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Quand le stalinisme assassinait les trotskystes - Matière et Révolution
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Quand le stalinisme assassinait les trotskystes

dimanche 7 août 2011

11 septembre 1944 : Assassinat de Mathieu Bucholz dit Pamp

Mathieu Bucholz adhéra fin 1941 au petit groupe trotskyste constitué autour de David Korner dit Barta.

Le journal « La Lutte de Classes » de l’Union Communiste (Trotskyste) dira de lui : « C’est à lui que notre organisation doit son premier développement. C’est lui qui a organisé notre service de sabotage du STO qui servit sous l’occupation à de nombreux travailleurs. Ce fut lui le recruteur et l’éducateur de nos premiers cadres ». (La Lutte de Classes, nº 67, 18 septembre 1946).

Il fut enlevé et assassiné par les staliniens le 11 septembre 1944.

Nous reproduisons ci-dessous les articles publiés dans la Lutte de Classes n° 67 du 18 septembre 1946 en hommage à Pamp

APPEL A TOUS !

Presque quotidiennement, l’organe central des Staliniens, L’Humanité, dénonce les miliciens « hitléro-trotskystes au service de l’étranger ».

Il est grand temps, de la part de toutes les tendances révolutionnaires, de commencer une offensive vigoureuse (et non pas de simples protestations verbales) contre ces calomnies, qui servent de principal argument politique aux chefs staliniens pour lutter contre les tendances révolutionnaires.

Car elles sont utilisées en même temps, à l’insu des militants du rang du PCF pour s’attaquer physiquement aux militants révolutionnaires et à l’occasion LES ASSASSINER. C’est ainsi que, sous ce prétexte, il y a deux ans, le 11 Septembre 1944, Mathieu Bucholz, membre de notre organisation, était enlevé et « liquidé » sur l’ordre de responsables staliniens, après avoir été torturé.

AU SERVICE DE QUI BUCHOLZ ETAIT-IL ?

Il existe à ce sujet des dizaines et des dizaines de témoignages, de tous les milieux, à l’aide desquels on peut vérifier, jusque dans ses moindres détails, son activité militante depuis son début, en 1942, jusqu’au moment de son assassinat.

Mais le procès que sa famille a essayé d’intenter pour découvrir les assassins, s’est heurté au double obstacle des entraves (disparition de dossiers, etc...) suscitées, d’une part, par de « mystérieux » puissants personnages derrière lesquels il n’est pas difficile de deviner le PCF, et d’autre part, par la justice bourgeoise elle-même, réservée aux riches : pour s’occuper d’une telle affaire, messieurs les avocats, défenseurs du droit, demandaient 200.000 francs.

Le procès de ce monstrueux assassinat d’un militant de 22 ans, qui pendant trois ans a sauvé de la déportation des dizaines de travailleurs, procès contre lequel complotent les chefs staliniens et que la justice bourgeoise s’est empressée de classer, est la première riposte sérieuse, le premier acte contre les calomnies et les crimes staliniens vis-à-vis des révolutionnaires prolétariens.

Nous demandons donc à toutes les organisations et à toutes les personnalités qui sympathisent avec le mouvement ouvrier, de constituer un « Comité pour le procès BUCHOLZ » en vue de briser les obstacles suscités par les chefs staliniens et par la justice capitaliste. Nous fournirons aux organisations et aux personnalités désireuses de participer à ce Comité, tous les documents et tous les détails concernant cette affaire.

C’est ainsi que nous pourrons montrer aux travailleurs, par des documents authentiques, par des témoignages irréfutables, CE QUE SONT LES TROTSKYSTES ET AU SERVICE DE QUI ILS SONT. Nous demandons à tous ceux pour qui la lutte pour le socialisme n’est pas un vain mot de se mettre d’urgence en rapport avec nous pour envisager l’action à mener.

MATHIEU

Nous reproduisons dans ce numéro un article sur Jean Jaurès datant de 1944, parce que, écrit par Mathieu Bucholz six semaines avant son assassinat, il contient l’explication de son propre meurtre.

« Jaurès », écrivait Mathieu, « entendit en juillet 1914 rester fidèle » au traité qui le liait à la race humaine« et décida de continuer sa campagne contre la guerre en dépit des menaces de mort. ...Il était le seul pour qui le socialisme fut autre chose que des phrases et qui n’entendait pas le trahir ; c’est pourquoi il fut assassiné ».

C’était en effet ce sentiment de solidarité avec toutes les victimes des repus de ce monde qui dominait profondément toute la personnalité de Mathieu, et le maintenait dans une activité militante infatigable. Entré dans notre groupe à l’âge de 19 ans, fin 1941, c’est à lui que notre organisation doit son premier développement.

