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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Les nouveaux rapports de force dans le monde apr&#232;s la fin de l'URSS</title>
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		<dc:date>2019-10-26T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les nouveaux rapports de force dans le monde apr&#232;s la fin de l'URSS &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous en disions le 4 janvier 2003 &lt;br class='autobr' /&gt;
La fin de la division du monde en deux blocs loin d'aboutir &#224; un &#171; nouvel ordre international &#187; plus pacifique a montr&#233; une nouvelle fois que l'ordre impos&#233; par l'imp&#233;rialisme est avant tout synonyme de barbarie. &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation internationale est toujours marqu&#233;e par l'accroissement des in&#233;galit&#233;s de par le monde et dans chaque pays, et tout particuli&#232;rement l'aggravation du sort (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;17- Chute de l'URSS et fin de la politique des blocs&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les nouveaux rapports de force dans le monde apr&#232;s la fin de l'URSS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1827&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce que nous en disions le 4 janvier 2003&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la division du monde en deux blocs loin d'aboutir &#224; un &#171; nouvel ordre international &#187; plus pacifique a montr&#233; une nouvelle fois que l'ordre impos&#233; par l'imp&#233;rialisme est avant tout synonyme de barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation internationale est toujours marqu&#233;e par l'accroissement des in&#233;galit&#233;s de par le monde et dans chaque pays, et tout particuli&#232;rement l'aggravation du sort de la partie la plus d&#233;favoris&#233;e de la population mondiale. Elle est marqu&#233;e aussi par les nombreuses guerres civiles et interventions militaires de l'imp&#233;rialisme qui se sont succ&#233;d&#233;es ou prolong&#233;es au cours de ces dix derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on a assist&#233; au cours de la d&#233;cennie 1990 au d&#233;placement forc&#233; de 16 millions de personnes dans les Balkans, dans le Caucase et en Afrique centrale. Le chiffre total de ces victimes de d&#233;placements forc&#233;s depuis 1945 atteint 50 millions : un record absolu. Le budget militaire des &#201;tats-Unis est reparti &#224; la croissance (266 milliards de dollars en 1995, 290 milliards d&#233;cid&#233;s pour cette ann&#233;e 2000, 331 milliards pour 2005), avec le souci de maintenir une force militaire suffisante pour mener simultan&#233;ment deux &#171; conflits r&#233;gionaux majeurs &#187;. L'OTAN elle-m&#234;me, cette alliance cr&#233;&#233;e au d&#233;but de la &#171; guerre froide &#187; pour faire face &#224; l'URSS, non seulement a surv&#233;cu mais s'est &#233;toff&#233;e et sert &#224; de nouvelles interventions militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de l'URSS a certes modifi&#233; en partie la configuration du monde et elle a permis aux &#201;tats-Unis de r&#233;soudre certains conflits en cours. Mais d'autres ont surgi depuis ou n'ont jamais cess&#233;. Le monde d'aujourd'hui, ce sont aussi des &#201;tats affaiblis, d&#233;stabilis&#233;s voir divis&#233;s par toutes sortes de forces centrifuges, ce sont des dictatures fid&#232;les mais inefficaces, des r&#233;gions o&#249; l'imp&#233;rialisme est sans adversaire d&#233;clar&#233; mais sans point d'appui solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme semble ainsi confront&#233; &#224; un paradoxe &#233;tonnant : apparemment il n'a plus d'ennemi, ni Union Sovi&#233;tique ni r&#233;gimes nationalistes adoss&#233;s &#224; cette derni&#232;re ; le mouvement ouvrier est lui aussi priv&#233; des &#171; mod&#232;les &#187; qui furent longtemps ceux de sa fraction la plus d&#233;termin&#233;e... et des illusions qui pouvaient l'animer. Mais c'est un monde instable, mouvant, o&#249; l'imp&#233;rialisme doit quand m&#234;me faire en permanence la police. Incontestablement il continue plus que jamais &#224; imposer son &#171; ordre &#187;. Mais &#224; uel prix ? Avec quelle efficacit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affirmation de la puissance am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la guerre du Golfe (1991) &#224; celle du Kosovo (1999), la domination am&#233;ricaine a pu sembler sans partage, tant sur le plan militaire que politique, d&#233;montrant au passage qu'il est possible de mener une guerre sans subir le moindre contrecoup imm&#233;diat. L'alignement des grandes puissances a continu&#233; comme par le pass&#233;, tant il est vrai que le leadership am&#233;ricain n'&#233;tait pas li&#233; principalement &#224; la politique des blocs, mais &#224; sa sup&#233;riorit&#233; militaire instaur&#233;e depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale, et surtout &#224; sa pr&#233;dominance &#233;conomique. Avec naturellement un &#233;l&#233;ment nouveau : l'alignement de la Russie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue la guerre du Golfe a &#233;t&#233; un v&#233;ritable symbole de la nouvelle p&#233;riode qui s'ouvrait : sous la couverture de l'ONU, les &#201;tats-Unis avant tout soucieux de faire une d&#233;monstration politique contre tous les peuples des pays pauvres de la plan&#232;te ont entra&#238;n&#233; non seulement les autres pays imp&#233;rialistes, mais, assur&#233;s de l'assentiment de la Russie, ils l'ont fait cette fois avec la certitude qu'ils ne risquaient plus de d&#233;rapage dangereux. Finie donc la crainte d'un Vietnam... &#224; condition toutefois de faire la guerre d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#244;le jou&#233; par l'OTAN est lui aussi &#233;clairant. N&#233;e avec la guerre froide, contre l'URSS, l'OTAN a non seulement surv&#233;cu, mais elle s'est &#233;largie en particulier &#224; d'anciens membres du pacte de Varsovie (&#224; partir de 1994), avec la mise en place d'un &#171; partenariat pour la paix &#187; et en d&#233;pit de l'hostilit&#233; de la Russie. Au sein de l'Alliance, ce sont les Am&#233;ricains qui d&#233;monstrativement ont jou&#233; le premier r&#244;le en d&#233;cidant de mettre fin &#224; la guerre de Bosnie-Herz&#233;govine en 1995 avec les accords de Dayton, au grand dam des pays membres de l'Union Europ&#233;enne, bien incapables de s'entendre et de peser sur la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ont pu ainsi jouer sur tous les tableaux : avec l'ONU, l'OTAN, ou seuls, selon les th&#233;&#226;tres d'op&#233;ration et les besoins du moment. L'Am&#233;rique latine &#233;tant depuis longtemps leur chasse gard&#233;e, ils sont intervenus seuls contre Noriega en 1989, de la m&#234;me fa&#231;on qu'ils supervisent actuellement les op&#233;rations de police officiellement men&#233;es par le gouvernement colombien. Au Moyen-Orient par contre, et dans une certaine mesure en Afrique (en Somalie), la couverture politique de l'ONU et la chair &#224; canon des autres pays mise sous casques bleus &#233;taient manifestement les bienvenues. Pour l'Europe, notamment en Yougoslavie, l'outil de l'OTAN a eu la pr&#233;f&#233;rence, une fa&#231;on de ne pas mettre le gouvernement russe trop dans l'embarras... et de le maintenir aussi &#224; une certaine distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contraste, la Russie h&#233;riti&#232;re pour une tr&#232;s grande part de l'arsenal militaire de l'ex-URSS a pu appara&#238;tre bien affaiblie. Elle est incapable de jouer un r&#244;le &#224; l'&#233;chelle internationale, m&#234;me si elle b&#233;n&#233;ficie encore d'une reconnaissance symbolique de la part des puissances imp&#233;rialistes &#224; cause de sa taille et parce qu'elle reste &#224; la t&#234;te d'un arsenal nucl&#233;aire important (m&#234;me si une partie a tendance &#224; prendre l'eau...). Et m&#234;me &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale, elle a bien du mal &#224; s'imposer. Certes la CEI s'est &#233;largie depuis octobre 1991, notamment avec l'adh&#233;sion de la G&#233;orgie en 1993. Mais depuis, le trait&#233; d'int&#233;gration sign&#233; par la Russie, la Bi&#233;lorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan en 1996 et la charte d'union sign&#233;e la m&#234;me ann&#233;e entre la Russie et la Bi&#233;lorussie n'ont pas permis de freiner un processus de d&#233;litement qui a abouti entre autres &#224; la cr&#233;ation de structures alternatives et &#224; la signature d'accords de partenariat entre l'OTAN et l'Ukraine en 1997, avec les trois pays baltes en 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une marge de manoeuvre plus grande ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'effacement de l'URSS au d&#233;but des ann&#233;es 1990, le r&#232;glement d'un certain nombre de conflits qui duraient depuis de nombreuses ann&#233;es a pu sembler plus facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le cas notamment en Afrique du Sud, m&#234;me si la fin de l'apartheid a &#233;t&#233; bien s&#251;r le fruit des luttes de la population et tout particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re, rang&#233;e il est vrai derri&#232;re un parti nationaliste bourgeois. Mais pour peser sur le r&#233;gime sud- africain et l'inciter &#224; n&#233;gocier avec l'ANC, les &#201;tats-Unis ont profit&#233; d'une situation plus favorable en mettant fin (provisoirement) &#224; la guerre en Angola et en favorisant l'ind&#233;pendance de la Namibie, sans prendre le risque de voir ces pays tomber dans le &#171; camp de l'ennemi &#187;. C'&#233;tait du m&#234;me coup prendre des garanties et s'assurer qu'un &#233;ventuel r&#233;gime noir en Afrique du Sud, aussi bien entour&#233;, prendrait le m&#234;me chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant force est de constater, dix ans apr&#232;s, que la r&#233;gion est toujours instable m&#234;me si le r&#233;gime de Mandela a volontiers assum&#233; sa charge de gendarme r&#233;gional. La guerre a repris en Angola o&#249; les enjeux p&#233;troliers jettent de l'huile sur le feu. Et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale sur le continent africain, la comp&#233;tition entre les &#201;tats-Unis (&#233;ventuellement le Royaume-Uni) et la France s'est naturellement accentu&#233;e avec le retrait de l'URSS. Les uns ont soutenu la dictature que les autres l&#226;chaient ou la gu&#233;rilla qui combattait l'&#201;tat que les autres soutenaient. Cela s'est produit au Nigeria, en Ethiopie, au Soudan, au Rwanda, au Za&#239;re, au Congo... m&#234;me si cela n'a jamais fait monter sp&#233;cialement la tension entre ces imp&#233;rialismes rivaux. En fait, loin de conduire &#224; une pacification du monde, la fin de la guerre froide a laiss&#233; perdurer toutes sortes de conflits quand elle n'en a pas cr&#233;&#233; de nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Moyen-Orient, les r&#233;gimes peu contr&#244;lables comme la Syrie ont certes perdu leur appui, et l'OLP du m&#234;me coup une partie de ses soutiens. Une pression accrue des &#201;tats-Unis aurait pu faciliter les n&#233;gociations entre Isra&#235;l et les Palestiniens mais le succ&#232;s attendu n'a pas &#233;t&#233; l&#224; non plus au rendez-vous. Car on peut toujours marchander avec un Arafat affaibli pour essayer d'enrayer une &#171; r&#233;volte des pierres qui grandit &#187; . Si c'est pour offrir au peuple palestinien quelques bantoustans, la r&#233;volte continue, quitte &#224; ce que les int&#233;gristes du Hamas en tirent profit. Quant au gouvernement isra&#233;lien, il change d'autant moins sa politique qu'il a aussi ses int&#233;gristes &#224; m&#233;nager et ses int&#233;r&#234;ts propres qu'il n'a pas envie de sacrifier aux besoins de la strat&#233;gie mondiale des &#201;tats-Unis, d'autant lus que ceux-ci ne jugent pas pour l'instant ce sacrifice d'un int&#233;r&#234;t vital pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les guerres de l'imp&#233;rialisme contre les peuples n'ont pas disparu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement les interventions militaires de l'imp&#233;rialisme ont &#233;t&#233; nombreuses au cours de ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Et le nombre &#233;lev&#233; de r&#233;gions o&#249; r&#233;sident maintenant des troupes d'occupation soi-disant pour s&#233;parer des combattants, prot&#233;ger des peuples contre leur dictateur, ou &#233;viter l'implosion d'un &#201;tat ne signifie pas seulement que les puissances imp&#233;rialistes &#201;tats-Unis en t&#234;te ont d&#233;sormais les coud&#233;es plus franches avec l'effacement de l'URSS. Cela montre aussi qu'il n'est pas si simple de maintenir l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en dix ans, l'arm&#233;e am&#233;ricaine est intervenue directement plusieurs fois, ce qu'elle avait &#233;vit&#233; (sauf &#224; la Grenade, toute petite &#238;le des Antilles) de faire depuis la guerre du Vietnam : au Panama, en Irak, en Ha&#239;ti, en Somalie, en Yougoslavie... Au Rwanda, au Timor, ou au Sierra Leone, ce sont les imp&#233;rialismes secondaires (France, Royaume-Uni, Australie...) qui ont &#233;t&#233; mis &#224; contribution. Partout dans le monde, les arm&#233;es imp&#233;rialistes sont pr&#233;sentes, participant &#224; des &#171; op&#233;rations de maintien de la paix &#187; dont la liste ne cesse de s'allonger. Se multiplient &#233;galement les cas o&#249; l'imp&#233;rialisme arme et suscite lui-m&#234;me des forces de maintien de l'ordre locales form&#233;es des pays voisins de la zone des conflits, en particulier en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'au-del&#224; des changements de rapports mondiaux apport&#233;s par la fin de l'URSS, les raisons fondamentales de toutes les guerres et op&#233;rations militaires men&#233;es aux quatre coins du globe par les grandes puissances imp&#233;rialistes, et en premier lieu par les &#201;tats-Unis, sont rest&#233;es. Car ces guerres ne venaient pas directement de l'existence de l'URSS et de la coupure du monde en deux blocs, mais de la volont&#233; de l'imp&#233;rialisme d'imposer sa loi &#224; l'ensemble des peuples opprim&#233;s de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes l'existence de l'URSS &#233;tait un probl&#232;me pour l'imp&#233;rialisme. Une partie du monde lui &#233;chappait et repr&#233;sentait malgr&#233; tout un p&#244;le sur lequel pouvait en partie s'appuyer les mouvements nationalistes du tiers monde et les r&#233;gimes nationalistes issus de la d&#233;colonisation. Mais puisque l'URSS ne repr&#233;sentait plus un danger r&#233;volutionnaire, l'imp&#233;rialisme pouvait tout de m&#234;me faire avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; le cas pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale contre les imp&#233;rialismes rivaux (Allemagne, Japon), puis &#224; la fin de la guerre pour r&#233;tablir l'ordre en occupant le terrain, terrorisant les peuples des pays vaincus pour en &#233;viter les r&#233;voltes et enrayer le danger de r&#233;volutions ouvri&#232;res comme au lendemain de la premi&#232;re guerre... Quitte &#224; faire des concessions &#224; l'URSS avant de l'isoler &#224; nouveau apr&#232;s 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ce fut la r&#233;volte des peuples coloniaux. L'existence de l'URSS, la coupure du monde en deux blocs y a jou&#233; son r&#244;le, donnant une certaine marge de manoeuvre aux nationalistes du Tiers-Monde (Nasser, Soekarno, Castro, Ben Bella ou Boumediene...). Et l'URSS, pour assurer son poids dans le monde et rompre l'isolement impos&#233;, jouait en partie des difficult&#233;s de l'imp&#233;rialisme. Mais ce ne fut pourtant pas en affrontant directement l'URSS que l'imp&#233;rialisme a tent&#233; de r&#233;soudre ses probl&#232;mes, mais en faisant des ouvertures, en n&#233;gociant avec elle des accords sur le dos des peuples concern&#233;s. La coupure du monde en deux blocs hostiles n'avait rien d'une opposition entre deux syst&#232;mes fondamentalement antagoniques. Et m&#234;me, paradoxalement, en imposant aux luttes des peuples coloniaux de choisir un camp qui ne pouvait qu'&#234;tre fondamentalement contre-r&#233;volutionnaire, elle a eu l'avantage de les endiguer et de limiter ainsi les risques qu'elles &#233;chappent au contr&#244;le des dirigeants nationalistes eux-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une domination imp&#233;rialiste incontest&#233;e mais pas toujours solidement &#233;tablie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, aujourd'hui, qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irak comme en Yougoslavie ou au Panama, les Occidentaux n'ont pas &#233;t&#233; confront&#233;s comme par le pass&#233; &#224; des dirigeants nationalistes ayant quelques vell&#233;it&#233;s ou pr&#233;tentions &#224; contester l'imp&#233;rialisme en tant que tel. Nasser au moins avait pris l'initiative de nationaliser le canal de Suez et Castro s'en &#233;tait pris directement aux int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains &#224; Cuba. Rien de comparable m&#234;me verbalement de la part d'un Noriega (simple mafioso mis au rancart), d'un Milosevic ou m&#234;me d'un Saddam Hussein, tous serviteurs de l'imp&#233;rialisme pendant de nombreuses ann&#233;es, mais qui ont eu le tort d'avoir les dents un peu trop longues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re prudente avec laquelle l'imp&#233;rialisme est intervenu est pourtant significative de ses intentions comme des probl&#232;mes auxquels il doit faire face. Certes l'imp&#233;rialisme a fait la guerre et m&#234;me bombard&#233; &#224; grande &#233;chelle. Mais il a &#233;t&#233; le seul combattant. L'Irak n'a quasiment pas ripost&#233; et la Serbie n'a pas fait la guerre &#224; l'OTAN. Dr&#244;le de guerre o&#249; le rapport de force est totalement disproportionn&#233; et o&#249; les adversaires ne sont pas si ennemis que cela ! Les Am&#233;ricains, totalement vainqueurs de Saddam Hussein, n'ont jamais voulu entrer dans Bagdad et remplacer le dictateur. Quand un Milosevic a sembl&#233; d&#233;stabilis&#233; et que la population est descendue dans la rue massivement, jour apr&#232;s jour en 1997, l'imp&#233;rialisme n'a pas lev&#233; le petit doigt pour le faire chuter. De m&#234;me cette ann&#233;e, alors qu'il vient d'essuyer un d&#233;sastre militaire, Milosevic a pu se retirer du Kosovo sans perdre la face (ni le pouvoir) justement parce qu'il avait le pr&#233;texte de c&#233;der &#224; une &#233;norme vague de bombardements des pays les plus puissants du monde. Tout au plus l'imp&#233;rialisme le pousse-t-il &#224; passer la main en douceur, &#224; l'occasion des &#233;lections pr&#233;sidentielles, &#224; un de ses semblables moins d&#233;consid&#233;r&#233; et, esp&#232;re-t-il, plus accommodant. En fait l'imp&#233;rialisme n'a pas fait la guerre &#224; des &#201;tats ni &#224; des dictateurs mais aux populations elles-m&#234;mes. Car il a bien trop besoin des &#201;tats et des dictateurs contre les peuples pour ne pas &#234;tre tent&#233; de les m&#233;nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est peut &#234;tre l&#224; justement que le b&#226;t blesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la division du monde en deux blocs aurait d&#251; permettre de faire face, bien mieux qu'avant, &#224; un certain nombre de crises politiques qui pouvaient se r&#233;v&#233;ler dangereuses. Car elle avait notamment l'inconv&#233;nient d'obliger l'imp&#233;rialisme &#224; soutenir &#224; bout de bras bien des dictatures us&#233;es jusqu'&#224; la corde, simplement parce qu'elles avaient le m&#233;rite d'&#234;tre fid&#232;les, et pour ne pas risquer de voir ces pays changer de camp. Or l'exemple de l'Iran en 1979 avait montr&#233; qu'un pilier surarm&#233; contre l'URSS pouvait aussi c&#233;der devant un soul&#232;vement populaire et devenir une puissance d&#233;rangeante. En Argentine (1983) comme aux Philippines (1986), l'imp&#233;rialisme avait commenc&#233; &#224; r&#233;agir en facilitant le d&#233;part du dictateur en place, mais c'est surtout depuis la fin des ann&#233;es 1980 que les alternances au pouvoir ont &#233;t&#233; facilit&#233;es, en Afrique francophone ou en Cor&#233;e du Sud, permettant m&#234;me de d&#233;samorcer un certain nombre de situations explosives comme en Indon&#233;sie o&#249; la dictature anticommuniste de Suharto (au pouvoir depuis 1965) &#233;tait au bord du gouffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le monde est toujours aussi instable, et ce n'est ni &#224; cause de l'existence de la Russie (qui n'est plus cette &#233;pine dans le pied que repr&#233;sentait l'&#201;tat ouvrier m&#234;me d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;) ni &#224; cause de la rivalit&#233; des imp&#233;rialismes (bien que ce facteur soit loin d'&#234;tre n&#233;gligeable dans certains cas). Entre les &#201;tats eux-m&#234;mes la guerre est rarement &#224; l'ordre du jour (m&#234;me s'il subsiste des tensions importantes, par exemple entre l'Inde et le Pakistan). Par contre ce qui tend &#224; se multiplier ce sont les guerres civiles et les conflits ethniques ou religieux (ou pr&#233;sent&#233;s comme tels), ou simplement mafieux pour le contr&#244;le d'une ressource ou d'un bout de territoire, qui minent voire r&#233;duisent &#224; n&#233;ant l'autorit&#233; des &#201;tats. Et l'un des ressorts essentiels de l'&#233;volution des conflits est justement l'approfondissement de la crise &#233;conomique et sociale qui frappe les pays les plus pauvres de la plan&#232;te et qui tend &#224; nourrir par plein d'aspects cette d&#233;stabilisation des &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise ou ses prodromes prend d'abord l'allure de toutes ces d&#233;rives nationalistes au caract&#232;re de plus en plus ouvertement r&#233;actionnaire et qui sont autant de moyens pour tenter de contr&#244;ler un pays ou &#224; d&#233;faut une partie de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslavie la plus grande ouverture du march&#233; a naturellement donn&#233; des app&#233;tits aux fractions locales des couches dirigeantes de l'appareil d'&#201;tat et &#224; la bourgeoisie des r&#233;publiques les plus riches (Slov&#233;nie, Croatie), soucieuses de profiter pour elles seules des quelques avantages dont elles peuvent disposer. Mais ce fut aussi une fuite en avant et une tentative pour se maintenir au pouvoir en se servant de la surench&#232;re nationaliste face &#224; une population de plus en plus r&#233;volt&#233;e par une mis&#232;re et une d&#233;pendance croissantes vis-&#224;-vis des pays riches du fait de l'inflation et de l'endettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans bien des r&#233;gions, les tentations r&#233;gionalistes voire s&#233;paratistes continuent &#224; miner la stabilit&#233; des &#201;tats. A d&#233;faut d'avoir un projet un peu viable pour tenter de d&#233;velopper de mani&#232;re coh&#233;rente l'&#233;conomie &#224; l'&#233;chelle de tout un pays, d'avoir au moins les moyens de faire face au m&#233;contentement de la population, des fractions de la classe dirigeante, g&#233;n&#233;ralement des bouts de l'appareil d'&#201;tat, tentent de prendre le contr&#244;le d'une r&#233;gion, d'un bout de territoire, r&#233;duisant bien souvent &#224; n&#233;ant les id&#233;aux nationalistes de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de construire des &#201;tats nations est-il viable &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme ? Des pays comme l'Inde, la Chine, le Br&#233;sil, par des voies diff&#233;rentes d'ailleurs, arrivent bien &#224; trouver une place, m&#234;me modeste, m&#234;me subordonn&#233;e. Mais d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale l'accentuation des contradictions de l'imp&#233;rialisme, le peu de place laiss&#233; aux bourgeoisies nationales, souvent encore embryonnaires, comme l'aggravation de la pression de l'imp&#233;rialisme sur l'&#233;conomie des pays sous-d&#233;velopp&#233;s et de la crise &#233;conomique et sociale que connaissent ces pays, ont quand m&#234;me tendance &#224; favoriser la d&#233;stabilisation d'un grand nombre d'&#201;tats, et pas seulement en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup cette instabilit&#233; pose bien des probl&#232;mes aux puissances imp&#233;rialistes. Dans un discours prononc&#233; en f&#233;vrier 1999, Bill Clinton justifiait ainsi sa politique d'interventions militaires dans le monde : &#171; Il est facile de dire que nous ne nous soucions pas de savoir qui habite dans telle ou telle vall&#233;e de Bosnie, est propri&#233;taire de telle partie de la brousse dans la corne de l'Afrique ou d'une parcelle de terre aride sur les rives du Jourdain. Mais ce qui compte pour nous, ce n'est pas que ces pays soient &#233;loign&#233;s ou minuscules ou que leur nom nous semble difficile &#224; prononcer. La question que nous devons nous poser c'est de conna&#238;tre les cons&#233;quences que le fait de laisser des conflits s'envenimer et se propager peut avoir sur notre s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Timor, ce n'est pas simplement une &#238;le que l'imp&#233;rialisme aimerait stabiliser mais toute l'Indon&#233;sie menac&#233;e par l'explosion sociale et les conflits s&#233;paratistes. En Albanie, c'est le vide du pouvoir d&#251; &#224; l'effondrement de celui-ci en 1996 qui a amen&#233; l'intervention internationale d'avril 1997 dans une r&#233;gion combien ! d&#233;stabilis&#233;e. En Colombie la persistance de gu&#233;rillas aliment&#233;es par le trafic de drogue n'a pas seulement des effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur sa coh&#233;sion mais elle finit par poser suffisamment de probl&#232;mes au-del&#224; de ses fronti&#232;res pour que les &#201;tats-Unis continuent &#224; laisser planer la menace d'une intervention militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire est bien s&#251;r la situation de l'Afrique. Il est naturellement r&#233;ducteur et mensonger de pr&#233;senter toutes les guerres qui n'en finissent pas de ravager ce continent simplement comme des conflits &#171; ethniques &#187; dans lesquels l'imp&#233;rialisme n'interviendrait que pour r&#233;tablir la paix. Sa responsabilit&#233;, avec la complicit&#233; des bourgeoisies locales, dans la naissance, l'exploitation ou la limitation de ces conflits est &#233;crasante, et derri&#232;re les pr&#233;tendues guerres tribales, il y a du p&#233;trole, des diamants, des trusts et des sph&#232;res d'influence. Mais l'imp&#233;rialisme ne ma&#238;trise pas non plus toutes les cartes. Les pays occidentaux appuient telle ou telle clique, avec cynisme et brutalit&#233; et en faisant payer le prix fort aux populations, mais de la Somalie au Congo ils peinent aussi de fa&#231;on notable &#224; reconstruire un ordre stable qui serait tout de m&#234;me la solution la plus favorable &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;rive du continent africain, menace mortelle pour les populations elles-m&#234;mes, traduit les difficult&#233;s rencontr&#233;es paradoxalement par les pays imp&#233;rialistes, au moment o&#249; leur triomphe pouvait sembler assur&#233; faute d'adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle Russie, miroir des contradictions de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre mondial que l'on doit comprendre ce qui se passe sur le territoire de l'ex-URSS : aussi bien les m&#233;faits de la crise &#171; asiatique &#187; que l'instabilit&#233; des &#201;tats issus de l'implosion de l'Union et fond&#233;s sur les aspirations bien bourgeoises des classes poss&#233;dantes &#224; avoir leur propre territoire &#224; exploiter, les guerres locales (notamment pour le p&#233;trole) et la d&#233;pendance globale vis-&#224;-vis de l'imp&#233;rialisme. A plus d'un titre la Russie est exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du &#171; syst&#232;me sovi&#233;tique &#187;, voulue par Gorbatchev et la bureaucratie de fa&#231;on concert&#233;e avec l'imp&#233;rialisme, devait tirer un trait d&#233;finitif sur le &#171; communisme &#187; et proclamer la sup&#233;riorit&#233; indiscutable du capitalisme. Le capitalisme s'est bien install&#233;, mais avec quel r&#233;sultat ! Depuis une dizaine d'ann&#233;es on a surtout assist&#233; &#224; l'effondrement de la production, l'appauvrissement g&#233;n&#233;ral de la population (l'esp&#233;rance de vie masculine &#233;tant d&#233;sormais inf&#233;rieure &#224; celle de l'Inde) ; l'absence d'investissement public et finalement un recul catastrophique dans presque tous les domaines, sans compter les guerres, les manipulations du pouvoir et les exactions des troupes sp&#233;ciales de l'ex-KGB, d&#233;montrant un nouvelle fois ce que durent ou valent dans le cadre du capitalisme et surtout dans ces conditions les acquis et les illusions d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup dans la presse bourgeoise et malheureusement elle n'est pas la seule - on a volontiers insist&#233; sur l'id&#233;e que tout cela n'aurait rien &#224; voir avec une v&#233;ritable &#171; &#233;conomie de march&#233; &#187; et un &#171; &#201;tat de droit &#187; digne de ce nom, et serait d&#251; au seul h&#233;ritage du pass&#233;. Et de prouver le caract&#232;re &#171; non conforme &#187; de cette &#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; russe selon... des canons puis&#233;s sans doute dans des manuels cens&#233;s d&#233;crire un capitalisme id&#233;al, en pointant du doigt tout ce qui semble &#171; anormal &#187; : transmission de la propri&#233;t&#233; jamais compl&#232;tement assur&#233;e d'un point de vue juridique, difficult&#233; &#224; distinguer ce qui rel&#232;ve d'une &#233;conomie l&#233;gale ou d'une &#233;conomie mafieuse, faiblesse des relations mon&#233;taires entre les entreprises, extr&#234;me faiblesse des investissements aussi bien d'origine &#233;trang&#232;re que locale, bradage des richesses du pays sous la coupe d'une oligarchie extr&#234;mement concentr&#233;e et parasitaire li&#233;e &#233;troitement aux responsables politiques qui semblent &#234;tre de simples marionnettes entre ses mains, et bien d'autres aspects qui donnent &#224; l'&#233;conomie russe et &#224; la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re l'allure d'un v&#233;ritable chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que le capitalisme sinon cette r&#233;alit&#233; que l'on observe aussi dans bien d'autres pays ? Or les ressemblances ne sont pas uniquement formelles, car il s'agit au bout du compte d'un m&#234;me processus, m&#234;me si le point de d&#233;part est diff&#233;rent : la n&#233;cessit&#233; pour une bourgeoisie nationale encore peu d&#233;velopp&#233;e de proc&#233;der &#224; une &#171; accumulation primitive de capitaux &#187; dans les limites &#233;troites impos&#233;es par l'imp&#233;rialisme, quand le vol est le moyen le plus s&#251;r de r&#233;aliser des profits, et les r&#232;glements de comptes arm&#233;s un moyen gu&#232;re original dans l'histoire de la bourgeoisie pour &#233;liminer un concurrent. Si la Russie a emprunt&#233; cette voie, c'est justement parce qu'&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, il e&#251;t &#233;t&#233; assez &#233;tonnant en tout cas pour des marxistes de voir surgir d'un seul coup une bourgeoisie capable de d&#233;velopper les forces productives et de pr&#233;tendre occuper une place similaire &#224; celle des bourgeoisies occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, si au lieu des investissements attendus on a surtout assist&#233; &#224; une fuite massive des capitaux et &#224; un pillage des maigres ressources qui subsistent encore, cela ne signifie pas que la restauration du capitalisme soit un processus &#224; peine entam&#233;, bien au contraire ! Cela signifie simplement que l'avenir de la Russie est &#224; l'image de ce qui existe d'ores et d&#233;j&#224;, un pays destin&#233; &#224; occuper une place enti&#232;rement subordonn&#233;e dans cette &#233;conomie mondiale qui reste domin&#233;e par la bourgeoisie de quelques pays imp&#233;rialistes. L'union d'un capitalisme bien &#233;loign&#233; des mythologies propres aux laudateurs de ce syst&#232;me et d'un pouvoir &#233;tatique arbitraire et corrompu que l'on observe en Russie n'est pas une exception due &#224; son pass&#233;, c'est au contraire un ph&#233;nom&#232;ne assez banal. Les dirigeants de l'imp&#233;rialisme ne s'y trompent pas qui, loin de bl&#226;mer hier Eltsine, aujourd'hui Poutine, leur apportent leur soutien afin de tout faire pour pr&#233;server autant que possible un peu de la stabilit&#233; et de la capacit&#233; de l'&#201;tat &#224; faire face &#224; une population qui ne restera pas &#233;ternellement passive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un nouveau d&#233;sordre international difficile &#224; l&#233;gitimer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habitu&#233;es &#224; intervenir depuis longtemps, les puissances imp&#233;rialistes ont toujours cherch&#233; &#224; justifier leur &#171; droit d'ing&#233;rence &#187; sous divers pr&#233;textes. Dans le contexte de la guerre froide la &#171; d&#233;fense du monde libre &#187; et la &#171; lutte contre le communisme &#187; ont &#233;t&#233; naturellement les arguments les plus souvent utilis&#233;s. Ils sont aujourd'hui p&#233;rim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; d&#233;faut d'avouer sa peur des gueux et de leur r&#233;volte, l'imp&#233;rialisme a continu&#233; &#224; utiliser quelques autres ficelles comme l'&#233;pouvantail des &#171; &#201;tats voyous &#187;, au demeurant bien inoffensifs et peu nombreux (m&#234;me la Libye et la Cor&#233;e du Nord semblent rentrer dans le rang), ou la lutte contre la drogue qui sert actuellement de justification &#224; diverses op&#233;rations de police en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; p&#233;ril islamique &#187; a aussi servi d'argument depuis la prise du pouvoir des Ayatollahs en Iran. Mais qu'est-ce que &#171; l'islamisme &#187; ? Les r&#233;gimes saoudiens, soudanais, pakistanais alli&#233;s de l'Occident ? Ou des partis avant tout nationalistes qui aspirent &#224; s'int&#233;grer dans la vie politique de leur pays, &#224; l'image du R&#233;fah en Turquie, des Fr&#232;res musulmans en Egypte, ou m&#234;me du FIS en Alg&#233;rie ? L'imp&#233;rialisme est certes confront&#233; &#224; divers probl&#232;mes, notamment en Afghanistan, mais dans l'ensemble les pays musulmans alli&#233;s de l'Occident ont fort bien r&#233;sist&#233; et jamais les &#201;tats-Unis n'ont &#233;t&#233; aussi puissants au Moyen-Orient depuis la guerre du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, de la Somalie &#224; la Bosnie, en passant par Ha&#239;ti, &#171; l'ing&#233;rence &#187; a &#233;t&#233; de plus en plus souvent justifi&#233;e par des consid&#233;rations &#171; humanitaires &#187; ou &#171; d&#233;mocratiques &#187;, soulign&#233;es &#224; grand renfort m&#233;diatique. En soi l'argument n'est pas nouveau. Mais il a pris un autre relief. Au Kosovo une nouvelle &#232;re aurait m&#234;me commenc&#233;, para&#238;t-il, celle o&#249; le &#171; droit des gens &#187; l'emporterait sur celui des &#201;tats, et o&#249; les violations graves du &#171; droit humanitaire &#187; seraient consid&#233;r&#233;es comme des atteintes au maintien de la paix... moyennant quoi les populations civiles y compris d'origine albanaise ont eu le droit de recevoir un v&#233;ritable tapis de bombes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette offensive id&#233;ologique a pu influencer &#224; certains moments l'opinion publique et il n'est pas inutile de rappeler que toutes ces op&#233;rations militaires, qu'elles soient le fait de l'ONU, de l'OTAN, des &#201;tats-Unis ou de la France seule, sont destin&#233;es &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des puissances imp&#233;rialistes et non les populations, et que m&#234;me &#224; contre-courant de &#171; l'opinion &#187;, et m&#234;me seuls, les r&#233;volutionnaires se doivent de d&#233;masquer les vrais buts de guerre de leur propre imp&#233;rialisme. Cultiver des illusions sur des interventions pr&#233;tendues humanitaires qui pourraient &#234;tre dirig&#233;es dans un autre sens que celui de la d&#233;fense exclusive des int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme, comme le font certains courants d'extr&#234;me-gauche, contribuerait &#224; obscurcir la conscience des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, et m&#234;me si l'imp&#233;rialisme arrive pour l'instant &#224; faire accepter plut&#244;t bien que mal ses diverses interventions, il faut aussi constater que son dispositif n'est, fort heureusement, pas sans d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan id&#233;ologique d'abord, les grandes puissances peuvent toujours bricoler une th&#233;orie du droit d'ing&#233;rence et m&#234;me faire &#233;merger une justice p&#233;nale internationale. Mais cela n'aide pas &#224; faire face &#224; toutes les situations, car comment justifier par exemple de vraies op&#233;rations de guerre sans d&#233;clarer officiellement la guerre &#224; un pays ni remettre officiellement en cause le principe de souverainet&#233; des &#201;tats ? Faut-il ainsi l&#233;gitimer le droit &#224; l'ind&#233;pendance du Timor oriental apr&#232;s avoir ferm&#233; les yeux pendant 25 ans tout en refusant ce m&#234;me droit &#224; la Tch&#233;tch&#233;nie ou au Kosovo, mais en agissant dans ce dernier cas comme si ce territoire n'&#233;tait pas non plus sous la souverainet&#233; de l'&#201;tat yougoslave ? Le discours est d&#233;cid&#233;ment &#224; g&#233;om&#233;trie variable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis le r&#233;sultat n'est pas non plus particuli&#232;rement convaincant. Ni en Somalie ni &#224; Ha&#239;ti, pas plus en Irak qu'au Kosovo, les objectifs proclam&#233;s n'ont &#233;t&#233; atteints. Les puissances imp&#233;rialistes ont d'abord laiss&#233; faire les atrocit&#233;s puis quand toutes les forces se sont bien affront&#233;es et que la population a &#233;t&#233; terroris&#233;e, elles sont arriv&#233;es en triomphatrices pour finalement composer avec les dictatures locales. Et cela a fini par se voir &#224; d&#233;faut de soulever pour l'instant une v&#233;ritable indignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce choix d'intervenir avec retard et de repl&#226;trer au bout du compte les &#201;tats en place (quand elles y arrivent...) n'est pas seulement un signe d'hypocrisie que doivent d&#233;noncer les r&#233;volutionnaires au fur et &#224; mesure que les exemples se r&#233;p&#232;tent. C'est aussi assez r&#233;v&#233;lateur de la situation actuelle de l'imp&#233;rialisme, qui tout &#224; la fois est en position de force et doit pourtant batailler sans rel&#226;che pour asseoir sa domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en effet pouvoir intervenir n'importe o&#249; sans trouver d'adversaire d&#233;clar&#233; ou au contraire laisser des r&#233;gions enti&#232;res &#224; la d&#233;rive et s'accommoder de bien des situations, puisque cela ne l'emp&#234;che m&#234;me pas de faire des affaires comme le montrent les exemples de l'Angola, du Congo ou du Sierra Leone. Mais les risques d'une d&#233;rive incontr&#244;lable existent aussi, et lorsqu'il s'agit d'intervenir, c'est toujours la m&#234;me peur, celle de l'enlisement dans une guerre directe avec les populations. Et ce danger est d'autant plus grand que les dictatures se r&#233;v&#232;lent peu fiables et l'&#201;tat d&#233;liquescent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte de classe se porte bien... le r&#233;formisme aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation mondiale est toujours marqu&#233;e par un accroissement spectaculaire des in&#233;galit&#233;s dans un contexte &#233;conomique de croissance, certes ralentie depuis une trentaine d'ann&#233;es. Ainsi le revenu mondial a &#233;t&#233; multipli&#233; par 7 dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XX si&#232;cle, et le revenu th&#233;orique par habitant par 3. Mais entre 1960 et 1995, les 20 % d'individus les plus riches du globe ont vu leur part de ce revenu passer de 70 % &#224; 86 %, tandis que celle des 20 % les plus pauvres chutait de 2,3 &#224; 1,3 %. L'&#233;cart de revenu entre ces deux groupes a doubl&#233;. C'est la confirmation d'un processus qui a commenc&#233; avec la mainmise du capital sur le monde entier : en 1820, selon les estimations de certains historiens, le revenu moyen par habitant en Europe occidentale &#233;tait 2,9 fois sup&#233;rieur &#224; celui de l'Afrique subsaharienne, en 1992 le rapport &#233;tait de 1 &#224; 13,5. Et dans les pays imp&#233;rialistes, les &#233;carts ont recommenc&#233; &#224; grandir alors que durant la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente l'am&#233;lioration r&#233;elle des conditions de vie avait favoris&#233; un relatif calme social et fourni une assise r&#233;elle aux id&#233;es r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle du monde, la prol&#233;tarisation de larges couches de la population est un mouvement qui n'a cess&#233; de s'amplifier au fur et &#224; mesure qu'a progress&#233; l'urbanisation, et le nombre d'ouvriers d'industrie, s'il a tendance &#224; stagner dans les pays industrialis&#233;s, a aussi augment&#233; dans les pays du tiers monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es (pour ne pas remonter plus loin en arri&#232;re), de nombreux pays ont connu, &#224; des degr&#233;s divers, d'importants mouvements sociaux g&#233;n&#233;ralement li&#233;s &#224; des crises &#233;conomiques ou politiques : Pologne 1970, Chili 1973, Portugal 1974, Liban 1975, Afrique du Sud 1976, Iran 1979, Pologne 1980, Cor&#233;e du Sud1980, Philippines 1986, Cor&#233;e du Sud 1987, Yougoslavie 1987, Alg&#233;rie 1988, C&#244;te-d'Ivoire 1990, Gabon 1990, Birmanie 1991, Mali 1991, et plus r&#233;cemment en Albanie, en Indon&#233;sie ou en Equateur... On n'a nullement assist&#233; &#224; un quelconque reflux des luttes sociales mais &#224; des fluctuations avec parfois de v&#233;ritables explosions de col&#232;re de la population pauvre et de la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me qui dans un certain nombre de mouvements a &#233;t&#233; une force socialement importante et a pos&#233; dans une certaine mesure un probl&#232;me politique pour la bourgeoisie (forc&#233;ment limit&#233; en l'absence d'un parti et d'une politique r&#233;volutionnaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais force est de constater aussi que