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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
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&lt;p&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939... &lt;br class='autobr' /&gt;
James. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. &#192; la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapable d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves et le Marxist Group , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant mi- th&#233;orique et mi- d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25 000 et 30 000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats aux &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux &#201;tats-Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P.. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode, d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France, il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc. Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. &#192; cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskistes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173;tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux &#201;tats-Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me, et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux &#201;tats-Unis, car l'atmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'hui en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les, &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux &#201;tats-Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux &#201;tats-Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187;. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#233;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky - C'est une question pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et Engels sur l'organisation des travailleurs</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8803</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8803</guid>
		<dc:date>2026-05-12T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1847 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1847&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s'&#233;tend qu'&#224; un petit nombre d'industries, elle am&#232;ne une perturbation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes ; en un mot, une disette....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, je le d&#233;clare, que des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires n'aboutissent pas &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix : c'est aussi certain que deux et deux font quatre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il n'y a pas de hausse g&#233;n&#233;rale des prix . Si le prix de tout double en m&#234;me temps que les salaires, il n'y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins g&#233;n&#233;rale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le m&#234;me nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilis&#233;s, une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront oblig&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. La hausse g&#233;n&#233;rale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours &#224; niveler le taux des profits, les profits qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu'&#234;tre transitoires. Ainsi, &#224; quelques fluctuations pr&#232;s, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, mais &#224; une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriqu&#233;es. principalement &#224; l'aide de machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d'une journ&#233;e de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que &#171; des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires aboutissent &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, voire &#224; une disette &#187;, voil&#224; des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de nouvelles machines. Les machines &#233;taient, peut-on dire, l'arme employ&#233;e par le capitaliste pour r&#233;primer la r&#233;volte du travail sp&#233;cialis&#233;. La mule autonome , la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Si les coalitions et les gr&#232;ves n'avaient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, elles exerceraient encore une immense influence sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l'habitude de se regrouper, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s pour lequel on ne peut mais f&#233;licitez-les : mais cette am&#233;lioration du moral des ouvriers vient surtout de leur &#233;ducation &#233;conomique. &#171; Ce n'est pas des fabricants, s'&#233;crie un ouvrier de filature lors d'une r&#233;union &#224; Bolton, que d&#233;pendent les salaires. Dans les p&#233;riodes de d&#233;pression, les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la n&#233;cessit&#233; s'arme et, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe r&#233;gulateur est la relation entre l'offre et la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien jou&#233; !&#034; s'&#233;crie M. Proudhon. &#171; Ce sont des travailleurs bien form&#233;s, des travailleurs mod&#232;les, etc., etc., etc. Une telle pauvret&#233; n'existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes d'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre les plus r&#233;volutionnaires de tous. A l'&#233;poque de la grande agitation en Angleterre pour l'abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu'ils ne pourraient faire face aux propri&#233;taires terriens qu'en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants se trouvent mal dans les r&#233;unions ouvri&#232;res. Qu'ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des r&#233;unions compos&#233;es en grande partie de contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des vrais amis du m&#233;tier . Lorsque, plus tard, les v&#233;ritables travailleurs ont tent&#233;, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, de prendre part &#224; ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l'entr&#233;e au motif qu'il s'agissait d'une r&#233;union &#224; billet &#8211; une r&#233;union &#224; laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises &#233;taient autoris&#233;es. les cartes d'entr&#233;e &#233;taient admises. Pourtant les affiches placard&#233;es sur les murs annon&#231;aient des r&#233;unions publiques. Chaque fois qu'une de ces r&#233;unions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de mani&#232;re pompeuse et d&#233;taill&#233;e des discours prononc&#233;s. Il va sans dire que ce sont les contrema&#238;tres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contrema&#238;tres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et 1845 les gr&#232;ves retinrent moins l'attention qu'auparavant, c'est parce que 1844 et 1845 furent les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; que l'industrie britannique connut depuis 1837. N&#233;anmoins aucun des syndicats n'avait &#233;t&#233; dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux, les fabricants n'ont aucun contr&#244;le sur les salaires parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits, et ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi ils souhaitent qu'il soit entendu qu'il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu'elles ne soient suivies d'une hausse des salaires qui n'entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : qu'une hausse des salaires &#233;quivaut &#224; une hausse du prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte de la disette est-elle la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuy&#233; par les contrema&#238;tres de Bolton parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constitu&#233;e , de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, avec la Providence &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une gr&#232;ve ouvri&#232;re est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui le dit, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c'est quelque chose que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. I, p. 334 et 335)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon veut faire passer un article du Code p&#233;nal comme une cons&#233;quence n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;rale des rapports de production bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, le regroupement est autoris&#233; par une loi du Parlement, et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a contraint le Parlement &#224; accorder cette autorisation l&#233;gale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions r&#233;sultant de la libre concurrence, il dut n&#233;cessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d'ouvriers. Plus l'industrie et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a d'&#233;l&#233;ments qui provoquent et renforcent la combinaison, et d&#232;s que la combinaison devient un fait &#233;conomique, gagnant chaque jour en solidit&#233;, elle ne tardera pas &#224; devenir un fait juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomistes et socialistes [*1] sont d'accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs diff&#233;rents pour justifier leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas. Par la combinaison vous g&#234;nez le progr&#232;s r&#233;gulier de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants d'ex&#233;cuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent &#224; accepter un salaire encore inf&#233;rieur. D'ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des mains demand&#233;es aux mains fournies, et c'est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous r&#233;volter contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas, car de toute fa&#231;on, qu'y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous r&#233;ussissez seront suivis d'une baisse permanente. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour r&#233;cup&#233;rer, par l'augmentation de vos salaires, les d&#233;penses occasionn&#233;es par l'organisation et l'entretien des combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, socialistes, vous disons qu'en dehors de la question d'argent, vous continuerez n&#233;anmoins &#224; &#234;tre des ouvriers, et que les ma&#238;tres continueront &#224; &#234;tre les ma&#238;tres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n'est-ce pas s'engager dans la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est constitu&#233;e et telle qu'elle a &#233;t&#233; sign&#233;e et scell&#233;e par eux dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l'ancienne soci&#233;t&#233; pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les deux, malgr&#233; les manuels et les utopies, la combinaison n'a pas encore cess&#233; un instant d'avancer et de cro&#238;tre avec le d&#233;veloppement et la croissance de l'industrie moderne. Elle est aujourd'hui parvenue &#224; un tel stade que le degr&#233; auquel la combinaison s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays donn&#233; marque clairement le rang qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; mondial. L'Angleterre, dont l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, poss&#232;de les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; des combinaisons partielles qui n'ont d'autre objectif qu'une frappe passag&#232;re, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constitu&#233;es, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et &#224; l'heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comit&#233; central est &#224; Londres et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. L'organisation de ces gr&#232;ves, coalitions et syndicats se poursuivit simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd'hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des travailleurs de s'associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie concentre en un m&#234;me lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien des salaires, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur patron, les unit dans une pens&#233;e commune de r&#233;sistance &#8211; de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme &#224; la concurrence entre les travailleurs, afin qu'ils puissent poursuivre une concurrence g&#233;n&#233;rale avec le capitaliste. Si le premier but de la r&#233;sistance &#233;tait simplement le maintien des salaires, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se constituent en groupes &#224; mesure que les capitalistes s'unissent &#224; leur tour en vue de la r&#233;pression, et face &#224; un capital toujours uni, le maintien de l'association. leur devient plus n&#233;cessaire que celui du salaire. C'est si vrai que les &#233;conomistes anglais s'&#233;tonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d'associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, sont &#233;tablies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte &#8211; v&#233;ritable guerre civile &#8211; tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir s'unissent et se d&#233;veloppent. Une fois parvenue &#224; ce point, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a cr&#233;&#233; pour cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Cette masse est donc d&#233;j&#224; une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons not&#233; que quelques phases, cette masse s'unit et se constitue comme classe &#224; part. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer : celle o&#249; elle s'est constitu&#233;e en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle a renvers&#233; la f&#233;odalit&#233; et la monarchie pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Cela aussi commen&#231;a par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches ont &#233;t&#233; men&#233;es pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est pass&#233;e, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il s'agit de faire une &#233;tude pr&#233;cise des gr&#232;ves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prol&#233;taires r&#233;alisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d'une peur r&#233;elle et les autres affichent un d&#233;dain transcendantal .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'&#233;mancipation de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'&#233;manciper, il faut que les puissances productives d&#233;j&#224; acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pourraient &#234;tre engendr&#233;es au sein de l'ancienne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant &#224; un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'abolition de toute classe, tout comme la condition de la lib&#233;ration du tiers-&#233;tat, de l'ordre bourgeois, &#233;tait l'abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, substituera &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment l'expression officielle de la volont&#233; politique. antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. En effet, est-il surprenant qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l' opposition des classes aboutisse &#224; la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme d&#233;nouement final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit en m&#234;me temps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonismes de classes que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques . D'ici l&#224;, &#224; la veille de tout remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C'est ainsi que la question se pose inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les lois alors en vigueur en France &#8211; la loi dite Le Chapelier adopt&#233;e en 1791 lors de la r&#233;volution par l'Assembl&#233;e constituante et le code p&#233;nal &#233;labor&#233; sous l'Empire napol&#233;onien &#8211; interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en gr&#232;ve. L'interdiction des syndicats a &#233;t&#233; abolie en France en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*1] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque : les fouri&#233;ristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [&#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition allemande, 1885]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la f&#233;odalit&#233;, domaines aux privil&#232;ges d&#233;finis et limit&#233;s. La r&#233;volution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t que des classes . Il &#233;tait donc absolument en contradiction avec l'histoire de d&#233;crire le prol&#233;tariat comme le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. [&#8211; Engels, &#233;dition allemande de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux mani&#232;res. Premi&#232;rement, ses membres se sont partout impliqu&#233;s &#233;nergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe r&#233;solument r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure o&#249; sa compr&#233;hension du mouvement, telle qu'exprim&#233;e dans les circulaires publi&#233;es par les Congr&#232;s et le Comit&#233; central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s'est r&#233;v&#233;l&#233;e la seule correcte, et les attentes exprim&#233;es dans ces documents ont &#233;t&#233; pleinement remplies. Ce message, autrefois propag&#233; en secret par la Ligue, est d&#233;sormais sur toutes les l&#232;vres et pr&#234;ch&#233; ouvertement sur le march&#233;. Mais dans le m&#234;me temps, l'organisation autrefois solide de la Ligue s'est consid&#233;rablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqu&#233;s dans le mouvement pensaient que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait r&#233;volu et que la seule action publique suffisait. Les diff&#233;rents districts et communes ont laiss&#233; leurs liens avec le Comit&#233; central s'affaiblir et s'endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti d&#233;mocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s'organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d'ancrage solide, restant organis&#233; au mieux dans des localit&#233;s individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement g&#233;n&#233;ral, elle est par cons&#233;quent tomb&#233;e sous la domination et la direction compl&#232;tes des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l'ind&#233;pendance des travailleurs doit &#234;tre restaur&#233;e. Le Comit&#233; central reconnut cette n&#233;cessit&#233; et envoya donc un &#233;missaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l'hiver 1848-1849 pour r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll n'a cependant pas produit d'effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l'&#233;poque n'avaient pas assez d'exp&#233;rience et en partie parce qu'elle a &#233;t&#233; interrompue par l'insurrection de mai dernier. Moll lui-m&#234;me prit les armes, rejoignit l'arm&#233;e du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l'un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait particip&#233; &#224; tous les congr&#232;s et comit&#233;s centraux et qui avait auparavant men&#233; une s&#233;rie de missions avec beaucoup de succ&#232;s. Depuis la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires allemand et fran&#231;ais en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont rassembl&#233;s &#224; Londres : ils ont reconstitu&#233; leurs effectifs avec de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et ont entrepris de r&#233;organiser la Ligue avec un z&#232;le renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central consid&#232;re qu'il est tr&#232;s important d'envoyer cet &#233;missaire au moment m&#234;me o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, c'est-&#224;-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force n&#233;cessaire. d'organisation, d'unit&#233; et d'ind&#233;pendance, afin qu'elle ne soit pas exploit&#233;e et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous avions d&#233;j&#224; dit en 1848, mes fr&#232;res, que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande arriverait bient&#244;t au pouvoir et retournerait imm&#233;diatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette pr&#233;vision s'est r&#233;alis&#233;e. C'est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#224; la suite du mouvement de mars 1848 et a utilis&#233; ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alli&#233;s dans la lutte, vers leur ancienne position d'oppression. Bien que la bourgeoisie n'ait pu y parvenir qu'en concluant une alliance avec le parti f&#233;odal vaincu en mars et qu'elle ait finalement d&#251; c&#233;der &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est n&#233;anmoins assur&#233;e des conditions favorables. Compte tenu des difficult&#233;s financi&#232;res du gouvernement, ces conditions garantiraient qu'&#224; long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses int&#233;r&#234;ts seraient sauvegard&#233;s, s'il &#233;tait possible au mouvement r&#233;volutionnaire d'assumer d&#233;sormais ce qu'on appelle cours pacifique du d&#233;veloppement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin d'attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#339;uvre par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais les &#233;v&#233;nements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la r&#233;volution qui acc&#233;l&#233;rera le cours des &#233;v&#233;nements est imminente, qu'elle soit initi&#233;e par un soul&#232;vement ind&#233;pendant du prol&#233;tariat fran&#231;ais ou par une invasion de la Babel r&#233;volutionnaire par la Sainte-Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le perfide que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande a jou&#233; contre le peuple en 1848 sera assum&#233; dans la r&#233;volution &#224; venir par la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, qui occupe d&#233;sormais dans l'opposition la m&#234;me position que la bourgeoisie lib&#233;rale d'avant 1848. Ce parti d&#233;mocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l'&#233;taient auparavant les lib&#233;raux, est compos&#233; de trois &#233;l&#233;ments : 1) Les &#233;l&#233;ments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l'objectif du renversement imm&#233;diat et complet de la f&#233;odalit&#233; et de l'absolutisme. Cette fraction est repr&#233;sent&#233;e par l'ancien Berlin Vereinbarer, les r&#233;sistants aux imp&#244;ts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-d&#233;mocrate, dont l'objectif principal lors du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#233;tait la formation d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique ; c'est pour cela que leurs repr&#233;sentants, la gauche &#224; l'Assembl&#233;e de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont &#339;uvr&#233;, comme ils l'ont eux-m&#234;mes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois r&#233;publicains, dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande semblable &#224; celle de la Suisse et qui se disent d&#233;sormais &#171; rouges &#187; et &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; parce qu'ils nourrissent le pieux d&#233;sir d'abolir la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les repr&#233;sentants de cette fraction &#233;taient les membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, les dirigeants des associations d&#233;mocratiques et les r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions se pr&#233;tendent &#171; r&#233;publicaines &#187; ou &#171; rouges &#187;, tout comme aujourd'hui les membres de la petite bourgeoisie r&#233;publicaine en France se disent &#171; socialistes &#187;. L&#224; o&#249;, comme dans le Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir &#224; leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu'ils n'ont pas chang&#233; le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; de former un front contre la bourgeoisie unie &#224; l'absolutisme et de rechercher le soutien du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti d&#233;mocrate petit-bourgeois en Allemagne est tr&#232;s puissant. Elle n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; de la classe moyenne urbaine, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prol&#233;tariat rural, dans la mesure o&#249; ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui parmi le prol&#233;tariat ind&#233;pendant des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du parti ouvrier r&#233;volutionnaire avec les d&#233;mocrates petits-bourgeois est la suivante : il coop&#232;re avec eux contre le parti qu'ils visent &#224; renverser ; il s'oppose &#224; eux partout o&#249; ils souhaitent assurer leur propre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois d&#233;mocrates, loin de vouloir transformer la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, aspirent seulement &#224; un changement des conditions sociales qui rendra la soci&#233;t&#233; existante aussi tol&#233;rable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une r&#233;duction des d&#233;penses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital par la cr&#233;ation d'institutions publiques de cr&#233;dit et l'adoption de lois contre l'usure, gr&#226;ce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu'aux paysans, de recevoir des avances de l'&#201;tat &#224; des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l'introduction de rapports de propri&#233;t&#233; bourgeoise sur la terre par l'abolition compl&#232;te de la f&#233;odalit&#233;. Pour r&#233;aliser tout cela, ils ont besoin d'une forme de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnelle, soit r&#233;publicaine, qui leur donnerait, ainsi qu'&#224; leurs alli&#233;s paysans, la majorit&#233; ; ils ont &#233;galement besoin d'un syst&#232;me d&#233;mocratique de gouvernement local qui leur donne un contr&#244;le direct sur la propri&#233;t&#233; municipale et sur une s&#233;rie de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination du capital et son accumulation rapide doivent &#234;tre encore contrecarr&#233;es, en partie par une r&#233;duction du droit de succession, et en partie par le transfert d'autant d'emplois que possible &#224; l'&#201;tat. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salari&#233;s comme avant. Cependant, les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure s&#233;curit&#233; pour les travailleurs, et esp&#232;rent y parvenir par une extension de l'emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils esp&#232;rent soudoyer les ouvriers avec une aum&#244;ne plus ou moins d&#233;guis&#233;e et briser leur force r&#233;volutionnaire en rendant temporairement leur situation tol&#233;rable. Les revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas exprim&#233;es simultan&#233;ment par toutes ses sections et, dans leur totalit&#233;, elles sont l'objectif explicite d'un tr&#232;s petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a &#233;t&#233; mentionn&#233; ci-dessus pourraient bien croire qu'elles ont avanc&#233; le maximum qu'on peut exiger de la petite bourgeoisie. la r&#233;volution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent mettre un terme &#224; la r&#233;volution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre t&#226;che de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; chass&#233;es du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir d'&#201;tat et jusqu'&#224; ce que l'association des prol&#233;taires ait suffisamment progress&#233; &#8211; non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde &#8211; pour que cesse la concurrence entre les prol&#233;taires de ces pays et au moins les forces d&#233;cisives de la production sont concentr&#233;es entre les mains des ouvriers. Notre pr&#233;occupation ne peut pas &#234;tre simplement de modifier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais de l'abolir, non d'&#233;touffer les antagonismes de classe mais d'abolir les classes, non d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante mais d'en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu'au cours de la r&#233;volution allemande, les d&#233;mocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence pr&#233;dominante. La question est donc de savoir quelle doit &#234;tre l'attitude du prol&#233;tariat, et en particulier de la Ligue, &#224; son &#233;gard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans la lutte r&#233;volutionnaire &#224; venir, qui les mettra dans une position dominante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Apr&#232;s cette lutte, pendant la p&#233;riode de pr&#233;dominance petite-bourgeoise sur les classes renvers&#233;es et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois d&#233;mocrates sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent au prol&#233;tariat l'unit&#233; g&#233;n&#233;rale et la r&#233;conciliation ; ils tendent la main de l'amiti&#233; et cherchent &#224; fonder un grand parti d'opposition qui embrasserait toutes les nuances de l'opinion d&#233;mocratique ; c'est-&#224;-dire qu'ils cherchent &#224; pi&#233;ger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle pr&#233;valent des expressions sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales tandis que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont cach&#233;s derri&#232;re eux et dans laquelle, dans le souci de pr&#233;server la paix, les revendications sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas &#234;tre satisfaites. &#234;tre pr&#233;sent&#233;e. Une telle unit&#233; serait &#224; leur seul avantage et au d&#233;savantage total du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante durement acquise et serait r&#233;duit une fois de plus &#224; un simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Il faut donc r&#233;sister de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; cette unit&#233;. Au lieu de s'abaisser au rang d'un ch&#339;ur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent &#339;uvrer &#224; la cr&#233;ation d'une organisation ind&#233;pendante du parti ouvrier, &#224; la fois secr&#232;te et ouverte, et aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocrates officiels et de la Ligue. doit viser &#224; faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d'associations ouvri&#232;res dans lequel la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat peuvent &#234;tre discut&#233;s sans influence bourgeoise. Les d&#233;mocrates de Breslau, qui m&#232;nent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, d&#233;montrent &#224; quel point les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance dans laquelle le prol&#233;tariat aurait un pouvoir et des droits &#233;gaux., contre les travailleurs organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante, qu'ils appellent &#171; socialistes &#187;. Dans le cas d'une lutte contre un ennemi commun, une alliance sp&#233;ciale n'est pas n&#233;cessaire. D&#232;s qu'il faudra combattre directement un tel ennemi, les int&#233;r&#234;ts des deux parties co&#239;ncideront pour un moment et une association d'opportunit&#233;s momentan&#233;es surgira spontan&#233;ment dans le futur, comme cela s'est produit dans le pass&#233;. Il va sans dire que dans les conflits sanglants &#224; venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur d&#233;termination et leur abn&#233;gation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le pass&#233;, ainsi dans la lutte &#224; venir &#233;galement, la petite bourgeoisie, en g&#233;n&#233;ral, h&#233;sitera le plus longtemps possible et restera craintive, ind&#233;cise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers &#224; se comporter de mani&#232;re ordonn&#233;e, &#224; retourner au travail et &#224; pr&#233;venir les soi-disant exc&#232;s, et il exclura le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible &#224; la petite bourgeoisie l'usage de son pouvoir contre le prol&#233;tariat arm&#233;, et de lui dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois, d&#232;s le d&#233;but, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son d&#233;placement ult&#233;rieur par le prol&#233;tariat sera consid&#233;rablement facilit&#233;. Surtout, pendant et imm&#233;diatement apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s'opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller &#224; ce que l'enthousiasme r&#233;volutionnaire imm&#233;diat ne soit pas soudainement r&#233;prim&#233; apr&#232;s la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s'opposer aux soi-disant exc&#232;s &#8211; cas de vengeance populaire contre des individus d&#233;test&#233;s ou contre des b&#226;timents publics auxquels sont associ&#233;s des souvenirs haineux &#8211; le parti ouvrier doit non seulement tol&#233;rer ces actions mais doit m&#234;me leur donner une direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent &#224; chaque occasion pr&#233;senter leurs propres revendications contre celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs d&#232;s que la bourgeoisie d&#233;mocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si n&#233;cessaire, et g&#233;n&#233;ralement s'assurer que les nouveaux dirigeants s'engagent &#224; faire toutes les concessions et promesses possibles &#8211; le moyen le plus s&#251;r de les compromettre. Ils doivent contr&#244;ler par tous les moyens et dans la mesure du possible l'euphorie victorieuse et l'enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue r&#233;ussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une m&#233;fiance non dissimul&#233;e &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement. Aux c&#244;t&#233;s des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultan&#233;ment &#233;tablir leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires,soit sous la forme de comit&#233;s et de conseils ex&#233;cutifs locaux, soit par l'interm&#233;diaire de clubs ou de comit&#233;s ouvriers, de sorte que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement perdent imm&#233;diatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent d&#232;s le d&#233;but surveill&#233;s et menac&#233;s par les autorit&#233;s derri&#232;re lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, d&#232;s le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre leur ancien alli&#233;, contre le parti qui entend exploiter pour lui-m&#234;me la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour pouvoir s'opposer avec force et menace &#224; ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, les travailleurs doivent &#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s. Il faut armer imm&#233;diatement tout le prol&#233;tariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s'opposer &#224; la r&#233;surgence de la milice citoyenne &#224; l'ancienne, dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; la formation de cette milice ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e, les ouvriers doivent essayer de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante en tant que garde prol&#233;tarienne, avec des dirigeants &#233;lus et avec leur propre &#233;tat-major &#233;lu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l'autorit&#233; de l'Etat mais sous les ordres des conseils locaux r&#233;volutionnaires constitu&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont employ&#233;s par l'Etat, ils doivent s'armer et s'organiser en corps sp&#233;ciaux avec des dirigeants &#233;lus, ou en tant que partie de la garde prol&#233;tarienne. Sous aucun pr&#233;texte, les armes et les munitions ne doivent &#234;tre restitu&#233;es ; toute tentative de d&#233;sarmer les travailleurs doit &#234;tre d&#233;jou&#233;e, par la force si n&#233;cessaire. La destruction de l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers et l'imposition de conditions qui compromettent le r&#232;gne de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est pour le moment in&#233;vitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prol&#233;tariat et c'est pourquoi la Ligue doit garder &#224; l'esprit pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements seront &#233;tablis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s'opposer par la force aux petits-bourgeois d&#233;mocrates, il est avant tout essentiel qu'ils soient organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante et centralis&#233;s dans des clubs. D&#232;s que possible apr&#232;s le renversement des gouvernements actuels, le Comit&#233; central se rendra en Allemagne et convoquera imm&#233;diatement un congr&#232;s, lui soumettant les propositions n&#233;cessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au centre du mouvement. op&#233;rations. L'organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du d&#233;veloppement du parti ouvrier ; le r&#233;sultat imm&#233;diat du renversement des gouvernements existants sera l'&#233;lection d'un organe repr&#233;sentatif national. Ici, le prol&#233;tariat doit veiller : 1) &#224; ce que, par des pratiques agressives, les autorit&#233;s locales et les commissaires du gouvernement n'excluent, sous aucun pr&#233;texte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nomm&#233;s partout en opposition aux candidats d&#233;mocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient &#234;tre membres de la Ligue et leur &#233;lection devrait se faire par tous les moyens possibles. M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a aucune chance d'&#234;tre &#233;lus, les travailleurs doivent pr&#233;senter leurs propres candidats pour pr&#233;server leur ind&#233;pendance, &#233;valuer leur propre force et porter leur position r&#233;volutionnaire et le point de vue de leur parti &#224; l'attention du public. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par les phrases creuses des d&#233;mocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti d&#233;mocrate et offriront aux forces de r&#233;action une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en derni&#232;re analyse, que le prol&#233;tariat doit &#234;tre escroqu&#233;. Les progr&#232;s que fera le parti prol&#233;tarien en agissant ainsi de mani&#232;re ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que les inconv&#233;nients r&#233;sultant de la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans le corps repr&#233;sentatif. Si les forces de la d&#233;mocratie entreprennent d&#232;s le d&#233;but une action terroriste d&#233;cisive contre la r&#233;action, l'influence r&#233;actionnaire dans les &#233;lections sera d&#233;j&#224; d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car lors de la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise, la petite bourgeoisie voudra donner les terres f&#233;odales aux paysans comme propri&#233;t&#233; gratuite ; c'est-&#224;-dire qu'ils tenteront de perp&#233;tuer l'existence du prol&#233;tariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement qui afflige encore le paysan fran&#231;ais. Les ouvriers doivent s'opposer &#224; ce projet &#224; la fois dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ils doivent exiger que les propri&#233;t&#233;s f&#233;odales confisqu&#233;es restent propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et soient utilis&#233;es pour des colonies ouvri&#232;res, cultiv&#233;es collectivement par le prol&#233;tariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et o&#249; le principe de la propri&#233;t&#233; commune trouvera imm&#233;diatement une base solide au sein du groupe. du syst&#232;me fragile des relations de propri&#233;t&#233; bourgeoises. De m&#234;me que les d&#233;mocrates s'allient aux paysans, les ouvriers doivent s'allier au prol&#233;tariat rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit les d&#233;mocrates travailleront directement &#224; une r&#233;publique f&#233;d&#233;r&#233;e, soit du moins, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et ind&#233;pendance possible. En opposition &#224; ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une r&#233;publique allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette r&#233;publique, pour une centralisation la plus d&#233;cisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d'Etat. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par des discours d&#233;mocratiques vides de sens sur la libert&#233; des communes, l'autonomie, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; tant de vestiges du Moyen &#194;ge doivent encore &#234;tre abolis, o&#249; tant de choses locales et Il faut briser l'obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tol&#233;rer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne peut se d&#233;velopper avec toute son efficacit&#233; qu'&#224; partir d'un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte s&#233;par&#233;e dans chaque ville et province pour obtenir le m&#234;me degr&#233; de progr&#232;s, ne peut pas non plus &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Surtout, on ne peut pas permettre &#224; un soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer une forme de propri&#233;t&#233; qui est plus arri&#233;r&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne et qui se transforme partout et in&#233;vitablement en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; &#224; savoir la propri&#233;t&#233; communale, avec les conflits qui en r&#233;sultent entre les communaut&#233;s pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre &#224; ce soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer, &#224; c&#244;t&#233; du droit civil de l'&#201;tat, l'existence d'un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirig&#233;es contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la t&#226;che du parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Allemagne est de r&#233;aliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette &#233;poque &#8211; gr&#226;ce aux falsificateurs bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8211; il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme acquis que l'appareil administratif centralis&#233; fran&#231;ais avait &#233;t&#233; introduit par la Grande R&#233;volution et surtout qu'il avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive. pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais on sait aujourd'hui que, tout au long de la r&#233;volution jusqu'au XVIII brumaire, toute l'administration des d&#233;partements, des arrondissements et des communesse composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les constituants respectifs eux-m&#234;mes, et que ces autorit&#233;s agissaient en toute libert&#233; dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#201;tat ; que pr&#233;cis&#233;ment ce gouvernement autonome provincial et local, semblable &#224; celui am&#233;ricain, est devenu le levier le plus puissant de la r&#233;volution et &#224; tel point que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du XVIII brumaire, s'est empress&#233; de le remplacer par le une administration pr&#233;fectorale encore existante, qui fut donc d&#232;s le d&#233;but un pur instrument de r&#233;action. Mais pas plus que l'autonomie locale et provinciale n'est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n'est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; cet &#233;go&#239;sme cantonal ou communal born&#233; qui nous para&#238;t si r&#233;pugnant en Suisse et que tous les pays d'Allemagne du Sud En 1849, les r&#233;publicains f&#233;d&#233;raux voulaient &#233;tablir le pouvoir en Allemagne. &#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la prochaine pouss&#233;e am&#232;nera les d&#233;mocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en r&#233;ponse. Au d&#233;but, bien s&#251;r, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils peuvent forcer les d&#233;mocrates &#224; s'introduire dans autant de domaines que possible de l'ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement r&#233;gulier et de faire en sorte que les d&#233;mocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives &#8211; moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. &#8211; entre les mains de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser les propositions des d&#233;mocrates jusqu'&#224; leur extr&#234;me logique (les d&#233;mocrates agiront de toute fa&#231;on de mani&#232;re r&#233;formiste et non r&#233;volutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l'achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqu&#233;s par l'&#201;tat, sans compensation, comme propri&#233;t&#233; des r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent un imp&#244;t proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un imp&#244;t progressif ; si les d&#233;mocrates eux-m&#234;mes proposent un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, alors les travailleurs doivent insister sur un imp&#244;t dont les taux augmentent si fortement qu'il ruine le grand capital ; si les d&#233;mocrates exigent la r&#233;gulation de la dette de l'&#201;tat, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc &#234;tre ajust&#233;es en fonction des mesures et des concessions des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas acc&#233;der au pouvoir et r&#233;aliser leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans passer par un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;, ils peuvent cette fois au moins &#234;tre s&#251;rs que le premier acte du drame r&#233;volutionnaire qui approche co&#239;ncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus &#224; leur victoire finale, en s'informant de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe, en prenant le plus t&#244;t possible leur position politique ind&#233;pendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique et en les faisant douter. pendant un instant la n&#233;cessit&#233; d'un parti du prol&#233;tariat organis&#233; de mani&#232;re ind&#233;pendante. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La R&#233;volution Permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;juin 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre derni&#232;re circulaire, remise par l'&#233;missaire de la Ligue, nous avons discut&#233; de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant &#224; l'heure actuelle qu'en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal de cette lettre est de pr&#233;senter un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain temps, &#224; la suite des d&#233;faites subies par le parti r&#233;volutionnaire l'&#233;t&#233; dernier, l'organisation de la Ligue s'est presque compl&#232;tement d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqu&#233;s dans les diff&#233;rents mouvements sont dispers&#233;s, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233;es ; &#224; cause de cela et &#224; cause du danger d'ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comit&#233; central a donc &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te jusque vers la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les s&#233;quelles imm&#233;diates de nos d&#233;faites s'estompaient, il devint &#233;vident que le parti r&#233;volutionnaire avait besoin d'une organisation secr&#232;te forte dans toute l'Allemagne. La n&#233;cessit&#233; de cette organisation, qui conduisit le Comit&#233; central &#224; d&#233;cider d'envoyer un &#233;missaire en Allemagne et en Suisse, conduisit &#233;galement la commune de Cologne &#224; tenter d'organiser la Ligue en Allemagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, plusieurs r&#233;fugi&#233;s plus ou moins connus des diff&#233;rents mouvements form&#232;rent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes pr&#234;ts &#224; prendre la direction du mouvement et m&#234;me &#224; le gouvernement lui-m&#234;me. Cette association ne poss&#233;dait aucun caract&#232;re de parti particulier ; les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres &#233;taient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes r&#233;solus et m&#234;me les anciens membres de la Ligue jusqu'aux d&#233;mocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des carri&#233;ristes du Bade-Palatinat et des personnalit&#233;s de moindre ambition, si nombreux en Suisse &#224; cette &#233;poque, cette association repr&#233;sentait pour eux une occasion id&#233;ale de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions que cette association a envoy&#233;es &#224; ses agents &#8212; et que le Comit&#233; central a en sa possession &#8212; donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L'absence d'un point de vue pr&#233;cis du parti et la tentative de rassembler tous les &#233;l&#233;ments d'opposition disponibles dans une association simul&#233;e ne sont que mal masqu&#233;es par une masse de questions d&#233;taill&#233;es concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localit&#233;. Num&#233;riquement aussi, l'association &#233;tait extr&#234;mement faible ; d'apr&#232;s la liste compl&#232;te des membres que nous poss&#233;dons, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re en Suisse comptait, au fa&#238;te de sa force, une trentaine de membres &#224; peine. Il est significatif que les travailleurs soient &#224; peine repr&#233;sent&#233;s parmi les membres. D&#232;s le d&#233;but, c'&#233;tait une arm&#233;e d'officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d'Elberfeld, Sigel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, r&#233;ussit, par de faux semblants, &#224; persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d'adh&#233;rer pour le moment &#224; la nouvelle association, car ils croyaient qu'il s'agissait de la Ligue ressuscit&#233;e. Tout en rendant compte de la Ligue au Comit&#233; central suisse &#224; Zurich, il nous envoyait simultan&#233;ment des rapports sur l'association suisse. Il ne peut pas se contenter de son r&#244;le d'informateur, car alors qu'il correspondait encore avec nous, il a &#233;crit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagn&#233;s &#224; l'association suisse, et il leur a ordonn&#233; de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut imm&#233;diatement expuls&#233; de la Ligue. Les affaires de Francfort furent r&#233;gl&#233;es par un &#233;missaire de la Ligue. On peut ajouter que les activit&#233;s de Bruhn au nom du Comit&#233; central suisse rest&#232;rent infructueuses. Le deuxi&#232;me agent, l'&#233;tudiant Schurz de Bonn, n'obtint aucun r&#233;sultat car, comme il l'&#233;crivait &#224; Zurich, il constatait que tous les gens utiles &#233;taient d&#233;j&#224; entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitt&#233; brutalement l'Allemagne et tra&#238;ne d&#233;sormais &#224; Bruxelles et &#224; Paris, o&#249; il est surveill&#233; par la Ligue. Le Comit&#233; central ne consid&#232;re pas cette nouvelle association comme un danger, d'autant plus qu'un membre tout &#224; fait fiable de la Ligue fait partie du comit&#233;, avec pour instruction d'observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure o&#249; ils op&#232;rent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoy&#233; un &#233;missaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles &#224; la Ligue, avec l'aide dudit membre de la Ligue, et afin d'organiser la Ligue en Suisse en g&#233;n&#233;ral. Ces informations sont bas&#233;es sur des documents enti&#232;rement authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentative de m&#234;me nature avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite auparavant par Struve, Sigel et d'autres, au moment o&#249; ils unissaient leurs forces &#224; Gen&#232;ve. Ces gens n'eurent aucun scrupule &#224; affirmer sans ambages que l'association qu'ils tentaient de fonder &#233;tait la Ligue, ni &#224; utiliser les noms des membres de la Ligue pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette fin. Bien s&#251;r, ils n'ont tromp&#233; personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse &#224; tous &#233;gards que les quelques membres de cette association avort&#233;e rest&#233;s en Suisse durent finalement adh&#233;rer &#224; l'organisation mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres pr&#233;tentieux comme &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;, etc. Struve, avec quelques autres grands hommes d&#233;&#231;us, a poursuivi ces tentatives ici &#224; Londres. Des manifestes et des appels &#224; adh&#233;rer au &#171; Bureau central des r&#233;fugi&#233;s allemands &#187; et au &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187; ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans toutes les r&#233;gions d'Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts que cette coterie pr&#233;tend avoir nou&#233;s avec des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et autres non-allemands n'existent pas. Toute leur activit&#233; se limite &#224; quelques petites intrigues parmi les r&#233;fugi&#233;s allemands ici &#224; Londres, qui n'affectent pas directement la Soci&#233;t&#233; des Nations et qui sont inoffensives et faciles &#224; surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le m&#234;me objectif que la Ligue, &#224; savoir l'organisation r&#233;volutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caract&#232;re s&#233;paratiste r&#233;solument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu'&#224; utiliser le parti ouvrier &#224; des fins qui lui sont &#233;trang&#232;res ou carr&#233;ment hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d'autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner &#224; aucun autre parti. Ceux qui &#233;taient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilis&#233; leur position uniquement pour trahir le mouvement et &#233;craser le parti ouvrier s'il tentait d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante doivent &#224; tout prix &#234;tre tenus &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue :&lt;br class='autobr' /&gt;
je. Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu'elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en 1848 et condamn&#233;s &#224; mort, leur peine &#233;tant commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; avec travaux forc&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la r&#233;volution de f&#233;vrier et depuis que la plupart des membres de l'Association des travailleurs allemands ont &#233;t&#233; chass&#233;s de Bruxelles. Les mesures polici&#232;res mises en place ont emp&#234;ch&#233; sa r&#233;organisation. N&#233;anmoins, une commune bruxelloise a pers&#233;v&#233;r&#233; jusqu'au bout ; il existe encore aujourd'hui et fonctionne au mieux de ses capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette circulaire, le Comit&#233; central avait l'intention de pr&#233;senter un rapport sp&#233;cial sur la situation de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas &#234;tre faite &#224; l'heure actuelle, car la police prussienne enqu&#234;te actuellement sur un vaste r&#233;seau de contacts au sein du parti r&#233;volutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute s&#233;curit&#233; en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et l&#224; entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc &#234;tre r&#233;dig&#233;e de mani&#232;re &#224; ce que son contenu ne fournisse pas &#224; ces derni&#232;res des armes qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es contre la Ligue. Le Comit&#233; central se bornera donc, pour l'heure, aux remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la ligue a ses principaux centres &#224; Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes suivantes ont &#233;t&#233; choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Sil&#233;sie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavi&#232;re, Cologne pour la Rh&#233;nanie et la Westphalie. Les communes de G&#246;ttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l'instant en contact direct avec le Comit&#233; central, jusqu'&#224; ce qu'elles soient parvenues &#224; &#233;largir leur influence dans la mesure n&#233;cessaire pour former de nouveaux districts centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cision ne sera prise sur la position de la Ligue &#224; Bade qu'apr&#232;s r&#233;ception du rapport de l'&#233;missaire envoy&#233; l&#224;-bas et en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; existent des associations de paysans et d'ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont r&#233;ussi &#224; exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, &#224; en obtenir un contr&#244;le total. Pour la plupart, les associations d'ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont &#233;galement sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternit&#233; ouvri&#232;re appartiennent &#233;galement &#224; la Ligue. Le Comit&#233; central veut faire remarquer &#224; toutes les communes et aux membres de la Ligue qu'il est de la plus haute importance de conqu&#233;rir partout une influence dans les associations ouvri&#232;res, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comit&#233; central de faire un rapport sp&#233;cial dans leurs lettres ult&#233;rieures sur ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;missaire en Allemagne, qui a re&#231;u un vote d'&#233;loge du Comit&#233; central pour son activit&#233;, n'a recrut&#233; partout dans la Ligue que les personnes les plus s&#251;res et a laiss&#233; l'expansion de la Ligue &#224; leurs connaissances locales les plus comp&#233;tentes. La possibilit&#233; de recruter des r&#233;volutionnaires convaincus d&#233;pendra de la situation locale. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une deuxi&#232;me classe de membres de la Ligue doit &#234;tre cr&#233;&#233;e pour ceux qui sont fiables et qui font des r&#233;volutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, aupr&#232;s de laquelle l'association doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une simple affaire locale ou r&#233;gionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comit&#233;s actuels de la Ligue. Gr&#226;ce &#224; ces nouveaux contacts, l'influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut &#234;tre tr&#232;s fermement organis&#233;e. Les arrangements d&#233;taill&#233;s sont laiss&#233;s aux districts centraux ; le Comit&#233; central esp&#232;re &#233;galement recevoir le plus t&#244;t possible leurs rapports sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commune a propos&#233; au Comit&#233; central de convoquer un congr&#232;s de la Ligue, en allemand m&#234;me. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, m&#234;me les congr&#232;s r&#233;gionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu'un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comit&#233; central convoquera un congr&#232;s de la Ligue communiste dans un lieu appropri&#233; d&#232;s que les circonstances le permettront. La Rh&#233;nanie et la Westphalie prussiennes ont r&#233;cemment re&#231;u la visite d'un &#233;missaire du district central de Cologne. Le rapport sur le r&#233;sultat de ce voyage n'est pas encore parvenu &#224; Cologne. Nous demandons &#224; tous les districts centraux d'envoyer des &#233;missaires similaires dans leurs r&#233;gions et de rendre compte de leurs succ&#232;s dans les plus brefs d&#233;lais. Signalons enfin qu'au Schleswig-Holstein, des contacts ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec l'arm&#233;e : nous attendons toujours le rapport plus d&#233;taill&#233; sur l'influence que la Ligue peut esp&#233;rer y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'&#233;missaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus pr&#233;cises avant la prochaine circulaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
iv. France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts avec les ouvriers allemands de Besan&#231;on et d'autres localit&#233;s du Jura seront r&#233;tablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te de la commune, a annonc&#233; sa d&#233;mission de la Ligue, car il consid&#232;re que ses activit&#233;s litt&#233;raires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentan&#233;ment interrompus et doivent &#234;tre repris avec une prudence particuli&#232;re, car les Parisiens ont enr&#244;l&#233; un grand nombre de personnes absolument inaptes &#224; la Ligue et qui y &#233;taient m&#234;me directement oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
c.Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un cr&#233;dit particulier en couvrant &#224; elle seule les d&#233;penses de la Ligue pendant plusieurs ann&#233;es, notamment celles li&#233;es aux voyages des &#233;missaires de la Ligue. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment renforc&#233;e par le recrutement de nouveaux &#233;l&#233;ments et elle continue de diriger ici l'Association &#233;ducative ouvri&#232;re allemande, ainsi que la section plus r&#233;solue des r&#233;fugi&#233;s allemands en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est en contact avec les partis r&#233;solument r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, anglais et hongrois par l'interm&#233;diaire de membres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les partis impliqu&#233;s dans la r&#233;volution fran&#231;aise, c'est en particulier le v&#233;ritable parti prol&#233;tarien dirig&#233; par Blanqui qui nous a rejoint. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te blanquiste sont en contact r&#233;gulier et officiel avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue, &#224; qui ils ont confi&#233; d'importants travaux pr&#233;paratoires &#224; la prochaine r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'aile r&#233;volutionnaire des chartistes sont &#233;galement en contact r&#233;gulier et &#233;troit avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Leurs journaux sont mis &#224; notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendant et la faction dirig&#233;e par O'Connor, qui tend davantage vers une politique de r&#233;conciliation, a &#233;t&#233; consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est &#233;galement en contact avec la partie la plus progressiste des r&#233;fugi&#233;s hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient &#224; la disposition de la Ligue en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs d&#233;lais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue &#224; l'activit&#233; la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'une nouvelle r&#233;volution n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'histoire de la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres&lt;br class='autobr' /&gt;
, 8 octobre 1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier ind&#233;pendant allemand. Aujourd'hui, cette p&#233;riode est presque oubli&#233;e. Il dura pourtant de 1836 &#224; 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands &#224; l'&#233;tranger, le mouvement se d&#233;veloppa dans presque tous les pays civilis&#233;s. Et ce n'est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l'&#233;poque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance &#224; nombre de ceux qui prirent un r&#244;le dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes th&#233;oriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa banni&#232;re dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd'hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prol&#233;tarien d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'existe qu'une seule source pour une histoire coh&#233;rente de ce mouvement. Il s'agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossi&#232;re, h&#233;riss&#233;e de falsifications d&#233;lib&#233;r&#233;es, fabriqu&#233;e par deux des canailles de la police les plus m&#233;prisables. de notre si&#232;cle, sert encore aujourd'hui de source ultime pour tous les &#233;crits non communistes sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je puis donner ici n'est qu'une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Soci&#233;t&#233; des Nations elle-m&#234;me ; seulement ce qui est absolument n&#233;cessaire pour comprendre les R&#233;v&#233;lations . J'esp&#232;re qu'un jour j'aurai l'occasion d'exploiter le riche mat&#233;riel rassembl&#233; par Marx et moi-m&#234;me sur l'histoire de cette p&#233;riode glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En 1836, les &#233;l&#233;ments les plus extr&#233;mistes, principalement prol&#233;tariens, de la Ligue secr&#232;te d&#233;mocrate-r&#233;publicaine des hors-la-loi, fond&#233;e en 1834 par des r&#233;fugi&#233;s allemands &#224; Paris, se s&#233;par&#232;rent et form&#232;rent la nouvelle Ligue secr&#232;te des Justes. La Ligue m&#232;re, dans laquelle il ne restait que des &#233;l&#233;ments endormis &#224; la Jakobus Venedey, s'endormit bient&#244;t compl&#232;tement ; Lorsqu'en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me. La nouvelle Ligue, au contraire, se d&#233;veloppa relativement rapidement. &#192; l'origine, il s'agissait d'une exception allemande du communisme ouvrier fran&#231;ais, rappelant le babouvisme et prenant forme &#224; Paris &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque ; la communaut&#233; des biens &#233;tait exig&#233;e comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;. Les objectifs &#233;taient ceux des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes parisiennes de l'&#233;poque : moiti&#233; association de propagande, moiti&#233; complot, Paris &#233;tant cependant toujours consid&#233;r&#233; comme le point central de l'action r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la pr&#233;paration de putschs occasionnels en Allemagne n'&#233;tait nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille d&#233;cisif, la Ligue n'&#233;tait alors en r&#233;alit&#233; que la branche allemande des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes fran&#231;aises, notamment la Soci&#233;t&#233; des saisons dirig&#233;e par Blanqui et Barbes, avec laquelle &#233;taient entretenues des relations &#233;troites. Les Fran&#231;ais entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue march&#232;rent avec eux et furent ainsi impliqu&#233;es dans la d&#233;faite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Allemands arr&#234;t&#233;s se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser apr&#232;s un assez long emprisonnement. Tous deux sont all&#233;s &#224; Londres. Schapper &#233;tait originaire de Weilburg &#224; Nassau et, alors qu'il &#233;tudiait en foresterie &#224; Giessen en 1832, il &#233;tait membre de la conspiration organis&#233;e par Georg Buchner ; il participa &#224; la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s'enfuit &#224; l'&#233;tranger et rejoignit en f&#233;vrier 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, r&#233;solu et &#233;nergique, toujours pr&#234;t &#224; risquer l'existence et la vie civiles, il &#233;tait un mod&#232;le du r&#233;volutionnaire professionnel qui joua un r&#244;le important dans les ann&#233;es trente. Malgr&#233; une certaine lenteur de pens&#233;e, il n'&#233;tait en aucun cas incapable d'une compr&#233;hension th&#233;orique profonde, comme le prouve son &#233;volution de &#171; d&#233;magogue &#187; &#224; communiste, et il s'en tenait alors d'autant plus rigidement &#224; ce qu'il &#233;tait parvenu &#224; reconna&#238;tre. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que sa passion r&#233;volutionnaire a parfois pris le dessus sur la compr&#233;hension, mais il s'est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l'a ouvertement reconnu. Il &#233;tait pleinement un homme et ce qu'il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Bauer, originaire de Franconie, &#233;tait cordonnier ; un petit gar&#231;on vif, alerte et plein d'esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d'astuce et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Londres, o&#249; Schapper, qui avait &#233;t&#233; compositeur &#224; Paris, tentait d&#233;sormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux &#224; l'&#339;uvre pour rassembler les fils bris&#233;s et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont &#233;t&#233; rejoints ici, sinon d&#233;j&#224; plus t&#244;t &#224; Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne &#8211; combien de fois Schapper et lui ont-ils d&#233;fendu victorieusement l'entr&#233;e d'une salle contre des centaines d'adversaires qui se pr&#233;cipitaient ! &#8212; un homme qui &#233;tait au moins &#233;gal &#224; ses deux camarades en &#233;nergie et en d&#233;termination, et intellectuellement sup&#233;rieur &#224; tous deux. Non seulement il &#233;tait un diplomate n&#233;, comme le prouve le succ&#232;s de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il &#233;tait &#233;galement plus capable de perspicacit&#233; th&#233;orique. Je les ai connus tous les trois &#224; Londres en 1843. Ce furent les premiers prol&#233;taires r&#233;volutionnaires que j'ai rencontr&#233;s, et aussi &#233;loign&#233;s que soient nos points de vue &#224; cette &#233;poque - car j'admettais toujours, contre leur communisme &#233;galitaire et born&#233; [par &#233;galitaire Communisme Je comprends, comme je l'ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l'&#233;galit&#233;], qui fait du bien d'une arrogance philosophique tout aussi born&#233;e - je n'oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes r&#233;els m'ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils b&#233;n&#233;ficiaient des libert&#233;s d'association et de r&#233;union. D&#232;s le 7 f&#233;vrier 1840, l'Association allemande pour l'&#233;ducation ouvri&#232;re, fonctionnant l&#233;galement et qui existe toujours, fut fond&#233;e. Cette Association servait &#224; la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes &#233;taient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l'Association, il allait de soi que sa direction reposait enti&#232;rement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bient&#244;t plusieurs communaut&#233;s, ou, comme on les appelait encore alors, &#171; loges &#187;, &#224; Londres. Les m&#234;mes tactiques &#233;videntes ont &#233;t&#233; suivies en Suisse et ailleurs. L&#224; o&#249; des associations de travailleurs pouvaient &#234;tre fond&#233;es, elles &#233;taient utilis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L&#224; o&#249; cela &#233;tait interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions &#233;taient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d'avant en arri&#232;re ; ils servaient &#233;galement, lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire, d'&#233;missaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien gr&#226;ce &#224; la sagesse des gouvernements qui, en recourant &#224; la d&#233;portation, transform&#232;rent en &#233;missaire tout ouvrier r&#233;pr&#233;hensible &#8212; et dans neuf cas sur dix, il &#233;tait membre de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tendue de la diffusion de la Ligue restaur&#233;e &#233;tait consid&#233;rable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme tr&#232;s dou&#233; qui, cependant, comme tant d'Allemands, a connu un &#233;chec en raison d'une instabilit&#233; inn&#233;e de caract&#232;re) et d'autres ont cr&#233;&#233; une organisation forte plus ou moins attach&#233;e au syst&#232;me communiste de Weitling. Ce n'est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement th&#233;orique ind&#233;pendant du prol&#233;tariat allemand, je souscris encore aujourd'hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; la bourgeoisie (allemande) &#8211; y compris ses philosophes et ses scribes &#233;rudits &#8211; pourrait-elle citer un ouvrage relatif &#224; l'&#233;mancipation de la bourgeoisie &#8211; son &#233;mancipation politique &#8211; comparable aux Garanties d'harmonie et de libert&#233; de Weitlings ? Si l'on compare la m&#233;diocrit&#233; terne et farfelue de la litt&#233;rature politique allemande avec ces d&#233;buts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l'on compare ces gigantesques chaussures d'enfant du prol&#233;tariat avec les proportions naines des spectacles politiques &#233;puis&#233;s de la bourgeoisie, on Je dois proph&#233;tiser une silhouette d'athl&#232;te pour cette Cendrillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de cet athl&#232;te se pr&#233;sente aujourd'hui &#224; nous, bien qu'elle soit encore loin d'&#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses sections existaient &#233;galement en Allemagne ; dans la nature des choses, ils &#233;taient d'un caract&#232;re passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n'est qu'au bout de sept ans, &#224; la fin de 1846, que la police d&#233;couvrit des traces de la Ligue &#224; Berlin (Mentel) et &#224; Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Weitling, qui s'y trouvait encore en 1840, rassembla &#233;galement les &#233;l&#233;ments &#233;pars avant de partir pour la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands &#233;taient partout : en Suisse, &#224; Londres, &#224; Paris. Dans cette derni&#232;re ville, l'allemand &#233;tait tellement la langue dominante dans ce commerce que j'y ai connu en 1846 un tailleur norv&#233;gien qui avait voyag&#233; directement par mer de Trondhjem en France et, en l'espace de dix-huit mois, n'avait presque pas appris un mot. de fran&#231;ais mais avait acquis une excellente connaissance de l'allemand. Deux des communaut&#233;s parisiennes en 1847 &#233;taient majoritairement compos&#233;es de tailleurs, une d'&#233;b&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que le centre de gravit&#233; se soit d&#233;plac&#233; de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d'allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalit&#233;s pour lesquelles l'allemand constituait le principal moyen de communication avec les &#233;trangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tch&#232;ques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitu&#233;s figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La soci&#233;t&#233; s'appela bient&#244;t Association d'&#233;ducation ouvri&#232;re communiste et les cartes de membres portaient l'inscription &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, dans au moins vingt langues, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas sans erreurs ici et l&#224;. Comme l'Association ouverte, la Ligue secr&#232;te prit bient&#244;t un caract&#232;re plus international ; d'abord dans un sens restreint, pratiquement &#224; travers les diverses nationalit&#233;s de ses membres, th&#233;oriquement &#224; travers la prise de conscience que toute r&#233;volution pour &#234;tre victorieuse doit &#234;tre europ&#233;enne. On n'allait pas encore plus loin ; mais les fondations &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des liens &#233;troits furent entretenus avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais par l'interm&#233;diaire des r&#233;fugi&#233;s londoniens, compagnons d'armes du 12 mai 1839. De m&#234;me avec les Polonais les plus radicaux. Les &#233;migr&#233;s polonais officiels, tout comme Mazzini, &#233;taient, bien entendu, des adversaires plut&#244;t que des alli&#233;s. Les chartistes anglais, en raison du caract&#232;re sp&#233;cifiquement anglais de leur mouvement, furent consid&#233;r&#233;s comme non r&#233;volutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mani&#232;res &#233;galement, le caract&#232;re de la Ligue avait chang&#233; avec les &#233;v&#233;nements. M&#234;me si Paris &#233;tait encore &#8212; et &#224; cette &#233;poque &#224; juste titre &#8212; consid&#233;r&#233;e comme la ville m&#232;re de la r&#233;volution, on &#233;tait n&#233;anmoins sortie de l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s'enracinaient de plus en plus dans la classe ouvri&#232;re allemande et que ces travailleurs allemands &#233;taient historiquement appel&#233;s &#224; &#234;tre les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l'Est de l'Europe. Il y avait en Weitling un th&#233;oricien communiste qui pouvait &#234;tre hardiment plac&#233; aux c&#244;t&#233;s de ses rivaux fran&#231;ais contemporains. Enfin, l'exp&#233;rience du 12 mai nous avait appris que pour l'instant il n'y avait rien &#224; gagner &#224; des tentatives de putsch . Et si l'on continuait &#224; expliquer chaque &#233;v&#233;nement comme le signe de l'approche de la temp&#234;te, si l'on conservait intactes les anciennes r&#232;gles semi-conspiratrices, c'&#233;tait principalement la faute du vieux d&#233;fi r&#233;volutionnaire, qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si impr&#233;cise qu'elle f&#251;t, contenait un tr&#232;s grand d&#233;faut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-m&#234;mes. Les membres, dans la mesure o&#249; ils &#233;taient ouvriers, &#233;taient presque exclusivement des artisans. M&#234;me dans les grandes m&#233;tropoles, celui qui les exploitait n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement qu'un petit ma&#238;tre. L'exploitation &#224; grande &#233;chelle de la couture, ce qu'on appelle aujourd'hui la fabrication de v&#234;tements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n'en &#233;tait alors qu'&#224; ses d&#233;buts, m&#234;me &#224; Londres. D'une part, l'exploitant de ces artisans &#233;tait un petit ma&#238;tre ; d'un autre c&#244;t&#233;, ils esp&#233;raient tous devenir eux-m&#234;mes de petits ma&#238;tres. En outre, une masse de notions h&#233;rit&#233;es des corporations s'accrochaient encore &#224; l'artisan allemand &#224; cette &#233;poque. Le plus grand honneur leur est d&#251;, dans la mesure o&#249; eux, qui n'&#233;taient pas encore eux-m&#234;mes des prol&#233;taires &#224; part enti&#232;re mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prol&#233;tariat moderne et qui ne s'opposait pas encore directement &#224; la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire au grand capital, dans la mesure o&#249; ces artisans &#233;taient capables d'anticiper instinctivement leur d&#233;veloppement futur et de constituer, m&#234;me s'ils ne l'&#233;taient pas encore en pleine conscience, le parti du prol&#233;tariat. Mais il &#233;tait &#233;galement in&#233;vitable que leurs vieux pr&#233;jug&#233;s artisanaux soient pour eux une pierre d'achoppement &#224; chaque instant, lorsqu'il s'agissait de critiquer en d&#233;tail la soci&#233;t&#233; existante, c'est-&#224;-dire d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques. Et je ne crois pas qu'&#224; cette &#233;poque, dans toute la Soci&#233;t&#233; des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d'&#233;conomie politique. Mais cela importait peu ; pour l'instant, &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; fraternit&#233; &#187; et la &#171; justice &#187; les aident &#224; surmonter tous les obstacles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement diff&#233;rent, se d&#233;veloppait. Lors de mon s&#233;jour &#224; Manchester, je me suis rendu compte de mani&#232;re tangible que les faits &#233;conomiques, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont jou&#233; aucun r&#244;le ou seulement un r&#244;le m&#233;prisable dans l'&#233;criture de l'histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique d&#233;cisive ; qu'ils constituent la base de l'origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays o&#249; ils se sont pleinement d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont &#224; leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l'histoire politique . Marx non seulement &#233;tait parvenu au m&#234;me point de vue, mais l'avait d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le Deutsche-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher (1844) en ce sens que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas du tout l'&#201;tat qui conditionne et r&#233;gule la soci&#233;t&#233; civile, mais la soci&#233;t&#233; civile qui conditionne et r&#233;gule l'&#201;tat et, par cons&#233;quent, cette politique et son histoire doivent s'expliquer &#224; partir des relations &#233;conomiques et de leur d&#233;veloppement, et non l'inverse. Lorsque j'ai rendu visite &#224; Marx &#224; Paris au cours de l'&#233;t&#233; 1844, notre accord complet dans tous les domaines th&#233;oriques est devenu &#233;vident et notre travail commun date de cette &#233;poque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouv&#226;mes &#224; Bruxelles, Marx avait d&#233;j&#224; pleinement d&#233;velopp&#233; sa th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire dans ses principales caract&#233;ristiques sur la base mentionn&#233;e ci-dessus et nous nous appliqu&#226;mes maintenant &#224; l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e du mode de pens&#233;e nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte, qui a r&#233;volutionn&#233; la science de l'histoire et, comme nous l'avons vu, est essentiellement l'&#339;uvre de Marx &#8212; d&#233;couverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu'une part tr&#232;s insignifiante &#8212; &#233;tait cependant d'une importance imm&#233;diate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Fran&#231;ais et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n'apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se pr&#233;sentaient d&#233;sormais comme un mouvement de la classe opprim&#233;e moderne, le prol&#233;tariat, comme les formes plus ou moins d&#233;velopp&#233;es de sa lutte historiquement n&#233;cessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes ant&#233;rieures par cette seule chose : la classe opprim&#233;e actuelle, le prol&#233;tariat, ne peut pas parvenir &#224; son &#233;mancipation sans en m&#234;me temps &#233;manciper la soci&#233;t&#233; dans son ensemble de la division en classes et, par cons&#233;quent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la cr&#233;ation, au moyen de l'imagination, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale aussi parfaite que possible, mais la compr&#233;hension de la nature, des conditions et des objectifs g&#233;n&#233;raux qui en d&#233;coulaient, de la lutte men&#233;e par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous n'&#233;tions nullement d'avis que les nouveaux r&#233;sultats scientifiques devaient &#234;tre confi&#233;s, dans de grands volumes, exclusivement au monde &#171; savant &#187;. Bien au contraire. Nous &#233;tions tous deux d&#233;j&#224; profond&#233;ment impliqu&#233;s dans le mouvement politique et poss&#233;dons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prol&#233;tariat organis&#233;. Il &#233;tait de notre devoir de fournir une base scientifique &#224; notre vision, mais il &#233;tait tout aussi important pour nous de gagner &#224; notre conviction le prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu le prol&#233;tariat allemand. D&#232;s que nous &#233;tions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis &#224; la t&#226;che. Nous avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re allemande &#224; Bruxelles et repris la Deutsche Br&#252;sseler Zeitung , qui nous a servi d'organe jusqu'&#224; la r&#233;volution de F&#233;vrier. Nous sommes rest&#233;s en contact avec la section r&#233;volutionnaire des chartistes anglais par l'interm&#233;diaire de Julian Harney, r&#233;dacteur en chef de l'organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j'ai contribu&#233;. Nous sommes &#233;galement entr&#233;s dans une sorte de cartel avec les d&#233;mocrates bruxellois (Marx &#233;tait vice-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique) et avec les sociaux-d&#233;mocrates fran&#231;ais de la R&#233;forme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prol&#233;tariennes et les organes de presse &#233;taient tout &#224; fait ce qu'on pouvait souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos relations avec la Ligue des Justes &#233;taient les suivantes : L'existence de la Ligue nous &#233;tait &#233;videmment connue ; en 1843, Schapper m'avait propos&#233; d'y adh&#233;rer, ce que je refusais naturellement &#224; cette &#233;poque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communaut&#233;s parisiennes. Sans entrer dans les affaires int&#233;rieures de la Ligue, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de tous les &#233;v&#233;nements importants. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons influenc&#233; les vues th&#233;oriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; &#224; cet effet diverses circulaires lithographi&#233;es, que nous envoyions &#224; nos amis et correspondants dans le monde entier, &#224; des occasions particuli&#232;res, lorsqu'il s'agissait des affaires int&#233;rieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-l&#224;, la Ligue elle-m&#234;me &#233;tait parfois mise en cause. Ainsi, un jeune &#233;tudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Am&#233;rique, s'y pr&#233;senta comme &#233;missaire de la Ligue et s'associa au fou Harro Harring dans le but d'utiliser la Ligue pour bouleverser l'Am&#233;rique du Sud. Il a fond&#233; un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il pr&#234;chait un communisme extravagant d'amour r&#234;v&#233;, bas&#233; sur &#171; l'amour &#187; et d&#233;bordant d'amour. Contre cela nous avons lanc&#233; une circulaire qui n'a pas manqu&#233; de son effet. Kriege a disparu de la sc&#232;ne de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, Weitling vint &#224; Bruxelles. Mais il n'&#233;tait plus le jeune compagnon tailleur na&#239;f qui, &#233;tonn&#233; par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit &#224; quoi ressemblerait une soci&#233;t&#233; communiste. Il &#233;tait d&#233;sormais le grand homme, pers&#233;cut&#233; par les environs &#224; cause de sa sup&#233;riorit&#233;, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pi&#232;ges - le proph&#232;te, chass&#233; de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la r&#233;alisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l'&#233;tait &#233;tait poss&#233;d&#233; par l'id&#233;e que tout le monde avait l'intention de le lui voler. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; brouill&#233; avec les membres de la Ligue &#224; Londres ; et &#224; Bruxelles, o&#249; Marx et sa femme l'accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s'entendre avec personne non plus. Peu apr&#232;s, il se rendit en Am&#233;rique pour y essayer son r&#244;le de proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces circonstances contribu&#232;rent &#224; la r&#233;volution tranquille qui s'op&#233;rait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L'insuffisance de la conception ant&#233;rieure du communisme, aussi bien le simple communisme &#233;galitaire fran&#231;ais que celle de Weitling, leur devint de plus en plus &#233;vidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling &#8212; si brillants soient certains passages de son &#201;vangile des pauvres p&#233;cheurs &#8212;, on avait abouti &#224; ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d'abord d'imb&#233;ciles comme Albrecht, puis d'exploiter de faux proph&#232;tes comme Kuhlmann. Le &#171; vrai socialisme &#187; &#233;voqu&#233; par quelques &#233;crivains litt&#233;raires &#8211; une traduction de la phras&#233;ologie socialiste fran&#231;aise en allemand h&#233;g&#233;lien corrompu et des r&#234;ves d'amour sentimentaux (voir la section sur l'allemand du &#171; vrai &#187; socialisme dans le Manifeste du Parti communiste &#8211; que Kriege et l'&#233;tude de la litt&#233;rature correspondante introduite dans la Ligue s'est vite av&#233;r&#233;e d&#233;go&#251;ter les vieux r&#233;volutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu'&#224; cause de sa faiblesse baveuse. Face au caract&#232;re intenable des vues th&#233;oriques ant&#233;rieures et aux aberrations pratiques qui en r&#233;sultaient, on s'est rendu compte davantage. et plus encore &#224; Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle th&#233;orie. Cette compr&#233;hension &#233;tait sans aucun doute favoris&#233;e par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient d&#233;sormais deux hommes qui &#233;taient consid&#233;rablement sup&#233;rieurs &#224; ceux mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment en termes de capacit&#233; de connaissances th&#233;oriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note en bas de page d'Engels : Pfander est d&#233;c&#233;d&#233; il y a environ huit ans &#224; Londres. c'&#233;tait un homme d'une intelligence particuli&#232;rement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es secr&#233;taire du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire qu'au printemps 1847, Moll rendit visite &#224; Marx &#224; Bruxelles et imm&#233;diatement apr&#232;s &#224; moi &#224; Paris et nous invita &#224; plusieurs reprises, au nom de ses camarades, &#224; adh&#233;rer &#224; la Ligue. Il rapporta qu'ils &#233;taient autant convaincus de la justesse g&#233;n&#233;rale de notre fa&#231;on de voir les choses que de la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l'occasion d'exposer notre communisme critique devant un congr&#232;s de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publi&#233; comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions &#233;galement contribuer, avec notre part, au remplacement de l'organisation obsol&#232;te de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutions pas qu'une organisation au sein de la classe ouvri&#232;re allemande &#233;tait n&#233;cessaire, ne serait-ce qu'&#224; des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas un caract&#232;re simplement local, ne pourrait &#234;tre qu'une organisation secr&#232;te, m&#234;me en dehors de l'Allemagne. Or, une telle organisation existait d&#233;j&#224;, sous la forme de la Ligue. Ce &#224; quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme erron&#233; par les repr&#233;sentants de la Ligue eux-m&#234;mes ; nous f&#251;mes m&#234;me invit&#233;s &#224; collaborer aux travaux de r&#233;organisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entr&#233;s dans la Ligue ; Marx a fond&#233; une communaut&#233; de la Ligue &#224; Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j'ai fr&#233;quent&#233; les trois communaut&#233;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1847, eut lieu &#224; Londres le premier congr&#232;s de la Ligue, au cours duquel W. Wolff repr&#233;sentait les communaut&#233;s de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congr&#232;s, la r&#233;organisation de la Ligue fut d'abord r&#233;alis&#233;e. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant &#224; la p&#233;riode conspiratrice &#233;tait d&#233;sormais aboli ; la Ligue se compose d&#233;sormais de communaut&#233;s, de cercles, de cercles dirigeants, d'un Comit&#233; central et d'un Congr&#232;s, et s'appelle d&#233;sormais la &#171; Ligue communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise bas&#233;e sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans classes et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ainsi a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le premier article. L'organisation elle-m&#234;me &#233;tait totalement d&#233;mocratique, avec des conseils d'administration &#233;lectifs et toujours r&#233;vocables. Cela seul a emp&#234;ch&#233; toute vell&#233;it&#233; de conspiration, qui exige une dictature, et la Soci&#233;t&#233; des Nations s'est transform&#233;e &#8211; du moins en temps de paix ordinaire &#8211; en une pure soci&#233;t&#233; de propagande. Ces nouvelles R&#232;gles furent soumises &#224; la discussion des communaut&#233;s &#8212; tant la proc&#233;dure &#233;tait d&#233;sormais d&#233;mocratique &#8212; puis de nouveau d&#233;battues au IIe Congr&#232;s et finalement adopt&#233;es par celui-ci le 8 d&#233;cembre 1847. On les retrouve r&#233;imprim&#233;es dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Congr&#232;s a eu lieu fin novembre et d&#233;but d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Marx &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent &#224; cette occasion et exposa la nouvelle th&#233;orie au cours d'un d&#233;bat assez long &#8211; le congr&#232;s dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement &#233;t&#233; lev&#233;s, les nouveaux principes fondamentaux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; et Marx et moi avons &#233;t&#233; charg&#233;s de r&#233;diger le Manifeste. Cela a &#233;t&#233; fait imm&#233;diatement apr&#232;s. Quelques semaines avant la R&#233;volution de F&#233;vrier, il fut envoy&#233; &#224; Londres pour &#234;tre imprim&#233;. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a &#233;t&#233; traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd'hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prol&#233;tarien. &#192; la place de l'ancienne devise de la Ligue, &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, est apparu le nouveau cri de guerre : &#171; Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! &#187; qui proclamait ouvertement le caract&#232;re international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre r&#233;sonnait dans le monde entier comme le mot d'ordre de l'Association internationale des travailleurs, et aujourd'hui le prol&#233;tariat militant de tous les pays l'a inscrit dans son &#233;tendard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de F&#233;vrier &#233;clate. Le Comit&#233; central de Londres, qui fonctionnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, a imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette d&#233;cision intervient &#224; un moment o&#249; un v&#233;ritable &#233;tat de si&#232;ge existait d&#233;j&#224; &#224; Bruxelles et o&#249; les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous &#233;tions tous sur le point d'aller &#224; Paris, et le nouveau Comit&#233; central d&#233;cida donc de se dissoudre &#233;galement, de remettre tous ses pouvoirs &#224; Marx et de lui donner imm&#233;diatement le pouvoir de constituer un nouveau Comit&#233; central &#224; Paris. A peine les cinq personnes qui adopt&#232;rent cette d&#233;cision (3 mars 1848) furent-elles s&#233;par&#233;es, que la police p&#233;n&#233;tra de force dans la maison de Marx, l'arr&#234;ta et l'obligea &#224; partir le lendemain pour la France, l&#224; o&#249; il souhaitait se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, nous nous sommes bient&#244;t tous retrouv&#233;s. L&#224;, le document suivant fut r&#233;dig&#233; et sign&#233; par tous les membres du nouveau Comit&#233; central. Il a &#233;t&#233; distribu&#233; dans toute l'Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des le&#231;ons aujourd'hui :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exigences du Parti communiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Allemagne tout enti&#232;re sera d&#233;clar&#233;e une seule r&#233;publique indivisible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentants du peuple seront pay&#233;s de mani&#232;re &#224; ce que les travailleurs puissent eux aussi si&#233;ger au Parlement du peuple allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; Armement universel du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines des princes et autres domaines f&#233;odaux, toutes mines, carri&#232;res, etc., seront transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Sur ces domaines, l'agriculture doit &#234;tre men&#233;e &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le b&#233;n&#233;fice de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hypoth&#232;ques sur les propri&#233;t&#233;s paysannes seront d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat ; les int&#233;r&#234;ts de ces hypoth&#232;ques seront pay&#233;s par les paysans &#224; l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts o&#249; le fermage est d&#233;velopp&#233;, le fermage ou la redevance agricole sont vers&#233;s &#224; l'&#201;tat &#224; titre d'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux &#224; vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l'Etat. Ils doivent &#234;tre transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et mis gratuitement &#224; la disposition de la classe des non-poss&#233;dants.&lt;br class='autobr' /&gt; Limitation du droit de succession.&lt;br class='autobr' /&gt; Introduction d'une fiscalit&#233; progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt; Mise en place d'ateliers nationaux. L'&#201;tat doit garantir un revenu &#224; tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; Enseignement &#233;l&#233;mentaire universel et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d'&#339;uvrer avec toute l'&#233;nergie possible &#224; la mise en &#339;uvre des mesures ci-dessus. Car ce n'est que par leur &#233;ducation que les millions d'Allemands, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par un petit nombre de personnes et que l'on s'efforce de maintenir dans une suj&#233;tion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d'&#233;nergie. toute richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'engouement pour les l&#233;gions r&#233;volutionnaires pr&#233;vaut &#224; Paris. Espagnols, Italiens, Belges, N&#233;erlandais, Polonais et Allemands se sont rassembl&#233;s en foule pour lib&#233;rer leurs patries respectives. La l&#233;gion allemande &#233;tait dirig&#233;e par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donn&#233; qu'au lendemain de la r&#233;volution tous les travailleurs &#233;trangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcel&#233;s par le public, l'afflux dans ces l&#233;gions fut tr&#232;s grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se d&#233;barrasser des travailleurs &#233;trangers et leur accorda l'&#233;tape du soldat , c'est-&#224;-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnit&#233; de marche de 50 centimes par jour jusqu'&#224; la fronti&#232;re, apr&#232;s quoi l'&#233;loquent Lamartine , le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, si &#233;mu aux larmes, a rapidement trouv&#233; l'occasion de les trahir aupr&#232;s de leurs gouvernements respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes oppos&#233;s de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; ce jeu avec la r&#233;volution. Mener une invasion, qui consistait &#224; importer par la force la r&#233;volution de l'ext&#233;rieur, au milieu de la fermentation qui se d&#233;roulait alors en Allemagne, signifiait saper la r&#233;volution en Allemagne elle-m&#234;me, renforcer les gouvernements et d&#233;livrer les l&#233;gionnaires - Lamartine le garantissait. &#8212; sans d&#233;fense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la r&#233;volution fut victorieuse &#224; Vienne et &#224; Berlin, la l&#233;gion devint encore plus inutile ; mais une fois commenc&#233;, le jeu continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fond&#233; un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseill&#233; aux ouvriers de se tenir &#224; l'&#233;cart de la l&#233;gion et de rentrer seuls chez eux et d'y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui si&#233;geait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoy&#233;s par nous les m&#234;mes facilit&#233;s de voyage que celles accord&#233;es aux l&#233;gionnaires. Nous renvoy&#226;mes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorit&#233; des membres de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait facilement le pr&#233;voir, la Ligue se r&#233;v&#233;la &#234;tre un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d'&#233;clater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant &#224; l'&#233;tranger ont chang&#233; de domicile et sont retourn&#233;s dans leur pays d'origine ; leurs communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d'entre eux, n'essaya m&#234;me pas de reprendre ce contact, mais chacun commen&#231;a pour son propre compte un petit mouvement s&#233;par&#233; dans sa localit&#233;. Enfin, les conditions dans chaque petit &#201;tat, dans chaque province et dans chaque ville &#233;taient si diff&#233;rentes que la Ligue e&#251;t &#233;t&#233; incapable de donner autre chose que les directives les plus g&#233;n&#233;rales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffus&#233;es par la presse. Bref, &#224; partir du moment o&#249; les causes qui avaient rendu n&#233;cessaire la Ligue secr&#232;te ont cess&#233; d'exister, la Ligue secr&#232;te comme telle a cess&#233; de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de d&#233;pouiller cette m&#234;me Ligue secr&#232;te du dernier vestige de son caract&#232;re conspirateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; que la Ligue avait &#233;t&#233; une excellente &#233;cole d'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Sur le Rhin, o&#249; la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, &#224; Nassau, dans la Hesse rh&#233;nane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient &#224; la t&#234;te du mouvement d&#233;mocratique extr&#234;me. Ce fut le cas &#224; Hambourg. En Allemagne du Sud, la pr&#233;dominance de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. &#192; Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succ&#232;s jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1848 ; en outre, il re&#231;ut un mandat sil&#233;sien en tant que repr&#233;sentant suppl&#233;ant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaill&#233; &#224; Bruxelles et &#224; Paris comme membre actif de la Ligue, fonda &#224; Berlin une Confr&#233;rie ouvri&#232;re qui devint assez r&#233;pandue et exista jusqu'en 1850. Born, un jeune homme tr&#232;s talentueux, mais qui, &#233;tait un peu trop press&#233; de devenir un personnage politique, &#171; fraternis&#233; &#187; avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n'&#233;tait pas du tout l'homme qui pouvait apporter l'unit&#233; dans les tendances oppos&#233;es, la lumi&#232;re dans les tendances oppos&#233;es. