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Un point de vue sur la révolte en Israël - Matière et Révolution
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Un point de vue sur la révolte en Israël

mercredi 10 août 2011

Entretien sur les protestations en Israël

5 août 2011

Pascal, tu milites à l’Initiative communiste-ouvrière, tu suis régulièrement l’actualité en Israël où tu es déjà allé. Avant tout, que se passe-t-il donc là bas ?

Israël est secoué par le plus fort mouvement social depuis la création de l’État en 1948. Pour bien comprendre le mouvement, il faut faire un point rapide sur la situation sociale en Israël qui est loin d’être, pour les travailleuses et les travailleurs, une « terre promise ». Pour juste donner un exemple, les salaires n’ont quasiment pas augmenté alors que ces cinq dernières années, la population a subi une inflation de 16%, et près de 30% pour les produits alimentaires. 25% de la population israélienne vit en dessous du seuil de pauvreté, et à cela il faut ajouter les politiques de privatisation qui s’en prennent à des secteurs comme l’éducation ou la santé publique. Chez les jeunes travailleurs d’Israël, il n’est pas rare d’avoir deux ou trois emplois précaires pour essayer de joindre les deux bouts… C’est donc sur la hausse des prix que les protestations ont commencé, d’abord, en particulier par des réseaux sociaux, contre la hausse du prix du fromage blanc, un aliment de base en Israël, puis sur la question de l’accès et des prix du logement, avec, à Tel Aviv d’abord et dans d’autres villes ensuite, la mise en place de campement de tentes. Après une manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Tel Aviv le samedi 23 juillet, le mouvement ne cesse de se renforcer pour dénoncer à la fois la vie chère et les privatisations. Et si la question du logement est celle qui a lancé le mouvement, il y a de nombreuses autres protestations, comme celle des médecins des hôpitaux publics, de salariés de l’éducation contre la privatisation, des parents lors des « marches des landaus » pour la baisse des prix des produits pour bébés, l’accès aux crèches et aux congés maternité et parentaux.

Quelle est l’ampleur du mouvement social et quelles sont ses revendications ?

Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il faut rappeler que Israël est un petit pays avec 7,5 millions d’habitants. Or, la manifestation du samedi 30 juillet ont rassemblées 150.000 personnes. Et si les manifestations de samedi (qui est le jour où l’on ne travaille pas en Israël) sont les plus massives, il y a quotidiennement des protestations, dans les grandes villes comme Tel Aviv, Jérusalem ou Haïfa, mais aussi dans des villes plus petites comme Kiryat Shmola, Natanya, etc. Et il est à noter que le mouvement de protestation touche aussi les villes arabes comme Nazareth et les villages arabes ou druzes de Galilée ou bédouins dans le Néguev.

Les revendications concernent essentiellement l’accès au logement, la vie chère et le refus des privatisations. Le 2 août, les représentant(e)s de quarante campements de protestation à travers tout le pays ont élaboré une plate-forme revendicative où on trouve, en plus de l’accès au logement et le refus du plan de Netanyahou sur le logement (la promesse de construire 50.000 logements… dans sept ans), des revendications comme la gratuité de l’éducation, la création de postes, de lits et l’augmentation du budget pour les hôpitaux, le refus de la privatisation de l’éducation et de la santé mentale, la baisse des impôts indirects, etc. Ce qui est à noter c’est que le lendemain, suite à une rencontre avec des protestataires du secteur arabe, deux revendications spécifiques à la communauté arabe d’Israël ont été ajoutées. Il s’agit de la reconnaissance officielle des villages non-reconnus des bédouins du Néguev et l’augmentation des terrains pour la construction dans les villes et villages arabes.

Peux-tu en dire plus sur ces villages non-reconnus du Néguev et sur les protestations dans la communauté arabe ?

