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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Alg&#233;rie : le fascisme et la dictature comme pare-feux face &#224; la lutte sociale</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7115</link>
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		<dc:date>2021-01-28T23:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article &#233;crit en 2000 par Robert Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
A lire &#233;galement : &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature du &#171; socialisme &#187; alg&#233;rien &lt;br class='autobr' /&gt; R&#233;volte de 2001 en Kabylie et en Alg&#233;rie &lt;br class='autobr' /&gt;
Actualit&#233;s sociales en Alg&#233;rie &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Alg&#233;rie en mouvements &lt;br class='autobr' /&gt; L'Alg&#233;rie est un pays o&#249; la population urbaine a cru dans des proportions impressionnantes en quelques ann&#233;es (50 % de la population en 87 contre seulement 25 % en 1954) en m&#234;me temps qu'une tr&#232;s importante industrialisation &#224; partir des ann&#233;es 70 (pr&#232;s de 30% de la population qui travaille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article &#233;crit en 2000 par Robert Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A lire &#233;galement :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature du &#171; socialisme &#187; alg&#233;rien&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article81&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volte de 2001 en Kabylie et en Alg&#233;rie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article209&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Actualit&#233;s sociales en Alg&#233;rie&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article306&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Alg&#233;rie en mouvements&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie est un pays o&#249; la population urbaine a cru dans des proportions impressionnantes en quelques ann&#233;es (50 % de la population en 87 contre seulement 25 % en 1954) en m&#234;me temps qu'une tr&#232;s importante industrialisation &#224; partir des ann&#233;es 70 (pr&#232;s de 30% de la population qui travaille dans l'industrie et produit 50% du produit int&#233;rieur &#224; comparer &#224; 25 % de la population qui travaille dans l'industrie et produit 25 % des richesses en France). La force capable de donner une issue au peuple alg&#233;rien existe, c'est la classe ouvri&#232;re. Bien s&#251;r personne n'en parle. Aucun grand parti politique ne parle en son nom. Le journal &#8220; la Nation &#8221; du 10 septembre 1996 &#233;crit m&#234;me : &#8220; En Alg&#233;rie, les conflits sociaux n'occupent que tr&#232;s rarement le devant de la sc&#232;ne. (..) Pourtant, au del&#224; de la crise politique, le pays est (aussi) confront&#233; &#224; une grave fracture sociale. Mais celle-ci est masqu&#233;e par le lancinant probl&#232;me de la survie au quotidien face &#224; une violence et &#224; un terrorisme aveugles, le plus souvent sans visage. &#8221; Et pourtant la classe ouvri&#232;re n'a pas &#233;t&#233; une grande silencieuse ces derni&#232;res ann&#233;es. Elle s'est battue avec courage et d&#233;termination, montrant dynamisme et solidarit&#233; mais montrant aussi l'absence d'un parti qui soit &#224; elle, qui d&#233;veloppe ses propres perspectives politiques. Avec le multipartisme, de nombreux partis bourgeois sont apparus pour offrir leurs services &#224; la classe dirigeante, aucun parti ouvrier. En 1988, la classe ouvri&#232;re a perdu une bataille. Elle n'a su ou pas pu profiter d'une crise sociale qu'elle avait elle-m&#234;me ouverte par ses luttes mais le pouvoir n'a pas eu la force non plus d'en finir avec elle, de la mettre &#224; genoux. Les luttes ouvri&#232;res qui ont continu&#233; &#224; se d&#233;velopper l'ont montr&#233;. C'est toujours la force sociale la plus importante du pays. C'est d'elle que d&#233;pend le seul avenir positif possible pour le peuple alg&#233;rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en 1980 que la population urbaine passe le cap des 50 % de la population alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cennie 70 a connu un d&#233;veloppement consid&#233;rable des emplois ouvriers dans le secteur industriel. La part de l'industrie et du b&#226;timent dans l'emploi global passe de 21% en 1967 &#224; 37% en 1983. En ne comptant pas les ouvriers agricoles, et les travailleurs des services, le nombre d'ouvriers passe de 240 000 en 1969 &#224; 1 100 000 en 83 (de 13 &#224; 30 % de la population occup&#233;e) puis 1 363 000 en 1983. En 1975, 24,1% de la population active travaillent dans l'industrie et cette proportion ne cesse de cro&#238;tre malgr&#233; les licenciements atteignant en 1995 31,3 % de la population active. A cette date, les agriculteurs n'en repr&#233;sentent plus que 22,3 %. Classe ouvri&#232;re, prol&#233;tariat agricole et travailleurs des services constituent &#224; partir des ann&#233;es 80 l'essentiel de la population d'Alg&#233;rie, une force sociale consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1966 &#224; 77, les emplois urbains dans l'industrie et le b&#226;timent ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par 2,5 alors que la population ne l'&#233;tait que par 1,7. Et le salariat ne cessera plus de grandir jusqu'&#224; atteindre aujourd'hui 76 % de la population urbaine. Des villes naissent m&#234;me de cr&#233;ations industrielles : Dr&#226;a ben Khedda en Kabylie du textile, A&#239;n el Kebira de la m&#233;canique, Hassi Messaoud et Hassi R'mel du p&#233;trole et du gaz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nombre d'ouvriers de l'industrie est le reflet de cette apparition d'un nouveau prol&#233;tariat : 32 500 ouvriers en 1954, 700 000 en 1979, un million en 1988 et aujourd'hui malgr&#233; les licenciements plus d'un million en comptant le secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le nombre de travailleurs qui importe mais &#233;galement la concentration de ce prol&#233;tariat industriel. En 1969, il y avait au total 6 entreprises de plus de 1000 salari&#233;s. Elles sont 119 en 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur dominant, qui &#233;tait celui de l'alimentation, du textile, du b&#226;timent et des transports, est devenu celui des industries hydrocarbures mais aussi sid&#233;rurgie, m&#233;tallurgie, m&#233;canique,... La consommation &#233;lectrique de la grande industrie montre ce mouvement les anciennes centrales hydrauliques h&#233;rit&#233;es du colonialisme ne comptent plus que pour 9 % de la production &#233;lectrique du pays !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce pays &#224; l'origine tr&#232;s sous-d&#233;velopp&#233;, se constitue une industrie ultra moderne et tr&#232;s concentr&#233;e avec de grands complexes industriels dans la sid&#233;rurgie, la chimie, la m&#233;tallurgie
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; complexe sid&#233;rurgique d'El Hadjar qui en 1977 emploie d&#233;j&#224; 8000 travailleurs et produit 2,2 millions de tonnes. Hauts fourneaux, sid&#233;rurgie et aci&#233;ries sont concentr&#233;s &#224; El Hadjar en 1969. Le p&#244;le sid&#233;rurgique et centre phosphatier d'Annaba emploie d&#233;j&#224; 18 400 travailleurs en 1977 et aujourd'hui 27 000 salari&#233;s en une trentaine d'unit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; usines p&#233;trolif&#232;res de Arzew et Skikda qui exportent en 1976 vingt milliards de m&#232;tres cube de gaz et produisent un million de tonnes d'engrais. Ces secteurs repr&#233;sentent 14 000 travailleurs &#224; Arzew et 10 000 &#224; Skikda
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cimenterie de Sour el Ghozlane qui a multipli&#233; par 7 sa production de ciment par rapport &#224; l'&#233;poque coloniale.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; industrie lourde m&#233;tallurgique, m&#233;canique et &#233;lectrique avec les grandes entreprises Sonacome, SN M&#233;tal, SNS et Sonelec.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; complexe de v&#233;hicules industriels de Rouiba h&#233;rit&#233; de Berliet, qui produit d&#233;j&#224; 6000 v&#233;hicules par an en 1977. Rouiba produit d&#232;s 1979 79% des cars du pays, 32% des camions et l'essentiel des tracteurs. Le complexe de Rouiba-Reghaia dont la zone industrielle emploie 14 000 travailleurs en 1978 ira jusqu'&#224; repr&#233;senter un regroupement de plus de 30 000 ouvriers dans une centaine d'unit&#233;s de production une force sociale importante et concentr&#233;e. A 30 km d'Alger, les travailleurs de Rouiba vont faire parler d'eux en menant les luttes les plus importantes politiquement et tout particuli&#232;rement en d&#233;clenchant la r&#233;volte d'octobre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; complexe textile d'Oran, tanneries de Rouiba et Jijel, filatures et tissages de laine de l'est, soieries de l'ouest, textiles industriels de B&#233;jaia, etc... - les industries d'Alger avec les zones de El Harrach, Oued Smar, regroupent 80 000 travailleurs..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique m&#233;thodique et centralis&#233;e appel&#233;e &#034;industrie industrialisante&#034; tient en quelques chiffres : les investissements industriels nationaux passent de 3,2 milliards de dinars par an dans la p&#233;riode 67-69 &#224; 29,8 milliards de dinars par an en 79 et 35 milliards de 1979 &#224; 84. En 1995, en pleine crise, le PIB de l'Alg&#233;rie repr&#233;sente d'apr&#232;s &#034;L'Etat du monde&#034; 46 milliards de dollars soit l'&#233;quivalent du total du Maroc et de la Tunisie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le travailleur est la force sociale de la r&#233;volution&#034; d&#233;clarait la charte nationale qui proclamait &#233;galement &#034;l'identification des int&#233;r&#234;ts des travailleurs et de l'&#233;tat r&#233;volutionnaire&#034;. Un des &#233;l&#233;ments clefs de la &#034;gestion socialiste des entreprises&#034; est le syndicat unique l'UGTA, con&#231;u par le pouvoir comme co-responsable de la gestion, en fait courroie de transmission &#224; la fois des dirigeants de l'entreprise et de l'&#233;tat. La loi 88-28 r&#233;gissant le droit syndical dicte : &#8220; l'UGTA a pour r&#244;le d'organiser et de mobiliser l'ensemble des travailleurs autour des t&#226;ches de d&#233;veloppement et de veiller &#224; l'&#233;l&#233;vation constante de leur niveau social, culturel et politique en vue de les rendre aptes &#224; accomplir les t&#226;ches de l'&#233;dification socialiste. &#8221; Cela signifie que les travailleurs n'ont pas le droit &#224; un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir et des directions d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution de novembre stipule que &#034;dans le secteur priv&#233; le droit de gr&#232;ve est reconnu&#034; mais &#034;r&#233;glement&#233; par la loi&#034; et ne dit rien du droit de gr&#232;ve dans le secteur &#034;socialiste&#034; majoritaire. Ce qui veut dire que la gr&#232;ve est toujours interdite de fait. Et le code du travail r&#233;prime s&#233;v&#232;rement &#034;les atteintes &#224; la libert&#233; du travail&#034;. En fait, la courbe des gr&#232;ves suit exactement la m&#234;me courbe dans les deux secteurs. Elle est plus li&#233;e &#224; la situation des salaires et au moral des travailleurs qu'&#224; la &#034;nouvelle l&#233;gislation&#034;. Ainsi, il y a une tr&#232;s nette mont&#233;e en 1977 (521 gr&#232;ves contre 146 en 1972, 70 gr&#232;ves en 1969, et 33 en 1964).&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au syndicat, on l'a dit, la charte de 1976 d&#233;clare &#034;l'UGTA est partie prenante du pouvoir&#034;. On ne peut mieux dire. Cela ne veut pas dire que les travailleurs sont repr&#233;sent&#233;s au sommet mais que les travailleurs ont des mouchards parmi eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La classe ouvri&#232;re d'Alg&#233;rie m&#232;ne des combats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1977&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai, les dockers sont en gr&#232;ve, se battent avec la police anti-&#233;meutes. C'est une v&#233;ritable bataille rang&#233;e. Il y a eu des morts. C'est en tout cas ce qui se dit dans la classe ouvri&#232;re car aucun m&#233;dia ne parle de ce mouvement. R&#233;sultat : partant d'Alger, le mouvement s'&#233;tend &#224; l'ensemble des ports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin, se d&#233;clenche la gr&#232;ve qui va servir d'exemple dans le milieu ouvrier celle des ouvriers sid&#233;rurgistes de SNS ex-Acilor d'Oran. La col&#232;re est telle que les ouvriers ne prennent m&#234;me pas le temps de r&#233;diger un cahier de revendications. Ils sont en gr&#232;ve, un point c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves ouvri&#232;res prennent rapidement de l'extension, touchant pour la premi&#232;re fois le secteur des transports, des cheminots aux dockers, secteur jusque l&#224; consid&#233;r&#233; comme privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juillet, se d&#233;clenche une gr&#232;ve des cheminots spontan&#233;e et qui s'&#233;tend au pays. Les rapports syndicaux reconnaissent avoir &#233;t&#233; surpris et avoir tent&#233; de convaincre, sans succ&#232;s, les travailleurs de reprendre leur poste. UGTA d'Oran : &#034;les travailleurs ne voulaient rien savoir&#034;. &#034;Nous avons essay&#233; une fois de plus d'amener les travailleurs &#224; la reprise du travail. Mais malgr&#233; cela, ils rest&#232;rent sur leur position.&#034; Deux d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus de la SNTF- cheminots, sont licenci&#233;s sans recevoir le moindre soutien de leur syndicat, l'UGTA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux cheminots en gr&#232;ve, le pouvoir fait donner les gendarmes pour les forcer &#224; reprendre le travail. De nouveau, toute la classe ouvri&#232;re du pays en parle, pas les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les cheminots donnent des id&#233;es &#224; de nombreuses autres entreprises et les gr&#232;ves commencent &#224; se multiplier : SN M&#233;tal (constructions m&#233;talliques), docks d'Alger, SNS (sid&#233;rurgie).&lt;br class='autobr' /&gt;
Violente bataille rang&#233;e opposant les forces de l'ordre aux dockers alg&#233;rois qui tentaient d'occuper la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 ao&#251;t, la r&#233;union du FLN et de l'UGTA affirme notamment &#034;la simultan&#233;it&#233; de ces conflits montre clairement que le Parti et la centrale syndicale se sont retrouv&#233;s devant le fait accompli&#034;. Bel aveu d'impuissance des forces anti-ouvri&#232;res au pouvoir !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est seulement le 27 ao&#251;t que &#034;El Moudjahid&#034; rompt le silence sur les gr&#232;ves, apprenant ainsi aux lecteurs que la direction du FLN et de l'UGTA, parti et syndicat uniques, se sont pr&#233;occup&#233;s &#034;des conflits que viennent de conna&#238;tre certains secteurs&#034;. &#034;R&#233;volution et travail&#034;, la revue de l'UGTA, le 5 septembre &#233;crit que ce n'est pas de la faute des travailleurs s'ils ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans la gr&#232;ve, c'est d&#251; &#224; de mauvais gestionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tout n'est pas r&#233;gl&#233; pour autant. Et le 24 septembre le pr&#233;sident Boumediene qui assiste &#224; une r&#233;union de la direction nationale de l'UGTA, prononce un discours diffus&#233; par les m&#233;dias dans lequel il traite les travailleurs d'&#034;ingrats&#034; et d'&#034;enfants&#034; quand ils se mettent en gr&#232;ve. En m&#234;me temps, il rejette tous les probl&#232;mes sur le dos de la bureaucratie syndicale trait&#233;e d'incomp&#233;tente. En fait, il annonce une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires. Devant la gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralisant de mai &#224; juillet et touchant l'ensemble des services publics, le pouvoir a recul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette flamb&#233;e de gr&#232;ves essentiellement sur les salaires (dans l'ann&#233;e 521 gr&#232;ves sans compter 626 mouvements catalogu&#233;s &#034;malaises ouvriers&#034; !), qui touche &#224; la fois le public et le priv&#233; et concerne tout le pays, va contraindre l'UGTA &#224; un changement d'attitude vis &#224; vis des revendications des travailleurs, t&#226;chant d'appara&#238;tre comme interm&#233;diaire et conciliateur mais en vain, en 1977-78, l'UGTA compl&#232;tement discr&#233;dit&#233;e, paye le prix d'ann&#233;es d'&#233;touffement des revendications ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977, un cinqui&#232;me des gr&#232;ves a lieu du fait du retard ou du non paiement des salaires. Ils obtiennent en grande partie gain de cause puisque pendant trois ans ce motif de gr&#232;ve n'est plus cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 1977 aura &#233;t&#233; celle des luttes ouvri&#232;res et cette nouvelle force correspond aussi &#224; un important accroissement num&#233;rique des effectifs des travailleurs : le nombre d'emplois dans l'industrie, le b&#226;timent, les services et le secteur public a progress&#233; de 2 130 000 en 1966 &#224; 3 575 000 en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;El Moudjahid&#034; du 17 d&#233;cembre d&#233;nonce les &#034;relents de syndicalisme de papa (de l'&#233;poque coloniale), c'est-&#224;-dire revendicatif, voire oppositionnel qui se manifeste au sein de l'UGTA&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1980&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle hausse spectaculaire des gr&#232;ves avec 1562 conflits recens&#233;s officiellement dont 922 gr&#232;ves effectives. 110.000 travailleurs seront en gr&#232;ve cette ann&#233;e l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve &#224; la SNS El Hadjar (sid&#233;rurgie) avec piquets de gr&#232;ves, collectif de gr&#232;ve et campagne d'explication au public de la gr&#232;ve par tracts&lt;br class='autobr' /&gt;
En mars-avril, c'est le &#034;printemps berb&#232;re&#034; les r&#233;gions de petite et grande Kabylie sont secou&#233;es par des manifestations populaires. L'intervention violente et provocatrice de la police les font d&#233;g&#233;n&#233;rer en &#233;meutes. Beaucoup plus qu'une manifestation de r&#233;gionalisme, ce mouvement est le r&#233;sultat d'un ras le bol social. Les manifestations ont d&#233;but&#233; par les &#233;tudiants de Tizi Ouzou en mars-avril qui ont manifest&#233;, occup&#233; la facult&#233; puis &#233;t&#233; dispers&#233;s par les forces de l'ordre. Ils ont &#233;t&#233; suivis par les ouvriers en gr&#232;ve dans diff&#233;rentes entreprises de la r&#233;gion (textiles Sonitex de Dr&#226; Ben Khedda, &#233;lectronique Sonelec de Oued A&#239;ssi, etc...). Avec les &#233;tudiants, les ouvriers de SONELEC en gr&#232;ve sont attaqu&#233;s par les forces de l'ordre avec violence. La r&#233;gion est boucl&#233;e. Il est significatif d'ailleurs que par la suite, d'autres manifestations du m&#234;me type aient eu lieu dans d'autres r&#233;gions du pays Guelma, Skikda, Biskra, Oran,...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mars 1980, l'universit&#233; de Tizi-Ouzou a invit&#233; l'&#233;crivain Mouloud Mammeri &#224; tenir une conf&#233;rence sur la po&#233;sie kabyle ancienne. Le FLN interdit cette conf&#233;rence. L'interdiction est v&#233;cue comme une provocation. Le lendemain une manifestation est organis&#233;e pour dire non &#224; l'arbitraire, premi&#232;re du genre de l'histoire de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante. Le pouvoir laisse faire. Cette effervescence &#224; Tizi-Ouzou est au centre de tous les d&#233;bats et de toutes les discussions dans les universit&#233;s du pays. Les &#233;tudiants de l'Institut National des Hydrocarbures (INH) pr&#232;s d'Alger diffusent une d&#233;claration de soutien &#224; la marche de Tizi-Ouzou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars, Kamel Belkacem alors r&#233;dacteur en chef &#224; El Moudjahid, le quotidien du FLN, d&#233;clare : &#8220; Le d&#233;veloppement de la culture berb&#232;re est incompatible avec les valeurs arabo-islamiques et l'ind&#233;pendance culturelle &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 mars, About Arezki, un syndicaliste et militant de la cause berb&#232;re est arr&#234;t&#233;. Quatre jours apr&#232;s cette arrestation, le 28 mars les &#233;tudiants de l'INH tentent de se rassembler devant le si&#232;ge du FLN &#224; Alger. Le rassemblement est emp&#234;ch&#233; par la police. Les universit&#233;s D'Alger, Tizi-Ouzou, les lyc&#233;es de Kabylie entrent en contestation. Une manifestation est organis&#233;e &#224; Alger, le 7 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette mobilisation, les cellules du FLN lancent des messages de condamnation des manifestants, en demandant des sanctions exemplaires contres les organisateurs des marches. Le 11 avril, un gala de Ferhat M'henni, chanteur et partisan de l'autonomie kabyle, &#224; B&#233;ja&#239;a est interdit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les animateurs du mouvement appellent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le 16 avril &#224; Tizi-Ouzou, B&#233;ja&#239;a et Alger. Ferhat est arr&#234;t&#233; le lendemain. Dans la nuit du 19 avril les CRS envahissent la cit&#233; universitaire de Tizi-Ouzou faisant des centaines de bless&#233;s. Une rumeur de trente deux morts, le lendemain, a fait le tour d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 25 et 26 avril, la ville se couvre de barricades, et les symboles du pouvoir comme le si&#232;ge du parti sont attaqu&#233;s. L'arm&#233;e fait intervenir chars d'assaut et h&#233;licopt&#232;res pour r&#233;tablir son ordre, et le r&#233;gime est contraint &#224; faire quelques concessions d&#233;mocratiques, comme la cr&#233;ation de chaires de langue berb&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant un mouvement ouvrier et populaire montant, m&#234;me s'il est encore embryonnaire, avec Chadli en mai 1980, la bourgeoisie et l'Etat choisissent de sacrifier les apparences d&#233;mocratiques et de laisser les pleins pouvoirs &#224; l'arm&#233;e pour r&#233;tablir l'ordre. Le FLN d&#233;cr&#232;te une remise en ordre du parti unique intitul&#233;e : &#034;unit&#233; de pens&#233;e&#034; et donne consigne aux fonctionnaires et &#224; la police de ne pas craindre de r&#233;primer les luttes de la classe ouvri&#232;re et des pauvres. C'est l&#224; que les militaires qui tortureront en 1988 ont commenc&#233; &#224; se montrer ouvertement les g&#233;n&#233;raux type Attalia, ce dernier aurait d&#233;clar&#233; &#034;donnez moi l'arm&#233;e et je ferai un trou dans le ventre de chaque berb&#232;re&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 juin, jour de l'ouverture du congr&#232;s extraordinaire du FLN, le conflit de CVI Rouiba &#233;tait une gifle pour l'&#233;tat/parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1985&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan pour faire payer la crise aux travailleurs bat son plein le gouvernement d&#233;cide un nouveau bar&#232;me ITS augmentation des imp&#244;ts sur les salaires, multiplication des taxes (timbres, permis,...), &#233;touffement des oeuvres sociales (cantines, colonies,...), blocage des salaires et compressions d'effectifs. La menace du ch&#244;mage est un moyen permanent pour faire pression sur les salaires et sur le moral de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier janvier, le ministre d&#233;cide la fermeture de la briqueterie de B&#233;jaia avec envoi des travailleurs dans d'autres sites &#233;loign&#233;s. Les travailleurs occupent pendant 38 jours une usine dont le courant est coup&#233; et qui est entour&#233;e par les forces de l'ordre. Les travailleurs doivent &#233;vacuer l'usine le 7 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril, pendant six nuits cons&#233;cutives, les habitants de la Casbah d'Alger ont affront&#233; la police pour protester contre l'insalubrit&#233; des logements et le manque d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du mois de mai, les responsables du complexe Pelles et Grues (CPG) de Constantine d&#233;cident d'organiser le travail en &#233;quipe. Une gr&#232;ve a lieu pour une prime d'&#233;quipe et se solde par le licenciement de 13 gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 5 au 7 juin, des incidents graves ont lieu &#224; Gharda&#239;a (600 km au sud d'Alger) faisant deux morts et 56 bless&#233;s apr&#232;s une distribution contest&#233;e de terres. Cette lutte entre tribus est le r&#233;sultat de l'accession &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re au d&#233;triment de ceux qui travaillent la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre, mouvements dans les &#233;tablissements scolaires de la r&#233;gion de Tizi Ouzou manifestations de lyc&#233;ens et d'&#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin ao&#251;t, premi&#232;re action terroriste du groupe int&#233;griste Bouyali qui s'attaque aux militaires et aux gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 octobre, &#224; la suite d'&#233;chauffour&#233;es &#224; la sortie du stade de Tizi Ouzou, g&#233;n&#233;ralisation des &#233;meutes &#224; toute la wilaya, manifestations qui r&#233;clament la lib&#233;ration de tous les prisonniers politiques, &lt;br class='autobr' /&gt;
arrestations et condamnations de manifestants. Les 3 et 4 novembre, affrontements avec les forces de l'ordre. Un comit&#233; de coordination compos&#233; d'&#233;tudiants, de lyc&#233;ens et de travailleurs appelle &#224; 24 heures de gr&#232;ve qui est tr&#232;s suivie &#224; Tizi Ouzou, devenue ville morte. Les commerces &#233;taient ferm&#233;s et les travailleurs des chantiers ont fait gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1986&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise, en particulier pour l'Alg&#233;rie la crise de 1986 et la baisse brutale du prix des hydrocarbures (l'Alg&#233;rie perd alors un tiers de ses ressources en trois mois), cette fuite en avant &#233;conomique s'est trouv&#233;e brutalement stopp&#233;e. L'Alg&#233;rie est d&#232;s lors soumise aux r&#232;gles impos&#233;es aux vaincus. Les organismes internationaux de la dette, en particulier le FMI dictent leurs conditions pour le r&#233;&#233;chelonnement de la dette, plan d'ajustement structurel, privatisation, augmentation de la productivit&#233; du travail, licenciements massifs, diminution des d&#233;penses de l'&#233;tat et chargent le pouvoir de se donner les moyens de l'imposer &#224; la population. C'est seulement le 3 juin 1991 que l'Alg&#233;rie obtiendra un r&#233;&#233;chelonnement mais pour une dur&#233;e de un an seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;&#233;chelonnement sans lequel le pays &#233;tait en cessation de paiement. Mais pour le r&#233;&#233;chelonnement suivant, les conditions deviennent draconiennes : le dinar doit d&#233;valuer (en trois mois le dollar passe de 18,4 &#224; 22,5 dinars), le gouvernement doit s'engager &#224; modifier la loi sur les hydrocarbures et permettre l'acc&#232;s des compagnies internationales aux champs p&#233;trolif&#232;res d&#233;j&#224; en exploitation (et plus seulement aux nouveaux gisements comme c'&#233;tait le cas) et lever l'obligation pour les concessionnaires &#233;trangers d'investir en Alg&#233;rie. Et finalement, c'est seulement en juin 1992 que le FMI accorde un r&#233;&#233;chelonnement ... pour 18 mois avec comme condition une nouvelle d&#233;valuation du dinar, de 50 % ! Et cette fois, la d&#233;valuation doit obligatoirement se r&#233;percuter en totalit&#233; sur les prix int&#233;rieurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le service de la dette va repr&#233;senter une part croissante : par rapport aux exportations c'est 8,9% en 1975 et 35,6% en 1985 et la dette passe de 4,63 milliards de dollars en 1975 &#224; 18,26 milliards en 1985 et atteint la somme fabuleuse de 32,78 milliards en 1995... (statistiques de la Banque Mondiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; partir du second trimestre de 1986, avec le choc p&#233;trolier et la baisse des prix p&#233;troliers qui fait perdre plus d'un tiers des ressources au pays en trois mois c'est l'irruption des effets concrets de la crise &#233;conomique dans la vie quotidienne de la classe ouvri&#232;re, la d&#233;gradation de son niveau de vie et la menace du ch&#244;mage prennent des aspects catastrophiques. Le slogan d&#233;magogique &#034;pour une vie meilleure est tr&#232;s vite remis au tiroir, remplac&#233; par &#034;le travail et la rigueur pour garantir l'avenir&#034;. C'est le d&#233;but d'une politique appel&#233;e ouvertement &#034;politique d'aust&#233;rit&#233;&#034; avec 20% de compressions budg&#233;taires, l'expulsion de 20 000 maliens et nig&#233;riens install&#233;s dans le sud saharien et travaillant dans l'agriculture et dans les services autour du secteur p&#233;trolier. Pendant que les investissements dans le secteur d'&#233;tat reculent, les dossiers d'entreprises priv&#233;es accept&#233;s se multiplient et re&#231;oivent une aide de l'&#233;tat qui ne va plus cesser de grandir d'ann&#233;e en ann&#233;e &#224; partir de 86. Si les investissements baissent, les r&#233;sultats des entreprises publiques de production s'accroissent. Le ma&#238;tre mot est gain de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des luttes ouvri&#232;res partielles et ponctuelles sont men&#233;es ici et l&#224;, de fa&#231;on dispers&#233;e, malgr&#233; une r&#233;pression f&#233;roce, qui finit souvent par des affrontements avec les forces de police et des &#233;meutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En octobre-novembre, mouvement de contestation lyc&#233;en qui prend un caract&#232;re violent &#224; Constantine le 5 novembre quand les CNS l&#226;chent leurs chiens sur les jeunes, frappent, cassent des bras &#224; coups de matraque et violent. Toute la ville entre en r&#233;volte durant trois jours, des jeunes ch&#244;meurs aux travailleurs. Bilan : dix morts et des centaines d'arrestations. Et la ville de S&#233;tif est &#233;galement touch&#233;e deux jours plus tard par le m&#234;me type d'&#233;meutes. La r&#233;pression f&#233;roce donne un avant go&#251;t de celle des &#233;meutes de 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1987&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, ce sont les luttes dans la jeunesse scolaris&#233;e qui montrent que la crise de la jeunesse s'est aggrav&#233;e. L'avenir est bouch&#233;. De plus en plus de jeunes ne peuvent plus faire d'&#233;tudes et sont bloqu&#233;s par une s&#233;lection accentu&#233;e. Le pouvoir a r&#233;duit les cr&#233;dits &#224; l'enseignement et les places. Les jeunes qui n'ont pas de dipl&#244;mes sont de plus en plus r&#233;duits au ch&#244;mage. Et cela marque toute la soci&#233;t&#233; dans un pays o&#249; les jeunes de moins de 20 ans sont la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rentr&#233;e 87 est marqu&#233;e par une gr&#232;ve quasi g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants contre la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, donnant naissance &#224; une coordination nationale des comit&#233;s &#233;tudiants. La radicalisation de la jeunesse scolaire va s'aggraver en 88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1988 : l'explosion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la lutte des travailleurs de Sa&#239;da qui a r&#233;v&#233;l&#233; qu'en 88 le volcan social en &#233;tait au stade de l'&#233;ruption. En Juin, Les travailleurs de l'entreprise de construction m&#233;tallique (ECOMET) de Sa&#239;da rejettent la liste communale UGTA pour l'&#233;lection de leur section syndicale. La police interpelle un travailleur accus&#233; d'&#234;tre le meneur, les travailleurs d&#233;brayent. Leur camarade est lib&#233;r&#233;. Dans la m&#234;me ville quelques jours plus tard en collaboration avec d'autres boites, ils se mettent en gr&#232;ve pour la revendication de l'augmentation du salaire minimum et de la retraite minimum, la lutte contre les licenciements et sanctions abusif et autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans la m&#234;me ville et le m&#234;me mois, &#224; ETRAVA, une boite de 140 travailleurs, le personnel s'est mobilis&#233;, formant un piquet de surveillance pour prot&#233;ger l'emploi et leur unit&#233; menac&#233;e de dissolution. Le terrain occup&#233; par cette unit&#233; &#233;tait convoit&#233; par les autorit&#233;s qui veulent en faire des lots &#224; b&#226;tir... La gr&#232;ve s'&#233;tendit &#224; toute la zone industrielle et les gr&#233;vistes march&#232;rent sur le centre ville o&#249; ils r&#233;ussirent &#224; imposer aux autorit&#233;s locales une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, pour y discuter publiquement de leurs revendications, notamment l'augmentation des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du mois de juillet, les 10 000 travailleurs de CVI-Rouiba organisent leur premi&#232;re gr&#232;ve totale depuis la r&#233;pression de la gr&#232;ve de 1982. Ils r&#233;clament le paiement de la prime de b&#233;n&#233;fice. Ils sortent sur la route nationale et veulent marcher sur Rouiba. L'intervention de syndicalistes arr&#234;te le mouvement sur l'engagement de ceux-ci de r&#233;examiner la situation financi&#232;re de l'entreprise avec un expert-comptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet-ao&#251;t, la r&#233;pression et l'intimidation contre les ouvriers reprennent avec licenciements &#224; l'ENEl (ex SONELEC) d'El Achour, Alger et &#233;galement mises &#224; pied pour une p&#233;tition sur les classifications et arrestation avec interrogatoire de plusieurs ouvriers. De m&#234;me &#224; l'ENPC (plastiques et caoutchouc) de Oued Smar, Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Azazga, Ain Oussera, Fouka, beaucoup de manifestations ont lieu &#224; travers tout le pays (Constantine, Oran, Jijel, Mostagan&#233;m, Arzew, la Kabylie etc...). C'est une vague de gr&#232;ves qui commence &#224; parcourir le pays en cette fin septembre. Un peu partout, le pouvoir r&#233;pond par des arrestations d'ouvriers. La r&#233;pression est dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, les mineurs d'Ouenza (&#224; la fronti&#232;re tunisienne) se sont oppos&#233;s aux coupures d'eau. Alors qu'ils protestaient pacifiquement, ils ont subi l'attaque de la police. La manifestation s'est du coup transform&#233;e en &#233;meute avec incendie des locaux des locaux de la mairie, du parti et du syndicat. La r&#233;pression a &#233;t&#233; rapide et brutale. Il y eu des condamnations allant de deux &#224; dix ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette atmosph&#232;re de tension sociale permanente dura plusieurs mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rentr&#233;e de septembre avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement tendue du fait du scandale des d&#233;tournements de fonds par des hauts responsables de l'Etat qui a circul&#233; de bouche &#224; oreille malgr&#233; le silence officiel. Le pouvoir sentait venir une menace grave, jamais connue auparavant, m&#234;me en 1977 : celle d'une v&#233;ritable explosion sociale. C'est pour r&#233;pondre &#224; cette situation que le 19 septembre, Chadli &#224; prononc&#233; un long discours, muscl&#233; Il s'en est pris &#224; tout et &#224; tous, rejetant sur d'autres la responsabilit&#233; de la situation que conna&#238;t le pays. Il s'est attaqu&#233; directement aux travailleurs. Annon&#231;ant sa volont&#233; de poursuivre la m&#234;me politique, les r&#233;formes en cours le pr&#233;sident Chadli a somm&#233; tous ceux qui n'approuvent pas sa politique et tous les &#034;incapables&#034;, tous les &#034;manipul&#233;s par l'&#233;tranger&#034; de partir, de quitter le pays. M&#234;me les &#034;&#233;migr&#233;s&#034; n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; son courroux il leur a reproch&#233; de garder pour eux leurs devises et de ne pas suivre l'exemple de leurs voisins Marocains et Tunisiens qui, selon lui, rapatrient leurs &#233;conomies. Ce discours t&#233;l&#233;vis&#233; a plut&#244;t fait l'effet d'une provocation, dans la mesure o&#249; les maux d&#233;nonc&#233;s par Chadli &#233;tait les cons&#233;quences de sa politique. Il n'a fait que jeter de l'huile sur le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rentr&#233;e &#233;tait s&#233;rieusement tendue par effets cumulatif en raison de l'augmentation et des p&#233;nuries des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, notamment la semoule produit de base pour 80% de la population, la flamb&#233;e des prix, le manque d'eau potable etc... La jeunesse pauvre particuli&#232;rement frapp&#233;e par le ch&#244;mage a re&#231;u le discours de Chadli comme une gifle. Le milieu universitaire &#233;tait en lutte, contre la s&#233;lection &#224; l'universit&#233;, et la note &#233;liminatoire, qui ne sont en r&#233;alit&#233;, que les cons&#233;quences de &#034;l'autonomie&#034; des universit&#233;s qui est le premier pas vers la privatisation. A cela s'ajoutaient les conditions de vie dans les facs. Des milliers d'&#233;tudiants &#233;taient sans chambres, etc...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela ronge et r&#233;veille en m&#234;me temps un sentiment qui pousse &#224; aller de l'avant et &#224; occuper la rue. Les lyc&#233;ens commencent &#224; entrer en mouvement. La jeunesse d&#233;soeuvr&#233;e des quartiers pauvres est touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Air Alg&#233;rie, le personnel au sol cesse aussi le travail les 17 et 18 septembre, conflit sur les conditions de travail suite &#224; la mort d'un technicien &#233;lectrocut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mouvements sociaux ont lieu &#224; l'entreprise ENIEM (&#233;lectrom&#233;nager) de Tizi Ouzou ou dans d'autres villes de province comme B&#233;jaia ou Annaba. Dans plusieurs villes ont lieu des manifestations contre les p&#233;nuries alimentaires. En fait on assiste &#224; un ras le bol g&#233;n&#233;ral de plus en plus pr&#234;t &#224; d&#233;border.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors une &#233;tincelle suffisait pour mettre le feu aux poudres, et cette &#233;tincelle allait venir de la classe ouvri&#232;re, de la gr&#232;ve des travailleurs de Rouiba. Le 24 septembre, les travailleurs de la carrosserie d&#233;braient et marchent collectivement sur le si&#232;ge la prime de b&#233;n&#233;fice n'a toujours pas &#233;t&#233; vers&#233;e. Le 25, la gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; plus de 60% des travailleurs du complexe. Dans l'apr&#232;s-midi, les gr&#233;vistes tentent une premi&#232;re sortie sur la route nationale mais les syndicalistes parviennent &#224; nouveau &#224; les convaincre de ne pas manifester dans la rue. A noter que pendant tout le conflit d'octobre, la politique des syndicalistes qui ont encore du poids, les plus &#034;&#224; gauche&#034;, ceux de la mouvance PAGS, sera de &#034;ne pas sortir dans la rue pour &#233;viter l'affrontement avec les forces de l'ordre&#034;. Les affrontements ne seront pas &#233;vit&#233;s, ni les violences, mais les syndicalistes de l'UGTA et du PAGS auront r&#233;ussi &#224; emp&#234;cher que la classe ouvri&#232;re apparaisse comme la force sociale d'octobre et prennent la t&#234;te de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26, la gr&#232;ve est g&#233;n&#233;rale au CVI et les travailleurs organisent une marche ... &#224; l'int&#233;rieur du complexe. Une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des gr&#233;vistes se tient en pr&#233;sence du secr&#233;tariat national de l'UGTA et de responsables locaux de l'&#233;tat. La population de Rouiba organise pendant ce temps une manifestation de solidarit&#233; aux ouvriers de CVI.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 27, un rassemblement g&#233;n&#233;ral des gr&#233;vistes rejoint par les ouvriers des autres entreprises de la zone industrielle d&#233;cide une marche sur Alger. Les travailleurs se heurtent aux brigades anti-&#233;meutes qui les attendaient &#224; la porte de l'usine. Il y a eu bagarre &#224; coups de boulons et des ouvriers bless&#233;s. Le pays tout entier, en particulier les jeunes et les ouvriers, a suivi cet affrontement. Les gr&#232;ves &#224; Rouiba ont toujours eu un &#233;cho national quand Rouiba s'enrhume, le pays &#233;ternue !&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autant que le mouvement des ouvriers de Rouiba a une tonalit&#233; inhabituelle. Ils ont rendu publique leur communication au pr&#233;sident Chadli cit&#233;e par le journal &#034;La Croix&#034; &#034;nous te donnons huit jours pour d&#233;cider avec ton gouvernement de nous accorder l'augmentation de salaire demand&#233;e. Nous arr&#234;tons la gr&#232;ve pour une semaine. Dans huit jours, nous reprenons jusqu'&#224; ce que tu c&#232;des.&#034; Les &#233;v&#233;nements vont aller encore plus vite que ne le pensaient les ouvriers de Rouiba.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve &#224; Rouiba a un &#233;cho important. Des gr&#232;ves &#233;clat&#232;rent de nouveaux dans d'autres villes du pays et &#224; Alger (EL Harrach, Oued Smar etc), avec en particulier celle des PTT le premier et le deux octobre d&#233;butant au centre de tri d'Alger-gare pour s'&#233;tendre aux principaux centres et bureaux de poste. Le gouvernement tente de d&#233;samorcer ce d&#233;but de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en annon&#231;ant des n&#233;gociations avec le syndicat UGTA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 octobre, l'UGTA sans jamais parler de gr&#232;ve, dit &#034;soutenir les revendications des travailleurs tout en les mettant en garde contre les d&#233;passements qui nuisent en dernier ressort aux travailleurs&#034;. Mais en m&#234;me temps, le syndicat affirme son soutien aux r&#233;formes &#233;conomiques du pouvoir. Toujours le m&#234;me jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs sont amen&#233;s &#224; s'organiser eux-m&#234;mes. Ainsi, la gr&#232;ve de la GSE qui d&#233;bute le 6 octobre, est une gr&#232;ve autog&#233;r&#233;e par le collectif des travailleurs et marque une rupture par rapport au bureaucratisme syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res, qui s'annonce d&#233;j&#224; comme la plus importante depuis 1981-1982, va entra&#238;ner la jeunesse pauvre et donner un nouveau caract&#232;re &#224; la situation. D&#233;j&#224; le 3 octobre, les jeunes des lyc&#233;es, marqu&#233;s par le conflit de leurs p&#232;res et oncles &#224; Rouiba, ont appel&#233; &#224; une gr&#232;ve pour soutenir la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que tout le monde sent venir et pour descendre dans la rue. Les jeunes crient &#034;vive Rouiba !&#034; et &#034;&#224; bas la r&#233;pression !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 4 octobre, les lyc&#233;ens d'El Harrach sont sortis une nouvelle fois dans la rue et se sont heurt&#233;s aux policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la soir&#233;e du 4, les jeunes de deux quartiers populaires d'Alger, Bab el Oued et Bachdjarah, ces fils d'ouvriers, ont pris le relais des travailleurs. Ils s'affrontent au dispositif policier qui use de gaz lacrymog&#232;nes. Les manifestants renversent des camions de l'Etat pour servir de barricades. Plusieurs manifestants sont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 5 au 6, c'est l'&#233;meute violente &#224; Alger. Les jeunes s'attaquent &#224; l'administration, aux si&#232;ges du FLN et aux signes ext&#233;rieurs de richesses voitures et magasins. Le lendemain matin, commence dans les rues d'Alger le soul&#232;vement qui va se propager &#224; tout le pays. Partout, les quartiers pauvres sont des centres de la r&#233;volte des jeunes. Ils se rassemblent, manifestent aux cris de &#034;Chadli assassin !&#034; et &#034;FLN au mus&#233;e !&#034; Les forces de l'ordre sont encore absente : les CNS (&#233;quivalent alg&#233;rien des CRS) ont compl&#232;tement quitt&#233; Bab el Oued et le centre ville d'Alger. Les jeunes sont seuls dans les rues. Beaucoup n'ont que 12 ans. Les b&#226;timents d'Alger ont flamb&#233;. A l'image des palestiniens, c'est la r&#233;volte des pierres de la jeunesse alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade, il est clair pour tous qu'il s'agit d'un d&#233;bordement du m&#233;contentement social. M&#234;me la presse fran&#231;aise parle de &#034;d&#233;bordement d'un ras le bol social&#034; ou de &#034;vague d'agitation sociale&#034;. Plus tard, on voudra faire croire que tout le mouvement n'avait &#233;t&#233; qu'une manipulation des int&#233;gristes, ce qui est faux. &#034;Le Monde&#034; titre encore le 6 octobre &#034;violentes manifestations &#224; Alger sur fond de mots d'ordre de gr&#232;ve&#034;. Et &#8220; Le Parisien &#8221; &#233;crit que la pr&#233;occupation principale des jeunes qui manifestent est la hausse du co&#251;t de la vie et rappelle lui aussi le lien entre les manifestations et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui monte dans le pays. Aucun journal en France ni en Alg&#233;rie ne parle alors m&#234;me d'int&#233;gristes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 6, les batailles de rues reprennent au centre-ville vers 10H du matin. Les CNS assist&#233;s par des militants FLN portant un brassard vert arr&#234;tent les jeunes dans la rue et les bastonnent. La police commence &#224; tirer sur les manifestants et donne un avant go&#251;t du bain de sang qui va suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e occupe la capitale. Positionn&#233;e aux principaux carrefours avec des chars, elle commence &#224; tirer sur la foule faisant d&#233;j&#224; de nombreuses victimes. Le FLN d&#233;clare &#034;l'ordre sera maintenu sans faille ni faiblesse&#034;. Chadli d&#233;cr&#232;te l'&#233;tat de si&#232;ge. Mais les manifestations continuent. Des barricades sont dress&#233;es. L'arm&#233;e tire sur des manifestants qui le plus souvent ont 12 &#224; 15 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre, l'&#233;meute gagne Oran. Sur le m&#234;me mod&#232;le qu'&#224; Alger. L'arm&#233;e tire. Toujours le 7 octobre, les jeunes de Blida cassent le palais de justice. L'arm&#233;e intervient, braque les chars sur les &#233;meutiers qui ripostent &#224; coups de pierres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7, a lieu &#224; Alger la premi&#232;re manifestation int&#233;griste 6000 &#224; 8000 manifestants dans le quartier de Belcourt. Sortant de la pri&#232;re derri&#232;re les imams dont Ali Belhadj, les manifestants r&#233;clament les corps des victimes. Les imams essaient plusieurs fois de disperser les manifestants car ils ne veulent pas se confronter &#224; la r&#233;pression. ils sont finalement contraints d'organiser un grand meeting au stade de 20 ao&#251;t et ensuite, &#224; nouveau, ils n'obtiennent pas la dispersion des manifestants sur lesquels l'arm&#233;e tire en d&#233;but de soir&#233;e. Les int&#233;gristes n'ont pas organis&#233; la r&#233;volte mais ils essaient de la r&#233;cup&#233;rer politiquement. Ils ne sont toujours pas &#224; la t&#234;te du mouvement en m&#234;me temps qu'&#224; Belcourt d'autres manifestations ont lieu, sans connotation religieuse, dans les banlieues d'Alger. Ainsi, une manifestation contre la mort d'un enfant de 11 ans se confronte aux forces de l'ordre aux cris de &#034;oui &#224; la justice sociale, non &#224; l'oppression&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement &#224; partir du 8 octobre qu'il appara&#238;t que les int&#233;gristes sont la seule force politique &#224; se revendiquer directement des jeunes &#233;meutiers. Le Figaro du 10 octobre rel&#232;ve &#034;les h&#233;sitations de la classe politique&#034; et le journal fran&#231;ais ne cache pas sa sympathie pour le pr&#233;sident alg&#233;rien en train de massacrer son peuple et sa jeunesse : &#034;le pr&#233;sident alg&#233;rien est un homme pond&#233;r&#233; et pugnace&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ral bourgeois berb&#232;re A&#239;t Ahmed, dirigeant du FFS, loin de se revendiquer de cette r&#233;volte et des jeunes &#233;meutiers d&#233;clare dans une interview &#224; Lib&#233;ration du 10 octobre &#034;je n'ai qu'un souhait :que les manifestations et les mouvements de solidarit&#233; se d&#233;veloppent de mani&#232;re pacifique.&#034; Pourtant quand il dit cela l'affrontement violent entre les &#233;meutiers et les forces de l'ordre a lieu tous les jours depuis une semaine ! Il est loin donc de choisir le camp des jeunes r&#233;volt&#233;s puisqu'il regrette les violences d'o&#249; qu'elles viennent ! A&#239;t Ahmed se pose en homme politique de rechange pour le pouvoir, en conciliateur comme il le dit au &#034;Quotidien de Paris&#034; : entre la population pauvre et l'arm&#233;e. Lui aussi confirme &#034;je ne crois pas que les islamistes aient jou&#233; un grand r&#244;le. Cela fait partie de la politique de mystification de l'opinion internationale&#034; (Figaro du 10 octobre) mais il ne propose nullement d'autres perspectives au mouvement que les int&#233;gristes. Son discours mod&#233;r&#233; comme celui de tous les &#034;d&#233;mocrates&#034; est &#224; comparer &#224; celui d'une autre mod&#233;r&#233; mais pro-int&#233;griste, l'ancien pr&#233;sident Ben Bella qui affirme dans une revue fran&#231;aise : &#034;c'est une r&#233;volution&#034;. Les &#034;d&#233;mocrates&#034; style A&#239;t Ahmed ne veulent pas d'une r&#233;volution et ne risquent pas de la voir m&#234;me si elle tonne &#224; leurs fen&#234;tres ! S'il se pose en conciliateur, il n'est en tout cas pas capable de r&#233;concilier les combattants. Tout au plus peut il pousser ses militants du FFS &#224; freiner les luttes en Kabylie. Et l&#224;, tous les arguments sont bons &#034;quand vous luttiez en Kabylie, o&#249; &#233;taient-ils, tous ces manifestants ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, l'intifada des jeunes a gagn&#233; la majeure partie du pays. Alors que l'ensemble de la presse et de la t&#233;l&#233; essaie de faire croire que le calme est revenu &#224; Alger, les tirs de policiers en uniforme ou en civil et de militaires continuent &#224; Bab el Oued, &#224; El Harrach, tuant de nombreux enfants. A la tomb&#233;e de la nuit, l'arm&#233;e tire sur des attroupements de jeunes dans la capitale faisant 62 morts. A 23 H, le ministre de l'int&#233;rieur intervient &#224; la t&#233;l&#233;, reconnait la dimension nationale de la r&#233;volte et appelle le peuple &#224; aider au retour au calme. Calme qui est finalement revenu &#224; Alger le 10, sous le coup de la r&#233;pression militaire ainsi qu'&#224; Oran mais les villes de province les unes apr&#232;s les autres sont gagn&#233;es par l'agitation Tiaret, Mostaganem, Chlef, Blida, Annaba.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle que l'arm&#233;e a fait de v&#233;ritables cartons &#224; la mitrailleuse sur des foules d&#233;sarm&#233;e se propage. Les bilans sont multiples mais on commence &#224; parler de centaines de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hubert V&#233;drine, porte parole de la pr&#233;sidence fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire de Mitterrand ne prononce pas un mot pour d&#233;noncer le pouvoir alg&#233;rien mais parle de &#034;l'extr&#234;me attention de la France&#034; ... Il faudrait parler de l'attention que le gouvernement porte aux affaires des soci&#233;t&#233;s fran&#231;aises en Alg&#233;rie, affaires florissantes d'apr&#232;s &#8220; le Monde &#8221;. Et aussi de l'aide du gouvernement fran&#231;ais &#224; la dictature alg&#233;rienne, alors qu'il vient encore de lui envoyer une aide financi&#232;re et des armements dont des h&#233;licopt&#232;res de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours t&#233;l&#233;vis&#233; de Chadli le bla-bla habituel, comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233; de dramatique dans le pays. Il annonce un r&#233;f&#233;rendum sur un projet de modification de la Constitution, comme si c'est de cette revendication que le mouvement &#233;tait porteur ! Il demande : &#034;&#224; qui profitent ces &#233;meutes ?&#034; Mais pour la population ce qui est &#233;vident, c'est qui les a provoqu&#233; le blocage des salaires et la hausse des prix. C'est Chadli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi, l'arm&#233;e tire sur une manifestation int&#233;griste dans le centre d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du 11 octobre, la r&#233;pression devient massive &#224; Alger et dans l'alg&#233;rois, faisant des centaines de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une r&#233;pression sauvage dans les quartiers &#034;la Montagne&#034; et &#034;Beldjerah&#034;, deux quartiers populaires, l'arm&#233;e fait un massacre, tirant dans les murs des maisons. Les paras, la s&#233;curit&#233; militaire arr&#234;tent n'importe qui, dans les rues, tabassent, tirent sans sommation, violent. Des milliers de jeunes sont syst&#233;matiquement tortur&#233;s dans les casernes, dans des camps d'internement de fortune, dans les commissariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 octobre, gr&#232;ve &#224; B&#233;ja&#239;a car une personne a &#233;t&#233; scandaleusement arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Oran, des gens sont parqu&#233;s &#224; la base de Mers El K&#233;bir et massacr&#233;s &#224; la ba&#239;onnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples de r&#233;pression aveugle sont innombrables mais elle n'est pas si aveugle que cela : elle frappe les pauvres qui ont un moment fait peur &#224; la classe dirigeante et menac&#233; le pouvoir en place. C'est cela qui ne se pardonne pas. C'est ce qui justifie &#224; leurs yeux le bain de sang. Il faut que les masses populaires gardent un souvenir apeur&#233; des journ&#233;es o&#249; le pouvoir a &#233;t&#233; bouscul&#233;, inqui&#233;t&#233;. Finalement l'ordre en place a tenu. Le FLN, en tant que parti politique, sera effectivement &#233;cart&#233; du pouvoir comme le r&#233;clamaient les manifestants qui scandaient &#034;FLN au mus&#233;e&#034;, mais ils criaient aussi &#034;Chadli assassin&#034; ce qui s'adressait tout aussi bien &#224; toute la clique des g&#233;n&#233;raux qui mitraillait le peuple. Mais la dictature militaire, elle, restera en place, de m&#234;me que les profiteurs, ceux qui gagnent &#224; faire monter le prix des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, de m&#234;me les dirigeants qui licencient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des travailleurs &#233;taient descendus dans la rue. Mais les usines ne sont pas sorties. La classe ouvri&#232;re n'a pas occup&#233; la rue. Pourtant on a vu dans les quartiers ouvriers qu'elle &#233;tait solidaire des jeunes &#233;meutiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re &#233;tait pr&#234;te &#224; se battre dans la rue avec la population pauvre et la jeunesse. Elle en a &#233;t&#233; dissuad&#233;e fortement par les seules organisations qui existaient en son sein. C'&#233;taient des forces politiquement et socialement bourgeoises comme le PAGS, le FFS et l'UGTA. Tout ce qui va suivre, toutes les souffrances que conna&#238;t aujourd'hui le peuple alg&#233;rien d&#233;coulent de cet &#233;chec de 88, y compris le succ&#232;s de la d&#233;magogie des int&#233;gristes, le terrorisme d'&#233;tat et le terrorisme int&#233;griste. Quand on commence la r&#233;volution, il faut aller jusqu'au bout disait d&#233;j&#224; le r&#233;volutionnaire fran&#231;ais Saint Just.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ordre l'a finalement emport&#233;. Le journal fran&#231;ais l'Ev&#233;nement titre : &#8220; la r&#233;volution massacr&#233;e &#8221;. Bilan des massacres pendant et de la r&#233;pression aveugle apr&#232;s les &#233;meutes : 600 &#224; 1000 morts. On ne saura jamais le chiffre exact car &#224; partir d'octobre, bien des jeunes ont &#034;disparu&#034;, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, on ne sait o&#249; ni par qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mobilisations ont lieu pour r&#233;clamer leur lib&#233;ration et la fin de la torture. Ainsi &#224; A&#239;n Benian, plus de 1300 personnes ont assist&#233; &#224; un meeting o&#249; des jeunes d&#233;non&#231;aient les viols subis au camp de Sidi Fredj. A Tiaret, une p&#233;tition sign&#233;e massivement contre la torture est port&#233;e par une d&#233;l&#233;gation de 200 personnes alors que les manifestations sont interdites. Le 30 octobre un meeting des femmes contre la torture &#224; Alger a lieu au cin&#233;ma &#034;l'Afrique&#034;. Les comptes rendus des pr&#233;sents sont un r&#233;quisitoire impressionnant contre les horreurs commises par l'arm&#233;e. Le parall&#232;le y est fait entre les tortures de l'arm&#233;e alg&#233;rienne et celles de l'arm&#233;e d'occupation coloniale fran&#231;aise pendant la guerre d'Alg&#233;rie (d'ailleurs certains officiers de la r&#233;pression comme le g&#233;n&#233;ral Nezzar &#233;taient d'anciens tortureurs de l'arm&#233;e coloniale fran&#231;aise avant d'&#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;s par l'arm&#233;e de Boum&#233;diene). A noter que toutes ces manifestations contre la r&#233;pression, quand elles sont organis&#233;es par des militants le sont par les partis ou groupes la&#239;cs et non par les int&#233;gristes. Dans la r&#233;alit&#233;, ceux-ci sont loin d'&#234;tre les seuls &#224; s'activer dans les quartiers populaires. Mais eux comme le pouvoir et les m&#233;dias vont se charger de faire croire que tout ce qui bouge en particulier dans les quartiers pauvres d'Alger est int&#233;griste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression violente des jeunes et des quartiers populaires, o&#249; les forces arm&#233;es ont d&#233;cha&#238;n&#233; non seulement une lutte pour faire r&#233;gner l'ordre mais une v&#233;ritable haine a d&#233;truit le mythe de l'ANP, l'&#034;arm&#233;e populaire&#034;, celle issue de la &#034;r&#233;volution nationale&#034;, celle des &#034;h&#233;ros de la lutte de lib&#233;ration nationale&#034;, des &#034;martyrs&#034; ! Pour faire face, Chadli annonce la lib&#233;ration provisoires de toutes les personnes arr&#234;t&#233;es et la fin de la torture. Il s'agit surtout pour lui d'&#233;viter que la lutte contre le caract&#232;re policier de l'intervention de l'arm&#233;e ne devienne le point central de l'intervention populaire et ouvri&#232;re qui continue de se d&#233;velopper. Le plus impressionnant, en effet, c'est que malgr&#233; la r&#233;pression, alors que les tanks quadrillent encore les rues, la vague de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ouvri&#232;re continue et continuera pendant deux mois ! Et cela sans organisation, sans coordination, sans information m&#234;me, puisque les m&#233;dias ne parlent des gr&#232;ves que pour annoncer leur fin. Bien s&#251;r, c'est &#034;El Moudjahid&#034; qui est le sp&#233;cialiste des reprises du travail au point d'en faire un titre sp&#233;cial de ces colonnes. Seulement on peut constater que malgr&#233; des num&#233;ros qui recensent 10 ou 15 reprises, il y en a encore autant le lendemain ! La v&#233;rit&#233; est dure &#224; cacher. Et il est exacte que les mouvements se cherchent, vont et viennent. Tant&#244;t l'entreprise fonctionne, tant&#244;t elle arr&#234;te. Souvent, les ouvriers font reculer leurs directeurs, leurs patrons. La classe ouvri&#232;re est une force qui est crainte. Les motifs les salaires (leur augmentation ou les salaires impay&#233;s), le comportement dictatorial des dirigeants d'entreprise, le changement d'&#233;quipes syndicales impos&#233;es ou trop compromises. Quant aux objectifs politiques que pourrait se donner ce mouvement ouvrier d'une force consid&#233;rable, ce probl&#232;me n'a &#233;t&#233; pos&#233; par aucune organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'aider &#224; organiser les luttes, l'UGTA a mis tout son poids dans la balance pour que les travailleurs ne descendent pas dans la rue, ne se joignent pas aux jeunes, n'unissent pas leurs luttes, ne remettent pas en question le pouvoir comme la situation le rendait possible, comme elle le n&#233;cessitait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA expliquait dans un article de presse en 1994 le r&#244;le de son syndicat en 88 et dont il &#233;tait fier : &#034;le pays est rest&#233; debout parce que l'UGTA &#233;tait sur le terrain.&#034; Benhamouda rappelait ainsi au pouvoir que sans l'UGTA et son r&#244;le de pompier, la classe ouvri&#232;re mena&#231;ait le pouvoir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au PAGS, influent dans le syndicat, ayant des militants ouvriers nombreux et ayant des responsabilit&#233;s syndicales, ayant souvent gagn&#233; du cr&#233;dit dans les mouvements des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, il n'a nullement cherch&#233; &#224; mener une politique se d&#233;marquant de celle des dirigeants de l'UGTA. S'il subit durement la r&#233;pression, il n'offre au mouvement aucune perspective. Dans la vague de gr&#232;ves, il temporise, se prononce contre certaines gr&#232;ves. D&#232;s l'ouverture d&#233;mocratique, il dit qu'il &#034;ne faut pas entraver la bonne marche&#034; de la d&#233;mocratisation. Il ne se pr&#233;sente nullement comme une opposition radicale au pouvoir dictatorial des militaires qui vient de massacrer et torturer la jeunesse pauvre ! Les islamistes sauront se saisir de ce vide pour jouer d&#233;magogiquement ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre une opposition radicale au FLN et au pouvoir conspu&#233; par les jeunes, le PAGS envoie encore un message de soutien au congr&#232;s du FLN qui se tient le 17 novembre 88 il propose au FLN l'unit&#233; d'action pour &#233;tablir la d&#233;mocratie. une mani&#232;re de montrer qu'une fois de plus, c'est au pouvoir que le PAGS offre ses services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 novembre, le PAGS diffuse ses propositions intitul&#233;es :&#034;pour la d&#233;mocratisation de la vie nationale&#034;, dans lesquelles il pr&#233;cise qu'il est &#034;pour la voie des solutions justes et l'instauration d'un climat social constructif&#034;, &#034;faire avancer les formes pacifiques de lutte et de solution des probl&#232;mes&#034;, &#034;la t&#226;che patriotique imm&#233;diate, c'est la d&#233;mocratisation de la vie politique.&#034; Ce n'est pas les revendications sociales et encore moins un programme de lutte ! C'est les m&#234;mes illusions que le PAGS essaie de r&#233;introduire apr&#232;s que le massacre ait d&#233;voil&#233; la vraie nature du pouvoir : une dictature violemment anti-ouvri&#232;re. Le PAGS parle de &#034;recr&#233;er un climat de confiance entre le peuple et l'arm&#233;e&#034;, &#034;favoriser le brassage arm&#233;e/peuple&#034;, et surtout ouvrir les voies du pouvoir aux partis &#224; l'aide du multipartisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le PAGS qui s'intitule fi&#232;rement &#034;parti des ouvriers et des paysans&#034; distribue des tracts intitul&#233;s &#034;appel au calme&#034; alors que les gr&#232;ves continuent dans les entreprises. Alors que le sang des pauvres s&#232;che encore sur les pav&#233;s, il appelle &#224; la r&#233;conciliation avec les militaires. dans quelques mois, il ira jusqu'&#224; appeler &#224; voter pour la constitution du 23 f&#233;vrier 89 et finalement par soutenir le coup d'&#233;tat militaire de 92. Oui, les ouvriers et les paysans d'Alg&#233;rie n'ont pas de parti et en tout cas pas le PAGS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 novembre, un nouveau gouvernement est form&#233; et le PAGS lui apporte son soutien public : &#8220; apr&#232;s la constitution du nouveau gouvernement et la publication de son programme : soutenir le programme, s'unir et agir pour l'appliquer &#8221;. &#8220; Ces mesures r&#233;pondent en partie &#224; l'attente des travailleurs, des jeunes des masses populaires dont les manifestations d'octobre ont traduit le profond m&#233;contentement et l'immense besoin de changement &#8221; (cit&#233; par Sa&#251;t el Cha'b &#8221;, organe du PAGS du 14 septembre). Le 17 novembre, le PGS enverra m&#234;me ses f&#233;licitations au congr&#232;s du FLN : &#8220; nous ne joignons pas notre voix &#224; ceux qui, apr&#232;s s'&#234;tre longuement tus, accusent le FLN de tous les maux &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la lev&#233;e de l'&#233;tat de si&#232;ge, le pouvoir a annonc&#233; l'ouverture politique. Ce sont plut&#244;t les milieux intellectuels et politiques qui ont tout de suite reli&#233; cette annonce plut&#244;t que la classe ouvri&#232;re, inorganis&#233;e politiquement. La classe ouvri&#232;re semble s'&#234;tre donn&#233; quelques jours pour mesurer cette ouverture politique. Mais d&#232;s le 3 novembre, elle se remet en lutte. Les gr&#232;ves ouvri&#232;res s'&#233;tendent &#224; nouveau &#224; l'ensemble du pays. Les journ&#233;es des 10 et 20 novembre sont des pointes de combativit&#233; avec 99 et 72 conflits simultan&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves les plus importantes se d&#233;roulent alors dans le secteur portuaire, des ports de Skikda, Arzew, Bejaia et Ghazaouet et dans les gros complexes industriels, en particulier Berrouaghia, El Hadjar et encore Rouiba. Dans toutes ces luttes, il s'agit de gr&#232;ves offensives sur les salaires. S'y rajoute le fait qu'&#224; la faveur de l'&#034;ouverture politique&#034; proclam&#233;e par le pouvoir, les travailleurs en profitent pour contester les directions patronales et syndicales particuli&#232;rement honnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Berrouaghia, les travailleurs du complexe pompes et vannes interdirent l'acc&#232;s de l'usine au conseil de direction et d&#233;cid&#232;rent d'engager la production en autogestion. A CVI-Rouiba, la commission des n&#233;gociations &#233;lue d&#233;mocratiquement lors de la gr&#232;ve de fin septembre a impuls&#233; un &#233;largissement de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re par des &#233;lections libres de d&#233;l&#233;gu&#233;s d'ateliers et des services. Au port d'Alger, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des travailleurs r&#233;ussit &#224; imposer &#224; la direction de l'UGTA la dissolution de l'assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s (l'ATE) et l'&#233;lection de la commission de pr&#233;paration des &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Sider, complexe sid&#233;rurgique d'El Hadjar, la gr&#232;ve reprend le 31 octobre. Elle d&#233;marre &#224; la tuberie spirale et s'&#233;tend rapidement au complexe sur le probl&#232;me des salaires. Lors du sit-in les feuilles de paie servent symboliquement &#224; s'asseoir dessus ! La direction menace les gr&#233;vistes en leur d&#233;clarant que &#034;leur gr&#232;ve est politique&#034;. Le 7 novembre, tout le complexe est en gr&#232;ve. Les comit&#233;s de gr&#232;ve organisent des marches qui convergent vers la direction du complexe o&#249; aura lieu un meeting regroupant plus de 10 000 travailleurs. Ils d&#233;signent d&#233;mocratiquement et par acclamation leurs repr&#233;sentants. Apr&#232;s une entrevue sans r&#233;sultat avec la direction, ils d&#233;signent leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s et &#233;laborent une plate-forme revendicative. Ils forment des comit&#233;s de vigilance pour assurer la s&#233;curit&#233; de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 novembre, ils &#233;lisent &#224; nouveau le bureau charg&#233; de n&#233;gocier avec la direction. Ils obtiennent satisfaction sur un grand nombre de revendications et notamment la reconnaissance de leurs nouveaux &#233;lus. Les syndicalistes appellent alors &#224; la reprise du travail et les militants du parti stalinien, le PAGS appellent &#034;&#224; rattraper le retard et augmenter la production&#034; ! (extrait du journal du PAGS du 14 septembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, spontan&#233;ment, l'exemple d'El Hadjar a fait t&#226;che d'huile avec &#233;laboration collective des plate-formes revendicatives et &#233;lection r&#233;ellement d&#233;mocratique des &#233;lus et des d&#233;l&#233;gations dans les gr&#232;ves de l'ENCG, R&#233;al-Sider, Travaux-Sider, l'h&#244;pital psychiatrique, le centre hospitalo-universitaire Ibn Rochd, le th&#233;&#226;tre, les carri&#232;res, les enseignants de l'universit&#233;. les travailleurs de Guelma en font autant. C'est &#233;galement le cas &#224; la caisse nationale de la s&#233;curit&#233; sociale. Partout dans le pays, les anciennes &#233;quipes syndicales sont mises en cause et souvent remplac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r dans le pays, aucune force politique ne se fait le relais des initiatives des travailleurs. Les partis politiques se concentrent sur la revendication de la fin du parti unique et sur le multipartisme. Ils sont non seulement trop occup&#233;s &#224; se mettre en position de profiter du discr&#233;dit du parti unique FLN pour aller &#224; la mangeoire mais surtout ce combat de la classe ouvri&#232;re pour son organisation &#224; la base et son autonomie n'est nullement celui de ces partis, y compris le FFS qui comprend pourtant en Kabylie un grand nombre d'ouvriers combatifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pouvoir mesure tr&#232;s vite l'importance du m&#233;contentement et est g&#234;n&#233; &#233;galement par la gr&#232;ve des deux principaux ports d'exportation d'hydrocarbures, Skikda et Arzew. Il promet imm&#233;diatement une augmentation de 250 dinars pour les bas salaires, le gel des prix et un programme anti-ch&#244;mage, mesures annonc&#233;es qui ne seront en fait promulgu&#233;es qu'en janvier 89 avec la nouvelle loi de finances. Mais le gouvernement esp&#232;re que l'effet d'annonce baissera un peu la temp&#233;rature sociale. En m&#234;me temps le pouvoir met en garde les travailleurs contre &#034;l'anarchie sociale&#034;. La m&#234;me mise en garde est adress&#233;e aux habitants de six communes qui, prenant &#224; la lettre la d&#233;mocratisation, s'&#233;taient organis&#233;es et mobilis&#233;es pour dissoudre elles-m&#234;mes leur APC corrompue et organiser des &#233;lections libres locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1989&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ann&#233;e 88 est l'ann&#233;e des &#233;meutes des jeunes &#233;cras&#233;es dans le sang mais qui se sont d&#233;roul&#233;es sur fond d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale rampante de plusieurs mois, les deux ann&#233;es qui vont suivre sont plus encore celles de la mont&#233;e des gr&#232;ves. Les gr&#232;ves ne commenceront &#224; refluer qu'en 1991 avec 1034 conflits et surtout en 1992 avec 493 luttes. Par contre, ces conflits toucheront des plus grands groupes de travailleurs puisqu'en 1992, il y aura quand m&#234;me 112 138 travailleurs en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1988, 1933 gr&#232;ves et 285.619 gr&#233;vistes En 1989, 3889 gr&#232;ves et 357.652 gr&#233;vistes En 1990, 2023 gr&#232;ves et 301.694 gr&#233;vistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs le premier ministre Kasdi Merbah lui-m&#234;me, s'exprimant &#224; propos des gr&#232;ves dans El Moudjahid du 3 juin, journal du FLN et du pouvoir, dit &#034;mieux vaut en parler que les ignorer&#034; et il constate que &#034;leur nombre a &#233;t&#233; plus &#233;lev&#233;, leur dur&#233;e parfois plus longue, et l'impact de certaines plus consid&#233;rable sur la vie quotidienne (&#233;boueurs, postiers, enseignants)&#034;, &#034;la contestation des gestionnaires, dans certaines usines, est un facteur nouveau&#034;, &#034;le nombre d'interventions de la police (contre les gr&#232;ves) et celui des arrestations op&#233;r&#233;es n'a gu&#232;re vari&#233; entre les quatre mois de 1988 et la p&#233;riode correspondante de 89&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 f&#233;vrier, le pouvoir, pour donner l'impression qu'il tient compte des aspirations au changement exprim&#233;e en 88 et aussi pour trouver un d&#233;rivatif politique, modifie la constitution, abolit toute r&#233;f&#233;rence au socialisme, au r&#244;le dominant du parti unique, le FLN, autorise le multipartisme et acceptera la l&#233;galisation de plusieurs de dizaines de partis politiques dont le FFS (Front des Forces Socialistes d'A&#239;t Ahmed), le RCD (Rassemblement pour la Culture et la D&#233;mocratie de Sa&#239;d Saadi) et le PAGS (le parti communiste, Parti de l'Avant-Garde Socialiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, au plan social, le pouvoir ne freine pas l'accentuation de la fracture sociale, il l'acc&#233;l&#232;re. Les prix sont lib&#233;r&#233;s alors qu'ils &#233;taient fix&#233;s centralement jusqu'en 1980 et surveill&#233;s jusqu&#8216;en 1989. Les salaires ne vont pas suivre pour autant et le ministre du commerce expliquera : &#8220; pour &#233;viter que les salaires n'entrent en contradiction avec les profits et maintenir le caract&#232;re durable de l'accumulation, il est indispensable que la productivit&#233; augmente plus rapidement que les salaires &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 mars, rassemblement de 1000 islamistes &#224; Alger (deux semaines avant les femmes r&#233;clamant l'abrogation du code de la famille et les droits des femmes manifestaient quatre fois plus nombreuses) et proclamation de la cr&#233;ation du FIS, Front Islamique du Salut. Le 10 mai, cent mille manifestants marchent dans les rues d'Alger contre la violence des int&#233;gristes musulmans &#224; l'appel du PAGS et du RCD ; Les organisateurs font tout pour ne pas appara&#238;tre hostiles au pouvoir qui, il y a &#224; peine un an demi, a massacr&#233; la jeunesse. Les slogans sont bien significatifs &#034;l'arm&#233;e, le peuple pour la d&#233;mocratie&#034; ou &#034;union dans la diversit&#233; et le pluralisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 septembre, le pr&#233;sident Chadli l&#233;galise le FIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 1er octobre au 25 d&#233;cembre, gr&#232;ves dans les entreprises nationales et les services publiques. Le FIS d&#233;nonce la gr&#232;ve &#034;manipul&#233;e&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#234;ches incendiaires de Ali Belhadj qui enflamme les jeunes islamistes : &#8220; Sachez que la d&#233;mocratie est &#233;trang&#232;re dans la maison de Dieu &#8221; et &#8220; le multipartisme est inacceptable du fait qu'il r&#233;sulte d'une vision occidentale &#8221;. (cit&#233; par &#8220; Le Maghreb &#8221; du 20 octobre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1990-92 : du multipartisme &#224; la guerre civile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A remarquer dans le conflit des &#233;boueurs le r&#244;le anti-gr&#232;ve des militants du FIS qui ont organis&#233; le volontariat pour remplacer les gr&#233;vistes. Abassi Madani d&#233;clare alors au journal Es Salam du 21 juin 1990 : &#034;les gr&#232;ves des syndicats sont devenues des terriers d'action pour les corrupteurs, les ennemis d'Allah et de la patrie, communistes et autres, qui se r&#233;pandent partout du fait que le cadre du FLN se r&#233;tr&#233;cit et s'affaiblit.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant pendant l'&#233;t&#233;, le syndicat islamiste, le SIT, une cr&#233;ation du FIS, voit le jour. Son texte de d&#233;claration en dit long non seulement il dit bien s&#251;r tirer sa l&#233;gitimit&#233; du Coran mais il d&#233;clare que &#034;l'ancien r&#233;gime a &#034;habitu&#233; les ouvriers &#224; ne pas travailler&#034;, que &#034;la lutte de classes n'existe pas en Islam&#034;, et toute relation entre patron et ouvrier est dict&#233;e par un hadith qui traite le travailleur de khawal, c'est-&#224;-dire domestique-esclave ! Bien s&#251;r, ce hadith d&#233;clare que l'objectif est que le patron traite son esclave comme un fr&#232;re ... &#034;Le proph&#232;te aimait le travail et les mains c&#226;leuses&#034;, d&#233;clare ce texte. Hachemi Sahnouni, de la direction du FIS d&#233;clare &#034;le syndicat islamique doit s'occuper d'inciter les ouvriers &#224; travailler, car le pays leur appartient.&#034; En m&#234;me temps, le SIT essaie de d&#233;velopper une d&#233;magogie en milieu ouvrier en d&#233;non&#231;ant la corruption du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire du FIS aux &#233;lections locales du 12 juin avec plus de 4 millions de voix (environ la moiti&#233; des voix), pour les premi&#232;res &#233;lections pluralistes de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante. Pour une bonne part, c'est un vote sanction contre le FLN (qui ne recueille que 36,6%). Le PAGS qui s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; massivement &#224; ces &#233;lections re&#231;oit lui aussi une importante claque en n'ayant pas assez de voix pour avoir un seul &#233;lu ! C'est la sanction d'ann&#233;es de trahison de la classe ouvri&#232;re. Il ne s'en rel&#232;vera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FIS va investir massivement les localit&#233;s, y pla&#231;ant ses hommes et obtenant un important soutien de la petite et moyenne bourgeoisie qui pense qu'il va aller au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 25 mai au 6 juin, gr&#232;ve appel&#233;e par les int&#233;gristes du FIS et de son syndicat, le SIT. La gr&#232;ve est peu suivie, montrant que dans la classe ouvri&#232;re, l'int&#233;grisme n'a pas perc&#233;. Comme la gr&#232;ve du FIS n'est pas un succ&#232;s, celui-ci d&#233;clenche une action politique de masse dans la rue qui est tr&#232;s m&#233;diatis&#233;e : grandes marches de soutien dans les principales villes. La r&#233;pression de ces marches par les forces de l'ordre avec affrontement faisant de nombreuses victimes contribue &#224; pr&#233;senter les int&#233;gristes comme LA force d'opposition radicale. Abassi Madani et Ali Belhadj sont arr&#234;t&#233;s ainsi que de nombreux militants. Ainsi est cr&#233;&#233;e la situation o&#249; les islamistes apparaissent comme les seuls vrais opposants au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, des directions d'entreprise profitent de la situation pour se d&#233;barrasser de travailleurs catalogu&#233;s islamistes, et dont certains ont simplement suivi le mot d'ordre de gr&#232;ve ou simplement sont des travailleurs combatifs et jug&#233;s g&#234;nants par les directions d'usines sans &#234;tre des barbus ni m&#234;me des soutien politique de l'int&#233;grisme. Le journal El Watan parle de 150 islamistes licenci&#233;s au port d'Alger. Les licenciements ont le soutien de l'UGTA et du PAGS ils appuient les directions comme ils appuient l'&#233;tat pour se d&#233;barrasser des int&#233;gristes mais ils ne comptent pas pour cela sur la lutte des travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, plus de 150 000 manifestants &#224; Alger &#224; l'appel du FIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UGTA appara&#238;t de plus en plus comme le principal soutien du pouvoir militaire, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Benhamouda a d&#233;clar&#233; qu'il voulait plut&#244;t la concertation que la lutte et que pour les int&#233;r&#234;ts du pays et pour redresser la situation des entreprises, &#034;nous sommes pr&#234;ts &#224; nous serrer la ceinture&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA Benhamouda fonde le CNSA, comit&#233; national pour la sauvegarde de l'Alg&#233;rie qui appelle &#224; l'annulation des &#233;lections et &#224; donner le pouvoir aux militaires. De tr&#232;s nombreux syndicalistes d&#233;sapprouvent cette prise de position qui fait du dirigeant syndical un pion des militaires au nom de la d&#233;fense de la patrie et de la r&#233;publique menac&#233;s par l'int&#233;grisme. Pour justifier sa prise de position de soutien au pouvoir militaire, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA Benhamouda d&#233;clare &#034;avant qu'on ne soit li&#233; aux travailleurs, on est d'abord li&#233; au pays&#034; et annonce son objectif de &#034;renforcer les institutions de la r&#233;publique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en 1991, il y a 71500 gr&#233;vistes, soit plus qu'en 1977, l'ann&#233;e des grandes gr&#232;ves. Cela signifie que, malgr&#233; la situation politique dans laquelle les travailleurs sont rendus silencieux (lutte du FIS, dictature militaire du Haut comit&#233; d'Etat, proclamation de l'Etat d'urgence, chape de plomb militaire, assassinat du pr&#233;sident Boudiaf) le niveau des gr&#232;ves reste important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 d&#233;cembre 1991, premier tour des &#233;lections l&#233;gislatives qui marquent d'abord le d&#233;go&#251;t de la population face &#224; toutes les forces politiques puisque 41% de la population s'est abstenu. Le FIS obtient 48 % des suffrages exprim&#233;s et plus de 180 si&#232;ges. C'est surtout une gifle pour le pouvoir dont le parti ex-unique, le FLN n'a obtenu que 15 si&#232;ges sur 430, passant m&#234;me derri&#232;re le FFS qui a 25 si&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 d&#233;cembre, le PAGS s'associe &#224; tous ceux qui appellent les militaires &#224; dissoudre le parlement et diffuse un tract intitul&#233; : &#8220; pour sauver l'Alg&#233;rie, il faut annuler les &#233;lections et interdire les partis int&#233;gristes &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1992&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 janvier, coup d'&#233;tat militaire : le haut &#233;tat major, apr&#232;s avoir d&#233;missionn&#233; le pr&#233;sident Chadli, d&#233;cide d'annuler les &#233;lections l&#233;gislatives et de donner la totalit&#233; des pouvoirs &#224; l'arm&#233;e en instituant le HCE, Haut Comit&#233; d'Etat o&#249; domine le g&#233;n&#233;ral Nezzar, chef d'&#233;tat major de l'arm&#233;e. Ce dernier proclame l'&#233;tat d'urgence sur tout le territoire et le FIS est dissous, ses activit&#233;s interdites, ses associations comme ses &#233;coles. Le pouvoir militaire obtient le soutien des partis &#034;la&#239;cs&#034; (FLN, PAGS) et du syndicat UGTA qui a m&#234;me milit&#233; pour cette prise de pouvoir par les militaires et pour l'annulation des &#233;lections sous pr&#233;texte que les int&#233;gristes sont un danger plus important. Ainsi le parti stalinien PAGS apporte son soutien &#224; la dictature militaire, &#224; l'&#233;tat de si&#232;ge : &#034;elle ouvre de nouvelles perspectives que la soci&#233;t&#233; civile dans son ensemble ainsi que toutes les institutions de la r&#233;publique doivent savoir g&#233;rer dans l'int&#233;r&#234;t de la paix civile&#034;. En fait, la guerre civile vient de commencer et prise entre deux feux dans le bras de fer entre islamistes et militaires, c'est la population qui prend tous les coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme camouflage de la dictature militaire, l'arm&#233;e fait appel &#224; un civil &#224; la pr&#233;sidence : Mohamed Boudiaf, un ancien de la lutte d'ind&#233;pendance et opposant en exil de longue date. C'est un des rares &#8220; anciens &#8221; &#224; ne pas &#234;tre compl&#232;tement discr&#233;dit&#233;s. A 73 ans, ils revient au pouvoir mais pas pour longtemps : deux mois plus tard, il est assassin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier, l'&#233;tat d'urgence est proclam&#233; pour un an ainsi que le couvre-feu apr&#232;s 22H30 &#224; Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que l'Etat d'urgence proclam&#233; pour lutter contre l'int&#233;grisme est dirig&#233; tout autant contre la classe ouvri&#232;re. Ainsi l'article 6 du d&#233;cret donne au ministre de l'int&#233;rieur, le pouvoir &#8220; de r&#233;quisitionner les travailleurs pour accomplir leurs activit&#233;s professionnelles habituelles, en cas de gr&#232;ve non-autoris&#233;e ou ill&#233;gale. Ce pouvoir de r&#233;quisition s'&#233;tend aux entreprises publiques et priv&#233;es (..) &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1993&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier les cours exceptionnelles de justice contre le terrorisme entrent en fonction &#224; Alger, Oran et Constantine. D&#232;s les 5 premiers mois, elles vont prononcer plus de cent condamnations &#224; mort. C'est le temps des &#034;&#233;radicateurs&#034; qui affirment tous les mois que c'est le dernier quart d'heure du terrorisme en Alg&#233;rie et qui ne cessent de monter d'un cran la violence des interventions de l'arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la mis&#232;re grandit pour la majorit&#233; de la population, des fortunes nouvelles se b&#226;tissent &#224; une vitesse ph&#233;nom&#233;nale, malgr&#233; et parfois gr&#226;ce &#224; la crise islamiste et terroriste. D'apr&#232;s Brahimi, ministre du Plan puis premier ministre, cit&#233; par la documentation fran&#231;aise (monde arabe janvier 1993), en 1990 les salari&#233;s soit 75 % de la population disposaient de 150 milliards de dinars et les non salari&#233;s de 98 milliards. En 93, l'&#233;cart s'est encore creus&#233; entre riches et pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- L'int&#233;grisme, une option violente de la politique de la bourgeoisie&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe dirigeante alg&#233;rienne a jou&#233; tous les jeux possibles avec l'int&#233;grisme. Elle l'a aid&#233;, cr&#233;dit&#233;, reconnu, financ&#233;, lui a accord&#233; la gestion locale, l'a amen&#233; jusque dans l'antichambre du pouvoir. Puis, en se retournant brutalement, elle l'a combattu &#224; mort. Demain, elle peut &#224; nouveau s'allier avec lui. Tout cela sans que la population ne comprenne ce qui motive ces retournements et la violence de la guerre civile. Priv&#233;e d'une compr&#233;hension des enjeux, la population pauvre a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;sarm&#233;e politiquement devant l'islamisme comme devant l' entreprise du pouvoir militaire appel&#233;e l'&#8220; &#233;radication &#8221;. Elle a &#233;t&#233; glac&#233;e non seulement par la vague de violence qui s'est abattu sur elle mais aussi parce qu'elle ne reconnaissait pas d'o&#249; venaient les coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sente l'int&#233;grisme ? Quelle est sa force et comment le combattre ? Risquait-il de prendre le pouvoir ? Quels int&#233;r&#234;ts sociaux d&#233;fend-t-il ? Quelle est la strat&#233;gie du pouvoir militaire &#224; son &#233;gard ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La carte islamiste a &#233;t&#233; une option politique brandie plusieurs fois par les leaders nationalistes, en particulier &#224; chaque fois que des contestations sociales revenaient &#224; la surface. L'islamisme n'est pas l'expression spontan&#233;e de la croyance des plus d&#233;munis. C'est un jeu politique et social d'&#233;l&#233;ments de la classe dirigeante qui, pour certains, ne sont m&#234;me pas croyants. Il s'agit de mettre en avant ce drapeau de la m&#234;me mani&#232;re que l'on a mis en avant celui du nationalisme, afin de mettre les plus pauvres &#224; la remorque de la classe dirigeante bourgeoise ou petite bourgeoise. La religion l&#224;-dedans occupe la place du socialisme pour le nationalisme : c'est juste la complainte. Ce n'est pas dans le texte religieux que les dirigeants politiques en question trouvent leur programme politique et social mais dans les aspirations d'une classe : la bourgeoisie. Et c'est pour cela que ces leaders ont besoin que leurs objectifs restent cach&#233;s car leurs troupes sont des pauvres et les dirigeants islamistes, eux, font partie de la bourgeoisie ou y aspirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lors de la mont&#233;e du FIS, d&#233;masquer les islamistes aurait consist&#233; d'abord &#224; mettre en &#233;vidence ces liens entre FIS et bourgeoisie et entre FIS et pouvoir. Cela aurait n&#233;cessit&#233; qu'en face il existe une politique s'adressant aux travailleurs et &#224; la jeunesse pauvre et qui ne soit pas seulement hostile &#224; l'islamisme au nom de la d&#233;mocratie bourgeoise r&#233;publicaine mais radicalement oppos&#233;e &#224; la bourgeoisie et au pouvoir. Le radicalisme d&#233;magogique et faux des islamistes ne pouvait &#234;tre d&#233;voil&#233; que par un v&#233;ritable radicalisme social. Il n'y a pas de meilleur moyen de d&#233;masquer la d&#233;magogie islamiste vis-&#224;-vis des milieux pauvres que de proposer aux opprim&#233;s de s'attaquer r&#233;ellement aux classes dirigeantes. Mais c'est le contraire qui a &#233;t&#233; fait par les partis d&#233;mocrates bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se sont nullement adress&#233;s aux milieux pauvres au moment o&#249; les islamistes p&#233;n&#233;traient dans les quartiers populaires et les organisaient. Leur politique n'&#233;tait en rien hostile &#224; la classe dirigeante puisqu'ils ne contestaient que la forme politique du r&#233;gime et sur le terrain social se faisaient au contraire les chantres de la bourgeoisie priv&#233;e et du lib&#233;ralisme. Les milieux les plus pauvres ont eu &#224; choisir entre des d&#233;mocrates bourgeois qui se souciaient de leurs souffrances comme d'une guigne et des militants qui vivaient parmi eux la vie des pauvres, qui organisaient la solidarit&#233; contre la mis&#232;re, le manque d'&#233;ducation ou les tremblements de terre. Les islamistes n'ont pas gagn&#233; seulement parce qu'ils proposaient le paradis mais parce qu'ils r&#233;pondaient, &#224; leur mani&#232;re, aux probl&#232;mes cruciaux des plus opprim&#233;s. Personne n'a offert d'alternative. Au moment du discr&#233;dit profond du r&#233;gime apr&#232;s 88, les partis d&#233;mocrates ne sont nullement apparus comme un p&#244;le pour les plus pauvres pour lutter radicalement contre le pouvoir. Ils sont apparus seulement comme des officines politiciennes pour occuper la place due l'ancien parti unique. Le succ&#232;s du FIS a &#233;t&#233; le produit du soutien &#224; la fois des plus d&#233;munis et de la bourgeoisie, y compris du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi le pouvoir et la bourgeoisie pouvaient avoir besoin d'un parti de d&#233;magogie religieuse se donnant une allure de parti radicalement oppos&#233; au pouvoir ? Au moment o&#249; le r&#233;gime militaire venait de faire tirer sur la jeunesse alg&#233;rienne d'octobre, le pouvoir et la classe dirigeante avaient besoin d'une fausse perspective vers laquelle orienter cette jeunesse r&#233;volt&#233;e. Il avait besoin de relancer l'option religieuse en un moment o&#249; c'est la lutte de classe, entre riches et pauvres, qui risquait de prendre le dessus avec la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res mena&#231;ant de se lier &#224; la r&#233;volte des jeunes et des quartiers pauvres. Apr&#232;s 88, le r&#233;gime a choisi de reculer politiquement pour ne pas perdre le pouvoir. Il a supprim&#233; le parti unique et organis&#233; des &#233;lections mais il a eu besoin du coup d'un parti capable de capter les voix des plus pauvres sans &#234;tre une menace pour la classe dirigeante. D'o&#249; le FIS. Jusqu'en 91, l'alliance du r&#233;gime militaire et du FIS avec la caution de toute la bourgeoisie ne s'est pas d&#233;mentie. M&#234;me les rodomontades des plus radicaux du FIS lors de la guerre du Golfe ne l'avaient pas vraiment remis en cause. Les attaques violentes, de type fasciste, des islamistes contre les femmes ou contre les intellectuels d&#233;mocrates n'avaient pas interrompu cet idylle entre les galonn&#233;s et les barbus. Les attaques contre les gr&#232;ves ouvri&#232;res, comme celle des &#233;boueurs, avaient m&#234;me enthousiasm&#233; pouvoir et classe dirigeante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y avait une limite. Le pouvoir militaire et la bourgeoisie qui lui est li&#233;e n'avaient entretenu le FIS que dans le but de conserver, eux, le pouvoir r&#233;el quitte &#224; donner des minist&#232;res aux dirigeants islamistes pour les charger des licenciements dans les entreprises et de faire accepter l'aust&#233;rit&#233; n&#233;cessaire au d&#233;veloppement de la bourgeoisie. Ils n'avaient pas du tout l'intention de lui laisser les r&#234;nes. Et encore moins les coffres et les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait compter sans la haine de la population pauvre &#224; l'&#233;gard du pouvoir. Puisque l'on demandait &#224; cette population de voter, elle a choisi de voter FIS pour exprimer non le soutien aux th&#232;se r&#233;actionnaires des barbus du FIS mais son rejet violent du r&#233;gime. Il s'en est suivi un raz de mar&#233;e &#233;lectoral au premier tour des &#233;lections, ce qui a amen&#233; le pouvoir &#224; d&#233;cider l'interruption du processus &#233;lectoral. La guerre civile ne d&#233;coulait pas imm&#233;diatement de cette seule d&#233;cision. Elle provenait de causes plus profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner le gouvernement aux islamistes alors qu'ils surfaient sur une vague populaire contre le pouvoir militaire c'&#233;tait risquer de finir par leur donner tout le pouvoir. L'arm&#233;e avait connu le m&#234;me engouement que la jeunesse et certains milieux pauvres en faveur des islamistes. Il y avait donc le risque du d&#233;veloppement d'une division entre pro et anti-islamistes au sein de l'arm&#233;e et jusqu'au plus haut niveau si le pouvoir ne tranchait pas dans le vif. Et surtout, il ne faut pas oublier que toute la politique pour favoriser le FIS &#233;tait dict&#233;e par la crainte de radicalisation sociale. Si le FIS &#233;tait incapable de canaliser le mouvement social pour recr&#233;diter le r&#233;gime militaire, ce dernier n'avait plus int&#233;r&#234;t &#224; le laisser se d&#233;velopper et gagner des positions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les chefs de l'arm&#233;e qui ont d&#233;cid&#233; de la solution guerre civile pour pouvoir ainsi mener leur propre guerre, la guerre de classe, aux travailleurs et aux plus pauvres sous couvert de lutte contre les islamistes. Ils ont pu ainsi lancer des vagues d'arrestations, torturer, traiter violemment toute la population en se justifiant par la lutte contre le terrorisme. Quant &#224; la lutte de maquisards du FIS, elle a tr&#232;s vite &#233;t&#233; circonscrite m&#234;me si la guerre civile a continu&#233; comme mode de gestion de la soci&#233;t&#233; par le pouvoir, pour emp&#234;cher les gr&#232;ves, les manifestations, pour faire pression sur toute la population. Pour punir les r&#233;gions qui avaient vot&#233; FIS, le r&#233;gime a laiss&#233; les terroristes &#233;cumer les villages, ran&#231;onner, enlever, violer, torturer. Pouvoir comme islamistes ont montr&#233; qu'ils &#233;taient d'abord et avant tout des ennemis des classes populaires mais celles-ci &#233;taient d&#233;sarm&#233;es et prises entre deux feux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; la dictature et la guerre civile,&lt;br class='autobr' /&gt;
les travailleurs continuent &#224; se battre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1995&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, 55 800 travailleurs ont &#233;t&#233; licenci&#233;s dans des plans sociaux &#034;pour raisons &#233;conomiques&#034;. Le journal &#034;El Watan&#034; du 28 octobre, &#233;crit : &#034;la pauvret&#233; envahit les villes, villages et douars sans faire quartier.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 10 janvier , les principaux partis du pays annoncent qu'ils ont sign&#233; &#224; Rome un pacte pour la paix en Alg&#233;rie, &#8220; le pacte de Rome &#8221;. Les signataires vont de l'ancien parti unique le FLN, du parti int&#233;griste le FIS, du principal parti kabyle le FFS, en somme des divers politiciens bourgeois que le pouvoir laisse &#224; l'&#233;cart de la gestion des affaires. A cet ar&#233;opage se m&#234;le aussi un groupe d'extr&#234;me gauche arriv&#233; l&#224; par on ne sait quelle bizarrerie le Parti des Travailleurs de Louiza Hanoune. Ce programme &#8220; pour la paix &#8221; qui ne demande m&#234;me pas la fin de la dictature militaire, qui ne d&#233;nonce pas franchement les exactions des terroristes (et pour cause, le FIS y participe !) n'aura aucune suite et pour seul r&#233;sultat de contribuer &#224; faire croire que la seule alternative &#224; la politique violente de la dictature militaire est de ramener les int&#233;gristes au pouvoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 mai, en opposition &#224; la direction de l'UGTA , trois responsables de la f&#233;d&#233;ration syndicale des p&#233;troliers signent un appel &#224; la gr&#232;ve &#224; partir du 22 mai et pour trois jours. L'UGTA r&#233;plique en appelant &#224; &#8220; renvoyer la gr&#232;ve &#224; une date ult&#233;rieure &#8221;. La gr&#232;ve est suivie dans neuf entreprises du secteur : Enafor, Enageo, Ensp, Entp, Engcb, Engtp, Asmidal, Enac et Enep. Le mouvement suivi par 50 000 travailleurs est un succ&#232;s mais il marque la division des travailleurs, division r&#233;alis&#233;e &#8221; gr&#226;ce au syndicat. La veille de la gr&#232;ve, l'UGTA est parvenue &#224; obtenir une promesse gouvernementale pour les entreprises Naftal, Naftec, Enip qui n'ont du coup pas particip&#233; &#224; la gr&#232;ve ainsi que les entreprises de gestion des zones industrielles d'Arzew et de Skikda. &#8220; C'est une manoeuvre du secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration qui est intervenu &#224; la t&#233;l&#233;vision la veille du lancement de la gr&#232;ve pour casser le mouvement &#8221; d&#233;clarent les organisateurs de la gr&#232;ve, cit&#233;s par &#8220; El Watan &#8221; et qui appellent &#224; reprendre la gr&#232;ve le 24 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mena&#231;ant les syndicalistes qui ne suivent pas la direction, Benhamouda, cit&#233; par &#8220; la Nation &#8221;, d&#233;clare lors de la commission ex&#233;cutive du syndicat : &#8220; l'organisation syndicale peut lever la couverture syndicale sur quiconque, parmi nous, instrumente l'action syndicale dans le but de provoquer le m&#233;contentement et la col&#232;re pour les retourner contre l'UGTA &#8221; et il d&#233;nonce les syndicalistes &#8220; d&#233;pourvus de base &#233;conomique &#8221;, sous-entendu qui ne comprennent pas l'int&#233;r&#234;t des affaires. Il vise non seulement les syndicalistes des p&#233;troliers mais au del&#224;. Ainsi, critiquant la position de syndicalistes de Tizi Ouzou, il d&#233;clare : &#8220; c'est moi qui donne l'orientation &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juin, l'&#233;bullition grandit dans le secteur du b&#226;timent et notamment les travailleurs de l'EBA menacent d'occuper la rue.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;claration choc de Benhamouda qui menace d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : &#8220; si on veut aller &#224; la casse, on ira &#224; la casse &#8221;. Commentant cette d&#233;claration, le journal &#8220; El Watan &#8221; du 20 juin &#233;crit : &#8220; l'UGTA, comme le dit son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral dans un entretien accord&#233; hier au &#8220; Matin &#8221;, ne peut pas &#8220; trahir les travailleurs &#8221;, craint d'&#234;tre &#8220; d&#233;bord&#233; par l'agitation sociale pouss&#233;e par la poursuite des licenciements et la hausse continuelle des prix.(..) L'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale peut &#234;tre aussi pris comme un moyen d'absorber une col&#232;re sociale grandissante et d'&#233;viter un embrasement total du front social &#224; l'approche d'&#233;ch&#233;ances &#233;lectorales. &#8221; Jusqu'au 27 juin, l'UGTA va parler de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qu'elle compte organiser fin juin et tenir ainsi tout le monde en haleine en se donnant l'air de menacer le gouvernement et les patrons pour en r&#233;alit&#233; faire patienter les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 juin la gr&#232;ve des p&#233;troliers reprend, suivie pendant dix jours par 45 000 travailleurs mais qui n'est pas soutenue par la centrale syndicale UGTA. Par contre cette gr&#232;ve a la sympathie des travailleurs. Ainsi ceux de Rouiba ont diffus&#233; des messages de soutien. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA, tentant d'arr&#234;ter cette gr&#232;ve, a &#233;t&#233; d&#233;savou&#233; par la base syndicale &#224; la conf&#233;rence d'Hassi Messaoud repr&#233;sentant 150 sections syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juin, un mouvement de manifestations contre la chert&#233; de la vie se d&#233;roule dans les villes de l'est du pays. &#8220; Le soir d'Alg&#233;rie &#8221; commente : &#8220; tous les ingr&#233;dients quant &#224; un m&#233;contentement populaire sont r&#233;unis &#8221; et &#8220; avec la multiplication de gr&#232;ves et autres actions syndicales, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale semble se concr&#233;tiser en douceur &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Benhamouda change alors brutalement de ton, il menace encore une fois d'organiser une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avant le 5 juillet et qui sera &#8220; r&#233;p&#233;titive tant que les travailleurs ne sont pas r&#233;tablis dans leurs droits &#8221; : &#8220; l'UGTA et les travailleurs refusent de payer pour la mauvaise gestion des d&#233;cideurs et de tous ceux g&#232;rent les deniers publics &#8221;. Mais finalement, c'est une rodomontade de plus. Le 27 juin, l'UGTA annule son mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale suite au d&#233;but des n&#233;gociations avec le gouvernement bien que celui-ci ait rejet&#233; le rel&#232;vement du salaire de base. Il n'y a en fait qu'un accord &#8220; de principe &#8221; sur le paiement des salaires des ouvriers du b&#226;timent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir sign&#233; un accord avec le gouvernement, accord qui ne donne aucune garantie aux travailleurs, il d&#233;gonfle la baudruche qu'il avait lui-m&#234;me gonfl&#233;, d&#233;clarant : &#034;la sagesse l'a emport&#233;, la gr&#232;ve n'aura pas lieu.&#034;, &#034;Il faut aller de l'avant pour redonner la confiance, pour remettre les alg&#233;riens au travail.&#034;, &#034;Il faut tout imaginer et tout entreprendre, je dis bien tout, pour apaiser le front social.&#034; Le journal &#8220; El Watan &#8221; rel&#232;ve &#8220; il accuse sans m&#233;nagement &#8220; ceux qui veulent utiliser aujourd'hui la sueur des travailleurs pour saper le travail colossal que r&#233;alise le pr&#233;sident de l'Etat &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit au sein de l'UGTA qui a suivi la gr&#232;ve des p&#233;troliers continue. Le 16 juillet, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral tente de r&#233;unir des troupes syndicales qui lui seraient fid&#232;les contre les trois secr&#233;taires f&#233;d&#233;raux qui ont soutenu la gr&#232;ve. Benhamouda ne parvient pas &#224; tenir sa r&#233;union fractionniste dans le secteur p&#233;trolier et il est pris &#224; partie par des travailleurs de ce secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans bien des sections syndicales, Benhamouda est d&#233;sapprouv&#233;, quelquefois violemment. Mais l'appareil syndical qui n'est pas &#233;lu par la base le soutient unanimement. Il est acclam&#233; par les r&#233;unions de bureaucrates centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet, r&#233;pondant au journal &#8220; le Matin &#8221; qui dit que &#8220; les travailleurs jugent insuffisants les r&#233;sultats des accords &#8221;, Benhamouda d&#233;clare : &#8220; il fallait d&#233;bloquer la situation tant au plan social que politique (..)Il faut aller de l'avant pour redonner confiance, pour remettre les alg&#233;riens au travail, en jetant toutes nos forces dans la bataille de la croissance &#233;conomique. &#8221; On peut dire que l'UGTA aura jet&#233; toutes ses forces dans la bataille pour emp&#234;cher la classe ouvri&#232;re de se battre sur ses propres objectifs. Les siens sont clairs : &#8220; il ne faut pas oublier que l'Alg&#233;rie s'appr&#234;te &#224; vivre une &#233;v&#233;nement politique historique : l'&#233;lection pr&#233;sidentielle ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois jeunes syndicalistes du mouvement des p&#233;troliers ont une certaine popularit&#233; dans la classe ouvri&#232;re et &#8220; la Nation &#8221; du 8 ao&#251;t &#233;crit : Chihab, Bouderba et Naji sont d&#233;sormais des noms connus du public et du monde du travail surtout. Ces jeunes syndicalistes cristallisent le m&#233;contentement des travailleurs, et ceux du secteur p&#233;trolier plus particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite aux d&#233;brayages des 27 et 28 juin (qui ont amen&#233; le directeur g&#233;n&#233;ral &#224; attaquer en justice 19 responsables et syndicalistes pour entrave &#224; la libert&#233; du travail), l'ENAMEP-Centre se met en gr&#232;ve illimit&#233;e le 17 juillet, sur d&#233;cision d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des travailleurs la veille, contre le non-paiement des salaires. Le directeur d&#233;clare la gr&#232;ve ill&#233;gale : car &#8220; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale n'&#233;tait pas r&#233;glementaire (..) et je n'ai pas &#233;t&#233; consult&#233; au pr&#233;alable&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 juillet, les travailleurs du secteur p&#233;trolier organisent un meeting &#224; Alger qui regroupe les travailleurs de neuf entreprises qui avaient fait la gr&#232;ve en juin dernier. C'est un succ&#232;s : il y a mille participants selon &#8220; Libert&#233; &#8221; du 25 juillet. Les travailleurs de la Sonatrach (prospection p&#233;troli&#232;re) d'Hassi R'Mel qui soutiennent les gr&#233;vistes de juin ont &#233;t&#233; tr&#232;s remarqu&#233;s. &#8220; Le Matin &#8221; du 25 juillet titre : &#8220; le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral f&#233;d&#233;ral, d&#233;savou&#233; &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 septembre, mis en accusation devant une conf&#233;rence syndicale centrale, Benhamouda reconna&#238;t pour la premi&#232;re fois avoir sign&#233; l'accord patronat/syndicat/gouvernement de juin dernier sans avoir pour cela l'accord du syndicat. Le 8 septembre, Benhamouda se d&#233;solidarise ouvertement de la gr&#232;ve de dix jours des p&#233;troliers et justifie m&#234;me ouvertement la position du gouvernement sur le sujet d&#233;clarant que les revendications des gr&#233;vistes &#233;taient aberrantes. Tous les animateurs de la gr&#232;ve ont d'ailleurs &#233;t&#233; suspendus par leur f&#233;d&#233;ration de l'UGTA. Selon &#8220; la Tribune &#8221; du 8 septembre, &#8220; on leur a fait miroiter, en &#233;change de la renonciation &#224; la reprise du mouvement, une lev&#233;e de la suspension qui les frappe &#8221;. L'UGTA n'interviendra m&#234;me pas pour d&#233;fendre les syndicalistes : Bouderba et Zini, licenci&#233;s par l'Entreprise des Grands Travaux P&#233;troliers sur le motif de s'&#234;tre oppos&#233; au redressement de l'entreprise (redressement que tous les ouvriers traduisent par privatisation et licenciements). Il n'y aura encore aucune protestation de l'UGTA quand ces deux syndicalistes seront arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre-octobre, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA, Benhamouda, fait la campagne du g&#233;n&#233;ral Z&#233;roual. Il fait ses meetings. Il d&#233;clare &#224; propos de Z&#233;roual que &#8220; son programme est celui des travailleurs &#8221;. En m&#234;me temps Z&#233;roual fait une campagne assez populiste, assez d&#233;magogique ancien style, surtout quand on la compare au discours style Chadli. Ils se dit le candidat &#8220; des jeunes, des femmes, des travailleurs, des paysans, des moudjahiddines.. . &#8221;. Il parviendra ainsi &#224; semer quelques illusions dans des milieux populaires qui ne savent plus &#224; quel saint se vouer. Mais dans la r&#233;alit&#233;, loin de chercher &#224; sortir la population des affres de la mis&#232;re, Z&#233;roual s'emploie &#224; les y enfoncer.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;cembre, les ouvriers du b&#226;timent se sont mis en gr&#232;ve, exigeant le paiement des arri&#233;r&#233;s de salaire. Lors d'une manifestation interdite, ils ont occup&#233; la place devant le si&#232;ge de l'UGTA. Le gouvernement leur a c&#233;d&#233; mais en pr&#233;levant, soi-disant pour les payer, un &#8220; imp&#244;t de solidarit&#233; &#8221; sur tous les ouvriers du secteur public ! Pendant deux jours, en f&#233;vrier 1996, des centaines de milliers d'ouvriers dont 200 000 du secteur public vont faire gr&#232;ve, paralysant les a&#233;roports, les &#233;coles, l'universit&#233;, la Sonatrach. C'est une d&#233;monstration de force bien que l'UGTA s'en tienne &#224; une gr&#232;ve symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1997&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juillet, gr&#232;ve &#224; 100% des diff&#233;rentes unit&#233;s de SNVI Rouiba ainsi que dans les unit&#233;s d'Oran, Constantine et Tiaret. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'union locale, interview&#233; par Libert&#233; le 15 juillet, d&#233;clare que la situation est &#8220; de la dynamite &#8221; du fait du retard de versement des salaires, des compressions d'effectifs et des menaces de fermetures d'entreprises. Selon le m&#234;me journal, &#8220; &#224; la SNVI, le holding M&#233;canique a d&#233;cid&#233; de fermer 12 unit&#233;s et de &#8220; remercie &#8221; 3600 travailleurs. &#8221; La situation est g&#233;n&#233;rale et l'hebdomadaire titre : &#8220; bouillonnement sur le front social. Pour de multiples raisons, le monde du travail n'est pas pr&#234;t d'observer une tr&#234;ve durable. &#8221; Et de citer &#8220; Infrafer qui compte &#8220; lib&#233;rer &#8221; 50% des 2900 travailleurs employ&#233;s &#8221; sans compter les &#8220; 600 licenci&#233;s auparavant et ceux, toujours en poste qui ne per&#231;oivent plus leur salaire depuis deux mois. 1700 emplois sont menac&#233;s &#224; l'ENCG. 3000 travailleurs licenci&#233;s dans la wilaya de Tipaza n'ont pas re&#231;u leurs indemnit&#233;s. A l'ENAL comme &#224; l'ENAFEC, le probl&#232;me des salaires impay&#233;s se pose l&#224; aussi comme &#224; l'ECTA. L'ENRIC pour sa part caracole en t&#234;te de liste des situations sociales les plus dramatiques. Dissoute par le Holding B&#226;timent, contre l'avis du minist&#232;re de l'Habitat, ses travailleurs lors d'un sit-in devant le si&#232;ge du holding ont appel&#233; &#224; un rassemblement &#224; la maison du peuple. &#8221; Et le journal, citant le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'union locale de Rouiba qui se demande &#8220; si la direction actuelle de l'UGTA continuera &#224; faire le dos rond avec le risque, plus que probable, de se faire fatalement d&#233;border par sa base. &#8221; Le syndicaliste local que l'hebdomadaire qualifie de &#8220; vieux routier de l'action syndicale &#8221; affirme que &#8220; l'inertie et la paralysie de la direction syndicale contrastent avec le bouillonnement de la base. La situation ne peut plus durer sans risques de d&#233;rapages &#8221;. Il rel&#232;ve que depuis l'assassinat du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Benhamouda, la commission centrale du syndicat n'a pas &#233;t&#233; r&#233;unie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d&#233;marr&#233; le 13 juillet, &#224; la SNVI de la zone industrielle de Rouiba, cherche &#224; se poursuivre mais il est frein&#233; par l'attentisme syndical. Libert&#233; rel&#232;ve que les travailleurs consid&#232;rent le d&#233;brayage massif du 13 comme &#8220; une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale &#8221; : &#8220; le d&#233;bat promet d'&#234;tre chaud quand bien m&#234;me la tendance g&#233;n&#233;rale est au durcissement du ton particuli&#232;rement chez les travailleurs dont la grogne est plus perceptible &#8221;, par contre le dirigeant syndical dit l'hebdomadaire &#8220; fait montre de r&#233;serve &#8221;. Et effectivement il obtient de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale un nouveau d&#233;lai. Le 16 juillet, les travailleurs d&#233;cident qu'ils reprendront leur gr&#232;ve le 27 juillet, s'ils n'obtiennent pas satisfaction. Le motif est le refus du &#8220; plan social &#8221;. En plein mois de juillet, les travailleurs de l'usine de camions de Rouiba, menac&#233;s de perdre plusieurs milliers de postes de travail, &#233;taient au centre de journ&#233;es de protestation unitaires suivies par trente mille ouvriers de la zone industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par des tirs de grenades lacrymog&#232;nes et de balles plastiques et par des coups de matraque que la manifestation de plusieurs milliers d'ouvriers sid&#233;rurgistes du trust Alfasid (6000 salari&#233;s), &#224; El Hadjar, pr&#232;s d'Annaba, a &#233;t&#233; accueillie mardi 16 mai par les forces de l'ordre. Ce tir &#224; bout portant et sans sommation a fait plusieurs centaines de bless&#233;s dont une trentaine de graves. Selon la presse alg&#233;rienne, l'&#233;motion est consid&#233;rable dans la classe ouvri&#232;re. Dans ce pays qui conna&#238;t en permanence la violence des attentats terroristes et celle de l'arm&#233;e au pouvoir, il est pourtant tr&#232;s inattendu que les forces de r&#233;pression se heurtent violemment avec les travailleurs. En effet, l'ancien syndicat unique du pouvoir et pompier des luttes ouvri&#232;res, l'UGTA, est toujours parvenu &#224; servir de tampon, en emp&#234;chant les travailleurs de descendre dans la rue. L'UGTA, toujours li&#233;e au pouvoir, appelant &#224; cette d&#233;monstration pacifique, les travailleurs d'Alfasid ne s'attendaient pas du tout &#224; l'assaut des forces d'intervention de la gendarmerie. &#8220; Le Quotidien &#8221; du 18 mai &#233;crit : &#8220; La charge polici&#232;re a &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment ordonn&#233;e pour constituer un message de dissuasion sans &#233;quivoque. Le pouvoir fait ainsi comprendre qu'il ne tol&#232;re, sous aucun pr&#233;texte, que le m&#233;contentement social d&#233;borde hors des enceintes que sont les lieux de travail. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine du conflit, il y a la d&#233;claration de la direction d'Alfasid, affirmant qu'elle allait utiliser les salaires de mai et juin des ouvriers pour payer ses dettes au fournisseur de minerai de fer. Les ouvriers sid&#233;rurgistes, qui ont subi de multiples plans de licenciement, perdant plus de la moiti&#233; des emplois, ont &#233;t&#233; des mois sans salaire et sont menac&#233;s par la privatisation du trust en train de se n&#233;gocier, ont d&#233;cid&#233; de ne pas se laisser faire. Le patron d'Alfasid pr&#233;tend maintenant qu'on l'a mal compris, qu'il a pay&#233; les dettes de l'entreprise et que &#8220; la ponction sur les salaires n'&#233;tait qu'une hypoth&#232;se &#8221;. Mais la gr&#232;ve continue au moment o&#249; nous &#233;crivons car la r&#233;volte est loin d'&#234;tre retomb&#233;e. Un mouvement de solidarit&#233; s'est m&#234;me d&#233;velopp&#233; dans la classe ouvri&#232;re. Les travailleurs des grandes entreprises du pays menac&#233;es comme Alfasid par la privatisation, comme SNVI de Rouiba, ou l'ENIEM de Sidi Bel Abbes, se sentent m&#234;me directement concern&#233;es par cette gr&#232;ve et &#233;voquent la possibilit&#233; d'une lutte d'ensemble contre les privatisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce risque d'extension du mouvement, le syndicat UGTA n'a rien eu de plus press&#233; que d'envoyer des dirigeants syndicalistes nationaux sur place pour, selon ses propres termes, &#8220; calmer les travailleurs &#8221; d'Alfasid et pratiquer des op&#233;rations de diversions, &#224; SNVI Rouiba par exemple. L'UGTA est momentan&#233;ment parvenue &#224; ce que les rassemblements aient d&#233;sormais lieu &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise o&#249; les assembl&#233;es se tiennent chaque jour avec de nombreux travailleurs des usines voisines. Le dirigeant de l'UGTA Sidi Sa&#239;d a d&#233;clar&#233; &#8220; restez vigilants et ne sortez pas du complexe. (..) Il ne faut pas recourir &#224; la confrontation &#8221;. Loin d'appeler les 23 autres filiales de Sider, pourtant en &#233;bullition, &#224; se joindre &#224; la gr&#232;ve, Sidi Sa&#239;d appelle les travailleurs d'Alfasid &#224; reprendre le travail apr&#232;s une manifestation de 6000 ouvriers dimanche 21 mai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements se produisent alors que l'Alg&#233;rie conna&#238;t une recrudescence de luttes, dans les usines comme dans le secteur des Finances, de l'Enseignement, etc... Le journal alg&#233;rien &#8220; Le Matin &#8221; du 29 avril titrait d&#233;j&#224; &#224; la une : &#8220; la bombe sociale fait peur &#8221;. C'est ce que craint le pouvoir. Il ne s'est engag&#233;, prudemment, dans l'op&#233;ration de fin de la guerre civile qu'en esp&#233;rant que le front social soit calme. Les attentats servaient &#224; justifier le climat s&#233;curitaire, les arrestations arbitraires et l'interdiction des mouvements sociaux. L'objectif de cette paix est de donner l'image d'un pays stable qui attire les investisseurs. Si le pr&#233;sident Bouteflika a blanchi des combattants islamistes arm&#233;s avec sa loi de &#8220; concorde civile &#8221;, l'Alg&#233;rie est loin d'en avoir fini avec les attentats : il y a, selon la presse, en moyenne plus de 200 morts par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois titres de la Une du journal alg&#233;rien La Tribune du 2 et 3 janvier 2000 r&#233;sumaient avec cynisme la situation alg&#233;rienne. Premier titre sur cinq colonnes : Les groupes arm&#233;s confirment la strat&#233;gie de la terreur. Deuxi&#232;me gros titre sur quatre colonnes : La Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale s'installe en Alg&#233;rie avec pour activit&#233;s principales les op&#233;rations boursi&#232;res et d'importation, est-t-il pr&#233;cis&#233; en surtitre. Troisi&#232;me titre, rel&#233;gu&#233; dans un petit encart en coin de bas de page : L'UGTA rappelle les limites du programme d'ajustement structurel jug&#233; antinomique. Lequel &#034;programme d'ajustement structurel&#034;, apprend-on dans l'article, s'est traduit par le licenciement de 132 718 travailleurs au bilan de juin 1997 et une mont&#233;e dramatique du ch&#244;mage dont le taux actuel s'&#233;l&#232;ve &#224; 30 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde, &#224; l'exemple de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, ne craint donc pas la terreur en Alg&#233;rie, ni la paup&#233;risation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Les &#034;affaires&#034; vont m&#234;me plut&#244;t bien, dans ce pays o&#249; la guerre entre les groupes islamistes et les bandes arm&#233;es de la dictature aura fait quelque 100 000 victimes civiles en cinq ans. Les banques et les affairistes &#233;trangers... et nationaux, ceux qui participent au d&#233;pe&#231;age du secteur public, profitent de la rente p&#233;troli&#232;re, sp&#233;culent sur les terres agricoles ou dans l'immobilier (oui, on construit des villas de luxe en Alg&#233;rie, aujourd'hui !), sur les r&#233;seaux de distribution et de redistribution des produits commerciaux, sur &#034;l'import-import&#034; comme on dit l&#224;-bas par d&#233;rision, n'ont semble-t-il rien &#224; craindre. Le financement des op&#233;rations de commerce ext&#233;rieur et les acquisitions d'entreprises dans le cadre de la privatisation n&#233;cessitent l'accueil d'experts et d'institutions financi&#232;res bien rod&#233;es &#224; l'&#233;tranger. C'est ainsi que la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale s'installe en Alg&#233;rie et que son porte-parole d&#233;clare &#224; La Tribune cit&#233;e plus haut, qu'il est &#034;pr&#234;t &#224; prendre le pari que nous serons suivis de la plupart de nos concurrents&#034;. Car l'Alg&#233;rie de la terreur, de la mis&#232;re, du ch&#244;mage galopant, de la disparition des magasins populaires et de l'eau courante, du massacre des pauvres, des femmes, des b&#233;b&#233;s, n'est pas un pays qui s'effondre pour tout le monde, loin de l&#224;. L'immense majorit&#233; de la population sombre dans le d&#233;nuement, mais la richesse globale n'a jamais &#233;t&#233; aussi grande, gr&#226;ce bien s&#251;r aux quantit&#233;s croissantes de p&#233;trole et de gaz qui sortent d'Alg&#233;rie, permettant au r&#233;gime de payer ses cr&#233;anciers, son arm&#233;e, ses suppl&#233;tifs et d'arroser largement toute la bande des profiteurs, mais pas seulement. L'Alg&#233;rie des bandes arm&#233;es est en passe de devenir un nouvel eldorado o&#249; l'on pille, sp&#233;cule, trafique et exploite &#224; loisir. Le pays est un bon &#233;l&#232;ve du FMI, qui paie ses dettes, privatise, ferme les unit&#233;s les moins rentables, restructure, licencie et peut se vanter d'augmenter comme jamais la productivit&#233; de ses travailleurs. Le &#034;projet d'ajustement structurel&#034; gouvernemental table sur une croissance de 7 % en 1998 contre 4 % en 1996 (compte tenu de la rente p&#233;troli&#232;re bien s&#251;r). Les investisseurs internationaux affluent, et pas seulement dans l'industrie des hydrocarbures, au demeurant tr&#232;s efficacement prot&#233;g&#233;e par l'arm&#233;e, comme il se doit ! Sous le titre &#034;Pendant les massacres, les affaires continuent&#034;, la publication anglaise The middle East Economic Digest cit&#233;e par Courrier International d'octobre 1997 &#233;num&#232;re les bienheureux : &#034;Daewoo, MAN, Rh&#244;ne Poulenc, ABB et la Lyonnaise des eaux sont parmi les plus r&#233;cents &#224; avoir n&#233;goci&#233; des contrats&#034;. &#034;L'Alg&#233;rie est riche&#034;, se f&#233;licite le charg&#233; du Maghreb de Rh&#244;ne Poulenc. Oui, on fait des affaires en Alg&#233;rie, en d&#233;pit du terrorisme, et souvent gr&#226;ce &#224; lui ! Ses usines sont modernes, parfois plus que celles de France, avec un personnel nombreux, qualifi&#233;. De grandes fortunes se multiplient, comme celle de Djillali Mehri, milliardaire et politicien de la formation de l'ex-Hamas (qui a des ministres au gouvernement) qui vient de racheter le grand magasin d'Alger Le Bon March&#233; ; d'autres s'&#233;difient, celles de ceux qui, par exemple, se sont sp&#233;cialis&#233;s dans le rachat des camions de l'administration, ou de ses villas, ses locaux commerciaux, son mat&#233;riel... pour les revendre cinq ou dix fois leur prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie des pays imp&#233;rialistes se sert et prend la part du lion, mais la bourgeoisie alg&#233;rienne profite &#233;galement de la manne, et comment ! Le Premier ministre Ouyahia &#034;a reconnu qu'en 5 ans, l'Etat a d&#233;j&#224; vers&#233; 600 milliards de dinars (60 milliards de francs fran&#231;ais) au titre de l'assainissement financier des entreprises avec le r&#233;sultat que l'on sait&#034;, rapporte le journal El Watan du 8 f&#233;vrier 1996, qui pr&#233;cise qu'on calcule officieusement que cela se monte en fait &#224; plus de 700 milliards.Les prix flambent et les robinets sont toujours &#224; sec dans les quartiers populaires d'Alger, mais les liquidit&#233;s valsent au point que le gouvernement envisage d'y installer une Bourse des valeurs car il y a de nombreux capitaux qui pourraient vouloir y sp&#233;culer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation d'une ville &#224; l'autre est risqu&#233;e, mais les riches ont des visas pour l'&#233;tranger et doivent pouvoir aller et venir comme ils l'entendent, sans contrainte, &#224; Paris, Londres ou Madrid... : on envisage donc la construction d'un a&#233;roport &#224; Batna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mafia affairiste du pays, la main dans celle de la bourgeoisie d'Europe et d'Am&#233;rique, s'accommode parfaitement d'un pays &#224; feu et &#224; sang si tant est que cela lui permet des profits inesp&#233;r&#233;s et de mener ce que le journal alg&#233;rien La Nation appelait &#034;la guerre aux pauvres&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terreur islamiste et terreur blanche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre qui oppose depuis cinq ans le pouvoir militaire aux groupes arm&#233;s islamistes aurait fait entre 80 000 et 150 000 morts, selon les diff&#233;rentes estimations, avant tout au sein de la population civile des campagnes et des banlieues pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Amnesty International attribue le tiers des morts aux groupes int&#233;gristes et le reste aux forces arm&#233;es et aux groupes paramilitaires qui en d&#233;pendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prot&#233;ger le peuple alg&#233;rien contre les int&#233;gristes, c'&#233;tait toute la justification politique du pouvoir depuis le coup d'Etat de janvier 1992 &#224; la suite de l'annulation du deuxi&#232;me tour des l&#233;gislatives dont le FIS avait remport&#233; le premier tour avec 48 % des voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Z&#233;roual annonce depuis plus de trois ans n'avoir affaire qu'&#224; un &#034;terrorisme r&#233;siduel&#034;. Qu'on en juge : en 1997, le bilan des massacres est pass&#233; de cent morts par semaine en juillet-ao&#251;t, &#224; cent morts par jour au cours des mois suivants. Le massacre de la r&#233;gion de Relizane de la fin d&#233;cembre aurait fait 412 victimes en une nuit, soit 750 en dix jours. Une barbarie sans pr&#233;c&#233;dent, celle qui s&#233;vit en cette ann&#233;e 1997 ? C'est &#224; voir, si l'on en croit, entre autres, la d&#233;claration d'un journaliste d'un grand quotidien d'Alger publi&#233;e par Courrier International du 2 octobre sous couvert d'anonymat : &#034;Revendiqu&#233;es par les GIA, ces tueries rappellent par leur sauvagerie les effroyables massacres perp&#233;tr&#233;s par l'arm&#233;e durant la p&#233;riode 1993-1995 contre les familles d'int&#233;gristes ayant pris le maquis&#034;. Le m&#234;me journaliste &#233;voque par ailleurs un rapport &#233;tabli par la S&#233;curit&#233; de l'Arm&#233;e (SA) &#034;dont les conclusions sont particuli&#232;rement alarmantes. Selon ce document, 50 % des &#034;faux barrages&#034; sont l'oeuvre des miliciens (organis&#233;s par le r&#233;gime pour d&#233;fendre les villages). Certains ran&#231;onnent et parfois tuent les civils avant d'imputer ces morts aux GIA&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le rapport d'Amnesty International de 1996 : &#034;En Alg&#233;rie, des centaines de personnes ont &#233;t&#233; victimes d'ex&#233;cutions extrajudiciaires imputables aux forces de s&#233;curit&#233; et aux milices soutenues par le gouvernement. Nombre des victimes auraient &#233;t&#233; tu&#233;es chez elles, en pr&#233;sence de leurs proches, alors qu'elles ne repr&#233;sentaient aucune menace&#034;.D&#232;s 1993-1994, l'arm&#233;e entame de vastes op&#233;rations de &#034;ratissage&#034; du style qu'affectionnait l'arm&#233;e fran&#231;aise durant la guerre d'Alg&#233;rie, et dont la violence semble &#233;galer l'inefficacit&#233;, sauf pour terroriser la population qui subit bombardements, arrestations arbitraires, fusillades aveugles dans les campagnes, sans oublier l'ex&#233;cution des prisonniers dont on expose les cadavres mutil&#233;s. Dans les villes, l'intervention des forces de l'ordre se fait &#233;galement terroriste avec les &#034;ninjas&#034; cagoul&#233;s, les commandos et diverses forces sp&#233;ciales qui peuvent tuer, arr&#234;ter ou faire dispara&#238;tre n'importe qui. Le Canard Encha&#238;n&#233; du 19 janvier 1994 rel&#232;ve que l'arm&#233;e ne fait pas de prisonniers et que les pr&#233;sum&#233;s int&#233;gristes sont tu&#233;s sur place : &#034;Un ancien officier de l'ex-s&#233;curit&#233; militaire, statuant sur le sort &#224; r&#233;server aux islamistes bless&#233;s avait donn&#233; un ordre des plus explicites : &#034;achevez-les !&#034;. Il n'y a donc aucun jugement et aucune mani&#232;re de v&#233;rifier si les morts &#233;taient bien des terroristes&#034;. R&#233;cit du Canard Encha&#238;n&#233; du 2 mars 1994 : &#034;A Blida, quand les barbus ont d&#233;cr&#233;t&#233; Blida &#034;ville morte&#034; &#224; 16 heures, les rues se sont vid&#233;es. La police est alors intervenue pour faire rouvrir les commerces et, bien s&#251;r, sans faire de d&#233;tail. Bilan officieux : 70 &#224; 80 morts que l'on dit &#034;islamistes&#034;. Par pudeur, sans doute. Un t&#233;moin a d&#233;nombr&#233; onze civils &#233;gorg&#233;s sur un m&#234;me trottoir. Autre fait d'armes, a&#233;rien cette fois. Apr&#232;s l'attaque de la prison de Tazoult (900 &#233;vad&#233;s), l'aviation, &#224; la recherche des fugitifs, a arros&#233; au napalm les montagnes environnantes et les maisons isol&#233;es.&#034;Il existe aujourd'hui de v&#233;ritables brigades de la mort mises sur pied par le pouvoir. Selon les rumeurs qui circulent, le pouvoir serait all&#233; rechercher dans les prisons des droits communs pour les enr&#244;ler dans les forces sp&#233;ciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas surprenant qu'on ne puisse bien souvent pas identifier avec certitude les auteurs de chaque tuerie, tant les diverses bandes arm&#233;es qui existent dans le pays en sont &#233;galement capables : que ce soit l'AIS (li&#233;e au FIS) pour les attentats qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; un accord de cessez-le-feu, les GIA (groupes islamistes arm&#233;s) qui ont cherch&#233; &#224; concurrencer le FIS, les groupes dits d'autod&#233;fense et les gardes communaux, organis&#233;s et pay&#233;s par le pouvoir et aux mains de ca&#239;ds locaux, et enfin l'arm&#233;e elle-m&#234;me, ou du moins certains de ses groupes sp&#233;cialis&#233;s dans la terreur, la contre-terreur... et les manipulations en tous genres. Dans certains cas, les potentats locaux, les grands propri&#233;taires, ont int&#233;r&#234;t &#224; favoriser la terreur d'o&#249; qu'elle vienne et &#224; se payer des tueurs afin de d&#233;loger les paysans dans le cadre de la privatisation des terres. Dans le contexte actuel en Alg&#233;rie, tout est possible, et bien malin qui peut &#234;tre s&#251;r qu'il n'y a pas un r&#233;giment, un commando, des &#034;ninjas&#034; ou une milice li&#233;e &#224; un notable local b&#233;n&#233;ficiant de complicit&#233;s chez les g&#233;n&#233;raux, qui met ses propres exactions au compte des GIA, ou encore un clan de militaires qui ne manipule pas tel ou tel groupe islamiste local. La barbarie elle-m&#234;me des derniers massacres ne blanchit pas l'arm&#233;e qui en ce domaine a montr&#233; qu'elle &#233;tait capable de tout, depuis les pires tortures dans les casernes et les commissariats, en passant par les ratissages et exactions en tous genres, jusqu'aux op&#233;rations de contre-terreur et aux mutilations de cadavres. Sans parler de cette bourgeoisie constitu&#233;e en mafia affairiste qui paye des groupes arm&#233;s... avec ou sans ob&#233;dience, ou &#224; ob&#233;dience variable, pour attaquer les camions de l'Etat et en vendre les produits. Ran&#231;onner l'Etat et la population est devenu une affaire rentable, au moins autant que d'investir dans la production !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les massacres de cet &#233;t&#233; pr&#232;s de ces casernes qui n'ont pas boug&#233; (puisqu'elles avaient re&#231;u la consigne de n'ob&#233;ir... qu'&#224; des ordres &#233;crits !), l'arm&#233;e a men&#233; des op&#233;rations en grande pompe tr&#232;s m&#233;diatis&#233;es. La r&#233;alit&#233;, ce fut une v&#233;ritable campagne de ratissages contre certains quartiers de l'Alg&#233;rois et contre l'ouest du pays (l&#224; o&#249; viennent de se produire les derniers massacres !). Une fois encore les populations ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es, les maisons plastiqu&#233;es, parfois bombard&#233;es ou pilonn&#233;es par les h&#233;licopt&#232;res. Des milliers de gens se sont retrouv&#233;s sans toit, sans famille, terroris&#233;s, contraints de quitter leur r&#233;gion pour s'entasser dans des bidonvilles &#224; la p&#233;riph&#233;rie des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair aujourd'hui que l'arm&#233;e est incapable d'en finir avec les massacres, quand elle ne massacre pas elle-m&#234;me. En tout cas ces derniers mois, la population a montr&#233; par de multiples manifestations de peur mais aussi de col&#232;re et d'autod&#233;fense, qu'elle n'avait plus confiance en personne pour assurer sa s&#233;curit&#233; et ne pouvait compter que sur elle-m&#234;me. Dans l'Alg&#233;rois, au moment des massacres de Bentalha et Ra&#239;s de septembre-octobre, il y a m&#234;me eu une r&#233;action collective d'auto-organisation et d'armement de la population qui, cette fois, n'&#233;tant pas organis&#233;e par le pouvoir, a bien inqui&#233;t&#233; les autorit&#233;s. M&#234;me sans l'accord des forces de l'ordre, la population a impos&#233; ses contr&#244;les, ses tours de garde, s'est cotis&#233;e pour &#233;clairer toute la nuit les quartiers comme en plein jour, mettre en place un r&#233;seau de contacts en cas d'attaque. Et cela &#224; la Casbah et dans de multiples quartiers de la banlieue d'Alger, mais pas uniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Z&#233;roual a pendant un temps pu faire illusion aupr&#232;s de cette partie de la population qui esp&#233;rait que le pouvoir militaire allait enrayer la mont&#233;e islamiste, c'est aujourd'hui bien fini. La d&#233;fiance et les soup&#231;ons se g&#233;n&#233;ralisent &#224; l'encontre de l'arm&#233;e. Dans le m&#234;me temps, le terrorisme aveugle des islamistes dont les victimes sont toujours les plus pauvres et les plus d&#233;munis, les a moralement coup&#233;s d'une bonne partie de la base populaire qu'ils s'&#233;taient acquise en 1990-1991. Le sentiment se r&#233;pand que le r&#233;gime d'exception se sert de la lutte contre le terrorisme pour faire r&#233;gner la terreur sur les quartiers populaires, en ces temps de paup&#233;risation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Car sous couvert de lutte anti-terroriste, l'arm&#233;e peut arr&#234;ter qui elle veut, quand elle veut et peut tuer sans avoir de comptes &#224; rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur d'Etat peut &#234;tre aveugle ou s&#233;lective, par l'arrestation des militants ouvriers par exemple. Les mouvements revendicatifs et les gr&#232;ves n'ont pas cess&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, et la r&#233;pression a durement frapp&#233; les ouvriers combatifs. Le nombre d'ouvriers, de militants syndicalistes ou politiques, jug&#233;s et emprisonn&#233;s est tr&#232;s important, sans compter ceux qui &#034;disparaissent&#034; ou sont assassin&#233;s. L&#224; encore, la plupart du temps, personne ne peut dire qui tue. Ces militants ont bien des ennemis : les int&#233;gristes bien s&#251;r, mais aussi le pouvoir ou tel potentat local, telle direction d'entreprise. Il est arriv&#233; &#224; plusieurs reprises que des cars d'ouvriers aient &#233;t&#233; intercept&#233;s et des militants d&#233;sign&#233;s du doigt par des agresseurs masqu&#233;s avant d'&#234;tre assassin&#233;s. La presse a rapport&#233; le cas du car Sonitex &#224; Drad Ben Kheba, &#224; 12 km de Tizi Ouzou, et celui de l'usine de camion de Rouiba. Mais les &#034;faux barrages&#034; pullulent sur les routes o&#249; il est facile d'intercepter les cars qui ram&#232;nent les ouvriers du travail. Officiellement, bien s&#251;r, les autorit&#233;s disent que ce sont les int&#233;gristes qui tuent. Peut-&#234;tre, peut-&#234;tre pas. La presse, officiellement pluraliste mais sous contr&#244;le &#233;troit de la censure, se garde de rapporter des versions diff&#233;rentes. Et le syndicat officiel, l'UGTA, accr&#233;dite toujours la version officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas le pr&#233;texte de la lutte anti-terroriste vise &#224; contraindre la classe ouvri&#232;re au silence, ce dont celle-ci n'est d'ailleurs pas forc&#233;ment dupe comme l'exprime ce travailleur interview&#233; par une journaliste du Monde : &#034;Cela leur a permis de licencier 30 000 travailleurs sans r&#233;action&#034;. Et ce type de propos est loin d'&#234;tre isol&#233; dans les quartiers populaires et le milieu ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait des ann&#233;es que les revendications ouvri&#232;res sont pr&#233;sent&#233;es comme un d&#233;rivatif du fait de &#034;l'urgence de la lutte anti-int&#233;griste&#034;. Un syndicat qui organise une gr&#232;ve est trait&#233; par les autorit&#233;s d' &#034;irresponsable, vu le contexte&#034;. La lutte &#034;anti-terroriste&#034; est l'argument num&#233;ro un des dirigeants syndicaux pour convaincre les ouvriers de ne pas descendre dans la rue. Et la r&#233;pression pr&#233;tendument anti-int&#233;griste sert d'abord &#224; r&#233;gler la question sociale en faisant reculer la classe ouvri&#232;re, en cherchant &#224; la faire taire au moment o&#249; il s'agit de proc&#233;der &#224; des dizaines de fermetures d'usines et des centaines de milliers de licenciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de la classe ouvri&#232;re, celle que redoute le plus le r&#233;gime&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant, en fait le plus encourageant, dans ce contexte, est que la classe ouvri&#232;re alg&#233;rienne, de fait, ne s'est pas vraiment laiss&#233;e museler, y compris depuis le coup d'Etat de janvier 1992, en d&#233;pit de l'instauration du r&#233;gime d'exception, de la spirale terroriste et contre-terroriste des groupes islamistes et des escadrons de la mort du r&#233;gime, en d&#233;pit m&#234;me des premi&#232;res vagues massives de licenciements. A plusieurs reprises, en 1994, en 1995, en 1996, le pouvoir a craint la g&#233;n&#233;ralisation des gr&#232;ves et l'explosion sociale, dans la plupart des secteurs industriels et des services publics. Et des mouvements divers, gr&#232;ves ou sit-in, ont continu&#233; en 1997, en premier lieu contre les annonces et menaces de licenciements et &#224; cause des retards de paiement des salaires. Le principal frein &#224; l'explosion sociale, toutes ces derni&#232;res ann&#233;es, n'a d'ailleurs pas &#233;t&#233; la r&#233;pression, pourtant syst&#233;matique. Mais l'appareil syndical de l'UGTA qui, en fid&#232;le soutien du r&#233;gime (ses responsables aussi parlaient d' &#034;irresponsabilit&#233;, vu le contexte&#034;...), veillait &#224; disperser soigneusement les luttes lorsqu'il ne parvenait pas &#224; les emp&#234;cher, &#224; les repousser en lan&#231;ant des appels bidons &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e pour plus tard quitte &#224; annuler l'appel quelques jours apr&#232;s ! afin de mieux &#233;teindre les gr&#232;ves du moment, chez les dockers, les cheminots, les travailleurs du p&#233;trole, du b&#226;timent, du textile, des v&#233;hicules industriels... Les journ&#233;es de gr&#232;ve nationale appel&#233;es par l'UGTA ont aussi servi &#224; reprendre en main et canaliser des mouvements et &#224; les arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la poursuite de la politique &#034;d'ajustement structurel&#034;, des licenciements massifs, des attaques directes contre les travailleurs, ne va pas sans risque pour le r&#233;gime. Jusque-l&#224;, le gouvernement a fid&#232;lement suivi les consignes du FMI, certes, a proc&#233;d&#233; m&#233;thodiquement aux vagues de licenciements, mais tout de m&#234;me avec une certaine prudence, progressivement, au coup par coup, en n&#233;gociant avec les dirigeants syndicaux, en testant &#224; chaque fois s'il n'y avait &#034;pas trop&#034; de r&#233;actions. Car il y a eu des r&#233;actions, et m&#234;me beaucoup. Mais les projets de la bourgeoisie et du gouvernement alg&#233;riens et de leurs conseillers du FMI vont beaucoup plus loin. Cela fait pr&#232;s de cinq ans que les autorit&#233;s parlent de la n&#233;cessit&#233; de supprimer 250 000 emplois, ce qui ne les emp&#234;chent pas aujourd'hui de parler encore de 300 000 emplois &#224; supprimer, comme si la moiti&#233; de l'objectif fix&#233; en 1995 n'avait pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; ! De fait, le plan de privatisations avec son raz-de-mar&#233;e de fermetures d'entreprises et de suppressions d'emplois dans tous les secteurs, est d&#233;j&#224; bel et bien en cours. Tout le probl&#232;me, pour la bourgeoisie et le gouvernement, c'est d'&#233;viter que cette offensive de grande envergure contre la classe ouvri&#232;re ne mette le feu aux poudres, et ne d&#233;clenche non seulement des r&#233;actions d&#233;fensives, partielles, localis&#233;es comme il y en a eu tant ces derni&#232;res ann&#233;es, voire des r&#233;actions plus contagieuses que les dirigeants nationaux de l'appareil de l'UGTA ont jusqu'ici r&#233;ussi &#224; contenir, mais une explosion ouvri&#232;re &#224; laquelle les classes dirigeantes ont &#233;chapp&#233; de justesse en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce front social, ce potentiel explosif de la classe ouvri&#232;re alg&#233;rienne, nombreuse, moderne, concentr&#233;e, ayant manifest&#233; d'innombrables fois sa combativit&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, les m&#233;dias n'en parlent jamais, pas plus que les politiciens, y compris ceux qui se disent &#034;progressistes&#034; ou de gauche. Et c'est pourtant celui que la dictature comme le mouvement int&#233;griste craignent le plus. Mais c'est aussi ce potentiel r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re alg&#233;rienne qui permettrait de sortir de l'&#233;tau infernal de la terreur islamiste et de la terreur d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de la classe ouvri&#232;re, ses potentialit&#233;s, ne sont pas une vue de l'esprit. Sans m&#234;me remonter aux grandes gr&#232;ves des ann&#233;es 1988-1990, il suffit de donner un aper&#231;u chronologique des gr&#232;ves et r&#233;actions ouvri&#232;res diverses des trois derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me simplement telles qu'elles apparaissent sporadiquement &#224; travers la presse quotidienne alg&#233;rienne, pour avoir une id&#233;e de la capacit&#233; de mobilisation des travailleurs alg&#233;riens malgr&#233; les obstacles qu'ils rencontrent, une id&#233;e des craintes qu'ils inspirent aux tenants du pouvoir et aussi du r&#244;le que joue, pour tenter d'enrayer les mouvements, la direction de l'UGTA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1994 : &#034;une certaine f&#233;brilit&#233; s'est empar&#233;e de nos travailleurs...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 17 et 25 janvier, deux journ&#233;es de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Kabylie &#224; l'appel du mouvement culturel berb&#232;re MCB et des partis kabyles RCD et FFS. Ce succ&#232;s lui-m&#234;me est la manifestation du m&#233;contentement li&#233; &#224; la crise &#233;conomique et pas seulement aux revendications berb&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier, f&#233;vrier 1994, diff&#233;rentes gr&#232;ves (dans le b&#226;timent, la construction m&#233;tallique, la distribution de p&#233;trole...) sur les retards de paiement de salaires et des proc&#233;dures de suppressions d'emplois et de liquidations d'entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars, trois semaines de gr&#232;ve totale au port p&#233;trolier de B&#233;jaia en Kabylie. Le 17, la coordination des syndicats autonomes se constitue et r&#233;unit une quinzaine de syndicats n&#233;s de circonstances diverses au cours des derni&#232;res ann&#233;es, mais toujours en opposition &#224; la direction de l'UGTA. En mai, visiblement sous la pression de la base, le dirigeant de l'UGTA Abdelhak Benamouda, dans une interview choc au Soir d'Alger intitul&#233;e &#034;je ne serai pas le marteau-piqueur qui cassera l'UGTA&#034;, d&#233;clare : &#034;l'organisation syndicale exige une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires sinon tout le monde arr&#234;te le travail. Les travailleurs en ont marre de payer la facture...&#034; Mais le 27 juin, il y a accord entre l'UGTA et le gouvernement pour diff&#233;rer &#224; septembre les n&#233;gociations salariales. On sent d&#233;j&#224; monter la pression dans nombre d'entreprises. Benhamouda &#233;crit : &#034;nous avons &#339;uvr&#233; pour la paix sociale et ce n'&#233;tait pas facile de mener &#224; bien une telle t&#226;che.&#034; Et, commentant la strat&#233;gie du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, le journal Alg&#233;rie Actualit&#233;s titre : &#034;comment &#233;viter d&#233;licatement l'explosion de la poudri&#232;re sociale ?&#034; De multiples mouvements de protestation contre le licenciement de syndicalistes, le non-paiement des salaires, les cons&#233;quences de l'inflation galopante, se multiplient en juillet et ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal El Haq du 6 septembre &#233;crit, sous le titre l'&#034;automne sera plus chaud&#034; : &#034;l'ardeur revendicative, temp&#233;r&#233;e suite &#224; l'accord intervenu entre l'UGTA et le gouvernement, reprend (...) si la direction nationale de l'UGTA joue le jeu du gouvernement en appelant au calme et en promettant des n&#233;gociations avant toute action muscl&#233;e, l'immense majorit&#233; des travailleurs face &#224; leur situation de p&#232;res de famille appauvris ne l'entendent pas de cette oreille. Beaucoup d'entreprises n'ont pas vers&#233; leur salaire depuis des mois (...) Ainsi tout, dans le monde du travail, milite pour un embrasement. L'UGTA et sa direction va-t-elle encore une fois jouer les pompiers ?&#034; Le 13 septembre, pr&#233;avis de gr&#232;ve de l'UGTA concernant 700 000 travailleurs du b&#226;timent, travaux publics et hydrauliques (BTPH), qui exigent le paiement des arri&#233;r&#233;s de salaire impay&#233;s depuis au moins 5 mois pour 130 000 d'entre eux. Le 14 septembre la direction de l'UGTA annule le pr&#233;avis de gr&#232;ve dans le b&#226;timent apr&#232;s un accord avec le gouvernement. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Benhamouda d&#233;clare au journal : &#034;Nous avons pens&#233; qu'en tant qu'organisation, il ne fallait pas que nous perturbions cette rentr&#233;e. (...) Nous ne voulions pas que le front social entre en activit&#233; au moment o&#249; d'autres conflits sont d&#233;j&#224; ouverts sur le terrain. El Watan du 14 septembre remarque qu'au moment o&#249; &#034;l'embrasement du front social est &#224; craindre&#034;, on assiste &#224; des &#034;rapprochements entre les employeurs et le gouvernement d'une part et entre ce dernier et les syndicats&#034;. Le 25 octobre, Alg&#233;rie-Actualit&#233;s rel&#232;ve : &#034;le monde du travail est en &#233;bullition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se passe pas de jour sans que les m&#233;dias nationaux ne fassent &#233;tat d'un conflit social. M&#234;me dans les contr&#233;es les plus recul&#233;es du pays. Une certaine f&#233;brilit&#233; s'est empar&#233;e de nos travailleurs&#034;. A partir de la mi-novembre, c'est la menace de gr&#232;ve dans les hydrocarbures qui devient le point de mire, juste apr&#232;s que l'UGTA ait calm&#233; le b&#226;timent. Le 27 novembre, la direction de l'UGTA a encore r&#233;ussi &#224; &#233;viter la gr&#232;ve dans le secteur des hydrocarbures. Commentaire d'Alg&#233;rie-Actualit&#233;s du 29 novembre : &#034;Ouf ! Quel soulagement ! La gr&#232;ve des travailleurs des secteurs hydrocarbures et chimie n'a pas eu lieu. In extremis, apr&#232;s plusieurs heures de discussion, un v&#233;ritable marathon, les hauts responsables du gouvernement et du syndicat UGTA ont r&#233;ussi &#224; d&#233;samorcer la bombe.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995 : des dizaines de milliers de travailleurs du p&#233;trole en gr&#232;ve contre l'avis de la direction de l'UGTA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1995, 55 800 travailleurs seront licenci&#233;s dans des plans sociaux &#034;pour raisons &#233;conomiques&#034;. Le journal El Watan du 28 octobre &#233;crira : &#034;la pauvret&#233; envahit les villes, villages et douars sans faire de quartier&#034;. Le 11 f&#233;vrier, 14 000 dockers se mettent en gr&#232;ve illimit&#233;e dans sept ports pour obtenir l'alignement de leurs salaires sur ceux des ports p&#233;troliers. Le syndicat officiel reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la gr&#232;ve... au bout de trois jours !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 avril, une circulaire du gouvernement rappelle aux responsables locaux qu'il faut appuyer les cadres syndicaux cherchant la conciliation dans les relations interprofessionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 mai, en opposition &#224; la direction de l'UGTA, trois jeunes responsables de la f&#233;d&#233;ration syndicale des p&#233;troliers signent un appel &#224; la gr&#232;ve &#224; partir du 22 mai et pour trois jours. L'UGTA r&#233;plique en appelant &#224; &#034;renvoyer la gr&#232;ve &#224; une date ult&#233;rieure&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve est suivie dans neuf entreprises du secteur par 50 000 travailleurs. Mais la veille de la gr&#232;ve, l'UGTA a jou&#233; la division et est parvenue &#224; obtenir une promesse gouvernementale pour trois entreprises qui n'ont du coup pas particip&#233; &#224; la gr&#232;ve ainsi que les entreprises de gestion des zones industrielles d'Arzew et de Skikda. &#034;C'est une manoeuvre du secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration qui est intervenu &#224; la t&#233;l&#233;vision la veille du lancement de la gr&#232;ve pour casser le mouvement&#034; d&#233;clarent les organisateurs de la gr&#232;ve cit&#233;s par El Watan, qui appellent &#224; reprendre la gr&#232;ve le 24 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mena&#231;ant les syndicalistes r&#233;tifs, Benhamouda, cit&#233; par l'hebdomadaire La Nation, d&#233;clare lors de la commission ex&#233;cutive du syndicat : &#034;l'organisation syndicale peut lever la couverture syndicale sur quiconque, parmi nous, instrumente l'action syndicale dans le but de provoquer le m&#233;contentement et la col&#232;re pour les retourner contre l'UGTA&#034;. Il vise tous les opposants &#224; la ligne officielle du syndicat, bien au-del&#224; des syndicalistes des p&#233;troliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juin, l'&#233;bullition grandit dans le secteur du b&#226;timent et les travailleurs de l'EBA (b&#226;timent d'Alger) menacent d'occuper la rue. D&#233;claration choc de Benhamouda qui menace d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : &#034;si on veut aller &#224; la casse, on ira &#224; la casse&#034;. El Watan du 20 juin commente : &#034;l'UGTA, comme le dit son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral dans un entretien accord&#233; hier au Matin, ne peut pas &#034;trahir les travailleurs&#034; et craint d'&#234;tre d&#233;bord&#233;e par l'agitation sociale pouss&#233;e par la poursuite des licenciements et la hausse continuelle des prix.(...) L'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale peut &#234;tre aussi pris comme un moyen d'absorber une col&#232;re sociale grandissante et d'&#233;viter un embrasement total du front social &#224; l'approche d'&#233;ch&#233;ances &#233;lectorales&#034;. L'UGTA va faire patienter les travailleurs en parlant de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qu'elle compte organiser pour le 27 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juin, mouvement de protestation des 2 000 travailleurs du CHU de Tizi Ouzou. L'h&#244;pital est totalement en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 juin, la gr&#232;ve des p&#233;troliers reprend comme pr&#233;vu, suivie pendant dix jours par 45 000 travailleurs. Elle n'est pas soutenue par la centrale syndicale UGTA mais a la sympathie des travailleurs. Des syndicalistes du complexe des V&#233;hicules Industriels de Rouiba ont diffus&#233; des messages de soutien. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA a &#233;t&#233; d&#233;savou&#233; par la base &#224; la conf&#233;rence d'Hassi Messaoud repr&#233;sentant 150 sections syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir d'Alg&#233;rie du 26 juin commente : &#034;Tous les ingr&#233;dients quant &#224; un m&#233;contentement populaire sont r&#233;unis.(...) Avec la multiplication de gr&#232;ves et autres actions syndicales, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale semble se concr&#233;tiser en douceur&#034;. Le 27 juin, l'UGTA annule son mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale suite au d&#233;but des n&#233;gociations avec le gouvernement bien que celui-ci ait rejet&#233; le rel&#232;vement du salaire de base. Il n'y a en fait qu'un accord &#034;de principe&#034; sur le paiement des salaires en retard des ouvriers du b&#226;timent. &#034;La sagesse l'a emport&#233;, d&#233;clare Benhamouda, la gr&#232;ve n'aura pas lieu. (...) Il faut aller de l'avant pour redonner la confiance, pour remettre les Alg&#233;riens au travail. (...) Il faut tout imaginer et tout entreprendre, je dis bien tout, pour apaiser le front social.&#034; El Watan rel&#232;ve que Benhamouda accuse sans m&#233;nagement &#034;ceux qui veulent utiliser aujourd'hui la sueur des travailleurs pour saper le travail colossal que r&#233;alise le pr&#233;sident de l'Etat&#034;. Dans bien des sections syndicales, Benhamouda est d&#233;sapprouv&#233;, quelquefois violemment. Mais l'appareil syndical qui n'est pas &#233;lu par la base le soutient unanimement. Mais parlant des trois jeunes syndicalistes du mouvement des p&#233;troliers et de la popularit&#233; qu'ils ont acquise dans la classe ouvri&#232;re, la Nation du 8 ao&#251;t &#233;crit : &#034;Chihab, Bouderba et Naji sont d&#233;sormais des noms connus du public et du monde du travail surtout.&#034; Ces syndicalistes dissidents cristallisent le m&#233;contentement des travailleurs et ceux du secteur p&#233;trolier plus particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 ao&#251;t, les travailleurs de l'entreprise de construction de Sidi Moussa, l'ECSM, tiennent un sit-in devant la maison du peuple. C'est la premi&#232;re entreprise qui est cens&#233;e &#234;tre ferm&#233;e dans le cadre de la restructuration par le gouvernement du secteur du b&#226;timent. La direction de l'entreprise avait d&#233;j&#224; tent&#233; de pr&#233;texter d'un attentat terroriste pour fermer l'entreprise. A cette occasion, la Tribune du 14 ao&#251;t rappelle que 33 000 travailleurs de ce secteur ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des syndicats autonomes se d&#233;veloppent, d'autres se cr&#233;ent comme dans les transports, transports a&#233;riens et l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 septembre, Benhamouda se d&#233;solidarise ouvertement de la gr&#232;ve de dix jours des travailleurs du p&#233;trole. Tous les animateurs de la gr&#232;ve ont d'ailleurs &#233;t&#233; suspendus par leur f&#233;d&#233;ration de l'UGTA. L'UGTA n'interviendra pas pour d&#233;fendre les syndicalistes Bouderba et Zini, licenci&#233;s par l'Entreprise des Grands Travaux P&#233;troliers sur le motif de s'&#234;tre oppos&#233;s au &#034;redressement de l'entreprise&#034;. Il n'y aura encore aucune protestation de l'UGTA quand ces deux syndicalistes seront arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s. Le gouvernement a pass&#233; l'&#233;t&#233; &#224; mettre en place l'application du &#034;plan d'ajustement structurel&#034;, et la presse rel&#232;ve que sur ce plan, la direction de l'UGTA est rest&#233;e totalement silencieuse. En septembre, Benhamouda s'expliquera : &#034;chaque rentr&#233;e sociale, c'est le m&#234;me dilemme. Ecouter la base et d&#233;clencher la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, ou calmer les impatiences pour &#233;pargner au pays d'autres funestes d&#233;rapages. Force est de reconna&#238;tre qu'&#224; chaque fois le pire a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;, au prix de la reconduction des sacrifices pour les travailleurs certes, mais pour la bonne cause.&#034; (cit&#233; par Alg&#233;rie-Actualit&#233;s du 27 d&#233;cembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement le 11 septembre, la direction de l'UGTA, tout en continuant &#224; soutenir les positions de Benhamouda, d&#233;cide devant l'&#233;bullition g&#233;n&#233;rale d'appeler &#224; une journ&#233;e de &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacifique de protestation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1996 : &#034;un &#233;t&#233; doublement chaud...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation sociale est devenue catastrophique. Un grand nombre de travailleurs et de pauvres sont condamn&#233;s &#224; vivre dans des bidonvilles qui ceinturent les grandes villes comme Alger, &#224; A&#239;n-Taya et sa r&#233;gion, &#224; Dar-le-Be&#239;da, Boufarik et Ch&#233;raga.&lt;br class='autobr' /&gt;