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l'association, les opinions repr&#233;sent&#233;es dans le Manifeste du Parti communiste &#233;taient m&#234;l&#233;es de souvenirs et d'aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire &#224; tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les gr&#232;ves, les syndicats et les coop&#233;ratives de production se d&#233;clench&#232;rent et on oublia qu'il s'agissait avant tout de conqu&#233;rir d'abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se r&#233;aliser de mani&#232;re durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la r&#233;action firent comprendre aux dirigeants des Fr&#232;res musulmans la n&#233;cessit&#233; de prendre une part directe &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, ils furent naturellement abandonn&#233;s par la masse confuse qu'ils s'&#233;taient group&#233;e autour d'eux. Born participa au soul&#232;vement de Dresde en mai 1849 et r&#233;ussit &#224; s'en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prol&#233;tariat, la Fraternit&#233; ouvri&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un pur Sonderbund [ligue s&#233;par&#233;e], qui n'existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un r&#244;le tellement subordonn&#233; que la r&#233;action ne l'a pas trouv&#233;. il fallut le supprimer jusqu'en 1850, et ses branches survivantes jusqu'&#224; plusieurs ann&#233;es plus tard. Born, dont le vrai nom &#233;tait Buttermilk, n'est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1849, avec la d&#233;faite des insurrections de mai en Allemagne et la r&#233;pression de la r&#233;volution hongroise par les Russes, une grande p&#233;riode de la R&#233;volution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la r&#233;action n'&#233;tait pas encore d&#233;finitive. Une r&#233;organisation des forces r&#233;volutionnaires dispers&#233;es &#233;tait n&#233;cessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prol&#233;tariat ; il fallut donc s'organiser &#224; nouveau en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1849, la plupart des membres des comit&#233;s centraux et congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents se r&#233;unirent &#224; nouveau &#224; Londres. Les seuls qui manquaient encore &#233;taient Schapper, qui fut emprisonn&#233; &#224; Wiesbaden mais qui revint apr&#232;s son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, apr&#232;s avoir accompli une s&#233;rie de missions et de voyages d'agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers &#224; cheval. artilleurs de l'artillerie du Palatinat au beau milieu de l'arm&#233;e prussienne dans la province du Rhin &#8212; rejoignirent la compagnie ouvri&#232;re de Besan&#231;on du corps de Willich et furent tu&#233;s d'une balle dans la t&#234;te lors de la rencontre &#224; la Murg devant le pont Rotenfels. D'un autre c&#244;t&#233;, Willich entra en sc&#232;ne. Willich &#233;tait un de ces communistes sentimentaux si r&#233;pandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles &#224; notre tendance critique. Bien plus, il &#233;tait enti&#232;rement proph&#232;te, convaincu de sa mission personnelle de lib&#233;rateur pr&#233;destin&#233; du prol&#233;tariat allemand et, en tant que tel, pr&#233;tendant direct tant &#224; la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chr&#233;tien primitif pr&#234;ch&#233; pr&#233;c&#233;demment par Weitling, s'est ajout&#233;e une sorte d'islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la premi&#232;re fois aux casernes de r&#233;fugi&#233;s sous le commandement de Willich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue fut donc r&#233;organis&#233;e ; L'adresse de mars 1850 fut publi&#233;e et Heinrich Bauer fut envoy&#233; comme &#233;missaire en Allemagne. L'Adresse, compos&#233;e par Marx et moi-m&#234;me, est encore int&#233;ressante aujourd'hui, car la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est d&#233;j&#224; aujourd'hui le parti qui doit certainement &#234;tre le premier &#224; arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la soci&#233;t&#233; des ouvriers communistes &#224; l'occasion de le prochain bouleversement europ&#233;en est d&#233;sormais imminent (les r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites &#224; des intervalles de 15 &#224; 18 ans au cours de notre si&#232;cle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd'hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronn&#233;e d'un plein succ&#232;s. Le fid&#232;le petit cordonnier &#233;tait un diplomate n&#233;. Il ramena dans l'organisation active les anciens membres de la Ligue, qui &#233;taient en partie &#224; la tra&#238;ne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l'&#233;poque de la Fraternit&#233; Ouvri&#232;re. La Ligue commen&#231;a &#224; jouer un r&#244;le dominant dans les associations ouvri&#232;res, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu'avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communaut&#233;s, en juin 1850, pouvait d&#233;j&#224; rapporter que l'&#233;tudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre am&#233;ricain), qui &#233;tait en tourn&#233;e en Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, &#171; avait d&#233;j&#224; trouv&#233; toutes les forces n&#233;cessaires entre les mains de la Ligue &#187;. La Ligue &#233;tait sans aucun doute la seule organisation r&#233;volutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le but de cette organisation d&#233;pendait dans une large mesure de la r&#233;alisation ou non des perspectives d'un nouvel essor de la r&#233;volution. Et au cours de l'ann&#233;e 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie &#224; la R&#233;volution de 1848, avait &#233;t&#233; surmont&#233;e ; une nouvelle p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; industrielle sans pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait install&#233;e ; quiconque avait des yeux pour voir et s'en servait devait clairement se rendre compte que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire de 1848 s'&#233;teignait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent de mani&#232;re aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d'une v&#233;ritable r&#233;volution . Une telle r&#233;volution n'est possible que dans les p&#233;riodes o&#249; ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd'hui et se compromettent les repr&#233;sentants des factions industrielles du parti de l'ordre continental, loin de fournir l'occasion de nouvelles r&#233;volutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentan&#233;ment si s&#251;re. et, ce que la r&#233;action ne sait pas, c'est tellement bourgeois . De l&#224;, toutes les tentatives de la r&#233;action visant &#224; freiner le d&#233;veloppement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des d&#233;mocrates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et moi avons &#233;crit dans la &#171; Revue de mai &#224; octobre 1850 &#187; de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n&#176; V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette froide appr&#233;ciation de la situation &#233;tait cependant consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme une h&#233;r&#233;sie, &#224; une &#233;poque o&#249; Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumi&#232;res allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. &#224; Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l'Europe, et alors qu'il ne restait plus qu'&#224; obtenir de l'Am&#233;rique l'argent n&#233;cessaire comme emprunt pour que la r&#233;volution r&#233;alise &#224; tout moment le La r&#233;volution europ&#233;enne et les diff&#233;rentes r&#233;publiques qui l'accompagnaient allaient de soi. Peut-on s'&#233;tonner qu'un homme comme Willich se soit laiss&#233; prendre &#224; cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion r&#233;volutionnaire, se soit lui aussi laiss&#233; tromper et que la majorit&#233; des ouvriers londoniens, eux-m&#234;mes en grande partie r&#233;fugi&#233;s, les aient suivis. dans le camp des artisans de la r&#233;volution bourgeois-d&#233;mocrates ? Il suffit de dire que la r&#233;serve que nous maintenions n'&#233;tait pas du go&#251;t de ces gens-l&#224; ; il s'agissait d'entrer dans le jeu de faire des r&#233;volutions. Nous avons cat&#233;goriquement refus&#233; de le faire. Une scission s'ensuit ; on peut en savoir plus &#224; ce sujet dans l' Apocalypse . Puis vint l'arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, &#224; Hambourg. Ce dernier est devenu tra&#238;tre en divulguant les noms du Comit&#233; central de Cologne et en &#233;tant d&#233;sign&#233; comme t&#233;moin principal au proc&#232;s ; mais ses proches ne souhaitaient pas &#234;tre ainsi d&#233;shonor&#233;s et l'envoy&#232;rent &#224; Rio de Janerio, o&#249; il s'&#233;tablit plus tard comme homme d'affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral de Prusse puis d'Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note d'Engels : Schapper &#224; Londres &#224; la fin des ann&#233;es soixante. Willich a particip&#233; avec distinction &#224; la guerre civile am&#233;ricaine ; il est devenu g&#233;n&#233;ral de brigade et a re&#231;u une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s'est r&#233;tabli et est mort il y a une dizaine d'ann&#233;es en Am&#233;rique. Parmi les autres personnes mentionn&#233;es ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a &#233;t&#233; perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Am&#233;rique.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une meilleure compr&#233;hension des R&#233;v&#233;lations , je donne la liste des accus&#233;s de Cologne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, d&#233;c&#233;d&#233; plus tard en tant que d&#233;put&#233; progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, d&#233;c&#233;d&#233; il y a quelques ann&#233;es comme photographe &#224; Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd'hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, m&#233;decin, d&#233;c&#233;d&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s des suites d'une tuberculose contract&#233;e en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant m&#233;decin &#224; New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd'hui m&#233;decin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#224; Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un proc&#232;s public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamn&#233;es pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung &#224; six ans, Reiff, Otto et Becker &#224; cinq ans et Lessner &#224; trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le proc&#232;s de Cologne, la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Imm&#233;diatement apr&#232;s la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue s&#233;par&#233;e Willich-Schapper trouva &#233;galement le repos &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il y a toute une g&#233;n&#233;ration entre hier et aujourd'hui. A cette &#233;poque, l'Allemagne &#233;tait un pays d'artisanat et d'industrie domestique bas&#233;e sur le travail manuel ; c'est aujourd'hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette &#233;poque, il fallait rechercher un &#224; un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-&#233;conomique envers le capital, car cet antagonisme lui-m&#234;me commen&#231;ait seulement &#224; se d&#233;velopper. Aujourd'hui, l'ensemble du prol&#233;tariat allemand doit &#234;tre soumis &#224; des lois d'exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son d&#233;veloppement vers la pleine conscience de sa position de classe opprim&#233;e. A cette &#233;poque, les quelques personnes dont l'esprit avait p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la r&#233;alisation du r&#244;le historique du prol&#233;tariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communaut&#233;s de 3 &#224; 20 personnes. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand n'a plus besoin d'aucune organisation officielle, ni publique ni secr&#232;te. La simple interconnexion &#233;vidente de camarades de classe partageant les m&#234;mes id&#233;es suffit, sans aucune r&#232;gle, conseil, r&#233;solution ou autre forme tangible, &#224; &#233;branler l'ensemble de l'Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l'arbitre de l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Allemagne, mais &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci, la figure athl&#233;tique du prol&#233;tariat allemand, que Marx pr&#233;voyait d&#233;j&#224; en 1844, devient chaque jour plus mena&#231;ante, le g&#233;ant pour qui l'&#233;difice imp&#233;rial exigu con&#231;u pour s'adapter aux philistins est encore aujourd'hui. devenu inad&#233;quat et dont la stature puissante et les &#233;paules larges grandissent jusqu'au moment o&#249;, en se levant simplement de son si&#232;ge, il brisera toute la structure de la constitution imp&#233;riale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prol&#233;tariat europ&#233;en et am&#233;ricain s'est tellement renforc&#233; que non seulement sa premi&#232;re forme &#233;troite &#8212; la Ligue secr&#232;te &#8212; mais m&#234;me sa seconde forme, infiniment plus large &#8212; l'Association internationale des travailleurs &#8212; est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarit&#233; fond&#233; sur la compr&#233;hension de l'identit&#233; de position de classe suffit &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir un seul et m&#234;me grand parti du prol&#233;tariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a repr&#233;sent&#233;e de 1847 &#224; 1852, et qui &#224; cette &#233;poque pouvait &#234;tre trait&#233;e par les sages philistins en haussant les &#233;paules comme des hallucinations de compl&#232;tement fous, comme la doctrine secr&#232;te de quelques sectaires dispers&#233;s, a maintenant d'innombrables adeptes. dans tous les pays civilis&#233;s du monde, parmi les condamn&#233;s aux mines de Sib&#233;rie autant que parmi les chercheurs d'or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l'homme le plus d&#233;test&#233; et le plus calomni&#233; de son temps, Karl Marx, &#233;tait, &#224; sa mort, le conseiller toujours recherch&#233; et toujours volontaire du prol&#233;tariat de l'ancien et du nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Propos du r&#233;volutionnaire Barta</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8777</link>
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		<dc:date>2026-01-20T23:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Barta</dc:subject>
		<dc:subject>1940</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Propos du r&#233;volutionnaire Barta &lt;br class='autobr' /&gt; Lire sur Barta : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=barta &lt;br class='autobr' /&gt;
Barta en 1935 : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/barta/1935/12/barta_roumanie.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Barta en 1936 : &lt;br class='autobr' /&gt;
LETTRE DE BARTA A TROTSKY &lt;br class='autobr' /&gt;
Bucarest, le 22 Mai 1936 Cher camarade L.D., Notre activit&#233;, malgr&#233; les forces extr&#234;mement faibles dont nous disposons &#224; la formation du groupe B.L. en Roumanie, nous a permis d'arriver &#224; deux r&#233;sultats essentiels : &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Barta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot104" rel="tag"&gt;1940&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Propos du r&#233;volutionnaire Barta&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire sur Barta :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=barta&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=barta&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1935 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1935/12/barta_roumanie.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1935/12/barta_roumanie.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1936 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LETTRE DE BARTA A TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bucarest, le 22 Mai 1936&lt;br class='autobr' /&gt;
Cher camarade L.D.,&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre activit&#233;, malgr&#233; les forces extr&#234;mement faibles dont nous disposons &#224; la formation du groupe B.L. en Roumanie, nous a permis d'arriver &#224; deux r&#233;sultats essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette activit&#233; vous avez &#233;t&#233; certainement inform&#233; par le S.I. [1] : travail d'&#233;ducation politique des militants, publication de brochures et ces temps derniers discussions publiques, collage de papillons, etc&#8230; Nous avons certainement commis des fautes, mais elles &#233;taient in&#233;vitables et nous croyons avoir maintenant la clart&#233; n&#233;cessaire pour mener &#224; bien notre lutte. La meilleure preuve de notre maturit&#233; (toute relative, cela va sans dire) c'est qu'on nous craint, qu'on &#233;vite les discussions publiques avec nous (unitaires, stalinistes ou socialistes font le front unique inavou&#233; sur cette question).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici maintenant en quelques mots notre situation par rapport aux autres organisations :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le P.C. il y a pas mal d'&#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires honn&#234;tes mais &#224; cause des zigzags et de l'inculture totale ils ne sont pas capables de penser. L'ill&#233;galit&#233; est aussi un frein puissant qui emp&#234;che le contact avec eux. A l'heure actuelle notre activit&#233; dans ce parti reste nulle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le P.S. est constitu&#233; d'&#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires qui ont plut&#244;t un r&#244;le de policiers que de militants r&#233;formistes. L'influence de ce parti parmi les ouvriers est tr&#232;s r&#233;duite. La seule activit&#233; possible dans le P.S. serait l'activit&#233; ill&#233;gale. Cette activit&#233; nous ne pouvons pas la mener pour le moment, pour plusieurs raisons (nous ne pouvons pas les indiquer ici).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parti unitaire [2] agonise. Inexistant sur tous les terrains, il subsiste encore seulement par l'ambition de deux ou trois intellectuels qui veulent &#234;tre des &#034;chefs&#034; et avoir &#034;leur&#034; parti. Tout ce que l'on pouvait faire dans le parti unitaire (&#224; Bucarest), nous l'avons fait dans les autres localit&#233;s, nous examinerons les possibilit&#233;s. La seule chose qu'on peut encore utiliser c'est leur tribune, d'o&#249; nous les critiquons et faisons des appels pour la 4&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les syndicats nous avons deux &#233;l&#233;ments et nous essaierons de mener une action, qui demande beaucoup d'exp&#233;rience et de prudence.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi notre effort principal doit &#234;tre dirig&#233; vers les couches fra&#238;ches &#8211; apolitiques &#8211; et commencer le travail d'&#233;ducation par l'ABC &#8211; travail tr&#232;s long et qui demande beaucoup de patience &#8211;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sum&#233; : notre t&#226;che principale consiste dans l'&#233;ducation d'&#233;l&#233;ments presque vierges politiquement (cela n'exclut &#233;videmment une activit&#233; pratique assez longue et d&#233;vou&#233;e de leur part, pratique men&#233;e par leurs propres moyens, sans plan et sans coordination). Pour cela nous devons enrichir constamment notre capital politique et imprimer des brochures. Nous en avons d&#233;j&#224; imprim&#233;es. Mais, sauf une (&#034;Front populaire ou front unique prol&#233;taire ?&#034;), toutes &#233;taient sur un plan g&#233;n&#233;ral, valable pour tous les pays. Nous voudrions beaucoup imprimer une brochure sur la Roumanie (une analyse g&#233;n&#233;rale de la situation et des t&#226;ches de l'avant-garde), mais le manque complet de traditions th&#233;oriques ne nous permet pas de le faire par nos propres forces (il s'agit d'&#233;crire une analyse simple pour &#234;tre comprise par les travailleurs &#8211; ce qui demande maturit&#233; compl&#232;te de la pens&#233;e &#8211; et juste).&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme vous voyez, cette lettre n'est pas seulement pour vous informer (si pauvrement d'ailleurs). Elle a plut&#244;t un but &#034;&#233;go&#239;ste&#034;. Nous voudrions &#233;tablir avec vous une liaison (nous l'avons essay&#233; dans le pass&#233;, mais malheureusement votre sant&#233; ne le permettait pas) pour discuter notre travail futur et surtout pour que vous contribuiez directement &#224; ce travail par &#233;crit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si votre temps vous permet de le faire nous vous prions d'envoyer votre r&#233;ponse &#224; Adolphe qui nous l'enverra. Nous attendons vos questions sur la situation d'ici, renseignements qui vous permettront de conna&#238;tre exactement la situation et en tirer les d&#233;ductions n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Recevez, cher camarade, nos salutations r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
pour le C.C. Barta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Secr&#233;tariat International de la IV&#232;me Internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
[2] P.S.U. (Partidul socialist unitar) produit de la fusion en ao&#251;t 1933 du P.S.I. (Partidul socialist independent) Parti Socialiste Independant de Roumanie issu d'une scission (septembre 1931) du Parti Socialiste roumain, et du groupe, lui aussi issu de la social-d&#233;mocratie, de Constantin Popovici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1944 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PAR OU COMMENCER ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'ouvrier de France qui ne se souvient avec fiert&#233; de la pouss&#233;e r&#233;volutionnaire de juin 1936 ? Quel est celui qui ne se rappelle pas avoir pris part aux meetings, aux manifestations, aux d&#233;fil&#233;s, aux gr&#232;ves ? En ce temps-l&#224; la classe ouvri&#232;re, inqui&#233;t&#233;e par les attaques fascistes et par la menace croissante de la guerre, mettait en &#339;uvre toute son &#233;nergie. Les meilleurs militants, syndicalistes, socialistes, communistes, se prodiguaient constamment, apr&#232;s le travail et le dimanche, dans les r&#233;unions et les meetings de gr&#233;vistes. La vague r&#233;volutionnaire avait soulev&#233; les couches les plus profondes du peuple opprim&#233;, les ouvriers entra&#238;nant les employ&#233;s, la ville entra&#238;nant la campagne. Les partis et les syndicats virent affluer dans leurs rangs de nouveaux membres et de nouveaux sympathisants. Effray&#233; par les occupations d'usine, sentant le revolver sur la tempe, le patronat dut c&#233;der ; une nouvelle vie sembla devoir commencer : ce furent la semaine de 40 heures, les cong&#233;s pay&#233;s, les contrats collectifs, le rel&#232;vement des salaires. A l'usine, l'ouvrier releva la t&#234;te ; au dehors, jouissant de plus de loisirs, il commen&#231;a &#224; vivre plus dignement. L'organisation de classe avait d&#233;termin&#233; la victoire, &#224; son tour, la victoire, par la diminution des heures de travail, permettait &#224; l'ouvrier de consacrer du temps &#224; la lutte organis&#233;e. A toute une vie de d&#233;boires et d'incertitudes l'ouvrier trouvait une issue dans l'action de classe qui, &#224; son tour, d&#233;terminait une am&#233;lioration de ses conditions de vie. L'existence des syndicats, des partis, d'universit&#233;s populaires, de meetings, d'une presse ouvri&#232;re, de brochures, de livres, augmentait la conscience de la classe ouvri&#232;re, ainsi que sa confiance en soi et sa force offensive.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, apr&#232;s les d&#233;faites subies, la situation &#233;conomique des travailleurs est devenue terrible : la journ&#233;e de dix heures, les salaires de famine, le manque complet de vivres, la d&#233;portation en Allemagne, le chantage au d&#233;part pour ceux qui restent, le travail forc&#233;, l'aggravation des conditions de travail (travail aux pi&#232;ces, etc...). La vie politique est presque nulle : et en absence d'une activit&#233; politique propre, les ouvriers manquent de perspectives claires et en sont r&#233;duits &#224; esp&#233;rer une am&#233;lioration de leur situation d'un d&#233;barquement et d'une victoire alli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat est arriv&#233; &#224; ses fins : il a devant lui un prol&#233;tariat d&#233;sorganis&#233;, d&#233;sorient&#233; et passif ; depuis longtemps les choses n'allaient plus si bien pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re ne peut tol&#233;rer qu'une telle situation se prolonge ind&#233;finiment : sa passivit&#233; dans des &#233;v&#233;nements qui mettent en jeu le sort du monde, entra&#238;nerait son asservissement pour toute une g&#233;n&#233;ration. Les ouvriers savent que la bourgeoisie n'a jamais rien c&#233;d&#233; sans une action d&#233;cid&#233;e de leur part ; et la puissance de cette action d&#233;pend de leur organisation. La p&#233;riode de la meilleure situation &#233;conomique du prol&#233;tariat fut celle de sa plus grande activit&#233; politique organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la situation est difficile : la longueur de la journ&#233;e de travail, la n&#233;cessit&#233; de se ravitailler &#224; la campagne, la police, les mouchards, sont autant d'obstacles sur la voie de l'organisation. Mais c'est justement pour cela qu'il faut renverser la vapeur. L'am&#233;lioration de notre situation ne peut pas venir d'&#233;v&#233;nements militaires qui sous la conduite de la bourgeoisie ont pour but l'&#233;crasement des peuples. Tout au contraire, l'attente passive de la classe ouvri&#232;re est un facteur important qui permet aux imp&#233;rialistes de continuer la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une am&#233;lioration de la situation ne peut provenir que d'un changement dans le rapport de forces entre la classe ouvri&#232;re et la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire d'une action de classe d&#233;cid&#233;e, qui suppose auparavant une organisation et une volont&#233; offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux ouvriers avanc&#233;s incombe aujourd'hui le devoir de donner l'exemple en faisant le premier pas dans cette voie. Le d&#233;brouillage au jour le jour n'a jamais rien r&#233;solu de grand ; la situation actuelle met en jeu l'avenir m&#234;me du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour permettre &#224; la classe ouvri&#232;re de se regrouper, prendre conscience de sa force et de ses t&#226;ches, il faut commencer le travail sur le terrain de l'usine. Les ouvriers les plus s&#251;rs doivent se r&#233;unir r&#233;guli&#232;rement chez l'un d'entre eux pour envisager en commun les probl&#232;mes de l'usine, pour lire et commenter la litt&#233;rature et les journaux ouvriers clandestins et, dans la mesure du possible, s&#233;lectionner parmi les jeunes les meilleurs &#233;l&#233;ments capables de s'instruire et de trouver dans l'&#233;tude du mouvement ouvrier la volont&#233; et la m&#233;thode qui m&#232;neront &#224; la victoire dans les combats &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers feront ainsi leur propre &#233;ducation d&#233;mocratique, exerceront leur esprit critique et choisiront les meilleurs d'entre eux pour coordonner leur action et multiplier les liaisons sur une &#233;chelle de plus en plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re a pour elle le nombre, la place indispensable qu'elle occupe dans la production et l'incapacit&#233; de la bourgeoisie de faire vivre plus longtemps la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te du pouvoir politique ne peut pas et ne doit pas se faire par d'autres au nom du prol&#233;tariat ; elle ne peut pas &#234;tre la cons&#233;quence d'un coup de main. &#034;La dictature du prol&#233;tariat qui aura pour t&#226;che la socialisation des moyens de production, ne peut &#234;tre le fait d'une masse men&#233;e par quelques-uns, elle doit &#234;tre et elle sera l'&#339;uvre des prol&#233;taires eux-m&#234;mes, devenus, d&#233;j&#224; en soi et par une longue pratique, une organisation politique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/ldc25_022344.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/ldc25_022344.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1940 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LA LUTTE CONTRE LA DEUXI7ME GUERRE IMPERIALISTE MONDIALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/11/barta_lutte2g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/11/barta_lutte2g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE LIVRE JAUNE SUR LES ORIGINES DE LA GUERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/01/ouvrierns_19400115.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1940/01/ouvrierns_19400115.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1945 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;PEUT-ON ALLER DE L'AVANT SI L'ON A PEUR D'ALLER VERS LE SOCIALISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/ldc45_032045.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/03/ldc45_032045.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1946 ;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LEURS ALLIES ET LES NOTRES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/09/ldc67_091846.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/09/ldc67_091846.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1947 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LA GREVE DES USINES RENAULT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1947/05/greve_renault.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1947/05/greve_renault.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUI L'EMPORTERA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1947/05/ldc90_051647.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1947/05/ldc90_051647.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1948 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;RAPPORT SUR LA SITUATION INTERNATIONALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1948/10/barta_rapport.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1948/10/barta_rapport.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barta en 1949 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;DEMASQUER LES DIRIGEANTS REFORMISTES PAR UNE POLITIQUE DE FRONT UNIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1949/01/note_010849.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1949/01/note_010849.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution...</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Les probl&#232;mes de la guerre civile &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un fait que, jusqu'ici, personne ne s'est souci&#233; de faire la somme des enseignements qui se d&#233;gagent de l'exp&#233;rience de la guerre civile, de la n&#244;tre comme de celle des autres pays. Et, pourtant, pratiquement et id&#233;ologiquement, un travail de ce genre correspond &#224; un besoin imp&#233;rieux. Tout au long de l'histoire de l'Humanit&#233;, la guerre civile a jou&#233; un r&#244;le particulier. De 1871 &#224; 1914, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les probl&#232;mes de la guerre civile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait que, jusqu'ici, personne ne s'est souci&#233; de faire la somme des enseignements qui se d&#233;gagent de l'exp&#233;rience de la guerre civile, de la n&#244;tre comme de celle des autres pays. Et, pourtant, pratiquement et id&#233;ologiquement, un travail de ce genre correspond &#224; un besoin imp&#233;rieux. Tout au long de l'histoire de l'Humanit&#233;, la guerre civile a jou&#233; un r&#244;le particulier. De 1871 &#224; 1914, les r&#233;formistes se figuraient que pour l'Europe occidentale ce r&#244;le &#233;tait termin&#233;. Mais la guerre imp&#233;rialiste remit la guerre civile &#224; l'ordre du jour. Cela, nous le savons et le comprenons. Nous l'avons inclus dans notre programme. Cependant, nous manquons presque compl&#232;tement d'une conception scientifique de la guerre civile, de ses phases, de ses aspects et de ses m&#233;thodes. Nous constatons m&#234;me de formidables lacunes dans la simple description des &#233;v&#233;nements qui se sont succ&#233;d&#233; dans ce domaine au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es. Il m'est arriv&#233; r&#233;cemment de faire remarquer que nous consacrons beaucoup de temps et d'efforts &#224; l'&#233;tude de la Commune de Paris, mais que nous n&#233;gligeons tout &#224; fait la lutte du prol&#233;tariat allemand, riche pourtant en exp&#233;riences de guerre civile, et que nous ignorons quasi-compl&#232;tement les le&#231;ons de l'insurrection bulgare de septembre 1923. Mais le plus surprenant est qu'il semble bien qu'on ait, depuis longtemps, rel&#233;gu&#233; aux archives l'exp&#233;rience de la R&#233;volution d'Octobre. Et pourtant, dans la R&#233;volution d'Octobre, il est bien des choses dont peuvent tirer profit jusqu'aux tacticiens militaires, car il n'est pas douteux que la prochaine guerre, dans une mesure infiniment plus large que jusqu'ici, se combinera avec diverses formes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration, l'exp&#233;rience de l'insurrection bulgare de septembre 1923 offrent &#233;galement un int&#233;r&#234;t puissant. Nous avons &#224; notre disposition les moyens n&#233;cessaires, puisque tant de camarades bulgares ayant pris part &#224; l'insurrection r&#233;sident maintenant en Russie, de nous livrer &#224; une &#233;tude s&#233;rieuse de ces &#233;v&#233;nements. Il est d'ailleurs facile de s'en faire une id&#233;e d'ensemble. Le pays qui fut le th&#233;&#226;tre de l'insurrection n'est pas plus grand qu'une province russe. Et l'organisation des forces combattantes, les groupements politiques, y rev&#234;tent un caract&#232;re gouvernemental. D'autre part, pour les pays (et ils sont nombreux, la totalit&#233; des pays d'Orient, notamment) o&#249; la population paysanne pr&#233;domine, l'exp&#233;rience de l'insurrection bulgare a une importance capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste notre t&#226;che ? A r&#233;diger un manuel pour la conduite des op&#233;rations r&#233;volutionnaires, une th&#233;orie de la r&#233;volution, ou bien un r&#232;glement de la guerre civile ? De toute fa&#231;on, au premier plan de l'ouvrage que nous avons &#224; mettre sur pied, on traitera de l'insurrection en tant que supr&#234;me phase de la r&#233;volution. Il faut r&#233;unir et coordonner les donn&#233;es de l'exp&#233;rience de la guerre civile, analyser les conditions dans lesquelles elle a lieu, &#233;tudier les fautes commises, mettre en relief les op&#233;rations les mieux r&#233;ussies, en tirer les conclusions n&#233;cessaires. Ce faisant, qu'enrichirons-nous : la science, c'est-&#224;-dire la connaissance des lois de l'&#233;volution historique, ou bien l'art militaire r&#233;volutionnaire, pris en tant qu'ensemble de r&#232;gles d'action tir&#233;es de l'exp&#233;rience ? Selon moi, enrichirons l'un et l'autre. Mais, pratiquement, nous n'aurons en vue que l'art militaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Composer en quelque sorte un &#171; r&#232;glement de la guerre civile &#187; est une t&#226;che compliqu&#233;e. Tout d'abord, il est n&#233;cessaire de tracer une caract&#233;ristique des conditions essentielles &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat. Ainsi, nous resterons encore dans le domaine de la politique r&#233;volutionnaire ; mais l'insurrection n'est-elle pas, apr&#232;s tout, la continuation de la politique par d'autres moyens ? L'analyse des conditions essentielles &#224; l'insurrection devra &#234;tre adapt&#233;e &#224; diff&#233;rents types de pays. D'un c&#244;t&#233;, nous avons des pays o&#249; le prol&#233;tariat constitue la majorit&#233; de la population et, d'un autre c&#244;t&#233;, des pays o&#249; le prol&#233;tariat est une infime minorit&#233; parmi la population paysanne. Entre ces deux p&#244;les, se situent les pays d'un type interm&#233;diaire. D&#232;s lors, nous devons nous baser pour notre &#233;tude sur trois types de pays ; industriels, agraires et interm&#233;diaires. De m&#234;me dans le chapitre d'introduction consacr&#233; aux postulats et conditions r&#233;volutionnaires n&#233;cessaires &#224; la prise du pouvoir, on d&#233;crira la caract&#233;ristique des particularit&#233;s de chacun de ces types de pays, au point de vue de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous envisageons l'insurrection de deux fa&#231;ons : d'abord comme une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de processus historique, comme une r&#233;fraction des lois objectives de la lutte de classes ; ensuite, d'un point de vue objectif et pratique, &#224; savoir : de quelle mani&#232;re pr&#233;parer et ex&#233;cuter l'insurrection pour en assurer le plus s&#251;rement le succ&#232;s. La guerre nous offre &#224; ce sujet une analogie frappante. Car elle est aussi le produit de certaines conditions historiques, le r&#233;sultat d'un conflit d'int&#233;r&#234;ts. En m&#234;me temps, la guerre est un art. La th&#233;orie de la guerre est une &#233;tude des forces et des moyens dont on dispose, de leur concentration et de leur emploi en vue de la victoire. De m&#234;me, l'insurrection est un art. Dans un sens strictement pratique, c'est-&#224;-dire s'approchant dans une certaine mesure des r&#232;glements militaires, on peut et on doit mettre sur pied une th&#233;orie de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, on se heurtera d'embl&#233;e &#224; toutes sortes de m&#233;prises et aux critiques de ceux qui ne manqueront pas de dire que l'id&#233;e d'&#233;crire le r&#232;glement de l'insurrection, &#224; plus forte raison celui de la guerre civile, est pure utopie bureaucratique. Il est probable que l'on dira encore que nous voulons militariser l'histoire, que le processus r&#233;volutionnaire ne se r&#233;glemente pas, que, dans chaque pays, la r&#233;volution a ses particularit&#233;s, son originalit&#233;, qu'en temps de r&#233;volution, la situation se modifie &#224; tous moments et qu'il est chim&#233;rique de vouloir fabriquer en s&#233;rie des canevas pour la conduite des r&#233;volutions ou de composer, &#224; l'instar d'un adjudant de quartier, un tas de prescriptions intangibles et d'en imposer la stricte observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si quelqu'un pr&#233;tendait &#233;tablir quelque chose de ce genre, il serait tout bonnement ridicule. Mais, au fond, l'on peut tout aussi bien en dire autant de nos r&#232;glements militaires. Toute guerre se d&#233;roule dans une situation et dans des conditions qu'on ne peut pr&#233;voir &#224; l'avance. Cependant, sans le secours de r&#232;glements r&#233;unissant les donn&#233;es de l'exp&#233;rience militaire, il est pu&#233;ril de vouloir conduire une arm&#233;e, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre. Le vieil adage : &#171; Ne te cramponne pas au r&#232;glement comme un aveugle &#224; un mur &#187; ne diminue nullement l'importance des r&#232;glements militaires, pas plus que la dialectique ne diminue l'importance de la logique formelle ou des r&#232;gles d'arithm&#233;tique. Il est indubitable que, dans la guerre civile, les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement de plans, &#224; l'organisation, aux dispositions &#224; prendre, sont infiniment plus rares que dans les guerres entre arm&#233;es &#171; nationales &#187;. Dans la guerre civile, la politique se m&#234;le aux actions militaires plus &#233;troitement, plus intimement que dans la guerre &#171; nationale &#187;. Ainsi, il serait vain de transposer les m&#234;mes m&#233;thodes d'un domaine dans l'autre. Mais il ne s'ensuit pas qu'il est interdit de s'appuyer sur l'exp&#233;rience acquise pour en tirer les m&#233;thodes, les proc&#233;d&#233;s, les indications, les directives, les suggestions ayant une signification pr&#233;cise et de les convertir en r&#232;gles g&#233;n&#233;rales susceptibles de prendre place dans un r&#232;glement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, au nombre de ces r&#232;gles, on mentionnera la n&#233;cessit&#233; de subordonner strictement les actions purement militaires &#224; la ligne politique g&#233;n&#233;rale, de tenir rigoureusement compte de l'ensemble de la situation et de l'&#233;tat d'esprit des masses. Dans tous les cas, avant de taxer d'utopie une &#339;uvre de ce genre, il est n&#233;cessaire de d&#233;cider, apr&#232;s un examen approfondi de la question, s'il existe des r&#232;gles g&#233;n&#233;rales conditionnant ou facilitant la victoire en p&#233;riode de guerre civile et en quoi elles consistent. Ce n'est qu'au cours d'un examen de ce genre que l'on pourra d&#233;finir o&#249; se terminent les indications pr&#233;cises, utiles, disciplinant le travail &#224; accomplir et o&#249; commence la fantaisie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;chons d'aborder la r&#233;volution en partant de ce point de vue. La phase supr&#234;me de la r&#233;volution c'est l'insurrection, laquelle d&#233;cide du pouvoir. L'insurrection est toujours pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode d'organisation et de pr&#233;paration sur la base d'une campagne politique d&#233;termin&#233;e. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le moment de l'insurrection est bref, mais il est un moment d&#233;cisif dans le cours de la r&#233;volution. Si la victoire est acquise, elle est suivie d'une p&#233;riode qui comprend l'affermissement de la r&#233;volution au moyen de l'&#233;crasement des derni&#232;res forces ennemies et l'organisation du nouveau pouvoir et des forces r&#233;volutionnaires charg&#233;es de la d&#233;fense de la r&#233;volution. Dans ces conditions le r&#232;glement de la guerre civile devra se composer de trois chap&#238;tres au moins : la pr&#233;paration de l'insurrection, l'insurrection et enfin l'affermissement de la victoire. Ainsi, outre l'introduction de principe dont il est question plus haut pour la caract&#233;ristique, sous la forme abr&#233;g&#233;e de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales ou sous forme de directives, des postulats et conditions r&#233;volutionnaires, notre r&#232;glement de la guerre civile devra renfermer trois chapitres englobant dans l'ordre de leur succession les trois principales &#233;tapes de la guerre civile. Telle sera l'architecture strat&#233;gique de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me strat&#233;gique que nous avons &#224; r&#233;soudre consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; combiner logiquement toutes les forces et moyens r&#233;volutionnaires en vue d'atteindre le but principal : la prise et la d&#233;fense du pouvoir. Il est &#233;vident que chaque aspect de cette strat&#233;gie de la guerre civile soul&#232;ve de multiples probl&#232;mes tactiques particuliers comme la formation de centuries d'usine, l'organisation de postes de commandement dans les villes et sur les voies ferr&#233;es, et la pr&#233;paration minutieuse des moyens de s'emparer dans les villes des points vitaux. Ces probl&#232;mes tactiques d&#233;couleront dans notre r&#232;glement de la guerre civile, les uns du deuxi&#232;me chapitre relatif &#224; l'insurrection, les autres du troisi&#232;me chapitre qui embrassera la p&#233;riode d'&#233;crasement de l'ennemi et d'affermissement du pouvoir r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous adoptons un semblable plan de travail, nous aurons la possibilit&#233; d'aborder notre ouvrage de plusieurs c&#244;t&#233;s &#224; la fois. Ainsi on chargera un groupe de camarades de certaines questions tactiques se rapportant &#224; la guerre civile. D'autres groupes &#233;tabliront le plan g&#233;n&#233;ral de l'introduction de principe et ainsi de suite. En m&#234;me temps il sera n&#233;cessaire d'examiner, sous l'angle de la guerre civile, les mat&#233;riaux historiques qu'on aura r&#233;unis, car il est &#233;vident que notre intention n'est pas de forger un r&#232;glement qui serait un simple produit de l'esprit, mais un r&#232;glement inspir&#233; par l'exp&#233;rience, &#233;clair&#233; et enrichi d'une part par les th&#233;ories marxistes et, d'autre part, par les donn&#233;es de la science militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les r&#232;glements militaires ne traitent que de la m&#233;thode, en d'autres termes ils ne donnent que des directives g&#233;n&#233;rales sans les appuyer d'exemples pr&#233;cis ou d'explications d&#233;taill&#233;es. Pourrons-nous adopter la m&#234;me m&#233;thode pour &#233;noncer le r&#232;glement de la guerre civile ? Ce n'est pas certain. Il est tr&#232;s possible que nous soyons oblig&#233;s de citer, &#224; titre d'illustration, dans le r&#232;glement m&#234;me ou dans un chapitre annexe un certain nombre de faits historiques ou, tout au moins, de nous y r&#233;f&#233;rer. Ce sera peut-&#234;tre une excellente fa&#231;on d'&#233;viter un exc&#232;s de sch&#233;matisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection et la fixation du &#171; moment &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ? D'un r&#232;glement de la guerre civile ou d'un r&#232;glement de l'insurrection ? Je pense tout de m&#234;me que si l'on adopte le r&#232;glement, il s'agit avant tout d'un r&#232;glement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains camarades, dit-on, ont &#233;lev&#233; des objections &#224; ce sujet et ont donn&#233; l'impression qu'ils confondaient la guerre civile avec la lutte de classes et l'insurrection avec la guerre civile. La v&#233;rit&#233; est que la guerre civile constitue une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de la lutte de classes, lorsque celle-ci rompant les cadres de la l&#233;galit&#233; vient se placer sur le plan d'un affrontement public et dans une certaine mesure physique des forces en pr&#233;sence. Con&#231;ue de cette fa&#231;on, la guerre civile embrasse les insurrections spontan&#233;es d&#233;termin&#233;es par des causes locales, les interventions sanguinaires des hordes contre-r&#233;volutionnaires, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire, l'insurrection pour la prise du pouvoir et la p&#233;riode de liquidation des tentatives de soul&#232;vement contre-r&#233;volutionnaire. Tout cela entre dans le cadre de la notion de la guerre civile, tout cela est plus large que l'insurrection et tout de m&#234;me infiniment plus &#233;troit que la notion de la lutte de classes qui passe &#224; travers toute l'histoire de l'Humanit&#233;. Si l'on parle de l'insurrection comme d'une t&#226;che &#224; r&#233;aliser, il faut en causes &#224; bon escient et non en la d&#233;formant comme on le fait couramment en la confondant avec la r&#233;volution. Nous devons lib&#233;rer les autres de cette confusion et commencer par nous en d&#233;barrasser nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection pose partout et toujours une t&#226;che pr&#233;cise &#224; r&#233;aliser. Dans ce but nous r&#233;partissons les r&#244;les, confions &#224; chacun sa mission, distribuons des armes, choisissons le moment, portons des coups et prenons le pouvoir si... on ne nous &#233;crase pas avant. L'insurrection doit se faire selon un plan con&#231;u d'avance. Elle est une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de la r&#233;volution. La prise du pouvoir n'arr&#234;te pas la guerre civile, elle ne fait qu'en changer le caract&#232;re. Ainsi c'est bien d'un r&#232;glement de la guerre civile qu'il s'agit et pas seulement d'un r&#232;glement de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; fait allusion aux dangers de sch&#233;matisme. Voyons &#224; la lumi&#232;re d'un exemple en quoi ils peuvent consister. J'ai eu l'occasion d'observer fr&#233;quemment une des plus dangereuses manifestations du sch&#233;matisme dans la fa&#231;on dont nos jeunes officiers d'&#233;tat-major abordent les questions militaires de la r&#233;volution. Si nous prenons les trois &#233;tapes que nous avons distingu&#233;es dans la guerre civile, nous apercevons que le travail militaire du parti r&#233;volutionnaire rev&#234;t, dans chacune des trois p&#233;riodes, un caract&#232;re particulier. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire nous nous heurtons forc&#233;ment aux forces (police, arm&#233;e) de la classe dominante. Les neuf dixi&#232;mes du travail militaire du parti consistent &#224; ce moment &#224; d&#233;sagr&#233;ger l'arm&#233;e ennemie, &#224; la disloquer de l'int&#233;rieur et pour un dixi&#232;me seulement &#224; rassembler et pr&#233;parer les forces r&#233;volutionnaires. Il va de soi que les rapports arithm&#233;tiques que j'indique sont pris arbitrairement, mais ils donnent tout de m&#234;me une id&#233;e de ce que doit &#234;tre r&#233;ellement le travail militaire clandestin du parti r&#233;volutionnaire. Plus on s'approche du moment de l'insurrection, plus on doit intensifier le travail pour la formation des organisations de combat. C'est alors qu'on peut craindre certains dangers de sch&#233;matisme. Il est &#233;vident que les formations de combat &#224; l'aide desquelles le parti r&#233;volutionnaire s'appr&#234;te &#224; accomplir l'insurrection ne peuvent avoir de physionomie tr&#232;s nette, &#224; plus forte raison elles ne sauraient correspondre &#224; des unit&#233;s militaires comme la brigade, la division ou le corps d'arm&#233;e. Cela ne dispense pas ceux qui ont la charge de diriger l'insurrection d'y faire p&#233;n&#233;trer l'ordre et la m&#233;thode. Mais le plan de l'insurrection ne se b&#226;tit pas sur une direction centralis&#233;e des troupes de la r&#233;volution, mais au contraire sur la plus grande initiative de chaque d&#233;tachement auquel on aura assign&#233; d'avance avec le maximum de pr&#233;cision la t&#226;che qui lui incombe. L'insurg&#233; combat en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale en observant les m&#233;thodes de la &#171; petite guerre &#187;, c'est-&#224;-dire au moyen de d&#233;tachements de partisans ou de demi-partisans ciment&#233;s beaucoup plus par la discipline politique et par la claire conscience de l'unit&#233; du but &#224; atteindre que par n'importe quelle discipline hi&#233;rarchique. Apr&#232;s la prise du pouvoir la situation se modifie compl&#232;tement. La lutte de la r&#233;volution victorieuse pour assurer sa d&#233;fense et son d&#233;veloppement se transforme aussit&#244;t en lutte pour l'organisation de l'appareil gouvernemental centralis&#233;. Les d&#233;tachements de partisans, dont l'apparition au moment de la lutte pour la prise du pouvoir est aussi in&#233;vitable que n&#233;cessaire, peuvent &#234;tre, apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, une cause de graves dangers susceptibles d'&#233;branler l'Etat r&#233;volutionnaire en formation. C'est alors qu'on doit proc&#233;der &#224; l'organisation d'une arm&#233;e rouge r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fixation du moment de l'insurrection est en rapport &#233;troit avec les mesures que nous venons d'envisager. Il va de soi qu'il n'est pas question de d&#233;signer arbitrairement, par dessus les &#233;v&#233;nements, la date fixe et irr&#233;vocable de l'insurrection. Ce serait vraiment se faire une id&#233;e par trop simpliste du caract&#232;re de la r&#233;volution et de son d&#233;veloppement. Marxistes, nous devons savoir et comprendre qu'il ne suffit pas de vouloir l'insurrection pour l'accomplir. Lorsque les conditions objectives la rendent possible il faut la faire car elle ne se fait pas d'elle-m&#234;me. Et pour cela l'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire doit avoir en t&#234;te le plan de l'insurrection avant de la d&#233;clencher. Le plan de l'insurrection donnera une orientation de temps et de lieu. On tiendra compte de la fa&#231;on la plus minutieuse de tous les facteurs et &#233;l&#233;ments de l'insurrection, on aura le coup d'&#339;il juste pour d&#233;terminer leur dynamisme, pour d&#233;finir la distance que l'avant-garde r&#233;volutionnaire devra maintenir entre elle et la classe ouvri&#232;re pour ne pas s'en isoler et au m&#234;me moment on ex&#233;cutera le bond d&#233;cisif. La fixation du moment de l'insurrection est un des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires de cette orientation. Il sera fix&#233; d'avance, d&#232;s que les prodromes de l'insurrection appara&#238;tront clairement. Il est certain que le terme choisi ne sera pas &#233;bruit&#233; &#224; tout venant, au contraire, on le dissimulera le plus possible &#224; l'ennemi, sans toutefois induire en erreur son propre parti et les masses qui le suivront. Le travail du parti dans tous les domaines sera subordonn&#233; au terme de l'insurrection et tout devra &#234;tre au jour fix&#233;. Si l'on s'est tromp&#233; dans ses calculs le moment de l'insurrection pourra &#234;tre report&#233;, bien que ce soit l&#224; une &#233;ventualit&#233; comportant toujours de graves inconv&#233;nients et beaucoup de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre que le terme de l'insurrection est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant sans importance par beaucoup de communistes occidentaux qui ne se sont toujours pas d&#233;barrass&#233;s de leur mani&#232;re fataliste et passive d'aborder les principaux probl&#232;mes de la r&#233;volution. Rosa Luxembourg en est encore le type le plus expressif et le plus talentueux. Psychologiquement on le comprend sans peine. Elle s'&#233;tait form&#233;e, pour ainsi dire, dans la lutte contre l'appareil bureaucratique de la social-d&#233;mocratie et des syndicats allemands. Inlassablement elle avait d&#233;montr&#233; que cet appareil &#233;touffait l'initiative du prol&#233;tariat. A cela elle ne voyait salut et issue que dans une irr&#233;sistible pouss&#233;e des masses balayant toutes les barri&#232;res et d&#233;fenses &#233;difi&#233;es par la bureaucratie social-d&#233;mocrate. