Matière et Révolution
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69144Léon Trotsky sur l'arrivée d'Hitler au pouvoir
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https://www.matierevolution.org/spip.php?article87442026-07-03T22:49:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskyFascisme1933
<p>Léon Trotsky sur l'arrivée d'Hitler au pouvoir <br class='autobr' />
Avant la prise du pouvoir <br class='autobr' />
L'Allemagne vit aujourd'hui une de ses plus grandes heures historiques ; le destin du peuple allemand, le destin de l'Europe et, dans une large mesure, le destin de toute l'humanité pour les décennies à venir en dépendent. Quand on place une boule au sommet d'une pyramide, une faible poussée suffit à la faire rouler soit à droite soit à gauche. Telle est la situation dont l'Allemagne se rapproche d'heure en heure. (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p>Léon Trotsky sur l'arrivée d'Hitler au pouvoir</p>
<h2 class="spip">Avant la prise du pouvoir</h2>
<p>L'Allemagne vit aujourd'hui une de ses plus grandes heures historiques ; le destin du peuple allemand, le destin de l'Europe et, dans une large mesure, le destin de toute l'humanité pour les décennies à venir en dépendent. Quand on place une boule au sommet d'une pyramide, une faible poussée suffit à la faire rouler soit à droite soit à gauche. Telle est la situation dont l'Allemagne se rapproche d'heure en heure. Certaines forces veulent que la boule roule à droite et brise les reins de la classe ouvrière. D'autres veulent maintenir la boule au sommet. C'est une utopie. La boule ne peut se maintenir sur la pointe de la pyramide. Les communistes voudraient que la boule roule à gauche et casse les reins du capitalisme. Il ne suffit pas de vouloir, il faut en être capable. Essayons une nouvelle fois d'examiner calmement la situation : la politique que mène actuellement le Comité central du Parti communiste allemand est-elle juste ou fausse ?</p>
<p>Que veut Hitler ?</p>
<p>Les fascistes augmentent très rapidement. Les communistes augmentent aussi mais beaucoup plus lentement. Cette croissance des deux pôles extrêmes prouve que la boule ni se maintenir au sommet de la pyramide. La croissance rapide des fascistes implique que la boule peut rouler à droite. Cela constitue un immense danger.</p>
<p>Hitler cherche à persuader qu'il est contre un coup d'Etat. Pour étrangler une bonne fois pour toutes la démocratie, il prétend arriver au pouvoir par la seule voie démocratique Peut-on réellement le croire sur parole ?</p>
<p>Il est clair que, si les fascistes étaient sûrs d'obtenir par la voie pacifique la majorité absolue des mandats aux prochaines élections, ils préféreraient peut-être cette voie. En fait elle leur est fermée. Il serait stupide de penser que les nazis se développeront pendant une longue période au même rythme qu'aujourd'hui. Tôt ou tard, leur réservoir social sera à sec.</p>
<p>Le fascisme renferme de si terribles contradictions que le moment est proche où le flux cessera de compenser le reflux. Ce moment peut arriver bien avant que les fascistes aient réussi à rassembler plus de la moitié des voix. Il leur sera impossible de s'arrêter car ils n'auront plus rien à espèrer. Ils seront obligés d'en venir au coup d'Etat.</p>
<p>Mais même sans parler de cela, la voie démocratique est barrée aux fascistes. La croissance formidable des antagonismes politiques dans le pays et, surtout, l'agitation des bandits fascistes auront forcément pour conséquence que plus les fascistes seront près de la majorité, plus l'atmosphère sera chauffée à blanc et plus les escarmouches et les combats se multiplieront. Dans cette perspective, la guerre civile est absolument inévitable. La question de la prise du pouvoir par les fascistes se résoudra non par un vote mais par la guerre civile que les fascistes préparent et provoquent.</p>
<p>Peut-on imaginer un seul instant qu'Hitler et ses conseillers ne le comprennent pas et ne le prévoient pas ? Ce serait les prendre pour des imbéciles. Il n'y a pas de plus grand crime en politique que de compter sur la bêtise d'un ennemi puissant. Puisque Hitler ne peut pas ne pas comprendre que le chemin du pouvoir passe par une guerre civile très dure, ses discours sur la voie démocratique et pacifique ne sont donc qu'une couverture, c'est-à-dire une ruse de guerre. Il faut d'autant plus être sur ses gardes.</p>
<p>Que cache la ruse de guerre d'Hitler ?</p>
<p>Son calcul est tout à fait clair et évident : il cherche à endormir l'adversaire avec la perspective plus lointaine de la croissance parlementaire des nazis, pour porter au moment favorable un coup mortel à l'adversaire que l'on aura endormi. Il est tout à fait possible que l'admiration d'Hitler pour le parlementarisme démocratique doive l'aider à réaliser dans un proche avenir une coalition où les fascistes occuperont les postes les plus importants et qu'ils s'en serviront... pour un coup d'Etat. En effet, il est plus qu'évident que la coalition du centre avec les fascistes serait non une étape vers la solution " démocratique " de la question, mais servirait de tremplin à un coup d'Etat dans les conditions les plus favorables pour le fascisme.</p>
<p>Il faut viser près</p>
<p>Tout prouve que le dénouement, même indépendamment de la volonté de l'état-major fasciste, se produira dans le courant des prochains mois, si ce n'est des prochaines semaines. Cette circonstance a une énorme importance pour l'élaboration d'une politique juste. Si on admet que les fascistes vont prendre le pouvoir dans deux ou trois mois, il sera dix fois plus difficile de se battre contre eux l'année prochaine, que cette année. Les plans révolutionnaires de toutes sortes, élaborés pour deux, trois ou cinq ans à l'avance, ne sont qu'un bavardage pitoyable et honteux, si la classe ouvrière laisse les fascistes arriver au pouvoir dans les deux, trois ou cinq prochains mois. Le facteur temps dans les opérations militaires, comme en politique lors des crises révolutionnaires, a une importance décisive. Pour illustrer cette idée, prenons un exemple. Hugo Urbahns qui se considère comme un " communiste de gauche ", déclare que le Parti communiste allemand a fait faillite, qu'il est mort politiquement, et il propose de construire un nouveau parti. Si Urbahns avait raison, cela signifierait que la victoire des fascistes est assurée, car il faut des années pour créer un nouveau parti (de plus, il n'est absolument pas prouvé que le parti d'Urbahns sera meilleur que celui de Thaelmann : quand Urbahns était à la tête du parti, il n'y avait pas moins d'erreurs).</p>
<p>Si le fascisme conquérait effectivement le pouvoir, cela signifierait non seulement la liquidation physique du Parti communiste, mais aussi sa faillite politique complète. Les millions d'ouvriers qui forment le prolétariat ne pardonneraient jamais à l'Internationale communiste et à sa section allemande une défaite honteuse, infligée par des bandes de poussières humaines. C'est pourquoi l'arrivée des fascistes au pouvoir rendrait, selon toute vraisemblance, nécessaire la création d'un nouveau parti révolutionnaire et d'une nouvelle internationale. Ce serait une effroyable catastrophe historique. Seuls de véritables liquidateurs, ceux qui, se réfugiant derrière des phrases creuses, se préparent en fait à capituler lâchement avant le combat, considèrent dès maintenant que tout cela est inévitable. Nous, bolcheviks-léninistes, que les staliniens qualifient de " trotskystes ", n'avons rien de commun avec ces gens-là. Nous sommes fermement persuadés que la victoire sur les fascistes est possible non après leur arrivée au pouvoir, non après cinq, dix ou vingt ans de leur domination, mais aujourd'hui, dans la situation actuelle, dans les mois ou les semaines à venir.</p>
<p>Thaelmann considère que la victoire du fascisme est inévitable.</p>
<p>Pour vaincre, il faut une politique juste. Cela implique en particulier qu'il faut une politique adaptée à la situation présente, au regroupement actuel des forces, et non calculée pour une situation qui doit arriver dans un, deux ou trois ans, quand la question du pouvoir sera depuis longtemps résolue.</p>
<p>Tout le malheur vient de ce que la politique du Comité central du Parti communiste allemand est fondée, en partie consciemment, en partie inconsciemment, sur la reconnaissance du caractère inévitable de la victoire du fascisme. En effet, dans son appel pour le " front unique rouge ", publié le 29 novembre, le Comité central du Parti communiste allemand part de l'idée qu'il est impossible de vaincre le fascisme, sans avoir vaincu au préalable la social-démocratie allemande.</p>
<p>Cette idée, Thaelmann la répète sur tous les tons dans son article. Cette idée est-elle juste ? A l'échelle historique, elle est absolument vraie. Mais cela ne signifie pas du tout que l'on peut résoudre les questions à l'ordre du jour grâce à elle, c'est-à-dire en se contentant de la répéter. Cette idée, juste du point de vue de la stratégie révolutionnaire dans son ensemble, devient un mensonge, et même un mensonge réactionnaire une fois traduite dans le langage de la tactique. Est-il vrai que pour faire disparaître le chômage et la misère il faut détruire au préalable le capitalisme ? C'est vrai. Mais seul le dernier des imbéciles en tirera la conclusion que nous ne devons pas nous battre aujourd'hui de toutes nos forces contre les mesures qui permettent au capitalisme d'augmenter la misère des ouvriers.</p>
<p>Peut-on espérer que le Parti communiste renversera la social-démocratie et le fascisme dans les prochains mois ? Aucun homme de bon sens, qui sait lire et compter, ne se risquerait à une telle affirmation. Politiquement, la question se pose ainsi : peut-on aujourd'hui, dans le courant des prochains mois, c'est-à-dire malgré la présence de la social-démocratie, malheureusement encore très puissante bien qu'affaiblie, opposer une résistance victorieuse à l'attaque du fascisme ? Le Comité central du Parti communiste allemand répond négativement. En d'autres termes, Thaelmann considère la victoire du fascisme comme inévitable.<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/11/311126.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/11/311126.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/12/311208.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/12/311208.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/10/321015.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/10/321015.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636</a></p>
<h2 class="spip">Après la prise du pouvoir</h2>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331113.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331113.htm</a></p>
<p> <a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331123.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331123.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/00/lt19400000.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/00/lt19400000.htm</a></p></div>
Ni fascisme, ni faux antifascisme social-patriote !
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9489
https://www.matierevolution.org/spip.php?article94892026-02-24T23:15:00Ztext/htmlfrKarobFascismeGilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet
<p>NI FASCISME, NI FAUX ANTIFASCISME SOCIAL-PATRIOTE <br class='autobr' />
Le seul antifascisme cohérent est la puissance autonome du prolétariat <br class='autobr' />
L'assassinat de Quentin D. à Lyon : anatomie d'une polarisation bourgeoise et critique du faux antifascisme de l'extrême gauche française <br class='autobr' />
• • • <br class='autobr' />
INTRODUCTION : LA POLARISATION COMME ARME CONTRE L'ÉMERGENCE DES COMITÉS DU PEUPLE TRAVAILLEUR <br class='autobr' />
Il y a une question que cet article pose avant toutes les autres, et à laquelle tous les textes analysés ici refusent de (…)</p>
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<p>NI FASCISME, NI FAUX ANTIFASCISME SOCIAL-PATRIOTE</p>
<p>Le seul antifascisme cohérent est la puissance autonome du prolétariat</p>
<p>L'assassinat de Quentin D. à Lyon : anatomie d'une polarisation bourgeoise et critique du faux antifascisme de l'extrême gauche française</p>
<p>• • •</p>
<p>INTRODUCTION : LA POLARISATION COMME ARME CONTRE L'ÉMERGENCE DES COMITÉS DU PEUPLE TRAVAILLEUR</p>
<p>Il y a une question que cet article pose avant toutes les autres, et à laquelle tous les textes analysés ici refusent de répondre : pourquoi, en 2026, alors que les conditions de vie des travailleurs se dégradent à un rythme accéléré, la politique n'est-elle pas organisée autour de comités du peuple travailleur, sur tout le territoire, reliant les revendications immédiates — salaires, logement, santé, refus de l'économie de guerre — à la perspective d'un pouvoir ouvrier ?</p>
<p>La réponse à cette question est la clé de tout ce qui suit.</p>
<p>A. Ce que la bourgeoisie et ses alliés social-patriotes craignent par-dessus tout</p>
<p>Ce n'est pas l'extrême droite qui fait peur au capital. L'extrême droite, le capital la finance, la tolère et l'utilise. Ce qui fait peur au capital, c'est l'émergence d'une organisation autonome de la classe ouvrière : des comités dans les entreprises, dans les quartiers, dans les services publics, qui se fédèrent sur tout le territoire, qui relient les luttes immédiates — augmentation des salaires, refus des licenciements, résistance à la destruction de l'hôpital public, refus de payer l'économie de guerre — à une perspective plus large : celle d'un pouvoir du peuple travailleur.</p>
<p>Ce pouvoir du peuple travailleur a un nom dans la tradition marxiste révolutionnaire. C'est la dictature du prolétariat : non pas une dictature au sens vulgaire du terme — la domination d'un tyran ou d'un parti — mais la domination politique de la classe ouvrière organisée sur les classes qui l'exploitent, substituant ses propres organes à l'État bourgeois. C'est ce que la Commune de Paris ébauchait en 1871, ce que les soviets construisaient en 1917, ce que les comités révolutionnaires espagnols esquissaient en 1936.</p>
<p>C'est précisément ce que la gauche bourgeoise, les directions social-patriotes et leurs alliés d'extrême gauche ne veulent pas. Non pas parce qu'ils sont nécessairement de mauvaise volonté — mais parce que leur position dans l'appareil d'État, dans les appareils syndicaux institutionnels, dans le jeu électoral, les rend structurellement incapables de rompre avec le cadre bourgeois. Leur logique propre — défendre les institutions, négocier avec l'État, préserver les positions acquises — les conduit à stabiliser l'ordre, pas à le renverser.</p>
<p>B. La polarisation comme technique de blocage</p>
<p>C'est pourquoi la polarisation — extrême droite contre antifascisme — est si utile. Elle n'est pas un accident, pas un simple effet de la communication politique. Elle est un dispositif actif de blocage de l'émergence de comités du peuple travailleur. Ce dispositif fonctionne en trois temps.</p>
<p>Premier temps : déplacer le terrain. La question centrale — qui possède quoi, qui produit quoi, qui décide quoi — est évacuée. Elle est remplacée par une question identitaire et morale : qui est fasciste, qui est antifasciste, qui mérite d'être défendu. Sur ce terrain-là, les revendications salariales n'ont pas de place. Les comités d'usine n'ont pas de place. L'organisation autonome du prolétariat n'a pas de place. Il n'y a que deux camps, et chacun doit choisir le sien.</p>
<p>Deuxième temps : absorber les énergies militantes. Les militants qui auraient pu construire un comité de lutte dans leur entreprise passent leurs week-ends à défendre les locaux de LFI ou à documenter les groupes identitaires. L'énergie est réelle. Elle est captée et réorientée. Non pas vers la construction des organes de la classe, mais vers la défense d'un parti bourgeois qui, s'il gouvernait, gérerait la crise capitaliste comme tous les partis bourgeois.</p>
<p>Troisième temps : discipliner les franges récalcitrantes. Quand certains refusent le cadre, quand ils tentent de poser la question de classe, ils sont accusés de « faire le jeu de l'extrême droite » ou de « ne pas être de vrais antifascistes ». C'est la fonction disciplinaire du front populaire. En 1937, cette discipline prenait la forme de l'élimination physique (Nin, les militants du POUM). En 2026, elle prend la forme de la pression idéologique, de l'exclusion des plateformes, de l'accusation de complicité avec le fascisme. La méthode a changé. La logique est identique.</p>
<p>C. L'antifascisme social-patriote : une politique contre toute réelle lutte de classe</p>
<p>C'est ici que la thèse de cet article doit être formulée dans toute sa clarté. L'antifascisme des organisations analysées — LO, RP, NPA-R, NPA-A, PCR, GMI, UCL, CGT, Solidaires, tract VISA93 — n'est pas seulement une politique insuffisante ou maladroite. C'est une politique activement hostile à toute réelle lutte de classe. Non par intention consciente, mais par effet structurel.</p>
<p>En défendant LFI — parti bourgeois — au nom de l'antifascisme, ces organisations alignent les travailleurs derrière le programme électoral d'une fraction de la bourgeoisie progressiste. En appelant à l'« unité » sans poser la question de programme, elles dissolvent l'indépendance de classe dans un bloc interclassiste. En demandant la protection de l'État au lieu de construire l'autodéfense ouvrière, elles maintiennent la classe dans la dépendance vis-à-vis de l'État qu'elle devrait renverser.</p>
<p>Et surtout : en occupant l'espace militant avec la guerre des camps, elles empêchent l'émergence des seules structures qui pourraient transformer la situation. Des comités du peuple travailleur, sur tout le territoire, liés entre eux, construits à partir des luttes concrètes, articulant les revendications immédiates à la perspective du pouvoir ouvrier — c'est cela que la polarisation extrême droite / antifascisme social-patriote rend impossible.</p>
<p>D. La question que cet article pose</p>
<p>L'article qui suit analyse, texte par texte, comment chaque organisation a réagi à l'événement de Lyon. Il démontre leur convergence de fait avec la gauche bourgeoise républicaine. Il retrace la continuité historique de cette logique de 1914 à 2026. Il examine l'Espagne de 1936-1937 comme paradigme de ce que l'antifascisme peut faire à une révolution en cours.</p>
<p>Mais la question centrale n'est pas la dénonciation. La question centrale est constructive : comment, dans les conditions de 2026, construire ce troisième pôle — le pôle du peuple travailleur organisé ? Comment construire des comités qui relient les revendications immédiates au programme révolutionnaire ? Comment construire une stratégie d'autodéfense ouvrière réelle, collective, assumée, enracinée dans la classe ? Comment travailler à l'intérieur des organisations existantes pour en disputer les bases aux directions social-patriotes ?</p>
<p>Ces questions sont posées en conclusion. Elles sont la raison d'être de cet article.</p>
<p>• • •</p>
<p>Cet article analyse, avec citations et liens à l'appui, la réaction de l'ensemble de l'« extrême gauche » française — organisations trotskystes (LO, RP, NPA-R, PCR, GMI), libertaires (NPA-A, UCL) et autonomes (Contre Attaque, lundi.am, Dijoncter) — face à l'assassinat de Quentin D. (Deranque) à Lyon le 12 février 2026, ainsi que la réaction des syndicats CGT et Solidaires et du tract intersyndical VISA93 / CGT / FSU / Solidaires publié en réponse à cet événement.</p>
<p>La thèse centrale : toutes ces organisations, aussi diverses qu'elles semblent, convergent vers la même position que la gauche bourgeoise républicaine (LFI, PS) et les syndicats social-patriotes (CGT, Solidaires, FSU). Cette convergence n'est pas un accident. Elle est la preuve que ces organisations ne défendent pas un antifascisme de classe, mais un antifascisme républicain bourgeois qui sert le grand capital.</p>
<p>• • •</p>
<p>I. LES FAITS : UN MEURTRE POLITIQUE, PAS UN DÉBAT D'OPINIONS</p>
<p>Un militant identitaire de 23 ans, Quentin Deranque, est mort à Lyon après des affrontements survenus le 12 février 2026 en marge d'une conférence à Sciences Po Lyon. Les informations publiques évoquent une agression collective, un homme frappé au sol, et l'ouverture d'une enquête pour homicide volontaire. Ces faits sont réels, ils sont graves, et ils méritent d'être énoncés tels quels.<br class='autobr' />
Ce texte ne prétend pas trancher ce que l'instruction judiciaire doit établir. Mais ce qu'il affirme sans ambiguïté sur le terrain politique : un acte qui provoque la mort d'un militant de base, non assumé publiquement par aucune organisation, hors de tout cadre de lutte de masses, est du terrorisme substitutiste — c'est-à-dire la substitution de l'exploit d'un groupe anonyme à l'action collective de la classe. Trotsky l'écrivait en 1911 :</p>
<p>« Le terrorisme individuel est une tentative de substituer l'exploit d'un petit groupe à l'action des masses. Il désarme politiquement le prolétariat précisément au moment où la construction de ses propres organes est la tâche historique centrale. »</p>
<p>Léon Trotsky, Pourquoi les marxistes s'opposent au terrorisme individuel, 1911</p>
<p>Ce n'est pas la biographie de la victime qui définit la nature de l'acte. C'est la méthode. Un acte non assumé politiquement, hors de tout mandat de classe, produit exactement l'effet que nous analysons : non pas l'affaiblissement du fascisme, mais la fourniture d'un levier à l'appareil d'État et la précipitation d'un front populaire qui dissout la politique de classe dans la défense de la République.</p>
<p>• • •</p>
<p>II. LA MACHINE D'ÉTAT ET LA DROITE : TRANSFORMER UN MEURTRE EN FENÊTRE D'OPPORTUNITÉ</p>
<p>Dès l'annonce de la mort de Quentin Deranque, la droite gouvernementale et l'extrême droite parlementaire ont tenté de saisir l'événement pour l'insérer dans un cadre préexistant : celui de la « violence de l'ultragauche », de l'ennemi intérieur, du danger pour l'ordre républicain. Le ministre de la Justice a désigné « l'ultragauche » comme responsable au moment même où l'enquête judiciaire était à peine ouverte. Ce n'est pas un dérapage. C'est une stratégie, et elle comporte plusieurs temps distincts.</p>
<p>A. Les quatre temps de la mécanique</p>
<p>Le premier temps consiste à dépolitiser l'ordre social réel. Depuis des mois, la période est marquée par une dégradation accélérée : chute du pouvoir d'achat, destruction des services publics, économie de guerre intégrée au budget, répression administrative qui s'étend. Ce contexte disparaît dans la séquence médiatique. Il est remplacé par un autre cadre : non plus « comment les institutions gèrent la crise », mais « comment l'extrême gauche violente menace l'ordre ».</p>
<p>Le second temps consiste à fabriquer un ennemi intérieur homogène. « L'ultragauche » est un terme opérationnel, pas descriptif. Il efface la diversité réelle des groupes pour construire un bloc imaginaire unifié et menaçant, autorisant le saut de l'accusation politique au traitement pénal.<br class='autobr' />
Le troisième temps est le plus important stratégiquement : l'ouverture d'une fenêtre répressive. L'homicide devient prétexte à accélérer un durcissement qui était déjà à l'agenda. Dissolutions, surveillance, fichage, mise sous pression d'organisations.</p>
<p>Le quatrième temps est la mise en cause de LFI comme cible politique. Une partie du récit public cherche à faire de La France Insoumise un responsable indirect — par le langage, par le « climat ». C'est une forme de conversion du politique en pénal : on fragilise LFI en l'associant à une atmosphère de violence — ce qui, réciproquement, aligne toute la gauche institutionnelle derrière elle.</p>
<p>B. Le 18 Brumaire permanent</p>
<p>Pour comprendre cette séquence, il faut la situer dans le cadre que Marx a établi dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852). Marx y analysait comment, dans les moments de crise de régime, l'État bourgeois se pose en arbitre au-dessus des classes en construisant une scène politique tripartite :<br class='autobr' />
« Toutes les révolutions passées ont perfectionné la machine de l'État au lieu de la briser. Les partis qui luttaient alternativement pour la domination considéraient la conquête de cet édifice comme la principale proie du vainqueur. »</p>
<p>Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852</p>
<p>Macron opère exactement ce dispositif depuis 2024 : trois camps, deux ennemis qui s'affrontent, l'État se renforce. Or la totalité des organisations analysées ici reprennent les catégories de la « pensée Macron ». Le marxisme ne connaît que deux camps fondamentaux : la bourgeoisie et le prolétariat.</p>
<p>• • •</p>
<p>III. LA POLARISATION COMME TECHNIQUE DE GOUVERNEMENT : BONAPARTISME ET GESTION DE CRISE</p>
<p>La polarisation n'est pas un accident culturel. C'est une technique de gouvernement en période de crise structurelle du capital. La comprendre comme telle — avant d'analyser les organisations — est la condition pour ne pas tomber dans leurs propres catégories.</p>
<p>A. La mécanique de la redirection</p>
<p>Quand la base matérielle se dégrade — et elle se dégrade depuis des années — l'État doit empêcher que la colère se convertisse en comités du peuple travailleur liés entre eux sur tout le territoire. Il dispose pour cela de plusieurs mécanismes. La répression directe a un coût politique. La redirection de la colère est plus économique : transformer la colère sociale en colère identitaire, transformer le conflit de classe en conflit de camps.</p>
<p>Pour cela, il faut un ennemi intérieur. « L'ultragauche » remplit parfaitement cette fonction : assez réelle pour être crédible, assez diffuse pour être indéfiniment extensible. Simultanément, l'État a besoin d'un bloc de stabilisation « démocratique » : un camp qui canalise la colère dans des formes acceptables — indignation morale, unité républicaine, défense de la démocratie. Ce bloc est objectivement stabilisateur non pas parce que ses membres le veulent, mais parce que c'est la fonction qu'il remplit.</p>
<p>B. Le bonapartisme comme forme de transition vers l'autoritarisme</p>
<p>Dans Le 18 Brumaire, Marx analyse comment une situation de blocage entre les classes crée les conditions d'une forme spécifique de pouvoir : le bonapartisme. L'État se constitue en arbitre apparent au-dessus des classes, capture une base sociale composite, et gouverne en s'appuyant sur l'appareil d'État et l'armée plutôt que sur le suffrage et les partis. Le bonapartisme ne liquide pas les organisations ouvrières par la force brute, mais il les neutralise : en les intégrant, en les divisant, en les submergeant sous des enjeux qui ne sont pas les leurs. Et il prépare, si la crise s'aggrave, les conditions d'une solution plus dure.</p>
<p>« La social-démocratie et le fascisme, deux formes politiquement antagoniques mais historiquement complémentaires, servent alternativement les besoins du capital financier. La domination de la même super-classe, le capital financier, repose, dans ces deux systèmes, sur des rapports directement inverses entre les classes opprimées. »</p>
<p>Léon Trotsky, Comment vaincre le fascisme ?, 1932-1933</p>
<p>C. Note sur Clément Méric : la rigueur factuelle comme arme politique Il a circulé l'affirmation selon laquelle, après la mort de Clément Méric en 2013, il n'y avait pas eu de minute de silence à l'Assemblée nationale. C'est inexact : il y en a bien eu une, documentée par les comptes rendus officiels de la séance du 6 juin 2013. Ce point importe pour une raison stratégique : une analyse politique n'a pas besoin de faits inexacts pour être juste. Si on reproduit une erreur, on offre à l'adversaire un angle d'attaque facile. Les deux séquences sont différentes dans leur cadrage — parce que les besoins politiques du moment sont différents. La leçon est : l'État sait transformer n'importe quel homicide politique en levier, et choisit à chaque fois un cadrage adapté à ses besoins du moment.</p>
<p>• • •</p>
<p>IV. FRONT UNIQUE OUVRIER VS FRONT POPULAIRE : LA DISTINCTION STRATÉGIQUE DÉCISIVE</p>
<p>Ce n'est pas d'abord une question de doctrine. C'est une question de stratégie : quelle politique permet à la classe ouvrière de construire sa puissance propre ?</p>
<p>A. Le front unique : une tactique offensive pour disputer les masses</p>
<p>« Le but du Front unique des partis socialiste et communiste ne peut être qu'un gouvernement de ce Front. La campagne du Front unique doit s'appuyer sur un programme de transition bien élaboré, c'est-à-dire sur un système de mesures qui, avec un gouvernement ouvrier et paysan, doivent assurer la transition du capitalisme au socialisme. »</p>
<p>Léon Trotsky, Où va la France ?, octobre 1934</p>
<p>Trotsky ne pose pas les conditions d'un « vrai » communisme comme préalable à l'action commune. Il dit : construisons ensemble sur la base du programme ouvrier — et c'est dans cette construction que les masses peuvent être arrachées aux appareils réformistes. Le front unique est une méthode de lutte pour l'hégémonie dans la classe, pas une frontière séparant les purs des impurs.</p>
<p>B. Le front populaire : une trahison stratégique, pas morale</p>
<p>Le front populaire n'est pas condamnable parce que ses participants sont de mauvaises personnes. Il est condamnable parce qu'il subordonne le programme ouvrier aux exigences de la bourgeoisie « progressiste ». En incluant des partis bourgeois, il prive le programme ouvrier de son autonomie de classe, légitime l'État bourgeois comme protecteur, et transforme la lutte contre le fascisme en lutte pour la démocratie bourgeoise — ce qui laisse intact le capitalisme qui produit le fascisme.</p>
<p>« Pour tourner le Front populaire contre la bourgeoisie, il faut chasser les bourgeois du front populaire. »</p>
<p>Léon Trotsky, Les radicaux et le Front populaire, 11 juillet 1935, Œuvres, tome 6, p. 53</p>
<p>La tâche des révolutionnaires n'est pas de s'exclure moralement du mouvement, mais de lutter à l'intérieur pour en chasser les bourgeois — en proposant aux bases syndicales et militantes une politique concrète qui contraste avec celle des directions. Ce que ne fait aucune des organisations analysées ici.</p>
<p>C. LFI n'est pas le mouvement ouvrier</p>
<p>« 'Pour la liberté !', en alliance avec Herriot et les vénérables dames de la Ligue des droits de l'homme, signifie soutenir les gouvernements semi-bonapartistes, semi-parlementaires, et rien d'autre. Le capital financier s'occupe d'armer les fascistes. Les staliniens restaurent la réputation gauche de Herriot à l'aide des mascarades du 'Front populaire'. »</p>
<p>Léon Trotsky, Encore une fois, où va la France ?, fin mars 1935</p>
<p>Remplacez Herriot par Mélenchon, les staliniens par RP ou NPA-A, et la phrase est valide en 2026. « Défendre LFI » au nom de l'antifascisme, c'est restaurer la réputation gauche d'un parti bourgeois au détriment de la construction des organes de la classe.</p>
<p>D. Ce que serait un front unique ouvrier en 2026</p>
<p>Un front unique ouvrier en 2026 partirait des luttes concrètes : grèves, résistance à l'économie de guerre, défense des protections sociales, contrôle ouvrier. Il s'adresserait aux bases des organisations réformistes — non à leurs directions — pour les gagner à une politique de classe. Et il s'inscrirait dans la construction des comités du peuple travailleur que nous décrivons en conclusion : organes reliant les revendications immédiates à la perspective du pouvoir ouvrier. C'est ce travail-là qui est absent de tous les textes analysés.</p>
<p>• • •</p>
<p>V. TROTSKY, FASCISME ET AUTODÉFENSE OUVRIÈRE : NI PACIFISME NI TERRORISME</p>
<p>Les marxistes ne sont pas des pacifistes. Ce qu'ils condamnent — avec une précision que les textes analysés ici ignorent — c'est la confusion entre deux choses radicalement différentes : le terrorisme substitutiste et l'autodéfense ouvrière organisée.</p>
<p>A. Le terrorisme substitutiste : pourquoi le marxisme s'y oppose</p>
<p>Le terrorisme individuel ou groupusculaire substitue l'acte héroïque d'un petit groupe à la mobilisation des masses. Son défaut n'est pas moral mais stratégique : il décharge les masses de la responsabilité de leur propre libération, il désarme politiquement la classe au moment précis où elle devrait construire ses propres organes, il fournit à l'État le prétexte répressif dont il a besoin pour frapper plus large, et il ne modifie pas les rapports de forces sociaux.</p>
<p>C'est exactement ce qui s'est passé à Lyon. L'acte n'a pas affaibli l'extrême droite identitaire d'un gramme. Il a renforcé l'arsenal répressif de l'État, précipité la convergence front-populiste de l'extrême gauche derrière LFI, et détourné l'énergie militante de la seule tâche décisive : la construction des comités du peuple travailleur.</p>
<p>B. L'autodéfense ouvrière organisée : ce que Trotsky défend réellement</p>
<p>« À l'occasion de chaque grève et de chaque manifestation de rue, il faut propager l'idée de la nécessité de la création de Détachements Ouvriers d'Autodéfense. Il faut inscrire ce mot d'ordre dans le programme de l'aile révolutionnaire des syndicats. Il faut former pratiquement des détachements d'autodéfense partout où c'est possible, à commencer par les organisations de jeunes, et les entraîner au maniement des armes. »</p>
<p>Léon Trotsky, Programme de transition, 1938, chapitre 10</p>
<p>« Les démocrates petits bourgeois — y compris les sociaux-démocrates, les staliniens et les anarchistes — poussent des cris d'autant plus forts sur la lutte contre le fascisme qu'ils capitulent plus lâchement devant lui en fait. Aux bandes du fascisme, seuls peuvent s'opposer avec succès des détachements ouvriers armés qui sentent derrière leur dos le soutien de dizaines de millions de travailleurs. »</p>
<p>Léon Trotsky, Programme de transition, 1938, chapitre 10</p>
<p>C. Les cinq conditions : pourquoi Lyon n'est pas de l'autodéfense ouvrière</p>
<p>Condition 1 — Collective : engage la classe, pas un groupuscule sans mandat. À Lyon : groupe anonyme, sans organisation identifiée, sans mandat de la classe. Non remplie.</p>
<p>Condition 2 — Subordonnée à la lutte de classe : articulée avec les grèves, les organes de masse. L'affrontement a eu lieu hors de tout cadre de lutte ouvrière. Non remplie.</p>
<p>Condition 3 — Assumée politiquement : un parti ou une organisation assume ses décisions devant la classe. Aucune organisation ne revendique cet acte. Non remplie.</p>
<p>Condition 4 — Encadrée par des organes de classe : jamais l'initiative d'un groupe opaque sans mandat. Non remplie.</p>
<p>Condition 5 — Visant des rapports sociaux : pas des individus dans leur vie civile. Quentin D. était un jeune militant de base, pas un général fasciste commandant une opération. Non remplie.<br class='autobr' />
La conclusion politique est nette : non pas condamnation morale au nom du pacifisme bourgeois, mais constat stratégique — cet acte est du terrorisme substitutiste qui désarme la classe. Et le couvrir au nom de l'antifascisme, c'est légitimer une méthode qui affaiblit objectivement le camp ouvrier et interdit la construction des comités du peuple travailleur.</p>
<p>• • •</p>
<p>VI. LA CONTINUITÉ HISTORIQUE DU SOCIAL-PATRIOTISME (1914–2026) : UNE LOGIQUE STRUCTURELLE</p>
<p>La thèse que nous défendons — les organisations issues du mouvement ouvrier convergent avec la bourgeoisie républicaine lorsque l'émergence d'un vrai pouvoir ouvrier menace — n'est pas une abstraction. Elle est étayée par une continuité de 110 ans. Ce qu'on identifie, c'est une logique structurelle récurrente, pas une répétition mécanique.</p>
