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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses, disait Karl Marx</title>
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		<dc:date>2025-11-02T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Sciences</dc:subject>

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&lt;p&gt;Que voulait dire Marx quand il &#233;crivait dans &#171; Le Capital &#187;, Livre III : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la phrase pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e, Marx voulait dire d'abord que l'&#233;conomie appara&#238;t comme un &#233;change entre des objets (des marchandises) et que c'est, en fait, une relation sociale (entre des hommes). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il voulait dire ensuite que la nature de la marchandise n'est pas seulement celle d'un objet, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot245" rel="tag"&gt;Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que voulait dire Marx quand il &#233;crivait dans &#171; Le Capital &#187;, Livre III :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phrase pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e, Marx voulait dire d'abord que l'&#233;conomie appara&#238;t comme un &#233;change entre des objets (des marchandises) et que c'est, en fait, une relation sociale (entre des hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire ensuite que la nature de la marchandise n'est pas seulement celle d'un objet, contrairement aux apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire encore que la nature de la classe des travailleurs n'&#233;tait pas seulement celle de personnes qui recherchent un travail aupr&#232;s d'autres qui lui proposent un travail. Leur nature n'apparaissait pas directement puisqu'elle r&#233;sultait d'un vol plus ancien, celui des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire enfin que la nature du capital, elle-m&#234;me, n'&#233;tait pas une &#233;vidence, qu'il ne s'agissait pas seulement d'une certaine somme d'argent, investi ou non, mais, l&#224; encore, d'une mani&#232;re bien particuli&#232;re d'investir cet argent en vue d'un profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du profit capitaliste, elle non plus, n'apparaissait pas de fa&#231;on &#233;vidente mais, en comprenant que l'augmentation de capital ne provient pas fondamentalement de l'&#233;change, d'une bonne affaire commerciale (qui expliquerait qu'un capitaliste s'enrichisse aux d&#233;pens d'un autre mais pas que l'ensemble du capital augmente) mais de l'exploitation du travail humain (la plus-value &#233;tant du travail non pay&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre illusion s&#233;pare ou oppose diam&#233;tralement les rapports de distribution et les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre erreur concerne les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'illusion recouvre la transformation du capital-marchandise et du capital-argent en capital commercial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital n'est pas une chose, c'est un syst&#232;me social de production bien d&#233;termin&#233;, appartenant &#224; un type historique particulier de la soci&#233;t&#233;, syst&#232;me qui se manifeste dans un objet auquel il imprime un caract&#232;re social sp&#233;cifique &#187;, Karl Marx, Le Capital, Livre III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre III du Capital, Karl Marx distingue en premier lieu deux traits caract&#233;ristiques fondamentaux pour d&#233;crire le capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) il produit des marchandises. Ce qui le distingue des autres modes de production. Le caract&#232;re dominant et d&#233;cisif de cette production est d'&#234;tre une production de marchandises. Cela implique en premier lieu que l'ouvrier lui-m&#234;me appara&#238;t uniquement comme vendeur de marchandises et, partant, comme ouvrier salari&#233; libre, donc que le travail appara&#238;t essentiellement en tant que travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La production de la plus-value est son but direct et son mobile d&#233;terminant. Le capital produit essentiellement du capital, mais il ne le fait que dans la mesure o&#249; il produit de la plus-value. La production en vue de la valeur et de la plus-value implique la tendance toujours manifeste &#224; r&#233;duire en toutes circonstances au-dessous de la moyenne sociale le temps de travail n&#233;cessaire &#224; la production d'une marchandise, autrement dit sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La tendance &#224; r&#233;duire le co&#251;t de production &#224; son minimum devient le principal levier de l'accroissement de la productivit&#233; sociale du travail mais cet accroissement se manifeste ici uniquement comme accroissement constant de la productivit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est le rapport renvers&#233; de la force de travail &#224; elle-m&#234;me. Est source de valeur ce qui contribue &#224; la reproduction de la force de travail. En tant que processus de valorisation, la valeur dans son ensemble est d&#233;termin&#233;e quantitativement par le temps de reproduction n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble des forces productives, et qualitativement par sa contribution &#224; la reproduction &#233;largie des forces productives.&lt;br class='autobr' /&gt;
La reproduction est le renouvellement constant du processus de production. La reproduction simple est le renouvellement de la production sous un volume constant. La reproduction &#233;largie signifie que la production se renouvelle dans un volume accru. C'est par l'exploitation du prol&#233;tariat que le capital grandit et, qu'en m&#234;me temps, les rapports de production capitalistes se reproduisent sur une base &#233;largie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accumulation du capital est la source de la reproduction &#233;largie. L'accumulation est l'addition au capital d'une partie de la plus-value sous forme d'investissements, visant &#224; l'accroissement de la production : achat de moyens de production et embauche de main-d'&#339;uvre suppl&#233;mentaires (augmentation des forces productives). L'accumulation capitaliste aboutit &#224; une &#233;l&#233;vation de la composition organique du capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre des rapports sociaux de production se trouve la marchandise, laquelle poss&#232;de une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change. La valeur d'usage correspond &#224; l'utilit&#233; et &#224; la satisfaction d'un besoin. La valeur d'&#233;change est mesur&#233;e par le travail humain n&#233;cessaire &#224; la production. Le co&#251;t de la force de travail est le d&#233;nominateur commun des &#233;changes marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx expose simplement, mais dialectiquement, ce qu'est le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de l'&#233;conomie capitaliste, telle que l'a expos&#233;e Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres sur &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6451&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6451&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure &#171; Salaires, prix et profits &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5136&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5136&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le salariat sous le capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'accumulation du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5811&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;conomie politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6622&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous citons ici le passage ici discut&#233; du Capital de Marx en entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En r&#233;alit&#233; l'&#233;conomie vulgaire ne fait qu'interpr&#233;ter, syst&#233;matiser et justifier doctrinalement les conceptions bourgeoises des agents de la production. Il n'y a donc rien d'&#233;tonnant &#226; ce qu'elle ne soit pas frapp&#233;e par ces absurdes contradictions apparentes des manifestations des rapports &#233;conomiques - toute science serait superflue si l'apparence r&#233;pondait directement &#224; la nature des choses - et &#224; ce qu'elle trouve ces rapports d'autant plus compr&#233;hensibles qu'elle en saisit moins la connexion intime et que la conception vulgaire les admet plus facilement. Aussi ne se doute-t-elle pas le moins du monde que la trinit&#233; (Sol et sous-sol-Rente, Capital-Int&#233;r&#234;t, Travail-Salaire ou prix du travail) qui lui sert de point de d&#233;part, se compose de trois &#233;l&#233;ments &#224; premi&#232;re vue incompatibles. En effet, nous avons une valeur d'usage, le sol, qui n'a pas de valeur, accoupl&#233;e &#224; une valeur d'&#233;change, la rente : de sorte qu'un rapport social, consid&#233;r&#233; comme un objet, est mis en rapport avec la nature, c'est-&#224;-dire qu'on &#233;tablit un rap&#172;port entre deux grandeurs incommensurables. Puis vient Capital-Int&#233;r&#234;t. Si l'on consid&#232;re le capital comme une valeur d&#233;termin&#233;e repr&#233;sent&#233;e par de l'argent, il est prima facie absurde qu'une valeur ait plus de valeur qu'elle en a en r&#233;alit&#233;. Aucun terme interm&#233;diaire n'appara&#238;t dans l'expression Capital-Int&#233;r&#234;t, qui donne du capital la for&#172;mule la plus g&#233;n&#233;rale et par cela m&#234;me la moins explicite. Aussi l'&#233;conomie vulgaire pr&#233;f&#232;re-t-elle &#224; Capital-Int&#233;r&#234;t, qui attribue &#224; une valeur la qualit&#233; occulte de n'&#234;tre pas &#233;gale &#224; elle-m&#234;me, la formule Capital - Profit, qui r&#233;fl&#232;te avec plus de pr&#233;cision le rapport capitaliste. Et alors, poursuivie par la notion que 4 n'est pas &#233;gal &#224; 5 et qu'il n'est pas possi&#172;ble d'&#233;galer 100 &#224; 110 thalers, elle passe du capital-valeur au capital-mati&#232;re, aux machines, aux mati&#232;res premi&#232;res, &#224; la valeur d'usage du capital comme condition du fonc&#172;tionnement du travail. Mais en raisonnant ainsi elle abou&#172;tit, comme pour la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#224; une expression incommensurable, le rapport entre une valeur d'usage, un objet, et un rapport inh&#233;rent &#224; une production sociale d&#233;ter&#172;min&#233;e, la plus-value. Et une fois arriv&#233;e dans le domaine de l'incommensurable, elle trouve que tout est &#233;clairci et qu'il n'y a pas lieu d'aller plus loin ; le &#171; Rationel &#187; de la con&#172;ception bourgeoise est atteint. Vient enfin Travail-Salaire, prix du travail, expression qui, ainsi que nous l'avons mon&#172;tr&#233; dans notre premier volume, contredit &#224; premi&#232;re vue &#224; la notion de la valeur et &#224; celle du prix, qui n'est en g&#233;n&#233;ral qu'une expression d&#233;termin&#233;e de la valeur. Il est &#233;videmment absurde de parler du &#171; prix du travail &#187; ; mais ici l'&#233;conomiste vulgaire est tout &#224; fait satisfait, car il est d'accord avec la conviction profonde du bourgeois qui se figure qu'il paie de l'argent pour le travail, et la contradiction entre la formule et la notion de la valeur le dispense de l'obligation de comprendre cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le proc&#232;s de production capitaliste est une forme historiquement d&#233;termin&#233;e du proc&#232;s de production sociale en g&#233;n&#233;ral. Ce dernier est autant un proc&#232;s de production des conditions mat&#233;rielles de la vie humaine qu'un proc&#232;s (en voie d'&#233;volution) de production et de reproduction des conditions m&#234;mes de la production, c'est-&#224;-dire de la forme sociale &#233;conomique qui y correspond. En effet, l'ensemble des rapports que les agents de la production ont entre eux et avec la nature constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Comme dans tous les syst&#232;mes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, le proc&#232;s de production capitaliste se d&#233;roule dans des conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es, qui r&#232;glent en m&#234;me temps les rapports sociaux de la vie de ceux qui y participent. Ces conditions comme ces rapports sont &#224; la fois des facteurs et des r&#233;sultats de la production capitaliste, qui les produit et les reproduit. Nous avons vu ensuite que, durant le proc&#232;s social de production qui lui est ad&#233;quat, le capital extrait une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de surtravail du producteur imm&#233;diat, surtravail dont il ne paie pas l'&#233;quivalent et qui, de par son essence, est du travail forc&#233;, bien qu'il semble &#234;tre le r&#233;sultat d'un contrat librement consenti. Ce surtravail rev&#234;t la forme d'une plus-value, qui existe &#224; l'&#233;tat d'un surproduit. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le surtravail, le travail en quantit&#233; plus consid&#233;rable que ne l'exigent les besoins, est in&#233;vitable dans toutes les organisations ; mais dans la soci&#233;t&#233; capitaliste comme dans l'esclavage il repose sur un antagonisme, sur l'oisivet&#233; d'une partie de la soci&#233;t&#233;. Une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de surtravail est n&#233;cessaire pour l'assurance contre les accidents et l'extension progressive et in&#233;vitable du proc&#232;s de production - ce qui constitue l'accumulation dans la soci&#233;t&#233; capitaliste - sous l'action du d&#233;veloppement des besoins et de l'augmentation de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme contribue au progr&#232;s de la civilisation en ce qu'il extrait ce surtravail par des proc&#233;d&#233;s et sous des formes qui sont plus favorables que ceux des syst&#232;mes pr&#233;c&#233;dents (esclavage, servage, etc.) au d&#233;veloppement des forces productives, &#224; l'extension des rapports sociaux et &#224; l'&#233;closion des facteurs d'une culture sup&#233;rieure. Il pr&#233;&#172;pare ainsi une forme sociale plus &#233;lev&#233;e, dans laquelle l'une des parties de la soci&#233;t&#233; ne jouira plus, au d&#233;triment de l'autre, du pouvoir et du monopole du d&#233;veloppement social, avec les avantages mat&#233;riels et intellectuels qui s'y rattachent, et dans laquelle le sutravail aura pour effet la r&#233;duction du temps consacr&#233; au travail mat&#233;riel en g&#233;n&#233;&#172;ral. Lorsque le travail n&#233;cessaire et le surtravail sont l'un et l'autre &#233;gaux &#224; 3, la journ&#233;e de travail est &#233;gale &#224; 6 et le taux du surtravail est de 100 %, tandis que le taux du surtravail n'est plus que de 33 &#8531; %, lorsque la journ&#233;e de travail est &#233;gale &#224; 12, et se d&#233;compose en 9 de tra&#172;vail n&#233;cessaire et 3 de surtravail. Or c'est la productivit&#233; du travail qui d&#233;termine la quantit&#233; de valeurs d'usage qui peut &#234;tre produite dans un temps d&#233;termin&#233; de travail n&#233;cessaire et de surtravail. La richesse effective de la soci&#233;t&#233; et la possibilit&#233; d'une extension continue du proc&#232;s de reproduction d&#233;pendent donc, non de la longueur, mais de la productivit&#233; du surtravail et des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles il est ex&#233;cut&#233;. Le r&#232;gne de la libert&#233; ne commence en fait que l&#224; o&#249; cesse le tra&#172;vail impos&#233; par la n&#233;cessit&#233; et les consid&#233;rations ext&#233;rieu&#172;res ; de par la nature des choses, il existe donc au-del&#224; de la sph&#232;re de la production mat&#233;rielle proprement dite. La lutte du sauvage contre la nature pour la satisfaction de ses besoins, la conservation et la reproduction de son existence, s'&#233;tend &#224; l'homme civilise, quels que soient la forme de la soci&#233;t&#233; et le syst&#232;me de la production. A mesure que l'homme se civilise, s'&#233;tendent le cercle de ses besoins et son asservissement &#224; la nature, mais en m&#234;me temps se d&#233;veloppent les forces productives qui lui permettent de s'en affranchir. A ce point de vue la libert&#233; ne peut &#234;tre conquise que pour autant que les hommes socialis&#233;s, devenus des producteurs associ&#233;s, combinent rationnellement et contr&#244;lent leurs &#233;changes de mati&#232;re avec la nature, de mani&#232;re &#224; les r&#233;aliser avec la moindre d&#233;pense de force et dans les conditions les plus dignes et les plus conformes &#224; la nature humaine. Sans cela le joug de la n&#233;cessit&#233; ne cessera de peser sur eux et ils ne conna&#238;tront pas le vrai r&#233;gime de la libert&#233;, dans lequel le d&#233;veloppement de leurs forces se fera exclusivement pour eux. La condition fondamentale de, cette situation est le raccourcissement de la journ&#233;e de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on fait abstraction des irr&#233;gularit&#233;s accidentelles de la r&#233;partition pour ne consid&#233;rer que l'action g&#233;n&#233;rale de la loi, on voit que dans la soci&#233;t&#233; capitaliste la plus-value ou le surproduit se partage comme un dividende entre les capitalistes au prorata de la fraction de capital social que chacun poss&#232;de. Elle est repr&#233;sent&#233;e par le profit moyen, qui se subdivise en profit d'entreprise et int&#233;r&#234;t, et tombe ainsi en partage &#224; deux cat&#233;gories distinctes de capitalistes. Mais la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re intervient pour limiter la part de la plus-value que peut s'approprier le capital ; car de m&#234;me que le capitaliste pr&#233;l&#232;ve sur l'ouvrier le surtravail et la plus-value sous forme de profit, de m&#234;me le propri&#233;taire foncier enl&#232;ve au capitaliste une partie de cette plus-value, qui constitue la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons du profit, de la part de la plus-value qui tombe en partage au capital, nous pensons donc au profit moyen (le profit d'entreprise + l'int&#233;r&#234;t), c'est-&#224;-dire &#224; ce qui reste du profit total lorsque la rente en a &#233;t&#233; d&#233;duite. Le profit du capital et la rente fonci&#232;re ne sont donc que les deux parties dans lesquelles se d&#233;compose la plus-value, et il n'y a entre eux que cette diff&#233;rence que l'une repr&#233;sente la part du propri&#233;taire foncier et l'autre, la part du capitaliste. C'est le capital qui extrait directement des ouvriers le surtravail (qui devient la plus-value et le surproduit) et &#224; ce point de vue il doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le producteur de la plus-value. Quant &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, elle reste en dehors du proc&#232;s r&#233;el de production, et son r&#244;le se borne &#224; s'annexer une partie de la plus-value pr&#233;lev&#233;e par le capital. Il n'en r&#233;sulte pas cependant que le propri&#233;taire foncier reste &#233;tranger au proc&#232;s capitaliste de production ; il y joue un r&#244;le, et ce r&#244;le r&#233;sulte, non de ce qu'il exerce une pression sur le capital ou de ce que la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, qui exproprie les travailleurs de leurs moyens de travail, est une pr&#233;mice et une condition de la production capitaliste, mais de ce qu'il personnifie un des &#233;l&#233;ments essentiels de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin vient l'ouvrier qui, en sa qualit&#233; de propri&#233;taire et de vendeur de sa force de travail, re&#231;oit sous le nom de salaire une part du produit, &#233;quivalente &#224; la fraction de son travail que nous appelons le travail n&#233;cessaire et devant servir &#224; sa conservation et &#224; sa reproduction quelque ais&#233;e ou quelque mis&#233;rable que soit son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque disparates que puissent para&#238;tre les rapports du capital, de la terre et du travail, ils ont cependant quelque chose de commun. Bon an, mal an, le capital produit du profit pour le capitaliste, la, terre fournit de la rente au propri&#233;taire et la force de travail - dans des conditions normales et aussi longtemps qu'elle peut &#234;tre utilis&#233;e - rapporte du salaire &#224; l'ouvrier. Ces trois parties de la valeur produite annuellement et les fractions du produit annuel qui les repr&#233;sentent, peuvent &#234;tre d&#233;pens&#233;es - nous faisons abstraction de l'accumulation - ann&#233;e par ann&#233;e, sans que la source de leur reproduction tarisse. Ils repr&#233;sentent les fruits annuels d'un arbre perp&#233;tuel ou plut&#244;t de trois arbres, les revenus de trois classes - capitalistes, propri&#233;taires, ouvriers - dont la r&#233;partition est faite par le capitaliste producteur, qui met le travail en &#339;uvre et pr&#233;l&#232;ve directement la plus-value. Le capital, la terre et la force de travail ou plut&#244;t le travail sont pour le capitaliste, le propri&#233;taire et l'ouvrier les trois sources de leurs revenus sp&#233;cifiques, le profit, la rente et le salaire. En effet, pour le capitaliste, le capital est une pompe qui aspire sans cesse de la plus-value, pour le propri&#233;taire, la terre est un aimant qui attire continuellement une partie de la plus-value, et pour l'ouvrier, le travail est un moyen &#224; action ininterrompue d'obtenir une partie de la valeur qu'il cr&#233;e, c'est-&#224;-dire le salaire qui doit le faire vivre. En outre ce sont le capital, la terre et le travail qui assignent respectivement la forme de profit, rente et salaire aux trois parties de la valeur et du produit du travail annuel, et en font par cette transformation les revenus des capitalistes, des propri&#233;taires et des ouvriers. Alors que la r&#233;partition doit avoir pour point de d&#233;part la valeur du produit annuel (qui n'est que du travail social mat&#233;rialis&#233;), les choses se pr&#233;sentent d'une mani&#232;re oppos&#233;e dans l'esprit des agents de la production. Le capital, la terre et le travail leur apparaissent comme trois sources ind&#233;pendantes, desquelles sortent trois parties distinctes du produit annuel et qui, par cons&#233;quent, n'interviennent pas seulement pour donner aux parties de la valeur annuellement produite les formes diff&#233;rentes sous lesquelles elles deviennent les revenus des agents de production, mais donnent naissance &#224; cette valeur elle-m&#234;me, la substance des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s de la rente sont en rapport avec les in&#233;galit&#233;s de fertilit&#233; des terres et d&#233;pendent donc de propri&#233;t&#233;s qui ont leur source dans le sol. Il en est r&#233;ellement ainsi lorsqu'elles r&#233;sultent de diff&#233;rences entre les valeurs des produits des diff&#233;rentes terres. Mais lorsqu'elles d&#233;rivent de diff&#233;rences entre les valeurs du march&#233;, elles sont la cons&#233;quence d'une loi sociale bas&#233;e sur la concurrence et qui est ind&#233;pendante de la terre et de ses diff&#233;rents degr&#233;s de fertilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait que tout au moins &#171; Travail-Salaire &#187; devrait &#234;tre l'expression d'un rapport rationnel. Il n'en est ainsi pas plus que de &#171; Terre-Rente &#187;. Le travail, cr&#233;ateur de valeur et s'ext&#233;riosant dans la valeur des marchandises, n'a rien &#224; voir dans la r&#233;partition de cette valeur entre diff&#233;rentes cat&#233;gories, et le travail, caract&#233;ris&#233; socialement par le salaire, n'est pas cr&#233;ateur de valeur. Nous avons d&#233;montr&#233; pr&#233;c&#233;demment que le salaire, le prix du travail, est une expression irrationnelle de la valeur ou du prix de la force de travail, et que les conditions sociales d&#233;termin&#233;es dans lesquelles se fait la vente de la force de travail, sont compl&#232;tement ind&#233;pendantes du travail, agent g&#233;n&#233;ral de la production. Le travail s'objective dans la partie de la valeur de la marchandise qui, sous forme de salaire, constitue le prix de la force de travail ; il engendre cette partie au m&#234;me titre que les autres parties du produit, mais il ne s'objective ni plus, ni autrement dans cette partie que dans celles qui constituent la rente ou le profit. D'ailleurs lorsque nous consid&#233;rons le travail comme cr&#233;ateur de la valeur, nous ne l'envisageons pas sous sa forme concr&#232;te comme condition de la production, mais dans sa destination sociale, qui est diff&#233;rente de celle du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'expression &#171; Capital-Profit &#187; est incorrecte. Lorsque l'on prend le capital dans la seule relation o&#249; il est producteur de plus-value, c'est-&#224;-dire dans son rapport avec la force de travail, dans lequel il extrait de la plus-value par la pression qu'il exerce sur l'ouvrier, on est amen&#233; &#224; consid&#233;rer la plus-value totale, c'est-&#224;-dire le profit (profit d'entreprise + int&#233;r&#234;t) et la rente. Or, dans l'expression &#171; Capital-Profit &#187;, il n'est en rapport qu'avec la partie de la plus-value qui repr&#233;sente le revenu du capitaliste, et toute relation s'efface encore davantage d&#232;s que l'expression prend la forme &#171; Capital-Int&#233;r&#234;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s en premier lieu &#224; signaler le disparate des trois sources, nous sommes conduits maintenant &#224; constater que leurs produits, les revenus, appartiennent tous &#224; la m&#234;me sph&#232;re, celle de la valeur. Le rapport entre des grandeurs, non seulement incommensurables mais incomparables, a donc pu s'&#233;tablir, parce que l'on a envisag&#233; le capital, de m&#234;me que la terre, de m&#234;me que le travail, uniquement au point de vue mat&#233;riel, comme moyen de production, et que l'on a fait abstraction de ses rapports avec les travailleurs et de son existence comme valeur. Dans ce sens la formule Capital-Int&#233;r&#234;t (profit), Terre-Rente, Travail-Salaire, manque de co&#239;ncidence. En effet, pour ceux dont la conception est limit&#233;e par le cadre de la production capitaliste, le travail salari&#233; n'est pas une forme socialement d&#233;termin&#233;e du travail, mais tout travail est de par sa nature un travail salari&#233; ; il en r&#233;sulte que pour eux les formes sociales sp&#233;cifiques que les conditions mat&#233;rielles du travail - les moyens de production et la terre - rev&#234;tent par opposition au travail salari&#233;, se confondent avec la forme purement mat&#233;rielle de ces conditions de travail dans le proc&#232;s de production. La forme des conditions du travail au sein desquelles les moyens de travail se convertissent en capital et la terre en terre monopolis&#233;e, en propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, cette forme caract&#233;ristique d'une phase d&#233;termin&#233;e de l'histoire n'est pas distingu&#233;e par eux de la nature et de la fonction des moyens de production et de la terre dans le proc&#232;s de production en g&#233;n&#233;ral. A leurs yeux, ces moyens de production sont capital de par leur nature et le mot capital n'est que leur &#171; d&#233;nomination &#233;conomique &#187; ; la terre est de par sa nature la terre monopolis&#233;e par un nombre d&#233;termin&#233; de propri&#233;taires fonciers. Et de m&#234;me que dans le capital et sa personnification, le capitaliste, le produit devient une force autonome qui s'oppose au producteur, de m&#234;me le propri&#233;taire foncier personnifie le sol avec le sous-sol, et se dresse sur ses ergots pour r&#233;clamer, en tant que force autonome, sa part du produit qu'il a contribu&#233; &#224; obtenir ; de sorte que ce n'est pas la terre qui re&#231;oit la part du produit qui lui revient et qui est n&#233;cessaire pour la conservation et l'accroissement de sa productivit&#233;, mais le propri&#233;taire qui en trafique et la gaspille. Il est clair que le capital suppose le travail sous forme de travail salari&#233; ; mais il est tout aussi clair que si l'on admet comme &#233;vident que le travail salari&#233; est la forme du travail en g&#233;n&#233;ral, le capital et la terre monopolis&#233;e doivent se pr&#233;senter comme les formes naturelles des conditions du travail. D&#232;s lors le capital est la forme naturelle du moyen de production, la caract&#233;ristique de son &#233;tat et de sa fonction dans le proc&#232;s de travail : capital et moyen de production sont deux expressions identiques, de m&#234;me que terre et terre monopolis&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le moyen de production, capital de par sa nature, devient ainsi la source du profit et la terre, la source de la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail comme tel, consid&#233;r&#233; uniquement comme &#233;nergie productive, est rapport&#233; au moyen de production, consid&#233;r&#233; non au point de vue de son r&#244;le social, mais au point de vue de sa substance, et envisag&#233; &#224; la fois comme mati&#232;re sur laquelle agit le travail et comme moyen par lequel il s'exerce, constituant par cons&#233;quent deux valeurs d'usage distinctes, la terre &#233;tant un moyen de travail naturel et le moyen de production, un moyen de travail artificiel. D&#232;s que le travail est confondu avec le travail salari&#233;, la forme sociale d&#233;termin&#233;e que les moyens de travail rev&#234;tent par opposition au travail, se confond avec leur forme mat&#233;rielle ; le moyen de travail en lui-m&#234;me devient capital et la terre, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. La forme sp&#233;ciale que les moyens de travail personnifi&#233;s affectent dans leur rapport avec le travail est alors une propri&#233;t&#233; ins&#233;parable de leur existence mat&#233;rielle, un caract&#232;re immanent, leur appartenant n&#233;cessairement en tant qu'&#233;l&#233;ments de production, et le caract&#232;re social qu'une phase d&#233;termin&#233;e de l'histoire leur assigne dans la production capitaliste devient un caract&#232;re mat&#233;riel qui leur est propre naturellement et pour ainsi dire de toute &#233;ternit&#233;. Les parts respectives que prennent au proc&#232;s de production, d'une part les moyens de production artificiels (mati&#232;res premi&#232;res, outils, machines, etc.) et d'autre part la terre, champ d'activit&#233; primordial du travail, empire des forces naturelles et arsenal spontan&#233; des moyens de travail, semblent alors s'exprimer par les parts respectives qui leur sont assign&#233;es comme capital et comme propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, parts qui sont distribu&#233;es &#224; leurs repr&#233;sentants sociaux sous forme de profit et de rente, de m&#234;me que le salaire constitue la part de l'ouvrier. La rente, le profit et le salaire semblent donc r&#233;sulter du r&#244;le que la terre, les moyens de production artificiels et le travail jouent dans le proc&#232;s de travail, m&#234;me si nous consid&#233;rons ce proc&#232;s comme se d&#233;roulant uniquement entre l'homme et la nature et si nous faisons abstraction de toute cause historique d&#233;terminante. Les m&#234;mes choses sont donc exprim&#233;es simplement sous une autre forme quand on dit : le produit, qui pour l'ouvrier salari&#233; repr&#233;sente le produit de son travail, son revenu, n'est que le salaire, la partie de la valeur (du produit social mesur&#233; par cette valeur) qui repr&#233;sente celui-ci. Mais par le fait, le travail salari&#233; est confondu avec le travail en g&#233;n&#233;ral, le salaire avec le produit du travail, et la partie de la valeur que le salaire repr&#233;sente avec la valeur cr&#233;&#233;e d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale par le travail. Et en m&#234;me temps les autres parties de la valeur, le profit et la rente, deviennent autonomes et doivent &#234;tre rapport&#233;es &#224; des sources sp&#233;cifiquement diff&#233;rentes et ind&#233;pendantes du travail ; elles doivent r&#233;sulter des autres facteurs de la production et tomber en partage aux agents qui poss&#232;dent ceux-ci, le profit r&#233;sultant des moyens de production, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du capital, et la rente de la terre &#233;tant repr&#233;sent&#233;e par les propri&#233;taires fonciers on la nature (Roscher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le capital et le travail salari&#233; se transforment ainsi en trois sources de revenu, dont l'une, le capital, attribue au capitaliste une partie de la plus-value qu'il extrait du travail sous forme de profit, dont l'autre, le monopole de la terre, en assigne une autre partie sous forme de rente au propri&#233;taire foncier, et dont la troisi&#232;me, le travail, accorde &#224; l'ouvrier la derni&#232;re partie disponible de la valeur. Le capital, la rente fonci&#232;re et le travail salari&#233; deviennent donc les trois sources effectives des parties de la valeur existant respectivement sous forme de profit, de rente et de salaire -, ils sont le point de d&#233;part de la valeur du produit m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; pr&#233;c&#233;demment comment les cat&#233;gories les plus simples de la production capitaliste et m&#234;me de la production de marchandises, comment la marchandise et l'argent pr&#233;sentent un caract&#232;re myst&#233;rieux, qui transforme en propri&#233;t&#233;s de la marchandise les rapports sociaux dont les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la richesse sont simplement la base dans la production et qui fait m&#234;me une chose (l'argent) du rapport de la production. Toutes les formes sociales qui contribuent &#224; la production des marchandises et &#224; la circulation de l'argent sont englob&#233;es dans cette confusion, mais celle-ci est surtout profonde dans la production capitaliste et dans le capital, qui en est la cat&#233;gorie dominante et le facteur d&#233;terminant. Les choses se pr&#233;sentent encore sous un aspect simple, lorsque l'on consid&#232;re le capital, comme extracteur de plus-value, dans le proc&#232;s de production proprement dit ; dans ce cas leur encha&#238;nement peut encore &#234;tre saisi par l'intelligence des capitalistes, ainsi que le montre la lutte pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Et cependant m&#234;me dans la sph&#232;re du proc&#232;s imm&#233;diat entre le travail et le capital, cette simplicit&#233; est loin de se maintenir. A mesure que se d&#233;veloppent, au sein de la production capitaliste proprement dite, la plus-value relative et la productivit&#233; sociale du travail, les forces productives et leur encha&#238;nement social semblent transport&#233;s du domaine du travail dans celui du capital, et le capital devient un &#234;tre myst&#233;rieux auquel on rapporte et dont on fait provenir toutes les forces socialement productives du travail. Alors intervient le proc&#232;s de circulation, qui englobe dans ses transformations de mati&#232;re et ses modifications de formes toutes les parties du capital, m&#234;me celles du capital agricole et qui met &#224; l'arri&#232;re plan les conditions primitives de la production de la valeur. D&#233;j&#224; dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, le capitaliste est producteur de marchandise et dirigeant de la production de marchandises, et le proc&#232;s ne se d&#233;roule pas pour lui comme s'il devait exclusivement lui permettre d'extraire de la plus-value. Quelle que soit la quantit&#233; de celle-ci que le proc&#232;s de production incorpore &#224; la marchandise, le proc&#232;s de circulation doit intervenir pour assurer la vente du produit, et il en r&#233;sulte que la reconstitution, tant de la plus-value que de la valeur qu'il contient, semble non pas &#234;tre r&#233;alis&#233;e simplement, mais d&#233;termin&#233;e par le proc&#232;s de circulation. Cette apparence semble d'autant plus &#234;tre la r&#233;alit&#233; que d'une part le profit qui accompagne les op&#233;rations de vente d&#233;pend de la fraude, de la ruse, de la pratique des affaires, de l'habilet&#233; et des mille conjonctures du march&#233;, et que d'autre part un second facteur, le temps de circulation, fait sentir son action &#224; c&#244;t&#233; du temps de travail. Il est vrai que ce facteur intervient pour limiter la formation de valeur et de plus-value, mais Il semble agir aussi positivement que le travail et avoir sa source dans le capital. Dans le Livre II, nous n'avons &#233;tudi&#233; la sph&#232;re de circulation qu'au point de vue des changements de formes qu'elle provoque et de l'&#233;volution morphologique que le capital y subit. En r&#233;alit&#233; la circulation est le champ d'action de la concurrence, dans lequel le hasard joue le grand r&#244;le et o&#249; la loi immanente qui r&#232;gle ce jeu du hasard, ne peut &#234;tre d&#233;gag&#233;e que lorsque l'on consid&#232;re un grand nombre de cas, ce qui fait qu'elle &#233;chappe n&#233;cessairement &#224; l'observation et &#224; la compr&#233;hension des agents isol&#233;s de la production. En outre le proc&#232;s de production dans son ensemble, qui comprend la production proprement dite et la circulation, engendre de nouvelles formes, qui effacent de plus en plus les traces de la connexion intime des faits, qui font appara&#238;tre les facteurs de la production comme ind&#233;pendants l'un de l'autre et dans lesquelles les &#233;l&#233;ments de la valeur se figent de plus en plus comme formes autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que nous l'avons vu, la transformation de la plus-value en profit n'est pas plus d&#233;termin&#233;e par le proc&#232;s de circulation que par celui de production. Le profit est rapport&#233; non au capital variable qui engendre la plus-value mais au capital total, et son taux est r&#233;gi par des lois qui lui sont propres, si bien qu'il peut varier ind&#233;pendamment du taux de la plus-value. Tous ces faits dissimulent la nature vraie de la plus-value et cachent le ressort qui fait agir le capital, ce qui est d'autant plus facile que le profit se transforme en profit moyen et que la valeur devient le co&#251;t de production moyen, le prix r&#233;gulateur du march&#233;. Nous nous trouvons ainsi en pr&#233;sence d'un proc&#232;s social tr&#232;s compliqu&#233;, dans lequel les capitaux sont &#233;galis&#233;s, o&#249; les prix moyens des marchandises sont diff&#233;rents de leurs valeurs et o&#249; les profits moyens dans les diff&#233;rentes branches de production sont ind&#233;pendants de l'exploitation effective du travail dans chaque entreprise. Et c'est non seulement en apparence, niais bien r&#233;ellement que le prix moyen des marchandises n'est pas &#233;gal &#224; leur valeur et au travail qu'elles contiennent, et que le profit moyen d'un capital d&#233;termin&#233; est diff&#233;rent de la plus-value que ce capital a extrait des ouvriers qu'il a mis en oeuvre. La valeur de la marchandise n'appara&#238;t plus directement que dans la variation que communique au co&#251;t de production la variation de la productivit&#233; du travail, par cons&#233;quent dans le mouvement du co&#251;t de production et non &#224; sa limite. Le profit ne semble plus &#234;tre d&#233;termin&#233; qu'accessoirement par l'exploitation imm&#233;diate du travail, dans les seuls cas o&#249; cette exploitation permet &#224; un capitaliste de r&#233;aliser un profit diff&#233;rent du profit moyen. M&#234;me les profits moyens semblent avoir leur source dans le capital et &#234;tre ind&#233;pendants de l'exploitation, m&#234;me de l'exploitation anormale et de l'exploitation normale dans des conditions exceptionnellement favorables, qui ne paraissent capables d'autres influences que de provoquer des d&#233;viations des profits moyens. Enfin la subdivision du profit en profit d'entreprise et int&#233;r&#234;t - nous faisons abstraction des profits des commerces de marchandises et d'argent, qui, bas&#233;s sur la circulation, semblent r&#233;sulter exclusivement de celle-ci et &#234;tre &#233;trangers au proc&#232;s de production. - ach&#232;ve de donner &#224; la plus-value une forme autonome et ind&#233;pendante de sa substance et de son essence. D'un c&#244;t&#233;, une partie du profit s'affranchit totalement du rapport capitaliste et semble avoir pour origine le travail salari&#233; du capitaliste et non la fonction de celui-ci d'exploiter le travail des salari&#233;s ; de l'autre c&#244;t&#233;, se pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t, ind&#233;pendant en apparence du travail salari&#233; de l'ouvrier et du travail du capitaliste, semblant d&#233;couler d'une source qui lui est propre, le capital. Si &#224; la surface de la circulation le capital se pr&#233;sente comme un f&#233;tiche, communiquant &#224; la valeur la propri&#233;t&#233; d'engendrer de la valeur, il rev&#234;t, lorsqu'il devient capital productif d'int&#233;r&#234;ts, sa forme la plus &#233;trange et la plus caract&#233;ristique. Aussi le terme &#171; Capital-Int&#233;r&#234;t &#187; est beaucoup plus logique que &#171; Capital - Profit &#187; &#224; c&#244;t&#233; de &#171; Terre - Rente &#187; et &#171; Travail-Salaire &#187;, car le profit emporte in&#233;vitablement un souvenir de son origine, tandis que la rente, loin de rappeler celle-ci, se dresse en opposition avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#224; c&#244;t&#233; du capital, engendrant par lui-m&#234;me de la plus-value, vient se placer la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, assignant une limite au profit moyen et transf&#233;rant une partie de la plus-value &#224; une classe qui ne travaille pas elle-m&#234;me, qui n'exploite pas directement des travailleurs et qui ne peut m&#234;me pas, comme le capital productif d'int&#233;r&#234;ts, s'adresser cette consolation qu'elle court un risque ou s'impose une privation. La partie de la plus-value qui est ici en cause semble avoir pour point de d&#233;part, non des rapports sociaux, mais un &#233;l&#233;ment naturel, la terre. Par l&#224; s'ach&#232;ve la s&#233;paration des diff&#233;rentes parties de la plus-value ; leur connexion intime cesse d'exister et la source dont elles d&#233;coulent est compl&#232;tement dissimul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trinit&#233; &#233;conomique Capital-Profit ou mieux Capital - Int&#233;r&#234;t, Terre - Rente, Travail - Salaire, qui rapproche de leurs sources les parties constitutives de la valeur et de la richesse, ach&#232;ve la mystification de la production capitaliste, compl&#232;te l'objectivation des rapports sociaux et marque l'interd&#233;pendance des conditions mat&#233;rielles de la production et de leur r&#244;le historico-social. Elle est la formule de ce monde ensorcel&#233; et renvers&#233;, dans lequel Monsieur le Capital et Madame la Terre font les revenants et apparaissent tant&#244;t avec leurs caract&#232;res sociaux, tant&#244;t comme de simples objets. Le plus grand m&#233;rite de l'&#201;conomie classique est d'avoir ramen&#233; l'int&#233;r&#234;t et la rente &#224; la plus-value, en consid&#233;rant l'int&#233;r&#234;t comme une partie du profit et la rente comme un exc&#233;dent sur le profit moyen, d'avoir d&#233;crit le proc&#232;s de circulation comme ayant pour objet de simples changements de formes et d'avoir r&#233;duit au travail, dans le proc&#232;s de production proprement dite, la valeur et la plus-value des marchandises. Agissant ainsi elle a mis en &#233;vidence la fausse apparence des &#233;l&#233;ments sociaux de la richesse, la personnification des objets et l'objectivation des rapports de la production, cette religion de la vie de tous les jours. Cependant - il ne pouvait gu&#232;re en &#234;tre autrement dans le monde bourgeois - les meilleurs de ses &#233;crivains n'ont pas pu se d&#233;gager enti&#232;rement de ce monde des apparences qui a sombr&#233; sous leurs critiques, et ils tombent tous plus ou moins dans des incons&#233;quences, des solutions imparfaites et des contradictions. D'autre part il est naturel que les agents effectifs de la production se trouvent tr&#232;s bien de la formule irrationnelle Capital-Int&#233;r&#234;t, Terre-Rente, Travail-Salaire, qui refl&#232;te fid&#232;lement les apparences an milieu desquelles ils se meuvent et avec lesquelles ils se trouvent journellement en contact. Et il est incontestablement tout aussi naturel que les &#233;crivains de l'&#201;conomie vulgaire, qui ne font que mettre sous une forme didactique, plus ou moins doctrinale et syst&#233;matique, les conceptions journali&#232;res des agents de la production, se soient jet&#233;s sur cette trinit&#233; &#233;conomique, qui masque la connexion intime des choses, comme sur la base absolument appropri&#233;e &#224; leur plate suffisance. Enfin cette formule r&#233;pond aux int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes, car elle proclame dogmatiquement la fatalit&#233; naturelle et la l&#233;gitimit&#233; &#233;ternelle de leurs revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant l'expos&#233; des formes objectives des rapports de la production, nous n'avons pas signal&#233; que les conjonctures du march&#233;, le mouvement des prix, les p&#233;riodes du cr&#233;dit, les cycles de l'industrie et du commerce, les alternatives de prosp&#233;rit&#233; et de crise ont pour effet de faire de ces rapports, aux yeux des agents de la production, des lois naturelles et des n&#233;cessit&#233;s in&#233;luctables. Si nous en avons agi ainsi, c'est parce que le mouvement effectif de la concurrence ne rentre pas dans le cadre de notre &#233;tude, qui n'a pour but que d'analyser l'organisation interne de la production capitaliste, pour ainsi dire dans sa moyenne id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les formes ant&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; nous ne rencontrons gu&#232;re celte mystification &#233;conomique, si ce n'est en ce qui concerne l'argent et le capital productif d'int&#233;r&#234;ts. Et d'abord elle est exclue, Par la nature des choses, des organisations o&#249; la production ne fournit que des valeurs d'usage destin&#233;es a la consommation imm&#233;diate et o&#249; l'esclavage et le servage constituent, comme dans l'antiquit&#233; et au moyen &#226;ge, la base essentielle de la production sociale. Dans ces organisations l'asservissement des producteurs aux conditions de la production est cach&#233; par les rapports des sujets &#224; leurs ma&#238;tres, rapports qui apparaissent comme les ressorts imm&#233;diats du proc&#232;s de production. Dans les communaut&#233;s primitives o&#249; r&#232;gne un communisme natif et m&#234;me dans les cit&#233;s antiques, c'est la communaut&#233; elle-m&#234;me avec ses conditions d'existence, qui est la base et le but de la production et de la reproduction. M&#234;me dans les corporations de m&#233;tiers du moyen &#226;ge, le capital et le travail ne semblent pas &#234;tre ind&#233;pendants l'un de l'autre et leurs rapports sont d&#233;termin&#233;s par la corporation et ses attributs, par la conception du devoir professionnel, de la ma&#238;trise, etc. Ce n'est que dans la production capitaliste....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_47.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_47.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_48.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_48.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_49.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_49.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essais sur la th&#233;orie de la valeur de Marx, par Isaac Roubine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-6.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-6.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-7.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-7.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-8.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-8.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-9.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-9.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-10.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-10.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-11.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-11.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-12.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-12.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-13.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-13.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-14.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-14.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-15.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-15.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mensonge de l'&#233;conomie politique bourgeoise consiste &#224; faire croire que tout part des march&#233;s, de l'&#233;change, comme si ce qui devait &#234;tre &#233;chang&#233; ne devait pas d'abord &#234;tre produit ! Du coup, tous les r&#233;formistes ne discutent que d'&#233;thique de l'&#233;change, ou de plus d'&#233;galit&#233; et de bien-&#234;tre du consommateur, en n&#233;gligeant volontairement l'existence m&#234;me du producteur, du prol&#233;taire en somme ! Le deuxi&#232;me mensonge concernant l'&#233;conomie politique est d'en faire une philosophie non dialectique selon laquelle les choses agissent dans un seul sens alors que tous ses concepts sont intrins&#232;quement contradictoires : contradiction dialectique entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change, entre production et consommation, entre propri&#233;t&#233; priv&#233;e et production collectivement organis&#233;e, entre profit priv&#233; et organisation sociale, entre prol&#233;taires et capitalistes, entre taux de profit et productivit&#233; du travail, entre capital fixe et capital circulant, investissement productif et investissement sp&#233;culatif, fondamentalement entre forces productives et rapports de production, entre conservatisme des classes dirigeantes et n&#233;cessit&#233; du capitalisme de se r&#233;volutionner sans cesse, entre Capital et Travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres sciences qu'&#233;conomiques, il en va de m&#234;me : la loi n'apparait pas directement dans le ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi issue du vide quantique n'appara&#238;t pas imm&#233;diatement dans le ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel et lumineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de l'&#233;volution n'appara&#238;t pas de mani&#232;re directe dans la succession des esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la m&#233;decine n'apparaissent pas directement en examinant des malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la science n'apparaissent pas de mani&#232;re directe dans l'observation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons-nous besoin de philosopher et ne pouvons-nous simplement nous contenter d'observer le monde et d'agir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le &#171; ph&#233;nom&#232;ne &#187; en sciences et en philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3118&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3118&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le spectre de Marx hante-t-il toujours la science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6493&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6493&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Loi de la valeur et inflation</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8116</link>
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		<dc:date>2024-05-17T22:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paul Lafargue &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi de la valeur et la chert&#233; des marchandises &lt;br class='autobr' /&gt;