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire d&#233;bordant toutes les rives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#233;tait devenue pour Rosa Luxembourg synonyme de r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cependant, quelle que soit sa puissance, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne r&#233;sout pas le probl&#232;me du pouvoir, elle ne fait que le poser. Pour s'emparer du pouvoir il faut, s'appuyant sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, organiser l'insurrection. Toute l'&#233;volution de Rosa Luxembourg fait penser qu'elle aurait fini par l'admettre. Mais quand elle fut arrach&#233;e &#224; la lutte, elle n'avait encore dit ni son dernier, ni son avant-dernier mot. Cependant il y avait encore r&#233;cemment dans le parti communiste allemand un tr&#232;s fort courant vers le fatalisme r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution approche, disait-on, elle apportera l'insurrection et nous donnera le pouvoir. Quant au parti, son r&#244;le est dans ce moment de faire de l'agitation r&#233;volutionnaire et d'en attendre les effets. Dans de telles conditions, poser carr&#233;ment la question du terme de l'insurrection, c'est arracher le parti &#224; la passivit&#233; et au fatalisme, c'est le mettre en face des principaux probl&#232;mes de la r&#233;volution, notamment l'organisation consciente de l'insurrection pour chasser l'ennemi du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la question du moment de l'insurrection doit &#234;tre trait&#233;e dans le r&#232;glement de la guerre civile. Ainsi nous faciliterons la pr&#233;paration du parti &#224; l'insurrection ou tout au moins la pr&#233;paration de ses cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer que le pas le plus difficile qu'un parti communiste aura &#224; franchir sera le passage du travail de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, forc&#233;ment long, &#224; la lutte directe pour la prise du pouvoir. Ce passage ne se fera pas sans provoquer des crises et des crises graves. Le seul moyen d'en affaiblir la port&#233;e et de faciliter le groupement des &#233;l&#233;ments dirigeants les plus r&#233;solus consiste &#224; amener les cadres du parti &#224; m&#233;diter et approfondir d'avance les questions d&#233;coulant de l'insurrection r&#233;volutionnaire et cela d'autant plus concr&#232;tement que les &#233;v&#233;nements seront plus proches. Sous ce rapport l'&#233;tude de la R&#233;volution d'Octobre est d'une importance unique pour les partis communistes europ&#233;ens. Malheureusement cette &#233;tude pour le moment ne se fait pas et ne se fera pas aussi longtemps qu'on n'en donnera pas les moyens. Nous-m&#234;mes n'avons ni &#233;tudi&#233; ni coordonn&#233; les enseignements de la R&#233;volution d'Octobre et sp&#233;cialement les enseignements militaires r&#233;volutionnaires qui s'en d&#233;gagent. Il faudra suivre pas &#224; pas toutes les &#233;tapes de la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire qui va de mars &#224; octobre, la fa&#231;on dont s'est d&#233;roul&#233;e l'insurrection d'Octobre sur quelques-uns des points les plus typiques, puis la lutte pour l'affermissement du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A qui destinerons-nous le r&#232;glement de la guerre civile ? Aux ouvriers, ont r&#233;pondu certains camarades, afin que chacun d'eux sache comment se comporter. Evidemment il n'y aurait qu'&#224; se louer de ce que &#171; tout &#187; ouvrier sache ce qu'il lui appartient de faire. Mais c'est poser la question sur une trop large &#233;chelle, et partant utopique. De toute fa&#231;on ce n'est pas par ce bout qu'il faut commencer. Notre r&#232;glement doit &#234;tre destin&#233; en premier lieu aux cadres du parti, aux chefs de la r&#233;volution. Naturellement on y vulgarisera certains chapitres, certaines questions &#224; l'intention des larges milieux ouvriers, mais avant tout il s'adressera aux chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;alable nous devons pour nous-m&#234;mes rassembler notre propre exp&#233;rience et nos id&#233;es, les formuler aussi clairement que possible, les v&#233;rifier minutieusement et, autant qu'on le pourra, les syst&#233;matiser. Avant la guerre imp&#233;rialiste certains &#233;crivains militaires se plaignaient que les guerres fussent devenues trop rares pour la bonne instructions des officiers. Avec non moins de raison, l'on peut dire que la raret&#233; des r&#233;volutions entrave l'&#233;ducation des r&#233;volutionnaires. Sous ce rapport, notre g&#233;n&#233;ration n'a pas &#224; se plaindre. Nous qui en sommes avons eu le temps de faire la r&#233;volution de 1905 et de vivre assez pour prendre une part dirigeante &#224; la r&#233;volution de 1917. Mais point n'est besoin de dire que l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire quotidienne se dissipe rapidement. Et puis que de nouveaux probl&#232;mes ! Ne sommes-nous pas oblig&#233;s aujourd'hui de discuter des questions comme la fabrication de l'&#233;toffe, la construction de l'usine &#233;lectrique de Nolkoff et tant d'autres probl&#232;mes &#233;conomiques plut&#244;t que la fa&#231;on dont se fait l'insurrection. Mais qu'on se rassure, cette derni&#232;re question est loin d'&#234;tre p&#233;rim&#233;e. Plus d'une fois l'histoire demandera qu'on y r&#233;ponde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel moment doit-on commencer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La catastrophe allemande de 1923 a amen&#233; l'Internationale Communiste &#224; s'occuper des m&#233;thodes d'organisations de la r&#233;volution et sp&#233;cialement de l'insurrection r&#233;volutionnaire. A ce sujet, la fixation du moment de l'insurrection a acquis une importance de principe du fait qu'il est apparu nettement que cette question est la pierre d'achoppement sur laquelle viennent buter tous les probl&#232;mes relatifs &#224; l'organisation de la r&#233;volution. La social-d&#233;mocratie a adopt&#233;, vis-&#224;-vis de la r&#233;volution, l'attitude qui caract&#233;rise la bourgeoisie lib&#233;rale dans sa p&#233;riode de lutte pour le pouvoir contre la f&#233;odalit&#233; de la monarchie. La bourgeoisie lib&#233;rale sp&#233;cule sur la r&#233;volution, mais se garde bien d'en endosser la responsabilit&#233;. Au moment propice de la lutte, elle jette dans la balance sa richesse, son instruction et les autres moyens d'influence de sa classe pour faire main-basse sur le pouvoir. En 1918 la social-d&#233;mocratie allemande a jou&#233; un r&#244;le de ce genre. Au fond, elle constitue l'appareil politique qui transmit &#224; la bourgeoisie le pouvoir d&#233;chu des Hohenzollern. Une telle politique de sp&#233;culation passive est absolument incompatible avec le communisme pour autant qu'il s'assigne le but de s'emparer du pouvoir au nom et dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne est une r&#233;volution de masses formidables inorganis&#233;es, dans leur ensemble. L'aveugle pouss&#233;e des masses joue dans le mouvement un r&#244;le consid&#233;rable. La victoire ne peut &#234;tre acquise que par un parti communiste qui se donne comme objectif pr&#233;cis la prise du pouvoir, qui, avec un soin minutieux m&#233;dite, forge, rassemble les moyens d'atteindre le but poursuivi et qui, s'appuyant sur l'insurrection des masses, r&#233;alise ses desseins. Par sa centralisation, sa r&#233;solution, sa fa&#231;on m&#233;thodique d'aborder l'insurrection, le parti communiste apporte au prol&#233;tariat dans la lutte pour le pouvoir les avantages que la bourgeoisie porte en elle du fait m&#234;me de sa position &#233;conomique. Sous ce rapport, la question du moment de l'insurrection n'est pas un simple d&#233;tail technique, elle d&#233;montre au contraire de la fa&#231;on la plus nette et la plus pr&#233;cise dans quelle mesure on s'est pr&#233;par&#233; &#224; aborder l'insurrection avec toutes les r&#232;gles de l'art militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'on ne peut baser ses calculs, quand il s'agit de fixer le moment de l'insurrection, sur l'exp&#233;rience purement militaire. Disposant de forces arm&#233;es suffisantes, un Etat peut, &#224; son gr&#233;, d&#233;clencher la guerre. D'autre part, pendant la guerre c'est le haut commandement qui d&#233;cide de l'offensive apr&#232;s avoir pes&#233; toutes les donn&#233;es de la situation. Mais il est tout de m&#234;me plus facile d'analyser une situation militaire qu'une situation r&#233;volutionnaire. Le commandement militaire a affaire &#224; des unit&#233;s combattantes organis&#233;es dont la liaison entre elles a &#233;t&#233; soigneusement &#233;tudi&#233;e et combin&#233;e &#224; l'avance gr&#226;ce &#224; quoi le commandement tient, pour ainsi dire, ses arm&#233;es dans la main. Il est &#233;vident qu'il n'en saurait &#234;tre de m&#234;me dans la r&#233;volution. Les formations de combat n'y sont pas s&#233;par&#233;es des masses ouvri&#232;res, elles ne peuvent m&#234;me accro&#238;tre la violence du choc qu'elles doivent donner qu'en liaison avec le mouvement offensif des masses. D&#232;s lors, il incombe au commandement r&#233;volutionnaire de saisir le rythme du mouvement pour fixer &#224; coup s&#251;r le moment o&#249; doit avoir lieu l'offensive d&#233;cisive. Comme on le voit, la fixation du terme de l'insurrection pose un probl&#232;me difficile. Il peut se faire aussi que la situation soit d'une nettet&#233; telle que la direction du parti n'ait plus aucun doute sur l'opportunit&#233; de l'action. Mais si une telle appr&#233;ciation de la situation se produit 24 heures avant le moment d&#233;cisif, le signal est susceptible d'arriver trop tard, le parti, saisi &#224; l'improviste, est mis par cons&#233;quent dans l'impossibilit&#233; de diriger le mouvement qui, dans ce cas, peut se terminer par la d&#233;faite. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;voir autant que possible &#224; l'avance l'approche du moment d&#233;cisif ou, en d'autres termes, de fixer le terme de l'insurrection en se basant sur la marche g&#233;n&#233;rale du mouvement et sur l'ensemble de la situation du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, le terme fix&#233; tombe dans un mois ou deux, le Comit&#233; Central ou la Direction du Parti profite de ce d&#233;lai pour amener le parti &#224; pied d'&#339;uvre en l'initiant &#224; toutes les questions qui se posent, au moyen d'une propagande accrue, d'une pr&#233;paration et d'une organisation appropri&#233;es, et d'un choix judicieux des &#233;l&#233;ments les plus combatifs pour l'ex&#233;cution des missions d&#233;termin&#233;es. Il va sans dire qu'un terme qui aura &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; un mois, deux mois et &#224; plus forte raison trois ou quatre mois &#224; l'avance, ne saurait &#234;tre irr&#233;vocable, mais la tactique doit consister &#224; v&#233;rifier tout au long du d&#233;lai fix&#233; si le choix du moment a &#233;t&#233; juste. Voyons un exemple : les postulats politiques indispensables au succ&#232;s de l'insurrection r&#233;sident dans l'&#233;branlement de la machine gouvernementale et dans l'appui que donne &#224; l'avant-garde r&#233;volutionnaire la majorit&#233; des travailleurs des principaux centres et r&#233;gions du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que les choses n'en soient pas encore arriv&#233;es l&#224;, mais qu'elles en sont proches. Les forces du parti r&#233;volutionnaire croissent rapidement, mais il est malais&#233; de constater s'il a derri&#232;re lui une majorit&#233; suffisante de travailleurs. Entre temps, la situation devenant de plus en plus grave, la question de l'insurrection se pose pratiquement. Que doit faire la Direction du parti ? Elle peut, par exemple, raisonner de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Du moment qu'au cours des derni&#232;res semaines l'influence du parti a grandi rapidement, il est permis de croire que dans tels ou tels des principaux centres du pays la majorit&#233; des ouvriers est sur le point de nous suivre. Dans ces conditions, concentrons sur ces points d&#233;cisifs les meilleures forces du parti et calculons qu'il nous faudra environ un mois pour gagner la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - Du moment que la plupart des principaux centres du pays sont avec nous, nous pouvons appeler les travailleurs &#224; constituer des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, &#224; condition bien entendu que se poursuive la d&#233;sorganisation de l'appareil gouvernemental. Calculons que la constitution des Soviets dans les principaux centres et r&#233;gions du pays exige encore deux semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - Du moment que dans les principales agglom&#233;rations et r&#233;gions du pays les Soviets sont en voie d'organisation sous la direction du parti, il s'ensuit naturellement que la convocation d'un Congr&#232;s national des Soviets s'impose. Mais avant qu'il ne se tienne, trois ou quatre semaines peuvent s'&#233;couler. Or, c'est l'&#233;vidence m&#234;me que dans une situation pareille le Congr&#232;s des Soviets ne peut, &#224; moins de s'exposer &#224; la r&#233;pression, que consacrer la prise du pouvoir. Autrement dit, le pouvoir de fait doit &#234;tre dans les mains du prol&#233;tariat au moment de la r&#233;union du Congr&#232;s. Ainsi deux mois &#224; deux mois et demi sont le d&#233;lai qu'on s'assignera pour pr&#233;parer l'insurrection. Ce laps de temps d&#233;coulant de l'analyse g&#233;n&#233;rale qu'on aura faite de la situation politique et de son d&#233;veloppement ult&#233;rieur, d&#233;finit le caract&#232;re et l'allure qu'on doit donner au travail militaire r&#233;volutionnaire en vue de la d&#233;sorganisation de l'arm&#233;e bourgeoise, de la mainmise sur les r&#233;seaux de chemin de fer, de la formation et de l'armement de d&#233;tachements d'ouvriers et ainsi de suite. Nous assignons au commandant clandestin de la ville &#224; conqu&#233;rir une t&#226;che bien d&#233;finie : prise de telle et telle mesure pendant les quatre premi&#232;res semaines, mise au point de chaque disposition et intensification des pr&#233;paratifs au cours des deux semaines suivantes de sorte que, dans les quinze jours qui suivent, tout soit pr&#234;t pour l'action. De cette fa&#231;on, par la r&#233;alisation de t&#226;ches &#224; caract&#232;re limit&#233; mais nettement d&#233;fini, le travail militaire r&#233;volutionnaire est ex&#233;cut&#233; dans les limites du d&#233;lai fix&#233;. Ainsi on &#233;vitera de tomber dans le d&#233;sordre et la passivit&#233; qui peuvent &#234;tre fatales et l'on obtiendra, par contre, la fusion n&#233;cessaire des efforts de m&#234;me que plus de r&#233;solutions chez tous les chefs du mouvement. Au moment, le travail politique doit &#234;tre pouss&#233; &#224; fond. La r&#233;volution suit son cours logique. Un mois apr&#232;s nous sommes d&#233;j&#224; en mesure de v&#233;rifier si le parti a r&#233;ussi r&#233;ellement &#224; gagner la majorit&#233; des ouvriers dans les principaux centres industriels du pays. Cette v&#233;rification peut &#234;tre faite au moyen d'un r&#233;f&#233;rendum quelconque, par une action des syndicats, par des manifestations dans la rue, de toute fa&#231;on par une combinaison de tous ces moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous acqu&#233;rons la certitude que la premi&#232;re &#233;tape que nous nous &#233;tions trac&#233;e a &#233;t&#233; franchie comme nous l'avions pr&#233;vu, le terme fix&#233; pour l'insurrection en est singuli&#232;rement renforc&#233;. En revanche, s'il s'av&#232;re que quelle que soit la croissance de notre influence au cours du mois &#233;coul&#233;, nous n'avons toujours pas la majorit&#233; des ouvriers derri&#232;re nous, il est prudent d'ajourner le moment de l'insurrection. Dans le m&#234;me temps nous aurons maintes occasions de v&#233;rifier jusqu'&#224; quel point la classe dirigeante a perdu la t&#234;te, jusqu'&#224; quel degr&#233; l'arm&#233;e est, d&#233;mobilis&#233;e et l'appareil affaibli. Au moyen de ces constatations on se rendra compte de la nature des fuites qui auront pu se produire dans notre travail clandestin de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire. L'organisation des Soviets sera par la suite un moyen &#233;ventuel de v&#233;rifier les rapports de forces et, partant, d'&#233;tablir si les conditions sont propres au d&#233;clenchement de l'insurrection. Evidemment il ne sera pas toujours possible, en tous temps et en tous lieux, de constituer les Soviets avant l'insurrection. Il faut m&#234;me s'attendre &#224; ce que les Soviets ne puissent &#234;tre organis&#233;s qu'au cours de l'action. Mais partout o&#249;, sous la direction du parti communiste, l'on aura la possibilit&#233; de les organiser avant le renversement du r&#233;gime bourgeois, ils appara&#238;tront comme le pr&#233;lude de l'insurrection prochaine. Et le terme n'en sera que plus facile &#224; fixer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central du parti v&#233;rifiera le travail de son organisation militaire, il se rendra compte des r&#233;sultats obtenus dans chaque branche et dans la mesure o&#249; la situation politique l'exigera il donnera &#224; ce travail l'impulsion n&#233;cessaire. Il faut s'attendre &#224; ce que l'organisation militaire, se basant non pas sur l'analyse g&#233;n&#233;rale de la situation et sur le rapport des forces en pr&#233;sence mais sur l'appr&#233;ciation des r&#233;sultats qu'elle aura obtenus dans le domaine de son action pr&#233;paratoire, se consid&#233;rera toujours comme insuffisamment pr&#234;te. Mais il va de soi que ce qui d&#233;cide dans ces moments-l&#224;, c'est l'appr&#233;ciation qu'on se fait de la situation et du rapport des forces respectives, notamment des troupes de choc de l'ennemi et des n&#244;tres. De cette fa&#231;on un terme qui aura &#233;t&#233; fix&#233; deux, trois ou quatre mois &#224; l'avance, pourra avoir un effet sans &#233;gal sur l'organisation de l'insurrection, si m&#234;me on devait &#234;tre contraint par la suite de l'avancer ou de la retarder de quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'exemple qui pr&#233;c&#232;de est purement hypoth&#233;tique, mais il est une excellente illustration de l'id&#233;e qu'on doit se faire de la pr&#233;paration de l'insurrection. Il ne s'agit pas de jouer aveugl&#233;ment avec des dates, mais de d&#233;terminer le moment de l'insurrection en se basant sur la marche m&#234;me des &#233;v&#233;nements, d'en v&#233;rifier la justesse au cours des &#233;tapes successives du mouvement et d'en fixer le terme auquel tout le travail de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire devra &#234;tre subordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te que sous ce rapport on doit &#233;tudier de la fa&#231;on la plus attentive les enseignements de la R&#233;volution d'Octobre, de l'unique r&#233;volution que jusqu'ici le prol&#233;tariat ait faite victorieusement. Il faut composer, du point de vue strat&#233;gique et tactique, un calendrier d'Octobre. Il faut exposer comment les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;velopp&#233;s vague apr&#232;s vague, quelles en ont &#233;t&#233; les r&#233;percussions dans le parti, dans les Soviets, au sein du Comit&#233; Central et dans l'organisation militaire du parti. Quel fut le sens des h&#233;sitations qui se produisirent dans le parti ? De quel poids pes&#232;rent-elles sur l'ensemble des &#233;v&#233;nements ? Quel fut le r&#244;le de l'organisation militaire ? Voil&#224; un travail d'une importance inappr&#233;ciable. Le remettre &#224; plus tard serait commettre une faute impardonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calme avant la temp&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore une question d'une valeur consid&#233;rable pour l'intelligibilit&#233; du d&#233;veloppement de la guerre civile qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, devra &#234;tre trait&#233;e dans notre futur r&#232;glement. Celui qui s'est tenu au courant des discussions qui ont suivi les &#233;v&#233;nements d'Allemagne de 1923 a remarqu&#233; &#224; coup s&#251;r l'explication qu'on a donn&#233;e de la d&#233;faite. &#171; La principale cause de la d&#233;faite, a-t-on dit, est qu'au moment d&#233;cisif le prol&#233;tariat allemand manqua totalement d'esprit combatif ; les masses ne voulurent pas se battre, la meilleure preuve est qu'elles ne r&#233;agirent nullement devant l'offensive fasciste ; or en pr&#233;sence de l'attitude des masses, que pouvait faire le parti ?.. &#187; Tel a &#233;t&#233; le son de cloche de nos camarades Brandler [1] , Talheimer [2] et autres. Au premier abord l'argument para&#238;t irr&#233;futable. Cependant le &#171; moment d&#233;cisif &#187; de 1923 ne s'est pas form&#233; du jour au lendemain. Il fut le r&#233;sultat de toute la pr&#233;c&#233;dente p&#233;riode de luttes dont la violence alla constamment en s'aggravant. L'ann&#233;e 1923 est marqu&#233;e d'un bout &#224; l'autre par les batailles que le prol&#233;tariat allemand eut &#224; soutenir. Or, comment se fait-il qu'&#224; la veille de son Octobre la classe ouvri&#232;re allemande ait perdu tout &#224; coup sa combativit&#233; ? On ne se l'explique pas. Aussi bien on ne peut s'emp&#234;cher de se demander s'il est exact que les ouvriers allemands n'aient pas voulu se battre. Cette question nous ram&#232;ne &#224; notre propre exp&#233;rience d'Octobre. Si l'on relit les journaux, ne f&#251;t-ce que ceux de notre parti, de la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da la R&#233;volution d'Octobre, nous voyons les camarades qui combattaient l'id&#233;e de l'insurrection arguer pr&#233;cis&#233;ment du peu d'empressement des masses ouvri&#232;res russes pour la bataille. Aujourd'hui cela peut para&#238;tre &#224; peine croyable, pourtant tel &#233;tait le principal argument qu'ils invoquaient. Ainsi, nous nous trouvions dans une situation analogue : durant toute l'ann&#233;e 1917 le prol&#233;tariat russe avait &#233;t&#233; sur la br&#232;che, cependant lorsque la question de la prise du pouvoir se posa des voix s'&#233;lev&#232;rent pour affirmer que les masses ouvri&#232;res ne voulaient pas se battre. Et effectivement, &#224; la veille d'Octobre le mouvement s'&#233;tait quelque peu ralenti. Est-ce effet du hasard ? Ou plut&#244;t faut-il y voir une certaine &#171; loi &#187; historique ? Selon moi il n'est pas douteux qu'un ph&#233;nom&#232;ne de ce genre doit avoir certaines causes g&#233;n&#233;rales. Dans la nature ce ph&#233;nom&#232;ne s'appelle : le calme avant la temp&#234;te. Je suis bien pr&#232;s de croire qu'au moment de la r&#233;volution ce ph&#233;nom&#232;ne n'a pas d'autre sens. Au cours d'une p&#233;riode donn&#233;e la combativit&#233; du prol&#233;tariat s'accro&#238;t, elle prend les formes les plus diverses : gr&#232;ves, manifestations, collisions avec la police. A ce moment les masses commencent &#224; prendre conscience de leur force. L'ampleur croissante du mouvement suffit d&#233;j&#224; &#224; leur donner une satisfaction politique. Toute manifestation nouvelle, tout succ&#232;s dans le domaine politique et &#233;conomique accroissent leur enthousiasme. Mais cette p&#233;riode s'&#233;puise vite. L'exp&#233;rience des masses grandit en m&#234;me temps que leur organisation se d&#233;veloppe. Dans le camp oppos&#233; l'ennemi montre aussi qu'il n'est pas d&#233;cid&#233; &#224; c&#233;der la place sans combat. Il en r&#233;sulte que l'&#233;tat d'esprit r&#233;volutionnaire des masses se fait plus critique, plus profond, plus angoissant. Les masses cherchent, surtout si elles ont constat&#233; des fautes et subi des revers, une direction s&#251;re, elles veulent avoir la certitude qu'on va se battre et qu'on saura les conduire et que dans la bataille d&#233;cisive elles peuvent escompter la victoire. Or, c'est ce passage de l'optimisme quasi-aveugle &#224; une conscience plus nette des difficult&#233;s &#224; surmonter qui engendre ce temps d'arr&#234;t r&#233;volutionnaire qui correspond dans une certaine mesure &#224; une crise dans l'&#233;tat des masses. A condition que le reste de la situation s'y pr&#234;te, cette crise ne peut &#234;tre dissip&#233;e que par le parti politique et surtout par l'impression qu'il donne d'&#234;tre v&#233;ritablement d&#233;cid&#233; &#224; prendre la direction de l'insurrection. Entre temps la grandeur du but &#224; atteindre (il y va de la prise du pouvoir) suscite d'in&#233;vitables h&#233;sitations jusque dans le parti, sp&#233;cialement dans ses milieux dirigeants sur qui se concentrera tout &#224; l'heure la responsabilit&#233; du mouvement. Ainsi, recueillement des masses avant la bataille et h&#233;sitations des chefs sont deux ph&#233;nom&#232;nes qui, bien que loin d'&#234;tre &#233;quivalents, n'en sont pas moins simultan&#233;s. C'est pourquoi on entend dire que les masses ne cherchent pas la bataille, que leurs dispositions sont au contraire plut&#244;t passives et que dans ces conditions c'est aller au devant d'une aventure que de les pousser &#224; l'insurrection. Il va de soi que lorsqu'un &#233;tat d'esprit pareil prend le dessus, la r&#233;volution ne peut qu'&#234;tre vaincue. Et apr&#232;s la d&#233;faite, provoqu&#233;e par le parti lui-m&#234;me, rien n'emp&#234;che plus de raconter &#224; tout venant que l'insurrection &#233;tait impossible pour la raison que les masses ne la voulaient pas. Cette question doit &#234;tre examin&#233;e &#224; fond. En s'appuyant sur l'exp&#233;rience acquise, il faut apprendre &#224; saisir le moment o&#249; le prol&#233;tariat se dit &#224; lui-m&#234;me ; &#171; Il n'y a plus rien &#224; attendre des gr&#232;ves, des manifestations et autres protestations. Il s'agit maintenant de se battre. J'y suis pr&#234;t parce qu'il n'y a pas d'autre issue &#224; la situation, mais puisqu'il s'agit de bataille il faut la livrer avec l'appoint de toutes nos forces et sous une direction s&#251;re... &#187; A ce moment la situation atteint une gravit&#233; extr&#234;me. C'est le d&#233;s&#233;quilibre le plus complet : une boule sur le sommet d'un c&#244;ne. Le moindre choc peut la faire tomber d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre. En Russie, gr&#226;ce &#224; la fermet&#233; et &#224; la r&#233;solution de la Direction du parti, la boule a suivi la ligne qui menait &#224; la victoire. En Allemagne, la politique du parti a chass&#233; la boule dans le sens de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique et l'action militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel caract&#232;re, un caract&#232;re politique ou un caract&#232;re militaire, donnerons-nous &#224; notre ouvrage ? Nous le ferons partir du point o&#249; la politique devient une question d'action militaire et sous cet angle il envisagera la politique. A premi&#232;re vue cela peut para&#238;tre une contradiction, car ce n'est pas la politique qui est au service de l'insurrection mais l'insurrection qui est au service de la politique. En r&#233;alit&#233;, rien dans cela ne se contredit. L'insurrection dans son ensemble sert &#233;videmment les buts principaux de la politique prol&#233;tarienne. Seulement lorsque l'insurrection est d&#233;clench&#233;e, c'est la politique du moment qui, tout enti&#232;re, doit lui &#234;tre subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la politique &#224; l'action militaire et la conjonction de ces deux alternatives cr&#233;ent g&#233;n&#233;ralement de grandes difficult&#233;s. Nous savons tous que le point de jonction est toujours le plus faible. Nous nous en sommes quelque peu rendu compte ici-m&#234;me. Un camarade a d&#233;montr&#233;, par une m&#233;thode &#224; rebours, combien il est difficile de combiner la politique et l'action militaire. Un autre camarade est venu ensuite aggraver l'erreur de son pr&#233;d&#233;cesseur. Si l'on en croit le premier de ces camarades, L&#233;nine aurait contest&#233; en 1918 l'importance de l'arm&#233;e rouge sous pr&#233;texte que de la lutte qui mettait aux prises les deux imp&#233;rialismes rivaux d&#233;coulait notre salut. D'apr&#232;s le deuxi&#232;me nous aurions jou&#233; soi-disant &#171; le r&#244;le du troisi&#232;me larron &#187;. Or jamais L&#233;nine n'a tenu et n'aurait pu tenir ce langage. Il est certain que si nous eussions eu affaire, au moment de la R&#233;volution d'Octobre &#224; une Allemagne victorieuse et que la paix e&#251;t &#233;t&#233; conclue, l'Allemagne n'e&#251;t pas manqu&#233; de nous &#233;craser quand bien m&#234;me nous eussions dispos&#233; d'une arm&#233;e de trois millions d'hommes, car ni en 1918, ni en 1919, nous n'aurions pu trouver les forces capables de se mesurer avec des arm&#233;es allemandes triomphantes. Dans ces conditions la lutte entre les deux camps imp&#233;rialistes fut notre principale ligne de protection. Mais dans les cadres de cette lutte nous aurions pu trouver la mort cent fois en 1918 nous n'avions pas eu notre embryon d'arm&#233;e rouge. Est-ce parce que l'Angleterre et la France paralysaient l'Allemagne que le probl&#232;me de Kazan a &#233;t&#233; r&#233;solu ? Si nos soldats rouges n'avaient pas d&#233;fendu Kazan, s'ils avaient ouvert la route de Moscou aux mercenaires de l'arm&#233;e blanche, on nous aurait coup&#233; la gorge et on aurait eu raison. A ce moment nous aurions eu beau jeu &#224; faire figure de &#171; troisi&#232;me larron &#187; avec... la gorge tranch&#233;e. Lorsque L&#233;nine disait : &#171; Militants qui travaillez dans l'arm&#233;e, n'exag&#233;rez pas votre importance ; vous repr&#233;sentez un facteur dans la complexit&#233; des forces, mais vous n'&#234;tes ni notre unique, ni m&#234;me notre principale force ; en r&#233;alit&#233; nous nous maintenons gr&#226;ce &#224; la guerre europ&#233;enne, qui paralyse les deux imp&#233;rialismes rivaux &#187;, il se pla&#231;ait au point de vue politique. Mais il ne s'ensuit pas qu'il contestait &#171; l'importance de l'arm&#233;e rouge &#187;. Si nous appliquons cette m&#233;thode de raisonnement aux probl&#232;mes int&#233;rieurs de la r&#233;volution, nous aboutissons &#224; des conclusions tr&#232;s curieuses. Prenons notamment la question de l'organisation des formations de combat. Un parti communiste dont l'existence est plus ou moins ill&#233;gale charge son organisation militaire clandestine de former des centuries. Qu'est-ce que repr&#233;sente au fond quelques dizaines de centuries ainsi constitu&#233;es par rapport au probl&#232;me de la prise du pouvoir ? Si l'on se place &#224; un point de vue social, historique, la question du pouvoir se d&#233;cide par la composition de la soci&#233;t&#233;, par le r&#244;le du prol&#233;tariat dans la production, par sa maturit&#233; politique, par le degr&#233; de d&#233;sorganisation de l'Etat bourgeois et ainsi de suite. En r&#233;alit&#233;, tous ces facteurs ne jouent qu'en dernier lieu, tandis que l'issue de la lutte peut d&#233;pendre directement de l'existence de ces quelques dizaines de centuries. Des conditions sociales et politiques favorables &#224; la prise du pouvoir sont une chance pr&#233;alable de succ&#232;s, mais elles ne garantissent pas automatiquement la victoire, elles permettent d'aller jusqu'au point o&#249; la politique c&#232;de le pas &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois la guerre civile n'est que la continuation violente de la lutte des classes. Quant &#224; l'insurrection elle est la continuation de la politique par d'autres moyens. C'est pourquoi on ne la peut comprendre que sous l'angle de ses moyens. Il n'est pas possible de mesurer la politique &#224; l'aune de la guerre, pas plus qu'il n'est possible de mesurer la guerre &#224; l'aune unique de la politique, ne serait-ce que sous le rapport du temps. C'est l&#224; une question sp&#233;ciale qui vaut d'&#234;tre s&#233;rieusement trait&#233;e dans notre futur r&#232;glement de la guerre civile. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire nous mesurons le temps &#224; l'aune politique, c'est-&#224;-dire par des ann&#233;es, des mois, des semaines. En p&#233;riode d'insurrection nous mesurons le temps avec des heures et des journ&#233;es. Ce n'est pas pour rien que l'on dit qu'en temps de guerre un mois, parfois m&#234;me une seule journ&#233;e, comptent pour une ann&#233;e. En avril 1917 L&#233;nine disait : &#171; Patiemment, infatigablement, expliquez aux ouvriers... &#187; et &#224; la fin d'octobre il ne restait d&#233;j&#224; plus de temps pour donner des explications &#224; celui qui n'avait pas encore compris ; il fallait passer &#224; l'offensive &#224; la t&#234;te de ceux qui avaient saisi. En octobre la perte d'une seule journ&#233;e e&#251;t pu r&#233;duire &#224; n&#233;ant tout le travail de plusieurs mois, voire d'ann&#233;es de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me souvient d'un th&#232;me de manoeuvre que nous avions donn&#233; il y a quelque temps &#224; notre Acad&#233;mie militaire. Il s'agissait de d&#233;cider si nous devions &#233;vacuer tout de suite la r&#233;gion de Bi&#233;lostok, que sa position rendait intenable, ou de nous y maintenir dans l'espoir que Bi&#233;lostok, centre ouvrier, s'insurgerait ? Il va de soi qu'on ne peut r&#233;soudre s&#233;rieusement une question de ce genre que sur la base de donn&#233;es pr&#233;cises et r&#233;elles. La man&#339;uvre militaire ne dispose pas de ces donn&#233;es puisque en elle tout est conventionnel. Mais en principe la controverse se ramenait &#224; deux mesures de temps relatives l'une &#224; la guerre, l'autre &#224; la politique r&#233;volutionnaire. Or, quelle est la mesure qui, toutes conditions &#233;gales, l'emporte &#224; la guerre ? Celle de la guerre. En d'autres termes, il &#233;tait douteux que Bi&#233;lostok se soulev&#226;t en l'espace de quelques jours et m&#234;me en admettant que le soul&#232;vement escompt&#233; ait lieu, restait &#224; savoir ce que ferait le prol&#233;tariat insurg&#233; sans armes et sans pr&#233;paration militaire, tandis qu'il &#233;t&#233; fort possible qu'en deux ou trois jours, deux ou trois divisions fussent d&#233;cim&#233;es en demeurant sur des positions intenables dans l'attente d'une insurrection qui, m&#234;me au cas o&#249; elle se produirait, pourrait tr&#232;s bien ne pas modifier radicalement la situation militaire. Brest-Litowsk nous donne un exemple classique d'une juste application des mesures de temps politique et militaire. On sait que la majorit&#233; du Comit&#233; central du parti communiste russe, et moi dans le nombre, avait pris la d&#233;cision contre la minorit&#233; en t&#234;te de laquelle se trouvait le camarade L&#233;nine, de ne pas conclure la paix, bien que nous courrions le risque de voir les Allemands passer &#224; l'offensive. Quel &#233;tait le sens de cette d&#233;cision ? Certains camarades esp&#233;raient utopiquement une guerre r&#233;volutionnaire. D'autres, dont j'&#233;tais, jugeaient de t&#226;ter l'ouvrier allemand afin de savoir s'il s'opposerait au kaiser au cas o&#249; ce dernier attaquerait la r&#233;volution. En quoi consistait l'erreur que nous commettions ? Dans le risque excessif que nous courions. Pour secouer l'apathie de l'ouvrier allemand il aurait peut-&#234;tre fallu des semaines, voire des mois, alors qu'&#224; ce moment les arm&#233;es allemandes n'avaient besoin que quelques jours pour s'avancer jusqu'&#224; Dwinsk, Minsk et Moscou. La mesure de la politique r&#233;volutionnaire est longue, tandis que la mesure de la guerre est courte. Celui qui ne se p&#233;n&#232;tre pas de cette v&#233;rit&#233; apr&#232;s avoir pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;, m&#233;dit&#233;, approfondi l'exp&#233;rience pass&#233;e, court le risque, du fait de la conjonction de la politique r&#233;volutionnaire et de l'action militaire, c'est-&#224;-dire de ce qui nous conf&#232;re le plus de sup&#233;riorit&#233; sur l'ennemi, de commettre fautes sur fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; de poser les probl&#232;mes de la guerre civile avec le maximum de clart&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade nous a ramen&#233; &#224; la question de savoir quel genre de r&#232;glement nous avons &#224; mettre sur pied : r&#232;glement de l'insurrection ou r&#232;glement de la guerre civile. Nous ne devons pas, nous a dit ce camarade, viser trop loin, sinon notre t&#226;che ne fera, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, que co&#239;ncider avec les t&#226;ches de l'Internationale communiste. Rien de moins vrai. Et celui qui tient ce langage d&#233;montre qu'il confond la guerre civile, dans l'acception propre de ce terme, avec la lutte de classes. Si nous prenons l'Allemagne comme sujet d'&#233;tude, nous pouvons par exemple commencer avec profit par examiner les &#233;v&#233;nements de mars 1921. Ensuite vient la longue p&#233;riode de regroupement des forces, sous les mots d'ordre du front uni. Il est &#233;vident qu'aucun r&#232;glement de guerre civile ne convient &#224; cette p&#233;riode. A partir de janvier 1923 et de l'occupation de la Ruhr, appara&#238;t de nouveau une situation r&#233;volutionnaire qui s'aggrave brusquement en juin 1923, lorsque s'effondre la politique de r&#233;sistance passive pratiqu&#233;e par la bourgeoisie allemande et que craque de toutes parts l'appareil d'Etat bourgeois. C'est cette p&#233;riode que nous devons &#233;tudier minutieusement, parce qu'elle nous donne d'un c&#244;t&#233; un exemple classique de la fa&#231;on dont se d&#233;veloppe et m&#251;rit une situation r&#233;volutionnaire et d'un autre c&#244;t&#233; un exemple non moins classique d'une r&#233;volution rat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, l'Allemagne eut sa guerre civile, mais l'insurrection qui devait la couronner et la r&#233;soudre ne vint pas. Le r&#233;sultat fut une situation r&#233;volutionnaire, vraiment exceptionnelle, irr&#233;m&#233;diablement compromise et une bourgeoisie &#233;branl&#233;e, affermie de nouveau au pouvoir. Pourquoi ? Parce qu'au moment propice, la politique ne fut pas continu&#233;e par les moyens insurrectionnels qui s'imposaient logiquement. Il est &#233;vident que le redressement du r&#233;gime bourgeois qui suivit en Allemagne l'avortement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne a une stabilit&#233; tr&#232;s douteuse. Qu'on se rassure, nous aurons encore en Allemagne, &#224; &#233;ch&#233;ance plus ou moins longue, une nouvelle situation r&#233;volutionnaire. Mais il est clair que le mois d'ao&#251;t 1924 fut bien diff&#232;rent du mois d'ao&#251;t 1923. Et si nous fermions les yeux sur l'exp&#233;rience qui se d&#233;gage de ces &#233;v&#233;nements, si nous ne la mettions pas &#224; profit pour nous instruire, si nous allions passivement au-devant de fautes comme celles qui ont &#233;t&#233; commises, nous pourrions nous attendre &#224; voir se r&#233;p&#233;ter la catastrophe allemande de 1923 et le p&#233;ril qui en r&#233;sulterait pour le mouvement ouvrier serait immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans ce domaine moins que dans tout autre, nous ne pouvons tol&#233;rer de d&#233;formation de notions essentielles. Nous avons vu des camarades s'essayer ici &#224; des objections d'un scepticisme incoh&#233;rent au sujet du moment de l'insurrection. Ces camarades ne font que d&#233;montrer ainsi qu'ils savent pas poser en marxistes la question de l'insurrection sur le plan de l'art militaire. A l'appui de leur th&#232;se, ils invoquent comme argument que, dans l'imbroglio d'une situation extr&#234;mement complexe et variable, il est impossible de se lier d'avance par une d&#233;cision anticip&#233;e. Mais, si l'on devait s'en tenir &#224; ces lieux communs, il faudrait d&#232;s lors renoncer aux plans et aux dates d'op&#233;rations militaires, car &#224; la guerre, il arrive aussi que la situation change brusquement et inopin&#233;ment. Un plan d'op&#233;rations militaires ne se r&#233;alise jamais dans la proportion de 100%, il faut m&#234;me s'estimer heureux si, au cours de son ex&#233;cution, il se r&#233;alise dans la proportion de 25%. Mais le chef militaire qui s'appuierait l&#224;-dessus pour nier d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale l'utilit&#233; d'un plan de campagne m&#233;riterait tout simplement qu'on lui pass&#226;t la camisole de force. Dans tous les cas, je recommande de s'en tenir &#224; cette m&#233;thode comme la plus juste et la plus logique : formulons d'abord les r&#232;gles g&#233;n&#233;rales de notre r&#232;glement de la guerre civile et voyons ensuite ce que l'on peut supprimer ou r&#233;server. Mais si nous commen&#231;ons par des suppressions, des r&#233;serves, des d&#233;viations, des doutes, des h&#233;sitations, nous n'aboutirons jamais &#224; des conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade a contest&#233; la remarque que j'avais faite au sujet de l'&#233;volution de l'organisation militaire du parti en p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, pendant l'insurrections et apr&#232;s la prise du pouvoir. Selon ce camarade, l'existence de d&#233;tachements de partisans ne devrait pas &#234;tre tol&#233;r&#233;e, seules des formations militaires r&#233;guli&#232;res seraient n&#233;cessaires. Les d&#233;tachements de partisans, nous a-t-il dit, sont des organisations chaotiques... En &#233;coutant ces propos, j'&#233;tais bien pr&#232;s de d&#233;sesp&#233;rer. En effet, &#224; quoi rime cette d&#233;testable arrogance doctrinale ? Si les d&#233;tachements de partisans sont des organisations chaotiques, il faut alors reconna&#238;tre que, de ce point de vue purement formel, la r&#233;volution est aussi un chaos. Or, dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution, on est bel et bien oblig&#233; de s'appuyer exclusivement sur des d&#233;tachements de ce genre. On nous objecte que ces d&#233;tachements doivent &#234;tre constitu&#233;s sur le m&#234;me type. Si l'on veut dire par l&#224; que, dans la guerre de partisans, on ne doit n&#233;gliger aucun des &#233;l&#233;ments d'ordre et de m&#233;thode accessibles &#224; ce genre de guerre, nous sommes tout &#224; fait d'accord. Mais si vous r&#234;vez d'une organisation militaire hi&#233;rarchis&#233;e, centralis&#233;e et constitu&#233;e avant que l'insurrection ait eu lieu, c'est l&#224; une utopie qui, au cas o&#249; l'on voudrait lui donner corps dans la vie, risquerait d'&#234;tre fatale. Si, &#224; l'aide d'une organisation militaire clandestine, j'ai &#224; m'emparer d'une ville (but partiel de l'ensemble d'un plan pour la prise du pouvoir dans le pays), je r&#233;partis ma t&#226;che en objectifs particuliers (occupation des &#233;difices gouvernementaux, des gares, de la poste, du t&#233;l&#233;graphe, des imprimeries) et je confie l'ex&#233;cution de chacune de ces missions aux chefs de petits d&#233;tachements initi&#233;s d'avance aux buts qui leur sont assign&#233;s. Chaque d&#233;tachement ne doit compter que sur lui-m&#234;me ; il doit poss&#233;der sa propre intendance, sinon il se pourrait qu'apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233; de l'h&#244;tel des postes, par exemple, il manque totalement de vivres. Toute tentative de centraliser et hi&#233;rarchiser ces d&#233;tachements m&#232;nerait in&#233;luctablement &#224; la bureaucratisation, qui, en temps de guerre, est doublement redoutable : 1&#176; parce qu'elle ferait croire faussement aux chefs de d&#233;tachements que quelqu'un doit forc&#233;ment les commander, alors qu'il faut au contraire leur inculquer l'assurance qu'ils disposent de la plus large libert&#233; de mouvement et de la plus grande initiative ; 2&#176; parce que la bureaucratisation, li&#233;e au syst&#232;me hi&#233;rarchique, enl&#232;verait aux d&#233;tachements leurs meilleurs &#233;l&#233;ments pour les besoins de toutes sortes d'&#233;tats-majors. D&#232;s le premier moment de l'insurrection, ces &#233;tats-majors resteraient suspendu entre ciel et terre, tandis que les d&#233;tachements, dans l'attente d'ordres sup&#233;rieurs, se verraient vou&#233;s &#224; l'inaction et &#224; des pertes de temps qui rendraient certain l'&#233;chec de l'insurrection. Telles sont les raisons pour lesquelles le d&#233;dain des militaires professionnels pour les organisations &#171; chaotiques &#187; de partisans doit &#234;tre condamn&#233; comme un pr&#233;jug&#233; anti-r&#233;aliste, anti-scientifique et anti-marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, apr&#232;s la prise du pouvoir dans les principaux centres du pays, les d&#233;tachements de partisans peuvent jouer en rase campagne un r&#244;le extr&#234;mement efficace. Il suffit de rappeler l'appui que les d&#233;tachements de partisans apport&#232;rent &#224; l'arm&#233;e rouge et &#224; la R&#233;volution, en op&#233;rant &#224; l'arri&#232;re des troupes allemandes en Ukraine et &#224; l'arri&#232;re des troupes de Koltchak en Sib&#233;rie. N&#233;anmoins, il reste d&#233;finitivement acquis comme r&#232;gle que le pouvoir r&#233;volutionnaire se met aussit&#244;t &#224; l'&#339;uvre pour incorporer les meilleurs d&#233;tachements de partisans et leurs &#233;l&#233;ments les plus s&#251;rs dans le syst&#232;me d'une organisation militaire r&#233;guli&#232;re. Autrement, ces d&#233;tachements de partisans deviendraient indubitablement des facteurs de d&#233;sordre susceptibles de d&#233;g&#233;n&#233;rer en bandes arm&#233;es au service des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois anarchisants insurg&#233;s contre l'Etat prol&#233;tarien. Nous en avons pas mal d'exemples. Il est vrai que, parmi les partisans rebelles &#224; l'organisation militaire r&#233;guli&#232;re, il y eut aussi des h&#233;ros. On a cit&#233; les noms de Siverss [3] et de Kikvids&#233; [4]. Je pourrais en nommer beaucoup d'autres. Siverss et Kikvids&#233; combattirent et moururent en h&#233;ros. Et aujourd'hui, dans la lumi&#232;re de leurs immenses m&#233;rites, au regard de la R&#233;volution, p&#226;lissent au point de dispara&#238;tre tels ou tels c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs de leur action de partisans. Mais &#224; ce moment, il &#233;tait indispensable de combattre tout ce qu'il y avait en eux de n&#233;gatif. A ce prix seulement, nous pouvions arriver &#224; organiser l'arm&#233;e rouge et &#224; la mettre &#224; m&#234;me de remporter des victoires d&#233;cisives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, je mets en garde contre une confusion de terminologie, parce que, le plus souvent, elle dissimule une confusion de notions. De m&#234;me, je mets en garde contre les erreurs que l'on peut commettre en se refusant &#224; poser la question de l'insurrection d'une fa&#231;on nette et courageuse, sous pr&#233;texte que la situation varie et se modifie continuellement. Ext&#233;rieurement, cela rappelle &#233;trangement la dialectique ; de toute fa&#231;on, on le prend volontiers pour tel. Mais, en r&#233;alit&#233;, il n'en rien. La pens&#233;e dialectique est comme un ressort, et les ressorts sont faits d'acier tremp&#233;. Les doutes et les r&#233;serves ne d&#233;cident et n'enseignent rien du tout. Lorsque l'id&#233;e essentielle est mise lumineusement en relief, les r&#233;serves et les restrictions peuvent se ranger logiquement autour d'elle. Si l'on tient uniquement aux r&#233;serves, le r&#233;sultat dans la th&#233;orie sera la confusion et dans la pratique le chaos. Or, confusion et chaos n'ont rien de commun avec la dialectique. En r&#233;alit&#233;, une pseudo-dialectique de ce genre cache le plus souvent des sentiments social-d&#233;mocrates ou stupides vis-&#224;-vis de la r&#233;volution, comme vis-&#224;-vis d'une chose qui s'accomplit en dehors de nous. Dans ces conditions, il ne peut pas &#234;tre question de concevoir l'insurrection comme un art. Et pourtant, c'est pr&#233;cis&#233;ment la th&#233;orie de cet art que nous voulons &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les questions que nous avons soulev&#233;es doivent &#234;tre m&#233;dit&#233;es, travaill&#233;es, formul&#233;es. Elles doivent devenir partie int&#233;grante de notre instruction et &#233;ducation militaire. Le rapport de ces questions avec les probl&#232;mes de la d&#233;fense de la R&#233;publique des Soviets est indiscutable. Nos ennemis continuent de ressasser que l'arm&#233;e rouge aurait soi-disant pour t&#226;che de provoquer artificiellement des mouvements r&#233;volutionnaires dans les autres pays, afin de les faire aboutir par la force de ses ba&#239;onnettes. Inutile de dire que cette caricature n'a rien de commun avec la politique que nous poursuivons. Nous sommes par dessus tout int&#233;ress&#233;s au maintien de la paix, nous l'avons prouv&#233; par notre attitude, par les concessions que nous faites dans les trait&#233;s et par la r&#233;duction progressive des effectifs de notre arm&#233;e. Mais nous sommes suffisamment imbus de r&#233;alisme r&#233;volutionnaire pour nous rendre compte clairement que nos ennemis essayeront encore de nous t&#226;ter avec leurs armes. Et si nous sommes loin de l'id&#233;e de forcer, par des mesures militaires artificielles, le d&#233;veloppement de la R&#233;volution, nous sommes s&#251;rs en revanche que la guerre des Etats capitalistes contre l'Union sovi&#233;tique sera suivie de violentes commotions sociales, pr&#233;mices de la guerre civile, dans les pays de nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons savoir combiner la guerre d&#233;fensive qui sera impos&#233;e &#224; notre arm&#233;e rouge avec la guerre civile dans le camp ennemi. Dans ce but, le r&#232;glement de la guerre civile doit devenir un des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires d'un type sup&#233;rieur de manuel militaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &#8212; 29 juillet 1924.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Brandler, Heinrich (1877-1967) - d'origine ouvri&#232;re (ma&#231;on). Vieux militant du parti social-d&#233;mocratique allemand. Pendant la guerre imp&#233;rialite (1914-1918) a adopt&#233; la position de la gauche, en adh&#233;rant &#224; la fraction de Rosa Luxembourg et Karl. Liebknecht. Fut l'un des principaux organisateurs et des chefs du Parti Communiste Allemand (KPD). En raison des &#233;v&#233;nements de mars 1921 fut condamn&#233; &#224; cinq ann&#233;es de prison, mais il r&#233;ussit &#224; s'enfuir en Russie Sovi&#233;tique. Apr&#232;s l'amnistie de 1922, revint en Allemagne et devint le principal dirigeant du KPD, qu'il dirigea jusqu'&#224; la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande en automne 1923. Au d&#233;but de 1924, lors du congr&#232;s du Parti &#224; Francfort, la tactique pratiqu&#233;e par Brandler et ses amis au cours des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires de 1923, subie la critique acerbe de l'aile gauche, qui avait toujours &#233;t&#233; en opposition avec le comit&#233; central du Parti, &#224; la t&#234;te duquel se trouvait Brandler. Lors de ce congr&#232;s la tendance de gauche eut la majorit&#233; absolue, et la direction de parti passa &#224; celle-ci. La tactique du vieux comit&#233; central du Parti allemand fut aussi examin&#233;e lors du Ve Congr&#232;s de l'Internationale Communiste (voir le rapport st&#233;nographique des travaux du Ve Congr&#232;s de l'I.C.). - Note &#339;uvre. Note de l'&#233;diteur : pour de plus amples d&#233;tails voir la pr&#233;sentation de &#034;5 ann&#233;es d'Internationale Communiste&#034; et l'article : &#034;Peut-on d&#233;terminer l'&#233;ch&#233;ance d'une r&#233;volution ou d'une contre-r&#233;volution ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Talheimer, Auguste - comme Brandler, un de plus proche associ&#233; de Rosa Luxembourg et des fondateurs du mouvement Spartakiste. Ensemble avec Brandler &#233;tait l'organisateur KPD et son principal th&#233;oricien. Jusqu'&#224;u Congres de Parti de Frantfort il &#233;tait le membre et le r&#233;dacteur principal de l'organe du parti &#171; Rote Fahne &#187; ? pr&#233;sent, en 1924, il dirige la section propagandiste de l'Internationale Communiste. - Note &#338;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Siverss - l'organisateur des d&#233;tachements de partisans, &#224; la t&#234;te desquels il menait une lutte infatigable de guerrilla contre la contre-r&#233;volution du sud. En novembre 1918 fut mortellement bless&#233; lors de la bataille de Balachov.(Sur les exploits Siverss consulter l'ouvrage. d'Antonov-Ovseenko &#171; Notes sur la guerre civile &#187;, tome I, paru en 1924). - Note &#338;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La VIe division qui a re&#231;u par la suite le nom de la division du nom Kikvidz&#233; fut form&#233;e le 16 mai 1918 sous la direction du camarade Kikvidz&#233;. Cette division a r&#233;alis&#233; de nombreux faits d'armes. Elle luttait contre Petlioura, les Allemands et contre les troupes de Krasnov. Le camarade Kikvidz&#233; fut tu&#233; le 11 janvier 1919 dans la ferme Zoubrilovo, dans r&#233;gion du Don. Depuis ce temps-l&#224; en l'honneur de ce chef la division a &#233;t&#233; baptis&#233;e la division Kikvidz&#233;. - Note &#338;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note compl&#233;mentaire de L. Trotsky, dans &#171; Comment la r&#233;volution s'est arm&#233; &#187;]. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s du Camarade Kikvidz&#233; la division continua &#224; prende part, avec succ&#232;s, au combat sur le front Sud. La division a maintenu sa capacit&#233; de combat lors de l'offensive de Denikine. Lors des batailles de l'automne 1919 il a vaincu de grandes unit&#233;s ennemies aux abords de Davidovka, Lougansk, Litzki et ailleurs. En hiver de 1919-1920 elle a lutt&#233; contre l'ennemi &#224; Bataisk et &#224; Olginsk. Le 2 mars 1920 la division a captur&#233; Bataisk. Lors de la retraite de Denikine, une brigade de cette division fut la premi&#232;re &#224; entrer dans Novorossiisk, pour cela elle fut d&#233;cor&#233;e de l'Ordre du Drapeau Rouge. En mai de 1920 la division a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e au Front Occidental : elle pris part &#224; l'intervention r&#233;volutionnaire sur le front polonais en juillet 1920 et &#224; la marche sur Varsovie. La paix avec la Pologne a trouv&#233; la division dans la r&#233;gion de Minsk.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La guerre et la r&#233;volution