Tout d’abord, il faut rappeler que 20% de la population israélienne est arabe. Les arabes subissent, comme les autres israéliens, l’exploitation capitaliste, le chômage, les hausses des prix et les politiques d’austérité. A cela s’ajoute en plus des discriminations racistes, parfois indirects par exemple pour ce qui est de l’emploi. A l’exception des druzes et des volontaires, les arabes d’Israël ne font pas leur service militaire, et pour les emplois par exemple, il arrive fréquemment que des annonces indiquent rechercher quelqu’un « ayant terminé son service militaire », ce qui exclut de fait les Arabes. Dans le Néguev, au sud d’Israël, bien des bédouins vivent dans ce qu’on appelle des villages non-reconnus. Aussi, les habitant(e)s de ces villages n’ont quasiment pas accès aux services ou équipements publics et sont sous la menace constante de voir leurs villages détruits par l’armée. Il y a depuis des années régulièrement des protestations des habitant(e)s de ces villages, et il est intéressant de souligner le lien, parmi les revendications, entre les bédouins du Néguev et les habitants des villes. A Beer Sheva d’ailleurs, les bédouins ont participé aux manifestations pour le logement aux côtés des étudiants et des jeunes de la ville.

Au delà du Néguev, le mouvement de protestation touche également les villes et les villages arabes au nord d’Israël. Ainsi il y a eu des manifestations à Nazareth, un campement a été installé à Taibeh, etc. Et bien sûr, dans les villes comme Haïfa, juifs et arabes manifestent ensemble. Il s’agit bien d’un mouvement qui regroupe l’ensemble de la classe ouvrière et au-delà des classes populaires (il y a eu une manifestation de fermiers à Tel Aviv par exemple le 3 août), qu’il s’agisse de Juifs ou d’Arabes.

Du Wisconsin à l’Europe, un nombre croissant de manifestations de masse se développe contre les politiques de restrictions budgétaires qui font payer aux travailleurs la crise financière. Le mouvement social en Israël relève t-il plutôt de cette caractéristique ou s’inspire t-il, comme un peu les Indignés espagnols, du mouvement dans les pays arabes ?

Il me semble qu’il y a actuellement un mouvement global de contestation des politiques d’austérité et des attaques de la bourgeoisie, mouvement qui prend des formes différentes selon les pays, les contextes et les forces politiques en présence, mais qui est l’expression d’une révolte commune. Par exemple, pour la Tunisie ou l’Égypte, on a essentiellement mis en avant les revendications contre la dictature, mais dans ces deux pays, les protestations s’en prenaient aussi au chômage, à la misère et à l’exploitation. En Tunisie, le mouvement de révolte a commencé par l’immolation par le feu d’un jeune chômeur et la classe ouvrière a joué un rôle essentiel dans la fuite de Ben Ali, tout comme en Égypte, avec des grèves massives. En Espagne, bien que des militants d’extrême-gauche aient tenté de construire des liens entre les protestations des « indignés » et les luttes ouvrières dans les usines, il semble que la direction du mouvement soit restée à un vague apolitisme, ce qui est souvent une couverture pour des politiques réformistes. Dans des pays comme la France ou la Grande-Bretagne, les protestations sont actuellement plutôt dans un cadre syndical, en Grèce on retrouve un peu des deux, tout comme au Chili avec des protestations étudiantes et des grèves ouvrières dans les mines.

Pour des raisons géographiques, les protestations d’Israël s’inspirent bien sûr des mouvements dans des pays voisins comme l’Égypte ou la Syrie. Un slogan, dans des manifestations, indique « printemps arabe, été israélien », ce qui est particulièrement sympathique dans un pays où le gouvernement et la bourgeoisie cherchent à faire taire les conflits de classe au nom d’une « union sacrée » vis-à-vis de la Palestine et des pays arabes voisins. Après, le contexte politique en Israël est plus proche de celui de l’Europe ou des États-Unis que de celui de l’Égypte ou de la Syrie. Lors de manifestations, en particulier lors de blocages de routes ou de la tentative de bloquer la Knesset (le parlement israélien) le 3 août, il y a eu quelques affrontements avec les forces de police et des arrestations de manifestants, mais cette répression ne peut pas être, aujourd’hui, comparée avec celle de pays comme l’Égypte, l’Iran ou la Syrie avec des bains de sang et des tirs à balles réelles ou des tortures sur les protestataires.