De v&#233;ritables favelas apparaissent dans la r&#233;gion d'Oran. Le pays compte alors 1,7 million de ch&#244;meurs soit 27 % de la population active. Pour les familles sans ressources, il y a un &#034;filet social&#034;, une aide mensuelle de 900 dinars (soit 90 F), &#034;de quoi acheter douze baguettes de pain... ou sept litres de lait !&#034; d'apr&#232;s la Nation du 14 septembre. Le SMIC alg&#233;rien est de 4500 dinars par mois (450 F), pas de quoi nourrir sa famille. Et il y a toujours 350 000 travailleurs du b&#226;timent et des travaux publics sans salaire depuis des mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but janvier, le personnel roulant de la SNTF d'Alger fait gr&#232;ve pendant quatre jours. Devant la menace de contagion &#224; l'ensemble des cheminots, le syndicat, selon une tactique habituelle, prend les affaires en main et recule le pr&#233;avis de gr&#232;ve au 8 janvier, puis entame des n&#233;gociations marathon avec la direction. Du 21 au 29 janvier, les 4200 travailleurs du b&#226;timent d'Alger (ECTA), en gr&#232;ve depuis pr&#232;s de deux mois, occupent la place du Premier Mai, devant le si&#232;ge de l'UGTA. Le 27, 3 000 gr&#233;vistes, apr&#232;s avoir quelque peu chahut&#233; le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Benhamouda venu calmer les esprits, raconte Le Matin, ont d&#233;cid&#233; de partir en cort&#232;ge vers le Palais du gouvernement. Ils ont vite &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par des cordons de police. Le minist&#232;re assure que d'ici le 20 f&#233;vrier, les arri&#233;r&#233;s de 164.000 ouvriers du b&#226;timent seront pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce m&#234;me mois de janvier, les employ&#233;s de la ville de Tizi Ouzou ont d&#233;clench&#233; un mouvement de gr&#232;ve illimit&#233;e sur les salaires. Le 6 f&#233;vrier, le Premier ministre Ouyahia confirme qu'il comptait ponctionner les salaires de tout le secteur d'Etat et des collectivit&#233;s pour payer les salaires impay&#233;s du b&#226;timent et des travaux publics ! Devant la lev&#233;e de boucliers que sa mesure suscite d&#233;j&#224;, il annonce des &#034;mesures compl&#233;mentaires dans le souci de partager plus &#233;quitablement les sacrifices dict&#233;s par la situation &#233;conomique&#034;. En quelques jours, tous les secteurs d'Etat, des industries aux bureaux, vont se mobiliser et bousculer le calme de la centrale syndicale.10 f&#233;vrier, journ&#233;e de protestation organis&#233;e par l'UGTA de la wilaya de Tizi Ouzou. Le m&#234;me jour, un journaliste de R&#233;volution et travail, l'hebdomadaire de l'UGTA, est abattu &#224; la sortie de son domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 f&#233;vrier, l'Union d&#233;partementale de Boumerd&#232;s, banlieue-est d'Alger, qui comprend la zone industrielle de Rouiba, appelle &#034;&#224; agir en concertation avec la base de toute urgence&#034;. Le message aux dirigeants est clair : les travailleurs vont partir en lutte, avec ou sans l'UGTA !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours le 11 f&#233;vrier, les travailleurs des transports urbains et suburbains d'Alger sont en gr&#232;ve totale. M&#234;me chose chez les ouvriers des v&#233;hicules industriels de Rouiba, aux &#233;coles normales de Kouba et &#224; Tizi Ouzou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier, la direction de l'UGTA appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour les 13 et 14 contre la d&#233;cision du gouvernement de s'en prendre aux salaires des fonctionnaires et de tous les travailleurs des entreprises appartenant &#224; l'Etat ou aux collectivit&#233;s locales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux journ&#233;es sont largement suivies. &#034;La situation s&#233;curitaire et politique semble avoir perdu son effet anesth&#233;siant&#034; commente La Tribune. Le Premier ministre Ouyahia accepte un compromis : il renonce &#224; la ponction sur les salaires de tous les fonctionnaires et la remplace par un emprunt pour tous les salaires sup&#233;rieurs &#224; 10 000 dinars, promettant que les sommes emprunt&#233;es seront rembours&#233;es avec int&#233;r&#234;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars, gr&#232;ves dans plusieurs entreprises de Constantine. Arr&#234;t de travail &#233;galement dans les &#233;tablissements scolaires de la r&#233;gion de Tizi Ouzou contre les conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril, les 4 000 ouvriers de COTITEX (textiles) de Dra&#226; Ben Khedda &#224; Tizi Ouzou ont fait plusieurs semaines de gr&#232;ve pour non paiement des salaires de f&#233;vrier et mars notamment. Et les travailleurs du complexe de jute de B&#233;jaia ont fait plusieurs semaines de gr&#232;ve pour les salaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Alg&#233;rie : la fin de la guerre civile ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s huit ans de conflit meurtrier et environ cent mille morts, assiste-t-on &#224; la fin de la guerre civile en Alg&#233;rie ? Le nouveau pr&#233;sident Bouteflika affirme est pr&#232;s d'en finir avec le terrorisme gr&#226;ce &#224; sa loi de &#034;la concorde civile &#034;, d&#233;j&#224; vot&#233;e au parlement et qu'il fait ent&#233;riner lors du r&#233;f&#233;rendum du 16 septembre. Cette loi pr&#233;voit l'amnistie des islamistes qui abandonnent la lutte arm&#233;e. Bouteflika accompagne ses d&#233;clarations de quelques gestes : lib&#233;rations de d&#233;tenus, jugements de non-lieu dans des proc&#232;s d'int&#233;gristes ou pr&#233;tendus tels, d&#233;sarmement de groupes dits d'autod&#233;fense li&#233;s au pouvoir. Cela suffira-t-il &#224; arr&#234;ter les attentats ? Ceux commis en ao&#251;t et septembre permettent d'en douter.&lt;br class='autobr' /&gt;
La main tendue aux islamistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deviendront les islamistes repentis et quel r&#244;le peut leur faire jouer le pouvoir ? Le secret entretenu sur ses n&#233;gociations avec l'AIS ( l'Arm&#233;e Islamiste du Salut, la fraction des combattants islamistes li&#233;s au FIS, le Front Islamiste du Salut, le principal parti int&#233;griste), la r&#233;habilitation politique de certains dirigeants du FIS, dont le premier d'entre eux, Abassi Madani, un d&#233;but d'int&#233;gration dans la police de gens qui &#233;taient jusque l&#224; qualifi&#233;s de terroristes, tout cela montre que l'int&#233;grisme peut &#224; nouveau &#234;tre utilis&#233; par le pouvoir. Ce n'est pas parce qu'on a assist&#233; &#224; des ann&#233;es de guerre entre eux qu'ils ne peuvent pas s'entendre demain sur le dos des travailleurs comme entre 1988 et 1992.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le but de Bouteflika est d'abord de r&#233;concilier la population avec un pouvoir militaire auquel elle a vou&#233; une haine violente. Il mise sur l'aspiration de la population d'en finir avec cette guerre dans laquelle elle &#233;tait prise en otage par les deux parties. Les islamistes se sont attaqu&#233;s syst&#233;matiquement &#224; des civils d&#233;sarm&#233;s, massacrant et violant. Mais l'arm&#233;e, directement ou par l'action de bandes arm&#233;es para-militaires ou celle de barbouzes comme les ninjas, a elle aussi fait r&#233;gner la terreur, particuli&#232;rement sur les plus pauvres, par les arrestations, les tortures, les assassinats, les interventions violentes dans les quartiers populaires. Dans certaines zones elle a fait le choix de laisser agir les assassins pour discr&#233;diter le mouvement islamiste et aussi faire payer les populations qui avaient vot&#233; FIS (en laissant le GIA, les Groupes Islamistes Arm&#233;s, des dissidents du FIS, les massacrer) comme dans le &#034;triangle de la mort &#034; pr&#232;s d'Alger. Dans la plaine de la Mitidja et &#224; M&#233;d&#233;a les massacres ont permis aux grands propri&#233;taires d'expulser de nombreux paysans pauvres et d'occuper les terres pour des constructions de luxe ou de grandes exploitations agricoles et vinicoles. La guerre enfin a justifi&#233; l'interdiction des gr&#232;ves et des manifestations et permis de faire passer des licenciements massifs et accepter une chute incroyable du niveau de vie de la population alors qu'&#224; l'autre bout elle favorisait la constitution de fortunes fabuleuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pardonner &#224; l'arm&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tous ceux qui manifestent pour demander ce que sont devenus ces milliers de personnes enlev&#233;es et que l'on n'a jamais revues, tortur&#233;es, assassin&#233;es par les forces de l'ordre ou par des bandes arm&#233;es du pouvoir ou des islamistes, Bouteflika r&#233;pond : &#034; &#224; propos des disparus, la concorde civile implique que l'on fasse le compte en termes de pertes et profits d'une situation extraordinaire que personne n'a souhait&#233;e... &#034;. (cit&#233; par l'hebdomadaire alg&#233;rien &#034; La Tribune &#034; du 22 juillet). Et dans le journal &#034; El Watan &#034; du 13 ao&#251;t un lecteur, remarquant qu'on demande &#224; la population d'amnistier les assassins islamistes parce qu'ils ont &#233;t&#233; marginalit&#233;s, qu'ils regrettent leurs actes et ne sont plus un danger, pose la question : &#034; faut-il amnistier le pouvoir ? (..) avant de nous prononcer sur la cl&#233;mence, nous avons le droit de nous interroger si son pouvoir est marginal, son repentir sinc&#232;re et sa capacit&#233; de nuisance inop&#233;rante. Rien n'est moins sur !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me sans illusion sur le pouvoir, la population ne peut que souhaiter que l 'Etat l&#232;ve la chape de plomb qu'il faisait peser sur elle au nom de la lutte contre le terrorisme. Au moment o&#249; nous &#233;crivons nous ne connaissons pas le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum mais d'ores et d&#233;j&#224; le pr&#233;sident a obtenu des succ&#232;s : il a non seulement l'accord d'Abassi Madani et de Madani Mezrag, le dirigeant de l'AIS, mais le soutien &#224; la fois d'autres partis islamistes ralli&#233;s au pouvoir, comme le Hamas et l'Ennahda et de partis anti-islamistes comme le RCD de Sa&#239;d Saadi, en passant par le syndicat officiel UGTA et les partis qui se sont toujours confondus avec l'appareil d'Etat : FLN, RND et ANR. Il rassemble des foules, r&#233;pond aux questions de l'auditoire, est bien vu de la &#034; communaut&#233; internationale &#034;, renoue avec les dirigeants de l'Etat fran&#231;ais. Que de soutiens pour un pr&#233;sident &#233;lu il y a peu d'une mani&#232;re si contest&#233;e que tous les autres candidats s'&#233;taient retir&#233;s, d&#233;non&#231;ant la fraude !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une politique dict&#233;e par la crainte de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis octobre 1988, combattre les islamistes ou s'entendre avec eux ont &#233;t&#233; des politiques successives des g&#233;n&#233;raux, mais toujours en fonction de la crainte que ceux-ci avaient d'une force autrement inqui&#233;tante pour le pouvoir : la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car alors la menace de d&#233;stabilisation du pouvoir face &#224; la r&#233;volte de la jeunesse alg&#233;rienne (r&#233;prim&#233;e par l'arm&#233;e qui a fait entre 500 et 1000 morts) a &#233;t&#233; d'autant plus grave que dans le m&#234;me temps la classe ouvri&#232;re &#233;tait mobilis&#233;e pour ses revendications. Le mouvement des jeunes avait lui-m&#234;me &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; par le mouvement des travailleurs de l'usine RVI Rouiba suivi par le bruit d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et d'une manifestation ouvri&#232;re centrale dans Alger. Pendant que les jeunes &#233;taient arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, assassin&#233;s, que les tanks occupaient les rues, les gr&#232;ves se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;es. A l'&#233;poque les organisations qui avaient des militants dans la classe ouvri&#232;re, le PAGS, descendant du parti communiste alg&#233;rien, et le syndicat unique UGTA, ont mis tout leur poids pour emp&#234;cher que la classe ouvri&#232;re devienne le fer de lance de la r&#233;volte g&#233;n&#233;rale. De la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale larv&#233;e ils ont fait des gr&#232;ves locales, non reli&#233;es entre elles et surtout non reli&#233;es aux aspirations d&#233;mocratiques contre le r&#233;gime. Ils ont fait en sorte que leur ampleur soit quasi ignor&#233;e du reste de la population. L'occasion a ainsi &#233;t&#233; compl&#232;tement manqu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la classe ouvri&#232;re est rest&#233;e dangereuse car les gr&#232;ves se sont poursuivies jusque en 1990 comme en t&#233;moignent les statistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEE NOMBRE DE GREVES NOMBRE DE GREVISTES&lt;br class='autobr' /&gt;
1988 1933 285.619&lt;br class='autobr' /&gt;
1989 3889 357.652&lt;br class='autobr' /&gt;
1990 2023 301.694&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, il y avait encore 71 500 gr&#233;vistes. Mais l'&#233;chec de 1988 etl'isolementdelaclasse ouvri&#232;re ont ouvert un boulevard aux islamistes. C'est eux qui, organis&#233;s politiquement derri&#232;re le FIS, ont canalis&#233; le m&#233;contentement populaire, gagn&#233; des militants et des voix aux &#233;lections. Le pouvoir a non seulement laiss&#233; faire mais plut&#244;t favoris&#233; cette &#233;volution qui lui semblait bien moins dangereuse qu'une explosion dirig&#233;e par la classe ouvri&#232;re. Mais le succ&#232;s du FIS, l'existence en son sein de courants radicaux incontr&#244;lables comme celui de Ali Belhadj, &#224; l'&#233;poque le second de Abassi Madani, ont amen&#233; le pouvoir &#224; choisir de le casser. Le 12 janvier 1992, l'arm&#233;e d&#233;missionnait le pr&#233;sident Chadli, artisan de la politique qui associait le FIS, annulait les &#233;lections l&#233;gislatives dont celui-ci allait &#234;tre le grand vainqueur, proclamait l'&#233;tat d'urgence et l'interdiction du FIS. Le choix de celui-ci d'entrer dans la clandestinit&#233; et la lutte arm&#233;e marquait le d&#233;but de la guerre civile.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaiblissement militaire, sinon la d&#233;faite compl&#232;te, des islamistes est indispensable pour mettre fin &#224; l'&#233;tat de guerre. Pourtant ce n'est pas en 1996, quand les islamistes ont sembl&#233; battus, ni en 1997 quand l'AIS a annonc&#233; sa reddition, que le pouvoir a lanc&#233; cette politique de r&#233;conciliation, mais seulement en 1999. C'est seulement maintenant que les classes dirigeantes pensent pouvoir en toute s&#233;curit&#233; pour elles soulever la chape de plomb que la guerre leur a permis de faire tomber sur toute la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-ci semble en effet consid&#233;rablement d&#233;moralis&#233;e par le ch&#244;mage et la mis&#232;re qui ont encore grandi pendant la guerre civile. De 1995 &#224;1997, 1'0ffice National des statistiques estime la perte du pouvoir d'achat des m&#233;nages &#224; plus de 45 %. La part de la population en dessous du seuil de pauvret&#233; serait de 12 millions soit 40,2 %. Le revenu par habitant et par an est de 1700 dollars contre 2000 dans les ann&#233;es 1970. Quant aux licenciements, ils continuent de plus belle : ainsi l'annonce en ao&#251;t de 3400 licenciements &#224; Sider (entreprise de sid&#233;rurgie qui &#233;tait d&#233;j&#224; pass&#233;e de 22 000 &#224;12 000 en 1997).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs sont toujours aussi r&#233;volt&#233;s mais &#233;puis&#233;s &#224; la fois par les horreurs de la guerre civile, la mis&#232;re et les licenciements (plus de 600 000 depuis 1992) et d&#233;go&#251;t&#233;s par la politique syndicale des dirigeants de 1'UGTA. Lors de la gr&#232;ve des P et T en octobre 1998 son leader Sidi Sa&#239;d d&#233;clarait : &#034; nous n'avons pas besoin de gr&#232;ves inutiles &#034;. Un encouragement, s'il en &#233;tait besoin, au pouvoir pour interdire tout mouvement, commune la marche de protestation de 200 travailleurs de Sider et SNVI du 19 octobre dernier &#224; l'appel de la coordination des m&#233;tallos et m&#233;canos, durement sanctionn&#233;s, ou la gr&#232;ve des aiguilleurs du ciel d&#233;clar&#233;e ill&#233;gale en mars.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'indispensable politique de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Bouteflika, la paix sera la porte ouverte aux investissements &#233;trangers qu'il pr&#233;sente &#224; la population comme la condition pour sortir de la mis&#232;re et du ch&#244;mage. Aux riches, il a dit : &#034; on ne demandera pas aux investisseurs d'o&#249; vient leur argent &#034;. Une mani&#232;re de dire que m&#234;me les profits de la guerre civile sont blanchis. Aux travailleurs, il tient le langage de la fermet&#233; et de l'aust&#233;rit&#233;. &#034; Je n'ai pas d'argent &#224; distribuer &#034;, a-t-il r&#233;pondu aux enseignants du CNES en gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs auront non seulement &#224; se battre contre les patrons et l'Etat qui veulent leur faire payer les sacrifices &#233;conomiques mais aussi se battre politiquement. Sur ce plan, les partis d'opposition ne repr&#233;sentent en rien une perspective pour les travailleurs. Aussi bien les partis dits &#233;radicateurs, comme le RCD de Sa&#239;d Saadi, qui ont soutenu le pouvoir sous pr&#233;texte de &#034;lutte contre le fascisme int&#233;griste&#034; ou ceux dits du &#034;pacte de Rome&#034;, comme le FFS d'A&#239;t Ahmed, qui ont pr&#234;ch&#233;, avant Bouteflika, la conciliation avec les islamistes. Ceux-l&#224; pr&#233;tendaient que la politique de &#034;la paix avant tout&#034; ouvrait la voie &#224; la d&#233;mocratie, les g&#233;n&#233;raux &#233;tant selon eux incapables de la mettre en &#339;uvre sans laisser la place. Bouteflika est en train de leur infliger un cinglant d&#233;menti.&lt;br class='autobr' /&gt;
De nouvelles exactions des classes dirigeantes ne peuvent qu'entra&#238;ner de nouvelles explosions sociales comme celle de 1988, donc de nouvelles occasions de renverser ce r&#233;gime. Mais le probl&#232;me pour la classe ouvri&#232;re est non seulement de se d&#233;fendre sur le terrain revendicatif mais d'avancer son propre programme politique et social contre les classes dirigeantes et contre la dictature, d'&#234;tre &#224; la t&#234;te des autres couches sociales hostiles &#224; celle-ci. Car il n'y aura ni d&#233;mocratie ni fin du ch&#244;mage et de la mis&#232;re en Alg&#233;rie sans mettre &#224; bas cette dictature militaire o&#249; quelques g&#233;n&#233;raux d&#233;tiennent l'essentiel des richesses du pays, notamment celles du gaz et du p&#233;trole, n'en partageant le b&#233;n&#233;fice qu'avec les pays imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RAPPEL SUR LE CARACTERE DE L'INDEPENDANCE : La nature du &#171; socialisme &#187; alg&#233;rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le peuple avait l'impression qu'on se d&#233;sint&#233;ressait de sa mis&#232;re, et assistait impuissant &#224; cette course aux meilleures places qui est la cons&#233;quence normale d'une r&#233;volution essentiellement dirig&#233;e par des nationalistes petits-bourgeois, contraints de recourir &#224; une terminologie socialiste dans la seule mesure o&#249; peuple &#233;prouve un besoin intense de justice et d'&#233;galit&#233; sociales. Cette bourgeoisie, qui s'est constitu&#233;e et s'est renforc&#233;e &#224; une vitesse surprenante,, utilisait l'autogestion au d&#233;but, comme un alibi qui devait donner au peuple l'impression de &#171; socialisme &#187;, bien d&#233;cid&#233;e par ailleurs &#224; saboter la formule, au cas o&#249; les travailleurs auraient pris trop au s&#233;rieux les promesses qu'elle comportait. C'est pourquoi le principal slogan consistait &#224; dire qu'il n'y avait pas de classes sociales diff&#233;renci&#233;es, mais des couches dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient communs. &#187; Juliette Minces dans Les Temps Modernes de juin 1965&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant hier, l'Alg&#233;rie, ayant obtenu son ind&#233;pendance de haute lutte, se proclamait exemple de d&#233;veloppement et mod&#232;le de la marche au socialisme pour les pays du Tiers Monde ... Hier encore, elle f&#234;tait ce qu'elle croyait &#234;tre son entr&#233;e dans la d&#233;mocratie ... Aujourd'hui, elle est prise en tenaille entre la dictature militaire et les int&#233;gristes, victime &#224; la fois de la mis&#232;re, de la dictature et des massacres, sans voir aucune issue, aucune perspective. Comment et surtout pourquoi en est-on arriv&#233; l&#224; ? Pour tous ceux qui ne baissent pas les bras, il est urgent de tirer les le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-Et d'abord quelle est la cause de cet &#233;chec sanglant ? Certains l'attribuent &#224; la mort de Boumedienne et &#224; son impossible remplacement. A l'inverse, d'autres incriminent le r&#233;gime de parti unique ou m&#234;me parlent d'&#233;chec du socialisme, en le mettant en parall&#232;le avec l'&#233;volution des pays de l'est. D'autres encore en font un ph&#233;nom&#232;ne religieux d&#251; &#224; l'Islam. Ou encore ils soulignent l'absence de &#8220; traditions d&#233;mocratiques &#8221;, la responsabilit&#233; des chefs militaires qui ont confisqu&#233; le pouvoir de l'ind&#233;pendance ou l'effondrement politique des d&#233;mocrates. Mais dans toute cette liste, il manque un point auquel il n'est presque jamais fait r&#233;f&#233;rence et qui est pourtant le point essentiel : le caract&#232;re pris par la lutte des classes dans l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante, c'est-&#224;-dire la formation particuli&#232;re de la bourgeoisie et du prol&#233;tariat. Ainsi rien n'&#233;claire autant les choix du pouvoir que les n&#233;cessit&#233;s de la lutte des classes : son &#8220; socialisme &#8221; initial, son lib&#233;ralisme qui a suivi, son flirt avec l'islamisme suivi de la guerre civile entre militaire et islamistes. Bien s&#251;r tout s'imbrique : l'&#233;conomique, le social et le politique. La mont&#233;e d'un int&#233;grisme violent, radical, fond&#233; sur une d&#233;magogie soi disant oppos&#233;e au pouvoir aurait &#233;t&#233; impossible sans la crise &#233;conomique et sociale, sans la chute des prix du p&#233;trole, sans l'effondrement de tout l'&#233;difice social que les mesures gouvernementales de sacrifices pour les plus pauvres, sans les milliers de jeunes ch&#244;meurs qui &#8220; tiennent les murs &#8221;, sans le d&#233;sespoir li&#233; &#224; cet accroissement massif de la mis&#232;re, de la corruption, du pourrissement social de tout le pays. Et ce n'est pas s&#233;parable de l'environnement &#233;conomique mondial de ces ann&#233;es 80 : ce que l'on a appel&#233; &#8220; la crise &#8221;, c'est-&#224;-dire des relations &#233;conomiques de plus en plus dures avec une nouvelle phase de concentration des capitaux, de recherche de la productivit&#233; maximum, de lutte pour l'augmentation du taux de profit accentu&#233;e par la grande fluidit&#233; des capitaux financiers r&#233;compensant ou punissant les secteurs en fonction d'augmentations rapides du taux de profit, l'importance grandissante de la finance au d&#233;triment de la production et d'abord bien s&#251;r des producteurs, la d&#233;valorisation syst&#233;matique du travail humain avec notamment la baisse des prix des mati&#232;res premi&#232;res entra&#238;nant la &#8220; crise de la dette &#8221;. Et permettant aux grandes puissances et au FMI d'imposer leurs &#8220; solutions &#8221; : privatisations, lib&#233;ralisme, accroissement brutal de la rentabilit&#233; requise pour une activit&#233; &#233;conomique sous peine de fermeture, suppression des services publics de l'Etat. Dans ces conditions, Etat national, march&#233; national et d&#233;veloppement national sont des notions qui n'ont plus cours en termes &#233;conomiques, balay&#233;es par la n&#233;cessit&#233; de l'ouverture aux capitaux financiers, par essence libres c'est-&#224;-dire sans fronti&#232;res et volatils. L'espoir de revenir &#224; &#8220; la Nation &#8221; ne peut qu'&#234;tre une r&#234;verie inutile ou une d&#233;magogie politique, qu'elle soit utilis&#233;e par des r&#233;actionnaires exploitant les souffrances du peuple ou par des pr&#233;tendus d&#233;mocrates cherchant &#224; rester dans le cadre du nationalisme d'antan. Faire appel &#224; la grandeur pass&#233;e du nationalisme ou &#224; celle de l'empire arabe est aussi illusoire devant les probl&#232;mes r&#233;els de la fin du 20e si&#232;cle ! L'&#233;chec catastrophique de l' &#8220; &#233;conomie ind&#233;pendante &#8221; de l'Alg&#233;rie est celui des bourgeoisies nationales de tout le tiers monde et marque la limite du d&#233;veloppement &#233;conomique mondial dans le cadre du capitalisme. Le meilleur symbole en est l'industrie &#8220; industrialisante &#8221; de Boumediene qui a r&#233;ussi &#224; constituer, gr&#226;ce aux revenus du p&#233;trole, d'immenses complexes industriels modernes, sans quasiment aucune relation avec les besoins en biens de la population et donc visant uniquement le march&#233; mondial. Il est extraordinaire qu'une telle politique &#233;conomique, men&#233;e dans un pays encore majoritairement paysan sans que la population paysanne pauvre b&#233;n&#233;ficie en rien de la manne p&#233;troli&#232;re, ait pu &#234;tre intitul&#233;e &#8220; socialisme alg&#233;rien &#8221; et non capitalisme d'&#233;tat ! En tout cas, toute cette op&#233;ration de grande ampleur qui a permis au r&#233;gime d'annoncer aux Alg&#233;riens que leurs enfants vivraient ais&#233;ment m&#234;me si eux se sacrifiaient, se termine dans un plan global de fermetures d'usines et de licenciements massifs. Un g&#226;chis monstrueux de biens, d'&#233;nergie humaine et surtout d'espoirs. L'int&#233;gration d'une partie minime de cette industrie alg&#233;rienne dans le march&#233; mondial suppose la fermeture de l'essentiel des usines et ne peut se faire qu'au prix d'une attaque massive de la classe ouvri&#232;re et de sacrifices consid&#233;rables pour toute la population. C'est cette op&#233;ration commenc&#233;e par Chadli qui a provoqu&#233;e la crise des ann&#233;es 80 et du coup la r&#233;volte de 88 puis la guerre civile. La classe ouvri&#232;re a r&#233;sist&#233; autant qu'elle a pu mais elle ne dispose du soutien d'aucune organisation ni syndicale ni politique dans sa lutte contre les licenciements. Partis du pouvoir ou de l'opposition comme syndicat UGTA font mine de &#8220; comprendre les difficult&#233;s des travailleurs &#8221; mais se gardent bien d'appeler &#224; une r&#233;elle riposte. Tous comprennent encore mieux les &#8220; n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;conomie &#8221; (comprenez les int&#233;r&#234;ts des riches) qui pr&#233;sident &#224; ces privatisations et &#224; ces licenciements. Les diktats du capital mondial, relay&#233;s par les plus hauts responsables de l'Etat et de l'&#233;conomie alg&#233;riens, ne sont combattus ni par les &#8220; d&#233;mocrates &#8221;, ni par les dirigeants syndicalistes. Les seuls qui le d&#233;noncent le font au nom de l'&#8220; int&#233;r&#234;t national &#8221; mais pas de l'int&#233;r&#234;t des travailleurs et de la population pauvre. Quant aux int&#233;gristes, s'ils vont exploiter la situation, ce ne sera pas en combattant les privatisations (ils sont au contraire favorables &#224; une bourgeoisie priv&#233;e), ni en d&#233;fendant les travailleurs (ils sont contre les gr&#232;ves), mais en accusant le socialisme et le marxisme comme responsables de la crise. Par contre, ils ne semblent pas repr&#233;senter des adversaires pour la bourgeoisie mondiale puisque les USA re&#231;oivent officiellement le FIS pendant plusieurs ann&#233;es et que ce parti est financ&#233; par l'Arabie saoudite, un pays compl&#232;tement li&#233; &#224; la finance mondiale. Contrairement aux dires des int&#233;gristes et des &#8220; d&#233;mocrates &#8221;, l'&#233;chec de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante, la faillite &#233;conomique, sociale et politique n'est pas due au socialisme, ni au stalinisme (qui serait repr&#233;sent&#233; en l'occurrence par la participation des pagsistes au pouvoir sous Boumediene). Non l'&#233;chec n'est pas le fait des travailleurs ni des classes populaires. Il n'est pas li&#233; &#224; un syst&#232;me qui les repr&#233;senterait m&#234;me de mani&#232;re d&#233;form&#233;e. Il est le fait des riches, des profiteurs et des exploiteurs et des militaires au pouvoir qui les ont fait prosp&#233;rer. Chacun peut ais&#233;ment constater que la mis&#232;re a cru en Alg&#233;rie dans le m&#234;me temps et dans la m&#234;me proportion que l'on voyait des fortunes priv&#233;es s'&#233;difier. Ce n'est pas les paysans pauvres qui ont con&#231;u les projets du FLN mais la petite bourgeoisie nationaliste (des gens comme Krim Belkacem, Ben Khedda ou Ben Tobbal sans parler de Boumediene ne sont pas des socialistes !). L'&#233;chec est celui des bourgeois et petits bourgeois, eux qui pr&#233;tendaient que le d&#233;veloppement national autocentr&#233; m&#232;nerait au d&#233;collage &#233;conomique malgr&#233; l'environnement imp&#233;rialiste. Mais le d&#233;veloppement national, comme une locomotive lanc&#233;e &#224; toute vitesse, s'est heurt&#233;e &#224; un mur : le march&#233; mondial. Quant au march&#233; national, la consommation populaire en particulier, ces profiteurs n'ont fait que le pomper en appauvrissant la population. La bourgeoisie alg&#233;rienne a constitu&#233; son accumulation primitive sur le dos du peuple mais une fois qu'elle a accumul&#233;, elle n'a plus voulu investir dans le pays exsangue qu'elle avait produit. La bourgeoisie nationale s'est ainsi content&#233;e de prendre la succession du colonialisme en se chargeant d'exploiter la population et d'envoyer les r&#233;sultats de cette exploitation hors des fronti&#232;res. La population, elle, est rest&#233;e pi&#233;g&#233;e dans le cercle vicieux : sous-d&#233;veloppement, endettement, d&#233;pendance, surexploitation, mis&#232;re, ch&#244;mage, dictature, corruption, bandes arm&#233;es, etc... En guise d'ind&#233;pendance nationale, faute d'ind&#233;pendance &#233;conomique avec le maintien de la vente &#224; bas prix du gaz et du p&#233;trole, l'achat d'industries &#8220; clefs en main &#8221; et celui de biens de consommation &#224; la France essentiellement comme auparavant, la classe dirigeante alg&#233;rienne n'a pu se gargariser de nationalisme qu'en changeant de mots, par l'arabisation de la langue. Ce nationalisme de l'illusoire, c'est justement celui dont les islamistes repr&#233;sentent l'exacerbation violente, l'utilisation politique de la religion par les int&#233;gristes concentrant en elle toutes les illusions d&#233;&#231;ues et tous les faux espoirs en reconstituant une ind&#233;pendance abstraite, une grandeur th&#233;orique, celle d'empire d&#233;chu. En produisant le terrorisme islamiste comme aboutissement des r&#234;ves de grandeur et des m&#233;thodes dictatoriales du nationalisme exacerb&#233; et comme produit de l'effondrement &#233;conomique et social, le projet national a fini de se transformer en .... catastrophe nationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Mais peut-on r&#233;ellement parler d'une bourgeoisie alg&#233;rienne ? M&#234;me en termes de bourgeoisie nationale, l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante est un &#233;chec retentissant. C'est la caste des g&#233;n&#233;raux qui a repr&#233;sent&#233;, faute de mieux, cette couche visant &#224; devenir une bourgeoisie. C'est elle qui a d&#233;tourn&#233; les richesses du pays, sans pour autant oser dans un premier temps afficher sa volont&#233; de s'en dire ouvertement la propri&#233;taire. C'est elle qui a organis&#233; l'exploitation de la population alg&#233;rienne &#224; un bout et son maintien par un encadrement dictatorial et les liens avec l'imp&#233;rialisme &#224; l'autre bout. Elle s'est ainsi impos&#233;e &#224; tout un peuple et fait admettre par l'imp&#233;rialisme comme bourgeoisie comprador, enti&#232;rement d&#233;pendante. Et, sous couvert du drapeau du socialisme au d&#233;but comme sous l'id&#233;ologie capitaliste ensuite, elle a commenc&#233; &#224; accumuler, &#224; investir ses biens priv&#233;s &#224; l'&#233;tranger. Et, au fur et &#224; mesure, ce sont les seuls int&#233;r&#234;ts de classe de ce qu'il faut bien appeler la bourgeoisie alg&#233;rienne, car il n'y en a pas et il n'y en aura pas d'autre, qui ont d&#233;termin&#233; de plus en plus les choix &#233;conomiques, sociaux et politiques de l'Etat alg&#233;rien. Masqu&#233;e derri&#232;re les expressions volontairement confuses &#8220; les d&#233;cideurs &#8221;, &#8220; les g&#233;n&#233;raux &#8221; ou &#8220; le pouvoir &#8221;, cette toute petite fraction d&#233;tient les leviers &#233;conomiques et politiques et se donne les moyens de le faire fructifier et de le conserver. Ce sont les int&#233;r&#234;ts de cette classe exploiteuse face aux exploit&#233;s qui reste d&#233;terminante dans les choix de l'Etat et des partis politiques bourgeois. La lutte de classe est d&#233;terminante en Alg&#233;rie comme ailleurs m&#234;me si tout le discours politique, du pouvoir comme de l'opposition, fait semblant de s'en abstraire en ne parlant que des institutions politiques pour &#233;viter de montrer les int&#233;r&#234;ts de classe. Ils ne font ainsi qu'effacer la responsabilit&#233; de la bourgeoisie dans la catastrophe actuelle et semer des illusions sur un avenir possible pour le peuple alg&#233;rien en restant dans le cadre du capitalisme. La population pauvre, elle, voit tr&#232;s bien les fortunes s'&#233;difier sous ses yeux et elle en voit au moins les r&#233;sultats en termes de villas de luxe, de yachts ou de grosses voitures, m&#234;me si elle ne voit pas les investissements, essentiellement &#233;trangers, ou le remplissage des coffres suisses. Cependant, politiquement, on continue &#224; nous resservir la th&#232;se selon laquelle en Alg&#233;rie il n'y aurait ni bourgeoisie ni prol&#233;tariat, mais un seul peuple et pas de lutte de classe ! Cela au nom de la sp&#233;cificit&#233; alg&#233;rienne. Et effectivement, il y a bien une histoire originale qui a model&#233; une bourgeoisie particuli&#232;re. La bourgeoisie alg&#233;rienne est n&#233;e de l'Etat. Elle est sortie du processus historique faible, divis&#233;e, d&#233;pendante, pr&#233;varicatrice, maffieuse. C'est une bourgeoisie d'Etat, une bureaucratie bourgeoise et souvent simplement des clans militaires qui en tient lieu et qui intervient dans l'&#233;conomie en leu et place des grands commer&#231;ants, des grands financiers ou n&#233;gociants. Bien que b&#233;n&#233;ficiant des r&#234;nes de l'&#233;conomie et du pouvoir, cette bourgeoisie n'a pu prosp&#233;rer que dans les limites d&#233;finies par l'imp&#233;rialisme, l'essentiel des revenus du gaz et du p&#233;trole continuant d'enrichir d'abord la m&#233;tropole avant de garnir les portefeuilles de quelques nantis alg&#233;rien galonn&#233;s ou non. C'est &#224; cette condition qu'une minorit&#233; dirigeante a pu &#234;tre admise &#224; la table des grands. Quant &#224; la population pauvre, elle n'a pas eu son mot &#224; dire, m&#234;me au temps de l' &#8220; autogestion &#8221;. Il en est r&#233;sult&#233; une bourgeoisie qui se cache, qui n'ose pas dire son nom, qui pratique le partage des revenus en catimini et qui n'a toujours pas, pr&#232;s de quarante ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance et vingt ans apr&#232;s la fin du &#8220; socialisme &#8221;, os&#233; affirmer qu'elle d&#233;tenait en propri&#233;t&#233; priv&#233;e les revenus du gaz et du p&#233;trole. Or qu'est la bourgeoisie sans la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ? Que serait Bouygues sans la propri&#233;t&#233; de la soci&#233;t&#233; Bouygues ? Ce sont les conditions particuli&#232;res de l'ind&#233;pendance et non les vell&#233;it&#233;s socialistes de ses dirigeants qui ont caus&#233; cette particularit&#233; : un &#233;tat bourgeois sans bourgeoisie nationale. Contrairement &#224; la plupart des pays nouvellement ind&#233;pendants, l'Alg&#233;rie n'avait pas &#224; sa naissance de bourgeoisie alg&#233;rienne m&#234;me embryonnaire, constitu&#233;e &#224; l'&#233;poque coloniale. La France n'avait form&#233; de petite bourgeoisie locale ais&#233;e que parmi la population pied noir. Les sacrifices &#233;normes d'une lutte de lib&#233;ration nationale longue et meurtri&#232;re ont &#233;t&#233; exclusivement le fait des couches pauvres de la population. Il &#233;tait du coup difficile &#224; l'ind&#233;pendance d'annoncer, en plus de la confiscation du pouvoir par une bande arm&#233;e ext&#233;rieure &#224; la lutte, la confiscation des richesses du pays par une minorit&#233; qui se serait autoproclam&#233; nouvelle bourgeoisie, poss&#233;dant en priv&#233; les ressources et particuli&#232;rement le gaz et le p&#233;trole. C'est de l&#224; qu'est venu la n&#233;cessit&#233; du &#8220; socialisme alg&#233;rien &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Qu'en est-il du socialisme alg&#233;rien ? C'est au nom du socialisme que l'on a musel&#233; les aspirations sociales du peuple alg&#233;rien, tous ceux qui revendiquaient &#233;tant accus&#233;s de vouloir d&#233;fendre un int&#233;r&#234;t particulier au moment o&#249; il fallait tout sacrifier &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral appel&#233; int&#233;r&#234;t national. Une g&#233;n&#233;ration allait, para&#238;t-il se sacrifier pour assurer l'avenir de ses enfants. Les adversaires de ce nationalisme ne pouvaient qu'&#234;tre d&#233;nonc&#233;s comme agents du colonialisme et pourchass&#233;s par les organisations de masse constitu&#233;es d'en haut par le pouvoir et qui encadraient toute la population : organisations de jeunes, de femmes, organisation syndicale unique UGTA et bien s&#251;r parti unique FLN. L'&#233;tatisme, le parti unique, l'encadrement des masses, l'industrialisation lourde au d&#233;pens des biens de consommation et la perspective fallacieuse du d&#233;veloppement autocentr&#233; n'ont pu appara&#238;tre comme du socialisme qu'&#224; cause de la mythique stalinienne du &#8220; socialisme dans un seul pays &#8221; reprise ensuite par la Chine de Mao dans sa version tiers-mondiste. Ces illusions nationales petites bourgeoises n'ont rien &#224; voir avec les th&#232;ses qui &#233;taient celles du mouvement ouvrier communiste r&#233;volutionnaire, celui de L&#233;nine et de Trotsky ou celui de Marx : b&#226;tir une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de l'exploitation en renversant l'imp&#233;rialisme et le capitalisme et non en coexistant avec lui sur une petite bande de terre. M&#234;me si le nationalisme des pays sous-d&#233;velopp&#233; a d&#251; s'imposer aux anciennes puissances coloniales, il n'est pas l'ennemi mortel du capitalisme et se d&#233;veloppe m&#234;me sous son &#233;gide comme la petite bourgeoisie sous la protection et sous la coupe de la grande. C'est la classe ouvri&#232;re internationale qui repr&#233;sente le v&#233;ritable ennemi de la domination capitaliste du monde mais ces nationalistes ont bien pris garde de ne pas organiser cette classe sociale opprim&#233;e car si elle triomphait, leurs aspirations &#224; exploiter elles-m&#234;mes &#8220; leur peuple &#8221; ne seraient plus seulement limit&#233;es par l'imp&#233;rialisme mais d&#233;truites d&#233;finitivement par la fin de l'exploitation. C'est ainsi que le nationalisme est bien plus un ennemi mortel du prol&#233;tariat communiste que de l'imp&#233;rialisme. L'Alg&#233;rie de l'ind&#233;pendance ou celle du lancement de l'&#8220; autogestion &#8221; n'avaient rien de socialistes. Elles ne concevaient nullement de donner le pouvoir aux travailleurs organis&#233;s en comit&#233;. Le pouvoir avait &#233;t&#233; mis en place bien avant l'ind&#233;pendance, en dehors de toute d&#233;cision populaire. La seule mobilisation des masses que concevait le nouveau r&#233;gime &#233;tait celle en vue de la production. La mobilisation des &#233;nergies des ouvriers et des paysans pauvres officiellement au nom de la construction nationale et r&#233;ellement en vue de vendre cette force de travail sur le march&#233; mondial. L'id&#233;ologie socialiste du nouveau r&#233;gime, s'abreuvant jusqu'&#224; la naus&#233;e des mots de &#8220; masses populaires &#8221;ou de &#8220; peuple &#8221;, visait seulement &#224; imposer aux classes populaires la solidarit&#233; avec la politique suivie, l'acceptation des sacrifices et des efforts. Les travailleurs &#233;taient politiquement d&#233;sarm&#233;s, aucune organisation n'ayant choisi de remettre en cause l'objectif officiel de la classe dirigeante alg&#233;rienne et dire en clair que tous ces efforts visaient &#224; l'accumulation primitive d'une bourgeoisie exploiteuse. Le nationalisme visait d'abord et avant tout &#224; gommer officiellement l'existence m&#234;me d'int&#233;r&#234;ts de classe, en pr&#233;tendant qu'ils &#233;taient d&#233;pass&#233;s par l'int&#233;r&#234;t national. Dans ces conditions, le simple fait de revendiquer des am&#233;liorations des conditions de travail &#233;tait consid&#233;r&#233; comme irresponsable pour ne pas dire anti-national et les ouvriers et les paysans n'avaient aucun droit de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante du pouvoir, m&#234;me pas au plan syndical. Ce qui &#233;tait intitul&#233; syndicat d'ouvriers ou syndicat de paysans n'&#233;tait rien d'autre qu'une cr&#233;ation d'en haut du pouvoir. La gr&#232;ve ou l'action politique des travailleurs &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme un crime contre l'int&#233;r&#234;t collectif et contre l'Etat. Officiellement, les masses populaires &#233;taient au pouvoir et tous les sacrifices demand&#233;s &#224; la population et celui de leur libert&#233; en particulier &#233;tait fait officiellement au nom des masses. Avec l'industrialisation, c'est directement la classe ouvri&#232;re qui a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e par la r&#233;gime comme la principale b&#233;n&#233;ficiaire alors qu'elle qui payait elle aussi le prix de cette construction. C'est ce que l'on a fait croire aux paysans paup&#233;ris&#233;s, oblig&#233;s d'immigrer ou de peupler des bidonvilles. Avec l'aide du &#8220; syndicat ouvrier &#8221; UGTA courroie de transmission du r&#233;gime, on a propag&#233; ce mythe qui dure encore selon lequel les travailleurs sont, en Alg&#233;rie, des privil&#233;gi&#233;s, des profiteurs de la rente et, comme tels, contribuent avec la bureaucratie d &#8216;Etat &#224; d&#233;tourner les richesses du pays. Le produit d'efforts de millions d'hommes et de femmes pour lutter contre l'imp&#233;rialisme puis d'efforts pour b&#226;tir un avenir un peu plus heureux pour leurs enfants a donn&#233; un terrible bilan : quelques &#238;lots de fortune dans un oc&#233;an de mis&#232;re. Ce r&#233;sultat n'est ni un accident, ni un d&#233;tournement du projet nationaliste : il en est le direct produit. Les nationalistes ne combattaient l'imp&#233;rialisme et son exploitation du peuple alg&#233;rien que dans la mesure o&#249; ils revendiquaient une part du g&#226;teau : le droit d'exploiter eux-m&#234;mes leurs nationaux. Ils ont obtenu ce qu'ils revendiquaient &#224; condition de se charger eux-m&#234;mes de faire la police pour maintenir les opprim&#233;s dans le rang, le colonialisme s'&#233;tant difficilement convaincu qu'il n'en &#233;tait plus capable. Le but de l' &#8221;industrie industrialisante &#8221; ne pouvait pas &#234;tre de construire une soci&#233;t&#233; d'un autre type que le capitalisme. Les dirigeants alg&#233;riens pas plus que les autres nationalistes ne voulaient contester la domination imp&#233;rialiste sur le monde et d'ailleurs ils n'ont jamais plac&#233; leur combat sur le plan international autrement que pour y &#234;tre reconnus par les puissants. Au contraire, ils pr&#233;tendaient construire une &#233;conomie nationale commer&#231;ant &#8220; librement &#8221; avec le capital mondial. En syst&#232;me capitaliste, c'est le plus librement du monde que l'on est assujetti aux possesseurs de capitaux qui fixent eux-m&#234;mes les prix des marchandises. Et ils ont ainsi fix&#233; celui du gaz et du p&#233;trole. Avec les devises ainsi retir&#233;es, il ne suffisait pas de b&#226;tir des usines pour vendre &#224; l'ext&#233;rieur. La production en vue de la satisfaction des besoins des masses populaires n'&#233;tait lui qu'un slogan. L'objectif des dirigeants &#233;tait la production massive en vue de la vente Encore faut-il trouver acheteur. Le march&#233; mondial est d&#233;j&#224; attribu&#233; et devant un march&#233; national mis&#233;rable, le projet des nationalistes ne pouvait que d&#233;boucher sur une impasse. Il n'y a pas aujourd'hui de place pour le lancement d'une nouvelle bourgeoisie comme au 18e et 19e si&#232;cle. Le socialisme du discours n'a servi qu'&#224; cacher toutes ces contradictions d'une bourgeoisie venue trop tard dans un monde o&#249; la classe qui peut faire avancer les choses n'est pas la petite bourgeoisie et n'est plus la bourgeoisie et o&#249; le d&#233;veloppement capitaliste n'est plus un espoir mais un cauchemar !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- L'Etat ou &#8220; cette bande d'homme en armes pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante &#8221; Cette expression du r&#233;volutionnaire Engels, l'ami de Karl Marx, semble avoir &#233;t&#233; &#233;crite pour d&#233;signer l'Etat alg&#233;rien de l'ind&#233;pendance &#224; nos jours. De 1962 &#224; nos jours, le r&#233;gime alg&#233;rien a toujours &#233;t&#233; une dictature militaire, des civils comme Ben Bella ou Boudiaf n'&#233;tant au pouvoir momentan&#233;ment que comme couverture des militaires. Cela ne veut pas dire que le r&#233;gime alg&#233;rien a &#233;t&#233; entre les mains des maquis. Au contraire, les maquisards ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;s et parfois tu&#233;s (plus de mille morts rien que le 3 septembre 1962 &#224; Boghari) par l'arm&#233;e des fronti&#232;res de Boumediene qui, comme chacun sait, n'avait men&#233; aucun combat contre l'arm&#233;e fran&#231;aise. C'est un appareil &#233;tatique mis en place avant l'ind&#233;pendance qui a pris tous les pouvoirs, la population n'ayant pas son mot &#224; dire. C'&#233;tait dans la continuit&#233; des conceptions politiques des dirigeants nationalistes. Ceux-ci n'avaient aucune confiance dans les capacit&#233;s du peuple alg&#233;rien de s'autoadministrer. Pour eux, le peuple &#233;tait majoritairement form&#233; de moutons qui avaient besoin de bergers. Et ils ne supportaient aucune concurrence dans ce r&#244;le. Toute organisation alg&#233;rienne amie, adversaire ou ennemie &#233;tait trait&#233;e avec la m&#234;me rigueur : l'&#233;limination physique si les autres m&#233;thodes ne suffisaient pas. Les villages r&#233;fractaires au FLN en ont subi la violence. Les militants communistes ou MNA aussi. Les militants critiques ou soup&#231;onn&#233;s de l'&#234;tre n'ont pas eu un meilleur sort. La dictature &#233;tait aussi bien &#224; l'int&#233;rieur que vers l'ext&#233;rieur. Les actions de masse n'&#233;taient nullement l'occasion pour la population de s'organiser car le F.L.N. se contentait de transmettre des ordres et ne consultait pas les principaux concern&#233;s, la population pauvre, sur les choix tactiques ou strat&#233;giques. Cette conception, tous les dirigeants la partageaient, les Ben Bella comme les Boudiaf, les A&#239;t Ahmed comme les Abane Ramdane. C'est bien avant la prise du pouvoir qu'ils ont montr&#233; comment il la concevaient et s'ils ont les uns et les autres perdu le pouvoir au profit des chefs militaires, c'est que l'organisation de la population civile pour d&#233;cider des destin&#233;es du pays n'&#233;tait pas leur projet. Ceux qui mettaient en avant la primaut&#233; du civil sur le militaire parlaient seulement de la primaut&#233; de l'appareil politique civil et pas de la population pauvre organis&#233;e en vue d'exercer elle-m&#234;me la direction de la soci&#233;t&#233;. Quant &#224; l'ANP, glorifi&#233;e pendant tant d'ann&#233;es par le r&#233;gime, elle a bel et bien d&#233;voil&#233; sa nature antipopulaire en octobre 88 en tirant avec des armes de guerre sur des jeunes manifestants d&#233;sarm&#233;s puis en les torturant comme l'arm&#233;e fran&#231;aise avait su le faire. L'Etat qui s'est dit celui du peuple alg&#233;rien n'a &#233;t&#233; que son massacreur. Et ce avant m&#234;me que commence la guerre civile et que les actes des int&#233;gristes servent de pr&#233;texte &#224; une r&#233;pression tous azimuts contre la population pauvre. Si en 1988, l'arm&#233;e n'a pas eu &#224; se confronter directement avec la classe ouvri&#232;re, c'est parce qu'il a pu compter sur l'UGTA et sur le PAGS pour dissuader la classe ouvri&#232;re de se lancer dans la bataille. Apr&#232;s 88, tous les partis ont d&#233;nonc&#233; le parti unique FLN mais tous ont aussi courtis&#233; l'arm&#233;e alors que c'&#233;tait elle qui avait pratiqu&#233; les massacres. Le FLN a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; mais l'arm&#233;e est rest&#233;e en place. C'&#233;tait elle qui d&#233;tenait le pouvoir et elle l'a gard&#233;. Certains partis comme le PAGS ont m&#234;me appel&#233; les travailleurs &#224; &#8220;la r&#233;conciliation arm&#233;e/peuple &#8221; mais la population pauvre a acquis &#224; cette &#233;poque une haine profonde du pouvoir, haine qui ne l'a plus quitt&#233; durant des ann&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- le &#171; socialisme &#187; et son origine Le FLN qui d&#233;bute en 1954 le combat contre le colonialisme fran&#231;ais n'a jamais affirm&#233;, durant toutes les ann&#233;es de son combat, qu'il voulait b&#226;tir le socialisme. Il &#233;tait issu d'un courant, le PPA-MTLD, implant&#233; dans les milieux populaires en Alg&#233;rie et dans la classe ouvri&#232;re dans l'immigration. Le PPA avait une origine ancienne dans le courant communiste (l'Etoile Nord-Africaine construite sous l'&#233;gide de l'Internationale communiste de l'&#233;poque de L&#233;nine). Mais les nationalistes s'&#233;taient beaucoup &#233;loign&#233;s de ces origines. Le FLN &#233;tait certainement l'une des fractions les plus droiti&#232;res du courant nationaliste. Au sein du PPA, les militants de l'Organisation paramilitaire, l'OS, qui vont cr&#233;er le FLN s'opposaient &#224; une implantation trop importante dans la classe ouvri&#232;re. Ils ne voulaient pas d'un programme radical socialement. Ils pr&#233;tendaient se tourner vers les paysans mais uniquement pour y recruter des militaires en vue de la gu&#233;rilla. Ils ne proposaient pas de mener des mouvements sociaux. Ils n'avan&#231;aient aucune revendication, fut-ce celles de la paysannerie pauvre pourtant tr&#232;s durement frapp&#233;e &#233;conomiquement. A la revendication sociale et r&#233;volutionnaire de &#171; la terre aux paysans &#187;, ils opposaient le slogan nationaliste et de gu&#233;rilla : &#171; la terre aux combattants &#187;. Jusqu'&#224; la veille de l'ind&#233;pendance, ils ne vont jamais changer sur ce point d'orientation. Le caract&#232;re national et nullement social de la mobilisation est beaucoup plus caract&#233;ristique que dans la plupart des luttes nationalistes. C'est lorsqu'il devient &#233;vident que le colonialisme va c&#233;der la place que le FLN prend le tournant de mani&#232;re brutale, au congr&#232;s de Tripoli. Alors que ce congr&#232;s est plein de dirigeants tr&#232;s droitiers, y compris s'affichant d'extr&#234;me droite, et que tr&#232;s peu d'entre eux affichent des id&#233;es plus &#224; gauche, c'est &#224; l'unanimit&#233; que le congr&#232;s du FLN d&#233;cide le passage au socialisme. Entre temps, l'ensemble des dirigeants avait compris que c'&#233;tait la seule possibilit&#233; face &#224; l'&#233;bullition sociale grandissante, comme le montre le document historique suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document illustrant que le FLN ne visait aucun &#171; socialisme &#187;, mais commen&#231;ait &#224; avoir peur de la classe ouvri&#232;re et pr&#233;parait une dictature anti-populaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Questions-r&#233;ponses sur le FLN &#233;dit&#233;es &#224; l'Ind&#233;pendance (r&#233;dig&#233;es par Ben-Tobbal) &#171; (&#8230;) Question : Il est dit, dans les statuts, que le FLN poursuivra apr&#232;s l'ind&#233;pendance du pays &#171; sa mission historique de guide et d'organisateur de la nation alg&#233;rienne &#187;. Quel caract&#232;re va-t-on donner &#224; son action dans le cadre d'une &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique et sociale &#187; ? Fera-t-il figure de parti unique ? R&#233;ponse : La r&#233;union du CNRA de Tripoli n'a pas pr&#233;cis&#233; que le FLN sera, demain, le parti unique. Elle a simplement confirm&#233; que le FLN poursuivra sa mission apr&#232;s la lib&#233;ration du pays. Cependant le caract&#232;re d&#233;mocratique qui sera donn&#233; &#224; la R&#233;publique alg&#233;rienne ne peut &#234;tre con&#231;u avec le m&#234;me sens que celui des pays occidentaux, des pays organis&#233;s depuis tr&#232;s longtemps et ayant une longue exp&#233;rience de la d&#233;mocratie. Pour nous, la d&#233;mocratie n'a de sens qu'au sein d'organismes. (&#8230;) Les imp&#233;ratifs de l'&#233;dification de la r&#233;publique alg&#233;rienne apr&#232;s la lib&#233;ration du pays ne permettront pas d'ouvrir librement les portes &#224; la constitution de partis ; ce serait alors l'&#233;parpillement des &#233;nergies du peuple qui ne pourraient plus &#234;tre mobilis&#233;es pour la reconstruction. Aujourd'hui, apr&#232;s plus de cinq ann&#233;es de lutte, nous constatons que l'Alg&#233;rien est encore d'avantage port&#233; vers l'anarchie que vers la discipline et ce ph&#233;nom&#232;ne risque de se manifester plus gravement demain lorsqu'il n'y aura plus d'ennemi en face de nous pour nous unir, si une forte discipline ne s'installe pas dans le peuple, discipline capable de mobiliser toutes les &#233;nergies pour l'&#233;dification de notre pays. (&#8230;) Question : Peut-on savoir si le CNRA a opt&#233; pour une orientation politique ? R&#233;ponse : Notre action politique n'a pas chang&#233;. C'est le neutralisme (bloc afro-asiatique) avec cette seule diff&#233;rence que, lors de sa premi&#232;re r&#233;union le CNRA a d&#233;cid&#233; d'ouvrir des bureaux dans un certain nombre de pays socialistes tels que la Russie ou la Yougoslavie. Ceci ne constitue pas une nouvelle orientation politique. Mais un nouveau pas dans notre strat&#233;gie politique. (&#8230;) Nous n'avons pas un politique orient&#233;e, soit vers l'Est soit vers l'Ouest. Question : Quelles pourraient &#234;tre les cons&#233;quences d'une alliance avec les pays de l'Est ? R&#233;ponse : C'est un sujet important qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; par le congr&#232;s de la Soummam en ao&#251;t 1956. Il faut dire tout d'abord que la conclusion d'une alliance avec un pays quelconque ne d&#233;pend pas que de nous ; faut-il encore que le partenaire accepte, et pour qu'il puisse le faire, il faudrait qu'il y trouve avantage. En deuxi&#232;me lieu, nous ne pouvons envisager d'alliance avec l'Est que si notre politique neutraliste a &#233;puis&#233; tous ses moyens. En troisi&#232;me lieu, il faudrait que notre int&#233;r&#234;t et le leur aille dans le m&#234;me sens. Question : Quelle est la position de la Russie vis-&#224;-vis de notre r&#233;volution ? R&#233;ponse : (&#8230;) Il ne faut pas oublier que la strat&#233;gie politique russe est &#224; l'&#233;chelle du monde. (&#8230;) L'URSS a certainement plus besoin de m&#233;nager la France que de nous aider officiellement. (&#8230;) L'optique de la Russie peut &#234;tre la m&#234;me que la notre. Pour elle l'Alg&#233;rie ne repr&#233;sente que quelques kilom&#232;tres carr&#233;s sur le globe terrestre. Question : Est-ce que le fait que l'Etat alg&#233;rien sera socialiste et d&#233;mocratique pr&#233;juge des futures structures de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante sur le plan politique, &#233;conomique et de son orientation vis-&#224;-vis des blocs ? R&#233;ponse : Nous ne disons pas que l'Alg&#233;rie sera socialiste, mais qu'elle sera sociale. Question : Comment pouvons-nous ici au Maroc r&#233;primer tout d&#233;nigrement syst&#233;matique contre l'organisation ? Les moyens de contrainte sont-ils compatibles avec la souverainet&#233; nationale ? R&#233;ponse : Ce probl&#232;me n'est pas particulier au Maroc. Il existe aussi en Tunisie o&#249; r&#233;side &#233;galement une forte communaut&#233; alg&#233;rienne qui vit sur un territoire souverain. Sur le plan juridique, les moyens de contrainte que nous pourrions &#234;tre amen&#233;s &#224; utiliser ne sont pas compatibles avec la souverainet&#233; de ce pays. Les autorit&#233;s l&#233;gitimes qu'elles soient tunisiennes ou marocaines ne peuvent nous permettre de punir librement tout Alg&#233;rien que nous voulons. (&#8230;) Question : L'application des dispositions de caract&#232;re social a cr&#233;&#233; au sein de la population un esprit revendicatif pr&#233;judiciable. Des mesures ont-elles &#233;t&#233; pr&#233;vues &#224; ce sujet ? R&#233;ponse : L'aide mat&#233;rielle (en nature et en esp&#232;ces) servie aux djounouds ou &#224; leur famille, aux r&#233;fugi&#233;s et aux n&#233;cessiteux, ainsi qu'aux permanents, n'a jamais &#233;t&#233; un droit et ne l'est pas. Cette aide peut &#234;tre supprim&#233;e ou suspendue &#224; n'importe quel moment, si les possibilit&#233;s le commandent&#8230; Il s'est cr&#233;&#233; un esprit revendicatif, &#233;tat d'esprit nuisible &#224; la r&#233;volution. (Ou bien le FLN me nourrit, m'habille, me loge, et il est bon ; ou bien, il ne le fait pas ou ne m'aide pas comme je d&#233;sire, et alors il est mauvais). Question : Les pr&#233;sents statuts et institutions doivent-ils ou vont-ils &#234;tre diffus&#233;s sous peu aux militants de base ? R&#233;ponse : Vous avez justement &#233;t&#233; convoqu&#233;s pour cela. Ces textes ne sont pas secrets. Ils doivent &#234;tre communiqu&#233;s et comment&#233;s tr&#232;s largement aux militants de base. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de Mohamed Harbi sur les conditions de r&#233;daction de ce question-r&#233;ponse : &#171; Apr&#232;s la formation du deuxi&#232;me gouvernement Abbas, Bentobbal se rend au Maroc en compagnie de Mohamedi Sa&#239;d pour r&#233;gler les probl&#232;mes pos&#233;s par la r&#233;volte du capitaine Zoubir. Ce texte correspond aux questions qui lui ont &#233;t&#233; pos&#233;es lors de sa tourn&#233;e et donne une id&#233;e des pr&#233;occupations des cadres du FLN &#224; l'&#233;poque. (&#8230;) On remarquera le silence sur les questions qui engagent l'avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre comment le &#171; socialisme &#187; de Boumedienne et Ben Bella &#233;tait une op&#233;ration d&#233;magogique et populiste visant &#224; enlever aux ouvriers organis&#233;s et autog&#233;r&#233;s en comit&#233;s de gestion des entreprises &#171; vacantes &#187;, c'est-&#224;-dire abandonn&#233;es ou ferm&#233;es par les anciens propri&#233;taires fran&#231;ais. Ils ont jou&#233; toutes les opositions au sein des travailleurs et fait croire que les comit&#233;s spontan&#233;ment mis en place avaient d&#233;tourn&#233; des biens. Ils ont mis en place des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales pour virer ces anciennes directions et imposer d'autres proches du pouvoir, quitte &#224; recommencer plusieurs fois la m&#234;me op&#233;ration. Ils enlevaient ainsi aux travailleurs tout pouvoir sur leur entreprise afin de la remettre &#224; l'Etat pr&#233;tend&#251;ment &#171; socialiste &#187; et autogestionnaire, on peut lire ces extraits de &#171; L'Alg&#233;rie de la R&#233;volution &#187; de Juliette Minces, tir&#233;e des num&#233;ros de &#171; R&#233;volution Africaine &#187;, organe du FLN, de 1963-64 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les nouveaux patrons (RA 20 avril 1963) L'Usine textile de Fort-de-l'Eau. L'activit&#233; ordonn&#233;e, le mouvement des m&#233;tiers, la pr&#233;sence des ouvriers absorb&#233;s devant leur machine, le bruit qui nous avait attir&#233;s &#224; notre arriv&#233;e, montrent que cette usine fonctionne. En Alg&#233;rie, chaque usine qui travaille est un succ&#232;s. (&#8230;) Au paravant, le patron avait quitt&#233; l'Alg&#233;rie, laissant les clefs &#224; une ouvri&#232;re europ&#233;enne en qui il avait pleine confiance. Son d&#233;part avait entra&#238;n&#233; celui de tous les ouvriers europ&#233;ens. Il laissait cependant un stock qui, bien qu'inf&#233;rieur &#224; celui des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, pouvait permettre de red&#233;marrer. Au mois d'octobre, il pr&#233;tendit vouloir redonner &#224; son usine une certaine activit&#233;, mais motivait le freinage par la difficult&#233; qu'il &#233;prouvait &#224; trouver un directeur. Puis, il d&#233;cida de licencier les 35 ouvriers de l'usine qui y travaillaient encore un peu. Mais les ouvriers ne se sont pas laiss&#233;s faire et un Comit&#233; de gestion a &#233;t&#233; mis en place. Il restait 65.000 francs dans la caisse, et un stock assez faible. Les commandes furent tr&#232;s nombreuses au d&#233;but de l'hiver et on put employer 74 ouvriers &#224; Fort-de l'Eau. (&#8230;) Apr&#232;s nous avoir fait part de tous ces chiffres et des difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; la gestion d'une entreprise qui pendant longtemps n'avait fonctionn&#233; qu'au ralenti, le pr&#233;sident du Comit&#233; de gestion en arrive au probl&#232;me fondamental ici : l'existence m&#234;me du Comit&#233; de gestion et ses rapports avec les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'usine, &#231;a va. Les ouvriers sont contents du travail. Mais ils se plaignent du Comit&#233; et m&#234;me la production a un peu diminu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourtant, ce sont les ouvriers qui vous ont nomm&#233;s ? Comment s'est constitu&#233; ce comit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien, nous nous sommes pr&#233;sent&#233;s. Certains parmi nous travaillaient ici depuis plus de vingt ans. Et les ouvriers nous ont nomm&#233;s. Nous sommes sept dans ce comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais de quoi se plaignent les ouvriers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ils trouvent que nos salaires sont trop &#233;lev&#233;s et les leurs pas assez. Ils ont d&#233;j&#224; voulu faire gr&#232;ve plusieurs fois, mais les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux les ont convaincus que &#231;a n'&#233;tait pas opportun. Pourtant, le chiffre d'affaires de l'usine a augment&#233;. Alors, &#231;a prouve que nous sommes capables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais combien gagnent les ouvriers, en moyenne ; et vous, combien gagnez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les ouvriers gagnent entre 30.000 et 35.000 francs. Il s'arr&#234;te. Il ne semble pas tenir &#224; nous dire le salaire des membres du comit&#233;. Nous insistons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien, ils gagnent 90.000 francs par mois. Le d&#233;l&#233;gu&#233; du syndicat intervient et pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le pr&#233;sident, lui, gagne 110.000 francs. (&#8230;) Leur probl&#232;me, ce sont les salaires et le Comit&#233; de gestion. Chacun veut participer &#224; la discussion. Ils parlent des d&#233;crets, des discours de Ben Bella, et les commentent pour nous prouver &#224; quel point ils ont raison. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Regardez ma fiche de paie. Qu'on me coupe la t&#234;te si quelqu'un peut faire vivre une famille de neuf personnes avec 24.000 francs. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce Comit&#233; n'est pas digne de nous repr&#233;senter. Il n'a rien de r&#233;volutionnaire ; il a m&#234;me pris les habitudes des anciens patrons. Les contr&#244;leurs du Bureau national du secteur socialiste ont pris la chose en main. Avant la fin de la semaine, une r&#233;union rassemblera tous les ouvriers, devant lesquels le Comit&#233; de gestion devra pr&#233;senter son bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux coop&#233;ratives : Z&#233;ralda et Douaouda (RA 27 avril 1963) Un repr&#233;sentant du Centre national d'animation du secteur socialiste nous propose de le suivre dans sa tourn&#233;e d'inspection. Nous l'accompagnerons donc &#224; Z&#233;ralda, puis &#224; Douaouda. L&#224;, les coop&#233;ratves de conditionnement posent des probl&#232;mes (&#8230;) Les coop&#233;rateurs se plaignent. (&#8230;) C'est surtout le directeur qui parle. Les aqutres se contenteront d'approuver. (&#8230;) Sur les biens laiss&#233;s vacants, on avait install&#233; des comit&#233;s de gestion. Le minist&#232;re de l'Agriculture obtint que les comit&#233;s de gestion entreraient dans les coop&#233;ratives de conditionnement en tant que soci&#233;taires. (&#8230;) Ils devaient, en &#233;change, payer une surtaxe de conditionnement et n'avaient aucun droit de regard sur le fonctionnement des coop&#233;ratives. (&#8230;) Maintenant, les travailleurs n'ont plus confiance dans de futures &#233;l&#233;ections. Notre guide nous explique que le gouvernement a d&#233;cid&#233; qu'on devait proc&#233;der tr&#232;s bient&#244;t &#224; l'&#233;lection d&#233;mocratique des comit&#233;s de gestion. Ils ne sont pas au courant. En outre, ils se sentent paralys&#233;s par leur ignorance dans le domaine de la commercialisation. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils ont accept&#233; de voir leurs pouvoirs supprim&#233;s. (&#8230;) Il leur plait d'avoir un organisme d'Etat qui tienne tout en main et qui ait ainsi une position de force sur le march&#233; fran&#231;ais et m&#234;me europ&#233;en. Ici aussi les ouvriers sont pr&#234;ts &#224; accepter de nouvelles difficult&#233;s. Pourvu que la gestion soit saine : &#171; On a d&#233;j&#224; tant perdu : nos fr&#232;res, nos maisons ; on peut encore accepter quelques difficult&#233;s suppl&#233;mentaires et m&#234;me perdre de l'argent pouvrvu qu'&#224; l'avenir cela profite aux travailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une le&#231;on de d&#233;mocratie &#224; Fort-de-l'Eau (R&#233;volution Afriaine du 18 mai 1963) Le comit&#233; de gestion de la filature de Fort-de-l'Eau vient enfin d'&#234;tre chang&#233;. L'&#233;lection du nouveau comit&#233; pr&#233;c&#233;dait d'une semaine la campagne nationale pour la r&#233;organisation des Comit&#233;s de gestion qui s'est ouverte ce mercredi 15 mai. (&#8230;) Cette prise de conscience r&#233;elle, qui va au-del&#224; des critiques ou des r&#233;criminations &#8211; puisqu'elle demande l'engagement de chacun &#8211; nous l'avons v&#233;cue vendredi dernier lorsque tous les travailleurs de la Filature se sont r&#233;unis, en pr&#233;sence d'une d&#233;l&#233;gation form&#233;e de deux membres de la kasma de Fort-de-l'Eau, de deux repr&#233;sentants de la D&#233;l&#233;gation sp&#233;ciale de deux membres de l'UGTA r&#233;gionale, de trois repr&#233;sentants de la pr&#233;sidence du Conseil (secteur socialiste) et deux membres de l'Association des anciens moukafhine. (&#8230;) Benattig, un des repr&#233;sentants du secteur socialiste parle (&#8230;) L'attention des travailleurs est tr&#232;s soutenue. Ils &#233;coutent la t&#234;te un peu avant, le visage grave. Tout ce que vient de dire l'inspecteur du secteur socialiste. Ils le savaient d&#233;j&#224;, mais, de l'entendre formuler par lui, conf&#232;re &#224; ces v&#233;rit&#233;s un poids plus grand. (&#8230;) Cette r&#233;union qu'ils r&#233;clamaient avec insistance parce qu'elle &#233;tait devenue indispensable, a pris une ampleur qu'ils n'attendaient pas. Ils sont au pied du mur : il faudra remplacer ce Comit&#233; de gestion, mais c'est &#224; eux d'&#233;lire le nouveau, et c'est une chose tr&#232;s importante : ils seront dor&#233;navant responsables de leur choix. Zitoun, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'UGTA, prend ensuite la parole. Il explique lui aussi la n&#233;cessit&#233; de parler sans contrainte : &#171; Il faut exposer vos dol&#233;ances. (&#8230;) &#187; Un seul membre de l'ancien comit&#233; a &#233;t&#233; r&#233;&#233;lu. (&#8230;) Cette le&#231;on de d&#233;mocratie faite avec calme et courage n'est pas pr&#234;te d'&#234;tre oubli&#233;e. Elle a touch&#233; chacun des ouvriers de l'usine de m&#234;me que la campagne nationale de restructuration touchera tous les Comit&#233;s de gestion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la d&#233;cor d'Hassi-Messaoud (R&#233;volution Africaine du 20 juillet 1963) &#171; Ville moderne construite e pr&#233;fabriqu&#233;, Maison-Verte (Hassi Messaoud) est un des gtrands centres sahariens du p&#233;trole. Elle a &#233;t&#233; construite en 1958. (&#8230;) Le champ d'Hassi Messaoud est partag&#233; essentiellement entre deux compagnies : la CFPA (Compagnie Fran&#231;aise des P&#233;troles d'Aquitaine) et la SN REPAL, soci&#233;t&#233; fran&#231;aise dans laquelle le gouvernement alg&#233;rien a 40% des parts. (&#8230;) Quant aux Alg&#233;riens qui travaillent et qui constituent la moiti&#233; des effectifs, plus de 50% y sont employ&#233;s depuis le d&#233;but. (&#8230;) Notre interlocuteur est satisfait de tout, d'ailleurs la preuve que tout marche bien est qu'il n'y a pas eu une seule gr&#232;ve. Non seulement, Hassi Messaoud est un paradis de verdure, mais encore c'est un paradis pour les travailleurs. (&#8230;) Les travailleurs alg&#233;riens n'acceptent plus de vivre dans ces conditions. C'est ici la seule r&#233;gion d'Alg&#233;rie qui soit encore colonis&#233;e. (&#8230;) Les ouvriers sont si m&#233;contents qu'il a fallu, nous dit le d&#233;l&#233;gu&#233; de l'UGTA, des interventions sup&#233;rieures pour leur faire prendre patience : leurs revendications sont, la plupart du temps, rejet&#233;es. Cependant, ils renoncent &#224; faire gr&#232;ve : &#171; Le parti et l'UGTA nous ont demand&#233; de ne pas faire gr&#232;ve parce que &#231;a nuirait &#224; l'&#233;conomie du pays. Ils nous ont expliqu&#233; que nous avions fait des sacrifices pendant tant d'ann&#233;es que nous pouvions encore en faire pendant quelques temps, jusqu'&#224; ce que notre &#233;conomie ait bien d&#233;marr&#233;. Mais nous n'avons aucun moyen de pression contre les patrons sans la gr&#232;ve. (&#8230;) Avant l'ind&#233;pendance, les travailleurs avaient droit &#224; une bo&#238;te d'eau d'Evian par jour. Depuis, on leur a supprim&#233;e et lorsque les ouvriers viennent r&#233;clamer, on leur r&#233;pond par la formule d&#233;sormais fameuse : &#171; Allez voir Ben Bella qu'il vous la donne, si vous n'&#234;tes pas contents. &#187; Ils n'ont, en effet, pas lieu d'&#234;tre contents ! (&#8230;) Les tentes des travailleurs alg&#233;riens abritent chacune six persones. Leur lit consiste en une planche de bois. Leur Cuisine, ils la font sur le seuil. (&#8230;) Tous ces probl&#232;mes, toutes ces revendications d'ordre social, il ne faut pas croire qe ce n'est qu'&#224; Hassi Messaoud qu'on les rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fallait-il le dire : Acilor (RA du 16 novembre 1963) &#171; Moi, j'ai &#233;t&#233; &#233;lu par 156 voix sur 160 ouvriers. Je suis magasinier g&#233;n&#233;ral. Alors, s'il (l'attach&#233; commercial repr&#233;sentant l'Administration) me traite de voleur, s'il traite tout le Comit&#233; de gestion de voleur, c'est tous les ouvriers qu'il insulte ! &#187; (&#8230;) Comme nous leur demandons si nous pouvons rencontrer le pr&#233;sident du Comit&#233;, ils nous r&#233;pondent, un peu g&#234;n&#233;s, qu'il n'y a plus de pr&#233;sident. Pourquoi ? (&#8230;) Le directeur a des preuves contre lui. (&#8230;) Les salaires ont &#233;t&#233; fix&#233;s par le comit&#233; de gestion (&#8230;) Le responsable du personnel explique le probl&#232;me des salaires : &#171; Les salaires ont &#233;t&#233; fix&#233;s verbalement par le pr&#233;sident du Comit&#233;. Mais ils ont &#233;t&#233; exag&#233;r&#233;s : ils sont beaucoup trop &#233;lev&#233;s pour les possibilit&#233;s de l'usine. Alors, on a d&#251; faire un r&#233;ajustement, apr&#232;s avoir convoqu&#233; une d&#233;l&#233;gation avec des repr&#233;sentants de l'UGTA, du Parti et de la Pr&#233;fecture. On a fait une grande r&#233;union o&#249; le directeur a expliqu&#233; que les ouvriers d'Acilor &#233;taient surpay&#233;s. Alors, avec l'accord de tous les ouvriers, on a d&#233;cid&#233; de baisser les salaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;ficitaires, nous ? Et pourquoi ? (RA du 29 f&#233;vrier 1964) &#171; Sur les 152 domaines de la plaine de la Mitidja, seuls 5 ou 6 n'ont pas couvert leurs frais. (&#8230;) Pour tout l'arrondissement de Blida, plus de 90% des domaines autog&#233;r&#233;s sont b&#233;n&#233;ficiaires (&#8230;) Nous avons bien travaill&#233; cette ann&#233;e et moi je ne comprend pas pourquoi on ne nous a donn&#233; que 11.000 francs de prime. (&#8230;) Quand on nous a dit de nous constituer en comit&#233; de gestion, nous avons cru que la ferme &#233;tait &#224; nous, que les b&#233;n&#233;fices nous reviendraient int&#233;gralement, et qu'on pourrait en faire ce qu'on voudrait. Maintenant on s'aper&#231;oit que ce n'est pas vrai. Les d&#233;crets, bien s&#251;r, on va encore nous parler des d&#233;crets ! Mais personne ne nous a vraiment expliqu&#233; ce que c'&#233;tait. (&#8230;) Pourquoi ne nous ont-ils donn&#233; que 11.000 francs ? Je ne sais pas. Quand j'ai vu la somme, je n'ai pas voulu &#233;couter leurs explications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autogestion et lutte de classe en Alg&#233;rie Les temps modernes, juin 1965 &#171; O&#249; en sont les applications des d&#233;cision du Congr&#232;s du secteur industriel socialiste ? O&#249; en est la cr&#233;ation de la Banque socialiste ? O&#249; en sont les conseils communaux d'animation du secteur socialiste ? (&#8230;) Un d&#233;l&#233;gu&#233; de Sidi-Bel-Abb&#232;s parle de sa r&#233;gion : &#171; La situation est grave. Il ya une d&#233;sorganisation compl&#232;te, voire un sabotage d&#233;lib&#233;r&#233;. La masse laborieuse des campagnes a &#233;t&#233; abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, elle perd courage&#8230; &#187; (&#8230;) La r&#233;solution de politique g&#233;n&#233;rale (&#8230;) d&#233;finissant le r&#244;le du syndicat (&#8230;) : &#171; Le syndicat doit lutter avec pers&#233;v&#233;rance en vue de d&#233;barrasser les ouvriers autogestionnaires de toutes les s&#233;quelles de la mentalit&#233; des salari&#233;s qui se traduit dans le gaspillage, le manque d'application dans le travail, les n&#233;gligences et les doter d'une conscience socialiste p&#233;n&#233;tr&#233;e de la conviction que l'int&#233;r&#234;t individuel se confond avec l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. &#187; (&#8230;) On peut cependant s'&#233;tonner de la suppression du droit de gr&#232;ve, dans le secteur autog&#233;r&#233;. (&#8230;) Comment se peut-il qu'apr&#232;s un an et malgr&#233; toutes les promesses solennellement faites au cours des diff&#233;rents congr&#232;s ant&#233;rieurs (Congr&#232;s de l'autogestion agricole d'octobre 1963, du FLN d'avril 1964) la situation soit rest&#233;e sans changements r&#233;els ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faut &#233;tudier le contexte dans lequel s'est d&#233;velopp&#233;e l'autogestion. Elle est n&#233;e avant les d&#233;crets de mars 1963, au cours de la crise de l'&#233;t&#233; 1962. La plupart de colons ayant fui, les terres demeur&#233;es vacantes risquaient de rester en friche. Les ouvriers agricoles se mirent donc au travail de leur propre initiative, constituant ainsi l'embryon de ce qui allait devenir par la suite le secteur autog&#233;r&#233;. (&#8230;) Compte tenu des accords d'Evian, on attendait le retour des propri&#233;taires des biens &#171; vacants &#187;, afin qu'on put les remettre en bon &#233;tat &#224; leurs anciens propri&#233;taires, lorsqu'ils reviendraient. C'est du moins ce qu'une grande partie de l'administration naissante pr&#233;tendait. Quant aux travailleurs qui venaient de v&#233;rifier qu'ils n'avaient pas besoin d'un patron pour accomplir leurs t&#226;ches, ils n'&#233;taient plus aussi pr&#234;ts &#224; restituer les terres et s'installaient tr&#232;s rapidement dans leurs responsabilit&#233;s nouvelles. En janvier 1963, Khider, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du FLN (parti qu'il avait reconstitu&#233; et &#171; enfl&#233; &#187; d&#233;mesur&#233;ment &#8211; second&#233; par Bitat &#8211; depuis l'ind&#233;pendance, et dont les nouveaux responsables &#233;taient le plus souvent parachut&#233;s du sommet, Khider destitue par un coup de force, en plein congr&#232;s de l'UGTA, la direction de cette centrale syndicale et la remplace par une nouvelle direction, parachut&#233;e elle aussi et &#224; sa convenance. (&#8230;) En mars 1963, la promulgation des fameux d&#233;crets sur l'autogestion fera alors de Ben Bella, aux yeux du peuple et surtout des travailleurs des biens vacants, le dirigeant incontest&#233; de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante. Cette p&#233;riode des &#171; d&#233;crets de mars &#187;vit na&#238;tre une flamb&#233;e d'entousiasme chez les autogestionnaires. Elle fut de courte dur&#233;e (&#8230;) Plusieurs mois apr&#232;s leur promulgation, les membres des comit&#233; de gestion &#8211; et encore moins l'assembl&#233;e des travailleurs &#8211;ne savaient exactement de quoi il s'agissait. L'administration locale avait nomm&#233; les responsables de l'autogestion, dont beaucoup se prenaient par cons&#233;quent pour de nouveaux patrons. (&#8230;) D&#232;s mars 1963, on pouvait pr&#233;voir l'agitation sociale et politique qui suivit en Grande Kabylie. Le gouvernement avait fait toutes sortes de promesses qu'il ne s'effor&#231;a pas de tenir. Dans l'attente des semences, des briques, des tracteurs et des mulets promis, les travailleurs refusaient de prendre la moindre initiative. (&#8230;) les responsables politiques ou syndicaux qui auraient d&#251; &#234;tre &#233;lus &#233;taient nomm&#233;s. (&#8230;) Et puis, avec l'attente, le m&#233;contentement &#233;tait venu : ils commen&#231;aient &#224; s'inqui&#233;ter pour l'avenir. Du travail, il n'y en avait toujours pas ; alors que le ch&#244;mage continuait et continue &#224; s&#233;vir en Alg&#233;rie, on promettait qu'il serait r&#233;sorb&#233; en six mois. (&#8230;) Ainsi, le peuple avait l'impression qu'on se d&#233;sint&#233;ressait de sa mis&#232;re, et assistait impuissant &#224; cette course aux meilleures places qui est la cons&#233;quence normale d'une r&#233;volution essentiellement dirig&#233;e par des nationalistes petits-bourgeois, contraints de recourir &#224; une terminologie socialiste dans la seule mesure o&#249; peuple &#233;prouve un besoin intense de justice et d'&#233;galit&#233; sociales. Cette bourgeoisie, qui s'est constitu&#233;e et s'est renforc&#233;e &#224; une vitesse surprenante,, utilisait l'autogestion au d&#233;but, comme un alibi qui devait donner au peuple l'impression de &#171; socialisme &#187;, bien d&#233;cid&#233;e par ailleurs &#224; saboter la formule, au cas o&#249; les travailleurs auraient pris trop au s&#233;rieux les promesses qu'elle comportait. C'est pourquoi le principal slogan consistait &#224; dire qu'il n'y avait pas de classes sociales diff&#233;renci&#233;es, mais des couches dont les int&#233;r&#234;ts &#233;taient communs. (&#8230;) Dans la plupart des localit&#233;s, la masse avait perdu confiance dans les permanents locaux du FLN. Surpay&#233;s, ayant perdu tout contact r&#233;el avec elle, ou n'en ayant jamais eu (la plupart n'ayant pas &#233;t&#233; &#233;lus, mais nomm&#233;s par les instances sup&#233;rieures), ils form&#232;rent une esp&#232;ce de bureaucratie rapidement embourgeois&#233;e, que cette masse craignait parfois, &#224; cause du pouvoir qui lui &#233;tait conf&#233;r&#233; ; qu'elle m&#233;prisait car elle la consid&#233;rait comme &#171; sans honneur &#187; ; et qu'elle d&#233;savoua par la suite, publiquement, au cours de diff&#233;rents congr&#232;s qui eurent lieu. (&#8230;) Secteur &#171; socialiste &#187; dans une &#233;conomie de type capitaliste, (&#8230;) les travailleurs y &#233;taient rapidement venus &#224; consid&#233;rer les entreprises ou les domaines dans lesquels ils travaillaient comme leur appartenant &#224; titre collectif. (&#8230;) Il fallait donc soit &#171; couler &#187; &#233;conomiquement l'autogestion, en d&#233;go&#251;ter les travailleurs, et prouver ensuite que ce syst&#232;me n'&#233;tait pas rentable, soit la reprendre en main, d'une fa&#231;on d&#233;tourn&#233;e, en confisquant aux travailleurs toutes les responsabilit&#233;s de gestion, de financement, de commercialisation (qui pourtant leur &#233;taient reconnues par les d&#233;crets), au profit des organismes de tutelle d&#233;pendant du minist&#232;re de l'Agriculture (&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pologne : la classe ouvri&#232;re en lutte</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6579</link>
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		<dc:date>2020-11-16T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lech Walesa &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son autobiographie intitul&#233;e &#171; Un chemin d'espoir &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80 &lt;br class='autobr' /&gt; L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lech Walesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son autobiographie intitul&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un chemin d'espoir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses populaires de Pologne et encore moins &#224; une r&#233;volution communiste, en Pologne ou nulle part ailleurs. Ce r&#233;gime a &#233;t&#233; mis en place avec l'accord de l'imp&#233;rialisme et non contre lui. C'est ainsi que s'est constitu&#233; toute la zone sous domination russe &#8211; et pas communiste &#8211; &#224; l'Est. L'&#233;tatisme polonais ne d&#233;coule nullement d'une perspective communiste, de renversement du capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale, mais de la lutte mondiale de l'imp&#233;rialisme uni au stalinisme contre les risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre. C'est donc un Etat qui est dirig&#233; de A &#224; Z et d&#232;s le d&#233;but contre la classe ouvri&#232;re. Sa mise en place a n&#233;cessit&#233; la destruction d'anciennes structures mais ni celles des anciennes classes, ni des anciens appareils de l'Etat. Non, il s'agit de celles des anciens partis et syndicats ouvriers, qui sont enti&#232;rement d&#233;truits et reconstruits par le nouvel Etat, y compris l'ancien Parti communiste (comme dans tous les &#171; Pays de l'Est &#187;). La mise en place du parti unique et du syndicat unique &#224; partir de la guerre froide en 1947 ne sont nullement des mesures en faveur des travailleurs, au contraire. C'est la dictature politique et sociale qui s'abat sur les travailleurs qui sont priv&#233;s de tout droit d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la classe ouvri&#232;re a tent&#233; de protester, de revendiquer, elle a subi la r&#233;pression violente de cet Etat. En 1956, alors que la r&#233;volution se d&#233;roulait en Hongrie, les ouvriers polonais sont &#233;galement entr&#233;s en lutte. En juin 1956, ce sont notamment les 15.000 ouvriers des usines Staline de Pozna'n qui se mobilisent. Pour les &#233;craser, le pouvoir envoie l'arm&#233;e avec 200 tanks. Elle fait 53 morts et 400 bless&#233;s. Puis, en octobre 1956, tout le pays se couvre de conseils ouvriers, suivant l'exemple des ouvriers de l'usine Z&#233;ran de Varsovie. Le pouvoir parvient &#224; d&#233;tourner la col&#232;re des travailleurs, en faisant venir au pouvoir un pr&#233;tendu r&#233;formateur, en fait un stalinien momentan&#233;ment &#233;cart&#233; : Gomulka. Il r&#233;ussit &#224; calmer les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1970 qu'un nouveau mouvement massif de la classe ouvri&#232;re contre le pouvoir reprend. L'annonce d'une hausse des prix de 30% met le feu aux poudres. Des arr&#234;ts de travail spontan&#233;s dans toutes les villes du littoral de la Baltique, &#224; Gdynia, Gdansk et Szczecin, sont suivies de manifestations o&#249; les travailleurs vont demander des comptes aux dirigeants des localit&#233;s et du parti unique. A Gdynia, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve qui ont n&#233;goci&#233; avec la direction des chantiers sont arr&#234;t&#233;s. A cette nouvelle, une v&#233;ritable foule ouvri&#232;re en col&#232;re attaque et met le feu &#224; la direction du parti unique et fait le si&#232;ge des commissariats. Il en va de m&#234;me ensuite &#224; Gdansk et Szczecin. Il en r&#233;sulte des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. Des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusill&#233;s pr&#232;s de l'entr&#233;e. L'arm&#233;e fait &#233;vacuer les chantiers de Gdansk. A Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d'une offensive d'une grande violence, &#224; la mitrailleuse et par des attaques d'h&#233;licopt&#232;res, le 16 d&#233;cembre. Le lendemain, c'est Szczecin qui est le th&#233;&#226;tre d'une terrible bataille de rue. L'arm&#233;e et la milice tirent sur les gr&#233;vistes qui occupent le chantier Warski. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime a vaincu, mais il est discr&#233;dit&#233;. Gomulka est d&#233;missionn&#233;. Il doit laisser la place &#224; un nouveau chef d'Etat, Gierek, qui s'adresse aux ouvriers, leur fait des excuses, retire les mesures anti-ouvri&#232;res, supprime les mesures de r&#233;pression, annonce un nouveau type de relations avec les travailleurs, fait de nombreuses promesses et fait appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs. Avec succ&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Six ans plus tard, la classe ouvri&#232;re polonaise retrouve la voie de la lutte. Le 24 juin 1976, &#224; l'annonce d'une hausse des prix de 39% d&#233;cid&#233;e par Gierek, un mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; tout le pays. C'est &#224; Ursus dans la banlieue de Varsovie et &#224; Radom que le mouvement est le plus dur. A Radom, la milice tire sur la foule et 17 personnes sont tu&#233;es. Le gouvernement prend peur. 24 heures apr&#232;s l'annonce des hausses de prix, elles sont annul&#233;es. Mais il craint que cette victoire ouvri&#232;re entra&#238;ne une mont&#233;e irr&#233;pressible de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire par une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Il accompagne donc ce recul d'une s&#233;rieuse r&#233;pression. Des centaines de gr&#233;vistes sont arr&#234;t&#233;s, tabass&#233;s dans les locaux de la police. Certains travailleurs subissent des proc&#232;s publics o&#249; ils sont contraints de faire leur autocritique. Des intellectuels s'organisent alors pour d&#233;fendre les travailleurs qui subissent la r&#233;pression et les licenciements. Ils fondent le KOR, comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers. Des dirigeants politiques apparaissent alors, qui vont jouer un r&#244;le dirigeant dans la mobilisation qui suivra en 1980. Certains sont des fondateurs des &#171; syndicats libres &#187; comme Lech Walesa, Anna Walentynowicz, les fr&#232;res Kaczinski, Jack Kuron, Modzlewski, ou Adam Michnik. La conception qu'ils ont tir&#233;e des &#233;v&#233;nements des ann&#233;es 70 est nationaliste et r&#233;formiste. En r&#233;sum&#233; : pas question d'attaquer ou m&#234;me de menacer le pouvoir stalinien, il fait cr&#233;er un rapport de forces pour n&#233;gocier, revendiquer des droits syndicaux hors des &#171; syndicats &#187; du pouvoir et, sans affrontement, viser au d&#233;veloppement d'une opinion nationale, chr&#233;tienne, pro-occidentale. En somme, leurs conceptions sont tout sauf r&#233;volutionnaires. Leur mod&#232;le est souvent l'ancienne Pologne, que gouvernait le g&#233;n&#233;ral Pilsudski, un dictateur anti-communiste et pro-occidental, meneur de pogromes anti-s&#233;mites, mis au pouvoir par les puissances imp&#233;rialistes pour contrer la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il s'agit m&#234;me de convaincre le pouvoir que la transformation de la soci&#233;t&#233; devient la seule mani&#232;re d'&#233;viter la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La mobilisation de la classe ouvri&#232;re est le moyen de n&#233;gocier la sortie de crise, en obtenant progressivement la mise en place d'un r&#233;gime bourgeois. Adam Michnik &#233;crit ainsi : &#171; .. &#187; De 1976 &#224; 1978, leur groupe est pass&#233; de 6 &#224; 600 militants en faveur de syndicats libres. La mont&#233;e de la classe ouvri&#232;re continuant, ils sont plusieurs milliers en 1979 et diffuent massivement leur journal, &#171; L'ouvrier du littoral &#187;. Lorsque Anna Walentynowicz, militante des syndicats libres, est licenci&#233;e &#224; six mois de la retraite, trois jeunes ouvriers des chantiers naval de Gdansk d&#233;cident de mettre les chantiers en gr&#232;ve et vont chercher Lech Walesa, licenci&#233; depuis des ann&#233;es, mais qu'ils font rentrer dans les lieux. Malgr&#233; un d&#233;but du mouvement tr&#232;s difficile, ils parviennent finalement &#224; mettre les chantiers de Gdansk en gr&#232;ve, un mouvement qui va gagner tout le pays, et contraindre le pouvoir aux n&#233;gociations qu'esp&#233;rait Lech Walesa et ses amis. Il a fallu non seulement mobiliser les travailleurs mais aussi les emp&#234;cher de s'en prendre au pouvoir et canaliser leur &#233;nergie dans un sens qui ne menace pas le pouvoir. Il a fallu que ces dirigeants issus du mouvement se montrent capables de prendre la t&#234;te des luttes ouvri&#232;res pour les calmer et s'imposer ainsi comme la force la plus importante face au pouvoir. Ils ont re&#231;u pour cette t&#226;che d&#233;licate un appui important : celui de L'Eglise et de la papaut&#233;. Ils ont &#233;galement eu l'appui de la petite bourgeoisie nationaliste de Pologne. Le meilleur compte-rendu de cette strat&#233;gie r&#233;formiste est certainement son auteur, Lech Walesa lui-m&#234;me. Si son pass&#233; est celui d'un leader ouvrier d&#233;cid&#233;, combatif qui comprend que le prol&#233;tariat est la principale force politique, il est aussi oppos&#233; &#224; toute forme r&#233;elle de pouvoir ouvrier. Il sait n&#233;gocier dans le dos d'un mouvement, imposer quand il ne convainc pas, effectuer un chantage avec succ&#232;s, faire appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs pour les faire reculer. Dans ses m&#233;moires, il ne s'en cache nullement et, comme tout bon leader nationaliste, il reconna&#238;t volontiers qu'il n'est pas un d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s, mais un d&#233;fenseur de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur du pays, c'est-&#224;-dire des perspectives nationales bourgeoises. Il est fier de s'&#234;tre fait le pompier des gr&#232;ves qui parcoure tout le pays dans un v&#233;hicule fourni par le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, Walesa parvient &#224; se faire &#233;lire au comit&#233; de gr&#232;ve bien qu'il ne soit plus ouvrier des chantiers, &#233;tant parvenu &#224; &#233;tablir le lien entre la revendication de la r&#233;int&#233;gration d'Anna Walentynowicz et la sienne. Walesa s'av&#232;re un tacticien tr&#232;s habile dans les discussions avec les travailleurs, plus encore que dans celles avec les membres du pouvoir. Il sait parfaitement &#234;tre radical quand c'est n&#233;cessaire pour garder son cr&#233;dit et il sait aussi prendre compl&#232;tement &#224; rebrousse-poil toute une assembl&#233;e ouvri&#232;re. Mais ces grandes capacit&#233;s personnelles sont mises au service d'une strat&#233;gie qui vise certes dans un premier temps &#224; augmenter le rapport de forces des travailleurs, mais, ensuite, &#224; pr&#233;parer la mise en place d'un nouveau nationalisme polonais qui n'a que faire des revendications ouvri&#232;res. Walesa se consid&#232;re comme l'un des piliers de la &#171; nouvelle Pologne &#187;, les deux autres piliers &#233;tant le pouvoir et l'Eglise. C'est un partisan de l'ordre et un ennemi ouvert de la r&#233;volution, il l'affirme lui-m&#234;me. Sans cesse, il pr&#233;dit que, si on ne suit pas ses propositions, c'est la r&#233;volution, avec comme cons&#233;quence imm&#233;diate le bain de sang et, surtout, l'intervention de l'arm&#233;e russe. Les leaders radicaux, il ne craint pas de les &#233;carter de fa&#231;on radicale, en se servant directement et grossi&#232;rement parfois de sa popularit&#233;. La r&#233;volution lui sert autant d'&#233;pouvantail que l'&#233;crasement par l'Etat russe. Le pacifisme, une fois de plus, sert &#224; rendre les opprim&#233;s pacifiques c'est-&#224;-dire &#224; les d&#233;sarmer, mais pas &#224; contraindre le pouvoir &#224; &#234;tre pacifique, en entra&#238;nant les petits soldats aux c&#244;t&#233;s des travailleurs. Loin d'avoir pr&#233;par&#233; les travailleurs, qui &#233;taient pourtant massivement mobilis&#233;s et organis&#233;s, au risque d'intervention arm&#233;e de l'Etat polonais, il les a ainsi compl&#232;tement d&#233;sarm&#233; politiquement et ils seront compl&#232;tement pris par surprise par le coup d'Etat militaire de Jaruzelski en 1981 parce qu'il &#233;tait organis&#233; par l'arm&#233;e polonaise et non par la Russie, situation qu'ils refusaient politiquement d'envisager, par nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mobilisation ouvri&#232;re de 1980&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve appara&#238;t comme massive et qu'elle d&#233;montre qu'elle a une direction d&#233;cid&#233;e &#224; aller jusqu'au bout, elle gagne la totalit&#233; des Chantiers de Gdansk, car la seule chose qui retenait les travailleurs &#233;tait la crainte d'une gr&#232;ve faible qui terminerait rapidement par un &#233;chec. D&#232;s que la gr&#232;ve prend solidement, le 15 ao&#251;t 1980, toutes les entreprises travaillant pour l'industrie navale s'y joignent. Les Chantiers sont occup&#233;s et gard&#233;s nuit et jour. Le comit&#233; de gr&#232;ve choisit de faire des Chantiers un bastion de la lutte, plut&#244;t que de se confronter aux forces de l'ordre dans les rues. Les leaders y dorment, y mangent et ne les quittent pas, pour &#233;viter arrestations et intimidations. Au lieu d'aller chercher des soutiens dans la r&#233;gion et le reste du pays, il font des chantiers le point de rencontre de toutes le forces du pays oppos&#233;es au pouvoir, et particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le d&#233;but de g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve, de sa radicalisation et de la menace sociale dans une Pologne &#233;conomiquement et politiquement dans l'impasse, la direction des chantiers c&#232;de le 16 ao&#251;t. Elle accepte une partie des revendications des travailleurs mais ne donne que 1500 zlotys au lieu des 2000 revendiqu&#233;s. Cependant, malgr&#233; la mont&#233;e de la lutte, ou &#224; cause de celle-ci, Lech Walesa signe pr&#233;cipitamment le compromis propos&#233; par la direction des Chantiers en ne consultant pas les salari&#233;s. Les travailleurs conspuent Lech Walesa revenu de sa signature aux cris de &#171; 2000 ! 2000 ! &#187;. Dans la nuit suivante, tous les chantiers se couvrent d'inscriptions &#171; Walesa tra&#238;tre ! &#187;, &#171; Walesa vendu ! &#187;. Le lendemain, Walesa revient sur ses positions en disant : la gr&#232;ve des chantiers pour les alaires est termin&#233;e mais la gr&#232;ve de solidarit&#233; commence. Les autres salari&#233;s qui nous ont fait confiance et nous ont suivi doivent &#234;tre soutenus par nous. Ce terme de &#171; Solidarit&#233; &#187;, qui va donner son nom au mouvement puis au syndicat et qui est connu aux quatre coins du monde, provient seulement de la pirouette de Walesa pour garder la t&#234;te du mouvement, faute d'&#234;tre parvenu &#224; l'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 ao&#251;t, l'occupation des Chantiers de Gdansk reprend donc et Walesa a &#233;t&#233; maintenu &#224; sa t&#234;te. Walesa a d&#251; accepter que le mouvement prenne un caract&#232;re nouveau. La direction du mouvement change de caract&#232;re et Walesa s'adapte &#224; cette nouvelle situation. Pour garder sa place et la transformer en une direction de l'ensemble de la lutte, il doit convaincre ses anciens camarades, nationalistes et r&#233;formistes, de laisser les leaders radicaux du mouvement participer &#224; la direction du mouvement. Le comit&#233; de gr&#232;ve des chantiers s'&#233;largit &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les entreprises de Gdansk qui seront bient&#244;t rejoints par ceux d'entreprises de la r&#233;gion et au-del&#224;. C'est la fondation du MKS, comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises, de Gdansk qui sera imit&#233; par d'autres MKS dans le reste du pays quelques jours plus tard. Le MKS se dote d'un programme : les fameuses 21 revendications bien plus ax&#233;es sur les libert&#233;s publiques que sur la lutte pour les revendications ouvri&#232;res. Cependant, ce programme a le m&#233;rite de placer la classe ouvri&#232;re en position de direction pour la transformation du pays, puisqu'elle met en avant des transformations politiques et sociales qui vont dans le sens des aspirations de toute la population, y compris la petite bourgeoisie et la bureaucratie elle-m&#234;me. La Pologne toute enti&#232;re, et bient&#244;t le monde entier, a alors les yeux fix&#233;s sur les ouvriers du Littoral. Toute la capacit&#233; de Walesa va &#234;tre de transformer ce potentiel r&#233;volutionnaire, qui est encore sur des bases de classe, en un capital pour la transformation bourgeoise de la Pologne. Il ne va pas &#234;tre seul, loin de l&#224;, pour r&#233;aliser ce retournement impressionnant. La petite bourgeoisie afflue &#224; Gdansk est Walesa saura en faire un contrepoids politique contre la classe ouvri&#232;re. C'est notamment l'instauration du syst&#232;me des &#171; experts &#187; qui remplacent les d&#233;l&#233;gu&#233;s de gr&#233;vistes dans les n&#233;gociations. C'est encore les conseillers dont il s'entoure et qui ne le quittent plus. C'est enfin la mise en place d'un r&#233;seau de journalistes et de militants de la petite bourgeoisie qui donnent le ton dans la presse de la gr&#232;ve. Mais l'Eglise, y compris sa haute hi&#233;rarchie li&#233;e au pouvoir, et le pape lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; le point principal qui a permis &#224; Walesa de l'emporter sur les leaders ouvriers radicaux et surtout sur le caract&#232;re imp&#233;tueux de la lutte des classes elle-m&#234;me. Non seulement, la pri&#232;re, l'&#233;vocation religieuse des morts de 1970 a servi &#224; Walesa de donner un caract&#232;re solennel au mouvement, de le calmer, de donner un drapeau religieux &#224; la lutte, drapeau sens&#233; d&#233;passer les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re. Mais, surtout, la religion permet de donner un caract&#232;re nationaliste &#224; la lutte. Les ouvriers des Chantiers sont ainsi transform&#233;s en d&#233;fenseurs des droits des chr&#233;tiens contre un pouvoir ath&#233;e ! La lutte qui pouvait devenir un affrontement menant au renversement du r&#233;gime devient un combat moral pour r&#233;former le pouvoir ! L'objectif premier, la transformation des conditions mat&#233;rielles d'existence des travailleurs est remis &#224; plus tard et le renforcement de la classe ouvri&#232;re face &#224; ses ennemis bureaucrates et bourgeois, est devenu, miraculeusement, le renforcement des nationalistes, des religieux et des bourgeois, ainsi que des bureaucrates dits r&#233;formateurs. Ce coup de baguette magique de Walesa s'appuie sur des aspirations l&#233;gitimes des ouvriers eux-m&#234;mes : &#233;viter le d&#233;ferlement de violence que produirait, selon lui, une &#233;volution vers un conflit direct avec le pouvoir, r&#233;aliser l'entente de tous les Polonais, obtenir leurs droits en tant que religieux catholiques, transformer le pays de mani&#232;re pacifique et consensuelle en entra&#238;nant y compris les membres du r&#233;gime. Ce r&#234;ve r&#233;formiste va petit &#224; petit l'emporter parmi les gr&#233;vistes, transformant une vague ouvri&#232;re de port&#233;e r&#233;volutionnaire en un mouvement syndical r&#233;formiste, qui va devenir tr&#232;s vite un syndicat dont la direction freine les gr&#232;ves. Religion, nationalisme, pacifisme et r&#233;formisme syndical ont constitu&#233; un v&#233;ritable programme politique national b&#233;n&#233;ficiant d'un grand nombre d'appuis, de militants, y compris au plus haut sommet de l'Etat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, au d&#233;but, rien de tout cela n'est jou&#233;. Jusqu'au 18 ao&#251;t, la force de la classe ouvri&#232;re grandit par l'&#233;largissement du mouvement, en particulier l'extension &#224; l'autre grand port du Littoral de la Baltique, Szczecin. Le pouvoir a tent&#233; d'abord de proposer aux entreprises de n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment, mais tr&#232;s peu d'entreprises l'acceptent. La direction politique du mouvement de la classe ouvri&#232;re est unanimement reconnue aux Chantiers de Gdansk. Le MKS refuse de rencontrer le pouvoir en dehors du contr&#244;le des travailleurs eux-m&#234;mes. Si bien que le Vice-premier ministre Jagielski est contraint de n&#233;gocier dans les chantiers eux-m&#234;mes, au beau milieu du chantier L&#233;nine, fer de lance du mouvement ! Cela donne la mesure du rapport de forces &#224; ce moment l&#224;. Les travailleurs, de nombreuses fois flou&#233;s, ont exig&#233; la publicit&#233; compl&#232;te des n&#233;gociations, avec diffusion en direct des d&#233;bats &#224; l'ext&#233;rieur et avec enregistrements. Et les travailleurs seront massivement pr&#233;sents pour suivre la teneur des discussions. Cela n'emp&#234;chera pas les man&#339;uvres bien entendu, mais l&#224; aussi les travailleurs imposent encore leur marque &#224; la situation et emp&#234;chent l'essentiel des tromperies. Multipliant les tentatives de division, les calomnies, les menaces et les op&#233;rations pour acheter des d&#233;l&#233;gu&#233;s, Jagielski esp&#232;re encore que les ouvriers se d&#233;couragent et fait tra&#238;ner les n&#233;gociations pendant 9 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Jagielski est contraint de supplier Walesa de signer vite fait les accords. Il recule sur le droit de gr&#232;ve mais refuse toujours le droit &#224; des syndicats ind&#233;pendants. Les &#233;v&#234;ques, dirigeants de l'Eglise polonaise et soutiens en r&#233;alit&#233; du pouvoir, appellent alors publiquement les gr&#233;vistes &#224; faire preuve de sagesse et &#224; reprendre le travail. Le 26 ao&#251;t, le Primat de Pologne donnait le ton &#224; cette politique de l'Eglise qui peut se r&#233;sumer ainsi : emp&#234;cher tout risque de d&#233;rapage vers une r&#233;volution ouvri&#232;re. Il d&#233;clare : &#171; Je consid&#232;re que parfois il ne faut pas r&#233;clamer, exiger, revendiquer beaucoup, pourvu que l'ordre r&#232;gne. &#187; Comme on le voit, l'Eglise n'est absolument pas une force de transformation radicale de la soci&#233;t&#233; polonaise. Parmi les travailleurs de chantiers, c'est l'indignation et il faut tout le poids acquis par Walesa pour les d&#233;fendre et t&#226;cher de r&#233;tablir la fiction selon laquelle l'Eglise serait du c&#244;t&#233; des travailleurs. Walesa, une nouvelle fois s'adapte &#224; la situation, reconna&#238;t que la gr&#232;ve doit continuer et affirme qu'il sera le dernier &#224; reprendre le travail. A ce moment, le principal appui de Walesa n'est d&#233;j&#224; plus l'ancien groupe de militants en faveur des syndicats libres du Littoral, de militants du KOR et de jeunes ouvriers radicaux avec lesquels il avait commenc&#233; &#224; militer et qui le suivait jusqu'au d&#233;marrage de la gr&#232;ve. Ces anciens amis lui deviennent hostiles et pensent qu'il n'est pas &#224; la hauteur ou qu'il trahit, comme Anna Walentynowycz avec laquelle il a d&#233;marr&#233; la gr&#232;ve et qui lui demande de se retirer de ses responsabilit&#233;s &#224; la t&#234;te du mouvement. Il est devenu le militant de l'appareil de l'Eglise (comme il l'affirme dans &#171; un chemin d'espoir &#187; en exposant qu'il suit la ligne du Primat de Pologne), appuy&#233; compl&#232;tement par ce grand appareil tr&#232;s puissant en Pologne. On peut le voir au fait qu'il ne se d&#233;place plus sans les deux mentors politiques que l'Eglise lui a envoy&#233; : Mazowiecki et Geremek. Si Walesa pr&#233;tend faire accepter pacifiquement au pouvoir des syndicats libres, c'est avec l'id&#233;e que ceux-ci joueront un r&#244;le d'interm&#233;diaire, de pompiers des gr&#232;ves, r&#244;le qu'il va jouer r&#233;ellement d&#232;s que l'occasion lui en sera offerte, r&#244;le qu'il a toujours consid&#233;r&#233; comme le sien depuis les gr&#232;ves de 1970, n'&#233;tant absolument pas l'ouvrier radicalement oppos&#233; au pouvoir que la presse a voulu fabriquer. Il a toujours pr&#233;tendu chercher au contraire le terrain d'un accord qui convienne &#233;galement au pouvoir. Il a toujours dit qu'il ne se consid&#233;rait pas comme repr&#233;sentant politique de la classe ouvri&#232;re mais comme d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la Pologne, int&#233;r&#234;ts face auxquels n'importe quel haut bureaucrate &#233;tait aussi important que les travailleurs. Et l'Etat polonais, loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un adversaire, repr&#233;sente l'id&#233;al de Lech Walesa. Le mouvement se confronte aux dirigeants politique du pays mais, selon lui, il ne vise pas m&#234;me &#224; l'affaiblissement de l'Etat, et m&#234;me au contraire &#224; son renforcement. Lorsqu'il expose en quoi il a suivi le m&#234;me programme que le Primat de Pologne, pourtant tr&#232;s inf&#233;od&#233; au pouvoir, il explique qu'il s'agit de s'opposer aux risques d'explosion d'une r&#233;volution ouvri&#232;re : &#171; Mon objectif &#171; &#233;tait que la population ne s'oppose pas au pouvoir les armes &#224; la main et prenne le pouvoir &#224; sa place. Je d&#233;fendais la m&#234;me position que le Primat de Pologne, du haut de sa chaire, quand il disait qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; solliciter &#224; genoux le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but, j'ai fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise de mani&#232;re publique (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour imposer son programme, Walesa n'a pas peur d'utiliser au sein du mouvement des m&#233;thodes de commandement bien peu d&#233;mocratiques. Il s'appuie sur une fraction de la base qui lui est acquise sur la base d'un militantisme ouvertement religieux avec messes, croix et g&#233;nuflexions. Il fait taire les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui le d&#233;rangent, en les faisant siffler et couvrir leur voix par ses adeptes. Il se fait proclamer chef sup&#233;rieur et seul v&#233;ritable porte parole du mouvement. Il cultive son propre mythe et pr&#233;tend que seuls ceux qui ont des ambitions personnelles peuvent y &#234;tre oppos&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin ao&#251;t, le rapport de forces s'est consid&#233;rablement accru en faveur des ouvriers. La gr&#232;ve a fait t&#226;che d'huile dans tout le pays : &#224; Wroclaw, &#224; Varsovie, parmi les mineurs de Sil&#233;sie. La production de charbon est bloqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, le Vice-premier ministre signe, devant des dizaines de milliers d'ouvriers assembl&#233;s, un accord qui restera dans les annales comme &#171; Accords de Gdansk &#187; qui, en principe, accepte les 21 conditions pos&#233;es par les gr&#233;vistes. Cette signature est une v&#233;ritable victoire arrach&#233;e par les travailleurs de tout le pays. Mais en m&#234;me temps, et c'est tout le probl&#232;me, la signature de Walesa, obtenue &#224; l'arrach&#233;e, au chantage, par Walesa contre la plupart des autres d&#233;l&#233;gu&#233;s des gr&#233;vistes, est une trahison du mouvement. Et ce d'abord parce que le pouvoir est au bord du gouffre et que la signature de Walesa le sauve. Dans la pratique, les travailleurs constateront que les formulations, concoct&#233;es par les &#171; experts &#187; du MKS et le pouvoir, n'engagent &#224; pas grand-chose. Par exemple, le MKS de Gdansk obtient le droit &#224; des syndicats libres, mais seulement &#224; Gdansk ! Les militants ouvriers emprisonn&#233;s dans tout le pays ne sont pas lib&#233;r&#233;s, alors que c'&#233;tait une condition r&#233;p&#233;t&#233;e sans cesse lors des n&#233;gociations. Le fait que les militants du KOR, des dirigeants importants du mouvement ne soient m&#234;me pas lib&#233;r&#233;s fait scandale. Walesa, hu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; La Commune &#187; de Gdansk, fait marche arri&#232;re &#224; nouveau : il exige du pouvoir la lib&#233;ration des membres du KOR. En apprenant que les troupes de Lublin, mobilis&#233;es pour se rendre &#224; Gdansk se sont mutin&#233;es, le pouvoir recule et lib&#232;re ces militants. On peut voir ainsi que le pouvoir est sur la corde raide : le cr&#233;dit &#233;norme des ouvriers de Gdansk est tel qu'ils pourraient appeler le pays tout entier &#224; constituer des comit&#233;s d'un nouveau pouvoir. Ils auraient alors non seulement la participation des travailleurs, mais le soutien de la majorit&#233; de la jeunesse, de la petite bourgeoisie et l'appareil d'Etat serait impuissant &#224; enrayer le mouvement. C'est justement de ce danger que Walesa est parfaitement conscient et le r&#244;le qu'il s'attribue est justement de sauver ce pouvoir polonais. Le pr&#233;texte avanc&#233; est qu'il vaut mieux &#234;tre opprim&#233; par un pouvoir polonais que de subir une occupation militaire russe, comme la Hongrie en 1956 ou comme la Tch&#233;coslovaquie en 1968. L'&#233;pouvantail russe est, autant que le bain de sang avec les forces de l'ordre, un leitmotiv de Lech Walesa au nom duquel il affirme que toute la difficult&#233; consiste &#224; &#8230; ne pas gagner, et, m&#234;me quand on a gagn&#233;, &#224; ne pas en tirer profit. Il faut redonner du cr&#233;dit &#224; l'Etat, calmer les travailleurs et remettre le pays au travail, tel est le projet de Walesa !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce Walesa l&#224; que le pouvoir accepte de diffuser pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale, lors de la diffusion de la signature des accords de Gdansk. Il est propuls&#233; ainsi dirigeant national reconnu du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier probl&#232;me auquel se heurte alors Walesa, c'est de freiner l'aspiration qu'il a lui-m&#234;me suscit&#233;e : la cr&#233;ation de syndicats libres. Au d&#233;but, c'&#233;tait une mani&#232;re de dire que l'objectif n'&#233;tait pas le renversement du pouvoir, ni m&#234;me l'obtention d'augmentations de salaires que le gouvernement ne pouvait pas accepter. Mais le mouvement en faveur des syndicats libres se heurte &#224; nombre d'int&#233;r&#234;ts locaux des bureaucrates et suscite du coup des confrontations qui, m&#234;me si elles ont un caract&#232;re local, menacent de ramener sur le devant de la sc&#232;ne la n&#233;cessit&#233; de renverser ce pouvoir honni. Walesa demande alors, et obtient, un service de voiturage permanent et gratuit, pour se propulser aux quatre coins du pays, et &#8230; y calmer tous les conflits ! Il d&#233;clare fi&#232;rement &#171; je suis le pompier des gr&#232;ves ! &#187; En quelques jours, Lech Walesa avait obtenu la reprise du travail. Maintenant, il s'acharne efficacement &#224; arr&#234;ter pr&#233;ventivement les mouvements explosifs qui &#233;clatent un peu partout pour des motifs multiples, g&#233;n&#233;ralement sur des provocations de l'appareil bureaucratique local qui n'accepte ni ne comprend la nouvelle situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la classe ouvri&#232;re aspire &#224; s'organiser. Elle ne fait pas sur le terrain politique parce ses militants lui affirment que le seul objectif est revendicatif et de r&#233;forme. Elle a commenc&#233; &#224; constituer partout des MKS, des comit&#233;s interentreprises de la gr&#232;ve. Ces comit&#233;s avaient tendance &#224; se constituer en un double pouvoir politique mais, avec la fin de la gr&#232;ve, sous l'&#233;gide de Walesa, ils sont transform&#233;s en mouvement pour la constitution de syndicats libres qui s'intituleront &#171; Solidarit&#233; &#187; en souvenir du mouvement de gr&#232;ve, que Walesa a affirm&#233; &#234;tre un mouvement &#171; de solidarit&#233; &#187;. Mais, comment parvenir &#224; donner une place &#224; ces nouveaux syndicats alors que la bureaucratie s'est octroy&#233; de multiples petits privil&#232;ges au nom de sa &#171; repr&#233;sentation &#187; pr&#233;tendue la classe ouvri&#232;re dans un Etat o&#249; officiellement les travailleurs ont le pouvoir ? Le mouvement est tellement explosif que le contenir est une gageure. En quelques jours, dix millions de travailleurs adh&#232;rent aux syndicats Solidarnosc. Il ne s'agit plus seulement des grandes entreprises, mais de toute la classe ouvri&#232;re. Les autres cat&#233;gories de la population suivent : des gar&#231;ons de caf&#233; aux pompiers et des &#233;tudiants aux chauffeurs de taxis. Les artisans veulent leurs syndicats. Les paysans aussi et c'est m&#234;me d'eux que vont venir plusieurs situations explosives parce que le pouvoir leur refuse le droit de se syndiquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explosion syndicale change &#224; nouveau la donne pour Walesa qui comprend parfaitement le danger. De nouveaux leaders ouvriers vont se constituer partout dans le pays, qui ne seront sous le contr&#244;le de personne, &#224; part la population travailleuse. Mais, d&#233;sormais, il a des moyens et un cr&#233;dit personnel pour intervenir partout et calmer ou &#233;carter les leaders radicaux. Walesa &#233;crit : &#171; Les gens d&#233;barquaient au syndicat en tr&#232;s grand nombre avec des rapports, des d&#233;clarations, des plaintes, des demandes d'intervention dans tous les milieux o&#249; on emp&#234;chait la cr&#233;ation des nouvelles organisations. (&#8230;) Les dix premiers jours, ce fut une tornade. (&#8230;) Ce n'&#233;tait plus comme avant, quand chacun pouvait presque m'attraper par la moustache et me parler de tout ce qui lui passait par la t&#234;te. Quant aux membres des comit&#233;s inter-entreprises qui &#233;taient sous la pression des travailleurs, j'essayais en un sens de les prot&#233;ger. &#187; Walesa, une protection des dirigeants ouvriers contre la pression des travailleurs ! Il l'a toujours &#233;t&#233;, m&#234;me durant la gr&#232;ve de 1970 ou la gr&#232;ve de 1980. Il expliquait ainsi qu'heureusement en 1970 c'&#233;tait la derni&#232;re fois que les travailleurs s'inspiraient de notions comme la lutte des classes ! Il affirmait qu'en 1980, c'est lui qui est parvenu &#224; faire en sorte qu'&#224; la lutte des classes, on substitue la religion, le nationalisme et le pacifisme ! Il &#233;crit cependant : &#171; Je dois reconna&#238;tre que flottait encore en permanence un air de r&#233;volution ouvri&#232;re que l'irresponsabilit&#233; de bien des leaders entretenait et qu'il fallait combattre quasi continuellement. Ma chance, c'&#233;tait mon contact personnel. Les ouvriers pr&#233;f&#233;raient les discours des leaders les plus radicaux qui poussaient les flammes de la col&#232;re et s'appuyaient sur le fait que les ouvriers voulaient absolument en d&#233;coudre avec le pouvoir. Mais personnellement, ils me pr&#233;f&#233;raient moi et c&#233;daient &#224; mon sens des r&#233;alit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de Gdansk devient un centre de d&#233;cision pour tout le pays, aussi puissant politiquement que le pouvoir du gouvernement. Mais, c'est pour mieux contr&#244;ler les luttes et les initiatives politiques des leaders ouvriers. Walesa demande et obtient que les comit&#233;s, que les travailleurs le consultent avant toute d&#233;cision d'action et d'organisation. Mais, en m&#234;me temps, il transforme la signification de l'ancien comit&#233; dirigeant du MKS de Gdansk. Il produit un organisme de collaboration avec le pouvoir qui sera cens&#233; &#224; la fois diriger la classe ouvri&#232;re et diriger aussi les n&#233;gociations avec le pouvoir. C'est le praesidium de la Commission Nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir va accepter cette intervention du nouveau pouvoir de Lech Walesa tant qu'il ne sera pas parvenu &#224; calmer l'essentiel du potentiel explosif de la classe ouvri&#232;re. C'est seulement alors que viendra la r&#233;pression, sous la forme du &#171; coup d'Etat militaire &#187; du g&#233;n&#233;ral Jaruzelski en 1981. Durant tout cet interm&#232;de, on est sans cesse &#224; la limite de l'explosion populaire. Le pouvoir ouvrier, une esp&#232;ce de double pouvoir, est une r&#233;alit&#233;, puisque c'est du c&#244;t&#233; des organisations de travailleurs que tout le peuple polonais attend son avenir. C'est &#224; elles qu'il pose toutes ses questions quotidiennes. Mais la direction de la classe ouvri&#232;re n'a en fait aucunement l'objectif de faire triompher ce bras de fer de la lutte des classes en faveur du prol&#233;tariat. Walesa le r&#233;p&#232;tera &#224; qui veut l'entendre : il n'est pas pour la lutte des classes qui se r&#233;sume selon lui &#224; l'id&#233;ologie de la bureaucratie stalinienne. Il est hostile &#224; la r&#233;volution qui ne m&#232;ne, selon lui, qu'&#224; un bain de sang inutile. Il expose ouvertement sa strat&#233;gie : &#171; Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport des forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Mon objectif &#233;tait non pas l'affrontement, mais de durer le plus longtemps possible face au pouvoir pour montrer un aper&#231;u de ce que pouvait &#234;tre la Pologne. Bien s&#251;r, au fur et &#224; mesure, je me rendais compte que notre marge de man&#339;uvre se r&#233;duisait ainsi que notre cr&#233;dit parmi les travailleurs, parce que la volont&#233; de coop&#233;rer du pouvoir atteignait ses limites. Mais mon objectif n'&#233;tait nullement de le souligner. Au contraire, je cherchais toutes les possibilit&#233;s de coop&#233;rations. (&#8230;) D'ao&#251;t 1980 &#224; 1981, on m'a surnomm&#233; Lech-le-pompier. J'ai jou&#233; le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. Et cela dans tout le pays que je parcourais en tous sens en voiture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1980, la temp&#233;rature sociale monte &#224; nouveau dans la classe ouvri&#232;re. La confrontation ne peut plus &#234;tre retard&#233;e. Lech Walesa affirme qu'il se pr&#233;pare &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais il la retarde sans cesse. Et finalement, le 31 janvier 1981, le syndicat Solidarnosc signe un compromis pour d&#233;commander la lutte. Il pr&#233;texte qu'il a obtenu la semaine de cinq jours alors que le pouvoir voulait imposer les &#171; samedis libres &#187;. Libre veut dire pr&#233;tendus volontaires mais surtout gratis : pay&#233;s z&#233;ro !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul du syndicat emp&#234;che la classe ouvri&#232;re de construire son rapport de forces, mais n'emp&#234;che pas les affrontements. Des militants sont arr&#234;t&#233;s, matraqu&#233;s. Si bien que Solidarnosc est contraint d'appeler le 27 mars &#224; une gr&#232;ve d'avertissement de quatre heures contre les brutalit&#233;s polici&#232;res. Malgr&#233; les efforts de Walesa, il ne parvient pas &#224; emp&#234;cher le syndicat Solidarnosc d'appeler toute la classe ouvri&#232;re de Pologne pour le 30 mars. Par contre, le 29, il r&#233;ussit &#224; signer un nouvel accord avec le gouvernement et d&#233;commande la gr&#232;ve &#8230; du lendemain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le 17 avril, le pays tout entier est &#224; la limite de la confrontation du fait d'un affrontement entre les paysans qui veulent leur syndicat et le pouvoir qui ne veut pas d'un syndicat libre paysan. On assiste de nouveau aux op&#233;rations de Walesa et &#224; sa strat&#233;gie d&#233;mobilisation/conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 juillet, les p&#233;nuries alimentaires provoquent cependant des marches de la faim dans plusieurs villes, et la capitale Varsovie est bloqu&#233;e pendant trois jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s fin juillet, il devient clair que la politique de Walesa est morte, que le pouvoir se pr&#233;pare &#224; la confrontation violente afin de d&#233;truire les formes d'organisation n&#233;es de la gr&#232;ve. Des g&#233;n&#233;raux d'active entrent au gouvernement. La pr&#233;paration du pouvoir &#224; l'offensive, qu'on appellera &#171; coup d'Etat &#187; bien que ceux qui le r&#233;aliseront avaient d&#233;j&#224; le pouvoir, les travailleurs vont en avoir maintes preuves du 31 juillet 1981 au 13 d&#233;cembre, date du &#171; coup d'Etat &#187;. Pourtant, rien ne va &#234;tre pr&#233;vu pour que les organisations ouvri&#232;res s'y pr&#233;parent et y pr&#233;parent les travailleurs. Et surtout rien pour en avertir la classe ouvri&#232;re car cela aurait risqu&#233; de provoquer l'explosion ouvri&#232;re, la r&#233;volution que Walesa craignait plus que tout, plus que l'&#233;chec, plus que la r&#233;pression, plus que l'&#233;crasement du syndicat ou sa propre arrestation. Les jeunes soldats eux-m&#234;mes viennent pr&#233;venir la direction du syndicat Solidarnosc, mais ils ne veulent surtout pas tenir compte de cet avertissement. S'adresser aux soldats, risquer de diviser l'arm&#233;e, demander aux soldats de ne pas tirer sur le peuple, c'est risquer que la classe ouvri&#232;re casse l'Etat polonais. Pour le nationaliste, r&#233;formiste, pacifiste Lech Walesa, il n'y aurait pas de pire danger ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il expose lui-m&#234;me tr&#232;s clairement que le pire a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de sa politique et pas seulement la duret&#233; de la r&#233;pression : &#171; le choc &#233;prouv&#233; a &#233;t&#233; terrible, sans commune mesure avec la force de la r&#233;pression. Et cela parce que personne ne nous avait fait part de cette &#233;ventualit&#233;. Les responsables du mouvement ne l'ont pas fait. Peut-on dire que leur devoir avait &#233;t&#233; accompli ? Personne n'&#233;tait pr&#233;par&#233;. Personne n'avait envisag&#233; cette hypoth&#232;se. (&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; totalement livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. Plus que la r&#233;pression, ce sentiment &#233;tait la v&#233;ritable cause de la d&#233;faite de Solidarnosc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, tous les &#233;l&#233;ments montraient clairement ce qui se pr&#233;parait. En septembre, une liste des dirigeants ouvriers &#224; arr&#234;ter &#233;tait &#233;tablie. En octobre, le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski, d&#233;j&#224; chef de l'arm&#233;e, prenait la t&#234;te de l'Etat. En novembre, il se faisait donner les pleins pouvoirs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 13 d&#233;cembre, en une nuit, c'est le raz de mar&#233;e. Des milliers de militants et la plupart des ouvriers combatifs sont arr&#234;t&#233;s. Et pourtant, malgr&#233; l'absence de la moindre pr&#233;paration, la classe ouvri&#232;re r&#233;agit. Il va falloir cinq jours &#224; l'arm&#233;e pour r&#233;duire la r&#233;sistance spontan&#233;e des travailleurs qui s'est d&#233;velopp&#233;e malgr&#233; un appel de Lech Walesa &#224; ne pas r&#233;agir, pas m&#234;me par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacifique. Les mineurs, &#224; bout, exasp&#233;r&#233;s, se sont enferm&#233;s et menacent de tout faire sauter si on donne l'assaut&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de la r&#233;pression est &#224; la mesure de la crainte d'explosion r&#233;volutionnaire qu'a connu le pouvoir pendant tous ces mois. Il s'agit d'&#233;radiquer tous les sentiments de la force de la classe ouvri&#232;re qui sont mont&#233;s depuis 1980. On arr&#234;te des familles enti&#232;res. On frappe. On torture. On tue. Les prisonniers sont emmen&#233;s par fourgons entiers dans les camps de d&#233;tention &#233;parpill&#233;s dans tout le pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau r&#233;gime s'intitule lui-m&#234;me &#171; l'&#233;tat de guerre &#187; ! L'Eglise, elle, appelle au calme et signe tout ce que veut le pouvoir. Glemp, le nouveau Primat de Pologne, est le seul appui d'un pouvoir compl&#232;tement isol&#233;. La population est d&#233;moralis&#233;e, mais pas r&#233;sign&#233;e. Pendant des mois, les v&#233;hicules militaires sont hu&#233;s &#224; chaque fois qu'ils passent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1981, le r&#233;formisme a nouvelle fois produit ses effets : d&#233;sarmer politiquement, moralement, mat&#233;riellement la classe opprim&#233;e, donner &#224; la classe dirigeante le temps de se pr&#233;parer et de r&#233;agir. C'est encore une fois dans le sang des ouvriers que se sont pay&#233;es les illusions sur une possibilit&#233; de collaboration entre une classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e et un pouvoir dictatorial. La dictature mise en place en d&#233;cembre 1981, les travailleurs polonais vont la subir jusqu'en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, ce ne sera pas la mobilisation de la classe ouvri&#232;re qui d&#233;mant&#232;lera le r&#233;gime, mais l'accord entre le pouvoir, la direction de la bureaucratie russe et les chefs de l'imp&#233;rialisme. L'avertissement de 1980 en Pologne, comme celui des luttes ouvri&#232;res d'Afrique du sud, de Cor&#233;e du sud, de Turquie auront permis aux classes dirigeantes de mesurer que le mode de domination du monde devait changer et d'organiser, pour &#233;viter la r&#233;volution ouvri&#232;re, la fin de l'ancienne politique des blocs, la &#171; chute du mur de Berlin &#187;. La fin du stalinisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la Hongrie de 1956 pouvait le faire esp&#233;rer, mais au b&#233;n&#233;fice politique et social de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur les gr&#232;ves de 1970