(1908) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mat&#233;rialisme &#233;conomique , ou plus exactement le d&#233;terminisme &#233;conomique , qui permet d'expliquer l'&#233;volution humaine et qui fournit une base scientifique &#224; l'histoire, et la loi de la valeur , cl&#233; des secrets de la production marchande, dominent l'&#339;uvre th&#233;orique de Marx. &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi de la valeur d&#233;montre que la valeur d'une marchandise est constitu&#233;e par la quantit&#233; de travail humain qui y est incorpor&#233;e. Admettons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paul Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la valeur et la chert&#233; des marchandises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1908)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme &#233;conomique , ou plus exactement le d&#233;terminisme &#233;conomique , qui permet d'expliquer l'&#233;volution humaine et qui fournit une base scientifique &#224; l'histoire, et la loi de la valeur , cl&#233; des secrets de la production marchande, dominent l'&#339;uvre th&#233;orique de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la valeur d&#233;montre que la valeur d'une marchandise est constitu&#233;e par la quantit&#233; de travail humain qui y est incorpor&#233;e. Admettons que, dit l'&#233;conomiste belge Laveleye, et Marx vous prouvera, avec sa logique de fer, que le capital est du travail non pay&#233;, du travail vol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la valeur, qui aboutit &#224; une conclusion si affreuse, a &#233;t&#233; le cauchemar des &#233;conomistes ; ceux d'entre eux qui ont des pr&#233;tentions scientifiques sont entr&#233;s en campagne pour le renverser. Tous ceux qui l'ont attaqu&#233; ont proclam&#233;, avec autant d'all&#233;gresse que les intellectuels &#171; socialistes &#187;, qui depuis dix ans annoncent de temps &#224; autre &#171; la d&#233;composition du marxisme &#187;, qu'ils ont d&#233;moli la loi de la valeur, bien que cela ne n'emp&#234;che pas de nouveaux combattants, jugeant incomplet et vain l'&#339;uvre de sabotage de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, d'aller sur le sentier de la guerre pour en faire de la viande hach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la valeur, qui a r&#233;sist&#233; victorieusement &#224; tous les assauts des &#233;conomistes, peut seule expliquer la hausse g&#233;n&#233;rale des prix des marchandises, dont on a vainement cherch&#233; la cause. Je vais essayer de le d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propager le communisme, organiser les ouvriers en un parti de classe et lutter pour la conqu&#234;te des pouvoirs publics - &#233;tudier l'&#339;uvre th&#233;orique de Marx et utiliser les deux puissants outils intellectuels, le d&#233;terminisme &#233;conomique et la loi de la valeur, qu'il a mis &#224; notre disposition pour interpr&#233;ter les &#233;v&#233;nements historiques et les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques, sont pourtant quelques-uns des meilleurs moyens d'honorer la m&#233;moire de l'agitateur militant et penseur communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse des prix des marchandises est g&#233;n&#233;rale dans les pays producteurs de marchandises d'Europe et d'Am&#233;rique ; elle se fait sentir jusqu'en Chine qui commence &#224; peine &#224; entrer dans la civilisation capitaliste. Cette hausse est d'autant plus extraordinaire qu'on s'attendrait plut&#244;t &#224; une baisse g&#233;n&#233;rale des prix, puisque, les unes apr&#232;s les autres, les industries utilisent des machines de plus en plus parfaites, qui, en d&#233;cuplant et en centuplant la productivit&#233; humaine, font baisser les prix de leurs produits. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chert&#233; des n&#233;cessit&#233;s p&#232;se lourdement sur les ouvriers, qui, s'ils n'ach&#232;tent pas des poutres en fer, des machines &#233;lectriques, des &#233;toffes de soie et autres produits industriels, vivent de pain qui devrait &#234;tre moins cher, puisque la production de bl&#233;, qui il y a quarante ans, &#233;tait en France de 14 &#224; 15 hectolitres &#224; l'hectare, est aujourd'hui, gr&#226;ce au progr&#232;s agricole, de 19 &#224; 20 hectolitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaux et magazines s'interrogent sur les causes de ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;conomique d&#233;concertant. Les d&#233;fenseurs reconnus du capital, sans trop se soucier de la t&#234;te, ont d&#233;terr&#233; la vraie cause ; ils d&#233;clarent &#224; l'unanimit&#233; que les salaires plus &#233;lev&#233;s des travailleurs et les d&#233;penses de luxe et de vacances ont d&#233;clench&#233; la vague de hausse des prix dans le monde capitaliste. Cette tarte &#224; la cr&#232;me n'a pas tout &#224; fait satisfait les &#233;conomistes, qui attribuent sa perte &#224; l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent que la quantit&#233; d'or servant aux transactions commerciales est insuffisante, bien qu'elle augmente chaque ann&#233;e d'un demi-million de francs. L'or &#233;tant relativement rare, son prix, selon la loi de la concurrence, doit monter, c'est-&#224;-dire que la m&#234;me quantit&#233; d'or doit acheter plus de marchandises ; et c'est pr&#233;cis&#233;ment le contraire ; il faut donner plus d'or pour la m&#234;me quantit&#233; de marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres pr&#233;tendent que l'or abonde, que les mines d'Afrique et d'Am&#233;rique en ont tellement jet&#233; sur le march&#233;, que son prix, toujours selon la loi de la concurrence, se d&#233;pr&#233;cie chaque jour et que c'est pour arr&#234;ter ce d&#233;clin que le Transvaal les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res tentent de former une fiducie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pendant ces soixante derni&#232;res ann&#233;es, quelle qu'ait &#233;t&#233; la quantit&#233; d'or produite, elle a toujours &#233;t&#233; imm&#233;diatement et compl&#232;tement absorb&#233;e par les besoins des transactions commerciales, dont le volume augmente encore plus rapidement que la quantit&#233; d'or jet&#233;e sur le march&#233;. La crise am&#233;ricaine a pr&#233;cis&#233;ment commenc&#233; par une insuffisance de la quantit&#233; d'or dont disposaient les banques de New York et d'autres villes ; et pour endiguer cette crise financi&#232;re qui, comme toujours, a pr&#233;c&#233;d&#233; la crise de surproduction, il a fallu importer d'Europe tout l'or disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, c'est dans les variations de la valeur de l'or qu'il faut chercher la cause de la hausse g&#233;n&#233;rale des prix des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'or et l'argent, en raison de leurs qualit&#233;s particuli&#232;res, ont &#233;t&#233; choisis parmi tous les m&#233;taux pour &#234;tre mon&#233;tis&#233;s et servir aux moyens d'&#233;change nationaux et internationaux. Les nations capitalistes pensaient qu'une fois pour toutes leurs valeurs pouvaient s'&#233;tablir dans la proportion de 1 &#224; 15, c'est-&#224;-dire que 1 gramme d'or valait 15 grammes d'argent ; et c'est selon cette proportion qu'ils ont frapp&#233; leur monnaie d'or et d'argent. Par exemple, une pi&#232;ce de 20 francs en or p&#232;se 6,6 grammes, tandis que des pi&#232;ces de 20 francs en argent p&#232;sent 100 grammes. Mais cette proportion l&#233;gale, garantie par les gouvernements des nations bourgeoises, est une fiction mensong&#232;re, comme le sont les institutions et les principes de la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites fondre 3 pi&#232;ces d'un franc et vous obtiendrez une petite masse d'argent pesant 15 grammes ; apportez-le &#224; un n&#233;gociant en m&#233;taux pr&#233;cieux et demandez-lui de l'&#233;changer contre 1 gramme d'or ; il refusera &#8211; il vous demandera 36 grammes d'argent pour 1 gramme d'or ; car, au cours actuel, le kilogramme d'or vaut 3 427 francs et le kilogramme d'argent 95 francs, c'est-&#224;-dire seulement le trente-sixi&#232;me. Et s'il conna&#238;t un peu l'histoire des m&#233;taux mon&#233;tis&#233;s, il vous dira que depuis 1838 la proportion l&#233;gale entre l'or et l'argent n'a &#233;t&#233; r&#233;elle qu'une seule fois : en 1861 ; et il ajoutera que de 1833 &#224; 1864 les variations de la proportion l&#233;gale se sont maintenues dans d'&#233;troites limites ; mais qu'en 1872 commen&#231;a la chute de la valeur de l'argent, et qu'en 1876 une commission anglaise fut nomm&#233;e pour enqu&#234;ter sur la d&#233;pr&#233;ciation de ce m&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir ici tableau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lafargue/1908/xx/value.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lafargue/1908/xx/value.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs de l'or et de l'argent ne sont donc pas des quantit&#233;s fixes, puisqu'elles ont continuellement vari&#233; dans le cours de trois quarts de si&#232;cle. Pourquoi ont-ils vari&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* De 1833 &#224; 1852 la valeur de l'argent baisse, puisqu'il faut donner 15 grammes et une fraction d'argent pour un gramme d'or. Pendant la p&#233;riode de 1852 &#224; 1859, les mines d'Australie et de Californie avaient jet&#233; leur or sur le march&#233;. Un &#233;conomiste disait que l'or se d&#233;pr&#233;ciait par son abondance ; cependant, en 1857 &#233;clata aux &#201;tats-Unis une crise financi&#232;re, parce que, comme en 1907, il n'y avait pas assez d'or, parce qu'il y avait disproportion entre le volume des affaires et la quantit&#233; de capital-argent n&#233;cessaire aux transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais deux ans plus tard l'or remonte et il faut donner 15 grammes d'argent pour 1 gramme d'or. Et de 1872 jusqu'&#224; nos jours la valeur de l'argent d&#233;cro&#238;t constamment. Pendant la p&#233;riode de 1872 &#224; 1908, l'or et l'argent ont &#233;t&#233; produits en grande quantit&#233; : ce n'est donc pas leur raret&#233; sur le march&#233; qui peut avoir caus&#233; leurs variations de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons donn&#233;es par les &#233;conomistes ne peuvent donc pas expliquer ces variations de valeur de l'or et de l'argent, qui ne s'expliquent que par la loi marxienne de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* De 1833 &#224; 1852 seules les anciennes mines d'or et d'argent sont exploit&#233;es et les m&#233;thodes d'extraction restent les m&#234;mes, c'est pourquoi les valeurs de l'or et de l'argent sont &#224; peu pr&#232;s constantes. Mais &#224; partir de 1852 commence l'exploitation des mines d'or australiennes et californiennes, lesquelles &#233;tant tr&#232;s riches, exactes moins de travail humain pour l'extraction du m&#233;tal ; l'or perd par cons&#233;quent de la valeur, tandis que l'argent, qui continue &#224; &#234;tre extrait avec la m&#234;me quantit&#233; de travail humain, garde sa valeur. Lorsque les mines australiennes et californiennes s'&#233;puisent, l'extraction du m&#233;tal exige plus de travail humain, la valeur de l'or remonte et en 1861 l'or et l'argent sont au pair, c'est-&#224;-dire que leurs valeurs correspondent &#224; la proportion l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* A partir de 1864, des mines d'argent d'une extraordinaire richesse sont exploit&#233;es aux Etats-Unis et au Mexique et pour les m&#234;mes raisons la valeur de l'argent baisse, tandis que l'or garde sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des 75 derni&#232;res ann&#233;es, l'or et l'argent ont alternativement perdu de la valeur, car le m&#233;tal extrait contenait moins de travail humain, car selon la loi de Marx, la valeur de toutes les marchandises de la soci&#233;t&#233; capitaliste (bl&#233;, m&#233;taux pr&#233;cieux, bottes, &#233;toffes de coton, etc.), se mesure par la quantit&#233; de travail humain qu'il a fallu d&#233;penser pour les produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque dans une industrie l'introduction d'une machine r&#233;duit le travail requis, non seulement les marchandises produites avec cette machine perdent de la valeur, mais aussi, les marchandises de la m&#234;me industrie qui sont produites sans son aide : pour la m&#234;me raison les quantit&#233;s d'or extraites en Californie et en Australie de 1852 &#224; 1859 et les quantit&#233;s d'argent extraites aux &#201;tats-Unis et au Mexique de 1872 &#224; 1908 ont, non seulement baiss&#233; de valeur, mais ont abaiss&#233; la valeur de tout l'or et de tout l'argent circulant dans l'&#233;conomie capitaliste. monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;puisement des mines d'or australiennes et californiennes, en rendant l'exploitation aussi co&#251;teuse en travail humain qu'auparavant, fit remonter la valeur de l'or ; l'exploitation des riches mines d'or du Transvaal &#224; l'aide de nouveaux proc&#233;d&#233;s m&#233;caniques et chimiques, qui r&#233;duisent la main-d'&#339;uvre n&#233;cessaire, jointe &#224; l'emploi de n&#232;gres, de chinois et d'hindous, mais tr&#232;s mal pay&#233;s, abaisse encore une fois la valeur de l'or .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie d'argent, qui a perdu 52,5 % de sa valeur, puisqu'une pi&#232;ce de 1 franc ne vaut que 0,475 fr, n'est plus employ&#233;e dans les &#233;changes internationaux ; il est courant mais dans son propre pays parce que, comme le billet de banque, il a cours l&#233;gal et peut &#234;tre &#233;chang&#233; contre la monnaie d'or, qui seule peut &#234;tre employ&#233;e dans les &#233;changes internationaux, car l'or est l'&#233;talon mon&#233;taire des nations capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'or a &#233;galement perdu une partie de sa valeur. La m&#233;tallurgie de l'or a &#233;t&#233; r&#233;volutionn&#233;e dans le Transvaal ; il y combine d'une mani&#232;re si sup&#233;rieure les ressources de la m&#233;canique et de la chimie qu'il est profitable m&#234;me lorsqu'on traite du quartz qui ne contient que quelques grammes d'or par tonne. Le g&#233;nie civil(28 d&#233;cembre 1907), d&#233;crit le grand &#233;tablissement pour l'exploitation du quartz aurif&#232;re &#224; New Kleinfontein qui traite 280 tonnes de quartz par heure, de toute qualit&#233;, avec un personnel tr&#232;s r&#233;duit de &#034;mains&#034;. Les machines &#224; vapeur actionnent trois dynamos de 500 chevaux, deux compresseurs d'air pour 75 perforatrices et la machine d'extraction. Le quartz est amen&#233; sur une bande transporteuse sans fin dans les &#034;broyeurs-tr&#233;mies&#034; du broyeur, o&#249; 200 timbres pesant chacun de 620 &#224; 650 kilos le broient &#224; raison de 5 tonnes en 24 heures. La boue obtenue passe &#224; travers des tamis qui contiennent 400 mailles au centim&#232;tre carr&#233; ; puis elle est conduite &#8211; toujours m&#233;caniquement &#8211; &#8203;&#8203;sur les tables amalgamantes. Le r&#233;sidu de ces tables &#8211; &#224; nouveau broy&#233; &#8211; et le mercure aurif&#232;re, sont raffin&#233;s. Les eaux boueuses dans lesquelles ces op&#233;rations m&#233;caniques et chimiques ont &#233;t&#233; conduites sont trait&#233;es avec de la chaux et du cyanure de sodium et de potassium, puis filtr&#233;es sur de la limaille de zinc qui pr&#233;cipite l'or. L'eau joue un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans la nouvelle industrie cryochirurgicale (travail de l'or), qui extrait m&#234;me les plus grosses particules d'or du quartz qu'elle traite avec un personnel extr&#234;mement r&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, par cons&#233;quent, donner une plus grande quantit&#233; d'or qu'autrefois pour la m&#234;me quantit&#233; d'autres marchandises. Ce ne sont donc pas les marchandises qui ont augment&#233; de valeur, mais l'or qui a baiss&#233; de valeur, parce que son extraction exige une moindre d&#233;pense de travail humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Salaire, prix et profit
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Production, salaire, profit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la conf&#233;rence que le citoyen Weston nous a faite aurait pu tenir dans une coquille de noix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute son argumentation aboutit &#224; ceci : Si la classe ouvri&#232;re contraint la classe capitaliste &#224; lui payer 5 shillings au lieu de 4, sous forme de salaires en argent, le capitaliste lui rendra, par contre, sous forme de marchandises, la valeur de 4 shillings au lieu de 5. La classe ouvri&#232;re aurait alors 5 shillings &#224; payer pour ce qu'elle achetait 4 shillings avant la hausse des salaires. Mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi le capitaliste ne donne-t-il que la valeur de 4 shillings pour 5 ? Parce que le montant des salaires est fixe. Mais pourquoi est-il fix&#233; &#224; la valeur de 4 shillings de marchandises et non de 3 ou 2 shillings ou &#224; une autre somme quelconque ? Si la limite du montant des salaires est fix&#233;e par une loi &#233;conomique, ind&#233;pendante aussi bien de la volont&#233; des capitalistes que de celle des ouvriers, le citoyen Weston aurait d&#251; tout d'abord exposer cette loi et la d&#233;montrer. Il aurait d&#251;, en outre, prouver que la somme des salaires effectivement pay&#233;s &#224; chaque moment donn&#233; correspond toujours exactement &#224; la somme n&#233;cessaire des salaires et ne s'en &#233;carte jamais. Si, d'autre part, la limite donn&#233;e de la somme des salaires d&#233;pend de la simple volont&#233; du capitaliste ou des bornes de sa cupidit&#233;, c'est l&#224; une limite arbitraire. Elle n'a rien de n&#233;cessaire en soi. Elle peut &#234;tre modifi&#233;e par la volont&#233; des capitalistes et peut, par cons&#233;quent, l'&#234;tre &#233;galement contre leur volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer sa th&#233;orie, le citoyen Weston vous raconte que, si une soupi&#232;re contient une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de soupe qui doit &#234;tre mang&#233;e par un nombre d&#233;termin&#233; de personnes, une augmentation de la largeur des cuillers n'am&#232;nerait pas une augmentation de la quantit&#233; de soupe. Il ne faut pas qu'il m'en veuille de trouver son explication un peu banale. Elle me rappelle un peu la comparaison &#224; laquelle eut recours M&#233;n&#233;nius Agrippa. Lorsque les pl&#233;b&#233;iens romains entr&#232;rent en lutte contre les patriciens, le patricien Agrippa leur raconta que la panse patricienne nourrissait les membres pl&#233;b&#233;iens du corps politique. Agrippa ne r&#233;ussit point &#224; prouver que l'on nourrit les membres d'un homme en remplissant le ventre d'un autre. Le citoyen Weston, de son c&#244;t&#233;, a oubli&#233; que la soupi&#232;re dans laquelle mangent les ouvriers est remplie du produit tout entier du travail national et que ce qui les emp&#234;che d'en prendre davantage, ce n'est ni la petitesse de la soupi&#232;re ni la quantit&#233; infime de son contenu, mais uniquement la petitesse de leurs cuillers. ? ? ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; quel artifice le capitaliste est-il &#224; m&#234;me de donner une valeur de 4 shillings pour 5 shillings ? Gr&#226;ce &#224; l'&#233;l&#233;vation du prix des marchandises qu'il vend. Mais alors, l'&#233;l&#233;vation des prix ou, pour nous exprimer de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, le changement de prix des marchandises d&#233;pend donc de la simple volont&#233; des capitalistes ? Ou bien, au contraire, des circonstances d&#233;termin&#233;es ne sont-elles pas n&#233;cessaires pour que cette volont&#233; entre en jeu ? Sans cela, la hausse et la baisse, les variations incessantes des prix du march&#233; deviennent une &#233;nigme insoluble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous supposons qu'il ne s'est produit absolument aucun changement ni dans les forces productives du travail, ni dans la quantit&#233; de capital et de travail employ&#233;s, ni dans la valeur de l'argent dans laquelle est exprim&#233;e la valeur des produits, mais qu'il n'y a eu de changement que dans les taux des salaires, comment cette hausse des salaires pourrait-elle influer sur les prix des marchandises ? Uniquement en influant sur le rapport existant entre la demande et l'offre de ces marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait exact que la classe ouvri&#232;re, consid&#233;r&#233;e dans son ensemble, d&#233;pense et doit forc&#233;ment d&#233;penser son revenu tout entier en moyens de subsistance. Une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires provoquerait donc une augmentation de la demande des moyens de subsistance et, par cons&#233;quent, aussi une hausse de leur prix sur le march&#233;. Les capitalistes qui les produisent se d&#233;dommageraient des augmentations des salaires par les prix croissants de leurs marchandises sur le march&#233;. Mais qu'advient-il des autres capitalistes qui ne fabriquent pas les objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; ? Et vous ne devez pas vous imaginer que leur nombre est infime. Si vous r&#233;fl&#233;chissez que les deux tiers de la production nationale sont consomm&#233;s par le cinqui&#232;me de la population - un membre de la Chambre des Communes affirmait r&#233;cemment que c'est par un septi&#232;me de la population seulement -, vous comprendrez qu'il faut qu'une &#233;norme partie de production nationale soit form&#233;e d'objets de luxe ou &#233;chang&#233;e contre des objets de luxe, et qu'une quantit&#233; &#233;norme d'articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; soit gaspill&#233;e pour la valetaille, les chevaux, les chats, etc., gaspillage qui, comme nous le savons par exp&#233;rience, diminue toujours avec la hausse du prix des moyens de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quelle sera la situation des capitalistes qui ne produisent pas d'objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; ? Le taux de leur profit baissant par suite des augmentations g&#233;n&#233;rales des salaires, ils ne pourraient pas se rattraper par l'&#233;l&#233;vation des prix de leurs marchandises, puisque la demande de ces marchandises n'aurait pas augment&#233;. Leur revenu diminuerait, et c'est avec ce revenu amoindri qu'il leur faudrait payer davantage pour la m&#234;me quantit&#233; d'articles courants de prix accru. Mais ce ne serait pas tout. Leur revenu diminuant ils auraient &#233;galement moins &#224; d&#233;penser en objets de luxe et, de cette fa&#231;on, il y aurait recul dans la demande r&#233;ciproque de leurs marchandises respectives. Cette diminution. de la demande ferait baisser les prix de leurs marchandises. Donc, dans ces branches d'industrie, le taux des profits baisserait non pas simplement en proportion de l'&#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale des salaires, mais aussi en rapport avec l'action combin&#233;e de la hausse g&#233;n&#233;rale des salaires, de l'augmentation des prix des objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; et de la baisse des prix des objets de luxe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle serait la cons&#233;quence de cette diff&#233;rence entre les taux de profit pour les capitaux employ&#233;s dans les diff&#233;rentes branches d'industrie ? La m&#234;me cons&#233;quence qui se produit chaque fois que, pour une raison quelconque, surviennent des diff&#233;rences dans les taux moyens des profits dans les diverses sph&#232;res de la production. Le capital et le travail seraient transf&#233;r&#233;s des branches les moins r&#233;mun&#233;ratrices dans les plus r&#233;mun&#233;ratrices, et ce processus de transfert durerait jusqu'&#224; ce que l'offre dans une branche d'industrie e&#251;t augment&#233; proportionnellement &#224; la demande accrue, et qu'elle e&#251;t baiss&#233; dans les autres branches d'industrie en raison de la demande diminu&#233;e. Une lois ce changement effectu&#233;, le taux g&#233;n&#233;ral du profit s'&#233;galiserait de nouveau dans les diff&#233;rentes branches d'industrie. Comme, &#224; l'origine, tout ce d&#233;placement proviendrait d'un simple changement dans les rapports entre l'offre et la demande des diff&#233;rentes marchandises, la cause cessant, l'effet cesserait aussi, et les prix reviendraient &#224; leur niveau et &#224; leur &#233;quilibre pr&#233;c&#233;dents. Au lieu d'&#234;tre born&#233;e &#224; quelques branches d'industrie, la baisse du taux de profit par suite des augmentations de salaires serait g&#233;n&#233;rale. Conform&#233;ment &#224; notre supposition, il ne serait survenu aucun changement ni dans les forces productives du travail ni dans la somme totale de la production, mais la quantit&#233; de production donn&#233;e n'aurait fait que changer de forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une plus grande partie de la quantit&#233; de produits existerait sous la forme d'objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, une partie moindre sous la forme d'objets de luxe, ou, ce qui reviendrait au m&#234;me, une partie moindre serait &#233;chang&#233;e contre des objets de luxe venus de l'&#233;tranger et serait consomm&#233;e sous sa forme primitive ; ou bien encore, une partie plus grande de la production nationale serait &#233;chang&#233;e contre des objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; venus de l'&#233;tranger et non contre des objets de luxe. Par cons&#233;quent, la hausse g&#233;n&#233;rale des salaires, apr&#232;s une perturbation momentan&#233;e dans les prix du march&#233;, n'am&#232;nerait que la baisse g&#233;n&#233;rale du taux de profit sans aucun changement durable dans les prix des marchandises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on m'objecte que, dans l'argumentation pr&#233;c&#233;dente, j'admets que tout accroissement des salaires est d&#233;pens&#233; en articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, je r&#233;pondrai que j'ai fait la supposition la plus favorable &#224; l'opinion du citoyen Weston. Si l'accroissement des salaires &#233;tait d&#233;pens&#233; en objets ne figurant pas auparavant dans la consommation des ouvriers, il ne serait pas n&#233;cessaire de prouver l'augmentation effective de leur pouvoir d'achat. Mais comme elle n'est que la cons&#233;quence de l'&#233;l&#233;vation de leur salaire, il faut bien que cette augmentation du pouvoir d'achat des ouvriers corresponde exactement &#224; la diminution du pouvoir d'achat des capitalistes. Par cons&#233;quent, ce ne serait pas la demande totale des marchandises qui augmenterait, mais les parties constituantes de cette demande qui se modifieraient. La demande croissante d'un c&#244;t&#233; serait compens&#233;e par la demande d&#233;croissante de l'autre. De cette fa&#231;on, la demande totale restant inchang&#233;e, aucun changement ne pourrait se produire dans les prix des marchandises sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous voyez, par cons&#233;quent, plac&#233;s devant le dilemme suivant : ou bien l'accroissement du salaire entra&#238;ne une d&#233;pense r&#233;partie &#233;galement sur tous les objets de consommation - et dans ce cas, il faut que l'augmentation de la demande de la part de la classe ouvri&#232;re soit compens&#233;e par la baisse de la demande du c&#244;t&#233; de la classe capitaliste - , ou bien l'accroissement du salaire n'est d&#233;pens&#233; que pour quelques objets dont les prix du march&#233; vont monter temporairement. Alors, la hausse du taux de profit qui s'ensuivra dans quelques branches d'industrie et la baisse du taux de profit dans d'autres branches provoqueront un changement dans la distribution du capital et du travail, jusqu'&#224; ce que l'offre se soit adapt&#233;e &#224; la demande accrue dans une branche d'industrie et &#224; la demande diminu&#233;e dans les autres branches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une des hypoth&#232;ses, il ne se produira pas de changement dans les prix des marchandises ; dans l'autre, les valeurs d'&#233;change des marchandises, apr&#232;s quelques fluctuations des prix du march&#233;, reviendront &#224; leur niveau ant&#233;rieur. Dans les deux hypoth&#232;ses, la hausse g&#233;n&#233;rale du taux des salaires n'entra&#238;nera finalement rien d'autre qu'une baisse g&#233;n&#233;rale du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre en jeu vos facult&#233;s imaginatives, le citoyen Weston vous a invit&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir aux difficult&#233;s que susciterait une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale des salaires des ouvriers agricoles anglais de 9 &#224; 18 shillings. Songez un peu, s'est-il &#233;cri&#233;, &#224; la hausse &#233;norme de la demande d'objets de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; et &#224; la mont&#233;e effrayante des prix qui en r&#233;sulterait ! Or, vous savez tous que les salaires moyens des ouvriers agricoles am&#233;ricains sont plus du double de ceux des ouvriers agricoles anglais, bien que les prix des produits agricoles soient plus bas aux Etats-Unis que dans le Royaume-Uni, bien qu'aux Etats-Unis l'ensemble des rapports entre le capital et le travail soit le m&#234;me qu'en Angleterre, et bien que la somme de la production annuelle aux Etats-Unis soit bien inf&#233;rieure &#224; celle de l'Angleterre. Pourquoi donc notre ami sonne-t-il ainsi le tocsin ? Uniquement pour d&#233;tourner notre attention de la v&#233;ritable question qui se pose &#224; nous. Une augmentation subite de salaire de 9 &#224; 18 shillings constituerait une augmentation subite de cent pour cent. Or, nous ne discutons nullement la question de savoir si le taux g&#233;n&#233;ral des salaires en Angleterre pourrait &#234;tre brusquement &#233;lev&#233; de cent pour cent. Nous n'avons nullement &#224; nous occuper de la grandeur de l'augmentation qui d&#233;pend, dans chaque cas particulier, de circonstances donn&#233;es auxquelles elle doit s'adapter. La seule chose que nous ayons &#224; rechercher, c'est l'effet que va produire une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale du taux des salaires, serait-elle limit&#233;e &#224; un pour cent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laissant donc de c&#244;t&#233; la hausse imaginaire de cent pour cent de l'ami Weston, je veux attirer votre attention sur la hausse r&#233;elle des salaires qui eut lieu en Angleterre de 1849 &#224; 1859.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous connaissez tous la loi de 10 heures, ou plus exactement de 10 heures 1/2, mise en vigueur en 1848. Ce fut un des plus grands changements &#233;conomiques dont nous ayons &#233;t&#233; t&#233;moins. Ce fut une augmentation des salaires subite et impos&#233;e non point &#224; quelques industries locales quelconques, mais aux branches industrielles ma&#238;tresses qui assurent la supr&#233;matie de l'Angleterre sur les march&#233;s mondiaux. Ce fut une hausse des salaires en des circonstances singuli&#232;rement d&#233;favorables. Le docteur Ure, le professeur Senior et tous les autres porte-parole officiels de l'&#233;conomie de la bourgeoisie prouv&#232;rent - et je suis oblig&#233; de le dire, avec des raisons bien meilleures que notre ami Weston - qu'on sonnait ainsi le glas de l'industrie anglaise. Ils prouv&#232;rent qu'il ne s'agissait pas d'une simple augmentation des salaires, mais bien d'une augmentation des salaires provoqu&#233;e par une diminution de la quantit&#233; de travail employ&#233;e et fond&#233;e sur cette diminution. Ils affirm&#232;rent que la douzi&#232;me heure que l'on voulait ravir aux capitalistes &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la seule heure dont ils tiraient leur profit. Ils annonc&#232;rent la diminution de l'accumulation du capital, l'augmentation des prix, la perte des march&#233;s, la r&#233;duction de la production, et, pour cons&#233;quence in&#233;vitable, la diminution des salaires et finalement la ruine. En fait, ils d&#233;claraient que les lois du maximum de Maximilien Robespierre &#233;taient une bagatelle en comparaison de celles-l&#224; et, en un certain sens, ils avaient raison. Eh bien ! quel en fut le r&#233;sultat ? Une hausse des salaires en argent des ouvriers d'usine malgr&#233; la diminution de la journ&#233;e de travail, une augmentation importante du nombre des ouvriers occup&#233;s dans les usines, une baisse ininterrompue des prix de leurs produits, un d&#233;veloppement merveilleux de la force productive de leur travail, une extension continuelle inou&#239;e du march&#233; pour leurs marchandises. A Manchester, j'ai entendu, en 1860, &#224; la Soci&#233;t&#233; pour l'Avancement des Sciences, M. Newman reconna&#238;tre que lui, le docteur Ure, Senior et tous les autres porte-parole autoris&#233;s de l'&#233;conomie politique s'&#233;taient tromp&#233;s, alors que l'instinct du peuple s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; juste. Je cite monsieur W. Newman, et non le professeur Francis Newman, parce qu'il occupe, en &#233;conomie politique, un rang &#233;minent comme collaborateur et &#233;diteur de l'Histoire des prix de M. Thomas Tooke, cet ouvrage magnifique qui suit pas &#224; pas l'histoire des prix de 1793 &#224; 1856. Si l'id&#233;e fixe de notre ami Weston d'un montant fixe des salaires, d'une quantit&#233; fixe de la production totale, d'un niveau fixe de la force productive du travail, d'une volont&#233; fixe et constante des capitalistes, si tout le reste de sa fixit&#233; et de sa finalit&#233; &#233;tait exact, les pressentiments sinistres du professeur Senior auraient &#233;t&#233; justes et c'est Robert Owen qui aurait eu tort, lui qui r&#233;clamait, d&#232;s 1816, une diminution g&#233;n&#233;rale de la journ&#233;e de travail comme le premier pas dans la voie de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re et qui, malgr&#233; le pr&#233;jug&#233; r&#233;gnant, l'introduisait effectivement et de sa propre initiative dans sa fabrique de textile de New-Lanark.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment m&#234;me o&#249; se produisait l'instauration de la journ&#233;e de dix heures et l'augmentation des salaires qui s'ensuivit, il y eut, en Angleterre, pour des raisons qui ne sauraient &#234;tre &#233;num&#233;r&#233;es ici, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires des ouvriers agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ce ne soit pas indispensable pour mon propos imm&#233;diat, je veux, afin de ne pas vous laisser faire fausse route, pr&#233;senter ici quelques remarques pr&#233;liminaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un homme dont le salaire hebdomadaire &#233;tait de 2 shillings avait son salaire port&#233; &#224; 4 shillings, le taux du salaire aurait mont&#233; de cent pour cent. Ce serait, consid&#233;r&#233; comme taux du salaire, une chose admirable, bien que le montant r&#233;el du salaire, 4 shillings par semaine, rest&#226;t toujours un salaire infime, mis&#233;rable, un salaire de famine. Vous ne devez donc pas vous laisser &#233;garer par les pourcentages impressionnants du taux du salaire. Il faut toujours vous demander quel &#233;tait le montant primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que vous compreniez aussi que si 10 ouvriers re&#231;oivent chacun 2 shillings par semaine, 5 ouvriers chacun 5 shillings et 5 autres ouvriers chacun 11 shillings, ces 20 personnes r&#233;unies recevront par semaine 100 shillings ou 5 livres. Si alors la somme totale de leurs salaires hebdomadaires montait, disons, de 20 pour cent, de 5 livres elle passerait &#224; 6 livres. Si nous prenons la moyenne, nous pourrions dire que le taux g&#233;n&#233;ral des salaires aurait mont&#233; de 20 pour cent, bien qu'en r&#233;alit&#233; les taux des salaires de 10 ouvriers soient rest&#233;s les m&#234;mes, que les salaires d'un des groupes de 5 ouvriers ne se soient &#233;lev&#233;s que de 5 &#224; 6 shillings et que la somme des salaires de l'autre groupe de 5 ouvriers ait mont&#233; de 55 &#224; 70 shillings. La moiti&#233; des ouvriers n'aurait nullement am&#233;lior&#233; leur situation, un quart d'entre eux l'aurait am&#233;lior&#233;e de fa&#231;on imperceptible, et un quart seulement aurait trouv&#233; un b&#233;n&#233;fice r&#233;el. Cependant, si on fait la moyenne, la somme totale des salaires de ces 20 ouvriers aurait augment&#233; de 20 pour cent et, dans la mesure o&#249; entrent en ligne de compte la masse du capital qui les emploie et les prix des marchandises qu'ils produisent, cela est exactement la m&#234;me chose que s'ils avaient tous particip&#233; &#233;galement &#224; l'augmentation moyenne des salaires. Dans le cas des ouvriers agricoles, &#233;tant donn&#233; que les salaires courants sont tr&#232;s diff&#233;rents dans les diff&#233;rents comt&#233;s d'Angleterre et d'Ecosse, l'augmentation se manifesta d'une mani&#232;re fort in&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, au moment o&#249; eurent lieu les augmentations de salaires, on put constater des influences contraires, comme, par exemple, les nouveaux imp&#244;ts qu'entra&#238;na la guerre de Russie, la d&#233;molition d'une partie consid&#233;rable des habitations des ouvriers agricoles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;serves faites, je constate maintenant que, de 1849 &#224;1859, il se produisit en Grande-Bretagne une hausse d'environ 40 pour cent dans les taux moyens des salaires des ouvriers agricoles. Je pourrais vous donner d'amples d&#233;tails &#224; l'appui de mes affirmations, mais je consid&#232;re qu'il me suffira, pour le but que je poursuis, de vous renvoyer au travail critique si consciencieux pr&#233;sent&#233; en 1860 par feu M. John C. Morton &#224; la Soci&#233;t&#233; des Arts et M&#233;tiers de Londres sur Les Forces employ&#233;es dans l'agriculture. M. Morton y fournit des statistiques tir&#233;es de factures et autres documents authentiques recueillis chez une centaine de cultivateurs de douze comt&#233;s &#233;cossais et de trente-cinq comt&#233;s anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la fa&#231;on de voir de notre ami Weston, et consid&#233;rant l'augmentation simultan&#233;e des salaires des ouvriers de fabriques, il aurait d&#251; se produire entre 1849 et 1859 une &#233;norme augmentation des prix des produits agricoles. Or, qu'arriva-t-il ? Malgr&#233; la guerre de Russie et les mauvaises r&#233;coltes successives de 1854 &#224; 1856, le prix moyen du bl&#233;, le principal produit agricole de l'Angleterre, tomba de 3 livres environ par quarter, pour les ann&#233;es 1838 &#224; 1848, &#224; 2 livres 10 shillings environ le quarter de 1849 &#224; 1859. Cela constitue une baisse du prix du bl&#233; de plus de 16 pour cent, parall&#232;lement &#224; une hausse moyenne des salaires des ouvriers agricoles de 40 pour cent. Dans la m&#234;me p&#233;riode, si nous en comparons la fin avec le d&#233;but, c'est-&#224;-dire 1859 avec 1849, le nombre des indigents inscrits tomba de 934 419 &#224; 860 470, ce qui fait une diff&#233;rence de 73 949, diminution tr&#232;s minime, je l'avoue, et qui fut reperdue les ann&#233;es suivantes, mais diminution tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que, par suite de l'abolition. des lois sur les grains, l'importation des grains &#233;trangers doubla de 1849 &#224; 1859, comparativement &#224; la p&#233;riode de 1838 &#224; 1848. Mais qu'est-ce que cela signifierait ? Du point de vue du citoyen Weston, il e&#251;t fallu s'attendre &#224; voir cette demande subite, &#233;norme et toujours croissante sur les march&#233;s &#233;trangers faire monter les prix des produits agricoles &#224; une hauteur effrayante, puisque l'effet de la demande accrue, que celle-ci vienne de l'ext&#233;rieur ou de l'int&#233;rieur, reste, n'est-ce pas, toujours le m&#234;me. Or, qu'arriva-t-il en r&#233;alit&#233; ? A part quelques ann&#233;es de mauvaises r&#233;coltes, la chute d&#233;sastreuse du prix des c&#233;r&#233;ales fut pendant tout ce temps l'objet de plaintes continuelles en France. Les Am&#233;ricains furent contraints, &#224; maintes reprises, de br&#251;ler leur production en exc&#233;dent, et la Russie, s'il faut en croire M. Urquhart, fomenta la guerre civile aux Etats-Unis, parce que son exportation de produits agricoles sur les march&#233;s europ&#233;ens &#233;tait paralys&#233;e par la concurrence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramen&#233;e &#224; sa forme abstraite, la fa&#231;on de voir du citoyen Weston aboutirait &#224; ceci : Toute augmentation de la demande se produit toujours sur la base d'un montant donn&#233; de la production. Par cons&#233;quent, elle ne peut jamais augmenter l'offre des articles demand&#233;s, mais uniquement relever leur prix en argent. Or, la plus simple observation montre que dans certains cas une demande accrue ne fait nullement varier les prix des marchandises sur le march&#233;, alors que dans d'autres cas elle provoque une hausse passag&#232;re des prix du march&#233;, suivie d'une offre accrue, entra&#238;nant &#224; son tour un retour des prix &#224; leur niveau ant&#233;rieur et, dans beaucoup de cas, au-dessous de leur niveau primitif. Que l'augmentation de la demande soit le fait de l'accroissement du salaire ou de toute autre cause, cela ne change rien aux conditions du probl&#232;me. Du point de vue du citoyen Weston, le fait g&#233;n&#233;ral &#233;tait aussi difficile &#224; expliquer que lorsque le probl&#232;me provenait des circonstances exceptionnelles de l'&#233;l&#233;vation des salaires. Sa fa&#231;on de voir est donc sans valeur pour le sujet que nous traitons. Elle ne fait qu'exprimer son embarras lorsqu'il lui faut expliquer les lois selon lesquelles une demande accrue provoque une offre plus grande au lieu d'aboutir &#224; une augmentation des prix du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/crise/la_crise.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/crise/la_crise.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/presentation.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/presentation.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/hardcastle/1974/inflationfacts.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/hardcastle/1974/inflationfacts.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contradictions capitalistes, d'apr&#232;s &#171; Le Capital &#187; de Marx</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7903</link>
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		<dc:date>2024-02-06T23:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Contradictions</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contradictions capitalistes, d'apr&#232;s &#171; Le Capital &#187; de Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 11&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;Contradictions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contradictions capitalistes, d'apr&#232;s &#171; Le Capital &#187; de Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-3-2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-5.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-19.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_13.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_14.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3666&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3470&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'actualit&#233; de l'ouvrage &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7026</link>
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		<dc:date>2021-09-28T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le capitalisme est la n&#233;gation de la propri&#233;t&#233; des travailleurs producteurs. Sa chute est la n&#233;gation de la n&#233;gation ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx : &#034;L'appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la premi&#232;re n&#233;gation de cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui n'est que le corollaire du travail ind&#233;pendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-m&#234;me sa propre n&#233;gation avec la fatalit&#233; qui pr&#233;side aux m&#233;tamorphoses de la nature. C'est la n&#233;gation de la n&#233;gation. Elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_14645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH252/La_production_du_capitalisme_engendre_avec_l_inexorabilite_-_Karl_Marx-17210-9ea49.jpg?1776379108' width='500' height='252' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est la n&#233;gation de la propri&#233;t&#233; des travailleurs producteurs. Sa chute est la n&#233;gation de la n&#233;gation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx : &#034;L'appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la premi&#232;re n&#233;gation de cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui n'est que le corollaire du travail ind&#233;pendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-m&#234;me sa propre n&#233;gation avec la fatalit&#233; qui pr&#233;side aux m&#233;tamorphoses de la nature. C'est la n&#233;gation de la n&#233;gation. Elle r&#233;tablit non la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du travailleur, mais sa propri&#233;t&#233; individuelle, fond&#233;e sur les acqu&#234;ts de l'&#232;re capitaliste, sur la coop&#233;ration et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.&#034; &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Marx_-_Le_Capital,_Lach%C3%A2tre,_1872.djvu/341&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L436xH600/mon-oeil-d74b3.jpg?1776379108' width='436' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'actualit&#233; de l'ouvrage &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec l'actuel effondrement du syst&#232;me capitaliste, bien des gens red&#233;couvrent le message de Marx dans Le Capital : les fondements m&#234;mes du capitalisme m&#232;nent &#224; une contradiction irr&#233;m&#233;diable entre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et l'indispensable accumulation croissante du capital fond&#233;e sur le vol aux salari&#233;s d'une fraction du produit de leur travail, la plus-value. La mort du capitalisme est programm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion du Capital de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette p&#233;riode d'&#233;volution sociale, s'accroissent la mis&#232;re, l'oppression, l'esclavage, la d&#233;gradation, l'exploitation, mais aussi la r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re sans cesse grandissante et de plus en plus disciplin&#233;e, unie et organis&#233;e par le m&#233;canisme m&#234;me de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prosp&#233;r&#233; avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts mat&#233;riels arrivent &#224; un point o&#249; elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en &#233;clats. L'heure de la propri&#233;t&#233; capitaliste a sonn&#233;. Les expropriateurs sont &#224; leur tour expropri&#233;s &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le Capital pr&#233;cis&#233;ment que Marx a &#233;nonc&#233; &#171; la loi concr&#232;te de la soci&#233;t&#233; moderne &#187; qui aboutit &#224; la crise g&#233;n&#233;rale du capitalisme et &#224; une soci&#233;t&#233; sup&#233;rieure, dont l'instauration s'impose in&#233;luctablement comme t&#226;che au prol&#233;tariat : &#171; Il ne s'agit pas de savoir ce que tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se propose comme but momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir ce que le prol&#233;tariat est et ce qu'il doit faire historiquement, conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Son but et son action historiques lui sont trac&#233;s, de mani&#232;re tangible et irr&#233;vocable, dans sa propre situa&#173;tion historique, comme dans toute l'organisation de la soci&#233;t&#233; actuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa postface au Capital, Marx cite un commentateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une seule chose pr&#233;occupe Marx : trouver la loi des ph&#233;nom&#232;nes qu'il &#233;tudie ; non seulement la loi qui les r&#233;git sous leur forme arr&#234;t&#233;e et dans leur liaison observable pendant une p&#233;riode de temps donn&#233;e. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c'est la loi de leur changement, de leur d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire la loi de leur passage d'une forme &#224; l'autre, d'un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu'il a d&#233;couvert cette loi, il examine en d&#233;tail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale&#8230; Ainsi donc, Marx ne s'inqui&#232;te que d'une chose ; d&#233;montrer par une recherche rigoureusement scientifique, la n&#233;cessit&#233; d'ordres d&#233;termin&#233;s de rapports sociaux, et, autant que possible, v&#233;rifier les faits qui lui ont servi de point de d&#233;part et de point d'appui. Pour cela il suffit qu'il d&#233;montre, en m&#234;me temps que la n&#233;cessit&#233; de l'organisation actuelle, la n&#233;cessit&#233; d'une autre organisation dans laquelle la premi&#232;re doit in&#233;vitablement passer, que l'humanit&#233; y croie ou non, qu'elle en ait ou non conscience. Il envisage le mouvement social comme un encha&#238;nement naturel de ph&#233;nom&#232;nes historiques, encha&#238;nement soumis &#224; des lois qui, non seulement sont ind&#233;pendantes de la volont&#233;, de la conscience et des desseins de l'homme, mais qui, au contraire, d&#233;terminent sa volont&#233;, sa conscience et ses desseins&#8230; Si l'&#233;l&#233;ment conscient joue un r&#244;le aussi secondaire dans l'histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l'objet est la civilisation m&#234;me, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n'est pas l'id&#233;e, mais seulement le ph&#233;nom&#232;ne ext&#233;rieur qui peut lui servir de point de d&#233;part. La critique se borne &#224; comparer, &#224; confronter un fait, non avec l'id&#233;e, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient &#233;t&#233; observ&#233;s aussi exactement que possible, et que dans la r&#233;alit&#233; ils constituent vis-&#224;-vis l'un de l'autre deux phases de d&#233;veloppement diff&#233;rentes ; par-dessus tout elle exige que la s&#233;rie des ph&#233;nom&#232;nes, l'ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d'&#233;volution successives, soient &#233;tudi&#233;s avec non moins de rigueur. Mais, dira-t-on, les lois g&#233;n&#233;rales de la vie &#233;conomique sont unes, toujours les m&#234;mes, qu'elles s'appliquent au pr&#233;sent ou au pass&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n'existent pas&#8230; D&#232;s que la vie s'est retir&#233;e d'une p&#233;riode de d&#233;veloppement donn&#233;e, d&#232;s qu'elle passe d'une phase dans une autre, elle commence aussi &#224; &#234;tre r&#233;gie par d'autres lois. En un mot, la vie &#233;conomique pr&#233;sente dans son d&#233;veloppement historique les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes que l'on rencontre en d'autres branches de la biologie&#8230; Les vieux &#233;conomistes se trompaient sur la nature des lois &#233;conomiques, lorsqu'ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie des ph&#233;nom&#232;nes a montr&#233; que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et v&#233;g&#233;taux. Bien plus, un seul et m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne ob&#233;it &#224; des lois absolument diff&#233;rentes, lorsque la structure totale de ces organismes diff&#232;re, lorsque leurs organes particuliers viennent &#224; varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent &#224; changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la m&#234;me en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque &#233;poque &#233;conomique a sa loi de population propre&#8230; Avec diff&#233;rents d&#233;veloppements de la force productive, les rapports sociaux changent de m&#234;me que leurs lois r&#233;gulatrices&#8230; En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue pour examiner l'ordre &#233;conomique capitaliste, Marx ne fait que formuler d'une fa&#231;on rigoureusement scientifique la t&#226;che impos&#233;e &#224; toute &#233;tude exacte de la vie &#233;conomique. La valeur scientifique particuli&#232;re d'une telle &#233;tude, c'est de mettre en lumi&#232;re les lois qui r&#233;gissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d'un organisme social donn&#233;, et son remplacement par un autre sup&#233;rieur ; c'est cette valeur-l&#224; que poss&#232;de l'ouvrage de Marx. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Postface au Capital :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/Marx_-_Le_Capital__Lachatre__1872-djvu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH730/Marx_-_Le_Capital__Lachatre__1872-djvu-e3ee5.jpg?1776379108' width='500' height='730' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relisons ce qu'Engels, compagnon de Marx, tirait de cet enseignement &#233;conomique et social :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lettre de F. Engels &#224; Conrad Schmidt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 octobre 1890&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme du march&#233; mondial ne voit les fluctuations de l'industrie et du march&#233; mondial que sous la forme du reflet invers&#233; du march&#233; de l'argent et des effets et alors l'effet devient la cause dans son esprit. Cela je l'ai d&#233;j&#224; vu &#224; Manchester dans les ann&#233;es 40 : pour la marche de l'industrie, avec ses maxima et minima p&#233;riodiques, les cours de la bourse de Londres &#233;taient absolument inutilisables parce que ces messieurs voulaient tout expliquer par les crises du march&#233; de l'argent, qui n'&#233;taient pourtant elles-m&#234;mes que des sympt&#244;mes. Il s'agissait alors de d&#233;montrer que la naissance des crises industrielles n'avait rien &#224; voir avec une surproduction temporaire et qui incitait &#224; la falsification. Aujourd'hui cet &#233;l&#233;ment dispara&#238;t &#8212; pour nous au moins une fois pour toutes &#8212; et en outre c'est un fait que le march&#233; de l'argent peut avoir aussi ses propres crises et qu'&#224; cette occasion des troubles directement dans l'industrie ne jouent qu'un r&#244;le subordonn&#233; ou ne jouent m&#234;me aucun r&#244;le ; dans ce domaine il reste encore beaucoup de choses, en particulier aussi pour l'histoire des vingt derni&#232;res ann&#233;es, &#224; constater et &#224; examiner. O&#249; il y a division du travail &#224; l'&#233;chelle sociale, il y a aussi ind&#233;pendance des travaux partiels les uns par rapport aux autres. La production est le facteur d&#233;cisif en derni&#232;re instance. Mais en m&#234;me temps que le commerce des produits devient ind&#233;pendant de la production proprement dite, il ob&#233;it &#224; son propre mouvement, que domine certes en gros le processus de production mais qui, dans le d&#233;tail, et &#224; l'int&#233;rieur de cette d&#233;pendance g&#233;n&#233;rale, n'en ob&#233;it pas moins &#224; ses propres lois qui ont leur origine dans la nature de ce facteur nouveau. Il poss&#232;de ses propres phases et r&#233;agit de son c&#244;t&#233; sur le processus de production. La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique &#233;tait due &#224; la soif d'or qui avait d&#233;j&#224; pouss&#233; auparavant les Portugais vers l'Afrique (cf. Soetbeer : La Production des m&#233;taux pr&#233;cieux), parce que l'industrie europ&#233;enne si puissamment d&#233;velopp&#233;e au XIVe et XVe si&#232;cles et le commerce correspondant exigeaient de nouveaux moyens d'&#233;change que l'Allemagne &#8212; le grand pays de l'argent de 1450 &#224; 1550 &#8212; ne pouvait livrer. La conqu&#234;te de l'Inde par les Portugais, Hollandais, Anglais de 1500 &#224; 1800 avait pour but les importations en provenance de l'Inde, personne ne pensait &#224; des exportations vers ce pays. Et pourtant quelle action colossale en retour ont eue sur l'industrie ces d&#233;couvertes et ces conqu&#234;tes n&#233;es des seuls int&#233;r&#234;ts commerciaux &#8212; ce sont les besoins en vue de l'exportation en direction de ces pays qui ont cr&#233;&#233; et d&#233;velopp&#233; la grande industrie. Il en est de m&#234;me du march&#233; des valeurs. Et m&#234;me temps que le commerce des valeurs se d&#233;tache du commerce des marchandises, le commerce de l'argent &#8212; sous certaines conditions pos&#233;es par la production et le commerce des marchandises et &#224; l'int&#233;rieur de ces limites &#8212; a sa propre nature, conna&#238;t des phases particuli&#232;res. S'il s'y ajoute encore qu'au cours de cette &#233;volution nouvelle le commerce de l'argent s'&#233;largit en commerce des effets, que ces effets ne sont pas seulement des effets tir&#233;s sur l'Etat mais aussi des actions de soci&#233;t&#233;s industrielles et de transport, qu'en somme le commerce de l'argent acquiert un pouvoir direct sur une partie de la production (laquelle en gros le domine), on comprend que l'action en retour du commerce de l'argent sur la production devient encore plus forte et plus compliqu&#233;e. Ceux qui font commerce de l'argent sont les propri&#233;taires des chemins de fer, des mines, des usines sid&#233;rurgiques, etc&#8230; Les moyens de production acqui&#232;rent un double visage : leur exploitation doit se conformer tant&#244;t aux int&#233;r&#234;ts de la production directe, mais tant&#244;t aussi aux besoins des actionnaires dans la mesure o&#249; ils font commerce de l'argent. Voici l'exemple le plus frappant : l'exploitation des chemins de fer de l'Am&#233;rique du Nord d&#233;pend totalement des op&#233;rations boursi&#232;res que font &#224; tel moment Jay Gould, Vanderbildt, etc. lesquelles op&#233;rations sont parfaitement &#233;trang&#232;res aux chemins de fer en particulier et &#224; ce qui leur est utile en tant que moyen de communication. Ici m&#234;me, en Angleterre, nous avons vu durant des dizaines d'ann&#233;es diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s de chemin de fer lutter entre elles pour la possession de r&#233;gions o&#249; elles touchaient l'une &#224; l'autre ; au cours de ces luttes des sommes &#233;normes &#233;taient d&#233;pens&#233;es, non dans l'int&#233;r&#234;t de la production et du rapport mais uniquement &#224; cause d'une rivalit&#233; qui, la plupart du temps, n'avait d'autre but que de permettre des op&#233;rations boursi&#232;res &#224; ceux qui poss&#233;daient les actions et faisaient commerce de l'argent.