Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/36/d206324349/htdocs/site_org1G/config/ecran_securite.php on line 180
Matière et Révolution https://www.matierevolution.org/ Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société Ce site est complémentaire de https://www.matierevolution.fr/ fr SPIP - www.spip.net Matière et Révolution https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-31714.jpg https://www.matierevolution.org/ 69 144 L'effondrement de la civilisation Mochica (dite aussi Moche), en deux révolutions sociales, en 600 et en 850 de notre ère https://www.matierevolution.org/spip.php?article6355 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6355 2019-04-18T22:34:00Z text/html fr Robert Paris Révolution Aristocrates Pérou - Perù Amérique du sud America del sur La classe dirigeante seigneuriale mochica, celle qui a été renversée quand le peuple travailleur a cessé de supporter ses exactions et son oppression Grand prêtre mochica, celui auquel le peuple travailleur a cessé de croire du moment que le système n'était plus capable de nourrir la population... Où se situe la civilisation mochica dans l'histoire des civilisations indiennes... L'effondrement de la civilisation Mochica (dite aussi Moche), en deux révolutions sociales, en 600 et en 850 de notre ère (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de l'Antiquité</a> / <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot52" rel="tag">Aristocrates</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot127" rel="tag">Pérou - Perù</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot143" rel="tag">Amérique du sud America del sur</a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_11936 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH391/MOCHE_SENOR_DE_SIPAN_2-7b43a.jpg' width='500' height='391' alt="" style='height:391px;width:500px;' /></span>La classe dirigeante seigneuriale mochica, celle qui a été renversée quand le peuple travailleur a cessé de supporter ses exactions et son oppression <span class='spip_document_11935 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH300/pretreMoche-6bc59.jpg' width='300' height='300' alt="" style='height:300px;width:300px;' /></span> Grand prêtre mochica, celui auquel le peuple travailleur a cessé de croire du moment que le système n'était plus capable de nourrir la population... <span class='spip_document_11937 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH194/ob_8817f3_chrono-civilisations-12028-62163.jpg' width='500' height='194' alt="" style='height:194px;width:500px;' /></span>Où se situe la civilisation mochica dans l'histoire des civilisations indiennes...<span class='spip_document_11938 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH608/map_north_central_south_coasts-e9655.jpg' width='500' height='608' alt="" style='height:608px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11939 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH327/CHAN_CHAN-b4141.jpg' width='500' height='327' alt="" style='height:327px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11940 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/uf-cite-Chan-Chan-d28e3.jpg' width='500' height='375' alt="" style='height:375px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11941 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L460xH345/civilisation-mochica-mieux-incas-L-mMM15e-00c5d.jpg' width='460' height='345' alt="" style='height:345px;width:460px;' /></span><span class='spip_document_11942 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L340xH570/ob_18a12b_huacoretratomuseolarco-ee80a.jpg' width='340' height='570' alt="" style='height:570px;width:340px;' /></span><span class='spip_document_11943 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH445/9851cddab5da7a812692ed2c048967cc-50b64.jpg' width='500' height='445' alt="" style='height:445px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11944 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH491/ceramique-mochica-85188.jpg' width='500' height='491' alt="" style='height:491px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">L'effondrement de la civilisation Mochica (dite aussi Moche), en deux révolutions sociales, en 600 et en 850 de notre ère : produit de catastrophes naturelles ou de la guerre sociale ?</h3> <p>C'est la civilisation, d'abord guerrière puis agraire, qui s'est développée autour des villes de Moche (région de La Libertad) et Sipàn (région de Lambayeque) qui s'est considérablement développée et complexifiée, avec de très nombreux centres urbains, avant de chuter brutalement en deux épisodes dont on est certains qu'ils ne proviennent pas d'une guerre avec d'autres peuples mais d'une cause purement interne et violente. Mais quelle est cette cause : changement climatique (pluies diluviennes suivies de sécheresses catastrophiques liées ou pas au phénomène climatique El Niño) ou renversement social révolutionnaire (avec notamment perte de confiance dans la caste des prêtres, discrédit des classes dirigeantes et lutte pour la terre) ?</p> <p>En tout cas, en 850 de notre ère, le peuple Mochica s'est brutalement dispersé, abandonnant les cultures, laissant les centres urbains, se dispersant dans le désert, sans qu'aucun centre ne maintienne un pouvoir Mochica. Cette culture qui a dominé la région n'a été redécouverte que très récemment par l'archéologie.</p> <p>Agriculteurs passés maîtres dans les techniques d'irrigation et d'aménagement des terres, les Mochica étaient aussi des bâtisseurs, comme en témoignent les routes, les ouvrages fortifiés et les grands complexes cérémoniels édifiés à l'embouchure des vallées. La plupart de ces « temples » consistent en un ensemble de pyramides à degrés construites en adobe (brique crue) et souvent décorées de peintures murales polychromes. Alentour se dispersait l'habitat rural, édifié en matériaux périssables (torchis et joncs) et dont peu de vestiges subsistent. Cette société rurale était sans doute dirigée par une caste puissante de prêtres-guerriers.</p> <p>La culture Moche ou Mochica apparaît et se développe aux Ier et VIIème siècles. Elle a pour théâtre la longue et étroite bande désertique de la côte nord du Pérou où se trouvent les vestiges de ses temples pyramidaux, ses palais, ses fortifications, ses ouvrages d'irrigation et ses cimetières. témoignent de son développement artistique, technologique et complexe complexe.</p> <p>C'est la culture la plus connue et admirée du Pérou. L'un des plus représentatifs de l'ancien Pérou du point de vue de son expression artistique.</p> <p>Leur fertile agriculture se composait de maïs, d'haricots, d'avocats, de piments et même des cacahouètes. Cette diète se diversifiait avec des produits de la mer (crabes, mollusques, crevettes, poissons) et de la viande (lamas, canards, cochons d'inde, etc.).</p> <p>Cette civilisation maîtrisait la métallurgie, l'orfèvrerie et la céramique. En l'absence d'écriture, les vases portraits témoignent de la vie quotidienne mais surtout des cérémonies religieuses. En trois dimensions, ils donnent à voir de manière très réaliste les guerriers au combat, les prêtres officiant, les esclaves au travail, jusqu'à la torture de prisonniers ou à une sexualité débridée. Et les artisans les produisaient "à la chaîne" en recourant à des moules.</p> <p>Les joyaux et les objets funéraires en métal précieux et pierreries témoignent d'une brillante maîtrise. Les Moche ont mis au point une technique électrochimique de plaquage de l'or sur différents métaux. Cette innovation, utilisant des minéraux corrosifs en solution, offre le même résultat que le système par électrolyse qui ne sera inventé, en Europe, qu'au 18e siècle.</p> <p>La religion a joué un rôle central dans le pouvoir des classes dirigeantes, marqué par deux centres religions dominants Huaca de la Luna et Huaca del Sol, avec de grandes pyramides édifiées à mains d'hommes et nécessitant un travail considérable et un supplément énorme de main d'œuvre, c'est-à-dire une agriculture florissante dégageant un grand suproduit social.</p> <p>Entre les années 400 et 600, ces deux huacas (édifice religieux ou sacré) formaient la capitale de la civilisation Moche. La Huaca del Sol constitue à elle seule le plus grand édifice préhispanique d'Amérique du Sud avec ses 40 mètres de haut sur 340 mètres de long. Et malgré une destruction partielle, elle dévoile encore sa massive structure d'adobe réalisée avec 100 millions de briques de terre séchées au soleil.</p> <p>L'édification de pareils temples nécessitait une société hautement hiérarchisée ayant atteint un grand degré d'organisation. Comme en témoignent par ailleurs leurs célèbres céramiques, les Moche avaient atteint un grand développement architectural, artistique et technologique, n'ayant rien à envier aux Romains qui, au même moment, voyaient leur l'Empire s'effondrer en Europe.</p> <p>La civilisation Mochica a développé une société hiérarchisée avec des dirigeants, des guerriers, des spécialistes du rituel, des artisans, des agriculteurs et des pêcheurs.</p> <p>La société Mochica était établie avec des hiérarchies sociales très marquées qui, faute d'avoir développé un certain type d'écriture, se reflétaient dans une production très abondante de céramiques ou "huacos". La pyramide de cette société théocratique était dirigée par les seigneurs, dotés de pouvoirs terrestres et religieux. Les prêtres ont formé une deuxième couche qui pourrait être intégrée par les femmes prêtresses, comme la Chimus. La troisième couche était celle des personnes qui effectuaient des travaux sur le terrain et des métiers. Cette division de la société en castes, gouvernées par des caciques ou des prêtres des différentes vallées, ne fut réunie sous un seul commandement que plus tard.</p> <p>Les Moche étaient évidemment des guerriers, comme le montrent les scènes de combats, les décorations des vases et les représentations sculpturales individuelles. Les guerriers jouissaient d'un statut spécial et formaient de petites armées professionnelles. Pour les Mochica, amoureux de la vie, la mort n'était pas la fin. Les hommes ont continué à vivre dans une autre sphère du monde avec leurs propres obligations ou privilèges, raison qui les a conduits à les enterrer avec des provisions et des biens. Les inhumations reflétaient ainsi la fonction et la place de chaque homme dans sa société. La décoration des tombes de Mochica est bien plus riche que celle des époques précédentes et les morts sont toujours sur le dos. Les grands personnages ont été enterrés à côté de dizaines de vases, bouteilles, cruches, plateaux et récipients avec des décorations en relief représentant des fruits, des animaux, des hommes et des dieux. Les cadavres portent de précieuses boucles d'oreilles, des mosaïques de turquoises incrustées d'or, des colliers de perles d'or creuses et des médaillons à visage humain.</p> <h3 class="spip">La fin des mochicas : El Niño ou la révolution sociale et politique ?</h3> <p>Les Mochicas de la côte nord du Pérou semblent s'être effondrés non pas une fois, mais deux fois. La première fois, dont ils semblent avoir récupéré avec des changements importants dans leurs formes d'organisation, s'est produite vers 600 après J.-C. et la seconde, et définitive, vers 850 après J.-C. Les deux dates pourraient coïncider avec des événements climatiques, tels que les phénomènes El Niño, bien qu'il soit difficile d'établir une corrélation directe par la fréquence de ces phénomènes.</p> <p>Cependant, une des hypothèses les plus répandues, à la mode parmi les scientifiques depuis les dégâts causés par les pluies de 1983 et 1998, est que les pluies et les débordements des rivières auraient été la cause de l'effondrement de Mochica. Mais, est ce que c'est bien sûr ?</p> <p>Le premier effondrement de la civilisation Mochica a coïncidé avec l'abandon de la Huaca de la Luna, un changement radical dans les schémas d'occupation du complexe de Mocha huacas et le début de la construction de la Huaca del Sol. Les fouilles de Santiago Uceda et de Ricardo Morales indiquent que ce n'était pas seulement un changement géographique, de Huaca de la Luna à Huaca del Sol (et les noms ne viennent pas des Mochicas et n'ont rien à voir avec les étoiles), mais plutôt un affaiblissement des systèmes politiques et sociaux, c'est-à-dire de l'état de la civilisation Mochica. Les Mochicas semblent avoir récupéré de cette catastrophe en modifiant radicalement leurs formes d'organisation sociale et économique et de gestion économique, une sorte de modernisation administrative qui impliquait des formes de leadership plus laïques. La caste religieuse semblait avoir perdu son crédit politique et social au cours de la première révolution.</p> <p>Deux cent cinquante ans plus tard, en 850 après J.-C., le deuxième et définitif effondrement des sociétés Mochicas a eu lieu. À l'époque, une douzaine d'entités politiques, petits États et royaumes différents de Mochica, dotés chacun de leur propre organisation, mais partageant un système culturel et religieux, coexistaient sur la côte nord. La preuve de son existence, ce sont les tombeaux royaux trouvés à Sipan, Ucupe, San José de Moro, El Brujo, Huaca de la Luna, etc. Certains semblent même avoir été gouvernés par des prêtresses. Chaque état Mochica a connu entre 750 et 850 de notre ère un processus d'effondrement qui n'a pas pu être arrêté.</p> <p>Bien que le phénomène El Niño, ou d'autres calamités telles que des séismes ou des sécheresses prolongées, puissent être les catalyseurs de ces effondrements, c'est en réalité l'incapacité de leurs systèmes administratifs, des responsables de l'État et des classes possédantes, de réagir à ces événements, qui fait disparaître cette civilisation.</p> <p>Qu'est-ce qui prouve que ce ne serait pas simplement une catastrophe naturelle, cotnrairement à ce que dit la mode actuelle environnementaliste, qui voit dans toutes les chutes civilisationnelles des problèmes de climat et de gestion productiviste de l'agriculture ? Eh bien, on n'a nullement constaté les effets sur les populations qu'aurait représentés une destruction massive et durable des cultures agricoles.</p> <p>L'effondrement de Mochica n'impliquait pas la mort en masse des populations, ni l'abandon des champs de culture. Les squelettes des personnes qui vivaient à cette époque ne révèlent pas plus de stress alimentaire que lors des périodes précédentes ou ultérieures et, en tout état de cause, les effets des précipitations sont moins importants à la campagne que dans les villes et la reprise est plus rapide. Ni leurs langues ni une grande partie de leurs traits culturels n'ont disparu. Ce qui s'est effondré, c'est son système de gouvernement et les traditions liées à cette classe dirigeante, telles que la religion Mochica et de nombreux espaces, temples, centres cérémoniels, cimetières qui s'étaient développés autour de ces pratiques.</p> <p>L'effondrement de Mochica, plus qu'un effet de catastrophe naturelle, semble donc avoir été un rejet des formes d'organisation par un peuple qui se sentait trompé par ses dirigeants. Les rituels qu'ils avaient créés pour légitimer leur pouvoir, les artefacts et les styles artistiques qui leur étaient associés disparurent pour laisser la place à des sociétés différentes, Lambayeque et Chimú, mais ils restèrent dans la tradition des sociétés Mochica.</p> <p>Pour certains auteurs, la chute des Mochicas, il y a 1200 ans, devrait nous laisser avec des leçons de mœurs, une morale environnementaliste. En premier lieu, nous devrions apprendre des erreurs et ne pas les répéter, cesser de surproduire en détruisant l'environnement naturel sous peine de détruire la civilisation, car nous n'avons qu'une seule chance. On ne peut pas faire plusieurs fois les mêmes erreurs dramatiques contre la nature. Deuxième leçon morale : la nature n'est pas à blâmer quand les choses tournent mal. La nature est ce qu'elle est, le problème, c'est nous qui n'apprenons pas à y faire face, même si nous pensons la maîtriser. Et troisièmement, les sociétés qui s'effondrent sont généralement celles qui s'habituent à faire quelque chose sans pouvoir s'adapter aux changements naturels, qui sont figées. C'est la morale environnementaliste et climatique qui nous est diffusée massivement et elle ne tire pas seulement ses leçons de l'Amérique précolombienne, mais aussi de nombreuses civilisations disparues, brutalement effondrées.</p> <p>Il y a de nombreux arguments, en réalité, qui vont à l'encontre de l'idée environnementaliste pour interpréter la chute de Mochicas. Notamment, il faut remarquer, y compris après la première chute du régime que les représentations des années suivantes n'indiquent aucune catastrophe climatique, ni inondations, ni pluies diluviennes, pas de mythe du déluge dans cette civilisation moche !</p> <p>On sait qu'à cette époque, le Pérou a subi des précipitations exceptionnelles mais rien dans les recerches archéologiques n'a pu étayer le lien entre ces catastrophes naturelles et la chute, deux fois de suite, du régime social et politique.</p> <p>D'autres auteurs y voient une simple perte de religion par les peuples du fait des catastrophes naturelles. Les dieux étaient chargés de permettre aux peuples d'assurer leur production de nourriture et, lorsque ce n'était pas le cas, les sorciers et chefs religieux devenaient impopulaires et pouvaient même chuter, ayant démontré qu'ils n'étaient pas les bons intercesseurs avec les dieux.</p> <p>Mais la force des croyances ne peut être seule prise en considération. Le spécialiste en archéologie des Mochica, Walter Alva, pour sa part, souligne que le mode de production économique et social, pour efficace qu'il était, était fondamentalement instable. Si les Moche avaient développé un sysème agraire extrêmement efficace, celui-ci était bien plus défendant de l'existence de conditions météorologiques (ce qui est différent de conditions climatologiques puisque ce sont des accidents brutaux et massifs, mais pas nécessairement durables) que d'autres modes de production.</p> <p>Quelle était la particularité de ce mode de production agraire des Mochicas ?</p> <p>Il s'agissait de l'irrigation artificielle géante d'un désert, celui de toute la côte pacifique, une longue bande aride du nord du Pérou ! Ils ont converti ce désert en vaste zone de cultures très productives. Pour cela, les Mochicas avaient développé des techniques très efficaces.</p> <p>Avec des briques de boue, ils ont détourné l'eau des rivières et créé un réseau d'aqueducs, dont beaucoup sont encore utilisés de nos jours. Ils ont ainsi produit plus de trente variétés de cultures, ce qui leur a permis d'avoir de gros excédents agricoles, de nourrir les populations mais aussi d'en tirer un important surproduit économique, base de la fondation de la division du travail et des classes possédantes.</p> <p> Ce vaste édifice de systèmes sophistiqués d'irrigation a pu être détruit par trente ans de pluies diluviennes mais est-ce que cela suffit à expliquer le renversement de la religion puis celui des classes possédantes et la destruction du mode de production ?</p> <p>Mais l'archéologue Alva, pourtant défenseur de l'idée que El Niño, producteur de pluies diluviennes suivies de sécheresses, serait le grand destructeur des civilisations du Pérou, comme Moche ou Lambayeque, ne se contente pas d'interprétation environnementaliste. Il explique :</p> <p> « L'effondrement n'est pas seulement basé sur le système productif, mais sur toute la structure sociale. Déjà, la classe dirigeante n'a plus la capacité de contrôler ou d'exiger de la population des excédents de production. »</p> <p>« Nous avons trouvé des signes d'événements catastrophiques qu'il serait encore impensable de gérer, même aujourd'hui. Un exemple d'une société qui a dû quitter son lieu de résidence pour s'installer dans une autre a été donné ici à Lambayeque, c'est le complexe Purulén, en 1200 av. J.-C. »</p> <p>« À Purulén, un grand complexe semi-urbain s'est effondré. Nous parlons d'un ensemble avec 16 temples et des zones d'habitation, qui dépendaient de l'agriculture et de la pêche. Il fut un temps où la rivière Zaña changeait de cours et laissait les champs inutilisés. Les gens devaient partir car ils ne pouvaient pas planter. Mais la pêche a probablement aussi été touchée. Certains signes indiquent que les monuments, les temples et les villages environnants ont été abandonnés violemment, très rapidement. Et après l'avoir abandonnées, ils se sont dispersés dans des villages de la vallée », explique-t-il.</p> <p>Cette situation climatique a provoqué un bouleversement considérable de la vie économique et sociale de Mochica, au point que ses dirigeants ont souvent dû abandonner leurs centres politiques, religieux et administratifs en raison des destructions causées par ces changements climatiques drastiques. Les archéologues, par exemple, ont découvert que les précipitations tombées dans la région de Sipán ont obligé leurs hiérarchies à s'installer dans la colonie voisine de Pampa Grande pour continuer à contrôler la vallée de la Lambayeque.</p> <p>Les seigneurs de Cerro Blanco ont également dû quitter les lieux pour s'installer dans la colonie de Galindo, située dans la gorge stratégique de la rivière Moche. Depuis Galindo, qui est devenu le centre principal de la région, les caudillos Mochica pouvaient contrôler les systèmes d'irrigation et l'accès aux terres fertiles de la vallée de la rivière Moche. Les gens se sont installés à côté de leurs maîtres pour avoir le plus près possible les sources d'eau et éviter les dunes qui menaçaient les cultures et les villages en aval.</p> <p>Cette série catastrophique de facteurs climatiques a sérieusement affaibli les institutions de la civilisation Mochica. La noblesse, retirée du quotidien de leurs sujets, vivait occupée par ses disputes dynastiques et ses cérémonies rituelles. Mais le peuple cultivateur a blâmé violemment ses dirigeants pour la situation chaotique et pour avoir perdu la faveur des dieux. En conséquence, les hiérarchies ont augmenté les sacrifices humains pour obtenir la faveur divine, sans succès.</p> <p>Cependant, le riche trousseau funéraire retrouvé dans la tombe d'une prêtresse de San José de Moro, datée de 720 environ, montre que l'élite mochica a résisté à l'abandon de ses privilèges ancestraux, bien que ce type de sépulture lui ait coûté très cher pour une société attaquée par une météo très dure et affaiblie par la rareté de la nourriture et des ressources. À la Huaca de la Luna, des archéologues ont mis au jour les restes d'environ soixante-dix hommes sacrifiés et démembrés au cours d'au moins cinq cérémonies rituelles. Ils ont été victimes d'un rituel destiné à calmer les puissantes forces de la nature.</p> <p>À la fin du VIIe siècle, les pluies provoquées par El Niño extrêmement intense ont dévasté de nombreux systèmes d'irrigation près de Pampa Grande et de Galindo. En conséquence, les deux centres ont été abandonnés vers l'an 750 et la population a été regroupée indépendamment, ce qui a entraîné l'effondrement du système politique de Mochica.</p> <p>Une guerre civile a alors éclaté : l'archéologie montre que les Mochicas, après avoir abandonné leurs anciennes colonies, en ont créé de nouvelles, où les énormes huacas de jadis ont été remplacés par des forteresses pour se protéger des cultivateurs révoltés.</p> <p>Ayant perdu l'autorité et le contrôle sur leur peuple, les dirigeants de la société Mochica se sont affrontés dans une lutte acharnée pour le contrôle des maigres ressources laissées dans la région. Les dernières colonies Mochica, gouvernées par une classe dirigeante usée, n'ont pas pu s'empêcher de tomber entre les mains du nouvel État Huari (ou Wari), une machine militaire écrasante qui a conquis la plupart des manoirs côtiers et montagneux de la zone centrale du Pacifique péruvien. Au cours des trois siècles suivants, les Huari concentrèrent leur pouvoir immense, construisirent d'immenses centres urbains et construisirent un empire authentique, un fait sans précédent dans l'histoire des cultures andines.</p> <p> En fait, l'hypothèse El Niño a surtout trompé les archéologues, leur faisant trouver des dates erronées de la chute de la civilisation moche.</p> <p>En 1980 un climatologue Lornie Thompson, va faire une découverte. En allant dans les Andes pour étudier les glaces, glaces qui sont la mémoire du climat. Il découvre que si le temps en montagne est sec, il est très pluvieux sur la cote avec une humidité très importante (el Nino) .Il remonte jusqu'à la période des Mochicas 560 avant J.C. et s'aperçois que la météo était devenue complètement folle (date de la disparition des Mochicas). Un régime pluvieux très important de 565 à 650 après J.C., inondations dévastatrices suivi d'une sécheresse de 30 ans sans une goutte de pluie. Pourtant, toutes les pyramides ont des marques de traces d'eau.</p> <p>Steve Bourget va faire une autre découverte sur le site de Huancaco, les murs ont été coupés par des rivières de boue. En utilisant le carbone 14, il pourra prouver que cela date bien de la période des Mochicas. D'autres fouilles prouvent que 600 après J.C. il y eu bien 30 ans de sécheresses grâce au sable qui recouvrait les sites.</p> <p>Quand on sait que cette civilisation se basait sur la culture du climat (sacrifices humains pour faire venir la pluie) tout s'effondre et les hommes doutent, les bases de cette société s'effondrent.</p> <p>A la fin de 1990 Tom Dillehay fait voler en éclat la thèse de Steve Bourget en allant sur un site non exploré avec John Warner qui date le site par un procédé photographique et le date de 650 à 700 après J.C. Alors tout est remis en cause. Les Mochicas ont survécus. Ils disparaîtront définitivement au 8eme siècle. Alors que l'on ne connaissait aucune activité belliqueuse chez eux .IL semble que les Mochicas ont connu des guerres mais contre qui ? Une hypothèse le peuple affaibli a été envahie par des voisins ? Mais aucune preuve de guerre extérieure n'a été trouvée. Alors pourquoi se défendre en construisant des cités avec des murailles ? Dillehay a supposé alors qu'il s'agissait d'une guerre civile pour les terres. Après avoir survécu aux inondations et à la sécheresse les Mochicas se seraient donc entretués dans une guerre sociale.</p> <p>Beaucoup d'historiens situaient en effet la fin des Moches aux alentours de l'an 600. Mais actuellement, grâce à des fouilles plus précises, on situe la fin des Moches aux alentours de l'an 700.</p> <p>Cette première date, qui s'avéra ensuite fausse, est due au fait qu'on a d'abord supposé que la situation s'était peu à peu dégradée dans le royaume, celui-ci devant faire face à des crues catastrophiques des principaux fleuves et notamment du río Moche à cause du phénomène El Niño. Cependant, cette hypothèse fut réfutée par l'archéologue Santiago Uceda Castillo. Ce phénomène eut bien lieu, la preuve étant de grandes fissures sur la Huaca del sol. Mais, dans ses recherches, Uceda Castillo découvrit que ce n'était pas El Niño qui avait provoqué la fin des Mochicas, car des fouilles archéologiques ont permis de prouver qu'après celui-ci, datées de 600 après J-C, la vie a continué chez les Mochicas. On constata en effet qu'au-dessus de la couche de terre correspondant à l'époque de cette catastrophe naturelle, s'élevaient bien d'autres constructions encore, bâties de la main des Moches.</p> <p>Les pluies diluviennes ou les sécheresses ne sont pas les seules à avoir encouragé le peuple moche à se révolter. Il y a eu aussi des tremblements de terre à répétition durant le VIIe siècle.</p> <p>Finalement, le point essentiel est que les conditions nécessaires d'une révolution sociale (et même de deux !) ont été réunies…</p> <p>La situation révolutionnaire est celle où le système n'est pas seulement contesté par les opprimés mais ne fonctionne plus, y compris pour les oppresseurs. Eux-mêmes se sentent menacés. Et toutes les classes sociales sont bouleversées, pas seulement les exploités du bas de l'échelle.</p> <p>« Pour un marxiste, il est certain que nulle révolution n'est possible à défaut d'une situation révolutionnaire. Toute situation révolutionnaire, du reste, n'aboutit pas à une révolution. Quels sont en général les indices d'une situation révolutionnaire ? Nous ne nous tromperons pas en indiquant les trois indices suivants : 1°) L'impossibilité pour les classes dirigeantes de maintenir intégralement leur domination ; une crise des milieux dirigeants, crise politique de la classe exerçant le pouvoir, produisant une faille dans laquelle pénètrent les mécontentements et l'indignation des classes opprimées. Pour qu'une révolution ait lieu, il est en général insuffisant que l'on n'accepte plus en bas ; il faut aussi que l'on ne puisse plus, en haut, vivre comme par le passé. 2°) L'aggravation anormale des privations et des souffrances des classes opprimées. 3°) L'augmentation sensible, en raison de ce qui précède, de l'activité des masses qui, en temps de paix, se laissent paisiblement voler, mais, en temps d'orage, sont incitées par toute la crise et aussi par les dirigeants à prendre l'initiative d'une action historique. A défaut de ces modifications objectives, indépendantes de la volonté des groupes isolés et des partis, comme des classes, une révolution est – en règle générale – impossible. L'ensemble de ces modifications objectives constitue précisément la situation révolutionnaire… » écrit Lénine dans « Le krach de la deuxième internationale », en août 1915.</p> <p><a href="http://todosobrelahistoriadelperu.blogspot.com/2011/07/cultura-mochica.html" class='spip_out' rel='external'>Cultura Mochica</a></p> <p><span class='spip_document_11996 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH334/chan-chan-descubren-nueva-escalinata-en-huaca-tole-808119-jpg_976x0-5cad9.jpg' width='500' height='334' alt="" style='height:334px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11997 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH353/1200px-ValleDeMoche-0a2bf.jpg' width='500' height='353' alt="" style='height:353px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11998 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH637/amersudcivili-596da.jpg' width='500' height='637' alt="" style='height:637px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11993 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH402/4941e9b554ede8a382c354962de6ae06-544ee.jpg' width='500' height='402' alt="" style='height:402px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11992 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH356/ed4e6215982f7bb8a9b63e57af8977b7-e6526.jpg' width='500' height='356' alt="" style='height:356px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11994 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH448/600px-Cronologia_general_de_Mesoamerica-svg-3ab21.jpg' width='500' height='448' alt="" style='height:448px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11995 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH250/image105-1edf5.jpg' width='500' height='250' alt="" style='height:250px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Comment est morte l'ancienne civilisation ancêtre des Chimù, dite muchique ou mochica, du Pérou, en 500-600 de notre ère ?</h3> <p>La civilisation muchique a été caractérisée par un culte lunaire et maritime, des sacrifices humains... d'enfants, des constructions de pyramides, des céramiques noires et des poteries. C'est une civilisation qui débute dans la nuit des temps, même si elle va brutalement disparaitre...</p> <p>Bien des auteurs ne datent la civilisation Chimù que de sa phase glorieuse, à partir de 900 ap. J.-C. alors qu'il est certain qu'une première phase s'est achevée en 500-600 ap. J.-C., civilisation qui avait débuté certainement avant notre ère, même si on ne sait encore pas bien déterminer quand. Il y a infiniment plus d'études et d'articles sur l'empire Chimù que sur la civilisation de départ qui est pourtant de même origine.</p> <h3 class="spip">Une très ancienne civilisation, ancêtre des Chimù et des Mochicas</h3> <p> Née probablement dans la vallée de Chicama, à Huaca Prieta, elle s'est développée aussi dans celles de Virù et de Moche, suivant les époques.</p> <p><a href="https://mundo.sputniknews.com/ciencia/201705251069442740-arqueologia-huaca-pacifico-peru/" class='spip_out' rel='external'>Une civilisation qui peut dater de plus de 8000 à 15000 ans</a></p> <p><a href="https://www.ancient-origins.es/noticias-historia-arqueologia/excavaciones-antiguo-t%C3%BAmulo-peruano-llevan-al-revolucionario-descubrimiento-una-avanzada-004314" class='spip_out' rel='external'>Leer aqui</a></p> <p>La plus ancienne civilisation de la côte nord du Pérou est l'ancienne civilisation Chimú ou Michù, également appelée civilisation muchique. La civilisation muchique commença à une époque indéterminée av. J.-C. et s'acheva vers l'an 500-600 apr. J.-C. Elle s'organisait autour des vallées Chicama, Moche et Viru. « De nombreuses grandes pyramides sont attribuées à l'ancienne civilisation chimú ». Ces pyramides sont construites en adobes rectangulaires moulées. « On trouve aussi des cimetières qui ne sont pas associés à des pyramides. Les morts étaient enterrés allongés dans des tombes aménagées. Les tombes sont rectangulaires et tapissées d'adobes sur les murs et le plafond. Des niches dans les murs contenaient des bols de poterie. » La poterie ancienne se caractérise par des formes figuratives réalistes et des scènes peintes.</p> <p>Une autre civilisation, qui a été également appelée Chimu car elle s'appuyait sur le même peuple, s'est développée en 900 de notre ère dans la vallée de Moche, autour du site de Chan Chan, suite à la chute de la civilisation Mochica, mais elle n'est pas en continuité avec la précédente civilisation Chimù. Entre les deux, il y a eu une rupture brutale et quatre cent ans d'interruption !! Les anciens Chimù n'habitaient pas Chan Chan qui n'a été construite qu'en 850 après J.-C.</p> <p>Nous ne parlerons donc ici que de l'ancien Chimu, avant 500-600, et pas de ses successeurs lointains, les Chimù d'après 900 qui ont été battus par l'empereur inca Tupac Inca Yupanqui qui conquit le territoire des Chimú vers l'an 1470, dans une guerre sanglante et y parvint en détruisant le réseau d'irrigation de la vallée de Moche, 50 ans avant l'arrivée des conquistadores dans la région. Comme on l'a fait remarquer, la plupart des commentaires que l'on peut lire ne concernent que les Chimù de 900 à 1470 et tout particulièrement ses sacrifices humains, notamment les 140 enfants à la poitrine ouverte et au cœur arraché.</p> <p>Notons cependant que le nouveau Chimù est né grâce deux révolutions ! Les États de Tiahuanaco et Huari s'effondrent brusquement au XIIe siècle et c'est de là que va apparaître la société Chimù, dans sa deuxième version.</p> <p>Quatre cents ans d'interruption pendant lesquelles ont ne voit aucune société qui fasse la transition, cela signifie que la première société Chimù a été balayée durablement et déracinée, éradiquée par un événement violent qui ne s'avère pourtant pas être le fait d'une armée étrangère…</p> <p>Il est certain que tous les feux de la rampe étant fixés sur Chan Chan, la vieille civilisation muchique n'a pas trouvé un grand intérêt auprès du public. Elle est bien moins développée, n'a pas connu un tel essor, n'a pas fondé un empire, etc.</p> <p>Par qui la civilisation muchique, ou Michù ancienne, aurait-elle pu être balayée en 500-600 a p. J.-C. ? Pas par les Huaris qui ne commencent qu'en 650 ! Pas par la civilisation Lambayeque (ou Sipan) qui commence au VIIIe siècle ! Restent les Nazca (de -200 à 700) mais ils ne semblent pas avoir atteint la zone des Chimù, dont ils étaient d'ailleurs séparés par les peuples Mochica qui enserraient les régions des Chimù…</p> <p>Les Nazca ne sont pas du tout proche de Chimù, entre eux on trouve les zones des civilisations Norte Chico, Chavin, Huari et Paracas. En 500-600, l'occupation Nazca ne pouvait atteindre la zone Chimù et abattre cette société.</p> <p>Restent encore les Mochicas, qui ont existé entre 100 et 700 ap. J.-C. et qui pourrait avoir battu les premier Michù. Mais, là encore, nous ne trouvons aucun signe que les Mochicas aient laissé d'une occupation de la zone des Michù (ni arme, ni objet, ni construction mochica en zone chimù). Ils ne semblent jamais l'avoir occupée ni même atteinte.</p> <p>Restent aussi la civilisation Lambayeque, mais celle-ci n'est apparue qu'en 700 de notre ère, bien trop tardivement pour être cause d'une chute de civilisation en 500-600 !</p> <p>Les Paracas, pour leur part, sont disparus bien avant, vers 300 de notre ère…</p> <p>On pourrait se dire que s'ils n'ont pas été attaqués par des peuples de la côte, ils ont pu l'être par ceux de l'intérieur, c'est-à-dire les Incas, mais ceux-ci ne développent une grande civilisation qu'au XVe siècle, beaucoup trop récemment pour avoir pu battre la première civilisation Chimù en 500-600 de notre ère !</p> <p>Les cités relevant de la culture Recuay – qui fleurit des débuts de notre ère aux alentours de 600, dans la région du Callejon de Huaylas et dans les hautes vallées des Andes – sont perchées sur des sommets pour des raisons défensives, les versants proches étant aménagés en terrasses permettant une activité agricole. Mais, autant qu'on le sache, jamais les Recuay ne descendent sur la côte…</p> <p>Reste la civilisation Wari (ou Huari) qui est bien dans la même zone mais n'est apparue qu'au VIe siècle de notre ère, là encore beaucoup trop tard pour avoir provoqué la chute des premiers Chimù. Cette fois, on a bel et bien fait le tour des attaques extérieures possibles et il ne nous reste plus qu'un effondrement pour des causes internes, hypothèse que bien des auteurs rejettent par avance, à tort.</p> <p>Bien entendu, la plus connue des civilisations de cette région, celle de Chavin était morte depuis longtemps : en 200 avant notre ère et n'est donc nullement candidate comme cause de la chute des premiers Chimù.</p> <p>Les anciennes sociétés des Andes étaient aussi complexes que les anciennes sociétés d'Egypte, de Mésopotamie ou d'ailleurs. Elles étaient aussi politiques. Elles étaient fondées sur des classes sociales, sur l'exploitation de l'homme et ont suscité les mêmes révolutions sociales. Rappelons seulement que l'Egypte des Pharaons a chuté durablement du fait d'une révolution sociale qui est bien documentée celle-là, et qui a supprimé ce régime pendant très longtemps, même si bien des auteurs font comme si les Pharaons avaient gouverné en continu sur ce territoire.</p> <p>Certains auteurs ont remarqué que la chute du premier Chimù ou civilisation muchique date de la même époque que la chute de la cilivisation Olmèque de La Venta. Ils essaient ainsi d'indiquer que les causes peuvent être plus générales : climatiques.</p> <p>Mais on ne peut pas effacer les révolutions sociales de l'interprétation de la chute des civilisations des Amériques. Toutes sont loin d'avoir chuté dans la même période !!!</p> <p>En effet, les chutes de civilisations sont datées de 800 de notre ère pour les Mayas, 1168 de notre ère pour les Toltèques, les Zapotèques et Téotihuacan en 700 de notre ère, ou encore 1500 avant notre ère pour Caral, El Tjin en 1100 de notre ère, Lambayeque en 1300 de note ère, Huari en 1100 de notre ère, Nazca en 700 de notre ère, ou 600 et 850 de notre ère pour les Mochicas.</p> <p>On voit bien que ces diverses chutes ne pourraient pas dépendre d'un phénomène climatique global.</p> <p>Quel événement climatique pourrait s'être produit en Amérique du sud vers 500-600 de notre ère ? On ne voit pas. Au point de vue du globe, en tout cas, 500-600 de notre ère n'est pas une date remarquable. Et pas plus en Amérique du sud ni spécifiquement au Pérou.</p> <p>D'ailleurs la civilisation Olmèque qui a chuté en même temps n'est par morte du seul fait de changements climatiques : <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235" class='spip_out' rel='external'>lire ici</a></p> <p>Dans le monde, non plus, 500-600 de notre ère n'est nullement une date d'importantes chutes de civilisations ni de phénomènes climatiques remarquables…</p> <p>Reste que les éléments dont on dispose ne nous donnent que peu d'indications sur cette vieille société et que les recherches dans cette région sont centrées sur l'empire Chimù et le mystère risque donc de perdurer…</p></div> La radicalisation… des luttes de classes en France et dans le monde https://www.matierevolution.org/spip.php?article6407 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6407 2019-04-17T22:38:00Z text/html fr Robert Paris Révolution Manifestation Lutte de classes - Class struggle Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles La radicalisation… des luttes de classes en France et dans le monde Macron compte sur l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour changer d'actualités et mettre la révolte des plus démunis hors du champ médiatique, ou du moins pas en première ligne !!! Il espère ainsi diminuer la pression et se positionner plutôt comme défenseur du culte catholique, défenseur du patrimoine, mobilisateur des milliardaires et du bon peuple pour aider à la reconstruction et prétendre que le reste passe après !!! (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a> / <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag">Manifestation</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag">Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles</a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_12278 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L467xH312/Yellow_20vestss_0-fad7f.jpg' width='467' height='312' alt="" style='height:312px;width:467px;' /></span> <span class='spip_document_12275 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH420/108813138-47683.jpg' width='500' height='420' alt="" style='height:420px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_12276 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH439/88468056_o-8c1dd.jpg' width='500' height='439' alt="" style='height:439px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_12277 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH446/ob_d5496b_34982685-221696255283878-6060197961302-dd522.jpg' width='500' height='446' alt="" style='height:446px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">La radicalisation… des luttes de classes en France et dans le monde</h3> <p>Macron compte sur l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour changer d'actualités et mettre la révolte des plus démunis hors du champ médiatique, ou du moins pas en première ligne !!! Il espère ainsi diminuer la pression et se positionner plutôt comme défenseur du culte catholique, défenseur du patrimoine, mobilisateur des milliardaires et du bon peuple pour aider à la reconstruction et prétendre que le reste passe après !!!</p> <p>S'il a retardé les annonces de Macron, l'incendie de Notre-Dame de Paris n'aura pas calmé les Gilets jaunes, ni les travailleurs qui revendiquent et qui ont relevé la facilité des milliardaires et de leur Etat à se voir sortir un milliard et plus de leurs coffres !</p> <p>On remarquera seulement comment les centaines de millions d'euros vont apparaître, comme par miracle, pour sauver Notre-Dame et qui n'existaient prétendument pas pour sauver les plus démunis qui crèvent !!!</p> <p> Les annonces post-grand débat non faites par Macron sous prétexte d'incendie ne convainquent pas les plus démunis. Le chef de l'état promettrait paraît-il de baisser l'impôt sur le revenu des "classes moyennes" sans augmenter celui des plus riches, de permettre des référendums d'initiative citoyenne à l'échelle locale mais pas nationale, de ré-indexer les retraites inférieures à 2 000 euros sur l'inflation mais sans rattrapage ou encore de ne pas fermer d'hôpital ni d'école d'ici la fin de son mandat, mais sans embauches de personnels et même en fermant des services hospitaliers et des lits.