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L'extrême gauche, la bureaucratie syndicale et la grève des aéroports - Matière et Révolution
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L’extrême gauche, la bureaucratie syndicale et la grève des aéroports

jeudi 5 janvier 2012, par Robert Paris

Le mouvement des aéroports a été canalisé, limité, isolé puis battu, enfin trahi par les directions syndicales et l’extrême gauche crie victoire alors que les revendications des salariés n’ont nullement été satisfaites et que les travailleurs n’ont pas pu s’organiser de manière indépendante des centrales traitres. A aucun moment, cette extrême gauche n’a cherché à les prévenir de la politique des centrales, de montrer qu’elle ne faisait que les isoler, qu’elle les abandonnait, qu’elle ne les soutenait même pas publiquement. Cherchez l’erreur ! Ce n’est pas une erreur : c’est une politique, celle de la gauche des appareils syndicaux...

Les leçons de la grève des aéroports

Le mouvement de grève a débuté le 16 décembre pour réclamer une revalorisation salariale. Le salaire mensuel d’un agent de sûreté est situé en moyenne entre 1 100 et 1 600 €. Le 16 décembre, les syndicats des entreprises de sûreté travaillant comme prestataires pour les aéroports ont lancé un préavis de grève national reconductible dans leurs différentes entreprises (ICTS France, Securitas, Brink’s, Alyzia Sûreté, etc.), qui emploient 10 000 salariés, pour exiger une revalorisation des salaires de 200 euros (qui s’échelonnent entre 1 100 et 1 400 euros selon les syndicats, 1 600 selon le patronat), et de meilleures conditions de travail.

Un récent rapport parlementaire souligne que « les personnels de sûreté sont les victimes de conditions de vie et de travail difficiles, parfois peu compatibles avec la vigilance et la concentration qu’exige leur activité de contrôle ». Le président du Sesa, Patrick Thouverez, a reconnu mercredi 21 décembre que « cette profession est un peu en mal de reconnaissance ». Il s’est dit favorable à des discussions sur les conditions de travail, mais pas sur les salaires, qui restent pourtant la principale requête des agents de sûreté.

Les patrons de Sécuritas, Brinks, ICTS imposent, avec la complicité d’ADP et des compagnies aériennes, des conditions d’un autre âge : des payes au niveau du Smic, des horaires impossibles, des temps partiels imposés, le travail sept jours sur sept, levés avant 5 h ou terminant à minuit passé, avec des plannings qui changent tout le temps, et en plus, pas de salle de repos ou de cantine, le mépris des chefs, et un statut précaire… Il y en a plus qu’assez !

A Roissy, c’est 180 policiers et 80 gendarmes qui, sans être formés pour cela, assurent une partie des contrôles de sécurité avant l’embarquement. Les « bleus », réduits à leur rôle de suppôts de l’ordre en place, deviennent ainsi des jaunes des temps modernes. Martiaux, Sarko et le délicieux Guéant viennent de déclarer qu’il n’était pas acceptable de prendre ainsi les Français en otage ! L’UMP annonce vouloir déposer une proposition de loi le 24 janvier prochain pour instaurer un service minimum dans les transports aériens. Des classiques, resservis sur tous les tons lors de chaque grève ! Le patronat du secteur joue le pourrissement pariant sur la division, l’épuisement et la lassitude.

Les salariés ont trouvé une revendication claire, unifiante et populaire : deux cents euros pour tous ! C’était le même mot d’ordre qui avait enflammé les Dom-Tom en février- mars 2009 et qui pourrait, dès aujourd’hui, servir de drapeau de ralliement à l’ensemble des salariés, rpivé comme public, précaires comme CDI !

Nathalie Artaud (LO), Olivier Besancenot (NPA), Jean-Luc Mélenchon et Marie-Georges Buffet (Front de gauche) se sont déjà rendus sur place pour affirmer leur solidarité et protester contre toute atteinte directe ou indirecte au droit de grève. Cela n’a rien de très étonnant. Par contre, aucun d’entre eux ne s’est étonné de l’absence des dirigeants nationaux des centrales qui, théoriquement, soutiendraient tous la grève...