Par contre, les mouvements révolutionnaires en Tunisie, en Égypte et plus globalement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, inspirent je crois les protestations partout dans le monde, elles ont permis de montrer que la rue peut faire dégager des dictateurs, même si rien n’est gagné pour les ouvriers et plus largement la population, tant en Égypte qu’en Tunisie, que ce soit pour le pain ou pour la liberté. Elles ont montré que les ouvriers, et plus largement la population, peut descendre dans la rue et prendre en main son destin. Et au-delà des revendications en elles-mêmes, un éléments très intéressant en Israël, c’est cette volonté des gens d’agir directement sur leur futur. Les protestataires du campements de Tel Aviv ont ainsi déclaré être prêt à négocier directement avec Netanyahou à la condition que les négociations soient publiques, c’est à dire filmées et diffusées, ce que bien sûr, la bureaucratie syndicale de l’Histadrout n’a pas apprécié. Dans un précédent entretien tu ne semblais guère voir que le Parti Communiste d’Israël comme force progressiste organisée dans ce pays. Est-ce que cela se confirme ou y a-t-il un élargissement ? J’ai dû mal me faire comprendre dans le précédent entretien. Il y a, en Israël, de nombreux mouvements et campagnes que l’on pourrait qualifier de progressistes, des mouvements de femmes, des mouvements contre le racisme, contre le militarisme, pour les droits des homosexuels face aux religieux, pour la paix contre l’occupation, ainsi que des petits groupes d’extrême-gauche anarchistes ou trotskistes. Le Parti Communiste d’Israël n’est probablement pas le parti révolutionnaire qui pourrait permettre à la classe ouvrière de faire la révolution et de prendre le pouvoir. Par contre, c’est le seul parti qui n’est ni sioniste ni nationaliste arabe, et il organise des militantes et des militants, juifs et arabes, qui luttent en direction de la classe ouvrière, combattent le racisme et l’occupation en Palestine, pour les droits des femmes ou les droits des homosexuels, etc. Dans le mouvement actuel, les militants du Parti Communiste sont très actifs, on le voit aux drapeaux rouges dans les manifestations, ils organisent certains des campements en particulier dans les villes et villages arabes du nord, et la présence de militants communistes n’est par pour rien dans certaines initiatives comme la participation des protestataires du campement de Jérusalem à la Gay Pride de cette ville (qui est à chaque fois une manifestation sous forte tension face aux réactionnaires religieux) ou dans la prise en compte des revendications spécifiques de la communauté arabe dans la plate-forme revendicative.

Comment se comportent les syndicats israéliens ?

Le syndicat en Israël, l’Histadrout, est une centrale très bureaucratisée, conciliatrice, nationaliste, etc. Son activité habituelle est essentiellement de négocier avec le gouvernement et le patronat, en lançant parfois des grèves très encadrées et limitée à une journée. Le mouvement actuel n’a été à aucun moment lancé par l’Histadrout. La position de la bureaucratie syndicale est ambigüe, elle ne peut pas se désolidariser d’un mouvement massif, qui d’après les sondages est soutenu par plus de 80% de la population, tout en s’inquiétant des potentialités radicales de ces protestations. Ainsi, l’Histadrout a organisé un meeting ouvrier de masse à Tel Aviv le 4 août, mais dans le même temps, Eini, le secrétaire général de l’Histadrout, a déclaré que si le but du mouvement était de renverser le gouvernement de Netanyahou, il ne le soutiendrait pas. La direction de l’Histadrout s’inquiète également et a dénoncé la demande des campeurs de Tel Aviv de négociations publiques. Il est à noter aussi qu’il existe une fraction communiste au sein de l’Histadrout et qu’elle milite pour un appel à la grève générale. Et c’est là aussi quelque chose de nouveau en Israël, la question de la grève générale est posée et dépasse les cercles militants. C’est ainsi que lundi 1 août, 150.000 travailleurs des collectivités locales se sont mis en grève pour soutenir le mouvement contre la vie chère.