C’est lui qui a organisé notre service de sabotage du STO qui servit sous l’occupation à de nombreux travailleurs. Ce fut lui le recruteur et l’éducateur de nos premiers cadres.

Mais ce qu’il avait de plus précieux, ses qualités de penseur, d’écrivain révolutionnaire, qui se révèlent dans son premier article, et que nous commençâmes à apprécier plusieurs mois avant le crime, il ne lui fut pas donné de les utiliser au service du socialisme.

Les criminels qui l’ont supprimé ont fait plus que nous enlever à nous notre meilleur camarade. Ils ont enlevé une tête à la classe ouvrière, une tête de talent, et les talents, faisait remarquer Lénine, ne surgissent pas par centaines.

Il a écrit aussi (Lutte de Classes nº 35) Liberté, pour qui ?

Il était un exemple vivant de la transformation complète dans les habitudes d’un jeune, qui devint tout courage et volonté par les effets d’une pensée riche et généreuse.

Il avait un mépris organique pour l’arrivisme, et bien que fréquentant les milieux les plus opposés, les travailleurs qui l’ont approché n’ont jamais soupçonné avoir à faire à un « étudiant ». Car il avait « renoncé » (avec joie) à toute idée de carrière, pour se consacrer exclusivement à l’immense tâche de la révolution mondiale.

Il avait surtout compris que le véritable héroïsme consistait non seulement dans le sacrifice final de la vie au service de la cause, mais dans l’effort quotidien pour la lutte opiniâtre que nécessite le renversement de la bourgeoisie. Son comportement était celui que Lénine dépeint ainsi : « Cent fois mérite le nom de héros celui qui aime mieux mourir dans la lutte déclarée avec les défenseurs et les gardiens de ce régime ignoble, que s’éteindre de la mort lente d’une rosse abrutie, épuisée et servile ».

« Les chefs staliniens, écrivions-nous le 30 janvier 1945, utilisent dans la lutte contre le trotskisme, c’est-à-dire contre le communisme, toutes les méthodes, qui commencent par la calomnie et finissent par le crime. Et pourtant les chefs de l’union sacrée n’arrêteront pas pour cela leur chute. Maintenant que la roue de l’Histoire tourne autrement, maintenant que la conscience révolutionnaire des militants honnêtes et des masses se développe à un rythme accéléré, ces méthodes ne feront que précipiter leur chute. »

Aujourd’hui cette prévision devient une réalité. Tandis que dans le PCF se préparent des convulsions qu’annonce le départ de nombreux militants, et tandis que les travailleurs du rang heurtent de front ce parti condamné, la roue de l’Histoire tourne pour le trotskisme ! C’est à nous de savoir être à la hauteur de la situation, comme l’était pour notre organisation et pour tous ceux qui l’ont connu, ce jeune plein de dévouement et d’intelligence que fut Mathieu Bucholz et dont le lumineux souvenir brillera dans nos cœurs aussi longtemps que nous vivrons.

Pour chaque militant qui tombe, dix se lèvent pour mener à bien la plus grande entreprise humaine de tous les temps : la révolution socialiste mondiale. Et c’est ainsi que nous forgeons la victoire des opprimés et exploités sur leurs oppresseurs, la victoire des Mathieu sur leurs hideux assassins.

Le 26 ou 27 octobre 1943, (la date reste incertaine), quatre militants trotskystes étaient assassinés dans le maquis Wodli en Haute-Loire. Pietro Tresso, Abraham Sadek, Maurice Sieglmann et Jean Reboul furent exécutés par les staliniens avec lesquels, le 1er octobre, ils s’étaient évadés de la prison du Puy-en-Velay.

(...)Tresso était un des fondateurs du PC italien. Sous le pseudonyme de "Blasco", il représentait la direction de la Quatrième Internationale au sein de la section française et esayait de maintenir la liaison avec la direction à New York. Il fut arrêté à Marseille en avril 1941 avec Albert Demazière et Jean Reboul, Abraham Sadek, lui, avait été condamné à Lyon dans une autre affaire et envoyé à la prison du Puy. Quant à Maurice Sieglmann, il s’y trouvait déjà. Demazière s’évada du Puy avec ses quatre camarades mais il parvint, par chance, à échapper à la mort en perdant par hasard le contact avec ce maquis. (...)