</p> <p>Si Macron a pris prétexte de l'incendie de Notre-Dame de Paris pour reporter ses soi-disant annonces, qui prétendent répondre au mouvement des Gilets jaunes et aux attentes de la population la plus pauvre, tout en se positionnant démagogiquement comme un ami des catholiques, on sait déjà que la comédie du pouvoir, qui fait mine de tenir compte du mécontentement social (par exemple, en indexant les petites pensions sur l'inflation), le fait en justifiant l'accentuation de sa politique « de réformes », c'est-à-dire de privatisations aggravées, de poursuite des attaques antiscociales. ADP privatisée, La Poste privatisée, EDF découpée en portions et la part endettée nationalisée, le reste privatisé, etc. Les gilets jaunes défendent les services publics que le gouvernement attaque. On le voit dans l'Enseignement, on le voit dans l'hôpital public où les Urgences sont en grève illimitée sur Paris. Macron prétend que la situation économique et sociale serait due à l'absence de réformes et qu'il va encore acccélérer celles-ci. Il affirme avoir écouté les désirs du peuple par son « grand débat » mais l'immense majorité de la population est persuadée du contraire ! Il est plus clair que jamais, aux yeux des travailleurs, que le pouvoir appartient aux classes possédantes et que la démocratie est une comédie.</p> <p>Le gouvernement tente d'attaquer encore les plus démunis pour justifier aux yeux des classes possédantes son maintien au pouvoir et de laisser entendre que les Gilets jaunes ne l'empêchent pas d'aller plus loin dans les contre-réformes. Et, pendant que le bras de fer continue avec les gilets jaunes qui n'ont pas baissé les bras, le pouvoir d'Etat continue de se durcir, de préparer ses troupes à des lendemains sanglants… Car, s'il estime que les travailleurs ne sont pas battus, il sait aussi que les effondrements économiques et sociaux sont devant nous et qu'ils peuvent entraîner nombre de travailleurs qui sont pour le moment passifs…</p> <p>Depuis la ratification de la « loi anti-casseurs », il est clair que la législation d'exception, mise en place contre le terrorisme, vise à s'attaquer non au terrorisme se couvrant de l'Islam, ni à aucun autre terrorisme fasciste ou autre, mais à la révolte sociale des plus démunis, en se passant même de toute référence au terrorisme. L'expression des ennemis que prétend combattre l'Etat capitaliste ne s'intitule plus « terroristes » mais « casseurs ». En effet, le poouvoir capitaliste a instrumentalisé la casse de quelques commerces, ou quelques ripostes de manifestants ou encore des violences de black blocs, ou de provocateurs policiers apointés à cet effet, pour justifier de développer une répression d'une ampleur inconnue jusque là dans tous les pays développés contre des manifestants.</p> <p>Contrairement à ce que le gouvernement prétend, ces violences, nouvellement légalisées, ont été utilisées principalement contre des manifestants pacifiques, qui n'agressaient pas les forces de l'ordre, mis à part quelques insultes parfaitement légitimes, et qui ne cassaient pas des vitrines de commerces. Avant cette loi répressive nouvelle qui autorise des arrestations et des inculpations quasi sous tous les prétextes et sans la moindre preuve, avant tout passage à un acte répréhensible et même sans accusation d'acte répréhensible, par seule accusation d'intention de participer par exemple à une manifestation sans autorisation, ou de participation à une réunion avec des personnes ayant l'intention d'y participer, ou encore pour port d'un casque ou d'un foulard masquant le visage oud e toute protection contre les gaz lacrymogènes balancés directement aux visages des manifestants pacifiques par les forces de répression !!!</p> <p>Avant même l'instauration de cette nouvelle loi violemment répressive permettant aussi des interdictions du droit de manifester, de se réunir, d'informer, de se rassembler, de bloquer, l'Etat avait développé sa répression en détournant l'arsenal répressif dont il s'était doté sous le prétexte de la lutte dite « antiterroriste » qui avait été mise en place quand la population de France était affolée par quelques attentats réalisés par des individus se réclamant de l'intégrisme qui se couvre de la religion musulmane, plus ou moins en contact avec la guerre de Syrie.</p> <p>Il y a eu en ce sens notamment l'Etat d'urgence, la mise en place de l'opération dite Sentinelle, le contrôle des média, des mosquées, des quartiers, et bien d'autres lois et décrets autorisant de fouiller des personnes, des véhicules et des logements, d'arrêter préventivement, de contrôler et d'interdire des sites et leur consultation, de contrôler toutes les communications, de mettre des personnes en résidence surveillée, de les ficher, de leur interdire les manifestations ou rassemblements. Ils avaient prétexté de la nécessité de diminuer les libertés démocratiques dans la lutte pour… défendre les libertés démocratiques contre le terrorisme. Pour mettre en œuvre tout cet arsenal répressif, il suffisait de prétexter un « risque terroriste » et le pouvoir s'en est immédiatement servi bien au-delà de la lutte contre le terrorisme, contre des zadistes, contre des militants environnementalistes, contre des jeunes révoltés, contre les banlieues, contre les lycéens et étudiants, contre les travailleurs en lutte, notamment ceux des entreprises qui ferment, ceux des entreprises qui licencient, ceux des cheminots, ceux qui dénoncent les nouvelles lois antisociales et bien d'autres. Bien entendu, ils s'en sont servis bien plus et bien plus violemment contre les Gilets jaunes !</p> <p>Ainsi, le terrorisme a été instrumentalisé pour justifier la violence policière contre des manifestations n'ayant aucun rapport avec lui, la législation et les pratiques des forces répressives ont profondément et brutalement changé. Elles ont clairement visé la colère des plus démunis auxquels on a interdit tout droit de se rassembler, tout droit de bloquer un carrefour ou une entreprise, tout droit de manifester, même de manière pacifique, du moment que la manifestation n'avait pas été autorisée, tout simplement parce que personne n'en avait demandé l'autorisation, y compris quand les autorités n'avaient aucun prétexte particulier de sécurité vu que toutes les manifestations précédentes avaient été pacifiques comme à Nice.</p> <p>Les dérives policières ont été voulues directement par le pouvoir, par le gouvernement, par la présidence. Elles ont ouvertement utilisé des lois, des décrets, des armes répressives qui avaient été décrétées réservées à la lutte antiterroriste, alors que la répression des gilets jaunes n'a clairement rien à voir avec le terrorisme intégriste.</p> <p>Ainsi, la police et la gendarmerie ont utilisé des armes clairement interdites jusque là contre les manifestations sociales, associatives ou politiques, ont tiré dans la foule, visant directement le visage des manifestants, ces derniers étant accusés même de chercher à se protéger contre des tirs de grenades lacrymogènes ou de flash balls, contre des matraquages et des charges policières violentes, des attaques à cheval ou avec des blindés !!! On n'avait jamais vu tout cela en France. On a vu également le pouvoir brandir la menace pour contraindre les moteurs de recherche, les réseaux sociaux de se rendre aux exigences policières, fermer des sites et des comptes, censurer des contenus, dégrader des indices de consultation pour empêcher la révolte sociale de se servir d'internet. Or, ce contrôle de l'internet n'avait été mis en place que sous le prétexte de lutter contre le terrorisme !!! Les arrestations préventives, les contrôles à toute heure et en tous lieux, les inculpations sur de simples intentions non prouvées ont commencé à pleuvoir, avec de lourdes inculpations pour de simples propos ou des gestes se contentant de répliquer à des agressions policières.</p> <p>Ainsi, le terme de « lutte contre la radicalisation » qui ne désignait jusque là que le terrorisme s'est mis à viser les manifestations des plus démunis protestant contre l'ordre social injuste et le pouvoir d'Etat qui le défend. Le gouvernement à mis en place une énorme campagne idéologique affirmant que tous les citoyens paifiques étaient attaqués et menacés par les révoltés, tout comme ils avaient affirmé qu'ils étaient menacés par les terroristes pour justifier les multiples guerres extérieures appelées « guerres contre le terrorisme ».</p> <p>La « radicalisation » qui était considérée comme l'étape menant des personnes à participer aux actes terroristes ou aux guerres de l'Etat islamique, a changé de signification pour englober tous ceux qui se révoltent contre l'ordre social et que, sous l'accusation de « insurrection » peuvent être considérés comme une menace contre l'ordre public.</p> <p>Les classes pauvres révoltées ont dès lors été ouvertement désignées comme ennemis de la paix, comme danger pour toute la population, comme des barbares qui menacent la civilisation, comme des agresseurs contre lesquels tous les coups sont permis. Les exploités et les opprimés ont été désignés du doigt de manière méprisante, violente, d'un dénigrement d'une classe possédante qui veut la guerre civile, qui pousse à l'affrontement, tout en prétendant discuter avec… tout le monde, écouter tout le monde sauf avec les révoltés !!!</p> <p>Les classes pauvres sont maintenant clairement la cible de la répression, et d'une répression mille fois supérieure en violence que celle mise en œuvre contre terrorisme. Jamais le pouvoir n'a mis autant de forces répressives en branle contre le terrorisme ! L'exemple le plus frappant a été la décision de mobiliser, contre les manifestants des manifestations des samedis des gilets jaunes, les forces militaires de Sentinelle pourtant officiellement dédiées exclusivement à l'antiterrorisme. C'est d'autant plus remarquable qu'en cas d'affrontement toutes les troupes armées n'ont aucune arme non léthale et ne peuvent que tuer ou blesser mortellement ! C'est aussi frappant que les mêmes troupes Sentinelle s'étaient vues refuser par le pouvoir le droit d'intervenir lors de l'attentat terrroriste du Bataclan, justement sous le prétexte que ces troupes armées n'avaient pas le droit d'intervenir en ville aux côtés des forces de police. L'armée antiterroriste serait donc interdite d'intervenir contre le terrorisme mais autorisée à intervenir aux côtés de la police dans un mouvement de révolte sociale ! Bel aveu du véritable objectif de la mise en place des dispositions soi-disant antiterroristes !!!</p> <p>On a bien vu au Bataclan que les forces de répression laissaient faire les terroristes, et, dans ce cas, les ont laissé sans gêne massacrer de manière sans intervenir pendant un temps incroyable !!! Et jamais la justice ne s'est interrogé sur ce crime invraisemblable !!! Les mêmes peuvent bien prétendre que les opérations antiterroristes visaient à protéger la population, on constate exactement l'inverse : elles ont servi à frapper le peuple travailleur !</p> <p>L'antiterrorisme a été le prétexte invoqué pour remodeler le pouvoir d'Etat et le mettre en état d'affronter de manière sanglante la révolte sociale que les classes possédantes savaient, bien avant les Gilets jaunes, être à la limite de l'explosion. Le terrorisme a été le prétexte utilisé pour habituer la population à une occupation militaire des villes, les Sentinelle y patrouillant avec les armes à la main. Pourtant, chacun savait que ces troupes étaient inutiles face à des terroristes. Et c'est finalement bel et bien pour protéger le 1% de milliardaires que ces troupes sont réellement utilisées et pas contre le terrorisme !!! Par la suite, le gouvernement a fait intervenir d'autres forces armées, notamment les légionnaires, l'intervention des armées dans la répression devenant un fait acquis !!! Cela n'a pas fait grand bruit ni dans les média, ni chez les politiciens, pourtant toujours la démocratie à la bouche quand il s'agit de dénoncer les gilets jaunes comme destructeurs de la démocratie.</p> <p>Bien d'autres choses ont changé dans la fameuse « démocratie française », notamment le fait que les manifestants blessés emmenés aux Urgences ont été dénoncés par l'encadrement hospitalier aux ordres du gouvernement. Cela a été dénoncé par les médecins et les infirmières des Urgences qui ont refusé de se prêter ainsi aux ordres scandaleurx du pouvoir qui venait de blesser grièvement ces manifestants, de leur arracher un œil, une joue, un nez, un bras, une jambe, etc.</p> <p>Bien sûr, les forces armées n'en sont pas encore à tirer dans le tas des manifestants mais il suffira désormais que le gouvernement organise une provocation, faisant tuer des policiers, pour que l'opinion, publique chauffée à blanc par les reportages anti-Gilets jaunes et pro-flics, accepte l'idée que les policiers ou l'armée tuent des manifestants en prétendant que les forces de répression ne faisaient que défendre leur peau.</p> <p>La raison de se basculement de la société française dans la violence est clairement le fossé énorme entre les riches et les pauvres, entre les possédants et ceux qui ne vivent que de leur travail.Les capitalistes savent parfaitement, et depuis un moment, que l'affrontement sera inévitable et ils essaient qu'il se déroule contre une fraction seulement des travailleurs, fraction désignée du doigt, méprisée, discréditée, présentée comme barbare, raciste, fasciste, violente, destructrice de biens et demain de vies humaines. Ce n'est pas une vraie nouveauté : dans toutes les sociétés en révolution, les classes possédantes ont fait de même. Et nous sommes entrés, à nouveau, non seulement en France mais partout dans le monde, dans une nouvelle ère des révolutions et des contre-révolutions. Ce que fait le gouvernement, c'est de préparer ses forces de répression, physiquement et organisationnellement et aussi moralement à devenir le bras armé de la contre-révolution sociale.</p> <p>Les classes possédantes préparent cette vague révolutionnaire, que l'effondrement capitaliste à venir rend inévitable, en divisant les travailleurs de mille manières, par le racisme, par le fascisme, par le nationalisme, par l'ethnisme, par la haine interreligieuse, en divisant jeunes et vieux, hommes et femmes, nationaux et étrangers. C'est le but principal du Brexit anglais. C'est également le but de la campagne espagnole pro et anti Catalogne. Partout dans le monde, de telles politiques de division sont menées. C'est dans ce sens que le gouvernement français aurait bien aimé que le mouvement des Gilets jaunes apparaisse comme d'abord nationaliste, anti-migrants, anti-étrangers, raciste, antisémites, etc. Mais cette tentative n'a pas pas marché ! Le mouvement des Gilets est apparu d'abord social, d'abord en faveur du monde du travail, d'abord contre les profiteurs et leurs amis corrompus du pouvoir !</p> <p>La France est le premier des pays riches et dominants où la révolution sociale pointe son nez ! C'est la première fois depuis des décennies qu'un pays capitaliste et impérialiste capable d'envoyer ses armées aux quatre coins du monde voit la domination de ses classes possédantes et de leurs institutions contestées durant cinq mois sans parvenir à en finir avec le mouvement, sans céder quelques miettes et obtenir le retour au calme. C'est la première fois aussi depuis belle lurette qu'un mouvement social d'ampleur nationale refuse de négocier avec le pouvoir. Et c'est encore la première fois que les plus démunis se passent complètement des services des réformistes pour diriger leur lutte, qu'ils s'organisent de manière autonome et le revendiquent haut et fort ! C'est sur ce dernier point que les gouvernants ont été surpris. Et ils tiennent d'autant plus que la lutte soit discréditée qu'elle pourrait donner des idées aux travailleurs dans les entreprises. On a déjà constaté que la lutte des urgences des hopitaux parisiens a démarré à l'hôpital Saint Antoine en étant auto-organisée. Bien des enseignants en lutte ont aussi rejoint les Gilets jaunes ainsi que des agents des hôpitaux psychiatriques en lutte. Il pourrait en être autant demain des agents EDF ou des agents de La Poste ou encore des entreprises qui ferment ou licencient, à commencer par les banques. Cela en serait fini ainsi avec la stratégie des luttes séparées menées par les syndicats et les intersyndicales, stratégie qui a culminé dans la dernière défaite des cheminots !</p> <p>Le pouvoir a justifié de sa stratégie de la riposte en force, sa méthode de répression violente, en affirmant que le mouvement avait un caractère politique et insurrectionnel. Il se pare du rôle de « défenseur de la démocratie » mais il est clair qu'il est en train de détruire sciemment toutes les règles démocratiques comme l'a clairement démontré le « défenseur des droits » qui a relevé une à une les dérives répressives, depuis les violences policières contre des manifestants pacifiques jusqu'aux répressions racistes et discrimninatoires des forces de l'ordre agissant clairement ainsi à la demande du pouvoir, que ce soit contre les Roms ou contre les sans logis. La justice elle-même a ouvertement été instrumentalisée contre les Gilets jaunes, les peines étant clairement revues à la hausse contre le mouvement.</p> <p>En même temps, le pouvoir des milliardaires a fait semblant de vouloir seulement défendre ses pauvres flics injustement agressés violemment, présentant des films entiers dans lesquels ils étaient montrés sur la défensive contre des Gilets jaunes, ou des provocateurs policiers, recevant les coups et refusant de les rendre. Mais tous les manifestants ont vu exactement le contraire et les réseaux sociaux sont pleins de films qui le montrent sans que les grands média, notamment la télévision n'ait jamais présenté ceux-ci.</p> <p>En fait, les forces de répression en blessant grièvement des manifestants pacifiques sèment la peur et le gouvernement affirme que même des manifestants pacifiques n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes s'ils participent à des manifestations interdites ou pas autorisées dans lesquelles des casseurs interviennent. Ils n'ont qu'à rester chez eux. Il ne se gène pas pour mettre directement en cause le droit de manifester ou de se rassembler en France.</p> <p>Il faut remarquer que cela fait également des lustres que ce type de violences répressives n'avait pas été employées dans un pays riche, dit démocratique et qu'on ne le voyait que dans des dictatures violentes de pays pauvres. C'est un témoignage de plus du fait que l'ordre capitaliste commence à être déstabilisé par sa propre crise économique et sociale qui est un fait historique tout à fait nouveau.</p> <p>Les classes possédantes sont maintenant persuadées que leur ordre économique et social va être très prochainement atteint par un effondrement économique qui ne permettra pas de réagir de la manière qui a été la leur en 2007-2008 car les banques centrales n'ont plus les moyens d'intervenir massivement en déversant des sommes colossales de fonds publics pour sauver les capitalistes, les financiers, les banques, les trusts, les bourses. C'est cela qui est la justification vis-à-vis des possédants du pouvoir capitaliste en France. Il joue à radicaliser la répression quitte à radicaliser la lutte sociale, car il estime que, de toutes manières, la situation va rapidement radicaliser la lutte des classes. Il prépare ainsi le pouvoir d'Etat et ses hommes en armes à frapper, à blesser, à tuer même. Il dénigre ouvertement les pauvres, redevenus des classes dangereuses. Il mène à l'intérieur du pays la même politique sanglante qu'il a mené déjà à l'extérieur, dans ses interventions armées au Centrafrique, en Libye, au Mali, au Niger, au Cameroun, en Syrie, en Irak ou au Yémen…</p> <p>Bien sûr, la majorité de la population croit que ces interventions armées sont surement justifiées par la lutte antiterroriste. On a bien vu que la population française avait gobé pendant de longues années les mensonges des classes possédantes sur les crimes lors du génocide rwandais. Le grand public commence à peine à apprendre que le pouvoir a participé au génocide, avant, pendant et après, qu'il était entièrement du côté des génocidaires, financés, organisés, entraînés, armés par la France, celle de Mitterrand-Léotard, de Juppé-Védrine, du PS et de la droite !!! Et Macron, solidaire des crimes de l'impérialisme français, continue de refuser l'ouverture des documents français sur le génocide au grand public.</p> <p>La guerre que mène la France à l'intérieur contre les plus démunis et celle qu'elle mène à l'extérieur contre les peuples est une seule et même guerre contre les exploités et les opprimés et en faveur des exploiteurs ! Et dans cette guerre, inutile de demander aux classes possédantes de faire preuve de pitié, ces seigneurs de la finance sont également des saigneurs et l'ont déjà démontré et pas seulement au Rwanda. Verser le sang des peuples ne les gêne pas ! Une seule chose peut les arrêter : que les peuples leur retirent le pouvoir ! C'est cela qui reste à faire, en France comme en Algérie, au Soudan comme au Venezuela ou au Nicaragua, partout dans le monde.</p></div> Pourquoi et comment les civilisations ont disparu brutalement et de manière étonnante https://www.matierevolution.org/spip.php?article6239 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6239 2019-04-16T22:37:00Z text/html fr Robert Paris Pourquoi et comment les civilisations ont disparu brutalement et de manière étonnante On a souvent incriminé des guerres pour expliquer la chute des civilisations. On a plus récemment fait appel à des explications climatiques, écologiques, de réchauffement, de sécheresse, d'épuisement des ressources, de migrations de populations… La situation que vit aujourd'hui l'humanité pourrait nous éclairer. Le système d'exploitation est arrivé à son terme et les problèmes guerriers ou écologiques ou migratoires ne (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique24" rel="directory">1er chapitre : La marque sociale des révolutions</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Pourquoi et comment les civilisations ont disparu brutalement et de manière étonnante</h3> <p>On a souvent incriminé des guerres pour expliquer la chute des civilisations. On a plus récemment fait appel à des explications climatiques, écologiques, de réchauffement, de sécheresse, d'épuisement des ressources, de migrations de populations…</p> <p>La situation que vit aujourd'hui l'humanité pourrait nous éclairer. Le système d'exploitation est arrivé à son terme et les problèmes guerriers ou écologiques ou migratoires ne sont pas la cause de sa chute mais une simple conséquence…</p> <p>L'Histoire est un gigantesque empilement de ruines de vieilles civilisations qui se sont détruites elles-mêmes de l'intérieur (et pas qui ont été détruites par d'autres).</p> <p>Claude Lévi-Strauss dans « Tristes tropiques » décrivait ainsi cet amoncèlement de civilisations disparues au pied des montagnes Cachemire, sur le site de Taxila, entre Rawalpindi et Peshawar, un déroulement de multiples civilisations ensuite englouties dont le seul récit fait déjà tourner la tête :</p> <p>« Le site de Taxila, qui porta jadis le nom sanscrit de Takshasilà – la ville des tailleurs de pierres – occupe un double cirque profond d'une dizaine de kilomètres, formé par les vallées convergentes des rivières Haro et Tamra Nala : le Tiberio Potamos des anciens. Les deux vallées, et la crête qui les sépare, furent habitées par l'homme pendant dix ou douze siècles , sans interruption : depuis la fondation du plus ancien village exhumé qui date du VIe siècle avant notre ère, jusqu'à la destruction des monastères bouddhistes par les Huns blancs qui envahirent les royaumes kushan et gupta entre 500 et 600 après Jésus-Christ. En remontant les vallées, on descend le cours de l'histoire.</p> <p>Bhir Mound, au pied de la crête médiane, est le site le plus vieux ; quelques kilomètres en amont, on trouve la ville de Sirkap qui connut sa splendeur sous les Parthes et, juste en dehors de l'enceinte, le temple zoroastrien de Jandial que visita Apollonius de Tyane ; plus loin encore, c'est la cité kushan de Sirsuk et tout autour, sur les hauteurs, les stupas et les monastères bouddhistes de Mohra Moradu, Jaulian, Dharmaràjikà, hérissés de statues en glaise jadis crue, mais que les incendies allumés par les Huns préservèrent par hasard en les cuisant.</p> <p>Vers le Ve siècle avant notre ère, il y avait là un village qui fut incorporé à l'empire Achéménide et devint un centre universitaire. Dans sa marche vers Jumna, Alexandre s'arrêta pendant quelques semaines, en 326, à l'endroit même où sont aujourd'hui les ruines de Bhir Mound. Un siècle plus tard, les empereurs maurya règnent sur Taxila où Asoka – qui construisit le plus grand stupa – favorisa l'implantation du bouddhisme. L'empire maurya s'effondre à sa mort qui survient en 231, et les rois grecs de Bactriane le remplacent. Vers 80 avant notre ère, ce sont les Scythes qui s'installent, abandonnent à leur tour le terrain aux Parthes dont l'empire s'étend, vers 30 après Jésus-Christ, de Taxila à Doura Europos. On situe à ce moment la visite d'Apollonius. Mais, depuis deux siècles déjà, les populations kushan sont en marche, du nord-ouest de la Chine qu'elles quittent vers 170 avant Jésus-Christ jusqu'à la Bactriane, l'Oxus, Kaboul et finalement l'Inde du Nord, qu'elles occupent vers l'an 60 pour un temps dans le voisinage des Parthes. »</p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1046" class='spip_out' rel='external'>Les civilisations sont-elles vouées à disparaître ... brutalement ?</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article1523">Les causes de la chute des civilisations</a></p> <p>La chute de l'empire romain -> <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4433" class='spip_url spip_out' rel='nofollow'>https://www.matierevolution.org/spi...</a>]</p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article1873">Apparition et disparition de la civilisation du Mont Bégo</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1618" class='spip_out' rel='external'>La disparition de la civilisation mégalithique sans laisser d'autres traces que de grandes pierres : une des grandes discontinuités de l'histoire de la société humaine</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article1934">Les chutes des multiples civilisations d'Egypte</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article5270">La disparition de la civilisation de l'Indus</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2321">La disparition soudaine de la civilisation des Anasazis</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article5130">La grande duperie de la prétendue « civilisation occidentale »</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2324">Apparition et disparitions des civilisations africaines</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2000">Quelques exemples qui montrent, n'en déplaise aux historiens et autres penseurs du pouvoir, que toutes les civilisations ont disparu du fait des révolutions réalisées par les opprimés et parce que le système avait atteint ses propres limites...</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article52" class='spip_out' rel='external'>Révolutions de l'Antiquité</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article227" class='spip_out' rel='external'>Révolutions de Méso-amérique antique</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article225" class='spip_out' rel='external'>Révolutions de la Mésopotamie antique</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article1902">La « civilisation » n'est pas un long fleuve tranquille…</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1896" class='spip_out' rel='external'>Les vagues révolutionnaires ont souvent détruit les civilisations</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article6203">La chute de la civilisation capitaliste n'est pas la fin de la civilisation humaine</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3250" class='spip_out' rel='external'>Pourquoi la dynamique du capitalisme se heurte à ses propres limites</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4686" class='spip_out' rel='external'>Capitalisme : chronique d'une mort annoncée</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article1915" class='spip_out' rel='external'>Les contradictions insolubles du capitalisme</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5087" class='spip_out' rel='external'>Aucun avenir pour le capitalisme, bel avenir pour l'humanité</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4702" class='spip_out' rel='external'>Pour quelles raisons le vieux monde ne peut pas durer ?</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=le+capitalisme+a+atteint+ses+limites+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class='spip_out' rel='external'>Le capitalisme chute parce qu'il a atteint ses limites</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4647" class='spip_out' rel='external'>Vous avez dit durable ? Comme c'est bizarre !</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2943" class='spip_out' rel='external'>Pourquoi le capitalisme s'autodétruit de manière irrémédiable et pourquoi il est inutile de chercher à le réformer</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4413" class='spip_out' rel='external'>Le capitalisme est-il une société du passé</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&q=fin+de+la+civilisation+capitaliste+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class='spip_out' rel='external'>Lire encore</a></p> <p><a href="https://www.google.fr/search?hl=fr&ei=7KP3W_6kJ6yIlwSw04CgDg&q=le+capitalisme+fin+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&oq=le+capitalisme+fin+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&gs_l=psy-ab.3...53656.54339..54822...0.0..0.60.159.3......0....1..gws-wiz.ndpijf7BnTk" class='spip_out' rel='external'>Lire aussi</a></p></div> Révolutions et Contre-révolutions dans l'Empire perse https://www.matierevolution.org/spip.php?article6336 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6336 2019-04-15T22:37:00Z text/html fr Robert Paris Antiquité Révolution Révolte Iran Révolutions et Contre-révolutions dans l'Empire perse Les révolutions De 552 à 550 av. J.-C., les origines de l'empire sont dans « la révolte des Perses ». La révolte perse était une campagne dirigée par Cyrus le Grand dans laquelle la province de l'ancienne Persis, qui avait été sous le règne de la Médiane, déclara son indépendance et mena une révolution réussie, se séparant de l'empire de la Médiane. Cyrus et les Perses ne s'arrêtèrent pas là, cependant, et continuèrent à conquérir les Mèdes. La révolte, qui (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de l'Antiquité</a> / <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot36" rel="tag">Antiquité</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot140" rel="tag">Iran</a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_11854 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L440xH228/Carte_empire_achemenide-5d095.png' width='440' height='228' alt="" style='height:228px;width:440px;' /></span><span class='spip_document_11847 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH268/achemenide06-ac2de.jpg' width='500' height='268' alt="" style='height:268px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Révolutions et Contre-révolutions dans l'Empire perse</h3> <h3 class="spip">Les révolutions</h3> <p>De 552 à 550 av. J.-C., les origines de l'empire sont dans « la révolte des Perses ». La révolte perse était une campagne dirigée par Cyrus le Grand dans laquelle la province de l'ancienne Persis, qui avait été sous le règne de la Médiane, déclara son indépendance et mena une révolution réussie, se séparant de l'empire de la Médiane. Cyrus et les Perses ne s'arrêtèrent pas là, cependant, et continuèrent à conquérir les Mèdes. La révolte, qui a duré de 552 à 550 avant JC, a été déclenchée par les actions d'Astyages, le souverain de Médias. La guerre s'est étendue à d'autres provinces alliées aux Perses. Les Mèdes avaient de premiers succès au combat, mais le retour de Cyrus le Grand et de son armée était trop écrasant. Les Mèdes furent finalement conquis par 549 av. Ainsi naquit le premier empire persan officiel.</p> <p>De 529 av. J.-C. (mort de Cyrus II, roi des Perses et couronnement de Cambyse II) à 515, l'empire est secoué par des soulèvements.</p> <p>En 525 avant J.-C., les actions violentes de l'empereur perse Cambyse II contre de nombreux hauts personnages des classes possédantes sont encore diversement interprétées.</p> <p>Coup d'Etat contre Cambyse en 522 avant J.-C. Alors que Cambyse guerroie en Égypte, Oropastes, maître du gouvernement en Perse, conçoit le projet de rétablir l'ancien empire des Mèdes. Il fait passer auprès du peuple son frère le mage Gaumata pour Smerdis (Bardiya).</p> <p>Septembre 522 av. J.-C. : les nobles Perses se débarrassent du mage Gaumata, qui se faisait passer pour Bardiya. Darius Ier, fils du satrape d'Hyrcanie Hystaspès, qui appartient à une branche collatérale de la famille des Achéménides, monte sur le trône de l'Empire perse (521-485 av. J.-C.). Il doit lutter 14 mois pour imposer son autorité aux provinces révoltées : Perse (le faux Bardiya, Vahyazdta), Babylonie (Nabuchodonosor III et IV), Élam (çina, Martiya), Médie (Fravartis), Sagartie (Ciçantakhma), Arménie, Parthie, Margiane (Frda)...</p> <p>Octobre-décembre 522 av. J.-C. : révolte de Nindintu-Bêl à Babylone contre la domination perse. Il se proclame roi sous le nom de Nabuchodonosor III Il est mis à mort le 18 décembre après avoir subi deux défaites successives2.</p> <p>Fin décembre 522 av. J.-C. : les Arméniens révoltés sont vaincus en Assyrie par Vaumisa, un des généraux de Darius. La révolte arménienne dure jusqu'en juin 521 av. J.-C., malgré les victoires de Vaumisa et de Dadarši2. Le nom d'Arménie apparaît pour la première fois dans l'inscription de Behistun, commémorant la victoire de Darius. L'Arménie conquise est organisée en satrapie mais garde une large autonomie.</p> <p>De 499 av. J.-C à 493 : la révolte de l'Ionie. La plupart des cités grecques occupées par les Perses en Asie Mineure et à Chypre se révoltent contre la domination perse à la suite de l'échec de l'expédition contre les Scythes.</p> <p><span class='spip_document_11853 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L211xH238/indexindex-c870c.jpg' width='211' height='238' alt="" style='height:238px;width:211px;' /></span></p> <h3 class="spip">Les révolutions devaient se poursuivre bien plus tard en Perse…</h3> <p>De 470 ap. J.-C. à 531, la révolution religieuse, sociale et politique de Mazdak. Mazdak était un théoricien et révolutionnaire perse. Il dénonça la propriété privée comme la source des discordes et des haines entre les hommes. Il tenta par des réformes morales et matérielles d'élever l'Humanité à un niveau de vie et un accomplissement religieux supérieur. Il avait pour but la vie fraternelle de tous dans une société collectiviste sans classes. Soutenu quelques temps par le Roi, Mazdak et ses adeptes furent victimes de la répression organisée par les classes dirigeantes. Kahvad fut un roi de Perse qui soutint, dans sa jeunesse, les doctrines collectivistes de Mazdak. Il fut destitué par la classe dirigeante de son pays, l'aristocratie et le clergé. Rétabli sur son trône, avec l'aide des Huns, il se détourna du collectivisme. Il tenta de réformer le système social, ce qui n'empêcha pas le mouvement collectiviste de Mazdak de prendre une très grande ampleur. Il écrasa cette tentative révolutionnaire, dans le sang, avec le soutien de la noblesse et du clergé. On présente souvent Mazdak comme un précurseur du socialisme. Aussi anachronique que soit ce propos, il met en avant ce qui a le plus frappé chez les mazdakistes : leur volonté de bâtir un nouvel ordre social. Celui-ci se dresse contre la société de l'Empire sassanide, très hiérarchisée, divisée en plusieurs classes, à la tête desquelles sont les prêtres mazdéens et les guerriers. Il s'agit donc aussi d'une remise en cause du mazdéisme (ou zoroastrisme fondé par Zarathoustra qui est le premier à prôner un Dieu unique : Ahura Mazda), religion officielle de l'État perse, dont les prêtres sont tenus par Mazdak pour responsables de l'inégalité qui règne dans le royaume. Mazdak prône un idéal pacifique. Il veut venir en aide aux nécessiteux, et ouvre pour cela des hospices. Il propose de s'en prendre directement au pouvoir des prêtres, en fermant les temples du feu, et propose de manière générale la confiscation des biens des plus riches. Mazdak considère qu'il n'y a pas besoin de prêtres : les vrais religieux sont ceux qui respectent les bons principes, donc ceux qui ont compris l'univers qui les entoure. On lui attribue des idées encore plus révolutionnaires qui n'ont pas manqué de surprendre : l'abolition de la propriété privée et des gynécées des riches avec la mise en commun de tous les biens (communisme), et peut-être aussi des femmes.</p> <p>747-750. Révoltes contre le pouvoir omeyyade, auxquelles participent les Perses du Khorasan.</p> <p><span class='spip_document_11852 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L327xH493/soldat_perses-41984.jpg' width='327' height='493' alt="" style='height:493px;width:327px;' /></span></p> <h3 class="spip">Ivar Lissner dans « Civilisations mystérieuses » :</h3> <p>« L'empire perse, l'une des plus grandes réalisations historiques de l'humanité, a été fondé sur les ruines d'un peuple indo-iranien que nous appelons les « Mèdes ». Ecbatane – aujourd'hui l'oasis de Hamadan – était la résidence du roi des Mèdes le plus important, Cyaxare. Aucun texte écrit, aucune pierre, aucun objet d'art ne nous est parvenu de ces Mèdes !</p> <p>Au sud-ouest de ce qui est aujourd'hui l'Iran, au nord du golfe Persique, vivait la tribu des Perses apparentés aux Mèdes. Leur capitale était Suse, leur dynastie, celle des Achéménides, qui tirait son nom d'Achéménès, lequel régna de 700 à 675 avant J.-C. environ… Cyrus était un prince de la lignée des Achéménides et avec lui débuta le gouvernement de la célèbre dynastie.</p> <p>Suse devint la capitale du nouvel empire. Cyrus installa une garnison importante à Pasagarde, ce qui veut dire « camp des Perses ». C'était une forteresse. Cyrus avait conquis Ectabane, et par la suite toute la Médie, ainsi que la Lydie avec la ville célèbre de Sardes, la Carie, la Lycie, l'Ionie. Cyrus livra d'âpres combats avec la tribu des Saka. Ce sont des Scythes, peuple mystérieux et peu exploré… La Bactriane, la Margiane et la Sogdiane deviennent des provinces perses. En 539, Cyrus, héros célébré du monde oriental, fit son entrée dans Babylone. La Perse était alors le plus grand Etat de l'époque préromaine. Cyrus mourut les armes à la main… Le fils de Cyrus, Cambyse, repoussa les limites de l'empire jusqu'aux bords du Nil. Il y eut une révolution et une contre-révolution. »</p> <p>Ce sont ces révolutions et contre-révolutions de l'empire perse qui expliquent comment ce pouvoir superpuissant a pu être battu par les Grecs puis définitivement battu par Alexandre.</p> <p><span class='spip_document_11851 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/Perse320r-50993.jpg' width='500' height='375' alt="" style='height:375px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Wikipedia :</h3> <p>« Les Achéménides étaient des despotes éclairés qui purent construire un empire de cette taille en laissant une certaine autonomie aux satrapies toutes reliées entre elles par un immense réseau routier. Les historiens attribuent la première déclaration des droits de l'Homme à Cyrus II, qui l'inscrivit sur le cylindre de Cyrus.</p> <p>Cet empire était en guerre contre les Grecs, et c'est à partir du règne de Xerxès Ier que commença son déclin. L'empire fut finalement conquis par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C.</p> <p>Après la mort de Cyrus, son fils Cambyse II conquiert l'Égypte en 527/525-522. Il s'agit alors de maintenir la puissance de l'Empire et d'étendre les conquêtes vers la seule autre puissance qui compte encore dans la région. Après la campagne d'Égypte, Cambyse reprend à son compte les ambitions des pharaons qui l'y avaient précédé. Il soumet ainsi les royaumes de Libye, de Cyrénaïque et de Nubie. Au cours de son séjour en Égypte, Cambyse semble être pris de folie, comme le laissent à penser les actes qu'il commet à cette époque : il massacre des Perses de haute distinction, viole d'anciennes sépultures, se moque de statues dans les temples égyptiens. L'attaque sans préparatifs de l'Éthiopie et de l'oasis d'Ammon, qui se solde par des échecs, serait également à mettre sur le compte de cette démence. Contredisant la thèse expliquant le comportement de Cambyse contre son entourage en Égypte par la seule folie, l'hypothèse de l'intérêt politique est aussi avancée. Selon Briant, Cambyse prenait aussi des mesures de représailles contre des grandes familles qui se seraient opposés à ses décisions. Rappelé en Perse par une rébellion contre son pouvoir, il quitte l'Égypte en 522, se blesse à la cuisse en Syrie et meurt de gangrène.</p> <p>La révolte est alors menée par un groupe de prêtres ayant perdu leur pouvoir après la conquête de la Médie par Cyrus. Ces prêtres, qu'Hérodote nomme mages, usurpent le trône afin d'y placer l'un des leurs, Gautama, qui prétend être le plus jeune frère de Cambyse II, Smerdis (ou Bardiya), probablement assassiné trois années plus tôt. En raison du despotisme de Cambyse et de sa longue absence en Égypte, « le peuple entier, Perses, Mèdes, et toutes les autres nations », reconnaissent cet usurpateur comme leur roi, et ce d'autant plus facilement qu'il leur accorde une remise fiscale d'impôts ou de taxes, pour trois années.</p> <p>Selon l'inscription de Behistun, Smerdis règne sept mois avant d'être renversé en 522 par un membre éloigné de la branche familiale des Achéménides, Darius Ier (du vieux persan Dāryavuš, également connu sous Darayarahush ou Darius le Grand). Les « mages », bien que persécutés, continuent d'exister. L'année qui suit la mort de Gautama, ils tentent de réinstaller un second usurpateur au pouvoir, Vahyazdāta, qui se présente comme fils de Cyrus. La tentative remporte un succès transitoire puis échoue finalement.</p> <p>Selon Hérodote, l'aristocratie locale débat alors de la meilleure forme de gouvernement pour l'Empire. Il rapporte qu'il a été évoqué que l'oligarchie les diviserait les uns contre les autres et que la démocratie provoquerait le règne de factions dont le résultat serait d'amener un chef charismatique à prendre le pouvoir, provoquant ainsi le retour à la monarchie. Par conséquent, le choix se porte alors directement sur la monarchie, étant acquis que les aristocrates sont alors en position de choisir le souverain. Darius Ier est donc choisi comme roi : cousin de Cambyse II et de Smerdis, il se réclame d'Achéménès, leur ancêtre.</p> <p>Darius poursuit ensuite l'expansion de l'Empire. Il fait exécuter Oroitès (en), satrape de Sardes, qui s'est rebellé vers 522-520, puis souhaite étendre sa domination aux îles de la mer Égée. Il conquiert Samos vers 520-519, puis marche sur l'Europe. Il passe le Bosphore, laisse des troupes grecques à l'embouchure du Danube (cités de l'Hellespont et de la Propontide) et marche vers la Thrace. Celle-ci revêt en effet une grande importance pour les Perses, car la province est riche en produits stratégiques : bois nécessaire aux constructions navales et métaux précieux.</p> <p>Darius Ier s'attaque ensuite à la Grèce, qui avait soutenu les rébellions des colonies grecques alors sous son égide. En raison de sa défaite à la bataille de Marathon en 490, il est forcé de restreindre les limites de son empire à l'Asie Mineure.</p> <p>C'est sous le règne de Darius Ier, dès 518-516, que sont construits les palais royaux de Persépolis et Suse, qui serviront de capitales aux générations suivantes des rois achéménides.