individu le moins d'op&#233;rations possible. S&#233;paration du travail et concentration du capital, insignifiance de la production individuelle et production de la richesse en masse. -Intelligence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e libre dans la division du travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx, Le Capital, Livre premier :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, comme antith&#232;se de la propri&#233;t&#233; collective, n'existe que l&#224; o&#249; les instruments et les autres conditions ext&#233;rieures du travail appartiennent &#224; des particuliers. Mais selon que ceux-ci sont les travailleurs ou les non-travailleurs, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e change de face. Les formes infiniment nuanc&#233;es qu'elle affecte &#224; premi&#232;re vue ne font que r&#233;fl&#233;chir les &#233;tats interm&#233;diaires entre ces deux extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e du travailleur sur les moyens de son activit&#233; productive est le corollaire de la petite industrie, agricole ou manufacturi&#232;re, et celle-ci constitue la p&#233;pini&#232;re de la production sociale, l'&#233;cole o&#249; s'&#233;laborent l'habilet&#233; manuelle, l'adresse ing&#233;nieuse et la libre individualit&#233; du travailleur. Certes, ce mode de production se rencontre au milieu de l'esclavage, du servage et d'autres &#233;tats de d&#233;pendance. Mais il ne prosp&#232;re, il ne d&#233;ploie toute son &#233;nergie, il ne rev&#234;t sa forme int&#233;grale et classique que l&#224; o&#249; le travailleur est le propri&#233;taire libre des conditions de travail qu'il met lui-m&#234;me en &#339;uvre, le paysan, du sol qu'il cultive, l'artisan, de l'outillage qu'il manie, comme le virtuose, de son instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;gime industriel de petits producteurs ind&#233;pendants, travaillant &#224; leur compte, pr&#233;suppose le morcellement du sol et l'&#233;parpillement des autres moyens de production. Comme il en exclut la concentration, il exclut aussi la coop&#233;ration sur une grande &#233;chelle, la subdivision de la besogne dans l'atelier et aux champs, le machinisme, la domination savante de l'homme sur la nature, le libre d&#233;veloppement des puissances sociales du travail, le concert et l'unit&#233; dans les fins, les moyens et les efforts de l'activit&#233; collective. Il n'est compatible qu'avec un &#233;tat de la production et de la soci&#233;t&#233; &#233;troitement born&#233;. L'&#233;terniser, ce serait, comme le dit pertinemment Pecqueur, &#171; d&#233;cr&#233;ter la m&#233;diocrit&#233; en tout &#187;. Mais, arriv&#233; &#224; un certain degr&#233;, il engendre de lui-m&#234;me les agents mat&#233;riels de sa dissolution. A partir de ce moment, des forces et des passions qu'il comprime, commencent &#224; s'agiter au sein de la soci&#233;t&#233;. Il doit &#234;tre, il est an&#233;anti. Son mouvement d'&#233;limination transformant les moyens de production individuels et &#233;pars en moyens de production socialement concentr&#233;s, faisant de la propri&#233;t&#233; naine du grand nombre la propri&#233;t&#233; colossale de quelques-uns, cette douloureuse, cette &#233;pouvantable expropriation du peuple travailleur, voil&#224; les origines, voil&#224; la gen&#232;se du capital. Elle embrasse toute une s&#233;rie de proc&#233;d&#233;s violents, dont nous n'avons pass&#233; en revue que les plus marquants sous le titre de m&#233;thodes d'accumulation primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expropriation des producteurs imm&#233;diats s'ex&#233;cute avec un vandalisme impitoyable qu'aiguillonnent les mobiles les plus inf&#226;mes, les passions les plus sordides et les plus ha&#239;ssables dans leur petitesse. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, fond&#233;e sur le travail personnel, cette propri&#233;t&#233; qui soude pour ainsi dire le travailleur isol&#233; et autonome aux conditions ext&#233;rieures du travail, va &#234;tre supplant&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste, fond&#233;e sur l'exploitation du travail d'autrui, sur le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que ce proc&#232;s de transformation a d&#233;compos&#233; suffisamment et de fond en comble la vieille soci&#233;t&#233;, que les producteurs sont chang&#233;s en prol&#233;taires, et leurs conditions de travail, en capital, qu'enfin le r&#233;gime capitaliste se soutient par la seule force &#233;conomique des choses, alors la socialisation ult&#233;rieure du travail, ainsi que la m&#233;tamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploit&#233;s, communs, en un mot, l'&#233;limination ult&#233;rieure des propri&#233;t&#233;s priv&#233;es, va rev&#234;tir une nouvelle forme. Ce qui est maintenant &#224; exproprier, ce n'est plus le travailleur ind&#233;pendant, mais le capitaliste, le chef d'une arm&#233;e ou d'une escouade de salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expropriation s'accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent &#224; la concentration des capitaux. Corr&#233;lativement &#224; cette centralisation, &#224; l'expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se d&#233;veloppent sur une &#233;chelle toujours croissante l'application de la science &#224; la technique, l'exploitation de la terre avec m&#233;thode et ensemble, la transformation de l'outil en instruments puissants seulement par l'usage commun, partant l'&#233;conomie des moyens de production, l'entrelacement de tous les peuples dans le r&#233;seau du march&#233; universel, d'o&#249; le caract&#232;re international imprim&#233; au r&#233;gime capitaliste. A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette p&#233;riode d'&#233;volution sociale, s'accroissent la mis&#232;re, l'oppression, l'esclavage, la d&#233;gradation, l'exploitation, mais aussi la r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re sans cesse grossissante et de plus en plus disciplin&#233;e, unie et organis&#233;e par le m&#233;canisme m&#234;me de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prosp&#233;r&#233; avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts mat&#233;riels arrivent &#224; un point o&#249; elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en &#233;clats. L'heure de la propri&#233;t&#233; capitaliste a sonn&#233;. Les expropriateurs sont &#224; leur tour expropri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la premi&#232;re n&#233;gation de cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui n'est que le corollaire du travail ind&#233;pendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-m&#234;me sa propre n&#233;gation avec la fatalit&#233; qui pr&#233;side aux m&#233;tamorphoses de la nature. C'est la n&#233;gation de la n&#233;gation. Elle r&#233;tablit non la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du travailleur, mais sa propri&#233;t&#233; individuelle, fond&#233;e sur les acqu&#234;ts de, l'&#232;re capitaliste, sur la coop&#233;ration et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour transformer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et morcel&#233;e, objet du travail individuel, en propri&#233;t&#233; capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d'efforts et de peines que n'en exigera la m&#233;tamorphose en propri&#233;t&#233; sociale de la propri&#233;t&#233; capitaliste, qui de fait repose d&#233;j&#224; sur un mode de production collectif. L&#224;, il s'agissait de l'expropriation de la masse par quelques usurpateurs ; ici, il s'agit de l'expropriation de quelques, usurpateurs par la masse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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