<p>A. 1914 : l'Union sacrée</p>
<p>En août 1914, les partis sociaux-démocrates votent les crédits de guerre et soutiennent l'effort de guerre impérial. Ce basculement n'est pas une erreur morale — c'est le produit d'une logique : des appareils réformistes intégrés aux institutions nationales, incapables de rompre avec l'État quand l'État exige l'unité. La CGT de 2026 qui appelle au « respect de l'État de droit » suit exactement cette logique. Non par trahison consciente, mais par l'effet objectif de sa position institutionnelle.</p>
<p>B. 1919 : Noske, Rosa Luxemburg et la leçon fondamentale</p>
<p>« La social-démocratie a aidé la bourgeoisie à réprimer la révolution en Allemagne, en Hongrie. Les exécuteurs de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht sont les exécuteurs de la social-démocratie. »</p>
<p>Manifeste de l'Internationale Communiste, mars 1919</p>
<p>Ce ne sont pas les fascistes qui ont tué Rosa Luxemburg : ce sont des social-démocrates alliés aux corps francs fascistes, au nom de l'ordre républicain. La leçon : une logique institutionnelle peut, quand la révolution menace l'ordre existant, amener une organisation ouvrière à ouvrir la porte aux forces réactionnaires. Non par intention, mais par la dynamique propre à sa position dans l'État bourgeois.</p>
<p>C. Le stalinisme : élimination des révolutionnaires au nom de l'unité</p>
<p>Des milliers de militants trotskystes sont éliminés dans plusieurs pays par les réseaux staliniens. Au Viêtnam, des révolutionnaires trotskystes sont exécutés après la prise de pouvoir du Viêt-minh (1945). En France et en Espagne, les militants de la IVe Internationale sont pourchassés par les staliniens avec la même énergie que par la Gestapo. Dans tous ces cas : l'organisation qui s'est substituée au mouvement ouvrier élimine les révolutionnaires authentiques au nom de « l'unité » et de « l'ordre ».</p>
<p>D. 1945 : la gauche coloniale</p>
<p>En mai 1945, la répression du soulèvement de Sétif en Algérie — des dizaines de milliers de morts — a lieu sous un gouvernement auquel participent socialistes et communistes. La même République « antifasciste » qui vient de vaincre Hitler organise des massacres coloniaux. Lorsque le mouvement ouvrier devient partie intégrante de l'État colonial, il agit selon la logique coloniale.</p>
<p>E. Guerre d'Algérie : Mitterrand</p>
<p>François Mitterrand, ministre de l'Intérieur (1954–1955) puis garde des Sceaux (1956–1957), signe des condamnations à mort contre des militants indépendantistes algériens. Ce fait documenté dit quelque chose d'essentiel : la gauche gouvernementale peut défendre les libertés en métropole et administrer la mort en colonie. L'État de droit a des frontières — celles de la domination impériale.</p>
<p>F. Chili 1973 : le légalisme comme facteur d'écrasement</p>
<p>« Le prolétariat ne peut s'appuyer sur l'État bourgeois pour se défendre contre la bourgeoisie. Il doit construire ses propres organes de défense, indépendants de l'État capitaliste. »</p>
<p>Léon Trotsky, Où va la France ?, 1934</p>
<p>Au Chili, les partis ouvriers font confiance à l'appareil militaire bourgeois. Augusto Pinochet, nommé par Allende, fait le coup d'État. Le tract VISA93 demande implicitement la protection de l'État bourgeois. C'est exactement la ligne Allende. Et nous savons où cela a conduit.</p>
<p>G. La logique structurelle commune</p>
<p>Dans tous ces cas, le même mécanisme : une organisation issue du mouvement ouvrier s'intègre à l'appareil d'État bourgeois, privilégie la stabilité nationale au nom de la « démocratie », considère les révolutionnaires comme des facteurs de désordre, et agit pour les neutraliser. Ce que nous observons en 2026 n'est pas une répétition mécanique. Mais la logique structurelle est la même : LO, RP, NPA-A, PCR, GMI, UCL, CGT, Solidaires et le tract VISA93 suivent ce mécanisme au moment précis où la construction des comités du peuple travailleur serait la tâche centrale.</p>
<p>• • •</p>
<p>VII. L'ESPAGNE 1936–1939 : L'ANTIFASCISME CONTRE LA RÉVOLUTION — LE PARADIGME</p>
<p>L'exemple paradigmatique de ce que nous démontrons se trouve dans la révolution espagnole de 1936–1939. Jamais dans l'histoire le mot « antifascisme » n'a été utilisé de façon aussi massive et aussi criminelle pour étouffer une révolution prolétarienne.</p>
<p>A. Juillet 1936 : la révolution dans l'antifascisme</p>
<p>« En Espagne, la révolution sociale avait en juillet 1936 un développement beaucoup plus profond que la révolution russe de février 1917. Le gouvernement n'était plus qu'une fiction. Le pouvoir réel était dans les mains des comités ouvriers et des milices armées. »</p>
<p>Léon Trotsky, La révolution espagnole et les dangers qui la menacent, 1936</p>
<p>En juillet 1936, les travailleurs espagnols construisent exactement ce dont nous parlons dans l'introduction : des comités révolutionnaires qui se substituent à l'État bourgeois, des collectivisations, un pouvoir ouvrier embryonnaire sur tout le territoire. C'est le modèle positif de ce que la polarisation de 2026 empêche.</p>
<p>B. L'antifascisme stalino-bourgeois contre la révolution</p>
<p>« Cette idée que la révolution sociale doit céder le pas à la défense de la démocratie bourgeoise contre le fascisme est fondamentalement fausse. Elle est la négation de la révolution. Car le fascisme ne peut être battu que par la révolution sociale, et non par la défense de la démocratie bourgeoise. »<br class='autobr' />
Léon Trotsky, Le mouvement ouvrier, la guerre et la lutte de classes, 1936</p>
<p>Le mot d'ordre stalinien — « D'abord gagner la guerre, ensuite la révolution » — est exactement le mot d'ordre de 2026 : « D'abord battre le fascisme, ensuite les questions sociales. » La conséquence concrète : les comités révolutionnaires dissous, les collectivisations démantelées, les milices ouvrières intégrées dans une armée bourgeoise.</p>
<p>C. Trois niveaux : CNT, POUM, Amis de Durruti/Munis</p>
<p>Niveau 1 — CNT-FAI direction : capitulation totale au front populaire</p>
<p>La direction CNT entre au gouvernement bourgeois (septembre 1936), désigne quatre ministres anarchistes, démantèle les collectivisations. La Charte d'Amiens — indépendance absolue vis-à-vis de l'État bourgeois — est violée. L'UCL de 2026 qui appelle à l'« antifascisme populaire » avec LFI répète exactement cette capitulation.</p>
<p>Niveau 2 — POUM : organisation centriste, non révolutionnaire conséquente</p>
<p>« Le POUM n'était pas une organisation révolutionnaire au sens léniniste du terme. C'était une organisation centriste. Cette organisation ne voulait pas rompre avec les partis bourgeois. Au lieu de rassembler l'avant-garde autour d'un programme de la révolution socialiste, elle co-signait des manifestes avec des partis bourgeois. C'est précisément le centrisme du POUM qui l'a empêché d'appeler les travailleurs à la rupture au moment où cette rupture était la seule voie. »</p>
<p>Léon Trotsky, La leçon de l'Espagne : le dernier avertissement, décembre 1937</p>
<p>La destruction du POUM par les staliniens est une conséquence de son centrisme, pas une punition méritée. La question n'est pas : qui a été détruit ? Mais : qui a défendu une ligne juste jusqu'au bout ?</p>
<p>Niveau 3 — Les Amis de Durruti et Munis : l'aile révolutionnaire conséquente</p>
<p>« Tout le pouvoir à la classe ouvrière et à la paysannerie. Tout le pouvoir aux syndicats et aux comités révolutionnaires. Junte révolutionnaire. Socialisation de l'économie. Désarmement obligatoire de tous les corps armés bourgeois. Armement du prolétariat révolutionnaire. »</p>
<p>Amigos de Durruti, tract distribué lors des barricades de Barcelone, 4-5 mai 1937</p>
<p>« Le POUM, organisation centriste, n'a pas su s'élever jusqu'à la politique révolutionnaire nécessaire. En mai 1937, quand les travailleurs tenaient les barricades de Barcelone, le POUM n'a pas appelé à prendre le pouvoir. Il a appelé à la négociation. C'est cela le centrisme : ne pas assumer devant la classe les conséquences du programme. »</p>
<p>Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria, 1948</p>
<p>La leçon pour 2026 est triple : la direction CNT (comme la CGT) capitule au bloc bourgeois ; le POUM (comme RP ou NPA-R) formule des critiques partielles tout en restant prisonnier du cadre du front populaire ; seuls les Amis de Durruti et Munis rompent avec ce cadre et assument la nécessité de la révolution sociale. Ce sont eux qui construisaient l'équivalent des comités du peuple travailleur — et c'est précisément pour cela qu'ils ont été écrasés.</p>
<p>D. Les événements de mai 1937 et la généalogie de « Siamo Tutti Antifascisti »</p>
<p>« C'est seulement quand la répression a commencé que j'ai compris comment fonctionnait l'antifascisme stalinien. Son but n'était pas de vaincre Franco. Son but était de détruire la révolution. »<br class='autobr' />
George Orwell, Hommage à la Catalogne, 1938</p>
<p>En 2026, « Siamo Tutti Antifascisti ! » réunit CGT, Solidaires, UCL et LFI. En 1936, ce slogan a réuni la CNT révolutionnaire et Azaña, président bourgeois. Le résultat : les collectivisations démantelées, Nin assassiné, Franco vainqueur. Ce slogan ne désigne pas un camp contre le fascisme. Il désigne un camp contre la révolution, sous couvert d'antifascisme.</p>
<p>• • •</p>
<p>VIII. LA CONVERGENCE : ANALYSE BLOC PAR BLOC</p>
<p>Voici le fait politique central que cet article démontre : la totalité des organisations dites d'« extrême gauche » converge, sur cet événement, avec la gauche bourgeoise républicaine et les syndicats social-patriotes. Pour chaque organisation, nous posons non seulement la question de ce qu'elles ont dit, mais aussi : qu'est-ce qu'une ligne de front unique ouvrier, orientée vers la construction de comités du peuple travailleur, aurait exigé d'elles concrètement ?</p>
<p>A. Révolution Permanente (RP) : six articles, zéro analyse de l'acte</p>
<p>RP qualifie l'acte d'« accident » : « Regretter cette mort accidentelle ne doit pas empêcher de voir que la rhétorique déployée par les responsables politiques met sous le tapis la réalité des violences de l'extrême droite. » Un acte de terrorisme substitutiste est un « accident ». RP consacre un autre article à la biographie militante de la victime pour justifier l'acte par son profil — méthode stalinienne : désigner l'ennemi, laisser d'autres l'éliminer. RP pratique par ailleurs le doxxing d'adversaires, tout en concluant que la mort est la « conséquence de la politique de ces groupes » : logique directe d'appel à l'élimination.</p>
<p>Ce qu'une ligne juste aurait exigé de RP : analyser l'acte comme terrorisme substitutiste — pas le couvrir. Proposer des comités de défense des lieux de travail contre les groupes fascistes. Rejeter la défense de LFI et proposer une action commune aux bases syndicales sur les revendications immédiates.</p>
<p>B. Lutte Ouvrière (LO) : le social-patriotisme apparatchik</p>
<p>LO passe de Lyon à la Méditerranée, Netanyahou et la préparation à la guerre, sans jamais revenir sur l'acte. Raison structurelle : LO, dont les candidats sont pour la plupart des délégués CGT, ne peut pas se démarquer de Mélenchon sans risquer ses positions syndicales. C'est le carriérisme apparatchik déguisé en antifascisme.</p>
<p>Ce qu'une ligne juste aurait exigé de LO : utiliser son implantation syndicale pour proposer des formes d'action autonomes. Proposer des mots d'ordre concrets : augmentation des salaires, refus de l'économie de guerre, comités de résistance dans les entreprises.</p>
<p>C. NPA-Anticapitaliste (NPA-A) : « Défendre LFI est un impératif »</p>
<p>« Défendre LFI face aux attaques est un impératif. C'est tout le mouvement ouvrier, toute la gauche combative dont l'existence même est mise en cause par la fascisation en cours. »</p>
<p>NPA-A, Défendre LFI</p>
<p>Trotsky l'aurait dit : ce « front unique antifasciste » incluant LFI est un front populaire — « par définition, une trahison ». L'Espagne de 1936 montre où cela mène.</p>
<p>D. NPA-Révolutionnaires (NPA-R) : défendre l'infrastructure du camp électoral</p>
<p>Le NPA-R appelle à protéger « les locaux et les réunions publiques organisées par les partis de gauche ». La classe ouvrière mobilisée pour défendre l'infrastructure électorale de la bourgeoisie progressiste. Ce n'est pas la construction de comités du peuple travailleur — c'est son exact contraire.</p>
<p>E. PCR : l'amalgame LFI = mouvement ouvrier</p>
<p>« La CGT ne doit pas observer passivement la campagne de haine et les appels implicites à la violence qui visent le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Un front unique de toutes les organisations de gauche – politiques et syndicales – doit se former. »</p>
<p>PCR, Campagne contre LFI</p>
<p>Appeler la CGT à défendre « le mouvement de Jean-Luc Mélenchon », c'est appeler la CGT de 1936 à défendre Léon Blum. C'est l'amalgame LFI = mouvement ouvrier dans sa forme la plus nue.</p>
<p>F. UCL : la capitulation anarchiste de 2026</p>
<p>L'UCL titre « Mort d'un fasciste à Lyon » et objective le meurtre par le profil de la victime. C'est la méthode stalinienne contre le POUM. La tradition anarchiste sérieuse n'a jamais confondu la propagande par le fait avec l'assassinat d'un jeune militant de base. L'UCL trahit cette tradition en entrant dans le front populaire de 2026 comme la direction CNT trahissait la sienne en 1936.</p>
<p>G. Contre Attaque, lundi.am, Dijoncter</p>
<p>Contre Attaque pratique le doxxing organisé, construisant le récit du « guet-apens fasciste ». La question centrale — cet acte relève-t-il de la lutte de classes ? — n'est jamais posée. lundi.am et Dijoncter traitent l'« antifascisme de rue » comme catégorie politique légitime, détachée de la lutte de classes. L'antifascisme détaché de la lutte de classes n'est qu'un style politique. La CNT avait un antifascisme de rue — les milices les plus puissantes d'Espagne. Elle les a dissoutes au nom du front populaire.</p>
<p>Ce qu'une ligne juste aurait exigé : nommer l'acte comme terrorisme substitutiste. Proposer des détachements ouvriers d'autodéfense liés aux syndicats de base. Refuser tout appel incluant LFI et lancer un appel aux bases syndicales sur les revendications immédiates. Initier la construction de comités de travailleurs dans les entreprises et les quartiers.</p>
<p>• • •</p>
<p>IX. LES SYNDICATS ET LE TRACT VISA93 : SOCIAL-PATRIOTISME INSTITUTIONNEL</p>
<p>A. Solidaires : l'« échec social collectif »</p>
<p>« La mort d'un homme suite à un déchaînement de violences est un drame et un échec social collectif. »</p>
<p>Solidaires, Lyon</p>
<p>Un acte planifié n'est pas un « échec social » — c'est un acte politique. La formule « échec social collectif » efface la responsabilité des organisateurs et renvoie la classe à l'État pour « gérer » le problème. C'est l'exact opposé de la construction d'organes autonomes.</p>
<p>B. CGT : l'État de droit</p>
<p>« La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. Elle affirme la nécessité de la transformation complète de la société, par l'expropriation capitaliste. »</p>
<p>Charte d'Amiens, Congrès de la CGT, 1906</p>
<p>La CGT de 1906 exigeait la disparition du salariat. La CGT de 2026 appelle au « respect de l'État de droit ». Ces deux positions ne sont pas deux variantes de la même logique — elles sont dans des logiques opposées.</p>
<p>C. Le tract intersyndical VISA93 / CGT / FSU / Solidaires</p>
<p>Ce tract est la preuve documentaire directe de la convergence. Son vocabulaire est entièrement républicain bourgeois : « libertés démocratiques », « droits », « sécurité », « démocratie réelle ».</p>
<p>Absent : lutte de classes, capital, exploitation, salariat, dictature du prolétariat. Il propose : un front uni incluant LFI et la protection de l'État. Il ne propose jamais : des détachements ouvriers d'autodéfense, des comités du peuple travailleur, des organes de classe autonomes.</p>
<p>« Les réformistes inculquent systématiquement aux ouvriers l'idée que la sacro-sainte démocratie est assurée au mieux lorsque la bourgeoisie est armée jusqu'aux dents et les ouvriers désarmés. »</p>
<p>Léon Trotsky, Programme de transition, 1938</p>
<p>Demander à l'État capitaliste de nous protéger de l'extrême droite, c'est demander à Krupp de nous protéger de Hitler. L'extrême droite est financée et instrumentée par le grand capital. L'État qui « nous protège » est l'État qui la tolère et la finance.</p>
<p>• • •</p>
<p>X. DEUX CAMPS, FAUX ANTAGONISME : LES DEUX SONT ANTI-PROLÉTARIENS</p>
<p>La société est sommée de choisir entre deux camps. Le camp A — l'extrême droite identitaire — est un ennemi direct et immédiat de la classe ouvrière : raciste, militariste, diviseur de la classe, réserve de nervis, candidate à un rôle de force d'ordre en cas de montée révolutionnaire.</p>
<p>Le camp B — l'antifascisme social-patriote — n'est pas ennemi de la classe ouvrière au sens militaire.<br class='autobr' /> Mais il l'est politiquement : il canalise la colère dans des formes inoffensives pour le capital, il ré-aligne les organisations de masse derrière l'État et la République, il devient le camp de stabilisation quand la crise monte. Et surtout : il empêche activement la construction des comités du peuple travailleur qui rendraient les deux camps obsolètes.</p>
<p>L'asymétrie est décisive : le camp A est un ennemi visible et immédiat. Le camp B est plus dangereux parce qu'il parle au nom du Bien — de la démocratie, des libertés, de l'antifascisme — et qu'il capte ainsi une énergie militante réelle pour la mobiliser dans le sens de la reproduction du système. L'État a besoin de ces deux camps pour administrer la crise. Le prolétariat n'a pas besoin d'un camp. Il a besoin de ses propres organes.</p>
<p>• • •</p>
<p>XI. CONCLUSION : CONSTRUIRE LES COMITÉS DU PEUPLE TRAVAILLEUR — MAINTENANT</p>
<p>L'événement de Lyon de février 2026 reproduit, dans sa structure, exactement l'Espagne de 1936 : l'antifascisme comme formule idéologique servant à dissoudre la politique de classe dans un front populaire bourgeois. La chaîne est complète :</p>
<p>1914 → Union sacrée. 1919 → Rosa Luxemburg assassinée par des social-démocrates alliés aux corps francs. 1936 → miliciens espagnols désarmés et Nin assassiné par la coalition stalino-bourgeoise. <br class='autobr' />
1945 → Sétif et Haïphong par la gauche coloniale. 1973 → Chili. 2026 → tract VISA93, « Siamo Tutti Antifascisti ! ». Dans chaque cas, la même logique : priorité à l'unité républicaine, liquidation de la politique de classe, écrasement ou marginalisation des révolutionnaires.</p>
<p>A. La tâche centrale : le programme de transition comme pont</p>
<p>« La tâche stratégique consiste à surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde. Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de revendications transitoires, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. »</p>
<p>Léon Trotsky, Programme de transition, 1938</p>
<p>B. Les comités du peuple travailleur : la tâche concrète</p>
<p>Ce dont la situation exige, c'est la construction, sur tout le territoire, de comités du peuple travailleur enracinés dans les entreprises et les quartiers. Ces comités sont le contraire des structures de front populaire : ils ne défendent pas LFI, ils ne demandent pas la protection de l'État, ils ne réduisent pas la politique à la défense de la démocratie bourgeoise. Ils partent des revendications immédiates concrètes — augmentation des salaires, arrêt de l'économie de guerre, défense des services publics, résistance à la destruction des protections collectives — et les lient à la perspective d'un pouvoir du peuple travailleur : la dictature du prolétariat, c'est-à-dire la domination politique de la classe ouvrière organisée sur les classes qui l'exploitent.</p>
<p>Ces comités sont aussi la seule réponse cohérente à l'extrême droite. Non pas en la « combattant » dans la rue au travers d'actes non assumés qui renforcent l'arsenal répressif de l'État, mais en construisant la puissance propre de la classe — qui est la seule chose que l'extrême droite ne peut pas affronter.</p>
<p>C. Les axes organisationnels</p>
<p>L'extension et la centralisation réelle des luttes : non pas des journées d'action syndicales encadrées et délimitées, mais des dynamiques qui s'étendent d'un secteur à l'autre et se donnent des formes de coordination autonomes par rapport aux appareils confédéraux. Comités de grève. Comités de quartier. Coordinations interprofessionnelles. Contrôle ouvrier sur les conditions de production.</p>
<p>Des détachements ouvriers d'autodéfense liés à ces comités : unités encadrées par les organes de la classe, assumées publiquement, enracinées dans les syndicats de base. C'est ce que le Programme de transition appelle. C'est ce que la direction CNT aurait dû construire en Espagne au lieu d'entrer dans le gouvernement bourgeois.</p>
<p>La rupture avec le militarisme et l'économie de guerre : ni un euro pour les armées impériales, rupture avec l'OTAN, solidarité internationale des prolétaires contre leurs propres États.</p>
<p>Le travail dans les organisations existantes pour disputer les masses aux appareils : pas la proclamation de la rupture depuis l'extérieur, mais la lutte pour l'hégémonie à l'intérieur des syndicats, en proposant aux bases syndicales une politique concrète qui contraste avec celle des directions social-patriotes.</p>
<p>D. Ce qui manque et ce qui est urgent</p>
<p>Il manque un parti authentiquement révolutionnaire qui fasse le lien entre les revendications immédiates et la perspective du pouvoir ouvrier. Pas un parti de militants purs qui déclarent leur rupture avec le réformisme. Un parti qui travaille dans les organisations existantes pour en disputer les bases à leurs directions, qui initie les comités du peuple travailleur sur des bases concrètes, qui construit les détachements d'autodéfense liés à ces comités, et qui assume publiquement devant la classe la perspective de la dictature du prolétariat comme seule issue réelle à la crise capitaliste.<br class='autobr' />
Sans ce pôle autonome, chaque mort politique sera absorbée par le dispositif de polarisation bourgeoise. La Jeune Garde — corps-franc de LFI arborant le logo de la SFIO noskéenne — continuera d'exister. Les organisations pseudo-révolutionnaires continueront de suivre. Et le slogan « Siamo Tutti Antifascisti ! » continuera de couvrir le front populaire, comme en 1936, comme en 1943, comme en 2026.</p>
<p>Le piège n'est pas de choisir le « bon mort ». Le piège est d'accepter que la politique se réduise à une guerre de camps — parce que cette guerre de camps ne menace pas le capital : elle le protège.<br class='autobr' />
Une classe qui construit ses propres comités — même modestement, même avec des forces limitées — est une classe qui existe politiquement. C'est ce travail qui est urgent. Pas demain. Maintenant.</p>
<p>• • •</p>
<p>— Février 2026</p>
<p>Toutes les citations des organisations sont issues des textes originaux avec liens vérifiables.</p>
<p>Les œuvres de Marx et Trotsky sont consultables sur marxists.org/francais</p>
<p>• • •</p>
<p>SOURCES</p>
<p>Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852)</p>
<p>Léon Trotsky, Pourquoi les marxistes s'opposent au terrorisme individuel (1911)</p>
<p>Manifeste de l'Internationale Communiste (mars 1919)</p>
<p>21 conditions d'admission à l'IC, IIe Congrès (1920)</p>
<p>Léon Trotsky, Comment vaincre le fascisme ? (1932-1933)</p>
<p>Léon Trotsky, Qu'est-ce que le national-socialisme ? (juin 1933)</p>
<p>Léon Trotsky, Où va la France ? (1934-1936)</p>
<p>Léon Trotsky, Les radicaux et le Front populaire, Œuvres, tome 6 (juillet 1935)</p>
<p>Léon Trotsky, Encore une fois, où va la France ? (mars 1935)</p>
<p>Léon Trotsky, La révolution espagnole et les dangers qui la menacent (1936)</p>
<p>Léon Trotsky, Le mouvement ouvrier, la guerre et la lutte de classes (1936)</p>
<p>Léon Trotsky, La leçon de l'Espagne : le dernier avertissement (décembre 1937)</p>
<p>Léon Trotsky, Programme de transition (1938)</p>
<p>George Orwell, Hommage à la Catalogne (1938)</p>
<p>Grandizo Munis, Jalones de derrota, promesa de victoria (1948)</p>
<p>Charte d'Amiens, Congrès de la CGT (1906)</p>
<p>Agrupación de los Amigos de Durruti, tracts de mai 1937</p></div>
LFI : le faux progressisme de la gauche...
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9341
https://www.matierevolution.org/spip.php?article93412025-11-05T23:38:00Ztext/htmlfrKarobFrance
<p>Et quand Mélenchon ne rèvait que d'être le premier ministre de Macron...LFI : le faux progressisme de la gauche bourgeoise républicaine <br class='autobr' />
Les prétendus insoumis prétendent parler au nom du peuple, mais leur “peuple” n'existe que dans les discours et les urnes. Il n'y pas de peuple, pas plus que de nation ni de république, toutes notions fausses chères à Mélenchon. <br class='autobr' />
Leur République, c'est celle des budgets d'austérité, des frontières, de la police et des institutions taillées pour garantir (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_16806 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/la_gauche_bourgeoise_de_voile_e.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/la_gauche_bourgeoise_de_voile_e-53248.jpg?1789955603' width='500' height='750' alt='' /></a>
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<p>Et quand Mélenchon ne rèvait que d'être le premier ministre de Macron...</p>
<div class='spip_document_16810 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/images-120-bc144.jpg?1789955603' width='300' height='168' alt='' />
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</div><h2 class="spip">LFI : le faux progressisme de la gauche bourgeoise républicaine</h2>
<p>Les prétendus insoumis prétendent parler au nom du peuple, mais leur “peuple” n'existe que dans les discours et les urnes. Il n'y pas de peuple, pas plus que de nation ni de république, toutes notions fausses chères à Mélenchon.</p>
<p>Leur République, c'est celle des budgets d'austérité, des frontières, de la police et des institutions taillées pour garantir l'ordre social.</p>
<p>Sous couvert de “progressisme”, La France Insoumise recycle les vieux réflexes de la gauche bourgeoise : moraliser les injustices, ethniciser les rapports sociaux, transformer les fractures de classe en fractures culturelles.</p>
<p>Ils divisent le prolétariat en inventant des catégories morales : les “racisés” contre les “blancs”, les “décolonisés” contre les “Français de souche”, comme si les exploités devaient se battre entre eux pour une place dans la hiérarchie du malheur.</p>
<p>Mais cette division est utile : elle détourne la colère du domaine de la production et de l'exploitation.</p>
<p>Pendant qu'ils organisent des colloques sur “le racisme systémique”, le capital licencie, privatise, détruit la Sécu, ferme les usines, militarise les rues.</p>
<p>Le racisme n'est pas un préjugé moral à corriger : c'est un outil de gestion du travail,<br class='autobr' />
un instrument du capital pour segmenter, opposer et discipliner.</p>
<p>Et ceux qui prétendent le combattre sans s'attaquer au capital le renforcent.</p>
<p>Leur “République sociale et laïque” n'a rien de populaire : c'est le masque moderne du même État bourgeois qui envoie la police contre les grévistes et les quartiers, qui finance les guerres impérialistes, qui soutient l'OTAN et la colonisation de la Kanaky.</p>
<p>Leur “égalité” est juridique, leur “fraternité” est nationale, et leur “justice” est celle des tribunaux de classe.</p>
<p>Face à cela, nous n'avons rien à réformer, tout à renverser.</p>
<p>Pas d'union civique, pas de marche républicaine, pas de VIe vitrine : des comités, la grève, l'expropriation, le contrôle ouvrier.</p>
<p>Car la seule unité possible, ce n'est pas celle des couleurs, des identités ou des mémoires :<br class='autobr' />
c'est l'unité de classe des exploités contre leurs exploiteurs.</p>
<hr class="spip" />
<p>Une filiation bourgeoise, pas ouvrière</p>
<p>Sous ses discours enflammés, La France Insoumise ne s'inscrit pas dans la tradition du mouvement ouvrier révolutionnaire.</p>
<p>Elle n'est ni l'héritière de la Deuxième Internationale avant 1914, ni du socialisme scientifique du POF de Guesde et Lafargue, ni même du socialisme républicain combatif d'un Jaurès avant sa déviation parlementaire.</p>
<p>Ses racines politiques plongent ailleurs : dans la gauche bourgeoise d'État, dans cette lignée républicaine qui a toujours voulu encadrer la question sociale sans jamais la résoudre.</p>
<p>1. Des ancêtres bourgeois : Louis Blanc et la religion de l'État</p>
<p>Comme Louis Blanc en 1848, LFI veut “organiser le travail” sans toucher à la propriété.<br class='autobr' />
Elle rêve d'un État arbitre, juste et protecteur, qui harmoniserait patrons et ouvriers.<br class='autobr' />
Mais cet État n'est pas neutre : c'est l'instrument de domination d'une classe.</p>
<p>La “République sociale” de Blanc a fini dans le sang des Juin 1848,<br class='autobr' />
comme celle de Mélenchon finira toujours par écraser les grévistes pour sauver la production.</p>
<p>2. Le précédent Millerand : la gauche du capital</p>
<p>Leur horizon n'est pas la révolution, mais la place dans le gouvernement bourgeois.<br class='autobr' />
Comme Millerand en 1899, ministre dans un gouvernement républicain aux côtés du général Galliffet — le boucher de la Commune —,</p>
<p>LFI cherche la “coalition utile”, la “majorité populaire”, la “cohabitation de progrès”.</p>
<p>Millerand fut exclu pour trahison par les socialistes du POF :</p>
<p>Mélenchon, lui, serait à l'aise dans le même rôle, prêt à “réorienter” le capitalisme français au nom du peuple.</p>
<p>3. Le social-patriotisme : Jouhaux et Blum en héritage</p>
<p>Comme Léon Jouhaux à la tête de la CGT pendant la guerre de 1914, LFI place la “Nation” avant la classe.</p>
<p>Elle chante la République, la patrie, la souveraineté “populaire” — autant de mots qui masquent la défense de la bourgeoisie nationale contre la concurrence étrangère.</p>
<p>Et comme Léon Blum à la SFIO, elle rejette l'Internationale Communiste au nom du “réalisme”.</p>
<p>Blum voulait un socialisme dans les institutions de la Troisième République ;</p>
<p>Mélenchon rêve du même socialisme parlementaire dans celles de la Cinquième.</p>
<p>L'un a refusé la révolution de 1917 ; l'autre refuse celle d'aujourd'hui.</p>
<p>4. La continuité coloniale et mitterrandienne</p>
<p>LFI n'est pas plus “décoloniale” qu'elle n'est “insoumise”.</p>
<p>Sa matrice politique est celle de la gauche coloniale de la IVe et de la Ve République,<br class='autobr' />
celle de Mitterrand, ministre de l'Intérieur pendant la guerre d'Algérie, puis président des privatisations et de la rigueur sous l'Union de la Gauche.</p>
<p>Mélenchon en est un produit direct : député socialiste, ministre sous Jospin, sénateur de la Ve République, il a toujours servi la continuité de l'État bourgeois français,<br class='autobr' />
en adaptant le vocabulaire à l'air du temps : jadis “socialiste”, aujourd'hui “insoumis”.</p>
<p>5. Un parti du capital républicain</p>
<p>Derrière la mise en scène “populaire” et “citoyenne”, LFI reste une organisation de gestion de la colère.</p>
<p>Elle capte l'indignation pour la détourner vers les urnes, désarme le prolétariat au nom du pacifisme, de la morale, du “vivre-ensemble”, et maintient l'ordre républicain au moment décisif.</p>
<p>Elle n'est pas l'avant-garde de la révolution, mais la ceinture de sécurité du capitalisme français.</p>
<p>LFI, c'est le parti du capital républicain : celui qui change les mots pour préserver les rapports sociaux.</p>
<p>6. Notre rupture</p>
<p>Nous ne voulons pas d'une “VIe République” réaménagée, ni d'une nouvelle gauche d'État repeinte aux couleurs du peuple.</p>
<p>Nous ne voulons pas d'un « bon gouvernement » bourgeois pas plus que d'une république bourgeoise, d'un droit bourgeois, d'une loi bourgeoise, de média bourgeois ni des richesses aux mains de la bourgeoisie.</p>
<p>Nous voulons rompre avec la logique même de l'État bourgeois : mettre fin à la propriété privée des moyens de production, abolir la police de classe, et construire le pouvoir des comités ouvriers et populaires.</p>
<p>Car la continuité historique de la gauche bourgeoise — de Louis Blanc à Mélenchon,<br class='autobr' />
de Millerand à Blum, de Jouhaux à Mitterrand — c'est celle de la trahison permanente du mouvement ouvrier.</p>
<p>Et c'est cette continuité qu'il faut briser, par la grève, l'expropriation, la réorganisation socialiste de la société.</p>
<p>En construisant dans nos mouvements actuels l'auto-organisation à la base qui décide de tout sans obéir à des appareils liés à la bourgeoisie et qui prépare demain une société dirigée par des comités de travailleurs. Eh oui ! par des soviets comme en Russie, par des comités, par des communes, par des assemblées décisionnelles et souveraines, qui ne soient pas manipulées par les appareils syndicaux et politciens !</p></div>
Les congrès internationaux des intellectuels contre la guerre et le fascisme dans les années 1930, une arme entre les mains du stalinisme contre la révolution
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8767
https://www.matierevolution.org/spip.php?article87672025-09-10T22:10:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeFascisme
<p>Les congrès internationaux des intellectuels contre la guerre et le fascisme dans les années 1930, une arme entre les mains du stalinisme contre la révolution <br class='autobr' />
Les comités « Amsterdam Pleyel » avaient été formés après les congrès mondiaux « pour la paix » (Amsterdam, 1932) et « contre le fascisme » (Pleyel, 1933), tous deux organisés par l'Internationale.Communiste stalinisée avec le concours de personnalités intellectuelles. <br class='autobr' />
En tant que courant indépendant, le pacifisme petit-bourgeois « (…)</p>
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/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les congrès internationaux des intellectuels contre la guerre et le fascisme dans les années 1930, une arme entre les mains du stalinisme contre la révolution</h2>
<p>Les comités « Amsterdam Pleyel » avaient été formés après les congrès mondiaux « pour la paix » (Amsterdam, 1932) et « contre le fascisme » (Pleyel, 1933), tous deux organisés par l'Internationale.Communiste stalinisée avec le concours de personnalités intellectuelles.</p>
<p>En tant que courant indépendant, le pacifisme petit-bourgeois « de gauche » part des prémisses qu'il serait possible d'assurer la paix par des moyens particuliers, spéciaux, extérieurs à la lutte de classe du prolétariat, à la révolution socialiste. Par des articles et discours, les pacifistes s'efforcent d'inculquer la « haine de la guerre », soutiennent les objecteurs de conscience, prêchent boycottage et grève générale —ou plutôt le mythe de la grève générale— contre la guerre. Les plus « révolutionnaires » des pacifistes ne sont même pas opposés parfois à parler d'insurrection contre la guerre. Mais tous en général, et chacun en particulier, n'ont aucune idée du lien indissoluble qui relie l'insurrection à la lutte de classes et à la politique du parti révolutionnaire. Pour eux, l'insurrection ne constitue qu'une menace contre la classe dirigeante, non l'affaire d'un effort lent et continu.<br class='autobr' />
Exploitant l'attachement naturel des masses pour la paix et le dévoyant, les pacifistes petits-bourgeois se transforment ainsi, en définitive, en soutiens inconscients de l'impérialisme. En cas de guerre, l'écrasante majorité des « alliés » pacifistes se retrouvera dans le camp de la bourgeoisie et utilisera l'autorité que la IIIe Internationale leur a conférée par son tapage publicitaire en désorientant l'avant-garde par le patriotisme.</p>