</p> <p>Après la mort de Darius, l'Empire achéménide conserve la domination de territoires allant de l'Indus à la mer Égée pendant environ deux siècles et demi, longévité que n'avaient pas atteint les empires précédents (l'Assyrie et Babylone). Cela reflète la solidité de la construction politique mise en place par Cyrus II et Darius qu'ont su préserver leurs héritiers, constat qui va à l'encontre d'une vision de décadence de l'empire après ses fondateurs qui a longtemps prévalu. Cependant, cela ne se passa pas sans problèmes : échecs en Grèce, révoltes de plusieurs régions, parfois emmenées par leurs satrapes, alors que les troubles à la tête de l'État perdurent.</p> <p>Xerxès Ier (Vieux perse : Xšayārša, « Héros parmi les rois ») succède à son père Darius vers 486-485. Des révoltes ayant éclaté en Égypte et en Grèce, Xerxès commence son règne en conduisant une expédition contre l'Égypte. Après une rapide reconquête, Xerxès marche sur la Grèce et défait les Grecs aux Thermopyles. Athènes est conquise et mise à sac, le Parthénon est incendié. Athéniens et Spartiates se retirent derrière leurs dernières lignes de défense sur l'isthme de Corinthe et dans le golfe Saronique.</p> <p>Les premières années du règne de Xerxès sont marquées par un changement de politique à l'égard des peuples conquis. Au contraire de ses prédécesseurs qui respectaient les sanctuaires des peuples soumis, Xerxès fait procéder à la destruction de temples en Babylonie, à Athènes, en Bactriane et en Égypte. Les titres de Pharaon et de Roi de Babylonie sont abandonnés et les provinces réorganisées en satrapies. Les Égyptiens réussissent par deux fois à regagner leur indépendance. D'après l'étude de Manéthon, les historiens égyptiens font correspondre les périodes de domination achéménide en Égypte avec respectivement les XXVIIe (525 - 404) et XXXIe dynasties (343-332). »</p> <p><span class='spip_document_11850 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH331/220px-Relief_of_Xerxes_at_Doorway_of_his_Palace__Persepolis__Iran-78bb2.jpg' width='220' height='331' alt="" style='height:331px;width:220px;' /></span></p> <p> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cambyse_II" class='spip_out' rel='external'>Cambyse II</a></p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_l%27Ionie" class='spip_out' rel='external'>Révolte de l'Ionie contre les Perses</a></p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_m%C3%A9diques#Les_motifs_de_la_r%C3%A9volte" class='spip_out' rel='external'>Guerres médiques</a></p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mazdakisme" class='spip_out' rel='external'>Le Mazdakisme</a></p> <p><a href="https://books.google.fr/books?id=aCOFDwAAQBAJ&pg=PT82&lpg=PT82&dq=r%C3%A9volution+perse+mazdak&source=bl&ots=Z84Pe0U0p2&sig=ACfU3U0UyAExvSKX4qtzL5tgdq2fMiptow&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiWvO2KzLHgAhXxzoUKHRTgAfYQ6AEwB3oECAEQAQ#v=onepage&q=r%C3%A9volution%20perse%20mazdak&f=false" class='spip_out' rel='external'>Le communisme de Mazdak</a></p> <p><a href="https://jugurtha.noblogs.org/files/2018/05/Histoire-de-lempire-perse-de-C-Briant-Pierre.pdf" class='spip_out' rel='external'>Histoire de l'empire perse</a></p> <p><a href="https://books.google.fr/books?id=JGILAAAAYAAJ&pg=PA165&dq=R%C3%A9volutions+et+Contre-r%C3%A9volutions+dans+l%E2%80%99Empire+perse&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjRpbv84LPgAhXB4IUKHb3VBckQ6AEIOjAD#v=onepage&q=R%C3%A9volutions%20et%20Contre-r%C3%A9volutions%20dans%20l%E2%80%99Empire%20perse&f=false" class='spip_out' rel='external'>Histoire des révolutions des Perses</a></p> <p><a href="https://books.google.fr/books?id=1AsIdG-dpCsC&pg=PA54&dq=R%C3%A9volutions+et+Contre-r%C3%A9volutions+dans+l%E2%80%99Empire+perse&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjU79K54bPgAhUBgM4BHb1NBl84ChDoAQg_MAQ#v=onepage&q=R%C3%A9volutions%20et%20Contre-r%C3%A9volutions%20dans%20l%E2%80%99Empire%20perse&f=false" class='spip_out' rel='external'>Révolutions de la Perse ancienne et moderne</a></p> <p><a href="https://books.google.fr/books?id=9l0s7BoqdjwC&printsec=frontcover&dq=cambyse++l%E2%80%99Empire+perse&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiM8vz54bPgAhUwxoUKHUNXCg4Q6AEIRzAF#v=onepage&q=cambyse%20%20l%E2%80%99Empire%20perse&f=false" class='spip_out' rel='external'>Résumé de l'histoire de la Perse</a></p> <p><span class='spip_document_11849 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L204xH247/imagesimages-75feb.jpg' width='204' height='247' alt="" style='height:247px;width:204px;' /></span></p> <h3 class="spip">Petite chronologie des Perses</h3> <p>V. 1000 av. J.-C. Zoroastre (Zarathushtra en avestique) crée le zoroastrisme – également appelé mazdéisme –, l'ancienne religion de l'Iran jusqu'à son islamisation, au VIIe siècle de notre ère.</p> <p>V. 900 av. J.-C. Les Mèdes et les Perses, descendants des Aryens, s'implantent en Iran occidental.</p> <p>646 av. J.-C. Assourbanipal, roi d'Assyrie, s'empare de Suse et déporte ses habitants en Palestine.</p> <p>612 av. J.-C. Les Mèdes, alliés aux Babyloniens, conquièrent Ninive, provoquant la chute de l'Empire assyrien.</p> <p>541 av. J.-C. Cyrus II, fondateur de l'Empire perse achéménide, annexe le royaume mède.</p> <p>539 av. J.-C. Prise de Babylone par Cyrus II, qui autorise le retour en Palestine des Hébreux exilés par Nabuchodonosor près de deux siècles auparavant. Beaucoup d'entre eux choisissent de rester dans l'Empire perse. Cyrus II proclame la liberté de religion et l'abolition de l'esclavage.</p> <p>530 av. J.-C. Conquête et annexion de l'Egypte par Cambyse II, fils de Cyrus II.</p> <p>522-486 av. J.-C. Règne de Darius Ier. Celui-ci étend l'Empire perse jusqu'au Danube et à l'Indus, fonde une nouvelle capitale à Persépolis. Il entreprend le creusement d'un canal reliant le Nil à la mer Rouge (sur le site du futur canal de Suez).</p> <p>490 av. J.-C. La défaite de l'armée perse contre les Grecs à la bataille de Marathon marque la fin de la première guerre médique, déclenchée dix ans plus tôt.</p> <p>480-479 av. J.-C. Seconde guerre médique. Les Perses, sous la conduite de Xerxès Ier, occupent le nord et le centre de la Grèce. Les Grecs remportent deux victoires décisives à Salamine et à Platées.</p> <p>331 av. J.-C. Alexandre le Grand conquiert l'ensemble de la Perse après avoir défait Darius III à la bataille de Gaugamèles. Chute de l'Empire achéménide et début de l'hellénisation de la Perse.</p> <p>312 av. J.-C. Séleucos, satrape grec de Babylone, s'empare de l'Empire perse, démembré après la mort d'Alexandre, et fonde la dynastie séleucide.</p> <p>248 av. J.-C. Sous la conduite d'Arsacides Ier, les Parthes, un groupe nomade issu du nord de l'Iran, envahissent le territoire contrôlé par les Séleucides et établissent progressivement leur domination.</p> <p>141 av. J.-C. Les Parthes règnent sur la Perse. Leur empire, principal rival de Rome au Proche-Orient, ne va cesser de croître pendant trois siècles.</p> <p>516. Mazdak, un prêtre zoroastrien, institue une religion nouvelle prônant l'égalité absolue et l'abolition du système des castes. Son mouvement sera écrasé en 531 par le roi Khosro Ier.</p> <p>628. L'armée perse de Khosro II est battue à Ninive par les Byzantins.</p> <p>637-650. Conquête de l'Empire perse par les Arabes, qui l'intègrent dans le califat. L'islam remplace progressivement le mazdéisme.</p> <p>650-680. Alors que le califat omeyyade s'installe à Damas, le chiisme se développe après l'assassinat d'Ali – cousin, fils adoptif et gendre de Mahomet –, dont le fils, Hussein, sera tué par les troupes omeyyades lors de la bataille de Kerbala en 680.</p> <p>747-750. Révoltes contre le pouvoir omeyyade, auxquelles participent les Perses du Khorasan. Un nouveau califat (abbasside) s'installe, dont Bagdad sera la capitale.</p> <p>820-945. Succession de dynasties locales en Iran oriental qui contestent l'autorité des Abbassides : Tahirides, Saffarides, Samanides, Bouyyides.</p> <p>946. Les Bouyyides, des chiites duodécimains, s'emparent de Bagdad et imposent leur suzeraineté aux Abbassides.</p> <p><span class='spip_document_11848 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L264xH191/indexqx-8185b.jpg' width='264' height='191' alt="" style='height:191px;width:264px;' /></span></p></div> Les révolutions sociales qui ont détruit trois fois la ville antique d'Ougarit https://www.matierevolution.org/spip.php?article6338 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6338 2019-04-14T22:37:00Z text/html fr Robert Paris Les révolutions sociales qui ont détruit trois fois la ville antique d'Ougarit Ougarit (orthographié aussi Ugarit) est l'une des villes antiques les plus importantes et les plus anciennes du Proche-Orient, capitale d'un royaume du même nom en Phénicie ou « pays de Canaan ». Bien que le site semble avoir été habité plus tôt, l'Ougarit néolithique était déjà suffisamment importante pour être fortifiée avec un mur au début de 6000 av.J.C. La première trace écrite mentionnant la ville vient de la ville voisine (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique27" rel="directory">2eme chapitre : Révolutions de l'Antiquité</a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_11863 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH231/ougarit_tetiere2-73c65.jpg' width='500' height='231' alt="" style='height:231px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Les révolutions sociales qui ont détruit trois fois la ville antique d'Ougarit</h3> <p>Ougarit (orthographié aussi Ugarit) est l'une des villes antiques les plus importantes et les plus anciennes du Proche-Orient, capitale d'un royaume du même nom en Phénicie ou « pays de Canaan ».</p> <p>Bien que le site semble avoir été habité plus tôt, l'Ougarit néolithique était déjà suffisamment importante pour être fortifiée avec un mur au début de 6000 av.J.C. La première trace écrite mentionnant la ville vient de la ville voisine d'Ebla et date de vers 1800 av.J.C. De la même époque, la cité est mentionnée dans les archives de Mari.</p> <p>Ville des dieux, Baal et El notamment, Ougarit est sans doute l'exemple le plus frappant qu'aient eu les Hébreux de la destruction complète d'une ville et d'une civilisation. Et ils y ont vu, dans l'Ancien Testament, l'effet de l'abandon de dieu suite à des croyances et des mœurs (notamment les sacrifices d'animaux aux dieux) qu'ils jugeaient déplorables ! La plupart des rites hébreux sont là pour se démarquer de ce qui se pratiquait à Ougarit ! Les Israélites doivent rejeter les pratiques de sacrifices aux dieux : Deutéronome 18:9-14.</p> <p>La Loi mosaïque interdit la pratique des prédictions par lectures sur le corps des bêtes. (Lévitique 18:23).</p> <p>Les Israélites avaient reçu ce commandement : “ Vous ne devez pas vous faire d'entailles dans la chair pour une âme décédée. ” (Lévitique 19:28). En réaction à la mort de Baal, cependant, El “ se taillada la peau avec un couteau, se fit des incisions avec un rasoir ; il s'entailla les joues et le menton ”. La lacération rituelle était apparemment une coutume chez les adorateurs de Baal. — 1 Rois 18:28.</p> <p>Un poème ougaritique laisse à penser que la cuisson d'un chevreau dans du lait faisait partie d'un rite cananéen de la fertilité. De son côté, la Loi mosaïque ordonnait aux Israélites : “ Tu ne dois pas faire cuire un chevreau dans le lait de sa mère. ” — Exode 23:19.</p> <p>Les Hébreux avaient un grand besoin de se démarquer de la religion d'Ougarit, vu qu'elle était à l'origine de la leur !!!</p> <p>Avant le XIIIème siècle av. n. è, le dieu principal d'Ougarit était El (littéralement "Dieu"). Il était considéré comme le père de l'humanité (qui se dit "adm" en langue ougarite), le "créateur de la création". Il était représenté comme un Dieu âgé avec des cheveux blancs, assis sur un trône. La cour du dieu El, peuplée de ses fils et filles, était nommée Elohim (littéralement "la cour des dieux").</p> <p>Parmi les plus importants des "Elohim", nous pouvons mentionner Baal (le dieu de la fertilité), Asherah (la déesse mère), Yam (le dieu de la mer), et Mot (le dieu de la mort). Yahweh est aussi un des 70 fils du dieu El. Nous le savons grâce à KTU 1.1 IV 14, sur lequel il est inscrit : "Le nom du fils de El, Yahweh".</p> <p>Les différents noms du dieu unique des Hébreux sont les différents noms des dieux du Panthéon ugaritique, hormis Baal, roi des dieux d'Ugarit, qui est détrôné par les Hébreux ! Baal et Asherah sont désignés dans la Bible comme des faux dieux. La Bible a été écrite pour des hommes qui avaient connu les dieux cananéens et provenaient de son polythéisme.</p> <p>Ville côtière de la Syrie actuelle, la cité d'Ougarit (Ougarit) est connue maintenant sous le nom de Ras Shamra (cap du fenouil). Le site est situé à 15 Km au Nord de Lattaquié, en bordure de la Méditerranée. Les fouilles archéologiques débutèrent en 1929 suite à une découverte fortuite faite par un paysan labourant son champ et se heurtant à une tombe remplie de céramiques. La Syrie était à cette époque sous mandat français. Le pouvoir mandataire, qui venait de créer un Service des Antiquités sous la direction de René Dussaud, dépêcha sur place l'archéologue Claude Schaeffer qui se consacrera au site jusqu'à sa mort en 1982.</p> <p>Ougarit, le grand port cananéen connu jusque là uniquement à travers les archives antiques d'Amarna (capitale d'Akhénaton), anéanti par les invasions des Peuples de la mer en 1186 av.J.C., était prêt à livrer ses secrets. Le site d'Ougarit, l'un des plus anciens du Proche-Orient Antique, fut occupé dès le néolithique (6500 av.J.C.). L'industrie du cuivre y fait son apparition au début du IV° millénaire. Aux alentours de 3000 av. J.-C. une cité importante émerge, pourvue de fortifications. Le début du II° millénaire marque un tournant dans l'histoire de la ville avec l'arrivée de groupes nomades, les Amorrites, artisans spécialisés dans la fonte du bronze. Ougarit est alors la capitale d'un royaume florissant positionné au croisement des voies terrestres du Proche-Orient et des voies maritimes de la Méditerranée. La cité était située sur un axe stratégique de l'époque, ses rois avaient à se défendre face aux puissances en présence : au Sud, les Pharaons d'Egypte, au Nord, sur les contreforts du Taurus, le royaume de Mitanni et par la suite les Hittites, à l'Est le monde mésopotamien et à l'Ouest la Méditerranée (monde Egéen). Cette position, à un carrefour d'échanges commerciaux et culturels, à un croisement nord-sud (monde hittite - Egypte) et est-ouest (monde mésopotamien - Méditerranée), va enrichir ce royaume grâce au commerce et au développement de l'artisanat du luxe. Ougarit se trouvait au débouché d'une plaine fertile, on y cultivait la vigne, le blé et l'olivier ce qui encouragea l'exportation du vin et de l'huile d'olive. Son port accueillait les navires égyptiens et crétois qui déchargeaient l'albâtre, le cuivre et les précieux cratères mycéniens. Des terres intérieures arrivaient les caravanes remplies des richesses venues des contrées lointaines : les archéologues ont ainsi retrouvé du lapis-lazuli d'Afghanistan, de l'ivoire de l'Inde, de l'ambre de la Baltique.</p> <p><span class='spip_document_11859 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH487/ougarit_carte_fr-6301c.jpg' width='500' height='487' alt="" style='height:487px;width:500px;' /></span></p> <p>Ougarit a été détruite trois fois : au quatorzième siècle avant J.-C., puis au XIIIe siècle avant J.-C., enfin en 1180 ou 1200 avant J.-C. !!! Elle a été une fois détruite par le feu, une fois par un tremblement de terre et une fois par une invasion, dit-on souvent… Mais cela n'est pas aussi simple car les habitants ne sont pas revenus après l'incendie qui n'a pourtant détruit qu'une partie de la ville. De même, elle a été abandonnée après le tremblement de terre qui n'a pas détruit tous les bâtiments et maisons. L'invasion n'était pas qu'extérieure puisque le peuple envahisseur faisait partie des exploités de la cité !!!</p> <p> Mais on dit aussi qu'elle a été détruite par une famine générale à toute la région qui a entraîné des débordements explosifs des peuples. Bien des catastrophes naturelles, des changements climatiques, des guerres et des invasions ont été incriminées dans ces destructions : invasions hittites et hourrites, peuples de la mer, Pharaons d'Egypte Ramsès III, etc. Cependant les révolutions sociales sont elles aussi une hypothèse à envisager en complément de désordres naturels ou guerriers…</p> <p>Au milieu du XIIIe siècle (Bronze Récent), un violent tremblement de terre a complètement détruit la ville et c'est à ce moment que les deux temples de Baal et de Dagan ont dû s'effondrer. Il est possible que le peuple opprimé y ait vu un signe de désaveu céleste et en ait profité pour prendre sa liberté…</p> <p>En 1370-1350 : le royaume hittite, qui est suzerain d'Ougarit, est lui-même pillé et brûlé par une révolution sociale !!! <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1167" class='spip_out' rel='external'>lire ici</a></p> <p><span class='spip_document_11860 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L220xH239/220px-Ugarit_mapa-115e7.jpg' width='220' height='239' alt="" style='height:239px;width:220px;' /></span></p> <p>La Palais Nord d'Ougarit a été détruit au quatorzième siècle et systématiquement démantelé sans que cela soit le fait d'une guerre.</p> <p>Cl. Schaeffer, d'un consensus. J.-Cl. Courtois, É. et J. Lagarce s'accordaient sur une date à la fin du BR I / début BR II, autour de 1450/1400 av. J.-C. : « La céramique fragmentaire recueillie sur le sol du palais date dans l'ensemble de la fin de l'Ougarit moyen et de l'Ougarit récent 1. (…) Dans la partie septentrionale du chantier, un ensemble de vases dont le dépôt est postérieur à la destruction du mur nord du palais donne une date limite pour l'abandon de ce monument ; il comprend des tasses et des cruches en céramique Base Ring II, mais aussi quelques éléments de Base Ring I et doit se placer au début du Bronze récent II ». Hormis quelques tessons et fragments d'objets divers retrouvés sur les sols du palais, celui-ci paraît avoir été systématiquement vidé peu avant son abandon définitif. Le Palais a été abandonné aux environs de 1450/1400 av. J.-C. <a href="https://journals.openedition.org/syria/527" class='spip_out' rel='external'>voir ici</a></p> <p>Au XIVe siècle avant J.-C., le palais d'Ougarit fut détruit par le feu à l'époque du roi Niqmaddu (avec perte de toutes les tablettes d'écrits du pouvoir)…</p> <p>Les chercheurs ont remarqué qu'au XVe siècle avant J.-C., c'est le peuple de la ville collé au Palais qui faisait peur aux classes dirigeantes : « Dès le XVe siècle, la porte principale du Palais Royal tournait le dos au centre religieux de la cité, mais le palais, inséré progressivement dans un complexe fortifié indépendant, fut complètement isolé du reste de la ville. Cl. Schaeffer ignorait la raison d'une telle réorganisation du secteur royal. Nous proposons une interprétation, la séparation palais/ville a une double signification politique : d'abord, en cas de crise intérieure, il était souhaitable pour le roi de disposer d'un centre politique et économique isolé de la cité. » <a href="https://journals.openedition.org/syria/527" class='spip_out' rel='external'>voir ici</a></p> <p>Puis, à nouveau, une vague de destruction se produit vers 1200 avant J .-C. et frappe Ugarit….</p> <p><a href="http://antiquitatis-notae.univ-paris1.fr/freufinougarit.pdf" class='spip_out' rel='external'>Lire ici « La fin d'Ugarit »</a></p> <p>Un extrait du texte précédent :</p> <p>« La tendance de l'archéologie contemporaine est, par réaction contre les excès commis en ce domaine depuis Maspéro, de limiter le plus possible le rôle des mouvements de peuples et des invasions dans l'explication des phénomènes observés sur les nombreux sites des pays égéens de l'Anatolie et du Levant où ont été mises à jour des couches de destruction souvent épaisses, datées de la fin de l'âge du Bronze, des dernières années du XlIIème siècle ou des premières décennies du XIIème siècle avant notre ère…</p> <p><span class='spip_document_11861 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L204xH248/indexs-a7c8c.jpg' width='204' height='248' alt="" style='height:248px;width:204px;' /></span></p> <p>Les Ougaritologues ont en général adopté des positions plus nuancées et cherché à faire la part de la « cause extérieure », l'invasion brutale jugée« à mon sens convaincante » par Liverani, et des causes internes à rechercher dans l'évolution d'une société qui aurait été en crise du fait même de sa structure économique et sociale. La population villageoise aurait été écrasée par le poids excessif que faisaient peser sur elle les exigences d'une petite classe de privilégiés gravitant autour du palais et d'une minorité urbaine dépendant largement de celui-ci. Les dernières recherches archéologiques ont montré, semble-t-il, que Hattusa et Ougarit avaient été abandonnées avant d'être partiellement ou totalement détruites. II paraît cependant difficile de croire, si des famines et des dissensions intestines avaient été la cause de leur fuite que les habitants de ces cités ne soient pas revenus après la fin des troubles et n'aient pas reconstruit leurs maisons et leurs temples…</p> <p>Klengel et Singer ont fait remarquer que le manque d'approvisionnement n'a pas attendu la fin du XIIème siècle av. J.-C. pour se faire sentir en pays hittite, comme il résulte d'un passage de la célèbre lettre de la reine Pudubepa à Ramsès II concernant les chevaux, le petit et le gros bétail constituant une part du douaire de la princesse qui devait l'épouser et qu'elle demandait au pharaon de prendre en charge le plus rapidement possible du fait que, écrivait-elle « je n'ai plus de grains dans mon pays »…</p> <p>Le Grand Roi, vraisemblablement Tubaliya IV, reprochait à son vassal d'avoir éludé les instructions du roi de Karkemis, Ini-Tesub probablcment, lui intimant l'ordre d'expédier un convoi de grains provenant du pays de Mukis et destiné à Ura. Reconnaissant que son interlocuteur avait été libéré de certaines obligations il l'avertissait que cela ne l'autorisait pas à se soustraire aux ordres : « C'est une question de vie ou de mort »…</p> <p>La tablette RS34.152, retrouvée dans la « maison d'Urtenu », appartient à la même époque tardive. Un dénommé Eniya (ou Banniya) avait écrit à « son seigneur » (Urtenu ?) pour lui affirmer ceci : « Comme il y a famine dans votre maison, nous allons mourir de faim ! » Il suppliait son maitre de venir en aide à ses serviteurs avant qu'ils ne succombassent aux privations. Toute en négociant la vente d'un cheval, il avait pris sur lui d'envoyer ses hommes et des étrangers au pays de Hatti mais ceux-ci refusaient de « faire une sortie » ( ?).</p> <p>II est donc certain, à la lecture de ces textes et d'autres, que les problèmes de ravitaillement dont la réalité est assurée par une documentation s'étalant sur un demi-siècle environ, ont joué un rôle important dans les origines et le déroulement de la crise qui a abouti à la ruine d'Ugarit et de l'empire hittite. »</p> <p>(Fin de la citation de « La fin d'Ugarit et de l'empire Hittite »)</p> <p><span class='spip_document_11862 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH589/ougarit09b-6ffca.jpg' width='500' height='589' alt="" style='height:589px;width:500px;' /></span>Si la famine frappait Ougarit, l'une des cités les plus prospères peu avant, il n'y a rien d'étonnant que la population se soit révoltée, aussi bien à l'intérieur des cités que venant de l'extérieur pour piller…</p> <p>Jéricho (Jordanie), Ougarit (Syrie), Cnossos (Crête), Troie (Turquie), les villes mycéniennes et Tyr (Canaan) subissent en même temps des révolutions sociales, notamment au quatorzième siècle avant J.-C.et en 1200 avant J.-C. (vague révolutionnaire qui concerne la Grèce, l'Asie mineure, la Syrie). Effondrement d'âge en bronze est le nom donné par ces historiens qui voient la transition du Défunt âge en bronze au Âge jeune de fer, comme violent, soudain et culturellement disruptif, exprimé par l'effondrement de économies de palais du Égéen et Anatolie, qui ont été remplacés après un hiatus par les cultures d'isolement de village du Période foncée d'âge de l'histoire du Moyen-Orient antique. L'effondrement culturel du Royaumes de Mycenaean, Empire hittite dans Anatolie et La Syrie, et Empire égyptien dans La Syrie et La Palestine, apportant la scission des contacts du commerce de distance et l'éclipse soudaine de l'instruction, produite entre 1206 et 1150 BCE. Dans la première phase de cette période, presque chaque ville entre Troie et Gaza a été violemment détruit, et inoccupé souvent gauche ensuite (par exemple, Hattusas, Mycenae, Ougarit).</p> <p>Les premières villes du monde antique (comme Jéricho, Ougarit, Tyr et Troie) sont nées avant l'Etat et avant le grand développement économique (agriculture, céramique, métaux) et elles ont chuté par des révolutions sociales. Les premières villes du monde antique (comme Jéricho, Ougarit, Tyr et Troie) sont nées avant l'Etat et avant le grand développement économique (agriculture, céramique, métaux) et elles ont chuté par des révolutions sociales. Vers 1200, on note la destruction d'Ougarit, Tyr, Sidon, Troie, Cnossos, Pylos, Mycènes, Hattousa et de tous les centres hittites comme grecques et de toute la région. Disparition du système palatial en Grèce. Des troubles sont notés à Iolkos, Korakou, Mycènes, Tirynthe puis Lefkandi en Eubée et Teikhos Dymaion près de Patras. Effondrement des Puissances maritimes. Disparition du commerce et de l'écriture. Diminution considérable de l'espérance de vie. Effondrement complet de l'empire hittite. En 1200 av J.-C, c'est la crise économique : le commerce du Delta avec le monde égéen est tari, Pharos est presque ruinée, les ports phéniciens sont dans une situation critique. 1200, c'est aussi la période de la chute de la civilisation minoenne et l'entrée dans une période de troubles marquée notamment par l'écrasement de Troie. En Egypte, une situation plus ou moins anarchique marque la fin de la XIXe dynastie en 1188-1186. À la mort de Ramses 2, la crise dynastique évitée jusque-là ne peut être contenue et la dispute qui s'en suit risque d'entraîner le pays dans une période d'anarchie. Le pouvoir se morcelle entre Thèbes et la cour restée à Pi-Ramsès et la dynastie s'achève dans le trouble de règnes successifs courts et sans portées réelles, laissant la situation externe se dégrader peu à peu... Il faudra attendre la reprise en main des rênes du pouvoir par l'armée avec l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle famille pour éviter la désagrégation complète de l'empire de plus en plus menacé par les changements inexorables de la politique internationale et des mouvements des populations cherchant à fuir les zones de guerre, poussées par la recherche d'un refuge que l'Égypte symbolise encore. La crise du système sociale et économique méditerranéen est évidente et elle se propage à la région Hittite. Sous Tudhaliya IV, ses fils Arnouwanda III (1220-1200) et son frère Souppilouliouma II (ou Suppiluliuma, 1200-1170), les textes hittites nous indiquent que le pays Hittite doit subir des périodes de grandes famines.</p> <p>Dans les textes exhumés à Ougarit et à Tell Amarna, on note : paupérisation d'une partie de la population, migrations dues à des dettes trop lourdes, constitution d'un ensemble de populations incontrôlables par les cités États (les habiru), qui constituent une menace pour l'ordre social. Peu de temps avant l'effondrement de l'Empire hittite, les chroniques anatoliennes font état de bouleversements climatiques qui provoquent des famines...</p> <p>Après il faut poser la question du déclin des deux puissances tutélaires de la région au même moment : Egypte et Grèce (et Crête) Mycénienne. C'est une période qui n'est pas seulement celle d'une grande agitation des peuples mais aussi celle d'une chute de la base même des systèmes sociaux de l'époque, à savoir le grand commerce international. A remarquer : c'est également l'époque de la guerre de Troie et de l'écrasement du régime crétois par une révolution sociale...</p> <h3 class="spip">Antikforever :</h3> <p> « Niqmaddou III (ou Niqmaddu, 1225 à 1215 ou 1220 à 1215 ou 1199 à 1192) arriva sur le trône. Il n'est connu que par un sceau dynastique scellé, qui rapporte dans un texte qu'il fut le fils d'Ibiranou V et une lettre de Kushmeshusha (ou Kušmešuša ou Kuszmeszusza, v.1210-v.1190), le Roi de Chypre (ou Alasia ou Alašija), qui documente la livraison de cuivre par Niqmaddou III. Hammourabi III (1215 à 1180 ou 1194 à 1188 ou 1191 à 1182) lui succéda. On ne sait pas si les deux dirigeants furent liés. Il fut le dernier Roi d'Ougarit. Ce fut un contemporain du dernier Empereur Hittite Souppilouliouma II (1213-v.1190).</p> <p> Il écrivit une lettre (RS 18,17) en réponse à un plaidoyer en faveur d'une aide du Roi de Chypre (ou Alasia ou Alašija) qui a été préservée. C'est de cette époque que datent la plupart des sources épigraphiques retrouvées sur le site de Ras-Shamra. Hammourabi III dans son courrier met en lumière la situation désespérée d'Ougarit face aux attaques des Peuples de la mer :</p> <p> "Mon père, voici les ennemis qui nous ont été expédiés, mes villes (?) ont été brûlées et ils ont fait des mauvaises choses dans mon pays. Est-ce que mon père sait que toutes mes troupes et mes chars (?) sont dans le pays de Hatti et tous mes navires sont dans le pays de Lukka ... Ainsi, mon pays est abandonné à lui-même. Mon père vous le savez, les sept navires de l'ennemi qui sont venu ici nous ont infligés beaucoup de dommages...".</p> <p> Dans le même temps, les textes Hittites nous indiquent que leur pays du Hatti subit une période de grande famine, accompagnée de forts mouvements de population qui minèrent complètement l'Empire jusqu'a amener sa disparition. Selon les textes Égyptiens, la destruction du Hatti serait due aux Peuples de la mer, qui ravagèrent toute la région, mais il est peu probable que ceux-ci se soient avancés aussi loin à l'intérieur des terres. Il est plus vraisemblablement que ce sont d'autres tribus ennemies qui ont profité de l'affaiblissement de l'Empire pour abattre définitivement les Hittites et leurs vassaux.</p> <p> Ce qui est sûr c'est qu'Hattousa et les principales villes Hittites furent détruites et ne se relevèrent jamais. Ougarit fit parti de ces nombreux États du Proche-Orient qui furent détruits ou abandonnés au cours de l'effondrement. La ville fut prise, pillée et détruite et plus habitée après. Une tablette cunéiforme trouvée en 1986 montre qu'Ougarit fut détruite après la mort du Pharaon Mérenptah (ou Mineptah, 1213-1203). Il est généralement aussi admis qu'elle était déjà détruite lors de la 8e année du règne de Ramsès III (1184-1153), soit en 1176. Qu'Ougarit fut détruite avant ou après la capitale Hittite Hattousa, généralement donné en 1190, est toujours débattue. La destruction fut suivie par une interruption de règne. »</p> <h3 class="spip">Ivar Lissner écrit dans « Civilisations mystérieuses » :</h3> <p>« Il y a trente ans, on ignorait tout du peuple des Cananéens. En 1929, l'explorateur français Claude Schaeffer mit à jour, près de Ras Shamra, la vieille ville d'Ougarit. Il mit ainsi en évidence l'une des civilisations les plus intéressantes de l'histoire humaine. (…) C'est seulement il y a trente ans qu'on a réussi à déchiffrer les tablettes d'Ougarit. On a pu ainsi se faire une idée de la vie intellectuelle et spirituelle d'une ville dont on avait perdu la trace pendant plus de 3.000 ans. La bibliothèque de tablettes d'argile d'Ougarit est une des découvertes les plus importantes que l'on ait faite. (…)</p> <p>« Quoique le palais d'Ougarit ne soit encore que partiellement dégagé, il est dès maintenant possible de dire qu'il se classe parmi les demeures royales les plus grandes et les plus somptueuses jusqu'ici connues dans le Proche-Orient au second millénaire. » (Claude F.A. Schaeffer, « Le palais royal d'Ougarit », Paris, 1955.) Le peuple dont on a ainsi découvert la civilisation il y a trente ans est le peuple des Cananéens. (…) Ce peuple, les grecs l'appelaient plus tard les Phéniciens. C'est à eux qu'appartenaient les villes maritimes puissantes de Tyr et Sidon. Ils étaient les navigateurs les plus hardis de l'Antiquité. (…) Les Phéniciens se firent navigateurs aux environs de 1250 avant J.-C. seulement. Leur renommée est grande comme navigateurs, comme inventeurs de la pourpre, comme commerçants, comme fondateurs de villes, comme dangereuse puissance maritime. Leurs ancêtres sont les Cananéens.</p> <p>Ce n'est qu'en ces derniers temps qu'on commence à s'intéresser à la civilisation si importante de ce vieux peuple. Depuis 3000 avant J.-C. environ les Cananéens s'étaient établis en Syrie et en Palestine. Ils édifièrent leurs villes sur les ruines des villes anciennes. Ils mirent au point un style de vie et un ordre social qui semblait très raffiné aux yeux des bergers israélites qui arrivèrent plus tard dans ce pays. (…) Les fortifications, les immeubles, les rues, les villes entières des Cananéens entre 3000 et 1200 avant J.-C. étaient de vrais prodiges. Ces populations avaient inventé des canalisations extrêmement pratiques. Elles possédaient des potiers très qualifiés, le premier âge du bronze fut inauguré par elles. (…) Les Cananéens construisirent des forteresses puissantes telles que Meggiddo, Beth-shean, Taanak, Gezer, Beth-shemesh, Hazor. (…) En 1929, l'archéologue français Claude F.A. Schaeffer fit une découverte extrêmement intéressante. Il mit, en effet, à jour sur la côte septentrionale de la Syrie, face à l'île de Chypre, à Ras Shamra, près de la ville moderne de Lattakie, la très vielle cité d'Ougarit. Depuis des millénaires, des hommes y avaient vécu. Leurs traces remontent jusqu'au paléolithique. (…) 6.000 ou 5.000 ans avant J.-C. un lien semble avoir existé entre les habitants de Ras Shamra (de l'âge de pierre) et ceux de Jéricho ce qu'on peut conclure de certaines ressemblances entre les premiers récipients de pierre. (…) Nous abordons une époque dont les vestiges se trouvent à 7,5 mètres environ sous le niveau du sol. On a découvert les tombeaux de cette époque les premiers bracelets, des aiguilles à coudre munies d'un trou, des colliers et d'autres bijoux de bronze ainsi que des vestiges d'Européens venus des Balkans, du Danube, des bords du Rhin, du Caucase. Ils avaient envoyé à Ougarit les produis de leur industrie, puisqu'on a y a trouvé des objets similaires. (…) Il est difficile de savoir ce qui se passe ensuite : une puissance inconnue détruisit les statues égyptiennes qui se trouvaient à Ougarit. (…) Vers le milieu du quatorzième siècle avant J.-C., on trouve à Ougarit des maisons écroulées, des murs lézardés, dont les blocs de pierre s'étaient disloqués, des traces d'incendie. Abimilki, roi de Tyr, annonça au pharaon Aménophis IV la catastrophe : « La ville royale d'Ougarit a été détruite par le feu. La moitié de la ville a été la proie des flammes. L'autre moitié n'existe plus. » On se demande encore à la suite de quels événements du quatorzième siècle avant J.-C. Ougarit, la ville de Cnossos en Crète, Troie et d'autres métropoles ont subi au même moment de vastes destructions. Un tremblement de terre peut-il toucher simultanément tant de centres fort éloignés les uns des autres ? »</p> <p>La réponse est oui : en cas de tremblement de terre social et politique ! L'auteur reprend :</p> <p>« Une fois de plus Ougarit se relève de ses cendres. On reconstruit maisons et palais. Une fois de plus, les dames de la ville portent les beaux vêtements de mode égyptienne et surtout mycénienne, car les Crétois comptent parmi les habitants les plus riches et ce sont eux qui déterminent le goût du jour.</p> <p>Soudain, vers 1200 avant J.-C., la catastrophe finale éclate. (….) La ville est effacée de la carte du monde. Elle disparut avec l'âge du bronze. Les commerçants cessèrent de calculer ; les écrivains déposèrent leur style. Les tablettes en argile furent dispersées à tous les vents par les destructions de cette ville prestigieuse. Les grandes dames arrêtèrent de rire. L'herbe se mit à pousser sur la colline où les fouilles se poursuivent à l'heure actuelle. (…) Schaeffer constata la présence de cinq couches successives en mettant à jour la ville d'Ougarit, sous la colline de Ras-Shamra. Ces couches représentent cinq civilisations de l'humanité, de l'âge de pierre jusqu'à 1100 avant J.-C. environ, date de la disparition d'Ougarit. La cinquième couche est la plus ancienne et se trouve de ce fait tout en bas. La couche supérieure contient les ruines d'une ville qui avait prospéré entre 1500 et 1100 avant J.-C. environ. C'est à ce niveau que Schaeffer découvrit les restes d'une grande bâtisse (…) Ce bâtiment qui ressemble à un palais avait dû être une véritable université de l'art d'écrire. On étudiait dans la ville cananéenne les langues akkadienne, sumérienne, hurrite et surtout l'alphabet proto-phénicien des ancêtres de Phéniciens, l'alphabet des Cananéens. L'art d'écrire, autrement dit l'art d'imprimer des signes dans les tablettes d'argile était à l'époque un art difficile et demandait des études approfondies. (…) Il est très intéressant de se pencher sur la vie d'une ville qui nous a donné l'une des inventions les plus importantes, l'alphabet, avant de périr, il y a 3.000 ans environ. »</p> <p><a href="https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01257475/document" class='spip_out' rel='external'>Fouilles archéologiques à Ougarit</a></p> <p><a href="https://www.persee.fr/doc/syria_0039-7946_1988_num_65_3_7086" class='spip_out' rel='external'>La date de la chute d'Ougarit</a></p></div> Derniers tracts des gilets jaunes de Poitiers https://www.matierevolution.org/spip.php?article6406 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6406 2019-04-14T10:25:38Z text/html fr Robert Paris Révolution Manifestation Révolte Lutte de classes - Class struggle Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles Derniers tracts des gilets jaunes de Poitiers Tracts diffusés dans les manifestations et rassemblements, dans les quartiers populaires et marchés et devant les entreprises. - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a> / <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot95" rel="tag">Manifestation</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot139" rel="tag">Révolte</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot278" rel="tag">Lutte de classes - Class struggle</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag">Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles</a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_12273 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH281/5c83a7ccd611ab7a3e8b4585-5825d.jpg' width='500' height='281' alt="" style='height:281px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Derniers tracts des gilets jaunes de Poitiers</h3> <p><span class='spip_document_12271 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/Sois_pauvre_et_tais_toi_recto-fdb68.jpg' width='500' height='708' alt="" style='height:708px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_12270 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/Sois_pauvre_et_tais_toi_verso-32b03.jpg' width='500' height='708' alt="" style='height:708px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_12269 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/tract_salarie_s_et_marche_s_no1_verso-89f5e.jpg' width='500' height='708' alt="" style='height:708px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_12268 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/tract_salarie_s_et_marche_s_recto-e042e.jpg' width='500' height='708' alt="" style='height:708px;width:500px;' /></span> <span class='spip_document_12272 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH708/marre_des_ine_galite_s_pdf_-_copie-c3ef0-177c0.jpg' width='500' height='708' alt="" style='height:708px;width:500px;' /></span></p> <p>Tracts diffusés dans les manifestations et rassemblements, dans les quartiers populaires et marchés et devant les entreprises.</p></div> Le massacre des Cathares, une contre-révolution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des préjugés religieux https://www.matierevolution.org/spip.php?article6331 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6331 2019-04-13T22:36:00Z text/html fr Robert Paris Religion Arnaud Amaury, l'abbé de Cîteaux nommé chef de la croisade par Innocent III, prononça à Béziers fameuse phrase fameuse : « Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens ! » Il écrira dans son rapport au pape : « Les nôtres, n'épargnant ni le rang, ni le sexe, ni l'âge, firent périr par l'épée à peu près vingt mille personnes ; après un énorme massacre des ennemis, la cité tout entière a été pillée et brûlée. La vengeance divine l'a merveilleusement frappée… » Le massacre des Cathares, une contre-révolution (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique96" rel="directory">09 - RELIGION</a> / <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag">Religion</a> <div class='rss_texte'><p>Arnaud Amaury, l'abbé de Cîteaux nommé chef de la croisade par Innocent III, prononça à Béziers fameuse phrase fameuse : « Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens ! »</p> <p>Il écrira dans son rapport au pape :</p> <p>« Les nôtres, n'épargnant ni le rang, ni le sexe, ni l'âge, firent périr par l'épée à peu près vingt mille personnes ; après un énorme massacre des ennemis, la cité tout entière a été pillée et brûlée. La vengeance divine l'a merveilleusement frappée… »</p> <p><span class='spip_document_11833 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH357/guiraude-58ac7.jpg' width='500' height='357' alt="" style='height:357px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11832 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L349xH500/b6e35d94-80286.jpg' width='349' height='500' alt="" style='height:500px;width:349px;' /></span><span class='spip_document_11831 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH506/commemoration-croisade-contre-albigeois-1-copie-1-394f8.jpg' width='500' height='506' alt="" style='height:506px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11830 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH375/maxresdefaulte-d8246.jpg' width='500' height='375' alt="" style='height:375px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11829 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH524/Cathars_expelled-18fd5.jpg' width='500' height='524' alt="" style='height:524px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11828 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH572/massacre_albigeois_lehugeur-2213b.jpg' width='500' height='572' alt="" style='height:572px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Le massacre des Cathares, une contre-révolution sociale sanglante, de type fasciste, couverte par des préjugés religieux</h3> <p>En 1209 commence une tuerie (de l'ordre du million de morts !) qui va durer plusieurs dizaines d'années et dont il est encore aujourd'hui difficile de connaître et de comprendre les raisons. Elle est le fait du pape, de son appareil religieux, de la noblesse et de la royauté de France et elle frappe parmi les plus pauvres des populations du sud, le pays de langue d'Oc…</p> <p>Un énorme massacre de populations pauvres dans des régions écartées du sud de la France, voilà le génocide des Cathares opéré par l'Eglise catholique à l'appel du pape, par la haute noblesse française et avec la caution de l'autorité royale. Ces exploités et opprimés avaient commis le crime de mettre en cause le lien d'argent entre l'Eglise et le pouvoir civil des classes possédantes, d'affirmer que ce lien n'avait rien de religieux, rien de divin, rien de respectable. Bien sûr, aujourd'hui, l'histoire de cette horreur perpétrée par des bandes armées commandées par des religieux et des nobles contre des peuples essentiellement désarmés, horreur qui a signifié des villages entièrement passés par les armes, brûlées, hommes, femmes et enfants torturés, tués, violés est présentée comme une lutte… idéologique entre conceptions religieuses, les Cathares étant accusés de défendre des conceptions manichéennes ! En fait, si la noblesse a pris fait et cause contre les Cathares, ce n'est pas parce que c'étaient des fanatiques religieux ! Si la hiérarchie catholique s'est mobilisée pour écraser militairement puis exercer sa violente inquisition contre les peuple d'Occitanie, ce n'est pas parce qu'elle défendait un principe religieux mais son pouvoir séculier. Car l'Eglise fait partie de l'ordre féodal qui opprime et exploite les exploités du Moyen-Age et cet ordre est gravement mis en cause par les peuples du sud de la France. Certes, cette révolte se dit elle aussi chrétienne, se revendique de la même religion, apparemment seulement interprétée différemment. Mais la différence la plus fondamentale entre les deux camps n'est pas religieuse : elle est sociale. Les Cathares ne veulent plus que les dirigeants religieux aient un pouvoir civil, engrangent des sommes colossales, soient des féodaux eux-mêmes, exploitent la population pauvre, etc. Or, exiger cela, c'est lancer l'insurrection sociale et celle-ci, ayant déjà gagné toute la population pauvre de l'Occitanie et même une partie des classes moyennes, les dirigeants nobles eux-mêmes ont dû reculer et admettre des changements radicaux. La classe possédante de France accuse celle d'Occitanie d'avoir reculé devant les révolutionnaires et elle considère qu'ils n'ont plus le droit de disposer de leurs domaines, c'est-à-dire des fiefs de Carcassonne, de Narbonne, de Béziers, de Toulouse et bien d'autres. Face à la révolution sociale, les classes possédantes de France lancent le massacre. Pas de quartiers ! Il ne suffira pas que les révoltés se soumettent : il faut que tout le pays sache ce qu'il advient quand les opprimés se révoltent. Et c'est le bain de sang. Il faut remarquer qu'aujourd'hui encore il est rare de lire la vérité historique sur un tel massacre… A croire que les classes possédantes d'aujourd'hui, même avec toute la distance des événements aussi anciens, ne tiennent pas spécialement que l'on comprenne la logique des exploiteurs quand ils se trouvent face à l'insurrection des exploités !!!