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx &#224; Bernstein :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour en revenir &#224; l'imp&#244;t sur la Bourse, nous n'avons pas besoin de nier l'&#171; immoralit&#233; &#187; de la Bourse et l'escroquerie qu'elle repr&#233;sente ; nous pouvons m&#234;me la d&#233;peindre de fa&#231;on fort suggestive comme le couronnement de l'accaparement capitaliste, le lieu o&#249; la propri&#233;t&#233; se ram&#232;ne directement au vol, mais il faut conclure ensuite qu'il n'est pas du tout dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat de briser cette belle fleur de l'&#233;conomie actuelle, mais bien plut&#244;t de la laisser s'&#233;panouir en toute libert&#233;, afin que m&#234;me le plus b&#234;te comprenne &#224; quoi aboutit l'&#233;conomie actuelle. Laissons donc l'indignation morale &#224; ceux qui sont assez cupides pour aller &#224; la Bourse, sans &#234;tre eux-m&#234;mes des Boursiers, et qui, comme il se doit, se font plumer. Et si ensuite la Bourse et les &#171; affaires s&#233;rieuses &#187; se mettent &#224; se disputer et si le Junker, qui essaie lui aussi de se lancer dans le petit jeu des papiers en Bourse et qui n&#233;cessairement y perd sa chemise, est le troisi&#232;me larron dans ce combat que se livrent mutuellement les trois fractions principales de la classe des exploiteurs, alors nous serons le quatri&#232;me, celui qui rit le dernier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3413&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx et Engels disaient-il que le capitalisme ne pouvait pas se d&#233;truire lui-m&#234;me ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2275&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le capitalisme peut-il s'effondrer de lui-m&#234;me d&#233;finitivement ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=effondrement+capitalisme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.sinistrainrete.info/marxismo/10091-pietro-basso-se-il-capitale-fosse-stato-scritto-oggi.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Si Le Capital avait &#233;t&#233; &#233;crit aujourd'hui &#187; (en italien : Se Il Capitale fosse stato scritto oggi)&lt;/a&gt;, Pietro Basso d&#233;fend &#224; sa mani&#232;re l'actualit&#233; du &#171; Capital &#187; de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute grande &#339;uvre du g&#233;nie humain est in&#233;vitablement affect&#233;e par le temps. C'est &#233;galement vrai pour &#171; Le Capital &#187;, un monument du g&#233;nie humain qui ne perd ni de force ni de pertinence avec le temps, et m&#234;me qui, pour l'essentiel, en acquiert. Et pourtant, ceux qui y font face ne peuvent manquer d'entendre imm&#233;diatement, au travers du style de l'expos&#233;, l'&#233;cho des disputes scientifiques et culturelles du milieu du XIXe si&#232;cle. Je ne parle pas tellement du style d'&#233;criture qui a re&#231;u un rejet impensable sans appel de l'&#233;l&#232;ve la plus aig&#252;e de Marx, Rosa Luxemburg, qui dans une lettre de mars 1917 a &#233;crit : &#171; le tr&#232;s c&#233;l&#232;bre premier volume du Capital de Marx, avec le sa surcharge d'ornements rococo de style h&#233;g&#233;lien, pour moi maintenant c'est une horreur &#187; 1. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que le sous-titre du Capital est le m&#234;me qu'il &#233;tait huit ans plus t&#244;t : une critique de l'&#233;conomie politique, et pas simplement une critique des propres rapports de production et de reproduction du capital. Mais en tant qu'homme aux grands d&#233;fis qu'il est, Marx n'en est pas satisfait. Il tient &#224; lancer un autre d&#233;fi contre ceux qui veulent enterrer Hegel, et en particulier l'impact r&#233;volutionnaire de sa logique dialectique, ou qui - contre leurs intentions - finissent par le vider et le ridiculiser. C'est un d&#233;fi th&#233;orique &#224; la fois philosophique et politique, men&#233; au nom du mat&#233;rialisme historique et du mouvement ouvrier, de la &#171; classe qui tient l'avenir par la main &#187;. L'auteur de &#171; Le Capital &#187; n'accepte pas de faire seulement un travail de science &#233;conomique, d'une nouvelle &#233;conomie qui a su dissoudre les contradictions dans lesquelles l'&#233;conomie politique classique, valable en elle-m&#234;me, pour sa rigueur, pour la capacit&#233; de clarifier comment les choses se passent et se passent dans la forme de soci&#233;t&#233; la plus complexe, mystifi&#233;e et auto-mystifiante qui ait jamais exist&#233;. Il entend aussi montrer que la force explosive du capitalisme, explosive &#224; la fois dans la multiplication de la productivit&#233; du travail et dans la tension pour cr&#233;er un march&#233; mondial complet, ouvre la voie, avec ses antagonismes, &#224; une &#171; organisation &#233;conomique sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; &#187;, au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux documents montrent que Marx &#233;tait pleinement conscient des grandes difficult&#233;s des premiers chapitres du livre I, et s'en pr&#233;occupait &#233;galement, au point de r&#233;&#233;crire plusieurs fois certains passages. Cependant, &#224; notre connaissance, il n'a jamais eu &#224; l'esprit de modifier l'ordre de son exposition par rapport au sch&#233;ma de 1859. Il est rest&#233; le m&#234;me m&#234;me lorsqu'il a d&#233;cid&#233; de modifier la m&#233;thode : au lieu de &#171; passer de l'abstrait au concret &#187; comme dans l'Introduction de 57, &#171; passant du particulier au g&#233;n&#233;ral &#187; 2, c'est-&#224;-dire de la marchandise, la &#171; forme &#233;l&#233;mentaire &#187; du tissu social capitaliste, vers l'identification de la &#171; loi &#233;conomique du mouvement de la soci&#233;t&#233; moderne &#187; et de ses contradictions internes. Pourquoi une telle obstination &#224; imposer &#224; ses lecteurs un d&#233;part qui ressemble &#224; l'escalade d'un mur de septi&#232;me niveau sans chauffage pr&#233;alable ? Pr&#233;cis&#233;ment parce que Marx, fondateur de l'&#233;conomie politique critique, veut cl&#244;turer d&#233;finitivement ses comptes &#224; la fois avec les doctrines &#233;conomiques ant&#233;rieures et avec le dernier grand produit de la philosophie, le noyau rationnel de la logique de Hegel, incorporant ses r&#233;sultats les plus &#233;lev&#233;s &#224; travers un exposition de la mati&#232;re &#233;conomique r&#233;alis&#233;e de mani&#232;re dialectique. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, j'en viens &#224; la question : serait-il sens&#233; aujourd'hui, dans l'expos&#233; critique de ce qu'est le capital, de recommencer, comme en 1867, &#224; partir des marchandises et de leur d&#233;composition, de ce type de ph&#233;nom&#233;nologie ? Ma r&#233;ponse est : certainement pas. Pour la simple raison que la double bataille avec l'&#233;conomie politique et les h&#233;ritiers / dissipateurs ou liquidateurs de la pens&#233;e de Hegel, fondamentale au moment o&#249; elle a &#233;t&#233; donn&#233;e, appartient enti&#232;rement au pass&#233;. C'est un chapitre totalement ferm&#233;. Marx est vivant, ses opposants &#224; la doctrine de 1867 sont clandestins depuis longtemps. Et il n'y aura aucune chance pour eux d'&#234;tre ressuscit&#233;s. L'&#233;conomie politique officielle a perdu, pas &#224; partir d'aujourd'hui, toute possibilit&#233; de revendiquer le statut de science. Il l'a fait en abandonnant la th&#233;orie de la valeur-travail, pour tourner dans le sens de la valeur-utilit&#233; puis de l'utilit&#233; marginale, avec un renversement subjectiviste de l'analyse &#233;conomique, accompagn&#233; de l'hypoth&#232;se paradoxale d'un syst&#232;me en &#233;quilibre total et d'une structure productive statique. . Elle s'est ainsi de plus en plus &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233; r&#233;elle du capitalisme, travers&#233;e aux XXe et XXIe si&#232;cles par des dynamiques de croissance et de crise de plus en plus violentes et non r&#233;gul&#233;es, et de plus en plus domin&#233;e par la recherche obsessionnelle du profit jusqu'&#224; l'hypoth&#232;que, &#224; travers &#171; gonflement anormal du capital fictif, l'exploitation du travail pendant de nombreuses g&#233;n&#233;rations &#224; venir. L'&#233;conomie politique classique n'avait pas eu peur d'affronter les contradictions du capital. L'&#233;conomie n&#233;oclassique, au contraire, les &#233;vite, les cache. Et cette ligne de marche s'est radicalis&#233;e avec l'av&#232;nement de la doctrine n&#233;olib&#233;rale. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, la philosophie ne me semble certainement pas ressuscit&#233;e du coma profond dans lequel elle est tomb&#233;e, pr&#233;cipitant ruineusement en aval des sommets atteints avec Spinoza, Kant et Hegel. Rien de plus que l'extraordinaire fortune dont il jouit, en Italie du moins, Heidegger le prouve. La puissance th&#233;orique de sa philosophie r&#233;side enti&#232;rement et uniquement dans la cr&#233;ation d'une s&#233;rie infinie de formules inextricables et tautologiques, qui peuvent signifier des choses infinies sans jamais en dire pr&#233;cis&#233;ment, dans sa capacit&#233; &#224; transfigurer, adult&#233;rer, annuler chaque probl&#232;me `` analys&#233; '', dans le sa torsion et son retournement en d'&#233;ternels exercices pr&#233;liminaires qui ne nous donnent jamais le contenu de la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire le contenu de la r&#233;alit&#233;, des cat&#233;gories &#224; l'int&#233;rieur desquelles tant de bouff&#233;es de fum&#233;e se d&#233;roulent. Un vrai labyrinthe dont on sort &#233;puis&#233; et d&#233;concert&#233;, sans un seul &#233;l&#233;ment de savoir plus que ceux d&#233;j&#224; poss&#233;d&#233;s 3, en effet avec un effet recherch&#233; de distanciation de l'&#234;tre social r&#233;ellement existant &#224; ce moment-l&#224;, provoqu&#233; par la tentative de st&#233;rilisation apparemment indolore de toute capacit&#233; critique. C'est pourquoi il n'aurait aucun sens de se battre contre des ombres sombres d&#233;pourvues de vitalit&#233; et de sens, ni - encore moins - de &#171; flirter &#187; avec leur langage ou, pire encore, avec leur m&#233;thode. C'est aussi pourquoi la r&#233;interpr&#233;tation philosophique du Capital promue par Althusser au milieu des ann&#233;es 1960 a &#233;t&#233; si st&#233;rile, ne laissant derri&#232;re elle qu'une opposition inconsistante et &#224; nouveau acad&#233;mique entre le &#171; premier &#187; et le &#171; deuxi&#232;me &#187; Marx. Si quoi que ce soit, il y avait et il y a un besoin d'une lecture historico-sociale plus marqu&#233;e du Capital, visant &#224; d&#233;montrer comment et pourquoi l'arri&#232;re-plan de ce travail est une vision du processus historique de l'av&#232;nement du capitalisme en tant que totalit&#233;, en tant qu'&#233;conomie mondiale, et combien il a su anticiper, dans l'ensemble, les d&#233;veloppements contemporains du capitalisme. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Voir Rosa Luxemburg, &#233;dit&#233; par L. Basso, Mondadori, Milan, 1977, p. 18. La lettre, dat&#233;e du 8 mars 1917, est envoy&#233;e &#224; son ami Hans Diefenbach, &#224; qui il demande un avis sur son Anticritica, implicitement pr&#233;sent&#233;e comme un exemple de style simple et calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; Il souligne ce passage et la complexit&#233; de la m&#233;thode d'exposition utilis&#233;e par Marx dans Capitale, M. Musto, Karl Marx. Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, Quodlibet, Macerata, 2010, pp. 99 ff. Pour R. Rosdolsky, c'est Marx lui-m&#234;me qui pr&#233;sente sa mani&#232;re de proc&#233;der comme un voyage de la surface des relations &#233;conomiques &#171; &#224; la structure fondamentale intime, essentielle mais cach&#233;e de ces relations et au concept qui leur correspond &#187; : Gen&#232;se et structure de &#187; Capital &#034;par Marx, Laterza, Rome-Bari, 1975, vol. I, pp. 76-77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Je reprends ici quelques id&#233;es de la critique &#226;cre de A. Berardinelli, Les bruits de l'&#234;tre. Heidegger, Derrida, Severino, &#034;Journal&#034;, ann&#233;e IV, n. 6, juin 1988, p. 49 ff. Et pourtant G. La Guardia a raison lorsqu'il souligne que l'&#234;tre et le temps de Heidegger n'est pas qu'un bruit vide, il a une &#171; inspiration express&#233;ment anti-mat&#233;rialiste &#187; pr&#233;cise, ayant le marxisme comme &#171; objectif strat&#233;gique &#187; (frapper), bien que non d&#233;clar&#233;. : voir Le Dieu cach&#233;. Sociologie du dieu cach&#233;, dans J.Ferrari (sous la direction de), Le Baroque, Figures Libres, Dijon, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici que Pietro Basso, adepte de Bordiga, peut le suivre dans son d&#233;go&#251;t de la philosophie, y compris la dialectique de Hegel que les deux voudraient bien soustraire &#224; l'&#339;uvre de Marx&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bordiga dit qu'il faut se d&#233;barrasser de Dieu, de l'Esprit et ... de Hegel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.quinterna.org/pubblicazioni/rivista/16/orazione.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici en italien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quando Bordiga dice (e non solo nei testi qui presentati) che occorre mandare in pensione Dio, lo Spirito e&#8230; Hegel, non fa che riprendere Marx ed Engels sulla &#034;fine della filosofia&#034;. Come abbiamo visto, per&#242;, anche in campo avversario molti filosofi pare siano giunti alla medesima conclusione sulla fine della loro propria materia di studio. Pura apparenza : da una parte essi resuscitano la vecchia metafisica sotto nuove forme, dall'altra sostengono che la morte della filosofia &#232; dovuta al trionfo della scienza e della tecnica, fenomeno alle cui implicazioni dedicano i loro studi. Alcuni ritengono che tale trionfo sia positivo nonostante gli evidenti difetti della scienza ; altri lo interpretano in modo negativo, come rinuncia all'umanit&#224; dell'uomo. Bordiga nega l'uno e l'altro assunto, quello neometafisico e quello, contraddittorio, della scienza vista in positivo o in negativo : anche scienza e tecnologia, lodate o criticate che siano, non sono altro che una nuova forma di filosofia e per di pi&#249; metafisica. Egli aggiunge persino che la scienza odierna &#232; assimilabile a una superstizione magica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La r&#233;primande voil&#233;e de Bordiga &#224; L&#233;nine pour son &#171; engouement &#187; pour Hegel &#224; l'&#232;re de la science moderne est significative. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il velato rimprovero di Bordiga a Lenin per la sua &#034;infatuazione&#034; per Hegel nell'epoca della scienza moderna &#232; significativo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4748&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi : Bordiga contre la philosophie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordiga fait partie de ceux qui ont voulu voir dans le marxisme la fin de la philosophie, en se fondant sur un membre de phrase de Marx&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3309&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'en est-il en r&#233;alit&#233; ? Le marxisme est-il la fin de la philosophie ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie dialectique est indispensable &#224; la politique des marxistes r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ceux qui veulent nous enfermer dans des contradictions diam&#233;trales en politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique, c'est la vie. Penser le monde sans la dynamique des contradictions, c'est la mort....&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que pensait Bordiga, dire que le marxisme est scientifique ne signifie pas qu'il se d&#233;tourne de la philosophie : &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3223&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bordiga est-il un crit&#232;re de compr&#233;hension philosophique du marxisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3912&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire &#224; ce propos : L'invariance du marxisme selon Bordiga ou l'ossification du marxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pcint.org/40_pdf/04_PC-pdf/PC_053-054-w.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'invariance du marxisme en fran&#231;ais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/bordiga/works/1960/immutable-tablets.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'invariance de Bordiga en anglais&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en profite pour suivre aussi sur ce point Rosa Luxembourg&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas des r&#233;volutionnaires qui se f&#233;licitent de cette position soi-disant de marxiste anti-orthodoxe de Rosa : &lt;a href=&#034;https://www.unive.it/media/allegato/dep/n28-2015/DEP_28_unico__file.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Par exemple, ici Hannah Arendt&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre part, nous pensons que tout &#171; Le Capital &#187; est dialectique au sens de Hegel tout en restant mat&#233;rialiste au sens de Marx !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons &#233;t&#233; plusieurs fois amen&#233;s &#224; discuter du fait que Pourquoi &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3666&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l'&#233;conomie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un de ces articles demandait : Pourquoi Marx tenait-il &#224; consid&#233;rer l'&#233;conomie comme une mati&#232;re dialectique ? &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et nous y r&#233;pondions ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3069&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le premier paragraphe du Capital de Karl Marx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, nous ne sommes pas ignorants de la contradiction fondamentale entre la pens&#233;e de Hegel et celle de Marx-Engels et on a pu &#233;crire ainsi : &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4554&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De Hegel &#224; Marx-Engels, une contradiction dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on a pu aussi remarquer &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique de l'&#233;conomie capitaliste, telle que l'a expos&#233;e Karl Marx dans &#171; La Critique de l'Economie Politique &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur notre site Mati&#232;re et R&#233;volution, nous avons &#233;t&#233; maintes fois amen&#233;s &#224; souligner que &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rappelons pourquoi nous d&#233;fendons &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la dialectique au sens de Hegel&lt;/a&gt; et pourquoi nous n'estimons pas comme lui qu'&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;elle serait contradictoire avec une vision scientifique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a toujours affirm&#233; que &#171; Le Capital &#187; &#233;tait une application de la th&#232;se dialectique de Hegel et non un simple ouvrage d'&#233;conomie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx &#233;crit, dans sa lettre du 14 janvier 1858 par laquelle il rend compte de son travail pr&#233;paratoire &#224; la r&#233;daction du &#171; Capital &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans la m&#233;thode d'&#233;laboration du sujet, quelque chose m'a rendu grand service. J'avais refeuillet&#233;, et pas par hasard, la &#171; Logique &#187; de Hegel. (&#8230;) Si jamais j'ai un jour du temps, j'aurais grande envie de rendre en un ou deux grands placards d'imprimerie accessible aux hommes de sens commun le fond rationnel de la m&#233;thode que Hegel a d&#233;couverte, et en m&#234;me temps mystifi&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sous sa forme rationnelle, la dialectique n'est, aux yeux de la bourgeoisie et de ses th&#233;oriciens, que scandale et horreur, parce que, outre la compr&#233;hension positive de ce qui existe, elle englobe &#233;galement la compr&#233;hension de la n&#233;gation, de la disparition in&#233;vitable de l'&#233;tat des choses existant ; parce qu'elle consid&#232;re toute forme sous l'aspect du mouvement, par cons&#233;quent aussi sous son aspect transitoire ; parce qu'elle ne s'incline devant rien et qu'elle est, par son essence, critique et r&#233;volutionnaire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains auteurs voudraient bien reprendre quelques &#233;l&#233;ments acceptables de Marx comme son &#171; &#233;tude &#233;conomique du Capital &#187; sans s'embarquer dans une th&#233;orie et une philosophie g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Le Capital de Marx n'a plus &#224; prendre aux lib&#233;raux la notion de plus-value puisque, de nos jours, les fameux lib&#233;raux ne croient plus &#224; la plus-value : &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3209&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que Marx ait invent&#233; la notion de plus-value ou celle de march&#233; mondial ou celle de prol&#233;tariat, voire de force de travail, de mode de production et de rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx disait lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ce qui me concerne, ce n'est pas &#224; moi que revient le m&#233;rite d'avoir d&#233;couvert ni l'existence des classes dans la soci&#233;t&#233; moderne, ni leur lutte entre elles. Bien longtemps avant moi, des historiens bourgeois avaient d&#233;crit l'&#233;volution historique de cette lutte des classes, et des &#233;conomistes bourgeois en avaient analys&#233; l'anatomie &#233;conomique. Ce que j'ai apport&#233; de nouveau, c'est la preuve : 1&#176;) que l'existence des classes n'est li&#233;e qu'&#224; des phases d&#233;termin&#233;es du d&#233;veloppement historique de la production ; 2&#176;) que la lutte des classes aboutit n&#233;cessairement &#224; la dictature du prol&#233;tariat ; 3&#176;) que cette dictature elle-m&#234;me ne constitue que la transition vers l'abolition de toutes les classes et vers une soci&#233;t&#233; sans classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Karl Marx &#224; Joseph Weydemeyer (5 mars 1852)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Capital &#187; rapporte que le prol&#233;tariat &#171; li&#233; &#224; des phases d&#233;termin&#233;es du d&#233;veloppement historique de la production &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390418b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur l'actualit&#233; du marxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Pietro Basso et &#224; Rosa Luxembourg, Ttrosky y &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains arguments de Marx, particuli&#232;rement dans le premier chapitre, le plus difficile, peuvent para&#238;tre au lecteur non initi&#233; beaucoup trop discursifs, oiseux ou m&#233;taphysiques En r&#233;alit&#233;, cette impression tient au fait que l'on n'a pas l'habitude de consid&#233;rer scientifiquement des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s familiers. La marchandise est devenue un &#233;l&#233;ment si universellement r&#233;pandu, si familier, de notre existence quotidienne, que nous n'essayons m&#234;me pas de nous demander pourquoi les hommes se s&#233;parent d'objets de premi&#232;re importance, n&#233;cessaires &#224; l'entretien de la vie, pour les &#233;changer contre de petits disques d'or ou d'argent qui n'ont par eux-m&#234;mes d'utilit&#233; sur aucun continent. La marchandise n'est pas le seul exemple d'une telle attitude. Toutes les cat&#233;gories de l'&#233;conomie marchande sont accept&#233;es sans analyse, comme allant de soi, comme si elles constituaient la base naturelle des rapports entre les hommes. Cependant, tandis que les r&#233;alit&#233;s du processus &#233;conomique sont le travail humain, les mati&#232;res premi&#232;res, les outils, les machines, la division du travail, la n&#233;cessit&#233; de distribuer les produits manufactur&#233;s entre tous ceux qui participent au processus de la production, etc..., des cat&#233;gories telles que la marchandise, la monnaie, les salaires, le capital, le profit, l'imp&#244;t, etc..., ne sont, dans la t&#234;te de la plupart des hommes, que les reflets &#224; moiti&#233; mystiques des diff&#233;rents aspects d'un processus &#233;conomique qu'ils ne comprennent pas, et qui &#233;chappe &#224; leur contr&#244;le. Pour les d&#233;chiffrer, une analyse scientifique est indispensable. (&#8230;) Quoi qu'il en soit, celui qui n'a pas perdu l'habitude d'accepter passivement, sans esprit critique, les reflets id&#233;ologiques du d&#233;veloppement &#233;conomique, celui qui n'a pas p&#233;n&#233;tr&#233;, &#224; la suite de Marx, la nature essentielle de la marchandise en tant que cellule fondamentale de l'organisme capitaliste, celui-l&#224; restera toujours incapable de comprendre scientifiquement les plus importants ph&#233;nom&#232;nes de notre &#233;poque. (&#8230;) Le but de Marx n'&#233;tait pas de d&#233;couvrir les &#034;lois &#233;ternelles&#034; de l'&#233;conomie. Il niait l'existence de telles lois. L'histoire du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine est l'histoire de la succession de diff&#233;rents syst&#232;mes &#233;conomiques, qui ont chacun leurs lois propres. Le passage d'un syst&#232;me &#224; un autre a toujours &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par la croissance des forces productives, c'est-&#224;-dire de la technique et de l'organisation du travail. Jusqu'&#224; un certain point, les changements sociaux ont seulement un caract&#232;re quantitatif, et n'alt&#232;rent pas les fondements de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire les formes dominantes de la propri&#233;t&#233;. Mais il arrive un moment o&#249; les forces productives accrues ne peuvent plus rester enferm&#233;es dans les vieilles formes de propri&#233;t&#233; ; alors survient dans l'ordre social un changement, accompagn&#233; de secousses. A la commune primitive succ&#233;da ou s'ajouta l'esclavage ; l'esclavage fut remplac&#233; par le servage, avec sa superstructure f&#233;odale ; au XVI&#232;me si&#232;cle, le d&#233;veloppement commercial des villes en Europe entra&#238;na l'av&#232;nement du r&#233;gime capitaliste, qui, depuis lors, est pass&#233; par diff&#233;rentes &#233;tapes. Dans son Capital, Marx n'&#233;tudie pas l'&#233;conomie en g&#233;n&#233;ral, mais l'&#233;conomie capitaliste, avec ses lois sp&#233;cifiques. Des autres syst&#232;mes &#233;conomiques, il ne parle qu'incidemment, et seulement pour mettre en lumi&#232;re les caract&#233;ristiques propres du capitalisme. (&#8230;) L'erreur fondamentale de l'&#233;conomie classique &#233;tait de consid&#233;rer le capitalisme comme la forme d'existence de l'humanit&#233; &#224; toutes les &#233;poques, alors qu'il n'est qu'une &#233;tape historique dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Marx commen&#231;a par critiquer cette &#233;conomie politique, il en exposa les erreurs, en m&#234;me temps que les contradictions du capitalisme lui-m&#234;me, et il d&#233;montra l'in&#233;luctabilit&#233; de l'effondrement de ce r&#233;gime. (&#8230;) Les lois qui gouvernent les diff&#233;rentes sph&#232;res de l'&#233;conomie capitaliste &#8211; les salaires, les prix, la rente fonci&#232;re, le profit, l'int&#233;r&#234;t, le cr&#233;dit, la Bourse &#8211; ces lois sont nombreuses et complexes. Cela est manifeste. Mais, en dernier ressort, elles se ram&#232;nent &#224; une loi unique, d&#233;couverte par Marx, et qu'il a explor&#233;e &#224; fond : la loi de la valeur-travail, qui est le r&#233;gulateur fondamental de l'&#233;conomie capitaliste. L'essence de cette loi est simple. La soci&#233;t&#233; dispose d'une certaine r&#233;serve de force de travail vivante. Appliqu&#233;e &#224; la nature, cette force produit les objets n&#233;cessaires &#224; la satisfaction des besoins de l'humanit&#233;. Par suite de la division du travail entre des producteurs ind&#233;pendants, ces objets prennent la forme de marchandises. Les marchandises s'&#233;changent &#224; un taux donn&#233;, d'abord directement, plus tard au moyen d'un interm&#233;diaire : l'or ou la monnaie. La propri&#233;t&#233; essentielle des marchandises, propri&#233;t&#233; qui les rend, suivant un certain rapport, comparables entre elles, est le travail humain d&#233;pens&#233; pour les produire &#8211; le travail abstrait, le travail en g&#233;n&#233;ral &#8211; base et mesure de la valeur. Si la division du travail entre des millions de producteurs n'entra&#238;ne pas la d&#233;sagr&#233;gation de la soci&#233;t&#233;, c'est que les marchandises sont &#233;chang&#233;es selon le temps de travail socialement n&#233;cessaire pour leur production. En acceptant ou en rejetant les marchandises, le march&#233;, ar&#232;ne de l'&#233;change, d&#233;cide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement n&#233;cessaire, d&#233;termine ainsi les quantit&#233;s des diff&#233;rentes esp&#232;ces de marchandises n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233;, et, par cons&#233;quent, aussi la distribution de la force de travail entre les diff&#233;rentes branches de la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les processus r&#233;els du march&#233; sont infiniment plus complexes que nous n'avons pu l'exposer en quelques lignes. Ainsi, les prix, en oscillant autour de la valeur-travail, sont tant&#244;t en dessous, tant&#244;t au-dessus de la valeur. Les causes de ces variations sont expliqu&#233;es en long et en large dans le troisi&#232;me livre du Capital, livre dans lequel Marx analyse &#034;Le proc&#232;s d'ensemble de la production capitaliste&#034;. N&#233;anmoins, quelque consid&#233;rables que puissent &#234;tre les &#233;carts entre le prix et la valeur des marchandises dans des cas particuliers, la somme de tous les prix est &#233;gale &#224; la somme de toutes les valeurs des marchandises cr&#233;&#233;es par le travail humain et figurant sur le march&#233;, et les prix ne peuvent pas franchir cette limite, m&#234;me si l'on tient compte des &#034;prix de monopole&#034; des trusts ; l&#224; o&#249; le travail n'a pas cr&#233;&#233; de nouvelle valeur, Rockfeller lui-m&#234;me ne peut rien tirer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Friedrich Engels expliquait l'apport du &#171; Capital &#187; de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1868/03/18680328.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH438/sG3FmQm9ZUloyF78VHphibuZ_jw-4a282.jpg?1776379108' width='500' height='438' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le caract&#232;re f&#233;tiche de la marchandise et son secret.</title>
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		<dc:date>2021-09-05T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; La valeur ne porte donc pas &#233;crit sur le front ce qu'elle est. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Capital - Livre premier 1&#232;re section &lt;br class='autobr' /&gt; Le caract&#232;re f&#233;tiche de la marchandise et son secret. &lt;br class='autobr' /&gt; Une marchandise para&#238;t au premier coup d'&#339;il quelque chose de trivial et qui se comprend de soi-m&#234;me. Notre analyse a montr&#233; au contraire que c'est une chose tr&#232;s complexe, pleine de subtilit&#233;s m&#233;taphysiques et d'arguties th&#233;ologiques. En tant que valeur d'usage, il n'y a en elle rien de myst&#233;rieux, soit qu'elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La valeur ne porte donc pas &#233;crit sur le front ce qu'elle est. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx
&lt;p&gt;Le Capital - Livre premier 1&#232;re section&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le caract&#232;re f&#233;tiche de la marchandise et son secret.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une marchandise para&#238;t au premier coup d'&#339;il quelque chose de trivial et qui se comprend de soi-m&#234;me. Notre analyse a montr&#233; au contraire que c'est une chose tr&#232;s complexe, pleine de subtilit&#233;s m&#233;taphysiques et d'arguties th&#233;ologiques. En tant que valeur d'usage, il n'y a en elle rien de myst&#233;rieux, soit qu'elle satisfasse les besoins de l'homme par ses propri&#233;t&#233;s, soit que ses propri&#233;t&#233;s soient produites par le travail humain. Il est &#233;vident que l'activit&#233; de l'homme transforme les mati&#232;res fournies par la nature de fa&#231;on &#224; les rendre utiles. La forme du bois, par exemple, est chang&#233;e, si l'on en fait une table. N&#233;anmoins, la table reste bois, une chose ordinaire et qui tombe sous les sens. Mais d&#232;s qu'elle se pr&#233;sente comme marchandise, c'est une tout autre, affaire. A la fois saisissable et insaisissable, il ne lui suffit pas de poser ses pieds sur le sol ; elle se dresse, pour ainsi dire, sur sa t&#234;te de bois en face des autres marchandises et se livre &#224; des caprices plus bizarres que si elle se mettait &#224; danser [28].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re mystique de la marchandise ne provient donc pas de sa valeur d'usage. Il ne provient pas davantage des caract&#232;res qui d&#233;terminent la valeur. D'abord, en effet, si vari&#233;s que puissent &#234;tre les travaux utiles ou les activit&#233;s productives, c'est une v&#233;rit&#233; physiologique qu'ils sont avant tout des fonctions de l'organisme humain, et que toute fonction pareille, quels que soient son contenu et sa forme, est essentiellement une d&#233;pense du cerveau, des nerfs, des muscles, des organes, des sens, etc., de l'homme. En second lieu, pour ce qui sert &#224; d&#233;terminer la quantit&#233; de la valeur, c'est-&#224;-dire la dur&#233;e de cette d&#233;pense ou la quantit&#233; de travail, on ne saurait nier que cette quantit&#233; de travail se distingue visiblement de sa qualit&#233;. Dans tous les &#233;tats sociaux le temps qu'il faut pour produire les moyens de consommation a d&#251; int&#233;resser l'homme, quoique in&#233;galement, suivant les divers degr&#233;s de la civilisation [29] . Enfin d&#232;s que les hommes travaillent d'une mani&#232;re quelconque les uns pour les autres, leur travail acquiert aussi une forme sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; provient donc le caract&#232;re &#233;nigmatique du produit du travail, d&#232;s qu'il rev&#234;t la forme d'une marchandise ? Evidemment de cette forme elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re d'&#233;galit&#233; des travaux humains acquiert la forme de valeur des produits du travail ; la mesure des travaux individuels par leur dur&#233;e acquiert la forme de la grandeur de valeur des produits du travail ; enfin les rapports des producteurs, dans lesquels s'affirment les caract&#232;res sociaux de leurs travaux, acqui&#232;rent la forme d'un rapport social des produits du travail. Voil&#224; pourquoi ces produits se convertissent en marchandises, c'est-&#224;-dire en choses qui tombent et ne tombent pas sous les sens, ou choses sociales. C'est ainsi que l'impression lumineuse d'un objet sur le nerf optique ne se pr&#233;sente pas comme une excitation subjective du nerf lui-m&#234;me, mais comme la forme sensible de quelque chose qui existe en dehors de l'&#339;il. Il faut ajouter que dans l'acte de la vision la lumi&#232;re est r&#233;ellement projet&#233;e d'un objet ext&#233;rieur sur un autre objet, l'&#339;il ; c'est un rapport physique entre des choses physiques. Mais la forme valeur et le rapport de valeur des produits du travail n'ont absolument rien &#224; faire avec leur nature physique. C'est seulement un rapport social d&#233;termin&#233; des hommes entre eux qui rev&#234;t ici pour eux la forme fantastique d'un rapport des choses entre elles. Pour trouver une analogie &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, il faut la chercher dans la r&#233;gion nuageuse du monde religieux. L&#224; les produits du cerveau humain ont l'aspect d'&#234;tres ind&#233;pendants, dou&#233;s de corps particuliers, en communication avec les hommes et entre eux. Il en est de m&#234;me des produits de la main de l'homme dans le monde marchand. C'est ce qu'on peut nommer le f&#233;tichisme attach&#233; aux produits du travail, d&#232;s qu'ils se pr&#233;sentent comme des marchandises, f&#233;tichisme ins&#233;parable de ce mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, des objets d'utilit&#233; ne deviennent des marchandises que parce qu'ils sont les produits de travaux priv&#233;s ex&#233;cut&#233;s ind&#233;pendamment les uns des autres. L'ensemble de ces travaux priv&#233;s forme le travail social, Comme les producteurs n'entrent socialement en contact que par l'&#233;change de leurs produits, ce n'est que dans les limites de cet &#233;change que s'affirment d'abord les caract&#232;res sociaux de leurs travaux priv&#233;s. Ou bien les travaux priv&#233;s ne se manifestent en r&#233;alit&#233; comme divisions du travail social que par les rapports que l'&#233;change &#233;tablit entre les produits du travail et indirectement entre les producteurs. Il en r&#233;sulte que pour ces derniers les rapports de leurs travaux priv&#233;s apparaissent ce qu'ils sont, c'est-&#224;-dire non des rapports sociaux imm&#233;diats des personnes dans leurs travaux m&#234;mes, mais bien plut&#244;t des rapports sociaux entre les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement dans leur &#233;change que les produits du travail acqui&#232;rent comme valeurs une existence sociale identique et uniforme, distincte de leur existence mat&#233;rielle et multiforme comme objets d'utilit&#233;. Cette scission du produit du travail en objet utile et en objet de valeur s'&#233;largit dans la pratique d&#232;s que l'&#233;change a acquis assez d'&#233;tendue et d'importance pour que des objets utiles soient produits en vue de l'&#233;change, de sorte que le caract&#232;re de valeur de ces objets est d&#233;j&#224; pris en consid&#233;ration dans leur production m&#234;me. A partir de ce moment, les travaux priv&#233;s des producteurs acqui&#232;rent en fait un double caract&#232;re social. D'un c&#244;t&#233;, ils doivent &#234;tre travail utile, satisfaire des besoins sociaux, et, s'affirmer ainsi comme parties int&#233;grantes du travail g&#233;n&#233;ral, d'un syst&#232;me de division sociale du travail qui se forme spontan&#233;ment ; de l'autre c&#244;t&#233;, ils ne satisfont les besoins divers des producteurs eux-m&#234;mes, que parce que chaque esp&#232;ce de travail priv&#233; utile est &#233;changeable avec toutes les autres esp&#232;ces de travail priv&#233; utile, c'est-&#224;-dire est r&#233;put&#233; leur &#233;gal. L'&#233;galit&#233; de travaux qui diff&#232;rent toto coelo [compl&#232;tement] les uns des autres ne peut consister que dans une abstraction de leur in&#233;galit&#233; r&#233;elle, que dans la r&#233;duction &#224; leur caract&#232;re commun de d&#233;pense de force humaine, de travail humain en g&#233;n&#233;ral, et c'est l'&#233;change seul qui op&#232;re cette r&#233;duction en mettant en pr&#233;sence les uns des autres sur un pied d'&#233;galit&#233; les produits des travaux les plus divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double caract&#232;re social des travaux priv&#233;s ne se r&#233;fl&#233;chit dans le cerveau des producteurs que sous la forme que leur imprime le commerce pratique, l'&#233;change des produits. Lorsque les producteurs mettent en pr&#233;sence et en rapport les produits de leur travail &#224; titre de valeurs, ce n'est pas qu'ils voient en eux une simple enveloppe sous laquelle est cach&#233; un travail humain identique ; tout au contraire : en r&#233;putant &#233;gaux dans l'&#233;change leurs produits diff&#233;rents, ils &#233;tablissent par le fait que leurs diff&#233;rents travaux sont &#233;gaux. Ils le font sans le savoir [30]. La valeur ne porte donc pas &#233;crit sur le front ce qu'elle est. Elle fait bien plut&#244;t de chaque produit du travail un hi&#233;roglyphe. Ce n'est qu'avec le temps que l'homme cherche &#224; d&#233;chiffrer le sens de l'hi&#233;roglyphe &#224; p&#233;n&#233;trer les secrets de l'&#339;uvre sociale &#224; laquelle il contribue, et la transformation des objets utiles en valeurs est un produit de la soci&#233;t&#233;, tout aussi bien que le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte scientifique faite plus tard que les produits du travail, en tant que valeurs, sont l'expression pure et simple du travail humain d&#233;pens&#233; dans leur production, marque une &#233;poque dans l'histoire du d&#233;veloppement de l'humanit&#233; mais ne dissipe point la fantasmagorie qui fait appara&#238;tre le caract&#232;re social du travail comme un caract&#232;re des choses, des produits eux-m&#234;mes. Ce qui n'est vrai que pour cette forme de production particuli&#232;re, la production marchande, &#224; savoir : que le caract&#232;re social des travaux les plus divers consiste dans leur &#233;galit&#233; comme travail humain, et que ce caract&#232;re social sp&#233;cifique rev&#234;t ne forme objective, la forme valeur des produits du travail, ce fait, pour l'homme engren&#233; dans les rouages et les rapports de la production des marchandises, parait, apr&#232;s. comme avant la d&#233;couverte de la nature de la valeur, tout aussi invariable et d'un ordre tout aussi naturel que la forme gazeuse de l'air qui est rest&#233;e la m&#234;me apr&#232;s comme avant la d&#233;couverte de ses &#233;l&#233;ments chimiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui int&#233;resse tout d'abord pratiquement les &#233;changistes, c'est de savoir combien ils obtiendront en &#233;change de leurs produits, c'est-&#224;-dire la proportion dans laquelle les produits s'&#233;changent entre eux. D&#232;s que cette proportion a acquis une certaine fixit&#233; habituelle, elle leur parait provenir de la nature m&#234;me des produits du travail. Il semble qu'il r&#233;side dans ces choses une propri&#233;t&#233; de s'&#233;changer en proportions d&#233;termin&#233;es comme les substances chimiques se combinent en proportions fixes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de valeur des produits du travail ne ressort en fait que lorsqu'ils se d&#233;terminent comme quantit&#233;s de valeur. Ces derni&#232;res changent sans cesse, ind&#233;pendamment de la volont&#233; et des pr&#233;visions des producteurs, aux yeux desquels leur propre mouvement social prend ainsi la forme d'un mouvement des choses, mouvement qui les m&#232;ne, bien loin qu'ils puissent le diriger. Il faut que la production marchande se soit compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e avant que de l'exp&#233;rience m&#234;me se d&#233;gage cette v&#233;rit&#233; scientifique : que les travaux priv&#233;s, ex&#233;cut&#233;s ind&#233;pendamment les uns des autres, bien qu'ils s'entrelacent comme ramifications du syst&#232;me social et spontan&#233; de la division du travail, sont constamment ramen&#233;s &#224; leur mesure sociale proportionnelle. Et comment ? Parce que dans les rapports d'&#233;change accidentels et toujours variables de leurs produits, le temps de travail social n&#233;cessaire &#224; leur production l'emporte de haute lutte comme loi naturelle r&#233;gulatrice, de m&#234;me que la loi de la pesanteur se fait sentir &#224; n'importe qui lorsque sa maison s'&#233;croule sur sa t&#234;te [31] . La d&#233;termination de la quantit&#233; de valeur par la dur&#233;e de travail est donc un secret cach&#233; sous le mouvement apparent des valeurs des marchandises ; mais sa solution, tout en montrant que la quantit&#233; de valeur ne se d&#233;termine pas au hasard, comme il semblerait, ne fait pas pour cela dispara&#238;tre la forme qui repr&#233;sente cette quantit&#233; comme un rapport de grandeur entre les choses, entre les produits eux-m&#234;mes du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur les formes de la vie sociale, et, par cons&#233;quent, leur analyse scientifique, suit une route compl&#232;tement oppos&#233;e au mouvement r&#233;el. Elle commence, apr&#232;s coup, avec des donn&#233;es d&#233;j&#224; tout &#233;tablies, avec les r&#233;sultats du d&#233;veloppement. Les formes qui impriment aux produits du travail le cachet de marchandises et qui, par cons&#233;quent, pr&#233;sident d&#233;j&#224; &#224; leur circulation poss&#232;dent aussi d&#233;j&#224; la fixit&#233; de formes naturelles de la vie sociale, avant que les hommes cherchent &#224; se rendre compte, non du caract&#232;re historique de ces formes qui leur paraissent bien plut&#244;t immuables, mais de leur sens intime. Ainsi c'est seulement l'analyse du prix des marchandises qui a conduit &#224; la d&#233;termination de leur valeur quantitative, et c'est seulement l'expression commune des marchandises en argent qui a amen&#233; la fixation de leur caract&#232;re valeur. Or, cette forme acquise et fixe du monde des marchandises, leur forme argent, au lieu de r&#233;v&#233;ler les caract&#232;res sociaux des travaux priv&#233;s et les rapports sociaux des producteurs, ne fait que les voiler. Quand je dis que du froment, un habit, des bottes se rapportent &#224; la toile comme &#224; l'incarnation g&#233;n&#233;rale du travail humain abstrait, la fausset&#233; et l'&#233;tranget&#233; de cette expression sautent imm&#233;diatement aux yeux. Mais quand les producteurs de ces marchandises les rapportent, &#224; la toile, &#224; l'or ou &#224; l'argent, ce qui revient au m&#234;me, comme &#224; l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral, les rapports entre leurs travaux priv&#233;s et l'ensemble du travail social leur apparaissent pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme bizarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise sont des formes de l'intellect qui ont une v&#233;rit&#233; objective, en tant qu'elles refl&#232;tent des rapports sociaux r&#233;els, mais ces rapports n'appartiennent qu'&#224; cette &#233;poque historique d&#233;termin&#233;e, o&#249; la production marchande est le mode de production social. Si donc nous envisageons d'autres formes de production, nous verrons dispara&#238;tre aussit&#244;t tout ce mysticisme qui obscurcit les produits du travail dans la p&#233;riode actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'&#233;conomie politique aime les Robinsonades [32] , visitons d'abord Robinson dans son &#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Modeste, comme il l'est naturellement, il n'en a pas moins divers besoins &#224; satisfaire, et il lui faut ex&#233;cuter des travaux utiles de genre diff&#233;rent, fabriquer des meubles, par exemple, se faire des outils, apprivoiser des animaux, p&#234;cher, chasser, etc. De ses pri&#232;res et autres bagatelles semblables nous n'avons rien &#224; dire, puisque notre Robinson y trouve son plaisir et consid&#232;re une activit&#233; de cette esp&#232;ce comme une distraction fortifiante. Malgr&#233; la vari&#233;t&#233; de ses fonctions productives, &#224; sait qu'elles ne sont que les formes diverses par lesquelles s'affirme le m&#234;me Robinson, c'est-&#224;-dire tout simplement des modes divers de travail humain. La n&#233;cessit&#233; m&#234;me le force &#224; partager son temps entre ses occupations diff&#233;rentes. Que l'une prenne plus, l'autre moins de place dans l'ensemble de ses travaux, cela d&#233;pend de la plus ou moins grande difficult&#233; qu'il a &#224; vaincre pour obtenir l'effet utile qu'il a en vue. L'exp&#233;rience lui apprend cela, et notre homme qui a sauv&#233; du naufrage montre, grand livre, plume et encre, ne tarde pas, en bon Anglais qu'il est, &#224; mettre en note tous ses actes quotidiens. Son inventaire contient le d&#233;tail des objets utiles qu'il poss&#232;de, des diff&#233;rents modes de travail exig&#233;s par leur production, et enfin du temps de travail que lui co&#251;tent en moyenne des quantit&#233;s d&#233;termin&#233;es de ces divers produits. Tous les rapports entre Robinson et les choses qui forment la richesse qu'il s'est cr&#233;&#233;e lui-m&#234;me sont tellement simples et transparents que M. Baudrillart pourrait les comprendre sans une trop grande tension d'esprit. Et cependant toutes les d&#233;terminations essentielles de la valeur y sont contenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transportons-nous, maintenant de l'&#238;le lumineuse de Robinson dans le sombre moyen &#226;ge europ&#233;en. Au lieu de l'homme ind&#233;pendant, nous trouvons ici tout le monde d&#233;pendant, serfs et seigneurs, vassaux et suzerains, la&#239;ques et clercs. Cette d&#233;pendance personnelle, caract&#233;rise aussi bien les rapports sociaux de la production mat&#233;rielle que toutes les autres sph&#232;res, de la vie auxquelles elle sert de fondement. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que la soci&#233;t&#233; est bas&#233;e sur la d&#233;pendance personnelle que tous, les rapports sociaux apparaissent comme des rapports entre les personnes. Les travaux divers et leurs produits n'ont en cons&#233;quence pas besoin de prendre une figure fantastique distincte de leur r&#233;alit&#233;. Ils se pr&#233;sentent comme services, prestations et livraisons en nature. La forme naturelle du travail, sa particularit&#233; &#8212; et non sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, son caract&#232;re abstrait, comme dans la production marchande &#8212; en est aussi la forme sociale. La corv&#233;e est tout aussi bien mesur&#233;e par le temps que le travail qui produit des marchandises ; mais chaque corv&#233;able sait fort bien, sans recourir &#224; un Adam Smith, que c'est une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de sa force de travail personnelle qu'il d&#233;pense au service de son ma&#238;tre. La d&#238;me &#224; fournir au pr&#234;tre est plus claire que la b&#233;n&#233;diction du pr&#234;tre. De quelque mani&#232;re donc qu'on juge les masques que portent les hommes dans cette soci&#233;t&#233;, les rapports sociaux des personnes dans leurs travaux respectifs s'affirment nettement comme leurs propres rapports personnels, au lieu de se d&#233;guiser en rapports sociaux des choses, des produits du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rencontrer le travail commun, c'est-&#224;-dire l'association imm&#233;diate, nous n'avons pas besoin de remonter &#224; sa forme naturelle primitive, telle qu'elle nous appara&#238;t au seuil de l'histoire de tous les peuples civilis&#233;s [33] . Nous en avons un exemple tout pr&#232;s de nous dans l'industrie rustique et patriarcale d'une famille de paysans qui produit pour ses propres besoins b&#233;tail, bl&#233;, toile, lin, v&#234;tements, etc. Ces divers objets se pr&#233;sentent &#224; la famille comme les produits divers de son travail et non comme des marchandises qui s'&#233;changent r&#233;ciproquement. Les diff&#233;rents travaux d'o&#249; d&#233;rivent ces produits, agriculture, &#233;l&#232;ve du b&#233;tail, tissage, confection de v&#234;tements, etc., poss&#232;dent de prime abord la forme de fonctions sociales, parce qu'ils sont des fonctions de la famille qui a sa division de travail tout aussi bien que la production marchande. Les conditions naturelles variant avec le changement des saisons, ainsi que les diff&#233;rences d'&#226;ge et de sexe, r&#232;glent dans la famille la distribution du travail et sa dur&#233;e pour chacun. La mesure de la d&#233;pense des forces individuelles par le temps de travail appara&#238;t ici directement comme caract&#232;re social des travaux eux-m&#234;mes, parce que les forces de travail individuelles ne fonctionnent que comme organes de la force commune de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentons-nous enfin une r&#233;union d'hommes libres travaillant avec des moyens de production communs, et d&#233;pensant, d'apr&#232;s un plan concert&#233;, leurs nombreuses forces individuelles comme une seule et m&#234;me force de travail social. Tout ce que nous avons dit du travail de Robinson se reproduit ici, mais socialement et non individuellement. Tous les produits de Robinson &#233;taient son produit personnel et exclusif, et, cons&#233;quemment, objets d'utilit&#233; imm&#233;diate pour lui. Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert de nouveau comme moyen de production et reste sociale ; mais l'autre partie est consomm&#233;e et, par cons&#233;quent, doit se r&#233;partir entre tous. Le mode de r&#233;partition variera suivant l'organisme producteur de la soci&#233;t&#233; et le degr&#233; de d&#233;veloppement historique des travailleurs. Supposons, pour mettre cet &#233;tat de choses en parall&#232;le avec la production marchande, que la part accord&#233;e &#224; chaque travailleur soit en raison son temps de travail. Le temps de travail jouerait ainsi un double r&#244;le. D'un c&#244;t&#233;, sa distribution dans la soci&#233;t&#233; r&#232;gle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l'autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en m&#234;me temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun r&#233;serv&#233;e &#224; la consommation. Les rapports sociaux des hommes dans leurs travaux et avec les objets utiles qui en proviennent restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde religieux n'est que le reflet du monde r&#233;el. Une soci&#233;t&#233; o&#249; le produit du travail prend g&#233;n&#233;ralement la forme de marchandise et o&#249;, par cons&#233;quent, le rapport le plus g&#233;n&#233;ral entre les producteurs consiste &#224; comparer les valeurs de leurs produits et, sous cette enveloppe des choses, &#224; comparer les uns aux autres leurs travaux priv&#233;s &#224; titre de travail humain &#233;gal, une telle soci&#233;t&#233; trouve dans le christianisme avec son culte de l'homme abstrait, et surtout dans ses types bourgeois, protestantisme, d&#233;isme, etc., le compl&#233;ment religieux le plus convenable. Dans les modes de production de la vieille Asie, de l'antiquit&#233; en g&#233;n&#233;ral, la transformation du produit en marchandise ne joue qu'un r&#244;le subalterne, qui cependant acquiert plus d'importance &#224; mesure que les communaut&#233;s approchent de leur dissolution. Des peuples marchands proprement dits n'existent que dans les intervalles du monde antique, &#224; la fa&#231;on des dieux d'Epicure, ou comme les Juifs dans les pores de la soci&#233;t&#233; polonaise. Ces vieux organismes sociaux sont, sous le rapport de la production, infiniment plus simples et plus transparents que la soci&#233;t&#233; bourgeoise ; mais ils ont pour base l'immaturit&#233; de l'homme individuel &#8212; dont l'histoire n'a pas encore coup&#233;, pour ainsi dire, le cordon ombilical qui l'unit &#224; la communaut&#233; naturelle d'une tribu primitive &#8212; ou des conditions de despotisme et d'esclavage. Le degr&#233; inf&#233;rieur de d&#233;veloppement des forces productives du travail qui les caract&#233;rise, et qui par suite impr&#232;gne, tout le cercle de la vie mat&#233;rielle, l'&#233;troitesse des rapports des hommes, soit entre eux, soit avec la nature, se refl&#232;te id&#233;alement dans les vieilles religions nationales. En g&#233;n&#233;ral, le reflet religieux du monde r&#233;el ne pourra dispara&#238;tre que lorsque les conditions du travail et de la vie pratique pr&#233;senteront &#224; l'homme des rapports transparents et rationnels avec ses semblables et avec la nature. La vie sociale, dont la production mat&#233;rielle et les rapports qu'elle implique forment la base, ne sera d&#233;gag&#233;e du nuage mystique qui en voile l'aspect, que le jour o&#249; s'y manifestera l'&#339;uvre d'hommes librement associ&#233;s, agissant consciemment et ma&#238;tres de leur propre mouvement social. Mais cela exige dans la soci&#233;t&#233; un ensemble de conditions d'existence mat&#233;rielle qui ne peuvent &#234;tre elles-m&#234;mes le produit que d'un long et douloureux d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie politique a bien, &#224; est vrai, analys&#233; la valeur et la grandeur de valeur [34] , quoique d'une mani&#232;re tr&#232;s imparfaite. Mais elle ne s'est jamais de mand&#233; pourquoi le travail se repr&#233;sente dans la valeur, et la mesure du travail par sa dur&#233;e dans la grandeur de valeur des produits. Des formes qui manifestent au premier coup d'&#339;il qu'elles appartiennent &#224; une p&#233;riode sociale dans laquelle la production et ses rapports r&#233;gissent l'homme au lieu d'&#234;tre r&#233;gis par lui paraissent &#224; sa conscience bourgeoise une n&#233;cessit&#233; tout aussi naturelle que le travail productif lui-m&#234;me. Rien d'&#233;tonnant qu'elle traite les formes de production sociale qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la production bourgeoise, comme les P&#232;res de l'Eglise traitaient les religions qui avaient pr&#233;c&#233;d&#233; le christianisme [35] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait voir, entre autres choses, l'illusion produite sur la plupart des &#233;conomistes par le f&#233;tichisme inh&#233;rent au monde marchand ; ou par l'apparence mat&#233;rielle des attributs sociaux du travail, c'est leur longue et insipide querelle &#224; propos du r&#244;le de la nature dans la cr&#233;ation de la valeur d'&#233;change. Cette valeur n'&#233;tant pas autre chose qu'une mani&#232;re sociale particuli&#232;re de compter le travail employ&#233; dans la production d'un objet ne peut pas plus contenir d'&#233;l&#233;ments mat&#233;riels que le cours du change, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre soci&#233;t&#233;, la forme &#233;conomique la plus g&#233;n&#233;rale et la plus simple qui s'attache aux produits du travail, la forme marchandise, est si famili&#232;re &#224; tout le monde que personne n'y voit malice. Consid&#233;rons d'autres formes &#233;conomiques plus complexes. D'o&#249; proviennent, par exemple, les illusions du syst&#232;me mercantile ? Evidemment du caract&#232;re f&#233;tiche que la forme monnaie imprime aux m&#233;taux pr&#233;cieux. Et l'&#233;conomie moderne, qui fait l'esprit fort et ne se fatigue pas de ressasser ses fades plaisanteries contre le f&#233;tichisme des mercantilistes, est-elle moins la dupe des apparences ? N'est-ce pas son premier dogme que des choses, des instruments de travail, par exemple, sont, par nature, capital, et, qu'en voulant les d&#233;pouiller de ce caract&#232;re purement social, on commet un crime de l&#232;se-nature ? Enfin, les physiocrates, si sup&#233;rieurs &#224; tant d'&#233;gards, n'ont-ils pas imagin&#233; que la rente fonci&#232;re n'est pas un tribut arrach&#233; aux hommes, mais un pr&#233;sent fait par la nature m&#234;me aux propri&#233;taires ? Mais n'anticipons pas et contentons-nous encore d'un exemple &#224; propos de la forme marchandise elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marchandises diraient, si elles pouvaient parler : Notre valeur d'usage peut bien int&#233;resser l'homme ; pour nous, en tant qu'objets, nous nous en moquons bien. Ce qui nous regarde c'est notre valeur. Notre rapport entre nous comme choses de vente et d'achat le prouve. Nous ne nous envisageons les unes les autres que comme valeurs d'&#233;change. Ne croirait-on pas que l'&#233;conomiste emprunte ses paroles &#224; l'&#226;me m&#234;me de la marchandise quand il dit : &#171; La valeur (valeur d'&#233;change) est une propri&#233;t&#233; des choses, la richesse (valeur d'usage) est une propri&#233;t&#233; de l'homme. La valeur dans ce sens suppose n&#233;cessairement l'&#233;change, la richesse, non [36] . &#187; &#171; La richesse (valeur utile) est un attribut de l'homme ; la valeur, un attribut des marchandises. Un homme ou bien une communaut&#233; est riche, une perle ou un diamant poss&#232;de de la valeur et la poss&#232;de comme telle [37] . &#187; Jusqu'ici aucun chimiste n'a d&#233;couvert de valeur d'&#233;change dans une perle ou dans un diamant. Les &#233;conomistes qui ont d&#233;couvert ou invent&#233; des substances chimiques de ce genre, et qui affichent une . certaine pr&#233;tention &#224; la profondeur, trouvent, eux, que la valeur utile des choses leur appartient ind&#233;pendamment de leurs propri&#233;t&#233;s mat&#233;rielles, tandis que leur valeur leur appartient en tant que choses. Ce qui les confirme dans cette opinion, c'est cette circonstance &#233;trange que la valeur utile des choses se r&#233;alise pour l'homme sans &#233;change, c'est-&#224;-dire dans un rapport imm&#233;diat entre la chose et l'homme, tandis que leur valeur, au contraire, ne se r&#233;alise que dans l'&#233;change, c'est-&#224;-dire dans un rapport social. Qui ne se souvient ici du bon Dogberry, et de la le&#231;on qu'il donne au veilleur de nuit, Seacoal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Etre un homme bien fait est un don des circonstances, mais savoir lire et &#233;crire, cela nous vient de la nature [38]. &#187; (To be a well-favoured man is the gift of fortune ; but to write and read comes by nature.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] On se souvient que la Chine et les tables commenc&#232;rent &#224; danser, lorsque tout le reste du monde semblait ne pas bouger &#8212; pour encourager les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Chez les anciens Germains la grandeur d'un arpent de terre &#233;tait calcul&#233;e d'apr&#232;s le travail d'un jour, et de l&#224; son nom Tagwerk, Mannwerk, etc. (Jurnale ou jurnalis, terra jurnalis ou diurnalis.) D'ailleurs l'expression de &#171; journal &#187; de terre subsiste encore dans certaines parties de la France (voir Georg Ludwig von MAURER, Einleitung zur Geschichte der Mark-, Hof-, Dorf- und Stadt-Verfassung..., Munich, 1854, p. 129 et suiv.). [Deuxi&#232;me &#233;dition]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Quand donc Galiani dit : &#171; La valeur est un rapport entre deux personnes &#187; ! La Richezza &#232; une ragione tra due persone. (GALIANI, Della Moneta, p. 221, t. III du recueil de Custodi : Scrittori classici italiani di Economia politica. &#8212; Parte moderna, Milan, 1803), il aurait d&#251; ajouter : un rapport cach&#233; sous l'enveloppe des choses. [Deuxi&#232;me &#233;dition]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] &#171; Que doit-on penser d'une loi qui ne peut s'ex&#233;cuter que par des r&#233;volutions p&#233;riodiques ? C'est tout simplement une loi naturelle fond&#233;e sur l'inconscience de ceux qui la subissent. &#187; (Friedrich ENGELS &#171; Umrisse, zu einer Kritik der National&#246;konomie &#187;, p. 103, dans les Annales franco-allemandes, &#233;dit&#233;es par Arnold Ruge et Karl Marx, Paris, 1844.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Ricardo lui-m&#234;me a sa Robinsonade. Le chasseur et le p&#234;cheur primitifs sont pour lui des marchands qui &#233;changent le poisson et le gibier en raison de la dur&#233;e du travail r&#233;alis&#233; dans leurs valeurs. A cette occasion, il commet ce singulier anachronisme, que le chasseur et le p&#234;cheur consultent, pour le calcul de leurs instruments de travail, les tableaux d'annuit&#233;s en usage &#224; la Bourse de Londres en 1817. Les &#171; parall&#233;logrammes de M. Owen &#187; paraissent &#234;tre la seule forme de soci&#233;t&#233; qu'il connaisse en dehors de la soci&#233;t&#233; bourgeoise (K. Marx, Contribution..., op. cit., p. 38-39). [Deuxi&#232;me &#233;dition]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] C'est un pr&#233;jug&#233; ridicule, r&#233;pandu ces derniers temps, de croire que la propri&#233;t&#233; collective primitive est une forme de propri&#233;t&#233; sp&#233;cifiquement slave, voire exclusivement russe. C'est la forme primitive dont on peut &#233;tablir la pr&#233;sence chez les Romains, les Germains, les Celtes, mais dont on rencontre encore, aux Indes, tout un &#233;chantillonnage aux sp&#233;cimens vari&#233;s, bien qu'en partie &#224; l'&#233;tat de vestiges. Une &#233;tude rigoureuse des formes de la propri&#233;t&#233; collective en Asie, et sp&#233;cialement aux Indes, montrerait qu'en se dissolvant les diff&#233;rentes formes de la propri&#233;t&#233; collective primitive ont donn&#233; naissance &#224; diff&#233;rentes formes de propri&#233;t&#233;. C'est ainsi que l'on peut, par exemple, d&#233;duire les diff&#233;rents types originaux de propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; Rome et chez les Germains de diff&#233;rentes formes de propri&#233;t&#233; collective aux Indes (K. Marx, Contribution..., op. cit., p. 13).[Deuxi&#232;me &#233;dition]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Un des premiers &#233;conomistes qui apr&#232;s William Petty ait ramen&#233; la valeur &#224; son v&#233;ritable contenu, le c&#233;l&#232;bre Franklin, peut nous fournir un exemple de la mani&#232;re dont l'&#233;conomie bourgeoise proc&#232;de dans son analyse. Il dit : &#171; Comme le commerce en g&#233;n&#233;ral n'est pas autre chose qu'un &#233;change de travail contre travail, c'est par le travail qu'on estime le plus exactement la valeur de toutes choses &#187; (The Works of Benjamin Franklin. etc., &#233;ditions Sparks, Boston, 1836, t. II. p. 267). Franklin trouve tout aussi naturel que les choses aient de la valeur, que le corps de la pesanteur. A son point de vue, il s'agit tout simplement de trouver comment cette valeur sera estim&#233;e le plus exactement possible. Il ne remarque m&#234;me pas qu'en d&#233;clarant que &#171; c'est par le travail qu'on estime le plus exactement la valeur de toute chose &#187;, il fait abstraction de la diff&#233;rence des travaux &#233;chang&#233;s et les r&#233;duit &#224; un travail humain &#233;gal. Autrement il aurait d&#251; dire : puisque l'&#233;change de bottes ou de souliers contre des tables n'est pas autre chose qu'un &#233;change de cordonnerie contre menuiserie, c'est par le travail du menuisier qu'on estimera avec le plus d'exactitude la valeur des bottes ! En se servant du mot travail en g&#233;n&#233;ral, il fait abstraction du caract&#232;re utile et de la forme concr&#232;te des divers travaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'insuffisance de l'analyse que Ricardo a donn&#233;e de la grandeur de la valeur &#8212; et c'est la meilleure &#8212; sera d&#233;montr&#233;e dans les Livres III et IV de cet ouvrage. Pour ce qui est de la valeur en g&#233;n&#233;ral, l'&#233;conomie politique classique ne distingue jamais clairement ni express&#233;ment le travail repr&#233;sent&#233; dans la valeur du m&#234;me travail en tant qu'il se repr&#233;sente dans la valeur d'usage du produit. Elle fait bien en r&#233;alit&#233; cette distinction, puisqu'elle consid&#232;re le travail tant&#244;t au point de vue de la qualit&#233;, tant&#244;t &#224; celui de la quantit&#233;. Mais il ne lui vient pas &#224; l'esprit qu'une diff&#233;rence simplement quantitative des travaux suppose leur unit&#233; ou leur &#233;galit&#233; qualitative, c'est-&#224;-dire leur r&#233;duction au travail humain abstrait. Ricardo, par exemple, se d&#233;clare d'accord avec Destutt de Tracy quand celui-ci dit : &#171; Puisqu'il est certain que nos facult&#233;s physiques et morales sont notre seule richesse originaire, que l'emploi de ces facult&#233;s, le travail quelconque, est notre seul tr&#233;sor primitif, et que c'est toujours de cet emploi que naissent toutes les choses que nous appelons des biens... il est certain m&#234;me que tous ces biens ne font que repr&#233;senter le travail qui leur a donn&#233; naissance, et que, s'ils ont une valeur, ou m&#234;me deux distinctes, ils ne peuvent tenir ces valeurs que de celle du travail dont ils &#233;manent. &#187; (DESTUTT DE TRACY, El&#233;ments d'id&#233;ologie, IVe et Ve parties, Paris, 1826, p. 35, 36.) (Comp. RICARDO, The Principles of Political Economy, 3e &#233;d., London, 1821, p. 334.) Ajoutons seulement que Ricardo pr&#234;te aux paroles de Destutt un sens trop profond. Destutt dit bien d'un c&#244;t&#233; que les choses qui forment la richesse repr&#233;sentent le travail qui les a cr&#233;&#233;es ; mais, de l'autre, il pr&#233;tend qu'elles tirent leurs deux valeurs diff&#233;rentes (valeur d'usage et valeur d'&#233;change) de la valeur du travail. Il tombe ainsi dans la platitude de l'&#233;conomie vulgaire qui admet pr&#233;alablement la valeur d'une marchandise (du travail, par exemple) pour d&#233;terminer la valeur des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ricardo le comprend comme s'il disait que le travail (non sa valeur) se repr&#233;sente aussi bien dans la valeur d'usage que dans la valeur d'&#233;change. Mais lui-m&#234;me distingue si peu le caract&#232;re &#224; double face du travail que dans tout son chapitre &#171; Valeur et Richesse &#187;, il est oblig&#233; de discuter les unes apr&#232;s les autres les trivialit&#233;s d'un J.-B. Say. Aussi est-il &#224; la fin tout &#233;tonn&#233; de se trouver d'accord avec Destutt sur le travail comme source de valeur, tandis que celui-ci, d'un autre c&#244;t&#233;, se fait de la valeur la m&#234;me id&#233;e que Say.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] &#171; Les &#233;conomistes ont une singuli&#232;re mani&#232;re de proc&#233;der. Il n'y a pour eux que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature. Les institutions de la f&#233;odalit&#233; sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles. Ils ressemblent en cela aux th&#233;ologiens, qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions. Toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une &#233;manation de Dieu... Ainsi il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus. &#187; (Karl MARX, Mis&#232;re de la philosophie. R&#233;ponse &#224; la Philosophie de la mis&#232;re de M. Proudhon, 1847, p. 113.) Le plus dr&#244;le est Bastiat, qui se figure que les Grecs et les Romains n'ont v&#233;cu que de rapine. Mais quand on vit de rapine pendant plusieurs si&#232;cles, il faut pourtant qu'il y ait toujours quelque chose &#224; prendre ou que l'objet des rapines continuelles se renouvelle constamment. Il faut donc croire que les Grecs et les Romains avaient leur genre de production &#224; eux, cons&#233;quemment une &#233;conomie, qui formait la base mat&#233;rielle de leur soci&#233;t&#233;, tout comme l'&#233;conomie bourgeoise forme la base de la n&#244;tre. Ou bien Bastiat penserait-il qu'un mode de production fond&#233; sur le travail des esclaves est un syst&#232;me de vol ? Il se place alors sur un terrain dangereux. Quand un g&#233;ant de la pens&#233;e, tel qu'Aristote, a pu se tromper dans son appr&#233;ciation du travail esclave, pourquoi un nain comme Bastiat serait-il infaillible dans son appr&#233;ciation du travail salari&#233; ? &#8212; Je saisis cette occasion pour dire quelques mots d'une objection qui m'a &#233;t&#233; faite par un journal allemand-am&#233;ricain &#224; propos de mon ouvrage : Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, paru en 1859. Suivant lui, mon opinion que le mode d&#233;termin&#233; de production et les rapports sociaux qui en d&#233;coulent, en un mot que la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; est la base r&#233;elle sur laquelle s'&#233;l&#232;ve ensuite l'&#233;difice juridique et politique, de telle sorte que le mode de production de la vie mat&#233;rielle domine en g&#233;n&#233;ral le d&#233;veloppement de la vie sociale, politique et intellectuelle &#8212; suivant lui, cette opinion est juste pour le monde moderne domin&#233; par les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels mais non pour le Moyen Age o&#249; r&#233;gnait le catholicisme, ni pour Ath&#232;nes et Rome o&#249; r&#233;gnait la politique. Tout d'abord, il est &#233;trange qu'il plaise &#224; certaines gens de supposer que quelqu'un ignore ces mani&#232;res de parler vieillies et us&#233;es sur le Moyen Age et l'Antiquit&#233;. Ce qui est clair, c'est que ni le premier ne pouvait vivre du catholicisme, ni la seconde de la politique. Les conditions &#233;conomiques d'alors expliquent au contraire pourquoi l&#224; le catholicisme et ici la politique jouaient le r&#244;le principal. La moindre connaissance de l'histoire de la R&#233;publique romaine, par exemple, fait voir que le secret de cette histoire, c'est l'histoire de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. D'un autre c&#244;t&#233;, personne n'ignore que d&#233;j&#224; don Quichotte a eu &#224; se repentir pour avoir cru que la chevalerie errante &#233;tait compatible avec toutes les formes &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] &#171; Value is a property of things, riches of man. Value, in this sense, necessarily implies exchanges, riches do not. &#187; (Observations on certain verbal Disputas in Political Economy, particularly relating to value and to demand and supply, London, 1821, p. 16.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] &#171; Riches are the attribute of men, value is the attribute of commodities. A man or a community is rich, a pearl or a diamond is valuable... A pearl or a diamond is valuable as a pearl or diamond. &#187; (S. Bailey, op. cit., p. 165.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] L'auteur des Observations et S. BAILEY accusent Ricardo d'avoir fait de la valeur d'&#233;change, chose purement relative, quelque chose d'absolu. Tout au contraire, il a ramen&#233; la relativit&#233; apparente que ces objets, tels que perle et diamant, par exemple, poss&#232;dent comme valeur d'&#233;change, au vrai rapport cach&#233; sous cette apparence, &#224; leur relativit&#233; comme simples expressions de travail humain. Si les partisans de Ricardo n'ont su r&#233;pondre &#224; Bailey que d'une mani&#232;re grossi&#232;re et pas du tout concluante, c'est tout simplement parce qu'ils n'ont trouv&#233; chez Ricardo lui-m&#234;me rien qui les &#233;clair&#226;t sur le rapport intime qui existe entre la valeur et sa forme, c'est-&#224;-dire la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La courbe du d&#233;veloppement capitaliste</title>
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		<dc:date>2021-02-05T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
La courbe du d&#233;veloppement capitaliste &lt;br class='autobr' /&gt;
21 avril 1923 &lt;br class='autobr' /&gt;
Engels a &#233;crit, dans son introduction &#224; la &#034;Lutte des classes en France&#034; de Marx : &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Dans l'appr&#233;ciation d'&#233;v&#233;nements et de suites d'&#233;v&#233;nements emprunt&#233;s &#224; l'histoire quotidienne, on ne sera jamais en mesure de remonter jusqu'aux derni&#232;res causes &#233;conomiques. M&#234;me aujourd'hui o&#249; la presse technique comp&#233;tente fournit des mat&#233;riaux si abondants, il est encore impossible, m&#234;me en Angleterre de suivre jour par jour le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;La courbe du d&#233;veloppement capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;21 avril 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels a &#233;crit, dans son introduction &#224; la &#034;Lutte des classes en France&#034; de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Dans l'appr&#233;ciation d'&#233;v&#233;nements et de suites d'&#233;v&#233;nements emprunt&#233;s &#224; l'histoire quotidienne, on ne sera jamais en mesure de remonter jusqu'aux derni&#232;res causes &#233;conomiques. M&#234;me aujourd'hui o&#249; la presse technique comp&#233;tente fournit des mat&#233;riaux si abondants, il est encore impossible, m&#234;me en Angleterre de suivre jour par jour le march&#233; de l'industrie et du commerce sur le march&#233; mondial et les modifications survenues dans les m&#233;thodes de production, de fa&#231;on &#224; pouvoir, &#224; n'importe quel moment, faire le bilan d'ensemble de ces facteurs dont la plupart du temps, les plus importants agissent en outre longtemps dans l'ombre avant de se manifester soudain violemment au grand jour. Une claire vision d'ensemble de l'histoire &#233;conomique d'une p&#233;riode donn&#233;e n'est jamais possible sur le moment m&#234;me ; on ne peut l'acqu&#233;rir qu'apr&#232;s coup, apr&#232;s avoir rassembl&#233; et s&#233;lectionn&#233; les mat&#233;riaux. La statistique est ici une ressource n&#233;cessaire et elle suit toujours en boitant. Pour l'histoire contemporaine en cours on ne sera donc que trop souvent contraint de consid&#233;rer ce facteur le plus d&#233;cisif comme constant, de traiter la situation &#233;conomique que l'on trouve au d&#233;but de la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e comme donn&#233;e et invariable pour toute celle-ci ou de ne tenir compte que des modifications &#224; cette situation qui r&#233;sultent des &#233;v&#233;nements, eux-m&#234;mes &#233;vidents, et apparaissent donc clairement elles aussi. En cons&#233;quence, la m&#233;thode mat&#233;rialiste ne devra ici que trop souvent se borner &#224; ramener les conflits politiques &#224; des luttes d'int&#233;r&#234;ts entre les classes sociales et les fractions des classes existantes, impliqu&#233;es par le d&#233;veloppement &#233;conomique, et &#224; montrer que les divers partis politiques sont l'expression politique plus ou moins ad&#233;quate de ces m&#234;mes classes et fractions de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est bien &#233;vident que cette n&#233;gligence in&#233;vitable des modifications simultan&#233;es de la situation &#233;conomique, c'est &#224; dire de la base m&#234;me de tous les &#233;v&#233;nements &#224; examiner, ne peut &#234;tre qu'une source d'erreurs.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces id&#233;es formul&#233;es par Engels peu avant sa mort, n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es plus avant depuis. A mon souvenir, elles sont m&#234;me rarement cit&#233;es, beaucoup plus rarement qu'elles ne le devraient. Leur sens m&#234;me semble avoir &#233;chapp&#233; &#224; nombre de marxistes. L'explication de ce fait r&#233;side, une fois de plus, dans les raisons invoqu&#233;es par Engels lui-m&#234;me, militant contre toute interpr&#233;tation d&#233;finitive de l'histoire imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une t&#226;che tr&#232;s difficile, impossible m&#234;me &#224; mener jusqu'au fond, que de mettre &#224; nu les impulsions souterraines que l'&#233;conomie transmet &#224; la politique du jour ; et l'explication des ph&#233;nom&#232;nes politiques ne saurait &#234;tre report&#233;e &#224; plus tard, parce que le combat ne saurait attendre. De l&#224; d&#233;coule la n&#233;cessit&#233; de recourir, dans l'activit&#233; politique quotidienne, &#224; des explications si g&#233;n&#233;rales qu'elles finissent par devenir des truismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aussi longtemps que la vie politique continue &#224; se d&#233;rouler sous les m&#234;mes formes, &#224; couler dans le m&#234;me lit, &#224; la m&#234;me vitesse approximative, c'est &#224; dire aussi longtemps que l'accumulation de quantit&#233; &#233;conomique ne s'est pas transform&#233;e en qualit&#233; politique, ce type d'abstraction (&#034;les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie&#034;, &#034;l'imp&#233;rialisme&#034;, &#034;le fascisme&#034;) remplit plus ou moins bien sa t&#226;che : non pas d'interpr&#233;ter un fait politique dans tout ce qu'il rec&#232;le de concret, mais de le r&#233;duire &#224; un type social familier, ce qui est, &#233;videmment, d'une importance inestimable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand un changement s&#233;rieux intervient dans la situation, et ce d'autant plus qu'il s'agit d'un tournant brusque, des explications aussi g&#233;n&#233;rale r&#233;v&#232;lent leur totale inad&#233;quation, et deviennent effectivement des truismes creux. Dans de tel cas, il devient invariablement n&#233;cessaire de sonder analytiquement beaucoup plus en profondeur pour d&#233;terminer les aspects qualitatifs et, si possible, pour mesurer quantitativement les impulsions donn&#233;es &#224; la vie politique par l'&#233;conomie. Ces &#034;impulsions&#034; repr&#233;sentent la forme dialectique des &#034;t&#226;ches&#034;, ayant pour origine le fondement dynamique, et soumises &#224; la sph&#232;re de la superstructure quant &#224; leur solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les oscillations de la conjoncture &#233;conomique (boom-d&#233;pression-crise) constituent d&#233;j&#224; en tant que telle des impulsions p&#233;riodiques donnant lieu ici &#224; des changements quantitatifs, l&#224; &#224; des changements qualitatifs et &#224; de nouvelles formations dans le champs politique. Les revenus des classes poss&#233;dantes, le budget d'Etat, les salaires, le ch&#244;mage, les proportions du commerce ext&#233;rieur, etc... sont intimement li&#233;s &#224; la conjoncture &#233;conomique et exercent &#224; leur tour l'influence la plus directe sur la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela seul suffit &#224; comprendre quelle importance s'attache au suivi, pas &#224; pas, de l'histoire des partis politiques, des institutions d'Etat, etc... en relation avec les cycles de d&#233;veloppement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne signifie absolument pas que les cycles &#233;conomiques expliquent tout : cela est exclu du seul fait que les cycles eux-m&#234;mes ne sont pas des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques fondamentaux, mais d&#233;riv&#233;s. Ils se d&#233;ploient &#224; partir du d&#233;veloppement des forces productives, &#224; travers la m&#233;diation du march&#233;. Mais les cycles permettent d'expliquer beaucoup, constituant &#224; travers une pulsation automatique, le saut dialectique indispensable &#224; la m&#233;canique de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Le point de rupture de la conjoncture industrielle et commerciale nous am&#232;ne &#224; la proximit&#233; des n&#339;uds critiques de la toile du d&#233;veloppement des tendances politiques, de la l&#233;gislation et de toutes les formes de l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le capitalisme ne se caract&#233;rise pas seulement par la r&#233;currence p&#233;riodique des cycles auquel cas aurait lieu une complexe r&#233;p&#233;tition et non un d&#233;veloppement dynamique. Les cycles commerciaux et industriels sont de caract&#232;re diff&#233;rent au cours de p&#233;riodes diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence majeure entre eux est d&#233;termin&#233;e par les relations quantitatives entre les p&#233;riodes de crise et de boom &#224; l'int&#233;rieur de chaque cycle. Si la p&#233;riode de boom restaure avec un surplus ce qui avait &#233;t&#233; d&#233;truit par la crise l'ayant pr&#233;c&#233;d&#233;e, alors le d&#233;veloppement capitaliste s'effectue vers le haut. Si la crise, qui signifie la destruction ou, en tous les cas, la contraction des forces productives, surpasse en intensit&#233; le boom lui correspondant, on a pour r&#233;sultat un d&#233;clin &#233;conomique. Finalement si crise et boom se r&#233;v&#232;lent approximativement &#233;gaux en force, on arrive &#224; un temporaire &#233;quilibre de stagnation de l'&#233;conomie. C'est l&#224;, en gros, le sch&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut observer que, dans l'histoire, les cycles homog&#232;nes se groupent par s&#233;ries. Durant des p&#233;riodes enti&#232;res du d&#233;veloppement capitaliste, les cycles se caract&#233;risent par des booms nets et d&#233;limit&#233;s et par des crises courtes et de faible ampleur. Il en r&#233;sulte un mouvement brutalement ascendant de la courbe du d&#233;veloppement capitaliste. Les p&#233;riodes de stagnation se caract&#233;risent par une courbe qui, tout en connaissant des oscillations cycliques partielles, se maintient au m&#234;me niveau approximatif pendant des d&#233;cennies. Finalement, au cours de certaines p&#233;riodes historiques, la courbe de base, tout en connaissant de m&#234;me des oscillations cycliques, s'affaisse, signalant ainsi un d&#233;clin des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ores et d&#233;j&#224; possible de postuler a priori que les p&#233;riodes de d&#233;veloppement capitaliste &#233;nergique doivent poss&#233;der des caract&#233;ristiques en mati&#232;re politique, l&#233;gale, philosophique, po&#233;tique, nettement diff&#233;rentes de celles des p&#233;riodes de stagnation et de d&#233;clin. La transition d'une p&#233;riode de ce type &#224; une p&#233;riode divergente doit naturellement produire les plus grandes convulsions dans les relations entre les Etats et les classes. Nous avons d&#251; souligner ce point au 3&#176; Congr&#232;s Mondial de l'IC, dans la lutte contre une conception purement m&#233;caniste de la d&#233;sagr&#233;gation capitaliste en cours actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la succession p&#233;riodique de crises &#034; normales &#034; aux booms &#034; normaux &#034; trouve son reflet dans tous les aspects de la vie sociale, alors la transition d'une p&#233;riode enti&#232;re de &#034;boom&#034; &#224; une p&#233;riode de d&#233;clin, et vice versa, engendre les plus grandes crises historiques, et il ne serait pas difficile de montrer qu'en nombre de cas les r&#233;volutions et les guerres marquent la rupture entre deux p&#233;riodes historiques du d&#233;veloppement &#233;conomique, c'est &#224; dire la jonction deux segments diff&#233;rents de la courbe capitaliste. L'analyse de ce point de vue serait une des t&#226;ches les plus gratifiantes du mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A la suite du 3&#176; Congr&#232;s Mondial de l'IC, le professeur Kondratiev s'est pench&#233; sur la question en &#233;vitant, comme &#224; l'accoutum&#233;e, la formulation du probl&#232;me adopt&#233;e par ce congr&#232;s et a tent&#233; de poser, &#224; cot&#233; du &#034;cycle mineur&#034; de 10 ans, un &#034;cycle majeur&#034; couvrant environ 50 ans. Selon cette construction sym&#233;triquement stylis&#233;e, un cycle majeur consiste en cinq cycles mineurs, la premi&#232;re moiti&#233; d'entre d'eux se caract&#233;risant par un boom, la seconde ayant un caract&#232;re de crise, avec toutes les &#233;tapes transitoires n&#233;cessaires. Les &#233;valuations statistiques des cycles majeurs compil&#233;s par Kondratiev devraient &#234;tre soumises &#224; une investigation critique tant en ce qui concerne tel ou tel pays qu'en ce qui concerne le march&#233; mondial dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toutefois d'ores et d&#233;j&#224; possible de r&#233;futer, par avance, la tentative du professeur Kondratiev d'&#233;tudier les p&#233;riodes qu'il a &#233;tiquet&#233; &#034;cycles majeurs&#034;, avec la &#034;loi rigide des cycles&#034; observable dans les cycles mineurs ; il s'agit l&#224; d'une g&#233;n&#233;ralisation fausse &#224; partir d'une analogie formelle. La r&#233;currence p&#233;riodique des cycles mineurs est conditionn&#233;e par la dynamique interne des forces capitalistes et se manifeste partout et toujours une fois venu &#224; l'existence, le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les segments de la courbe capitaliste de d&#233;veloppement que le professeur Kondratiev propose de d&#233;signer &#233;galement comme des cycles, leur caract&#232;re et leur dur&#233;e sont d&#233;termin&#233;s non par le jeu interne des forces capitalistes, mais par les conditions externes qui font le lit de leur d&#233;veloppement. L'acquisition de nouveaux pays et de continents, la d&#233;couverte de nouvelles ressources naturelles et, dans leur sillage, les &#233;v&#233;nements d'ordre &#034;super structurels&#034; d'importance aussi essentielle que les guerres et les r&#233;volutions, d&#233;terminent le caract&#232;re et la succession des phases ascendantes, stagnantes ou d&#233;clinantes du d&#233;veloppement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelles sont les perspectives que devrait, en cons&#233;quence, se fixer la recherche ? Etablir la courbe du d&#233;veloppement capitaliste dans ses phases non p&#233;riodiques (de base) et p&#233;riodiques (secondaire) et ses points de rupture, en ce qui concerne les pays auquel nous portons le plus d'int&#233;r&#234;t et en ce qui concerne le march&#233; mondial dans son ensemble, telle est la premi&#232;re partie de la t&#226;che. Une fois cette courbe trac&#233;e (les m&#233;thodes de fixation de cette derni&#232;re constituent un probl&#232;me sp&#233;cifique appartenant au champ de la technique statistique), il est possible de la d&#233;composer en p&#233;riodes, d&#233;pendant de l'angle d'ascension ou de d&#233;clin, relativement &#224; l'axe des abscisses (voir le graphique). Nous obtenons dans cette voie un sch&#233;ma du d&#233;veloppement &#233;conomique, c'est &#224; dire la caract&#233;risation de la &#034;base r&#233;elle de tous les &#233;v&#233;nements&#034; (Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le niveau atteint par la recherche, nous pouvons nous trouver en mesure de produire nombre de sch&#233;mas relatifs &#224; l'agriculture, &#224; l'industrie lourde, etc... Avec ces sch&#233;mas au point de d&#233;part, leur synchronisation avec les &#233;v&#232;nements politiques (au sens le plus large du terme) permettant de rechercher la correspondance ou, pour nous exprimer plus prudemment, l'interrelation entre &#233;poques d&#233;limit&#233;es de la vie sociale et les segments les plus nets de la courbe du d&#233;veloppement capitaliste, mais &#233;galement les impulsions souterraines qui provoquent les &#233;v&#232;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile, dans cette voie, de plonger dans le plus vulgaire sch&#233;matisme ; d'ignorer les conditionnements et successions informes des processus id&#233;ologiques ; d'oublier que l'&#233;conomie n'est d&#233;cisive qu'en derni&#232;re analyse : les conclusions caricaturales tir&#233;es au nom de la m&#233;thode du marxisme ne manquent pas. Mais renoncer de ce fait &#224; la formulation indiqu&#233;e plus haut (&#034;cela sent l'&#233;conomisme&#034;) serait la d&#233;monstration de l'incapacit&#233; la plus compl&#232;te &#224; comprendre l'essence du marxisme qui recherche les causes des changements dans la superstructure sociale dans ceux de leurs fondations &#233;conomiques, et nulle part ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au risque d'encourir l'ire th&#233;orique de nos opposants &#224; &#034;l'&#233;conomisme&#034; (et, pour une part, avec l'intention de la provoquer), nous pr&#233;sentons ici un diagramme sch&#233;matique de la courbe du d&#233;veloppement capitaliste couvrant une p&#233;riode de 90 ans d'apr&#232;s la perspective trac&#233;e plus haut. La direction g&#233;n&#233;rale de la courbe est d&#233;termin&#233;e par le caract&#232;re des courbes conjoncturelles qui la composent. Dans notre sch&#233;ma, trois p&#233;riodes se d&#233;marquent nettement, 20 ans de d&#233;veloppement capitaliste tr&#232;s graduel (A-B) ; 40 ans de mont&#233;e &#233;nergique (B-C) ; 30 ans de crise prolong&#233;e et de d&#233;clin (C-D). Si nous introduisons dans ce diagramme les &#233;v&#232;nements historiques les plus importants de la p&#233;riode correspondante, la juxtaposition picturale des &#233;v&#232;nements politiques majeurs et des variations de la courbe est en elle-m&#234;me suffisante &#224; la d&#233;monstration de la valeur de ce point de d&#233;part de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#233;lisme des &#233;v&#232;nements historiques et des changements &#233;conomiques est &#233;videmment tr&#232;s relatif. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la &#034; superstructure&#034; n'enregistre et ne refl&#232;te de nouvelles formations dans la sph&#232;re &#233;conomiques qu'apr&#232;s un d&#233;lai consid&#233;rable. Mais cette loi doit &#234;tre mise &#224; nu &#224; travers une investigation concr&#232;te de ces interrelations complexes dont nous ne pr&#233;sentons ici qu'une &#233;bauche picturale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le rapport au 3i&#232;me Congr&#232;s Mondial, nous avons illustr&#233; notre th&#232;se avec des exemples historiques tir&#233;s de l'&#233;poque des r&#233;volutions de 1848, de celle de la premi&#232;re r&#233;volution russe (1905) et de celle dont nous sommes en train de sortir (1920-1921). Nous renvoyons le lecteur &#224; ces exemples (voir &#034;Cours nouveau&#034;). Ils n'apportent rien de d&#233;finitif, mais d&#233;montrent assez nettement l'importance extraordinaire de notre approche pour comprendre, avant tout, les bonds les plus critiques de l'histoire, les guerres et les r&#233;volutions. Si dans cette lettre nous utilisons un sch&#233;ma arbitraire, sans chercher &#224; prendre une p&#233;riode historique comme base, nous ne le faisons que pour la simple raison que toute tentative dans ce sens ne ressemblerait que trop &#224; une anticipation imprudente des r&#233;sultats d'une investigation difficile et douloureuse, encore &#224; effectuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, il est impossible de pr&#233;voir jusqu'&#224; quel degr&#233; telle ou telle section de l'histoire sera illumin&#233;e, et quelles seront les lumi&#232;res jet&#233;es, par une investigation mat&#233;rialiste proc&#233;dant d'une &#233;tude concr&#232;te de la courbe capitaliste et de l'interrelation de cette derni&#232;re avec tous les aspects de la vie sociale. Les limites qui peuvent &#234;tre atteintes dans cette voie ne sauraient &#234;tre d&#233;termin&#233;es que par les r&#233;sultats de la recherche elle-m&#234;me, qui doit &#234;tre plus syst&#233;matique et plus ordonn&#233;e que les excursions entreprises jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En tous les cas, une telle approche de l'histoire contemporaine permet d'enrichir le mat&#233;rialisme historique de conqu&#234;tes infiniment plus pr&#233;cieuses que les jongleries sp&#233;culatives douteuses, utilisant les termes et les concepts du mat&#233;rialisme, qui ont transplant&#233;, sous la plume de nos &#034; marxistes &#034;, les m&#233;thodes du formalisme dans le domaine du mat&#233;rialisme dialectique ; qui ont r&#233;duit sa t&#226;che &#224; celle de rendre plus pr&#233;cises d&#233;finitions et classifications, et &#224; diviser les abstractions les plus creuses en quatre parties toutes aussi creuses ; en bref, qui ont prostitu&#233; le marxisme au mani&#233;risme &#233;l&#233;gant des &#233;pigones de Kant. Il est d'ailleurs sot d'aff&#251;ter ou de r&#233;aff&#251;ter un instrument, avant d'en &#233;br&#233;cher l'acier quand il faut l'appliquer au mat&#233;riau brut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s nous, ce th&#232;me pourrait offrir un sujet d'&#233;tude f&#233;cond au travail de s&#233;minaires sur le mat&#233;rialisme dialectique. La recherche ind&#233;pendante, entreprise dans cette sph&#232;re ; jetterait &#224; coup s&#251;r de nouvelles lumi&#232;res, ou, tout du moins, devrait un peut mieux &#233;clairer, les &#233;v&#233;nements isol&#233;s aussi bien que des p&#233;riodes enti&#232;res. Et l'habitude m&#234;me de penser dans ces termes faciliterait extr&#234;mement l'orientation politique au jour le jour, dans la p&#233;riode actuelle, qui r&#233;v&#232;le plus que jamais auparavant la connexion entre l'&#233;conomie capitaliste ayant atteint le point de saturation et la politique capitaliste d&#233;sormais totalement d&#233;brid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On avait promis, il y a d&#233;j&#224; longtemps, de d&#233;velopper ce th&#232;me pour le &#034;Vestnik Sotsialisticheskol Akademii&#034;. J'en ai &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant emp&#234;ch&#233; par les circonstances. je ne suis pas s&#251;r d'&#234;tre &#224; m&#234;me de remplir cette t&#226;che dans le futur proche. Pour cette raison, je me limite pour l'instant &#224; cette lettre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L462xH606/courbe-2d6ac.jpg?1776379108' width='462' height='606' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;conomiste Eugen Varga</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6836</link>
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		<dc:date>2020-09-28T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>communisme</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Le cas Eug&#232;ne Varga&#034;, par Raya Dunayevskaya &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus r&#233;cent livre d'Eug&#232;ne Varga, l'un des principaux &#233;conomistes staliniens, est intitul&#233; &#171; Les changements dans l'&#233;conomie du capitalisme r&#233;sultants de la deuxi&#232;me guerre mondiale. &#187; Ce livre fut publi&#233; en 1946 &#224; la maison des Editions politiques de l'Etat par l'Institut &#233;conomique de l'Acad&#233;mie des sciences de l'U.R.S.S. Nous apprenons ce fait pour la premi&#232;re fois du rapport d'une discussion de ce livre qui dura trois jours et qui fut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;communisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034;Le cas Eug&#232;ne Varga&#034;, par Raya Dunayevskaya&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le plus r&#233;cent livre d'Eug&#232;ne Varga, l'un des principaux &#233;conomistes staliniens, est intitul&#233; &#171; Les changements dans l'&#233;conomie du capitalisme r&#233;sultants de la deuxi&#232;me guerre mondiale. &#187; Ce livre fut publi&#233; en 1946 &#224; la maison des Editions politiques de l'Etat par l'Institut &#233;conomique de l'Acad&#233;mie des sciences de l'U.R.S.S. Nous apprenons ce fait pour la premi&#232;re fois du rapport d'une discussion de ce livre qui dura trois jours et qui fut tenue sous les auspices communs de l'Institut et du d&#233;partement d'&#233;conomie politique de l'Universit&#233; &#233;tatique de Moscou. A cette discussion particip&#232;rent vingt &#171; savants, acad&#233;miciens, membres correspondants, docteurs en &#233;conomie politique et professeurs &#187;. Le rapport qui fut publi&#233; dans le num&#233;ro de juin-juillet 1947 du Bulletin de l'Institut n'occupait pas moins de 12 pages en petits caract&#232;res. Un autre rapport plus court, de 8 pages, parut dans le num&#233;ro de septembre 1947 du Bolchevik. Celui-ci, non seulement r&#233;sume le d&#233;bat, mais il proc&#232;de &#233;galement &#224; une critique des critiques qui pensaient pouvoir arriver &#224; un accord avec Varga et trouver une &#171; sorte de formule qui arrange tout &#187;. &#171; Il est &#233;galement impossible, conclut l'article avec insistance, de ne pas noter un autre r&#233;sultat important de la discussion. Il s'y r&#233;v&#232;le avec une clart&#233; extr&#234;me la faiblesse de l'auto-critique des &#233;conomistes. &#187; Le rapport pr&#233;tend &#233;galement que ce triste &#233;tat de choses n'est pas seulement vrai en ce qui concerne le livre de Varga, mais aussi en ce qui concerne les autres travaux de &#171; recherches th&#233;oriques sur l'&#233;tat contemporain de l'imp&#233;rialisme et de la crise g&#233;n&#233;rale du capitalisme &#187;, publi&#233;s par l'Institut d'&#233;conomie mondiale et de politique mondiale de l'Acad&#233;mie des sciences de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que la ligne stalinienne a chang&#233; et qu'une nouvelle s&#233;rie de livres devra &#234;tre fabriqu&#233;e. La justification th&#233;orique de l'ancienne ligne de coop&#233;ration avec l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain devra faire place &#224; une nouvelle th&#233;orie &#233;conomique prouvant l'impossibilit&#233; de travailler avec celui-ci. Pour l'expliquer &#224; tous les &#171; savants &#187;, il fallut trois jours de discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion du livre de Varga tourna essentiellement autour de deux points : 1) le r&#244;le de l'Etat bourgeois dans une &#233;conomie de guerre ; 2) le caract&#232;re des &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Varga &#233;tait que l'Etat joue un r&#244;le d&#233;cisif dans l'&#233;conomie de guerre et qu'&#233;tant donn&#233; que l'Etat est le principal client, il n'y a pas de probl&#232;me de la r&#233;alisation (de la plus-value). Par cons&#233;quent, pendant les dix premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s la guerre &#8212; c'est ainsi que le rapport pr&#233;sente la th&#232;se de son livre &#8212; le capitalisme se d&#233;veloppera &#171; sous la loi in&#233;gale du d&#233;veloppement &#187;. Ce n'est qu'&#224; la fin de cette p&#233;riode que le capitalisme se heurtera &#224; sa contradiction fondamentale, qui selon l'auteur, consiste &#171; dans l'exacerbation du probl&#232;me de la r&#233;alisation (de la plus-value) ou, en d'autres termes, des probl&#232;mes du march&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; savants &#187; nient tout d'abord que le capitalisme dans l'&#233;conomie de guerre surmonte l'anarchie de la production. Ils nient que l'Etat est le plus grand client ou que l'&#233;conomie capitaliste, &#224; n'importe quel moment, &#233;volue en dehors de la crise g&#233;n&#233;rale du capitalisme qu'ils d&#233;finissent &#233;galement comme &#233;tant la contradiction entre la production et la consommation. Varga est accus&#233; de ne pas donner une image du &#171; parasitisme et de la d&#233;cadence du capitalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible d'&#234;tre d'accord avec l'assertion de l'auteur &#187;, d&#233;clara Stroumiline, selon laquelle, pendant la guerre, les pays utilisent plus que v plus s, c'est-&#224;-dire plus que la somme du revenu total de la nation. L'assertion selon laquelle le gouvernement est le plus grand client est &#233;galement fausse. Un autre acad&#233;micien d&#233;clara : &#171; Varga d&#233;crit le m&#233;canisme de reproduction du capitalisme contemporain d'une telle fa&#231;on que le probl&#232;me de la r&#233;alisation de la partie de la plus-value assign&#233;e &#224; l'accumulation, c'est-&#224;-dire &#224; la reproduction &#233;largie, est impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;pudiant le r&#244;le d&#233;cisif de l'Etat dans l'&#233;conomie de guerre, les &#171; savants &#187; pr&#233;tendirent que ne ce n'est pas l'Etat qui dirige la production mais un petit groupe de monopoleurs : &#171; Le patron dans le pays n'est pas l'Etat, mais les monopoles. &#187; En ce qui concerne l'Allemagne, par exemple, Varga aurait pr&#233;tendu que l'&#233;conomie &#233;tait inconditionnellement subordonn&#233;e &#224; l'Etat. &#171; Le contraire aurait d&#251; &#234;tre dit &#187;, d&#233;clar&#232;rent ses critiques1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ostrovityanov, qui pr&#233;sida le d&#233;bat et le conclut, d&#233;clara que Varga s'&#233;tait d&#233;rob&#233; &#224; la lutte entre les deux syst&#232;mes : le socialisme et le capitalisme. Selon Ostrovityanov, c'&#233;tait se d&#233;rober &#224; une analyse de classe, et s&#233;parer l'&#233;conomie de la politique. La d&#233;viation de Varga, continua Ostrovityanov, apparut clairement dans un article que Varga &#233;crivit pour le num&#233;ro de juin 1946 de L'&#233;conomie mondiale et la politique mondiale et dans lequel Varga pr&#233;tendit que pendant la guerre la lutte entre les deux syst&#232;mes fut arr&#234;t&#233;e. &#171; Il est impossible d'&#234;tre d'accord avec cette fa&#231;on de poser la question &#187;, conclut Ostrovityanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varga se d&#233;fendit &#224; moiti&#233; et reconnut &#224; moiti&#233; ses p&#233;ch&#233;s. Pour se d&#233;fendre, Varga r&#233;pondit que jamais un seul petit groupe de capitalistes n'avait dirig&#233; toute la politique de l'Etat. &#171; La planification sous le capitalisme est impossible, mais il serait faux de dire que pendant la guerre totale il existe la m&#234;me anarchie dans la production qu'en temps de paix. &#187; Varga insista sur la justesse de sa th&#232;se selon laquelle le probl&#232;me de la r&#233;alisation (de la plus-value) disparut pendant la guerre. Il cita les Etats-Unis &#224; titre d'exemple de pays o&#249;, malgr&#233; une &#233;norme expansion de la production, il n'exista aucun probl&#232;me du march&#233;, pr&#233;cis&#233;ment parce que le gouvernement &#233;tait le principal client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il souligna que son livre fut termin&#233; dix mois auparavant. Avec la fourberie typique d'un th&#233;oricien stalinien, il demanda que l'occasion lui soit encore donn&#233;e d'adapter la th&#233;orie &#233;conomique &#224; la politique nouvelle. Il annon&#231;a que son prochain livre traiterait des aspects politiques de la question. Nous ne doutons pas que, tout comme Varga trouva en 1946 les statistiques destin&#233;es &#224; prouver la stalibilit&#233; du capitalisme et la possibilit&#233; de sa co-existence avec le &#171; socialisme &#187;, son nouveau livre prouvera l'incompatibilit&#233; des &#171; deux syst&#232;mes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second foyer d'attaque se centra sur l'&#233;valuation faite par Varga des &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187;. Le rapport lui attribue une surestimation de la capacit&#233; de l'Am&#233;rique de restaurer l'&#233;conomie europ&#233;enne et une sous-estimation de la puissance des &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187; dont il aurait d&#233;fini l'&#233;conomie comme du &#171; capitalisme d'Etat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les critiques, en estimant qu'il faudrait une d&#233;cennie pour restaurer l'&#233;conomie des &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187;, Varga oublia de prendre en consid&#233;ration &#171; les attributs sp&#233;ciaux de la structure politique des d&#233;mocraties nouvelles qui ne seront pas subordonn&#233;es au d&#233;veloppement cyclique g&#233;n&#233;ral du capitalisme, mais qui se d&#233;velopperont par leurs propres m&#233;thodes et &#224; des rythmes sup&#233;rieurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;clara &#233;galement que Varga montra un pessimisme injustifi&#233; en ce qui concerne la production agricole et lia de fa&#231;on erron&#233;e la faible productivit&#233; sur le front de l'agriculture aux r&#233;formes agraires. Le ph&#233;nom&#232;ne de la faible productivit&#233;, d&#233;clar&#232;rent les critiques, &#171; &#233;tait de nature temporaire, conjoncturelle et s'expliquait par la cause g&#233;n&#233;rale des difficult&#233;s &#233;conomiques d'apr&#232;s guerre, et non par les r&#233;formes agraires &#187;. D'autre part, il serait faux de dire comme Varga l'aurait fait, que le poids sp&#233;cifique de l'Europe orientale dans l'&#233;conomie mondiale capitaliste n'est relativement pas grand et &#171; ne change encore pas fondamentalement les perspectives g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement du capitalisme dans son ensemble &#187;. Ostrovityanov pr&#233;tendit que c'&#233;tait &#171; une attitude &#233;conomique born&#233;e &#187;. &#171; La grande importance de principe de ces pays r&#233;side dans le profond changement des rapports de classe et dans l'ouverture d'une voie particuli&#232;re de transition du capitalisme au socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se passait en juin-juillet. Le 1er septembre, Gladkov, l'auteur du rapport paru dans le Bolchevik, alla plus loin dans son attaque contre Varga pour avoir caract&#233;ris&#233; les &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187; comme du &#171; capitalisme d'Etat &#187; : &#171; En r&#233;alit&#233; il n'y a pas d'exploitation du prol&#233;tariat dans ces entreprises d'Etat ; le revenu ne va pas aux capitalistes mais &#224; la nation sous la forme de son Etat. C'est une &#233;conomie d'un genre nouveau, assurant une augmentation du bien-&#234;tre des masses laborieuses, et formant une base pour des progr&#232;s ult&#233;rieurs dans les pays de d&#233;mocratie nationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Bulletin de l'Institut &#233;conomique de l'Acad&#233;mie des sciences de l'U.R.S.S. et le Bolchevik devront tous deux chanter les louanges des &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187; une octave au-dessus. Car Jdanov, dans son discours au Kominform, ne d&#233;signa pas seulement comme &#171; d&#233;mocraties nouvelles &#187; la Yougoslavie, la Bulgarie et la Pologne, mais &#233;galement la Tch&#233;coslovaquie et, s'il vous pla&#238;t, la Roumaine, la Hongrie et l'Albanie. Voici sa d&#233;finition fougueuse de ces &#233;conomies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;forme agraire transf&#233;ra la terre aux mains des paysans, et mena &#224; la liquidation de la classe des propri&#233;taires terriens. La nationalisation de l'industrie lourde et des banques, la confiscation des biens des tra&#238;tres qui collabor&#232;rent avec les Allemands sap&#232;rent &#224; la racine la position du capital monopoleur dans ces pays et lib&#233;r&#232;rent les masses de la servitude imp&#233;rialiste. Parall&#232;lement, &#224; cela une nouvelle propri&#233;t&#233; populaire &#233;tatique fut &#233;tablie, un Etat d'un type nouveau fut cr&#233;&#233;, &#8212; une r&#233;publique populaire o&#249; le pouvoir appartient &#224; l'Etat et o&#249; la force dirigeante est le bloc des masses laborieuses de la population, &#224; la t&#234;te desquelles se trouve la classe ouvri&#232;re. Il en r&#233;sulte que les peuples de ces pays non seulement se sont lib&#233;r&#233;s de l'&#233;tau de l'imp&#233;rialisme, mais ont jet&#233; les bases de la transition vers la voie du d&#233;veloppement socialiste2. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Note de la r&#233;daction : voir &#224; ce sujet, &#171; La nouvelle phase du capitalisme monopoleur &#187; et &#171; La propri&#233;t&#233; et le contr&#244;le &#187;, duex &#233;tudes de B. Thomas, parues dans les num&#233;ros de juillet-ao&#251;t et de septembre-octobre 1947 de Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Note de la r&#233;daction. &#8212; La th&#233;orie stalinienne de la &#171; d&#233;mocratie nouvelle &#187; sera examin&#233;e dans un article qui para&#238;tra prochainement dans Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Trotsky-Varga