<p>Le congrès d'Amsterdam contre la guerre [21] , comme le congrès de Paris contre le fascisme [22] , organisés par la IIIe Internationale, sont des exemples classiques de la substitution à la lutte de classe révolutionnaire de la politique petite-bourgeoise des manifestations, des parades tapageuses, des villages à la Potemkine [23] . Au lendemain de ces protestations criardes contre la guerre en général, ces éléments hétéroclites artificiellement rassemblés par des manipulations de coulisses s'éparpilleront dans toutes les directions et ne lèveront pas le petit doigt contre une guerre donnée.</p>
<p>La substitution au front unique prolétarien, c'est-à-dire à l'accord de combat des organisations ouvrières, d'un bloc de la bureaucratie communiste et des petits-bourgeois pacifistes —parmi lesquels, pour un confusionniste honnête, se trouvent des dizaines de carriéristes— conduit à un éclectisme complet dans les questions de tactique. Les congrès Barbusse-Münzenberg [24] considèrent que c'est leur mérite particulier que de combiner toutes sortes de « lutte » contre la guerre : protestations humanitaires, refus individuel de servir dans l'armée, éducation de l'« opinion publique », grève générale et même insurrection. Les méthodes qui, dans la vie, sont en contradiction irréconciliable, et qui, en pratique, ne peuvent que s'opposer les unes aux autres, sont présentées comme des éléments d'un tout harmonieux. Les socialistes révolutionnaires russes qui prêchaient une « tactique synthétique » dans la lutte contre le tsarisme —alliance avec les libéraux, terreur individuelle et lutte de masse— étaient des gens sérieux en comparaison des inspirateurs du bloc d'Amsterdam. Mais les ouvriers se souviendront que le bolchevisme fut construit dans la lutte contre l'éclectisme populiste !</p>
<p>[21] Le congrès d'Amsterdam contre la guerre avait eu lieu en juin 1932.</p>
<p>[22] Le congrès de Paris contre le fascisme avait eu lieu à la salle Pleyel en juin 1933.</p>
<p>[23] Grigori M. Potemkine (1739-1791) était favori et ministre de l'impératrice Catherine II. En 1778, lors de la visite de l'impératrice en Crimée, il avait fait construire de faux villages pour lui donner l'impression de la prospérité.</p>
<p>[24] Le romancier pacifiste, biographe de Jésus et de Staline, Henri Barbusse (1873-1935) était la figure de proue des congrès internationaux qu'organisait pour le compte de l'I.C. l'Allemand Willy Münzenberg (1889-1940), ancien dirigeant des jeunesses, puis du secours international et dirigeant du « trust » de la presse et du cinéma qu'on appelait de son nom. Il avait organisé les deux congrès (Amsterdam et Paris) et donné vie au « mouvement Amsterdam-Pleyel ».</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article60" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article60</a></p>
<p>L'"antifascisme" n'est rien, c'est un concept vide qui sert à couvrir les canailleries du stalinisme.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1387" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1387</a></p>
<p>1932</p>
<h2 class="spip">Le congrès d'Amsterdam ou congrès Barbusse-Staline</h2>
<p>Le congrès d'Amsterdam s'est terminé le 29 août par le vote d'un manifeste scandaleux qui doit servir de « charte » d'action à ceux qui l'ont adopté. Le 4 septembre, soit une semaine après, ce manifeste n'a encore été publié nulle part (aux États-Unis, il n'a pas encore été publié ! – NDLR ). Pourquoi ?</p>
<p>L'Humanité (organe central du Parti communiste français) du 4 septembre parle de « mise en œuvre des décisions du Congrès ». Quelles décisions ? Cela fait huit jours que les rapports du Congrès ont été rédigés, mais l'essentiel – la « charte », le manifeste, les « décisions » – n'a pas été rendu public.</p>
<p>Se peut-il que le texte, après le vote, soit encore en train d'être retouché ?</p>
<p>Quoi qu'il en soit, un texte a été soumis au Congrès (en quatre langues : français, allemand, anglais et néerlandais). Quelques modifications de détail ont été apportées au texte diffusé au Congrès, modifications connues par la lecture du texte final de Barbusse.</p>
<p>Lors du vote, la parole nous a été refusée malgré notre véhémente insistance. Elle a cependant été accordée à M. Patel, l'ancien président du Congrès national indien, qui a longuement expliqué ses objections, même s'il avait voté, pour la « charte ». Le présidium a refusé de soumettre au vote notre texte, régulièrement proposé. Il a même refusé d'accepter le négatif, de demander qui était opposé au manifeste de Barbusse. Nous avons dû intervenir violemment pour enregistrer notre vote contre.</p>
<p>Dans l'Humanité du 1er septembre, Cachin, parlant du manifeste, écrit : « Sur ce programme d'action révolutionnaire, si capital pour nous, aucune réserve n'a été formulée par un seul délégué du Congrès. Bien au contraire. » Il a menti délibérément. Les délégués de l'Opposition de gauche refusèrent de se rendre complices de la confusion criminelle de ce manifeste, ils refusèrent d'accorder leur confiance pour la lutte permanente contre la guerre à un comité composé de gandhistes, de barbussistes, de pacifistes et de staliniens. Le Bulletin officiel du Congrès enregistre notre vote comme suit : « Le manifeste est adopté dans l'enthousiasme délirant du Congrès par plus de 2 100 voix contre 6 voix des trotskystes français. » Et plus loin : « De la même manière, la liste des membres du Comité permanent du Congrès contre la guerre a été adoptée par plus de 2 000 voix contre 6 voix des trotskystes français. »</p>
<p>Examinons maintenant brièvement ce personnage sur lequel les centristes n'émettent au moins aucune réserve.</p>
<p>L'idée de classe est totalement absente de ce manifeste. Selon nous, comme chez les marxistes, la question de la guerre est une question de classe et le rôle du prolétariat dans la guerre est déterminé par le caractère de classe de cette guerre. Nous sommes contre la guerre impérialiste, pour la guerre civile. Nous soutenons certaines guerres nationales. Chaque cas nécessite une analyse spécifique. Dans le manifeste, on ne trouve rien de tel. Son langage est vulgairement démocratique.</p>
<p>Le Congrès, y dit-il, "ne nie pas l'existence de nuances idéologiques et politiques susceptibles de diviser les éléments qui le composent"... Ainsi, entre la bourgeoisie indienne, entre la petite bourgeoisie occidentale et le prolétariat révolutionnaire (tous représentés au Congrès), il n'y a que... des nuances idéologiques ! Après cela, plus rien ne s'oppose à l'unanimité pour des généralités creuses, dénuées de tout sens de classe.</p>
<p>Justement, l'ensemble du manifeste est un laborieux assemblage de paragraphes soigneusement trafiqués pour donner satisfaction à tout le monde, et ils portent la marque indélébile du centrisme.</p>
<p><strong>Le cachet indélébile du centrisme</strong></p>
<p>On trouve une analyse très vague du désordre capitaliste et de la manière dont il engendre la guerre, qui conclut ainsi :</p>
<p>« Le Congrès proclame que de tout cet état de choses, ce sont les masses humaines (?) qui en sont et qui en seront les victimes. Par l'effet de la crise de surproduction et de la répartition défectueuse (!) de la production, dérivée de l'action d'un chômage croissant, etc.... les multitudes de travailleurs sont écrasées, celles qui ont été abattues par la dernière guerre et qui depuis quatorze ans en portent encore les douleurs et les blessures. »</p>
<p>Puis le manifeste s'élève contre « le maintien des frontières artificielles ( sic ) imposées par les traités de paix », il affirme que « l'article 217 du Traité de Versailles incriminant l'Allemagne comme seule responsable, constitue un mensonge criant ( sic ) qui, exploité par un jeu de mysticisme démagogique a en partie provoqué les réactions fascistes de l'Allemagne »...</p>
<p>Il ne nous est pas possible de nous attarder sur chacune de ces phrases. Ils contiennent tout un monde de confusion. Signalons simplement le passage que pour le Congrès les frontières de Versailles sont « artificielles ». Existe-t-il alors des frontières « naturelles » ? Selon le manifeste, il y en a ; c'est à dire qu'il s'enfonce pleinement dans un nationalisme petit-bourgeois qui reproche simplement aux négociateurs de Versailles d'avoir « mal découpé » la carte de l'Europe !</p>
<p>Enfin, le manifeste reprend sa tactique de lutte contre une guerre impérialiste. Voici littéralement ce qu'il dit à ce sujet : « Déterminé à s'élever autant qu'il est humainement possible contre cette marche vers l'abîme qui implique tous les êtres vivants, le Congrès ne voit le salut que dans l'action concertée des ouvriers, des paysans et des peuples. tous les exploités et opprimés du monde. Et c'est tout. Immédiatement après, on ajoute : le Congrès « déclare qu'aucun autre moyen de lutte contre la guerre n'est suffisant ».</p>
<p>Qu'est-ce que cela veut dire ? Nous défions tout camarade sincère, quel qu'il soit, d'expliquer ce paragraphe. Y a-t-il là la moindre explication sérieuse des méthodes de lutte contre la guerre ? N'est-ce pas une phrase vide de sens purement social-démocrate ? « Action concertée » ? – Quelle action ? Concerté entre qui et qui ? Par quelles organisations et dans quel but ? etc... Il faut répondre à toutes ces questions !</p>
<p>Après cela, le manifeste exhorte les « objecteurs de conscience » à renoncer à leur tactique. Il parle de « nobles rêves », de « sacrifices malheureusement inutiles », de « splendide attitude morale », de « méthodes héroïques ». Qui peut expliquer le sens de cette phrase :</p>
<p>« Aux hommes de caractère et de courage qui prêchent des méthodes héroïques et en acceptant pour eux-mêmes les très graves conséquences, il demande d'être aussi (!) avec les autres (?) pour construire, pierre par pierre, par le bas, une barrière massive et collective » ? ...</p>
<p>Enfin, les derniers paragraphes doivent être cités :</p>
<p>« Le Congrès se tourne vers l'innombrable prolétariat dont la souveraineté dépend uniquement de l'organisation consciente (et non du renversement de la bourgeoisie – thèse purement social-démocrate).</p>
<p>« Fort du mandat qui lui a été confié par une multitude de personnes venues de tous les horizons de l'univers et de différentes tendances, mais unies dans le désir sincère et ardent de paix : forte de la profonde conviction que la lutte contre la guerre n'est honnête que si dans la mesure où il est efficace et pèse sur les affaires.</p>
<p>« Il exhorte la masse, seule puissance invincible dans le désordre tragique de notre temps, à entrer en rangs disciplinés dans ce désordre et à y faire entendre haut et fort sa voix !</p>
<p>Et juste après, est ajouté :</p>
<p>"C'est dans ce sens (mais dans quel sens ? est-ce que tout cela a un sens ?) qu'il entend faire travailler le Comité de lutte contre la guerre qu'il a formé : étendre ce front du travail à travers le monde."</p>
<p>Voici le serment grandiloquent qui fut prêté en commun, sans la moindre réserve, par les Patel, les Fonteny, les Monnet et Bergery, le général von Schoenaich, les Muenzenberg et les Cachin :</p>
<p><strong>L'engagement de Cachin et... celui de Patel</strong></p>
<p>« Chacun de nous ici prend un engagement et nous le prenons tous ensemble :</p>
<p>« Nous promettons que nous ne permettrons jamais que soit brisée la formidable unité qui s'est établie ici parmi les multitudes exploitées et victimisées.</p>
<p>« Nous nous engageons à lutter de toutes nos forces et de toutes nos ressources contre le capitalisme, pourvoyeur des abattoirs.</p>
<p>"Nous nous engageons à nous consacrer de toutes nos forces et de toutes nos ressources aux tâches immédiates et urgentes, en nous dressant contre..."</p>
<p>Suivez ici les slogans généraux :</p>
<p>Contre les armements, contre la préparation de la guerre par les « pouvoirs publics qui nous gouvernent », contre le chauvinisme, contre le fascisme « qui organise la guerre civile », contre les budgets de guerre et les prêts aux États fascistes, contre la campagne d'incitation contre l'URSS, contre le démembrement de la Chine, contre l'exploitation et l'oppression des masses des peuples coloniaux, pour la lutte pour la libération nationale et sociale, pour le soutien des travailleurs japonais, pour le soutien des travailleurs des transports et de l'armement, pour la lutte de « tous » moyens » contre le « cataclysme imminent ».</p>
<p>C'est le contenu du manifeste qui a été adopté à l'unanimité sauf 6 voix, dans la confusion générale et sans qu'UN SEUL intervenant communiste ait exprimé la moindre réserve ou amendement à ce sujet :</p>
<p>Et maintenant, posons ces questions :</p>
<p>1. Pourquoi ce manifeste, cette « charte », cette « base d'action », qui doit « orienter » la lutte du parti contre la guerre, n'a-t-il pas été publié à ce jour ? Que cache ce silence ? Quelles modifications, après coup, se préparent-elles ?</p>
<p>2. Quelles organisations, quelles réunions communistes ont donné mandat et autorisé les dirigeants communistes à voter sans réserve un tel texte ? Comment qualifier le vote sans réserves pour la plateforme Barbusse sinon d'escroquerie contre les rangs du parti ?</p>
<p>3. Ce texte confus a été adopté par les représentants autorisés de la grande bourgeoisie, des dirigeants « sociaux-fascistes », des pacifistes petits-bourgeois, etc., qui n'y trouvent rien de différent des résolutions de leurs propres partis. Voter conjointement avec eux sans réserves, n'est-ce pas faire un BLOC SANS PRINCIPES d'en haut, au noir de la lune ?</p>
<p>Dans tout le manifeste, un seul paragraphe fait allusion aux méthodes de lutte révolutionnaires. C'est le suivant : le Congrès « affirme que les travailleurs japonais ont déjà montré par des exemples héroïques comment doit être menée la lutte contre la guerre impérialiste, en s'opposant à leur propre bourgeoisie, en s'efforçant de s'opposer à la production et au transport de munitions, et en s'opposant à la guerre impérialiste. en ouvrant les yeux des soldats eux-mêmes sur le caractère rapace de cette guerre. Naturellement, ce paragraphe a été inséré pour « satisfaire » les communistes. Mais malgré cela, il sème la confusion car il ne dit pas qu'il s'agit d'utiliser la guerre pour vaincre la bourgeoisie, pour renverser le régime capitaliste, pour substituer la dictature du prolétariat à la dictature bourgeoise. Tel qu'il est, le paragraphe peut laisser croire qu'il s'agit simplement d'une « pression » sur la bourgeoisie nationale pour qu'elle mette un terme à la guerre. Et c'est justement pour cela que Monnet et Planche, qui votent pour le budget de guerre d'Herriot-Boncour, ont aussi voté cette résolution en toute tranquillité !</p>
<p>Prenons le texte des récentes résolutions de la Deuxième Internationale à Zurich. N'y retrouve-t-on pas aussi le mot d'ordre de la défense de l'URSS, du sabotage des transports de munitions, etc. ? ... Ne savons-nous pas que ce sont des phrases creuses qui ne servent en fin de compte qu'à tromper les masses ?</p>
<p>Comment le Parti communiste a-t-il pu se rallier à ces phrases creuses sans un mot de réserve, d'amendement, de critique ! Au moment inévitable où les Patel, les Fonteny, les Monnet, etc. montreront qu'ils défendent à long terme les intérêts de la démocratie bourgeoise plutôt que ceux de la lutte prolétarienne et révolutionnaire contre la guerre, quelle sera l'attitude du gouvernement ? Des centristes qui se sont unis avec eux sur une même plateforme ?</p>
<p>Le bloc, sans conditions ni limites, sans clarté, ne sert que la confusion, l'opportunisme, c'est-à-dire, en dernière analyse, la direction sociale-démocrate et traîtresse petite-bourgeoise.</p>
<p>Contre cela, le parti doit être mis en garde, ainsi que l'avant-garde révolutionnaire qui a été prise dans le piège de l'ambiguïté et de la confusion.</p>
<p>Il faut l'affirmer haut et fort ; ce manifeste, cette « charte », cette plateforme, seront un obstacle à la lutte contre la guerre. Le parti, les syndicats, les différents comités, ne pourront engager une véritable lutte contre la guerre qu'en piétinant ce texte, en rejetant l'avis du Comité international, en luttant farouchement pour faire imposer à chaque réunion un texte précis, programme d'action limité du front unique avec toutes les organisations ouvrières. Il n'y a pas d'autre moyen.</p>
<p>Car où y a-t-il dans cette « charte » quelque chose de précis et de sérieux sur les méthodes de lutte, sur la lutte révolutionnaire, sur la tactique et la stratégie de lutte contre l'impérialisme ? Maintenant-où. Vous ne trouvez que de la littérature très pléthorique !</p>
<p>Les dirigeants du parti refusent le front unique honnête, c'est-à-dire basé sur des propositions limitées et précises, faites par le parti en toute indépendance, discutées par le parti et adoptées de manière responsable par lui, adressées aux organisations réformistes responsables qui regroupent des centaines de milliers de militants. ouvriers. Au lieu de cela, ils se camouflent derrière des comités pseudo-front unitaires, dans la confusion, et sont amenés à faire bloc par le haut avec les ennemis du communisme ! Voilà des faits qu'aucune insulte, aucune argutie ne cachera aux yeux de l'avant-garde. Et la conclusion inévitable est la suivante : pour le moment, le centrisme profite de ce courant indéfini déclenché et exploité par lui ; mais à la longue, c'est l'opportunisme, la social-démocratie, qui en profitera, à l'heure où l'aile communiste prolétarienne sera obligée de se sortir du bourbier des Patel et des Monnet, et où les sociaux-démocrates s'exclamer : « Voilà comme ils n'étaient pas sincères ; ils sont en train de briser un bloc qu'ils ont formé sans exprimer aucune réserve, sans en définir les limites, sans prévoir l'avenir ! » Et à ce moment-là, les travailleurs ressentiront les effets brutaux de la confusion centriste. Ils verront que l'opposition de gauche avait raison.</p>
<p>Encore un autre aspect du manifeste mérite d'être souligné. Le texte passe en revue la situation internationale et les points de danger de guerre, mais RIEN N'EST DIT SUR LA SITUATION ALLEMANDE ! Vous trouvez effectivement cette énormité, à savoir que c'est l'article 217 du Traité de Versailles qui est responsable de la montée du fascisme allemand, mais aucune ligne ne peut être lue qui dénonce la réaction fasciste hitlérienne comme la plus grande menace de guerre pour l'URSS. vague à cet égard. Malgré la guerre qui déchire l'Extrême-Orient, la menace décisive, le couteau brandi sur la gorge du prolétariat allemand, russe et international, c'est le fascisme d'Hitler, la botte écrasante du capitalisme sanglant qui se tord en convulsions. Le muet Staline oblige son appareil international à garder le silence sur ce fait. C'est pourquoi le Congrès dirigé par Münzenberg, l'un des dirigeants du Parti communiste allemand, a pu adopter un manifeste qui passe sous silence l'heure critique que traversent l'univers capitaliste et le prolétariat international dans la lutte des classes en Allemagne. , une lutte qui domine aujourd'hui entièrement le problème de la paix et de la guerre.</p>
<p>Pas une minute n'a été accordée à l'opposition pour dire cela. Et pourtant, nous ne voulons pas voir les députés socialistes, qui votent les budgets de guerre de Boncour, qui approuvent la tactique de trahison de Severing et de Braun, applaudir Münzenberg lorsqu'il évoque les sacrifices des prolétaires d'Allemagne – nous voulons que des positions soient prises sur ce point, des engagements clairs, pour que chacun sache où il va et comment il y arrivera.</p>
<p>Nous avons rejeté un tel manifeste avec indignation. Nous avons déposé au présidium notre propre déclaration, exigeant qu'elle soit soumise au vote. Ils ont refusé. Pourtant, il a substitué au fatras pacifiste-centriste les pensées claires du marxisme. Il concrétisait le programme limité et défini sur lequel un front unique temporaire (et non un bloc permanent) pouvait être proposé et imposé devant les organisations ouvrières réformistes responsables.</p>
<p>Que chaque camarade du parti y réfléchisse. Que ceux qui ont accueilli le discours de la social-démocrate Nicole aux cris d'« Unité » !, qui acclamaient Rolland, Barbusse, Fonteny, Patel et Cie comme leurs leaders dans la lutte contre la guerre, réfléchissent à nouveau : les faits ouvriront leurs yeux. Ils doivent exiger au sein du parti le rejet de ce manifeste. Ils doivent forcer l'appareil à dévoiler son double jeu. Ils doivent exiger une déclaration indépendante du parti. Qu'ils adoptent la position de l'opposition de gauche, contenue dans notre manifeste. Désormais, les meilleurs éléments nous comprendront. Et demain, c'est le parti tout entier que nous parviendrons à arracher aux combinaisons centristes qui ruinent la doctrine marxiste du prolétariat dans la question vitale de la guerre et de la paix.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/naville/1932/09/charter.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=f" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/naville/1932/09/charter.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=f</a></p>
<p>Qu'est-ce qu'Amsterdam-Pleyel ?</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Amsterdam-Pleyel" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Amsterdam-Pleyel</a></p>
<p>1933</p>
<p>Le congrès Amsterdam-Pleyel de Paris en pleine montée fasciste en Autriche</p>
<p>Comment se manifeste, en fait, le mouvement antifasciste ? Et pourquoi passe t il à côté de l'interdiction du P.C. autrichien sans rien dire ? Il était trop occupé, ce mouvement qui « croit chaque jour », par d'autres tâches plus importantes : la préparation du congrès Barbusse à Paris. Voilà un exemple de crétinisme parlementaire capable d'ouvrir les yeux aux plus arriérés ! Inutile de penser que, pour qu'il y ait crétinisme parlementaire, il faut un Parlement : en général, il suffit de tribunes abritées, éloignées du théâtre de la lutte, sur lesquelles on peut prononcer des discours, étaler des formules vides, et conclure pour 24 heures des « alliances » avec des journalistes, des pacifistes, des radicaux offensés, des ténors et des barytons.</p>
<p>C'est naturellement une sottise de croire que « dans tout le pays » se manifeste « une large préparation » pour la mascarade de Paris. Abattu par le chômage, la police, les bandes fascistes, la trahison de la social démocratie et l'impuissance du P.C., le prolétariat autrichien est loin de s'intéresser au lyrisme de Barbusse. à la rhétorique de Bergery et aux petites machinations de Münzenberg. De quelle manière le meeting international de Paris peut il changer quelque chose à la situation autrichienne qui, pas dans dix, pas dans cinq ans, mais aujourd'hui même, conduit à l'étouffement complet du prolétariat ? N'est il pas clair qu'en parlant sur un ton grandiloquent du congrès de Paris, la Pravda en démasque la véritable signification : détourner l'attention de la réalité pour la porter sur la fiction, de la conquête des masses sur le jeu parlementaire, du heurt inconciliable des classes sur la collaboration avec les « isolés », des pavés de Vienne sur une salle luxueuse d'un riche quartier de Paris, de la guerre civile sur un exercice de rhétorique vide. En d'autres termes : des méthodes du bolchevisme sur le crétinisme parlementaire.</p>
<p>Le journal Rundschau que publie à Bâle la bureaucratie stalinienne, spécialement destiné pour ainsi dire à empêcher les ouvriers allemands de tirer les leçons de la catastrophe, cite dans son n° 17 comme une grande révélation l'article de la Pravda cité plus haut. Ne perdez pas courage, prolétaires d'Autriche : Barbusse, allié de votre Renner, veille sur vous ! Et comme pour compléter le tableau de la pourriture politique, le même numéro de la Rundschau publie un éditorial sur les relations actuelles entre l'Allemagne et l'Autriche. Un philistin révolutionnaire y raconte que « pour la première fois (!) dans les rapports des deux Etats », Hitler emploie des représailles contre l'Autriche à cause des « mesures de politique intérieure de l'autre gouvernement ». Pour la première fois dans les rapports de deux Etats ! L'article se termine par ces remarquables propos : « Les relations entre l'Autriche et l'Allemagne ne furent jamais, depuis l'Empire, aussi mauvaises qu'en ce moment. Tel est le résultat pratique de la politique extérieure de Hitler. » C'est quelque chose d'assommant de lire cette philosophie digne d'un professeur de droit conservateur. Hitler mène en Autriche une politique de réalisme contre révolutionnaire. Il conquiert les masses petites bourgeoises en creusant le sol sous l'instable bonapartisme autrichien. Avec obstination et persévérance, Hitler change en sa faveur, le rapport de forces. Il ne craint pas de gâter les relations avec Dollfuss. En cela, il se distingue et il se distingue avantageusement d'Otto Bauer et de... la bureaucratie stalinienne qui n'envisage pas, elle, les relations entre l'Allemagne et l'Autriche du point de vue de la lutte de classes, mais du point de vue du... crétinisme diplomatique.</p>
<p>L'enthousiasme de Moscou pour le congrès de Paris, appelé à remplacer la lutte révolutionnaire en Autriche, et l'indignation de Bâle contre la politique de Hitler qui, dans la lutte contre les masses autrichiennes,. ne craint pas de se disputer avec Dollfuss lui-même « il n'y a pas d'animal plus fort que le chat », dit la souris cet enthousiasme et cette indignation se complètent l'un l'autre comme les deux formes du crétinisme parlementaire et diplomatique. Par une minuscule parcelle, on peut juger l'ensemble. D'après un seul symptôme, on peut souvent diagnostiquer exactement une maladie. Il suffit de deux articles, un dans la Pravda, l'autre dans la Rundschau, pour dire : la bureaucratie centriste a peut-être suffisamment de moyens pour louer des salles coûteuses à Paris et pour éditer d'épais journaux à Bâle, mais le centrisme bureaucratique en tant que courant révolutionnaire est mort ; il se décompose sous nos yeux, et empoisonne l'atmosphère.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/lt19330613.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/lt19330613.htm</a></p>
<p>Comment on a fait taire les trotskistes à ce congrès</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583</a></p>
<p>Les intellectuels défenseurs du stalinisme ou « compagnons de route » de l'URSS</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6971" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6971</a></p>
<p>Des agents intellectuels de Staline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6726" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6726</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6204" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6204</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p>file :///C :/Users/HP/Downloads/LIGNES0_034_0119.pdf</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_congr%C3%A8s_international_des_%C3%A9crivains_pour_la_d%C3%A9fense_de_la_culture" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_congr%C3%A8s_international_des_%C3%A9crivains_pour_la_d%C3%A9fense_de_la_culture</a></p>
<p><a href="https://books.openedition.org/pul/14453?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.openedition.org/pul/14453?lang=fr</a></p>
<p><a href="https://www.liberation.fr/planete/2017/10/20/la-grande-illusion-des-compagnons-de-route_1604587/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.liberation.fr/planete/2017/10/20/la-grande-illusion-des-compagnons-de-route_1604587/</a></p>
<p><a href="https://www.philosophieetsurrealisme.fr/bulletin-international-du-surrealisme-prague-tenerife-bruxelles-londres-1935-1936/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.philosophieetsurrealisme.fr/bulletin-international-du-surrealisme-prague-tenerife-bruxelles-londres-1935-1936/</a></p>
<p><a href="https://journals.openedition.org/itineraires/1366" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://journals.openedition.org/itineraires/1366</a></p>
<p>Seule la révolution peut empêcher la guerre</p>
<p>Le danger de guerre, qui est une question de vie ou de mort pour les masses populaires, constitue l'épreuve suprême pour tous les groupes et tendances au sein de la classe ouvrière. La « lutte pour la paix », la « lutte contre la guerre », « guerre à la guerre » et autres mots d'ordre ne sont que des phrases creuses et mensongères, s'ils ne s'accompagnent pas de la propagande et de l'application de méthodes révolutionnaires de lutte. L'unique moyen de mettre un terme à la guerre, c'est de renverser la bourgeoisie. L'unique moyen de renverser la bourgeoisie, c'est l'insurrection armée. Contre le mensonge réactionnaire de la « défense nationale », il faut lancer le mot d'ordre de la destruction révolutionnaire de l'Etat national. A la maison de fous de l'Europe capitaliste, il faut opposer le programme des Etats Unis socialistes d'Europe comme étape vers les Etats Unis du monde entier.</p>
<p>Les marxistes rejettent catégoriquement les mots d'ordre pacifistes de « désarmement », d'« arbitrage » et d'« amitié entre les peuples » (c'est à dire entre les gouvernements capitalistes), etc., comme un opium pour les masses populaires. Les combinaisons entre les organisations ouvrières et les pacifistes petits-bourgeois (les comités Amsterdam Pleyel [18] et autres entreprises semblables) rendent les plus grands services à l'impérialisme en détournant l'attention de la classe ouvrière de la réalité, avec l'âpreté de ses combats, pour la tourner au contraire vers des parades impuissantes.</p>
<p>La lutte contre la guerre et l'impérialisme ne peut être l'affaire de quelconques « comités » spéciaux [19]. La lutte contre la guerre, c'est la préparation à la révolution, c'est à dire l'affaire des partis de la classe ouvrière et de l'Internationale. Les marxistes proposent cette tâche grandiose à l'avant garde prolétarienne, sans aucun détour. Au mot d'ordre débilitant du « désarmement », ils opposent celui de la conquête de l'armée et de l'armement des ouvriers. C'est précisément par là que passe l'une des plus importantes des lignes de clivage entre le marxisme et le centrisme. Celui qui n'ose pas énoncer à voix haute les tâches révolutionnaires, celui là n'aura jamais le courage de les résoudre.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350600a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350600a.htm</a></p>
<p>Déclaration des délégués appartenant à l'Opposition de Gauche pour le congrès de lutte contre le fascisme</p>
<p>Léon Trotsky</p>
<p>avril 1933</p>
<p>La victoire de Hitler en Allemagne démontre que le capitalisme ne peut vivre dans les conditions de la démocratie ni même se couvrir de guenilles démocratiques. Ou la dictature du prolétariat ou la dictature du capital financier. Ou les soviets ouvriers ou les bandes armées de la populace petite bourgeoise déchaînée.</p>
<p>Le fascisme n'a pas et ne peut avoir de programme pour sortir de la crise du capitalisme. Mais cela ne signifie pas que le fascisme tombera automatiquement, victime de sa propre inconscience. Non, il maintiendra l'exploitation capitaliste en ruinant le pays, en abaissant la civilisation et en apportant toujours plus de sauvagerie dans les mœurs. La victoire du fascisme est le résultat de l'incapacité du prolétariat à prendre en mains le sort de la société. Le fascisme vivra tant que le prolétariat ne se lèvera pas.</p>
<p>La social démocratie a livré à la bourgeoisie la révolution prolétarienne de 1918 et sauvé ainsi une fois encore le capitalisme déclinant. C'est elle, et elle seule, qui a ainsi donné à la bourgeoisie la possibilité de s'appuyer à l'étape suivante sur le banditisme fasciste. Descendant de marche en marche à la recherche du « moindre mal », la social démocratie a fini par voter pour le feld marschall réactionnaire Hindenburg [1], lequel, à son tour, a appelé Hitler au pouvoir. Démoralisant les masses ouvrières par les illusions de la démocratie dans le capitalisme pourrissant, la social¬-démocratie a privé le prolétariat de toutes ses forces de résistance.</p>
<p>Les tentatives pour rejeter cette responsabilité fondamentale sur le communisme sont absurdes et malhonnêtes. Sans le communisme, le prolétariat se serait depuis longtemps engagé dans la voie de l'anarchisme, du syndicalisme, du terrorisme, ou, tout simplement, serait allé grossir les détachements de combat du fascisme. L'exemple autrichien montre avec trop de preuves que là où, devant l'extrême faiblesse du communisme, la social-démocratie règne sans partage dans les rangs de la classe ouvrière, dans le cadre de l'état démocratique qu'elle a elle-même créé, sa politique prépare pas à pas le triomphe du fascisme [2].</p>
<p>Les sommets du réformisme allemand essaient maintenant de s'adapter au régime de Hitler pour conserver les restes de leurs positions légales et les bénéfices qui y sont liés [3]. En vain, car le fascisme amène avec lui des nuées de criquets affamés et voraces qui exigent pour eux-mêmes, et obtiendront, le monopole des fonctions et des revenus. Le limogeage de la bureaucratie réformiste, résultat secondaire de la défaite des organisations prolétariennes, constitue le paiement pour la chaîne ininterrompue des trahisons de la social démocratie depuis le 4 août 1914.</p>
<p>Les chefs des autres partis social démocrates essaient maintenant de se délimiter de leurs frères allemands. Il serait cependant d'une inadmissible légèreté que de croire sur parole ces critiques « de gauche » de l'Internationale réformiste dont toutes les sections se trouvent à différents degrés sur la même voie [4]. Comme au temps de la guerre impérialiste, dans le processus d'écroulement de la démocratie bourgeoise, chaque parti de la II° Internationale est prêt à refaire sa réputation sur le dos d'un autre parti national. Mais, au fond, tous font le même travail. Léon Blum soutient le gouvernement de la France impérialiste et militariste. Vandervelde, président de la II° Internationale, n'a pas, autant que nous le sachions, retiré sa signature au bas de cette même paix de Versailles qui a donné au fascisme allemand ses dimensions actuelles.</p>
<p>Toutes les thèses principales et fondamentales des quatre premiers congrès de l'Internationale communiste sur le caractère pourrissant du capitalisme, sur l'inévitabilité de la décomposition de la démocratie bourgeoise, sur l'impasse du réformisme, sur la nécessité de la lutte révolutionnaire pour la dictature du prolétariat, ont trouvé dans les événements d'Allemagne une confirmation inébranlable. Mais leur justesse a été démontrée par l'absurde, non par la victoire, mais par la catastrophe. Si, malgré bientôt quinze ans d'existence de l'I.C., la social-démocratie a été capable de réussir à mener la politique du « moindre mal » jusqu'au résultat final, c'est à dire jusqu'au plus grand mal qu'on puisse concevoir dans l'histoire actuelle, il faut en chercher la cause dans le fait que le communisme des épigones s'est montré incapable de remplir sa mission historique.</p>