A partir de 1935-1936, la bureaucratie russe mena une guerre à mort, dans tout le mouvement communiste international, contre tous ceux qui, comme Trotsky, Blasco et ses camarades, étaient restés fidèles au vrai communisme, celui de Marx, Engels et Lénine, celui qui avait permis la victoire de la révolution prolétarienne en Russie en 1917. Les staliniens les combattaient parce qu’ils craignaient plus que tout qu’existent, sur leur gauche, des militants défendant des idées révolutionnaires authentiques. En empêchant ainsi que se constitue une direction révolutionnaire du prolétariat, ils espéraient consolider le pouvoir de la bureaucratie russe. Cette lutte, commencée en Russie, s’étendit en Espagne, en Pologne, au Mexique, en France, au Vietnam, en Grèce, en Albanie, etc. La bureaucratie stalinienne, née elle-même de l’échec de la révolution mondiale, impulsa ainsi l’une des plus formidables périodes de recul du mouvement ouvrier qui, au lieu de consolider l’Etat ouvrier russe, allait conduire au résultat inverse : son éclatement.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, à travers la résistance, le PCF, qui cherchait à se faire reconnaître par la bourgeoisie française comme un parti responsable, choisit de placer le mouvement ouvrier français à la remorque d’un des représentants de celle-ci, le général de Gaulle. En même temps que les staliniens faisaient taire, y compris par le meurtre, les trotskystes qui représentaient les intérêts indépendants du prolétariat, le PCF cautionna en 1944-45 la remise en place des institutions bourgeoises et de la plupart des hommes de Vichy (type Papon). Le PCF désarma les siens, remit la classe ouvrière au travail, l’obligeant par sa présence dans les entreprises du pays à supporter l’immense effort de remise en route de l’économie capitaliste entre 1944 et 1947.

Les crimes du maquis du Wodli ne sont donc pas un simple épisode scandaleux de l’histoire de la Résistance, mais un révélateur du contenu de la politique réactionnaire menée alors par les staliniens : en essayant d’écarter les idées révolutionnaires de la classe ouvrière, le stalinisme, succédant à la social-démocratie, a contribué pour toute une époque à faire douter le prolétariat de ses capacités à changer le monde. Les effets néfastes de cette orientation, véritable crime politique, pèsent encore sur notre sort aujourd’hui. (..)

Jacques FONTENOY - LO -

BLASCO (Pietro Tresso)

Extraits d’un article de Pierre Frank (dans l’Internationale, 1965)

Né à Magré (province de Vicence) en 1893, il rejoignit les Jeunesses socialistes italiennes à l’âge de 14 ans, et fut poursuivi au cours de la première guerre mondiale. En 1921, au congrès de Livourne, il fut parmi les fondateurs du Parti communiste italien. Il fut élu au Comité central de ce parti en 1925 et ensuite au Bureau politique. En 1930, il fut exclu du parti ainsi que deux autres membres du Bureau politique. La direction du P.C. italien se trouvait en exil en France. Les exclus, Blasco, Feroci, Santini, qui vivaient alors à Paris, rejoignirent l’Opposition de gauche, Blasco participa à la Conférence de Copenhague en 1932 lors du séjour de Trotsky dans cette ville, et à la Conférence de fondation de la IVème Internationale en 1938. Pendant la guerre, il prit part à la lutte clandestine des trotskystes en France, fut arrêté en 1942 et condamné à dix ans de travaux forcés par le tribunal militaire de Marseille pour activité illégale en militant pour la IVème Internationale. Enfermé à la prison du Puy, il fut libéré avec tous les les détenus de cette prison par le maquis en octobre 1943. Ceux-ci restèrent dans le maquis. Mais, peu après cette libération de prison, on n’eut plus de nouvelles de Blasco et des trois autres trotskystes libérés dans les mêmes conditions. On n’a jamais retrouvé leurs corps. Les quelques indications recueillies immédiatement à la fin de la guerre permettent de penser avec beaucoup de certitude que les dirigeants staliniens du maquis de la Haute-Loire, en exécution d’ordres, éliminèrent physiquement les trotskystes.

Voici brièvement résumée la vie de Blasco. Je ne puis évoquer celle-ci sans rappeler qu’il joua un rôle important dans la vie de l’organisation trotskyste en France où il vécut dans les années d’émigration, et qu’il contribua de manière très sensible à son travail et, surtout, à la formation de ses militants, en premier lieu de ses dirigeants. Le mouvement trotskyste en France, par suite de tout un concours de circonstances, ne conserva guère de vieux dirigeants communistes, il fut pris en mains par des jeunes qui n’avaient jamais occupé de fonctions même à un niveau moyen dans le mouvement de masse. Cette inexpérience vint s’ajouter aux multiples difficultés que connaissait l’Opposition de gauche sous la répression stalinienne. Dans ces conditions, Blasco qui, autant que les dures conditions matérielles auxquelles il était soumis pour gagner sa vie le permettaient dans ces années de misère, de chômage, de répression, participa au travail de direction dans notre mouvement, apporta la plus précieuse des contributions à la formation politique des jeunes militants qui en assumaient la direction. Sans comparaison, certes, avec l’apport immense de Trotsky, sa contribution avait cependant pour elle cet avantage d’être sous la forme d’une présence personnelle, presque quotidienne, et qu’elle aida souvent à faire ce passage, si malaisé pour les hommes encore inexpérimentés, de la ligne théoriquement définie à son application pratique.