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute une g&#233;n&#233;ration a surgi dont la jeunesse politique a &#233;t&#233; marqu&#233;e par la R&#233;volution d'Octobre ou les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Pour cette g&#233;n&#233;ration, particuli&#232;rement en Russie, la IIe Internationale repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne assez p&#233;nible. La jeunesse r&#233;volutionnaire a toujours consid&#233;r&#233; les Mench&#233;viks et les S.R. [Social-r&#233;volutionnaires] comme des ennemis de classe, toujours de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, de la tranch&#233;e. Elle n'a pas v&#233;cu le moment historique d'un pass&#233; r&#233;cent, non seulement jusqu'&#224; la guerre imp&#233;rialiste, mais pendant cette m&#234;me guerre, alors qu'au sein m&#234;me de la IIe Internationale qui se courbait honteusement et sans honneur devant l'Imp&#233;rialisme, d&#233;butait le processus int&#233;rieur qui devait conduire au schisme et &#224; la cr&#233;ation de l'Internationale Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui monte une g&#233;n&#233;ration encore plus jeune qui, n'ayant pas l'exp&#233;rience de la guerre civile, ne peut concevoir le r&#244;le jou&#233; par les Mench&#233;viks et les &#171; S.R. &#187;. Ce n'est pas en vain que ces m&#234;mes Mench&#233;viks comptent sur la virginit&#233; politique des jeunes pour se redonner une vie nouvelle sous forme d'une organisation de la jeunesse. Ils pensent que les faits ont trac&#233; une croix d&#233;finitive sur le pass&#233;, et ils veulent obtenir une large audience aupr&#232;s des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que le slogan d'un &#171; Front uni de tous les travailleurs &#187; leur semble, en cette circonstance, devoir trouver une certaine r&#233;sonance. Si un Front uni est possible avec Scheidemann et Vandervelde, pourquoi pas avec Martov et Tchernov ? En quel sens est possible ce Front uni avec Scheidemann ? Et tout d'abord qui est Scheidemann ? Et qui est Vandervelde ? Les jeunes communistes &#8212; qui se heurt&#232;rent d'abord &#224; la IIe Internationale en la personne du social-r&#233;volutionnaire K&#233;rensky et du Mench&#233;vik Ts&#233;retelli, quand ceux-ci d&#233;sarm&#232;rent les prol&#233;taires de P&#233;tersbourg et mirent en prison des milliers de travailleurs les prenant soi-disant pour des espions allemands, ou plus tard, quand ces m&#234;mes Mench&#233;viks et S.R., en qualit&#233; d'organisateurs, d'orateurs, de terroristes, d'agitateurs, d'administrateurs et de ministres de Noullans, de Koltchak, de D&#233;nikine, d'Ioudenitch, de Miller, massacr&#232;rent les ouvriers et les paysans russes au nom et sous les drapeaux de l'Entente &#8212; ces jeunes communistes sont d&#233;j&#224; renseign&#233;s sur le compte des Partis cit&#233;s plus haut, mais ils les connaissent encore imparfaitement. Les chefs de la Social-d&#233;mocratie internationale, y compris nos &#171; S.R. &#187; et nos Mench&#233;viks, avaient jur&#233; au Congr&#232;s de B&#226;le, un an et demi &#224; peine avant la guerre mondiale, de r&#233;pliquer &#224; une ouverture des hostilit&#233;s par la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste petit-bourgeois est capable de tous les retournements. Il joue tr&#232;s souvent avec les couleurs de la R&#233;volution, mais aux moments d&#233;cisifs de l'Histoire, il &#171; s'aplatit &#187;. Les repr&#233;sentants qualifi&#233;s de la jeune g&#233;n&#233;ration doivent conna&#238;tre le pass&#233; r&#233;cent. Il faut leur enseigner, le plus concr&#232;tement possible, par des tableaux expressifs de la vie politique, par des figures humaines, ce que fut la p&#233;riode pr&#233;paratoire &#224; la R&#233;volution d'Octobre et &#224; la naissance de la IIIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de cette &#233;poque &#8212; nous pensons &#224; l'histoire des classes laborieuses et de leurs groupements politiques &#8212; n'a pas &#233;t&#233; encore &#233;crite et ne le sera pas de sit&#244;t. Il faut &#233;tudier ce pass&#233; tout r&#233;cent &#224; l'aide de mat&#233;riaux bruts, tels que souvenirs, documents, discours et articles. La compr&#233;hension de ces tranches du pass&#233; est d'autant plus facilit&#233;e que l'actualit&#233;, trop directement m&#234;me, d&#233;coule des &#233;v&#233;nements d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre tend &#224; d&#233;montrer le propos que nous avons expos&#233; &#8212; bien que de fa&#231;on limit&#233;e &#8212; en offrant &#224; la jeunesse l'&#233;tude de ce pass&#233; tr&#232;s r&#233;cent. L'auteur a eu l'avantage, pendant la guerre en qualit&#233; d'&#233;migr&#233;, d'observateur et aussi de participant, de pouvoir p&#233;n&#233;trer au sein m&#234;me de plusieurs Partis socialistes europ&#233;ens et nord-am&#233;ricains. On trouvera ici, rassembl&#233;s, les fruits de ces travaux n&#233;s de cette participation et reli&#233;s au th&#232;me central : la Guerre et l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce livre prit naissance d&#233;j&#224; au d&#233;but de l'ann&#233;e 1919. Mais je ne r&#233;ussis pas, jusqu'&#224; maintenant, &#224; r&#233;unir les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la composition de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais alors &#233;crit une introduction explicative. Celle-ci, &#233;crite en Mars 1920, est compl&#233;t&#233;e d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 24 avril 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre se trouvent rassembl&#233;s des documents se rapportant &#224; la lutte politique qui se d&#233;roula pendant la grande guerre imp&#233;rialiste. Tous ces &#233;v&#233;nements, ici expos&#233;s, sont loin de pr&#233;senter le m&#234;me int&#233;r&#234;t. J'ai r&#233;uni ces articles, ces pamphlets, ces esquisses caract&#233;ristiques comme des r&#233;percussions, parfois tr&#232;s fugitives, de cette grande &#233;poque, comme des tranches de la grande lutte qui ne cessa pas m&#234;me aux mois les plus sombres de la r&#233;action imp&#233;rialiste, et qui actuellement s'&#233;tend sur le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Autriche-Hongrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre me trouva &#224; Vienne. De l&#224; partit le signal de la premi&#232;re guerre mondiale, apr&#232;s le meurtre de l'archiduc par de jeunes terroristes serbes. La vie int&#233;rieure de cette nation, d&#233;j&#224; d&#233;chir&#233;e par des dissentiments internes qui la faisaient ressembler &#224; une gigantesque maison d'ali&#233;n&#233;s, prit un caract&#232;re plus aigu en 1914. L&#224; furent d&#233;truits les espoirs et tous les avantages acquis en 1906 gr&#226;ce &#224; la premi&#232;re r&#233;volution russe. Celle-ci avait d&#233;gag&#233; de fa&#231;on d&#233;cisive les contradictions de classe et rejet&#233; &#171; l'&#233;c&#339;urante &#187; lutte nationaliste, avec ses miasmes de chauvinisme. Apr&#232;s tout, chaque droit conquis, comme tout r&#233;gime d&#233;mocratique lui-m&#234;me, n'est pas en soi un rem&#232;de, mais met en lumi&#232;re les plaies de toute soci&#233;t&#233;. Pour assainir la vie politique il aurait fallu disposer d'un Parti r&#233;volutionnaire capable de rassembler les prol&#233;taires de toute nationalit&#233; et de s'opposer &#224; l'imp&#233;rialisme croissant. Mais ceci ne se produisit pas. L'acquisition du droit de vote co&#239;ncidait avec le reflux de la vague r&#233;volutionnaire russe et donnait un avantage d&#233;cisif aux &#233;l&#233;ments opportunistes du Socialisme en Autriche-Hongrie. La chasse aux mandats en un pays aux multiples nationalit&#233;s &#233;tait favorable &#224; l'&#233;closion d'un opportunisme provincial et nationaIiste. La Social-d&#233;mocratie &#171; r&#233;aliste &#187;, c'est-&#224;-dire r&#233;formatrice et sachant s'adapter, per&#231;a gr&#226;ce au chauvinisme, mais, ce faisant, accentua la chute du prol&#233;tariat. En cons&#233;quence, il r&#233;gnait, en Autriche-Hongrie, une atmosph&#232;re de profond d&#233;sespoir qui n'existait pas en Russie malgr&#233; le caract&#232;re incomparablement plus horrible du despotisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre s'av&#233;rait une issue &#224; l'impasse o&#249; se trouvait l'Imp&#233;rialisme austro-hongrois qui esp&#233;rait effectuer la soudure totale de la monarchie &#224; la flamme de l'incendie mondial. Il en &#233;tait de m&#234;me pour la petite-bourgeoisie chauvine qui, ayant &#224; supporter la concurrence du commerce international, cherchait son salut l&#224; o&#249; il est le moins possible de le trouver. M&#234;me remarque pour la Social-d&#233;mocratie austro-hongroise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son chef, prudent et &#233;vasif, opportuniste mais tacticien habile et perspicace dans les limites de l'opportunisme, Victor Adler, laissa compl&#232;tement tomber les r&#234;nes et c&#233;da la premi&#232;re place (&#224; moiti&#233; volontairement, &#224; moiti&#233; contre son gr&#233;) aux Austerlitz, Renner, Zeiss et autres bourgeois auxquels la IIe Internationale a permis, et permet encore, de s'intituler &#171; socialistes &#187;. Tous pouss&#232;rent un soupir de soulagement. Je me souviens, comment Hans Deutsch (actuellement, &#224; ce qu'il para&#238;t, ami du ministre de la Guerre) parlait ouvertement de l'in&#233;luctable guerre &#171; salvatrice &#187;, qui devait d&#233;finitivement lib&#233;rer l'Autriche du &#171; cauchemar &#187; serbe. La pourriture des cercles dirigeants sociaux-d&#233;mocrates se r&#233;v&#233;la subitement dans toute son horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de honte pour le parti et d'aversion envers les &#171; faux marxistes &#187; &#8212; qui n'attendaient que le moment favorable pour trahir ouvertement &#8212;, ce sentiment avait encore, &#224; ce moment-l&#224;, gard&#233; toute sa fra&#238;cheur, et la d&#233;sillusion n'en &#233;tait que plus douloureuse ! Je me vis oblig&#233; de quitter Vienne o&#249; j'avais pass&#233; sept ans de ma vie d'&#233;migr&#233;. J'avais sign&#233; en arrivant (1907) l'engagement de rester dans les limites du territoire de la monarchie &#171; bis auf Widerruf &#187; (jusqu'&#224; la clause contradictoire), c'est-&#224;-dire jusqu'au moment o&#249; je serai mis dehors ! Ce qui, en principe, ne pouvait avoir lieu sans mon accord ! Escort&#233; par les policiers autrichiens, le groupe bigarr&#233; des ressortissants russes fut dirig&#233; vers la Suisse, le 3 ou le 4 ao&#251;t 1914 (nouveau style).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse, nous avons commenc&#233; &#224; mesurer l'ampleur du krach qui allait se produire, frappant ainsi toute l'organisation socialiste internationale et, de suite, nous avons cherch&#233; quelles seraient les voies conduisant au salut. La petite nation neutre, resserr&#233;e entre trois des principaux bellig&#233;rants (un quatri&#232;me se pr&#233;parant seulement &#224; la lutte : l'Italie), &#233;tait devenue une ar&#232;ne politique o&#249; les marxistes russes, de temps &#224; autre, pouvaient avoir la vision des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient. Quant &#224; moi, je sentis la n&#233;cessit&#233; de me rendre compte de ce qui se passait dans le monde. Cela me contraignit &#224; tenir un journal, c'est-&#224;-dire une forme de litt&#233;rature dont je n'avais jamais us&#233; jusqu'&#224; ce jour. Je ne renouvelai cette exp&#233;rience qu'une seule fois ensuite, dans une prison espagnole, apr&#232;s mon expulsion. Cependant, quand apr&#232;s deux ou trois semaines, les journaux socialistes allemands et fran&#231;ais re&#231;us &#224; Z&#252;rich donn&#232;rent un tableau clair de l'immense catastrophe politique et morale du Socialisme, la forme de mon journal changea. Il devint un pamphlet critique et politique. Le Marxisme ne pouvait pas se laisser aller au d&#233;couragement devant le visage terrifiant des &#233;v&#233;nements ! Qu'importent l'effondrement, la trahison et la d&#233;sertion politiques ! Le Marxisme devait d&#233;montrer que c'est seulement en vainquant politiquement et en rejetant les superstructures de la IIe Internationale, que le prol&#233;tariat pourrait se frayer un chemin jusqu'&#224; la voie du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. Ce processus cruel, mais sauveur, ne pouvait qu'&#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233; par les horreurs et la sauvagerie de la guerre. J'&#233;crivis une brochure La Guerre et l'Internationale, qui fut &#233;dit&#233;e &#224; Z&#252;rich en Novembre 1914 et qui, gr&#226;ce &#224; la collaboration de Fritz Platten, fut assez largement diffus&#233;e en Suisse, en Allemagne et en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233;e aux pays de langue allemande et &#233;dit&#233;e en cette langue, la brochure attaquait en premi&#232;re ligne la Social-d&#233;mocratie allemande, Parti leader de la IIe Internationale. Evidemment... il &#233;tait soulign&#233; que... les Fran&#231;ais, ayant d&#233;capit&#233; leur roi, vivaient fort bien en R&#233;publique ! En analysant le servilisme m&#233;prisable de l'id&#233;ologie de guerre allemande, la brochure ne laisse aucun doute quant &#224; ce qui suit : &#224; savoir que, devant une nouvelle contradiction de l'Histoire, l'Imp&#233;rialisme et le Socialisme &#8212; en guerre avec leurs slogans, leurs programmes et leurs antagonismes &#8212; repr&#233;sentent tous deux une r&#233;action en armes qu'il faut &#233;craser et rejeter hors du chemin de l'Histoire. Etant donn&#233; la fa&#231;on dont elle avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e, la brochure re&#231;ut l'accueil qu'on pouvait en attendre de la part de la presse social-patriote. Je me souviens du leader des journalistes chauvins Heilemann, d&#233;clarant ouvertement que l'&#339;uvre &#233;tait d'un fou, mais cons&#233;quente avec elle-m&#234;me en sa propre folie. Il va de soi qu'il ne manquait pas de remarques pr&#233;tendant que ladite brochure &#233;tait inspir&#233;e par un patriotisme secret et qu'elle se r&#233;v&#233;lait une arme de la propagande des Alli&#233;s. Le tribunal allemand estima l'ouvrage irr&#233;v&#233;rencieux envers les Hohenzollern et condamna l'auteur, par contumace, &#224; quelques mois de prison. J'ignore totalement si la R&#233;publique de Ebert me tiendra compte de cette condamnation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;us une invitation du journal Kievckaia Mysl me demandant de me rendre en France au titre de correspondant de guerre. Pendant toute la p&#233;riode de mon s&#233;jour &#224; l'&#233;tranger, j'avais conserv&#233; des liens avec la r&#233;daction de ce journal. Il se signalait, dans les milieux r&#233;volutionnaires internationaux en g&#233;n&#233;ral et dans ceux de Kiev en particulier, pour son radicalisme non clairement avou&#233; avec une &#171; pointe &#187; de Marxisme. Comme &#171; l'Intelligentsia &#187; de Kiev se compose de propri&#233;taires terriens et qu'il s'y trouve peu d'industrie, la lutte des classes n'y atteint pas le degr&#233; constat&#233; &#224; P&#233;trograd ou dans les autres centres du mouvement ouvrier. La pression politique du Pouvoir, s'appuyant sur celle du nationalisme, obligeait l'opposition bourgeoise &#224; se parer de la nuance du radicalisme. Ceci explique la ligne de conduite suivie par la r&#233;daction qui, ne s'identifiant ni &#224; la Social-d&#233;mocratie, ni &#224; la classe ouvri&#232;re, faisait une large place &#224; des collaborateurs marxistes et leur permettait d'expliquer les &#233;v&#233;nements, en particulier ceux de l'&#233;tranger, d'apr&#232;s leur point de vue r&#233;volutionnaire. Pendant la guerre des Balkans, alors que la mentalit&#233; imp&#233;rialiste ne s'&#233;tait pas encore empar&#233;e des cercles de la petite bourgeoisie, j'eus l'occasion, dans les colonnes de ce m&#234;me journal, de mener une lutte ouverte contre les fourberies et les crimes des diplomates alli&#233;s dans les Balkans et aussi contre l'Imp&#233;rialisme &#171; n&#233;o-slave &#187;. Sur ce terrain, l'opposition des &#171; Kadets &#187; [Constitutionnels-d&#233;mocrates] avait conclu alliance avec la monarchie. J'acceptai la proposition d'autant plus volontiers qu'elle me donnait la possibilit&#233; de me glisser plus pr&#232;s de la vie politique fran&#231;aise en cette &#233;poque critique. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, le journal, c&#233;dant &#224; la pression de l'opinion bourgeoise et les instances de ses collaborateurs sociaux-patriotes, donna compl&#232;tement dans le patriotisme, s'effor&#231;ant de conserver tout juste &#171; une lueur d'honorabilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Goloss &#187; [La Voix] et &#171; Nach&#233; Slovo &#187; [Notre Parole] (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces circonstances, deux &#233;migr&#233;s russes assez peu connus fond&#232;rent un modeste quotidien en langue russe. Cet organe avait &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me suivant : renseigner les milliers de prol&#233;taires abandonn&#233;s par leur pays et en m&#234;me temps maintenir leur int&#233;r&#234;t sans cesse croissant envers les gigantesques &#233;v&#233;nements journaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal s'effor&#231;ait (c'&#233;tait d'ailleurs l&#224; son but) d'&#233;clairer lesdits &#233;v&#233;nements &#224; la lueur du socialisme international et de ne pas laisser s'&#233;teindre l'esprit de solidarit&#233; entre les peuples. Les noms de ces deux initiateurs, de ces deux organisateurs et travailleurs infatigables, acquirent par la suite une grande c&#233;l&#233;brit&#233; pendant la R&#233;volution. Antonov-Ovseenko, actuellement commandant en Ukraine et Manouilsky (Bezrabotny), membre de la d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique en Ukraine. Ils &#233;taient des publicistes sinc&#232;res, dou&#233;s de lyrisme, mais &#224; des degr&#233;s diff&#233;rents : Manouilsky &#233;tait plus analytique, le second plus path&#233;tique, mais tous deux &#233;taient ardemment d&#233;vou&#233;s &#224; leur t&#226;che. Manouilsky tomba malade, atteint de tuberculose pulmonaire et fut envoy&#233; en Suisse pour se soigner, et d'o&#249;, plus tard, il participa au mouvement. Le journal reposa alors enti&#232;rement sur les &#233;paules d'Antonov. Et ceci n'est pas uniquement une figure de rh&#233;torique : non seulement, il &#233;crivait des articles, tenait la chronique journali&#232;re sur la guerre, traduisait les t&#233;l&#233;grammes et effectuait les corrections, mais encore il emportait &#171; sur ses &#233;paules &#187; des ballots entiers des &#233;ditions fra&#238;chement imprim&#233;es. Ajoutez &#224; cela qu'il organisait des concerts, des spectacles, des soir&#233;es au b&#233;n&#233;fice du journal et acceptait toutes sortes de dons destin&#233;s &#224; une loterie. Le journal sortait avec des difficult&#233;s mat&#233;rielles et techniques sans cesse croissantes. Avant la sortie du premier num&#233;ro, il restait en caisse trente francs. Toute personne nantie d'un certain bon sens aurait pens&#233; qu'il &#233;tait impossible d'&#233;diter un journal r&#233;volutionnaire quotidien dans les conditions impos&#233;es par la guerre, par le chauvinisme enrag&#233; et la censure malveillante. Cette publication eut d'autant plus de m&#233;rite &#224; para&#238;tre, avec de courtes interruptions, qu'elle continua d'exister, sous une autre appellation, jusqu'&#224; la R&#233;volution russe, c'est-&#224;-dire pendant deux ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre, apr&#232;s que les arm&#233;es allemandes eussent &#233;t&#233; contenues sur la Marne, devint de plus en plus cruelle et sans merci. Elle ne tenait compte ni de ses victimes ni des d&#233;penses &#233;normes qu'elle exigeait : des milliards ! Nach&#233; Slovo, lui, qui avait d&#233;clar&#233; la guerre au monstre imp&#233;rialiste, faisait &#233;tat dans sa comptabilit&#233; de sommes de dix francs ! Une fois par semaine au moins, il semblait que le journal ne pourrait survivre aux exigences financi&#232;res ! Aucune issue ! Et pourtant il s'en trouvait toujours une ! Les typographes se passaient de manger. Antonov portait des chaussures trou&#233;es ! et &#224; nouveau le miracle s'accomplissait ! le num&#233;ro suivant sortait. La principale ressource provenait des soir&#233;es organis&#233;es par le journal. Afin de nous couler, la Pr&#233;fecture interdit les concerts. Les dons augment&#232;rent ! La personnalit&#233; moscovite bien connue Chakhov, sympathisant &#224; &#034;l'id&#233;e&#034;, se trouvant justement &#224; Paris, nous envoya de fa&#231;on inattendue la somme de 1.100 F accompagn&#233;e d'un mot : &#034;contre l'arbitraire&#8221;. Il s'av&#233;ra qu'il s'&#233;tait inform&#233; de l'importance de la somme maxima rapport&#233;e par une soir&#233;e et il nous faisait un don &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Paris, je trouvai le journal en son second mois d'existence. Un des collaborateurs les plus actifs en cette premi&#232;re &#233;poque &#233;tait Martov, qui priva le journal de l'objectivit&#233; indispensable. Martov gardait l'espoir de faire revivre le Parti &#224; l'aide du social-patriotisme, alors que l'aile gauche &#233;tait convaincue de la faillite totale de la IIe Internationale et de la n&#233;cessit&#233; absolue de former l'Union combattante des socialistes r&#233;volutionnaires.. En d'autres termes, le journal &#233;tait, au d&#233;but, l'organe d'un bloc provisoire comprenant des membres de l'actuel centre gauche (Internationale II et 1/2 !) et des actuels communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc en arriva bient&#244;t &#224; une pol&#233;mique interne acharn&#233;e et ensuite &#224; une cassure totale. Peu apr&#232;s Zimmerwald, Martov rompit avec Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nach&#233; Slovo &#187; et &#171; Sozial-Demokrat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte contre ses ennemis Nach&#233; Slovo se d&#233;barrassa d&#233;finitivement de ses collaborateurs douteux et assura l'&#233;quilibre d'une plate-forme politique qui ne tenait jusqu'ici que par compromis. Le 1er Mars 1916, la r&#233;daction exposa le programme suivant : Nach&#233; Slovo se donne comme objectif le r&#233;tablissement de l'Internationale dans le cadre de la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat de tous les pays contre la guerre et l'Imp&#233;rialisme et contre les principes du Capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat sans merci contre le Social-patriotisme, qui &#233;gare la conscience des travailleurs et paralyse leur volont&#233; r&#233;volutionnaire, est le principal but de l'action entreprise par Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe se rallie &#224; la r&#233;solution &#171; zimmerwaldienne &#187;, voyant en celle-ci une &#233;tape sur le chemin qui doit mener &#224; la cr&#233;ation d'une IIIe Internationale r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo regarde comme une obligation de l'aile gauche des Internationalistes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de condamner l'&#233;clectisme politique,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de fournir au prol&#233;tariat les explications n&#233;cessaires pour qu'il comprenne les conditions et le caract&#232;re de l'&#232;re historique o&#249; nous entrons,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de lui faire saisir l'importance de la tactique r&#233;volutionnaire qui souligne le changement d'une lutte jusqu'ici d&#233;fensive en une bataille offensive,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de lui montrer la voie d'un approfondissement et d'un &#233;largissement &#233;conomiques syst&#233;matiques amenant aux conflits entre la classe ouvri&#232;re et son gouvernement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ceci, sous le drapeau de &#171; la conqu&#234;te du pouvoir politique pour r&#233;aliser la r&#233;volution sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo se donne comme obligation, dans les cadres sociaux-d&#233;mocrates russes, d'&#233;purer ses rangs de tous les sociaux-patriotes qui portent en eux le caract&#232;re le plus antir&#233;volutionnaire et le plus d&#233;moralisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo r&#233;clame une totale rupture avec les &#233;tats-majors sociaux-patriotes et une lutte impitoyable contre eux. Etant donn&#233; l'influence de ces derniers sur les masses ouvri&#232;res, il est absolument n&#233;cessaire d'obtenir l'union de tous les Internationalistes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Gen&#232;ve, pendant la guerre, le journal Sozial-Demokrat sous la direction de L&#233;nine, sortit environ 33 num&#233;ros. Les diff&#233;rences de points de vue entre Nach&#233; Slovo et Sozial-Demokrat s'amenuisaient &#224; mesure que se creusait le foss&#233; entre les sociaux-patriotes et les sociaux-pacifistes. Le fait m&#234;me de la participation de Martov &#224; Nach&#233; Slovo &#8212; lequel Martov, oubliant son ex-glissement &#224; gauche, continuait &#224; d&#233;montrer que les Mench&#233;viks n'avaient pas &#233;volu&#233; sur le plan de l'Internationalisme &#8212; ne pouvait que brouiller les cartes. La critique de Sozial-Demokrat &#233;tait, sous ce rapport, irr&#233;prochablement juste et aida l'aile gauche &#224; d&#233;busquer Martov. En outre, elle donna au journal, apr&#232;s la Conf&#233;rence de Zimmerwald, une tournure plus pr&#233;cise et sans compromis. A la seconde Conf&#233;rence de Zimmerwald (Kienthal), la rupture entre le journal Nach&#233; Slovo et les internationalistes du type Martov devint un fait accompli. Martov se poussa &#224; nouveau vers la droite et marcha la main dans la main avec Axelrod, qui unissait francophilie et pacifisme, pla&#231;ant au-dessus de tout sa haine envers le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait trois points de d&#233;saccord (et particuli&#232;rement quand la r&#233;daction passa entre les mains de &#171; l'aile gauche &#187;) entre les deux journaux. Ces trois points concernaient le d&#233;faitisme, le combat pour la paix et le caract&#232;re de la r&#233;volution grandissante en Russie. Nach&#233; Slovo refusait le d&#233;faitisme. Sozial-Demokrat d&#233;non&#231;ait le slogan &#171; la lutte pour la paix &#187; craignant que celui-ci ne cache des tendances pacifistes et lui opposait la guerre civile. Pour finir, Nach&#233; Slovo, pensait que l'objectif du Parti &#233;tait la prise du pouvoir au nom de la r&#233;volution socialiste. Sozial-Demokrat tenait pour la dictature &#171; d&#233;mocratique &#187; paysanne et ouvri&#232;re. La R&#233;volution de Mars balaya ces diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses colonnes, le journal Nach&#233; Slovo relevait toutes les nouvelles arrivant &#224; Paris ayant trait au r&#233;veil de l'esprit international parmi les mouvements ouvriers. Par l'interm&#233;diaire de ce journal, nous appelions les Internationalistes d'Angleterre, de Suisse, d'Italie, d'Am&#233;rique et m&#234;me d'Australie, d'o&#249; correspondait Artem (Sergueiev), maintenant d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous jetions avec avidit&#233; sur tout ce qui pouvait &#233;voquer une id&#233;e r&#233;volutionnaire en Allemagne et nous creusions profond&#233;ment tous les documents publi&#233;s par l'opposition social-d&#233;mocrate allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs de &#171; Nach&#233; Slovo &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les travailleurs russes r&#233;sidant &#224; Paris, &#224; Londres et m&#234;me en Suisse, Nach&#233; Slovo comptait des amis d&#233;vou&#233;s et leur nombre allait sans cesse croissant. Beaucoup plus qu'un dixi&#232;me de ces personnes se consacr&#232;rent, par la suite, &#224; la cause de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. L'&#233;tat-major litt&#233;raire du journal se composait de membres de diff&#233;rentes tendances :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y comptait des bolch&#233;viks &#224; opinions conciliatrices, des purs bolch&#233;viks, des &#171; avant-gardistes &#187; et de futurs mench&#233;viks. Il est logique de donner la liste des principaux collaborateurs, apr&#232;s le d&#233;part de Martov et de ses amis : Angelica Balabanova, M. Bronsky, Vladimirov, Divilkovsky (Avdiev), Zalevsky, Kollonta&#239;, Lozovsky, Lounatcharsky, Manouilsky (Bezrabotny), Mechtcheriakov, Ovseenko-Antonov (Gallsky), Pokrovsky, Pavlovitch, Poliansky, Radek, Rappoport (Vanne), Riazanov (Boukvoied), Racovski, Rothstein, Sokolnikov, Sergu&#233;ev (Artem), Trotsky, Ouritsky (Boretsky), Tchoudnovsky, Tchitch&#233;rine (Ornatsky). Nos amis les plus proches parmi les &#233;trangers se nommaient Alfred Rosmer et Henriette Roland-Holst.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. I. Tchoudnovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal de Tchernov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de Goloss et ensuite de nach&#233; slovo, incita un groupe de sociaux-r&#233;volutionnaires, avec comme chef de file Tchernov, &#224; fonder un quotidien de tendance subjective. Parmi les membres de l'Intelligentsia populiste, l'&#233;pid&#233;mie patriotique s&#233;vissait incomparablement plus que dans les rangs marxistes. On aurait pu compter sur les doigts les socialistes-r&#233;volutionnai&#173;res-internationalistes. Leur internationalisme n'avait pas un caract&#232;re r&#233;volutionnaire, mais bien humanitaire et id&#233;aliste. En ce qui concerne le chef de ce parti, il remplissait sa fonction &#171; naturelle &#187;, ce qui signifie qu'il s'effor&#231;ait de prendre position sans oser le faire, d&#233;fendant &#224; sa mani&#232;re l'internationalisme en coop&#233;&#173;ration avec les sociaux-patriotes fran&#231;ais et comblait les lacunes et les trous de cette doctrine par le bla-bla-bla de ses &#233;crits et de ses discours. S'en prenant tout d'abord &#224; la Social-d&#233;mocratie allemande, &#224; la critique de laquelle il se pr&#233;parait depuis longtemps en empruntant des arguments ici et l&#224;, tant&#244;t chez Bernstein, tant&#244;t chez les syndicalistes, Tchernov, apr&#232;s une certaine p&#233;riode d'attente, d&#233;cida que la crise subie par la IIe Internationale signifiait la ruine totale de l'id&#233;ologie marxiste et qu'il fallait battre le fer quand il &#233;tait chaud. Il est &#233;vident qu'il ne d&#233;passa pas le niveau d'une argumentation ordinaire et d'un pathos soi-disant moralisateur. Jusque dans la boue du chauvinisme fran&#231;ais, il recherchait des arguments pour &#233;tayer sa grande d&#233;couverte : &#171; Marx et Engels &#233;taient les fondateurs du social-imp&#233;rialisme allemand. &#187; La crise ne survint qu'&#224; la suite du manque d'audience de la voix de Tchernov chez les dirigeants responsables de la IIe Internationale. Ce fameux pro&#173;ph&#232;te &#171; subjectiviste &#187; oublie simplement de nous expliquer pourquoi les 9/10 de ses partisans avec les blanquistes, les syn&#173;dicalistes et les anarchistes se trouv&#232;rent entra&#238;n&#233;s dans les remous du patriotisme. Pendant deux ou trois mois, il s'effor&#231;a, chaque jour, de d&#233;montrer qu'il avait des opinions se distinguant par leur haute teneur politique r&#233;volutionnaire. La censure fran&#173;&#231;aise le prit au mot et, apr&#232;s la fermeture de nos journaux, inter&#173;dit aussi le sien. Il se rendit &#224; Zimmerwald o&#249; il fit figure de provincial et finit par s'accrocher &#224; la gauche zimmerwaldienne (r&#233;sultat totalement impr&#233;visible non seulement pour la gauche, mais aussi pour la Conf&#233;rence et pour lui-m&#234;me). Il est &#233;vident que cela ne l'emp&#234;cha pas, d'&#234;tre le ministre de la guerre imp&#233;&#173;rialiste et, en des discours vides et ampoul&#233;s, de d&#233;fendre l'offensive de juin 1917 en coop&#233;ration avec les arm&#233;es de l'Entente imp&#233;rialiste. Les pires traits d'une intelligentsia oppor&#173;tuniste, malgr&#233; l'enrichissement qui lui fut donn&#233; par son exp&#233;&#173;rience parlementaire et journalistique, se retrouvent en la figure politique de Tchernov. L'ind&#233;chiffrable vague r&#233;volutionnaire projeta ce charlatan &#224; la pr&#233;sidence d'une assembl&#233;e, puis d'un seul coup le rejeta dans un oubli total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le choix et l'&#233;tude scrupuleuse de la documentation n&#233;cessaire &#224; notre publication, il s'av&#233;ra indispensable de la scinder en deux tomes. Dans le second livre, nous publierons des articles concernant les groupements politiques et la lutte int&#233;&#173;rieure au sein des principaux partis socialistes europ&#233;ens ; il en sera de m&#234;me pour les documents relatant deux mois de travail en Am&#233;rique, &#224; la veille de la r&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pris pour objectif de ne pas reproduire tous les articles de cette p&#233;riode de guerre, car leur publication aurait alourdi outre-mesure cet ouvrage. Nous avons &#233;cart&#233; ceux qui ne pr&#233;sentaient qu'un int&#233;r&#234;t secondaire, &#233;galement ceux contenant des redites. Il nous fallut aussi nous priver des articles trop malmen&#233;s par la censure fran&#231;aise. Et ces derniers sont plut&#244;t nombreux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les coupures effectu&#233;es par la censure, le sens de certains articles reste transparent et nous avons essay&#233; de les r&#233;tablir en leur int&#233;grit&#233;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale il fut impossible d'&#233;chapper aux redites, une partie importante des articles ayant &#233;t&#233; &#233;crite pour un quotidien qui, par son essence m&#234;me, ne vit que de r&#233;p&#233;titions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lueur d'une r&#233;vision attentive, nous avons pens&#233; que ces r&#233;p&#233;titions &#233;taient utiles en ce qui concerne les jeunes lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers doivent s'impr&#233;gner jusqu'&#224; saturation de l'atmosph&#232;re r&#233;gnant &#224; l'&#233;poque de la guerre imp&#233;rialiste, &#233;poque r&#233;volue pour nous-m&#234;me et qui, pour toujours, creuse un foss&#233; sanglant entre le pass&#233; de l'humanit&#233; et son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou-Simbirsk, 18 mars 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 24 avril 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Dans la deuxi&#232;me quinzaine de janvier, Goloss fut interdit par ordre du gouvernement fran&#231;ais, mais le 29, il reparaissait sous le titre Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/lt_guerre_et_revolution.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/lt_guerre_et_revolution.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/guerre1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/guerre1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1_intro.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1_intro.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2_intro.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2_intro.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Science militaire et litt&#233;rature : parler pour ne rien dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en publiant bon nombre d'utiles articles sp&#233;ciaux, la revue Affaires militaires ne r&#233;ussit pas &#224; trouver son &#233;quilibre intellectuel. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. Des &#233;v&#233;nements qui n'avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;vus par les collaborateurs d'Affaires militaires se sont d&#233;roul&#233;s dans le monde entier et en particulier dans notre propre pays. Tout d'abord, ces collaborateurs furent nombreux &#224; penser qu'aucun sch&#233;ma n'&#233;tant applicable &#224; ces &#233;v&#233;nements, tout &#233;tait incompr&#233;hensible ; par cons&#233;quent, il valait mieux refuser tout crit&#232;re d'appr&#233;ciation et attendre patiemment de voir quelle serait l'issue de ce bouleversement. Mais au fur et &#224; mesure de l'&#233;coulement du temps, certaines caract&#233;ristiques de l'ordre commenc&#232;rent &#224; poindre de cet immense chaos que les collaborateurs d'Affaires militaires n'avaient absolument pas pr&#233;vus. L'intelligence humaine est g&#233;n&#233;ralement passive et assez paresseuse ; elle saisit plus facilement ce qu'elle conna&#238;t et qui n'exige pas de r&#233;flexions suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui se passe actuellement. S'&#233;tant tout d'abord convaincus que leurs connaissances n'&#233;taient pas rejet&#233;es et reconnaissant ensuite dans la nouvelle organisation des traits qui leur &#233;taient familiers, maints sp&#233;cialistes militaires se d&#233;p&#234;ch&#232;rent d'en conclure qu'il n'y avait rien de nouveau sous le soleil et que par cons&#233;quent, les anciennes structures pouvaient encore tr&#232;s bien servir avec succ&#232;s. Mais il y a plus. Apr&#232;s avoir conclu que finalement, dans le domaine militaire aussi, tout finirait par retomber aux anciens usages, ils reprirent courage et d&#233;cid&#232;rent d'attendre beno&#238;tement la restauration. &#192; cette enseigne, quelques collaborateurs d'Affaires militaires s'empress&#232;rent de remettre sur le tapis leurs conceptions g&#233;n&#233;rales fortement poussi&#233;reuses &#8212; notamment &#224; propos de la place de la guerre et de l'arm&#233;e dans l'histoire de l'&#233;volution humaine. De toute &#233;vidence, ils se prennent pour des &#171; sp&#233;cialistes &#187; dans ce domaine aussi. Erreur fatale ! Un bon artilleur ou un intendant est loin d'&#234;tre toujours appel&#233; &#224; jouer les historiens philosophes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers deux ou trois exemples, en voici la preuve. Dans son num&#233;ro 15-16, les Affaires militaires publient en bonne place un article du citoyen F.&#8239;Herschelman : &#171; La guerre sera-t-elle possible &#224; l'avenir ? &#187; &#192; commencer par le titre, tout est faux dans cet article. Quant au fond, l'auteur se demande si les guerres sont in&#233;vitables &#224; l'avenir et arrive &#224; la conclusion qu'elles le seront. Comme chacun sait, il existe une abondante litt&#233;rature &#224; ce sujet. Aujourd'hui, la question est pass&#233;e du domaine litt&#233;raire &#224; celui du combat intensif, prenant ouvertement dans tous les pays l'aspect d'une guerre civile. En Russie, le pouvoir est aux mains d'un parti politique dont le programme d&#233;finit avec pr&#233;cision et nettet&#233; les caract&#233;ristiques sociales et historiques des guerres pass&#233;es ou actuelles, et qui pr&#233;cise avec autant de clart&#233; que d'exactitude les conditions dans lesquelles les guerres deviendront non seulement inutiles, mais aussi impossibles. Personne ne demande au citoyen Herschelman d'adopter le point de vue communiste. Mais quand un sp&#233;cialiste militaire entreprend une analyse de la guerre dans une revue russe officieuse &#8211; en 1919, pas en 1914 ! &#8211; il semble qu'on serait en droit d'exiger que ledit sp&#233;cialiste connaisse au moins les rudiments du programme qui est la doctrine officielle du r&#233;gime et sur lequel repose toute notre politique int&#233;rieure et internationale. Il n'y fait m&#234;me pas allusion. Comme il est de tradition, l'auteur commence par le commencement, c'est-&#224;-dire qu'il d&#233;marre sur un postulat de la pire banalit&#233;, tir&#233; de la scholastique impuissance historique de Leer et stipulant que &#171; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; sur l'interpr&#233;tation la plus large, voire illimit&#233;e, du mot &#171; lutte &#187;, cet aphorisme supprime en toute simplicit&#233; l'ensemble de l'histoire humaine en la dissolvant sans r&#233;sidu dans la biologie. Lorsque sans jouer sur les mots nous parlons de guerre, nous sous-entendons un affrontement syst&#233;matique de groupes humains organis&#233;s par l'&#201;tat et qui utilisent les moyens techniques dont ils disposent au nom de buts fix&#233;s par le pouvoir politique qui les repr&#233;sente. Il est absolument &#233;vident que rien de semblable n'existe en dehors de la soci&#233;t&#233; humaine. Si la lutte est propre &#224; tout ce qui vit, la guerre en revanche est un ph&#233;nom&#232;ne purement historique et humain. Celui qui ne s'en rend pas compte est encore tr&#232;s loin du seuil m&#234;me de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, les hommes se mangeaient entre eux. Dans certains pays, le cannibalisme s'est encore conserv&#233; jusqu'&#224; nos jours. Il est vrai que les Achantis ne publient pas de revues militaires, mais s'ils le faisaient, leurs th&#233;oriciens militaires &#233;criraient vraisemblablement : &#171; Esp&#233;rer que les gens renoncent au cannibalisme est vain, puisque la lutte est l'apanage de tout ce qui vit. &#187; Avec la permission du citoyen Herschelman, nous pourrions r&#233;pliquer au savant anthropophage qu'il ne s'agit pas pour l'instant de la lutte en g&#233;n&#233;ral, mais de l'une de ses formes singuli&#232;res, qui s'exprime en l'occurrence par l'homme &#224; l'aff&#251;t de son semblable. Manifestement, le cannibalisme n'a pas disparu sous l'effet de la persuasion, mais &#224; la suite des modifications de l'ordre social : en effet, lorsqu'il se r&#233;v&#233;la plus avantageux de transformer les prisonniers en esclaves, l'anthropophagie (cannibalisme) disparut. Et la lutte ? La lutte, eh bien, elle demeura. Cependant, pour le moment nous ne parlons pas de lutte, mais de cannibalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, le m&#226;le se battait avec un autre m&#226;le pour une femelle. Les fianc&#233;s antiques &#171; enlevaient la fille de l'eau &#187;. Comme le citoyen Herschelman le sait sans doute, ce moyen n'a plus cours de nos jours, bien que la lutte soit l'apanage de tout ce qui vit. Les r&#232;glements de comptes dans les bois ou les cavernes ont &#233;t&#233; remplac&#233;s plus tard par des tournois de chevalerie en pr&#233;sence des dames. Cependant, tournois et duels appartiennent aujourd'hui au pass&#233; ou se sont dans l'ensemble transform&#233;s en vulgaire &#233;cho de mascarade des anciens heurts sanglants. Pour comprendre ce processus, il faut suivre de pr&#232;s l'&#233;volution de l'&#233;conomie, les relations entre hommes et femmes, les modifications fondamentales intervenues dans la vie familiale et tribale courante, l'apparition et l'&#233;volution des classes, le conditionnement historique des opinions et des pr&#233;jug&#233;s des chevaliers et de la noblesse, le r&#244;le du duel en tant qu'&#233;l&#233;ment de l'id&#233;ologie de classe, la disparition du fondement social des classes privil&#233;gi&#233;es, la transformation du duel en une survivance inutile, etc. Sur la base d'un aphorisme vide de sens &#8211; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#8211; dans ce domaine comme dans tous les autres, on ne peut pas aller bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tribus et les clans slaves se battaient entre eux. Du temps du f&#233;odalisme, les principaut&#233;s se battaient entre elles. Les tribus allemandes faisaient de m&#234;me, tout comme les principaut&#233;s f&#233;odales de la future France unifi&#233;e. Les luttes sanglantes entre f&#233;odaux, les guerres opposant entre elles les provinces ou les villes aux arm&#233;es de chevaliers &#233;taient &#224; l'ordre du jour non pas parce que &#171; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#187;, mais parce qu'elles &#233;taient d&#233;termin&#233;es par certaines relations sociales de l'&#233;poque, et elles disparurent en m&#234;me temps que ces derni&#232;res. Les motifs qui poussaient les Moscovites &#224; se battre contre les habitants de Kiev, les Prussiens contre les Saxons, les Normands contre les Bourguignons &#233;taient &#224; l'&#233;poque aussi profonds et rigoureux que les causes qui se trouvaient &#224; l'origine de la derni&#232;re guerre entre Allemands et Anglais. Par cons&#233;quent, une fois encore, il ne s'agit pas d'une simple loi de la nature en tant que telle, mais de lois sp&#233;cifiques d&#233;finissant l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; humaine. Sans m&#234;me nous &#233;loigner du domaine le plus g&#233;n&#233;ral des consid&#233;rations historiques, permettez-moi de poser une question : si l'homme a d&#233;pass&#233; le stade de la guerre entre la Bourgogne et la Normandie, la Saxe et la Prusse, entre les principaut&#233;s de Kiev et de Moscou, pourquoi ne d&#233;passerait-il pas le stade des affrontements entre l'Angleterre et l'Allemagne, la Russie et le Japon ? De toute &#233;vidence, la lutte dans le sens le plus large du mot demeurera ; toutefois, la guerre &#8211; qui n'est qu'une forme particuli&#232;re de cette lutte &#8211; n'est apparue qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; l'homme commen&#231;a &#224; b&#226;tir sa soci&#233;t&#233; et &#224; utiliser des armes. Cette forme singuli&#232;re de lutte &#8211; la guerre &#8211; a suivi le cours des modifications de la soci&#233;t&#233; humaine et, dans certaines circonstances historiques, elle peut compl&#232;tement dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur morcellement, les guerres f&#233;odales &#233;taient essentiellement dues &#224; l'isolement de l'&#233;conomie moyen&#226;geuse. Chaque r&#233;gion consid&#233;rait sa voisine comme un monde repli&#233; sur lui-m&#234;me duquel on pouvait tirer profit. Dans leurs nids d'aigle, les chevaliers observaient d'un &#339;il rapace l'enrichissement des villes qui se d&#233;veloppaient. L'&#233;volution ult&#233;rieure a unifi&#233; les provinces et les r&#233;gions en un tout. &#192; la suite d'une lutte interne et externe impitoyable, la France unifi&#233;e, l'Italie unifi&#233;e et l'Allemagne unifi&#233;e se d&#233;velopp&#232;rent sur cette nouvelle base &#233;conomique. L'unit&#233; &#233;conomique ayant ainsi transform&#233; de grands pays en un organisme &#233;conomique unique, les guerres devinrent impossibles dans les limites de cette nouvelle formation historique &#233;largie : la nation et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'&#233;volution des relations &#233;conomiques n'en resta pas l&#224;. L'industrie avait depuis longtemps d&#233;pass&#233; son cadre national et avait li&#233; le monde entier par les cha&#238;nes de l'interd&#233;pendance. Ce n'est pas seulement la Bourgogne ou la Normandie, la Saxe ou la Prusse, Moscou ou Kiev, mais la France, l'Allemagne et la Russie qui ont cess&#233; depuis longtemps d'&#234;tre des mondes se suffisant &#224; eux-m&#234;mes pour devenir des parties d&#233;pendantes de l'&#233;conomie mondiale. Nous ne le sentons que trop bien aujourd'hui, en p&#233;riode de blocus militaire, quand nous ne recevons plus les produits industriels allemands ou anglais qui nous sont indispensables. D'autre part, les ouvriers allemands ou anglais ressentent eux aussi cette rupture m&#233;canique d'un tout &#233;conomique, puisqu'ils ne re&#231;oivent plus ni le bl&#233; du Don, ni le beurre sib&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fondements de l'&#233;conomie sont devenus mondiaux. La perception des b&#233;n&#233;fices &#8212; c'est-&#224;-dire le droit d'&#233;cr&#233;mer l'&#233;conomie mondiale &#8212; n'en est pas moins demeur&#233;e aux mains des classes bourgeoises de certaines nations. S'il faut donc chercher les racines des guerres actuelles dans la &#171; nature &#187;, ce n'est pas dans la nature biologique ni m&#234;me dans la nature humaine en g&#233;n&#233;ral qu'on doit les qu&#233;rir, mais dans la &#171; nature &#187; sociale de la bourgeoisie qui naquit, puis se d&#233;veloppa en tant que classe exploitante, usurpatrice, dirigeante, profiteuse et ravageuse, en contraignant les masses laborieuses &#224; guerroyer au nom de ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;troitement li&#233;e en un tout, l'&#233;conomie mondiale cr&#233;e des sources inou&#239;es d'enrichissement et de puissance. La bourgeoisie de chaque nation voudrait &#234;tre la seule &#224; b&#233;n&#233;ficier de ces sources, d&#233;sorganisant par la m&#234;me occasion l'&#233;conomie mondiale, comme le firent les f&#233;odaux &#224; l'&#233;poque de transition vers un nouveau r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe destin&#233;e &#224; semer toujours davantage de d&#233;sordre dans l'&#233;conomie ne peut se maintenir longtemps au pouvoir. C'est pourquoi la bourgeoisie elle-m&#234;me se sent contrainte de chercher une issue en cr&#233;ant &#171; la Soci&#233;t&#233; des Nations &#187;. L'id&#233;e de Wilson est de r&#233;viser l'&#233;conomie mondiale unifi&#233;e en cr&#233;ant une esp&#232;ce de soci&#233;t&#233; de brigandage par actions, afin que les profits soient r&#233;partis entre les capitalistes de tous les pays sans qu'ils se battent entre eux. Manifestement, Wilson entend garder la majorit&#233; des actions pour ses propres boursiers de New York ou de Chicago, ce dont ne veulent pas entendre parler les bandits de Londres, Paris, Tokyo et autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cet affrontement des app&#233;tits bourgeois que g&#238;t la difficult&#233; des gouvernements bourgeois de trouver une solution au probl&#232;me de la &#171; Soci&#233;t&#233; des Nations &#187;. On peut n&#233;anmoins assurer qu'apr&#232;s l'exp&#233;rience de la guerre actuelle, les milieux capitalistes des pays les plus importants auraient cr&#233;&#233; les conditions d'une exploitation plus ou moins centralis&#233;e et unifi&#233;e du monde entier sans recourir &#224; la guerre, de la m&#234;me fa&#231;on que la bourgeoisie avait liquid&#233; les guerres f&#233;odales dans les limites du territoire national. La bourgeoisie aurait pu mener cette nouvelle t&#226;che &#224; bien si la classe ouvri&#232;re ne s'&#233;tait pas retourn&#233;e contre elle, tout comme en son temps elle-m&#234;me s'&#233;tait oppos&#233;e aux forces f&#233;odales. La guerre civile qui s'est termin&#233;e en Russie par la victoire du prol&#233;tariat aura une fin semblable dans tous les autres pays ; cette guerre m&#232;ne &#224; la conclusion suivante : le prol&#233;tariat prend en mains la solution du probl&#232;me qui se pose aujourd'hui &#224; l'humanit&#233; &#8212; probl&#232;me de vie ou de mort, &#224; savoir la transformation de toute la surface terrestre, de ses richesses naturelles et de tout ce qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le travail de l'homme en une &#233;conomie mondiale, mieux syst&#233;matis&#233;e en fonction d'une seule et m&#234;me pens&#233;e, et o&#249; la r&#233;partition des biens se fait comme dans une grande coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Herschelman n'a sans doute aucune id&#233;e de tout cela. Il a d&#233;couvert un quelconque opuscule d'un certain professeur Danievski, intitul&#233; Le syst&#232;me de l'&#233;quilibre politique, du l&#233;gitimisme et des commencements de la nation, et, en s'appuyant sur quelques conclusions rachitiques du juriste officiel, en conclut &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; des guerres jusqu'&#224; l'ach&#232;vement des si&#232;cles. Dans les colonnes de la revue de l'Arm&#233;e Rouge ouvri&#232;re et paysanne &#8211; en mai 1919 ! &#8211; l'&#233;ditorial expose gravement que le d&#233;but de... la l&#233;gitimit&#233; ne pr&#233;serve pas de la guerre ! La l&#233;gitimit&#233;, c'est la reconnaissance de l'immuabilit&#233; de toute la saloperie monarchiste, de classes et de castes qui s'est accumul&#233;e sur cette terre. Chercher &#224; prouver que la reconnaissance des droits &#233;ternels du pouvoir des Hohenzollern ou des Romanov, ou encore des usuriers parisiens, ne pr&#233;serve pas des guerres, cela signifie simplement parler pour ne rien dire. C'est aussi valable pour la th&#233;orie du soi-disant &#171; &#233;quilibre politique &#187;. Personne n'a mieux d&#233;montr&#233; la fausset&#233; et l'inanit&#233; de cette th&#233;orie que le marxisme (communisme). La tricherie diplomatique de &#171; l'&#233;quilibre &#187; n'&#233;tait que la fa&#231;ade d'une comp&#233;tition diabolique des engins militaires d'une part et de l'autre &#8211; des aspirations de l'Angleterre &#224; affaiblir la France et l'Allemagne, de l'Allemagne &#224; affaiblir la France, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux locomotives ont &#233;t&#233; lanc&#233;es l'une contre l'autre sur la m&#234;me voie, voil&#224; la signification de la th&#233;orie du monde arm&#233; par &#171; l'&#233;quilibre europ&#233;en &#187;, une th&#233;orie dont les marxistes ont d&#233;montr&#233; la fausset&#233; bien avant qu'elle ne s'&#233;croul&#226;t dans le sang et la boue. Seuls les songe-creux petits-bourgeois et les charlatans bourgeois peuvent parler du principe national comme fondement de la paix &#233;ternelle. Lorsque le d&#233;veloppement de l'industrie exigea la transformation de la province en une unit&#233; nationale beaucoup plus vaste, les guerres furent men&#233;es sous la banni&#232;re nationale. Les guerres contemporaines ne supposent pas le principe national. Il ne s'agit d&#233;j&#224; plus des guerres civiles. Koltchak vend la Sib&#233;rie &#224; l'Am&#233;rique, D&#233;nikine est pr&#234;t &#224; inf&#233;oder les trois quarts du peuple russe &#224; l'Angleterre et &#224; la France pourvu qu'on le laisse continuer de piller &#224; son aise le dernier quart. Le principe national ne joue m&#234;me plus de r&#244;le dans les guerres internationales. L'Angleterre et la France se partagent les colonies allemandes, et &#233;cart&#232;lent l'Asie. L'Am&#233;rique fourre son nez dans les affaires europ&#233;ennes, tandis que l'Italie s'adjuge des Slaves. &#192; moiti&#233; &#233;touff&#233;e, la Serbie trouve encore le moyen d'&#233;trangler les Bulgares. Dans le meilleur des cas, le principe national n'est qu'un pr&#233;texte. Il s'agit en fait de souverainet&#233; mondiale, c'est-&#224;-dire de la domination &#233;conomique du monde entier. Apr&#232;s une critique superficielle de la l&#233;gitimit&#233;, de la th&#233;orie de l'&#233;quilibre politique et du principe national, le citoyen Herschelman ne mentionne m&#234;me pas le probl&#232;me de l'issue de la guerre. Et pourtant, cette issue se d&#233;cide actuellement sur le terrain. Apr&#232;s avoir chass&#233; la bourgeoisie du gouvernail national et pris les r&#234;nes du pouvoir, la classe ouvri&#232;re pr&#233;pare la cr&#233;ation de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rative sovi&#233;tique europ&#233;enne et mondiale qui reposera sur une &#233;conomie mondiale unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a &#233;t&#233; et demeurera une forme arm&#233;e de l'exploitation ou de la lutte contre l'exploitation. La domination f&#233;d&#233;rative du prol&#233;tariat en tant que transition vers une Commune mondiale signifie la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme et donc la liquidation des affrontements arm&#233;s. La guerre dispara&#238;tra comme le cannibalisme. La lutte, elle, continuera, mais ce sera la lutte collective de l'humanit&#233; contre les forces ennemies de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 juillet 1919, Voronej-Kolodezna&#238;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Affaires militaires n&#176; 23-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les faux &#171; militants de la base &#187; qui noyautent le mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre</title>