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de Jean-Yves Potel :&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; E : A Gdansk, le travail d&#233;marre dans une ambiance tendue. Vers neuf heures, &#224; l'heure de la pause, les ouvriers commencent &#224; se rassembler devant les bureaux de la direction du chantier. Ils exigent l'annulation de la hausse des prix. A part les postes de t&#233;l&#233; ou les frigo, tout a augment&#233; de 30%, &#224; quinze jours de No&#235;l : le saucisson, la farine, la semoule, la confiture, les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La direction s'avoue incomp&#233;tente. (&#8230;) Nous nous dirigeons donc vers le si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vode du POUP. L&#224;, tr&#232;s spontan&#233;ment, une d&#233;l&#233;gation est d&#233;sign&#233;e (&#8230;) On les a balad&#233;s de bureau en bureau pour les &#233;coeurer. Cette premi&#232;re d&#233;l&#233;gation est, en fait, arr&#234;t&#233;e. (&#8230;) Exasp&#233;r&#233;e pat l'attitude des autorit&#233;s, la foule s'empare d'une voiture-radio de la milice qui appelait les gens &#224; se disperser et utilise le haut-parleur pour diffuser slogans et revendications. Un cort&#232;ge se forme derri&#232;re la voiture et traverse ainsi une partie de la ville, du chantier naval au chantier de r&#233;parations, puis vers le chantier Nord. Avant de rentrer, il s'arr&#234;te devant l'institut polytechnique de Gdansk. (&#8230;) Certains ouvriers ont pris des b&#226;tons, d'autres des outils bien lourds, pour faire face &#224; la milice en cas d'affrontement. Ouvriers et employ&#233;s des bureaux marchent c&#244;te &#224; c&#244;te. (&#8230;) Soudain, on les aper&#231;oit. Ils sont l&#224;, pr&#232;s de l'h&#244;tel Monopole ; plusieurs rang&#233;es de miliciens v&#234;tus de cuir noir et leurs v&#233;hicules blind&#233;s dont d&#233;passent ici ou l&#224; le nez d'une mitrailleuse ou d'autres engins. &#171; C'est la Brigade noire &#187; crie quelqu'un. (&#8230;) Devant la maison de la presse, la Brigade noire disperse les manifestants &#224; coups de grenades. Les gens refluent, mais s'emparent au passage de pierres qui jonchent le sol du chantier de construction d'une banque. (&#8230;) Notre haut-parleur annonce : &#171; Nous revenons vers le comit&#233;. &#187; Devant le b&#226;timent, aucun milicien. Les cris montent vers la fa&#231;ade vide : &#171; Du pain ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : Subitement, le ciel s'&#233;claire autour du comit&#233;. On aper&#231;oit de la fum&#233;e, puis des flammes qui montent derri&#232;re l'immeuble. Cette fois, les miliciens sont au rendez-vous. (&#8230;) Ils courent en file indienne et cognent &#224; la matraque. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 15 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
E : Dans les rues, l'atmosph&#232;re s'est durcie par rapport &#224; la veille. Les ouvriers des chantiers ne sont plus seuls. Les travailleurs d'autres entreprises moins importantes se sont mis en gr&#232;ve et nous les retrouvons devant le b&#226;timent du comit&#233;. La foule qui s'y rassemble est consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : J'ai l'impression, au d&#233;but, qu'il s'agit d'une v&#233;ritable insurrection nationale. (&#8230;) On entend des coups de feu. &#199;a vient de la rue Swierczewski ; je cours dans cette direction. Sur le pont qui nous s&#233;pare du si&#232;ge de la milice et des b&#226;timents de la prison, miliciens et ouvriers se battent au corps &#224; corps. (&#8230;) Un instant plus tard, l'immeuble de la milice et la prison sont pris d'assaut par des groupes d'ouvriers. (...) Entre-temps, les autorit&#233;s ont barr&#233; les routes d'acc&#232;s &#224; la ville. Aucun train ne peut rentrer &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La ligne de front se stabilise &#224; la hauteur du pont qui enjambe les voies de chemin de fer, rue Swierczewski. Vingt mille personnes, environ, sont mass&#233;s dans les art&#232;res du centre ville, dont les ouvriers du chantier qui restent group&#233;s ensemble et tentent de s'organiser. (&#8230;) Sur le pont, l'affrontement dure d&#233;j&#224; depuis pus d'une heure. Exc&#233;d&#233;e de ne pouvoir se frayer le passage jusqu'aux b&#226;timents gouvernementaux de la rue Swierczewski, la foule s'en prend au si&#232;ge des syndicats, rue Kaliniovski. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : Devant la gare, les voitures de la milice flambent. Pr&#232;s du comit&#233;, c'est une voiture officielle. Deux tramways sont renvers&#233;s. Rue Hewelisz, les barricades commencent &#224; prendre une taille respectable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W : Ce m&#234;me jour, mardi 16 d&#233;cembre, on commence au chantier de r&#233;paration &#224; organiser un peu mieux la gr&#232;ve. Des comit&#233;s sont form&#233;s dans chaque atelier. Des personnes sont d&#233;sign&#233;es pour prot&#233;ger les installations contre des tentatives de sabotage et des provocations &#233;ventuelles : six environ par comit&#233; de gr&#232;ve d'atelier. Sur la base de ces comit&#233;s, un comit&#233; de gr&#232;ve d'entreprise est constitu&#233; dont je fais partie. J'en fais partie. J'ai, comme les autres coll&#232;gues &#233;lus, la confiance des travailleurs de ma boite. Nous prenons des dispositions pour assurer un service de sant&#233; en maintenant ouvert le dispensaire du chantier. (&#8230;) On d&#233;cide de suspendre de ses fonctions le directeur g&#233;n&#233;ral du chantier de r&#233;parations, Mr Zbigniew Gryglewski. (&#8230;) Nous sommes en gr&#232;ve, donc tous les ordres doivent &#233;maner du comit&#233; de gr&#232;ve ; ainsi, c'est &#224; nous de prendre la responsabilit&#233; des personnes et des biens sur tout le chantier. (&#8230;) Le Vice-premier ministre (&#8230;) a cri&#233; &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision : &#171; les ouvriers des Chantiers sont des hooligans, l'avant-garde des voyous et des bandits. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; re&#231;us par le camarade Hajer, ou par Starzewski, je ne sais plus lequel des deux. (&#8230;) Quand les chars quadrillent les rues qui grouillent de miliciens et de soldats, une chose et une seule : annoncer nos revendications. J'ai d&#233;clar&#233; que si elles n'&#233;taient pas satisfaites d'ici 48 heures, nous proclamerions la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qu'ainsi le monde entier apprendrait leurs crimes. Il a r&#233;pondu que ce n'est pas nous qui disposions de la force. &#171; Notre force, ai-je dit, ne r&#233;side pas dans l'arm&#233;e mais dans la classe ouvri&#232;re. Nous sommes 14 millions, vous ne pourrez tous nous abattre. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 16 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
E : Plusieurs heures avant l'aube, les chars passent (&#8230;) Nous trouvons le chantier encercl&#233; par les chars. Devant le b&#226;timent de la direction, o&#249; tout le monde s'&#233;tait d'abord rendu, un cort&#232;ge se forme pour sortir en ville. Au moment o&#249; les rangs de t&#234;te atteignent la porte du chantier, on entend des rafales de mitraillettes. On pense au d&#233;but qu'il s'agit d'intimidations, en l'air ou &#224; blanc, mais cette illusion est de courte dur&#233;e. Des personnes tombent, tu&#233;es sur le coup ou gri&#232;vement bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : La gr&#232;ve avec occupation est proclam&#233;e au chantier L&#233;nine. On &#233;lit le comit&#233; de gr&#232;ve. (&#8230;) Soudain, les lignes t&#233;l&#233;phoniques sont coup&#233;es. Par haut-parleur, les voitures-radio de la milice diffusent un communiqu&#233; nous appelant &#224; quitter les lieux, affirmant aussi que nous ne courrons aucun danger si nous obtemp&#233;rons. Personne ne bouge. (&#8230;) Dans la soir&#233;e, nous apprenons que Stanislas Kociolek, ex secr&#233;taire du comit&#233; de vo&#239;vodie du POUP &#224; Gdansk et Vice-Premier ministre, est apparu devant les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision. Il nous a trait&#233;s de &#171; provocateurs &#187; et de &#171; fauteurs de troubles &#187; et a appel&#233; &#224; la reprise du travail pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 17 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
S : Nous entamons notre deuxi&#232;me nuit de veille au chantier. La nourriture manque ; nous partageons ce que nous avons. (&#8230;) La nouvelle nous parvient que l'arm&#233;e va p&#233;n&#233;trer dans le chantier pour nous r&#233;gler notre compte. (&#8230;) les autorit&#233;s ont lanc&#233; un ultimatum d&#233;finitif. (&#8230;) Il se peut m&#234;me que le chantier soit bombard&#233; par l'aviation. (&#8230;) La d&#233;cision est prise d'arr&#234;ter la gr&#232;ve avec occupation et de quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : En janvier 1971, nos comit&#233;s de gr&#232;ve ont repris vie. Des d&#233;l&#233;gations sont all&#233;es voir Gierek. J'y &#233;tais. Nous avons demand&#233; que la liste des victimes soit rendue publique. Quand on nous a dit qu'il n'y avait eu que 45 morts, nous ne savions plus s'il fallait rire ou pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de Lech Walesa :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsque j'eus franchi pour la premi&#232;re fois l'entr&#233;e des Chantiers (les chantiers navals de Gdansk), moi, la &#171; main d'or &#187; du Parc national des Machines agricoles, je me sentis terriblement perdu. Apr&#232;s avoir pass&#233; plusieurs ann&#233;es au milieu des vieilles carcasses de voitures que, par esprit de curiosit&#233;, je d&#233;montais jusqu'au dernier rivet, j'avais fini par devenir un bon technicien. Aux Chantiers, &#224; peine grimpai-je pour la premi&#232;re fois sur un navire en construction que je me fourvoyai parmi les &#233;tages des &#233;chafaudages des cales sans pouvoir retrouver par o&#249; j'&#233;tais venu, et je dus convenir que je n'&#233;tais l&#224; rien de plus qu'un ouvrier parmi des milliers d'autres. C'&#233;tait fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pouvais plus faire marche arri&#232;re : j'ai horreur de reculer. (..)&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait mes d&#233;buts &#224; la brigade de Mosinski, une &#233;quipe d'&#233;lectriciens charg&#233;e de poser les c&#226;bles &#224; bord des navires-usines de p&#234;che. Poser des dizaines de m&#232;tres de c&#226;bles de la grosseur d'un avant-bras depuis le g&#233;n&#233;rateur jusqu'au tableau g&#233;n&#233;ral de commandes, sur une hauteur pouvant aller jusqu'&#224; 60 m&#232;tres, n'est pas chose facile. La longueur du c&#226;ble, ses coudes, ses ondulations et d&#233;rivations devaient tomber pile. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des ouvriers des Chantiers souffraient de maux d'estomac. Au d&#233;but, je n'arrivais pas &#224; comprendre pourquoi. Mais il pouvait difficilement en &#234;tre autrement. Se levant t&#244;t le matin sans absorber le moindre petit d&#233;jeuner, on travaillait jusqu'&#224; 9 heures, grillant une cigarette de temps en temps, alors que l'effort fourni &#233;tait consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux premi&#232;res ann&#233;es de travail aux Chantiers constituaient une p&#233;riode d'essai. Tous ceux qui tenaient ces deux ans avaient des chances de pouvoir continuer. Les d&#233;pressions et les d&#233;parts survenaient surtout durant la premi&#232;re ann&#233;e, au bout de quelques mois. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La production sur les Chantiers est r&#233;gie par le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces. C'est un merveilleux moyen, pour la direction, de se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s. Dans un tel syst&#232;me, tout un chacun est int&#233;ress&#233; &#224; gagner le maximum. Personne, cependant, n'est l&#224; pour livrer l&#224; o&#249; il faut les mat&#233;riaux n&#233;cessaires. Les Chantiers sont en mouvement perp&#233;tuel. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, je parvins &#224; cerner la diff&#233;rence essentielle entre l'activit&#233; dans une entreprise aussi dispers&#233;e que le Parc national des Machines agricoles et le travail aux Chantiers. (&#8230;) Les Chantiers &#233;taient r&#233;gis par des lois radicalement diff&#233;rentes : chacun y apparaissait comme une petite vis, fraction infime d'une &#233;norme m&#233;canique, tout en repr&#233;sentant une certaine force dont il fallait tenir compte. De cela, tout le monde &#233;tait conscient. Quand les choses ne tournaient pas rond &#8211; et, &#224; ma connaissance, c'&#233;tait en permanence -, on travaillait dans une atmosph&#232;re morose, en &#233;tat de tension perp&#233;tuelle. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 60, le r&#233;gime serra la vis. Cette fois, compte tenu des &#233;v&#233;nements de Poznan de 1956, le pouvoir se garda de mettre son plan en &#339;uvre de fa&#231;on directe, en r&#233;duisant les salaires horaires : il pr&#233;f&#233;ra faire donner ses &#171; cerveaux &#187; : &#233;conomistes, ing&#233;nieurs, financiers. Pou faire des &#233;conomies, ils mirent sur pied le syst&#232;me suivant : d&#233;sormais, l'ouvrier n'&#233;tait pas simplement charg&#233; de fabriquer une table, par exemple, mais le temps qui lui &#233;tait imparti pour la fabriquer lui &#233;tait impos&#233;. Il n'&#233;tait plus pay&#233; pour fabriquer une table, mais pour consacrer un certain nombre d'heures &#224; cette t&#226;che. (&#8230;) Conform&#233;ment aux dispositions prises en haut lieu, cette politique d'&#233;conomies se traduisit aux Chantiers par une diminution globale d'environ un million d'heures de travail par an. L'ing&#233;nieur, qui ne devait pas d&#233;passer les co&#251;ts de production du navire &#8211; chiffr&#233;s en heures -, &#233;tait ainsi amen&#233; &#224; r&#233;duire le temps pr&#233;vu pour chaque t&#226;che. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je commen&#231;ais &#224; bien m'en rendre compte et &#224; le comprendre quand la mort de 22 ouvriers vint alourdir le climat des Chantiers. Ils furent br&#251;l&#233;s vifs en faisant des heures suppl&#233;mentaires dans une cale, dans la fi&#232;vre de l'ach&#232;vement d'un navire qui devait &#224; tout prix &#234;tre pr&#234;t plus t&#244;t que pr&#233;vu. (&#8230;) L&#224; encore se reproduisait le m&#234;me sc&#233;nario qu'&#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e, au Parc de Machines agricoles : de jour en jour, j'avais autour de moi un peu plus de gens pour m'&#233;couter et me souffler ce que j'ignorais encore. Au sein de mon &#233;quipe, je me liai d'amiti&#233; avec Henryk Lenarciak, (&#8230;) amiti&#233; qui ne s'&#233;tait pas d&#233;mentie en ao&#251;t 1980, quand Lenarciak prit la t&#234;te du Comit&#233; pour l'&#233;dification du monument aux ouvriers des Chantiers tomb&#233;s en 1970. Avant 1970, les Chantiers vivaient encore sous le coup de la r&#233;volte estudiantine de mars 1968, pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re d&#233;form&#233;e par la propagande officielle. (&#8230;) Au lendemain des affrontements entre &#233;tudiants et forces de l'ordre, quelqu'un remarqua dans les vestiaires un stagiaire couvert d'ecchymoses caus&#233;es par des coups de matraques. Nous l'avons promen&#233;, le dos nu, &#224; travers les Chantiers en scandant : &#171; Laisserons-nous tabasser nos enfants, enfants d'ouvriers et de paysans ? &#187; Le m&#234;me jour, les forces de l'ordre furent mises &#224; mal &#224; Wrzeszcz, dans la banlieue de Gdansk. (&#8230;) L'&#233;meute n'&#233;tait plus le fait d'intellectuels, mais d'ouvriers qui avaient pris le parti des &#233;tudiants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1970&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;bray&#233; &#224; l'annonce par le gouvernement de l'augmentation des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, y compris les denr&#233;es alimentaires. Juste avant les f&#234;tes, on avait d&#233;cr&#233;t&#233; cette hausse des prix &#224; la consommation alors que l'ouvrier n'arrivait d&#233;j&#224; pas &#224; joindre les deux bouts et n'avait plus les moyens de se procurer certains produits de base. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve sur les Chantiers navals a d&#233;marr&#233; le lundi, aux ateliers de m&#233;canique et aux &#171; coques &#187;. Les ouvriers qui y travaillaient avaient fait des stages chez Zulzer, en Suisse, et chez Baumeistr, au Danemark. C'&#233;tait le sel des Chantiers, l'&#233;lite, et ils &#233;taient tr&#232;s unis. Nantis d'un bon bagage de connaissances et d'exp&#233;rience, ils formaient une &#233;quipe parfaitement organis&#233;e. Devant les cuisines se retrouvaient les conducteurs d'une trentaine d'engins qui servaient aussi, pendant la pause casse-cro&#251;te, &#224; distribuer le caf&#233; dans les ateliers. Ces conducteurs qui gagnaient un salaire de mis&#232;re, &#233;taient &#224; la pointe du mouvement. En m&#234;me temps que le caf&#233;, ils servirent &#224; tous le mot d'ordre de la gr&#232;ve&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rejoint ceux des &#171; coques &#187; pour nous rendre devant le b&#226;timent de la direction. Nous &#233;tions environ quatre mille, peut-&#234;tre d'avantage. (&#8230;) Tr&#232;s vite, la foule rassembl&#233;e s'est mise &#224; scander ses revendications &#224; l'adresse du directeur qui, en compagnie du secr&#233;taire du Parti pour les Chantiers, r&#233;pondait depuis sa fen&#234;tre. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, nous r&#233;sol&#251;mes &#224; quelques-uns d'aller trouver le directeur. Une fois chez lui, nous nous sommes plac&#233;s contre la fen&#234;tre afin qu'on nous voie et nous entende d'en bas. (&#8230;) J'ai demand&#233; au directeur s'il &#233;tait &#224; m&#234;me d'obtenir la lib&#233;ration des ouvriers arr&#234;t&#233;s la veille, et s'il &#233;tait en mesure de faire rapporter l'augmentation des prix des denr&#233;es alimentaires. (&#8230;) Sa r&#233;ponse fut n&#233;gative. Dans son bureau, il y avait un porte-voix. Je m'en suis empar&#233; pour faire part &#224; la foule de ce que je venais d'entendre. Et j'ai demand&#233; : &#171; Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? &#187; Ceux d'en bas se sont &#233;cri&#233;s : &#171; On y va ! &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Un groupe s'est dirig&#233; vers le commissariat de police de la rue Svierczewskiego (&#8230;) je me retrouve devant le commissariat de police. (&#8230;) Je demande &#224; le voir (le commissaire). (&#8230;) Je d&#233;clare que je suis venu chercher les n&#244;tre : s'ils sont lib&#233;r&#233;s sur le champ, tout va se passer dans le calme, car nous ne cherchons pas la bagarre. (&#8230;) Un moment je parviens &#224; calmer la foule. Je dis que la milice est d'accord pour rel&#226;cher les n&#244;tres sans affrontement. (&#8230;) La milice se met &#224; charger des deux c&#244;t&#233;s, encerclant carr&#233;ment la foule. J'entend crier &#224; mon adresse : &#171; Tra&#238;tre ! Salaud ! &#171; Les gars sont persuad&#233;s que je les ai men&#233;s en bateau. (&#8230;) J'entends les gens crier que je les ai tromp&#233;s, que je ne suis qu'un mouchard, un espion. (&#8230;) Je retourne au commissariat de police dont je me suis esquiv&#233; une heure plus t&#244;t. La milice a r&#233;ussi &#224; disperser la foule, &#224; moins que les gens ne soient partis d'eux-m&#234;mes. Le b&#226;timent est en feu&#8230; Je r&#233;alise que la situation devient dangereuse. (&#8230;) le premier venu n'aura aucun mal &#224; les inciter (les ouvriers) &#224; la violence. Il faut faire quelque chose. Je vais voir ce que fabrique la milice. Je retourne rue Svierczewskiego, au commissariat, et y rencontre un commandant. Je lui demande ce que comptent faire les autorit&#233;s : &#171; Les magasins sont pill&#233;s, les gens se saoulent. S'ils continuent &#224; picoler, &#231;a va faire du vilain. &#187; Il me r&#233;pond qu'il n'en sait trop rien, mais qu'&#224; l'int&#233;rieur se trouve quelqu'un qui peut me r&#233;pondre. C'est un civil. Je lui repose ma question sur ce que comptent faire les autorit&#233;s. (&#8230;) &#171; Nous nous en occupons &#187;, me r&#233;pond-il. Il me montre du doigt les munitions qu'il est en train de distribuer. Des &#233;tuis en carton contenant une vingtaine de balles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que vous &#234;tes en train de mijoter ? Mais c'est un &#8230; Des Polonais tirer sur des Polonais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'en sortir autrement ? Vous voyez une autre solution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense en avoir une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie d'en improviser une &#224; toute allure et lui r&#233;pond :&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne pourra s'en sortir qu'en s'organisant. Il faut faire le tour de la ville &#224; pied ou &#224; bord d'une voiture d&#233;couverte. Il faut que ce soient des ouvriers des Chantiers, des copains, des anciens. Qu'ils disent aux ouvriers de se r&#233;unir sur leur lieu de travail et d'y choisir des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec lesquels pourront s'ouvrir des n&#233;gociations.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arr&#234;te tout, dit le civil apr&#232;s m'avoir &#233;cout&#233;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s mon arriv&#233;e dans l'atelier, mes copains me choisissent comme d&#233;l&#233;gu&#233;. Avec ceux des autres ateliers, nous nous retrouvons dans le bureau de la direction pour constituer un comit&#233; de gr&#232;ve. Nous sommes plut&#244;t nombreux. Ma candidature est avanc&#233;e pour faire partie de ce comit&#233; qui ne doit compter que trois membres. (&#8230;) Me voici &#233;lu pr&#233;sident. (&#8230;) Je refusais de prendre seul la direction de cette gr&#232;ve. Elle fut dirig&#233;e par une &#233;quipe qui changea sans cesse, qui n'avait pas de conception coh&#233;rente et se montrait trop molle dans les pourparlers. Ce fut un &#233;chec. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi matin, (&#8230;) les Chantiers &#233;taient boucl&#233;s par l'arm&#233;e. (&#8230;) les gens r&#233;agissaient diversement, mais la plupart sifflaient les soldats. Une femme s'est approch&#233;e d'eux en criant : &#171; Alors les enfants, commen&#231;a vous allez nous tirer dessus ? &#187; Quelque chose en nous venait de se briser. (&#8230;) Dans notre atelier, nous faisions tout ce qui &#233;tait en notre pouvoir pour emp&#234;cher les ouvriers de descendre. Ailleurs, il n'en allait pas toujours ainsi. Certains se regroupaient d&#233;j&#224; pour d&#233;bouler dans le rue, ce qui &#233;tait d'ailleurs impossible, les grilles d'entr&#233;e, bien qu'ouvertes, &#233;tant bloqu&#233;es par l'arm&#233;e. Le chef de notre atelier, Lesinievski, Lenarciak, Suzko et moi-m&#234;me nous nous rend&#238;mes chez Zaczek, le directeur. Nous voulions n&#233;gocier avec les responsables r&#233;gionaux de la S&#233;curit&#233; afin d'&#233;viter que la troupe n'ouvre le feu. (&#8230;) c'est en revenant dans l'atelier que j'entendis les premiers coups de feu. (&#8230;) Un meeting houleux s'&#233;tait tenu sur l'esplanade devant le b&#226;timent directorial. On racontait que les ouvriers, curieux d'apprendre ce qui se passait, serr&#232;rent de pr&#232;s les premiers rangs (&#8230;) Un ouvrier se d&#233;tacha alors de la foule et s'adressa aux soldats. (&#8230;) Des sommations furent lanc&#233;es mais la foule continua d'avancer. Un officier donna alors l'ordre de charger. (&#8230;) Oui, c'&#233;tait bien l'arme et la police polonaise, ce sont nos soldats qui ont tir&#233;. Nous ignorons combien ont &#233;t&#233; tu&#233;s. (&#8230;) Nous avons tent&#233; de nous organiser. Un comit&#233; a &#233;t&#233; &#233;lu, puis un autre, compos&#233; de sept &#224; dix membres, lui a succ&#233;d&#233;. (&#8230;) Les chars piaffaient d'impatience devant les grilles d'entr&#233;e (&#8230;) Les blind&#233;s, les cordons de la milice, ceux de l'arm&#233;e avaient &#233;galement pris position autour des autres Chantiers. Les canons des chars &#233;taient point&#233;s sur nos ateliers. (&#8230;) Les gars de l'atelier de soudure se mirent alors &#224; r&#233;fl&#233;chir au moyen de faire sauter un char &#224; l'aide d'une bombe &#224; ac&#233;tyl&#232;ne. .. Nous avons d&#251; abandonner la place. (&#8230;) Lorsque nous quitt&#226;mes les Chantiers, l'arm&#233;e et la milice nous c&#233;d&#232;rent le passage. Nous f&#251;mes ainsi vingt mille &#224; sortir, et non pas six mille, chiffre que l'on nous avait communiqu&#233; peu auparavant. L'immense cohorte n'en finissait pas de se d&#233;rouler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Gdynia que les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre se sont le plus fortement grav&#233;s dans les m&#233;moires. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. C'est l&#224; qu'il y eut le plus de victimes, que le parjure du pouvoir bouleversa le plus les gens. (&#8230;) Le mardi 15 d&#233;cembre, la foule des salari&#233;s des entreprises de Gdynia, apr&#232;s avoir attendu en vain devant le Comit&#233; de ville du Parti, s'&#233;tait regroup&#233;e devant le si&#232;ge du PMRN (Conseil national pour la ville de Gdynia). Jan Marianski, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de ce conseil, (&#8230;) apr&#232;s avoir sign&#233; avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers un protocole d'accord, (&#8230;) fit arr&#234;ter le Comit&#233; inter-entreprises de gr&#232;ve de la ville de Gdynia. Vint ensuite cette dramatique journ&#233;e du jeudi : le feu des mitrailleuses ouvert sur les ouvriers qui se rendaient au travail. (&#8230;) Et, pour finir, les enterrements de nuit op&#233;r&#233;s par la milice. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A Szcecin, le 17 d&#233;cembre, les ouvriers du chantier &#171; Waeski &#187; descendirent dans la rue sans s'&#234;tre fix&#233; de but bien pr&#233;cis. Une heure plus tard se forma un autre rassemblement constitu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; Gryfia &#187;, s&#233;par&#233; du premier par un canal. Mis au courant, le Premier secr&#233;taire du Parti pour la r&#233;gion, Walasek, prit ses cliques et ses claques et d&#233;guerpit du Comit&#233; r&#233;gional. Ses coll&#232;gues lui embo&#238;t&#232;rent le pas, si bien que les ouvriers trouv&#232;rent le b&#226;timent vide. Ils le mirent &#224; sac et l'incendi&#232;rent. Puis, ils prirent d'assaut le Commissariat r&#233;gional de la Milice et le si&#232;ge du Conseil r&#233;gional des syndicats ouvriers, mettant le feu &#224; ces deux b&#226;timents qui ne br&#251;l&#232;rent pas compl&#232;tement. (&#8230;) Durant cette m&#234;me nuit, les chars prirent position aux points n&#233;vralgiques de la ville, y compris devant le chantier &#171; Warski &#187;. Le 18 d&#233;cembre, la gr&#232;ve avec occupation fut proclam&#233;e sur les deux chantiers navals. Des comit&#233;s de gr&#232;ve furent &#233;lus. D'un commun accord, ils r&#233;dig&#232;rent 21 revendications dont voici quelques-unes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) dissolution du Conseil central des syndicats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) baisse des prix &#224; leur valeur ant&#233;rieure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) augmentation des salaires de 30%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale gagna alors toute la ville. Le chantier naval &#171; Warszava &#187; devint le centre de ralliement des gr&#233;vistes et de tous les gens solidaires du mouvement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 d&#233;cembre furent sign&#233;es les &#171; r&#233;solutions &#187; qui &#233;taient cens&#233;es mettre fin &#224; la gr&#232;ve. Mais lesdites &#171; r&#233;solutions &#187; avaient &#233;t&#233; si bien vid&#233;es de leur substance qu'elles furent rejet&#233;es par la majorit&#233; des gr&#233;vistes et le mouvement repartit de plus belle. Au chantier &#171; Warski &#187; eut lieu une scission : environ mille ouvriers rentr&#232;rent chez eux. Dans la nuit du 20 au 21, le comit&#233; de gr&#232;ve coopta 5 nouveaux membres, dont Edmunt Baluka. Le 22, &#224; dix heures du matin, la gr&#232;ve dut &#234;tre interrompue &#224; cause de l'&#233;puisement des gr&#233;vistes. (&#8230;) Le 22 janvier, au chantier &#171; Warski &#187;, la gr&#232;ve &#233;clate &#224; nouveau, aussit&#244;t suivie par la ville enti&#232;re. (&#8230;) Des tracts lanc&#233;s par h&#233;licopt&#232;re informent qu'un petit groupe de terroriste retient le personnel de force. (&#8230;) Au quatri&#232;me jour de gr&#232;ve, les autorit&#233;s c&#232;dent : les prix d'avant le 12 d&#233;cembre 1970 sont r&#233;tablis. (&#8230;) L'ordre de licencier tous ceux qui &#233;taient descendus dans la rue arriva aux Chantiers navals de Gdansk et de Gdynia. Aux Chantiers &#171; Commune de Paris &#187; de Gdynia, on licencia jusqu'&#224; 800 personnes. A ceux de Gdansk, on n'en vira que 18 (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, voyant que les choses allaient de mal en pis, que de nouveaux soul&#232;vements &#233;taient in&#233;vitables, je d&#233;cidai de faire une d&#233;claration en mon nom propre, mettant &#224; profit la campagne des &#233;lections syndicales sur les Chantiers (&#8230;) Je ne fus pas licenci&#233; sur le champ, on m'a seulement donn&#233; cong&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela co&#239;ncida avec l'annonce, en juin 1971, de la hausse des prix des denr&#233;es alimentaires de base. Aux Chantiers, le temps vira &#224; l'orage. Pourtant, cette fois, ce ne fut pas Gdansk, mais Radom et Ursus qui infl&#233;chirent le cours des &#233;v&#233;nements en Pologne. L&#224;-bas, tout se passa selon le sc&#233;nario qu'avait connu Gdansk en 1970. (&#8230;) C'est dans cette atmosph&#232;re que, peu apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de Radon et Ursus, fut fond&#233; le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers (KOR). Les intellectuels essay&#232;rent de faire ce que nous n'&#233;tions pas parvenus &#224; faire aux Chantiers : nous organiser pour nous d&#233;fendre nous-m&#234;mes et enrayer une catastrophe en marche. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mon d&#233;part des Chantiers, les soucis financiers commenc&#232;rent &#224; pleuvoir sur nous et je me fis embaucher sans tarder dans une entreprise de r&#233;parations m&#233;caniques, la &#171; Zremb &#187;, situ&#233;e non loin de chez nous. (&#8230;) Durant le premier semestre de 1978 commenc&#232;rent &#224; circuler les premiers num&#233;ros d'un journal bimensuel des Syndicats libres, Robotnik (&#171; L'Ouvrier &#187;). Il &#233;tait r&#233;dig&#233; par une petit groupe de gens qui affichaient bien haut leurs id&#233;es : le journal comportait un encadr&#233; avec les noms et adresses de toute la r&#233;daction. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas l&#224; quand fut &#233;labor&#233;e la d&#233;claration annon&#231;ant la cr&#233;ation des syndicats libres &#224; Gdansk. (&#8230;) La m&#234;me id&#233;e avait fait son chemin en diff&#233;rents endroits de Pologne : Kazimierz Switon et ses amis avaient organis&#233; les premiers Syndicats libres dans la r&#233;gion industrielle de Sil&#233;sie. (&#8230;) J'attends qu'un groupe se constitue, auquel je puisse me joindre. Je tombe alors (&#8230;) sur un num&#233;ro de &#171; L'ouvrier du Littoral &#187;. (&#8230;) Un autre groupe form&#233; d'anciens lyc&#233;es et connu comme le Mouvement de la Jeune Pologne consacre son action &#224; la comm&#233;moration des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 70 &#224; Gdansk. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que je travaillais &#224; la &#171; Zremb &#187;, je fus &#233;lu d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la KSR (Conf&#233;rence pour l'Autogestion des Travailleurs, organisation fond&#233;e par le gouvernement pour r&#233;pondre au besoin d'organisation des travailleurs). (&#8230;) A une conf&#233;rence (&#8230;) : &#171; J'ai l&#224; un recueil de pens&#233;es, une brochure de Jacek Kuron, o&#249; il &#233;crit que ce que vous dites l&#224; est une pure absurdit&#233;. &#187; (&#8230;) peu apr&#232;s, je suis licencie. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les gr&#232;ves de 1976&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Extraits de &#171; La r&#233;volte ouvri&#232;re de juin 1976 &#187; par le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers KOR, tir&#233; de &#171; La Pologne, une soci&#233;t&#233; en dissidence &#187; :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement annonce le 25 juin la hausse des prix de la plupart des produits alimentaires, bloqu&#233;s depuis la fin de 1970. La viande et les charcuteries vont augmenter de 60%, le sucre de 100%, le beurre et les fromages de 50%, le poisson de 69%, les l&#233;gumes de 30% et les volailles de 30%. Seuls restent bloqu&#233;s les prix du pain et du lait. Les ouvriers de Radom et Ursus et autres villes industrielles arr&#234;tent, le 25 juin, le travail et sortent dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ursus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res heures du vendredi 25 juin, presque tout le personnel des Ateliers m&#233;caniques d'Ursus (fabrique de tracteurs) se met en gr&#232;ve. Vers neuf heures, les ouvriers quittent les ateliers et se rassemblent devant les b&#226;timents de la direction. Ils demandent que les repr&#233;sentants des instances les plus &#233;lev&#233;es viennent n&#233;gocier avec eux. Cette revendication ayant &#233;t&#233; rejet&#233;e par la direction, les ouvriers sortent sur les voies de chemin de fer voisines et bloquent les lignes Varsovie-Kultno (c'est-&#224;-dire la ligne internationale Moscou-Varsovie-Berlin-Paris) et Varsovie-Skiernievice. Des trains sont bloqu&#233;s ; parmi eux un train international. Des rails sont d&#233;mont&#233;s. Une locomotive est pouss&#233;e sur le ballast. Un wagon de marchandises contenant des &#339;ufs est saisi et son contenu r&#233;parti entre gr&#233;vistes et passants. Un autre wagon contenant du sucre est arr&#234;t&#233; et une partie de son chargement distribu&#233;e. Vers vingt heures, le Premier ministre, dans une allocution radiodiffus&#233;e, annonce l'annulation de la hausse des prix. Des ouvriers commencent &#224; rentrer chez eux. C'est &#224; ce moment que les d&#233;tachements de la milice les attaquent avec des grenades offensives et des gaz lacrymog&#232;nes ; ils se frayent un chemin &#224; coups de matraques, assomment &#224; coups de pieds ceux qui gisent &#224; terre. Un total de deux &#224; trois cent personnes sont arr&#234;t&#233;s cette nuit-l&#224;. (&#8230;) Ceux qui, &#224; la suite des mauvais traitements subis, &#233;taient hors d'&#233;tat de marcher, sont tra&#238;n&#233;s par les pieds et jet&#233;s dans une voiture de police. (&#8230;) Les personnes arr&#234;t&#233;es sont accus&#233;es d'avoir attaqu&#233; les miliciens, d'avoir d&#233;sob&#233;i aux ordres de dispersion et d'avoir gravement endommag&#233; des boutiques et des wagons de chemin de fer &#8211; accusations non fond&#233;es dans la plupart des cas. (&#8230;) Quelques jours plus tard, tous les ouvriers qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sont cong&#233;di&#233;s sans pr&#233;avis (&#8230;) Ceux qui habitaient dans des logements ouvriers appartenant &#224; l'usine doivent d&#233;camper le jour m&#234;me de leur licenciement. (&#8230;) Les 16 et 17 juillet, le tribunal de la vo&#239;vodie de Varsovie juge sept ouvriers accus&#233;s d'avoir fait d&#233;railler une locomotive &#233;lectrique. Aucun d'entre eux n'avait de condamnation ant&#233;rieure &#224; son casier. (&#8230;) Les accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; des peines de trois, quatre, quatre et demi et cinq ans de emprisonnement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radom&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers dix heures du matin, nous sortons pour aller &#224; l'usine de conserves de viande. A l'ext&#233;rieur se forme un cort&#232;ge de camions charg&#233;s de viande pour montrer qu'il y en avait beaucoup. Personne n'en vole. Les camions sont ramen&#233;s &#224; l'int&#233;rieur aussi pleins qu'ils &#233;taient sortis. Vers onze heures, le cort&#232;ge descend dans la rue, chantant &#171; L'Internationale &#187; et l'hymne national. On crie : &#171; Non &#224; la hausse des prix ! &#187; La plupart des manifestants sont des jeunes. Le cort&#232;ge est tout &#224; fait ordonn&#233; et pacifique. (&#8230;) Puis on arrive au si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti. Les ouvriers envahissent le b&#226;timent. (&#8230;) Il y a alors une esquisse de n&#233;gociation : les manifestants exigent des n&#233;gociations avec le Comit&#233; central et l'annulation de la hausse des prix. Une r&#233;ponse est attendue dans les deux heures. Vers midi, la direction du parti &#233;tablit un pont a&#233;rien. Les effectifs de l'&#233;cole de sous-officiers de la milice et des services de s&#233;curit&#233; de Pila arrivent &#224; l'a&#233;roport militaire de Radom avec un armement sp&#233;cial pour combats de rue. Les unit&#233;s sp&#233;ciales arrivent avec des appareils de l'arm&#233;e, des quadrimoteurs du type Ukraine et des bimoteurs. Des unit&#233;s de milice de Lublin, Rzesrow, Tarnobzeg et d'autres villes foncent sur Radom, phares allum&#233;s, &#224; cent &#224; l'heure. Beaucoup plus tard arrive aussi l'unit&#233; sp&#233;ciale de milice de Golendzinow. Les unit&#233;s de la milice arrivent par compagnie, en formation d'assaut, en tout mille hommes environ, casqu&#233;s, arm&#233;s de gourdins de 85 centim&#232;tres et de lance-grenades lacrymog&#232;nes. Des fus&#233;es &#233;clairantes sont &#233;galement tir&#233;es sur la foule. (&#8230;) Vers cinq heures, la milice arrive avec des lances d'incendie et des tubes lance-grenades &#224; gaz. Ils progressent en rangs serr&#233;s par la rue Slowacki en direction du comit&#233; de vo&#239;vodie. Les manifestants mettent le feu aux voitures qui servent de barricade, se dispersent sur les c&#244;t&#233;s et commencent &#224; attaquer la milice sur ses arri&#232;res. Une fois dispers&#233;e la manifestation devant l'immeuble du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti, on commence &#224; se rassembler autour du si&#232;ge des bureaux de la vo&#239;vodie. Vers cinq heures de l'apr&#232;s-midi, deux morts, couverts de sang, sont transport&#233;s sur des voitures de trolleybus le long des rues. Les gens serrent les poings et tiennent bon. Vers vingt-trois heures, les forces de s&#233;curit&#233; et le parti restent ma&#238;tres du terrain &#224; Radom. Quelques milliers de personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es. (&#8230;) Toutes les personnes arr&#234;t&#233;es furent brutalement maltrait&#233;es au moment de leur arrestation ou de leur interrogatoire par la milice. Un ouvrier est mort des tortures subies lors de son interrogatoire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plock&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers dix-sept heures, un cort&#232;ge compos&#233; de quelques dizaines de manifestants est parti des Etablissements de raffinerie et de p&#233;trochimie de Mazovie. Au cours du trajet de quelques kilom&#232;tres pour arriver &#224; la ville, des gens se sont m&#234;l&#233;s aux manifestants. (&#8230;) la foule a fait le si&#232;ge du b&#226;timent de vo&#239;vodie du parti. (&#8230;) Une voiture fut envoy&#233;e, avec un m&#233;gaphone annon&#231;ant que la hausse avait &#233;t&#233; annul&#233;e. Personne ne crut &#224; cette nouvelle et, dans un mouvement de col&#232;re, les gens renvers&#232;rent la voiture et malmen&#232;rent le conducteur. Une partie de la foule se mit &#224; lancer des pierres dans les vitres. D'autres se ru&#232;rent dans le hall, d'o&#249;, au bout d'un instant, ils furent repouss&#233;s. Des divisions de la milice, probablement venues de Lodz, entr&#232;rent en action et dispers&#232;rent la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gdansk&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;partement W4 des &#233;lectriciens fut le premier &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers &#224; la direction. Le directeur des docks accepta de rencontrer les travailleurs. (&#8230;) Les ouvriers demand&#232;rent l'annulation de la hausse des prix ou sa r&#233;duction ; ils firent remarquer que le probl&#232;me du logement n'&#233;tait toujours pas r&#233;gl&#233;. En r&#233;ponse, le directeur les mena&#231;a de licenciement, mais on ne lui permit pas de terminer son intervention et on lui reprit le micro. (&#8230;) Le groupe de repr&#233;sentants des travailleurs des docks, qui s'&#233;tait form&#233; spontan&#233;ment, alla au micro et lan&#231;a le mot d'ordre de gr&#232;ve si le lendemain &#224; sept heures la direction n'avait pas accord&#233; satisfaction aux exigences des travailleurs. Cela dura donc jusqu'&#224; quatorze heures. On ne travailla plus, jusqu'&#224; la fin de la journ&#233;e, sur les chantiers navals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26, au soir, Piotr Jaroszovicz, Premier ministre annonce dans une br&#232;ve allocution radiot&#233;l&#233;vis&#233;e qu'il s'est adress&#233; au Parlement de la R&#233;publique pour lui demander d'annuler la hausse des prix. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers victimes de la r&#233;pression cons&#233;cutive aux &#233;v&#233;nements du 25 juin 1976 lance l'appel suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La protestation des ouvriers contre l'augmentation des prix refl&#232;te l'attitude de la population tout enti&#232;re ; elle a entra&#238;n&#233; des poursuites brutales. A Ursus, &#224; Radom et dans d'autres villes de Pologne, on a battu, frapp&#233; &#224; coups de pied, emprisonn&#233; les manifestants. Des licenciements ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s sur une grande &#233;chelle, ce qui, en plus des arrestations, a frapp&#233; les familles des victimes de la r&#233;pression. (&#8230;) Les victimes de la r&#233;pression actuelle ne peuvent compter sur aucune aide ou d&#233;fense de la part des organismes dont ce devrait &#234;tre la t&#226;che, par exemple les syndicats, dont le r&#244;le est lamentable. Les agents de la protection sociale, eux aussi, refusent toute aide. Dans cette situation, c'est la population, au service de laquelle les personnes victimes de la r&#233;pression se sont expos&#233;es, qui doit assumer ce r&#244;le. En effet, la population n'a d'autres moyens de d&#233;fense contre l'arbitraire que la solidarit&#233; et l'aide mutuelle. C'est pourquoi les personnes soussign&#233;es d&#233;cident de constituer le pr&#233;sent &#171; Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers &#187;, afin de prendre l'initiative de toutes les formes de d&#233;fense et de soutien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des th&#233;oriciens de la r&#233;forme de la Pologne :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Leszek Kolakowski dans des extraits de &#171; Th&#232;ses sur l'espoir le d&#233;sespoir &#187; (octobre 1966) :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;sumons, tout d'abord, les principaux arguments avanc&#233;s d'ordinaire par ceux qui soutiennent que le syst&#232;me communiste sous forme actuelle est irr&#233;formable. Les tenants de cette th&#232;se affirment que la principale fonction sociale de ce syst&#232;me est le maintien du pouvoir incontr&#244;l&#233; monopolis&#233; par l'appareil dirigeant (&#8230;) Le monopole d'un pouvoir despotique ne peut pas &#234;tre supprim&#233; partiellement. (&#8230;) Seules des catastrophes brutales et p&#233;riodiques peuvent conduire &#224; des modifications (&#8230;) Les fonctions fondamentales de ce syst&#232;me social sont dirig&#233;es contre la soci&#233;t&#233; qui se trouve d&#233;munie de toute forme institutionnelle d'autod&#233;fense. D&#232;s lors, l'unique transformation concevable est une r&#233;volution violente. Qui plus est, cette r&#233;volution ne peut &#234;tre envisag&#233;e qu'&#224; l'&#233;chelle du syst&#232;me socialiste mondial, puisque la sup&#233;riorit&#233; militaire sovi&#233;tique, comme le montre l'exp&#233;rience, sera toujours mise &#224; profit pour &#233;touffer toute tentative r&#233;volutionnaire locale. Une telle r&#233;volution aurait pour cons&#233;quence &#8211; selon les espoirs des uns &#8211; une soci&#233;t&#233; socialiste, au sens d&#233;fini par la tradition marxiste (c'est-&#224;-dire la gestion sociale des processus de production et de r&#233;partition, impliquant un syst&#232;me repr&#233;sentatif), ou &#8211; selon l'espoir des autres &#8211; le passage au mod&#232;le occidental de capitalisme qui, face &#224; la faillite &#233;conomique et id&#233;ologique du socialisme, serait l'unique voie de d&#233;veloppement digne de confiance. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je me prononce pour l'id&#233;e &#171; r&#233;formiste &#187;, je n'entends nullement par l&#224; qu'on peut identifier le r&#233;formisme avec l'emploi des moyens &#171; l&#233;gaux &#187; oppos&#233;e aux moyens &#171; ill&#233;gaux &#187;. Cette distinction est proprement impossible dans une situation o&#249; ce n'est pas le droit qui d&#233;cide de la l&#233;galit&#233; mais l'interpr&#233;tation arbitraire de lois confuses par la police et les autorit&#233;s du parti. L&#224; o&#249; les dirigeants peuvent, s'ils le veulent, arr&#234;ter et condamner des citoyens pour d&#233;tention d'un livre &#171; ill&#233;gal &#187;, pour une conversation en petit cercle sur des sujets politiques ou pour des opinions exprim&#233;es dans une lettre priv&#233;e, la notion de l&#233;galit&#233; politique n'a aucun sens. Le meilleur moyen de r&#233;agir contre les poursuites pour ces genres de &#171; d&#233;lits &#187; est de les commettre en tr&#232;s grand nombre. Si je parle d'orientation r&#233;formiste, c'est au sens d'une foi dans la possibilit&#233; de pressions partielles et progressives efficaces exerc&#233;es dans une perspective de longue dur&#233;e, c'est-&#224;-dire dans la perspective de la lib&#233;ration sociale et nationale. Le socialisme despotique n'est pas un syst&#232;me absolument rigide, de tels syst&#232;mes n'existent pas. Des indices de souplesse sont apparus au cours des derni&#232;res ann&#233;es dans des domaines o&#249; r&#233;gnait nagu&#232;re l'id&#233;ologie officielle : les fonctionnaires du parti ne pr&#233;tendent plus conna&#238;tre mieux la m&#233;decine que les professeurs de m&#233;decine, bien qu'ils continuent &#224; conna&#238;tre la litt&#233;rature mieux que les &#233;crivains. (&#8230;) Le principe de la nature irr&#233;formable du syst&#232;me peut donc servir d'absolution anticip&#233;e &#224; la l&#226;chet&#233; et &#224; la passivit&#233;. Le fait qu'une grande partie de l'intelligentsia polonaise se soit laiss&#233;e convaincre de la totale rigidit&#233; du syst&#232;me honteux dans lequel elle vit est s&#251;rement en grande partie responsable de la passivit&#233; dont elle a fait preuve au moment du combat dramatique livr&#233; par les ouvriers polonais en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adam Michnik dans des extraits de &#171; Une strat&#233;gie dans l'opposition polonaise &#187; (1977) :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements historiques que nous d&#233;signons sous le nom d'Octobre polonais ont &#233;t&#233; la source principale d'un espoir d'&#233;volution du syst&#232;me communiste. Cet espoir d'exprimait par deux visions ou concepts d'&#233;volution, que nous appellerons &#171; &#171; r&#233;visionniste &#187; et &#171; n&#233;o-positiviste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception r&#233;visionniste reconnaissait une certaine possibilit&#233; d'&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur du parti. Jamais formul&#233;e sous forme de programme politique, elle impliquait la possibilit&#233; d'humanisation et de d&#233;mocratisation du syst&#232;me d'exercice du pouvoir, ainsi que la capacit&#233; d'assimilation par la doctrine marxiste officielle de certaines notions des sciences humaines et sociales actuelles. Les r&#233;visionnistes d&#233;siraient agir dans la cadre du parti communiste et de la doctrine marxiste. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre concept d'&#233;volution, Stanislaw Stomma, l'un de ses meilleurs repr&#233;sentants l'appelait orientation &#171; n&#233;opositiviste &#187;. C'&#233;tait une tentative d'appliquer la strat&#233;gie que Roman Dniowski avait pr&#233;conis&#233;e, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, aux conditions politiques nouvelles. Dirigeant du groupe catholique Znak, Stalinaw Stomma prenait en consid&#233;ration les facteurs g&#233;opolitiques du pays, comme son catholicisme, partie int&#233;grante et indispensable de la vie publique polonaise. (&#8230;) La conception &#233;volutionniste de Stomma diff&#233;rait consid&#233;rablement du r&#233;visionnisme. Son n&#233;opositivisme impliquait surtout la loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'URSS, consid&#233;r&#233; comme la puissance russe d'autrefois, tout en rejetant la doctrine marxiste et l'id&#233;ologie socialiste. (&#8230;) Cependant, r&#233;visionnistes et n&#233;opositivistes se rejoignaient : pour r&#233;aliser leurs projets, les uns et les autres, comptaient sur des changements venant d'en haut ; ils s'attendaient &#224; une &#233;volution du parti, r&#233;sultat de la politique r&#233;aliste de dirigeants intelligents. Ils n'envisageaient pas de forcer cette &#233;volution par une pression sociale continue et organis&#233;e ; ils misaient sur la raison du prince communiste plut&#244;t que sur la lutte pour l'&#233;tablissement d'institutions souveraines aptes &#224; contr&#244;ler le pouvoir. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements du mois de mars 1968 ont marqu&#233; la limite du r&#233;visionnisme. A ce moment-l&#224;, le lien qui unissait l'intelligentsia r&#233;visionniste du parti fut d&#233;finitivement coup&#233; : on ne pouvait plus compter sur une d&#233;mocratisation de la direction du parti. (&#8230;) Penser jusqu'au bout le r&#233;visionnisme et le n&#233;opositivisme m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; accepter lors du conflit le point de vue du pouvoir. En effet, toute solidarit&#233; avec les ouvriers en gr&#232;ve, avec les &#233;tudiants qui manifestent, avec les intellectuels contestataires remet en question les strat&#233;gies r&#233;visionnistes, cherchant &#224; agir &#224; l'int&#233;rieur du parti, et celles des n&#233;opositivistes, qui pr&#233;conisent la politique de l'entente. Le conflit ouvert, les deux strat&#233;gies se trouvent brusquement priv&#233;es d'une composante essentielle : la r&#233;f&#233;rence au pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dilemme des mouvements de gauche du 20e si&#232;cle &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187; n'est pas un dilemme pour l'opposition polonaise. Postuler un renversement r&#233;volutionnaire de la dictature du parti, s'organiser dans ce but, serait aussi irr&#233;aliste que dangereux : on ne peut pas compter sur le renversement du r&#233;gime tant que la structure politique de l'URSS est ce qu'elle est. Dans un pays o&#249; la culture politique et les normes d&#233;mocratiques sont presque absentes, des activit&#233;s conspiratrices ne peuvent qu'aggraver les maux de la soci&#233;t&#233; sans apporter des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques. (&#8230;) A mon avis, la seule voie &#224; prendre pour les dissidents des pays de l'Est est celle d'une lutte incessante pour les r&#233;formes en faveur d'une &#233;volution qui &#233;largira les libert&#233;s civiques et garantira le respect des droits de l'homme. L'exemple polonais d&#233;montre que la pression exerc&#233;e sur le pouvoir apporte des concessions non n&#233;gligeables. L'opposition polonaise (&#8230;) compte sur des changements progressifs et partiels plus que sur un renversement violent du syst&#232;me en place. (&#8230;) La nouvelle strat&#233;gie de l'opposition implique des changements lents et progressifs. Cela ne signifie pourtant pas que ce mouvement sera toujours pacifique ni qu'il pourra &#233;viter de faire des victimes. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extraits de Jacek Kuron dans &#171; Pour une plate-forme unique de l'opposition &#187; (1976) :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous commencerons par d&#233;finir le syst&#232;me en termes g&#233;n&#233;raux. Ensuite, nous proc&#233;derons &#224; une discussion des buts de l'opposition et &#224; une analyse des conditions dans lesquelles elle doit travailler. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un syst&#232;me totalitaire, le pouvoir et le peuple sont s&#233;par&#233;s. Tout le pouvoir de proposer, de r&#233;fl&#233;chir et de d&#233;cider r&#233;side exclusivement dans le gouvernement. Les gens sont destin&#233;s &#224; former une masse amorphe, d&#233;pourvue de droits personnels quels qu'ils soient. Ce syst&#232;me met en danger notre survie nationale et si, par souverainet&#233; nationale nous entendons la capacit&#233; pour la nation &#224; d&#233;cider de son propre destin, le syst&#232;me est contraint de la d&#233;truire. Le syst&#232;me totalitaire a &#233;t&#233; impos&#233; en Pologne il y a quelques trente ans par les forces arm&#233;es de l'Union sovi&#233;tique avec l'approbation des puissances occidentales, en particulier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La stabilit&#233; du syst&#232;me est garantie par la propension d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;e trois fois par l'Union sovi&#233;tique &#224; se r&#233;imposer par la force &#224; toute nation qui tenterait de se lib&#233;rer. Nous ajouterons que ce sont l&#224; des raisons s&#233;rieuses pour penser que le gouvernement polonais doit se pr&#234;ter &#224; toutes les d&#233;cisions importantes prises par la direction sovi&#233;tique. L'Etat polonais n'est pas souverain et, dans l'esprit de notre peuple, c'est l&#224; le mal qui est &#224; la racine de notre vie politique. (&#8230;) L'opposition lutte pour la souverainet&#233; du peuple et de l'Etat polonais. Retenons pour le moment cette d&#233;finition, quoique je suis d'accord avec ceux qui pensent que nos objectifs ne peuvent &#234;tre pleinement r&#233;alis&#233;s dans notre situation g&#233;ographique et politique actuelle. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement paysan est n&#233; de besoins personnels et particuliers. Mais, en d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il prenait &#233;galement position pour l'ind&#233;pendance de la vie villageoise et il pr&#233;servait l'agriculture d'une d&#233;vastation plus grave. C'est ainsi qu'il b&#233;n&#233;ficia &#224; la totalit&#233; de la communaut&#233;. Je consid&#232;re &#233;galement le mouvement de protestation des travailleurs pour la d&#233;fense de leurs salaires en termes de pouvoir d'achat r&#233;el comme socialement b&#233;n&#233;fique. Des gr&#232;ves locales &#233;clatent assez souvent (&#8230;) Ces gr&#232;ves sont bris&#233;es avec une grande promptitude par la police d&#233;p&#234;ch&#233;e par le parti, l'administration et les syndicats. (&#8230;) A trois occasions durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves ont donn&#233; toute sa dimension &#224; un mouvement social : en 1956-57, en 1970-71 et en 1976. Les travailleurs ont pay&#233; un prix tr&#232;s lourd, mais ces trois mouvements se sont termin&#233;s par une victoire. (&#8230;) Le troisi&#232;me exemple de mouvements de protestation sociale est l'activit&#233; des fid&#232;les dans la d&#233;fense de l'Eglise catholique. Je pense ici aux participations massives aux processions, aux p&#232;lerinages, aux activit&#233;s paroissiales et &#233;galement aux d&#233;monstrations et m&#234;me aux manifestations pour la d&#233;fense des constructions d'&#233;glises (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition doit imm&#233;diatement commencer &#224; organiser un certain nombre de groupes li&#233;s exprimant une vari&#233;t&#233; de points de vue la plus large possible. En premier lieu, il faut une repr&#233;sentation organis&#233;e des travailleurs industriels, en particulier ceux qui sont employ&#233;s dans les tr&#232;s grandes entreprises. L'organisation devrait commencer au niveau de l'usine et s'&#233;tendre ensuite. Ses revendications devraient s'entourer des avis de professionnels de l'&#233;conomie, d'ing&#233;nieurs, d'hommes de loi et de sociologues. (&#8230;) Le plus important, et peut-&#234;tre le plus sp&#233;cifique, des revendications actuelles concerne la pleine r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s apr&#232;s le 25 juin et une amnistie pour ceux qui ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour des actes en relation avec les &#233;v&#233;nements de juin. Pour que cette demande soit entendue et accept&#233;e, il est n&#233;cessaire de disposer du soutien uni d'une organisation de travailleurs de l'industrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la gr&#232;ve de 1980
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de Jean-Yves Potel :&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un des gars a coll&#233; des affiches dans les vestiaires entre cinq et six heures du matin. Les gens surent ainsi que la gruti&#232;re Anna Walentynowicz avait &#233;t&#233; licenci&#233;e, cinq mois avant la retraite, pour avoir d&#233;fendu les ouvriers. C'&#233;tait cela la &#171; faute grave &#187; dont la direction l'accusait. D&#233;cor&#233;e des croix du M&#233;rite de bronze, d'argent et d'or, elle avait derri&#232;re elle trente ans de travail irr&#233;prochable. Le tribunal avait annul&#233; le licenciement, mais le directeur refusait de la r&#233;int&#233;grer. Anna Walentynowicz avait fait partie du comit&#233; de gr&#232;ve en 1970. Ici, sur le Littoral, ce sont les choses qui comptent. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la gr&#232;ve. Ce seul mot a suffi pour faire sortir du monde de la cale des constructions, des nefs de montage et des autres ateliers. Certains ont h&#233;sit&#233;, mais au bout d'une demi-heure la plupart ont laiss&#233; tomber leurs outils et se sont rendus sur la grande place du chantier, pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une banderole o&#249; l'on venait d'inscrire &#171; 2000 zlotys d'augmentation &#8211; Une prime de vie ch&#232;re &#8211; R&#233;int&#233;grez la gruti&#232;re Walentinowicz ! &#187; Sur la place, tous se sont tus pour une minute de silence en hommage aux ouvriers du chantier tomb&#233;s en 1970. Lech Walesa a fait son apparition. Ouvrier &#233;lectricien, licenci&#233; lui aussi pour faits de gr&#232;ve en 1976, participant actif des gr&#232;ves de 1970-1971, il a escalad&#233; les grilles pour rejoindre les gr&#233;vistes. On a cri&#233; &#171; Hourrah ! &#187;. Un discours a &#233;t&#233; improvis&#233; du hait d'une excavatrice. Le directeur principal, Gniech, y est mont&#233; &#224; son tour pour tenter de convaincre les gens de reprendre le travail. Sans succ&#232;s ; les cris ont couvert sa voix. Lech Walesa a propos&#233; une gr&#232;ve avec occupation. Chacun avait ses raisons de la faire, tous l'ont soutenue. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a d&#233;ferl&#233; comme une vague, chacun y a adh&#233;r&#233; de son c&#244;t&#233; en compagnie des coll&#232;gues de l'atelier. (&#8230;) On buvait beaucoup trop au chantier des derniers temps (&#8230;) Les piquets de gr&#232;ve brisaient les bouteilles de bi&#232;re et de vodka aux portes du chantier. Cette mesure, d'ailleurs, a impressionn&#233; tout le monde. La direction de la gr&#232;ve n'a fait aucune exception. Apr&#232;s trois jours de gr&#232;ve, les n&#233;gociations avec la direction ont abouti &#224; un accord. En son propre nom, le directeur a accord&#233; une augmentation de 1500 zlotys, sur les 2000 demand&#233;s. Cet apr&#232;s-midi l&#224;, nous &#233;tions devant la grille de l'entr&#233;e quand Lech Walesa annon&#231;a que la gr&#232;ve prenait fin. La nouvelle que les revendications seraient satisfaites avait d&#233;j&#224; fait le tour de la ville. Pour les d&#233;l&#233;gu&#233;s des autres usines, l'arr&#234;t du mouvement au chantier &#233;tait catastrophique. On ne leur avait rien promis, &#224; eux. Les repr&#233;sentants de 21 entreprises en gr&#232;ve sont venus au chantier L&#233;nine pour faire pression sur les ouvriers : &#171; Nous vous avons apport&#233; notre appui. A vous maintenant de nous donner le v&#244;tre. &#187; Un d&#233;l&#233;gu&#233; de WPK a demand&#233; que la gr&#232;ve continue, ici comme ailleurs, et pas mal de gens l'ont applaudi. Dans ce cas, a dit Walesa, je reste avec vous. Je vous ai promis de sortir le dernier. Entre-temps, la plupart des travailleurs du chantier, &#224; l'appel du directeur, avaient quitt&#233; les lieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Le samedi, tard dans la soir&#233;e, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;sentes au chantier constituent un comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises. Ce comit&#233;, le MKS, &#233;labore une liste de revendications qui, dans sa version finale, comportera 21 points. Le premier est essentiel : c'est l'acceptation des syndicats libres, ind&#233;pendants du parti et des employeurs. La deuxi&#232;me, c'est le droit de gr&#232;ve. Voil&#224; les garanties pour lesquelles la lutte continue. Ce sont les seules qui, si elles sont acquises, pourront donner aux travailleurs la certitude que les &#233;checs, les pi&#232;ges du pass&#233; ne se r&#233;p&#232;teront pas. Suivent ensuite, jusqu'au point 6, les revendications relevant du domaine de la d&#233;mocratie : la libert&#233; d'expression, la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s pour faits de gr&#232;ve ou d&#233;lit d'opinion et la lib&#233;ration des prisonniers politiques ; une information compl&#232;te et permanente sur la situation socio-&#233;conomique du pays et une discussion publique sur les programmes de r&#233;formes. (&#8230;) Les points suivants mis en avant par le MKS concernent justement ce socialisme-l&#224; : l'acc&#232;s aux logements, aux cr&#232;ches et aux maternelles, le droit &#224; la sant&#233;, aux jours de repos, &#224; un salaire convenable pour un travail honorable, &#224; une retraite m&#233;rit&#233;e. L'exigence, &#233;galement, que se r&#233;duise le foss&#233; entre les tr&#232;s pauvres et les tr&#232;s riches, entre les spoli&#233;s et les privil&#233;gi&#233;s, que tous puissent vivre d&#233;cemment. (&#8230;) Au fil des heures pass&#233;es ici, se renforce l'impression que la gr&#232;ve s'est donn&#233;e un groupe de leaders solides d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout. La liste des &#171; 21 Tak &#187; - &#171; oui aux 21 revendication &#187; - est colport&#233;e d'une rue &#224; l'autre dans les Trois-Villes. On la colle partout, sur les poteaux, les murs et les palissades. Ses formules nettes, carr&#233;es, peuvent sembler provocantes &#224; certains, car les gens n'en ont gu&#232;re l'habitude. Aucune r&#233;action de la part des autorit&#233;s. Cependant, l'atmosph&#232;re, on le sent, est devenue pesante. Il fait lourd, l'air est charg&#233; d'&#233;lectricit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Premier dimanche, premi&#232;re messe aux grilles du chantier. Le pr&#234;tre qui fait l'office prononce des paroles d'apaisement. Il appelle au calme, &#224; la dignit&#233;. Quelques milliers de personnes sont agenouill&#233;es. Beaucoup ont pleur&#233;. (&#8230;) La nuit pr&#233;c&#233;dente, les gr&#233;vistes ont construit une croix en bois. Apr&#232;s la messe, ils l'ont emmen&#233;e au-del&#224; de la porte principale, l&#224; o&#249; devra s'&#233;lever un monument aux ouvriers tomb&#233;s en d&#233;cembre 1970. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle du praesidium du comit&#233; de gr&#232;ve, on a install&#233; la maquette (du futur monument aux morts) et les dons ont commenc&#233; &#224; affluer pour la r&#233;alisation du projet. Un extraordinaire &#233;lan de g&#233;n&#233;rosit&#233; du littoral, puis de toute la Pologne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi 18 ao&#251;t, nombre de ceux qui avaient quitt&#233; le chantier samedi y sont revenus. (&#8230;) Au chantier Commune de Paris &#224; Gdynia, ce sont les jeunes qui tiennent la barre de la gr&#232;ve. Les principes ont &#233;t&#233; plus s&#233;v&#232;res, les divisions plus rigoureuses. (&#8230;) Les ti&#232;des, les h&#233;sitants, on ne les a pas laiss&#233; entrer. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur emp&#234;che le MKS d'acc&#233;der &#224; la radio int&#233;rieure. Il fait &#233;galement couper le circuit d'alimentation des hauts-parleurs de la porte num&#233;ro 2 pour contrer la popularisation de la gr&#232;ve vers l'ext&#233;rieur. D'un avion, on lance des tracts : &#171; La gr&#232;ve au chantier s'est conclue sur un accord. Elle est poursuivie par des irresponsables, alors qu'une large majorit&#233; entend reprendre le travail. &#187; (&#8230;) Un coup tr&#232;s dur, c'est la coupure des lignes t&#233;l&#233;phoniques qui isole les Trois-Villes du reste du pays. Pendant ce temps-l&#224;, la milice s'active. Elle arr&#234;te les voitures qui se dirigent vers le chantier et celles qui en viennent, fouille les passagers, rel&#232;ve l'identit&#233; des conducteurs, et ceux qu'ils transportent. Les miliciens ne sont pas arm&#233;s mais multiplient les intimidations. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, toutes les entreprises de la vo&#239;vodie ont rejoint le MKS. Le mouvement est irr&#233;sistible et cependant les man&#339;uvres de derni&#232;re heure ne manquent pas. (...) Samedi 23 ao&#251;t, dixi&#232;me jour de gr&#232;ve. Lech Walesa se met derri&#232;re la table du praesidium. (&#8230;) Les n&#233;gociations pr&#233;paratoires commencent, pour le moment &#224; l'&#233;chelon du vo&#239;vode. (&#8230;) Le 28 ao&#251;t s'engage le troisi&#232;me tour des n&#233;gociations avec la commission gouvernementale. Le vice Premier ministre Jagielski a l'air ma&#238;tre de lui. (&#8230;) On discute ici de libert&#233; d'expression et de conscience garantie par la constitution ; on parle beaucoup de la situation morale et sociale des croyants. Monsieur Jagielski souligne que la dialogue entre l'Etat et l'Eglise se d&#233;veloppe bien&#8230; (&#8230;) La discussion est tr&#232;s anim&#233;e. &#171; En gros, nous sommes d'accord &#187; dit Monsieur Jagielski. Mais, de fait, le d&#233;bat n'a gu&#232;re avanc&#233;. (&#8230;) Au dessus de la porte num&#233;ro 2 du chantier L&#233;nine, les ouvriers ont suspendu une longue banderole &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) La finale est &#226;prement disput&#233;e. Vendredi 29, par deux fois les n&#233;gociations sont report&#233;es &#224; plus tard. (&#8230;) L'&#233;nervement cro&#238;t d'heure en heure, l'agressivit&#233; remonte &#224; la surface. Car, si le travail reprend, on va se retrouver du jour au lendemain face au directeur, au secr&#233;taire de cellule, ou m&#234;me &#8230; Demain, la moiti&#233; de cette salle peut se retrouver en taule, s'est &#233;cri&#233; quelqu'un sur un ton hyst&#233;rique. De nouvelles d&#233;l&#233;gations font leur entr&#233;e, venant d'autres vo&#239;vodies. (&#8230;) Le nouvel arrivant est embarrass&#233;. Il ne sait pas o&#249; s'installer. Il vient du bassin du cuivre et repr&#233;sente 20.000 travailleurs. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Samedi 30 ao&#251;t. La commission gouvernementale vient pour la quatri&#232;me fois au chantier. &#171; Il me semble, dit le vice Premier ministre Jagielski, que le moment est venu de terminer nos travaux &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dimanche. La signature des accords de Gdansk entre le MKS et Jagielski est retransmise &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte-rendu de Henrika Dobisz et Andrej Zianecki&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de Lech Walesa :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le moment d&#233;cisif survint apr&#232;s le 3 mai 1980, date de l'arrestation de repr&#233;sentants du Mouvement de la Jeune Pologne et du Mouvement pour la D&#233;fense des Droits de l'Homme &#8211; Dariusz Robzdej et Tadeusz Szczudlowski -, &#224; la suite de leur discours prononc&#233; devant le monument au roi Jan II Sobieski. On se lance quasi ouvertement dans une large diffusion de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je descendis devant les Chantiers et le dirigeai vers l'entr&#233;e. Le matin, avant l'embauche, des tracts et le bulletin &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187; avaient pu &#234;tre distribu&#233;s dans le train de banlieue et dans les tramways qu'empruntent la plupart des ouvriers pour se rendre au travail. L'information essentielle concernait le licenciement disciplinaire d'Anna Walentynowicz, survenu le 7 ao&#251;t, cinq mois avant qu'elle ne prenne sa retraite Le texte des tracts &#233;tait le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux ouvriers des Chantiers navals de Gdansk !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous nous adressons &#224; vous, coll&#232;gues d'Anna Walentynowicz. Elle travaillait aux Chantiers depuis 1950 : 16 ans comme soudeur, puis comme conducteur d'un pont-roulant &#224; l'atelier n&#176;2. Elle s'est vue d&#233;cerner la m&#233;daille de bronze, celle d'argent, puis en 1979, la Croix d'or du M&#233;rite. Elle a toujours &#233;t&#233; une ouvri&#232;re irr&#233;prochable. Elle s'est toujours insurg&#233;e contre toute injustice, toute in&#233;galit&#233;. C'est pourquoi elle a d&#233;cid&#233; de s'engager dans l'action qui avait pour but la mise sur pied d'un syndicat libre. C'est l&#224; que commenc&#232;rent pour elle les ennuis : elle a &#233;t&#233; mut&#233;e &#224; deux reprises dans une autre unit&#233; pour avoir distribu&#233; &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187;, et elle s'est vue infliger un bl&#226;me. (&#8230;) En arr&#234;t-maladie, Anna Walentynowicz a re&#231;u une lettre de licenciement prenant effet le 7 ao&#251;t pour avoir enfreint le r&#232;glement&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) C'est pourquoi nous vous lan&#231;ons cet appel : d&#233;fendez Anna Walentynowicz ! Si vous ne le faites pas, nombreux sont ceux qui risquent de se retrouver dans une situation semblable. Nous signalons d'autre part &#224; la direction qu'un pareil acte, en cette p&#233;riode o&#249; une vague de gr&#232;ves d&#233;ferle sur notre pays, para&#238;t un d&#233;fi au bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sign&#233; : comit&#233; de fondation des syndicats libres &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois gar&#231;ons de vingt ans, Jurek Borowczyk, Ludwig Pradzynski et Bogdan Felski, affiches, tracts et bulletins en mains, avaient su mettre en gr&#232;ve l'ensemble des Chantiers. (&#8230;) A la revendication en faveur d'Anna Walentynowicz, j'ajoutai ma propre r&#233;int&#233;gration et l'&#233;rection d'un monument (&#8230;) aux trois ouvriers abattus devant l'entr&#233;e des Chantiers en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) Ce qui concernait tout le monde, c'&#233;tait la hausse individuelle de 2000 zlotys. Nous nous cramponn&#226;mes donc &#224; cette derni&#232;re exigence comme pr&#233;alable &#224; toute n&#233;gociation (&#8230;) Au d&#233;but, nous branch&#226;mes des micros dans la salle du Service Hygi&#232;ne et de la S&#233;curit&#233; du Travail o&#249; se d&#233;roulaient les n&#233;gociations, ainsi qu'un autre &#224; l'ext&#233;rieur de la salle. Nous pouvions diffuser dans tous les ateliers, les halls de production. Par la suite, le n&#233;cessaire fut fait pour que les d&#233;bats soient entendus dans les chantiers voisins et dans les entreprises de la rue Walowa. Plus tard encore, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s emport&#232;rent les enregistrements pour les faire &#233;couter en d'autres entreprises. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la gr&#232;ve n'a rien d'un &#233;pisode harmonieux, elle passe par des phases de vive exaltation auxquelles succ&#232;dent des p&#233;riodes de compromis, voire des moments de peur. (&#8230;) Personne n'a trouv&#233; de sc&#233;nario id&#233;al pour le d&#233;roulement d'une chose comme la gr&#232;ve, ni ne saurait d'ailleurs en concevoir. La gr&#232;ve, c'est la foule qui r&#233;agit &#224; sa mani&#232;re, diverse et changeante. Moi, je n'avais pas de sc&#233;nario, mais je sentais la foule. Quand je me retrouve au milieu d'une foule, je sais toujours ce que les gens veulent. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre gr&#232;ve &#224; nous arrivait &#224; son terme : en ce troisi&#232;me jour, le samedi apr&#232;s-midi, elle avait pris fin ; tout son &#233;lan, toutes ses motivations essentielles s'&#233;taient &#233;vanouis. Comme j'avais affaire &#224; un directeur qui avait su faire face &#224; la situation (&#8230;), je m'&#233;tais senti oblig&#233; de contenir notre conflit dans certaines limites. &#199;a n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution s'appuyant sur le d&#233;sordre, mais un mouvement o&#249; chaque objectif &#233;tait soumis &#224; un jugement public. Je ne pouvais et ne voulais personnellement exprimer que CELA. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un t&#233;moignage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A peu pr&#232;s au moment m&#234;me o&#249; Walesa s'appr&#234;tait &#224; mettre fin &#224; la gr&#232;ve (&#8230;), un repr&#233;sentant des employ&#233;s des transports se trouva propuls&#233; sur le podium, devant le micro, et exposa leur cause. Son discours se termina par une demande de soutien. Au bout d'un moment, des employ&#233;s des tramways, sortant du b&#226;timent, se joignirent &#224; lui. Des jeunes entour&#232;rent le podium &#8211; cent, deux cents, cinq cents gar&#231;ons : &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187; (&#8230;) Sur les murs, la nuit, des inscriptions avaient fait leur apparition : &#171; Walesa, tra&#238;tre ! &#187;. D&#233;j&#224;, le samedi apr&#232;s-midi, (&#8230;) deux &#233;missaires femmes des gr&#233;vistes de Gdansk avaient eu des mots tr&#232;s durs contre Walesa (&#8230;) Le dimanche 17 ao&#251;t, Walesa, tel Simon de Cyr&#232;ne, prit sur ses &#233;paules une croix en bois et la porta devant l'entr&#233;e, jusqu'au lieu o&#249; l'on pr&#233;voyait d'&#233;lever &#224; l'avenir le Monument. La croix fut ciment&#233;e dans le sol (&#8230;) Dans la nuit de dimanche &#224; lundi, on fit dispara&#238;tre les inscriptions diffamant (ou d&#233;non&#231;ant) Walesa. La m&#234;me nuit, Walesa affermit sa position en prenant officiellement la t&#234;te du Comit&#233; de gr&#232;ve cr&#233;&#233; solidairement pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des entreprises de Gdansk, Gdynia, Elblag, Pruszcz, Tczew, Lebork, &#8230; entre beaucoup d'autres. Le lundi matin, le directeur avait co-sign&#233; avec Walesa, le samedi, les accords concernant les Chantiers, s'effor&#231;a &#224; nouveau de faire appel au loyalisme du personnel, et reprocha &#224; Walesa d'avoir rompu leurs accords. Walesa ne sut que lui donner raison. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, j'exer&#231;ai un certain ascendant sur les gens, par exemple au sein du Comit&#233; inter-entreprises qui se rassemblait dans la grand-salle de r&#233;union des Chantiers. Je me rendais compte d'embl&#233;e que les gars &#233;taient beaucoup trop excit&#233;s, que les passions &#233;taient &#224; leur comble, ce qui excluait toute discussion s&#233;rieuse et interdisait qu'on prenne aucune d&#233;cision. J'avais &#233;tabli le rituel suivant : je p&#233;n&#233;trai dans la salle, la traversais d'un pas assur&#233;, et, parvenu jusqu'au petit podium, je me retournai brusquement face &#224; l'auditoire, gardais le silence une seconde, puis d&#233;clarais ouverte la session du Comit&#233; en proposant d'entonner l'hymne national. Tout le monde se levait, et les gars se mettaient &#224; chanter &#224; l'unisson. Les gens qui, dix minutes avant la r&#233;union, &#233;taient venus avec la ferme r&#233;solution de donner libre cours &#224; leur col&#232;re, ne contestaient plus les d&#233;cisions prises, se contentant de conciliabules en petits cercles. Et le moment o&#249; je me levais signifiait irr&#233;vocablement la cl&#244;ture de la r&#233;union : les gens embo&#238;taient le pas. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment-cl&#233; o&#249; furent formul&#233;es les 21 revendications du mouvement et o&#249; l'on discuta avec passion de leur version d&#233;finitive, la direction des syndicats libres n'&#233;tait pas unanime. Dans leur hi&#233;rarchie informelle, je ne suis alors que le num&#233;ro trois ou quatre, peut-&#234;tre m&#234;me cinq. C'est &#224; ce moment difficile que je me retrouve propuls&#233; &#224; la premi&#232;re place, que je me sens avancer seul dans le r&#244;le de dirigeant, que je suis amen&#233; &#224; imposer ma volont&#233;, en d&#233;pit de l'amertume justifi&#233;e de certains, que je ne peux pas ne pas percevoir. (&#8230;) je sais que, pour l'heure, il faut nous montrer mod&#233;r&#233;s, contr&#244;ler et limiter certaines revendications irr&#233;alistes, si fond&#233;es qu'elles soient, afin de gagner plus tard. (&#8230;) Il s'agissait de pouvoir dire en toute confiance aux repr&#233;sentants du gouvernement, d&#232;s leur arriv&#233;e chez nous : &#171; A l'exemple de l'ordre qui r&#232;gne ici et qui est accept&#233; par tous, instaurons ensemble un ordre nouveau dans notre pays, dans toute la Pologne. &#187; C'&#233;tait un ordre sans vodka : &#224; l'entr&#233;e des Chantiers, nous brisions les bouteilles apport&#233;es par ceux qui n'&#233;taient pas encore au courant. C'&#233;tait un ordre avec le Pape : son portrait fut suspendu &#224; l'entr&#233;e d&#232;s le premier jour de gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme comprenant nos &#171; 21 revendications &#187; vit rapidement le jour (&#8230;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;reconnaissance des syndicats libres, ind&#233;pendants du Parti et des employeurs (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;garantie du droit de gr&#232;ve, de la s&#233;curit&#233; des gr&#233;vistes et des personnes qui leur viennent en aide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;respect des libert&#233;s d'expression et de publication (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;tablissement dans leurs droits des personnes licenci&#233;es (&#8230;) des &#233;tudiants exclus de l'enseignement sup&#233;rieur (&#8230;),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lib&#233;ration des prisonniers politiques (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rendre publique le comit&#233; inter-entreprises et ses revendications&lt;br class='autobr' /&gt;
information de toute la population sur la situation &#233;conomique et sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;paiement des jours de gr&#232;ve (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;augmentation mensuelle du salaire de base de chaque travailleur de 2100 zlotys (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instauration de l'&#233;chelle mobile des salaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Approvisionnement en produits alimentaires (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le 22 ao&#251;t au soir, la d&#233;l&#233;gation du praesidium du MKS a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la Commission gouvernementale, Monsieur le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski, et lui a remis le message suivant : &#171; Le MKS informe la D&#233;l&#233;gation gouvernementale dirig&#233;e par le vice-Premier ministre qu'il est pr&#234;t &#224; entreprendre des pourparlers sur la base des 21 revendications, qui pourraient mettre un terme &#224; la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Tadeusz Mazowiecki et Borislav Geremek sont venus de Varsovie en voiture par un chemin d&#233;tourn&#233;. Ils vont travailler en temps qu'experts aupr&#232;s du Comit&#233;. Ils ont re&#231;u un accueil tr&#232;s chaleureux. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Gdansk devient alors une sorte de Mecque o&#249; affluent les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprises de l'ensemble du pays, venus apporter leur soutien et pr&#234;ts &#224; se joindre &#224; la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant d&#233;cisif de la gr&#232;ve est le vendredi 22 ao&#251;t, marqu&#233; par la venue &#224; Gdansk de Mieczyslaw Jagielski, vice-premier ministre, nomm&#233; &#224; la place de Pyka qui vient d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;. La rencontre avec nos d&#233;l&#233;gu&#233;s a eu lieu le soir m&#234;me (&#8230;) De retour, avant m&#234;me d'avoir franchi la grille, ceux-ci crient d&#233;j&#224; victoire : cette victoire r&#233;side dans la d&#233;cision d'entamer des pourparlers entre le gouvernement et le Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises sur la base de nos 21 revendications. Un combat difficile nous attend alors. &#171; Nous savons ce que nous voulons &#187; ai-je dit &#224; Mazowwicki et &#224; Geremek lors de notre premi&#232;re entrevue sur le coup de minuit. (&#8230;) Comme tant d'autres, ils &#233;taient venus avec un texte de soutien. Le voyant, je m'&#233;tais dit que ce n'&#233;tait l&#224; qu'une motion de plus. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils avaient concr&#232;tement &#224; nous proposer, car nous avions vraiment besoin d'aide. &#171; Comme intellectuels, nous ne pouvons faire grand-chose, hormis vous servir de conseillers, d'experts. &#187; Excellente id&#233;e ! Nous venions de trouver le maillon manquant &#224; notre cha&#238;ne. Tout le monde s'accorda sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;signer une commission d'experts, &#224; d&#233;faut desquels nous aurions bien &#233;t&#233; incapables de faire se rencontrer la &#171; dialectique &#187; du pouvoir et la c&#244;t&#233; un peu fruste et &#233;l&#233;mentaire de nos revendications. (&#8230;) Cette base de d&#233;part nous convenait tout &#224; fait et n'&#233;tait pas non plus pour d&#233;plaire aux autorit&#233;s : non sans raison, celles-ci redoutaient les formulations trop radicales de gens simples, &#224; bout de nerfs, qui mettent &#224; mal respectabilit&#233;s et convenances, et usent parfois d'un vocabulaire &#224; rester pantois. Les uns comme les autres, nous avions besoin d'&#234;tre assur&#233;s qu'il serait possible de trouver une r&#233;ponse commune. Autrement, la situation &#233;tait sans issue. Le fait de nommer une commission d'experts ouvrit cette perspective d'entente. Dans le courant de la nuit, ils d&#233;finirent la marche &#224; suivre : dans un premier temps, nous ne devions pas aller plus loin que le quatre premi&#232;res revendications. (&#8230;) En cette journ&#233;e du 23 ao&#251;t, (&#8230;) les gens se pressent de part et d'autre de la seconde grille d'entr&#233;e des Chantiers. Devant, sont assembl&#233;es plusieurs milliers de personnes inform&#233;es de l'arriv&#233;e tant attendue de la Commission gouvernementale. (&#8230;) Hostiles, les gens reculent &#224; contrec&#339;ur. (&#8230;) Le car ne peut avancer : devant lui, se dresse un mur d'ouvriers en bleus de travail us&#233;s. Ils se tiennent l&#224;, bras crois&#233;s, visages ferm&#233;s. (&#8230;) Je m'avance en compagnie de Gniech, le directeur, et du Comit&#233; inter-entreprises. Jagielski descend du car. P&#226;le, les traits tir&#233;s, dossier noir sous le bras, le vice-premier ministre met pied &#224; terre, suivi de Fizbach et des autres. Je m'approche, lui tends la main pour lui souhaiter la bienvenue aux Chantiers. (&#8230;) &#171; Les-zek ! Les-zek ! &#187; se met &#224; scander d'une seule voix la foule - c'est son vote de confiance, le rappel &#224; la partie adverse que le Comit&#233; est mandataire pleinement reconnu par tous les gr&#233;vistes. Ceux-ci forment une v&#233;ritable for&#234;t humaine. Une frondaison de bras lev&#233;s aux poings serr&#233;s. (&#8230;) Un hors d'&#339;uvre aux pourparlers de la force et de la discipline sur lesquelles reposent notre attachement &#224; la d&#233;mocratie &#8211; et qui seront essentielles au moment o&#249; il faudra ent&#233;riner l'accord intervenu. En cas de contestation, il y a bien s&#251;r l'instance d'appel que constituent les Chantiers, ces milliers d'ouvriers qui attendent rassembl&#233;s autour du b&#226;timent et qui suivent le d&#233;roulement des n&#233;gociations &#224; travers les baies vitr&#233;es. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pr&#233;sents dans la grand-salle, sont pour moi un appui consid&#233;rable, de m&#234;me que les experts, ou encore l'Eglise dont le soutien se fait de plus en plus ouvert. En ce qui concerne les syndicats libres, c'est d&#233;j&#224; moins &#233;vident ; les relations les plus confuses existent entre le Praesidium du Comit&#233; de gr&#232;ve et moi : ce dernier compte en son sein une tendance radicale qui s'oppose aux vues &#171; r&#233;alistes &#187;. On y consid&#232;re d'un mauvais &#339;il toute tentative de contact direct avec les repr&#233;sentants du pouvoir, contacts pourtant n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de toute n&#233;gociation. Ces &#171; Jacobins &#187; d'ao&#251;t 1980 &#233;pient les moindres faits et gestes de chacun. Ils sont obs&#233;d&#233;s par la crainte d'une manipulation politique et leur m&#233;fiance n'&#233;pargne pas les experts. En l'occurrence, j'ai d&#251; me montrer intransigeant et ne pas c&#233;der aux pressions visant leur &#233;limination. J'ai &#233;galement cherch&#233; &#224; &#233;viter que ces divergences n'apparaissent en cours de n&#233;gociations. Elles ont &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes jusqu'&#224; la fin de la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walesa : &#171; Monsieur le vice-Pr&#233;sident, nous vous accueillons au nom du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises repr&#233;sentant pr&#232;s de 370 entreprises de la r&#233;gion de Gdansk et un certain nombre de celles d'Eblag et de Slupsk. Conscients de repr&#233;senter des centaines de milliers d'hommes, nous sommes tout aussi convaincus de lutter pour la bonne cause. Vous avez la possibilit&#233; de visiter aujourd'hui un chantier naval autog&#233;r&#233; par les ouvriers. Vous pouvez constater que l'ordre y r&#232;gne. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jagielski : (&#8230;) Je pense en premier lieu &#224; un changement de la loi sur les syndicats (..) Il faudra &#224; mon avis que le personnel des Chantiers et que les travailleurs des autres entreprises du Littoral participent &#224; l'&#233;laboration de cette loi (&#8230;) Le second facteur, &#224; mon sens, concerne l'analyse et l'appr&#233;ciation de l'&#233;volution du pouvoir d'achat des diverses cat&#233;gories professionnelles, qui devrait &#234;tre &#233;valu&#233;e et suivie par les syndicats ind&#233;pendamment de l'administration d'Etat. (&#8230;) Si j'ai bien compris, le deuxi&#232;me point porte sur la garantie du droit de gr&#232;ve, ainsi que sur la s&#233;curit&#233; des personnes en gr&#232;ve et de ceux qui leur viennent en aide. (&#8230;) J'en suis &#224; me demander s'il est bien opportun de prendre une telle d&#233;cision aujourd'hui (&#8230;) A ce propos, il serait peut &#234;tre utile d'&#233;couter ce qu'en pense l'opinion publique. (&#8230;) Si nous laissions ce probl&#232;me ouvert &#224; la discussion. Pour ce qui est de la s&#233;curit&#233; des personnes qui font gr&#232;ve, ainsi que pour celles qui les soutiennent, cette s&#233;curit&#233; n'est pas menac&#233;e. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florian Wisnievski : Florian Wisnievski, je viens d'Elektromontaz. (&#8230;) Nous ne sommes pas du m&#234;me bord : nous autres, nous sommes en contact des travailleurs, au sein des entreprises. Cela fait longtemps que je travaille dans les syndicats, et les choses sont loin de se passer aussi simplement. (&#8230;) Le Code du travail autorise l'entreprise &#224; licencier sur le champ toute personne qui fait gr&#232;ve. (&#8230;) ici, sur le Littoral, &#233;tant donn&#233; l'atmosph&#232;re que vous savez (&#8230;) ce n'est plus le moment de consulter l'opinion publique. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jagielski : S'il s'agit du troisi&#232;me point, &#224; savoir : &#171; respecter les libert&#233;s d'expression &#187; (&#8230;) la Constitution garantit les libert&#233;s d'expression, d'&#233;dition, de publication, n'est-ce pas ? Le probl&#232;me se pose, comment dire, au niveau de l'application de ces textes. (&#8230;) L'ouverture des m&#233;dias aux repr&#233;sentants de toutes les confessions est une revendication &#224; examiner. (&#8230;) Si quelqu'un me pose des conditions, je voudrai r&#233;pondre ceci. Moi, je n'ai pos&#233; aucune condition. J'ai seulement exprim&#233; mes souhaits. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walesa : (&#8230;) Je prose d'&#233;laborer ensemble un communiqu&#233; commun. (&#8230;) Nous demandons au surplus une retransmission radiophonique au moins sur Gdansk. (&#8230;) Je propose de chanter ensemble l'hymne national. (Ils chantent.) Nous attendrons gentiment, sagement, sans aucune &#8230; Mesdames, Messieurs, je voudrai que nous saluions courtoisement la d&#233;l&#233;gation avant de nous s&#233;parer. Nos finirons sans doute par nous entendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Nous avons trouv&#233; une formule nouvelle, r&#233;sultant de la fusion de plusieurs &#233;l&#233;ments : religion, patriotisme, st&#233;r&#233;otype de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; - oui, cette tradition-l&#224; aussi &#8230; C'&#233;tait une mani&#232;re de &#171; r&#233;volution &#224; genoux &#187;, avec pri&#232;re, chapelet et messe. La pri&#232;re nous prot&#233;geait, mais nous avons magnifi&#233; son importance, cela n'avait plus rien &#224; voir avec la d&#233;votion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) On joua contre nous le contenu du sermon prononc&#233; &#224; Jasna-Gora par Mgr Stefan Wyzynski. (&#8230;) Les gars qui priaient sur les Chantiers, eux, accueillirent avec incr&#233;dulit&#233; et d&#233;sarroi les propos du Primat. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrive la derni&#232;re s&#233;ance de pourparlers avec la Commission gouvernementale, le samedi 30 ao&#251;t. Le climat de la discussion n'est plus le m&#234;me. Jagielski est press&#233; d'aboutir, fait pression pour que des solutions rapides soient trouv&#233;es, sans trop ergoter sur les formulations de d&#233;tail : &#171; les points num&#233;ro un et deux des revendications &#8230; nous les paraphons ! &#187; Puis, de but en blanc, il d&#233;clare qu'il souhaite revenir aux Chantiers avec ces textes rev&#234;tus de l'aval &#8211; donc de l'approbation &#8211; du plenum du Comit&#233; central. Il sugg&#232;re d&#233;j&#224; les termes du communiqu&#233; final. (&#8230;) Le pl&#233;num du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises exige que je transforme l'affaire des prisonniers en ultimatum. Aucun accord ne doit &#234;tre sign&#233; avant leur lib&#233;ration. (&#8230;) Aussi bien parmi l'assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'au sein du Pr&#230;sidium du Comit&#233; de gr&#232;ve, commencent &#224; s'exacerber les points de vue. (&#8230;) Nous convenons qu'un accord existe bel et bien pour le moment et que, pour le reste, nous ferons au mieux&#8230; Le lendemain, la c&#233;l&#233;bration de la messe ram&#232;ne le calme dans la grand-salle. (&#8230;) L'affaire s'&#233;ternisa pour des raisons pratiques. (&#8230;) Jagielski, tendu, bl&#234;mit et d&#233;clare : &#171; je vous en prie&#8230; Je ne sais pas si, dans une heure, je pourrai encore signer cet accord&#8230; &#187; (&#8230;) Nous avons appos&#233; nos signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je veux &#233;voquer la p&#233;riode qui a suivi les &#233;v&#233;nements qui se sont alors d&#233;roul&#233;s dans notre pays, et que je cherche une image qui r&#233;sume &#224; la fois le climat et l'&#233;tat d'esprit des gens (&#8230;) je compare volontiers la soci&#233;t&#233; polonaise d'apr&#232;s ao&#251;t 80 &#224; un pauvre qui occupait jusque l&#224; un petit coin dans une belle maison dont il n'&#233;tait pas propri&#233;taire. Et voici que subitement, il devient clair que la maison est son ancienne propri&#233;t&#233; et qu'en r&#233;alit&#233;, tout lui appartient ! (&#8230;) Psychologiquement parlant, une telle situation n'est commode ni pour l'ancien ni pour le nouveau gestionnaire, et force est d'admettre que le temp&#233;rament de chacun commande ses actions. (&#8230;) Mais les Accords de Gdansk avaient lanc&#233; des ponts, ouvert des possibilit&#233;s d'entrer dans une nouvelle &#233;tape de coexistence, fait appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; convivialit&#233; du pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi matin, ouverture des premiers locaux du Syndicat, rue Marchlewskiego, dans le vieux Wrescz. (&#8230;) Bient&#244;t, la file d'attente s'&#233;tend jusqu'&#224; la rue. (&#8230;) Gdansk devait expliquer, d&#233;fendre, organiser, conf&#233;rer son label. La capitale de la Pologne avait d&#233;m&#233;nag&#233; sur le Littoral. (&#8230;) La p&#233;riode difficile venait de commencer. De jour en jour, une force r&#233;elle se constituait ; les maillons syndicaux se multipliaient &#224; une vitesse vertigineuse dans toutes les entreprises, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, et cette force cherchait naturellement &#224; s'exercer : elle entendait influencer les d&#233;cisions concernant le Plan, les questions salariales, celles de la productivit&#233;, les cas individuels. Les directions d'entreprise lui refusaient g&#233;n&#233;ralement ce r&#244;le. Il n'existait pas de jurisprudence indiquant avec pr&#233;cision comment comprendre les Accords d'ao&#251;t 80, dont les formulations &#233;taient souvent trop g&#233;n&#233;rales. Les controverses se multipliaient (...) Toutes affaires devaient &#234;tre r&#233;gl&#233;es par le MKZ : le Comit&#233; inter-entreprises de fondation des syndicats ind&#233;pendants autog&#233;r&#233;s. Nous n'&#233;tions que 18 et il nous revenait d'accomplir sur le champ la r&#233;forme du syst&#232;me. (&#8230;) Quand il devin manifeste que toute notre exp&#233;rience acquise dans les Syndicats libres n'y suffirait pas (&#8230;) je d&#233;couvris la voie menant &#224; moi-m&#234;me par l'Eglise, par la foi, qui m'avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans les moments difficiles de la gr&#232;ve. (&#8230;) Durant les premiers jours de septembre nous parvint un signal de Varsovie : le Primat souhaitait rencontrer Walesa et l'&#233;quipe des dirigeants de la gr&#232;ve. Ainsi allait donc avoir lieu ce contact personnel, cette rencontre en t&#234;te &#224; t&#234;te avec celui qui personnifiait la majest&#233; de l'Eglise polonaise, qui repr&#233;sentait le lien principal entre la tradition nationale, toujours vivante, et le pr&#233;sent. (&#8230;) Nous avons commenc&#233; par une messe matinale au cours de laquelle le cardinal Wyszynski, s'adressant &#224; nous, d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Les plus grandes &#233;nergies doivent se d&#233;ployer afin de donner des fruits pour le bien des travailleurs qui entreprennent dans notre Patrie un immense effort. Mais comme il faut &#234;tre sage ! Comme il faut savoir embrasser &#224; la fois le pr&#233;sent et l'avenir de cette nation (&#8230;) &#187; Il d&#233;clara un peu plus tard : &#171; Il ne faut pas vouloir changer les gens en place, ce sont eux qui doivent changer, devenir autres. &#187; (&#8230;) Je me sentais tr&#232;s proche du primat sur tous ces sujets ! (...) Le Primat surprenait parfois par son indulgence et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, si &#233;loign&#233;s d'une tactique sommaire et plus ais&#233;e &#224; adopter, tentante m&#234;me. Il en avait &#233;t&#233; ainsi en 1970, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, quand l'Eglise &#233;tait &#224; m&#234;me d'exiger beaucoup d'un pouvoir affaibli par les r&#233;cents bouleversements&#8230; Le Primat d&#233;clara alors qu'on ne pouvait &#171; gagner &#187; gr&#226;ce qu sang ouvrier qui avait &#233;t&#233; r&#233;pandu, que l'Eglise devait &#234;tre forte de sa propre force, non de la faiblesse de l'adversaire. (&#8230;) Novice comme je l'&#233;tais &#224; l'&#233;poque, ce sont l&#224; des &#233;l&#233;ments qui me permirent de construire ce qu'on a plus tard appel&#233; la &#171; ligne Walesa &#187;, qui ne faisait alors que s'esquisser. (&#8230;) En ao&#251;t, ce but &#233;tait clair aux yeux de tous, tout &#233;tait simple : il fallait arr&#234;ter la gr&#232;ve, formuler nos revendications, amener le pouvoir &#224; les accepter. (&#8230;) Prendre le pouvoir, r&#233;tablir l'ordre par un nouveau pouvoir install&#233; par nous ? Non ! Plut&#244;t, un profond changement int&#233;rieur du pouvoir en place, puisque rien ne garantissait qu'un autre serait meilleur (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pendait, pr&#232;s du feu, l&#224; o&#249; tout se d&#233;cidait, les affaires se r&#233;v&#233;laient beaucoup plus complexes. J'&#233;tais celui qui choisissait les &#233;l&#233;ments de l'alliage, mais, parall&#232;lement, d'autres &#233;l&#233;ments s'y infiltraient &#224; mon insu : par les c&#244;t&#233;s, par en haut, par derri&#232;re&#8230; Il y avait m&#234;me des gens qui agissaient de leur propre initiative, sans demander la moindre autorisation. La temp&#233;rature montait constamment. Situation nouvelle : dans la gr&#232;ve, nous &#233;tions la force motrice, nous dosions les probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, le mouvement ob&#233;issait &#224; un programme, donnait lui-m&#234;me le tempo des &#233;v&#233;nements qui, cette fois, se d&#233;roulaient ind&#233;pendamment de nous. L'aiguillage avait &#233;t&#233; d&#233;vi&#233; : il fallait redoubler de force pour contr&#244;ler le cours de l'actualit&#233;, proposer &#224; temps des corrections de trajectoires, &#233;viter les catastrophes, servir de butoir l&#224; o&#249; des revendications d&#233;cha&#238;n&#233;es mena&#231;aient directement l'existence de certaines structures concr&#232;tes du pouvoir. Au cours de dizaines de r&#233;unions, il me fallut combattre la tendance g&#233;n&#233;rale au r&#232;glement de comptes avec des chefs de services, des directeurs compromis dans leurs entreprises, des repr&#233;sentants du pouvoir &#224; divers niveaux. Les gens &#233;taient emport&#233;s par la fureur de tout nettoyer tout de suite. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s la gr&#232;ve, je re&#231;us la visite d'Anna Walentynowicz, dans notre nouvel appartement, rue Pilotow, dans le quartier neuf de Zaspa. (&#8230;) Mme Anna vint me voir avec une proposition amicale bien concr&#232;te : &#171; Donne ta d&#233;mission du Comit&#233; inter-entreprises ! &#187; Je n'avais pas les &#233;paules assez larges, &#224; ce qu'elle disait, il fallait un type dans le genre d'Andrej Gwiazda, de Kuron, de Modzelewski ou de tel autre encore&#8230; Le candidat n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;, mais l'intention n'en &#233;tait pas moins claire : d'apr&#232;s elle, j'&#233;tais trop faible, pas assez &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans mes revendications, trop mou avec les autorit&#233;s. Cette id&#233;e n'&#233;manait pas uniquement de madame Anna, il y avait derri&#232;re elle une fraction pas tr&#232;s nombreuse mais influente des syndicats libres du Littoral. (&#8230;) Il &#233;tait devenu &#233;vident que le Comit&#233; inter-entreprises de Gdansk s'employait sans cesse &#224; contester la position que j'avais acquise, il faut le reconna&#238;tre, gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve. Aux yeux de certains, je pouvais encore appara&#238;tre comme un &#171; usurpateur &#187;. (&#8230;) Ainsi Jacek Kuron &#233;tait indiscutablement un homme aux id&#233;es bien arr&#234;t&#233;es, initiateur de conceptions assez radicales. C'&#233;tait le m&#234;me homme avec qui j'avais eu une discussion interminable &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais mes tout premiers pas dans les syndicats libres. C'est &#224; lui que j'&#233;tais redevable de l'aide que le KOR (Comit&#233; de D&#233;fense des Ouvriers) avait apport&#233;e &#224; moi-m&#234;me et &#224; beaucoup d'autres en p&#233;riode de ch&#244;mage ou de difficult&#233;s personnelles. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous le label Solidarnosc, les Comit&#233;s inter-entreprises r&#233;gionaux iront tous ensemble se faire enregistrer au tribunal. (&#8230;) A pr&#233;sent, le groupe de conseillers et d'experts varsoviens travaillait &#224; nos statuts qui devaient refl&#233;ter &#224; la fois notre exp&#233;rience syndicale, la signification d'ao&#251;t 80, la tradition polonaise. (&#8230;) Dans le m&#234;me temps, une &#233;quipe de t&#233;l&#233;vision polonaise m'interroge sur le sort de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement annonc&#233;e par Solidarnosc. Ils ont du mal &#224; comprendre que la proclamation de cette gr&#232;ve d'avertissement canalise toutes les gr&#232;ves sauvages qui explosent comme des p&#233;tards dans tout le pays contre les autorit&#233;s qui s'opposent &#224; divers &#233;chelons aux in&#233;vitables revendications de la population. A cela s'ajoute encore en arri&#232;re-plan la cr&#233;ation de l'organisation syndicale rurale qui est en train de se mettre pr&#233;cipitamment en place. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les &#171; gr&#232;ves de solidarit&#233; ouvri&#232;re &#187;, notamment aux revendications des agriculteurs, Walesa cite la bande son d'un film :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Walesa : (&#8230;) C'est &#224; Gdansk que &#231;a se passe. Poznan a d&#233;bray&#233; aussi, j'ai stopp&#233;. J'ai tout de m&#234;me stopp&#233; deux gr&#232;ves ! (&#8230;) Ce serait pire s'ils faisaient gr&#232;ve sans nous. Ce serait la r&#233;volution. (&#8230;) Je pense donc que ce que nous avons fait constituait l'issue la plus logique. (&#8230;) Nous &#233;tions oblig&#233;s de nous prononcer, et nous nous sommes prononc&#233;s pour la ma&#238;trise de ce mouvement. Le pire aurait &#233;t&#233; qu'il &#233;chappe &#224; notre contr&#244;le. Nous ne souhaitons pas la gr&#232;ve, parce qu'il en viendra alors sans cesse de nouveaux pour multiplier les revendications, et tout risque alors de mal tourner. C'est pourquoi nous n'en voulons pas. (&#8230;) Bien s&#251;r que nous pouvons y aller, mais nous sommes bien plac&#233;s pour savoir que, d'ici une heure, il peut aussi bien &#233;clater une r&#233;volution. (&#8230;) Nous for&#231;ons les choses, pouss&#233;s par des hourrah, de telle mani&#232;re qu'il n'y ait plus de solution du tout ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Walesa : &#171; Walesa &#224; l'appareil. Monsieur le directeur, il y a deux affaires dont je voudrais vous parler. (&#8230;) En ce qui concerne cette gr&#232;ve. Vous savez, nous ne tenons pas &#224; ce qu'il y ait des gr&#232;ves en ce moment&#8230; (&#8230;) C'est pourquoi il serait bien que vous fassiez en sorte que (&#8230;) je m'entretienne avec eux (les gr&#233;vistes), ou pour qu'ils viennent chez nous&#8230; Nous leur expliquerions en quoi &#231;a fait probl&#232;me. (&#8230;) R&#233;ponse de l'assistant du vo&#239;vode : nous enverrons des voitures vous chercher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voitures sont bien arriv&#233;es, mais l'annulation de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement d'apr&#232;s ao&#251;t n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;e pour autant pour la simple raison qu'elle ne pouvait pas l'&#234;tre. (&#8230;) De toute fa&#231;on, j'allais mettre fin &#224; ces gr&#232;ves (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;sure dans la br&#232;ve existence officielle du syndicat se situe &#224; mon avis en mars 1981. Elle correspond &#224; la crise de Bydgoszcz, engendr&#233;e par l'agression perp&#233;tr&#233;e par la milice contre Rulewski, responsable de Solidarnosc pour cette r&#233;gion, et d'autres qui tentaient de pr&#233;senter &#224; la session du conseil r&#233;gional de Bydgoszcz le probl&#232;me de la reconnaissance du syndicat des agriculteurs priv&#233;s. Cette crise de mars a &#233;t&#233; surmont&#233;e, mais nous avions d&#233;j&#224; presque atteint le point limite. J'ai eu le plus grand mal &#224; apaiser le climat de mobilisation g&#233;n&#233;rale qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de la raison d'&#234;tre de Solidarnosc, et qui, &#233;tant donn&#233; l'attitude du pouvoir, mena&#231;ait de conduire &#224; la catastrophe. J'eus alors le sentiment d'avoir d&#233;samorc&#233; une &#233;norme charge de dynamite et d'avoir men&#233; &#224; bien quelque chose d'irr&#233;versible. A partir de ce moment-l&#224;, Solidarnosc ne b&#233;n&#233;ficierait certes plus jamais d'une conjoncture aussi favorable, mais, d'un autre c&#244;t&#233;, jamais une confrontation g&#233;n&#233;rale avec ce pouvoir aux abois n'avait &#233;t&#233; aussi lourde de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire de mars est en effet une date cl&#233; pour comprendre l'histoire du syndicat. Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport de forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Je tablais sur une issue &#233;volutive. Malheureusement, le pouvoir ne tira de la mobilisation qu'une seule conclusion : qu'il &#233;tait tr&#232;s menac&#233; et, qu'en l'espace d'une journ&#233;e, l'ensemble de la population pouvait se dresser contre lui. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, j'&#233;tais n&#233;anmoins certain d'une chose : tant que nous pourrions naviguer, tant que Solidarnosc continuerait d'exister, il serait possible, ne f&#251;t-ce que tr&#232;s lentement, de consolider les changements, de donner aux gens ne f&#251;t-ce qu'un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre la vraie vie en Pologne. (&#8230;) Parfois, on pr&#233;f&#232;rerait presque que tout nous tombe dessus : on verra bien, &#231;a nous tranchera peut-&#234;tre pas la t&#234;te, si nous savons rester raisonnables ; le cas &#233;ch&#233;ant, nous reviendrons alors sur nos pas&#8230; Je me repr&#233;sentais toujours l'avenir comme une marche par &#233;tapes, jamais comme une course d'une seule traite. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'espoir &#233;tait immense, les chances de r&#233;ussir ici et maintenant n'&#233;taient vraiment pas &#233;normes. J'&#233;tais au contraire d'avis qu'elles &#233;taient infimes. Elles r&#233;sidaient dans le simple fait que la cause d'ao&#251;t 80 &#233;tait commune &#224; tous les Polonais. Elles reposaient sur l'espoir que le pouvoir repr&#233;senterait le peuple dans cette mesure au moins o&#249; il serait capable de comprendre ses aspirations et il accepterait de participer &#224; ce difficile processus. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'on puisse en penser, &#224; aucun moment l'attitude de Solidarnosc n'avait abouti &#224; aggraver les difficult&#233;s &#233;conomiques, m&#234;me si telle &#233;tait alors la version des faits la plus courante parmi ceux qui d&#233;fendaient les int&#233;r&#234;ts gouvernementaux. En voici une illustration : c'est la cr&#233;ation des syndicats ind&#233;pendants qui constituait la revendication principale des gr&#233;vistes d'ao&#251;t 80, bien que les revendications salariales eussent domin&#233; dans un premier temps. Les ouvriers des Chantiers c&#233;d&#232;rent sur ces derni&#232;res jusqu'&#224; y renoncer pour ainsi dire totalement. On en eut termin&#233; avec une augmentation de quelques centaines de zlotys, et plut&#244;t pour le principe, afin d'en finir avec l'aspect purement &#233;conomique de la gr&#232;ve. Il y avait de notre part une grande compr&#233;hension des difficult&#233;s du pays. Les gens &#233;taient pr&#234;ts &#224; consentir des sacrifices. Il y eut m&#234;me des propositions comme quoi ceux qui en avaient encore les moyens allaient se cotiser pour rembourser ne f&#251;t-ce qu'une toute petite partie de la dette polonaise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Novembre 80 &#233;largit dangereusement le champ de confrontation avec le pouvoir. Deux incidents y contribu&#232;rent : le premier, li&#233; &#224; l'enregistrement du syndicat ; le second, concernant l'affaire Jan Narozniak, un math&#233;maticien de l'Universit&#233; de Varsovie qui avait rendu public un texte confidentiel du procureur g&#233;n&#233;ral. (...) Dans le m&#234;me temps d&#233;ferle une vague de revendications plus g&#233;n&#233;rales : dans la r&#233;gion montagneuse, &#224; Bielsko-Biala, &#224; Jelenia-Gora. Un puissant mouvement social se d&#233;veloppe, exigeant que soient restitu&#233;s de nombreux centres de loisirs luxueusement &#233;quip&#233;s, des maisons de repos, des b&#226;timents publics appartenant jusqu'alors aux diff&#233;rents organes gouvernementaux et inaccessibles au reste de la population. (&#8230;) D'o&#249; une vague de gr&#232;ves dans toutes les r&#233;gions de Pologne. Je passe cette p&#233;riode &#224; voyager sans cesse pour participer aux n&#233;gociations entre gr&#233;vistes et autorit&#233;s. Les conseillers et experts du syndicat ne me quittent pas un instant. Ils sont partout o&#249; les conflits se propagent. (&#8230;) L'Eglise jouait avec succ&#232;s le r&#244;le de m&#233;diateur entre les gr&#233;vistes et le pouvoir. L'image en est devenue classique et restera longtemps dans les m&#233;moires : trois &#233;v&#234;ques assis &#224; la table des pourparlers entre repr&#233;sentants des autorit&#233;s et de Solidarnosc. C'est le moment o&#249; la tension &#224; Bielsko-Biala &#233;tait &#224; son comble. (&#8230;) Je me suis mis en route en janvier 1981. A Rome m'attendait un grand Polonais, le pape Jean Paul II, et cette rencontre fut pour moi le temps fort de mon s&#233;jour en Italie. Nous apportions au Pape le message de Solidarnosc, et j'avais grandement conscience de l'importance de ce que nous re&#231;&#251;mes de lui qui, publiquement, &#224; la face du monde, approuva nos id&#233;aux. (...) J'avais re&#231;u une invitation &#224; me rendre &#224; Gen&#232;ve pour participer, au d&#233;but de juin, &#224; la prochaine session annuelle de l'Organisation Internationale du Travail. (&#8230;) Nous sommes partis en juin de Varsovie avec le ministre Jerzy Obodowski et un petit groupe de ses conseillers repr&#233;sentant la &#171; sph&#232;re des employeurs &#187;. Pour ma part, j'&#233;tais accompagn&#233; par Bronislaw Geremek, Andrej Stelmachowski et Ryszard Kalinowski qui avait, au sein de son syndicat, la responsabilit&#233; des contacts avec l'&#233;tranger. D&#232;s le d&#233;collage de l'avion se cr&#233;a entre nous une bonne atmosph&#232;re : apr&#232;s tout nous partions repr&#233;senter conjointement la Pologne &#224; une assembl&#233;e internationale o&#249; on ne se priva pas de nous scruter attentivement. (&#8230;) L'appui de la France se r&#233;v&#233;la alors essentiel, dissipant les malentendus auxquels se heurtait l'id&#233;al de Solidarnosc et &#233;clairant par contrecoup le malaise de l'&#233;quipe dirigeante polonaise. Il fit mieux comprendre &#224; l'opinion politique internationale le sens et la port&#233;e r&#233;els de l' &#187;&#233;t&#233; polonais &#187;. (&#8230;) Les cinq grandes organisations syndicales repr&#233;sent&#233;es ce jour-l&#224; refl&#233;taient &#224; elles seules tout l'&#233;ventail des tendances existantes, depuis le mouvement d'inspiration chr&#233;tienne jusqu'aux communistes. Toutes soulign&#232;rent n&#233;anmoins &#8211; et cette unanimit&#233; &#233;tait capitale &#8211; l'importance de l'exp&#233;rience polonaise pour le mouvement syndical mondial. (&#8230;) Ce sont les chr&#233;tiens de la CFTC qui percevaient le mieux la nature de notre attachement &#224; la religion et &#224; l'Eglise. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes d&#233;placements en Pologne m&#234;me commenc&#232;rent &#224; compter d'octobre 1980. (&#8230;) Je devais enfourcher ce cheval l&#224; &#8211; exprimer certaines choses en usant de la langue de bois de la politique &#8211; afin de ne pas permettre &#224; ce cheval de me d&#233;sar&#231;onner, et pour mieux le freiner ensuite. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fin de l'apartheid en Afrique du Sud</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7116</link>
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		<dc:date>2020-11-05T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du sud South Africa</dc:subject>
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&lt;p&gt;La fin de l'apartheid en Afrique du Sud &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment la victoire de Mandela, soi-disant leader des travailleurs noirs, est aussi la victoire de De Klerk, leader du parti de l'apartheid ? &lt;br class='autobr' /&gt; En Afrique du Sud, l'ann&#233;e 1973 avait vu une premi&#232;re grande vague de gr&#232;ves d&#233;fier le r&#233;gime de l'apartheid. Si ces gr&#232;ves portaient sur les salaires (ceux des mineurs quadrupl&#232;rent entre 1972 et 1975) elles prenaient aussit&#244;t un caract&#232;re politique, les syndicats noirs ind&#233;pendants &#233;tant ill&#233;gaux et tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin de l'apartheid en Afrique du Sud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment la victoire de Mandela, soi-disant leader des travailleurs noirs, est aussi la victoire de De Klerk, leader du parti de l'apartheid ?&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH391/Frederik-De-Klerk-Nelson-Mandela-1992-Forum-economique-mondial-Davos-Suisse_1_730_570-67b6a.jpg?1776222803' width='500' height='391' alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L323xH400/deklerk_mandela-497ad-19916.jpg?1776222803' width='323' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En Afrique du Sud, l'ann&#233;e 1973 avait vu une premi&#232;re grande vague de gr&#232;ves d&#233;fier le r&#233;gime de l'apartheid. Si ces gr&#232;ves portaient sur les salaires (ceux des mineurs quadrupl&#232;rent entre 1972 et 1975) elles prenaient aussit&#244;t un caract&#232;re politique, les syndicats noirs ind&#233;pendants &#233;tant ill&#233;gaux et tout mouvement &#233;tant du coup dirig&#233; contre la dictature. Les luttes se multipli&#232;rent pour imposer la reconnaissance des syndicats noirs ind&#233;pendants, et d&#232;s 1983, le patronat des mines lui-m&#234;me, en toute ill&#233;galit&#233;, se r&#233;solut &#224; organiser une rencontre avec les dirigeants du NUM, le syndicat noir des mines. 740000 travailleurs noirs &#233;taient alors syndiqu&#233;s. Le pays connut par la suite plusieurs vagues de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, notamment de 1984 &#224; 1986. Le gouvernement de l'apartheid fut contraint de recourir &#224; l'&#233;tat d'urgence, mais la bourgeoisie n'en avait pas moins saisi qu'elle devrait faire des concessions. Le r&#233;gime de l'apartheid &#233;tait condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique du sud a &#233;t&#233; l'objet d'un changement politique et social parmi les plus &#233;tonnants et rapides de l'Histoire. En un petit nombre d'ann&#233;es, on a vu le Parti national au pouvoir, celui qui avait organis&#233; un r&#233;gime semi-fasciste pour imposer la supr&#233;matie blanche, le r&#233;gime dit d'apartheid, d&#233;cider de prendre contact avec le principal parti nationaliste noir, l'ANC, n&#233;gocier puis sortir le leader de l'ANC de prison pour le porter &#224; la pr&#233;sidence de l'Etat sud-africain. Que ce parti des tortionnaires racistes se retourne ainsi, il y a de quoi &#233;tonner. De Klerk, le dirigeant du Parti national, le parti de l'apartheid, a en Afrique du sud, l'une des dictatures les plus f&#233;roces du monde, a pris la t&#234;te d'un des changements politique et sociaux le plus impressionnants. De tels retournements m&#233;ritent plus d'explications que n'en donnent les commentateurs, les politiques comme les historiens ou les journalistes. L'imp&#233;rialisme, en particulier les Etats am&#233;ricain et anglais, qui avait assist&#233; jusque l&#224; sans r&#233;gir &#224; toutes les exactions et atrocit&#233;s du r&#233;gime sud-africain a apport&#233; un soutien total et m&#234;me a pris la t&#234;te des n&#233;gociations de changement de r&#233;gime. Le Parti communiste sud-africain a &#233;t&#233; en t&#234;te des n&#233;gociations, en liaison avec la direction du r&#233;gime russe. En fait, le tournant en Afrique du sud a fait partie d'un tournant mondial, la fin de la politique des blocs. D'autres participants de ce changement sont tout aussi mobilis&#233;s en sa faveur : la grande bourgeoisie blanche d'Afrique du sud. Les plus grands patrons sud-africains, ceux des mines, sont m&#234;me &#224; l'origine des premi&#232;res rencontres en Suisse. C'est &#224; cette bourgeoisie que la direction de l'ANC, de l'UDF (alliance de toute la bourgeoisie noire avec les leaders populaires noirs et quelques militants d&#233;mocrates blancs), du Parti communiste, des dirigeants des syndicats qui leur sont li&#233;s ont donn&#233; des garanties sur le type de soci&#233;t&#233; qui d&#233;coulerait d'une venue au pouvoir de l'ANC. Il faut dire que jusque l&#224; ANC et Parti communiste &#233;taient rest&#233;s sur la lanc&#233;e d'un discours sur la mise en place d'une &#171; soci&#233;t&#233; socialiste &#187;. Le tournant en mati&#232;re de discours a &#233;t&#233; pris sans difficult&#233; et &#224; grande vitesse : aucune remise en cause du capitalisme ni de la propri&#233;t&#233; du grand capital en &#233;change de la venue au pouvoir d'une partie de la direction nationaliste noire. La place des dirigeants syndicaux a &#233;t&#233; particuli&#232;rement n&#233;goci&#233;e. Certains d'entre eux ont re&#231;u un v&#233;ritable pont d'or, &#224; la mesure de la peur que la classe ouvri&#232;re suscitait dans la grande bourgeoisie. A la mesure aussi de la trahison de cette lutte que repr&#233;sentait la mani&#232;re dont la fin de l'apartheid a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de la classe ouvri&#232;re, et la menace que celle-ci constituait non seulement pour le r&#233;gime, mais pour l'oppression capitaliste en Afrique du sud et m&#234;me au-del&#224;, &#233;tait le principal probl&#232;me qui explique un tournant aussi radical. En cas d'explosion r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat sud-africain, tout le continent africain pouvait &#234;tre une immense caisse de r&#233;sonance de l'insurrection, offrant d'&#233;normes perspectives au d&#233;veloppement de la lutte. Les r&#233;gimes de parti unique &#233;taient us&#233;s dans tout le continent noir. Les espoirs d&#233;&#231;us des ind&#233;pendances, une population jeune sans aucune sympathie pour les classes dirigeantes corrompues et d&#233;go&#251;tantes et une population pauvre ayant une grande sympathie pour le combat des opprim&#233;s d'Afrique du sud offraient un grand nombre de possibilit&#233;s d'extension d'une lutte explosive en Afrique du sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la peur de la r&#233;volution, il faut le souligner clairement, qui a amen&#233; la grande bourgeoisie, tant imp&#233;rialiste que sud-africaine et aussi que la bureaucratie russe, de se r&#233;soudre &#224; prendre le tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir que ce changement radical de la politique mondial s'appuie sur l'usure constat&#233;e dans tous les pays piliers de la politique des blocs, &#224; l'est comme &#224; l'ouest. C'est tr&#232;s exactement dans tous ces pays (Iran, Irak, Turquie, Cor&#233;e du sud, Afrique du sud, Pologne, &#8230;) que la classe ouvri&#232;re commence &#224; devenir une force mena&#231;ante et qui intervient non seulement par des gr&#232;ves mais aussi par une action politique du plus en plus dangereuse pour les poss&#233;dants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique du sud &#233;galement, c'est la classe ouvri&#232;re qui repr&#233;sentait l'&#233;l&#233;ment le plus mena&#231;ant de la situation pour les classes poss&#233;dantes. Contrairement &#224; l'image donn&#233;e par bien des auteurs, l'ANC n'&#233;tait pas le repr&#233;sentant naturel des travailleurs noirs d'Afrique du sud. Ayant fait le choix d'envoyer ses militants organiser des gu&#233;rillas &#224; partir des pays voisins, l'organisation nationaliste &#233;tait peu implant&#233;e dans la classe ouvri&#232;re au milieu des ann&#233;es 80 et son discours d'alliance de classe ne lui permettait pas d'y recruter ais&#233;ment parmi les leaders syndicalistes. Lorsque la bourgeoisie blanche d'Afrique du sud a choisi de d&#233;tourner le danger prol&#233;tarien en pactisant avec l'ANC, personne ne pouvait dire si cela suffirait &#224; calmer la situation. Et le pouvoir blanc acceptait d'int&#233;grer les dirigeants noirs si ceux-ci s'en av&#233;raient capables. Le 29 octobre (1989), a eu lieu le premier meeting autoris&#233; de l'ANC. Les leaders nationalistes noirs y ont d&#233;clar&#233; que l'ANC venait d'avoir un premier succ&#232;s : d&#233;montrer qu'ils &#233;taient capables de contr&#244;ler leurs troupes ! Walter Sisulu y d&#233;clarait : &#171; Nous n&#233;gocierons avec le r&#233;gime blanc s'il fait preuve de sinc&#233;rit&#233; et cr&#233;e le climat n&#233;cessaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis juin 1976, les travailleurs et les opprim&#233;s d'Afrique du sud ont commenc&#233; &#224; se faire craindre. En juin 1976, l'explosion de la jeunesse de Soweto ouvre une des p&#233;riodes les plus explosives sur le terrain social et politique qu'ait connu l'Afrique du sud. Dix mille &#233;coliers noirs d&#233;filent dans Soweto pour protester contre l'enseignement obligatoire en afrikaans, la langue du colonisateur hollandais. La police tire sur les manifestants et tue un adolescent de treize ans. Ce meurtre d&#233;clenche la col&#232;re des jeunes &#233;coliers auxquels se sont joints des ch&#244;meurs de ce ghetto le plus peupl&#233; d'Afrique du sud (un million cinq cent mille habitants). Contre des hommes casqu&#233;s qui tirent dans le cas, les &#233;meutiers dressent des barricades, mettent le feu aux b&#226;timents administratifs, &#224; tout ce qui symbolise le pouvoir blanc. A l'exemple de Soweto, dans presque toutes les villes noires, autour de Johannesburg, puis de Pretoria, la jeunesse descend dans la rue. Le 11 ao&#251;t 1976, une grande gr&#232;ve des travailleurs noirs paralyse la moiti&#233; des activit&#233;s de Johannesburg et, deux jours plus tard, une &#233;meute se d&#233;clenche au Cap. Malgr&#233; les morts et les emprisonn&#233;s, le mouvement gagne l'ensemble du pays, ce qui ne s'&#233;tait jamais encore produit. On &#233;tait loin du pont de d&#233;part : une contestation de l'enseignement en afrikaans par les seuls &#233;tudiants. Ce sont les coll&#233;giens, encore adolescents, qui ont anim&#233; et dirig&#233; le mouvement, appelant &#224; plusieurs reprises et avec succ&#232;s les travailleurs &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Si la r&#233;pression a d&#233;capit&#233; pour quelques ann&#233;es le mouvement, les militants &#233;tant morts, emprisonn&#233;s ou exil&#233;s, la classe ouvri&#232;re avait commenc&#233; &#224; reprendre confiance dans ses propres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;but des ann&#233;es 80, la contestation repart de plus belle. Et, sur ce point, l'Afrique du sud fait partie d'un mouvement qui concerne l'ensemble de l'Afrique noire, et m&#234;me qui concerne le monde &#224; la m&#234;me p&#233;riode. Il y a un r&#233;veil g&#233;n&#233;ral qui concerne particuli&#232;rement les pays de la politique des blocs. Au nom de la n&#233;cessit&#233; des blocs, l'imp&#233;rialisme a soutenu des r&#233;gimes cens&#233;s s'opposer au bloc adversaire, r&#233;gimes qui se maintenaient malgr&#233; leur impuissance, leur corruption et la haine des populations, uniquement parce que les imp&#233;rialisme s'interdisaient, pour l'essentiel, toute concurrence entre eux au nom des blocs. C'est ainsi que les partis uniques avaient pu se maintenir, des deux c&#244;t&#233;s, dans les deux blocs. Ces partis uniques, par exemple au Gabon ou en C&#244;te d'ivoire, n'&#233;taient m&#234;me pas synonymes d'une pr&#233;tention au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1981-82, il y a une recrudescence des affrontements en Afrique du sud. La crise &#233;conomique entra&#238;ne gr&#232;ves, manifestations, luttes dans les entreprises et dans les townships. La police et l'arm&#233;e interviennent violemment mais, cette fois, ils s'av&#232;rent incapables de venir &#224; bout de la r&#233;volte. Des milliers de jeunes, des &#233;coliers aux jeunes ch&#244;meurs, ne craignent plus de s'affronter aux forces de l'ordre et ces combats sont quotidiens. Malgr&#233; l'intervention des cars blind&#233;s de l'arm&#233;e qui enl&#232;vent les manifestants, la r&#233;volte s'installe en permanence dans les townships et cr&#233;e un climat insurrectionnel qui va bient&#244;t &#234;tre compl&#233;t&#233; par la mont&#233;e du militantisme et de la mobilisation dans la classe ouvri&#232;re, puis par le d&#233;veloppement de luttes ouvri&#232;res d'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite et la moyenne bourgeoisie noire tente aussi d'influencer la mont&#233;e militante et de lui donner un cadre. En ao&#251;t 1983, 700 associations, li&#233;es aux partis nationalistes et r&#233;formistes et aux &#233;glises et appuy&#233;s par la &#171; lib&#233;raux &#187; blancs, se sont f&#233;d&#233;r&#233;es au sein de l'UDF, au nom de la lutte contre la r&#233;forme constitutionnelle de Botha. C'est une tentative pour l'ANC de p&#233;n&#233;trer le mouvement social qui se d&#233;veloppe. En effet, cette organisation qui a un important cr&#233;dit dans la population noire, en particulier dans la jeunesse, a fait le choix de la &#171; lutte arm&#233;e &#187;, ce qui signifie que la majorit&#233; de ses militants sont dans des maquis et sont coup&#233;s de leur milieu. La mont&#233;e sociale a lieu sans que les militants de l'ANC eux-m&#234;mes puissent y jouer v&#233;ritablement un r&#244;le au d&#233;but. En particulier, la mont&#233;e militante dans la classe ouvri&#232;re n'est pas dirig&#233;e par le courant de l'ANC, ni par celui de la &#171; conscience noire &#187;, les courants du nationalisme noir s'&#233;tant d&#233;tourn&#233;s de la classe ouvri&#232;re consid&#233;r&#233;e comme seulement capable de luttes &#233;conomiques. Le militantisme ouvrier monte en fl&#232;che et se radicalise. Les syndicats d'ouvriers noirs, qui ne comptaient que 16.000 adh&#233;rents en 1969, passent de 223.000 en 1980 &#224; 741.000 en 1983. Les nouveaux syndicats de travailleurs noirs se s&#233;parent de la f&#233;d&#233;ration TUSCA contr&#244;l&#233;e par les syndicats blancs. En 1979, est apparu notamment le FOSATU, importante f&#233;d&#233;ration de syndicats noirs organis&#233;s par branche industrielle et qui va rapidement se radicaliser et se politiser. Le syndicalisme ouvrier passe tr&#232;s rapidement du corporatisme &#224; la contestation politique et sociale du r&#233;gime. Il est remarquable que, vers le milieu des ann&#233;es 80, la plupart des directions des plus grands syndicats ouvriers noirs soit form&#233;e de militants trotskystes. Cela souligne la mont&#233;e du radicalisme ouvrier en m&#234;me temps que l'absence de l'ANC dans la classe ouvri&#232;re des entreprises, m&#234;me si l'ANC a commenc&#233; &#224; appara&#238;tre dans la jeunesse mobilis&#233;e des townships et dans les organisations de la petite bourgeoisie noire. La fraction militante de la classe ouvri&#232;re se distingue des jeunes radicaux dans le sens d'une conscience de classe affirm&#233;e. Par exemple, l'immense majorit&#233; des syndicats refuse d'adh&#233;rer &#224; l'UDF, front ouvertement bourgeois. Seul le SACTU, dirig&#233; par l'ANC, y participe. Le FOSATU vote coup sur coup des r&#233;solutions contre la collaboration de classe pr&#244;n&#233;e par l'ANC et l'UDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative du r&#233;gime d'assouplir un peu les r&#232;gles de l'apartheid (notamment la suppression de l'interdiction des mariages mixtes, de la s&#233;gr&#233;gation dans les salles de th&#233;&#226;tre, les plages et les h&#244;tels de luxe, la cr&#233;ation d'un parlement consultatif pour les M&#233;tis, d'un autre pour les Indiens, la nomination d'un ministre indien et d'un ministre m&#233;tis &#8211; sans portefeuille), depuis 1984, n'a nullement permis de d&#233;mobiliser la jeunesse, ni n'a diminu&#233; le soutien de l'ensemble de la population &#224; son combat contre l'apartheid. En t&#233;moignent les chiffres impressionnants de la r&#233;pression, et l'augmentation consid&#233;rable du nombre de jeunes arr&#234;t&#233;s. Selon les chiffres officiels, truqu&#233;s bien entendu, parmi le nombre de personnes d&#233;tenues entre le 2 juillet 1985 et le 7 mars 1986, il y avait 21.000 jeunes de moins de 16 ans. Des centaines, des milliers d'associations communautaires naissent dans les townships qui t&#233;moignent d'une mont&#233;e du militantisme dans les milieux populaires. Certaines associations organisent le boycott des transports dont le prix augmente, d'autres organisent la gr&#232;ve des loyers des logements g&#233;r&#233;s par les municipalit&#233;s. Des comit&#233;s de quartier sont charg&#233;s d'emp&#234;cher l'entr&#233;e des forces de l'ordre. Des enfants de parents d&#233;tenus ou &#171; disparus &#187; se regroupent. Les gens s'organisent pour abattre les mouchards ou les conseillers municipaux vendus au syst&#232;me. L'&#233;norme majorit&#233; des organisations noires appellent au boycott des &#233;lections en Afrique du sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement de Botha pr&#233;tend qu'il va r&#233;former l'apartheid, si depuis 1986 il affirme vouloir aller doucement vers la suppression du &#171; pass &#187; (le fameux passeport int&#233;rieur cause de nombreuses &#233;meutes) et d&#233;clare : &#171; Je suis engag&#233; dans un processus de r&#233;formes destin&#233;es &#224; &#233;largir la d&#233;mocratie &#187;, ce n'est pas seulement pour am&#233;liorer son image &#224; l'ext&#233;rieur mais parce que, depuis l'&#233;t&#233; 1984, l'insurrection populaire et ouvri&#232;re gagne chaque ann&#233;e en ampleur dans tout le pays. En ao&#251;t 1984, quelques jours apr&#232;s les &#233;lections, des &#233;meutes &#233;clatent dans la r&#233;gion de Johannesburg, violemment r&#233;prim&#233;es et faisant 29 mort officiellement. A Sabokeng, une grande cit&#233; noire, les forces de l'ordre tentent de d&#233;truire les groupes noirs arm&#233;s. 7000 policiers occupent la ville, fouillent les maisons, et se heurtent &#224; la population noire, faisant officiellement 95 morts. Le maire de Tembissa, une autre grande cit&#233; noire, a d&#251; fuir devant la haine de la population qui manifestait et mena&#231;ait de s'occuper de lui. En avril 1985, dix conseillers municipaux noirs, accus&#233;s de collaboration avec le pouvoir blanc, ont &#233;t&#233; tu&#233;s et 174 d'entre eux ont d&#251; d&#233;missionner. En juillet 1985, 410 policiers ont &#233;t&#233; soit tu&#233;s soit ont vu leur maison br&#251;l&#233;e par les jeunes manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie (imp&#233;rialiste et sud africaine), inqui&#232;te de la mont&#233;e ouvri&#232;re et populaire, cherche &#224; trouver une issue politique qui int&#232;grerait les nationalistes et les r&#233;formistes, en d&#233;tournant le risque social. Les n&#233;gociations de la grande bourgeoisie blanche sud africaine avec l'ANC d&#233;butent en 1985. Le 18 septembre 1985, une d&#233;l&#233;gation d'hommes d'affaire blancs sud africains se rend en Zambie pour rencontrer la direction de l'ANC. L'un d'entre eux est Oppenheimer, principal actionnaire de la De Beer, premier producteur de diamant qui contr&#244;le les deux tiers de la production mondiale de diamant. Il affirme qu'il va falloir rapidement supprimer l'apartheid. Ces patrons blancs n'ont cure des souffrances de la majorit&#233; de la population pauvre d'Afrique du sud, ni des exactions particuli&#232;res subies par les Noirs mais le danger d'explosion ouvri&#232;re incontr&#244;lable, de plus en plus &#233;vident pour tous, les pousse &#224; vouloir changer de r&#233;gime au plus vite. Ils trouvent dans l'ANC (et ses alli&#233;s de l'UDF) un partenaire pr&#234;t &#224; sacrifier la r&#233;volution pour obtenir une part du pouvoir en sauvant la grande bourgeoisie. L'ANC qui affirmait vouloir le socialisme et diriger &#171; une r&#233;volution d&#233;mocratique assurant la lib&#233;ration des opprim&#233;s &#187; rassure les poss&#233;dants d'Afrique du sud. En fait, l'ANC n'avait jamais d&#233;fendu une perspective de renversement de la bourgeoisie, mais seulement de mise place d'une bourgeoisie noire, comme le dit clairement son programme : &#171; la charte de la libert&#233; &#187;. En 1956, Nelson Mandela la commentait ainsi : &#171; Si la Charte proclame la n&#233;cessit&#233; de changement d&#233;mocratique, il ne s'agit en aucune mani&#232;re d'une prise de position pour un Etat socialiste, mais d'un programme pour l'unification des diff&#233;rentes classes et groupements populaires sur une base d&#233;mocratique. &#187; Il concluait : &#171; Le d&#233;mant&#232;lement de ces monopoles (banques et mines d'or) ouvrira un horizon au d&#233;veloppement d'une classe bourgeoise prosp&#232;re non-europ&#233;enne. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de ce pays, une bourgeoisie non-europ&#233;enne aura l'opportunit&#233; de poss&#233;der en son propre nom et en toute l&#233;gitimit&#233; les mines et les usines. Le commerce et l'entreprise priv&#233;e conna&#238;tront un boom et fleuriront comme jamais auparavant. &#187; Rien &#224; voir avec l'image socialiste, et m&#234;me communiste, que les partis communistes ont donn&#233; de Nelson Mandela. Lui, n'a jamais cautionn&#233; cette image. M&#234;me si la mobilisation ouvri&#232;re a contraint, par la suite, l'ANC &#224; parler des travailleurs, le docteur Montlana, num&#233;ro deux de l'ANC, d&#233;clarait : &#171; La solution, c'est que les Noirs travaillent plus dur au sein du syst&#232;me capitaliste. (&#8230;) Laissez ceux qui ont l'ambition, l'ambition capitaliste, individuelle et priv&#233;e, de travailler &#224; la satisfaire et ne leur tournez pas le dos parce qu'ils ne veulent pas devenir des vagabonds avec leur sac sur le dos. (&#8230;) Il y a des gens qui attendent d'un r&#233;gime socialiste qu'il les conduise au pays du lait et du miel. A ces gens-l&#224;, je dis : vous &#234;tes des idiots. Trop de nos gens sont simplement fain&#233;ants. Trop souvent nous reprochons au syst&#232;me nos propres limites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1986, la situation a tellement empir&#233; que le gouvernement Botha est contraint de d&#233;cr&#233;ter l'Etat d'urgence. La r&#233;pression qui s'abat alors est massive et f&#233;roce. Des organisations d'opposition jusque l&#224; tol&#233;r&#233;es sont interdites, leurs membres arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, tu&#233;s. Cependant, les gr&#232;ves continuent de se multiplier. L'une des plus grandes est la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la r&#233;gion du Triangle de Vaal, en novembre 1984, dans laquelle 150.000 travailleurs sont soutenus par 250.000 &#233;l&#232;ves et &#233;tudiants. Les mots d'ordre sont : d&#233;part des forces de r&#233;pression des cit&#233;s noires, suppression des augmentations de loyers, des tarifs de l'eau et de l'&#233;lectricit&#233;, abolition de taxes pour les habitants, am&#233;lioration du syst&#232;me &#233;ducatif pour les noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nationalistes, qu'il s'agisse de l'ANC, des autres r&#233;formistes, bourgeois, religieux noirs ou du mouvement de la conscience noire, s'implantent massivement dans les comit&#233;s de la jeunesse des townships et les autres associations qui y fleurissent, les civics. Ils y organisent des actions de harc&#232;lement mais utilisent aussi ces structures pour encadrer le mouvement et se pr&#233;parer au pouvoir. Les comit&#233;s font la loi contre les Noirs eux-m&#234;mes. C'est l'objet des &#171; tribunaux populaires &#187;. Le dirigeant du comit&#233; de Mamelody explique que les comit&#233;s doivent faire la loi, imposer une politique et punir ceux qui pr&#233;tendent s'en affranchir. C'est le but des &#171; campagnes de nettoyage &#187; qui punissent les &#171; d&#233;linquants &#187;. Un embryon d'appareil d'Etat-ANC et des forces de r&#233;pression nouvelles sont ainsi mises en place, d&#233;tournant le d&#233;sir des jeunes de se donner les moyens de lutter contre le r&#233;gime. L'un des objectifs de l'ANC et du PC sud-africain dans les civics est de s'en servir pour intimider les organisations syndicales qui refusent la tutelle de l'ANC et de son alliance avec la bourgeoisie noire et blanche, l'UDF. Des syndcalistes sont violemment attaqu&#233;s. Des gr&#232;ves sont impos&#233;es par les civics aux salari&#233;s de certaines entreprises et tous les syndicats qui ne se conforment pas &#224; la gr&#232;ve impos&#233;e sont frapp&#233;s. La non-participation &#224; l'UDF est stigmatis&#233;e comme une complicit&#233; au pouvoir. La principale centrale ouvri&#232;re, la FOSATU, qui refuse la tutelle de l'ANC et l'appartenance &#224; l'UDF, voit sa direction violemment attaqu&#233;e, politiquement et parfois physiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux pressions conjugu&#233;es de l'ANC, du PC, de la bourgeoisie et de l'Etat, les principaux dirigeants syndicaux firent finalement le choix de renoncer &#224; la perspective qu'ils d&#233;fendaient jusque l&#224; : une Afrique du Sud post-apartheid o&#249; les travailleurs auraient le contr&#244;le du pouvoir et des richesses de la soci&#233;t&#233;, ont accept&#233; progressivement de devenir le prolongement politique de l'ANC dans la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre la monnaie d'&#233;change contre laquelle l'ANC est arriv&#233;e au pouvoir. C'est sur cette base que se constitua le COSATU, la grande centrale syndicale unifi&#233;e. L'unification des forces de la classe ouvri&#232;re a servi &#224; cacher un changement complet d'orientation. Pour l'ANC, le PC sud-africain et pour la bourgeoisie comme pour l'imp&#233;rialisme, les dirigeants nationalistes noirs n'&#233;taient une bou&#233;e de sauvetage face &#224; la menace r&#233;volutionnaire que s'ils s'av&#233;raient capables de canaliser et de freiner le mouvement r&#233;volutionnaire des masses ouvri&#232;res d'Afrique du sud. Ils ont d&#251; en faire progressivement la d&#233;monstration pendant que l'Afrique du sud faisait &#224; pas compt&#233;s quelques gestes de d&#233;sengagement dans le syst&#232;me de l'apartheid et dans ses interventions militaires contre les pays voisins. Le 22 d&#233;cembre 1988, l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba signent &#224; New York deux trait&#233;s qui pr&#233;voient, l'un le retrait des soldats cubains d'Angola et l'autre, l'accession de la Namibie &#224; l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 ao&#251;t 1988, Nelson Mandela, chef historique du Congr&#232;s national africain (ANC), emprisonn&#233; depuis 1963, est hospitalis&#233; au Cap apr&#232;s avoir contract&#233; la tuberculose. En fait, il s'agit du r&#233;sultat d'une n&#233;gociation au sommet entre les dirigeants de la grande bourgeoisie sud-africaine et les dirigeants de l'ANC qui suit une autre n&#233;gociation au sommet entre la haute bureaucratie russe et l'imp&#233;rialisme US. La fin de l'apartheid accompagne la fin de la politique des blocs et la r&#233;int&#233;gration de la haute bureaucratie russe au sein de la bourgeoisie mondiale. Les gestes se multiplient et les pas de chaque partie se succ&#232;dent. Le 23 novembre 1988, le pr&#233;sident Botha d&#233;cide de gracier les &#034; six de Sharpeville &#034;, tous les recours judiciaires ayant &#233;t&#233; &#233;puis&#233;s apr&#232;s le sursis &#224; ex&#233;cution obtenu le 17 mars. Le 15 mars 1989, Pieter Botha reprend ses fonctions &#224; la t&#234;te de l'Etat apr&#232;s la congestion c&#233;r&#233;brale dont il a &#233;t&#233; victime le 18 janvier. Le Parti national, au pouvoir depuis 1948, a souhait&#233;, le 13, que Frederik De Kerk, qui dirige le parti depuis la d&#233;mission, le 2 f&#233;vrier, de Pieter Botha, devienne pr&#233;sident de la R&#233;publique &#034; dans l'int&#233;r&#234;t du pays &#034;. Le 5 juillet 1989, le pr&#233;sident Pieter Botha re&#231;oit, dans sa r&#233;sidence du Cap, Nelson Mandela, chef historique de l'ANC emprisonn&#233; depuis 1963, qui se prononce pour &#034; une &#233;volution pacifique de la situation &#034;. Le 25 ao&#251;t 1989, Frederik De Klerk, nouveau pr&#233;sident sud africain, confirme ses intentions r&#233;formistes : supprimer l'apartheid de fa&#231;on n&#233;goci&#233;e. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent leur premi&#232;re s&#233;rie de discussions directes au Cap : ils s'engagent &#224; &#034; lutter contre la violence et l'intimidation, d'o&#249; qu'elles viennent &#034;. Le 15 octobre 1989, huit dirigeants nationalistes, dont Walter Sisulu, compagnon de Nelson Mandela, sont lib&#233;r&#233;s apr&#232;s vingt cinq ans pass&#233;s en prison. Les sept membres de l'ANC lib&#233;r&#233;s participent, le 29, au premier rassemblement autoris&#233; par le r&#233;gime depuis 1960, qui r&#233;unit soixante mille personnes dans le stade de Soweto. Le 2 f&#233;vrier 1990, le pr&#233;sident sud africain Frederik De Klerk annonce devant le Parlement la l&#233;galisation des mouvements nationalistes noirs, dont le Congr&#232;s national africain (ANC), interdit depuis 1960, la lib&#233;ration des prisonniers politiques qui n'ont pas commis de violences, la fin de la censure et la suspension des ex&#233;cutions capitales. Le 11 f&#233;vrier 1990, Nelson Mandela est lib&#233;r&#233; apr&#232;s vingt sept ans de captivit&#233;. Le 13 f&#233;vrier 1990, parlant devant plus de cent mille personnes au stade de Soweto, &#224; Johannesburg, Nelson Mandela multiplie les appels &#034; au calme et &#224; la discipline &#034;. Le16 f&#233;vrier 1990, le comit&#233; ex&#233;cutif de l'ANC, r&#233;uni depuis le 14 &#224; Lusaka (Zambie) en l'absence de Nelson Mandela, accepte de rencontrer Frederik De Klerk. Le 4 mars 1990, Lennox Sebe, &#034; pr&#233;sident &#224; vie &#034; du bantoustan du Ciskei, est renvers&#233; par un coup d'Etat militaire dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Josh Gqozo. Le nouveau pouvoir r&#233;clame la r&#233;int&#233;gration du Ciskei au sein de l'Afrique du Sud. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent leur premi&#232;re s&#233;rie de discussions directes au Cap : ils s'engagent &#224; &#034; lutter contre la violence et l'intimidation, d'o&#249; qu'elles viennent &#034;. Le 7 juin 1990, l'&#233;tat d'urgence, instaur&#233; le 12 juin 1986, est lev&#233;, sauf dans la province du Natal, o&#249; se poursuivent des affrontements entre factions rivales dans les cit&#233;s noires. Le 19, la loi abolissant, &#224; partir du 15 octobre, la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les lieux publics est vot&#233;e par les d&#233;put&#233;s. Le 6 ao&#251;t 1990, le gouvernement et l'ANC tiennent, &#224; Pretoria, leur deuxi&#232;me s&#233;rie de pourparlers pr&#233;alables &#224; des n&#233;gociations sur une nouvelle Constitution. Dans l'accord sign&#233; apr&#232;s quinze heures de discussions, l'ANC annonce qu'elle suspend la lutte arm&#233;e, tandis que le gouvernement s'engage &#224; lib&#233;rer tous les prisonniers politiques et &#224; autoriser le retour des exil&#233;s avant la fin de l'ann&#233;e. Le 13, &#233;clatent de tr&#232;s violents affrontements entre partisans de l'ANC et partisans du mouvement zoulou Inkatha dans les cit&#233;s noires autour de Johannesburg. Le 18 octobre 1990, l'&#233;tat d'urgence est lev&#233; au Natal, seule r&#233;gion o&#249; il &#233;tait encore en vigueur en raison des affrontements entre membres de l'Inkatha et militants de l'ANC, qui ont fait plus de quatre mille morts en quatre ans. Le 27 juin 1991, apr&#232;s le vote du Parlement, le pr&#233;sident Frederik De Klerk signe l'abrogation des trois derni&#232;res lois qui r&#233;gissaient l'apartheid. Le 14 septembre 1991, le pr&#233;sident De Klerk et une vingtaine d'organisations politiques, syndicales et religieuses, dont l'ANC et le Parti Inkatha &#224; dominante zouloue, signent un accord de paix destin&#233; &#224; mettre fin aux violences entre factions noires rivales, qui ont fait pr&#232;s de dix mille morts depuis 1984. Le 20 d&#233;cembre 1991, dix neuf partis et organisations participent, pr&#232;s de Johannesburg, &#224; la premi&#232;re r&#233;union de la Convention pour une Afrique du Sud d&#233;mocratique, charg&#233;e d'&#233;laborer une nouvelle Constitution, qui consacrera la fin de l'apartheid. Le 17 mars 1992, le succ&#232;s massif du &#034; oui &#034; (68,7 % des 3,29 millions d'&#233;lecteurs blancs) au r&#233;f&#233;rendum sur la politique de r&#233;formes, demand&#233; par le pr&#233;sident Frederik De Klerk, ouvre la voie &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de la politique de partage du pouvoir entre les Blancs et les Noirs. Les 26-29 avril 1994, les premi&#232;res &#233;lections multiraciales mettent fin au r&#233;gime de l'apartheid. Le Congr&#232;s national africain (ANC) de Nelson Mandela recueille 62,65 % des voix, soit 252 si&#232;ges sur 400, contre 20,39 % (82 si&#232;ges) au Parti national (PN) du pr&#233;sident sortant, Frederik De Klerk, et 10,54 % (43 si&#232;ges) &#224; l'Inkatha de Mangosuthu Buthelezi. Le 10 mai 1994, &#233;lu le 9 &#224; la pr&#233;sidence de l'Etat par le Parlement, Nelson Mandela, est investi en pr&#233;sence de quarante-deux chefs d'Etat ou de gouvernement. Le 25, le Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU vote la lev&#233;e de l'embargo impos&#233; &#224; l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants syndicaux, qui avaient jou&#233; le r&#244;le de pompiers du soul&#232;vement ouvrier, re&#231;urent leur r&#233;compense. Sur les 400 si&#232;ges du parlement national issu des premi&#232;res &#233;lections multiraciales de l'histoire du pays, en 1994, 76 &#233;taient occup&#233;s par des syndicalistes du COSATU, 80 par des membres du Parti communiste (SACP), tous &#233;lus sous une &#233;tiquette ANC. Mais le &#171; Programme de Reconstruction et de D&#233;veloppement &#187; du nouveau gouvernement Mandela, qui devait apporter aux pauvres des emplois, des maisons, l'&#233;lectricit&#233; et l'eau potable, confi&#233; &#224; la tutelle de l'ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du COSATU, resta sur le papier. Et une loi interdisait d&#232;s 1995 les gr&#232;ves dans les services dits &#171; essentiels &#187; et rendait ill&#233;gale toute gr&#232;ve organis&#233;e contre des licenciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; sud-africaine a fait dispara&#238;tre l'apartheid formel mais elle reste plus que jamais l'une des plus in&#233;galitaires au monde. Les Noirs sont toujours exclus et exploit&#233;s au profit des m&#234;mes soci&#233;t&#233;s capitalistes mais ils le sont en tant que prol&#233;taires, plus en tant que noirs ! Mais la bureaucratie du COSATU a pu se lancer dans les affaires. Les milliards de dollars vers&#233;s dans des caisses de retraite et de pr&#233;voyance par les 3,2 millions de syndiqu&#233;s ont &#233;t&#233; utilis&#233;s par les organisations syndicales pour monter des fonds d'investissement. Le NUM, le syndicat des mineurs, a investi 1,5 milliard de francs&#8230; dans une holding du trust minier Anglo American. Son ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Cyril Ramaphosa, devenu millionnaire, r&#233;suma bien le singulier destin de ces chefs syndicalistes : &#171; Voil&#224; les syndicats qui se mettent aux affaires pour leur propre compte. (&#8230;) Je n'ai aucun scrupule moral &#224; m'engager dans cette voie nouvelle, parce que j'y travaillerai avec des camarades et que nous nous conformerons &#224; certains principes. Inutile de nous voiler la face : ce faisant, nous allons bien s&#251;r nous enrichir. Mais en m&#234;me temps, nous dirons que nos syndicats aussi doivent pouvoir s'enrichir. Bient&#244;t le NUM nagera dans les millions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 2000, il est devenu clair que le cr&#233;dit de l'ANC ne suffisait plus &#224; calmer le m&#233;contentement social. La police sud-africaine est intervenue violemment durant tout la fin du mois de mai 2005 pour disperser des manifestations massives d'habitants des townships, les anciens ghettos noirs devenus des ceintures de la mis&#232;re. Cela fait plus de deux mois que des troubles ont lieu non seulement dans un grand nombre de townships de la ville du Cap (avec de v&#233;ritables soul&#232;vements &#224; Blackheath, Khayelitsha et Gugulethu) et de l'Etat de Western Cape (Sud-Ouest du pays) dont la ville du Cap fait partie mais touchent &#233;galement d'autres Etats comme l'Eastern Cape (r&#233;gion sud-est) ou de Free State (une r&#233;gion du centre). A Harrismith (Free State) et &#224; Port Elisabeth (Eastern Cape) o&#249; les affrontements ont dur&#233; quatre jours, les forces de l'ordre ne peuvent plus circuler sans &#234;tre prises &#224; partie. Des responsables locaux ont &#233;t&#233; escort&#233;s vers la sortie par la population r&#233;volt&#233;e. La population pauvre, lasse d'attendre des logements d&#233;cents et des services sociaux de base, s'est r&#233;volt&#233;e. A Kommitjie (un bidonville &#224; 45 km au sud du Cap), les &#233;meutes ont explos&#233; le lundi 30 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a d&#233;but&#233; en f&#233;vrier 2005 dans deux townships de la r&#233;gion de Free State, pr&#232;s de Ventersburg (r&#233;gion de Free State), avant de s'&#233;tendre &#224; Harrismith, Warden et Vrede (townships &#233;galement de Free State). Il n'a cess&#233; de se d&#233;velopper, atteignant en avril les bidonvilles de la ville du Cap. Le 27 avril, des centaines d'habitants de plusieurs townships proches du Cap, dont Langa, Gugulethu et Nyanga, ont march&#233; sur la ville. Un leader du bidonville de Gugulethu d&#233;clarait : &#171; Des maisons maintenant ou des terres. Sinon, nous sommes pr&#234;ts &#224; mourir pour cette cause. &#187; Les manifestants ont r&#233;ussi &#224; faire reculer le gouvernement local qui a propos&#233; quelques logements et ont &#233;t&#233; suivis par de nombreux autres township qui ont affront&#233; les forces de l'ordre dans de v&#233;ritables batailles rang&#233;es impliquant parfois un grand nombre de gens. Pneus br&#251;l&#233;s, jets de pierre contre les v&#233;hicules de police, barricades, tirs contre les &#233;meutiers et arrestations massives, on se croirait revenu &#224; l'&#233;poque o&#249; le parti raciste blanc imposait la dictature des blancs sur les noirs. Devant le Parlement du Cap, le pr&#233;sident Thabo Mbeki d&#233;clarait que &#171; ce n'est pas encore un danger imm&#233;diat pour notre d&#233;mocratie. Mais ils (les mouvements) refl&#232;tent les failles dont nous avons h&#233;rit&#233; du pass&#233; et qui, s'ils s'enracinaient et gagnaient un v&#233;ritable soutien populaire, ils repr&#233;senteraient une menace pour la stabilit&#233; de l'Afrique du sud d&#233;mocratique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques squats et bidonvilles pourraient d&#233;stabiliser un pays ? En fait, la r&#233;volte des townships avait contribu&#233; &#224; d&#233;stabiliser le r&#233;gime de l'apartheid en 1976-77 et en 1985-88. Elle peut encore menacer le r&#233;gime post-apartheid parce que la population qui ne dispose que d'un logement pr&#233;caire repr&#233;sente toujours l'essentiel et 5 millions d'habitants sont dans des bidonvilles. Selon Jeune Afrique du 4 mai 2004, &#171; 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvret&#233;. Les noirs ont un taux de ch&#244;mage de 50% contre 10% pour les blancs et de 75% pour les 16-24 ans. Les townships o&#249; vivent plusieurs millions de personnes offrent un environnement insalubre et dangereux. Contrairement &#224; la parano&#239;a d&#233;velopp&#233;e par les riches et les blancs, les principales victimes de violence sont bien les noirs. &#187; La mis&#232;re, le ch&#244;mage, la violence sont toujours le pain quotidien de la grande majorit&#233; de la population noire m&#234;me si une grande bourgeoisie et une petite bourgeoisie noires ont fait leur apparition. Les in&#233;galit&#233;s se sont accrues et, face &#224; un enrichissement d'une minorit&#233; de noirs, 22 millions de sud-africains vivent avec moins de un dollar par jour alors que la croissance du PIB &#233;tait de 3,7% en 2004. La hausse massive du ch&#244;mage est ni&#233;e par le gouvernement qui publie des statistiques en contradiction flagrante avec la r&#233;alit&#233; v&#233;cue par la population. Dans sa lettre hebdomadaire aux membres de l'ANC de fin mai 2005, le pr&#233;sident Thabo Mbeki d&#233;clarait qu'il &#233;tait impossible que 26,9% (contre 23% en 2003) soit douze millions sur 44 millions soient sans emploi. &#171; C'est un nombre trop grand pour qu'on ne les ait pas remarqu&#233; &#187;. Il affirmait que &#171; La question est plus un manque de qualification qu'un manque de travail. (..) Le ch&#244;mage n'a augment&#233; que dans la mesure de la hausse des aides aux plus pauvres. &#187;, une mani&#232;re de dire que c'est la faute des travailleurs s'ils ne sont pas assez qualifi&#233;s et que les pauvres ne devraient plus &#234;tre aid&#233;s pour &#234;tre oblig&#233;s &#224; travailler. Les syndicats r&#233;pondaient que Thabo Mbeki avait mis des ann&#233;es &#224; admettre que le virus HIV causait le sida et qu'il n'&#233;tait pas &#233;tonnant qu'il nie l'existence d'un ch&#244;mage massif. Le sida est d'ailleurs la principale catastrophe de l'Afrique su sud avec la mis&#232;re car elle condamne une grande partie des enfants &#224; devenir des orphelins et les malades n'ont pas les moyens de se soigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est telle que la centrale syndicale COSATU, qui fait pourtant partie int&#233;grante de la coalition au pouvoir, s'est crue oblig&#233;e de faire mine de s'opposer publiquement au projet de r&#233;forme du droit du travail propos&#233; par le gouvernement ANC, un v&#233;ritable plan de d&#233;r&#233;glementation sociale pour favoriser le bourgeoisie. Sous pr&#233;texte de favoriser l'embauche des jeunes, il s'agit s'imposer la flexibilit&#233; des salaires, des horaires et des conditions de travail. L'Afrique du sud est le th&#233;&#226;tre d'une offensive anti-sociale tous azimuts. L'Etat intervient violemment contre les gr&#233;vistes, r&#233;prime les townships, r&#233;duit les aides aux ch&#244;meurs et aux sans logis. Les municipalit&#233;s font de m&#234;me et r&#233;duisent &#233;galement les aides aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, avec la fin de l'Apartheid, la bourgeoisie sud-africaine a eu gain de cause : la r&#233;volte a &#233;t&#233; pacifi&#233;e et le pays dirig&#233; par des noirs a pu se tourner vers un r&#244;le de leader &#233;conomique (vendeur d'armes notamment) et politique du continent africain. Le pays p&#232;se un quart du PIB de toute l'Afrique soit l'&#233;quivalent de la Gr&#232;ce. &#171; L'Afrique du sud n'existera que si elle a sa place dans le monde &#187; d&#233;clare un ministre. Et le pays intervient dans un nombre de plus en plus grand de conflits africains, prenant la place de la France notamment aupr&#232;s des dictateurs africains. Pour les travailleurs noirs, la fin de l'Apartheid en 1994 signifiait l'espoir d'une vie meilleure, et ils ont fait, &#224; tort, cr&#233;dit aux dirigeants de l'ANC. Dor&#233;navant, ils savent qu'ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la force des travailleurs reste la principale du pays comme le retour des grandes gr&#232;ves le d&#233;montre. Le 10 ao&#251;t 2005, pr&#232;s de 100000 mineurs sud-africains en gr&#232;ve illimit&#233;e. Premier arr&#234;t national depuis 18 ans. Les gr&#233;vistes, membres du syndicat national des mineurs (NUM) protestent &#224; la fois contre les conditions de salaire et de travail dans l'industrie. La direction propose d'augmenter les salaires de 5-6% mais le syndicat dit que cela ne prend pas en compte la hausse du prix de l'or. En m&#234;me temps, 800 000 travailleurs municipaux sont aussi en gr&#232;ve pour les salaires et s'affrontent &#224; la police. Le syndicat appelle &#224; la gr&#232;ve illimit&#233;e apr&#232;s que trois journ&#233;es d'action en ao&#251;t et une autre en juillet. L'arr&#234;t des mines co&#251;te environ une perte de $12m par jour, selon un analyste. C'est une des plus grandes luttes de travailleurs depuis la fin de l'apartheid. &#171; Je ne pense pas que l'industrie peut se permettre une gr&#232;ve, mais je suis absolument convaincu qu'elle ne peut pas se permettre une augmentation des salaires &#187; a dit Bernard Swanepoel, PDG de Harmony Gold. Mais selon le NUM, puisque les cours de l'or et du rand montent en fl&#232;che depuis deux ans, les mineurs &#8211; qui travaillent souvent &#224; 40&#176;C &#224; 3 km sous terre &#8211; r&#233;clament une meilleure r&#233;partition des b&#233;n&#233;fices. Et un autre syndicat, Solidarity, semble se joindre &#224; la lutte. La plupart des membres de ce syndicat Solidarit&#233; sont blancs et c'est rare de sa part de prendre part &#224; une action aux c&#244;t&#233;s du syndicat NUM, principalement noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2006, les mineurs sont &#224; nouveau en gr&#232;ve, rappelant que d&#233;sormais la fin de l'apartheid n'est plus un argument anti-gr&#232;ve. Des Noirs gouvernent et d'autres travaillent. Entre eux, il n'y a aucune solidarit&#233; mais une opposition claire et franche : une opposition de classe, comme partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Une gauche syndicale en Afrique du sud (1978-1993) &#187; de Claude Jacquin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les ann&#233;es quatre-vingt ont &#233;t&#233;, dans l'histoire sud-africaine, celles des plus grandes mobilisations politiques et sociales. Le mouvement syndical fut l'un des principaux protagonistes. (&#8230;) La gauche syndicale forma notamment la F&#233;d&#233;ration syndicale FOSATU en 1979 (Federation of South African Trade Unions). (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant les ann&#233;es soixante-dix, plusieurs courants syndicaux se sont d&#233;velopp&#233;s et se sont progressivement diff&#233;renci&#233;s sur fond de reprise des conflits sociaux. (&#8230;) Le premier s'est constitu&#233; autour de la tradition syndicale du South African Congress Trade Union (SACTU) et de son lien &#224; l'African National Congress (ANC). Le second s'est form&#233; &#224; partir de la mouvance Black Consciousness (Mouvement de la Conscience noire). Il formera notamment le Council of Unions of South Africa (CUSA), un certain nombre de dirigeants du CUSA &#233;tant li&#233;s &#224; l'organisation politique Azanian People's Organization (AZAPO). Le dernier, enfin, est apparu de mani&#232;re originale, sans lien apparent avec un courant politique connu. Il a donn&#233; naissance, en 1979, &#224; la Federation of South African Trade Unions (FOSATU), la nouvelle f&#233;d&#233;ration unitaire. (&#8230;) Ce courant a donn&#233; naissance aux principaux syndicats de l'industrie (hormis celui des mines) c'est-&#224;-dire, entre autres, de l'automobile, de la m&#233;tallurgie, de la chimie, du textile. Il a d&#233;velopp&#233; au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt un projet syndical original et ce, &#224; partir d'une conception explicitement ind&#233;pendante des principales forces politiques. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut comprendre pourquoi un pays semi-industrialis&#233; et disposant d&#233;j&#224; d'un appareil d'Etat solide &#171; s'aventure &#187;, apr&#232;s 1947, dans l'aggravation d'un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation raciale produit du colonialisme, &#224; une &#233;poque o&#249; commence &#224; se poser le probl&#232;me des formes nouvelles de contr&#244;les politique et &#233;conomique des empires. (&#8230;) Le danger d'une nouvelle r&#233;sistance des ouvriers noirs avait &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par la gr&#232;ve des mineurs africains de 1946. Bien que cette gr&#232;ve ait &#233;t&#233; d&#233;faite et que les tentatives de solidarit&#233; parmi les travailleurs urbains aient &#233;chou&#233;, l'Etat avait besoin de trouver une solution &#224; long terme au probl&#232;me du contr&#244;le social. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, au-del&#224; des professions de foi politiques ou id&#233;ologiques des uns et des autres sur la sup&#233;riorit&#233; de la race blanche ou sur une meilleure int&#233;gration des Noirs, divers secteurs discutaient depuis plusieurs ann&#233;es de la meilleure mani&#232;re de maintenir une main d'&#339;uvre au moindre co&#251;t tout en &#233;vitant la dislocation du syst&#232;me politique. La victoire &#233;lectorale du Parti national en 1948 sanctionna la victoire de la seconde option, ouvrant une nouvelle p&#233;riode de l'histoire sud-africaine, jusqu'&#224; ce que ce choix s'&#233;puise progressivement au cours des ann&#233;es soixante-dix. (&#8230;) L'observation des taux de production des mines d'or montre que la production augmente substantiellement et r&#233;guli&#232;rement de 1952 jusqu'&#224; 1970 avec un seul petit recul en 1967. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, les deux principales f&#233;d&#233;rations de syndicats enregistr&#233;s &#233;taient le Trade Union Council of South Africa (TUCSA) avec environ 234.000 membres (60% &#233;tant m&#233;tis) et la South African Confederation of Labour (SACOL) avec 180.000 adh&#233;rents (en fait uniquement des syndicats de travailleurs blancs). (&#8230;) Des soixante syndicats non enregistr&#233;s qui existaient en 1961, trente-six avaient &#233;t&#233; affili&#233;s au South African Congress of Trade Unions (le SACTU li&#233; &#224; l'ANC) et seize &#224; la Federation of Free African Trade Union of South Africa (la FOFATUSA li&#233;e au PAC qui s'&#233;teint en 1966). (&#8230;) L'essentiel des cadres du SACTU quitt&#232;rent le pays pour l'exil malgr&#233; le fait que le SACTU ne fut jamais interdit. (&#8230;) Ce fut le tournant de l'ANC vers une &#171; strat&#233;gie de lutte arm&#233;e &#187; &#224; partir d'un &#233;tat-major en exil. En tout cas, au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, l'influence de l'ANC dans le mouvement syndical est fortement affaiblie et ne passe plus par une structure sp&#233;cifique comme cela avait pu l'&#234;tre avec le SACTU. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec les gr&#232;ves du Natal en 1973 (&#8230;) D. du Toit &#233;crit (&#8230;) Les travailleurs africains qui avaient peur de rejoindre des syndicats jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es soixante ne craignaient plus quelques ann&#233;es plus tard de participer ) des gr&#232;ves ill&#233;gales. &#187; (&#8230;) 69 gr&#232;ves en 1971 pour 4.196 gr&#233;vistes, 71 gr&#232;ves en 1972 avec 8.814 participants, 370 conflits du travail en 1973 avec 98.029 gr&#233;vistes et, en 1974, 384 gr&#232;ves engageant 58.975 travailleurs. (d'apr&#232;s Darcy du Toit)&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Darcy du Toit &#233;crit : &#171; Les militants radicaux sur le terrain syndical n'avaient pas grand-chose &#224; faire avec leurs homologues du mouvement de la Conscience noire. Alors m&#234;me qu'en un sens les activit&#233;s des intellectuels noirs et blancs &#233;taient parall&#232;les, elles demeuraient s&#233;par&#233;es du fait m&#234;me de l'id&#233;ologie de la Conscience noire. Ironiquement ce furent les intellectuels blancs qui furent les plus capables d'approcher les ouvriers africains sur la base des int&#233;r&#234;ts de classe. Le Mouvement de la Conscience noire, en g&#233;n&#233;ral, a minimis&#233; ces int&#233;r&#234;ts et a approch&#233; des travailleurs noirs non pas comme des ouvriers mais comme des Noirs. &#187; (dans &#171; Capital et Travail en Afrique du sud, luttes de classe des ann&#233;es 70 &#187;) (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements de Soweto, de juin 1976, allaient confirmer le changement politique en cours dans le pays. La r&#233;volte des jeunes du Transvaal s'ajouta &#224; la renaissance du mouvement ouvrier noir pour d&#233;boucher sur les grands mouvements sociaux et politiques des ann&#233;es quatre-vingt. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La fondation de la FOSATU en avril 1979 repr&#233;sentait, depuis la disparition de la SACTU et l'autodissolution de la FOSATUSA, la r&#233;apparition d'une f&#233;d&#233;ration majoritairement compos&#233;e de syndicats non-enregistr&#233;s. (&#8230;) A son lancement cette derni&#232;re annon&#231;ait 45.000 membres au sein de douze syndicats. Parmi ceux-ci, seuls deux &#233;taient n&#233;s avant la p&#233;riode 1973-74 : le National Automobile and Allied Workers Union (1967) et le Jewellers and Goldsmiths Union (1939). La philosophie g&#233;n&#233;rale &#233;tait : &#171; refus de la division raciale, contr&#244;le ouvrier, syndicats de branche, organisation &#224; la base, ind&#233;pendance ouvri&#232;re, solidarit&#233; ouvri&#232;re internationale, unit&#233; syndicale. &#187; (&#8230;) Cette position exprima tout &#224; la fois la pr&#233;occupation d'une ind&#233;pendance organique par rapport &#224; tout mouvement politique, dont l'ANC, et celle d'un projet strat&#233;gique ind&#233;pendant identifiant classe ouvri&#232;re, mouvement ouvrier et mouvement syndical. (&#8230;) La FOSATU est implant&#233;e dans les secteurs industriels repr&#233;sentatifs de l'&#233;volution r&#233;cente de l'&#233;conomie du pays : la m&#233;tallurgie (Metal and Allied Workers Union) et surtout l'Automobile (National Automobile and Allied Workers Union) avec une nette croissance au niveau de concentration de la main d'&#339;uvre : le textile (NUTW), l'alimentation (SFAWU), et la chimie (CWIU) qui ont connu eux aussi une forte croissance des effectifs (&#8230;). &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut tout d'abord noter l'importance des dirigeants blancs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alec Erwin, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du TUACC puis de la FOSATU (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; John Copelyn, dirigeant du syndicat du textile, bas&#233; &#224; Durban&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rob Crompton, dirigeant de la chimie, bas&#233; &#224; Durban&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Berny Fanaroff, astrophysicien de formation, dirigeant de la m&#233;tallurgie, bas&#233; &#224; Johanesburg. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Leur motivation comportant un fort volet politique consistant, en g&#233;n&#233;ral, &#224; faire le choix de la construction syndicale pour &#233;tablir un instrument plus sp&#233;cifiquement &#171; ouvrier &#187; dans la lutte anti-apartheid. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait aussi souligner la tr&#232;s grande collaboration entre Alec Erwin et Enver Motala, intellectuel de Durban. Ce dernier dirigeait le bureau local du SACHED-Lacon, un organisme ind&#233;pendant et f&#233;d&#233;ratif de publication et de formation au profit des mouvements sociaux. Enver Motala travailla avec Alec Erwin &#224; l'&#233;laboration du programme de formation des cadres de la FOSATU (&#8230;) qui comportait un volet sur la crise bureaucratique de l'Union sovi&#233;tique. C'est l'organisme de Durban du Lacon qui publia en 1987 un livre de formation sur l'histoire du mouvement syndical tout &#224; fait proche des analyses de l'ancienne FOSATU. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la fin des ann&#233;es vingt, des militants adh&#233;rant aux critiques trotskystes se d&#233;tachaient du Parti communiste. Certains d'entre eux furent les dirigeants d'un mouvement assez large dans les ann&#233;es quarante, portant le nom de Unity Movement. Par ailleurs, un syndicaliste de renom dans les ann&#233;es trente et quarante, Max Gordon, &#233;tait trotskyste. Ce courant s'est fragment&#233; et fortement affaibli dans les ann&#233;es cinquante. Mais il existait toujours au Cap, dans les ann&#233;es soixante-dix, une forte implantation de ces groupes, principalement parmi les enseignants et la jeunesse militante noire. (&#8230;) Le dirigeant du syndicat des travailleurs municipaux du Cap avait &#233;t&#233; membre du Unity Movement. Marcel Golding, avant de devenir un dirigeant du syndicat des mineurs, a fait partie d'un petit groupe d'&#233;tude d'orientation trotskyste. Il faut souligner que d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt, ces cadres syndicaux consid&#232;rent tous ces groupes comme sectaires et obsol&#232;tes. (&#8230;) Alec Erwin souligne par ailleurs qu'ils pensaient d&#232;s cette &#233;poque que la perspective de fondation d'un parti &#233;tait pr&#233;matur&#233;e et qu'ils &#233;taient effray&#233;s par les d&#233;g&#226;ts de la division et du sectarisme dans l'extr&#234;me gauche britannique. (&#8230;) Les orientations suivantes leur sont communes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une opposition &#224; l'ANC &#224; partir d'une lecture critique de la &#171; Charte de la Libert&#233; &#187; consid&#233;r&#233;e comme un document &#171; nationaliste &#187;, ne distinguant pas les int&#233;r&#234;ts divergents entre classes sociales au cours de la lutte de lib&#233;ration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une opposition aux relations avec les lib&#233;raux blancs, avec le Parti f&#233;d&#233;ral progressiste (PFP) voire avec l'association des &#233;tudiants blancs, NUSAS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une affirmation du r&#244;le central, si ce n'est exclusif, de la classe ouvri&#232;re dans les luttes d'&#233;mancipation et de transformation de la soci&#233;t&#233;, et ce, en opposition avec la strat&#233;gie de l'ANC et du Parti communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; une critique du Parti communiste comme courant prosovi&#233;tique, sectaire et &#171; stalinien &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce cadre, c'est la FOSATU qui apparaissait, en ce d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt, comme la seule vraie tentative, large et repr&#233;sentative, de mettre en pratique une telle identit&#233; politique. (&#8230;) Le d&#233;bat va s'acc&#233;l&#233;rer &#224; partir du d&#233;but de l'ann&#233;e 1982. En avril de cette ann&#233;e-l&#224;, la FOSATU tient son second congr&#232;s. Un rapport politique g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par le noyau de direction et est pr&#233;sent&#233; par Joe Foster. (&#8230;) Le rapport Foster semble correspondre &#224; une p&#233;riode d'euphorie au sein de la FOSATU. Il faut en effet souligner qu'en 1982 l'ANC reste une force relativement faible. Il n'a pas reconstruit son h&#233;g&#233;monie politique sur toute l'opposition &#224; l'apartheid comme il sera capable de la faire &#224; partir de 1984. Il peut m&#234;me appara&#238;tre comme un mouvement handicap&#233; par l'exil de sa direction et incapable de saisir les changements profonds survenus dans le pays. Le noyau dirigeant de la FOSATU se sent, &#224; l'inverse, en phase avec les &#233;volutions socio-&#233;conomiques : importance grandissante des conflits du travail, &#233;mergence d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration ouvri&#232;re, formation de nouvelles exp&#233;riences de confrontation avec l'Etat et le patronat. Le rapport de Joe Foster souligne la possibilit&#233; nouvelle de placer la lutte contre l'apartheid sous le drapeau des &#171; luttes anti-capitalistes &#187;. C'est une orientation qui s'&#233;carte ouvertement des postulats politiques de l'ANC et du Parti communiste. (&#8230;) Foster parle &#224; ce propos de &#171; construire le mouvement ouvrier &#187; apr&#232;s avoir parl&#233; de &#171; parti des travailleurs &#187;, en opposition &#224; la notion de mouvement de lib&#233;ration incarn&#233; par l'ANC. Le contexte international de 1982, marqu&#233; entre autres par l'essor de Solidarnosc en Pologne, permet alors &#224; la direction de la FOSATU de pr&#233;senter ses vues sur le &#171; socialisme r&#233;ellement existant. &#187; (&#8230;) En octobre 1983, le journal &#171; Fosatu &#8211; workers news &#187; publia un article en double page centrale sur Solidarnosc et la Pologne. (&#8230;) Au Br&#233;sil, c'est une &#233;quipe de syndicalistes de la m&#233;tallurgie qui, en 1979, avait lanc&#233; l'id&#233;e d'un &#171; parti des travailleurs &#187;. C'est finalement ce qu'ils r&#233;alis&#232;rent en fondant ce parti autour d'Ignacio Lula da Silva, dirigeant syndical de la banlieue de Sao Paulo. En 1985, les num&#233;ros 39 et 40 de &#171; Fosatu &#8211; workers news &#187; publiaient un long article de reportage sur le Parti des Travailleurs du Br&#233;sil. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut garder en m&#233;moire que les ann&#233;es 1980-1982 voient une nouvelle acc&#233;l&#233;ration des conflits du travail et un renforcement des organisations syndicales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;es : 1978 1979 1980 1981 1982&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nb de gr&#232;ves : 106 101 207 342 281&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nb de gr&#233;vistes : 14160 22803 61785 92842 189022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Ce sont les syndicats de la FOSATU qui totalisent le plus de gr&#232;ves &#224; leur actif, et notamment ceux de la m&#233;tallurgie et de l'automobile. (&#8230;) Seul le secteur des mines totalise, en 1982, un nombre sup&#233;rieur de gr&#233;vistes, malgr&#233; un nombre total de d&#233;brayages plus modeste. Mais il s'agit pour l'essentiel d'un seul conflit en juillet, sur des questions de salaires, impliquant neuf mines du Transvaal et trois autres au Natal. La r&#233;pression fut tr&#232;s dure et de nombreux gr&#233;vistes furent renvoy&#233;s dans leurs bantoustans. Il s'agissait du plus grand conflit dans les mines depuis la gr&#232;ve de 1946, annonciateur de la place qu'allait bient&#244;t prendre ce secteur dans le mouvement syndical. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) L'un des grands probl&#232;mes auquel d&#251; faire face le mouvement syndical fut singuli&#232;rement celui du d&#233;veloppement d'une autre forme d'organisation de la population noire : les civics ou community associations. Sous ce vocable ont &#233;t&#233; souvent regroup&#233;es toutes les formes associatives se d&#233;veloppant au niveau des townships. (&#8230;) Les civics se sont rapidement d&#233;velopp&#233;es au Cap &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix. Elles prolongeaient d'une certaine mani&#232;re les formes d'organisation au sein des townships qui &#233;taient apparues au cours des mouvements de juin 1976 au Transvaal. (&#8230;) Beaucoup ont pu appara&#238;tre sous la forme de comit&#233; de lutte, soit pour le boycott des transports en commun contre une augmentation des tarifs, soit pour un boycott des loyers contre l'augmentation de ceux-ci. Certains ont pris la forme de comit&#233; politique traitant de tous les probl&#232;mes de la communaut&#233;. (&#8230;) Il semble que le d&#233;veloppement des civics se soit surtout fait au d&#233;part au Cap sous l'impact de deux courants politiques concurrents &#224; l'&#233;poque dans cette r&#233;gion : celui de la gauche politique ind&#233;pendante (la n&#233;buleuse politique h&#233;riti&#232;re du Unity Movement) et celui li&#233; ou influenc&#233; par l'ANC. C'est ainsi qu'au Cap les militants du Unity Movement form&#232;rent avec les associations qu'ils contr&#244;laient Federation of Cape Civic Associations et que les militants de l'ANC et du Parti communiste form&#232;rent de leur c&#244;t&#233; le Cape Area Housing Action Committee (CAHAC). S'y est rajout&#233;e l'activit&#233; propre du parti Azapo et celle des militants du PAC. (&#8230;) Pour la gauche syndicale le probl&#232;me &#233;tait donc assez complexe. Elle voyait se d&#233;velopper une forme compl&#233;mentaire d'organisation sociale susceptible de toucher la grande masse de ceux et celles qui ne travaillent pas ou &#233;teint employ&#233;s dans des entreprises inaccessibles au mouvement syndical. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre de ces associations avaient comme principaux activistes des gens socialement stables ayant une certaine habilet&#233; politique. Beaucoup de ceux-l&#224; &#233;taient des enseignants, des hommes d'&#233;glises, des m&#233;decins et plus g&#233;n&#233;ralement des membres de familles &#224; revenus moyens au sein des quartiers. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus l'ANC &#233;tendait son influence sur les civics plus cela devenait un face-&#224;-face entre ce parti (avec ses militants apparaissant sous le drapeau de leur association et d&#233;fendant la &#171; Charte de la Libert&#233; &#187; et les principaux syndicats de la FOSATU. (&#8230;) Les exemples abondent avec parfois des cas de violence physique. Les dirigeants de la FOSATU se plaignent que (&#8230;) des groupes de jeunes li&#233;s aux civics s'en prennent parfois &#224; des travailleurs effectuant normalement leur travail. (&#8230;) &#171; Au d&#233;but du mois de mai, il y eut les fun&#233;railles d'un membre du FOSATU qui avait &#233;t&#233; tu&#233; durant les heurts. Au cours de la procession des groupes de jeunes ont lanc&#233; des pierres contre celle-ci. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Les 5 et 6 novembre 1984 se d&#233;roula une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la r&#233;gion du Transvaal. Cette gr&#232;ve fut conjointement appel&#233;e par le mouvement syndical, dont la FOSATU, et des organisations affili&#233;es &#224; l'UDF (dont l'organisation &#233;tudiante COSAS). (&#8230;) Cette gr&#232;ve du Transvaal de novembre 1984 fut un &#233;norme succ&#232;s et le gouvernement ne s'y trompant pas r&#233;prima essentiellement des syndicalistes. Plusieurs dirigeants dont Chris Dlamini (FOSATU), Moses Mayekiso (FOSATU), P Camay (CUSA) furent arr&#234;t&#233;s. L'entreprise d'Etat Sasol (P&#233;trole), par exemple, licencia 90% des 6.500 travailleurs. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'ANC ne r&#233;ussit jamais, jusqu'an 1985, &#224; s'affirmer de mani&#232;re h&#233;g&#233;monique dans le mouvement syndical, il n'en fut pas de m&#234;me au niveau des civics et du mouvement de la jeunesse scolaris&#233;e. Le projet originel de Joe Foster et de la FOSATU impliquait une intervention syndicale hors des entreprises, dans les townships. Le projet existait, il &#233;tait discut&#233; mais ne fut jamais vraiment tent&#233;. L'ANC disposa ainsi d'un espace suppl&#233;mentaire pour se reconstruire &#224; l'int&#233;rieur du pays. Il le fit en utilisant sa modeste pr&#233;sence syndicale (SAAWU, MACWUSA,&#8230;), ses rapports avec les &#233;glises (Desmond Tutu et Alan Boestak) ainsi que ses relations avec des milieux lib&#233;raux d&#233;mocrates blancs (par exemple le syndicat &#233;tudiant NUSAS ou des &#233;l&#233;ments du Parti F&#233;d&#233;ral Progressiste). L'occasion fut l'annonce par le gouvernement d'une modification constitutionnelle en vue d'un syst&#232;me &#224; trois chambres (blanche, m&#233;tis et indienne) et d'un conseil pr&#233;sidentiel consultatif. L'ensemble des forces d'opposition d&#233;nonc&#232;rent ce projet. Et appel&#232;rent au boycott (&#8230;) mais s'oppos&#232;rent le courant ANC et celui des divers groupes de la gauche &#171; trotskyste &#187;. Alors qu'une partie de ces derniers fondaient le National Forum Committee avec l'Azapo, l'ANC de son c&#244;t&#233; mit en place l'UDF, en prenant bien soin de donner, dans un premier temps, une place substantielle aux repr&#233;sentants des &#233;glises. (&#8230;) La mise en place de l'UDF produisit une aggravation de la tension entre le courant ANC et la gauche syndicale. (&#8230;) Il est facile de voir la contradiction qu'il y a entre la fondation de l'UDF et le projet du rapport Foster. (&#8230;) Le comit&#233; central du FOSATU prit position le 15 et 16 octobre 1983 : &#171; La FOSATU a d&#233;cid&#233; de ne pas s'affilier &#224; l'UDF. (&#8230;) L'UDF repr&#233;sente une vari&#233;t&#233; d'int&#233;r&#234;ts de classe (&#8230;) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;plique de l'ANC fut d'une extr&#234;me v&#233;h&#233;mence. (&#8230;) En substance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les syndicats qui ne sont pas dans l'UDF m&#232;nent une politique &#171; &#233;coomiciste &#187; et se refusent &#224; participer au combat politique pour la fin de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ces syndicats sont dirig&#233;s par des gens qui ont eux-m&#234;mes un projet politique, et celui-ci est enti&#232;rement tourn&#233; contre la direction historique et l&#233;gitime que sont l'ANC et la SACTU (voire le Parti communiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ces directions sont incapables de comprendre l'importance des alliances sociales dans un pays comme l'Afrique du sud et dans la lutte contre l'apartheid. (&#8230;) Le Parti communiste (SACP) joua &#233;galement un r&#244;le de tout premier plan dans ces pol&#233;miques. (&#8230;) Dans le couple ANC-SACP, le premier est en effet consid&#233;r&#233; comme le cadre large, mais cependant dirigeant, de la lutte de lib&#233;ration nationale et de &#171; la r&#233;volution d&#233;mocratique nationale &#187;. (&#8230;) Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, une partie de la direction de l'ANC est form&#233;e de membres du PC et l'appareil de la SACTU est essentiellement compos&#233; de membres du parti. Il faut aussi rappeler que l'aile arm&#233;e, Umkhonto we Sizwe, n'a pas &#233;t&#233; con&#231;ue au d&#233;part comme un simple pseudopode de l'ANC, mais comme un organe conjoint de l'ANC et du PC. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La gauche syndicale sous-estime le poids de l'ANC et du Parti communiste. C'est avec retard qu'elle d&#233;couvre le prestige de l'ANC et de Nelson Mandela, l'impact sur la jeunesse des actions de propagande arm&#233;e et surtout la capacit&#233; des cadres du SACP &#224; reconstituer dans les civics puis dans les syndicats la base large qu'ils n'avaient pas encore au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt. De ce point de vue la cr&#233;ation de l'UDF marque un tournant dans la course de vitesse que se livrent ces deux forces. (&#8230;.) Si l'on compare les textes de l'ANC et ceux de la FOSATU ayant valeur de propagande g&#233;n&#233;rale, on constate que le premier a plut&#244;t tendance &#224; annoncer un d&#233;bouch&#233; victorieux sur court ou moyen terme (&#8230;) La direction de l'ANC opta pour une propagande ultra-radicale, d&#233;crivant une situation insurrectionnelle et un mouvement de masse aux portes du pouvoir. (&#8230;.) Durant toute cette p&#233;riode le sectarisme des activistes de l'UDF sera &#224; son comble &#224; l'encontre de tous ceux qui ne dressent pas banni&#232;re de la Charte de la Libert&#233;, que certaines directions syndicales vont vivre comme une menace pour le mouvement ouvrier. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en septembre 1985 que se d&#233;roula la premi&#232;re grande initiative publique de contact entre les lib&#233;raux blancs et la direction de l'ANC. Une d&#233;l&#233;gation importante se rendit &#224; Lusaka dont Garvin Relly, dirigeant de l'Anglo American. Il dira &#224; ce propos : &#171; ce fut une des journ&#233;es les plus agr&#233;ables que j'ai jamais pass&#233;e. &#187; (&#8230;) Le 27 septembre 1985, 90 des plus grands noms du monde des affaires et de la haute finance, appartenant essentiellement &#224; la communaut&#233; anglophone, signaient un document r&#233;clamant la fin de l'apartheid. (&#8230;) L'&#233;v&#234;que Desmond Tutu et le leader de l'Inkhata Buthelezi soutinrent ce document. Parmi les signataires se trouvaient les patrons de la Nedbank, de Toyota, de la banque Barclays, de l'Anglo American (dont H.F.Oppenheimer), d'IBM, de Data, de Coca-Cola, du groupe de presse Argus, de Colgate, de Volkswagen, de General Motors&#8230; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le congr&#232;s du COSATU, le South African Trade Union Congress, eut lieu du 29 novembre au 1er d&#233;cembre 1985, &#224; Durban. (&#8230;) Le rapport de forces interne r&#233;el va &#234;tre d&#233;termin&#233; par le syndicat des mines, la NUM. Celui-ci avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1982 et avait adh&#233;r&#233; au CUSA. Mais il avait rompu avec ce dernier et bascul&#233; dans le camp de ceux qui formeront le COSATU. Sa direction vient donc majoritairement de la Conscience noire mais, tr&#232;s vite, son principal dirigeant, Cyril Ramaphosa, s'affiche comme le plus chaud partisan du courant chartiste &#224; la t&#234;te du plus gros syndicat de la nouvelle f&#233;d&#233;ration. (&#8230;) Les relations internes allaient demeurer tr&#232;s tendues jusqu'en 1987. De forts doutes na&#238;tront chez les anciens de la FOSATU sur la viabilit&#233; de l'unit&#233;. Les attaques des partisans de l'ANC seront incessantes. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Des personnalit&#233;s lib&#233;rales (&#8230;) vont rencontrer les dirigeants de la COSATU. Un premier contact se fait &#224; Harare avec Jay Naidoo, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, fin 1985, puis les 5 et 6 mars 1986, une r&#233;union se tient &#224; Lusaka avec des d&#233;l&#233;gations du COSATU, de l'ANC et de la SACTU. (&#8230;) La mise en forme concr&#232;te de cette &#171; alliance &#187; se fit, de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e, entre le COSATU et le South African Youth Congress (SAYCO). (&#8230;) L'axe COSATU-SAYCO est pr&#233;sent&#233; comme un axe usines-townships et comme un moyen de r&#233;gler pacifiquement le passif entre syndicalistes et jeunes activistes des civics. (&#8230;) Le courant chartiste avait progressivement pr&#233;sent&#233; l'alliance COSATU-UDF et COSATU-SAYCO comme &#233;tant fond&#233;e sur la Charte de la Libert&#233;. La pr&#233;paration du congr&#232;s de 1987 sera l'occasion de pousser l'avantage et de r&#233;clamer que chaque syndicat fasse du programme de l'ANC sa propre r&#233;f&#233;rence. (&#8230;) Pour la NUM, la Charte &#233;tait alors &#171; un guide pour la lutte contre l'oppression nationale &#187;. (&#8230;) Le Parti communiste, pour sa part et sans surprise, donne son aval aux positions de la NUM : &#171; L'adoption de la Charte de la Libert&#233; par le r&#233;cent congr&#232;s de la NUM refl&#232;te correctement le sentiment et la compr&#233;hension des masses populaires. C'est un signe donn&#233; au mouvement syndical pour un lien plus r&#233;aliste, dans la p&#233;riode actuelle, entre lutte &#233;conomique et lutte politique. &#187; (&#8230;) Finalement Jay Naidoo, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la COSATU, cherchera &#224; concilier les diff&#233;rentes positions (&#8230;) : &#171; En adoptant la Charte, nous voyons cela comme un cadre de r&#233;f&#233;rence et non comme un sch&#233;ma. (&#8230;) Il n'y aura pas de suspension de la lutte pour une soci&#233;t&#233; sans exploitation. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les d&#233;bats de cette p&#233;riode doivent se comprendre dans le cadre d'une tr&#232;s forte activit&#233; syndicale et gr&#233;viste. (&#8230;) Le d&#233;but de l'ann&#233;e 1987 voit des mouvements gr&#233;vistes d'une tr&#232;s grande intensit&#233; : la gr&#232;ve des cheminots et des postiers, la gr&#232;ve des employ&#233;s de commerce (&#8230;) Pour une partie des syndicats (essentiellement l'aile chartiste) la question du pouvoir est bien entrain de se poser. La question du programme politique est ainsi per&#231;ue comme une question de court ou moyen terme : quelle sera la nature d'un &#171; gouvernement ANC &#187; ? (&#8230;) La question de la Charte de Libert&#233; (adopt&#233;e par la majorit&#233; des syndicats de la COSATU) est celle de l'acceptation d'un monopole accord&#233; au seul ANC (&#8230;) En 1987 et 1988, la gauche syndicale n'a plus le monopole des r&#233;f&#233;rences au &#171; socialisme &#187;. Dans le mouvement syndical, l'aile li&#233;e au SACP en a &#233;galement fait sa banni&#232;re. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant le Parlement, le 2 f&#233;vrier 1990, Frederick De Klerck annon&#231;ait qu'il avait d&#233;cid&#233;, dans la perspective d'une n&#233;gociation globale, la l&#233;galisation de l'ANC, du Parti communiste et de toutes les organisations interdites : &#171; La dynamique en cours dans la politique internationale a &#233;galement cr&#233;&#233; de nouvelles opportunit&#233;s pour l'Afrique du sud. (&#8230;) L'&#233;croulement du syst&#232;me &#233;conomique en Europe de l'Est constitue aussi un signal. &#187; (&#8230;) Le Parti communiste sud-africain &#233;tait d&#233;sormais sous la pression sovi&#233;tique (&#8230;) La direction du SACP avait toujours montr&#233; un suivisme sans faille envers les positions du Parti communiste d'Union sovi&#233;tique. (&#8230;) L'ANC et le Parti communiste d&#233;cid&#232;rent &#224; la suite de leur l&#233;galisation en 1990 la &#171; suspension de l lutte arm&#233;e &#187;. La Charte de la Libert&#233; fut progressivement oubli&#233;e au profit d'une s&#233;rie de propositions constitutionnelles ou &#233;conomiques de l'ANC qui s'&#233;loignaient de plus en plus des professions de foi ant&#233;rieures. La perspective de la nationalisation des plus grandes entreprises fut &#233;cart&#233;e (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1989-1990, le cadre de r&#233;flexion est donn&#233; par Alec Erwin : &#171; Nous devons nous pr&#233;parer &#224; gouverner et &#224; reconstruire le pays. (&#8230;) Notre priorit&#233; est de renforcer nos organisations politiques &#8211; l'ANC et le Parti communiste &#8211; et les syndicats, les civics. &#187; (&#8230;) Au d&#233;but d'ann&#233;e 1994, alors qu'en apparence le gouvernement et la direction de l'ANC se dirigent avec qui&#233;tude et &#224; l'amiable vers les &#233;lections du 27 avril, la soci&#233;t&#233;, elle, reste une norme marmite bouillonnante. (&#8230;) L'ANC et le parti national de F.W. De Klerk s'appr&#234;tent d&#233;sormais &#224; cog&#233;rer l'Etat sud-africain (&#8230;) ce choix politique ne lib&#232;re pas pour autant la soci&#233;t&#233; sud-africaine de son h&#233;ritage raciste. La pauvret&#233; des plus pauvres s'est m&#234;me aggrav&#233;e au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Vers le pouvoir populaire, un pari &#224; gagner &#187;, d&#233;claration du Comit&#233; central du Parti communiste sud-africain de novembre 1979 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans notre situation, la lutte pour mettre fin &#224; l'exploitation capitaliste ne peut &#234;tre s&#233;par&#233;e de la lutte contre la tyrannie nationale. Une &#171; lutte de classe &#187; qui ignorerait cette v&#233;rit&#233; ne pourrait combattre s'en amphith&#233;&#226;tre et non dans la v&#233;ritable ar&#232;ne de combat. C'est cette r&#233;alit&#233; qui permet d'expliquer pourquoi nous estimons qu'&#224; l'&#233;tape actuelle de notre lutte la principale strat&#233;gie est de lutter pour remporter notre r&#233;volution d&#233;mocratique nationale, premi&#232;re &#233;tape vers une transformation socialiste. (&#8230;) Notre histoire nous apprend qu'une large alliance des forces sociales renforce plut&#244;t qu'elle n'affaiblit la volont&#233; de lib&#233;ration. (&#8230;) Nier toute possibilit&#233; pour les couches moyennes noires de jouer un r&#244;le aux c&#244;t&#233;s de la r&#233;volution serait une simplification grossi&#232;re et dangereuse. (&#8230;) Il faut prendre toutes les mesures possibles pour consolider et &#233;largir le v&#233;ritable mouvement syndical qui refuse tous les efforts d&#233;ploy&#233;s pour &#233;loigner les ouvriers de la lutte de lib&#233;ration nationale. (&#8230;) Les ouvriers doivent refuser de s'inscrire aux syndicats &#171; multiraciaux &#187; qui en feraient des pions dans le jeu des ouvriers blancs. (&#8230;) La politique de la lutte arm&#233;e, les attentats contre l'ennemi et les mesures prises pour que l'arm&#233;e de lib&#233;ration nationale puisse se retrancher dans les villes comme dans les campagnes sont un &#233;l&#233;ment vital de la strat&#233;gie de lib&#233;ration. (&#8230;) Notre parti est une composante essentielle de l'alliance r&#233;volutionnaire en vue de la lib&#233;ration nationale que dirige l'ANC. En tant que tel, il n'a aucun int&#233;r&#234;t qui le s&#233;pare de l'un quelconque des &#233;l&#233;ments de cette alliance que nous avons toujours cherch&#233; &#224; renforcer. (&#8230;) Construisons en 1980, 25e anniversaire de la Charte de la Libert&#233;, un large front de toutes les forces patriotiques et anti-racistes sous la banni&#232;re de l'ANC. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le combat du Parti communiste sud-africain contre le courant &#171; lutte de classe &#187; au sein du FOSATU :&lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits d'un article de Ruth Nhere de la revue &#171; The African Communist &#187; du Parti communiste sud-africain n&#176;99 de septembre 1984 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un ouvri&#233;risme &#233;conomiste&lt;br class='autobr' /&gt;
Les grandes avanc&#233;es du mouvement syndical ind&#233;pendant en Afrique du sud depuis 1973 ont &#233;t&#233; bien appr&#233;ci&#233;es comme fondamentales dans notre lutte r&#233;volutionnaire. Il y a cependant d'importantes divergences de vue concernant le r&#244;le et les possibilit&#233;s de ces luttes syndicales. Un des courants de pens&#233;e les concernant peut &#234;tre appel&#233; &#171; ouvri&#233;risme &#187; ou &#171; classisme &#187; est en fait une variante de ce que L&#233;nine avait appel&#233; &#171; l'&#233;conomisme &#187; en Russie et qu'il avait combattu en ces termes : &#171; La pr&#233;tention que la politique doit suivre avec ob&#233;issance l'&#233;conomie est une pens&#233;e &#224; la mode, qui exerce une influence irr&#233;sistible sur la masse de la jeunesse attir&#233;e par le mouvement, mais qui, dans la majorit&#233; des cas, ne conna&#238;t du marxisme que ce qu'en ont dit les publications l&#233;gales. &#187; C'est un &#233;conomisme de ce type qui forme la base d'adresse de Joe Foster &#224; la conf&#233;rence de 1982 du FOSATU, conf&#233;rence si bien critiqu&#233;e par Toussaint dans son article pour la revue &#171; The African Communist &#187;, article intitul&#233; &#171; Un syndicat n'est PAS un parti politique &#187;. La question du r&#244;le du mouvement syndical et son alliance avec le mouvement d&#233;mocratique dans son ensemble sont toujours chaudement d&#233;battues comme le montrent les d&#233;bats sur la question de l'adh&#233;sion des syndicats &#224; l'United Democratic Front. Dans une r&#233;cente publication du Cap, &#171; Social Review &#187;, un auteur anonyme r&#233;pondait &#224; un article d'un num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent qui d&#233;fendait la ligne ouvri&#233;riste contre les alliances entre classes sociales : &#171; Je voudrait r&#233;pondre que, si ce sont les travailleurs qui dirigent la lutte, une plus grande conscience socialiste sera d&#233;velopp&#233;e au sein de la classe ouvri&#232;re si celle-ci m&#232;ne des alliances entre classes et les dirige elle-m&#234;me. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) L'id&#233;e d'une spontan&#233;it&#233; du mouvement de la classe ouvri&#232;re et sa &#171; puret&#233; &#187; semblent caract&#233;ristiques des conceptions d'une partie des intellectuels travaillant dans le mouvement syndical ind&#233;pendant. Argumentant contre les alliances avec d'autres classes et groupes sociaux dans la lutte politique, ils proclament que &#171; les travailleurs eux-m&#234;mes doivent d&#233;cider &#224; quel moment et &#224; quelles conditions une telle alliance serait souhaitable. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Les avocats de l'ouvri&#233;risme nient farouchement que leurs arguments servent &#224; combattre le r&#244;le du parti politique de classe. Ils affirment qu' &#171; il n'y a pas, pour le moment, une telle organisation sp&#233;cifique de la classe ouvri&#232;re en Afrique du sud. &#187; Ces sentiments sont ceux qui sont repris dans la direction du FOSATU. On pourrait penser qu'il s'agit de gens qui esp&#232;rent, et attendent, qu'une telle organisation politique de la classe ouvri&#232;re, sur la base d'une conscience socialiste, apparaisse dans le cours des &#233;v&#233;nements mais il semble au contraire que cela ne soit pas leur but. En lisant leurs publications, on discerne une autre strat&#233;gie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains d'entre eux ont &#233;t&#233; fascin&#233;s par l'exemple du Br&#233;sil. Un article r&#233;cent sur ce pays dans le &#171; South African Labour Bulletin &#187; tente de dresser un parall&#232;le avec les d&#233;veloppements r&#233;cents en Afrique du sud. Au br&#233;sil, ils rappellent que le militantisme syndical de masse a donn&#233; naissance &#224; un parti politique qui &#171; s'est rapidement d&#233;velopp&#233; chez les travailleurs, les ch&#244;meurs, la base de l'Eglise, la jeunesse progressiste et les intellectuels de gauche&#8230; &#187; L'auteur mentionne en passant que ce parti &#171; a attir&#233; beaucoup d'hostilit&#233; de la part du Parti communiste br&#233;silien ill&#233;gal qui pr&#233;tend (nous soulignons) qu'ils d&#233;tiennent historiquement le titre de parti des travailleurs. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Br&#233;sil sert aussi de base d'&#233;tude au programme de formations militantes du FOSATU et &#224; son journal. Dans ce cas, le raisonnement et les critiques contre le Parti communiste sont d'avantage sous-entendues qu'explicites : &#171; Ce sont les travailleurs de la M&#233;tallurgie et du Textile qui ont lanc&#233; la r&#233;organisation des syndicats ill&#233;gaux. Chaque ann&#233;e depuis 1977, les travailleurs avaient men&#233; des gr&#232;ves pour leurs droits et pour de meilleurs salaires&#8230; Il en est sorti un Parti des Travailleurs afin de repr&#233;senter les ouvriers dans les futures &#233;lections. Cela rencontra l'opposition de l'Etat, des autres partis et des dirigeants des syndicats officiels. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Probablement que les auteurs de ce type de document ont conscience qu'un anticommunisme trop ouvert ne leur permettrait pas d'obtenir le soutien qu'ils recherchent au sein de la classe ouvri&#232;re. Cependant, ils font semblant d'ignorer le programme et m&#234;me l'existence de l'ANC et du Parti communiste sud-africain. (&#8230;) Les tentatives de cacher l'histoire, la strat&#233;gie et les tactiques des organes existants du mouvement de lib&#233;ration, l'ANC et le Parti communiste sud-africain, doivent &#234;tre combattues dans les syndicats et au niveau du d&#233;bat th&#233;orique, dans la propagande l&#233;gale et ill&#233;gale. Certains de ces &#233;crits li&#233;s &#224; ce groupe jouent un r&#244;le important de division contre le mouvement de masse. Un article dans la presse estudiantine &#171; Work in progress &#187; caract&#233;rise par exemple le United Democratic Front comme mouvement &#171; lib&#233;ral radical &#187; ayant sa base de classe &#171; au sein de la petite-bourgeoisie noire et surtout indienne. &#187; (&#8230;) Ils n'ont pas du tout per&#231;u les interactions entre oppression nationale et oppression de classe qui donnent aux r&#233;volutionnaires d'Afrique du sud des t&#226;ches strat&#233;giques sp&#233;cifiques fondant les programmes de l'ANC et du Parti communiste sud-africain. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte id&#233;ologique sur le front syndical&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article de Toussaint intitul&#233; &#171; Un syndicat n'est PAS un parti politique &#187; dans le num&#233;ro 93 de 1983 de la revue &#171; The African Communist &#187; est une des plus importantes contributions de cette revue depuis longtemps. (&#8230;) Nous avions remarqu&#233; que notre parti avait tard&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; la d&#233;claration de Joe Foster qui constituait une attaque id&#233;ologique contre nous et contre tout le mouvement de lib&#233;ration nationale. Nous devons nous reprocher de ne pas avoir donn&#233; une r&#233;ponse imm&#233;diate et scientifiquement fond&#233;e &#224; Foster. Pour faire des progr&#232;s et gagner notre lutte id&#233;ologique, pour rester proches des masses, nous devons leur expliquer la nature des bases id&#233;ologique de Joe Foster, leurs racines sociales et le danger qu'elles repr&#233;sentent pour la classe ouvri&#232;re et les masses opprim&#233;es d'Afrique du sud. (&#8230;) Depuis les ann&#233;es 70, un nombre croissant de personnalit&#233;s de l'intelligentsia blanche ont pris une part active dans le travail des syndicats. Une partie d'entre eux sont sur nos bases. Mais on voit tr&#232;s clairement qu'un certain nombre d'entre eux adoptent des positions ultra-gauches. (&#8230;) Il est int&#233;ressant de remarquer que le FOSATU a le m&#234;me type de soutiens qu'avaient autrefois le Gang des Quatre et ils ont &#233;galement en commun leur rejet du parti communiste et du syndicat SACTU. Le Gang des Quatre voulait, comme Foster, cr&#233;er une alternative &#224; notre Parti. Dans la r&#233;alit&#233; de la situation de l'Afrique du sud, rejeter le r&#244;le du parti communiste et du SACTU, sous-estimer la contribution de l'ANC dans notre r&#233;volution, est le moyen de faire d&#233;vier la lutte de son vrai chemin en l'amenant vers une impasse tout en se cachant derri&#232;re des slogans sonnant comme tr&#232;s r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le langage de Foster a une tonalit&#233; tr&#232;s r&#233;volutionnaire mais son essence est de d&#233;sarmer la classe ouvri&#232;re et, en cons&#233;quence, de servir les int&#233;r&#234;ts des r&#233;formistes que les ultra-gauches favorisent finalement. Ultragauches et r&#233;formistes ont le m&#234;me but : rejeter les principes du marxisme-l&#233;ninisme dans le processus r&#233;volutionnaire et rejeter les formes correctes de lutte. Comme Toussaint l'a justement remarqu&#233;, Foster d&#233;veloppe l'illusion que la lutte &#233;conomique des travailleurs peut d&#233;velopper leur conscience politique. Foster consid&#232;re que ce qui est n&#233;cessaire n'est pas un Parti, auquel il ne fait m&#234;me pas r&#233;f&#233;rence, ni un syndicat comme le SACTU, auquel il reproche de s'occuper de politique, et pas non plus une ANC qui tendrait &#224; devenir une organisation populiste, mais un mouvement ouvrier du type de Solidarnosc (en Pologne). Cette id&#233;ologie repr&#233;sente un danger pour le mouvement ouvrier et pour toute la lutte des masses en Afrique du sud. (&#8230;) Dans &#171; Que faire ? &#187;, L&#233;nine &#233;tablit une distinction claire entre politique syndicaliste et politique communiste dans la lutte pour l'&#233;mancipation compl&#232;te des millions d'opprim&#233;s, et souligne le r&#244;le dirigeant du parti dans la lutte contre tous les opportunismes visant &#224; limiter la lutte &#224; quelques am&#233;liorations de salaires, du niveau de vie et &#224; de petites r&#233;formes l&#233;gales. L'Afrique du sud n'est pas une exception &#224; cette r&#232;gle. La politique syndicale doit &#234;tre subordonn&#233;e &#224; la politique communiste. Toussaint d&#233;finit clairement la n&#233;cessit&#233; et le r&#244;le du d&#233;tachement avanc&#233; de la classe ouvri&#232;re, le Parti communiste sud-africain. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il y a une seule critique &#224; faire &#224; l'article de Toussaint, c'est qu'il est trop gentil avec Foster. Bien que Foster &#233;vite soigneusement d'attaquer directement le Parti communiste, son point de vue est une attaque directe contre tout le mouvement de lib&#233;ration nationale et toutes les forces qui constituent cette alliance. Les prises de position de Foster et tous ceux qui suivent des positions du m&#234;me type sont un poison pour la classe ouvri&#232;re et peuvent amener, comme le remarquait L&#233;nine, &#224; une subordination des int&#233;r&#234;ts des travailleurs derri&#232;re ceux de la bourgeoisie. De tels courants vont se poursuivre au cours de l'intensification de la lutte. C'est pour cette raison que nous ne devons pas &#234;tre gentils avec Foster et que nous devons le consid&#233;rer comme un ennemi id&#233;ologique et adopter une attitude plus offensive. Cette attaque de Foster doit &#234;tre comprise non seulement comme un combat contre l'opportunisme mais comme un moyen d'&#233;duquer les masses. Il ne faut pas le comprendre comme une attaque contre le FOSATU, ou toute autre organisation de masse, mais comme des &#233;l&#233;ments s'adressant &#224; ces organisations pour leur &#233;viter de se tromper de direction dans la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'article de Toussaint appelle l'attention sur les t&#226;ches du Parti communiste en relation avec la dynamique croissante du mouvement syndical et, en g&#233;n&#233;ral, avec les luttes politiques en Afrique du sud. Selon nous, le Parti a devant lui les t&#226;ches suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est urgent d'augmenter notre travail dans les syndicats, un domaine vital pour notre Parti et o&#249; il doit absolument consolider sa position. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) En m&#234;me temps, nous devons combattre la prolif&#233;ration des id&#233;es ultra-gauches et de droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Dans notre programme en direction des masses, nous devons d&#233;velopper de diverses mani&#232;res des concepts comme &#171; le colonialisme d'un type sp&#233;cial &#187; pour en d&#233;duire notre place vis-&#224;-vis des autres organisations et leurs relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les relations de Mandela et de l'ANC avec le Parti communiste sud-africain et avec les communisme :&lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits de la d&#233;claration de Nelson Mandela &#224; son Proc&#232;s de Rovonia d'octobre 1963-mai 1964 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (&#8230;) Je nierai pas le fait que j'ai &#233;t&#233; un des fondateurs de l'Umkonto we Sizwe, (organisation militaire clandestine de la lutte arm&#233;e contre l'Apartheid), et que j'y ai jou&#233; un r&#244;le important jusqu'&#224; mon arrestation en ao&#251;t 1962. mais je veux dire d'embl&#233;e que l'id&#233;e &#233;mise par l'accusation dans son r&#233;quisitoire selon laquelle la lutte en Afrique du sud serait dirig&#233;e par des &#233;trangers ou des communistes est d&#233;nu&#233;e de fondement. (...) Les fondateurs de l'Umkonto &#233;taient tous membres du Congr&#232;s National Africain et nous avions derri&#232;re nous une longue tradition de non-violence et de recours &#224; la n&#233;gociation pour r&#233;soudre les conflits politiques. (&#8230;) En 1956, cent cinquante-six membres dirigeants de l'Alliance du Congr&#232;s (r&#233;unissant l'ANC, le Congr&#232;s indien, l'union nationale des gens de couleur, le Congr&#232;s d&#233;mocrate, enfin le syndicat SACTU), dont j'&#233;tais furent arr&#234;t&#233;s sous l'inculpation de haute trahison, et inculp&#233;s en vertu de la Loi sur la suppression du communisme. L'accusation mit en doute la politique non violente de l'ANC, mais la Cour en vint &#224; la conclusion qu'il ne pratiquait pas une politique de violence, lorsque cinq ans plus tard nous f&#251;mes acquitt&#233;s de tous les chefs d'accusation, parmi lesquels la pr&#233;tendue intention d'&#233;tablir un Etat communiste &#224; la place du r&#233;gime existant. Le gouvernement a toujours cherch&#233; &#224; qualifier ses adversaires de communistes. Aujourd'hui il a de nouveau repris ce grief, mais ainsi que je le montrerai, l'ANC n'est pas et n'a jamais &#233;t&#233; une organisation communiste. (&#8230;) Depuis longtemps le peuple souhaitait la violence en parlant du jour o&#249; il combattrait l'homme blanc et reconqu&#233;rrait son pays, tandis que nous, dirigeants de l'ANC, nous efforcions de faire pr&#233;valoir notre point de vue : le recours aux voies pacifiques. (&#8230;) Chaque d&#233;sordre exprimait clairement la conviction qui se r&#233;pandait parmi les Africains que la violence devenait la seule solution ; il montrait aussi qu'un gouvernement qui utilise la force pour maintenir son pouvoir apprend aux opprim&#233;s &#224; se servir de la force pour lutter contre lui. D&#233;j&#224;, de petits groupes s'&#233;taient form&#233;s dans les r&#233;gions urbaines et pr&#233;paraient spontan&#233;ment les bases d'une action violente. (&#8230;) D&#233;but juin 1961, apr&#232;s avoir m&#251;rement &#233;tudi&#233; la situation, nous arriv&#226;mes &#224; cette conclusion que les dirigeants africains feraient preuve de peu de r&#233;alisme et de clairvoyance s'ils continuaient &#224; pr&#234;cher la paix et la non-violence, au moment o&#249; le gouvernement r&#233;pondait &#224; nos requ&#234;tes pacifiques par la force. Nous n'about&#238;mes pas de gaiet&#233; de c&#339;ur &#224; une telle conclusion. Ce fut seulement quand tout le reste eut &#233;chou&#233;, quand toutes les voies de protestation pacifique nous eurent &#233;t&#233; barr&#233;es, que la d&#233;cision fut prise de s'engager dans les formes violentes d'action et de constituer l'Umkonto we Sizwe. (&#8230;) Il y a quatre formes d'action violente possible : le sabotage, la gu&#233;rilla, le terrorisme et la r&#233;volution ouverte. Nous avons choisi d'adopter la premi&#232;re m&#233;thode (&#8230;) Notre Manifeste proclamait : &#171; (&#8230;) Nous esp&#233;rons ramener le pouvoir et ses partisans au bon sens avant qu'il ne soit trop tard. Nous esp&#233;rons qu'une transformation du gouvernement et de sa politique interviendront avant qu'on ait atteint le seuil irr&#233;vocable de la guerre civile. &#187; (&#8230;) Les attaques contre les points vitaux de l'&#233;conomie du pays devaient s'accompagner de sabotage des b&#226;timents gouvernementaux et d'autres symboles de l'apartheid. Ces attaques devaient constituer un signal de ralliement pour notre peuple, et l'encourager &#224; participer &#224; des actions de masse non-violentes, comme des gr&#232;ves et des manifestations. Constituant par ailleurs un exutoire pour les partisans des m&#233;thodes violentes, elles nous permettraient de prouver concr&#232;tement &#224; nos militants que nous avions adopt&#233; une ligne plus dure et que nous riposterions d&#233;sormais aux diverses positions de force du gouvernement. (&#8230;) Les activit&#233;s de l'Umkonto &#233;taient contr&#244;l&#233;es et dirig&#233;es par le haut commandement national qui avait pouvoir de cooptation et de nommer des commandements r&#233;gionaux. (&#8230;) Je signale au passage que les termes &#171; haut commandement &#187; et &#171; commandement r&#233;gional &#187; avaient &#233;t&#233; emprunt&#233;s &#224; l'organisation nationale juive clandestine Irgoun Zvai Leumi, qui op&#233;ra en Isra&#235;l entre 1944 et 1948. (Mandela fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'organisation d'extr&#234;me droite juive). (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accusation assure encore que les faits et les objectifs de l'ANC et du Parti communiste sont identiques. Je voudrai en parler, ainsi que de ma propre position politique. Je cite ces all&#233;gations car il est &#224; craindre que l'accusation ne se fonde sur certaines pi&#232;ces pour affirmer que j'ai tent&#233; d'introduire le marxisme dans l'ANC. L'all&#233;gation, en ce qui concerne l'ANC, est totalement fausse. Ce n'est pas un argument neuf : il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;fut&#233; au proc&#232;s de trahison. Mais, puisqu'on le ressort, j'en parlerai ici, de m&#234;me que des relations entre l'ANC et le Parti communiste d'une part et avec le parti Umkonto d'autre part.&lt;br class='autobr' /&gt;
La doctrine de l'ANC consiste et a toujours consist&#233; dans un nationalisme africain. (&#8230;.) Le document politique le plus important qu'ait adopt&#233; l'ANC est la Charte de la libert&#233;, qui n'est en aucune fa&#231;on un manifeste pour un Etat socialiste. Elle appelle &#224; une redistribution, mais non &#224; une nationalisation de la terre. (&#8230;) Selon la Charte de la libert&#233;, les nationalisations s'inscriraient dans une &#233;conomie fond&#233;e sur l'entreprise priv&#233;e. La r&#233;alisation de la Charte de la libert&#233; offrirait de nouvelles perspectives &#224; toutes les classes &#8211; bourgeoisie comprise &#8211; d'une population africaine d&#232;s lors prosp&#232;re. L'ANC n'a jamais, &#224; aucune p&#233;riode de son histoire, pr&#233;conis&#233; un changement r&#233;volutionnaire de la structure &#233;conomique du pays. Il n'a jamais non plus, autant que je m'en souvienne, condamn&#233; la soci&#233;t&#233; capitaliste. (&#8230;) Je suis entr&#233; &#224; l'ANC en 1944. Quand j'&#233;tais jeune, je pensais que l'admission des communistes au sein de l'ANC et la coop&#233;ration &#233;troite qui existait parfois sur des probl&#232;mes particuliers entre cette organisation et le parti communiste finiraient par alt&#233;rer le concept de nationalisme africain. J'&#233;tais alors membre de la Ligue de la jeunesse de l'ANC, et j'appartins &#224; un groupe qui demanda l'expulsion des communistes de l'ANC. Cette motion fut repouss&#233;e &#224; une grosse majorit&#233;. On trouvait parmi ceux qui votaient contre quelques uns des &#233;l&#233;ments les plus conservateurs de l'opinion africaine. Ils disaient que, depuis sa cr&#233;ation, l'ANC s'&#233;tait form&#233; et d&#233;velopp&#233; non comme un parti exprimant une politique rigoureuse, mais comme un Parlement du peuple africain accueillant des gens d'opinions politiques diff&#233;rentes unis par un but commun : la lib&#233;ration nationale. Je fus finalement converti &#224; cette fa&#231;on de voir. Je l'ai soutenue depuis lors. (&#8230;) La t&#226;che fondamentale, en ce moment, doit &#234;tre l'&#233;limination de toute discrimination raciale et l'&#233;tablissement de droits d&#233;mocratiques sur la base de la Charte de la libert&#233;. La lutte pour ces droits devrait &#234;tre men&#233;e par un ANC fort. Dans la mesure o&#249; le parti communiste fait sien cet objectif qu'il soit le bienvenu. De mes lectures d'ouvrages marxistes et de mes conversations avec des communistes, j'ai tir&#233; l'impression que les communistes consid&#232;rent le syst&#232;me parlementaire occidental comme non d&#233;mocratique et r&#233;actionnaire. Moi, au contraire, je l'admire. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Pologne : la classe ouvri&#232;re en lutte</title>
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		<dc:date>2019-12-23T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lech Walesa &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son autobiographie intitul&#233;e &#171; Un chemin d'espoir &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80 &lt;br class='autobr' /&gt; L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lech Walesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son autobiographie intitul&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un chemin d'espoir &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses populaires de Pologne et encore moins &#224; une r&#233;volution communiste, en Pologne ou nulle part ailleurs. Ce r&#233;gime a &#233;t&#233; mis en place avec l'accord de l'imp&#233;rialisme et non contre lui. C'est ainsi que s'est constitu&#233; toute la zone sous domination russe &#8211; et pas communiste &#8211; &#224; l'Est. L'&#233;tatisme polonais ne d&#233;coule nullement d'une perspective communiste, de renversement du capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale, mais de la lutte mondiale de l'imp&#233;rialisme uni au stalinisme contre les risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre. C'est donc un Etat qui est dirig&#233; de A &#224; Z et d&#232;s le d&#233;but contre la classe ouvri&#232;re. Sa mise en place a n&#233;cessit&#233; la destruction d'anciennes structures mais ni celles des anciennes classes, ni des anciens appareils de l'Etat. Non, il s'agit de celles des anciens partis et syndicats ouvriers, qui sont enti&#232;rement d&#233;truits et reconstruits par le nouvel Etat, y compris l'ancien Parti communiste (comme dans tous les &#171; Pays de l'Est &#187;). La mise en place du parti unique et du syndicat unique &#224; partir de la guerre froide en 1947 ne sont nullement des mesures en faveur des travailleurs, au contraire. C'est la dictature politique et sociale qui s'abat sur les travailleurs qui sont priv&#233;s de tout droit d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la classe ouvri&#232;re a tent&#233; de protester, de revendiquer, elle a subi la r&#233;pression violente de cet Etat. En 1956, alors que la r&#233;volution se d&#233;roulait en Hongrie, les ouvriers polonais sont &#233;galement entr&#233;s en lutte. En juin 1956, ce sont notamment les 15.000 ouvriers des usines Staline de Pozna'n qui se mobilisent. Pour les &#233;craser, le pouvoir envoie l'arm&#233;e avec 200 tanks. Elle fait 53 morts et 400 bless&#233;s. Puis, en octobre 1956, tout le pays se couvre de conseils ouvriers, suivant l'exemple des ouvriers de l'usine Z&#233;ran de Varsovie. Le pouvoir parvient &#224; d&#233;tourner la col&#232;re des travailleurs, en faisant venir au pouvoir un pr&#233;tendu r&#233;formateur, en fait un stalinien momentan&#233;ment &#233;cart&#233; : Gomulka. Il r&#233;ussit &#224; calmer les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1970 qu'un nouveau mouvement massif de la classe ouvri&#232;re contre le pouvoir reprend. L'annonce d'une hausse des prix de 30% met le feu aux poudres. Des arr&#234;ts de travail spontan&#233;s dans toutes les villes du littoral de la Baltique, &#224; Gdynia, Gdansk et Szczecin, sont suivies de manifestations o&#249; les travailleurs vont demander des comptes aux dirigeants des localit&#233;s et du parti unique. A Gdynia, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve qui ont n&#233;goci&#233; avec la direction des chantiers sont arr&#234;t&#233;s. A cette nouvelle, une v&#233;ritable foule ouvri&#232;re en col&#232;re attaque et met le feu &#224; la direction du parti unique et fait le si&#232;ge des commissariats. Il en va de m&#234;me ensuite &#224; Gdansk et Szczecin. Il en r&#233;sulte des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. Des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusill&#233;s pr&#232;s de l'entr&#233;e. L'arm&#233;e fait &#233;vacuer les chantiers de Gdansk. A Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d'une offensive d'une grande violence, &#224; la mitrailleuse et par des attaques d'h&#233;licopt&#232;res, le 16 d&#233;cembre. Le lendemain, c'est Szczecin qui est le th&#233;&#226;tre d'une terrible bataille de rue. L'arm&#233;e et la milice tirent sur les gr&#233;vistes qui occupent le chantier Warski. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime a vaincu, mais il est discr&#233;dit&#233;. Gomulka est d&#233;missionn&#233;. Il doit laisser la place &#224; un nouveau chef d'Etat, Gierek, qui s'adresse aux ouvriers, leur fait des excuses, retire les mesures anti-ouvri&#232;res, supprime les mesures de r&#233;pression, annonce un nouveau type de relations avec les travailleurs, fait de nombreuses promesses et fait appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs. Avec succ&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Six ans plus tard, la classe ouvri&#232;re polonaise retrouve la voie de la lutte. Le 24 juin 1976, &#224; l'annonce d'une hausse des prix de 39% d&#233;cid&#233;e par Gierek, un mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; tout le pays. C'est &#224; Ursus dans la banlieue de Varsovie et &#224; Radom que le mouvement est le plus dur. A Radom, la milice tire sur la foule et 17 personnes sont tu&#233;es. Le gouvernement prend peur. 24 heures apr&#232;s l'annonce des hausses de prix, elles sont annul&#233;es. Mais il craint que cette victoire ouvri&#232;re entra&#238;ne une mont&#233;e irr&#233;pressible de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire par une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Il accompagne donc ce recul d'une s&#233;rieuse r&#233;pression. Des centaines de gr&#233;vistes sont arr&#234;t&#233;s, tabass&#233;s dans les locaux de la police. Certains travailleurs subissent des proc&#232;s publics o&#249; ils sont contraints de faire leur autocritique. Des intellectuels s'organisent alors pour d&#233;fendre les travailleurs qui subissent la r&#233;pression et les licenciements. Ils fondent le KOR, comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers. Des dirigeants politiques apparaissent alors, qui vont jouer un r&#244;le dirigeant dans la mobilisation qui suivra en 1980. Certains sont des fondateurs des &#171; syndicats libres &#187; comme Lech Walesa, Anna Walentynowicz, les fr&#232;res Kaczinski, Jack Kuron, Modzlewski, ou Adam Michnik. La conception qu'ils ont tir&#233;e des &#233;v&#233;nements des ann&#233;es 70 est nationaliste et r&#233;formiste. En r&#233;sum&#233; : pas question d'attaquer ou m&#234;me de menacer le pouvoir stalinien, il fait cr&#233;er un rapport de forces pour n&#233;gocier, revendiquer des droits syndicaux hors des &#171; syndicats &#187; du pouvoir et, sans affrontement, viser au d&#233;veloppement d'une opinion nationale, chr&#233;tienne, pro-occidentale. En somme, leurs conceptions sont tout sauf r&#233;volutionnaires. Leur mod&#232;le est souvent l'ancienne Pologne, que gouvernait le g&#233;n&#233;ral Pilsudski, un dictateur anti-communiste et pro-occidental, meneur de pogromes anti-s&#233;mites, mis au pouvoir par les puissances imp&#233;rialistes pour contrer la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il s'agit m&#234;me de convaincre le pouvoir que la transformation de la soci&#233;t&#233; devient la seule mani&#232;re d'&#233;viter la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La mobilisation de la classe ouvri&#232;re est le moyen de n&#233;gocier la sortie de crise, en obtenant progressivement la mise en place d'un r&#233;gime bourgeois. Adam Michnik &#233;crit ainsi : &#171; .. &#187; De 1976 &#224; 1978, leur groupe est pass&#233; de 6 &#224; 600 militants en faveur de syndicats libres. La mont&#233;e de la classe ouvri&#232;re continuant, ils sont plusieurs milliers en 1979 et diffuent massivement leur journal, &#171; L'ouvrier du littoral &#187;. Lorsque Anna Walentynowicz, militante des syndicats libres, est licenci&#233;e &#224; six mois de la retraite, trois jeunes ouvriers des chantiers naval de Gdansk d&#233;cident de mettre les chantiers en gr&#232;ve et vont chercher Lech Walesa, licenci&#233; depuis des ann&#233;es, mais qu'ils font rentrer dans les lieux. Malgr&#233; un d&#233;but du mouvement tr&#232;s difficile, ils parviennent finalement &#224; mettre les chantiers de Gdansk en gr&#232;ve, un mouvement qui va gagner tout le pays, et contraindre le pouvoir aux n&#233;gociations qu'esp&#233;rait Lech Walesa et ses amis. Il a fallu non seulement mobiliser les travailleurs mais aussi les emp&#234;cher de s'en prendre au pouvoir et canaliser leur &#233;nergie dans un sens qui ne menace pas le pouvoir. Il a fallu que ces dirigeants issus du mouvement se montrent capables de prendre la t&#234;te des luttes ouvri&#232;res pour les calmer et s'imposer ainsi comme la force la plus importante face au pouvoir. Ils ont re&#231;u pour cette t&#226;che d&#233;licate un appui important : celui de L'Eglise et de la papaut&#233;. Ils ont &#233;galement eu l'appui de la petite bourgeoisie nationaliste de Pologne. Le meilleur compte-rendu de cette strat&#233;gie r&#233;formiste est certainement son auteur, Lech Walesa lui-m&#234;me. Si son pass&#233; est celui d'un leader ouvrier d&#233;cid&#233;, combatif qui comprend que le prol&#233;tariat est la principale force politique, il est aussi oppos&#233; &#224; toute forme r&#233;elle de pouvoir ouvrier. Il sait n&#233;gocier dans le dos d'un mouvement, imposer quand il ne convainc pas, effectuer un chantage avec succ&#232;s, faire appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs pour les faire reculer. Dans ses m&#233;moires, il ne s'en cache nullement et, comme tout bon leader nationaliste, il reconna&#238;t volontiers qu'il n'est pas un d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s, mais un d&#233;fenseur de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur du pays, c'est-&#224;-dire des perspectives nationales bourgeoises. Il est fier de s'&#234;tre fait le pompier des gr&#232;ves qui parcoure tout le pays dans un v&#233;hicule fourni par le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, Walesa parvient &#224; se faire &#233;lire au comit&#233; de gr&#232;ve bien qu'il ne soit plus ouvrier des chantiers, &#233;tant parvenu &#224; &#233;tablir le lien entre la revendication de la r&#233;int&#233;gration d'Anna Walentynowicz et la sienne. Walesa s'av&#232;re un tacticien tr&#232;s habile dans les discussions avec les travailleurs, plus encore que dans celles avec les membres du pouvoir. Il sait parfaitement &#234;tre radical quand c'est n&#233;cessaire pour garder son cr&#233;dit et il sait aussi prendre compl&#232;tement &#224; rebrousse-poil toute une assembl&#233;e ouvri&#232;re. Mais ces grandes capacit&#233;s personnelles sont mises au service d'une strat&#233;gie qui vise certes dans un premier temps &#224; augmenter le rapport de forces des travailleurs, mais, ensuite, &#224; pr&#233;parer la mise en place d'un nouveau nationalisme polonais qui n'a que faire des revendications ouvri&#232;res. Walesa se consid&#232;re comme l'un des piliers de la &#171; nouvelle Pologne &#187;, les deux autres piliers &#233;tant le pouvoir et l'Eglise. C'est un partisan de l'ordre et un ennemi ouvert de la r&#233;volution, il l'affirme lui-m&#234;me. Sans cesse, il pr&#233;dit que, si on ne suit pas ses propositions, c'est la r&#233;volution, avec comme cons&#233;quence imm&#233;diate le bain de sang et, surtout, l'intervention de l'arm&#233;e russe. Les leaders radicaux, il ne craint pas de les &#233;carter de fa&#231;on radicale, en se servant directement et grossi&#232;rement parfois de sa popularit&#233;. La r&#233;volution lui sert autant d'&#233;pouvantail que l'&#233;crasement par l'Etat russe. Le pacifisme, une fois de plus, sert &#224; rendre les opprim&#233;s pacifiques c'est-&#224;-dire &#224; les d&#233;sarmer, mais pas &#224; contraindre le pouvoir &#224; &#234;tre pacifique, en entra&#238;nant les petits soldats aux c&#244;t&#233;s des travailleurs. Loin d'avoir pr&#233;par&#233; les travailleurs, qui &#233;taient pourtant massivement mobilis&#233;s et organis&#233;s, au risque d'intervention arm&#233;e de l'Etat polonais, il les a ainsi compl&#232;tement d&#233;sarm&#233; politiquement et ils seront compl&#232;tement pris par surprise par le coup d'Etat militaire de Jaruzelski en 1981 parce qu'il &#233;tait organis&#233; par l'arm&#233;e polonaise et non par la Russie, situation qu'ils refusaient politiquement d'envisager, par nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mobilisation ouvri&#232;re de 1980&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve appara&#238;t comme massive et qu'elle d&#233;montre qu'elle a une direction d&#233;cid&#233;e &#224; aller jusqu'au bout, elle gagne la totalit&#233; des Chantiers de Gdansk, car la seule chose qui retenait les travailleurs &#233;tait la crainte d'une gr&#232;ve faible qui terminerait rapidement par un &#233;chec. D&#232;s que la gr&#232;ve prend solidement, le 15 ao&#251;t 1980, toutes les entreprises travaillant pour l'industrie navale s'y joignent. Les Chantiers sont occup&#233;s et gard&#233;s nuit et jour. Le comit&#233; de gr&#232;ve choisit de faire des Chantiers un bastion de la lutte, plut&#244;t que de se confronter aux forces de l'ordre dans les rues. Les leaders y dorment, y mangent et ne les quittent pas, pour &#233;viter arrestations et intimidations. Au lieu d'aller chercher des soutiens dans la r&#233;gion et le reste du pays, il font des chantiers le point de rencontre de toutes le forces du pays oppos&#233;es au pouvoir, et particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le d&#233;but de g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve, de sa radicalisation et de la menace sociale dans une Pologne &#233;conomiquement et politiquement dans l'impasse, la direction des chantiers c&#232;de le 16 ao&#251;t. Elle accepte une partie des revendications des travailleurs mais ne donne que 1500 zlotys au lieu des 2000 revendiqu&#233;s. Cependant, malgr&#233; la mont&#233;e de la lutte, ou &#224; cause de celle-ci, Lech Walesa signe pr&#233;cipitamment le compromis propos&#233; par la direction des Chantiers en ne consultant pas les salari&#233;s. Les travailleurs conspuent Lech Walesa revenu de sa signature aux cris de &#171; 2000 ! 2000 ! &#187;. Dans la nuit suivante, tous les chantiers se couvrent d'inscriptions &#171; Walesa tra&#238;tre ! &#187;, &#171; Walesa vendu ! &#187;. Le lendemain, Walesa revient sur ses positions en disant : la gr&#232;ve des chantiers pour les alaires est termin&#233;e mais la gr&#232;ve de solidarit&#233; commence. Les autres salari&#233;s qui nous ont fait confiance et nous ont suivi doivent &#234;tre soutenus par nous. Ce terme de &#171; Solidarit&#233; &#187;, qui va donner son nom au mouvement puis au syndicat et qui est connu aux quatre coins du monde, provient seulement de la pirouette de Walesa pour garder la t&#234;te du mouvement, faute d'&#234;tre parvenu &#224; l'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 ao&#251;t, l'occupation des Chantiers de Gdansk reprend donc et Walesa a &#233;t&#233; maintenu &#224; sa t&#234;te. Walesa a d&#251; accepter que le mouvement prenne un caract&#232;re nouveau. La direction du mouvement change de caract&#232;re et Walesa s'adapte &#224; cette nouvelle situation. Pour garder sa place et la transformer en une direction de l'ensemble de la lutte, il doit convaincre ses anciens camarades, nationalistes et r&#233;formistes, de laisser les leaders radicaux du mouvement participer &#224; la direction du mouvement. Le comit&#233; de gr&#232;ve des chantiers s'&#233;largit &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les entreprises de Gdansk qui seront bient&#244;t rejoints par ceux d'entreprises de la r&#233;gion et au-del&#224;. C'est la fondation du MKS, comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises, de Gdansk qui sera imit&#233; par d'autres MKS dans le reste du pays quelques jours plus tard. Le MKS se dote d'un programme : les fameuses 21 revendications bien plus ax&#233;es sur les libert&#233;s publiques que sur la lutte pour les revendications ouvri&#232;res. Cependant, ce programme a le m&#233;rite de placer la classe ouvri&#232;re en position de direction pour la transformation du pays, puisqu'elle met en avant des transformations politiques et sociales qui vont dans le sens des aspirations de toute la population, y compris la petite bourgeoisie et la bureaucratie elle-m&#234;me. La Pologne toute enti&#232;re, et bient&#244;t le monde entier, a alors les yeux fix&#233;s sur les ouvriers du Littoral. Toute la capacit&#233; de Walesa va &#234;tre de transformer ce potentiel r&#233;volutionnaire, qui est encore sur des bases de classe, en un capital pour la transformation bourgeoise de la Pologne. Il ne va pas &#234;tre seul, loin de l&#224;, pour r&#233;aliser ce retournement impressionnant. La petite bourgeoisie afflue &#224; Gdansk est Walesa saura en faire un contrepoids politique contre la classe ouvri&#232;re. C'est notamment l'instauration du syst&#232;me des &#171; experts &#187; qui remplacent les d&#233;l&#233;gu&#233;s de gr&#233;vistes dans les n&#233;gociations. C'est encore les conseillers dont il s'entoure et qui ne le quittent plus. C'est enfin la mise en place d'un r&#233;seau de journalistes et de militants de la petite bourgeoisie qui donnent le ton dans la presse de la gr&#232;ve. Mais l'Eglise, y compris sa haute hi&#233;rarchie li&#233;e au pouvoir, et le pape lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; le point principal qui a permis &#224; Walesa de l'emporter sur les leaders ouvriers radicaux et surtout sur le caract&#232;re imp&#233;tueux de la lutte des classes elle-m&#234;me. Non seulement, la pri&#232;re, l'&#233;vocation religieuse des morts de 1970 a servi &#224; Walesa de donner un caract&#232;re solennel au mouvement, de le calmer, de donner un drapeau religieux &#224; la lutte, drapeau sens&#233; d&#233;passer les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re. Mais, surtout, la religion permet de donner un caract&#232;re nationaliste &#224; la lutte. Les ouvriers des Chantiers sont ainsi transform&#233;s en d&#233;fenseurs des droits des chr&#233;tiens contre un pouvoir ath&#233;e ! La lutte qui pouvait devenir un affrontement menant au renversement du r&#233;gime devient un combat moral pour r&#233;former le pouvoir ! L'objectif premier, la transformation des conditions mat&#233;rielles d'existence des travailleurs est remis &#224; plus tard et le renforcement de la classe ouvri&#232;re face &#224; ses ennemis bureaucrates et bourgeois, est devenu, miraculeusement, le renforcement des nationalistes, des religieux et des bourgeois, ainsi que des bureaucrates dits r&#233;formateurs. Ce coup de baguette magique de Walesa s'appuie sur des aspirations l&#233;gitimes des ouvriers eux-m&#234;mes : &#233;viter le d&#233;ferlement de violence que produirait, selon lui, une &#233;volution vers un conflit direct avec le pouvoir, r&#233;aliser l'entente de tous les Polonais, obtenir leurs droits en tant que religieux catholiques, transformer le pays de mani&#232;re pacifique et consensuelle en entra&#238;nant y compris les membres du r&#233;gime. Ce r&#234;ve r&#233;formiste va petit &#224; petit l'emporter parmi les gr&#233;vistes, transformant une vague ouvri&#232;re de port&#233;e r&#233;volutionnaire en un mouvement syndical r&#233;formiste, qui va devenir tr&#232;s vite un syndicat dont la direction freine les gr&#232;ves. Religion, nationalisme, pacifisme et r&#233;formisme syndical ont constitu&#233; un v&#233;ritable programme politique national b&#233;n&#233;ficiant d'un grand nombre d'appuis, de militants, y compris au plus haut sommet de l'Etat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, au d&#233;but, rien de tout cela n'est jou&#233;. Jusqu'au 18 ao&#251;t, la force de la classe ouvri&#232;re grandit par l'&#233;largissement du mouvement, en particulier l'extension &#224; l'autre grand port du Littoral de la Baltique, Szczecin. Le pouvoir a tent&#233; d'abord de proposer aux entreprises de n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment, mais tr&#232;s peu d'entreprises l'acceptent. La direction politique du mouvement de la classe ouvri&#232;re est unanimement reconnue aux Chantiers de Gdansk. Le MKS refuse de rencontrer le pouvoir en dehors du contr&#244;le des travailleurs eux-m&#234;mes. Si bien que le Vice-premier ministre Jagielski est contraint de n&#233;gocier dans les chantiers eux-m&#234;mes, au beau milieu du chantier L&#233;nine, fer de lance du mouvement ! Cela donne la mesure du rapport de forces &#224; ce moment l&#224;. Les travailleurs, de nombreuses fois flou&#233;s, ont exig&#233; la publicit&#233; compl&#232;te des n&#233;gociations, avec diffusion en direct des d&#233;bats &#224; l'ext&#233;rieur et avec enregistrements. Et les travailleurs seront massivement pr&#233;sents pour suivre la teneur des discussions. Cela n'emp&#234;chera pas les man&#339;uvres bien entendu, mais l&#224; aussi les travailleurs imposent encore leur marque &#224; la situation et emp&#234;chent l'essentiel des tromperies. Multipliant les tentatives de division, les calomnies, les menaces et les op&#233;rations pour acheter des d&#233;l&#233;gu&#233;s, Jagielski esp&#232;re encore que les ouvriers se d&#233;couragent et fait tra&#238;ner les n&#233;gociations pendant 9 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Jagielski est contraint de supplier Walesa de signer vite fait les accords. Il recule sur le droit de gr&#232;ve mais refuse toujours le droit &#224; des syndicats ind&#233;pendants. Les &#233;v&#234;ques, dirigeants de l'Eglise polonaise et soutiens en r&#233;alit&#233; du pouvoir, appellent alors publiquement les gr&#233;vistes &#224; faire preuve de sagesse et &#224; reprendre le travail. Le 26 ao&#251;t, le Primat de Pologne donnait le ton &#224; cette politique de l'Eglise qui peut se r&#233;sumer ainsi : emp&#234;cher tout risque de d&#233;rapage vers une r&#233;volution ouvri&#232;re. Il d&#233;clare : &#171; Je consid&#232;re que parfois il ne faut pas r&#233;clamer, exiger, revendiquer beaucoup, pourvu que l'ordre r&#232;gne. &#187; Comme on le voit, l'Eglise n'est absolument pas une force de transformation radicale de la soci&#233;t&#233; polonaise. Parmi les travailleurs de chantiers, c'est l'indignation et il faut tout le poids acquis par Walesa pour les d&#233;fendre et t&#226;cher de r&#233;tablir la fiction selon laquelle l'Eglise serait du c&#244;t&#233; des travailleurs. Walesa, une nouvelle fois s'adapte &#224; la situation, reconna&#238;t que la gr&#232;ve doit continuer et affirme qu'il sera le dernier &#224; reprendre le travail. A ce moment, le principal appui de Walesa n'est d&#233;j&#224; plus l'ancien groupe de militants en faveur des syndicats libres du Littoral, de militants du KOR et de jeunes ouvriers radicaux avec lesquels il avait commenc&#233; &#224; militer et qui le suivait jusqu'au d&#233;marrage de la gr&#232;ve. Ces anciens amis lui deviennent hostiles et pensent qu'il n'est pas &#224; la hauteur ou qu'il trahit, comme Anna Walentynowycz avec laquelle il a d&#233;marr&#233; la gr&#232;ve et qui lui demande de se retirer de ses responsabilit&#233;s &#224; la t&#234;te du mouvement. Il est devenu le militant de l'appareil de l'Eglise (comme il l'affirme dans &#171; un chemin d'espoir &#187; en exposant qu'il suit la ligne du Primat de Pologne), appuy&#233; compl&#232;tement par ce grand appareil tr&#232;s puissant en Pologne. On peut le voir au fait qu'il ne se d&#233;place plus sans les deux mentors politiques que l'Eglise lui a envoy&#233; : Mazowiecki et Geremek. Si Walesa pr&#233;tend faire accepter pacifiquement au pouvoir des syndicats libres, c'est avec l'id&#233;e que ceux-ci joueront un r&#244;le d'interm&#233;diaire, de pompiers des gr&#232;ves, r&#244;le qu'il va jouer r&#233;ellement d&#232;s que l'occasion lui en sera offerte, r&#244;le qu'il a toujours consid&#233;r&#233; comme le sien depuis les gr&#232;ves de 1970, n'&#233;tant absolument pas l'ouvrier radicalement oppos&#233; au pouvoir que la presse a voulu fabriquer. Il a toujours pr&#233;tendu chercher au contraire le terrain d'un accord qui convienne &#233;galement au pouvoir. Il a toujours dit qu'il ne se consid&#233;rait pas comme repr&#233;sentant politique de la classe ouvri&#232;re mais comme d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la Pologne, int&#233;r&#234;ts face auxquels n'importe quel haut bureaucrate &#233;tait aussi important que les travailleurs. Et l'Etat polonais, loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un adversaire, repr&#233;sente l'id&#233;al de Lech Walesa. Le mouvement se confronte aux dirigeants politique du pays mais, selon lui, il ne vise pas m&#234;me &#224; l'affaiblissement de l'Etat, et m&#234;me au contraire &#224; son renforcement. Lorsqu'il expose en quoi il a suivi le m&#234;me programme que le Primat de Pologne, pourtant tr&#232;s inf&#233;od&#233; au pouvoir, il explique qu'il s'agit de s'opposer aux risques d'explosion d'une r&#233;volution ouvri&#232;re : &#171; Mon objectif &#171; &#233;tait que la population ne s'oppose pas au pouvoir les armes &#224; la main et prenne le pouvoir &#224; sa place. Je d&#233;fendais la m&#234;me position que le Primat de Pologne, du haut de sa chaire, quand il disait qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; solliciter &#224; genoux le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but, j'ai fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise de mani&#232;re publique (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour imposer son programme, Walesa n'a pas peur d'utiliser au sein du mouvement des m&#233;thodes de commandement bien peu d&#233;mocratiques. Il s'appuie sur une fraction de la base qui lui est acquise sur la base d'un militantisme ouvertement religieux avec messes, croix et g&#233;nuflexions. Il fait taire les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui le d&#233;rangent, en les faisant siffler et couvrir leur voix par ses adeptes. Il se fait proclamer chef sup&#233;rieur et seul v&#233;ritable porte parole du mouvement. Il cultive son propre mythe et pr&#233;tend que seuls ceux qui ont des ambitions personnelles peuvent y &#234;tre oppos&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin ao&#251;t, le rapport de forces s'est consid&#233;rablement accru en faveur des ouvriers. La gr&#232;ve a fait t&#226;che d'huile dans tout le pays : &#224; Wroclaw, &#224; Varsovie, parmi les mineurs de Sil&#233;sie. La production de charbon est bloqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, le Vice-premier ministre signe, devant des dizaines de milliers d'ouvriers assembl&#233;s, un accord qui restera dans les annales comme &#171; Accords de Gdansk &#187; qui, en principe, accepte les 21 conditions pos&#233;es par les gr&#233;vistes. Cette signature est une v&#233;ritable victoire arrach&#233;e par les travailleurs de tout le pays. Mais en m&#234;me temps, et c'est tout le probl&#232;me, la signature de Walesa, obtenue &#224; l'arrach&#233;e, au chantage, par Walesa contre la plupart des autres d&#233;l&#233;gu&#233;s des gr&#233;vistes, est une trahison du mouvement. Et ce d'abord parce que le pouvoir est au bord du gouffre et que la signature de Walesa le sauve. Dans la pratique, les travailleurs constateront que les formulations, concoct&#233;es par les &#171; experts &#187; du MKS et le pouvoir, n'engagent &#224; pas grand-chose. Par exemple, le MKS de Gdansk obtient le droit &#224; des syndicats libres, mais seulement &#224; Gdansk ! Les militants ouvriers emprisonn&#233;s dans tout le pays ne sont pas lib&#233;r&#233;s, alors que c'&#233;tait une condition r&#233;p&#233;t&#233;e sans cesse lors des n&#233;gociations. Le fait que les militants du KOR, des dirigeants importants du mouvement ne soient m&#234;me pas lib&#233;r&#233;s fait scandale. Walesa, hu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; La Commune &#187; de Gdansk, fait marche arri&#232;re &#224; nouveau : il exige du pouvoir la lib&#233;ration des membres du KOR. En apprenant que les troupes de Lublin, mobilis&#233;es pour se rendre &#224; Gdansk se sont mutin&#233;es, le pouvoir recule et lib&#232;re ces militants. On peut voir ainsi que le pouvoir est sur la corde raide : le cr&#233;dit &#233;norme des ouvriers de Gdansk est tel qu'ils pourraient appeler le pays tout entier &#224; constituer des comit&#233;s d'un nouveau pouvoir. Ils auraient alors non seulement la participation des travailleurs, mais le soutien de la majorit&#233; de la jeunesse, de la petite bourgeoisie et l'appareil d'Etat serait impuissant &#224; enrayer le mouvement. C'est justement de ce danger que Walesa est parfaitement conscient et le r&#244;le qu'il s'attribue est justement de sauver ce pouvoir polonais. Le pr&#233;texte avanc&#233; est qu'il vaut mieux &#234;tre opprim&#233; par un pouvoir polonais que de subir une occupation militaire russe, comme la Hongrie en 1956 ou comme la Tch&#233;coslovaquie en 1968. L'&#233;pouvantail russe est, autant que le bain de sang avec les forces de l'ordre, un leitmotiv de Lech Walesa au nom duquel il affirme que toute la difficult&#233; consiste &#224; &#8230; ne pas gagner, et, m&#234;me quand on a gagn&#233;, &#224; ne pas en tirer profit. Il faut redonner du cr&#233;dit &#224; l'Etat, calmer les travailleurs et remettre le pays au travail, tel est le projet de Walesa !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce Walesa l&#224; que le pouvoir accepte de diffuser pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale, lors de la diffusion de la signature des accords de Gdansk. Il est propuls&#233; ainsi dirigeant national reconnu du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier probl&#232;me auquel se heurte alors Walesa, c'est de freiner l'aspiration qu'il a lui-m&#234;me suscit&#233;e : la cr&#233;ation de syndicats libres. Au d&#233;but, c'&#233;tait une mani&#232;re de dire que l'objectif n'&#233;tait pas le renversement du pouvoir, ni m&#234;me l'obtention d'augmentations de salaires que le gouvernement ne pouvait pas accepter. Mais le mouvement en faveur des syndicats libres se heurte &#224; nombre d'int&#233;r&#234;ts locaux des bureaucrates et suscite du coup des confrontations qui, m&#234;me si elles ont un caract&#232;re local, menacent de ramener sur le devant de la sc&#232;ne la n&#233;cessit&#233; de renverser ce pouvoir honni. Walesa demande alors, et obtient, un service de voiturage permanent et gratuit, pour se propulser aux quatre coins du pays, et &#8230; y calmer tous les conflits ! Il d&#233;clare fi&#232;rement &#171; je suis le pompier des gr&#232;ves ! &#187; En quelques jours, Lech Walesa avait obtenu la reprise du travail. Maintenant, il s'acharne efficacement &#224; arr&#234;ter pr&#233;ventivement les mouvements explosifs qui &#233;clatent un peu partout pour des motifs multiples, g&#233;n&#233;ralement sur des provocations de l'appareil bureaucratique local qui n'accepte ni ne comprend la nouvelle situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la classe ouvri&#232;re aspire &#224; s'organiser. Elle ne fait pas sur le terrain politique parce ses militants lui affirment que le seul objectif est revendicatif et de r&#233;forme. Elle a commenc&#233; &#224; constituer partout des MKS, des comit&#233;s interentreprises de la gr&#232;ve. Ces comit&#233;s avaient tendance &#224; se constituer en un double pouvoir politique mais, avec la fin de la gr&#232;ve, sous l'&#233;gide de Walesa, ils sont transform&#233;s en mouvement pour la constitution de syndicats libres qui s'intituleront &#171; Solidarit&#233; &#187; en souvenir du mouvement de gr&#232;ve, que Walesa a affirm&#233; &#234;tre un mouvement &#171; de solidarit&#233; &#187;. Mais, comment parvenir &#224; donner une place &#224; ces nouveaux syndicats alors que la bureaucratie s'est octroy&#233; de multiples petits privil&#232;ges au nom de sa &#171; repr&#233;sentation &#187; pr&#233;tendue la classe ouvri&#232;re dans un Etat o&#249; officiellement les travailleurs ont le pouvoir ? Le mouvement est tellement explosif que le contenir est une gageure. En quelques jours, dix millions de travailleurs adh&#232;rent aux syndicats Solidarnosc. Il ne s'agit plus seulement des grandes entreprises, mais de toute la classe ouvri&#232;re. Les autres cat&#233;gories de la population suivent : des gar&#231;ons de caf&#233; aux pompiers et des &#233;tudiants aux chauffeurs de taxis. Les artisans veulent leurs syndicats. Les paysans aussi et c'est m&#234;me d'eux que vont venir plusieurs situations explosives parce que le pouvoir leur refuse le droit de se syndiquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explosion syndicale change &#224; nouveau la donne pour Walesa qui comprend parfaitement le danger. De nouveaux leaders ouvriers vont se constituer partout dans le pays, qui ne seront sous le contr&#244;le de personne, &#224; part la population travailleuse. Mais, d&#233;sormais, il a des moyens et un cr&#233;dit personnel pour intervenir partout et calmer ou &#233;carter les leaders radicaux. Walesa &#233;crit : &#171; Les gens d&#233;barquaient au syndicat en tr&#232;s grand nombre avec des rapports, des d&#233;clarations, des plaintes, des demandes d'intervention dans tous les milieux o&#249; on emp&#234;chait la cr&#233;ation des nouvelles organisations. (&#8230;) Les dix premiers jours, ce fut une tornade. (&#8230;) Ce n'&#233;tait plus comme avant, quand chacun pouvait presque m'attraper par la moustache et me parler de tout ce qui lui passait par la t&#234;te. Quant aux membres des comit&#233;s inter-entreprises qui &#233;taient sous la pression des travailleurs, j'essayais en un sens de les prot&#233;ger. &#187; Walesa, une protection des dirigeants ouvriers contre la pression des travailleurs ! Il l'a toujours &#233;t&#233;, m&#234;me durant la gr&#232;ve de 1970 ou la gr&#232;ve de 1980. Il expliquait ainsi qu'heureusement en 1970 c'&#233;tait la derni&#232;re fois que les travailleurs s'inspiraient de notions comme la lutte des classes ! Il affirmait qu'en 1980, c'est lui qui est parvenu &#224; faire en sorte qu'&#224; la lutte des classes, on substitue la religion, le nationalisme et le pacifisme ! Il &#233;crit cependant : &#171; Je dois reconna&#238;tre que flottait encore en permanence un air de r&#233;volution ouvri&#232;re que l'irresponsabilit&#233; de bien des leaders entretenait et qu'il fallait combattre quasi continuellement. Ma chance, c'&#233;tait mon contact personnel. Les ouvriers pr&#233;f&#233;raient les discours des leaders les plus radicaux qui poussaient les flammes de la col&#232;re et s'appuyaient sur le fait que les ouvriers voulaient absolument en d&#233;coudre avec le pouvoir. Mais personnellement, ils me pr&#233;f&#233;raient moi et c&#233;daient &#224; mon sens des r&#233;alit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de Gdansk devient un centre de d&#233;cision pour tout le pays, aussi puissant politiquement que le pouvoir du gouvernement. Mais, c'est pour mieux contr&#244;ler les luttes et les initiatives politiques des leaders ouvriers. Walesa demande et obtient que les comit&#233;s, que les travailleurs le consultent avant toute d&#233;cision d'action et d'organisation. Mais, en m&#234;me temps, il transforme la signification de l'ancien comit&#233; dirigeant du MKS de Gdansk. Il produit un organisme de collaboration avec le pouvoir qui sera cens&#233; &#224; la fois diriger la classe ouvri&#232;re et diriger aussi les n&#233;gociations avec le pouvoir. C'est le praesidium de la Commission Nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir va accepter cette intervention du nouveau pouvoir de Lech Walesa tant qu'il ne sera pas parvenu &#224; calmer l'essentiel du potentiel explosif de la classe ouvri&#232;re. C'est seulement alors que viendra la r&#233;pression, sous la forme du &#171; coup d'Etat militaire &#187; du g&#233;n&#233;ral Jaruzelski en 1981. Durant tout cet interm&#232;de, on est sans cesse &#224; la limite de l'explosion populaire. Le pouvoir ouvrier, une esp&#232;ce de double pouvoir, est une r&#233;alit&#233;, puisque c'est du c&#244;t&#233; des organisations de travailleurs que tout le peuple polonais attend son avenir. C'est &#224; elles qu'il pose toutes ses questions quotidiennes. Mais la direction de la classe ouvri&#232;re n'a en fait aucunement l'objectif de faire triompher ce bras de fer de la lutte des classes en faveur du prol&#233;tariat. Walesa le r&#233;p&#232;tera &#224; qui veut l'entendre : il n'est pas pour la lutte des classes qui se r&#233;sume selon lui &#224; l'id&#233;ologie de la bureaucratie stalinienne. Il est hostile &#224; la r&#233;volution qui ne m&#232;ne, selon lui, qu'&#224; un bain de sang inutile. Il expose ouvertement sa strat&#233;gie : &#171; Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport des forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Mon objectif &#233;tait non pas l'affrontement, mais de durer le plus longtemps possible face au pouvoir pour montrer un aper&#231;u de ce que pouvait &#234;tre la Pologne. Bien s&#251;r, au fur et &#224; mesure, je me rendais compte que notre marge de man&#339;uvre se r&#233;duisait ainsi que notre cr&#233;dit parmi les travailleurs, parce que la volont&#233; de coop&#233;rer du pouvoir atteignait ses limites. Mais mon objectif n'&#233;tait nullement de le souligner. Au contraire, je cherchais toutes les possibilit&#233;s de coop&#233;rations. (&#8230;) D'ao&#251;t 1980 &#224; 1981, on m'a surnomm&#233; Lech-le-pompier. J'ai jou&#233; le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. Et cela dans tout le pays que je parcourais en tous sens en voiture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1980, la temp&#233;rature sociale monte &#224; nouveau dans la classe ouvri&#232;re. La confrontation ne peut plus &#234;tre retard&#233;e. Lech Walesa affirme qu'il se pr&#233;pare &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais il la retarde sans cesse. Et finalement, le 31 janvier 1981, le syndicat Solidarnosc signe un compromis pour d&#233;commander la lutte. Il pr&#233;texte qu'il a obtenu la semaine de cinq jours alors que le pouvoir voulait imposer les &#171; samedis libres &#187;. Libre veut dire pr&#233;tendus volontaires mais surtout gratis : pay&#233;s z&#233;ro !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul du syndicat emp&#234;che la classe ouvri&#232;re de construire son rapport de forces, mais n'emp&#234;che pas les affrontements. Des militants sont arr&#234;t&#233;s, matraqu&#233;s. Si bien que Solidarnosc est contraint d'appeler le 27 mars &#224; une gr&#232;ve d'avertissement de quatre heures contre les brutalit&#233;s polici&#232;res. Malgr&#233; les efforts de Walesa, il ne parvient pas &#224; emp&#234;cher le syndicat Solidarnosc d'appeler toute la classe ouvri&#232;re de Pologne pour le 30 mars. Par contre, le 29, il r&#233;ussit &#224; signer un nouvel accord avec le gouvernement et d&#233;commande la gr&#232;ve &#8230; du lendemain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le 17 avril, le pays tout entier est &#224; la limite de la confrontation du fait d'un affrontement entre les paysans qui veulent leur syndicat et le pouvoir qui ne veut pas d'un syndicat libre paysan. On assiste de nouveau aux op&#233;rations de Walesa et &#224; sa strat&#233;gie d&#233;mobilisation/conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 juillet, les p&#233;nuries alimentaires provoquent cependant des marches de la faim dans plusieurs villes, et la capitale Varsovie est bloqu&#233;e pendant trois jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s fin juillet, il devient clair que la politique de Walesa est morte, que le pouvoir se pr&#233;pare &#224; la confrontation violente afin de d&#233;truire les formes d'organisation n&#233;es de la gr&#232;ve. Des g&#233;n&#233;raux d'active entrent au gouvernement. La pr&#233;paration du pouvoir &#224; l'offensive, qu'on appellera &#171; coup d'Etat &#187; bien que ceux qui le r&#233;aliseront avaient d&#233;j&#224; le pouvoir, les travailleurs vont en avoir maintes preuves du 31 juillet 1981 au 13 d&#233;cembre, date du &#171; coup d'Etat &#187;. Pourtant, rien ne va &#234;tre pr&#233;vu pour que les organisations ouvri&#232;res s'y pr&#233;parent et y pr&#233;parent les travailleurs. Et surtout rien pour en avertir la classe ouvri&#232;re car cela aurait risqu&#233; de provoquer l'explosion ouvri&#232;re, la r&#233;volution que Walesa craignait plus que tout, plus que l'&#233;chec, plus que la r&#233;pression, plus que l'&#233;crasement du syndicat ou sa propre arrestation. Les jeunes soldats eux-m&#234;mes viennent pr&#233;venir la direction du syndicat Solidarnosc, mais ils ne veulent surtout pas tenir compte de cet avertissement. S'adresser aux soldats, risquer de diviser l'arm&#233;e, demander aux soldats de ne pas tirer sur le peuple, c'est risquer que la classe ouvri&#232;re casse l'Etat polonais. Pour le nationaliste, r&#233;formiste, pacifiste Lech Walesa, il n'y aurait pas de pire danger ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il expose lui-m&#234;me tr&#232;s clairement que le pire a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de sa politique et pas seulement la duret&#233; de la r&#233;pression : &#171; le choc &#233;prouv&#233; a &#233;t&#233; terrible, sans commune mesure avec la force de la r&#233;pression. Et cela parce que personne ne nous avait fait part de cette &#233;ventualit&#233;. Les responsables du mouvement ne l'ont pas fait. Peut-on dire que leur devoir avait &#233;t&#233; accompli ? Personne n'&#233;tait pr&#233;par&#233;. Personne n'avait envisag&#233; cette hypoth&#232;se. (&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; totalement livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. Plus que la r&#233;pression, ce sentiment &#233;tait la v&#233;ritable cause de la d&#233;faite de Solidarnosc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, tous les &#233;l&#233;ments montraient clairement ce qui se pr&#233;parait. En septembre, une liste des dirigeants ouvriers &#224; arr&#234;ter &#233;tait &#233;tablie. En octobre, le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski, d&#233;j&#224; chef de l'arm&#233;e, prenait la t&#234;te de l'Etat. En novembre, il se faisait donner les pleins pouvoirs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 13 d&#233;cembre, en une nuit, c'est le raz de mar&#233;e. Des milliers de militants et la plupart des ouvriers combatifs sont arr&#234;t&#233;s. Et pourtant, malgr&#233; l'absence de la moindre pr&#233;paration, la classe ouvri&#232;re r&#233;agit. Il va falloir cinq jours &#224; l'arm&#233;e pour r&#233;duire la r&#233;sistance spontan&#233;e des travailleurs qui s'est d&#233;velopp&#233;e malgr&#233; un appel de Lech Walesa &#224; ne pas r&#233;agir, pas m&#234;me par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacifique. Les mineurs, &#224; bout, exasp&#233;r&#233;s, se sont enferm&#233;s et menacent de tout faire sauter si on donne l'assaut&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de la r&#233;pression est &#224; la mesure de la crainte d'explosion r&#233;volutionnaire qu'a connu le pouvoir pendant tous ces mois. Il s'agit d'&#233;radiquer tous les sentiments de la force de la classe ouvri&#232;re qui sont mont&#233;s depuis 1980. On arr&#234;te des familles enti&#232;res. On frappe. On torture. On tue. Les prisonniers sont emmen&#233;s par fourgons entiers dans les camps de d&#233;tention &#233;parpill&#233;s dans tout le pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau r&#233;gime s'intitule lui-m&#234;me &#171; l'&#233;tat de guerre &#187; ! L'Eglise, elle, appelle au calme et signe tout ce que veut le pouvoir. Glemp, le nouveau Primat de Pologne, est le seul appui d'un pouvoir compl&#232;tement isol&#233;. La population est d&#233;moralis&#233;e, mais pas r&#233;sign&#233;e. Pendant des mois, les v&#233;hicules militaires sont hu&#233;s &#224; chaque fois qu'ils passent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1981, le r&#233;formisme a nouvelle fois produit ses effets : d&#233;sarmer politiquement, moralement, mat&#233;riellement la classe opprim&#233;e, donner &#224; la classe dirigeante le temps de se pr&#233;parer et de r&#233;agir. C'est encore une fois dans le sang des ouvriers que se sont pay&#233;es les illusions sur une possibilit&#233; de collaboration entre une classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e et un pouvoir dictatorial. La dictature mise en place en d&#233;cembre 1981, les travailleurs polonais vont la subir jusqu'en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, ce ne sera pas la mobilisation de la classe ouvri&#232;re qui d&#233;mant&#232;lera le r&#233;gime, mais l'accord entre le pouvoir, la direction de la bureaucratie russe et les chefs de l'imp&#233;rialisme. L'avertissement de 1980 en Pologne, comme celui des luttes ouvri&#232;res d'Afrique du sud, de Cor&#233;e du sud, de Turquie auront permis aux classes dirigeantes de mesurer que le mode de domination du monde devait changer et d'organiser, pour &#233;viter la r&#233;volution ouvri&#232;re, la fin de l'ancienne politique des blocs, la &#171; chute du mur de Berlin &#187;. La fin du stalinisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la Hongrie de 1956 pouvait le faire esp&#233;rer, mais au b&#233;n&#233;fice politique et social de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur les gr&#232;ves de 1970
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de Jean-Yves Potel :&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; E : A Gdansk, le travail d&#233;marre dans une ambiance tendue. Vers neuf heures, &#224; l'heure de la pause, les ouvriers commencent &#224; se rassembler devant les bureaux de la direction du chantier. Ils exigent l'annulation de la hausse des prix. A part les postes de t&#233;l&#233; ou les frigo, tout a augment&#233; de 30%, &#224; quinze jours de No&#235;l : le saucisson, la farine, la semoule, la confiture, les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La direction s'avoue incomp&#233;tente. (&#8230;) Nous nous dirigeons donc vers le si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vode du POUP. L&#224;, tr&#232;s spontan&#233;ment, une d&#233;l&#233;gation est d&#233;sign&#233;e (&#8230;) On les a balad&#233;s de bureau en bureau pour les &#233;coeurer. Cette premi&#232;re d&#233;l&#233;gation est, en fait, arr&#234;t&#233;e. (&#8230;) Exasp&#233;r&#233;e pat l'attitude des autorit&#233;s, la foule s'empare d'une voiture-radio de la milice qui appelait les gens &#224; se disperser et utilise le haut-parleur pour diffuser slogans et revendications. Un cort&#232;ge se forme derri&#232;re la voiture et traverse ainsi une partie de la ville, du chantier naval au chantier de r&#233;parations, puis vers le chantier Nord. Avant de rentrer, il s'arr&#234;te devant l'institut polytechnique de Gdansk. (&#8230;) Certains ouvriers ont pris des b&#226;tons, d'autres des outils bien lourds, pour faire face &#224; la milice en cas d'affrontement. Ouvriers et employ&#233;s des bureaux marchent c&#244;te &#224; c&#244;te. (&#8230;) Soudain, on les aper&#231;oit. Ils sont l&#224;, pr&#232;s de l'h&#244;tel Monopole ; plusieurs rang&#233;es de miliciens v&#234;tus de cuir noir et leurs v&#233;hicules blind&#233;s dont d&#233;passent ici ou l&#224; le nez d'une mitrailleuse ou d'autres engins. &#171; C'est la Brigade noire &#187; crie quelqu'un. (&#8230;) Devant la maison de la presse, la Brigade noire disperse les manifestants &#224; coups de grenades. Les gens refluent, mais s'emparent au passage de pierres qui jonchent le sol du chantier de construction d'une banque. (&#8230;) Notre haut-parleur annonce : &#171; Nous revenons vers le comit&#233;. &#187; Devant le b&#226;timent, aucun milicien. Les cris montent vers la fa&#231;ade vide : &#171; Du pain ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : Subitement, le ciel s'&#233;claire autour du comit&#233;. On aper&#231;oit de la fum&#233;e, puis des flammes qui montent derri&#232;re l'immeuble. Cette fois, les miliciens sont au rendez-vous. (&#8230;) Ils courent en file indienne et cognent &#224; la matraque. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 15 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
E : Dans les rues, l'atmosph&#232;re s'est durcie par rapport &#224; la veille. Les ouvriers des chantiers ne sont plus seuls. Les travailleurs d'autres entreprises moins importantes se sont mis en gr&#232;ve et nous les retrouvons devant le b&#226;timent du comit&#233;. La foule qui s'y rassemble est consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : J'ai l'impression, au d&#233;but, qu'il s'agit d'une v&#233;ritable insurrection nationale. (&#8230;) On entend des coups de feu. &#199;a vient de la rue Swierczewski ; je cours dans cette direction. Sur le pont qui nous s&#233;pare du si&#232;ge de la milice et des b&#226;timents de la prison, miliciens et ouvriers se battent au corps &#224; corps. (&#8230;) Un instant plus tard, l'immeuble de la milice et la prison sont pris d'assaut par des groupes d'ouvriers. (...) Entre-temps, les autorit&#233;s ont barr&#233; les routes d'acc&#232;s &#224; la ville. Aucun train ne peut rentrer &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La ligne de front se stabilise &#224; la hauteur du pont qui enjambe les voies de chemin de fer, rue Swierczewski. Vingt mille personnes, environ, sont mass&#233;s dans les art&#232;res du centre ville, dont les ouvriers du chantier qui restent group&#233;s ensemble et tentent de s'organiser. (&#8230;) Sur le pont, l'affrontement dure d&#233;j&#224; depuis pus d'une heure. Exc&#233;d&#233;e de ne pouvoir se frayer le passage jusqu'aux b&#226;timents gouvernementaux de la rue Swierczewski, la foule s'en prend au si&#232;ge des syndicats, rue Kaliniovski. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : Devant la gare, les voitures de la milice flambent. Pr&#232;s du comit&#233;, c'est une voiture officielle. Deux tramways sont renvers&#233;s. Rue Hewelisz, les barricades commencent &#224; prendre une taille respectable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W : Ce m&#234;me jour, mardi 16 d&#233;cembre, on commence au chantier de r&#233;paration &#224; organiser un peu mieux la gr&#232;ve. Des comit&#233;s sont form&#233;s dans chaque atelier. Des personnes sont d&#233;sign&#233;es pour prot&#233;ger les installations contre des tentatives de sabotage et des provocations &#233;ventuelles : six environ par comit&#233; de gr&#232;ve d'atelier. Sur la base de ces comit&#233;s, un comit&#233; de gr&#232;ve d'entreprise est constitu&#233; dont je fais partie. J'en fais partie. J'ai, comme les autres coll&#232;gues &#233;lus, la confiance des travailleurs de ma boite. Nous prenons des dispositions pour assurer un service de sant&#233; en maintenant ouvert le dispensaire du chantier. (&#8230;) On d&#233;cide de suspendre de ses fonctions le directeur g&#233;n&#233;ral du chantier de r&#233;parations, Mr Zbigniew Gryglewski. (&#8230;) Nous sommes en gr&#232;ve, donc tous les ordres doivent &#233;maner du comit&#233; de gr&#232;ve ; ainsi, c'est &#224; nous de prendre la responsabilit&#233; des personnes et des biens sur tout le chantier. (&#8230;) Le Vice-premier ministre (&#8230;) a cri&#233; &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision : &#171; les ouvriers des Chantiers sont des hooligans, l'avant-garde des voyous et des bandits. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; re&#231;us par le camarade Hajer, ou par Starzewski, je ne sais plus lequel des deux. (&#8230;) Quand les chars quadrillent les rues qui grouillent de miliciens et de soldats, une chose et une seule : annoncer nos revendications. J'ai d&#233;clar&#233; que si elles n'&#233;taient pas satisfaites d'ici 48 heures, nous proclamerions la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qu'ainsi le monde entier apprendrait leurs crimes. Il a r&#233;pondu que ce n'est pas nous qui disposions de la force. &#171; Notre force, ai-je dit, ne r&#233;side pas dans l'arm&#233;e mais dans la classe ouvri&#232;re. Nous sommes 14 millions, vous ne pourrez tous nous abattre. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 16 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
E : Plusieurs heures avant l'aube, les chars passent (&#8230;) Nous trouvons le chantier encercl&#233; par les chars. Devant le b&#226;timent de la direction, o&#249; tout le monde s'&#233;tait d'abord rendu, un cort&#232;ge se forme pour sortir en ville. Au moment o&#249; les rangs de t&#234;te atteignent la porte du chantier, on entend des rafales de mitraillettes. On pense au d&#233;but qu'il s'agit d'intimidations, en l'air ou &#224; blanc, mais cette illusion est de courte dur&#233;e. Des personnes tombent, tu&#233;es sur le coup ou gri&#232;vement bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : La gr&#232;ve avec occupation est proclam&#233;e au chantier L&#233;nine. On &#233;lit le comit&#233; de gr&#232;ve. (&#8230;) Soudain, les lignes t&#233;l&#233;phoniques sont coup&#233;es. Par haut-parleur, les voitures-radio de la milice diffusent un communiqu&#233; nous appelant &#224; quitter les lieux, affirmant aussi que nous ne courrons aucun danger si nous obtemp&#233;rons. Personne ne bouge. (&#8230;) Dans la soir&#233;e, nous apprenons que Stanislas Kociolek, ex secr&#233;taire du comit&#233; de vo&#239;vodie du POUP &#224; Gdansk et Vice-Premier ministre, est apparu devant les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision. Il nous a trait&#233;s de &#171; provocateurs &#187; et de &#171; fauteurs de troubles &#187; et a appel&#233; &#224; la reprise du travail pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 17 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