Blasco fut un des peu nombreux cadres dirigeants de l’Internationale communiste (il participa à des congrès de celle-ci ainsi qu’à des congrès de l’Internationale syndicale rouge) que la dégénérescence stalinienne ni ne corrompit en bureaucrate ni ne détruisit comme communiste et qui, fidèle à l’appel de la Révolution d’Octobre, poursuivit la lutte dans les rangs du mouvement trotskyste jusqu’à son dernier souffle de vie.

P.F.

13 septembre 1937 : en Espagne, Erwin Wolf est enlevé puis assassiné par les staliniens

Ci-dessous le texte d’un interview donné par Trotsky au journal norvégien « Aftenposten », le 19 octobre 1937

M. Trotsky a donné récemment à la presse l’information selon laquelle son ancien secrétaire, Erwin Wolf, avait été pris par un réseau de Staline en Espagne et traîtreusement assassiné. On se souviendra que Wolf avait été son collaborateur pendant son séjour en Norvège jusqu’à son internement.

Pour étoffer les informations qui ont été publiées sur les événements et liés à la disparition de Wolf, notre correspondant s’est adressé à M. Trotsky qui vit toujours dans la maison du peintre Diego Rivera à Coyoacan.

M. Trotsky, quoique occupé à son activité littéraire, me reçoit dans sa salle de travail — la même dans laquelle, il y a cinq mois, la commission préliminaire d’enquête tenait ses séances sur les accusations lancées contre Trotsky dans les procès de Moscou.

Ma première question porte sur la question de savoir si l’information selon laquelle M. Wolf a été assassiné a été définitivement confirmée.

— Permettez-moi de commencer par une remarque préliminaire. Votre journal, l’Aftenposten a été et est très hostile à mes idées, comme à moi personnellement. Pour ma part, je n’éprouve pas la moindre sympathie pour votre journal. Vous n’êtes venu chez moi que pour pouvoir informer vos lecteurs. Je suis également intéressé à donner quelques informations au peuple norvégien, même par l’intermédiaire du journal norvégien le plus conservateur. Mais, dans cette situation, nos relations doivent reposer, comme disent les Américains, sur un « gentleman’s agreement ». Vous devez veiller à ce que votre journal publie littéralement mes déclarations ou ne les publie pas du tout.

Maintenant sur la question de mon ami Erwin Wolf. Aucune preuve décisive n’a encore été fournie. Mais tout ce qu’on sait de l’affaire tend à indiquer qu’il est mort en Espagne entre les mains des agents du G.P.U. On a essayé d’obtenir des informations des autorités espagnoles, mais personne ne sait ou ne veut rien savoir. On s’adresse à un bureau, il vous renvoie à un autre ou bien on vous répond aimablement qu’on ne connaît personne de ce nom. Dans de nombreux cas, il est peut-être exact que le fonctionnaire interrogé ne sait rien : il y a tellement d’autorités fictives aujourd’hui en Espagne... Des dizaines de personnes disparaissent ainsi en Espagne. On ne peut obtenir aucune information sur leur sort. Cet assassinat a été organisé par les agents de Staline, le G.P.U.

Il y a dans le ton de la voix de M. Trotsky une haine irréconciliable quand il parle du G.P.U. comme quand, au cours des audiences de la commission, il a exposé les méthodes de cette institution.

Le G.P.U. est le véritable gouvernement de la soi-disant Espagne républicaine. L’armée, ainsi que la police du gouvernement de Valence, sont entièrement entre ses mains.

Je lui demande si l’influence du G.P.U. s’exerce à travers une sorte de subdivision espagnole, coopérant avec Moscou.

Non, répond Trotsky avec force, c’est le véritable G.P.U. russe, sous les ordres directs de Staline. C’est le représentant de Moscou, Antonov-Ovseenko (1), l’ancien consul à Barcelone — je connais cet homme ! — qui a donné l’ordre de tuer André Nin, Erwin Wolf et bien d’autres. Le G.P.U. est actif partout, sans excepter les pays gouvernés par de soi-disant « socialistes ». Il a été par exemple derrière mon expulsion de Norvège. Erwin Wolf, lui aussi, a été expulsé de Norvège sur l’ordre du G.P.U. Le gouvernement « socialiste » de Norvège est d’un bois aussi mauvais que celui de l’Espagne. Il n’est pas moins conservateur et même réactionnaire que bien d’autres gouvernements qui ne prétendent pas être socialistes, mais il est moins courageux. MM. Nygårdsvold (2), Trygve Lie et autres voulaient montrer au moins une fois leur poigne et renforcer ainsi leur autorité.