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		<dc:date>2025-10-06T22:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les faux &#171; militants de la base &#187; et v&#233;ritables amis des directions syndicales&#8230; et du pouvoir d'Etat capitaliste&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut le dire sans d&#233;tour : un certain nombre de ceux qui se pr&#233;sentent dans le mouvement, aux ronds-points et aux assembl&#233;es du mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre, comme des &#171; militants du rang &#187;, des &#171; autonomes &#187;, des &#171; ind&#233;pendants &#187;, ne sont rien d'autre que les alli&#233;s cach&#233;s de nos faux amis &#8212; les directions syndicales et les partis dits &#171; de gauche &#187; (notamment LFI et la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;Lutte de classes - Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/gauche_bourgeoise_1_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/gauche_bourgeoise_1_-6db86.jpg?1782364759' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16773 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/les_trois_bouffons.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/les_trois_bouffons-d2362.jpg?1782364759' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16774 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/jpg/thumbnailc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/thumbnailc-16d69.jpg?1782364759' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les faux &#171; militants de la base &#187; et v&#233;ritables amis des directions syndicales&#8230; et du pouvoir d'Etat capitaliste&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire sans d&#233;tour : un certain nombre de ceux qui se pr&#233;sentent dans le mouvement, aux ronds-points et aux assembl&#233;es du mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre, comme des &#171; militants du rang &#187;, des &#171; autonomes &#187;, des &#171; ind&#233;pendants &#187;, ne sont rien d'autre que les alli&#233;s cach&#233;s de nos faux amis &#8212; les directions syndicales et les partis dits &#171; de gauche &#187; (notamment LFI et la fausse extr&#234;me gauche). Derri&#232;re leur vernis radical, ils jouent le r&#244;le le plus dangereux : canaliser la col&#232;re populaire, la neutraliser, et la livrer aux mains de la bourgeoisie. Ce sont des ennemis politiques, pas de simples adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est claire. En juin 1848, les ouvriers parisiens se soul&#232;vent contre la mis&#232;re et le ch&#244;mage impos&#233;s par la R&#233;publique. Que fait la gauche r&#233;publicaine ? Louis Blanc et ses semblables invoquent l'&#171; union sacr&#233;e &#187; pour d&#233;fendre la R&#233;publique bourgeoise. Et c'est Cavaignac qui fait tirer les canons sur les barricades, envoyant &#224; la mort des dizaines de milliers de prol&#233;taires et de paysans. D&#233;j&#224;, cette gauche pr&#233;f&#233;rait fusiller le peuple plut&#244;t que le laisser prendre en main son destin. Blanqui, lui, choisissait le camp des insurg&#233;s : voil&#224; la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la Commune de Paris de 1871, la gauche r&#233;formiste a tout fait pour retarder et d&#233;tourner de la r&#233;volution et pour ne pas abattre l'arm&#233;e de Thiers et attaquer la Banque de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;volution des soviets en Russie, la gauche des mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires ont milit&#233; contre le pouvoir des soviets au point de llui mener la guerre aux c&#244;t&#233;s des arm&#233;es blanches et imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1919, en Allemagne, Ebert et Noske, dirigeants sociaux-d&#233;mocrates, l&#226;chent les corps francs pour assassiner Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. La gauche &#171; progressiste &#187; assassine les r&#233;volutionnaires pour sauver la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, en 1936-37, la gauche r&#233;publicaine et les staliniens pr&#233;f&#232;rent r&#233;primer les anarchistes et les r&#233;volutionnaires plut&#244;t que de risquer que le peuple prenne r&#233;ellement le pouvoir. Ils ouvrent ainsi la voie &#224; Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Chili, en 1973, Allende lui-m&#234;me, la corde d&#233;j&#224; autour du cou, en appelle au peuple pour &#171; faire confiance &#187; &#224; Pinochet. R&#233;sultat : des milliers de morts, des dizaines de milliers de disparus, un peuple livr&#233; sans d&#233;fense &#224; la dictature militaire. Jusqu'au dernier souffle, la gauche bourgeoise pr&#233;f&#232;re le fascisme &#224; la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui ? Les h&#233;ritiers de cette tradition rejettent bruyamment la peste brune, mais accueillent &#224; bras ouverts sa variante rouge-brune : le stalinisme, ce fascisme bureaucratique d&#233;guis&#233; en communisme, qui n'a cess&#233; d'&#233;craser les &#233;lans r&#233;volutionnaires pour maintenir l'ordre bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gens osent se donner des airs d'opposants. Mais en r&#233;alit&#233;, ils sont les chiens de garde du syst&#232;me. Ils demandent des noms comme de petits flics de la transparence bourgeoise. Ils transforment toute critique en &#171; invective &#187; pour &#233;viter le fond. Ils psychanalysent les col&#232;res populaires comme si le refus de l'exploitation &#233;tait une maladie. Derri&#232;re le masque de l'&#171; autonomie &#187;, ils ne font que recycler les mots d'ordre des directions syndicales et leur offrir un vernis radical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on ne s'y trompe pas : cette contre-r&#233;volution progressiste de gauche n'a qu'une mission &#8212; d&#233;signer les r&#233;volutionnaires comme &#171; fauteurs de division &#187; et aligner les masses sur les consignes venues d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous disons autre chose. L'&#233;mancipation ne viendra pas de leurs grandes man&#339;uvres, ni de leurs AG fantoches, ni de leurs postures moralisantes. Elle viendra de la gr&#232;ve sauvage, insurrectionnelle, expropriatrice. Des assembl&#233;es r&#233;ellement souveraines. De la d&#233;sob&#233;issance, du boycott des institutions bourgeoises et de l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a tranch&#233; : chaque fois que le peuple s'est soulev&#233;, cette gauche &#171; respectable &#187; s'est dress&#233;e contre lui. Ils peuvent bien continuer &#224; moraliser, &#224; psychanalyser, &#224; jouer les radicaux de fa&#231;ade. Nous savons qui ils sont : les ennemis de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a toujours &#233;t&#233; l'ennemie des travailleurs, des salari&#233;s, de la classe ouvri&#232;re, des prol&#233;taires. La gauche, c'est la gauche de la bourgeoisie. La gauche, ce n'est pas notre camp, ce ne sont pas nos amis, ni m&#234;me nos adversaires. Le temps venu, la gauche envoie les troupes contre les manifestants qui les g&#234;nent. On l'a vu &#224; l'&#233;poque de Hollande, en 2016, les cr&#226;nes ouverts de nombreux jeunes ou moins jeunes manifestants &#233;tudiants ou salari&#233;s, sans distinction. Elle organise aussi les fascis les bastonnades ou les corps francs massacreurs des prol&#233;taires quand la r&#233;volution pointe son nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la gauche d&#233;tourne le mouvement d'auto-organisation des travailleurs car elle ne veut surtout pas d'un pouvoir des travailleurs renversant le pouvoir des capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui &#224; l'insurrection qui vient et qui couve derri&#232;re les parades syndicats qui ne peuvent plus servir qu'&#224; tenter de masquer cette insurrection qui a eu lieu et qui n'a de cesse de revenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui &#224; l'insurrection prol&#233;taire et &#224; tous ses soutiens quelles que soient leurs origines de classe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela forgeons un programme et d&#233;fendons l'id&#233;e de s'organiser ind&#233;pendamment des syndicats, des associations ou partis bourgeois-e-s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la seule issue pour en finir avec les structures &#233;tatiques militaires sociales ou juridiques du pass&#233; pourtant encore bien trop pr&#233;sentes actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gens-l&#224; nous ont fait reculer par rapport aux mouvement des Gilets jaunes et pas seulement en nombre, en mobilisation mais sur le fond&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce que faisait et disait le mouvement des Gilets jaunes&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Gilets jaunes ont &#233;t&#233; le premier mouvement de masse auto-organis&#233; &#224; clamer :&lt;br class='autobr' /&gt;
A bas l'inflation sur l'essence, la baguette, les chaussures !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la mis&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas les in&#233;galit&#233;s sociales !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas l'Etat au service des milliardaires !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas l'imp&#244;t public qui ne sert pas l'int&#233;r&#234;t public !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la casse des services publics !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la baisse des salaires, des retraites, des allocations ch&#244;mages et des aides sociales !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la soci&#233;t&#233; du 1% des riches qui s'impose aux pauvres !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas les m&#233;dia, les administrations, les forces de r&#233;pression et le pouvoir des capitalistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous n'avons rien, nous voulons tout !&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne d&#233;cidons de rien, nous voulons d&#233;cider de tout ! &#187;, voil&#224; le but commun des Gilets jaunes !&lt;br class='autobr' /&gt;
La profondeur sociale du mouvement de masse se d&#233;couvre dans celle de ses slogans, de ses tracts, de ses affiches, des propos de ses participants dans les assembl&#233;es, les comit&#233;s et les piquets :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est celui qui a faim qui conduit la manif et le rassemblement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On ne veut pas perdre notre vie&#8230; &#224; gagner l'argent des riches. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La seule chose &#224; faire avec l'Etat des milliardaires, c'est de le renverser. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand on n'a pas de quoi mettre dans la bouche des enfants et dans leur cartable, on a plein &#224; mettre dans la gueule des riches. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le seul pouvoir qu'on respecte, c'est celui du peuple travailleur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est parce qu'on a vu la v&#233;rit&#233; sur leur pouvoir qu'il a commenc&#233; &#224; nous crever les yeux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est parce que nous avons faim et que nous en avons marre qu'ils ont peur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La seule chose qu'ils n'auront pas vol&#233;e c'est notre r&#233;volution. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A la lanterne les hommes politiques &#224; la botte des milliardaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#234;me la bile des poss&#233;dants est devenue jaune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.org/IMG/png/ag_musele_e.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/ag_musele_e-968c0.jpg?1782364760' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un exemple : &#224; Poitiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adresse &#224; ceux et celles qui veulent choisir la voie de l'autonomie et de l'ind&#233;pendance de classe contre la direction de l'Assembl&#233;e de Poitiers qui soutient les directions syndicales sociales-patriotes, lieutenants ouvriers du capitalisme au sein des travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Analyse du d&#233;bat des assembl&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fil de discussion montre deux camps principaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Le camp critique (A. L., &#201;., B., etc.) : ils d&#233;noncent le r&#244;le des syndicats (CGT, FSU) dans la neutralisation des luttes. Ils parlent de &#171; vider les AG de leur sens &#187;, de les confisquer, de d&#233;tourner la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Ils d&#233;fendent l'action directe, l'autonomie, et la n&#233;cessit&#233; d'assembl&#233;es r&#233;ellement souveraines.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Le camp mod&#233;rateur/pro-syndical (A., F. L., &#201;., parfois M. S. et C. L. dans d'autres fils) : ils se posent en gardiens de &#171; l'unit&#233; &#187;, accusent les critiques de &#171; d&#233;mobiliser &#187; ou de traiter les syndicats de &#171; tra&#238;tres &#187;. En r&#233;alit&#233;, leur r&#244;le est de d&#233;samorcer toute contestation s&#233;rieuse des appareils syndicaux, de d&#233;fendre les intersyndicales et leurs journ&#233;es saute-mouton, et d'emp&#234;cher que l'assembl&#233;e devienne un v&#233;ritable espace de rupture politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les voix interm&#233;diaires (M., P. P., etc.) : elles insistent sur la pr&#233;carit&#233; et la difficult&#233; de faire gr&#232;ve, ce qui ram&#232;ne le d&#233;bat sur le terrain du &#171; r&#233;alisme &#187; mat&#233;riel. Cela sert souvent d'appui indirect au camp mod&#233;rateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, cette assembl&#233;e agit comme un organe parasyndical :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	canaliser la col&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	neutraliser les critiques sous couvert de mod&#233;ration,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	maintenir l'emprise des appareils syndicaux sur le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; l'assembl&#233;e &#171; parasyndicale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat a montr&#233; une chose claire : &#224; chaque fois que des critiques r&#233;elles sont adress&#233;es aux directions syndicales, certains &#8212; A., F. L., &#201;. et leurs semblables &#8212; s'&#233;rigent en &#171; mod&#233;rateurs &#187; ou en &#171; gardiens de l'unit&#233; &#187;. Mais de quelle unit&#233; s'agit-il ? D'une unit&#233; avec les directions CGT, FSU et autres appareils qui, depuis des mois, n'ont fait qu'encadrer, ritualiser, &#233;puiser la col&#232;re en l'amenant vers des journ&#233;es saute-mouton, sans lendemain ni perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce discours soi-disant &#171; constructif &#187; n'est en r&#233;alit&#233; qu'un paravent : on nous explique qu'il ne faut pas &#171; diviser &#187;, qu'il ne faut pas &#171; pol&#233;miquer &#187;, que critiquer le r&#244;le des syndicats serait &#171; d&#233;mobiliser &#187;. Mais le v&#233;ritable frein &#224; la mobilisation, ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces appareils qui verrouillent les AG, qui confisquent la parole, qui d&#233;cident &#224; la place de la base, et qui transforment chaque tentative de soul&#232;vement en simple procession symbolique.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. et les autres ne d&#233;fendent pas la lutte : ils d&#233;fendent la mise des directions syndicales. Ils utilisent des arguments fallacieux &#8212; accuser de &#171; tra&#238;trise &#187;, accuser de &#171; d&#233;mobiliser &#187; &#8212; pour en r&#233;alit&#233; interdire toute critique et maintenir l'emprise des lieutenants ouvriers du capital sur nos luttes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; &#231;a, le camp critique, celui qui parle d'action directe, d'autonomie, d'assembl&#233;es r&#233;ellement souveraines, n'a pas &#224; se laisser intimider. Si l'on veut r&#233;ellement changer de politique, cela ne peut pas &#234;tre en m&#233;nageant ces faux d&#233;bats, mais en d&#233;non&#231;ant publiquement le r&#244;le de ce petit milieu, qui ne fait qu'orienter vers des voies de garage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; assembl&#233;e &#187; n'est pas une assembl&#233;e de lutte : c'est une assembl&#233;e parasyndicale, con&#231;ue pour encadrer, neutraliser, et emp&#234;cher que la col&#232;re d&#233;bouche sur une v&#233;ritable organisation ind&#233;pendante.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi nous appelons toutes celles et ceux qui veulent vraiment en finir avec ce carcan &#224; rompre avec ces faux cadres, &#224; rejoindre les Gilets Jaunes, &#224; reconstruire des assembl&#233;es populaires souveraines, ouvertes, d&#233;cidant par la base, et capables de mettre en place l'action directe, l'auto-organisation et la gr&#232;ve insurrectionnelle dont nous avons besoin.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le journal &#171; Lutte Ouvri&#232;re &#187;, journal trotskiste de France, de 1936 &#224; 1939</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8474</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8474</guid>
		<dc:date>2025-10-01T22:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>
		<dc:subject>Trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le journal &#171; Lutte Ouvri&#232;re &#187;, journal trotskiste de France, de 1936 &#224; 1939 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;e 1936 &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176; 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_1.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176; 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_2.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176; 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_3.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176; 4 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L491xH700/la_lutte_ouvriere-39ea6-7465a.jpg?1782364760' width='491' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L491xH700/la_lutte_ouvriere-39ea6-7465a.jpg?1782364760' width='491' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le journal &#171; Lutte Ouvri&#232;re &#187;, journal trotskiste de France, de 1936 &#224; 1939&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ann&#233;e 1936&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_2.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_3.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_3.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_4.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_4.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_5.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_5.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_6.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_6.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_7.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_7.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176;8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_8.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_8.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_9.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_9.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_10.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_10.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_11.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_11.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_12.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_12.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_13.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_13.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_14.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_14.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_15.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_15.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_16.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_16.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_17.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_17.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_18.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_18.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_20.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_20.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_21.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_21.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_22.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_22.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_23.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_23.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_24.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_24.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_25.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_25.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 26&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_26.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/system/files/Adherents/La_Lutte_Ouvri%C3%A8re_1936_num%C3%A9ro_26.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ann&#233;e 1937&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/annee-1937-1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/annee-1937-1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ann&#233;e 1938&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/annee-1938-1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/annee-1938-1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ann&#233;e 1939&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cermtri.com/index.php/annee-1939-0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cermtri.com/index.php/annee-1939-0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ann&#233;e 1943&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8746110.r=lutte%20ouvri%C3%A8re%201936?rk=21459;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8746110.r=lutte%20ouvri%C3%A8re%201936?rk=21459;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;collapsing=disabled&amp;query=%28gallica%20all%20%22lutte%20ouvri%C3%A8re%22%29%20and%20arkPress%20all%20%22cb328098519_date%22&amp;rk=64378;0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;collapsing=disabled&amp;query=%28gallica%20all%20%22lutte%20ouvri%C3%A8re%22%29%20and%20arkPress%20all%20%22cb328098519_date%22&amp;rk=64378;0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328098519/date.item&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb328098519/date.item&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.retronews.fr/journal/la-lutte-ouvriere/10-juin-1936/3260/5018610/1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.retronews.fr/journal/la-lutte-ouvriere/10-juin-1936/3260/5018610/1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Ma vie &#187; de Trotsky</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7996</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7996</guid>
		<dc:date>2025-08-01T22:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Ma vie &#187; de Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
AVANT-PROPOS &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre &#233;poque, de nouveau, abonde en M&#233;moires, peut-&#234;tre plus que jamais. C'est que l'on a bien des choses &#224; raconter. L'int&#233;r&#234;t que suscite l'histoire contemporaine est d'autant plus vif que l'&#233;poque est plus dramatique et qu'elle est plus riche en sinuosit&#233;s. L'art du paysage n'aurait pu na&#238;tre au Sahara. Des temps &#034;intersect&#233;s&#034; comme le n&#244;tre cr&#233;ent le besoin de consid&#233;rer le jour d'hier, jour d&#233;j&#224; si lointain, du point de vue de ceux qui s'y sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &#171; Ma vie &#187; de Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;AVANT-PROPOS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque, de nouveau, abonde en M&#233;moires, peut-&#234;tre plus que jamais. C'est que l'on a bien des choses &#224; raconter. L'int&#233;r&#234;t que suscite l'histoire contemporaine est d'autant plus vif que l'&#233;poque est plus dramatique et qu'elle est plus riche en sinuosit&#233;s. L'art du paysage n'aurait pu na&#238;tre au Sahara. Des temps &#034;intersect&#233;s&#034; comme le n&#244;tre cr&#233;ent le besoin de consid&#233;rer le jour d'hier, jour d&#233;j&#224; si lointain, du point de vue de ceux qui s'y sont trouv&#233;s activement engag&#233;s. Ainsi s'explique l'&#233;norme d&#233;veloppement de la litt&#233;rature m&#233;morialiste depuis la derni&#232;re guerre. Ainsi peut-&#234;tre se justifie le livre que voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; m&#234;me de sa publication est due &#224; une pause dans la vie politique active de l'auteur. Constantinople a &#233;t&#233;, dans mon existence, une des &#233;tapes impr&#233;vues, quoique non fortuites. Je suis ici au bivouac -non pour la premi&#232;re fois- et j'attends patiemment de voir ce qui viendra ensuite. Sans une certaine dose de &#034;fatalisme&#034;, la vie d'un r&#233;volutionnaire serait en g&#233;n&#233;ral impossible. D'une mani&#232;re ou d'une autre, l'entr'acte de Constantinople aura &#233;t&#233; un moment des plus propices pour jeter un coup d'oeil en arri&#232;re, en attendant que les circonstances permettent d'aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, j'avais r&#233;dig&#233;, au courant de la plume, de brefs essais autobiographiques pour des journaux, et je pensais me borner &#224; cela. Je noterai que, de mon asile, je ne pouvais surveiller et voir sous quelle forme ces essais parvenaient au lecteur. Mais toute besogne a sa logique. Je pris possession de mon sujet juste au moment o&#249; j'achevais les articles destin&#233;s &#224; des journaux. Je me d&#233;cidai alors &#224; &#233;crire un livre. J'&#233;tablis mon plan sur une &#233;chelle incomparablement plus &#233;tendue et repris mon travail du d&#233;but. Entre les articles qui ont paru d'abord dans les journaux et ce livre, il n'y a de commun que le sujet, qui est le m&#234;me. Pour le reste, ce sont ouvrages tout diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donn&#233; des d&#233;tails particuli&#232;rement circonstanci&#233;s sur la deuxi&#232;me p&#233;riode de la r&#233;volution sovi&#233;tique qui co&#239;ncide avec la maladie de L&#233;nine et l'ouverture d'une campagne contre le &#034;trotskysme&#034;. La lutte des &#233;pigones pour la possession du pouvoir, comme je tente de le d&#233;montrer, n'a pas &#233;t&#233; seulement une lutte de personnes. Elle ouvrait un nouveau chapitre en politique : c'&#233;tait une r&#233;action contre Octobre et la pr&#233;paration d'un Thermidor. De l&#224; on en vient naturellement &#224; la question que l'on m'a pos&#233;e si souvent : &#034;Comment donc avez-vous perdu le pouvoir ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autobiographie d'un homme politique r&#233;volutionnaire touche n&#233;cessairement &#224; de nombreuses questions th&#233;oriques qui se rattachent, partiellement, &#224; l'&#233;volution sociale de la Russie, et &#224; celle de toute l'humanit&#233;, qui se rapportent en particulier aux p&#233;riodes critiques que l'on appelle des r&#233;volutions. Bien entendu, je n'ai pas eu, dans ces pages, la possibilit&#233; d'examiner &#224; fond de complexes probl&#232;mes th&#233;oriques. Et, en particulier, la th&#233;orie dite de la r&#233;volution permanente, qui a jou&#233; dans ma vie personnelle un si grand r&#244;le et, observation plus importante, acquiert &#224; pr&#233;sent un si vif int&#233;r&#234;t d'actualit&#233; pour les pays d'Orient, passe &#224; travers ce livre comme un leitmotiv entendu &#224; distance. Si quelque lecteur n'en &#233;tait pas satisfait, je pourrais lui dire seulement que l'examen des probl&#232;mes de la r&#233;volution, pour le fond, sera l'objet d'un ouvrage sp&#233;cial dans lequel j'essaierai d'&#233;tablir les plus importantes des conclusions th&#233;oriques sugg&#233;r&#233;es par l'exp&#233;rience de vingt ou trente des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme, dans ces pages, on verra d&#233;filer un bon nombre d'hommes sous une tout autre lumi&#232;re que celle qu'ils auraient choisie pour eux-m&#234;mes ou pour leur parti, ils seront plus d'un &#224; d&#233;clarer que mon expos&#233; manque de l'objectivit&#233; indispensable. D&#233;j&#224;, la publication de fragments de cet ouvrage dans la presse p&#233;riodique a provoqu&#233; certaines r&#233;futations. C'&#233;tait in&#233;vitable. On peut &#234;tre s&#251;r que si m&#234;me j'avais r&#233;ussi &#224; ne faire de cette autobiographie qu'un simple daguerr&#233;otype de ma vie -ce que je n'ai pas cherch&#233; du tout- le r&#233;sultat n'en aurait pas moins r&#233;veill&#233; des &#233;chos des controverses que suscit&#232;rent les conflits racont&#233;s ici. Mais ce livre n'est pas une impassible photographie de mon existence ; c'en est une partie composante. Dans ces pages, je poursuis la lutte &#224; laquelle toute ma vie est consacr&#233;e. Tout en exposant, je caract&#233;rise et j'appr&#233;cie ; en racontant, je me d&#233;fends et, plus souvent encore, j'attaque. Et je pense que c'est l&#224; le seul moyen de rendre une biographie objective dans un certain sens plus &#233;lev&#233;, c'est-&#224;-dire d'en faire l'expression la plus ad&#233;quate de la personnalit&#233;, des conditions et de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectivit&#233; n'est pas dans la feinte indiff&#233;rence avec laquelle une hypocrisie confirm&#233;e traite des amis et des adversaires, sugg&#233;rant indirectement au lecteur ce qu'il serait incommode de lui dire tout net. Pareille objectivit&#233; n'est qu'une rouerie mondaine, rien de plus. Je n'en ai pas besoin. D&#232;s lors que je me suis soumis &#224; la n&#233;cessit&#233; de parler de moi -et l'on n'a pas encore vu d'autobiographie dont l'auteur aurait r&#233;ussi &#224; ne pas parler de lui- je ne puis avoir aucun motif de dissimuler mes sympathies ou mes antipathies, mes affections ou mes haines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est un livre de pol&#233;mique. Il refl&#232;te la dynamique d'une vie sociale qui est tout &#233;tablie sur des contradictions. Insolences de l'&#233;colier envers son ma&#238;tre ; dans les salons, propos acerbes de l'envie, gliss&#233;s sous des apparences d'amabilit&#233; ; incessante concurrence commerciale ; &#233;mulation enrag&#233;e dans toutes les carri&#232;res de la technique, de la science, de l'art, du sport ; escarmouches parlementaires dans lesquelles on peut toucher de profonds antagonismes d'int&#233;r&#234;ts ; lutte quotidienne et furieuse dans la presse ; gr&#232;ves ouvri&#232;res ; fusillades dirig&#233;es contre des manifestants ; valises charg&#233;es de pyroxyline que s'exp&#233;dient entre eux, par la voie des airs, des voisins civilis&#233;s ; langues de flamme de la guerre civile qui ne s'&#233;teignent presque jamais sur notre plan&#232;te : ce sont l&#224; diverses formes de la &#034;pol&#233;mique&#034; sociale, depuis la plus coutumi&#232;re, quotidienne, normale, presque imperceptible malgr&#233; son intensit&#233;, pouss&#233;e jusqu'&#224; la pol&#233;mique extraordinaire, explosive, volcanique, des guerres et des r&#233;volutions. Telle est notre &#233;poque. Nous avons grandi avec elle. Nous la respirons, nous en vivons. Comment pourrions-nous nous dispenser de pol&#233;mique si nous voulons &#234;tre fid&#232;les &#224; notre &#034;patrie dans le temps&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe un autre crit&#233;rium, plus &#233;l&#233;mentaire -celui de la simple bonne foi dans l'exposition des faits. De m&#234;me que la lutte r&#233;volutionnaire la plus intransigeante doit tenir compte des circonstances de temps et de lieu, l'ouvrage le plus pol&#233;mique doit maintenir les proportions qui existent entre les choses et les gens. Je veux esp&#233;rer que cette exigence aura &#233;t&#233; observ&#233;e par moi, non seulement dans l'ensemble, mais dans le d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plusieurs cas, peu nombreux &#224; vrai dire, je rapporte sous forme de dialogues des conversations qui ont eu lieu voil&#224; longtemps. Personne n'exigerait que de tels entretiens soient reproduits mot &#224; mot apr&#232;s bien des ann&#233;es. Et je n'y pr&#233;tends pas. Certains dialogues ont plut&#244;t un caract&#232;re symbolique. Mais tout homme a connu dans sa vie des moments o&#249; telle ou telle conversation s'est grav&#233;e plus nettement dans sa m&#233;moire. D'ordinaire, on fait part, &#224; plus d'une reprise, de tels propos &#224; ses proches, &#224; des amis politiques. Et les mots se fixent ainsi dans la m&#233;moire. Je songe ici, bien entendu, avant tout, aux entretiens politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux noter maintenant que j'ai coutume de faire confiance &#224; ma m&#233;moire. Les t&#233;moignages qu'elle m'a apport&#233;s ont &#233;t&#233; plus d'une fois soumis &#224; des v&#233;rifications objectives, et l'examen a &#233;t&#233; subi avec succ&#232;s. Cependant, il est indispensable de faire, sur ce point, une r&#233;serve. Si ma m&#233;moire topographique, sans parler de mes facult&#233;s de souvenir musical, est tr&#232;s faible, si ma m&#233;moire visuelle, de m&#234;me que la linguistique, est assez m&#233;diocre, ma m&#233;moire des id&#233;es est de beaucoup au-dessus du niveau moyen. Or, dans ce livre, les id&#233;es, leur d&#233;veloppement et la lutte des hommes pour ces id&#233;es occupent en somme la principale place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que la m&#233;moire n'est pas un compteur automatique. Elle est moins que toute chose d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Fr&#233;quemment, elle met en valeur ou rejette dans l'ombre des &#233;pisodes peu avantageux pour l'instinct vital qui la contr&#244;le, le plus souvent du point de vue de l'amour-propre. Mais c'est l&#224; une affaire de critique &#034;psychanalytique&#034;, d'une critique parfois spirituelle et instructive, plus souvent pourtant capricieuse et arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que j 'ai contr&#244;l&#233; sans cesse mes souvenirs au moyen de ma documentation. Si g&#234;nantes qu'aient &#233;t&#233; les conditions de mon travail, en ce qui concerne les recherches dans les biblioth&#232;ques et dans les archives, j'ai tout de m&#234;me eu la possibilit&#233; de v&#233;rifier les faits les plus essentiels et les dates dont j'avais besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A dater de 1897, c'est surtout par la plume que j'ai combattu. Ainsi, les &#233;v&#233;nements de ma vie ont laiss&#233;, en imprim&#233;, une trace presque ininterrompue pendant trente-deux ann&#233;es. La lutte fractionnelle dans le parti, depuis 1903, fut fertile en &#233;pisodes individuels. Ni mes adversaires ni moi ne m&#233;nagions les coups. Toutes les blessures ont laiss&#233; des cicatrices, dans la presse. Depuis la r&#233;volution d'Octobre, l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire a pris une large place dans les &#233;tudes des jeunes savants sovi&#233;tiques et de grandes institutions. On recherche dans les archives de la r&#233;volution, dans celles du d&#233;partement de la police tsariste, tout ce qui offre quelque int&#233;r&#234;t, et on publie les documents avec des commentaires de fait d&#233;taill&#233;s. Au cours des premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, lorsqu'il n'&#233;tait pas encore besoin de cacher ou de masquer quelque chose, ce travail &#233;tait fait avec une enti&#232;re bonne foi. Les Oeuvres de L&#233;nine et une partie des miennes ont &#233;t&#233; publi&#233;es par les Editions d'Etat avec des remarques qui occupent des dizaines de pages et qui donnent des renseignements indispensables sur l'activit&#233; des auteurs, comme aussi bien sur les &#233;v&#233;nements des p&#233;riodes correspondantes. Tout cela a naturellement facilit&#233; mon travail, m'aidant &#224; &#233;tablir un canevas chronologique exact, et &#224; &#233;viter les erreurs de fait, du moins les plus grossi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis nier que ma vie n'a pas &#233;t&#233; des plus ordinaires. Mais il faut en chercher les causes plut&#244;t dans les circonstances de l'&#233;poque qu'en moi-m&#234;me. Bien entendu, il fallait aussi qu'il exist&#226;t certains traits personnels pour que j'aie rempli la t&#226;che, bonne ou mauvaise, que j'ai remplie. Cependant, dans d'autres circonstances historiques, ces particularit&#233;s individuelles auraient pu paisiblement somnoler, de m&#234;me que somnolent, innombrables, des inclinations et passions humaines que la vie sociale ne r&#233;clame pas. En revanche il se peut que se soient manifest&#233;es d'autres qualit&#233;s qui sont actuellement rejet&#233;es ou &#233;cras&#233;es. En fin de compte, l'objectif prend le pas sur le subjectif et d&#233;cide de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon activit&#233; consciente et active -j'en marque le d&#233;but vers mes dix-sept ou dix-huit ans- a &#233;t&#233; dans une lutte constante pour des id&#233;es d&#233;termin&#233;es. Il n'y a pas eu dans ma vie personnelle d'&#233;v&#233;nements qui m&#233;ritent l'attention de l'opinion publique Tous les faits tant soit peu remarquables de mon pass&#233; se rattachent &#224; la lutte r&#233;volutionnaire et re&#231;oivent d'elle leur sens. C'est seulement cette consid&#233;ration qui peut justifier la publication de mon autobiographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est par l&#224; aussi que l'auteur se sent g&#234;n&#233;. Les faits de sa vie personnelle ont &#233;t&#233; si &#233;troitement ins&#233;r&#233;s dans le tissu des &#233;v&#233;nements historiques qu'il est difficile de s&#233;parer les uns des autres. Pourtant, ce livre n'est pas un ouvrage d'histoire. Les &#233;v&#233;nements sont pris non dans leur signification objective, mais dans la mesure o&#249; ils ont &#233;t&#233; rattach&#233;s aux faits d'une existence. Il n'est pas &#233;tonnant que, dans la caract&#233;ristique donn&#233;e de diff&#233;rents &#233;v&#233;nements et d'&#233;tapes enti&#232;res, l'on n'ait pas les proportions que l'on devrait exiger d'un livre qui constituerait une &#233;tude historique. La d&#233;marcation entre une autobiographie et une histoire de la r&#233;volution a d&#251; &#234;tre recherch&#233;e &#224; t&#226;tons, empiriquement. Sans dissoudre la description d'une vie dans une &#233;tude d'histoire il fallait pourtant permettre au lecteur de se reporter &#224; certains faits de l'&#233;volution sociale. Je suis parti de cette hypoth&#232;se que les contours essentiels des grands &#233;v&#233;nements seraient connus des lecteurs et que sa m&#233;moire n'aurait besoin que de brefs rappels aux faits historiques et &#224; leur succession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; para&#238;tra ce livre j'aurai cinquante ans. Le jour de ma naissance co&#239;ncide avec celui de la r&#233;volution d'Octobre. Les mystiques et les disciples de Pythagore peuvent tirer de l&#224; les conclusions qu'ils voudront. Je ne me suis aper&#231;u moi-m&#234;me de cette curieuse co&#239;ncidence que trois ans apr&#232;s les journ&#233;es d'Octobre. Jusqu'&#224; l'&#226;ge de neuf ans, j'ai v&#233;cu dans une campagne &#233;loign&#233;e de tout, sans en sortir. Durant huit ann&#233;es, j'ai suivi des cours d'enseignement secondaire. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour la premi&#232;re fois un an apr&#232;s &#234;tre sorti de l'&#233;cole. De m&#234;me que nombre de mes contemporains, j'ai eu pour universit&#233;s la prison, la d&#233;portation, l'&#233;migration. J'ai &#233;t&#233; emprisonn&#233; &#224; deux reprises, sous le r&#233;gime tsariste, et j'ai &#233;t&#233; d&#233;tenu au total pendant quatre ans. J'ai &#233;t&#233; d&#233;port&#233; environ deux ans la premi&#232;re fois et quelques semaines la seconde fois. Je me suis &#233;vad&#233; deux fois de Sib&#233;rie. J'ai &#233;migr&#233; deux fois et la dur&#233;e totale de mon &#233;migration a &#233;t&#233; d'environ douze ans, dans diff&#233;rents pays d'Europe et d'Am&#233;rique deux ann&#233;es d'&#233;migration avant la r&#233;volution de 1905 et presque dix ann&#233;es apr&#232;s l'&#233;crasement de celle-ci. Pendant la guerre, j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; par contumace &#224; la prison dans l'Allemagne des Hohenzollern (1915) ; l'ann&#233;e suivante, j '&#233;tais expuls&#233; de France en Espagne o&#249;, apr&#232;s une courte d&#233;tention dans la prison de Madrid et un s&#233;jour d'un mois sous la surveillance de la police &#224; Cadix, je fus exp&#233;di&#233; en Am&#233;rique. C'est l&#224; que je vis venir la r&#233;volution de F&#233;vrier. Rentrant au pays, de New-York, je fus arr&#234;t&#233;, en mars 1917, par les Anglais, et retenu tout un mois dans un camp de concentration au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; aux r&#233;volutions de 1905 et de 1917 ; j'ai &#233;t&#233; pr&#233;sident du soviet des d&#233;put&#233;s de P&#233;tersbourg en 1905, puis en 1917. J'ai pris une part active &#224; la r&#233;volution d'Octobre et j'ai &#233;t&#233; membre du gouvernement sovi&#233;tique. En qualit&#233; de commissaire du peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res, j'ai men&#233; les pourparlers de paix &#224; Brest-Litovsk, avec les d&#233;l&#233;gations allemande, austro-hongroise, turque et bulgare. En qualit&#233; de commissaire du peuple &#224; la Guerre et &#224; la Marine, j'ai consacr&#233; environ cinq ann&#233;es &#224; l'organisation de l'arm&#233;e rouge et &#224; la reconstitution de la flotte rouge. Pendant l'ann&#233;e 1920, j'ai joint &#224; ce travail la direction du r&#233;seau ferroviaire qui &#233;tait en d&#233;sarroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de guerre civile mises &#224; part, l'essentiel de mon existence a &#233;t&#233; constitu&#233; par une activit&#233; de militant du parti et d'&#233;crivain. Les &#201;ditions d'Etat ont entrepris, en 1923, la publication de mes oeuvres compl&#232;tes. Elles ont r&#233;ussi &#224; en faire para&#238;tre treize volumes, sans compter les cinq tomes d'ouvrages militaires qui avaient &#233;t&#233; publi&#233;s pr&#233;c&#233;demment. La publication fut interrompue en 1927 lorsque les pers&#233;cutions exerc&#233;es contre le &#034;trotskysme&#034; devinrent particuli&#232;rement acharn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1928, j'ai &#233;t&#233; d&#233;port&#233; par le gouvernement sovi&#233;tique actuel et j'ai pass&#233; un an sur la fronti&#232;re de la Chine ; j'ai &#233;t&#233; expuls&#233; en Turquie, en f&#233;vrier 1929 ; j'&#233;cris ces lignes &#224; Constantinople.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pr&#233;sent&#233;e dans son raccourci, ma vie ne pourrait &#234;tre dite monotone. Bien au contraire, si l'on en consid&#232;re tous les tournants, l'impr&#233;vu, les conflits aigus, les rel&#232;vements et les descentes, on peut affirmer que cette existence a &#233;t&#233; plut&#244;t surabondante en &#034;aventures&#034;. Pourtant, je me permettrai de dire que, par mes penchants, je n'ai rien de commun avec les chercheurs d'aventures. Je suis plut&#244;t p&#233;dant et conservateur dans mes habitudes. J'aime et appr&#233;cie la discipline et la m&#233;thode. Non point pour le paradoxe, mais parce qu'il en est ainsi, je dois dire que je ne tol&#232;re pas le d&#233;sordre et la destruction. J'ai toujours &#233;t&#233; un &#233;colier tr&#232;s appliqu&#233;, tr&#232;s soigneux. J'ai gard&#233; plus tard les deux m&#234;mes qualit&#233;s. Pendant les ann&#233;es de guerre civile, alors que, dans mon train, je couvrais des distances plusieurs fois &#233;gales &#224; la longueur de l'&#233;quateur, je me r&#233;jouissais chaque fois que j'apercevais une palissade neuve, faite de fra&#238;ches planches de sapin. L&#233;nine, qui connaissait en moi cette petite passion, m'a raill&#233; amicalement l&#224;-dessus plus d'une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre bien &#233;crit, o&#249; l'on puisse trouver des pens&#233;es neuves, une bonne plume qui vous permette de r&#233;pandre vos id&#233;es, furent toujours pour moi et sont encore les r&#233;sultats les plus pr&#233;cieux et les plus proches de la culture. L'envie de m'instruire ne m'a jamais quitt&#233; et, bien des fois dans ma vie, j'ai eu comme le sentiment que la r&#233;volution m'emp&#234;chait de travailler m&#233;thodiquement. N&#233;anmoins, c'est presque un tiers de si&#232;cle de ma vie consciente qui a &#233;t&#233; int&#233;gralement rempli par la lutte r&#233;volutionnaire. Mais si j'avais &#224; recommencer, je m'engagerais sans h&#233;sitation dans la m&#234;me voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois &#233;crire ceci dans l'&#233;migration, pour la troisi&#232;me fois de ma vie, alors que les plus proches de mes amis peuplent les lieux de d&#233;portation et de d&#233;tention de la r&#233;publique sovi&#233;tique qu'ils ont contribu&#233; &#224; constituer d'une fa&#231;on d&#233;cisive. Quelques-uns d'entre eux h&#233;sitent, s'&#233;cartent, s'inclinent devant l'adversaire. Les uns parce qu'ils ont d&#233;pens&#233; toutes leurs ressources morales ; les autres parce qu'ils ne trouvent pas ind&#233;pendamment d'issue au labyrinthe des circonstances ; les autres enfin, sous les duret&#233;s de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fois d&#233;j&#224;, j'ai vu ainsi des masses d&#233;serter le drapeau apr&#232;s l'&#233;crasement de la r&#233;volution de 1905 et au d&#233;but de la guerre mondiale. Je sais ainsi, d'assez pr&#232;s, par exp&#233;rience, ce que sont les flux et les reflux de l'histoire. Ils sont soumis &#224; certaines lois. Il ne suffit pas de se montrer impatient pour les transformer plus vite. Je me suis accoutum&#233; &#224; prendre la perspective de l'histoire d'un autre point de vue que celui de mon sort personnel. Conna&#238;tre les causes rationnelles de ce qui s'accomplit et y trouver sa place, telle est la premi&#232;re obligation d'un r&#233;volutionnaire. Et telle est aussi la plus haute satisfaction personnelle &#224; laquelle puisse aspirer celui qui ne confond pas sa t&#226;che avec les int&#233;r&#234;ts du jour pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prinkipo, le 14 septembre 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv01.