Tous ont affirmé qu’il n’était pas normal que l’Etat intervienne contre les salariés et pour les patrons. Au lieu d’affirmer que tous les travailleurs doivent en tirer la leçon : l’Etat est bel et bien bourgeois et pas démocratique, ce qui signifie qu’à l’avenir, qui que ce soit qui gouverne, il ne faut pas s’attendre à ce que l’Etat, sa police, son armée, sa justice, soient impartiales ni soient aux côtés des victimes de l’exploitation...

Quelques leçons du mouvement des aéroports

La première, c’est que nous sommes dans une période où la classe capitaliste nous déclare collectivement la guerre et est prête à affronter des grèves radicales du moment qu’elles sont isolées. Donc, on ne peut pas nécessairement refuser de se battre dans certaines circonstances, mais il ne faut surtout pas se laisser isoler.

Les service de sécurité des aéroports ne sont pas les seules personnels qui pourraient se mettre en grève pour 200€ dans les aéroports. Tous ceux qui se refusent à appeler les autres secteurs des aéroports à se mettre eux aussi en grève sont des responsables de l’isolement de la grève...

La deuxième leçon, c’est que l’Etat est prêt à réprimer. Cela fait longtemps que l’on ne l’a ps vu à l’oeuvre contre les grèves de manière physique et violente, mais cela va revenir avec la crise. Il faut le savoir, le dire, en prévenir les travailleurs. Il ne faut semer aucune illusion sur le rôle de classe de l’Etat. Dire : l’Etat devrait intervenir pour faire reculer les patrons de la sécurité aéroportuaire, c’est semer des illusions...

Les articles de Lutte Ouvrière sur la grève

Les articles de Lutte ouvrière qui suivent ne reflètent nullement le point de vue de Matière et révolution et nous ne les citons que pour mieux souligner la trahison des intérêts ouvriers et de la construction d’une conscience de classe indépendante des appareils bourgeois que sont les centrales syndicales...

dimanche 1er janvier 2012

Aéroport de Roissy

Onze jours de grève et le moral pour l’année !

Désormais tout le monde connaît dans le pays la situation de ces sous-traitants des aéroports, travaillant sept jours sur sept, même le dimanche, pour un salaire proche du smic, et encore à condition d’être à temps plein. Leur révolte s’est fait entendre et c’est là un succès de leur grève.

Oui, les travailleurs se sont fait respecter. Les directions ne voulaient pas parler argent ou salaire, et ils ont dû faire des concessions. Les patrons de la branche ont fini par proposer une augmentation des primes. Un doublement de la prime de performance individuelle, ce qui la porterait à un mois de salaire, mais avec seulement 500 euros garantis, et le restant soumis à des critères aléatoires et arbitraires. À la toute fin, les patrons ont rajouté une augmentation de 1,60 euro par jour de la prime panier, l’équivalent de 370 euros d’augmentation sur l’année. Ils ont enfin accepté la reprise à 100 % du personnel en cas de changement de société titulaire du contrat.

La grève a continué mais lundi 26, à part la CGT, les directions syndicales ont signé le protocole, souvent contre l’avis de leurs propres élus de Roissy et contre celui de l’assemblée des grévistes.

Si les grévistes n’ont pas pu obtenir tout ce qu’ils demandaient, ils ont obtenu un accord qui concerne l’ensemble des 10 000 salariés des sociétés de sûreté opérant sur l’ensemble des aéroports du pays. Ils ont fait reculer les patrons et ils sont fiers de leur lutte et de s’être fait entendre de tous les travailleurs du pays.

Lutte Ouvrière n°2264 du 22 décembre 2011

Editorial

Contre les mensonges des ministres, solidarité avec les grévistes des aéroports

Le mouvement de grève des agents de sûreté, chargés du contrôle des bagages des passagers dans les aéroports, se poursuit. Et voilà que le gouvernement reparle d’un service minimum et menace de remplacer les grévistes par des policiers. La ministre de l’Écologie et des Transports, Kosciusko-Morizet, s’est déclarée quant à elle « choquée » des inconvénients que la continuation de cette grève implique pour les voyageurs : vols perturbés, avions retardés.

Eh oui, lorsqu’une catégorie de travailleurs arrête le travail, cela a des conséquences ! Preuve que, sans les travailleurs, rien ne fonctionne.