</p> <h3 class="spip">« Connaître les Cathares », Lucien Bély :</h3> <p>« Tuez-les tous… »</p> <p>« L'armée croisée quitta Lyon le 24 juin 1209 ; l'abbé de Cîteaux la dirigeait et il était accompagné d'un grand nombre d'évêques. Il ne faut pas exagérer l'ampleur de cette armée : 6000 hommes peut-être avec la suite ordinaire des chevaliers. La « Chanson » a conservé le nom des plus illustres croisés : le duc de Bourgogne, le comte de Nevers, le comte de Saint-Pol, le comte d'Auxerre, le comte de Genevois, Pierre-Bermond, seigneur d'Anduze et Sauve. Des chevaliers méridionaux prenaient aussi les armes à l'appel des évêques, ainsi le comte Gui d'Auvergne, le vicomte de Turenne ou Bertrand de Cardaillac. Et ces croisés répandaient déjà la terreur. L'armée venue du nord se dirigea vers Béziers que le vicomte avait quitté pour gagner Carcassonne. L'évêque tenta de convaincre les habitants de Béziers de se rendre, puis il quitta la ville qui fut assiégée le 22 juillet 1209. La ville fut prise et livrée au pillage. Ce sac de Béziers est un événement-clef…. Faut-il voir, dans ces actes d'horreur, la folie des « ribauds de l'armée », la piétaille qui accompagnait les croisés ? Faut-il retrouver les massacres d'intimidation, tels que les avaient pratiqués des croisés, comme le roi de France Louis VII ou l'empereur Frédéric-Barberousse ?</p> <p>Voici la version du poète au sujet d'un engagement des croisés : « Tout château résistant, toute ville rétive seront pris par force et réduits en charniers. Qu'on n'y laisse vivant pas même un nouveau-né. Ainsi sera semée l'épouvante salubre et nul n'osera plus braver la Croix de Dieu ».</p> <p>Les habitants de Béziers, qui s'étaient réfugiés dans les églises, furent massacrés eux aussi, et sept mille seraient morts dans la seul église Sainte-Madeleine.</p> <p>L'horreur, aux yeux des méridionaux, vint de ce que les croisés ne distinguèrent pas les catholiques de hérétiques. Arnaud Amaury aurait dit : « Tuez-les tous, car le Seigneur connaît ceux qui sont à lui ! ».</p> <p>Ce propos, rapporté par Césaire de Heirstbach, montrait que la croisade se transformait : ce n'était plus une affaire religieuse où les soldats faisaient la police au nom de l'Eglise, ce n'était plus une guerre féodale traditionnelle, limitée dans le temps et l'espace. C'était le châtiment de toute une population considérée comme complice.</p> <p>Pour les barons méridionaux, c'était une grande épreuve qui leur était imposée où ils allaient voir leurs biens menacés. Pour le peuple du midi, c'était une invasion, où chacun, même bon catholique, risquait sa vie, simplement parce que des parents, des amis, des voisins avaient choisi de suivre les cathares…</p> <p>Puis ce fut le siège de Carcassonne. Le jeune Trencavel vit arriver l'armée des croisés sous ses murs et prépara la défense de la cité qui avait autrefois résisté à Charlemagne. Les assiégeants réussirent, après un combat sanglant, à s'emparer du chemin qui conduisait à l'Aude, et bien vite, dans la chaleur de l'été, la soif et l'épidémie affaiblirent les habitants…</p> <p>Finalement, Trencavel accepta de négocier. Il vint, avec neuf de ses fidèles, au camp de ses ennemis, au pavillon du comte de Nevers, où se tenait ordinairement le conseil de croisade. Il fut fait prisonnier. Ce châtiment est inhabituel dans les lois de la guerre… Le jeune Trencavel se vit confisquer ses domaines : là encore, la décision était rude et montrait que l'autorité religieuse l'emportait sur toute autre et sur toutes les traditions féodales…</p> <p>Encore fallait-il trouver un chevalier pour garder ses fiefs. Les plus grands seigneurs, gênés, se récusèrent Finalement, un seigneur anglo-normand, Simon de Montfort, accepta l'offre d'Arnaud Amaury, c'est-à-dire Carcassonne et Béziers, Minerve et l'Albigeois…</p> <p>Il était seigneur de Montfort-l'Amaury, près de Paris, mais il possédait sans doute le comté de Leicester en Angleterre. D'emblée, il demanda aux croisés de venir à son secours si le besoin s'en faisait sentir.</p> <p>Car la croisade s'épuisait. Les seigneurs du nord avaient accepté de servir pendant quarante jours et ils ne souhaitaient pas s'installer durablement dans le midi.</p> <p>Seule une poignée de chevaliers demeura autour de Simon qui donna Béziers à Guillaume de Contres et Limoux à Lambert de Crécy. Simon gardait pour lui Carcassonne où le vicomte mourut de dysenterie dans sa prison le 10 novembre 1209…</p> <p>Dès que les croisés se furent éloignés, la position des compagnons de Simon devint intenable et les villes retrouvèrent leurs légitimes seigneurs, ainsi Montréal, Lombers ou Castres.</p> <p>Les Toulousains avaient refusé de livrer aux croisés les mauvais croyants, et le comte de Toulouse entreprit un grand périple pour obtenir le soutien politique du roi de France et de l'empereur, et le pardon du pape…</p> <p>Simon de Montfort avait su tenir l'hiver et, en juin 1220, il alla assiéger et prendre Minerve dont la forteresse était réputée imprenable. Le siège dura sept semaines. L'abbé de Cîteaux dicta les conditions de la reddition de Guillaume de Minerve… Cent quarante hérétiques, qui avaient refusé leur conversion, furent conduits au bûcher. L'auteur de « la Chanson » commente cyniquement : « Parmi ces fous sont quelques belles putes ».</p> <p>Jean Duvernoy a montré que le cas de Minerve allait s'imposer comme modèle pendant un demi-siècle…</p> <p>Simon voulut contrôler l'ensemble de la région et pour cela fit le siège du château de Termes… Termes résista quatre mois, car la place jouissait d'un site exceptionnel et de machines de guerre… La ville était prise le 23 novembre 1210…</p> <p>Les croisés avaient fait semblant de pardonner le comte de Toulouse qui avait fait pénitence, avait été fouetté en place publique et s'était croisé. Après avoir obtenu sa reddition pendant la première croisade, en particulier lors de la guerre contre Carcassonne, les croisés ont repris la guerre, cette fois contre Toulouse…</p> <p>Le comte Buadouin, frère du comte de Toulouse, livra Monferrand… A Lagrave, la population se souleva, massacra le bayle de la ville et la garnison française…</p> <p>En avril 1212, les croisés revinrent… « les grandes compagnies, les croisés allemands, esclavons et frisons, les chevaliers d'Auvergne et les barons lombards…</p> <p>Le roi d'Aragon attaqua les croisés à Muret, non loin de Toulouse, que Simon de Montfort venait de prendre. le comte de Toulouse et l'armée toulousaine le rejoignirent… Les soldats français tuèrent le roi d'Aragon, décapitant la défense contre Simon de Montfort…</p> <p>Le légat Pierre de Bénévent obtint la soumission de tout ce que Simon ne contrôlait pas encore, Narbonne, Toulouse, Foix, le Comminges et le Roussillon.</p> <p>Montfort s'empara encore de l'Agenais, du Périgord méridional et du Rouergue…</p> <p>Au printemps 1218, Simon de Montfort fut tué à Toulouse par une machine de guerre servie par une femme ou des femmes. Le siège de Toulouse fut levé…</p> <p>Il fallait se tourner non plus vers une assemblée hétéroclite de croisés, mais vers une autorité souveraine, le roi de France… Amaury, avec l'aide du prince Louis (futur roi de France Louis VIII), arriva à Marmande. La ville assiégée succomba (1219) et la population fut massacrée…</p> <p>Le catharisme et l'église cathare, malgré la croisade, étaient toujours vivants. Dès les premières inquiétudes au début du XIIIe siècle, la citadelle de Montségur avait été fortifiée… La place-forte était apparue comme le centre du catharisme et le garant de sa survie.</p> <p>Les barons du nord, malgré les bûchers et les confiscations, n'avaient pas obtenu une victoire définitive sur l'hérésie…</p> <p>Le roi de France lança une grande expédition en 1226. Avignon fut prise contre toute attente. Le roi ne rencontra guère de résistance. Les ralliements se multiplièrent d'autant que la répression contre les hérétiques était féroce : l'évêque cathare du Carcassès, Pierre Isarn, fut brûlé devant Louis VIII… Les parfaits de Labècède furent brûlés vifs en juillet 1227…</p> <p>Raimond de Toulouse accepta la négociation avec Blanche de Castille, la veuve du roi à la mort de Louis VIII… Il signa le traité de Meaux le 12 avril 1229. Les conditions qui lui furent imposées étaient draconiennes… Le comte de Foix se soumit aussi… « Invaincu, il avait pourtant livré son pays, pieds et poings liés au roi et à l'Eglise » écrivait Fernand Niel.</p> <p>C'est là que l'inquisition fut inventée et prit la suite de la croisade…</p> <p>La paix de Meaux fut bientôt suivie d'un concile à Toulouse, qui devait régler, après les questions politiques, le sort de l'hérésie. Il fut donc décidé en novembre 1229 que, dans chaque paroisse une commission, composée d'un prêtre et de deux ou trois laïques, serait chargée de chercher les hérétiques et de les dénoncer. Les seigneurs devaient se joindre à cette recherche et seraient punis s'ils ne le faisaient pas…</p> <p>En avril 1223, le pape demanda au Provincial des Dominicains de désigner deux frères pour juger avec pleins pouvoirs et sans appel… Dans le midi, ce fut un compagnon de Dominique, Pierre Sellan qui fut choisi, avec le frère Guillaume Arnaud, puis Arnaud Catala…</p> <p>L'armée royale attaqua Montségur, clef de la résistance au roi et à l'Eglise : la place devait être prise… Le siège débuta au printemps 1243. Il était conduit par le sénéchal de Caracassonne, Hugues des Arcis, accompagné de Pierre Amiel, archevêque de Narbonne, ainsi que de l'évêque d'Albi… Le 1er mars 1244, Montségur se rendit… Deux cents parfaits périrent par le feu… le Fenouillèdes résistait encore avec des citadelles admirables : Quéribus, Puylaurens, Fenouillet…</p> <p>Ce fut l'Inquisition qui se chargea de détruire les derniers cathares clandestins… Le pape, par la bulle Ad extirpanda de 1252, autorisa la torture – flagellation, chevalet, estrapade, charbons ardents… Les condamnés étaient parfois étranglés avant d'être jetés au feu… Des humiliations servaient aussi de châtiment, ainsi le port de croix jaunes sur le vêtement…</p> <p>Au début de 1300, un grand procès eut lieu à Albi où 35 notables furent entendus et 25 condamnés à l'emprisonnement… La population se souleva, conspua l'évêque et fit circuler des fausses listes de suspects pour troubler les inquisiteurs… Le roi Philippe le Bel fut contraint de suspendre les procédures de l'Inquisition. Mais il finit par emprisonner le chef de la révolte, Bernard Délicieux, et par le faire torturer.</p> <p>En 1307, Bernard Gui était nommé inquisiteur de Toulouse et il constata le retour des cathares… »</p> <p> L'Inquisition, pointilleuse et cruelle, a réussi à la fin à extirper l'hérésie qui disparut au XIVe siècle. »</p> <h3 class="spip">Engels en 1848 dans « Le débat sur la Pologne à Francfort » (Nouvelle Gazette Rhénane) :</h3> <p>« Depuis la guerre des Albigeois jusqu'à Louis XI, les Français du Nord, qui, dans le domaine de la culture, étaient aussi en retard sur leurs voisins du Sud que les Russes sur les Polonais, menèrent des guerres d'asservissement ininterrompues contre les Français du Sud, et finirent par soumettre tout le pays. La « république des nobles du Midi de la France » (cette dénomination est tout à fait juste pour l'apogée) « a été empêchée par le despotisme de Louis XI d'accomplir sa propre suppression intérieure », qui, grâce au développement de la bourgeoisie des villes, aurait été au moins aussi possible que l'abolition de la république polonaise des nobles, grâce à la constitution de 1791. Des siècles durant, les Français du Sud luttèrent contre leurs oppresseurs. Mais le développement historique était inexorable. Après une lutte de trois cents ans, leur belle langue était ramenée au rang de patois, et ils étaient eux-mêmes devenus Français. Le despotisme de la France du Nord sur la France du Sud dura trois cents ans et c'est alors seulement que les Français du Nord réparèrent les torts causés par l'oppression en anéantissant les derniers restes de son autonomie. La Constituante mit en pièces les provinces indépendantes ; le poing de fer de la Convention fit pour la première fois des habitants de la France du Sud des Français, et pour les dédommager de la perte de leur nationalité, elle leur donna la démocratie. Mais ce que le citoyen Ruge dit de la Pologne s'applique mot pour mot à la France du Sud pendant les trois cents ans d'oppression : « Le despotisme de la Russie n'a pas libéré les Polonais ; la destruction de la noblesse polonaise et le bannissement de tant de familles nobles de Pologne, tout cela n'a fondé en Russie aucune démocratie, aucun humanisme. » Et pourtant, on n'a jamais traité l'oppression de la France du Sud par les Français du Nord « d'ignominieuse injustice ». Comment cela se fait-il, citoyen Ruge ? Ou bien l'oppression de la France du Sud est une ignominieuse injustice ou bien l'oppression de la Pologne n'est pas une ignominieuse injustice. Que le citoyen Ruge choisisse. Mais où réside la différence entre les Polonais et les Français du Sud ? Pourquoi la France du Sud fut-elle prise en remorque par les Français du Nord, comme un poids mort jusqu'à son total anéantissement, tandis que la Pologne a toute perspective de se trouver très bientôt à la tête de tous les peuples slaves ? La France du Sud constituait, par suite de rapports sociaux que nous ne pouvons expliquer plus amplement ici, la partie réactionnaire de la France. Son opposition contre la France du Nord se transforma bientôt en opposition contre les classes progressives de toute la France. Elle fut le soutien principal du féodalisme et elle est restée jusqu'à maintenant la force de la contre-révolution en France. »</p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1848/08/fe18480809.htm" class='spip_out' rel='external'>source de l'extrait précédent</a></p> <h3 class="spip">Engels dans « Ludwig Feuerbach » :</h3> <p>« A lui seul, le fait qu'il (le christianisme) devint religion d'État 250 ans seulement après sa naissance prouve qu'il était la religion correspondant aux conditions de l'époque. Au moyen âge, il se transforma, au fur et à mesure du développement du féodalisme, en une religion correspondant à ce dernier, avec une hiérarchie féodale correspondante. Et lorsque apparut la bourgeoisie, l'hérésie protestante se développa, en opposition au catholicisme féodal, d'abord dans le midi de la France, chez les Albigeois, à l'époque de la plus grande prospérité des villes de cette région. Le moyen âge avait annexé à la théologie toutes les autres formes de l'idéologie : philosophie, politique, jurisprudence et en avait fait des subdivisions de la première. Il obligeait ainsi tout mouvement social et politique à prendre une forme théologique ; pour provoquer une grande tempête, il fallait présenter à l'esprit des masses nourri exclusivement de religion leurs propres intérêts sous un déguisement religieux. Et de même que, dès le début, la bourgeoisie donna naissance dans les villes à tout un cortège de plébéiens, de journaliers et de domestiques de toutes sortes, non possédants et n'appartenant à aucun ordre reconnu, précurseurs du futur prolétariat, de même l'hérésie se divise très tôt en une hérésie bourgeoise modérée et une hérésie plébéienne révolutionnaire, abhorrée même des hérétiques bourgeois.</p> <p><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221_4.htm" class='spip_out' rel='external'>source de l'extrait précédent</a></p> <p> <a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article5409" class='spip_out' rel='external'>Ce qu'Engels et Trotsky en ont dit</a></p> <p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chanson_de_la_croisade_contre_les_albigeois/Introduction" class='spip_out' rel='external'>La Chanson de la croisade contre les Albigeois</a></p> <p>La croisade albigeoise -> <a href="https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Isra%C3%ABl_des_Alpes_ou_les_Vaudois_du_Pi%C3%A9mont/02" class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'>https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2...</a>]</p> <p><a href="https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/une-religion-martyrisee-puis-155331" class='spip_out' rel='external'>Une religion martyrisée</a></p> <p><a href="https://www.ladepeche.fr/article/2016/09/23/2424817-l-eglise-demande-pardon-aux-cathares.html" class='spip_out' rel='external'>Quand l'Eglise justifiait encore la croisade des albigeois et le massacre des cathares jusqu'en… 2016</a></p> <p><a href="http://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/Puech2005.pdf" class='spip_out' rel='external'>Les faits historiques</a></p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Croisade_des_albigeois" class='spip_out' rel='external'>La « Croisade » des Albigeois</a></p> <p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article40" class='spip_out' rel='external'>22 juillet 1209 : Massacre de Béziers</a></p> <p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article1270" class='spip_out' rel='external'>Eté 1209 : massacres de type fasciste ordonnés par le pape</a></p> <p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article1395" class='spip_out' rel='external'>Croisade nazie</a></p> <p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article3437" class='spip_out' rel='external'>Toulouse : échec à la croisade</a></p> <p><a href="http://www.gauchemip.org/spip.php?article4051" class='spip_out' rel='external'>Le génocide cathare</a></p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Croisade_des_albigeois" class='spip_out' rel='external'>La croisade des Albigeois</a></p> <p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65180769.r=cathares?rk=64378;0" class='spip_out' rel='external'>Le dernier des Trencavel tome 1</a></p> <p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6461035b.r=cathares?rk=42918;4" class='spip_out' rel='external'>Le dernier des Trencavel tome 2</a></p> <p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6116115c.r=cathares?rk=21459;2" class='spip_out' rel='external'>Le dernier des Trencavel tome 3</a></p> <p><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6469071p.r=cathares?rk=107296;4" class='spip_out' rel='external'>Le dernier des Trencavel tome 4</a></p> <p><a href="http://icm.catholique.fr/istrmarseille/wp-content/uploads/2017/01/Cathares-catharisme-2017-01-04.pdf" class='spip_out' rel='external'>Une étude catholique (de l'Institut Catholique de la Méditérannée !!!), mais qui essaie de faire respecter la réalité historique des faits et d'abord que les cathares menaçaient d'abord l'ordre social</a></p></div> Ferons-nous tomber toutes les dictatures ? https://www.matierevolution.org/spip.php?article6403 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6403 2019-04-12T22:41:00Z text/html fr Robert Paris édito Ferons-nous tomber toutes les dictatures ? La liste des dictateurs qui chutent s'allonge : après Bouteflika en Algérie, c'est Omar el Béchir au Soudan. Une fois de plus, c'est la mobilisation de masse dans la rue qui a eu raison du dictateur. Par contre, on a constaté que les élections dites démocratiques ont laissé en place Nétanyahou, que May et Macron, eux, s'accrochent au pouvoir. C'était encore la révolte populaire qui avait fait chuter précédemment les dictateurs Ben Ali en Tunisie et (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a> <div class='rss_texte'><p><span class='spip_document_12263 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH283/soudanais_khartoum_militaires_chars_0-a0bfc.jpg' width='500' height='283' alt="" style='height:283px;width:500px;' /></span> <span class='spip_document_12264 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L318xH159/indexert-47e20.jpg' width='318' height='159' alt="" style='height:159px;width:318px;' /></span> <span class='spip_document_12265 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH144/cropped-tabassage-DC-2-cd66b.jpg' width='500' height='144' alt="" style='height:144px;width:500px;' /></span> <span class='spip_document_12266 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH250/386147f_pVwrkSsVkQJ1fkEMD5AQCTse-ff716.jpg' width='500' height='250' alt="" style='height:250px;width:500px;' /></span> <span class='spip_document_12267 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH326/charge2-da3c8-49118.jpg' width='500' height='326' alt="" style='height:326px;width:500px;' /></span></p> <p>édito</p> <h3 class="spip">Ferons-nous tomber toutes les dictatures ?</h3> <p>La liste des dictateurs qui chutent s'allonge : après Bouteflika en Algérie, c'est Omar el Béchir au Soudan. Une fois de plus, c'est la mobilisation de masse dans la rue qui a eu raison du dictateur. Par contre, on a constaté que les élections dites démocratiques ont laissé en place Nétanyahou, que May et Macron, eux, s'accrochent au pouvoir. C'était encore la révolte populaire qui avait fait chuter précédemment les dictateurs Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte, mais aussi Moussa Traore au Mali ou Ne Win en Birmanie, ou le Shah d'Iran. Cependant, la dictature ne chute pas simplement parce que son chef a quitté le pouvoir. C'est la nature même du pouvoir qui en cause.</p> <p>C'est d'ailleurs exactement ce qu'affirment les peuples algérien et soudanais : ils ne veulent pas qu'on change seulement le pantin qui est tout en haut de l'édifice mais l'ensemble de la structure et de son rôle. En effet, lors de tous ces effondrements de dictatures, la vraie ossature de la dictature, l'armée, a déclaré être l'artisan de la décision de démettre le chef de l'Etat et en a profité pour ne pas être atteinte par le soulèvement populaire. Les généraux ont donc gardé tout leur pouvoir et la dictature n'a fait qu'empirer comme on l'a vu en Egypte, en Libye ou en Afghanistan.</p> <p>Ainsi, au peuple algérien qui réclame aussi la chute du chef d'Etat-Major, ce dernier affirme que c'est la ligne rouge, au-delà de laquelle, si on le comprend bien, les forces de l'ordre seront en droit d'intervenir violemment. Les chefs de l'armée du Soudan disent exactement la même chose. Ni les uns ni les autres n'ont convaincu le peuple travailleur soulevé, fier de son mouvement et de sa force nouvelle, et qui n'est pas prêt à écouter des nouveaux discours mensongers.</p> <p>Mais cela ne signifie pas que le peuple travailleur sache comment faire pour en finir de manière réelle et durable avec la dictature, ni même sur quoi elle repose. Ce que le peuple a su faire, en se mobilisant en masse, c'est retrouver sa propre identité, sa fierté, son unité, sa confiance en soi, c'est détruire momentanément les divisions, les oppositions, les peurs, la soumission. Et, du coup, le peuple travailleur ne veut plus des anciens gouvernants, des anciennes institutions, et il veut gouverner lui-même. Mais comment y parvenir ?</p> <p>Que le Haut Etat-major soudanais, algérien comme iranien, malien ou birman balancent le chef de l'Etat, y compris quand il était chef des armées, c'est clairement pour préserver la hiérarchie militaire et sauver l'Etat dictatorial dans ses fondements principaux. Cela rappelle que l'Etat c'est d'abord l'armée permanente obéissant à une hiérarchie qui n'est élue par personne et qui n'est pas soumise aux parlements et sur laquelle les peuples n'ont aucun pouvoir. Le maintien au pouvoir d'Etat de cette hiérarchie militaire n'est pas négociable, même face à un soulèvement populaire de masse : c'est du moins ce qu'ont affirmé les chefs d'Etat-Major soudanais comme algérien. C'est aussi ce qu'a affirmé le général Haftar de Libye qui y réclame la totalité du pouvoir, en pratiquant un nouveau bain de sang.</p> <p>En Libye, cependant, les grandes puissances craignaient tellement de laisser le peuple faire chuter le dictateur qu'elles sont intervenues, France de Sarkozy en tête, pour le faire elles-mêmes avant. Comme cela avait été le cas aussi avec la chute de Ceaucescu en Roumanie.</p> <p>Les grandes puissances n'ont pas non plus laissé les peuples travailleurs renverser les dictateurs d'Irak ou de Syrie, craignant trop les soulèvements des peuples travailleurs. Elles ont préféré transformer la révolution populaire pacifique en barbarie sanglante. Et ce n'est pas par solidarité avec Saddam Hussein, vaincu militairement, que Bush père l'avait laissé disposer de son armée pour écraser la révolution kurde et chiite.</p> <p>Bien sûr, certains prétendent que ces pays sont des dictatures alors que les pays riches seraient des démocraties. Mais la seule manière dont les pays dits démocratiques interviennent militairement de manière sanglante pour les peuples dans tous ces pays en dit long sur l'épaisseur du vernis démocratique des pays riches !!! Et ce n'est pas les deux dernières guerres mondiales qui démontrent le contraire. Aucune guerre n'a jamais été contrôlée démocratiquement dans un pays démocratique. Par exemple, personne ne conteste que l'armée française puisse intervenir aux quatre coins du monde sans jamais rendre le moindre compte de ce qu'elle fait au peuple français ni aux peuples qu'elle prétend sauver, avec ou sans l'accord de leurs gouvernants…</p> <p>L'Etat, c'est d'abord « un bande d'hommes en armes » soumis à une dictature hiérarchique indiscutable et incontrôlable, y compris dans les plus démocratiques des républiques bourgeoises du monde. Rappelons-nous que la cinquième république qui gouverne aujourd'hui la France a été mise en place, sans élection, à la suite un coup d'Etat militaire des généraux d'Algérie en 1958 ! Rappelons-nous aussi que c'est en France que les chefs militaires ont le plus souvent affiché leur prétention au pouvoir, c'est la terre d'élection du « bonapartisme », celui des Napoléons et des Pétain ou De Gaulle. C'est aussi en France que des généraux ou anciens généraux ont affiché leur désir de voir le pays gouverné par des chefs militaires si les partis se discréditent trop et que le peuple travailleur, soulevé par exemple avec les Gilets jaunes, n'accepte plus d'obéir à l'Etat.</p> <p>N'est-ce pas significatif que la France soit considéré comme l'une des plus grandes démocraties, alors que cet Etat a organisé, bien après ses grands massacres coloniaux, le plus grand génocide récent au Rwanda en 1994 en finançant, en armant, en organisant des forces génocidaires et en les protégeant ensuite… Et que les gouvernants actuels refusent toujours d'ouvrir au public les documents sur cette intervention sanglante !!!</p> <p>En fait, le principal contresens des peuples consiste à croire que « l'Etat c'est le peuple ». On pourrait plutôt dire que l'Etat c'est justement la force la plus antidémocratique qui a été construite pour contrer le peuple travailleur quand il se soulève !</p> <p>Ce qui a empêché les soulèvements précédemment cités de changer véritablement l'ordre politique et social, c'est qu'ils n'ont pas renversé l'Etat pour mettre en place le nouveau, le pouvoir du peuple travailleur. Renverser l'Etat, cela ne signifie pas se heurter à mains nues à toutes les forces armées, ce ne serait qu'une simple boucherie sanglante au résultat connu d'avance. Non, cela veut dire appeler les petits soldats, les petits policiers, toute la base des forces de l'Etat à rejoindre le peuple et à s'organiser avec lui.</p> <p>Mais, pour cela, il faudrait d'abord que l'insurrection elle-même s'organiser en un double pouvoir, à côté de l'ancien pouvoir, qu'elle se réunisse « en permanence », qu'elle devienne une véritable autorité pour le peuple travailleur, qu'elle discute tout, qu'elle se mette à décider elle-même. Il ne suffit pas de clamer « qu'ils partent tous », encore faut-il construire le type de régime que veulent les masses populaires.</p> <p>Même en France, où les Gilets jaunes ont commencé de s'organiser eux-mêmes en groupes des ronds-points, en comités et assemblées, on n'en est pas encore à contester réellement les institutions politiques et sociales. Il arrive que les manifestants de France ou d'ailleurs proclament « tout le pouvoir au peuple » mais on n'en est pas encore à la mise en place d'un « pouvoir-commune », d'un pouvoir des comités, d'un pouvoir des conseils qui existe même parallèlement au pouvoir bourgeois.</p> <p>Et il n'existe pourtant pas d'autre alternative que le renversement du pouvoir d'Etat bourgeois car sa démocratisation est pure illusion. Ce n'est certainement en pleine période de déconfiture du capitalisme mondial que l'Etat capitaliste va se démocratiser !!! Ce n'est certes pas quand le fossé entre riches et pauvres s'accroît partout dans le monde que le pouvoir va être plus pacifique, plus ouvert, plus prêt à entendre les aspirations des peuples !!!! Ce n'est pas quand le capitalisme a cessé d'être une force de développement et d'investissement productif et devient de plus en plus sangsue de la production de richesses que son pouvoir d'Etat va être une force de progrès !!!</p> <p>Au contraire, on constate que toutes les anciennes démocraties tournent à la dictature, au fascisme, qu'elles suppriment progressivement les libertés, qu'elles répriment de plus en plus violemment, qu'elles suppriment de plus en plus les droits des peuples, qu'elles entraînent même leurs forces de répression à intervenir directement et de manière sanglante contre des manifestants pacifiques.</p> <p>Il ne suffit donc pas de clamer qu'on veut la démission des chefs d'Etat-Major et de toutes les institutions de l'Etat si on ne a pas jusqu'au bout, c'est-à-dire à appeler les petits soldats à s'insurger et à affirmer que le peuple travailleur les défendra s'ils sont arrêtés sous inculpation de mutinerie, ce qui suppose que lui-même s'organise en masse comme pouvoir concurrent puis comme nouveau pouvoir !</p> <p>Nous assistons aux débuts de la nouvelle époque des révolutions et contre-révolutions, époque inaugurée par l'effondrement capitaliste de 2007-2008. Si cette crise n'a pas immédiatement entraîné la chute complète de l'économie, cela n'est pas dû à la pérénité économique du système mais à des interventions purement artificielles et factices des Etats, interventions qui n'ont même eu comme comme résultat, (ni comme but !) la remise sur les rails du système, mais seulement, au prix d'une aggravation de la crise, un répit de dix ans pour la chute générale !</p> <p>Il est remarquable en effet que toutes les causes de la chute de 2007 sont empirées aujourd'hui, avec comme circonstance aggravante que toutes les banques centrales sont ruinées (et même pire, elles ont dépensé l'argent qu'elles ne possèdent pas !) ce qui n'était pas le cas à l'époque !!!</p> <p>Les classes possédantes sont d'autant plus violentes contre les peuples partout dans le monde qu'elles savent que leur régime d'exploitation a fait plus que son temps, qu'il ne peut plus recueillir l'assentiment des peuples, qu'il n'a devant lui que « du sang et des larmes ». Le fait qu'un pays riche, dominant et impérialiste, que la prétendue « grande démocratie française », pays dominant de l'Europe, un des pays les plus interventionniste partout dans le monde au nom de la démocratie et des droits des peuples, ne trouve pas d'autre moyen, face aux plus démunis à « ceux qui ne finissent pas le mois », que de lancer contre des manifestants pacifiques des policiers qui arrachent des yeux, des joues, des nez, des dents, des bras, des jambes, brisent des vies, en dit long sur la pérennité de la démocratie dans le monde capitaliste.</p> <p>Le fait que les pays où la « démocratie française » est intervenue contre des dictatures, en Afrique, en Orient, en Yougoslavie, paient encore dans le sang le coût de ces interventions armées, sans qu'aucune démocratie ne soit sortie de ces interventions de banditisme armé, en dit long aussi.</p> <p>Le peuple travailleur ne peut pas se contenter d'afficher sa volonté du pouvoir au peuple. Il lui faudra le construire lui-même. Il ne pourra sortir ni des élections au sein du régime, ni d'une institution de ce pouvoir. Il ne pourra se construire que contre les anciennes institutions des classes possédantes.</p> <p>Et ce n'est pas seulement l'Etat que le peuple travailleur devra renverser, c'est tout l'ordre social. Cela signifie rompre moralement et idéologiquement avec des décennies de passivité, d'absence d'intervention des peuples travailleurs, en particulier d'absence d'organisation des travailleurs par eux-mêmes.</p> <p>Mais le peuple travailleur du monde, qui nous a étonnés lors des printemps arabes, lors des insurrections algérienne et soudanaise, dans le mouvement des Gilets jaunes en France, a encore bien d'autres raisons de nous étonner demain, s'il veut réellement en finir avec un Etat au service du 1% de possédants ! Il lui reste à lancer la révolution sociale et mettre en cause le droit des possesseurs du grand capital d'exploiter les peuples. Le vieux monde des exploiteurs ne détient que des forces du passé, au peuple travailleur, celui des prolétaires, des femmes, des jeunes, de tous ceux qui n'exploitent personne, de représenter la force de l'avenir !</p></div> Qu'est-ce qu'un démon de Laplace ? https://www.matierevolution.org/spip.php?article6346 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6346 2019-04-11T22:36:00Z text/html fr Robert Paris « Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux. » « Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique91" rel="directory">Hasard et nécessité</a> <div class='rss_texte'><p>« Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux. »</p> <p>« Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner à l'astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en mécanique et en géométrie, jointes à celles de la pesanteur universelle, l'ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés, et à prévoir ceux que les circonstances données doivent faire éclore. »</p> <p>Pierre-Simon Laplace, « Essai philosophique sur les probabilités » (1819)</p> <p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_philosophique_sur_les_probabilit%C3%A9s" class='spip_out' rel='external'>source</a></p> <p><span class='spip_document_11902 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH340/laplace4-261cd.jpg' width='500' height='340' alt="" style='height:340px;width:500px;' /></span><span class='spip_document_11901 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L214xH320/4167ciDSEAL-_AC_UL320_SR214_320_-81b5e.jpg' width='214' height='320' alt="" style='height:320px;width:214px;' /></span><span class='spip_document_11900 spip_documents spip_documents_center'> <img src='https://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH300/entropy-expansion-Laplace-78975.gif' width='500' height='300' alt="" style='height:300px;width:500px;' /></span></p> <h3 class="spip">Qu'est-ce qu'un « démon de Laplace » ?</h3> <p>Un démon de Laplace, ce n'est pas le démon de la religion, mais plus proche du daemon de Socrate ! Ce serait une espèce d'esprit qui saurait les choses à notre place et qui saurait tout. Contrairement à la notion d'esprit supérieur, il s'agirait d'une connaissance complète du monde matériel par lui-même, ce qui suppose une prédétermination matérielle et non spirituelle… L'avenir y est complètement déterminé par le passé. Toute connaissance complète du passé entraîne la connaissance totale du futur.</p> <p>Laplace a été précédé dans cette voie par Leibnitz et Boscovich.</p> <p>Gotfried Leibniz :</p> <p>« Tout se passe mathématiquement ... Si quelqu'un pouvait avoir une idée suffisante de l'intérieur des choses, et qu'il avait en outre suffisamment de mémoire et d'intelligence pour tenir compte de toutes les circonstances et les prendre en compte, il serait un prophète et verrait l'avenir dans le passé, présent comme dans un miroir. »</p> <p>Le scientifique serbe Roger Joseph Boscovich (1711-1787) :</p> <p>« Toute question, à l'exception des mouvements libres résultant d'une volonté arbitraire, doit décrire une ligne courbe continue dont la détermination peut être réduite au problème général suivant. Étant donné un nombre de points de la matière, et donné, pour chacun d'eux, le point d'espace qu'il occupe à un instant donné ; également donné la direction et la vitesse du mouvement initial si elles étaient projetées, ou la vitesse tangentielle si elles sont déjà en mouvement ; & étant donné la loi des forces exprimée par une courbe continue, qui contient cette théorie ; il est nécessaire de trouver le chemin de chacun des points, c'est-à-dire la ligne sur laquelle chacun se déplace. [...] Maintenant, bien qu'un problème de ce genre dépasse toutes les puissances de l'intellect humain, tout géomètre peut facilement voir jusqu'ici, que le problème est déterminé, et que de telles courbes seront toutes continues [... ] & un esprit qui avait les pouvoirs nécessaires pour traiter un tel problème de manière appropriée & était assez brillant pour en percevoir les solutions (& un tel esprit pourrait même être fini, à condition que le nombre de points soit fini, & la notion de la courbe représentant la loi des forces étaient données par une représentation finie), un tel esprit pourrait, à partir d'un arc continu décrit dans un intervalle de temps, si petit soit-il, par tous les points de la matière, dériver la loi des forces elles-mêmes ; [...] Maintenant, si la loi des forces était connue, et la position, la vitesse et la direction de tous les points à un moment donné, il serait possible pour un esprit de ce type de prévoir tous les mouvements et états ultérieurs nécessaires , & prévoir tous les phénomènes qui en découlent nécessairement. »</p> <p>L'idée du déterminisme universel avait aussi été défendue par le baron d'Holbach :</p> <p>« Dans un tourbillon de poussière qu'élève un vent impétueux ; quel qu'il paraisse à nos yeux, dans la plus affreuse tempête excitée par des vents opposés qui soulèvent les flots, il n'y a pas une seule molécule de poussière ou d'eau qui soit placée au hasard, qui n'ait sa cause suffisante pour occuper le lieu où elle se trouve, et qui n'agisse rigoureusement de la manière dont elle doit agir. Un géomètre qui connaîtrait exactement les différentes forces qui agissent dans les deux cas, et les propriétés des molécules qui sont mues, démontrerait que, d'après les causes données, chaque molécule agit précisément comme elle doit agir, et ne peut agir autrement qu'elle ne fait. » — Paul Henri Thiry d'Holbach, Système de la nature.</p> <h3 class="spip">Simon de Laplace dans « Essai philosophique sur les probabilités » (1819) :</h3> <p>« Tous les événemens, ceux mêmes qui par leur petitesse, semblent ne pas tenir aux grandes lois de la nature, en sont une suite aussi nécessaire que les révolutions du Soleil. Dans l'ignorance des liens qui les unissent au système entier de l'univers, on les a fait dépendre des causes finales, ou du hasard, suivant qu'ils arrivaient et se succédaient avec régularité, ou sans ordre apparent ; mais ces causes imaginaires ont été successivement reculées avec les bornes de nos connaissances, et disparaissent entièrement devant la saine philosophie, qui ne voit en elles que l'expression de l'ignorance où nous sommes des véritables causes.