nulle part la classe ouvri&#232;re n'a jou&#233; un r&#244;le au point de former des organes de pouvoir ind&#233;pendants, m&#234;me embryonnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces limites, ces mouvements n'ont pas fait surgir spontan&#233;ment la direction ouvri&#232;re dont la classe ouvri&#232;re a besoin pour mener sa propre politique et du coup gagner &#224; elle toutes les couches de la population qui pourraient la soutenir. Ils ont propuls&#233; des syndicalistes comme dirigeants bourgeois (un Lula au Br&#233;sil, un Walesa en Pologne...). En Afrique du Sud o&#249; le mouvement ouvrier massif des ann&#233;es 1980 a finalement d&#233;bouch&#233; sur la fin de l'apartheid, mais sans remettre en cause les trusts sud-africains et la bourgeoisie blanche, c'est un leader nationaliste bourgeois soutenu par le Parti Communiste et des syndicats tr&#232;s puissants qui a r&#233;ussi cette op&#233;ration consistant &#224; d&#233;samorcer la v&#233;ritable bombe que repr&#233;sentait le prol&#233;tariat sud-africain. En Iran ce sont des religieux d'extr&#234;me-droite qui ont fini par s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour de l'URSS dans le giron imp&#233;rialiste &#224; la fin des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; par certains comme un facteur d&#233;cisif pour justifier l'id&#233;e d'un recul mondial du mouvement ouvrier, de ses organisations, comme des id&#233;es communistes. Bien s&#251;r l'imp&#233;rialisme a tir&#233; tous les avantages politiques qu'il pouvait pour proclamer que tout espoir en un avenir social diff&#233;rent &#233;tait d&#233;finitivement perdu. Et le recul du mouvement stalinien, voire sa disparition dans de nombreux pays, p&#232;se aussi de fa&#231;on sensible dans certains cas sur le degr&#233; d'organisation et sur le niveau de conscience de la classe ouvri&#232;re. Mais une telle appr&#233;ciation m&#233;rite en m&#234;me temps d'&#234;tre fortement relativis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord parce que la rupture d&#233;cisive s'est produite &#224; l'&#233;vidence bien avant, au cours des ann&#233;es 1920 ou 1930 quand le mouvement stalinien a jou&#233; un r&#244;le capital pour sauver le pouvoir de la bourgeoisie, en 1945 encore en l'aidant &#224; consolider l'ordre imp&#233;rialiste. Et depuis, de Nasser &#224; Soekarno, d'Allende &#224; Mitterrand, partout dans le monde, ce r&#244;le a consist&#233; &#224; soutenir des politiciens bourgeois, nationalistes ou &#171; de gauche &#187;, en bloquant toute possibilit&#233; d'expression politique ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re. Autant dire que ce n'est pas le genre de chose que nous ayons sp&#233;cialement &#224; regretter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs s'il est un autre ph&#233;nom&#232;ne notable, c'est qu'&#224; l'&#233;chelle du monde la classe ouvri&#232;re continue &#224; prendre de l'importance dans les pays o&#249; elle n'existait quasiment pas, &#224; se d&#233;velopper num&#233;riquement et m&#234;me organisationnellement (il ne faut pas g&#233;n&#233;raliser abusivement &#224; partir de quelques exemples qui nous sont familiers comme... la France). Mais l&#224; o&#249; surgissent de nouvelles organisations ouvri&#232;res ce sont des organisations r&#233;formistes qui prosp&#232;rent et qui capitalisent aussi &#224; leur mani&#232;re des espoirs d'&#233;mancipation sociale. Car ceux-ci n'ont pas disparu avec la fin de l'URSS, loin de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor au cours des ann&#233;es 1980 et 1990 de la CUT et du PT au Br&#233;sil ou de la KCTU en Cor&#233;e du Sud en t&#233;moigne. M&#234;me s'il t&#233;moigne aussi qu'en l'absence de contestation de la part des r&#233;volutionnaires, le courant social-d&#233;mocrate qui b&#233;n&#233;ficie de l'appui d'une myriade d'associations soutenues par une fraction notable de la bourgeoisie plonge suffisamment loin ses racines pour occuper tout l'espace disponible, m&#234;me dans des pays o&#249; sa base sociale pourrait sembler bien faible. Son dynamisme est incontestable lorsqu'il s'agit d'influencer et m&#234;me d'organiser de larges couches du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel enjeu pour les r&#233;volutionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher &#224; plaquer sur le monde entier des sch&#233;mas globaux de croissance ou de d&#233;croissance des luttes de la classe ouvri&#232;re, de son niveau de conscience ou de son degr&#233; d'organisation est une entreprise risqu&#233;e. Ainsi parler de recul depuis 1920 n'est &#233;videmment qu'une tautologie (soit la r&#233;volution soit le recul... certes ! ), et parler de recul depuis dix ans ne vaut gu&#232;re mieux dans la mesure o&#249; il n'y a pas de rupture flagrante, mais plut&#244;t une juxtaposition de facteurs plus ou moins favorables ou d&#233;favorables selon les pays et le poids sp&#233;cifique que repr&#233;sentait le mouvement stalinien &#224; c&#244;t&#233; de bien d'autres courants r&#233;formistes ou populistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde o&#249; les contradictions sociales ont tendance &#224; s'aggraver, o&#249; y compris dans certains cas les capacit&#233;s de la bourgeoisie et de son &#201;tat &#224; y faire face ont pu s'amenuiser, les portes sont loin d'&#234;tre ferm&#233;es pour les r&#233;volutionnaires. Et s'il y a un enjeu pour ces derniers, il est de trouver &#224; quelles conditions il serait possible de contester l'h&#233;g&#233;monie politique des organisations r&#233;formistes sur la classe ouvri&#232;re lorsque des occasions favorables se pr&#233;sentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que depuis longtemps les communistes r&#233;volutionnaires n'aient pratiquement jou&#233; aucun r&#244;le m&#233;rite sans doute bien des explications. Il n'est nullement utile en tout cas d'aller chercher la d&#233;faillance des intellectuels pour tenter de comprendre l'&#233;chec des mouvements prol&#233;tariens. Trotsky, dans sa brochure &#171; Les intellectuels et le socialisme &#187; en r&#233;ponse au social-d&#233;mocrate Adler, concluait : &#171; Mais si la conqu&#234;te effective des leviers de commande de la soci&#233;t&#233; d&#233;pendait du fait pr&#233;alable que l'intelligentsia s'unisse au parti du prol&#233;tariat europ&#233;en, la cause du collectivisme serait alors bien compromise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des raisons objectives existent sans aucun doute. Mais, c'est davantage la responsabilit&#233; de l'extr&#234;me-gauche qu'il nous faut souligner, elle qui s'est si souvent align&#233;e de fait derri&#232;re ce qui apparaissait le plus remuant ou le plus radical, &#224; l'&#233;poque soit les courants nationalistes du tiers monde soit le mouvement stalinien. C'est &#224; elle de relever le d&#233;fi de la crise politique de la direction du mouvement ouvrier, de refaire le lien entre le mouvement ouvrier, qui continue d'exister et de lutter &#233;videmment, et les id&#233;es communistes. A elle de se hausser &#224; la hauteur de ses t&#226;ches, en consacrant l'essentiel de ses forces &#224; s'implanter dans le prol&#233;tariat et y d&#233;fendre une politique sans compromission avec les nationalistes, les gauches syndicales, les staliniens ou les courants syndicaux ou politiques sociaux-d&#233;mocrates &#224; allure de gauche qui parfois les remplacent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan, l'affaiblissement des courants nationalistes radicaux plus ou moins repeints en rouge est &#233;vidente. L'affaiblissement du courant stalinien est aussi un ph&#233;nom&#232;ne patent, notamment dans les pays imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant ! Certaines forces radicales de la petite bourgeoisie disposent toujours de cr&#233;dit parmi les r&#233;volutionnaires trotskistes eux-m&#234;mes ! Le radicalisme bourgeois les armes &#224; la main a toujours ses adeptes parmi les trotskystes et toutes les arm&#233;es dites de gu&#233;rilla sont toujours consid&#233;r&#233;es comme combattant pour le socialisme, comme cela aurait &#233;t&#233; les cas pour celle de Fidel Castro ou encore pour les combattants nicaraguayens. C'est encore le cas avec la lutte du Chiapas, et dans toute l'Am&#233;rique latine avec les diverses ELN. La remise du pouvoir sans combat des sandinistes nicaraguayens aux partis soutenus par les &#201;tats-Unis ne leur a rien appris. Ils continuent quand m&#234;me &#224; voir des capacit&#233;s r&#233;volutionnaires socialistes dans d'autres forces que le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au courant stalinien il nous pose &#233;videmment bien d'autres probl&#232;mes, pour des raisons politiques et du fait de sa relation historique avec la classe ouvri&#232;re. Mais il faut sans doute prendre la mesure exacte de son affaiblissement qui ne date pas seulement de ces dix derni&#232;res ann&#233;es, ni m&#234;me de sa participation &#224; un gouvernement de gauche (pour prendre l'exemple de la France en 1981). Il date de bien avant et s'explique sans doute aussi par les d&#233;sillusions qu'ont pu provoquer les interventions sovi&#233;tiques en Hongrie puis en Tch&#233;coslovaquie, m&#234;me si les r&#233;percussions n'ont pas &#233;t&#233; imm&#233;diatement perceptibles du fait de certaines situations locales (l'arriv&#233;e au pouvoir de De Gaulle en 1958 qui semblait justifier son recul &#224; ce moment-l&#224;, le maintien en Espagne de la dictature jusqu'en 1975 qui ne permettait pas de mesurer grand chose, la faiblesse de la social-d&#233;mocratie en Italie qui lui laissait un espace plut&#244;t par d&#233;faut...). Il existait &#224; l'&#233;vidence un probl&#232;me de perspective et de cr&#233;dibilit&#233;, que la fin de l'URSS a naturellement amplifi&#233;. En ce sens la crise des partis communistes a bien un caract&#232;re &#171; historique &#187;, ce qui ne veut pas dire qu'&#224; certains moments ils ne retrouvent pas une certaine influence... comme la social-d&#233;mocratie depuis 1914, pour les m&#234;mes raisons et pour jouer le m&#234;me r&#244;le !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement des Partis Communistes n'a pas que des effets positifs, on l'a dit, et ne signifie nullement que les masses prol&#233;tariennes doivent &#234;tre plus perm&#233;ables aux id&#233;es r&#233;volutionnaires. Mais le pire serait pour les trotskystes non seulement de privil&#233;gier exclusivement cet aspect de la question, mais de laisser entendre que &#171; dans la situation actuelle &#187; le maintien de ces organisations seraient un moindre mal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si les r&#233;volutionnaires n'avaient d'autre perspective que de conseiller &#224; d'autres, qui plus est des adversaires, ce qu'ils se sentent eux-m&#234;mes incapables de faire ! Tentation qui fut jusqu'&#224; aujourd'hui la faiblesse du mouvement trotskyste. Il est grand temps qu'il s'en d&#233;fasse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mur pour &#234;tre abattu. Le communisme ? Ou le capitalisme ?</title>
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		<dc:date>2019-10-25T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Voici ce que nous &#233;crivions lors de la chute du mur de Berlin, des pays de l'Est et de l'URSS : &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la &#034;chute du mur de Berlin et du bloc de l'Est, ce que voudraient les classes dirigeantes, c'est effacer dans la conscience des prol&#233;taires l'importance et la signification de la R&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt; L'anniversaire de la chute du mur de Berlin a &#233;t&#233; une p&#226;le copie des festivit&#233;s qui avaient marqu&#233; cet &#233;v&#233;nement. La population, qui subit un fort ch&#244;mage, qui avait f&#234;t&#233; la fin du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;17- Chute de l'URSS et fin de la politique des blocs&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici ce que nous &#233;crivions lors de la chute du mur de Berlin, des pays de l'Est et de l'URSS :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec la &#034;chute du mur de Berlin et du bloc de l'Est, ce que voudraient les classes dirigeantes, c'est effacer dans la conscience des prol&#233;taires l'importance et la signification de la R&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'anniversaire de la chute du mur de Berlin a &#233;t&#233; une p&#226;le copie des festivit&#233;s qui avaient marqu&#233; cet &#233;v&#233;nement. La population, qui subit un fort ch&#244;mage, qui avait f&#234;t&#233; la fin du stalinisme, cette horrible dictature sociale polici&#232;re usurpant le nom de communisme, n'a aucune raison aujourd'hui, en pleine crise du capitalisme, de f&#234;ter sa situation pr&#233;caire et souvent mis&#233;rable sous la domination du capital international. Le grand capital r&#232;gne certes sans conteste mais cela n'a rien &#224; voir avec la victoire d'un &#034;monde libre&#034;, d'un monde sans guerres, d'un monde sans dictatures, sans mis&#232;re, sans oppression, sans parti unique, sans syndicat unique, sans r&#233;gimes policiers, etc, etc... La chute du mur de Wall Street en 2008 ne pousse personne, ni &#224; l'ouest ni &#224; l'est, &#224; trop se glorifier d'une victoire pr&#233;tendue du syst&#232;me capitaliste, ni &#224; affirmer que sa victoire est historique ni surtout d&#233;finitive ! Les subprimes, eux-m&#234;mes, et autres sp&#233;culations sont repartis de plus belle ainsi que toutes les sortes d'actions pourries, menant &#224; de nouvelles catastrophes comme en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La chute du bloc de l'Est est d'autant moins une victoire du capitalisme que ce dernier s'accommodait fort bien de celle-ci. Ce sont les travailleurs qui, en Allemagne de l'Est en 1953, en Hongrie en 1956 et en Pologne dans les ann&#233;es 70 et 80 l'avaient contest&#233;e. Le syst&#232;me des blocs mis en place &#224; la fin de la guerre mondiale, l'avait &#233;t&#233; conjointement par les dirigeants de l'est et de l'ouest, d'un commun accord entre Staline et les grandes puissances vainqueurs de la derni&#232;re guerre mondiale. C'est consciemment et contre la r&#233;volution sociale mena&#231;ante (pas contre Hitler) que Roosevelt et Churchill ont choisi, en accord avec les classes dirigeantes, de donner la moiti&#233; de l'Europe et de l'Asie &#224; la Russie stalinienne, lors des accords de Yalta. La naissance des pays dits de &#034;d&#233;mocratie populaire&#034; ne signifiait nullement une victoire du communisme puisqu'elles n'&#233;taient pas n&#233;es d'une lutte des travailleurs. Le stalinisme &#8211; un autre nom de la dictature de la bureaucratie russe -, visait au maintien du statu quo mondial et luttait aussi violemment que les dirigeants capitalistes contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne, c'est-&#224;-dire contre le v&#233;ritable communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour ceux qui resteraient convaincus que le stalinisme &#233;tait un adversaire r&#233;solu du capitalisme et r&#233;ciproquement, la Chine actuelle toujours sous la coupe du parti unique stalinien et phare du capitalisme est une belle d&#233;monstration. Le capitalisme s'est mari&#233; avec les f&#233;odaux d'Arabie saoudite et les maharadjahs d'Inde ; ce n'est pas les bureaucrates et la dictature militaire de Chine qui emp&#234;che leur syst&#232;me d'exploitation de fonctionner. L'Occident d&#233;nonce volontiers quelques r&#233;pression dans des r&#233;gions marginales (Tibet ou Xinkiang) mais pas l'essentiel de l'oppression qui fonctionne en Chine. Les pays occidentaux tiennent trop &#224; leurs investissements pour s'occuper de d&#233;noncer le parti dit &#171; communiste &#187; qui y est au pouvoir absolu, sans parler de d&#233;noncer l'exploitation des travailleurs chinois. Si le goulag russe a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; juste titre comme l'un des t&#233;moignages des horreurs du stalinisme, le goulag actuel chinois, le Laogai, est volontairement ignor&#233; et surtout pas d&#233;nonc&#233; par les m&#233;dia et les gouvernements de l'&#034;ouest&#034;. Les gouvernements de l'ouest s'&#233;taient comport&#233; de la m&#234;me mani&#232;re vis-&#224;-vis du stalinisme russe et Churchill avait m&#234;me d&#233;clar&#233; qu'il ne reprochait qu'une chose &#224; Staline : ne pas avoir tu&#233; Trotsky quand il le tenait en Russie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il a donc suffi d'un accord entre la bureaucratie russe et l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, avec des assurances mutuelles, pour que la s&#233;paration est-ouest tombe. Il faut rappeler que ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois que la bureaucratie russe et l'imp&#233;rialisme US &#233;taient &#224; l'initiative d'une tentative de rapprochement visant &#224; la fusion et au retour dans le march&#233; mondial des pays de l'est. En 1956, une pareille tentative avait &#233;chou&#233; du fait de la r&#233;volte des ouvriers de Hongrie et de Pologne. Cette derni&#232;re avait amen&#233; aussi bien les USA que l'URSS &#224; craindre une intervention directe des masses ouvri&#232;res en cas de fin du stalinisme. C'est d'un commun accord que l'imp&#233;rialisme et le stalinisme avaient alors estim&#233; que la situation n'&#233;tait pas mure car, m&#234;me en URSS des mouvements avaient eu lieu et notamment une r&#233;volte des camps du goulag. Loin de soutenir les r&#233;volt&#233;s ouvriers de Hongrie, l'imp&#233;rialisme avait m&#234;me arr&#234;t&#233; ses &#233;missions radio pour qu'elles n'apparaissent pas comme un soutien aux conseils ouvriers en arme qui contestaient la dictature stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mur en Europe entre l'est et l'ouest ne date d'ailleurs pas de 1947 avec la &#034;guerre froide&#034;. Ce sont les grandes puissances qui, conjointement, ont divis&#233; militairement Berlin en deux, comme, toujours conjointement, ont divis&#233; la Cor&#233;e en deux, deux zones d'occupation militaire. Mais, plus profond&#233;ment, la division de l'Europe date de bien avant. C'est le capitalisme qui, par son d&#233;veloppement in&#233;gal, a instaur&#233; une Europe de l'ouest relativement riche et une Europe de l'Est plus pauvre et plus arri&#233;r&#233;e o&#249; elle m&#234;me maintenu des r&#233;gimes quasi f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La division du monde entre riches et pauvre est loin d'&#234;tre tomb&#233;e, bien entendu, en 1989, en m&#234;me temps que le mur. L'Est est toujours relativement pauvre comme le sud. Les in&#233;galit&#233;s entre les classes sont elles aussi plus criantes que jamais. Le mur de l'apartheid est tomb&#233; en Afrique du sud mais pas le mur de l'argent qui fait qu'on vit &#224; Soweto une vie presque identique qu'&#224; l'&#233;poque noire de l'apartheid et, en tout cas, autant dans la mis&#232;re et l'ins&#233;curit&#233;. L'apartheid racial a &#233;t&#233; remplac&#233; par l'apartheid social. Il marque tout autant la division des quartiers, de modes de vie et de l'avenir des enfants qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous les murs ne sont bien s&#251;r pas tomb&#233;s en 1989 mais le monde capitaliste en a dress&#233;s plus qu'il n'en a fait tomber. Des &#034;blocs&#034; et des &#034;guerres froides&#034; ou chaudes aussi, comme la guerre pr&#233;tendument &#034;contre le terrorisme&#034; qui s'est m&#234;me &#233;tendue, depuis l'Irak et l'Afghanistan au Pakistan. Le mur coupe d&#233;sormais Isra&#235;l et Palestine, sans pour autant que soit reconnue l'existence de la Palestine. Et le mur entre l'Afrique et le reste du monde, un mur de l'argent, n'est pas moins r&#233;el que s'il &#233;tait en b&#233;ton. Il emp&#234;che notamment les populations de migrer d'une partie &#224; l'autre de la plan&#232;te. Pourtant, l'id&#233;e de la chute du mur, glorifi&#233;e lors de son anniversaire, n'est-elle pas de laisser les gens aller d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre librement ? Eh bien, cette id&#233;e humaniste n'a cours qu'&#224; Berlin mais pas entre le Mali et la France par exemple, sauf s'il s'agit de piller l'uranium, l'or et le p&#233;trole !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre froide et sa &#034;politique des blocs&#034; n'avait d'ailleurs pour but que d'occulter la r&#233;elle division de la soci&#233;t&#233; : la division en classes sociales, entre exploiteurs et exploit&#233;s, division que 1989 n'a bien entendu ni abattu, ni m&#234;me entam&#233;. A l'Est, ce sont d'ailleurs les bureaucrates eux-m&#234;mes qui ont &#233;t&#233; les mieux plac&#233;s pour devenir les nouveaux riches, en particulier dans la Russie et dans les autres morceaux de l'URSS. Et cela ne g&#232;ne nullement les pays occidentaux. Pas plus qu'ils ne sont g&#234;n&#233;s d'avoir &#224; faire avec des bureaucrates chinois &#034;communistes&#034; et capitalistes. Leur propagande sur le pr&#233;tendu communisme, ils n'y croient pas et ils ne l'utilisent que pour convaincre les travailleurs et les peuples que le capitalisme est le seul horizon possible et qu'il n'y a aucune perspective d'une autre soci&#233;t&#233;. Mais, quand bien m&#234;me ils en auraient convaincu les travailleurs, cela ne voudrait pas dire que telle serait la r&#233;alit&#233; objective. Et cela, ils le savent bien. On n'&#233;radiquera pas les risques de r&#233;volution sociale par la seule propagande pro-capitaliste. On garde pour cela les arm&#233;es, les polices, les dictatures et les fascismes. La confiance en soi du capitalisme a besoin de se rappeler la chute du mur, mais ce r&#233;confort n'est que passager. Le capitalisme a plus que jamais besoin de toutes les sortes d'opposition entre nations, entre ethnies, entre religions, entre nord et sud, entre est et Ouest, pour mieux diviser les opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les prol&#233;taires du monde n'ont pas de murs entre eux et le seul mur qu'il leur faut abattre est celui qui les s&#233;pare de la d&#233;cision de prendre le pouvoir sur le monde dans leurs propres mains. Ce serait un petit pas pour l'homme mais un grand pas pour l'humanit&#233; !!!&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme apr&#232;s la chute du mur de Berlin, la campagne actuelle de la bourgeoisie n'est pas une charge sans discernement contre tout ce que repr&#233;sentait la r&#233;volution russe. Au contraire, certains historiens &#224; la solde du capital sont pleins d'&#233;loges hypocrites pour &#171; l'initiative &#187; et m&#234;me &#171; l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#187; des ouvriers et de leurs organes de lutte de masse, les conseils ouvriers. Ils sont d&#233;bordants de compr&#233;hension pour le d&#233;sespoir des ouvriers, des soldats et des paysans confront&#233;s aux &#233;preuves de la &#171; grande guerre &#187;. Avant tout, ils se pr&#233;sentent comme les d&#233;fenseurs de la &#171; vraie r&#233;volution russe &#187; contre sa pr&#233;tendue destruction par les bolcheviks. En d'autres termes, au centre des attaques de la bourgeoisie contre la r&#233;volution russe, il y a l'opposition entre f&#233;vrier et octobre 1917, l'opposition entre le d&#233;but et la conclusion de la lutte pour le pouvoir qui est l'essence de toute grande r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle rappelle le caract&#232;re explosif, massif et spontan&#233; des luttes qui commencent en f&#233;vrier 1917, c'est &#224; dire les gr&#232;ves de masse, les millions de gens qui occupent la rue, les explosions d'euphorie publique et jusqu'au fait que L&#233;nine lui m&#234;me d&#233;clarait que la Russie de cette &#233;poque &#233;tait le pays le plus libre sur la terre, la bourgeoisie lui oppose les &#233;v&#233;nements d'octobre dans lesquels il y avait peu de spontan&#233;it&#233;, o&#249; les &#233;v&#233;nements &#233;taient planifi&#233;s &#224; l'avance, sans aucune gr&#232;ve, sans manifestation de rues ni assembl&#233;e de masse pendant l'insurrection, quand le pouvoir a &#233;t&#233; pris gr&#226;ce &#224; l'action de quelques milliers d'hommes en armes dans la capitale, sous le commandement d'un comit&#233; r&#233;volutionnaire, directement inspir&#233; par le parti bolchevik. Ainsi, elle d&#233;clare : est ce que cela ne prouve pas qu'Octobre n'&#233;tait rien d'autre qu'un putsch bolchevik ? Un putsch contre la majorit&#233; de la population, contre la classe ouvri&#232;re, contre l'histoire, contre la nature humaine m&#234;me ? Et tout cela, nous dit-on, est la cons&#233;quence d'une &#171; folle utopie marxiste &#187; qui ne pouvait survivre que par la terreur, conduisant directement au stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la classe dominante, le prol&#233;tariat en, 1917 ne voulait rien de plus que ce que le r&#233;gime de f&#233;vrier lui avait promis : une &#171; d&#233;mocratie parlementaire &#187;, avec l'engagement de &#171; respecter les droits de l'homme &#187;, et un gouvernement qui, tout en continuant la guerre, s'&#233;tait d&#233;clar&#233; lui m&#234;me &#171; en faveur &#187; d'une paix rapide &#171; sans annexion &#187;. En d'autres termes, la bourgeoisie veut nous faire croire que le prol&#233;tariat russe se battait pour obtenir la m&#234;me situation mis&#233;rable que celle que le prol&#233;tariat moderne subit aujourd'hui ! Si le r&#233;gime de f&#233;vrier n'avait pas &#233;t&#233; renvers&#233; en octobre, nous assurent-ils, la Russie serait aujourd'hui un pays aussi puissant et &#171; prosp&#232;re &#187; que les Etats-Unis et le d&#233;veloppement du &#171; capitalisme du 20e si&#232;cle aurait &#233;t&#233; pacifique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'exprime r&#233;ellement cette hypocrite d&#233;fense du caract&#232;re &#171; spontan&#233; &#187; des &#233;v&#233;nements de f&#233;vrier, &#231;'est la haine et la peur de la r&#233;volution d'octobre chez les exploiteurs de tous les pays. La spontan&#233;it&#233; de la gr&#232;ve de masse, le rassemblement de tout le prol&#233;tariat dans les rues et les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, la formation des conseils ouvriers dans le feu de la lutte sont des moments essentiels de la lutte d'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. &#171; Que la spontan&#233;it&#233; d'un mouvement soit un indice de sa profonde p&#233;n&#233;tration dans les masses, de la solidit&#233; de ses racines, de l'impossibilit&#233; qu'il y aurait &#224; l'&#233;carter, voil&#224; qui est certain &#187; comme le remarquait L&#233;nine ([1]). Mais tant que la bourgeoisie reste la classe dominante, tant que les armes politiques et r&#233;pressives de l'Etat capitaliste restent intactes, il lui est toujours possible de bloquer, neutraliser et dissoudre celles de son ennemi de classe. Les conseils ouvriers, ces puissants instruments de la lutte ouvri&#232;re qui surgissent plus ou moins spontan&#233;ment, ne sont n&#233;anmoins pas la seule ni n&#233;cessairement la plus haute expression de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ils pr&#233;dominent dans les premi&#232;res &#233;tapes du processus r&#233;volutionnaire. La bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire les porte justement aux nues pr&#233;cis&#233;ment pour faire passer le d&#233;but de la r&#233;volution pour son point culminant, pour son point d'arriv&#233;e, parce qu'elle sait qu'il est plus facile de d&#233;truire une r&#233;volution qui s'arr&#234;te &#224; mi-chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;volution russe ne s'est pas arr&#234;t&#233;e &#224; mi-chemin. En allant jusqu'au bout, en achevant ce qu'avait commenc&#233; f&#233;vrier 1917, elle a &#233;t&#233; la confirmation de la capacit&#233; de la classe ouvri&#232;re &#224; construire patiemment, consciemment, collectivement, donc pas seulement &#171; spontan&#233;ment &#187; mais de fa&#231;on d&#233;lib&#233;r&#233;e, planifi&#233;e, strat&#233;gique, les instruments dont elle a besoin pour s'emparer du pouvoir : son parti de classe marxiste, ses conseils ouvriers galvanis&#233;s par un programme de classe et une r&#233;elle volont&#233; de diriger la soci&#233;t&#233;, ainsi que les instruments sp&#233;cifiques et la strat&#233;gie de l'insurrection prol&#233;tarienne. C'est l'unit&#233; entre la lutte politique de masse et la prise militaire du pouvoir, entre le spontan&#233; et le planifi&#233;, entre les conseils ouvriers et le parti de classe, entre l'action de millions d'ouvriers et celles d'audacieuses minorit&#233;s d'avant-garde de la classe qui constitue l'essence de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est cette unit&#233; que la bourgeoisie aujourd'hui vise &#224; d&#233;truire avec ses calomnies contre le bolchevisme et l'insurrection d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction de l'Etat bourgeois, le renversement de la domination de la classe bourgeoise, le d&#233;but de la r&#233;volution mondiale, c'est ce qu'a &#233;t&#233; la gigantesque r&#233;alisation d'octobre 1917, c'est &#224; dire le chapitre le plus important, le plus conscient et le plus audacieux de l'histoire de l'humanit&#233; &#224; ce jour. Octobre a fait voler en &#233;clats des si&#232;cles de servitude engendr&#233;e par la soci&#233;t&#233; de classes, d&#233;montrant qu'avec le prol&#233;tariat il existe, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, une classe qui est tout &#224; la fois exploit&#233;e et r&#233;volutionnaire. Une classe qui est capable de diriger la soci&#233;t&#233;, d'abolir la domination de classe, de lib&#233;rer l'humanit&#233; de son encha&#238;nement &#171; pr&#233;historique &#187; &#224; des forces sociales aveugles. C'est la v&#233;ritable raison pour laquelle la classe dominante &#224; ce jour, et aujourd'hui plus que jamais, d&#233;verse ses tombereaux de mensonges et de calomnies sur l'octobre rouge, l'&#233;v&#233;nement &#171; le plus ha&#239; &#187; de l'histoire moderne mais qui est en fait l'orgueil de la classe prol&#233;tarienne consciente. Nous voulons d&#233;montrer que l'insurrection d'octobre, que les &#233;crivailleurs, prostitu&#233;s du capital, appellent un &#171; putsch &#187;, &#233;tait le point culminant, non seulement de la r&#233;volution russe, mais de toute la lutte de notre classe jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme L&#233;nine l'&#233;crivait en 1917 : &#171; La haine sauvage que nous porte la bourgeoisie illustre de la fa&#231;on la plus concr&#232;te cette v&#233;rit&#233; que nous montrons correctement au peuple les voies et moyens qui permettront de mettre fin &#224; la domination de la bourgeoisie. &#187; ([2])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La crise est m&#251;re &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 octobre 1917, L&#233;nine, l'homme le plus recherch&#233; dans le pays, pourchass&#233; par la police dans tous les coins de la Russie, se pr&#233;senta &#224; l'assembl&#233;e du Comit&#233; central du parti bolchevik qui se tenait &#224; Petrograd, d&#233;guis&#233; avec une perruque et des lunettes, et proposa la r&#233;solution suivante &#233;crite sur une page de cahier d'&#233;colier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Comit&#233; Central reconna&#238;t que la situation internationale de la r&#233;volution russe (la mutinerie de la flotte en Allemagne, manifestation extr&#234;me de la croissance de la r&#233;volution socialiste mondiale dans toute l'Europe ; et, par ailleurs, la menace de voir la paix imp&#233;rialiste &#233;touffer la r&#233;volution en Russie), - de m&#234;me que la situation militaire (d&#233;cision indubitable de la bourgeoisie russe et de Kerensky et consorts, de livrer Petrograd aux Allemands), - de m&#234;me que l'obtention par le parti prol&#233;tarien de la majorit&#233; aux Soviets, - tout cela, li&#233; au soul&#232;vement paysan et au changement d'attitude du peuple qui fait confiance &#224; notre parti (&#233;lections de Moscou) et enfin la pr&#233;paration manifeste d'une nouvelle aventure Kornilov (retrait des troupes de Petrograd, transfert des cosaques &#224; Petrograd, encerclement de Minsk par les cosaques, etc.) - tout cela met l'insurrection arm&#233;e &#224; l'ordre du jour. Consid&#233;rant donc que l'insurrection arm&#233;e est in&#233;vitable et tout &#224; fait m&#251;re, le Comit&#233; Central propose &#224; toutes les organisations du Parti de d&#233;terminer leur attitude en fonction de cet &#233;tat de chose, d'examiner et de r&#233;soudre de ce point de vue toutes les questions pratiques (congr&#232;s des soviets de la r&#233;gion nord, retrait des troupes de Petrograd, actions &#224; r&#233;aliser &#224; Moscou et &#224; Minsk, etc.). &#187; ([3])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre mois avant exactement, le parti bolchevik avait d&#233;lib&#233;r&#233;ment frein&#233; l'&#233;lan combatif des ouvriers de Petrograd. Ceux-ci avaient &#233;t&#233; provoqu&#233;s par les classes dominantes en vue d'&#234;tre amen&#233;s &#224; une confrontation pr&#233;matur&#233;e et isol&#233;e avec l'Etat. Une telle situation aurait certainement conduit &#224; la d&#233;capitation du prol&#233;tariat russe dans la capitale et son parti de classe aurait &#233;t&#233; d&#233;cim&#233; (voir la Revue Internationale n&#176; 90 sur &#171; les journ&#233;es de juillet &#187;). Le Parti qui depuis avait surmont&#233; ses h&#233;sitations internes, s'engageait fermement, comme l'&#233;crivait L&#233;nine dans son fameux article &#171; La crise est m&#251;re &#187;, &#224; mobiliser toutes les forces pour inculquer aux ouvriers et aux soldats l'id&#233;e de l'absolue n&#233;cessit&#233; d'une lutte acharn&#233;e, ultime, d&#233;cisive pour le renversement du gouvernement de Kerensky &#187;. Le 29 septembre, il d&#233;clarait : &#171; La crise est m&#251;re. Tout l'honneur du parti bolchevik est enjeu. Tout l'avenir de la r&#233;volution ouvri&#232;re internationale pour le socialisme est en jeu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui explique cette nouvelle attitude du parti, compl&#232;tement diff&#233;rente en octobre par rapport &#224; celle de juillet, est contenu dans la r&#233;solution cit&#233;e plus haut, c'est l'audace et la brillante clart&#233; du marxisme. Le point de d&#233;part, comme toujours pour le marxisme, c'est l'analyse de la situation internationale, l'&#233;valuation du rapport de forces entre les classes et les besoins du prol&#233;tariat mondial. La r&#233;solution souligne que, &#224; la diff&#233;rence de juillet 1917, le prol&#233;tariat russe n'est plus seul, que la r&#233;volution mondiale a commenc&#233; dans les pays centraux du capitalisme. &#171; La mont&#233;e de la r&#233;volution mondiale est incontestable. L'explosion de r&#233;volte des ouvriers tch&#232;ques a &#233;t&#233; &#233;touff&#233;e avec une cruaut&#233; incroyable, qui t&#233;moigne de la panique du gouvernement. En Italie, on en est arriv&#233; aussi &#224; une explosion des masses &#224; Turin. Mais le fait le plus important est la mutinerie de la flotte allemande. &#187; ([4]) Il est de la responsabilit&#233; de la classe ouvri&#232;re russe, non seulement de saisir l'opportunit&#233; de rompre l'isolement international impos&#233; jusque l&#224; par la guerre mondiale mais, par dessus tout, de propager en retour les flammes de l'insurrection en Europe de l'ouest en commen&#231;ant la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la minorit&#233; de son propre parti qui faisait encore &#233;cho &#224; l'argumentation pseudo-marxiste, contre-r&#233;volutionnaire des mencheviks selon laquelle la r&#233;volution devait commencer dans un pays plus avanc&#233;, L&#233;nine montrait que les conditions en Allemagne &#233;taient en fait beaucoup plus difficiles qu'en Russie et que la r&#233;elle signification de l'insurrection en Russie r&#233;sidait dans le fait qu'elle aiderait au surgissement de la r&#233;volution en Allemagne : &#171; ... dans des conditions p&#233;nibles, infernales, avec le seul Liebknecht (enferm&#233; au bagne, par surcro&#238;t), sans journaux, sans libert&#233; de r&#233;unions, sans Soviets, au milieu de l'hostilit&#233; incroyable de toutes les classes de la population -jusqu'au dernier paysan ais&#233; - &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;e de l'internationalisme, malgr&#233; l'organisation sup&#233;rieure de la grande, de la moyenne et de la petite bourgeoisie imp&#233;rialiste, les Allemands, c'est-&#224;-dire les r&#233;volutionnaires internationalistes allemands, les ouvriers portant la vareuse de matelot, ont d&#233;clench&#233; une mutinerie de la flotte, alors qu'ils n'avaient peut-&#234;tre qu'une chance sur cent. Et nous qui avons des dizaines de journaux, la libert&#233; de r&#233;union, qui avons la majorit&#233; dans les Soviets, nous qui en comparaison des internationalistes prol&#233;tariens du monde entier avons les meilleures conditions, nous refuserions de soutenir par notre insurrection les r&#233;volutionnaires allemands. Nous sonnerions comme les Scheidemann et les Renaudel : le plus sage est de ne pas nous soulever car si on nous fusille tous autant que nous sommes, le monde perdra avec nous des internationalistes d'une si belle trempe, si sens&#233;s, si parfaits !! Prouvons notre bon sens. Adoptons une r&#233;solution de sympathie &#224; l'&#233;gard des insurg&#233;s allemands et renon&#231;ons &#224; l'insurrection en Russie. Ce sera de l'internationalisme v&#233;ritable, d'esprit rassis. &#187; ([5])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue et la m&#233;thode internationaliste, &#224; l'oppos&#233; exact de la vision bourgeoise-nationaliste du stalinisme qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir de la contre-r&#233;volution qui a suivi, n'appartenaient pas exclusivement au parti bolchevik &#224; cette &#233;poque, mais c'&#233;tait le lot commun des ouvriers &#233;volu&#233;s de Russie &#224; l'&#233;ducation politique marxiste. Ainsi, au d&#233;but d'Octobre, les marins r&#233;volutionnaires de la flotte de la Baltique lan&#231;aient aux quatre coins de la terre, sur les radios de leurs bateaux, l'appel suivant : &#171; Dans ce moment o&#249; les vagues sont rougies du sang de nos fr&#232;res, nous faisons entendre notre voix : ... Peuples opprim&#233;s du monde entier, brandissez le drapeau de la r&#233;volte ! &#187; Cependant, l'&#233;valuation &#224; l'&#233;chelle du monde du rapport de forces entre les classes par les bolcheviks ne se limitait pas &#224; examiner l'&#233;tat du prol&#233;tariat international mais exprimait aussi une vision claire de la situation globale de la classe ennemie. En s'appuyant toujours sur une profonde connaissance de l'histoire du mouvement ouvrier, les bolcheviks savaient tr&#232;s bien, avec l'exemple de la Commune de Paris de 1871, que la bourgeoisie imp&#233;rialiste, m&#234;me en pleine guerre mondiale, unirait ses forces contre la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'inaction compl&#232;te de la flotte an glaise en g&#233;n&#233;ral, et des sous-marins anglais lors de la prise de l'&#238;le d'Oesel par les allemands, si on la rapproche du plan du gouvernement de se transporter de Petrograd &#224; Moscou, ne d&#233;montre-t-elle pas qu'un complot a &#233;t&#233; tram&#233; entre les imp&#233;rialiste russes et anglais, entre Kerenski et les capitaliste anglo-fran&#231;ais pour livrer Petrograd aux Allemands et pour &#233;touffer par ce moyen la r&#233;volution russe ? &#187; demande L&#233;nine, qui ajoute : &#171; La r&#233;solution de la section des soldats du Soviet de Petrograd contre le d&#233;part du gouvernement a montr&#233; que, parmi les soldats aussi, la conviction m&#251;rit qu'il existe un complot Kerenski. &#187; ([6]) En Ao&#251;t, sous Kerenski et Kornilov, Riga la r&#233;volutionnaire avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; livr&#233;e aux griffes de l'empereur Guillaume II. Les premi&#232;res rumeurs d'une &#233;ventuelle paix s&#233;par&#233;e entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne contre la r&#233;volution russe inqui&#233;taient L&#233;nine. Le but des bolcheviks ce n'&#233;tait pas la &#171; paix &#187; mais la r&#233;volution car ils savaient, en vrais marxistes qu'un cessez-le-feu capitaliste ne pouvait &#234;tre qu'un entracte entre deux guerres mondiales. C &#8216;est cette vision p&#233;n&#233;trante, communiste de l'in&#233;vitable enfoncement dans la barbarie que le capitalisme d&#233;cadent, en faillite historique r&#233;servait &#224; l'humanit&#233; qui poussait alors le bolchevisme &#224; une course contre la montre pour en finir avec la guerre avec des moyens prol&#233;tariens, r&#233;volutionnaires. En m&#234;me temps, les capitalistes commen&#231;aient partout &#224; saboter syst&#233;matiquement la production afin de discr&#233;diter la r&#233;volution. Toutefois, tous ces &#233;v&#233;nements contribuaient aussi &#224; d&#233;truire enfin, aux yeux des ouvriers, le mythe patriotique de la &#171; d&#233;fense nationale &#187; selon lequel la bourgeoisie et le prol&#233;tariat d'une m&#234;me nation auraient un int&#233;r&#234;t commun &#224; repousser &#171; l'agresseur &#187; &#233;tranger. Cela explique aussi pourquoi en octobre, le soucis des travailleurs n'&#233;tait plus de d&#233;clencher des gr&#232;ves massives ais de garder la production en marche face au d&#233;membrement de ses &#171; propres &#187; usines par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les facteurs qui ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs pour pousser la classe ouvri&#232;re &#224; l'insurrection, il y a le fait que la r&#233;volution &#233;tait menac&#233;e par de nouvelles attaques contre-r&#233;volutionnaires mais aussi que les ouvriers, en particulier dans les principaux soviets, soutenaient fermement les bolcheviks. Ces deux facteurs &#233;taient le r&#233;sultat direct de la plus importante confrontation de masse entre bourgeoisie et prol&#233;tariat entre juillet et octobre 1917 : le putsch de Kornilov en ao&#251;t. Le prol&#233;tariat, sous la direction des bolcheviks, avait arr&#234;t&#233; la marche de Kornilov sur la capitale, principalement en d&#233;faisant ses troupes, en sabotant ses syst&#232;mes de transport et sa logistique gr&#226;ce aux ouvriers des chemins de fer, de la poste et d'autres secteurs. Au cours de cette action, pendant laquelle les soviets avaient repris vie en tant qu'organisation r&#233;volutionnaire de toute la classe, les ouvriers d&#233;couvrirent que le gouvernement provisoire de Petrograd sous la direction du socialiste-r&#233;volutionnaire Kerenski et des mencheviks, &#233;tait lui-m&#234;me