Pour que les avions volent, pour que des millions de personnes puissent se déplacer par ce moyen, il faut la collaboration d’une multitude de catégories de travailleurs : pilotes, hôtesses de l’air, bien sûr, mais aussi mécaniciens, bagagistes, agents de piste ou de sûreté, agents d’accueil ou d’entretien. Leurs qualifications sont différentes, leurs salaires aussi. Les uns dépendent des aéroports, les autres des compagnies aériennes, d’autres encore de multiples sociétés sous-traitantes. Ils ont tous en commun que, sans eux, les entreprises ne peuvent pas fonctionner, ne peuvent pas remplir leur rôle social, et qu’elles ne peuvent pas non plus produire du profit. La seule catégorie sociale liée au secteur qui est totalement inutile est celle des actionnaires, des propriétaires des compagnies aériennes.

Il en va ainsi pour toutes les entreprises. Leur fonctionnement résulte du travail d’une multitude de salariés pour le seul profit d’une poignée d’exploiteurs.

Les agents de sûreté protestent contre les salaires bas, mais aussi contre les conditions de travail déplorables : horaires de galère, travail parfois sept jours sur sept, absence de salles de repos et de cantine. Ils revendiquent une augmentation de salaire de 200 euros.

Les grévistes se heurtent non seulement à leurs directions, les entreprises du secteur, Brinks, Securitas et autres ICTS France, mais aussi aux donneurs d’ordres, les aéroports et les compagnies aériennes : à tous ceux qui ont intérêt à ce que les avions volent, que les profits rentrent et que les salariés se laissent exploiter en silence. Et tout ce beau monde peut compter sur les dirigeants politiques qui, pour faire taire ceux qui osent revendiquer, brandissent les intérêts des usagers.

La solidarité de tous les travailleurs doit aller aux grévistes. D’autant plus que les revendications qu’ils avancent sont largement partagées par l’ensemble du monde du travail ! La dégradation du pouvoir d’achat est, avec le chômage, un des fléaux qui frappent le monde du travail.

Le blocage des salaires, officiellement déclaré il y a presque trente ans par un gouvernement socialiste, survit aux changements de gouvernement. Les prix augmentent pourtant, et à un rythme de plus en plus rapide avec l’aggravation de la crise financière. Ils augmentent en particulier pour les produits et les services les plus indispensables : loyer, gaz, électricité, fioul, transport, sans parler des produits alimentaires de base. Aux hausses de prix s’ajoutent les prélèvements croissants de l’État lui-même.

L’augmentation générale des salaires est une nécessité pour l’ensemble des salariés, rien que pour annuler la perte du pouvoir d’achat accumulée au fil des ans. Et une fois la hausse des salaires obtenue, il est nécessaire de la garantir par l’indexation automatique et immédiate des salaires sur les hausses de prix constatées par les salariés eux-mêmes, et non pas par des officines gouvernementales.

Cet objectif doit être dans le programme des futures luttes des travailleurs, à côté de ceux, indispensables, contre le chômage : l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire.

Alors, solidarité avec ceux qui se battent pour une augmentation de salaire, oui ! Mais, bien au-delà de la simple solidarité, il faut être conscient que tous les travailleurs, de quelque catégorie et de quelque secteur qu’ils soient, ont les mêmes intérêts face à la classe capitaliste et à son État. Ils doivent unir leurs forces pour obtenir satisfaction par le seul moyen possible : la lutte collective.

Au cours de la lutte collective que le patronat et l’État finiront par provoquer, le monde du travail se rendra compte que, pour obtenir satisfaction à ses revendications vitales, il faudra s’en prendre à la dictature du grand capital sur les entreprises et la société. Dans la guerre sociale aggravée par la crise, c’est eux ou nous : leur profit ou notre droit à la vie !

Éditorial des bulletins d’entreprise Lutte Ouvrière du 19 décembre

Lutte Ouvrière n°2265 du 30 décembre 2011

Aéroport de Lyon Saint-Exupéry : une grève arrêtée mais qui a permis de relever la tête

Lundi matin 26 décembre, après onze jours de grève dont le week-end de Noël, l’assemblée des grévistes de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry avait massivement voté la reconduction de la grève. Les représentants locaux des syndicats présents dans la grève, ceux de la CGT mais aussi ceux de l’UNSA, appelaient à la poursuite du mouvement.