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la situation mondiale et les t&#226;ches de l'Internationale Communiste&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;adopt&#233;es &#224; l'unanimit&#233; par l'IC le 4 juillet 1921&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. LE FOND DE LA QUESTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le mouvement r&#233;volutionnaire, &#224; l'issue de la guerre imp&#233;rialiste et depuis cette guerre, se distingue par son ampleur sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. En mars 1917, le tsarisme est renvers&#233;. En mai 1917, orageuse lutte gr&#233;viste en Angleterre. En novembre 1917, le prol&#233;tariat russe s'empare du pouvoir de l'Etat. En novembre 1918, chute des monarchies allemande et austro-hongroise. Le mouvement gr&#233;viste s'empare de toute une s&#233;rie de pays europ&#233;ens et se d&#233;veloppe particuli&#232;rement au cours de l'ann&#233;e suivante. En mars 1919, la R&#233;publique Sovi&#233;tique est install&#233;e en Hongrie. Vers la fin de la m&#234;me ann&#233;e, les Etats-Unis sont &#233;branl&#233;s par les formidables gr&#232;ves des m&#233;tallurgistes, des mineurs et des cheminots. En Allemagne, apr&#232;s les combats de janvier et de mars 1919, le mouvement atteint son point culminant, au lendemain de l'&#233;meute de Kapp, en mars 1920. En France, le moment de la plus haute tension de la vie int&#233;rieure arrive au mois de mai 1920. En Italie, le mouvement du prol&#233;tariat industriel et rural s'accro&#238;t sans cesse et m&#232;ne en septembre 1920 &#224; la mainmise par les ouvriers sur les usines, les fabriques et les propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. Le prol&#233;tariat tch&#232;que, en d&#233;cembre 1920, saisit l'arme de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique. En mars 1921, soul&#232;vement des ouvriers de l'Allemagne centrale et gr&#232;ve des ouvriers mineurs en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement atteint des proportions particuli&#232;rement grandes et une intensit&#233; plus violente dans les pays hier bellig&#233;rants et surtout dans les pays vaincus mais il s'&#233;tend aussi aux pays neutres. En Asie et en Afrique, il suscite ou renforce l'indignation r&#233;volutionnaire des nombreuses masses coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette puissante vague ne r&#233;ussit pourtant pas &#224; renverser le capitalisme mondial, ni m&#234;me le capitalisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pendant l'ann&#233;e qui s'est &#233;coul&#233;e entre le 2e et le 3e Congr&#232;s de l'Internationale Communiste, une s&#233;rie de soul&#232;vements et de luttes de la classe ouvri&#232;re se terminent en partie par la d&#233;faite (avance de l'arm&#233;e rouge sur Varsovie en ao&#251;t 1920, mouvement du prol&#233;tariat italien en septembre 1920, soul&#232;vement des ouvriers allemands en mars 1921).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re p&#233;riode du mouvement r&#233;volutionnaire, apr&#232;s la guerre, est caract&#233;ris&#233;e par sa violence &#233;l&#233;mentaire, par l'impr&#233;cision tr&#232;s significative des buts et des m&#233;thodes et par l'extr&#234;me panique qui s'empare des classes dirigeantes ; elle parait &#234;tre termin&#233;e dans une large mesure. Le sentiment de sa puissance de classe qu'a la bourgeoisie, et la solidit&#233; ext&#233;rieure de ses organes d'Etat se sont indubitablement renforc&#233;s. La peur du communisme s'est affaiblie si elle n'a pas compl&#232;tement disparu. Les dirigeants de la bourgeoisie vantent la puissance de leur m&#233;canisme d'Etat et passent m&#234;me dans tous les pays &#224; l'offensive contre les masses ouvri&#232;res, tant sur le front &#233;conomique que sur le front politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. En raison de cette situation, l'Internationale Communiste se pose &#224; elle-m&#234;me et pose &#224; la classe ouvri&#232;re les questions suivantes : Dans quelle mesure les nouveaux rapports r&#233;ciproques de la bourgeoisie et du prol&#233;tariat correspondent-ils r&#233;ellement aux rapports plus profonds de leurs forces respectives ? La bourgeoisie est-elle vraiment &#224; pr&#233;sent plus en mesure de r&#233;tablir l'&#233;quilibre social d&#233;truit par la guerre ? Y a-t-il des raisons de supposer qu'apr&#232;s une &#233;poque d'&#233;branlements politiques et de luttes de classes vient une nouvelle &#233;poque, prolong&#233;e du r&#233;tablissement et de l'agrandissement du capitalisme ? Ne s'ensuit-il pas la n&#233;cessit&#233; de r&#233;viser le programme ou la tactique de l'Internationale Communiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
II. LA GUERRE, LA PROSP&#201;RITE SP&#201;CULATIVE ET LA CRISE. LES PAYS EUROP&#201;ENS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les deux dizaines d'ann&#233;es qui avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la guerre furent une &#233;poque d'ascension capitaliste particuli&#232;rement puissante. Les p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233; se distinguent par leur dur&#233;e et par leur intensit&#233;, les p&#233;riodes de d&#233;pression ou de crise, au contraire, par leur bri&#232;vet&#233;. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la source s'&#233;tait brusquement &#233;lev&#233;e ; les nations capitalistes s'&#233;taient enrichies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enserrant le march&#233; mondial par leurs trusts, leurs cartels et leurs consortiums, les ma&#238;tres des destin&#233;es du monde se rendaient compte que le d&#233;veloppement enrag&#233; de la production devait se heurter aux limites de la capacit&#233; d'achat du march&#233; capitaliste mondial ; ils essay&#232;rent de sortir de cette situation par les moyens de violence ; la crise sanglante de la guerre mondiale devait remplacer une longue p&#233;riode mena&#231;ante de d&#233;pression &#233;conomique avec le m&#234;me r&#233;sultat d'ailleurs, c'est-&#224;-dire la destruction d'&#233;normes forces de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a cependant r&#233;uni l'extr&#234;me puissance destructrice de ses m&#233;thodes &#224; la dur&#233;e impr&#233;visiblement longue de leur emploi. Le r&#233;sultat fut qu'elle ne d&#233;truisit pas seulement, au sens &#233;conomique, la production &#171; superflue &#187;, mais qu'elle affaiblit, &#233;branla, mina le m&#233;canisme fondamental de la production en Europe. Elle contribua en m&#234;me temps au grand d&#233;veloppement capitaliste des Etats-Unis et &#224; l'ascension fi&#233;vreuse du Japon. Le centre de gravit&#233; de l'&#233;conomie mondiale passa d'Europe en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La p&#233;riode de cessation du massacre prolong&#233; pendant quatre ann&#233;es, p&#233;riode de d&#233;mobilisation et de transition de l'&#233;tat de guerre &#224; l'&#233;tat de paix, in&#233;vitablement accompagn&#233;e d'une crise &#233;conomique, cons&#233;quence de l'&#233;puisement et du chaos de la guerre, apparaissait aux yeux de la bourgeoisie &#8211; et avec raison &#8211; comme grosse des plus grands p&#233;rils. A la v&#233;rit&#233;, pendant les deux ann&#233;es qui suivirent la guerre, les pays qu'elle avait ravag&#233;s devinrent l'ar&#232;ne de puissants mouvements prol&#233;tariens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que ce ne fut pas la crise in&#233;vitable, semblait-il, qui se produisit, quelques mois apr&#232;s la guerre, mais un rel&#232;vement &#233;conomique, fut une des causes principales de ce que la bourgeoisie conserva n&#233;anmoins sa position dominante. Cette p&#233;riode dura environ un an et demi. L'industrie occupait la presque totalit&#233; des ouvriers d&#233;mobilis&#233;s. Quoique, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les salaires ne pussent atteindre les prix des articles de consommation, ils s'&#233;levaient cependant suffisamment pour cr&#233;er le mirage de conqu&#234;tes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cet essor &#233;conomique de 1919-1920 qui, adoucissant la phase la plus aigu&#235; de liquidation de la guerre, eut pour r&#233;sultat une extraordinaire recrudescence de l'assurance bourgeoise et souleva la question de l'av&#232;nement d'une nouvelle &#233;poque organique de d&#233;veloppement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le rel&#232;vement de 1919-1920 ne marquait pas, au fond, le d&#233;but de la restauration de l'&#233;conomie capitaliste apr&#232;s la guerre, mais la continuation de la situation artificielle de l'industrie et du commerce, cr&#233;&#233;e par la guerre, et qui put &#233;branler l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La guerre imp&#233;rialiste &#233;clata &#224; l'&#233;poque ou la crise industrielle et commerciale, qui prit alors naissance en Am&#233;rique (1913), commen&#231;ait &#224; envahir l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement normal du cycle industriel fut interrompu par la guerre qui devint elle-m&#234;me le plus puissant facteur &#233;conomique. La guerre cr&#233;a pour les branches fondamentales de l'industrie un march&#233; &#224; peu pr&#232;s illimit&#233;, compl&#232;tement &#224; l'abri de toute concurrence. Le grand acheteur n'avait jamais assez de tout ce qu'on lui fournissait. La fabrication des moyens de production se transforma en fabrication des moyens de destruction. Les articles de consommation personnelle &#233;taient acquis &#224; des prix de plus en plus &#233;lev&#233;s par des millions d'individus qui, ne produisant rien, ne faisaient que d&#233;truire. C'&#233;tait l&#224; le processus m&#234;me de la destruction ; mais, en vertu des contradictions monstrueuses de la soci&#233;t&#233; capitaliste, cette ruine prit la forme de l'enrichissement. L'Etat lan&#231;ait emprunt sur emprunt, &#233;mission sur &#233;mission, et &#8211; des budgets se chiffrant par millions &#8211; passa aux milliards. Machines et constructions s'usaient et n'&#233;taient pas remplac&#233;es. La terre &#233;tait mal cultiv&#233;e. Des constructions essentielles dans les villes et sur les chemins de fer &#233;taient arr&#234;t&#233;es. En m&#234;me temps le nombre des valeurs d'Etat, des bons de cr&#233;dit et du Tr&#233;sor et des fonds s'accrut sans cesse. Le capital fictif s'enfla dans la mesure m&#234;me dans laquelle le capital productif &#233;tait d&#233;truit. Le syst&#232;me du cr&#233;dit, moyen de circulation des marchandises, se transforma en un moyen d'immobiliser les biens nationaux, y compris ceux qui devront &#234;tre cr&#233;&#233;s par les g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par crainte d'une crise qui eut &#233;t&#233; une catastrophe, l'Etat capitaliste agit apr&#232;s la guerre de la m&#234;me fa&#231;on que pendant celle-ci : nouvelles &#233;missions, nouveaux emprunts, r&#233;glementation des prix de vente et d'achat des articles les plus importants, garantie de profits, denr&#233;es &#224; des prix r&#233;duits, multiples allocations en addition aux appointements et aux salaires &#8211; et avec tout cela, censure militaire et dictature de galonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. En m&#234;me temps, la cessation des hostilit&#233;s et le r&#233;tablissement des relations internationales r&#233;v&#233;l&#232;rent la demande consid&#233;rable des marchandises les plus diverses, sur toute la surface du globe. La guerre avait laiss&#233; d'immenses stocks de produits, d'&#233;normes sommes d'argent, concentr&#233;s entre les mains des fournisseurs et des sp&#233;culateurs, qui les employ&#232;rent l&#224; o&#249; le profit momentan&#233;ment &#233;tait le plus grand. Il s'ensuivit une activit&#233; commerciale fi&#233;vreuse, alors que, avec l'&#233;l&#233;vation inou&#239;e des prix et des dividendes fantastiques, dans aucune de ses branches fondamentales, l'industrie ne se rapprochait en Europe de son niveau d'avant-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Au prix de la destruction &#233;conomique du syst&#232;me &#233;conomique, accroissement de capital fictif, baisse du cours, sp&#233;culation, au lieu de panser les plaies &#233;conomiques, le gouvernement bourgeois, agissant de concert avec les consortiums des banques et avec les trusts de l'industrie, r&#233;ussit &#224; &#233;loigner le d&#233;but de la crise &#233;conomique, au moment o&#249; s'achevait la crise politique de la d&#233;mobilisation et le premier examen des cons&#233;quences de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant ainsi obtenu un r&#233;pit important, la bourgeoisie crut que le danger de la crise &#233;tait &#233;cart&#233; pour un temps ind&#233;termin&#233;. Un optimisme extr&#234;me s'empara des esprits ; il sembla que les besoins de la reconstruction dussent ouvrir une &#233;poque de prosp&#233;rit&#233; industrielle, commerciale et surtout de sp&#233;culations heureuses. L'ann&#233;e 1920 fut l'ann&#233;e des espoirs d&#233;&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous une forme financi&#232;re, tout d'abord, sous une forme commerciale ensuite, et enfin sous une forme industrielle, la crise se produisit en mars 1920 au japon, en avril aux Etats-Unis (une l&#233;g&#232;re baisse des prix avait commenc&#233; en janvier) ; elle passa en Angleterre, en France, en Italie, toujours en avril, dans les pays neutres de l'Europe, se manifesta sous une forme assez l&#233;g&#232;re en Allemagne et se r&#233;pandit dans la seconde moiti&#233; de 1920 dans tout le monde capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. De la sorte, la crise de l'ann&#233;e 1920, et c'est l&#224; l'essentiel pour la compr&#233;hension de la situation mondiale, n'est pas une &#233;tape du cycle &#171; normal &#187;, industriel, mais une r&#233;action plus profonde contre la prosp&#233;rit&#233; fictive du temps de guerre et des deux ann&#233;es suivantes, prosp&#233;rit&#233; bas&#233;e sur la destruction et sur l'&#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative normale des crises et des p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233; se poursuivait auparavant suivant la courbe du d&#233;veloppement industriel. Pendant les sept derni&#232;res ann&#233;es, pas contre, les forces productrices de l'Europe, loin de s'&#233;lever, tomb&#232;rent brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction des bases m&#234;mes de l'&#233;conomie doit d'abord se manifester dans toute la superstructure. Pour arriver &#224; une certaine coordination int&#233;rieure, l'&#233;conomie de l'Europe devra pendant les quelques ann&#233;es &#224; venir se restreindre et diminuer. La courbe des forces productrices tombera de sa hauteur fictive actuelle. Des p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233; ne peuvent avoir dans ce cas qu'une courte dur&#233;e et surtout un caract&#232;re de sp&#233;culation. Les crises seront longues et p&#233;nibles. La crise actuelle en Europe est une crise de sous-production. C'est la r&#233;action de la mis&#232;re contre les efforts pour produire, trafiquer et vivre sur un pied analogue &#224; celui de l'&#233;poque capitaliste pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. En Europe, l'Angleterre est le pays &#233;conomiquement le plus fort et qui a le moins souffert de la guerre ; on ne saurait cependant, m&#234;me par rapport &#224; elle, parler d'un r&#233;tablissement de l'&#233;quilibre capitaliste apr&#232;s la guerre. Certes, gr&#226;ce &#224; son organisation mondiale et &#224; sa situation de triomphatrice, l'Angleterre a obtenu apr&#232;s la guerre certains succ&#232;s commerciaux et financiers, elle a am&#233;lior&#233; son bilan commercial, elle a relev&#233; le cours de la livre sterling et elle a obtenu un exc&#233;dent des revenus sur les d&#233;penses aux budgets ; mais sur le terrain industriel, l'Angleterre a r&#233;trograd&#233; depuis la guerre. Le rendement du travail et les revenus nationaux sont incomparablement plus bas qu'avant la guerre. La situation industrielle la plus importante, celle du charbon, s'aggrave de plus en plus, aggravant la situation des autres branches. Les mouvements gr&#233;vistes incessants sont non la cause, mais la cons&#233;quence de la ruine de l'&#233;conomie anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. La France, la Belgique, l'Italie sont irr&#233;parablement ruin&#233;es par la guerre. La tentative de restaurer l'&#233;conomie de la France aux d&#233;pens de l'Allemagne est un v&#233;ritable brigandage accompagn&#233; d'oppression diplomatique qui, sans sauver la France, ne tend qu'&#224; &#233;puiser d&#233;finitivement l'Allemagne (en charbon, machines, b&#233;tail, or). Cette mesure porte un coup s&#233;rieux &#224; toute l'&#233;conomie de l'Europe continentale dans son ensemble. La France gagne bien moins que ne perd l'Allemagne, et elle court &#224; la ruine &#233;conomique, bien que ses paysans aient de nouveau, gr&#226;ce &#224; des efforts extraordinaires, r&#233;tabli une grande partie des cultures agricoles et que certaines branches d'industrie (par exemple l'industrie des produits chimiques) se soient consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233;es pendant la guerre. Les dettes et les d&#233;penses d'Etat (par suite du militarisme) ont atteint des dimensions incroyables ; &#224; la fin de la derni&#232;re p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233;, le cours du change fran&#231;ais &#233;tait tomb&#233; de 60%. Le r&#233;tablissement de l'&#233;conomie fran&#231;aise est entrav&#233; par les lourdes pertes en vies humaines caus&#233;es par la guerre, pertes impossibles &#224; compenser par suite du faible accroissement de la population fran&#231;aise. Il en est de m&#234;me, &#224; peu de chose pr&#232;s, pour l'&#233;conomie de la Belgique et de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le caract&#232;re illusoire de la p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; est surtout &#233;vident en Allemagne ; dans un laps de temps pendant lequel les prix se sont &#233;lev&#233;s en une ann&#233;e et demie au sextuple, la production du pays a continu&#233; de baisser tr&#232;s rapidement. La participation, triomphante en apparence, de l'Allemagne au trafic commercial international d'avant-guerre est pay&#233;e d'un double prix : gaspillage du capital fondamental de la nation (par la destruction de l'appareil de production, de transport et de cr&#233;dit) et abaissement successif du niveau d'existence de la classe ouvri&#232;re. Les profits des exportateurs allemands s'expriment par une perte s&#232;che du point de vue de l'&#233;conomie publique. Sous forme d'exportation, c'est la vente &#224; bas prix de l'Allemagne m&#234;me qui a lieu. Les ma&#238;tres capitalistes s'assurent une part toujours croissante de la fortune nationale qui, elle, diminue sans cesse. Les ouvriers allemands deviennent les coolies de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. De m&#234;me que l'ind&#233;pendance politique fictive des petits pays neutres repose sur l'antagonisme des grandes puissances entre elles, de m&#234;me leur prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique d&#233;pend du march&#233; mondial, dont le caract&#232;re fondamental &#233;tait d&#233;termin&#233; avant la guerre par l'Angleterre, l'Allemagne, les Etats-Unis et la France. Au cours de la guerre, la bourgeoisie des petits Etats neutres d'Europe r&#233;alisa des b&#233;n&#233;fices monstrueux. Mais la destruction et la ruine des pays bellig&#233;rants d'Europe entra&#238;n&#232;rent la ruine &#233;conomique des petits pays neutres. Leurs dettes s'accrurent, leurs changes baiss&#232;rent, la crise leur porta coup sur coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. &#201;TATS-UNIS, JAPON, PAYS COLONIAUX ET LA RUSSIE DES SOVIETS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Le d&#233;veloppement des Etats-Unis pendant la guerre pr&#233;sente en un certain sens le contraire du d&#233;veloppement de l'Europe. La participation des Etats-Unis &#224; la guerre fut surtout une participation de fournisseurs. Les Etats-Unis ne ressentirent nullement les effets destructeurs de la guerre. L'influence indirectement destructrice de la guerre sur les transports, sur l'&#233;conomie rurale, etc., fut bien plus faible dans ce pays qu'en Angleterre &#8211; sans parler m&#234;me de la France ou de l'Allemagne. D'autre part, les Etats-Unis exploit&#232;rent de la mani&#232;re la plus compl&#232;te la suppression ou du moins l'extr&#234;me affaiblissement de la concurrence europ&#233;enne et pouss&#232;rent leurs industries les plus importantes &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement inesp&#233;r&#233; (naphte, constructions navales, automobiles, charbon) ; ce ne sont pas seulement le naphte et les c&#233;r&#233;ales am&#233;ricains, mais aussi le charbon, qui tiennent maintenant dans leur d&#233;pendance la plupart des pays d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, jusqu'&#224; la guerre, l'Am&#233;rique exportait surtout des produits agricoles et des mati&#232;res premi&#232;res (constituant les deux tiers de l'exportation totale), &#224; pr&#233;sent, au contraire. elle exporte surtout des produits industriels (60% de son exportation). Si, jusqu'&#224; la guerre, l'Am&#233;rique &#233;tait d&#233;bitrice, &#224; pr&#233;sent elle est devenue la cr&#233;anci&#232;re du monde entier. La moiti&#233; environ de la r&#233;serve mondiale de l'or continue toujours &#224; y affluer. Le r&#244;le d&#233;terminant sur le march&#233; mondial est pass&#233; de la livre sterling au dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Cependant, le capital am&#233;ricain, lui aussi, est sorti de l'&#233;quilibre. L'essor extraordinaire de l'industrie am&#233;ricaine a &#233;t&#233; exclusivement d&#233;termin&#233; par l'ensemble des conditions mondiales : suppression de la concurrence europ&#233;enne et surtout demande du march&#233; militaire de l'Europe. Si l'Europe, ruin&#233;e, n'a pas pu, m&#234;me apr&#232;s la guerre, revenir en qualit&#233; de concurrente de l'Am&#233;rique, &#224; sa situation d'avant-guerre sur le march&#233; mondial, elle ne peut, d'autre part, en qualit&#233; de march&#233; pour l'Am&#233;rique, n'avoir d&#233;sormais qu'une part insignifiante de son importance ant&#233;rieure. Les Etats-Unis sont devenus dans une mesure infiniment plus grande qu'avant-guerre un pays d'exportation. L'appareil productif surd&#233;velopp&#233; pendant la guerre ne peut &#234;tre compl&#232;tement utilis&#233; &#224; cause du manque de d&#233;bouch&#233;s. Quelques industries sont ainsi devenues des industries de saison qui ne peuvent donner du travail aux ouvriers que pendant une partie de l'ann&#233;e. La crise est aux Etats-Unis le commencement d'une profonde et durable ruine &#233;conomique r&#233;sultant de la chute de l'Europe. C'est l&#224; le r&#233;sultat de la destruction de la division du travail mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Le Japon aussi a profit&#233; de la guerre pour &#233;largir sa place sur le march&#233; mondial. Son d&#233;veloppement est incomparablement plus limit&#233; que celui des Etats-Unis et, dans une s&#233;rie de branches, il rev&#234;t un caract&#232;re purement artificiel. Si ses forces productrices furent suffisantes pour la conqu&#234;te d'un march&#233; d&#233;sert&#233; par les concurrents, elles apparaissent cependant insuffisantes pour lui garder ce march&#233; dans la lutte avec les pays capitalistes plus puissants. Il en r&#233;sulta une crise aigu&#235; qui fut pr&#233;cis&#233;ment le commencement de toutes les autres crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Les pays maritimes exportant des mati&#232;res premi&#232;res, et dans ce nombre les pays coloniaux (Am&#233;rique du Sud, Canada, Australie, Indes, Egypte, etc.), profit&#232;rent &#224; leur tour de l'interruption des communications internationales pour d&#233;velopper leur industrie indig&#232;ne. La crise mondiale s'est &#233;tendue &#224; pr&#233;sent chez eux aussi. Le d&#233;veloppement de l'industrie nationale dans ces pays devient &#224; son tour une source de nouvelles difficult&#233;s commerciales pour l'Angleterre et pour toute l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Dans le domaine de la production du commerce et du cr&#233;dit, et cela non seulement en Europe, mais sur une &#233;chelle mondiale, il n'y a donc pas de raison d'affirmer un r&#233;tablissement quelconque d'&#233;quilibre stable apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute &#233;conomique de l'Europe continue, mais la destruction des bases de l'&#233;conomie europ&#233;enne se manifestera &#224; peine pendant les ann&#233;es qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; mondial est d&#233;sorganis&#233;. L'Europe a besoin des produits am&#233;ricains, mais elle ne peut donner &#224; l'Am&#233;rique aucun &#233;quivalent. L'Europe est an&#233;mi&#233;e, l'Am&#233;rique est hypertrophi&#233;e. Le change or est supprim&#233;. La d&#233;pr&#233;ciation du change des pays europ&#233;ens (qui atteint jusqu'&#224; 99%) est un obstacle presque insurmontable pour le commerce international. Les fluctuations continuelles et impr&#233;vues du change transforment la production capitaliste en une sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e. Le march&#233; mondial n'a plus d'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral. Le r&#233;tablissement du cours or en Europe ne pourrait &#234;tre obtenu que par l'&#233;l&#233;vation de l'exportation et la diminution des importations. L'Europe ruin&#233;e est incapable de cette transformation. L'Am&#233;rique se d&#233;fend &#224; son tour des importations europ&#233;ennes artificielles (dumping) en &#233;levant les tarifs douaniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe reste une maison d'ali&#233;n&#233;s. La plupart des Etats promulguent des interdictions d'exportation et d'importation ; ils multiplient leurs tarifs protecteurs. L'Angleterre &#233;tablit des droits prohibitifs contre l'exportation allemande et toute la vie &#233;conomique de l'Allemagne est &#224; la merci d'une bande de sp&#233;culateurs de l'Entente et surtout fran&#231;ais. Le territoire de l'Autriche-Hongrie est divis&#233; par une dizaine de lignes douani&#232;res. L'&#233;cheveau des trait&#233;s de paix est chaque jour plus embrouill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. La disparition de la Russie sovi&#233;tique en tant que d&#233;bouch&#233; pour les produits industriels et en tant que fournisseur de mati&#232;res brutes a contribu&#233; dans une grande mesure &#224; rompre l'&#233;quilibre de l'&#233;conomie mondiale. Le retour de la Russie sur le march&#233; mondial ne peut pas, pendant la prochaine p&#233;riode, y porter de bien grands changements. L'organisme capitaliste de la Russie se trouvait, sous le rapport des moyens de production, dans la plus &#233;troite d&#233;pendance de l'industrie mondiale, et cette d&#233;pendance s'est encore accentu&#233;e par rapport aux pays de l'Entente, pendant la guerre, alors que l'industrie int&#233;rieure de la Russie &#233;tait enti&#232;rement mobilis&#233;e. Le blocus rompit d'un coup tous ces liens vitaux. Il ne saurait m&#234;me &#234;tre question que ce pays &#233;puis&#233; et ruin&#233; par trois ann&#233;es de guerre civile puisse organiser chez lui les nouvelles branches d'industrie sans lesquelles les anciennes ont &#233;t&#233; in&#233;vitablement ruin&#233;es par l'&#233;puisement de leur mat&#233;riel fondamental. A tout cela s'ajoute le fait de l'absorption dans l'arm&#233;e rouge de centaines de milliers des meilleurs ouvriers et, dans une mesure consid&#233;rable, des plus qualifi&#233;s. Dans ces conditions historiques, aucun autre r&#233;gime n'aurait pu, cern&#233; par le blocus, r&#233;duit &#224; des guerres incessantes, recueillant un terrible h&#233;ritage de ruines, maintenir la vie &#233;conomique et cr&#233;er une administration centralis&#233;e. Mais on ne peut douter que la lutte contre l'imp&#233;rialisme mondial ait &#233;t&#233; pay&#233;e de l'&#233;puisement prolong&#233; des forces productrices de la Russie dans plusieurs branches fondamentales de l'&#233;conomie. Ce n'est qu'&#224; pr&#233;sent, &#224; la suite du rel&#226;chement du blocus et du r&#233;tablissement de certaines formes plus normales des rapports entre la ville et la campagne, que le pouvoir sovi&#233;tique re&#231;oit la possibilit&#233; d'une direction centralis&#233;e constante et inflexible en vue du rel&#232;vement du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. TENSION DES ANTAGONISMES SOCIAUX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. La guerre, qui entra&#238;na une destruction sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire des forces productrices, n'a pas arr&#234;t&#233; le processus de la diff&#233;renciation sociale ; au contraire, la prol&#233;tarisation des larges couches interm&#233;diaires, y compris la nouvelle classe moyenne (employ&#233;s, fonctionnaires, etc.) et la concentration de la propri&#233;t&#233; entre les mains d'une petite minorit&#233; (trusts, cartels, consortiums, etc.), firent, pendant les sept derni&#232;res ann&#233;es, des progr&#232;s monstrueux dans les pays qui ont le plus souffert de la guerre. La question Stinnes est devenue une question essentielle de la vie &#233;conomique allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse des prix sur toutes les marchandises, concomitante &#224; la baisse catastrophique du change dans tous les pays europ&#233;ens bellig&#233;rants, attestait au fond une nouvelle r&#233;partition du revenu national au d&#233;triment de la classe ouvri&#232;re, des fonctionnaires, des employ&#233;s, des petits rentiers et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, de toutes les cat&#233;gories d'individus ayant un revenu plus ou moins d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la sorte, sous le rapport de ses ressources mat&#233;rielles, l'Europe fut ramen&#233;e a une dizaine d'ann&#233;es en arri&#232;re et la tension des antagonismes sociaux, qui ne peut d&#233;sormais &#234;tre compar&#233;e &#224; ce qu'elle &#233;tait autrefois, loin d'&#234;tre arr&#234;t&#233;e dans son cours, s'accentua avec une rapidit&#233; extraordinaire. Ce fait capital est d&#233;j&#224; suffisant pour d&#233;truire tout espoir fond&#233; sur un d&#233;veloppement prolong&#233; et pacifique des forces de la d&#233;mocratie ; la diff&#233;renciation progressive &#8211; d'un c&#244;t&#233; la &#171; stinnesation &#187; et, de l'autre, la prol&#233;tarisation et la paup&#233;risation &#8211; bas&#233;e sur la ruine &#233;conomique, d&#233;termine le caract&#232;re tendu, conclusif et cruel de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re actuel de la crise ne fait que prolonger sous ce rapport le travail de la guerre et de l'essor sp&#233;culatif qui la suivit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. La hausse des prix des produits agricoles, tout en cr&#233;ant l'illusion de l'enrichissement g&#233;n&#233;ral de la campagne, provoqua un accroissement r&#233;el des revenus et de la fortune des paysans riches. Les paysans purent, en effet, avec du papier d&#233;pr&#233;ci&#233;, qu'ils avaient amass&#233; en grande quantit&#233;, payer leurs dettes contract&#233;es au cours normal. Malgr&#233; la hausse &#233;norme du prix de la terre, malgr&#233; l'abus &#233;hont&#233; du monopole des moyens de subsistance ; malgr&#233; enfin l'enrichissement des grands propri&#233;taires fonciers et des paysans ais&#233;s, la r&#233;gression dans l'&#233;conomie rurale de l'Europe est indiscutable : c'est une r&#233;gression multiforme qui se traduit par l'extension des formes d'&#233;conomie rurale, la transformation de terres arables en prairies, la destruction du b&#233;tail, l'application du syst&#232;me de la jach&#232;re. Cette r&#233;gression a eu encore pour causes l'insuffisance, la chert&#233; et la hausse des prix des articles manufactur&#233;s, enfin &#8211; en Europe centrale et orientale &#8211; la r&#233;duction syst&#233;matique de la production, qui est une r&#233;action contre les tentatives du pouvoir &#233;tatique d'accaparer le contr&#244;le des produits agricoles. Les paysans ais&#233;s, et en partie les paysans moyens, cr&#233;ent des organisations politiques et &#233;conomiques pour se prot&#233;ger contre les charges de la bourgeoisie et pour dicter &#224; l'Etat &#8211; comme prix du secours accord&#233; contre le prol&#233;tariat &#8211; une politique de tarifs et d'imp&#244;ts unilat&#233;rale et exclusivement profitable aux paysans, une politique qui entrave la reconstruction capitaliste. Ainsi se cr&#233;e entre la bourgeoisie urbaine et la bourgeoisie villageoise une opposition qui affaiblit la puissance de toute la classe bourgeoise. En m&#234;me temps une grande partie des paysans pauvres sont prol&#233;taris&#233;s, le village se convertit en une arm&#233;e de m&#233;contents et la conscience de classe du prol&#233;tariat rural s'accro&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'appauvrissement g&#233;n&#233;ral de l'Europe, qui la rend incapable d'acheter la quantit&#233; n&#233;cessaire de c&#233;r&#233;ales am&#233;ricaines, entra&#238;na une lourde crise de l'&#233;conomie rurale transatlantique. On observe une aggravation de la situation du paysan et du petit fermier non seulement en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, en Argentine, en Australie, en Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. La situation des fonctionnaires et des employ&#233;s, par suite de la diminution de la capacit&#233; d'achat de l'argent, s'est aggrav&#233;e d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale plus durement que la situation du prol&#233;tariat. Les conditions d'existence des fonctionnaires subalternes et moyens &#233;tant compl&#232;tement &#233;branl&#233;es, ces &#233;l&#233;ments sont devenus un ferment de m&#233;contentement politique, qui sape la solidit&#233; du m&#233;canisme d'Etat, qu'ils servent. &#171; La nouvelle caste moyenne &#187;, qui selon les r&#233;formistes, repr&#233;sentait le centre des forces conservatrices, devient plut&#244;t, pendant l'&#233;poque de transition, un facteur r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. L'Europe capitaliste a finalement perdu sa situation &#233;conomique pr&#233;dominante dans le monde. D'autre part, son &#233;quilibre de classes relatif reposait sur cette vaste domination. Tous les efforts des pays europ&#233;ens (l'Angleterre et, en partie, la France), pour r&#233;tablir la situation int&#233;rieure, ne purent qu'aggraver le chaos de l'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Tandis qu'en Europe la concentration de la propri&#233;t&#233; s'accomplit sur les bases de la ruine, aux Etats-Unis cette concentration et les antagonismes de classe atteignirent un degr&#233; extr&#234;me sur le fond d'un enrichissement capitaliste fi&#233;vreux. Les brusques changements de la situation, par suite de l'incertitude g&#233;n&#233;rale du march&#233; mondial, donnent &#224; la lutte des classes sur le sol am&#233;ricain un caract&#232;re extr&#234;mement tendu et r&#233;volutionnaire. A une apog&#233;e capitaliste sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, doit succ&#233;der une apog&#233;e de lutte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. L'&#233;migration des ouvriers et des paysans au del&#224; de l'oc&#233;an servait toujours de soupape de s&#251;ret&#233; au r&#233;gime capitaliste d'Europe. Elle augmentait dans les &#233;poques de d&#233;pression prolong&#233;e et apr&#232;s l'&#233;chec des mouvements r&#233;volutionnaires. Mais maintenant l'Am&#233;rique et l'Australie entravent toujours davantage l'immigration. La soupape de s&#251;ret&#233; de l'&#233;migration ne fonctionne plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Le d&#233;veloppement &#233;nergique du capitalisme en Orient, particuli&#232;rement aux Indes et en Chine, a cr&#233;&#233; de nouvelles bases sociales pour la lutte r&#233;volutionnaire. La bourgeoisie de ces pays a resserr&#233; encore plus &#233;troitement ses liens avec le capital &#233;tranger et est devenue de la sorte son principal instrument de domination. Sa lutte contre l'imp&#233;rialisme &#233;tranger, lutte du plus faible concurrent, a essentiellement un caract&#232;re &#224; demi fictif. Le d&#233;veloppement du prol&#233;tariat indig&#232;ne paralyse les tendances r&#233;volutionnaires nationales de la bourgeoisie capitaliste. Mais, en m&#234;me temps, les rangs nombreux des paysans re&#231;oivent en la personne de l'avant-garde communiste consciente de v&#233;ritables chefs r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union de l'oppression militaire nationaliste de l'imp&#233;rialisme &#233;tranger, de l'exploitation capitaliste par la bourgeoisie indig&#232;ne et par la bourgeoisie &#233;trang&#232;re, ainsi que la survivance de la servitude f&#233;odale, cr&#233;ent des conditions dans lesquelles le prol&#233;tariat naissant se d&#233;veloppera rapidement et se mettra &#224; la t&#234;te du large mouvement des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement populaire r&#233;volutionnaire aux Indes, dans les autres colonies, est devenu maintenant partie int&#233;grante de la r&#233;volution mondiale des travailleurs, dans la m&#234;me mesure que le soul&#232;vement du prol&#233;tariat dans les pays capitalistes de l'ancien ou du nouveau monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. RAPPORTS INTERNATIONAUX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. La situation g&#233;n&#233;rale de l'&#233;conomie mondiale et, avant tout, la ruine de l'Europe d&#233;terminent une longue p&#233;riode de lourdes difficult&#233;s &#233;conomiques, de secousses, de crises partielles et g&#233;n&#233;rales, etc. Les rapports internationaux, tels qu'ils s'&#233;tablirent comme r&#233;sultat de la guerre et du trait&#233; de Versailles, rendent la situation sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme a &#233;t&#233; engendr&#233; par les besoins des forces productrices tendant &#224; supprimer les fronti&#232;res des Etats nationaux et &#224; cr&#233;er un territoire europ&#233;en et mondial &#233;conomique unique ; le r&#233;sultat du conflit des imp&#233;rialismes ennemis a &#233;t&#233; l'&#233;tablissement dans l'Europe Centrale et Orientale de nouvelles fronti&#232;res, de nouvelles douanes et de nouvelles arm&#233;es. Au sens &#233;conomique et pratique, l'Europe a &#233;t&#233; ramen&#233;e au Moyen-Age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une terre &#233;puis&#233;e et ruin&#233;e, on entretient actuellement une arm&#233;e une fois et demie plus grande qu'en 1914, c'est-&#224;-dire &#224; l'apog&#233;e de la &#171; paix arm&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. La politique dirigeante de la France sur le continent europ&#233;en peut &#234;tre divis&#233;e en deux parties : l'une, attestant la rage aveugle de l'usurier pr&#234;t &#224; &#233;touffer son d&#233;biteur insolvable, et l'autre, repr&#233;sent&#233;e par la cupidit&#233; de la grande industrie pillarde en vue de cr&#233;er, &#224; l'aide des bassins de la Sarre, de la Ruhr et de la Haute-Sil&#233;sie, les conditions favorables &#224; un imp&#233;rialisme industriel, susceptible de remplacer l'imp&#233;rialisme financier en faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces efforts vont &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts de l'Angleterre. La t&#226;che de celle-ci consiste &#224; s&#233;parer le charbon allemand du minerai fran&#231;ais, dont la r&#233;union est pourtant une condition indispensable &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. L'Empire Britannique para&#238;t actuellement au sommet de sa puissance. Il a maintenu ses anciennes possessions et il en a conquis de nouvelles. Mais pr&#233;cis&#233;ment le moment actuel montre que la situation pr&#233;dominante de l'Angleterre est en contradiction avec sa d&#233;ch&#233;ance &#233;conomique effective. L'Allemagne, avec son capitalisme incomparablement plus progressif sous le rapport de la technique et de l'organisation, est &#233;cras&#233;e par la force arm&#233;e. Mais, en la personne des Etats-Unis &#233;conomiquement ma&#238;tres des deux Am&#233;riques, se dresse en face de l'Angleterre un adversaire triomphant et plus mena&#231;ant que l'Allemagne. Gr&#226;ce &#224; une meilleure organisation et &#224; une meilleure technique, le rendement du travail dans les industries des Etats-Unis est incomparablement sup&#233;rieur &#224; ce qu'il est en Angleterre. Les Etats-Unis produisent 65 &#224;70 % du naphte consomm&#233; dans le monde entier et dont d&#233;pend l'usage des automobiles, celui des tracteurs, la flotte et l'aviation. La situation s&#233;culaire et presque monopolis&#233;e de l'Angleterre sur le march&#233; du charbon est d&#233;finitivement ruin&#233;e, l'Am&#233;rique a pris la premi&#232;re place. Son exportation en Europe augmente de fa&#231;on mena&#231;ante. Sa flotte commerciale est presque &#233;gale &#224; celle de l'Angleterre. Les Etats-Unis ne veulent plus se r&#233;signer au monopole mondial des c&#226;bles, d&#233;tenu par l'Angleterre. Dans le domaine industriel, la Grande-Bretagne passe &#224; la d&#233;fensive et, sous pr&#233;texte de lutter contre la concurrence &#171; malsaine &#187; de l'Allemagne, s'arme de mesures protectionnistes contre les Etats-Unis. Enfin, tandis que la flotte militaire de l'Angleterre, comptant un grand nombre d'unit&#233;s vieillies, s'est arr&#234;t&#233;e dans son d&#233;veloppement, le gouvernement Harding a repris le programme au gouvernement Wilson relativement aux constructions navales, lesquelles, au cours des deux ou trois prochaines ann&#233;es, donneront l'h&#233;g&#233;monie des mers au pavillon am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est telle que, ou l'Angleterre sera automatiquement repouss&#233;e &#224; l'arri&#232;re-plan et, malgr&#233; sa victoire sur l'Allemagne, deviendra une puissance de second ordre, ou bien &#8211; et elle s'y croit d&#233;j&#224; oblig&#233;e &#8211; elle engagera &#224; fond, dans un tr&#232;s prochain avenir, toutes les forces par elle acquises dans le pass&#233; dans une lutte &#224; mort avec les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette perspective que l'Angleterre maintient son alliance avec le Japon et s'efforce, au prix de concessions de plus en plus grandes, d'acqu&#233;rir l'appui ou, tout au moins, la neutralit&#233; de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance du r&#244;le international &#8211; dans les limites du continent &#8211; de cette derni&#232;re au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e a pour cause non un affaiblissement de la France, mais un affaiblissement international de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de l'Allemagne en mai dernier, dans la question des contributions de guerre, signale partout une victoire temporaire de l'Angleterre et assure la chute &#233;conomique ult&#233;rieure de l'Europe centrale, sans exclure, dans un avenir rapproch&#233;, l'occupation par la France du bassin de la Ruhr et de la Haute-Sil&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. L'antagonisme du Japon et des Etats-Unis, provisoirement dissimul&#233; &#224; la suite de leur participation &#224; la guerre contre l'Allemagne, d&#233;veloppe en ce moment ouvertement ses tendances. Le Japon s'est, par suite de la guerre, rapproch&#233; des c&#244;tes am&#233;ricaines, ayant re&#231;u dans l'Oc&#233;an Pacifique des &#238;les d'une grande importance strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de l'industrie rapidement d&#233;velopp&#233;e du Japon a de nouveau r&#233;veill&#233; la question de l'&#233;migration ; le Japon, pays &#224; population dense, et pauvre en ressources naturelles, est oblig&#233; d'exporter des marchandises ou des hommes. Dans un cas comme dans l'autre, il se heurte aux Etats-Unis, en Californie, en Chine et sur l'&#238;le de Jap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le japon d&#233;pense plus de la moiti&#233; de son budget pour l'arm&#233;e et pour la flotte. Dans la lutte de l'Angleterre avec l'Am&#233;rique, le Japon aura sur mer le r&#244;le jou&#233; sur terre par la France dans la guerre avec l'Allemagne. Le Japon profite actuellement de l'antagonisme entre la Grande-Bretagne et l'Am&#233;rique, mais la lutte d&#233;cisive de ces deux g&#233;ants pour la domination du monde se d&#233;cidera finalement &#224; son d&#233;triment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Le grand massacre r&#233;cent fut europ&#233;en par ses causes et par ses principaux participants. L'axe de la lutte, c'&#233;tait l'antagonisme entre l'Angleterre et l'Allemagne. L'intervention des Etats-Unis &#233;largit les cadres de la lutte, mais ne l'&#233;carte pas de sa tendance fondamentale ; le conflit europ&#233;en fut r&#233;solu au moyen du monde entier. La guerre, qui r&#233;solut &#224; sa mani&#232;re le diff&#233;rend entre l'Angleterre et l'Allemagne, non seulement n'a pas r&#233;solu la question des rapports entre les Etats-Unis et l'Angleterre, mais, au contraire, l'a repos&#233;e au premier plan dans toutes ses proportions, en tant que question fondamentale de la politique mondiale, de m&#234;me qu'elle a pos&#233; une question de second ordre, celle des rapports entre les Etats-Unis et le Japon. La derni&#232;re guerre a de la sorte &#233;t&#233; la pr&#233;face europ&#233;enne &#224; la guerre v&#233;ritablement mondiale qui d&#233;cidera de la domination imp&#233;rialiste exclusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Mais ce n'est l&#224; qu'un des axes de la politique mondiale. Il y a un autre axe encore : la F&#233;d&#233;ration des Soviets russes et la III&#176; Internationale sont n&#233;es des cons&#233;quences de la derni&#232;re guerre. Le groupement des forces r&#233;volutionnaires internationales est enti&#232;rement dirig&#233; contre tous les groupements imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conservation de l'alliance entre l'Angleterre et la France ou, au contraire, sa destruction a le m&#234;me prix au point de vue des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat et au point de vue de la paix que le renouvellement ou le non-renouvellement de l'alliance anglo-japonaise, que l'entr&#233;e (ou le refus d'entrer) des Etats-Unis dans la Soci&#233;t&#233; des Nations. Le prol&#233;tariat ne saurait voir une grande garantie de paix dans le groupement passager, cupide et sans foi des Etats capitalistes dont la politique, &#233;voluant de plus en plus autour de l'antagonisme anglo-am&#233;ricain, l'entretient en pr&#233;parant une sanglante explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion, par quelques pays capitalistes, de trait&#233;s de paix et de conventions commerciales avec la Russie sovi&#233;tique ne signifie pas, loin de l&#224;, la renonciation de la bourgeoisie mondiale &#224; la destruction de la R&#233;publique des Soviets. On ne peut y voir qu'un changement peut-&#234;tre passager de formes et de m&#233;thodes de lutte. Le coup d'&#233;tat japonais en Extr&#234;me-Orient signifie peut-&#234;tre le commencement d'une nouvelle p&#233;riode d'intervention arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument &#233;vident que, plus le mouvement r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien mondial se ralentit, et plus les contradictions de la situation internationale &#233;conomique et politique stimulent in&#233;vitablement la bourgeoisie &#224; tenter de nouveau de provoquer un d&#233;nouement par les armes &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cela voudrait dire que le &#171; r&#233;tablissement de l'&#233;quilibre capitaliste &#187; apr&#232;s la nouvelle guerre se baserait sur un &#233;puisement &#233;conomique et sur un recul de la civilisation, tels qu'en comparaison de la situation actuelle de l'Europe, il semblerait le comble du bien-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. Quoique l'exp&#233;rience de la derni&#232;re guerre ait confirm&#233; avec une certitude terrifiante que &#171; la guerre est un calcul trompeur &#187; &#8211; v&#233;rit&#233; qui contient tout le pacifisme, tant socialiste que bourgeois &#8211; la pr&#233;paration de la nouvelle guerre, pr&#233;paration &#233;conomique, politique, id&#233;ologique et technique, se poursuit &#224; vive allure dans tout le monde capitaliste. Le pacifisme humanitaire anti-r&#233;volutionnaire est devenu une force auxiliaire du militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les social-d&#233;mocrates de toutes nuances et les syndicalistes d'Amsterdam insufflent au prol&#233;tariat international la conviction de la n&#233;cessit&#233; de s'adapter aux r&#232;gles &#233;conomiques et au droit international des Etats, tels qu'ils ont &#233;t&#233; &#233;tablis par suite de la guerre, et apparaissent ainsi comme des auxiliaires insignes de la bourgeoisie imp&#233;rialiste dans la pr&#233;paration du nouveau massacre qui menace de d&#233;truire d&#233;finitivement la civilisation humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. LA CLASSE OUVRI&#200;RE APR&#200;S LA GUERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. Au fond, la question du r&#233;tablissement du capitalisme sur les bases trac&#233;es plus haut se r&#233;sume ainsi : la classe ouvri&#232;re est-elle dispos&#233;e &#224; faire, dans des conditions nouvelles incomparablement plus difficiles, les sacrifices indispensables pour affermir les conditions de son propre esclavage, plus &#233;troit et plus dur qu'avant la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour restaurer l'&#233;conomie europ&#233;enne, en remplacement de l'appareil de production d&#233;truit pendant la guerre, une forte cr&#233;ation nouvelle de capital serait n&#233;cessaire. Cela ne serait possible que si le prol&#233;tariat &#233;tait pr&#234;t a travailler davantage dans des conditions d'existence tr&#232;s inf&#233;rieures. C'est ce que les capitalistes demandent ; c'est ce que lui conseillent les chefs tra&#238;tres des Internationale jaunes : d'abord aider &#224; la restauration du capitalisme, ensuite lutter pour l'am&#233;lioration de la situation des ouvriers. Mais le prol&#233;tariat d'Europe n'est pas pr&#234;t &#224; se sacrifice, il r&#233;clame une am&#233;lioration de ses conditions d'existence, ce qui actuellement est en contradiction absolue avec les possibilit&#233;s objectives du capitalisme. D'o&#249; les gr&#232;ves et les insurrections sans fin et l'impossibilit&#233; de restaurer l'&#233;conomie europ&#233;enne. R&#233;tablir le cours du change, c'est pour divers Etats europ&#233;ens (Allemagne, France, Italie, Autriche, Hongrie, Pologne, Balkans) avant tout se d&#233;barrasser de charges d&#233;passant la mesure de leurs forces, c'est-&#224;-dire se d&#233;clarer en faillite ; c'est aussi donner une puissante impulsion &#224; la lutte de toutes les classes pour une nouvelle r&#233;partition du revenu national. R&#233;tablir le cours du change, c'est &#224; l'avenir diminuer les d&#233;penses de l'Etat au d&#233;triment des masses (renoncer &#224; fixer le salaire minimum, le prix des articles de consommation g&#233;n&#233;rale), c'est emp&#234;cher l'arriv&#233;e des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; &#224; meilleur march&#233; provenant de l'&#233;tranger et relever l'exportation en diminuant les frais de la production, c'est-&#224;-dire encore une fois, au premier chef, renforcer l'exploitation de la masse ouvri&#232;re. Toute mesure s&#233;rieuse, tendant &#224; r&#233;tablir l'&#233;quilibre capitaliste, &#233;branle plus encore l'&#233;quilibre d&#233;j&#224; rompu des classes et donne un nouvel &#233;lan &#224; la lutte r&#233;volutionnaire. La question de savoir si le capitalisme peut se r&#233;g&#233;n&#233;rer devient par cons&#233;quent une question de lutte entre forces vivantes : celles des classes et des partis. Si, des deux classes fondamentales, la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, l'une, la derni&#232;re, renon&#231;ait &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, l'autre, la bourgeoisie, retrouverait en fin de compte, indubitablement, un nouvel &#233;quilibre capitaliste &#8211; &#233;quilibre de d&#233;composition mat&#233;rielle et morale &#8211; au moyen de nouvelles crises, de nouvelles guerres, de l'appauvrissement poursuivi de pays entiers et de la mort de dizaines de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la situation actuelle du prol&#233;tariat international ne donne gu&#232;re de raisons de pronostiquer cet &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Les &#233;l&#233;ments sociaux de stabilit&#233;, de conservatisme, de tradition, ont perdu la plus grande partie de leur autorit&#233; sur l'esprit des masses laborieuses. Si la social-d&#233;mocratie et les trade-unions conservent encore quelque influence sur une partie consid&#233;rable du prol&#233;tariat, gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ritage de l'appareil d'organisation, du pass&#233;, cette influence est tout &#224; fait inconsistante. La guerre a modifi&#233; non seulement l'&#233;tat d'esprit, mais la composition m&#234;me du prol&#233;tariat et ces modifications sont tout &#224; fait incompatibles avec l'organisation graduelle d'avant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet du prol&#233;tariat, dans la plupart des pays domine encore la bureaucratie ouvri&#232;re extr&#234;mement d&#233;velopp&#233;e, &#233;troitement unie, qui &#233;labore ses propres m&#233;thodes et ses proc&#233;d&#233;s de domination, et se rattache par des milliers de liens aux institutions et aux organes de l'Etat capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite un groupe d'ouvriers, le mieux plac&#233; dans la production, occupant ou comptant occuper des postes d'administration, et qui sont l'appui le plus s&#251;r de la bureaucratie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis la vieille g&#233;n&#233;ration des social-d&#233;mocrates et des syndicalistes ouvriers qualifi&#233;s pour la plupart, rattach&#233;s &#224; leur organisation par des dizaines d'ann&#233;es de lutte et qui ne peuvent se d&#233;cider &#224; rompre avec elle, malgr&#233; ses trahisons et ses faillites. Toutefois, dans bien des branches de production, les ouvriers qualifi&#233;s sont m&#233;lang&#233;s &#224; des ouvriers non qualifi&#233;s, des femmes surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent encore des millions d'ouvriers qui ont fait l'apprentissage de la guerre, qui sont familiaris&#233;s avec le maniement des armes et pr&#234;ts, pour la plupart, &#224; s'en servir contre l'ennemi de classe, &#224; la condition toutefois d'une pr&#233;paration s&#233;rieuse, pr&#233;alable, d'une ferme direction, choses indispensables au succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis des millions de nouveaux ouvriers, d'ouvri&#232;res en particulier, attir&#233;s dans l'industrie pendant la guerre et communiquant au prol&#233;tariat non seulement leurs pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, mais encore leurs aspirations impatientes vers de meilleures conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des millions de jeunes ouvriers et ouvri&#232;res &#233;lev&#233;s pendant la temp&#234;te r&#233;volutionnaire, plus accessibles &#224; la parole communiste, br&#251;lant du d&#233;sir d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dernier lieu, une gigantesque arm&#233;e de ch&#244;meurs, pour la plupart d&#233;class&#233;s et mi-d&#233;class&#233;s, refl&#233;tant le plus vivement dans ses fluctuations le cours de la d&#233;cadence de l'&#233;conomie capitaliste et tenant l'ordre bourgeois sous sa constante menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments du prol&#233;tariat, si divers par leur origine et leur caract&#232;re, ne sont entra&#238;n&#233;s dans le mouvement apr&#232;s la guerre, ni simultan&#233;ment, ni de la m&#234;me mani&#232;re. De l&#224;, les h&#233;sitations, les fluctuations, les progr&#232;s et les reculs de la lutte r&#233;volutionnaire. Mais, dans son &#233;crasante majorit&#233;, la masse prol&#233;tarienne serre promptement les rangs parmi la ruine de toutes ses anciennes illusions, l'effrayante incertitude de la vie quotidienne, devant la toute-puissance du capital concentr&#233;, devant les m&#233;thodes de brigandage de l'Etat militaris&#233;. Cette masse, qui compte de nombreux millions d'hommes, cherche une direction ferme et claire, un programme net d'action, et cr&#233;e par l&#224; m&#234;me une base au r&#244;le d&#233;cisif que le parti communiste coh&#233;rent et centralis&#233; est appel&#233; &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. La situation de la classe ouvri&#232;re s'est &#233;videmment aggrav&#233;e pendant la guerre. Certains groupes d'ouvriers ont prosp&#233;r&#233;. Les familles dans lesquelles quelques membres ont pu travailler dans les usines pendant la guerre ont m&#234;me r&#233;ussi a maintenir et &#224; &#233;lever leur niveau d'existence. Mais, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le salaire n'a pas augment&#233; proportionnellement &#224; la chert&#233; de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Europe Centrale, le prol&#233;tariat a, pendant la guerre, &#233;t&#233; vou&#233; &#224; des privations toujours croissantes. Dans les pays continentaux de l'Entente, la chute du niveau d'existence fut moins brutale jusqu'&#224; ces temps derniers. En Angleterre, le prol&#233;tariat arr&#234;ta, pendant la derni&#232;re p&#233;riode de la guerre, au moyen d'une lutte &#233;nergique, le processus d'aggravation des conditions de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, la situation de quelques couches de la classe ouvri&#232;re s'est am&#233;lior&#233;e, quelques couches ont conserv&#233; leur ancienne situation ou ont subi un abaissement de leur niveau d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise s'abattit sur le prol&#233;tariat du monde entier avec une force terrifiante. La r&#233;duction des salaires d&#233;passa la baisse des prix. Le nombre des ch&#244;meurs et des demi-ch&#244;meurs devient &#233;norme, sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du capitalisme. Les fr&#233;quents changements dans les conditions de l'existence personnelle influent tr&#232;s d&#233;favorablement sur le rendement du travail, mais ils excluent la possibilit&#233; d'&#233;tablir l'&#233;quilibre des classes sur le terrain fondamental, c'est-&#224;-dire sur celui de la production. L'incertitude des conditions d'existence, refl&#233;tant l'inconsistance g&#233;n&#233;rale des conditions &#233;conomiques nationales et mondiales, constitue &#224; pr&#233;sent le facteur le plus r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
VII. PERSPECTIVES ET T&#194;CHES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. La guerre n'a pas d&#233;termin&#233; imm&#233;diatement la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La bourgeoisie note ce fait, avec une certaine apparence de raison, comme sa plus grande victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un esprit born&#233; petit-bourgeois qui puisse voir la faillite du programme de l'Internationale Communiste dans le fait que le prol&#233;tariat europ&#233;en n'a pas renvers&#233; la bourgeoisie pendant la guerre ou imm&#233;diatement apr&#232;s. Le d&#233;veloppement de l'Internationale Communiste dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'implique pas la fixation dogmatique d'une date d&#233;termin&#233;e au calendrier de la r&#233;volution, ni l'obligation d'amener m&#233;caniquement la r&#233;volution &#224; la date fix&#233;e. La r&#233;volution &#233;tait et reste une lutte de forces vivantes sur les bases historiques donn&#233;es. La destruction de l'&#233;quilibre capitaliste par la guerre &#224; l'&#233;chelle mondiale a cr&#233;&#233; des conditions favorables pour les forces fondamentales de la r&#233;volution, pour le prol&#233;tariat. Tous les efforts de l'Internationale Communiste &#233;taient et restent dirig&#233;s vers l'utilisation compl&#232;te de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divergences entre l'Internationale Communiste et les social-d&#233;mocrates des deux groupes ne consistent pas en ce que nous aurions d&#233;termin&#233; une date fixe pour la r&#233;volution, alors que les social-d&#233;mocrates nient la valeur de l'utopie et du &#171; putschisme &#187; (tentatives insurrectionnelles) ; ces divergences r&#233;sident en ce que les social-d&#233;mocrates r&#233;agissent contre le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire effectif, en aidant de toutes leurs forces, au gouvernement aussi bien que dans l'opposition, au r&#233;tablissement de l'&#233;quilibre de l'Etat bourgeois, tandis que les communistes profitent de toutes les occasions, de tous les moyens et de toutes les m&#233;thodes pour renverser et &#233;craser l'Etat bourgeois par la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es et demie &#233;coul&#233;es depuis la guerre, le prol&#233;tariat des diff&#233;rents pays a manifest&#233; tant d'&#233;nergie, tant de disposition &#224; la lutte, tant d'esprit de sacrifice, qu'il aurait pu suffire largement &#224; sa t&#226;che et accomplir une r&#233;volution triomphante s'i1 s'&#233;tait trouv&#233; &#224; la t&#234;te de la classe ouvri&#232;re un parti communiste r&#233;ellement international, bien pr&#233;par&#233; et fortement centralis&#233;. Mais diverses causes historiques et les influences du pass&#233; ont plac&#233; &#224; la t&#234;te du prol&#233;tariat europ&#233;en, pendant la guerre et depuis, l'organisation de la II&#176; Internationale, qui est devenue et qui reste un instrument politique inappr&#233;ciable aux mains de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. En Allemagne, vers la fin de l'ann&#233;e 1918 et au commencement de 1919, le pouvoir appartenait en fait &#224; la classe ouvri&#232;re. La social-d&#233;mocratie &#8211; majoritaires et ind&#233;pendants &#8211; les syndicats, firent agir toute leur influence traditionnelle et tout leur appareil pour remettre ce pouvoir entre les mains de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, le mouvement r&#233;volutionnaire imp&#233;tueux du prol&#233;tariat a cr&#251; de plus en plus pendant les derniers dix-huit mois et seul le manque de caract&#232;re d'un parti socialiste petit-bourgeois, la politique de trahison de la fraction parlementaire, l'opportunisme l&#226;che des organisations syndicales ont pu permettre &#224; la bourgeoisie de r&#233;tablir son appareil, de mobiliser sa garde blanche, de passer &#224; l'attaque contre le prol&#233;tariat momentan&#233;ment d&#233;courag&#233; par la faillite de ses vieux organes dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le puissant mouvement gr&#233;viste des derni&#232;res ann&#233;es en Angleterre s'est constamment bris&#233; contre la force arm&#233;e de l'Etat, qui intimidait les chefs des trade-unions. Si ces chefs &#233;taient rest&#233;s fid&#232;les &#224; la cause de la classe ouvri&#232;re, on aurait quand m&#234;me pu, malgr&#233; tous ses d&#233;fauts, faire servir aux combats r&#233;volutionnaires le m&#233;canisme des trade-unions. Lors de la derni&#232;re crise de la &#171; Triple Alliance &#187; apparut la possibilit&#233; d'une collusion r&#233;volutionnaire avec la bourgeoisie, mais cette collision fut entrav&#233;e par l'esprit conservateur, la poltronnerie et la tra&#238;trise des chefs syndicaux ; si l'organisme des trade-unions anglais fournissait en ce moment, dans l'int&#233;r&#234;t du socialisme, seulement la moiti&#233; du travail qu'il effectue dans l'int&#233;r&#234;t du capital, le prol&#233;tariat anglais s'emparerait du pouvoir avec le minimum de sacrifices et pourrait s'atteler &#224; la t&#226;che de r&#233;organisation syst&#233;matique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de dire s'applique dans une mesure plus ou moins grande &#224;. tous les pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Il est absolument incontestable que la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat pour le pouvoir manifeste &#224; l'heure actuelle &#224; l'&#233;chelle mondiale un certain fl&#233;chissement, un certain ralentissement. Mais, au fond des choses, il n'&#233;tait pas permis de s'attendre &#224; ce que l'offensive r&#233;volutionnaire d'apr&#232;s-guerre, dans la mesure o&#249; elle ne donna pas d'embl&#233;e la victoire, se d&#233;velopp&#226;t suivant une ligue ininterrompue. Le d&#233;veloppement politique a aussi ses cycles, ses hauts et ses bas. L'ennemi ne reste pas passif : il combat lui aussi. Si l'attaque du prol&#233;tariat n'est pas couronn&#233;e de succ&#232;s, la bourgeoisie passe &#224; la premi&#232;re occasion &#224; la contre-attaque. La perte par le prol&#233;tariat de quelques positions conquises sans difficult&#233; entra&#238;ne une certaine d&#233;pression dans ses rangs. Mais s'il reste incontestable qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; nous vivons, la courbe du d&#233;veloppement capitaliste est, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, descendante avec des mouvements passagers de rel&#232;vement, la courbe de la r&#233;volution est montante avec quelques fl&#233;chissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restauration du capitalisme a pour condition sine qua non l'intensification de l'exploitation, la perte de millions de vies humaines, l'abaissement pour des millions d'&#234;tres humains des conditions moyennes d'existence au-dessous du niveau minimum (Existenzminimum), l'ins&#233;curit&#233; perp&#233;tuelle du prol&#233;tariat, ce qui est un facteur constant de gr&#232;ve et de r&#233;volte. C'est sous la pression de ces causes et dans les combats qu'elles engendrent que cro&#238;t la volont&#233; des masses de renverser la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. La t&#226;che capitale du Parti Communiste dans la crise que nous traversons est de diriger les combat d&#233;fensifs du prol&#233;tariat, de les &#233;largir, de les approfondir, de les grouper et de les transformer &#8211; selon le processus du d&#233;veloppement &#8211; en combats politiques pour le but final. Mais Si les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent plus lentement et qu'une p&#233;riode de rel&#232;vement succ&#232;de, dans un nombre plus ou moins grand de pays, &#224; la crise &#233;conomique actuelle, cela ne saurait en aucune mani&#232;re &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme l'av&#232;nement d'une &#233;poque d'&#171; organisation &#187;. Aussi longtemps que le capitalisme existera, les fluctuations du d&#233;veloppement seront in&#233;vitables. Ces fluctuations accompagneront le capitalisme dans son agonie comme elles l'ont accompagn&#233; dans sa jeunesse et dans sa maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cas o&#249; le prol&#233;tariat serait repouss&#233; par l'attaque du Capital dans la crise actuelle, il passera &#224; l'offensive d&#232;s qu'il se manifestera quelque am&#233;lioration dans la situation. Son offensive &#233;conomique qui, dans ce dernier cas, serait in&#233;vitablement men&#233;e sous les mots d'ordre de revanche contre toutes les mystifications du temps de guerre, contre tout le pillage et tous les outrages inflig&#233;s pendant la crise, aura, pour cette m&#234;me raison, la m&#234;me tendance &#224; se transformer en guerre civile ouverte que la lutte d&#233;fensive actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. Que le mouvement r&#233;volutionnaire au cours de la prochaine p&#233;riode suive un cours plus anim&#233; ou plus ralenti, le parti communiste doit, dans les deux cas, devenir un parti d'action. il est &#224; la t&#234;te des masses combattantes, il formule fermement et clairement des mots d'ordre de combat, il d&#233;nonce les mots d'ordre &#233;quivoques de la social-d&#233;mocratie, bas&#233;s toujours sur le compromis. Le parti communiste doit s'efforcer, au cours de toutes les alternatives du combat, de renforcer par des moyens d'organisation ses nouveaux points d'appui ; il doit former les masses aux man&#339;uvres actives, les armer de nouvelles m&#233;thodes et de nouveaux proc&#233;d&#233;s, bas&#233;s sur le choc direct et ouvert avec les forces de l'ennemi. En profitant de chaque r&#233;pit pour s'assimiler l'exp&#233;rience de la phase pr&#233;c&#233;dente de la lutte, le parti communiste doit s'efforcer d'approfondir et d'&#233;largir les conflits de classe et de les relier sur une &#233;chelle nationale et internationale dans l'id&#233;e du but et de l'action pratique, de fa&#231;on qu'au sommet du prol&#233;tariat soient bris&#233;es toutes les r&#233;sistances dans la voie de la dictature et de la R&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dictature du prol&#233;tariat (pr&#233;faces d'Eugen Varga)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les R&#233;volutions bourgeoises, comme celles du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, se pr&#233;cipitent de succ&#232;s en succ&#232;s ; leurs effets dramatiques sont comme des surench&#232;res ; les hommes et les choses semblent saisis d'un tourbillon de feu ; l'extase emporte tous les esprits ; mais ces R&#233;volutions, sont de courte dur&#233;e ; elles ont vite atteint leur point culminant, et un long marasme s'empare de la soci&#233;t&#233; avant qu'elle n'ait appris &#224; s'approprier de sang-froid les r&#233;sultats de sa p&#233;riode de tumultueuse tourmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au contraire, les R&#233;volutions prol&#233;tariennes, comme celles du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, font constamment elles-m&#234;mes leur propre critique, interrompent continuellement leur marche, reviennent sur ce qui paraissait d&#233;finitivement fini, &#8212; pour le recommencer &amp; nouveau, &#8212; raillent avec un cruel acharnement les insuffisances, les faiblesses et les mis&#232;res de leurs premi&#232;res tentatives, ont l'air de ne renverser leur adversaire que pour qu'il prenne au contact du sol de nouvelles forces et pour qu'il se dresse devant elles plus gigantesques encore, enfin reculent sans cesse avec &#233;pouvante devant l'immensit&#233; de la t&#226;che infinie qu'elles poursuivent, jusqu'&#224; ce que soit cr&#233;&#233;e la situation qui rend impossible tout retour en arri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (Karl marx : Le XVIII Brumaire de Louis-Napol&#233;on.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Min&#233;e par ces chefs ouvriers qui &#171; reculaient de peur devant l'immensit&#233; de leur propre t&#226;che &#187;, abandonn&#233;e par les prol&#233;taires des Etats voisins, la R&#233;publique des Soviets de Hongrie, &#8212; cette vague triomphante d&#233;ferlant sur l'Occident, &#224; la pointe extr&#234;me de la mer de flammes de la R&#233;volution russe, &#8212; succomba dans la lutte contre la soldatesque roumaine et tch&#232;que, appuy&#233;e par toutes les puissances imp&#233;rialistes. Les chefs les plus expos&#233;s, pr&#233;voyant l'in&#233;luctable r&#233;action his&#173;torique de la Terreur Blanche, quitt&#232;rent le pays et trouv&#232;rent en Autriche un piteux asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intern&#233; au ch&#226;teau de Karlstein, priv&#233; de toutes communications avec le monde ext&#233;rieur, j'ai eu, six mois durant, temps et loisir pour m&#233;diter sur les &#171; insuffisances, les faiblesses et les mis&#232;res du la premi&#232;re tentative &#187;. Cet ouvrage est le fruit de cette m&#233;ditation. Il porte la marque de son origine : je n'avais &#224; ma disposition que tr&#232;s peu de livres et aucun document statistique. J'ai d&#251; travailler, &#8212; et parfois m&#234;me citer, &#8212; de m&#233;&#173;moire. De l&#224; de l&#233;g&#232;res inexactitudes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivi par les sbires de la Terreur Blanche ma&#238;tresse de la Hongrie, inculp&#233; de meurtre, de pillage et de fabrication de fausse monnaie, ca&#173;lomni&#233; par la presse capitaliste de tout l'univers, abandonn&#233; par nombre de bons camarades d'autre&#173;fois, &#8212; que la dure r&#233;alit&#233; de la lutte prol&#233;tarienne des classes rejetait avec effroi vers l'idylle de la d&#233;mocratie bourgeoise, &#8212; je d&#233;clare, en d&#233;pit de la d&#233;faite, ouvertement et cat&#233;goriquement, qu'il n'y a pas d'autre chemin pour parvenir &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste que la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de cette dictature peuvent &#234;tre diverses : il y aura, probablement, des pays o&#249; ce n'est pas le syst&#232;me russe des Soviets, mais un autre syst&#232;me d'organisation prol&#233;tarienne qui sera la base de la dictature. Il y aura peut-&#234;tre des pays o&#249; m&#234;me le parlementarisme sera conserv&#233; dans la p&#233;riode dictatoriale. Et il y aura, &#8212; nous osons l'esp&#233;rer, &#8212; des pays o&#249; la dictature s'ac&#173;complira sans terrorisme. Il serait insens&#233; de vou&#173;loir pr&#233;dire les modalit&#233;s que comportera le de&#173;venir historique d'un ordre social nouveau ; mais sans une dictature du prol&#233;tariat, &#8212; c'est-&#224;-dire sans un &#233;tat de transition dans lequel le prol&#233;&#173;tariat constitue la classe dominante et r&#232;gle la politique du pays, &#224; l'exclusion de toutes les au&#173;tres classes de la soci&#233;t&#233; capitaliste1, &#8212; le passage du capitalisme au socialisme est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conviction, que Karl Marx exprimait d&#233;j&#224; il y a un demi-si&#232;cle, se propage &#8212; malgr&#233; la chute rapide de la dictature en Finlande, en Ba&#173;vi&#232;re et en Hongrie &#8212; extr&#234;mement vite. En Alle&#173;magne, le parti social-d&#233;mocratique ind&#233;pendant a adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233;, lors de son dernier congr&#232;s, ce principe d'action. En Italie, le Parti socialiste a remport&#233; avec ce programme, aux &#233;lec&#173;tions, une superbe victoire. En Angleterre et en Am&#233;rique, le mouvement ouvrier rev&#234;t des formes qui sont tr&#232;s proches de l'id&#233;e et des m&#233;thodes de la dictature. Les &#233;normes succ&#232;s militaires de la R&#233;publique des Soviets en 1919, la dissolution de toutes les arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires en Rus&#173;sie, montrent que le principe de la souverainet&#233; du prol&#233;tariat a pris solidement racine dans l'&#226;me de la majorit&#233; de la population russe politique&#173;ment active et qu'il est devenu par l&#224; invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il est impossible, &#224; la longue, que capita&#173;lisme et socialisme coexistent l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'au&#173;tre. Il est impossible que le prol&#233;tariat allemand anglais et am&#233;ricain, qui constitue dans chacun de ces pays la majorit&#233; absolue de la population, supporte &#233;ternellement avec placidit&#233; le joug du capitalisme si en Russie le r&#233;gime prol&#233;tarien non seulement subsiste, mais encore, comme l'ont montr&#233; les derniers &#233;v&#233;nements, se fortifie mili&#173;tairement, &#233;conomiquement et intellectuellement. Ou la Russie prol&#233;tarienne doit p&#233;rir, ou le prol&#233;&#173;tariat des autres pays capitalistes doit s'emparer &#233;galement de l'h&#233;g&#233;monie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai foi dans le triomphe de la R&#233;volution, parce que le capitalisme, &#8212; comme je l'explique dans le premier chapitre de cet ouvrage, &#8212; est incapable de procurer au prol&#233;tariat celte &#233;l&#233;vation positive du standard de vie qui seule pourrait en&#173;traver son &#233;lan r&#233;volutionnaire. C'est cette con&#173;viction que la R&#233;volution prol&#233;tarienne est in&#233;vi&#173;table qui m'a engag&#233; &#224; publier cet &#233;crit, si incom&#173;plet et si plein de lacunes qu'il puisse &#234;tre. Peut-&#234;tre contribuera-t-il, pour sa modeste part, &#224; abr&#233;&#173;ger &#171; les douleurs de l'enfantement de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail n'est rien moins qu'un ouvrage d'a&#173;gitation ou de justification. Je d&#233;voile sans peur toutes les fautes que nous avons commises pen&#173;dant la dictature des Soviets en Hongrie ; j'indique dans chaque cas si les d&#233;cisions prises furent r&#233;el&#173;lement ex&#233;cut&#233;es ou si elles n'exist&#232;rent que sur le papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de moi aussi l'intention de donner des &#171; re&#173;cette &#187; &#187; aux prol&#233;taires des autres pays. Ce serait l&#224; une na&#239;vet&#233; r&#233;prouv&#233;e par l'Histoire. Mon des&#173;sein est celui-ci : exposer les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la politique &#233;conomique de toute dictature du prol&#233;tariat, envisager les solutions th&#233;oriquement possibles, et puis d&#233;crire les r&#233;sultats des tenta&#173;tives que nous avons faites en Hongrie pour r&#233;&#173;soudre ces probl&#232;mes. La connaissance de ces r&#233;a&#173;lit&#233;s ne peut &#234;tre que profitable au prol&#233;tariat de tous les pays. A chacun d'eux de voir quel parti il peut tirer de l'exp&#233;rience acquise en Hongrie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots sur la m&#233;thode. C'est celle du marxisme. De m&#234;ne que, m&#233;thodologiquement, Karl Marx partait de cette hypoth&#232;se que le r&#233;&#173;gime de production capitaliste &#233;tait seul en vi&#173;gueur, et qu'il n'accordait que peu d'attention aux vestiges du syst&#232;me &#233;conomique f&#233;odal, le point principal est ici, naturellement, l'essor des for&#173;mes nouvelles de l'Economie ; ces formes qui, n&#233;es au sein du capitalisme, n'ont fait, sous le r&#233;gime de la dictature, que se d&#233;velopper, tout en se d&#233;pouillant de leur caract&#232;re d'antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie &#233;conomique de la p&#233;riode de dictature est divis&#233;e en deux parties. A c&#244;t&#233; du commu&#173;nisme prol&#233;tarien subsistent les traces du syst&#232;me individualiste Ces derni&#232;res disparaissent lente&#173;ment et font place au syst&#232;me communiste. C'est l&#224; le stade supr&#234;me de la dictature du prol&#233;tariat. Il n'y a plus alors ni prol&#233;taires, ni bourgeois, il n'y a plus qu'une communaut&#233; d'hommes cultiv&#233;s travaillant librement..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On suppose par l&#224; qu'avec la disparition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dispara&#238;t aussi l'id&#233;ologie cupide et &#233;go&#239;ste corr&#233;lative &#224; cette forme de propri&#233;t&#233;. La n&#233;cessit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat ne finit pas avec la disparition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, mais seulement avec la disparition de l'id&#233;ologie capitaliste, cupidement &#233;go&#239;ste. La dictature du prol&#233;tariat ne peut &#234;tre remplac&#233;e par le socialisme que quand la trans&#173;formation id&#233;ologique est termin&#233;e, c'est-&#224;-dire quand la mentalit&#233; cupidement &#233;go&#239;ste propre au capitalisme a &#233;galement disparu. Cela demandera bien une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tudiant sans parti pris le d&#233;veloppement de la dictature des Soviets en Hongrie, il appara&#238;t, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que, dans les p&#233;riodes r&#233;vo&#173;lutionnaires, il faut accorder &#224; l'id&#233;ologie une im&#173;portance bien plus grande que ne le croient un grand nombre de marxistes. Le p&#233;ril, pour la du&#173;r&#233;e du r&#233;gime prol&#233;tarien, est bien moins dans la r&#233;sistance active que font les classes dirigean&#173;tes qui viennent d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;es et en qui s'ex&#173;prime une juste compr&#233;hension de leurs int&#233;r&#234;ts de classe, que dans la r&#233;sistance passive de lar&#173;ges couches du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, lequel ne peut se d&#233;gager de l'id&#233;ologie &#233;trang&#232;re que lui a impos&#233;e le syst&#232;me d'oppression intellectuelle de l'Etat capitaliste. Cette grande importance de l'id&#233;ologie et des agissements politiques qui en d&#233;rivent nous a amen&#233;, en traitant des probl&#232;mes &#233;conomiques, &#224; y incorporer sans cesse, comme des facteurs d&#233;cisifs, la politique et l'id&#233;ologie. S'en tenir strictement aux faits purement &#233;cono&#173;miques e&#251;t donn&#233; un tableau mieux d&#233;fini, sans doute, mais plus &#233;loign&#233; du r&#233;el...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu dans mon travail l'assistance de mes compagnons d'internement. Je dois notamment &#224; B&#233;la Kun et &#224; Jules Lengyel nombre de pr&#233;cieuses indications ; qu'ils re&#231;oivent l'expression de ma plus cordiale gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karlstein, le 10 janvier 1920.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face de la Deuxi&#232;me &#201;dition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habent sua fata libelli... Les livres ont leur des&#173;tin&#233;e. La destin&#233;e du mien a &#233;t&#233; d'&#234;tre utilis&#233; par la presse capitaliste et social-d&#233;mocratique pour ses campagnes contre le bolchevisme. Des phrases d&#233;tach&#233;es, recousues ensuite sous forme d'articles, ont fait le tour de cette presse-l&#224;, depuis le Pr&#225;vo lidu jusqu'au Temps, pour descendre encore jus&#173;qu'aux plus mis&#233;rables feuilles de choux de la presse allemande qui se sont donn&#233; pour objectif professionnel l'an&#233;antissement des communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment rem&#233;dier &#224; cela ? J'y ai longuement r&#233;fl&#233;chi ; j'ai relu mon ouvrage avec attention et, finalement, j'ai trouv&#233; qu'il serait plus nuisible d'y changer, m&#234;me une seule phrase, sous pr&#233;&#173;texte qu'on pourrait s'en servir comme d'une arme contre le communisme. Ou bien faudrait-il que je dissimule &#224; l'avant-garde du prol&#233;tariat le fait que la p&#233;riode initiale de la dictature est une &#233;poque de combats les plus durs ? Combat contre la bourgeoisie vaincue, mais qui se d&#233;fend tou&#173;jours opini&#226;trement, et combat contre la mentalit&#233; vacillante ou hostile des paysans ; combat contre l'inexp&#233;rience du prol&#233;tariat dans le maniement de la puissance publique et, ce qui est encore plus grave, combat contre la mentalit&#233; bourgeoise, contre la &#171; survivance de l'id&#233;ologie &#187; au sein m&#234;me du prol&#233;tariat victorieux ? Faudrait-il donc que je cache toutes les difficult&#233;s que nous avons rencontr&#233;es, afin de ne point intimider les tra&#173;vailleurs avant la bataille ? Jamais de la vie ! Les ouvriers qui ne se font communistes que dans l'espoir d'une am&#233;lioration imm&#233;diate de leur si&#173;tuation, laisseront en plan la dictature &#224; la premi&#232;re difficult&#233; venue. Nous l'avons bien vu en Hongrie ! La dictature a besoin d'une garde ou&#173;vri&#232;re &#224; l'&#233;preuve des vicissitudes du sort, qui brave tous les obstacles et qui fasse bloc en un Parti Communiste fortement disciplin&#233; ! Des gens &#224; qui l'on ne pourrait pas indiquer les difficult&#233;s qui viennent parce que cela leur enl&#232;verait le courage de la lutte, ne sauraient &#234;tre que l'enjeu, mais non les champions de la lutte des classes qu'exige la r&#233;volution...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un an que mon livre est &#233;crit. J'ai pass&#233; les cinq derniers mois en Russie &#224; &#233;tudier les choses de ce pays. Si j'avais aujourd'hui &#224; &#233;crire ce livre, je pourrais d&#233;j&#224;, sur plus d'un point, apporter une solution d&#233;finitive &#224; raison m&#234;me de l'exp&#233;rience acquise en Russie et dont, alors, je n'avais pas connaissance. Mais, m&#234;me aujour&#173;d'hui, je n'aurais &#224; &#233;crire rien d'essentiellement diff&#233;rent. Et je suis heureux do pouvoir noter que ce facteur psychique auquel j'attachais une importance particuli&#232;re &#8212; la mentalit&#233; conservatrice des masses ouvri&#232;res, la survivance de l'id&#233;ologie en face du bouleversement des bases &#233;conomiques, &#8212; a &#233;t&#233; &#233;galement constat&#233; par nos camarades russes les plus marquants. &#171; La dictature du prol&#233;tariat, &#233;crit L&#233;nine, dans la Maladie infantile du Communisme, est la guerre la plus dure, la plus violente, la plus implacable, que la classe nouvelle m&#232;ne contre le plus redoutable des enne&#173;mis : la bourgeoisie..., dont la puissance ne r&#233;&#173;side pas seulement dans la puissance du capital international, dans la force et la solidit&#233; des ap&#173;puis internationaux que poss&#232;de la bourgeoisie, mais aussi dans la puissance de l'habitude... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky (Terrorisme et Communisme) signale encore plus nettement ce fait de la survivance de l'id&#233;ologie ; &#171; La structure sociale du peuple retarde beaucoup sur le d&#233;veloppement de ses forces productives... La conscience des masses, de son c&#244;t&#233;, reste extr&#234;mement en retard sur le d&#233;velop&#173;pement de l'&#233;tat social ; la conscience des vieux partis socialistes retarde de toute une &#233;poque sur l'opinion des masses, et la conscience des vieux leaders parlementaires et trade-unionistes, laquelle est encore plus r&#233;actionnaire que la conscience de leur parti, repr&#233;sente un noyau rigide que jus&#173;qu'&#224; l'heure pr&#233;sente, l'Histoire n'a pu ni dig&#233;rer, ni &#233;liminer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux probl&#232;mes que j'ai trait&#233;s dans ce livre, je dois dire ceci : la dictature du prol&#233;tariat a, il est vrai, soulev&#233; en Russie encore de nou&#173;veaux probl&#232;mes (transports, concessions), mais tous l.es probl&#232;mes que j'examine sont d'une im&#173;portance capitale, m&#234;me pour la Russie prol&#233;ta&#173;rienne. Bien qu'il existe une &#233;norme diff&#233;rence entre la petite Hongrie, avec sa dictature s'y &#233;ta&#173;blissant pacifiquement, et la gigantesque Russie, toute boulevers&#233;e par la R&#233;volution, le fait m&#234;me de la dictature a, dans les deux pays, soulev&#233; des probl&#232;mes absolument identiques et conduit &#224; d'identiques tentatives de solutions. Je vais main&#173;tenant essayer d'esquisser, tr&#232;s bri&#232;vement, ce que les derniers d&#233;veloppements historiques compor&#173;tent de mati&#232;re nouvelle a ajouter &#224; la mati&#232;re de ce livre. J'esp&#232;re, qu bout d'une ann&#233;e, &#234;tre en mesure de donner, dans un ouvrage particulier, un expos&#233; d&#233;taill&#233; de l'&#233;conomie et de la politique &#233;conomique de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du capitalisme se poursuit sans chan&#173;gement. Tous les efforts faits par les capitalistes pour amener les ouvriers &#224; accro&#238;tre leur rende&#173;ment, n'ont qu'un succ&#232;s temporaire. Une nou&#173;velle vague de gr&#232;ves balaie tout devant elle. La crise d'apr&#232;s-guerre du capitalisme europ&#233;en est encore aggrav&#233;e par la crise de surproduction qu'il y a en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise des mati&#232;res n&#233;cessaires &#224; la vie est, en Russie, d&#233;j&#224; r&#233;solue en partie. La bonne organisation de l'administration des vivres permet d'approvisionner comme il convient les grands centres industriels, &#8212; P&#233;trograd, Moscou, Ivanovo, Voznessensk, etc. Par contre, le pays souf&#173;fre de la p&#233;nurie de produits manufactur&#233;s. La longue guerre civile a, naturellement, beaucoup contribu&#233; &#224; ralentir le d&#233;veloppement de l'&#233;cono&#173;mie communiste et, par cons&#233;quent, &#224; retarder la fin de la crise des mati&#232;res n&#233;cessaires &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la discipline du travail et de l'accroissement du rendement du travail est aujour&#173;d'hui encore un des probl&#232;mes les plus importants et les plus ardemment discut&#233;s de la Russie, notamment en connexion avec la question du r&#244;le des syndicats dans l'Etat prol&#233;tarien. La guerre, qui a retenu sur le front la majeure et la meil&#173;leure fraction des membres du Parti Communiste, a retard&#233; la solution d&#233;finitive, qui est la trans&#173;formation de l'id&#233;ologie, des masses ouvri&#232;res, l'av&#232;nement d'un esprit communiste correspondant aux fondements de l'&#233;conomie communiste et l'a&#173;v&#232;nement d'une nouvelle discipline du travail ba&#173;s&#233;e sur cet esprit. Tout le reste : salaire &#224; for&#173;fait, normalisation du travail de l'ouvrier, primes en argent et en nature, militarisation du travail, etc, ne peut &#234;tre que des mesures transitoires permettant de maintenir le niveau de la production pendant l'&#233;poque n&#233;cessaire &#224; la transformation des id&#233;ologies. La r&#233;novation id&#233;ologique est en marche. Ses progr&#232;s et tout le d&#233;veloppement &#233;co&#173;nomique de la Russie d&#233;pendent d&#233;sormais de ce&#173;ci : le prol&#233;tariat international est-il assez fort et assez conscient de lui-m&#234;me, en tant que classe, pour emp&#234;cher, d'abord, une nouvelle attaque mi&#173;litaire des imp&#233;rialistes contre la Russie des So&#173;viets, mais aussi pour d&#233;gager, par la constitu&#173;tion de r&#233;publiques sovi&#233;tistes, la Russie de l'iso&#173;lement &#233;conomique o&#249; elle se trouve, et pour lui assurer les avantages de la division du travail entre les nations ? A ce point de vue, l'&#233;tablisse&#173;ment en Allemagne d'une r&#233;publique des Soviets serait tout sp&#233;cialement d'une importance d&#233;cisive. Car l'Allemagne produit, pr&#233;cis&#233;ment, les instruments dont la Russie a besoin, avant tout, pour l'exploitation de ses &#233;normes richesses en mati&#232;res premi&#232;res et en denr&#233;es alimentaires, Locomotives, machines de toute esp&#232;ce, tracteurs et machines agricoles pour la mise en valeur des immenses terrains qui restent en jach&#232;re, dyna&#173;mos pour l'ach&#232;vement des gigantesques installa&#173;tions &#233;lectriques qui se trouvent en construction, produits chimiques et pharmaceutiques, ing&#233;nieurs et organisations que poss&#232;de l'Allemagne, voil&#224; ce qu'il faudrait &#224; la Russie. Les statistiques du commerce ext&#233;rieur d'avant-guerre montrent l'&#233;&#173;norme importance des transactions entre l'Alle&#173;magne et la Russie. R&#233;unies, la Russie et l'Alle&#173;magne peuvent tenir t&#234;te au monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question agraire en Russie a travers&#233;, au cours de ces trois derni&#232;res ann&#233;es, diverses pha&#173;ses : expropriation r&#233;volutionnaire des grands domaines fonciers par la collectivit&#233; de la popula&#173;tion paysanne, nivellement des fortunes villageoi&#173;ses, gr&#226;ce &#224; l'action du Comit&#233; des Pauvres du Village, incorporation de l'&#233;conomie paysanne dans l'&#233;conomie communiste par le syst&#232;me du contingentement des fournitures et par un grand d&#233;veloppement du syst&#232;me du troc. Enfin, voici la derni&#232;re phase : standardisation de l'&#233;conomie paysanne par la constitution d'un Office public des ensemencements, d&#233;termination pour toutes les plantes de l'&#233;tendue des superficies &#224; cultiver, application obligatoire de certains perfectionne&#173;ments agricoles sous la direction et avec l'assis&#173;tance d'agronomes de l'Etat. A cot&#233; de cela se poursuit la reconstitution de la grande culture, sous forme de domaines nationaux et de syndicats de culture, form&#233;s entre les paysans et les com&#173;munes (colonies agricoles avec travail et consom&#173;mation communistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces phases n'ont pas encore &#233;t&#233; parcou&#173;rues par la totalit&#233; de la Russie ; et je crois que, dans les pays d'Europe o&#249;, comme en Allemagne, le prol&#233;tariat l'emporte num&#233;riquement, certaines d'entre elles peuvent &#234;tre laiss&#233;es de c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution du probl&#232;me financier est parvenu &#224; un stade avanc&#233;. Bien que la masse du papier monnaie en circulation augmente de jour en jour, bien que l'Etat jette sur le march&#233; toujours de nouveaux milliards, l'&#233;limination de l'argent est en pleine voie de r&#233;alisation. Dans la comptabi&#173;lit&#233; des entreprises publiques, l'argent a compl&#232;tement disparu. Les ouvriers re&#231;oivent, depuis le 1er janvier 1920, tous les produits alimentaires sans payer. Il n'y a plus d'imp&#244;ts. Les chemins de fer et les tramways transportent gratuitement mar&#173;chandises et voyageurs. Il y a d&#233;j&#224; un grand nom&#173;bre de gens &#8212; tous ceux qui sont nourris et log&#233;s dans des institutions d'Etat, &#8212; qui, pendant des semaines, n'ont pas un centime entre les mains. L'&#233;conomie communiste exclut compl&#232;tement l'ar&#173;gent du syst&#232;me des transactions ; le pouvoir d'achat de l'argent n'int&#233;resse plus que les gens qui vivent, totalement ou en partie, en dehors du r&#233;gime communiste. Le temps viendra bient&#244;t o&#249; il sera tout &#224; fait indiff&#233;rent pour l'&#233;conomie com&#173;muniste de savoir quelle quantit&#233; de denr&#233;es res&#173;t&#233;es en dehors du monopole de l'Etat les paysans sont dispos&#233;s &#224; donner, en &#233;change de ces vignettes en couleur qu'est le papier-monnaie. L'&#233;limination de la monnaie est d&#233;j&#224; si avanc&#233;e qu le calcul en argent de la valeur relative des richesses produites dans les entreprises &#233;tatistes est, &#224; l'heure actuelle, devenu impossible. La Russie est sur le point de commencer pratiquement le cal&#173;cul des valeurs en heures de travail2. Si l'on r&#233;ussit dans un pays &#224; instaurer la dictature sans provoquer une longue guerre, il sera possible, l&#224; aussi, &#8212; sans qu'il se produise la d&#233;valorisation presque compl&#232;te de l'argent qui a eu lieu en Russie, &#8212; d'aboutir &#224; exclure l'argent de l'&#233;cono&#173;mie communiste, c'est-&#224;-dire &#224; le remplacer par des bons repr&#233;sentatifs des heures de travail ef&#173;fectu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, tout le cours des d&#233;veloppements &#233;conomiques d&#233;pend des progr&#232;s de la r&#233;volution mondiale. Plus il y a d'Etats d&#233;j&#224; pass&#233;s de la dic&#173;tature de la bourgeoisie &#224; celle du prol&#233;tariat, et plus facilement s'op&#233;rera le passage de l'&#233;conomie capitaliste et individualiste &#224; l'&#233;conomie prol&#233;tarienne et communiste. Et ceux qui se d&#233;sesp&#232;rent sur les difficult&#233;s &#233;conomiques que rencontre la (&#8230;)3 Russie est le champion isol&#233; qui, lui tout seul, lutte depuis trois ans contre tout l'univers capi&#173;taliste pour l'affranchissement de l'humanit&#233;. La t&#226;che impos&#233;e &#224; la Russie a &#233;t&#233; trop lourde. Il est grand temps que la r&#233;volution internationale se propage pour mettre fin a l'isolement de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement dans l'int&#233;r&#234;t de la Rus&#173;sie ; ce n'est pas m&#234;me, en premi&#232;re ligne, dans son int&#233;r&#234;t ; l'absence d'une aide internationale ne peut pas r&#233;duire le prol&#233;tariat russe &#224; s'effondrer, comme cela a &#233;t&#233; le cas de la petite Hongrie des Conseils. Mais le danger, c'est que la Russie ne puisse plus jouer le r&#244;le de moteur de la r&#233;vo&#173;lution internationale. Car, on ne doit pas le laisser ignorer : il y a en Russie des communistes qui, fatigu&#233;s d'avoir si longtemps attendu la r&#233;volu&#173;tion europ&#233;enne, voudraient finalement s'appuyer sur la base d'un isolement de la Russie. Cela si&#173;gnifierait : paix avec les imp&#233;rialistes, &#233;change r&#233;gulier de marchandises avec les pays capitalis&#173;as et concessions de diverses sortes ; abandon de la propagande &#224; l'&#233;tranger, pour satisfaire cer&#173;taines exigences des puissances imp&#233;rialistes. De cette mani&#232;re se cr&#233;erait un nouveau type d'Etat, dans lequel, sur la substruction d'une vaste masse paysanne, la classe ouvri&#232;re exerce le pouvoir. Cet Etat &#233;changerait l'exc&#233;dent de ses denr&#233;es alimen&#173;taires et de ses mati&#232;res premi&#232;res contre les pro&#173;duits du monde capitaliste, et de cette fa&#231;on il con&#173;tribuerait indirectement &#224; la consolidation de l'or&#173;dre capitaliste. Cette tendance, qui d&#233;sirerait sta&#173;biliser l'Etat prol&#233;tarien de Russie et son &#233;cono&#173;mie prol&#233;tarienne, en le laissant isol&#233; au milieu du monde capitaliste, est, aujourd'hui, encore fai&#173;ble et peu importante. Mais elle peut devenir forte, si la Russie prol&#233;tarienne reste encore isol&#233;e pen&#173;dant longtemps. Il est certain que les pays capi&#173;talistes pourraient vivre en relations de voisinage pacifique avec une Russie qui consid&#233;rerait la r&#233;&#173;volution sociale dans les autres pays comme une affaire qui lui est &#233;trang&#232;re, et qui accepterait de participer paisiblement &#224; l'&#233;change international des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis loin de croire qu'une pareille immobili&#173;sation de la Russie r&#233;volutionnaire puisse arr&#234;ter la marche de la r&#233;volution mondiale ; mais elle la ralentirait. Il peut se faire que l'occasion extr&#234;mement favorable qui est actuellement fournie par la p&#233;riode d'&#233;branlement du capitalisme soit manqu&#233;e. Dans ce cas, la lutte des classes oscillera longtemps encore, sans r&#233;sultat d&#233;cisif, jus&#173;qu'&#224; la prochaine guerre g&#233;n&#233;rale entre les vain&#173;queurs d'aujourd'hui : Am&#233;rique, Japon et Angle&#173;terre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a p&#233;ril en la demeure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 3 janvier 1921.