impliqu&#233; dans le complot contre-r&#233;volutionnaire. A partir de ce moment, les ouvriers comprirent que ces partis &#233;taient devenus une v&#233;ritable &#171; aile gauche du capital &#187; et commenc&#232;rent &#224; se rassembler derri&#232;re les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout l'art tactique consiste &#224; saisir le moment dans lequel la totalit&#233; des conditions nous sont les plus favorables. Le soul&#232;vement de Kornilov avait cr&#233;&#233; ces conditions. Les masses, qui avaient perdu confiance dans les partis de la majorit&#233; des soviets, ont vu le danger concret de la contre-r&#233;volution. Ils croyaient ce que les bolcheviks r&#233;clamaient alors pour repousser ce danger. &#187; ([7])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le test le plus clair qui prouve les qualit&#233;s r&#233;volutionnaires d'un parti ouvrier c'est sa capacit&#233; &#224; poser la question de la prise du pouvoir. &#171; L'adaptation la plus gigantesque quand le parti prol&#233;tarien doit passer de la pr&#233;paration, de la propagande, de l'organisation, de l'agitation &#224; la lutte imm&#233;diate pour le pouvoir, &#224; l'insurrection arm&#233;e contre la bourgeoisie. Tout ce qui existe dans le parti comme &#233;l&#233;ments ind&#233;cis, sceptiques, opportunistes, mencheviks, prend position contre l'insurrection. &#187; ([8])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti bolchevik a surmont&#233; cette &#233;preuve en s'engageant lui m&#234;me dans la lutte arm&#233;e pour le pouvoir, faisant alors la preuve de qualit&#233;s r&#233;volutionnaires sans pr&#233;c&#233;dents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat prend le chemin de l'insurrection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1917 se produisit ce qu 1'on appelle une situation de &#171; double pouvoir &#187;. A c&#244;t&#233; de l'Etat bourgeois et oppos&#233;s &#224; lui, les conseils ouvriers apparaissaient comme une alternative, comme un gouvernement potentiel de la classe ouvri&#232;re. Du fait que deux pouvoirs oppos&#233;s, de deux classes ennemies, ne peuvent coexister et du fait que l'un doit n&#233;cessairement d&#233;truire l'autre afin de pouvoir s'imposer &#224; la soci&#233;t&#233;, une telle p&#233;riode de &#171; double pouvoir &#187; est obligatoirement extr&#234;mement courte et instable. Une telle phase n'est s&#251;rement pas caract&#233;ris&#233;e par la &#171; coexistence pacifique &#187; et la tol&#233;rance mutuelle. Elle peut avoir une apparence d'&#233;quilibre social. En r&#233;alit&#233;, c'est une &#233;tape d&#233;cisive dans la guerre civile entre travail et capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les falsifications bourgeoises de l'histoire sont oblig&#233;es de camoufler la lutte &#224; mort des classes qui a eu lieu entre f&#233;vrier et octobre 1917 et pour pouvoir pr&#233;senter la r&#233;volution d'octobre comme un &#171; putsch bolchevik &#187;. L'allongement &#171; anormal &#187; de cette p&#233;riode de &#171; double pouvoir &#187; aurait n&#233;cessairement entra&#238;n&#233; la fin de la r&#233;volution et de ses organes. Le Soviet &#171; ne peut &#234;tre qu'un organisme insurrectionnel, qu'un organe du pouvoir r&#233;volutionnaire. Sinon les soviets ne sont que de vains hochets qui conduisent infailliblement &#224; l'apathie, &#224; l'indiff&#233;rence, au d&#233;couragement des masses l&#233;gitimement &#233;c&#339;ur&#233;es par la r&#233;p&#233;tition perp&#233;tuelle de r&#233;solutions et de protestations. &#187; ([9]) Si l'insurrection prol&#233;tarienne n'a pas &#233;t&#233; plus spontan&#233;e qu'un coup d'Etat militaire contre-r&#233;volutionnaire, durant les mois qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; octobre les deux classes ont exprim&#233; de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e leur tendance spontan&#233;e &#224; lutter pour le pouvoir. Les journ&#233;es de juillet et le putsch de Kornilov en ont &#233;t&#233; les manifestations les plus claires. L'insurrection d'octobre a commenc&#233; en r&#233;alit&#233; non avec le signal donn&#233; par le parti bolchevik mais avec la tentative du gouvernement bourgeois d'envoyer au front les troupes les plus r&#233;volutionnaires (les deux tiers de la garnison de Petrograd) et de les remplacer dans la capitale par des bataillons contre-r&#233;volutionnaires. En d'autres termes, la bourgeoisie a fait une nouvelle tentative, quelques semaines seulement apr&#232;s Kornilov, pour &#233;craser la r&#233;volution, ce qui a pouss&#233; le prol&#233;tariat &#224; prendre des mesures insurrectionnelles pour la sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De fait, le r&#233;sultat du soul&#232;vement du 2-5 Octobre avait aux trois quarts, si ce n'es tpas plus, &#233;t&#233; d&#233;cisif d&#232;s le moment o&#249; nous avons refus&#233; le d&#233;placement des troupes, form&#233; le Comit&#233; Militaire R&#233;volutionnaire (16 Octobre), nomm&#233; nos commissions dans toutes les organisations et formation de la troupe isolant ainsi compl&#232;tement non seulement le commandement du district militaire de Petrograd, mais le gouvernement &#224; partir du moment o&#249; les bataillons, sous les ordres du Comit&#233; Militaire R&#233;volutionnaire, refusaient de quitter la ville, et ne la quittaient pas,nous avions une insurrection victorieuse dans la capitale. &#187; ([10])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, qui devait conduire les actions militaires d&#233;cisives du 25 octobre, loin d'avoir &#233;t&#233; un organe du parti bolchevik, avait &#233;t&#233; &#224; l'origine propos&#233; par des partis contre-r&#233;volutionnaires de &#171; gauche &#187; comme un moyen d'imposer le retrait des troupes r&#233;volutionnaires de la capitale sous l'autorit&#233; des soviets ; mais il fut imm&#233;diatement transform&#233; par le soviet en un instrument non seulement pour s'opposer &#224; cette mesure, mais pour organiser la lutte pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non le pouvoir des soviets n'&#233;tait pas une chim&#232;re, une construction arbitraire, l'invention de th&#233;oriciens de parti. Il montait irr&#233;sistiblement d'en bas, du d&#233;sarroi &#233;conomique, de l'impuissance des poss&#233;dants, du besoin des masses ; les soviets devenaient en r&#233;alit&#233; le pouvoir -pour les ouvriers, les soldats, les paysans, il n'y avait pas d'autre voie. Au sujet du pouvoir des soviets, le temps n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus de chercher des raisonnements et des objections : il fallait le r&#233;aliser. &#187; ([11]) La l&#233;gende d'un putsch bolchevik est un des plus gros mensonges de l'histoire. En fait, l'insurrection avait &#233;t&#233; annonc&#233;e publiquement &#224; l'avance, aux d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;volutionnaires &#233;lus. L'intervention de Trotsky &#224; la Conf&#233;rence de la garnison de Petrograd le 18 octobre en est une illustration : &#171; La bourgeoisie sait que le soviet de Petrograd proposera au Congr&#232;s des soviets de prendre le pouvoir en main... Pr&#233;voyant la bataille in&#233;vitable, les classes bourgeoises s'efforcent de d&#233;sarmer Petrograd.. A la premi&#232;re tentative de la contre-r&#233;volution pour supprimer le Congr&#232;s, nous r&#233;pondrons par une contre-offensive qui sera implacable et que nous pousserons jusqu'au bout. &#187; Le point 3 de la r&#233;solution adopt&#233;e par la Conf&#233;rence de la garnison dit : &#171; Le Congr&#232;s panrusse des soviets doit prendre le pouvoir en main et assurer au peuple la paix, la terre et le pain. &#187; ([12]) Pour s'assurer que tout le prol&#233;tariat soutenait la lutte pour le pouvoir, cette conf&#233;rence, d&#233;cidait d'un passage en revue pacifique des forces, prenant place &#224; Petrograd avant le congr&#232;s des soviets et bas&#233;e sur des assembl&#233;es de masse et des d&#233;bats. &#171; Des dizaines de milliers de gens submergeaient l'&#233;norme &#233;difice de la Maison du Peuple... Sur les poteaux de fonte et aux fen&#234;tres, &#233;taient suspendues des guirlandes, des grappes de t&#234;tes humaines, de jambes, de bras. Il y avait dans l'air cette charge d'&#233;lectricit&#233; qui annonce un prochain &#233;clat. A bas ! A bas la guerre ! Le pouvoir aux Soviets ! Pas un des conciliateurs n'osa se montrer devant ces foules ardentes pour leur opposer des objections ou des avertissements. La parole appartenait aux Bolcheviks. ([13]) Trotsky ajoute . &#171; L'exp&#233;rience de la r&#233;volution, de la guerre, de la dure lutte, de toute une am&#232;re vie, remonte de la profondeur de la m&#233;moire de tout homme &#233;cras&#233; par le besoin et se fixe dans ces mots d'ordre simples et imp&#233;rieux. Cela ne peut pas continuer ainsi, il faut ouvrir une br&#232;che vers l'avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti n'a pas invent&#233; &#171; la volont&#233; de prendre le pouvoir &#187; des masses. Mais il l'a inspir&#233;e et a donn&#233; confiance dans sa capacit&#233; &#224; gouverner &#224; la classe. Comme L&#233;nine l'avait &#233;crit apr&#232;s le putsch de Kornilov : &#171; Que ceux qui ont peu confiance apprennent de cet exemple. Honte &#224; ceux qui disent &#034;nous n'avons pas de machine pour remplacer la vieille qui tourne inexorablement pour la d&#233;fense de la bourgeoisie&#034;. Parce que nous avons une machine. Et ce sont les soviets. Ne craignez pas les initiatives et l'ind&#233;pendance des masses. Faites confiance aux organisations r&#233;volutionnaires des masses ,et vous verrez dans toutes les sph&#232;res de la vie de l'Etat la m&#234;me puissance, la m&#234;me majest&#233; et la m&#234;me volont&#233; indicible des ouvriers et des paysans, que celles qu'ils ont montr&#233; dans leur solidarit&#233; et leur enthousiasme contre le Kornilovisme. ([14])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;br class='autobr' /&gt; La t&#226;che de l'heure : la destruction de l'Etat bourgeois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection est un des probl&#232;mes les plus cruciaux, les plus complexes, les plus exigeants que le prol&#233;tariat ait &#224; r&#233;soudre pour remplir sa mission historique. Dans la r&#233;volution bourgeoise, cette question &#233;tait beaucoup moins d&#233;cisive puisque la bourgeoisie pouvait s'appuyer dans sa lutte pour le pouvoir sur celui qu'elle avait d&#233;j&#224; conquis au niveau &#233;conomique et politique au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale. Pendant sa r&#233;volution, la bourgeoisie a laiss&#233; la petite bourgeoisie et la jeune classe ouvri&#232;re se battre pour elle. Quand la fum&#233;e de la bataille s'est dissip&#233;e, elle a souvent pr&#233;f&#233;r&#233; remettre son pouvoir fra&#238;chement conquis dans les mains d'une classe f&#233;odale alors embourgeois&#233;e, domestiqu&#233;e, puisque cette derni&#232;re avait, par tradition, l'autorit&#233; de son c&#244;t&#233;. Au contraire, le prol&#233;tariat n'a ni propri&#233;t&#233;, ni pouvoir &#233;conomique au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il ne peut donc d&#233;l&#233;guer ni la lutte pour le pouvoir ni la d&#233;fense de sa domination de classe une fois acquise &#224; aucune autre classe ou autre secteur de la soci&#233;t&#233;. Il doit lui-m&#234;me prendre le pouvoir en entra&#238;nant les autres couches sous sa direction, en prendre l'enti&#232;re responsabilit&#233; et assumer les cons&#233;quences et les risques de sa lutte. Dans l'insurrection, le prol&#233;tariat r&#233;v&#232;le et d&#233;couvre lui m&#234;me, beaucoup plus clairement qu'&#224; aucun autre moment pr&#233;c&#233;dent, le &#171; secret &#187; de sa propre existence en tant que premi&#232;re et derni&#232;re classe exploit&#233;e et r&#233;volutionnaire. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner de ce que la bourgeoisie soit si attach&#233;e &#224; d&#233;truire la m&#233;moire d'octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che primordiale du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution, &#224; partir de f&#233;vrier, &#233;tait de conqu&#233;rir les c&#339;urs et les esprits de tous ces secteurs qui pouvaient &#234;tre gagn&#233;s &#224; sa cause mais qui pouvaient aussi &#234;tre utilis&#233;s contre la r&#233;volution : les soldats, les paysans, les fonctionnaires, les employ&#233;s des transports jusqu'aux moins bien dispos&#233;s comme les personnels de maison de la bourgeoisie. A la veille de l'insurrection, cette t&#226;che avait &#233;t&#233; accomplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de l'insurrection &#233;tait tout &#224; fait diff&#233;rente : elle consistait &#224; briser la r&#233;sistance de ces corps d'Etat et de ces formations arm&#233;es qui ne pouvaient &#234;tre gagn&#233;es mais dont l'existence prolong&#233;e contenait en germe la contre-r&#233;volution la plus barbare. Pour briser cette r&#233;sistance, pour d&#233;molir Etat bourgeois, le prol&#233;tariat doit cr&#233;er une force arm&#233;e et, la mettre sous sa direction de classe avec une discipline de fer. Ainsi, bien que conduite par le prol&#233;tariat, les forces arm&#233;es du 25 octobre &#233;taient principalement compos&#233;es de soldats qui ob&#233;issaient &#224; son commandement. &#171; La R&#233;volution d'Octobre &#233;tait la lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie pour le pouvoir. Mais c'est le moujik qui en fin de compte d&#233;cida de l'issue de la lutte... Ce qui donna &#224; l'insurrection le caract&#232;re d'un coup rapidement port&#233; avec un minimum de victimes, ce fut la combinaison du complot r&#233;volutionnaire, de l'insurrection prol&#233;tarienne et de la lutte de la garnison paysanne pour sa propre sauvegarde. Le Parti dirigeait l'insurrection ; la principale force motrice &#233;tait le prol&#233;tariat, les d&#233;tachements ouvriers arm&#233;s constituaient le poing de choc, mais l'issue de la lutte se d&#233;cidait par la garnison paysanne difficile &#224; soulever. &#187; ([15]) En r&#233;alit&#233;, le prol&#233;tariat a pu s'emparer du pouvoir parce qu'il avait &#233;t&#233; capable de mobiliser les autres couches non-exploiteuses derri&#232;re son propre projet de classe. Exactement le contraire d'un &#171; putsch &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y eut presque point de manifestations, de combats de rue, de barricades, de tout ce que l'on entend d'ordinaire par &#034;insurrection&#034;. La r&#233;volution n 'avait pas besoin de r&#233;soudre un probl&#232;me d&#233;j&#224; r&#233;solu. La saisie de l'appareil gouvernemental pouvait &#234;tre effectu&#233;e d'apr&#232;s un plan, avec l'aide de d&#233;tachements arm&#233;s relativement peu nombreux, partant d'un centre unique. (&#8230;) Le calme dans les rues, en Octobre, l'absence de foules, l'inexistence de combats donnaient aux adversaires des motifs de parler de la conspiration d'une minorit&#233; insignifiante, de l'aventure d'une poign&#233;e de bolcheviks. (...) En r&#233;alit&#233;, les bolcheviks pouvaient ramener au dernier moment la lutte pour le pouvoir &#224; un &#034;complot&#034;, non point parce qu'ils &#233;taient une petite minorit&#233;, mais au contraire parce qu'ils avaient derri&#232;re eux, dans les quartiers ouvriers et les casernes, une &#233;crasante majorit&#233;, fortement group&#233;e, organis&#233;e, disciplin&#233;e. &#187; ([16])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;br class='autobr' /&gt; Choisir le bon moment&#8230; la cl&#233; de la prise du pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue technique, l'insurrection communiste n'est qu'une simple question d'organisation militaire et de strat&#233;gie. Politiquement, c'est la t&#226;che la plus exigeante qu'on puisse imaginer. De toutes les t&#226;ches, la plus difficile, celle qui pose le plus de probl&#232;mes, c'est celle de choisir le bon moment pour engager le combat pour le pouvoir : ni trop t&#244;t, ni trop tard. En juillet 1917, et m&#234;me en ao&#251;t au moment du putsch de Kornilov, quand les bolchevicks ont retenu la classe qui &#233;tait pr&#234;te &#224; engager une lutte pour le pouvoir, le principal danger restait celui d'une insurrection pr&#233;matur&#233;e ; d&#232;s septembre, L&#233;nine appelait d&#233;j&#224; sans rel&#226;che &#224; la pr&#233;paration d'une lutte arm&#233;e en d&#233;clarant : &#171; Maintenant ou jamais ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L&#233;nine, &#171; La R&#233;volution Russe et la Guerre Civile &#187;, Oeuvres T. 26, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L&#233;nine, &#171; Les Bolcheviks garderont-ils le pouvoir ? &#187;, Ibid. p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L&#233;nine, &#171; R&#233;solution de l'insurrection &#187;, Ibid, p. 194.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L&#233;nine, &#171; Lettre aux camarades bolcheviks participant au Congr&#232;s des soviets de la r&#233;gion nord &#187;, Ibid. p. 185.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] L&#233;nine, &#171; Lettre aux camarades &#187;, Ibid. p. 207-208.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] L&#233;nine, &#171; Lettre &#224; la Conf&#233;rence de la ville de Petrograd &#187;, Ibid. p. 144-145.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Trotsky, Les le&#231;ons d'Octobre (&#233;crit en 1924).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Trotsky, Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L&#233;nine, &#171; Th&#232;ses pour le rapport &#224; la Conf&#233;rence du 8 octobre &#187;, Ibid. p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Trotsky, Les le&#231;ons d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Trotsky, Histoire de la r&#233;volution russe, T.2, &#171; Octobre &#187;, Ed. Le Seuil, p. 451.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Trotsky, Ibid. p. 484.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Trotsky, Ibid. p. 489.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] L&#233;nine, &#171; Les Bolcheviks garderont-ils le pouvoir ? &#187;, Ibid. Voir aussi, L' Etat et la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Trotsky, Ibid. p. 667.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Trotsky, Ibid. p. 671.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courant communiste international&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Roumanie : La chute de Ceausescu a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e par l'imp&#233;rialisme occidental pour &#233;viter une r&#233;volution sociale</title>
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		<dc:date>2019-01-22T23:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Roumanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Couple de dictateurs staliniens roumains Puis les voici assassin&#233;s sur ordre des puissances occidentales Voici le faux charnier de Timisoara Soutenu par les dirigeants imp&#233;rialistes occidentaux avant d'&#234;tre assassin&#233; par eux &lt;br class='autobr' /&gt;
Roumanie : La chute de Ceausescu a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e par l'imp&#233;rialisme occidental pour &#233;viter une r&#233;volution sociale &lt;br class='autobr' /&gt;
Les grandes puissances occidentales ont pr&#233;tendu lutter pour la chute du stalinisme &#224; l'Est, mais en fait elles craignaient que cette chute se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;17- Chute de l'URSS et fin de la politique des blocs&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;Roumanie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Couple de dictateurs staliniens roumains&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11578 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH270/roumanie-revolution-ceausescu_432236-9e68a.jpg?1779680976' width='480' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis les voici assassin&#233;s sur ordre des puissances occidentales&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11579 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L330xH153/indexdfdf-1b866.jpg?1779680976' width='330' height='153' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici le faux charnier de Timisoara&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L330xH220/13709661361-45a18.png?1779680976' width='330' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Soutenu par les dirigeants imp&#233;rialistes occidentaux avant d'&#234;tre assassin&#233; par eux&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH370/1975_Ceausescu_J-_Chirac_Neptun-3184e.jpg?1779680976' width='500' height='370' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Roumanie : La chute de Ceausescu a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e par l'imp&#233;rialisme occidental pour &#233;viter une r&#233;volution sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les grandes puissances occidentales ont pr&#233;tendu lutter pour la chute du stalinisme &#224; l'Est, mais en fait elles craignaient que cette chute se traduise en r&#233;volution sociale et prol&#233;tarienne comme en Hongrie en 1956. Et elles le craignaient d'autant plus qu'il s'agissait d'un pouvoir solide qui allait r&#233;sister comme celui de Roumanie, avec &#224; sa t&#234;te le couple de dictateurs Ceausecu. Ces puissances ont donc orchestr&#233; une fin de r&#232;gne stalinien compl&#232;tement manipul&#233;e, trafiqu&#233;e, afin d'&#233;viter tout danger d'explosion sociale. C'est un exemple de complot contre lequel les ennemis de la &#171; th&#233;orie du complot &#187; ne peuvent rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple de dictateurs staliniens des Ceausescu de Roumanie a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; sommairement sans proc&#232;s, sans pr&#233;sence des m&#233;dia, alors que ceux-ci avaient &#233;t&#233; convoqu&#233;s pour diffuser le mensonge du cimeti&#232;re de Timisoara, un soi-disant charnier, pr&#233;tendument caus&#233; par des massacres du r&#233;gime, cadavres qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;s ensuite avoir &#233;t&#233; sortis peu avant de leur caveau et n'&#234;tre nullement des victimes du r&#233;gime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la dictature polici&#232;re de Roumanie, et le couple infernal &#224; sa t&#234;te, &#233;taient craints et d&#233;test&#233;s. Certes, les forces sp&#233;ciales du r&#233;gime &#233;taient d&#233;cid&#233;es &#224; se battre contre la population qui aurait voulu faire chuter le r&#233;gime. L'ex&#233;cution sommaire a &#233;t&#233; justifi&#233;e apr&#232;s coup par la n&#233;cessit&#233; de couper toute r&#233;sistance des forces staliniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;texte est la n&#233;cessit&#233; de la mise en place de la d&#233;mocratie. Mais ce n'est qu'un pr&#233;texte et si les Ceausescu ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s de mani&#232;re extrajudiciaire, rapide, sans t&#233;moins, sans recours, ce n'est nullement pour b&#226;tir une d&#233;mocratie mais parce que ceux qui avaient d&#233;cid&#233; de mettre en place un nouveau r&#233;gime savaient que les Ceausescu pouvaient d&#233;noncer leurs successeurs au pouvoir, appuy&#233;s par l'imp&#233;rialisme, comme &#233;tant aussi mouill&#233;s qu'eux dans la dictature. Et ils l'&#233;taient !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadavres soi-disant d&#233;couverts et montr&#233;s aux m&#233;dias occidentaux &#224; Timisoara &#233;taient un montage de l'imp&#233;rialisme et du nouveau pouvoir roumain. Le nouveau pouvoir d&#233;mocratique, soi-disant choisi par le soul&#232;vement, &#233;tait un montage politique de l'imp&#233;rialisme et du nouveau pouvoir roumain. L'assassinat du couple de dictateurs &#233;tait un montage militaire et policier de l'imp&#233;rialisme et du nouveau pouvoir roumain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a &#233;t&#233; manipul&#233; par les services secrets occidentaux qui avaient dans leurs mains des ex&#233;cutants haut plac&#233;s roumains dont le g&#233;n&#233;ral Victor Atanasie St&#259;nculescu, ministre de la D&#233;fense qui allait &#234;tre l'une des personnalit&#233;s puissantes, d&#233;tenant le pouvoir sur l'arm&#233;e et participant du Front de Salut national qui, avec l'assentiment occidental allait faire la transition en Roumanie. C'est lui qui avait &#233;t&#233; contact&#233; par les services secrets britanniques et devait lancer un ordre &#224; l'arm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les unit&#233;s militaires de tout le pays se retirent dans des casernes, dans l'ordre et dans le calme, sans &#234;tre contest&#233;es, d&#233;sarm&#233;es ou dispers&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l'un des organisateurs de l'&#233;limination du couple Ceausescu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel meilleur moyen de voir &#224; quel point ce nouveau pouvoir allait &#234;tre d&#233;mocratique, une v&#233;ritable &#233;manation du peuple, que de suivre l'ensemble des tromperies qui ont &#233;t&#233; mont&#233;es &#224; cette &#233;poque, et de voir aussi &#224; quel point ces montages des services secrets occidentaux n'avaient rien &#224; voir avec le soul&#232;vement de la population contre la dictature, qui &#233;tait tout &#224; fait r&#233;el comme dans les autres &#171; pays de l'Est &#187; mais qui, lui, n'&#233;tait pas au service de l'imp&#233;rialisme occidental et n'avait pas l'intention de s'y soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela &#233;tait d'autant plus vrai que toutes ces ann&#233;es, l'imp&#233;rialisme occidental, le camp du soi-disant &#171; monde libre &#187; avait fricot&#233; tant et plus avec les dictateurs de l'Est, et tout particuli&#232;rement avec Ceausescu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les grands chefs d'Etat du monde occidental ont &#233;t&#233; re&#231;us dans les palais des Ceausescu, ont pu y b&#233;n&#233;ficier de r&#233;ceptions royales, ont pu aller chasser l'ours des Carpates, et cet ours ne s'appelait pas Ceausescu mais &#233;tait un ours bien r&#233;el, &#224; quatre pattes et en fourrure !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces chefs d'Etat en visite royale en Roumanie se sont faits prendre mille fois en photo avec le couple de dictateurs, preuve s'il en &#233;tait combien le &#171; monde libre &#187; aimait bien les dictatures staliniennes !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le monde dit libre, c'est-&#224;-dire l'imp&#233;rialisme occidental voudrait faire croire qu'il a toujours combattu le stalinisme et cherch&#233; &#224; activer sa chute en appuyant les mouvements des peuples, mais cela n'a jamais &#233;t&#233; vrai. On se souvient que, d&#233;j&#224; en 1956, alors que le peuple hongrois menait sa r&#233;volution contre le stalinisme, les pays occidentaux avaient interrompu en plein soul&#232;vement la &#171; radio libre &#187; de l'Occident parce qu'elle donnait des informations aux &#233;meutiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolae_Ceau%C8%99escu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire de Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_charniers_de_Timi%C8%99oara&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'affaire des charniers de Timi&#537;oara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/saoudi-abdelaziz/blog/230813/comment-fabrique-des-massacres-mediatiques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quand l'imp&#233;rialisme inventait le massacre de Timisoara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://phototheoria.ch/up/photographier_reel_3.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La tromperie m&#233;diatique &#224; l'&#339;uvre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://reseauinternational.net/la-trahison-contre-ceaucescu/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment l'imp&#233;rialisme occidental a p&#233;n&#233;tr&#233; le r&#233;gime de Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques films d'actualit&#233;s :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00273/voyage-en-roumanie-discours-a-l-universite-de-bucarest.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De Gaulle visite Ceausescu en Roumanie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iIy42zhZzqs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ceausescu re&#231;u &#224; l'Elys&#233;e par Pompidou&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=QB1zozAev_w&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nixon en Roumanie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=TzC97xmW8zQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nixon congratule Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bgZA47aI-bM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la visite du dictateur am&#233;ricain au dictateur roumain aux derniers jours de Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=09Om0fT6BPY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ceausescu &#224; Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/CAB89054234&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arrestation des Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/CAB89054296&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Film du faux proc&#232;s des Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/xfdvva&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ex&#233;cution sommaire de Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=8RzutjWRnIs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les m&#233;dia occidentaux charg&#233;s d'inventer des massacres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=peZNClYGAq8&amp;list=PLycyjskX9mtqwoxpyvhcTXvxgjmAlBu1i&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Truquage m&#233;diatique, manipulation politique de l'imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Mnh9j34Cb9I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'implication de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Roumanie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=9FAupINLYic&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La faux charnier de Timisoara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CeR4xRaRc70&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment les m&#233;dia ont pr&#233;sent&#233; 1989 en Roumanie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=8tbdqhrGoKE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'annonce de la chute de Ceausescu par les &#171; nouveaux &#187; dirigeants roumains&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=pFp9Rk9pCMo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La corruption dans la Roumanie de l'apr&#232;s-Ceausescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.france24.com/fr/20170212-roumanie-manifestations-contre-gouvernement-corruption-bucarest&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Douzi&#232;me jour de manifestations monstres contre le r&#233;gime en Roumanie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rom&#226;nia : C&#259;derea lui Ceau&#537;escu a fost deturnat&#259; de imperialismul occidental pentru a evita o revolu&#539;ie social&#259;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marile puteri occidentale au pretins c&#259; lupt&#259; pentru c&#259;derea stalinismului &#238;n est, dar de fapt se temeau c&#259; aceast&#259; toamn&#259; se va transforma &#238;ntr-o revolu&#539;ie social&#259; &#537;i proletar&#259; ca &#238;n Ungaria &#238;n 1956. &#536;i s-au temut cu at&#226;t mai mult pentru c&#259; era a fost o putere puternic&#259; care s&#259; reziste ca cea a Rom&#226;niei, condus&#259; de cuplul dictator Ceau&#537;escu. Prin urmare, aceste puteri au orchestrat un sf&#226;r&#537;it complet manipulat, manipulat al stalinismului, pentru a evita orice pericol de explozie social&#259;. Acesta este un exemplu de conspira&#539;ie &#238;mpotriva c&#259;reia du&#537;manii &#034;teoriei conspira&#539;iei&#034; nu pot face nimic !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cei doi dictatori stalinisti ai lui Ceau&#537;escu din Rom&#226;nia au fost executa&#539;i f&#259;r&#259; judecat&#259;, f&#259;r&#259; prezen&#539;a mass-media, &#238;n timp ce ei au fost chema&#539;i s&#259; r&#259;sp&#226;ndeasc&#259; minciuna cimitirului din Timi&#537;oara, a&#537;a numitul morm&#226;nt de mas&#259;, pretins cauzat de masacrele regim, cadavre care au fost dezv&#259;luite c&#259; au fost eliberate cu pu&#539;in timp &#238;nainte de bolta lor &#537;i nu au fost victime ale regimului ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desigur, dictatura poli&#539;ieneasc&#259; a Rom&#226;niei &#537;i cuplul infernal de la cap au fost tem&#259;tori &#537;i ur&#226;&#539;i. Desigur, for&#539;ele speciale ale regimului erau hot&#259;r&#226;te s&#259; lupte &#238;mpotriva popula&#539;iei care dorea s&#259; coboare regimul. Execu&#539;ia sumar&#259; a fost justificat&#259; dup&#259; necesitate de a &#238;ntrerupe rezisten&#539;a for&#539;elor staliniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pretextul este necesitatea &#238;nfiin&#539;&#259;rii democra&#539;iei. Dar aceasta este doar o pretext &#537;i dac&#259; Ceau&#537;escu a fost eliminat extrajudiciar, rapid, f&#259;r&#259; martori, f&#259;r&#259; recurs, nu este de a construi o democra&#539;ie, ci pentru c&#259; cei care au decis s&#259; &#238;nfiin&#539;eze un nou Regimul &#537;tia c&#259; Ceau&#537;escu ar putea denun&#539;a succesorii lor la putere, sus&#539;inu&#539;i de imperialism, ca fiind umedi ca &#537;i &#238;n dictatur&#259;. &#536;i au fost !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corpurile despre care se presupune c&#259; au descoperit &#537;i au ar&#259;tat mass-media occidental&#259; din Timi&#537;oara au fost o montare a imperialismului &#537;i a noii puteri rom&#226;ne&#537;ti. Noua putere democratic&#259;, presupus&#259; a fi aleas&#259; de revolt&#259;, a fost o montare politic&#259; a imperialismului &#537;i a noii puteri rom&#226;ne&#537;ti. Uciderea celor doi dictatori a fost o montare militar&#259; &#537;i de poli&#539;ie a imperialismului &#537;i a noii puteri rom&#226;ne&#537;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toate acestea au fost manipulate de serviciile secrete occidentale, care aveau &#238;n m&#226;inile lor directori rom&#226;ni de rang &#238;nalt, inclusiv generalul Victor Atanasie St&#259;nculescu, ministrul ap&#259;r&#259;rii, care urma s&#259; fie una dintre puternicele personalit&#259;&#539;i, de&#539;in&#226;nd putere asupra armatei &#537;i particip&#226;nd a Frontului Salv&#259;rii Na&#539;ionale, care, cu consim&#539;&#259;m&#226;ntul Occidentului, ar face tranzi&#539;ia spre Rom&#226;nia. El a fost contactat de serviciul secret britanic &#537;i trebuia s&#259; emit&#259; un ordin armatei : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Unit&#259;&#539;ile militare din toat&#259; &#539;ara se retrag &#238;n cazarm&#259;, &#238;n ordine &#537;i calm, f&#259;r&#259; a fi contestate, dezarmate sau dispersate. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Este unul dintre organizatorii elimin&#259;rii cuplului Ceau&#537;escu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce modalitate mai bun&#259; de a vedea cum aceast&#259; nou&#259; putere va fi democratic&#259;, o emana&#539;ie real&#259; a poporului, dec&#226;t s&#259; urmeze toate &#238;n&#537;el&#259;toriile care au fost montate &#238;n acea vreme &#537;i s&#259; vad&#259; c&#226;t de mult aceste asamblaje ale serviciilor secrete occidentale nu avea nimic de-a face cu revolta popula&#539;iei &#238;mpotriva dictaturii, ceea ce era destul de real ca &#238;n celelalte &#034;&#539;&#259;ri de est&#034;, dar care nu era &#238;n slujba imperialismului occidental &#537;i nu inten&#539;iona s&#259; se supun&#259;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#536;i era cu at&#226;t mai adev&#259;rat c&#259; to&#539;i ace&#537;ti ani, imperialismul occidental, tab&#259;ra a&#537;a-numitei &#034;lumi libere&#034;, fuseser&#259; mai mult &#238;n acord cu dictatorii din Est &#537;i mai ales cu Ceau&#537;escu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To&#539;i marii &#537;efi de stat din lumea occidental&#259; au fost primi&#539;i &#238;n palatele Ceau&#537;escu, au putut s&#259; se bucure de recep&#539;ii regale, au putut s&#259; v&#226;neze ursul carpatic, iar acest urs nu era numit Ceau&#537;escu, ci un urs bine, pe toate patru &#537;i blan&#259; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To&#539;i ace&#537;ti &#537;efi de stat &#238;n vizit&#259; regal&#259; &#238;n Rom&#226;nia au fost fotografia&#539;i de o mie de ori cu cei doi dictatori, dovad&#259; a c&#226;t de mult &#034;lumea liber&#259;&#034; &#238;i pl&#259;cea dictaturile staliniste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bine&#238;n&#539;eles, a&#537;a-numita lume liber&#259;, adic&#259; imperialismul occidental, ar trebui s&#259; ne cread&#259; c&#259; a luptat &#238;ntotdeauna &#238;mpotriva stalinismului &#537;i a c&#259;utat s&#259;-&#537;i ac&#539;ioneze c&#259;derea prin sprijinirea mi&#537;c&#259;rilor popoarelor, dar acest lucru nu a fost niciodat&#259; adev&#259;rat. Se va aminti c&#259; deja &#238;n 1956, c&#226;nd poporul maghiar &#238;&#537;i conducea revolu&#539;ia &#238;mpotriva stalinismului, &#539;&#259;rile occidentale au &#238;ntrerupt, &#238;n mijlocul revoltei, &#034;radio-ul liber&#034; al Occidentului, pentru c&#259; a dat informa&#539;ii celor care au luptat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le grand tournant mondial au milieu des ann&#233;es 80</title>
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		<dc:date>2019-01-16T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;La fin de l'Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;