</p> <p>Les événemens actuels ont, avec les précédens, une liaison fondée sur le principe évident, qu'une chose ne peut pas commencer d'être, sans une cause qui la produise. Cet axiome, connu sous le nom de principe de la raison suffisante, s'étend aux actions mêmes que l'on juge indifférentes. La volonté la plus libre ne peut sans un motif déterminant, leur donner naissance ; car si toutes les circonstances de deux positions étant exactement semblables, elle agissait dans l'une et s'abstenait d'agir dans l'autre, son choix serait un effet sans cause : elle serait alors, dit Leibnitz, le hasard aveugle des épicuriens. L'opinion contraire est une illusion de l'esprit qui, perdant de vue les raisons fugitives du choix de la volonté dans les choses indifférentes, se persuade qu'elle s'est déterminée d'elle-même et sans motifs. Nous devons donc envisager l'état présent de l'univers, comme l'effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvemens des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé, serait présent à ses yeux. L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner à l'Astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en Mécanique et en Géométrie, jointes à celle de la pesanteur universelle, l'ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques, les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés, et à prévoir ceux que des circonstances données doivent faire éclore. Tous ces efforts dans la recherche de la vérité, tendent à le rapprocher sans cesse de l'intelligence que nous venons de concevoir, mais dont il restera toujours infiniment éloigné. Cette tendance, propre à l'espèce humaine, est ce qui la rend supérieure aux animaux ; et ses progrès en ce genre, distinguent les nations et les siècles, et font leur véritable gloire. Rappelons-nous qu'autrefois, et à une époque qui n'est pas encore bien reculée, une pluie ou une sécheresse extrême, une comète traînant après elle une queue fort étendue, les éclipses, les aurores boréales et généralement tous les phénomènes extraordinaires étaient regardés comme autant de signes de la colère céleste. On invoquait le ciel pour détourner leur funeste influence. On ne le priait point de suspendre le cours des planètes et du Soleil : l'observation eût bientôt fait sentir l'inutilité de ces prières. Mais comme ces phénomènes arrivant et disparaissant à de longs intervalles, semblaient contrarier l'ordre de la nature, on supposait que le ciel irrité par les crimes de la terre, les faisait naître pour annoncer ses vengeances. Ainsi la longue queue de la comète de 1456 répandit la terreur dans l'Europe, déjà consternée par les succès rapides des Turcs qui venaient de renverser le Bas-Empire. Cet astre, après quatre de ses révolutions, a excité parmi nous un intérêt bien différent. La connaissance des lois du système du monde, acquise dans cet intervalle, avait dissipé les craintes enfantées par l'ignorance des vrais rapports de l'homme avec l'univers ; et Halley ayant reconnu l'identité de cette comète, avec celles des années 1531, 1607 et 1682, annonça son retour prochain pour la fin de 1758 ou le commencement de 1759. Le monde savant attendit avec impatience, ce retour qui devait confirmer l'une des plus grandes découvertes que l'on eût faites dans les sciences, et accomplir la prédiction de Sénèque, lorsqu'il a dit, en parlant de la révolution de ces astres qui descendent d'une énorme distance : « Le jour viendra que par une étude suivie, de plusieurs siècles, les choses actuellement cachées paraîtront avec évidence ; et la postérité s'étonnera que des vérités si claires nous aient échappé. » Clairaut entreprit alors de soumettre à l'analyse les perturbations que la comète avait éprouvées par l'action des deux plus grosses planètes, Jupiter et Saturne ; après d'immenses calculs, il fixa son prochain passage au périhélie, vers le commencement d'avril 1759, ce que l'observation ne tarda pas à vérifier. La régularité que l'Astronomie nous montre dans le mouvement des comètes, a lieu sans aucun doute, dans tous les phénomènes. La courbe décrite par une simple molécule d'air ou de vapeurs, est réglée d'une manière aussi certaine, que les orbites planétaires : il n'y a de differences entre elles, que celle qu'y met notre ignorance. La probabilité est relative en partie à cette ignorance, en partie à nos connaissances. Nous savons que sur trois ou un plus grand nombre d'évènemens, un seul doit arriver ; mais rien ne porte à croire que l'un d'eux arrivera plutôt que les autres. Dans cet état d'indécision, il nous est impossible de prononcer avec certitude sur leur arrivée. Il est cependant probable qu'un de ces évènemens pris à volonté, n'arrivera pas, parce que nous voyons plusieurs cas également possibles qui excluent son existence, tandis qu'un seul la favorise. La théorie des hasards consiste à réduire tous les évènemens du même genre, à un certain nombre de cas également possibles, c'est-à-dire tels que nous soyons également indécis sur leur existence, et à déterminer le nombre de cas favorables à l'évènement dont on cherche la probabilité. Le rapport de ce nombre à celui de tous les cas possibles, est la mesure de cette probabilité qui n'est ainsi qu'une fraction dont le numérateur est le nombre des cas favorables, et dont le dénominateur est le nombre de tous les cas possibles. La notion précédente de la probabilité suppose qu'en faisant croître dans le même rapport, le nombre des cas favorables, et celui de tous les cas possibles, la probabilité reste la même. Pour s'en convaincre, que l'on considère deux urnes A et B, dont la première contienne quatre boules blanches et deux noires, et dont la seconde ne renferme que deux boules blanches et une noire. On peut imaginer les deux boules noires de la première urne, attachées à un fil qui se rompt au moment où l'on saisit l'une d'elles pour l'extraire, et les quatre boules blanches formant deux systèmes semblables. Toutes les chances qui feront saisir l'une des boules du système noir, amèneront une boule noire. Si l'on conçoit maintenant que les fils qui unissent les boules, ne se rompent point, il est clair que le nombre des chances possibles ne changera pas, non plus que celui des chances favorables à l'extraction des boules noires ; seulement, on tirera de l'urne deux boules à la fois ; la probabilité d'extraire une boule noire de l'urne sera donc la même qu'auparavant. Mais alors on a évidemment le cas de l'urne B, avec la seule différence, que les trois boules de cette dernière urne soient remplacées par trois systèmes de deux boules invariablement unies. Quand tous les cas sont favorables à un évènement, sa probabilité se change en certitude, et son expression devient égale à l'unité. Sous ce rapport, la certitude et la probabilité sont comparables, quoiqu'il y ait une différence essentielle entre les deux états de l'esprit, lorsqu'une vérité lui est rigoureusement démontrée, ou lorsqu'il aperçoit encore une petite source d'erreur. Dans les choses qui ne sont que vraisemblables, la différence des données que chaque homme a sur elles, est une des causes principales de la diversité des opinions que l'on voit régner sur les mêmes objets. Supposons, par exemple, que l'on ait trois urnes A, B, C, dont une ne contienne que des boules noires, tandis que les deux autres ne renferment que des boules blanches, on doit tirer une boule de l'urne C, et l'on demande la probabilité que cette boule sera noire. Si l'on ignore quelle est celle des trois urnes qui ne renferme que des boules noires, en sorte que l'on n'ait aucune raison de croire qu'elle est plutôt C que B ou A ; ces trois hypothèses paraîtront également possibles, et comme une boule noire ne peut être extraite que dans la première hypothèse, la probabilité de l'extraire est égale à un tiers. Si l'on sait que l'urne A ne contient que des boules blanches, l'indécision ne porte plus alors que sur les urnes B et C, et la probabilité que la boule extraite de l'urne C sera noire est un demi. Enfin, cette probabilité se change en certitude, si l'on est assuré que les urnes A et B ne contiennent que des boules blanches. C'est ainsi que le même fait, récité devant une nombreuse assemblée, obtient divers degrés de croyance, suivant l'étendue des connaissances des auditeurs. Si l'homme qui le rapporte en est intimement persuadé, et si, par son état et par son caractère, il inspire une grande confiance ; son récit, quelque extraordinaire qu'il soit, aura, pour les auditeurs dépourvus de lumières, le même degré de vraisemblance qu'un fait ordinaire rapporté par le même homme, et ils lui ajouteront une foi entière. Cependant si quelqu'un d'eux sait que le même fait est rejeté par d'autres hommes également respectables, il sera dans le doute, et le fait sera jugé faux par les auditeurs éclairés qui le trouveront contraire, soit à des faits bien avérés, soit aux lois immuables de la nature. C'est à l'influence de l'opinion de ceux que la multitude juge les plus instruits, et à qui elle a coutume de donner sa confiance sur les plus importans objets de la vie, qu'est due la propagation de ces erreurs qui, dans les temps d'ignorance, ont couvert la face du monde. La Magie et l'Astrologie nous en offrent deux grands exemples. Ces erreurs inculquées dès l'enfance, adoptées sans examen, et n'ayant pour base que la croyance universelle, se sont maintenues pendant très long-temps, jusqu'à ce qu'enfin le progrès des sciences les ait détruites dans l'esprit des hommes éclairés, dont ensuite l'opinion les a fait disparaître chez le peuple même, par le pouvoir de l'imitation et de l'habitude, qui les avait si généralement répandues. Ce pouvoir, le plus puissant ressort du monde moral, établit et conserve dans toute une nation des idées entièrement contraires à celles qu'il maintient ailleurs avec le même empire. Quelle indulgence ne devons-nous donc pas avoir pour les opinions différentes des nôtres, puisque cette différence ne dépend souvent que des points de vue divers où les circonstances nous ont placés ! Éclairons ceux que nous ne jugeons pas suffisamment instruits ; mais auparavant, examinons sévèrement nos propres opinions, et pesons avec impartialité leurs probabilités respectives. La différence des opinions dépend encore de la manière dont on détermine l'influence des données qui sont connues. La théorie des probabilités tient à des considérations si délicates, qu'il n'est pas surprenant qu'avec les mêmes données, deux personnes trouvent des résultats différens, surtout dans les questions très compliquées. Expliquons ici les principes généraux de cette Théorie. »</p> <p>Fin de citation de Laplace.</p> <p>Il importe de remarquer que le démon de Laplace n'est pas la seule conception possible du déterminisme, même si c'est la plus radicale et la plus connue. On notera, à l'extrême opposé à la conception de Laplace, le déterminisme chaotique. En somme, ce n'est pas « ou Laplace ou l'indéterminisme » !</p> <p>On notera également que, si la physique quantique détruit la conception de Laplace, elle ne démolit pas nécessairement tout déterminisme. Des conceptions de la physique quantique comme celles de Planck, d'Einstein ou de Broglie, pour ne citer que ceux-là, sont déterministes. Pour certains physiciens quantiques, les inégalités d'Heisenberg détruisent complètement le déterminisme mais d'autres physiciens affirment seulement que c'est le mécanicisme qui est détruit, à savoir la conception des particules comme des objets en mouvement mécanique au lieu de structures dynamiques, sans cesse changeantes, en interaction avec le vide quantique. Les particules ne sont ni des corpuscules ni des ondes et ne peuvent pas être liées à un déterminisme des corpuscules ni à un déterminisme des ondes. Par contre, l'équation de Schrödinger est déterministe et elle concerne les quantons (complexe d'onde et de corpuscule).</p> <p>De même, le passage du macroscopique au microscopique au sein de l'expérience, problème central de la physique quantique qui est contrainte de passer par des appareils et des observateurs macroscopiques pour étudier des phénomènes quantiques alors que les deux mondes ne suivent pas le même type de lois, a été parfois interprété dans un sens subjectiviste, l'intervention de l'observateur étant censée produire le résultat obtenu, mais cela n'est pas la seule interprétation. Dès que l'on raisonne sur des quantons, on peut interpréter des expériences comme celle des fentes de Young sans prétendre que c'est l'action de l'observateur qui dicte les résultats. La décohérence, qui explique ce passage entre deux niveaux de structure de la réalité, n'est pas indéterministe ni subjectiviste ! En fait, la physique quantique rend inutile l'affirmation de Laplace, au sens où cette affirmation suppose une connaissance parfaite d'un état initial, connaissance que la physique quantique affirme comme impossible. Elle en déduit une possibilité de prédire le passé comme le futur, mais, une fois admis que l'on ne connaît pas complètement un état à un instant donné, cette conclusion n'a plus de nécessité… Les inégalités d'Heisenberg empêchent toute connaissance absolue d'un paramètre, toute connaissance qui ne soit pas qu'une approximation. Du coup, la prédictibilité de tout phénomène quantique ne peut qu'être une certaine probabilité et non une certitude. Cela ne détruit pas totalement la prédictibilité puisqu'une probabilité est précisément et assurément prédite et ne détruit pas non plus tout déterminisme puisque les futurs possible sont loin d'être quelconques et sont déterminés par l'état passé. La causalité, la prédictibilité, le déterminisme se sont transformés mais n'ont pas disparu.</p> <p> Il est apparu des complexes inséparables de phénomènes et de propriétés que l'on considérait comme incompatibles corpusculaire/ondulatoire, aléatoire/déterminé, durable/éphémère, réel/virtuel, actuel/potentiel, ordre/désordre, stable/instable, etc.</p> <p>C'est une véritable dialectique de la nature qui apparaît et qui est aussi une dialectique du déterminé et de l'indéterminé…</p> <h3 class="spip">Quelle différence entre un « démon de Maxwell » et un « démon de Laplace » ?</h3> <p>Le démon de Laplace pose la question de la prédictibilité et le démon de Maxwell celle de la réversibilité, ce qui est évidemment très différent. Ils ont en commun d'être des espèces d'esprit connaissant tout, jusqu'au plus petit des objets et de leurs mouvements.</p> <p>Un démon de Laplace, c'est un démon mathématicien, un esprit capable de calculer toute position précédente ou suivante à partir d'une position précisément donnée. Un démon de Maxwell, c'est un phénomène naturel permettant de faire revenir la thermodynamique d'un fluide dans sa position initiale malgré l'agitation désordonnée et aléatoire des molécules des fluides.</p> <p>Pour créer un lien entre l'information et l'entropie, Maxwell a inventé un être hypothétique, un « démon », qui utilise son aptitude à traiter de l'information en la mémorisant afin de réduire l'entropie d'un gaz homogène (à une température donnée). En bref, le démon est capable de mesurer la vitesse des molécules de gaz et ouvrir ou fermer un clapet entre les deux compartiments en fonction de la vitesse des molécules, les maintenant d'un côté si elles vont vite, et de l'autre côté, si elles sont lentes. Cette action va construire deux compartiments, l'un chaud et l'autre froid, et inverser le temps, agissant apparemment contre le second principe de la thermophysique. Beaucoup de travaux ont été développés depuis cette première vision, et, afin d'éviter le paradoxe de l'inversion du deuxième principe, Leo Szilard a avancé l'idée que la création d'information requiert de l'énergie pour tenir compte de la façon dont le démon de Maxwell pourrait agir [Szilard, 1929]. La théorie de l'information a repris ce genre d'idées.</p> <p>L'expérience pensée par Maxwell pour contredire le second principe de la thermodynamique est relativement simple à comprendre mais extrêmement difficile à mettre en œuvre, d'où la création de ce « démon ». Imaginons 2 compartiments contigus dans lesquels on a mis d'un coté un gaz froid et de l'autre un gaz chaud. Il existe une porte entre ces 2 compartiments et un démon peut l'ouvrir et la fermer à sa guise. Le démon, malicieux, ouvre la porte de manière à ce que les atomes rapides passent dans le compartiment chaud et que les atomes lents passent dans le compartiment froid. Ainsi, plus le temps s'écoule et plus le gaz chaud se réchauffe et plus le gaz froid se refroidit. Cette observation est en contradiction avec le second principe de la thermodynamique car les 2 compartiments voient leur entropie décroître : en effet, il y a plus d'ordre qu'au départ comme on a séparé les atomes rapides de ceux plus lents. La thermodynamique nous dit que dans le temps, les températures des 2 compartiments devraient converger vers la même valeur alors qu'ici ce n'est pas le cas.</p> <p>Le démon, pour prendre les décisions de laisser passer ou de renvoyer une particule, est obligé de l'observer, donc d'utiliser l'information dont il dispose. La quantité d'information que cela représente est minime, mais si on passe au niveau microscopique, avec 1023 fois plus de molécules, l'information ainsi utilisée par le démon de Maxwell, que l'on suppose non disponible par l'observateur macroscopique, est importante. La baisse d'entropie découlant de l'exploitation des informations accessibles au démon correspond alors exactement à la différence entre information accessible à l'observateur macroscopique et information accessible au démon. L'impossibilité, pour l'observateur macroscopique, de faire de même que le démon passe donc par l'hypothèse selon laquelle prélever l'information accessible au démon exigerait, pour un observateur macroscopique, de dégrader de l'énergie mécanique en chaleur pour un montant faisant perdre au moins autant d'information (chiffrée par l'entropie macroscopique) que ce que l'opération d'acquisition d'information est censée en faire gagner.</p> <h3 class="spip">Pourquoi ces démons sont affaiblis ou même pour l'essentiel abandonnés</h3> <p>Qu'est-ce qui a mis en cause ou détruit l'efficacité de ces conceptions, et notamment ces démons ? C'est le développement scientifique lui-même et même le développement mathématique qui ont démoli les conceptions non contradictoires dialectiquement de la connaissance. C'est aussi bien les développements de la connaissance de phénomènes du chaos déterministe et celle de la physique quantique.</p> <p>En vertu du déterminisme universel, l'intelligence qui connaîtrait avec une absolue précision la position et l'énergie de tout objet dans la position initiale pourrait calculer l'évolution de l'univers à tout moment du temps. Déterminisme est dans ce cas synonyme de prédictibilité. Cependant, il existe des systèmes déterministes non prédictibles (voir théorie du chaos).</p> <p>Les débuts de la Mécanique avaient fait croire à une prédictibilité générale en sciences comme le proclamait Laplace. Cela provient du fait que les lois que l'on connaissait jusque là permettaient de prédire : par exemple, la loi du mouvement du boulet. Mais ce n'est pas général. Connaître une loi ne signifie pas nécessairement pouvoir calculer l'état futur à partir de la connaissance des états passés. Le déterminisme suppose en effet l'obéissance à des lois mais pas nécessairement la capacité de prédire. Et inversement, on peut parfaitement prédire ce que l'on ne comprend pas. Nous ne connaissons pas la nature de la gravitation même si on en connaît la loi mathématique qui nous permet de dire où atterrira un boulet de canon Mais des phénomènes non reproductibles sont-ils du domaine de la science ? Bien des commentateurs affirment que non. Selon eux, la validité des théories est établie uniquement si l'expérience présente des résultats que la théorie avait prédits. Il est vrai que c qui caractérise la démarche de la science, c'est la confrontation permanente entre théorie et expérience mais ce n'est pas une relation à sens unique.</p> <p>Le physicien Werner Heisenberg rappelle dans « La partie et le tout » qu'Einstein répétait volontiers que « Seule la théorie décide de ce que l'on peut observer. » En effet, il faut des concepts et des outils d'analyse pour faire des mesures et, d'autres encore, pour concevoir l'expérience et l'interpréter. Et Heisenberg cite également Wolfgang Pauli, autre spécialiste de la physique quantique : « On peut avoir entièrement compris un certain domaine de la connaissance expérimentale sans pour autant pouvoir prédire exactement les résultats d'expériences futures. »</p> <p>Quand on dit que la science se fonde sur l'expérience, il faut comprendre non seulement ce qui se produit en laboratoire mais aussi et surtout ce que produit la nature. Or la nature n'a parfois produit qu'une seule fois un phénomène, même si on en trouve des multiples reproductions (comme la vie sur terre et ses diverses manifestations). Et on n'a pas nécessairement les moyens de le reproduire ce qui n'empêche pas de raisonner dessus. Même une expérience reproductible ne l'est pas nécessairement à l'identique. Quant aux lois mathématiques, quand elles existent, ne sont pas forcément prédictives. Dans le cas d'une loi « sensible aux conditions initiales », c'est-à-dire être considérablement modifiée par un petit changement initial, tout changement infiniment petit des conditions de départ peut entraîner des divergences qualitatives par la suite. Dans ce cas, on ne peut prédire les suites d'un passé que si on le connaît au plus petit détail près, ce qui est irréalisable. Dans certains cas, une loi peut parfaitement permettre plusieurs « possibles ». C'est le cas pour une bifurcation. Il peut falloir alors une autre loi, à un autre niveau par exemple, pour que la nature tranche. L'ensemble des deux lois ressemble alors à s'y méprendre à du hasard.</p> <p>Le principe d'incertitude d'Heisenberg s'oppose en physique quantique au démon de Laplace !! Niels Bohr expliquait ainsi dans « Théorie atomique et description de la nature » :</p> <p>« La mécanique quantique est en contradiction logique avec la causalité (...) Il n'y a pas pour le moment d'occasion de parler de causalité dans la nature, parce qu'il n'y a pas d'expérience qui indique sa présence. »</p> <p>Mais le fondateur de la physique quantique Max Planck expliquait, dans « Initiation à la physique », pourquoi il ne comptait pas céder à la pression de l'opinion courante selon laquelle la découverte du quanta entraînait un renoncement à la notion de causalité mais seulement à son changement de signification :</p> <p>« A l'heure actuelle, il y a des physiciens qui seraient très portés à retirer au principe de causalité strict son rôle dans le système physique de l'univers. (...) Mais, autant que je puis m'en rendre compte, il n'y a, pour le montent, aucune nécessité de se résigner à l'indéterminisme. (...) Il est toutefois certain que cette façon d'envisager le déterminisme diffère quelque peu de celle qui était habituelle en physique classique. »</p> <h3 class="spip">Max Planck, dans « Initiations à la physique » (chapitre « La causalité dans la nature » :</h3> <p>« Je prendrai comme point de départ de toutes les considérations qui vont suivre cette petite proposition très simple et très générale : « Un événement est conditionné causalement quand il peut être prédit avec certitude. » Remarquons, cependant, que nous entendons seulement dire par là que la possibilité d'une prédiction exacte de l'avenir est un critérium certain de l'existence d'un lien causal ; mais nullement qu'elle s'identifie, en quelque façon, avec ce lien lui-même…</p> <p>Dans le cas de la météorologie, il y a une idée qui vient tout naturellement à l'esprit, c'est que la complexité de l'objet sur lequel elle porte : l'atmosphère…</p> <p>Mais, à y regarder de plus près, nous aboutissons à une constatation fort intéressante : quelques simples que soient les circonstances choisies, quelque précis que soient les instruments dont nous disposons, jamais il ne nous sera possible de calculer à l'avance le résultat d'une mesure avec une exactitude absolue, c'est-à-dire telle que les nombres trouvés par l'expérience et par le calcul coïncident dans toutes leurs décimales. Il y a toujours une certaine marge d'incertitude, contrairement à ce qui se passe dans les calculs purement mathématiques…</p> <p>Si maintenant nous rapprochons ce fait de la proposition énoncée en premier lieu : un événement est conditionné causalement quand il peut être prédit avec certitude ; nous nous trouvons en présence d'un dilemme très désagréable, mais inévitable : ou bien nous maintenons la lettre de notre proposition et alors il n'y a pas dans la nature un seul cas où l'on puisse affirmer l'existence d'un lien causal ; ou bien nous maintenons a priori l'existence d'une causalité stricte et il devient nécessaire de modifier d'une manière ou d'une autre la proposition dont nous sommes partis.</p> <p>En fait, la physique, jusqu'à présent, s'est bâtie sur le fondement de la seconde des deux alternatives dont nous avons parlé plus haut, c'est-à-dire que, pour conserver au principe de causalité toute sa rigueur, elle a modifié quelque peu son point de départ : à savoir l'affirmation qu'un événement est considéré comme conditionné causalement, quand il peut être prédit avec certitude. Dans ce but, elle a changé légèrement l'acception du mot « événement ». Pour la physique théorique, en effet, l' « événement » n'est pas le processus de mesure, pris en lui-même ; car ce dernier contient toujours des éléments fortuits et accidentels ; c'est un certain phénomène purement imaginaire qui a lieu dans un monde qui tient lieu et place du monde sensible tel que nous le font connaître directement les organes de nos sens, aidés au besoin et perfectionnés par l'usage des instruments de mesure…</p> <p>Par la suite, en physique, toute grandeur mesurable, qu'il s'agisse d'un intervalle de temps, d'une longueur, d'une charge électrique, a une double signification, selon qu'on la considère comme étant le résultat immédiat d'une mesure ou qu'on la suppose se rapporter à ce modèle appelé par nous « image représentative physique de l'univers ».</p> <p>Dans la première acceptation, une grandeur doit toujours être considérée comme étant définie d'une manière imprécise ; c'est pourquoi elle ne saurait être représentée par aucun nombre déterminé ; dans la seconde acceptation, une grandeur est au contraire un symbole mathématique déterminé sur lequel on opère en observant des règles d'une rigueur absolue…</p> <p>Il est donc absolument faux de dire, comme on le fait parfois, que l'image physique de l'univers ne doit contenir que des grandeurs directement observables…</p> <p>En résumé nous pouvons dire que la prévision des événements du monde sensible est toujours plus ou moins entachée d'incertitude, alors que les lois qui régissent l'image représentative physique de l'univers sont toujours déterminées par une causalité stricte…</p> <p>La nouvelle image représentative de l'univers, celle qui est le fait de la physique quantique, est justement issue du besoin d'établir un déterminisme strict qui soit compatible avec l'existence du quantum d'action. Dans ce but, le point matériel, élément primordial de l'ancien univers, a été dépouillé de son caractère élémentaire, il s'est dissous, en quelque sorte, dans un système d'ondes matérielles…</p> <p>Les indéterministes ont précisément trouvé dans ce fait l'occasion d'une nouvelle attaque contre le principe de la causalité et, cette fois, leur effort semblait avoir pour lui toutes les chances de succès ; car, de toutes les mesures que l'on peut effectuer, on ne peut jamais déduire qu'une fonction ondulatoire à signification purement statistique... Nous rappellerons seulement ici, pour mémoire, l'exemple de l'électron dont la trajectoire sera d'autant plus facilement perturbée que l'on cherchera à l'éclairer de façon à connaître sa position d'une manière plus précise….</p> <p>Dans ces conditions, il est donc tout naturel de penser qu'un esprit idéal qui connaîtrait tous les phénomènes physiques d'aujourd'hui, jusque dans leurs moindres détails, pourrait prophétiser avec une certitude absolument parfaite, toutes les particularités du temps qu'il fera demain. Il en irait de même pour tout autre sorte de phénomène…</p> <p>On pourrait, certes, nous opposer que cet esprit n'est qu'une construction mentale et qu'en fin de compte, notre cerveau lui-même se compose d'atomes obéissant aux lois physiques ; mais un peu de réflexion nous montre que cette objection ne tient pas debout. Il est, en effet, indubitable que nos pensées peuvent nous mener très loin des lois naturelles connues de nous et que nous pouvons concevoir des phénomènes qui n'ont rien à voir avec la physique réelle. On ne saurait pas davantage affirmer que l'esprit idéal dont nous parlons ne peut exister que dans la pensée humaine et qu'il a son existence liée à celle de l'esprit pensant, car pour être logique il faudrait admettre que le soleil, que le monde extérieur tout entier, ne peuvent exister que dans nos sens et, pourtant, tout homme raisonnable est convaincu que le soleil ne perdrait pas la moindre fraction de son éclat, même si le genre humain tout entier venait à être exterminé...</p> <p>D'ailleurs nous devons bien nous garder de considérer cet esprit comme analogue en quelque façon que ce soit à notre propre esprit. »</p> <p>Répondant notamment à Heisenberg, Louis de Broglie déclarait le 25 avril 1953 :</p> <p>« Tandis que tous les grands maîtres de l'époque classique, depuis Laplace jusqu'à Henri Poincaré, ont toujours proclamé que les phénomènes naturels étaient déterminés et que la probabilité, quand elle s'introduit dans les théories scientifiques, résultait de notre ignorance ou de notre incapacité à suivre un déterminisme trop compliqué, dans l'interprétation actuellement admise de la Physique quantique, nous avons affaire à de la « probabilité pure » qui ne résulterait pas d'un déterminisme caché. Dans des théories classiques comme la théorie cinétique des gaz, les lois de probabilités étaient considérées comme résultant de notre ignorance des mouvements entièrement déterminés, mais désordonnés et complexes, des innombrables molécules du gaz : la connaissance des positions et des vitesses des molécules nous aurait en principe permis de calculer rigoureusement toute l'évolution du gaz, mais en pratique les probabilités s'introduisent par suite de notre ignorance de la valeur de ces paramètres cachés. Or, l'interprétation purement probabiliste de la Mécanique ondulatoire rejette une telle interprétation des lois de probabilités qu'elle fournit : ces lois ne résulteraient pas de notre ignorance des paramètres cachés qui seraient les coordonnées et la vitesse du corpuscule, car ces paramètres cachés n'existeraient pas, le corpuscule ne pouvant se manifester avec une position ou avec une vitesse bien définie que fugitivement au moment d'une observation ou d'une mesure. La probabilité en Physique quantique ne résulterait plus d'une ignorance : elle serait de la contingence pure… »</p> <h3 class="spip">Georgio Israël, dans « Chaos et déterminisme » (ouvrage collectif, chapitre « L'histoire du déterminisme et ses rencontres avec les mathématiques ») :</h3> <p>« Quand on parle aujourd'hui de déterminisme, l'esprit court immédiatement à Laplace et à l'introduction de son « Essai philosophique sur les probabilités »… La lecture du texte de Laplace montre qu'à l'évidence son déterminisme est un causalisme métaphysique à la Leibniz. On y trouve en effet une référence explicite au principe de raison suffisante ; et la lecture des parties plus philosophiques de l' « Essai » ne fait que renforcer cette impression. Même si on a proposé des interprétations plus subtiles, les analyses les plus récentes semblent reconnaître que le point de vue de Laplace est inspiré d'une vision matérialiste, mécaniste et causaliste absolue. C'est même cette vision qui fournit, à ses yeux, la seule justification possible de l'utilisation du calcul des probabilités dans l'analyse scientifique…</p> <p>Dans l'introduction à une réédition de l' « Essai », René Thom observe :</p> <p>« A l'époque où Laplace écrivit l'essai, on avait intégré de nombreuses équations différentielles, mais il n'existait aucun théorème permettant d'affirmer qu'une telle intégration était effectivement toujours possible… » (…)</p> <p>L'a priori de la formulation par Laplace du déterminisme en langage pré-mathématique était une conception philosophique causaliste. La métaphysique ouvre le chemin et les mathématiques suivent.</p> <p>Faut-il considérer le principe causaliste comme le reflet philosophique d'une intuition physique de la nature causale des phénomènes… Il n'en est rien. Non seulement parce que l'approche de Laplace n'a rien d'expérimental, mais aussi parce que le contenu du théorème d'existence et d'unicité (des solutions d'une certaine catégorie d'équations différentielles assez régulières) a beaucoup de points de divergences avec le principe causaliste. »</p> <h3 class="spip">Chabert et Dahan Dalmedico, dans « Chaos et déterminisme » (chapitre « Les idées nouvelles de Poincaré » :</h3> <p>« Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. Si nous connaissions exactement les lois de la nature et la situation de l'Univers à l'instant initial, nous pourrions prédire exactement la situation de ce même Univers à un instant ultérieur. Mais, lors même que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrions connaître la situation initiale qu'approximativement. Si cela nous permet de prévoir la situation ultérieure avec la même approximation, c'est tout ce qu'il nous faut, nous disons que le phénomène a été prévu, qu'il est régi par des lois ; mais il n'en est pas toujours ainsi, il peut arriver que des petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux ; une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers. La prédiction devient impossible et nous avons le phénomène fortuit. »</p> <p>Dans cet extrait de « Science et Méthode » (1908), devenu aujourd'hui un grand classique, Henri Poincaré souligne à l'évidence la possibilité d'une « sensibilité aux conditions initiales » et la distinction qui en résulte entre déterminisme et prédictibilité. En fait, les travaux de Poincaré vont bien au-delà et il apparaît maintenant comme le génial initiateur des études contemporaines dans la théorie mathématique des systèmes dynamiques, travaux qui relancent sur de nouvelles bases les réflexions concernant le déterminisme et la prédictibilité…</p> <p>Les systèmes dynamiques sont des systèmes évoluant au cours du temps et mathématiquement décrits par des équations différentielles, cette description exprimant le caractère déterministe de leur évolution. La théorie cherche notamment à préciser les comportements asymptotiques de tels systèmes, c'est-à-dire ce que les solutions de ces équations différentielles sont susceptibles de devenir au bout d'un temps long…</p> <p>Dès le début de ses travaux, Poincaré avait conçu l'étude qualitative des équations différentielles en relation avec la question de la stabilité du système solaire. En effet, cette stabilité est une propriété qualitative globale de la trajectoire des planètes, que ne permettraient pas d'établir les méthodes analytiques utilisées jusque-là par les astronomes. Poincaré s'est attaqué au problème dans son célèbre mémoire « Sur le problème des trois corps et les équations de la dynamique », couronné du Grand Prix international offert par le roi de Suède en 1889, puis dans les « Méthodes nouvelles de la mécanique céleste. On peut distinguer deux aspects dans ses travaux : l'un est relatif à la possibilité de prévoir effectivement le mouvement des planètes, notamment par le calcul des éphémérides ; l'autre est théorique et consiste à développer des méthodes et des concepts puissants, valables non seulement pour notre système solaire dans ses conditions actuelles, mais aussi pour des systèmes dynamiques newtoniens quelconques dont on ne connaît a priori aucune solution…</p> <p>Dans son œuvre, Poincaré discute du théorème de récurrence : un système dynamique reviendra arbitrairement près de son état initial, sauf pour un ensemble de cas exceptionnels de probabilité nulle. Ils interviennent aussi dans le modèle de fluide incompressible utilisé par Poincaré pour illustrer la notion d'invariant intégral… D'où la propriété de densité des trajectoires des molécules dans l'espace de phase, ce que l'on appelle maintenant l'hypothèse ergodique. Boltzmann la formule dans le cadre de la mécanique statistique et Maxwell en théorie cinétique des gaz…</p> <p>Dans un mémoire de 1894, Poincaré discute, très précisément, le modèle de théorie cinétique des gaz, qu'il attribue alors uniquement à Maxwell. Ce modèle était en butte aux critiques de plusieurs savants, notamment Lord Kelvin ; Poincaré en résume l'idée fondamentale :</p> <p>« Dans une problème de mécanique, il y a certaines fonctions des coordonnées et de leurs dérivées qui doivent demeurer constantes pendant toute la durée du mouvement. C'est ce qu'on appelle des intégrales… Maxwell admet que, quelle que soit la situation initiale du système, il passera toujours une infinité de fois, je ne dis pas par toutes les situations comparables à l'existence des intégrales, mais aussi près que l'on voudra d'une quelconque de ces situations. C'est ce que l'on appelle le postulat de Maxwell. » (…) Poincaré cite d'autre corollaires comme le fait que les vitesses soient uniformément distribuées dans toutes les directions. Tous ces résultats sont fondés sur le concept de « valeur moyenne » ; selon Poincaré, il s'agit toujours de la moyenne prise à la fois par rapport au temps et par rapport aux diverses molécules du gaz : « C'est la moyenne des moyennes, pour ainsi dire. C'est elle seule, en effet, qui peut être supposée accessible aux observations. »</p> <p>Poincaré ajoute : « Si le postulat de Maxwell est la véritable pierre angulaire de la théorie cinétique des gaz qui s'écroulerait sans lui…, il ne repose que sur une base bien fragile. »</p> <p>Poincaré puise dans ses résultats de mécanique céleste de quoi suspecter sa validité universelle….</p> <p>« Si le postulat était vrai, le système solaire serait instable : s'il est stable en effet, il ne peut passer que par des situations différentes de sa situation initiale. Or, si la stabilité n'est pas démontrée, l'instabilité l'est encore moins et est même peu probable. Il est possible et même vraisemblable que le postulat de Maxwell est vrai pour certains systèmes et faux pour d'autres, sans qu'on ait aucun moyen de discerner les uns des autres. Il est permis de supposer provisoirement qu'il s'applique aux gaz tels que la théorie cinétique les conçoit ; mais cette théorie ne sera solidement assise que quand on aura justifié cette supposition mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici. »</p> <h3 class="spip">« Le déterminisme de Simon de Laplace et le déterminisme aujourd'hui » de Amy Dahan Dalmedico dans « Chaos et déterminisme » :</h3> <p>« La conviction « déterministe » de Laplace s'impose d'emblée et est assez courante à cette époque, bien que ce mot n'ait pas été en usage au XVIIIe siècle. L'astronomie, sous sa forme de mécanique céleste, avait fourni le paradigme par excellence de ce déterminisme, entendu au sens de la possibilité de prédiction, par le calcul ou la loi mathématique ; l'idée que le monde est écrit en langage mathématique, selon l'expression de Galilée, est à son apogée, notamment après le calcul par Clairaut du retour de la comète de Halley…</p> <p>La formulation laplacienne du déterminisme possède, nous le savons maintenant, une contrepartie mathématique : le théorème d'existence et d'unicité des solutions des équations différentielles. Certains ont pu penser que Laplace l'avait extrapolé à partir de la constatation mathématique simple qu'une équation différentielle linéaire du second ordre possède une unique courbe solution, passant par un point donné, avec une tangente donnée ; autrement dit, en termes mécaniques, un corps en mouvement, soumis à une force qui ne dépend que de la position spatiale du corps, a une trajectoire entièrement déterminée dès que la position et la vitesse à un instant donné le sont. Mais, à cette époque, aucun résultat mathématique sur ce sujet n'est connu et le premier théorème précis est prouvé par Cauchy, dans les années 1830.</p> <p>De plus, en mécanique céleste, les choses sont beaucoup plus compliquées puisqu'on est confronté, non pas à une équation différentielle, mais à un système différentiel provenant d'un problème à n corps et Laplace savait mieux que quiconque qu'on était incapable, à ce jour, de les résoudre, à peine d'en approcher les solutions.</p> <p>C'est tout simplement dans le cadre d'une métaphysique matérialiste mécaniste…. il vaudrait mieux, pensons-nous, parler de déterminisme ontologique global, fondé sur une intime conviction métaphysique : la nature est connaissable, elle obéit aux lois mathématiques…</p> <p>Trois éléments caractérisent le déterminisme de Pierre-Simon Laplace : la conviction – d'ordre métaphysique – du déterminisme global de la nature et de la structure causale de cette dernière, conviction indissolublement liée à un idéal d'intelligibilité du monde ; l'affirmation corrélative de la possibilité de prédiction par les lois mathématiques ; enfin, le réductionnisme mécaniste. »</p> <h3 class="spip">« Le chaos dans le système solaire » de Ivars Peterson :</h3> <p>« En 1773, Pierre Simon de Laplace, alors âgé de 24 ans, fut l'un des premiers scientifiques à tenter de prouver la stabilité du Système solaire. A cette époque, les avis étaient partagés. Isaac Newton pensait qu'une intervention divine était de temps en temps nécessaire pour restaurer l'ordre dans le Système solaire, « remettre les pendules à l'heure », et empêcher sa désintégration. Leonard Euler, impressionné par la difficulté du calcul du mouvement de la Lune, jugeait impossible la prise en compte des innombrables forces et des interactions complexes que devait intégrer tout modèle réaliste du Système solaire. Selon lui, toute prévision concernant le destin du Système solaire était illusoire.</p> <p>Tous les phénomènes naturels sont la conséquence d'un petit nombre de lois simples et immuables, pensait Laplace. Fort de cette conviction, il appliqua sa fantastique puissance de calcul à la détermination de la dynamique du Système solaire. Son analyse achevée, il conclut à la stabilité du Système solaire : les planètes parcourent éternellement leurs cycles compliqués, sans jamais s'éloigner des trajectoires qui leur sont assignées….</p> <p>La laborieuse démonstration de la stabilité du Système solaire donnée par Laplace s'appliquait à un Système solaire idéalisé et non au monde réel. Son modèle négligeait tout un ensemble d'influences gravitationnelles subtiles qui auraient changé les conclusions de son analyse…</p> <p>En général, les formules obtenues en résolvant les équations différentielles suffisent pour prévoir l'avenir ou déduire le passé des corps célestes. Idéalement, si l'on connaissait à un instant donné la position et la vitesse de toutes les particules matérielles présentes dans le Système solaire, on pourrait déterminer le mouvement ultérieur de ces particules… Cependant, les calculs exploratoires de Newton et, surtout, les travaux réalisés ultérieurement par de nombreux scientifiques, démontrèrent combien il était difficile de résoudre les équations différentielles associées à des systèmes contenant plus de deux corps…</p> <p>Dans l'introduction d'un recueil rassemblant ses premiers articles sur les équations différentielles, Poincaré écrivit : « Ne peut-on se demander si l'un des corps restera toujours dans une certaine région du ciel ou bien s'il pourra s'éloigner indéfiniment ; si la distance de deux corps augmentera, ou diminuera à l'infini, ou bien si elle restera comprise entre certaines limites ? Ne peut-on se poser mille questions de ce genre, qui seront toutes résolues quand on saura construire qualitativement les trajectoires des trois corps ? »</p> <p>Poincaré démontra d'abord que si les équations décrivant un système de trois corps en interaction gravitationnelle établissent une relation bien définie entre le temps et la position des corps, il n'existe pour autant aucun raccourci de calcul général, aucune formule magique, permettant de prédire les positions à long terme. Autrement dit, les séries déduites de la théorie des perturbations divergent. Le système newtonien laisse une place énorme à l'imprévisible, et la question de la stabilité ne peut être tranchée par le simple examen des séries divergentes associées aux solutions des équations de mouvement du Système solaire.</p> <p>Cependant, si le problème des trois corps ne possède aucune solution complète pouvant être exprimée sous une forme concise, il admet des solutions approximatives aussi précises que l'on veut. Cela signifie que le calcul des premiers termes d'une série faisant intervenir une variable mesurable donne une réponse satisfaisante pour un large éventail d'applications. C'est cette propriété qui permit de calculer les positions planétaires et lunaires pendant des siècles et qui permet aujourd'hui encore de perfectionner les calculs…</p> <p>C'est au cours de ces recherches que Poincaré entrevit pour la première fois ce que nous appelons aujourd'hui le chaos dynamique, et qu'il commença à en prendre la mesure…</p> <p>Poincaré a découvert que les équations fondamentales régissant le mouvement de trois corps en interaction gravitationnelle présentent une sensibilité aux conditions initiales. Bien qu'il ait restreint son analyse au contexte étroit de la mécanique céleste, son raisonnement vaut pour toute la mécanique newtonienne…. La découverte de Poincaré implique qu'un système entièrement régi par des lois exactes et incontournables peut malgré tout présenter un comportement imprévisible, apparemment aléatoire. Cela signifie que de nombreux phénomènes physiques sont, dans une certaine mesure, imprévisibles : on ne peut déterminer l'état futur du système correspondant avec une précision suffisante…</p> <p>Poincaré revint à maintes reprises sur ces questions pour tenter de préciser la nature et la portée de l'incertitude intrinsèque qu'il avait découverte. »</p> <p>En découvrant le chaos déterministe, Poincaré a amené notamment à récuser la thèse de Laplace que sa philosophie aurait volontiers acceptée. La meilleure preuve en est que ses propres travaux allaient être rapidement contredits puisqu'il concluait que le système solaire était stable ce que, par la suite, il allait lui-même corriger. Par contre, il a inventé à cette occasion la plupart des méthodes théoriques aujourd'hui appliquées dans un domaine qui n'existait pas à l'époque : l'étude des systèmes dynamiques, autrement appelée chaos déterministe. Il écrit : « Une cause très petite qui nous échappe détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir et alors nous disons que cet effet est dû au hasard ». C'est la notion de sensibilité aux conditions initiales.