S : Nous entamons notre deuxi&#232;me nuit de veille au chantier. La nourriture manque ; nous partageons ce que nous avons. (&#8230;) La nouvelle nous parvient que l'arm&#233;e va p&#233;n&#233;trer dans le chantier pour nous r&#233;gler notre compte. (&#8230;) les autorit&#233;s ont lanc&#233; un ultimatum d&#233;finitif. (&#8230;) Il se peut m&#234;me que le chantier soit bombard&#233; par l'aviation. (&#8230;) La d&#233;cision est prise d'arr&#234;ter la gr&#232;ve avec occupation et de quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : En janvier 1971, nos comit&#233;s de gr&#232;ve ont repris vie. Des d&#233;l&#233;gations sont all&#233;es voir Gierek. J'y &#233;tais. Nous avons demand&#233; que la liste des victimes soit rendue publique. Quand on nous a dit qu'il n'y avait eu que 45 morts, nous ne savions plus s'il fallait rire ou pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de Lech Walesa :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsque j'eus franchi pour la premi&#232;re fois l'entr&#233;e des Chantiers (les chantiers navals de Gdansk), moi, la &#171; main d'or &#187; du Parc national des Machines agricoles, je me sentis terriblement perdu. Apr&#232;s avoir pass&#233; plusieurs ann&#233;es au milieu des vieilles carcasses de voitures que, par esprit de curiosit&#233;, je d&#233;montais jusqu'au dernier rivet, j'avais fini par devenir un bon technicien. Aux Chantiers, &#224; peine grimpai-je pour la premi&#232;re fois sur un navire en construction que je me fourvoyai parmi les &#233;tages des &#233;chafaudages des cales sans pouvoir retrouver par o&#249; j'&#233;tais venu, et je dus convenir que je n'&#233;tais l&#224; rien de plus qu'un ouvrier parmi des milliers d'autres. C'&#233;tait fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pouvais plus faire marche arri&#232;re : j'ai horreur de reculer. (..)&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait mes d&#233;buts &#224; la brigade de Mosinski, une &#233;quipe d'&#233;lectriciens charg&#233;e de poser les c&#226;bles &#224; bord des navires-usines de p&#234;che. Poser des dizaines de m&#232;tres de c&#226;bles de la grosseur d'un avant-bras depuis le g&#233;n&#233;rateur jusqu'au tableau g&#233;n&#233;ral de commandes, sur une hauteur pouvant aller jusqu'&#224; 60 m&#232;tres, n'est pas chose facile. La longueur du c&#226;ble, ses coudes, ses ondulations et d&#233;rivations devaient tomber pile. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des ouvriers des Chantiers souffraient de maux d'estomac. Au d&#233;but, je n'arrivais pas &#224; comprendre pourquoi. Mais il pouvait difficilement en &#234;tre autrement. Se levant t&#244;t le matin sans absorber le moindre petit d&#233;jeuner, on travaillait jusqu'&#224; 9 heures, grillant une cigarette de temps en temps, alors que l'effort fourni &#233;tait consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux premi&#232;res ann&#233;es de travail aux Chantiers constituaient une p&#233;riode d'essai. Tous ceux qui tenaient ces deux ans avaient des chances de pouvoir continuer. Les d&#233;pressions et les d&#233;parts survenaient surtout durant la premi&#232;re ann&#233;e, au bout de quelques mois. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La production sur les Chantiers est r&#233;gie par le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces. C'est un merveilleux moyen, pour la direction, de se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s. Dans un tel syst&#232;me, tout un chacun est int&#233;ress&#233; &#224; gagner le maximum. Personne, cependant, n'est l&#224; pour livrer l&#224; o&#249; il faut les mat&#233;riaux n&#233;cessaires. Les Chantiers sont en mouvement perp&#233;tuel. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, je parvins &#224; cerner la diff&#233;rence essentielle entre l'activit&#233; dans une entreprise aussi dispers&#233;e que le Parc national des Machines agricoles et le travail aux Chantiers. (&#8230;) Les Chantiers &#233;taient r&#233;gis par des lois radicalement diff&#233;rentes : chacun y apparaissait comme une petite vis, fraction infime d'une &#233;norme m&#233;canique, tout en repr&#233;sentant une certaine force dont il fallait tenir compte. De cela, tout le monde &#233;tait conscient. Quand les choses ne tournaient pas rond &#8211; et, &#224; ma connaissance, c'&#233;tait en permanence -, on travaillait dans une atmosph&#232;re morose, en &#233;tat de tension perp&#233;tuelle. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 60, le r&#233;gime serra la vis. Cette fois, compte tenu des &#233;v&#233;nements de Poznan de 1956, le pouvoir se garda de mettre son plan en &#339;uvre de fa&#231;on directe, en r&#233;duisant les salaires horaires : il pr&#233;f&#233;ra faire donner ses &#171; cerveaux &#187; : &#233;conomistes, ing&#233;nieurs, financiers. Pou faire des &#233;conomies, ils mirent sur pied le syst&#232;me suivant : d&#233;sormais, l'ouvrier n'&#233;tait pas simplement charg&#233; de fabriquer une table, par exemple, mais le temps qui lui &#233;tait imparti pour la fabriquer lui &#233;tait impos&#233;. Il n'&#233;tait plus pay&#233; pour fabriquer une table, mais pour consacrer un certain nombre d'heures &#224; cette t&#226;che. (&#8230;) Conform&#233;ment aux dispositions prises en haut lieu, cette politique d'&#233;conomies se traduisit aux Chantiers par une diminution globale d'environ un million d'heures de travail par an. L'ing&#233;nieur, qui ne devait pas d&#233;passer les co&#251;ts de production du navire &#8211; chiffr&#233;s en heures -, &#233;tait ainsi amen&#233; &#224; r&#233;duire le temps pr&#233;vu pour chaque t&#226;che. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je commen&#231;ais &#224; bien m'en rendre compte et &#224; le comprendre quand la mort de 22 ouvriers vint alourdir le climat des Chantiers. Ils furent br&#251;l&#233;s vifs en faisant des heures suppl&#233;mentaires dans une cale, dans la fi&#232;vre de l'ach&#232;vement d'un navire qui devait &#224; tout prix &#234;tre pr&#234;t plus t&#244;t que pr&#233;vu. (&#8230;) L&#224; encore se reproduisait le m&#234;me sc&#233;nario qu'&#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e, au Parc de Machines agricoles : de jour en jour, j'avais autour de moi un peu plus de gens pour m'&#233;couter et me souffler ce que j'ignorais encore. Au sein de mon &#233;quipe, je me liai d'amiti&#233; avec Henryk Lenarciak, (&#8230;) amiti&#233; qui ne s'&#233;tait pas d&#233;mentie en ao&#251;t 1980, quand Lenarciak prit la t&#234;te du Comit&#233; pour l'&#233;dification du monument aux ouvriers des Chantiers tomb&#233;s en 1970. Avant 1970, les Chantiers vivaient encore sous le coup de la r&#233;volte estudiantine de mars 1968, pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re d&#233;form&#233;e par la propagande officielle. (&#8230;) Au lendemain des affrontements entre &#233;tudiants et forces de l'ordre, quelqu'un remarqua dans les vestiaires un stagiaire couvert d'ecchymoses caus&#233;es par des coups de matraques. Nous l'avons promen&#233;, le dos nu, &#224; travers les Chantiers en scandant : &#171; Laisserons-nous tabasser nos enfants, enfants d'ouvriers et de paysans ? &#187; Le m&#234;me jour, les forces de l'ordre furent mises &#224; mal &#224; Wrzeszcz, dans la banlieue de Gdansk. (&#8230;) L'&#233;meute n'&#233;tait plus le fait d'intellectuels, mais d'ouvriers qui avaient pris le parti des &#233;tudiants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1970&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;bray&#233; &#224; l'annonce par le gouvernement de l'augmentation des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, y compris les denr&#233;es alimentaires. Juste avant les f&#234;tes, on avait d&#233;cr&#233;t&#233; cette hausse des prix &#224; la consommation alors que l'ouvrier n'arrivait d&#233;j&#224; pas &#224; joindre les deux bouts et n'avait plus les moyens de se procurer certains produits de base. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve sur les Chantiers navals a d&#233;marr&#233; le lundi, aux ateliers de m&#233;canique et aux &#171; coques &#187;. Les ouvriers qui y travaillaient avaient fait des stages chez Zulzer, en Suisse, et chez Baumeistr, au Danemark. C'&#233;tait le sel des Chantiers, l'&#233;lite, et ils &#233;taient tr&#232;s unis. Nantis d'un bon bagage de connaissances et d'exp&#233;rience, ils formaient une &#233;quipe parfaitement organis&#233;e. Devant les cuisines se retrouvaient les conducteurs d'une trentaine d'engins qui servaient aussi, pendant la pause casse-cro&#251;te, &#224; distribuer le caf&#233; dans les ateliers. Ces conducteurs qui gagnaient un salaire de mis&#232;re, &#233;taient &#224; la pointe du mouvement. En m&#234;me temps que le caf&#233;, ils servirent &#224; tous le mot d'ordre de la gr&#232;ve&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rejoint ceux des &#171; coques &#187; pour nous rendre devant le b&#226;timent de la direction. Nous &#233;tions environ quatre mille, peut-&#234;tre d'avantage. (&#8230;) Tr&#232;s vite, la foule rassembl&#233;e s'est mise &#224; scander ses revendications &#224; l'adresse du directeur qui, en compagnie du secr&#233;taire du Parti pour les Chantiers, r&#233;pondait depuis sa fen&#234;tre. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, nous r&#233;sol&#251;mes &#224; quelques-uns d'aller trouver le directeur. Une fois chez lui, nous nous sommes plac&#233;s contre la fen&#234;tre afin qu'on nous voie et nous entende d'en bas. (&#8230;) J'ai demand&#233; au directeur s'il &#233;tait &#224; m&#234;me d'obtenir la lib&#233;ration des ouvriers arr&#234;t&#233;s la veille, et s'il &#233;tait en mesure de faire rapporter l'augmentation des prix des denr&#233;es alimentaires. (&#8230;) Sa r&#233;ponse fut n&#233;gative. Dans son bureau, il y avait un porte-voix. Je m'en suis empar&#233; pour faire part &#224; la foule de ce que je venais d'entendre. Et j'ai demand&#233; : &#171; Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? &#187; Ceux d'en bas se sont &#233;cri&#233;s : &#171; On y va ! &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Un groupe s'est dirig&#233; vers le commissariat de police de la rue Svierczewskiego (&#8230;) je me retrouve devant le commissariat de police. (&#8230;) Je demande &#224; le voir (le commissaire). (&#8230;) Je d&#233;clare que je suis venu chercher les n&#244;tre : s'ils sont lib&#233;r&#233;s sur le champ, tout va se passer dans le calme, car nous ne cherchons pas la bagarre. (&#8230;) Un moment je parviens &#224; calmer la foule. Je dis que la milice est d'accord pour rel&#226;cher les n&#244;tres sans affrontement. (&#8230;) La milice se met &#224; charger des deux c&#244;t&#233;s, encerclant carr&#233;ment la foule. J'entend crier &#224; mon adresse : &#171; Tra&#238;tre ! Salaud ! &#171; Les gars sont persuad&#233;s que je les ai men&#233;s en bateau. (&#8230;) J'entends les gens crier que je les ai tromp&#233;s, que je ne suis qu'un mouchard, un espion. (&#8230;) Je retourne au commissariat de police dont je me suis esquiv&#233; une heure plus t&#244;t. La milice a r&#233;ussi &#224; disperser la foule, &#224; moins que les gens ne soient partis d'eux-m&#234;mes. Le b&#226;timent est en feu&#8230; Je r&#233;alise que la situation devient dangereuse. (&#8230;) le premier venu n'aura aucun mal &#224; les inciter (les ouvriers) &#224; la violence. Il faut faire quelque chose. Je vais voir ce que fabrique la milice. Je retourne rue Svierczewskiego, au commissariat, et y rencontre un commandant. Je lui demande ce que comptent faire les autorit&#233;s : &#171; Les magasins sont pill&#233;s, les gens se saoulent. S'ils continuent &#224; picoler, &#231;a va faire du vilain. &#187; Il me r&#233;pond qu'il n'en sait trop rien, mais qu'&#224; l'int&#233;rieur se trouve quelqu'un qui peut me r&#233;pondre. C'est un civil. Je lui repose ma question sur ce que comptent faire les autorit&#233;s. (&#8230;) &#171; Nous nous en occupons &#187;, me r&#233;pond-il. Il me montre du doigt les munitions qu'il est en train de distribuer. Des &#233;tuis en carton contenant une vingtaine de balles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que vous &#234;tes en train de mijoter ? Mais c'est un &#8230; Des Polonais tirer sur des Polonais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'en sortir autrement ? Vous voyez une autre solution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense en avoir une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie d'en improviser une &#224; toute allure et lui r&#233;pond :&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne pourra s'en sortir qu'en s'organisant. Il faut faire le tour de la ville &#224; pied ou &#224; bord d'une voiture d&#233;couverte. Il faut que ce soient des ouvriers des Chantiers, des copains, des anciens. Qu'ils disent aux ouvriers de se r&#233;unir sur leur lieu de travail et d'y choisir des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec lesquels pourront s'ouvrir des n&#233;gociations.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arr&#234;te tout, dit le civil apr&#232;s m'avoir &#233;cout&#233;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s mon arriv&#233;e dans l'atelier, mes copains me choisissent comme d&#233;l&#233;gu&#233;. Avec ceux des autres ateliers, nous nous retrouvons dans le bureau de la direction pour constituer un comit&#233; de gr&#232;ve. Nous sommes plut&#244;t nombreux. Ma candidature est avanc&#233;e pour faire partie de ce comit&#233; qui ne doit compter que trois membres. (&#8230;) Me voici &#233;lu pr&#233;sident. (&#8230;) Je refusais de prendre seul la direction de cette gr&#232;ve. Elle fut dirig&#233;e par une &#233;quipe qui changea sans cesse, qui n'avait pas de conception coh&#233;rente et se montrait trop molle dans les pourparlers. Ce fut un &#233;chec. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi matin, (&#8230;) les Chantiers &#233;taient boucl&#233;s par l'arm&#233;e. (&#8230;) les gens r&#233;agissaient diversement, mais la plupart sifflaient les soldats. Une femme s'est approch&#233;e d'eux en criant : &#171; Alors les enfants, commen&#231;a vous allez nous tirer dessus ? &#187; Quelque chose en nous venait de se briser. (&#8230;) Dans notre atelier, nous faisions tout ce qui &#233;tait en notre pouvoir pour emp&#234;cher les ouvriers de descendre. Ailleurs, il n'en allait pas toujours ainsi. Certains se regroupaient d&#233;j&#224; pour d&#233;bouler dans le rue, ce qui &#233;tait d'ailleurs impossible, les grilles d'entr&#233;e, bien qu'ouvertes, &#233;tant bloqu&#233;es par l'arm&#233;e. Le chef de notre atelier, Lesinievski, Lenarciak, Suzko et moi-m&#234;me nous nous rend&#238;mes chez Zaczek, le directeur. Nous voulions n&#233;gocier avec les responsables r&#233;gionaux de la S&#233;curit&#233; afin d'&#233;viter que la troupe n'ouvre le feu. (&#8230;) c'est en revenant dans l'atelier que j'entendis les premiers coups de feu. (&#8230;) Un meeting houleux s'&#233;tait tenu sur l'esplanade devant le b&#226;timent directorial. On racontait que les ouvriers, curieux d'apprendre ce qui se passait, serr&#232;rent de pr&#232;s les premiers rangs (&#8230;) Un ouvrier se d&#233;tacha alors de la foule et s'adressa aux soldats. (&#8230;) Des sommations furent lanc&#233;es mais la foule continua d'avancer. Un officier donna alors l'ordre de charger. (&#8230;) Oui, c'&#233;tait bien l'arme et la police polonaise, ce sont nos soldats qui ont tir&#233;. Nous ignorons combien ont &#233;t&#233; tu&#233;s. (&#8230;) Nous avons tent&#233; de nous organiser. Un comit&#233; a &#233;t&#233; &#233;lu, puis un autre, compos&#233; de sept &#224; dix membres, lui a succ&#233;d&#233;. (&#8230;) Les chars piaffaient d'impatience devant les grilles d'entr&#233;e (&#8230;) Les blind&#233;s, les cordons de la milice, ceux de l'arm&#233;e avaient &#233;galement pris position autour des autres Chantiers. Les canons des chars &#233;taient point&#233;s sur nos ateliers. (&#8230;) Les gars de l'atelier de soudure se mirent alors &#224; r&#233;fl&#233;chir au moyen de faire sauter un char &#224; l'aide d'une bombe &#224; ac&#233;tyl&#232;ne. .. Nous avons d&#251; abandonner la place. (&#8230;) Lorsque nous quitt&#226;mes les Chantiers, l'arm&#233;e et la milice nous c&#233;d&#232;rent le passage. Nous f&#251;mes ainsi vingt mille &#224; sortir, et non pas six mille, chiffre que l'on nous avait communiqu&#233; peu auparavant. L'immense cohorte n'en finissait pas de se d&#233;rouler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Gdynia que les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre se sont le plus fortement grav&#233;s dans les m&#233;moires. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. C'est l&#224; qu'il y eut le plus de victimes, que le parjure du pouvoir bouleversa le plus les gens. (&#8230;) Le mardi 15 d&#233;cembre, la foule des salari&#233;s des entreprises de Gdynia, apr&#232;s avoir attendu en vain devant le Comit&#233; de ville du Parti, s'&#233;tait regroup&#233;e devant le si&#232;ge du PMRN (Conseil national pour la ville de Gdynia). Jan Marianski, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de ce conseil, (&#8230;) apr&#232;s avoir sign&#233; avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers un protocole d'accord, (&#8230;) fit arr&#234;ter le Comit&#233; inter-entreprises de gr&#232;ve de la ville de Gdynia. Vint ensuite cette dramatique journ&#233;e du jeudi : le feu des mitrailleuses ouvert sur les ouvriers qui se rendaient au travail. (&#8230;) Et, pour finir, les enterrements de nuit op&#233;r&#233;s par la milice. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A Szcecin, le 17 d&#233;cembre, les ouvriers du chantier &#171; Waeski &#187; descendirent dans la rue sans s'&#234;tre fix&#233; de but bien pr&#233;cis. Une heure plus tard se forma un autre rassemblement constitu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; Gryfia &#187;, s&#233;par&#233; du premier par un canal. Mis au courant, le Premier secr&#233;taire du Parti pour la r&#233;gion, Walasek, prit ses cliques et ses claques et d&#233;guerpit du Comit&#233; r&#233;gional. Ses coll&#232;gues lui embo&#238;t&#232;rent le pas, si bien que les ouvriers trouv&#232;rent le b&#226;timent vide. Ils le mirent &#224; sac et l'incendi&#232;rent. Puis, ils prirent d'assaut le Commissariat r&#233;gional de la Milice et le si&#232;ge du Conseil r&#233;gional des syndicats ouvriers, mettant le feu &#224; ces deux b&#226;timents qui ne br&#251;l&#232;rent pas compl&#232;tement. (&#8230;) Durant cette m&#234;me nuit, les chars prirent position aux points n&#233;vralgiques de la ville, y compris devant le chantier &#171; Warski &#187;. Le 18 d&#233;cembre, la gr&#232;ve avec occupation fut proclam&#233;e sur les deux chantiers navals. Des comit&#233;s de gr&#232;ve furent &#233;lus. D'un commun accord, ils r&#233;dig&#232;rent 21 revendications dont voici quelques-unes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) dissolution du Conseil central des syndicats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) baisse des prix &#224; leur valeur ant&#233;rieure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) augmentation des salaires de 30%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale gagna alors toute la ville. Le chantier naval &#171; Warszava &#187; devint le centre de ralliement des gr&#233;vistes et de tous les gens solidaires du mouvement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 d&#233;cembre furent sign&#233;es les &#171; r&#233;solutions &#187; qui &#233;taient cens&#233;es mettre fin &#224; la gr&#232;ve. Mais lesdites &#171; r&#233;solutions &#187; avaient &#233;t&#233; si bien vid&#233;es de leur substance qu'elles furent rejet&#233;es par la majorit&#233; des gr&#233;vistes et le mouvement repartit de plus belle. Au chantier &#171; Warski &#187; eut lieu une scission : environ mille ouvriers rentr&#232;rent chez eux. Dans la nuit du 20 au 21, le comit&#233; de gr&#232;ve coopta 5 nouveaux membres, dont Edmunt Baluka. Le 22, &#224; dix heures du matin, la gr&#232;ve dut &#234;tre interrompue &#224; cause de l'&#233;puisement des gr&#233;vistes. (&#8230;) Le 22 janvier, au chantier &#171; Warski &#187;, la gr&#232;ve &#233;clate &#224; nouveau, aussit&#244;t suivie par la ville enti&#232;re. (&#8230;) Des tracts lanc&#233;s par h&#233;licopt&#232;re informent qu'un petit groupe de terroriste retient le personnel de force. (&#8230;) Au quatri&#232;me jour de gr&#232;ve, les autorit&#233;s c&#232;dent : les prix d'avant le 12 d&#233;cembre 1970 sont r&#233;tablis. (&#8230;) L'ordre de licencier tous ceux qui &#233;taient descendus dans la rue arriva aux Chantiers navals de Gdansk et de Gdynia. Aux Chantiers &#171; Commune de Paris &#187; de Gdynia, on licencia jusqu'&#224; 800 personnes. A ceux de Gdansk, on n'en vira que 18 (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, voyant que les choses allaient de mal en pis, que de nouveaux soul&#232;vements &#233;taient in&#233;vitables, je d&#233;cidai de faire une d&#233;claration en mon nom propre, mettant &#224; profit la campagne des &#233;lections syndicales sur les Chantiers (&#8230;) Je ne fus pas licenci&#233; sur le champ, on m'a seulement donn&#233; cong&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela co&#239;ncida avec l'annonce, en juin 1971, de la hausse des prix des denr&#233;es alimentaires de base. Aux Chantiers, le temps vira &#224; l'orage. Pourtant, cette fois, ce ne fut pas Gdansk, mais Radom et Ursus qui infl&#233;chirent le cours des &#233;v&#233;nements en Pologne. L&#224;-bas, tout se passa selon le sc&#233;nario qu'avait connu Gdansk en 1970. (&#8230;) C'est dans cette atmosph&#232;re que, peu apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de Radon et Ursus, fut fond&#233; le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers (KOR). Les intellectuels essay&#232;rent de faire ce que nous n'&#233;tions pas parvenus &#224; faire aux Chantiers : nous organiser pour nous d&#233;fendre nous-m&#234;mes et enrayer une catastrophe en marche. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mon d&#233;part des Chantiers, les soucis financiers commenc&#232;rent &#224; pleuvoir sur nous et je me fis embaucher sans tarder dans une entreprise de r&#233;parations m&#233;caniques, la &#171; Zremb &#187;, situ&#233;e non loin de chez nous. (&#8230;) Durant le premier semestre de 1978 commenc&#232;rent &#224; circuler les premiers num&#233;ros d'un journal bimensuel des Syndicats libres, Robotnik (&#171; L'Ouvrier &#187;). Il &#233;tait r&#233;dig&#233; par une petit groupe de gens qui affichaient bien haut leurs id&#233;es : le journal comportait un encadr&#233; avec les noms et adresses de toute la r&#233;daction. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas l&#224; quand fut &#233;labor&#233;e la d&#233;claration annon&#231;ant la cr&#233;ation des syndicats libres &#224; Gdansk. (&#8230;) La m&#234;me id&#233;e avait fait son chemin en diff&#233;rents endroits de Pologne : Kazimierz Switon et ses amis avaient organis&#233; les premiers Syndicats libres dans la r&#233;gion industrielle de Sil&#233;sie. (&#8230;) J'attends qu'un groupe se constitue, auquel je puisse me joindre. Je tombe alors (&#8230;) sur un num&#233;ro de &#171; L'ouvrier du Littoral &#187;. (&#8230;) Un autre groupe form&#233; d'anciens lyc&#233;es et connu comme le Mouvement de la Jeune Pologne consacre son action &#224; la comm&#233;moration des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 70 &#224; Gdansk. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que je travaillais &#224; la &#171; Zremb &#187;, je fus &#233;lu d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la KSR (Conf&#233;rence pour l'Autogestion des Travailleurs, organisation fond&#233;e par le gouvernement pour r&#233;pondre au besoin d'organisation des travailleurs). (&#8230;) A une conf&#233;rence (&#8230;) : &#171; J'ai l&#224; un recueil de pens&#233;es, une brochure de Jacek Kuron, o&#249; il &#233;crit que ce que vous dites l&#224; est une pure absurdit&#233;. &#187; (&#8230;) peu apr&#232;s, je suis licencie. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les gr&#232;ves de 1976&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Extraits de &#171; La r&#233;volte ouvri&#232;re de juin 1976 &#187; par le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers KOR, tir&#233; de &#171; La Pologne, une soci&#233;t&#233; en dissidence &#187; :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement annonce le 25 juin la hausse des prix de la plupart des produits alimentaires, bloqu&#233;s depuis la fin de 1970. La viande et les charcuteries vont augmenter de 60%, le sucre de 100%, le beurre et les fromages de 50%, le poisson de 69%, les l&#233;gumes de 30% et les volailles de 30%. Seuls restent bloqu&#233;s les prix du pain et du lait. Les ouvriers de Radom et Ursus et autres villes industrielles arr&#234;tent, le 25 juin, le travail et sortent dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ursus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res heures du vendredi 25 juin, presque tout le personnel des Ateliers m&#233;caniques d'Ursus (fabrique de tracteurs) se met en gr&#232;ve. Vers neuf heures, les ouvriers quittent les ateliers et se rassemblent devant les b&#226;timents de la direction. Ils demandent que les repr&#233;sentants des instances les plus &#233;lev&#233;es viennent n&#233;gocier avec eux. Cette revendication ayant &#233;t&#233; rejet&#233;e par la direction, les ouvriers sortent sur les voies de chemin de fer voisines et bloquent les lignes Varsovie-Kultno (c'est-&#224;-dire la ligne internationale Moscou-Varsovie-Berlin-Paris) et Varsovie-Skiernievice. Des trains sont bloqu&#233;s ; parmi eux un train international. Des rails sont d&#233;mont&#233;s. Une locomotive est pouss&#233;e sur le ballast. Un wagon de marchandises contenant des &#339;ufs est saisi et son contenu r&#233;parti entre gr&#233;vistes et passants. Un autre wagon contenant du sucre est arr&#234;t&#233; et une partie de son chargement distribu&#233;e. Vers vingt heures, le Premier ministre, dans une allocution radiodiffus&#233;e, annonce l'annulation de la hausse des prix. Des ouvriers commencent &#224; rentrer chez eux. C'est &#224; ce moment que les d&#233;tachements de la milice les attaquent avec des grenades offensives et des gaz lacrymog&#232;nes ; ils se frayent un chemin &#224; coups de matraques, assomment &#224; coups de pieds ceux qui gisent &#224; terre. Un total de deux &#224; trois cent personnes sont arr&#234;t&#233;s cette nuit-l&#224;. (&#8230;) Ceux qui, &#224; la suite des mauvais traitements subis, &#233;taient hors d'&#233;tat de marcher, sont tra&#238;n&#233;s par les pieds et jet&#233;s dans une voiture de police. (&#8230;) Les personnes arr&#234;t&#233;es sont accus&#233;es d'avoir attaqu&#233; les miliciens, d'avoir d&#233;sob&#233;i aux ordres de dispersion et d'avoir gravement endommag&#233; des boutiques et des wagons de chemin de fer &#8211; accusations non fond&#233;es dans la plupart des cas. (&#8230;) Quelques jours plus tard, tous les ouvriers qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sont cong&#233;di&#233;s sans pr&#233;avis (&#8230;) Ceux qui habitaient dans des logements ouvriers appartenant &#224; l'usine doivent d&#233;camper le jour m&#234;me de leur licenciement. (&#8230;) Les 16 et 17 juillet, le tribunal de la vo&#239;vodie de Varsovie juge sept ouvriers accus&#233;s d'avoir fait d&#233;railler une locomotive &#233;lectrique. Aucun d'entre eux n'avait de condamnation ant&#233;rieure &#224; son casier. (&#8230;) Les accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; des peines de trois, quatre, quatre et demi et cinq ans de emprisonnement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radom&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers dix heures du matin, nous sortons pour aller &#224; l'usine de conserves de viande. A l'ext&#233;rieur se forme un cort&#232;ge de camions charg&#233;s de viande pour montrer qu'il y en avait beaucoup. Personne n'en vole. Les camions sont ramen&#233;s &#224; l'int&#233;rieur aussi pleins qu'ils &#233;taient sortis. Vers onze heures, le cort&#232;ge descend dans la rue, chantant &#171; L'Internationale &#187; et l'hymne national. On crie : &#171; Non &#224; la hausse des prix ! &#187; La plupart des manifestants sont des jeunes. Le cort&#232;ge est tout &#224; fait ordonn&#233; et pacifique. (&#8230;) Puis on arrive au si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti. Les ouvriers envahissent le b&#226;timent. (&#8230;) Il y a alors une esquisse de n&#233;gociation : les manifestants exigent des n&#233;gociations avec le Comit&#233; central et l'annulation de la hausse des prix. Une r&#233;ponse est attendue dans les deux heures. Vers midi, la direction du parti &#233;tablit un pont a&#233;rien. Les effectifs de l'&#233;cole de sous-officiers de la milice et des services de s&#233;curit&#233; de Pila arrivent &#224; l'a&#233;roport militaire de Radom avec un armement sp&#233;cial pour combats de rue. Les unit&#233;s sp&#233;ciales arrivent avec des appareils de l'arm&#233;e, des quadrimoteurs du type Ukraine et des bimoteurs. Des unit&#233;s de milice de Lublin, Rzesrow, Tarnobzeg et d'autres villes foncent sur Radom, phares allum&#233;s, &#224; cent &#224; l'heure. Beaucoup plus tard arrive aussi l'unit&#233; sp&#233;ciale de milice de Golendzinow. Les unit&#233;s de la milice arrivent par compagnie, en formation d'assaut, en tout mille hommes environ, casqu&#233;s, arm&#233;s de gourdins de 85 centim&#232;tres et de lance-grenades lacrymog&#232;nes. Des fus&#233;es &#233;clairantes sont &#233;galement tir&#233;es sur la foule. (&#8230;) Vers cinq heures, la milice arrive avec des lances d'incendie et des tubes lance-grenades &#224; gaz. Ils progressent en rangs serr&#233;s par la rue Slowacki en direction du comit&#233; de vo&#239;vodie. Les manifestants mettent le feu aux voitures qui servent de barricade, se dispersent sur les c&#244;t&#233;s et commencent &#224; attaquer la milice sur ses arri&#232;res. Une fois dispers&#233;e la manifestation devant l'immeuble du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti, on commence &#224; se rassembler autour du si&#232;ge des bureaux de la vo&#239;vodie. Vers cinq heures de l'apr&#232;s-midi, deux morts, couverts de sang, sont transport&#233;s sur des voitures de trolleybus le long des rues. Les gens serrent les poings et tiennent bon. Vers vingt-trois heures, les forces de s&#233;curit&#233; et le parti restent ma&#238;tres du terrain &#224; Radom. Quelques milliers de personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es. (&#8230;) Toutes les personnes arr&#234;t&#233;es furent brutalement maltrait&#233;es au moment de leur arrestation ou de leur interrogatoire par la milice. Un ouvrier est mort des tortures subies lors de son interrogatoire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plock&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers dix-sept heures, un cort&#232;ge compos&#233; de quelques dizaines de manifestants est parti des Etablissements de raffinerie et de p&#233;trochimie de Mazovie. Au cours du trajet de quelques kilom&#232;tres pour arriver &#224; la ville, des gens se sont m&#234;l&#233;s aux manifestants. (&#8230;) la foule a fait le si&#232;ge du b&#226;timent de vo&#239;vodie du parti. (&#8230;) Une voiture fut envoy&#233;e, avec un m&#233;gaphone annon&#231;ant que la hausse avait &#233;t&#233; annul&#233;e. Personne ne crut &#224; cette nouvelle et, dans un mouvement de col&#232;re, les gens renvers&#232;rent la voiture et malmen&#232;rent le conducteur. Une partie de la foule se mit &#224; lancer des pierres dans les vitres. D'autres se ru&#232;rent dans le hall, d'o&#249;, au bout d'un instant, ils furent repouss&#233;s. Des divisions de la milice, probablement venues de Lodz, entr&#232;rent en action et dispers&#232;rent la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gdansk&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;partement W4 des &#233;lectriciens fut le premier &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers &#224; la direction. Le directeur des docks accepta de rencontrer les travailleurs. (&#8230;) Les ouvriers demand&#232;rent l'annulation de la hausse des prix ou sa r&#233;duction ; ils firent remarquer que le probl&#232;me du logement n'&#233;tait toujours pas r&#233;gl&#233;. En r&#233;ponse, le directeur les mena&#231;a de licenciement, mais on ne lui permit pas de terminer son intervention et on lui reprit le micro. (&#8230;) Le groupe de repr&#233;sentants des travailleurs des docks, qui s'&#233;tait form&#233; spontan&#233;ment, alla au micro et lan&#231;a le mot d'ordre de gr&#232;ve si le lendemain &#224; sept heures la direction n'avait pas accord&#233; satisfaction aux exigences des travailleurs. Cela dura donc jusqu'&#224; quatorze heures. On ne travailla plus, jusqu'&#224; la fin de la journ&#233;e, sur les chantiers navals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26, au soir, Piotr Jaroszovicz, Premier ministre annonce dans une br&#232;ve allocution radiot&#233;l&#233;vis&#233;e qu'il s'est adress&#233; au Parlement de la R&#233;publique pour lui demander d'annuler la hausse des prix. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers victimes de la r&#233;pression cons&#233;cutive aux &#233;v&#233;nements du 25 juin 1976 lance l'appel suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La protestation des ouvriers contre l'augmentation des prix refl&#232;te l'attitude de la population tout enti&#232;re ; elle a entra&#238;n&#233; des poursuites brutales. A Ursus, &#224; Radom et dans d'autres villes de Pologne, on a battu, frapp&#233; &#224; coups de pied, emprisonn&#233; les manifestants. Des licenciements ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s sur une grande &#233;chelle, ce qui, en plus des arrestations, a frapp&#233; les familles des victimes de la r&#233;pression. (&#8230;) Les victimes de la r&#233;pression actuelle ne peuvent compter sur aucune aide ou d&#233;fense de la part des organismes dont ce devrait &#234;tre la t&#226;che, par exemple les syndicats, dont le r&#244;le est lamentable. Les agents de la protection sociale, eux aussi, refusent toute aide. Dans cette situation, c'est la population, au service de laquelle les personnes victimes de la r&#233;pression se sont expos&#233;es, qui doit assumer ce r&#244;le. En effet, la population n'a d'autres moyens de d&#233;fense contre l'arbitraire que la solidarit&#233; et l'aide mutuelle. C'est pourquoi les personnes soussign&#233;es d&#233;cident de constituer le pr&#233;sent &#171; Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers &#187;, afin de prendre l'initiative de toutes les formes de d&#233;fense et de soutien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des th&#233;oriciens de la r&#233;forme de la Pologne :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Leszek Kolakowski dans des extraits de &#171; Th&#232;ses sur l'espoir le d&#233;sespoir &#187; (octobre 1966) :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;sumons, tout d'abord, les principaux arguments avanc&#233;s d'ordinaire par ceux qui soutiennent que le syst&#232;me communiste sous forme actuelle est irr&#233;formable. Les tenants de cette th&#232;se affirment que la principale fonction sociale de ce syst&#232;me est le maintien du pouvoir incontr&#244;l&#233; monopolis&#233; par l'appareil dirigeant (&#8230;) Le monopole d'un pouvoir despotique ne peut pas &#234;tre supprim&#233; partiellement. (&#8230;) Seules des catastrophes brutales et p&#233;riodiques peuvent conduire &#224; des modifications (&#8230;) Les fonctions fondamentales de ce syst&#232;me social sont dirig&#233;es contre la soci&#233;t&#233; qui se trouve d&#233;munie de toute forme institutionnelle d'autod&#233;fense. D&#232;s lors, l'unique transformation concevable est une r&#233;volution violente. Qui plus est, cette r&#233;volution ne peut &#234;tre envisag&#233;e qu'&#224; l'&#233;chelle du syst&#232;me socialiste mondial, puisque la sup&#233;riorit&#233; militaire sovi&#233;tique, comme le montre l'exp&#233;rience, sera toujours mise &#224; profit pour &#233;touffer toute tentative r&#233;volutionnaire locale. Une telle r&#233;volution aurait pour cons&#233;quence &#8211; selon les espoirs des uns &#8211; une soci&#233;t&#233; socialiste, au sens d&#233;fini par la tradition marxiste (c'est-&#224;-dire la gestion sociale des processus de production et de r&#233;partition, impliquant un syst&#232;me repr&#233;sentatif), ou &#8211; selon l'espoir des autres &#8211; le passage au mod&#232;le occidental de capitalisme qui, face &#224; la faillite &#233;conomique et id&#233;ologique du socialisme, serait l'unique voie de d&#233;veloppement digne de confiance. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je me prononce pour l'id&#233;e &#171; r&#233;formiste &#187;, je n'entends nullement par l&#224; qu'on peut identifier le r&#233;formisme avec l'emploi des moyens &#171; l&#233;gaux &#187; oppos&#233;e aux moyens &#171; ill&#233;gaux &#187;. Cette distinction est proprement impossible dans une situation o&#249; ce n'est pas le droit qui d&#233;cide de la l&#233;galit&#233; mais l'interpr&#233;tation arbitraire de lois confuses par la police et les autorit&#233;s du parti. L&#224; o&#249; les dirigeants peuvent, s'ils le veulent, arr&#234;ter et condamner des citoyens pour d&#233;tention d'un livre &#171; ill&#233;gal &#187;, pour une conversation en petit cercle sur des sujets politiques ou pour des opinions exprim&#233;es dans une lettre priv&#233;e, la notion de l&#233;galit&#233; politique n'a aucun sens. Le meilleur moyen de r&#233;agir contre les poursuites pour ces genres de &#171; d&#233;lits &#187; est de les commettre en tr&#232;s grand nombre. Si je parle d'orientation r&#233;formiste, c'est au sens d'une foi dans la possibilit&#233; de pressions partielles et progressives efficaces exerc&#233;es dans une perspective de longue dur&#233;e, c'est-&#224;-dire dans la perspective de la lib&#233;ration sociale et nationale. Le socialisme despotique n'est pas un syst&#232;me absolument rigide, de tels syst&#232;mes n'existent pas. Des indices de souplesse sont apparus au cours des derni&#232;res ann&#233;es dans des domaines o&#249; r&#233;gnait nagu&#232;re l'id&#233;ologie officielle : les fonctionnaires du parti ne pr&#233;tendent plus conna&#238;tre mieux la m&#233;decine que les professeurs de m&#233;decine, bien qu'ils continuent &#224; conna&#238;tre la litt&#233;rature mieux que les &#233;crivains. (&#8230;) Le principe de la nature irr&#233;formable du syst&#232;me peut donc servir d'absolution anticip&#233;e &#224; la l&#226;chet&#233; et &#224; la passivit&#233;. Le fait qu'une grande partie de l'intelligentsia polonaise se soit laiss&#233;e convaincre de la totale rigidit&#233; du syst&#232;me honteux dans lequel elle vit est s&#251;rement en grande partie responsable de la passivit&#233; dont elle a fait preuve au moment du combat dramatique livr&#233; par les ouvriers polonais en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adam Michnik dans des extraits de &#171; Une strat&#233;gie dans l'opposition polonaise &#187; (1977) :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements historiques que nous d&#233;signons sous le nom d'Octobre polonais ont &#233;t&#233; la source principale d'un espoir d'&#233;volution du syst&#232;me communiste. Cet espoir d'exprimait par deux visions ou concepts d'&#233;volution, que nous appellerons &#171; &#171; r&#233;visionniste &#187; et &#171; n&#233;o-positiviste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception r&#233;visionniste reconnaissait une certaine possibilit&#233; d'&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur du parti. Jamais formul&#233;e sous forme de programme politique, elle impliquait la possibilit&#233; d'humanisation et de d&#233;mocratisation du syst&#232;me d'exercice du pouvoir, ainsi que la capacit&#233; d'assimilation par la doctrine marxiste officielle de certaines notions des sciences humaines et sociales actuelles. Les r&#233;visionnistes d&#233;siraient agir dans la cadre du parti communiste et de la doctrine marxiste. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre concept d'&#233;volution, Stanislaw Stomma, l'un de ses meilleurs repr&#233;sentants l'appelait orientation &#171; n&#233;opositiviste &#187;. C'&#233;tait une tentative d'appliquer la strat&#233;gie que Roman Dniowski avait pr&#233;conis&#233;e, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, aux conditions politiques nouvelles. Dirigeant du groupe catholique Znak, Stalinaw Stomma prenait en consid&#233;ration les facteurs g&#233;opolitiques du pays, comme son catholicisme, partie int&#233;grante et indispensable de la vie publique polonaise. (&#8230;) La conception &#233;volutionniste de Stomma diff&#233;rait consid&#233;rablement du r&#233;visionnisme. Son n&#233;opositivisme impliquait surtout la loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'URSS, consid&#233;r&#233; comme la puissance russe d'autrefois, tout en rejetant la doctrine marxiste et l'id&#233;ologie socialiste. (&#8230;) Cependant, r&#233;visionnistes et n&#233;opositivistes se rejoignaient : pour r&#233;aliser leurs projets, les uns et les autres, comptaient sur des changements venant d'en haut ; ils s'attendaient &#224; une &#233;volution du parti, r&#233;sultat de la politique r&#233;aliste de dirigeants intelligents. Ils n'envisageaient pas de forcer cette &#233;volution par une pression sociale continue et organis&#233;e ; ils misaient sur la raison du prince communiste plut&#244;t que sur la lutte pour l'&#233;tablissement d'institutions souveraines aptes &#224; contr&#244;ler le pouvoir. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements du mois de mars 1968 ont marqu&#233; la limite du r&#233;visionnisme. A ce moment-l&#224;, le lien qui unissait l'intelligentsia r&#233;visionniste du parti fut d&#233;finitivement coup&#233; : on ne pouvait plus compter sur une d&#233;mocratisation de la direction du parti. (&#8230;) Penser jusqu'au bout le r&#233;visionnisme et le n&#233;opositivisme m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; accepter lors du conflit le point de vue du pouvoir. En effet, toute solidarit&#233; avec les ouvriers en gr&#232;ve, avec les &#233;tudiants qui manifestent, avec les intellectuels contestataires remet en question les strat&#233;gies r&#233;visionnistes, cherchant &#224; agir &#224; l'int&#233;rieur du parti, et celles des n&#233;opositivistes, qui pr&#233;conisent la politique de l'entente. Le conflit ouvert, les deux strat&#233;gies se trouvent brusquement priv&#233;es d'une composante essentielle : la r&#233;f&#233;rence au pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dilemme des mouvements de gauche du 20e si&#232;cle &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187; n'est pas un dilemme pour l'opposition polonaise. Postuler un renversement r&#233;volutionnaire de la dictature du parti, s'organiser dans ce but, serait aussi irr&#233;aliste que dangereux : on ne peut pas compter sur le renversement du r&#233;gime tant que la structure politique de l'URSS est ce qu'elle est. Dans un pays o&#249; la culture politique et les normes d&#233;mocratiques sont presque absentes, des activit&#233;s conspiratrices ne peuvent qu'aggraver les maux de la soci&#233;t&#233; sans apporter des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques. (&#8230;) A mon avis, la seule voie &#224; prendre pour les dissidents des pays de l'Est est celle d'une lutte incessante pour les r&#233;formes en faveur d'une &#233;volution qui &#233;largira les libert&#233;s civiques et garantira le respect des droits de l'homme. L'exemple polonais d&#233;montre que la pression exerc&#233;e sur le pouvoir apporte des concessions non n&#233;gligeables. L'opposition polonaise (&#8230;) compte sur des changements progressifs et partiels plus que sur un renversement violent du syst&#232;me en place. (&#8230;) La nouvelle strat&#233;gie de l'opposition implique des changements lents et progressifs. Cela ne signifie pourtant pas que ce mouvement sera toujours pacifique ni qu'il pourra &#233;viter de faire des victimes. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extraits de Jacek Kuron dans &#171; Pour une plate-forme unique de l'opposition &#187; (1976) :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous commencerons par d&#233;finir le syst&#232;me en termes g&#233;n&#233;raux. Ensuite, nous proc&#233;derons &#224; une discussion des buts de l'opposition et &#224; une analyse des conditions dans lesquelles elle doit travailler. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un syst&#232;me totalitaire, le pouvoir et le peuple sont s&#233;par&#233;s. Tout le pouvoir de proposer, de r&#233;fl&#233;chir et de d&#233;cider r&#233;side exclusivement dans le gouvernement. Les gens sont destin&#233;s &#224; former une masse amorphe, d&#233;pourvue de droits personnels quels qu'ils soient. Ce syst&#232;me met en danger notre survie nationale et si, par souverainet&#233; nationale nous entendons la capacit&#233; pour la nation &#224; d&#233;cider de son propre destin, le syst&#232;me est contraint de la d&#233;truire. Le syst&#232;me totalitaire a &#233;t&#233; impos&#233; en Pologne il y a quelques trente ans par les forces arm&#233;es de l'Union sovi&#233;tique avec l'approbation des puissances occidentales, en particulier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La stabilit&#233; du syst&#232;me est garantie par la propension d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;e trois fois par l'Union sovi&#233;tique &#224; se r&#233;imposer par la force &#224; toute nation qui tenterait de se lib&#233;rer. Nous ajouterons que ce sont l&#224; des raisons s&#233;rieuses pour penser que le gouvernement polonais doit se pr&#234;ter &#224; toutes les d&#233;cisions importantes prises par la direction sovi&#233;tique. L'Etat polonais n'est pas souverain et, dans l'esprit de notre peuple, c'est l&#224; le mal qui est &#224; la racine de notre vie politique. (&#8230;) L'opposition lutte pour la souverainet&#233; du peuple et de l'Etat polonais. Retenons pour le moment cette d&#233;finition, quoique je suis d'accord avec ceux qui pensent que nos objectifs ne peuvent &#234;tre pleinement r&#233;alis&#233;s dans notre situation g&#233;ographique et politique actuelle. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement paysan est n&#233; de besoins personnels et particuliers. Mais, en d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il prenait &#233;galement position pour l'ind&#233;pendance de la vie villageoise et il pr&#233;servait l'agriculture d'une d&#233;vastation plus grave. C'est ainsi qu'il b&#233;n&#233;ficia &#224; la totalit&#233; de la communaut&#233;. Je consid&#232;re &#233;galement le mouvement de protestation des travailleurs pour la d&#233;fense de leurs salaires en termes de pouvoir d'achat r&#233;el comme socialement b&#233;n&#233;fique. Des gr&#232;ves locales &#233;clatent assez souvent (&#8230;) Ces gr&#232;ves sont bris&#233;es avec une grande promptitude par la police d&#233;p&#234;ch&#233;e par le parti, l'administration et les syndicats. (&#8230;) A trois occasions durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves ont donn&#233; toute sa dimension &#224; un mouvement social : en 1956-57, en 1970-71 et en 1976. Les travailleurs ont pay&#233; un prix tr&#232;s lourd, mais ces trois mouvements se sont termin&#233;s par une victoire. (&#8230;) Le troisi&#232;me exemple de mouvements de protestation sociale est l'activit&#233; des fid&#232;les dans la d&#233;fense de l'Eglise catholique. Je pense ici aux participations massives aux processions, aux p&#232;lerinages, aux activit&#233;s paroissiales et &#233;galement aux d&#233;monstrations et m&#234;me aux manifestations pour la d&#233;fense des constructions d'&#233;glises (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition doit imm&#233;diatement commencer &#224; organiser un certain nombre de groupes li&#233;s exprimant une vari&#233;t&#233; de points de vue la plus large possible. En premier lieu, il faut une repr&#233;sentation organis&#233;e des travailleurs industriels, en particulier ceux qui sont employ&#233;s dans les tr&#232;s grandes entreprises. L'organisation devrait commencer au niveau de l'usine et s'&#233;tendre ensuite. Ses revendications devraient s'entourer des avis de professionnels de l'&#233;conomie, d'ing&#233;nieurs, d'hommes de loi et de sociologues. (&#8230;) Le plus important, et peut-&#234;tre le plus sp&#233;cifique, des revendications actuelles concerne la pleine r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s apr&#232;s le 25 juin et une amnistie pour ceux qui ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour des actes en relation avec les &#233;v&#233;nements de juin. Pour que cette demande soit entendue et accept&#233;e, il est n&#233;cessaire de disposer du soutien uni d'une organisation de travailleurs de l'industrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la gr&#232;ve de 1980
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de Jean-Yves Potel :&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un des gars a coll&#233; des affiches dans les vestiaires entre cinq et six heures du matin. Les gens surent ainsi que la gruti&#232;re Anna Walentynowicz avait &#233;t&#233; licenci&#233;e, cinq mois avant la retraite, pour avoir d&#233;fendu les ouvriers. C'&#233;tait cela la &#171; faute grave &#187; dont la direction l'accusait. D&#233;cor&#233;e des croix du M&#233;rite de bronze, d'argent et d'or, elle avait derri&#232;re elle trente ans de travail irr&#233;prochable. Le tribunal avait annul&#233; le licenciement, mais le directeur refusait de la r&#233;int&#233;grer. Anna Walentynowicz avait fait partie du comit&#233; de gr&#232;ve en 1970. Ici, sur le Littoral, ce sont les choses qui comptent. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la gr&#232;ve. Ce seul mot a suffi pour faire sortir du monde de la cale des constructions, des nefs de montage et des autres ateliers. Certains ont h&#233;sit&#233;, mais au bout d'une demi-heure la plupart ont laiss&#233; tomber leurs outils et se sont rendus sur la grande place du chantier, pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une banderole o&#249; l'on venait d'inscrire &#171; 2000 zlotys d'augmentation &#8211; Une prime de vie ch&#232;re &#8211; R&#233;int&#233;grez la gruti&#232;re Walentinowicz ! &#187; Sur la place, tous se sont tus pour une minute de silence en hommage aux ouvriers du chantier tomb&#233;s en 1970. Lech Walesa a fait son apparition. Ouvrier &#233;lectricien, licenci&#233; lui aussi pour faits de gr&#232;ve en 1976, participant actif des gr&#232;ves de 1970-1971, il a escalad&#233; les grilles pour rejoindre les gr&#233;vistes. On a cri&#233; &#171; Hourrah ! &#187;. Un discours a &#233;t&#233; improvis&#233; du hait d'une excavatrice. Le directeur principal, Gniech, y est mont&#233; &#224; son tour pour tenter de convaincre les gens de reprendre le travail. Sans succ&#232;s ; les cris ont couvert sa voix. Lech Walesa a propos&#233; une gr&#232;ve avec occupation. Chacun avait ses raisons de la faire, tous l'ont soutenue. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a d&#233;ferl&#233; comme une vague, chacun y a adh&#233;r&#233; de son c&#244;t&#233; en compagnie des coll&#232;gues de l'atelier. (&#8230;) On buvait beaucoup trop au chantier des derniers temps (&#8230;) Les piquets de gr&#232;ve brisaient les bouteilles de bi&#232;re et de vodka aux portes du chantier. Cette mesure, d'ailleurs, a impressionn&#233; tout le monde. La direction de la gr&#232;ve n'a fait aucune exception. Apr&#232;s trois jours de gr&#232;ve, les n&#233;gociations avec la direction ont abouti &#224; un accord. En son propre nom, le directeur a accord&#233; une augmentation de 1500 zlotys, sur les 2000 demand&#233;s. Cet apr&#232;s-midi l&#224;, nous &#233;tions devant la grille de l'entr&#233;e quand Lech Walesa annon&#231;a que la gr&#232;ve prenait fin. La nouvelle que les revendications seraient satisfaites avait d&#233;j&#224; fait le tour de la ville. Pour les d&#233;l&#233;gu&#233;s des autres usines, l'arr&#234;t du mouvement au chantier &#233;tait catastrophique. On ne leur avait rien promis, &#224; eux. Les repr&#233;sentants de 21 entreprises en gr&#232;ve sont venus au chantier L&#233;nine pour faire pression sur les ouvriers : &#171; Nous vous avons apport&#233; notre appui. A vous maintenant de nous donner le v&#244;tre. &#187; Un d&#233;l&#233;gu&#233; de WPK a demand&#233; que la gr&#232;ve continue, ici comme ailleurs, et pas mal de gens l'ont applaudi. Dans ce cas, a dit Walesa, je reste avec vous. Je vous ai promis de sortir le dernier. Entre-temps, la plupart des travailleurs du chantier, &#224; l'appel du directeur, avaient quitt&#233; les lieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Le samedi, tard dans la soir&#233;e, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;sentes au chantier constituent un comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises. Ce comit&#233;, le MKS, &#233;labore une liste de revendications qui, dans sa version finale, comportera 21 points. Le premier est essentiel : c'est l'acceptation des syndicats libres, ind&#233;pendants du parti et des employeurs. La deuxi&#232;me, c'est le droit de gr&#232;ve. Voil&#224; les garanties pour lesquelles la lutte continue. Ce sont les seules qui, si elles sont acquises, pourront donner aux travailleurs la certitude que les &#233;checs, les pi&#232;ges du pass&#233; ne se r&#233;p&#232;teront pas. Suivent ensuite, jusqu'au point 6, les revendications relevant du domaine de la d&#233;mocratie : la libert&#233; d'expression, la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s pour faits de gr&#232;ve ou d&#233;lit d'opinion et la lib&#233;ration des prisonniers politiques ; une information compl&#232;te et permanente sur la situation socio-&#233;conomique du pays et une discussion publique sur les programmes de r&#233;formes. (&#8230;) Les points suivants mis en avant par le MKS concernent justement ce socialisme-l&#224; : l'acc&#232;s aux logements, aux cr&#232;ches et aux maternelles, le droit &#224; la sant&#233;, aux jours de repos, &#224; un salaire convenable pour un travail honorable, &#224; une retraite m&#233;rit&#233;e. L'exigence, &#233;galement, que se r&#233;duise le foss&#233; entre les tr&#232;s pauvres et les tr&#232;s riches, entre les spoli&#233;s et les privil&#233;gi&#233;s, que tous puissent vivre d&#233;cemment. (&#8230;) Au fil des heures pass&#233;es ici, se renforce l'impression que la gr&#232;ve s'est donn&#233;e un groupe de leaders solides d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout. La liste des &#171; 21 Tak &#187; - &#171; oui aux 21 revendication &#187; - est colport&#233;e d'une rue &#224; l'autre dans les Trois-Villes. On la colle partout, sur les poteaux, les murs et les palissades. Ses formules nettes, carr&#233;es, peuvent sembler provocantes &#224; certains, car les gens n'en ont gu&#232;re l'habitude. Aucune r&#233;action de la part des autorit&#233;s. Cependant, l'atmosph&#232;re, on le sent, est devenue pesante. Il fait lourd, l'air est charg&#233; d'&#233;lectricit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Premier dimanche, premi&#232;re messe aux grilles du chantier. Le pr&#234;tre qui fait l'office prononce des paroles d'apaisement. Il appelle au calme, &#224; la dignit&#233;. Quelques milliers de personnes sont agenouill&#233;es. Beaucoup ont pleur&#233;. (&#8230;) La nuit pr&#233;c&#233;dente, les gr&#233;vistes ont construit une croix en bois. Apr&#232;s la messe, ils l'ont emmen&#233;e au-del&#224; de la porte principale, l&#224; o&#249; devra s'&#233;lever un monument aux ouvriers tomb&#233;s en d&#233;cembre 1970. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle du praesidium du comit&#233; de gr&#232;ve, on a install&#233; la maquette (du futur monument aux morts) et les dons ont commenc&#233; &#224; affluer pour la r&#233;alisation du projet. Un extraordinaire &#233;lan de g&#233;n&#233;rosit&#233; du littoral, puis de toute la Pologne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi 18 ao&#251;t, nombre de ceux qui avaient quitt&#233; le chantier samedi y sont revenus. (&#8230;) Au chantier Commune de Paris &#224; Gdynia, ce sont les jeunes qui tiennent la barre de la gr&#232;ve. Les principes ont &#233;t&#233; plus s&#233;v&#232;res, les divisions plus rigoureuses. (&#8230;) Les ti&#232;des, les h&#233;sitants, on ne les a pas laiss&#233; entrer. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur emp&#234;che le MKS d'acc&#233;der &#224; la radio int&#233;rieure. Il fait &#233;galement couper le circuit d'alimentation des hauts-parleurs de la porte num&#233;ro 2 pour contrer la popularisation de la gr&#232;ve vers l'ext&#233;rieur. D'un avion, on lance des tracts : &#171; La gr&#232;ve au chantier s'est conclue sur un accord. Elle est poursuivie par des irresponsables, alors qu'une large majorit&#233; entend reprendre le travail. &#187; (&#8230;) Un coup tr&#232;s dur, c'est la coupure des lignes t&#233;l&#233;phoniques qui isole les Trois-Villes du reste du pays. Pendant ce temps-l&#224;, la milice s'active. Elle arr&#234;te les voitures qui se dirigent vers le chantier et celles qui en viennent, fouille les passagers, rel&#232;ve l'identit&#233; des conducteurs, et ceux qu'ils transportent. Les miliciens ne sont pas arm&#233;s mais multiplient les intimidations. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, toutes les entreprises de la vo&#239;vodie ont rejoint le MKS. Le mouvement est irr&#233;sistible et cependant les man&#339;uvres de derni&#232;re heure ne manquent pas. (...) Samedi 23 ao&#251;t, dixi&#232;me jour de gr&#232;ve. Lech Walesa se met derri&#232;re la table du praesidium. (&#8230;) Les n&#233;gociations pr&#233;paratoires commencent, pour le moment &#224; l'&#233;chelon du vo&#239;vode. (&#8230;) Le 28 ao&#251;t s'engage le troisi&#232;me tour des n&#233;gociations avec la commission gouvernementale. Le vice Premier ministre Jagielski a l'air ma&#238;tre de lui. (&#8230;) On discute ici de libert&#233; d'expression et de conscience garantie par la constitution ; on parle beaucoup de la situation morale et sociale des croyants. Monsieur Jagielski souligne que la dialogue entre l'Etat et l'Eglise se d&#233;veloppe bien&#8230; (&#8230;) La discussion est tr&#232;s anim&#233;e. &#171; En gros, nous sommes d'accord &#187; dit Monsieur Jagielski. Mais, de fait, le d&#233;bat n'a gu&#232;re avanc&#233;. (&#8230;) Au dessus de la porte num&#233;ro 2 du chantier L&#233;nine, les ouvriers ont suspendu une longue banderole &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) La finale est &#226;prement disput&#233;e. Vendredi 29, par deux fois les n&#233;gociations sont report&#233;es &#224; plus tard. (&#8230;) L'&#233;nervement cro&#238;t d'heure en heure, l'agressivit&#233; remonte &#224; la surface. Car, si le travail reprend, on va se retrouver du jour au lendemain face au directeur, au secr&#233;taire de cellule, ou m&#234;me &#8230; Demain, la moiti&#233; de cette salle peut se retrouver en taule, s'est &#233;cri&#233; quelqu'un sur un ton hyst&#233;rique. De nouvelles d&#233;l&#233;gations font leur entr&#233;e, venant d'autres vo&#239;vodies. (&#8230;) Le nouvel arrivant est embarrass&#233;. Il ne sait pas o&#249; s'installer. Il vient du bassin du cuivre et repr&#233;sente 20.000 travailleurs. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Samedi 30 ao&#251;t. La commission gouvernementale vient pour la quatri&#232;me fois au chantier. &#171; Il me semble, dit le vice Premier ministre Jagielski, que le moment est venu de terminer nos travaux &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dimanche. La signature des accords de Gdansk entre le MKS et Jagielski est retransmise &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte-rendu de Henrika Dobisz et Andrej Zianecki&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de Lech Walesa :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le moment d&#233;cisif survint apr&#232;s le 3 mai 1980, date de l'arrestation de repr&#233;sentants du Mouvement de la Jeune Pologne et du Mouvement pour la D&#233;fense des Droits de l'Homme &#8211; Dariusz Robzdej et Tadeusz Szczudlowski -, &#224; la suite de leur discours prononc&#233; devant le monument au roi Jan II Sobieski. On se lance quasi ouvertement dans une large diffusion de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je descendis devant les Chantiers et le dirigeai vers l'entr&#233;e. Le matin, avant l'embauche, des tracts et le bulletin &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187; avaient pu &#234;tre distribu&#233;s dans le train de banlieue et dans les tramways qu'empruntent la plupart des ouvriers pour se rendre au travail. L'information essentielle concernait le licenciement disciplinaire d'Anna Walentynowicz, survenu le 7 ao&#251;t, cinq mois avant qu'elle ne prenne sa retraite Le texte des tracts &#233;tait le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux ouvriers des Chantiers navals de Gdansk !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous nous adressons &#224; vous, coll&#232;gues d'Anna Walentynowicz. Elle travaillait aux Chantiers depuis 1950 : 16 ans comme soudeur, puis comme conducteur d'un pont-roulant &#224; l'atelier n&#176;2. Elle s'est vue d&#233;cerner la m&#233;daille de bronze, celle d'argent, puis en 1979, la Croix d'or du M&#233;rite. Elle a toujours &#233;t&#233; une ouvri&#232;re irr&#233;prochable. Elle s'est toujours insurg&#233;e contre toute injustice, toute in&#233;galit&#233;. C'est pourquoi elle a d&#233;cid&#233; de s'engager dans l'action qui avait pour but la mise sur pied d'un syndicat libre. C'est l&#224; que commenc&#232;rent pour elle les ennuis : elle a &#233;t&#233; mut&#233;e &#224; deux reprises dans une autre unit&#233; pour avoir distribu&#233; &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187;, et elle s'est vue infliger un bl&#226;me. (&#8230;) En arr&#234;t-maladie, Anna Walentynowicz a re&#231;u une lettre de licenciement prenant effet le 7 ao&#251;t pour avoir enfreint le r&#232;glement&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) C'est pourquoi nous vous lan&#231;ons cet appel : d&#233;fendez Anna Walentynowicz ! Si vous ne le faites pas, nombreux sont ceux qui risquent de se retrouver dans une situation semblable. Nous signalons d'autre part &#224; la direction qu'un pareil acte, en cette p&#233;riode o&#249; une vague de gr&#232;ves d&#233;ferle sur notre pays, para&#238;t un d&#233;fi au bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sign&#233; : comit&#233; de fondation des syndicats libres &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois gar&#231;ons de vingt ans, Jurek Borowczyk, Ludwig Pradzynski et Bogdan Felski, affiches, tracts et bulletins en mains, avaient su mettre en gr&#232;ve l'ensemble des Chantiers. (&#8230;) A la revendication en faveur d'Anna Walentynowicz, j'ajoutai ma propre r&#233;int&#233;gration et l'&#233;rection d'un monument (&#8230;) aux trois ouvriers abattus devant l'entr&#233;e des Chantiers en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) Ce qui concernait tout le monde, c'&#233;tait la hausse individuelle de 2000 zlotys. Nous nous cramponn&#226;mes donc &#224; cette derni&#232;re exigence comme pr&#233;alable &#224; toute n&#233;gociation (&#8230;) Au d&#233;but, nous branch&#226;mes des micros dans la salle du Service Hygi&#232;ne et de la S&#233;curit&#233; du Travail o&#249; se d&#233;roulaient les n&#233;gociations, ainsi qu'un autre &#224; l'ext&#233;rieur de la salle. Nous pouvions diffuser dans tous les ateliers, les halls de production. Par la suite, le n&#233;cessaire fut fait pour que les d&#233;bats soient entendus dans les chantiers voisins et dans les entreprises de la rue Walowa. Plus tard encore, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s emport&#232;rent les enregistrements pour les faire &#233;couter en d'autres entreprises. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la gr&#232;ve n'a rien d'un &#233;pisode harmonieux, elle passe par des phases de vive exaltation auxquelles succ&#232;dent des p&#233;riodes de compromis, voire des moments de peur. (&#8230;) Personne n'a trouv&#233; de sc&#233;nario id&#233;al pour le d&#233;roulement d'une chose comme la gr&#232;ve, ni ne saurait d'ailleurs en concevoir. La gr&#232;ve, c'est la foule qui r&#233;agit &#224; sa mani&#232;re, diverse et changeante. Moi, je n'avais pas de sc&#233;nario, mais je sentais la foule. Quand je me retrouve au milieu d'une foule, je sais toujours ce que les gens veulent. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre gr&#232;ve &#224; nous arrivait &#224; son terme : en ce troisi&#232;me jour, le samedi apr&#232;s-midi, elle avait pris fin ; tout son &#233;lan, toutes ses motivations essentielles s'&#233;taient &#233;vanouis. Comme j'avais affaire &#224; un directeur qui avait su faire face &#224; la situation (&#8230;), je m'&#233;tais senti oblig&#233; de contenir notre conflit dans certaines limites. &#199;a n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution s'appuyant sur le d&#233;sordre, mais un mouvement o&#249; chaque objectif &#233;tait soumis &#224; un jugement public. Je ne pouvais et ne voulais personnellement exprimer que CELA. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un t&#233;moignage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A peu pr&#232;s au moment m&#234;me o&#249; Walesa s'appr&#234;tait &#224; mettre fin &#224; la gr&#232;ve (&#8230;), un repr&#233;sentant des employ&#233;s des transports se trouva propuls&#233; sur le podium, devant le micro, et exposa leur cause. Son discours se termina par une demande de soutien. Au bout d'un moment, des employ&#233;s des tramways, sortant du b&#226;timent, se joignirent &#224; lui. Des jeunes entour&#232;rent le podium &#8211; cent, deux cents, cinq cents gar&#231;ons : &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187; (&#8230;) Sur les murs, la nuit, des inscriptions avaient fait leur apparition : &#171; Walesa, tra&#238;tre ! &#187;. D&#233;j&#224;, le samedi apr&#232;s-midi, (&#8230;) deux &#233;missaires femmes des gr&#233;vistes de Gdansk avaient eu des mots tr&#232;s durs contre Walesa (&#8230;) Le dimanche 17 ao&#251;t, Walesa, tel Simon de Cyr&#232;ne, prit sur ses &#233;paules une croix en bois et la porta devant l'entr&#233;e, jusqu'au lieu o&#249; l'on pr&#233;voyait d'&#233;lever &#224; l'avenir le Monument. La croix fut ciment&#233;e dans le sol (&#8230;) Dans la nuit de dimanche &#224; lundi, on fit dispara&#238;tre les inscriptions diffamant (ou d&#233;non&#231;ant) Walesa. La m&#234;me nuit, Walesa affermit sa position en prenant officiellement la t&#234;te du Comit&#233; de gr&#232;ve cr&#233;&#233; solidairement pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des entreprises de Gdansk, Gdynia, Elblag, Pruszcz, Tczew, Lebork, &#8230; entre beaucoup d'autres. Le lundi matin, le directeur avait co-sign&#233; avec Walesa, le samedi, les accords concernant les Chantiers, s'effor&#231;a &#224; nouveau de faire appel au loyalisme du personnel, et reprocha &#224; Walesa d'avoir rompu leurs accords. Walesa ne sut que lui donner raison. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, j'exer&#231;ai un certain ascendant sur les gens, par exemple au sein du Comit&#233; inter-entreprises qui se rassemblait dans la grand-salle de r&#233;union des Chantiers. Je me rendais compte d'embl&#233;e que les gars &#233;taient beaucoup trop excit&#233;s, que les passions &#233;taient &#224; leur comble, ce qui excluait toute discussion s&#233;rieuse et interdisait qu'on prenne aucune d&#233;cision. J'avais &#233;tabli le rituel suivant : je p&#233;n&#233;trai dans la salle, la traversais d'un pas assur&#233;, et, parvenu jusqu'au petit podium, je me retournai brusquement face &#224; l'auditoire, gardais le silence une seconde, puis d&#233;clarais ouverte la session du Comit&#233; en proposant d'entonner l'hymne national. Tout le monde se levait, et les gars se mettaient &#224; chanter &#224; l'unisson. Les gens qui, dix minutes avant la r&#233;union, &#233;taient venus avec la ferme r&#233;solution de donner libre cours &#224; leur col&#232;re, ne contestaient plus les d&#233;cisions prises, se contentant de conciliabules en petits cercles. Et le moment o&#249; je me levais signifiait irr&#233;vocablement la cl&#244;ture de la r&#233;union : les gens embo&#238;taient le pas. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment-cl&#233; o&#249; furent formul&#233;es les 21 revendications du mouvement et o&#249; l'on discuta avec passion de leur version d&#233;finitive, la direction des syndicats libres n'&#233;tait pas unanime. Dans leur hi&#233;rarchie informelle, je ne suis alors que le num&#233;ro trois ou quatre, peut-&#234;tre m&#234;me cinq. C'est &#224; ce moment difficile que je me retrouve propuls&#233; &#224; la premi&#232;re place, que je me sens avancer seul dans le r&#244;le de dirigeant, que je suis amen&#233; &#224; imposer ma volont&#233;, en d&#233;pit de l'amertume justifi&#233;e de certains, que je ne peux pas ne pas percevoir. (&#8230;) je sais que, pour l'heure, il faut nous montrer mod&#233;r&#233;s, contr&#244;ler et limiter certaines revendications irr&#233;alistes, si fond&#233;es qu'elles soient, afin de gagner plus tard. (&#8230;) Il s'agissait de pouvoir dire en toute confiance aux repr&#233;sentants du gouvernement, d&#232;s leur arriv&#233;e chez nous : &#171; A l'exemple de l'ordre qui r&#232;gne ici et qui est accept&#233; par tous, instaurons ensemble un ordre nouveau dans notre pays, dans toute la Pologne. &#187; C'&#233;tait un ordre sans vodka : &#224; l'entr&#233;e des Chantiers, nous brisions les bouteilles apport&#233;es par ceux qui n'&#233;taient pas encore au courant. C'&#233;tait un ordre avec le Pape : son portrait fut suspendu &#224; l'entr&#233;e d&#232;s le premier jour de gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme comprenant nos &#171; 21 revendications &#187; vit rapidement le jour (&#8230;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;reconnaissance des syndicats libres, ind&#233;pendants du Parti et des employeurs (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;garantie du droit de gr&#232;ve, de la s&#233;curit&#233; des gr&#233;vistes et des personnes qui leur viennent en aide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;respect des libert&#233;s d'expression et de publication (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;tablissement dans leurs droits des personnes licenci&#233;es (&#8230;) des &#233;tudiants exclus de l'enseignement sup&#233;rieur (&#8230;),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lib&#233;ration des prisonniers politiques (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;rendre publique le comit&#233; inter-entreprises et ses revendications&lt;br class='autobr' /&gt;
information de toute la population sur la situation &#233;conomique et sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;paiement des jours de gr&#232;ve (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;augmentation mensuelle du salaire de base de chaque travailleur de 2100 zlotys (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instauration de l'&#233;chelle mobile des salaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Approvisionnement en produits alimentaires (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le 22 ao&#251;t au soir, la d&#233;l&#233;gation du praesidium du MKS a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la Commission gouvernementale, Monsieur le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski, et lui a remis le message suivant : &#171; Le MKS informe la D&#233;l&#233;gation gouvernementale dirig&#233;e par le vice-Premier ministre qu'il est pr&#234;t &#224; entreprendre des pourparlers sur la base des 21 revendications, qui pourraient mettre un terme &#224; la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Tadeusz Mazowiecki et Borislav Geremek sont venus de Varsovie en voiture par un chemin d&#233;tourn&#233;. Ils vont travailler en temps qu'experts aupr&#232;s du Comit&#233;. Ils ont re&#231;u un accueil tr&#232;s chaleureux. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Gdansk devient alors une sorte de Mecque o&#249; affluent les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprises de l'ensemble du pays, venus apporter leur soutien et pr&#234;ts &#224; se joindre &#224; la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant d&#233;cisif de la gr&#232;ve est le vendredi 22 ao&#251;t, marqu&#233; par la venue &#224; Gdansk de Mieczyslaw Jagielski, vice-premier ministre, nomm&#233; &#224; la place de Pyka qui vient d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;. La rencontre avec nos d&#233;l&#233;gu&#233;s a eu lieu le soir m&#234;me (&#8230;) De retour, avant m&#234;me d'avoir franchi la grille, ceux-ci crient d&#233;j&#224; victoire : cette victoire r&#233;side dans la d&#233;cision d'entamer des pourparlers entre le gouvernement et le Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises sur la base de nos 21 revendications. Un combat difficile nous attend alors. &#171; Nous savons ce que nous voulons &#187; ai-je dit &#224; Mazowwicki et &#224; Geremek lors de notre premi&#232;re entrevue sur le coup de minuit. (&#8230;) Comme tant d'autres, ils &#233;taient venus avec un texte de soutien. Le voyant, je m'&#233;tais dit que ce n'&#233;tait l&#224; qu'une motion de plus. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils avaient concr&#232;tement &#224; nous proposer, car nous avions vraiment besoin d'aide. &#171; Comme intellectuels, nous ne pouvons faire grand-chose, hormis vous servir de conseillers, d'experts. &#187; Excellente id&#233;e ! Nous venions de trouver le maillon manquant &#224; notre cha&#238;ne. Tout le monde s'accorda sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;signer une commission d'experts, &#224; d&#233;faut desquels nous aurions bien &#233;t&#233; incapables de faire se rencontrer la &#171; dialectique &#187; du pouvoir et la c&#244;t&#233; un peu fruste et &#233;l&#233;mentaire de nos revendications. (&#8230;) Cette base de d&#233;part nous convenait tout &#224; fait et n'&#233;tait pas non plus pour d&#233;plaire aux autorit&#233;s : non sans raison, celles-ci redoutaient les formulations trop radicales de gens simples, &#224; bout de nerfs, qui mettent &#224; mal respectabilit&#233;s et convenances, et usent parfois d'un vocabulaire &#224; rester pantois. Les uns comme les autres, nous avions besoin d'&#234;tre assur&#233;s qu'il serait possible de trouver une r&#233;ponse commune. Autrement, la situation &#233;tait sans issue. Le fait de nommer une commission d'experts ouvrit cette perspective d'entente. Dans le courant de la nuit, ils d&#233;finirent la marche &#224; suivre : dans un premier temps, nous ne devions pas aller plus loin que le quatre premi&#232;res revendications. (&#8230;) En cette journ&#233;e du 23 ao&#251;t, (&#8230;) les gens se pressent de part et d'autre de la seconde grille d'entr&#233;e des Chantiers. Devant, sont assembl&#233;es plusieurs milliers de personnes inform&#233;es de l'arriv&#233;e tant attendue de la Commission gouvernementale. (&#8230;) Hostiles, les gens reculent &#224; contrec&#339;ur. (&#8230;) Le car ne peut avancer : devant lui, se dresse un mur d'ouvriers en bleus de travail us&#233;s. Ils se tiennent l&#224;, bras crois&#233;s, visages ferm&#233;s. (&#8230;) Je m'avance en compagnie de Gniech, le directeur, et du Comit&#233; inter-entreprises. Jagielski descend du car. P&#226;le, les traits tir&#233;s, dossier noir sous le bras, le vice-premier ministre met pied &#224; terre, suivi de Fizbach et des autres. Je m'approche, lui tends la main pour lui souhaiter la bienvenue aux Chantiers. (&#8230;) &#171; Les-zek ! Les-zek ! &#187; se met &#224; scander d'une seule voix la foule - c'est son vote de confiance, le rappel &#224; la partie adverse que le Comit&#233; est mandataire pleinement reconnu par tous les gr&#233;vistes. Ceux-ci forment une v&#233;ritable for&#234;t humaine. Une frondaison de bras lev&#233;s aux poings serr&#233;s. (&#8230;) Un hors d'&#339;uvre aux pourparlers de la force et de la discipline sur lesquelles reposent notre attachement &#224; la d&#233;mocratie &#8211; et qui seront essentielles au moment o&#249; il faudra ent&#233;riner l'accord intervenu. En cas de contestation, il y a bien s&#251;r l'instance d'appel que constituent les Chantiers, ces milliers d'ouvriers qui attendent rassembl&#233;s autour du b&#226;timent et qui suivent le d&#233;roulement des n&#233;gociations &#224; travers les baies vitr&#233;es. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pr&#233;sents dans la grand-salle, sont pour moi un appui consid&#233;rable, de m&#234;me que les experts, ou encore l'Eglise dont le soutien se fait de plus en plus ouvert. En ce qui concerne les syndicats libres, c'est d&#233;j&#224; moins &#233;vident ; les relations les plus confuses existent entre le Praesidium du Comit&#233; de gr&#232;ve et moi : ce dernier compte en son sein une tendance radicale qui s'oppose aux vues &#171; r&#233;alistes &#187;. On y consid&#232;re d'un mauvais &#339;il toute tentative de contact direct avec les repr&#233;sentants du pouvoir, contacts pourtant n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de toute n&#233;gociation. Ces &#171; Jacobins &#187; d'ao&#251;t 1980 &#233;pient les moindres faits et gestes de chacun. Ils sont obs&#233;d&#233;s par la crainte d'une manipulation politique et leur m&#233;fiance n'&#233;pargne pas les experts. En l'occurrence, j'ai d&#251; me montrer intransigeant et ne pas c&#233;der aux pressions visant leur &#233;limination. J'ai &#233;galement cherch&#233; &#224; &#233;viter que ces divergences n'apparaissent en cours de n&#233;gociations. Elles ont &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes jusqu'&#224; la fin de la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walesa : &#171; Monsieur le vice-Pr&#233;sident, nous vous accueillons au nom du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises repr&#233;sentant pr&#232;s de 370 entreprises de la r&#233;gion de Gdansk et un certain nombre de celles d'Eblag et de Slupsk. Conscients de repr&#233;senter des centaines de milliers d'hommes, nous sommes tout aussi convaincus de lutter pour la bonne cause. Vous avez la possibilit&#233; de visiter aujourd'hui un chantier naval autog&#233;r&#233; par les ouvriers. Vous pouvez constater que l'ordre y r&#232;gne. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jagielski : (&#8230;) Je pense en premier lieu &#224; un changement de la loi sur les syndicats (..) Il faudra &#224; mon avis que le personnel des Chantiers et que les travailleurs des autres entreprises du Littoral participent &#224; l'&#233;laboration de cette loi (&#8230;) Le second facteur, &#224; mon sens, concerne l'analyse et l'appr&#233;ciation de l'&#233;volution du pouvoir d'achat des diverses cat&#233;gories professionnelles, qui devrait &#234;tre &#233;valu&#233;e et suivie par les syndicats ind&#233;pendamment de l'administration d'Etat. (&#8230;) Si j'ai bien compris, le deuxi&#232;me point porte sur la garantie du droit de gr&#232;ve, ainsi que sur la s&#233;curit&#233; des personnes en gr&#232;ve et de ceux qui leur viennent en aide. (&#8230;) J'en suis &#224; me demander s'il est bien opportun de prendre une telle d&#233;cision aujourd'hui (&#8230;) A ce propos, il serait peut &#234;tre utile d'&#233;couter ce qu'en pense l'opinion publique. (&#8230;) Si nous laissions ce probl&#232;me ouvert &#224; la discussion. Pour ce qui est de la s&#233;curit&#233; des personnes qui font gr&#232;ve, ainsi que pour celles qui les soutiennent, cette s&#233;curit&#233; n'est pas menac&#233;e. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florian Wisnievski : Florian Wisnievski, je viens d'Elektromontaz. (&#8230;) Nous ne sommes pas du m&#234;me bord : nous autres, nous sommes en contact des travailleurs, au sein des entreprises. Cela fait longtemps que je travaille dans les syndicats, et les choses sont loin de se passer aussi simplement. (&#8230;) Le Code du travail autorise l'entreprise &#224; licencier sur le champ toute personne qui fait gr&#232;ve. (&#8230;) ici, sur le Littoral, &#233;tant donn&#233; l'atmosph&#232;re que vous savez (&#8230;) ce n'est plus le moment de consulter l'opinion publique. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jagielski : S'il s'agit du troisi&#232;me point, &#224; savoir : &#171; respecter les libert&#233;s d'expression &#187; (&#8230;) la Constitution garantit les libert&#233;s d'expression, d'&#233;dition, de publication, n'est-ce pas ? Le probl&#232;me se pose, comment dire, au niveau de l'application de ces textes. (&#8230;) L'ouverture des m&#233;dias aux repr&#233;sentants de toutes les confessions est une revendication &#224; examiner. (&#8230;) Si quelqu'un me pose des conditions, je voudrai r&#233;pondre ceci. Moi, je n'ai pos&#233; aucune condition. J'ai seulement exprim&#233; mes souhaits. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walesa : (&#8230;) Je prose d'&#233;laborer ensemble un communiqu&#233; commun. (&#8230;) Nous demandons au surplus une retransmission radiophonique au moins sur Gdansk. (&#8230;) Je propose de chanter ensemble l'hymne national. (Ils chantent.) Nous attendrons gentiment, sagement, sans aucune &#8230; Mesdames, Messieurs, je voudrai que nous saluions courtoisement la d&#233;l&#233;gation avant de nous s&#233;parer. Nos finirons sans doute par nous entendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Nous avons trouv&#233; une formule nouvelle, r&#233;sultant de la fusion de plusieurs &#233;l&#233;ments : religion, patriotisme, st&#233;r&#233;otype de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; - oui, cette tradition-l&#224; aussi &#8230; C'&#233;tait une mani&#232;re de &#171; r&#233;volution &#224; genoux &#187;, avec pri&#232;re, chapelet et messe. La pri&#232;re nous prot&#233;geait, mais nous avons magnifi&#233; son importance, cela n'avait plus rien &#224; voir avec la d&#233;votion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) On joua contre nous le contenu du sermon prononc&#233; &#224; Jasna-Gora par Mgr Stefan Wyzynski. (&#8230;) Les gars qui priaient sur les Chantiers, eux, accueillirent avec incr&#233;dulit&#233; et d&#233;sarroi les propos du Primat. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Arrive la derni&#232;re s&#233;ance de pourparlers avec la Commission gouvernementale, le samedi 30 ao&#251;t. Le climat de la discussion n'est plus le m&#234;me. Jagielski est press&#233; d'aboutir, fait pression pour que des solutions rapides soient trouv&#233;es, sans trop ergoter sur les formulations de d&#233;tail : &#171; les points num&#233;ro un et deux des revendications &#8230; nous les paraphons ! &#187; Puis, de but en blanc, il d&#233;clare qu'il souhaite revenir aux Chantiers avec ces textes rev&#234;tus de l'aval &#8211; donc de l'approbation &#8211; du plenum du Comit&#233; central. Il sugg&#232;re d&#233;j&#224; les termes du communiqu&#233; final. (&#8230;) Le pl&#233;num du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises exige que je transforme l'affaire des prisonniers en ultimatum. Aucun accord ne doit &#234;tre sign&#233; avant leur lib&#233;ration. (&#8230;) Aussi bien parmi l'assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'au sein du Pr&#230;sidium du Comit&#233; de gr&#232;ve, commencent &#224; s'exacerber les points de vue. (&#8230;) Nous convenons qu'un accord existe bel et bien pour le moment et que, pour le reste, nous ferons au mieux&#8230; Le lendemain, la c&#233;l&#233;bration de la messe ram&#232;ne le calme dans la grand-salle. (&#8230;) L'affaire s'&#233;ternisa pour des raisons pratiques. (&#8230;) Jagielski, tendu, bl&#234;mit et d&#233;clare : &#171; je vous en prie&#8230; Je ne sais pas si, dans une heure, je pourrai encore signer cet accord&#8230; &#187; (&#8230;) Nous avons appos&#233; nos signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je veux &#233;voquer la p&#233;riode qui a suivi les &#233;v&#233;nements qui se sont alors d&#233;roul&#233;s dans notre pays, et que je cherche une image qui r&#233;sume &#224; la fois le climat et l'&#233;tat d'esprit des gens (&#8230;) je compare volontiers la soci&#233;t&#233; polonaise d'apr&#232;s ao&#251;t 80 &#224; un pauvre qui occupait jusque l&#224; un petit coin dans une belle maison dont il n'&#233;tait pas propri&#233;taire. Et voici que subitement, il devient clair que la maison est son ancienne propri&#233;t&#233; et qu'en r&#233;alit&#233;, tout lui appartient ! (&#8230;) Psychologiquement parlant, une telle situation n'est commode ni pour l'ancien ni pour le nouveau gestionnaire, et force est d'admettre que le temp&#233;rament de chacun commande ses actions. (&#8230;) Mais les Accords de Gdansk avaient lanc&#233; des ponts, ouvert des possibilit&#233;s d'entrer dans une nouvelle &#233;tape de coexistence, fait appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; convivialit&#233; du pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi matin, ouverture des premiers locaux du Syndicat, rue Marchlewskiego, dans le vieux Wrescz. (&#8230;) Bient&#244;t, la file d'attente s'&#233;tend jusqu'&#224; la rue. (&#8230;) Gdansk devait expliquer, d&#233;fendre, organiser, conf&#233;rer son label. La capitale de la Pologne avait d&#233;m&#233;nag&#233; sur le Littoral. (&#8230;) La p&#233;riode difficile venait de commencer. De jour en jour, une force r&#233;elle se constituait ; les maillons syndicaux se multipliaient &#224; une vitesse vertigineuse dans toutes les entreprises, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, et cette force cherchait naturellement &#224; s'exercer : elle entendait influencer les d&#233;cisions concernant le Plan, les questions salariales, celles de la productivit&#233;, les cas individuels. Les directions d'entreprise lui refusaient g&#233;n&#233;ralement ce r&#244;le. Il n'existait pas de jurisprudence indiquant avec pr&#233;cision comment comprendre les Accords d'ao&#251;t 80, dont les formulations &#233;taient souvent trop g&#233;n&#233;rales. Les controverses se multipliaient (...) Toutes affaires devaient &#234;tre r&#233;gl&#233;es par le MKZ : le Comit&#233; inter-entreprises de fondation des syndicats ind&#233;pendants autog&#233;r&#233;s. Nous n'&#233;tions que 18 et il nous revenait d'accomplir sur le champ la r&#233;forme du syst&#232;me. (&#8230;) Quand il devin manifeste que toute notre exp&#233;rience acquise dans les Syndicats libres n'y suffirait pas (&#8230;) je d&#233;couvris la voie menant &#224; moi-m&#234;me par l'Eglise, par la foi, qui m'avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans les moments difficiles de la gr&#232;ve. (&#8230;) Durant les premiers jours de septembre nous parvint un signal de Varsovie : le Primat souhaitait rencontrer Walesa et l'&#233;quipe des dirigeants de la gr&#232;ve. Ainsi allait donc avoir lieu ce contact personnel, cette rencontre en t&#234;te &#224; t&#234;te avec celui qui personnifiait la majest&#233; de l'Eglise polonaise, qui repr&#233;sentait le lien principal entre la tradition nationale, toujours vivante, et le pr&#233;sent. (&#8230;) Nous avons commenc&#233; par une messe matinale au cours de laquelle le cardinal Wyszynski, s'adressant &#224; nous, d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Les plus grandes &#233;nergies doivent se d&#233;ployer afin de donner des fruits pour le bien des travailleurs qui entreprennent dans notre Patrie un immense effort. Mais comme il faut &#234;tre sage ! Comme il faut savoir embrasser &#224; la fois le pr&#233;sent et l'avenir de cette nation (&#8230;) &#187; Il d&#233;clara un peu plus tard : &#171; Il ne faut pas vouloir changer les gens en place, ce sont eux qui doivent changer, devenir autres. &#187; (&#8230;) Je me sentais tr&#232;s proche du primat sur tous ces sujets ! (...) Le Primat surprenait parfois par son indulgence et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, si &#233;loign&#233;s d'une tactique sommaire et plus ais&#233;e &#224; adopter, tentante m&#234;me. Il en avait &#233;t&#233; ainsi en 1970, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, quand l'Eglise &#233;tait &#224; m&#234;me d'exiger beaucoup d'un pouvoir affaibli par les r&#233;cents bouleversements&#8230; Le Primat d&#233;clara alors qu'on ne pouvait &#171; gagner &#187; gr&#226;ce qu sang ouvrier qui avait &#233;t&#233; r&#233;pandu, que l'Eglise devait &#234;tre forte de sa propre force, non de la faiblesse de l'adversaire. (&#8230;) Novice comme je l'&#233;tais &#224; l'&#233;poque, ce sont l&#224; des &#233;l&#233;ments qui me permirent de construire ce qu'on a plus tard appel&#233; la &#171; ligne Walesa &#187;, qui ne faisait alors que s'esquisser. (&#8230;) En ao&#251;t, ce but &#233;tait clair aux yeux de tous, tout &#233;tait simple : il fallait arr&#234;ter la gr&#232;ve, formuler nos revendications, amener le pouvoir &#224; les accepter. (&#8230;) Prendre le pouvoir, r&#233;tablir l'ordre par un nouveau pouvoir install&#233; par nous ? Non ! Plut&#244;t, un profond changement int&#233;rieur du pouvoir en place, puisque rien ne garantissait qu'un autre serait meilleur (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pendait, pr&#232;s du feu, l&#224; o&#249; tout se d&#233;cidait, les affaires se r&#233;v&#233;laient beaucoup plus complexes. J'&#233;tais celui qui choisissait les &#233;l&#233;ments de l'alliage, mais, parall&#232;lement, d'autres &#233;l&#233;ments s'y infiltraient &#224; mon insu : par les c&#244;t&#233;s, par en haut, par derri&#232;re&#8230; Il y avait m&#234;me des gens qui agissaient de leur propre initiative, sans demander la moindre autorisation. La temp&#233;rature montait constamment. Situation nouvelle : dans la gr&#232;ve, nous &#233;tions la force motrice, nous dosions les probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, le mouvement ob&#233;issait &#224; un programme, donnait lui-m&#234;me le tempo des &#233;v&#233;nements qui, cette fois, se d&#233;roulaient ind&#233;pendamment de nous. L'aiguillage avait &#233;t&#233; d&#233;vi&#233; : il fallait redoubler de force pour contr&#244;ler le cours de l'actualit&#233;, proposer &#224; temps des corrections de trajectoires, &#233;viter les catastrophes, servir de butoir l&#224; o&#249; des revendications d&#233;cha&#238;n&#233;es mena&#231;aient directement l'existence de certaines structures concr&#232;tes du pouvoir. Au cours de dizaines de r&#233;unions, il me fallut combattre la tendance g&#233;n&#233;rale au r&#232;glement de comptes avec des chefs de services, des directeurs compromis dans leurs entreprises, des repr&#233;sentants du pouvoir &#224; divers niveaux. Les gens &#233;taient emport&#233;s par la fureur de tout nettoyer tout de suite. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s la gr&#232;ve, je re&#231;us la visite d'Anna Walentynowicz, dans notre nouvel appartement, rue Pilotow, dans le quartier neuf de Zaspa. (&#8230;) Mme Anna vint me voir avec une proposition amicale bien concr&#232;te : &#171; Donne ta d&#233;mission du Comit&#233; inter-entreprises ! &#187; Je n'avais pas les &#233;paules assez larges, &#224; ce qu'elle disait, il fallait un type dans le genre d'Andrej Gwiazda, de Kuron, de Modzelewski ou de tel autre encore&#8230; Le candidat n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;, mais l'intention n'en &#233;tait pas moins claire : d'apr&#232;s elle, j'&#233;tais trop faible, pas assez &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans mes revendications, trop mou avec les autorit&#233;s. Cette id&#233;e n'&#233;manait pas uniquement de madame Anna, il y avait derri&#232;re elle une fraction pas tr&#232;s nombreuse mais influente des syndicats libres du Littoral. (&#8230;) Il &#233;tait devenu &#233;vident que le Comit&#233; inter-entreprises de Gdansk s'employait sans cesse &#224; contester la position que j'avais acquise, il faut le reconna&#238;tre, gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve. Aux yeux de certains, je pouvais encore appara&#238;tre comme un &#171; usurpateur &#187;. (&#8230;) Ainsi Jacek Kuron &#233;tait indiscutablement un homme aux id&#233;es bien arr&#234;t&#233;es, initiateur de conceptions assez radicales. C'&#233;tait le m&#234;me homme avec qui j'avais eu une discussion interminable &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais mes tout premiers pas dans les syndicats libres. C'est &#224; lui que j'&#233;tais redevable de l'aide que le KOR (Comit&#233; de D&#233;fense des Ouvriers) avait apport&#233;e &#224; moi-m&#234;me et &#224; beaucoup d'autres en p&#233;riode de ch&#244;mage ou de difficult&#233;s personnelles. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous le label Solidarnosc, les Comit&#233;s inter-entreprises r&#233;gionaux iront tous ensemble se faire enregistrer au tribunal. (&#8230;) A pr&#233;sent, le groupe de conseillers et d'experts varsoviens travaillait &#224; nos statuts qui devaient refl&#233;ter &#224; la fois notre exp&#233;rience syndicale, la signification d'ao&#251;t 80, la tradition polonaise. (&#8230;) Dans le m&#234;me temps, une &#233;quipe de t&#233;l&#233;vision polonaise m'interroge sur le sort de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement annonc&#233;e par Solidarnosc. Ils ont du mal &#224; comprendre que la proclamation de cette gr&#232;ve d'avertissement canalise toutes les gr&#232;ves sauvages qui explosent comme des p&#233;tards dans tout le pays contre les autorit&#233;s qui s'opposent &#224; divers &#233;chelons aux in&#233;vitables revendications de la population. A cela s'ajoute encore en arri&#232;re-plan la cr&#233;ation de l'organisation syndicale rurale qui est en train de se mettre pr&#233;cipitamment en place. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les &#171; gr&#232;ves de solidarit&#233; ouvri&#232;re &#187;, notamment aux revendications des agriculteurs, Walesa cite la bande son d'un film :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Walesa : (&#8230;) C'est &#224; Gdansk que &#231;a se passe. Poznan a d&#233;bray&#233; aussi, j'ai stopp&#233;. J'ai tout de m&#234;me stopp&#233; deux gr&#232;ves ! (&#8230;) Ce serait pire s'ils faisaient gr&#232;ve sans nous. Ce serait la r&#233;volution. (&#8230;) Je pense donc que ce que nous avons fait constituait l'issue la plus logique. (&#8230;) Nous &#233;tions oblig&#233;s de nous prononcer, et nous nous sommes prononc&#233;s pour la ma&#238;trise de ce mouvement. Le pire aurait &#233;t&#233; qu'il &#233;chappe &#224; notre contr&#244;le. Nous ne souhaitons pas la gr&#232;ve, parce qu'il en viendra alors sans cesse de nouveaux pour multiplier les revendications, et tout risque alors de mal tourner. C'est pourquoi nous n'en voulons pas. (&#8230;) Bien s&#251;r que nous pouvons y aller, mais nous sommes bien plac&#233;s pour savoir que, d'ici une heure, il peut aussi bien &#233;clater une r&#233;volution. (&#8230;) Nous for&#231;ons les choses, pouss&#233;s par des hourrah, de telle mani&#232;re qu'il n'y ait plus de solution du tout ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Walesa : &#171; Walesa &#224; l'appareil. Monsieur le directeur, il y a deux affaires dont je voudrais vous parler. (&#8230;) En ce qui concerne cette gr&#232;ve. Vous savez, nous ne tenons pas &#224; ce qu'il y ait des gr&#232;ves en ce moment&#8230; (&#8230;) C'est pourquoi il serait bien que vous fassiez en sorte que (&#8230;) je m'entretienne avec eux (les gr&#233;vistes), ou pour qu'ils viennent chez nous&#8230; Nous leur expliquerions en quoi &#231;a fait probl&#232;me. (&#8230;) R&#233;ponse de l'assistant du vo&#239;vode : nous enverrons des voitures vous chercher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voitures sont bien arriv&#233;es, mais l'annulation de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement d'apr&#232;s ao&#251;t n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;e pour autant pour la simple raison qu'elle ne pouvait pas l'&#234;tre. (&#8230;) De toute fa&#231;on, j'allais mettre fin &#224; ces gr&#232;ves (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;sure dans la br&#232;ve existence officielle du syndicat se situe &#224; mon avis en mars 1981. Elle correspond &#224; la crise de Bydgoszcz, engendr&#233;e par l'agression perp&#233;tr&#233;e par la milice contre Rulewski, responsable de Solidarnosc pour cette r&#233;gion, et d'autres qui tentaient de pr&#233;senter &#224; la session du conseil r&#233;gional de Bydgoszcz le probl&#232;me de la reconnaissance du syndicat des agriculteurs priv&#233;s. Cette crise de mars a &#233;t&#233; surmont&#233;e, mais nous avions d&#233;j&#224; presque atteint le point limite. J'ai eu le plus grand mal &#224; apaiser le climat de mobilisation g&#233;n&#233;rale qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de la raison d'&#234;tre de Solidarnosc, et qui, &#233;tant donn&#233; l'attitude du pouvoir, mena&#231;ait de conduire &#224; la catastrophe. J'eus alors le sentiment d'avoir d&#233;samorc&#233; une &#233;norme charge de dynamite et d'avoir men&#233; &#224; bien quelque chose d'irr&#233;versible. A partir de ce moment-l&#224;, Solidarnosc ne b&#233;n&#233;ficierait certes plus jamais d'une conjoncture aussi favorable, mais, d'un autre c&#244;t&#233;, jamais une confrontation g&#233;n&#233;rale avec ce pouvoir aux abois n'avait &#233;t&#233; aussi lourde de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire de mars est en effet une date cl&#233; pour comprendre l'histoire du syndicat. Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport de forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Je tablais sur une issue &#233;volutive. Malheureusement, le pouvoir ne tira de la mobilisation qu'une seule conclusion : qu'il &#233;tait tr&#232;s menac&#233; et, qu'en l'espace d'une journ&#233;e, l'ensemble de la population pouvait se dresser contre lui. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, j'&#233;tais n&#233;anmoins certain d'une chose : tant que nous pourrions naviguer, tant que Solidarnosc continuerait d'exister, il serait possible, ne f&#251;t-ce que tr&#232;s lentement, de consolider les changements, de donner aux gens ne f&#251;t-ce qu'un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre la vraie vie en Pologne. (&#8230;) Parfois, on pr&#233;f&#232;rerait presque que tout nous tombe dessus : on verra bien, &#231;a nous tranchera peut-&#234;tre pas la t&#234;te, si nous savons rester raisonnables ; le cas &#233;ch&#233;ant, nous reviendrons alors sur nos pas&#8230; Je me repr&#233;sentais toujours l'avenir comme une marche par &#233;tapes, jamais comme une course d'une seule traite. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'espoir &#233;tait immense, les chances de r&#233;ussir ici et maintenant n'&#233;taient vraiment pas &#233;normes. J'&#233;tais au contraire d'avis qu'elles &#233;taient infimes. Elles r&#233;sidaient dans le simple fait que la cause d'ao&#251;t 80 &#233;tait commune &#224; tous les Polonais. Elles reposaient sur l'espoir que le pouvoir repr&#233;senterait le peuple dans cette mesure au moins o&#249; il serait capable de comprendre ses aspirations et il accepterait de participer &#224; ce difficile processus. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'on puisse en penser, &#224; aucun moment l'attitude de Solidarnosc n'avait abouti &#224; aggraver les difficult&#233;s &#233;conomiques, m&#234;me si telle &#233;tait alors la version des faits la plus courante parmi ceux qui d&#233;fendaient les int&#233;r&#234;ts gouvernementaux. En voici une illustration : c'est la cr&#233;ation des syndicats ind&#233;pendants qui constituait la revendication principale des gr&#233;vistes d'ao&#251;t 80, bien que les revendications salariales eussent domin&#233; dans un premier temps. Les ouvriers des Chantiers c&#233;d&#232;rent sur ces derni&#232;res jusqu'&#224; y renoncer pour ainsi dire totalement. On en eut termin&#233; avec une augmentation de quelques centaines de zlotys, et plut&#244;t pour le principe, afin d'en finir avec l'aspect purement &#233;conomique de la gr&#232;ve. Il y avait de notre part une grande compr&#233;hension des difficult&#233;s du pays. Les gens &#233;taient pr&#234;ts &#224; consentir des sacrifices. Il y eut m&#234;me des propositions comme quoi ceux qui en avaient encore les moyens allaient se cotiser pour rembourser ne f&#251;t-ce qu'une toute petite partie de la dette polonaise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Novembre 80 &#233;largit dangereusement le champ de confrontation avec le pouvoir. Deux incidents y contribu&#232;rent : le premier, li&#233; &#224; l'enregistrement du syndicat ; le second, concernant l'affaire Jan Narozniak, un math&#233;maticien de l'Universit&#233; de Varsovie qui avait rendu public un texte confidentiel du procureur g&#233;n&#233;ral. (...) Dans le m&#234;me temps d&#233;ferle une vague de revendications plus g&#233;n&#233;rales : dans la r&#233;gion montagneuse, &#224; Bielsko-Biala, &#224; Jelenia-Gora. Un puissant mouvement social se d&#233;veloppe, exigeant que soient restitu&#233;s de nombreux centres de loisirs luxueusement &#233;quip&#233;s, des maisons de repos, des b&#226;timents publics appartenant jusqu'alors aux diff&#233;rents organes gouvernementaux et inaccessibles au reste de la population. (&#8230;) D'o&#249; une vague de gr&#232;ves dans toutes les r&#233;gions de Pologne. Je passe cette p&#233;riode &#224; voyager sans cesse pour participer aux n&#233;gociations entre gr&#233;vistes et autorit&#233;s. Les conseillers et experts du syndicat ne me quittent pas un instant. Ils sont partout o&#249; les conflits se propagent. (&#8230;) L'Eglise jouait avec succ&#232;s le r&#244;le de m&#233;diateur entre les gr&#233;vistes et le pouvoir. L'image en est devenue classique et restera longtemps dans les m&#233;moires : trois &#233;v&#234;ques assis &#224; la table des pourparlers entre repr&#233;sentants des autorit&#233;s et de Solidarnosc. C'est le moment o&#249; la tension &#224; Bielsko-Biala &#233;tait &#224; son comble. (&#8230;) Je me suis mis en route en janvier 1981. A Rome m'attendait un grand Polonais, le pape Jean Paul II, et cette rencontre fut pour moi le temps fort de mon s&#233;jour en Italie. Nous apportions au Pape le message de Solidarnosc, et j'avais grandement conscience de l'importance de ce que nous re&#231;&#251;mes de lui qui, publiquement, &#224; la face du monde, approuva nos id&#233;aux. (...) J'avais re&#231;u une invitation &#224; me rendre &#224; Gen&#232;ve pour participer, au d&#233;but de juin, &#224; la prochaine session annuelle de l'Organisation Internationale du Travail. (&#8230;) Nous sommes partis en juin de Varsovie avec le ministre Jerzy Obodowski et un petit groupe de ses conseillers repr&#233;sentant la &#171; sph&#232;re des employeurs &#187;. Pour ma part, j'&#233;tais accompagn&#233; par Bronislaw Geremek, Andrej Stelmachowski et Ryszard Kalinowski qui avait, au sein de son syndicat, la responsabilit&#233; des contacts avec l'&#233;tranger. D&#232;s le d&#233;collage de l'avion se cr&#233;a entre nous une bonne atmosph&#232;re : apr&#232;s tout nous partions repr&#233;senter conjointement la Pologne &#224; une assembl&#233;e internationale o&#249; on ne se priva pas de nous scruter attentivement. (&#8230;) L'appui de la France se r&#233;v&#233;la alors essentiel, dissipant les malentendus auxquels se heurtait l'id&#233;al de Solidarnosc et &#233;clairant par contrecoup le malaise de l'&#233;quipe dirigeante polonaise. Il fit mieux comprendre &#224; l'opinion politique internationale le sens et la port&#233;e r&#233;els de l' &#187;&#233;t&#233; polonais &#187;. (&#8230;) Les cinq grandes organisations syndicales repr&#233;sent&#233;es ce jour-l&#224; refl&#233;taient &#224; elles seules tout l'&#233;ventail des tendances existantes, depuis le mouvement d'inspiration chr&#233;tienne jusqu'aux communistes. Toutes soulign&#232;rent n&#233;anmoins &#8211; et cette unanimit&#233; &#233;tait capitale &#8211; l'importance de l'exp&#233;rience polonaise pour le mouvement syndical mondial. (&#8230;) Ce sont les chr&#233;tiens de la CFTC qui percevaient le mieux la nature de notre attachement &#224; la religion et &#224; l'Eglise. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes d&#233;placements en Pologne m&#234;me commenc&#232;rent &#224; compter d'octobre 1980. (&#8230;) Je devais enfourcher ce cheval l&#224; &#8211; exprimer certaines choses en usant de la langue de bois de la politique &#8211; afin de ne pas permettre &#224; ce cheval de me d&#233;sar&#231;onner, et pour mieux le freiner ensuite. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Chili 1970-1973</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6545</link>
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		<dc:date>2019-10-17T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Chili Chile</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le s&#233;nateur Corvalan du Parti communiste chilien &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je l'ai dit, je le soutiens et je le r&#233;affirme : le gouvernement populaire s'est engag&#233; &#8211; et il faut tenir parole face au pays &#8211; &#224; ce qu'il n'y ait pas d'autre force arm&#233;e au Chili que celle des institutions, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e de terre, la marine, l'aviation et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Chili Chile&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le s&#233;nateur Corvalan du Parti communiste chilien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je l'ai dit, je le soutiens et je le r&#233;affirme : le gouvernement populaire s'est engag&#233; &#8211; et il faut tenir parole face au pays &#8211; &#224; ce qu'il n'y ait pas d'autre force arm&#233;e au Chili que celle des institutions, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e de terre, la marine, l'aviation et les forces de police. Le peuple n'a pas besoin d'un autre moyen de d&#233;fense que son unit&#233; et son respect envers les Forces Arm&#233;es de la Patrie. &#187; Salvador Allende, pr&#233;sident de l'Unit&#233; Populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Expliquer que le rapport de forces actuel peut permettre un d&#233;veloppement stable, de longue dur&#233;e et tranquille du processus r&#233;volutionnaire rel&#232;ve moins de l'ing&#233;nuit&#233; que d'une position r&#233;formiste et aventuriste (&#8230;) &#187; D&#233;claration du Comit&#233; central du Parti socialiste chilien en mars 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;actionnaires (&#8230;) affirment que nous avons pour politique de remplacer l'arm&#233;e de m&#233;tier. Non messieurs ! Nous continuons et nous continuerons &#224; d&#233;fendre le caract&#232;re strictement professionnel de nos institutions militaires. &#187; Corvalan, le dirigeant du PC, en juillet 1973, dans &#171; El Siglo &#187;, l'organe du Parti Communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;veloppement et la mise en &#339;uvre d'une strat&#233;gie arm&#233;e au cours du processus r&#233;volutionnaire &#233;tait une chose tr&#232;s difficile. (&#8230;) Mais la voie pacifique dans le Chili de 1970-73 &#233;tait, elle, impossible. &#187; Carlos Altamirano, dirigeant du parti Socialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans, de 1970 &#224; 1973, l'Unit&#233; Populaire dirig&#233;e par Salvador Allende a gouvern&#233; le Chili. Les partis de la gauche r&#233;formiste avaient pr&#233;tendu transformer pacifiquement le Chili. Ils opposaient leur m&#233;thode &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne dite violente. Ce n'est pas leurs organisations qui faisaient peur &#224; la bourgeoisie chilienne ou am&#233;ricaine. C'est le prol&#233;tariat chilien. Il se trouve que la mont&#233;e r&#233;volutionnaire des opprim&#233;s du Chili a produit non seulement une mont&#233;e des luttes et de l'organisation mais aussi une augmentation des voix &#233;lectorales de la gauche. La crise sociale ne concernait pas seulement les travailleurs mais aussi la classe moyenne. C'&#233;tait une des raisons qui faisait de la crise sociale une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. La base m&#234;me de la stabilit&#233; sociale &#233;tait menac&#233;e. La m&#233;thode dite pacifique, r&#233;formiste, a employ&#233; tous ses moyens pour convaincre les travailleurs de compter sur l'Etat pour obtenir les changements auxquels ils aspiraient. Non seulement, les plus d&#233;munis ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us par le gouvernement de gauche, non seulement, ils ont partiellement renonc&#233; &#224; obtenir par eux-m&#234;mes ce qu'ils voulaient, mais en acceptant de laisser dire que le gouvernement bourgeois de gauche repr&#233;sentait leurs aspirations, ils n'ont pas pu gagner le soutien de la petite bourgeoisie en crise. La &#171; m&#233;thode pacifique vers le socialisme &#187; n'allait pas vers le socialisme, cherchait m&#234;me &#224; sauver le capitalisme au Chili de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais, plus grave, elle allait mener au bain de sang orchestr&#233; sous l'&#233;gide de l'arm&#233;e chilienne, de la grande bourgeoisie et des USA. L'Unit&#233; Populaire n'a pas pu emp&#234;cher l'aggravation des luttes de classe ni leur radicalisation des deux c&#244;t&#233;s, de celui de la bourgeoisie comme de celui du prol&#233;tariat. L'affrontement &#233;tait in&#233;vitable. Cela n'avait rien de secret et pourtant les travailleurs n'y &#233;taient nullement pr&#233;par&#233;s. Parce que leurs organisations, fortes, nombreuses, puissantes &#224; la fois de leur place dans l'Etat et de leur cr&#233;dit dans le peuple travailleur et parmi les plus pauvres, avaient tout fait pour les d&#233;sarmer politiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas la pr&#233;sence d'un social-d&#233;mocrate au discours faussement radical qui a rendu in&#233;vitable l'affrontement. C'est la mont&#233;e r&#233;volutionnaire dans le prol&#233;tariat chilien que le r&#233;formisme n'a pu emp&#234;cher qui en est la cause. Le r&#233;gime d'Allende, &#224; partir du moment o&#249; il s'av&#233;rait incapable de calmer la classe ouvri&#232;re, ne pouvait qu'&#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re. M&#234;me si la bourgeoisie savait que le PC, le PS ou Allende n'avaient rien de dangereux r&#233;volutionnaires, dans le cadre d'une mont&#233;e sociale des opprim&#233;s, le simple fait de les laisser au pouvoir repr&#233;sentait un risque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant la mont&#233;e des p&#233;rils, les r&#233;formistes ne se sont pas rapproch&#233;s bien entendu des opprim&#233;s, mais au contraire des oppresseurs et de leurs d&#233;fenseurs l'appareil d'Etat et les militaires. L'Unit&#233; populaire a donn&#233; des places au gouvernement aux g&#233;n&#233;raux chiliens, les m&#234;mes que l'on pouvait de plus en plus clairement soup&#231;onner de pr&#233;parer le coup d'Etat et le bain de sang, m&#234;me si Allende affirmait officiellement le contraire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce que la spontan&#233;it&#233; des masses &#233;tait capable de produire au Chili, le prol&#233;tariat chilien l'a fait. Il a fond&#233; des organisations de masse, il a d&#233;velopp&#233; ses organismes de d&#233;fense, de ses int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, politiques et m&#234;mes militaires. La mont&#233;e de l'organisation autonome, r&#233;volutionnaire, de classe, est &#233;vidente. Mais l'absence d'une organisation sans lien avec l'Union populaire et ses mensonges &#233;tait elle aussi criante. Le MIR &#233;tait parfaitement conscient des limites de l'U.P, mais, en dehors d'articles d'analyse dans des revues, il apparaissait comme un appui politique au gouvernement, m&#234;me s'il menait localement des actions radicales qui le d&#233;rangeaient. Le MIR pr&#233;sentait le gouvernement de l'U.P, auquel il ne participait pas, comme une avanc&#233;e pour la population. La r&#233;alit&#233; est inverse. La mont&#233;e ouvri&#232;re et populaire, en croyant trouver un alli&#233; au pouvoir bourgeois, a &#233;t&#233; lourdement tromp&#233;e. Elle y a perdu son &#233;lan r&#233;volutionnaire, ses objectifs, ses m&#233;thodes pour r&#233;aliser elle-m&#234;me ses objectifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
En faisant de l'Etat bourgeois un horizon ind&#233;passable, le r&#233;formisme, m&#234;me lorsqu'il se pare de mots tr&#232;s radicaux &#8211; Allende ne se disait-il pas marxiste - ne fait qu'encha&#238;ner les travailleurs. Loin d'emp&#234;cher l'affrontement, ce fameux &#171; pacifisme &#187; n'a fait que permettre aux classes dirigeantes de lancer sans risque leurs forces arm&#233;es. Aucun travail politique n'a &#233;t&#233; fait pour convaincre les exploit&#233;s de s'adresser aux soldats et de tenter de les gagner ou de les neutraliser. En se refusant d'appuyer par avance les soldats qui auraient voulu d&#233;sob&#233;ir, les organisations ouvri&#232;res se sont livr&#233;es &#224; leurs bourreaux. C'est Allende lui-m&#234;me qui a nomm&#233; chef d'Etat-major le chef de ces bourreaux. Eviter la r&#233;volution, tel est l'objectif du r&#233;formisme. Mais emp&#234;cher la contre-r&#233;volution n'est nullement son but. Le r&#233;formisme permet de d&#233;voyer, de calmer, de tromper le camp des travailleurs, avant que la contre-r&#233;volution ne se charge de la frapper et de l'assassiner. M&#234;me si la contre-r&#233;volution assassine &#233;galement les organisations r&#233;formistes, elle leur doit d'avoir en face d'elle un ennemi consid&#233;rablement affaibli et d&#233;sorient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'Unit&#233; populaire a cherch&#233; par une derni&#232;re man&#339;uvre (int&#233;grer les g&#233;n&#233;raux au gouvernement) &#224; sauver le pacte de tromperie liant la classe ouvri&#232;re &#224; l'Etat bourgeois, alors qu'il devient &#233;vident que l'on va &#224; l'affrontement final, le MIR, principale organisation d'extr&#234;me gauche chilienne, montre, malgr&#233; ses critiques, comment il a soutenu le gouvernement de l'Unit&#233; populaire d'Allende et contribu&#233; &#224; semer des illusions sur la pr&#233;tendue utilit&#233; d'un gouvernement de gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;ponse aux attaques du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC &#187; ( paru en f&#233;vrier 1973 &#8211; dans &#171; Le Rebelle &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le pouvoir populaire autonome, ind&#233;pendant et alternatif &#224; l'Etat bourgeois n'est pas une fantasmagorie mais une r&#233;alit&#233; et une n&#233;cessit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa lettre &#224; Carlos Altamirano, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC, Luis Corvalan, a &#233;crit : &#171; Mais force est de constater, comme on l'a d&#233;j&#224; dit, que l'imp&#233;rialisme et l'oligarchie des Jarpa et des Frei ne concentrent pas leurs feux sur le fantasmagorique pouvoir populaire ind&#233;pendant du gouvernement dont parle le MIR et qui n'existe que dans les cervelles &#233;chauff&#233;es de ses dirigeants, mais bien sur le gouvernement du pr&#233;sident Allende. &#187; (&#8230;) Ce que veulent la grande bourgeoisie et l'imp&#233;rialisme, c'est &#233;viter que la classe ouvri&#232;re et les masses populaires avancent dans une ind&#233;pendance de classe, vers la prise de pouvoir politique. C'est dans ce contexte que les classes r&#233;actionnaires et leurs partis se sont propos&#233;s d'emp&#234;cher le gouvernement actuel de mener une politique de v&#233;ritable gouvernement des travailleurs qui susciterait, encouragerait et appuierait la mobilisation et la lutte ind&#233;pendante des masses. C'est pourquoi, en octobre, la bourgeoisie a impos&#233; la solution du cabinet Union Populaire &#8211; g&#233;n&#233;raux afin pr&#233;cis&#233;ment de placer le gouvernement sous la garde d'une institution qui est un &#171; agent de l'Etat bourgeois &#187;, dans ce cas un &#171; agent restaurateur &#187;. C'est pourquoi aussi l'imp&#233;rialisme et la bourgeoisie recherchent la chute du gouvernement (&#8230;) C'est pr&#233;cis&#233;ment pour ces raisons que la mobilisation croissante des masses et leur structuration en organes de pouvoir, ind&#233;pendants de l'Etat bourgeois et autonomes, est la seule solution r&#233;elle pour que la classe ouvri&#232;re et les masses populaires puissent affronter, avec des chances de succ&#232;s, les forces de la r&#233;action bourgeoise. La bourgeoisie l'a parfaitement bien compris, et c'est pourquoi elle m&#232;ne la bataille pour subordonner &#224; l'&#233;tat bourgeois toute forme d'organisation de masse ind&#233;pendante, toute forme de pouvoir de masse. Elle b&#233;n&#233;ficie, dans cette entreprise, du concours du r&#233;formisme, de l'appui de la direction du PC, qui refuse d'encourager le d&#233;veloppement de formes de pouvoir populaire autonomes et contradictoires avec l'Etat bourgeois chilien. (&#8230;) En fait, la direction du PC est oppos&#233;e au d&#233;veloppement d'un pouvoir ouvrier et populaire alternatif et autonome parce qu'elle ne se propose pas, dans cette p&#233;riode, la prise du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, la substitution r&#233;volutionnaire de l'Etat actuel mais, comme le dit le s&#233;nateur Corvalan, &#171; Nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; (&#8230;) Cela veut dire que la direction du PC se propose une longue p&#233;riode de luttes pour apporter, par l'action parlementaire, des r&#233;formes au syst&#232;me capitaliste, &#224; l'Etat de droit bourgeois, et ainsi parvenir graduellement au socialisme. (&#8230;) Il faut dire clairement que la direction du PC veut une r&#233;forme du capitalisme et une d&#233;mocratisation de l'actuel Etat bourgeois, mais qu'il ne veut, dans la p&#233;riode ou l'&#233;tape actuelle, ni la prise de pouvoir politique ni le socialisme. Et non pas parce que les conditions n'y sont pas. Marx et L&#233;nine ont d&#233;fini les p&#233;riodes o&#249; le prol&#233;tariat pouvait se proposer la remise en question r&#233;elle du pouvoir de l'Etat : ce sont les p&#233;riodes de crise de la soci&#233;t&#233;, de crise de la domination bourgeoise et de mont&#233;e du mouvement de masse, p&#233;riode que nous vivons au Chili dans sa phase pr&#233;r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Le pouvoir populaire ind&#233;pendant est &#224; ce point r&#233;el qu'il est l'une des principales pr&#233;occupations de la direction du PC et que les masses qui reconnaissent encore en lui un guide, et m&#234;me les bases du parti, commencent &#224; lui &#233;chapper en menant une politique contraire &#224; sa ligne officielle. Jusqu'&#224; la gr&#232;ve d'octobre, la direction du PC s'est oppos&#233;e aux commandos et aux conseils municipaux de travailleurs. Mais octobre lui a montr&#233; qu'elle ne pouvait aller &#224; contre-courant de la lutte des classes. Elle a alors d&#233;cid&#233; d'accepter formellement les commandos et les conseils, mais elle a tent&#233; de leur &#244;ter tout leur contenu prol&#233;tarien en essayant de les transformer en instrument de lutte corporative et de d&#233;mocratisation de l'Etat bourgeois. Les commandos et les conseils, le d&#233;veloppement du pouvoir alternatif et autonome, constituent des organes fondamentaux pour ouvrir le chemin de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La v&#233;ritable position du MIR vis-&#224;-vis du gouvernement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans la lettre que nous avons d&#233;j&#224; cit&#233;e, le s&#233;nateur Corvalan d&#233;clare que &#171; Le MIR discr&#233;dite totalement le gouvernement actuel. Alors que vous (le PS) et nous (le PC) estimons que le gouvernement &#339;uvre en faveur de changements et veut ouvrir la voie au socialisme, le MIR soutient qu'il se propose la r&#233;affirmation de l'ordre bourgeois. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas la position exacte du MIR. Nous pensons que, jusqu'&#224; la constitution du cabinet U.P-g&#233;n&#233;raux, le gouvernement a &#233;t&#233;, de fa&#231;on dominante, r&#233;formiste de gauche, qu'il a &#233;tendu les libert&#233;s d&#233;mocratiques au Chili et qu'il a mis en pratique un projet limit&#233; de r&#233;formes en faveur de la classe ouvri&#232;re. En ce sens, nous lui reconnaissons une certaine valeur, ce qui ne veut pas dire que nous ayons &#233;t&#233; absolument d'accord avec sa pratique, ni avec sa politique de subordonner la lutte ind&#233;pendante du prol&#233;tariat &#224; la capacit&#233; d'action et aux limites politiques du gouvernement. Au contraire, nous accordons une valeur &#224; un gouvernement de gauche dans la mesure o&#249; il repr&#233;sente r&#233;ellement un instrument et un levier important dans la lutte de la classe ouvri&#232;re et des masses. C'est pourquoi nous critiquons la politique r&#233;formiste qui, par ses h&#233;sitations et son manque de confiance dans les masses, a conduit par la suite &#224; rechercher la solution &#224; la crise d'octobre dans l'incorporation de quelques repr&#233;sentants du corps des officiers des forces arm&#233;es au cabinet. Cela a &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'un processus graduel de r&#233;affirmation de l'ordre bourgeois &#224; l'int&#233;rieur du gouvernement et de l'appareil d'Etat. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essence de la politique de la direction du PC est l'alliance des forces populaires avec la &#171; bourgeoisie nationale &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (&#8230;) Devant l'&#233;chec de sa strat&#233;gie &#8211; d&#251; &#224; la crise de l'&#233;conomie, et par cons&#233;quent &#224; la crise de son mod&#232;le d'accumulation des forces qui se base sur des victoires &#233;conomiques &#8211; la direction du PC propose donc aujourd'hui une nouvelle alliance des classes qui non seulement donne des garanties &#224; la bourgeoisie, mais qui red&#233;finit l'alliance sociale , l'alliance de classes qui soutient le programme actuel de l'U.P, en donnant un r&#244;le plus important &#224; la bourgeoisie nationale. Selon Jos&#233; Caldemartoni, membre de la commission politique du PC, cette alliance exige une red&#233;finition des rapports entre la bourgeoisie nationale et le prol&#233;tariat, rapports qui, de lutte et d'opposition entre exploiteurs et exploit&#233;s, doivent se transformer en &#171; rapports de coop&#233;ration entre capital et travail salari&#233; &#187;. (&#8230;) En fait, nous pensons que la direction cherche plut&#244;t &#224; convaincre le prol&#233;tariat de collaborer &#224; la pleine restauration de la domination bourgeoise. On comprend ainsi parfaitement les r&#233;centes affirmations du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC selon lesquelles &#171; nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; La direction du PC renonce donc &#224; impulser la lutte anti-capitaliste et socialiste du prol&#233;tariat. Dans la p&#233;riode actuelle, elle ne se fixe pas pour objectif la conqu&#234;te du pouvoir politique par la prol&#233;tariat, mais la r&#233;forme du capitalisme des monopoles, du latifundium et de la p&#233;n&#233;tration imp&#233;rialiste dans &#171; certains secteurs &#187; de l'&#233;conomie, ainsi que dans la d&#233;mocratisation de l'Etat bourgeois, par des am&#233;liorations progressives qui s'introduiront dans l'&#233;difice capitaliste et exploiteur de la soci&#233;t&#233; chilienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les raisons invoqu&#233;es par la direction du PC pour mener cette politique se trouvent dans l'argument connu et fallacieux de sa conception du rapport des forces internes (fondamentalement &#233;lectorales pour la direction du PC) ne permettrait pas de se fixer des objectifs socialistes dans un pays situ&#233; dans l'arri&#232;re-cour coloniale de l'imp&#233;rialisme yankee.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la contradiction, le paradoxe, sont que la direction du PC ne propose pas de politique pour briser ce rapport de forces internes, sauf de gagner la &#171; bataille de la production &#187; et, &#224; partir de la solution des probl&#232;mes &#233;conomiques, de gagner les masses et de modifier ce rapport. (&#8230;) Comme la direction du PC a vu qu'elle ne pouvait pas gagner la bataille de la production dans une &#233;conomie capitaliste sans le concours de la bourgeoisie, elle a d&#233;cid&#233; d'appeler la &#171; bourgeoisie nationale &#187; &#224; son secours. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, le probl&#232;me est autre. Au Chili, il n'y a jamais eu de d&#233;but d'une quelconque transition du capitalisme au socialisme. Depuis le 4 septembre jusqu'&#224; maintenant, il n'y a eu qu'une transition vers un capitalisme d'Etat, sous la domination d'un gouvernement r&#233;formiste de gauche. (&#8230;) Tout le secret de la r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;side dans l'activit&#233; ind&#233;pendante et autonome des masses. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Secr&#233;tariat national du Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR)&lt;br class='autobr' /&gt;
Santiago, le 20 f&#233;vrier 1973 &lt;br class='autobr' /&gt;
Signalons que, malgr&#233; le radicalisme de certaines formules et la justesse de certaines appr&#233;ciations concernant le PC (mais pas ses alli&#233;s r&#233;formistes comme le PS ou Allende), ce texte ne donne aucune perspective devant la situation : vers l'affrontement avec les forces arm&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Les causes de la d&#233;faite &#187; de Miguel Enriquez, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral et principal dirigeant du MIR (interview pour le journal trotskyste fran&#231;ais &#171; Rouge &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le gouvernement de l'U.P &#233;tait un gouvernement petit-bourgeois de gauche. Son axe &#233;tait l'alliance du r&#233;formisme ouvrier avec le r&#233;formisme petit-bourgeois. Il mena pendant trois ans une politique r&#233;formiste caract&#233;ris&#233;e par sa soumission &#224; l'ordre bourgeois et ses tentatives constantes de concr&#233;tiser un projet de collaboration de classes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;formisme n'a pas compris le caract&#232;re de la p&#233;riode pendant son gouvernement, ce qui l'a emp&#234;ch&#233; de d&#233;velopper son projet de collaboration de classes avec succ&#232;s. Le syst&#232;me de domination capitaliste &#233;tait entr&#233; en crise. Le mouvement de masse, dont les mobilisations et l'activit&#233; avaient augment&#233; depuis 67, entra en &#233;bullition avec l'arriv&#233;e de l'U.P au gouvernement. Pendant les trois derni&#232;re ann&#233;es, les masses multipli&#232;rent leurs mobilisations et d&#233;velopp&#232;rent leur niveau d'organisation et de conscience au-del&#224; de tout ce qu'on avait vu auparavant au Chili. &lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, et en partie comme cons&#233;quence de ce qui pr&#233;c&#232;de, la crise interbourgeoise a continu&#233; &#224; s'approfondir. C'est ce qui a &#233;gar&#233; le r&#233;formisme. (&#8230;) Les deux fractions de la bourgeoisie avaient clairement avaient clairement saisi, et d&#232;s le d&#233;but, que l'ascension du mouvement de masse, par son caract&#232;re, allait au-del&#224; des timides r&#233;formes que l'U.P proposait et qu'elle mena&#231;ait le syst&#232;me de domination capitaliste lui-m&#234;me. (&#8230;) L'accentuation et la polarisation de la lutte des classes a historiquement ferm&#233; toute possibilit&#233; de succ&#232;s aux projets de collaboration de classes du r&#233;formisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'appuyant toujours sur cet illusoire projet de collaboration de classes et sur l'illusion d'avoir conquis le pouvoir, l'U.P mena une politique &#233;conomique qui op&#233;rait essentiellement sur la consommation et non sur la propri&#233;t&#233; des moyens de production : redistribution drastique des revenus, donc augmentation de la consommation, en augmentant la production uniquement par l'utilisation maximum de la capacit&#233; de production existante, ce qui &#233;tait atteint vers le milieu de 1972. L'U.P a aussi agi sur les moyens de production, mais de mani&#232;re limit&#233;e : nationalisation des grandes mines de cuivre et des banques, projet de ne faire passer &#224; l'aire de propri&#233;t&#233; sociale que 91 des grandes entreprises (dont le nombre total oscille entre 500 et 800), prot&#233;geant toutes les grandes entreprises de la construction et de la distribution. D'autre part, dans le domaine agricole, pendant l'ann&#233;e 71, l'U.P limita l'expropriation des fundos &#224; un peu plus de mille, allant ensuite jusqu'&#224; trois mille. Toutefois, l'expropriation ne touchait que les fundos de 80 hectares, les latifundistes avaient droit &#224; une r&#233;serve de 80 hectares et pouvaient choisir les meilleures terres. C'est ainsi que l'U.P fut conduite &#224; prot&#233;ger explicitement les grandes entreprises agricoles, dont la surface est justement comprise entre 40 et 80 hectares (celles-ci produisaient en 73 pr&#232;s de 50% de toute la production agricole du Chili, leur nombre a augment&#233; de 4500 en 1970 &#224; 9000 en 1973).&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le terrain politique, son projet de collaboration de classes s'est exprim&#233; non seulement dans sa subordination &#224; l'institutionnalit&#233; bourgeoise, mais aussi dans la l&#233;gitimation de cette derni&#232;re devant les masses, alors que la classe dominante, ayant la &#171; l&#233;galit&#233; &#187; de son c&#244;t&#233;, contr&#244;lait de puissantes institutions de l'appareil d'Etat (pouvoir judiciaire, parlement, majorit&#233; du corps des officiers des forces arm&#233;es, etc). A travers ces institutions, dans les faits, elle cogouvernait le Chili en soumettant le gouvernement &#224; une constante hostilit&#233; (blocus parlementaire, accusations contre les ministres, proc&#232;s contre les fonctionnaires du gouvernement, etc). &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces concessions et vacillations n'&#233;taient pas gratuites ni indiff&#233;rentes pour le mouvement de masse, unique source r&#233;elle de force possible pour le gouvernement. Toutes ces concessions (la protection donn&#233;e aux grands entrepreneurs, les promesses de paiement de la dette ext&#233;rieure aux Am&#233;ricains, la l&#233;gitimation des hauts officiers des forces arm&#233;es, etc) ont renforc&#233; les classes dominantes, lesquelles, appuy&#233;es par le blocus financier am&#233;ricain, ont r&#233;ussi &#224; conserver entre leurs mains d'&#233;normes marges de pouvoir et de richesses qu'elles n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; lancer avec violence contre le gouvernement et contre la classe ouvri&#232;re et le peuple : sabotage de la production &#224; partir d'entreprises qu'ils conservaient, accaparement, sp&#233;culation et march&#233; noir, inflation, pressions militaires, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
En plus, toutes ces concessions du r&#233;formisme ont conduit &#224; l&#233;ser et frapper des secteurs du peuple : protection donn&#233;e aux grands entrepreneurs industriels, agricoles, distributeurs, etc., qui barraient le chemin &#224; la lutte des travailleurs, manque d'appui aux mobilisations directes des travailleurs, attaques contre ces derni&#232;res, incluant m&#234;me des actions r&#233;pressives ponctuelles, combat contre le travail politique au sein des forces arm&#233;es. Tout cela &#224; la fois fragmentait la gauche, divisait et confondait les travailleurs qui voyaient dans le gouvernement un instrument de leurs luttes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le terrain politique, l'U.P d&#233;veloppa la voie parlementaire, les tentatives avort&#233;es d'alliance avec le parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien et, &#224; chaque fois que ces derni&#232;res &#233;chouaient, non seulement l'U.P se refusait &#224; faire appel aux masses, mais en plus elle se r&#233;fugiait dans l'appareil d'Etat et de l'institutionnalit&#233;, en particulier celui du corps des hauts officiers r&#233;actionnaires des forces arm&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, perdu dans ses vacillations, le r&#233;formisme a d&#251; reculer devant les pressions du mouvement de masse, sa large base populaire, et devant la force des mobilisations directes du peuple. Ce sont les masses qui ont occup&#233; plus de 300 grandes entreprises et oblig&#233; le gouvernement &#224; les prendre sous son contr&#244;le. Ce sont elles qui ont fait irruption dans les forteresses de la bourgeoisie agraire par les prises de fundos entre 40 et 80 hectares, qui ont occup&#233; de nombreuses entreprises de construction, des vignes et quelques centres de distribution. (&#8230;.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le gouvernement, soumis &#224; l'ordre bourgeois et cherchant &#224; sceller une alliance avec une fraction de la bourgeoisie, a fait toutes sortes de concessions aux institutions et &#224; la classe dominante, en blessant les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re et du peuple, ainsi d&#233;sorient&#233;s. Pendant ce temps-l&#224;, les classes dominantes n'ont jamais perdu de vue le caract&#232;re r&#233;volutionnaire et anticapitaliste que prenait le mouvement des masses et elles ont ouvert les hostilit&#233;s contre le gouvernement d&#232;s le d&#233;but, malgr&#233; toutes les promesses et limitations des projets r&#233;formistes de celui-ci. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela s'est vu multipli&#233; apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative de coup d'Etat militaire du 29 juin 73 et la menace putschiste d&#233;coulant de celui-ci. D'un c&#244;t&#233;, le gouvernement n'a pris aucune mesure contre les v&#233;ritables conspirateurs, il n'a pas op&#233;r&#233; de changements parmi les cadres de l'arm&#233;e, se bornant &#224; arr&#234;ter ceux qui &#233;taient directement impliqu&#233;s, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement de masse, avec &#224; sa t&#234;te la classe ouvri&#232;re, a atteint un formidable niveau de conscience et d'organisation : il occupa des centaines d'usines, il s'organisa en cordons industriels (semblables &#224; des conseils ouvriers) et, en quelques endroits, en commandos communaux (o&#249; s'organisaient ouvriers, pobladores, &#233;tudiants et paysans), parvenant m&#234;me &#224; d&#233;velopper massivement des formes organiques et mat&#233;rielles d'autod&#233;fense. &lt;br class='autobr' /&gt;
La classe dominante a utilis&#233; une double tactique. D'un c&#244;t&#233;, elle a d&#233;velopp&#233; avec force son offensive (gr&#232;ve des camionneurs, attentats, accusations contre les ministres au parlement, blocage de la Contraloria, d&#233;clarations du pr&#233;sident du s&#233;nat et de la chambre des d&#233;put&#233;s, etc) et d'un autre c&#244;t&#233; elle a laiss&#233; faire un secteur du parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien qui ouvrait le dialogue avec le gouvernement en exigeant d'abord des concessions, ensuite le consensus, puis la capitulation et finalement la d&#233;mission. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'illusion de ce dialogue, le gouvernement commen&#231;a la capitulation et scella ainsi son sort en ces semaines : il constitua un cabinet du dialogue, puis le cabinet civico-militaire et frappa les travailleurs, il rendit des dizaines d'usines conquises par les travailleurs. Il combattit le pouvoir populaire (commandos et cordons industriels), r&#233;alisa des op&#233;rations r&#233;pressives ponctuelles pour faire &#233;vacuer des usines, r&#233;prima dans les rues les ouvriers de certains cordons industriels et pobladores, combattit furieusement la gauche r&#233;volutionnaire en l'accusant d'&#234;tre subversive ; il permit et finalement donna sa caution &#224; des dizaines de perquisitions militaires dans des usines &#224; la recherche d'armes, dans quelques unes desquelles on tortura sauvagement des ouvriers et des paysans (Nentehue, Sumar, etc), il poursuivit p&#233;nalement les marins de la flotte qui pr&#233;paraient des mesures d'autod&#233;fense en cas de coup militaire, donnant ainsi sa caution aux tortures brutales auxquels ils furent soumis par les officiers de la marine et permettant la poursuite p&#233;nale et la pers&#233;cution par la justice militaire de la marine des secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux du PS et du MAPU. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec cela, le gouvernement renfor&#231;ait l'offensive de la classe dominante, de m&#234;me que les officiers sup&#233;rieurs r&#233;actionnaires ; il frustra, d&#233;concerta et d&#233;sarticula les secteurs de base de l'arm&#233;e antiputschistes et divisa la gauche, ouvrant le chemin du putschisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; la responsabilit&#233; de la politique r&#233;formiste et c'est cela que certains tentent de cacher et d'obscurcir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les extraits qui suivent sont tir&#233;s de l'ouvrage &#171; Les passions politiques au Chili durant l'Unit&#233; populaire (1970-1973) &#187; de la sociologue Ingrid Seguel-Boccara, adepte des th&#232;ses de Bourdieu comme elle le signale abondamment dans ce texte et, en particulier, de celle selon laquelle le marxisme a tort de souligner l'importance de la lutte des classes comme clef de la compr&#233;hension des situations sociales et historiques. Cependant, les &#233;l&#233;ments de son r&#233;cit qui suit vont &#224; l'encontre de ses conclusions (cit&#233;es ensuite). Ils montrent la mont&#233;e in&#233;vitable (malgr&#233; tous les efforts de l'Unit&#233; populaire) d'une lutte de classe sans merci. Malgr&#233; le discours &#171; marxiste &#187; d'Allende, sa politique a toujours &#233;t&#233; l'alliance de classes, le soutien &#224; l'Etat bourgeois et non son renversement. La n&#233;cessit&#233; de conserver l'influence sur des masses ouvri&#232;res et populaires de plus en plus r&#233;volutionnaires explique le caract&#232;re verbalement radical s'alliant &#224; une politique de collaboration avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, avec l'arm&#233;e et la bourgeoisie chilienne. Pour Seguel-Boccara, l'&#233;chec chilien provient de la conception fausse du marxisme qui enferme dans un cadre classiste une r&#233;alit&#233; qui d&#233;passerait ce cadre trop &#233;triqu&#233;. Il faudrait r&#233;habiliter l'individu, ses passions, ses utopies qui le sortiraient du cadre trop &#233;troit de l'affrontement prol&#233;tariat/bourgeoisie. On a donc affaire &#224; une adepte du courant actuel qui veut en finir avec la notion de lutte des classes menant &#224; la r&#233;volution. Le texte a donc un double int&#233;r&#234;t : l'&#233;tude de la r&#233;alit&#233; des affrontements de classe au Chili et l'&#233;tude du courant de pens&#233;e li&#233; &#224; Bourdieu et de sa capacit&#233; (ou non) &#224; appr&#233;hender des situations o&#249; l'affrontement de classe prend un tour ouvert et violent. Pour Seguel-Boccara, l'&#233;chec de l'unit&#233; populaire est celui de la capacit&#233; de la conception marxiste de lutte de classes &#224; appr&#233;hender le monde r&#233;el et les aspirations complexes des masses populaires. Il faut dire que le marxisme est repr&#233;sent&#233; &#224; ses yeux par le social-d&#233;mocrate Allende et le Parti communiste stalinien ! Pour une sociologue comme Seguel-Boccara, diviser la soci&#233;t&#233; en peuple et exploiteurs est identique &#224; la diviser en classes sociales ! D&#233;fendre les pr&#233;rogatives de l'Etat bourgeois, c'est la m&#234;me chose que le pouvoir aux travailleurs ! La conception lutte de classes ne reconna&#238;t pas ce fameux &#171; syst&#232;me dual &#187; que Seguel-Boccara assimile au marxisme. Il exprimer que l'enjeu de la r&#233;volution est, au contraire, quelle classe d&#233;terminante (prol&#233;tariat ou bourgeoisie) pourra gagner les masses petites-bourgeoises pauvres, les plus nombreuses. Contrairement &#224; l'id&#233;ologie de l'Unit&#233; populaire, le marxisme ne se propose nullement de construire une alliance avec la bourgeoisie nationale. Pourtant, ce gouvernement &#171; de gauche &#187; ne rompait pas avec la droite d&#233;mocrate-chr&#233;tienne, avec l'arm&#233;e, avec la hi&#233;rarchie religieuse, avec la grande bourgeoisie. Il cherchait, au contraire de toute conception r&#233;volutionnaire, de concilier les termes inconciliables. L'Unit&#233; populaire ne donnait pas le pouvoir &#171; au peuple &#187;, contrairement &#224; ce qu'elle pr&#233;tendait. Seguel-Boccara affirme dans ce texte que : &#171; Nous devons penser la soci&#233;t&#233; en termes de groupes, de communaut&#233;s, de minorit&#233;s, plut&#244;t qu'en termes de classes et penser les relations selon une dichotomie plus ouverte entre &#233;ventuellement &#233;tablis et marginaux, moins vague et moins g&#233;n&#233;rale que dominants et domin&#233;s. &#187; Cet ouvrage est donc int&#233;ressant &#224; la fois parce qu'il montre que, malgr&#233; un point de vue hostile &#224; la lutte des classes, les faits historiques s'y conforment m&#234;me si les aspirations des gens et leur conscience n'est pas aussi claire et parce qu'il d&#233;montre que cette conception est incapable d'interpr&#233;ter les r&#233;volutions. C'est Seguel-Boccara elle-m&#234;me qui conclue ainsi : &#171; Et si P. Bourdieu a montr&#233; en une th&#233;orie synth&#233;tique la pertinence du va-et-vient des deux (marxisme et psychosociologie) &#224; travers la construction du concept d'habitus, il n'en reste pas moins qu'il ne nous a pas fourni les &#233;l&#233;ments pour une analyse des p&#233;riodes r&#233;volutionnaires, p&#233;riodes durant lesquelles tout semble basculer et o&#249; les agents semblent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au Chili, en 1970, soit une ann&#233;e apr&#232;s le triomphe de la r&#233;volution cubaine, un pr&#233;sident socialiste, Salvador Allende, anim&#233; d'un projet r&#233;volutionnaire, arrive au pouvoir par les voies d&#233;mocratiques. Son intention &#233;tait alors de mettre en &#339;uvre une politique de transition pacifique vers le socialisme. Tout le pays est dans l'expectative. Dans l'ancien et dans le nouveau monde, on s'interroge sur l'avenir de cette r&#233;volution. Le terme m&#234;me de r&#233;volution suscite des interrogations et des pol&#233;miques, qu'elles se situent sur le plan strictement politique ou plus sp&#233;cifiquement scientifique. Peut-on concevoir, imaginer et comprendre une r&#233;volution l&#233;gale ? (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce gouvernement d&#233;limitait clairement l'espace social dual dans lequel le jeu allait se d&#233;rouler en d&#233;signant d'un c&#244;t&#233; l'alli&#233; &#8211; le peuple -, et de l'autre l'ennemi &#8211; la bourgeoisie &#8211; ainsi que le cadre g&#233;n&#233;ral : la r&#233;volution. (&#8230;) On peut dire que ce gouvernement qui eut pour effet de rendre conscientes et &#233;videntes les divisions et les haines, occasionna un traumatisme dans la soci&#233;t&#233; chilienne. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#233;nement de 1907 qui aura pour nous valeur de premi&#232;re marque, et non des moindres puisqu'au sujet de celui-ci il serait plus ad&#233;quat de parler de rupture, c'est la gr&#232;ve des mineurs &#224; l'Ecole Santa Maria de Iquique qui se solda par un massacre. Si nous avons port&#233; un int&#233;r&#234;t &#224; cet &#233;v&#233;nement, c'est parce que se situant dans la p&#233;riode de crise que connut le Chili au d&#233;but du si&#232;cle (passage d'une &#233;conomie rurale &#224; une &#233;conomie industrielle), il exprimait et illustrait le mieux cette recherche de nouveaux rep&#232;res, de nouvelles identifications, de nouvel &#233;quilibre des agents sociaux en pr&#233;sence &#224; une &#233;poque o&#249; naissait le mouvement ouvrier. Le mouvement ouvrier se constituant &#224; partir de cette histoire r&#233;pressive, le massacre de l'Ecole Santa Maria de Iquique devint, au moment de l'arriv&#233;e au pouvoir de l'U.P, le symbole de cette lutte et de cette r&#233;pression syst&#233;matique dans l'appropriation et la reconstruction d'une identit&#233; de lutte. En second lieu, la &#171; toma &#187; (l'occupation ill&#233;gale) de la Victoria exprime quant &#224; elle les nouvelles formes de revendication d'une population &#8211; les pobladores (les habitants des quartiers populaires) &#8211; qui demande &#224; ce moment-l&#224; (en 1957) le droit &#224; la parole et qui va se forger une identit&#233; de lutte particuli&#232;re, donnant naissance &#224; cette forme g&#233;n&#233;ralis&#233;e de revendication que constitu&#232;rent durant les ann&#233;es 1960-1970 les tomas de terrains. (&#8230;) On peut dire que l'esprit r&#233;volutionnaire qui va caract&#233;riser le Chili vers la fin des ann&#233;es soixante et aboutir &#224; l'Unit&#233; Populaire commence &#224; germer et &#224; prendre forme au d&#233;but du si&#232;cle, au moment o&#249; le Chili remet en cause ses anciennes structures et conna&#238;t un d&#233;but d'industrialisation. De cette situation va na&#238;tre une nouvelle population ouvri&#232;re qui, se trouvant au point de rupture d'une soci&#233;t&#233; qui n'est plus f&#233;odale et pas encore capitaliste, conna&#238;tra une perte d'identit&#233; et de rep&#232;res. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en cela que le massacre de Santa Maria de Iquique nous int&#233;resse (&#8230;) La cantate populaire de Santa Maria de Iquique, de Luis Advis qui sera pr&#233;sent&#233;e au public se reconnaissant et s'identifiant &#224; cette lutte et ce massacre et cela moins d'un mois avant les &#233;lections pr&#233;sidentielles de septembre 1970 qui donn&#232;rent la victoire &#224; l'Unit&#233; populaire. (&#8230;) La gr&#232;ve d'Iquique se terminant par un massacre sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du Chili agira dans le sens d'une prise de conscience des ouvriers dans la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er d'autres formes d'organisations, plus structur&#233;es, ouvrant ainsi la voie au syndicalisme moderne. Les soci&#233;t&#233;s de r&#233;sistance, inspir&#233;es de l'anarchisme, se d&#233;veloppent &#233;galement au d&#233;but du si&#232;cle dans les trois principales villes du Chili &#8211; Santiago, Valparaiso et Antofagasta. Leur opposition au Capital est cat&#233;gorique et elles rejettent toute forme de lutte passant par une action politique l&#233;gale, pr&#233;conisant une action directe allant de la gr&#232;ve &#8211; non l&#233;gale au d&#233;but du si&#232;cle &#8211; au boycott et au sabotage. Elles cherch&#232;rent le d&#233;veloppement d'une conscience libertaire parmi les travailleurs, plus &#224; partir d'un affrontement direct avec l'Etat bourgeois oppresseur qu'&#224; travers des revendications partielles. L'action directe permettrait selon ses id&#233;ologues et gr&#226;ce au moyen privil&#233;gi&#233; de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, d'aboutir &#224; une r&#233;volution sociale. (&#8230;) Ces mouvements anarchistes participeront &#224; la gr&#232;ve d'Iquique, r&#233;ussissant &#224; faire de ce processus, malgr&#233; les diff&#233;rences existantes, un mouvement massif et g&#233;n&#233;ral dans toute la r&#233;gion du nord du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les diff&#233;rents mouvements de protestation dans les mines de salp&#234;tre se constitu&#232;rent principalement sur la base de revendications salariales et d'am&#233;lioration des conditions de travail (&#8230;) C'est dans le moment o&#249; la gr&#232;ve de la gr&#232;ve que l'ouvrier allait prendre conscience de la nouvelle &#232;re dans laquelle lui et le patron &#233;tait entr&#233;s, troublant les cadres de son exp&#233;rience sociale structur&#233;e jusqu'alors autour du paternalisme. (&#8230;) Le Nord du Chili conna&#238;t, durant les premiers jours du mois de d&#233;cembre 1907, une effervescence particuli&#232;re. (&#8230;) Plus de trois cents ouvriers du chemin de fer salp&#234;trier se mettent en gr&#232;ve, r&#233;clamant l'accomplissement promis du r&#233;ajustement de leurs salaires. (&#8230;) Plusieurs autres mouvements eurent lieu durant ces jours, comportant eux aussi comme demande principale la r&#233;&#233;valuation des salaires. Parmi ces mouvements on peut noter celui, important, des travailleurs maritimes d'Iquique qui sollicit&#232;rent une r&#233;&#233;valuation &#224; compter du 9 d&#233;cembre, au m&#234;me titre que les ouvriers du chemin de fer salp&#234;trier. N'obtenant pas gain de cause &#224; la date qu'ils avaient fix&#233;e, ils se d&#233;clar&#232;rent en gr&#232;ve le jour m&#234;me. (&#8230;) L'aboutissement positif de nombreuses mobilisations fit en quelque sorte boule de neige. Le 10 d&#233;cembre, c'est au tour des travailleurs du salp&#234;tre de la pampa de se mettre en gr&#232;ve. La mine de San Lorenzo initiait ainsi le mouvement revendicatif des travailleurs du salp&#234;tre. Le g&#233;rant de cette mine leur faisant part de son impossibilit&#233; &#224; prendre une d&#233;cision sans en r&#233;f&#233;rer d'abord au si&#232;ge social d'Iquique, les ouvriers allaient alors commencer &#224; parcourir les autres mines se situant dans la m&#234;me zone. Ils r&#233;ussirent &#224; paralyser, en quatre ou cinq jours, presque tous les &#233;tablissements miniers de la pampa. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le treize et le quatorze d&#233;cembre, les ouvriers de la pampa s'&#233;tant regroup&#233;s &#224; San Antonio, village le plus proche avant Iquique, et n'ayant toujours pas obtenu de r&#233;ponse, d&#233;cid&#232;rent d'aller massivement &#224; Iquique pour parlementer directement avec les responsables et les autorit&#233;s locales. S'initiait alors une longue marche. (&#8230;) La ville d'Iquique, quasiment paralys&#233;e, est entre les mains des gr&#233;vistes, certains commerces ferment par solidarit&#233;, d'autres par peur des pillages. (&#8230;) Le lundi 17, apr&#232;s avoir formul&#233; leurs revendications aux patrons, les gr&#233;vistes les adressent au Pr&#233;sident de la R&#233;publique dans une lettre sign&#233;e par des ouvriers du salp&#234;tre, des commer&#231;ants, des ouvriers des chemins de fer salp&#234;triers et urbains et des ouvriers d'autres branches. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir du mercredi 18, une tension commence &#224; r&#233;gner dans la ville avec l'arriv&#233;e du vaisseau de guerre Esmeralda duquel d&#233;barquent 130 soldats, pour la plupart de la marine. (&#8230;) Le lendemain un autre bateau de guerre le Zenteno arrive au port d'Iquique avec &#224; bord 330 hommes dont l'intendant Carlos Eastman, le g&#233;n&#233;ral Roberto Silva Renard, chef militaire de cette zone et le colonel Simforoso Ledesma. Alors qu'une v&#233;ritable structure militaire se met en place, d'autres mineurs venus de la pampa continuent d'arriver en grand nombre, ce qui fait que ce m&#234;me jour on peut comptabiliser selon les sources de 10.000 &#224; 15.000 pampinos dans la ville d'Iquique. (&#8230;) La gr&#232;ve prenait des allures de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, la ville &#233;tant alors compl&#232;tement paralys&#233;e, tous les transports (trains, tramways, charrettes) ainsi que le commerce &#224; l'exception des banques, s'&#233;taient arr&#234;t&#233;s. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;ploiement d'un v&#233;ritable arsenal de guerre, comptabilisant en tout la veille de l'intervention de l'arm&#233;e : trois bateaux de guerre, quatre r&#233;giments d'infanterie et un grand nombre de policiers, ne laissait pas supposer seulement l'intention du gouvernement de faire maintenir l'ordre durant la gr&#232;ve, mais aussi la possible intervention de l'arm&#233;e en cas d'insoumission. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi et presque logiquement que cette gr&#232;ve &#8211; mot encore inconnu dans sa dimension actuelle du moins &#8211; se termina par un massacre. (&#8230;) Les ouvriers, quant &#224; eux, s'ils se doutaient du non aboutissement de leurs revendications, n'avaient pas clairement conscience de la configuration que prendraient les &#233;v&#233;nements. (&#8230;) Ce pacifisme des ouvriers n'emp&#234;cha cependant pas l'intervention des forces de l'ordre puisque le matin du 21 d&#233;cembre, la ville se r&#233;veilla en Etat de si&#232;ge. (&#8230;) Selon un t&#233;moin, plus de deux mille personnes seraient mortes cet apr&#232;s-midi-l&#224;, parmi elles des femmes et des enfants et des ouvriers. Les corps furent rapidement enterr&#233;s dans des fosses communes, les autorit&#233;s publiant bien &#233;videmment les chiffres inexacts. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
