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Birmanie : Aung San Suu Kyi, l’opposante officielle à nouveau en train d’aider les classes dirigeantes à se sortir des risques de révolution sociale contre la dictature militaire - Matière et Révolution
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Birmanie : Aung San Suu Kyi, l’opposante officielle à nouveau en train d’aider les classes dirigeantes à se sortir des risques de révolution sociale contre la dictature militaire

vendredi 3 février 2012, par Robert Paris

Birmanie : une classe ouvrière en lutte

Le dictateur Ne Win et sa première ministre, renversés en 1988 par la révolution sociale

La dictature militaire qui a suivi règne par le bain de sang

Birmanie : Aung San Suu Kyi, l’opposante officielle à nouveau en train d’aider les classes dirigeantes à se sortir des risques de révolution sociale contre la dictature militaire

Le situation en Birmanie est présentée en Occident comme une lutte pour la démocratie menée par une démocrate pro-occidentale, comme une lutte purement estudiantine, comme un seul combat des nationalités opprimées ou comme un combat des moines bouddhistes, mais il n’en est rien. Depuis 1988, c’est une lutte sociale dans laquelle la classe ouvrière a joué son rôle. Et c’est pour cela que les militaires se rapprochent de leur opposante officielle et cherchent une issue...

Le 30 novembre 2011 est sorti le film The Lady sur la vie de Aung San Suu Kyi, tourné avant sa libération et réalisé par Luc Besson. Il la présente comme une héroïne de légende, martyr de la démocratie et leader naturelle de son peuple. La réalité est toute différente. Elle est la descendante d’une famille de la dictature des classes dirigeantes qui a succédé à son père dans le dévoiement des luttes sociales et empêché plusieurs fois ces luttes prolétariennes d’aboutir à un changement radical. Une fois encore, elle essaie de sauver la dictature des classes dirigeantes contre le mécontentement populaire et prolétarien violent.

Les militaires semblent vouloir assurer une transition politique qui les maintiendraient aux commandes de l’économie et des affaires, tout en présentant un visage enfin acceptable par les puissances occidentales susceptibles d’investir dans le pays.

A la suite des élections de novembre 2010, un gouvernement semi-civil a vu le jour en mars 2011. Il est composé d’un nombre important d’anciens militaires. Le nouveau Président Thein Sein était lui-même un général et le dernier Premier ministre de la junte avant d’occuper ses nouvelles fonctions.

Rompant avec les méthodes employées par la junte militaire lorsqu’elle était directement au pouvoir, le nouveau gouvernement a cherché à établir des relations avec l’opposition et en particulier avec Aung San Suu Kyi.

Elle négocie des réformes lentes du régime lui permettant la mise en place d’une façade civile avec garantie d’impunité de la haute hiérarchie en échange d’investissements occidentaux pour en faire un des paradis d’exploitation de l’homme de l’Asie...

Les Birmans peuvent désormais se syndiquer et faire grève, des droits dont ils étaient privés depuis un demi-siècle, grâce à une loi entrée en vigueur cette semaine et saluée par l’opposition et les Nations unies.

Le texte voté récemment par les deux chambres du parlement, qui abolit la loi sur les syndicats de 1962, est entré en vigueur après sa signature cette semaine par le nouveau président Thein Sein, ont indiqué vendredi des responsables. “Les travailleurs auront le droit de former des organisations syndicales et de faire grève, en accord avec la loi”, a précisé un responsable gouvernemental.

Cette nouvelle loi est le dernier en date d’une série de gestes politiques forts qui se sont multipliés de la part du nouveau régime birman, au pouvoir depuis le mois de mars et la dissolution de la junte militaire. Une vaste amnistie mercredi a ainsi permis de libérer quelque 200 des 2 000 prisonniers politiques du pays.

Selon le texte, les travailleurs, à l’exception des militaires et des policiers, peuvent créer des syndicats d’un minimum de 30 membres, avec un nom et un logo. Ils peuvent également organiser une grève avec un préavis de 14 jours, en précisant notamment le nombre de participants. Est exclu de ce droit de grève le personnel de services jugés essentiels (distribution de l’eau et de l’électricité, services de santé, télécommunications, pompiers). La loi permet toutefois d’empêcher la fermeture des lieux de travail.

Quelle est la modification des relations de l’opposante avec la dictature militaire ?

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991, Aung San Suu Kyi, pourrait bien faciliter la mise en oeuvre de réformes dans l’ancienne colonie britannique, théâtre d’un coup militaire en 1962.