</p> <p>Dans « Science et méthode », Henri Poincaré explique que l'origine de l'apparence de hasard par le caractère des lois universelles pour lesquelles un petit changement peut produire un grand effet. Du coup, il faudrait connaître tous les détails de la situation, à toutes les échelles, pour prédire : « Si nous connaissions exactement les lois de la nature et la situation de l'univers à l'instant initial, nous pourrions prédire la situation de ce même univers à un instant ultérieur. Mais, lors même que les lois naturelles n'auraient plus de secret pour nous, nous ne pourrons connaître la situation initiale qu'approximativement (...). Il peut arriver que des petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux ; une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers. La prédiction devient impossible et nous avons le phénomène fortuit. » C'est la notion de « sensibilité aux conditions initiales ».</p> <p>Sa conclusion est qu'avec trois corps interagissant par attraction gravitationnelle on a déjà du chaos c'est-à-dire un phénomène obéissant à la propriété de la sensibilité aux conditions initiales : un tout petit changement de celles-ci peut entraîner un grand changement de la suite de l'évolution. Rappelons que cette thèse révolutionne la conception que l'on avait de la gravitation depuis Newton. Ce dernier pensait que si l'on connaissait précisément les positions et les vitesses de tous les corps célestes on pouvait connaître à tout moment la suite des positions. Poincaré infirme cette thèse. Essayons d'expliquer pourquoi. Je vous rappelle que pour deux corps, du moment que l'on connaît la masse des deux corps et les données de position et de vitesse à l'instant initial on peut calculer les positions des deux corps à tout instant. On connaît en effet une solution analytique qui indique le mouvement et il y a une seule trajectoire possible qui est une ellipse. On pourrait imaginer que l'on est certain d'avoir une solution puisque l'on connaît les équations du mouvement mais ce n'est pas du tout le cas. La plupart des équations mathématiques non linéaires n'ont pas de solution ou une infinité de solutions. Une solution analytique est une formule qui indiquera positions et déplacements à tout instant. Les équations ne permettent pas de le dire. Les équations de Newton relient par une formule les diverses dérivées de ces quantités, c'est-à-dire position, vitesse et accélération. Lorsque l'on peut revenir des dérivées aux quantités elles-mêmes on dit que le système d'équations est intégrable mais généralement ce n'est pas le cas. Un exemple bien connu d'intégration est l'équation du mouvement d'un boulet de canon si on connaît la vitesse initiale et l'angle de lancement. Et justement dans le cas du système solaire, en se contentant de trois corps, Poincaré a montré que le système n'est pas intégrable. Il n'y a pas de solution analytique des équations de Newton du mouvement. Poincaré en a même expliqué la raison : il n'y a pas assez d'équations par rapport au nombre d'inconnues. Ce que l'on appelle les inconnues ce sont les positions des corps et leurs variations. Les équations indiquent la conservation d'un certain nombre de quantités qui ne peuvent que s'échanger et non diminuer ou augmenter : l'énergie, la quantité de mouvement et la quantité de rotation. Il a montré que la multiplicité des trajectoires très proches et imbriquées rend improbable que le système soit intégrable. Les équations ne sont pas assez nombreuses pour en déduire une solution. Il a également montré qu'il en découle une infinité de trajectoires possibles et que l'on n'a aucun moyen de trancher entre elles. En plus la proximité des trajectoires signifie qu'une petite perturbation peut faire sauter le corps d'une trajectoire à une autre imperceptiblement avec du coup un avenir tout à fait différent au bout d'un certain temps. Quelle en est la raison ? Dans le mouvement des trois corps, aucun n'est négligeable. A tout instant la position d'un corps et son mouvement sont modifiés par la position précédente d'un autre corps qui est elle-même modifiée par celle du troisième. C'est ce qui rend impossible les approximations. Impossible par conséquent de dire que tel objet est trop petit pour influencer le système sur le long terme. Impossible de dire que telle modification de distance est négligeable puisqu'elle peut entraîner un changement de trajectoire qui peut être considérable sur le long terme. Impossible même de distinguer l'une des planètes comme un objet indépendant du système. Impossible aussi de distinguer passé et présent. En effet, la position d'une planète dépend de l'ensemble des positions précédentes, de toute l'histoire passée du système. C'est ainsi que, pour prédire, il faudrait connaître avec une précision infinie l'ensemble des conditions précédentes et pas seulement les conditions initiales, c'est-à-dire à un instant donné, du système. Du coup, les trajectoires possibles étant infiniment proches les unes des autres, il suffit d'un petit changement dans les conditions initiales ou d'une petite imprécision pour changer relativement vite l'ensemble de l'histoire de tout le système. Poincaré venait de découvrir le premier domaine d'étude d'un phénomène d'un type nouveau : le chaos déterministe.</p> <h3 class="spip">Ilya Prigogine, dans « Entre le temps et l'éternité » :</h3> <p>« Si nous pouvions définir la cause « pleine » et l'effet « entier », disait déjà Leibniz, notre connaissance rejoindrait en perfection la science que Dieu a du monde… Ce choix métaphysique de la physique s'est traduit par de multiples références à un dieu qui ne joue pas aux dés, selon Einstein, qui connaît simultanément la position et la vitesse d'une particule, selon Planck, - ou aux démons ; celui de Laplace, susceptible de calculer le passé et le futur de l'Univers à partir de l'observation d'un quelconque de ses états instantanés ; celui de Maxwell, capable d'inverser l'évolution irréversible associée à la croissance de l'entropie en manipulant chaque molécule individuellement. »</p> <p>Depuis la célèbre fiction forgée par Laplace en 1814 dans ses Essai philosophique sur les probabilités – dite du démon de Laplace, abondamment commentée dans ce Matière première –, qui voit une intelligence infinie calculer selon certaines lois tous les états du monde, le déterminisme est un cadre central de la connaissance scientifique. Pourtant, de nombreux débats parcourent cette idée. Existe-t-il un seul paradigme déterministe, dont les modifications seraient en fait des variantes, ou faut-il pluraliser les déterminismes selon les sciences (biologiques, historiques et sociales, etc.) et les positionnements philosophiques ? Face aux limites des modèles déterministes et du cadre laplacien, qu'il s'agisse de mécanique classique, de mécanique quantique, de biologie, des sciences humaines ou de philosophie, doit-on accepter l'écart entre l'horizon de notre connaissance et sa mise en pratique, éventuellement en nuançant l'idéal laplacien, ou faut-il au contraire tenter de dépasser tout paradigme déterministe ? Tombe-t-on alors nécessairement dans l'indéterminisme ontologique, comme on l'a souvent affirmé précipitamment ? Enfin, philosophiquement, quelles sont les implications d'un déterminisme conséquent, en particulier sur le plan moral ? Le déterminisme est la théorie selon laquelle toute action humaine est entièrement due à des événements précédents, et non par l'exercice de la volonté. En philosophie, la théorie est basée sur le principe métaphysique que d'un événement sans cause est impossible. Le succès de scientifiques à découvrir les causes de certains comportements et dans certains cas, effectuer son contrôle tend à soutenir ce principe. Il y a désaccord sur la formulation adéquate du déterminisme - centrale en cause la philosophie qui ne cesse d'être controversée. Un déterminisme physique, qui a son origine dans l'atomisme de Démocrite et Lucrèce, est la théorie que l'interaction humaine peut être réduite à des relations entre la diversité biologique, entités chimiques ou physiques, ce qui est fondamental pour la formulation moderne sociobiologie et de la neuropsychologie. Le déterminisme historique de Karl Marx, d'autre part, est transpersonnelle et surtout économique. Contrairement à ces deux formulations, le déterminisme psychologique - les fondements philosophiques de la psychanalyse - est la théorie que les objectifs, les besoins et désirs des individus sont au cœur de l'explication du comportement humain. Le comportement récent de déterminisme BF Skinner est une modification de ce point de vue, en ce que Skinner réduit tous les états psychologiques internes de comportement observable publiquement. Son stimulus - réponse compte moderne utilise également des analyses statistiques et probabilistes de la causalité. Jean Paul Sartre et d'autres philosophes contemporains ont fait valoir que le déterminisme est contestée par l'introspection, qui révèle les actions à la suite de nos propres choix et non nécessitées par les événements antérieurs ou des facteurs externes. Déterministes répondre que de telles expériences de la liberté sont des illusions et que l'introspection est une méthode peu fiable et non scientifique pour comprendre le comportement humain. Ce point de vue a été modifié dans la communauté scientifique, cependant, avec l'énonciation du principe d'incertitude par le physicien Werner Heisenberg. Ramifications de son travail en mécanique quantique conduit Heisenberg d'affirmer que le scientifique, autant d'un participant en tant qu'observateur, interfère avec la nature même de la neutralité et l'objet en question. Son travail est également question de savoir si il est possible de déterminer un cadre objectif à travers lequel on peut distinguer la cause de l'effet, et si on peut connaître un effet objectif si l'on est toujours une partie de sa cause. Déterminisme est parfois confondue avec la prédestination et le fatalisme, mais en tant que tel, il affirme que ni les affaires humaines ont été arrangés par un être hors de l'ordre de causalité, ni qu'une personne a un destin inévitable. »</p> <h3 class="spip">Ilya Prigogine dans « La fin des certitudes » :</h3> <p>« Que devient le démon de Laplace dans le monde que décrivent les lois du chaos ? Le chaos déterministe nous apprend qu'il ne pourrait prédire le futur que s'il connaissait l'état du monde avec une précision infinie. Mais on peut désormais aller plus loin car il existe une forme d'instabilité dynamique encore plus forte, telle que les trajectoires sont détruites quelque soit la précision de la description. Ce type d'instabilité est d'une importance fondamentale puisqu'il s'applique, comme nous le verrons, aussi bien à la dynamique classique qu'à la mécanique quantique. ll est central dans tout ce livre. Une fois de plus, notre point de départ est le travail fondamental d'Henri Poincaré à la fin du XIXème siècle, "Les méthodes nouvelles de la Mécanique".</p> <p>Nous avons déjà vu que Poincaré avait établi une distinction fondamentale entre systèmes stables et systèmes instables. Mais il y a plus. Il a introduit la notion cruciale de "système dynamique non intégrable". Il a montré que la plupart des systèmes dynamiques étaient non intégrables. I1 s'agissait de prime abord d'un résultat négatif, longtemps considéré comme un simple problème de technique mathématique. Pourtant comme nous allons le voir, ce résultat exprime la condition sine qua non à toute possibilité d'articuler de manière cohérente le langage de la dynamique à ce monde en devenir qui est le nôtre. Qu'est-ce en effet qu'un système intégrable au sens de Poincaré ? Tout système dynamique peut être caractérisé par une énergie cinétique, qui dépend de la seule vitesse des corps qui le composent, et par une énergie potentielle, qui dépend de l'interaction entre ces corps, c'est-à-dire de leurs distances relatives. Un cas particulièrement simple est celui de particules libres, dénuées d'interactions mutuelles. Dans ce cas, il n y a pas d'énergie potentielle ct le calcul de la trajectoire devient trivial. Un tel système est intégrable au sens de Poincaré. On peut montrer que tout système dynamique intégrable peut être représenté comme s'il était constitué de corps dépourvus d'interactions. Nous reviendrons au chapitre V sur le formalisme hamiltonien qui permet ce type de transformation. Nous nous bornons ici à présenter la définition de 1'intégrabilité énoncée par Poincaré : un système dynamique intégrable est un système dont on peut définir les variables de telle sorte que l'énergie potentielle soit éliminée, c'est-à-dire de telle sorte que son comportement devienne isomorphe à celui d'un système de particules libres sans interaction. Poincaré a montré qu'en général de telles variables ne peuvent pas être obtenues. Des lors, en général, les systèmes dynamiques sont non intégrables. Si la démonstration de Poincaré avait conduit à un résultat différent, s'il avait pu montrer que tous les systèmes dynamiques étaient intégrables, jeter un pont entre le monde dynamique et le monde des processus que nous observons aurait été exclu. Dans un monde isomorphe à un ensemble de corps sans interaction, il n'y a pas de place pour la flèche du temps ni pour l'auto-organisation, ni pour la vie. Mais Poincaré n'a pas seulement démontré que l'intégrabilité s'applique seulement à une classe réduite de systèmes dynamiques, il a identifié la raison du caractère exceptionnel de cette propriété : 1'existence de résonance entre les degrés de liberté du système. Il a, ce faisant, identifié le problème à partir duquel une formulation élargie de la dynamique devient possible. La notion de résonance caractérise un rapport entre des fréquences. Un exemple simple de fréquence est celui de l'oscillateur harmonique, qui décrit le comportement d'une particule liée à un centre par une force proportionnelle à la distance : si on écarte la particule du centre, elle oscillera avec une fréquence bien définie. Considérons maintenant le cas le plus familier d'oscillateur, celui du ressort qui, éloigné de sa position d'équilibre, vibre avec une fréquence caractéristique. Soumettons un tel ressort à une force extérieure, caractérisée elle aussi par une fréquence que nous pouvons faire varier. Nous observons alors un phénomène de couplage entre deux fréquences. La résonance se produit lorsque les deux fréquences, celle du ressort et celle de la force extérieure, correspondent à un rapport numérique simple (l'une des fréquences est égale à un multiple entier de l'autre). L'amplitude de la vibration du pendule augmente alors considérablement. Le même phénomène se produit en musique, lorsque nous jouons une note sur un instrument. Nous entendons les harmoniques. La résonance "couple" les sons. Les fréquences, et en particulier la question de leur résonance, sont au coeur de la description des systèmes dynamiques. Chacun des degrés de liberté d'un système dynamique est caractérisé par une fréquence. La valeur des différentes fréquences dépend en général du point de l'espace des phases. Considérons un système à deux degrés de liberté, caractérisé par les fréquences w1 et w2. Par définition, en chaque point de l'espace des phases où la somme n1w1+n1w2 s'annule pour des valeurs entières, non nulles de n1 et n2 nous avons résonance, car en un tel point n1/n2=-w2/w1. Or, le calcul de la trajectoire de tels systèmes fait intervenir des dénominateurs de type 1/(n1w1+n2w2), qui divergent donc aux points de résonance, ce qui rend le calcul impossible. C'est le problème des petits diviseurs, déjà souligné par Le Verrier. Ce que Poincaré a montré, c'est que les résonances et les dénominateurs dangereux qui leur correspondent constituaient un obstacle incontournable s'opposant à l'intégration de la plupart des systèmes dynamiques. Poincaré avait compris que son résultat menait à ce qu'il appela "le problème général de la dynamique", mais ce problème fut longtemps négligé. Max Born a écrit : "Il serait vraiment remarquable que la Nature ait trouvé le moyen de résister au progrès de la connaissance en ce cachant derrière le rempart des difficultés analytiques du problème à n-corps". (...) Les systèmes non intégrables de Poincaré seront ici d'une importance considérable. Dans ce cas, la rupture entre la description individuelle (trajectoire ou fonction d'onde) et la description statistique sera encore plus spectaculaire. Avait comme nous le verrons, pour de tels systèmes, le démon de Laplace reste impuissant, quelle que soit sa connaissance, finie ou même infinie,. Le futur n'est plus donné. Il devient, comme l'avait prédit le poète Paul Valéry, "une construction". (...) La non-intégrabilité est due aux résonances. Or, les résonances expriment des conditions qui doivent être satisfaites par les fréquences : elles ne sont pas des événements locaux qui se produisent à un instant donné. Elles introduisent donc un élément étranger à la notion de trajectoire, qui correspond à une description locale d'espace temps. (...) La physique de l'équilibre nous a donc inspiré une fausse image de la matière. Nous retrouvons maintenant la signification dynamique de ce que nous avions constaté au niveau phénomène logique : la matière à l'équilibre est aveugle et, dans les situations de non équilibre, elle commence à voir. »</p> <h3 class="spip">Poincaré dans « Leçons sur les hypothèses cosmogoniques » :</h3> <p>« Le monde de M. ARRHENIUS n'est pas seulement infini dans l'espace, mais il est éternel dans le temps ; c'est surtout ici que ses vues sont géniales et qu'elles nous apparaissent comme suggestives, quelques objections qu'elles soulèvent d'ailleurs. L'Univers est comme une vaste machine thermique, fonctionnant entre une source chaude et une source froide ; la source chaude est représentée par les Étoiles et la source froide par les nébuleuses. Mais nos machines thermiques ne tarderaient pas à s'arrêter, si on ne leur fournissait sans cesse de nouveaux combustibles ; abandonnées à elles-mêmes, les deux sources s'épuiseraient, c'est-à-dire que leurs températures s'égaliseraient et finiraient par se mettre en équilibre. C'est là ce qu'exige le principe de CARNOT. Et ce principe lui-même est une conséquence des lois de la Mécanique statistique. C'est parce que les molécules sont très nombreuses qu'elles tendent à se mélanger et à ne plus obéir qu'aux lois du hasard. Pour revenir en arrière, il faudrait les démêler, détruire le mélange une fois fait ; et cela semble impossible ; il faudrait pour cela le démon de MAXWELL, c'est-à-dire un être très délié et très intelligent, capable de trier des objets aussi petits. Pour que le monde pût recommencer indéfiniment, il faudrait donc une sorte de démon de MAXWELL automatique. Ce démon, M. ARRHENIUS croit l'avoir trouvé. Les nébuleuses sont très froides, mais très peu denses, très peu capables par conséquent de retenir par leur attraction les corps en mouvement qui tendent à en sortir. Les molécules gazeuses sont animées de vitesses diverses, et plus les vitesses sont grandes en moyenne plus le gaz est chaud. Le rôle du démon de MAXWELL, s'il voulait refroidir une enceinte, serait de trier les molécules chaudes, c'est-à-dire celles dont la vitesse est grande et de les expulser de l'enceinte, où ne resteraient que les molécules froides. Or, les molécules qui ont le plus de chances de s'échapper de la nébuleuse, sans y être retenues par la gravitation, ce sont précisément les molécules à grande vitesse, les molécules chaudes ; les autres restant seules, la nébuleuse pourra rester froide tout en recevant de la chaleur. On peut tenter de se placer à d'autres points de vue, de dire par exemple qu'ici la véritable source froide, c'est le vide avec la température du zéro absolu et qu'alors le rendement du cycle de CARNOT est égal à 1. D'autre part, ce qui distingue la chaleur de la force vive mécanique, c'est que les corps chauds sont formés de molécules nombreuses dont les vitesses ont des directions diverses, tandis que les vitesses qui produisent la force vive mécanique ont une direction unique ; réunies, les molécules gazeuses forment un gaz qui peut être froid et dont le contact refroidit ; isolées, au contraire, elles seraient des projectiles dont le choc réchaufferait. Or, dans le vide interplanétaire, elles sont séparées par d'énormes distances et pour ainsi dire isolées ; leur énergie s'élèverait donc en dignité, elle cesserait d'être de la simple « Chaleur » pour être promue au rang de « Travail ». Bien des doutes subsistent toutefois ; le vide ne va-t-il pas se combler, si le monde est infini ; et, s'il ne l'est pas, sa matière en s'échappant, ne va-t-elle pas s'évaporer jusqu'à ce qu'il ne reste rien ? De toutes manières, nous devrions renoncer au rêve du « Retour éternel « et de la perpétuelle renaissance des mondes ; il semble donc que la solution de M. ARRHENIUS est encore insuffisante ; ce n'est pas assez de mettre un démon dans la source froide, il en faudrait encore un dans la source chaude. Après cet exposé, on attend sans doute de moi une conclusion, et c'est cela qui m'embarrasse. Plus on étudie cette question de l'origine des astres, moins on est pressé de conclure. Chacune des théories proposées est séduisante par certains côtés. Les unes donnent d'une façon très satisfaisante l'explication d'un certain nombre de faits ; les autres embrassent davantage, mais les explications perdent en précision ce qu'elles gagnent en étendue ; ou bien, au contraire, elles nous donnent une précision trop grande, mais qui n'est qu'illusoire et qui sent le coup de pouce. S'il n'y avait que le système solaire, je n'hésiterais pas à préférer la vieille hypothèse de LAPLACE ; il y a très peu de choses à faire pour la remettre à neuf. Mais la variété des systèmes stellaires nous oblige à élargir nos cadres, de sorte que l'hypothèse de LAPLACE, si elle ne doit pas être entièrement abandonnée, devrait être modifiée de façon à n'être plus qu'une forme, adaptée spécialement au système solaire, d'une hypothèse plus générale qui conviendrait à l'Univers tout entier et qui nous expliquerait à la fois les destins divers des Étoiles, et comment chacune d'elles s'est fait sa place dans le grand tout. »</p> <p><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Le%C3%A7ons_sur_les_hypoth%C3%A8ses_cosmogoniques_(Poincar%C3%A9,_1911)" class='spip_out' rel='external'>source</a></p> <h3 class="spip">Ilya Prigogine dans « La fin des certitudes » : </h3> <p>« Le chaos déterministe nous apprend qu'il ne pourrait prédire le futur que s'il connaissait l'état du monde avec une précision infinie. Mais on peut désormais aller plus loin car il existe une forme d'instabilité dynamique encore plus forte, telle que les trajectoires sont détruites quelque soit la précision de la description. Ce type d'instabilité est d'une importance fondamentale puisqu ïl s'applique, comme nous le verrons, aussi bien à la dynamique classique qu'à la mécanique quantique…. Les systèmes non intégrables de Poincaré sont d'une importance considérable. Dans ce cas, la rupture entre la description individuelle (trajectoire ou fonction d'onde) et la description statistique sera encore plus spectaculaire. Avait comme nous le verrons, pour de tels systèmes, le démon de Laplace reste impuissant, quelle que soit sa connaissance, finie ou même infinie. »</p> <h3 class="spip">Paul Langevin dans « Statistique et déterminisme » :</h3> <p>« Jean Perrin a insisté sur la remarquable convergence des résultats ainsi obtenus, et enlevé les derniers retranchements des énergétistes intransigeants. Le déterminisme statistique. — Ces résultats marquaient un triomphe et une revanche pour le mécanisme combiné à l'atomisme, et l'introduction d'un nouvel aspect du déterminisme, plus proche du point de vue humain et qu'on peut appeler le déterminisme ou mécanisme statistique. Tout en maintenant la conception de Laplace et l'hypothèse d'un univers composé de molécules soumises aux lois de la mécanique newtonienne, on admet franchement, non plus la possibilité d'erreurs sur les conditions initiales, mais, comme dans les jeux de hasard, notre ignorance complète de ce qui concerne les cas individuels, et le rôle prépondérant de la statistique dans la prévision des résultats d'observation qui portent en général sur des foules de corpuscules extraordinairement nombreuses. Dans la plupart des cas, le nouveau déterminisme est entièrement d'accord avec la thermodynamique, qu'il domine en l'interprétant, et la plupart des lois de la physique ont le caractère de lois statistiques concernant les configurations les plus probables, seules pratiquement réalisées. Dans le domaine du microscopique, en raison de la moindre complexité des systèmes, la probabilité des configurations autres que la plus probable cesse d'être négligeable et des fluctuations apparaissent autour de cette dernière ; l'importance de ces fluctuations permet d'évaluer le degré de complexité du système et par conséquent d'atteindre les grandeurs moléculaires. Ces résultats se sont trouvés confirmés et précisés lorsque, à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, en même temps que se développait l'atomisme statistique, la découverte de l'électron et celle des rayons de Röntgen sont venues permettre la détermination directe, individuelle, et non plus statistique, de certaines de ces grandeurs : charge électrique élémentaire ou grain d'électricité, dimensions des cellules occupées par les atomes dans les divers réseaux cristallins ; puis, par leur intermédiaire, la détermination précise du nombre N d' Avogadro et de la constante k de Boltzmann. Le déterminisme statistique, non seulement réalisait la synthèse nécessaire entre le mécanisme et la thermodynamique, mais venait encore offrir à la spéculation philosophique la possibilité d'échapper au fatalisme impliqué dans le déterminisme absolu et de laisser sa place à l'action. Il suffisait d'admettre la faculté pour l'être vivant de mettre à profit, à la façon du démon de Maxwell ou d'un joueur heureux, les fluctuations favorables, et d'aiguiller, en quelque sorte, l'évolution du monde dans un sens déterminé par sa volonté ou par son instinct. Cette solution du problème de la liberté, vraiment trop facile, me semble fallacieuse en tant qu'elle reporte la difficulté sur l'aiguillage, sur la trappe du démon de Maxwell et sur la manière, nécessairement mécanique, dont il la manoeuvre. Je n'y fais allusion que parce qu'elle a été sérieusement proposée. Ce triomphe du mécanisme, sous sa forme atomique et statistique, devait être sans lendemain. En même temps qu'il se produisait, commençait à se développer la crise des quanta, issue des progrès de nos connaissances des faits qui concernent les interactions ai complexes de la matière et de la lumière et de la nécessité de concilier le double aspect corpusculaire et ondulatoire de la réalité. »</p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mon_de_Laplace" class='spip_out' rel='external'>Le démon de Laplace</a></p> <p><a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/dossiers/physique-physique-chronologie-grandes-etapes-1614/page/6/" class='spip_out' rel='external'>Encore sur le démon de Laplace</a></p> <p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mon_de_Maxwell" class='spip_out' rel='external'>Le démon de Maxwell</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4215" class='spip_out' rel='external'>Einstein : dieu ne joue pas aux dés</a></p></div> Comment Léon Trotsky combattait la bureaucratisation du parti bolchevik russe en 1923 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6319 https://www.matierevolution.org/spip.php?article6319 2019-04-10T22:35:00Z text/html fr Robert Paris Russie Trotsky Révolution Stalinisme Comment Léon Trotsky combattait la bureaucratisation du parti bolchevik russe en 1923 Article de Trotsky dans La Pravda : « À propos du mode de vie des communistes « On parle beaucoup aujourd'hui du mode de vie des membres du parti. Il n'y a pas de fumée sans feu. À l'intérieur du parti, il se produit des glissements imperceptibles qui peuvent au bout du compte ôter au parti cette cohésion, cette unité, cet esprit de discipline grâce auxquels il a vaincu et grâce auxquels sans aucun doute il vaincra (...) - <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a> / <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag">Russie</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>, <a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a> <div class='rss_texte'><h3 class="spip">Comment Léon Trotsky combattait la bureaucratisation du parti bolchevik russe en 1923</h3> <h3 class="spip">Article de Trotsky dans La Pravda :</h3> <p>« À propos du mode de vie des communistes</p> <p>« On parle beaucoup aujourd'hui du mode de vie des membres du parti. Il n'y a pas de fumée sans feu. À l'intérieur du parti, il se produit des glissements imperceptibles qui peuvent au bout du compte ôter au parti cette cohésion, cette unité, cet esprit de discipline grâce auxquels il a vaincu et grâce auxquels sans aucun doute il vaincra encore. A la base de ces glissements, on trouve :</p> <p>1) une réaction physiologique à la fatigue et à l'épuisement, 2) comparativement au passé, à la période d'avant la NEP, des contacts plus fréquents (dans la vie quotidienne) entre les membres du parti et les éléments petits bourgeois, purs produits de la NEP, 3) une inégalité matérielle à l'intérieur du parti (une relativement grande aisance des uns et une gêne relative ou totale des autres).</p> <p>Imaginons un communiste « moyen » — un ouvrier ou un membre de l'intelligentsia —, travailleur obstiné et qui en a vu de toutes les couleurs. Avant la NEP, il travaillait dans les conditions suivantes : il allait de ville en ville, il était totalement coupé de sa famille, recevait une demi-livre de pain par jour, prenait ses repas à la S.C.R. ou dans un foyer de travailleurs. La situation était tendue. il fallait travailler au front, on organisait des campagnes de choc, il y avait des soulèvements, etc. Dans ces conditions, ses liens avec sa femme et ses enfants, s'il en avait jamais eu, s'affaiblirent. En tant que membre du parti, il vivait plus des intérêts du parti que des siens propres. Le parti l'avalait littéralement. Dans les conditions de la NEP et d'une vie « pacifique », nous devons constater chez le communiste moyen une prédominance des intérêts personnels et familiaux sur les intérêts du parti. Cette réaction physiologique de personnes qui, pendant longtemps, n'ont pas connu les « plaisirs » de la vie, qui, durant trois ou quatre ans, ont eu froid, n'ont pas pu manger à leur faim dans de la vaisselle propre, a joué un rôle énorme dans le déplacement des intérêts. Il est naturel qu'à cette époque de transition que représente la NEP, les centres d'intérêt se soient déplacés sur l'organisation de la vie personnelle. Le danger que nous n'avions pas envisagé en 1921 et en 1922 était que cette situation du communiste, qui résultait d'une réaction physiologique pour beaucoup de membres du parti, se renforçât et que, par inertie, parce qu'il n'y avait pas de véritable militantisme, la famille, le confort domestique qu'il avait retrouvé ou qu'il voulait connaître, ne l'accaparassent complètement. Les contacts avec le parti diminuaient, tandis que dans cette conquête du bien-être, aussi bien dans la famille qu'en dehors, les rapports avec les petits-bourgeois augmentaient. Nous ne serions pas marxistes si nous ne reconnaissions pas l'influence de ce milieu petit-bourgeois ou bourgeois dans lequel le communiste évolue douze à seize heures par jour. Les problèmes du logement, de la nourriture, de l'habillement, de la santé de la femme et des enfants — tout cela prit peu à peu le pas sur les problèmes de la vie politique du parti. Bien plus, ces questions plaçaient parfois le communiste dans une situation contradictoire entre le parti et sa famille. A un moment donné, il remarquait avec étonnement que pour résoudre des problèmes quotidiens, pour choisir un travail, pour utiliser ses loisirs ce n'était pas les intérêts du parti qui le guidaient, mais des intérêts d'un tout autre ordre. Cette dégradation peut encore augmenter si le communiste prend l'habitude de placer ses propres intérêts, les intérêts de sa famille, avant ceux de la collectivité. La qualité prend le pas sur la quantité. Elle tombe facilement sous l'influence des spécialistes et des nepmen. La soif d'acquérir des biens matériels nombreux, le besoin de sensations « fortes » s'emparent de l'individu. Ce qui aboutit à divers procès, à l'affaire d'Orekhovo-Zouïevski, à l'affaire d'Arkhangelskoïe, etc. Tel est, en gros, le mécanisme de la démoralisation partielle ou totale d'un grand nombre de communistes moyens. Pour compléter le tableau, il faut ajouter que les membres du parti plus ou moins aisés ne sont pas non plus à l'abri de cette dégradation. Cent cinquante roubles, une automobile, une maison de campagne peuvent, à long terme, sous l'influence d'un environnement petit-bourgeois de « bon aloi », transformer les membres du parti de deux façons différentes : 1) ils deviennent des bureaucrates qui tiennent à leur place (essayez maintenant d'envoyer cette couche de travailleurs à l'usine, dans un district, dans une circonscription, là où l'on a besoin du parti, et vous verrez que 30 ou 40 % d'entre eux seulement sont motivés par les intérêts du parti ; 2) ils deviennent des hommes de la NEP grâce l'accumulation d'un certain nombre de biens qu'ils feront fructifier, oubliant alors leurs liens avec le parti, ou bien, si ces liens existent ils utiliseront leur situation au parti dans un but intéressé. Des centaines de procès intentés par les tribunaux du peuple ou par la cour suprême peuvent servir ici d'illustration (comme par exemple l'actuel procès du président du tribunal de Stavropol). Par ailleurs, certaines membres du parti (principalement des administrateurs) qui travaillent dans un environnement ultra-bourgeois, outre la dégradation morale qui les menace, ne sont pas assurés contre une dégénérescence idéologique « en faveur » du capitalisme. Il y a dans le parti une masse énorme de jeunes, pleins de santé, qui se sont trouvés dans le feu de la révolution en 1918-1920, qui, durant la période des troubles révolutionnaires, ont rompu avec leur famille, qui se sont battus au front avec enthousiasme etc. « Jeunes vieillards » physiquement épuisés (à vingt-cinq ans, ils ont souvent des cheveux blancs), ils se sont pressés à la porte des écoles supérieures ou se sont mis au travail. Chez eux, la démoralisation est moins grande. Mais il faut analyser les causes qui peuvent entraîner et qui entraînent un phénomène imperceptible de dégénérescence et de dégradation parmi ces éléments, les meilleurs du parti. Parmi eux, le principal problème, c'est le problème sexuel. Ces camarades sont d'autant plus désavantagés par rapport au reste des étudiants non communistes ou des étudiants recrutés actuellement au komsomol qu'ils entrent dans une école supérieure à vingt-cinq, vingt-huit ans seulement. Ils ne peuvent pas résoudre tous les problèmes en misant sur leur nature, comme le font les komsomols de dix-huit ans. La difficulté d'allier un travail universitaire avec une vie de famille dans des conditions matérielles pénibles les accule dans une impasse. Pour résoudre leur problème sexuel, ils utilisent des « moyens » qui peuvent être source de dégradation morale et physique. Tout le monde les connaît : 1) rapports avec des prostituées 2) avortement, etc. 3) continence, refoulement du désir sexuel, lutte contre le « moi » physiologique ; 4) procréation. Rares sont ceux qui empruntent la dernière solution. Vu les conditions matérielles extrêmement difficiles, elle n'est pas moins pénible que les autres et oblige souvent à abandonner tout travail universitaire. Il n'y a pas d'issue, et l'étudiant communiste se débat comme un pauvre diable, luttant contre lui-même, refoulant ses désirs, abandonnant son travail universitaire pour gagner un « morceau » de pain pour sa famille. Ou bien alors, il se mutile, pactise avec la conscience communiste (il a des rapports avec des prostituées). Imaginez une situation semblable qui dure quatre ou cinq ans. Beaucoup se cassent les dents contre le « granit de la science ». Il nous semble que la seule issue réside dans une réorganisation radicale de la vie du communiste sur des bases collectivistes. Ce problème a été plus d'une fois soulevé dans la « Pravda », (voir l'article de Préobrajenski, etc.). Et nous sommes obligés d'y revenir. Les communistes pourraient mieux mettre leur salaire à profit, en tirer de plus grands avantages s'ils l'utilisaient collectivement. En mettant leur salaire dans une caisse commune, les communistes des différents arrondissements et des différents quartiers pourront enfin réaliser le slogan oublié : « Au diable la soupière et les langes ! » Des expériences de ce type ont lieu çà et là, mais elles n'ont pas encore touché les plus larges couches du parti. Et c'est précisément la masse des étudiants moyens qui est la moins bien pourvue. Ces collectivités sont les embryons de la communauté communiste. La masse des sans-parti se ralliera bientôt à elles, et ainsi s'ouvrira l'horizon d'un mode de vie communiste. Ainsi disparaîtront les causes de la dégénérescence :</p> <p>1) On verra disparaître l'inégalité entre les membres du parti dont les conséquences ont été analysées plus haut (dégénérescence des uns par suite d'un trop grand bien-être, dégénérescence des autres par suite d'une gêne relative ou totale). 2) Les contacts entre les communistes et la masse seront plus étroits, et le communiste, sera délivré du souci de la cuisine, du lavage, etc. 3) Dans ces collectivités, il sera possible de passer à la contre-attaque et de faire, de la propagande dans la famille du communiste, auprès de sa femme, etc., car la mentalité réactionnaire d'une femme sans parti trouve ses racines dans la cuisine et dans le lavage. 4) Le problème sexuel sera en grande partie résolu. En faisant des dépenses collectives, il sera possible de créer des crèches, des jardins d'enfants. En tout cas, la procréation sera un moyen plus utilisé pour résoudre le problème sexuel.</p> <p>On ne peut pas dire qu'il s'agit là d'un problème nouveau. Mais c'est précisément la raison pour laquelle on se heurte à de graves problèmes d'ordre psychologique. Chacun a conservé les habitudes des sociétés de consommateurs d'avant la NEP. Quand on parle des collectivités de communistes, beaucoup se souviennent de l'illustre « shrapnel ». On allègue en outre que « l'habitude vous est donnée d'En Haut ». Mais il faut s'attendre à ce que les femmes sans parti soient la principale source de résistance à l'organisation des collectivités. Cependant, tôt ou tard, et malgré tous les obstacles, la vie nous obligera à faire un pas dans ce sens.</p> <p>Mais en attendant, c'est la jeunesse qui est la plus sensible et qui souffre le plus de la situation actuelle, c'est elle qui va de l'avant sur la voie de l'expérimentation. Assez parlé, des actes. Commençons par organiser des collectivités volontaires du mode de vie. »</p> <h3 class="spip">« Questions du mode de vie », Léon Trotsky :</h3> <p>La puissante unité sociale que représente le prolétariat apparaît dans toute son ampleur aux époques de lutte révolutionnaire intense. Mais à l'intérieur de cette unité, nous remarquons en même temps une incroyable diversité, et même une grande hétérogénéité. Du berger obscur et inculte au machiniste hautement spécialisé s'échelonne toute une variété de qualifications, de niveaux culturels, d'habitudes de vie. Enfin chaque couche sociale, chaque atelier d'entreprise, chaque groupe est constitué d'individus d'âge et de caractère différents, au passé diversifié. Si cette diversité n'existait pas, le travail du parti communiste dans le domaine de l'éducation et de l'unification du prolétariat serait tout simple. Mais au contraire, l'exemple de l'Europe nous prouve combien ce travail est en réalité difficile. On peut dire que plus l'histoire d'un pays, et donc l'histoire de la classe ouvrière elle-même, est riche, plus on y trouve de souvenirs, de traditions, d'habitudes, plus les groupements sociaux y sont anciens, plus il est difficile de réaliser l'unité de la classe ouvrière. Notre prolétariat n'a presque pas d'histoire ni de traditions. Cela a sans aucun doute facilité sa préparation à la Révolution d'octobre. Mais cela rend par contre plus difficile sa construction après Octobre. Notre ouvrier (à l'exclusion de la couche supérieure) ignore jusqu'aux habitudes culturelles les plus élémentaires (il ne connaît par exemple ni la propreté, ni l'exactitude, il ne sait ni lire ni écrire, etc.). L'ouvrier européen a peu à peu acquis ces habitudes dans le cadre du régime bourgeois : c'est pourquoi, — on le voit dans les couches supérieures —, il est si fortement attaché à ce régime, avec sa démocratie, sa liberté de presse et autres biens du même genre. Chez nous, un régime bourgeois tardif n'a presque rien donné à l'ouvrier : c'est bien pour cela qu'en Russie, le prolétariat a pu rompre et renverser plus facilement la bourgeoisie. Mais c'est aussi pour la même raison que notre prolétariat, dans sa majorité, est obligé d'acquérir aujourd'hui, c'est-à-dire dans le cadre d'un gouvernement socialiste ouvrier, les habitudes culturelles les plus simples. L'histoire ne donne rien gratuitement : si elle fait un rabais sur une chose, sur la politique, elle le récupère ailleurs, sur la culture. Plus il a été facile (relativement s'entend) au prolétariat russe de faire la révolution, plus il lui sera difficile de réaliser la construction socialiste. Mais par contre l'armature de notre nouvelle société, forgée par la révolution et caractérisée par les quatre éléments fondamentaux cités au début de ce chapitre, donne un caractère objectivement socialiste à tous les efforts conscients et rationnels dans le domaine de l'économie et de la culture. Dans le régime bourgeois, l'ouvrier, sans le vouloir et sans même le savoir, enrichissait la bourgeoisie et il l'enrichissait d'autant plus qu'il travaillait mieux. Dans l'État soviétique l'ouvrier consciencieux, même sans y penser ni s'en préoccuper (s'il est sans parti et apolitique), accomplit un travail socialiste, augmente les moyens de la classe ouvrière. C'est là précisément tout le sens de la Révolution d'octobre, que la N.E.P. n'a en rien modifié.</p> <p>Il y a énormément d'ouvriers sans parti profondément dévoués à la production, à la technique, à la machine. Il faut parler avec réserve de leur « apolitisme », c'est-à-dire de leur absence d'intérêt pour la politique. Aux moments difficiles et importants de la révolution, ils se sont trouvés à nos côtés. Dans leur grande majorité, Octobre ne les a pas effrayés, ils n'ont ni déserté, ni trahi. Lors de la guerre civile, nombre d'entre eux étaient au front, les autres travaillaient pour équiper l'armée, puis ils sont revenus à un travail pacifique. On les dit apolitiques, et ce n'est pas sans fondement, parce qu'ils placent leur travail ou leur intérêt familial plus haut que l'intérêt politique, du moins pendant les périodes « calmes ». Chacun d'entre eux veut devenir un bon ouvrier, se perfectionner, s'élever à un niveau supérieur, tant pour améliore la situation de sa famille qu'en raison d'un amour-propre professionnel légitime. Chacun d'entre eux, l'avons déjà dit, accomplit un travail socialiste, même s'il ne se l'est pas fixé comme but. Mais ce qui nous intéresse, nous, le parti communiste, c'est que ces ouvriers-producteurs aient conscience du lien existant entre leur production quotidienne particulière et les buts de la construction socialiste dans son ensemble. Les intérêts du socialisme seront ainsi mieux garantis, et ces producteurs individuels en retireront une satisfaction morale beaucoup plus grande.