A propos du syndicalisme en Israël, il peut être intéressant de revenir un peu en arrière. Au mois de mars 2011, les travailleurs sociaux avaient fait 23 jours de grève pour les salaires, une grève longue et dure, là aussi un phénomène nouveau dans le pays, avec des manifestations devant le siège de l’Histadrout pour refuser la fin de la grève et la signature d’un accord au rabais, et des tentatives de formes d’auto-organisation indépendante de la bureaucratie syndicale. Ce mouvement ne permet-il pas de remettre en cause l’idée d’un Israël monolithique et homogène, avec une population qui serait soudée autour d’un projet national sioniste, colonialiste, relais de l’impérialisme américain, comme certains s’appliquent à le dépeindre ? Le pays n’est-il pas tout autant, sinon davantage, traversé de contradictions liées davantage à la lutte des classes comme pour tout autre pays ?

Je pense que je vais t’étonner et étonner des lecteurs, mais à mon avis le « projet sioniste » est bel bien mort et enterré en Israël. Bien sûr, à part le Parti Communiste, les nationalistes arabes, les islamistes et quelques ultra-orthodoxes de Méa Shéarim, tous les partis se réclament du sionisme, mais ça me semble être un résidu idéologique, un peu comme le pan-arabisme en Syrie. En tout cas, il n’y a plus de « projet sioniste », les nouveaux arrivants en Israël, qui viennent de l’ex-URSS, sont plus des immigrés économiques que des pionniers sionistes, les kibboutz sont devenus des entreprises capitalistes comme les autres, et même en ce qui concerne les territoires occupés en Palestine, la quasi-totalité de la population et même des politiciens, savent que tôt ou tard ils devront les quitter. Cela ne signifie pas, bien sûr, la fin de l’occupation dans un futur proche, les gouvernements successifs ne savent pas comment quitter les territoires palestiniens, mais le projet d’annexion pure et simple de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, du « Grand Israël » de la mer à la rivière (le Jourdain) n’est plus à l’ordre du jour, sauf pour quelques fanatiques nationalistes. Lors des dernières guerres menées par Israël, comme au Liban en 2006 ou dans la Bande de Gaza en 2008, le discours du gouvernement se basait non pas sur un projet sioniste, mais uniquement sur la « sécurité ». Il n’y a donc plus, à mon avis de « projet sioniste », en tout cas de projet sioniste capable de mobiliser la population, et même au-delà je dirais que la bourgeoisie israélienne, comme la bourgeoisie de bien des pays du monde, n’a même plus de projet mobilisateur du tout, elle se contente de gérer pour défendre ses intérêts au jour le jour.

Des décennies de conflits, par contre, ont longtemps permis à la bourgeoisie israélienne d’imposer une union sacrée autour de ses intérêts. Je t’avais parlé, lors d’un précédent entretien, comment lors d’une menace de grève à l’aéroport Ben Gourion, le patronat avait hurlé qu’une telle grève serait « pire que le Hezbollah ». Les politiques nationalistes et guerrières, où que ce soit dans le monde, ont toujours comme but et conséquence d’enchainer la classe ouvrière à la bourgeoisie, du moins jusqu’au jour où cela craque. L’État d’Israël est à mon sens un État bourgeois comme un autre, et cela n’a rien de sioniste ou de pro-israélien que de dire ça pour un communiste qui vise à la destruction de tous les États bourgeois et du système capitaliste à l’échelle mondiale. L’occupation de la Palestine ou les bombardements sur le Liban ou la Bande de Gaza, sont bien entendu barbares et inhumains, tout comme l’est la politique de la France en Afrique, des États-Unis en Irak, de la Russie dans le Caucase, les interventions militaires de l’Iran et de la Turquie au Kurdistan, etc. Mais toutes ces guerres et interventions militaires, si elles sont payées par le sang et les morts dans les pays où elles ont lieu, sont aussi payés par la classe ouvrière des pays qui interviennent. Quel est le prix en dollars de l’occupation de l’Irak pour les États-Unis et combien d’écoles, de logements sociaux, de programmes de santé ou autres politiques sociales auraient pu être financées avec cet argent ? Même chose en Israël, où la population subit à la fois la recherche du profit maximum par la bourgeoisie et doit en plus supporter le coût de l’occupation et du militarisme, au détriment de services utiles pour la population.