En réalité, ils n’ont démontré que leur faiblesse organique. Ils tremblent devant tous les cris de la réaction comme devant tous les ordres du G.P.U. « Nous avons commis une stupidité en vous donnant l’autorisation d’entrer en Norvège », m’a dit le ministre de la « justice » (?) au cours de notre dernière entrevue. « M. Trygve Lie, vous essayez maintenant de corriger votre stupidité par un crime », ai-je répondu.

Oui, c’était un crime. Moi, mon fils, nombre de nos amis, nous étions accusés des crimes les plus horribles qu’on puisse imaginer. J’avais entre les mains toutes les preuves de la fausseté de ces accusations. Et à ce moment, le gouvernement socialiste sous la direction du vertueux et immaculé Martin Tranmael (3) nous a internés, ma femme et moi, afin de me priver de la possibilité de défendre la vie de mon fils et de ses amis, et mon honneur politique. Le prétexte n’était pas seulement faux, mais idiot. Comment appelle-t-on un tel acte ? Une tentative d’assassinat moral. Les efforts de M. Tranmael pour dissimuler ce fait dans Arbeiderbladet ne pouvaient que le ridiculiser !

Ma question si la pression exercée pour faire céder le gouvernement norvégien était de nature économique ou politique, amène la réponse suivante :

La pression économique a été utilisée. Le gouvernement était l’objet de grosses pressions de la part des armateurs et des intérêts des pêcheries et quand le ministre russe Iakoubovitch (4) a tapé sur la table, le gouvernement a cédé. La capitulation de Nygårdsvold devant Iakoubovitch n’était pas seulement une trahison des principes démocratiques, mais aussi des intérêts élémentaires de la Norvège en tant qu’Etat indépendant. En utilisant la même arme (le monopole du commerce extérieur), Moscou, après son premier succès, peut faire chanter Oslo en toute occasion.

L’expulsion (de Norvège) d’Erwin Wolf et de mon autre secrétaire, Jean van Heijenoort, était un acte tout à fait illégal. Ils n’avaient rien fait de contraire aux lois du pays : leur unique crime était d’être mes secrétaires.

Trygve Lie m’a dit : « Si vous signez une déclaration disant que vous vous soumettez volontairement à la censure de votre correspondance, vos secrétaires ne seront pas expulsés. J’ai refusé. J’ai déclaré que cette exigence était scandaleuse. Le gouvernement soi-disant « socialiste » et particulièrement M. Tranmael connaissaient parfaitement toutes mes activités littéraires et politiques, et personne n’a élevé contre elles la moindre objection... Immédiatement après l’ordre sévère du G.P.U. en août 1936, j’ai dit à M. Lie que je n’étais pas venu en Norvège pour y obéir aux ordres du G.P.U. : si j’avais été disposé à le faire, je n’aurais pas eu besoin d’aller de Moscou à Oslo. Mon attitude en Norvège a été d’une totale loyauté à l’accord. Je n’ai jamais, même au cours de conversations privées, donné mon opinion sur la politique norvégienne. Je ne pouvais soumettre mon activité littéraire au contrôle de quelque officier de police réactionnaire et ignorant. Pour me punir, le gouvernement « socialiste » nous a internés, ma femme et moi, sans (avoir) contre elle aucune accusation, et, non content de cela, il a expulsé mes collaborateurs, Erwin Wolf et Jean van Heijenoort de la façon la plus brutale. Mes collaborateurs n’étaient pas des exilés. Leurs papiers étaient en règle. Ils n’avaient commis aucun crime. Ils ont été punis parce que j’ai refusé de m’incliner devant les exigences arbitraires de Trygve Lie.

Mais ce n’est pas tout. Après mon internement, l’Arbeiderbladet a commencé une campagne de calomnies contre moi et mes collaborateurs. Tranmael a trouvé pour cela des collaborateurs adéquats. Le demi-fonctionnaire du G.P.U. en Norvège est Jakob Friis (5) — pas pour l’assassinat ni le vol d’archives, M. Friis est trop couard pour de tels exploits. Mais il a suffisamment de courage pour attaquer et calomnier un adversaire qui est enfermé, sous clé. Quand je vivais librement en Norvège, ce paladin, je veux dire M. Friis, ne m’a jamais critiqué, mais, après mon internement, il a rempli la presse socialiste de toutes les calomnies et de tous les mensonges fabriqués à Moscou par le G.P.U. Cette campagne a été hautement préjudiciable non seulement à moi et à tous mes collaborateurs et amis, particulièrement à Erwin Wolf.