</p> <p>Mais comment y parvenir ? Il est difficile d'entretenir ce type d'ouvrier sur des questions de politique pure. Il a déjà entendu tous les discours. Il n'est pas attiré par le parti. Sa pensée ne s'éveille que lorsqu'il est auprès de sa machine, et pour le moment, ce qui ne le satisfait pas, c'est l'ordre qui existe dans l'atelier, dans l'usine, dans le trust. Ces ouvriers tentent d'aller aussi loin que possible dans leur réflexion ; ils sont souvent réservés ; on voit sortir de leurs rangs des inventeurs autodidactes. Ce n'est pas de politique qu'il faut leur parier, du moins ce n'est pas cela qui les passionnera au premier abord, mais par contre, on peut et on doit leur parler de production et de technique.</p> <p>L'un des participants à la réunion des agitateurs moscovites, le camarade Koltsov (du quartier de Krasnaïa Presnia) souligna le manque énorme de manuels, de livres d'étude, d'ouvrages consacrés à des spécialités techniques ou à d'autres métiers particuliers. Les vieux livres sont épuisés ; certains d'entre eux ont d'ailleurs vieilli au plan technique, tandis qu'au plan politique ils sont généralement imprégnés d'un esprit capitaliste servile. Quant aux nouveaux manuels, il en existe un ou deux au maximum ; il est difficile de se les procurer car ils sont édités à des moments différents par des maisons ou des services divers, en dehors de tout plan général. Ils ne sont pas toujours valables techniquement : ils sont souvent trop théoriques, académiques ; tandis que politiquement, ils sont généralement dépourvus de toute marque, n'étant au fond qu'une traduction d'ouvrages étrangers. Nous avons besoin d'une série de nouveaux manuels de poche : pour le serrurier soviétique, pour le tourneur soviétique, pour l'électricien soviétique, etc. Ces manuels doivent être adaptés à notre technique et à notre économie actuelles, ils doivent tenir compte de notre pauvreté ainsi que de nos immenses possibilités, ils doivent viser à développer dans notre industrie des procédés et des habitudes nouveaux beaucoup plus rationnels. Ils doivent, dans une plus ou moins large mesure, dégager les perspectives socialistes du point de vue des nécessités et des intérêts de la technique même (c'est ici que se placent les problèmes de normalisation, d'électrification, d'économie planifiée). Dans de tels ouvrages, les idées et les conclusions socialistes doivent s'intégrer à la théorie pratique de tel ou tel secteur d'activité. Elles ne doivent en aucune façon être une agitation superflue et importune. En ce qui concerne ces éditions, la demande est énorme. Elle découle d'un besoin en ouvriers qualifiés et du désir, chez les ouvriers eux-mêmes, d'élever leur qualification. Cette demande est accentuée par la baisse de la productivité enregistrée au cours des guerres civile et impérialiste. Nous avons ici une tâche extrêmement importante et utile à accomplir.</p> <p>Il ne faut bien sûr pas ignorer combien il est difficile d'écrire ces manuels. Les ouvriers, même hautement qualifiés, ne savent pas écrire des livres. Les écrivains spécialisés qui s'attaquent à certains problèmes, en ignorent souvent la pratique. Enfin, parmi eux, il y a peu de gens qui ont une pensée socialiste. Cependant, ce problème ne peut trouver qu'une solution combinée et non pas « simple », c'est-à-dire routinière. Pour écrire un manuel, il faut réunir un collège de trois personnes (troïka) formé d'un écrivain spécialiste, techniquement informé, qui connaisse — ou qui soit capable de connaître — l'état de la branche correspondante de notre production, d'un ouvrier hautement spécialisé dans ce domaine, à l'esprit inventif, et d'un écrivain marxiste, d'un politique, ayant quelques connaissances dans le domaine de la technique, et dans celui de la production. Que l'on utilise cette solution ou des solutions analogues, il n'en reste pas moins nécessaire de mettre sur pied une bibliothèque exemplaire d'ouvrages techniques destinés aux ateliers, convenablement imprimés, convenablement reliés, de format pratique, et peu coûteux. Une telle bibliothèque jouerait un double rôle : elle favoriserait l'élévation de la qualification du travail et par conséquent le succès de la construction socialiste ; en même temps elle aiderait à relier un groupe d'ouvriers-producteurs extrêmement valables à l'économie soviétique dans son ensemble, et par conséquent, au parti communiste.</p> <p>Bien sûr, on ne peut pas se limiter uniquement à une série de manuels d'étude. Si nous nous sommes arrêtés de façon si détaillée sur ce problème particulier, c'est parce qu'il offre, à ce qu'il nous semble, un exemple assez évident de l'approche nouvelle dictée par les problèmes de la période actuelle. La lutte pour la conquête idéologique des prolétaires « apolitiques » peut et doit être menée avec des moyens diversifiés. Il faut éditer des hebdomadaires ou des mensuels scientifiques et techniques spécialisés par secteur de production ; il faut créer des sociétés scientifiques et techniques destinées à ces ouvriers. C'est sur eux également que pour une bonne moitié doit s'aligner notre presse professionnelle, si tant est qu'elle ne veut pas être une presse destinée uniquement au personnel des syndicats. Mais l'argument politique le plus convaincant pour les ouvriers de ce type, ce sont chacun de nos succès pratiques dans le domaine industriel, chaque organisation réelle du travail à l'usine ou à l'atelier, chaque effort médité du parti dans cette direction.</p> <p>On peut formuler de la manière suivante le point de vue politique de l'ouvrier-producteur qui nous intéresse présentement, et qui exprime rarement ses idées : « pour ce qui est de la révolution et du renversement de la bourgeoisie, il n'y a rien à redire, on a eu raison de le faire. Nous n'avons pas besoin de la bourgeoisie. Nous n'avons pas besoin non plus de ses représentants mencheviks et autres. En ce qui concerne la « liberté de la presse » — ça n'est pas si important, là n'est pas le fond du problème. Mais comment allez-vous résoudre le problème de l'économie ? Vous, les communistes, vous avez pris la direction des affaires. Vos buts et vos plans sont valables, — nous le savons, inutile de le répéter, nous avons entendu, nous sommes d'accord, nous vous soutenons —, mais voilà, comment allez-vous résoudre pratiquement ces problèmes ? Jusqu'à présent, pas la peine de le cacher, il vous est arrivé bien souvent de mettre le doigt là où il ne fallait pas. Nous savons qu'on ne peut pas faire bien du premier coup, qu'il faut apprendre, que les erreurs sont inévitables. C'est partout pareil. Et puisque nous avons pu supporter les crimes de la bourgeoisie, nous supporterons d'autant plus les erreurs de la révolution. Mais cela ne durera, pas éternellement. Parmi vous, les communistes, il y a aussi des gens différents, comme d'ailleurs parmi nous, pauvres pécheurs : certains étudient vraiment, font consciencieusement leur travail, essaient d'arriver à un résultat économique pratique, tandis que d'autres se contentent de baratiner. Et les baratineurs sont très nuisibles, car le travail leur file entre les doigts… Ce type d'ouvrier, voici quel il est : c'est un tourneur, un serrurier ou un fondeur zélé, habile, attentif à son travail ; il n'est pas enthousiaste, il est plutôt passif politiquement, mais il réfléchit, il a l'esprit critique ; il est quelquefois un peu sceptique, mais il est toujours fidèle à sa classe ; c'est un prolétaire de valeur. C'est vers ce type d'ouvriers que le parti doit actuellement diriger ses efforts. Notre degré d'implantation dans cette couche sociale — dans l'économie, dans la production, dans la technique — sera l'indice le plus sûr de nos succès en matière de militantisme culturel, envisagé dans son sens le plus large, au sens léniniste du terme.</p> <p>Diriger nos efforts sur l'ouvrier consciencieux ne contredit nullement, bien entendu, l'autre tâche primordiale du parti qui consiste à encadrer la jeune génération du prolétariat, car cette jeune génération se développe dans des conditions précises ; elle se forme, elle forcit, elle s'endurcit en résolvant des problèmes déterminés. La jeune génération doit être avant tout une génération d'ouvriers consciencieux, hautement qualifiés, aimant leur travail. Elle croit prendre conscience que sa production sert en même temps le socialisme. L'attention portée à l'apprentissage, le désir d'acquérir une haute qualification augmentera, aux yeux de la jeunesse, l'autorité des « vieux ; » ouvriers qui, comme on l'a déjà dit, restent dans leur majorité en dehors du parti. Tout en dirigeant nos efforts sur l'ouvrier consciencieux et habile, nous devons en même temps nous appliquer à éduquer la jeunesse prolétaire. Sans cela, il serait impossible d'aller de l'avant, vers le socialisme.</p> <p>L'appareil de la bureaucratie soviétique est particulier, complexe ; il porte en lui les habitudes de diverses époques en même temps que les embryons des futures relations humaines. En règle générale, la politesse n'existe pas chez nous. Par contre, cette grossièreté, héritée du passé, on en a à revendre. Mais ici aussi, la grossièreté n'est pas toujours la même. Il y a la grossièreté simple, celle du moujik ; elle manque de finesse bien sûr, mais elle n'humilie pas. Elle devient insupportable et objectivement réactionnaire quand nos jeunes littérateurs l'utilisent pour on ne sait quelle conquête « artistique ». Les travailleurs d'avant-garde sont foncièrement hostiles à ce genre de fausse rudesse, car ils voient avec raison dans la grossièreté du langage et des manières un reste de l'esclavage, et désirent faire leur la langue de la culture, avec les contraintes qu'elle implique. Mais je disais cela en passant…</p> <p>Outre cette grossièreté simpliste, indifférenciée, paysanne et passive pour ainsi dire, il existe une grossièreté « révolutionnaire » particulière — celle de l'avant-garde, — qui provient de l'impatience, du désir brûlant de faire mieux, de l'irritation que suscite en elle notre « oblomoverie » et de la tension nerveuse. Bien sûr, cette grossièreté en tant que telle manque aussi de finesse, et nous la combattrons ; mais au fond, elle se nourrit souvent à cette même source révolutionnaire qui, au cours de ces dernières années, a plus d'une fois déplacé des montagnes. Ici, ce n'est pas le fond des choses qu'il faut changer, car il est sain dans la majorité des cas, mais leur forme, pleine de rudesse…</p> <p>Mais il existe encore chez nous, — et c'est là que le bât blesse —, un autre type de grossièreté, une grossièreté ancestrale, celle du riche, du barine, qui nous vient de l'époque du servage, pénétrée d'une odieuse bassesse. Elle n'a pas encore disparu, et il n'est pas facile de s'en débarrasser. Dans les organismes de Moscou, en particulier les plus importants, cette supériorité de seigneur n'apparaît pas sous sa forme la plus combative, — on ne crie pas, on ne gesticule pas devant les solliciteurs —, mais elle présente le plus souvent l'aspect d'un formalisme déshumanisé. Bien sûr ce n'est pas l'unique source du « bureaucratisme et des lenteurs administratives », mais c'en est un des facteurs essentiels : une totale indifférence vis-à-vis des individus et de leur travail. S'il était possible d'enregistrer sur une bande particulièrement sensible les consultations, les réponses, les explications, les ordres et les prescriptions donnés dans tous les départements d'un organisme bureaucratique de Moscou au cours d'une seule journée, on obtiendrait un ensemble particulièrement démonstratif. C'est encore pire en province, en particulier là où la ville entre en contact avec la campagne.</p> <p>Le bureaucratisme est un phénomène très complexe, absolument pas homogène ; c'est plutôt une combinaison de phénomènes, de mécanismes nombreux, apparus à divers moments de l'histoire. Et les raisons qui soutiennent et qui alimentent la bureaucratisme, sont aussi très diversifiées. Notre inculture, notre arriération, notre ignorance y occupent la première place. La désorganisation générale de notre appareil gouvernemental sans cesse reconstruit (ce qui est inévitable en période révolutionnaire) entraîne un grand nombre de frictions qui favorisent énormément le bureaucratisme. C'est précisément dans ces conditions que l'hétérogénéité sociale de l'appareil soviétique, et en particulier l'existence d'habitudes seigneuriales, bourgeoises, se manifestent dans leurs formes les plus repoussantes.</p> <p>Par-là même, la lutte contre le bureaucratisme ne peut pas ne pas prendre un caractère diversifié. A la base, il faut lutter contre l'inculture, contre l'ignorance, contre la saleté, contre la misère. L'amélioration technique de l'appareil bureaucratique, la compression des cadres, une plus grande régularité, une plus grande rigueur et une plus grande exactitude dans le travail ainsi que d'autres mesures du même type ne résolvent pas, bien sûr, le problème historique du bureaucratisme, mais permettent d'en diminuer les aspects les plus négatifs. L'élaboration d'une « bureaucratie » soviétique d'un type nouveau, la formation de « spécialistes », est extrêmement importante. Et ici, bien entendu, il ne faut pas se leurrer sur la difficulté que représente, à une époque de transition et étant donné les habitudes héritées du passé, l'éducation de dizaines de milliers de nouveaux travailleurs fondée sur des bases nouvelles, c'est-à-dire dans un esprit de travail, de simplicité, d'humanité. Cela est difficile, mais, pas impossible ; seulement, cela ne se fera pas d'un seul coup, mais progressivement, grâce à la promotion de « séries » chaque fois meilleures de jeunes travailleurs soviétiques.</p> <p>Toutes ces mesures envisagées à plus ou moins long terme n'excluent cependant en aucun cas une lutte immédiate, quotidienne, implacable, contre cette insolence bureaucratique, contre ce dédain administratif envers l'individu et son affaire, contre ce nihilisme de plumitif qui cache soit une indifférence envers toute chose, soit une couardise impuissante à reconnaître son incapacité, soit un désir de sabotage conscient, ou encore la haine organique d'une classe dégradée envers la classe qui l'a dégradée. C'est ici que se trouve un des points d'appui fondamentaux du levier révolutionnaire.</p> <p>Il faut que l'homme simple, l'humble travailleur, cesse de craindre les institutions administratives auxquelles il lui arrive d'avoir recours. Il faut qu'on l'y accueille en lui manifestant d'autant plus d'attention qu'il est plus démuni, c'est-à-dire plus obscur, plus ignorant. Et au fond, il faut qu'on essaye de l'aider, et pas simplement de s'en débarrasser. Pour cela, outre toutes les autres mesures, il faut que l'opinion publique soit constamment informée du problème, il faut qu'elle y prenne part de la façon la plus large possible, et en particulier, il faut que ce problème intéresse tous les éléments réellement soviétiques, révolutionnaires, communistes et tout simplement conscients de l'appareil d'État lui-même ; et ces éléments, heureusement, sont nombreux c'est sur eux que repose l'appareil d'État, et c'est grâce à eux qu'il progresse.</p> <p>Dans ce domaine, la presse peut jouer un rôle particulièrement décisif.</p> <p>Malheureusement, nos journaux ne fournissent généralement qu'un matériau éducatif extrêmement restreint en ce qui concerne le mode de vie. Et s'ils donnent une information, c'est souvent sous forme de rapports monotones : il existe, — peut-on y lire —, une usine, l'usine Untel ; dans cette usine, il y a un comité et un directeur ; le comité fait son travail de comité, et le directeur — son travail de directeur, etc. Pourtant notre mode de vie regorge d'épisodes, de conflits, de contradictions manifestes, instructifs, en particulier là où l'appareil d'État entre en contact avec la population. Il faut seulement avoir le courage de retrousser ses manches et de se mettre à l'ouvrage…</p> <p>Bien entendu, ce travail de dénonciation et d'éducation doit être exempt de toute médisance, de toute intrigue, de toute accusation gratuite, de toute manigance et de toute démagogie. Mais ce travail, mené correctement, est nécessaire et vital, et il me semble que les responsables des journaux doivent envisager le moyen de le réaliser. Pour cela, il nous faut des journalistes qui allient l'ingéniosité du reporter américain à l'honnêteté soviétique. Il en existe. Le camarade Sosnovski nous aidera à les mobiliser. Et dans leur mandat (sans craindre pour cela de ressembler à Kouzma Proutkov), il faut écrire : « va jusqu'au bout des choses ! » Le « calendrier « de la lutte pourrait être à peu près le suivant : si au cours des six mois à venir nous arrivions à dénoncer — avec exactitude et impartialité, après deux ou trois vérifications — dans toute l'U.R.S.S. une centaine de bureaucrates qui manifestent un mépris foncier envers les masses travailleuses, si, après en avoir parlé dans tout le pays, et peut-être après avoir organisé un procès public, nous excluions cette centaine de bureaucrates de l'appareil du parti sans leur permettre de le réintégrer jamais ni nulle part, cela serait un très bon début. Bien sûr, il ne faut pas s'attendre tout de suite à des miracles. Mais. quand il s'agit de remplacer l'ancien par du neuf, un petit pas en avant a plus de valeur que les discussions les plus longues.</p> <p> Comment les ouvriers réagissent-ils aux phénomènes de la NEP ?</p> <p>Parle-t-on beaucoup de la nouvelle bourgeoisie ?</p> <p>Exprime-t-on des craintes sur un possible rétablissement de la domination bourgeoise ?</p> <p>RÉPONSES</p> <p>MARININE. — Les ouvriers ont une attitude extrêmement critique vis-à-vis des nepmen et des phénomènes de la NEP. Les vieux (de cinquante à soixante-dix ans), généralement plus conservateurs, y sont beaucoup plus indifférents, mais tous ne le sont pas.</p> <p>KAZAKOV. — On parle de la nouvelle bourgeoisie uniquement lorsque l'ouvrier voit qu'on lui usurpe ses droits, c'est-à-dire les jours fériés lorsque les villégiatures sont assaillies de voitures remplies de dames bien vêtues.</p> <p>KOLTSOV. — Les bamboches des administrateurs, des directeurs, des spécialistes d'entreprise sont une des causes de mécontentement, et quelquefois d'irritation envers les cellules du parti communiste ; c'est ce qui explique les difficultés de notre agitation sur les lieux de production, dans les masses.</p> <p>ZAKHAPOV. — Les ouvriers semblent instinctivement attachés aux coopératives, et ils demandent instamment que soit amélioré ce type d'organisation. Si les coopératives déçoivent les espoirs des ouvriers et ne sont pas solidement — organisées, on verra les ouvriers acheter aux nepmen et se satisfaire de leur marché. Il y a donc un danger de voir les ouvriers accepter la NEP.</p> <p>KOULKOV. — Le danger d'un retour de la bourgeoisie apparaît surtout lorsque l'ouvrier entend les anciens et les nouveaux bourgeois rire des conditions difficiles de la vie ouvrière. L'ouvrier s'intéresse beaucoup au système des coopératives ainsi qu'à leur organisation. Il ne serait pas inutile de faire attention à ce problème. Les ouvriers détestent les nepmen qui vendent au marché et sur les bazars, mais que faire s'ils ne trouvent pas de produits d'aussi bonne qualité à la coopérative et s'ils y sont moins bien accueillis. On les reçoit comme des détenus qui viennent chercher leur ration. LAGOUTINE et KAZANSKI. — La haine et l'irritation envers la nouvelle bourgeoisie sont extrêmement fortes. L'ouvrier dit : c'est moi le maître. Lorsque je marche dans la rue, que je prends le tramway, je sens que je suis le maître. Lorsque je contemple la marée des banderoles lors d'une manifestation, je pense : je suis une force, je suis le maître. Il suffit que je le veuille, et les nepmen ne seront plus que poussière. Quand il faudra le faire, nous arracherons cette mauvaise herbe (les nouveaux bourgeois) de notre potager. FINOVSKI. — Il me semble que le problème de la NEP tel que l'envisagent les ouvriers présente deux aspects : un aspect purement politique, et un aspect quotidien. C'est ainsi que moi-même je le comprends. Du point de vue politique, à ce qu'il me semble, et vu l'agitation que nous avons menée dans les usines, les ouvriers sont plus ou moins indifférents envers la NEP. Ils savent que les nepmen ne pourrons pas les étouffer. Mais en ce qui concerne l'aspect quotidien du problème, il est tout à fait juste que les ouvriers s'en inquiètent, et que cela inquiète aussi le parti. Les ouvriers ont clairement conscience que des habitudes propres aux nepmen sont apparues au sein du parti.</p> <p>ZAKHAROV. — Le développement de la NEP a poussé les ouvriers à porter une attention plus grande aux coopératives. On dirait qu'ils s'y raccrochent, qu'ils cherchent là un moyen de réagir contre la NEP et qu'ils y mettent leurs espoirs. Si nous laissons échapper cette occasion et si nous n'arrivons pas à bien organiser les coopératives, il est possible que l'attitude des ouvriers envers les nepmen soit moins hostile, car ce sont eux qui approvisionnent le marché. Il faut absolument que nous nous intéressions aux coopératives.</p> <p>OSNOS. — Le respect de la richesse en tant que force tel qu'il existait avant la révolution a aujourd'hui disparu. On trouve plutôt une attitude un peu ironique. Les ouvriers ignorent ce qu'est un nepmen important, et le nepmen moyen suscite la réaction suivante : il a volé à droite et à gauche et le voilà riche. Je considère qu'il faut que nous éditions une chronique judiciaire écrite en gros caractères.</p> <p>BORISSOV. — Les « délices » de la NEP, le luxe, etc., suscitent et renforcent chez certains ouvriers leur haine des « nouveaux bourgeois » ; par ailleurs ce sentiment se double de la conscience que cette « saleté » éclatera comme une bulle de savon lorsque la classe ouvrière le désirera. L'ouvrier a conscience qu'il a donné la « liberté » aux nepmen et que, lorsque les circonstances le permettront, il transformera cette liberté en servitude. Bien des ouvriers, devant les délices des magasins et des marchés, se disent : « ça me ferait mal d'y toucher », mais après réflexion, ils décident : « profitons pour l'instant des nepmen ». Il faut noter que l'ouvrier se sent parfois offensé car c'est lui, qui a pris le pouvoir, qui ne mange pas à sa faim, alors que celui à qui il a pris le pouvoir vit à satiété. Par conséquent, ce type d'ouvrier nourrit les sentiments suivants :</p> <p>
1) haine envers les exploiteurs et les parasites (ce sentiment est le garant de l'activité prolétarienne) ; 2) conscience de sa force ; 3) conscience de la nécessité de la NEP et de son caractère passager ; 4) conscience de sa dignité d'homme et de citoyen libre.</p> <p>Un autre type d'ouvrier craint que la vague de la NEP ne submerge l'Union Soviétique et que l'« on ait chassé une bourgeoisie pour en créer une autre ».</p> <p> Quelles sont les raisons fondamentales qui empêchent l'ouvrier sans parti d'adhérer au parti communiste ?</p> <p>Quels arguments principaux les ouvriers avancent-ils ?</p> <p>Peut-on, en s'appuyant sur une série d'observations, faire la déduction suivante : nous avons réussi à faire adhérer au parti les ouvriers qui, par goût personnel, s'intéressaient avant tout à l'action politique ; mais il y a encore de nombreux ouvriers qui ne s'intéressent qu'à leur travail, à la technique, au mode de vie familial, ou à des problèmes purement scientifiques ou philosophiques ; en ce qui concerne ces ouvriers, nous n'avons pas encore trouvé le moyen de les aborder, c'est-à-dire que nous ne savons pas encore comment relier les intérêts techniques, économiques, familiaux, scientifiques de ces ouvriers avec le socialisme, avec le communisme. Cette déduction est-elle juste ou non ?</p> <p>RÉPONSES</p> <p>MARININE. — L'intérêt pour la vie des cellules du parti a considérablement augmenté. L'activité individuelle de certains militants et militantes donne de bons résultats. Les difficultés que présentent la formation de militants peuvent être résolues en confiant tel ou tel ouvrier à un ou deux communistes, d'abord pour étudier la théorie, ensuite pour la divulguer.</p> <p>KOBOZEV. — Les membres du parti appellent les ouvriers sans parti « camarades » uniquement dans les assemblées ; mais, dans leur travail quotidien, ils n'ont aucun contact avec eux. On remarque parfois un formalisme bureaucratique qui crée une barrière invisible et qui empêche l'ouvrier sans parti d'adhérer au parti. En me fondant sur mon expérience personnelle, je rapporterai l'exemple suivant. Un jour, j'ai rencontré un ouvrier honnête que je connaissais bien et qui avait toujours soutenu le pouvoir soviétique, et je lui ai dis : « Vassia, passe chez moi après le travail. » Je savais qu'il aimait beaucoup pêcher, et je commençais par lui parler de la pêche. Après avoir suffisamment discuté sur ce sujet, je lui ai dit : « Et pourquoi n'adhères-tu pas au parti ? Tu es jeune, il est temps pour toi d'y entrer ; assez fainéanté, il est temps de faire quelque chose. » « Mais je ne suis pas contre, au contraire, j'ai depuis longtemps envie d'adhérer au parti, mais chaque fois, je remets cela à plus tard. Il y a longtemps que je ne crois plus en Dieu. C'est d'accord, demain je ferai ma demande. » La barrière invisible avait disparu ; c'est ce que n'arrive pas à faire telle ou telle cellule repliée sur elle-même. Ma conclusion est que s'il n'existe pas de relations fraternelles avec les sans-parti, si les cellules sont fermées et font preuve de formalisme bureaucratique, aucune idée révolutionnaire, ni dans la littérature économique, ni dans la littérature scientifique, ne donnera de résultats réels. Cette barrière invisible continuera d'exister.</p> <p>KOLTSOV. — Nous n'avons pas encore trouvé le moyen de toucher les meilleurs ouvriers. C'est une réserve importante pour le parti. J'espère que nous saurons bientôt comment les aborder.</p> <p>ANTONOV. — Si on organise un enseignement purement technique destiné à des ouvriers hautement qualifiés et de spécialisations diverses, on pourra rapidement former des spécialistes rouges. C'est la voie la plus sûre pour mener au communisme le reste de la masse ouvrière.</p> <p>FINOVSKI. — Il faudrait que le travail d'éducation politique dans les cellules du parti consiste tout d'abord à regrouper les ouvriers suivant leurs penchants pour tel ou tel aspect de la vie : technique, politique, familial, scientifique, etc. Il me semble que nous allons bientôt y venir… La pensée ouvrière ne peut pas accepter les injustices qu'elle connaît actuellement… L'ouvrier ne peut pas chercher de réponse dans des livres qu'il n'a pas écrits… Il doit lui-même fournir la matière de ces nouveaux livres, c'est-à-dire examiner tous les problèmes douloureux de son mode de vie, au sens large du terme, dans son milieu, et mieux encore, dans la cellule du parti (et là, c'est à nous d'aller vers lui). Tel est, selon moi, le seul moyen de tirer l'ouvrier de sa léthargie dans la cellule et de le pousser à adhérer consciemment au parti.</p> <p>ZAKHAROV. — La raison principale qui empêche l'ouvrier d'entrer au parti communiste, c'est la discipline. Les ouvriers sont prêts à aider le parti de tout leur cœur, mais ils craignent les obligations et les exigences que cela implique. On entend toujours la même réponse : « Je suis, au fond, communiste, et j'en fais certainement plus que certains qui ont leur carte. » La deuxième raison est que, si on peut s'exprimer ainsi, les ouvriers sont intimidés ; on entend souvent dire. « J'aimerais bien adhérer, mais on va me dire : c'est une fois que tout est fini, qu'il n'y a plus de front, que tu te décides à entrer au parti. » Selon moi, le parti doit envisager tous les problèmes et pouvoir résoudre n'importe quelle question. Et je ne suis pas d'accord avec l'idée que nous n'avons pas trouvé le bon moyen d'approche, c'est-à-dire que nous n'avons pas su faire la liaison entre les intérêts économiques, techniques, familiaux, et le communisme. KOULKOV. — Voici les arguments qu'avancent les ouvriers pour expliquer leur non-adhésion au parti : le soir, ils font du travail noir, les jours de fête, ils se rendent au marché pour acheter et vendre plus cher ce qu'ils ont fait le soir chez eux. Les ouvriers sont devenus plus exigeants envers eux-mêmes : de retour du travail, ils se lavent et se changent. La journée de travail est de huit heures, mais les conditions de travail, le lieu de l'entreprise, les machines sont restés les mêmes qu'à l'époque du capitalisme ; ils n'ont pas changé, il y a peu d'air, peu de lumière, et en été les ouvriers ont très envie de sortir respirer l'air frais. Il serait souhaitable que les plus conscients et les plus réfléchis des ouvriers sans parti soient associés ne serait-ce qu'à un petit travail économique, politique, syndical. Il faut les faire changer et les associer plus souvent aux différentes activités ?</p> <p>DOROFEEV. — Aujourd'hui un publie de sans-parti remplit les troquets et les débits de boisson, tandis que les communistes n'y entrent pas, ou bien, lorsqu'ils s'y trouvent, ils sont sur des charbons ardents ; c'est pourtant là, qu'ils doivent être, sans que, bien sûr, ils s'enivrent. La Commission de contrôle n'a pas à. être perplexe. C'est là que le communiste doit militer, car c'est là qu'il vivra avec les ouvriers et les empêchera de boire. Et si nous ne vivons pas avec les masses, nous allons nous couper d'elles. Comment faisions-nous de l'agitation autrefois ? Uniquement dans les troquets, quand survenaient des discussions passionnées.</p> <p>ZAZAKOV. — Quand les problèmes sont bien posés, quand chaque cellule d'usine aborde les ouvriers dans un esprit prolétarien, ceux-ci se rapprochent insensiblement du parti communiste ; et lorsqu'ils ont pris connaissance de toute la structure du parti, ils y adhèrent sans aucune résistance. Là où ce travail n'est pas fait, là où l'ouvrier n'est pas informé par la cellule ou par la commission culturelle, les adhésions au parti sont freinée. FINOVSKI. — Les arguments sont les suivants : c'est la famille qui nous en empêche. En particulier au cours des dernières années, ce fut une raison impossible à dissimuler. L'ouvrier dit la chose suivante : je sais comment vivent vos camarades communistes et comment vivent les sans-parti. Je ne suis pas au parti. Le soir, je rentre chez moi, je suis libre et j'aide ma femme. Tandis que mon voisin, lui, est au parti ; sa femme travaille du matin au soir, et lui, il court Dieu sait où tantôt à la cellule, tantôt à une assemblée. Et lorsque sa femme lui demande de l'aider, il répond : je ne peux pas, j'ai une réunion de cellule. Vider la poubelle, ça, il ne le fait jamais. Ils se disputent sans arrêt, sa femme hurle ; tandis que chez moi, cela n'arrive jamais. Je considère que je suis plus utile à la révolution. tout va bien dans, ma famille, ma femme ne crie pas, je l'aide, et j'ai le temps de lire des livres ou des journaux politiques. Tandis que si un communiste ouvre un journal, sa femme lui crie : « Tu ne vas tout de même pas venir semer le désordre ici aussi. »</p> <p>KOLTSOV. — Le principal — c'est la discrétion, parce que lorsqu'un ouvrier adhère au parti, on l'assaille généralement de questions. Imaginez un prolétaire de la ville qui ne connaît absolument pas la vie de la campagne, et auquel on dit : « Toi qui es communiste, dis-nous un peu pourquoi on n'a pas donné à mon père sa part de bois à couper, tandis que le chef du comité exécutif du volostl a eu de quoi se construire une isba et qu'en plus on a donné du bois à son gendre, etc. » Il répondra que cela n'est pas légal, que c'est de l'abus de pouvoir, mais, étant novice, il se trouvera dans une situation embarrassante. On pourra aussi lui dire : « Quel communiste es-tu donc, tu n'en sais pas plus que nous ! » C'est pourquoi les ouvriers pensent qu'il faut d'abord tout étudier et seulement ensuite adhérer au parti, autrement, on se moquera d'eux.</p> <p>Ensuite, la chose la plus importante, c'est l'amour du travail. Les ouvriers les plus qualifiés sont la meilleure réserve du parti. Ils sont uniquement préoccupés par leur travail, et sont sans cesse en train de chercher à l'améliorer. Ils sont extrêmement consciencieux. Quand on discute avec eux et qu'on leur demande pourquoi ils n'adhèrent pas au parti, ils répondent qu'ils n'en ont pas le temps : ce qui les intéresse, disent-ils, c'est de trouver le moyen de produire un acier de meilleure qualité ou de mieux couler le béton, etc. lis font preuve d'esprit créatif, ils élaborent de nouvelles machines, etc. C'est ce genre d'ouvriers que nous ne savons pas comment aborder, et pourtant ce sont les ouvriers les plus honnêtes et les plus cultivés. Ils sont toujours en train de réfléchir, de chercher comment ils pourraient améliorer leur production. On doit pouvoir trouver le moyen de toucher ce genre d'ouvriers qualifiés qui sont sans conteste les meilleurs éléments. Ils sont uniquement préoccupés par la production, et comprennent que la force du parti dépend de la façon dont nous approfondissons, renforçons cette production ; et ces ouvriers sont très nombreux dans chaque usine. OSSIPOV. — Quand les ouvriers sans parti trouvent un travail où ils peuvent voir ce qu'est le parti communiste, ils y adhèrent. Les sans-parti n'entrent pas au parti, parce qu'ils ont parfois peur du travail qu'il leur faudra y faire, et qu'ils sont déjà fort occupés à la maison. Tel est le prétexte allégué uniquement par les sans-parti qui ne travaillent nulle part. Mais là où des groupes ont été organisés, on a immédiatement vu se constituer une cellule de sept membres ; c'est ce qui s'est passé dans une usine. Je considère qu'il faut avant tout être actif. Les méthodes peuvent varier. On peut faire adhérer les uns par le biais de leur activité professionnelle, les autres par l'intermédiaire de leur travail en atelier. Certains comités de direction objecteront qu'ils ont beaucoup de travail, mais qu'ils ne forceront pas les délégués à travailler. Bien sûr, les membres du parti ne seront pas nombreux dans de telles entreprises. Le principal, c'est d'éveiller l'activité. Ce qui différencie 1919 de 1923, c'est qu'en 1919 la tension était extrême, et qu'on était très fatigué ; mais ensuite, les gens se sont reposés, et ils ont tout de suite retrouvé leur activité.</p> <p>ANTONOV. — L'ouvrier sans parti travaille ou ne travaille pas quand cela lui chante. Quand un travail lui plaît, il travaille, quand il ne lui plaît pas, il l'abandonne et en cherche un autre ; mais dans notre milieu, la discipline du parti l'oblige parfois à continuer un travail qui ne le satisfait pas. Il aimerait travailler ailleurs, mais la discipline du parti l'oblige à rester là. Voilà la raison principale de son refus d'adhérer. Il y eut une époque où Dénikine se trouvait près de Toula ; alors, les camarades adhéraient en masse. Ils savaient qu'il n'y avait pas d'autre issue, qu'il fallait protéger le pouvoir prolétarien, et ils entraient au parti. Mais la question est de savoir combien d'ouvriers ont été capables de mener un travail de longue haleine ? Certains camarades ont été des militants actifs pendant la première et la deuxième révolution, mais par la suite, beaucoup d'entre eux se sont révélés inaptes à mener une lutte de longue durée, car cela nécessitait de la constance. Il y a eu des malentendus, des erreurs, et un grand nombre de camarades n'ont pas su faire face aux difficultés et se sont révélés incapables d'agir.</p> <p>LEVITSKY. — Les sans-parti craignent d'avoir des obligations. Un ouvrier qui étudie par exemple l'astronomie ou une autre science dit souvent : actuellement, je lis beaucoup, mais lorsque je devrai me rendre à des réunions, j'aurai moins de temps, et il me sera plus difficile d'étudier. La principale raison pour laquelle on n'adhère pas au parti est qu'on en est empêché par la famille. Il nous est arrivé à l'usine de militer avec des camarades sans parti et d'organiser des assemblées dans des maisons communes. On se réunissait souvent chez des ouvriers sans parti, surtout en hiver. On lisait de la littérature, ou bien le journal, on lisait même « Le journal de l'athée », et les femmes étaient aussi intéressées. Mais quand il s'agissait de les faire adhérer au parti, l'attitude de la famille vis-à-vis du militant et de l'ouvrier lui-même changeait. La femme commençait à vous regarder de travers, elle ne vous faisait plus entrer quand il n'y avait pas de réunion chez elle. Un grand nombre de camarades sans parti ont pris une part active à la révolution et considèrent qu'ils étaient des bolcheviks ; puis ensuite, ils sont allés à l'armée, après quoi ils n'ont pas adhéré au parti pour des motifs divers ; ils se sont coupés du mouvement révolutionnaire et sont devenus des sans-parti. Aujourd'hui, lorsqu'on leur demande pourquoi ils n'adhèrent pas au parti, ils répondent. à cause de la famille. Et en effet, leur femme commence à être jalouse de leur activité. On a pu remarquer que lorsqu'ils n'étaient pas au parti et qu'ils lisaient le journal, leur femme, ne leur disait rien, mais que dès qu'ils parlaient d'y entrer, c'était d'un tout autre œil qu'elle les voyait lire. On craint que le communiste, en tant qu'homme discipliné, ne soit très pris, et qu'il ait moins de temps libre.</p> <p>OSNAS. — Il y a beaucoup de familles où la femme est sans parti et le mari communiste. Et nous n'avons pas l'habitude, dans les cellules, de voir les gens étaler leurs drames de famille. Même parmi nous, nous n'avons pas réussi à faire la liaison entre la cellule et la maison, et il nous est très difficile de trouver ce qui peut relier le parti au mode de vie individuel de l'ouvrier, et de ne pas aborder ce dernier uniquement du point de vue de l'amélioration de ses conditions matérielles. Il nous semble que cela serait très bien, mais je suis assez pessimiste quant au fait d'envisager tous les problèmes des ouvriers, pour les attirer plus rapidement au parti.</p> <p>STANKIEVITCH. — Beaucoup d'ouvriers sentent qu'ils ne sont pas de taille à supporter les exigences de la discipline communiste. Ils craignent d'avoir à mener un nouveau mode de vie, d'avoir à modifier leur comportement. Ils se voient obligés de renoncer à baptiser leurs enfants et d'abandonner certaines pratiques religieuses. Ils disent qu'eux-mêmes seraient prêts à rompre avec tout cela, mais qu'ils n'ont pas assez de volonté pour s'opposer ouvertement à leur famille, et cependant ils estiment qu'ils seront de bien piètres communistes s'ils continuent à vivre comme ils ont vécu jusqu'à présent. Et c'est ce qui freine énormément leur adhésion au parti. Par ailleurs, de nombreux ouvriers liés à la campagne disent qu'ils n'ont absolument aucun moment de libre.</p> <p>TSEITLIN. — Personne ne peut dire que la masse ouvrière soit hostile au parti ; elle aime le parti, mais craint d'y adhérer pour de multiples raisons, et principalement parce qu'elle est inculte.</p> <p>BORISSOV. — Quels sont les points faibles du parti communiste ? Premièrement, nous ne nous intéressons pas suffisamment au mode de vie des ouvriers, nous ne les aidons pas à épouser progressivement des points de vue communistes ; deuxièmement, nous militons fort peu à la campagne ; troisièmement, nous ne sommes pas au courant des problèmes religieux que nous traitons à la légère ou avec dédain, « en haussant les épaules », etc. ; quatrièmement, nous abordons tous les ouvriers de la même manière, nous les obligeons à écouter ce qui ne les intéresse pas pour l'instant, et nous ne cherchons pas à les mener à la politique en nous fondant sur leurs intérêts propres (métier, littérature, science, etc.).</p> <h3 class="spip">Léon Trotsky, « Cours nouveau » :</h3> <p>« Jouant le rôle de directeur du Parti et absorbée par les questions d'administration, l'ancienne génération s'est habituée et s'habitue à penser et à résoudre pour le Parti, met au premier plan pour la masse communiste des méthodes purement scolaires, pédagogiques de participation à la vie politique : cours d'instruction politique élémentaire, vérification des connaissances de ses membres, écoles du Parti, etc. De là, le bureaucratisme de l'appareil, son isolement de la masse, sa vie intérieure à part, en un mot tous les traits qui constituent le côté profondément négatif de l'ancien cours. Le fait que le Parti vit dans deux étages séparés comporte de nombreux dangers, dont j'ai parlé dans ma lettre sur les vieux et les jeunes. (Par « jeunes », j'entends évidemment non pas simplement les étudiants, mais toute la génération venue au Parti après Octobre, et en premier lieu les cellules d'usines.)</p> <p>Comment se manifestait le malaise de plus en plus accusé du Parti ? En ce que la majorité de ses membres se disait : « Que l'appareil pense et décide bien ou mal, toujours est-il qu'il pense et décide trop souvent sans nous et pour nous. Lorsqu'il nous arrive de manifester de l'incompréhension, du doute, d'exprimer une objection, une critique, on nous rappelle à l'ordre, à la discipline ; le plus souvent, on nous accuse de faire de l'opposition ou même de vouloir constituer des fractions. Nous sommes dévoués au Parti jusqu'à la corde et prêts à tout sacrifier pour lui. Mais nous voulons participer activement et consciemment à l'élaboration de son opinion et à la détermination de ses voies d'action. » Les premières manifestations de cet état d'esprit ont indubitablement passé inaperçues de l'appareil dirigeant qui n'en a pas tenu compte, et ç'a été là une des principales causes des groupements, dont il ne faut pas, certes, s'exagérer l'importance, mais dont on ne saurait non plus méconnaître la portée et qui doivent être pour nous un avertissement. Le danger capital de l'ancien cours, résultat de causes historiques générales ainsi que de nos fautes particulières, est que l'appareil manifeste une tendance progressive à opposer quelques milliers de camarades formant les cadres dirigeants au reste de la masse, qui n'est pour eux qu'un objet d'action. Si ce régime persistait, il menacerait de provoquer, à la longue, une dégénérescence du Parti à ses deux pôles, c'est-à-dire parmi les jeunes et parmi les cadres. En ce qui concerne la base prolétarienne du Parti, les cellules d'usines, les étudiants, etc., le péril est clair. Ne se sentant pas participer activement au travail général du Parti et ne voyant pas leurs aspirations satisfaites, de nombreux communistes chercheraient un surcroît d'activité sous forme de groupements et de fractions de toutes sortes. C'est en ce sens précisément que nous parlons de l'importance symptomatique de groupements comme le « groupe ouvrier ».</p> <p>Mais non moins grand est, à l'autre pôle, le danger de ce régime qui a trop duré et qui est devenu pour le Parti synonyme de bureaucratisme. Il serait ridicule de ne pas comprendre ou de ne pas vouloir voir que l'accusation de bureaucratisme formulée dans la résolution du C. C. est dirigée contre les cadres du Parti. Il ne s'agit pas de déviations pratiques isolées de la ligne idéale, mais de la politique générale de l'appareil, de sa tendance bureaucratique. Le bureaucratisme comporte-t-il un danger de dégénérescence ? Aveugle qui le nierait. Dans son développement graduel, la bureaucratisation menace de détacher les dirigeants de la masse, de les amener à concentrer leur attention uniquement sur les questions d'administration, de nominations, de rétrécir leur horizon, d'affaiblir leur sens révolutionnaire, c'est-à-dire de provoquer une dégénérescence plus ou moins opportuniste de la vieille garde, ou tout au moins d'une partie considérable de cette dernière. Ces processus se développent lentement et presque insensiblement, mais se révèlent brusquement. Pour voir dans cet avertissement basé sur la prévision marxiste objective un « outrage », un « attentat », etc., il faut vraiment la susceptibilité ombrageuse et la morgue des bureaucrates.