&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ann&#233;es 1988-89 ont &#233;t&#233; celles du tournant en URSS. Dix ans plus tard, la distance et les &#233;v&#233;nements survenus depuis ne font que confirmer que c'est &#224; ce moment que Gorbatchev a franchi le dernier pas permettant d'aller jusqu'au bout de la trahison stalinienne de la r&#233;volution d'octobre 1917 : la r&#233;int&#233;gration dans le giron imp&#233;rialiste de ce pays qui, jusque-l&#224;, malgr&#233; tous les reniements du stalinisme, &#233;tait rest&#233; un monde &#224; part, dont le syst&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;17- Chute de l'URSS et fin de la politique des blocs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fin de l'Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Les ann&#233;es 1988-89 ont &#233;t&#233; celles du tournant en URSS. Dix ans plus tard, la distance et les &#233;v&#233;nements survenus depuis ne font que confirmer que c'est &#224; ce moment que Gorbatchev a franchi le dernier pas permettant d'aller jusqu'au bout de la trahison stalinienne de la r&#233;volution d'octobre 1917 : la r&#233;int&#233;gration dans le giron imp&#233;rialiste de ce pays qui, jusque-l&#224;, malgr&#233; tous les reniements du stalinisme, &#233;tait rest&#233; un monde &#224; part, dont le syst&#232;me gardait encore certaines traces de la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui lui avait donn&#233; naissance. Depuis que Gorbatchev a ouvert la porte au r&#233;tablissement du capitalisme, l'int&#233;gration politique, sociale et &#233;conomique de la Russie au sein du monde imp&#233;rialiste est entr&#233;e dans les faits. Une int&#233;gration qui s'est pay&#233;e au prix de la d&#233;sint&#233;gration de l'union des r&#233;publiques sovi&#233;tiques, de la catastrophe &#233;conomique et de la paup&#233;risation brutale de la grande majorit&#233; de la population. Car c'est cela l'assimilation au syst&#232;me imp&#233;rialiste. La Russie et les r&#233;publiques de l'ex-Union sovi&#233;tique ob&#233;issent d&#233;sormais aux m&#234;mes r&#232;gles que les autres pays, aux m&#234;mes rapports de forces &#233;conomiques, subissant le m&#234;me type de crise et de d&#233;sastres sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, les &#233;v&#233;nements russes et leur analyse ont &#233;t&#233; d'une importance primordiale pour le courant r&#233;volutionnaire et l'ensemble du mouvement ouvrier. On peut m&#234;me dire que l'analyse que faisaient de l'URSS les diff&#233;rents courants r&#233;volutionnaires &#233;tait significative de leur orientation politique et de leurs perspectives sociales et historiques. La fin de l'URSS, quant &#224; elle, si elle r&#232;gle &#224; sa fa&#231;on la question de &#034;la nature de l'URSS&#034;, ne dispense aucunement les tendances r&#233;volutionnaires de se d&#233;finir par rapport &#224; la r&#233;volution d'octobre et ses suites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des courants politiques qui se r&#233;clament de la classe ouvri&#232;re se sont plus ou moins bien d&#233;brouill&#233;s pour escamoter l'analyse de la fin du stalinisme. Non seulement le courant ex-stalinien ou mao&#239;ste, mais m&#234;me les courants capitalistes d'Etat ou anarchistes. Les uns, parce que le mythe qu'ils se sont charg&#233;s de propager a fait naufrage : celui du socialisme dans un seul pays. Les autres parce qu'ils pr&#233;tendaient que la bureaucratie allait se maintenir au pouvoir, &#233;tant devenue une nouvelle classe dominante d&#233;tenant collectivement les moyens de production ; ou encore que la bureaucratie stalinienne voulait imposer son syst&#232;me bureaucratique au monde entier... La fin de l'URSS a rendu bien caduques les th&#233;ories affirmant la p&#233;rennit&#233; de la domination bureaucratique, ses pr&#233;tendues capacit&#233;s &#224; maintenir son syst&#232;me face au capitalisme et m&#234;me, pour certains, &#224; lui contester la domination sur le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tendances ont exist&#233; y compris au sein du mouvement trotskyste : ainsi la IVe Internationale voyait dans le stalinisme un mode de fonctionnement &#034;de transition&#034; et non plus transitoire (c'est-&#224;-dire instable et sans perspective historique selon l'analyse de Trotsky), et parlait comme Mandel d'une &#034;&#233;conomie de transition&#034; comme si ce qui se passait en Russie &#233;tait g&#233;n&#233;ralisable &#224; tous les pays dits &#034;socialistes&#034;. Cela refl&#233;tait le fait que bien des courants avaient eu du mal &#224; r&#233;sister aux &#034;succ&#232;s&#034; du stalinisme dans le monde, en mettant au compte du prol&#233;tariat et du socialisme bien des r&#233;gimes nationalistes color&#233;s en rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les d&#233;cennies d'h&#233;g&#233;monie stalinienne qui ont suivi la seconde guerre mondiale, en URSS et sur une bonne partie du mouvement ouvrier mondial, les apparences n'&#233;taient pas en faveur de l'analyse trotskyste : l'Etat bureaucratique semblait devoir survivre et m&#234;me se renforcer de plus en plus en dominant la moiti&#233; de l'Europe, alors que Trotsky avait affirm&#233; que le syst&#232;me bureaucratique &#233;tait par nature instable, &#034;une boule sur une pointe&#034;, ne se maintenant que par l'&#233;quilibre des forces de classes antagonistes, d'un c&#244;t&#233; la classe ouvri&#232;re, de l'autre la bourgeoisie imp&#233;rialiste, l'une des deux devant au bout du compte l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky avait &#233;t&#233; d'ailleurs le seul &#224; donner un contenu de classe au r&#244;le contradictoire de l'Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et de la bureaucratie, cette couche parasitaire qui s'&#233;tait substitu&#233;e &#224; la classe ouvri&#232;re dans l'exercice du pouvoir. Pour Trotsky, la nature totalitaire du syst&#232;me stalinien d&#233;coulait de ses fondements m&#234;mes : d'une usurpation du pouvoir prol&#233;tarien qui n&#233;cessitait une dictature f&#233;roce sur la classe ouvri&#232;re et l'ensemble de la population, et une dictature personnelle sur l'ensemble de la bureaucratie contrainte d'accepter ce &#034;tous pour un, un pour tous&#034; face &#224; un imp&#233;rialisme pouvant repartir en guerre &#224; tout moment contre cet Etat sovi&#233;tique dont elle vivait. Toutes les autres explications (anti-communistes bien s&#251;r, mais aussi &#034;capitalistes d'Etat&#034;, anarchisantes, puis plus tard post-staliniennes invoquant &#034;le culte de la personnalit&#233;&#034; se sont content&#233;es d'expliquer le totalitarisme stalinien... par son totalitarisme, et l'Etat bureaucratique... par le bureaucratisme d'Etat. Difficile, dans ces conditions, de comprendre comment, m&#234;me au bout de 70 ans, des potentats de l'appareil bureaucratique stalinien tels Gorbatchev et Eltsine aient pu, en brandissant le drapeau de la d&#233;mocratie, se servir de ce m&#234;me appareil d'Etat comme d'un levier pour pleinement renouer avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintien de la dictature bureaucratique durant des d&#233;cennies n'est nullement le produit de la volont&#233; de la bureaucratie de combattre le capitalisme ni de d&#233;fendre un type de soci&#233;t&#233; collectiviste, m&#234;me de mani&#232;re dictatoriale. La bureaucratie n'a jamais repr&#233;sent&#233; une garantie du caract&#232;re prol&#233;tarien de l'Etat ouvrier. Cette couche tampon entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, m&#234;me s'il lui a fallu tout un temps se pr&#233;server du retour de la bourgeoisie en Russie, ne s'est jamais tenue &#224; &#233;gale distance entre ces deux classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son apparition, Trotsky la voyait bien plus proche de la bourgeoisie, mais contrainte par les circonstances de d&#233;fendre un statu quo r&#233;sultant d'une double d&#233;faite : celle de l'offensive militaire imp&#233;rialiste en Russie sovi&#233;tique et celle de la r&#233;volution prol&#233;tarienne dans le reste de l'Europe. L'Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#233;tait le r&#233;sultat de la r&#233;volution inachev&#233;e (ayant &#233;chou&#233; &#224; s'&#233;tendre hors de Russie) et de la contre-r&#233;volution inachev&#233;e, puisque l'imp&#233;rialisme, donc la bourgeoisie, n'avait pu reprendre pied en Russie. Le produit improbable d'un double inach&#232;vement. Une situation transitoire s'il en est, qui a dur&#233; pourtant, &#224; la faveur d'une part de la crise du capitalisme et des rivalit&#233;s imp&#233;rialistes aboutissant &#224; la seconde guerre mondiale, et d'autre part des d&#233;faites successives du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la seconde guerre mondiale, les contradictions inter-imp&#233;rialistes ont pris momentan&#233;ment le pas sur l'opposition d'int&#233;r&#234;t avec la bureaucratie sovi&#233;tique. Les dirigeants de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et britannique ont m&#234;me su s'appuyer sur l'URSS &#224; la fin de la guerre, et se partager l'Europe avec elle, pour faire face aux dangers d'explosion r&#233;volutionnaire et &#233;radiquer le risque prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, en faisant le choix de la politique du &#034;containment&#034;, les USA ont repouss&#233; les avances que pouvaient lui faire la bureaucratie stalinienne, et se sont &#224; nouveau efforc&#233;s d'isoler l'URSS. Mais ils n'ont &#224; l'&#233;poque pas &#233;t&#233; en mesure de reprendre &#224; l'URSS les concessions qu'ils avaient d&#251; lui faire en Europe centrale. Et les r&#233;volutions coloniales qui secouaient le monde imp&#233;rialiste ont permis &#224; la bureaucratie de s'asseoir &#224; nouveau &#224; la table des &#034;grands&#034; en marchandant avec l'imp&#233;rialisme ses soutiens, fort limit&#233;s, aux mouvements nationalistes. Mais l'isolement forc&#233; de l'URSS, et du m&#234;me coup sa survie en tant que syst&#232;me, est alors essentiellement un choix de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie devait aussi compter avec les r&#233;actions &#233;ventuelles de la classe ouvri&#232;re. Apr&#232;s la guerre, la force de la classe ouvri&#232;re des pays du glacis sovi&#233;tique s'est manifest&#233;e &#224; plusieurs reprises, en Allemagne de l'Est en 1953, puis en Pologne et au cours de la r&#233;volution hongroise de 1956, &#224; la suite de la mort de Staline et des quelques mesures de lib&#233;ralisation de Krouchtchev. La bureaucratie, craignant sans doute encore trop la classe ouvri&#232;re sovi&#233;tique, fera vite retomber la chape de plomb de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination de la bureaucratie n'&#233;tait pas viable sur le long terme, ni &#233;conomiquement, ni socialement, ni politiquement. Elle aurait suppos&#233; la possibilit&#233; de d&#233;veloppement d'une grande puissance, parall&#232;lement &#224; l'imp&#233;rialisme et en dehors de ses circuits, une esp&#232;ce de d&#233;veloppement &#233;conomique forc&#233; en vase clos. Ce &#034;socialisme&#034; &#233;tatique, cens&#233; concurrencer pacifiquement le d&#233;veloppement capitaliste en &#233;vitant la guerre mondiale et... la r&#233;volution, c'&#233;tait le mythe stalinien du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites du syst&#232;me, Trotsky les avait analys&#233;es d&#232;s 1936 dans son livre &#034;La r&#233;volution trahie&#034; : un tel d&#233;veloppement &#224; marche forc&#233;e, en somme une militarisation de l'&#233;conomie, pouvait marquer des succ&#232;s tant qu'il s'agissait de constituer les bases industrielles &#233;l&#233;mentaires d'un vaste pays sous-d&#233;velopp&#233; comme la Russie, mais devait butter sur les crises de fonctionnement et la stagnation voire le recul &#233;conomique, d&#232;s qu'il s'agirait d'une production n&#233;cessitant un haut niveau de d&#233;veloppement technique et social. Le &#034;socialisme dans un seul pays&#034; n'est pas sup&#233;rieur au capitalisme. Il n'a m&#234;me pas la capacit&#233; d'atteindre le niveau d'un v&#233;ritable &#034;capitalisme d'Etat&#034;, comme aurait dit L&#233;nine. La planification sous l'&#233;gide de la bureaucratie, qui plus est dans un pays sous-d&#233;velopp&#233;, avait d&#233;j&#224; montr&#233; ses limites du temps de Trotsky : l'incapacit&#233; du syst&#232;me bureaucratique &#224; ajuster la production aux besoins de la population (se traduisant par les d&#233;fauts de production, les surplus et les p&#233;nuries... et les queues).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, la planification bureaucratique put, certes avec bien des &#224;-coups, assurer la reconstruction industrielle de base &#224; la suite des d&#233;vastations de la guerre, dans la m&#234;me mesure que l'Europe capitaliste proc&#233;dait elle-m&#234;me &#224; sa reconstruction &#233;conomique, &#224; grand renfort d'&#233;tatisme elle aussi, mais sous l'&#233;gide &#233;conomique de la locomotive am&#233;ricaine. Par bien des aspects, la croissance &#233;conomique de l'URSS des ann&#233;es cinquante et soixante a suivi celle du monde capitaliste de l'apr&#232;s-guerre. Et, ce n'est un paradoxe qu'en apparence, c'est surtout au moment o&#249; l'URSS atteignait &#224; nouveau un certain degr&#233; de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique, au d&#233;but des ann&#233;es 70, que la planification bureaucratique manifestait les m&#234;mes limites d&#233;crites par Trotsky dans les ann&#233;es trente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau de vie des Russes qui avait consid&#233;rablement augment&#233; a commenc&#233; &#224; stagner puis d&#233;cliner &#224; partir de 1975 comme le montrent les statistiques de la dur&#233;e de vie qui reculent apr&#232;s avoir longtemps augment&#233;. Quant &#224; la possibilit&#233; de se maintenir face &#224; l'imp&#233;rialisme, elle &#233;tait largement tributaire de la capacit&#233; de l'Union Sovi&#233;tique de produire des armes sophistiqu&#233;es &#224; un rythme &#233;quivalent &#224; celui des puissances occidentales. Une fuite en avant, si tant est que le syst&#232;me militaro-industriel sovi&#233;tique ait eu les moyens technologiques de gagner cette course aux armements, que l'URSS n'aurait pu durablement assumer qu'au prix d'une r&#233;duction catastrophique du niveau de vie de toute la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce c&#244;t&#233;-l&#224;, toute perspective &#233;tait bouch&#233;e. Encore une fois, la bureaucratie n'&#233;tait qu'une couche parasitaire incapable de d&#233;velopper un nouveau mode de production susceptible de supplanter le capitalisme ou d'ouvrir une nouvelle phase historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque Brejnev, si elle a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e comme une &#233;poque d'immobilisme politique, a &#233;t&#233; une &#233;poque de changements sociaux consid&#233;rables par le d&#233;veloppement de l'enrichissement et de l'accumulation priv&#233;s. Les aspirations au profit individuel s'y sont donn&#233;es libre cours, sans que les bureaucrates trop gourmands ou pas assez prudents risquent la balle dans la nuque ou soient envoy&#233;s au goulag. Dans les ann&#233;es trente, comme disait Trotsky, le maintien de la propri&#233;t&#233; &#233;tatique des moyens de production &#233;tait une question de vie ou de mort pour la bureaucratie. D'o&#249; ses m&#233;thodes totalitaires. C'&#233;tait sans doute encore vrai, par bien des aspects, dans le contexte de la reconstruction d'apr&#232;s guerre, et de l'isolement de l'URSS de la p&#233;riode de guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces pr&#233;rogatives &#233;tatiques que l'on a commenc&#233; &#224; remettre en cause pendant la p&#233;riode Brejnev, sans le dire officiellement : ce laisser aller, cet essor de l'&#233;conomie de l'ombre, &#233;tait d&#233;j&#224; une mani&#232;re de r&#233;forme bourgeoise. L'on a commenc&#233; &#224; assister &#224; une sorte de d&#233;mant&#232;lement progressif et silencieux de la planification et de la centralisation &#233;tatique de l'&#233;conomie. La constitution de v&#233;ritables fiefs priv&#233;s, de mafias truffant l'appareil d'Etat, de fortunes de petits et moyens bourgeois et de bureaucrates reconvertis dans le commerce date de cette &#233;poque. Tous ceux qui travaillaient dans des secteurs touchant au commerce avec l'&#233;tranger ont accumul&#233; des devises et fait fortune. Mais ce d&#233;veloppement bourgeois s'est fait dans une soci&#233;t&#233; qui restait officiellement celle de la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, la langue de bois stalinienne devenant de plus en plus d&#233;tach&#233;e de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique v&#233;cue par la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gosplan ? Il servait &#224; couvrir le d&#233;sordre et la pr&#233;varication. L'&#233;conomie &#233;tatis&#233;e ? C'&#233;tait le r&#232;gne des clans bureaucratiques s'enrichissant personnellement, devenant les d&#233;tenteurs de richesses priv&#233;es. Le sentiment g&#233;n&#233;ral, c'&#233;tait que le syst&#232;me avait les inconv&#233;nients de la soci&#233;t&#233; bourgeoise avec le profit individuel pour r&#232;gle, sans en avoir les avantages : libert&#233; de mouvement, de discussion, d'&#233;change et acc&#232;s aux produits de bonne qualit&#233;. C'est cet &#233;tat d'esprit &#233;videmment empreint d'illusions sur les vertus capitalistes de l'Occident, personne ne songeant &#224; prendre pour mod&#232;le l'&#233;conomie bourgeoise des pays pauvres, qui a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper et permis &#224; la bureaucratie de sentir que le retour au capitalisme pourrait recueillir l'assentiment g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aspiration avait toujours &#233;t&#233; celle de la bureaucratie et elle commen&#231;ait &#224; la mettre en pratique, mais il devenait indispensable de lui donner un caract&#232;re l&#233;gal et une l&#233;gitimation institutionnelle. Tout ce qui pouvait &#234;tre fait comme enrichissement priv&#233; sans transformer les bases officielles du r&#233;gime, les ann&#233;es Brejnev l'avaient fait. On ne pouvait aller plus loin, ouvrir les vannes &#224; la formation d'une v&#233;ritable bourgeoisie, sans franchir un cap : sans l&#233;galisation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sans officialiser la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Gorbatchev qui l'a fait avec l'appui, pour commencer, de l'ensemble des hautes sph&#232;res de la bureaucratie. C'&#233;tait &#224; la fois un saut qualitatif et, sur bien des points, une affaire entendue. C'&#233;tait jeter le masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait Trotsky, la bureaucratie aspire avant tout &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production sans laquelle tout enrichissement a ses limites, ne permet pas de multiplier la mise. Sans l'institution de l'h&#233;ritage, biens, usines, capitaux et titres perdent la moiti&#233; de leur valeur, disait-il. Or c'&#233;tait le pouvoir politique qui d&#233;tenait la clef de cette caverne d'Ali Baba. Qui du moins pouvait retirer le verrou emp&#234;chant le retour &#034;naturel&#034; &#224; l'&#233;conomie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Gorbatchev, on a donc eu une contre-r&#233;volution par en haut, non seulement sans affrontement mais avec l'assentiment g&#233;n&#233;ral des couches dirigeantes. Ce n'est pas un mouvement de la population, ni des couches petites-bourgeoises, ni m&#234;me de la base de la bureaucratie, qui a enterr&#233; le syst&#232;me stalinien. Au contraire, ce sont les sommets de la bureaucratie qui l'ont programm&#233;e et organis&#233;e de A &#224; Z. Ce sont les hauts apparatchiks du r&#233;gime qui ont sign&#233; la mort du stalinisme comme syst&#232;me de domination politique, en commen&#231;ant par d&#233;clarer publiquement qu'ils reniaient l'h&#233;ritage d'octobre 1917 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui pouvait s'opposer &#224; la r&#233;introduction du capitalisme ? Les sommets de la bureaucratie ? Ils en &#233;taient les artisans. Loin d'&#234;tre contest&#233; ou menac&#233;, Gorbatchev d&#233;tenait le contr&#244;le de tous les rouages d&#233;cisifs de l'appareil d'Etat quand il a d&#233;cid&#233; de s'attaquer &#224; l'ancien mode de domination politique et au syst&#232;me du parti unique. Il l'a fait parce que c'&#233;tait le passage politique oblig&#233; de la contre-r&#233;volution sociale. Mais ce n'&#233;tait pas un homme seul. M&#234;me s'il a fait semblant d'&#233;couter la base, ce ne sont pas les bureaucrates de base qui l'ont d'abord appuy&#233;, mais les sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'appareil &#233;conomique ? Ce sont eux qui allaient en &#234;tre les principaux b&#233;n&#233;ficiaires, bien plac&#233;s pour devenir les nouveaux propri&#233;taires des anciens biens de l'Etat, vu qu'ils ne craignaient pas dans cette restauration de voir revenir des anciens propri&#233;taires inexistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base de la bureaucratie et la petite bourgeoisie ? Le credo de ces couches l&#233;g&#232;rement favoris&#233;es &#233;tait justement la r&#233;ussite et le profit individuel qui n&#233;cessite l'ouverture du march&#233; et l'ouverture politique du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re ? Oui, si elle avait profit&#233; des mesures de lib&#233;ralisation politique bourgeoises de Gorbatchev pour s'affirmer en tant que force politique propre et imposer un programme prol&#233;tarien de mesures d&#233;mocratiques et &#233;conomiques. Ce qui n'a pas &#233;t&#233; le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, la classe ouvri&#232;re sovi&#233;tique a &#233;t&#233; la premi&#232;re victime du syst&#232;me stalinien : interdite de tout mode d'expression autonome, violemment r&#233;prim&#233;e dans tous ses mouvements sociaux, elle n'avait pas le moindre droit politique. Ce qui ne l'emp&#234;chait pas de r&#233;agir, mais le plus souvent silencieusement, par la r&#233;sistance passive, l'absent&#233;isme, la baisse de la productivit&#233; et autres formes de protestations individuelles larv&#233;es. Quant au symbole du pouvoir ouvrier, il y a belle lurette qu'il s'&#233;tait discr&#233;dit&#233; &#224; ses yeux. En tout cas, le fait est que Gorbatchev et ses pareils ont enclench&#233; le processus de la restauration bourgeoise par le biais de l'ouverture politique et du multipartisme sans craindre les r&#233;actions ouvri&#232;res. Au bout de soixante ans de stalinisme, les travailleurs n'ont apparemment rien trouv&#233; &#224; d&#233;fendre dans le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, la classe ouvri&#232;re sovi&#233;tique n'a malheureusement pas profit&#233; de la perestro&#239;ka pour s'organiser et constituer une force politique face &#224; toutes les autres forces bourgeoises et petites-bourgeoises qui se sont pr&#233;cipit&#233;es sur l'&#233;chiquier politique.&lt;br /&gt;
C'aurait &#233;t&#233; pourtant la seule force sociale et politique susceptible d'imprimer un cours totalement diff&#233;rent aux &#233;v&#233;nements, avec sans doute des r&#233;percussions subversives en occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme, quant &#224; lui, avait d&#233;j&#224; donn&#233; son feu vert &#224; la r&#233;conciliation et obtenu des gages des dirigeants russes. Et l'un des gages les plus marquants a &#233;t&#233; le l&#226;chage des pays de l'est en 1989. Son soutien ne s'est jamais d&#233;menti depuis, malgr&#233; les p&#233;rip&#233;ties politiques de l'ex-Union sovi&#233;tique. Il n'est plus question pour lui de profiter d'une guerre comme celle d'Afghanistan pour pousser les dirigeants russes dans leurs retranchements. Au contraire, dans des conflits comme celui de Tch&#233;tch&#233;nie, le gouvernement russe est d&#233;sormais assur&#233; du soutien imp&#233;rialiste. Et on constate depuis dix ans que les dirigeants am&#233;ricains n'ont jamais dout&#233; du choix de la bureaucratie ni r&#233;ellement craint un retour en arri&#232;re. C'est ainsi, entre autres, qu'ils ont soutenu Gorbatchev tant qu'il &#233;tait fermement en selle, sans craindre pour autant que son adversaire Eltsine leur soit moins favorable, en attendant d'accorder de la m&#234;me fa&#231;on leur appui au successeur d'Eltsine, serait-il m&#234;me un &#034;communiste&#034; comme Primakov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle constitution de mars 1990 a institutionnalis&#233; la restauration bourgeoise en lui donnant un cadre et un fondement politique et juridique. La traduction dans la vie sociale et &#233;conomique a suivi de pr&#232;s avec la premi&#232;re vague des privatisations et l'autorisation de traiter directement avec l'&#233;tranger, c'est-&#224;-dire le d&#233;mant&#232;lement du monopole du commerce ext&#233;rieur. Au point que la bourgeoisie imp&#233;rialiste estime parfois (apr&#232;s coup !) que le rythme des r&#233;formes a finalement &#233;t&#233; un peu forc&#233; et du coup cahotant, histoire du moins de justifier le peu d'empressement des investissements occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens occidentaux font &#233;galement preuve de la plus parfaite hypocrisie en d&#233;plorant le ph&#233;nom&#232;ne mafieux qui accompagne le processus de privatisations. Les mafias ? Mais c'est la caract&#233;ristique m&#234;me de l'accumulation primitive bourgeoise (et pas seulement primitive d'ailleurs, m&#234;me si on parle alors de r&#233;seaux d'influence et d'initi&#233;s...) ! Et quoi d'&#233;tonnant &#224; ce que le processus mafieux gangr&#232;ne l'appareil d'Etat lui-m&#234;me, en commen&#231;ant par la t&#234;te, puisque c'est l'Etat lui-m&#234;me qui distribue &#224; droite et &#224; gauche l'essentiel de son pouvoir &#233;conomique. Puisque ce sont les dirigeants politiques qui vont d&#233;sormais chercher leurs ordres et leurs orientations du c&#244;t&#233; des nouveaux groupes &#233;conomiques et financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes dirigeants sont &#233;galement devenus les d&#233;fenseurs d'int&#233;r&#234;ts locaux. Et les provinces en ont fait de m&#234;me, chacune voulant jouer directement de la vente de ses propres produits, de ses entreprises, de ses propres liens directs avec l'imp&#233;rialisme. L'explosion de l'URSS en 1991 a &#233;t&#233; le produit direct du passage au capitalisme (m&#234;me si cela a pu se d&#233;rouler sur la base des questions nationales que le r&#233;gime stalinien avait &#233;t&#233; bien incapable de r&#233;gler). Et si bien des hommes politiques ont fait mine de regretter cette dislocation, particuli&#232;rement Eltsine qui s'en est servi pour renverser Gorbatchev, le pouvoir n'a jamais envisag&#233; de l'emp&#234;cher s&#233;rieusement (en d&#233;pit des quelques d&#233;monstrations militaires contre les Etats baltes) tant elle &#233;tait une partie du processus de retour au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quinze Etats ind&#233;pendants qui en sont sortis ont chacun non seulement leur appareil d'Etat, leur monnaie, leur drapeau et hymne national mais aussi leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques r&#233;gionaux, leurs productions locales &#224; vendre, leurs relations particuli&#232;res avec leurs voisins. M&#234;me quand ces relations se tournent prioritairement vers la Russie, ce n'est plus pour des raisons &#233;tatiques mais &#233;conomiques. En d'autres termes l'on a d&#233;sormais affaire &#224; quinze Etats bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;clatement de l'URSS est pour une grande part le r&#233;sultat du grand d&#233;pe&#231;age de l'Etat qui m&#232;ne &#224; la constitution d'une nouvelle bourgeoisie. Bien entendu, ce d&#233;pe&#231;age m&#232;ne aussi &#224; la destruction de l'ancien appareil &#233;conomique qui &#233;clate au profit d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, ceux des potentats les mieux plac&#233;s, des trusts, des banques, des groupes industriels, locaux, r&#233;gionaux, ou nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique en Russie n'est autre que la manifestation bien concr&#232;te du retour au capitalisme. Car le retour au capitalisme, cela ne signifie certes pas qu'il y ait une place au soleil pour un nouvel imp&#233;rialisme ! Aux pays imp&#233;rialistes les plus riches, la vitrine occidentale, aux autres la clochardisation de l'&#233;conomie. Le crit&#232;re de la concurrence bourgeoise (et imp&#233;rialiste) a fait son oeuvre. Pes&#233;es &#224; cette aune, bien des usines se sont r&#233;v&#233;l&#233;es non rentables. Du coup, la premi&#232;re victime de l'&#233;conomie dite de march&#233; a &#233;t&#233; l'industrie avec une mont&#233;e en fl&#232;che du ch&#244;mage. Le chiffre du ch&#244;mage, en hausse continuelle, peut &#234;tre choisi comme indice de... r&#233;ussite de l'introduction des lois du march&#233; capitaliste dans les pays de l'ex-Union Sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re paie tr&#232;s durement la cr&#233;ation d'une bourgeoisie et son accumulation primitive. D'autant plus durement que la finance imp&#233;rialiste internationale se sert elle aussi directement et largement, en participant au pillage du pays et au d&#233;pe&#231;age de l'ex-Etat sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union sovi&#233;tique, dans sa phase d'industrialisation et d'exode rural &#224; marche forc&#233;e, avait &#233;chapp&#233; &#224; la crise des ann&#233;es trente. Depuis la derni&#232;re guerre mondiale, l'URSS a suivi peu ou prou, avec plus ou moins de d&#233;calage, les al&#233;as de la conjoncture &#233;conomique mondiale, affichant de forts taux de croissance pendant les deux d&#233;cennies de reconstruction d'apr&#232;s-guerre, et entrant dans une p&#233;riode de stagnation pratiquement en m&#234;me temps que le reste du monde capitaliste. Au cours des ann&#233;es 1980, au m&#234;me titre, par exemple, que les grands pays d'Am&#233;rique latine relativement industrialis&#233;s mais &#244; combien vuln&#233;rables, l'URSS a elle aussi accus&#233; la r&#233;cession mondiale que les imp&#233;rialismes les plus riches ont fait &#233;ponger par les pays moins riches et les plus pauvres, ne serait-ce que par le biais de la chute des cours du p&#233;trole et des mati&#232;res premi&#232;res. En 1998, la Russie d&#233;sormais ouverte &#224; tous les vents de la sp&#233;culation capitaliste, a &#233;t&#233; touch&#233;e de plein fouet par les derni&#232;res tourmentes financi&#232;res, au point de contribuer &#224; faire rebondir la crise asiatique, et de l'&#233;largir &#224; d'autres pays dits &#233;mergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme de la derni&#232;re crise russe est la plus parfaite d&#233;monstration non des particularit&#233;s russes (ou ex-sovi&#233;tiques) mais d'un fonctionnement tout ce qu'il y a de plus classique en r&#233;gime capitaliste. La baisse des cours mondiaux du p&#233;trole et du gaz a &#233;t&#233; un &#233;l&#233;ment essentiel de l'appauvrissement en devises de la Russie, vu qu'une tr&#232;s faible part du reste de l'&#233;conomie lui en rapporte. La &#034;th&#233;rapie de choc&#034; de l'ann&#233;e 1992 avec la brutale lib&#233;ration des prix a fait plonger le pays dans l'inflation galopante. Le FMI est intervenu, avec autant de pouvoir sur la politique &#233;conomique qu'il en a dans les pays du tiers monde. Il a impos&#233; la &#034;rigueur&#034; mon&#233;taire et des coupes dramatiques dans le budget de l'Etat, avec comme r&#233;sultat le non-paiement des salaires, des retraites et la mise &#224; l'abandon des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement de l'Etat s'est alors traduit par le d&#233;veloppement des emprunts d'Etat, notamment de ces GKO, les bons sur la dette de l'Etat dont le taux &#233;tait de plus en plus &#233;lev&#233; pour attirer les pr&#234;teurs. Le retrait de ces capitaux internationaux a &#233;t&#233; brutal et a entra&#238;n&#233; l'effondrement de la bourse russe en mars 1998. Ne pouvant plus emprunter pour rembourser, l'Etat a d&#251; se d&#233;clarer en faillite et faire appel &#224; l'aide du FMI. Un grand nombre de banques et d'organismes financiers russes ont fait faillite, ce qui ne veut pas dire que leurs propri&#233;taires soient tous dans la mis&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re signifie encore plus de sacrifices pour la grande majorit&#233; de la population, et m&#234;me la petite bourgeoisie en a fait cette fois les frais. Les salari&#233;s, eux, se demandent comment survivre, touchant rarement un maigre salaire. La mis&#232;re s'est accrue au point qu'en septembre 1998 on recensait officiellement 44 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvret&#233; dans la seule Russie, soit deux fois plus que l'ann&#233;e pass&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re russe subit de plein fouet les cons&#233;quences de l'effondrement &#233;conomique. Des mouvements de protestation comme le dernier mouvement des mineurs ont parfois &#233;t&#233; impressionnants, longs et d&#233;termin&#233;s. Ils ont aussi contraint plusieurs fois le pouvoir &#224; des reculs. Cependant, comme dans la plupart des pays frapp&#233;s par la crise et par les plans de privatisation et de licenciements dans le monde, on est loin d'une r&#233;action &#224; la hauteur de l'attaque. L&#224; comme ailleurs, il faudra &#224; la classe ouvri&#232;re non seulement se battre contre la bourgeoisie (qui place ses avoirs en dollars dans les banques occidentales), le gouvernement, les politiciens ouvertement ses ennemis et les faux amis &#034;de gauche&#034;, ici l'ancien parti communiste, mais aussi se battre pour diriger elle-m&#234;me ses luttes sans se mettre sous la direction des appareils syndicaux, anciens ou nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie comme ailleurs, ce qui est n&#233;cessaire ce sont des combats o&#249; la classe ouvri&#232;re devra d&#233;fendre clairement ses int&#233;r&#234;ts de classe sans se laisser tromper par le discours de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts nationaux, tant celui des nouveaux Etats que celui des nostalgiques de la Grande Russie, quand ce n'est pas par la d&#233;magogie x&#233;nophobe, raciste et antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, le drame de l'ex-URSS, est que la chute du r&#233;gime stalinien, 70 ans apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre, s'est faite quasiment sans rel&#232;ve militante sur la base des id&#233;es communistes r&#233;volutionnaires, sans qu'ait &#233;merg&#233; un courant ouvrier r&#233;volutionnaire organis&#233;. Dans la lutte de classe engag&#233;e par la nouvelle bourgeoisie russe contre la population laborieuse, un parti r&#233;volutionnaire fait gravement d&#233;faut. Mais il peut aussi &#233;merger de cette lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En son temps, Trotsky consid&#233;rait l'existence et le maintien de l'Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; comme la traduction d'une pause momentan&#233;e dans l'affrontement entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. La fin du syst&#232;me stalinien n'est nullement la fin de la lutte des classes et des r&#233;volutions prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combats du prol&#233;tariat n'ont pas cess&#233; ces derni&#232;res d&#233;cennies, du Liban &#224; l'Indon&#233;sie, de la Pologne &#224; l'Afrique du sud et de l'Iran &#224; l'Alg&#233;rie. Les occasions r&#233;volutionnaires (et donc contre-r&#233;volutionnaires) n'ont pas manqu&#233; non plus. Mais toutes ont &#233;t&#233; manqu&#233;es par les travailleurs faute de partis et de perspectives r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconstruire une internationale communiste est plus que jamais la t&#226;che des r&#233;volutionnaires. M&#234;me si aujourd'hui la t&#226;che peut sembler bien au-dessus des forces actuelles des petits groupes, le plus probable est que la p&#233;riode qui vient sera celle de la reconstitution des liens internationaux entre r&#233;volutionnaires. Les soubresauts de l'&#233;conomie mondiale ne font que souligner cette n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fin de l'URSS lib&#232;re... les bourgeoisies de l'Est&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie vers le march&#233; capitaliste &#233;tait ouverte d&#232;s lors que la bureaucratie russe a rel&#226;ch&#233; son &#233;treinte pour se vendre elle-m&#234;me &#224; l'Ouest. La politique de Gorbatchev avait &#224; peine donn&#233; son feu vert pour cette orientation que tous les pays de l'Est bascul&#232;rent sans r&#233;sistance s&#233;rieuse, &#224; l'initiative de la petite bourgeoisie et d'une fraction des dirigeants. La chute du mur de Berlin a symbolis&#233; cet effondrement rapide, facile, apparemment tr&#232;s &#233;tonnant pour qui avait v&#233;cu l'&#233;poque des blocs ou le blocus de Berlin, qui semblait gros de menaces de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image que le passage des pays de l'Est au march&#233; imp&#233;rialiste a donn&#233;e au monde n'en a pas moins &#233;t&#233; celle d'une lib&#233;ration. Celle de la chute du mur de Berlin ou celle de l'effondrement de la dictature de Ceaucescu sur la Roumanie restent sous la forme de vastes manifestations de joie populaire. Mais si ces sentiments des populations &#233;taient bien r&#233;els, le renversement de ces r&#233;gimes par la volont&#233; du peuple r&#233;volt&#233; en 1989, lui, est une mise en sc&#232;ne qui vaut bien le mensonge du choix des peuples de tomber sous la coupe stalinienne en 1944. Les d&#233;cisions se sont prises ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en 1988, le ministre des finances polonais se plaignait que le FMI ait exig&#233; une r&#233;duction de 10 % du niveau de vie des travailleurs polonais alors que ceux-ci avaient d&#233;j&#224; subi une baisse de 13 % dans les dix ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouveaux rapports de force mondiaux apr&#232;s la chute de l'URSS&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Loin de produire une pacification du monde, la fin de la guerre froide semble donner libre cours &#224; de nombreux conflits, multiples guerres civiles, guerres locales entre puissances de niveau secondaire ou encore guerres impliquant les puissances imp&#233;rialistes. En fait, les relations URSS/USA depuis 1943, loin d'&#234;tre une cause de d&#233;stabilisation du monde, ont &#233;t&#233; le moyen utilis&#233; par l'imp&#233;rialisme pour le stabiliser. Si l'URSS &#233;tait bel et bien un Etat fond&#233; sur la tentative de renversement de l'ordre imp&#233;rialiste, elle a cess&#233; de l'&#234;tre d&#232;s le d&#233;but du stalinisme. A la fin de la guerre mondiale, il y avait belle lurette que le face &#224; face avait cess&#233; d'&#234;tre une opposition entre deux syst&#232;mes. Cela fait bien longtemps que la bureaucratie avait montr&#233; qu'elle &#233;tait dans le camp contre-r&#233;volutionnaire. Quant &#224; la th&#232;se de l'expansionnisme russe, elle oublie seulement que c'est l'imp&#233;rialisme qui avait besoin de la Russie pour l'aider &#224; gendarmer le monde &#224; l'apr&#232;s-guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est m&#234;me sous la pression insistante de l'imp&#233;rialisme que l'URSS a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'alliance entre bureaucratie russe et Etats Unis de 1943-47, puis la &#171; guerre froide &#187; ont &#233;t&#233; les instruments principaux de cette stabilisation (d'abord face aux risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre puis &#224; ceux de la r&#233;volution coloniale). &lt;br /&gt;
Conjointement, imp&#233;rialisme et bureaucratie ont d&#233;cid&#233; en 1988-89 de mettre fin &#224; la fois &#224; l'existence d'un Etat qui avait pour origine la r&#233;volution prol&#233;tarienne et &#224; la politique qui se servait de cette situation pour bipolariser le monde. Cette bipolarisation avait bien des utilit&#233;s. Elle imposait &#224; la classe ouvri&#232;re et au mouvement syndical d'&#234;tre pro-stalinien ou pro-capitaliste. Elle imposait aux luttes coloniales et aux dirigeants de celles-ci de choisir eux aussi un camp, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de les canaliser. La guerre froide, ce n'&#233;tait pas la guerre car ni l'URSS ni les USA n'y ont jamais vu leur int&#233;r&#234;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les fois o&#249; cette guerre a failli &#233;clater entre les USA et l'URSS, ce n'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et finalement, malgr&#233; les cris que les USA poussaient contre le &#171; camp communiste &#187;, ce dernier n'&#233;tait pas un danger pour la domination capitaliste. Les vrais dangers, ceux que l'imp&#233;rialisme voulait r&#233;ellement &#171; endiguer &#187;, venaient des classes ouvri&#232;res et des soul&#232;vements des peuples qui pouvaient s'&#233;tendre et devenir incontr&#244;lables, y compris par les dirigeants nationalistes. La &#171; guerre froide &#187; avait au contraire l'avantage de limiter politiquement les risques et de les maintenir dans un cadre stable, fix&#233; d'avance par l'imp&#233;rialisme. Pas plus que les partis communistes n'aidaient les classes ouvri&#232;res &#224; combattre le capitalisme, l'URSS n'aidait les peuples &#224; combattre l'imp&#233;rialisme. Et le fait d'&#234;tre assimil&#233; &#224; l'URSS n'aidait pas les mouvements nationaux des peuples opprim&#233;s &#224; s'&#233;tendre. &lt;br /&gt;
La chute de l'URSS comme Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; (pas seulement son explosion en plusieurs Etats) est le produit &#224; la fois de la maturation sociale (bourgeoise) dans ce pays et de l'&#233;volution de la politique de l'imp&#233;rialisme. La classe bourgeoise, qui a &#233;t&#233; reconstitu&#233;e sous Brejnev (en mettant l'Etat et le pays en coupe r&#233;gl&#233;e et en faisant d&#233;j&#224; reculer consid&#233;rablement le niveau de vie de la population), a &#233;t&#233; l&#233;galis&#233;e sous Gorbatchev. Dans un m&#234;me mouvement, le feu vert a &#233;t&#233; donn&#233; par l'imp&#233;rialisme pour changer de politique mondiale. L'URSS a marqu&#233; son approbation en l&#226;chant les pays de l'est qui se sont imm&#233;diatement jet&#233;s dans les bras de l'imp&#233;rialisme, tant la seule chose qui les retenait au glacis sovi&#233;tique &#233;tait le maintien par la force des deux grands de la politique des blocs et non une nature oppos&#233;e au syst&#232;me capitaliste. &lt;br /&gt;
L'imp&#233;rialisme avait ses propres raisons d'en finir avec l'ancien syst&#232;me. L' &#171; endiguement &#187; (encerclement du bloc pro-russe) avait ses propres co&#251;ts, non seulement en termes de courses aux armements et aux d&#233;penses (comme l'avait montr&#233; la crise de 1970 du dollar li&#233;e &#224; des d&#233;penses prohibitives dans la guerre du Vietnam). Elle avait un autre co&#251;t bien plus important : les pays qui commen&#231;aient &#224; devenir des poudri&#232;res pr&#234;tes &#224; exploser &#233;taient ceux que les USA n'avaient cess&#233; de soutenir et l'imp&#233;rialisme y &#233;tait en difficult&#233; pour faire pression sur les gouvernants locaux. &lt;br /&gt;
En effet, la politique des blocs avait contraint l'imp&#233;rialisme &#224; choisir d'appuyer un certain nombre de pays dans la politique de face &#224; face avec l'URSS et son bloc : Iran, Japon, Turquie, Afrique du sud, Isra&#235;l, Am&#233;rique latine. Or l'exemple de l'Iran en 1979 avait montr&#233; que l'un de ces piliers surarm&#233; pouvait tr&#232;s bien c&#233;der devant un soul&#232;vement populaire et devenir une puissance d&#233;rangeante. La politique des blocs contraignait les USA &#224; soutenir la politique des dirigeants des pays piliers du bloc am&#233;ricain &#224; un point qui pouvait &#234;tre dangereux. Son abandon a permis de d&#233;samorcer un certain nombre de situations explosives (Isra&#235;l, Afrique du sud, ...) et l'imp&#233;rialisme a, vers la fin des ann&#233;es 80, d&#251; intervenir comme pompier dans de nombreuses situations de pays pauvres dont l'Etat &#233;tait d&#233;stabilis&#233; par la crise &#233;conomique. Gr&#226;ce &#224; la fin de la guerre froide, il n'&#233;tait plus contraint de soutenir les &#233;quipes en place et pouvait aider &#224; faciliter des alternances au pouvoir, ce qui a permis d'&#233;viter les dangers explosifs de situations du type du Mali ou de la Birmanie en 1991 (o&#249; les masses soulev&#233;es ont fait chuter les dictateurs Moussa Traore et Ne Win). L'imp&#233;rialisme a impos&#233; dans des pays tr&#232;s d&#233;stabilis&#233;s socialement le d&#233;part du dictateur comme en Indon&#233;sie, des gouvernements civils en Am&#233;rique latine (par exemple, fin de la guerre civile au Guatemala), un gouvernement de gauche au Maroc, en Isra&#235;l et m&#234;me en Cor&#233;e du sud ! Il a impos&#233; le multipartisme en Afrique francophone qui, jusque l&#224;, l'ignorait totalement. Il a impos&#233; la fin de l'apartheid en Afrique du sud, &#233;vitant une conflagration o&#249; la classe ouvri&#232;re risquait de jouer un r&#244;le majeur. Il a impos&#233; &#224; Isra&#235;l et &#224; l'OLP les accords d'Oslo pour d&#233;samorcer les risques du conflit palestinien. Il cherche &#224; en finir avec tous les face-&#224;-faces de la guerre froide et les dirigeants am&#233;ricains d&#233;claraient notamment en mai 1998 que Cuba n'&#233;tait plus une menace pour la s&#233;curit&#233; des Etats Unis, avant de lancer le d&#233;sengagement des bases install&#233;es pour combattre Fidel Castro.&lt;br /&gt;
Paradoxalement, c'est en pompier que l'imp&#233;rialisme se propulse aux quatre coins de la plan&#232;te pour bombarder, pour &#233;viter des risques de d&#233;stabilisation, pour dissuader les peuples de se soulever et non parce que ses int&#233;r&#234;ts directs seraient menac&#233;s. Il n'y a pas de situations du type de la guerre du Vietnam, de l'Egypte de Nasser ou de Cuba. Des Noriega, des Milosevic, des Saddam Hussein ne peuvent pas &#234;tre suspect&#233;s du moindre anti-imp&#233;rialisme ! Les dictateurs de ces pays ne cherchent bien s&#251;r pas &#224; s'attaquer &#224; l'imp&#233;rialisme. Aucun d'entre eux n'est le dirigeant d'une quelconque lutte radicale qui serait le moins du monde une menace, m&#234;me locale, pour celui-ci. Aucun n'a tenu, m&#234;me d&#233;magogiquement, un discours anti-imp&#233;rialiste qui lui donnerait une base sociale populiste ! Au contraire, tous ont &#233;t&#233; des agents des USA. Rappelons que Milosevic, pr&#233;sent&#233; depuis comme le type m&#234;me de l'apparatchik ex-communiste, n'a grimp&#233; que comme repr&#233;sentant des nouvelles tendances en faveur de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Comme le raconte le Monde diplomatique de mai 1999, il a gagn&#233; ses galons en 1973 &#224; la t&#234;te du grand combinat p&#233;trochimique Teknogas, puis, en 1978, &#224; la t&#234;te de la plus grande banque du pays, la Beogradska Banka. Il a &#233;t&#233; un affairiste li&#233; au clan du pr&#233;sident am&#233;ricain Busch avant m&#234;me d'entrer dans la direction du parti unique (et bien avant de mener la politique ultra-nationaliste qui l'a fait conna&#238;tre du public), comme les autres personnages qu'il a alors fr&#233;quent&#233;s, tel Milan Panic, citoyen am&#233;ricain d'origine serbe, qui dirigeait en Californie le groupe pharmaceutique ICN, li&#233; au parti d&#233;mocrate et envoy&#233; par les USA en Yougoslavie. Proche de Milosevic, Panic deviendra le chef du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Virer Milosevic n'a jamais &#233;t&#233; l'objectif r&#233;el de l'imp&#233;rialisme. Quand un Milosevic a sembl&#233; d&#233;stabilis&#233; par son opinion publique et que la population est m&#234;me descendue dans la rue massivement, jour apr&#232;s jour en 1997, l'imp&#233;rialisme n'a pas lev&#233; le petit doigt pour le faire chuter. De m&#234;me que les Am&#233;ricains, totalement vainqueurs de Saddam Hussein, n'ont jamais voulu entrer dans Bagdad et remplacer le dictateur. Encore faudrait-il avoir trouv&#233; un rempla&#231;ant plus capable de maintenir leur ordre, ce qui n'est pas &#233;vident, et le moyen de le faire accepter aux classes dirigeantes locales et aux peuples sans provoquer de remous. Car l'objectif de l'imp&#233;rialisme n'est surtout pas, le dictateur renvers&#233;, de laisser les peuples d&#233;cider d&#233;mocratiquement de leur propre sort. On le voit au Kosovo aussi bien qu'au Timor, en Bosnie aussi bien qu'en Ha&#239;ti ou au Tchad ! L'int&#233;r&#234;t des peuples n'est l&#224; que comme justificatif. Mais si l'imp&#233;rialisme est pr&#233;occup&#233; par les peuples, c'est pour les &#233;craser, pas pour les sauver : &#224; chaque fois qu'il aurait r&#233;ellement pu intervenir pour sauver des populations de leurs assassins locaux, il les a toujours et syst&#233;matiquement laiss&#233; faire, car son intervention en &#233;tait ainsi largement facilit&#233;e. &lt;br /&gt;