Qu’a fait M. Wolf après son départ de Norvège ?

Quand il est arrivé à Copenhague, il a été de nouveau arrêté, une fois de plus sur l’ordre du G.P.U., cette fois au gouvernement danois. La raison invoquée était que, puisqu’il avait été expulsé de Norvège, c’est qu’il avait fait quelque chose de mal. Expulsé du Danemark, il est allé en Angleterre où il est resté quelques mois. Pendant les procès de Moscou, il a mené une campagne contre le type de justice de Staline dans les journaux britanniques, surtout le Manchester Guardian. Connaissant les conditions de ma vie en Norvège, il a été capable d’établir la fausseté des affirmations sur mes prétendus contacts avec des personnalités russes, comme Piatakov qui avait « avoué » qu’il était allé en avion en Norvège pour conspirer avec moi. C’est pour cette raison que Wolf était particulièrement haï du G.P.U.

Puis il est allé en Espagne comme correspondant du News Chronicle (6). Là, il a été arrêté une première fois avec pratiquement tous les correspondants étrangers et il a passé plusieurs jours en prison. Cette arrestation était un acte officiel des autorités. Plus tard, le 31 juillet, le jour précédant son départ d’Espagne, il a été de nouveau arrêté, cette fois en dehors de toute forme légale. Il a été traîtreusement enlevé par les agents du G.P.U.

Wolf était un Tchécoslovaque, d’une famille de gros commerçants. C’était un homme d’une intégrité absolue, et généreux. Sa collaboration avec moi était totalement désintéressée. Il est venu m’aider dans mon travail de sa propre initiative. Il a toujours aidé les exilés allemands persécutés par les nazis. Il avait de grands dons pour les langues étrangères et a appris en très peu de temps le norvégien, et il avait la plus chaude sympathie pour le peuple norvégien.

Tous les efforts pour venir à son secours ont été partout reçus avec la réponse qu’on ignorait tout de lui. Il était marié à une fille de M. Knudsen, éditeur d’un journal et membre du parlement norvégien qui était l’hôte de Trotsky en Norvège. Elle était avec lui en Espagne mais elle a réussi à se sauver en France quand il était arrêté. C’était elle qui, par sa conduite courageuse, avait empêché les six jeunes fascistes de prendre ce qu’ils cherchaient, quand ils tentaient de pénétrer chez moi.

M. Trotsky étend ses bras pour montrer comment elle a bloqué le passage de la porte et il y a de l’admiration dans sa voix quand il dit :

Une courageuse fille norvégienne ! Elle leur a fait peur !

Je demande de quelle source lui sont venues les informations selon lesquelles M. Wolf aurait été assassiné après son arrestation.

Par un Américain, Harry Milton. Il était volontaire dans l’armée loyaliste espagnole. Il a été blessé et, après sa guérison, arrêté. C’est arrivé à beaucoup de volontaires et la raison a toujours été leur opposition au G.P.U. A la suite de l’intervention du consul américain, il a été libéré et a quitté l’Espagne. Le représentant américain était en position d’exiger sa libération. Milton m’a alors écrit que, connaissant les circonstances et le travail du G.P.U., il considérait comme pratiquement certain que Wolf avait été tué. Comme je l’ai dit, conclut M. Trotsky, je n’ai pas encore de preuve décisive, mais le fait même que l’information sur sa mort donnée dans la presse n’ait pas été démentie en Espagne est en lui-même une confirmation. Ce n’est que pour provoquer un éventuel démenti que j’ai fait publier cette information.

M. Trotsky retourne à son travail. Sa table est placée au centre de la grande pièce. Un réflecteur jette sur la scène une lumière dramatique. Au fond, dans l’obscurité, on discerne livres et documents. Les fenêtres sont barricadées. On dirait un quartier-général de campagne.

Notes

1. Vladimir A. Antonov-Ovseenko (1883-1938), jeune officier, s’était mutiné à la tête de ses troupes lors de la révolution de 1905. Pendant l’insurrection d’Octobre 1917, il avait commandé les gardes rouges. Membre de l’Opposition de gauche, il avait été l’un des premiers à capituler en 1928. Il était devenu consul général à Barcelone.

2. Johann Nygårdsvold (1879-1952), premier ministre norvégien, était membre de la direction du DNA.

3. Martin Tranmael (1879-1967) au passé militant de syndicaliste avait conduit son parti, le DNA, à Moscou où il avait rejoint l’I.C. jusqu’en 1923. Il collaborait à Arbeiderbladet mais gardait un rôle important dans le parti.