<p>Jusqu'en 1923, presque sans arrêt, l'I.C. a progressé dans tous les pays, affaiblissant et évinçant la social démocratie. Dans les dix dernières années, non seulement elle n'a pas fait de conquêtes quantitatives, mais elle a subi une profonde dégénérescence qualitative. Le naufrage du parti communiste officiel en Allemagne est l'aboutissement fatal de la « ligne générale » qui passa par les aventures de Bulgarie et d'Esthonie [5], par la théorie et la pratique du « socialisme dans un seul pays » [6], par la capitulation honteuse devant le Kuomintang en Chine [7] et par la non moins honteuse capitulation devant la bureaucratie trade unioniste en Angleterre [8], par l'aventure de Canton [9], par les convulsions de la « troisième période » [10], par la scission avec les syndicats de masse, par la théorie et la pratique du « social fascisme », par la politique de la « libération nationale » ou de la « révolution populaire » [11], par le refus du front unique [12], par le bannissement et la persécution de l'Opposition de gauche, enfin par le complet étouffement de l'indépendance de l'avant garde prolétarienne et par la substitution au centralisme démocratique de la toute puissance d'un appareil sans principes et obtus [13].</p>
<p>L'essence du bureaucratisme réside dans la méfiance vis à vis des masses et dans la tendance à remplacer leur activité révolutionnaire consciente par des combinaisons de sommets ou par de simples ordres. En Allemagne, comme dans les autres pays, la bureaucratie stalinienne n'a cessé de lancer des ultimatums à la classe ouvrière. Elle lui a fixé d'en haut des dates pour les grèves ou pour la « conquête de la rue », elle lui a fixé arbitrairement des « journées rouges » ou des « mois rouges » [14]. Elle lui a intimé d'accepter sans critique tous ses mots d'ordre et tous ses zigzags ; elle a exigé que le prolétariat reconnaisse d'avance et sans réplique sa direction dans le front unique, et c'est sur cet ultimatum monstrueux qu'elle a basé sa lutte, fausse d'un bout à l'autre, et impuissante devant le fascisme.</p>
<p>Les erreurs sont inévitables dans la lutte du prolétariat. C'est à partir de leurs propres erreurs que les partis s'instruisent, sélectionnent leurs cadres et éduquent leurs dirigeants. Mais, dans l'I.C. actuelle, il ne s'agit pas d'erreurs. mais de l'ensemble d'un système erroné qui rend impossible une politique juste. Les représentants de ce système sont de larges couches bureaucratiques, armées d'énormes moyens matériels et techniques, indépendantes de fait des masses, et qui mènent une lutte acharnée pour leur propre conservation au prix de la désorganisation de l'avant garde prolétarienne et de son affaiblissement face à l'ennemi de classe. Telle est l'essence du stalinisme dans le mouvement ouvrier mondial.</p>
<p>Au cours des dernières années, l'Opposition de gauche (bolcheviks léninistes) a suivi pas à pas, devant le monde entier, toutes les étapes de la montée du flot fasciste, et tracé une politique de véritable réalisme révolutionnaire. Déjà à l'automne 1929, c'est¬à dire il y a trois ans et demi, au commencement même de la crise mondiale, l'Opposition de gauche écrivait :</p>
<p>« De même qu'il est arrivé plus d'une fois que, du conflit entre le libéralisme et la monarchie, se développe une situation révolutionnaire qui devait, par la suite, déborder les deux adversaires, de même, du conflit entre la social démocratie et le fascisme deux fondés de pouvoir antagonistes de la bourgeoisie peut se développer une situation révolutionnaire qui, par la suite, les dépassera tous les deux. Que vaudrait un révolutionnaire prolétarien qui, dans une époque de révolution bourgeoise, ne saurait apprécier ni comprendre le conflit entre les libéraux et la monarchie et qui, au lieu d'exploiter ce conflit dans un sens révolutionnaire, mettrait les antagonistes dans le même sac ? Que vaut le communiste qui, placé en face du conflit entre le fascisme et la social démocratie, les recouvre tout simplement sous la même formule de social fascisme, vide de tout contenu ? »</p>
<p>Il fallait bâtir une politique de front unique sur cette perspective stratégique générale. Pas à pas, au cours de ces trois dernières années, l'Opposition de gauche a suivi le développement de la crise politique en Allemagne. Dans ses publications périodiques et dans une série de brochures, elle a soumis à l'analyse tous les stades de la lutte, dévoilé le caractère ultimatiste de la formule « à la base seulement » et, là où elle l'a pu, pris sur elle l'initiative de comités unis de défense, soutenu l'initiative des travailleurs dans ce sens, et inlassablement exigé l'extension à tout le pays de ces initiatives. Si le P.C. s'était engagé résolument sur cette voie, la bureaucratie réformiste se serait montrée impuissante à contenir la pression des ouvriers vers le front unique. Se heurtant à chaque pas à une barrière, le fascisme se serait ouvert à toutes ses coutures. Les organes de défense locaux se seraient affermis de façon irrésistible, se transformant en fait en conseils ouvriers. Marchant sur cette voie, le prolétariat allemand aurait à coup sûr jeté le fascisme à terre, et, d'un dernier coup, aurait balayé l'oligarchie dirigeante. L'ensemble de la situation posait les bases de la victoire du prolétariat allemand.</p>
<p>Mais la bureaucratie stalinienne s'est engagée dans la voie du sabotage inconscient, mais d'autant plus effectif, de la révolution. Elle interdisait strictement les accords des communistes avec des organisations social¬-démocrates, détruisait les organes de défense communs créés par les ouvriers, et, sous le nom de « contre-révolutionnaires », excluait de ses rangs tous les défenseurs d'une juste politique révolutionnaire. On dirait qu'une telle façon d'agir fut spécialement adoptée pour isoler les communistes, pour resserrer les rangs entre les ouvriers social démocrates et leurs chefs, semer le trouble et la décomposition dans les rangs du prolétariat et préparer l'ascension sans obstacle des fascistes au pouvoir. Les résultats sont là.</p>
<p>Le 5 mars, quand le sort du prolétariat allemand était déjà décidé, le C.E. de l'I.C. s'est proclamé non seulement prêt à faire le front unique au sommet à l'échelle nationale, il est vrai, pas internationale mais encore à consentir, pour apaiser la bureaucratie réformiste, à renoncer à la critique mutuelle pendant la période du front unique. Un saut, d'une brusquerie incroyable, de la présomption ultimatiste à la conciliation sans caractère ! Ayant étouffé la critique à l'intérieur de son propre parti, la bureaucratie stalinienne a évidemment perdu la compréhension du rôle de la critique dans la lutte politique. La critique révolutionnaire détermine l'attitude de l'avant garde prolétarienne, c'est à-¬dire de la partie la plus critique de la société contemporaine vis à vis de tous les événements et programmes, toutes les classes, partis et groupes. Un véritable parti communiste ne peut, ne fût ce qu'un jour, renoncer à la critique, pas plus qu'un organisme vivant à respirer. La politique du front unique n'exclut en aucun cas la critique mutuelle, au contraire, elle l'exige. Seuls deux appareils bureaucratiques, dont l'un est chargé de trahisons et l'autre d'une chaîne d'erreurs néfastes, peuvent être intéressés à la suppression de la critique mutuelle, en transformant ainsi le front unique en un complot silencieux contre les masses dont l'objectif est leur propre conservation. Nous, bolcheviks léninistes, déclarons que, jamais, et dans aucune condition, nous ne participerons à un tel complot : au contraire, nous le dénoncerons implacablement devant les ouvriers.</p>
<p>En même temps qu'elle consent à renoncer à la critique, la bureaucratie stalinienne s'empare de la répugnante attitude de Wels, Leipart [15] et Cie rampant devant Hitler, pour ressusciter la théorie du social fascisme. Cette théorie est aujourd'hui aussi fausse qu'hier. Ceux qui étaient encore récemment les maîtres de l'Allemagne, tombés sous la botte du fascisme, lèchent cette botte pour mériter l'indulgence des fascistes : c'est tout à fait conforme à la méprisable nature de la bureaucratie réformiste. Mais cela ne signifie pas du tout que, pour les réformistes, il n'y ait pas de différence entre la démocratie et la botte fasciste, ni que la masse social démocrate soit incapable de lutter contre le fascisme si, au moment opportun, on lui ouvre une issue dans l'arène du combat.</p>
<p>La politique du fascisme s'appuie sur la démagogie, le mensonge, la calomnie. La politique révolutionnaire ne peut se bâtir que sur la vérité. C'est pourquoi nous sommes obligés de condamner fermement le bureau d'organisation en vue de la convocation du présent congrès, qui, dans son appel, a donné un tableau faussement optimiste de la situation en Allemagne, y parlant du « puissant développement de la lutte antifasciste ». En réalité, pour le moment, les ouvriers allemands reculent sans combattre et en complet désordre. Tel est le fait amer qu'on ne peut masquer par des mots. Pour se redresser, se regrouper et récupérer ses forces, le prolétariat, représenté par son avant garde, doit bien comprendre ce qui s'est passé. A bas les illusions ! Ce sont précisément les illusions qui ont conduit à la catastrophe. Il faut dire clairement, honnêtement, ouvertement, ce qui est.</p>
<p>La situation en Allemagne est profondément tragique. Le bourreau n'a fait que commencer son travail. Les victimes seront innombrables. Des centaines et des milliers d'ouvriers du parti communiste sont emprisonnés. De rudes épreuves attendent ceux qui restent fidèles à leur drapeau. Tous les ouvriers honnêtes du monde entier accordent leur entière sympathie aux victimes du bourreau fasciste. Mais ce serait le comble de l'hypocrisie que d'exiger le silence sur la politique funeste du stalinisme sous prétexte que ses représentants allemands en sont devenus aussi les victimes. Les grands problèmes historiques ne se résolvent pas par le sentimentalisme. Se conformer au but, c'est la loi suprême de la lutte. Seule l'explication marxiste de tout ce qui s'est passé peut rendre à l'avant garde prolétarienne sa confiance en elle-même. Il ne suffit pas d'exprimer sa sympathie aux victimes, il faut devenir plus forts, pour renverser et étouffer le bourreau.</p>
<p>Le fascisme allemand suit servilement l'exemple italien. Cela ne signifie cependant pas que le pouvoir soit assuré à Hitler pour un grand nombre d'années, comme il l'a été à Mussolini. L'Allemagne fasciste commence son histoire dans les conditions d'une décomposition avancée du capitalisme, d'une misère des masses sans précédent dans l'histoire moderne, et d'une tension menaçante des rapports internationaux. Le dénouement peut arriver beaucoup plus tôt que ne le pensent les maîtres du jour. Cependant il ne viendra pas de lui-même, il lui faudra un choc révolutionnaire.</p>
<p>La presse social démocrate fonde de grands espoirs sur l'existence de fissures dans le bloc gouvernemental en Allemagne. C'est sur la même voie que marche la Pravda de Moscou, qui niait hier encore les antagonismes entre fascisme et social démocratie et compte aujourd'hui sur les antagonismes entre Hitler et Hugenberg [16]. Les contradictions à l'intérieur du camp dirigeant sont indéniables. Mais, en elle-même, elles sont impuissantes à arrêter le développement victorieux de la dictature fasciste, déterminé par l'ensemble de la situation du capitalisme allemand. Il ne faut pas attendre de miracles. Seul le prolétariat peut en finir avec le fascisme. Pour lui donner une issue sur la grande voie de l'Histoire, il faut un tournant décisif dans la direction révolutionnaire. Il faut revenir à la politique de Marx et de Lénine.</p>
<p>Nous, bolcheviks léninistes, nous ne venons pas à ce congrès pour entretenir des illusions ni pour sauver des réputations imméritées. Notre but, c'est de déblayer le chemin pour l'avenir. Nous ne doutons évidemment pas que des dizaines et peut-être même des centaines de milliers d'ouvriers sincèrement prêts à la lutte seront représentés au congrès. Nous sommes également prêts à croire que les délégués, dans leur majorité, seront sincèrement disposés à tout faire pour briser le fascisme. Néanmoins le congres lui même, tel qu'il est conçu et convoqué, ne peut pas c'est notre conviction profonde avoir une signification révolutionnaire sérieuse. Le fascisme est un ennemi redoutable. Pour lutter contre lui, il faut les masses compactes de millions et de dizaines de millions d'ouvriers, bien organisés et bien dirigés : il faut des bases solides dans les entreprises et dans les syndicats, il faut la confiance des masses dans une direction éprouvée dans l'expérience, au combat. Le problème ne se résoud pas par des séances solennelles et des discours à effet. Le congrès, improvisé dans la hâte, représente des groupes isolés, sans liens entre eux, qui, après le congrès, seront aussi isolés qu'avant des millions de prolétaires.</p>
<p>Les personnalités « isolées » des milieux intellectuels bourgeois coloreront le congrès antifasciste comme elles ont coloré le congrès d'Amsterdam. Ce n'est pas une couleur stable. Les ouvriers avancés, c'est vrai, apprécient beaucoup la sympathie qu'éprouvent pour leur cause les meilleurs représentants de la science, de la littérature et de l'art. Mais il ne s'en suit nullement que les savants ou les artistes avancés puissent remplacer les organisateurs de masse ou prendre la direction du prolétariat. Et pourtant ce congrès prétend à la direction ! Ceux des représentants des intellectuels bourgeois qui désirent vraiment participer à la lutte révolutionnaire doivent commencer par définir clairement leur programme et par se lier à une organisation ouvrière. Autrement dit, pour avoir le droit de voter au congrès du prolétariat en lutte, les personnalités « isolées » doivent cesser d'être des isolés.</p>
<p>Ni la réaction contre la guerre, ni la marche contre le fascisme ne représentent un quelconque art spécial qui serait situé hors de la lutte générale du prolétariat. L'organisation qui n'est pas capable d'examiner la situation avec précision, de mener les combats quotidiens défensifs et offensifs, de rassembler autour d'elle les masses les plus larges, d'assurer l'unité des actions défensives avec les ouvriers réformistes, tout en les débarrassant des préjugés du réformisme une telle organisation fera inévitablement naufrage aussi bien face à la guerre que face au fascisme.</p>
<p>Le congrès d'Amsterdam a déjà démontré son inconsistance lors de l'attaque des bandits japonais contre la Chine [17]. Même dans le domaine de l'agitation, l'alliance de la bureaucratie stalinienne avec des personnalités pacifistes isolées n'a rien donné de sérieux. Il faut le dire ouvertement : le congrès antifasciste, plutôt un meeting de hasard par sa composition internationale, est appelé à faire un simulacre d'action, là où c'est précisément l'action qui fait défaut. Si, conformément aux intentions de ses organisateurs, ce congrès se contente d'un appel vide, il risque d'être dans l'histoire de la lutte contre le fascisme, non pas un zéro, mais une quantité négative, car le crime le plus grave, dans les conditions actuelles, est d'induire les ouvriers en erreur sur leurs forces réelles et sur les véritables méthodes de lutte.</p>
<p>Le congrès de lutte contre le fascisme ne pourrait jouer un rôle positif qu'à une seule condition : s'il secouait l'hypnose de son régisseur bureaucratique en coulisses et mettait à son ordre du jour une discussion libre sur les causes de la victoire du fascisme allemand, sur la responsabilité des organisations prolétariennes dirigeantes et sur un véritable programme de lutte révolutionnaire. C'est dans cette voie, et dans cette voie seulement, que le congrès serait un facteur de renaissance révolutionnaire.</p>
<p>La plate forme de l'Opposition de gauche internationale est la seule à donner des directives justes pour la lutte contre le fascisme. Comme mesures les plus immédiates et les plus urgentes, nous, bolcheviks-¬léninistes, proposons ce qui suit :</p>
<p>1. Accepter immédiatement les propositions de la IIº Internationale pour un accord à l'échelle internationale, cet accord n'excluant pas, mais exigeant, que soient concrétisés pour chaque pays les mots d'ordre et les méthodes ;</p>
<p>2. Condamner sur le plan des principes la formule du front unique " à la base seulement " qui signifie le refus du front unique en général ;</p>
<p>3. Rejeter et condamner la théorie du social fascisme ;</p>
<p>4. Ne renoncer en aucun cas et dans aucune condition au droit de critiquer l'allié provisoire ;</p>
<p>5. Rétablir la liberté de critique à l'intérieur des partis communistes et de toutes les organisations qu'ils contrôlent, y compris le congrès antifasciste ;</p>
<p>6. Renoncer à la pratique des organisations syndicales communistes indépendantes ; participer de façon active aux syndicats de masse ;</p>
<p>7. Renoncer à la concurrence indigne avec le fascisme sous les mots d'ordre de " libération nationale " et de " révolution populaire " ;</p>
<p>8. Renoncer à la théorie du socialisme dans un seul pays qui nourrit les tendances du nationalisme petit bourgeois et affaiblit la classe ouvrière dans sa lutte contre le fascisme ;</p>
<p>9. Mobiliser le prolétariat européen contre le chauvinisme versaillais et anti versaillais sous le drapeau des États Unis soviétiques d'Europe ;</p>
<p>10. Préparer par une discussion amicale, ouverte et honnête, et convoquer, dans le délai d'un mois, un congrès extraordinaire de chaque section de l'I.C. pour examiner l'expérience de la lutte contre la contre-révolution et élaborer un programme d'action pour l'avenir ;</p>
<p>11. Convoquer dans un délai de deux mois un congrès de l'I.C. démocratiquement préparé ;</p>
<p>12. Réintégrer l'Opposition de gauche dans l'I.C., ses sections, et toutes les organisations qu'elle contrôle.</p>
<p>Les pourparlers entre la II° et la III° Internationale, il faut les entreprendre en mettant au premier plan la question de l'Autriche. Tout est encore loin d'être perdu dans ce pays. En s'engageant tout de suite sur la voie de la défense active, le prolétariat autrichien, soutenu par celui de tous les pays d'Europe, pourrait, en développant son offensive de façon conséquente et courageuse, arracher le pouvoir des mains de ses ennemis [18] : le rapport des forces à l'intérieur garantit sa victoire. L'Autriche rouge deviendrait tout de suite un point d'appui pour les ouvriers allemands. Toute la situation se modifierait brutalement au profit de la révolution. Le prolétariat d'Europe sentirait qu'il représente une force invincible. Et il ne lui manque que cette conscience pour écraser tous ses ennemis.</p>
<p>C'est l'U.R.S.S. qui occupe la position centrale dans la lutte contre la contre révolution mondiale. Dans ce domaine, moins que dans tout autre, nous, bolcheviks léninistes, nous n'admettons pas la politique de l'optimisme officiel. Pour la bureaucratie stalinienne, tout va toujours bien, cinq minutes avant la catastrophe. Il en fut ainsi en Allemagne, et c'est la même méthode que l'on applique en Union soviétique. Cependant la situation, dans le premier état ouvrier, n'a jamais été aussi tendue qu'aujourd'hui. La politique foncièrement mensongère de la bureaucratie incontrôlée a imposé au pays des privations insupportables, a dressé la paysannerie contre le prolétariat, a semé le mécontentement au sein des masses ouvrières, a lié le parti pieds et poings, a affaibli les fondements et les points d'appui de la dictature. La révolution d'Octobre n'a pas besoin d'« amis » qui chantent des hymnes faux et qui répètent en chœur chaque mot de la bureaucratie dirigeante. La révolution d'Octobre a besoin dé militants qui disent la vérité, même si elle est dure, mais qui, par contre, conservent à l'approche du danger une fidélité inébranlable.</p>
<p>Devant tout le prolétariat mondial, nous lançons le signal d'alarme : la patrie soviétique est en danger ! Seule une réforme politique fondamentale peut la sauver. Le programme d'une telle réforme, c'est le programme de l'Opposition de gauche en U.R.S.S. Des milliers de ses meilleurs combattants, à leur tête C.G. Rakovsky, emplissent actuellement les prisons et les lieux de déportation d'Union soviétique. De la tribune de ce congrès, nous envoyons notre salut fraternel à nos vaillants partisans. Leur nombre augmente. Aucune persécution n'ébranlera leur courage. Dans les jours difficiles qui viennent, la dictature du prolétariat trouvera en eux, non seulement des conseillers perspicaces, mais aussi des soldats dévoués.</p>
<p>Le développement du mouvement ouvrier mondial, et avant tout européen, est arrivé à un moment décisif. Le parti communiste allemand est brisé. Songer à le rétablir sur ses anciennes bases et sous son ancienne direction constitue une utopie sans espoir. Il est des défaites qui ne peuvent être pardonnées. Le parti du communisme allemand s'édifiera maintenant sur des bases nouvelles. Seuls pourront prendre place parmi ses constructeurs les éléments de l'ancien parti qui se libèreront de l'héritage du stalinisme. La continuité d'organisation sera t elle préservée dans les autres sections de l'I.C. et dans l'I.C. dans son ensemble ? Sur ce point, l'histoire, apparemment, n'a pas encore rendu définitivement son verdict. Il n'y a que ceci qui soit évident : il reste très peu de temps pour corriger de monstrueuses erreurs. Si ce temps là devait être perdu, l'Internationale communiste entrerait dans l'Histoire avec un commencement léniniste glorieux et une fin stalinienne infâmante.</p>
<p>Nous, bolcheviks léninistes, nous proposons de prendre l'expérience de l'écroulement du communisme allemand comme point de départ pour la renaissance de toutes les autres sections. Nous sommes prêts à y consacrer toutes nos forces. Au nom de cette tâche, nous tendons la main à nos adversaires d'hier les plus acharnés. Il est inutile de dire que, dans la bataille contre le fascisme, dans la défense comme dans l'attaque, les bolcheviks-léninistes occuperont leurs postes de combat dans les rangs communs, comme ils les ont occupés, partout et toujours.</p>
<p>Sous le drapeau de Marx et Lénine, pour la révolution prolétarienne mondiale, en avant !</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Paul von HINDENBURG (1837 1934), feld marschall et ancien commandant en chef de l'armée impériale allemande, avait joué un rôle décisif dans la répression de la révolution des conseils d'ouvriers et de soldats en 1918 19. Elu président de la République en 1925, comme candidat de la droite, réélu en 1932, avec le soutien, au second tour, du parti social démocrate, contre Hitler, il avait appelé Hitler à la chancellerie.</p>
<p>[2] Marqué dès sa naissance par un profond sectarisme, le P.C. autrichien n'avait jamais pu acquérir d'influence réelle, et la classe ouvrière était tout entière derrière le parti social démocrate dont Trotsky pensait que sa politique « légaliste » et opportuniste ouvrait la voie au fascisme en Autriche.</p>
<p>[3] Le 23 mars 1933, la fraction parlementaire du parti social démocrate avait voté contre le gouvernement de Hitler. Mais aussitôt après, ses dirigeants essayèrent de démontrer au gouvernement leur volonté de respecter la légalité nouvelle ; les résistances à cette ligne furent sévèrement chàtiées. C'est ainsi que la direction des jeunesses de Berlin, pour avoir pris des mesures afin de faire passer l'organisation dans l'illégalité, fut révoquée, et que le délégué du parti alla jusqu'à menacer ses membres qui refusaient de restituer l'argent engagé dans l'opération, de dénoncer publiquement les coupables ainsi que le motif de leur exclusion. L'épuration qui suivit visait à intimider les militants dont les initiatives pouvaient compromettre les efforts de conciliation avec le nouveau régime (R. Black, Fascism in Germany, t. II, pp. 1020-¬21). Les dirigeants social démocrates des syndicats avaient pris la même attitude. Le 25 mars, Leipart avait assuré à Hitler que « les syndicats ne chercheraient pas à influencer dans l'immédiat la politique de l'Etat », et qu'ils proposaient de mettre à son service et à celui du ... parlement leurs connaissances et leur expérience en matière économique et sociale ...</p>
<p>[4] La victoire sans combat des bandes hitlériennes avait provoqué à la base de tous les partis social démocrates une vague d'indignation. Les dirigeants de ces partis se gardaient bien, hors d'Allemagne, de paraître solidaires de leurs collègues allemands et multipliaient des déclarations les critiquant d'un point de vue de « gauche ». On peut cependant penser que quelques uns de ces néophytes étaient sincères, comme devait le démontrer, par exemple l'évolution ultérieure du dirigeant espagnol Largo Caballero.</p>
<p>[5] Allusion à des tentatives d'insurrection communistes aux allures de putsch déclenchées en septembre 1923 en Bulgarie et en décembre 1924 en Esthonie.</p>
<p>[6] C'est en 1926 qu'à la suite de Staline, la direction de l'I.C. avait commencé à développer l'idée, jusque là étrangère au bolchevisme, suivant laquelle il était possible de construire le socialisme dans un seul pays, en l'occurrence en Russie. Trotsky estimait que cette affirmation, totalement erronée, ne servait qu'à justifier l'aménagement d'une coexistence pacifique avec le monde capitaliste, souhaitée par la bureaucratie stalinienne au pouvoir en U.R.S.S., et àsubordonner les P.C. aux intérêts de la diplomatie soviétique et de ses alliances.</p>
<p>[7] Le P.C. chinois était entré en 1923 dans le parti nationaliste Kuomintang et était resté soumis à sa discipline pendant les années décisives de la deuxième révolution chinoise. L'Opposition de gauche en Russie avait vainement réclamé que le P.C. Chinois reprenne son indépendance et combatte les projets de coup d'Etat de l'armée du Kuomintang et de son chef Chang Kai chek, lesquels, comme on sait, avaient finalement abouti au massacre des militants ouvriers de Shanghaï en avril 1927.</p>
<p>[8] Allusion à l'existence, de 1924 à 1928, du « Coriiité syndical anglo russe » qui donnait aux dirigeants syndicaux britanniques la caution des syndicats russes dans une période marquée par ce que Trotsky considérait précisément comme le sabotage par eux de la lutte de classes en Grande Bretagne, la grève générale de mai 1926 et la grève des mineurs. Voir à ce sujet l'étude de Daniel F. CALHOUN, The United Front. The TUC and the Russians, op. cit.</p>
<p>[9] Allusion au soulèvement organisé précipitamment dans le port de Canton par des émissaires de l'I.C. à des fins de « propagande interne » et pour laver la direction stalinienne des accusations d'opportunisme. Le soulèvement, parfois appelé « Commune de Canton », éclata le 11 mars 1927 et fut liquidé le 14, ouvrant une période de répression sanglante.</p>
<p>[10] Trotsky appelle « troisième période d'erreurs de l'Internationale communiste » la période de politique ultra gauchiste qui commence en 1928.</p>
<p>[11] Allusion aux thèmes utilisés par le K.P.D. en Allemagne durant la période de la montée du nazisme : la social démocratie était qualifiée de « social fasciste », et les communistes proclamaient que, comme les nazis, ils avaient pour objectif la « révolution populaire » et la « libération nationale ».</p>
<p>[12] La politique de l'I.C. avait consisté à préconiser le « front unique à la base » avec les ouvriers socialistes contre leurs chefs, ce qui équivalait à un refus du front unique.</p>
<p>[13] Trotsky fait ici allusion non seulement aux persécutions qui avaient frappé en U.R.S.S. dirigeants et partisans de l'Opposition de gauche, exclus, emprisonnes ou exilés, mais à la chasse aux militants qui faisaient écho à ses idées dans tous les P.C. du monde.</p>
<p>[14] Trotsky fait allusion notamment à la « journée rouge » du 29 août 1929 où tous les P.C. s'étaient vus assigner la « conquête de la rue » et qui se termina, là où elle fut organisée, par une répression sévère.</p>
<p>[15] Theodor LEIPART (1867-1947), dirigeant des ouvriers syndiqués du bois, puis vice-président des syndicats allemands, avait succédé à Legien à leur tête en 1920. Il cherchait désespérément un accord qui permettrait à son organisation de survivre dans les conditions de la dictature hitlérienne.</p>
<p>[16] Alfred HUGENBERG (1865 1951), ancien directeur des usines Krupp, se lança en 1919 dans l'action politique en fondant le Deutschnationale Volkspartei, parti conservateur de droite, et construisit un empire de presse. Il était le ministre de l'économie dans le premier gouvernement de Hitler.</p>
<p>[17] Le 18 septembre 1931, une patrouille japonaise ayant découvert un « sabotage » de la voie ferrée près de Moukden, les chefs militaires japonais accusèrent les Chinois de l'avoir organisé. L'incident fournit prétexte à l'occupation de la Mandchourie par l'armée japonaise et à la proclamation de son « indépendance » sous le nom de Manchukuo. La S.D.N. avait constitué une commission qui conclut à l'agression nipponne et en resta là. Le congrès d'Amsterdam s'était contenté d'une déclaration pacifiste.</p>
<p>[18] Le gouvernement autrichien du chancelier Dollfuss s'orientait vers une forme fascisante de l'Etat, mais les forces ouvrières étaient encore intactes.</p>
<p>La seule fois où ces congrès d'intellectuels antifascistes ont servi à quelque chose :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7463" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7463</a></p>
<p>Une triste fin de l'antiscisme stalinien : l'alliance Hitler-Staline...</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4721" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4721</a></p></div>
Hitler et Staline, un parallélisme étonnant
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8537
https://www.matierevolution.org/spip.php?article85372025-04-20T22:51:00Ztext/htmlfrRobert ParisGuerre WarStalinismeFascisme
<p>Hitler et Staline, un parallélisme étonnant <br class='autobr' />
Il y a une grande ressemblance entre les spécificités et les ascensions de deux personnages de seconde zone Hitler et Staline sans grand avenir apparemment, aux capacités intellectuelles très limitées, haissant virulemment les idées brillantes et généreuses, bornés, égocentriques, maniaques, étriqués et mesquins, d'une méfiance maladive, hideux, d'une violence folle, ayant eu brutalement un succès inattendu en devenant de grands dictateurs et en (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag">Guerre War</a>,
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Hitler et Staline, un parallélisme étonnant</h2>
<p>Il y a une grande ressemblance entre les spécificités et les ascensions de deux personnages de seconde zone Hitler et Staline sans grand avenir apparemment, aux capacités intellectuelles très limitées, haissant virulemment les idées brillantes et généreuses, bornés, égocentriques, maniaques, étriqués et mesquins, d'une méfiance maladive, hideux, d'une violence folle, ayant eu brutalement un succès inattendu en devenant de grands dictateurs et en dominant des peuples entiers et de vastes régions du monde.</p>
<p>Hitler et Staline au pouvoir sont tous deux le résultat d'une double défaite. En Allemagne comme en Russie, il y a eu à la fois la défaite du prolétariat révolutionnaire et celle de la bourgeoisie. Le cours historique de ces pays était brutalement arrêté. Ils se retrouvaient tous les deux devant un mur difficile à franchir, sans disposer des moyens de résoudre le problème. Un personnage aux caractéristiques effrayantes a, dans les deux cas, cru tellement en sa capacité personnelle de passer le cap et à la fois s'est tellement méfié de soi-même et de ceux qui devaient le soutenir, que cela a donné aux deux régimes des caractéristiques d'une horreur et d'une violence effrayantes.</p>
<p>Les réformistes et les progressistes refusent de rapprocher Hitler et Staline, considérant le stalinisme comme faisant partie de « la gauche » et la fameuse gauche comme faisant partie du « mouvement ouvrier » alors que le nazisme est l'ennemi mortel de la classe ouvrière et de ses organisations. Ils ont tort : le stalinisme est lui aussi un ennemi mortel de l'organisation de la classe ouvrière et de ses perspectives révolutionnaires. Les deux sont tout aussi anticommunistes.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2390" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2390</a></p>
<p>Staline ne s'est pas contenté de s'allier tactiquement avec Hitler, il lui a fait confiance, il l'a adulé, admiré, il a convergé avec ses conceptions, il s'est reconnu en lui… Adepte de la dictature personnel, terrorisant tout le monde à commencer par ses collaborateurs, hostile violemment au mouvement ouvrier et à la révolution sociale, menant une politique de terrorisme de masse systématique, antisémite, médiocre, raté personnellement, professionnellement et politiquement, haineux, aigri, violent, extrêmement hostile à la société humaine, se fondant sur les échecs historiques de son pays, faisant de ses propres échecs personnels un drapeau des couches sociales qui échouent du fait des crises historiques, etc…, les convergences sont nombreuses. S'ils ont pu accéder au pouvoir, c'est par impuissance de la classe dirigeante (bourgeoisie pour Hitler et prolétariat pour Staline) à réaliser son propre programme et ses propres perspectives. L'Allemagne était une vaincue et la vague révolutionnaire en Europe était aussi une vaincue. Les deux ont produit des personnages hors normes par leur dictaure ultra violente et par la démesure de leur pouvoir par rapport à la petitesse de leurs capacités personnelles réelles.</p>
<p>Staline n'avait confiance en personne, sauf… en Hilter</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve654" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve654</a></p>
<p>Lors du pacte russo-allemand d'août 1939, Staline porte un toast de clôture en déclarant :</p>
<p>« Je sais à quel point la nation allemande aime son Führer ; je voudrais donc boire à sa santé. »</p>
<p>Staline a tellement cru en la parole d'Hitler qu'il n'a pas réussi à croire les informations de ses services qui lui annonçaient tous qu'Hitler se praparait à attaquer l'URSS…</p>
<p>Et il n'y a pas seulement eu le pacte Hitler-Staline…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2737" class="spip_url auto" rel="nofollow">https://www.matierevolution.org/spip.php?article2737</a></p>
<p>Il y a là deux national-socialismes…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5993" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5993</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1418" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1418</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423</a></p>
<p>Il y a la même hostilité à la révolution sociale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article763" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article763</a></p>
<p>Le type même des deux personnages et de leur succès convergent de manière saisissante.</p>
<p>Hitler : le chemin du pouvoir</p>
<p>Ce que l'on va lire ci-dessous conviendrait très bien à Staline pour l'essentiel en transférant quelques situations et termes…</p>
<p>Vassili Grossman dans « Pour une juste cause » :</p>
<p>« On tenta à de nombreuses reprises de trouver dans le caractère de Hitler les raisons du rôle qui joua dans l'histoire. On connaît bien des aspects de son caractère, mais ni sa hargne vindicative, ni son penchant pour les pâtisseries à la crème fouettée, ni sa sinistre habileté à jouer sur les bas instincts de la foule, ni son amour des chiens, ni sa folle énergie alliée à la méfiance, ni son mysticisme, ni son intelligence et sa mémoire puissante, ni la versatilité capricieuse qu'il montra dans le choix de ses favoris, ni sa cruelle perfidie et son penchant, une sentimentalité exaltée, ni ses dizaines d'autres propriétés et traits ordinaires ou repoussants ne peuvent à eux seuls expliquer ce qu'il a commis.</p>
<p>S'il put accéder au pouvoir, ce n'était pas parce que l'Allemagne convenait à son caractère, mais bien parce que cette Allemagne fascisante d'après-guerre avait besoin d'un Hitler.</p>