Malgré les jours de grève accumulés, malgré l’arrogance des patrons d’Aéroport de Lyon (ADL) qui ont payé au prix fort des sociétés extérieures — dont une venue d’Allemagne — pour remplacer les grévistes, la détermination de ces derniers restait très forte.

C’est dire si l’annonce, en début d’après-midi, que plusieurs syndicats nationaux avaient signé le protocole d’accord proposé par les patrons de la sûreté aéroportuaire (le Sesa) fut une surprise. Les propositions du Sesa sont bien sûr un premier recul, imposé par la grève, mais restent loin des 200 euros d’augmentation mensuelle réclamés par les grévistes.

Les grévistes sont bien convaincus que leur employeur, la Brink’s, et son donneur d’ordre, ADL, contrôlé à 40 % par la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon et à 60 % par l’État, ont largement les moyens d’augmenter leurs salaires. Ils rappellent que la taxe aéroportuaire, répercutée sur les usagers, ne cesse d’augmenter et qu’elle devrait précisément servir à payer le travail de tous ceux qui font fonctionner l’aéroport au quotidien.

Pour autant, malgré cette conviction que leurs revendications étaient plus que légitimes, la majorité des grévistes ne s’est pas sentie capable de poursuivre la grève après l’annonce de la signature, sans concertation, de l’accord par certains syndicats. Avec de l’amertume pour certains, mais craignant de briser la cohésion de leur mouvement, ils ont décidé de reprendre le travail, considérant que c’est leur lutte qui a permis ce premier recul des patrons.

Et la grève a d’ores et déjà changé bien des choses pour les quelque 350 agents de sûreté qui l’ont faite. Ils ont relevé la tête, affirmé leur dignité et comme le disait l’un d’eux, « cela n’a pas de prix ». Même si d’autres travailleurs, aussi mal payés et aussi corvéables que les agents de sûreté mais autant indispensables au fonctionnement de l’aéroport, ne les ont pas rejoints dans la grève, ce qui aurait changé le rapport de force, beaucoup ont marqué leur soutien aux grévistes.

Face à la cohésion de classe des patrons, des entreprises de sûreté aux aéroports en passant par les compagnies aériennes, il est indispensable que les travailleurs se battent tous ensemble et se donnent les moyens de diriger eux-mêmes leur grève jusqu’au bout sans se laisser dicter le moment de la reprise par qui que ce soit.

La « gauche » petite-bourgeoise applaudit la trahison de la grève aéroportuaire française

Par Anthony Torres

4 janvier 2012

Alors que les syndicats tentaient le mois passé d’étrangler la grève des agents de sûreté aéroportuaire—menacés par l’intervention des forces de l’ordre—la « gauche » petite-bourgeoise française a prêté un soutien sans faille à la bureaucratie syndicale.

Ce fut la raison de l’intervention, le septième jour de grève, d’Olivier Besancenot pour le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), de Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière (LO), et enfin de Marie-Georges Buffet du Parti communiste français (PCF), dans un meeting devant 200 agents de sécurité des aéroports.

Durant le meeting, Nathalie Arthaud a déclaré : « Je condamne le fait que le gouvernement empêche les grévistes de se défendre, leur fait du chantage (…) ce sont les patrons qui ont la responsabilité de tout ça. » Elle faisat allusion à l’intervention de la police aux frontières (PAF) et de la gendarmerie du transport aérien (GTA) pour remplacer le personnel gréviste dans les sociétés de sûreté, ordonnée par le gouvernement pour briser la grève.

En fait, le patronat dépendait étroitement de la bureaucratie syndicale et de ses défenseurs politiques comme Arthaud pour permettre au gouvernement d’agir de la sorte. Les syndicats n’ont lancé aucun appel à un mouvement plus large des travailleurs pour défendre les droits démocratiques des grévistes. Ils ont cherché à mettre fin au conflit (Voir aussi : France : les syndicats cherchent à mettre fin à la grève des agents de sécurité des aéroports).

La grève s’est terminée suite à un accord de sortie de crise, signé par les organisations syndicales, sans que les travailleurs de la sécurité des aéroports aient obtenu satisfaction de leurs revendications, alors qu’ils votaient la reconduction de la grève.