4. Le diplomate I. S. Iakoubovitch, ministre d’U.R.S.S. en Norvège, allait disparaître rapidement après avoir été rappelé.

5. Jakob Friis (1883-1956) avait quitté le P.C. pour le DNA. Trotsky estimait qu’il continuait à travailler pour Staline.

6. Il s’agissait, en réalité, du Spanish News

Ta Thu Thau

En janvier 1945, les forces armées japonaises, qui avaient laissé la France de Vichy au pouvoir, occupent militairement le Vietnam et décident de déclarer l’indépendance aux Etats indochinois. Un coup de force en mars 1945 suffit à désarmer les troupes françaises liées au gouvernement de Vichy qui sont arrêtées et remplacées par un gouvernement vietnamien pseudo indépendant puisqu’il reste lié aux Japonais. Il s’agit de se servir des aspirations nationales des peuples d’Indochine contre les alliés anglo-américains qui ripostent en déclarant accorder l’indépendance à l’Indochine. Seulement la défaite du Japon est très rapide et le 5 août c’est le bombardement de Hiroshima. Le 10 août, le dirigeant nationaliste stalinien Ho Chi Minh devant la carence des autorités projaponaises s’autoproclame nouveau pouvoir. L’essentiel de sa supériorité n’est pas politique mais militaire. C’est lui que les alliés ont armé au Vietnam contre les japonais via le gouvernement chinois du Kuomintang. Il n’a aucune difficulté à démettre le pouvoir fantoche projaponais. Loin d’être un acte révolutionnaire contre le colonialisme français, Ho Chi Minh considère alors cette action du 5 août comme un acte anti-japonais dans le cadre de l’Etat français auquel il demande seulement une autonomie au sein de l’empire. Partisans de cette politique anti-française, Ho Chi Minh s’est empressé de proclamer un gouvernement pour éviter un vide du pouvoir en un soulèvement révolutionnaire des masses vietnamiennes devenait possible. Le 10 août est proclamé par son mouvement la révolution vietnamienne alors qu’en réalité il s’est juste contenté d’un accord au sommet avec toutes les forces bourgeoises et nationalistes en écartant seulement les militants ouvriers syndicalistes, staliniens des villes et trotskystes. Et surtout les masses ont été soigneusement tenues à l’écart lors de sa constitution. Puis il a orchestré des manifestations contre le régime pro-japonais précédent qui n’a pu que se retirer. Dans une proclamation pourtant appelée déclaration d’indépendance, le nouveau pouvoir se dit défavorable à une indépendance immédiate et admet que celle-ci sera accordée par la France dans un délai de 5 à dix ans ! Mais le vietminh dirigé par le parti communiste vietnamien d’Ho Chi Minh n’est fort que dans le nord du pays, au Tonkin. Dans le sud, en Cochinchine, Ho Chi Minh est beaucoup plus faible et les travailleurs ont un rapport de force beaucoup plus favorable et l’escamotage de la révolution va s’avérer beaucoup plus difficile. Il a en face de lui un courant trotskyste implanté avec lequel il a dû plusieurs fois s’entendre. En 1939, seul face à toutes les forces nationalistes et staliniennes les trotskystes ont eu 80% des voix aux élections de Saigon. A l’annonce de la capitulation japonaise s’est en fait un véritable soulèvement révolutionnaire qui a lieu car la population est révoltée contre toutes les autorités. Il faut dire qu’il y a eu au Vietnam un million de morts et par la seule famine il y a encore en 1945 des centaines de milliers de morts chaque mois. Au Tonkin et au Nord Annam, c’est la révolution. Des pauvres s’attaquent aux autorités locales, aux profiteurs et oppresseurs de toutes sortes, les arrêtent les tuent. Ils forment des comités du peuple. Ils mettent en avant le partage des terres, la confiscation des biens des riches. A Saigon, l’opération des nationalistes et des bourgeois qui a eu lieu au nord n’a pu se faire car ce sont les comités du peuple qui se sont fédérés et qui ont pris le pouvoir à l’issu d’une manifestation dirigée par les trotskystes sur les slogans armement du peuple, la terre aux paysans, nationalisation des usines sous contrôle ouvrier. Des tribunaux du peuple jugent les anciens grands propriétaires et fonctionnaires. Les comités du peuple élisent alors une direction provisoire auquel ils affectent un local et qui est gardé par un détachement d’ouvriers en armes. C’est pour se débarrasser de cette révolution que le vietminh qui s’est associé d’anciennes forces vietnamiennes liées à l’ancien régime vichyste va pratiquer une politique se répression et d’assassinat systématique contre les membres des comités du peuple et particulièrement contre les dirigeants trotskystes comme Ta Thu Tau et Tran Van Tach qui sont assassinés systématiquement. C’est en brisant le soulèvement ouvrier que le vietminh va se hisser au pouvoir et non en s’appuyant dessus. Nous le verrons dans un texte que nous lirons sur ce sujet. Et dès qu’il parvient au pouvoir son langage est clair : « seront sévèrement et impitoyablement punis ceux qui auront poussé les paysans à s’emparer des propriétés foncières. Notre gouvernement n’est qu’un gouvernement démocratique bourgeois et il ne lui appartient pas de réaliser la révolution communiste. » Le 2 septembre 1945 ils manifestent même en l’honneur de la commission des alliés. Des colons français tirent dans la foule qui arrête un certain nombre de ces assassins. Cependant le chef de la police stalinien les fait rapidement relâcher. L’exaspération des masses grandit et les staliniens décident d’en finir avec la révolution. Ils annoncent « seront considérés comme provocateurs et saboteurs ceux qui appellent le peuple à l’armement et surtout à la lutte contre les alliés occidentaux ». En septembre 1945 les staliniens vont désarmer les comités du peuple puis pourront en finir définitivement et physiquement avec les membres des comités du peuple de Saigon. Ils avaient fini d’assassiner la révolution indochinoise. En octobre 1945, Ho Chi Minh déclare à la presse : « la France et le Vietnam ont depuis longtemps conclu un mariage. Le mariage n’a pas toujours été heureux mais nous n’avons pas intérêt à le briser. » En novembre 1945, le parti communiste indochinois s’autodissous déclarant : « il faut placer les intérêts de la patrie au dessus de ceux des classes ».