L'imp&#233;rialisme a choisi d'intervenir militairement dans des pays o&#249; il pense que le succ&#232;s est assur&#233;, que les cons&#233;quences ne peuvent &#234;tre d&#233;favorables (pas de situation type Cor&#233;e ou Vietnam) et o&#249; la situation est d&#233;j&#224; tellement horrible que son intervention appara&#238;t comme justifi&#233;e humainement. Car, il n'a plus la justification de la guerre froide et de l'endiguement du communisme. Il faut que l'intervention soit un grand spectacle impressionnant mais aussi que les bombardements soient massifs car, vis &#224; vis des peuples et des classes ouvri&#232;res qui voudraient se r&#233;volter, l'imp&#233;rialisme pratique la dissuasion. Cela ne prouve pas qu'actuellement il se sent plus s&#251;r de lui, moins menac&#233;. Au contraire, il craint les cons&#233;quences de la d&#233;stabilisation de l'Etat dans les pays pauvres, comme en Indon&#233;sie. Il craint que la multiplication ou la radicalisation de telles situations rende impossible son intervention. &lt;br /&gt;
Russie, Yougoslavie, Indon&#233;sie, Afrique ne sont pas les seules r&#233;gions du monde o&#249; l'Etat est menac&#233; d'implosion, de d&#233;composition ou a perdu tout cr&#233;dit dans la population. C'est aussi le cas en Am&#233;rique latine, dans les pays de l'Est ou en Asie. Cette situation est d'abord le produit de l'affaiblissement de la bourgeoisie des pays pauvres et de l'effondrement, dans certains cas, de la petite bourgeoisie ou au moins la baisse consid&#233;rable des revenus de la coterie li&#233;e au pouvoir. Elle est surtout le produit d'une v&#233;ritable implosion de l'Etat des pays pauvres. Un exemple connu est celui de la Somalie o&#249; l'intervention am&#233;ricaine avait pour but le r&#233;tablissement de l'ordre. Les USA ont &#233;chou&#233; et depuis, ce pays tr&#232;s pauvre est toujours sans Etat. Dans le cas de l'Albanie, c'est le vide du pouvoir d&#251; &#224; l'effondrement de celui-ci en 1996 qui a amen&#233; l'intervention internationale d'avril 1997. Le Pakistan, est lui aussi d&#233;stabilis&#233; par la r&#233;volte de plusieurs r&#233;gions alors qu'en pleine crise &#233;conomique et contest&#233; sur sa politique anti-sociale, il s'est lanc&#233; dans une aventure guerri&#232;re contre l'Inde puis a recul&#233; sous la pression am&#233;ricaine, apr&#232;s une d&#233;faite au Cachemire, et le discr&#233;dit de l'Etat qui en est d&#233;coul&#233; vient de mener &#224; un coup d'Etat militaire. Le cas de l'Indon&#233;sie est form&#233; du m&#234;me m&#233;lange explosif : crise &#171; asiatique &#187; plus d&#233;stabilisation de l'Etat sur le fond de laquelle les s&#233;paratismes des diverses &#238;les aux populations opprim&#233;es menace de faire exploser le pays en proie &#224; une violente agitation sociale. Au Timor, l'op&#233;ration militaire internationale s'est m&#234;me appel&#233;e &#171; stabilisation &#187; et il est &#233;vident que ce n'est pas simplement une &#238;le que l'imp&#233;rialisme aimerait bien stabiliser ainsi mais toute l'Indon&#233;sie qui menace d'exploser sous la r&#233;volte des masses pauvres. Le changement de pouvoir, le remplacement du dictateur Suharto par son second sous l'&#233;gide des USA, a recul&#233; l'affrontement mais n'a rien r&#233;solu en Indon&#233;sie. Et s'il y a en germes des &#233;l&#233;ments d'une explosion ethnique exploit&#233;s par une extr&#234;me-droite, il y a aussi les &#233;l&#233;ments d'un soul&#232;vement ouvrier et populaire. Et on n'en finirait pas de citer toutes les Colombie que la crise &#233;conomique emp&#234;che de r&#233;gler non seulement les probl&#232;mes &#233;conomiques mais celui des multiples gu&#233;rillas au point que les USA laissent planer la menace d'une intervention militaire. L'Alg&#233;rie en est un autre exemple avec sa guerre sans fin contre les maquis int&#233;gristes et avec, l&#224; aussi toujours mena&#231;ante, l'explosion de la classe ouvri&#232;re.&lt;br /&gt; Un peu partout, c'est l'aggravation des sacrifices impos&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es aux masses pauvres qui est la cause des explosions de col&#232;re populaires. Cela touche aussi bien les pays dits ex-socialistes, comme l'Albanie ou la Bulgarie, que les pays du monde dit &#171; libre &#187;, comme Equateur ou l'Indon&#233;sie. C'est l'effondrement &#233;conomique qui d&#233;stabilise l'Etat et lui a enl&#232;ve une bonne part de son cr&#233;dit. Les r&#233;gimes se succ&#232;dent &#224; grande vitesse (record battu en Equateur avec quatre pr&#233;sidents en une seule journ&#233;e !). L&#224; aussi on constate cette usure de plus en plus rapide du pouvoir aussi bien en Am&#233;rique latine que dans les pays de l'est. La bourgeoisie s'av&#232;re trop faible pour faire face aux travailleurs. Du coup, cela redonne &#224; toutes les d&#233;rives nationalistes un caract&#232;re de n&#233;cessit&#233; pour continuer &#224; contr&#244;ler le pays comme le montre l'exemple du V&#233;n&#233;zuela avec la venue au pouvoir du militaire Hugo Chavez s'appuyant sur une d&#233;magogie s'adressant aux masses pauvres ou celui du coup d'Etat militaire du Pakistan. La d&#233;rive yougoslave n'a &#233;t&#233; rien d'autre que la tentative des classes dirigeantes de se maintenir par la surench&#232;re nationaliste face &#224; une population de plus en plus r&#233;volt&#233;e par une mis&#232;re croissante et une d&#233;pendance croissante vis &#224; vis des pays riches du fait de l'endettement. La crise &#233;conomique et sociale qui en d&#233;coule entra&#238;ne une v&#233;ritable crise politique de la domination de la bourgeoisie. Des fractions de la classe dirigeante, g&#233;n&#233;ralement des bouts de l'appareil d'Etat tentent de prendre le contr&#244;le d'une r&#233;gion que ce soit l'ind&#233;pendance en Tch&#233;tch&#233;nie, les tentatives de s&#233;cession en Indon&#233;sie ou dans un Etat de Chine du nord ou en prenant le contr&#244;le d &#8216;une province au Br&#233;sil. L'explosion de l'URSS a d'abord &#233;t&#233; due &#224; de telles aspirations des nouvelles classes bourgeoises &#224; pouvoir exploiter une r&#233;gion quitte &#224; d&#233;pecer la nation, aspirations que l'on retrouve dans tous les pays pauvres o&#249; l'Etat est en crise. De tr&#232;s nombreux pays pauvres sont aujourd'hui le si&#232;ge de mouvements s&#233;paratistes et ces guerres civiles sont g&#233;n&#233;ralement sans fin. Des gu&#233;rillas, quasi tous les pays du tiers monde en connaissent, de la Chine &#224; la Colombie, du Daghestan &#224; l'Angola et du P&#233;rou au Cambodge. Et les peuples paient le prix fort de se retrouver sous la coupe de bandes arm&#233;es, car c'est souvent les civils qui trinquent : Alg&#233;rie (100 000 morts), Tch&#233;tch&#233;nie (100 000 morts), Timor (200 000 morts), Rwanda (800 000 morts) et la liste n'est pas close avec tous les Burundi, Colombie, Cambodge, Turquie, etc ... Ce sont les pays imp&#233;rialistes qui ont le plus souvent financ&#233; et arm&#233; les bandes d'assassins comme la France au Rwanda, les USA en Turquie, au Timor et au Cambodge. Leurs interventions ont souvent facilit&#233; et accentu&#233; les exactions (comme celle de la France au Rwanda, celle de l'Alliance et ses bombardements au Kosovo ou celle de l'ONU avec son r&#233;f&#233;rendum au Timor, pr&#233;lude au massacre et au d&#233;placement massif des populations).&lt;br /&gt;
La fuite en avant guerri&#232;re des pays pauvres est elle aussi le produit de l'impasse des classes dirigeantes. Ce sont les guerres Iran/Irak, Ethiopie/Erythr&#233;e, Inde/Pakistan, P&#233;rou/Equateur. C'est ainsi que l'on peut analyser la politique de d&#233;magogie nationaliste grand-serbe de Milosevic, ou plus exactement celle de la classe dirigeante, pour canaliser le m&#233;contentement des travailleurs dans les ann&#233;es 80 en Yougoslavie notamment apr&#232;s les grandes gr&#232;ves de 1986-87 qui mena&#231;aient de devenir une v&#233;ritable contestation politique du pouvoir. Il en est r&#233;sult&#233; l'explosion de la Yougoslavie en petits morceaux qui menacent toujours de continuer &#224; se subdiviser. C'est aussi dans la rubrique des moyens nationalistes de canaliser le m&#233;contentement des masses qu'il faut caser aussi les vell&#233;it&#233;s de la Chine de d&#233;noncer l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain comme les d&#233;monstrations de masse lors du bombardement par l'OTAN de l'ambassade de Chine en Yougoslavie ou encore les menaces contre Taiwan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout &#224; fait caract&#233;ristique est le fait que l'imp&#233;rialisme n'ait vu aucun (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou encore le lancement d'un missile par la Cor&#233;e du nord, un reste de l'&#233;poque des blocs et un pays compl&#232;tement asphyxi&#233; &#233;conomiquement par le blocus am&#233;ricain. Le discours nationaliste des dirigeants pour masquer les probl&#232;mes sociaux en est la cause et pas une guerre froide qui n'existe plus &lt;br /&gt;
Mais en m&#234;me temps, le fait que ce carcan de la politique des blocs qu'avait mis en place l'imp&#233;rialisme n'existe plus pose de nouveaux probl&#232;mes pour contr&#244;ler les &#233;volutions et &#233;viter qu'elles n'ouvrent des situations de crise qui pourraient &#234;tre incontr&#244;lables. Les masses travailleuses risqueraient de s'y engouffrer, profitant de la faiblesse de la bourgeoisie face &#224; une nombreuse classe ouvri&#232;re et de la faiblesse de l'Etat. C'est cela qui motive la multiplication des interventions arm&#233;es de l'imp&#233;rialisme dans le monde. Bien s&#251;r, l'imp&#233;rialisme ne tient pas &#224; montrer que sa crainte d'une d&#233;stabilisation est d'abord une crainte de la classe ouvri&#232;re. Il avait pourtant pr&#233;tendu enterrer le risque d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne en m&#234;me temps que le &#171; mythe du communisme &#187; en URSS. C'est le sens de toute la mise en sc&#232;ne &#224; laquelle on a assist&#233;, de la guerre du Golfe &#224; l'intervention au Timor en passant par la Bosnie, la Somalie et le Panama. Il faut &#224; la fois que la terreur des moyens gigantesques de destruction apparaisse aux yeux de tous et joue, comme en leur temps les bombardements de masse type Dresde ou Hiroshima, un r&#244;le d'effroi (dans chaque cas des centaines de milliers de morts au bilan final). D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; que le motif de l'intervention semble en faveur des peuples que l'on bombarde ! D'o&#249; aussi les belles formules comme &#171; le droit d'ing&#233;rence humanitaire &#187;, &#171; le nouveau droit international contre les crimes contre l'humanit&#233; &#187;. D'o&#249; enfin l'&#233;talage m&#233;diatique des horreurs de Milosevic, de Saddam Hussein ou de l'Indon&#233;sie. De la m&#234;me mani&#232;re que l'imp&#233;rialisme avait su, une fois la guerre mondiale finie, montrer les images des camps de la mort du nazisme pour blanchir les horreurs de l'imp&#233;rialisme vainqueur, il se cache derri&#232;re celles des dictateurs. Inutile de pr&#233;ciser que c'est pure hypocrisie : la &#171; communaut&#233; internationale &#187; ne s'&#233;meut pas du sort des peuples et n'a cess&#233; de continuer &#224; armer des r&#233;gimes qui les massacrent, comme l'Etat turc, la dictature colombienne et bien d'autres. Inutile de rappeler aussi qu'elle a laiss&#233; massacrer sous ses propres yeux les musulmans bosniaques qu'elle s'&#233;tait seulement charg&#233;e de d&#233;sarmer. Inutile aussi de rappeler qu'en 1994 au Rwanda, devant la pr&#233;paration visible du massacre par les organisations Hutus d'extr&#234;me-droite au pouvoir et soutenues par la France, la &#171; communaut&#233; internationale &#187; n'a fait que retirer ses troupes et fermer les yeux en imposant quelques mois de silence radio, le temps que le massacre s'ach&#232;ve (800 000 &#224; 1 million de morts). Et, tout r&#233;cemment au Timor, il en a &#233;t&#233; exactement de m&#234;me : on laisse d'abord se faire les atrocit&#233;s puis quand toutes les forces se sont bien affront&#233;es et que la population est terroris&#233;e, on arrive en triomphateur ! Cela n'a pas seulement l'avantage de co&#251;ter moins cher en efforts militaires et de faire passer l'imp&#233;rialisme pour le sauveur (seulement arriv&#233; un peu tard). Cela laisse croire que l'imp&#233;rialisme est super-puissant, ce qu'il n'est pas r&#233;ellement face &#224; des peuples r&#233;volt&#233;s. Souvenons nous des r&#233;voltes coloniales et aussi de l'Iran de 1979 contre lequel les USA s'&#233;taient bien gard&#233; d'intervenir militairement alors qu'ils &#233;taient directement vis&#233;s dans ce qui avait &#233;t&#233; un de leurs bastions. Souvenons-nous des d&#233;faites am&#233;ricaines de Cor&#233;e, du Vietnam, ou de Cuba.&lt;br /&gt;
Mais justement les actions militaires actuelles n'ont rien &#224; voir avec les guerres, r&#233;elles celles-l&#224;, men&#233;es au Vietnam, en Cor&#233;e ou &#224; Cuba. Dans toutes ces interventions, aucune des puissances composant la force internationale n'&#233;tait menac&#233;e par le r&#233;gime soi-disant combattu, que ce soit la Lybie, l'Irak, la Serbie. Aucune n'avait des int&#233;r&#234;ts directs dans la r&#233;gion qui justifiaient cette intervention violente. Aucun int&#233;r&#234;t &#233;conomique n'a dict&#233; non plus cette politique. &lt;br /&gt;
On doit les traiter de guerres &#224; causes des bombardements &#224; grande &#233;chelle et des sacrifices des populations mais dans ces derniers conflits (du Golfe au Timor) l'imp&#233;rialisme est le seul combattant. L'Irak n'a quasiment pas ripost&#233; et a &#233;t&#233; m&#233;thodiquement pilonn&#233;. Il n'a pas contest&#233; de perdre une partie de son territoire aujourd'hui sous mandat international. Le Panama n'a pas r&#233;agi non plus malgr&#233; sa capitale compl&#232;tement ras&#233;e. La Serbie n'a pas fait la guerre &#224; l'OTAN. L'Indon&#233;sie a accept&#233; l'intervention militaire internationale sous l'&#233;gide de l'Australie. Dr&#244;les de guerres dans lesquelles les adversaires ne sont pas si ennemis que cela et m&#234;me o&#249; il est permis de se demander si l'objectif n'est pas, au contraire, de stabiliser des r&#233;gimes menac&#233;s par des explosions populaires ou nationalistes, comme par exemple le r&#233;gime indon&#233;sien. Un Milosevic aurait-il pu faire passer, aupr&#232;s d'une opinion publique chauff&#233;e &#224; blanc par lui-m&#234;me pendant des ann&#233;es justement sur la question du Kosovo, que l'arm&#233;e serbe s'en retire sans perdre la face, et le pouvoir, s'il n'avait eu le pr&#233;texte de c&#233;der &#224; une &#233;norme vague de bombardements des pays les plus puissants du monde ? Tant que l'Indon&#233;sie se d&#233;brouillait toute seule avec le Timor (en faisant 200 000 morts), qui dans l' &#171; opinion internationale &#187; envisageait la moindre action ? &lt;br /&gt;
L'autre aspect qui frappe est la multiplication des interventions militaires massives des principaux pays riches et le nombre de r&#233;gions o&#249; r&#233;sident maintenant des troupes d'occupation soi-disant pour s&#233;parer des combattants (G&#233;orgie ou Bosnie, Timor ou Kosovo), prot&#233;ger des peuples contre un dictateur (Panama, Irak, Ha&#239;ti), pour &#233;viter l'implosion de l'Etat (Mac&#233;doine, Albanie). Se multiplient &#233;galement les cas o&#249; l'imp&#233;rialisme arme et suscite lui-m&#234;me des forces de maintien de l'ordre locales form&#233;es avec des pays voisins de la zone des conflits. L'Afrique est le terrain d'exp&#233;rience de ce type d'intervention depuis quelques ann&#233;es (R&#233;publique Centrafricaine, Congo ex-Za&#239;re, Sierra Leone, Congo Brazzaville). Ce n'est pas d&#251; &#224; une particularit&#233; africaine qui favoriserait les guerres entre Etats puisqu'au contraire depuis les ind&#233;pendances on n'avait quasiment assist&#233; &#224; aucun conflit impliquant plusieurs Etats dans un territoire &#233;tranger. Ainsi l'Angola, le Zimbabwe, en rupture de cr&#233;dits, ont &#233;t&#233; financ&#233;s par des imp&#233;rialismes pour aller faire la guerre au Congo. Ainsi la France soutient au Congo une force africaine form&#233;e par les ex-Hutus d'extr&#234;me-droite qui ont fait le massacre de 1994 au Rwanda. Ainsi l'ECOMOG, force inter-africaine commandit&#233;e par l'imp&#233;rialisme et constitu&#233;e par des troupes du Nig&#233;ria et des pays de l'ouest africain, est intervenue au Lib&#233;ria puis au Sierra Leone en 1998, la capitale &#233;tant massacr&#233;e deux fois, l'une par les milices qui y avaient pris le pouvoir puis par l'ECOMOG. Bill Clinton vient d'affirmer &#224; la derni&#232;re assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU que dor&#233;navant celle-ci ne serait pas la seule autorit&#233; habilit&#233;e &#224; intervenir dans des conflits et que les USA s'autoriseraient &#224; constituer ainsi des forces r&#233;gionales, par exemple en Asie, avec des arm&#233;es de plusieurs pays limitrophes. Ce qui n'emp&#234;che &#233;videmment pas les USA &#224; s'autoriser d'intervenir seuls comme contre l'Irak dans les nouveaux bombardements de d&#233;cembre 1998 ou encore en Ha&#239;ti, avec seulement l'assentiment d'un certain nombre de pays d'Am&#233;rique latine.&lt;br /&gt;
En Afrique, c'est &#224; un curieux jeu &#224; deux avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais que les USA (avec les Anglais) se sont livr&#233;s, les uns soutenant la dictature que les autres l&#226;chaient, ou la gu&#233;rilla qui combattait l'Etat que les autres soutenaient. Cela s'est produit au Nig&#233;ria, en Ethiopie, au Za&#239;re, au Rwanda, etc... Ainsi, dans la guerre civile soudanaise le camp que les USA combattent et d&#233;noncent partout dans le monde comme terroriste est ouvertement soutenu par la France. Inversement, ce sont les USA et l'Angleterre qui ont financ&#233; et arm&#233; le FPR qui a fait chuter le r&#233;gime Hutu qui dirigeait le Rwanda avec l'appui de la France. Et il y a maintenant une Afrique pro-fran&#231;aise et une Afrique pro-am&#233;ricaine. Et pourtant cela n'a jamais fait monter sp&#233;cialement la tension entre la France et les USA, comme s'il s'agissait d'une nouvelle gestion &#224; deux des conflits, rempla&#231;ant la fa&#231;on dont un dirigeant africain qui quittait le camp imp&#233;rialiste se retrouvait dans celui de l'URSS, avec des soldats cubains !&lt;br /&gt;
Le nombre de pays auxquels l'imp&#233;rialisme demande maintenant soutien et all&#233;geance en cas de conflit s'est &#233;galement multipli&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1990, d&#233;j&#224;, dans la guerre du Golfe, les USA ont fait pression sur tous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est d&#233;sormais le principal crit&#232;re pour l'imp&#233;rialisme &#224; l'&#233;gard des pays ex-&#171; socialistes &#187; de l'est. Cela a &#233;t&#233; aussi la politique des USA &#224; l'&#233;gard de tous les voisins de la Yougoslavie, somm&#233;s de prendre parti et de devenir parfois des zones d'occupation militaire, de passages de troupes et en tout cas de passer sous d&#233;pendance militaire. Il devient aussi important pour ces pays, en vue d'&#234;tre aid&#233;s financi&#232;rement, d'appartenir &#224; l'OTAN que d'&#234;tre accept&#233;s dans la communaut&#233; europ&#233;enne !&lt;br /&gt;
C'est dans ce cadre mondial, qui est celui des bourgeoisies compradores des pays plus que jamais domin&#233;s par l'imp&#233;rialisme, que l'on doit comprendre ce qui se passe sur le territoire de l'ex-URSS : aussi bien les m&#233;faits de la crise &#171; asiatique &#187;, l'instabilit&#233; des Etats issus de l'implosion de l'URSS et fond&#233;s sur les aspirations (bien bourgeoises) des classes poss&#233;dantes d'avoir leur propre territoire avec ses richesses &#224; exploiter, les guerres locales (notamment pour le p&#233;trole) et la d&#233;pendance globale de tous ces pays vis-&#224;-vis de l'imp&#233;rialisme. Ainsi s'explique aussi bien les vell&#233;it&#233;s nationalistes dans le conflit yougoslave, d&#233;clarations &#224; usage d&#233;magogique interne qui ne sont pas contradictoires avec un alignement r&#233;el sur l'imp&#233;rialisme. En Russie, comme dans le reste du monde, l'imp&#233;rialisme met le pays en coupe r&#233;gl&#233;e mais maintient la t&#234;te au dessus de l'eau &#224; tous ces r&#233;gimes dont il ne d&#233;sire nullement la chute car ils sont des gages de stabilit&#233; face aux populations pauvres, et en particulier aux classes ouvri&#232;res toujours mena&#231;antes. Il reste prudent vis-&#224;-vis des dirigeants des nouveaux Etats, car l'essentiel reste la stabilit&#233; du pouvoir et la capacit&#233; des Etats face aux travailleurs. Pas question donc de jouer la politique du pire. Il faut continuer &#224; les aider un petit peu mais pas trop ... Et tant pis si l'essentiel de l'aide internationale s'en va dans les pr&#233;varications, les maffias et globalement l'enrichissement licite ou pas d'une nouvelle bourgeoisie.&lt;br /&gt;
En tout cas, loin d'&#234;tre encore une superpuissance, la Russie est &#233;conomiquement en difficult&#233; et incapable d'entretenir une arm&#233;e dor&#233;navant tr&#232;s surdimensionn&#233;e. Le ministre de la d&#233;fense russe d&#233;clarait en f&#233;vrier 97 : &#171; l'arm&#233;e russe est en d&#233;composition et la marine mourante &#187;. Ce qui a fait scandale mais en dit long sur l'&#233;tat d'une troupe mal pay&#233;e ou impay&#233;e et compl&#232;tement d&#233;moralis&#233;e.&lt;br /&gt;
Les USA ont profit&#233; rapidement des nouveaux rapports de force pour se positionner partout militairement et &#233;conomiquement dans la r&#233;gion, s'attaquant au p&#233;trole de la Caspienne mais aussi installant des garnisons et en envisageant encore bien plus dans tous les Etats de l'ex-URSS. De tous ces Etats, la Russie, le seul qui conserve un peu de force, n'est pas en &#233;tat de protester. Et c'est les USA qui en 1999 ont commenc&#233; &#224; hausser le ton avec les dirigeants russes, pensant qu'ils peuvent passer &#224; un cap sup&#233;rieur et que les Russes devront passer sous les fourches caudines. Un Etat sous perfusion financi&#232;re ne peut protester, qu'il s'appelle la Russie ou le Br&#233;sil. Il est &#224; merci. &lt;br /&gt;
Dans les pays voisins de la Russie, les USA implantent les forces de l'OTAN, auxquelles appartiennent depuis mars 1999 la R&#233;publique tch&#232;que, la Pologne et la Hongrie. Et dans les pays de la CEI, ils ne se g&#234;nent pas pour organiser des entra&#238;nements militaires avec leurs propres forces comme en Ouzb&#233;khistan ou au Kazakhstan en septembre 1997, avec des soldats am&#233;ricains, kirghizes, kazakhs et ouzbeks. En ao&#251;t 1997, l'Ukraine a &#233;galement particip&#233; &#224; des manoeuvres conjointes avec les USA, la Bulgarie, la G&#233;orgie, la Roumanie et la Turquie. La Russie a elle m&#234;me sign&#233; un trait&#233; avec l'OTAN en mai 97, peu avant d'entrer dans le G8.&lt;br /&gt;
La guerre du Kosovo a soulign&#233; encore plus cet affaiblissement mondial de la Russie, quasi &#233;cart&#233;e des &#233;v&#233;nements. La petite op&#233;ration d&#233;magogique des troupes russes pour &#234;tre les premi&#232;res &#224; entrer au Kosovo n'est qu'un petit baume int&#233;rieur russe face &#224; la contestation nationaliste serbophile. L'imp&#233;rialisme se passe dor&#233;navant tr&#232;s bien de l'assentiment russe pour mener ses op&#233;rations.&lt;br /&gt;
Si militairement, pour les Etats-Unis, il n'y a plus grand chose &#224; craindre de l'ex-URSS, les USA ont trouv&#233; de nouvelles raisons de s'armer. Avec la fin de la guerre froide, ils ont diminu&#233; massivement le nombre de leurs troupes et les d&#233;penses d'armement, mais ils recommencent depuis 1997 &#224; acc&#233;l&#233;rer d&#233;penses militaires et constitutions de troupes d'intervention internationale. Ces d&#233;penses doivent ainsi passer de 274 milliards de dollars en 2000 &#224; 331 milliards de dollars en 2005. Les d&#233;penses de mat&#233;riel, elles, vont passer de 49 milliards de dollars en 1999 &#224; 75 milliards de dollars en 2005, d&#233;penses justifi&#233;es par la n&#233;cessit&#233; de &#171; projection des forces &#187;, c'est-&#224;-dire du r&#244;le de gendarme du monde. &lt;br /&gt;
Citons l&#224;-dessus le D&#233;partement de la d&#233;fense am&#233;ricain dans son rapport annuel de 1999 : &#171; &lt;i&gt; en tant que seule nation capable de mener des op&#233;rations &#224; grande &#233;chelle int&#233;gr&#233;es sur de th&#233;&#226;tres tr&#232;s &#233;loign&#233;s de ses fronti&#232;res, les Etats-Unis occupent une position unique. Pour conserver leur supr&#233;matie, les Etats-Unis doivent entretenir des forces toujours pr&#234;tes &#224; intervenir, polyvalentes et capables de mener une vaste gamme d'op&#233;rations et d'activit&#233;s militaires&lt;/i&gt;. &#187; Et dans un discours prononc&#233; en f&#233;vrier 1999, Bill Clinton justifiait ainsi sa politique d'interventions arm&#233;es dans le monde : &#171; &lt;i&gt; il est facile de dire que nous ne nous soucions pas de savoir qui habite dans telle ou telle vall&#233;e de Bosnie, est propri&#233;taire de telle partie de la brousse dans la corne de l'Afrique ou d'une parcelle de terre aride sur les rives du Jourdain. Mais ce qui compte pour nous, ce n'est pas que ces pays soient &#233;loign&#233;s ou minuscules ou que leur nom nous semble difficile &#224; prononcer. La question que nous devons nous poser c'est de conna&#238;tre les cons&#233;quences que le fait de laisser des conflits s'envenimer et se propager peut avoir sur notre s&#233;curit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
Si le monde est instable actuellement, ce n'est ni &#224; cause de l'existence de la Russie (qui n'est plus l'&#233;pine dans le pied que repr&#233;sentait l'Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;), ni &#224; cause d'imp&#233;rialismes rivaux (le Japon a ses propres difficult&#233;s et n'est pas mena&#231;ant et l'Europe n'est nullement une construction contre les USA, bien au contraire), mais c'est du c&#244;t&#233; des masses pauvres qu'il faut la chercher. &lt;br /&gt;
Alors si les USA d&#233;cident finalement de ne pas signer l'accord de non prolif&#233;ration des armes nucl&#233;aires, ce n'est pas seulement une gu&#233;guerre du s&#233;nat am&#233;ricain contre le pr&#233;sident, ni seulement des d&#233;mocrates contre les r&#233;publicains ou encore de l'isolationnisme contre l'interventionnisme mondial mais c'est encore et toujours une guerre contre les peuples et pour le moment une menace. L'&#233;poque de la guerre froide, les USA pourraient tr&#232;s bien y revenir sans m&#234;me la n&#233;cessit&#233; d'un Etat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#224; &#171; endiguer &#187;. Pour l'instant ils se contentent de pr&#233;senter des &#171; grands m&#233;chants &#187; comme l'islamisme, le terrorisme et les dictatures. Mais s'ils pensent qu'il faut &#224; nouveau un vrai &#171; grand m&#233;chant &#187; pour polariser le monde et le terroriser, ils peuvent tr&#232;s bien pr&#233;tendre qu'une nouvelle guerre est n&#233;cessaire contre la Cor&#233;e du nord, la Chine ou m&#234;me la Russie. Cela ne d&#233;pendra pas de la bonne volont&#233; des dirigeants russes ou chinois, ni m&#234;me cor&#233;ens mais avant tout de l'appr&#233;ciation des dangers sociaux dans le monde et de la n&#233;cessit&#233; de les dissuader ou de les d&#233;tourner. Et bien s&#251;r du danger principal : la classe ouvri&#232;re.&lt;br /&gt;
Dans les pays imp&#233;rialistes, les attaques contre la classe ouvri&#232;re se sont consid&#233;rablement aggrav&#233;es depuis les ann&#233;es 80 alors que, dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente la croissance du niveau de vie g&#233;n&#233;rale avait donn&#233; une base &#224; un r&#233;formisme et &#224; un relatif calme social. Depuis, les attaques contre tous les acquis sociaux n'ont pas cess&#233; et les patrons sont toujours &#224; l'offensive avec l'aide de l'Etat, transformant consid&#233;rablement les conditions de travail de la classe ouvri&#232;re et les droits des travailleurs. &lt;br /&gt;
Dans les pays pauvres, p&#233;riodiquement, &#233;clatent des explosions, des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales suivies d'affrontements avec le pouvoir (comme r&#233;cemment en Equateur). Dans certains pays, une force syndicale y joue un r&#244;le politique consid&#233;rable (ainsi au Zimbabwe, apr&#232;s une succession impressionnantes de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, des bras de fer entre le pouvoir et la classe ouvri&#232;re, le leader syndical le plus populaire Morgan Tsvangirai, le Walesa du Zimbabwe, a fond&#233; son propre parti politique et est la seule alternative politique au r&#233;gime de Mugabe. Il pourrait m&#234;me se pr&#233;senter &#224; la pr&#233;sidence du pays !) mais ces syndicats ne sont pas du tout l'&#233;quivalent d'une force politique prol&#233;tarienne et encore moins d'une force politique r&#233;volutionnaire. M&#234;me l&#224; o&#249; la classe ouvri&#232;re est pr&#233;pond&#233;rante dans la lutte, elle n'appara&#238;t pas avec sa propre politique et ne peut, du coup, gagner &#224; elle toutes les couches de la population qui pourraient la soutenir. &lt;br /&gt;
Elle n'a fait que propulser des syndicalistes comme dirigeants bourgeois (Lula au Br&#233;sil, Tsvangirai dirigeant du ZCTU au Zimbabwe, Walesa en Pologne). L'exemple le plus frappant est sans doute celui de l'Afrique du sud o&#249; le mouvement ouvrier massif des ann&#233;es 80 n'a finalement d&#233;bouch&#233; sur la fin de l'apartheid mais sans remettre en cause les trusts sud-africains et la bourgeoisie blanche. C'est un leader nationaliste bourgeois soutenu par le parti communiste et des syndicats tr&#232;s puissants qui a r&#233;ussi cette op&#233;ration consistant &#224; d&#233;samorcer la v&#233;ritable bombe que repr&#233;sentait le prol&#233;tariat sud-africain. &lt;br /&gt;
Faute de direction politique prol&#233;tarienne, d'autres forces sociales comme les nationalistes ou m&#234;me des d&#233;magogues d'extr&#234;me droite peuvent alors en prendre la t&#234;te (comme au Venezuela o&#249; Chavez, un militaire nationaliste, a su prendre la t&#234;te d'un mouvement populiste ou en Roumanie o&#249; un dirigeant ouvrier reconnu, le leader des mineurs, est un dirigeant politique d&#233;magogue d'extr&#234;me-droite). Dans bien des pays pauvres, des forces d'extr&#234;me-droite se d&#233;veloppent comme les int&#233;gristes les nationalistes serbes ou croates ou les assassins Hutus. Dans les pays riches aussi, m&#234;me sans situations explosives, l'extr&#234;me-droite peut consid&#233;rablement se renforcer si la classe ouvri&#232;re ne joue pas son r&#244;le, si aussi les r&#233;volutionnaires n'apparaissent pas comme une alternative aux forces bourgeoises de gauche. Le succ&#232;s &#233;lectoral de l'extr&#234;me-droite en Autriche le rappelle. &lt;br /&gt;
La direction ouvri&#232;re dont a besoin la classe ouvri&#232;re n'est pas apparue nulle part spontan&#233;ment et les r&#233;volutionnaires n'ont pas su profiter du recul politique des staliniens pour occuper la place, non seulement &#224; cause de la difficult&#233; politique d'y parvenir mais aussi parce qu'ils refusent souvent de placer l'implantation dans la classe ouvri&#232;re comme un objectif prioritaire et se contentent aussi fr&#233;quemment de soutenir les leaders syndicaux &#171; de gauche &#187; ou radicaux.&lt;br /&gt;
Ces derniers temps, de 1996 &#224; 1999, plusieurs pays (Indon&#233;sie, Equateur, Zimbabwe, Jordanie, Bolivie, Paraguay, Albanie, Bulgarie, Chine, ....) ont connu, &#224; des degr&#233;s divers d'importants mouvements sociaux g&#233;n&#233;ralement li&#233;s &#224; des crises &#233;conomiques ou politiques. Ce sont des mouvements du m&#234;me type que ceux des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes qui avaient eux aussi &#233;t&#233; tr&#232;s divers en ampleur et en profondeur (Pologne 70, Chili 73, Portugal 74, Liban 75, Iran 79, Pologne 80, Afrique du sud 80, Cor&#233;e 80, Cor&#233;e 87, Yougoslavie 87, Alg&#233;rie 88, Chine 89, Cote d'Ivoire 90, Gabon 90, Niger 90, Birmanie 91, Mali 91, Cor&#233;e 96). Dans certains mouvements, le monde entier a eu conscience que la classe ouvri&#232;re &#233;tait une force consid&#233;rable capable de battre en br&#232;che le pouvoir d'&#233;tat comme en Pologne ou en Afrique du sud. Dans d'autres son apparition a &#233;t&#233; moins &#233;vidente et, faute d'une politique, celle-ci n'a parfois m&#234;me pas eu conscience de ses possibilit&#233;s ni m&#234;me parfois de l'ampleur de sa mobilisation comme en Alg&#233;rie 88 ou en Chine 89. Cependant dans tous les mouvements cit&#233;s plus haut, la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; une force socialement importante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple en Chine 89, si les &#233;tudiants ont &#233;t&#233; le facteur d&#233;clenchant des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et elle l'est toujours dans les mouvements actuels. Et dans plusieurs pays, en plus de ceux pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s, la situation sociale reste grosse de dangers pour les classes dirigeantes (Br&#233;sil, Pologne, Alg&#233;rie, Liban, ...).&lt;br /&gt;
Les statistiques sur les gr&#232;ves (du Bureau International du Travail) ne font appara&#238;tre aucun recul global ni d'ailleurs aucun mouvement d'ensemble mais des mont&#233;es &#233;ruptives locales en fonction des crises sociales et politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, en Indon&#233;sie on est pass&#233; de 45.000 travailleurs en gr&#232;ve en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La condamnation d'un Mumia Abu-Jamal, ancien leader des Black Panthers qui avaient &#224; l'&#233;poque commis le &#171; crime &#187; d'&#234;tre une menace pour l'Etat am&#233;ricain, rappelle que la bourgeoisie am&#233;ricaine n'en a pas fini de craindre un mouvement des noirs mena&#231;ant l'imp&#233;rialisme le plus puissant au monde dans ses m&#233;tropoles elles-m&#234;mes !&lt;br /&gt;
On n'a pas constat&#233; de reflux des luttes ouvri&#232;res ni d'ailleurs aucun mouvement d'ensemble mais des fluctuations avec parfois de v&#233;ritables explosions de col&#232;re de la classe ouvri&#232;re li&#233;e &#224; des situations politiques du pays quand les travailleurs s'affrontent au pouvoir et aux classes poss&#233;dantes. Et, &#224; chaque fois, ces derni&#232;re ann&#233;es, m&#234;me lorsque par son combat elle s'est mise en position de diriger les luttes contre la dictature, la classe ouvri&#232;re p&#226;tit toujours du m&#234;me probl&#232;me, l'absence d'organisation politique ind&#233;pendante du prol&#233;tariat et donc reli&#233; &#224; l'absence des r&#233;volutionnaires puisque toutes les autres forces ne veulent surtout pas que le prol&#233;tariat apparaisse de fa&#231;on ind&#233;pendante et dirige l'ensemble des luttes. &lt;br /&gt;
Cependant, tout n'est pas li&#233; &#224; la faiblesse de l'organisation du prol&#233;tariat. Il faut mesurer l'ampleur et la gravit&#233; des mouvements pour la bourgeoisie. Il faut constater que le niveau des crises sociales r&#233;centes n'a pas d&#233;pass&#233; celui des ann&#233;es 60 &#224; 80. Dans aucun de ces mouvements, la classe ouvri&#232;re n'a &#233;t&#233; au point de former des organes ind&#233;pendants du type des conseils ouvriers de Hongrie. La gravit&#233; des crises n'a pas atteint pour son caract&#232;re ouvrier organis&#233; celle de Pologne-Hongrie en 1956 ni la crise de 1945 pour la menace qu'elle a fait peser sur l'ensemble de l'ordre imp&#233;rialiste mondial (m&#234;me si elle a &#233;t&#233; finalement jugul&#233;e avec l'aide indispensable du stalinisme).&lt;br /&gt;
Ce qui change donc dans la situation actuelle n'est pas une croissance des mouvements sociaux mais une plus grande faiblesse des Etats cens&#233;s y faire face. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de nombreuses interventions militaires des grandes puissances, d'abord dans un but de stabilisation puis dans un but publicitaire dissuasif. La vue de la capitale du Panama, de l'&#233;tat de la population irakienne ou des destructions du Kosovo se chargent d'&#244;ter l'envie aux pauvres de se r&#233;volter.&lt;br /&gt;
Le retour de l'URSS dans le giron imp&#233;rialiste en 1988-89 a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; par certains comme le signe d'un recul mondial pour le mouvement ouvrier, recul des organisations, recul des id&#233;es. Bien s&#251;r, l'imp&#233;rialisme a tir&#233; tous les avantages politiques qu'il pouvait pour faire encore baisser la t&#234;te d'une classe ouvri&#232;re sur laquelle p&#232;se d&#233;j&#224; tout le poids des sacrifices et lui assener que tout espoir &#233;tait perdu en termes d'un autre avenir social possible. Et, momentan&#233;ment, il y est assez bien parvenu. D'abord en Russie, les travailleurs n'ont pas vu grand'chose &#224; d&#233;fendre de l'ancienne soci&#233;t&#233; (la soci&#233;t&#233; brejn&#233;vienne, c'&#233;tait d&#233;j&#224; la valse des profiteurs et les difficult&#233;s croissantes pour les travailleurs) et ont consid&#233;r&#233; que si seulement le carcan dictatorial &#233;tait lev&#233; ce serait d&#233;j&#224; cela. Bien s&#251;r, l'accession &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation &#233;tait une illusion puisque d'embl&#233;e on savait que la place r&#233;serv&#233;e aux classes dirigeantes russes &#233;tait celle d'une bourgeoisie compradore du tiers monde, charg&#233;e tout au plus de surexploiter sa population pour le profit essentiel de l'imp&#233;rialisme. La situation sociale des travailleurs russes s'est donc d&#233;grad&#233;e de mani&#232;re catastrophique et ce n'est pas la derni&#232;re crise financi&#232;re qui a am&#233;lior&#233; les choses. Fin 1998, en Russie, les revenus et les salaires moyens des m&#233;nages sont inf&#233;rieurs de 14 &#224; 18% de leurs valeurs respectives de fin 97 (d'apr&#232;s les statistiques de l'OCDE). Selon le BIT, le ch&#244;mage atteint en 1998 son niveau le plus &#233;lev&#233; avec 11,8% de la population active. La Russie rejoint le tiers monde aussi bien pour ses probl&#232;mes sociaux que pour ses probl&#232;mes politiques. &lt;br /&gt;
Cela n'emp&#234;che pas les travailleurs de se battre contre les nouveaux patrons et c'est m&#234;me maintenant qu'ils commencent &#224; se battre contre des patrons que les choses sont claires comme on le voit dans certains conflits r&#233;cents. Les statistiques des gr&#232;ves dans la f&#233;d&#233;ration de Russie (Bureau International du Travail) qui s'arr&#234;tent malheureusement en 1996 indiquent une croissance r&#233;guli&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;milliers de gr&#233;vistes&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;journ&#233;es de gr&#232;ve&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;nombre de gr&#232;ves&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1993&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;120&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;236&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;264&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1994&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;155&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;755&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;514&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1995&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;489&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;1367&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;8856&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1996&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;663&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;4009&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;8276&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;
Quant au reste du monde auquel on a assen&#233; que l'effondrement de l'URSS &#233;tait un &#233;chec du communisme comme une v&#233;rit&#233; premi&#232;re, c'est certainement un gros coup pour les partis staliniens et apparent&#233;s et une attaque contre les id&#233;es politiques parmi les travailleurs mais ce n'est pas du tout la mort des id&#233;es communistes. Le courant stalinien a &#233;t&#233;, ne l'oublions pas, le principal facteur contre-r&#233;volutionnaire de toute la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, c'est-&#224;-dire depuis 1925 (le socialisme dans un seul pays !). On le constate ici en France o&#249; la difficult&#233; pour les r&#233;volutionnaires de gagner du poids n'est pas subitement disparue mais o&#249; elle n'est pas non plus d'un seul coup beaucoup plus grande puisque c'est ces derni&#232;res ann&#233;es que ce poids politique de l'extr&#234;me-gauche a grandi.&lt;br /&gt;
