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Deux mois de gilets jaunes : premier bilan - Matière et Révolution
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Deux mois de gilets jaunes : premier bilan

samedi 19 janvier 2019, par Robert Paris

Macron : « Je suis prêt à prendre tous les risques ». Même celui de blesser gravement et de... tuer ! La démocratie des ronds-points qui fait peur aux nantis

édito

Deux mois de gilets jaunes : premier bilan

Deux mois après, malgré les épisodes de carottes alternant avec les coups de bâton du pouvoir d’Etat, le mouvement des gilets jaunes s’approfondit dans le monde du travail, gagne en ampleur et s’organise.

Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement inédit en France, sinon au niveau international, par le fait que sa base réelle, ce sont des exploités et des opprimés qui s’organisent eux-mêmes, décident de tout eux-mêmes, et surtout décident de ne pas négocier avec le pouvoir, de ne pas pactiser du tout avec aucune institution, ni étatique, ni des partis politiciens, ni des appareils bureaucratiques des syndicats, un mouvement qui refuse toute fausse négociation, toute fausse représentation.

Ceux qui subissaient toujours en silence, qui ne s’exprimaient quasiment jamais, même dans les luttes sociales, s’organisent et décident par eux-mêmes.

Une autre originalité du mouvement, c’est que la lutte, même si elle a des points forts les samedis, s’organise tous les jours, partout dans tout le pays et pas seulement dans quelques grandes villes.

Depuis le 17 novembre, pas un seul jour, la mobilisation des gilets jaunes n’a cessé : occupation des ronds-points, rassemblement, blocages, occupations, manifestations, réunions, distributions de tracts, interventions sur les réseaux sociaux, etc. C’est aussi ce fait, que la lutte ne soit pas segmentée, ni dans le temps, ni sur le plan d’une seule catégorie, d’une seule profession, d’un seul secteur, d’un seul signe, mais rassemble toutes les révoltes sociales, qui en fait, dès maintenant et quelque soit la suite, un événement historique dans la lutte des classes en France, et même dans le monde.

Enfin, la colère sociale des exploités a trouvé le moyen de s’organiser en permanence et en masses, de s’exprimer, alors que jusque là elle était détournée, dévoyée, désorganisée par les appareils réformistes, politiques et syndicaux.

Nos adversaires prétendent que le mouvement des gilets jaunes n’aurait rien changé de fondamental, le gouvernement faisant payer d’une main ce qu’il cède de l’autre. Ils prétendent que ce sont des violences inutiles et même nuisibles. Ils continuent à nous tenir le discours des réformes alors qu’on a bien vu que cela ne menait qu’à nous étrangler sans cesse plus, à nous serrer la ceinture, à casser les services publics, à casser les emplois et les salaires, etc.

Pour la première fois depuis de longues années, le pouvoir des milliardaires a été contraint de reculer sur bien des points alors que jamais il ne l’avait fait même devant des mouvements pourtant massivement suivis mais dirigés par les appareils réformistes, notamment ceux des appareils syndicaux.

Mais l’essentiel, c’est que, pour la première fois, ce n’est pas seulement quelques politiciens au pouvoir qui ont eu peur, ce sont les classes possédantes elles-mêmes ! Et ce n’est pas un hasard : les gilets jaunes s’attaquent à la racine même de la misère, de l’exploitation et de l’oppression, aux milliardaires, aux banquiers, aux financiers, aux patrons des trusts, aux hauts fonctionnaires, à toutes les forces qui défendent le pouvoir des milliardaires. Ils ne respectent pas les règles de cet Etat ouvertement au service d’une infime minorité de possesseurs du grand capital alors que les réformistes n’ont jamais cessé de les respecter toutes !

Les gilets jaunes se sont refusés de demander l’autorisation de se rassembler, de manifester, de bloquer, de se réunir, de s’organiser et même la répression la plus violente, comme ce pays n’en avait pas connu, ils n’ont pas reculé sur ce point. Ils n’admettent pas le pouvoir d’Etat des capitalistes ni comme un médiateur, ni comme un négociateur, ni comme un pouvoir démocratique à respecter et cela rompt radicalement avec tous les discours mensongers des dirigeants réformistes depuis de trop longues années.

Bien sûr, ce mouvement ne peut pas transformer les tigres capitalistes en moutons, ni les forces étatiques de répression en forces démocratiques, mais il dévoile le caractère réel du pouvoir des classes possédantes et c’est déjà une avancée considérable. Le mouvement ne peut pas réformer la dictature capitaliste qui se cache derrière la fausse démocratie mais elle la dévoile tous les jours.