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv01.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I-Ianovka&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv03.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv03.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; II-Les voisins - Premi&#232;res &#233;tudes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv04.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv04.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; III-La famille et l'&#233;cole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv05.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv05.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; IV-Les livres et les premiers conflits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv06.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv06.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; V-La campagne et la ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv07.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv07.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; VI-La brisure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv08.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv08.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; VII-Ma premi&#232;re organisation r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv09.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv09.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; VIII-Mes premi&#232;res prisons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv10.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv10.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; IX-Premi&#232;re d&#233;portation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv11.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv11.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; X-Premi&#232;re &#233;vasion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv12.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv12.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XI-Premi&#232;re &#233;migration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv13.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv13.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XII-Le congr&#232;s du parti et la scission&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv14.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv14.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XIII-Retour en Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XIV-1905&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XV-Jugement, d&#233;portation, &#233;vasion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XVI-Deuxi&#232;me &#233;migration - Le socialisme allemand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv18.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv18.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XVII- La pr&#233;paration d'une autre r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv19.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv19.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XVIII-Le commencement de la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv20.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XIX- Paris et Zimmerwald&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv21.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv21.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XX- Expuls&#233; de France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv22.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv22.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXI-A travers l'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv23.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv23.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXII- New York&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv24.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv24.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXIII-Dans un camp de concentration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv25.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv25.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXIV- A P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv26.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv26.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXV-Sur des calomniateurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv27.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv27.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXVI-De juillet &#224; octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv28.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv28.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXVII-La nuit d&#233;cisive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv29.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv29.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXVIII-Le &#171; trotskysme &#187; en 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXIX-Au pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv31.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv31.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXX- A Moscou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv32.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv32.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXI-Les pourparlers de Brest-Litovsk&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv33.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv33.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXII-La paix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv34.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv34.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXIII-Un mois &#224; Sviiajsk&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv35.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv35.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXIV-Le train&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv36.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv36.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXV-La d&#233;fense de P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv37.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv37.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXVI-L'opposition militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv38.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv38.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXVII- Dissenssions sur la strat&#233;gie de la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv39.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv39.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXVIII-De la nouvelle politique &#233;conomique et mes rapports avec L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv40.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv40.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XXXIX-La maladie de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv41.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv41.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XL-Le complot des &#233;pigones&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv42.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv42.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XLI-La mort de L&#233;nine et le d&#233;placement du pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XLII-La derni&#232;re p&#233;riode de la lutte &#224; l'int&#233;rieur du parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XLIII-D&#233;port&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv45.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv45.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XLIV-L'exil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv46.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv46.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XLV-La plan&#232;te sans visa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv47.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv47.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Postface &#224; l'&#233;dition abr&#233;g&#233;e de &#034;Ma Vie&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 d&#233;cembre 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit voici environ quatre ans. Depuis, il a pass&#233; beaucoup d'eau sous le pont. Il est indispensable de consacrer au moins quelques lignes &#224; la derni&#232;re p&#233;riode de cette vie. Quatre ans et demi de ma troisi&#232;me &#233;migration, jusqu'&#224; ma toute r&#233;cente installation en France, se sont &#233;coul&#233;s en Turquie, dans l'&#238;le Prinkipo. Ce furent des ann&#233;es de travail th&#233;orique et litt&#233;raire, principalement sur l'histoire de la r&#233;volution russe. La liaison avec les amis au pays natal se trouva, bien entendu, bris&#233;e, non point tout de m&#234;me au degr&#233; que voulaient et esp&#233;raient les leaders de la fraction dirigeante. Pour parvenir &#224; m'isoler compl&#232;tement en Turquie, ils ne s'arr&#234;t&#232;rent devant aucun moyen. Blumkine, qui, en 1918, avait tu&#233; Mirbach, ambassadeur d'Allemagne et qui &#233;tait devenu ensuite un des militants de mon secr&#233;tariat militaire, me visita clandestinement &#224; Constantinople, dans le but d'organiser la transmission r&#233;guli&#232;re en U.R.S.S. du Bulletin de l'Opposition russe que j'&#233;ditais. A son retour &#224; Moscou, il eut l'imprudence ou le malheur de se confier &#224; un personnage qui le trahit. Blumkine fut ex&#233;cut&#233;, Ce ne fut pas la seule victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 janvier 1933, j'exp&#233;diai de Turquie au Comit&#233; central du Parti une lettre d'o&#249; je reprends ici quelques lignes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime indispensable de vous faire savoir comment et pourquoi ma fille s'est suicid&#233;e. A la fin de 1930, vous avez permis, sur ma demande, &#224; ma fille tuberculeuse, Zina&#239;da Volkova, de se rendre pour un temps en Turquie pour se soigner. Je ne soup&#231;onnais pas alors que ce lib&#233;ralisme p&#251;t cacher une arri&#232;re-pens&#233;e. En janvier 1331, ma fille arriva ici avec des l&#233;sions pulmonaires aux deux poumons. Apr&#232;s qu'elle eut s&#233;journ&#233; dix mois en Turquie, nous r&#233;uss&#238;mes &#8211; malgr&#233; la constante opposition des repr&#233;sentants des Soviets &#224; l'&#233;tranger &#8211; &#224; obtenir pour elle l'autorisation d'aller se faire soigner en Allemagne. La malade r&#233;tablit sa sant&#233; et r&#234;vait de rentrer, avec son petit gar&#231;on, en U.R.S.S., o&#249; &#233;taient rest&#233;s sa fillette et son mari, ce dernier &#233;tant retenu en d&#233;portation par Staline comme bolch&#233;vik-l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Le 20 f&#233;vrier 1932, vous avez promulgu&#233; un d&#233;cret d'apr&#232;s lequel non seulement moi, ma femme et notre fils, mais aussi ma fille, Zina&#239;da Volkova, ont perdu leurs droits de citoyens de l'U.R.S.S. A l'&#233;tranger, o&#249; vous aviez laiss&#233; partir ma fille avec un passeport sovi&#233;tique, elle faisait seulement une cure. Elle ne prenait et, pour des raisons de sant&#233;, ne pouvait prendre aucune part &#224; la lutte politique. La priver de ses droits de citoyenne, c'&#233;tait un acte vain et absurde de vengeance &#224; mon &#233;gard. Mais, pour elle, cet acte signifiait une rupture avec sa fillette, son mari, tous les amis, toute la vie habituelle. Son &#233;tat psychique, d&#233;j&#224; &#233;branl&#233;, &#8211; d'abord par la mort de sa soeur cadette, ensuite par sa propre maladie, &#8211; fut sujet &#224; un nouveau coup, d'autant plus p&#233;nible qu'il &#233;tait absolument inattendu et n'avait &#233;t&#233; provoqu&#233; par elle aucunement. Les m&#233;decins psychiatres d&#233;clar&#232;rent unanimement que c'&#233;tait seulement un retour urgent aux conditions ordinaires, &#224; la famille, au travail, qui pouvait la sauver. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette chance de salut que lui a enlev&#233;e votre d&#233;cret de f&#233;vrier 1932. Le coup fut trop fort pour la malade. Le 5 janvier 1933 elle s'asphyxia par le gaz. Elle avait trente-deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; En 1928, ma fille cadette, Nina, dont le mari avait &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; dans &#034; un isolateur &#034; par Staline et qui s'y trouve depuis cinq ans, s'alita, bient&#244;t apr&#232;s sa d&#233;portation &#224; Alma-Ata, dans un h&#244;pital. On diagnostiqua en elle la phtisie galopante. Une lettre toute personnelle d'elle &#224; moi, sans aucun rapport avec la politique, vous l'avez retenue soixante-trois jours, de sorte que ma r&#233;ponse ne lui est pas arriv&#233;e de son vivant. Elle mourut &#224; vingt-six ans... Je me borne &#224; ce communiqu&#233;, sans en tirer d'autres d&#233;ductions. Pour les d&#233;ductions, le temps viendra. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tous les avantages de la Turquie comme lieu de d&#233;portation, l'isolation, dans un sens plus large, ne r&#233;ussit tout de m&#234;me pas. Les Russes amis, d&#233;port&#233;s et emprisonn&#233;s, furent remplac&#233;s par des amis &#233;trangers, non moins fid&#232;les. De diff&#233;rents pays arriv&#232;rent &#224; Prinkipo de jeunes camarades dispos&#233;s &#224; passer dans notre famille plusieurs mois, parfois une ann&#233;e et plus. Il y eut parmi eux des Fran&#231;ais, des Allemands, des Tch&#233;coslovaques, des Anglais, des Am&#233;ricains, des Chinois, des Hindous. Les nouvelles liaisons et amiti&#233;s personnelles qui all&#233;g&#232;rent notre existence dans la petite &#238;le furent l'expression particuli&#232;re d'un nouveau groupement politique dans le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition russe de gauche prit graduellement un caract&#232;re international. Surgirent alors des dizaines de sections nationales et de publications. Une vaste litt&#233;rature se cr&#233;a dans toutes les langues de l'humanit&#233; civilis&#233;e. Au moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le mouvement de l'opposition de gauche a d&#233;finitivement rompu avec l'Internationale communiste et a mis en avant la tache de pr&#233;parer une nouvelle Internationale, la IVe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, un sceptique m'interrompra in&#233;vitablement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Combien d'ann&#233;es avez-vous appartenu &#224; la IIe Internationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; De 1897 &#224; 1914, par cons&#233;quent plus de dix-sept ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et ensuite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ensuite, - rupture avec la IIe Internationale au d&#233;but m&#234;me de la guerre, et environ cinq ann&#233;es de lutte pour la nouvelle Internationale qui fut fond&#233;e en 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Par cons&#233;quent, vous avez appartenu &#224; la IIIe Internationale pendant quatorze ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; A peu pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et maintenant, vous vous disposez &#224; en b&#226;tir une IVe ? Cela ne ressemble-t-il pas au mouvement giratoire d'un &#233;cureuil dans sa cage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, ce n'est pas pareil. Tout le d&#233;veloppement de l'humanit&#233; se d&#233;roule d'apr&#232;s une ligne non directe, mais complexe, car la voie est indiqu&#233;e non point au compas et avec la r&#232;gle, mais par la lutte de forces vives qui tirent de diff&#233;rents c&#244;t&#233;s. L'orbite historique de la classe ouvri&#232;re ne fait pas exception. Pour chaque grand succ&#232;s, le prol&#233;tariat, la seule classe progressiste de l'humanit&#233; contemporaine, paie, au prix de nouvelles d&#233;faites, d&#233;sillusions et retraites. La IIe Internationale a rempli, en son temps, une grande t&#226;che &#233;ducatrice. Mais elle s'est perdue par un esprit born&#233; de nationalisme et de r&#233;formisme. Lorsque le capitalisme passa de l'&#233;poque de sa mont&#233;e &#224; celle de la stagnation, le terrain vint &#224; manquer sous la politique des r&#233;formes. D'autre part, les fronti&#232;res nationales devinrent &#233;troites pour l'&#233;volution &#233;conomique : le social-patriotisme prit un caract&#232;re profond&#233;ment r&#233;actionnaire. La IIe Internationale fut remplac&#233;e par la IIIe. La r&#233;volution d'Octobre fut son bapt&#234;me historique. Mais la r&#233;volution aussi est un processus profond&#233;ment contradictoire, dont les &#233;tapes sont conditionn&#233;es par des circonstances de temps et de lieu. De la r&#233;volution sortit une nouvelle couche dirigeante qui d&#233;fend et, en m&#234;me temps, d&#233;nature le syst&#232;me social cr&#233;&#233; par la r&#233;volution, en prenant les mesures du bureaucratisme le plus myope, le plus born&#233; et le plus conservateur. De par l'autorit&#233; de la r&#233;volution d'Octobre, la bureaucratie sovi&#233;tique s'est subordonn&#233; l'Internationale Communiste, l'a d&#233;personnalis&#233;e et rendue impuissante. Dans ces derni&#232;res ann&#233;es, elle n'a apport&#233; au prol&#233;tariat rien d'autre qu'un &#233;touffant r&#233;gime policier, de mortelles erreurs et de lourdes d&#233;faites. En r&#233;sultat, quoi qu'elle en voul&#251;t, elle a contribu&#233; &#224; une renaissance temporaire des partis social-d&#233;mocrates condamn&#233;s par l'histoire. Luttant furieusement contre eux en paroles et leur c&#233;dant le terrain en fait, elle a ouvert les portes &#224; une r&#233;action inou&#239;e dans l'histoire. La victoire du fascisme allemand est conditionn&#233;e par les capitulations combin&#233;es des IIe et IIIe Internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels crimes ne peuvent &#234;tre pardonn&#233;s. Les partis qui sont coupables de la plus grande catastrophe politique sont condamn&#233;s &#224; &#234;tre mis au rancart. De la terrible r&#233;action actuelle, le prol&#233;tariat, t&#244;t ou tard, rentrera de nouveau dans la voie r&#233;volutionnaire. Mais il rassemblera ses phalanges sous un nouveau drapeau. L&#224; est le sens historique de la pr&#233;paration d'un IVe Internationale. Que messieurs les sceptiques ricanent et insultent ! L'histoire n'est pas faite par les sceptiques. En tout cas, ce n'est pas pour les sceptiques que ce livre est &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*] En exergue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage a &#233;t&#233; &#233;crit en exil, dans l'&#238;le de Prinkipo, pr&#232;s de Constantinople, voici quatre ans. On le pr&#233;sente ici &#224; l'attention des lecteurs dans une &#233;dition nouvelle, consid&#233;rablement abr&#233;g&#233;e. L'auteur veut esp&#233;rer que l'ouvrage a peu souffert des abr&#233;viations et, en tout cas, est devenu, par l&#224; m&#234;me, accessible aux larges cercles de lecteurs auxquels il &#233;tait, d&#232;s le d&#233;but, destin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#201;ON TROTSKY. Le 4 D&#233;cembre 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv00.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv00.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rosmer et Trotsky</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rosmer et Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Autoris&#233; &#224; se rapprocher de Paris &#8211; Seine et Seine-et-Oise restant interdites &#8211; Trotsky a quitt&#233; Saint-Palais pour venir s'installer dans une villa modeste de Barbizon, en lisi&#232;re de la for&#234;t. Toutes ces questions prennent alors pour lui un int&#233;r&#234;t nouveau et, pour ainsi dire, plus tangible, car il lui est d&#232;s lors facile de reprendre contact avec des amis, avec des hommes qu'il a connus en France pendant la guerre, de recevoir des militants qui, de partout, viennent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rosmer et Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Autoris&#233; &#224; se rapprocher de Paris &#8211; Seine et Seine-et-Oise restant interdites &#8211; Trotsky a quitt&#233; Saint-Palais pour venir s'installer dans une villa modeste de Barbizon, en lisi&#232;re de la for&#234;t. Toutes ces questions prennent alors pour lui un int&#233;r&#234;t nouveau et, pour ainsi dire, plus tangible, car il lui est d&#232;s lors facile de reprendre contact avec des amis, avec des hommes qu'il a connus en France pendant la guerre, de recevoir des militants qui, de partout, viennent l'interroger, lui demander conseil, examiner avec lui leurs probl&#232;mes. C'est pour lui une vie nouvelle, une p&#233;riode de discussions ardentes, passionn&#233;es. Ces rencontres, fructueuses, lui sont agr&#233;ables et, &#224; la fois, l'inqui&#232;tent car il ne sent pas, le plus souvent, chez ses interlocuteurs, une pleine compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements ni surtout l'esprit de d&#233;cision, la volont&#233; de recourir aux mesures de d&#233;fense que le pr&#233;sent exige. S'il qualifie durement l'attitude des chefs staliniens et socialistes c'est parce qu'il estime qu'elle contribue &#224; &#233;garer ou paralyser l'action du prol&#233;tariat. Il est irrit&#233; de voir L&#233;on Blum invoquer la lutte de classe pour refuser de participer &#224; des minist&#232;res radicaux qu'il soutient, et &#233;crire, entre autres, que &#034; tant que la puissance capitaliste ne sera pas rompue ou soumise, aucun peuple ne peut &#234;tre assur&#233; ni de la libert&#233; ni de la paix &#034;. Chez eux, les actes ne suivent jamais les paroles qui les commandent ; ils excitent les ouvriers, les jettent dans l'action mais d&#233;sarm&#233;s devant une bourgeoisie renforc&#233;e de ligues arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky est engag&#233; &#224; fond dans ces conversations, discussions, controverses, quand un incident banal va soudain mettre fin &#224; cette activit&#233; partielle retrouv&#233;e. Il sera l'occasion cherch&#233;e du d&#233;clenchement d'une campagne minutieusement pr&#233;par&#233;e. Le 16 avril 1934, les journaux annon&#231;aient, sous de grands titres, que la police venait de &#034; d&#233;couvrir &#034; que Trotsky vivait &#224; Barbizon. Aussit&#244;t des journalistes, nombreux, et flanqu&#233;s de photographes, vinrent prendre possession des alentours de la villa, y demeurant jour et nuit, tandis que dans leurs feuilles, l'affaire &#233;tait exploit&#233;e avec une extr&#234;me violence ; l'Action fran&#231;aise, royaliste, &#233;tait rejointe par des organes soi-disant ind&#233;pendants, comme le Matin et le Journal. Ils affectaient de se scandaliser, simulant l'indignation : comment &#034; le bolch&#233;vik a-t-il pu &#234;tre autoris&#233; &#224; r&#233;sider en France &#034; ! Le ministre de l'Int&#233;rieur &#8211; c'est un radical, Albert Sarraut &#8211; d&#233;cide d'annuler l'autorisation de s&#233;jour accord&#233;e par Daladier et d'expulser Trotsky &#8211; pour la seconde fois. Seul, de tous les journaux, le Populaire a une attitude d&#233;cente. Il d&#233;nonce l'hypocrisie du gouvernement et la com&#233;die de l'indignation jou&#233;e par la grande presse ; c'est, &#233;crit-il, beaucoup de bruit pour rien car la police n'a pas eu &#224; d&#233;couvrir Trotsky &#224; Barbizon puisqu'elle l'y surveillait, et il rappelle opportun&#233;ment que, m&#234;me sous le tsarisme, la France accordait le droit d'asile aux r&#233;volutionnaires russes. La Ligue des droits de l'homme proteste &#224; son tour ; un meeting est organis&#233; sous la pr&#233;sidence de Langevin, Malraux y prend la parole au nom des intellectuels antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les protestations rest&#232;rent vaines. Le gouvernement maintint son d&#233;cret ; c'est que, au fond, il ne s'agissait pas d'une d&#233;cision accidentelle motiv&#233;e par un incident particulier ; tout au contraire, elle s'inscrit dans sa ligne politique ; ce minist&#232;re d'union n'est au pouvoir que pour servir les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;action nationaliste ; une de ses premi&#232;res mesures a &#233;t&#233; la r&#233;vocation de vingt et un agents des P.T.T. Dans le domaine international, l'accord avec Staline sera conclu dans un mois, et c'est l'organe du syndicalisme r&#233;formiste de Jouhaux, le Peuple, qui indique qu'il faut voir dans l'expulsion de Trotsky une intervention de la diplomatie russe (l'histoire se r&#233;p&#233;tera plus tard en Norv&#232;ge), ce que confirme l'attitude de l'Humanit&#233;. Car elle fait sa partie dans la campagne, nullement g&#234;n&#233;e par le voisinage de l'Action fran&#231;aise royaliste, et de journaux qu'elle qualifie ordinairement de valets de l'imp&#233;rialisme, ni par les attaques courantes de la presse hitl&#233;rienne contre Trotsky, par l'Angriff entre autres, qui &#034; montre les efforts du &#034; maudit &#034; pour la formation en Europe d'un front unique des rouges &#034;, ainsi que le cite en l'approuvant, le Matin : la coalition contre l'exil&#233; est compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette unanimit&#233; est embarrassante pour le gouvernement fran&#231;ais ; r&#233;solu &#224; expulser Trotsky au plus vite du territoire fran&#231;ais, il se trouve emp&#234;ch&#233; de le faire car aucun gouvernement ne consent &#224; accueillir le proscrit pour qui la plan&#232;te est encore une fois sans visa. La Suisse, l'Italie, la Belgique, l'Irlande, pressenties, r&#233;pondent n&#233;gativement, imitant les grandes puissances d&#233;mocratiques, l'Angleterre et l'Allemagne, qui ont refus&#233; le visa, m&#234;me quand travaillistes et social-d&#233;mocrates &#233;taient au pouvoir. Il en est r&#233;duit &#224; entreprendre des n&#233;gociations avec le gouvernement turc, revenant au point de d&#233;part de l'exil ; elles n'aboutiront pas. Trotsky sera, par force, tol&#233;r&#233;, situation singuli&#232;re qui ne prendra fin que lorsque le gouvernement travailliste de Norv&#232;ge consentira &#224; le recevoir, le 9 juin 1935, plus d'une ann&#233;e apr&#232;s l'affaire de Barbizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929, confin&#233; &#224; Prinkipo, Trotsky avait tenu &#224; faire remarquer que &#034; gr&#226;ce aux efforts de l'appareil stalinien et avec l'appui amical de tous les gouvernements bourgeois, l'auteur de ces lignes est plac&#233; dans de telles conditions qu'il ne peut r&#233;agir aux &#233;v&#233;nements politiques qu'avec un retard de quelques semaines &#034;. Maintenant il ne s'agira pas de retard mais d'impossibilit&#233;. Furieux de ne pouvoir parvenir &#224; ses fins, le ministre fran&#231;ais soumit Trotsky &#224; un r&#233;gime d'une extr&#234;me s&#233;v&#233;rit&#233;, une surveillance polici&#232;re de tous les instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isol&#233; dans une petite ville du Dauphin&#233;, priv&#233; quasi compl&#232;tement de toute visite, de tout contact avec l'ext&#233;rieur, l'exil&#233;, qui a pourtant une certaine exp&#233;rience des prisons du Vieux et du Nouveau Monde, conna&#238;tra un r&#233;gime plus dur que ceux qui lui ont &#233;t&#233; impos&#233;s jusqu'alors, et d'autant plus insupportable qu'il vient apr&#232;s une p&#233;riode de libert&#233; relative, d'activit&#233; restreinte mais r&#233;elle au sein du mouvement ouvrier fran&#231;ais. C'est alors et dans ces conditions qu'il d&#233;cide de transcrire en des cahiers, au jour le jour, les remarques que lui inspirent ses lectures, notes dans lesquelles la r&#233;clusion l'am&#232;nera &#224; livrer davantage de lui-m&#234;me qu'&#224; l'accoutum&#233;e, et qui constitueront ce &#034; Journal &#034;, document unique, et par l&#224; inestimable, dans son oeuvre jusqu'ici publi&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AIfred ROSMER.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;rigny, 12 f&#233;vrier 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1929/03/rosmer_19290322.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1929/03/rosmer_19290322.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1929/rosmer_19290416.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1929/rosmer_19290416.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1929/rosmer_19291201.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1929/rosmer_19291201.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1931/04/lettre%20a%20trotsky.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1931/04/lettre%20a%20trotsky.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1919/00/rosmer_19190000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1919/00/rosmer_19190000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1950/10/trotsky_a_paris.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1950/10/trotsky_a_paris.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2009.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2009.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2015.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2015.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2021.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/msl/msl2021.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/11/ros2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1921/11/ros2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1959/10/trotsky.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1959/10/trotsky.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosturq.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosturq.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosfran.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosfran.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosnor.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosnor.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosmex1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosmex1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosmex2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/rosmex2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/lt19291020.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/10/lt19291020.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/11/lt19291121.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/11/lt19291121.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1890&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1365&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve1365&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Est-il possible de programmer le moment d'une contre-r&#233;volution ou d'une r&#233;volution ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article7961</link>
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		<dc:date>2025-04-28T02:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L. Trotsky. &lt;br class='autobr' /&gt;
UNE CONTRE-REVOLUTION OU UNE REVOLUTION PEUT-ELLE SE FAIRE EXACTEMENT AU BON MOMENT ? *273 &lt;br class='autobr' /&gt;
La justesse de la pens&#233;e est n&#233;cessaire partout, et plus encore en mati&#232;re de strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Mais comme les r&#233;volutions ne se produisent pas tr&#232;s souvent, les concepts et les id&#233;es r&#233;volutionnaires ont le temps de s'engraisser, les contours deviennent flous, les questions se posent tant bien que mal, et tant bien que mal se r&#233;solvent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mussolini a fait sa &#034;r&#233;volution&#034; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L. Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE CONTRE-REVOLUTION OU UNE REVOLUTION PEUT-ELLE SE FAIRE EXACTEMENT AU BON MOMENT ? *273&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justesse de la pens&#233;e est n&#233;cessaire partout, et plus encore en mati&#232;re de strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Mais comme les r&#233;volutions ne se produisent pas tr&#232;s souvent, les concepts et les id&#233;es r&#233;volutionnaires ont le temps de s'engraisser, les contours deviennent flous, les questions se posent tant bien que mal, et tant bien que mal se r&#233;solvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mussolini a fait sa &#034;r&#233;volution&#034; (c'est-&#224;-dire la contre-r&#233;volution) &#224; l'heure publiquement fix&#233;e &#224; l'avance. Il a r&#233;ussi parce que le socialisme n'a pas fait de r&#233;volution au moment venu. Les fascistes bulgares ont men&#233; leur &#171; r&#233;volution &#187; par le biais d'une conspiration militaire*274, avec affectation exacte des effectifs et r&#233;partition des r&#244;les. De m&#234;me, l'officier espagnol *275. Les coups d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaires suivent presque toujours ce sch&#233;ma. Ils sont g&#233;n&#233;ralement programm&#233;s pour co&#239;ncider avec le moment o&#249; la d&#233;sillusion des masses dans la r&#233;volution ou la d&#233;mocratie prend la forme de l'indiff&#233;rence et cr&#233;e ainsi une situation politique favorable &#224; une frappe militaire, qui est organisationnellement et techniquement pr&#233;par&#233;e et chronom&#233;tr&#233;e &#224; l'avance pour un certain moment. . Il est clair qu'une situation politique favorable &#224; un soul&#232;vement r&#233;actionnaire ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e artificiellement, encore moins cal&#233;e sur une certaine date. Mais lorsque cette situation est pr&#233;sente dans ses &#233;l&#233;ments de base, le parti dirigeant, comme on le voit, choisit &#224; l'avance un moment favorable, fait co&#239;ncider ses efforts politiques, organisationnels et techniques avec lui, et - s'il n'y a pas eu d'erreur de calcul dans le calcul - porte un coup victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie n'a pas toujours fait de contre-r&#233;volutions. Elle a d&#251; faire des r&#233;volutions dans le pass&#233;. Leur a-t-elle fix&#233; un d&#233;lai ? Il serait tr&#232;s int&#233;ressant et &#224; bien des &#233;gards instructif d'analyser sous cet angle le d&#233;veloppement des r&#233;volutions bourgeoises classiques et &#233;pigones (un sujet pour nos jeunes &#233;rudits marxistes !). Mais m&#234;me sans une &#233;tude aussi d&#233;taill&#233;e, les principaux &#233;l&#233;ments suivants de la question peuvent &#234;tre &#233;tablis. La bourgeoisie riche et instruite, c'est-&#224;-dire cette partie particuli&#232;re du &#171; peuple &#187; qui a pris le pouvoir n'a pas fait de r&#233;volution, mais a attendu qu'elle se produise. Lorsque le mouvement d'en bas a d&#233;bord&#233; et renvers&#233; l'ancien syst&#232;me social ou l'ancien r&#233;gime politique, la bourgeoisie lib&#233;rale a presque automatiquement pris le pouvoir en main. Les savants lib&#233;raux ont d&#233;clar&#233; une telle r&#233;volution &#034;naturelle&#034;, in&#233;vitable, et ils ont &#233;galement cr&#233;&#233; de grands lieux communs sous le nom de lois historiques : r&#233;volution et contre-r&#233;volution (Kareev de m&#233;moire b&#233;nie : action et r&#233;action) sont des produits naturels du d&#233;veloppement historique et, par cons&#233;quent, ne peut &#234;tre arbitrairement fait ou nomm&#233; selon le calendrier, etc., etc. Ces lois n'ont jamais emp&#234;ch&#233; des coups d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaires bien pr&#233;par&#233;s. D'autre part, l'informe de la pens&#233;e lib&#233;rale bourgeoise s'insinue souvent dans les t&#234;tes r&#233;volutionnaires, y causant une grande d&#233;vastation et apportant des dommages pratiques ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me les r&#233;volutions bourgeoises, loin d'&#234;tre &#224; toutes leurs &#233;tapes, se sont d&#233;velopp&#233;es selon les lois &#171; naturelles &#187; du si&#232;ge lib&#233;ral : lorsque la d&#233;mocratie petite-bourgeoise et pl&#233;b&#233;ienne a renvers&#233; le lib&#233;ralisme, elle l'a fait en complotant et en pr&#233;parant un soul&#232;vement programm&#233; &#224; l'avance pour une certaine date. Tout comme les Jacobins, l'extr&#234;me gauche de la R&#233;volution fran&#231;aise. C'est tout &#224; fait compr&#233;hensible. Pour la bourgeoisie lib&#233;rale (pour les Fran&#231;ais en 1789, pour la n&#244;tre en f&#233;vrier 1917), il suffit d'attendre un puissant mouvement spontan&#233; pour mettre sur la balance au dernier moment sa richesse, son &#233;ducation, ses liens avec l'&#201;tat. appareil et, ainsi, prendre le contr&#244;le de la roue. La d&#233;mocratie petite-bourgeoise, dans d'autres conditions similaires, doit agir diff&#233;remment : elle n'a ni richesse, ni influence sociale, ni relations. Il est parfois oblig&#233; de les remplacer par un plan pr&#233;cis&#233;ment pens&#233; et soigneusement pr&#233;par&#233; pour un bouleversement r&#233;volutionnaire. Et le plan suppose une certaine orientation dans le temps, et donc la fixation d'une &#233;ch&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'applique d'autant plus &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Le Parti communiste ne peut pas adopter une position attentiste par rapport au mouvement r&#233;volutionnaire croissant du prol&#233;tariat - c'est fondamentalement la position du mench&#233;visme : retarder la r&#233;volution pendant qu'elle se d&#233;veloppe, profiter de ses succ&#232;s lorsqu'elle est &#224; moiti&#233; -victorieux, et de tout faire pour retarder son ach&#232;vement. Le Parti communiste peut prendre le pouvoir non pas en utilisant le mouvement r&#233;volutionnaire de l'ext&#233;rieur, mais seulement en raison de la direction politique, organisationnelle et militaro-technique directe et imm&#233;diate des masses r&#233;volutionnaires, &#224; la fois pendant une longue p&#233;riode de pr&#233;paration et &#224; le moment m&#234;me d'un bouleversement d&#233;cisif. C'est pourquoi le Parti communiste n'a absolument rien &#224; voir avec la grande loi lib&#233;rale selon laquelle les r&#233;volutions se font et ne se font pas et ne peuvent donc pas &#234;tre programm&#233;es &#224; temps. Du point de vue d'un observateur, c'est vrai, du point de vue d'un dirigeant, c'est un lieu commun et une vulgarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons un pays o&#249; les conditions politiques de la r&#233;volution prol&#233;tarienne soit ont finalement m&#251;ri, soit m&#251;rissent clairement et &#233;videmment chaque jour. Quelle sera l'attitude du Parti communiste dans ces conditions face &#224; la question du soul&#232;vement et de sa d&#233;signation selon le calendrier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le pays traverse la crise sociale la plus profonde, les contradictions s'aiguisent &#224; l'extr&#234;me, les masses laborieuses sont en &#233;bullition continue, si le parti est soutenu par une majorit&#233; claire et indiscutable des travailleurs, et donc tout ce qui est actif, conscient, se sacrifie dans le prol&#233;tariat, alors le parti n'a pas d'autre t&#226;che que de fixer une &#233;ch&#233;ance aussi proche que possible, c'est-&#224;-dire une telle p&#233;riode pendant laquelle la situation r&#233;volutionnaire favorable ne pouvait pas changer radicalement contre nous - et, concentrant les principaux efforts sur la pr&#233;paration de la gr&#232;ve, subordonner toute la politique et l'organisation actuelles &#224; l'objectif militaire afin de frapper avec des forces concentr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas raisonner sur un pays abstrait, tournons-nous vers notre R&#233;volution d'Octobre. Le pays &#233;tait dans un &#233;tat de la plus grande crise - &#224; la fois interne et internationale. L'appareil d'&#201;tat &#233;tait paralys&#233;. Les travailleurs afflu&#232;rent de plus en plus sous la banni&#232;re de notre Parti. A partir du moment o&#249; une majorit&#233; bolchevique s'est form&#233;e au Soviet de Saint-P&#233;tersbourg, puis au Soviet de Moscou, le Parti s'est pos&#233; la question de bout en bout - non pas de la lutte pour le pouvoir en g&#233;n&#233;ral, mais de la pr&#233;paration de la prise du pouvoir selon un plan pr&#233;cis et dans un d&#233;lai d&#233;termin&#233;. Comme on le sait, une telle date &#233;tait en fait le jour fix&#233; pour le Congr&#232;s panrusse des soviets. Une partie des membres du Comit&#233; central croyait d'avance que le moment de la gr&#232;ve proprement dite devait co&#239;ncider avec le moment politique du Congr&#232;s des soviets. D'autres membres du Comit&#233; central, craignant que la bourgeoisie n'ait le temps de pr&#233;parer et de disperser le congr&#232;s &#224; ce moment-l&#224;, demandent qu'il soit report&#233; &#224; une date ant&#233;rieure. La d&#233;cision prise par le Comit&#233; central a nomm&#233; un soul&#232;vement arm&#233; pour une p&#233;riode au plus tard le 15 octobre. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;e avec un retard d&#233;lib&#233;r&#233; de dix jours, car le cours des pr&#233;paratifs - agitation et organisation - a confirm&#233; que mener un soul&#232;vement ind&#233;pendamment du Congr&#232;s des soviets reviendrait &#224; semer la confusion parmi des sections importantes de la classe ouvri&#232;re, qui datent l'id&#233;e de saisir le pouvoir aux soviets, et non au parti et &#224; ses organisations secr&#232;tes ; d'autre part, il est devenu tout &#224; fait clair que la bourgeoisie &#233;tait d&#233;j&#224; trop d&#233;moralis&#233;e pour pouvoir pr&#233;parer une rebuffade s&#233;rieuse en deux ou trois semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la question militaire s'est pos&#233;e &#224; nous sous une forme purement calendaire apr&#232;s que le Parti eut obtenu la majorit&#233; dans les principaux soviets, assurant ainsi la condition pr&#233;alable politique de base pour la prise du pouvoir. Avant que cette majorit&#233; ne soit pr&#233;sente, le plan organisationnel et technique, bien s&#251;r, ne pouvait qu'&#234;tre plus conditionnel et plus flexible. La mesure de notre influence r&#233;volutionnaire &#233;tait pour nous les soviets, cr&#233;&#233;s par les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires au d&#233;but de la r&#233;volution. Les soviets, d'autre part, &#233;taient une couverture politique pour notre travail conspirateur et secret, puis les organes du pouvoir apr&#232;s la ma&#238;trise effective de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle serait notre strat&#233;gie s'il n'y avait pas de Soviets ? &#201;videmment, tout d'abord, nous devrions nous tourner vers d'autres mesures de notre influence r&#233;volutionnaire : syndicats, gr&#232;ves, manifestations de rue, toutes sortes d'&#233;lections d&#233;mocratiques, etc. l'activit&#233; des masses, m&#234;me en l'absence de soviets, nous aurions pleinement l'occasion de voir &#224; quel point la majorit&#233; r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re et des travailleurs en g&#233;n&#233;ral se tient derri&#232;re nous. Il est clair qu'&#224; ce moment nous aurions d&#251; lancer le mot d'ordre de la cr&#233;ation des soviets aux masses. Mais ce faisant, nous placerions toute la question sur le plan d'un affrontement militaire et, par cons&#233;quent, en jetant le mot d'ordre de la cr&#233;ation de soviets, nous aurions d&#233;j&#224; un plan m&#251;rement r&#233;fl&#233;chi pour un soul&#232;vement arm&#233; avec une date fix&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque la majorit&#233; des travailleurs est avec nous, au moins dans les centres et r&#233;gions d&#233;cisifs, la cr&#233;ation de soviets &#224; notre appel serait assur&#233;e. Les villes et les r&#233;gions les plus arri&#233;r&#233;es auraient suivi, avec un retard ou un autre, les centres leaders. Devant nous se trouverait une t&#226;che politique : nommer un Congr&#232;s des soviets, et une t&#226;che militaire - assurer le transfert du pouvoir entre les mains de ce Congr&#232;s. Il est clair que ce sont les deux faces d'un m&#234;me probl&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons maintenant que notre Comit&#233; central, dans les circonstances indiqu&#233;es ci-dessus, c'est-&#224;-dire en l'absence des Soviets, r&#233;unis pour un meeting d&#233;cisif &#224; un moment o&#249; les masses s'&#233;taient d&#233;j&#224; spontan&#233;ment dirig&#233;es vers nous, mais ne nous avaient pas encore assur&#233; une majorit&#233; claire et &#233;crasante. Comment pourrions-nous commencer &#224; &#233;laborer un nouveau plan d'action ? Fixerions-nous une date pour le soul&#232;vement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cela d&#233;coule de tout ce qui pr&#233;c&#232;de. Nous nous dirions : nous n'avons pas encore aujourd'hui de majorit&#233; claire et inconditionnelle ; mais le d&#233;placement des masses est si grand que la majorit&#233; indiscutable et militante qui nous est n&#233;cessaire est l'affaire des semaines &#224; venir ; Supposons qu'il nous faille environ un mois de plus pour gagner la majorit&#233; des ouvriers de Petrograd, de Moscou et du bassin du Donets ; fixons-nous cette t&#226;che et concentrons dans ces centres les forces n&#233;cessaires &#224; sa solution. D&#232;s que la majorit&#233; sera acquise - et nous le v&#233;rifierons en pratique dans un mois - nous appellerons les travailleurs &#224; cr&#233;er des soviets. Il ne faudra pas plus d'une semaine ou deux pour Petrograd, Moscou et le bassin du Donets ; nous pouvons nous attendre &#224; ce que le reste des villes et des r&#233;gions suive l'exemple du centre dans les deux &#224; trois prochaines semaines. Ainsi, il faut environ un mois pour cr&#233;er un r&#233;seau de soviets. Apr&#232;s que les Soviets avec notre majorit&#233;, bien s&#251;r, existent dans les domaines les plus importants, nous les appelons au Congr&#232;s panrusse des Soviets. Il faut estimer encore deux semaines pour la mise en place du Congr&#232;s. Ainsi, nous avons deux mois et demi avant le Congr&#232;s. Pendant ce temps, la prise du pouvoir doit &#234;tre non seulement pr&#233;par&#233;e, mais aussi r&#233;alis&#233;e. Conform&#233;ment &#224; cela, nous donnerions &#224; notre organisation militaire un programme con&#231;u pour deux, maximum deux mois et demi pour pr&#233;parer un soul&#232;vement &#224; Petrograd, Moscou, le long de la voie ferr&#233;e, etc. Je parle au conditionnel (ils l'auraient fait, ils l'auraient nomm&#233;), parce qu'en fait, nous avons agi, certes pas mal, mais pas avec une telle planification : non pas parce que des &#034;lois historiques&#034; nous ont g&#234;n&#233;s, mais parce que nous faisions pour la premi&#232;re fois un soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-il possible de se tromper avec cette m&#233;thode ? La prise du pouvoir signifie la guerre, et dans la guerre il peut y avoir des victoires et des d&#233;faites. Mais le chemin que nous d&#233;crivons sch&#233;matiquement conduit le plus correctement, le plus directement au but, c'est-&#224;-dire maximise les chances de gagner. En fait, s'il s'av&#233;rait un mois apr&#232;s la r&#233;union d&#233;cisive du Comit&#233; central dessin&#233;e ci-dessus que nous n'avions toujours pas derri&#232;re nous la majorit&#233; des travailleurs, nous ne lancerions bien s&#251;r pas le mot d'ordre de la cr&#233;ation de soviets, puisque ce mot d'ordre flotterait dans l'air (on suppose dans notre exemple que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks sont contre les soviets). Au contraire, si une majorit&#233; militante incontest&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; derri&#232;re nous apr&#232;s deux semaines, cela raccourcirait notre plan et rapprocherait le moment d&#233;cisif du soul&#232;vement. Il en va de m&#234;me pour les deuxi&#232;me et troisi&#232;me &#233;tapes du plan : &#224; la cr&#233;ation des Soviets et &#224; la convocation de leur Congr&#232;s. Nous ne publierions pas le mot d'ordre du Congr&#232;s des soviets tant que nous n'aurions pas assur&#233;, comme mentionn&#233; ci-dessus, l'&#233;mergence effective des soviets dans les centres les plus importants. Ainsi, la r&#233;alit&#233; de chaque &#233;tape de notre plan est pr&#233;par&#233;e et s&#233;curis&#233;e par l'accomplissement des &#233;tapes pr&#233;c&#233;dentes du plan. Des travaux militaires pr&#233;paratoires se d&#233;roulent en parall&#232;le selon le calendrier le plus strict. En m&#234;me temps, le parti tient imp&#233;rieusement entre ses mains son appareil militaire. Bien s&#251;r, dans une r&#233;volution, il y a toujours beaucoup d'impr&#233;vus, d'impr&#233;vus, de spontan&#233;s et, bien s&#251;r, nous devons compter avec tous ces &#034;accidents&#034; et nous y adapter, mais nous le ferons avec d'autant plus de succ&#232;s et avec plus de confiance, plus soigneusement le plan de notre conspiration. La r&#233;volution a le pouvoir puissant de l'improvisation, mais elle n'improvise jamais rien de bon pour les fatalistes, les cr&#233;tins et les niais. Victoires : &#233;valuation politique correcte, organisation et volont&#233; de frapper de mani&#232;re d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*273 Article du camarade Trotsky - &#034;Est-il possible de programmer le moment d'une contre-r&#233;volution ou d'une r&#233;volution ?&#034; - paru pour la premi&#232;re fois dans la Pravda, dans le num&#233;ro du 23 septembre 1923. L'article avait &#224; l'esprit la r&#233;volution allemande et &#233;tait dirig&#233;, comme il ressort clairement du texte, contre cette attitude d'attente informe envers la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui a conduit, en fin de compte, &#224; la perturbation de la situation r&#233;volutionnaire exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*274 Complot militaire en Bulgarie. - Le coup d'&#201;tat bulgare a &#233;t&#233; men&#233; par des cercles contre-r&#233;volutionnaires &#224; l'&#233;t&#233; 1923. Le coup d'&#201;tat &#233;tait pr&#233;par&#233; de longue date et a r&#233;ussi gr&#226;ce &#224; la politique instable du gouvernement paysan d'Istanbul et &#224; la fausse politique d'&#034;abstinence&#034; du Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*275 Le coup d'&#201;tat des officiers espagnols - a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; en 1923 et a conduit &#224; la domination des cercles les plus agressifs de la bourgeoisie espagnole. Le chef de ce coup d'&#201;tat &#233;tait De Rivera, qui est devenu le chef du gouvernement fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm233.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.magister.msk.ru/library/trotsky/trotm233.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1926/11/lt19261126.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1926/11/lt19261126.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel type de parti r&#233;volutionnaire faut-il &#224; la classe ouvri&#232;re ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.org/spip.php?article8667</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.org/spip.php?article8667</guid>