Donc ni p&#233;riode de mont&#233;e fantastique des masses r&#233;volutionnaires (comme continuent &#224; l'imaginer certains trotskistes) ni p&#233;riode de recul (parler de recul depuis 1920 est sans signification). Il n'est pas n&#233;cessaire de chercher &#224; plaquer sur le monde entier des sch&#233;mas globaux de croissance (ou de d&#233;croissance) de la r&#233;volution alors que les crises sont ponctuelles. Constatons donc que le monde est seulement plus instable et le risque de crises sociales graves plus grand, en particulier qu'elles peuvent toucher les pays riches. Les capacit&#233;s de la bourgeoisie et de son Etat sont amenuis&#233;es face &#224; une classe ouvri&#232;re nombreuse et potentiellement tr&#232;s forte. Reste &#224; savoir quelle politique peut lui permettre d'utiliser ce potentiel et c'est toute la question !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement des courants staliniens et nationalistes radicaux plus ou moins repeints en rouge est &#233;vidente. Les illusions sur la Chine ou sur l'Albanie sont tomb&#233;es et pas moins violemment que celles sur les stalinisme. (Restent peut-&#234;tre celles sur Cuba notamment chez nos camarades trotskistes !). Ni les uns ni les autres n'&#233;taient des courants politiques visant &#224; renverser la domination imp&#233;rialiste sur le monde. Ils ont occup&#233; politiquement le terrain et st&#233;rilis&#233; les radicalisations des masses partout o&#249; ils l'ont pu et la situation actuelle catastrophique pour les masses pauvres est autant leur bilan que celui de l'imp&#233;rialisme lui-m&#234;me. Nous ne devons pas l'oublier m&#234;me quand les r&#233;gimes qui succ&#232;dent au faux socialisme ne sont pas rago&#251;tants du tout. Mais l'effondrement de leurs organisation ou de leurs id&#233;es ne signifie pas que les masses prol&#233;tariennes sont grandes ouvertes pour la p&#233;n&#233;tration des id&#233;es trotskistes. Et d'abord parce qu'il n'y a pas de vide : les syndicalistes, les nationalistes, tous les types de r&#233;formistes, sans parler des forces de droite ou d'extr&#234;me-droite sont toujours l&#224; et disposent de cr&#233;dit. &lt;br /&gt;
Pire m&#234;me, certaines forces radicales de la petite bourgeoisie disposent toujours de cr&#233;dit parmi les r&#233;volutionnaires trotskistes eux-m&#234;mes ! Le radicalisme bourgeois les armes &#224; la main a toujours ses adeptes dans la &#171; IV&#232;me internationale &#187; et toutes les arm&#233;es dites de gu&#233;rilla sont toujours consid&#233;r&#233;es par ses dirigeants comme des arm&#233;es combattant pour le socialisme, comme cela avait &#233;t&#233; le cas pour celle de Fidel Castro ou encore pour les combattants nicaraguayens. C'est encore le cas avec la lutte du Chiapas, et dans toute l'Am&#233;rique latine avec les diverses ELN. La remise du pouvoir sans combat des combattants nicaraguayens aux forces bourgeoises ne leur a rien appris. Car le probl&#232;me est social : ils voient des capacit&#233;s r&#233;volutionnaires socialistes dans d'autres forces que le prol&#233;tariat. Un Arafat, un Mao, un Fidel Castro ne sont pas des leaders de la classe ouvri&#232;re.&lt;br /&gt;
Et d'ailleurs voient-ils toujours le prol&#233;tariat lui-m&#234;me comme la force r&#233;volutionnaire ? Ou bien la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me n'est-elle pas &#224; leurs yeux autre chose que la somme des organisations syndicales du mouvement ouvrier ? Pr&#233;senter un Walesa, un Mandela, ou un Lula comme les v&#233;ritables dirigeants du prol&#233;tariat, c'est non seulement amener le prol&#233;tariat de d&#233;faites en d&#233;faites et de d&#233;sillusions en d&#233;sillusions mais c'est renoncer &#224; constituer une telle direction &#224; l'avenir. Un Lula qui se pr&#233;sentait comme le leader radical des ouvriers br&#233;siliens et fondait le PT, parti des travailleurs, a &#233;t&#233; soutenu politiquement par des r&#233;volutionnaires mais on peut voir aujourd'hui qu'avec la derni&#232;re crise de l'&#233;conomie br&#233;silienne il s'est d&#233;clar&#233; pr&#234;t &#224; aider le pr&#233;sident Cardoso &#224; sortir le pays de la crise du Real (la monnaie br&#233;silienne). La CUT, la centrale syndicale, et le PT l'ont soutenu. Pour les r&#233;volutionnaires qui continuent &#224; voir dans les syndicats une force presque r&#233;volutionnaire dans les p&#233;riodes de mont&#233;e, rappelons-nous que l'un des syndicats les plus puissants de Russie, celui des cheminots, le Vikjel, a failli, en faisant gr&#232;ve contre le pouvoir ouvrier lors de la prise du pouvoir des travailleurs en octobre 1917, &#234;tre la cause de l'&#233;chec de l'insurrection !&lt;br /&gt;
Affirmer une politique communiste r&#233;volutionnaire n&#233;cessitera toujours de contester la politique des syndicalistes, des r&#233;formistes de tous poils, nationalistes comme sociaux-d&#233;mocrates, mais aussi de les contester en leur prenant le cr&#233;dit parmi les travailleurs, de les renverser et de leur prendre le pouvoir. &lt;br /&gt;
Comme on l'a dit pr&#233;c&#233;demment, la m&#233;thode consistant &#224; voir, en d&#233;pit de la r&#233;alit&#233;, une mont&#233;e ou un recul du mouvement ouvrier mondial est contre-productive. Une politique r&#233;volutionnaire devra &#233;viter de jouer avec le thermom&#232;tre social de peur de le casser en voulant &#224; toute force faire rentrer la r&#233;alit&#233; dans des sch&#233;mas pr&#233;&#233;tablis. Rappelons que la fameuse conception des grandes &#233;poques de mont&#233;e ou de recul a &#233;t&#233; le produit non de la politique bolchevik mais des errances politiques de Zinoviev et de ses &#171; p&#233;riodes &#187;, reprise ensuite par Staline. &lt;br /&gt;
Les r&#233;volutionnaires doivent donc &#233;viter de th&#233;oriser sur le monde &#224; partir de leur champ d'action, de leurs choix locaux tactiques ou strat&#233;giques. Et pour l'&#233;viter, ils ne doivent pas se contenter de parler de &#171; ce qu'ils connaissent &#187; mais se lier aux groupes des autres pays, &#233;changer des appr&#233;ciations de la situation.&lt;br /&gt;
M&#234;me s'il existe de nombreux groupes trotskistes et m&#234;me quasiment dans tous les pays, ces &#233;changes et discussions s&#233;rieuses sur l'&#233;tat du mouvement ouvrier sont plus que rares. Elles se r&#233;duisent le plus souvent &#224; une r&#233;solution de congr&#232;s qui n'a pas grande influence sur la politique des organisations dans chaque pays et &#224; pas la discussion d'une politique et encore moins &#224; des &#233;changes entre militants en vue de constituer des &#233;quipes ayant confiance entre elles et confrontant leurs crit&#232;res de jugement. Et sans cela, ces regroupements n'ont d'international que le nom, car ils ne sont que des rassemblements sans r&#233;elle direction internationale. C'est malheureusement cela le bilan de la IV &#232;me internationale et des divers groupes qui en sont sortis. C'est justement de n'avoir jamais voulu tirer le bilan qui est le pire drame et pas d'avoir fait des erreurs ou d'avoir subi des pressions. &lt;br /&gt;
On ne pourra pas &#233;viter ces &#233;changes sur la mani&#232;re de comprendre le pass&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire si on veut constituer un jour une internationale, car le premier pas est cet &#233;change entre militants ne visant pas &#224; ramener &#224; son regroupement contre celui du voisin. Et de nouvelles situations doivent &#234;tre appr&#233;ci&#233;es par les r&#233;volutionnaires : chute du stalinisme, mani&#232;re de profiter de la situation pour l'implantation des r&#233;volutionnaires dans la classe ouvri&#232;re, comment ne pas se retrouver &#224; la remorque d'autres forces sociales dirig&#233;es par les r&#233;formistes, les nationalistes, les syndicalistes ou les staliniens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est m&#234;me sous la pression insistante de l'imp&#233;rialisme que l'URSS a &#233;t&#233; occuper une partie de la Cor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les fois o&#249; cette guerre a failli &#233;clater entre les USA et l'URSS, ce n'est pas du fait de l'opposition irr&#233;ductible entre deux syst&#232;mes (opposition dont la bureaucratie n'a jamais &#233;t&#233; le repr&#233;sentant) mais d'engrenages qu'aucun des deux camps n'avaient souhait&#233;, comme au d&#233;but de la guerre de Cor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout &#224; fait caract&#233;ristique est le fait que l'imp&#233;rialisme n'ait vu aucun obstacle &#224; ce que Hong Kong rejoigne la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1990, d&#233;j&#224;, dans la guerre du Golfe, les USA ont fait pression sur tous les pays, un par un pour qu'ils participent d'une mani&#232;re ou d'une autre. Bien entendu ce n'&#233;tait pas une n&#233;cessit&#233; militaire mais politique. C'est comme cela que l'on pouvait trouver dans les r&#233;giments envoy&#233;s l&#224;-bas y compris des troupes s&#233;n&#233;galaises !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple en Chine 89, si les &#233;tudiants ont &#233;t&#233; le facteur d&#233;clenchant des &#233;v&#233;nements de la place Tienanmen, les travailleurs ont eux aussi jou&#233; leur r&#244;le. Un quart de la place &#233;tait tous les jours occup&#233; par les ouvriers qui avaient proclam&#233; la n&#233;cessit&#233; d'une syndicat libre et la mobilisation &#233;tait r&#233;elle. Quand les forces arm&#233;es ont essay&#233; une premi&#232;re fois d'envahir la place, ils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par une mobilisation extraordinaire des travailleurs qui ont bloqu&#233; toutes les art&#232;res menant &#224; la place et entrepris spontan&#233;ment de d&#233;moraliser les soldats. Autre point frappant, apr&#232;s la d&#233;faite et la r&#233;pression, dans la liste des personnes recherch&#233;es affich&#233;e tous les jours &#224; la TV et dans la liste des condamn&#233;s &#224; mort publi&#233;e par le pouvoir il y avait une majorit&#233; d'ouvriers. Cela n'emp&#234;che pas tous les commentateurs de n'y voir qu'un mouvement &#233;tudiant alors qu'il est &#233;vident que ce que craignait le pouvoir et qui les a fait h&#233;siter sur la mani&#232;re de g&#233;rer la crise et m&#234;me se diviser sur cette question &#233;tait en premi&#232;re ligne le risque d'extension &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, en Indon&#233;sie on est pass&#233; de 45.000 travailleurs en gr&#232;ve en 1989 &#224; 2.496.000 en 1996. Au Salvador, c'est en 1997 que l'on assist&#233; &#224; une mont&#233;e spectaculaire : 645 gr&#232;ves contre entre 30 et 40 gr&#232;ves pendant toutes les ann&#233;es de 1988 &#224; 1996. L'Alg&#233;rie a connu une forte explosion des gr&#232;ves lors de la grave crise sociale de 1988-89 o&#249; le nombre de gr&#233;vistes est pass&#233; &#224; 285.619 en 1988 et encore 357.652 en 1989. La Pologne a elle aussi connu ces &#233;ruptions : moins de 300 gr&#232;ves avant 1992 puis 6351 en 1992, 7443 en 1993 et cela retombe &#224; 429 en 1994 puis &#224; moins de 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La chute de l'URSS et la fin de la politique des blocs</title>
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		<dc:date>2010-10-22T12:29:55Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Lire ici - Read here&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;17- Chute de l'URSS et fin de la politique des blocs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique54&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici - Read here&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Battre les travailleurs : un des objectifs du tournant des ann&#233;es 80</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article1715</link>
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		<dc:date>2010-10-22T12:28:58Z</dc:date>
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&lt;p&gt;USA &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 1980,la classe ouvri&#232;re am&#233;&#173;ric&#173;aine subit de s&#233;ri&#173;euses attein&#173;tes. Il est impor&#173;tant de com&#173;pren&#173;dre la nature de ces attein&#173;tes et de quelle mani&#232;re les tra&#173;vailleurs y r&#233;p&#173;on&#173;dirent. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect le plus &#233;vident de la situa&#173;tion de l'ouvrier am&#233;&#173;ricain a &#233;t&#233; le d&#233;clin du mou&#173;ve&#173;ment syn&#173;di&#173;cal. Alors qu'il repr&#233;s&#173;entait 33 % de la force de tra&#173;vail non agri&#173;cole en 1955, le syn&#173;di&#173;ca&#173;lisme est tomb&#233; &#224; envi&#173;ron 18 %. Environ 20 % des votes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;17- Chute de l'URSS et fin de la politique des blocs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;USA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980,la classe ouvri&#232;re am&#233;&#173;ric&#173;aine subit de s&#233;ri&#173;euses attein&#173;tes. Il est impor&#173;tant de com&#173;pren&#173;dre la nature de ces attein&#173;tes et de quelle mani&#232;re les tra&#173;vailleurs y r&#233;p&#173;on&#173;dirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect le plus &#233;vident de la situa&#173;tion de l'ouvrier am&#233;&#173;ricain a &#233;t&#233; le d&#233;clin du mou&#173;ve&#173;ment syn&#173;di&#173;cal. Alors qu'il repr&#233;s&#173;entait 33 % de la force de tra&#173;vail non agri&#173;cole en 1955, le syn&#173;di&#173;ca&#173;lisme est tomb&#233; &#224; envi&#173;ron 18 %. Environ 20 % des votes de reconnais&#173;sance/sup&#173;pres&#173;sion de reconnais&#173;sance [des syn&#173;di&#173;cats dans les entre&#173;pri&#173;ses] furent des votes excluant la reconnais&#173;sance syn&#173;di&#173;cale et le plus sou&#173;vent en faveur de cette exclu&#173;sion. En 1960, il y avait eu seu&#173;le&#173;ment un vote de non-reconnais&#173;sance pour chaque tran&#173;che de trente votes accep&#173;tant le syn&#173;di&#173;cat comme agent de dis&#173;cus&#173;sion des condi&#173;tions de tra&#173;vail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il exis&#173;tait trois rai&#173;sons prin&#173;ci&#173;pa&#173;les &#224; cette situa&#173;tion, qui n'&#233;taient pas sp&#233;&#173;ci&#173;fique aux ann&#233;es 1980, car elle se pour&#173;sui&#173;vit bien au-del&#224; des ann&#233;es 1990. La pre&#173;mi&#232;re de ces rai&#173;sons est l'&#233;tat de l'&#233;co&#173;nomie. Une impor&#173;tante d&#233;pr&#173;ession dans la pre&#173;mi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1980, suivie d'un redres&#173;se&#173;ment par&#173;tiel qui laissa le ch&#244;mage &#224; un taux plus &#233;lev&#233; que les autres pics des r&#233;c&#173;essions de l'apr&#232;s-seconde guerre mon&#173;diale, fit dimi&#173;nuer, pour le moins, l'appar&#173;te&#173;nance syn&#173;di&#173;cale. Le d&#233;clin de l'emploi indus&#173;triel a non seu&#173;le&#173;ment laiss&#233; les syn&#173;di&#173;cats avec une base plus &#233;tr&#173;oite dans leurs domai&#173;nes tra&#173;di&#173;tion&#173;nels, mais aussi ouvert la porte &#224; une inva&#173;sion de jaunes (bri&#173;seurs de gr&#232;ve) et affai&#173;bli le pou&#173;voir des syn&#173;di&#173;cats de mar&#173;chan&#173;der dans le genre de o&#249; ils &#233;taient sus&#173;cep&#173;ti&#173;bles de gagner : les salai&#173;res et les avan&#173;ta&#173;ges sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison fut le pou&#173;voir d'une admi&#173;nis&#173;tra&#173;tion droi&#173;ti&#232;re, r&#233;so&#173;lument anti-syn&#173;di&#173;cale. On n'a gu&#232;re besoin de s'&#233;tendre l&#224;-dessus, sinon pour sou&#173;li&#173;gner que cela n'a pas com&#173;menc&#233; avec l'&#233;lection de Ronald Reagan [1980]. Les &#233;l&#233;ments qui per&#173;mi&#173;rent &#224; Reagan de briser la gr&#232;ve des contr&#244;leurs a&#233;riens en 1983 par exem&#173;ple avaient tous &#233;t&#233; mis en place par Jimmy Carter, lequel avait b&#233;n&#233;&#173;fici&#233; du sou&#173;tien des diri&#173;geants syn&#173;di&#173;caux. Cela avait &#233;t&#233; vrai aussi pour le mou&#173;ve&#173;ment de d&#233;r&#233;&#173;gu&#173;lation d'indus&#173;tries qui &#233;taient jusqu'alors &#233;tr&#173;oi&#173;tement r&#233;g&#173;lement&#233;es (comme les trans&#173;ports) et dans les&#173;quel&#173;les des salai&#173;res et avan&#173;ta&#173;ges sociaux rela&#173;ti&#173;ve&#173;ment &#233;lev&#233;s avaient contri&#173;bu&#233; &#224; une sta&#173;bi&#173;li&#173;sa&#173;tion des rela&#173;tions mana&#173;ge&#173;ment-syn&#173;di&#173;cats. Les poli&#173;ti&#173;ques gou&#173;ver&#173;ne&#173;men&#173;ta&#173;les entra&#238;&#173;n&#232;rent des chan&#173;ge&#173;ments dans l'admi&#173;nis&#173;tra&#173;tion plut&#244;t que dans la l&#233;g&#173;is&#173;lation. Le refus d'appli&#173;quer les lois favo&#173;ra&#173;bles aux tra&#173;vailleurs ou la d&#233;sig&#173;nation pour les orga&#173;nis&#173;mes de contr&#244;le et les postes admi&#173;nis&#173;tra&#173;tifs d'id&#233;o&#173;logues pro busi&#173;ness eut un impact signi&#173;fi&#173;ca&#173;tif dans des sec&#173;teurs comme la sant&#233; et la s&#233;curit&#233; et la r&#233;int&#173;erp&#173;r&#233;tation de ce qui &#233;tait auto&#173;ris&#233; par un National Labor Relations Board devenu r&#233;so&#173;lument anti&#173;syn&#173;di&#173;cal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de la poli&#173;ti&#173;que gou&#173;ver&#173;ne&#173;men&#173;tale sur les rela&#173;tions de tra&#173;vail &#233;tait ren&#173;forc&#233; par l'extr&#234;me conser&#173;va&#173;tisme des diri&#173;geants syn&#173;di&#173;caux, ce qui cons&#173;ti&#173;tue la troi&#173;si&#232;me raison du d&#233;clin du mou&#173;ve&#173;ment syn&#173;di&#173;cal. Il ne fait aucun doute qu'avec le d&#233;clin &#233;co&#173;no&#173;mique, la capa&#173;cit&#233; des syn&#173;di&#173;cats d'am&#233;l&#173;iorer ou m&#234;me de main&#173;te&#173;nir les salai&#173;res et avan&#173;ta&#173;ges sociaux aurait, de toute fa&#231;on &#233;t&#233; limit&#233;e. Mais dans bien des cas, la fai&#173;blesse des syn&#173;di&#173;cats &#233;tait inh&#233;r&#173;ente &#224; l'orga&#173;ni&#173;sa&#173;tion elle-m&#234;me. Il y avait une m&#233;fi&#173;ance inn&#233;e des adh&#233;rents qui remon&#173;tait aux tout d&#233;buts du syn&#173;di&#173;ca&#173;lisme, une crainte du mili&#173;tan&#173;tisme de la base. R&#233;sultat, il exis&#173;tait une forte ten&#173;dance &#224; faire d&#233;p&#173;endre le main&#173;tien de la puis&#173;sance syn&#173;di&#173;cale de la poli&#173;ti&#173;que (au sens le plus &#233;troit du terme) gou&#173;ver&#173;ne&#173;men&#173;tale plut&#244;t que de la lutte de classe ou de la soli&#173;da&#173;rit&#233; . En outre, il exis&#173;tait une cer&#173;taine peur de s'oppo&#173;ser aux d&#233;cisions gou&#173;ver&#173;ne&#173;men&#173;ta&#173;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, la d&#233;f&#173;aite de la gr&#232;ve des contr&#244;leurs a&#233;riens et la des&#173;truc&#173;tion de leur syn&#173;di&#173;cat don&#173;nait le ton pour le reste des ann&#233;es Reagan. Il existe main&#173;tes preu&#173;ves du sou&#173;tien apport&#233; &#224; cette gr&#232;ve par les autres syn&#173;di&#173;cats, par exem&#173;ple par les pilo&#173;tes de ligne et sur&#173;tout par les m&#233;ca&#173;niciens, mem&#173;bres du syn&#173;di&#173;cat sup&#173;pos&#233; le plus mili&#173;tant, conduit &#224; ce moment par celui qui se pro&#173;cla&#173;mait lui-m&#234;me &#171; socia&#173;liste &#187;.Cela aurait pu pr&#233;&#173;venir la d&#233;f&#173;aite ou du moins en adou&#173;cir les rava&#173;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;ca&#173;niciens n'&#233;taient pas seuls. Owen Bieber, ancien pr&#233;&#173;sident de l'UAW [1983-1995], d&#233;c&#173;lara : &#171; Je pense qu'il est tota&#173;le&#173;ment faux, de diff&#233;rents points de vue, de penser que les tra&#173;vailleurs am&#233;&#173;ricains devraient entrer en concur&#173;rence avec des tra&#173;vailleurs des pays &#233;tr&#173;angers, qui sont contraints de tra&#173;vailler dans des condi&#173;tions d'escla&#173;vage ou de semi-escla&#173;vage (198). &#187; Deux points doi&#173;vent &#234;tre relev&#233;s dans ce propos. Le pre&#173;mier est que la solu&#173;tion de Bieber au pro&#173;bl&#232;me &#233;tait une pro&#173;tec&#173;tion tari&#173;faire en faveur de l'indus&#173;trie am&#233;&#173;ric&#173;aine. L'autre est le fait que sa condam&#173;na&#173;tion de la concur&#173;rence d&#233;lo&#173;yale entre tra&#173;vailleurs ne s'&#233;tendait pas aux mem&#173;bres de son propre syn&#173;di&#173;cat. L'UAW lais&#173;sait par&#173;fai&#173;te&#173;ment les sec&#173;tions loca&#173;les se faire concur&#173;rence, pour voir laquelle ferait le plus de conces&#173;sions aux entre&#173;pri&#173;ses de l'auto&#173;mo&#173;bile pour enrayer le d&#233;clin du nombre des adh&#233;rents ou tout au moins le sta&#173;bi&#173;li&#173;ser. Le point de vue exprim&#233; par Bieber &#233;tait par&#173;tag&#233; par les autres diri&#173;geants syn&#173;di&#173;caux. Lane Kirkland, pr&#233;&#173;sident de l'AFL-CIO [de 1979 &#224; 1995], dit que &#171; selon nous, la poli&#173;ti&#173;que des autres pays qui basent leurs expor&#173;ta&#173;tions sur l'exploi&#173;ta&#173;tion d'&#234;tre humains aux plus bas niveaux et en leur d&#233;niant tout droit syn&#173;di&#173;cal est la pire forme de pro&#173;tec&#173;tion&#173;nisme et la plus inhu&#173;maine (199). &#187; Il y a une ironie bien sp&#233;c&#173;iale dans ce propos. L'AFL-CIO a cons&#173;tam&#173;ment sou&#173;tenu le d&#233;p&#173;ar&#173;tement d'Etat am&#233;&#173;ricain et la CIA dans la r&#233;pr&#173;ession des mili&#173;tants syn&#173;di&#173;caux, par&#173;ti&#173;cu&#173;li&#232;&#173;rement dans les pays dits du tiers monde, l&#224; o&#249; les diff&#233;r&#173;ences de salai&#173;res avec les tra&#173;vailleurs am&#233;&#173;ricains sont les plus en jeu. Le sou&#173;tien &#224; la poli&#173;ti&#173;que de la guerre froide a tou&#173;jours &#233;t&#233; au pre&#173;mier plan des pr&#233;&#173;oc&#173;cu&#173;pations des diri&#173;geants syn&#173;di&#173;caux am&#233;&#173;ricains, bien avant toute forme de soli&#173;da&#173;rit&#233; de classe avec les tra&#173;vailleurs des pays &#233;tr&#173;angers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syn&#173;di&#173;cats am&#233;&#173;ricains ont pris deux direc&#173;tions face &#224; ces pro&#173;bl&#232;mes. La pre&#173;mi&#232;re est celle du pro&#173;tec&#173;tion&#173;nisme. La seconde fut l'orga&#173;ni&#173;sa&#173;tion des tra&#173;vailleurs hors de leurs indus&#173;tries pour tenter de stop&#173;per le d&#233;clin des adh&#233;sions. L'UAW promut le District 65, affi&#173;li&#233; depuis 1981, au statut de d&#233;p&#173;ar&#173;tement &#224; part enti&#232;re de la f&#233;d&#233;&#173;ration (200). Le District 65 repr&#233;s&#173;entait prin&#173;ci&#173;pa&#173;le&#173;ment les tra&#173;vailleurs des ser&#173;vi&#173;ces et les cols blancs du com&#173;merce de d&#233;tail, des uni&#173;ver&#173;sit&#233;s, de la publi&#173;cit&#233;, des jour&#173;naux, de l'admi&#173;nis&#173;tra&#173;tion des Eglises et des cen&#173;tres de soins infan&#173;ti&#173;les. De plus, l'UAW annon&#231;a la cr&#233;ation de trois nou&#173;veaux comit&#233;s de conci&#173;lia&#173;tion, incluant un Comit&#233; des tra&#173;vailleurs des ser&#173;vi&#173;ces publics et un Comit&#233; des tra&#173;vailleurs de la sant&#233;. L'UAW r&#233;ussit &#224; gagner le droit d'orga&#173;ni&#173;ser les tra&#173;vailleurs de Blue Cross/ Blue Shield et les employ&#233;s de l'Etat du Michigan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signi&#173;fiait toute cette acti&#173;vit&#233; ? D'abord, elle impli&#173;quait l'UAW dans des batailles juri&#173;di&#173;ques pour tenter de gagner des tra&#173;vailleurs d'autres syn&#173;di&#173;cats. Ensuite, il n'en r&#233;s&#173;ultait pas pour autant que l'UAW ren&#173;contrait un succ&#232;s quel&#173;conque dans l'orga&#173;ni&#173;sa&#173;tion des cols blancs de l'indus&#173;trie auto&#173;mo&#173;bile. Sauf pour les cols blancs et les tech&#173;ni&#173;ciens de Chrysler, le succ&#232;s de l'UAW dans ce sec&#173;teur fut quasi inexis&#173;tant. Troisi&#232;mement, elle ten&#173;dait &#224; ren&#173;for&#173;cer les pires ten&#173;dan&#173;ces bureau&#173;cra&#173;ti&#173;ques dans les syn&#173;di&#173;cats. Les fonc&#173;tion&#173;nai&#173;res, les tra&#173;vailleurs de la sant&#233; et ceux des uni&#173;ver&#173;sit&#233;s avaient bien peu de choses en commun (en termes de mar&#173;chan&#173;dage syn&#173;di&#173;cal) avec les tra&#173;vailleurs de l'auto&#173;mo&#173;bile, qu'ils soient cols bleus ou cols blancs. C'&#233;tait alors facile pour les lea&#173;ders syn&#173;di&#173;caux de divi&#173;ser leurs mem&#173;bres en divi&#173;sions plus g&#233;rables (en termes bureau&#173;cra&#173;ti&#173;ques). De plus, les tra&#173;vailleurs ext&#233;rieurs &#224; la prin&#173;ci&#173;pale indus&#173;trie o&#249; &#339;uvrait l'UAW se situaient habi&#173;tuel&#173;le&#173;ment dans des unit&#233;s de tra&#173;vail plus peti&#173;tes et plus fai&#173;bles, d&#233;p&#173;endant beau&#173;coup &#233;tr&#173;oi&#173;tement de la cen&#173;trale. Ils pou&#173;vaient four&#173;nir plus ais&#233;ment une assise pour r&#233;s&#173;ister aux mili&#173;tants de l'indus&#173;trie de base ou, tout au moins, rester neu&#173;tres dans les luttes entre les adh&#233;rents et la direc&#173;tion natio&#173;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des caract&#233;r&#173;is&#173;tiques des ann&#233;es 1980 fut l'adop&#173;tion lar&#173;ge&#173;ment r&#233;p&#173;andue des &#171; nou&#173;vel&#173;les rela&#173;tions de tra&#173;vail &#187;, la &#171; lean pro&#173;duc&#173;tion &#187; sup&#173;pos&#233;e copi&#233;e sur les Japonais. Cela signi&#173;fiait le rem&#173;pla&#173;ce&#173;ment des rela&#173;tions de tra&#173;vail conflic&#173;tuel&#173;les par des rela&#173;tions de col&#173;la&#173;bo&#173;ra&#173;tion. Un des &#233;l&#233;ments que cela com&#173;por&#173;tait, consis&#173;tait &#224; d&#233;p&#173;lacer l'accent mis sur la paie et les avan&#173;ta&#173;ges sociaux vers l'orga&#173;ni&#173;sa&#173;tion de base et les condi&#173;tions de tra&#173;vail. D'une cer&#173;taine fa&#231;on, c'&#233;tait un pas dans la m&#234;me direc&#173;tion que les syn&#173;di&#173;cats. Le contrat social tel que le d&#233;c&#173;rivait quel&#173;ques his&#173;to&#173;riens (201), le mar&#173;chan&#173;dage de salai&#173;res plus &#233;lev&#233;s et des avan&#173;ta&#173;ges sociaux contre une plus grande dis&#173;ci&#173;pline dans l'ate&#173;lier, avaient entra&#238;n&#233; une aggra&#173;va&#173;tion des condi&#173;tions de tra&#173;vail qui attei&#173;gni&#173;rent une sorte de sommet avec les &#171; nou&#173;vel&#173;les rela&#173;tions socia&#173;les &#187;. Les conces&#173;sions faites par Chrysler et autres soci&#233;t&#233;s auto&#173;mo&#173;bi&#173;les, l'ossa&#173;ture du projet Saturne de General Motors (depuis rejet&#233; par les tra&#173;vailleurs) et d'autres arran&#173;ge&#173;ments &#233;taient typi&#173;ques en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres indus&#173;tries et dans des entre&#173;pri&#173;ses sans syn&#173;di&#173;cat, la d&#233;g&#173;ra&#173;dation des condi&#173;tions de tra&#173;vail &#233;tait beau&#173;coup plus impor&#173;tante. Si l'on ten&#173;tait de cal&#173;cu&#173;ler la source des b&#233;n&#233;&#173;fices &#233;normes, bat&#173;tant tous les records, de l'indus&#173;trie de l'auto&#173;mo&#173;bile en 1985, 1986 et ult&#233;ri&#173;eu&#173;rement, il appa&#173;ra&#238;trait que les conces&#173;sions sur les salai&#173;res et avan&#173;ta&#173;ges sociaux ne comp&#173;taient gu&#232;re dans l'ensem&#173;ble. Les conces&#173;sions sur les condi&#173;tions de tra&#173;vail et les clas&#173;si&#173;fi&#173;ca&#173;tions d'emplois faites au niveau local et beau&#173;coup plus r&#233;elles que les conces&#173;sions finan&#173;ci&#232;res cons&#173;ti&#173;tuaient la source de la plus grosse partie de ces super&#173;pro&#173;fits. Cela permit, par exem&#173;ple, &#224; Chrysler de r&#233;a&#173;liser les plus gros b&#233;n&#233;&#173;fices de son his&#173;toire avec seu&#173;le&#173;ment la moiti&#233; de la force de tra&#173;vail des ann&#233;es ayant pr&#233;c&#233;d&#233; ces conces&#173;sions. En &#233;ch&#173;ange des&#173;di&#173;tes conces&#173;sions, les tra&#173;vailleurs &#233;taient par&#173;fois invit&#233;s par les diri&#173;geants &#224; par&#173;ti&#173;ci&#173;per sur leur temps de tra&#173;vail &#224; des ses&#173;sions de bavar&#173;da&#173;ges, qui &#233;taient essen&#173;tiel&#173;le&#173;ment des clas&#173;ses d'endoc&#173;tri&#173;ne&#173;ment pour la poli&#173;ti&#173;que de l'entre&#173;prise, dans les&#173;quel&#173;les il leur &#233;tait accord&#233; une parole r&#233;d&#173;uite, pour expli&#173;quer com&#173;ment les objec&#173;tifs de pro&#173;duc&#173;tion fix&#233;s par la soci&#233;t&#233; devaient &#234;tre atteints tout en main&#173;te&#173;nant ou am&#233;l&#173;iorant la qua&#173;lit&#233; des pro&#173;duits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas sur&#173;pre&#173;nant, d&#232;s lors, que les condi&#173;tions de tra&#173;vail soient deve&#173;nues dans les ann&#233;es 1980, une fois de plus, une des prin&#173;ci&#173;pa&#173;les pr&#233;&#173;oc&#173;cu&#173;pations (avec la s&#233;curit&#233; de l'emploi) des tra&#173;vailleurs (202). Une indi&#173;ca&#173;tion de la dis&#173;tance qui s&#233;parait les tra&#173;vailleurs de leurs diri&#173;geants syn&#173;di&#173;caux et du degr&#233; de sophis&#173;ti&#173;ca&#173;tion que les tra&#173;vailleurs attei&#173;gnaient dans le monde r&#233;el des rela&#173;tions de tra&#173;vail sont four&#173;nis par des entre&#173;tiens d'ouvriers recueillis aux portes de l'usine Chrysler &#224; D&#233;troit, apr&#232;s un accord entre l'entre&#173;prise et l'UAW. Les diri&#173;geants du syn&#173;di&#173;cat avaient sign&#233; un accord qui avait &#233;t&#233; rejet&#233; par les syn&#173;di&#173;qu&#233;s. Cela avait &#233;t&#233; suivi par des am&#233;l&#173;io&#173;rations impor&#173;tan&#173;tes pour les tra&#173;vailleurs des usines Chrysler du Canada (qui plus tard rom&#173;pi&#173;rent avec l'UAW am&#233;&#173;ric&#173;aine pour former un syn&#173;di&#173;cat cana&#173;dien ind&#233;p&#173;endant). L'UAW ren&#233;&#173;gocia un accord qui r&#233;tabl&#173;issait la plus grosse partie des pertes finan&#173;ci&#232;res des ann&#233;es pr&#233;&#173;c&#233;d&#173;entes. Quelques tra&#173;vailleurs, inter&#173;rog&#233;s sur le nouvel accord, avouaient qu'il &#233;tait plut&#244;t bon mais ils pen&#173;saient qu'ils auraient &#224; le payer par la d&#233;g&#173;ra&#173;dation de leurs condi&#173;tions de tra&#173;vail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'une indi&#173;ca&#173;tion de la m&#233;fi&#173;ance entre&#173;te&#173;nue par les tra&#173;vailleurs &#224; l'&#233;gard de leurs diri&#173;geants syn&#173;di&#173;caux. Une des luttes les plus impor&#173;tan&#173;tes de la base contre une direc&#173;tion natio&#173;nale conser&#173;va&#173;trice fut la longue bataille des tra&#173;vailleurs de Hormel contre leur employeur, contre le gou&#173;ver&#173;ne&#173;ment et contre leur propre syn&#173;di&#173;cat, le United Food and Commercial Workers (UFCW) (203). Apr&#232;s avoir refus&#233; de faire des conces&#173;sions &#224; une soci&#233;t&#233; qui &#233;tait b&#233;n&#233;&#173;fici&#173;aire, la sec&#173;tion locale, connue comme P-9, d&#233;cl&#173;encha la gr&#232;ve. Celle-ci fut sabot&#233;e par l'UFCW qui fina&#173;le&#173;ment tenta de d&#233;tr&#173;uire la sec&#173;tion P-9. Cette sec&#173;tion fait main&#173;te&#173;nant partie du syn&#173;di&#173;cat North American Meat Packers Union &#224; Austin, Minnesota et conti&#173;nue sa cam&#173;pa&#173;gne pour un boy&#173;cott des pro&#173;duits Hormel et tente d'orga&#173;ni&#173;ser les tra&#173;vailleurs du condi&#173;tion&#173;ne&#173;ment de la viande. La sec&#173;tion trouva un sou&#173;tien consid&#233;&#173;rable des tra&#173;vailleurs et sec&#173;tions syn&#173;di&#173;ca&#173;les dans tout le pays, mais devant le refus de tous les syn&#173;di&#173;cats de pr&#234;ter la man, le d&#233;clin &#233;tait in&#233;&#173;vi&#173;table (204).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syn&#173;di&#173;cats, quand ils rem&#173;por&#173;taient des succ&#232;s, pou&#173;vaient obte&#173;nir des am&#233;l&#173;io&#173;rations de salai&#173;res et des avan&#173;ta&#173;ges sociaux mais &#233;taient inca&#173;pa&#173;bles de r&#233;d&#173;uire l'ali&#233;&#173;nation et l'exploi&#173;ta&#173;tion du tra&#173;vail. En 1997, le syn&#173;di&#173;cat des Teamsters gagna une vic&#173;toire ind&#233;n&#173;iable contre United Parcel Service. Un des points pour lequel le syn&#173;di&#173;cat avait fait des avanc&#233;es &#233;tait la r&#233;d&#173;uction de l'uti&#173;li&#173;sa&#173;tion inten&#173;sive des tra&#173;vailleurs &#224; temps par&#173;tiel. Un diri&#173;geant d'UPS indi&#173;quait que l'entre&#173;prise pr&#233;&#173;f&#233;rait les temps par&#173;tiels, parce que les tra&#173;vailleurs &#224; plein temps n'arri&#173;vaient pas &#224; tenir le rythme impos&#233; pen&#173;dant huit heures d'affil&#233;e. Deux tra&#173;vailleurs &#224; temps par&#173;tiel pou&#173;vaient assu&#173;rer ce rythme plus faci&#173;le&#173;ment. L'acc&#233;&#173;l&#233;&#173;ration du rythme de tra&#173;vail est un vieux pro&#173;bl&#232;me &#224; IPS. L'ancienne direc&#173;tion des Teamsters l'avait auto&#173;ris&#233; et l'admi&#173;nis&#173;tra&#173;tion Carey n'y avait rien chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syn&#173;di&#173;cats, d&#232;s lors, sont des ins&#173;ti&#173;tu&#173;tions contra&#173;dic&#173;toi&#173;res. D'un c&#244;t&#233;, ils ten&#173;dent &#224; am&#233;l&#173;iorer les salai&#173;res et les avan&#173;ta&#173;ges sociaux pour leurs mem&#173;bres. D'un autre c&#244;t&#233;, ils devien&#173;nent plus auto&#173;ri&#173;tai&#173;res dans leurs struc&#173;tu&#173;res et leurs pra&#173;ti&#173;ques, et devien&#173;nent &#233;tr&#173;angers &#224; leurs mem&#173;bres qui n'y trou&#173;vent gu&#232;re de recours pour com&#173;bat&#173;tre l'ali&#233;&#173;nation du tra&#173;vail. Un des r&#233;s&#173;ultats est que ce que les diri&#173;geants des syn&#173;di&#173;cats appel&#173;lent l'apa&#173;thie. Les tra&#173;vailleurs igno&#173;rent leurs syn&#173;di&#173;cats autant qu'ils le peu&#173;vent, ne par&#173;ti&#173;ci&#173;pent pas aux mee&#173;tings syn&#173;di&#173;caux (une situa&#173;tion que les syn&#173;di&#173;cats ne d&#233;c&#173;ou&#173;ragent pas) et la majo&#173;rit&#233; des tra&#173;vailleurs ne par&#173;ti&#173;ci&#173;pent pas aux &#233;lections syn&#173;di&#173;ca&#173;les. Les syn&#173;di&#173;cats rem&#173;plis&#173;sent des fonc&#173;tions signi&#173;fi&#173;ca&#173;ti&#173;ves dans la soci&#233;t&#233; capi&#173;ta&#173;liste et il n'est pas vrai&#173;sem&#173;bla&#173;ble qu'ils dis&#173;pa&#173;rais&#173;sent. Mais leur avenir n'est pas brillant. Une pos&#173;si&#173;bi&#173;lit&#233; est que dans toute r&#233;v&#173;olte ouvri&#232;re, les syn&#173;di&#173;cats actuels peu&#173;vent tr&#232;s bien &#234;tre d&#233;pass&#233;s par de nou&#173;vel&#173;les formes d'orga&#173;ni&#173;sa&#173;tion, de la m&#234;me mani&#232;re que le syn&#173;di&#173;cat mori&#173;bond AFL avait &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; par les syn&#173;di&#173;cats indus&#173;triels &#233;mergents dans les ann&#233;es 1930. L'AFL fut capa&#173;ble de sur&#173;vi&#173;vre, de gran&#173;dir et de se r&#233;aff&#173;irmer comme un &#233;l&#233;ment domi&#173;nant du mou&#173;ve&#173;ment ouvrier. Que l'his&#173;toire se r&#233;p&#232;te, cela reste &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. G. et S. F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANGLETERRE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve d&#233;faite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par No&#235;lle Burgi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er mai 1984 : le gouvernement Thatcher annonce la fermeture de la mine de Cottonwood, dans le Yorkshire. La gr&#232;ve que les mineurs engageront quatre jours plus tard durera un an - mais la trou&#233;e ouverte par son &#233;chec dans les lignes du mouvement ouvrier et des organisations syndicales ne se refermera plus. &#192; travers elle, le paradigme n&#233;o-lib&#233;ral pourra s'engouffrer et s'&#233;tendre aux dimensions du monde. Retour sur une strat&#233;gie, et chronologie d'un d&#233;sastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#235;lle Burgi a notamment publi&#233; : L'&#201;tat britannique contre les syndicats, Kim&#233;, 1992 ; Fractures de l'&#201;tat-nation (dir), Kim&#233;, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Margaret Thatcher &#233;tait encore dans l'opposition quand elle a commenc&#233; &#224; se pr&#233;parer &#224; la grande gr&#232;ve des mineurs qui se d&#233;clencherait en mars 1984 et durerait exactement un an. La port&#233;e historique de cet &#233;v&#233;nement ne saurait &#234;tre sous-estim&#233;e : agissant dans une situation strat&#233;gique complexe qu'elle a partiellement configur&#233;e et dont elle s'est habilement saisie, la Dame de fer a ainsi permis au n&#233;olib&#233;ralisme anglo-saxon d'imposer au monde entier ses normes et son id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve avait &#233;t&#233; minutieusement pr&#233;par&#233;e. Au lendemain de son &#233;lection en 1975 &#224; la t&#234;te du parti conservateur, Margaret Thatcher avait mis sur pied des groupes de travail charg&#233;s d'&#233;laborer sa &#171; contre-r&#233;volution politique et sociale &#187; dont le succ&#232;s passait par une &#233;preuve de force monumentale avec le mouvement ouvrier. Un rapport confidentiel de l'&#233;poque, le rapport Ridley, d&#233;finissait les houill&#232;res comme le &#171; champ de bataille le plus probable &#187; et pr&#233;conisait une s&#233;rie de mesures pr&#233;ventives (accumulation de stocks de charbon, recrutement de camionneurs non syndiqu&#233;s dans les transports routiers, etc.) pour briser la r&#233;sistance des &#171; ennemis de l'int&#233;rieur &#187; avant m&#234;me qu'ils ne s'organisent. Par ailleurs, d'autres mesures &#233;taient envisag&#233;es pour aff&#251;ter les armes de ceux qui serviraient le moment venu d'alli&#233;s indispensables au pouvoir politique. Ainsi, apr&#232;s la victoire &#233;lectorale des tories en 1979, la police a d&#233;velopp&#233; une force nationale mobile, responsable devant un comit&#233; de coordination, dot&#233;e de mat&#233;riels et d'entra&#238;nements sp&#233;cifiques. Les capacit&#233;s d'intervention p&#233;nale ont &#233;t&#233; renforc&#233;es &#224; travers une premi&#232;re s&#233;rie de r&#233;formes limitant la l&#233;galit&#233; des conflits du travail, et engageant la responsabilit&#233; civile ou p&#233;nale des syndicats et des militants. Une nouvelle politique &#233;nerg&#233;tique orient&#233;e prioritairement vers le nucl&#233;aire fut annonc&#233;e d&#232;s octobre 1979, initiative suivie par une augmentation des stocks de charbon et des importations de p&#233;trole, une inversion du rapport charbon-p&#233;trole dans la production d'&#233;lectricit&#233; et la cr&#233;ation d'une commission sp&#233;ciale charg&#233;e de pr&#233;parer des plans pour r&#233;primer tout conflit du travail important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il &#233;tait techniquement pr&#234;t &#224; affronter les mineurs, le gouvernement tory a cependant recul&#233; devant une menace de gr&#232;ve en 1981. La tactique &#233;tait habile. Margaret Thatcher ne perdait rien &#224; diff&#233;rer provisoirement son plan de restructuration des charbonnages : les moins malins croyaient &#224; une faiblesse gouvernementale, les plus avertis comprenaient qu'il fallait encore &#171; colorer l'eau [...], ce qui signifiait conditionner le climat de l'opinion publique &#187;. Comme l'a expliqu&#233; un responsable politique de l'&#233;poque, &#171; le probl&#232;me &#233;tait de savoir comment faire face au pouvoir mythique de la NUM [National Union of Miners, le syndicat des mineurs]. C'&#233;tait clair en f&#233;vrier 1981. Les &#233;ditoriaux d'alors, de droite ou de gauche, &#233;crivaient tous : &#8220;Terrible m&#233;tier..., hommes d&#233;cents..., donnez leur l'argent !&#8221; Autrement dit, &#8220;nous n'&#233;tions pas pr&#234;ts, mentalement. Les syndicats ont eu l'impression qu'on nous avait envoy&#233;s au tapis. C'&#233;tait d&#233;lib&#233;r&#233; : ils recevraient notre poing la prochaine fois !