L’Etat capitaliste prétend consulter la population mais arrête, matraque, blesse gravement ceux qui s’expriment réellement. Un blogueur qui appelle à manifester devant une entreprise pétrolière écope de six mois de prison ferme pour simple délit d’opinion. Un grand nombre de personnes considérées par le pouvoir comme des leaders des gilets jaunes sont fichées, arrêtées même, sans qu’aucun acte ne soit retenu contre eux à part le délit de s’organiser !!!

En fait, ce que les classes possédantes ne peuvent pas supporter, ce n’est pas que les gilets jaunes manifestent ou même qu’il y ait des casseurs (il y en avait même dans des manifestations syndicales ou des associations environnementalistes), c’est surtout que les exploités s’organisent et offrent une alternative à la prétendue démocratie du capital, la vraie démocratie du travail, celle qui s’est organisée au départ dans les groupes occupant les ronds-points dans tout le pays et qui maintenant s’organisent en permanence. C’est là qu’est le principal acte vraiment révolutionnaire des gilets jaunes !

On remarque ainsi que le pouvoir interdit les rassemblements des gilets jaunes aux ronds-points, même quand ceux-ci ne bloquent rien, n’empêchent pas la circulation des véhicules. Ce que le pouvoir tente d’empêcher, c’est que les plus démunis s’organisent. Il fait interdire les réunions en prétextant que c’est l’organisation de manifestations illégales et d’une insurrection contre le pouvoir en place, qu’ils appellent le « pouvoir démocratique » sous le prétexte qu’il a été élu dans le cadre des lois imposées par la grande bourgeoisie !

« C’est le pouvoir de la rue, ou plutôt des ronds-points, contre la démocratie », s’est exclamé Macron qui prétend avoir inventé une nouvelle démocratie consultative avec son « grand débat ». Mais, dans ce fameux débat, on pourra débattre de tout, dit-il, mais on saura d’avance que rien de fondamental ne changera et, en particulier, il assure qu’il ne fera pas payer les riches, qu’il continuera ses « réformes », c’est-à-dire la casse des services publics, des droits sociaux, du code du travail, etc.

« Nous sommes en train d’inventer une nouvelle forme de gouvernance » dit Macron. C’est le gouvernement du pipeau intégral, sa nouveauté ?!

Que les opprimés s’organisent en masse, c’est cela qui est en train de transformer toute la situation politique et sociale, à la fois pour les exploités et pour les exploiteurs !

Il suffit pour s’en convaincre de voir que le pouvoir appelle des capitalistes à augmenter les salaires dans des entreprises où les salariés ne sont même pas encore en grève, ou encore ont été en grève derrière les syndicats sans rien obtenir.

Cela montre bien que les classes possédantes vivent dans la crainte que l’explosion sociale des gilets jaunes atteigne massivement les travailleurs ayant un emploi, travaillant dans des entreprises. Déjà bien des salariés ont rejoint individuellement la lutte, mais les appareils syndicaux ont fait tout ce qu’ils ont pu pour retarder la convergence.

C’est l’explosion prolétarienne générale que les classes possédantes craignent le plus et on y va lentement mais surement…

Les appareils syndicaux ont fait tout ce qu’ils ont pu pour repousser cette échéance inévitable mais eux-mêmes, s’ils ne voulaient pas perdre tout crédit et pouvoir jouer le moindre rôle pour cantonner ou détourner la lutte, se sont sentis obligés d’y participer progressivement. Cela aussi montre que le mouvement est en train de gagner toute la classe ouvrière puisque les appareils sont contraints de suivre, malgré toutes leurs réticences et leurs mensonges.

Bien sûr, cela signifie aussi que l’affrontement de classes s’approfondit et devient plus violent. Le pouvoir ne se contente pas d’avoir un discours de carotte démocratique (j’écoute, je consulte, j’organise le débat, je permets au peuple de voter), il a aussi la politique du gros bâton (matraques, gaz lacrymogènes, grenades, tirs à balles plastiques ou fusils d’assaut à balles réelles, blindés, charges de police, y compris à cheval, milliers de blessés graves, milliers d’arrestations, etc.). Et la radicalisation progressive de la violences des forces de répression n’est pas le fait de quelques individus mais d’une décision du pouvoir, d’une nécessité pour les classes possédantes qui ne peuvent supporter de voir une démocratie prolétarienne naître sous leurs propres yeux sans tenter de se préparer à la noyer dans le sang, oui dans le sang. Et c’est là la seule perspective pour un pouvoir des exploiteurs du moment que les exploités ne se laissent plus faire, ne sont plus canalisés et enfermés par les cadres habituels du réformisme.