<p>L'Allemagne, vaincue dans une guerre impérialiste, cherchait un Hitler et elle l'avait trouvé.</p>
<p>Mais la connaissance du caractère de Hitler permet de comprendre les mécanismes de son accession au rôle de chef de l'Etat nazi.</p>
<p>Dans sa biographie et dans la nature de ses actes il faut noter une constante : l'échec. De manière étonnante, son succès fut bâti précisément sur ses échecs. Lycéen et étudiant médiocre qui avait échoué à deux reprises aux examens d'entrée à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne et de Munich, homme politique malchanceux qui avait commencé sa carrière comme éclaireur de l'armée bavaroise et comme instructeur auprès d'un parti dont il finit par devenir le chef, Hitler n'avait pas connu de chance non plus dans ses relations avec les femmes.</p>
<p>Dans son for intérieur, il garda toujours sa timidité de mauvais élève et n'oublia jamais que, dans les conditions de libre compétition des talents, il n'avait point été admis même dans le cercle le plus modeste des peintres de province. (…)</p>
<p>Pendant les années de son ascension et celles où il domina les peuples d'Europe, Hitler garda un caractère de petit-bourgeois malchanceux ; l'immensité du pouvoir ; qu'il avait concentré entre ses mains et les particularités de l'Etat nazi lui permirent d'exhiber sur la scène paneuropéenne les manifestations d'une âme aigrie, soupçonneuse, vindicative et perfide… Les traits de caractère du dirigeant de l'Etat nazi devinrent fatals pour des millions d'hommes !</p>
<p>Arrivé au pouvoir, au plus profond de son âme il continua à se sentir lésé. La fabuleuse présomption du Führer n'était qu'une forme d'expression de son manque d'assurance.</p>
<p>Tel fut le caractère humain qui incarna la nature de l'Etat allemand vaincu dans le Première Guerre mondiale.</p>
<p>L'Etat allemand des cinq ou six dernières décennies était un Etat malchanceux. Ses tentatives de devenir le maître du monde avaient connu un échec. L'impérialisme allemand ne pouvait pas conquérir les marchés par une voie pacifique.</p>
<p>En 1914, l'Allemagne avait déclenché une guerre pour les marchés mondiaux. Dans cette guerre, elle avait été vaincue : son armée défaite, sa stratégie de la manœuvre tournante et des attaques éclair du plan Schlieffen avait été démentie par la réalité des champs de bataille. A cette époque Adolf Schicklgruber (futur Hitler après remariage de sa mère avec Heidler ou Hitler) accomplissait son itinéraire microscopique, remarqué par personne, son tracé d'échecs parallèle à celui de l'Allemagne. La haine des idées de l'égalité sociale et raciale, la haine de la liberté mûrissait en lui.<br class='autobr' />
(…)</p>
<p>C'est ainsi que d'un échec personnel de Schicklgruber, devenu l'élu de la réaction allemande, était né le succès de Hitler ; la malchance de cet homme avait permis son bref, terrible et absurde pouvoir sur les peuples d'Europe. Dans sa soif de pouvoir, il avait tout simplement saisi l'atmosphère de l'après-guerre avec grossiereté et acuité, avait trouvé en lui une énergie insensée et la rage d'un démagogue. Il avait tenté d'allier l'amoralisme personnel de l'Allemagne des ratés d'après-guerre, des commerçants, des officiers, des serveurs, parfois des ouvriers désespérés, avec l'amoralisme étatique d'une puissance impérialiste vaincue prête à prendre ouvertement le chemin du crime industriel et politique. Souvent, plus souvent que quiconque dans l'histoire, il avait fait appel aux plus bas instincts de l'homme… Et il savait en appeler aux sentiments des mères, des pères, ceux d'un ouvrier et d'un laboureur. Il avait écrasé la résistance des forces révolutionnaires de la classe ouvrière allemande, s'était débarrassé de l'intelligentsia démocratique. Il avait fait taire tous les opposants, transformant l'Allemagne en un désert intellectuel, en une zone de silence. »</p>
<p>Staline : le chemin du pouvoir<br class='autobr' />
Comme on l'a dit, bien des remarques qui précèdent pourraient coller comme un gant à Staline. Voyons cela :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5021" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5021</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5999" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5999</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1601" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1601</a></p>
<p>Peut-on comparer Staline et Hitler ou stalinisme et fascisme ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6768" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6768</a></p>
<p>« Hitler et Staline, étoiles jumelles » affirmait Trotsky…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm</a></p>
<p>Trotsky le 6 mars 1939 : « L'accord entre Hitler et Staline ne modifierait rien d'essentiel dans la fonction contre-révolutionnaire de l'oligarchie du Kremlin. Il permettrait seulement de mettre à nu cette fonction, de la faire apparaître avec plus d'éclat, de hâter ainsi l'effondrement des illusions et des falsifications. Notre tâche politique ne consiste pas à « sauver » Staline des embrassades de Hitler, mais à les renverser l'un et l'autre. »</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Hitler_et_Staline" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/Hitler_et_Staline</a></p>
<p>Trotsky en septembre 1939 :</p>
<p>« La question n'est pas du tout que le Kremlin se sent plus proche des États totalitaires que des États démocratiques. Ce n'est pas déterminant pour le choix d'une orientation en politique internationale. Malgré son aversion pour le régime soviétique, le parlementariste conservateur Chamberlain a essayé de toutes ses forces de conclure une alliance avec Staline. Cette alliance ne s'est pas réalisée parce que Staline a peur de Hitler. Et ce n'est pas un hasard s'il a peur de lui. L'Armée rouge est décapitée. Ce n'est pas là une phrase, c'est un fait tragique. Vorochilov est une fabrication. Son autorité a été créée artificiellement par une propagande totalitaire. Sur son pinacle vertigineux, il reste ce qu'il a toujours été, un coureur des bois borné, sans perspective, sans culture, sans capacités militaires et même sans talent d'administrateur. Tout le pays le sait. A l'état-major « épuré », il ne reste plus un seul nom dans lequel l'armée pourrait placer sa confiance. Le Kremlin a peur de l'armée, et il a peur de Hitler. Staline a besoin de la paix — à tout prix. »</p>
<p>Les prétendues démocraties occidentales ont affirmé que la deuxième guerre mondiale était une guerre de la démocratie contre le fascisme tout en s'alliant à Staline contre Hitler, ce qui était donner un brevet de démocratie au régime de l'autocrate fasciste du Kremlin, l'ami d'Hitler.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7137" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7137</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3480</a></p>
<p>La seule démocratie possible, en période de crise aïgue de la domination capitaliste, est d'arracher à la bourgeoisie ses instruments de domination.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6420" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6420</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4115" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4115</a></p>
<p>Rappelons aussi qu'Hitler est arrivé au pouvoir grâce à Staline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5194</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article468" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article468</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636</a></p></div>
L'Opposition de Gauche intervient face stalinisme au congrès de lutte contre le fascisme
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8007
https://www.matierevolution.org/spip.php?article80072025-02-22T23:48:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Ce que préconisait Trotsky en 1931 pour combattre le nazisme : <br class='autobr' />
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808 <br class='autobr' />
Le stalinisme face au fascisme : <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article468 <br class='autobr' />
Comment on a muselé l'Opposition trotskiste au congrès anti-fasciste : <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583 <br class='autobr' />
On peut lire ici l'une des déclarations prévues pour les délégués de l'Opposition de gauche au congrès contre le fascisme : <br class='autobr' />
La victoire de Hitler en Allemagne (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
<div class='rss_texte'><p>Ce que préconisait Trotsky en 1931 pour combattre le nazisme :</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5808</a></p>
<p>Le stalinisme face au fascisme :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article468" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article468</a></p>
<p>Comment on a muselé l'Opposition trotskiste au congrès anti-fasciste :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583</a></p>
<p>On peut lire ici l'une des déclarations prévues pour les délégués de l'Opposition de gauche au congrès contre le fascisme :</p>
<p>La victoire de Hitler en Allemagne démontre que le capitalisme ne peut vivre dans les conditions de la démocratie ni même se couvrir de guenilles démocratiques. Ou la dictature du prolétariat ou la dictature du capital financier. Ou les soviets ouvriers ou les bandes armées de la populace petite‑bourgeoise déchaînée.</p>
<p>Le fascisme n'a pas et ne peut avoir de programme pour sortir de la crise du capitalisme. Mais cela ne signifie pas que le fascisme tombera automatiquement, victime de sa propre inconscience. Non, il maintiendra l'exploitation capitaliste en ruinant le pays, en abaissant la civilisation et en apportant toujours plus de sauvagerie dans les mœurs. La victoire du fascisme est le résultat de l'incapacité du prolétariat à prendre en mains le sort de la société. Le fascisme vivra tant que le prolétariat ne se lèvera pas.</p>
<p>La social‑démocratie a livré à la bourgeoisie la révolution prolétarienne de 1918 et sauvé ainsi une fois encore le capitalisme déclinant. C'est elle, et elle seule, qui a ainsi donné à la bourgeoisie la possibilité de s'appuyer à l'étape suivante sur le banditisme fasciste. Descendant de marche en marche à la recherche du « moindre mal », la social‑démocratie a fini par voter pour le feld‑marschall réactionnaire Hindenburg [1], lequel, à son tour, a appelé Hitler au pouvoir. Démoralisant les masses ouvrières par les illusions de la démocratie dans le capitalisme pourrissant, la social-démocratie a privé le prolétariat de toutes ses forces de résistance.</p>
<p>Les tentatives pour rejeter cette responsabilité fondamentale sur le communisme sont absurdes et malhonnêtes. Sans le communisme, le prolétariat se serait depuis longtemps engagé dans la voie de l'anarchisme, du syndicalisme, du terrorisme, ou, tout simplement, serait allé grossir les détachements de combat du fascisme. L'exemple autrichien montre avec trop de preuves que là où, devant l'extrême faiblesse du communisme, la social-démocratie règne sans partage dans les rangs de la classe ouvrière, dans le cadre de l'état démocratique qu'elle a elle-même créé, sa politique prépare pas à pas le triomphe du fascisme [2].</p>
<p>Les sommets du réformisme allemand essaient maintenant de s'adapter au régime de Hitler pour conserver les restes de leurs positions légales et les bénéfices qui y sont liés [3]. En vain, car le fascisme amène avec lui des nuées de criquets affamés et voraces qui exigent pour eux-mêmes, et obtiendront, le monopole des fonctions et des revenus. Le limogeage de la bureaucratie réformiste, résultat secondaire de la défaite des organisations prolétariennes, constitue le paiement pour la chaîne ininterrompue des trahisons de la social‑démocratie depuis le 4 août 1914.</p>
<p>Les chefs des autres partis social‑démocrates essaient maintenant de se délimiter de leurs frères allemands. Il serait cependant d'une inadmissible légèreté que de croire sur parole ces critiques « de gauche » de l'Internationale réformiste dont toutes les sections se trouvent à différents degrés sur la même voie [4]. Comme au temps de la guerre impérialiste, dans le processus d'écroulement de la démocratie bourgeoise, chaque parti de la II° Internationale est prêt à refaire sa réputation sur le dos d'un autre parti national. Mais, au fond, tous font le même travail. Léon Blum soutient le gouvernement de la France impérialiste et militariste. Vandervelde, président de la II° Internationale, n'a pas, autant que nous le sachions, retiré sa signature au bas de cette même paix de Versailles qui a donné au fascisme allemand ses dimensions actuelles.</p>
<p>Toutes les thèses principales et fondamentales des quatre premiers congrès de l'Internationale communiste sur le caractère pourrissant du capitalisme, sur l'inévitabilité de la décomposition de la démocratie bourgeoise, sur l'impasse du réformisme, sur la nécessité de la lutte révolutionnaire pour la dictature du prolétariat, ont trouvé dans les événements d'Allemagne une confirmation inébranlable. Mais leur justesse a été démontrée par l'absurde, non par la victoire, mais par la catastrophe. Si, malgré bientôt quinze ans d'existence de l'I.C., la social-démocratie a été capable de réussir à mener la politique du « moindre mal » jusqu'au résultat final, c'est‑à‑dire jusqu'au plus grand mal qu'on puisse concevoir dans l'histoire actuelle, il faut en chercher la cause dans le fait que le communisme des épigones s'est montré incapable de remplir sa mission historique.</p>
<p>Jusqu'en 1923, presque sans arrêt, l'I.C. a progressé dans tous les pays, affaiblissant et évinçant la social‑démocratie. Dans les dix dernières années, non seulement elle n'a pas fait de conquêtes quantitatives, mais elle a subi une profonde dégénérescence qualitative. Le naufrage du parti communiste officiel en Allemagne est l'aboutissement fatal de la « ligne générale » qui passa par les aventures de Bulgarie et d'Esthonie [5], par la théorie et la pratique du « socialisme dans un seul pays » [6], par la capitulation honteuse devant le Kuomintang en Chine [7] et par la non moins honteuse capitulation devant la bureaucratie trade‑unioniste en Angleterre [8], par l'aventure de Canton [9], par les convulsions de la « troisième période » [10], par la scission avec les syndicats de masse, par la théorie et la pratique du « social‑fascisme », par la politique de la « libération nationale » ou de la « révolution populaire » [11], par le refus du front unique [12], par le bannissement et la persécution de l'Opposition de gauche, enfin par le complet étouffement de l'indépendance de l'avant‑garde prolétarienne et par la substitution au centralisme démocratique de la toute puissance d'un appareil sans principes et obtus [13].</p>
<p>L'essence du bureaucratisme réside dans la méfiance vis‑à‑vis des masses et dans la tendance à remplacer leur activité révolutionnaire consciente par des combinaisons de sommets ou par de simples ordres. En Allemagne, comme dans les autres pays, la bureaucratie stalinienne n'a cessé de lancer des ultimatums à la classe ouvrière. Elle lui a fixé d'en‑haut des dates pour les grèves ou pour la « conquête de la rue », elle lui a fixé arbitrairement des « journées rouges » ou des « mois rouges » [14]. Elle lui a intimé d'accepter sans critique tous ses mots d'ordre et tous ses zigzags ; elle a exigé que le prolétariat reconnaisse d'avance et sans réplique sa direction dans le front unique, et c'est sur cet ultimatum monstrueux qu'elle a basé sa lutte, fausse d'un bout à l'autre, et impuissante devant le fascisme.</p>
<p>Les erreurs sont inévitables dans la lutte du prolétariat. C'est à partir de leurs propres erreurs que les partis s'instruisent, sélectionnent leurs cadres et éduquent leurs dirigeants. Mais, dans l'I.C. actuelle, il ne s'agit pas d'erreurs. mais de l'ensemble d'un système erroné qui rend impossible une politique juste. Les représentants de ce système sont de larges couches bureaucratiques, armées d'énormes moyens matériels et techniques, indépendantes de fait des masses, et qui mènent une lutte acharnée pour leur propre conservation au prix de la désorganisation de l'avant‑garde prolétarienne et de son affaiblissement face à l'ennemi de classe. Telle est l'essence du stalinisme dans le mouvement ouvrier mondial.</p>
<p>Au cours des dernières années, l'Opposition de gauche (bolcheviks‑léninistes) a suivi pas à pas, devant le monde entier, toutes les étapes de la montée du flot fasciste, et tracé une politique de véritable réalisme révolutionnaire. Déjà à l'automne 1929, c'està‑dire il y a trois ans et demi, au commencement même de la crise mondiale, l'Opposition de gauche écrivait :</p>
<p>« De même qu'il est arrivé plus d'une fois que, du conflit entre le libéralisme et la monarchie, se développe une situation révolutionnaire qui devait, par la suite, déborder les deux adversaires, de même, du conflit entre la social‑démocratie et le fascisme ‑ deux fondés de pouvoir antagonistes de la bourgeoisie ‑ peut se développer une situation révolutionnaire qui, par la suite, les dépassera tous les deux. Que vaudrait un révolutionnaire prolétarien qui, dans une époque de révolution bourgeoise, ne saurait apprécier ni comprendre le conflit entre les libéraux et la monarchie et qui, au lieu d'exploiter ce conflit dans un sens révolutionnaire, mettrait les antagonistes dans le même sac ? Que vaut le communiste qui, placé en face du conflit entre le fascisme et la social‑démocratie, les recouvre tout simplement sous la même formule de social‑fascisme, vide de tout contenu ? »</p>
<p>Il fallait bâtir une politique de front unique sur cette perspective stratégique générale. Pas à pas, au cours de ces trois dernières années, l'Opposition de gauche a suivi le développement de la crise politique en Allemagne. Dans ses publications périodiques et dans une série de brochures, elle a soumis à l'analyse tous les stades de la lutte, dévoilé le caractère ultimatiste de la formule « à la base seulement » et, là où elle l'a pu, pris sur elle l'initiative de comités unis de défense, soutenu l'initiative des travailleurs dans ce sens, et inlassablement exigé l'extension à tout le pays de ces initiatives. Si le P.C. s'était engagé résolument sur cette voie, la bureaucratie réformiste se serait montrée impuissante à contenir la pression des ouvriers vers le front unique. Se heurtant à chaque pas à une barrière, le fascisme se serait ouvert à toutes ses coutures. Les organes de défense locaux se seraient affermis de façon irrésistible, se transformant en fait en conseils ouvriers. Marchant sur cette voie, le prolétariat allemand aurait à coup sûr jeté le fascisme à terre, et, d'un dernier coup, aurait balayé l'oligarchie dirigeante. L'ensemble de la situation posait les bases de la victoire du prolétariat allemand.</p>
<p>Mais la bureaucratie stalinienne s'est engagée dans la voie du sabotage inconscient, mais d'autant plus effectif, de la révolution. Elle interdisait strictement les accords des communistes avec des organisations social-démocrates, détruisait les organes de défense communs créés par les ouvriers, et, sous le nom de « contre-révolutionnaires », excluait de ses rangs tous les défenseurs d'une juste politique révolutionnaire. On dirait qu'une telle façon d'agir fut spécialement adoptée pour isoler les communistes, pour resserrer les rangs entre les ouvriers social‑démocrates et leurs chefs, semer le trouble et la décomposition dans les rangs du prolétariat et préparer l'ascension sans obstacle des fascistes au pouvoir. Les résultats sont là.</p>
<p>Le 5 mars, quand le sort du prolétariat allemand était déjà décidé, le C.E. de l'I.C. s'est proclamé non seulement prêt à faire le front unique au sommet ‑ à l'échelle nationale, il est vrai, pas internationale ‑ mais encore à consentir, pour apaiser la bureaucratie réformiste, à renoncer à la critique mutuelle pendant la période du front unique. Un saut, d'une brusquerie incroyable, de la présomption ultimatiste à la conciliation sans caractère ! Ayant étouffé la critique à l'intérieur de son propre parti, la bureaucratie stalinienne a évidemment perdu la compréhension du rôle de la critique dans la lutte politique. La critique révolutionnaire détermine l'attitude de l'avant‑garde prolétarienne, c'est‑à-dire de la partie la plus critique de la société contemporaine vis‑à‑vis de tous les événements et programmes, toutes les classes, partis et groupes. Un véritable parti communiste ne peut, ne fût‑ce qu'un jour, renoncer à la critique, pas plus qu'un organisme vivant à respirer. La politique du front unique n'exclut en aucun cas la critique mutuelle, au contraire, elle l'exige. Seuls deux appareils bureaucratiques, dont l'un est chargé de trahisons et l'autre d'une chaîne d'erreurs néfastes, peuvent être intéressés à la suppression de la critique mutuelle, en transformant ainsi le front unique en un complot silencieux contre les masses dont l'objectif est leur propre conservation. Nous, bolcheviks‑léninistes, déclarons que, jamais, et dans aucune condition, nous ne participerons à un tel complot : au contraire, nous le dénoncerons implacablement devant les ouvriers.</p>
<p>En même temps qu'elle consent à renoncer à la critique, la bureaucratie stalinienne s'empare de la répugnante attitude de Wels, Leipart [15] et Cie rampant devant Hitler, pour ressusciter la théorie du social‑fascisme. Cette théorie est aujourd'hui aussi fausse qu'hier. Ceux qui étaient encore récemment les maîtres de l'Allemagne, tombés sous la botte du fascisme, lèchent cette botte pour mériter l'indulgence des fascistes : c'est tout à fait conforme à la méprisable nature de la bureaucratie réformiste. Mais cela ne signifie pas du tout que, pour les réformistes, il n'y ait pas de différence entre la démocratie et la botte fasciste, ni que la masse social‑démocrate soit incapable de lutter contre le fascisme si, au moment opportun, on lui ouvre une issue dans l'arène du combat.</p>
<p>La politique du fascisme s'appuie sur la démagogie, le mensonge, la calomnie. La politique révolutionnaire ne peut se bâtir que sur la vérité. C'est pourquoi nous sommes obligés de condamner fermement le bureau d'organisation en vue de la convocation du présent congrès, qui, dans son appel, a donné un tableau faussement optimiste de la situation en Allemagne, y parlant du « puissant développement de la lutte antifasciste ». En réalité, pour le moment, les ouvriers allemands reculent sans combattre et en complet désordre. Tel est le fait amer qu'on ne peut masquer par des mots. Pour se redresser, se regrouper et récupérer ses forces, le prolétariat, représenté par son avant‑garde, doit bien comprendre ce qui s'est passé. A bas les illusions ! Ce sont précisément les illusions qui ont conduit à la catastrophe. Il faut dire clairement, honnêtement, ouvertement, ce qui est.</p>
<p>La situation en Allemagne est profondément tragique. Le bourreau n'a fait que commencer son travail. Les victimes seront innombrables. Des centaines et des milliers d'ouvriers du parti communiste sont emprisonnés. De rudes épreuves attendent ceux qui restent fidèles à leur drapeau. Tous les ouvriers honnêtes du monde entier accordent leur entière sympathie aux victimes du bourreau fasciste. Mais ce serait le comble de l'hypocrisie que d'exiger le silence sur la politique funeste du stalinisme sous prétexte que ses représentants allemands en sont devenus aussi les victimes. Les grands problèmes historiques ne se résolvent pas par le sentimentalisme. Se conformer au but, c'est la loi suprême de la lutte. Seule l'explication marxiste de tout ce qui s'est passé peut rendre à l'avant‑garde prolétarienne sa confiance en elle-même. Il ne suffit pas d'exprimer sa sympathie aux victimes, il faut devenir plus forts, pour renverser et étouffer le bourreau.</p>
<p>Le fascisme allemand suit servilement l'exemple italien. Cela ne signifie cependant pas que le pouvoir soit assuré à Hitler pour un grand nombre d'années, comme il l'a été à Mussolini. L'Allemagne fasciste commence son histoire dans les conditions d'une décomposition avancée du capitalisme, d'une misère des masses sans précédent dans l'histoire moderne, et d'une tension menaçante des rapports internationaux. Le dénouement peut arriver beaucoup plus tôt que ne le pensent les maîtres du jour. Cependant il ne viendra pas de lui-même, il lui faudra un choc révolutionnaire.</p>
<p>La presse social‑démocrate fonde de grands espoirs sur l'existence de fissures dans le bloc gouvernemental en Allemagne. C'est sur la même voie que marche la Pravda de Moscou, qui niait hier encore les antagonismes entre fascisme et social‑démocratie et compte aujourd'hui sur les antagonismes entre Hitler et Hugenberg [16]. Les contradictions à l'intérieur du camp dirigeant sont indéniables. Mais, en elle-même, elles sont impuissantes à arrêter le développement victorieux de la dictature fasciste, déterminé par l'ensemble de la situation du capitalisme allemand. Il ne faut pas attendre de miracles. Seul le prolétariat peut en finir avec le fascisme. Pour lui donner une issue sur la grande voie de l'Histoire, il faut un tournant décisif dans la direction révolutionnaire. Il faut revenir à la politique de Marx et de Lénine.</p>
<p>Nous, bolcheviks‑léninistes, nous ne venons pas à ce congrès pour entretenir des illusions ni pour sauver des réputations imméritées. Notre but, c'est de déblayer le chemin pour l'avenir. Nous ne doutons évidemment pas que des dizaines et peut-être même des centaines de milliers d'ouvriers sincèrement prêts à la lutte seront représentés au congrès. Nous sommes également prêts à croire que les délégués, dans leur majorité, seront sincèrement disposés à tout faire pour briser le fascisme. Néanmoins le congres lui‑même, tel qu'il est conçu et convoqué, ne peut pas ‑ c'est notre conviction profonde ‑ avoir une signification révolutionnaire sérieuse. Le fascisme est un ennemi redoutable. Pour lutter contre lui, il faut les masses compactes de millions et de dizaines de millions d'ouvriers, bien organisés et bien dirigés : il faut des bases solides dans les entreprises et dans les syndicats, il faut la confiance des masses dans une direction éprouvée dans l'expérience, au combat. Le problème ne se résoud pas par des séances solennelles et des discours à effet. Le congrès, improvisé dans la hâte, représente des groupes isolés, sans liens entre eux, qui, après le congrès, seront aussi isolés qu'avant des millions de prolétaires.</p>
<p>Les personnalités « isolées » des milieux intellectuels bourgeois coloreront le congrès antifasciste comme elles ont coloré le congrès d'Amsterdam. Ce n'est pas une couleur stable. Les ouvriers avancés, c'est vrai, apprécient beaucoup la sympathie qu'éprouvent pour leur cause les meilleurs représentants de la science, de la littérature et de l'art. Mais il ne s'en suit nullement que les savants ou les artistes avancés puissent remplacer les organisateurs de masse ou prendre la direction du prolétariat. Et pourtant ce congrès prétend à la direction ! Ceux des représentants des intellectuels bourgeois qui désirent vraiment participer à la lutte révolutionnaire doivent commencer par définir clairement leur programme et par se lier à une organisation ouvrière. Autrement dit, pour avoir le droit de voter au congrès du prolétariat en lutte, les personnalités « isolées » doivent cesser d'être des isolés.</p>
<p>Ni la réaction contre la guerre, ni la marche contre le fascisme ne représentent un quelconque art spécial qui serait situé hors de la lutte générale du prolétariat. L'organisation qui n'est pas capable d'examiner la situation avec précision, de mener les combats quotidiens défensifs et offensifs, de rassembler autour d'elle les masses les plus larges, d'assurer l'unité des actions défensives avec les ouvriers réformistes, tout en les débarrassant des préjugés du réformisme ‑ une telle organisation fera inévitablement naufrage aussi bien face à la guerre que face au fascisme.</p>
<p>Le congrès d'Amsterdam a déjà démontré son inconsistance lors de l'attaque des bandits japonais contre la Chine [17]. Même dans le domaine de l'agitation, l'alliance de la bureaucratie stalinienne avec des personnalités pacifistes isolées n'a rien donné de sérieux. Il faut le dire ouvertement : le congrès antifasciste, plutôt un meeting de hasard par sa composition internationale, est appelé à faire un simulacre d'action, là où c'est précisément l'action qui fait défaut. Si, conformément aux intentions de ses organisateurs, ce congrès se contente d'un appel vide, il risque d'être dans l'histoire de la lutte contre le fascisme, non pas un zéro, mais une quantité négative, car le crime le plus grave, dans les conditions actuelles, est d'induire les ouvriers en erreur sur leurs forces réelles et sur les véritables méthodes de lutte.</p>
<p>Le congrès de lutte contre le fascisme ne pourrait jouer un rôle positif qu'à une seule condition : s'il secouait l'hypnose de son régisseur bureaucratique en coulisses et mettait à son ordre du jour une discussion libre sur les causes de la victoire du fascisme allemand, sur la responsabilité des organisations prolétariennes dirigeantes et sur un véritable programme de lutte révolutionnaire. C'est dans cette voie, et dans cette voie seulement, que le congrès serait un facteur de renaissance révolutionnaire.</p>
<p>La plate‑forme de l'Opposition de gauche internationale est la seule à donner des directives justes pour la lutte contre le fascisme. Comme mesures les plus immédiates et les plus urgentes, nous, bolcheviks-léninistes, proposons ce qui suit :</p>
<p> Accepter immédiatement les propositions de la IIº Internationale pour un accord à l'échelle internationale, cet accord n'excluant pas, mais exigeant, que soient concrétisés pour chaque pays les mots d'ordre et les méthodes ;<br class='autobr' /> Condamner sur le plan des principes la formule du front unique " à la base seulement " qui signifie le refus du front unique en général ;<br class='autobr' /> Rejeter et condamner la théorie du social fascisme ;<br class='autobr' /> Ne renoncer en aucun cas et dans aucune condition au droit de critiquer l'allié provisoire ;<br class='autobr' /> Rétablir la liberté de critique à l'intérieur des partis communistes et de toutes les organisations qu'ils contrôlent, y compris le congrès antifasciste ;<br class='autobr' /> Renoncer à la pratique des organisations syndicales communistes indépendantes ; participer de façon active aux syndicats de masse ;<br class='autobr' /> Renoncer à la concurrence indigne avec le fascisme sous les mots d'ordre de " libération nationale " et de " révolution populaire " ;<br class='autobr' /> Renoncer à la théorie du socialisme dans un seul pays qui nourrit les tendances du nationalisme petit bourgeois et affaiblit la classe ouvrière dans sa lutte contre le fascisme ;<br class='autobr' /> Mobiliser le prolétariat européen contre le chauvinisme versaillais et anti versaillais sous le drapeau des États Unis soviétiques d'Europe ;<br class='autobr' /> Préparer par une discussion amicale, ouverte et honnête, et convoquer, dans le délai d'un mois, un congrès extraordinaire de chaque section de l'I.C. pour examiner l'expérience de la lutte contre la contre-révolution et élaborer un programme d'action pour l'avenir ;<br class='autobr' /> Convoquer dans un délai de deux mois un congrès de l'I.C. démocratiquement préparé ;<br class='autobr' /> Réintégrer l'Opposition de gauche dans l'I.C., ses sections, et toutes les organisations qu'elle contrôle.</p>
<p>Les pourparlers entre la II° et la III° Internationale, il faut les entreprendre en mettant au premier plan la question de l'Autriche. Tout est encore loin d'être perdu dans ce pays. En s'engageant tout de suite sur la voie de la défense active, le prolétariat autrichien, soutenu par celui de tous les pays d'Europe, pourrait, en développant son offensive de façon conséquente et courageuse, arracher le pouvoir des mains de ses ennemis [18] : le rapport des forces à l'intérieur garantit sa victoire. L'Autriche rouge deviendrait tout de suite un point d'appui pour les ouvriers allemands. Toute la situation se modifierait brutalement au profit de la révolution. Le prolétariat d'Europe sentirait qu'il représente une force invincible. Et il ne lui manque que cette conscience pour écraser tous ses ennemis.</p>
<p>C'est l'U.R.S.S. qui occupe la position centrale dans la lutte contre la contre‑révolution mondiale. Dans ce domaine, moins que dans tout autre, nous, bolcheviks‑léninistes, nous n'admettons pas la politique de l'optimisme officiel. Pour la bureaucratie stalinienne, tout va toujours bien, cinq minutes avant la catastrophe. Il en fut ainsi en Allemagne, et c'est la même méthode que l'on applique en Union soviétique. Cependant la situation, dans le premier état ouvrier, n'a jamais été aussi tendue qu'aujourd'hui. La politique foncièrement mensongère de la bureaucratie incontrôlée a imposé au pays des privations insupportables, a dressé la paysannerie contre le prolétariat, a semé le mécontentement au sein des masses ouvrières, a lié le parti pieds et poings, a affaibli les fondements et les points d'appui de la dictature. La révolution d'Octobre n'a pas besoin d'« amis » qui chantent des hymnes faux et qui répètent en chœur chaque mot de la bureaucratie dirigeante. La révolution d'Octobre a besoin dé militants qui disent la vérité, même si elle est dure, mais qui, par contre, conservent à l'approche du danger une fidélité inébranlable.</p>
<p>Devant tout le prolétariat mondial, nous lançons le signal d'alarme : la patrie soviétique est en danger ! Seule une réforme politique fondamentale peut la sauver. Le programme d'une telle réforme, c'est le programme de l'Opposition de gauche en U.R.S.S. Des milliers de ses meilleurs combattants, à leur tête C.G. Rakovsky, emplissent actuellement les prisons et les lieux de déportation d'Union soviétique. De la tribune de ce congrès, nous envoyons notre salut fraternel à nos vaillants partisans. Leur nombre augmente. Aucune persécution n'ébranlera leur courage. Dans les jours difficiles qui viennent, la dictature du prolétariat trouvera en eux, non seulement des conseillers perspicaces, mais aussi des soldats dévoués.</p>
<p>Le développement du mouvement ouvrier mondial, et avant tout européen, est arrivé à un moment décisif. Le parti communiste allemand est brisé. Songer à le rétablir sur ses anciennes bases et sous son ancienne direction constitue une utopie sans espoir. Il est des défaites qui ne peuvent être pardonnées. Le parti du communisme allemand s'édifiera maintenant sur des bases nouvelles. Seuls pourront prendre place parmi ses constructeurs les éléments de l'ancien parti qui se libèreront de l'héritage du stalinisme. La continuité d'organisation sera‑t‑elle préservée dans les autres sections de l'I.C. et dans l'I.C. dans son ensemble ? Sur ce point, l'histoire, apparemment, n'a pas encore rendu définitivement son verdict. Il n'y a que ceci qui soit évident : il reste très peu de temps pour corriger de monstrueuses erreurs. Si ce temps là devait être perdu, l'Internationale communiste entrerait dans l'Histoire avec un commencement léniniste glorieux et une fin stalinienne infâmante.</p>