Le 13 novembre 2010, aux alentours de 12 heures (heure française), la police birmane enlève les barrières posées devant la résidence d’Aung San Suu Kyi permettant sa libération, après de longues années dans sa résidence sous surveillance permanente11. Elle est depuis autorisée à se déplacer librement. Le 15 août 2011, elle a rencontré le président Thein Sein. Elle soutient l’ouverture engagée par le pouvoir, qui comprend notamment la libération de nombreux prisonniers.

Ayant été autorisée à se présenter aux élections législatives partielles du 1er avril 2012, elle a enregistré sa candidature le 18 janvier 2012. Aung San Suu Kyi dispose d’un soutien assez important au Royaume-Uni et aux États-Unis, au sein des bourgeoisies et des Etats.

« Les récentes réformes mises en œuvre par le nouveau régime birman sont surprenantes, remarquables et très importantes », souligne Derek J. Mitchell, ambassadeur spécial du président Obama pour la Birmanie depuis l’an dernier. De passage à Paris, ce diplomate de haut rang de l’administration Obama, spécialisé dans les affaires asiatiques depuis plus de vingt ans, reconnaît le processus vers plus de démocratie sans précédent qui se met en place en Birmanie. « L’expérience birmane passée n’a pas fonctionné et ils veulent aujourd’hui promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, le développement et l’unité nationale, un chemin vers les réformes que les États-Unis observent avec attention. Ils ont déjà libéré des prisonniers politiques, mais d’autres sont encore en prison, des cessez-le-feu ont été signés entre l’armée et plusieurs minorités ethniques, la leader de l’opposition Aung San Suu Kyi a recouvré ses droits politiques et peut se présenter aux prochaines élections d’avril… »

« Je crois en la sincérité des nouveaux dirigeants birmans mais ils sont à la croisée des chemins. Notre approche est d’accompagner et d’encourager ce processus, sans leur donner de leçons », explique Derek J. Mitchell, qui s’est déjà rendu cinq fois en Birmanie.

"Nous sommes un ancien pays militaire se transformant en un Etat démocratique, ce qui n’est pas facile", a déclaré l’ancien général Shwe Mann, président de la chambre basse du Parlement et considéré comme l’un des hommes les plus puissants du pays. "C’est une conviction sincère, il n’y a pas d’autre voie que le système démocratique", a-t-il ajouté lors de cet entretien au parlement, dans la capitale Naypyidaw, par l’intermédiaire d’un interprète officiel. "Il est très difficile de dire combien de temps cela prendra pour être un système démocratique. Nous ne pouvons pas dire le calendrier, mais nous essaierons très vite de faire de notre mieux pour atteindre nos objectifs".

La junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle s’est auto-dissoute et a transféré en mars dernier ses pouvoirs à un nouveau gouvernement "civil", bien que contrôlé par d’anciens militaires. Cette nouvelle équipe dirigée par le président Thein Sein a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de l’opposante Aung San Suu Kyi.

Alors que les observateurs s’interrogent sur les risques de coup d’Etat de la part de ceux opposés à ces réformes, dans un pays habitué au retour en arrière, Shwe Mann a minimisé cette éventualité. "Personnellement, je ne pense pas que cela va se produire", a-t-il déclaré, assurant que les dirigeants actuels de l’armée avaient à l’esprit "l’intérêt du peuple et du pays".

Pour lui, l’armée n’avait dû par le passé prendre le pouvoir que parce que "le pays était sur le point de s’effondrer". "Nous devons établir une institution forte et durable", a-t-il ajouté en parlant de la chambre passe du parlement. Si cette assemblée est "forte et durable, il n’y aura pas de coup d’Etat".

Aung San Suu Kyi, qui a salué les récentes réformes et assuré Thein Sein de sa confiance, n’excluant pas d’accepter un poste au gouvernement si cette proposition lui était faite, a de son côté été prudente à ce sujet. "Il y a toujours un danger théorique et peut-être pas si théorique d’un coup d’Etat militaire de la part de ceux qui n’approuvent pas le processus de démocratisation", avait-elle déclaré dimanche aux journalistes. "Nous espérons que nous n’en arriverons pas là", avait-elle ajouté.