Erik Biro, secrétaire général du syndicat UNSA-FMPS, déclarait : « La grève a pris une tournure très difficile ces quatre derniers jours. Nous avions atteint une forme d’enlisement. Beaucoup de salariés étaient très fatigués et à bout de nerfs ».

La CGT n’a pas jugé utile de signer l’accord, mais elle a appelé elle aussi à la reprise du travail, se félicitant de ce que les travailleurs ont obtenu : « Les employeurs de la branche accèdent à une partie des revendications portées par la CGT, notamment en ce qui concerne la reprise à 100 pourcent du personnel en cas de transfert de marché. » Les syndicats de la section de la sûreté aéroportuaire ont décidé de suivre un mouvement de grève voulu par les travailleurs, pour éviter que le conflit leur échappe, mais en sachant très bien que ni l’Etat ni les entreprises n’accepteraient les revendications des salariés. Leur but n’était pas d’obtenir les augmentations de salaires voulues par les travailleurs, mais de maintenir le contrôle de la bureaucratie syndicale sur la classe ouvrière. Les agents de sûreté des aéroports, qui font partie des 50 pourcent des Français gagnant moins de 1600 euros par mois, réclamaient une augmentation de 200 euros mensuels. Ce dénouement de la grève rappelle le soutien apporté par le NPA aux manœuvres de l’Etat pour briser la grève des raffineries en 2010, lors de la réforme des retraites par le Président Nicolas Sarkozy (Voir aussi : France : Des partisans universitaires du Nouveau Parti anticapitaliste se plient aux coupes de Sarkozy). Avec le soutien du NPA, la CGT avait appelé à une opposition « symbolique » à l’envoi des forces de l’ordre pour réquisitionner les grévistes.

Les mouvements de la classe ouvrière dans le monde arabe et la contestation sociale « Occupy Wall Street » ont fait peur à la CGT et à la gauche petite-bourgeoise, qui craignent qu’un mouvement des travailleurs ne se développe et n’échappe à leur contrôle. Leur réponse à l’escalade des luttes et des tensions sociales internationales est de s’aligner toujours plus directement sur la classe dirigeante et ses instruments politiques—notamment, en France durant les mois précédant les élections présidentielles de 2012, le Parti Socialiste (PS).

« Le droit de grève est en danger, j’espère que toute la gauche le comprend », a déclaré Besancenot dans l’article du Parisien, intitulé "Grève de la sureté : Besancenot, Arthaud et Buffet avec les manifestants." Ainsi Besancenot essaie de faire croire aux travailleurs que le PS pourrait se ranger de leur côté et défendre le droit de grève. La vie de ces organisations dépend du PS, ce qui leur donne un caractère profondément anti-ouvrier. Le PCF a participé à différents gouvernements avec le PS dans les années 80 sous Mitterrand—qui avait mené une politique de rigueur et de désindustrialisation, contre les industries où la classe ouvrière était la plus combative. Dans les années 90, sous le gouvernement PS du Premier Ministre Lionel Jospin, il avait aidé à privatiser de larges secteurs de l’économie. LO et le PS ont présenté des listes communes pour les élections municipales, et enfin le NPA espère pouvoir obtenir les signatures d’élus locaux du PS, pour pouvoir se présenter lors des élections présidentielles de 2012. Pour cela le NPA tentera de garantir que les voix du NPA aux élections présidentielles iront bien au PS au second tour des présidentielles.

C’est finalement tout le programme du NPA qui est tourné vers cette stratégie qui consiste à orienter la classe ouvrière vers le PS. Lorsque le NPA parle d’interdire les licenciements ou d’augmenter les salaires c’est, en dernière analyse, dans la perspective qu’à l’avenir le PS ou un autre parti bourgeois puisse former un gouvernement et proposer de pareilles mesures.

Philippe Poutou, candidat présidentiel du NPA, a maintes fois affirmé que la priorité du NPA était de faire « dégager » Sarkozy et a déclaré qu’il appellerait au second tour des présidentielles à voter pour le PS. La position de Poutou et du NPA est malhonnête, voulant faire croire aux travailleurs que le PS au pouvoir mènerait une politique différente de celle de Sarkozy.