		<dc:date>2025-04-24T22:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Karob, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quel type de parti r&#233;volutionnaire faut-il &#224; la classe ouvri&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui semble remarquable au premier abord c'est qu'il n'existe actuellement aucun parti au monde digne du nom de parti ouvrier ou de parti r&#233;volutionnaire au point que certains commentateurs s'imaginent qu'il n'y en aura plus. Mais c'est un peu comme certains commentateurs pensent qu'il n'y aura plus de r&#233;volution prol&#233;tarienne&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, c'est tr&#232;s loin d'&#234;tre la premi&#232;re p&#233;riode de l'histoire qui soit dans cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel type de parti r&#233;volutionnaire faut-il &#224; la classe ouvri&#232;re ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui semble remarquable au premier abord c'est qu'il n'existe actuellement aucun parti au monde digne du nom de parti ouvrier ou de parti r&#233;volutionnaire au point que certains commentateurs s'imaginent qu'il n'y en aura plus. Mais c'est un peu comme certains commentateurs pensent qu'il n'y aura plus de r&#233;volution prol&#233;tarienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est tr&#232;s loin d'&#234;tre la premi&#232;re p&#233;riode de l'histoire qui soit dans cette situation depuis que le capitalisme et le prol&#233;tariat industriel existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir ici : &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti est, comme la r&#233;volution, &#171; la vieille taupe &#187; qui dispara&#238;t sous terre pour r&#233;apparaitre longtemps apr&#232;s, toujours aussi dynamique et active&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite des grandes d&#233;faites prol&#233;tariennes, il y a eu &#224; chaque fois de longues p&#233;riodes o&#249; la classe ouvri&#232;re ne disposait plus de partis r&#233;volutionnaires, le capitalisme soit repartant pour une phase de croissance, soit l'humanit&#233; subissant un recul violent, les classes poss&#233;dantes lui imposant un assassinat en masse et les masses retombaient dans le silence politique et parfois social. Il existe m&#234;me des pays o&#249; les travailleurs n'ont jamais dispos&#233; d'un parti politique ouvrier. Il n'y a aucun m&#233;canisme automatique qui d&#233;finisse d'avance les progr&#232;s et les reculs de la conscience politique ni de l'organisation politique du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les al&#233;as de l'histoire sont aussi impr&#233;dictibles en la mati&#232;re qu'en ce qui concerne les luttes de classes elles-m&#234;mes. Des pays comme le Portugal, l'Italie, la France ou les USA ont connu &#224; certains moments des explosions du nombre de gens qui voulaient militer en r&#233;volutionnaires, explosions que rien ne pr&#233;disait auparavant. Et du coup, des occasions brutales de construire des partis r&#233;volutionnaires. Mais pas forc&#233;ment de v&#233;ritables politiques r&#233;volutionnaires pour appuyer ces efforts&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat d'id&#233;es sur le parti r&#233;volutionnaire a ses lois. Les trahir ne m&#232;ne pas au succ&#232;s. Les petits et les grands manipulateurs d'organisations ne conduisent pas le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire vers des victoires mais vers des impasses piteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une de ces lois incontournables est celle de la connaissance des le&#231;ons du pass&#233;. Rappelons-nous que la R&#233;volution fran&#231;aise a &#233;t&#233; aussi loin parce qu'elle &#233;tait amr&#233;e des le&#231;ons historiques des r&#233;volutions anglaises et am&#233;ricaines. Le prol&#233;tariat devra en &#234;tre arm&#233; de cette connaissance quand il repartira &#224; l'assaut. C'est l'une des t&#226;ches essentielles du parti r&#233;volutionnaire. Sans lui, les travailleurs ne peuvent avoir de telles connaissances.Ils n'ont aucun moyen d'emmagasiner les le&#231;ons des luttes pass&#233;es et leur analyse &#224; l'aide d'une m&#233;thode scientifique et r&#233;volutionnaire qu'ils n'ont jamais eu l'occasion d'&#233;tudier. Ils ont encore moins la possibilit&#233; de continuer &#224; construire scientifiquement cette m&#233;thode, le marxisme. C'est la t&#226;che num&#233;ro un des r&#233;volutionnaires : relier les lutes pr&#233;sentes aux le&#231;ons des luttes du pass&#233;, non seulement de celles des &#233;poques de Marx &#224; L&#233;nine et &#224; Trotsky mais aussi des r&#233;volutions qui ont suivi, de la r&#233;volution vietnamienne &#224; la hongroise et aux vagues r&#233;volutionnaires d&#233;but&#233;es en 2011 jusqu'&#224; aujourd'hui. Leur analyse scientifique est un fondement indispensable des politiques des classes dirigeantes (c'est en tenant compte de ses le&#231;ons que celles-ci programment actuellement guerre mondiale, fascisme, dictature et guerres civiles intercommunautaires) et doit l'&#234;tre aussi pour les exploit&#233;s, pour contrer les pi&#232;ges des exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance intime de tout le pass&#233; historique des luttes de classes (y compris celles des r&#233;volutions bourgeoises et m&#234;me les r&#233;volutions de l'antiquit&#233;), c'est la premi&#232;re chose qui distingue l'avant-garde r&#233;volutionnaire de la masse du prol&#233;tariat, qu'elle soit ou pas infuenc&#233;e par les r&#233;formistes politiques et syndicaux. Et il ne s'agit pas seulement de la connaissance des faits mais aussi de la liaison de ceux-ci avec une analyse scientifique de classe de toute l'Histoire, reli&#233;e de mani&#232;re dynamique &#224; une m&#233;thode scientifique et philosophique. Nous voulons bien entendu parler du marxisme, celui de Marx et Engels, enrichi par Rosa Luxemburg, Trotsky, L&#233;nine et quelques autres.L&#224; encore, il ne s'agit pas de faire une courbette aux anciens grands r&#233;volutionnaires, une citation par ci par l&#224;, et un compliment joliment tourn&#233;. Non, il faut que nos &#233;tudes actuelles prennent la suite de ces grands auteurs, m&#234;me si tout le monde nous dira qu'on n'en est pas capables, qu'on n'a pas le g&#233;nie de ceux-l&#224;, qu'on n'a pas leur exp&#233;rience des r&#233;volutions, etc. Et c'est vrai mais necessit&#233; fait loi&#8230; La science vivante des r&#233;volutionnaires (science des r&#233;volutions mais aussi des contre-r&#233;volutions) ne peut pas se contenter de vivre d'&#233;vocations du pass&#233; et elle doit p&#233;n&#233;trer le pr&#233;sent et l'avenir sous peine d'&#234;tre d&#233;pass&#233;e par celle des ennemis du prol&#233;tariat. Elle doit s'emparer des meilleurs r&#233;sultats des sciences et de la philosophie sous peine d'&#234;tre domin&#233;e par des id&#233;es fausses (issues de l'id&#233;alisme et de la pens&#233;e non-dialectique par exemple) qui la bloqueraient dans ses raisonnements. Les id&#233;es ne sont pas un domaine secondaire pour les r&#233;volutionnaires mais l'organisation sans la th&#233;orie r&#233;volutionnaire c'est un peu comme l'arbre sans la s&#232;ve : elle est morte, tout en pouvant conserver toutes les apparences du vivant. L'organisation sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire ne fait plus que figer des formes pass&#233;es sans avoir le moindre r&#244;le dynamique de transformation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, sans avant-garde &#233;clair&#233;e et form&#233;e, est contrainte de retomber dans toutes les erreurs et illusions qui l'ont amen&#233; pr&#233;c&#233;demment dans des impasses, de refaire les fautes d&#233;j&#224; connues et d'en faire d'autres en plus. C'est un r&#244;le majeur du parti r&#233;volutionnaire. Il ne d&#233;pend pas du nombre de ses militants, m&#234;me si celui-ci joue un r&#244;le dans la diffusion des id&#233;es. Encore faut-il que ces id&#233;es ne s'en tiennent pas &#224; r&#233;p&#233;ter que la soci&#233;t&#233; est malade du capitalisme et qu'il faudra le renverser un beau jour. Et &#224; r&#233;p&#233;ter aussi qu'il faudra alors disposer d'un grand parti r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien. Car il y manque l'essentiel, &#224; savoir comment le prol&#233;tariat pourra-t-il disposer de la force de r&#233;aliser ce tour de force alors que les luttes r&#233;formistes qui &#233;chouent sans cesse lui font penser qu'il ne serait m&#234;me pas capable de pr&#233;server ses acquis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'&#234;tre r&#233;volt&#233; par la situation pr&#233;sente pour comprendre ce qui est extraordinaire (non magique mais seulement hors de l'ordinaire) dans les r&#233;volutions sociales dans lesquelles des masses exploit&#233;es qui se sont tues politiquement pendant des d&#233;cennies se mettent &#224; faire par elles-m&#234;mes de la politique, &#224; se donner les moyens et la force d'affirmer et d'imposer leur loi, des organisations de masse &#224; la base qui p&#233;n&#232;trent partout, se m&#234;lent de tout et veulent d&#233;cider de tout. Nous voulons parler des conseils ouvriers r&#233;volutionnaires, autrement appel&#233;s les soviets parce que c'est la r&#233;volution russe (ou plut&#244;t les deux r&#233;volutions de f&#233;vrier et octobre 1917) qui leur a donn&#233; la premi&#232;re manifestation &#233;clatante de capacit&#233;, de courage, de force et de dynamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re remarque impose que les r&#233;volutionnaires qui souhaitent construire le parti r&#233;volutionnaire de demain soient des militants, d&#232;s aujourd'hui et m&#234;me dans une phase non r&#233;volutionnaire ou pr&#233;-r&#233;volutionnaire, de l'id&#233;e sovi&#233;tique, des d&#233;fenseurs permanents et in&#233;branlables de l'auto-organisation des travailleurs en masse et &#224; la base, qui soit une organisation politique sur des bases de classe et avec des buts ouvertement r&#233;volutionnaires (lesquels n&#233;cessitent &#224; la fois les objectifs suivants : l'organisation &#233;conomique et social de toute la soci&#233;t&#233; au service exclusif du plus grand nombre sans aucun respect pour les int&#233;r&#234;ts des plus riches, la fin du sacro-saint droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e sur les capitaux et les entreprises du grand capital, l'armement du prol&#233;tariat org&#233;nis&#233;e en milices r&#233;volutionnaires et le d&#233;sarmement des capitalistes et de leurs Etats, la suppression de tous les organismes d'Etat et le renvoi de tous les hauts fonctionnaires, g&#233;n&#233;raux compris, la suppression des lois mises en place par le grand capital contre les travailleurs et l'union des conseils ouvriers avec tous ceux qui, au sein du peuple travailleur, sont des professions lib&#233;rales qui n'exploitent personne et ne veulent pas d&#233;fendre le grand capital). Quiconque ne ferait pas sans rel&#226;che de la propagande pour ces buts, en public comme au sein des organisations ouvri&#232;res syndicales et politiques ne serait nullement habilit&#233; &#224; construire demain le parti r&#233;volutionnaire qui est si n&#233;cessaire &#224; la classe ouvri&#232;re pour jouer son r&#244;le historique de transformation de la soci&#233;t&#233; humaine, de sa phase exploiteuse &#224; celle d&#233;barrass&#233;e des barbaries du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations qui, dans la phase non r&#233;volutionnaire ou pr&#233;-r&#233;volutionnaire, montrraient de l'opportunisme envers les partis et syndicats r&#233;formistes doivent, au contraire, &#234;tre marqu&#233;s d'un signe de d&#233;fiance aux yeux du prol&#233;tariat car ce seront les pires ennemis de la r&#233;volution, les plus s&#251;rs moyens de la tromper !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui r&#233;p&#232;tent sans cesse que leur but unique est la construction du parti r&#233;volutionnaire ne sont pas les plus habilit&#233;s &#224; r&#233;ussir cette t&#226;che :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4923&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre en &#233;tat de pr&#233;tendre &#224; construire le parti ouvrier r&#233;volutionnaire, un militant doit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Avoir une confiance profonde dans les capacit&#233;s r&#233;volutionnaires auto-organis&#233;es de la masse du prol&#233;tariat et ne pas croire en sa seule avant-garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Avoir une ferme conscience socialiste et ne d&#233;velopper la critique du monde capitaliste que d'un point de vue de l'avenir, c'est-&#224;-dire du socialisme et jamais du d&#233;mocratisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Ne pas d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts d'organisation, sous pr&#233;texte d'aller plus vite au parti, mais d&#233;fendre seulement les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. Ne pas se contenter de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques imm&#233;diats mais favoriser toujours, chaque fois o&#249; c'est possible, l'intervention politique des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Dans toute question locale, voir l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral des travailleurs et dans toute question &#224; l'&#233;chelle nationale voir toujours l'int&#233;r&#234;t international du prol&#233;tariat. Dans toutes les questions revendicatives, ne pas se contenter de revendications r&#233;formistes et poser toujours la question de mani&#232;re &#224; montrer comment la lutte m&#232;ne &#224; celle pour renverser le syst&#232;me capitaliste (revendications transitoires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Dans les interventions syndicales ou &#233;lectorales, ne jamais consid&#233;rer d'abord les int&#233;r&#234;ts de groupe mais les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des travailleurs. Toujours se pr&#233;ocupper d'abord de d&#233;fendre la conscience socialiste des travailleurs. Ne pas craindre de critiquer publiquement et virulemment les directions r&#233;formistes politiques et syndicales et d&#233;masquer toutes leurs tromperies et trahisons, critiques qui seront pr&#233;cieuses quand ces organisations, lors de la mont&#233;e r&#233;volutionnaires, voudront se faire passer pour radicales afin de chevaucher la mont&#233;e des luttes et de d&#233;tourner la r&#233;volution sociale. Ne pas craindre de d&#233;noncer les fausses extr&#234;mes gauches opportunistes qui peuvent, dans des circonstances r&#233;volutionnaires, jouer un r&#244;le extr&#234;mement n&#233;gaitf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) Ne jamais limiter son combat &#224; la d&#233;fense d'un peuple, d'une nation, d'une religion, d'une culture. Les travailleurs r&#233;volutionnaires n'ont pas de patrie, pas de nation, pas de religion, pas de communaut&#233; autre que la communaut&#233; humaine. Mais ils se battent contre toutes les formes d'oppression. Ne jamais craindre de se heurter aux pr&#233;jug&#233;s nationalistes, racistes, corporatistes et autres qui trainent dans la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Ne jamais isoler socialement et politiquement le prol&#233;tariat de toutes les couches sociales (artisans, petits commer&#231;ants, paysans, petits p&#234;cheurs, petites professions lib&#233;rales, jeunes, ch&#244;meurs, femmes, nationalit&#233;s et religions opprim&#233;es) qui commencent &#224; se r&#233;volter et qu'il est appel&#233; &#224; diriger pour gagner la r&#233;volution. Construire au contraire le programme du prol&#233;tariat pour que celui-ci prenne la t&#234;te de toutes ces couches et les s&#233;pare du grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Ambitionner d'abord les meilleures id&#233;es pour les plus grandes avanc&#233;es du prol&#233;tariat et pas seulement les meilleures avanc&#233;es de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Ne pas s'adresser en priorit&#233; aux militants syndicalistes ou politiques de gauche ni &#224; l'aristocratie ouvri&#232;re qui les fr&#233;quente et qui se croit adapt&#233;e au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) La premi&#232;re t&#226;che politique du parti est de d&#233;velopper une analyse de la situation des classes exploiteuses et pas d'abord des souffrances des exploit&#233;s ! C'est cette situation qui d&#233;termine la politique des classes dirigeantes capitalistes et, du coup, la politique qui est n&#233;cessaire au prol&#233;tariat. La base d'une telle analyse est l'&#233;tude de l'effondrement historique du syst&#232;me mondial initi&#233;e en 2007-2008 et dont les cons&#233;quences sont encore en plein d&#233;veloppement (vague des r&#233;volutions, pand&#233;mie, fascismes, guerres et mont&#233;e de la guerre mondiale). Sans une telle analyse, pas question de parti r&#233;volutionnaire et la classe ouvri&#232;re se bat les yeux band&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diverses conceptions du parti r&#233;volutionnaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx et les buts de l'organisation du prol&#233;tariat (1850) dans &#171; Adresse du Comit&#233; Central &#224; la Ligue des communistes &#187; (1850) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers contribueront eux-m&#234;mes &#224; leur victoire d&#233;finitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs int&#233;r&#234;ts de classe, se poseront d&#232;s que possible en parti ind&#233;pendant et ne se laisseront pas un instant d&#233;tourner - par les phrases hypocrites des petits bourgeois d&#233;mocratiques - de l'organisation autonome du parti du prol&#233;tariat. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La r&#233;volution en permanence ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7325&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7325&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg : le r&#244;le du Parti prol&#233;tarien dans la gr&#232;ve de masse (1906) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il est donc vrai que c'est &#224; la p&#233;riode r&#233;volutionnaire que revient la direction de la gr&#232;ve au sens de l'initiative de son d&#233;clenchement et de la prise en charge des frais, il n'est pas moins vrai qu'en un tout autre sens la direction dans les gr&#232;ves de masse revient &#224; la social-d&#233;mocratie et &#224; ses organismes directeurs. Au lieu de se poser le probl&#232;me de la technique et du m&#233;canisme de la gr&#232;ve de masse, la social-d&#233;mocratie est appel&#233;e, dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, &#224; en prendre la direction politique. La t&#226;che la plus importante de &#171; direction &#187; dans la p&#233;riode de la gr&#232;ve de masse, consiste &#224; donner le mot d'ordre de la lutte, &#224; l'orienter, &#224; r&#233;gler la tactique de la lutte politique de telle mani&#232;re qu'&#224; chaque phase et &#224; chaque instant du combat, est r&#233;alis&#233;e et mise en activit&#233; la totalit&#233; de la puissance du prol&#233;tariat d&#233;j&#224; engag&#233; et lanc&#233; dans la bataille et que cette puissance s'exprime par la position du Parti dans la lutte ; il faut que la tactique de la social-d&#233;mocratie ne se trouve jamais, quant &#224; l'&#233;nergie et &#224; la pr&#233;cision, au dessous du niveau du rapport des forces en pr&#233;sence, mais qu'au contraire elle d&#233;passe ce niveau ; alors cette direction politique se transformera automatiquement en une certaine mesure en direction technique. Une tactique socialiste cons&#233;quente, r&#233;solue, allant de l'avant, provoque dans masse un sentiment de s&#233;curit&#233;, de confiance, de combativit&#233; ; une tactique h&#233;sitante, faible, fond&#233;e sur une sous-estimation des forces du prol&#233;tariat, paralyse et d&#233;soriente la masse. Dans le premier cas les gr&#232;ves de masse &#233;clatent &#171; spontan&#233;ment &#187; et toujours &#171; en temps opportun &#187; ; dans le deuxi&#232;me cas la direction du Parti a beau appeler directement &#224; la gr&#232;ve - c'est en vain. La r&#233;volution nous offre des exemples parlants de l'un et l'autre cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans La Maladie infantile du communisme (1920) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce qui cimente la discipline du parti r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ? &#187; , &#171; Qu'est-ce qui la contr&#244;le ? Qu'est-ce qui l'&#233;taye ? C'est d'abord, la conscience de l'avant garde prol&#233;tarienne et son d&#233;vouement &#224; la r&#233;volution, sa fermet&#233;, son esprit de sacrifice, son h&#233;ro&#239;sme. C'est, ensuite, son aptitude &#224; se lier, &#224; se rapprocher et, si vous voulez, &#224; se fondre jusqu'&#224; un certain point avec la masse la plus large des travailleurs, au premier chef avec la masse prol&#233;tarienne, mais aussi la masse des travailleurs non prol&#233;tarienne. Troisi&#232;mement, c'est la justesse de sa strat&#233;gie et de sa tactique politiques, &#224; condition que les grandes masses se convainquent de cette justesse par leur propre exp&#233;rience. A d&#233;faut de ces conditions, dans un parti r&#233;volutionnaire r&#233;ellement capable d'&#234;tre le parti de la classe d'avant-garde appel&#233; &#224; renverser la bourgeoisie et &#224; transformer la soci&#233;t&#233;, la discipline est irr&#233;alisable. Ces conditions faisant d&#233;faut, toute tentative de cr&#233;er cette discipline se r&#233;duit in&#233;luctablement &#224; des phrases creuses, &#224; des mots, &#224; des simagr&#233;es. Mais, d'autre part, ces conditions ne peuvent pas surgir d'embl&#233;e. Elles ne s'&#233;laborent qu'au prix d'un long travail, d'une dure exp&#233;rience ; leur &#233;laboration est facilit&#233;e par une th&#233;orie r&#233;volutionnaire juste qui n'est pas un dogme, et qui ne se forme d&#233;finitivement qu'en liaison &#233;troite avec la pratique d'un mouvement r&#233;ellement massif et r&#233;ellement r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire en g&#233;n&#233;ral, et plus particuli&#232;rement l'histoire des r&#233;volutions, est toujours plus riche de contenu, plus vari&#233;e, plus multiforme, plus vivante, &#034;plus ing&#233;nieuse&#034; que ne le pensent les meilleurs partis, les avant-gardes les plus conscientes des classes les plus avanc&#233;es. Et cela se con&#231;oit, puisque les meilleures avant-gardes expriment la conscience, la volont&#233;, la passion, l'imagination de dizaines de mille hommes, tandis que la r&#233;volution est, - en des moments d'exaltation et de tension particuli&#232;res de toutes les facult&#233;s humaines, - l'&#339;uvre de la conscience, de la volont&#233;, de la passion, de l'imagination de dizaines de millions d'hommes aiguillonn&#233;s par la plus &#226;pre lutte des classes. De l&#224; deux conclusions pratiques d'une grande importance : la premi&#232;re, c'est que la classe r&#233;volutionnaire, pour remplir sa t&#226;che, doit savoir prendre possession de toutes les formes et de tous les c&#244;t&#233;s, sans la moindre exception, de l'activit&#233; sociale (quitte &#224; compl&#233;ter, apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir politique et parfois au prix d'un grand risque et d'un danger &#233;norme, ce qu'elle n'aura pas termin&#233; avant cette conqu&#234;te) ; la seconde, c'est que la classe r&#233;volutionnaire doit se tenir pr&#234;te &#224; remplacer vite et brusquement une forme par une autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#171; Le mat&#233;rialisme militant &#187; (1922) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d'ailleurs, les r&#233;volutionnaires en g&#233;n&#233;ral qui ont men&#233; &#224; bien le d&#233;but d'une grande r&#233;volution), c'est de se figurer que la r&#233;volution peut &#234;tre accomplie par les mains des seuls r&#233;volutionnaires. Or, pour assurer le succ&#232;s de toute action r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l'id&#233;e que les r&#233;volutionnaires ne peuvent jouer un r&#244;le que comme avant garde de la classe r&#233;ellement avanc&#233;e et viable. L'avant garde ne remplit sa mission que lorsqu'elle sait ne pas se d&#233;tacher de la masse qu'elle dirige, lorsqu'elle sait v&#233;ritablement faire progresser toute la masse. Sans l'alliance avec les non communistes dans les domaines d'activit&#233; les plus divers, il ne saurait &#234;tre question d'aucun succ&#232;s en mati&#232;re de construction de la soci&#233;t&#233; communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky sur l'organisation r&#233;volutionnaire en 1923 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous prenons maintenant notre Parti bolchevik dans son pass&#233; r&#233;volutionnaire et dans la p&#233;riode qui suit octobre, on reconna&#238;tra que sa qualit&#233; tactique fondamentale la plus pr&#233;cieuse est sa capacit&#233; in&#233;gal&#233;e &#224; s'orienter rapidement, &#224; changer rapidement de tactique, &#224; renouveler son armement et &#224; appliquer de nouvelles m&#233;thodes, en un mot, pour effectuer des virages brusques. Des conditions historiques orageuses ont rendu cette tactique n&#233;cessaire. Le g&#233;nie de L&#233;nine lui a donn&#233; une forme sup&#233;rieure. Cela ne veut pas dire, naturellement, que notre parti est compl&#232;tement lib&#233;r&#233; d'un certain traditionalisme conservateur : un parti de masse ne peut pas &#234;tre id&#233;alement libre. Mais sa force et sa puissance se sont manifest&#233;es dans le fait que l'inertie, le traditionalisme, la routine, ont &#233;t&#233; r&#233;duits au minimum par une initiative tactique clairvoyante, profond&#233;ment r&#233;volutionnaire, &#224; la fois audacieuse et r&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que consiste et doit consister la v&#233;ritable tradition du parti. La bureaucratisation relativement forte de l'appareil du parti s'accompagne in&#233;vitablement du d&#233;veloppement du traditionalisme conservateur avec tous ses effets. Il vaut mieux exag&#233;rer ce danger que le sous-estimer. Le fait ind&#233;niable que les &#233;l&#233;ments les plus conservateurs de l'appareil sont enclins &#224; identifier leurs opinions, leurs m&#233;thodes et leurs erreurs avec le &#171; vieux bolchevisme &#187;, et cherchent &#224; identifier la critique du bureaucratisme avec la destruction de la tradition, ce fait, dis-je. , est d&#233;j&#224; &#224; lui seul l'expression incontestable d'une certaine p&#233;trification id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est une m&#233;thode d'analyse historique, d'orientation politique, et non une masse de d&#233;cisions pr&#233;par&#233;es d'avance. Le l&#233;ninisme est l'application de cette m&#233;thode dans les conditions d'une &#233;poque historique exceptionnelle. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette union des particularit&#233;s de l'&#233;poque et de la m&#233;thode qui d&#233;termine cette politique courageuse et assur&#233;e de virages brusques dont L&#233;nine nous a donn&#233; les plus beaux mod&#232;les, et qu'il a plus d'une fois &#233;clair&#233; th&#233;oriquement et g&#233;n&#233;ralis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dans &#171; Le&#231;ons d'octobre &#187; (1924) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;r&#233;e &#224; la lumi&#232;re de notre propre exp&#233;rience, l'exp&#233;&#172;rience des batailles des derni&#232;res ann&#233;es en Europe et principa&#172;lement en Allemagne, nous montre qu'il y a deux cat&#233;gories de chefs enclins &#224; tirer le Parti en arri&#232;re au moment o&#249; il lui faut accomplir le plus grand saut en avant. Les uns sont port&#233;s &#224; voir principalement les difficult&#233;s, les obstacles et &#224; appr&#233;cier chaque situation avec le parti pris, inconscient parfois, de se d&#233;rober &#224; l'action. Chez eux, le marxisme devient une m&#233;thode servant &#224; motiver l'impossibilit&#233; de l'action r&#233;volutionnaire. Les menche&#172;viks russes repr&#233;sentaient les sp&#233;cimens les plus caract&#233;ris&#172;tiques de ce type de chefs. Mais ce type ne se limite pas au menchevisme et, au moment le plus critique, se r&#233;v&#232;le dans le parti le plus r&#233;volutionnaire, chez les militants occupant les plus hauts postes. Les repr&#233;sentants de l'autre cat&#233;gorie sont des agitateurs superficiels. Ils ne voient pas les obstacles tant qu'ils ne s'y heurtent pas de front. Leur coutume d'&#233;luder les difficult&#233;s r&#233;elles en jonglant sur les mots, leurs optimisme extr&#234;me dans toutes les questions se transforment in&#233;vitablement en impuis&#172;sance et en pessimisme quand vient le moment de l'action d&#233;ci&#172;sive. Pour le premier type, pour le r&#233;volutionnaire mesquin, gagne-petit, les difficult&#233;s de la prise du pouvoir ne sont que l'accumulation et la multiplication de toutes les difficult&#233;s qu'il est habitu&#233; &#224; voir sur son chemin. Pour le second type, pour l'optimiste superficiel, les difficult&#233;s de l'action r&#233;volutionnaire surgissent toujours soudainement. Dans la p&#233;riode de pr&#233;para&#172;tion, ces deux hommes ont une conduite diff&#233;rente l'un appara&#238;t comme un sceptique sur lequel il est impossible de compter fermement au point de vue r&#233;volutionnaire ; l'autre, par contre, peut sembler un r&#233;volutionnaire ardent. Mais, au moment d&#233;cisif, tous deux marchent la main dans la main, s'&#233;l&#232;vent contre l'insurrection. Pourtant, tout le travail de pr&#233;paration n'a de valeur que dans la mesure o&#249; il rend le Parti, et surtout ses organes dirigeants, capables de d&#233;terminer le moment de l'insur&#172;rection et de la diriger. Car la t&#226;che du Parti communiste est de s'emparer du pouvoir afin de proc&#233;der &#224; la refonte de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dans &#171; Les questions du r&#233;gime int&#233;rieur du parti &#187; (1928) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#233;nine et nous avec lui, nous redoutions, avant tout, que le Parti communiste russe, disposant des puissantes ressources d'un &#201;tat, n'exer&#231;&#226;t une influence excessive, &#233;crasante, sur les jeunes partis d'Occident qui venaient de s'organiser. L&#233;nine, sans se lasser, multipliait les mises en garde contre un accroissement pr&#233;matur&#233; du centralisme, contre toute avance exag&#233;r&#233;e du Comit&#233; ex&#233;cutif et du Pr&#233;sidium dans cette voie, et surtout contre des formes et m&#233;thodes d'assistance qui se transformeraient en commandement direct, n'admettant aucun recours en appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture se produisit en 1924, sous le nom de &#034; bolchevisation &#034;. Si l'on entend, par bolchevisation, l'&#233;puration du parti par l'&#233;limination d'&#233;l&#233;ments et d'habitudes h&#233;t&#233;rog&#232;nes, celle des fonctionnaires sociaux-d&#233;mocrates accroch&#233;s &#224; leurs postes, des francs-ma&#231;ons, des d&#233;mocrates-pacifistes, des confusionnistes spiritualistes, etc., alors cette besogne s'accomplit d&#232;s le premier jour de l'existence de l'Internationale communiste ; lors du IVe Congr&#232;s, elle prit des formes tr&#232;s actives &#224; l'&#233;gard du Parti communiste fran&#231;ais. Mais cette bolchevisation v&#233;ritable se liait indissolublement, autrefois, &#224; l'exp&#233;rience propre des sections nationales de l'Internationale communiste et s'&#233;tendait &#224; partir de cette exp&#233;rience ; elle avait comme pierre de touche les questions de politique nationale, qui s'&#233;levaient jusqu'&#224; devenir des probl&#232;mes internationaux. La &#034; bolchevisation &#034; de 1924 ne fut qu'une caricature ; on mit le revolver sur la tempe des organisations dirigeantes des partis communistes, en exigeant d'elles que, sans informations ni d&#233;bats, elles prissent imm&#233;diatement et d&#233;finitivement position sur les divergences internes du Parti communiste de l'U.R.S.S. ; elles savaient d'avance que les positions prises d&#233;termineraient leur maintien dans l'Internationale communiste ou leur rejet hors de ses rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en 1924, les partis communistes europ&#233;ens n'avaient pas les moyens de r&#233;soudre les probl&#232;mes qui &#233;taient pos&#233;s dans la discussion russe, o&#249; s'&#233;bauchaient &#224; peine dans la nouvelle &#233;tape de la dictature du prol&#233;tariat deux tendances de principe. Il est &#233;vident qu'apr&#232;s 1924, le travail d'&#233;puration demeurait indispensable, et, dans de nombreuses sections, des &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes furent &#233;limin&#233;s &#224; juste titre. Mais, consid&#233;r&#233;e dans son ensemble, la &#034; bolchevisation &#034; consistait chaque fois &#224; d&#233;sorganiser les directions qui se formaient dans les partis communistes occidentaux, en utilisant comme un coin les diff&#233;rends russes que l'appareil d'&#201;tat enfon&#231;ait &#224; coups de marteau. Tout cela se dissimulait sous l'&#233;tendard de la lutte contre l'esprit de fraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, au sein du parti de l'avant-garde prol&#233;tarienne, des fractions viennent &#224; se cristalliser, mena&#231;ant de le rendre pour longtemps inapte au combat, il est &#233;vident que le parti est dans la n&#233;cessit&#233; de prendre une d&#233;cision : faut-il laisser au temps la possibilit&#233; d'op&#233;rer une v&#233;rification suppl&#233;mentaire, ou bien faut-il reconna&#238;tre imm&#233;diatement que la scission est in&#233;vitable ? Un parti de combat ne peut &#234;tre une somme de fractions tirant &#224; hue et &#224; dia. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale cette id&#233;e est incontestable. Mais user de la scission comme d'un moyen pr&#233;ventif contre les divergences de vues, amputer tout groupe ou groupement qui fait entendre la voix de la critique, c'est transformer la vie int&#233;rieure du parti en une succession d'avortements dans l'organisation. De telles, m&#233;thodes, loin de contribuer &#224; la perp&#233;tuation et au d&#233;veloppement de l'esp&#232;ce, ne font qu'&#233;puiser l'organisme g&#233;n&#233;rateur, c'est-&#224;-dire le parti. La lutte contre l'esprit de fraction devient plus dangereuse que cet esprit lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, les premiers fondateurs de presque tous les partis communistes du monde ont &#233;t&#233; mis en dehors de l'Internationale, sans excepter son ex-pr&#233;sident. Dans presque tous les partis, les groupes qui en guid&#232;rent le d&#233;veloppement pendant deux p&#233;riodes cons&#233;cutives sont exclus ou mis &#224; l'&#233;cart. En Allemagne, le groupe Brandler n'a maintenant qu'un pied dans le parti ; le groupe Maslow n'a pas franchi son seuil. En France, les anciens groupes de Rosmer-Monatte, Loriot, Souvarine, ont &#233;t&#233; exclus ; il en va de m&#234;me pour le groupe Girault-Treint, qui occupa la direction pendant la p&#233;riode suivante. En Belgique, on a exclu le groupe de Van Overstraeten. Si le groupe de Bordiga, qui donna naissance au Parti communiste italien, n'est qu'&#224; moiti&#233; exclu, cela s'explique par les conditions du r&#233;gime fasciste. En Tch&#233;coslovaquie, en Su&#232;de, en Norv&#232;ge, aux &#201;tats-Unis, en un mot dans presque tous les partis du monde, des &#233;v&#233;nements plus ou moins analogues se sont produits depuis la mort de L&#233;nine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6671&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6671&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti r&#233;volutionnaire, vu par Trotsky en 1931 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky dans &#034;R&#233;ponse &#224; des questions concernant les Etats Unis&#034; (1940) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avant tout, qu'est ce qui caract&#233;rise un parti prol&#233;tarien ? Personne n'est oblig&#233; de militer dans un parti r&#233;volutionnaire, mais, s'il le fait, il prend son parti au s&#233;rieux. Quand on ose appeler le peuple &#224; un changement r&#233;volutionnaire de soci&#233;t&#233;, on porte une &#233;norme responsabilit&#233; qu'il faut prendre tr&#232;s au s&#233;rieux. Et qu'est-ce que notre th&#233;orie, sinon, simplement l'outil de notre action ? Cet outil, c'est la th&#233;orie, marxiste, parce que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous n'en avons pas trouv&#233; de meilleur. Un ouvrier ne se livre &#224; aucune fantaisie avec ses outils : si ce sont les meilleurs outils qu'il puisse avoir, il en prend grand soin ; il ne les abandonne pas et n'exige pas des outils fantaisistes, qui n'existent pas &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de militants r&#233;volutionnaires croient r&#233;sumer la pens&#233;e de L&#233;nine en disant : il nous faut un parti r&#233;volutionnaire et la pens&#233;e de Trotsky en disant que la crise de la soci&#233;t&#233; se r&#233;sume &#224; l'absence d'une direction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le parti est une question cruciale. Mais quel cuisinier dirait que la question de la gastronomie se r&#233;sume &#224; mettre beaucoup de sel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, nous sommes ici victimes de la version stalinienne de la r&#233;volution d'octobre et du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons ici essayer de montrer que nos glorieux pr&#233;d&#233;cesseurs ne voyaient pas les choses ainsi. Ils &#233;taient pour que la classe ouvri&#232;re intervienne sur le terrain politique, contrairement aux anarchistes, brigue le pouvoir politique par la r&#233;volution. Mais ils n'isolaient pas cette question du parti d'une autre question cruciale : le lien avec l'action autonome des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des militants r&#233;volutionnaires oublient que les r&#233;volutionnaires communistes voyaient dans le prol&#233;tariat la classe r&#233;volutionnaire et non dans ses organisations, qu'elles soient r&#233;volutionnaires ou syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti ou le syndicat ne remplacent pas la classe. Les militant du parti ou du syndicat qui estime que son organisation doit d&#233;cider ... en lieu et place des travailleurs n'est pas r&#233;volutionnaire, m&#234;me si honn&#234;tement il ne le sait pas ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas d&#233;velopper une th&#232;se selon laquelle la spontan&#233;it&#233; des masses suffirait &#224; r&#233;gler tous les probl&#232;mes. Nous sommes partisans de la construction d'un parti r&#233;volutionnaire mais nous estimons que la signification de celui-ci est compl&#232;tement perdue lorsque les militants estiment que l'organisationr&#233;volutionnaire est un but en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article843&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article843&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; La France &#224; un tournant &#187; (mars 1936) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comprendre clairement la nature sociale de la soci&#233;t&#233; moderne, de son Etat, de son droit, de son id&#233;ologie constitue le fondement th&#233;orique de la politique r&#233;volutionnaire. La bourgeoisie op&#232;re par abstraction (&#171; nation &#187;, &#171; patrie &#187;, &#171; d&#233;mocratie &#187;) pour camoufler l'exploitation qui est &#224; la base de sa domination. (&#8230;) Le premier acte de la politique r&#233;volutionnaire consiste &#224; d&#233;masquer les fictions bourgeoises qui intoxiquent les masses populaires. Ces fictions deviennent particuli&#232;rement malfaisantes quand elles s'amalgament avec les id&#233;es de &#171; socialisme &#187; et de &#171; r&#233;volution &#187;. Aujourd'hui plus qu'&#224; n'importe quel moment, ce sont les fabricants de ce genre d'amalgames qui donnent le ton dans les organisations ouvri&#232;res fran&#231;aises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; L'&#233;tape d&#233;cisive &#187; (juin 1936) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mot d'ordre de comit&#233;s ne peut &#234;tre abord&#233; que par une v&#233;ritable organisation r&#233;volutionnaire, absolument d&#233;vou&#233;e aux masses, &#224; leur cause, &#224; leur lutte. Les ouvriers fran&#231;ais viennent de montrer de nouveau qu'ils sont dignes de leur r&#233;putation historique. Il faut leur faire confiance. Les soviets sont toujours n&#233;s des gr&#232;ves. La gr&#232;ve de masse est l'&#233;l&#233;ment naturel de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. D'atelier en atelier, d'usine en usine, de quartier en quartier, de ville en ville, les comit&#233;s d'action doivent &#233;tablir entre eux une liaison &#233;troite, se r&#233;unir en conf&#233;rences par villes, par branches de production, par arrondissements, afin de couronner le tout par un congr&#232;s de tous les comit&#233;s d'action de France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point &#224; ne jamais oublier : ni le parti communiste r&#233;volutionnaire ni l'Etat ouvrier ne peuvent se substituer au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4731&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4731&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#171; La France &#224; un tournant &#187; (28 mars 1936)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;mancipation des ouvriers ne peut &#234;tre l'oeuvre que des ouvriers eux-m&#234;mes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des d&#233;faites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des l&#233;gendes, de monter des proc&#232;s d'imposture, &#8212; de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'&#224; une fin : prolonger la domination d'une coterie d&#233;j&#224; condamn&#233;e par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir &#224; l'&#233;mancipation des masses. Voil&#224; pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que les masses ne sont pas sans p&#233;ch&#233;. Nous ne sommes pas enclins &#224; les id&#233;aliser. Nous les avons vues en des circonstances vari&#233;es, &#224; diverses &#233;tapes, au milieu des plus grands bouleversements. Nous avons observ&#233; leurs faiblesses et leurs qualit&#233;s. Leurs qualit&#233;s : la d&#233;cision, l'abn&#233;gation, l'h&#233;ro&#239;sme trouvaient toujours leur plus haute expression dans les p&#233;riodes d'essor de la r&#233;volution. A ces moments, les bolcheviks furent &#224; la t&#234;te des masses. Un autre chapitre de l'histoire s'ouvrit ensuite, quand se r&#233;v&#233;l&#232;rent les faiblesses des opprim&#233;s : h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, insuffisance de culture, manque d'horizon. Fatigu&#233;es, d&#233;&#231;ues, les masses s'affaiss&#232;rent, perdirent la foi en elles-m&#234;mes et c&#233;d&#232;rent la place &#224; une nouvelle aristocratie. Dans cette p&#233;riode les bolcheviks (les &#034;trotskistes&#034;) se trouv&#232;rent isol&#233;s des masses. Nous avons pratiquement parcouru deux cycles semblables : 1897-1905, ann&#233;es de flux ; 1907-1913, ann&#233;es de reflux ; 1917-1923, ann&#233;es marqu&#233;es par un essor sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; puis une nouvelle p&#233;riode de r&#233;action qui n'est pas encore finie. Gr&#226;ce &#224; ces &#233;v&#233;nements, les &#034;trotskistes&#034; ont appris &#224; conna&#238;tre le rythme de l'histoire, en d'autres termes la dialectique de la lutte des classes. Ils ont appris et, me semble-t-il, r&#233;ussi &#224; subordonner &#224; ce rythme objectif leurs desseins subjectifs et leurs programmes. Ils ont appris &#224; ne point d&#233;sesp&#233;rer parce que les lois de l'histoire ne d&#233;pendent pas de nos go&#251;ts individuels ou de nos crit&#233;riums moraux. Ils ont appris &#224; subordonner leurs go&#251;ts individuels &#224; ces lois. Ils ont appris &#224; ne point craindre les ennemis les plus puissants, si la puissance de ces ennemis est en contradiction avec les exigences du d&#233;veloppement historique. Ils savent remonter le courant avec la conviction profonde que l'afflux historique d'une puissance nouvelle les portera jusqu'&#224; l'autre rive. Pas tous ; beaucoup se noieront en chemin. Mais participer au mouvement les yeux ouverts, avec une volont&#233; tendue, telle est bien la satisfaction morale par excellence qui puisse &#234;tre donn&#233;e &#224; un &#234;tre pensant !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;Leur morale et la n&#244;tre&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L&#233;nine expliquait aux amateurs de &#034;probl&#232;mes politiques concrets&#034; que notre politique n'est pas de caract&#232;re conjoncturel mais principiel ; que la tactique est subordonn&#233;e &#224; la strat&#233;gie ; que, pour nous, le sens fondamental de chaque campagne politique est de mener les travailleurs des questions particuli&#232;res aux probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux, c'est-&#224;-dire de les amener &#224; la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; moderne et du caract&#232;re de ses forces fondamentales.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;D&#233;fense du marxisme&#034; dans le paragraphe &#034;contre le pseudo &#034;r&#233;alisme&#034; politique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les &#233;poques r&#233;actionnaires comme la n&#244;tre non seulement d&#233;sagr&#232;gent et affaiblissent la classe ouvri&#232;re en isolant son avant-garde, mais aussi abaissent le niveau id&#233;ologique g&#233;n&#233;ral du mouvement en rejetant la pens&#233;e politique loin en arri&#232;re, &#224; des &#233;tapes d&#233;pass&#233;es depuis longtemps. Dans ces conditions, la t&#226;che de l'avant-garde est avant tout de ne pas se laisser entra&#238;ner par le reflux g&#233;n&#233;ral. Il faut aller contre le courant. Si le rapport d&#233;favorable des forces ne permet pas de conserver les positions politiques pr&#233;c&#233;demment occup&#233;es, il faut se maintenir au moins sur les positions id&#233;ologiques, car c'est en elles qu'est concentr&#233;e l'exp&#233;rience ch&#232;rement pay&#233;e du pass&#233;. Une telle politique appara&#238;t aux yeux des sots comme du &#034;sectarisme&#034;. En r&#233;alit&#233; elle ne fait que pr&#233;parer un nouveau bond gigantesque en avant, avec la vague de la prochaine mont&#233;e historique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;Bolchevisme contre stalinisme&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La situation politique mondiale dans son ensemble se caract&#233;rise avant tout par la crise historique de la direction du prol&#233;tariat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;br class='autobr' /&gt;
dans &#034;Le programme de transition&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Engels a &#233;crit un jour que Marx et lui-m&#234;me &#233;taient rest&#233;s toute leur vie en minorit&#233; et qu'ils s'en &#233;taient toujours &#034; bien trouv&#233;s &#034;. Les p&#233;riodes o&#249; le mouvement des classes opprim&#233;es s'&#233;l&#232;ve au niveau des t&#226;ches g&#233;n&#233;rales de la r&#233;volution repr&#233;sentent les tr&#232;s rares exceptions de l'histoire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;Moralistes et sycophantes&lt;br class='autobr' /&gt;
contre le Marxisme&#034; (1939)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le parti r&#233;volutionnaire du fait qu'il repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts permanents de la classe ouvri&#232;re est oblig&#233;, pendant la plus longue p&#233;riode de son existence peut-&#234;tre, de lutter contre le courant, contre les conceptions petite-bourgeoises. Il y a des moments plus courts dans l'existence du parti o&#249; le groupement qui a su lutter contre le courant va avec le courant, les &#233;v&#232;nements viennent donner une confirmation &#233;clatante &#224; ses conceptions ant&#233;rieures.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta dans un texte de d&#233;but ao&#251;t 1944&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti, ce n'est pas d'abord un appareil de militants ni une masse d'adh&#233;rents, ce n'est pas d'abord des structures organisationnelles. Ce n'est pas seulement une direction mais surtout une orientation, des analyses, des perspectives et une politique. Ces derni&#232;res ne doivent pas avoir comme crit&#232;re la sauvegarde du groupe, mais d'abord les int&#233;r&#234;ts de classe. Les communistes n'ont pas d'int&#233;r&#234;ts particuliers de leur groupe &#224; d&#233;fendre, disait Marx dans &#171; Le Manifeste Communiste &#187;. Etre communiste, ce n'est s'isoler du reste du mouvement ouvrier mais ce n'est pas non plus mettre son drapeau dans sa poche d&#232;s qu'il y a des affrontements entre perspectives oppos&#233;es. La perspective communiste est celle qui n'oublie jamais la perspective du renversement total, mondial et d&#233;finitif du capitalisme, m&#234;me dans une p&#233;riode o&#249; ce changement pourrait sembler tr&#232;s &#233;loign&#233;, m&#234;me si les travailleurs eux-m&#234;mes semblent loin d'&#234;tre sensibles &#224; cette perspective. Les communistes r&#233;volutionnaires ne se servent pas de leur particularit&#233; pour se d&#233;tourner du mouvement ouvrier r&#233;el et se mettre en retrait. Mais ils ne pratiquent pas non plus l'opportunisme consistant &#224; s'adapter pour avoir plus de succ&#232;s. En somme, ni sectarisme, ni opportunisme : le chemin est &#233;troit. La confiance en l'avenir communiste ne r&#233;sulte pas de la confiance dans des leaders supr&#234;mes mais dans les capacit&#233;s que les prol&#233;taires ont d&#233;j&#224; montr&#233; dans l'Histoire et dans la connaissance des lois de la lutte des classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le pass&#233;, ce sont les groupes et partis r&#233;volutionnaires qui se sont souvent fait bien plus de mal que la bourgeoisie ne leur en a fait. Ce n'est pas dans les prisons, dans les tortures, face aux pelotons d'ex&#233;cutions que des groupes r&#233;volutionnaires ont th&#233;oris&#233; leurs reculs, leurs capitulations, leurs d&#233;rives ou leurs renoncements. Au contraire, c'est au plus haut sommet de leurs succ&#232;s qu'ils ont c&#233;d&#233; &#224; la pression de la r&#233;ussite. M&#234;me le parti bolchevique. C'est lorsqu'ils &#233;taient en situation de jouer un r&#244;le important et m&#234;me d&#233;cisif que les groupes communistes r&#233;volutionnaires (en tout cas qui se revendiquaient de cette perspective) ont recul&#233; politiquement. Il ne suffit pas de d&#233;noncer ces renonciations. Il faut aussi les analyser. Elles ne concernent pas que leurs auteurs mais tous les militants r&#233;volutionnaires. Sur ce terrain aussi, qui ne tire pas des le&#231;ons du pass&#233; sera rattrap&#233; par lui. La premi&#232;re des le&#231;ons est que le sectarisme et l'opportunisme sont des fr&#232;res jumeaux. La deuxi&#232;me est que ceux qui placent l'organisation (ou sa direction) au dessus des perspectives, ceux qui renoncent &#224; l'analyse th&#233;orique, se pr&#233;parent des lendemains difficiles. Il ne suffit pas de pr&#233;tendre faire d'un groupe un corps homog&#232;ne, pr&#233;tendument imperm&#233;able aux influences ext&#233;rieures (surtout celle des autres groupes r&#233;volutionnaires) pour b&#226;tir une coh&#233;sion politique. Il faut &#233;tudier, d'abord &#233;tudier et encore &#233;tudier&#8230; Etudier les luttes pass&#233;es, les conditions des r&#233;volutions, les modes de fonctionnement de la soci&#233;t&#233; et de la nature. Celui qui continue &#224; apprendre du monde en changement permanent n'est pas sujet &#224; la maladie de l'auto-centrage. Le monde ne tourne pas autour de notre nombril. Le fixer avec admiration ou avec fascination ne peut pas &#234;tre une politique. Se gargariser du mot de construction du parti n'est en rien une recette pour le construire. S'approprier la conscience des fonctionnements du monde y rapproche bien plus et permet bien plus aussi de rejoindre un jour un autre mouvement de la conscience : celui d'un prol&#233;tariat qui tirera les le&#231;ons de ses propres exp&#233;riences. Les autres raccourcis ou pr&#233;tendus tels m&#232;nent dans le mur&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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