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face de l'&#201;dition Fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler &#233;tonnant aujourd'hui, plus de deux ans apr&#232;s la chute de la R&#233;publique hon&#173;groise des Conseils, de publier, en langue fran&#173;&#231;aise, un livre traitant sp&#233;cialement des exp&#233;rien&#173;ces de ladite R&#233;publique. La dictature ouvri&#232;re a pris fin depuis longtemps, mais la Terreur Blan&#173;che, toujours s&#233;vissante en Hongrie montre que, malgr&#233; sa courte dur&#233;e, la R&#233;publique des Con&#173;seils a profond&#233;ment impressionn&#233; les classes dirigeantes de l'Europe occidentale. Nous disons les classes dirigeantes d'Europe, car il est &#233;vident que, sans l'appui bienveillant des classes diri&#173;geantes de l'Europe occidentale, et avant tout de la France, le r&#233;gime de la Terreur Blanche en Hongrie ne pourrait durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce ne sont point ces raisons qui justifient la parution de notre livre. Ce qui donne &#224; cet ouvrage une valeur historique, c'est que les exp&#233;&#173;riences du gouvernement des Conseils hongrois, dans le domaine de l'organisation &#233;conomique, re&#173;pr&#233;sentent l'unique parall&#232;le des exp&#233;riences de la Russie Rouge. C'est seulement en mettant sur un m&#234;me plan, pour les comparer, les exp&#233;riences des deux pays qu'il est possible de voir ce qui est sp&#233;cifiquement russe dans les &#233;v&#233;nements pr&#233;sents de Russie et de juger quels sont les probl&#232;mes appel&#233;s &#224; se r&#233;p&#233;ter dans toute dictature, parce qu'appartenant &#224; la dictature m&#234;me et naissant avec elle. Car, bien que la R&#233;publique hongroise des Conseils n'ait dur&#233; que quatre mois et demi, elle permet cependant une comparaison, pr&#233;cis&#233;&#173;ment parce que, gr&#226;ce &#224; l'&#233;tendue restreinte de la Hongrie, maintes phases de son d&#233;veloppement ont &#233;t&#233; parcourues plus vite qu'en Russie. Il va sans dire qu'il e&#251;t &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable de recomposer enti&#232;rement le livre en prenant comme base les exp&#233;riences russes. Mais le temps me manque et, de plus, j'ai l'intention d'&#233;crire un livre traitant sp&#233;cialement de l'administration et de l'&#233;conomie de la Russie des Soviets. La difficult&#233; en ceci est que tout y est toujours en &#233;volution, alors que les exp&#233;riences hongroises forment, h&#233;las ! un tout achev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, venons-en &#224; la Russie. Dans la pr&#233;&#173;face de la seconde &#233;dition de ce travail, j'ai ex&#173;pos&#233; les traits principaux du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie russe jusqu'en janvier 1921. D&#233;j&#224;, le lecteur y remarquera, assez clairement indiqu&#233;, le grand changement qui s'est op&#233;r&#233; dans l'&#233;co&#173;nomie sovi&#233;tique au cours de cette ann&#233;e. A ce sujet, nous sommes avant tout oblig&#233;s d'appuyer sur le fait, que la chute de la R&#233;publique hongroise des Conseils et l'orientation nouvelle de l'&#233;cono&#173;mie russe sont dues &#224; une seule et m&#234;me cause : l'isolement dans lequel ont &#233;t&#233; tenues les deux r&#233;publiques sovi&#233;tiques. L'isolement de la Hon&#173;grie des Conseils a eu pour suite la chute com&#173;pl&#232;te du r&#233;gime nouveau ; l'isolement de la Russie sovi&#233;tique n'a pas conduit et ne pourra jamais conduire &#224; la chute du gouvernement des Conseils, mais il a oblig&#233; les camarades russes &#224; d&#233;vier de la ligne droite conduisant &#224; l'&#233;tablissement d'une &#233;conomie communiste, et &#8212; ainsi que le dit L&#233;&#173;nine &#8212; &#224; faire plusieurs pas en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'isolement de la Russie Rouge a permis aux contre-r&#233;volutionnaires, soutenus par les capitalis&#173;tes de partout, de porter la guerre, renouvel&#233;e d'ann&#233;e en ann&#233;e, dans tout le pays ; il a contraint le prol&#233;tariat russe d'employer dans l'arm&#233;e le meilleur de ses forces pour &#233;craser le mouvement contre-r&#233;volutionnaire ; il a enlev&#233; &#224; la Russie la possibilit&#233; de profiter de la production &#233;conomi&#173;que mondiale, d'acheter &#224; l'&#233;tranger les moyens de production que de tous temps elle s'y est pro&#173;cur&#233;s ; il a nourri sans cesse dans les rangs de la bourgeoisie l'esp&#233;rance de pouvoir renverser, avec l'aide des capitalistes &#233;trangers, le gouvernement prol&#233;tarien ; en un mot, il a emp&#234;ch&#233; la marche de la reconstruction &#233;conomique russe. Pendant ce temps, des changements se produisaient dans l'&#233;tat des classes en Russie. Du prol&#233;tariat rural d'autrefois naquit, gr&#226;ce au partage du sol &#8212; qui &#233;tait dans les circonstances donn&#233;es le seul moyen d'int&#233;resser les paysans pauvres au maintien de la dictature &#8212; la classe des paysans moyens qui, d'un sol &#224; eux &#224; l'aide des moyens de production leur appartenant par leur propre travail, tiraient leur subsistance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la conception primitive du syst&#232;me &#233;co&#173;nomique russe, les paysans devaient livrer leur exc&#233;dent entier de vivres pour l'alimentation de l'arm&#233;e et de la population urbaine. Par contre, l'Etat avait &#224; charge de les pourvoir de tous les objets industriels n&#233;cessaires, Pendant la guerre, le pouvoir des Soviets prit toutes les mesures pour que f&#251;t ex&#233;cut&#233;e rigoureusement la premi&#232;re partie de ce programme. Mais, d'autre part, la guerre rendit impossible &#224; la grande industrie toute nouvelle production et, par cons&#233;quent, ne permit point au nouveau r&#233;gime de fournir aux paysans les objets industriels esp&#233;r&#233;s. Le r&#233;sul&#173;tat de celte situation fut que rien ne poussait plus les millions et les millions de paysans russes &#224; produire des vivres en exc&#233;dent. Ce que j'ai ap&#173;pel&#233; dans mon livre eTendance au retour de l'&#233;co&#173;nomie primitive &#187; s'affirma tr&#232;s fortement en Rus&#173;sie : la superficie cultiv&#233;e fut r&#233;duite ; les produits de la terre diminu&#232;rent d'ann&#233;e en ann&#233;e ; les cultures sp&#233;ciales &#224; la Russie disparurent presque compl&#232;tement. Et quand la guerre prit fin, les mil&#173;lions de paysans russes manifest&#232;rent clairement qu'ils n'&#233;taient pas satisfaits de la politique &#233;co&#173;nomique poursuivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti Communiste russe, comme parti diri&#173;geant du pays, avait &#224; r&#233;soudre la question sui&#173;vante : ou conserver pure l'id&#233;e communiste et perdre la puissance politique &#8212; car contre la vo&#173;lont&#233; unie des masses paysannes, la dictature du prol&#233;tariat, diminu&#233; et affaibli par la longue guerre soutenue et l'&#233;migration, au village, n au&#173;rait pu r&#233;sister ; ou bien, comptant avec l'isole&#173;ment dans lequel se trouvait le prol&#233;tariat russe, maintenir le pouvoir prol&#233;tarien d'une fa&#231;on con&#173;forme &#224; la r&#233;alit&#233; de la situation. Nul doute que, dans l'int&#233;r&#234;t de la r&#233;volution mondiale, il soit incomparablement plus avantageux pour le prol&#233;&#173;tariat d'un pays de 150 millions d'habitants de gar&#173;der le pouvoir que de conserver dans sa puret&#233; l'id&#233;e communiste en perdant ce pouvoir, acquis au prix de tant de difficult&#233;s, pr&#233;parant par la m&#234;me la voie &#224; la r&#233;action mondiale. Car les diri&#173;geants de l'Internationale d'Amsterdam eux-m&#234;&#173;mes, qui avaient d&#233;vers&#233; dans le monde tant de calomnies sur la Russie des Soviets, n'en furent pas moins oblig&#233;s de reconna&#238;tre, dans leur appel en faveur des victimes de la faim, que la chute de la R&#233;publique russe des Conseils aurait comme cons&#233;quence l'envahissement du monde par la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re du changement qui s'est op&#233;r&#233; dans l'&#233;conomie russe, on peut l'esquisser bri&#232;vement de la fa&#231;on suivante : au lieu du monopole des vivres, l'&#233;tablissement de l'imp&#244;t en nature. Celui-ci rend au paysan le stimulant qui le fera tra&#173;vailler &#224; l'&#233;l&#233;vation de sa production, car une fois l'imp&#244;t en nature vers&#233;, le travailleur de la terre peut disposer &#224; sa guise de l'exc&#233;dent de ses pro&#173;duits. Pour le paysan, l'exc&#233;dent de production n'a de signification que s'il peut en obtenir les arti&#173;cles manufactur&#233;s dont il a besoin. Il &#233;tait indis&#173;pensable que ceci lui f&#251;t rendu possible. Et puis&#173;que la grande industrie &#233;tatis&#233;e se trouvait mo&#173;mentan&#233;ment, &#224; la suite de la guerre, &#224; la suite du manque de vivres, de combustibles et de ma&#173;chines autrefois import&#233;es, dans l'incapacit&#233; de produire les objets r&#233;clam&#233;s par le paysan, la li&#173;bert&#233; de la petite industrie et du commerce local devait &#234;tre r&#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui signifiait naturellement la possibilit&#233; d'une renaissance capitaliste. L'inauguration du syst&#232;me d'affermage des petites usines nationali&#173;s&#233;es, qui eut lieu en m&#234;me temps, fut dict&#233;e par les m&#234;mes consid&#233;rations. Il se trouva que l'&#233;ta&#173;tisation fut pouss&#233;e tellement loin qu'elle d&#233;pas&#173;sait, par son &#233;tendue, les capacit&#233;s d'organisation et d'administration d'un prol&#233;tariat affaibli par la guerre et la lutte contre-r&#233;volutionnaire L'immense superficie de la Russie, la d&#233;fectuosit&#233; des moyens de communications et la difficult&#233; d'entrer en rap&#173;ports, la diss&#233;mination de la population, rendaient p&#233;nible l'organisation du syst&#232;me &#233;conomique. La production locale &#233;tait entrav&#233;e par la centrali&#173;sation exag&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'affermage des usines de petite importance, on arriva tout d'abord &#224; ce r&#233;sultat qu'il fut possible au paysan de se procurer sur le mar&#173;ch&#233; libre les articles industriels dont il avait be&#173;soin ; d'autre part, on put concentrer, sur les branches les plus importantes de la grande indus&#173;trie, les forces d'organisation du prol&#233;tariat &#233;par&#173;pill&#233;es dans le pays entier. Simultan&#233;ment, un esprit d'organisation plus souple se fit sentir dans les exploitations demeur&#233;es sous la d&#233;pendance directe de l'Etat, les liens du centralisme bureau&#173;cratique se rel&#226;ch&#232;rent. Enfin, on essaya aussi d'obtenir des capitalistes de l'ext&#233;rieur les instru&#173;ments n&#233;cessaires au rel&#232;vement de la produc&#173;tion : d'une part, sous la forme de concessions, par l'abandon &#224; ces capitalistes de richesses na&#173;turelles et d'entreprises ; d'autre part, sous la for&#173;me de cr&#233;dits d'Etat. Toute cette &#233;volution fut pr&#233;&#173;cipit&#233;e par les mauvaises r&#233;coltes de 1920 et sur&#173;tout de 1921, dont la Russie eut tant &#224; souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, la Russie est aujourd'hui arriv&#233;e &#224; un point que les social-d&#233;mocrates se plaisent &#224; d&#233;signer dans leur programme comme le point de d&#233;part de la transformation sociale. L'Etat pro&#173;l&#233;tarien reste en possession des branches de l'&#233;co&#173;nomie &#171; m&#251;res &#187; pour la socialisation : les mines, l'industrie lourde, les grandes exploitations en g&#233;&#173;n&#233;ral, les moyens de transport, les finances et le commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il importe de d&#233;clarer bien haut qu'il existe une diff&#233;rence absolue entre la politique d'un pro&#173;l&#233;tariat qui, en pleine possession du pouvoir, est amen&#233;, sous la pression des &#233;v&#233;nements, &#224; r&#233;&#173;duire, dans une certaine mesure, son programme d'&#233;tatisation et la politique qui consisterait &#224; d&#233;&#173;buter par l'application d'une &#233;tatisation limit&#233;e. Les exp&#233;riences des gouvernements social-d&#233;mo&#173;crates d'Allemagne, d'Autriche, de Tch&#233;co-Slovaquie, de Hongrie ont clairement d&#233;montr&#233; que toute socialisation est impossible aussi longtemps que le pouvoir politique reste en possession de la classe capitaliste. Pour qu'une expropriation des moyens de production soit possible, il est indis&#173;pensable avant tout d'arracher la puissance poli&#173;tique des mains de la classe bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi longtemps qu'elle d&#233;tiendra le pouvoir, jamais la bourgeoisie ne traitera d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec le prol&#233;tariat. Si &#171; m&#251;re &#187; pour l'expropria&#173;tion que puisse &#234;tre une branche &#233;conomique, toujours la bourgeoisie s'opposera &#224; cette expro&#173;priation, si elle en a la force. C'est donc l&#224; pur bavardage, qui n'a rien de commun avec le marxisme historique, lorsque les social-d&#233;mocra&#173;tes soutiennent que le prol&#233;tariat russe aurait d&#251; commencer o&#249; il est maintenant arriv&#233;. Aucune expropriation ne peut &#234;tre men&#233;e &#224; bien, aucun socialisme n'est possible sans avoir au pr&#233;alable bris&#233; compl&#232;tement toute r&#233;sistance de la bour&#173;geoisie sur le terrain politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc le pouvoir de la bourgeoisie doit n&#233;ces&#173;sairement &#234;tre bris&#233; &#8212; ce qui signifie qu'il faut &#233;galement nationaliser telles branches de l'&#233;cono&#173;mie et telles exploitations qui eussent mieux fait, laiss&#233;es aux mains des capitalistes &#8212; ceci ne veut pas dire qu'un abandon partiel de ces conqu&#234;tes soit in&#233;vitable. La Russie a &#233;t&#233; oblig&#233;e d'adopter sa nouvelle politique uniquement &#224; la suite de l'isolement dans lequel on l'a abandonn&#233;e. Si la R&#233;volution mondiale avait fait de plus grands pas, si les ouvriers de l'Europe centrale et de l'Europe occidental eussent &#233;t&#233;, eux aussi, en mesure d'&#233;tablir dans leur pays la dictature du prol&#233;tariat, jamais la Russie n'en serait venue l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, alors, elle n'e&#251;t pas &#233;t&#233; oblig&#233;e de faire la guerre des ann&#233;es durant ; elle ne se verrait pas contrainte, &#224; l'heure actuelle encore, de laisser improductif le meilleur de ses forces en l'em&#173;ployant &#224; la constitution d'une arm&#233;e de d&#233;fense. Depuis longtemps, les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires russes auraient perdu tout espoir d'arriver au renversement par la force du gouvernement des Soviets. Et celui-ci, depuis longtemps &#233;gale&#173;ment, aurait pu recevoir des r&#233;publiques indus&#173;trielles de l'Europe occidentale les machines et les moyens de production indispensables au rel&#232;ve&#173;ment de l'industrie russe et &#224; l'approvisionnement, en objets manufactur&#233;s, de tous les paysans de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il y a un pur non-sens, auquel s'ajoute parfois la malveillance, dans le reproche fait aux camarades russes d'avoir consenti &#224; des concessions que leur dictait la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un reproche, on pourrait l'adresser &#8212; si cela avait, en somme, une signification historique &#8212; au prol&#233;tariat de l'Europe centrale et occidentale ; celui d'avoir fait montre d'indolence dans la con&#173;tinuation de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, un devoir concret se d&#233;&#173;gage pour le prol&#233;tariat fran&#231;ais en particulier. Toutes les tentatives d'invasion criminelles diri&#173;g&#233;es contre la Russie des Soviets par les divers g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires et aussi par la Pologne furent financ&#233;es par des capitalistes fran&#173;&#231;ais. Les gouvernements bourgeois de France ap&#173;provisionn&#232;rent d'armes, de munitions et d'ins&#173;truments de guerre de toutes sortes les Koltchak, Denikine, Wrangel, ainsi que la Pologne. Les pro&#173;l&#233;taires fran&#231;ais ont forg&#233; des armes avec les&#173;quelles on a combattu les prol&#233;taires russes : des cheminots fran&#231;ais ont transport&#233; ces instruments de meurtre ; des officiers fran&#231;ais ont command&#233; les arm&#233;es blanches : la France a &#233;t&#233; et reste le soutien le plus solide de toutes les entreprises guerri&#232;res dirig&#233;es contre la R&#233;publique russe des Soviets. Au prol&#233;tariat fran&#231;ais incombe le devoir minimum d'emp&#234;cher sa propre bourgeoisie d'or&#173;ganiser toute nouvelle lutte contre la Russie sovi&#233;&#173;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat fran&#231;ais a pour le moins le devoir n&#233;gatif de veiller a ce que, pendant la p&#233;riode pr&#233;sente de contre-r&#233;volutionnarisme, la Russie jouisse d'une pause de respiration en vue de son rel&#232;vement &#233;conomique. Aucune arme ne doit plus &#234;tre forg&#233;e contre la R&#233;publique des Soviets ; au&#173;cun transport d'instruments de meurtre ne doit plus &#234;tre effectu&#233; ; aucun argent fran&#231;ais ne doit plus &#234;tre donn&#233; aux gardes-blancs. Nous disons devoir minimum : car le devoir positif du prol&#233;&#173;tariat fran&#231;ais serait, de renverser sa propre bourgeoisie et ensuite de d&#233;cha&#238;ner la r&#233;volution sociale sur tout le Continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France, est aujourd'hui la citadelle de la r&#233;action europ&#233;enne. L'effondrement de son r&#233;gime est la voie ouverte &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne de toute l'Europe, Comme jadis, le prol&#233;tariat fran&#173;&#231;ais a la possibilit&#233; de jouer un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire de l'Hu&#173;manit&#233; : mais il lui faut une volont&#233; opini&#226;tre et un courage pr&#234;t &#224; tous les sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, le 15 mars 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur Eug&#232;ne VARGA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Tel est le sens exact de la notion de &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, et non pas, comme Kautsky le donne &#224; croire, &#171; une politique d'oppression... qui se lib&#232;re... des liens l&#233;gislatifs qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;&#233;s... un &#233;tat d'arbitraire qui, de par sa nature m&#234;me ne peut &#234;tre exerc&#233; que par un tr&#232;s petit groupe... ou par un seul individu... &#187; C'est l&#224; la d&#233;finition de la tyrannie, de la dictature en g&#233;n&#233;ral, mais non pas celle de la dic&#173;tature du prol&#233;tariat &#8212; qui est la forme transitoire d'Etat dans laquelle domine seul, politiquement par&#173;iant, le prol&#233;tariat en tant que classe, de m&#234;me que la d&#233;mocratie bourgeoise est la forme d'Etat o&#249; la bourgeoisie poss&#232;de la domination exclusive. La &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; ne signifie pas &#171; se lib&#233;rer des liens l&#233;gislatifs par soi-m&#234;me cr&#233;&#233;s &#187;. Au contraire, plus toutes les lois sont strictement observ&#233;es, plus l'exercice de la dictature a de fermet&#233; et plus est courte la p&#233;riode pendant laquelle elle est une n&#233;cessit&#233; historique. (Note de Varga)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 De tr&#232;s int&#233;ressants travaux pr&#233;liminaires sont syst&#233;matiquement poursuivis sur ce terrain-l&#224;. Des travaux scientifiques du &#224; H. Strumilin, Fritzmann et autres ont assez bien &#233;clair&#233; le c&#244;t&#233; th&#233;orique de la question. (Note de Varga)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Passage manquant (note de la MIA).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le surimp&#233;rialisme et la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme
Jen&#246; Varga&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La formation des cartels internationaux, l'accord anglo-germano-fran&#231;ais de Locarno, l'entr&#233;e de l'Allemagne dans la S.D.N, ont donn&#233; une nouvelle vigueur &#224; l'id&#233;ologie du surimp&#233;rialismc au sein de la social-d&#233;mocratie. La th&#233;orie des opportunistes sur la possibilit&#233; d'un capitalisme pacifique dans le stade actuel de l'imp&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire sur la possibilit&#233; d'une compensation syst&#233;matique des contradictions entre les diff&#233;rents trusts de capitalisme d'Etat, r&#233;ussit &#224; prendre aux yeux des ouvriers une lueur de vraisemblance. Quoique les phrases pacifistes de la S. D. N. soient d&#233;menties de jour en jour par l'accroissement formidable des armements, je crois n&#233;cessaire de nous opposer avec plus de force &#224; cette id&#233;ologie sur le terrain de la th&#233;orie et de la propagande. La base de cette lutte nous est fournie par le livre de L&#233;nine sur l'imp&#233;rialisme. Une des pens&#233;es principales de ce livre, c'est pr&#233;cis&#233;ment que les guerres sont in&#233;vitables dans la p&#233;riode de l'imp&#233;rialisme 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re in&#233;vitable des guerres dans la p&#233;riode actuelle, L&#233;nine le motive par la n&#233;cessit&#233; pour les diff&#233;rentes bourgeoisies nationales, et &#233;ventuellement pour les trusts de capitalisme d'Etat, de s'assujettir des territoires toujours plus grands en vue du monopole de leur exploitation. Certes, le globe a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; partag&#233; au d&#233;but du xx&#232;me si&#232;cle entre les puissances imp&#233;rialistes, mais ce partage n'est pas d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le trait caract&#233;ristique de cette p&#233;riode, c'est le partage d&#233;finitif du globe, d&#233;finitif non en ce sens qu'un nouveau partage est impossible, de nouveaux partages &#233;tant au contraire possibles et in&#233;vitables, mais en ce sens que la politique coloniale des pays capitalistes a termin&#233; la conqu&#234;te des territoires inoccup&#233;s sur notre plan&#232;te. Pour la premi&#232;re fois le monde est compl&#232;tement partag&#233;, si bien qu'&#224; l'avenir les territoires ne pourront que passer d'un possesseur &#224; un autre, mais la question de l'occupation de pays encore libres ne peut plus se poser 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partages successifs du globe s'effectuent d'apr&#232;s le principe de la corr&#233;lation des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les capitalistes partagent le monde, non par sc&#233;l&#233;ratesse, mais parce que le degr&#233; de concentration actuel les y oblige s'ils veulent obtenir des b&#233;n&#233;fices, et ils le partagent proportionnellement &#171; aux capitaux &#187;, &#171; aux forces en pr&#233;sence &#187;, car il ne peut y avoir d'autre syst&#232;me de partage en r&#233;gime de production marchande et de capitalisme 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du surimp&#233;rialisme part d'une fixation d&#233;finitive des rapports de forces &#233;tablie par les accords internationaux. La S.D.N. doit servir d'instrument &#224; cette r&#233;glementation internationale des forces et rendre ainsi superflues des guerres imp&#233;rialistes. En face de cette possibilit&#233;, L&#233;nine &#233;tablit la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme suivant laquelle se modifient n&#233;cessairement les rapports des forces et, comme le partage du monde sous l'imp&#233;rialisme ne peut avoir lieu que selon la corr&#233;lation des forces, des tentatives pour un nouveau partage et, par cons&#233;quent, des guerres imp&#233;rialistes, sont in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les in&#233;galit&#233;s et saccades dans le d&#233;veloppement des entreprises, industries et pays divers sont in&#233;vitables en r&#233;gime capitaliste 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine r&#233;p&#232;te et motive cette formule &#224; plusieurs reprises, sans faire, autant que nous le sachions, un expos&#233; syst&#233;matique des effets &#233;conomiques. L'histoire du capitalisme nous d&#233;montre en effet que son d&#233;veloppement s'est effectu&#233; de fa&#231;on in&#233;gale. Mais les champions du surimp&#233;rialisme pourraient &#233;tablir la th&#232;se que c'est pr&#233;cis&#233;ment l'organisation internationale du capitalisme dans le domaine &#233;conomique par la cr&#233;ation de cartels internationaux, dans le domaine politique par le syst&#232;me de la S. D. N., qui &#233;cartera l'in&#233;galit&#233; du d&#233;veloppement capitaliste et, du m&#234;me coup, enl&#232;vera toute base au d&#233;placement des forces et &#224; la n&#233;cessit&#233; des guerres en vue d'un nouveau partage du monde. Afin de r&#233;pondre &#224; cette objection, il convient, en rassemblant les observations de L&#233;nine, de constater l'in&#233;galit&#233; du d&#233;veloppement du capitalisme, non seulement, comme c'est fr&#233;quemment le cas, de fa&#231;on exclusivement empirique au moyen de l'histoire, mais en d&#233;veloppant plus syst&#233;matiquement les causes de cette loi et en montrant comment ces causes agiront &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Imp&#233;rialisme de L&#233;nine nous trouvons en plusieurs endroits de quoi motiver suffisamment cette loi du point de vue &#233;conomique. L&#233;nine part de l'id&#233;e que le d&#233;veloppement du capitalisme dans des pays jeunes, c'est-&#224;-dire dans des pays qui viennent d'&#234;tre conquis au r&#233;gime de production capitaliste, suit toujours une marche plus rapide que dans les pays qui sont capitalistes depuis longtemps et qui, de ce fait, manifestent d&#233;j&#224; des tendances &#224; la d&#233;composition, tendances provenant, d'une part, de la naissance d'une couche de rentiers et, d'autre part, de la naissance d'une aristocratie ouvri&#232;re &#171; embourgeois&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Malgr&#233; le nivellement relatif du monde, l'&#233;galisation progressive des conditions &#233;conomiques qui, au cours de ces derni&#232;res d&#233;cades, se sont manifest&#233;s dans les diff&#233;rents pays sous la pression de la grande industrie, de l'&#233;change et du capital financier, il n'en subsiste pas moins des diff&#233;rences importantes entre les six grandes puissances. On voit de jeunes Etats capitalistes (Am&#233;rique, Allemagne, Japon) progresser avec une extr&#234;me rapidit&#233;, alors que d'anciens pays capitalistes (France, Angleterre) se d&#233;veloppent beaucoup plus lentement 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre passage, L&#233;nine indique la situation sp&#233;ciale des pays arri&#233;r&#233;s comme une cause de d&#233;veloppement plus rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ces pays arri&#233;r&#233;s, les b&#233;n&#233;fices sont habituellement &#233;lev&#233;s, car il y a peu de capitaux, le prix de la terre est relativement minime, les salaires sont bas, les mati&#232;res premi&#232;res bon march&#233; 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, le caract&#232;re plus ou moins r&#233;cent du d&#233;veloppement capitaliste dans un pays est un facteur important de l'in&#233;galit&#233; du d&#233;veloppement capitaliste et, par suite, des regroupements de forces dans les diff&#233;rents pays capitalistes. Mais nous croyons qu'outre ce facteur important du laps de temps n&#233;cessaire au d&#233;veloppement capitaliste, il peut surgir &#233;galement des diff&#233;rences dans la marche du d&#233;veloppement entre des Etats dont le d&#233;veloppement capitaliste aurait, &#224; un moment donn&#233;, m&#234;me &#226;ge et m&#234;me force. Ainsi on r&#233;duit &#224; n&#233;ant l'argumentation des th&#233;oriciens surimp&#233;rialistes, disant que les pays imp&#233;rialistes d&#233;cisifs, - r&#233;unis dans la S.D.N., li&#233;s &#233;conomiquement par des cartels internationaux, obligent le d&#233;veloppement des pays capitalistes plus jeunes &#224; suivre une marche r&#233;guli&#232;re, ce qui pourrait &#233;liminer les d&#233;placements dei forces par saccades. C'est pourquoi nous croyons utile d'indiquer d'autres facteurs &#233;conomiques, en dehors de la diff&#233;rence d'&#226;ge des pays capitalistes, pour motiver le d&#233;veloppement in&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Capital de Marx ne montre pas d'une fa&#231;on purement &#233;conomique la loi du d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme. Marx part de la totalit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes. Dans sa th&#233;orie &#233;conomique du capitalisme, il pose comme pr&#233;misse l'existence d'un capitalisme mondial unifi&#233;. Dans le syst&#232;me marxiste, les mouvements particuliers, conditionn&#233;s par la diff&#233;rence entre les capitalismes nationaux, feraient partie de la doctrine sur la concurrence, que Marx n'a pas pu achever. Le d&#233;veloppement &#233;conomique in&#233;gal, &#224; supposer qu'il y ait un march&#233; mondial capitaliste, signifie que diff&#233;rentes entreprises et, &#233;ventuellement, diff&#233;rents pays, pour des raisons quelconques, pourraient produire &#224; meilleur march&#233; que leurs concurrents et s'assurer ainsi un d&#233;veloppement &#233;conomique plus rapide. Par la suite, nous ne parlerons que des facteurs d'une production nationale &#224; meilleur march&#233; et non des facteurs qui jouent dans la concurrence entre diff&#233;rentes entreprises d'une m&#234;me industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re les conditions de concurrence &#224; l'&#233;chelle nationale et si l'on suppose que dans les pays qui se concurrencent on travaille, &#224; un moment donn&#233;, dans les diff&#233;rentes industries avec la m&#234;me technique (supposition qui naturellement n'est juste que conditionnellement, car la technique se r&#233;volutionne continuellement), on trouve que les frais de production dans l'industrie proprement dite (abstraction faite de l'usure du capital fixe consid&#233;r&#233; comme &#233;tant la m&#234;me) peuvent &#234;tre r&#233;duits &#224; deux facteurs essentiels de grandeur variable : frais de salaires et frais de mati&#232;res premi&#232;res 7. Lorsque nous parlons des frais de salaires, il ne s'agit pas de leur montant, mais de la somme des frais de salaires qui incombent &#224; l'unit&#233; de produits. Les d&#233;penses pour les mati&#232;res premi&#232;res varient selon les conditions naturelles, &#224; &#233;galit&#233; de salaire pour l'a m&#234;me d&#233;pense de force de travail et &#224; technique &#233;gale. Pour les min&#233;raux, entrent en ligne de compte la richesse des couches, la profondeur des mines, etc. ; pour l'agriculture, les conditions climat&#233;riques, la fertilit&#233; naturelle du sol, etc. Dans les d&#233;penses pour les mati&#232;res premi&#232;res, il ne faut pas comprendre les frais de transports. Une mati&#232;re premi&#232;re transform&#233;e ou non qui, selon le si&#232;ge de l'entreprise, exige des frais de transports plus ou moins &#233;lev&#233;s pour pouvoir parvenir au consommateur repr&#233;sente une mati&#232;re premi&#232;re plus ch&#232;re au point de vue &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les d&#233;penses pour les salaires, elles sont en g&#233;n&#233;ral moindres dans les pays dont le d&#233;veloppement capitaliste est &#224; ses d&#233;buts. La valeur de la force de travail est inf&#233;rieure en raison du niveau inf&#233;rieur d'existence du prol&#233;tariat. Comme cela est en corr&#233;lation &#233;troite avec le caract&#232;re r&#233;cent du syst&#232;me capitaliste, ce n'est que la question des d&#233;penses pour les mati&#232;res premi&#232;res qui n&#233;cessite des explications sp&#233;ciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a particuli&#232;rement insist&#233; sur la tendance des pays imp&#233;rialistes &#224; se procurer des monopoles pour des mati&#232;res premi&#232;res importantes. Mais, d'autre part, il y a ce fait d&#233;cisif pour le d&#233;veloppement in&#233;gal du capitalisme crue, gr&#226;ce aux progr&#232;s de la technique, il y a diff&#233;rentes mati&#232;res premi&#232;res qui, tour &#224; tour, jouent un r&#244;le d&#233;cisif dans la vie &#233;conomique. Transport&#233; dans le domaine de la concurrence internationale, cela veut dire que les progr&#232;s de la technique peuvent satisfaire les m&#234;mes ou de nouveaux besoins du march&#233; mondial &#224; des prix inf&#233;rieurs, car ils permettent d'utiliser de nouvelles mati&#232;res premi&#232;res et du m&#234;me coup aussi la valeur &#233;conomique du monopole de certaines de ces mati&#232;res. Une mati&#232;re premi&#232;re qui &#233;tait sans valeur du point de vue &#233;conomique &#224; un certain moment de la technique prend une valeur particuli&#232;re du fait qu'une nouvelle technique en a fait la base d'une production &#224; meilleur march&#233;. Cela signifie que m&#234;me si le monde, &#224; un moment donn&#233;, &#233;tait domin&#233; par un petit groupe d'Etats imp&#233;rialistes &#224; d&#233;veloppement &#233;gal, hypoth&#232;se irr&#233;alisable, les progr&#232;s de la technique provoqueraient n&#233;cessairement de l'in&#233;galit&#233; et des saccades dans le d&#233;veloppement, par suite de l'existence accidentelle de mati&#232;res premi&#232;res dans ces pays, abstraction faite du caract&#232;re plus ou moins r&#233;cent du d&#233;veloppement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous pouvons constater, m&#234;me de nos jours, comment des modifications de technique provoquent des modifications par saccades dans le d&#233;veloppement &#233;conomique de diff&#233;rents pays. Le d&#233;veloppement par saccades de l'industrie de l'Italie du Nord est bas&#233; sur la d&#233;couverte technique de la transmission des courants &#233;lectriques &#224; haute tension, sans laquelle l'exploitation des forces hydrauliques (il s'agit ici d'une mati&#232;re premi&#232;re rempla&#231;ant un carburant) aurait &#233;t&#233; impossible. Le processus de liqu&#233;faction du lignite, actuellement au premier plan en Allemagne, l'existence de mines de lignite, produit qui &#233;tait pr&#233;c&#233;demment un succ&#233;dan&#233; secondaire de l'anthracite, peuvent devenir le point de d&#233;part d'un nouveau d&#233;veloppement saccad&#233; du capitalisme dans des pays riches en lignite. L'histoire du d&#233;veloppement du capitalisme et de ses saccades peut s'expliquer en grande partie par cette corr&#233;lation entre la technique et la mati&#232;re premi&#232;re, outre la diff&#233;rence de la marche et du caract&#232;re plus ou moins r&#233;cent des diff&#233;rents pays capitalistes. Une nouvelle technique permettant l'usage d'une nouvelle mati&#232;re premi&#232;re peut satisfaire des besoins &#224; meilleur march&#233; que l'ancienne technique. La propri&#233;t&#233; de nouvelles mati&#232;res premi&#232;res devient un facteur important pour la concurrence internationale entre les trusts de capitalisme d'Etat et entra&#238;ne un d&#233;placement par saccades des rapports de leurs forces &#233;conomiques d'Etat. La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal et saccad&#233;, du capitalisme n'est donc pas un hasard historique ; elle s'applique non seulement au pass&#233;, mais aussi &#224; l'avenir et peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une loi essentielle et bien fond&#233;e du r&#233;gime de production capitaliste. Cette loi gardera sa valeur tant qu'il y aura des progr&#232;s techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Imp&#233;rialisme, L&#233;nine avait d&#233;j&#224; signal&#233; la diff&#233;rence d'importance des mati&#232;res premi&#232;res, selon les progr&#232;s de la technique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le capital financier ne s'int&#233;resse pas uniquement aux sources de mati&#232;res premi&#232;res d&#233;j&#224; connues. Il se pr&#233;occupe aussi des sources possibles de mati&#232;res premi&#232;res, car le d&#233;veloppement technique actuel est extr&#234;mement rapide, et les terres aujourd'hui inf&#233;condes peuvent demain &#234;tre mises en valeur par de nouveaux proc&#233;d&#233;s... Il en est de m&#234;me pour la prospection du sous-sol, les nouveaux proc&#233;d&#233;s d'utilisation des mat&#233;riaux, etc. D'o&#249; la tendance in&#233;vitable du capital financier &#224; &#233;largir son territoire &#233;conomique... Le capital financier cherche par tous les moyens &#224; mettre la main sur le plus de terres possibles, quelles qu'elles soient et o&#249; qu'elles soient, esp&#233;rant y d&#233;couvrir des mati&#232;res premi&#232;res et craignant de se laisser d&#233;passer dans cette lutte pour le partage des derniers lambeaux du monde ou le repartage des territoires appropri&#233;s 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons n&#233;cessaire, dans la p&#233;riode actuelle de renaissance de l'id&#233;ologie du surimp&#233;rialisme, de consid&#233;rer sous toutes ses faces &#233;conomiques la th&#232;se de l'in&#233;luctabilit&#233; d&#233;s guerres imp&#233;rialistes, th&#232;se dont L&#233;nine a fait l'axe de sa d&#233;finition de l'imp&#233;rialisme, et de l'opposer par la propagande &#224; la th&#233;orie du surimp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. VARGA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 1 &#171; Ces r&#233;sultats d&#233;montrent que tant que dure cette base &#233;conomique tant que subsiste la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, des guerres imp&#233;rialistes sont in&#233;vitables. &#187; (p. 10 de l'&#233;dition allemande de la Biblioth&#232;que marxiste tome I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 N. L&#201;NINE : L'imp&#233;rialisme, derni&#232;re &#233;tape du capitalisme, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Ibid, p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Ibid, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 N. L&#201;NINE : L'imp&#233;rialisme, derni&#232;re &#233;tape du capitalisme, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Ibid, p. 50&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Ce probl&#232;me fut &#233;tudi&#233; &#224; fond par M.[Alfred] Weber, dans son livre : Du si&#232;ge des industries (C. Mohr, Tubingen). C'est un des rares livres de valeur de l'&#233;conomie nationale bourgeoise des derni&#232;res d&#233;cades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 N. L&#233;nine, L'imp&#233;rialisme, derni&#232;re &#233;tape du capitalisme, p. 69.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Karl Marx expose simplement, mais dialectiquement, ce qu'est le capitalisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article5279</link>
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		<dc:date>2016-11-10T00:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La forme la plus &#233;l&#233;mentaire de la richesse bourgeoise - la marchandise - constitue le point de d&#233;part de notre livre et la condition pr&#233;alable &#224; la formation du capital. Or, d&#233;sormais, les marchandises apparaissent, en outre, comme le produit du capital. En bouclant de la sorte le circuit, notre analyse suit donc &#233;troitement le d&#233;veloppement historique du capital. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des conditions de gen&#232;se du capital l'&#233;change de marchandises, le commerce - se d&#233;veloppe &#224; partir de niveaux de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La forme la plus &#233;l&#233;mentaire de la richesse bourgeoise - la marchandise - constitue le point de d&#233;part de notre livre et la condition pr&#233;alable &#224; la formation du capital. Or, d&#233;sormais, les marchandises apparaissent, en outre, comme le produit du capital. En bouclant de la sorte le circuit, notre analyse suit donc &#233;troitement le d&#233;veloppement historique du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des conditions de gen&#232;se du capital l'&#233;change de marchandises, le commerce - se d&#233;veloppe &#224; partir de niveaux de production certes diff&#233;rents, mais ayant en commun le fait que la production capitaliste, ou bien n'y existe pas du tout, ou bien n'y surgit que d'une mani&#232;re tout &#224; fait sporadique. Par ailleurs, l'&#233;change mercantile d&#233;velopp&#233; et la marchandise comme forme sociale, universelle et n&#233;cessaire du produit, ne peuvent &#234;tre que le r&#233;sultat du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons les soci&#233;t&#233;s de production capitaliste d&#233;velopp&#233;e, nous voyons que la marchandise y surgit constamment comme condition d'existence et pr&#233;supposition &#233;l&#233;mentaire du capital en m&#234;me temps que comme r&#233;sultat imm&#233;diat du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandise et la monnaie sont donc, l'une et l'autre, des pr&#233;suppositions &#233;l&#233;mentaires du capital, mais elles ne deviennent du capital que dans des conditions d&#233;termin&#233;es. En effet, le capital ne peut se former que sur la base de la circulation des marchandises (ce qui implique la circulation mon&#233;taire), donc &#224; un niveau de d&#233;veloppement assez important du commerce. A l'inverse, la production et la circulation de marchandises n'ont nullement pour condition d'existence le mode de production capitaliste ; en effet, &#171; on les trouve aussi dans les formations sociales pr&#233;bourgeoises &#187;, comme nous l'avons d&#233;j&#224; expliqu&#233; . D'un c&#244;t&#233; elles sont la pr&#233;supposition historique, du mode de production capitaliste ; de l'autre c&#244;t&#233;, - c'est seulement sur la base de la production capitaliste que la marchandise devient la forme universelle, tout produit devant d&#233;sormais adopter la forme de marchandise. D&#232;s lors, la vente et l'achat ne portent plus seulement sur l'exc&#233;dent, mais encore sur la substance m&#234;me de la production, les diff&#233;rentes conditions de production elles-m&#234;mes devenant en g&#233;n&#233;ral des marchandises, qui passent de la circulation dans le proc&#232;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, nous pouvons dire, d'une part, que la marchandise est la condition pr&#233;alable &#224; la gen&#232;se du capital et, d'autre part, qu'elle est essentiellement le produit et le r&#233;sultat du proc&#232;s de production capitaliste, lorsqu'elle est devenue forme g&#233;n&#233;rale et &#233;l&#233;mentaire du produit. Aux stades ant&#233;rieurs de la production, une partie des produits seulement rev&#234;t la forme de marchandise. En revanche, le produit du capital est n&#233;cessairement marchandise (cf. Sismondi) . C'est pourquoi, &#224; mesure que se d&#233;veloppe la production capitaliste, c'est-&#224;-dire le capital, on constate aussi que se r&#233;alisent les lois g&#233;n&#233;rales que nous avons d&#233;gag&#233;es &#224; propos de la marchandise, par exemple celles qui r&#233;gissent la valeur dans la forme d&#233;velopp&#233;e de la circulation mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe alors que les cat&#233;gories &#233;conomiques existant d&#233;j&#224; aux &#233;poques pr&#233;capitalistes de production acqui&#232;rent, sur la base du mode de production capitaliste, un caract&#232;re historique nouveau et sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent - simple figure m&#233;tamorphos&#233;e de la marchandise - ne devient capital qu'&#224; partir du moment o&#249; la capacit&#233; de travail de l'ouvrier est transform&#233;e en marchandise. C'est ce qui implique que le commerce ait conquis une sph&#232;re o&#249; il n'apparaissait que sporadiquement, voire en &#233;tait exclu. Autrement dit, la population laborieuse ne doit plus faire partie des conditions objectives du travail, ou se pr&#233;senter sur le march&#233; en producteur de marchandise : au lieu de vendre le produit de son travail, elle doit vendre son travail, ou mieux sa capacit&#233; de travail. C'est alors seulement que la production, dans toute son ampleur, en profondeur comme extension, devient production de marchandise. En conclusion, la marchandise ne devient forme &#233;l&#233;mentaire g&#233;n&#233;rale de la richesse que sur la base de la production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, tant que le capital ne domine pas encore l'agriculture, on continue de produire une grande partie des denr&#233;es comme simples moyens de subsistance, et non comme marchandises. De m&#234;me, une importante fraction de la population laborieuse reste non salari&#233;e et la plupart des conditions de travail ne sont pas encore du capital *.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique que la division du travail d&#233;velopp&#233;e - telle qu'elle appara&#238;t par hasard au sein de la soci&#233;t&#233; - et la division du travail capitaliste au sein de l'atelier s'engendrent et se conditionnent r&#233;ciproquement. En effet, la marchandise - forme d&#233;termin&#233;e du produit - et donc l'ali&#233;nation du produit comme forme n&#233;cessaire de l'appropriation supposent une division du travail social pleinement d&#233;velopp&#233;e. Or, c'est seulement sur la base de la production capitaliste -et donc aussi de la division du travail capitaliste au sein de l'atelier - que tout produit rev&#234;t n&#233;cessairement la forme mercantile, et que tous les producteurs sont n&#233;cessairement des producteurs de marchandises. C'est donc seulement sur la base de la production capitaliste, que la valeur d'usage est en g&#233;n&#233;ral m&#233;diatis&#233;e par la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois points suivants sont d&#233;cisifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#186; Ce n'est que la production capitaliste qui fait de la marchandise la forme g&#233;n&#233;rale de tous les produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; La production de marchandises conduit n&#233;cessairement &#224; la production capitaliste, d&#232;s lors que l'ouvrier cesse de faire partie des conditions de production objectives (esclavage, servage) ou que la communaut&#233; naturelle primitive (Inde) cesse d'&#234;tre la base sociale ; bref, d&#232;s lors que la force de travail elle-m&#234;me devient en g&#233;n&#233;ral marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#186; La production capitaliste d&#233;truit la base de la production marchande, la production individuelle autonome et l'&#233;change entre possesseurs de marchandises, c'est-&#224;-dire l'&#233;change entre &#233;quivalents. L'&#233;change purement formel entre capital et force de travail devient la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce point, il est parfaitement indiff&#233;rent de d&#233;terminer la forme sous laquelle les conditions de production entrent dans le proc&#232;s de travail. Peu importe si elles ne transmettent que progressivement leur valeur au produit, telle une fraction du capital constant, entre autres les machines, ou bien si elles s'y dissolvent physiquement, comme la mati&#232;re premi&#232;re ; ou enfin si une partie du produit est de nouveau utilis&#233;e directement par le producteur lui-m&#234;me comme moyen de travail, telle la semence dans l'agriculture, ou bien s'il doit vendre pour en reconvertir l'argent en moyen de travail. Tous les moyens de travail produits - outre qu'ils servent de valeurs d'usage dans le proc&#232;s de production - op&#232;rent maintenant aussi comme &#233;l&#233;ment du proc&#232;s de valorisation. Si on ne les convertit pas en argent v&#233;ritable, du moins les estime-t-on en monnaie de compte et les tient-on pour des valeurs d'&#233;change ; bref, on calcule tr&#232;s exactement l'&#233;l&#233;ment de valeur qu'ils ajoutent au produit, sous une forme ou sous une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans la mesure o&#249; la production capitaliste, se fixant &#224; la campagne, transforme l'agriculture en branche d'industrie exploit&#233;e de mani&#232;re capitaliste et produisant pour le march&#233; des articles destin&#233;s &#224; la vente, et non &#224; la consommation directe, on calcule ses d&#233;penses et on traite en marchandise - et donc en argent - chacun de ses articles (peu importe d'ailleurs qu'il soit achet&#233; au producteur par un tiers ou par lui-m&#234;me) ; bref, dans la mesure o&#249; la marchandise est trait&#233;e comme une valeur autonome, elle est argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'ils sont vendus comme marchandises - et sans cette vente, ils ne seraient m&#234;me plus des produits - le bl&#233;, le foin, le b&#233;tail, les diverses semences, etc. entrent dans la production comme marchandises, et donc aussi comme argent. Tout comme les produits, les conditions de production qui sont d'ailleurs produites elles aussi, deviennent des marchandises, et le proc&#232;s de valorisation implique qu'elles soient calcul&#233;es comme des grandeurs mon&#233;taires, sous la forme autonome de valeurs d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constamment, le proc&#232;s de production imm&#233;diat est d&#232;s lors union indissoluble entre proc&#232;s de travail et proc&#232;s de valorisation, tout comme le produit est unit&#233; de valeur d'&#233;change et de valeur d'usage, autrement dit marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il y a plus que ce changement formel : &#224; mesure que les fermiers ach&#232;tent ce dont ils ont besoin - et que se d&#233;veloppe donc le commerce des semences, des engrais, du b&#233;tail, etc. - ils vendent eux-m&#234;mes plus de produits de leur travail. C'est ainsi que, pour chacun de ces fermiers, les conditions de production passent effectivement de la circulation dans le proc&#232;s de production, et la circulation devient toujours davantage pr&#233;supposition de sa production, les conditions de celle-ci apparaissant de plus en plus comme des marchandises, r&#233;ellement achet&#233;es ou achetables. De toute fa&#231;on, ces articles et moyens de travail sont pour eux des marchandises, et forment donc aussi des &#233;l&#233;ments de valeur de leur capital. M&#234;me lorsqu'ils les remettent en nature dans leur propre production, les fermiers les calculent comme s'ils les avaient vendus &#224; eux-m&#234;mes. Tout cela se d&#233;veloppe au fur et &#224; mesure que le mode de production capitaliste gagne l'agriculture, et que celle-ci est g&#233;r&#233;e comme une fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que forme universelle et n&#233;cessaire du produit et d&#233;termination sp&#233;cifique au mode de production capitaliste, la marchandise se manifeste de fa&#231;on tangible dans la production &#224; grande &#233;chelle qui s'instaure au cours du d&#233;veloppement capitaliste : le produit devient toujours plus unilat&#233;ral et massif, ce qui lui imprime des traits sociaux &#233;troitement d&#233;pendants de la nature des rapports sociaux existants, en m&#234;me temps qu'un caract&#232;re contingent, inessentiel et indiff&#233;rent vis-&#224;-vis de sa valeur d'usage et de la satisfaction du besoin des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur d'&#233;change de ce produit de masse doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e. Il lui faut donc parcourir le cycle des m&#233;tamorphoses de toute marchandise, non seulement parce que le producteur doit, de toute n&#233;cessit&#233;, disposer de ses moyens de subsistance pour produire en tant que capitaliste, mais encore parce que le proc&#232;s de production doit continuer et se renouveler : il tombe donc dans la sph&#232;re du commerce. Celui qui l'ach&#232;te n'est pas le consommateur imm&#233;diat, mais le marchand dont la fonction sp&#233;cifique est de r&#233;aliser la m&#233;tamorphose des marchandises (Sismondi.) Enfin, le produit se mue en marchandise, et donc en valeur d'&#233;change, &#224; mesure qu'au sein de la production capitaliste, les branches productives se multiplient et se diversifient, en m&#234;me temps que la sph&#232;re d'&#233;changeabilit&#233; du produit .