Les gouvernements sociaux-démocrates en Europe ont utilisé les mêmes méthodes que Sarkozy pour briser des grèves ouvrières contre la destruction des salaires et des acquis sociaux. Georges Papandréou, alors premier ministre social-démocrate grec, avait ordonné à l’armée de briser la grève des routiers grecs en 2010, avec le soutien des syndicats GSEE et des partis de la « gauche » petite-bourgeoise tels que SYRIZA. Quelques mois plus tard, le gouvernement social-démocrate espagnol de José Luis Zapatero brisait une grève des aiguilleurs du ciel en déclarant un état d’alerte et en envoyant l’armée soumettre les aiguilleurs du ciel à la discipline militaire.

En tentant de ramener les travailleurs sur une perspective consistant à faire pression sur le PS, le NPA et le reste de la « gauche » petite-bourgeoise française se préparent à jouer le rôle de complices de la bourgeoisie dans des crimes semblables contre la classe ouvrière en France.

Les représentants syndicaux se sont précipités durant le week-end pour négocier une trahison et isoler la grève longue d’une semaine lancée le 16 décembre par les agents de sécurité des aéroports dans toute la France. Dans une tentative de briser la grève, des policiers et des gendarmes ont été déployés dans les aéroports français à partir de mercredi 21.

Samedi, à l’aéroport Charles de Gaulle de Paris, une large majorité de quelque 200 grévistes a voté à l’unanimité en assemblée générale la reconduction de la grève à samedi et dimanche, après l’échec d’un accord entre les syndicats et l’entreprise chargée de la sécurité aéroportuaire.

Vendredi, les syndicats avaient négocié avec la compagnie de sécurité aéroportuaire SESA qui regroupe plusieurs entreprises de sécurité tels ICTS France, Securitas et Brink’s, employant en tout 10 000 travailleurs. La direction a catégoriquement refusé d’accorder l’augmentation de salaire de 200 euros demandée par les agents de sécurité dont le salaire mensuel se situe entre 1 100 et 1 400 euros. Depuis le déploiement de la police dans les aéroports, le trafic aérien serait redevenu normal vendredi, y compris aux terminaux 2E et 2F à Charles de Gaulle et à Paris-Orly, Lille, Toulouse-Blagnac, Bordeaux-Mérignac et Bâle-Mulhouse. A Lyon-St Exupéry où la grève avait paralysé le trafic aérien, le mouvement se serait terminé. Mais lundi 26, les agents de sécurité de l’aéroport Charles de Gaulle ont voté à nouveau pour la reconduction de la la grève. A ce stade, les syndicats et la direction ont annoncé avoir négocié un accord de « sortie de crise » pour mettre fin à la grève. Les travailleurs n’obtiendraient pas l’augmentation de salaire qu’ils demandaient, mais au lieu de cela les syndicats ont annoncé qu’ils avaient négocié une prime annuelle allant jusqu’à 1000 euros, dont 250 euros sont soumis à performance.

Les syndicats ont joué un rôle clé pour isoler les travailleurs qui après une semaine de grève voient leur salaire grevé et doivent reprendre le travail sans avoir rien obtenu. De leur côté les syndicats ont capitulé devant l’Etat et l’entreprise, qui ont tous deux fait preuve d’agressivité à l’encontre des grévistes. Les syndicats n’ont pas cherché à mobiliser une opposition plus large dans la classe ouvrière face à l’utilisation par l’Etat de la police pour briser la grève dans les aéroports.

Les syndicats et l’Etat s’inquiètent de ce que si les grèves se poursuivaient, elles pourraient échapper à leur contrôle et se propager à de plus larges sections de la classe ouvrière. Tout comme les agents de sécurité, presque la moitié de tous les travailleurs en France gagnent moins de 1600 euros par mois et plus de 30 pour cent gagnent moins de 1 300 euros. En pleine crise économique, avec des prévisions de chômage de 10 pour cent pour l’année prochaine, et des coupes importantes dans les dépenses sociales, le mécontentement social est en hausse dans la classe ouvrière quant à la détérioration de son niveau de vie.