<p>Nous, bolcheviks‑léninistes, nous proposons de prendre l'expérience de l'écroulement du communisme allemand comme point de départ pour la renaissance de toutes les autres sections. Nous sommes prêts à y consacrer toutes nos forces. Au nom de cette tâche, nous tendons la main à nos adversaires d'hier les plus acharnés. Il est inutile de dire que, dans la bataille contre le fascisme, dans la défense comme dans l'attaque, les bolcheviks-léninistes occuperont leurs postes de combat dans les rangs communs, comme ils les ont occupés, partout et toujours.</p>
<p>Sous le drapeau de Marx et Lénine, pour la révolution prolétarienne mondiale, en avant !</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Paul von HINDENBURG (1837‑1934), feld‑marschall et ancien commandant en chef de l'armée impériale allemande, avait joué un rôle décisif dans la répression de la révolution des conseils d'ouvriers et de soldats en 1918‑19. Elu président de la République en 1925, comme candidat de la droite, réélu en 1932, avec le soutien, au second tour, du parti social‑démocrate, contre Hitler, il avait appelé Hitler à la chancellerie.</p>
<p>[2] Marqué dès sa naissance par un profond sectarisme, le P.C. autrichien n'avait jamais pu acquérir d'influence réelle, et la classe ouvrière était tout entière derrière le parti social‑démocrate dont Trotsky pensait que sa politique « légaliste » et opportuniste ouvrait la voie au fascisme en Autriche.</p>
<p>[3] Le 23 mars 1933, la fraction parlementaire du parti social‑démocrate avait voté contre le gouvernement de Hitler. Mais aussitôt après, ses dirigeants essayèrent de démontrer au gouvernement leur volonté de respecter la légalité nouvelle ; les résistances à cette ligne furent sévèrement chàtiées. C'est ainsi que la direction des jeunesses de Berlin, pour avoir pris des mesures afin de faire passer l'organisation dans l'illégalité, fut révoquée, et que le délégué du parti alla jusqu'à menacer ses membres qui refusaient de restituer l'argent engagé dans l'opération, de dénoncer publiquement les coupables ainsi que le motif de leur exclusion. L'épuration qui suivit visait à intimider les militants dont les initiatives pouvaient compromettre les efforts de conciliation avec le nouveau régime (R. Black, Fascism in Germany, t. II, pp. 1020-21). Les dirigeants social‑démocrates des syndicats avaient pris la même attitude. Le 25 mars, Leipart avait assuré à Hitler que « les syndicats ne chercheraient pas à influencer dans l'immédiat la politique de l'Etat », et qu'ils proposaient de mettre à son service et à celui du ... parlement leurs connaissances et leur expérience en matière économique et sociale ...</p>
<p>[4] La victoire sans combat des bandes hitlériennes avait provoqué à la base de tous les partis social‑démocrates une vague d'indignation. Les dirigeants de ces partis se gardaient bien, hors d'Allemagne, de paraître solidaires de leurs collègues allemands et multipliaient des déclarations les critiquant d'un point de vue de « gauche ». On peut cependant penser que quelques‑uns de ces néophytes étaient sincères, comme devait le démontrer, par exemple l'évolution ultérieure du dirigeant espagnol Largo Caballero.</p>
<p>[5] Allusion à des tentatives d'insurrection communistes aux allures de putsch déclenchées en septembre 1923 en Bulgarie et en décembre 1924 en Esthonie.</p>
<p>[6] C'est en 1926 qu'à la suite de Staline, la direction de l'I.C. avait commencé à développer l'idée, jusque‑là étrangère au bolchevisme, suivant laquelle il était possible de construire le socialisme dans un seul pays, en l'occurrence en Russie. Trotsky estimait que cette affirmation, totalement erronée, ne servait qu'à justifier l'aménagement d'une coexistence pacifique avec le monde capitaliste, souhaitée par la bureaucratie stalinienne au pouvoir en U.R.S.S., et àsubordonner les P.C. aux intérêts de la diplomatie soviétique et de ses alliances.</p>
<p>[7] Le P.C. chinois était entré en 1923 dans le parti nationaliste Kuomintang et était resté soumis à sa discipline pendant les années décisives de la deuxième révolution chinoise. L'Opposition de gauche en Russie avait vainement réclamé que le P.C. Chinois reprenne son indépendance et combatte les projets de coup d'Etat de l'armée du Kuomintang et de son chef Chang Kai‑chek, lesquels, comme on sait, avaient finalement abouti au massacre des militants ouvriers de Shanghaï en avril 1927.</p>
<p>[8] Allusion à l'existence, de 1924 à 1928, du « Coriiité syndical anglo‑russe » qui donnait aux dirigeants syndicaux britanniques la caution des syndicats russes dans une période marquée par ce que Trotsky considérait précisément comme le sabotage par eux de la lutte de classes en Grande‑Bretagne, la grève générale de mai 1926 et la grève des mineurs. Voir à ce sujet l'étude de Daniel F. CALHOUN, The United Front. The TUC and the Russians, op. cit.</p>
<p>[9] Allusion au soulèvement organisé précipitamment dans le port de Canton par des émissaires de l'I.C. à des fins de « propagande interne » et pour laver la direction stalinienne des accusations d'opportunisme. Le soulèvement, parfois appelé « Commune de Canton », éclata le 11 mars 1927 et fut liquidé le 14, ouvrant une période de répression sanglante.</p>
<p>[10] Trotsky appelle « troisième période d'erreurs de l'Internationale communiste » la période de politique ultra‑gauchiste qui commence en 1928.</p>
<p>[11] Allusion aux thèmes utilisés par le K.P.D. en Allemagne durant la période de la montée du nazisme : la social‑démocratie était qualifiée de « social‑fasciste », et les communistes proclamaient que, comme les nazis, ils avaient pour objectif la « révolution populaire » et la « libération nationale ».</p>
<p>[12] La politique de l'I.C. avait consisté à préconiser le « front unique à la base » avec les ouvriers socialistes contre leurs chefs, ce qui équivalait à un refus du front unique.</p>
<p>[13] Trotsky fait ici allusion non seulement aux persécutions qui avaient frappé en U.R.S.S. dirigeants et partisans de l'Opposition de gauche, exclus, emprisonnes ou exilés, mais à la chasse aux militants qui faisaient écho à ses idées dans tous les P.C. du monde.</p>
<p>[14] Trotsky fait allusion notamment à la « journée rouge » du 29 août 1929 où tous les P.C. s'étaient vus assigner la « conquête de la rue » et qui se termina, là où elle fut organisée, par une répression sévère.</p>
<p>[15] Theodor LEIPART (1867-1947), dirigeant des ouvriers syndiqués du bois, puis vice-président des syndicats allemands, avait succédé à Legien à leur tête en 1920. Il cherchait désespérément un accord qui permettrait à son organisation de survivre dans les conditions de la dictature hitlérienne.</p>
<p>[16] Alfred HUGENBERG (1865‑1951), ancien directeur des usines Krupp, se lança en 1919 dans l'action politique en fondant le Deutschnationale Volkspartei, parti conservateur de droite, et construisit un empire de presse. Il était le ministre de l'économie dans le premier gouvernement de Hitler.</p>
<p>[17] Le 18 septembre 1931, une patrouille japonaise ayant découvert un « sabotage » de la voie ferrée près de Moukden, les chefs militaires japonais accusèrent les Chinois de l'avoir organisé. L'incident fournit prétexte à l'occupation de la Mandchourie par l'armée japonaise et à la proclamation de son « indépendance » sous le nom de Manchukuo. La S.D.N. avait constitué une commission qui conclut à l'agression nipponne et en resta là. Le congrès d'Amsterdam s'était contenté d'une déclaration pacifiste.</p>
<p>[18] Le gouvernement autrichien du chancelier Dollfuss s'orientait vers une forme fascisante de l'Etat, mais les forces ouvrières étaient encore intactes.</p></div>
Des témoignages sur l'origine de la légende du « Trotskisme »
https://www.matierevolution.org/spip.php?article9046
https://www.matierevolution.org/spip.php?article90462024-12-12T23:18:00Ztext/htmlfrRobert ParisRussieTrotsky1927StalinismeTrotskisme
<p>Propagande stalinienne antitrotskyste <br class='autobr' />
Le terme de « trotskisme » viendrait de Milioukov, dirigeant du parti KD, dénonçant en 1905 le rôle de Trotski dans le Soviet. Il a été également été utilisé dans les débats du POSDR avant 1917. Mais son usage massif vient des zinoviévistes et des staliniens dans les années 1920. Tout en se réclamant de Lénine, ils laissent entendre que Trotski avait des idées opposées à celui-ci et contre-révolutionnaires. En 1929, la Pravda titre sur « Mister Trotski (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag">1927</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><p>Propagande stalinienne antitrotskyste</p>
<p>Le terme de « trotskisme » viendrait de Milioukov, dirigeant du parti KD, dénonçant en 1905 le rôle de Trotski dans le Soviet. Il a été également été utilisé dans les débats du POSDR avant 1917. Mais son usage massif vient des zinoviévistes et des staliniens dans les années 1920. Tout en se réclamant de Lénine, ils laissent entendre que Trotski avait des idées opposées à celui-ci et contre-révolutionnaires. En 1929, la Pravda titre sur « Mister Trotski au service de la bourgeoisie britannique ». L'Internationale Communiste stalinisée de son côté affirme que « la lutte contre le trotskisme est aujourd'hui l'une des plus importantes tâches de tout le mouvement ouvrier international », et qu'« à l'heure actuelle, toutes les conditions pour écraser la vermine trotskiste existent ».</p>
<p>Dans les années 1930, la propagande stalinienne se fit encore plus grossière et n'utilisait plus que le terme d'« hitléro-trotskistes » pour condamner ses opposants. En France, le PCF et L'Humanité applaudissent à ces consignes. En 1935, L'Humanité exige la mise hors la loi des trotskistes en France, et ne parle désormais plus que des « hitléro-trotskistes au service de l'étranger ». L'apothéose est atteinte avec les procès de Moscou, où Vychinski parle des « bandits trotskistes, vulgaires mouchards et espions » ; affirme que « le trotskisme contre-révolutionnaire est devenu depuis longtemps déjà le pire détachement d'avant-garde du fascisme international », « converti en une des succursales des SS et de la Gestapo »...</p>
<p>Tous les partis communistes épurent leurs rangs, et tout militant critique peut se voir étiqueté de « trotskiste », exclu et diffamé, et souvent molesté. Il devient de plus en plus difficile pour les militants trotskistes de militer, et en particulier dans les entreprises, situation qui perdurera dans les décennies de Guerre froide.</p>
<p>Deux mythes sur le trotskysme</p>
<p>Les calomnies des staliniens contre Trotski et le trotskysme stigmatisent essentiellement deux aspects : la prétendue haine de Trotski pour la paysannerie d'une part, et son prétendu aventurisme putschiste et gauchiste d'autre part. Aujourd'hui, les staliniens ne croient plus guère aux théories qui font de Trotski un agent de la Gestapo ou de l'Intelligence Service britannique ; en revanche, les accusations plus "politiques" contre Trotski peuvent encore, elles, trouver de l'écho.</p>
<p>Haine de la paysannerie</p>
<p>Trotski pensait, comme la plupart des marxistes, que « l'histoire du capitalisme est l'histoire de la subordination de la campagne à la ville »[1] et que la classe ouvrière devait jouer un rôle déterminant. Dans la Russie semi-féodale et majoritairement paysanne, les marxistes, y compris Lénine et les bolchéviks, pensaient qu'il faudrait d'abord une révolution démocratique-bourgeoise, qui repose sur la force de la paysannerie. Trotski a été accusé, en raison de sa théorie de la révolution permanente qui donne un rôle dirigeant à la classe ouvrière, de sous-estimer le potentiel de la paysannerie. Ces accusations ressortent en particulier fin 1923 à des fins polémiques[2]. Cela est renforcé par le fait qu'à ce moment-là Trotski défendait qu'il était urgent de développer en priorité l'industrie (pour renforcer la classe ouvrière et également pour résoudre la crise des ciseaux). Pourtant Trotski n'a quasiment pas eu la moindre divergence pratique avec Lénine et la direction bolchévique en Octobre et après sur la question paysanne. Il était convaincu de la nécessité de s'allier à la paysannerie et a largement réalisé cette alliance dans la pratique en dirigeant l'Armée rouge, armée majoritairement paysanne. Trotski fut également un des premiers à défendre une nouvelle politique économique plus favorable à la paysannerie en 1920, ce que le comité central refuse alors. Et il s'opposera aux collectivisations forcées dans les campagnes menées par Staline en 1928.</p>
<p>Aventurisme et gauchisme</p>
<p>Trotski ne se conduisit jamais de façon aventuriste : contre l'avis de Lénine, il s'opposa à la campagne de Pologne en 1920 ; il s'opposa aussi aux tentatives révolutionnaires avortées des communistes allemands en 1921 et 1923. Ce que les staliniens appellent « aventurisme », c'est tout ce qui dépasse leur horizon devenu réformiste à force de collaborer avec différents partis ou État bourgeois.</p>
<hr class="spip" />
<p>Léon Trotsky</p>
<h2 class="spip">Des témoignages sur l'origine de la légende du « Trotskisme »</h2>
<p>3 janvier 1928</p>
<p>Tels sont les témoignages que j'ai pu recueillir à Moscou. Ils ne font que mettre crûment en lumière ce que les camarades mieux informés comprenaient déjà clairement avant de les connaître.</p>
<p>La légende du « trotskysme » qui fut créée, détruite et de nouveau reconstituée par les seuls et mêmes hommes, suivant les besoins du moment, nous amène à examiner une autre question plus générale : celle des méthodes à admettre dans la lutte politique au sein du parti révolutionnaire. Il n'est pas rare d'entendre dire par des représentants de la majorité actuelle (naturellement dans une conversation privée) :</p>
<p>« Il va de soi que nous savons très bien que l'Opposition n'a rien de commun avec le menchevisme. Mais il s'agit de deux groupes luttant pour le pouvoir, il faut donc de puissants moyens. »</p>
<p>Les maquignons qui sont maintenant dans l'appareil croient qu'une telle façon d'aborder les questions idéologiques est tout à fait réaliste et même véritablement bolchevique. Elle est pourtant profondément imprégnée de cynisme. L'idéologie est dans la lutte de classes une arme tranchante : elle se venge cruellement de ceux qui en abusent. Les cadres du parti se sont formés au cours d'années et de dizaines d'années, sur la base des thèses du marxisme contrôlées par l'expérience de la vie et de la lutte. Abuser des valeurs idéologiques, falsifier les théories, transformer les mots de « menchevisme », de « social-démocrate » etc. en injures vides de sens, tout cela sape inévitablement les bases de la vie du parti, détruit les liens d'idées, démoralise les cadres, désoriente les masses.</p>
<p>Nous ne reconnaissons pas l'existence d'une morale abstraite au-dessus de la réalité, des classes et des intérêts de celles-ci. Mais cela ne signifie nullement que nous ne reconnaissons l'existence d'aucune morale. Ce que l'on peut et ce que l'on ne peut pas faire est déterminé par les intérêts historiques du prolétariat et non par les besoins actuels de l'appareil – ou de la poignée de ceux qui le dirigent.</p>
<p>Il suffit de se représenter clairement, un instant seulement, le jeu répugnant de saute-mouton pratiqué dans le domaine des idées à propos du « trotskysme ». Il n'en a même pas été question entre 1917 et 1923. Pour nous en tenir à l'essentiel, c'est pendant cette période qu'a été élaboré le programme du parti, qu'a été fondée l'Internationale communiste, qu'ont été constitués ses cadres et établis ses documents principaux, parmi lesquels les thèses du Programme et les Manifestes de l'Internationale communiste. En 1923, après que Lénine ait été écarté de toute activité, de sérieuses divergences de vue sont apparues dans le noyau principal du comité central et ces divergences se sont développées, dans le cours des quatre années suivantes, autour de deux lignes de conduite irréconciliables. Le spectre du trotskysme a été lancé sur la scène en 1924 après une soigneuse préparation en coulisses. Zinoviev et Kamenev étaient les inspirateurs de cette campagne. Ils étaient à la tête de ce qu'on appelait à l'époque « la vieille garde bolchevique ». En face, le prétendu « trotskysme ». Mais le noyau des soi-disant « léninistes » scissionne en 1925. Quelques mois plus tard, Zinoviev et Kamenev ont été obligés de reconnaître que le noyau principal de l'Opposition de 23, les prétendus « trotskystes » avaient eu raison dans les questions essentielles sur lesquelles il y avait eu des divergences. Cet aveu est le plus cruel des châtiments encourus par les abus scandaleux commis dans le domaine théorique.</p>
<p>Mais il y a plus : bientôt Zinoviev et Kamenev sont eux-mêmes catalogués comme « trotskystes ». Il est difficile d'imaginer plus implacable ironie du hasard. Zinoviev et Kamenev s'unissent aux dirigeants de l'Opposition de 1923 dans un groupe parfaitement fondé à se dénommer gauche prolétarienne du parti ou bolcheviks-léninistes (Opposition) en opposition au groupe opportuniste Staline, Rykov, Boukharine. Le 15e congrès n'a rien changé à la ligne politique de la majorité ; au contraire, il l'a renforcée. Il a condamné l'Opposition et l'a exclue du parti. Pour Zinoviev et Kamenev, c'est apparu suffisant pour dissimuler le danger de Thermidor et tenter en revanche de ressusciter le fantôme du trotskysme. Il ne serait pas surprenant que Zinoviev se mette à rédiger une brochure contre le danger trotskyste et que Kamenev se mette à faire référence à ses discours et articles de 23-24.</p>
<p>Le manque de principes porte en lui son châtiment. Il se brise contre les faits, sape la confiance et en fin de compte se ridiculise.</p>
<p>Des individualités, même aussi considérables que Zinoviev et Kamenev, viennent et passent. La ligne politique, elle, demeure.</p></div>
Le coup d'État fasciste de Pilsudski
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8005
https://www.matierevolution.org/spip.php?article80052024-10-24T22:18:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>Le coup d'État fasciste de Pilsudski <br class='autobr' />
Léon Trotsky <br class='autobr' />
Bourgeoisie, petite bourgeoisie et prolétariat <br class='autobr' />
Toute analyse sérieuse de la situation politique doit partir des rapports existant entre les trois classes : la bourgeoisie, la petite bourgeoisie (y compris la paysannerie) et le prolétariat. La grande bourgeoisie, puissante du point de vue économique, ne représente, prise en elle-même, qu'une infime minorité. Pour asseoir sa domination, elle doit entretenir des relations bien définies (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
<div class='rss_texte'><p>Le coup d'État fasciste de Pilsudski</p>
<p>Léon Trotsky</p>
<p>Bourgeoisie, petite bourgeoisie et prolétariat</p>
<p>Toute analyse sérieuse de la situation politique doit partir des rapports existant entre les trois classes : la bourgeoisie, la petite bourgeoisie (y compris la paysannerie) et le prolétariat. <br class='autobr' />
La grande bourgeoisie, puissante du point de vue économique, ne représente, prise en elle-même, qu'une infime minorité. Pour asseoir sa domination, elle doit entretenir des relations bien définies avec la petite bourgeoisie et, par l'intermédiaire de cette dernière, avec le prolétariat.</p>
<p>Pour comprendre la dialectique de ces relations, il faut distinguer trois étapes historiques : l'aube du développement capitaliste, lorsque la bourgeoisie pour remplir sa mission, avait besoin de méthodes révolutionnaires ; l'épanouissement et la maturité du régime capitaliste, lorsque la bourgeoisie donna à sa domination des formes ordonnées, pacifiques, conservatrices et. démocratiques ; enfin le déclin du capitalisme, lorsque la bourgeoisie est forcée, pour défendre son droit à l'exploitation, de recourir à la guerre civile contre le prolétariat.</p>
<p>Les programmes politiques caractéristiques de ces trois étapes : le jacobinisme, la démocratie réformiste (y compris la social-démocratie) et le fascisme sont dans leur essence, les programmes des courants petits-bourgeois. Cette circonstance à elle seule montre quelle importance énorme, plus exactement décisive, revêt l'autodétermination politique des couches petites bourgeoises pour le destin de la société bourgeoise dans son ensemble ! <br class='autobr' />
Toutefois, les relations entre la bourgeoisie et sa base sociale principale ne sont nullement fondées sur une confiance réciproque et une collaboration pacifique. Dans sa masse, la petite bourgeoisie est une classe exploitée et humiliée. Elle envie la grande bourgeoisie et souvent la déteste. Par ailleurs, la bourgeoisie, tout en ayant recours au soutien de la petite bourgeoisie, ne lui fait pas confiance, car elle craint toujours, à juste titre, que cette dernière ne soit portée à franchir les limites qui lui ont été départies.</p>
<p>En nettoyant et en frayant la voie au développement de la bourgeoisie, les jacobins entraient à chaque instant en conflit aigu avec la bourgeoisie. Ils la servaient, tout en lui livrant une lutte impitoyable. Après avoir rempli leur mission historique limitée les jacobins tombèrent, car la domination du capital était prédéterminée.</p>
<p>Par toute une série d'étapes, la bourgeoisie affermit son pouvoir sous la forme de la démocratie parlementaire. Là encore, ni de manière pacifique, ni de bon gré. La bourgeoisie craignait mortellement le droit au suffrage universel. Finalement, en combinant les mesures de répression et les concessions, le fouet des privations et les réformes, elle se soumit, dans le cadre de la démocratie formelle, non seulement l'ancienne petite bourgeoisie, mais aussi dans une large mesure le prolétariat par l'intermédiaire de la nouvelle petite bourgeoisie - la bureaucratie ouvrière. En août 1914, la bourgeoisie impérialiste réussit, par le biais de la démocratie parlementaire, à mener à l'abattoir des dizaines de millions d'ouvriers et de paysans.</p>
<p>C'est la guerre qui marque nettement le début du déclin du capitalisme et, surtout, de la forme démocratique de sa domination. Il n'est désormais plus question de nouvelles réformes ni d'aumônes, mais plutôt de rogner et de revenir sur ce qui avait été déjà accordé. La domination politique de la bourgeoisie entre ainsi en contradiction non seulement avec les organes de la démocratie prolétarienne (syndicats et partis politiques), mais aussi avec la démocratie parlementaire dans le cadre de laquelle se sont constituées les organisations ouvrières. D'où la croisade contre le marxisme d'une part, contre le parlementarisme démocratique d'autre part.</p>
<p>Dans le passé, les sommets dirigeants de la bourgeoisie libérale se sont avérés incapables de venir à bout avec leurs seules forces, de la monarchie, des féodaux et de l'Eglise ; de même les magnats du capital financier ne peuvent venir à bout du prolétariat avec leurs seules forces. L'aide de la petite bourgeoisie leur est indispensable. Pour cela, il faut l'alerter, la mobiliser, la remettre sur pieds et l'armer. Mais cette période présente des dangers. Tout en l'utilisant, la bourgeoisie a peur du fascisme. En mai 1926, Pilsudsky fut obligé de sauver la société bourgeoise par un coup d'Etat dirigé contre les partis traditionnels de la bourgeoisie polonaise. L'affaire alla si loin que le dirigeant officiel du Parti communiste polonais, Varsky, qui était passé des positions de Rosa Luxembourg sur les positions de Staline et non sur celles de Lénine, prit le coup d'Etat de Pilsudsky pour le chemin menant à la " dictature révolutionnaire démocratique " et appela les ouvriers à soutenir Pilsudsky. <br class='autobr' />
Lors de la séance de la commission polonaise du Comité exécutif de l'Internationale communiste, l'auteur de ces lignes déclarait à propos des événements en Pologne : <br class='autobr' />
" Globalement, le coup d'Etat de Pilsudsky apparaît comme un moyen petit-bourgeois, " plébéien ", de résoudre les tâches urgentes de la société bourgeoise sur le point de s'écrouler. Ce qui le rapproche nettement du fascisme italien.</p>
<p>" Ces deux courants ont indiscutablement des traits communs : leurs troupes de choc se recrutent avant tout au sein de la petite bourgeoisie : Pilsudsky comme Mussolini a agi en employant des moyens extra-parlementaires, ouvertement violents, et les méthodes de la guerre civile ; tous deux cherchaient non à renverser la société bourgeoise, mais au contraire à la sauver. Si, dans un premier temps, ils ont remis en selle les masses petites-bourgeoises, ils se sont unis à la grande bourgeoisie après leur arrivée au pouvoir. A ce propos, une généralisation historique s'impose involontairement à l'esprit, pour laquelle il faut se rappeler la définition donnée par Marx du jacobinisme, comme un moyen plébéien de venir à bout des ennemis féodaux de la bourgeoisie... C'était à l'époque de l'essor de la bourgeoisie. Il faut dire maintenant qu'à l'époque du déclin de la bourgeoisie, cette dernière a de nouveau besoin de procédés " plébéiens ", pour résoudre ses tâches, non plus progressistes mais totalement réactionnaires. Et, en ce sens, le fascisme est une caricature du jacobinisme... <br class='autobr' />
" La bourgeoisie décadente n'est pas capable de se maintenir au pouvoir par les méthodes et les moyens de l'Etat parlementaire qu'elle a construit ; le fascisme en tant qu'instrument d'autodéfense lui est nécessaire, au moins dans les moments les plus critiques. Mais la bourgeoisie n'aime pas cette façon " plébéienne " de résoudre ses problèmes. Elle manifeste une très grande hostilité à l'égard du jacobinisme qui fraya dans le sang le chemin du développement de la société bourgeoise. Les fascistes sont infiniment plus proches de la bourgeoisie décadente, que les jacobins de la bourgeoisie montante. Mais la bourgeoisie bien établie n'aime pas la manière fasciste de résoudre ses problèmes, car les secousses, même dans les intérêts de la société bourgeoise, ne sont pas sans risques pour elle. D'où l'antagonisme entre le fascisme et les partis traditionnels de la bourgeoisie... <br class='autobr' />
" La grande bourgeoisie n'apprécie pas les méthodes fascistes, de même qu'un homme qui a mal à la mâchoire, n'aime pas qu'on lui arrache des dents. Les cercles respectables de la société bourgeoise regardaient avec haine les exercices du dentiste Pilsudsky, mais finalement ils se sont soumis à l'inévitable, certes avec des menaces, des marchandages et des trafics. Et voilà que l'idole d'hier de la petite bourgeoisie se transforme en gendarme du capital. " <br class='autobr' />
A cette tentative de définir la place historique du fascisme, comme relève politique de la social-démocratie, la direction officielle opposa la théorie du social-fascisme. Dans les premiers temps, elle pouvait apparaître comme une stupidité, certes prétentieuse et tapageuse mais inoffensive. Les événements qui ont suivi ont montré quelle influence désastreuse la théorie stalinienne a exercée sur le développement de l'Internationale communiste.</p>
<p>Faut-il conclure des rôles historiques du jacobinisme, de la démocratie et du fascisme, que la petite bourgeoisie est condamnée à rester jusqu'à la fin de ses jours un instrument entre les mains du capital ? S'il en était ainsi, la dictature du prolétariat serait impossible dans une série de pays où la petite bourgeoisie constitue la majorité de la nation, et rendue extrêmement difficile dans d'autres pays où la petite bourgeoisie constitue une minorité respectable. Heureusement, il n'en est pas ainsi. L'expérience de la Commune de Paris, au moins dans les limites d'une ville, puis l'expérience de la Révolution d'octobre, à une échelle infiniment plus grande dans le temps et dans l'espace, ont prouvé que l'alliance de la petite et de la grande bourgeoisie n'est pas éternelle. Si la petite bourgeoisie est incapable de mener une politique indépendante (et c'est en particulier pour cette raison qu'une " dictature démocratique " petite-bourgeoisie est irréalisable), il ne lui reste qu'à choisir entre le prolétariat et la bourgeoisie.</p>
<p>A l'époque de la montée, de la croissance et de l'épanouissement du capitalisme, la petite bourgeoisie, malgré de violentes explosions de mécontentement, restait avec une relative docilité dans l'attelage capitaliste. C'était d'ailleurs la seule chose qu'elle avait à faire. Mais dans les conditions du capitalisme pourrissant, dans une situation économique sans issue, la petite bourgeoisie aspire, tente et essaie de s'arracher à la tutelle des anciens maîtres et dirigeants de la société. Elle est tout à fait susceptible de lier son sort à celui du prolétariat. Pour cela, une seule chose est nécessaire : il faut que la petite bourgeoisie soit persuadée de la capacité du prolétariat à engager la société sur une voie nouvelle. Le prolétariat ne peut lui inspirer une telle confiance que par sa force, son assurance dans l'action, une offensive hardie contre l'ennemi et le succès de sa politique révolutionnaire.</p>
<p>Mais, malheur si le parti révolutionnaire ne se montre pas à la hauteur de la situation ! La lutte quotidienne du prolétariat accentue l'instabilité de la société bourgeoise. Les grèves et les troubles politiques détériorent la situation économique du pays. La petite bourgeoisie pourrait se résigner provisoirement à des privations croissantes, si son expérience lui prouvait que le prolétariat est capable de l'arracher à sa situation présente, pour la mener sur une voie nouvelle. Mais si le parti révolutionnaire, malgré la constante aggravation de la lutte des classes, s'avère toujours incapable de rassembler autour de lui le prolétariat, s'agite vainement, sème la confusion et se contredit lui-même, la petite bourgeoisie perd alors patience et commence à voir dans les ouvriers le responsable de ses propres malheurs. Tous les partis de la bourgeoisie, y compris la social-démocratie, s'efforcent de l'en persuader. Et lorsque la crise revêt une gravité insupportable, un parti se met en avant, avec le but déclaré de chauffer à blanc la petite bourgeoisie et de diriger sa haine et son désespoir contre le prolétariat. En Allemagne, cette fonction historique est remplie par le national-socialisme, large courant dont l'idéologie se forme à partir de toutes les exhalaisons putrides de la société bourgeoise en décomposition.</p>
<p>La responsabilité politique fondamentale de la croissance du fascisme retombe, évidemment, sur la social-démocratie. Depuis la guerre impérialiste, la politique de ce parti a consisté à effacer de la conscience du prolétariat l'idée d'une politique indépendante, à le convaincre du caractère éternel du capitalisme et à le mettre à genoux devant la bourgeoisie en décomposition. La petite bourgeoisie peut se ranger du côté des ouvriers si elle voit en eux un nouveau maître.</p>
<p>La social-démocratie apprend à l'ouvrier à se comporter comme un laquais. La petite bourgeoisie ne suivra pas un laquais. La politique du réformisme enlève au prolétariat toute possibilité de diriger les masses plébéiennes de la petite bourgeoisie et, par là même, transforme ces dernières en chair à canon du fascisme.</p>
<p>Pour nous, la responsabilité de la social-démocratie n'épuise pas le problème politique. Depuis le début de la guerre, nous avons caractérisé ce parti comme le représentant de la bourgeoisie impérialiste au sein du prolétariat.</p>
<p>Cette nouvelle orientation des marxistes révolutionnaires a donné naissance à la IIIème Internationale. Sa tâche était de réunir le prolétariat sous le drapeau de la révolution et par là, de lui assurer une influence dirigeante sur les masses opprimées de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes.</p>
<p>La période de l'après-guerre fut marquée, en Allemagne plus que partout ailleurs, par une situation économique sans issue et la guerre civile. La situation internationale et la situation intérieure, tout poussait impérieusement l'Allemagne sur la voie du socialisme. A chaque pas, la social-démocratie révélait son vide intérieur et son impuissance, le caractère réactionnaire de sa politique et la vénalité de ses dirigeants. Que fallait-il de plus au Parti communiste pour se développer ? Cependant, après avoir connu d'importants succès, les premières années, le Parti communiste allemand entra dans une période d'errements, de zigzags, où l'opportunisme succédait à l'aventurisme. La bureaucratie centriste affaiblissait systématiquement l'avant-garde du prolétariat, l'empêchant d'entraîner la classe à sa suite. Par là, elle enlevait au prolétariat dans son ensemble la possibilité d'entraîner à sa suite les masses opprimées de la petite bourgeoisie. La bureaucratie stalinienne porte devant l'avant-garde du prolétariat une responsabilité directe et immédiate pour la croissance du fascisme.</p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_mai_(Pologne" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_mai_(Pologne</a>)</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/08/Pologne_BO.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/08/Pologne_BO.htm</a></p></div>
Comment le stalinisme a inventé l' « hitléro-trotskisme »
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8015
https://www.matierevolution.org/spip.php?article80152024-08-27T22:11:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeFascismeTrotskisme
<p>Comment le stalinisme a inventé l' « hitléro-trotskisme » <br class='autobr' />
Trotsky : aucun soutien au fascisme Texte 1 <br class='autobr' />
Texte 2 <br class='autobr' />
Texte 3 <br class='autobr' />
Texte 4 <br class='autobr' />
Texte 5 <br class='autobr' />
Texte 6 <br class='autobr' />
Texte 7 <br class='autobr' />
Texte 8 <br class='autobr' />
Texte 9 <br class='autobr' />
Texte 10 <br class='autobr' />
Texte 11 <br class='autobr' />
Texte 13 <br class='autobr' />
La vieille calomnie stalinienne continue de fleurir….</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
/
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Comment le stalinisme a inventé l' « hitléro-trotskisme »</h2>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/cvf/cvf.htm" class="spip_out" rel="external">Trotsky : aucun soutien au fascisme</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/10/gpu.htm" class="spip_out" rel="external">Texte 1</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160" class="spip_out" rel="external">Texte 2</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6243" class="spip_out" rel="external">Texte 3</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693" class="spip_out" rel="external">Texte 4</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5000" class="spip_out" rel="external">Texte 5</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6071" class="spip_out" rel="external">Texte 6</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/ldc44s_030645.htm" class="spip_out" rel="external">Texte 7</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263" class="spip_out" rel="external">Texte 8</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3681" class="spip_out" rel="external">Texte 9</a></p>
<p><a href="https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/010617/hitlero-trotskyste" class="spip_out" rel="external">Texte 10</a></p>
<p><a href="http://www.trotsky.com.fr/wa4_79.html</p>
<p>[Texte 12 -> https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6302" class="spip_out" rel="external">Texte 11</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850" class="spip_out" rel="external">Texte 13</a></p>
<p><a href="https://trotskologie.fandom.com/wiki/Hitl%C3%A9ro-trotskisme" class="spip_out" rel="external">La vieille calomnie stalinienne continue de fleurir….</a></p></div>
Luttes de classes en France en 1935, avant le front populaire
https://www.matierevolution.org/spip.php?article8758