Pour Israël, les nationalistes des deux bords ont toujours cherché à nier ou à masquer les conflits de classes. Mais comme je l’indiquais avec quelques chiffres au début de l’interview, Israël est loin d’être une terre promise pour les ouvriers, qu’ils soient juifs ou non. Le mouvement massif auquel nous assistons permet de rappeler au monde que ce pays du Proche-Orient est bien un pays comme un autre, avec une classe ouvrière, des pauvres, bref des gens qui souffrent de l’exploitation capitaliste et des politiques bourgeoises, et qui sont capables, comme tous les prolétaires sur cette terre, de se révolter. Le soulèvement de 2009 en Iran a mis fin à cette idée répandue en Occident d’un peuple iranien fanatisé par la religion et uni derrière les mollahs, les révolutions en Égypte et en Tunisie ont définitivement balayé l’image de populations arabes soumises aux dictatures, et de la même façon, le mouvement actuel en Israël met fin à l’image d’un gouvernement israélien représentatif de la population du pays. En gros, les préjugés contre telle ou telle population, les délires réactionnaires sur le prétendu « choc des civilisations », tout cela vole en éclat dans les faits, montrant aux quatre coins du monde, face aux bourgeoisie, des exploités qui se révoltent et luttent pour le pain et la liberté, pour un avenir meilleur. Les révoltés d’Israël s’inspirent de ceux d’Égypte, et à n’en pas douter, les protestations en Israël auront aussi un impact et une influence sur les prolétaires palestiniens… quelle meilleure illustration de la nécessité d’une politique internationaliste, de cette phrase de conclusion du « Manifeste Communiste » de Karl Marx et d’Engels, « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » !

(entretien réalisé par Stéphane Julien)

4 Messages de forum

  • Un point de vue sur la révolte en Israël 19 août 2011 13:46, par F. Kletz

    L’attentat en Israël tombe à pic pour les dirigeants du pays, son état, son gouvernement et toute la classe capitaliste : au moment où le mouvement de contestation s’étend à tout le pays, les « islamistes » auraient fait un attentat.

    La réponse du gouvernement est de désigner des individus réfugiés à gaza. Et l’armée de répondre en bombardant un quartier de Gaza !

    Cette manipulation va-t-elle fonctionner ? Les manifestants vont-ils continuer à se faire confiance ou bien vont-ils rentrer chez eux en faisant confiance au gouvernement et à l’État pour les protéger ?

    Pourtant, on sait bien que, comme en Syrie, les premiers ennemis des populations, contrairement à tous ces faux-indignés qui siègent à l’ONU sont les gouvernements.

    En Israël comme ailleurs. Frapper sur gaza c’est en fait faire passer le message que si les manifestants ne rentrent pas chez eux, il en ira comme en Syrie : répression et guerre civile entre les dirigeants et leur population.

    Voilà comment les dirigeants israéliens masquent les rapports de classe dans la société israélienne.

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  • L’armée israélienne, qui avait infligé onze jours de prison à un soldat ayant enfreint la loi juive en mangeant un sandwich non casher, a annulé sa peine devant la vague de protestations qu’elle a soulevée.

    "En un mot comme en cent, nous avons eu tort", a écrit le porte-parole, le général Moti Almoz, sur sa page Facebook. La sanction "a été annulée et (le soldat) a pu rentrer chez lui", a-t-il ajouté.

    Ce message fait suit à une polémique. L’armée israélienne avait infligé onze jours de prison à un soldat pour avoir enfreint la loi juive en mangeant un sandwich non casher.