Les syndicats cherchent actuellement à justifier leur trahison en prétendant de façon absurde que, maintenant que la grève tire à sa fin, les autorités aéroportuaires accèderont plus volontiers aux revendications des travailleurs. La représentante de la CGT (Confédération générale du Travail) Danielle Hanryon a dit, « Je ne peux pas garantir qu’on va obtenir une hausse de salaires, mais depuis le début, ils (le patronat, ndlr) ont craqué au fur et à mesure. » Quant à la direction, elle a clairement fait comprendre qu’elle attendait des syndicats qu’ils mettent fin à la grève sans autres concessions. Après avoir négocié un accord avec les syndicats, le président du SESA Patrick Thouverez a déclaré : « C’est maintenant aux organisations syndicales de prendre leurs responsabilités. »

Entre temps, les tribunaux et le gouvernement s’empressent de prendre des mesures visant à restreindre le droit de grève inscrit dans la constitution. Vendredi, le tribunal administratif a rejeté une requête de la CFDT (Confédération française démocratique du travail) appelant à mettre fin au déploiement de la police à l’aéroport Charles de Gaulle.

La décision du tribunal laisse clairement entendre qu’elle considère l’utilisation de la police pour briser la grève comme entièrement légale : il « fonde sa décision sur le fait que le remplacement d’agents grévistes par des fonctionnaires de l’Etat, dont les missions sont d’assurer la sécurité des biens et des personnes, ne constitue pas une atteinte au droit de grève dans la mesure où aucune réquisition [de personnels grévistes] n’est demandée. »

Ces développements sont particulièrement significatifs, du fait qu’ils se produisent un an après un mouvement social plus large contre les coupes impopulaires de Sarkozy dans les retraites, dont la lutte déterminée des travailleurs des raffineries de pétrole dans toute la France. Ce mouvement social avait finalement été trahi par les syndicats et leurs défenseurs des organisations de pseudo-gauche tel le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA.)

La grève avait finalement pris fin quand la police avait réquisitionné les travailleurs des raffineries et les avaient forcés à reprendre le travail. La décision du tribunal administratif reconnaît implicitement que cette action, exécutée sans réelle opposition des syndicats qui avaient appelé à des protestations « symboliques », était une violation flagrante des droits constitutionnels des grévistes. Comme le montrent clairement les précédentes luttes des travailleurs, les syndicats ne sont en aucune manière un organe pour mobiliser la classe ouvrière en lutte. Ils sont profondément intégrés dans la structure de l’Etat capitaliste et du patronat, et oeuvrent contre les intérêts de la classe ouvrière en bloquant et en désarmant les luttes des travailleurs, permettant ainsi à l’Etat de faire passer ses coupes sociales droitières.

Les travailleurs ne peuvent pas mener de vraies luttes sans rompre l’emprise de la bureaucratie syndicale et des partis de pseudo-gauche qui la soutiennent. La seule voie viable pour les travailleurs consiste à organiser leurs luttes indépendamment des syndicats et de leurs satellites des organisations petites-bourgeoises. Ceci nécessite la construction de comités indépendants de travailleurs dans les usines et les lieux de travail, et un nouveau parti révolutionnaire pour mobiliser l’ensemble de la classe ouvrière dans une lutte politique contre le régime capitaliste.

Ayant oeuvré à trahir la lutte des agents de sécurité des aéroports, les syndicats cherchent à présent à empêcher toute critique de leur acte en appelant à une autre grève du 6 au 9 février, soi-disant contre un projet de loi visant à limiter le droit de grève dans le transport aérien. En fait, les syndicats appellent à cette grève après le vote de la loi à l’Assemblée nationale le 24 janvier prochain. Le projet de loi de « service minimum » étendra au secteur aérien des mesures introduites par le gouvernement Sarkozy en 2007. Cette loi sur le service minimum a jusqu’à présent été utilisée notamment contre les travailleurs des transports ferroviaires, des bus et des transports urbains. Selon cette loi, les travailleurs des transports doivent faire part, deux jours avant, de leur intention de faire grève ; après une semaine de grève, la direction a le droit d’organiser un vote à bulletins secrets auprès des travailleurs sur la poursuite ou non de la grève. Si cette loi était appliquée, elle remettrait le contrôle de tout nouveau mouvement de grève entre les mains des patrons d’entreprise.

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