La Victoria (&#8230;) repr&#233;sentait la premi&#232;re toma d'Am&#233;rique latine, autrement dit la premi&#232;re occupation ill&#233;gale de terrain organis&#233;e. (&#8230;) Deux incendies successifs (&#8230;) se produisirent le 26 octobre 1957 et toucha pr&#232;s de 1100 personnes. (&#8230;) Dans la nuit du 29 au 30 octobre, soit quatre jours apr&#232;s l'incendie, les femmes sont pr&#233;venues que le grand jour est arriv&#233;. (&#8230;) La Tercera, journal populaire, (&#8230;) estimait le nombre des occupants &#224; plus de deux mille familles (&#8230;) Si, dans un premier temps la police tenta de d&#233;loger les gens avec plus ou moins de succ&#232;s, le nombre d'occupants finit par l'en dissuader. (&#8230;) Ce fut alors la Victoire, nom que les habitants donn&#232;rent, ce jour m&#234;me, &#224; un terrain qu'ils avaient gagn&#233; au prix d'une lutte qu'ils apprirent &#224; mener et qui allait rester dans la m&#233;moire de ces hommes et femmes, leur victoire. (&#8230;) La capacit&#233; d'organisation de ces habitants a rendu c&#233;l&#232;bre ce quartier o&#249; diverses organisations et associations sont n&#233;es de leur propre initiative dans le but de leur faciliter la vie. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1964 oblig&#232;rent deux fois la droite &#224; se red&#233;finir (&#8230;) obligeant la droite h&#233;g&#233;monique jusque l&#224; &#224; remettre en cause, pour la premi&#232;re fois depuis 1938 sa candidature. Jamais la peur du &#171; spectre communiste &#187; ne s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233;e avec autant de force qu'apr&#232;s cette &#233;lection qui acquit une importance singuli&#232;re dans l'histoire publique du Chili. (&#8230;) La droite retira sa candidature pour appuyer celle du d&#233;mocrate chr&#233;tien E. Frei. (&#8230;) Le parti DC &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme &#171; l'unique alternative r&#233;elle au marxisme &#187;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La Phalange nationale, devenue la D&#233;mocratie chr&#233;tienne en 1957 &#8211; par la fusion des conservateurs, sociaux-chr&#233;tiens et phalangistes &#8211; (&#8230;) se caract&#233;risa d&#232;s le d&#233;but par son attachement &#224; la religion catholique, son corporatisme, son nationalisme et son anticommunisme. (&#8230;) Le slogan de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne, &#171; R&#233;volution dans la libert&#233; &#187;, lorsqu'elle entama sa campagne &#233;lectorale pour les &#233;lections de 1964, correspondait en premier lieu &#224; la volont&#233; de changement exprim&#233;e par une grande majorit&#233; de la population chilienne. Elle r&#233;pondait en second lieu au contexte international o&#249; la guerre du Vietnam et le triomphe de la r&#233;volution cubaine questionnaient la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention am&#233;ricaine, ouvrant par l&#224; de nouvelles perspectives d'&#233;mancipation dans le continent sud-am&#233;ricain. (&#8230;) La D&#233;mocratie chr&#233;tienne opposait la bonne &#224; la mauvaise r&#233;volution. (&#8230;) Se d&#233;finissant comme un anti-fid&#233;iste, &#171; la r&#233;volution dans la libert&#233; &#187; &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme un d&#233;fi lanc&#233; &#224; celle de Castro. Elle pr&#233;tendait transformer cette soci&#233;t&#233; injuste au travers d'une &#171; troisi&#232;me voie &#187; dont E. Frei se faisait le porte-parole. (&#8230;) Avec 55,6% des voix, E. Frei obtenait le meilleur r&#233;sultat qu'aucun pr&#233;sident chilien n'ait jamais obtenu depuis 1931. Ce r&#233;sultat &#233;tait en effet significatif au Chili, si l'on consid&#232;re qu'en raison du syst&#232;me pr&#233;sidentiel et du multipartisme, un parti n'obtenait que tr&#232;s rarement une majorit&#233; absolue, obligeant la plupart du temps le congr&#232;s &#224; faire ratifier l'&#233;lection. (&#8230;) Salvador Allende, bien que vaincu, obtenait 38,6% des voix, soit dix points de plus qu'en 1958. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
E. Frei, qui avait promis de donner des terres &#224; 100.000 familles, n'accomplit en fait qu'un cinqui&#232;me de ce &#224; quoi il s'&#233;tait engag&#233;. Le projet de r&#233;forme agraire allait, avant d'aboutir, rencontrer une r&#233;sistance tenace. La droite et les secteurs patronaux de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale s'oppos&#232;rent fermement &#224; ce projet. (&#8230;) La DC n'ayant pu mettre en application la r&#233;forme agraire que trois ans apr&#232;s son arriv&#233;e au gouvernement, des probl&#232;mes se pos&#232;rent dans l'application concr&#232;te de ce projet dans les campagnes. (&#8230;) Cette situation correspondait en fait &#224; la volont&#233; de la DC de d&#233;velopper dans les campagnes une classe moyenne dynamique et vigoureuse au m&#234;me titre que l'avait &#233;t&#233; la classe moyenne urbaine dont les d&#233;mocrates chr&#233;tiens &#233;taient issus. (&#8230;) En m&#234;me temps que la Loi de R&#233;forme Agraire, la DC fit voter la Loi de Syndicalisation Paysanne accordant aux paysans chiliens &#8211; apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte &#8211; la libert&#233; syndicale et le droit de gr&#232;ve (&#8230;) Cette l&#233;gislation fut &#224; l'origine d'une intense mobilisation paysanne. (&#8230;) De 22 syndicats en 1960, on passa &#224; pr&#232;s de 500 &#224; la fin du mandat de E. Frei. Ainsi, &#224; la fin des ann&#233;es soixante, l'organisation syndicale de la paysannerie est une r&#233;alit&#233; qui s'&#233;tend &#224; tout le pays, s'int&#233;grant dans la lutte d'un mouvement populaire plus vaste. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se produisit au sein du processus de changement qu'&#233;tait en train de vivre le pays, une transformation de l'attitude d'attente dans laquelle la population se trouvait au moment o&#249; E. Frei entama son mandat pr&#233;sidentiel. Cette attitude se convertit en une demande imm&#233;diate et pressante, provoquant une agitation sociale de moins en moins contr&#244;lable. A partir de la fin de l'ann&#233;e 1967, une mobilisation revendicative des secteurs populaires les plus divers se fait jour. Paysans, ouvriers, sans logis, &#233;tudiants se mobilisent et demandent, en utilisant tous les moyens, y compris non l&#233;gaux, &#224; cette &#171; r&#233;volution &#187; de rendre ses promesses effectives (&#8230;) Les diff&#233;rents mouvements de gr&#232;ves, de r&#233;voltes qui caract&#233;ris&#232;rent la fin du mandat de la DC mettaient en question le projet r&#233;formiste et faisaient appara&#238;tre la r&#233;volution comme une solution tout &#224; fait envisageable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les campagnes, cette situation se traduisit par une division des paysans et par une dynamique qui allait se g&#233;n&#233;raliser chez ceux qui n'avaient pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la r&#233;forme agraire : l'appropriation ill&#233;gale des terres &#8211; &#171; tomas &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, les propri&#233;taires se radicalis&#232;rent, fermement d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas se laisser faire. (&#8230;) La r&#233;gion du Sud du Chili sera ainsi le lieu de confrontations violentes entre paysans et propri&#233;taire terriens qui employ&#232;rent tous les moyens pour parvenir &#224; leurs fins : blocages des routes, menaces d'interruption des semailles, etc. Deux dirigeants syndicaux mourront lors de confrontations violentes. (&#8230;) On peut dire que la DC r&#233;ussit &#224; susciter l'&#233;veil des masses paysannes en perdant le contr&#244;le sur elles, en m&#234;me temps qu'elle affermit les propri&#233;taires terriens dans leurs positions. La droite et la gauche se radicalisant, on assistait &#224; l'agrandissement du foss&#233; d&#233;j&#224; existant, conduisant ainsi vers ce que le vocabulaire marxiste nommait commun&#233;ment la &#171; lutte des classes &#187;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;gale ou ill&#233;gale, la gr&#232;ve devint un outil fondamental. L'ann&#233;e 1967 verra une augmentation consid&#233;rable du nombre de gr&#232;ves, cette ann&#233;e &#233;tant le point culminant des conflits pendant le gouvernement d&#233;mocrate chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;e Nombre de gr&#232;ves Nombre de gr&#233;vistes &lt;br class='autobr' /&gt;
1964 433 114 342 &lt;br class='autobr' /&gt;
1965 792 234 189 &lt;br class='autobr' /&gt;
1966 737 140 667 &lt;br class='autobr' /&gt;
1967 2177 314 987 &lt;br class='autobr' /&gt;
1968 913 203 360 &lt;br class='autobr' /&gt;
1969 977 275 406 &lt;br class='autobr' /&gt;
1970 1303 396 711&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re de violence qui r&#233;gnait &#224; la fin du mandat de E. Frei nuisait consid&#233;rablement &#224; le DC, incapable de ma&#238;triser ces mouvements spontan&#233;s ou organis&#233;s. Cependant, l'utilisation de la violence par le gouvernement en r&#233;ponse aux diff&#233;rentes revendications, lui fit perdre d&#233;finitivement son prestige et mit en question son autorit&#233;. A quatre reprises, le gouvernement fit appel aux forces de police pour r&#233;pondre &#224; des revendications de mineurs, de familles sans logis ou mal log&#233;s, d'ouvriers et enfin d'&#233;tudiants. (&#8230;) Quasiment chaque gouvernement ayant pr&#233;c&#233;d&#233; celui-ci avait &#224; son actif au moins un fait de r&#233;pression sociale s'&#233;tant sold&#233; par la mort d'un ou plusieurs de ses participants. (&#8230;) Cependant, le contexte &#233;tait diff&#233;rent. Tout d'abord, il s'agissait d'un gouvernement qui &#233;tait arriv&#233; au pouvoir soutenu par une grande majorit&#233; avec un projet pour le moins progressiste (&#8230;) D&#232;s 1966, le gouvernement d&#233;mocrate chr&#233;tien employa la violence pour r&#233;gler des conflits sociaux. Cette ann&#233;e-l&#224;, la CUT avait appel&#233; &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des mineurs, en solidarit&#233; avec les mineurs des mines El Teniente qui, apr&#232;s trois mois de gr&#232;ves, n'avaient pas obtenu satisfaction. (&#8230;) Le gouvernement d&#233;clare cette gr&#232;ve de solidarit&#233; ill&#233;gale (&#8230;) Une partie des mineurs des mines de El Salvador, se regroupe dans le local, refuse de reprendre le travail. (&#8230;) L'intervention de l'arm&#233;e causera la mort de huit mineurs et fera de nombreux bless&#233;s. (&#8230;) Le 23 d&#233;cembre 1967 eut lieu une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale convoqu&#233;e par la CUT pour protester contre le projet du gouvernement de payer en bons une partie du r&#233;ajustement des pensions et salaires. (&#8230;) Il y eut cinq morts et plus de cinquante bless&#233;s. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression qui suivit l'appropriation par des familles de terrains &#224; Puerto Montt et qui se solda par neuf morts et plus de quarante bless&#233;s, hommes, femmes et enfants, eut une r&#233;percussion plus vaste, bouleversant la population dans son ensemble. Cet &#233;v&#233;nement reste dans les m&#233;moires comme le massacre de Puerto Montt et est associ&#233; &#224; la DC et &#224; Edmundo P&#233;rez Zujovic, alors ministre de l'int&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette atmosph&#232;re de frustration des promesses de &#171; la r&#233;volution dans la libert&#233; &#187;, les habitants des quartiers populaires mal log&#233;s ou d&#233;pourvus de logement, s'organisent, souvent soutenus et organis&#233;s par des militants de gauche, et d&#233;cident de rendre effectives les promesses non r&#233;alis&#233;es par le gouvernement. Les &#171; tomas &#187; de terrain prirent une telle proportion que 10% de la population de Santiago eut acc&#232;s &#224; des terrains par le biais de cette voie. (&#8230;) A Puerto Montt, ville situ&#233;e &#224; plus de mille kilom&#232;tres au sud de Santiago, 70 familles de sans-logis s'installent le 9 mars 1969 sur des terrains laiss&#233;s &#224; l'abandon et situ&#233;s &#224; trois kilom&#232;tres du centre-ville. Le lendemain, un groupe de carabiniers lance, dans les baraquements o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;es les familles, des bombes lacrymog&#232;nes afin d'obliger les occupants &#224; quitter les lieux. Le feu est mis aux baraques et les familles contraintes par la force &#224; abandonner les lieux. Un certain nombre d'entre elles se d&#233;fendirent et firent face aux forces de l'ordre, arm&#233;es de b&#226;tons. Les habitants d'un bidonville voisin, ameut&#233;s par les cris et le feu, se joignirent aux familles. Les carabiniers ouvrirent alors le feu. Neuf personnes furent tu&#233;es, parmi lesquelles un nouveau-n&#233; qui mourut asphyxi&#233;, et une trentaine d'autres bless&#233;es. (&#8230;) Quatre jours apr&#232;s les &#233;v&#233;nements eut lieu &#224; Santiago une grande manifestation de protestation. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le MAPU, cette aile gauche de la DC constitu&#233;e en parti, allait s'unir aux partis de gauche dans la construction de ce que sera l'Unit&#233; Populaire. (&#8230;) Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives de 1966, o&#249; la droite connut une baisse consid&#233;rable, les Partis conservateur et Lib&#233;ral fusionn&#232;rent pour former le Parti National, int&#233;grant les membres d'un petit parti, l'Alliance Nationale. La constitution de ce parti constitua la marque de la radicalisation de la droite. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections l&#233;gislatives de mars 1969, la polarisation politique donne les r&#233;sultats suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1965 1969 &lt;br class='autobr' /&gt;
Droite 12,5 20 &lt;br class='autobr' /&gt;
Centre 58,8 43,7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gauche 22,7 26,1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La gauche, qui s'&#233;tait maintenue unie au sein du FRAP, vit une grande partie de ses forces se radicaliser : le dilemme principal se jouant alors entre voie pacifique et lutte arm&#233;e. Le parti communiste &#233;tait en fait le parti le plus mod&#233;r&#233; dans ses options quant aux moyens &#224; employer. Il s'alignait sur le 20&#232;me congr&#232;s de l'Union sovi&#233;tique, qui consid&#233;rait la voie pacifique vers une r&#233;volution socialiste comme la forme la plus probable de transition du capitalisme au socialisme. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti, Luis Corvalan, avait fortement critiqu&#233; certaines fractions de gauche accus&#233;es d'inciter les masses &#224; la violence, se r&#233;f&#233;rant en particulier aux tomas de terrains. (&#8230;) Le parti communiste est contre un passage direct au socialisme et pour une collaboration avec tous les secteurs progressistes de la soci&#233;t&#233;. (Luis Corvalan, &#171; Les chemins de la libert&#233; &#187;) (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1967, au 22&#232;me congr&#232;s de Chillan, le parti socialiste proclame la l&#233;gitimit&#233; de la voie arm&#233;e comme unique voie vers la r&#233;volution socialiste : &#171; La violence r&#233;volutionnaire est in&#233;vitable et l&#233;gitime. Elle r&#233;sulte du caract&#232;re r&#233;pressif et arm&#233; d'un gouvernement de classe, elle constitue la seule voie conduisant &#224; la prise du pouvoir politique et &#233;conomique, &#224; sa d&#233;fense et &#224; sa consolidation ult&#233;rieure. Ce n'est qu'en d&#233;truisant l'appareil bureaucratique et militaire de l'Etat bourgeois que l'on peut consolider la r&#233;volution socialiste. (&#8230;) Nous affirmons l'ind&#233;pendance de classe du Front des travailleurs, consid&#233;rant que la bourgeoisie nationale est l'alli&#233;e de l'imp&#233;rialisme et, dans les faits, son instrument. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement na&#238;t, en 1963 &#224; l'Universit&#233; de Concepcion, le MIR. Ce Mouvement de la Gauche R&#233;volutionnaire regroupe trotskystes, mao&#239;stes, dissidents du PS et dans une moindre mesure anciens militants du PC. Il adopte des positions castristes et vise, &#224; ses d&#233;buts, la constitution de foyers de gu&#233;rillas. (&#8230;) Le MIR fit un travail constant au sein de la base en &#233;tant constamment sur le terrain dans tous les lieux de luttes et de r&#233;voltes populaires. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; les d&#233;cisions du congr&#232;s de Chillan, le PS restera fid&#232;le &#224; une tradition &#233;lectoraliste, s'alignant sur les positions du PC. C'est la tendance de la &#171; voie pacifique vers le socialisme &#187;, repr&#233;sent&#233;e par Salvador Allende, qui l'emportera sur celle de Carlos Altamirano, partisan de la voie arm&#233;e directe. Six partis de gauche se regrouperont autour de ce qui sera l'Unit&#233; populaire dans le but de pr&#233;senter un m&#234;me programme et un m&#234;me candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1970. En dehors du PS et du PC, &#233;taient dans cette coalition les dissidents &#171; rebelles &#187; de la DC qui s'&#233;taient regroup&#233;s autour du MAPU, le PR s&#233;par&#233; de sa fraction droite et deux petits partis de centre-gauche, le Parti Social-D&#233;mocrate et l'Action Populaire Ind&#233;pendante. Apr&#232;s de longues n&#233;gociations, Salvador Allende sera d&#233;sign&#233; comme candidat de l'U.P. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se pr&#233;sentait alors &#224; une &#233;lection pour la quatri&#232;me fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le programme de l'Unit&#233; Populaire, adopt&#233; en d&#233;cembre 1969 par tous les partis constituant l'U.P, propose une transformation profonde des structures &#233;conomiques et sociales du capitalisme chilien. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne s'attendait &#224; la victoire de la gauche, &#224; commencer par la gauche elle-m&#234;me. (&#8230;) La capitale et toutes les villes du pays connurent d'importantes manifestations spontan&#233;es de foule. (&#8230;) En dehors d'une simple victoire &#233;lectorale, cette victoire repr&#233;sentait un triomphe d'une classe sur une autre. On peut dire que ce fut une lutte de classes qui se profila lors de ces &#233;lections. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Pour les plus d&#233;munis, (&#8230;) c'&#233;tait une victoire des pauvres sur les riches. Si l'on s'en tient maintenant au langage populaire, c'&#233;tait tout simplement celle des &#171; pueblos &#187; sur les &#171; nomios &#187;. (&#8230;) Le prol&#233;tariat contre la bourgeoisie, les pauvres contre les riches, le pueblo contre les nomios. La notion d'opposition, y compris et surtout apr&#232;s la victoire, avait toute sa pertinence. (&#8230;) Santiago vivra une nuit historique, entrem&#234;l&#233;e de chants, de danses, de rires et de pleurs t&#233;moignant de l'euphorie que cette victoire avait provoqu&#233;e (&#8230;) A l'euphorie du peuple, s'opposait l'angoisse et la terreur que l'on pouvait percevoir dans les quartiers riches. (&#8230;) Dans ces quartiers o&#249; l'espace marquait fortement l'appartenance sociale, on percevait toute la dimension de cette victoire. Les notions d'opposition, de lutte et de confrontation avaient toute leur pertinence. (&#8230;) Ici, ce qui &#233;tait clair, c'est que les &#171; rotos &#187; prenaient le pouvoir. (&#8230;) Roto d&#233;signait clairement et uniquement l'homme du peuple. (&#8230;) Cette crainte ou plut&#244;t cette terreur se traduisit dans les faits, tr&#232;s rapidement, par une panique financi&#232;re. La panique s'installa dans les milieux financiers, provoquant, imm&#233;diatement apr&#232;s l'&#233;lection, des fuites de capitaux. Le lundi 7 septembre, premier jour ouvrable apr&#232;s les &#233;lections, la Bourse n'ouvrit pas ses portes. La Banque Edwards &#8211; appartenant &#224; une des principales fortunes chiliennes et poss&#233;dant, entre autres, le c&#233;l&#232;bre journal El Mercurio &#8211; incita &#224; la fuite des capitaux en autorisant les retraits de d&#233;p&#244;ts. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La victoire &#233;tait historique mais faible num&#233;riquement. S. Allende arrivait, en effet, au pouvoir avec 1.075.616 voix (36,3%) contre 1.036.278 (34,9%) pour le deuxi&#232;me, soit une diff&#233;rence de seulement 39.338 voix (1,4%).(&#8230;) Lorsqu'aucun des candidats n'a obtenu de majorit&#233; absolue, il appartient au Congr&#232;s National &#8211; Chambre des d&#233;put&#233;s et S&#233;nat r&#233;unis &#8211; de choisir, cinquante jours plus tard, soit le 24 octobre, entre les deux premi&#232;res majorit&#233;s relatives. (&#8230;) Le Congr&#232;s pouvait opter pour une d&#233;cision exceptionnelle (choisir le second) en choisissant J. Alessandri plut&#244;t que S. Allende. C'&#233;tait d'autant plus plausible que la gauche &#233;tait minoritaire au Parlement. Elle n'avait en effet que 90 d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs sur 200. Il appartenait &#224; la DC avec ses 75 parlementaires, contre 45 pour la droite (Parti National et D&#233;mocratie Radicale) d'arbitrer ces &#233;lections. (&#8230;) La DC d&#233;cidera d'appuyer la candidature de S. Allende, &#224; la condition d'entamer, au pr&#233;alable, des n&#233;gociations avec l'U.P sur la base d'un &#171; Statut de Garanties Constitutionnelles &#187;. (&#8230;) Parmi les garanties constitutionnelles exig&#233;es par la DC figuraient essentiellement la pr&#233;servation de l'institutionnalit&#233; politique et juridique, (&#8230;) le maintien du syst&#232;me des trois pouvoirs (ex&#233;cutif, l&#233;gislatif et judiciaire), le maintien du caract&#232;re professionnel des forces arm&#233;es et enfin la libert&#233; de l'Education (ind&#233;pendance de l'Universit&#233; et reconnaissance de l'enseignement priv&#233;) (&#8230;) Apr&#232;s quelques jours de discussion entre la DC et l'U.P, les deux parties arriv&#232;rent &#224; un accord. (&#8230;) Cet accord r&#233;sultait d'une unanimit&#233; de ces deux tendances, alors majoritaires dans la soci&#233;t&#233; chilienne sur les points essentiels (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pause dans le texte. Les travailleurs pensaient avoir &#171; pris le pouvoir &#187; et c'est, en fait, &#171; une tendance &#187; de la bourgeoisie qui venait d'y acc&#233;der, tendance dite &#171; de gauche &#187; qui d&#233;butait par une d&#233;cision fondamentale sur laquelle elle &#233;tait parfaitement en accord avec la DC : l'Etat doit rester un Etat bourgeois. La victoire &#233;lectorale ne signifie pas un changement radical dans l'appareil militaire, judiciaire, bureaucratique de l'Etat. C'est en accord profond sur ce point que se produisit l'accord entre la DC et l'U.P Il n'y a pas eu de chantage sur cette question par la DC contre l'U.P car la &#171; gauche &#187; n'&#233;tait, &#224; son sommet, qu'une &#171; tendance &#187; de la bourgeoisie. A partir de l&#224;, la gauche va mobiliser le peuple pour soutenir Allende et non pas pour combattre la bourgeoisie et l'Etat bourgeois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Redonnons la parole &#224; Seguel-Boccara :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La gauche, au travers du plus grand syndicat, la CUT, menace de d&#233;clencher une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale si l'&#233;lection de S. Allende n'est pas reconnue par le parlement. C'est ainsi que le 13 septembre, Allende d&#233;clare lors d'un rassemblement dans le centre de la capitale : &#171; Le peuple saura maintenant d&#233;fendre sa victoire. (&#8230;) S'ils pr&#233;tendent dans leur folie provoquer une situation que nous refusons, qu'ils sachent que le pays sera paralys&#233;, qu'entreprises, industries, ateliers, &#233;coles, culture des champs s'arr&#234;teront : ce sera notre premi&#232;re manifestation de force. Qu'ils sachent que les ouvriers occuperont les usines et qu'ils sachent que les paysans occuperont les terres. (&#8230;.) Qu'ils mesurent ce que repr&#233;sente un peuple disciplin&#233; et organis&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, l'extr&#234;me gauche, qui ne croyait pas &#224; la voie pacifique vers le socialisme, s'exprimait maintenant en faveur de la d&#233;fense de la victoire &#233;lectorale de l'U.P. Le MIR mobilisait ses troupes en mena&#231;ant le pays d'une lutte arm&#233;e : (&#8230;) &#171; Comme nous l'avons dit en mai et en ao&#251;t, nous avons d&#233;velopp&#233; notre appareil militaire naissant, et nous l'avons mis au service d'une &#233;ventuelle victoire &#233;lectorale de la gauche. C'est ce que nous avons fait en 1970, le 4 septembre, et ce que nous faisons actuellement&#8230; Nous soutenons que la majorit&#233; &#233;lectorale de la gauche et un gouvernement d'Unit&#233; populaire sont un excellent point de d&#233;part en vue de la lutte directe pour la conqu&#234;te du pouvoir par les travailleurs. &#187; (Revue Punto Final du 29-9-1970) (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, se produisait un processus de l&#233;gitimation de l'&#233;lection de S. Allende dans de nombreux secteurs de la soci&#233;t&#233; chilienne, en particulier au sein de l'Eglise qui eut une importance consid&#233;rable dans ce processus. (&#8230;) En effet, le 18 septembre, jour de la f&#234;te nationale, qui c&#233;l&#233;brait comme chaque ann&#233;e l'ind&#233;pendance du Chili, l'Eglise appela la population, lors du Te Deum traditionnel, &#224; &#171; ne pas se cantonner dans le pass&#233; et &#224; ne pas craindre les changements &#187; (allocution de Monseigneur Vicente Ahumada). D'un autre c&#244;t&#233;, l'Ev&#234;que de Puerto Montt appela lui aussi, publiquement, &#224; respecter le triomphe de S. Allende. (&#8230;) D'autre part, un certain nombre d'associations, d'organisations, de clubs, centres, comit&#233;s, syndicats ou corporations reconnurent la victoire de l'Unit&#233; populaire (&#8230;) L'arm&#233;e eut enfin, et ce n'est pas n&#233;gligeable, un r&#244;le important (comme nous le verrons ult&#233;rieurement) &#224; travers les d&#233;clarations du Commandant en chef des Forces Arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral R. Schneider. Ce dernier s'engagea, au nom de ce corps, &#224; respecter et &#224; faire respecter la d&#233;cision constitutionnelle du Congr&#232;s et cela quelque soit le r&#233;sultat. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
De plus S. Allende &#233;tait somme toute quelqu'un de conciliant et de diplomate qui &#233;tait surtout la personne (&#8230;) &#224; avoir d&#233;fendu et &#224; d&#233;fendre fermement la voie pacifique vers le socialisme. (&#8230;) Il &#233;tait d'autre part issu d'une famille ais&#233;e. M&#233;decin de profession, il alliait ses interventions dans les milieux les plus d&#233;favoris&#233;s avec ses loisirs, qui &#233;taient ceux d'une personne correspondant &#224; son rang social. Ce qui veut dire qu'il fr&#233;quentait par exemple les plages d'Algarrobo, sur les c&#244;tes chiliennes, o&#249; il poss&#233;dait une villa et o&#249; toute la haute bourgeoisie chilienne se retrouvait en famille durant les p&#233;riodes estivales. (&#8230;) Allende venait de garantir constitutionnellement la pr&#233;servation des droits les plus &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie chilienne. &#187; (L&#224;, je suis oblig&#233; de traduire qu'il s'agit des droits les plue &#233;l&#233;mentaires de la bourgeoisie chilienne, en particulier ses privil&#232;ges et sa mainmise sur l'Etat) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le 19 octobre, J. Alessandri, qui repr&#233;sentait la droite, retira publiquement sa candidature devant le Congr&#232;s et reconnut en la personne de S. Allende le pr&#233;sident l&#233;gitime. (&#8230;) Cependant (&#8230;) toute la droite r&#233;unie &#233;tait loin de l'admettre. (&#8230;) Cette situation de tension extr&#234;me cr&#233;a les conditions pour que les positions les plus antagonistes de la soci&#233;t&#233; chilienne trouvent alors un terrain pour exprimer leurs radicales diff&#233;rences et pour se confronter dans l'action. (&#8230;) La situation de compromis politique concernant la ratification de l'&#233;lection au Congr&#232;s National de S. Allende, cr&#233;a l'espace pour le surgissement d'une extr&#234;me droite, critiquant fortement l'attitude r&#233;sign&#233;e et soumise de ces deux tendances (droite et centre). (&#8230;) Le 10 septembre, soit six jours apr&#232;s les &#233;lections, se cr&#233;ait le mouvement nationaliste Patria et Libertad. C'&#233;tait un groupe arm&#233; d'extr&#234;me droite qui &#233;tait dirig&#233; par un avocat nomm&#233; Pablo Rodriguez G. Ce mouvement, qui d&#233;butera ses activit&#233;s extr&#233;mistes quelques jours apr&#232;s l'&#233;lection de S. Allende sera pr&#233;sent durant toute la p&#233;riode du gouvernement d'U.P dans les exactions violentes contre ce dernier. (&#8230;) Le r&#233;sultat du surgissement de l'extr&#234;me droite fut une multiplication des attentats durant les 50 jours qui suivirent l'&#233;lection de S. Allende, jusqu'&#224; la ratification de cette &#233;lection par le Congr&#232;s national. (&#8230;) Le 6 octobre, le nombre d'explosions des premiers jours du mois d'octobre s'&#233;levait &#224; quatorze. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
La complicit&#233; de la droite s'exprimera au travers de la justice. (&#8230;) Sur les neuf individus arr&#234;t&#233;s et accus&#233;s des attentats terroristes commis durant les mois de septembre et octobre, sept seront rel&#226;ch&#233;s. Le groupe d'extr&#234;me droite trouvait des sympathies &#224; la Cour supr&#234;me, chez les carabiniers charg&#233;s du maintien de l'ordre, la police et l'arm&#233;e. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'&#233;lection du 4 septembre, les USA laiss&#232;rent entrevoir leur r&#233;solution &#224; l'&#233;gard de leur politique au Chili. (&#8230;) Le sous-secr&#233;taire d'Etat, Henry Kissinger, fit la d&#233;claration suivante le 15 septembre, soit quelques jours seulement apr&#232;s les &#233;lections :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#233;lection d'Allende est grave pour les int&#233;r&#234;ts nord-am&#233;ricains au Chili et pour les int&#233;r&#234;ts de la s&#233;curit&#233; des Etats-Unis. &#187; (&#8230;) L'option propos&#233;e est alors l'&#233;tranglement &#233;conomique. Les suggestions de E.J Gerrity, &#224; la date du 29 septembre, sont les suivantes : les banques ne doivent pas renouveler les cr&#233;dits ou doivent tarder &#224; le faire, les compagnies doivent tra&#238;ner avant d'envoyer de l'argent, de faire des livraisons, d'envoyer des pi&#232;ces de rechange, les compagnies d'&#233;pargne et d'emprunt devraient fermer leurs portes, cr&#233;ant ainsi une plus grande tension. Il faut retirer toute aide technique et ne promettre aucune assistance technique dans l'avenir. Les compagnies capables de le faire doivent fermer leurs portes. &#187; (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 22 octobre, soit deux jours avant que le Congr&#232;s national ne se prononce, le Commandant en chef de l'arm&#233;e, R. Schneider &#233;tait victime d'un attentat par balle, au moment o&#249; il se dirigeait &#224; son bureau au Minist&#232;re de la D&#233;fense. (&#8230;) Alors que la gauche s'appr&#234;tait &#224; f&#234;ter sa victoire, les informations annon&#231;aient, le lendemain, le d&#233;c&#232;s du g&#233;n&#233;ral Schneider, mort des suites de ses blessures. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pays se trouve, au moment de la passation des pouvoirs, enferm&#233; dans un processus inflationniste galopant. Les indicateurs &#233;conomiques sont pour la plupart inqui&#233;tants : augmentation du ch&#244;mage, d&#233;ficit budg&#233;taire, augmentation de la dette externe, paralysie partielle de la production, etc. (&#8230;) Le gouvernement d'U.P compensa, dans un premier temps, la hausse des prix de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente en augmentant les traitements et salaires de 35% (&#8230;) Le salaire minimum fut, quant &#224; lui, relev&#233; de 66% (&#8230;) Ces mesures furent accompagn&#233;es parall&#232;lement d'un blocage partiel des prix. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
S. Allende nomma dans son premier cabinet minist&#233;riel trois ouvriers. On peut dire que ce geste eut une r&#233;percussion importante. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;forme agraire&lt;br class='autobr' /&gt;
La terre &#233;tait un probl&#232;me national. En 1970, et ce malgr&#233; la r&#233;forme agraire entam&#233;e par le gouvernement E. Frei, la presque totalit&#233; de la terre &#233;tait encore entre les mains de 5.000 grands propri&#233;taires terriens, poss&#233;dant des &#171; fondos &#187; d'une moyenne de 12.000 hectares. Le gouvernement de E. Frei n'ayant pas appliqu&#233; la r&#233;forme agraire de mani&#232;re syst&#233;matique comme il se l'&#233;tait propos&#233;, provoqua une r&#233;volte grandissante dans les campagnes. (&#8230;.) &lt;br class='autobr' /&gt;
S. Allende avait un programme pr&#233;voyant d'approfondir la r&#233;forme agraire, le projet &#233;tant la r&#233;cup&#233;ration totale de la terre, autrement dit d'en terminer avec le syst&#232;me traditionnel du latifundium. (&#8230;) (Plut&#244;t que d'appliquer son propre programme) le gouvernement de l'U.P entreprit de se servir de la loi de R&#233;forme agraire vot&#233;e par le gouvernement pr&#233;c&#233;dent, celui de E. Frei. (&#8230;) Cette loi stipulait que l'ancien patron devait avoir un droit de r&#233;serve de 80 hectares maximum et un droit de pr&#233;emption sur les meilleures terres. Les animaux, la machinerie et toute l'infrastructure n'&#233;tant pas, quant &#224; elles, expropriables. (&#8230;) Cette loi supposait, d'un autre c&#244;t&#233;, la naissance de nouveaux petits propri&#233;taires. (&#8230;) Cette situation contribua, d'autre part, &#224; diviser la paysannerie qui voyait surgir en son sein de nouveaux patrons et, par cons&#233;quent, de nouveaux exploiteurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nationalisations&lt;br class='autobr' /&gt;
L'U.P avait d&#233;fini, dans son programme, le processus de transformation de l'&#233;conomie chilienne (&#8230;.) : &#171; La premi&#232;re mesure sera la nationalisation des richesses de base qui, comme les grandes mines de cuivre, fer, salp&#234;tre et autres, sont aux mains de capitaux &#233;trangers et des monopoles int&#233;rieurs. &#187; (&#8230;) Ce projet (de nationalisation du cuivre d&#233;tenu par deux entreprises nord-am&#233;ricaines) qui sera approuv&#233;e au Congr&#232;s &#224; l'unanimit&#233;, le 11 juillet 1971, sera, cependant, sensiblement modifi&#233; par rapport au projet de d&#233;part, l'opposition lui donnant un tout autre contenu. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les efforts de l'U.P pour ma&#238;triser l'&#233;conomie furent particuli&#232;rement ax&#233;s vers la formation d'un secteur de propri&#233;t&#233; sociale de la production. Pour le gouvernement, la nationalisation des monopoles chiliens et du syst&#232;me financier &#233;tait une &#233;tape indispensable pour sortir l'&#233;conomie de sa stagnation et de lutter contre l'inflation. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 11 janvier 1971, le gouvernement cr&#233;a une commission CUT-Gouvernement, avec l'objet d'&#233;tudier les formes de participation dans les entreprises de l'APS (secteur nationalis&#233;) et APM (secteur mixte). (&#8230;) On peut parler de cogestion entre repr&#233;sentants de l'Etat, syndicats et travailleurs. (&#8230;) L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des travailleurs (&#8230;) avait comme r&#244;le d'&#233;lire et de contr&#244;ler ses repr&#233;sentants au Conseil d'administration, de discuter les plans et la politique de production de l'entreprise propos&#233;s par le gouvernement (&#8230;.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Agitation dans la province de Cautin : les Indiens en r&#233;volte&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mois de d&#233;cembre 1970, soit un mois apr&#232;s l'installation du gouvernement au Palais Pr&#233;sidentiel de La Moneda, sera particuli&#232;rement dense dans les campagnes. Les tomas se produiront essentiellement dans la province de Cautin. (&#8230;) Il convient de pr&#233;ciser ici que la plus grande minorit&#233; indienne peuplant le Chili, les mapuches, sont en majorit&#233; concentr&#233;s dans la neuvi&#232;me r&#233;gion du pays et, en particulier, dans cette province. (&#8230;) Apr&#232;s leur ultime d&#233;faite face aux arm&#233;es chiliennes lors de la dite &#171; pacification de l'Araucanie &#187; (qui fut en r&#233;alit&#233; un massacre) les mapuches se trouv&#232;rent rel&#233;gu&#233;s dans ces r&#233;ductions, chaque famille ne poss&#233;dant en moyenne que deux hectares. (&#8230;) Les Indiens furent dans les r&#233;gions agricoles les principaux instigateurs des &#171; tomas &#187; de terrains agricoles. (&#8230;) Ces actions, en fait, d&#233;bordaient le gouvernement d'U.P, ce dernier se trouvant la plupart du temps dans des situations tr&#232;s d&#233;licates. (&#8230;) S. Allende rejeta cat&#233;goriquement ces occupations ill&#233;gales en r&#233;affirmant sa volont&#233; de voir la r&#233;forme agraire se r&#233;aliser dans le cadre de la loi. (&#8230;) La contradiction de ce gouvernement commen&#231;a &#224; appara&#238;tre. L'U.P se disait &#234;tre un gouvernement du peuple, avec le pouvoir au peuple et &#233;tait d&#233;sireuse en m&#234;me temps de respecter la l&#233;galit&#233;. (&#8230;) Dans la province de Cautin, dont la revendication principale &#233;tait l'habitat, les tomas de fondos se transform&#232;rent, en effet, tr&#232;s souvent en occupations de maisons et de terrains fiscaux. (&#8230;) Ces formes d'appropriation se g&#233;n&#233;ralis&#232;rent dans tout le pays. (&#8230;) La capitale connut elle aussi une vague de tomas. (&#8230;) Le peuple se sentait propri&#233;taire de tous les espaces. (&#8230;) Le peuple associait expropriation l&#233;gale et gouvernement du peuple. C'est dans ces circonstances que la paysannerie, les ouvriers et les pobladores useront massivement de cette forme de revendication, non pas en tant que moyen de pression que comme &#233;tant consid&#233;r&#233; alors comme un droit. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le secr&#233;tariat du Minist&#232;re de l'Habitation et de l'Urbanisme publiait le 1er d&#233;cembre 1970, une d&#233;claration &#171; sur l'occupation ill&#233;gale des habitations &#187;. Le troisi&#232;me point disait tr&#232;s clairement sa volont&#233; de l&#233;gif&#233;rer sur ces occupations ill&#233;gales :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;p&#233;tition d'occupations ill&#233;gales, le gouvernement est en train de veiller &#224; ce que soit approuv&#233; par la l&#233;gislation un projet de loi, moyennant lequel seront sanctionn&#233;es avec des peines de travaux forc&#233;s les personnes participants &#224; l'ex&#233;cution de tels actes, que ce soit comme instigateur, collaborateur ou occupant. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois de janvier, dans la ville de Talca, les tomas de terrain conduisirent l'intendant de cette province &#224; intervenir avec forces de l'ordre afin d'&#233;viter un affrontement arm&#233; entre propri&#233;taires et paysans. Au mois de mars, les tomas continuent et s'&#233;tendent dans les villes de Concepcion, Parral et Linares amenant ainsi une g&#233;n&#233;ralisation du conflit. (&#8230;) On peut dire que les pressions des tomas agricoles ont forc&#233; le gouvernement &#224; acc&#233;l&#233;rer le processus de r&#233;forme agraire dans la mesure o&#249; elles se conclurent, dans leur grande majorit&#233;, par l'expropriation effective des terrains. (&#8230;) En fait, le gouvernement fut d&#233;bord&#233; par l'organisation de la paysannerie qui, d'un c&#244;t&#233; exigeaient que la terre soit &#224; ceux qui la travaillent, et de l'autre &#8211; en particulier, les paysans mapuche &#8211; exigeaient la r&#233;cup&#233;ration des terres dont ils avaient &#233;t&#233; spoli&#233;s. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que dans les campagnes c'&#233;tait les paysans qui s'imposaient sur les propri&#233;taires terriens, dans les villes c'&#233;tait les ouvriers qui d&#233;cidaient et qui dictaient &#224; leurs patrons le comportement qu'ils devaient avoir. Les ouvriers s'emparaient de leur lieu de travail lorsqu'un conflit se produisait, amenait de nouveaux sujets de conflits. (&#8230;) Le climat &#233;tait diff&#233;rent. Les ouvriers avaient vraiment l'impression que l'entreprise leur appartenait. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le but de r&#233;pondre et de canaliser les probl&#232;mes dans les campagnes, S. Allende annon&#231;a le 21 d&#233;cembre 1971 la cr&#233;ation du Conseil National Paysan. (&#8230;) C'&#233;tait une mani&#232;re de faire participer tous les paysans, qu'ils soient organis&#233;s dans des syndicats, des coop&#233;ratives, des associations diverses (&#8230;) Ces paysans devaient ainsi participer &#224; l'&#233;laboration des plans de d&#233;veloppement et discuter directement avec les fonctionnaires des probl&#232;mes les concernant. (&#8230;) Il s'agissait pour l'U.P de ma&#238;triser les conflits dans les campagnes (&#8230;.) Il s'agissait &#233;galement de prot&#233;ger les couches paysannes moyennes propri&#233;taires ayant entre 40 et 80 hectares, victimes des tomas de terrains et des d&#233;bordements du cadre l&#233;gal de la r&#233;forme agraire (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
S. Allende d&#233;clarait sur la Place de la Constitution le 21-12-1970 : &#171; Pour pouvoir r&#233;aliser cette t&#226;che (la r&#233;forme agraire), (&#8230;) le peuple doit comprendre (&#8230;) que c'est une t&#226;che qui ne peut se r&#233;aliser que sur la base d'une grande conscience des masses populaires, de la volont&#233; irr&#233;vocable d'un peuple &#224; produire plus, &#224; produire plus, &#224; travailler plus et &#224; se sacrifier plus si c'est n&#233;cessaire pour le Chili (&#8230;.) Hier, je me suis rendu dans la province de Cautin o&#249; il r&#232;gne une atmosph&#232;re extr&#234;mement tendue. (&#8230;) J'y ai apport&#233; la parole responsable d'un gouvernant du peuple, pour dire aux travailleurs de la terre, pour dire aux mapuche que, reconnaissant le bien-fond&#233; de leur aspiration et de leur avidit&#233; pour la terre, j'exigeais de leur part de ne plus participer &#224; l'occupation de propri&#233;t&#233;s agricoles, et de ne plus repousser les cl&#244;tures (&#8230;) Si nous exigeons du mapuche, de l'indig&#232;ne et du travailleur de la terre de respecter la loi, nous l'exigerons implacablement de ceux qui ont, encore plus, l'obligation de la respecter en raison de leur culture et de leur &#233;ducation. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce m&#234;me discours paternaliste &#233;tait employ&#233; lorsqu'Allende s'adressait aux pobladores ayant r&#233;alis&#233; des tomas de terrains, revendiquant l'acc&#232;s au logement promis par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents et par l'U.P. En fait, S. Allende fut d&#233;bord&#233; par une population r&#233;clamant tout ce qui avait &#233;t&#233; promis de mani&#232;re imm&#233;diate. (&#8230;) S. Allende leur d&#233;clarait : &#171; Je me suis d&#233;plac&#233; pour voir les poblaciones dans lesquelles vivent les travailleurs et je leur ai dit que, tout comme je ne vais pas permettre que quelqu'un vienne s'installer dans ma maison, je ne vais pas accepter non plus que les gens des quartiers marginaux aillent envahir les maisons des gens qui vivent tout comme moi dans le quartier riche (&#8230;.) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;.) Les &#233;lections municipales du mois d'avril 1971 constitu&#232;rent la premi&#232;re &#233;preuve de force politique pour l'U.P apr&#232;s les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1970. (&#8230;) L'U.P l'emportait avec 49,8% (&#8230;) Une des caract&#233;ristiques importantes de ces &#233;lections fut l'accentuation de la polarisation entre les deux extr&#234;mes, le PN connaissant lui aussi un net progr&#232;s par rapport aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes. D&#232;s la premi&#232;re ann&#233;e, et ce malgr&#233; des r&#233;sultats &#233;conomiques positifs, on peut parler de radicalisation. Ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le centre &#8211; le PR et la DC - tendait sensiblement &#224; dispara&#238;tre. (&#8230;) Cette nouvelle configuration politique issue de ces &#233;lections entra&#238;na in&#233;vitablement une perte du r&#244;le strat&#233;gique du centre, dont la DC &#233;tait le plus grand repr&#233;sentant. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de l'ann&#233;e 1971, on commen&#231;a &#224; parler pour la premi&#232;re fois de p&#233;nurie en biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Ce probl&#232;me s'aggrava &#224; partir de cette date pour devenir un des traits majeurs du gouvernement d'U.P. L'inflation fut le premier indicateur &#233;conomique de cette d&#233;gradation. Alors qu'elle &#233;tait de 22,1% pour l'ann&#233;e 1971, elle passa brusquement &#224; 45,9% en juillet 1972, pour finir &#224; la fin de l'ann&#233;e &#224; 163%. En ao&#251;t 1973, elle atteignit le chiffre impressionnant de 323,2%. L'inflation devint, avec celui de la p&#233;nurie, un probl&#232;me insoluble pour le gouvernement et une obsession pour la population dans son ensemble qui en subissait les cons&#233;quences. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;sultats n&#233;gatifs de l'&#233;conomie chilienne se r&#233;percut&#232;rent sur la consommation. (&#8230;) La p&#233;nurie et le rationnement seront tous deux des probl&#232;mes qui, apparaissant au mois de juillet 1971, deviendront la pr&#233;occupation essentielle de tous les chiliens. (&#8230;) Ces probl&#232;mes furent d'autant plus traumatisants qu'ils apparurent durant les deux mois o&#249; l'hiver est le plus rigoureux au Chili : juillet-ao&#251;t. La population manque de biens de consommation de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La viande dut alors &#234;tre rationn&#233;e. (&#8230;) Le ministre de l'&#233;conomie, tout en reconnaissant les erreurs du gouvernement, rappela que l'augmentation des salaires et du pouvoir d'achat avaient conduit la population &#224; consommer beaucoup plus. Il appela les femmes pr&#233;sentes &#224; s'organiser dans leur quartier pour lutter contre les probl&#232;mes de p&#233;nurie et les mit en garde contre les campagnes alarmistes de la droite. C'est &#224; l'issue de cette rencontre, comme nous le verrons, que na&#238;tront les JAP (Juntes d'Approvisionnement et de Contr&#244;le des Prix), sources de conflits et cristallisateurs des haines et des rejets.(&#8230;) Il est bien &#233;vident que ce ne sont pas les groupes des classes ais&#233;es et moyennes qui manqu&#232;rent le plus des produits essentiels que ceux des classes populaires. Mais le sentiment qu'en avait cette population (ais&#233;e) est tr&#232;s diff&#233;rent. (&#8230;) Le journal &#171; La Tercera &#187;, exprimant les tendances centristes et qui s'&#233;tait jusqu'alors maintenu dans l'expectative, publia dans son int&#233;gralit&#233; le discours du dirigeant du mouvement d'extr&#234;me droite Patria y libertad (&#8230;) La p&#233;nurie y est mise en avant pour montrer qu'il est d&#251; au d&#233;sordre et au chaos (&#8230;) et ce qui est propos&#233; en face, se nomme &#171; la lib&#233;ration du Chili &#187; , envisag&#233;e comme &#171; le r&#233;tablissement de l'ordre, de la discipline &#187;, au travers d' &#171; un Etat int&#233;grateur et autoritaire &#187;. Toute cette rh&#233;torique fascisante trouvera progressivement une l&#233;gitimit&#233; dans ce contexte de d&#233;sordre et de chaos. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois d'ao&#251;t 1971, le PC lan&#231;a la consigne des JAP. (&#8230;) Les agents et les d&#233;l&#233;gu&#233;s des JAP remplissaient une double fonction : utilitaire et r&#233;pressive. D'un c&#244;t&#233;, ils veillaient &#224; ce que dans le quartier o&#249; ils agissaient, les petits et moyens commer&#231;ants soient suffisamment approvisionn&#233;s en produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; afin que le quartier dans son ensemble soit approvisionn&#233; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ils devaient surveiller minutieusement les commer&#231;ants afin que les produits soient vendus aux prix en vigueur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Interrompons un peu le r&#233;cit de Seguel-Boccara pour un commentaire qu'elle se garde de faire. En somme, l'&#233;conomie attaqu&#233;e par les USA et le grand capital, s'effondre et les plus d&#233;munis en sont victimes. Le gouvernement r&#233;pond au m&#233;contentement et au d&#233;sir des milieux populaires de s'organiser pour trouver une issue : il organise les travailleurs, les milieux populaires, les femmes en particulier, contre les commer&#231;ants et les milieux plut&#244;t pauvres de la petite bourgeoisie ! Voil&#224; ce que Seguel-Boccara appelle de la lutte des classes. Alors que l'U.P se d&#233;brouille pour d&#233;tourner la volont&#233; des classes populaires de s'attaquer aux v&#233;ritables responsables de la mis&#232;re (prix &#233;lev&#233;s et p&#233;nurie) : la grande bourgeoisie. En agissant ainsi, les dirigeants de la gauche gouvernementale permettaient non seulement &#224; la grande bourgeoisie de ne pas &#234;tre attaqu&#233;e, mais ils leur permettaient de prendre la direction de la petite bourgeoisie contre les travailleurs. L'auteur continue &#224; consid&#233;rer que le gouvernement repr&#233;sente les travailleurs ou veut vraiment repr&#233;senter la classe prol&#233;tarienne. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le mois de d&#233;cembre 1971 mit en &#233;vidence, d'un c&#244;t&#233;, un virage de l'opposition qui d&#233;cida de passer d&#232;s lors &#224; l'offensive, et de l'autre un durcissement de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne qui, en se joignant &#224; cette manifestation, marquait son premier pas de protestation contre le gouvernement d'Unit&#233; Populaire et son premier rapprochement direct et public avec la droite traditionnelle. (&#8230;) Le 14 octobre 1971, la DC pr&#233;sente au s&#233;nat un projet de r&#233;forme constitutionnelle visant &#224; d&#233;limiter le secteur de l'APS (&#8230;) qui sera vot&#233; au mois de d&#233;cembre 1971. Elle l&#233;gif&#233;rait sur la notion de propri&#233;t&#233;s priv&#233;es en visant &#224; prot&#233;ger les propri&#233;taires. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin du mois de d&#233;cembre 1971, &#224; l'occasion d'&#233;lections parlementaires compl&#233;mentaires dans la province de Linares (&#8230;) un conflit &#233;clata au sein de l'U.P &#224; propos du &#171; Manifeste de Linares &#187; (&#8230;) auquel souscrivaient le comit&#233; politique r&#233;gional, l'U.P de Linares, le MIR et le Conseil Provincial Paysan. (&#8230;) dans ce manifeste &#233;tait critiqu&#233;e la faiblesse de l'U.P Il consid&#233;rait que le gouvernement &#233;tait en train d'entamer un recul dans les processus r&#233;volutionnaires, permettant le renforcement des forces r&#233;actionnaires ou des nomios dans leur opposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits du Manifeste de Linares (19 d&#233;cembre 1971) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aujourd'hui, au Chili, la lutte des classes a atteint un haut niveau d'affrontement. (&#8230;) L'attitude agressive de la droite et les succ&#232;s qu'elle a obtenus sont dus, dans une grande mesure, &#224; une s&#233;rie de faiblesses qui ont &#233;t&#233; mises en &#233;vidence sur le plan id&#233;ologique, politique, face &#224; nos ennemis de classe. Les faiblesses n'ont pas eu pour effet de calmer ou de neutraliser les r&#233;actionnaires, bien au contraire, elles les encouragent&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour toutes ces raisons que le Conseil Provincial Paysan de Linares, le Comit&#233; Politique Provincial de l'Unit&#233; Populaire et le comit&#233; r&#233;gional du MIR lancent maintenant des mots d'ordre de lutte (&#8230;) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;limination imm&#233;diate du latifundio&lt;br class='autobr' /&gt;
Expropriation des fundos &#224; portes ferm&#233;es (c'est-&#224;-dire y compris b&#234;tes, machines et installations) (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Rabaisser de 80 &#224; 40 hectares la limite d'expropriation des domaines&lt;br class='autobr' /&gt;
La terre expropri&#233;e ne doit pas &#234;tre pay&#233;e (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Non &#224; la r&#233;serve du patron (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin des conditions de vie mis&#233;rables dans lesquelles se trouvent les paysans sans statut (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Donner une impulsion aux centres de r&#233;forme agraire (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Inexpropriabilit&#233; de toute terre de moins de 4O hectares (&#8230;.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Donner une impulsion aux formes d'organisations coop&#233;ratives (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
10- Appui technique et cr&#233;dit r&#233;el et permanent aux moyens et petits agriculteurs (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
11- Impulser les Conseils Paysans, organismes du pouvoir ouvrier-paysan, &#233;lus d&#233;mocratiquement par la base. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le PC s'opposera vivement &#224; ce manifeste en d&#233;clarant publiquement, en pleine campagne &#233;lectorale, ne pas &#234;tre d'accord avec le contenu de ce projet. Le PR se joindra au PC. Lors des &#233;lections du 16 janvier, l'U.P connut une nouvelle d&#233;faite &#233;lectorale dans les trois provinces. (&#8230;) Suite &#224; la d&#233;faite &#233;lectorale dans les trois provinces, S ; Allende se r&#233;unira le 31 janvier 1972 avec tous ses ministres et tous les dirigeants politiques des partis composant l'U.P dans la commune de El Arroyan. (&#8230;) Le PC critiquait fortement l'extr&#234;me gauche, mettant en cause notamment les d&#233;bordements caus&#233;s par le MIR. (&#8230;) ce qui ressortit de cette r&#233;union, c'est l'aspect publique des divisions au sein de l'U.P (&#8230;) Parmi les plus &#171; durs &#187;, il y a les socialistes, le MAPU et la Gauche chr&#233;tienne, qui a eu jusqu'&#224; pr&#233;sent d'importants contacts avec le MIR. De l'autre c&#244;t&#233;, il y a les partis les plus importants avec le Parti Communiste et le Parti de la Gauche Radicale, qui s'est depuis peu incorpor&#233; &#224; l'U.P (&#8230;) Dans ce contexte r&#233;volutionnaire, la soci&#233;t&#233; dans son ensemble se radicalisait, opposant nomios et apelientos. On l'avait vu pour la DC et le PR qui, n'ayant plus de l&#233;gitimit&#233; en tant que centre &#8211; le consensus n'&#233;tant plus la r&#232;gle &#8211; avaient d&#251; se scinder selon les lignes dures et mod&#233;r&#233;e. Il en allait de m&#234;me pour le PS o&#249; s'opposaient et se d&#233;chiraient dirigeants et militants entre les deux tendances d&#233;j&#224; mentionn&#233;es. (&#8230;) Pour aller vite, il y avait une dichotomie entre r&#233;volution et r&#233;formisme. (&#8230;) Les diff&#233;rences entre ces deux lignes qui s'&#233;taient exprim&#233;es publiquement et de mani&#232;re verbale &#224; la fin de l'ann&#233;e 1971 s'exprim&#232;rent cette fois-ci le 12 mai 1972 par des actes violents dans les rues de la ville de Concepcion. L'intendant r&#233;gional de cette ville &#8211; Vladimir Chavez, membre du PC &#8211; qui avait dans un premier temps autoris&#233; pour le m&#234;me jour trois manifestations politiques, d&#233;cida finalement, afin d'emp&#234;cher des affrontements, de n'autoriser que celle de l'opposition. Malgr&#233; cette interdiction, le comit&#233; r&#233;gional de l'Unit&#233; Populaire conjointement au comit&#233; r&#233;gional du MIR &#8211; &#224; l'exception du PC et du PR &#8211; d&#233;cid&#232;rent de r&#233;aliser la manifestation. Les cons&#233;quences furent un affrontement avec les forces de l'ordre qui tent&#232;rent d'emp&#234;cher la manifestation se concluant par la mort d'un &#233;tudiant et de nombreux bless&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre r&#233;union avec tous les partis au sein de l'U.P fut alors organis&#233;e le 29 mai 1972, dans le but de r&#233;gler les nouveaux conflits au sein du gouvernement. Lors de cette r&#233;union, les membres de l'U.P discut&#232;rent et tent&#232;rent de se mettre d'accord sur la tactique &#224; adopter. L&#224; c'est la ligne d&#233;fendue grosso modo par la PC et par la tendance conciliante dont le repr&#233;sentant &#233;tait S. Allende, qui l'emporta sur la tendance la plus dure d&#233;fendue par le MIR et par l'autre tendance au sein du PS repr&#233;sent&#233;e par C. Altamirano. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e &#233;tait de consolider les acquis et de chercher un terrain d'entente, non pas avec toute l'opposition mais avec les tendances les plus progressistes au sein de la DC. (&#8230;) Il s'agissait de s'appuyer sur une l&#233;gitimit&#233; parlementaire et d'&#233;viter toute confrontation avec l'opposition qui ne se situerait pas sur le terrain l&#233;gal. Pour cela certaines concessions &#233;taient &#224; faire, en particulier concernant les acquis de l'APS, o&#249; il &#233;tait pr&#233;vu que quelques entreprises r&#233;quisitionn&#233;es, se trouvant dans une situation juridique transitoire, retourneraient au secteur priv&#233;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A la suite de la manifestation dans la ville de Concepcion, &#224; laquelle le PC refusa de participer, un groupe dit &#171; groupe de cinq &#187; se constitua dans cette m&#234;me ville. Il s'agissait de membres appartenant aux PR, PS, MAPU, JC et MIR, autrement dit aux partis les plus radicaux. Ils appel&#232;rent &#224; une Assembl&#233;e du Peuple pr&#233;vue le 27 juillet 1972. C'&#233;tait la deuxi&#232;me tentative de la gauche r&#233;volutionnaire, apr&#232;s le &#171; Manifeste de Linares &#187;, pour former conjointement avec le MIR et en parall&#232;le avec la ligne adopt&#233;e par le gouvernement, un front r&#233;volutionnaire ayant pour but explicite une radicalisation du processus. Lors de cette assembl&#233;e, ce qui fut clairement propos&#233;, c'&#233;tait la dissolution du parlement pour &#234;tre remplac&#233; par une Assembl&#233;e du peuple comme seul organe l&#233;gislatif repr&#233;sentatif. (&#8230;) S. Allende, en tant que repr&#233;sentant du gouvernement, condamnera &#233;nergiquement, au travers d'une lettre adress&#233;e &#224; tous les repr&#233;sentants de chaque parti de l'U.P les postulats de l'Assembl&#233;e du peuple (&#8230;) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans la province de Concepcion, il s'est produit pour la deuxi&#232;me fois en trois mois, un ph&#233;nom&#232;ne tendant &#224; diviser qui porte atteinte &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233; du mouvement de l'Unit&#233; Populaire. Je n'h&#233;site pas &#224; le qualifier de processus d&#233;formant servant les ennemis de la cause r&#233;volutionnaire. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5 ao&#251;t 1972, un fort d&#233;tachement de carabiniers et de policiers &#224; la recherche, selon eux, de d&#233;linquants, fit irruption dans la poblacion nomm&#233;e La Hermida causant la mort d'un homme et faisant de nombreux bless&#233;s. Il y eut plus d'une centaine d'arrestations. Cette poblacion &#233;tait un campement de l'extr&#234;me gauche, et, devant l'aspect violent et r&#233;pressif de l'intervention muscl&#233;e, le MIR mit directement en cause le gouvernement (&#8230;) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'affaire de La Hermida n'a rien fait d'autre que de d&#233;voiler la face la plus laide du r&#233;formisme, sa cons&#233;quence la plus sinistre : pour faire des r&#233;formes, il faut r&#233;primer, pour freiner une r&#233;volution, il faut de la r&#233;pression, pour emp&#234;cher le peuple des travailleurs, les sans-logis, de progresser, il faut tuer et torturer. &#187; (conf&#233;rence de presse du MIR le 11-08-1972) (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mois d'ao&#251;t se caract&#233;risa par une s&#233;rie de violences en cha&#238;ne dans tout le pays. (&#8230;) A plusieurs reprises, la droite ou des groupes d'extr&#234;me droite, en particulier Patria y Libertad, furent mis en cause par le gouvernement lors d'attentats ou d'affrontements s'&#233;tant conclus par mort d'homme. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois d'ao&#251;t, le gouvernement mit en application sa nouvelle politique &#233;conomique : le plan Millas, du nom du nouveau ministre de l'Economie. Afin de lutter contre les fluctuations excessives des prix et de contr&#244;ler les pouss&#233;es inflationnistes d&#233;sordonn&#233;es, le gouvernement proc&#233;da &#224; une augmentation des prix dans le but de revenir &#224; &#171; des prix r&#233;alistes &#187;. Il en r&#233;sulta une l&#233;g&#232;re baisse du pouvoir d'achat qui, ajout&#233;e au probl&#232;me de plus en plus grave de la p&#233;nurie alimentaire, renfor&#231;a le m&#233;contentement de la population, en particulier des couches moyennes. Celles-ci commenc&#232;rent &#224; s'organiser contre le gouvernement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Interrompons un peu la narration de Seguel-Boccara. La lutte des classes s'exacerbe malgr&#233; la pr&#233;tention du gouvernement de la calmer. Elle ne fait que d&#233;montrer aux classes moyennes la faiblesse de la classe ouvri&#232;re, puisque le gouvernement cens&#233; repr&#233;senter les travailleurs, recule. D'autre part, pour ne pas attaquer la grande bourgeoisie, le gouvernement d&#233;signe du doigt la petite bourgeoisie comme responsable pr&#233;tendu de la mis&#232;re. La petite bourgeoisie, perdant confiance dans la force du gouvernement et sa capacit&#233; &#224; r&#233;soudre la crise, se mobilisa contre lui. Loin de chercher &#224; gagner la petite bourgeoisie frapp&#233;e par la crise, le gouvernement fit alors preuve de fausse fermet&#233;, en r&#233;pondant par la r&#233;pression d'Etat. Loin de calmer la situation, loin de gagner les couches petites bourgeoises, comme le pr&#233;tendaient le PC et Allende, cette politique jeta la petite bourgeoisie dans les bras de la r&#233;action. La gauche ayant annonc&#233; par avance qu'elle ne comptait pas sur la lutte des classes prol&#233;tarienne pour combattre la lutte des classes patronales, elle se retrouvait &#224; devoir faire la d&#233;monstration que l'Etat bourgeois &#233;tait parfaitement capable de servir &#224; combattre la bourgeoisie, d&#233;monstration qui ne pouvait qu'amener cet Etat bourgeois &#224; faire la d&#233;monstration inverse et m&#234;me &#224; se retourner contre se pr&#233;tendus chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement se trouva de cette mani&#232;re attaqu&#233; sur l'autre front par les commer&#231;ants qui appel&#232;rent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le 21 ao&#251;t 1972. (&#8230;) Le gouvernement se voyant attaqu&#233; sur tous les fronts, r&#233;pondit &#224; cette gr&#232;ve avec une extr&#234;me fermet&#233;. Tout d'abord, il opposa la Loi de S&#233;curit&#233; Int&#233;rieure &#224; tous les dirigeants du mouvement. D'un autre c&#244;t&#233;, les inspecteurs de la Direction de l'Industrie et du Commerce forc&#232;rent les serrures des magasins concern&#233;s. Enfin, le gouvernement intimida les commer&#231;ants &#233;trangers m&#234;l&#233;s &#224; cette gr&#232;ve en les mena&#231;ant d'appliquer la loi sur les &#233;trangers qui pr&#233;voyait l'interdiction de tout acte d'ing&#233;rence dans la politique int&#233;rieure. Ce geste symboliquement violent de la part du gouvernement et pour le moins inhabituel r&#233;v&#233;lait son embarras et le malaise qui r&#233;gnait au sein des membres composant l'U.P. (&#8230;) Les commer&#231;ants s'affront&#232;rent alors directement aux inspecteurs de la Direction de l'Industrie et de l'Economie (&#8230;) qui forc&#232;rent les serrures sous la protection de la police (qui se d&#233;fendit des manifestants &#224; coups de lacrymog&#232;nes). (&#8230;) Apr&#232;s ces faits de violence, le gouvernement d&#233;cr&#233;ta le soir m&#234;me l'Etat d'urgence pour toute la province de Santiago. Le lendemain, il &#233;tait revenu sur un certain nombre de points &#8211; en particulier concernant les commer&#231;ants &#233;trangers qui ne furent pas sanctionn&#233;s pour avoir particip&#233; &#224; la gr&#232;ve et il s'&#233;tait engag&#233; &#224; restituer les commerces qu'il avait r&#233;quisitionn&#233; aux commer&#231;ants (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le genre de manifestations de femmes des &#171; casseroles vides &#187; du mois de d&#233;cembre 1971, qui n'avait alors concern&#233; pour ainsi dire que les femmes d'un milieu &#233;conomique ais&#233;, se g&#233;n&#233;ralisa dans les couches moyennes qui sortirent elles aussi dans la rue pour protester, en tant que ma&#238;tresses de maison, contre le gouvernement. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les incidents &#224; la suite de l'intervention du gouvernement concernant la gr&#232;ve du commerce, la DC appela &#224; une manifestation pour le 30 ao&#251;t, afin de protester contre la n&#233;faste politique &#233;conomique ayant conduit &#224; une augmentation des prix. (&#8230;) S'il est vrai que la DC se rapprochait de la droite, il reste qu'elle ne s'accordait pas (pas encore) avec elle sur le plan extral&#233;gal pour mettre fin au gouvernement d'U.P. Alors que la droite pr&#233;parait un plan visant &#224; d&#233;tr&#244;ner par le biais de la force le gouvernement d'U.P, (&#8230;) la DC entendait se maintenir et mener la bataille politique dans le cadre l&#233;gal des institutions. (&#8230;) Pour la droite, la solution, c'&#233;tait l'intervention arm&#233;e. L'arm&#233;e, principale int&#233;ress&#233;e dans cette solution ne s'&#233;tait pas encore prononc&#233;e. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir du mois d'octobre 1972, le conflit va conna&#238;tre une toute autre configuration. Les diff&#233;rentes corporations, ou ce qu'on nomme au Chili &#171; gremios &#187; (entrepreneurs) (&#8230;) vont s'organiser et surtout s'unir pour lutter contre le gouvernement d'U.P. Cette union, qui n'&#233;tait pas m&#234;me envisageable quelques mois plus t&#244;t, va s'effectuer &#224; partir du conflit camionneurs-gouvernement. En plus de permettre l'union entre diff&#233;rents corps de m&#233;tier, sur la base du rejet du gouvernement d'U.P, le conflit va obliger les diff&#233;rentes institutions s'&#233;tant jusqu'alors maintenues &#224; l'&#233;cart, en particulier l'Arm&#233;e, &#224; se d&#233;finir sur ce conflit politique. De cette mani&#232;re, les divisions et les dissidences se d&#233;placeront progressivement du cadre institutionnel au cadre ill&#233;gal, conduisant au coup d'Etat du 11 septembre 1973. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier octobre, dans la province d'Ays&#233;n, des propri&#233;taires de soci&#233;t&#233;s de transport entam&#232;rent une gr&#232;ve pour protester contre le projet dans cette r&#233;gion d'&#233;tatiser les entreprises de transport ainsi que pour protester contre le non respect des compromis concernant les pi&#232;ces de rechange. Pr&#233;cisions ici que le transport des marchandises se fait dans tout le pays &#224; travers des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es. (&#8230;) Une gr&#232;ve des transporteurs de la r&#233;gion centrale du Chili fut annonc&#233;e en solidarit&#233; avec les transporteurs d'Ays&#232;n. Cette association regroupait plus de 30.000 membres qui poss&#233;daient environ 45.000 camions. Dans la plupart des cas, il s'agissait de petits et moyens entrepreneurs. (&#8230;) Le gouvernement adopta une attitude ferme, refusant cat&#233;goriquement tout compromis (&#8230;) Le 8 octobre &#224; minuit, en raison de l'absence de toute r&#233;ponse du gouvernement, une gr&#232;ve illimit&#233;e &#233;tait entam&#233;e par les propri&#233;taires de camions dans les provinces situ&#233;es entre O'Higgins et Malleco. (&#8230;) Comme dans la gr&#232;ve du commerce, le gouvernement r&#233;agit avec une extr&#234;me brutalit&#233;. Tout d'abord, l'Etat d'urgence est d&#233;clar&#233; dans dix provinces. Ensuite, se basant sur l'ill&#233;galit&#233; de la gr&#232;ve, le gouvernement proc&#232;de &#224; l'arrestation des principaux dirigeants de celle-ci en vertu de la Loi de S&#233;curit&#233; Int&#233;rieure de l'Etat ainsi qu'&#224; la r&#233;quisition des camions. (&#8230;) Cette r&#233;action eut l'effet d'un d&#233;tonateur, facilitant l'extension du mouvement de gr&#232;ve et conduisant &#224; une paralysie quasi-totale du pays. (&#8230;) les commer&#231;ants qui ferm&#232;rent leur commerce en guise de solidarit&#233; avec les camionneurs furent rapidement suivis par d'autres corporations qui elles aussi se d&#233;clar&#232;rent en gr&#232;ve. Parmi elles, des petits industriels et artisans, des patrons de bus et de taxis, des employ&#233;s bancaires, des professions lib&#233;rales, des f&#233;d&#233;rations paysannes, des m&#233;decins, etc. (&#8230;) C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se cr&#233;&#232;rent les liens et les identifications entre les diff&#233;rents gremios et que se consolida un mouvement au d&#233;part tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux plus anciens corps de m&#233;tiers, la SNA et la SOFOFA (organisations patronales), (&#8230;) la Chambre Nationale du Commerce, la Chambre Chilienne de la Construction, et la Soci&#233;t&#233; Nationale Mini&#232;re, ce qui avait uni ces cinq grands groupes avec les autres corporations, en particulier les petits et moyens entrepreneurs, c'&#233;tait uniquement la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et du commerce (&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La droite dans ce processus se renfor&#231;a consid&#233;rablement. Chaque jour, elle se radicalisait davantage et rencontrait une l&#233;gitimit&#233; chaque fois plus importante. (&#8230;) On &#233;tait loin de la terreur et de l'acceptation forc&#233;e dans laquelle la droite avait sombr&#233; apr&#232;s la victoire du 4 septembre 1970. (&#8230;) Sept jours apr&#232;s le d&#233;but du conflit, se constituait sous la pr&#233;sidence du dirigeant des propri&#233;taires des entreprises de transport, L&#233;on Vilarin, r&#233;cemment lib&#233;r&#233;, un groupe nomm&#233; &#171; Commando National de D&#233;fense gremiale &#187;. Son but &#233;tait l'&#233;laboration d'un document regroupant et unissant les demandes de toutes les organisations, corporations ou associations pr&#233;sentes dans le conflit. Ce document intitul&#233; &#171; Pliego de Chile &#187; fut pr&#233;sent&#233; le 21 octobre 1972. Il &#233;tait une expression de ce qui se laissait entrevoir de l'union de ces gremios et qui allait &#234;tre d&#233;nomm&#233; le &#171; pouvoir gremial &#187;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Consid&#233;rant la gravit&#233; de la crise, R. Tomic, repr&#233;sentant de la ligne progressiste au sein de la DC, dans la perspective de r&#233;gler le conflit dans le cadre institutionnel, sugg&#233;ra que l'arm&#233;e soit l'arbitre de ce conflit. (&#8230;) De cette mani&#232;re, le 2 novembre, trois militaires int&#233;gr&#232;rent le gouvernement d'U.P. le g&#233;n&#233;ral Carlos Prats qui, tout en conservant ses pr&#233;rogatives de Chef des Arm&#233;es, devint Ministre de l'Int&#233;rieur. L'amiral Isma&#235;l Huerta prit la charge du Minist&#232;re des Transports et des &#338;uvres Publiques et le g&#233;n&#233;ral Claudio Sepulveda eut, quant &#224; lui, la responsabilit&#233; du Minist&#232;re des Mines. Tous les trois avaient &#224; charge de r&#233;tablir l'ordre dans ce conflit et de garantir l'impartialit&#233; lors des prochaines &#233;lections parlementaires. (&#8230;) D&#232;s le lendemain de l'entr&#233;e dans ses nouvelles fonctions de Ministre de l'Int&#233;rieur, le g&#233;n&#233;ral C. Prats entama des discussions avec les dirigeants des gremios, visant &#224; n&#233;gocier la fin du conflit. (&#8230;) Le &#171; Commando gremial &#187;, confiant dans le nouveau m&#233;diateur, annon&#231;a le 6 novembre la fin de la gr&#232;ve. L'Arm&#233;e apparut ainsi, dans ce contexte conflictuel, comme un acteur consensuel. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, l'U.P eut envers l'Arm&#233;e, et ce d&#232;s le d&#233;but, une politique conciliante, le maintien de la neutralit&#233; des Forces Arm&#233;es &#233;tant pour S. Allende une condition sine qua non pour l'application de son programme. Dans ce sens l'U.P am&#233;liora consid&#233;rablement le niveau de vie des militaires en &#233;levant les salaires. De plus, en comparaison des gouvernements pr&#233;c&#233;dents, elle rehaussa de fait le statut de l'Arm&#233;e en augmentant le budget de cette institution. (&#8230;) L'int&#233;gration des membres de l'Arm&#233;e au sein du gouvernement (&#8230;) se fondait sur ce que l'on nommait l' &#187;id&#233;ologie constitutionnaliste de l'arm&#233;e &#187;. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lections parlementaires du 4 mars 1973, comme il &#233;tait pr&#233;visible, n'apport&#232;rent pas de solution &#224; la crise politique que vivait le pays. L'opposition &#233;tait loin du r&#233;sultat esp&#233;r&#233; car non seulement elle n'obtenait pas les deux tiers des voix mais elle perdait six d&#233;put&#233;s et deux s&#233;nateurs au profit de l'U.P. L'U.P, pour sa part, tout en augmentant sa repr&#233;sentation au Congr&#232;s, restait une coalition minoritaire au Parlement avec ses 43,9%, en comparaison avec les 54,2% obtenus par l'opposition. (&#8230;) Ce furent les positions les plus radicales au sein de chaque tendance qui se virent renforc&#233;es. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition, voyant les solutions l&#233;gales frustr&#233;es, commen&#231;a &#224; envisager plus s&#233;rieusement une solution extral&#233;gale. Le noyau dirigeant des gremios, quelques jours seulement apr&#232;s l'annonce des r&#233;sultats, laissa entrevoir clairement cette nouvelle ligne. Le 13 mars 1973, le pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration de la Production et du Commerce, lors d'un discours radiodiffus&#233; dans tout le pays, fit appel &#224; tous les partis politiques d'opposition, &#224; l'arm&#233;e et au &#171; pouvoir gremial &#187; pour assumer un r&#244;le d&#233;cisif dans une nouvelle organisation politique et sociale : &#171; La p&#233;riode des harangues politiques est termin&#233;e. Il est l'heure de r&#233;tablir la hi&#233;rarchie et la discipline. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;cision de la droite de sortir de la l&#233;galit&#233; provoqua un processus de mobilisation du c&#244;t&#233; des sympathisants de l'U.P qui commenc&#232;rent &#224; s'organiser efficacement pour contrer les forces de l'opposition. Cette organisation se manifesta d'abord de mani&#232;re d&#233;fensive, notamment lors de la gr&#232;ve des camionneurs, o&#249; de nombreux groupes (ouvriers, jeunes, etc.) se port&#232;rent volontaires pour organiser eux-m&#234;mes le r&#233;approvisionnement en marchandises. Ils purent contribuer de cette mani&#232;re &#224; all&#233;ger les cons&#233;quences d'une gr&#232;ve qui, touchant &#224; la distribution et dans un pays de plus de 4000 km de long, o&#249; le principal des transports s'effectuait par voie routi&#232;re, ne pouvait qu'&#234;tre catastrophique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la gr&#232;ve d'octobre, cette mobilisation spontan&#233;e se mat&#233;rialisa dans la constitution d'organisations nouvelles ayant des caract&#233;ristiques paramilitaires. Ouvriers, paysans et pobladores s'unirent et s'organis&#232;rent pour d&#233;fendre leurs usines, leurs terrains agricoles et leurs quartiers. Il s'agissait respectivement des &#171; cordons industriels &#187;, des &#171; commandos &#187; paysans et des &#171; commandos communaux &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les cordons industriels &#233;taient des organisations regroupant des ouvriers appartenant &#224; une entreprise ou &#224; une concentration industrielle d&#233;termin&#233;e. Elles naquirent au moment de la crise d'octobre, alors que les conflits &#233;taient &#224; leur point culminant. Ces organisations qui exprim&#232;rent une nette radicalisation du mouvement ouvrier vinrent remplir le vide laiss&#233; par les syndicats, en particulier par la CUT qui, dirig&#233;e par le PC soucieux de maintenir une ligne consensuelle, ne r&#233;pondait plus attentes et aux pr&#233;occupations des ouvriers. Elles constitu&#232;rent dans un premier temps des organisations non bureaucratis&#233;es et non hi&#233;rarchis&#233;es o&#249; la participation des ouvriers &#233;tait directe. Critiquant fortement la bureaucratisation et l'&#233;loignement des masses de la CUT, elles se situaient dans le secteur le plus radical de l'U.P et constitu&#232;rent, du moins jusqu'au soul&#232;vement militaire du 29 juin 1973, un pouvoir ouvrier parall&#232;le. Apr&#232;s juin 1973, ce pouvoir ouvrier r&#233;pondant aux nouvelles n&#233;cessit&#233;s d'organisations ouvri&#232;res devant &#234;tre capables de s'opposer efficacement aux forces de l'opposition, la CUT tendit &#224; formaliser et int&#233;grer les cordons industriels au sein de la structure organisationnelle officielle du mouvement syndical.(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Du c&#244;t&#233; de l'opposition, le th&#232;me central de protestation, apr&#232;s les &#233;lections, fut le projet de r&#233;forme de l'Education, l' &#171; Edication Nationale Unifi&#233;e &#187; (&#8230;) Ce projet pr&#233;voyait &#224; terme la nationalisation du syst&#232;me scolaire en partie priv&#233; au Chili en vue, selon le gouvernement, d'une d&#233;mocratisation de l'enseignement (&#8230;) remettant en cause de fait le pouvoir de l'Eglise dans l'enseignement. (&#8230;) L'Eglise, qui s'&#233;tait jusqu'alors content&#233;e de jouer un r&#244;le plut&#244;t conciliant dans les affaires politiques, se rallia ici &#224; l'opposition dans le rejet du projet. Elle reprocha &#224; l'U.P de porter atteintes aux valeurs chr&#233;tiennes fondamentales (&#8230;). Devant la mobilisation et les violences que suscita ce projet, (&#8230;) le gouvernement recula et il fut de plus confront&#233; &#224; la mort par balles d'un ouvrier appartenant au PC lors d'une manifestation de soutien au gouvernement. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 29 juin 1973, des troupes du r&#233;giment blind&#233; n&#176;2, Le Tancazo, attaqu&#232;rent le Minist&#232;re de la D&#233;fense et le Palais de la Moneda. (&#8230;) Le r&#233;sultat de ce coup d'Etat frustr&#233; fut de 22 morts. ( &#8230;) La CUT appela les travailleurs &#224; se concentrer sur leur lieu de travail afin d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; recevoir les consignes du gouvernement. Ce que d&#233;montra cette journ&#233;e, c'&#233;tait certes une mobilisation r&#233;ussie au sein des usines, mais c'&#233;tait aussi que le peuple n'&#233;tait pas arm&#233;, il &#233;tait tr&#232;s difficile d'esp&#233;rer un affrontement &#233;gal en cas d'intervention arm&#233;e r&#233;ussie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parlement, s'opposant &#224; la demande du gouvernement, refusa de d&#233;cr&#233;ter l'Etat de si&#232;ge apr&#232;s cette journ&#233;e du 29 juin. La majorit&#233; de l'opposition approuva par contre au parlement un projet laissant carte blanche &#224; l'Arm&#233;e pour appliquer la Loi de Contr&#244;le des Armes. Cela lui permit d'intervenir dans les groupes d'extr&#234;me gauche, seuls mouvements de gauche alors arm&#233;s. Le 16 juillet, le mouvement d'extr&#234;me droite Patria y Libertad d&#233;clara passer &#224; l'offensive et &#224; la clandestinit&#233;. Les attentats terroristes se multipli&#232;rent. La situation se d&#233;gradait de jour en jour. Le 25 juillet 1973, les transporteurs routiers se d&#233;clar&#232;rent &#224; nouveau en gr&#232;ve dans tout le pays. Le 27 juillet le Chef de la Maison Militaire de S. Allende, le capitaine de vaisseau Arturo Araya est assassin&#233;. (&#8230;) Le 21 ao&#251;t, 300 femmes parmi lesquelles se trouvaient des femmes de hauts grad&#233;s en service actif et en retraite se rendirent au domicile du commandant en chef des Arm&#233;e C. Prats (&#8230;) d&#233;non&#231;ant l'attitude conciliante du g&#233;n&#233;ral C. Prats avec le gouvernement, qui, n'ayant plus aucune l&#233;gitimit&#233; dans l'arm&#233;e, proposa une nouvelle fois sa d&#233;mission. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique l'accepta et nomma le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinocher, sous commandant en chef des Arm&#233;es depuis le 10 ao&#251;t Il avait alors la confiance du pr&#233;sident de la r&#233;publique. (&#8230;) Le 4 septembre 1973, trois ans apr&#232;s les &#233;lections pr&#233;sidentielles qui donn&#232;rent la victoire &#224; l'U.P, pr&#232;s d'un million de personnes manifest&#232;rent leur appui au gouvernement. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le matin du 11 septembre, la population chilienne se r&#233;veilla de bonne heure avec l'annonce d'un coup d'Etat militaire. (&#8230;) L'arm&#233;e dans son ensemble &#233;tait impliqu&#233;e dans ce coup d'Etat : A. Pinochet (arm&#233;e de terre), G. Leigh G&#249;zman (arm&#233;e de l'air), J.T Merino (marine), J.R Mendoza (carabineirs). (&#8230;) La terreur allait &#224; partir de ce jour r&#233;gner durant sept ans sur le Chili. &#171; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologue Seguel-Boccara pense conna&#238;tre la cause de cet &#233;chec sanglant : le marxisme ! Elle &#233;crit en conclusion de son ouvrage :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'Unit&#233; Populaire a fond&#233; sa tactique politique sur le concept de luttes de classes. Elle a d&#233;nonc&#233; le syst&#232;me capitaliste sans r&#233;aliser qu'une telle d&#233;nonciation, lorsqu'elle &#233;tait accompagn&#233;e d'une dynamique r&#233;volutionnaire, passait in&#233;vitablement pas une exacerbation des passions et pas forc&#233;ment par une n&#233;gation et par un rejet du syst&#232;me dans son ensemble. (&#8230;) C'est en r&#233;alit&#233; un probl&#232;me inh&#233;rent &#224; la th&#233;otie r&#233;volutionnaire marxiste qui dans son volontarisme politique projette la fin de l'exploitation sans r&#233;aliser qu'il ne met pas pour autant fin aux lieux objectifs et subjectifs qui la l&#233;gitiment et d'o&#249; celle-ci s'exerce, autrement dit aux cat&#233;gories mentales d'exploiteur et d'exploit&#233;, ainsi qu'aux m&#233;canismes de domination qui sont &#224; la racine de cette relation. (&#8230;) C'est tout autant une utopie pour l'ouvrier de s'imaginer dans le r&#244;le du patron que d'imaginer une soci&#233;t&#233; sans classe et sans exploitation. Les projets diff&#232;rent en ce que le premier correspond &#224; une pr&#233;occupation individuelle alors que le deuxi&#232;me r&#233;pond &#224; une pr&#233;occupation collective. N&#233;anmoins le premier existe. Si on peut le nier et le d&#233;noncer dans un cadre politico-id&#233;ologique partisan, il n'en va pas de m&#234;me dans celui d'une analyse socio-historique. Ce que nous avons voulu montrer tout au long de ce travail, c'est qu'il n'est pas suffisant de parler des repr&#233;sentations communes,, il fauta aussi les prendre en compte et aussi les int&#233;grer r&#233;ellement &#224; l'analyse sociologique. Il nous emble &#224; ce propos que le concept d' &#187;habitus &#187; d&#233;velopp&#233; par P. Bourdieu et celui d' &#187;&#233;conomie morale de la multitude &#187; employ&#233; par E.P Thomson redonnent toute son importance &#224; la construction de la r&#233;alit&#233; par la multitude ou les masses. (&#8230;) Ce que nous appelons les &#171; constructions utopiques des masses &#187; sont une des composantes &#224; prendre en consid&#233;ration lorsqu'on s'int&#233;resse &#224; la sociologie des r&#233;volutions. L' &#187;utopie conservatrice &#187; et l' &#187;utopie r&#233;volutionnaire &#187; doivent &#234;tre toutes deux prises en compte pour comprendre aussi bien les r&#233;sistances que les soumissions affectives qui associent et/ou se diff&#233;rencient lorsqu'est mise en question la pr&#233;servation ou la transformation d'un syst&#232;me &#233;tabli. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque nous parlions d'utopie conservatrice dans le cas de l'ouvrier s'imaginant &#224; la place du patron, nous entendions montrer l'importance de ce que l'on pourrait nommer l' &#187;imagination sociale &#187; comme &#233;l&#233;ment reproducteur et producteur d'imaginaires conservateur et r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la sociologue Seguel-Boccara est contrainte, pour conna&#238;tre l'imaginaire des ouvriers, d'interroger des dirigenats syndicalistes CFDT qui ont visit&#233; le Chili et qui trouvent que les ouvriers chiliens exag&#232;rent, ne veulent plus travailler, s'absentent trop pour manifester, ne tiennent pas compte des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques de l'entreprise, etc.. Seguel-Boccara affirme alors que l'opprim&#233; devient le patron &#171; L'insoumis, le r&#233;volt&#233; n'&#233;tait plus l'ouvrier, mais le patron que l'on pouvait d&#233;noncer, voire m&#234;me renvoyer &#187; (sic !) Dans une interview men&#233;e par Seguel-Boccara, un patron d&#233;clare : &#171; A l'&#233;poque, j'avais un petit atelier de m&#233;tallurgie, j'avais alors cinq employ&#233;s. Du jour o&#249; Allende est arriv&#233; au pouvoir, ils ont commenc&#233; &#224; se prendre pour le patron. Ils arrivaient &#224; l'heure qui leur plaisait. Ils ne venaient pas quand l'U.P organisait des manifestations ou des r&#233;unions et on n'avait pas int&#233;r&#234;t &#224; dire quelque chose, c'&#233;atit eux qui commandaient, quoi c'&#233;tait le monde &#224; l'envers. &#187; La sociologue, qui interview des patrons, ne donne pas la parole &#224; des ouvriers d'usine. Pourtant, dans la situation r&#233;volutionnaire du Chili, la classe ouvri&#232;re est l'&#233;l&#233;ment essentiel. Le radicalisme de la situation sociale et politique n'est pas &#224; chercher dans le discours soi disant marxiste d'un S. Allende ou du PS ni m&#234;me dans celui du MIR. Aucun d'entre eux n'est la source de la situation exceptionnelle que conna&#238;t le Chili, mais plut&#244;t une cons&#233;quence plus ou moins d&#233;form&#233;e de cette radicalisation sociale. D&#233;form&#233;e du c&#244;t&#233; d'Allende parce qu'il n'entend nullement renverser le syst&#232;me capitaliste mais seulement le r&#233;former, qu'il ne s'appuie sur le mouvement ouvrier que pour imposer des r&#233;formes qu'il estime utiles au capital national chilien et non indispensable au renversement du capitalisme. D&#233;form&#233;e du c&#244;t&#233; de la gauche chilienne parce qu'elle tente de surfer sur une r&#233;volution sans qu'aucune des ses fractions ne cherche r&#233;ellement &#224; dire cr&#251;ment que le pire ennemi du prol&#233;tariat est le r&#233;formisme car il d&#233;sarme politiquement, moralement et physiquement la classe ouvri&#232;re et est indispensable pour chloroformer les travailleurs en attendant que les fascistes et l'arm&#233;e les assassinent. Cela n'a rien &#224; voir avec les intentions ou la bonne volont&#233; des participants, ni avec leurs &#171; affects &#187; r&#233;el ou suppos&#233;s. Cela n'a rien &#224; voir avec les envies r&#233;elles ou imaginaires (dans l'imagination de la sociologue) des ouvriers de devenir ou pas des patrons. Cela a surtout &#224; voir avec l'imagination des travailleurs qui voient dans le Parti Communiste et dans Allende des amis des travailleurs alors qu'ils sont politiquement, en ce qui concerne les dirigeants et la politique d&#233;fendue, des dangereux ennemis, les plus dangereux m&#234;me dans la situation de crise r&#233;volutionnaire montante. Quant &#224; la fraction d'extr&#234;me gauche de cette Unit&#233; Populaire, elle n'a pas r&#233;ellement pr&#233;par&#233; la classe ouvri&#232;re &#224; ses t&#226;ches. Rappelons une fois de plus comment le MIR r&#233;sumait son action le 13-10-1970 dans la revue &#171; Punto Final &#187; : &#171; Comme nous l'avions dit en mai et en ao&#251;t, nous avons d&#233;velopp&#233; notre appareil militaire naissant, et nous l'avons mis au service d'une &#233;ventuelle victoire &#233;lectorale de la gauche. C'est ce que nous avons fait en 1970, le 4 septembre, et ce que nous faisons actuellement. Nous soutenons que la majorit&#233; &#233;lectorale de la gauche et un gouvernement d'Unit&#233; Populaire sont un excellent point de d&#233;part en vue de la lutte directe pour al conqu&#234;te du pouvoir par les travailleurs. &#187; Non, le gouvernement bourgeois de gauche, m&#234;me s'il est amen&#233; par la crise sociale &#224; prendre des mesures radicales, est d'abord et avant tout le dernier moyen de la bourgeoisie pour emp&#234;cher les travailleurs de se donner les moyens d'aller vers la conqu&#234;te du pouvoir. Il permet &#224; la bourgeoisie d'avoir le temps de rassembler ses forces en vue de l'&#233;crasement du prol&#233;tariat. Et, dans le temps qui s&#233;pare ce prol&#233;tariat de l'affrontement direct avec la bourgeoisie, ce gouvernement de gauche d&#233;tourne les travailleurs de la conscience de l'affrontement in&#233;vitable avec l'Etat bourgeois. La nature de classe de l'Etat, un des &#233;l&#233;ments clefs du marxisme qui a sans doute &#233;chapp&#233; aux sociologues comme Seguel-Boccara et que Marx d&#233;veloppe notamment &#224; propos de la Commune de Paris de 1871, dans &#171; La guerre civile en France &#187;, suppose que le prol&#233;tariat ne peut pas reprendre telle quelle la machine d'Etat et doit d'abord d&#233;truire l'Etat bourgeois avant de mettre en place le sien, l'Etat ouvrier, comme le soulignait L&#233;nine dans &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187;. C'est l'un des points principaux et non le seul par lesquels le pr&#233;tendu marxiste Allende ou les pr&#233;tendus marxistes staliniens n'ont rien &#224; voir avec la th&#233;orie communiste de Karl Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec d'Allende est celui du r&#233;formisme. Et cela sur tous les plans. C'est l'id&#233;e que l'Etat est un organisme neutre entre les classes sociales. C'est l'id&#233;e que le pays arri&#233;r&#233; et opprim&#233; peut se lib&#233;rer &#224; l'&#233;chelle nationale de l'emprise imp&#233;rialiste sans renverser l'imp&#233;rialisme et le capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cet &#233;chec n'est pas celui du marxisme, m&#234;me si Allende s'en revendiquait. Seguel-Boccara a pris &#224; la lettre l'affirmation &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et &#171; marxiste &#187; d'Allende, tout en reconnaissant que les actes sont loin de ces paroles mais pr&#233;tend que ce qui le limitait &#233;tait essentiellement sa conception &#171; lutte de classes &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si Allende avait compt&#233; sur une avant-garde r&#233;volutionnaire pour conscientiser et diriger le peuple, en aucun cas il n'avait pr&#233;vu que le peuple puisse se conduire seul. (&#8230;) Allende parlait de conscience de classe sans tenir compte des diff&#233;rences fondamentales qui pouvaient exister par exemple entre un paysan et un ouvrier, ou encore entre un paysan mapuche et un paysan non mapuche, entre un mapuche vivant en communaut&#233; et un mapuche vivant en ville. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seguel-Boccara &#233;crit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (&#8230;) C'est le probl&#232;me pos&#233;, dans l'analyse marxiste traditionnelle, des conflits de la soci&#233;t&#233; en termes de classe. Celle-ci donna naissance &#224; un probl&#232;me d'interpr&#233;tation auquel marxistes et non-marxistes furent confront&#233;s, &#224; savoir le probl&#232;me de la conscience ou non-conscience des individus. Celle-ci reposait essentiellement sur l'analyse en classes o&#249; K. Marx apr&#232;s avoir d&#233;fini le syst&#232;me capitaliste comme un syst&#232;me reposant sur l'extension de la plus-value, d&#233;finissait l'id&#233;ologie comme une mystification des capitalistes visant &#224; maintenir le syst&#232;me en place. Le &#171; prol&#233;tariat &#187;, victime d'une fausse conscience, devait donc prendre conscience de cette ali&#233;nation qui lui masquait l'exploitation afin de s'en &#233;manciper. (&#8230;) L'ethnom&#233;thodologie, l'analyse institutionnelle et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale la psychosociologie se sont pos&#233;es autant contre l'analyse marxiste ou structuraliste que ces derni&#232;res contre la nouvelle venue. L'ancienne &#233;vacuait l'homme ; l'autre le r&#233;int&#233;grait en niant la soci&#233;t&#233;. Et si P. Bourdieu a montr&#233; en une th&#233;orie synth&#233;tique la pertinence du va-et-vient des deux &#224; travers la construction du concept d'habitus, il n'en reste pas moins qu'il ne nous a pas fourni les &#233;l&#233;ments pour une analyse des p&#233;riodes r&#233;volutionnaires, p&#233;riodes durant lesquelles tout semble basculer et o&#249; les agents semblent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Mais p&#233;riode durant laquelle l'histoire faite corps et choses appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; et violence (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensons que les logiques de r&#233;sistance ou d'adh&#233;sions au changement r&#233;pondent aussi &#224; ce genre de sentiments d'appartenance ou de marginalit&#233;. Ce qui importe, c'est tout autant la situation objective que le sentiments subjectif, autrement dit le sentiment d' &#187;appartenir &#224; &#187;, de &#171; se sentir exclu de &#187;, les &#171; nous &#187;, les &#171; ils &#187;, autrement dit le processus qui conduit non plus les classes mais les groupes sociaux &#224; agir d'une certaine mani&#232;re et qui n'est pas forc&#233;ment fonction de ce que l'on nomme commun&#233;ment et souvent confus&#233;ment une &#171; classe sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie du type Seguel-Boccara ou Bourdieu est certainement int&#233;ressante dans ce qu'elle &#233;tudie certains m&#233;canismes en relation entre l'individu et la collectivit&#233;, les exclusions, les sentiments, etc. Elle est absolument inop&#233;rante lorsque l'affrontement des classes sociales est port&#233; &#224; son point extr&#234;me, dans la mont&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, l'ouvrage &#171; Les passions politiques au Chili durant l'Unit&#233; populaire (1970-1973) &#187; de la sociologue Ingrid Seguel-Boccara expose son point de vue en d&#233;butant son livre par une citation de Pierre Bourdieu dans &#171; Le&#231;on sur la le&#231;on &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On n'entre pas en sociologie sans d&#233;chirer les adh&#233;rences et les adh&#233;sions par lesquelles on tient d'ordinaire &#224; des groupes, sans abjurer les croyances qui sont constitutives de l'appartenance et renier tout lien d'affiliation ou de filiation. Ainsi, le sociologue issu de ce qu'on appelle le peuple et parvenu &#224; ce qu'on appelle l'&#233;lite ne peut acc&#233;der &#224; la lucidit&#233; sp&#233;ciale qui est associ&#233;e &#224; toute esp&#232;ce de d&#233;paysement social qu'&#224; condition de d&#233;noncer et la repr&#233;sentation populiste du peuple, qui ne trompe que ses auteurs, et la repr&#233;sentation &#233;litiste des &#233;lites, bien faite pour tromper &#224; la fois ceux qui en sont et ceux qui n'en sont pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, pour Bourdieu, en s'exprimant en termes plus crus, pas de sociologie engag&#233;e dans la lutte des classes. C'est dans cette lign&#233;e que Seguel-Boccara &#233;crit dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce qui est questionn&#233; c'est tout ce que Pierre Bourdieu nomme &#171; habitus &#187; et qui rend compte des pratiques sociales et des relations entre les individus. (&#8230;) La confrontation qui eut lieu dans les trois ann&#233;es de gouvernement mit en conflit des sentiments ou ce que Pierre Ansart nomme &#171; affects politiques &#187;, autrement dit des adh&#233;rences et des rejets, que l'on consid&#232;re, par exemple, l'euphorie des classes populaires ou la terreur des classes ais&#233;es. A partir de l&#224;, l'objet du pr&#233;sent travail est d'analyser les repr&#233;sentations sociales au Chili durant ces trois ann&#233;es du gouvernement d'Unit&#233; populaire (1970-1973). Cette recherche trouve son origine dans un objectif de d&#233;part qui visait &#224; rendre compte, &#224; travers le v&#233;cu social des individus en pr&#233;sence, du climat politique afin de comprendre les diff&#233;rents conflits et tensions ayant conduit &#224; un affrontement. (&#8230;) Nous nous sommes ainsi attel&#233;s &#224; rechercher, &#224; partir de la naissance du mouvement ouvrier, ce qui avait pu, dans la perception et la construction de la r&#233;alit&#233; sociale des diff&#233;rents groupes sociaux, pr&#233;parer le terrain &#224; un tel s&#233;isme social. (&#8230;) L'impossibilit&#233; d'utiliser la grille de lecture en classes vient du fait que celle-ci ne convient que dans une situation donn&#233;e. Les termes de &#171; bourgeoisie &#187; et &#171; peuple &#187; sont, qu'on le veuille ou non, associ&#233;s &#224; exploiteurs/exploit&#233;s et/ou dominants/domin&#233;s (en tant que situation objective). Une fois le syst&#232;me modifi&#233; &#8211; comme c'est le cas lors d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, du moins dans les intentions explicites &#8211; ces cat&#233;gories ne sont plus utilisables, du moins pas de la m&#234;me mani&#232;re. On imagine mal, en effet, les termes de bourgeoisie et de peuple associ&#233;s inversement et respectivement &#224; exploit&#233;s/exploiteurs et/ou domin&#233;s/dominants. La r&#233;volution socialiste, comme c'est le cas ici, se propose justement de mettre fin &#224; l'exploitation et donc de d&#233;truire le sch&#233;ma exploiteur/exploit&#233;. (&#8230;) En effet, comment interpr&#233;ter les sentiments de groupes qui de dominants vont devenir non pas domin&#233;s objectivement (&#8230;) mais domin&#233;s subjectivement dans la mesure o&#249; cette transformation va forc&#233;ment passer par un sentiment d'exclusion ou de mise &#224; l'&#233;cart. (&#8230;) C'est pourquoi il nous para&#238;t important de d&#233;finir le niveau d'int&#233;gration et d'exclusion afin de mieux comprendre le niveau de r&#233;sistance et d'acceptation lors d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Comme nous le verrons au cours de ce travail, la notion de &#171; peuple &#187; ayant acquis une forte l&#233;gitimit&#233; dans le d&#233;bat politique et social, elle sera l'objet durant la p&#233;riode de l'U.P d'appropriations s&#233;mantiques diverses &#224; travers des divers signifi&#233;s. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est certain que, tout comme le dit P. Bourdieu : &#171; Porter &#224; la conscience des m&#233;canismes qui rendent la vie douloureuses, voire invivable, ce n'est pas les neutraliser. Porter au jour les contradictions, ce n'est pas les r&#233;soudre. Mais, pour si sceptiques que l'on puisse &#234;tre sur l'efficacit&#233; sociale du message sociologique, on ne peut tenir pour nul l'effet qu'il peut exercer en permettant &#224; ceux qui souffrent de d&#233;couvrir la possibilit&#233; d'imputer leur souffrance &#224; des causes sociales et se sentir ainsi disculp&#233;s (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait d&#233;but&#233; par une citation de Bourdieu, selon laquelle le sociologue ne doit pas &#234;tre engag&#233;. Puis, il en vient &#224; dire qu'il ne faut pas que la sociologie permette de changer la soci&#233;t&#233;. Enfin, il lui donne l'objectif de consoler les pauvres ! En passant, il a transform&#233; l'exploit&#233; en exclus. On est pass&#233; d'une action d'une classe (l'exploitation) en un &#233;tat dont il faut prendre passivement la mesure : l'exclusion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons, &#233;crit Seguel-Boccare, penser la soci&#233;t&#233; en termes de groupes, de communaut&#233;s, de minorit&#233;s, plut&#244;t que de classes et penser les relations selon une dichotomie plus ouverte, entre &#233;ventuellement &#233;tablis et marginaux, moins vague et moins g&#233;n&#233;rale qu'entre dominants et domin&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mis &#224; part que l'opposition pr&#233;tendue entre &#171; &#233;tablis et marginaux &#187; n'a rien de &#171; moins vague &#187;, elle a l'int&#233;r&#234;t (ou le d&#233;faut, selon le point de vue o&#249; l'on se place) de ne pas s'attaquer aux &#171; dominants &#187;, et de proposer comme interpr&#233;tation objective une opposition au sein m&#234;me des travailleurs, entre ceux qui sont les plus pr&#233;caires et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seguel-Boccara r&#233;cuse les classes sociales :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsqu'on parle de classe moyenne, il est entendu que l'on se situe dans le cadre d'une analyse marxiste. Ce qui signifie qu'elle est d&#233;finie en fonction de la place que les individus qui la constituent ont dans le processus de production. Or, si nous avons constamment tent&#233; d'&#233;viter l'usage de ce terme lorsque ceci &#233;tait n&#233;cessaire et possible, c'est notamment en raison des limites &#233;troites dans lesquelles aussit&#244;t cette terminologie nous enfermait. Les individus ne se classent pas forc&#233;ment en fonction de ces crit&#232;res &#233;conomiques. Ce qui veut dire qu'ils n'agissent pas non plus seulement en fonction de ces classements. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au caract&#232;re de classe du pouvoir, Seguel-Boccara propose sa mani&#232;re de l'&#233;vacuer :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si l'on pr&#233;tend faire la sociologie d'une r&#233;volution, on ne peut faire l'impasse sur les diff&#233;rents m&#233;canismes d'exercice du pouvoir et sur ce que M. Foucault nomma &#171; micropouvoirs &#187;. Ses travaux ont sans doute le mieux montr&#233;, au travers de l'examen des m&#233;canismes punitifs, les m&#233;canismes de l'exercice du pouvoir. Ils conduisent bon gr&#233; mal gr&#233; &#224; &#233;vincer ou en tout cas &#224; &#233;viter les &#233;cueils de la pens&#233;e en termes de classes. Le pouoir, ou plut&#244;t les r&#233;seaux de pouvoir, dans la perspective de Foucault, conduisent &#224; percevoir les luttes dans une perspective s&#233;rielle, o&#249; des liaisons horizontales entre les diff&#233;rents points de lutte sont plus ais&#233;ment envisageables. C'est ce que M. Foucault nomme une &#171; microphysique du pouvoir &#187;. Nous devons penser la transversalit&#233; pour comprendre les alliances et les dissidences, et pas seulement durant les p&#233;riodes r&#233;volutionnaires. C'est parce que l'U.P n'avait pas pris en consid&#233;ration la nature socio-historique m&#234;me du peuple et des diff&#233;rents groupes le composant, dont elle se disait le porte-parole qu'elle se trouva, et ce d&#232;s les premiers mois, d&#233;pass&#233;e par ce m&#234;me peuple. (&#8230;) L'homme du peuple, ou bas peuple, ce qu'il voulait c'&#233;tait de devenir riche. Dans le contexte r&#233;volutionnaire, il fallait avant toute chose tuer l'image du riche, du nomio, avec tout ce que cela englobait. (&#8230;) Il fallait de m&#234;me d&#233;truire le statut du patron qui lui donnait ce regard et cette attitude arrogante et hautaine. (&#8230;) Casser du nomio ou du riche, c'&#233;tait &#231;a le sentiment g&#233;n&#233;ral. (&#8230;) La violence qui &#233;tait en train de prendre le pas, laissait derri&#232;re, &#224; chaque pas suppl&#233;mentaire accompli par l'U.P, l'harmonie et le consensus r&#233;gnant &#224; la fin des ann&#233;es soixante sur la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; un gouvernement r&#233;volutionnaire pour entamer les changements consid&#233;r&#233;s alors comme n&#233;cessaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie de ces sociologues-l&#224; est effectivement tr&#232;s loin de s'engager aux c&#244;t&#233;s du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, pas plus au Chili qu'ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 11 septembre 1973, la junte militaire pr&#233;sid&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Pinochet renversait le gouvernement de gauche du pr&#233;sident Salvador Allende et commen&#231;ait l'une des plus sanglantes r&#233;pressions que la gauche et la classe ouvri&#232;re aient eu &#224; souffrir ces derni&#232;res ann&#233;es. L'un des membres de cette junte, le g&#233;n&#233;ral d'aviation Augusto Leigh, expliquait froidement : &#171; Nous agissons ainsi, car c'est pr&#233;f&#233;rable qu'il y ait 100.000 morts en trois jours, et non un million en trois ans, comme en Espagne. &#187; La r&#233;f&#233;rence &#233;tait claire. Et l'objectif parfaitement d&#233;fini. L'un des premiers d&#233;crets de la junte fut d'ailleurs celui qui pronon&#231;ait la dissolution de toutes les organisations de gauche ainsi que la dissolution des syndicats. (&#8230;) Il n'y eut pas les 100.000 morts en trois jours annonc&#233;s par Leigh, mais il y en eut tout de m&#234;me 30.000 dans un pays de 10 millions d'habitants. A ces assassinats, il fallait ajouter ceux que l'on emprisonna dans les casernes, les commissariats, dans les stades, le plus souvent apr&#232;s qu'on les ait tortur&#233;s. Le commandant du stade &#171; Chile &#187; &#224; Santiago, qui regroupait de 5000 &#224; 7000 prisonniers, s'adressait ainsi aux prisonniers : &#171; Vous &#234;tes des prisonniers de guerre. Vous n'&#234;tes pas des Chiliens, mais des marxistes, des &#233;trangers. Aussi sommes-nous d&#233;cid&#233;s &#224; vous tuer jusqu'au dernier. En ce qui me concerne, je le ferais avec grand plaisir, avec une joie particuli&#232;re. Ne croyez pas que j'aurais des remords de conscience, si aucun de vous ne sort vivant de ce camp de prisonniers. &#187; Oui, la junte avait frapp&#233; fort et vite. Elle frappait surtout les pauvres, les travailleurs, les paysans. Les ouvriers &#233;taient les premiers vis&#233;s, mais aussi les paysans, comme en t&#233;moigne ce r&#233;cit publi&#233; dans le &#171; Nouvel Observateur &#187; qui montre que l'arm&#233;e ne l&#233;sinait pas sur les moyens : &#171; Trois mille soldats ont ratiss&#233; le secteur. Du haut des h&#233;licopt&#232;res, ils ont tir&#233; les paysans comme des lapins. L'aviation a fini le travail au napalm. Six jours apr&#232;s, c'&#233;tait fini. Il y a eu des centaines de victimes. &#187; (&#8230;) La bourgeoisie chilienne, grande, moyenne ou petite, faisait payer de cette mani&#232;re la grande peur qu'elle avait eue devant la mont&#233;e des gr&#232;ves, devant les nationalisations, devant la r&#233;forme agraire, applaudissant aux d&#233;bordements d'une soldatesque ivre de vengeance. Mais, derri&#232;re tout cela, il y avait un choix politique, un plan lucide des militaires et des milieux d'affaires. Ce choix, c'&#233;tait celui de briser la classe ouvri&#232;re, en lui interdisant toute possibilit&#233; de s'organiser. Les g&#233;n&#233;raux ne se contentaient pas d'interdire le Parti Socialiste, le Parti Communiste, le MAPU, le MIR ou la CUT (la centrale syndicale) : il ne leur suffisait d'emprisonner ou m&#234;me d'assassiner les dirigeants, les militants politiques. Il leur fallait s'attaquer &#224; l'ensemble de la classe ouvri&#232;re, &#233;liminer les plus d&#233;termin&#233;s, intimider les autres. Aux assassinats, aux tortures, aux emprisonnements s'ajout&#232;rent des licenciements. Il y en eut 300.000 dans les douze premiers mois de la dictature. Un travailleur chilien sur dix. Il y eut une v&#233;ritable mise en fiches de la classe ouvri&#232;re. Chaque employeur, chaque industriel ou commer&#231;ant devait envoyer une copie du certificat de travail de chacun de ses employ&#233;s aux autorit&#233;s militaires. Tout nouveau demandeur d'emploi devait remplir un questionnaire dans lequel il devait faire &#233;tat de ses ant&#233;c&#233;dents politiques. De fait, la junte mit en tutelle tout le pays. On expulsa de l'enseignement 40% des instituteurs et des professeurs de lyc&#233;e, 20 &#224; 30% des professeurs de l'enseignement sup&#233;rieur. Cette dictature a cr&#233;&#233; les conditions d'une surexploitation de la classe ouvri&#232;re chilienne. En quelques ann&#233;es, le pouvoir d'achat des salari&#233;s a &#233;t&#233; r&#233;duit de 40%. Le taux du ch&#244;mage a vite atteint 15 &#224; 20%. Des dizaines de milliers de ch&#244;meurs ont &#233;t&#233; contraints de prendre des emplois dans des travaux d'utilit&#233; publique, sorte d'ateliers nationaux, o&#249; ils ne touchaient que le tiers du minimum vital. (&#8230;) La d&#233;faite du prol&#233;tariat chilien est survenue par les m&#234;mes m&#233;canismes fondamentaux que ceux qui ont abouti &#224; la d&#233;faite du prol&#233;tariat italien en 1922, du prol&#233;tariat allemand en 1933 et du prol&#233;tariat espagnol en 1939. (&#8230;) Au milieu des ann&#233;es soixante, le d&#233;mocrate-chr&#233;tien Eduardo Frei, en se pr&#233;sentant aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1964, se d&#233;clara &#171; pr&#234;t &#224; rompre avec les forces traditionnelles &#187; et &#224; &#171; passer dans le camp populaire &#187;. &#171; Il faut, disait-il, mettre l'accent sur le mot r&#233;volution, parce que, aujourd'hui, il n'est plus temps de recourir &#224; l'&#233;volution. &#187; Tout cela ne l'emp&#234;chait d'ailleurs pas de recevoir, durant toute sa campagne, un million de dollars par mois des Etats-Unis. En 1964, Frei fut &#233;lu avec plus de 56% des voix. Le candidat de la gauche, Allende, en recueillit 39%. Frei faisait voter la loi de r&#233;forme agraire promise qui pr&#233;voyait l'expropriation des domaines au-dessus de 80 hectares. Dans les villes, et surtout dans les bidonvilles de leur p&#233;riph&#233;rie, il favorisait la cr&#233;ation de toutes sortes d'associations. Dans la classe ouvri&#232;re, mais aussi dans les campagnes, la lib&#233;ralisation du droit syndical s'accompagnait d'un accroissement consid&#233;rable du nombre de syndiqu&#233;s. En 1967, le gouvernement Frei n&#233;gociait avec les trusts am&#233;ricains du cuivre le rachat de 51% de leurs actifs. C'&#233;tait la &#171; chil&#233;nisation &#187; du cuivre promise. Mais les limites de sa politique apparurent rapidement. La tentative de desserrer l'emprise am&#233;ricaine sur le cuivre aboutit au r&#233;sultat inverse. L'Etat chilien accepta d'indemniser les trusts am&#233;ricains bien au-del&#224; de la valeur de leurs biens. Et payer au prix fort tout cela, cela voulait dire pour l'Etat chilien s'endetter encore plus. L'inflation se d&#233;veloppait. Le ch&#244;mage grandissait. Et Frei se heurta &#224; l'agitation des couches sociales qu'il avait tent&#233; de s&#233;duire, ou au moins de calmer. Dans la classe ouvri&#232;re, les mouvements de gr&#232;ve se multipli&#232;rent. D&#232;s octobre et novembre 1965, les mines de cuivre &#233;taient paralys&#233;es pendant plus d'un mois, malgr&#233; l'instauration de l'&#233;tat d'urgence et l'arrestation des dirigeants syndicaux. En mars 1966, l'arm&#233;e tirait sur les mineurs en gr&#232;ve &#224; El Salvador, faisant dix morts et plus de 60 bless&#233;s. Le d&#233;tachement militaire &#233;tait command&#233; par un certain colonel Pinochet. L'agitation gagna aussi les bidonvilles. A Puerto Montt, dans le sud du pays, en 1969, l'intervention des carabiniers contre des sans-logis qui occupaient ill&#233;galement un terrain, fit sept morts. Dans la capitale m&#234;me, &#224; Santiago, &#224; la fin du mandat de Frei, des sans-logis s'installaient sur des terrains promis &#224; la sp&#233;culation immobili&#232;re. Dans les campagnes, l'impatience devant la lenteur de la r&#233;forme agraire se d&#233;veloppait. Et en 1970, les occupations de grandes propri&#233;t&#233;s se comptaient par centaines. M&#234;me l'arm&#233;e revendiquait. En octobre 1969, un r&#233;giment de blind&#233;s occupait sa caserne, &#224; Tacna, et exigeait une augmentation des commandes d'armement et des soldes. C'est dans une situation de relative agitation populaire qu'eurent lieu les &#233;lections pr&#233;sidentielles de novembre 1970. Ce fut le candidat de l'Unit&#233; Populaire, Salvador Allende, qui arriva en t&#234;te. L'Unit&#233; Populaire s'&#233;tait form&#233;e en 1969 de l'alliance du Parti Communiste, le parti le plus implant&#233; dans la classe ouvri&#232;re, qui dirigeait la conf&#233;d&#233;ration syndicale unique, la CUT ; du Parti Socialiste qui avait d&#233;j&#224;, &#224; la fois une longue exp&#233;rience de participation minist&#233;rielle et une phras&#233;ologie tr&#232;s r&#233;volutionnaire ; du Parti Radical &#8211; ou du moins ce qui restait de cet ancien parti des classes moyennes qui avait fondu au profit de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Et puis, il y avait aussi le MAPU, scission de gauche des d&#233;mocrates chr&#233;tiens. Enfin, deux petits partis du centre. Le programme de l'Unit&#233; Populaire &#233;tait radical dans le ton, d&#233;non&#231;ant vigoureusement le pillage du pays, l'exploitation des masses populaires, stigmatisant le r&#233;formisme &#171; incapable de r&#233;soudre les probl&#232;mes du peuple &#187; et pr&#233;conisant &#171; les transformations r&#233;volutionnaires dont le pays avait besoin. &#187; Mais, s'engageant &#224; achever rapidement la r&#233;forme agraire de Frei, &#224; nationaliser les mines de cuivre, ce programme restait pratiquement identique &#224; celui de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Les quarante mesures &#224; prendre allaient du contr&#244;le des prix et de l'inflation &#224; la distribution d'un demi-litre de lait par jour aux enfants, en passant par des augmentations de salaire, la m&#233;decine gratuite et des logements corrects. Les libert&#233;s d&#233;mocratiques &#171; devaient &#234;tre &#233;tendues &#187;, une nouvelle constitution devait &#233;tablir une assembl&#233;e du peuple unique comme organe supr&#234;me du pouvoir. Salvador Allende, repr&#233;sentant du Parti Socialiste, &#233;tait un vieux routier du Parlement : n&#233; en 1908, Salvador Allende &#233;tait issu d'une famille de tradition radicale et franc-ma&#231;onne. (&#8230;) Ministre de la Sant&#233; &#224; 30 ans dans le gouvernement de Front Populaire en 1938, s&#233;nateur depuis 1945 et pr&#233;sident du S&#233;nat depuis 1968. (&#8230;) Le 24 octobre 1970, Allende &#233;tait proclam&#233; pr&#233;sident par l'immense majorit&#233; du congr&#232;s : 153 voix contre 35% &#224; Alessandri et 7 abstentions. C'est donc de la quasi-totalit&#233; de la classe politique qu'Allende tenait son pouvoir. (&#8230;) Le 5 novembre, Allende affirmait dans son discours inaugural : &#171; C'est la victoire des travailleurs. &#187; (&#8230;) Le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire acc&#233;l&#233;ra le rythme de la r&#233;forme agraire, mais il s'en tint aux cadres d&#233;finis par Frei. En ce qui concerne les banques, l'industrie et le commerce, le gouvernement d'Unit&#233; Populaire, conform&#233;ment &#224; son programme, s'employa d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir &#224; nationaliser les grandes entreprises &#233;trang&#232;res ou chiliennes qui lui paraissaient d&#233;cisives pour le contr&#244;le de l'&#233;conomie. Mais il s'agissait souvent de racheter les actions au prix fort. Il fit adopter par le Parlement la nationalisation des mines de cuivre. Aucun parti ne voulut voter contre, et la loi fut donc adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233;, le 11 juillet 1971. Ce fut la seule loi nouvelle importante qu'Allende obtint du Parlement, o&#249; la majorit&#233; appartenait &#224; l'opposition de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne et du Parti National. (&#8230;) Allende estima &#224; 774 millions de dollars les b&#233;n&#233;fices excessifs r&#233;alis&#233;s. Une fois ceux-ci d&#233;duits des indemnit&#233;s dues par l'Etat chilien, il restait 310 millions de dollars dus par Kennecott au gouvernement chilien 68 millions de dollars dus par Anaconda. Toutefois, Allende reprenait les dettes &#224; son compte : 700 millions de dollars. Cela n'emp&#234;cha pas les compagnies et le gouvernement des Etats-Unis de pousser les hauts cris. Dans toutes les entreprises nationalis&#233;es, dans APS (le secteur de la propri&#233;t&#233; sociale), le gouvernement instaura un syst&#232;me de participation des travailleurs &#224; la gestion de l'entreprise. Car pour l'Unit&#233; Populaire, le gros probl&#232;me, c'&#233;tait d'augmenter la production. Dans les entreprises nationalis&#233;es, les cadences furent augment&#233;es. Finalement, fin 1971, le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire a plac&#233; sous son contr&#244;le la quasi-totalit&#233; des ressources mini&#232;res : cuivre, nitrate, charbon, ainsi que la sid&#233;rurgie. Il contr&#244;lait &#233;galement 90% du secteur financier et bancaire, 80% des exportations et 55% des importations. En 1971, la production int&#233;rieure augmenta de 8,5% alors qu'elle stagnait &#224; la fin du gouvernement Frei. Sur le plan social, en dehors de l'attribution gratuite d'un demi-litre de lait quotidien &#224; chaque enfant qui fut l'une des mesures les plus populaires, les salaires furent augment&#233;s de 35% (correspondant &#224; la hausse du co&#251;t de la vie en 1970) pour les employ&#233;s, 70% pour les militaires et les fonctionnaires, 100% pour les ouvriers et les paysans. Pr&#232;s de 200.000 emplois furent cr&#233;&#233;s en un an. Par ailleurs, les prix furent bloqu&#233;s. L'augmentation des prix, qui atteignait 35% en 1970, tomba &#224; 20%, et le ch&#244;mage dans le grand Santiago passa de 8,3% fin 1970 &#224; 3,8% fin 1971. D&#232;s mars 1971, les r&#233;sultats des &#233;lections municipales constitu&#232;rent un premier succ&#232;s puisque l'Unit&#233; Populaire y recueillit la majorit&#233; absolue, 50,9% des voix exactement. Pourtant, Allende et l'Unit&#233; Populaire ne s'appuy&#232;rent pas sur les premiers succ&#232;s pour pousser leur avantage. Bien au contraire. L'Unit&#233; Populaire renon&#231;a &#224; briser la r&#233;sistance du Parlement en utilisant la voie du r&#233;f&#233;rendum pour op&#233;rer les nationalisations et la r&#233;vision de la constitution. La promesse d'une assembl&#233;e unique et de la r&#233;forme des institutions fut abandonn&#233;e. Allende respecta sa promesse de ne pas toucher aux fonctionnaires d'une administration d&#233;mocrate-chr&#233;tienne ou de droite qui lui &#233;tait hostile. Il respecta &#233;galement le pouvoir judiciaire. Apr&#232;s avoir sign&#233; un projet de loi destin&#233; &#224; mettre sur pied des tribunaux de quartiers et avoir demand&#233;, fin janvier 1971, au Parlement d'en discuter d'urgence, il retira finalement d&#233;but mars le projet, devant le toll&#233; qu'il suscita de la part de la droite. Et alors que la Cour Supr&#234;me refusa d&#233;but janvier la lev&#233;e de l'immunit&#233; parlementaire d'un s&#233;nateur compromis dans le complot qui aboutit &#224; l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Schneider. Allende (&#8230;) ordonna de faire effacer toutes les inscriptions murales hostiles &#224; la Cour Supr&#234;me que les militants de gauche, indign&#233;s, d&#233;non&#231;aient avec vigueur. La police elle-m&#234;me est rest&#233;e intacte. Cela signifiait tout simplement que la police et la justice poursuivaient leur travail habituel, intervenant en d&#233;fendant des propri&#233;taires contre les paysans qui occupaient les terres ou les ouvriers qui occupaient leurs usines, expulsant, condamnant, incarc&#233;rant par dizaines les gens du peuple. C'est ainsi que le 22 octobre 1971, les bandes arm&#233;es des propri&#233;taires attaqu&#232;rent les paysans qui occupaient un de leurs domaines. Ils ouvrirent le feu, tu&#232;rent un paysan, militant du MIR, une organisation d'extr&#234;me-gauche castriste, qui ne faisait pas partie de l'Unit&#233; Populaire, mais soutenait le gouvernement, ils en bless&#232;rent d'autres et parvinrent &#224; d&#233;loger les paysans. Lors des obs&#232;ques du paysan assassin&#233;, le dirigeant du MIR, Miguel Enriquez raconta : &#171; Trois carabiniers pr&#234;t&#232;rent main forte aux propri&#233;taires ; le gouverneur (&#8230;) fut appel&#233; trois fois dans l'espoir qu'il s'entremettrait. Mais il n'en fit rien, il s'abstint, il ne bougea pas. Il accepta que les propri&#233;taires tiraillent pendant trois heures contre les paysans (&#8230;) Un paysan a &#233;t&#233; assassin&#233;, et le ministre de l'Int&#233;rieur, apr&#232;s avoir laiss&#233; faire des heures, en profita pour condamner les occupations des grands domaines par les paysans. &#187; En ce qui concerne l'arm&#233;e, le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire fit tous ses efforts pour convaincre l'&#233;tat-major que l'Unit&#233; Populaire ne lui voulait que du bien. Les achats de mat&#233;riel militaire aux Etats-Unis pass&#232;rent de 3,2 millions de dollars en 1970 &#224; 13,5 millions de dollars en 1972. C'est d'ailleurs bien le seul domaine o&#249; l'aide am&#233;ricaine ne fut pas r&#233;duite. Les officiers continu&#232;rent &#224; faire des stages aupr&#232;s des instructeurs nord-am&#233;ricains, les man&#339;uvres conjointes entre l'arm&#233;e am&#233;ricaine et l'arm&#233;e chilienne dans le cadre des pactes militaires furent maintenus, etc. On confia aux officiers sup&#233;rieurs des postes de responsabilit&#233;s dans les conseils d'administration de dizaines d'entreprises d'Etat, dans les mines, dans le complexe de l'acier, &#224; la commission de l'&#233;nergie nucl&#233;aire, au conseil de la recherche et du d&#233;veloppement scientifique, etc&#8230; Par contre, rien ne fut tent&#233; pour s'adresser aux soldats ou aux sous-officiers. Au contraire, le minist&#232;re de la D&#233;fense, un radical, RIos Valdivia, affirma d'embl&#233;e la couleur : &#171; je ne permettrai pas que les partis politiques s'introduisent dans les rangs des Forces Arm&#233;es, quelles que soient les circonstances. &#187; Le journal du MIR, &#171; El Rebelde &#187;, fut saisi en septembre 1971 pour avoir r&#233;clam&#233; des droits d&#233;mocratiques pour les soldats. Promis dans le programme de l'Unit&#233; Populaire qui incluait le droit de vote pour les soldats et les sous-officiers, ils ne furent jamais octroy&#233;s. Seuls les officiers conserv&#232;rent le droit de voter. Sous pr&#233;texte que l'arm&#233;e devait rester apolitique, les partis de l'Unit&#233; Populaire s'abstinrent de toute tentative d'organiser et de se rallier les soldats. Carlos Altamirano, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti Socialiste, reconna&#238;t d'ailleurs fort justement : &#171; Socialement, l'apolitisme de l'arm&#233;e est un ph&#233;nom&#232;ne &#224; sens unique. Dans la mesure o&#249; il dresse une muraille face &#224; toute influence id&#233;ologique de la gauche, il la livre sans contre-poids aux id&#233;es r&#233;actionnaires. &#187; (&#8230;) Allende ne tarissait pas de flatteries &#224; l'&#233;gard de l'arm&#233;e : &#171; Nous sommes fiers du r&#244;le rempli par nos Forces Arm&#233;es. La caract&#233;ristique majeure des Forces Arm&#233;es du Chili a &#233;t&#233; l'ob&#233;issance au pouvoir civil, l'acceptation sans conteste de la volont&#233; populaire exprim&#233;e aux &#233;lections, l'acceptation des lois du Chili, de la constitution chilienne. Et il est de ma volont&#233; et de celle de l'Unit&#233; Populaire d'assurer le maintien de la conscience professionnelle des Forces Arm&#233;es. &#187; Il se d&#233;fendit vigoureusement de la &#171; calomnie qu'on a voulu propager &#187; que le gouvernement tol&#233;rait la formation des groupes arm&#233;s. &#171; Je l'ai dit, je le soutiens et je le r&#233;affirme : le gouvernement populaire s'est engag&#233; &#8211; et il faut tenir parole face au pays &#8211; &#224; ce qu'il n'y ait pas d'autre force arm&#233;e au Chili que celle des institutions, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e de terre, la marine, l'aviation et les forces de police. Le peuple n'a pas besoin d'un autre moyen de d&#233;fense que son unit&#233; et son respect envers les Forces Arm&#233;es de la Patrie. &#187; D&#232;s le d&#233;but, il est visible qu'Allende, non seulement tient &#224; se montrer parfaitement respectueux des forces arm&#233;es, mais compte sur elles pour ma&#238;triser l'ordre et d&#233;fendre son propre pouvoir. En juin 1971, &#224; la suite de l'assassinat, par un petit groupe terroriste de l'ancien ministre de l'Int&#233;rieur d&#233;mocrate chr&#233;tien, responsable de r&#233;pression f&#233;roce sous le gouvernement Frei, il proclama &#224; Santiago, pour la premi&#232;re fois, l'&#233;tat d'urgence qui consistait &#224; donner des pouvoirs de police exceptionnels aux militaires, car il craignait des troubles de la part de l'opposition. Le chef de la garnison de Santiago s'empressa de r&#233;pondre de sa fid&#233;lit&#233; au gouvernement : &#171; Pr&#233;sident, l'arm&#233;e r&#233;pond du contr&#244;le de la situation. Et vous pouvez &#234;tre assur&#233; de sa discipline. Le premier colonel qui bouge, je l'abats moi-m&#234;me. &#187; Ce g&#233;n&#233;ral s'appelait Augusto Pinochet. Il est significatif que, d&#232;s le d&#233;but, &#224; la premi&#232;re difficult&#233;, par peur d'affrontements sociaux qui n'existaient pas vraiment encore, Allende se soit empress&#233; de recourir &#224; l'&#233;tat d'urgence, c'est-&#224;-dire &#224; se r&#233;fugier derri&#232;re l'autorit&#233; de l'arm&#233;e, de faire d'elle l'unique sauveur possible. (&#8230;) D&#232;s d&#233;cembre 1971, la droite fit descendre ses troupes dans la rue, lors de la manifestation dite des &#171; casseroles vides &#187;. Une dizaine de milliers de femmes des beaux quartiers manifest&#232;rent, leurs casseroles vides &#224; la main, pour protester contre les difficult&#233;s d'approvisionnement qui n'&#233;taient encore que mineures et ne les touchaient pas : elles pouvaient toujours recourir au march&#233; noir. Les femmes &#233;taient encadr&#233;es par les groupes de choc de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;, une organisation fasciste. Allende proclama &#224; nouveau l'&#233;tat d'urgence. Le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire avait cherch&#233; &#224; s&#233;duire les classes moyennes, mais il n'a pas fallu longtemps &#224; celles-ci pour comprendre que (&#8230;) l'Unit&#233; Populaire &#233;tait d'autant plus timor&#233;e, prudente et l&#226;che dans ses actes qu'elle &#233;tait r&#233;volutionnaire en paroles. (&#8230;) Force est de constater que l'Unit&#233; Populaire a davantage tent&#233; de renforcer et de satisfaire une couche de paysans moyens que de satisfaire les plus pauvres. Le r&#233;sultat, c'est que ceux-ci s'agit&#232;rent, r&#233;clam&#232;rent une r&#233;forme plus radicale, tandis que les paysans b&#233;n&#233;ficiaires de la r&#233;forme n'en &#233;taient pas toujours reconnaissants &#224; l'Unit&#233; Populaire et songeaient d'abord &#224; leurs propres int&#233;r&#234;ts en se livrant au march&#233; noir. (&#8230;) L'incapacit&#233; de l'Unit&#233; Populaire d'emp&#234;cher le d&#233;veloppement du chaos &#233;conomique &#233;tait en fait une incapacit&#233; politique &#224; se faire craindre des poss&#233;dants, grands et petits. Elle ne voulut pas contraindre, sous menace d'expropriation, les capitalistes &#224; investir, elle ne les emp&#234;cha pas de mettre leurs capitaux &#224; l'abri &#224; l'&#233;tranger, elle ne voulut pas se donner les moyens de juguler le march&#233; noir. Il aurait fallu, pour mettre la bourgeoisie hors d'&#233;tat de nuire, s'appuyer r&#233;solument sur la mobilisation des classes populaires. Allende ne voulait pas de cette guerre de classe. Il voulait effectuer certaines r&#233;formes dans le cadre du syst&#232;me, ce qui &#233;tait impossible. Le simple fait d'avoir augment&#233; les salaires entra&#238;nait la paralysie de l'&#233;conomie dont la structure n'&#233;tait pas destin&#233;e &#224; satisfaire les besoins des couches populaires. Et sans une action r&#233;volutionnaire, &#233;nergique contre les int&#233;r&#234;ts particuliers de la bourgeoisie, sans la prise en mains de l'ensemble de l'&#233;conomie, Allende ne pouvait ni enrayer le chaos &#233;conomique, ni emp&#234;cher les classes moyennes de se dresser de plus en plus r&#233;solument contre un gouvernement qui paraissait, lui, irr&#233;solu et incapable. C'est dire que ce n'est pas la crise &#233;conomique qui a perdu Allende mais bien sa politique qui refusait de s'appuyer sur la force de la classe ouvri&#232;re et des classes pauvres pour briser la r&#233;sistance des poss&#233;dants. Autant dire que la droite en profita &#224; fond avec de plus en plus d'audace. (&#8230;) Dans l'arm&#233;e, une nouvelle tentative de coup d'Etat fut d&#233;jou&#233;e en mars 1972, et on apprit qu'un officier consid&#233;r&#233; comme loyaliste, le g&#233;n&#233;ral Canales, y &#233;tait impliqu&#233;. Il fut mut&#233;, mais conserva son grade. C'est &#224; cette p&#233;riode qu'Allende trouva bon de faire entrer un militaire dans son cabinet avec le portefeuille des Mines. Le comit&#233; central du Parti socialiste, en mars 1972, d&#233;clara : &#171; Expliquer que le rapport de forces actuel peut permettre un d&#233;veloppement stable, de longue dur&#233;e et tranquille du processus r&#233;volutionnaire rel&#232;ve moins de l'ing&#233;nuit&#233; que d'une position r&#233;formiste et aventuriste (&#8230;) Si la r&#233;volution implique, &#224; telle ou telle &#233;tape, un affrontement violent, la position correcte n'est pas de refuser la r&#233;volution au nom du moindre co&#251;t, mais d'aborder de fa&#231;on organis&#233;e l'affrontement. &#187; Le PS chilien &#233;tait donc conscient de la situation. Cela ne le rend que plus coupable de n'avoir fait que des d&#233;clarations. (&#8230;) Le 12 mai, la droite appelait &#224; une manifestation &#171; pour la libert&#233; &#187; &#224; Valparaiso. La CUT, le MIR, les partis de gauche locaux appel&#232;rent cette fois &#224; une contre-manifestation le jour m&#234;me. Alors que la manifestation de droite fut autoris&#233;e, celle de gauche fut interdite. Le pr&#233;sident lui-m&#234;me intervint pour la d&#233;commander. En fait, elle eut tout de m&#234;me lieu, et la police l'attaqua violemment. Un &#233;tudiant fut tu&#233; par balle et un p&#234;cheur, militant du MAPU, poursuivi par la police dans un immeuble et jet&#233; par une fen&#234;tre, restera paralys&#233; &#224; vie. Il y eut une quarantaine de bless&#233;s. Dans ce contexte de difficult&#233;s &#233;conomiques croissantes et de provocations incessantes de la droite, la population laborieuse se mobilisait de plus en plus et cherchait les moyens d'imposer sa volont&#233;. Les gr&#232;ves se multipliaient. Il y eut dix fois plus de gr&#233;vistes dans l'industrie priv&#233;e en mai 1972 qu'en mai 1971. Les occupations d'entreprises se multipliaient aussi, avec pour objectif que le gouvernement intervienne pour les placer dans le secteur public (l'APS) afin d'&#233;viter des licenciements ou leur fermeture, y compris quand il s'agissait d'entreprises auxquelles le gouvernement n'avait pas l'intention de toucher. Et le gouvernement se laissait souvent forcer la main. C'est en juin 1972 que se forma le premier cordon industriel Cerillos-Maipu. Cerillos &#233;tait le principal faubourg industriel de Santiago, comprenant deux cent cinquante usines et 46.000 ouvriers. El Maipa, une r&#233;gion agricole qui le jouxte. Les paysans occup&#232;rent plus de cent cinquante domaines et r&#233;clam&#232;rent la nationalisation de tous les domaines de la province de Santiago, furieux qu'ils &#233;taient que quarante-quatre d'entre eux aient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s par la justice pour avoir occup&#233; un vaste domaine que le gouvernement pr&#233;voyait d'exproprier. Dans la zone industrielle, plusieurs conflits et gr&#232;ves &#233;taient en cours, et une manifestation unique des paysans et des ouvriers des faubourgs eut lieu devant le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Les travailleurs se donn&#232;rent une organisation r&#233;unissant les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes usines, qui adopta un programme &#224; la fois radical et concret pour faire face aux probl&#232;mes de l'heure. Dans ce programme, ils affirmaient &#171; soutenir le gouvernement dans la mesure o&#249; il exprimait les luttes et la mobilisation des travailleurs. &#187; Mais ils r&#233;clamaient l'expropriation de toutes les entreprises pr&#233;vues dans le programme de l'Unit&#233; Populaire et de tous les patrons qui boycottaient l'&#233;conomie ou qui ne remplissaient pas leurs engagements vis-&#224;-vis des travailleurs ; le contr&#244;le sur l'ensemble des entreprises, exerc&#233; par des conseils ouvriers &#233;lus et r&#233;vocables par les travailleurs eux-m&#234;mes ; des augmentations de salaire automatiques chaque fois que le co&#251;t de la vie augmente de 5%. Ils affirmaient qu'il fallait se d&#233;barrasser des bourgeois qui avaient trouv&#233; refuge dans les tribunaux et au parlement. Ils demandaient la cr&#233;ation d'un organisme national de la construction, des pauvres et des ch&#244;meurs ; enfin le remplacement du Parlement bourgeois par une Assembl&#233;e du peuple. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; la mobilisation populaire se d&#233;veloppait qu'Allende d&#233;cida en juin 1972 de reculer, expliquant, tout comme le Parti communiste, que pour enrayer la crise il fallait une pause pour consolider l'alliance avec les classes moyennes. (&#8230;) Le gouvernement, remani&#233; pour appliquer la pause, prit des d&#233;crets restituant aux patrons des entreprises occup&#233;es par les travailleurs et demanda aux carabiniers de les faire appliquer. L'accent fut mis plus que jamais sur la &#171; bataille de la production &#187;. (&#8230;) Le 5 ao&#251;t, sous pr&#233;texte de faire une perquisition pour rechercher quelqu'un dans un bidonville, celui de la Hermida, tenu par le MIR : &#171; A six heures un quart du matin, arriv&#232;rent au camp trente deux camionnettes des Renseignements, quatre bus du Groupe Mobile, deux blind&#233;s, deux camions de transports de chevaux et trois ambulances. Ils coup&#232;rent l'&#233;lectricit&#233; du secteur et avec une camionnette &#224; hauts parleurs, ils nous appelaient &#224; sortir dans la rue pour d&#233;fendre le gouvernement populaire qui avait &#233;t&#233; renvers&#233;. Les pobladores commenc&#232;rent &#224; sortir dans les rues sombres ; &#224; ce moment, la police tirant des feux de bengale qui &#233;clairaient quelque peu le secteur se mit &#224; mitrailler les pobladores. Ils entraient dans les maisons, donnant des coups de pieds, criaient que les dirigeants devaient se rendre et continuaient de tirer. &#187; En ao&#251;t, le gouvernement releva les prix (&#8230;) D'un jour &#224; l'autre, les prix augment&#232;rent de 60%, 90%, 150%, voire plus. Cela suscita la panique, une extension du march&#233; noir. Les boutiques &#233;taient vides et les commer&#231;ants se mirent en gr&#232;ve. (&#8230;) &#171; Le ministre de l'Economie, Carlos Matus, socialiste, annon&#231;a qu'on ferait valoir la loi de s&#251;ret&#233; interne de l'Etat envers les commer&#231;ants qui n'auraient pas ouvert dans la demi-heure. (&#8230;) Les bandes de paramilitaires et d'extr&#234;me-droite de Patria y Libertad avaient pris la rue d'assaut et emp&#234;chaient les autorit&#233;s d'agir. (&#8230;) Vers huit heures, (&#8230;) Allende &#233;tait en r&#233;union avec les chefs du commerce (&#8230;) en leur promettant de n'appliquer aucune sanction (&#8230;) Ceux de Patria y Libertad ont incendi&#233; des cars, ont entour&#233; la maison du ministre du Travail, qu'ils ont frapp&#233; &#224; coups de b&#226;tons et injuri&#233;. (&#8230;) Et, comble de tout, ils ont tu&#233; deux paysans socialistes. Mais lundi, bien entendu, tous les interpell&#233;s &#233;taient rel&#226;ch&#233;s. &#187; C'est dire &#224; quel point les reculs du gouvernement, sa l&#226;chet&#233;, non seulement ne lui ralliait pas les classes moyennes, mais encourageait leurs violences. Un nouveau coup d'&#233;tat &#233;tait en pr&#233;paration. Et, cette fois-ci le g&#233;n&#233;ral Canales qui en tirait les ficelles fut effectivement mis &#224; la retraite. (&#8230;) Le 4 septembre, anniversaire de la victoire d'Allende, se d&#233;roula une immense manifestation populaire de 800.000 &#224; un million de personnes, m&#233;contentes du gouvernement mais d&#233;cid&#233;es &#224; le soutenir contre la violence de la droite. Une pancarte significative : &#171; Le gouvernement est une merde, mais c'est le mien et je le d&#233;fend &#187;. (&#8230;) Le 10 octobre, au cours d'une manifestation de pr&#232;s de 300.000 personnes, les dirigeants de la droite lanc&#232;rent un appel &#224; &#171; lutter par tous les moyens &#187; contre le gouvernement accus&#233; d'ill&#233;galit&#233;. D&#232;s le lendemain, la corporation des transporteurs routiers d&#233;cid&#233; d'une gr&#232;ve illimit&#233;e. Les commer&#231;ants de d&#233;tail, les m&#233;decins, les architectes, les avocats, les employ&#233;s de banque, les propri&#233;taires des moyens de transport en commun, bref toutes les associations professionnelles des classes moyennes leur embo&#238;t&#232;rent le pas. (&#8230;) Mais l'offensive de la droite et des classes poss&#233;dantes suscita une profonde r&#233;action des classes populaires. (&#8230;) Des comit&#233;s d'autod&#233;fense et de vigilance se mirent en place. Pour assurer toutes les t&#226;ches, des cordons industriels surgirent dans les principales banlieues industrielles de Santiago, form&#233;s de repr&#233;sentants de toutes les entreprises (&#8230;) Les travailleurs avaient pris des initiatives qui d&#233;bordaient les consignes de la CUT et du gouvernement. (&#8230;) La classe ouvri&#232;re prenait conscience de sa force. (&#8230;) Le gouvernement avait, d&#232;s les premiers jours, proclam&#233; une nouvelle fois l'&#233;tat d'urgence. Le pouvoir civil &#233;tait transf&#233;r&#233; aux militaires. Et Allende laissa passer une loi sur le contr&#244;le des armes vot&#233;e par la droite. Cette loi permettait aux militaires, sous le contr&#244;le du sous-secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense, d'aller, suite &#224; une simple d&#233;nonciation, perquisitionner n'importe o&#249; et chez n'importe qui pour r&#233;cup&#233;rer les armes d&#233;tenues ill&#233;galement. (&#8230;) Dans la semaine qui suivit, la contre-offensive ouvri&#232;re l'emportait sur la gr&#232;ve patronale, et chaque jour qui passait renfor&#231;ait la confiance de la classe ouvri&#232;re en elle-m&#234;me. (&#8230;) Mais le gouvernement n'avait qu'une h&#226;te : le retour au calme. Il s'agissait non pas de permettre &#224; la classe ouvri&#232;re de pousser jusqu'au bout son avantage ; mais de mettre fin, le plus vite possible, &#224; la mobilisation. Il se fit d'autant plus conciliant avec la droite. Il promit aux camionneurs qu'aucune sanction ne serait prise contre les gr&#233;vistes, que les droits des petits et moyens bourgeois seraient garantis, et que des entreprises, occup&#233;es par les travailleurs, seraient rendues &#224; leurs propri&#233;taires. Enfin, en accord avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne, il fit entrer, le 3 novembre, les trois principaux g&#233;n&#233;raux au gouvernement, dont le g&#233;n&#233;ral Prats, commandant en chef de l'arm&#233;e, qui devint ministre de l'Int&#233;rieur. Ainsi, face &#224; l'exacerbation de la lute de classe, Allende se servait de l'arm&#233;e comme arbitre. Il fit &#233;galement entrer au gouvernement le pr&#233;sident et le secr&#233;taire de la CUT. Le 6 novembre, la gr&#232;ve s'arr&#234;ta. Le Parti Communiste approuva la d&#233;cision d'Allende. &#171; El Siglo &#187;, le quotidien du PC &#233;crivait : &#171; Le peuple chilien a raison de faire une confiance totale aux Forces Arm&#233;es de la patrie et &#224; la conduite strictement professionnelle qui les distingue. &#187; La t&#226;che du nouveau cabinet &#233;tait d'endiguer le mouvement populaire, de ramener l'ordre et d'accomplir la promesse faite par Allende de rendre les usines &#224; leurs anciens propri&#233;taires. (&#8230;) Depuis octobre, dans une centaine d'entreprises, les travailleurs r&#233;clamaient leur int&#233;gration au secteur nationalis&#233;. Le nouveau gouvernement, lui, d&#233;cida d'en rendre imm&#233;diatement une vingtaine &#224; leurs propri&#233;taires. Mais les travailleurs n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; rendre les usines. Menac&#233;s d'expulsion par les tribunaux, mais prot&#233;g&#233;s par la solidarit&#233; de leur cordon industriel, ils se refus&#232;rent &#224; &#233;vacuer les entreprises, d&#233;cid&#233;s &#224; rester fermes jusqu'au bout. De leur c&#244;t&#233;, les propri&#233;taires, encourag&#233;s par les promesses du gouvernement, s'adressaient aux tribunaux pour r&#233;cup&#233;rer des usines qui &#233;taient d&#233;j&#224; plac&#233;es sous le contr&#244;le du gouvernement. En janvier 1973, Milas, le ministre des Finances (communiste) pr&#233;senta un projet de loi pr&#233;voyant de rendre quarante-trois entreprises &#224; leurs propri&#233;taires, et, pour cent vingt trois autres entreprises, d&#233;j&#224; sous le contr&#244;le de l'Etat ou autog&#233;r&#233;es depuis octobre, la mise en place d'une commission qui d&#233;ciderait et pourrait rendre aux patrons les entreprises consid&#233;r&#233;es non strat&#233;giques. Le plan Milas d&#233;clencha la col&#232;re des travailleurs et les 25 et 26 janvier, la zone du cordon de Cerillos-Maipu se h&#233;rissa de barricades symboliques. Milas dut retirer son projet de loi. En ce qui concerne les probl&#232;mes de ravitaillement, la population laborieuse, les JAP des quartiers pauvres (organisation de masse pour l'approvisionnement et contre les hausses de prix) r&#233;clamaient l'&#233;tablissement de cartes de rationnement et le droit de continuer &#224; distribuer eux-m&#234;mes les denr&#233;es. Des magasins populaires avaient &#233;t&#233; organis&#233;s en octobre et avaient d&#233;montr&#233; leur efficacit&#233;. Le ministre de l'Economie, Fernando Flores, se d&#233;clara publiquement en faveur de la carte de rationnement. La r&#233;action de la droite fut vigoureuse. Non seulement Flores dut faire marche arri&#232;re, mais Allende chargea le 21 janvier un militaire, le g&#233;n&#233;ral Bachelet, assist&#233; de quatre autres officiers sup&#233;rieurs, de s'occuper de la distribution. La politique du gouvernement &#233;tait de freiner le mouvement populaire. Les partis de gauche s'en rendaient compte, mais ne voulaient pas rompre leur solidarit&#233; avec lui. En fait, tous les partis, de la droite &#224; l'extr&#234;me-gauche n'avaient qu'une seul souci : le r&#233;sultat des l&#233;gislatives du mois de mars. Y compris le MIR qui soutint le PS dans ces &#233;lections. Le Parti National et la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne avaient pour objectif d'obtenir la majorit&#233; des deux tiers au Parlement afin de pouvoir renverser Allende. Mais le 4 mars 1973, l'Unit&#233; Populaire obtint pr&#232;s de 44% des voix et doubla son nombre de repr&#233;sentants au Congr&#232;s. La droite avait perdu son pari. A partir de mars 1973, les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent. Appel&#233;s au secours par la droite, utilis&#233;s par la gauche comme b&#233;quille &#224; chaque crise, les militaires se convainquirent qu'eux seuls pouvaient sauver le pays du chaos, et plut&#244;t que de le sauver &#171; &#224; la petite semaine &#187;, en s'&#233;vertuant sous les quolibets de la droite, &#224; accomplir les basses besognes d'un gouvernement impuissant, autant le sauver une bonne fois pour toutes en tirant gloire et profits. C'est &#224; cette &#233;poque que Pinochet et d'autres officiers g&#233;n&#233;raux d&#233;cid&#232;rent de pr&#233;parer le plan du coup d'Etat. (&#8230;) En fait, il &#233;tait &#233;vident qu'un nouveau putsch se pr&#233;parait et le gouvernement eut confirmation, fin mai, d'un projet de coup d'Etat pour le 27 juin. Face &#224; cette nouvelle offensive des patrons, de la droite, aux attaques fascistes, les cordons industriels et les organisations populaires se mobilisent de nouveau pour combattre le march&#233; noir, assurer le ravitaillement, mettre sur pied des groupes d'autod&#233;fense. La classe ouvri&#232;re est pr&#234;te &#224; agir pour peu qu'on le lui demande. Mais les dirigeants des partis de gauche ne lui proposent rien. Allende avait r&#233;sum&#233; ainsi sa politique dans un message au Congr&#232;s en mai 1973 : &#171; Le r&#233;gime d&#233;mocratique et la paix civile s'appuient l'un sur l'autre de mani&#232;re r&#233;ciproque et qui porte atteinte &#224; l'un, porte atteinte &#224; l'autre. &#187; (&#8230;) le Parti communiste lan&#231;a une campagne de p&#233;titions &#171; Non &#224; la guerre civile &#187;. Le Parti socialiste avait le verbe plus radical. Sepuvelda, l'un des dirigeants nationaux, expliquait (en mai 1973) : &#171; Il faut d'abord &#233;tablir clairement le caract&#232;re de cette guerre civile : c'est une guerre de classe. &#187; (&#8230;) Que proposait-il ? &#171; Tous les organes de masse (CUT, syndicats, cordons industriels, commandos ruraux, juntes de voisins, conseils paysans, front s patriotiques, jeunesse, femmes, etc&#8230;) doivent se maintenir en &#233;tat d'alerte et de vigilance r&#233;volutionnaire et d&#233;velopper des initiatives qui viennent en aide &#224; la d&#233;fense du gouvernement, comme par exemple des forces organiques civiles qui collaborent avec la force publique dans le maintien de l'ordre et la d&#233;fense du patrimoine national &#8230;. &#187; (&#8230;) Cela signifie en clair, du verbiage tr&#232;s radical, pas de mesure concr&#232;te, on verra plus tard. Quant au MIR, son leader Miguel Enriquez s'exprimait ainsi : &#171; Nous soutenons que la t&#226;che fondamentale est d'accumuler une force suffisante &#224; partir des masses pour pouvoir emp&#234;cher la guerre civile, ou pour la gagner, si par hasard elle est d&#233;clanch&#233;e par une d&#233;cision de la r&#233;action. On n'arrivera &#224; cette accumulation de force qu'en dressant un programme r&#233;volutionnaire du peuple qui surgirait de la discussion au sein de la classe ouvri&#232;re et du peuple, et dans le d&#233;veloppement et le renforcement des organes de masse. &#187; Bref, de grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s pseudo-r&#233;volutionnaires, alors que le danger est l&#224;, imm&#233;diat, concret et que la classe ouvri&#232;re n'a pas besoin de discussion sur un programme, mais de se pr&#233;parer &#224; affronter ce danger. (&#8230;) Dans la marine, tout un r&#233;seau de marins et de sous-officiers informaient depuis 1972, les dirigeants de l'Unit&#233; Populaire des plans de coups d'Etat et ils s'&#233;taient pr&#233;par&#233;s &#224; prendre de vitesse les putschistes. Ils avaient un plan pour s'emparer des bateaux et se servir de la puissance de feu de la marine contre les unit&#233;s putschistes. Ce r&#233;seau de marins rencontra des responsables des partis de gauche.Voici ce que Juan Cardenas, l'un des organisateurs de ce r&#233;seau de marins raconte : &#171; Nous sommes all&#233;s, un camarade et moi, &#224; une r&#233;union &#224; laquelle assistaient plusieurs dirigeants de l'Unit&#233; Populaire. L&#224;, nous avons donn&#233; tous les renseignements concernant le coup d'Etat. (&#8230;) A ce moment-l&#224;, un membre de la commission politique du Parti Communiste nous discr&#233;dita d'embl&#233;e en disant que nous &#233;tions en train de monter l'&#233;tat-major et le gouvernement l'un contre l'autre, que l'&#233;tat-major &#233;tait en train de travailler avec le gouvernement, de le suivre, et que pour cela c'&#233;tait un &#233;tat-major progressiste. (&#8230;) Aupr&#232;s des camarades du MIR, nous avons suscit&#233; plus d'int&#233;r&#234;t (&#8230;.) mais l&#224; non plus, bien qu'ils nous aient &#233;cout&#233; plus que les autres, nous n'avons pas obtenu ce que nous voulions. (&#8230;) J'en arrive au camarade Garreton (dirigeant du MAPU). Il nous demanda : &#171; Et qu'est-ce que vous allez faire, vous ? &#187; (&#8230;) &#171; Eh bien, nous allons d&#233;truire toute l'infanterie de marine. &#187; Quand je lui ai parl&#233; comme &#231;a, ce monsieur ne voulut pas en entendre plus, cela ne lui plaisait plus du tout. Il nous dit que cela ne pouvait se faire, que cela allait entacher le prestige de la gauche chilienne (&#8230;.) Malgr&#233; tout cela, nous avons ensuite essay&#233; du c&#244;t&#233; des socialistes. (&#8230;) L&#224;, un compagnon nous dit que notre plan &#233;tait bon mais que nous pourrions le mettre en pratique apr&#232;s que les militaires aient fait le coup d'Etat. &#187; (&#8230;) Le plan des putschistes ayant &#233;t&#233; une nouvelle fois &#233;vent&#233;, le g&#233;n&#233;ral Prats proc&#233;da les 25 et 26 juin &#224; l'arrestation de quelques g&#233;n&#233;raux, le gouvernement proclama l'&#233;tat d'urgence et le coup d'Etat dut &#234;tre report&#233;. Mais le 29 juin, un r&#233;giment de blind&#233;s se souleva et attaqua le Palais pr&#233;sidentiel. La CUT appela imm&#233;diatement les travailleurs &#224; occuper leurs usines. (&#8230;) Mais ce fut le g&#233;n&#233;ral Prats qui prit la t&#234;te des troupes fid&#232;les et obtint personnellement la reddition des mutins. Quelques coups de feu furent &#233;chang&#233;s. Il y eut tout de m&#234;me une trentaine de morts, surtout parmi les civils accourus sans armes &#224; la rescousse. Un vaste rassemblement eut lieu ensuite au Palais pr&#233;dsidentiel o&#249; Allende fit acclamer l'arm&#233;e loyale par la foule. (&#8230;) Comme en octobre 1972, mieux qu'en octobre, la mobilisation ouvri&#232;re r&#233;pondit &#224; la tentative de putsch. Plusieurs centaines d'entreprises furent ainsi occup&#233;es &#224; Santiago. La r&#233;sistance fut organis&#233;e par les cordons. Une coordination de tous les cordons de Santiago fut mise sur pied. La CUT se fit repr&#233;senter dans tous les cordons &#8211; qu'elle reconnaissait pour la premi&#232;re fois - . Dans les campagnes, les paysans commenc&#232;rent &#224; s'emparer des terres qui n'avaient pas &#233;t&#233; touch&#233;es par la r&#233;forme agraire. Partout, les travailleurs aspiraient &#224; briser la puissance des classes poss&#233;dantes en s'emparant des moyens de production. Partout, les travailleurs se pr&#233;paraient &#224; r&#233;sister. Mais la pr&#233;occupation d'Allende &#233;tait une nouvelle fois de tenter un rapprochement avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Il chercha m&#234;me &#224; faire entrer des d&#233;mocrates-chr&#233;tiens dans son gouvernement. La D&#233;mocratie Chr&#233;tienne s'y opposa. Il proposa un plan de redressement &#233;conomique et, une nouvelle fois, Allende r&#233;clama que les travailleurs rendent les usines. Cette fois, il lui fallut plusieurs jours pour le faire admettre &#224; la CUT. Mais, finalement, le 10 juillet, celle-ci c&#233;da. La d&#233;moralisation fut grande parmi les travailleurs. (&#8230;) Malgr&#233; le l&#226;chage de la CUT, les travailleurs tiennent bon dans une centaine d'usines. N&#233;anmoins, beaucoup commencent &#224; se sentir trahis. (&#8230;) Les commandos de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187; (fasciste) recommenc&#232;rent des attentats. L'aide de camp d'Allende fut assassin&#233;. Les actions terroristes, les sabotages se multipliaient dans tout le pays &#224; un rythme qui s'acc&#233;l&#233;ra au cours du mois d'ao&#251;t, jusqu'&#224; atteindre une moyenne d'un attentat par heure ! Le nombre de morts se compta par dizaines. Parall&#232;lement, utilisant la loi de contr&#244;le des armes vot&#233;e en octobre 1972, des d&#233;tachements militaires perquisitionnaient partout, aux si&#232;ges des partis de gauche, des syndicats, dans les usines, les fermes, les &#233;coles, les universit&#233;s, les quartiers ouvriers. Partout sauf du c&#244;t&#233; des groupes fascistes. (&#8230;) Ces op&#233;rations &#233;taient partie int&#233;grante de la pr&#233;paration du putsch. Elles permettaient d'intimider et en m&#234;me temps de s'assurer que les travailleurs ne disposeraient pas d'armes, et de r&#233;cup&#233;rer le peu d'armes qui tra&#238;naient. Enfin, c'&#233;tait une esp&#232;ce de r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale qui permettait de d&#233;celer les r&#233;ticences &#224; l'int&#233;rieur de l'arm&#233;e elle-m&#234;me. D&#233;but ao&#251;t, le r&#233;seau des marins anti-putschsites fut d&#233;mantel&#233; par les officiers de la marine. Des centaines d'hommes furent arr&#234;t&#233;s &#224; Valparaiso, &#224; Talcahuano, une centaine gard&#233;s en prison par leurs officiers et sauvagement tortur&#233;s. (&#8230;) Les putschistes agissaient d&#233;j&#224; comme en pays conquis et ce sont les hommes loyaux au gouvernement qui &#233;taient arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, emprisonn&#233;s. Et cela se savait publiquement. Eh bien, Allende resta solidaire &#8230; de l'&#233;tat-major ! Il laissa la justice militaire inculper les marins pour &#171; manquement au devoir militaire &#187;, et il les pr&#233;senta comme des gauchistes manipul&#233;s par l'extr&#234;me droite. (&#8230;) Le 9 ao&#251;t, Allende appela, &#224; nouveau, les militaires au gouvernement. Les travailleurs furent surpris et d&#233;sorient&#233;s. Mais cette fois, la pr&#233;sence des militaires-ministres n'arr&#234;ta pas l'agitation des classes moyennes. Le ministre des Transports, le g&#233;n&#233;ral Ruiz, chef de l'arm&#233;e de l'air, refusa d'ailleurs tout net d'intervenir contre les camionneurs. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les deux mois qui s&#233;parent le coup d'Etat manqu&#233; du 29 juin et le coup d'Etat r&#233;ussi du 11 septembre, alors que l'arm&#233;e se pr&#233;parait quasi ouvertement &#224; renverser le gouvernement et qu'il &#233;tait manifeste qu'Allende avait choisi d'attendre l'in&#233;luctable coup d'Etat sans rien tenter pour l'emp&#234;cher, que tent&#232;rent les partis de l'Unit&#233; Populaire, quelle politique propos&#232;rent-ils &#224; leurs militants et &#224; la classe ouvri&#232;re ? Corvalan, le dirigeant du PC, se d&#233;fendait explicitement de vouloir armer les travailleurs. En juillet, il &#233;crivait dans &#171; El Siglo &#187;, l'organe du Parti Communiste : &#171; Les r&#233;actionnaires (&#8230;) affirment que nous avons pour politique de remplacer l'arm&#233;e de m&#233;tier. Non messieurs ! Nous continuons et nous continuerons &#224; d&#233;fendre le caract&#232;re strictement professionnel de nos institutions militaires. &#187; (&#8230;) Le Parti Socialiste comprenait fort bien que l'on allait &#224; la catastrophe. Son leader Carlos Altamirano, s'affirmait partisan &#224; la fois de l'armement des travailleurs et de l'appel &#224; la d&#233;sob&#233;issance dans l'arm&#233;e. Il pensait m&#234;me que c'&#233;tait la seule chance d'&#233;viter le massacre. Il &#233;crira plus tard, mais il en &#233;tait d&#233;j&#224; convaincu &#224; l'&#233;poque : &#171; Le d&#233;veloppement et la mise en &#339;uvre d'une strat&#233;gie arm&#233;e au cours du processus r&#233;volutionnaire &#233;tait une chose tr&#232;s difficile. (&#8230;) Mais la voie pacifique dans le Chili de 1970-73 &#233;tait, elle, impossible. &#187; Mais il ne fit rien, hormis des discours combatifs. Et plus tard, il justifiera le PS en disant : &#171; Le PS fit ce qu'il put pour d&#233;velopper une strat&#233;gie qui assure l'autod&#233;fense du processus r&#233;volutionnaire (&#8230;) Aller plus loin aurait mis en p&#233;ril l'unit&#233; de la coalition gouvernementale et la stabilit&#233; du r&#233;gime. &#187; Quant au MIR, il a depuis des mois adapt&#233; sa politique &#224; l'&#233;mergence de courants plus radicaux au sein de l'Unit&#233; Populaire et en particulier du PS, et il n'a de ce fait pas non plus propos&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re une politique s'opposant clairement &#224; la politique gouvernementale. (&#8230;) Le 24 ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Prats qui refusait d'entrer dans le jeu des putschistes d&#233;missionna du gouvernement et de son commandement en chef de l'arm&#233;e, pour ne pas porter atteinte &#224; l'unit&#233; de l'arm&#233;e. Allende nomma le g&#233;n&#233;ral Pinochet commandant en chef &#224; la place de Prats. Pour renverser Allende, l'arm&#233;e n'aurait m&#234;me pas &#224; s'insurger. Il lui suffirait d'ob&#233;ir &#224; son commandant en chef. De fait, fin ao&#251;t &#8211; d&#233;but septembre, l'arm&#233;e menait d&#233;j&#224; des actions de grande ampleur contre le gouvernement populaire et s'assurait le contr&#244;le de r&#233;gions enti&#232;res. (&#8230;) Le 5 septembre, six jours avant ke coup d'Etat, les cordons industriels envoient une lettre &#224; Allende qui est un appel dramatique &#224; agit tant qu'il est encore temps : (&#8230;) s'ils ne sont pas entendus &#171; il n'y aura pas de guerre civile dans le pays, mais un massacre, froid, planifi&#233;, de la classe ouvri&#232;re la plus consciente et la mieux organis&#233;e de toute l'Am&#233;rique latine. &#187; Leur lettre resta sans r&#233;ponse. (&#8230;) Le 10, les unit&#233;s de la marine quittent comme pr&#233;vu le port de Valparaiso, pour des man&#339;uvres avec la flotte am&#233;ricaine. Mais, dans la nuit du 10 au 11, la flotte chilienne regagne les ports apr&#232;s avoir jet&#233; &#224; la mer tous les marins et les officiers en d&#233;saccord avec le coup d'Etat. Le 11, peu apr&#232;s 6H30, Allende apprend que la marine s'est soulev&#233;e. (&#8230;) 1 8 heures, Allende, &#224; la radio, annonce qu'il y a un soul&#232;vement et appelle les travailleurs &#224; se rendre &#224; leurs postes de travail et &#224; conserver &#171; calme et s&#233;r&#233;nit&#233; &#187; : &#171; (&#8230;) Dans ces circonstances, j'ai la conviction que les soldats sauront remplir leur devoir. &#187; (&#8230;) Entre 8H et 9H30, Allende s'adresse cinq fois &#224; la population, mais jamais il ne l'appelle &#224; combattre les Forces Arm&#233;es. (&#8230;) Corvalan expliquera plus tard que : &#171; Pour lutter contre les putschistes, il n'avait pas manqu&#233; de combattants. Il y avait une volont&#233; de se battre. Mais une avant-garde responsable ne peut pas tenir compte de ce seul facteur. La v&#233;rit&#233; est que cette d&#233;termination &#224; se battre &#233;tait limit&#233;e par une impuissance r&#233;elle. &#187; (&#8230;.) Dans les banlieues ouvri&#232;res, dans les entreprises, les travailleurs &#233;taient mobilis&#233;s, conform&#233;ment aux plans que les comit&#233;s de d&#233;fense avaient mis au point, et ils attendaient les consignes et surtout les armes. (&#8230;) Mais jusqu'au bout, Allende a refus&#233; de s'appuyer sur la mobilisation de la classe ouvri&#232;re pour d&#233;truire l'arm&#233;e. (&#8230;) Et c'est en toute conscience qu'il a fait ce choix. D&#232;s 1971, il affirmait : &#171; Si certains croient qu'au Chili, un coup d'Etat de l'arm&#233;e se r&#233;duirait, comme dans d'autres pays latino-am&#233;ricains, &#224; un simple &#233;change de la garde, &#224; la Moneda, ils se trompent grossi&#232;rement. Chez nous, si l'arm&#233;e sort de la l&#233;galit&#233;, c'est la guerre civile. C'est l'Indon&#233;sie. Croyez-vous que les ouvriers se laisseront enlever leurs industries ? Et les paysans leurs terres ? Il y aura cent mille morts, ce sera un bain de sang. &#187; (&#8230;) Blanqui au si&#232;cle dernier, qui, lui, fut un chef r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien (&#8230;) &#233;crivait : &#171; La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233; comme guides et qui ont livr&#233; le peuple &#224; la r&#233;action. (&#8230;) Tra&#238;tres seraient les gouvernements qui, &#233;lev&#233;s sur le pouvoir populaire, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me le d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral des gardes bourgeoises, l'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers. &#187; Extraits du CLT de LO de septembre 1985&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de meilleure d&#233;monstration que les &#233;v&#233;nements du Chili pour prouver que le r&#233;formisme est incapable de se battre contre la bourgeoisie, qu'elle refuse toute action visant &#224; renverser l'ordre social, qu'elle ne fait que d&#233;sarmer la v&#233;ritable force de transformation de la soci&#233;t&#233;, le prol&#233;tariat. Le r&#233;formisme n'est pas seulement irr&#233;solu, contradictoire, passif, sans consistance. Il est aussi fondamentalement hostile &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne que la droite, ou que l'extr&#234;me droite. Ce n'est pas une question de personnalit&#233;s, de pays, de traditions, de circonstances. C'est une question de choix de classe. La gauche r&#233;formiste n'est pas dans le camp du prol&#233;tariat communiste r&#233;volutionnaire. Elle s'accroche &#224; une perspective &#171; d&#233;mocratique &#187; qui suppose que la bourgeoisie et son Etat soient d'accord. C'est une utopie. Quant au pacifisme pr&#233;tendu de cette gauche r&#233;formiste, elle n'est ferme qu'en direction des opprim&#233;s. Elle n'impose nullement le pacifisme aux classes oppresseuses et &#224; leur appareil d'Etat. Elle d&#233;sarme les travailleurs mais pas les militaires, les policiers, les forces paramilitaires et fascistes. Les militants de gauche, les militants r&#233;formistes politiques, syndicaux ou associatifs sont de bonne foi, ne veulent pas trahir leur classe, mais ils propagent une id&#233;ologie qui doit &#234;tre combattue, qui pi&#232;ge les travailleurs. Plus ces r&#233;formistes sont radicaux en parole, plus ils sont un danger pour les masses populaires. Quand celles-ci se mobilisent, les classes dirigeantes ne s'illusionnent pas. Elles savent que la guerre civile est in&#233;vitable. Ce sont les travailleurs qui ne le savent pas, auxquelles on sert des faux discours de l&#233;galisme, de professionnalisme et de neutralit&#233; de l'arm&#233;e, de traditions d&#233;mocratiques du pays et autres balivernes &#171; d&#233;mocratiques &#187;. La bourgeoisie n'a cure de respecter les &#233;lections, les lois, la d&#233;mocratie, les traditions, les neutralit&#233;s. Elle se sert g&#233;n&#233;ralement de tous ces pi&#232;ges et, d&#232;s que cela lui est n&#233;cessaire, elle balaie tous ces mensonges et d&#233;truit violemment tous les droits d&#233;mocratiques du prol&#233;tariat. On ne peut pas &#233;viter les confrontations de classe. Quand la situation les impose, le pire est de se d&#233;tourner devant ses responsabilit&#233;s ou de renoncer &#224; mettre en avant les perspectives r&#233;volutionnaires potentielles du prol&#233;tariat. Loin d'&#233;viter ainsi la confrontation, on ne fait que faciliter la violence fasciste. Le respect des martyrs, chiliens et autres, ne consiste pas &#224; s'incliner devant les tromperies qui ont men&#233; &#224; la mort ces militants, ces travailleurs. Au contraire, il est indispensable qu'ils ne soient pas morts pour rien, que les le&#231;ons de leur combat courageux et h&#233;ro&#239;que soient diffus&#233;s aux nouvelles g&#233;n&#233;rations qui ne manqueront pas, un jour ou l'autre, de reprendre le combat contre les exploiteurs. Il n'y a pas de t&#226;che plus urgente que de diffuser ces le&#231;ons des luttes r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat ! Le Parti communiste, le MIR, le Parti Socialiste et Allende se sont, plus ou moins, revendiqu&#233;s du marxisme. Pourtant, l'un des axes les plus marquants de Marx comme de L&#233;nine est la nature de classe de l'Etat. L&#233;nine a rappel&#233; dans l'ouvrage fameux &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187; que l'Etat est au service de la classe dominante. Au service de quelle classe &#233;tait l'Etat &#224; l'&#233;poque o&#249; Allende gouvernait ? Poser la question, c'est d&#233;j&#224; y r&#233;pondre ! Et le terme de pouvoir populaire est l&#224; pour le cacher comme le terme de peuple camoufle des oppositions de classe. Il est remarquable que des &#171; marxistes &#187; expliquaient que l'appareil d'Etat est &#171; neutre &#187;, &#171; professionnel &#187;, &#171; l&#233;galiste &#187;, ou encore &#171; au service du peuple &#187; ! Cela signifie qu'ils s'interdisaient de toucher au principal rempart des classes dirigeantes. Cela veut dire que ces hommes &#171; de gauche &#187; n'&#233;taient pas des dirigeants du prol&#233;tariat. Et, dans ces circonstances de crise, l'opportunisme se transforme en trahison. Faire croire que le futur bourreau est un d&#233;fenseur, c'est lier les mains du prisonnier avant que le bourreau le tue ! Et c'est le r&#244;le que se sont attribu&#233;s les dirigeants de la gauche. Il ne s'agit pas d'une erreur, d'un accident, d'une particularit&#233; locale. Partout dans le monde, quand la crise devient r&#233;volutionnaire, quand les camps en pr&#233;sence, que leurs dirigeants le veuillent ou pas, doivent s'affronter et que l'une des classes, prol&#233;tariat ou bourgeoisie, doit &#233;craser l'autre, dans ce cas extr&#234;me, les r&#233;formistes ne sont JAMAIS dans la camp du prol&#233;tariat et TOUJOURS dans celui des exploiteurs. Il ne faut pas oublier cette le&#231;on sous peine de payer une fois de plus par des centaines ou milliers de morts cette le&#231;on essentielle. Les r&#233;volutionnaires ne sont pas des ennemis des travailleurs et des militants r&#233;formistes. Ils appartiennent &#224; la m&#234;me classe. Ils sont victimes des m&#234;mes exploiteurs, et &#233;ventuellement des m&#234;mes bourreaux. Mais ils ne d&#233;fendent pas les m&#234;mes perspectives et il ne sert &#224; rien de le cacher. R&#233;former le capitalisme, lui chercher des &#171; solutions &#187;, des &#171; accords &#187;, des &#171; compromis &#187;, des programmes de gouvernement bourgeois, des &#171; solutions &#187;, c'est proposer l'entente du renard et du poulailler. Cette politique aura toujours les m&#234;mes victimes. Ne pas en pr&#233;venir les travailleurs et les peuples, c'est se rendre complice des assassins. Se pr&#233;parer &#224; ces tromperies, c'est pr&#233;parer la victoire du prol&#233;tariat. Il faut choisir. C'est aujourd'hui, bien avant que le probl&#232;me de la r&#233;volution soit pos&#233;, qu'il faut former des militants r&#233;volutionnaires. Les programmes des organisations ont d'abord pour but la formation des militants. Les organisations qui ne visent pas au renversement de l'Etat bourgeois, au d&#233;sarmement des forces de r&#233;pression de la dictature de classe (m&#234;me quand elle se camoufle derri&#232;re les &#233;lections, la l&#233;galit&#233; et la d&#233;mocratie), nous pr&#233;parent des lendemains du m&#234;me type que celui du Chili en 1973, m&#234;me si par ailleurs elles ont un discours radical ou m&#234;me marxiste. Toutes les organisations qui, au nom du fait qu'il faut tenir compte de la situation, des reculs des masses, des reculs des organisations, des reculs de la conscience, pour modifier leur programme r&#233;volutionnaire et l'adapter, pr&#233;tendument, &#224; la situation, nous pr&#233;parent, en cas de d&#233;veloppement de crises sociales, &#224; des trahisons du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de le&#231;on du pass&#233; qui aurait pu servir aux prol&#233;taires chiliens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le toast de Londres (Blanqui, 1851)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action. Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris et les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t des 45 centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es, il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il court sus aux ouvriers de Paris ; le 15 avril, il emprisonne ceux de Limoges, il mitraille ceux de Rouen le 27 ; il d&#233;cha&#238;ne tous leurs bourreaux, il berne et traque tous les sinc&#232;res r&#233;publicains. Trahison ! Trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lui seul, le fardeau terrible de toutes les calamit&#233;s qui ont presque an&#233;anti la R&#233;volution. Oh ! Ce sont l&#224; de grands coupables et entre tous les plus coupables, ceux en qui le peuple tromp&#233; par des phrases de tribun voyait son &#233;p&#233;e et son bouclier ; ceux qu'il proclamait avec enthousiasme, arbitres de son avenir. Malheur &#224; nous, si, au jour du prochain triomphe populaire, l'indulgence oublieuse des masses laissait monter au pouvoir un de ces hommes qui ont forfait &#224; leur mandat ! Une seconde fois, c'en serait fait de la R&#233;volution. Que les travailleurs aient sans cesse devant les yeux cette liste de noms maudits ! Et si un seul apparaissait jamais dans un gouvernement sorti de l'insurrection, qu'ils crient tous, d'une voix : trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours, sermons, programmes ne seraient encore que piperies et mensonges ; les m&#234;mes jongleurs ne reviendraient que pour ex&#233;cuter le m&#234;me tour, avec la m&#234;me gibeci&#232;re ; ils formeraient le premier anneau d'une cha&#238;ne nouvelle de r&#233;action plus furieuse ! Sur eux, anath&#232;me, s'ils osaient jamais repara&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honte et piti&#233; sur la foule imb&#233;cile qui retomberait encore dans leurs filets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas assez que les escamoteurs de F&#233;vrier soient &#224; jamais repouss&#233;s de l'H&#244;tel de Ville, il faut se pr&#233;munir contre de nouveaux tra&#238;tres. Tra&#238;tres seraient les gouvernements qui, &#233;lev&#233;s sur les pavois prol&#233;taires, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Le d&#233;sarmement des gardes bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - L'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, il est bien d'autres mesures indispensables, mais elles sortiraient naturellement de ce premier acte qui est la garantie pr&#233;alable, l'unique gage de s&#233;curit&#233; pour le peuple. Il ne doit pas rester un fusil aux mains de la bourgeoisie. Hors de l&#224;, point de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doctrines diverses qui se disputent aujourd'hui les sympathies des masses, pourront un jour r&#233;aliser leurs promesses d'am&#233;lioration et de bien-&#234;tre, mais &#224; la condition de ne pas abandonner la proie pour l'ombre. Les armes et l'organisation, voil&#224; l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a du fer, a du pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se prosterne devant les ba&#239;onnettes, on balaye les cohues d&#233;sarm&#233;es. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme. En pr&#233;sence des prol&#233;taires arm&#233;s, obstacles, r&#233;sistances, impossibilit&#233;s, tout dispara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour les prol&#233;taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la libert&#233;, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau b&#233;nite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la mis&#232;re toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le peuple choisisse !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auguste Blanqui&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rwanda : le g&#233;nocide programm&#233;, comme contre-r&#233;volution, par le pouvoir rwandais et l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais </title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article6530</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article6530</guid>
		<dc:date>2019-10-06T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rwanda</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Agathe Uwilingiyimana, &#224; la t&#234;te de la tentative infructueuse de r&#233;forme de la dictature &lt;br class='autobr' /&gt;
Attaqu&#233;e et frapp&#233;e &#224; son domicile par des assassins de la dictature militaire, puis d&#233;fendue par le peuple, elle est interview&#233;e et va devenir l'&#233;g&#233;rie du mouvement d&#233;mocratique de masseTriomphante &#224; la t&#234;te du soul&#232;vement social et d&#233;mocratique Mitraill&#233;e dans la maison des gardes bleus belges qui la prot&#233;geaient &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire ici les accusations des forces fascistes et du dictateur Habyarimana contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot163" rel="tag"&gt;Rwanda&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Agathe Uwilingiyimana, &#224; la t&#234;te de la tentative infructueuse de r&#233;forme de la dictature&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/maxresdefault-7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/maxresdefault-7-65bb9.jpg?1776222985' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH404/AgatheUwilingiyimana7mars1992-665cf.jpg?1776222985' width='500' height='404' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Attaqu&#233;e et frapp&#233;e &#224; son domicile par des assassins de la dictature militaire, puis d&#233;fendue par le peuple, elle est interview&#233;e et va devenir l'&#233;g&#233;rie du mouvement d&#233;mocratique de masse&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH266/987930760_small-dd00c.jpg?1776222985' width='400' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH600/acrefore-9780190277734-e-487-graphic-001-full-c734b.jpg?1776222985' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Triomphante &#224; la t&#234;te du soul&#232;vement social et d&#233;mocratique&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L283xH178/images-78-1ca72.jpg?1776222985' width='283' height='178' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Mitraill&#233;e dans la maison des gardes bleus belges qui la prot&#233;geaient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francegenocidetutsi.org/RTLM03-04-94-154-F.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici les accusations des forces fascistes et du dictateur Habyarimana contre Agathe Uwilingiyimana, l'accusant de tenter un coup d'Etat en faveur du FPR&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francegenocidetutsi.org/1994-04-08ReutersRwandasUwilingiyimanaCrusaderJustice.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire en anglais de cette leader r&#233;formiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francegenocidetutsi.org/Kambanda67Fre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#233;cit de son assassinat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique57&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'autres lectures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Rwanda : r&#233;formisme puis fascisme contre une mobilisation populaire de masse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans ces pays-l&#224;, un g&#233;nocide, ce n'est pas trop important &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand, &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;claration de l'&#233;t&#233; 1994, &lt;br class='autobr' /&gt;
cit&#233;e par Le Figaro du 12/01/1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsables&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime de dictature f&#233;roce d'Habyarimana, soutenu par la France, a de plus en plus de mal &#224; se maintenir au pouvoir. Depuis 1990, la population pauvre du pays est en r&#233;volte, toutes ethnies confondues, contre la dictature et la mis&#232;re. En 1992, le r&#233;gime a &#233;t&#233; contest&#233; par un v&#233;ritable soul&#232;vement de la population de la capitale Kigali. Il est menac&#233; d'autre part par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti &#224; majorit&#233; tutsi, soutenu par l'Ouganda, avec derri&#232;re les USA et l'Angleterre. Il est contraint de reculer, accepte que le pouvoir soit partag&#233; avec les dirigeants de la mobilisation d&#233;mocratique. Le 6 avril 1994, l'avion du pr&#233;sident est abattu. Cet &#233;v&#233;nement sert de pr&#233;texte au nouveau Gouvernement int&#233;rimaire rwandais (GIR), constitu&#233; dans l'ambassade de France sous l'&#233;gide de l'ambassadeur, pour d&#233;clencher le g&#233;nocide des Tutsis planifi&#233; depuis longtemps. La Radio des Mille collines exhorte les Hutus &#224; se &#171; &#233;radiquer les cafards tutsis &#187;, tandis que l'arm&#233;e montre l'exemple et distribue les machettes. Les Hutus qui refusent de participer au massacre sont assassin&#233;s. Plus d'un million de Tutsis seront massacr&#233;s dans les 100 jours qui suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, sous la direction du pr&#233;sident &#171; socialiste &#187; Fran&#231;ois Mitterrand (ainsi que de la cellule sp&#233;ciale de l'Elys&#233;e pour la Rwanda) et du gouvernement de droite Balladur-L&#233;otard, n'a pas &#233;t&#233; passif : il a apport&#233; son soutien, plein et entier, aux extr&#233;mistes hutus &#224; plusieurs niveaux :&lt;br class='autobr' /&gt;
militaire : avant le g&#233;nocide en bloquant l'avanc&#233;e du FPR sur Kigali et en enseignant l'art de tuer aux futures milices g&#233;nocidaires ; pendant le g&#233;nocide en livrant des armes et du mat&#233;riel de communication et en aidant au tri ethnique des victimes en &#233;ditant les cartes d'identit&#233;s avec la mention &#171; hutu &#187; et &#171; tutsi &#187; et ensuite lors des contr&#244;les d'identit&#233;. N'oublions pas que, durant les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le g&#233;nocide, le chef d'Etat major de l'arm&#233;e rwandaise est un officier fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;diplomatique : en accueillant &#224; Paris, en plein g&#233;nocide, des membres du GIR et en dissuadant l'ONU de voter l'embargo qui aurait rendu la vente d'arme au Rwanda ill&#233;gale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;financier : durant tout le g&#233;nocide en avan&#231;ant des fonds qui serviront &#224; des achats d'armes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#233;diatique : en faisant passer ce g&#233;nocide pour une &#171; guerre tribale &#187; de plus, gr&#226;ce &#224; la collaboration z&#233;l&#233;e de la presse hexagonale (notamment Le Monde)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien continuera apr&#232;s le g&#233;nocide avec l'op&#233;ration Turquoise, v&#233;ritable op&#233;ration de sauvetage des g&#233;nocidaires, d&#233;guis&#233;e en action humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sommet atteint dans l'horreur constitue le point d'orgue d'une politique men&#233;e par la France dans ses anciennes colonies depuis leur ind&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour assurer le pillage des mati&#232;res premi&#232;res et la mainmise sur des pans entiers de l'&#233;conomie locale par des grands groupes fran&#231;ais (tels Bollor&#233;, Total, Bouygues, France Telecom&#8230;), l'Etat fran&#231;ais n'h&#233;site pas &#224; soutenir les pires dictatures, du moment qu'elles sont aptes &#224; garantir le bon d&#233;roulement des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime extr&#233;miste hutu avait par le pass&#233; d&#233;montr&#233; sa fid&#233;lit&#233; aux int&#233;r&#234;ts de la France en couvrant la vente ill&#233;gale d'armes et d'&#233;quipement nucl&#233;aire &#224; l'Afrique du Sud, alors frapp&#233;e d'embargo. Le Rwanda devait devenir une plate-forme fran&#231;aise, solide et s&#251;re, au c&#339;ur d'une Afrique orientale peu fiable ou largement pro-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de voir ce bastion tomber sous influence &#171; anglo-saxonne &#187; (le FPR &#233;tant suppos&#233; &#234;tre financ&#233; par la CIA), les d&#233;cideurs fran&#231;ais ont choisi la fuite en avant en soutenant l'extermination totale de tous les opposants au r&#233;gime et de la minorit&#233; tutsi susceptible de soutenir le FPR dans sa marche au pouvoir. Cette ultime man&#339;uvre n'emp&#234;cha d'ailleurs pas le GIR d'&#234;tre chass&#233; de Kigali&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce g&#233;nocide n'est pas une irruption spontan&#233;e de la &#171; folie des hommes &#187;, il est le r&#233;sultat d'un choix strat&#233;gique de &#171; nos &#187; dirigeants : Mitterrand et Balladur, commis lors d'une cohabitation gauche/droite ! Ce crime est toujours assum&#233; par les hommes politiques fran&#231;ais qui ont, d'un commun accord, sign&#233; le rapport Quil&#232;s (extraits joints en annexe) selon lequel la France n'aurait fait que des erreurs limit&#233;es, mais ne serait pas responsable du g&#233;nocide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rwanda : un g&#233;nocide encourag&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
et couvert par l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion publique fran&#231;aise commence &#224; &#234;tre inform&#233;e, avec dix ans de retard, sur l'implication de la France dans le g&#233;nocide rwandais de 1994. Mais cette seule information est loin d'&#233;clairer toutes les responsabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les responsabilit&#233;s fran&#231;aises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait maintenant que c'est bien le gouvernement rwandais de l'&#233;poque qui a organis&#233; le massacre, utilisant tous les moyens de l'Etat, avec l'aide et la b&#233;n&#233;diction du pr&#233;sident socialiste de la R&#233;publique fran&#231;aise Fran&#231;ois Mitterrand que ses amiti&#233;s liaient &#224; la famille du dictateur rwandais, Juv&#233;nal Habyarimana. Mais si Mitterrand, et la cellule sp&#233;ciale de l'Elys&#233;e qu'il dirigeait, ont effectivement pris les d&#233;cisions essentielles, c'est avec l'accord des ministres et conseillers de droite du gouvernement Balladur, des Jupp&#233;, L&#233;otard et autres Villepin. Le Rwanda n'est pas une affreuse affaire &#233;chapp&#233;e &#224; leur contr&#244;le mais une d&#233;cision m&#251;rement pes&#233;e par les dirigeants fran&#231;ais de l'&#233;poque. D'ailleurs ceux-ci, droite et gauche confondues, refusent toujours de reconna&#238;tre leur implication et font donner diplomatie et m&#233;dias pour maintenir le rideau de fum&#233;e. Les proc&#232;s des repr&#233;sentants politiques, diplomatiques et militaires impliqu&#233;s dans un g&#233;nocide, c'est bon pour les Yougoslaves, voire les Rwandais eux-m&#234;mes, pas pour ceux de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux-ci estimaient qu'une d&#233;faite du r&#233;gime du dictateur Habyarimana revenait &#224; voir le Rwanda, porte d'entr&#233;e vers le riche Za&#239;re, tomber dans l'escarcelle des USA. Pour l'emp&#234;cher il fallait une implication militaire et financi&#232;re massive de la France aux c&#244;t&#233;s du gouvernement rwandais dans le conflit qui l'opposait aux forces arm&#233;es de l'opposition r&#233;fugi&#233;e en Ouganda, le Front patriotique rwandais, &#224; majorit&#233; tutsie. Tr&#232;s vite, le gouvernement fran&#231;ais a couvert et m&#234;me encourag&#233; la tactique du gouvernement rwandais consistant &#224; faire payer par des massacres de la population tutsie chaque avanc&#233;e militaire du FPR. Ainsi l'offensive du FPR d'octobre 1990 repouss&#233;e avec l'aide des militaires fran&#231;ais (op&#233;ration dite Noro&#238;t) a &#233;t&#233; suivie de massacres de Tutsis au nord du pays, pr&#232;s de Bigogwe, &#224; proximit&#233; du camp militaire fran&#231;ais du DAMI.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de 1990, le lieutenant-colonel fran&#231;ais Chollet, est le v&#233;ritable chef militaire des forces arm&#233;es rwandaises. En 1992, Paul Dijoud, directeur des affaires africaines de l'Etat fran&#231;ais, d&#233;clare &#224; Paul Kagam&#233; (dirigeant du FPR &#224; l'&#233;poque et actuel chef d'Etat du Rwanda) : &#171; si vous vous emparez du pays, vous ne retrouverez pas vos femmes et vos familles, parce que tous auront &#233;t&#233; massacr&#233;s &#187;. [1] au nom du pr&#233;sident Mitterrand est envoy&#233;e &#224; l'un des massacreurs connus, Jean Bosco Barayagwiza, leader du CDR qui vient d'organiser des massacres &#224; Kibuye. Le 28 f&#233;vrier 1993, le ministre de la coop&#233;ration Marcel Debarge appelle, officiellement et au nom de la France, &#171; tous les Hutus &#224; s'unir contre le FPR &#187; [2]. L'ex-sp&#233;cialiste de la cellule sp&#233;ciale de l'Elys&#233;e, G&#233;rard Prunier, reconna&#238;t : &#171; c'est un appel &#224; la guerre raciale &#187;. Une semaine plus tard, le &#171; Hutu Power &#187;, front uni des partis et des milices g&#233;nocidaires, est n&#233;. Jean-Paul Gouteux [3] &#233;crit : &#171; Le mouvement Hutu Power n'a rien d'exotique. Il est occidental et moderne. Ce n'est pas l'expression d'un atavisme tribal enracin&#233; dans l'Afrique profonde. (..) Des Fran&#231;ais, hommes politiques, journalistes, ministres, universitaires ou chercheurs ont justifi&#233; la politique fran&#231;aise au Rwanda &#224; l'aide de consid&#233;rations ethniques. &#187; [4]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;canismes du g&#233;nocide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; des dirigeants fran&#231;ais est bien &#233;crasante. Reste &#224; comprendre pourquoi leurs prot&#233;g&#233;s de la classe dirigeante rwandaise ont voulu ce g&#233;nocide et comment ils ont trouv&#233; dans la population des centaines de milliers d'ex&#233;cutants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 1988-1991, une vague de mouvements populaires d&#233;stabilise la plupart des r&#233;gimes africains et en renverse m&#234;me plusieurs (par exemple, la dictature militaire de Moussa Traor&#233; en 1991 au Mali). Le Rwanda en proie aux m&#234;mes probl&#232;mes &#233;conomiques et politiques, le poids de la dette ext&#233;rieure et celui de la dictature, n'y &#233;chappe pas. Le 8 et le 15 janvier 1990, plus de 100 000 manifestants parcourent les rues de la capitale Kigali. &#8220; Au d&#233;but de l'automne 1990, le Rwanda traversait une crise profonde qui gagnait petit &#224; petit tout le pays &#8221;, &#233;crit M. G&#233;rard Prunier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions br&#251;lantes qui causent cette mobilisation ne sont nullement les questions dites ethniques mais les questions sociales et politiques, la crise, la mis&#232;re, la corruption du r&#233;gime et la dicature. C'est la corruption en mati&#232;re de scolarit&#233; qui donne l'&#233;tincelle mettant le feu aux poudres. Une enseignante, Agathe Uwilingiyimana, qui sera la premi&#232;re assassin&#233;e au d&#233;marrage du g&#233;nocide, d&#233;nonce les traffics dans les r&#233;sultats du baccalaur&#233;at qui permettent aux enfants de la classe dirigeante d'&#234;tre re&#231;us en rayant les premiers de la liste des re&#231;us. Ellle subit une violente r&#233;pression de la part de l'arm&#233;e, mais la population prend fait et cause pour elle. La mobilisation en sa faveur est impressionante en va faire d'elle une des leaders de l'opposition d&#233;mocratique qui vise &#224; la d&#233;mocratisation du pays, dont le multipartisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, la r&#233;volte populaire avait une base sociale d'autant plus importante que la classe dirigeante &#233;tait absolument incapable de staisfaire les aspirations populaires, ayant m&#234;me du mal &#224; imaginer comment elle allait partager un g&#226;teau sans cesse plus restreint entre des &#233;quipes concurrentes de la bourgeoisie, du pouvoir, du FPR et de l'opposition. Les recettes du caf&#233; et du th&#233;, durement touch&#233;es par la chute des cours sur les march&#233;s mondiaux, connaissent une baisse inqui&#233;tante. Quant aux espoirs suscit&#233;s par le d&#233;veloppement du tourisme, ils auront &#233;t&#233; fauch&#233;s net avec le d&#233;clenchement de la guerre. En 1991, le d&#233;ficit budg&#233;taire, cens&#233; ne pas d&#233;passer 2,6 milliards de francs rwandais, a atteint 10,5 milliards. Les d&#233;penses de l'Etat ont mont&#233; en fl&#232;che : les effectifs de l'arm&#233;e, guerre oblige, ont quasiment tripl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les deux ann&#233;es qui suivent le mouvement populaire contre le r&#233;gime va aller sans cesse croissant. Il culmine en 1992 avec des manifestations monstres &#224; Kigali et dans les grandes villes. Dans la capitale, c'est presque la moiti&#233; de la population qui descend dans la rue et conspue les militaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les leaders d&#233;mocrates du mouvement sont alors appel&#233;s &#224; participer au gouvernement aux c&#244;t&#233;s des membres du pouvoir li&#233;s &#224; l'arm&#233;e et &#224; l'extr&#234;me-droite. Les opposants d&#233;mocrates &#171; r&#233;alistes &#187; acceptent de gouverner avec les assassins qui ont d&#233;j&#224; maintes fois d&#233;montr&#233; leur capacit&#233; de nuisance. Dans le mouvement d'opposition &#224; la dictature, il y a &#224; la fois des Hutus et des Tutsis. Mais si le r&#233;gime militaire a momentan&#233;ment recul&#233;, remis&#233; le parti unique et appel&#233; certains opposants &#224; la direction du gouvernement, ce n'est que partie remise. Pris entre deux feux, entre FPR &#224; l'ext&#233;rieur et r&#233;volte populaire &#224; l'int&#233;rieur, les dirigeants partent &#224; la recherche d'une solution de type fasciste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour retrouver une base populaire, les classes dirigeantes se tournent vers les d&#233;class&#233;s de la capitale et les pauvres des campagnes et se fondent pour cela sur le pr&#233;jug&#233; si fr&#233;quemment employ&#233; en Afrique : l'ethnisme. Des m&#233;dias qui appellent ouvertement au g&#233;nocide des Tutsis, comme la &#171; radio des mille collines &#187; affirment que Tutsi est synonyme de pro-FPR et pr&#233;tendent que si les Hutus ne tuent pas les Tutsis, c'est eux qui seront tu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour lier &#224; eux une partie de la population ils l'obligent &#224; se mouiller &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Tous ceux qui auront tu&#233; ne pourront plus ensuite prendre parti pour le FPR qui les accuserait de crime. D'o&#249; de premiers massacres, d&#232;s 1990, puis en 1993, dans lesquels des Hutus sont pouss&#233;s &#224; tuer des Tutsis. D'o&#249; aussi la formation de milices de pauvres embrigad&#233;s et form&#233;s &#224; tuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les massacres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; strat&#233;gie &#187;, largement encourag&#233;e par des dirigeants politiques et militaires fran&#231;ais , est adopt&#233;e &#224; partir du moment o&#249;, sous la pression des USA, le pr&#233;sident Habyarimana est contraint de signer les accords d'Arusha. Dans ces accords qui pr&#233;voient le partage du pouvoir entre la dictature, l'opposition int&#233;rieure et le FPR, la classe dirigeante rwandaise comme les dirigeants fran&#231;ais voient la fin de leur domination du pays. L'ambassade de France au Rwanda affirme &#171; les accords d'Arusha ne sont ni bons ni in&#233;luctables &#187; [5]. C'est un appui au clan le plus radical dit &#171; Akazu &#187; ou clan z&#233;ro qui, autour de la femme du pr&#233;sident, pr&#233;pare le g&#233;nocide. Le plan en a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; d&#232;s 1992 (&#233;poque o&#249; des ambassadeurs et des personnels de l'ONU en ont transmis l'information tant &#224; la Belgique qu'au Canada), lorsque le mouvement populaire est devenu mena&#231;ant. L'assassinat d'Habyarimana, quels que soient ceux qui l'ont commis (Kagam&#233; est maintenant accus&#233; de l'avoir foment&#233;, ce qui est peut-&#234;tre vrai mais qui ne change rien &#224; l'infamie des responsables du g&#233;nocide), en donne le signal au soir du 6 avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier acte des bandes de tueurs a consist&#233; &#224; assassiner les Hutus dits &#171; mod&#233;r&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire tous ceux qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; la dictature ou encore avaient pris une part dans la r&#233;volte contre la mis&#232;re. Le massacre a alors atteint en quelques jours le g&#233;nocide, visant &#224; l'extermination de tous les Tutsis ainsi que de tous les Hutus qui refusaient d'y participer.&lt;br class='autobr' /&gt;
En plein g&#233;nocide, les dirigeants rwandais, et pas des sous-fifres, sont re&#231;us officiellement &#224; Paris [6]. Jean Bosco Barayagwiza chef du parti extr&#233;miste hutu, le CDR, et de la radio des mille collines, et J&#233;r&#244;me Bicamumpaka ministre des affaires &#233;trang&#232;res du gouvernement g&#233;nocidaire, dit int&#233;rimaire, sont accueillis le 27 avril 1994 &#224; l'Elys&#233;e, &#224; Matignon et au quai d'Orsay. Cela fait 21 jours que le massacre bat son plein. L'Etat fran&#231;ais continue &#224; les armer et &#224; les financer. Il leur maintiendra son soutien dans les mois et les ann&#233;es qui suivront.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est sans doute pas surprenant, ni nouveau, de voir dans un pays pauvre et arri&#233;r&#233; africain un pouvoir avoir recours aux m&#233;thodes qui furent celles de pouvoirs fascistes europ&#233;ens (on peut m&#234;me craindre de le voir se reproduire &#224; l'avenir, en C&#244;te d'Ivoire par exemple, o&#249; le gouvernement semble parfois regarder de ce c&#244;t&#233;). Et il n'est pas plus &#233;tonnant de voir la France &#171; d&#233;mocratique &#187; lui apporter son soutien. Jadis dictature f&#233;roce dans tout son empire colonial, aujourd'hui soutien des dictateurs, souvent tout aussi f&#233;roces, qui maintiennent en retour l'ordre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [7] Cit&#233; par Le Figaro du 23 novembre 1997 et par Patrick de Saint Exup&#233;ry dans &#171; L'inavouable &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [8] cit&#233; par Jean-Paul Gouteux dans &#171; La nuit rwandaise &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [9] cit&#233; par G&#233;rard Prunier dans &#171; Rwanda, le g&#233;nocide &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [10] docteur en entomologie m&#233;dicale, employ&#233; par la coop&#233;ration en Afrique et qui a d&#233;nonc&#233; le g&#233;nocide rwandais et la responsabilit&#233; fran&#231;aise, notamment dans &#171; Un g&#233;nocide secret d'Etat &#187; et &#171; La nuit rwandaise &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [11] Mitterrand parle d'un &#171; gouvernement repr&#233;sentant &#224; Kigali une ethnie majoritaire &#224; 80%. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [12] cit&#233; par Jean-Paul Gouteux dans &#171; La nuit rwandaise &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; [13] Cit&#233; notamment par Mehdi Ba dans &#171; Rwanda, un g&#233;nocide fran&#231;ais &#187; et par Patrick de Saint Exup&#233;ry dans &#171; L'inavouable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Autopsie d'un g&#233;nocide planifi&#233; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Connivences fran&#231;aises au Rwanda &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
de Verschave Fran&#231;ois-Xavier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faute d'&#234;tre soumise &#224; une autorit&#233; d&#233;mocratique, la politique fran&#231;aise en Afrique - et en particulier au Rwanda - met en sc&#232;ne une pluralit&#233; d'acteurs : politiques, militaires, affairistes, agissant pour leurs propres int&#233;r&#234;ts en dehors de tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans (1990-1993), l'arm&#233;e fran&#231;aise a tenu &#224; bout de bras les troupes d'un r&#233;gime rwandais - ou plut&#244;t d'un clan - s'enfon&#231;ant dans le g&#233;nocide, le racisme et la corruption. Engag&#233;e dans le combat contre le Front patriotique rwandais (FPR) (1), l'&#034;ennemi&#034; diabolis&#233; en &#034;Khmer noir&#034;, la France a massivement &#233;quip&#233; les Forces arm&#233;es rwandaises (FAR) ; elle les a instruites dans des camps o&#249; se pratiquaient la torture et le massacre de civils (&#224; Bigogwe par exemple) ; elle a encourag&#233; une strat&#233;gie &#034;antisubversive&#034; qui passait par la cr&#233;ation de milices enivr&#233;es de haine, et enivr&#233;es tout court. Apr&#232;s la publication, en f&#233;vrier 1993, du rapport d'une commission internationale d&#233;non&#231;ant - d&#233;j&#224; - des &#034;actes de g&#233;nocide&#034;, le mot d'ordre, venu directement de l'Elys&#233;e, n'a pas chang&#233; : &#034;Casser les reins du FPR.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout un pan du dispositif franco-africain d&#233;fini &#224; La Baule sombrera alors dans le jusqu'au-boutisme : sabotage des accords d'Arusha ; (possible) implication dans l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana (pr&#232;s d'accepter l'application de ces accords), puis accueil dans les locaux de l'ambassade de France &#224; Kigali d'une sorte d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale extraordinaire du &#034;Hutu power&#034;, des partisans de l'&#233;puration ethnique et du massacre des Tutsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort du pr&#233;sident, une partie des concepteurs de la &#034;solution finale du probl&#232;me tutsi&#034; sont &#224; Paris, tandis que se constitue, sous l'aile de la France, un &#034;gouvernement int&#233;rimaire&#034; qui continuera d'encourager les appels au meurtre de Radio libre des Mille Collines (lire article page 8). Au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'Organisation des Nations unies (ONU), la France fera cause commune avec ce &#034;gouvernement&#034; et s'opposera, cinq semaines durant, &#224; la reconnaissance du g&#233;nocide. D'avril &#224; juin 1994, pendant que les massacres se poursuivaient et qu'&#233;taient tu&#233;s &#224; la machette environ 500 000 Tutsis, une fraction de l'arm&#233;e fran&#231;aise n'aura qu'une obsession : continuer de ravitailler et d'assister les FAR - sous la protection desquelles &#034;travaillaient&#034; les tueurs. Elle y parvint assez longtemps pour faire le joint avec l'op&#233;ration &#034;Turquoise&#034; : cette d&#233;monstration de force prot&#233;gea certes quelques rescap&#233;s tutsis, mais permit surtout aux responsables du g&#233;nocide de se mettre &#224; l'abri au Za&#239;re ou ailleurs. Certains d'entre eux, tel M. J&#233;r&#244;me Bicamumpaka, conservent des visas de longue dur&#233;e qui leur permettent de venir r&#233;guli&#232;rement en France et d'y entretenir d'utiles contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref aper&#231;u montre que la compromission de la France et sa responsabilit&#233; dans l'un des plus grands crimes collectifs de cette fin de si&#232;cle ne furent pas marginales (2). Comment la R&#233;publique en est-elle arriv&#233;e l&#224;, quel syst&#232;me de d&#233;cision et quelle absence de contr&#244;le politique ont-ils pu autoriser de telles aberrations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de la France dans le camp des responsables du g&#233;nocide rwandais illustre l'agencement d&#233;sordonn&#233; des acteurs et des motivations. Du c&#244;t&#233; des d&#233;cideurs, MM. Fran&#231;ois et Jean-Christophe Mitterrand ont tenu un r&#244;le majeur, en raison des liens tr&#232;s forts les unissant &#224; la famille du dictateur Habyarimana. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise suivait avec une exceptionnelle attention, y compris en d&#233;placement, l'&#233;volution de la situation militaire au Rwanda ; durant la p&#233;riode de cohabitation (1993-1995), il nommera &#224; la t&#234;te de la Mission militaire de coop&#233;ration, rue Monsieur &#224; Paris, son homme de confiance, le g&#233;n&#233;ral Jean-Pierre Huchon - second personnage de l'&#233;tat-major &#233;lys&#233;en, fortement impr&#233;gn&#233; des sch&#233;mas anti-Tutsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de M. Edouard Balladur n'a pas contrecarr&#233; les tragiques desseins &#233;lys&#233;ens : la politique franco-africaine profite d'une grande continuit&#233; qui d&#233;passe les clivages partisans. M. Charles Pasqua a la m&#234;me approche des probl&#232;mes que M. Fran&#231;ois Mitterrand (son fils Pierre est l'un des &#034;messieurs Afrique&#034; du ministre de l'int&#233;rieur). L'ancien ministre de la coop&#233;ration, M. Michel Roussin, pass&#233; du service de M. Jacques Chirac &#224; celui de M. Edouard Balladur, s'est parfaitement entendu avec l'Elys&#233;e. Dans ces conditions, le premier ministre, qui ne s'int&#233;resse gu&#232;re au continent noir, a choisi de laisser faire. Deux membres du gouvernement se sont pourtant distingu&#233;s : le ministre des affaires &#233;trang&#232;res, M. Alain Jupp&#233;, en tentant d'introduire la rationalit&#233; du Quai d'Orsay (d'o&#249; l'inflexion de l'attitude officielle de la France &#224; la mi-1993, en faveur des accords d'Arusha - inflexion compromise par la suite et par les autres acteurs) ; et celui de la d&#233;fense, M. Fran&#231;ois L&#233;otard, en contribuant &#224; cantonner l'op&#233;ration &#034;Turquoise&#034; dans ses objectifs affich&#233;s (fort &#233;loign&#233;s des impulsions premi&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination du pr&#233;sident Mitterrand &#224; combattre le FPR - ces &#034;anglophones ougandais&#034;, &#034;avant-garde du Tutsiland&#034; (4) - a conduit &#224; installer au Rwanda le plus gros dispositif de combat fran&#231;ais en Afrique depuis l'affaire tchadienne. Puisque, officiellement, on ne faisait pas la guerre, toute la panoplie des missions discr&#232;tes (instruction, encadrement, conseil, renseignement, mise &#224; disposition du r&#233;gime rwandais de soldats antillais ou de mercenaires semi-publics, manipulation d'opposants politiques) a &#233;t&#233; utilis&#233;e. Le compte-rendu de la rencontre &#224; Paris, le 9 mai 1994 (un mois apr&#232;s le d&#233;clenchement du g&#233;nocide et alors que les massacres se poursuivaient), entre le g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais Jean-Pierre Huchon et l'officier &#233;missaire des FAR, M. Ephrem Rwabalinda, est &#233;difiant. Par-del&#224; les fournitures et soutiens militaires que pouvait apporter la France, la question du jour n'&#233;tait pas comment arr&#234;ter le g&#233;nocide, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; accompli, mais comment retourner les m&#233;dias en faveur du camp en train de le commettre (5) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement de la France au Rwanda est r&#233;v&#233;lateur des d&#233;g&#226;ts que peuvent causer en Afrique des acteurs politiques, militaires, affairistes, voire mafieux (il y avait notamment un narco-trafic rwando-fran&#231;ais), lorsqu'ils ne sont plus soumis &#224; l'autorit&#233; d&#233;mocratique. Certains ressuscitent le &#034;syndrome de Fachoda&#034;, une parano&#239;a face aux &#034;men&#233;es anglo-saxonnes&#034; qui l&#233;gitime les alliances avec le dictateur za&#239;rois Mobutu et le r&#233;gime islamiste de Khartoum, contre l'Ouganda et le Rwanda actuel (6). Paris n'h&#233;site pas &#224; sacrifier des populations (Tutsis, Noubas, Dinkas, etc.) &#224; la d&#233;fense d'une ligne Maginot imaginaire, abritant le commerce fran&#231;ais et la francophonie (7). Ce microcosme franco-africain reste li&#233; &#224; ses correspondants locaux par diverses formes de &#034;solidarit&#233;&#034; : la cogestion de comptes en Suisse, aliment&#233;s par le d&#233;pe&#231;age de l'aide publique ou le d&#233;tournement de marchandises ; la &#034;fraternit&#233; d'armes&#034; avec d'anciens &#233;l&#232;ves des &#233;coles militaires hexagonales, int&#233;gr&#233;s dans une arm&#233;e ou une garde pr&#233;sidentielle claniques, avec des officiers acheteurs d'armes ou mat&#233;riels fran&#231;ais, tr&#232;s largement commissionn&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'horreur de l'histoire n'est pas faite que de d&#233;cisions cyniques : elle se nourrit aussi de mesquineries et de l&#226;chet&#233;s. Ni l'opinion ni les m&#233;dias ne peuvent vraiment &#234;tre exon&#233;r&#233;s. Ils n'ont rien dit lorsque M. Fran&#231;ois Mitterrand a affirm&#233; solennellement : &#034;Il n'y a pas de Monsieur Afrique &#224; l'Elys&#233;e.&#034; C'&#233;tait le 14 juillet 1990. Quatre mois plus tard, r&#233;pondant &#224; une demande t&#233;l&#233;phonique du dictateur Juvnal Habyarimana, M. Jean-Christophe Mitterrand lui promettait l'envoi des parachutistes fran&#231;ais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Compos&#233; en majorit&#233; d'exil&#233;s tutsis.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Cf. Colette Braeckman, Rwanda : histoire d'un g&#233;nocide, Fayard, Paris, 1994 ; Fran&#231;ois-Xavier Verschave, Complicit&#233; de g&#233;nocide ? La politique de la France au Rwanda, La D&#233;couverte, Paris, 1994 ; &#034;Dossier&#034; noir de la politique africaine de la France, par la Coalition pour ramener &#224; la raison d&#233;mocratique la politique africaine de la France, trois livraisons d&#233;j&#224; parues, c/o Survie, 57, avenue du Maine, 75014 Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Selon Jean-Fran&#231;ois M&#233;dard. Lire son intervention lors de la &#034;mise en examen&#034; de la politique africaine de la France, les 8 et 9 novembre 1994 &#224; Biarritz reproduite dans L'Afrique &#224; Biarritz, Agir Ici et Survie, Karthala, Paris, 1995.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Dont la carte, centr&#233;e sur l'Ouganda, ornait sous cette appellation le bureau du chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es. D'apr&#232;s Antoine Glaser et Stephen Smith, L'Afrique sans Africains, Stock, Paris, 1994, pp. 184-185.&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Lors du &#034;flagrant d&#233;lit&#034; rwandais, l'ambassade de France a port&#233; beaucoup plus d'attention &#224; la sauvegarde de ses archives qu'au massacre du personnel rwandais de la coop&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) Jusqu'&#224; la &#034;transformation compl&#232;te de notre politique au Rwanda&#034; annonc&#233;e par le ministre Bernard Debr&#233; dans Le Monde, 29 d&#233;cembre 1994 : l'ancienne &#233;tait ind&#233;fendable dans le cadre de la pr&#233;sidence fran&#231;aise de l'Union europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Mais, observe Colette Braeckman, &#034;peut-on s&#233;rieusement imaginer que la d&#233;fense de la francophonie puisse co&#239;ncider avec la protection d'un r&#233;gime digne des nazis ? Aucune loi Toubon ne pourra jamais r&#233;parer un tel outrage &#224; l'esprit m&#234;me de la langue fran&#231;aise&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1973 : Habyarimana prend le pouvoir dans un coup d'Etat sanglant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;es 90 : r&#233;volte sociale contre la mis&#232;re et politique contre la dictature, avec des manifestations monstres &#224; Kigali (100.000 le 8 janvier 90, puis le 15 janvier)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avril 1990 : Le chef d'Etat du Rwanda M. Juvenal Habyarimana a achev&#233;, le vendredi 6 avril, une visite officielle en France au cours de laquelle il a rencontr&#233; M. Mitterrand. &lt;br class='autobr' /&gt;
20 juin 1990 : discours de Mitterrand en faveur du multipartisme au sommet franco-africain de La Baule.&lt;br class='autobr' /&gt;
fin 1990 : le lieutenant-colonel Chollet, de l'arm&#233;e fran&#231;aise, organise l'arm&#233;e rwandaise et Paul Barril travaille pour l'Akazu, clan familial pr&#233;sidentiel&lt;br class='autobr' /&gt;
Octobre 1990 : Le 17 octobre, le Za&#239;re retire ses troupes du Rwanda o&#249; elles aidaient le r&#233;gime en place. Le 18 octobre 1990, le dictateur Juvenal Habyarimana, en visite &#224; l'Elys&#233;e, re&#231;oit du pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand la promesse de l'aide militaire fran&#231;aise en &#233;change d'une promesse d'ouverture politique &#224; l'opposition. Op&#233;ration Noroit : engagement fran&#231;ais dans la guerre contre le FPR sous pr&#233;texte d'aide &#224; l'&#233;vacuation des Fran&#231;ais. Le contingent fran&#231;ais stoppe l'offensive du FPR aux portes de Kigali une premi&#232;re fois, puis sert &#224; aider le gouvernement &#224; arr&#234;ter ses opposants dans la capitale. Le pouvoir accuse la communaut&#233; tutsie tout enti&#232;re de complicit&#233; avec les forces arm&#233;es du FPR qui attaquent le pouvoir depuis l'Ouganda. 4000 Tutsis rwandais trait&#233;s de &#171; suspects &#187; de sympathie avec le FPR sont arr&#234;t&#233;s sans jugement. &#034; Il nous faut d&#233;masquer au plus vite les assaillants infiltr&#233;s dans la population &#034;, d&#233;clare le pr&#233;sident pour expliquer la campagne de d&#233;lation nationale &#224; laquelle les Rwandais sont aujourd'hui convi&#233;s. Une occasion r&#234;v&#233;e pour les autorit&#233;s et pour les particuliers de se d&#233;barrasser d'un voisin, d'un coll&#232;gue de travail ou d'un opposant. Un simple coup de t&#233;l&#233;phone suffit, les militaires arrivent quelques minutes apr&#232;s, embarquent le suspect en remettant le contr&#244;le d'identit&#233; &#224; plus tard. Il a fallu ouvrir un stade pendant quelques jours pour y mettre le trop-plein des interpell&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1990 : &#034; Nous sommes pr&#234;ts &#224; vous aider financi&#232;rement pour r&#233;gler le probl&#232;me des r&#233;fugi&#233;s &#034;, a d&#233;clar&#233;, jeudi 8 novembre, le ministre fran&#231;ais de la coop&#233;ration, M. Jacques Pelletier, &#224; l'issue d'une mission dans la r&#233;gion. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cembre 1990 : Dans son num&#233;ro de d&#233;cembre, le tout nouveau bimensuel Kangura (proche de la direction de l'arm&#233;e rwandaise) &#233;nonce &#034; les dix commandements &#034; que les Hutus (ethnie majoritaire, au pouvoir depuis 1959), sont cens&#233;s appliquer. Sera ainsi consid&#233;r&#233; comme &#034; tra&#238;tre &#034; tout citoyen Hutu &#034; qui fait alliance avec les Tutsis dans ses affaires &#034;. Pire : &#034; les Hutus doivent cesser d'avoir piti&#233; des Tutsis &#034; et, s'alliant &#224; &#034; leurs fr&#232;res bantous &#034;, se montrer &#034; fermes et vigilants contre leur ennemi commun tutsi &#034;. Cet appel &#224; la haine raciale ne semble pas avoir &#233;mu le gouvernement du pr&#233;sident Habyarimana pas plus que les institutions judiciaires pourtant promptes, semble-t-il, &#224; r&#233;agir d&#232;s qu'il s'agit de &#034; suspects &#034; d'origine tutsie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juin 1991 : instauration du multipartisme qui donne naissance &#224; une douzaine de partis officiels et &#224; une soixantaine de journaux priv&#233;s. En fait, les partis, associations et journaux qui sont critiques du r&#233;gime sont sans cesse inqui&#233;t&#233;s et attaqu&#233;s, alors que la presse et les organisations d'extr&#234;me-droite hutu sont favoris&#233;s par le pouvoir. Pourtant, les opposants du MDR, du PL et du PSD cultivent le r&#233;alisme, la mod&#233;ration et se refusent &#224; s'appuyer sur la r&#233;volte populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1991 : manifestation massive, &#224; Kigali, contre la dictature en place, le dimanche 24 novembre. Le pr&#233;sident est oblig&#233; de c&#233;der le multipartisme. Le 1er novembre 1990, retrait des troupes belges, remplac&#233;es par les troupes fran&#231;aises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 1992 : &#171; Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secou&#232;rent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, o&#249; 50 000 personnes d&#233;fil&#232;rent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journ&#233;e de manifestation est convoqu&#233;e pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arr&#234;t&#233;s. &#187; (citation du rapport Quil&#232;s)&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1992 : la journaliste pro-fran&#231;aise Simon Catherine &#233;crit : &#171; Les militaires fran&#231;ais ne combattent pas directement, mais c'est vrai qu'ils apportent un &#034;plus &#224; l'arm&#233;e rwandaise&#034;. Paradoxalement, cette pr&#233;sence fran&#231;aise est &#224; la fois critiqu&#233;e par l'opposition et salu&#233;e comme une sorte de &#034;gage&#034; donn&#233; au processus de d&#233;mocratisation. M&#234;me ceux qui la contestent admettaient, encore r&#233;cemment, qu'elle avait permis d'&#233;viter de &#034;trop grosses bavures sur le plan humanitaire&#034;. &#187; Les m&#233;dia fran&#231;ais s'y entendent &#224; cautionner au nom de l'humanitaire les exactions soutenues au Rwanda par la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mars 1992 : massacres organis&#233;s par le pouvoir dans le sud-est du pays, r&#233;p&#233;tition de ce que sera la g&#233;nocide. Dans la r&#233;gion de Bugesera, 13.000 habitants ont du fuir face aux massacres de Tutsis par des Hutus, massacre organis&#233; quasi ouvertement par le pouvoir. Maisons br&#251;l&#233;es, personnes viol&#233;es et gravement bless&#233;es sont aussi des moyens utilis&#233;es d'une terreur de masse qui reste pour le moment localis&#233;e. Le mouvement fasciste hutu tente ainsi d'offrir un d&#233;rivatif au m&#233;contentement populaire. Alphonse Mobito de l'Association rwandaise des droits de l'homme affirme que des centaines de personnes &#171; ont &#233;t&#233; br&#251;l&#233;es ou bien jet&#233;es dans des fosses d'aisance &#187;. Un tract aux accents violemment tribalistes, lu le 3 mars sur les ondes de la radio nationale, est &#034; en partie &#034; &#224; l'origine du drame, a reconnu, lundi 9 mars, dans un entretien accord&#233; &#224; Radio France internationale (RFI), le premier ministre, M. Sylvestre Nsanzimana. En plus de la radio, il faut citer comme m&#233;dia ouvertement g&#233;nocidaire et li&#233; au pouvoir le journal &#171; Kangura &#187;, qui en appelle r&#233;guli&#232;rement au &#034; salut du peuple bantou &#034; et d&#233;nonce, &#224; longueur de colonne, la &#034; croisade &#034; des Tutsis - ces &#034; serpents venimeux &#034;, qui ont &#034; vendu leurs filles-vip&#232;res aux Am&#233;ricains, aux Europ&#233;ens, et m&#234;me aux Africains &#034; &#8211; et qui, malgr&#233; ses appels au meurtre des tutsis, n'a jamais &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
14 mars 1992 : l'opposition d&#233;mocratique annule la manifestation de protestation contre les massacres qu'elle envisageait du fait de ses n&#233;gociations avec le pouvoir, accord qui pr&#233;voit que le Premier ministre rwandais sera choisi par l'opposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but mars 1992 : la France envoie de nouvelles troupes du 2e R&#233;giment d'Infanterie de Marine.&lt;br class='autobr' /&gt;
16 avril 1992 : le pouvoir est contraint de mettre en place un gouvernement d'union des partis politiques, y compris l'opposition d&#233;mocratique, dont le dirigeant du MDR, Nsengiyaremye, est nomm&#233; chef du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juillet 1992 : Selon M. Habyarimana, interrog&#233; par Radio France internationale, la France est au Rwanda pour prot&#233;ger ses int&#233;r&#234;ts, sans autre pr&#233;cision (RFI, 19 juillet 1992).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ao&#251;t 1992 : le 26 ao&#251;t 1992, signature d'un avenant &#224; l'accord d'assistance militaire de la France au Rwanda : l'Ambassadeur Georges Martres a simplement pr&#233;cis&#233; &#8220; s'&#234;tre aper&#231;u en 1992 que la coop&#233;ration militaire destin&#233;e &#224; l'arm&#233;e rwandaise manquait de base juridique puisque l'accord en vigueur &#224; cette &#233;poque ne mentionnait que la coop&#233;ration avec la Gendarmerie &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
1er septembre 1992 : lettre officielle du pr&#233;sident Fran&#231;ois Mitterrand de remercieents &#224; Jean Bosco Barayagwiza, leader fasciste du CDR qui vient d'organiser des massacres &#224; Kibuye pour torpiller les accords.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1992 : les violences des bandes fascistes hutus Interhmwe se multiplient.&lt;br class='autobr' /&gt;
28 f&#233;vrier 1993 : le ministre de la coop&#233;ration, Marcel Debarge, en visite &#224; Kigali, appelle tous les Hutus &#224; s'unir contre le FPR. Selon un ex-sp&#233;cialiste africain de l'Elys&#233;e G&#233;rard Prunier, c'est &#171; un appel &#224; la guerre raciale &#187; (dans Rwanda, le g&#233;nocide). Une semaine plus tard, le front &#171; Hutu power &#187; est fond&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aide &#224; l'arm&#233;e rwandaise &#173; officiellement, en 1993, 12 millions de francs de mat&#233;riel, et le d&#233;tachement de quelques dizaines d'instructeurs &#173; n'avait jamais cess&#233;, accompagnant la &#034;mont&#233;e en puissance&#034; de ces troupes : en cinq ans, ses effectifs &#233;taient pass&#233;s de 15 000 &#224; 40 000 hommes, alors que la gu&#233;rilla elle-m&#234;me se renfor&#231;ait (Cf. Philippe Leymarie, &#034;La France et le maintien de l'ordre en Afrique&#034;, le Monde diplomatique, juin 1994).&lt;br class='autobr' /&gt;
17 juillet 1993 : formation d'un nouveau gouvernement avec Agathe Uwilingiyimana comme premier ministre.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 ao&#251;t 1993 : les accords d'Arusha sont sign&#233;s par le pr&#233;sident rwandais et le FPR, en vue d'un partage du pouvoir et d'une fin de la guerre, accords sign&#233;s sous la pression am&#233;ricaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 1994 : La France a pris part &#224; des fournitures d'armes qui ont servi aux massacres : le rapport de Human Rights Watch de janvier 1994 souligne que des mortiers, des voitures blind&#233;es, des pi&#232;ces d'artillerie, des h&#233;licopt&#232;res, ont &#233;t&#233; livr&#233;s au Rwanda. Des conseillers militaires et jusqu'&#224; 680 militaires ont &#233;t&#233; pr&#233;sents au Rwanda, officiellement pour prot&#233;ger les expatri&#233;s, en fait pour contenir l'avance du Front patriotique. En outre, une vente d'armes &#233;gyptiennes, pour une valeur de 6 millions de dollars, a &#233;t&#233; garantie par le Cr&#233;dit Lyonnais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'en avril 94 : Op&#233;ration militaire fran&#231;aise &#171; Amaryllis &#187; qui &#233;vacue tous les Blancs et quelques gros bonnets des fascistes hutus.&lt;br class='autobr' /&gt;
De janvier 1993 &#224; mars 1994 : le r&#233;gime ach&#232;te l'essentiel des machettes du g&#233;nocide ; 581 tonnes soit une machette pour trois adultes hutus&lt;br class='autobr' /&gt;
6 avril 1994 : c'est le d&#233;but du g&#233;nocide d&#233;clench&#233; &#224; l'annonce de la mort du pr&#233;sident dont l'avion a &#233;t&#233; abattu. La garde pr&#233;sidentielle (dont le sommet a &#233;t&#233; form&#233; en France) d&#233;marre assassinant l'opposition politique et les Hutus mod&#233;r&#233;s puis les Interhamwe miliciens du MRND ex parti unique, affili&#233; &#224; l'internationale d&#233;mocrate chr&#233;tienne, installent des barrages o&#249; les Tutsis sont syst&#233;matiquement tu&#233;s. Puis l'arm&#233;e et les miliciens contraignent la population hutu &#224; tuer les Tutsis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juillet 1994 : op&#233;ration Turquoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte de 1990-92&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;texte de la politique des classes dirigeantes et de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais a consist&#233; &#224; pr&#233;tendre qu'il s'agissait seulement de se d&#233;fendre contre l'attaque ext&#233;rieure d'une arm&#233;e financ&#233;e et aid&#233;e par l'&#233;tranger. On ne voit pas pourquoi l'attaque militaire ext&#233;rieure justifierait-elle une agression int&#233;rieure violente contre la moiti&#233; de la population civile qui n'avait nullement pris fait et cause dans cette guerre. Si, le 1er octobre 1990, le FPR, opposition organis&#233;e et arm&#233;e &#224; partir de l'Ouganda, lance sa premi&#232;re attaque, le choix de cette p&#233;riode n'&#233;tait pas fortuit. 1990 &#233;tait une ann&#233;e charni&#232;re dans toute l'Afrique. En effet, cette ann&#233;e-l&#224;, &#224; cause de la crise &#233;conomique du syst&#232;me capitaliste dans laquelle le monde s'enfon&#231;ait inexorablement depuis plus de vingt ans, tout le continent africain &#233;tait pris dans une tourmente de luttes sociales sans pr&#233;c&#233;dent. Plus qu'aucune r&#233;gion du monde, l'Afrique plus vuln&#233;rable, parce qu'exploit&#233;e depuis des si&#232;cles, subissait douloureusement les cons&#233;quences de la crise. A cause de la chute des prix des mati&#232;res premi&#232;res sur le march&#233; mondial, les conditions de vie des masses populaires s'&#233;taient profond&#233;ment d&#233;grad&#233;es, essentiellement &#224; cause, d'une part, du fait que les caisses &#233;tant de plus en plus vides, les Etats n'avaient plus les moyens d'assurer les services publics n&#233;cessaires et d'augmenter les salaires, et d'autre part, de ce que, sous la pression du FMI et respectant les plans d'ajustement structurel de celui-ci, ces m&#234;mes Etats bloquaient les salaires, diminuaient les bourses des &#233;tudiants et organisaient des licenciements massifs, tant dans le public que dans le priv&#233;, en &#233;dictant des lois permettant aux patrons de faire ce qu'ils voulaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces attaques de la bourgeoisie mondiale &#224; travers la politique de ses valets locaux finirent par d&#233;clencher la col&#232;re des diff&#233;rentes couches populaires africaines. Celle-ci s'exprima de diff&#233;rentes fa&#231;ons : des &#233;meutes de la faim suite &#224; une augmentation du prix du pain, comme au Maroc ou en Tunisie, mais surtout des gr&#232;ves et des r&#233;voltes. C'&#233;tait l'ensemble du continent africain qui &#233;tait secou&#233;. A Abidjan, &#224; Douala, &#224; Lom&#233;, &#224; Libreville, &#224; Bamako, &#224; Kinshasa, &#224; Douala, etc, dans la plupart des capitales africaines, des milliers de gens, des travailleurs, des &#233;tudiants, des femmes, des jeunes s'&#233;levaient pour dire qu'ils n'acceptaient plus de vivre comme avant. Ils descendaient dans la rue pour crier leur col&#232;re contre la mis&#232;re. Ils s'&#233;rigeaient contre les plans d'ajustement du FMI, r&#233;clamaient les arr&#234;ts des licenciements, l'augmentation des salaires, des bourses et des meilleures conditions d'&#233;tudes. Ces gr&#232;ves, &#233;meutes, r&#233;voltes allaient &#233;branler les dictatures, en faire reculer certaines ou m&#234;me tomber d'autres, comme au Mali, par exemple, en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ferlement d'&#233;v&#233;nements sans pr&#233;c&#233;dent, dont certains, comme la r&#233;volte des jeunes en Alg&#233;rie en 88, avaient commenc&#233; des ann&#233;es avant 1990, ce d&#233;ferlement d'&#233;v&#233;nements donc contraignit l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; faire pression sur ses laquais locaux afin qu'ils modifient quelque peu la fa&#231;ade de leurs r&#233;gimes dictatoriaux. Ainsi nombre de dictateurs qui, auparavant, avaient jur&#233; que de leur vivant ils n'instaureraient pas le multipartisme allaient finalement faire marche arri&#232;re et accepter qu'il y ait des partis autres que les leurs. Pour compl&#233;ter le tableau, ajoutons que c'&#233;tait dans la m&#234;me p&#233;riode que, sous la pression des puissances imp&#233;rialistes, en Afrique du sud, effray&#233;e par l'explosion quasi permanente des townships et des ghettos, la bourgeoisie blanche a d&#233;cid&#233; d'aller rencontrer la direction de l'ANC &#224; Lusaka, en Zambie, afin de discuter de la perspective d'un changement en douceur de l'apartheid sous la forme d'une solution n&#233;goci&#233;e avec la bourgeoisie noire. Ici et l&#224;, le but vis&#233; par toutes ces op&#233;rations &#233;tait &#233;videmment de chercher &#224; d&#233;samorcer la col&#232;re des masses populaires, &#224; la domestiquer, en la d&#233;tournant vers des changements formels afin d'&#233;viter qu'elle ne d&#233;bouche sur une remise en cause contagieuse de l'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rwanda aussi avait connu les m&#234;mes probl&#232;mes que les autres pays africains. La chute des cours des mati&#232;res premi&#232;res avait cr&#233;&#233; au pays d'&#233;normes difficult&#233;s : entre 1985 et 1988, le prix du caf&#233; avait baiss&#233; de 30%, celui du th&#233;, de 40%. Le prix de l'&#233;tain aussi avait chut&#233; &#224; tel point que, en 1985, la Somirwa, une soci&#233;t&#233; mini&#232;re dont les exploitations d'&#233;tain assuraient &#224; l'Etat 25% de recettes en devises et qui employait 8 000 personnes, avait fait faillite. Aussi les masses &#233;taient-elles confront&#233;es aux m&#234;mes probl&#232;mes qu'ailleurs : pr&#233;carit&#233;, mis&#232;re, licenciements, suivis d'un profond m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1989, le r&#233;gime du parti unique &#233;tait de plus en plus critiqu&#233;, y compris de l'int&#233;rieur. Dans la m&#234;me ann&#233;e, trente trois intellectuels ont os&#233; publier une lettre ouverte r&#233;clamant des &#233;lections libres. En 1990, sous la pression de la rue et de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, comme les autres dictateurs, Habyarimana accepta de mettre sur pied une commission nationale en vue de l'instauration du multipartisme. Mais avant que celle-ci ne d&#233;pose les r&#233;sultats de ses travaux, plusieurs paris politiques d'opposition, des syndicats ind&#233;pendants, des associations de droits de l'homme et une presse libre diverse se cr&#233;&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de l'ancien parti unique le MRND, le Mouvement R&#233;volutionnaire National pour le D&#233;veloppement, qui changea de nom pour devenir le MRNDD, le Mouvement R&#233;publicain National pour la D&#233;mocratie et le D&#233;veloppement, se cr&#233;&#232;rent toute une s&#233;rie de partis politiques bourgeois, des mod&#233;r&#233;s lib&#233;raux aux partis ouvertement racistes, anti-tutsis. Le plus important d'entre eux &#233;tait le MDR, le Mouvement D&#233;mocratique R&#233;publicain. Dirig&#233; par des Hutus rivaux d'Habyarimana, originaires de la r&#233;gion du Centre et du Sud, ce parti se voulait l'h&#233;ritier du Parmehutu de l'ancien dictateur Kayibanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon nombre de ces partis, pour ne pas dire la plupart, &#233;taient de bouts du MNRD, le parti de la dictature. Leur ambition &#224; tous &#233;tait surtout de partager le pouvoir avec la clique de &#034;l'Akazu&#034;, &#034;la maisonn&#233;e&#034; du dictateur. Par ailleurs, quoique se d&#233;finissant g&#233;n&#233;ralement d'ob&#233;dience hutue ou tutsie, ces partis &#233;taient souvent organis&#233;s autour des ambitions personnelles de quelques individus et apparaissaient plus comme repr&#233;sentant les int&#233;r&#234;ts de telle ou telle r&#233;gion et non telle communaut&#233; ethnique. Par exemple Le MDR, issu du MNRD et dirig&#233; par des Hutus, pr&#233;tendait d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des Hutus du centre et du sud &#233;cart&#233;s de la gestion des affaires depuis la prise du pouvoir par les Hutus du Nord. Il en &#233;tait de m&#234;me pour tous les autres partis. C'est pourquoi, reprochant au parti du dictateur Habyarimana de concentrer exclusivement le pouvoir entre les mains des Hutus du Nord, la seule ambition de tous ces partis &#233;tait de faire pression sur la dictature afin d'aboutir &#224; un repartage du pouvoir sous la forme d'un r&#233;&#233;quilibrage au profit des uns et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, la dictature de Habyarimana s'est trouv&#233;e &#233;branl&#233;e par cette situation. Elle &#233;tait affaiblie par le mouvement de contestation qui se d&#233;veloppait dans le pays. Elle avait surtout perdu la confiance d'une frange de sa base sociale petite-bourgeoise. Et ce fut dans cette situation-l&#224; qu'intervint la premi&#232;re attaque du FPR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes puissances visent &#224; un partage du pouvoir avec le FPR&lt;br class='autobr' /&gt;
S'ajoutant au mouvement de contestation int&#233;rieur de plus en plus grandissant et aux pressions des pays riches qui souhaitaient une stabilit&#233; politique, cette attaque mit la dictature de Habyarimana sous la coupe d'une triple pression. La conjonction de ces trois &#233;l&#233;ments, &#224; savoir les manifestations des rues, les pressions des puissances imp&#233;rialistes et les raids du FPR, dans un contexte marqu&#233; par d'&#233;normes difficult&#233;s &#233;conomiques dues &#224; la chutes des prix des mati&#232;res premi&#232;res, tout cela allait peser plus encore sur le pouvoir au point de l'obliger &#224; composer avec l'opposition et d'accepter de discuter avec elle. Ainsi au mois de mars 1992 et au mois de juin 1993, un gouvernement de transition fut form&#233; avec les partis de l'opposition. Au mois d'ao&#251;t1992, entre la dictature de Habyarimana et l'ensemble de l'opposition, tant politique que militaire, s'engag&#232;rent des discussions et des n&#233;gociations qui allaient durer plusieurs mois avant d'aboutir &#224; un ensemble d'accords appel&#233;s &#034;les Accords d'Arusha&#034;, du nom d'une ville tanzanienne o&#249; ils ont &#233;t&#233; conclus en ao&#251;t 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, ces accords pr&#233;voyaient que le chef de l'Etat ne dirigerait plus. Le v&#233;ritable pouvoir serait entre les mains des partis politiques qui s'appuieraient sur une Assembl&#233;e Nationale souveraine, avec un gouvernement de transition &#224; base &#233;largie devrait. Entre autres choses, dans ces accords, il y avait aussi la fin de la guerre, la r&#233;conciliation, la mise en place d'un Etat de droit, le retour des exil&#233;s &#233;parpill&#233;s &#224; travers le monde, le partage du pouvoir entre l'ancien parti unique, les partis d'opposition et le FPR. Celui-ci se transformerait en un parti et ses troupes int&#233;greraient les rangs de l'arm&#233;e. Enfin des &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives devraient avoir lieu en 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances imp&#233;rialistes ainsi que les partis de l'opposition pensaient tenir &#224; travers ces accords la cl&#233; de la crise rwandaise. Ils croyaient qu'il suffirait de coucher sur du papier quelques id&#233;es g&#233;n&#233;reuses sur la paix, l'Etat de droit, etc, pour que Habyarimana et sa bande d'Akazu acceptent tout, au point d'abandonner les privil&#232;ges. Mais c'&#233;tait compter sans les dignitaires de la dictature qui firent seulement semblant d'admettre le compromis. Lors d'un meeting en 1992, Habyarimana traita les n&#233;gociations d'Arusha de &#034;simple chiffon de papier&#034;. Des n&#233;gociations, lui et les siens se servaient surtout comme une couverture afin de mieux pr&#233;parer la guerre. Car, pour ces gens-l&#224;, l'id&#233;e d'un simple partage du pouvoir &#233;tait quelque chose d'inadmissible, une menace sur leurs int&#233;r&#234;ts. Par ce temps de crise o&#249; le g&#226;teau &#224; partager s'&#233;tait r&#233;duit du fait de la chute des revenus de l'exportation, l'avidit&#233; de la petite minorit&#233; proche du pouvoir s'en &#233;tait accrue d'autant. Les dignitaires du r&#233;gime &#233;taient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment accroch&#233;s &#224; leurs postes, source principale de leur enrichissement, comme les hommes d'affaires qui avaient prosp&#233;r&#233; sous la parti unique ; les chefs de l'arm&#233;e et autres militaires avaient peur de la concurrence de leurs rivaux du FPR et d'une d&#233;mobilisation qui les conduirait au ch&#244;mage. Par cons&#233;quent tout ce monde-l&#224;, plus tant d'autres profiteurs du syst&#232;me Habyarimana, ne voulait pas du moindre compromis avec leurs rivaux de l'opposition. Alors, en se servant de l'appareil d'Etat, il allait se liguer, faire bloc afin de s'opposer par tous les moyens &#224; la perspective du partage du pouvoir et, afin de d&#233;fendre ses privil&#232;ges, opter pour un g&#233;nocide m&#233;thodiquement pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e fasciste&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, d&#232;s la premi&#232;re attaque du FPR, en octobre 1990, les principaux dignitaires du r&#233;gime r&#233;agirent brutalement. Comme aux sombres heures de la dictature de Habyarimana, ils brandirent le spectre de &#034;l'ennemi int&#233;rieur&#034; et ne cach&#232;rent pas leurs intentions de ne pas se laisser faire : en quelques heures, 10 000 personnes, g&#233;n&#233;ralement des Tutsis mais aussi des Hutus mod&#233;r&#233;s consid&#233;r&#233;s comme alli&#233;s du FPR, furent arr&#234;t&#233;es et parqu&#233;es dans le stade de Kigali. Dans les provinces, les autorit&#233;s, les bourgmestres, les pr&#233;fets, les commandants des zone, pouss&#232;rent les Hutus &#224; s'attaquer &#224; leurs voisins tutsis : dans la pr&#233;fecture de Giseny, par exemple, 300 Tutsis furent tu&#233;s, des milliers d'autres bless&#233;s ou oblig&#233;s de s'enfuir, leurs maisons br&#251;l&#233;es, leurs biens pill&#233;s. D'autres massacres de ce genre eurent lieu ailleurs. En 1991, suite &#224; une autre attaque du FPR &#224; Ruhengeri, sous la conduite de la police, de l'arm&#233;e et des hauts fonctionnaires du coin, des Hutus massacr&#232;rent 300 personnes d'une communaut&#233; des pasteurs tutsis. Avant ce massacre, un tract, sign&#233; par le pr&#233;fet et le ministre de l'int&#233;rieur, avait circul&#233;, appelant les paysans &#224; d&#233;truire &#034;les buissons et tous les rebelles qui s'y cachent. Et surtout n'oubliez pas, dit le tract, que celui qui coupe une mauvaise herbe doit aussi d&#233;truire ses racines&#034;. En 1992, au cours d'un meeting tenu &#224; Gisenyi, un certain L&#233;on Muges&#233;ra, vice-pr&#233;sident du MRND, le parti de la dictature, d&#233;clare : &#034;Je prie instamment toutes les personnalit&#233;s importantes du MRND de collaborer. Celui qui est &#224; la t&#234;te du Tr&#233;sor Public, qu'il nous apporte l'argent... L'homme d'affaires doit toucher &#224; sa caisse et nous apporter de l'argent pour que nous allions trancher les t&#234;tes de ces salauds. Rappelez-vous que notre mouvement a ses racines dans les cellules et les secteurs. Le pr&#233;sident vous a bien dit qu'un arbre bien en branches et en feuilles seulement, mais sans racines, est un arbre mort. Nos chefs de cellule doivent se mettre au travail, m&#234;me s'ils ne sont pas pay&#233;s. Tout &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la cellule doit &#234;tre not&#233;. Si c'est un complice des Inyenzis (Tutsis), il doit p&#233;rir sans autre forme de proc&#232;s... Notre faute, en 1959, c'est que j'&#233;tais enfant, c'est que nous les avons laiss&#233;s sortir saints et saufs...Je vous r&#233;p&#232;te que nous devons vite nous mettre &#224; l'ouvrage... Sachez que celui &#224; qui vous n'avez pas tranch&#233; la t&#234;te, c'est lui qui tranchera la v&#244;tre.&#034; En fait, &#224; partir de 1990, c'est ouvertement, au vu et au su de tout le monde, que les dignitaires rwandais, utilisant l'encadrement &#233;tatique totalitaire, pr&#233;paraient psychologiquement la populations aux futurs massacres par le biais d'une propagande bas&#233;e sur la menace des Tutsis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 4 ans, ce type de discours aliment&#233; par la haine des Tutsis en g&#233;n&#233;ral allait &#234;tre tenu non seulement par les dignitaires du r&#233;gime mais aussi v&#233;hicul&#233;, relay&#233; par les m&#233;dia, notamment &#224; la radio nationale d'abord et la radio dite libre des Milles Collines, et dans les colonnes d'un journal appel&#233; le Kangura. En 1990, par exemple, dans une &#233;dition de celui-ci o&#249;, sur toute la premi&#232;re page il y avait une photo de Mitterrand avec la mention &#034;Un v&#233;ritable ami du Rwanda&#034;, &#233;tait publi&#233; un texte appel&#233; &#034;Les Dix Commandements du Muhutu&#034;. Dans ce texte, on pouvait lire :&#034; Tout Hutu doit savoir que toute femme tutsie, o&#249; qu'elle soit, travaille &#224; la solde de son ethnie tutsie. Par cons&#233;quent, est tra&#238;tre tout Hutu qui &#233;pouse une Tutsie, qui fait d'une Tutsie sa concubine, qui fait d'une Tutsie sa secr&#233;taire ou sa prot&#233;g&#233;e. Tout Hutu doit savoir que tout tutsi est malhonn&#234;te dans les affaires. Il ne vise que la supr&#233;matie de son ethnie. Par cons&#233;quent, est tra&#238;tre tout hutu qui fait alliance avec les Tutsis dans les affaires, qui investit son argent ou l'argent de l'Etat dans une entreprise d'un Tutsi... Les Hutus doivent cesser d'avoir piti&#233; des Tutsis... Tout Hutu doit diffuser largement la pr&#233;sente id&#233;ologie...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de toute cette propagande anti-tutsie &#233;tait de chercher &#224; resserrer les rangs de la communaut&#233; hutue autour du clan de l'Akazu au nom du nationalisme hutu, en faisant croire aux Hutus, surtout aux privil&#233;gi&#233;s de cette communaut&#233;, notamment aux hommes d'affaires et aux intellectuels qui avaient rejoint l'opposition hutue mod&#233;r&#233;e, qu'ils risqueraient de tout perdre en acceptant un quelconque compromis avec le FRP, pr&#233;sent&#233; comme le bras arm&#233; des Tutsis. Ainsi, dans tous les partis d'opposition, allaient se constituer des cercles et des groupes dirig&#233;s par des intellectuels qui se ralli&#232;rent &#224; la dictature d'Habyarimana pour former ce qu'ils appelaient le Hutu power, le pouvoir hutu, une sorte de large cadre politique fasciste organis&#233; d'en haut pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des privil&#233;gi&#233;s de cette communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se reconstituer une base sociale populaire qui s'&#233;tait effrit&#233;e depuis l'appauvrissement du pays et l'apparition du multipartisme, les dignitaires du pouvoir n'utilisaient pas seulement le spectre de la menace tutsie. Ils se servaient aussi d'autres moyens, comme la corruption. Ce fut &#224; coup d'argent qu'ils se ralli&#232;rent certains dirigeants des partis adverses. C'est ainsi que le principal parti de l'opposition, le MDR, &#233;clata en deux, entre, d'un c&#244;t&#233;, une tendance d&#233;cid&#233;e &#224; aller au bout du compromis avec le FPR, et, de l'autre, une autre qui rejoignit le camp de l'Akazu, au nom de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des Hutus. La Parti Lib&#233;ral qui avait la particularit&#233; d'avoir des Tutsis et son sein et d'&#234;tre m&#234;me dirig&#233; par un pr&#233;sident tutsi explosa lui aussi en deux fractions, l'une tutsie, l'autre hutue et sensible aux th&#232;ses du hutu power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand la corruption ne suffisait pas, on avait recours aux assassinats, qui se multipli&#232;rent : parce qu'il refusait de se rallier au hutu power, F&#233;licien Gatabazi, le dirigeant hutu du Parti social-d&#233;mocrate fut assassin&#233; au mois de f&#233;vrier 1994. Pour renforcer son camp, le pouvoir encouragea &#233;galement la cr&#233;ation de plusieurs formations satellites, comme le Parti du bas peuple dirig&#233; par une grande bourgeoise, mais surtout la CDR, la Coalition de la d&#233;fense de la R&#233;publique, une organisation form&#233;e &#224; la droite du MRND. Celle-ci &#233;tait constitu&#233;e de militants purs et durs de la cause hutue, originaires de la r&#233;gion du centre et du sud et fid&#232;les &#224; l'ancien dictateur Kayibanda. Ils se voulaient plus extr&#233;mistes que la clique de l'Akazu et refusaient tout compromis avec le FPR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, tout en participant aux n&#233;gociations avec les partis d'opposition et le FPR, Habyarimana et les siens regroup&#232;rent autour d'eux une partie des notables hutus et, de ce fait, constitu&#232;rent une force, une base sociale privil&#233;gi&#233;e, au service de laquelle ils mirent tout le savoir faire du parti unique, ses cadres, ses jeunes, ses r&#233;seaux, ses cellules, au service d'une violence planifi&#233;e et syst&#233;matique. Et ils s'arm&#232;rent pour cela. L'Etat rwandais, gr&#226;ce &#224; l'encadrement de l'arm&#233;e fran&#231;aise, augmenta consid&#233;rablement les affectifs de ses forces arm&#233;es. De 7000, celles-ci pass&#232;rent &#224; 40 000 soldats, &#233;quip&#233;s aussi en achetant des armes aupr&#232;s de l'Egypte et de l'Afrique du Sud, avec garantie financi&#232;re du... Cr&#233;dit Lyonnais. Les transactions se faisaient de la fa&#231;on la plus simple : le Rwanda mettait en gage sa production de th&#233;, le Cr&#233;dit Lyonnais donnait sa caution bancaire et le tour &#233;tait jou&#233; : 6 millions de dollars d'achat d'armes &#224; l'Egypte, 5,9 millions &#224; l'Afrique du Sud. Gr&#226;ce &#224; la garantie politique et &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, l'Etat rwandais s'est ainsi consid&#233;rablement &#233;quip&#233; aupr&#232;s de l'Egypte et de l'Afrique du sud, sans oublier les armes livr&#233;es par la France : des mortiers, des canons l&#233;gers, des pi&#232;ces de rechanges, des douzaines de blind&#233;s l&#233;gers Panhard, des transporteurs des troupes et six h&#233;licopt&#232;res Gazelles. Sans oublier des milliers de machettes command&#233;es par le pouvoir. Comme par hasard peu avant les massacres de 94 et pas dans un but de travail agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1994, 30 0000 soldats rwandais disposaient d'armes l&#233;g&#232;res en grande quantit&#233;, de lance-grenades, de mines terrestres et d'une artillerie &#224; moyenne et longue port&#233;es. Une partie des armes a &#233;t&#233; distribu&#233;e &#224; des civils, qui constituaient ainsi des &#034;groupes d'autod&#233;fense&#034;. Ceux-ci &#233;taient organis&#233;s d'une fa&#231;on m&#233;thodique. La plus petite autorit&#233; administrative du pays avait son groupe d'autod&#233;fense dont le noyau avait pour nom le &#034;Nyumba Kumi&#034;. Chaque noyau de ce type, contr&#244;l&#233; par les autorit&#233;s, pouvait comprendre deux ou trois personnes et disposait d'une arme. Les &#034;Nyumba Kumi&#034; &#233;taient reproup&#233;s par 10 et constituaient &#224; leur tour une cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces milices, cr&#233;&#233;s et organis&#233;s par le MRND, &#233;taient appel&#233;es &#034;les Interahamwes&#034;, ce qui veut dire &#034;ceux qui combattent ensemble&#034;. Leurs membres &#233;taient recrut&#233;s dans la jeunesse d&#233;soeuvr&#233;e, les ch&#244;meurs, mais aussi parmi les r&#233;servistes de l'arm&#233;e et de la gendarmerie. Les privil&#233;gi&#233;s du r&#233;gime, leurs enfants, les intellectuels, les commer&#231;ants, eux aussi, ont fourni leurs contingents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes dits d'autod&#233;fense &#233;taient form&#233;s, entra&#238;n&#233;s par des militaires fran&#231;ais et rwandais. Ils &#233;taient directement plac&#233;s sous l'autorit&#233; du clan de l'Akazu, notamment de Habyarimana lui-m&#234;me, de son &#233;pouse et leur entourage. C'&#233;taient ces milices-l&#224; qui allaient plus tard &#234;tre l&#226;ch&#233;es sur les Tutsis. Mais bien avant le g&#233;nocide, elles avaient &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;es &#224; massacrer, comme lors des diff&#233;rentes attaques du FPR, ou &#224; agresser, tuer ou faire dispara&#238;tre des opposants politiques et autres d&#233;fenseurs des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de 1993, sous la conduite de l'appareil d'Etat, toutes les 146 communes de Rwanda &#233;taient ainsi organis&#233;es en milices. Chacune d'elle, en fonction de son importance, avait entre 300 et 500 hommes arm&#233;s de fusils d'assaut, de grenades et de machettes. Dans la ville de Gitamara, il y avait 50 000 fusils pour une population de 144 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces milices n'&#233;taient pas seulement &#233;quip&#233;es. Elles &#233;taient aussi entra&#238;n&#233;es, r&#244;d&#233;es. Galvanis&#233;es par les dignitaires du pouvoir et surtout par une radio, la Radio des Mille Collines qui, &#224; longueur des journ&#233;es, critiquait &#034;la d&#233;mocratie import&#233;e&#034;, appelait &#224; &#034;sauvegarder la r&#233;volution de 1959&#034; et leur d&#233;signait les Tutsis comme des ennemis &#224; abattre, ces hommes savaient &#224; quoi ils avaient &#233;t&#233; form&#233;s, quel travail on attendait d'eux, voire qui ils devaient &#233;liminer, car des listes nominatives avaient &#233;t&#233; dress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps 94 des assassins &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment, contrairement aux partis de l'opposition qui se faisaient tant d'illusions par rapport aux n&#233;gociations, m&#233;thodiquement, avec le soutien de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, le clan d'Akazu s'est pr&#233;par&#233;, en recrutant, en armant, mettant au point une formidable machine &#224; tuer, pour d&#233;fendre son pouvoir et ses privil&#232;ges ! Et ce fut ainsi aussi, c'est-&#224;-dire par en haut, en s'appuyant sur l'Etat et ses moyens &#224; leur service, et de fa&#231;on organis&#233;e, qu'ils allaient mettre leurs desseins en application le 6 avril 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des puissances imp&#233;rialistes, Habyarimana avait fini par accepter les Accords d'Arusha. Il &#233;tait all&#233; signer les signer &#224; Arusha rentrait &#224; Kigali, ce jour-l&#224;, pour promulguer &#224; son retour la liste du gouvernement de transition &#233;largi qui lui avait &#233;t&#233; impos&#233;. Mais pour les extr&#233;mistes de l'Akazu, notamment pour les responsables de la Coalition pour la D&#233;fense de la R&#233;publique, cela &#233;tait hors de question ! Ils all&#232;rent jusqu'au bout de leur logique en abattant son avion et d&#233;clench&#232;rent les massacres qui en peu de temps se transform&#232;rent au g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le crash de l'avion, ils mirent sur pied un comit&#233; militaire dirig&#233; par des gens comme Bagosora, un colonel &#224; la retraite, membre du clan hutu hostile &#224; tout compromis avec les autres partis. Alors qu'il y avait un gouvernement dans le pays, ils en form&#232;rent un autre de leur cru, dans les enceintes de l'Ambassade de France. Ce gouvernement, totalement &#224; la solde des extr&#233;mistes de l'Akazu, &#233;tait en r&#233;alit&#233; une sorte de direction, d'&#233;tat major politique d'o&#249; allaient &#234;tre orchestr&#233;s tous les massacres &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dite radio libre des Milles Collines rendit les Tutsis responsables de l'attentat. Alors munis des listes nominatives et des adresses, les escadrons de la mort, mirent en ex&#233;cution ce &#224; quoi ils avaient &#233;t&#233; minutieusement pr&#233;par&#233;s. Les premi&#232;res victimes &#233;taient d'abord les Hutus mod&#233;r&#233;s qui n'avaient pas rejoint le camp du Hutu power. Certains &#233;taient membres du gouvernement d'union nationale ou de l'opposition qui voulait un compromis avec le FPR ; d'autres, des responsables des associations des droits de l'homme ou de simples citoyens qui au nom de la l&#233;galit&#233; et du fait qu'il y avait un gouvernement dans le pays refusaient de se mettre &#224; la remorque des militaires du clan d'Akazu. Ils furent tous assassin&#233;s. Les massacres commenc&#232;rent, en quelque sorte, par un g&#233;nocide politique, avec l'assassinat de quelques 10 000 opposants ou mod&#233;r&#233;s hutus. Ensuite ce fut le tour des Tutsis, notamment les plus en vue, les plus riches donc les plus connus. Enfin, ce furent les massacres &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Kigali, la capitale, sous les appels de la Radio des Mille Collines qui les invitait &#224; tuer, les miliciens dress&#232;rent des barrages sur les rues, les routes, les ruelles. Ils fouill&#232;rent les voitures et filtr&#232;rent les passants. Les Tutsis &#233;taient syst&#233;matiquement &#233;limin&#233;s, &#224; coups de fusils, de mitraillette, de machettes. D'autres miliciens perquisitionnaient dans les quartiers, fouillaient dans les maisons, obligeaient les gens d&#233;noncer ou tuer leurs voisins et laissaient des cadavres &#224; leur passage. Tous les Hutus qui h&#233;sitaient ou refusaient de participer aux massacres &#233;taient tu&#233;s &#224; leur tour. Aucun lieu n'&#233;tait &#233;pargn&#233; : les bureaux, les &#233;coles, les h&#244;pitaux &#233;taient transform&#233;s en mouroirs. A l'universit&#233; de Kigali, 87 professeurs d&#233;nonc&#233;s par leurs coll&#232;gues hutus ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par des miliciens tandis qu'&#224; l'h&#244;pital 170 bless&#233;s et malades &#233;taient &#233;gorg&#233;s dans leurs lits ainsi que tout le personnel soignant tutsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes et les villages des provinces aussi les miliciens agirent avec m&#233;thode et organisation. Ils pers&#233;cut&#232;rent les Tutsis et les massacr&#232;rent, y compris dans les &#233;glises. Partout, les op&#233;rations &#233;taient dirig&#233;es par les bourgmestres, les secr&#233;taires communaux, les responsables de cellule, des pr&#234;tres. Chaque massacre &#233;tait pr&#233;c&#233;d&#233; par un meeting organis&#233; par les autorit&#233;s locales, o&#249; prenait la parole le dirigeant national le plus prestigieux. On appelait au &#034;d&#233;frichage&#034;. Puis la milice locale partait &#034;travailler&#034;. On estime &#224; 32 000, le nombre des responsables &#224; tous les niveaux de l'Etat et de l'administration qui ont particip&#233; aux massacres collectifs et &#224; 80 &#224; 100 000 celui des tueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, haine ethnique tout cela ? Evidemment non ! Comme on vient de le voir, ce qui s'est pass&#233; au Rwanda n'a rien &#224; voir avec ce que certains ont dit ou voulu faire croire, &#224; savoir que le g&#233;nocide &#233;tait la cons&#233;quence d'une guerre civile entre deux groupes ethniques, des Hutus, majoritaires, massacrant des Tutsis, minoritaires. Aussi horribles qu'ils aient pu &#234;tre, les massacres dont le Rwanda a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre &#233;taient le fruit d'une volont&#233; politique con&#231;ue, organis&#233;e et m&#233;thodiquement appliqu&#233;e par les dignitaires hutus du clan de l'Akazu, au moyen de l'Etat, en se servant de ses institutions, de l'arm&#233;e, de la police, des pouvoir locaux, de la radio et m&#234;me de l'&#233;glise. Ces massacres ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s, organis&#233;s, encadr&#233;s et consciencieusement ex&#233;cut&#233;s, par des gens mobilis&#233;s, &#233;duqu&#233;s &#224; cette fin, qui savaient ce qu'ils faisaient et pourquoi ils le faisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux pauvres qui ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans ce massacre, dont de nombreux jeunes du lumpen prol&#233;tariat, il y en a eu des dizaines de milliers qui ont suivi mais qui l'ont fait passivement et, le plus souvent sous la menace. Ils &#233;taient isol&#233;s, sans organisation, sans moyen pour r&#233;sister. Ils avaient en face d'eux des assassins consciemment organis&#233;s et arm&#233;s. On leur a donn&#233; des machettes mais les militaires et l'encadrement fasciste &#233;tait s&#233;rieusement arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, leurs victimes n'&#233;taient pas que des Tutsis. Nombreux &#233;taient les Hutus qui ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par les bandes arm&#233;es de la dictature. Nombreux aussi &#233;taient les Tutsis qui ont &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;s, cach&#233;s, par des Hutus qui avaient refus&#233; de s'associer &#224; ces massacres collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il serve exclusivement &#224; justifier la politique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dans ce g&#233;nocide, le rapport de la &#171; commission Quil&#232;s &#187; m&#233;rite d'&#234;tre lu, car il contient aussi un certain nombre de v&#233;rit&#233;s. Ce rapport est accessible sur internet. Nous n'en citons ici que les extraits les plus int&#233;ressants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits du Rapport parlementaire Quil&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
enregistr&#233; le 15 d&#233;cembre 1998&lt;br class='autobr' /&gt;
(consultable sur internet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Nous entretenons des relations amicales avec le Gouvernement du Rwanda qui s'est rapproch&#233; de la France apr&#232;s avoir constat&#233; la relative indiff&#233;rence de la Belgique &#224; l'&#233;gard de son ancienne colonie. &#8221; Intervention du Pr&#233;sident de la R&#233;publique M. Fran&#231;ois Mitterrand en Conseil des Ministres du 17 octobre 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES ACCORDS DE COOPERATION MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article premier de l'accord pr&#233;voit les conditions dans lesquelles les personnels militaires fran&#231;ais sont mis &#224; la disposition du Gouvernement rwandais et pr&#233;cise leur mission : &#8220; le Gouvernement de la R&#233;publique fran&#231;aise met &#224; la disposition du Gouvernement de la R&#233;publique rwandaise les personnels militaires fran&#231;ais dont le concours lui est n&#233;cessaire pour l'organisation et pour l'instruction de la Gendarmerie rwandaise &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Les personnels militaires fran&#231;ais mis &#224; la disposition du Gouvernement de la R&#233;publique rwandaise sont d&#233;sign&#233;s par le Gouvernement de la R&#233;publique fran&#231;aise apr&#232;s accord du Gouvernement de la R&#233;publique rwandaise &#8221; et que &#8220; les int&#233;ress&#233;s sont plac&#233;s sous l'autorit&#233; de l'officier fran&#231;ais le plus ancien dans le grade le plus &#233;lev&#233; mis &#224; la disposition de la R&#233;publique rwandaise &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnels fran&#231;ais &#8220; servent sous l'uniforme rwandais, avec le grade dont ils sont titulaires ou, le cas &#233;ch&#233;ant, son &#233;quivalent au sein des forces arm&#233;es rwandaises. Leur qualit&#233; d'assistants techniques militaires est mise en &#233;vidence par un badge sp&#233;cifique &#034; Coop&#233;ration Militaire &#034; port&#233; sur la manche gauche de l'uniforme &#224; hauteur de l'&#233;paule &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avenant du 26 ao&#251;t 1992, en rempla&#231;ant dans les articles premier et 6 de l'accord de 1975 &#8220; la Gendarmerie rwandaise &#8221; par &#8220; les forces arm&#233;es rwandaises &#8221;, &#233;tend la coop&#233;ration militaire fran&#231;aise &#224; l'ensemble des missions des forces arm&#233;es du Rwanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES RAISONS DE LA PR&#201;SENCE DE LA FRANCE AU RWANDA&lt;br class='autobr' /&gt;
En lui-m&#234;me, ce petit pays d'Afrique, enclav&#233;, surpeupl&#233; et sans richesses, ne justifiait gu&#232;re que l'on s'y int&#233;ress&#226;t autant. Comme l'a soulign&#233; le Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, M. Hubert V&#233;drine, lors de son audition, ce pays &#8220; ne rev&#234;tait aucun int&#233;r&#234;t strat&#233;gique particulier pour la France (...) L'ind&#233;pendance du Za&#239;re, du Burundi et du Rwanda ne s'&#233;taient pas d&#233;roul&#233;es dans des conditions optimales (...) Ces trois pays se sont tourn&#233;s vers la France car elle &#233;tait le seul pays qui conservait encore une politique exprimant son int&#233;r&#234;t et son amiti&#233; pour un continent qui semblait largement abandonn&#233; par les autres puissances. &#8221; L'engagement de la France au Rwanda est donc issu des conditions dans lesquelles ce pays a eu acc&#232;s &#224; l'ind&#233;pendance. Mais il fallait aussi que le Rwanda f&#251;t francophone et voisin du Za&#239;re. G&#233;ographiquement, le Rwanda dispose en effet d'une fronti&#232;re commune avec l'Est du Za&#239;re immens&#233;ment riche en ressources mini&#232;res (uranium, cobalt, diamants...) et constitue de ce fait un poste d'observation privil&#233;gi&#233; des &#233;volutions de cette r&#233;gion. Il est clair que l'amorce d'une coop&#233;ration franco-za&#239;roise ne pouvait prendre forme en laissant de c&#244;t&#233; le Rwanda et le Burundi qui, d'un point de vue g&#233;ographique, constituent une voie de p&#233;n&#233;tration vers le Za&#239;re et le Sud du continent pour les populations du Nord-Est de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES &#201;V&#201;NEMENTS AU RWANDA DE 1990 &#192; 1994&lt;br class='autobr' /&gt;
On assiste d'abord &#224; une mont&#233;e persistante de la contestation. (&#8230;) L'historien G&#233;rard Prunier observe ainsi que &#8220; la stabilit&#233; politique du r&#233;gime suivit presque exactement la courbe des prix du caf&#233; et de l'&#233;tain &#8221;. Il ne s'agit d'ailleurs pas l&#224; d'une simple co&#239;ncidence : le m&#234;me auteur fait ainsi valoir que l'agriculture de subsistance paysanne, base de l'&#233;conomie rwandaise, n'offrant que peu de possibilit&#233; d'exc&#233;dent direct, seules restaient &#8220; pour l'&#233;lite du r&#233;gime, (...) trois sources d'enrichissement : les exportations de th&#233; et de caf&#233;, pendant peu de temps l'exportation d'&#233;tain, et les ponctions sur l'aide internationale. Etant donn&#233; qu'une bonne part des deux premi&#232;res sources allait au fonctionnement du Gouvernement, en 1988, la diminution des sources de revenus ne laissait que la troisi&#232;me comme recours viable &#8221;. D'o&#249; une exacerbation de la concurrence pour l'acc&#232;s aux postes de responsabilit&#233; au fur et &#224; mesure que les ressources se tarissaient. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 1990 repr&#233;sente un tournant important dans l'histoire politique contemporaine du Rwanda. Le poids des facteurs internes, tant politiques qu'&#233;conomiques, n'est pas &#224; sous-estimer. (&#8230;) Le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana comprend alors qu'il n'&#233;chappera pas &#224; une &#233;volution politique de son r&#233;gime : ainsi, alors qu'en janvier 1989, il soulignait que tout changement politique ne pouvait se concevoir qu'au sein du syst&#232;me du parti unique, son discours du 5 juillet 1990 marque l'acceptation du principe de s&#233;paration entre l'Etat et le MRND, seul parti politique autoris&#233;, et la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes constitutionnelles, fond&#233;es sur l'instauration du multipartisme. (&#8230;) L'&#233;volution du r&#233;gime faisait donc de plus en plus de m&#233;contents, et les m&#233;contentements s'exprimaient d'autant plus que le niveau scolaire et l'alphab&#233;tisation du pays s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s. Le Gouvernement, ou les proches du r&#233;gime, tent&#232;rent d'enrayer par la force la protestation. En ao&#251;t 1989, M. F&#233;l&#233;cula Nyiramutarambirwa, membre du Parlement et originaire de Butare, dans le sud du pays, fut renvers&#233; par un camion apr&#232;s avoir accus&#233; le Gouvernement de corruption sur des contrats pour la construction des routes. En novembre de la m&#234;me ann&#233;e, le P&#232;re Silvio Sindambiwe, un journaliste dont la parole &#233;tait libre, fut &#233;galement tu&#233; dans un &#8220; accident de la circulation &#8221;. Des journalistes tent&#232;rent de relater ces &#233;v&#233;nements. Ils furent arr&#234;t&#233;s. (&#8230;) C'est dans ce contexte qu'eut lieu, en avril 1990, le sommet franco-africain de La Baule. Sur l'insistance du Pr&#233;sident Mitterrand, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana fit une d&#233;claration en faveur du multipartisme le 5 juillet 1990. (&#8230;) Dans ces conditions, l'attaque du FPR, le 1er octobre, en montrant l'incapacit&#233; du r&#233;gime du Pr&#233;sident &#224; assurer seul la s&#233;curit&#233; du pays, contribua durement &#224; l'affaiblissement de sa l&#233;gitimit&#233;. Cette crise de l&#233;gitimit&#233; l'obligea &#224; composer avec son opposition interne et &#224; demander un renforcement de la coop&#233;ration militaire fran&#231;aise. (&#8230;) En lieu et place de l'organisation de la r&#233;sistance au FPR dans Kigali, une vague d'arrestations massive fut organis&#233;e. Le 9 octobre 1990, le minist&#232;re de la Justice rwandais admettait l'arrestation de 3 000 personnes environ. En fait, les chiffres sont &#233;valu&#233;s &#224; 10 000. Selon M. G&#233;rard Prunier &#8220; de toute &#233;vidence, ces arrestations ne visent pas des partisans du FPR (tr&#232;s peu nombreux, et pas tous connus des services de police) ; elles frappent &#224; l'aveuglette Tutsis &#233;duqu&#233;s et Hutus contestataires''. (&#8230;) Le Ministre de la D&#233;fense, intervenant &#224; la radio nationale, demandera &#224; la population de traquer les infiltr&#233;s. Cet appel sera imm&#233;diatement suivi d'effet. Une partie des soldats du FPR, vaincus, se r&#233;fugieront dans la r&#233;gion du Mutara, au nord-ouest du Rwanda. Cette r&#233;gion est une zone traditionnelle de l'&#233;migration tutsie vers l'Ouganda. Or, 348 civils tutsis y seront massacr&#233;s entre le 11 et le 13 octobre 1990, et plus de 500 maisons seront incendi&#233;es dans la seule commune de Kibilira. S'il s'agit l&#224; d'un massacre dont l'ampleur est relative, compte tenu du caract&#232;re massif des exterminations constat&#233;es dans la r&#233;gion, ses caract&#233;ristiques m&#233;ritent qu'on s'y arr&#234;te. D'abord, aucune des victimes n'est un combattant du FPR ; il ne semble pas non plus qu'il s'agisse de sympathisants av&#233;r&#233;s de ce mouvement : il serait en effet extraordinairement risqu&#233; d'afficher de telles sympathies et les Tutsis conservent le souvenir des pers&#233;cutions de la p&#233;riode de 1959 &#224; 1962. Ensuite, les massacres sont commis par les paysans sous la conduite des autorit&#233;s civiles, selon les r&#232;gles bien connues de la corv&#233;e collective. Interrog&#233; sur la r&#233;volte qui aurait pouss&#233; les paysans du nord-ouest &#224; massacrer les Tutsis, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana r&#233;pond placidement dans une conf&#233;rence de presse : &#8220; Il ne s'agit pas d'une r&#233;volte. Tout le monde ob&#233;it. &#8221; Enfin, les dirigeants locaux sous l'autorit&#233; desquels les massacres ont &#233;t&#233; commis ne seront pas inqui&#233;t&#233;s par le pouvoir central. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le red&#233;ploiement de la vie politique s'est aussi cr&#233;&#233;e, entre novembre 1991 et janvier 1992, toute une s&#233;rie de petits partis. Leur audience ne pourra jamais &#234;tre mesur&#233;e. En fait, il semble que, pour l'essentiel d'entre eux, la perspective ait &#233;t&#233; d'exister comme parti enregistr&#233; de fa&#231;on &#224; pouvoir r&#233;clamer de participer &#224; une &#8220; conf&#233;rence nationale &#8221;, si une telle conf&#233;rence &#233;tait convoqu&#233;e. Or, si certains de ces partis semblent &#234;tre le fait d'initiatives ind&#233;pendantes, comme le Parti pour la d&#233;mocratie islamique, l'autonomie de nombre d'entre eux semble assez largement sujette &#224; caution. C'est ainsi que, selon M. Dismas Nsengiyaremye, le Parti socialiste rwandais (PSR) et l'Union d&#233;mocratique du peuple rwandais (UDSR) &#233;voluaient dans le sillage du FPR. Mais, la plupart furent carr&#233;ment suscit&#233;s par le pouvoir rwandais, soucieux de cr&#233;er un effet de nombre et d'expression de sensibilit&#233;s proches autour du MRND. (&#8230;) A compter du 24 janvier 1991, le Lieutenant-Colonel Gilbert Canovas exerce &#224; nouveau la fonction de conseiller du Chef d'&#233;tat-major des FAR qu'il occupera jusqu'en juin 1991, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique ayant une fois de plus accept&#233; la prolongation de sa mission. Le 21 mars 1991, la Mission d'assistance militaire est renforc&#233;e par l'envoi de 30 militaires du DAMI Panda. La coop&#233;ration militaire fran&#231;aise change d'&#233;chelle. La justification officielle en est le souci de pr&#233;venir &#8220; les cons&#233;quences n&#233;fastes que peut avoir pour la paix dans la r&#233;gion la poursuite d'actions militaires d&#233;stabilisatrices &#8221;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 8 janvier 1992, des manifestations d'une ampleur inconnue au Rwanda secou&#232;rent les principales villes du pays, notamment Butare, Gitarama et surtout Kigali, o&#249; 50 000 personnes d&#233;fil&#232;rent pour manifester contre le nouveau Gouvernement. Une nouvelle journ&#233;e de manifestation est convoqu&#233;e pour le 15 janvier, mais le pouvoir l'interdit et les manifestants qui passent outre sont arr&#234;t&#233;s. Cependant, devant l'ampleur de la pression, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana finit par accepter de signer un compromis avec l'opposition r&#233;unie. Aux termes de ce compromis, le Gouvernement Nsanzimana serait remplac&#233; par un Gouvernement de coalition. Celui-ci, qui comprendrait des Ministres MRND, serait cependant dirig&#233; par un membre du MDR. (&#8230;) Le 7 avril, le Premier Ministre Dismas Nsengiyaremye pr&#234;tait serment et le nouveau Gouvernement &#233;tait mis en place le 16 avril, couronnant ainsi la r&#233;ussite de la strat&#233;gie d'union de l'opposition. (&#8230;) L'arriv&#233;e au pouvoir du Gouvernement Nsengiyaremye ne signifiait en aucun cas que l'opposition venait de remporter une victoire totale. En effet, si le G&#233;n&#233;ral Juv&#233;nal Habyarimana, son entourage et son parti &#233;taient, pour la premi&#232;re fois depuis 1973, contraints de partager le pouvoir, ils restaient pr&#233;sents aux affaires. Juv&#233;nal Habyarimana restait Pr&#233;sident de la R&#233;publique et Chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e. (&#8230;) Pour nombre de membres du MRND, l'arriv&#233;e au pouvoir de l'opposition et la perspective de n&#233;gociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 appara&#238;t sur la sc&#232;ne politique un nouveau parti, la Coalition pour la d&#233;fense de la R&#233;publique (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus &#233;voqu&#233;s, la CDR va jouer un r&#244;le important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'&#224; la fin du r&#233;gime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et &#224; la coalition emmen&#233;e par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, M. Martin Bucyana, harc&#232;lent le r&#233;gime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (&#8220; ibyitso &#8221;, c'est-&#224;-dire les partis d'opposition). Il est &#224; remarquer que ces personnalit&#233;s, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale celles de la frange radicale qu'emm&#232;ne la CDR, ne sont pas forc&#233;ment les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda &#8220; Kangura &#8221; (&#8220; R&#233;veillez-le &#8221;), dirig&#233; par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacit&#233; politique redoutable gr&#226;ce &#224; des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalit&#233; n'&#233;tant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extr&#233;miste &#8220; Radio-t&#233;l&#233;vision libre des Milles Collines &#8221; (RTLM). Pour nombre de membres du MRND, l'arriv&#233;e au pouvoir de l'opposition et la perspective de n&#233;gociations, en vue d'un partage du pouvoir, entre l'Etat hutu rwandais et le FPR ne devait susciter qu'un refus absolu. C'est ainsi qu'en mars 1992 appara&#238;t sur la sc&#232;ne politique un nouveau parti, la Coalition pour la d&#233;fense de la R&#233;publique (CDR). Au contraire des petits partis ci-dessus &#233;voqu&#233;s, la CDR va jouer un r&#244;le important et largement autonome dans la vie du Rwanda jusqu'&#224; la fin du r&#233;gime. La CDR se positionne comme un mouvement beaucoup plus intransigeant que le MRND dans son opposition au FPR et &#224; la coalition emmen&#233;e par le MDR. Ses dirigeants, M. Jean-Bosco Barayagwiza, son fondateur, M. Jean Barahinyura, son Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, M. Martin Bucyana, harc&#232;lent le r&#233;gime et le MRND, pour leur mollesse envers le FPR et ceux qu'il appelle ses complices (&#8220; ibyitso &#8221;, c'est-&#224;-dire les partis d'opposition). Il est &#224; remarquer que ces personnalit&#233;s, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale celles de la frange radicale qu'emm&#232;ne la CDR, ne sont pas forc&#233;ment les moins talentueuses, ni les moins brillantes de la vie politique rwandaise. Le journal kinyarwanda &#8220; Kangura &#8221; (&#8220; R&#233;veillez-le &#8221;), dirig&#233; par l'un d'entre eux, M. Hassan Ngeze, est d'une efficacit&#233; politique redoutable gr&#226;ce &#224; des attaques personnelles contre les dirigeants de l'opposition, la corruption voire la criminalit&#233; n'&#233;tant pas l'apanage des seuls dirigeants du MRND. C'est aussi parmi ces sympathisants que se recrutera plus tard l'essentiel des journalistes de l'extr&#233;miste &#8220; Radio-t&#233;l&#233;vision libre des Milles Collines &#8221; (RTLM). (&#8230;) Le mois de mars 1992 voit en effet le d&#233;but d'une s&#233;rie d'attentats terroristes. Par deux fois, des grenades sont jet&#233;es dans la foule, &#224; la gare routi&#232;re de Kigali, faisant cinq morts la premi&#232;re fois et un mort et 34 bless&#233;s la seconde. (&#8230;) Le mois de mars 1992 est aussi celui de la reprise des massacres de Tutsis dans les provinces. (&#8230;) Dans la r&#233;gion du Bugesera, (&#8230;) les massacres dur&#232;rent du 4 au 9 mars, et caus&#232;rent la mort d'un nombre de personnes &#233;valu&#233; &#224; 300 (l'administration rwandaise d'alors en a admis 182). Comme dans le cas des massacres du Mutara (voir ci-dessus), ils furent accomplis par les paysans sous la conduite de leur bourgmestre dans le cadre d'une &#8220; umuganda &#8221;. (&#8230;) M. Filip Reyntjens, auteur d'un rapport au nom de la F&#233;d&#233;ration internationale des droits de l'homme, &#233;crit quant &#224; lui que : &#8220; d&#233;but mars, on remarque la pr&#233;sence de militaires de la garde pr&#233;sidentielle en civil, munis de poignards et de pistolets. Par ailleurs, des membres des milices Interahamwe du MRND sont introduits dans la r&#233;gion &#224; bord de v&#233;hicules de la Direction des Ponts et Chauss&#233;es du minist&#232;re des Travaux publics, service dirig&#233; par M. Ntirivamunda, gendre du Chef de l'Etat ; l'essence n&#233;cessaire &#224; l'op&#233;ration est fournie par S&#233;raphin Rwabukumba, beau-fr&#232;re du Pr&#233;sident et par l'ancien Ministre Joseph Nzirorera, proche de la famille pr&#233;sidentielle &#8221;. (&#8230;) D&#232;s que l'ampleur en fut connue, les massacres du Bugesera firent l'objet d'une d&#233;marche des ambassadeurs des pays de l'OCDE aupr&#232;s du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana. A ce propos, il a &#233;t&#233; &#233;crit que l'Ambassadeur de France au Rwanda, M. Georges Martres, ne s'&#233;tait pas associ&#233; &#224; cette d&#233;marche. (&#8230;) Selon l'ancien Ministre de la D&#233;fense MRND, M. James Gasana, dans un document remis &#224; la Mission et intitul&#233; La violence politique au Rwanda de 1991 &#224; 1993 : t&#233;moignage sur le r&#244;le des organisations de jeunesse des partis politiques, c'est le MRND qui aurait le premier cr&#233;&#233; sa propre organisation de jeunesse, d&#233;nomm&#233;e &#8220; Inkuba &#8221; (foudre), d&#232;s juin 1991, pour organiser troubles et manifestations destin&#233;s &#224; d&#233;stabiliser le r&#233;gime. Ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par le MRND les &#8220; Interahamwe &#8221; (ceux qui combattent ensemble) et, par la CDR, d&#232;s sa constitution, les &#8220; Impuzamugambi &#8221; (ceux qui poursuivent le m&#234;me but). (&#8230;)&#8220; D&#232;s la mi-1992, la d&#233;centralisation des Interahamwe autour des personnalit&#233;s politiques riches alli&#233;es &#224; l'entourage de Habyarimana se renforce. Leur mobilit&#233; coupl&#233;e au regain de force du MRND va leur permettre d'op&#233;rer au niveau national, en particulier pour des meetings politiques. Il ne se forme pas de groupes pr&#233;fectoraux car les pr&#233;fets redoutent une action disciplinaire du Gouvernement. M&#234;me si les groupes cr&#233;&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement communaux, ils se cr&#233;ent par secteur dans la pr&#233;fecture de la ville de Kigali et dans les environs. Les luttes entre les organisations des jeunesses ont plus fr&#233;quemment lieu par quartier en ville de Kigali. &#8220; La prolif&#233;ration des Interahamwe vers mi-1992 est due principalement &#224; la perte du contr&#244;le des FAR par Habyarimana et le MRND dans un contexte insurrectionnel d'Ukubohoza ou lib&#233;ration cr&#233;&#233; par les partis FDC(59). Elle est aussi due au positionnement de certaines personnalit&#233;s du MRDN face &#224; leurs rivaux de m&#234;me r&#233;gion, au sein du m&#234;me parti, dans la perspective des &#233;lections g&#233;n&#233;rales. Enfin, l'adh&#233;sion aux Interahamwe &#233;tait pour les malfaiteurs une fa&#231;on de trouver une protection politique contre les poursuites en justice, et pour les jeunes ch&#244;meurs une fa&#231;on de subvenir &#224; leurs besoins de survie sous la protection des dignitaires riches.'' (&#8230;) Les premiers contacts officiels entre le nouveau Gouvernement rwandais et le FPR ont lieu &#224; peine un peu plus d'un mois apr&#232;s l'investiture. Le 24 mai en effet, le Ministre Ngulinzira rencontre le FPR &#224; Kampala. Un calendrier de n&#233;gociation est alors &#233;tabli. D&#232;s le 29 mai, soit cinq jours seulement apr&#232;s cette premi&#232;re rencontre, les pourparlers de paix commencent &#224; Bruxelles entre le FPR et des repr&#233;sentants du Gouvernement membres des trois partis MDR, PSD et PL, dont la coalition prend d&#233;sormais le nom de FDC (Forces d&#233;mocratique pour le changement). Le 5 juin, un accord de cessez-le-feu est trouv&#233; entre le FPR et la coalition gouvernementale FDC, malgr&#233; l'opposition du MRND. (&#8230;) Le 1er ao&#251;t, le cessez-le-feu entre en application, et le 18 ao&#251;t, soit un mois apr&#232;s le d&#233;but des n&#233;gociations des accords de paix proprement dit, le premier protocole d'accord est sign&#233; (&#224; Arusha). (&#8230;) Les n&#233;gociations s'engagent alors dans une seconde phase, plus concr&#232;te. Celle-ci aboutit &#224; la signature d'accords sur le partage du pouvoir dans le cadre d'un &#8220; Gouvernement de transition &#224; base &#233;largie &#8221;. Ces accords sont sign&#233;s en deux temps : le 30 octobre 1992 pour les dispositions les plus g&#233;n&#233;rales, le 9 janvier 1993 pour les parties les plus difficiles, notamment la r&#233;partition concr&#232;te des postes minist&#233;riels et le nombre des repr&#233;sentants &#224; l'Assembl&#233;e nationale de transition. (&#8230;) M. G&#233;rard Prunier, lors de son audition par la Mission, a tenu sur ce point les propos suivants : &#8220; en 1992, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana avait demand&#233; au Ministre de la D&#233;fense James Gasana de le d&#233;barrasser d'un certain nombre d'hommes de son entourage, qu'il trouvait peu s&#251;rs, voire dangereux pour lui, en les marginalisant ou en les &#233;liminant de leur poste (...) parmi ceux-ci figuraient les Colonels Rwagafilita, Serubuga, Sagatwa, avant qu'il ne change de camp, et Bagosora &#8221;. Il a ajout&#233; que &#8220; si James Gasana avait r&#233;ussi pour les Colonels Rwagafilita, Serubuga et Sagatwa, il avait toujours &#233;chou&#233; dans le cas du Colonel Theoneste Bagosora qui repr&#233;sentait l'ultime point de r&#233;sistance de Madame et de ses fr&#232;res. Tant qu'il demeurait secr&#233;taire administratif du minist&#232;re de la D&#233;fense, eux et leur groupe gardaient, dans ce minist&#232;re, un acc&#232;s qu'ils estimaient absolument vital, non seulement pour le contr&#244;le de l'arm&#233;e, mais aussi parce que l'anse du panier dansait &#233;norm&#233;ment &#8221;. A ce propos, il a fait observer que &#8220; le d&#233;cuplement, en trois ans, de l'effectif de l'arm&#233;e, de 5 200 &#224; 50 000 hommes, en accroissant de fa&#231;on consid&#233;rable le budget de la d&#233;fense, avait ouvert de fa&#231;on tout aussi consid&#233;rable les possibilit&#233;s de d&#233;tournement de fonds, d'abord pour financer les milices -ainsi les milices comme les Interahamwe ou les Impuzamugambi ont-elles &#233;t&#233; financ&#233;es par de l'argent vol&#233; au minist&#232;re de la D&#233;fense- mais aussi dans un but d'enrichissement personnel ou politique &#8221;. (&#8230;) Conscient de l'inqui&#233;tude de ses partisans, le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana tente alors de les rassurer. Le m&#234;me jour, il fait savoir dans un discours &#224; la radio que toute latitude dans les n&#233;gociations n'est pas laiss&#233;e au Premier Ministre et au Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et que leurs initiatives sont sous contr&#244;le. &#8220; Nos n&#233;gociateurs &#224; Arusha ont re&#231;u des instructions... les positions qu'ils adoptent ne sont donc pas improvis&#233;es... C'est pourquoi je pense que le peuple rwandais peut &#234;tre rassur&#233; : toutes les pr&#233;cautions sont prises pour s'assurer que les actions individuelles ne m&#232;nent pas notre pays vers une aventure dont il ne veut pas &#8221;. Cette d&#233;claration ne suffit pas &#224; apaiser la col&#232;re de certains Hutus radicaux. Selon un processus d&#233;sormais connu, des massacres s'ensuivent donc. Cette fois, c'est la pr&#233;fecture de Kibuye qui est le th&#233;&#226;tre des &#233;v&#233;nements. Selon M. G&#233;rard Prunier, le bilan de ceux-ci se monterait &#224; 85 morts environ, 200 bless&#233;s et plus de 5 000 d&#233;plac&#233;s. La n&#233;gociation puis la conclusion des deux accords du 30 octobre 1992 puis du 9 janvier 1993 s'accompagnent d'une tension grandissante. Le 2 octobre 1992, le professeur belge Filip Reyntjens d&#233;nonce l'existence d'un &#8220; r&#233;seau z&#233;ro &#8221;. Cette expression, &#224; laquelle on donne souvent le sens de &#8220; z&#233;ro Tutsi &#8221; (&#8230;)Le &#8220; r&#233;seau z&#233;ro &#8221; est une sorte d'escadron de la mort form&#233; de miliciens du MRND et de soldats d&#233;tach&#233;s et &#233;quip&#233;s par l'arm&#233;e sous le contr&#244;le de proches du Chef de l'Etat, c'est-&#224;-dire des membres les plus notables de l'Akazu. Le professeur Filip Reyntjens cite ainsi les trois fr&#232;res de Mme Habyarimana, le directeur des travaux publics et gendre du Pr&#233;sident, M. Ntirivamunda, le Colonel Elie Sagatwa, secr&#233;taire personnel du Pr&#233;sident et son beau-fr&#232;re, le chef du service de renseignement militaire, le commandant de la Garde pr&#233;sidentielle, et enfin le Colonel Theoneste Bagosora, directeur de cabinet du Ministre de la D&#233;fense. (&#8230;)Dans le t&#233;moignage d&#233;j&#224; cit&#233;, M. James Gasana expose que &#8220; d&#232;s septembre 1992, l'alliance des Interahamwe et des Impuzamugambi est plus forte que les Inkuba. Avec la CDR, ils constituent la base politique des &#034; durs &#034; des FAR. Ils m&#232;nent une campagne aupr&#232;s des militaires pour le renversement du Gouvernement de Dismas Nsengiyaremye. &#8221; De fait, le 18 octobre, la CDR organise une manifestation r&#233;clamant le d&#233;part du Premier Ministre et de son Gouvernement, s'insurgeant contre l'&#233;volution gouvernementale de Radio Rwanda et remerciant la France pour sa pr&#233;sence. Les manifestants r&#233;clament aussi que tous les partis enregistr&#233;s participent au Gouvernement. Il s'agit bien, compte tenu de ce qui a &#233;t&#233; dit de ceux-ci, de tenter de paralyser l'action gouvernementale. (&#8230;) La tension continue &#224; monter. Le 22 novembre 1992, M. L&#233;on Mugesera, membre influent du MRND, s'adresse en ces termes aux militants de la ville de Kabaya, en pr&#233;fecture de Gisenyi. &#8220; Les partis d'opposition ont complot&#233; avec l'ennemi pour faire tomber la pr&#233;fecture de Byumba aux mains des Inyenzi (...). Ils ont complot&#233; pour saper nos forces arm&#233;es (...). La loi est tr&#232;s claire sur ce point : &#034; Toute personne coupable d'actes visant &#224; saper le moral des forces arm&#233;es sera condamn&#233;e &#224; mort. &#034; Qu'est-ce que nous attendons ? (...) Et ces complices (Ibyitso) qui envoient leurs enfants au FPR ? Qu'attendons-nous pour nous d&#233;barrasser de ces familles ? Nous devons prendre en main la responsabilit&#233; et supprimer ces voyous. (...) Nous devons agir. Il faut les liquider tous ! &#8221; (&#8230;) M. Michel Cuingnet, ancien chef de la Mission de coop&#233;ration au Rwanda, a affirm&#233; que d&#232;s les premi&#232;res &#233;missions de la RTLM en avril 1993, &#8220; on annon&#231;ait sur les ondes qu'il fallait &#8220; terminer le travail et &#233;craser tous les cafards &#8221;. Apr&#232;s le 6 avril 1994, MSF a rapport&#233; que l'on pouvait entendre sur RTLM ce type de message : &#8220; Il reste de la place dans les tombes. Qui va faire du bon boulot et nous aider &#224; les remplir compl&#232;tement ? &#8221;. De fait, ces organes de presse, qui n'ont jamais &#233;t&#233; ni censur&#233;s ni interdits, ne font que relayer les propos des officiels du r&#233;gime. Ma&#238;tre Eric Gillet a rappel&#233; devant la Mission que dans un discours prononc&#233; &#224; Ruhengeri en novembre 1992, &#8220; le Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana appelle les milices Interahamwe qu'il a cr&#233;&#233;es &#224; le soutenir dans son action et leur donne carte blanche &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1993&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#238;tre Gillet a cit&#233; &#233;galement le mot du Colonel Bagosora, qui a d&#233;clar&#233; lors d'un retour d'Arusha en janvier 1993 : &#8220; je reviens pr&#233;parer l'apocalypse &#8221;. Cette volont&#233; d'&#233;radiquer les Tutsis impr&#232;gne tout particuli&#232;rement l'arm&#233;e compos&#233;e uniquement de Hutus. le G&#233;n&#233;ral Jean Varret a rapport&#233; devant la Mission : &#8220;qu'&#224; la suite de divers attentats, la gendarmerie rwandaise avait demand&#233;, avec l'appui de l'ambassadeur, une formation d'officier de police judiciaire (OPJ), afin de pouvoir mener efficacement des enqu&#234;tes int&#233;rieures &#8221;. (&#8230;)M. Faustin Twagiramungu a toutefois fait entendre une voix l&#233;g&#232;rement dissonante ou, plus exactement, apportant un compl&#233;ment. Il a pr&#233;cis&#233; que &#8220; les partisans de la CDR que l'on voyait chanter publiquement : &#034;nous allons exterminer&#034;, n'avaient jamais dit qu'ils allaient exterminer seulement les Tutsis, mais qu'ils visaient aussi l'opposition qui, si elle comportait des Tutsis, &#233;tait d'abord constitu&#233;e par des Hutus&#8221;. (&#8230;) La signature du deuxi&#232;me accord sur le partage du pouvoir, le 9 janvier 1993, radicalise encore la situation. D'abord, conform&#233;ment aux craintes des Hutus radicaux, les accords fixent la r&#233;partition des si&#232;ges de l'Assembl&#233;e de transition devant laquelle r&#233;pondra le Gouvernement. Celle-ci ne sera donc pas &#233;lue mais nomm&#233;e. Les membres du MRND et de la CDR y voient une concession intol&#233;rable au FPR, celui-ci s'assurant ainsi d'une pr&#233;sence en nombre alors que, eu &#233;gard &#224; la faible proportion de Tutsis du Rwanda, et au fait que nombre d'entre eux sont des proches du parti lib&#233;ral, des &#233;lections tenues imm&#233;diatement ne lui auraient donn&#233; qu'une faible repr&#233;sentation. De plus, s'agissant du Gouvernement, les partis FDC et le PDC conservent tous leurs postes minist&#233;riels. Les cinq postes attribu&#233;s au FPR sont, &#224; part une cr&#233;ation destin&#233;e &#224; prendre en charge les r&#233;fugi&#233;s, tous pris sur le contingent du MRND, qui perd ainsi au profit du FPR quatre de ses si&#232;ges, dont le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Eu &#233;gard au caract&#232;re strat&#233;gique de ce minist&#232;re, la col&#232;re du pouvoir MRND et de ses sympathisants d&#233;ferle. Le 19 janvier, le MRND et la CDR organisent de violentes manifestations contre l'accord. Le 21 janvier, le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du MRND d&#233;clare que son parti le rejette purement et simplement. La pr&#233;sence d'une commission d'enqu&#234;te internationale sur les violations des droits de l'homme au Rwanda, du 7 au 21 janvier 1993, avait eu un impact certain sur le ralentissement des violences. Son d&#233;part le 21 janvier, au moment m&#234;me o&#249; le MRND rejette l'accord, lib&#232;re leur expression. Pendant six jours, des violences meurtri&#232;res men&#233;es par des miliciens extr&#233;mistes associ&#233;s aux populations locales d&#233;vastent le nord-ouest du Rwanda. Voici comment M. Dismas Nsengiyaremye les pr&#233;sente : &#8220; avec la caution des autorit&#233;s locales, le MRND organisa des manifestations violentes &#224; travers tout le pays du 20 au 22 janvier 1993 et proclama son intention de paralyser toutes les activit&#233;s. Les partis d'opposition ne se laiss&#232;rent pas intimider et organis&#232;rent des contre-manifestations qui neutralis&#232;rent les activistes du MRND et de ses satellites, dans les pr&#233;fectures de Byumba, Kibungo, Kigali-ville, Kigali rural, Gitarama, Butare, Gikongoro, Cyangugu et Kibuye (sauf commune Rutsiro). Dans les pr&#233;fectures de Gisenyi, Ruhengeri, Kigali rural (zone de Bumbogo et de Buliza), Byumba (commune Tumba) et Kibuye (commune Rutsiro), ces manifestations se transform&#232;rent rapidement en &#233;meutes et les pr&#233;tendants manifestants se mirent &#224; tuer les Tutsis et des membres des partis d'opposition. Il y eut environ 400 morts et 20 000 personnes d&#233;plac&#233;es &#8221;. (&#8230;) Le d&#233;veloppement de ces massacres am&#232;ne le FPR &#224; suspendre les contacts &#224; Arusha. En fait, le 8 f&#233;vrier 1993, il d&#233;cide de rompre le cessez-le-feu et passe &#224; l'attaque dans les environs de Byumba et de Ruhengeri. L'offensive est couronn&#233;e de succ&#232;s. Le FPR enfonce les lignes rwandaises, l'annonce de la paix ayant par ailleurs largement d&#233;motiv&#233; les FAR. Il s'empare de l'essentiel de leur &#233;quipement, occupe la plus grande part des pr&#233;fectures de Ruhengeri -ville qu'il conquiert d&#232;s le 8 f&#233;vrier- et de Byumba, et avance jusqu'&#224; Rulindo, &#224; 30 km au nord de Kigali. Cependant, le 20 f&#233;vrier, le FPR proclame un cessez-le-feu unilat&#233;ral. Il semble que deux &#233;l&#233;ments aient pu l'arr&#234;ter. D'une part l'annonce du renforcement de Noro&#238;t le pla&#231;ait dans la perspective risqu&#233;e d'un affrontement direct avec les forces fran&#231;aises. (&#8230;)En m&#234;me temps, la perte de contr&#244;le du Gouvernement sur l'ordre public devient totale. Le d&#233;veloppement des milices devient incontr&#244;lable. M. James Gasana en fait une des cons&#233;quences de l'offensive de Byumba : &#8220; Malgr&#233; l'action de la gendarmerie, les Interahamwe ne cessent de se renforcer. La reprise des hostilit&#233;s par le FPR a pouss&#233; les populations de Byumba en direction de Kigali, notamment. Il y a ainsi des milliers de jeunes gens d&#233;plac&#233;s de guerre, d&#233;scolaris&#233;s, sans autre occupation, aigris, et pouss&#233;s dans la haine ethnique par la guerre, l&#8216;abandon et la mis&#232;re qui se font recruter dans les Interahamwe pour survivre. Il s'y ajoute aussi des centaines de militaires qui ont d&#233;sert&#233; le front ou qui ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s pour indiscipline. Il faut scruter la frustration et la col&#232;re des milliers de jeunes d&#233;plac&#233;s de guerre, abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes dans la mis&#232;re et l'angoisse des camps, pour comprendre la force que les Interahamwe vont avoir &#224; Kigali. Dans leur long calvaire, ces jeunes ont c&#244;toy&#233; la mort dans les camps. Ils ont vu des centaines de corps mutil&#233;s par les bombes des rebelles du FPR. Les victimes sont soit leurs amis ou les membres de leur parent&#233;. N'ayant rien &#224; perdre et cherchant o&#249; s'accrocher pour la survie &#233;l&#233;mentaire, ils deviennent un r&#233;servoir de recrutement d'Interahamwe et sont utilis&#233;s avec d'autres jeunes dans les affrontements contre ceux qu'ils consid&#232;rent comme alli&#233;s au responsable de leur mis&#232;re, le FPR. &#8221; Les attentats aveugles reprennent. (&#8230;) Etape suppl&#233;mentaire et gravissime dans la d&#233;composition de l'Etat, le 14 juin 1993 est marqu&#233; par l'&#233;vasion spectaculaire et massive de la prison de Kigali de militaires, d'Interahamwe et d'individus impliqu&#233;s dans les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 1992 et janvier 1993. Dans son rapport d'expertise, Andr&#233; Guichaoua note que &#8220; cette &#233;vasion de personnes ayant des dossiers tr&#232;s lourds (meurtres, viols, pillages) n'a pu se faire qu'avec la complicit&#233; des militaires de garde et des forces de l'ordre aux alentours de la prison &#8221;. (&#8230;) Des liens existaient entre le groupe de Paul Barril &#8220; SECRETS &#8221; et l'entourage du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana avant que l'attentat ne soit ex&#233;cut&#233;. Ces contacts auraient &#233;t&#233; plus particuli&#232;rement nou&#233;s par certains responsables rwandais en vue d'aider &#224; la bonne ex&#233;cution du contrat de vente d'armes pass&#233; le 3 mai 1993 entre le Ministre de la D&#233;fense rwandais, M. James Gasana et M. Dominique Lemonnier, g&#233;rant de la soci&#233;t&#233; Dyl-Invest. Le Gouvernement rwandais n'ayant jamais re&#231;u livraison des armes achet&#233;es dans le cadre de ce contrat, malgr&#233; le r&#232;glement d'une avance de 4 millions de dollars vir&#233;s sur le compte de M. Lemonnier, le Colonel Elie Sagatwa aurait une premi&#232;re fois charg&#233; M. Paul Barril, en novembre 1993, de veiller &#224; la bonne ex&#233;cution de ce contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1994&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 mai 1994, M. J&#233;r&#244;me Bicamumpaka, Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et de la Coop&#233;ration du Gouvernement int&#233;rimaire hutu aurait donn&#233; procuration &#224; M. Paul Barril afin qu'il mette en oeuvre toutes les d&#233;marches n&#233;cessaires pour r&#233;cup&#233;rer l'acompte vers&#233; en novembre 1993. Paul Barril n'ayant pas r&#233;ussi &#224; obtenir satisfaction, a diligent&#233; une proc&#233;dure judiciaire devant le tribunal de grande instance d'Annecy contre Dominique Lemonnier, M. S&#233;bastien Ntahobari &#233;tant intervenu dans cette proc&#233;dure au nom du Gouvernement rwandais. Or, M. Ntahobari a b&#233;n&#233;fici&#233; pour ce faire du concours de ma&#238;tre H&#233;l&#232;ne Clamagirand, avocate du groupe de Paul Barril mais aussi avocate de Mme Agathe Habyarimana cons&#233;cutivement &#224; l'attentat. Ceci t&#233;moigne des relations ayant pu exister entre ces diff&#233;rents protagonistes. Tous ces &#233;l&#233;ments ont pu &#234;tre &#233;tablis par la Mission sur la base d'informations communiqu&#233;es par M. Patrick de Saint-Exup&#233;ry. (&#8230;) Tout concorde pour dire que l'extermination des Tutsis par les Hutus a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e de longs mois &#224; l'avance, &#224; la fois en termes d'id&#233;ologie, par la manipulation de la population avec l'aide des m&#233;dias notamment, et en termes d'instruments du g&#233;nocide, par la distribution syst&#233;matique d'armes, l'utilisation de caches et la formation des milices. Ces faits &#233;taient pour l'essentiel connus au moins depuis d&#233;cembre 1993, comme l'a rappel&#233; M. Eric Gillet lors de son audition devant la Mission. M. Georges Martres a estim&#233; que le g&#233;nocide &#233;tait pr&#233;visible d&#232;s octobre 1993 &#8220; sans toutefois qu'on puisse en imaginer l'ampleur et l'atrocit&#233; &#8221;. Il a du reste ajout&#233; que &#8220; le g&#233;nocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis &#8221;. (&#8230;) Ce qui a frapp&#233;, semble-t-il, le plus, les t&#233;moins de l'&#233;poque lors du d&#233;clenchement du g&#233;nocide, c'est, ainsi que l'a rapport&#233; M. Jean-Herv&#233; Bradol, &#8220; qu'il ne s'agissait pas de massacres ou d'une quelconque fureur populaire faisant suite au d&#233;c&#232;s d'un pr&#233;sident, mais bien davantage d'un processus organis&#233; et syst&#233;matique. Ce n'&#233;tait pas une foule &#233;nerv&#233;e qui proc&#233;dait &#224; ces tueries, mais des milices agissant avec ordre et m&#233;thode &#8221;. (&#8230;) Mme Alison Des Forges a &#233;galement estim&#233; que &#8220; les massacres avaient &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;s par un groupe tr&#232;s restreint qui avait d&#233;capit&#233; le Gouvernement l&#233;gitime pour pouvoir prendre le pouvoir &#8221;. Ce petit groupe, compos&#233; de gens convaincus et organis&#233;s, &#8220; disposait de collaborateurs au nord-ouest, &#224; Gisenyi, au sud-ouest &#224; Cyangugu, au sud-centre, &#224; Gikongoro, et &#224; l'est, &#224; Kibungo &#8221;. S'attaquant d'abord aux personnalit&#233;s qui auraient pu s'opposer aux massacres, manipulant les populations par des messages radio destin&#233;s &#224; semer la panique, ce petit groupe a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler la quasi-totalit&#233; du syst&#232;me administratif, militaire et politique. &#8220; La preuve du caract&#232;re centralis&#233; de ce g&#233;nocide &#8221; est apport&#233;e selon Mme Alison Des Forges par l'organisation syst&#233;matique de mises en sc&#232;nes fallacieuses tendant &#224; prouver l'imminence d'une attaque des Tutsis et destin&#233;es &#224; attiser la haine des populations contre ces derniers. &#8220; L'extraordinaire efficacit&#233; de la machine du g&#233;nocide &#8221; a expliqu&#233; M. Jos&#233; Kagabo, serait donc le reflet de l'efficacit&#233; du syst&#232;me de contr&#244;le de la soci&#233;t&#233; sous le r&#233;gime Habyarimana : &#8220; dans chaque pr&#233;fecture un pr&#233;fet, appartenant au parti, avait pour mission d'organiser le quadrillage des communes, elles-m&#234;mes quadrill&#233;es en quartiers, chaque quartier &#233;tant divis&#233; en &#238;lots de dix maisons plac&#233;s sous l'autorit&#233; et la surveillance constante d'un fonctionnaire du parti surnomm&#233; &#034; Monsieur dix maisons &#034; &#8221;. Le Colonel Patrice Sartre et le G&#233;n&#233;ral Jacques Rosier ont fait part &#224; la Mission de leur impression que l'administration, aussi bien les pr&#233;fets que les bourgmestres, &#233;tait s&#233;rieusement compromise dans tout ce qui s'&#233;tait pass&#233;. La force d'action la plus importante et la mieux organis&#233;e demeure toutefois les milices hutues &#8220; Interahamwe &#8221; (ceux qui attaquent ensemble), proches du MRND, et &#8220; Impuzamugambi &#8221; (ceux qui ont le m&#234;me but), proches de la CDR, dont les effectifs ont &#233;t&#233; estim&#233;s &#224; 50 000 hommes en avril 1994. Elles disposaient surtout d'armes blanches (machettes, couteaux, massues clout&#233;es..), mais &#233;galement d'armes &#224; feu, m&#234;me si de nombreux responsables fran&#231;ais ont fait observer que leurs cadres avaient &#233;vit&#233; de les doter de telles armes. Selon le t&#233;moignage du Lieutenant-Colonel Jacques Hogard devant la Mission, les milices s'en prenaient &#224; la population civile tutsie, mais &#233;galement hutue pour peu qu'elle ne soit pas de leur sensibilit&#233;. (&#8230;) Le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res r&#233;pond le 8 avril &#224; 22 heures : &#8220; devant les risques que pr&#233;sente la situation au Rwanda, des dispositions sont prises pour proc&#233;der &#224; l'&#233;vacuation de nos ressortissants &#8221;. L'op&#233;ration Amaryllis vient d'&#234;tre d&#233;clench&#233;e par la France de fa&#231;on unilat&#233;rale. Cette intervention, strictement limit&#233;e dans le temps -elle se d&#233;roulera du 8 au 14 avril- a vocation d'assurer la protection et l'&#233;vacuation des ressortissants fran&#231;ais ou &#233;trangers. (&#8230;) La sp&#233;cificit&#233; de l'op&#233;ration d'&#233;vacuation Amaryllis tient dans la demande d'&#233;vacuation &#8220; en avant-premi&#232;re &#8221; d'une soixantaine de personnes, si les circonstances le permettent. C'est ainsi que 43 Fran&#231;ais et 12 personnes de la parent&#233; du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana, parmi lesquelles son &#233;pouse et ses trois enfants, partiront le 9 avril par le premier avion qui d&#233;collera &#224; 17 heures de l'a&#233;roport de Kigali. (&#8230;) La France a &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir, d'une part, proc&#233;d&#233; &#224; l'&#233;vacuation exclusive des dignitaires du r&#233;gime hutu sans s'&#234;tre pr&#233;occup&#233;e du sort des repr&#233;sentants de l'opposition hutus mod&#233;r&#233;s ou tutsis, d'autre part, d'avoir appliqu&#233; un traitement diff&#233;rent aux personnels fran&#231;ais de l'ambassade et aux personnels rwandais. La France a effectivement &#233;vacu&#233; par le premier avion la veuve du Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana ainsi que deux de ses filles, un de ses fils, deux de ses petits-enfants et quelques membres proches de son entourage limit&#233;, conform&#233;ment aux ordres, &#224; une dizaine de personnes. Les membres du &#8220; deuxi&#232;me cercle &#8221; de la famille Habyarimana figuraient bien sur la liste des passagers &#224; &#233;vacuer au cours des rotations ult&#233;rieures mais ces personnes, comme il a &#233;t&#233; indiqu&#233;, sont parties par la route &#224; Gisenyi. (&#8230;)Le g&#233;nocide commence dans la nuit du 6 avril 1994, dure quatre mois, fait un nombre de victimes de l'ordre de 800 000. Il est couvert ou organis&#233; par des membres du gouvernement int&#233;rimaire mis en place apr&#232;s la disparition d'Habyarimana, mais aussi par des responsables militaires, ainsi que les membres de la CDR, du MRND et leurs milices. Une responsabilit&#233; lourde p&#232;se sur eux, et notamment sur le Colonel Bagosora, directeur des services du minist&#232;re de la D&#233;fense, Augustin Bizimungu, Ministre de la D&#233;fense, et de nombreux responsables militaires et civils qui ont coordonn&#233; le g&#233;nocide. (&#8230;) A partir de quelle date la communaut&#233; internationale a-t-elle pris acte qu'un g&#233;nocide &#233;tait en train d'&#234;tre commis au Rwanda ? Le mot &#8220; g&#233;nocide &#8221; appara&#238;t pour la premi&#232;re fois dans la r&#233;solution 925 du 8 juin 1994 qui pr&#233;cise les modalit&#233;s de mise en oeuvre de la r&#233;solution 918. Ce n'est que ce jour que le Conseil de s&#233;curit&#233; prend &#8220; note avec la plus vive pr&#233;occupation des informations suivant lesquelles des actes de g&#233;nocide ont &#233;t&#233; commis au Rwanda &#8221;. Auparavant on ne parlait que de &#8220; violences g&#233;n&#233;ralis&#233;es &#8221; (r&#233;solution 912 du 21 avril 1994) ou de &#8220; tr&#232;s nombreux massacres de civils &#8221; (r&#233;solution 918 du 17 mai 1994). L'hypocrisie la plus totale avait &#233;t&#233; atteinte dans la d&#233;claration du Pr&#233;sident du Conseil de s&#233;curit&#233; du 30 avril 1994, dans laquelle le Conseil se d&#233;clarait atterr&#233; d'apprendre &#8220; le massacre de civils innocents &#224; Kigali et dans d'autres r&#233;gions du Rwanda &#8221; et &#233;voquait &#8220; des attaques contre des civils sans d&#233;fense &#8221;. Le mot de &#8220; g&#233;nocide &#8221; &#233;tait soigneusement &#233;vit&#233; mais on a eu cependant recours &#224; sa d&#233;finition juridique puisque le Conseil s'est cru oblig&#233; de rappeler &#8220; que l'&#233;limination des membres d'un groupe ethnique avec l'intention de d&#233;truire ce groupe totalement ou partiellement constitue un crime qui tombe sous le coup du droit international &#8221;. Il ne s'agit pas d'une simple querelle s&#233;mantique. L'emploi du terme de g&#233;nocide aurait entra&#238;n&#233;, en vertu de l'article VIII de la Convention des Nations Unies sur la pr&#233;vention et la r&#233;pression du crime de g&#233;nocide de 1948, une obligation pour les organes comp&#233;tents de l'Organisation des Nations Unies de prendre &#8220; les mesures appropri&#233;es pour la pr&#233;vention et la r&#233;pression des actes de g&#233;nocide &#8221;. Or la communaut&#233; internationale, et plus pr&#233;cis&#233;ment les Etats-Unis, n'y &#233;taient pas pr&#234;ts. M. Herman Cohen a franchement reconnu devant la Mission que les Am&#233;ricains &#8220; ont longtemps refus&#233; de reconna&#238;tre le g&#233;nocide, pour &#233;chapper aux cons&#233;quences juridiques d'une telle reconnaissance &#8221;. Il est faux de croire que les Nations Unies ne savaient pas ce qui se passait ; au contraire elles ne le savaient que trop, mais ne voulaient pas reconna&#238;tre la r&#233;alit&#233;, pr&#233;f&#233;rant pratiquer la politique de l'autruche. Le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU avait employ&#233; le mot de g&#233;nocide pour la premi&#232;re fois le 4 mai 1994 dans une interview accord&#233;e &#224; une t&#233;l&#233;vision am&#233;ricaine, durant laquelle il avait d&#233;clar&#233; &#8220; Here you have a real genocide, in Kigali &#8221;. Il l'a r&#233;utilis&#233; le 25 mai 1994 dans une conf&#233;rence de presse donn&#233;e &#224; New York aux Nations Unies. Mais ce n'est que le 31 mai qu'il l'emploie pour la premi&#232;re fois par &#233;crit dans l'un de ses rapports : &#8220; D'apr&#232;s les t&#233;moignages recueillis, il ne fait gu&#232;re de doute qu'il y a g&#233;nocide, puisque des communaut&#233;s et des familles appartenant &#224; un groupe ethnique particulier ont &#233;t&#233; victimes de massacres de grande ampleur &#8221;. (&#8230;) Le 22 juin 1994, le Premier Ministre, M. Edouard Balladur, annon&#231;ait devant l'Assembl&#233;e nationale l'intention de la France d'organiser une op&#233;ration humanitaire. Il s'est ensuite rendu personnellement devant le Conseil de s&#233;curit&#233; le 11 juillet 1994 pour pr&#233;senter le bilan de l'op&#233;ration. Lorsqu'il est intervenu devant l'Assembl&#233;e nationale, il s'est exprim&#233; dans les termes suivants : &#8220; Le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies va examiner, dans quelques heures, le projet de r&#233;solution autorisant la France &#224; intervenir au Rwanda dans le cadre d'une op&#233;ration humanitaire pour sauver les populations menac&#233;es. Pourquoi cette intervention ? &#187; (&#8230;) L'op&#233;ration Amaryllis s'ach&#232;ve le 14 avril, l'op&#233;ration Turquoise s'ouvre le 22 juin. (&#8230;) L'op&#233;ration Turquoise, qui s'est d&#233;roul&#233;e du 22 juin au 22 ao&#251;t, se diff&#233;rencie des op&#233;rations militaires pr&#233;c&#233;dentes men&#233;es par la France au Rwanda, qu'il s'agisse de Noro&#238;t ou d'Amaryllis. Elle concerne les Rwandais eux-m&#234;mes et non plus les ressortissants fran&#231;ais ou les ressortissants europ&#233;ens. Elle ne s'inscrit pas dans le cadre d'un accord d'assistance d'Etat &#224; Etat. Revendiqu&#233;e par la France, au nom d'une exigence morale, elle est d'embl&#233;e d&#233;finie comme une op&#233;ration humanitaire, plac&#233;e sous mandat de l'ONU, et soumise &#224; certaines conditions. Elle est autoris&#233;e par la r&#233;solution 929 qui pr&#233;voit la possibilit&#233; de recourir &#224; la force. (&#8230;) D&#233;nonc&#233;e par les uns comme une op&#233;ration &#233;cran destin&#233;e en r&#233;alit&#233; &#224; permettre aux FAR et aux milices de s'exfiltrer arm&#233;s vers le Za&#239;re, en vue d'une reconqu&#234;te militaire, elle a &#233;t&#233; critiqu&#233;e par d'autres, comme M. Jean-Herv&#233; Bradol, pour avoir &#233;t&#233; dans sa nature m&#234;me &#8220; une force neutre en p&#233;riode de g&#233;nocide &#8221;... alors qu'il aurait fallu &#8220; non pas une op&#233;ration humanitaire, qui lui paraissait inutile, mais une intervention militaire fran&#231;aise ou internationale pour s'opposer aux tueurs &#8221; puisque, selon lui, la convention de 1948 sur la pr&#233;vention et la r&#233;pression du crime de g&#233;nocide s'appliquait clairement en la circonstance. (&#8230;) Pas plus les milices que les FAR n'ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement d&#233;sarm&#233;es dans la ZHS. Un t&#233;l&#233;gramme du 10 juillet 1994 indique &#224; propos de cette zone : &#8220; sauf &#224; provoquer des r&#233;actions g&#233;n&#233;rales contre l'op&#233;ration Turquoise, le d&#233;sarmement des milices ne peut &#234;tre syst&#233;matique. Il est actuellement pratiqu&#233; ponctuellement dans les cas o&#249; des miliciens menacent des groupes de population &#8221;. (&#8230;) Le Minist&#232;re des affaires &#233;trang&#232;res r&#233;pond par la publication du communiqu&#233; suivant : &#8220; Devant la pr&#233;sence constat&#233;e de membres du Gouvernement int&#233;rimaire dans la zone humanitaire s&#251;re, les autorit&#233;s fran&#231;aises rappellent qu'elles ne tol&#233;reront aucune activit&#233; politique ou militaire dans la zone s&#251;re, dont la vocation est strictement humanitaire. &#187; (&#8230;)Toutefois, le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res a d&#233;clar&#233; le 16 juillet : &#8220; Nous sommes pr&#234;ts &#224; apporter notre concours aux d&#233;cisions que prendraient les Nations Unies &#224; l'&#233;gard de ces personnes (Gouvernement int&#233;rimaire), mais notre mandat ne nous autorise pas &#224; les arr&#234;ter de notre propre autorit&#233;. Une telle t&#226;che pourrait &#234;tre de nature &#224; nous faire sortir de notre neutralit&#233;, meilleure garantie de notre efficacit&#233;. &#8221; (&#8230;) Le Pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise, dans un entretien accord&#233; le 9 septembre 1994, r&#233;pondait lorsqu'on l'interrogeait sur le soutien de la France au Pr&#233;sident Juv&#233;nal Habyarimana : &#8220; Son pays &#233;tait &#224; l'ONU et il repr&#233;sentait &#224; Kigali une ethnie &#224; 80 % majoritaire. Il &#233;tait reconnu par tout le monde. Pourquoi y aurait-il eu un interdit ? C'est la France, au contraire, qui a facilit&#233; la n&#233;gociation entre les deux ethnies &#8221;. (&#8230;) Comme l'a soulign&#233; G&#233;rard Prunier au cours de son audition, &#8220; la France (&#8230;) avait effectivement entra&#238;n&#233; des miliciens qui ont particip&#233; au g&#233;nocide sans avoir pris conscience -b&#234;tise ou na&#239;vet&#233;- de ce que repr&#233;sentait son action. &#8221; (&#8230;)En cette ann&#233;e 1993, la question r&#233;currente reste celle de la connaissance ou non par l'arm&#233;e fran&#231;aise de la constitution de milices &#8220; d&#233;riv&#233;es &#8221; des forces arm&#233;es rwandaises : les milices &#8220; Interahamwe &#8221; (du MRND) et &#8220; Impuzamugambi &#8221; (de la CDR), constitu&#233;es en 1992, de m&#234;me que le &#8220; r&#233;seau z&#233;ro &#8221; et la soci&#233;t&#233; secr&#232;te &#8220; Amasasu &#8221; cr&#233;&#233;e au sein des FAR par des officiers extr&#233;mistes. Le Colonel Jean-Jacques Maurin a confirm&#233; de fa&#231;on la plus cat&#233;gorique que jamais au cours des r&#233;unions d'&#233;tat-major auxquelles il avait assist&#233; il n'avait &#233;t&#233; fait allusion devant lui &#224; un &#233;quipement des milices. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce qu'une situation r&#233;volutionnaire ?</title>
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		<dc:date>2016-11-13T00:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le crit&#232;re num&#233;ro un d'une r&#233;volution n'est pas &#224; chercher du c&#244;t&#233; des opprim&#233;s mais de celui des oppresseurs. Ce sont eux qui sont en crise. C'est leur syst&#232;me qui ne parvient plus &#224; fonctionner et cela bien avant que cela se traduise par des mouvements sociaux. La situation r&#233;volutionnaire est celle o&#249; le syst&#232;me n'est pas seulement contest&#233; par les opprim&#233;s mais ne fonctionne plus, y compris pour les oppresseurs. Eux-m&#234;mes se sentent menac&#233;s. Et toutes les classes sociales sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le crit&#232;re num&#233;ro un d'une r&#233;volution n'est pas &#224; chercher du c&#244;t&#233; des opprim&#233;s mais de celui des oppresseurs. Ce sont eux qui sont en crise. C'est leur syst&#232;me qui ne parvient plus &#224; fonctionner et cela bien avant que cela se traduise par des mouvements sociaux. La situation r&#233;volutionnaire est celle o&#249; le syst&#232;me n'est pas seulement contest&#233; par les opprim&#233;s mais ne fonctionne plus, y compris pour les oppresseurs. Eux-m&#234;mes se sentent menac&#233;s. Et toutes les classes sociales sont boulevers&#233;es, pas seulement les prol&#233;taires. On nous dit parfois : ou bien c'est une r&#233;volution prol&#233;tarienne ou bien c'est un simple mouvement d&#233;mocratique. Nous r&#233;pondrons d'abord que la r&#233;volution n'est pas ou prol&#233;tarienne ou d&#233;mocratique, bourgeoise ou petite-bourgeoise. Elle est contradictoire. Elle est toujours tout &#224; la fois, touche toutes les classes sociales de mani&#232;re tr&#232;s contradictoires tout en faisant croire aux opprim&#233;s que tous ceux qui se mobilisent veulent la m&#234;me chose. Elle se transforme en cours de route car les classes opprim&#233;es n'&#233;taient nullement pr&#233;par&#233;es &#224; se voir r&#233;volutionnaires. Elles n'avaient jamais imagin&#233; qu'elles pouvaient faire une r&#233;volution et en sont les premi&#232;res surprises. Les masses sont d'autant plus tiraill&#233;s et surprises que leurs buts m&#234;me sont contradictoires et ceux de la soci&#233;t&#233; aussi. La r&#233;volution est m&#234;me un point extr&#234;me des contradictions internes qui existaient au sein de la soci&#233;t&#233;. Et sa victoire apparente (renversement du dictateur par exemple) ne signifie pas que la contradiction soit d&#233;nou&#233;e : elle produit de nouvelles contradictions.Parfois, les classes opprim&#233;es n'ont pas conscience de repr&#233;senter un danger r&#233;volutionnaire dans la situation parce que les classes dirigeantes ont anticip&#233; la situation et ne l'ont pas laiss&#233; se d&#233;velopper. Elles r&#233;alisent alors une contre-r&#233;volution pr&#233;ventive. C'est le cas de l'Alg&#233;rie 1988-1990. C'est le cas de l'Allemagne de 1933. La contre-r&#233;volution est un signe de la situation r&#233;volutionnaire. C'est une situation qui ne peut basculer que d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, aux deux extr&#234;mes. M&#234;me si les masses ne se voient pas encore r&#233;volutionnaires, les classes dirigeantes, elles savent que la situation est bloqu&#233;e. Elles peuvent choisir de faire mine de reculer d'abord (front populaire de 1936, d&#233;mocratisation &#224; l'alg&#233;rienne, d&#233;mocratisation et n&#233;gociations de paix du Rwanda, par exemple). Puis, c'est le fascisme ou le bain de sang de la contre-r&#233;volution pr&#233;ventive. Ce n'est pas la conscience r&#233;volutionnaire des masses qui nous dit d'abord qu'il s'agit d'une situation r&#233;volutionnaire mais le comportement des classes dirigeantes. Ce sont elles qui sont d'abord en crise. Qu'est-ce qui permet de reconnaitre une situation r&#233;volutionnaire, par exemple d'une r&#233;volte ? Est-ce le niveau de combativit&#233; et d'organisation des opprim&#233;s, en l'occurrence particuli&#232;rement des prol&#233;taires ? Est-ce leur conscience de la n&#233;cessit&#233; d'aller jusqu'au bout, jusqu'au renversement du syst&#232;me, jusqu'&#224; la prise du pouvoir par les travailleurs sous l'&#233;gide d'un parti r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien ? Aucune de ces r&#233;ponses n'est vraiment exacte. Une r&#233;volte peut &#234;tre tr&#232;s radicale et tr&#232;s auto-organis&#233;e et une r&#233;volution peut ne pas l'&#234;tre. Les participants d'une r&#233;volte peuvent &#234;tre tr&#232;s conscients ou ne pas l'&#234;tre. Non, ce qui caract&#233;rise une situation r&#233;volutionnaire c'est d'abord et avant tout la crise de la domination de la classe dirigeante, le fait que celle-ci ne parvienne plus &#224; diriger comme avant, que le syst&#232;me de domination ait atteint ses limites. Le thermom&#232;tre premier d'une situation r&#233;volutionnaire est &#224; mettre dans le derri&#232;re de la classe dirigeante. En 1789, on connait les cahiers de dol&#233;ance, les assembl&#233;es populaires qui s'&#233;rigent &#171; en permanence &#187;, la grande peur li&#233;e &#224; la r&#233;volte des villes et des campagnes. Mais ce n'est pas le d&#233;but des &#233;v&#233;nements : c'est la r&#233;volte nobiliaire de 1787 qui a lanc&#233; la r&#233;volution en France car le nobles ne voulaient plus ou ne pouvaient plus payer les imp&#244;ts et c'est eux qui ont impos&#233; les Etats G&#233;n&#233;raux pour que les autres Etats paient &#224; leur place. Alors que la royaut&#233; &#233;tait leur pouvoir, ils l'ont ainsi d&#233;stabilis&#233;. Ce sont les classes dirigeantes &#233;gyptiennes qui ont affaibli le pouvoir du pharaon, entra&#238;nant une r&#233;volte populaire et, du coup, la suppression du pouvoir pharaonique et la mise en cause des riches eux-m&#234;mes. Il en va de toutes les r&#233;volutions : les classes dirigeantes sont elles-m&#234;mes en crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Engels dans &#171; R&#233;volution et contre-r&#233;volution en Allemagne &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; D&#232;s le commencement d'avril 1848, le torrent r&#233;volutionnaire se trouva arr&#234;t&#233; sur tout le continent Europ&#233;en par la ligue que les classes de la soci&#233;t&#233; qui avaient b&#233;n&#233;fici&#233; de la premi&#232;re victoire form&#232;rent aussit&#244;t avec les vaincus. En France les petits commer&#231;ants et la fraction r&#233;publicaine de la bourgeoisie s'&#233;taient unis &#224; la bourgeoisie monarchiste contre les prol&#233;taires ; en Allemagne et en Italie, la bourgeoisie victorieuse avait recherch&#233; avec empressement l'appui de la noblesse f&#233;odale contre la masse du peuple et des petits commer&#231;ants. Bient&#244;t les partis conservateurs et contre-r&#233;volutionnaires coalis&#233;s reprirent l'ascendant. En Angleterre, une manifestation intempestive et mal pr&#233;par&#233;e (le 10 avril) aboutit &#224; une compl&#232;te et d&#233;cisive d&#233;faite du parti populaire. En France, deux mouvements semblables (le 16 avril et le 15 mai) &#233;chou&#232;rent &#233;galement. En Italie, le roi Bomba reconquit son autorit&#233; par un seul coup, le 15 mai. En Allemagne, les diff&#233;rents gouvernements nouveaux et leurs assembl&#233;es constituantes respectives se consolid&#232;rent ; et si le 15 mai, si fertile en &#233;v&#233;nements, donnait lieu &#224; Vienne &#224; une victoire populaire, ce fut l&#224; un &#233;v&#233;nement d'importance secondaire et qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la derni&#232;re &#233;tincelle que jeta l'&#233;nergie populaire&#8230;. La bataille d&#233;cisive approchait. Elle ne pouvait se livrer qu'en France, car la France, tant que l'Angleterre ne participait pas au conflit r&#233;volutionnaire et que l'Allemagne demeurait divis&#233;e, la France, par son ind&#233;pendance nationale, sa civilisation et sa centralisation, &#233;tait le seul pays capable de donner l'impulsion d'une puissante secousse aux pays &#224; l'entour. Aussi bien, quand le 23 juin 1848, la lutte sanguinaire commen&#231;a &#224; Paris, quand chaque nouveau t&#233;l&#233;gramme, chaque nouvelle poste exposa toujours plus clairement aux yeux de l'Europe le fait que cette lutte &#233;tait men&#233;e par la masse enti&#232;re du peuple ouvrier, d'un c&#244;t&#233;, et de toutes les autres classes de la population parisienne appuy&#233;e par l'arm&#233;e, de l'autre ; quand les combats se succ&#233;d&#232;rent pendant plusieurs jours avec un acharnement sans exemple dans l'histoire des guerres civiles modernes, mais sans aucun avantage visible d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, il devenait manifeste alors pour tous que celle-ci &#233;tait la grande bataille d&#233;finitive, laquelle, si l'insurrection triomphait, inonderait le continent de r&#233;volutions renouvel&#233;es, ou bien, si elle succombait, am&#232;nerait le r&#233;tablissement, au moins passager, du r&#233;gime contre-r&#233;volutionnaire. Le prol&#233;tariat de Paris fut battu, d&#233;cim&#233;, &#233;cras&#233;, avec un effet tel que, m&#234;me &#224; l'heure actuelle, il ne s'est pas encore relev&#233; du coup. Et aussit&#244;t, d'un bout &#224; l'autre de l'Europe, les conservateurs et contre-r&#233;volutionnaires de relever la t&#234;te, avec une outrecuidance qui montrait comme ils comprenaient bien l'importance de l'&#233;v&#233;nement. Partout la presse fut harcel&#233;e, le droit de r&#233;union entrav&#233; ; le moindre incident dans n'importe quelle petite ville de province fut pris pour pr&#233;texte &#224; d&#233;sarmer le peuple, d&#233;clarer l'&#233;tat de si&#232;ge et faire s'exercer les troupes dans les nouveaux artifices et man&#339;uvres que Cavaignac leur avait appris. Au reste, pour la premi&#232;re fois depuis f&#233;vrier, il avait &#233;t&#233; prouv&#233; que l'invincibilit&#233; d'une insurrection populaire dans une grande ville &#233;tait une illusion ; les arm&#233;es avaient reconquis l'honneur, les troupes battues constamment, jusqu'alors, dans chaque bataille de rue de quelque importance, reprirent confiance dans leur sup&#233;riorit&#233;, m&#234;me dans ce genre de combat. De cette d&#233;faite des ouvriers de Paris on peut dater les premi&#232;res d&#233;marches positives, les premiers plans d&#233;finis, projet&#233;s par l'ancien parti f&#233;odal et bureaucratique d'Allemagne pour se d&#233;barrasser m&#234;me de leur alli&#233;e momentan&#233;e, la Bourgeoisie, et pour r&#233;tablir l'&#233;tat des choses existant en Allemagne avant les &#233;v&#233;nements de Mars. L'arm&#233;e &#233;tait de nouveau la puissance supr&#234;me dans l'&#201;tat, et l'arm&#233;e lui appartenait et non &#224; la bourgeoisie. M&#234;me en Prusse, o&#249;, avant 1848, on avait constat&#233; qu'un certain nombre parmi les officiers de grades inf&#233;rieurs penchaient fortement pour un gouvernement constitutionnel, le d&#233;sordre introduit dans l'arm&#233;e par la r&#233;volution avait ramen&#233; ces jeunes gens raisonneurs &#224; l'ob&#233;issance ; d&#232;s que le commun soldat se permettait quelques libert&#233;s &#224; l'&#233;gard des officiers, ceux-ci furent aussit&#244;t convaincus de la n&#233;cessit&#233; de la discipline et de l'ob&#233;issance passive. Les nobles et les bureaucrates vaincus commenc&#232;rent &#224; voir, par devers eux, la voie &#224; suivre ; l'arm&#233;e, plus unie que jamais, enorgueillie par ses victoires dans les petites insurrections et dans la guerre au dehors, jalouse du grand succ&#232;s que venaient de remporter les soldats fran&#231;ais, cette arm&#233;e on n'avait qu'&#224; la mettre en conflit constant avec le peuple et, au moment propice, elle pouvait d'un seul grand coup &#233;craser les r&#233;volutionnaires et battre en br&#232;che les pr&#233;tentions des parlementaires bourgeois. Et le moment opportun pour frapper un coup pareil ne se fit pas trop attendre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, dans un article intitul&#233; &#171; Le krach de la deuxi&#232;me internationale &#187;, en ao&#251;t 1915 :
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le manifeste de B&#226;le dit que : 1&#176;) La guerre provoquera une crise &#233;conomique et politique ; 2&#176;) Les ouvriers consid&#232;rent leur participation &#224; la guerre comme un crime, consid&#232;rent comme un crime de tirer les uns sur les autres pour les b&#233;n&#233;fices capitalistes, l'honneur des dynasties, l'ex&#233;cution des trait&#233;s secrets, et que la guerre provoquera parmi les ouvriers l'indignation et la r&#233;volte ; 3&#176;) Cette crise et cet &#233;tat d'esprit des ouvriers doivent &#234;tre exploit&#233;s par les socialistes afin de soulever les peuples et de h&#226;ter le krach du capitalisme ; 4&#176;) Les gouvernements &#8211; tous sans exception &#8211; ne peuvent commencer la guerre sans danger pour eux-m&#234;mes ; 5&#176;) Les gouvernements craignent la r&#233;volution prol&#233;tarienne ; 6&#176;) Les gouvernements doivent se souvenir de la Commune de Paris (c'est-&#224;-dire de la guerre civile), de la r&#233;volution russe de 1905, etc &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour un marxiste, il est certain que nulle r&#233;volution n'est possible &#224; d&#233;faut d'une situation r&#233;volutionnaire. Toute situation r&#233;volutionnaire, du reste, n'aboutit pas &#224; une r&#233;volution. Quels sont en g&#233;n&#233;ral les indices d'une situation r&#233;volutionnaire ? Nous ne nous tromperons pas en indiquant les trois indices suivants : 1&#176;) L'impossibilit&#233; pour les classes dirigeantes de maintenir int&#233;gralement leur domination ; une crise des milieux dirigeants, crise politique de la classe exer&#231;ant le pouvoir, produisant une faille dans laquelle p&#233;n&#232;trent les m&#233;contentement et l'indignation des classes opprim&#233;es. Pour qu'une r&#233;volution ait lieu, il est en g&#233;n&#233;ral insuffisant que l'on n'accepte plus en bas ; il faut aussi que l'on ne puisse plus, en haut, vivre comme par le pass&#233;. 2&#176;) L'aggravation anormale des privations et des souffrances des classes opprim&#233;es. 3&#176;) L'augmentation sensible, en raison de ce qui pr&#233;c&#232;de, de l'activit&#233; des masses qui, en temps de paix, se laissent paisiblement voler, mais, en temps d'orage, sont incit&#233;es par toute la crise et aussi par les dirigeants &#224; prendre l'initiative d'une action historique. A d&#233;faut de ces modifications objectives, ind&#233;pendantes de la volont&#233; des groupes isol&#233;s et des partis, comme des classes, une r&#233;volution est &#8211; en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#8211; impossible. L'ensemble de ces modifications objectives constitue pr&#233;cis&#233;ment la situation r&#233;volutionnaire&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Demandons-nous : que supposait &#224; ce propos le manifeste de B&#226;le en 1912, et qu'est-il arriv&#233; en 1914-1915 ? On supposait une situation r&#233;volutionnaire, sommairement indiqu&#233;e par les mots &#171; crise &#233;conomique et politique &#187;. S'est-elle produite ? Assur&#233;ment oui. Le social-chauvin Lensch (qui d&#233;fend le chauvinisme avec plus de franchise et d'honn&#234;tet&#233; que les Cunow, les Kautsky, les Pl&#233;khanov et autres hypocrites) s'est m&#234;me exprim&#233; ainsi : &#171; Nous traversons une sorte de r&#233;volution &#187; (page 6 de sa brochure &#171; La social-d&#233;mocratie allemande et la guerre &#187;, Berlin, 1915. La crise politique est un fait : aucun des gouvernements n'est s&#251;r du lendemain, aucun n'est s&#251;r d'&#233;viter la banqueroute, de ne pas perdre des territoires, de ne pas &#234;tre chass&#233; de son pays. Tous les gouvernements vivent sur un volcan&#8230; Nous entrons dans une &#232;re de formidables bouleversements politiques&#8230; En un mot, il existe dans la plupart des Etats avanc&#233;s et des grandes puissances de l'Europe, une situation r&#233;volutionnaire&#8230; A cet &#233;gard, la pr&#233;vision du manifeste de B&#226;le s'est pleinement justifi&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le marxisme diff&#232;re de toutes les autres th&#233;ories socialistes en ce qu'il allie de fa&#231;on remarquable la pleine lucidit&#233; scientifique dans l'analyse de la situation objective et de l'&#233;volution objective, &#224; la reconnaissance on ne peut plus cat&#233;gorique du r&#244;le de l'&#233;nergie, de la cr&#233;ation et de l'initiative r&#233;volutionnaires des masses, et aussi, naturellement, des individus, groupements, organisations ou partis qui savent d&#233;couvrir et r&#233;aliser la liaison avec telles ou telles classes. La haute appr&#233;ciation donn&#233;e aux p&#233;riodes r&#233;volutionnaires dans le d&#233;veloppement de l'humanit&#233; d&#233;coule de l'ensemble des conceptions historiques de Marx c'est dans ces p&#233;riodes que se r&#233;solvent les multiples contradictions qui s'accumulent lentement dans les p&#233;riodes dites d'&#233;volution pacifique. C'est dans ces p&#233;riodes qu'appara&#238;t avec le plus de force le r&#244;le direct des diff&#233;rentes classes dans la d&#233;termination des formes de la vie sociale, que se cr&#233;ent les fondements de la &#171; superstructure &#187; politique, laquelle se maintient longtemps ensuite sur la base de rapports de production r&#233;nov&#233;s. A la diff&#233;rence des th&#233;oriciens de la bourgeoisie lib&#233;rale, c'est justement dans ces p&#233;riodes que Marx voyait non pas cl&#233;s d&#233;viations par rapport &#224; la marche &#171; normale &#187;, des sympt&#244;mes de &#171; maladie sociale &#187;, de tristes r&#233;sultats d'exc&#232;s et d'erreurs, mais les moments les plus vitaux, les plus importants, essentiels et d&#233;cisifs de l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines. Dans l'activit&#233; m&#234;me de Marx et d'Engels, la p&#233;riode de leur participation &#224; la lutte r&#233;volutionnaire des masses de 1848-1849 se d&#233;tache comme un point central. C'est de l&#224; qu'ils partent pour d&#233;finir les destin&#233;es du mouvement ouvrier et de la d&#233;mocratie des diff&#233;rents pays. C'est l&#224; qu'ils reviennent constamment pour d&#233;finir la nature interne des diff&#233;rentes classes et de leurs tendances sous l'aspect le plus manifeste et le plus net. C'est toujours en partant de cette &#233;poque-l&#224;, de l'&#233;poque r&#233;volutionnaire, qu'ils jugent les formations politiques ult&#233;rieures, moins importantes, les organisations, les objectifs et les conflits politiques. Ce n'est pas sans raison que les chefs intellectuels du lib&#233;ralisme, tel Sombart, d&#233;testent de toute leur &#226;me ce trait de la vie et de l'&#339;uvre de Marx, en le mettant sur le compte du &#171; caract&#232;re aigri de l'&#233;migrant &#187;. Voil&#224; qui est bien des pions de la science universitaire bourgeoise et polici&#232;re, que de r&#233;duire &#224; une aigreur personnelle, aux ennuis personnels de leur situation d'&#233;migrants, ce qui est chez Marx et chez Engels la partie la plus indissociable de toute leur philosophie r&#233;volutionnaire ! &#8230; La social-d&#233;mocratie russe a incontestablement le devoir d'&#233;tudier avec un soin extr&#234;me et sous tous ses aspects notre r&#233;volution, de faire conna&#238;tre aux masses tous ses proc&#233;d&#233;s de lutte, ses formes d'organisation, etc. ; de consolider ses traditions r&#233;volutionnaires dans le peuple ; d'enraciner dans les esprits cette conviction que la lutte r&#233;volutionnaire est le seul et unique moyen d'obtenir des am&#233;liorations tant soit peu s&#233;rieuses et durables ; de d&#233;masquer sans r&#233;pit toute la bassesse de ces pr&#233;somptueux lib&#233;raux qui corrompent l'atmosph&#232;re sociale par les miasmes de la servilit&#233; &#171; constitutionnelle &#187;, de la trahison et de la l&#226;chet&#233; &#224; la Moltchaline. Une seule journ&#233;e de la gr&#232;ve d'octobre ou de l'insurrection de d&#233;cembre compte cent fois plus dans l'histoire de la lutte pour la libert&#233; que des mois de discours serviles de cadets &#224; la Douma sur le monarque irresponsable et le r&#233;gime de la monarchie constitutionnelle&#8230;. Marx, qui appr&#233;ciait hautement les traditions r&#233;volutionnaires et flagellait sans piti&#233; ceux qui les traitaient en ren&#233;gats ou en philistins, demandait en m&#234;me temps aux r&#233;volutionnaires de savoir penser, de savoir analyser les conditions d'application des vieilles m&#233;thodes de lutte au leu de r&#233;p&#233;ter tout simplement les mots d'ordre connus. Les traditions &#171; nationales &#187; de 1792 en France resteront peut-&#234;tre a jamais le mod&#232;le de certaines m&#233;thodes de lutte r&#233;volutionnaires, mais cela n'a pas emp&#234;ch&#233; Marx en 1870, dans la fameuse Adresse de l'Internationale, de mettre en garde le prol&#233;tariat fran&#231;ais contre une transposition erron&#233;e de ces traditions dans une &#233;poque diff&#233;rente&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait de L&#233;nine, &#034;La maladie infantile du communisme&#034;, 1920 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La loi fondamentale de la r&#233;volution (...), la voici : pour que la r&#233;volution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploit&#233;es et opprim&#233;es prennent conscience de l'impossibilit&#233; de vivre comme autrefois et r&#233;clament des changements. Pour que la r&#233;volution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C'est seulement lorsque ceux d'en bas ne veulent plus et que ceux d'en haut ne peuvent plus continuer de vivre &#224; l'ancienne mani&#232;re, c'est alors seulement que la r&#233;volution peut triompher. Cette v&#233;rit&#233; s'exprime autrement en ces termes : la r&#233;volution est impossible sans une crise nationale (affectant exploit&#233;s et exploiteurs). &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pens&#233;e marxiste est dialectique : elle consid&#232;re tous les ph&#233;nom&#232;nes dans leur d&#233;veloppement, dans leur passage d'un &#233;tat &#224; un autre La pens&#233;e du petit bourgeois conservateur est m&#233;taphysique : ses conceptions sont immobiles et immuables, entre les ph&#233;nom&#232;nes il y a des cloisonnements imperm&#233;ables. L'opposition absolue entre une situation r&#233;volutionnaire et une situation non-r&#233;volutionnaire repr&#233;sente un exemple classique de pens&#233;e m&#233;taphysique, selon la formule : ce qui est, est-ce qui n'est pas, n'est pas, et tout le reste vient du Malin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus de l'histoire, on rencontre des situations stables tout &#224; fait non-r&#233;volutionnaires. On rencontre aussi des situations notoirement r&#233;volutionnaires. Il existe aussi des situations contre-r&#233;volutionnaires (il ne faut pas l'oublier !). Mais ce qui existe surtout &#224; notre &#233;poque de capitalisme pourrissant ce sont des situations interm&#233;diaires, transitoires : entre une situation non-r&#233;volutionnaire et une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire, entre une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire et une situation r&#233;volutionnaire ou... contre-r&#233;volutionnaire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ces &#233;tats transitoires qui ont une importance d&#233;cisive du point de vue de la strat&#233;gie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dirions-nous d'un artiste qui ne distinguerait que les deux couleurs extr&#234;mes dans le spectre ? Qu'il est daltonien ou &#224; moiti&#233; aveugle et qu'il lui faut renoncer au pinceau. Que dire d'un homme politique qui ne serait capable de distinguer que deux &#233;tats : &#034;r&#233;volutionnaire&#034; et &#034;non-r&#233;volutionnaire&#034; ? Que ce n'est pas un marxiste, mais un stalinien, qui peut faire un bon fonctionnaire, mais en aucun cas un chef prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation r&#233;volutionnaire se forme par l'action r&#233;ciproque de facteurs objectifs et subjectifs. Si le parti du prol&#233;tariat se montre incapable d'analyser &#224; temps les tendances de la situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire et d'intervenir activement dans son d&#233;veloppement, au lieu d'une situation r&#233;volutionnaire surgira in&#233;vitablement une situation contre-r&#233;volutionnaire. C'est pr&#233;cis&#233;ment devant ce danger que se trouve actuellement le prol&#233;tariat fran&#231;ais. La politique &#224; courte vue, passive, opportuniste du front unique, et surtout des staliniens, qui sont devenus son aile droite, voil&#224; ce qui constitue le principal obstacle sur la voie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dans &#034;O&#249; va la France&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trotsky dans &#034;D&#233;fense du marxisme&#034; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le refus d'admettre que les contradictions sociales sont l'&#233;l&#233;ment moteur du d&#233;veloppement a conduit, dans le royaume de la pens&#233;e th&#233;orique, &#224; rejeter la dialectique, comme logique des contradictions. De m&#234;me qu'en politique on a jug&#233; possible de convaincre tout le monde de la justesse d'un programme donn&#233; &#224; l'aide de quelques bons syllogismes et de transformer peu &#224; peu la soci&#233;t&#233; par des mesures &#034;rationnelles&#034;, de m&#234;me, dans le domaine th&#233;orique, on a consid&#233;r&#233; comme prouv&#233; que la logique d'Aristote, abaiss&#233;e au niveau du bon sens, suffit &#224; r&#233;soudre tous les probl&#232;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pragmatisme, m&#233;lange de rationalisme et d'empirisme, est devenu la philosophie...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les petits-bourgeois de formation universitaire, d&#232;s les bancs de l'&#233;cole, ont re&#231;u leurs pr&#233;jug&#233;s th&#233;oriques sous une forme d&#233;finitive. Ayant assimil&#233; toutes sortes de connaissances, utiles ou inutiles, sans le secours de la dialectique, ils s'imaginent pouvoir fort bien s'en passer toute leur vie. En r&#233;alit&#233;, ils ne se passent de la dialectique que dans la mesure o&#249; ils ne soumettent &#224; aucune v&#233;rification th&#233;orique, ne fourbissent et n'affinent pas les instruments de leur pens&#233;e et ne sortent pas, pratiquement, du cercle &#233;troit des relations de la vie quotidienne. Confront&#233;s &#224; de grands &#233;v&#233;nements, ils sont facilement perdus et retombent dans les orni&#232;res de la petite-bourgeoisie. Faire fond sur l'incons&#233;quence pour justifier un bloc th&#233;orique sans principes, c'est t&#233;moigner &#224; charge contre soi m&#234;me, comme marxiste. L'incons&#233;quence n'est pas le fait du hasard et en politique ce n'est absolument pas un trait individuel. L'incons&#233;quence remplit habituellement une fonction sociale. Il y a des groupes sociaux qui ne peuvent &#234;tre cons&#233;quents. Les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois qui ne se sont pas compl&#232;tement d&#233;pouill&#233;s de leurs vieilles tendances petites-bourgeoises sont syst&#233;matiquement contraints de recourir &#224; l'int&#233;rieur du parti ouvrier &#224; des compromis th&#233;oriques avec leur propre conscience. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; COMMENT SE FORME UNE SITUATION REVOLUTIONNAIRE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extrait de O&#249; va la France ? de L&#233;on Trotsky)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;misse &#233;conomique de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re et la plus importante pr&#233;misse d'une situation r&#233;volutionnaire, c'est l'exacerbation intol&#233;rable des contradictions entre les forces productives et les formes de la propri&#233;t&#233;. La nation cesse d'aller de l'avant. L'arr&#234;t dans le d&#233;veloppement de la puissance &#233;conomique et, encore plus, sa r&#233;gression signifient que le syst&#232;me capitaliste de production s'est d&#233;finitivement &#233;puis&#233; et doit c&#233;der la place au syst&#232;me socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle, qui embrasse tous les pays et rejette l'&#233;conomie des dizaines d'ann&#233;es en arri&#232;re, a d&#233;finitivement pouss&#233; le syst&#232;me bourgeois jusqu'&#224; l'absurde. Si &#224; l'aurore du capitalisme des ouvriers affam&#233;s et ignorants ont bris&#233; les machines, maintenant ceux qui d&#233;truisent les machines et les usines ce sont les capitalistes eux-m&#234;mes. Avec le maintien ult&#233;rieur de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, l'humanit&#233; est menac&#233;e de barbarie et de d&#233;g&#233;n&#233;rescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base de la soci&#233;t&#233;, c'est son &#233;conomie. Cette base est m&#251;re pour le socialisme dans un double sens : la technique moderne a atteint un tel degr&#233; qu'elle pourrait assurer un bien-&#234;tre &#233;lev&#233; au peuple et &#224; toute l'humanit&#233; ; mais la propri&#233;t&#233; capitaliste, qui se survit, voue les peuples &#224; une pauvret&#233; et &#224; des souffrances toujours plus grandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;misse fondamentale, &#233;conomique, du socialisme existe depuis d&#233;j&#224; longtemps. Mais le capitalisme ne dispara&#238;tra pas de lui-m&#234;me de la sc&#232;ne. Seule la classe ouvri&#232;re peut arracher les forces productives des mains des exploiteurs et des &#233;trangleurs. L'histoire pose avec acuit&#233; cette t&#226;che devant nous. Si le prol&#233;tariat se trouve pour telle ou telle raison incapable de renverser la bourgeoisie et de prendre le pouvoir, s'il est, par exemple, paralys&#233; par ses propres partis et ses propres syndicats, le d&#233;clin de l'&#233;conomie et de la civilisation se poursuivra, les calamit&#233;s s'accro&#238;tront, le d&#233;sespoir et la prostration s'empareront des masses, le capitalisme-d&#233;cr&#233;pit, pourrissant, vermoulu-&#233;tranglera toujours plus fort les peuples, en les entra&#238;nant dans l'ab&#238;me de nouvelles guerres. Hors de la r&#233;volution socialiste, point de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la derni&#232;re crise du capitalisme ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sidium de l'Internationale communiste essaya d'abord d'expliquer que la crise commenc&#233;e en 1929 &#233;tait la derni&#232;re crise du capitalisme. Deux ans apr&#232;s, Staline d&#233;clara que la crise actuelle n'est &#034;vraisemblablement&#034; pas encore la derni&#232;re. Nous rencontrons aussi dans le camp socialiste la m&#234;me tentative de proph&#233;tie : la derni&#232;re crise ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il est imprudent d'affirmer, &#233;crit Blum dans Le Populaire du 23 f&#233;vrier, que la crise actuelle est comme un spasme supr&#234;me du capitalisme, le dernier sursaut avant l'agonie et la d&#233;composition.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le m&#234;me point de vue qu'a Grumbach, qui dit le 26 f&#233;vrier, &#224; Mulhouse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;D'aucuns affirment que cette crise est passag&#232;re ; les autres y voient la crise finale du syst&#232;me capitaliste. Nous n'osons pas encore nous prononcer d&#233;finitivement.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette fa&#231;on de poser la question, il y a deux erreurs cardinales : premi&#232;rement, on m&#234;le ensemble la crise conjoncturelle et la crise historique de tout le syst&#232;me capitaliste ; secondement, on admet qu'ind&#233;pendamment de l'activit&#233; consciente des classes, une crise puisse d'elle-m&#234;me &#234;tre la &#034;derni&#232;re&#034; crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la domination du capital industriel, &#224; l'&#233;poque de la libre concurrence, les mont&#233;es conjoncturelles d&#233;passaient de loin les crises ; les premi&#232;res &#233;taient la &#034;r&#232;gle&#034;, les secondes l'&#034;exception&#034; ; le capitalisme dans son ensemble &#233;tait en mont&#233;e. Depuis la guerre, avec la domination du capital financier monopolisateur, les crises conjoncturelles surpassent de loin les ranimations ; on peut dire que les crises sont devenue la r&#232;gle, les mont&#233;es l'exception ; le d&#233;veloppement &#233;conomique dans son ensemble va vers le bas, et non vers le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, des oscillations conjoncturelles sont in&#233;vitables et avec le capitalisme malade elles se perp&#233;tueront tant qu'existera le capitalisme. Et le capitalisme se perp&#233;tuera tant que la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne l'aura pas achev&#233;. Telle est la seule r&#233;ponse correcte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fatalisme et marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien doit avant tout comprendre que le marxisme, seule th&#233;orie scientifique de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, n'a rien de commun avec l'attente fataliste de la &#034;derni&#232;re&#034; crise. Le marxisme est par son essence m&#234;me une direction pour l'action r&#233;volutionnaire. Le marxisme n'ignore pas la volont&#233; et le courage, mais les aide &#224; trouver la voie juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune crise qui d'elle-m&#234;me puisse &#234;tre &#034;mortelle&#034; pour le capitalisme. Les oscillations de la conjoncture cr&#233;ent seulement une situation dans laquelle il sera plus facile ou plus difficile au prol&#233;tariat de renverser le capitalisme. Le passage de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste pr&#233;suppose l'activit&#233; de gens vivants, qui font leur propre histoire. Ils ne la font pas au hasard ni selon leur bon plaisir, mais sous l'influence de causes objectives d&#233;termin&#233;es. Cependant, leurs propres actions-leur initiative, leur audace, leur d&#233;vouement ou, au contraire, leur sottise et leur l&#226;chet&#233;-entrent comme des anneaux n&#233;cessaires dans la cha&#238;ne du d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a num&#233;rot&#233; les crises du capitalisme et n'a indiqu&#233; par avance laquelle d'entre elles serait la &#034;derni&#232;re&#034;. Mais toute notre &#233;poque et surtout la crise actuelle dictent imp&#233;rieusement au prol&#233;tariat : Prends le pouvoir ! Si, pourtant, le parti ouvrier, malgr&#233; des conditions favorables, se r&#233;v&#232;le incapable de mener le prol&#233;tariat &#224; la conqu&#234;te du pouvoir la vie de la soci&#233;t&#233; continuera n&#233;cessairement sur les bases capitalistes-jusqu'&#224; une nouvelle crise ou une nouvelle guerre, peut-&#234;tre jusqu'au complet effondrement de la civilisation europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;derni&#232;re&#034; crise et la &#034;derni&#232;re&#034; guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre imp&#233;rialiste de 1914-1918 repr&#233;senta aussi une &#034;crise&#034; dans la marche du capitalisme, et bien la plus terrible de toutes les crises possibles. Dans aucun livre il ne fut pr&#233;dit si cette guerre serait la derni&#232;re folie sanglante du capitalisme ou non. L'exp&#233;rience de la Russie a montr&#233; que la guerre pouvait &#234;tre la fin du capitalisme. En Allemagne et en Autriche le sort de la soci&#233;t&#233; bourgeoise d&#233;pendit enti&#232;rement en 1918 de la social-d&#233;mocratie, mais ce parti se r&#233;v&#233;la &#234;tre le domestique du capital. En Italie et en France, le prol&#233;tariat aurait pu &#224; la fin de la guerre conqu&#233;rir le pouvoir, mais il n'avait pas &#224; sa t&#234;te un parti r&#233;volutionnaire. En un mot, si la II&#176; Internationale n'avait pas trahi au moment de la guerre la cause du socialisme pour le patriotisme bourgeois, toute l'histoire de l'Europe et de l'humanit&#233; se pr&#233;senterait maintenant tout autrement. Le pass&#233;, assur&#233;ment, n'est pas r&#233;parable. Mais on peut et on doit apprendre les le&#231;ons du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du fascisme est en soi le t&#233;moignage irr&#233;futable du fait que la classe ouvri&#232;re a terriblement tard&#233; &#224; remplir la t&#226;che pos&#233;e depuis longtemps devant elle par le d&#233;clin du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase : cette crise n'est pas encore la &#034;derni&#232;re&#034;, ne peut avoir qu'un seul sens : malgr&#233; les le&#231;ons de la guerre et des convulsions de l'apr&#232;s-guerre, les partis ouvriers n'ont pas encore su pr&#233;parer ni eux-m&#234;mes, ni le prol&#233;tariat, &#224; la prise du pouvoir ; pis encore, les chefs de ces partis ne voient pas encore jusqu'&#224; maintenant la t&#226;che elle-m&#234;me, en la faisant retomber d'eux-m&#234;mes, du parti et de la classe sur le &#034;d&#233;veloppement historique&#034;. Le fatalisme est une trahison th&#233;orique envers le marxisme et la justification de la trahison politique envers le prol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire la pr&#233;paration d'une nouvelle capitulation devant une nouvelle &#034;derni&#232;re&#034; guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Internationale communiste est pass&#233;e sur les positions du fatalisme social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fatalisme de la social-d&#233;mocratie est un h&#233;ritage de l'avant-guerre, quand le capitalisme grandissait presque sans cesse, que s'accroissait le nombre des ouvriers, qu'augmentait le nombre des membres du parti, des voix aux &#233;lections et des mandats. De cette mont&#233;e automatique naquit peu &#224; peu l'illusion r&#233;formiste qu'il suffit de continuer dans l'ancienne voie (propagande, &#233;lections, organisation) et la victoire viendra d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la guerre a d&#233;traqu&#233; l'automatisme du d&#233;veloppement. Mais la guerre est un ph&#233;nom&#232;ne &#034;exceptionnel&#034;. Gen&#232;ve aidant, il n'y aura plus de nouvelle guerre, tout rentrera dans la norme, et l'automatisme du d&#233;veloppement sera r&#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de cette perspective, les paroles : &#034;Ce n'est pas encore la derni&#232;re crise&#034;, doivent signifier : &#034;Dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans, nous aurons plus de voix et de mandats, alors, il faut l'esp&#233;rer, nous prendrons le pouvoir.&#034; (Voir les articles et discours de Paul Faure [1] . Le fatalisme optimiste, qui semblait convaincant il y a un quart de si&#232;cle, r&#233;sonne aujourd'hui comme une voix d'outre-tombe. Radicalement ; fausse est l'id&#233;e qu'en allant vers la crise future le prol&#233;tariat deviendra infailliblement plus puissant que maintenant. Avec la putr&#233;faction ult&#233;rieure in&#233;vitable du capitalisme le prol&#233;tariat ne cro&#238;tra pas et ne se renforcera pas, mais se d&#233;composera, rendant toujours plus grande l'arm&#233;e des ch&#244;meurs et des lumpen-prol&#233;taires ; la petite bourgeoisie entre-temps se d&#233;classera et tombera dans le d&#233;sespoir. La perte de temps ouvre une perspective au fascisme, et non &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que l'Internationale communiste aussi, bureaucratis&#233;e jusqu'&#224; la moelle, ait remplac&#233; la th&#233;orie de l'action r&#233;volutionnaire par la religion du fatalisme. Il est impossible de lutter, car &#034;il n'y a pas de situation r&#233;volutionnaire&#034;. Mais une situation r&#233;volutionnaire ne tombe pas du ciel, elle se forme dans la lutte des classes. Le parti du prol&#233;tariat est le plus important facteur politique quant &#224; la formation d'une situation, r&#233;volutionnaire. Si ce parti tourne le dos aux t&#226;ches r&#233;volutionnaires, en endormant et en trompant les ouvriers pour jouer aux p&#233;titions et pour fraterniser avec les radicaux, il doit alors se former non pas une situation r&#233;volutionnaire, mais une situation contre-r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment la bourgeoisie appr&#233;cie-t-elle la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin du capitalisme, avec le degr&#233; extraordinairement &#233;lev&#233; des forces productives, est la pr&#233;misse &#233;conomique de la r&#233;volution socialiste. Sur cette base se d&#233;roule la lutte des classes. Dans la lutte vive des classes se forme et m&#251;rit une situation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la grande bourgeoisie, ma&#238;tresse de la soci&#233;t&#233; contemporaine, appr&#233;cie-t-elle la situation actuelle, et comment agit-elle ? Le 6 f&#233;vrier 1934 ne fut inattendu que pour les organisations ouvri&#232;res et la petite bourgeoisie. Les centres du grand capital participaient depuis longtemps au complot, avec le but de substituer par la violence au parlementarisme le bonapartisme (r&#233;gime &#034;personnel&#034;). Cela veut dire : les banques, les trusts, l'&#233;tat-major, la grande presse jugeaient le danger de la r&#233;volution si proche et si imm&#233;diat qu'ils se d&#233;p&#234;ch&#232;rent de s'y pr&#233;parer par un &#034;petit&#034; coup d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conclusions importantes d&#233;coulent de ce fait : 1) les capitalistes, d&#232;s avant 1934, jugeaient la situation comme r&#233;volutionnaire ; 2) Ils ne rest&#232;rent pas &#224; attendre passivement le d&#233;veloppement des &#233;v&#233;nements, pour recourir &#224; la derni&#232;re minute &#224; une d&#233;fense &#034;l&#233;gale&#034;, mais ils prirent ; eux-m&#234;mes l'initiative, en faisant descendre leurs bandes dans la rue. La grande bourgeoisie a donn&#233; aux ouvriers une le&#231;on inappr&#233;ciable de strat&#233;gie de classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; r&#233;p&#232;te que le &#034;front unique&#034; a chass&#233; Doumergue. Mais, c'est, pour parler mod&#233;r&#233;ment, une fanfaronnade creuse. Au contraire, si le grand capital a jug&#233; possible et raisonnable de remplacer Doumergue par Flandin, c'est uniquement parce que le Front unique, comme la bourgeoisie s'en est convaincue par l'exp&#233;rience, ne repr&#233;sente pas encore un danger r&#233;volutionnaire imm&#233;diat : &#034;Puisque les terribles chefs de l'Internationale communiste, malgr&#233; la situation dans le pays, ne se pr&#233;parent pas &#224; la lutte, mais tremblent de peur, cela veut dire qu'on peut attendre pour passer au fascisme. Inutile de forcer les &#233;v&#233;nements et de compromettre pr&#233;matur&#233;ment les radicaux, dont on peut encore avoir besoin.&#034; C'est ce que disent les v&#233;ritables ma&#238;tres de la situation. Ils maintiennent l'union nationale et ses d&#233;crets bonapartistes, ils mettent le Parlement sous la terreur, mais ils laissent se reposer Doumergue. Les chefs du capital ont apport&#233; ainsi une certaine correction &#224; leur appr&#233;ciation primitive, en reconnaissant que la situation n'est pas imm&#233;diatement r&#233;volutionnaire, mais pr&#233;-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde le&#231;on remarquable de strat&#233;gie de classe ! Elle montre que m&#234;me le grand capital, qui a &#224; sa disposition tous les leviers de commande, ne peut appr&#233;cier d'un seul coup a priori et infailliblement la situation politique dans toute sa r&#233;alit&#233; : il entre en lutte et dans le processus de la lutte, sur la base de l'exp&#233;rience de la lutte, il corrige et pr&#233;cise son appr&#233;ciation. Tel est en g&#233;n&#233;ral le seul moyen possible de s'orienter en politique exactement et en m&#234;me temps activement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les chefs de l'Internationale communiste ? A Moscou, &#224; l'&#233;cart du mouvement ouvrier fran&#231;ais, quelques m&#233;diocres bureaucrates, mal renseign&#233;s, en majorit&#233; ne lisant pas le fran&#231;ais, donnent &#224; l'aide de leur thermom&#232;tre le diagnostic infaillible : &#034;La situation n'est pas r&#233;volutionnaire.&#034; Le Comit&#233; central du Parti communiste fran&#231;ais est tenu, en fermant yeux et oreilles, de r&#233;p&#233;ter cette phrase creuse. La voie de l'Internationale communiste est la voie la plus courte vers l'ab&#238;me !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sens de la capitulation des radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti radical repr&#233;sente l'instrument politique de la grande bourgeoisie, qui est le mieux adapt&#233; aux traditions et aux pr&#233;jug&#233;s de la petite bourgeoisie. Malgr&#233; cela, les chefs les plus responsables du radicalisme, sous le fouet du capital financier, se sont humblement inclin&#233;s devant le coup d'Etat du 6 f&#233;vrier, dirig&#233; imm&#233;diatement contre eux. Ils ont reconnu ainsi que la marche de la lutte des classes menace les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de la &#034;nation&#034;, c'est-&#224;-dire de la bourgeoisie, et se sont vus contraints de sacrifier les int&#233;r&#234;ts &#233;lectoraux de leur parti. La capitulation du plus puissant parti parlementaire devant les revolvers et les rasoirs des fascistes est l'expression ext&#233;rieure de l'effondrement complet de l'&#233;quilibre politique du pays. Mais celui qui prononce ces mots dit par cela m&#234;me : la situation est r&#233;volutionnaire ou, pour parler plus exactement, pr&#233;-r&#233;volutionnaire [2].&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite bourgeoisie et la situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les processus qui se d&#233;roulent dans les masses de la petite bourgeoisie ont une importance exceptionnelle pour appr&#233;cier la situation politique. La crise politique du pays est avant tout la crise de la confiance des masses petites bourgeoises dans leurs partis et leurs chefs traditionnels. Le m&#233;contentement, la nervosit&#233;, l'instabilit&#233;, l'emportement facile de la petite bourgeoisie sont des traits extr&#234;mement importants d'une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. De m&#234;me que le malade br&#251;lant de fi&#232;vre se met sur le c&#244;t&#233; gauche, la petite bourgeoisie f&#233;brile peut se tourner &#224; droite ou &#224; gauche. Selon le c&#244;t&#233; vers lequel se tourneront dans la prochaine p&#233;riode les millions de paysans, d'artisans, de petits commer&#231;ants, de petits fonctionnaires fran&#231;ais, la situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire actuelle peut se changer aussi bien en situation r&#233;volutionnaire que contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'am&#233;lioration de la conjoncture &#233;conomique pourrait-pas pour longtemps-retarder, mais non pas arr&#234;ter la diff&#233;renciation &#224; droite ou &#224; gauche de la petite bourgeoisie. Au contraire, si la crise allait s'approfondissant, la faillite du radicalisme et de tous les groupements parlementaires qui gravitent autour de lui irait &#224; une vitesse redoubl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment peut se produire un coup d'Etat fasciste en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas toutefois penser que le fascisme doive n&#233;cessairement devenir un puissant parti parlementaire, avant qu'il se soit empar&#233; du pouvoir. C'est ainsi que cela se passa en Allemagne, mais en Italie ce fut autrement. Pour le succ&#232;s du fascisme il n'est pas du tout obligatoire que la petite bourgeoisie ait rompu pr&#233;alablement avec les anciens partis &#034;d&#233;mocratiques&#034; : il suffit qu'elle ait perdu la confiance qu'elle avait en eux et qu'elle regarde avec inqui&#233;tude autour d'elle, en cherchant de nouvelles voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux prochaines &#233;lections municipales, la petite bourgeoisie peut encore donner un nombre tr&#232;s important de ses voix aux radicaux et aux groupes voisins, par l'absence d'un nouveau parti politique, qui r&#233;ussirait &#224; conqu&#233;rir la confiance des paysans et des petites gens des villes. Et en m&#234;me temps un coup de force militaire du fascisme peut se produire, avec l'aide de la grande bourgeoisie, d&#232;s quelques mois apr&#232;s les &#233;lections et par sa pression attirer &#224; lui les sympathies des couches les Plus d&#233;sesp&#233;r&#233;es de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ce serait une grossi&#232;re illusion de se consoler en pensant que le drapeau du fascisme n'est pas encore devenu populaire dans la province et dans les villages. Les tendances antiparlementaires de la petite bourgeoisie peuvent, en s'&#233;chappant du lit de la politique parlementaire officielle des partis, soutenir directement et imm&#233;diatement un coup d'Etat militaire, lorsque celui-ci deviendra n&#233;cessaire pour le salut du grand capital. Un tel mode d'action correspond beaucoup plus &#224; la fois aux traditions et au temp&#233;rament de la France [3] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres des &#233;lections ont, bien entendu, une importance symptomatique. Mais s'appuyer sur ce seul indice serait faire preuve de cr&#233;tinisme parlementaire. Il s'agit de processus plus profonds, qui, un mauvais matin, peuvent prendre &#224; l'improviste messieurs les parlementaires. L&#224;, comme dans les autres domaines, la question est tranch&#233;e non pas par l'arithm&#233;tique, mais par la dynamique de la lutte. La grande bourgeoisie n'enregistre pas passivement l'&#233;volution des classes moyennes, mais pr&#233;pare les tenailles d'acier &#224; l'aide desquelles elle pourra saisir au moment opportun les masses tortur&#233;es par elle et d&#233;sesp&#233;r&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dialectique et m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e marxiste est dialectique : elle consid&#232;re tous les ph&#233;nom&#232;nes dans leur d&#233;veloppement, dans leur passage d'un &#233;tat &#224; un autre La pens&#233;e du petit bourgeois conservateur est m&#233;taphysique : ses conceptions sont immobiles et immuables, entre les ph&#233;nom&#232;nes il y a des cloisonnements imperm&#233;ables. L'opposition absolue entre une situation r&#233;volutionnaire et une situation non-r&#233;volutionnaire repr&#233;sente un exemple classique de pens&#233;e m&#233;taphysique, selon la formule : ce qui est, est-ce qui n'est pas, n'est pas, et tout le reste vient du Malin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus de l'histoire, on rencontre des situations stables tout &#224; fait non-r&#233;volutionnaires. On rencontre aussi des situations notoirement r&#233;volutionnaires. Il existe aussi des situations contre-r&#233;volutionnaires (il ne faut pas l'oublier !). Mais ce qui existe surtout &#224; notre &#233;poque de capitalisme pourrissant ce sont des situations interm&#233;diaires, transitoires : entre une situation non-r&#233;volutionnaire et une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire, entre une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire et une situation r&#233;volutionnaire ou... contre-r&#233;volutionnaire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ces &#233;tats transitoires qui ont une importance d&#233;cisive du point de vue de la strat&#233;gie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dirions-nous d'un artiste qui ne distinguerait que les deux couleurs extr&#234;mes dans le spectre ? Qu'il est daltonien ou &#224; moiti&#233; aveugle et qu'il lui faut renoncer au pinceau. Que dire d'un homme politique qui ne serait capable de distinguer que deux &#233;tats : &#034;r&#233;volutionnaire&#034; et &#034;non-r&#233;volutionnaire&#034; ? Que ce n'est pas un marxiste, mais un stalinien, qui peut faire un bon fonctionnaire, mais en aucun cas un chef prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation r&#233;volutionnaire se forme par l'action r&#233;ciproque de facteurs objectifs et subjectifs. Si le parti du prol&#233;tariat se montre incapable d'analyser &#224; temps les tendances de la situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire et d'intervenir activement dans son d&#233;veloppement, au lieu d'une situation r&#233;volutionnaire surgira in&#233;vitablement une situation contre-r&#233;volutionnaire. C'est pr&#233;cis&#233;ment devant ce danger que se trouve actuellement le prol&#233;tariat fran&#231;ais. La politique &#224; courte vue, passive, opportuniste du front unique, et surtout des staliniens, qui sont devenus son aile droite, voil&#224; ce qui constitue le principal obstacle sur la voie de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la SFIO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il est extr&#234;mement caract&#233;ristique de la bureaucratie ouvri&#232;re petite-bourgeosie effray&#233;e, surtout des staliniens, qu'elle se soit alli&#233;e aux radicaux &#034;pour lutter contre le fascisme&#034; apr&#232;s que les radicaux eussent r&#233;v&#233;l&#233; leur incapacit&#233; &#224; lutter contre le fascisme. Le cartel &#233;lectoral avec les radicaux, qui &#233;tait un crime du point de vue des int&#233;r&#234;ts historiques du prol&#233;tariat avait au moins, dans les cadres restreints, son sens pratique. L'alliance extra-parlementaire avec les radicaux contre le fascisme est non seulement un crime, mais encore une idiotie. (note de l'auteur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le marxisme n'ignore nullement - notons-le en passant - des &#233;l&#233;ments comme la tradition et le temp&#233;rament national. La direction fondamentale du d&#233;veloppement est d&#233;termin&#233;e par la marche de la lutte de classes. Mais les formes du mouvement, son rythme, etc. peuvent varier beaucoup sous l'influence du temp&#233;rament et des traditions nationales, qui &#224; leur tour, se sont form&#233;es dans le pass&#233; sous l'influence de la lutte classes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'heure de la d&#233;cision approche : sur la situation en France
&lt;p&gt;18 d&#233;cembre 1938&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour, que nous le voulons ou non, nous nous persuadons que la Terre continue &#224; tourner autour de son axe. De m&#234;me, les lois de la lutte des classes agissent ind&#233;pendamment du fait que nous les reconnaissions ou non. Elles continuent &#224; agir en d&#233;pit de la politique du Front populaire. La lutte des classes fait des Fronts populaires son instrument. Apr&#232;s l'exp&#233;rience de la Tch&#233;coslovaquie, c'est maintenant le tour de la France : les plus born&#233;s et les plus arri&#233;r&#233;s ont une nouvelle occasion de s'instruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire est une coalition de partis. Toute coalition, c'est-&#224;-dire toute alliance politique durable a n&#233;cessairement comme programme d'action, le programme du plus mesur&#233; des partis coalis&#233;s. Le Front populaire signifiait d&#232;s le d&#233;but que socialistes et communistes pla&#231;aient leur activit&#233; politique sous le contr&#244;le des radicaux. Les radicaux fran&#231;ais repr&#233;sentent le flanc gauche de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Sur le drapeau du parti radical sont inscrits &#034;patriotisme&#034; et &#034;d&#233;mocratie&#034;. Le patriotisme signifie la d&#233;fense de l'empire colonial de la France ; la &#034;d&#233;mocratie&#034; ne signifie rien de r&#233;el, mais sert seulement &#224; encha&#238;ner au char de l'imp&#233;rialisme les classes petites-bourgeoises. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que les radicaux unissent l'imp&#233;rialisme pillard &#224; une d&#233;mocratie de fa&#231;ade que, plus que tout autre parti, ils sont contraints de mentir et de tromper les masses populaires. On peut dire sans exag&#233;ration que le parti de Herriot-Daladier est le plus d&#233;prav&#233; de tous les partis fran&#231;ais, repr&#233;sentant une sorte de bouillon de culture pour les carri&#233;ristes, les individus v&#233;naux, les affairistes de la Bourse et, en g&#233;n&#233;ral, les aventuriers de toute sorte. Puisque les partis du Front populaire ne pouvaient aller au-del&#224; du programme des radicaux, cela signifiait pratiquement qu'il soumettait les ouvriers et les paysans au programme imp&#233;rialiste de l'aile la plus corrompue de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
LE ROLE DU PARTI RADICAL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier la politique du Front populaire, on invoqua la n&#233;cessit&#233; de l'alliance du prol&#233;tariat et de la petite bourgeoisie. Il est impossible d'imaginer mensonge plus grossier ! Le parti radical exprime les int&#233;r&#234;ts de la grande bourgeoisie et non de la petite. Par son essence m&#234;me, il repr&#233;sente l'appareil politique de l'exploitation de la petite bourgeoisie par l'imp&#233;rialisme. L'alliance avec le parti radical est par cons&#233;quent une alliance, non avec la petite bourgeoisie, mais avec ses exploiteurs. R&#233;aliser la v&#233;ritable alliance des ouvriers et des paysans n'est possible qu'en enseignant &#224; la petite bourgeoisie comment s'affranchir du parti radical et rejeter une fois pour toutes son joug de sa nuque. Cependant le Front populaire agit en sens exactement oppos&#233; : entr&#233;s dans ce &#034;front&#034;, socialistes et communistes prennent sur eux la responsabilit&#233; du parti radical et l'aident ainsi &#224; exploiter et &#224; tromper les masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, socialistes, communistes et anarcho-syndicalistes aid&#232;rent le parti radical &#224; freiner et &#224; &#233;mietter le puissant mouvement r&#233;volutionnaire. Le grand capital r&#233;ussit dans les deux derni&#232;res ann&#233;es et demi &#224; se remettre quelque peu de son effroi. Le Front populaire, ayant rempli son r&#244;le de frein, ne repr&#233;sente d&#232;s lors pour la bourgeoisie qu'une g&#234;ne inutile. L'orientation internationale de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais changea aussi. L'alliance avec l'U.R.S.S. fut reconnue de peu de valeur et de grand risque, l'accord avec l'Allemagne n&#233;cessaire. Les radicaux re&#231;urent du capital financier l'ordre de rompre avec leurs alli&#233;s, les socialistes et les communistes [1] . Comme toujours, ils l'ex&#233;cut&#232;rent sans broncher. L'absence d'opposition chez les radicaux lors du changement de cours d&#233;montra une fois de plus que ce parti &#233;tait imp&#233;rialiste par essence et &#034;d&#233;mocratique&#034; seulement en paroles. Le gouvernement radical, rejetant toutes les le&#231;ons du Komintern sur le &#034;Front unique des d&#233;mocraties&#034;, se rapproche de l'Allemagne fasciste et, en passant, comme c'&#233;tait &#233;vident, reprend toutes les &#034;lois sociales&#034; qui avaient &#233;t&#233; le produit accessoire du mouvement des ouvriers en 1936. Tout cela s'accomplit selon les strictes lois de la lutte des classes, et c'est pourquoi cela pouvait &#234;tre pr&#233;vu-et le fut en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les socialistes et les communistes, petits-bourgeois aveugles, se sont trouv&#233;s pris &#224; l'improviste et ont couvert leur d&#233;sarroi de vides d&#233;clamations : comment ? eux, patriotes et d&#233;mocrates, ils ont aid&#233; &#224; r&#233;tablir l'ordre, ils sont venus &#224; bout du mouvement ouvrier, ils ont rendu des services inappr&#233;ciables &#224; la &#034;R&#233;publique&#034;, c'est-&#224;-dire &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste, et maintenant, on les jette sans c&#233;r&#233;monie &#224; la poubelle. En fait, s'ils sont jet&#233;s dehors, c'est pr&#233;cis&#233;ment pour avoir rendu &#224; la bourgeoisie tous les services &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus. La reconnaissance n'a jamais encore &#233;t&#233; un facteur de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE MECONTENTEMENT DES MASSES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;contentement des masses tromp&#233;es est grand. Jouhaux, Blum et Thorez sont contraints de faire quelque chose pour ne pas perdre d&#233;finitivement leur cr&#233;dit. En r&#233;ponse au mouvement spontan&#233; des ouvriers, Jouhaux proclame la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;, la protestation des &#034;bras crois&#233;s&#034; ; Protestation l&#233;gale, pacifique, tout &#224; fait inoffensive ! Pour vingt-quatre heures seulement, explique-t-il avec un sourire d&#233;f&#233;rent &#224; l'adresse de la bourgeoisie. L'ordre ne sera pas troubl&#233;, les ouvriers conserveront un calme &#034;digne&#034;, pas une cheveu ne tombera de la t&#234;te des classes dominantes. Il en donne la garantie, lui, Jouhaux. &#034;Ne me connaissez-vous pas, messieurs les banquiers, les industriels et les g&#233;n&#233;raux ? Avez-vous oubli&#233; que je vous ai sauv&#233;s lors de la guerre de 1914-1918 ?&#034; Blum et Thorez secondent, de leur c&#244;t&#233;, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la C.G.T. : &#034;Uniquement une protestation pacifique, une petite protestation sympathique, patriotique !&#034;. Entre-temps, Daladier rappelle des cat&#233;gories importantes d'ouvriers et met la troupe en alerte. Face au prol&#233;tariat aux bras crois&#233;s, la bourgeoisie, affranchie, gr&#226;ce au Front populaire, de sa panique, ne se pr&#233;pare nullement, elle, &#224; croiser les bras ; elle a l'intention d'utiliser la d&#233;moralisation engendr&#233;e par le Front populaire dans les rangs ouvriers pour porter un coup d&#233;cisif. Dans ces conditions, la gr&#232;ve ne pouvait se terminer que par un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers fran&#231;ais avaient pass&#233; r&#233;cemment par un tumultueux mouvement gr&#233;viste avec occupation des usines. L'&#233;tape suivante ne pouvait &#234;tre pour eux qu'une v&#233;ritable gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire qui m&#238;t &#224; l'ordre du jour la conqu&#234;te du pouvoir. Personne n'indique ni ne peut indiquer aux masses aucune autre issue &#224; la crise int&#233;rieure, aucun autre moyen de lutter contre le fascisme qui vient et la guerre qui approche. Chaque prol&#233;taire fran&#231;ais qui r&#233;fl&#233;chit comprend que le lendemain d'une gr&#232;ve th&#233;&#226;trale de 24 heures, les &#034;bras crois&#233;s&#034;, la situation n'est pas meilleure, mais pire. Cependant, les cat&#233;gories les plus importantes d'ouvriers risquent de la payer cruellement-et par la perte du travail, et par les amendes et par des peines de prison. Au nom de quoi ? L'ordre ne sera en aucun cas troubl&#233;, Jouhaux le jure. Tout restera en place : la propri&#233;t&#233;, la d&#233;mocratie, les colonies et, avec elles, la mis&#232;re, la vie ch&#232;re, la r&#233;action et le danger de guerre. Les masses sont capables de supporter les plus grands sacrifices, mais elles veulent savoir clairement quel est l'objectif, quelles sont les m&#233;thodes, qui est l'ami, qui est l'ennemi. Cependant les dirigeants des organisations ouvri&#232;res ont tout fait pour &#233;garer et d&#233;sorienter le prol&#233;tariat. Hier encore, le parti radical &#233;tait glorifi&#233; comme le plus important &#233;l&#233;ment du Front populaire, comme le repr&#233;sentant du progr&#232;s, de la d&#233;mocratie, de la paix, etc. La confiance des ouvriers dans les radicaux n'&#233;tait, certes, pas tr&#232;s grande. Mais ils tol&#233;raient les radicaux dans la mesure o&#249; ils faisaient confiance aux partis socialiste et communiste et &#224; l'organisation syndicale. La rupture au sommet se produisit, comme toujours en pareil cas, inopin&#233;ment. Les masses furent maintenues dans l'ignorance jusqu'au dernier moment. Pis encore, les masses re&#231;urent toujours des informations propres &#224; permettre &#224; la bourgeoisie de prendre les ouvriers &#224; l'improviste. Et pourtant les ouvriers se dispos&#232;rent d'eux-m&#234;mes &#224; entrer en lutte. Emp&#234;tr&#233;s dans leurs propres filets, les &#034;chefs&#034; appellent les masses -ne riez pas !- &#224; la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;. Contre qui ? Contre les &#034;amis&#034; d'hier. Au nom de quoi ? Nul ne le sait. L'opportunisme s'accompagne toujours de contorsions accessoires d'aventurisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE JUIN 1936 A LA GREVE DU 30 NOVEMBRE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est, par son essence m&#234;me, un moyen r&#233;volutionnaire de lutte. Dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le prol&#233;tariat se rassemble, en tant que classe, contre son ennemi de classe. L'emploi de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est absolument incompatible avec la politique du Front populaire, laquelle signifie l'alliance avec la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire la soumission du prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie. Les mis&#233;rables bureaucrates des partis socialiste et communiste, de m&#234;me que des syndicats, consid&#232;rent le prol&#233;tariat comme un simple instrument auxiliaire de leurs combinaisons de coulisse avec la bourgeoisie. On proposait aux ouvriers de payer une simple d&#233;monstration par des sacrifices qui ne pouvaient avoir de sens qu'au cas o&#249; il se f&#251;t agi d'une lutte d&#233;cisive [2] . Comme si l'on pouvait faire faire &#224; ces masses de millions de travailleurs des demi-tours &#224; droite et &#224; gauche, selon les combinaisons parlementaires ! Au fond, Jouhaux, Blum et Thorez ont tout fait pour assurer l'&#233;chec de la gr&#232;ve ; eux-m&#234;mes ne craignent pas la lutte moins que la bourgeoisie. Mais en m&#234;me temps, ils se sont efforc&#233;s de se forger un alibi aux yeux du prol&#233;tariat. C'est l'habituelle ruse de guerre des r&#233;formistes : pr&#233;parer l'&#233;chec de l'action des masses et accuser ensuite les masses de l'insucc&#232;s ou, ce qui ne vaut pas mieux, se vanter d'un succ&#232;s qui n'a pas eu lieu. Peut-on s'&#233;tonner de ce que l'opportunisme, compl&#233;t&#233; par des doses hom&#233;opathiques d'aventurisme, n'apporte aux ouvriers que d&#233;faites et humiliations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 juin 1936, nous &#233;crivions : &#034;La R&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;.&#034; Il peut sembler que les &#233;v&#233;nements aient r&#233;fut&#233; ce diagnostic. La question est en r&#233;alit&#233; plus compliqu&#233;e. Que la situation objective en France ait &#233;t&#233; et reste r&#233;volutionnaire, il ne peut y avoir de doute. Crise de la situation internationale de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais ; li&#233;e &#224; elle, crise interne du capitalisme fran&#231;ais ; crise financi&#232;re de l'Etat ; crise politique de la d&#233;mocratie ; d&#233;sarroi extr&#234;me de la bourgeoisie ; absence manifeste d'issus dans les anciennes voies traditionnelles. Cependant, comme l'indiquait d&#233;j&#224; L&#233;nine en 1915 : &#034;Ce n'est pas de toute situation r&#233;volutionnaire que surgit la r&#233;volution, mais seulement d'une situation telle qu'au changement objectif se joint un changement subjectif, &#224; savoir la capacit&#233; de la classe r&#233;volutionnaire de mener des actions r&#233;volutionnaires de masse suffisamment puissantes pour briser (...) l'ancien gouvernement qui, jamais, m&#234;me en p&#233;riode de crise, ne &#034;tombe&#034; si on ne le &#034;fait&#034; pas tomber.&#034; L'histoire r&#233;cente a apport&#233; une s&#233;rie de tragiques confirmations au fait que la r&#233;volution ne na&#238;t pas de toute situation r&#233;volutionnaire, mais qu'une situation r&#233;volutionnaire devient contre-r&#233;volutionnaire si le facteur subjectif, c'est-&#224;-dire l'offensive r&#233;volutionnaire de la classe r&#233;volutionnaire, ne vient pas &#224; temps en aide au facteur objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grandiose tournant des gr&#232;ves de 1936 a montr&#233; que le prol&#233;tariat fran&#231;ais &#233;tait pr&#234;t &#224; la lutte r&#233;volutionnaire et qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; entr&#233; dans la voie de la lutte. En ce sens, nous avions le plein droit d'&#233;crire : &#034;La R&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;.&#034; Mais si &#034;la r&#233;volution ne na&#238;t pas de toute situation r&#233;volutionnaire&#034;, toute r&#233;volution commen&#231;ante n'est pas non plus assur&#233;e d'un d&#233;veloppement ult&#233;rieur continu. Le commencement d'une r&#233;volution qui jette dans l'ar&#232;ne de jeunes g&#233;n&#233;rations est toujours teint&#233; d'illusions, d'espoirs na&#239;fs et de cr&#233;dulit&#233;. La r&#233;volution a d'ordinaire besoin d'un rude coup de la part de la r&#233;action pour faire un pas en avant plus d&#233;cisif. Si la bourgeoisie fran&#231;aise avait r&#233;pondu aux gr&#232;ves avec occupation des usines et aux d&#233;monstrations par des mesures polici&#232;res et militaires-et cela se serait in&#233;vitablement produit si elle n'avait pas eu &#224; son service Blum, Jouhaux, Thorez et Cie-, le mouvement, &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, fut parvenu &#224; un degr&#233; plus &#233;lev&#233;, la lutte pour le pouvoir se serait indubitablement pos&#233;e &#224; l'ordre du jour. Mais la bourgeoisie, utilisant les services du Front populaire, a r&#233;pondu par un recul apparent et des concessions temporaires : &#224; l'offensive des gr&#233;vistes, elle a oppos&#233; le minist&#232;re Blum, qui apparut aux ouvriers comme leur propre ou presque leur propre gouvernement. La C.G.T. et le Komintern ont soutenu de toutes leurs forces cette tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on m&#232;ne une lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir, il faut voir clairement la classe &#224; laquelle le pouvoir doit &#234;tre arrach&#233;. Les ouvriers ne reconnaissaient pas l'ennemi, car il &#233;tait d&#233;guis&#233; en ami. Quand on lutte pour le pouvoir, il faut, en outre, des instruments de combat, le parti, les syndicats, les soviets. Ces instruments ont &#233;t&#233; enlev&#233;s aux ouvriers, car les chefs des organisations ouvri&#232;res ont construit un rempart autour du pouvoir bourgeois afin de le masquer, de le rendre m&#233;connaissable et invuln&#233;rable. Ainsi la r&#233;volution commenc&#233;e s'est trouv&#233;e frein&#233;e, arr&#234;t&#233;e, d&#233;moralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux ann&#233;es et demie &#233;coul&#233;es depuis lors ont d&#233;couvert peu &#224; peu l'impuissance, la fausset&#233; et le vide du Front populaire. Ce qui &#233;tait apparu aux masses travailleuses comme un gouvernement &#034;populaire&#034; s'est r&#233;v&#233;l&#233; un simple masque provisoire de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Ce masque est maintenant jet&#233;. La bourgeoisie pense, apparemment, que les ouvriers sont suffisamment tromp&#233;s et affaiblis et que le danger imm&#233;diat de r&#233;volution est pass&#233;. Le minist&#232;re Daladier est seulement, selon le dessein de la bourgeoisie, une &#233;tape avant un gouvernement plus fort et plus s&#233;rieux de dictature imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA CRISE FRAN&#199;AISE ET LE PROLETARIAT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie a-t-elle raison dans son diagnostic ? Le danger imm&#233;diat est-il r&#233;ellement pass&#233; pour elle ? Autrement dit, la r&#233;volution est-elle r&#233;ellement remise &#224; un avenir ind&#233;termin&#233;, c'est-&#224;-dire plus lointain ? Ce n'est nullement d&#233;montr&#233;. Des affirmations de ce genre sont pour le moins h&#226;tives et pr&#233;matur&#233;es. Le dernier mot de la crise actuelle n'est pas encore dit. En tout cas, il ne convient nullement au parti r&#233;volutionnaire d'&#234;tre optimiste pour le compte de la bourgeoisie : c'est lui qui p&#233;n&#232;tre le premier sur le champ de bataille et le quitte le dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;d&#233;mocratie&#034; bourgeoise est devenue maintenant le privil&#232;ge des nations exploiteuses et esclavagistes les plus puissantes et les plus riches. La France est de ce nombre : mais elle est, parmi elles, le cha&#238;non le plus faible. Son poids &#233;conomique sp&#233;cifique ne correspond plus, depuis longtemps, &#224; la situation mondiale qu'elle a h&#233;rit&#233;e du pass&#233;. Voil&#224; pourquoi la France imp&#233;rialiste est en train de tomber sous les coups de l'Histoire qu'elle ne pourra esquiver. Les &#233;l&#233;ments fondamentaux de la situation r&#233;volutionnaire, non seulement n'ont pas disparu, mais se sont au contraire consid&#233;rablement renforc&#233;s. La situation internationale et int&#233;rieure du pays a beaucoup empir&#233;. Le danger de guerre s'est rapproch&#233;. Si l'effroi de la bourgeoisie devant la r&#233;volution s'est affaibli, la conscience g&#233;n&#233;rale de l'absence d'issue s'est plut&#244;t accrue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment se pr&#233;sentent les choses du point de vue du &#034;facteur subjectif&#034;, c'est-&#224;-dire de la disposition du prol&#233;tariat &#224; lutter ? Cette question-pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle concerne la sph&#232;re subjective et non objective-ne se r&#233;sout pas par une investigation pr&#233;cise a priori. Ce qui d&#233;cide, en fin de compte, c'est l'action vivante, c'est-&#224;-dire la marche r&#233;elle de la lutte. Cependant certains points existent, non n&#233;gligeables, qui permettent d'appr&#233;cier le &#034;facteur subjectif&#034; : on peut, m&#234;me &#224; grande distance, les d&#233;duire de l'exp&#233;rience de la derni&#232;re &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons malheureusement pas fournir ici une analyse d&#233;taill&#233;e de la lutte des ouvriers fran&#231;ais dans la deuxi&#232;me moiti&#233; de novembre et les premiers jours de d&#233;cembre. Mais m&#234;me les donn&#233;es les plus g&#233;n&#233;rales sont suffisantes pour la question qui nous int&#233;resse. La participation &#224; la gr&#232;ve de d&#233;monstration, alors qu'il y a cinq millions de membres de la C.G.T.-du moins sur le papier-est une d&#233;faite. Mais en tenant compte des conditions politiques indiqu&#233;es plus haut et surtout du fait que les principaux &#034;organisateurs&#034; de la gr&#232;ve &#233;taient en m&#234;me temps les principaux briseurs de gr&#232;ve, le chiffre de deux millions de gr&#233;vistes t&#233;moigne d'un esprit de lutte &#233;lev&#233; de la part du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Cette conclusion devient beaucoup plus &#233;vidente et plus claire &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements ant&#233;rieurs. Les meetings et les manifestations tumultueuses, les rencontres avec la police et l'arm&#233;e, les gr&#232;ves, les occupations d'usines commencent le 17 novembre et vont en croissant avec la participation active des communistes, des socialistes et des syndicalistes du rang [3] . La C.G.T. commence manifestement &#224; perdre pied dans les &#233;v&#233;nements. Le 25 novembre, les bureaucrates syndicaux appellent &#224; une gr&#232;ve pacifique, &#034;non politique&#034;, pour le 30 novembre, c'est-&#224;-dire cinq jours plus tard. En d'autres termes, au lieu de d&#233;velopper, d'&#233;tendre et de g&#233;n&#233;raliser le mouvement r&#233;el qui prend des formes de plus en plus combatives, Jouhaux et Cie opposent &#224; ce mouvement r&#233;volutionnaire l'id&#233;e creuse d'une protestation platonique. Le d&#233;lai de cinq jours, dans un moment o&#249; chaque jour &#233;tait un mois, &#233;tait n&#233;cessaire aux bureaucrates pour paralyser, &#233;craser, par une collaboration tacite avec les autorit&#233;s, le mouvement qui se d&#233;veloppait de fa&#231;on ind&#233;pendante et dont ils n'&#233;taient pas moins effray&#233;s que la bourgeoisie. Les mesures polici&#232;res et militaires de Daladier ne purent avoir de s&#233;rieux effets que parce que Jouhaux et Cie pouss&#232;rent le mouvement dans une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La non-participation-ou la faible participation-&#224; la &#034;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034; des cheminots, des ouvriers de l'industrie de guerre, des m&#233;tallurgistes et autres couches avanc&#233;es du prol&#233;tariat n'eut nullement pour origine quelque indiff&#233;rence de leur part : durant les deux semaines ant&#233;rieures, les ouvriers de ces cat&#233;gories avaient pris une part active &#224; la lutte. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, les couches avanc&#233;es comprirent mieux que les autres, surtout apr&#232;s les mesures de Daladier, qu'il ne s'agissait d&#233;sormais ni de manifestations, ni de protestations platoniques, mais de la lutte pour le pouvoir. La participation &#224; la gr&#232;ve de d&#233;monstration des couches ouvri&#232;res les plus arri&#233;r&#233;es ou les moins importantes du point de vue social t&#233;moigne d'autre part de la profondeur de la crise du pays et du fait que, dans les masses ouvri&#232;res, l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire subsiste, en d&#233;pit des ann&#233;es de politique diluante du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est arriv&#233; dans l'histoire que, m&#234;me apr&#232;s une d&#233;faite d&#233;cisive et d&#233;finitive de la r&#233;volution, les couches les plus retardataires de travailleurs aient continu&#233; &#224; mener l'offensive, tandis que les cheminots, les m&#233;tallurgistes et autres demeuraient passifs : c'est par exemple ce qui s'est pass&#233; en Russie apr&#232;s l'&#233;crasement de l'insurrection de d&#233;cembre 1905. Mais une telle situation &#233;tait le r&#233;sultat du fait que les couches avanc&#233;es avaient d&#233;j&#224; &#233;puis&#233; leurs forces auparavant, au cours de longs combats, gr&#232;ves, lock-outs, manifestations, rencontres avec la police et l'arm&#233;e, insurrections. On ne peut parler de rien de tel dans le cas du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Le mouvement de 1936 n'a nullement &#233;puis&#233; les forces de l'avant-garde. La d&#233;ception provoqu&#233;e par le Front populaire a pu, assur&#233;ment, apporter une d&#233;moralisation temporaire dans certaines couches ; en revanche, elle a du exacerber la r&#233;volte et l'impatience des autres couches. En m&#234;me temps, les mouvements de 1936 comme de 1938 ont d&#251; enrichir tout le prol&#233;tariat d'une inappr&#233;ciable exp&#233;rience et faire surgir des milliers de chefs ouvriers locaux, ind&#233;pendants de la bureaucratie officielle. Il faut savoir trouver acc&#232;s &#224; ces chefs, les lier entre eux, les armer d'un programme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons nullement l'intention de donner de loin des conseils &#224; nos amis fran&#231;ais qui se trouvent sur le terrain de l'action et peuvent t&#226;ter beaucoup mieux que nous le pouls des masses. Cependant, pour tous les marxistes r&#233;volutionnaires, il est maintenant plus que jamais &#233;vident que l'unique mesure s&#233;rieuse et d&#233;finitive du rapport des forces, y compris de la disposition des masses &#224; lutter, c'est l'action. La critique impitoyable de la II&#176; et de la III&#176; Internationales n'a une valeur r&#233;volutionnaire que dans la mesure o&#249; elle aide &#224; mobiliser l'avant-garde pour une intervention directe dans les &#233;v&#233;nements. Les mots d'ordre fondamentaux de la mobilisation sont donn&#233;s par le programme de la IV&#176; Internationale, lequel, dans la p&#233;riode pr&#233;sente, a en France un caract&#232;re plus actuel que dans tout autre pays. Sur nos camarades repose une responsabilit&#233; politique immense. Aider la section fran&#231;aise de la IV&#176; Internationale de toutes ses forces et par tous les moyens, moraux et mat&#233;riels, est le devoir le plus important et le plus imp&#233;rieux de l'avant-garde r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les d&#233;crets-lois Paul Reynaud pr&#233;voient le r&#233;tablissement de la semaine de six jours (&#034;la fin de la semaine des deux dimanches&#034;, comme dit le ministre) la suppression des majorations pour les deux cent cinquante premi&#232;res heures suppl&#233;mentaires, le r&#233;tablissement du travail aux pi&#232;ces, etc., et le recrutement de 1500 gendarmes suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Selon Maurice Thorez, le bilan fut de 40 000 licenci&#233;s dans l'aviation, 32 000 lock-out&#233;s chez Renault, des dizaines de milliers dans la banlieue parisienne, 100 000 &#224; Marseille, 80 000 mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, 100 000 dans le textile. Il faut ajouter &#224; ce bilan des licenciements, les lourdes condamnations pour &#034;atteinte &#224; la libert&#233; du travail&#034;, les d&#233;placements d'office de fonctionnaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'usine Renault, occup&#233;e le 23 novembre par les gr&#233;vistes, est mise en &#233;tat de d&#233;fense par les travailleurs, malgr&#233; les efforts du maire SFIO de Boulogne, Morizet, et du d&#233;put&#233; communiste Alfred Costes en faveur d'une &#233;vacuation. Pendant que le gouvernement concentre 100 pelotons de gardes mobiles et 1 500 agents autour des b&#226;timents, aucun tract n'appelle les entreprises voisines &#224; la solidarit&#233; avec Renault. La bataille, commenc&#233;e a 20 heures, dure jusqu'&#224; 1 heure du matin, les ouvriers r&#233;sistant d'atelier en atelier. L'Union syndicale de la r&#233;gion parisienne et la F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux (le Peuple, 25 novembre) appellent les ouvriers &#224; &#034;ne d&#233;clencher aucun mouvement pr&#233;matur&#233;&#034;. Les tribunaux prononceront plusieurs centaines de condamnations &#224; des peines de prison ferme. Le d&#233;pute Costes, devant les juges, incrimine &#034;une poign&#233;e d'agitateurs se pr&#233;tendant membres d'une IV&#176; Internationale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Peut-on d&#233;terminer l'&#233;ch&#233;ance d'une r&#233;volution ou d'une contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Naturellement non. Seuls les trains marchent selon un horaire d&#233;termin&#233; &#224; l'avance &#8211; et encore, pas toujours... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toujours de la pr&#233;cision dans la pens&#233;e ; il en faut surtout ans les questions de strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Mais comme les r&#233;volutions sont peu fr&#233;quentes, les conceptions et les id&#233;es r&#233;volutionnaires s'alourdissent, les contours s'effacent, il arrive qu'on soul&#232;ve et r&#233;sout ces questions graves de fa&#231;on quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mussolini a fait sa &#034;r&#233;volution&#034; (sa contre-r&#233;volution) &#224; une date d&#233;termin&#233;e &#224; l'avance. Il a r&#233;ussi cela parce que le socialisme n'avait pas fait la r&#233;volution, quand l'occasion s'en &#233;tait offerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fascistes bulgares ont fait leur &#034;r&#233;volution&#034; par un coup d'&#233;tat militaire [1], &#224; une date fix&#233;e en m&#234;me temps que la r&#233;partition des r&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de force des officiers espagnols [2] s'est accompli dans des conditions analogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bouleversements se font g&#233;n&#233;ralement ainsi : lorsque les masses d&#233;&#231;ues de la r&#233;volution ou de la d&#233;mocratie deviennent indiff&#233;rentes, cr&#233;ant ainsi un terrain politique favorable &#224; l'action &#224; accomplir &#224; une date fix&#233;e &#224; l'avance organiquement et techniquement. Il est &#233;vident qu'on ne peut pas cr&#233;er artificiellement une situation politique favorable &#224; une transformation r&#233;actionnaire et moins encore lui assigner une certaine date. Si cette situation existe cependant, si ses &#233;l&#233;ments fondamentaux sont donn&#233;s, le parti dirigeant choisi le moment favorable, adapte &#224; la circonstance ses forces politiques, organiques et techniques et porte victorieusement le coup &#8211; si, toutefois il ne s'est pas tromp&#233; dans ses calculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie n'a pas toujours fait des contre-r&#233;volutions. Elle a aussi fait, par le pass&#233; des r&#233;volutions. En avait-elle d&#233;termin&#233; d'avance les dates ? Il serait int&#233;ressant et instructif &#224; bien des points d'examiner le d&#233;veloppement des r&#233;volutions bourgeoises classiques sous cet angle (un sujet pour nos jeunes savants marxistes). On peut, toutefois constater sans cette analyse d&#233;taill&#233;e quels sont les &#233;l&#233;ments fondamentaux de la question. La bourgeoisie poss&#233;dante et instruite, c'est-&#224;-dire la partie du &#034;peuple&#034;, qui a conquis le pouvoir, n'a pas fait la r&#233;volution, elle a attendu que la r&#233;volution fut faite. Quand le mouvement des masses inf&#233;rieures devint irr&#233;sistible et que l'ancien ordre social, l'ancien r&#233;gime politique s'effondra, la bourgeoisie lib&#233;rale assuma le pouvoir presque automatiquement. Les savants lib&#233;raux ont qualifi&#233; ces r&#233;volutions de &#171; naturelles &#187; et d'in&#233;vitables ; ils ont &#233;rig&#233; en lois historiques des lieux communs : r&#233;volution et contre-r&#233;volution (action et r&#233;action), ont-ils sentenci&#233;, sont des produits naturels du d&#233;veloppement historique et ne peuvent, par cons&#233;quent, pas se conformer au calendrier, &#8211; etc. Ces lois n'ont jamais emp&#234;ch&#233; jusqu'ici des coups de forces contre-r&#233;volutionnaires bien pr&#233;par&#233;s de s'accomplir avec succ&#232;s. Mais le flou de la pens&#233;e bourgeoise p&#233;n&#233;trant de ci del&#224; dans la t&#234;te de r&#233;volutionnaires, y cause de grands ravages et un pr&#233;judice pratiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les r&#233;volutions bourgeoises ne sont pas d&#233;velopp&#233;es dans toutes leurs &#233;tapes selon les lois &#171; naturelles &#187; des savants lib&#233;raux : lorsque la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, pl&#233;b&#233;ienne renversa le lib&#233;ralisme, ce fut par des conspirations et des soul&#232;vements pr&#233;par&#233;s &#224; l'avance, fix&#233;s &#224; une certaine date. C'est ce qu'ont fait les jacobins &#8211; extr&#234;me-gauche de la r&#233;volution fran&#231;aise. C'est fort compr&#233;hensible. La bourgeoisie lib&#233;rale (fran&#231;aise en 1789, russe en f&#233;vrier 1917) se contenta d'attendre un puissant mouvement spontan&#233;, pour y jeter au dernier moment sa richesse dans la balance et s'emparer sans coup f&#233;rir du pouvoir. La d&#233;mocratie petite-bourgeoise doit avancer diff&#233;remment dans des conditions en g&#233;n&#233;ral semblables : elle ne dispose ni de grandes richesses, ni d'une influence sociale &#233;tendue, ni de relations pr&#233;cieuses. Elle est tenue d'y substituer un plan soigneusement pr&#233;par&#233; de bouleversement r&#233;volutionnaire. Un plan suppose une certaine organisation du temps et, partant, un terme fixe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se rapporte d'autant plus &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Le parti communiste ne peut pas prendre une position expectative envers le mouvement r&#233;volutionnaire croissant du prol&#233;tariat. L'attitude du menchevisme consiste &#224; emp&#234;cher la r&#233;volution tant que celle-ci se d&#233;veloppe, &#224; profiter de ses succ&#232;s s'ils sont &#224; peu pr&#232;s d&#233;cisifs, et &#224; tout faire pour les enrayer. Le Parti Communiste ne peut pas prendre le pouvoir en profitant d'un mouvement r&#233;volutionnaire dont il serait rest&#233; &#224; l'&#233;cart ; il doit le prendre par la direction politique, organique et militaire, technique, directe, imm&#233;diate des masses r&#233;volutionnaires dans la p&#233;riode difficile de la pr&#233;paration comme au moment de l'action d&#233;cisive. C'est pourquoi le P.C. ne peut rien commencer en s'inspirant d'une loi historique lib&#233;rale selon laquelle les r&#233;volutions se font, sans &#234;tre faites, sans pouvoir &#234;tre fix&#233;es &#224; l'avance... C'est juste du point de vue de l'observateur ; du point de vue du chef, c'est un lieu commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons un pays dans lequel les conditions politiques de la r&#233;volution prol&#233;tarienne sont r&#233;ellement m&#251;res ou m&#251;rissent visiblement chaque jour. Quelle y sera l'attitude du Parti Communiste vis-&#224;-vis de la question du soul&#232;vement &#224; date fixe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le pays traverse une profonde crise, si les antagonismes de classes y sont aggrav&#233;s &#224; l'extr&#234;me, si les masses laborieuses y sont en constante effervescence, si le parti est suivi de la majorit&#233; &#233;vidente des travailleurs, donc de tous les &#233;l&#233;ments actifs, conscients et d&#233;vou&#233;s du prol&#233;tariat, le parti doit fixer un moment, aussi proche que possible jusques auquel la situation r&#233;volutionnaire ne peut pas se retourner sensiblement contre nous, puis concentrer les forces essentielles &#224; la pr&#233;paration de la lutte finale, mettre toute la politique et l'organisation courantes au service du but militaire afin d'oser finalement, par la concentration des forces, le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas avoir affaire &#224; un pays abstrait, reportons-nous &#224; la r&#233;volution d'octobre. La Russie traversait une profonde crise nationale et international. L'Etat y &#233;tait paralys&#233;. Les travailleurs affluaient &#224; notre parti. Depuis qu'une majorit&#233; bolcheviste s'&#233;tait form&#233;e au soviet de P&#233;trograd, puis au soviet de Moscou, le parti &#233;tait plac&#233; non pas devant la lutte pour le pouvoir en g&#233;n&#233;ral, mais devant la pr&#233;paration de la prise du pouvoir conform&#233;ment &#224; un plan d&#233;termin&#233; et &#224; une date d&#233;termin&#233;e. Cette date fut fix&#233;e &#224; l'ouverture du Congr&#232;s panrusse des Soviets. Une partie des membres du Comit&#233; Central de notre parti &#233;tait d'avis qu'il fallait fixer l'attaque &#224; ce moment politique. D'aucuns craignaient que le bourgeoisie ne se pr&#233;par&#226;t dans l'intervalle et ne put dissoudre le congr&#232;s ; ils demandaient d'en h&#226;ter la convocation. La r&#233;solution du Comit&#233; Central fixa la date du soul&#232;vement arm&#233; au 15 octobre au plus tard. Cette r&#233;solution fut appliqu&#233;e avec un retard de dix jours, les pr&#233;paratifs et l'agitation nous ayant confirm&#233; qu'un malentendu se produisait dans les masses ouvri&#232;res au sujet d'un soul&#232;vement ind&#233;pendant du congr&#232;s des soviets ; les masses rattachaient la prise du pouvoir aux soviets et non pas au parti et &#224; ses organisations clandestines. D'autre part, et c'&#233;tait &#233;vident, la bourgeoisie &#233;tait trop d&#233;moralis&#233;e pour pr&#233;parer en deux ou trois semaines une r&#233;sistance s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question militaire se posa devant nous dans toute sa nudit&#233; de calendrier apr&#232;s que le parti e&#251;t conquis le pouvoir dans les soviets dirigeants et se f&#251;t ainsi assur&#233; les positions politiques fondamentales pour la prise du pouvoir. Avant que nous n'eussions la majorit&#233; notre plan organique-technique &#233;tait plus ou moins conditionnel et plus ou moins &#233;lastique. Les soviets &#233;taient le barom&#232;tre de notre influence r&#233;volutionnaire : or, ils avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par les mencheviks et les s.r. Plus tard, ils d&#233;pouill&#232;rent l'enveloppe de leur activit&#233; conspirative et devinrent &#8211; apr&#232;s la prise du pouvoir &#8211; des organes de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle aurait &#233;t&#233; notre strat&#233;gie si nous n'avions pas eu les soviets ? Nous aurions d&#251; nous tourner vers d'autres moyens de notre influence r&#233;volutionnaire : syndicats, gr&#232;ves, manifestations dans la rue, &#233;lections d&#233;mocratiques vari&#233;es. Quoique les soviets donnassent &#224; l'&#233;poque r&#233;volutionnaire la mesure la plus s&#251;re de l'activit&#233; r&#233;elle des masses, nous aurions eu, sans eux, la possibilit&#233; de nous assurer &#224; quel moment la majorit&#233; r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re et des populations laborieuses eut &#233;t&#233; derri&#232;re nous. A ce moment, nous aurions d&#251; lancer le mot d'ordre de formations des soviets posant ainsi m&#234;me toute la question sur le terrain d'une d&#233;cision militaire ; et nous aurions d&#251; disposer &#224; cette heure-l&#224;, d'un plan pr&#233;cis du soul&#232;vement arm&#233; pour une date d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la majorit&#233; des travailleurs eut &#233;t&#233; pour nous, du moins dans les centres et les r&#233;gions d'une importance d&#233;cisive, la formation des soviets &#224; la suite de notre appel eut &#233;t&#233; assur&#233;e. Les villes et les provinces plus arri&#233;r&#233;es eussent suivi plus ou moins rapidement l'exemple des centres dirigeants. Nous eussions eu le devoir politique de fixer un congr&#232;s des soviets et de lui assurer par la force des armes le pouvoir. Il est &#233;vident que ce sont l&#224; les deux aspects d'un m&#234;me devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que notre Comit&#233; Central se f&#251;t r&#233;uni pour prendre une d&#233;cisions supr&#234;me dans une situation comme celle qui vient d'e&#234;tre esquiss&#233;e, les soviets n'existant pas, les masses &#233;tant effervescentes, sans nous assurer encore une majorit&#233; &#233;crasante et nette. Quel eut &#233;t&#233; alors notre plan d'action ? Aurions-nous fix&#233; l'&#233;ch&#233;ance insurrectionnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse ressort de tout ce qui pr&#233;c&#232;de : &#171; nous ne disposons pas encore d'une majorit&#233; absolue. Mais la r&#233;volutionnarisation des masses va si vite que la majorit&#233; combative et r&#233;solue qui nous est indispensable para&#238;t devoir &#234;tre form&#233;e dans quelques semaines. Supposons qu'il nous faille un mois pour conqu&#233;rir la majorit&#233; ouvri&#232;re &#224; P&#233;trograd, &#224; Moscou, dans le Donetz ; assignons-nous cette t&#226;che et concentrons sur ces points les forces n&#233;cessaires. Aussit&#244;t que la majorit&#233; sera conquise &#8211; nous examinons la situation au du mois &#8211; nous inviterons les masses &#224; constituer des soviets. Il y faudra tout au plus une, deux, trois semaines pour P&#233;trograd, Moscou et le Donetz ; on peut compter avec certitude que les autres villes et provinces suivront l'exemple du centre au bout de deux &#224; trois semaines. Il nous faut ainsi environ un mois pour &#233;tendre le r&#233;seau des soviets. L'organisation en prendra 15 jours : jusqu'au congr&#232;s. Dans ce d&#233;lai nous devons pr&#233;parer la prise du pouvoir &#8211; et prendre le pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en rapport avec cet &#233;tat de choses que nous eussions assign&#233; &#224; notre organisation militaire un programme n&#233;cessitant deux mois et demi au plus de travail pour la pr&#233;paration du soul&#232;vement &#224; P&#233;trograd, &#224; Moscou, aux n&#339;uds des chemins de fer, etc. Je parle au conditionnel, car en r&#233;alit&#233;, si nous n'avons pas trop mal op&#233;r&#233;, ce n'a pas &#233;t&#233; avec tant de m&#233;thode, non que les &#171; lois historiques &#187; nous troublassent, mais parce que nous faisions, pour la premi&#232;re fois, un soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne peut-on pas se tromper dans ses calculs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te du pouvoir est une guerre, et dans toute guerre il peut y avoir des revers et des victoires. En tout cas cette voie m&#232;ne au but par le chemin le plus direct, c'est-&#224;-dire porte au maximum les chances de victoire. En effet, si nous eussions constat&#233; au bout d'un mois apr&#232;s la prise de notre r&#233;volution n'avoir pas encore avec nous la majorit&#233; des travailleurs, nous n'eussions pas &#233;mis de mot d'ordre de constitution des soviets, l'id&#233;e restant seulement dans l'air (nous supposons toujours que les s.r. et les mencheviks sont contre les soviets). Au contraire, si nous eussions eu au bout de 15 jours une majorit&#233; ouvri&#232;re combative et d&#233;cisive, l'&#233;ch&#233;ance du soul&#232;vement d&#233;cisif e&#251;t &#233;t&#233; rapproch&#233;e d'autant. De m&#234;me pour les 2&#232;me et 3&#232;me &#233;tapes de ce plan sch&#233;matique : formation de soviets et convocation du congr&#232;s panrusse. Nous n'eussions pas &#233;mis le mot d'ordre d'un congr&#232;s des soviets avant la naissance de soviets dans les centres les plus importants. De cette fa&#231;on la r&#233;alisation de chaque &#233;tape est pr&#233;par&#233;e et assur&#233;e par celle des &#233;tapes ant&#233;rieures. Les travaux militaires pr&#233;paratoires vont de pair avec des actions rigoureusement fix&#233;es &#224; l'avance. Le parti tient bien en main son m&#233;canisme de combat. &#8211; Certes, il se produit au cours d'une r&#233;volution bien des faits inattendus, spontan&#233;s, impr&#233;visibles ; nous devons compter avec ces &#233;ventualit&#233;s et nous y adapter ; nous y arriverons avec d'autant plus de succ&#232;s et une certitude d'autant plus grande que le plan de notre conspiration sera bien mieux &#233;labor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a une grande force improvisatrice ; elle n'improvise jamais rien de bon pour les fatalistes, les imb&#233;ciles et les fain&#233;ants. Ce qu'il faut pour y vaincre c'est une juste orientation politique, de l'organisation et la volont&#233; de porter le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le complot militaire Bulgare men&#233; par les cercles contre-r&#233;volutionnaires eut lieu au cours de l'&#233;t&#233; 1923. Le coup avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; longtemps &#224; l'avance et son succ&#232;s &#233;t&#233; assur&#233; par l'instabilit&#233; et l'ind&#233;cision du gouvernement du parti paysan de Stamboulesky et la politique erron&#233;e de &#171; retenue &#187; du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La r&#233;volution espagnole &#187; qui pla&#231;a Primo de Rivera &#224; la t&#234;te du gouvernement fasciste, eut lieu, sous la houlette des cercles les plus agressifs de la bourgeoisie espagnole, le 13 septembre 1923.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky, Histoire de la R&#233;voltution russe :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire d'une r&#233;volution, comme toute histoire, doit, avant tout, relater ce qui s'est pass&#233; et dire comment. Mais cela ne suffit pas. D'apr&#232;s le r&#233;cit m&#234;me, il faut qu'on voie nettement pourquoi les choses se sont pass&#233;es ainsi et non autrement. Les &#233;v&#233;nements ne sauraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme un encha&#238;nement d'aventures, ni ins&#233;r&#233;s, les uns apr&#232;s les autres, sur le fil d'une morale pr&#233;con&#231;ue, ils doivent se conformer &#224; leur propre loi rationnelle. C'est dans la d&#233;couverte de cette loi intime que l'auteur voit sa t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait le plus incontestable de la R&#233;volution, c'est l'intervention directe des masses dans les &#233;v&#233;nements historiques. D'ordinaire, l'&#201;tat, monarchique ou d&#233;mocratique, domine la nation ; l'histoire est faite par des sp&#233;cialistes du m&#233;tier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants d&#233;cisifs, quand un vieux r&#233;gime devient intol&#233;rable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les s&#233;parent de l'ar&#232;ne politique, renversent leurs repr&#233;sentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, cr&#233;ent une position de d&#233;part pour un nouveau r&#233;gime. Qu'il en soit bien ou mal, aux moralistes d'en juger. Quant &#224; nous, nous prenons les faits tels qu'ils se pr&#233;sentent, dans leur d&#233;veloppement objectif. L'histoire de la r&#233;volution est pour nous, avant tout, le r&#233;cit d'une irruption violente des masses dans le domaine oit se r&#232;glent leurs propres destin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; prise de r&#233;volution, les classes sont en lutte. Il est pourtant tout &#224; fait &#233;vident que les transformations qui se produisent entre le d&#233;but et la fin d'une r&#233;volution, dans les bases &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; et dans le substratum social des classes, ne suffisent pas du tout &#224; expliquer la marche de la r&#233;volution m&#234;me, laquelle, en un bref laps de temps, jette &#224; bas des institutions s&#233;culaires, en cr&#233;e de nouvelles et les renverse encore. La dynamique des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires est directement d&#233;termin&#233;e par de rapides, intensives et passionn&#233;es conversions psychologiques des classes constitu&#233;es avant la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en effet une soci&#233;t&#233; ne modifie pas ses institutions au fur et &#224; mesure du besoin, comme un artisan renouvelle son outillage. Au contraire : pratiquement, la soci&#233;t&#233; consid&#232;re les institutions qui la surplombent comme une chose &#224; jamais &#233;tablie. Durant des dizaines d'ann&#233;es, la critique d'opposition ne sert que de soupape au m&#233;contentement des masses et elle est la condition de la stabilit&#233; du r&#233;gime social : telle est, par exemple, en principe, la valeur acquise par la critique social-d&#233;mocrate. Il faut des circonstances absolument exceptionnelles, ind&#233;pendantes de la volont&#233; des individus ou des partis, pour lib&#233;rer les m&#233;contents des g&#234;nes de l'esprit conservateur et amener les masses &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapides changements d'opinion et d'humeur des masses, en temps de r&#233;volution, proviennent, par cons&#233;quent, non de la souplesse et de la mobilit&#233; du psychique humain, mais bien de son profond conservatisme. Les id&#233;es et les rapports sociaux restant chroniquement en retard sur les nouvelles circonstances objectives, jusqu'au moment o&#249; celles-ci s'abattent en cataclysme, il en r&#233;sulte, en temps de r&#233;volution, des soubresauts d'id&#233;es et de passions que des cerveaux de policiers se repr&#233;sentent tout simplement comme l'&#339;uvre de &#034; d&#233;magogues &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses se mettent en r&#233;volution non point avec un plan tout fait de transformation sociale, mais dans l'&#226;pre sentiment de ne pouvoir tol&#233;rer plus longtemps l'ancien r&#233;gime. C'est seulement le milieu dirigeant de leur classe qui poss&#232;de un programme politique, lequel a pourtant besoin d'&#234;tre v&#233;rifi&#233; par les &#233;v&#233;nements et approuv&#233; par les masses. Le processus politique essentiel d'une r&#233;volution est pr&#233;cis&#233;ment en ceci que la classe prend conscience des probl&#232;mes pos&#233;s par la crise sociale, et que les masses s'orientent activement d'apr&#232;s la m&#233;thode des approximations successives. Les diverses &#233;tapes du processus r&#233;volutionnaire, consolid&#233;es par la substitution &#224; tels partis d'autres toujours plus extr&#233;mistes, traduisent la pouss&#233;e constamment renforc&#233;e des masses vers la gauche, aussi longtemps que cet &#233;lan ne se brise pas contre des obstacles objectifs. Alors commence la r&#233;action : d&#233;senchantement dans certains milieux de la classe r&#233;volutionnaire, multiplication des indiff&#233;rents, et, par suite, consolidation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Tel est du moins le sch&#233;ma des anciennes r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement par l'&#233;tude des processus politiques dans les masses que l'on peut comprendre le r&#244;le des partis et des leaders que nous ne sommes pas le moins du monde enclin &#224; ignorer. Ils constituent un &#233;l&#233;ment non autonome, mais tr&#232;s important du processus. Sans organisation dirigeante, l'&#233;nergie des masses se volatiliserait comme de la vapeur non enferm&#233;e dans un cylindre &#224; piston. Cependant le mouvement ne vient ni du cylindre ni du piston, mais de la vapeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s que l'on rencontre dans l'&#233;tude des modifications de la conscience des masses en temps de r&#233;volution sont absolument &#233;videntes. Les classes opprim&#233;es font de l'histoire dans les usines, dans les casernes, dans les campagnes, et, en ville, dans la rue. Mais elles n'ont gu&#232;re l'habitude de noter par &#233;crit ce qu'elles font. Les p&#233;riodes o&#249; les passions sociales atteignent leur plus haute tension ne laissent en g&#233;n&#233;rai que peu de place &#224; la contemplation et aux descriptions. Toutes les Muses, m&#234;me la Muse pl&#233;b&#233;ienne du journalisme, bien qu'elle ait les flancs solides, ont du mal &#224; vivre en temps de r&#233;volution. Et pourtant la situation de l'historien n'est nullement d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Les notes prises sont incompl&#232;tes, disparates, fortuites. Mais, &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements, ces fragments permettent souvent de deviner la direction et le rythme du processus sous-jacent. Bien ou mal, c'est en appr&#233;ciant les modifications de la conscience des masses qu'un parti r&#233;volutionnaire base sa tactique. La voie historique du bolchevisme t&#233;moigne que cette estimation, du moins en gros, &#233;tait r&#233;alisable. Pourquoi donc ce qui est accessible &#224; un politique r&#233;volutionnaire, dans les remous de la lutte, ne serait-il pas accessible &#224; un historien r&#233;trospectivement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les processus qui se produisent dans la conscience des masses ne sont ni autonomes, ni ind&#233;pendants. N'en d&#233;plaise aux id&#233;alistes et aux &#233;clectiques, la conscience est n&#233;anmoins d&#233;termin&#233;e par les conditions g&#233;n&#233;rales d'existence. Dans les circonstances historiques de formation de la Russie, avec son &#233;conomie, ses classes, son pouvoir d'&#201;tat, dans l'influence exerc&#233;e sur elle par les puissances &#233;trang&#232;res, devaient &#234;tre incluses les pr&#233;misses de la R&#233;volution de F&#233;vrier et de sa rempla&#231;ante - celle d'octobre. En la mesure o&#249; il semble particuli&#232;rement &#233;nigmatique qu'un pays arri&#233;r&#233; ait le premier port&#233; au pouvoir le prol&#233;tariat, il faut pr&#233;alablement chercher le mot de l'&#233;nigme dans le caract&#232;re original dudit pays, c'est-&#224;-dire dans ce qui le diff&#233;rencie des autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les particularit&#233;s historiques de la Russie et leur poids sp&#233;cifique sont caract&#233;ris&#233;s dans les premiers chapitres de ce livre qui contiennent un expos&#233; succinct du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; russe et de ses forces internes. Nous voudrions esp&#233;rer que l'in&#233;vitable sch&#233;matisme de ces chapitres ne rebutera pas le lecteur. Dans la suite de l'oeuvre, il retrouvera les m&#234;mes forces sociales en pleine action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage n'est nullement bas&#233; sur des souvenirs personnels. Cette circonstance que l'auteur a particip&#233; aux &#233;v&#233;nements ne le dispensait point du devoir d'&#233;tablir sa narration sur des documents rigoureusement contr&#244;l&#233;s. L'auteur parle de soi dans la mesure o&#249; il y est forc&#233; par la marche des &#233;v&#233;nements, &#224; la &#034; troisi&#232;me personne &#034;. Et ce n'est pas l&#224; une simple forme litt&#233;raire : le ton subjectif, in&#233;vitable dans une autobiographie ou des m&#233;moires, serait inadmissible dans une &#233;tude historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, du fait que l'auteur a particip&#233; &#224; la lutte, il lui est naturellement plus facile de comprendre non seulement la psychologie des acteurs, individus et collectivit&#233;s, mais aussi la corr&#233;lation interne des &#233;v&#233;nements. Cet avantage peut donner des r&#233;sultats positifs, &#224; une condition toutefois : celle de ne point s'en rapporter aux t&#233;moignages de sa m&#233;moire dans les petites comme dans les grandes choses, dans l'expos&#233; des faits comme &#224; l'&#233;gard des mobiles et des &#233;tats d'opinion. L'auteur estime qu'autant qu'il d&#233;pendait de lui, il a tenu compte de cette condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question - celle de la position politique de l'auteur qui, en sa qualit&#233; d'historien, s'en tient au point de vue qui &#233;tait le sien comme acteur dans les &#233;v&#233;nements. Le lecteur n'est, bien entendu, pas oblig&#233; de partager les vues politiques de l'auteur, que ce dernier n'a aucun motif de dissimuler. Mais le lecteur est en droit d'exiger qu'un ouvrage d'histoire constitue non pas l'apologie d'une position politique, mais une repr&#233;sentation intimement fond&#233;e du processus r&#233;el de la r&#233;volution. Un ouvrage d'histoire ne r&#233;pond pleinement &#224; sa destination que si les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent, de page en page, dans tout le naturel de leur n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article657&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la r&#233;volution ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entre r&#233;volution et contre-r&#233;volution : cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires </title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article1636</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article1636</guid>
		<dc:date>2010-09-15T13:49:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chili 1970-1973 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pologne 1980-1981 &lt;br class='autobr' /&gt;
Afrique du sud 1985-1990 &lt;br class='autobr' /&gt;
Alg&#233;rie 1988-1991 &lt;br class='autobr' /&gt;
Rwanda 1990-1994&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;1- 1 Cinq situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chili 1970-1973&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pologne 1980-1981&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article120&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique du sud 1985-1990&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article123&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alg&#233;rie 1988-1991&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article121&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rwanda 1990-1994&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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