Le bain de sang ne fait pas peur à Macron qui a déclaré « Je suis prêt à prendre tous les risques » !!!! Luc Ferry n’est plus seul à se préparer à tirer à balles réelles sur les manifestants et à aller vers la dictature militaire : Macron, lui, est prêt à tout…

Oui, l’affrontement de classes, entre exploiteurs et exploités, voilà la réalité du mouvement des gilets jaunes, et cet affrontement est rendu inévitable et incontournable par le fait que la domination capitaliste, y compris dans un des pays riches qui domine sur la planète, qui intervient partout au travers de ses forces armées, est menacée de s’effondrer dès le prochain krach financier.

Si un pays riche comme la France est aussi un pays où les démunis sont pauvres comme en France, au point que des gens qui ont un emploi, une retraite ou des allocations chômage, si des femmes seules ne savent pas comment finir les fins de mois, si un tel pays devient le lieu de confrontations de classes permanentes, si les prolétaires s’y organisent en masse, c’est bel et bien que le monde capitaliste est remis en question dans ses fondements mêmes.

Ce qui est en cause, ce n’est pas seulement Macron, ni seulement les politiques des gouvernants précédents, ni seulement le libéralisme, ni les réformes antisociales toutes seules : les gilets jaunes s’en prennent carrément à la division entre riches et pauvres et aux liens du pouvoir d’Etat avec les riches, ils font veulent non seulement revendiquer sur le terrain économique mais aussi sur le terrain politique, ce que les appareils syndicaux avaient toujours refusé, prétendant que c’étaient les élections dans le cadre légal bourgeois qui étaient la seule intervention politique, les syndicats se gardant disaient-ils de s’en mêler !

Eh bien, oui, les prolétaires ont à intervenir dans tous les domaines : économiques, sociaux et politiques. Ils peuvent discuter et décider de tout ! Ils peuvent s’organiser pour débattre de toutes ces questions, et se donner les moyens de mettre en pratique leurs idées. Ils n’ont pas à se plier aux règles édictées par les possédants. L’Etat actuel n’est pas le leur, le gouvernement n’est pas le leur, la police et l’armée ne sont pas les leurs, les banques ne sont pas les leurs, et tous le montrent bien clairement dans les événements actuels !

Alors, ils n’ont aucune raison de se plier aux volontés, aux ordres, aux consignes, aux règles de ces gens-là !

Ils ont toutes les raisons de fonder eux-mêmes leurs propres décisions, leurs propres règles, leurs propres moyens de défense, leurs propres lois, leur propres organisations.

En somme nous n’assistons pas seulement à une révolte sociale mais à une insurrection, un véritable pouvoir des exploités se développant face au pouvoir des exploiteurs !!!

Et, si les exploités ne se laissent pas détourner par les réformistes et opportunistes professionnels (y compris des organisations de gauche syndicale ou de gauche de la gauche, et même prétendument d’extrême gauche), l’avenir appartient aux exploités !

6 Messages de forum

  • Deux mois de gilets jaunes : premier bilan 20 janvier 10:23, par andré

    Hier nombre record de blessés graves, victimes des forces de répression !!!

    Le pouvoir des milliardaires est prêt à noyer la vague d’auto-organisation du prolétariat français dans un nouveau bain de sang, comme en 1848 et en 1871 et comme dans les deux guerres mondiales qui sont aussi deux bains de sang contre-révolutionnaires des prolétaires ! Toujours aussi sanglant le grand capital en France !!!

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  • Au bilan, il y a aussi que 56% continuent de soutenir les gilets jaunes !!! En face, Macron n’a pas un tel soutien. D’où la nécessité de mêler fausse démocratie et vraies violences policières !!!

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  • Le mardi 8 janvier, Hedi Martin, un manifestant de 28 ans, a été condamné à six mois de prison sans libération conditionnelle par un tribunal correctionnel de la ville de Narbonne. Son seul « crime » a été d’avoir publié sur Facebook, le 2 janvier, un article appelant à une manifestation des « Gilets jaunes » pour bloquer la raffinerie de pétrole de Port-la-Nouvelle. La police l’a arrêté dans les premières heures du 3 janvier, peu après la publication de son article.