https://www.matierevolution.org/spip.php?article87582024-08-20T22:47:00Ztext/htmlfrRobert ParisFranceManifestationFascismeLutte de classes - Class struggleGilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet
<p>Luttes de classes en France en 1935, avant le front populaire <br class='autobr' />
La lutte des travailleurs n'a pas été enclenchée par la mise en place du gouvernement de front populaire, contrairement à ce qui a été souvent dit. C'est plutôt l'inverse : la bourgeoisie n'a eu besoin du faux espoir, du dérivatif, de la tromperie et de l'encadrement, nés de l'alliance de la gauche (SFIO, PCF et CGT essentiellement) et du centre (parti radical), que parce que la classe ouvrière était en pleine montée des luttes (…)</p>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory">1-2 Réformisme, stalinisme et fascisme contre la révolution sociale</a>
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<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag">Manifestation</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag">Fascisme</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>,
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag">Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Luttes de classes en France en 1935, avant le front populaire</h2>
<p>La lutte des travailleurs n'a pas été enclenchée par la mise en place du gouvernement de front populaire, contrairement à ce qui a été souvent dit. C'est plutôt l'inverse : la bourgeoisie n'a eu besoin du faux espoir, du dérivatif, de la tromperie et de l'encadrement, nés de l'alliance de la gauche (SFIO, PCF et CGT essentiellement) et du centre (parti radical), que parce que la classe ouvrière était en pleine montée des luttes face à la misère, au chômage, au fascisme et à la marche à la guerre.</p>
<p>Des comités de base antifascistes naissent parmi les travailleurs de France qui manifestent massivement contre l'extrême droite :</p>
<p><a href="https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1998_num_58_1_3744" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1998_num_58_1_3744</a></p>
<p><a href="https://books.openedition.org/pur/103880?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.openedition.org/pur/103880?lang=fr</a></p>
<p>Lorsque le front populaire sera arrivé au pouvoir, il se chargera rapidement de décevoir les espoirs mis en lui et de mener la France au pouvoir fasciste. Le front populaire de 1936 en France était le pire ennemi de la grève ouvrière de masse contre la misère, le fascisme et la guerre.</p>
<p>Voir ici : <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670</a></p>
<p>Où va la France en fin 1934</p>
<p>En France, certes, on s'est longtemps bercé de l'idée que le fascisme n'avait rien à voir avec ce pays. Car la France est une république, où toutes les questions sont tranchées par le peuple souverain au moyen du suffrage universel. Mais, le 6 février, quelques milliers de fascistes et de royalistes, armés de revolvers, de matraques et de rasoirs, ont imposé au pays le réactionnaire gouvernement Doumergue, sous la protection duquel les bandes fascistes continuent à grandir et à s'armer. Que nous prépare demain ?</p>
<p>En France, certes, comme dans d'autres pays d'Europe -l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suisse, les pays scandinaves -, il existe encore un Parlement, des élections, des libertés démocratiques ou tout au moins leurs débris. Mais dans tous ces pays, la lutte des classes s'exacerbe dans le même sens qu'auparavant en Allemagne et en Italie. Celui qui se console avec l'affirmation que "la France n'est pas l'Allemagne" est un imbécile sans espoir. Dans tous les pays agissent aujourd'hui des lois identiques, celles de la décadence du capitalisme. Si les moyens de production demeurent entre les mains d'un petit nombre de capitalistes, il n'existe pas de salut pour la société qui est condamnée à aller de crise en crise, de misère en misère, de mal en pis. Selon les pays, les conséquences de la décrépitude et de la décadence du capitalisme s'expriment sous des formes diverses et se développent à des rythmes inégaux. Mais le fond du processus est partout le même. La bourgeoisie a conduit sa société à la faillite. Elle n'est capable d'assurer au peuple ni le pain ni la paix. C'est précisément pourquoi elle ne peut plus désormais supporter l'ordre démocratique. Elle est contrainte d'écraser les ouvriers par la violence physique. Or il est impossible de venir à bout du mécontentement des ouvriers et des paysans au moyen de la seule police ; il est trop souvent impossible de faire marcher l'armée contre le peuple, car elle commence à se décomposer et cela se termine par le passage d'une grande partie des soldats du côté du peuple. C'est pour ces raisons que le grand capital est contraint de constituer des bandes armées spécialisées, dressées à la lutte contre les ouvriers, comme certaines races de chiens contre le gibier. La signification historique du fascisme est qu'il doit écraser la classe ouvrière, détruire ses organisations, étouffer la liberté politique, et cela précisément au moment où les capitalistes sont incapables de continuer à dominer et à diriger par l'intermédiaire du mécanisme démocratique.</p>
<p>Son matériel humain, le fascisme le recrute surtout au sein de la petite bourgeoisie. Celle-ci est finalement ruinée par le grand capital et il n'existe pas pour elle d'issue dans la structure sociale actuelle : mais elle n'en connaît pas d'autre. Son mécontentement, sa révolte, son désespoir, les fascistes les détournent du grand capital pour les diriger contre les ouvriers : On peut dire du fascisme qu'il est une opération de "luxation" des cerveaux de la petite bourgeoisie dans l'intérêt de ses pires ennemis. Ainsi, le grand capital ruine d'abord les classes moyennes puis, à l'aide de ses mercenaires, les démagogues fascistes, il tourne contre le prolétariat la petite bourgeoisie sombrant dans le désespoir. Ce n'est que par de tels procédés de brigand que le régime bourgeois parvient encore à se maintenir Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce qu'il soit renversé par la révolution prolétarienne…</p>
<p>Le parti radical est le parti à l'aide duquel la grande bourgeoisie entretenait les espoirs de la petite bourgeoisie en une amélioration progressive et pacifique de sa situation. Les radicaux n'ont pu jouer ce rôle qu'aussi longtemps que la situation économique de la petite bourgeoisie restait supportable, qu'elle n'était pas véritablement ruinée, qu'elle gardait espoir en l'avenir. Le programme des radicaux a toujours été, certes, un simple chiffon de papier. Ils n'ont accompli et ne pouvaient accomplir aucune réforme sociale sérieuse en faveur des travailleurs : la grande bourgeoisie qui détient tous les véritables leviers du pouvoir, les banques et la Bourse, la grande presse, les hauts fonctionnaires, la diplomatie, l'Etat-major, ne le leur eût pas permis. Mais ils obtenaient de temps à autre, en faveur de leur clientèle, surtout en province, quelques petites aumônes et entretenaient par là les illusions des masses populaires. Ainsi en allait-il jusqu'à la dernière crise. Actuellement, il devient clair, même pour le paysan le plus arriéré, qu'il ne s'agit pas d'une crise ordinaire passagère comme il y en eut un certain nombre avant la guerre, mais d'une crise de l'ensemble du système social. Il faut des mesures hardies et décisives. Lesquelles ? Le paysan ne le sait pas. Personne ne le lui a dit comme il eût fallu le lui dire.</p>
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<h2 class="spip">Alfred Rosmer, dans sa préface au Journal d'exil de Trotsky</h2>
<p>Dans les premiers jours de 1934, le prétexte d'une agitation contre le ministère radical alors au pouvoir, et contre le parlementarisme en général, avait été fourni par un scandale financier dans lequel des hommes politiques étaient plus ou moins compromis. De tels scandales éclatent de temps à autre dans tous les pays et sous tous les régimes (en Angleterre, Lloyd George lui-même...) et la guerre et l'après-guerre étaient des temps particulièrement favorables à leur éclosion. Durant tout un mois, des manifestations bruyantes s'étaient déroulées chaque soir dans les alentours du Palais-Bourbon. Jeunesses patriotes profascistes, camelots de l'Action française royaliste, Croix de feu, association nationaliste d'anciens combattants, occupaient rues et boulevards aux cris de : " A bas les voleurs !" La police, sous les ordres du préfet Chiappe, complice des manifestants, les favorisait. Bien qu'il y eût, parmi ces défenseurs de l'honnêteté, des hommes qui avaient reçu des subsides de l'escroc (l'enquête ultérieure révéla que celui-ci avait distribué deux millions à la "grande" et à la "petite" presse, journaux de gauche et de droite avaient " touché ") ces démonstrations répétées trouvèrent un écho dans cette partie du public qu'il est toujours facile en France d'enrôler sous la bannière de l'antiparlementarisme – un antiparlementarisme loquace mais tout de surface – et furent encouragées par un premier succès : le ministère présidé par le radical Chautemps, dont un des membres se trouva impliqué dans l'affaire, se retira. Un autre radical, Daladier, reprenait le pouvoir.</p>
<p>Pour former le nouveau gouvernement, il procéda avec une telle hâte et une si incroyable maladresse qu'il s'aliéna les socialistes dont le concours lui était pourtant indispensable. Le ministère, à peine formé, semblait peu viable. Cependant Daladier prit une sérié de mesures imprévues qui changèrent aussitôt la situation. Pour reprendre les socialistes, il retire Chiappe de la préfecture de police ; alors, ce sont les ministres du centre qui démissionnent. La confusion est complète, et cette incohérence n'est certes pas de nature à renforcer la position du gouvernement ni celle des gauches, en général. Par contre, elle favorise et encourage les hommes qui, de la coulisse, dirigent l'agitation. Et c'est alors qu'ils décident d'en appeler à un assaut général dirigé contre le Palais-Bourbon au jour où le nouveau ministère doit se présenter devant les Chambres : c'est le Six Février 1934.</p>
<p>Excités par les dirigeants des Ligues, les manifestants attaquèrent furieusement en direction du Palais-Bourbon ; seule la résistance des gardes mobiles les empêcha de franchir le pont de la Concorde, mais il y eut, cette fois, dix-neuf morts et de nombreux blessés.</p>
<p>Daladier parut d'abord résolu à tenir tête aux Ligues réactionnaires, responsables directement de l'émeute et de ses victimes. Sa résistance ne dura qu'un matin ; dans l'après-midi du 7 février, il porta sa démission à l'Elysée.</p>
<p>La situation était grave ; par leurs hésitations, leurs faiblesses, leur incohérence, les radicaux avaient perdu tout crédit, ils avaient vainement dilapidé le capital de confiance que les électeurs leur avaient, à deux reprises, accordé. Mais les dirigeants des Ligues, et leurs inspirateurs, n'étaient pas moins impopulaires ni moins impuissants, et il n'y eut, chez quelques-uns d'entre eux, que des velléités de coup d'Etat et de renversement du régime. Pour l'instant, ils étaient satisfaits d'avoir chassé le ministère radical, et semblaient vouloir s'en contenter. Mais comment en sortir ? Et à qui faire appel ?</p>
<p>La question n'était pas nouvelle pour le président de la République, Albert Lebrun. Cette danse de ministères qui ne durent que quelques mois mais sont dirigés toujours par les mêmes équipes, et la difficulté d'assurer une certaine stabilité gouvernementale quand ce sont les hommes d'ordre qui se font émeutiers, l'obligent à chercher à une situation exceptionnelle une solution exceptionnelle. Il est amené ainsi à s'orienter vers une sorte d'union nationale qui mettrait fin à ces querelles, désormais pleines de péril comme l'émeute vient de le montrer. Pour cette politique, il tient un homme en réserve : son prédécesseur à l'Elysée, Doumergue. Il n'est rien de plus qu'un politicien habile, mais s'étant retiré discrètement, son septennat achevé, dans un village méridional, il est en mesure de se placer, tel un arbitre, au-dessus des partis et de favoriser la formation d'un rassemblement national. Dès avant le 6 février, le président Lebrun l'avait pressenti ; il avait alors refusé de jouer ce rôle, préférant demeurer dans son village, loin de l'agitation.</p>
<p>Au lendemain de l'émeute, Lebrun se fit pressant ; les ouvriers se dressaient contre les Ligues, la crise économique persistait, le nombre grandissant des chômeurs approchait cinq cent mille ; il dit à Doumergue : " Si vous refusez, je démissionne... Nous devons l'un et l'autre faire des sacrifices. " D'autres influences agirent dans le même sens et, finalement, Doumergue consentit à quitter son village et à rentrer dans la mêlée politique, mais cette fois avec le prestige exceptionnel de l'homme jugé indispensable. Pour former son gouvernement, il prend avec lui les chefs des deux formations politiques hostiles, Herriot et Tardieu ; Laval devient ministre pour la première fois, le néo-socialisme entre au ministère avec Marquet ; un des radicaux qui acceptent de donner leur caution à cette opération, Sarraut, est à l'Intérieur.</p>
<p>La Chambre lui donne une majorité massive : quatre cent deux députés votent la confiance, et il n'y a que cent vingt-cinq opposants. Doumergue ne dédaigne pas pour autant les manoeuvres familières aux politiciens ; par un artifice de procédure, Léon Blum se trouve empêché de faire entendre à la tribune la voix de l'opposition ; il est réduit à publier dans le Populaire le discours qu'il n'a pu prononcer ; l'apostrophe par laquelle il voulait saluer le nouveau gouvernement : " Vous êtes le ministère de l'émeute ! " est ainsi privée du retentissement que lui aurait donné la tribune.</p>
<p>Sa voix reste, d'ailleurs, isolée ; c'est, dans la quasi-unanimité de la presse, un concert de louanges démesurées : " Grand Français ! Grand patriote ! " " Quelle joie d'avoir un tel président ! " " Chef idéal d'un gouvernement sauveur et réparateur ! L'homme dont la nation a besoin ! " Le Figaro voudrait des ministres pris hors du Parlement. La Bourse est favorable, les rentes montent, le franc est solide. Tout y est, même le chantage : " Si Doumergue tombe, c'est la guerre civile ", s'écrie de Kérillis dans l'Echo de Paris. " Nous verrions reparaître ce Cartel qui vient de s'effondrer dans le sang et la boue, et qui, ivre de colère et de revanche, nous conduirait tout droit à la guerre civile. " Parlant à la Radio, Doumergue demande la collaboration du pays tout entier : " Il faut l'aider. "</p>
<p>Ce ministère d'union nationale dura neuf mois (9 février-8 novembre 1934). Son prestige initial avait été progressivement déclinant ; malgré les pleins pouvoirs qu'il s'était fait octroyer, on le voyait tout aussi incapable que ses prédécesseurs, aussi impuissant à dominer les problèmes, qui depuis la fin de la guerre, angoissaient les Français ; les acclamations des premiers jours étaient oubliées ; son départ ne fut pas le signal de la guerre civile : c'est dans l'indifférence générale qu'il repartit vers son village.</p>
<p>Le rôle qu'il avait été appelé à jouer était terminé ; il avait été celui de l'arbitre d'une bataille où les combattants ne veulent ou ne peuvent s'engager à fond. Au 6 février des Ligues avait répondu une grève générale d'un jour, rassemblant dans la région parisienne une masse ouvrière numériquement considérable, et il en avait été de même dans toute la France. Et les choses en étaient restées là. Mais il ne s'agissait que d'une pause ; les conditions qui avaient favorisé l'appel à l'émeute restaient aussi impérieuses ; la flambée réactionnaire qui avait atteint son point culminant au 6 février pouvait paraître éteinte ; il n'en était rien. Si les hommes qui l'avaient préparée se contentaient, provisoirement, d'avoir écarté les radicaux du pouvoir, ils n'oubliaient pas que c'était par l'émeute qu'ils avaient atteint leur but et l'émeute faisait désormais partie de leur programme d'action. Un colonel des Isnards, conseiller municipal de Paris, membre du clan qui avait dirigé l'émeute, formula publiquement la pensée de ses partenaires : " Il y a des cas où l'émeute est un devoir sacré... Il était utile de descendre dans la rue. "</p>
<p>Ils tiraient la leçon des événements mieux que ne le faisaient les ouvriers, demeuraient agressifs, s'organisaient pour l'action clandestine, créaient de nouvelles ligues dont les membres s'armaient ; leurs journaux étaient d'une violence extrême ; par peur du communisme, la bourgeoisie française glissait vers le fascisme et le national-socialisme : Mussolini et Hitler avaient montré comment on mate la classe ouvrière et comment on chasse le spectre de la révolution socialiste ; ils étaient pour elle des modèles, même quand l'un revendiquait Nice et la Tunisie, et quand l'autre déchirait le traité de Versailles.</p>
<p>Où va la France ? C'est la question qui s'impose. Trotsky la pose à son tour, mais il indique tout de suite que pour pouvoir y répondre il faut placer les événements du jour dans une juste perspective que l'étude de situations identiques qui se sont développées récemment ailleurs permettra de préciser. Mais d'abord que sont ces régimes nouveaux qu'on voit surgir ici et là, dans divers pays d'Europe ; ils s'édifient sur les décombres des démocraties que la guerre mondiale a affaiblies ou détruites – momentanément ou pour toujours ? Ils sapent délibérément les bases traditionnelles de la démocratie bourgeoise ou parlementaire ; ils triomphent et s'imposent par une grossière démagogie qu'appuie une violence raisonnée méthodiquement appliquée.</p>
<p>La persistance de la crise économique déclenchée par l'effondrement de Wall Street en octobre 1929 dont les répercussions se font sentir à travers le monde contribue à compliquer une situation générale déjà difficile. En France, où ses effets ne se sont manifestés qu'avec un assez long retard mais sont maintenant au plus haut point, elle se double d'une crise financière que les cabinets radicaux tentent vainement de résoudre ; elle rend leur existence précaire en les exposant aux coups d'adversaires sans scrupules.</p>
<p>Les énormes découverts qui grèvent les finances publiques facilitent les attaques des réactionnaires fascisants. Cependant les déficits sont à la fois le fait de la guerre et de leur politique ; ils ont été au pouvoir depuis la fin de la guerre – sauf deux brèves périodes. Le budget de 1935 se soldera par un déficit de six milliards auquel il faut ajouter celui des chemins de fer – quatre milliards, et les échéances financières s'élèvent à dix milliards. La spéculation a beau jeu ; elle s'exerce du dehors mais elle trouve des complicités à l'intérieur, et précisément chez les ultra-nationalistes. Pour dominer cette situation, il faudrait proposer et imposer des mesures exceptionnelles, ne pas tolérer la dictature des banques. Quand Herriot demande des pouvoirs spéciaux, le Parlement les lui refuse – comme il les a refusés lui-même aux autres ministres radicaux qui se sont succédé au pouvoir depuis 1932 – et comme en 1926 il s'est borné à constater l'existence d'un " mur d'argent ", il ne fera que dénoncer en paroles les " naufrageurs de la monnaie ".</p>
<p>Mais si la bourgeoisie française devient accueillante aux conceptions fascistes et nazies, si on peut voir ses journaux sacrifier délibérément l'intérêt national à la défense de ses privilèges, les organisations prolétariennes n'échappent pas à une double contamination.</p>
<p>Le " plan de travail " imaginé par le socialiste belge Henri de Man pour résoudre la crise, et défendu par lui avec persévérance, trouve un écho dans beaucoup de pays. En France, il favorise la formation, au sein du Parti socialiste, d'une tendance " néo-socialiste " sur les bases de ce planisme ; aux formules socialistes classiques qu'elle juge désuètes elle en oppose une autre où il n'y a plus rien de socialiste : " Ordre, autorité, nation " ; elle fait siennes les thèses du socialiste belge inspirées, selon ses propres paroles, " de principes autoritaires et corporatistes nettement opposés aux conceptions traditionnelles de la social-démocratie " et qui demandent la substitution à l'Etat politique actuel d'un " Etat économique nouveau ". Accentuant sa formule de " l'Etat fort ", de Man aboutissait à cette conclusion : " Ce n'est pas par la révolution qu'on peut arriver au pouvoir ; c'est par le pouvoir qu'on peut arriver à la révolution. "</p>
<p>Ce planisme et ce néo-socialisme, qui correspondent déjà si exactement au soi-disant marxisme-léninisme stalinien, trouvent un puissant renfort dans le brusque " tournant " que prend alors la politique de Staline, un de ces zigzags qui la jettent d'un coup d'un infantilisme gauchiste vers l'extrême-droite. L'arrivée de Hitler au pouvoir, puis le retrait de l'Allemagne de la Société des Nations, d'autres craquements dans l'Europe non viable fabriquée à Versailles, ont bouleversé la situation internationale. Le gouvernement britannique, conservateur, s'efforcera d'apaiser l'inquiétude que ces événements ont fait naître. Eden ira à Berlin, tentera de ramener Hitler sur une position conciliante : en vain. Mais il poursuivra son voyage jusqu'à Moscou, où il trouvera le terrain déjà préparé pour un accord. La Russie a pris, à Genève, la place abandonnée par l'Allemagne ; Litvinov, ministre de rechange des Affaires étrangères, y trône, prononçant des discours antifascistes ; les négociations aboutiront à la conclusion d'un pacte de sécurité mutuelle ; Laval sera à Moscou le 15 mai, et le lendemain les journaux publieront l'étonnant communiqué : " ... M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité. " Du jour au lendemain, les chefs communistes de tous les pays feront une nouvelle mais totale conversion. Ainsi, tandis que hantée par le spectre du communisme la bourgeoisie française s'est décomposée, parallèlement, le prolétariat a été démoralisé par Staline.</p>
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<h2 class="spip">Journal d'exil de Léon Trotsky séjournant en France </h2>
<p>Il est difficile d'imaginer une occupation plus pénible que la lecture de Léon Blum. Cet homme cultivé, et intelligent à sa manière, on dirait qu'il s'est donné pour but dans la vie de ne rien dire d'autre que de plates inanités et de prétentieuses sottises. La clé de l'énigme, c'est qu'il est, politiquement, depuis longtemps périmé. Toute l'époque actuelle dépasse sa taille. Son tout petit talent, valable pour les couloirs, prend un air pitoyable et nul dans l'effrayant tourbillon de nos jours.</p>
<p>Dans le numéro d'aujourd'hui, il consacre un article au 6 février. Bien sûr, le fascisme n'a pas eu sa journée ! Mais Flandin n'est tout de même pas à la hauteur : Les émeutiers fascistes se fortifient contre sa faiblesse. Blum le fort reproche à Flandin sa faiblesse. Blum pose à Flandin un ultimatum : Pour ou contre l'émeute fasciste ! Mais Flandin n'est nullement obligé de choisir. Toute sa " force " est dans le fait qu'il est entre l'émeute fasciste et la défense ouvrière. La résultante tend d'autant plus vers le fascisme que Blum et Cachin sont plus faibles.</p>
<p>Staline a un jour laissé tomber cet aphorisme : La social-démocratie et le fascisme sont jumeaux ! Les jumeaux, maintenant, ce sont la social-démocratie et le stalinisme, Blum et Cachin. Ils font tout ce qu'il faut pour assurer la victoire du fascisme.</p>
<p>Même manchette triomphante dans l'Humanité : " Ils n'ont pas eu leur journée ! " Ce triomphe du puissant " Front Uni ", c'est le faible Flandin qui l'a assuré. La menace du Front Uni, de faire descendre les ouvriers sur la place de la Concorde, c'est-à-dire d'exposer les masses sans armes et sans organisation aux revolvers et aux casse-tête de bandes militarisées, serait un criminel aventurisme, si c'était une menace sérieuse. Mais il n'y a là qu'un bluff arrangé d'avance avec le " faible " Flandin. Victor Adler (où est son parti ?) fut au bon vieux temps un maître inégalé de cette tactique-là. Les invectives d'aujourd'hui contre Flandin dans le Popu aussi bien que dans l'Huma, ne sont que le camouflage de l'accord conclu hier avec lui. Ces Messieurs croient tromper l'histoire. Ils ne trompent qu'eux-mêmes. Et le Temps, pendant ce temps-là, part en guerre contre la corruption et le déclin des mœurs...</p>
<p>Le ministère de l'Intérieur a interdit les contre-manifestations ouvrières prévues pour le 11 février. Du moment où Cachin-Blum exigent du " faible " Flandin la dissolution des ligues fascistes, ils le rendent par là même suffisamment fort contre les organisations ouvrières. C'est typiquement le mécanisme du néo-bonapartisme. Cachin-Blum, naturellement, vont dans leur presse maudire Flandin : c'est également utile et à Flandin et à eux-mêmes. Mais en leur for intérieur ces messieurs se réjouiront de l'interdiction des manifestations ouvrières : tout, Dieu aidant, va rentrer dans l'ordre, et ils pourront continuer leur utile activité d'opposition...</p>
<p>Le nombre des chômeurs recevant un secours est monté pendant ce temps à quatre cent quatre-vingt-trois mille. Sur la question des chômeurs, Blum a fait intervenir Frossard au parlement. Cela signifie, à l'adresse de la bourgeoisie : " Ne vous inquiétez pas, Cette affaire de chômeurs ne vous menace en rien, conservez-nous seulement le parlement et nos libertés. "</p>
<p>Aujourd'hui le Popu et l'Huma s'étranglent d'enthousiasme parce que cent mille " antifascistes " ont défilé Place de la République. " Quel admirable peuple ! " écrit Blum. Ces gens sont toujours étonnés quand les masses répondent à leur appel. Et ils ont raison d'être étonnés, car depuis des dizaines d'années ils n'ont fait qu'abuser de la confiance de la masse. Cent mille ! Mais les condottieri du fascisme savent que ce n'est qu'une foule, rassemblée aujourd'hui et qui demain se sera dispersée. Vaillant-Couturier, ce snob qui a perverti la conception marxiste de la morale en un cynique débraillé, tire la conclusion de la manifestation de la Place de la République : " Sans délai ! Les ligues fascistes doivent être désarmées et dissoutes ! "</p>
<p>Comment ne pas se souvenir, à ce propos, que le général Gröner, alors ministre de l'Intérieur, interdit les S.A., l'armée de Hitler, par un décret du 13 avril 1932. Et Röhm écrit à ce sujet :</p>
<p>Aber nur die Uniformen und Abzeichen waren verschwunden. Nach wie vor übte die S.A. auf dem Truppenübungsplatz Doeberitz sowie auf anderen reichseigenen Plätzen. Nur trät sie jetzt nicht mehr als S.A. auf, sondern als Verein Deutscher Volkssport. (S. 184.)</p>
<p>Il faut ajouter que le général Gröner n'était pas seulement ministre de l'Intérieur, mais aussi ministre de la Reichswehr. En sa première fonction, et selon la conception de l'opportunisme parlementaire, il " interdisait " les S.A., et en sa seconde fonction il leur fournissait, aux frais de l'État, toutes les commodités nécessaires pour qu'elles continuassent de se développer. Cet épisode politique lourd de signification éclaire à fond la sottise désespérée de cette revendication : désarmer les fascistes.</p>
<p>L'interdiction des ligues para-militaires, si le gouvernement français jugeait nécessaire de recourir à cette mesure – ce qui n'est pas exclu en principe – signifierait simplement que les fascistes seraient contraints, pour ce qui est de leur armement, de recourir à un certain camouflage de surface, tandis que les ouvriers seraient effectivement privés de la moindre possibilité légale de préparer leur défense. Le mot d'ordre central du " front unique " est comme fait exprès pour aider la réaction bourgeoise à acculer l'avant-garde prolétarienne à la clandestinité.</p>
<p>Le dernier Conseil National du parti socialiste français atteste la force de la pression qui s'exerce sur l'état-major parlementaire. Léon Blum a reconnu qu'à Tours, en 1920, il ne comprenait pas tout à fait correctement le problème de la prise du pouvoir, quand il soutenait qu'il fallait d'abord créer les conditions de la socialisation, et ensuite... mais pourquoi ensuite lutter pour le pouvoir si les conditions de la socialisation peuvent être créées sans lui ! Ou alors B. a en vue les conditions économiques, et non pas politiques. Mais ces conditions ne sont pas créées, mais détruites au contraire par une lutte pour le pouvoir qui traîne en longueur : le capitalisme ne se développe pas, il se décompose. B. ne comprend pas davantage la situation maintenant. La lutte révolutionnaire pour le pouvoir, il y est contraint selon lui non par la situation générale du capitalisme, mais par la menace venant des fascistes, lesquels apparaissent à ses yeux non comme le produit de la décomposition du capitalisme, mais comme un danger extérieur suspendu sur la paisible socialisation de la démocratie (c'était aussi la vieille illusion de Jaurès).</p>
<p>Que les chefs de la bourgeoisie soient aveugles devant les lois du déclin du capitalisme, c'est compréhensible : le mourant ne veut pas, ni ne peut, se rendre compte des étapes de sa propre agonie. Mais l'aveuglement de BIum et Cie, je crois bien qu'il démontre mieux que tout que ces messieurs sont, non pas l'avant-garde du prolétariat, mais tout au plus le flanc gauche, et le plus apeuré, de la bourgeoisie.</p>
<p>Après la guerre mondiale, Blum considérait (et il considère en fait encore) que les conditions n'étaient pas mûres pour le socialisme. Quels naïfs rêveurs étaient donc Marx et Engels, qui dès la seconde moitié du XIXème siècle attendaient la révolution sociale et s'y préparaient !</p>
<p>Pour Blum il existe (pour autant qu'il existe quoi que ce soit pour lui dans ce domaine) on ne sait quelle " maturité " économique absolue de la société pour le socialisme, une maturité qui se détermine d'elle-même, par ses seuls symptômes objectifs... J'ai mené la lutte contre cette conception mécaniquement fataliste dès 1905 (Voir " Bilans et Perspectives "). Après cela, il y a eu la Révolution d'Octobre (sans parler de tout le reste), mais ces dilettantes parlementaires n'ont rien appris !</p>
<p>Autant que j'en puis juger par les journaux qu'on m'envoie, les laquais de Staline en France – Thorez et Cie – ont tramé un véritable complot avec les chefs social-démocrates de droite pour mener campagne contre les " trotskystes ", en commençant par les organisations de jeunesses. Pendant combien de temps Staline et Boukharine nous ont-ils qualifiés " déviation social-démocrate ", puis social-fasciste ! En dépit de toute la différence de circonstances historiques, le bloc Blum-Cachin et leur lutte en commun contre le " trotskysme " rappellent étonnamment le bloc Kerensky-Tseretelli de 1912 et sa chasse à courre au bolchevisme. Leurs points de ressemblance, c'est l'esprit borné du petit-bourgeois " radical ", c'est sa terreur devant une situation menaçante, c'est son égarement quand il sent le sol se dérober sous lui, c'est son horreur de ceux qui lui disent tout haut ses vérités et lui prédisent son sort.</p>
<p>Les différences – et des différences qui ne sont malheureusement pas minces – c'est :</p>
<p>a) que les organisations ouvrières conservatrices (S.F.I.O., C.G.T.) jouent en France un rôle incomparablement plus grand qu'en 1917 en Russie ;</p>
<p>b) que le bolchévisme a été honteusement compromis par la caricature du parti stalinien ;</p>
<p>c) que toute l'autorité de l'Etat soviétique a été mise en oeuvre pour désorganiser et démoraliser l'avant-garde prolétarienne.</p>
<p>La bataille historique en France n'est pas encore perdue. Mais le fascisme a en la personne de Blum et des laquais de Staline d'inestimables auxiliaires. Thorez a retourné sens dessus dessous tous les raisonnements, les arguments et les méthodes de Thaelmann. Mais même retournée sens dessus dessous, la politique du stalinisme reste essentiellement la même. En Allemagne les deux appareils – social-démocrate et communiste – en menant une lutte de parade foraine, désaxée, ignorant les proportions, charlatanesque, ont détourné l'attention des travailleurs du péril qui montait ; en France aussi les deux appareils se sont mis d'accord sur les illusions par lesquelles il est possible de détourner les travailleurs de la réalité. Le résultat est le même !</p>
<p>Toute la presse bourgeoise sérieuse soutient, couvre, protège les ligues armées. La bourgeoisie s'est définitivement pénétrée de la conscience de ce qu'elles ont de nécessaire et de salutaire. Les difficultés économiques sont trop grandes. Une effervescence révolutionnaire est possible, inévitable même. Il n'y a pas assez de police. Faire intervenir la troupe, surtout avec le service d'un an, c'est trop risqué : la troupe peut flancher. Que peut-il y avoir de plus sûr que des détachements fascistes spécialement recrutés et entraînés ? Ceux-là ne flancheront pas et ne laisseront pas flancher l'armée. Faut-il s'étonner que la bourgeoisie se cramponne des deux mains à ses ligues armées ?</p>
<p>Quant à Blum, il demande au gouvernement bourgeois un tout petit service : qu'il se désarme. Rien de plus. Quotidiennement les Paul Faure, les Vaillant-Couturier, les Zyromsky répètent cette stupide et ignominieuse " exigence ", qui ne peut que renforcer la confiance des fascistes en leur propre lendemain. Pas un seul de ces héros d'opérette qui comprenne le sérieux de la situation. Ils sont condamnés.</p>
<p>Les " chefs " du prolétariat continuent de démontrer à l'envi leur lâcheté devant la réaction, leur pourriture, leur aptitude véritablement canine à lécher la main qui leur a donné le fouet. La palme revient bien entendu à Blum. Quelle magnifique tenue a été le 10 celle du peuple de Paris ! Quel calme ! quelle discipline ! Le gouvernement devrait comprendre de quel côté était la volonté populaire ! Flandin a été insulté à Notre-Dame, tandis que nous, nous n'avons pas offensé Régnier d'un mot. Etc. En bref : " De notre part, rien ne vous menace : pouvez-vous nous refuser le désarmement des fascistes ? " Mais a-t-on jamais vu la bourgeoisie faire des concessions à ceux de la part de qui rien ne la menace ?</p>
<p>Voici la manchette de l'Humanité du 4 avril :</p>
<p>[Coupure de journal collée]<br class='autobr' />
" Le gouvernement doit interdire la mobilisation rouge du 7 avril. " (Ami du Peuple, ler avril.)<br class='autobr' />
Le lendemain, le ministre RADICAL Régnier obéit.<br class='autobr' />
Notre protestation a été entendue. " (Ami du Peuple, 3 avril.)<br class='autobr' />
Conclusion : LE GOUVERNEMENT EST AUX ORDRES DES FASCISTES !<br class='autobr' />
[Écrit à la main, puis biffé : ALORS ?]<br class='autobr' />
Mais ce n'est pas leur dernière " conclusion " : ils en ont encore une autre : " Exigeons plus que jamais la dissolution et le désarmement des Ligues fascistes... " par le gouvernement qui est aux ordres des fascistes !<br class='autobr' />
Ces gens-là, personne ne les sauvera !</p>
<p>[En marge du manuscrit, trois coupures de journaux français ; première coupure]</p>
<p>M. HENRI DORGERES SE DEFEND D'AVOIR, DANS SES PROPOS TENUS EN PUBLIC, OFFENSE LE CODE. IL RESTE D'AILLEURS TRES CONFIANT DANS L'ISSUE DES POURSUITES ENGAGEES CONTRE LUI.</p>
<p>Rouen, 11 avril. – M. Henri Dorgères, président du comité de défense paysanne du Nord-Ouest, est arrivé à Rouen ce matin, et a comparu devant M. Leroy, juge d'instruction.<br class='autobr' />
Celui-ci a procédé, en présence de M. Dorgères, à la levée des scellés et a commencé le dépouillement des dossiers saisis. M. Dorgères a été interrogé sur les faits. Il a répondu qu'il était prêt à répéter les paroles prononcées par lui dans les réunions publiques, car elles n'avaient rien qui puisse motiver son inculpation.