&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que la gr&#232;ve allait mettre en oeuvre une violence inou&#239;e dans les rapports sociaux, cette temporisation en vue d'une pr&#233;paration psychologique de la soci&#233;t&#233; comportait une double dimension, pragmatique et spectaculaire. D'un c&#244;t&#233;, il fallait s'assurer que la police n'h&#233;site pas &#224; faire la d&#233;monstration de sa force et de ses nouvelles capacit&#233;s. Le moment venu, on lui demanderait en effet d'&#233;taler au grand jour le pouvoir r&#233;pressif de l'&#201;tat, et notamment d'aider &#224; transformer en d&#233;lits des agissements qui ne l'&#233;taient pas. Elle n'avait jamais jou&#233; un tel r&#244;le national, n'y &#233;tait pas pr&#234;te en 1981 et, &#224; en croire des t&#233;moignages exprim&#233;s pendant et apr&#232;s le conflit, a con&#231;u une grande amertume &#224; servir ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, Thatcher voulait que la d&#233;faite planifi&#233;e de la gr&#232;ve serve d'exemple pour tous, &#224; commencer par les salari&#233;s et leurs repr&#233;sentants. Par l&#224;, elle voulait infl&#233;chir radicalement le rapport des forces &#233;conomiques et sociales et rendre ill&#233;gitime, sinon ill&#233;gale, toute &#171; pratique restrictive &#187; de la part des syndicats, toute &#171; crispation &#187; sur les acquis sociaux, et plus largement toute revendication de justice ou d'&#233;quit&#233; sociales. Elle avait bien choisi son terrain. Les mineurs, consid&#233;r&#233;s comme le fer de lance de la classe ouvri&#232;re, avaient acquis une r&#233;putation d'invincibilit&#233; apr&#232;s leurs gr&#232;ves de 1972 et 1974, qui renvers&#232;rent le gouvernement conservateur d'Edward Heath. En outre, la nature de leur travail rude et dangereux dans un monde souterrain hostile, ainsi que la culture du travail, sinon du d&#233;vouement &#224; l'effort, transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration pour s'adapter et se r&#233;approprier dignement l'univers de la mine, en avaient fait les h&#233;ros de l'industrie, les h&#233;ros du travail. Cette repr&#233;sentation &#233;tait encore pr&#233;gnante dans l'imaginaire collectif au d&#233;but des ann&#233;es 1980, et elle faisait sens pour beaucoup de mineurs malgr&#233; l'&#233;volution (in&#233;gale selon les bassins) de leurs conditions de vie et de travail depuis la Seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, Margaret Thatcher nommait &#224; la t&#234;te des charbonnages britanniques Ian MacGregor, un manager issu du priv&#233; qui venait de faire ses preuves dans la sid&#233;rurgie en la restructurant en un temps record (1980-1983). Son message &#233;tait clair : elle &#233;tait pr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mineurs, eux, s'appr&#234;taient &#224; affronter un gouvernement intransigeant, tout en sachant qu'ils n'obtiendraient ni de la conf&#233;d&#233;ration syndicale TUC (Trade Union Congress) ni du Labour un engagement suffisant dans la lutte. Depuis 1979, le mouvement ouvrier &#233;tait sur la d&#233;fensive. Le taux de syndicalisation avait fortement chut&#233;, le taux de ch&#244;mage avait grimp&#233; jusqu'&#224; 13 % et le niveau de combativit&#233;, en baisse, &#233;tait gravement affect&#233; par l'&#233;chec de grands conflits (comme ceux de la sid&#233;rurgie en 1980, des employ&#233;s de la sant&#233; et de ceux des chemins de fer en 1982). Il en est r&#233;sult&#233; de fortes divisions internes au TUC. Apr&#232;s la d&#233;faite &#233;lectorale du parti travailliste en juin 1983, le TUC et le Labour ont acc&#233;l&#233;r&#233; leur recentrage &#171; n&#233;or&#233;aliste &#187;, refl&#233;tant leur d&#233;sarroi face &#224; l'offensive n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenu par la faible et tr&#232;s minoritaire gauche du parti travailliste, Arthur Scargill, le dirigeant charismatique de la NUM, n'ignorait pas qu'il lui serait tr&#232;s difficile de mobiliser l'ensemble des mineurs. Quoique les mineurs fussent, en apparence, in&#233;galement menac&#233;s par la restructuration des charbonnages (certains bassins comme celui du Nottinghamshire &#233;tant bien lotis avec des puits &#224; la pointe de la modernit&#233;), ils &#233;taient cependant d&#233;cid&#233;s &#224; combattre les politiques du gouvernement et de la direction de l'entreprise publique. En t&#233;moigne la stricte observation par tous les mineurs d'une gr&#232;ve des heures suppl&#233;mentaires qui a pr&#233;c&#233;d&#233; pendant dix-neuf semaines le d&#233;clenchement de leur ultime grande gr&#232;ve. Mais ils &#233;taient divis&#233;s sur la strat&#233;gie et la tactique &#224; suivre. Apr&#232;s s'&#234;tre, en 1981, d&#233;clar&#233;s favorables &#224; 86 % &#224; l'action dans l'industrie, ils avaient &#233;t&#233; 61 % &#224; en rejeter le principe en octobre 1982 et en mars 1983. C'est que la revendication ne porterait plus sur les salaires ou les conditions de travail, mais sur la fermeture des puits &#171; non &#233;conomiques &#187;, c'est-&#224;-dire, in fine, sur l'emploi. Quelle contre-proposition opposer &#224; ceux qui, en fermant les puits, fermaient aussi, a pu dire une femme, &#171; la vie des gens &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinc&#232;rement convaincu qu'il &#233;tait de son devoir de conduire ses troupes vers la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, Arthur Scargill ne croyait pas aux bienfaits des luttes corporatistes. Mais, quelle que f&#251;t son id&#233;ologie, le pi&#232;ge s'&#233;tait referm&#233; sur lui. Ou il se rangeait &#224; la position n&#233;or&#233;aliste maintenant dominante parmi ses alli&#233;s potentiels, et il acceptait sans broncher le destin r&#233;serv&#233; aux mineurs, ou il d&#233;cidait de se battre, mais il lui &#233;tait difficile, sinon impossible, &#233;tant donn&#233; le rapport de forces et les vis&#233;es de la &#171; contre-r&#233;volution &#187; conservatrice en marche, d'imaginer autre chose qu'une lutte r&#233;tablissant le statu quo ante. Il a choisi la deuxi&#232;me solution et s'est lanc&#233; dans la bataille en affichant une intransigeance digne de celle de ses adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve fut d&#233;clench&#233;e le 5 mars 1984 dans le Yorkshire, fief d'Arthur Scargill, quand fut annonc&#233;e, contrairement &#224; ce qui avait &#233;t&#233; promis, la fermeture du puits de Cortonwood. &#192; cette premi&#232;re provocation s'en ajouta aussit&#244;t une deuxi&#232;me. Le lendemain, le 6 mars, la direction des charbonnages rendit public un plan partiel de restructuration entra&#238;nant la suppression de 20 000 emplois et la fermeture d'une vingtaine de puits en 1984-85. Le 12 mars, Scargill proclama la gr&#232;ve nationale sans consulter le TUC ni sa base. 90 mines sur 176 se ralli&#232;rent au mouvement qui s'&#233;tendit &#224; travers les bassins du pays et toucha une forte majorit&#233; des 184 000 mineurs (ils seront majoritaires pendant onze mois sur douze). Dans les communaut&#233;s mini&#232;res, les femmes s'impliquaient en participant aux piquets de gr&#232;ve et aux manifestations de masse, en effectuant des tourn&#233;es de ville en ville et dans les entreprises pour appeler &#224; la solidarit&#233;. Parmi les dissidents, on nota surtout la r&#233;gion cl&#233; du Nottinghamshire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'&#233;t&#233;, tandis que les n&#233;gociations entreprises &#233;chouaient (28 mai, 13 juin, 18 juillet), le rapport de forces semblait se dessiner en faveur des mineurs. Le gouvernement fut m&#234;me surpris de leur capacit&#233; de r&#233;sistance, mais n'entendait pas leur laisser l'avantage et prit directement parti dans le conflit, tant par le biais policier, judiciaire et politique, qu'en intervenant sur le cours des n&#233;gociations. De ce fait, ces derni&#232;res aboutirent toutes &#224; une impasse. Sur le terrain, les mineurs ne parvenaient pas &#224; consolider le rapport de forces politique et social qui leur semblait initialement favorable. En juillet et septembre 1984, deux gr&#232;ves nationales des dockers furent &#233;touff&#233;es dans l'oeuf, faute d'entente entre les dirigeants syndicaux ; une &#171; Triple Alliance &#187; entre cheminots, sid&#233;rurgistes et mineurs ne put &#234;tre mise sur pied ; surtout, une menace de gr&#232;ve des porions et agents de s&#233;curit&#233;, qui aurait entra&#238;n&#233; la cessation d'activit&#233; de toutes les mines, fut annul&#233;e le 25 octobre gr&#226;ce &#224; un compromis avec la direction des charbonnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forts de l'inaction des autres syndicats et de la direction travailliste qui ne cessait de d&#233;noncer &#171; la violence &#187; dans la gr&#232;ve, Ian MacGregor et le gouvernement manoeuvr&#232;rent sur le champ de bataille en s'appuyant notamment sur un Comit&#233; national des mineurs au travail qu'ils avaient suscit&#233; &#224; partir de la r&#233;gion non-gr&#233;viste du Nottinghamshire. Fin novembre 1984, les fonds de la NUM furent bloqu&#233;s, en ex&#233;cution d'une d&#233;cision de la Haute Cour. Une campagne gouvernementale pour la reprise du travail lanc&#233;e avant les f&#234;tes de No&#235;l commen&#231;a &#224; prendre s&#233;rieusement en janvier 1985. En f&#233;vrier, un accord fut pass&#233; entre la direction des charbonnages et le TUC, pr&#233;voyant l'arr&#234;t de la gr&#232;ve sans garanties sur les fermetures de puits. Cet accord fut rejet&#233; par un congr&#232;s extraordinaire de la NUM ; mais, le 6 mars 1985, isol&#233;s, &#233;puis&#233;s par un an de lutte, les mineurs et leurs repr&#233;sentants en viennent &#224; d&#233;cider d'eux-m&#234;mes la reprise du travail sans avoir obtenu la moindre concession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous ne reverrez plus jamais une chose pareille &#187;, a pu dire &#224; propos de la gr&#232;ve un repr&#233;sentant du syndicat des mineurs. Il avait raison. C'&#233;tait bien le dernier tr&#232;s grand conflit dans le monde industriel, celui qui allait clore l'&#233;poque du keyn&#233;sianisme, tourner la page de l'&#201;tat-providence, acc&#233;l&#233;rer le tournant vers la financiarisation de l'&#233;conomie et introduire le n&#233;olib&#233;ralisme comme pratique sociale et comme principe id&#233;ologique dominants. Son importance historique tient &#224; la simultan&#233;it&#233; de la &#171; r&#233;volution conservatrice &#187; initi&#233;e aux &#201;tats-Unis par Ronald Reagan (&#233;lu en 1980) et de la &#171; contre-r&#233;volution &#187; thatch&#233;rienne qui, en remportant l&#224; une victoire d&#233;cisive, ouvrait la voie &#224; la globalisation du nouveau paradigme n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#233;tait d&#233;cisive car le succ&#232;s de ce projet &#233;conomique, politique et id&#233;ologique passait par un affaiblissement radical du monde du travail et de ses organisations repr&#233;sentatives. Au lendemain de la gr&#232;ve, plus aucun syndicat n'&#233;tait en mesure de r&#233;sister &#224; la red&#233;finition des r&#232;gles du jeu dans les relations professionnelles et sur le march&#233; du travail. Par un m&#233;lange de d&#233;r&#233;glementations et de nouvelles r&#233;glementations, fut renforc&#233; &#224; l'extr&#234;me le principe de l'employeur seul juge : seul juge de sa &#171; capacit&#233; de payer &#187;, de la viabilit&#233; de son entreprise, de l'organisation et des conditions de travail, de l'opportunit&#233; d'embaucher, de licencier, de n&#233;gocier ou de consulter. Et puisque tous les acquis sociaux durement conquis depuis un si&#232;cle se trouvaient du m&#234;me coup tax&#233;s d'&#171; archa&#239;smes &#187;, chacun a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; endosser la responsabilit&#233; de sa situation sociale, d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme une caract&#233;ristique individuelle, un trait marquant de l'&#234;tre : le ch&#244;mage, la pauvret&#233; laborieuse et m&#234;me la privation d'avenir qui peut en r&#233;sulter sont &#171; g&#233;r&#233;s &#187; par les institutions, expliqu&#233;s &#224; travers le prisme de l'employabilit&#233; individuelle. Avec, pour cons&#233;quence, une moralisation de la vie sociale, productrice de r&#232;gles r&#233;pressives visant au redressement des esprits et des corps : si l'on est &#171; &#233;loign&#233; de l'emploi &#187;, c'est que l'on est trop &#171; assist&#233; &#187; ; c'est que le travail n'est pas assez contraint (le workfare) et le contr&#244;le social insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution n'indique pas simplement un renversement du rapport de forces entre capital et travail : en reconstituant une &#171; multiplicit&#233; de rapports de force immanents au domaine o&#249; ils s'exercent &#187;, elle sugg&#232;re une transformation profonde du pouvoir au sens o&#249; l'entendait Foucault. &#192; ne s'en tenir qu'&#224; la question du travail et de l'emploi, il est en effet remarquable que la pratique et l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rales aient remodel&#233; les repr&#233;sentations, les jugements, les attentes, les espoirs et les agissements des acteurs sociaux, et cela tr&#232;s majoritairement, bien au-del&#224; et en de&#231;&#224; des personnes, des lieux et des instruments cens&#233;s d&#233;tenir, alimenter et institutionnaliser la domination &#233;conomique et politique. La mise en cause de l'emploi, en ce qu'il conf&#232;re &#224; chacun un statut ou, pour le dire avec les mots d'Amartya Sen, en ce qu'il offre &#224; chacun la possibilit&#233; de vivre une vie valorisante pour soi, a &#233;t&#233; un des leviers essentiels de cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que les outils traditionnels du pouvoir politique ont &#233;t&#233; largement mobilis&#233;s pour modifier ainsi le devenir des soci&#233;t&#233;s. Comme en t&#233;moigne le r&#244;le de la police et de la justice durant la gr&#232;ve des mineurs. Mais la m&#233;thode thatch&#233;rienne ne s'arr&#234;tait pas l&#224;. Pour r&#233;ussir ce que Ian MacGregor, d&#233;signant ce conflit, a appel&#233; un grand &#171; coup de poker &#187;, pour en stabiliser les effets et poursuivre la mise en oeuvre de son programme, la Dame de fer a concentr&#233; le pouvoir entre les mains d'un ex&#233;cutif tout &#224; sa d&#233;votion. Non sans une contradiction apparente, puisque le discours dominant s'appliquait &#224; convaincre de la n&#233;cessit&#233; de &#171; faire reculer les fronti&#232;res de l'&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode s'&#233;tant perfectionn&#233;e et ayant essaim&#233; depuis pour devenir un mode de &#171; gouvernance &#187; &#224; pr&#233;tention universelle, on per&#231;oit mieux la logique reliant ces deux formes terminales, en r&#233;alit&#233; tr&#232;s compl&#233;mentaires, d'exercice du pouvoir. Loin de se limiter aux privatisations, la &#171; r&#233;duction de l'&#201;tat &#187; a d&#233;sign&#233; et d&#233;signe toujours l'abandon par celui-ci de ses fonctions d'arbitre et de garant de la justice sociale. Nonobstant le jugement que l'on portera sur l'accomplissement de ces fonctions depuis la Seconde guerre mondiale, cet abandon est une des sources principales du &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; qui surprend r&#233;guli&#232;rement, par exemple &#224; l'occasion des &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales, les d&#233;tenteurs du pouvoir politique. Leur &#233;tonnement est peut-&#234;tre authentique, car cette d&#233;mission n'a jamais &#233;t&#233; assum&#233;e comme telle. Au contraire, si son efficacit&#233; a suppos&#233; que soit d&#233;centralis&#233;e, r&#233;gionalis&#233;e, communautaris&#233;e, voire parcellis&#233;e l'ex&#233;cution de d&#233;cisions prises dans une grande opacit&#233; (et g&#233;n&#233;ralement hors des enceintes parlementaires), sa l&#233;gitimation est pass&#233;e par deux voies compl&#233;mentaires. D'une part, l'adoption d'un discours et de m&#233;thodes inspir&#233;es des techniques manag&#233;riales de gestion pour &#171; moderniser &#187; l'&#201;tat et les institutions - en rev&#234;tant les choix politiques d'un id&#233;al d'objectivit&#233; et de neutralit&#233;, cette premi&#232;re voie transformait l'art de gouverner en technique normalisatrice &#224; pr&#233;tention universelle. D'autre part, pour sauvegarder les apparences d&#233;mocratiques, de multiples proc&#233;dures consultatives, &#171; participatives &#187;, de &#171; proximit&#233; &#187; ou non, ont &#233;t&#233; invent&#233;es. Cens&#233;es promouvoir, par exemple, le &#171; dialogue social &#187;, elles avaient et ont toujours pour finalit&#233; d'engager la responsabilit&#233; d'un maximum de participants dans la mise en oeuvre de d&#233;cisions prises ailleurs. Vingt ans apr&#232;s la gr&#232;ve des mineurs britanniques, le n&#233;olib&#233;ralisme et sa complexe redistribution du pouvoir se sont infiltr&#233;s par tous les pores de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande gr&#232;ve des mineurs britanniques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quinze ans, la Grande-Bretagne fut &#233;branl&#233;e par sa plus grande lutte de classe du si&#232;cle, une gr&#232;ve d'une telle ampleur et d'un tel enjeu que ses r&#233;percussions se font toujours sentir outre-Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de la gr&#232;ve des mineurs, une gr&#232;ve qui a dur&#233; un an, qui a impliqu&#233; 150 000 gr&#233;vistes, qui a mobilis&#233; dans un &#233;lan de solidarit&#233; des millions de travailleurs - militants, syndicalistes ou travailleurs du rang - et qui a vu surgir de nouvelles structures d'organisation, d'action et de solidarit&#233;, tels que les comit&#233;s de femmes de mineurs, les piquets volants ou encore les conseils d'action dans bon nombre de villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, malgr&#233; l'ampleur de la mobilisation, les mineurs ont &#233;t&#233; battus. La gr&#232;ve s'est sold&#233;e par la victoire &#233;crasante du gouvernement et des patrons, avec comme cons&#233;quence la quasi-disparition des mines de charbon en Grande-Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie qui, au d&#233;but des ann&#233;es 80, employait 180 000 travailleurs, en compte aujourd'hui &#224; peine 12 000. Cette gr&#232;ve montre l'importance de l'organisation et de la solidarit&#233; et d&#233;voile aussi le r&#244;le des dirigeants syndicaux, notamment ceux qui se r&#233;clament de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces le&#231;ons sont toujours d'actualit&#233; pour tous les travailleurs, en France comme en Grande-Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux origines de la gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise &#233;conomique oblige, la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher s'est lanc&#233;e dans une vague de restructurations n&#233;o-lib&#233;rales. Dans une offensive sans pr&#233;c&#233;dant, toutes les d&#233;penses &#233;tatiques sont vis&#233;es, &#224; commencer par celles qui concernent le secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique conduit, vers la fin des ann&#233;es 80, &#224; la privatisation de pans entiers de l'&#233;conomie britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, Thatcher attaque - et bat - la sid&#233;rurgie. Ensuite, c'est le tour des mines de charbon et de la soci&#233;t&#233; &#233;tatique qui les exploite, le National Coal Board (NCB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mener &#224; bien cette politique r&#233;actionnaire, il faut mater la r&#233;sistance ouvri&#232;re. Or, les mineurs et leur puissant syndicat unique, le NUM, sont reconnus comme l'avant-garde de la classe ouvri&#232;re britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par deux fois, en 1972 et 1974, les mineurs ont montr&#233; leur force en menant des gr&#232;ves dures qui ont rapidement conduit &#224; des coupures de courant et &#224; la paralysie de l'industrie. En 1974, la gr&#232;ve a m&#234;me conduit &#224; la chute du gouvernement conservateur de Ted Heath.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience est tellement marquante pour la bourgeoisie que, d&#232;s 1977, dans un document sign&#233; par un proche de Thatcher, Nicholas Ridley, le Parti Conservateur pr&#233;conise une offensive planifi&#233;e contre les mineurs afin d'ouvrir la voie &#224; la restructuration de l'&#233;conomie britannique. Ce plan est suivi &#224; la lettre par Thatcher en 1984-85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille se pr&#233;pare d&#232;s 1980. Les conservateurs s'accordent plusieurs armes suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, ils font adopter par le parlement une s&#233;rie de lois antisyndicales qui entravent l'action efficace des travailleurs, notamment les actions de solidarit&#233;. En m&#234;me temps, la police, forte de son exp&#233;rience en Irlande du Nord, est &#233;quip&#233;e de nouveaux mat&#233;riels plus efficaces pour contrer l'action ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts de la gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mois de mars 1984, la direction du NCB fait deux d&#233;clarations simultan&#233;es : d'abord la fermeture imm&#233;diate de la mine de Cortonwood (Yorkshire) sous pr&#233;texte qu'elle n'est pas rentable, ensuite la fermeture &#224; terme de 25 puits, mettant litt&#233;ralement sur le carreau pr&#232;s de 25 000 mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t, les mineurs de Cortonwood votent la gr&#232;ve. Dans les jours qui suivent, la lutte s'&#233;tend rapidement aux autres mines du Yorkshire. Puis c'est le tour de l'&#201;cosse, du Kent, du sud du Pays de Galles et du Nord-Est de se mettre en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le NUM, avec son dirigeant de gauche Arthur Scargill, proche du Parti Communiste britannique, refuse d'appeler &#224; une gr&#232;ve nationale. La raison est simple : &#224; cause des lois antisyndicales, le NUM est oblig&#233; d'organiser un vote national. Et avec le poids des m&#233;dias, Scargill craint de ne pas remporter le vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son argument, avanc&#233; aussi par les militants, est que la gr&#232;ve se r&#233;alise non pas dans les urnes, mais dans les AG et sur les piquets de gr&#232;ve. Il a raison mais il s'arr&#234;te &#224; ces simples mots. Il refuse de mettre en place une v&#233;ritable d&#233;mocratie ouvri&#232;re et de convoquer un comit&#233; de gr&#232;ve national. De fait, Scargill et ses alli&#233;s dans la bureaucratie donne l'arme de la d&#233;mocratie formelle aux patrons et &#224; leurs m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des mines se mettent en gr&#232;ve spontan&#233;ment, en solidarit&#233; avec Cortonwood et contre les plans du NCB. C'est parfois le r&#233;sultat de l'intervention des &#034;piquets volants&#034;. Ces groupes de mineurs envoy&#233;s d'une r&#233;gion en gr&#232;ve vers une autre o&#249; le travail ne s'est pas arr&#234;t&#233; convainquent alors les travailleurs de rejoindre leurs camarades dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans certaines r&#233;gions, notamment dans le sud du Nottinghamshire, o&#249; la direction syndicale locale consid&#232;re que les mines sont trop rentables pour &#234;tre ferm&#233;es, la plupart des mines continue &#224; extraire le charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce charbon &#034;jaune&#034; (&#034;scab coal&#034; comme disent les mineurs), tout comme les stocks &#233;normes accumul&#233;s par le NCB en pr&#233;vision de la gr&#232;ve, sont achemin&#233;s par des cheminots et des routiers vers les centrales &#233;lectriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s rapidement, les questions-cl&#233;s de la gr&#232;ve sont &#233;tablies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Comment rendre la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, c'est-&#224;-dire assurer la participation des mineurs non-gr&#233;vistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Comment rendre la gr&#232;ve efficace, en bloquant le transport du charbon et en &#233;tendant le mouvement &#224; la sid&#233;rurgie et aux centrales &#233;lectriques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Comment assurer la d&#233;mocratie de la gr&#232;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque cas, la seule solution efficace - l'action ouvri&#232;re et la d&#233;mocratie ouvri&#232;re - rencontre les m&#234;mes obstacles : la r&#233;pression polici&#232;re, la force des lois antisyndicales, et le refus de la bureaucratie syndicale (y compris Scargill) de mettre en &#339;uvre cette d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est &#233;norme, &#224; la fois pour les mineurs, et pour l'ensemble de la classe ouvri&#232;re. Comme l'&#233;crit Workers Power (section de la LICR en Grande-Bretagne) en mars 1984, &#034;Cette gr&#232;ve va donner lieu &#224; une victoire majeure d'une classe ou d'une autre. Cela ne fait aucun doute. Nous devons faire tous les efforts possibles pour assurer la victoire de millions de travailleurs et emp&#234;cher celle d'une poign&#233;e de parasites. Dans la bataille, au coude &#224; coude avec les mineurs !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les travailleurs, la r&#233;pression &#233;tatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de rendre la gr&#232;ve v&#233;ritablement g&#233;n&#233;rale, les mineurs ont une arme puissante : le piquet volant. Mais dans les premiers jours, les r&#233;gions syndicales dirig&#233;es par l'aile droite du NUM sont contre les piquets dans les puits non-gr&#233;vistes, alors qu'au m&#234;me moment les votes ont lieu. La cons&#233;quence est que la gr&#232;ve n'est pas vot&#233;e dans le Nottinghamshire, le Derbyshire, le Lancashire et le Leicestershire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res semaines de la gr&#232;ve, le gouvernement cherche &#224; r&#233;duire en miettes l'influence des piquets volants. En effet, tr&#232;s rapidement, les piquets du Yorkshire parviennent &#224; influencer les gr&#233;vistes des &#034;zones mod&#233;r&#233;es&#034;. Dans le nord du Nottinghamshire, la production des puits est compl&#232;tement paralys&#233;e. Dans le Lancashire, les mines sont tout bonnement ferm&#233;es sur ordre des travailleurs en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de la bourgeoisie ne se fait pas attendre. Elle utilise la r&#233;pression &#224; travers son appareil de domination : l'&#201;tat. La mobilisation de la police est spectaculaire dans le Nottinghamshire, qui devient un camp retranch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consignes du procureur g&#233;n&#233;ral sont claires : &#034;La police a le droit d'arr&#234;ter les v&#233;hicules et de leur faire faire demi-tour. Quiconque n'ob&#233;ira pas sera poursuivi pour d&#233;lit criminel, et obstruction &#224; la police dans l'exercice des ses fonctions.&#034; La police conduit une v&#233;ritable attaque coordonn&#233;e contre tous les piquets de gr&#232;ve de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle met en place des barrages routiers afin d'emp&#234;cher le ravitaillement des piquets, d'isoler une r&#233;gion o&#249; le mouvement est plus faible, d&#233;moraliser les plus d&#233;termin&#233;s et faire c&#233;der les moins convaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, un &#233;tat de si&#232;ge est impos&#233; par la police, avec des cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur la capacit&#233; des piquets de gr&#232;ve de rallier les jaunes de Nottinghamshire et de rendre la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit avec la police devient fondamental dans le d&#233;roulement de la gr&#232;ve. Cela appara&#238;t clairement pour tout le monde lors de ce que l'on appelle &#034;la bataille d'Orgreave&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mai, d&#233;but juin 1984, les gr&#233;vistes, avec une s&#233;rie de piquets de masse, cherchent &#224; stopper la distribution du charbon &#224; Orgreave, usine de transformation non loin de Sheffield. Le 18 juin, sous un soleil de plomb, un piquet compos&#233; de dizaines de milliers de mineurs est bris&#233; par des charges r&#233;p&#233;t&#233;es de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs sont contraints de se replier sur la for&#234;t d'&#224; c&#244;t&#233;. Puis le degr&#233; de violence de la police monte encore d'un cran. Torses nus, les mineurs font face &#224; des milliers de policiers, qui sont, eux, &#224; cheval, arm&#233;s jusqu'aux dents, &#233;quip&#233;s de matraques et de boucliers anti-&#233;meutes, et ont re&#231;u des bataillons venus de treize r&#233;gions en renfort. Les mineurs sont frapp&#233;s sans piti&#233;, alors que leur seul crime est de chercher &#224; repousser les lignes de la police. Scargill lui-m&#234;me est hospitalis&#233; et arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, c'est la police qui gagne cette bataille-cl&#233;. La retraite des travailleurs permet &#224; Neil Kinnock, dirigeant du Parti Travailliste, de montrer sa loyaut&#233; de classe... envers la bourgeoisie ! Multipliant les interviews &#224; la t&#233;l&#233;, Kinnock condamne la violence... des mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si Orgreave montre la capacit&#233; des mineurs &#224; s'organiser, leur courage et leur enthousiasme, de telles expressions spontan&#233;es ne suffisent pas. Contre la police et ses charges, &#224; Orgreave ou ailleurs, des piquets aussi importants et massifs soient-ils ne remplaceront jamais de v&#233;ritables groupes d'autod&#233;fense organis&#233;s &#224; la base, entra&#238;n&#233;s et disciplin&#233;s comme un service d'ordre. Mais cette le&#231;on n'est pas retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'&#233;t&#233;, Thatcher donne l'ordre &#224; la police de poursuivre sur sa lanc&#233;e en occupant les villages miniers les plus militants, en terrorisant la population et en brisant toute r&#233;sistance. Armthorpe, Easington, Dunscroft et d'innombrables villages se r&#233;veillent un matin au son des charges de police. Thatcher a d&#233;sign&#233; l'ennemi, les mineurs sont trait&#233;s comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attaques de la police vont &#234;tre suivies, comme il se doit, par celles de la justice. Non seulement un grand nombre de mineurs sont victimes de fausses accusations, mais leur syndicat lui-m&#234;me est durement &#233;prouv&#233;. Les votes du congr&#232;s du NUM sont d&#233;clar&#233;s ill&#233;gaux. Les dirigeants sont condamn&#233;s &#224; une amende. En d&#233;cembre 1984, tous les biens du NUM sont saisis par les tribunaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la bureaucratie syndicale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ses d&#233;buts, la gr&#232;ve est marqu&#233;e par les politiques de la bureaucratie syndicale, d'une part celle de l'aile gauche, en particulier autour de Scargill, d'autre part celle de la direction des autres syndicats, notamment du TUC, la centrale syndicale unique de Grande-Bretagne. Le probl&#232;me fondamental pour les mineurs, c'est que ces dirigeants font bloc : Scargill n'osera jamais rompre avec ces coll&#232;gues droitiers au sein du TUC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le NUM, Scargill accepte l'autonomie des r&#233;gions, y compris l&#224; o&#249; les droitiers du NUM sabotent la gr&#232;ve. Des r&#233;unions massives s'adressant aux mineurs, cherchant &#224; les convaincre, auraient pu renverser la donne dans le Nottinghamshire. Mais Scargill en a d&#233;cid&#233; autrement et a pr&#233;f&#233;r&#233; le jeu bureaucratique aux m&#233;thodes de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que six semaines apr&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve que la direction du NUM approuve dans les faits les actions nationales. Ce retard, comme le retrait initial des piquets, met en &#233;vidence le r&#244;le crucial des r&#233;gions jaunes dans le d&#233;veloppement de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la gr&#232;ve se d&#233;veloppe, la faiblesse bureaucratique du syndicat devient de plus en plus &#233;vidente et de plus en plus dangereuse. D'un c&#244;t&#233;, Scargill se sert de la bataille d'Orgreave et du soutien massif que les gr&#233;vistes lui accordent pour d&#233;jouer les man&#339;uvres d'une partie de la direction gauche du NUM qui cherche &#224; trouver un accord avec les conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;vite, en revanche, soigneusement de construire le rapport de force en ne d&#233;non&#231;ant pas publiquement aux yeux des travailleurs l'accord pourri que veut passer le NUM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, lorsque la direction du syndicat au Yorkshire d&#233;tourne les piquets d'Orgreave ou que la direction galloise refuse d'envoyer des piquets, Scargill ne les attaque pas ouvertement et ne rompt pas avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il sache pertinemment l'enjeu de la gr&#232;ve et ses cons&#233;quences sur l'ensemble de la classe ouvri&#232;re, Scargill refuse de mobiliser ses militants pour pousser aux actions de solidarit&#233;, et ainsi permettre une riposte d'ampleur de la classe ouvri&#232;re : une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les six premiers mois de la lutte, Scargill r&#233;p&#232;te &#224; ses militants que les dirigeants de l'aile gauche des deux syndicats cheminots des roulants (ASLEF) et non-roulants (NUR) et le syndicat des transports (TGWU) &#339;uvrent &#224; arr&#234;ter la distribution du charbon des jaunes et pr&#233;parent un second front de gr&#232;ve contre les conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; l'exception de quelques incidents dans les chemins de fer, pr&#233;par&#233;s localement par des groupes de militants, le boycott du charbon ne se concr&#233;tise pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant comme alibi la crainte de poursuites dues aux lois antisyndicales, les dirigeants refusent d'appeler officiellement &#224; des actions de solidarit&#233; et emp&#234;chent toutes les initiatives de la base. Les militants m&#233;tallos, cheminots ou des transports qui refusent d'utiliser le charbon sont isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, &#224; deux reprises, des travailleurs dans les transports auraient pu faire gr&#232;ve aux c&#244;t&#233;s des mineurs, sous leurs propres revendications, mais ils en sont emp&#234;ch&#233;s par leurs propres directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, lors des n&#233;gociations salariales, les dirigeants de &#034;gauche&#034; du NUR et de l'ASLEF acceptent que les cheminots soient pay&#233;s en fonction de la production, au-dessous du taux d'inflation. Cette trahison - d'abord des cheminots, ensuite des mineurs - n'est pas repouss&#233;e par la base cheminote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les dockers du syndicat TGWU entrent en lutte aux c&#244;t&#233;s des mineurs. Le 9 juillet, le TGWU appelle &#224; une gr&#232;ve nationale des dockers sous le pr&#233;texte d'une infraction aux conventions collectives. En fait, le v&#233;ritable probl&#232;me est l'importation du charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scargill, au lieu de saisir cette chance de rallier &#224; la lutte des mineurs d'autres sections de la classe ouvri&#232;re, utilise le grossier langage bureaucratique et sectoriel : &#034;La gr&#232;ve des dockers est la gr&#232;ve des dockers, la gr&#232;ve des mineurs est la gr&#232;ve des mineurs.&#034; Ainsi il dit clairement aux dirigeants des dockers qu'il ne veut pas d'un combat unifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la gr&#232;ve des dockers r&#233;gl&#233;e, les dirigeants du NUM voient leur plus belle chance d'&#233;tendre la gr&#232;ve dispara&#238;tre, sans avoir tent&#233; de mobiliser la base des dockers pour continuer la lutte aux c&#244;t&#233;s des mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la deuxi&#232;me gr&#232;ve des dockers en ao&#251;t, le TGWU passe un accord autorisant la distribution de charbon jusqu'&#224; la centrale &#233;lectrique d'Hunterston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le m&#234;me chemin qui est suivi, quelques semaines plus tard, quand le syndicat des contrema&#238;tres des mines, charg&#233;s de la s&#233;curit&#233; et de la maintenance des machines dans les puits, vote la gr&#232;ve. Avan&#231;ant leurs propres revendications, les contrema&#238;tres laissent ouverte la possibilit&#233;, la derni&#232;re peut-&#234;tre, de bloquer la production dans le Nottinghamshire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore Scargill et les dirigeants du NUM, au nom de revendications diff&#233;rentes, maintiennent une stricte s&#233;paration entre la gr&#232;ve des mineurs et celle des contrema&#238;tres. Comme pour les dockers et les cheminots, les luttes restent s&#233;par&#233;es. Les dirigeants syndicaux ont d&#233;tourn&#233; le mouvement unitaire possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers une fin devenue in&#233;vitable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de Scargill - appuy&#233;e de mani&#232;re active ou passive par les gr&#233;vistes eux-m&#234;mes - &#233;tait suicidaire. En refusant de rompre avec la bureaucratie syndicale, Scargill condamnait la gr&#232;ve &#224; la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant de la lutte se situe lors du congr&#232;s du TUC, &#224; l'automne 1984. Scargill, pris au pi&#232;ge de sa propre strat&#233;gie d'isolement de la lutte des mineurs, demande au TUC de rester en-dehors. La justification officielle de la gauche, c'est qu'elle veut &#233;viter une trahison comme en 1926 o&#249; la direction du TUC avait vendu la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, le NUM se trouve contraint de demander l'aide du TUC pour r&#233;colter de l'argent et bloquer le charbon produit par les jaunes. Le TUC accepte, &#224; condition de pouvoir superviser la suite des op&#233;rations. Scargill c&#232;de, d&#233;montrant ainsi qu'il n'a pas rompu avec la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TUC va alors superviser la derni&#232;re trahison de la gr&#232;ve et l'achever. Apr&#232;s le congr&#232;s, le mouvement s'essouffle. La plupart des militants sont int&#233;gr&#233;s &#224; des groupes de solidarit&#233; dont la seule fonction est de r&#233;colter de l'argent et de la nourriture. Si ces activit&#233;s sont absolument n&#233;cessaires, elles ne remplacent pas les luttes et les gr&#232;ves en soutien au mineurs. Le boycott du charbon est r&#233;duit &#224; une action minoritaire de la part de quelques groupes locaux, et mis &#224; part la gr&#232;ve des contrema&#238;tres, il n'est plus question de l'extension de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les mineurs ont cru ce que disaient les bureaucrates de mani&#232;re cynique : &#034;Les mineurs se battent pour toute la classe ouvri&#232;re.&#034; Jusqu'&#224; la fin, beaucoup de gr&#233;vistes ont cru qu'il &#233;tait effectivement possible que les mineurs gagnent la lutte seuls, sans l'appui actif d'autres travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1985, quand les biens du NUM sont saisis par la justice, quand il devient parfaitement clair que tout syndicalisme ind&#233;pendant et militant est intol&#233;rable dans la Grande-Bretagne de Mrs Thatcher, quand le besoin urgent d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale se fait sentir, il est trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide du TUC, tant attendue, est tout simplement inexistante. A partir de ce moment, le mouvement conna&#238;t un recul. Le nombre des partisans de l'arr&#234;t de la gr&#232;ve ne cesse de cro&#238;tre. La direction des charbonnages met en place une campagne pour le retour au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TUC entreprend des n&#233;gociations et pousse le NUM &#224; signer un accord qui &#034;reconna&#238;t qu'il est du devoir du NCB d'administrer l'industrie&#034;, autrement dit qu'elle a le droit de fermer les puits &#034;non-rentables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 3 mars 1985, &#224; l'initiative des dirigeants staliniens et des travaillistes gallois et &#233;cossais, un retour au travail est propos&#233; aux d&#233;l&#233;gu&#233;s. Cette proposition obtient 98 voix contre 91. Le retour au travail n'est m&#234;me pas conditionn&#233; &#224; une r&#233;int&#233;gration des mineurs qui ont subi la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 12 mois d'une lutte &#226;pre et historique, la bataille est perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;faite n'&#233;tait pas in&#233;vitable. Les mineurs auraient pu avancer un programme pour gagner, mais &#224; condition de rompre avec les dirigeants syndicaux, y compris avec Scargill, v&#233;ritable chouchou des piquets de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; des dirigeants syndicaux dans la d&#233;faite est &#233;crasante, qu'ils soient de gauche ou de droite. A cause de la syndicalisation &#224; 100% des mineurs, toute l'organisation de la gr&#232;ve, toutes les d&#233;cisions sont prises au sein du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette situation constitue une arme organisationnelle aux mains des travailleurs, elle peut aussi &#234;tre un obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, la direction de chaque section aurait d&#251; &#234;tre renouvel&#233;e et r&#233;vocable &#224; tout moment, &#224; travers une &#233;lection en AG. De tels moyens auraient rendu les sections locales aux travailleurs et permis l'expression d&#233;mocratique r&#233;guli&#232;re de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, pour s'opposer &#224; la politique nationale de la bureaucratie, il fallait &#224; la fois appeler &#224; l'organisation d'un comit&#233; national de la gr&#232;ve pour aller &#224; l'encontre de la direction tra&#238;tre du syndicat. Un v&#233;ritable mouvement de la base &#233;tait n&#233;cessaire, organis&#233; autour d'un programme d'action r&#233;volutionnaire, critiquant clairement la bureaucratie syndicale, en faveur d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie qu'il fallait combattre pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du syndicat des mineurs et pour le contr&#244;le d&#233;mocratique des travailleurs sur leur gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle politique &#233;tait avanc&#233;e par nos camarades de Workers Power pendant et apr&#232;s la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, ils ont signal&#233; le fait que Scargill trahirait le mouvement, malgr&#233; le soutien massif dont il b&#233;n&#233;ficiait parmi les mineurs. Ils ont soulign&#233; l'importance de g&#233;n&#233;raliser le mouvement, pour que d'autres travailleurs entrent en action en m&#234;me temps. Et ils ont expliqu&#233; comment combattre les lois antisyndicales &#224; travers la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour mettre fin &#224; l'offensive patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique n'&#233;tait pas une politique syndicaliste. Ils ont clairement soulev&#233; les probl&#232;mes politiques pos&#233;s par la gr&#232;ve, en particulier la question du stalinisme de l'aile gauche du NUM et celle du r&#233;formisme travailliste de la majorit&#233; du TUC, et ils ont soulign&#233; maintes fois la n&#233;cessit&#233; de construire un parti r&#233;volutionnaire afin de mettre fin au syst&#232;me tout entier. Elle n'&#233;tait pas non plus abstraite. Nos camarades se sont jet&#233;s au c&#339;ur de la lutte, participant avec les mineurs aux piquets, &#224; Orgreave, aux collectes, faisant gr&#232;ve dans les entreprises en soutien aux mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant une ann&#233;e enti&#232;re, l'organisation a v&#233;cu au rythme de cette lutte de classe massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers leur bulletin pour les mineurs, &#034;Red Miner&#034; (&#034;Le mineur rouge&#034;) ils ont &#233;galement jou&#233; un r&#244;le important dans le lancement du Mouvement de la Base des Mineurs qui, pendant les ann&#233;es suivant la gr&#232;ve, a tir&#233; les le&#231;ons du refus de la direction syndicale d'appuyer la gr&#232;ve, et a lutt&#233; pour la d&#233;mocratisation du syndicat et pour une orientation offensive face aux licenciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de la d&#233;faite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;faite repr&#233;sente plus qu'un simple retour au travail, elle repr&#233;sente un point de rupture au-del&#224; duquel la capacit&#233; de riposte de la classe ouvri&#232;re est entam&#233;e, une d&#233;faite historique. Le NUM, section des mineurs, a d'abord connu une scission qui a donn&#233; naissance &#224; un syndicat de jaunes, le Syndicat D&#233;mocratique des Mineurs (UDM). Puis, au fur et &#224; mesure que les fermertures se poursuivaient, tous deux sont devenus des coquilles vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'approche mise au point par le gouvernement contre les mineurs a &#233;t&#233; utilis&#233;e contre d'autres secteurs, en particulier les imprimeurs, o&#249; le syndicalisme &#224; 100% donnait &#233;galement une force importante aux syndicats. Thatcher et ses alli&#233;s patronaux voulaient d&#233;truire le pouvoir syndical aussi dans ce secteur. A terme, ils ont r&#233;ussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conservateurs ont gard&#233; le pouvoir jusqu'en 1997 et ont &#233;t&#233; encourag&#233;s &#224; poursuivre et acc&#233;l&#233;rer leur programme de destruction des acquis de la classe ouvri&#232;re arrach&#233;s depuis la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;gions mini&#232;res, des villages entiers ont &#233;t&#233; an&#233;antis par la fermeture des puits. M&#234;me les puits soi-disant &#034;rentables&#034; du Nottinghamshire sont pass&#233;s &#224; la trappe. Les patrons ont remerci&#233; les jaunes en les mettant au ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la Poll Tax en passant par la mise en cause du service d'&#233;ducation et de sant&#233;, sans parler de la privatisation des transports, la classe ouvri&#232;re a subi de lourdes pertes. La d&#233;faite des mineurs a ouvert la voie &#224; une p&#233;riode de recul qui continue &#224; se faire sentir et qui, d'une certaine fa&#231;on, a culmin&#233; dans la victoire de Tony Blair au sein du Parti travailliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de milliers de militants ont perdu leur emploi, tandis que la jeune g&#233;n&#233;ration de travailleurs a &#233;t&#233; spoli&#233;e de l'h&#233;ritage politique et militant de ses a&#238;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la gr&#232;ve des mineurs a &#233;t&#233; battue. Mais les le&#231;ons doivent aider &#224; former la nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants qui, en France comme en Grande-Bretagne, veut renouer avec les traditions de combat et mettre fin &#224; un syst&#232;me qui peut d&#233;truire des industries enti&#232;res sans se soucier des &#234;tres humains qui y travaillent et qui en d&#233;pendent. Article de PO&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve Talbot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT de l'usine automobile Talbot de Poissy, r&#233;cemment impos&#233;e au patron de choc par la gr&#232;ve, choisit de casser la lutte contre les licenciements pour aider les copains du gouvernement....