    Les déclarations du procureur de la République et du juge lors de l’audience de Martin ont clairement indiqué que l’emprisonnement visait à intimider les appels à des manifestations. Le président du tribunal, Philippe Romanello, l’a attaqué pour la « notoriété certaine » de ses vidéos Facebook Live sur les ronds-points lors des manifestations des Gilets jaunes dans la région, notant qu’il avait démissionné de son contrat à durée déterminée dans une usine de chocolat pour « passer entre quatre et sept heures par jour » à manifester.

    Citant les messages de Martin sur Facebook, Romanello poursuit : « Ce message [posté le 2 janvier] donne l’impression que vous êtes au centre de l’information ». Le poste de Martin avait appelé à « tenir face au CRS » qui ont brutalement attaqué les manifestants avec des grenades éclair, des projectiles en sachet, des grenades lacrymogènes et des charges à la matraque. « Ça veut dire quoi ? » a demandé Romanello, « vous pouvez concevoir que ce message soit ambigu ? »

    La procureure de la République, Marie-Agnès Joly, avait exigé une peine encore plus sévère de deux ans d’emprisonnement et trois ans d’interdiction de manifester dans les lieux publics pour Martin, mais avait admis qu’il n’avait commis aucun acte violent réel. « Il ne s’agit pas de lui reprocher le passage à l’acte (violences ou dégradations) mais bien la participation à un mouvement violent », a-t-elle dit.

    De tels arguments, qui piétinent le droit de grève et celui de manifester, protégés par la Constitution, appartiennent à l’arsenal judiciaire d’un État policier fasciste et non d’une République démocratique. Selon cette logique, des dizaines de milliers de personnes qui ont participé aux manifestations des Gilets jaunes pourraient être jetées en prison.

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  • Au bilan de la situation en France, il faut remarquer un fait complètement nouveau dans ce pays.

    Une étrange situation caractérise en effet la scène politique française. Au moment où la lutte des classes entre opprimés et oppresseurs fait rage, les syndicats et partis politiques de gauche semblent dépassés et assistent en spectateur à ce conflit ouvert. Pour l’instant ces organisations semblent incapables d’encadrer et d’orienter ce soulèvement populaire qui manque cruellement d’une direction consciente et déterminée capable d’unir un mouvement sans unité, de le guider pour mener un combat politique de classe contre classe.

    Le Mouvement des Gilets jaunes, qui est né et s’est développé en dehors de toute organisation politique ou syndicale, est d’abord une révolte contre la situation économique et sociale désastreuse dans laquelle se trouve une large frange de la population. C’est une révolte contre cette politique de paupérisation ultra-libérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. C’est un rejet massif non seulement de ces politiques, mais aussi du Président de la République serviteur zélé de la classe dominante. Il est un produit authentique de la lutte des classes qui secoue la société française aujourd’hui.

    Mais le Mouvement des Gilets jaunes constitue aussi une contestation, un refus de l’immobilisme qui caractérise la plupart des directions politiques et syndicales de gauche.

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  • Deux mois de gilets jaunes : premier bilan 21 janvier 08:00, par un lecteur révolté

    En diminuant la valorisation des lectures concernant les gilets jaunes, ce qui fait baisser leur audience et leur importance, les nouveaux média comme google, facebook et tout internet démontrent qu’ils ne sont pas une démocratie mais le pouvoir du capital comme tous les autres média !!!

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  • Deux mois de gilets jaunes : premier bilan 22 janvier 21:52, par Alain C.

    Cette contribution peut être lue comme un ensemble de réflexions préliminaires, qui nous semblent nécessaires à la compréhension du mouvement en cours. Dans le feu de l’action, on ne saurait trancher directement les questions importantes qui se posent aujourd’hui. Cependant, pour prendre la situation au sérieux, il nous a semblé nécessaire d’aplanir le terrain en commençant par qualifier ces questions et le lieu théorique où elles se posent. Cette contribution sera suivie d’un deuxième volet, s’attaquant à l’identification de certaines limites dans la théorie de la communisation, qui empêchent de prendre en compte ce mouvement dans sa singularité et, plus généralement, qui parasitent la compréhension de la séquence dans laquelle nous nous trouvons. Il s’agit donc d’une ambition introductive et on espère pouvoir répondre, dès que possible, aux questions qu’on ne fait qu’essayer de poser ici.
    https://carbureblog.com/2019/01/22/...

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