En mars 1946, les troupes françaises reviennent au Vietnam. Loin de combattre le retour des troupes française, Ho Chi Minh va les accueillir, espérant toujours que celles-ci vont accepter de le mettre à la tête d’un territoire autonome lié à la France. « Une indépendance prématurée du Vietnam risque de ne pas être dans la ligne des perspectives soviétiques et embarrasserait l’URSS dans ses efforts pour gagner la France en tant qu’alliée. » écrit le PCF, dans un document transmis au Viet Minh par le Groupe culturel marxiste (lié au PCF) de Saigon le 25 septembre 1945 et publié par Harold Isaacs dans « Pas de paix en Asie ».

Suite : l’assassinat de Léon Sédov

2 Messages de forum

  • Doris Lessing dans « Les enfants de la violence » rapporte son expérience de militante du parti communiste sud-africain (stalinien) :

    « Il avait traité Boris de trotskiste… Fait remarquable, aucune ne savait ce qu’était un trotskiste ; elles ne savaient d’ailleurs rien de Trotski, si ce n’est qu’il avait tenté de faire échouer la révolution russe. Elles associaient à ce mot une notion destructrice, négative, d’opposition pour le plaisir de l’opposition… Le groupe consacrait l’essentiel de son temps à échafauder des complots pour circonvenir les « trotskistes » bien que les gens qualifiés de trotskistes eussent bien peu de choses en commun. Ils parvinrent aux conclusions suivantes : il fallait les surveiller, ne leur laisser prendre le contrôle d’aucune organisation, ne pas leur divulguer l’existence du « groupe » et les « dénoncer » dans les réunions publiques. « 

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  • Mathieu Bulcholz dit Pamp

    En 1941, alors qu’il est élève au lycée Michelet à Vanves, il intègre le « Groupe Communiste » (IVe Internationale), dirigé par David Korner dit « Barta » et qui comprend une dizaine de membres. Très actif, Mathieu Bucholz qui agit sous le pseudonyme de Pamp, assure le contact du groupe avec la résistance, grâce à laquelle il est en mesure de fournir des faux papiers aussi bien à ses camarades qu’à des jeunes gens qui souhaitent échapper au STO.
    Il tente de recruter d’autres membres des Jeunesses communistes, ce qui lui attire les foudres des responsables du Parti communiste. Le 11 septembre 1944, il est enlevé par des FFI. Il s’agit en fait de responsables du Parti communiste qui considèrent que le jeune homme constitue une menace. Selon Jean-Pierre Bigaré collaborateur de la revue Dissidences et qui a mené une enquête sur la fin de Mathieu Bucholz, plusieurs des amis et proches de ce dernier avaient été arrêtés quelque temps avant et interrogés sur ses activités. Il est abattu et son corps est retrouvé dans la Seine, à Colombes, le 20 septembre. L’autopsie pratiquée montrera qu’aucune des balles n’était mortelle. Après la guerre, une instruction est ouverte à l’encontre des assassins présumés mais elle conduit à un non-lieu en 1950.

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