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandise, &#224; l'issue de la production capitaliste, diff&#232;re de celle qui en a &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment et la pr&#233;supposition au d&#233;part. De fait, nous sommes partis de la marchandise particuli&#232;re, article autonome mat&#233;rialisant une certaine quantit&#233; de temps de travail, et donc une valeur d'&#233;change de grandeur donn&#233;e. Or, &#224; pr&#233;sent, la marchandise a d'autres caract&#233;ristiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#170; Abstraction faite de sa valeur d'usage, elle renferme une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de travail socialement n&#233;cessaire. Mais, alors qu'il importe peu - et en fait il est compl&#232;tement indiff&#233;rent - de conna&#238;tre l'origine du travail objectiv&#233; dans la marchandise tout court, il faut que la marchandise, produit du capital renferme pour partie du travail pay&#233;, et pour partie du travail non pay&#233;. (Nous avons d&#233;j&#224; vu que cette expression n'est pas tout &#224; fait correcte, puisque le travail en tant que tel ne se vend ni ne s'ach&#232;te directement.) Mais, une somme de travail s'est objectiv&#233;e dans la marchandise. Abstraction faite du capital constant pour lequel est pay&#233; un &#233;quivalent, une partie de ce travail objectiv&#233; est &#233;chang&#233;e contre son &#233;quivalent en salaire, une autre est appropri&#233;e sans &#233;quivalent par le capitaliste. Toutes deux sont objectiv&#233;es et constituent des fractions de valeur de la marchandise. C'est donc pour plus de bri&#232;vet&#233; seulement que nous parlons de travail pay&#233; et de travail non pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; Chacune de ces marchandises n'est pas seulement une partie mat&#233;rielle du produit total du capital, mais une partie aliquote du lot (fr.) produit. Il ne s'agit plus d'une marchandise particuli&#232;re et simple, d'un produit existant &#224; lui tout seul devant nous ; le proc&#232;s n'a plus pour r&#233;sultat de simples marchandises particuli&#232;res, mais une masse de marchandises dans laquelle se sont reproduites la valeur du capital avanc&#233; + la plus-value (surtravail appropri&#233;), dont chacune contient et la valeur du capital et celle de la plus-value produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail utilis&#233; pour chacune des marchandises en particulier ne peut plus &#234;tre d&#233;termin&#233;, sinon par un calcul de moyenne ; bref, par une estimation id&#233;elle. On &#233;value d'abord la fraction du capital constant qui n'entre dans la valeur du produit total que pour autant qu'il est us&#233;, puis les conditions de production consomm&#233;es collectivement, et enfin le travail directement social et moyen d'une foule d'ouvriers coop&#233;rant dans la production. Bref, c'est un travail dont on calcule la valeur par p&#233;r&#233;quation, car on ne peut plus calculer le travail d&#233;pens&#233; pour chaque marchandise en particulier. On l'estime donc id&#233;ellement, comme partie aliquote de la valeur totale ; et, dans la d&#233;termination du prix de la marchandise, ce n'est plus qu'une partie id&#233;ale du produit total dans lequel se reproduit le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#186; En tant que produit du capital, la marchandise porte la valeur totale du capital + la plus-value, contrairement &#224; la marchandise autonome, consid&#233;r&#233;e &#224; l'origine. Cette marchandise est une m&#233;tamorphose du capital qui vient de se valoriser, et elle se r&#233;v&#232;le dans le volume et les dimensions de la vente, qui va s'effectuer en vue de r&#233;aliser la valeur originelle et la plus-value produite, ce qui ne s'obtient pas en vendant &#224; leur valeur chacune des marchandises ou une partie d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu que la marchandise doit avoir un double mode d'existence pour pouvoir passer dans la circulation. Il ne suffit pas qu'elle se pr&#233;sente &#224; l'acheteur comme article ayant certaines propri&#233;t&#233;s utiles pour la consommation individuelle ou productive, c'est-&#224;-dire comme valeur d'usage d&#233;termin&#233;e ; sa valeur d'&#233;change doit recevoir une forme autonome qui se distingue de sa valeur d'usage, ne serait-ce qu'id&#233;ellement. Bref, elle doit repr&#233;senter l'unit&#233; aussi bien que la dualit&#233; de la valeur d'usage et de la valeur d'&#233;change. Comme pure existence du temps de travail social objectiv&#233;, sa valeur d'&#233;change rev&#234;t une forme autonome, ind&#233;pendamment de la valeur d'usage, dans le prix, qui est l'expression de la valeur d'&#233;change en tant que telle, c'est-&#224;-dire dans l'argent, ou plus pr&#233;cis&#233;ment dans la monnaie de compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, certaines marchandises ne cessent d'exister d'un point de vue particulier. Par exemple, les chemins de fer, les grands travaux immobiliers, qui ont une telle continuit&#233; et une telle ampleur que tout le produit du capital avanc&#233; se manifeste dans une seule marchandise. Faut-il pour autant leur appliquer la loi valable pour la marchandise particuli&#232;re et autonome, &#224; savoir que son prix n'est rien d'autre que sa valeur exprim&#233;e en argent, la valeur totale du capital + la plus-value s'exprimant directement dans la marchandise particuli&#232;re en monnaie de compte ? Dans ces conditions, le prix de cette marchandise ne se d&#233;terminerait pas autrement que celui de la marchandise particuli&#232;re d'antan, simplement parce que le produit total du capital se pr&#233;sente dans la r&#233;alit&#233; comme une seule marchandise. Il est inutile de s'attarder davantage sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la plupart des marchandises sont de nature discr&#232;te, discontinue (du reste, m&#234;me les marchandises continues peuvent &#234;tre trait&#233;es id&#233;ellement comme des quantit&#233;s discr&#232;tes). En d'autres termes, si on les consid&#232;re comme masse d'un article d&#233;termin&#233;, elles sont divisibles selon les mesures qu'on applique commun&#233;ment &#224; leur valeur d'usage : par exemple a boisseaux de bl&#233;, b quintaux de caf&#233;, c aunes (ou m&#232;tres) de toile, x douzaines de couteaux, l'unit&#233; de mesure &#233;tant la marchandise elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons tout d'abord le produit total du capital qui, quelles que soient sa dimension et sa nature discr&#232;te ou continue, peut toujours &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une seule marchandise, comme une seule valeur d'usage, dont la valeur d'&#233;change appara&#238;t elle aussi dans un prix exprimant la valeur totale du produit tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant le proc&#232;s de valorisation, nous. avons vu qu'une partie du capital constant avanc&#233; (installations, machines, etc.) ne transmet au produit que la portion d&#233;termin&#233;e de valeur qu'elle perd en op&#233;rant comme moyen de travail dans le proc&#232;s de travail ; que cette partie n'entre jamais mat&#233;riellement, sous sa forme propre de valeur d'usage, dans le produit ; qu'elle continue de servir dans le proc&#232;s de travail, pour une longue p&#233;riode, &#224; la production de marchandises, et que la portion de valeur c&#233;d&#233;e au produit pendant sa p&#233;riode de fabrication s'&#233;value d'apr&#232;s le rapport de cette p&#233;riode &#224; toute la p&#233;riode d'utilisation du moyen de travail, c'est-&#224;-dire &#224; la p&#233;riode au cours de laquelle toute sa valeur est consomm&#233;e et transmise au produit. Par exemple, lorsque le capital constant avanc&#233; sert pendant dix ans, il suffit d'un calcul de moyenne pour d&#233;terminer qu'en une ann&#233;e il a transmis ou ajout&#233; un dixi&#232;me de sa valeur au produit. Apr&#232;s qu'une masse donn&#233;e de produits ait &#233;t&#233; rejet&#233;e du proc&#232;s de production, une portion du capital constant continue donc &#224; servir de moyen de travail et &#224; y repr&#233;senter une valeur d&#233;terminable d'apr&#232;s un calcul de moyenne, puisqu'elle n'est pas entr&#233;e dans la valeur de la masse des produits fabriqu&#233;s. Sa valeur totale n'est donc d&#233;terminante que pour la valeur de la masse de produits &#224; la fabrication desquels elle a contribu&#233; : on d&#233;duit de la valeur totale la valeur transmise en un laps de temps donn&#233;, comme partie aliquote de cette derni&#232;re, c'est dire qu'on &#233;value le rapport entre la p&#233;riode d'utilisation donn&#233;e et la p&#233;riode totale o&#249; elle fonctionne et transmet au produit la totalit&#233; de sa valeur. Pour ce qui est de la partie dont la valeur n'est pas encore entr&#233;e dans la masse des marchandises d&#233;j&#224; produites, on peut la n&#233;gliger dans ces calculs, ou l'estimer comme nulle par rapport &#224; la masse produite. Ou bien, et cela revient au m&#234;me pour notre d&#233;monstration, on peut admettre, pour simplifier, que tout le capital - y compris sa partie constante,- qui passe int&#233;gralement dans le produit au bout d'une longue p&#233;riode - se r&#233;sout enti&#232;rement dans le produit du capital total consid&#233;r&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que le capital appara&#238;t seulement sous ses formes &#233;l&#233;mentaires - marchandise ou argent - le capitaliste fait figure, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, de possesseur de marchandises ou d'argent. Mais, il ne s'ensuit pas pour autant que les possesseurs de marchandises ou d'argent soient, comme tels, des capitalistes. Comme tels, les marchandises ou l'argent ne sont pas davantage du capital- ils ne se transforment en capital que dans des conditions donn&#233;es, celles-l&#224; m&#234;me qui font du possesseur de marchandises ou d'argent un capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, &#224; l'origine, le capital appara&#238;t comme argent qui doit encore se transformer en capital, ou mieux : comme capital en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes se trompent lorsque, d'une part, ils identifient ces formes &#233;l&#233;mentaires en tant que telles - marchandises ou argent - avec le capital et que, d'autre part, ils proclament capital ce qui n'est que son mode d'existence comme valeur d'usage, les moyens de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa forme premi&#232;re, pour ainsi dire provisoire, d'argent (point de d&#233;part de la gen&#232;se du capital), le capital n'est encore que de l'argent, c'est-&#224;-dire une somme de valeurs d'&#233;change sous sa forme autonome, son expression mon&#233;taire. Mais, voil&#224;, cet argent doit se valoriser, la valeur d'&#233;change devant servir &#224; cr&#233;er davantage de valeurs d'&#233;change. La somme de valeurs doit cro&#238;tre, autrement dit. la valeur existante ne doit pas seulement se conserver, mais encore produire un incr&#233;ment, valeur &#224; ou plus-value. La valeur existante - somme d'argent donn&#233;e - appara&#238;t donc comme fluens, et l'incr&#233;ment comme fluxio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons sur l'expression mon&#233;taire autonome du capital, lorsque nous traiterons de son proc&#232;s de circulation. * Ne devant pour l'heure nous occuper que de l'argent, point de d&#233;part du proc&#232;s de production imm&#233;diat, il nous suffit de faire observer que le capital existe jusqu'ici seulement comme somme donn&#233;e de valeurs = A (argent), d'o&#249; toute trace de valeur d'usage a disparu, pour ne laisser subsister que sa forme mon&#233;taire. La grandeur de cette somme de valeurs trouve sa limite dans le montant ou la quantit&#233; de la somme d'argent devant se transformer en capital : cette somme de valeurs ne devient donc du capital que parce que sa grandeur augmente et peut varier, &#233;tant d'embl&#233;e un fluens engendrant une fluxio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi - par d&#233;finition - cette somme d'argent n'est capital que si on l'utilise ou la d&#233;pense en vue de l'augmenter. Ce qui, pour la somme existante de valeurs ou d'argent, est destination - tendance et impulsion int&#233;rieures - devient but et intention pour le capitaliste qui poss&#232;de cette somme d'argent et assume cette fonction d'augmenter le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine, le capital - ou ce qui doit devenir du capital - rev&#234;t la forme toute simple de la valeur - ou de l'argent - dans laquelle il est fait abstraction de toute relation avec la valeur, d'usage, puisque celle-ci y dispara&#238;t. De m&#234;me, la d&#233;finition que nous venons de donner du capital - cr&#233;ation de valeur plus grande - fait abstraction de toutes les interf&#233;rences perturbatrices et des rapports d&#233;routants avec le proc&#232;s de production r&#233;el (production de marchandises, etc.) si bien que nous y d&#233;couvrons, sous une forme abstraite tout aussi simple, la sp&#233;cificit&#233; du proc&#232;s de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capital initial est une somme de valeurs &#233;gale &#224; x, le but de cet x, en devenant du capital, est de se transformer en x + x, c'est-&#224;-dire, en une somme d'argent ou de valeurs, qui non seulement correspond &#224; la somme de valeurs initiale mais encore profite d'un exc&#233;dent. Autrement dit, il se mue en une grandeur mon&#233;taire &#224; laquelle s'ajoute une plus-value. La production de plus-value (qui implique la conservation de la valeur avanc&#233;e au d&#233;but) devient d&#232;s lors le but d&#233;terminant, l'int&#233;r&#234;t moteur et le r&#233;sultat final du proc&#232;s de production capitaliste, ce par quoi la valeur initiale se transforme en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode ou proc&#233;d&#233; employ&#233; dans la pratique pour transformer x en x + x ne change rien au but et au r&#233;sultat du processus. Si x peut &#234;tre transforme en x + x m&#234;me sans qu'il y ait proc&#232;s de production capitaliste, il ne saurait l'&#234;tre 1&#186; ni dans les conditions d'une soci&#233;t&#233; dont les membres concurrents se font face uniquement comme possesseurs de marchandises et n'entrent qu'&#224; ce titre en contact mutuel (ce qui exclut l'esclavagisme, etc.) ; 2&#186; ni dans l'hypoth&#232;se o&#249; le produit social est cr&#233;&#233; comme marchandise (ce qui exclut toutes les formes o&#249; les producteurs imm&#233;diats ont pour but principal la valeur d'usage et convertissent, tout au plus, l'exc&#233;dent du produit en marchandise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce but du Proc&#232;s - transformation de x en x + x - indique aussi quelle est la voie que doit suivre notre recherche. Il s'agit d'exprimer la fonction d'une grandeur variable, ou la mutation en une grandeur variable qui s'op&#232;re au cours du proc&#232;s : au d&#233;but, la somme d'argent donn&#233;e x est une grandeur constante, son Incr&#233;ment &#233;tant &#233;gal &#224; z&#233;ro, au cours du proc&#232;s, elle doit se transformer en une grandeur nouvelle, renfermant un &#233;l&#233;ment variable. Il nous fait donc d&#233;couvrir cet &#233;l&#233;ment et, en m&#234;me temps, montrer comment nous obtenons une variable &#224; Partir d'une grandeur initialement constante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le verrons lors de l'analyse du proc&#232;s de production r&#233;el, &#233;tant donn&#233; qu'une partie de x se retransforme en une grandeur constante, &#224; savoir en moyens de travail et qu'une partie seulement de la valeur de x doit avoir la forme de valeurs d'usage d&#233;termin&#233;es, et non de monnaie [ce qui ne modifie en rien la grandeur de valeur constante, ni en g&#233;n&#233;ral cette partie pour autant qu'elle est valeur d'&#233;change], x se pr&#233;sente dans ce proc&#232;s, comme c (grandeur constante) + v (grandeur variable), soit : c + v. A pr&#233;sent la diff&#233;rence sera : [ (c + v)] = [c + (v + v)] et, comme c = o, nous obtenons [v + v]. Ce qui appara&#238;t &#224; l'origine comme x est donc en r&#233;alit&#233; v. Le rapport entre cet incr&#233;ment de la grandeur initiale x et la partie de x, dont il est r&#233;ellement l'incr&#233;ment, devra &#234;tre (puisque v = v, x &#233;tant &#233;gal &#224; v) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; =&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui est la formule du taux de plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le capital total C est &#233;gal &#224; c + v (c &#233;tant constant et v variable), C peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme fonction de v : si v augmente de v, C devient C'. Nous aurons donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) C = c + v ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) C' = c + (v + v).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soustrayant la premi&#232;re &#233;quation de la seconde, on obtient la diff&#233;rence C' - C, c'est-&#224;-dire l'incr&#233;ment de C, soit C. Il s'ensuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) C' - C = c + v + v - c - v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme C' - C repr&#233;sente la grandeur dont C a vari&#233; ( C), c'est-&#224;-dire l'incr&#233;ment de C, soit &#224; C, nous aurons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) C= v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, l'incr&#233;ment du capital total correspond &#224; l'incr&#233;ment de la partie variable du capital, de sorte que C (ou la variation de la partie constante du capital) est &#233;gal &#224; z&#233;ro, et il n'y a donc pas lieu d'en tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proportion dans laquelle v a augment&#233; est (taux de plus-value). La proportion dans laquelle C a augment&#233; est = (taux de profit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction v&#233;ritable sp&#233;cifique du capital en tant que tel est donc de produire une plus-value, or &#8211; comme il appara&#238;tra ult&#233;rieurement - ce n'est rien d'autre que produire du surtravail et s'approprier du travail non pay&#233; au sein du proc&#232;s de production r&#233;el, le surtravail se pr&#233;sentant et se mat&#233;rialisant en la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte, par ailleurs, que, pour transformer x en capital, c'est-&#224;-dire en x + x, il faut que la valeur ou somme d'argent x se convertisse en facteurs du proc&#232;s de production et - avant tout - en facteurs du proc&#232;s de travail r&#233;el. Dans certaines branches d'industrie, il arrive qu'une partie des moyens de production - objet du travail - n'ait pas de valeur, n'&#233;tant pas une marchandise bien qu'ayant une valeur d'usage. Dans ce cas, une partie seulement de x se convertit en moyens de production. Si l'on consid&#232;re la conversion de x, c'est-&#224;-dire l'achat par x de marchandises destin&#233;es au proc&#232;s de production, la valeur de l'objet de travail - qui n'est rien d'autre que les moyens de production achet&#233;s - est alors &#233;gale &#224; z&#233;ro. Nous consid&#233;rons, bien s&#251;r, la question sous sa forme achev&#233;e, l'objet du travail &#233;tant marchandise. Lorsque ce n'est pas le cas, ce facteur -pour ce qui est de la valeur - se pose par d&#233;finition comme &#233;gal &#224; z&#233;ro, ceci pour rectifier le calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme la marchandise est unit&#233; imm&#233;diate de valeur d'usage et de valeur d'&#233;change, le proc&#232;s de production des marchandises est unit&#233; imm&#233;diate du proc&#232;s de travail et du proc&#232;s de valorisation. De m&#234;me, si les marchandises, unit&#233;s imm&#233;diates de valeur d'usage et d'&#233;change, sortent du proc&#232;s de travail comme r&#233;sultat (produit), elles y entrent, comme &#233;l&#233;ments constitutifs. Bref, il ne peut rien sortir d'un proc&#232;s de production qui n'y soit entr&#233; sous forme de conditions de production. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soumission r&#233;elle du travail au capital s'accompagne d'une r&#233;volution compl&#232;te (qui se poursuit et se renouvelle constamment. cf. le Manifeste communiste 3) du mode de production, de la productivit&#233; du travail et des rapports entre capitalistes et ouvriers. **&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soumission r&#233;elle du travail au capital va de pair avec les transformations du proc&#232;s de production que nous venons de mentionner : d&#233;veloppement des forces de la production sociale du travail et gr&#226;ce au travail &#224; une grande &#233;chelle, application de la science et du machinisme &#224; la production imm&#233;diate. D'une part, le mode de production capitaliste - qui &#224; pr&#233;sent appara&#238;t v&#233;ritablement comme un mode de production sui generis - donne &#224; la production mat&#233;rielle une forme diff&#233;rente ; d'autre part, cette modification de la forme mat&#233;rielle constitue la base pour le d&#233;veloppement des rapports capitalistes, qui exigent donc un niveau d&#233;termin&#233; d'&#233;volution des forces productives pour trouver leur forme ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu qu'un minimum d&#233;termin&#233; et toujours croissant de capital dans les mains de tout capitaliste est la pr&#233;misse aussi bien que le r&#233;sultat constant du mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste. Le capitaliste doit &#234;tre propri&#233;taire ou d&#233;tenteur des moyens de production &#224; une &#233;chelle sociale : leur valeur n'a d&#233;sormais plus aucune proportion avec ce que peut produire un individu ou sa famille. Ce minimum de capital est d'autant plus &#233;lev&#233; dans une branche de production que celle-ci est exploit&#233;e d'une mani&#232;re plus capitaliste et que la productivit&#233; sociale du travail y est d&#233;velopp&#233;e. A mesure que le capital voit augmenter sa valeur et qu'il prend des dimensions sociales, il perd tous ses caract&#232;res individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La productivit&#233; du travail, la masse de production, de population et de surpopulation que d&#233;termine ce mode de production, cr&#233;ent sans cesse - gr&#226;ce au capital et au travail devenus disponibles - de nouvelles branches d'industrie, o&#249; le capital peut se remettre &#224; travailler sur une &#233;chelle plus modeste et &#224; reparcourir les divers stades de d&#233;veloppement jusqu'&#224; ce qu'elles fonctionnent, elles aussi, &#224; une &#233;chelle sociale : ce proc&#232;s est constant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la production capitaliste tend &#224; conqu&#233;rir toutes les branches d'industrie o&#249; elle ne domine pas encore et o&#249; ne r&#232;gne qu'une soumission formelle. D&#232;s qu'elle s'est empar&#233;e de l'agriculture, de l'industrie extractive, des principales branches textiles, etc., elle gagne les secteurs o&#249; sa soumission est purement formelle, voire o&#249; subsistent encore des travailleurs ind&#233;pendants *.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En traitant du machinisme, nous avons d&#233;j&#224; observ&#233; que l'introduction de machines dans un secteur entra&#238;ne leur utilisation dans les autres compartiments de ce secteur ainsi que dans les secteurs plus &#233;loign&#233;s. Par exemple, les machines &#224; filer ouvrent la voie aux machines &#224; tisser, comme la filature m&#233;canique dans l'industrie cotonni&#232;re conduit &#224; la filature m&#233;canique dans les industries de la laine, du lin, de la soie, etc. L'emploi croissant de machines dans les mines de charbon, les manufactures cotonni&#232;res, etc., finit par d&#233;velopper la production en grand dans l'industrie de construction des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de l'accroissement des moyens de communication qu'exige ce mode de production &#224; une grande &#233;chelle, ce n'est qu'avec l'introduction du machinisme dans l'industrie de la construction des machines - c'est-&#224;-dire des prime motors cycliques - qu'il fut possible de d&#233;velopper non seulement les chemins de fer, mais encore les bateaux &#224; vapeur, ce qui &#224; son tour bouleversa toute la construction navale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les secteurs qu'elle n'a pas encore conquis, la grande industrie cr&#233;e une surpopulation relative ou y jette des masses humaines suffisantes pour transformer en grande industrie l'artisanat ou les Petits ateliers formellement capitalistes. A ce propos, la j&#233;r&#233;miade d'un tory :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le bon vieux temps, quand vivre et laisser vivre &#233;tait la devise universelle, chacun se contentait d'une seule occupation. Dans l'activit&#233; cotonni&#232;re, il y avait les tisserands, les fileurs, les blanchisseurs, les teinturiers et plusieurs autres m&#233;tiers ind&#233;pendants, qui vivaient tous des profits de leur industrie respective, tous &#233;tant satisfaits et heureux, comme il est normal. Cependant, au fur et &#224; mesure que le commerce s'est &#233;tendu, le capitaliste s'est empar&#233; d'abord de l'une, puis de l'autre branche, jusqu'au jour o&#249; tout le monde fut &#233;vinc&#233; et jet&#233; sur le march&#233; du travail, pour y trouver tant bien que mal un gagne-pain. Ainsi, bien qu'aucune loi n'assure aux capitalistes le droit d'&#234;tre fileurs, manufacturiers ou teinturiers, l'&#233;volution les a investis d'un monopole universel... Ils sont devenus hommes &#224; tout faire et, comme le pays vit de l'industrie, il est &#224; craindre qu'ils ne soient ma&#238;tres en rien. &#187; 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat mat&#233;riel de la production - outre le d&#233;veloppement des forces de production sociale du travail - est l'augmentation de la masse des produits, la multiplication et la diversification des branches et rameaux de la production, par quoi seulement la valeur d'&#233;change se d&#233;veloppe en m&#234;me temps que les sph&#232;res d'activit&#233; dans lesquelles les produits se r&#233;alisent comme valeurs d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a production pour la production, production comme fin en soi, d&#232;s que le travail est soumis formellement au capital, que le but imm&#233;diat de la production est de produire le plus possible de plus-value et que la valeur d'&#233;change du produit devient le but d&#233;cisif. Mais, cette tendance inh&#233;rente au rapport capitaliste ne se r&#233;alise d'une mani&#232;re ad&#233;quate et ne devient technologiquement aussi une condition n&#233;cessaire qu'&#224; partir du moment o&#249; est d&#233;velopp&#233; le mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste, autrement dit, la soumission r&#233;elle du travail au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant d&#233;j&#224; trait&#233; largement cette question, nous pouvons &#234;tre bref ici. Cette production n'est pas entrav&#233;e par des limitations fix&#233;es au pr&#233;alable et d&#233;termin&#233;es par les besoins. C'est en quoi elle se distingue des modes de production ant&#233;rieurs, si l'on veut, son c&#244;t&#233; positif. Son caract&#232;re antagonique impose cependant &#224; la production des limites qu'elle cherche constamment &#224; surmonter : d'o&#249; les crises, la surproduction, etc. Ce qui fait son caract&#232;re n&#233;gatif ou antagonique, c'est qu'elle s'effectue en contraste avec les producteurs et sans &#233;gard pour eux, ceux-ci n'&#233;tant que de simples moyens de produire, tandis que, devenue une fin en soi, la richesse mat&#233;rielle se d&#233;veloppe en opposition &#224; l'homme et &#224; ses d&#233;pens. La productivit&#233; du travail signifie le maximum de produits avec le minimum de travail, autrement dit, des marchandises le meilleur march&#233; possible. Dans le mode de production capitaliste, cela devient une loi, ind&#233;pendamment de la volont&#233; du capitaliste. En pratique, cette loi en implique une autre : les besoins ne d&#233;terminent pas le niveau de la production, mais, au contraire, la masse des produits est fix&#233;e par le niveau toujours croissant, prescrit par le mode de production. Or, le but de celui-ci, c'est que chaque produit contienne le plus de travail non pay&#233; possible, ce qui ne peut se r&#233;aliser qu'en produisant pour la production. Cette loi se traduit en outre par le fait que, d'une part, le capitaliste produisant &#224; une &#233;chelle trop r&#233;duite incorpore aux produits une quantit&#233; de travail exc&#233;dant la moyenne sociale (c'est ici que s'applique de mani&#232;re ad&#233;quate la loi de la valeur, qui ne se d&#233;veloppe compl&#232;tement que sur la base du mode de production capitaliste) ; d'autre part, le capitaliste individuel tend &#224; briser cette loi ou &#224; la tourner &#224; son avantage, en s'effor&#231;ant d'abaisser la valeur de chaque marchandise au-dessous de la valeur d&#233;termin&#233;e socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces formes de production (de plus-value relative), outre qu'elles abaissent sans cesse le minimum de capital n&#233;cessaire &#224; la production, ont en commun que les conditions collectives du travail de nombreux ouvriers directement associ&#233;s permettent de r&#233;aliser des &#233;conomies par rapport aux conditions de la production effectu&#233;e &#224; une &#233;chelle plus modeste et avec des producteurs parcellaires dispers&#233;s, car l'efficacit&#233; des conditions de production collectives est plus que proportionnelle &#224; l'accroissement de leur masse et de leur valeur : leur utilisation collective et simultan&#233;e fait diminuer d'autant plus leur valeur relative (en ce qui concerne le produit) que leur masse augmente en valeur absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de continuer l'analyse de la forme nouvelle que rev&#234;t le capital r&#233;sultant du mode de production capitaliste, faisons bri&#232;vement quelques remarques sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le but imm&#233;diat et le produit sp&#233;cifique de la production capitaliste sont la plus-value, seul est productif le travail ou le prestataire de force de travail, qui produit directement de la plus-value. Le seul travail qui soit productif, c'est donc celui qui est consomm&#233; directement dans le proc&#232;s de production en vue de valoriser le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du simple point de vue du proc&#232;s de travail en g&#233;n&#233;ral, est productif le travail qui se r&#233;alise en un produit ou, mieux, une marchandise. Du point de vue de la production capitaliste, il faut ajouter : est productif le travail qui valorise directement le capital ou produit de la plus-value, c'est-&#224;-dire le travail qui se r&#233;alise, sans aucun &#233;quivalent pour l'ouvrier qui l'ex&#233;cute, en une plus-value repr&#233;sent&#233;e par un surproduit, donc en un incr&#233;ment additionnel de marchandises pour celui qui monopolise les moyens de travail, le capitaliste. En somme, seul est productif le travail qui pose le capital variable - et partant le capital total - comme C + C = C + v, autrement dit, le travail utilis&#233; directement par le capital comme agent de son auto-valorisation, comme moyen pour produire de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de travail capitaliste ne supprime pas les caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales du proc&#232;s de travail : il cr&#233;e un produit et une marchandise. En ce sens, est productif le travail qui s'objective en marchandises, (unit&#233;s de la valeur d'usage et de la valeur d'&#233;change). Cependant, le proc&#232;s de travail n'est que simple moyen de valoriser du capital. En cons&#233;quence, est productif le travail qui se manifeste dans la marchandise : si nous consid&#233;rons une marchandise particuli&#232;re, le travail qui s'exprime dans l'une de ses quotit&#233;s repr&#233;sentant du travail non pay&#233;, ou, si nous consid&#233;rons le produit total, le travail qui s'exprime dans l'une des quotit&#233;s de la masse totale de marchandises repr&#233;sentant du travail non pay&#233; ; bref, en un produit qui ne co&#251;te rien au capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est productif l'ouvrier qui effectue un travail productif, le travail productif &#233;tant celui qui engendre directement de la plus-value, c'est-&#224;-dire qui-valorise le capital. -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toute l'&#233;troitesse d'esprit du bourgeois, qui tient la forme capitaliste pour la forme absolue de la production, et donc pour sa forme naturelle, pour confondre ce qui est travail productif et ouvrier productif du point de vue du capital avec ce qui est travail productif en g&#233;n&#233;ral, de sorte qu'il se satisfait de cette tautologie : est productif tout travail qui produit en g&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire qui aboutit &#224; un produit ou valeur d'usage quelconque, voire &#224; un r&#233;sultat quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul est productif l'ouvrier dont le proc&#232;s de travail correspond au proc&#232;s productif de consommation de la force de travail - du porteur de ce travail - par le capital ou le capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte directement deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#186; Avec le d&#233;veloppement de la soumission r&#233;elle du travail au capital ou mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste, le v&#233;ritable agent du proc&#232;s de travail total n'est plus le travailleur individuel, mais une force de travail se combinant toujours plus socialement. Dans ces conditions, les nombreuses forces de travail, qui coop&#232;rent et forment la machine productive totale, participent de la mani&#232;re la plus diverse au proc&#232;s imm&#233;diat de cr&#233;ation des marchandises ou, mieux, des produits- les uns travaillant intellectuellement, les autres manuellement, les uns comme directeur, ing&#233;nieur, technicien ou comme surveillant, les autres, enfin, comme ouvrier manuel, voire simple auxiliaire. Un nombre croissant de fonctions de la force de travail prennent le caract&#232;re imm&#233;diat de travail productif, ceux qui les ex&#233;cutent &#233;tant des ouvriers productifs directement exploit&#233;s par le capital et soumis &#224; son proc&#232;s de production et de valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re le travailleur collectif qui forme l'atelier, son activit&#233; combin&#233;e s'exprime mat&#233;riellement et directement dans un produit global, c'est-&#224;-dire une masse totale de marchandises. D&#232;s lors, il est parfaitement indiff&#233;rent de d&#233;terminer si la fonction du travailleur individuel - simple maillon du travailleur collectif &#8211; consiste plus ou moins en travail manuel simple. L'activit&#233; de cette force de travail globale est directement consomm&#233;e de mani&#232;re. productive par le capital dans le proc&#232;s d'autovalorisation du capital : elle produit donc imm&#233;diatement de la plus-value ou mieux, comme nous le verrons par la suite, elle se transforme directement elle-m&#234;me en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; Les &#233;l&#233;ments cons&#233;cutifs de la d&#233;finition du travail productif se d&#233;duisent directement du proc&#232;s de production capitaliste. En premier lieu, vis-&#224;-vis du capital ou du capitaliste, le possesseur de la capacit&#233; de travail appara&#238;t comme vendeur de celle-ci et - ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; dit en utilisant une expression irrationnelle * - comme vendeur direct de travail vivant, et non de marchandise objective : ouvrier salari&#233;. Telle est la premi&#232;re condition Pr&#233;alable. En second lieu, sit&#244;t qu'elle est introduite par ce proc&#232;s pr&#233;liminaire qui fait partie de la circulation, sa force de travail est directement incorpor&#233;e comme facteur vivant au proc&#232;s de production du capital et en devient m&#234;me l'une de ses parties constitutives, la partie variable, qui non seulement conserve et reproduit les valeurs du capital avanc&#233;, mais encore les augmente et, en cr&#233;ant la plus-value, les transforme en valeur qui se valorise, en capital. Au cours du proc&#232;s de production, cette force de travail, grandeur fluide de valeur, se mat&#233;rialise directement dans des objets. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instar de ce qui se passe dans l'argent o&#249; le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral du travail cr&#233;ateur de valeur appara&#238;t comme la propri&#233;t&#233; d'une chose, toutes les forces de production sociales du travail se pr&#233;sentent comme forces productives et propri&#233;t&#233;s immanentes du capital, du fait qu'au sein du proc&#232;s de production le travail vivant est d&#233;j&#224; incorpor&#233; au capital. C'est ce qui appara&#238;t d'autant plus que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#186; Si c'est &#224; l'ouvrier particulier qu'appartient le travail qui est manifestation et effort de sa force de travail (car ne paie-t-il pas avec cela ce qu'il re&#231;oit du capitaliste), c'est au capitaliste qu'appartient le travail qu'il objective dans un produit, sans parler de ce qu'en outre toute la combinaison sociale, au sein de laquelle les forces de travail particuli&#232;res op&#232;rent comme tel ou tel organe de l'ensemble de la force de travail constituant l'atelier, n'appartient pas aux ouvriers, mais leur fait face et s'impose &#224; eux comme arrangement capitaliste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; ces forces de production sociales du travail ou forces productives du travail social ne se d&#233;veloppent historiquement qu'avec le mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste, ce qui les fait appara&#238;tre comme immanentes au syst&#232;me capitaliste et ins&#233;parables de lui ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#186; avec le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste, les conditions objectives du travail changent de forme par suite de leur dimension croissante et des &#233;conomies effectu&#233;es dans leur emploi (sans parler de ce que les instruments de travail changent compl&#232;tement de forme avec le machinisme, etc.). Elles se d&#233;veloppent avec la concentration des moyens de production, qui repr&#233;sentent la richesse sociale, en un mot avec l'ampleur et l'efficacit&#233; croissantes des conditions de production du travail socialement combin&#233;. Non seulement la combinaison du travail, mais encore le caract&#232;re social des conditions de travail - parmi lesquelles il faut compter entre autres, la forme qu'elles acqui&#232;rent dans la machinerie et le capital fixe quel qu'il soit - semblent &#234;tre absolument autonomes et distincts des ouvriers, un mode d'existence du capital ; ainsi, il semble qu'il soit arrang&#233; par le capitaliste, ind&#233;pendamment des ouvriers. Mais plus encore que le caract&#232;re social de leur propre travail, le caract&#232;re des conditions de production, devenues collectives, apparaissent comme capitalistes, ind&#233;pendamment des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point 3, il faut ajouter les observations suivantes, qui anticipent en partie sur ce qui va suivre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le profit - &#224; la diff&#233;rence de la plus-value * - peut cro&#238;tre si l'on &#233;conomise des conditions collectives de travail, soit que l'on utilise mieux les b&#226;timents, le chauffage, l'&#233;clairage, etc., soit que la valeur du prime motor (source d'&#233;nergie) ne croisse pas dans la m&#234;me mesure que sa puissance, sans parler des &#233;conomies que l'on peut r&#233;aliser, en pesant sur le prix des mati&#232;res premi&#232;res, en r&#233;utilisant les d&#233;chets, en am&#233;nageant les d&#233;penses de gestion, en stockant rationnellement les marchandises produites en masse, etc. Le meilleur march&#233; relatif du capital constant, malgr&#233; l'augmentation absolue de sa valeur, est d&#251; au fait que les moyens de production - moyens et mati&#232;re du travail - sont utilis&#233;s collectivement, ce qui a pour pr&#233;misse absolue la coop&#233;ration d'ouvriers tenus ensemble. Tout cela n'est que l'expression objective du caract&#232;re social du travail, et de la force productive sociale qui en r&#233;sulte. Ainsi, la forme particuli&#232;re de ces conditions - la machinerie, par exemple - ne pourrait s'appliquer, si le travail ne se faisait pas en association. N&#233;anmoins, pour l'ouvrier qui s'affaire au milieu d'elles, ces conditions paraissent &#234;tre donn&#233;es, ind&#233;pendantes de lui, en tant que formes du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, les &#233;conomies r&#233;alis&#233;es sur les conditions de travail (et l'augmentation cons&#233;cutive du profit ainsi que la baisse de prix des marchandises) apparaissent comme distinctes du surtravail de l'ouvrier, comme l'&#339;uvre et le fait du capitaliste, qui op&#232;re comme personnification du caract&#232;re social du travail et de l'atelier collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science, produit intellectuel g&#233;n&#233;ral du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; para&#238;t, elle aussi, directement incorpor&#233;e au capital, et son application au proc&#232;s de production mat&#233;riel ind&#233;pendante du savoir et de la capacit&#233; de l'ouvrier individuel- le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, &#233;tant exploit&#233; par le capital gr&#226;ce au travail et agissant sur le travail comme force productive du capital, appara&#238;t comme le d&#233;veloppement m&#234;me du capital, et ce d'autant plus que, pour le plus grand nombre, la capacit&#233; de travail est vid&#233;e parall&#232;lement de sa substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste ne d&#233;tient, de pouvoir que pour autant qu'il personnifie le capital : dans la comptabilit&#233; italienne, il appara&#238;t toujours comme double figure ; il est ainsi le d&#233;biteur de son propre capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soumission formelle, la productivit&#233; du travail est assur&#233;e, tout d'abord, purement et simplement par ce que l'ouvrier est contraint d'effectuer du surtravail. Cette contrainte est commune aux modes de production qui se sont succ&#233;d&#233; jusqu'ici, &#224; cela pr&#232;s qu'avec le capitalisme elle s'exerce en un sens plus favorable &#224; la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans le rapport purement formel - valable en g&#233;n&#233;ral pour toute la production capitaliste, puisque celle-ci conserve, m&#234;me dans son plein d&#233;veloppement, les caract&#233;ristiques de son mode peu &#233;volu&#233; - les moyens de production, conditions mat&#233;rielles du travail, ne sont pas soumis au travailleur, mais c'est lui qui leur est soumis : c'est le capital qui emploie le travail. Dans cette simplicit&#233;, ce rapport met en relief la personnification des objets et la r&#233;ification des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le rapport devient plus complexe et apparemment plus myst&#233;rieux, lorsque, avec le d&#233;veloppement du mode de production sp&#233;cifiquement capitaliste, ce ne sont plus seulement les objets - ces produits du travail, en tant que valeurs d'usage et valeurs d'&#233;change - qui, face &#224; l'ouvrier, se dressent sur leurs pieds comme &#171; capital &#187;, mais encore les formes sociales du travail qui se pr&#233;sentent comme formes de d&#233;veloppement du capital, si bien que les forces productives, ainsi d&#233;velopp&#233;es, du travail social apparaissent comme forces productives du capital : en tant que telles, elles sont &#171; capitalis&#233;es &#187;, en face du travail. En fait, l'unit&#233; collective se trouve dans la coop&#233;ration, l'association, la division du travail, l'utilisation des forces naturelles, des sciences et des produits du travail sous forme des machines. Tout cela s'oppose &#224; l'ouvrier individuel comme quelque chose qui lui est &#233;tranger et existe au pr&#233;alable sous forme mat&#233;rielle-, qui plus est, il lui semble qu'il n'y ait contribu&#233; en rien, ou m&#234;me que tout cela existe en d&#233;pit de ce qu'il fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, toutes les choses deviennent ind&#233;pendantes de lui, simples modes d'existence des moyens de travail, qui le dominent en tant qu'objets. L'intelligence et la volont&#233; de l'atelier collectif semblent incarn&#233;es dans ses repr&#233;sentants - le capitaliste ou ses sous-fifres - dans la mesure o&#249; les ouvriers sont associ&#233;s dans l'atelier et o&#249; les fonctions du capital incarn&#233;es dans le capitaliste s'opposent &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes sociales du travail des ouvriers individuels - aussi bien subjectivement qu'objectivement - ou, en d'autres termes, la forme de leur propre travail social, sont des rapports &#233;tablis d'apr&#232;s un mode tout &#224; fait ind&#233;pendants d'eux : en &#233;tant soumis au capital, les ouvriers deviennent des &#233;l&#233;ments de ces formations sociales, qui se dressent en face d'eux comme formes du capital lui-m&#234;me, comme si elles lui appartenaient - &#224; la diff&#233;rence de la capacit&#233; de travail des ouvriers - et comme si elles d&#233;coulaient du capital et s'y incorporaient aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela prend des formes d'autant plus r&#233;elles que, d'une part, la capacit&#233; du travail elle-m&#234;me est modifi&#233;e par ces formes au point qu'elle devient impuissante lorsqu'elle en est s&#233;par&#233;e, autrement dit que sa force productive autonome est bris&#233;e lorsqu'elle ne se trouve plus dans le rapport capitaliste ; et que d'autre part, la machinerie se d&#233;veloppe, si bien que les conditions de travail en arrivent, m&#234;me du point de vue technologique, &#224; dominer le travail en m&#234;me temps qu'elles le remplacent, l'oppriment et le rendent superflu dans les formes o&#249; il est autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce proc&#232;s, les caract&#232;res sociaux du travail apparaissent aux ouvriers comme s'ils &#233;taient capitalis&#233;s en face d'eux : dans la machinerie, par exemple, les produits visibles du travail apparaissent comme dominant le travail. Il en va naturellement de m&#234;me pour les forces de la nature et la science (ce produit du d&#233;veloppement historique g&#233;n&#233;ral dans sa quintessence abstraite), qui font face &#224; l'ouvrier comme puissances du capital, en se d&#233;tachant effectivement de l'art et du savoir de l'ouvrier individuel. Bien qu'elles soient, &#224; leur source, le produit du travail, elles apparaissent comme &#233;tant incorpor&#233;es au capital, &#224; peine l'ouvrier entre-t-il dans le proc&#232;s de travail. Le capitaliste qui emploie une machine, n'a pas besoin de la comprendre (cf. Ure) * ; pourtant la science r&#233;alis&#233;e dans la machine, appara&#238;t comme capital face aux ouvriers. De fait, toutes ces applications - fond&#233;es sur le travail associ&#233; - de la science, des forces de la nature et des produits du travail en grande s&#233;rie apparaissent uniquement comme moyens d'exploitation du travail et d'appropriation du surtravail, et donc comme forces appartenant en soi au capital. Naturellement, le capital utilise tous ces moyens dans le seul but d'exploiter le travail, mais, pour ce faire, il doit les appliquer &#224; la production. C'est ainsi que le d&#233;veloppement des forces productives sociales du travail et les conditions de ce d&#233;veloppement apparaissent comme l'&#339;uvre du capital, et l'ouvrier se trouve, face &#224; tout cela, en un rapport non seulement passif, mais antagonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital, puisqu'il se compose de marchandises, est lui aussi double :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#186; Valeur d'&#233;change (argent), mais &#233;galement valeur, qui se valorise pour cr&#233;er de la valeur et, augmenter la valeur, et qui s'incorpore un incr&#233;ment de valeur. Tout cela se ram&#232;ne &#224; l'&#233;change d'une, somme donn&#233;e de travail objectiv&#233; contre une somme plus grande de travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; Valeur d'usage, et ici le capital se conforme &#224; la nature du proc&#232;s de travail. Mais c'est justement ici qu'il n'est pas seulement mati&#232;re et moyen de travail auxquels le travail appartient et s'incorpore, mais encore combinaisons sociales du travail et d&#233;veloppement correspondant du moyen de travail. Seule la production capitaliste d&#233;veloppe sur une grande &#233;chelle les conditions, aussi bien objectives que subjectives, du proc&#232;s de travail, en les arrachant aux travailleurs autonomes, mais elle les d&#233;veloppe comme puissances &#233;trang&#232;res &#224; l'ouvrier qui travaille sous leur domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital devient ainsi un &#234;tre tout &#224; fait myst&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de travail s'amoncellent comme forces sociales face &#224; l'ouvrier, et c'est sous cette forme qu'elles sont capitalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital appara&#238;t donc comme productif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#186; parce qu'il contraint l'ouvrier &#224; effectuer du surtravail. Or si le travail est productif, c'est pr&#233;cis&#233;ment du fait qu'il effectue du surtravail, du fait de la diff&#233;rence qui se r&#233;alise entre la valeur de la capacit&#233; de travail et celle de sa valorisation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#186; parce qu'il personnifie et repr&#233;sente, sous forme objectiv&#233;e, les &#171; forces de la production sociale du travail &#187; ou forces productives du travail social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu que la loi de la production capitaliste - la cr&#233;ation de plus-value, etc. - s'impose comme contrainte que les capitalistes exercent les uns sur les autres ainsi que sur les ouvriers, bref c'est une loi du capital qui op&#232;re contre tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force, de nature sociale, du travail ne se d&#233;veloppe pas dans le proc&#232;s de valorisation en tant que tel, mais dans le proc&#232;s de travail r&#233;el. C'est pourquoi, elle appara&#238;t comme une propri&#233;t&#233; inh&#233;rente au capital en tant que chose, comme sa valeur d'usage. Le travail productif (de valeur) continue de faire face au capital comme travail des ouvriers individuels, quelles que soient les combinaisons sociales dans lesquelles ces ouvriers entrent dans le proc&#232;s de production. Tandis que le capital s'oppose, comme force sociale du travail, aux ouvriers, le travail productif, lui, se manifeste toujours face au capital comme travail des ouvriers individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant le proc&#232;s d'accumulation, nous avons vu que c'est comme force immanente du capital qu'appara&#238;t l'&#233;l&#233;ment gr&#226;ce auquel le travail pass&#233; - sous forme de forces productives et de conditions de production d&#233;j&#224; produites - accro&#238;t la reproduction, sous l'angle aussi bien de la valeur d'usage que de la valeur d'&#233;change, dont la masse de valeur est conserv&#233;e par une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de travail vivant, tout comme la masse de valeurs d'usage est de nouveau produite. En effet, le travail objectiv&#233; op&#232;re toujours en se capitalisant face &#224; l'ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital c'est la puissance d&#233;mocratique, philanthropique et &#233;galitaire par excellence. &#187; Cf. Fr. Bastiat, Gratuit&#233; du cr&#233;dit etc., Paris, 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital accumul&#233; cultive la terre et emploie aussi le travail. &#187; CL A. Smith, I.c., vol. V, chap. 2, &#233;dit. Buchanan, 1814, vol. III, p. 309.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital est... une force collective. &#187; Cf. John Wade, History of the Middle and Working Classes etc., 3e &#233;dit., Londres, 1835, p. 162. &#171; Le capital n'est qu'un autre nom pour la civilisation. &#187; Ibid., p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La classe des capitalistes, consid&#233;r&#233;e en bloc ; se trouve dans une position normale, en ce que son bien-&#234;tre suit la marche du progr&#232;s social. &#187; CL Cherbuliez, Riche ou Pauvre, p. 75. &#171; Le capitaliste est l'homme social par excellence, il repr&#233;sente la civilisation. &#187; Ibid., p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmation sans voiles : &#171; La force productive du capital n'est rien d'autre que la quantit&#233; de forces productives r&#233;elles que le capitaliste peut commander gr&#226;ce &#224; son capital. &#187; J. St. Mill, Essays on Some Unsettled Questions of Political Economy, Londres, 1844, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'accumulation du capital, ou les moyens d'employer du travail... doivent, dans tous les cas, d&#233;pendre des forces productives du travail. &#187; Cf. Ricardo, Principles, etc., 3e &#233;dit, 1821, p. 92. Son commentateur observe &#224; ce propos : &#171; Cela revient &#224; dire que les forces productives du travail obtiennent la petite fraction du produit qui va &#224; ceux qui l'ont cr&#233;&#233; avec le travail de leurs mains. &#187; Cf. Observations on Certain Verbal Disputes in Political Economy, Londres, 1821, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destutt de Tracy exprime de mani&#232;re na&#239;ve que le travail se transforme constamment en capital : &#171; Ceux qui vivent des profits [les capitalistes industrieux] alimentent tous les autres, et eux seuls augmentent la fortune publique et cr&#233;ent tous nos moyens de jouissance. Cela doit &#234;tre, puisque le travail est la source de toute richesse, et puisque eux seuls donnent une direction utile au travail actuel, en faisant un usage utile du travail accumul&#233;. &#187; Cf. Trait&#233; d'&#233;conomie politique, p. 242. Comme le travail est la source de toute richesse... le capital accro&#238;t toute richesse : &#171; Nos facult&#233;s sont notre seule richesse originaire, notre travail produit toutes les autres, et tout travail bien dirig&#233; est productif. &#187; Ibid., p. 243.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos facult&#233;s sont la seule source de notre richesse, c'est pourquoi... la force de travail n'est pas une richesse. Le travail produit toutes les autres richesses, - cela revient &#224; dire qu'il produit les richesses pour tous, sauf pour lui-m&#234;me ; le travail n'est pas lui-m&#234;me richesse, mais seulement son produit. Tout travail bien dirig&#233; est productif, autrement dit : tout travail est productif, tout travail est bien dirig&#233;, s'il donne un profit au capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits se sont faits &#224; ce point &#224; cette constante transposition des forces de la production sociale du travail en propri&#233;t&#233; mat&#233;rielle du capital qu'ils s'imaginent que les avantages du machinisme, de l'application de la science, des inventions, etc. ont n&#233;cessairement une forme ali&#233;n&#233;e ; bref, tout est con&#231;u comme devenant propri&#233;t&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de tout cela, on trouve : 1&#186; la forme sp&#233;cifique que rev&#234;tent les choses sur la base de la production capitaliste, et donc aussi dans la conscience des individus impliqu&#233;s dans ce mode de production ; 2&#186; le fait historique que, pour la premi&#232;re fois et &#224; la diff&#233;rence de ce qui se passe dans les modes de production ant&#233;rieurs, ce d&#233;veloppement s'effectue en vertu de la production capitaliste, si bien que le caract&#232;re antagonique de ce d&#233;veloppement appara&#238;t comme lui &#233;tant immanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karl Marx, Le Capital, Le proc&#232;s de production du capital, sixi&#232;me chapitre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=dialectique+%C3%A9conomie+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gfe_rd=ssl&amp;ei=zAvhV9WPCNWFaMOejJAF&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques </title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Contradictions</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle dialectique des lois &#233;conomiques ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l'&#233;conomie &lt;br class='autobr' /&gt;
Marxisme et capitalisme contemporain &lt;br class='autobr' /&gt;
La dialectique de l'&#233;conomie capitaliste, telle que l'a expos&#233;e Karl Marx dans &#171; La Critique de l'Economie Politique &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire encore sur les contradictions du capitalisme&lt;/p&gt;


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		</description>


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		<title>Philosophie dialectique et &#233;conomie chez Marx</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx, Travail salari&#233; et capital : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En produisant, les hommes ne sont pas seulement en rapport avec la nature. Ils ne produisent que s'ils collaborent d'une certaine fa&#231;on et font &#233;change de leurs activit&#233;s. Pour produire, ils &#233;tablissent entre eux des liens et des rapports bien d&#233;termin&#233;s : leur contact avec la nature, autrement dit la production, s'effectue uniquement dans le cadre de ces liens et de ces rapports sociaux &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, Le d&#233;veloppement du capitalisme en Russie : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marx, Travail salari&#233; et capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En produisant, les hommes ne sont pas seulement en rapport avec la nature. Ils ne produisent que s'ils collaborent d'une certaine fa&#231;on et font &#233;change de leurs activit&#233;s. Pour produire, ils &#233;tablissent entre eux des liens et des rapports bien d&#233;termin&#233;s : leur contact avec la nature, autrement dit la production, s'effectue uniquement dans le cadre de ces liens et de ces rapports sociaux &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, Le d&#233;veloppement du capitalisme en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En produisant, les hommes ne sont pas seulement en rapport avec la nature. Ils ne produisent que s'ils collaborent d'une certaine fa&#231;on et font &#233;change de leurs activit&#233;s. Pour produire, ils &#233;tablissent entre eux des liens et des rapports bien d&#233;termin&#233;s : leur contact avec la nature, autrement dit la production, s'effectue uniquement dans le cadre de ces liens et de ces rapports sociaux &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg, Introduction &#224; l'&#233;conomie politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui est d&#233;cisif pour les relations &#233;conomiques et culturelles des hommes &#8230; ce sont les rapports que les hommes ont entre eux dans leur travail. Les rapports sociaux de production d&#233;cident de la question : quelle forme de production domine chez un peuple ? (&#8230;) &#8230;si nous voulons &#233;tudier sp&#233;cialement les formes de production dans la soci&#233;t&#233;, les rapports de l'homme avec la nature ne nous suffisent pas, ce qui nous int&#233;resse au premier chef, c'est un autre aspect du travail humain : ce sont les rapports des hommes entre eux dans le travail, c'est-&#224;-dire l'organisation sociale de la production &#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ABC de la dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1580&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment Marx introduit la philosophie dialectique en &#233;conomie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique de l'&#233;conomie capitaliste, telle que l'a expos&#233;e Karl Marx dans &#171; La Critique de l'Economie Politique &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3069&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le premier paragraphe du Capital de Karl Marx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2980&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le &#034;Capital&#034; de Marx par Engels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3456&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discussion dialectique sur la crise &#233;conomique actuelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3427&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx et la surproduction du capital&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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