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> J'ai demandé notamment aux paysans, a dit M. Dorgères : " Nous pourrions être appelés à vous demander de faire la grève de l'impôt. Seriez-vous prêts à répondre oui ? "<br class='autobr' />
L'interrogatoire a été suspendu à midi pour reprendre à 14 heures, mais à ce moment M. Dorgères a mandaté son secrétaire, M. Lefebvre, pour assister à l'ouverture des scellés, lui-même devant se rendre à Paris, où il prendra part, ce soir, à une conférence au Faubourg.<br class='autobr' />
M. Dorgères, que nous avons rencontré au moment où il quittait le Palais de justice, accompagné de M. Suplice, président du comité de défense paysanne de la Seine-Inférieure, et de M. Lefebvre, secrétaire général du même comité, nous a déclaré :
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Je suis très tranquille sur l'issue de l'instruction car on ne peut trouver dans les dossiers saisis ou dans les paroles que j'ai prononcées dans les réunions publiques, rien qui puisse motiver des poursuites.</p>
<p>[Deuxième coupure]</p>
<p>UNE CONFERENCE DE M. HENRI DORGERES SUR LA PAYSANNERIE FRANÇAISE.</p>
<p>Paris, 5 avril. – Au théâtre des Ambassadeurs, M. Henri Dorgères donnait, cet après-midi, une conférence sur la paysannerie française.<br class='autobr' />
On connaît la campagne que mène M. Dorgères dans les milieux paysans, campagne illustrée par sa candidature à la récente élection législative de Blois. " Le paysan sauvera la France ", tel est le thème qu'a développé le conférencier en s'attachant à démontrer que les paysans représentent la partie de la nation qui est restée saine, " celle qui n'a pas connu dans la période d'après-guerre les plaisirs faciles, les dancings et les huit heures ", et pour laquelle rien n'a été fait, assure-t-il, par les gouvernements successifs.<br class='autobr' />
M. Dorgères a fait l'apologie de la classe paysanne et une critique acerbe du régime parlementaire, des parlementaires et de l'Etat, dont il demande la réforme au nom du corporatisme et de la famille.</p>
<p>[Troisième coupure]</p>
<p>LE PROGRAMME AGRICOLE DU FRONT PAYSAN</p>
<p>Tours, 6 avril. – A l'issue d'une réunion organisée cet après-midi, à Tours, par le Front Paysan, sous la présidence de M. Dorgères, un ordre du jour a été voté, disant notamment :<br class='autobr' />
" Six mille agriculteurs réunis à Tours, devant l'aggravation persistante de la crise, proclament leur volonté de poursuivre une politique basée sur le programme suivant :<br class='autobr' />
" 1º Défense et extension de la propriété individuelle et spécialement de la petite propriété paysanne ;<br class='autobr' />
" 2º Lutte contre l'excès de mesures étatistes et des charges fiscales ;<br class='autobr' />
" 3º Lutte contre les trusts ;<br class='autobr' />
" 4º Organisation professionnelle solidement charpentée ;<br class='autobr' />
" 5º Revalorisation des produits agricoles.<br class='autobr' />
" Ils demandent aux pouvoirs publics :<br class='autobr' />
" a) D'avoir une politique économique qui permette à tous les travailleurs, y compris ceux de la terre, de vivre de leur labeur ;<br class='autobr' />
" b) De consulter la représentation agricole, chaque fois que les intérêts de la profession seront en jeu et spécialement lors des négociations des traités de commerce, et protestent contre les récentes lois dites d'assainissement des marchés. "</p>
<p>La presse bourgeoise fait de la publicité à Dorgères. Le chemin sur lequel il s'engage est le plus sûr chemin de la préparation d'une dictature fasciste. Les Dorgères minent l'impuissant parlementarisme des messieurs Chautemps en province, et quelqu'un, peut-être de la Rocque lui-même, qui n'est pas plus mal que Badinguet – portera ensuite le coup de grâce à la république parlementaire.</p>
<p>Le localisme correspond à la diversité des conditions agraires en France. Les programmes fascistes et pré-fascistes provinciaux seront divers et contradictoires comme sont contradictoires les intérêts des différentes catégories (vignerons, maraîchers, céréaliers, etc.) et des différentes couches sociales de la paysannerie. Mais ce que tous ces programmes auront de commun, ce sera leur haine de la banque, du fisc, du trust et des législateurs.</p>
<p>Les idiots et les poltrons du Komintern opposent à ce profond mouvement le programme des " revendications partielles ", mal recopiées de vieux cahiers d'écolier.</p>
<p>L'accord franco-soviétique est signé. Tous les commentaires de la presse française, sans considérations de tendances, se rencontrent sur un point : l'importance de l'accord réside en ce qu'il lie l'U.R.S.S. et ne lui permet pas de jouer avec l'Allemagne ; mais nos vrais " amis " sont toujours l'Italie et l'Angleterre, plus la Petite Entente et la Pologne. L'U.R.S.S. est considérée plutôt comme un otage que comme un allié. Le Temps brosse un séduisant tableau de la parade militaire du 1er mai à Moscou, mais ajoute très significativement : la force réelle d'une armée se juge non d'après des parades, mais d'après la puissance industrielle, les coefficients de transport, de ravitaillement et ainsi de suite.</p>
<p>Potemkine a échangé des télégrammes avec Herriot " ami de mon pays ". Au début de la guerre civile, Potemkine échoua au front, sans doute du fait d'une des innombrables mobilisations. Le front sud était alors assigné à Staline, qui nomma Potemkine chef de la section politique d'une des armées (ou des divisions ?). Au cours d'une tournée je visitai cette section politique. Potemkine, que je voyais pour la première fois, me fit un discours d'accueil extraordinairement obséquieux et cauteleux. Les militants bolchéviks, les commissaires, étaient visiblement gênés. J'écartai presque Potemkine de la table, et, sans répondre à sa harangue, je me mis à parler de la situation du front... Au bout d'un certain temps, le Politburo, Staline présent, prit en examen l'effectif des militants du front sud... Vint le tour de Potemkine. " Un type insupportable, dis-je – visiblement pas du tout des nôtres. " – Staline prit sa défense : il avait, à l'entendre, ramené je ne sais quelle division du front sud " à la foi orthodoxe " (c'est-à-dire à la discipline). Zinoviev, qui avait quelque peu connu Potemkine à Piter [Pétersbourg], se joignit à moi : " Potemkine, dit-il, ressemble au professeur Reisner, mais encore en pire. " C'est là, me semble-t-il, que j'appris pour la première fois que Potemkine était aussi un ancien professeur. – Et en quoi, au fait, est-il mauvais ? demanda Lénine. – Un courtisan, répondis-je. Lénine, apparemment, comprit que je faisais allusion à la servilité de Potemkine envers Staline. Mais c'est une idée qui ne m'était même pas venue. Je pensais simplement à l'inconvenant discours d'accueil que Potemkine m'avait adressé. Je ne me rappelle plus si j'ai dissipé le malentendu...</p>
<p>Le 1er mai s'est déroulé en France sous le signe de l'humiliation et de la faiblesse. Le ministre de l'Intérieur avait interdit les manifestations, même au bois de Vincennes, et effectivement, malgré les rodomontades et les menaces de l'Humanité, il n'y a pas eu de manifestations. Le 1er mai n'est que la continuation et l'illustration de tout le déroulement de la lutte. Si en mars et en avril les organisations dirigeantes ne font que retenir, freiner, désorienter, démoraliser, il n'y a évidemment pas de miracle qui puisse susciter à une date déterminée du calendrier, le 1er mai, une explosion de résolution offensive. Léon Blum et Marcel Cachin continuent comme auparavant de frayer la route au fascisme.</p>
<p>Hier les journaux ont publié le communiqué officiel relatif aux négociations de Laval à Moscou. En voici le passage le plus essentiel, le seul essentiel :</p>
<p>[Coupure de journal français collée ; la deuxième et la troisième phrase mises entre guillemets et soulignées à la main]</p>
<p>Ils ont été pleinement d'accord pour reconnaître dans l'état actuel de la situation internationale les obligations qui s'imposent aux Etats sincèrement attachés à la cause de la paix et qui ont clairement manifesté cette volonté de paix par leur participation à toute recherche de garanties mutuelles, dans l'intérêt même du maintien de la paix. " Le devoir, tout d'abord, leur incombe de ne laisser affaiblir en rien les moyens de leur défense nationale. A cet égard, M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité. "</p>
<p>J'ai beau bien connaître le cynisme politique de Staline, son mépris des principes, son pragmatisme à courte vue, je n'en croyais tout de même pas mes yeux en lisant ces lignes. Le rusé Laval a su par où prendre le bureaucrate vaniteux et borné ; Staline s'est sans aucun doute senti flatté par la prière que lui a adressée le ministre français, d'émettre son jugement sur l'armement de la France : il ne s'est même pas gêné de séparer sur ce point son nom de ceux de Molotov et Litvinov. Le commissaire du peuple aux Affaires étrangères était certainement enchanté de ce franc et irréparable coup de pied au Komintern. Molotov était peut-être un peu gêné, mais qu'importe Molotov ? Derrière lui se tient déjà la " relève " en la personne de Tchoubar. Quant à Boukharine et Radek, journalistes officiels, ils expliqueront tout comme il convient pour " le peuple "...</p>
<p>Cependant le communiqué du 15 mai ne passera pas impuni. La question est trop aiguë, et trop impudique la trahison. Car c'est une trahison !... Après la capitulation du parti communiste allemand devant Hitler, j'écrivais : C'est le 4 août (1914) de la Troisième Internationale. Quelques amis objectaient alors : le 4 août était une trahison, et ici il n'y a eu " que " capitulation. Mais c'est bien là le point : la capitulation sans combat mettait à nu une pourriture intérieure d'où découlait inévitablement l'effondrement qui devait suivre. Le communiqué du 15 mai est, lui, dans le plein sens du mot, l'acte notarié de la trahison.</p>
<p>Le parti communiste français reçoit un coup mortel. Ses pitoyables " chefs " répugnaient à adopter ouvertement la plate-forme du social-patriotisme ; ils comptaient amener les masses à la capitulation progressivement et insensiblement. Leur manœuvre perfide est maintenant mise à nu. Le prolétariat ne pourra qu'y gagner. La cause de la nouvelle Internationale va avancer.</p>
<p>Rien ne caractérise mieux le réformisme de gauche et gauchisant que son attitude à l'égard de la Société des Nations. La direction de la S.F.I.O. (Blum et Cie) a adopté (en paroles) un programme où il est déclaré indispensable de détruire l'armature bourgeoise du pouvoir et de la remplacer par un Etat ouvrier-paysan. En même temps Blum voit dans la Société des Nations le commencement d'une organisation internationale " démocratique ". Comment il entend " détruire " l'armature nationale de la bourgeoisie et en même temps conserver ses organismes internationaux - voilà qui serait une énigme - si véritablement Blum avait l'intention de " détruire " quoi que ce soit. En réalité son intention est d'attendre humblement que la bourgeoisie veuille bien détruire elle-même son " armature "... Il faut développer cette idée.</p>
<p>[Suit, collée et repliée, une revue de presse extraite (sans référence) d'un journal français]</p>
<p>DANS LES JOURNAUX</p>
<p>LES COMMUNISTES FRANÇAIS OBÉIRONT-ILS A STALINE ?</p>
<p>On sait que le communiqué final, qui a clôturé les entretiens de M. Laval avec Staline, Litvinoff et Molotoff " approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité ".<br class='autobr' />
Il n'est pas sans intérêt de reproduire à ce sujet les commentaires des journaux du front commun. On remarquera que les explications de L'Humanité n'expliquent rien et que finalement, très embarrassés, les communistes français restent contre l'armée française...</p>
<p>L'Humanité (M. Magnien) :</p>
<p>Staline a justement dit approuver les mesures de défense prises à l'égard des forces hitlériennes.</p>
<p>D'où peut venir le danger d'agression ? Du fascisme hitlérien qui refuse de participer à toute mesure de paix, multiplie les efforts vers Memel, vers l'Autriche, etc.</p>
<p>L'assistance mutuelle implique les mesures appropriées de défense de la paix. D'ailleurs, la politique de paix de l'Union soviétique, orientée vers les intérêts des masses travailleuses de l'U.R.S.S. comme de tous les pays, tend constamment au désarmement. L'organisation collective de la paix postule le désarmement, car la sécurité assurée pour tous, les conditions du désarmement général et simultané seront également assurées.</p>
<p>Quant à nous, communistes français, notre ligne de conduite n'en est pas modifiée. L'U.R.S.S. traite avec des gouvernements bourgeois, puisqu'elle est entourée de gouvernements bourgeois. Mais les travailleurs savent pertinemment qu'ils ne peuvent se fier à leur bourgeoisie pour défendre la paix. [Souligné à la main par Tr.]</p>
<p>Les communistes français, les travailleurs français ne peuvent pas avoir confiance dans les dirigeants de l'armée de la bourgeoisie française. Parmi les officiers de Weygand sont de nombreux fascistes, des hommes des Croix de feu et des hitlériens français. Tous les actes des fascistes français - que couvre le gouvernement français - prouvent que leurs sympathies vont à Hitler, au fascisme allemand, principal fauteur de guerre en Europe.</p>
<p>Les communistes et les travailleurs français qui mènent la lutte acharnée contre le fascisme, savent que ces hommes sont prêts à trahir le pacte franco-soviétique pour s'allier à Hitler contre l'U.R.S.S. La force que la France peut mettre au service de la défense de la paix, elle ne peut être sûre que sous la puissance de l'action des masses travailleuses, combattant sans répit contre le fascisme et la bourgeoisie, pour chasser de l'armée les officiers fascistes et réactionnaires. [Souligné à la main par Tr.]</p>
<p>Nous mettrons tout en œuvre pour défendre la paix, ainsi que son rempart, l'Union soviétique. C'est pourquoi nous continuerons à mettre tout en œuvre pour combattre les ennemis intérieurs de la paix et de l'U.R.S.S. contre les excitations chauvines qui sont le contraire de la défense de la paix et qui poussent à la guerre.</p>
<p>Tout pour la défense de la liberté et de la paix, tout pour la défense de l'U.R.S.S., pour le soutien de sa ferme politique de paix. Tout pour que le socialisme triomphant sur un sixième du globe soit victorieux du fascisme dans le monde. Voilà la lutte pour la paix poursuivie par les communistes.</p>
<p>Le Populaire (Léon Blum) :</p>
<p>Staline donne raison contre nous au gouvernement que nous avons combattu et dont le représentant à Moscou va revenir muni de son certificat de bonne conduite.<br class='autobr' />
Il donne raison contre nous aux adversaires dont nous venons de soutenir le choc dans la récente bataille électorale.</p>
<p>Notre position à nous, socialistes, qui, sans nier le devoir de défendre contre l'invasion le sol national [souligné à la main par Tr.], refusons cependant de nous solidariser avec les conceptions et l'organisation militaires de la bourgeoisie, est l'objet d'une condamnation.<br class='autobr' />
Cette condamnation est implicite, mais elle est évidente.</p>
<p>Je crains que Staline n'ait pas, de Moscou, mesuré les répercussions que ses paroles [souligné par Tr.] exerceraient sur la situation politique en France, sur la situation prolétarienne en France.</p>
<p>Le Peuple (organe de la C.G.T.) :</p>
<p>Il faut savoir que M. Laval a été exigeant et que Staline se moque éperdument du parti communiste français. Car celui-ci est aujourd'hui dans une position franchement ridicule.<br class='autobr' />
Nous allons voir si les communistes sont des hommes libres ou si leur dépendance à l'endroit de Moscou est aussi intégrale que nous l'avons toujours dit. Nous tenons, pour notre part, qu'ils vont s'incliner platement devant l'ukase stalinien. Déjà, leur campagne contre les deux ans est radicalement stoppée.</p>
<p>Ainsi, à ce jour, Mussolini, Weygand, Lavai et Staline sont d'accord pour affirmer publiquement que la sécurité des peuples repose, au premier chef, sur la qualité de leur armée. C'est au nom de cette politique révolutionnaire que les prolétaires français seront invités, l'un de ces jours, à revêtir l'uniforme pour la défense commune des privilèges de la bourgeoisie française et de la bureaucratie russe.</p>
<p>Mais les prolétaires français, et surtout les communistes français, marcheront-ils pour cette politique ? Toléreront-ils qu'on se moque impunément d'eux, avec une désinvolture aussi caractéristique ?</p>
<p>Voici maintenant deux autres commentaires :</p>
<p>Le Temps :</p>
<p>Contre le dictateur révolutionnaire de Moscou, symbole et incarnation vivante du parti communiste russe, du communisme international, le parti socialiste se fait le champion du défaitisme, car le défaitisme consiste aussi à s'élever contre les moyens reconnus indispensables pour assurer la défense nationale et pour maintenir la force armée au niveau de la sécurité. Il s'agit de savoir si le parti radical peut tolérer désormais le moindre contact avec le défaitisme socialiste, avec l'antipatriotisme. Le pavé dans la mare aux grenouilles marxiste est aussi un pavé dans l'étang du cartel...</p>
<p>Paris-Midi (Marcel Lucain) :</p>
<p>Reconnaissons sans passion et en toute impartialité que Staline vient de rendre le métier bien difficile aux révolutionnaires de chez nous. La France, certes, n'avait nul besoin de l'approbation d'un chef étranger, fût-il le dictateur des Soviets, pour comprendre son propre droit et son devoir de sécurité. Mais personne ne s'est trompé sur l'objectif exclusif du communiqué visant essentiellement à désavouer l'antimilitarisme et à infliger aux Blum et Cachin un démenti si cinglant à la face du monde que le front commun en serait désarticulé. Cette intention a d'ailleurs fait passer quelque peu sur le caractère insolite d'une telle immixtion [souligné par Tr.] du chef du bolchevisme dans nos affaires les plus sacrées : une amitié, surtout lorsqu'elle est neuve, avec l'ardeur des premiers contacts, peut expliquer certains audaces. [Souligné par Tr.] Quoi qu'il en soit, M. Blum est à la fois désolé et indigné.</p>
<h2 class="spip">Front Populaire et Comités d'action </h2>
<p>26 novembre 1935</p>
<p>Léon Trotsky</p>
<p>Le “ Front Populaire ” est une alliance du prolétariat avec la bourgeoisie impérialiste représentée par le parti radical et d'autres débris, plus petits, de la même espèce. Cette alliance s'étend au domaine parlementaire. Dans tous les domaines, le parti radical qui conserve, lui, sa liberté d'action, limite brutalement celle du prolétariat.</p>
<p>Le parti radical est lui même en train de se décomposer : chaque élection nouvelle montre que les électeurs l'abandonnent à droite et à gauche. Au contraire, les partis socialiste et communiste en l'absence d'un véritable parti révolutionnaire se renforcent. La tendance générale des masses travailleuses, y compris des masses petites-bourgeoises, est évidente : elles vont à gauche. L'orientation des chefs des partis ouvriers n'est pas moins évidente : ils vont à droite.</p>
<p>Tandis que les masses montrent aussi bien par leurs votes que par leur lutte qu'elles veulent renverser le parti radical, les chefs du Front unique aspirent au contraire à le sauver. Après avoir gagné la confiance des masses ouvrières sur la base d'un programme “ socialiste ”, les chefs des partis ouvriers cèdent volontairement la meilleure part de cette confiance aux radicaux, en qui les masses ouvrières n'ont précisément aucune confiance.</p>
<p>Le Front populaire, dans son aspect actuel, foule aux pieds non seulement la démocratie ouvrière, mais la démocratie formelle, bourgeoise. La plupart des électeurs radicaux ne participent pas à la lutte des travailleurs, ni, par conséquent, au Front populaire. Pourtant le parti radical occupe dans ce Front une position non seulement égale à celle des autres, mais encore privilégiée : l'activité des partis ouvriers est forcément limitée par le programme même du parti radical, constatation qui développent sans se gêner le moins du monde les cyniques rédacteurs de l'Humanité. Les dernières élections sénatoriales ont manifesté en outre très clairement la situation privilégiée qui est celle des radicaux dans le Front populaires [1]. Les chefs du parti communiste se vantent ouvertement d'avoir renoncé en faveur des partis non prolétariens à des sièges qui appartenaient de plein droit aux ouvriers. Cela signifie tout simplement que le Front unique a partiellement rétabli en faveur de la bourgeoisie le sens électoral basé sur la fortune.</p>
<p>Le Front est par définition l'organisation directe et immédiate de la lutte. Quand il s'agit de lutter, chaque ouvrier vaut bien une dizaine de bourgeois, même membres du Front populaire. Si l'on se plaçait au point de vue de la combativité révolutionnaire du Front, il faudrait donner des privilèges électoraux aux ouvriers et non aux bourgeois radicaux. Mais est il bien nécessaire, au fond, d'accorder des privilèges ? Le Front populaire défend la “ démocratie ” ? Qu'il commence donc par l'appliquer dans ses propres rangs. En d'autres termes : la direction du Front populaire doit directement et immédiatement refléter la volonté des masses en lutte.</p>
<p>Comment la refléter ? De la façon la plus simple qui soit, par des élections. Le prolétariat n'interdit à personne de lutter à côté de lui contre le fascisme, le gouvernement bonapartiste de Laval, le complot militaire des impérialistes et toutes les autres formes ignobles d'oppression. Tout ce que les ouvriers conscients exigent de leurs alliés, réels ou potentiels, est qu'ils luttent effectivement. Chacun des groupes qui participe réellement à la lutte à une étape donnée et qui est prêt à se soumettre à la discipline commune doit pouvoir influencer la direction du Front populaire avec des droits égaux.</p>
<p>Chaque groupe de deux cents, cinq cents ou mille citoyens qui adhérent au Front populaire dans la ville, le quartier, l'usine, la caserne, la campagne doit, pendant les actions de combat, élire son représentant dans les comités d'action locaux. Tous ceux qui participent à la lutte s'engagent à reconnaître leur discipline.</p>
<p>Le dernier congrès de l'Internationale communiste, dans sa résolution sur le rapport de Dimitrov, s'est prononcé pour la création de comités d'action élus qui devraient constituer la base de masse du Front populaire. C'est là la seule idée progressive de toute la résolution. Mais c'est précisément pourquoi les staliniens ne font rien pour la réaliser ; car ils ne peuvent s'y décider sans rompre du même coup la collaboration de classe avec la bourgeoisie.</p>
<p>Il est vrai que peuvent prendre part aux élections des comités d'action non seulement les ouvriers, mais les employés, les fonctionnaires, les anciens combattants, les artisans, les petits commerçants et les petits paysans. C'est ainsi que les comités d'action peuvent le mieux remplir leur tâche qui est de lutter pour conquérir une influence décisive sur la petite bourgeoisie. En revanche, ils rendent très difficile de la collaboration de la bureaucratie ouvrière avec la bourgeoisie. Or le Front populaire, sous sa forme actuelle, n'est rien d'autre que l'organisation de la collaboration de classe, entre les exploiteurs politiques du prolétariat réformistes et staliniens et les exploiteurs de la petite bourgeoisie radicaux. De véritables élections de masse pour les comités d'action chasseraient automatiquement les affairistes bourgeois radicaux du Front populaire et feraient ainsi sauter la criminelle politique dictée par Moscou.</p>
<p>Il serait néanmoins erroné de croire que l'on peut simplement, à un jour et une heure donnés, faire appel aux masses prolétariennes et petites bourgeoises pour élire des comités d'action sur la base de statuts déterminés. Ce serait une façon purement bureaucratique et par conséquent stérile d'aborder la question. Les ouvriers ne peuvent élire les comités d'action que lorsqu'ils participent eux mêmes à une action et éprouvent donc la nécessité d'avoir une direction révolutionnaire.</p>
<p>Il ne s'agit pas d'une représentation démocratique de toutes et de n'importe quelles masses, mais d'une représentation révolutionnaire des masses en lutte. Le comité d'action est l'appareil de la lutte. Il est inutile de chercher à déterminer d'avance les couches de travailleurs qui seront associées à la formation des comités d'action : les contours des masses qui luttent se traceront au cours de la lutte.</p>
<p>L'énorme danger en France actuellement consiste en ce que l'énergie révolutionnaire des masses, dépensée par à coups successifs dans des explosions isolées, comme à Toulon, à Brest, à Limoges, finisse par faire place à l'apathie [2]. Seuls les traîtres conscients ou des cerveaux obtus peuvent croire ou faire croire que l'on peut, dans la situation actuelle, maintenir les masses dans l'immobilité jusqu'à ce que l'on puisse d'en haut leur faire cadeau d'un gouvernement de Front populaire. Les grèves, les protestations, les escarmouches dans les rues, les révoltes ouvertes sont tout à fait inévitables. La tâche du parti prolétarien consiste non à freiner et à paralyser ces mouvements, mais à les unifier et à leur donner le plus de vigueur possible.</p>
<p>Les réformistes et plus encore les staliniens craignent les radicaux. L'appareil du front unique joue tout à fait consciemment le rôle qui consiste à désorganiser systématiquement les mouvements spontanés des masses. Et les “ gauchistes ” du type Marceau Pivert ne font que protéger cet appareil de la colère des masses. On ne peut sortir de cette situation que si l'on aide les masses en lutte, et, dans le processus même de la lutte, à créer un appareil nouveau qui réponde aux nécessités de l'heure. C'est précisément en cela que réside la fonction des comités d'action [3].</p>
<p>Pendant la lutte à Toulon et à Brest, les ouvriers auraient sans hésitation créé une organisation locale de combat si on les avait appelés à le faire. Au lendemain de la sanglante répression de Limoges, les ouvriers et une fraction importante de la petite bourgeoisie auraient sans aucun doute manifesté leur disposition à élire des comités pour enquêter sur les événements sanglants et les empêcher à l'avenir. Pendant le mouvement qui a eu lieu dans les casernes cet été, contre le “ rabiot ”, les soldats auraient sans hésiter élu des comités d'action de compagnie, de régiment et de garnison si on leur avait indiqué cette voie. De tels cas se présentent et se présenteront à chaque pas, plus souvent à l'échelle locale, plus rarement à l'échelle nationale. Il ne faut pas manquer une seule de ces occasions. La première condition pour ce faire est comprendre soi même clairement la signification des comités d'action contre les “ provocateurs ”, les appels réitérés au gouvernement pour une action contre les factieux contribuaient à limiter la portée de ces événements et, d'une certaine manière, à empêcher leur renouvellement comme l'unique moyen de briser la résistance anti révolutionnaire des appareils des partis et des syndicats [4].</p>
<p>Cela signifie t il que les comités d'action doivent remplacer les organisations des partis et des syndicats ? Il serait absurde de poser ainsi la question. Les masses entrent en lutte avec toutes leurs idées, leurs groupements, leurs traditions, leurs organisations. Les partis continuent de vivre et de lutter. Au cours des élections aux comités d'action, chaque parti essaiera naturellement de faire passer les siens. Les comités d'action prendront leurs décisions à la majorité, avec entière liberté pour les partis et les fractions de s'y grouper. Les comités d'action, par rapport aux partis, peuvent être considérés comme des parlements révolutionnaires : les partis ne sont pas exclus, bien au contraire puisqu'ils sont supposés nécessaires ; mais en même temps, ils sont contrôlés dans l'action et les masses apprennent à se libérer de l'influence des partis pourris.</p>
<p>Cela signifie t il que les comités d'action sont des soviets ? Dans certaines conditions, les comités d'action peuvent devenir des soviets. Il serait néanmoins erroné de désigner de ce nom les comité d'action. Aujourd'hui en effet, en 1935, les masses populaires sont habituées à associer au nom de soviet l'idée du pouvoir déjà conquis. Et nous n'en sommes pas encore près en France. En Russie, les soviets n'ont pas du tout été pendant leurs premiers pas ce qu'ils devaient devenir par la suite, ils ont même souvent, à l'époque, porté le nom modeste de comités ouvriers ou de comités de grève.</p>
<p>Les comités d'action, dans leur stade actuel, ont pour tâche d'unifier la lutte défensive des masses travailleuses en France, et aussi de leur donner la conscience de leur propre force pour l'offensive à venir. Cela aboutira t il aux soviets véritables ? Cela dépend de la réponse à la question de savoir si l'actuelle situation critique en France se développera ou non jusqu'à sa conclusion révolutionnaire. Or cela ne dépend pas uniquement de la volonté de l'avant garde révolutionnaire, mais aussi de nombre de conditions objectives. En tout cas, le mouvement de masses qui se heurte actuellement à la barrière du Front populaire n'avancera pas sans les comités d'action [5].</p>
<p>Des tâches telles que la création de la milice ouvrière, l'armement des ouvriers, la préparation de la grève générale, resteront sur le papier si la masse ne s'attelle pas elle même à la lutte, par des organes responsables. Seuls ces comités d'action nés de la lutte peuvent réaliser la véritable milice, comptant non des milliers, mais des dizaines de milliers de combattants. Seuls les comités d'action couvrant les principaux centres du pays pourront choisir le moment de passer à des méthodes de lutte plus décidées, dont la direction leur appartiendra de droit.</p>
<p>Il découle des considérations exposées plus haut un certain nombre de conclusions pour l'activité politique des révolutionnaires prolétariens en France. La première concerne la prétendue “ gauche révolutionnaire ”. Ce groupe se caractérise par sa totale incompréhension des lois du mouvement des masses. Les centristes ont beau bavarder sur “ les masses ”, c'est toujours sur l'appareil réformiste qu'ils s'orientent. En répétant tels ou tels mots d'ordre révolutionnaires, Marceau Pivert continue à les subordonner au principe abstrait de l' “ unité organique ”, qui se révèle en fait l'unité avec les patriotes contre les révolutionnaires.</p>
<p>Au moment où la question de vie ou de mort pour les masses révolutionnaires est de briser la résistance des appareils social-patriotes unis, les centristes de gauche considèrent l' “ unité ” de ces appareils comme un bien absolu, situé au dessus des intérêts de la lutte révolutionnaire. Ne peut bâtir des comités d'action que celui qui a compris jusqu'au bout la nécessité de libérer les masses de la direction des traîtres des social patriotes. Cependant, Pivert s'accroche à Zyromski, qui s'accroche à Blum, qui, de concert avec Thorez, s'accroche à Herriot, qui s'accroche à Laval. Pivert entre dans le système du Front populaire ce n'est pas pour rien que la “ gauche révolutionnaire ” a voté au dernier conseil national la honteuse résolution de Blum et le Front populaire entre aussi, comme son “ aile ”, dans le régime bonapartiste de Laval. Si la direction du Front populaire (Herriot-Blum-Cachin-Thorez-Zyromski-Pivert) parvient à se maintenir au cours de la proche période décisive, alors le régime bonapartiste cédera inévitablement sa place au fascisme.</p>
<p>La condition de la victoire du prolétariat est la liquidation de la direction actuelle. Le mot d'ordre de l' “ unité ” devient, dans ces conditions, non seulement une bêtise, mais un crime. Aucune unité avec les agents de l'impérialisme trançais et de la Société des Nations.</p>
<p>A leur direction perfide, il faut opposer les comités d'action révolutionnaires. On ne peut construire ces comités qu'en démasquant impitoyablement la politique antirévolutionnaire de la prétendue “, gauche révolutionnaire ”, Marceau Pivert en tête. Des illusions et des doutes à cet égard ne peuvent, bien entendu, avoir place dans nos rangs [6].</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Les candidats socialistes et communistes s'étaient, dans de nombreux cas, désistés au second tour pour le candidat radical, généralement mieux placé du fait même du mode de scrutin.</p>
<p>[2] Les bagarres de Limoges, le 17 novembre 1935, avaient revêtu le même caractère révolutionnaire que celles de Brest et Toulon au début d'août. Cependant, la propagande des partis socialiste et communiste, les mises en garde contre les “ provocateurs ”, les appels réitérés au gouvernement pour une action contre les factieux contribuaient à limiter la portée de ces événements et, d'une certaine manière, à empêcher leur renouvellement.</p>
<p>[3] Le 13 novembre, Trotsky écrivait à Jean Rous : “ On répète qu'entre le fascisme et nous, c'est une course de vitesse. Mais il faut bien analyser le contenu de cette formule du point de vue du parti révolutionnaire. Saurions nous donner aux masses une armature révolutionnaire avant que le fascisme ne les écrase ? Ce serait absurde de croire que nous aurons suffisamment de temps pour créer un parti omnipotent qui pourrait éliminer toutes les autres organisations avant les conflits décisifs avec le fascisme ou avant le déclenchement de la guerre ; mais il est tout à fait possible, dans un bref délai les événements aidant de gagner les larges masses non à notre programme, non à la IV° Internationale, mais à ces comités d'action. Et, une fois créés, ces comités d'action deviendraient un tremplin magnifique pour un parti révolutionnaire. ” (Cité par Nicolle Braun, L'organe de masse, p. 44.)</p>
<p>[4] Dans la même lettre à Jean Rous, Trotsky écrivait : “ S'il y avait eu à Toulon un groupe suffisamment orienté pour lancer au moment de l'explosion le mot d'ordre simple et clair “ Chaque centaine d'ouvriers envoie un délégué pour le comité d'action toulonnais ”, la masse aurait certainement suivi cet appel. Ce comité d'action aurait une tout autre autorité, non seulement aux yeux de la masse elle même, mais aussi aux yeux de la France entière, que les organisations traditionnelles et apeurées ” (Op. cit., p. 45).</p>
<p>[5] Les bolcheviks léninistes avaient présenté dans la S.F.I.O. une motion pour la constitution de comités d'action “dirigés par les masses ”. Trotsky avait écrit à Rous (lettre citée) : “ La relation réelle est renversée. Les comités d'action sont nécessaires précisément pour diriger les masses. Vous n'indiquez pas que ces comités doivent émaner de la masse en lutte, être élus par elle, et que les délégués doivent être responsables et révocables ”.</p>
<p>[6] Allusion brève, mais directe, à la discussion qui est en train de se dérouler à l'intérieur du G.B.L. au moment où Trotsky rédige ce texte. Pendant toute cette période, le groupe est engagé dans une sévère lutte interne et n'engage pas la lutte contre les exclusions ni la polémique contre Marceau Pivert, qui paraissaient à Trotsky les tâches les plus urgentes. Collaborateur de Trotsky et son porte parole en cette occasion, Nicolle Braun signale que la Vérité ne parut que quinze jours après la motion d'exclusion par la commission nationale des conflits et qu'elle était consacrée... à la question paysanne. (“ L'Organe de masse ”, p. 12). Il affirme qu'aucun des dirigeants B.L. ne voulait attaquer Pivert ouvertement (p. 16) et qu'un article de Trotsky sur les causes de la victoire de Staline fut systématiquement écarté de la Vérité (p. 28). Il écrit, au sujet des différentes tendances qui se partagent le G.B.L. : “ Indubitablement, la politique dont nous venons de parler est l'œuvre de Molinier- Frank. Mais les deux autres fractions sont, elles aussi, pleinement responsables, parce qu'elles ont toléré cette politique ; non seulement Rous, par son manque de persévérance, mais aussi Naville, dont les “ notes ” n'ont pas d'autre sens que celui d'un “ alibi écrit ” (p. 26). Au moment où il écrivait son article, Trotsky savait donc pertinemment que l'ensemble des dirigeants français avaient sur cette question soit des illusions, soit des doutes.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/11/lt19351126.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/11/lt19351126.htm</a></p>
<p>Et en mars 1935</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf35.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf35.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf33.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf33.htm</a></p>
<p>Et en juin 1935</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350610a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350610a.htm</a></p>
<p>Et en novembre 1935</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf4.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf4.htm</a></p>
<p>Du plan de la CGT à la conquête du pouvoir</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350405.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350405.htm</a></p>
<h2 class="spip">Emeute ouvrière en août 1935 à Brest et Toulon</h2>
<p><a href="https://bourrasque-info.org/spip.php?article102" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://bourrasque-info.org/spip.php?article102</a></p>
<p><a href="https://larotative.info/aout-1935-emeutes-ouvrieres-a-1131.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://larotative.info/aout-1935-emeutes-ouvrieres-a-1131.html</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_d%27ao%C3%BBt_1935" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_d%27ao%C3%BBt_1935</a></p>
<p><a href="https://actu.fr/bretagne/brest_29019/brest-les-trois-journees-sanglantes-daout-1935_49518270.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://actu.fr/bretagne/brest_29019/brest-les-trois-journees-sanglantes-daout-1935_49518270.html</a></p>
<p><a href="https://doc.rero.ch/record/54160/files/1935-08-10.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://doc.rero.ch/record/54160/files/1935-08-10.pdf</a></p>
<h2 class="spip">Révolte d'ouvriers agricoles en Martinique en février 1935</h2>
<p><a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/la-marche-de-la-faim-du-11-fevrier-1935-donnera-naissance-a-la-1ere-union-syndicale-de-martinique-923449.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/la-marche-de-la-faim-du-11-fevrier-1935-donnera-naissance-a-la-1ere-union-syndicale-de-martinique-923449.html</a></p>
<p> <a href="https://m.facebook.com/martiniquela1ere/videos/histoire-de-martiniqueil-y-a-86-ans-le-11-f%C3%A9vrier-1935-des-ouvriers-agricoles-se/154796669640175/?locale=ms_MY" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://m.facebook.com/martiniquela1ere/videos/histoire-de-martiniqueil-y-a-86-ans-le-11-f%C3%A9vrier-1935-des-ouvriers-agricoles-se/154796669640175/?locale=ms_MY</a></p>
<p><a href="https://www.unioncommunistelibertaire.org/1935-La-marche-de-la-faim-en-Martinique-6213" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.unioncommunistelibertaire.org/1935-La-marche-de-la-faim-en-Martinique-6213</a></p>
<p>La condition ouvrière en 1935 par Simone Weil</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/playlist?list=PLXYSaU75asXr6OkZpDlcTNcrzGSwtBoV8" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/playlist?list=PLXYSaU75asXr6OkZpDlcTNcrzGSwtBoV8</a></p></div>