</p> <p>Mais, effectivement, le danger d'une telle dégénérescence est-il grand ? Le fait que le Parti a compris ou senti ce danger et a cherché à y remédier — ce qui a provoqué en particulier la résolution du Comité central — atteste sa vitalité profonde et, par là-même, dévoile les sources puissantes d'antidote dont il dispose contre le poison bureaucratique. Là est la principale garantie de sa conservation en tant que Parti révolutionnaire. Mais si l'ancien cours cherchait à se maintenir à tout prix par la compression, la sélection de plus en plus artificielle, l'intimidation, en un mot par des procédés témoignant d'une méfiance envers le Parti, le danger effectif de dégénérescence d'une partie considérable des cadres augmenterait inévitablement.</p> <p>Le Parti ne peut vivre uniquement sur les réserves du passé. Il suffit que le passé ait préparé le présent. Mais il faut que le présent soit idéologiquement et pratiquement à la hauteur du passé pour préparer l'avenir. La tâche du présent est de déplacer le centre de l'activité vers la base. Mais, dira-t-on peut-être, ce déplacement du centre de gravité ne s'effectue pas d'un seul coup ; le Parti ne peut « mettre au rancart » l'ancienne génération et vivre immédiatement d'une nouvelle vie. Il n'est guère la peine de s'arrêter sur cet argument, d'une démagogie assez sotte. Vouloir mettre au rancart l'ancienne génération serait de la folie. Ce qu'il faut, c'est que cette ancienne génération précisément change d'orientation et, par là même, assure à l'avenir la prépondérance de son influence sur toute l'activité autonome du Parti. Il faut qu'elle considère le « Cours nouveau » non pas comme une manœuvre, un procédé diplomatique ou une concession temporaire, mais comme une nouvelle étape dans le développement politique du Parti, et cela pour le plus grand profit de la génération dirigeante et de l'ensemble du Parti. »</p> <p>« Le premier soin de la classe ouvrière après la prise du pouvoir a été la création d'un appareil étatique (y compris l'armée, les organes de direction de l'économie, etc.). Mais la participation des ouvriers aux appareils étatique, coopératif et autres impliquait un affaiblissement des cellules d'usines et un accroissement excessif, dans le Parti, des fonctionnaires, d'origine prolétarienne ou non. Là est la contradiction de la situation. On ne pourra en sortir qu'au moyen de progrès économiques considérables, d'une forte impulsion donnée à la vie industrielle et d'un afflux constant d'ouvriers manuels dans le Parti.</p> <p>Avec quelle rapidité s'effectuera ce processus fondamental, par quels flux et reflux passera-t-il ? Il est difficile maintenant de le prédire. Au stade actuel de notre développement économique, il faut évidemment mettre tout en œuvre pour attirer dans le Parti la plus grande quantité possible d'ouvriers travaillant à l'établi. Mais on ne pourra arriver à modifier sérieusement l'effectif du Parti (de façon, par exemple, que les cellules d'usines en forment les deux tiers) que très lentement et seulement avec des progrès économiques notables . En tous cas, nous devons prévoir une période encore très longue au cours de laquelle les membres les plus expérimentés et les plus actifs du Parti (y compris, naturellement, les communistes d'origine prolétarienne) seront occupés à différents postes de l'appareil étatique, syndical, coopératif et du Parti. Et, par lui-même, ce fait implique un danger, car il est une des sources du bureaucratisme.</p> <p>L'éducation de la jeunesse occupe et occupera nécessairement dans le Parti une place exceptionnelle. Formant dans nos facultés ouvrières, universités, établissements d'enseignement supérieur, le nouveau contingent d'intellectuels, qui compte une forte proportion de communistes, nous détachons par là même les jeunes éléments prolétariens de l'usine, non seulement pendant la durée de leurs études, mais en général pour toute leur vie : la jeunesse ouvrière qui a passé par les écoles supérieures sera vraisemblablement affectée tout entière à l'appareil industriel, étatique ou à celui du Parti. Tel est le second facteur de destruction de l'équilibre interne du Parti au détriment de ses cellules fondamentales, les noyaux d'usines.</p> <p>La question de l'origine prolétarienne, intellectuelle ou autre des communistes a, évidemment, son importance. Dans la période immédiatement consécutive à la révolution, la question de la profession exercée avant Octobre paraissait même décisive. En effet, l'affectation des ouvriers à telle ou telle fonction soviétique semblait alors une mesure provisoire. Actuellement, il s'est effectué sous ce rapport un changement profond. Il n'est pas douteux que les présidents de comités régionaux ou les commissaires de divisions , quelle que soit leur origine, représentent un type social déterminé, indépendamment de l'origine de chacun d'eux. Durant ces six années, il s'est formé, dans le régime soviétiste, des groupements sociaux assez stables.</p> <p>Ainsi donc, actuellement et pour une période relativement assez longue, une part considérable du Parti, représentée par les communistes les mieux préparés, est absorbée par les différents appareils de direction et d'administration civile, militaire, économique, etc. ; une autre partie, importante également, fait ses études ; une troisième partie est dispersée dans les campagnes où elle se livre à l'agriculture ; seule, la quatrième catégorie (qui actuellement représente moins d'un sixième de l'effectif) se compose de prolétaires travaillant à l'établi. Il est clair que le développement de l'appareil du Parti et la bureaucratisation inhérente à ce développement sont engendrés non pas par les cellules d'usines, groupées par l'intermédiaire de l'appareil, mais par toutes les autres fonctions que le Parti exerce par l'intermédiaire des appareils étatiques d'administration, de gestion économique, de commandement militaire, d'enseignement. En d'autres termes, la source du bureaucratisme réside dans la concentration croissante de l'attention et des forces du Parti sur les institutions et appareils gouvernementaux et dans la lenteur du développement de l'industrie.</p> <p>Cet état de choses doit nous faire comprendre les dangers de dégénérescence bureaucratique des cadres du Parti. Ce serait du fétichisme que de considérer ceux-ci, uniquement parce qu'ils ont suivi la meilleure école révolutionnaire du monde, comme ayant en eux une garantie sûre contre tout danger de rétrécissement idéologique et de dégénérescence opportuniste. L'histoire se fait par les hommes, mais les hommes ne font pas toujours consciemment l'histoire, y compris la leur. En fin de compte, la question sera résolue par deux grands facteurs d'importance internationale : la marche de la révolution en Europe et la rapidité de notre développement économique. Mais rejeter d'une manière fataliste toute la responsabilité sur ces facteurs objectifs serait une faute, au même titre que de chercher des garanties uniquement dans un radicalisme subjectif hérité du passé. Dans la même situation révolutionnaire, et dans les mêmes conditions internationales, le Parti résistera plus ou moins aux tendances désorganisatrices selon qu'il sera plus ou moins conscient des dangers et les combattra avec plus ou moins de vigueur.</p> <p>Il est évident que l'hétérogénéité de la composition sociale du Parti, loin d'affaiblir les côtés négatifs de l'ancien cours, les aggrave à l'extrême. Le seul moyen de triompher du corporatisme, de l'esprit de caste des fonctionnaires, est la réalisation de la démocratie. En entretenant le « calme », le bureaucratisme désunit le Parti et frappe également, quoique différemment, les cellules d'usines, les travailleurs économiques, les militaires et la jeunesse des écoles.</p> <p>Cette dernière, comme nous l'avons vu, réagit d'une façon particulièrement vigoureuse contre le bureaucratisme. Aussi Lénine proposait-il, pour combattre le bureaucratisme, de faire largement appel aux étudiants. Par sa composition sociale et ses liaisons, la jeunesse des écoles reflète tous les groupes sociaux de notre Parti ainsi que leur état d'esprit. Sa sensibilité et sa fougue la portent à donner immédiatement une force active à cet état d'esprit. Comme elle étudie, elle s'efforce d'expliquer et de généraliser. Ce n'est pas à dire que tous ses actes et états d'esprit reflètent des tendances saines. S'il en était ainsi, cela signifierait — ce qui n'est pas le cas — ou que tout va bien dans le Parti, ou que la jeunesse n'est plus le reflet du Parti.</p> <p>En principe, il est juste de dire que ce ne sont pas les établissements d'enseignement, mais les cellules d'usines qui sont notre base. Mais en disant que la jeunesse est notre baromètre, nous donnons à ses manifestations politiques une valeur non pas essentielle, mais symptomatique. Le baromètre ne crée pas le temps ; il se borne à l'enregistrer. En politique, le temps se forme dans les profondeurs des classes et dans les domaines où ces dernières entrent en contact les unes avec les autres. Les cellules d'usine créent une liaison directe entre le Parti et la classe, essentielle pour nous, du prolétariat industriel. Les cellules rurales ne créent qu'une liaison beaucoup plus faible entre le Parti et la paysannerie. C'est principalement par les cellules militaires, placées dans des conditions spéciales, que nous nous relions à cette dernière. Quant à la jeunesse des écoles, recrutée dans toutes les couches et stratifications de la société soviétiste, elle reflète dans sa composition bigarrée tous nos défauts et qualités, et ce serait sottise que de ne pas accorder la plus grande attention à son état d'esprit. En outre, une partie considérable de nos nouveaux étudiants sont des communistes ayant un stage révolutionnaire assez important. Et les partisans les plus obstinés de « l'appareil » ont grand tort de faire fi de la jeunesse, qui est notre moyen de vérification de nous-mêmes, notre future relève, et à qui l'avenir appartient.</p> <p>Mais revenons à la question de l'hétérogénéité des groupes du Parti séparés les uns des autres par leurs fonctions dans l'Etat. Le bureaucratisme du Parti, nous le répétons, n'est pas une survivance de la période antérieure, survivance en voie de disparition ; au contraire, c'est un phénomène essentiellement nouveau, découlant des nouvelles tâches, des nouvelles fonctions, des nouvelles difficultés et des nouvelles fautes du Parti. Le prolétariat réalise sa dictature par l'Etat soviétique. Le Parti communiste est le parti dirigeant du prolétariat, et, par suite, de son Etat. Toute la question est de réaliser cette direction sans se fondre dans l'appareil bureaucratique de l'Etat afin de ne pas s'exposer à une dégénérescence bureaucratique.</p> <p>Les communistes se trouvent groupés différemment dans le Parti et dans l'appareil étatique. Dans ce dernier, ils sont disposés hiérarchiquement les uns par rapport aux autres et aux sans-parti. Dans le Parti, ils sont tous égaux, en ce qui concerne la détermination des tâches et des méthodes fondamentales de travail du Parti. Les communistes travaillent à l'établi, font partie des comités d'usines, administrent les entreprises, les trusts, les syndicats , dirigent le Conseil de l'Economie Populaire, etc. Dans la direction qu'il exerce sur l'économie, le Parti tient et doit tenir compte de l'expérience, des observations, de l'opinion de tous ses membres installés aux différents degrés de l'échelle de l'administration économique. L'avantage essentiel, incomparable de notre Parti, consiste en ce qu'il peut, à chaque instant, regarder l'industrie avec les yeux du tourneur communiste, du spécialiste communiste, du directeur communiste, du commerçant communiste, réunir l'expérience de ces travailleurs qui se complètent les uns les autres, en dégager les résultats et déterminer ainsi sa ligne de direction de l'économie en général et de chaque entreprise en particulier.</p> <p>Il est clair que cette direction n'est réalisable que sur la base de la démocratie vivante et active à l'intérieur du Parti. Quand, au contraire, les méthodes de « l'appareil » prévalent, la direction par le Parti fait place à l'administration par ses organes exécutifs (comité, bureau, secrétaire, etc.). Ce régime se renforçant, toutes les affaires sont concentrées entre les mains d'un petit groupe, parfois d'un secrétaire seulement, qui nomme, destitue, donne des directives, inflige de sanctions, etc.</p> <p>Avec une telle réalisation de la direction, la principale supériorité du Parti, son expérience collective multiple, passe à l'arrière-plan. La direction prend un caractère d'organisation pure et dégénère fréquemment en commandement et en tâtillonnage. L'appareil du Parti entre de plus en plus dans le détail des tâches de l'appareil soviétique, vit de ses soucis journaliers, se laisse de plus en plus influencer par lui et, devant les détails, perd de vue les grandes lignes.</p> <p>Si l'organisation du Parti en tant que collectivité est toujours plus riche d'expérience que n'importe quel organe de l'appareil étatique, on ne saurait en dire autant de fonctionnaires pris à part. En effet, ce serait une naïveté de croire que par suite de son titre, un secrétaire réunit en lui toutes les connaissances et toute la compétence nécessaires à la direction de son organisation. En réalité, il se crée un appareil auxiliaire avec des sections bureaucratiques, une information bureaucratique, et cet appareil, qui le rapproche de l'appareil soviétique, le tient à l'écart de la vie du Parti. Et, croyant mouvoir les autres, il est mû lui-même par son propre appareil.</p> <p>Toute la pratique bureaucratique journalière de l'Etat soviétique s'infiltre ainsi dans l'appareil du Parti et y introduit le bureaucratisme. Le Parti, en tant que collectivité, ne sent pas sa direction, car il ne la réalise pas. De là du mécontentement ou de l'incompréhension, même dans les cas où la direction s'exerce justement. Mais cette direction ne peut se maintenir dans la ligne droite que si elle ne s'émiette pas dans les détails mesquins et revêt un caractère systématique, rationnel et collectif. Ainsi donc, le bureaucratisme non seulement détruit la cohésion intérieure du Parti, mais affaiblit l'action nécessaire de ce dernier sur l'appareil étatique. C'est ce que ne remarquent pas et ne comprennent pas la plupart du temps ceux qui sont les plus ardents à réclamer pour le Parti le rôle de directeur dans l'Etat soviétique. »</p> <p>Le bureaucratisme et la révolution</p> <p>1. — Les conditions essentielles qui non seulement entravent la réalisation de l'idéal socialiste, mais encore sont parfois pour la révolution une source de pénibles épreuves et de graves dangers, sont suffisamment connues. Ce sont : a) les contradictions sociales intérieures de la révolution qui, sous le communisme de guerre, étaient automatiquement comprimées, mais qui, sous la nep, se déploient fatalement et cherchent à trouver une expression politique ; b) la menace contre-révolutionnaire que représentant pour la République soviétique les Etats impérialistes.</p> <p>2. — Les contradictions sociales de la révolution sont ses contradictions de classe. Quelles sont les classes fondamentales de notre pays ? — a) le prolétariat, b) la paysannerie, c) la nouvelle bourgeoisie avec la couche d'intellectuels bourgeois qui la recouvre.</p> <p>Au point de vue économique et politique, la première place revient au prolétariat organisé en Etat et à la paysannerie fournissant les produits agricoles qui prédominent dans notre économie. La nouvelle bourgeoisie joue principalement le rôle d'intermédiaire entre l'industrie soviétique et l'agriculture ainsi qu'entre les différentes parties de l'industrie soviétique et les différents domaines de l'économie rurale. Mais elle ne se borne pas à être un intermédiaire commercial ; partiellement, elle assume également le rôle d'organisateur de la production.</p> <p>3. — Abstraction faite de la rapidité du développement de la révolution prolétarienne en Occident, la marche de notre révolution sera déterminée par la croissance comparative des trois éléments fondamentaux de notre économie : industrie soviétique, agriculture, et capital commercial et industriel privé.</p> <p>4. — Les analogies historiques avec la grande Révolution française (chute des Jacobins) qu'établissent le libéralisme et le menchévisme et avec lesquelles ils se consolent sont superficielles et inconsistantes. La chute des Jacobins était prédéterminée par le manque de maturité des rapports sociaux : la gauche (artisans et marchands ruinés), privée de la possibilité de développement économique, ne pouvait être un appui ferme pour la révolution ; la droite (bourgeoisie) croissait fatalement ; enfin, l'Europe, économiquement et politiquement plus arriérée, empêchait la révolution de se déployer au-delà des limites de la France.</p> <p>Sous tous ces rapports, notre situation est incomparablement plus favorable. Chez nous, le noyau en même temps que la gauche de la révolution sont le prolétariat, dont les tâches et objectifs coïncident entièrement avec la réalisation de l'idéal socialiste. Le prolétariat est politiquement si fort que permettant, dans certaines limites, la formation à ses côtés d'une nouvelle bourgeoisie, il fait participer la paysannerie au pouvoir étatique non pas par l'intermédiaire de la bourgeoisie et des partis petits-bourgeois, mais directement, barrant ainsi à la bourgeoisie l'accès à la vie politique. La situation économique et politique de l'Europe non seulement n'exclut pas, mais rend inévitable l'extension de la révolution sur son territoire. Si donc, en France, la politique même la plus clairvoyante des Jacobins eût été impuissante à modifier radicalement le cours des événements, chez nous, où la situation est infiniment plus favorable, la justesse d'une ligne politique tracée selon les méthodes du marxisme sera pour un temps considérable un facteur décisif dans la sauvegarde de la révolution.</p> <p>5. — Prenons l'hypothèse historique la plus défavorable pour nous. Le développement rapide du capital privé, s'il se produisait, signifierait que l'industrie et le commerce soviétiques, y compris la coopération, n'assurent pas la satisfaction des besoins de l'économie paysanne. En outre, il montrerait que le capital privé s'interpose de plus en plus entre l'Etat ouvrier et la paysannerie, acquiert une influence économique et, partant, politique sur cette dernière. Il va de soi qu'une telle rupture entre l'industrie soviétique et l'agriculture, entre le prolétariat et la paysannerie, constituerait un grave danger pour la révolution prolétarienne, un symptôme de la possibilité du triomphe de la contre-révolution.</p> <p>6. — Quelles sont les voies politiques par lesquelles pourrait venir la victoire de la contre-révolution si les hypothèses économiques que nous venons d'exposer se réalisaient ? Il pourrait y en avoir plusieurs : le renversement du parti ouvrier, sa dégénérescence progressive, enfin une dégénérescence partielle accompagnée de scissions et de bouleversements contre-révolutionnaires.</p> <p>La réalisation de l'une ou l'autre de ces éventualités dépendrait surtout de l'allure du développement économique. Au cas où le capital privé parviendrait peu à peu, lentement, à dominer le capital soviétique, l'appareil soviétique subirait vraisemblablement une dégénérescence bourgeoise avec les conséquences qu'elle comporterait pour le Parti. Si le capital privé croissait rapidement et arrivait à se mettre en contact, à se souder avec la paysannerie, les tendances contre-révolutionnaires actives dirigées contre le Parti prévaudraient alors probablement.</p> <p>Si nous exposons crûment ces hypothèses, ce n'est pas évidemment parce que nous les considérons comme historiquement probables (leur probabilité au contraire est minime) mais parce que seule, une telle façon de poser la question permet une orientation historique juste et, partant, l'adoption de toutes les mesures préventives possibles. Notre supériorité, à nous marxistes, est de distinguer et de saisir les nouvelles tendances et les nouveaux dangers même lorsqu'ils ne sont encore qu'à l'état embryonnaire.</p> <p>7. — La conclusion de ce que nous avons dit dans le domaine économique nous ramène au problème des « ciseaux », c'est-à-dire à l'organisation rationnelle de l'industrie, à sa coordination avec le marché paysan. Perdre du temps en l'occurrence, c'est ralentir notre lutte contre le capital privé. C'est là qu'est la tâche principale, la clé essentielle du problème de la révolution et du socialisme.</p> <p>8. — Si le danger contre-révolutionnaire surgit comme nous l'avons dit de certains rapports sociaux, cela ne veut nullement dire que par une politique rationnelle, on ne puisse parer à ce danger (même avec des conditions économiques défavorables pour la révolution), le diminuer, l'éloigner, l'ajourner. Or, un tel ajournement à son tour est susceptible de sauver la révolution en lui assurant, soit un revirement économique favorable à l'intérieur, soit le contact avec la révolution victorieuse en Europe.</p> <p>Voilà pourquoi, sur la base de la politique économique indiquée plus haut, il nous faut une politique déterminée de l'Etat et du Parti (y compris une politique déterminée à l'intérieur du Parti), ayant pour but de contrecarrer l'accumulation et le renforcement des tendances dirigées contre la dictature de la classe ouvrière et alimentées par les difficultés et les insuccès du développement économique.</p> <p>9. — L'hétérogénéité de la composition sociale de notre Parti reflète les contradictions objectives du développement de la révolution avec les tendances et dangers qui en découlent : Les noyaux d'usine qui assurent la liaison du Parti avec la classe essentielle de la révolution représentent maintenant un sixième de l'effectif du Parti. En dépit de tous leurs côtés négatifs, les cellules des institutions soviétiques assurent au Parti la direction de l'appareil étatique ; aussi leur importance est-elle considérable. Les anciens militants participent dans une forte proportion à la vie du Parti par l'intermédiaire de ces cellules. Les cellules rurales donnent au Parti une certaine liaison (très faible encore) avec la campagne.</p> <p>Les cellules militaires réalisent la liaison du Parti avec l'armée et, par cette dernière également, avec la campagne (surtout).</p> <p>Enfin, dans les cellules des institutions d'enseignement, toutes ces tendances et influences se mêlent et s'entrecroisent.</p> <p>10. — Par leur composition de classe, les cellules d'usine sont, il va de soi, fondamentales. Mais comme elles constituent un sixième seulement du Parti et que leurs éléments les plus actifs leur sont enlevés pour être affectés à l'appareil du Parti ou de l'Etat, le Parti ne peut encore, par malheur, s'appuyer uniquement ou même principalement sur elles.</p> <p>Leur croissance sera l'indicateur le plus sûr des succès du Parti dans l'industrie, dans l'économie en général, et en même temps la meilleure garantie qu'il conservera son caractère prolétarien. Mais il n'est guère possible d'espérer leur accroissement rapide dans un avenir prochain. Par suite, le Parti sera obligé dans la période prochaine d'assurer son équilibre intérieur et sa ligne révolutionnaire en s'appuyant sur des cellules à composition sociale hétérogène.</p> <p>11. — Les tendances contre-révolutionnaires peuvent trouver un appui dans les koulaks les intermédiaires, les revendeurs, les concessionnaires, en un mot dans des éléments beaucoup plus capables d'envelopper l'appareil étatique que le Parti lui-même. Seules, les cellules paysannes et militaires pourraient être menacées d'une influence plus directe et même d'une pénétration de la part des koulaks.</p> <p>Néanmoins, la différenciation de la paysannerie représente un facteur susceptible de contrecarrer cette influence. L'inadmission des koulaks dans l'armée (y compris les divisions territoriales) doit non seulement rester une règle intangible, mais encore devenir une mesure importante d'éducation politique de la jeunesse rurale, des unités militaires et particulièrement des cellules militaires.</p> <p>Les ouvriers assureront leur rôle dirigeant dans les cellules militaires en opposant politiquement les masses rurales laborieuses de l'armée à la couche renaissante des koulaks. Dans les cellules rurales également, cette opposition devra être mise en lumière. Le succès du travail dépendra évidemment, en fin de compte, de la mesure où l'industrie étatique réussira à satisfaire les besoins de la campagne.</p> <p>Mais quelle que soit la rapidité de nos succès économiques, notre ligne politique fondamentale dans les cellules militaires doit être dirigée non pas simplement contre la nouvelle bourgeoisie, mais avant tout contre la couche des koulaks, seul appui sérieux et possible de toutes les tentatives contre-révolutionnaires. Sous ce rapport, il nous faut une analyse plus minutieuse des différentes parties consécutives de l'armée au point de vue de leur composition sociale.</p> <p>12. — Il est indubitable que par l'intermédiaire des cellules rurales et militaires s'infiltrent et s'infiltreront dans le Parti des tendances reflétant plus ou moins la campagne avec les traits spéciaux qui la distinguent de la ville. S'il n'en était pas ainsi, les cellules rurales n'auraient aucune valeur pour le Parti.</p> <p>Les modifications de l'état d'esprit qui se manifestent dans ces cellules sont pour le Parti un rappel ou un avertissement. La possibilité de diriger ces cellules selon la ligne du Parti dépend de la justesse de la direction générale du Parti ainsi que de son régime intérieur et, en fin de compte, de nos succès dans la solution du problème décisif.</p> <p>13. — L'appareil étatique est la source la plus importante du bureaucratisme. D'une part, il absorbe une quantité énorme des éléments les plus actifs du Parti et apprend aux plus capables d'entre eux les méthodes d'administration des hommes et des choses, et non la direction politique des masses. D'autre part, il accapare dans une large mesure l'attention de l'appareil du Parti sur lequel il influe par ses méthodes d'administration.</p> <p>De là, dans une large mesure, la bureaucratisation de l'appareil, laquelle menace de détacher le Parti des masses. C'est ce danger précisément qui est maintenant le plus évident, le plus direct. La lutte contre les autres dangers doit, dans les conditions actuelles, commencer par la lutte contre le bureaucratisme.</p> <p>14. — Il est indigne d'un marxiste de considérer que le bureaucratisme n'est que l'ensemble des mauvaises habitudes des employés de bureau. Le bureaucratisme est un phénomène social en tant que système déterminé d'administration des hommes et des choses. Il a pour causes profondes l'hétérogénéité de la société, la différence des intérêts journaliers et fondamentaux des différents groupes de la population. Le bureaucratisme se complique du fait du manque de culture des larges masses. Chez nous, la source essentielle du bureaucratisme réside dans la nécessité de créer et de soutenir un appareil étatique alliant les intérêts du prolétariat et ceux de la paysannerie dans une harmonie économique parfaite, dont nous sommes encore très loin. La nécessité d'entretenir une armée permanente est également une autre source importante de bureaucratisme.</p> <p>Il est évident que les phénomènes sociaux négatifs que nous venons d'énumérer et qui alimentent maintenant le bureaucratisme pourraient, s'ils continuaient à se développer, mettre la révolution en danger. Nous avons mentionné plus haut cette hypothèse : le désaccord croissant entre l'économie soviétique et l'économie paysanne, le renforcement des koulaks dans les campagnes, leur alliance avec le capital commercial et industriel privé, telles seraient, étant donné le niveau culturel des masses laborieuses de la campagne et en partie de la ville, les causes des dangers contre-révolutionnaires éventuels.</p> <p>En d'autres termes, le bureaucratisme dans l'appareil étatique et dans le Parti est l'expression des tendances les plus fâcheuses inhérentes à notre situation, des défauts et des déviations de notre travail qui, dans certaines conditions sociales, peuvent saper les bases de la révolution. Et, en l'occurrence, comme en beaucoup d'autres cas, la quantité, à un stade déterminé, se transformera en qualité.</p> <p>15. — La lutte contre le bureaucratisme de l'appareil étatique est une tâche exceptionnellement importante, mais exigeant beaucoup de temps et plus ou moins parallèle à nos autres tâches fondamentales : reconstruction économique et élévation du niveau culturel des masses.</p> <p>L'instrument historique le plus important pour l'accomplissement de toutes ces tâches est le Parti. Évidemment, le Parti ne peut s'arracher aux conditions sociales et culturelles du pays. Mais, organisation volontaire de l'avant-garde, des éléments les meilleurs, les plus actifs, les plus conscients de la classe ouvrière, il peut beaucoup plus que l'appareil étatique se préserver contre les tendances du bureaucratisme. Pour cela, il doit voir clairement le danger et le combattre sans relâche.</p> <p>De là, l'importance immense de l'éducation de la jeunesse du Parti, basée sur l'initiative personnelle, afin d'arriver à modifier le fonctionnement de l'appareil étatique et à le transformer. »</p> <h3 class="spip">Léon Trotsky, « Lettre à une Assemblée du Parti » :</h3> <p>« (…) Le bureaucratisme tue l'initiative et entrave ainsi l'élévation du niveau général du Parti. C'est là son défaut capital. Comme l'appareil est constitué inévitablement par les camarades les plus expérimentés et les plus méritoires, c'est sur la formation politique des jeunes générations communistes que le bureaucratisme a sa répercussion la plus fâcheuse. Aussi est-ce la jeunesse, baromètre sûr du Parti, qui réagit le plus vigoureusement contre le bureaucratisme de notre organisation.</p> <p>Néanmoins, il ne faudrait pas croire que notre système de solution des questions — tranchées presque uniquement par les fonctionnaires du Parti — n'ait aucune influence sur l'ancienne génération, qui incarne l'expérience politique et les traditions révolutionnaires du Parti. Là aussi, le danger est très grand. L'immense autorité du groupe des vétérans du Parti est universellement reconnue. Mais ce serait une erreur grossière que de la considérer comme un absolu. Ce n'est que par une collaboration active constante avec la nouvelle génération, dans le cadre de la démocratie, que la vieille garde conservera son caractère de facteur révolutionnaire. Sinon, elle peut se figer et devenir insensiblement l'expression la plus achevée du bureaucratisme.</p> <p>L'histoire nous offre plus d'un cas de dégénérescence de ce genre. Prenons l'exemple le plus récent et le plus frappant : celui des chefs des partis de la IIe Internationale. Wilhelm Liebknecht, Bebel, Singer, Victor Adler, Kautsky, Bernstein, Lafargue, Guesde étaient les disciples directs de Marx et d'Engels. Pourtant, dans l'atmosphère du parlementarisme et sous l'influence du développement automatique de l'appareil du Parti et de l'appareil syndical, ces leaders, totalement ou partiellement, tournèrent à l'opportunisme. À la veille de la guerre, le formidable appareil de la social-démocratie, couvert de l'autorité de l'ancienne génération, était devenu le frein le plus puissant à la progression révolutionnaire. Et nous, les « vieux », nous devons bien nous dire que notre génération, qui joue naturellement le rôle dirigeant dans le Parti, ne serait nullement prémunie contre l'affaiblissement de l'esprit révolutionnaire et prolétarien dans son sein, si le Parti tolérait le développement des méthodes bureaucratiques qui transforment la jeunesse en objet d'éducation et détachent inévitablement l'appareil de la masse, les anciens des jeunes. Contre ce danger indubitable, il n'est pour le Parti d'autre moyen que l'orientation vers la démocratie et l'afflux, toujours plus grand, des éléments ouvriers dans son sein.</p> <p>Je ne m'arrêterai pas ici sur les définitions juridiques de la démocratie ni sur les limites qui lui sont imposées par le statut du Parti. Quoique importantes, ces questions sont secondaires. Nous les examinerons à la lumière de notre expérience et y apporterons les modifications nécessaires. Mais ce qu'il faut modifier avant tout, c'est l'esprit qui règne dans nos organisations. Il faut que le Parti revienne à l'initiative collective, au droit de critique libre et fraternelle, qu'il ait la faculté de s'organiser lui-même. Il est nécessaire de régénérer et de renouveler l'appareil du Parti et de lui faire sentir qu'il n'est que l'exécuteur de la volonté de la collectivité.</p> <p>La presse du Parti a, ces derniers temps, donné une série d'exemples caractéristiques de la dégénérescence bureaucratique des mœurs et des rapports dans le Parti. Un critique osait-il élever la voix, immédiatement on prenait le numéro de sa carte de communiste. Avant la publication de la décision du C. C. sur le « cours nouveau », le simple fait de signaler la nécessité d'une modification du régime intérieur du Parti était considéré par les fonctionnaires préposés à l'appareil comme une hérésie, une manifestation de l'esprit de scission, une atteinte à la discipline. Et maintenant les bureaucrates sont prêts formellement à « prendre acte » du « cours nouveau », c'est-à-dire pratiquement à l'enterrer. Le renouvellement de l'appareil du Parti — dans le cadre précis du statut — doit avoir pour but de remplacer les bureaucrates momifiés par des éléments vigoureux étroitement liés à la vie de la collectivité. Et, avant tout, il faut écarter des postes dirigeants ceux qui, au premier mot de protestation ou d'objection, brandissent contre les critiques les foudres des sanctions. Le « cours nouveau » doit avoir pour premier résultat de faire sentir à tous que personne désormais n'osera plus terroriser le Parti.</p> <p>Notre jeunesse ne doit pas se borner à répéter nos formules. Elle doit les conquérir, se les assimiler, se former son opinion, sa physionomie à elle et être capable de lutter pour ses vues avec le courage que donnent une conviction profonde et une entière indépendance de caractère. Hors du Parti l'obéissance passive qui fait emboîter mécaniquement le pas après les chefs ; hors du Parti l'impersonnalité, la servilité, le carriérisme ! Le bolchevik n'est pas seulement un homme discipliné : c'est un homme qui, dans chaque cas et sur chaque question, se forge une opinion ferme et la défend courageusement, non seulement contre ses ennemis, mais au sein de son propre parti. Peut-être sera-t-il aujourd'hui en minorité dans son organisation. Il se soumettra, parce que c'est son parti. Mais cela ne signifie pas toujours qu'il soit dans l'erreur. Peut-être a-t-il vu ou compris avant les autres la nouvelle tâche ou la nécessité d'un tournant. Il soulèvera avec persistance la question une deuxième, une troisième, une dixième fois s'il le faut. Par là, il rendra service à son parti, en le familiarisant avec la nouvelle tâche ou en l'aidant à accomplir le tournant nécessaire sans bouleversements organiques, sans convulsions intérieures.</p> <p>Notre Parti ne pourrait s'acquitter de sa mission historique s'il se morcelait en fractions. Il ne se désagrégera pas ainsi car, collectivité autonome, son organisme s'y oppose. Mais il ne combattra avec succès les dangers de fractionnement qu'en développant et en consolidant dans son sein l'application de la démocratie ouvrière. Le bureaucratisme de l'appareil est précisément l'une des principales sources du fractionnement. Il réprime impitoyablement la critique et refoule le mécontentement à l'intérieur de l'organisation. Pour lui, toute critique, tout avertissement est presque fatalement une manifestation de l'esprit de scission. Le centralisme mécanique a pour complément obligé le fractionnement, caricature de la démocratie et danger politique formidable.</p> <p>Conscient de la situation, le parti accomplira l'évolution nécessaire avec la fermeté et la décision exigées par les tâches qui lui reviennent. Par là même, il affermira son unité révolutionnaire qui lui permettra de mener à bien le travail immense qui lui incombe sur l'échelle nationale et internationale.</p> <p>Je suis loin d'avoir épuisé la question. J'ai renoncé, intentionnellement, à en étudier ici plusieurs côtés essentiels, me proposant de vous les exposer oralement dès que je serai rétabli — ce qui, je l'espère, ne tardera pas.</p> <p>Salut fraternel.</p> <p>8 décembre 1923.</p> <h3 class="spip">Léon Trotsky, « Leçons d'Octobre » :</h3> <p>« L'histoire a assuré à notre Parti des avantages révolu¬tionnaires incomparables. Traditions de la lutte héroïque contre le tsarisme, habitudes, procédés révolutionnaires liés aux conditions de l'action clandestine, élaboration théorique de l'expé¬rience révolutionnaire de toute l'humanité, lutte contre le men¬chevisme, contre le courant des narodniki, contre le conciliation¬nisme, expérience de la Révolution de 1905, élaboration théorique de cette expérience pendant les années de la contre-révolution, examen des problèmes du mouvement ouvrier international du point de vue des leçons de 1905 : voilà, dans l'ensemble, ce qui a donné à notre Parti une trempe excep¬tionnelle, une clairvoyance supérieure, une envergure révolu¬tionnaire sans exemple. Et pourtant, dans ce parti si bien pré¬paré, ou plutôt dans ses sphères dirigeantes, il s'est formé, au moment de l'action décisive, un groupe d'anciens bolcheviks révolutionnaires expérimentés, qui s'est opposé violemment au coup de force prolétarien et qui, pendant la période la plus critique de la révolution - de février 1917 à février 1918 - a occupé dans toutes les questions essentielles une position social-démocrate. Pour préserver le Parti et la révolution des conséquences funestes de cet état de choses, il a fallu l'influence exceptionnelle de Lénine dans le Parti. C'est ce que l'on ne saurait oublier, si nous voulons que les Partis communistes autres pays apprennent quelque chose à notre école. La question de la sélection du personnel dirigeant a, pour les d'Europe Occidentale, une importance exceptionnelle. C'est ce que montre entre autres l'expérience de la faillite d'Octobre 1923 en Allemagne. Mais cette sélection doit être effectuée sur le principe de l'action révolutionnaire... Nous avons eu en Alle¬magne assez d'occasions d'éprouver la valeur des dirigeants du Parti au moment des luttes directes. Sans cette épreuve, tous les autres critériums ne sauraient être considérés comme sûrs. Au cours de ces dernières années, la France a eu bien moins de convulsions révolutionnaires, même limitées. Pourtant, il y a eu quelques légères explosions de guerre civile quand le Comité Directeur du Parti et les dirigeants syndicaux ont dû réagir à des questions urgentes et importantes (par exemple le meeting sanglant du 11 janvier 1924). L'étude attentive d'épisodes de ce genre nous fournit des données inestimables permettant d'apprécier la valeur de la direction du Parti, la conduite de ses chefs et de ses différents organes. Ne pas tenir compte de ces données pour la sélection des hommes, c'est aller inévitablement à la défaite, car, sans direction perspicace, résolue et courageuse du Parti, la victoire de la révolution prolétarienne est impossible. Tout parti, même le plus révolutionnaire, élabore inévitablement son conservatisme d'organisation : sinon, il manquerait de la stabilité nécessaire. Mais, en l'occurrence, tout est affaire de degré. Dans un parti révolutionnaire, la dose nécessaire de conservatisme doit se combiner avec l'entier affranchissement de la routine, la souplesse d'orientation, l'audace agissante. C'est aux tournants historiques que ces qualités se vérifient le mieux. Lénine, nous l'avons vu plus haut, disait que souvent les partis, même les plus révolutionnaire, lorsqu'il survenait un change¬ment brusque de situation et, partant, de tâches, continuaient à suivre leur ligne antérieure et, par là même, devenaient ou mena¬çaient de devenir un frein au développement révolutionnaire. Le conservatisme du Parti, comme son initiative révolutionnaire, trouvent leur expression la plus concentrée dans les organes de la direction. Or, les Partis communistes européens ont encore à effectuer leur tournant le plus brusque : celui où ils passeront du travail préparatoire à la prise du pouvoir. Ce tournant est celui qui exige le plus de qualités, impose le plus de responsa¬bilités et est le plus dangereux. En laisser passer le moment est pour le Parti le plus grand désastre qui puisse le frapper.</p> <p>Considérée à la lumière de notre propre expérience, l'expérience des batailles des dernières années en Europe et principa¬lement en Allemagne, nous montre qu'il y a deux catégories de chefs enclins à tirer le Parti en arrière au moment où il lui faut accomplir le plus grand saut en avant. Les uns sont portés à voir principalement les difficultés, les obstacles et à apprécier chaque situation avec le parti pris, inconscient parfois, de se dérober à l'action. Chez eux, le marxisme devient une méthode servant à motiver l'impossibilité de l'action révolutionnaire. Les menche¬viks russes représentaient les spécimens les plus caractéristiques de ce type de chefs. Mais ce type ne se limite pas au menchevisme et, au moment le plus critique, se révèle dans le parti le plus révolutionnaire, chez les militants occupant les plus hauts postes. Les représentants de l'autre catégorie sont des agitateurs superficiels. Ils ne voient pas les obstacles tant qu'ils ne s'y heurtent pas de front. Leur coutume d'éluder les difficultés réelles en jonglant sur les mots, leur optimisme extrême dans toutes les questions se transforment inévitablement en impuis¬sance et en pessimisme quand vient le moment de l'action décisive. Pour le premier type, pour le révolutionnaire mesquin, gagne-petit, les difficultés de la prise du pouvoir ne sont que l'accumulation et la multiplication de toutes les difficultés qu'il est habitué à voir sur son chemin. Pour le second type, pour l'optimiste superficiel, les difficultés de l'action révolutionnaire surgissent toujours soudainement. Dans la période de prépara¬tion, ces deux hommes ont une conduite différente l'un apparaît comme un sceptique sur lequel il est impossible de compter fermement au point de vue révolutionnaire ; l'autre, par contre, peut sembler un révolutionnaire ardent. Mais, au moment décisif, tous deux marchent la main dans la main, s'élèvent contre l'insurrection. Pourtant, tout le travail de préparation n'a de valeur que dans la mesure où il rend le Parti, et surtout ses organes dirigeants, capables de déterminer le moment de l'insur¬rection et de la diriger. Car la tâche du Parti communiste est de s'emparer du pouvoir afin de procéder à la refonte de la société.</p> <p>Ces derniers temps, on a fréquemment parlé et écrit sur la nécessité de la bolchévisation de l'Internationale Communiste. C'est là une tâche urgente, indispensable, dont la nécessité se fait sentir encore plus impérieusement après les terribles leçons qui nous ont été données l'année dernière en Bulgarie et en Allemagne. Le bolchevisme n'est pas une doctrine (c'est-à-dire n'est pas seulement une doctrine), mais un système d'éducation révolutionnaire pour l'accomplissement de la révolution prolétarienne. Qu'est-ce que bolchéviser les Partis communistes ? C'est les éduquer, c'est sélectionner dans leur sein un personnel dirigeant, de façon qu'ils ne flanchent pas au moment de leur Révolution d 'Octobre. »</p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article705" class='spip_out' rel='external'>Lire encore</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018" class='spip_out' rel='external'>1922-1923 : quand Lénine et Trotsky étaient unis contre Staline et la bureaucratie</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3987" class='spip_out' rel='external'>Léon Trotsky en 1923</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3488" class='spip_out' rel='external'>Trotsky et la révolution allemande de 1923</a></p> <p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4760" class='spip_out' rel='external'>Trotsky et la révolution bulgare de 1923</a></p> <p><a href="http://www.matierevolution.fr/spip.php?article583" class='spip_out' rel='external'>Trotsky et la révolution chinoise</a></p></div>