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison de la gr&#232;ve de Talbot par la CGT et le PCF a mis un coup d'arr&#234;t aux gr&#232;ves radicales des OS immigr&#233;s qui se d&#233;veloppaient depuis mai 68, entra&#238;nant une division durable. C'est un tournant important du mouvement ouvrier en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Hatzfeld&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Loubet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'usine automobile de Poissy n'avait pas connu de gr&#232;ve durant presque trente ans, un puissant conflit &#233;clate en 1982. Cette gr&#232;ve, violente et brutale, ob&#233;it pourtant &#224; des logiques diff&#233;rentes de celles qui pr&#233;valaient jusque lors. Amenant &#224; la dislocation du syndicat maison, elle signe bien l'&#233;mergence d'une logique de crise qui am&#232;ne l'ensemble des acteurs &#8211; direction, salari&#233;s et syndicats &#8211; &#224; prendre en compte les nouvelles donnes que suscitent tant l'&#233;volution &#233;conomique de l'industrie fran&#231;aise que l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1982, un conflit d'une exceptionnelle intensit&#233; s'ouvre dans l'usine automobile Talbot de Poissy. L'&#233;v&#233;nement est consid&#233;rable puisque la derni&#232;re gr&#232;ve dans ce lieu date de vingt-huit ans. Il s'inscrit dans le vaste mouvement qui affecte les ouvriers sp&#233;cialis&#233;s de toutes les entreprises automobiles. Chez Talbot, comme chez Citro&#235;n, ce mouvement survient apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir de Fran&#231;ois Mitterrand. Il apporte ce que certains nomment le &#171; printemps de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dix-huit mois de turbulences et de violences, les enjeux du conflit Talbot se d&#233;placent vers les questions de survie industrielle et de d&#233;fense de l'emploi. Ils touchent l'usine, puis la puissante maison-m&#232;re PSA, mais atteignent aussi les instances du syndicalisme, les partis au pouvoir et les administrations, au moment m&#234;me o&#249; la politique de la gauche marque un tournant majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9702; Juin 1982, l'explosion sociale &#224; Poissy et ses r&#233;percussions nationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mercredi 2 juin 1982, 18 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atelier B3 de l'usine de Poissy, une agitation exceptionnelle affecte les lignes d'assemblage. Un tract syndical, distribu&#233; sur les cha&#238;nes, pr&#233;sente un &#233;ventail de revendications portant sur l'organisation du travail, la formation professionnelle, les salaires, les cong&#233;s, et enfin les libert&#233;s individuelles et syndicales. Apr&#232;s la pause, un cort&#232;ge se forme, une banderole CGT se d&#233;ploie. La ma&#238;trise s'emploie &#224; emp&#234;cher l'arr&#234;t des cha&#238;nes. En vain. &#192; chaque passage, les gr&#233;vistes sont plus nombreux. Soudain, ils subissent un assaut du service d'ordre du syndicat tout puissant, la CSL. Les gr&#233;vistes font front. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'usine, la CSL est repouss&#233;e hors du b&#226;timent. Le lendemain, d&#232;s les premi&#232;res heures, les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes se reproduisent avec l'&#233;quipe de jour. Mieux arm&#233;es, les bagarres se font plus violentes. Non seulement les gr&#233;vistes restent ma&#238;tres du terrain, mais les cha&#238;nes s'arr&#234;tent. L'atelier entier bascule dans la gr&#232;ve. Dans les autres b&#226;timents, le travail reste dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De part et d'autre, personne ne mesure r&#233;ellement le poids d'&#233;v&#233;nements totalement invraisemblables vingt-quatre heures plus t&#244;t. C'est au cours de l'apr&#232;s-midi qu'a lieu l'&#233;preuve de force d&#233;cisive. Dans la cour, juch&#233; sur une estrade, le directeur du personnel harangue quelques centaines d'opposants &#224; la gr&#232;ve, pour la plupart des militants CSL, des cadres et des agents de ma&#238;trise : il faut montrer sa force, reconqu&#233;rir le B3 et r&#233;tablir la libert&#233; du travail. Dans le B3 justement, les gr&#233;vistes se pr&#233;parent &#224; l'assaut. L'affrontement d&#233;passe en violence les heurts pr&#233;c&#233;dents, mobilisant extincteurs, grenades lacrymog&#232;nes, matraques, jets de pi&#232;ces m&#233;talliques et lance-boulons &#224; pression d'air. Les premiers entr&#233;s tentent de refluer, emp&#234;ch&#233;s par ceux qui, derri&#232;re, poussent pour entrer. Des combats se d&#233;roulent sur les cha&#238;nes. Le sang coule. Le directeur du personnel est parmi les bless&#233;s, plus d'une quarantaine selon les uns, pr&#232;s d'une centaine selon les autres. Si pour la troisi&#232;me fois, les gr&#233;vistes restent ma&#238;tres du terrain, cette fois l'intensit&#233; de l'affrontement &#233;branle les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face au b&#226;timent en gr&#232;ve, d'autres ateliers accueillent les non-gr&#233;vistes pour un travail &#233;videmment ralenti. D&#232;s lors, et pendant quatre semaines, l'usine devient un terrain de man&#339;uvres, sous l'&#339;il des forces de police qui veillent &#224; emp&#234;cher le retour des violences. Deux camps se toisent : les gr&#233;vistes cherchent &#224; entra&#238;ner de nouveaux secteurs dans leur mouvement tandis que les non-gr&#233;vistes s'activent pour relancer une production. Le conflit s'installe dans la dur&#233;e : meetings et d&#233;fil&#233;s s'organisent dans chaque camp pour entretenir la mobilisation des troupes. Le noyau dur d&#233;passe mille salari&#233;s auquel s'ajoutent 5 415 gr&#233;vistes partiels contre 10 046 non gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit fait aussit&#244;t la &#171; une &#187; des m&#233;dias, le nom de Talbot s'associant aux images d'affrontements. Plus discr&#232;tement, il implique les responsables de l'entreprise, de l'administration et des organisations syndicales. Des contacts sont pris entre la direction de PSA et les minist&#232;res, voire l'&#201;lys&#233;e ; ils se poursuivront tout au long de la gr&#232;ve. Dans l'imm&#233;diat, Gaston Deferre, ministre de l'Int&#233;rieur, recommande l'&#233;vacuation de l'usine par les gr&#233;vistes. Mais les forces de police n'interviennent qu'avec une tr&#232;s grande r&#233;serve. &#192; la demande de la direction de Poissy, elles font &#233;vacuer le B3 le mercredi 9, mais laissent l'occupation reprendre d&#232;s le lendemain. Les n&#233;gociations pi&#233;tinent : alors que la direction de Poissy demande une r&#233;-explication des revendications, les syndicats souhaitent des propositions &#233;crites de sa part. &#192; l'ext&#233;rieur, chaque protagoniste tente de peser sur l'opinion. Les gr&#233;vistes organisent des collectes de solidarit&#233;, sur les march&#233;s et aux portes des usines de la r&#233;gion. La forte r&#233;putation anti-syndicale de Poissy suscite des soutiens dans plusieurs entreprises du pays. Le plus remarqu&#233; est l'arriv&#233;e d'un car d'ouvriers de Citro&#235;n, le 18, apportant le fruit d'une collecte effectu&#233;e dans l'usine d'Aulnay. Les non-gr&#233;vistes, un temps d&#233;sorient&#233;s, engagent leurs propres actions, visant surtout la ville de Poissy dirig&#233;e par le maire communiste Joseph Tr&#233;hel, ancien dirigeant de la CGT de Simca-Chrysler, &#233;poux de sa responsable actuelle Nora Tr&#233;hel. Le 28 juin, ils entament l'occupation du hall d'entr&#233;e de la mairie, coordonn&#233;e par la direction de l'usine, &#171; jusqu'&#224; ce que la libert&#233; du travail soit enfin respect&#233;e dans l'ensemble des usines de Poissy &#187;. Deux jours plus tard, ils assemblent, sur la place de la mairie, une voiture qu'ils offrent au centre hospitalier de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve aborde sa troisi&#232;me semaine lorsque le ministre du Travail d&#233;signe le 23 juin un m&#233;diateur, le professeur de droit Jean-Jacques Dupeyroux. Il vient d'officier dans les m&#234;mes conditions chez Citro&#235;n ! Apr&#232;s avoir re&#231;u tous les partenaires, celui-ci remet ses recommandations le 1er juillet pour tenter de mettre fin au conflit : elles sont proches de celles pr&#233;sent&#233;es chez Citro&#235;n, portant sur les droits et les libert&#233;s, la dignit&#233; des travailleurs, le droit syndical, la cr&#233;ation de lieux de culte, les conditions de travail et enfin les modalit&#233;s de reprise du travail. Pour les r&#233;mun&#233;rations, le blocage des prix et des salaires impos&#233; par le gouvernement reporte au 1er novembre 1982 l'attribution d'une prime g&#233;n&#233;rale et d'une augmentation des taux. La m&#233;diation pr&#233;voit &#233;galement la cr&#233;ation de commissions, sur les salaires, les libert&#233;s, les carri&#232;res et la formation des OS. La CGT prend clairement position pour l'acceptation des recommandations. Elle organise le 2 juillet un vote sur la reprise du travail : 3 688 pour, 262 contre et 13 nuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce des r&#233;sultats d&#233;clenche une explosion de joie chez les gr&#233;vistes qui prolongent ce moment tard dans la soir&#233;e, ouvrant enfin le B3 &#224; l'encadrement. Le 3 juillet, Jean Boillot, g&#233;rant de Talbot, accepte les recommandations du m&#233;diateur. Avant la reprise du travail, Henri Krasucki, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, est l'invit&#233; d'un grand meeting tenu en plein air devant l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve de mai-juin 1982 met en &#233;chec l'organisation syndicale et sociale dite &#171; syst&#232;me Simca &#187;, n&#233;e dans les ann&#233;es 1960 ; celle-ci d&#233;l&#233;guait une partie du maintien de l'ordre int&#233;rieur et l'administration des &#339;uvres sociales &#224; la CSL. Ce syndicat corporatiste accueillait tous les types de salari&#233;s, de l'OS &#224; l'ing&#233;nieur. Dirig&#233; par des hommes li&#233;s aux partis de droite et d'extr&#234;me droite, auxquels il fournissait des colleurs d'affiche, voire, parfois, des candidats aux &#233;lections locales, il pr&#233;tendait &#224; l'exclusivit&#233; et combattait avec &#233;nergie la CGT. Li&#233;e &#224; un ensemble d'avantages sociaux aussi g&#233;n&#233;reux qu'in&#233;galitaire, l'imbrication des genres avait fait ses preuves dans les ann&#233;es prosp&#232;res, et convaincu d'autres entreprises : Citro&#235;n avait ainsi adopt&#233; ce mod&#232;le dans les ann&#233;es 1960. Supplantant les syndicats autonomes de l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, la CFT &#8211; devenue CSL &#8211; constituait une tradition de la droite sociale fran&#231;aise, toujours cantonn&#233;e &#224; un r&#244;le mineur par le pouvoir politique, mais souvent vivifi&#233;e aux p&#233;riodes de crise. Elle s'&#233;tait implant&#233;e chez Peugeot apr&#232;s 1968, sans devenir dominante, et &#233;tait apparue fortuitement dans certaines usines Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formule corporatiste conna&#238;t pourtant des difficult&#233;s &#224; la fin des ann&#233;es 1970. Elle suppose un budget consid&#233;rable d&#233;di&#233; aux avantages sociaux, aux faveurs individuelles et &#224; l'entretien d'un r&#233;seau syndical dense &#8211; plusieurs centaines de personnes &#224; Poissy. Trop opaque pour la direction de Peugeot, ce syst&#232;me d&#233;pla&#238;t parce qu'il est jug&#233; encombrant. Depuis 1979, les &#233;lections professionnelles sont entach&#233;es d'irr&#233;gularit&#233;s qui entra&#238;nent des condamnations de justice &#224; Poissy. Le &#171; syst&#232;me Simca &#187; suscite une attention de plus en plus appuy&#233;e du minist&#232;re du Travail et affecte la r&#233;putation &#8211; ex&#233;crable &#8211; de l'entreprise aupr&#232;s des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1981, la situation devient intenable chez Talbot et Citro&#235;n : la persistance des fiefs CSL contrecarre la politique du ministre du Travail, Jean Auroux, qui souhaite accorder des droits nouveaux aux travailleurs, donnant son nom aux lois vot&#233;es dans la seconde moiti&#233; de 1982. La pr&#233;paration des &#233;lections professionnelles de 1982 s'effectue chez Citro&#235;n dans une tension croissante, entre direction, pouvoirs publics et ouvriers : la CFDT alerte les minist&#232;res sur les agressions que subissent certains militants dont son nouveau d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; Aulnay, Mohamed el-Harrari. Signe des temps, elle est re&#231;ue par un conseiller du Premier ministre. Le 22 avril, des milliers d'ouvriers d'Aulnay se mettent en gr&#232;ve, pla&#231;ant des piquets aux portes de l'usine&#8230; que les fid&#232;les de la direction occupent ! Les revendications portent sur les cadences, la r&#233;forme des classifications et la formation, soit ce que r&#233;clament les gr&#233;vistes de Billancourt, de Flins ou de Sochaux : &#171; l'&#233;volution de la condition des OS &#187;. Elles portent aussi sur les salaires et la possibilit&#233; pour les immigr&#233;s de joindre la cinqui&#232;me semaine aux cong&#233;s d'&#233;t&#233;. On trouve enfin la dimension sp&#233;cifique d'une lutte pour les libert&#233;s au travail et la reconnaissance des droits syndicaux. Durant un mois, les man&#339;uvres de terrain et les bagarres confortent le blocage des n&#233;gociations, jusqu'&#224; la nomination, le 21 mai, du m&#233;diateur Dupeyroux. Sa recommandation, r&#233;dig&#233;e le 26, est accept&#233;e le 27 par les partenaires sociaux. Elle porte, exactement comme celle qui concernera Poissy, sur les &#171; probl&#232;mes relatifs aux libert&#233;s et, de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, au respect de la dignit&#233; de chacun &#187; comme sur &#171; les probl&#232;mes plus classiques relatifs aux salaires et aux conditions de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux conflits, le syst&#232;me corporatiste vole en &#233;clats, m&#234;me si bon nombre de salari&#233;s n'ont pas fait gr&#232;ve, et si la CSL garde de l'influence. Les &#233;lections de juin aux usines Citro&#235;n de la r&#233;gion parisienne voient la CGT bondir de 9 &#224; 57 %, la CFDT atteindre 6 %, tandis que la CSL tombe de 82 % &#224; 33 %. &#192; Poissy, la victoire de la CGT, suivie &#224; distance respectable par la CFDT, se traduit par une syndicalisation massive et spectaculaire : celle-ci annonce 3 327 adh&#233;rents le 2 juillet ! Ce chiffre cl&#244;t d&#233;finitivement l'&#233;poque de la survie clandestine des ann&#233;es 1960, quand la CGT ne comptait que 16 adh&#233;rents. &#192; la fin du conflit, des salari&#233;s font la queue pour obtenir leur carte. Pourtant, chez Citro&#235;n comme chez Talbot, la reprise ne fait pas l'&#233;conomie de tensions et de contestations. C'est &#224; Poissy que l'effervescence est la plus vive, &#224; propos de variations de cadence, de mutations, de salaires, ou encore du comportement d'un agent de ma&#238;trise. La revendication de dignit&#233; est intense, et l'ensemble de la discipline d'usine est remise en cause par une solidarit&#233; ouvri&#232;re rapide &#224; r&#233;agir, exub&#233;rante et redoutable d'efficacit&#233;. Si dans cette p&#233;riode l'influence de la CGT et de la CFDT se renforce en termes d'adh&#233;rents comme dans les &#233;lections professionnelles, les formes classiques de repr&#233;sentation ne suffisent pas &#224; faire face au bouleversement des ateliers. Ces deux organisations instaurent un r&#233;seau de &#171; d&#233;l&#233;gu&#233;s de cha&#238;ne &#187;, issus des actifs de l'occupation, propos&#233;s par les ouvriers et habilit&#233;s par les syndicats. Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s de cha&#238;ne drainent les frictions d'atelier, et tentent de s'imposer &#224; une ma&#238;trise qui peine &#224; r&#233;sister. Fin 1982, L'Expansion note qu'il y a trois forces en pr&#233;sence &#224; Poissy : la direction qui veut r&#233;aliser ses plans de production ; la CSL qui cherche &#224; garder une influence alors que ses d&#233;l&#233;gu&#233;s sont syst&#233;matiquement chahut&#233;s et la CGT qui entend conforter un pouvoir issu du conflit. Au-del&#224; de ces vagues imm&#233;diates, et des reflux ult&#233;rieurs, Citro&#235;n et Talbot amorcent une harmonisation progressive mais irr&#233;versible des relations sociales avec celles qui gouvernent PSA et, au-del&#224;, la France du travail des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9702; 1983, sauver l'emploi, la marque ou l'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En occupant le devant de la sc&#232;ne, les conflits de 1982 ont fait oublier les difficult&#233;s industrielles qui fragilisent toute la branche automobile. La crise des ann&#233;es 1970 a conduit Peugeot &#224; reprendre Citro&#235;n en 1974 et Chrysler-France en 1978. Le nouveau groupe constitu&#233;, v&#233;ritable General Motors &#224; la fran&#231;aise, comptait sur la poursuite de la croissance pour moderniser et harmoniser le nouvel ensemble industriel. Or le retournement de conjoncture est brutal, PSA perdant de l'argent d&#232;s 1980, Renault l'ann&#233;e suivante. Cette mutation prend donc PSA &#224; contre-pied, sa part de march&#233; tombant en Europe de 17,2 % &#224; 12 % entre 1979 et 1982. La gravit&#233; de cette crise est mal &#233;valu&#233;e. Tout en &#233;voquant l'existence de difficult&#233;s structurelles, les syndicats h&#233;sitent &#224; parler de crise avant 1981. L'id&#233;e de nationaliser PSA occupe quelques d&#233;bats militants &#224; la CGT et &#224; la CFDT. Quant aux directions d'entreprise, tromp&#233;es par la reprise des lendemains du premier choc p&#233;trolier, elles imaginent un sch&#233;ma &#224; l'identique, attendant en vain un red&#233;marrage des march&#233;s. La victoire de la gauche perturbe un peu plus le jeu : la semaine de 39 heures pay&#233;es 40 et la cinqui&#232;me semaine de cong&#233;s pay&#233;s ont un co&#251;t que chaque entreprise chiffre &#224; sa fa&#231;on. Elle correspond &#224; une br&#232;ve reprise du march&#233; que conforte l'illusion de la relance de 1982. Mais les pertes s'accumulent pour ces deux constructeurs qui tardent &#224; r&#233;former leur appareil industriel et abaisser leurs co&#251;ts. Quand les commandes s'effondrent fin 1982, la crise s'impose aux dirigeants. Avec l'arriv&#233;e de Jacques Calvet, PSA r&#233;vise ses rep&#232;res de productivit&#233;, s'engageant dans une r&#233;duction drastique des charges et des effectifs afin de retrouver l'&#233;quilibre financier. Plus gravement endett&#233;, Renault r&#233;agit plus tardivement. L'entreprise, une fois encore, joue son r&#244;le de symbole industriel et social pour une gauche fra&#238;chement &#233;lue dont Pierre Dreyfus, ancien PDG de la R&#233;gie, est devenu le ministre de l'Industrie. La CGT a suspendu son combat pour Billancourt puisqu'il n'est plus question de fermer ce bastion historique. Il faudra la nomination de Georges Besse en janvier 1985 pour que la R&#233;gie mesure son &#233;tat de sant&#233; et change de cap. Entre-temps, la gauche op&#232;re son revirement strat&#233;gique dans les derniers jours de mars 1983. Le 21, le franc est d&#233;valu&#233; pour la troisi&#232;me fois. Le 23, Fran&#231;ois Mitterrand annonce la nouvelle politique &#233;conomique du gouvernement Mauroy ; le 25, Jacques Delors pr&#233;sente son plan, avec en point d'orgue le grand tournant de la rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chez PSA, tr&#232;s marqu&#233; par la crise, Poissy appara&#238;t comme la branche la plus malade. Associ&#233;e &#224; la marque Talbot, cette usine produit des voitures d&#233;mod&#233;es, des Simca rebaptis&#233;es Talbot qui laissent bien des clients perplexes. Lors de la r&#233;cession de 1980-1981, la d&#233;gradation est telle que Poissy multiplie les jours ch&#244;m&#233;s : 31 jours en 1980, et 8 &#224; 10 jours mensuels au printemps 1981. Fin 1980, Talbot a perdu plus du quart de ses effectifs de 1979, en utilisant tous les moyens : d&#233;parts &#224; l'amiable, licenciements &#233;conomiques, aide au retour pour les travailleurs immigr&#233;s volontaires. Mais les ventes de Talbot continuent de s'effondrer. La production de Poissy tombe de moiti&#233; entre 1979 et 1981. Deux plans successifs &#233;tablis avec le Fonds national pour l'emploi (FNE) &#233;loignent des salari&#233;s &#226;g&#233;s de 56, puis de 55 ans. Lorsque les commandes semblent reprendre d&#233;but 1982, l'inqui&#233;tude du personnel reste enti&#232;re. Les salari&#233;s de Talbot s'interrogent : Peugeot se comporte-t-il en partenaire ou en concurrent pr&#234;t &#224; &#233;liminer Talbot ? Dans cette logique, l'emploi, l'usine et la marque sont totalement li&#233;s. Exprim&#233; par la CGT, ce raisonnement rencontre un &#233;cho croissant dans les ateliers. La gr&#232;ve du printemps 1982 suspend la controverse, sans apaiser les soup&#231;ons. Au d&#233;but 1983, la conjoncture se d&#233;grade &#224; nouveau. Le d&#233;clin de l'image de Talbot entra&#238;ne un effondrement total des commandes. Les samedis obligatoires sont remplac&#233;s par des jours ch&#244;m&#233;s, 25 au premier semestre 1983. De quoi s'inqui&#233;ter quant &#224; l'avenir du site, du travail et de l'emploi. Du c&#244;t&#233; syndical, le ch&#244;mage redevient la pr&#233;occupation majeure. &#192; juste titre : apr&#232;s avoir h&#233;sit&#233;, la direction de PSA d&#233;cide une nouvelle vague de suppression d'emplois, dans une usine largement traumatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9702; Juillet-novembre 1983, plan social et crispation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 juillet 1983, la direction annonce 4 140 d&#233;parts soit un quart des emplois de Poissy, d&#233;compos&#233;s en 1 235 mises en pr&#233;retraite par convention FNE et 2 905 licenciements. Ce plan suscite une tr&#232;s vive &#233;motion dans l'usine, m&#234;me si les rumeurs annon&#231;aient le pire. Les syndicats r&#233;agissent diversement. La CSL se dit pr&#234;te &#224; &#233;tudier les propositions de d&#233;part volontaire et &#224; l'amiable. La CFDT, tr&#232;s minoritaire, refuse tout licenciement. Enfin, la CGT adopte un cap plus pragmatique, tentant de r&#233;duire la marge de man&#339;uvre des dirigeants en multipliant les journ&#233;es de gr&#232;ve, toutes largement suivies. Les pouvoirs publics, en alerte, instaurent une commission interminist&#233;rielle pour &#171; mettre &#224; jour la v&#233;ritable situation dans laquelle se trouve PSA &#187;. Pourtant les strat&#233;gies diff&#232;rent : si PSA veut r&#233;duire ses effectifs, le gouvernement essaie d'enrayer la progression du ch&#244;mage. Rien n'est plus n&#233;faste pour les partis de gauche qu'avaliser des suppressions d'emploi. Malgr&#233; les relations tr&#232;s froides entre l'entreprise et le gouvernement, des contacts sont rapidement pris entre Jacques Calvet et Pierre B&#233;r&#233;govoy, ministre des Affaires sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 septembre, la direction d&#233;pose une demande de licenciements qui s'inscrit dans un plan plus large de la marque Peugeot. La r&#233;ponse vient le 11 octobre : le gouvernement refuse les modalit&#233;s sociales du plan, mais accepte le principe des sureffectifs. L'entreprise doit r&#233;duire le nombre des licenciements, et prendre &#171; des engagements pr&#233;cis sur le devenir industriel du site de Poissy &#187;. Le 21 novembre, lors de la r&#233;union du CCE de Talbot, la direction renouvelle son plan de licenciements en apportant de nouvelles conditions de d&#233;part : cr&#233;ation d'un bureau d'orientation pour les licenci&#233;s, actions particuli&#232;res de formation &#224; des technologies nouvelles pour 200 personnes, aide au retour des immigr&#233;s volontaires. Pour l'avenir du site, elle annonce le lancement d'un nouveau v&#233;hicule &#224; Poissy. Entre temps, les contacts se multiplient, mais dans une cacophonie extr&#234;me entre syndicats, instances de l'entreprise, minist&#232;res, autorit&#233;s d&#233;partementales et &#233;lus. Les rumeurs alimentent la tension dans l'attente de la seconde r&#233;ponse gouvernementale qui tarde encore &#224; se profiler. Beaucoup de salari&#233;s s'alarment de voir leur fabrication &#8211; des voitures Talbot &#8211; remplac&#233;e par des Peugeot. On soup&#231;onne &#224; nouveau PSA de vouloir liquider les emplois. On s'inqui&#232;te de voir l'avenir de Poissy se n&#233;gocier loin de l'usine, entre la direction de PSA et le gouvernement dont les objectifs changent. Le dossier Talbot constitue l'&#233;preuve de v&#233;rit&#233;, le test du nouveau r&#233;alisme &#233;conomique du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Intransigeante sur les licenciements, la CFDT d&#233;clenche le 7 d&#233;cembre 1983 une gr&#232;ve avec occupation, reconductible quotidiennement. La semaine suivante, une r&#233;union interminist&#233;rielle repousse encore la d&#233;cision. La direction de PSA perd alors patience, quatre mois apr&#232;s le d&#233;p&#244;t du premier dossier : elle met en balance la survie de Poissy, et annonce la suspension des r&#233;mun&#233;rations. Tandis que les syndicats sont atterr&#233;s, les contacts se poursuivent au plus haut niveau. Le 17 d&#233;cembre, le Premier ministre Pierre Mauroy re&#231;oit Jacques Calvet et Jean-Paul Parayre, puis les dirigeants de la CGT et de la CFDT, avant d'annoncer les d&#233;cisions du gouvernement. Celui-ci autorise 1 905 licenciements, dont une liste est d&#233;j&#224; dress&#233;e. Les conditions de d&#233;part sont am&#233;lior&#233;es gr&#226;ce &#224; l'octroi d'une prime de 20 000 francs &#224; tout employeur proc&#233;dant &#224; une r&#233;embauche, d'une aide &#224; la cr&#233;ation d'entreprise, ainsi que d'une r&#233;duction de 20 000 francs sur l'achat d'un v&#233;hicule utilitaire servant d'outil de travail. Enfin, des dispositifs de formation ou de reclassement sont mis en place : 1 300 stages de formation r&#233;mun&#233;r&#233;s et 500 reclassements dans d'autres entreprises, PSA prenant en charge la formation d'une centaine de salari&#233;s aux m&#233;tiers de la r&#233;paration automobile. Par ailleurs, le plan de d&#233;parts en pr&#233;retraite est sign&#233;. Pour l'avenir du site de Poissy, PSA s'engage dans des investissements de modernisation atteignant 1,2 milliard de francs. L'usine continuera &#224; produire des Talbot et des Peugeot. La reprise de l'usine est m&#234;me fix&#233;e au 2 janvier 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Prompte &#224; r&#233;agir, la CFDT appelle &#224; continuer la gr&#232;ve, &#224; poursuivre l'occupation de l'usine pour faire annuler les licenciements. FO approuve au contraire les d&#233;cisions tandis que la CSL esquive, indiquant qu'elle subit les &#233;v&#233;nements. Tr&#232;s attendue, l'appr&#233;ciation de la CGT est aussi complexe que malais&#233;e. Andr&#233; Sainjon, secr&#233;taire national de la f&#233;d&#233;ration des m&#233;taux, souligne les 1 000 emplois gagn&#233;s et le fait qu'aucun licenci&#233; de Talbot n'ira pointer &#224; l'ANPE, autant d'&#233;l&#233;ments que le syndicat de Poissy juge aussi comme &#171; une premi&#232;re ouverture constructive &#187;. Par ailleurs, la CGT appelle aussi &#224; l'ouverture de n&#233;gociations dans l'entreprise sur les reclassements : elle esp&#232;re transformer les licenciements en d&#233;parts, et obtenir qu'aucun des 1 905 salari&#233;s plac&#233;s sur la liste ne devienne ch&#244;meur. Enfin, la CGT souligne qu'elle n'est pas partie prenante dans les d&#233;cisions prises : &#171; Aucune n&#233;gociation n'a eu lieu. Nous avons simplement &#233;t&#233; inform&#233;s de l'accord intervenu entre PSA et le gouvernement &#187;. Aupr&#232;s du millier d'ouvriers qui constituent la base militante depuis juin 1982, l'accord passe mal. Il conduit un responsable CGT &#224; s'exclamer : &#171; Non, aux licenciements, nous sommes 17 000 et nous resterons 17 000 &#187;. &#171; Une exasp&#233;ration qu'on affirme &#8220;comprendre&#8221; &#224; la f&#233;d&#233;ration CGT de la m&#233;tallurgie &#187;, note un journaliste. Critiquant &#224; la fois l'aventurisme de la CFDT et l'intransigeance de la direction, revendiquant le droit d'informer sans d&#233;cider &#224; la place des travailleurs, Nora Tr&#233;hel peine &#224; faire partager ses nuances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 d&#233;cembre, la direction annonce un changement juridique qui lui permet, en cas de n&#233;cessit&#233;, de d&#233;poser le bilan de Talbot sans affecter les comptes de PSA, sans engager sa responsabilit&#233;. Le 1er janvier, le conflit semble s'achever. Mais le 3 janvier 1984, jour de la r&#233;ouverture pr&#233;sum&#233;e, quelques centaines de gr&#233;vistes irr&#233;ductibles &#8211; conduits par la CFDT &#8211; s'opposent par la force &#224; la reprise du travail. Pour la premi&#232;re fois depuis des mois, les non-gr&#233;vistes ripostent. Au c&#339;ur de cette tension qui explose, deux angoisses se heurtent, comme deux fa&#231;ons de se trouver dos au mur. D'un c&#244;t&#233;, des ouvriers qui, se sachant sur la liste des exclus, refusent la brutalit&#233; du licenciement. De l'autre, des salari&#233;s qui, apr&#232;s des mois d'attente, ne croient plus pouvoir pr&#233;server tout &#224; la fois la marque, le site et les emplois, et veulent sauver &#224; tout prix ce qui peut l'&#234;tre encore. Du 3 au 5 janvier, l'usine est le th&#233;&#226;tre d'affrontements d'une violence sombre et s&#232;che : bagarres, courses-poursuites, jets de pi&#232;ces m&#233;talliques, autant de faits qu'attestent rapports, t&#233;moignages et photographies. Ces affrontements occasionnent 11 bless&#233;s le 3 janvier, 43 le 4, 55 dont 18 hospitalis&#233;s le 5. L'escalade de la violence fait craindre le pire. En milieu de matin&#233;e, la direction puis la CFDT elle-m&#234;me demandent l'intervention des forces de l'ordre ! Dans la matin&#233;e du 5, les CRS &#233;tablissent un cordon sanitaire entre non gr&#233;vistes et gr&#233;vistes pour permettre &#224; ces derniers de sortir en s&#233;curit&#233;. Plusieurs ateliers &#233;tant d&#233;vast&#233;s, l'usine est &#224; nouveau ferm&#233;e pour &#234;tre remise en &#233;tat, le personnel &#233;tant renvoy&#233; sans r&#233;mun&#233;ration. Ce n'est que le 11 janvier que l'usine reprend le travail, cette fois d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9702; L'immigration pos&#233;e en probl&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derniers moments de cette occupation, la responsable CGT Eleonora &#8211; dite Nora &#8211; Tr&#233;hel, fille d'immigr&#233; italien, plaide pour la reprise du travail afin de sauver l'usine. Elle interpelle le dernier carr&#233; de gr&#233;vistes en lan&#231;ant : &#171; Voulez-vous que la t&#233;l&#233;vision puisse dire que les immigr&#233;s font fermer les usines fran&#231;aises ? Voulez-vous donner des arguments aux fascistes et aux racistes de ce pays ? &#187; Un Africain lui r&#233;pond aussit&#244;t : &#171; Le racisme, il est partout &#187;. D'un bout &#224; l'autre des conflits de l'automobile des ann&#233;es 1982-1983 &#8211; et particuli&#232;rement dans les conflits Talbot &#8211; la repr&#233;sentation des immigr&#233;s dans l'espace public s'est consid&#233;rablement modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, les images de gr&#232;ve rendent visible l'importance des ouvriers immigr&#233;s dans les usines automobiles Citro&#235;n et Talbot, apr&#232;s celles de Flins et de Billancourt. De fait, la tendance &#224; recruter des ouvriers d'origine &#233;trang&#232;re, forte dans les usines de l'agglom&#233;ration parisienne, a &#233;t&#233; reprise par la plupart des usines de province dans les ann&#233;es 1970. Pourtant, lors des gr&#232;ves de Renault comme des conflits de Citro&#235;n, c'est essentiellement comme ouvriers, que ces gr&#233;vistes sont pr&#233;sent&#233;s dans une grande partie de la presse : OS d'abord, parfois immigr&#233;s. L'&#233;mergence du Marocain Akka Ghazi en animateur de la gr&#232;ve d'Aulnay illustre l'ancrage du syndicalisme dans cette nouvelle g&#233;n&#233;ration ouvri&#232;re, et l'int&#233;gration de celle-ci dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Andr&#233; Sainjon (CGT) pr&#233;cise : &#171; Je refuse, personnellement, le terme de &#8220;gr&#232;ve d'immigr&#233;s&#8221; car il reviendrait &#224; r&#233;duire consid&#233;rablement la port&#233;e de ce conflit. Il s'agit tr&#232;s exactement d'une lutte de travailleurs, une lutte de travailleurs OS [&#8230;] pour &#233;lever &#224; leur dimension r&#233;elle de responsabilit&#233;s, de qualifications, le travail et l'homme au travail. &#187; Les recommandations du m&#233;diateur ne disent rien, ou presque, qui soit sp&#233;cifiquement destin&#233; aux immigr&#233;s. Un mois plus tard, &#224; Poissy, le m&#234;me m&#233;diateur centre &#224; nouveau sa recommandation sur &#171; l'immense question de la condition des OS &#187;. Il &#233;voque aussi, discr&#232;tement mais &#224; plusieurs reprises, l'&#233;ventualit&#233; de discriminations x&#233;nophobes ou la n&#233;cessit&#233; de combattre le racisme ; il aborde explicitement la mise &#224; disposition de lieux de culte dans l'enceinte de l'usine. La sp&#233;cificit&#233; immigr&#233;e de ces OS se dessine, mais dans la perspective d'une int&#233;gration et en second plan. C'est dans cette perspective que travaille ensuite la commission pr&#233;sid&#233;e par Gabriel Ducray : se penchant sur le probl&#232;me du d&#233;senclavement de la condition d'OS, elle d&#233;bouche sur la n&#233;cessit&#233; d'entreprendre l'alphab&#233;tisation des int&#233;ress&#233;s pour pouvoir leur proposer une carri&#232;re professionnelle : &#224; Poissy, 88 % des OS immigr&#233;s n'ont pas suivi un cycle complet d'enseignement primaire tandis qu'&#224; Aulnay, 66 % d'entre eux sont analphab&#232;tes. Et pour cause : cette qualit&#233; &#233;tait un des crit&#232;res d&#233;terminants pour les recrutements dans les villages du Sud marocain ou des plateaux d'Anatolie ; crit&#232;res parfois d&#233;jou&#233;s par de jeunes citadins scolaris&#233;s qui y venaient s'user les mains dans le sable afin de les rendre plus calleuses, condition essentielle pour partir en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En janvier 1983, &#224; l'occasion de gr&#232;ves chez Renault, la perspective change au sein du gouvernement. Pierre Mauroy d&#233;clare : &#171; Les principales difficult&#233;s qui demeurent sont pos&#233;es par des travailleurs immigr&#233;s [&#8230;] agit&#233;s par des groupes religieux et politiques qui se d&#233;terminent en fonction de crit&#232;res ayant peu &#224; voir avec les r&#233;alit&#233;s sociales fran&#231;aises. &#187; Au m&#234;me moment, Gaston Defferre, ministre de l'Int&#233;rieur, parle &#171; d'int&#233;gristes, de chiites &#187;. Les phrases &#233;meuvent[30] [30] Michel Noblecourt, &#171; Une phrase de trop &#187;, Le Monde,...&lt;br class='autobr' /&gt;
suite. Fran&#231;ois Autain, secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233; des Immigr&#233;s, r&#233;pond alors que dans les gr&#232;ves, &#171; le fait religieux n'est pas le plus marquant &#187;. L'&#233;pisode traduit un glissement : le 29 octobre 1981, fid&#232;le &#224; ses positions des ann&#233;es 1970, la gauche avait abrog&#233; la loi dite Bonnet-Stoleru, supprim&#233; l'aide au retour et aid&#233; au regroupement familial afin de permettre aux immigr&#233;s de s'int&#233;grer dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise s'ils le d&#233;siraient. La r&#233;cession de 1980-1984 am&#232;ne les entreprises &#224; parler de sureffectifs de masse en m&#234;me temps que du besoin, aussi imp&#233;ratif que nouveau, d'une main-d'&#339;uvre adaptable et de haut niveau. Le conflit de l'automne et de l'hiver 1983 sur les licenciements &#224; Talbot accentue le d&#233;placement des rep&#232;res. En d&#233;cembre, Jack Ralite, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; charg&#233; de l'Emploi, annonce &#224; l'Assembl&#233;e nationale que les immigr&#233;s de Talbot seront &#171; aid&#233;s, s'ils en expriment le souhait, &#224; retourner dans leur pays &#187;. L'immigr&#233; a remplac&#233; l'OS, le pays redevient celui des origines. Le d&#233;bat est vif entre syndicalistes, et entre salari&#233;s. Pour les ouvriers immigr&#233;s eux-m&#234;mes la question des attaches, du chez soi est longtemps rest&#233;e floue et ouverte : derri&#232;re le retour souvent projet&#233;, l'avenir fran&#231;ais des enfants, jamais &#233;voqu&#233; par les politiques, a irr&#233;sistiblement chemin&#233;. La sommation de choisir attise la douleur du dilemme. Lorsque quelques d&#233;l&#233;gu&#233;s immigr&#233;s, dissidents de la CGT, annoncent qu'ils veulent marchander le prix de leur retour, la r&#233;sistance d'une Nora Tr&#233;hel est prise en tenaille. La tonalit&#233; raciste des combats dans l'usine r&#233;pond &#224; sa fa&#231;on &#224; la transformation du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 janvier 1984, l'improbable se produit : l'usine qui, depuis des ann&#233;es, s'avan&#231;ait vers la catastrophe, sort de la spirale destructrice. Les anciens protagonistes recommencent &#224; travailler ensemble. Poissy amorce son redressement industriel : le groupe PSA l'int&#232;gre progressivement et entreprend sa modernisation radicale tandis que les effectifs continuent de diminuer. Les relations sociales se banalisent ; apr&#232;s le contrecoup des licenciements, la CGT s'installe tandis que la CSL subit un d&#233;clin lent mais irr&#233;versible. L'histoire de ces ann&#233;es 1982-1984 est pourtant loin d'&#234;tre banale. &#192; travers deux temps forts d'affrontement, les conflits Talbot ont fait &#233;merger, &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e, le rattrapage d&#233;mocratique que la France industrielle avait parcouru en plusieurs d&#233;cennies, y compris dans sa composante utopique[34] [34] Nicolas Hatzfeld, &#171; &#8220;Faire tourner l'usine sans patron&#8221; ?...&lt;br class='autobr' /&gt;
suite. Et, sans d&#233;semparer, r&#233;tabli le poids de l'emploi, recompos&#233; les enjeux du travail. La valeur des &#233;preuves tient aussi &#224; leur envergure nationale, au-del&#224; de l'importante dimension m&#233;diatique. Les syst&#232;mes Simca et Citro&#235;n s'effondrent lorsque l'&#201;tat leur retire son soutien, soucieux de renforcer l'expression des salari&#233;s dans leur entreprise. Plus tard, les menaces sur l'usine de Poissy forcent la gauche &#224; &#233;tendre &#224; l'emploi son aggiornamento &#233;conomique. Des ouvriers vieillissants jusqu'au premier ministre Pierre Mauroy, tous les protagonistes r&#233;orientent leurs positions et voient leur r&#244;le se red&#233;finir. Sous la houlette de la gauche, les drames de Talbot concr&#233;tisent ainsi le passage de la France des derniers &#233;lans de l'expansion au red&#233;ploiement douloureux des ann&#233;es de rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Hatzfeld et Jean-Louis Loubet &#171; Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984) &#187;, Vingti&#232;me Si&#232;cle. Revue d'histoire 4/2004 (no 84), p. 151-160.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;URL : &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2004-4-page-151.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2004-4-page-151.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOI : 10.3917/ving.084.0151.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article78&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans le reste du monde ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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