    L’armée a donc a annulé sa peine devant la vague de protestations qu’elle a suscité. Des internautes ont comparé les règles appliquées en Israël à l’intransigeance religieuse en vigueur en Arabie saoudite. Certains, beaucoup moins nombreux, ont défendu la sanction.

    Le soldat en question, né aux Etats-Unis et récemment arrivé en Israël pour accomplir son service militaire de son plein gré, avait consommé un sandwich au porc lors d’un cours pour sous-officiers. Or l’armée israélienne, en tant qu’institution officielle, est tenue d’appliquer la cacheroute. Le code alimentaire que prescrit le judaïsme interdit la consommation de certaines viandes comme le porc, de crustacés ou le mélange de viande et de laitage dans le même repas.

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  • L’aventure des Indignés de Tel Aviv a duré moins de deux mois : lancée le 14 juillet 2011, la “révolte des tentes” s’est achevée dans la nuit du 6 au 7 septembre de la même année. Les manifestants israéliens formulaient une principale revendication : un logement à prix plus abordable. Au fil des semaines, la protestation des milliers d’Israéliens qui sont descendus dans les rues s’est élargie à la cherté de la vie et à la solidarité sociale en général.

    Face à un des mouvements sociaux les plus larges qu’ait connu Israël, le Premier ministre Netanyahou nomme une commission d’experts présidée par le professeur d’Économie, Manuel Trajtenberg. Publié début septembre 2011, le « rapport Trajtenberg » a classé ses recommandations en trois principaux chapitres : une aide immédiate aux parents de jeunes enfants ; la modification de la politique fiscale et de l’impôt sur le revenu en particulier ; la baisse des prix de l’immobilier et la construction de logements destinées à la location bon marché.

    Cinq ans après, où en sont les recommandations de la commission Trajtenberg ? La principale revendication des Indignés israéliens n’a pas été satisfaite : le coût du logement a poursuivi sa hausse. Au cours des 5 dernières années, le prix de vente d’un appartement moyen a encore augmenté de 50% et les loyers ont bondi de 30%.

    La construction massive recommandée par le rapport Trajtenberg n’a pas tenu ses promesses ; début 2016, il manquait encore environ 50.000 logements pour résoudre la pénurie et inverser la courbe des prix. Beaucoup de jeunes Israéliens ne peuvent accéder à la propriété d’un logement, et doivent se rabattre sur une location qui reste chère.

    Au chapitre de l’alimentation aussi, les prix en Israël ont continué à caracoler loin devant les prix pratiqués dans la majorité des pays occidentaux. Ce n’est qu’en juillet dernier que le gouvernement israélien a adopté une réforme (la réforme dite des Cornflakes) qui favorisera l’importation de toute une gamme de produits alimentaires ; les droits de douane sont abaissés et les quotas d’importation sont relevés. Cette réforme devrait inciter les monopoles locaux de l’agroalimentaire (comme Osem ou Strauss) à baisser leurs prix pour les aligner sur ceux de la concurrence internationale, mais les résultats ne sont attendus qu’en 2017.

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  • Le principal échec du gouvernement israélien se trouve dans la lutte contre la cherté de la vie. À l’exception de quelques succès ponctuels, le coût de la vie en Israël reste élevé. Car la cherté de la vie ne se règle pas à coup de millions de shekels ; si l’argent public a permis d’alléger certains postes de dépenses des familles israéliennes (comme l’éducation), il ne suffit pas pour résoudre les problèmes structurels de l’économie d’Israël.

    La lutte contre la cherté de la vie en Israël exige une plus grande régulation de l’État, le démantèlement des monopoles et des cartels, une réduction de la bureaucratie publique, etc. Autant de mesures qui sont longues et plus compliquées à mettre en œuvre.

    Résultat : la majorité des recommandations Trajtenberg destinées à réduire le coût de la vie des Israéliens n’a pas été appliquée. Dans de nombreux secteurs (comme les ports, le ciment, l’agroalimentaire, l’énergie, etc.), la concurrence ne s’est pas améliorée et les prix n’ont pas baissé.

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