« Chaque fois j’ai pu rencontrer Aung San Suu Kyi. Elle m’a confié que le président birman et elle avaient réussi à établir une bonne communication. Elle m’a dit que le président se présentait comme un “partenaire” et non un “adversaire”, qu’il était ouvert et avait posé des actes politiques positifs. » Un retour en arrière reste cependant possible en Birmanie, tant qu’un État de droit et une justice solide ne sont pas installés dans le pays et que le rôle des militaires n’est pas clarifié.

La lauréate du prix Nobel de la paix se présente pour la Ligue nationale pour la démocratie (LND) dans la circonscription de Kawhmu, près de Rangoun, pour ce scrutin considéré par l’Occident comme un test pour les ambitions démocratiques du nouveau régime birman. "Aung San Suu Kyi a été la première membre de la LND à s’enregistrer aujourd’hui, elle se présente à la chambre basse", a précisé Win Htein, cadre du parti avec lequel l’opposante a fait toute sa carrière politique.

C’est la première fois que la "Dame" de Rangoun se présente à des élections. Aung Suu Kyi était enfermée lors des élections de 1990, à l’occasion desquelles la LND avait humilié le régime militaire en remportant 392 des 485 sièges en compétition. Mais les généraux avaient alors refusé d’honorer les résultats.

Elle a été libérée de sa résidence surveillée une semaine après les élections de novembre 2010 au cours desquelles les Birmans étaient appelés à désigner, pour la première fois en vingt ans, des assemblées nationales et régionales, dont 25 % des sièges sont réservés d’office aux militaires d’active.

Le parti spécialement créé par la junte au pouvoir avait remporté une victoire écrasante, après des soupçons de fraude et une campagne décriée. Un scrutin dénoncé par l’Occident comme une mascarade. Mais depuis, la junte au pouvoir pendant près d’un demi siècle s’est autodissoute et a transféré en mars dernier ses pouvoirs en un gouvernement dit "civil", bien que contrôlé par d’anciens militaires.

Cette nouvelle équipe dirigée par le président Thein Sein a multiplié les réformes spectaculaires, permettant notamment le retour au cœur du jeu politique d’Ang San Suu Kyi et de son parti la Ligue nationale pour la démocratie (LND) avec lequel elle a fait toute sa carrière politique.

Dissous par la junte en mai 2010 pour avoir annoncé son boycott des élections de novembre suivant, la LND a ainsi pu officiellement se réenregistrer et a décidé de présenter des candidats à ces élections partielles.

Les élections législatives partielles du 1er avril doivent pourvoir 48 sièges dans les deux chambres du parlement et les assemblées régionales, sièges laissés vacants par des élus devenus ministres.

La libération, le 14 novembre, de la dirigeante de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi est devenue l’occasion d’un nouveau concert médiatique de panégyriques en faveur de cette « icône de la démocratie » et de spéculations sur la possibilité de « réforme » et de « démocratie » dans ce pays.

Suu Kyi a cependant déjà clairement indiqué qu’elle n’a nullement l’intention de défier la junte birmane. Bien au contraire, avec le soutien notamment des Etats-Unis elle cherche à passer un accord avec les généraux du pays. Suu Kyi a laissé entendre qu’elle est prête à revenir sur son attitude passée en réclament un assouplissement ou la levée des sanctions américaines et européennes en échange de concessions de la part des généraux – le tout au nom de l’aide au peuple birman.

Toutes ces manoeuvres politiques de Suu Kyi n’ont rien à voir avec une préoccupation pour les droits démocratiques ou les conditions de vie déplorables des masses birmanes. Sa volonté de négocier avec la junte est liée à un virage tactique initié par le gouvernement Obama depuis septembre 2009. Washington a adopté une méthode d’approche du « bâton et de la carotte » à l’égard des généraux birmans : une proposition d’améliorer les relations diplomatiques et économiques au cas où un arrangement avec Suu Kyi était obtenu et la menace de mesures plus dures, y compris des accusations d’atteintes aux droits de l’homme contre les dirigeants de la junte, dans le cas contraire.

Suu Kyi est aussi une soupape de sûreté utile contre l’hostilité profondément enracinée au sein des grandes masses de travailleurs à l’encontre du régime répressif de la junte. Dans le passé, elle a exploité les mouvements d’opposition contre l’armée pour faire pression et obtenir des concessions tout en empêchant à la fois que les protestations ne menacent les fondements du régime capitaliste. C’était là avant tout le rôle joué par Suu Kyi et son parti dans les événements tumultueux d’août-septembre 1988.

Les mouvements de protestation des étudiants contre le régime au début de 1988 avaient commencé à inclure de plus larges couches de la population, lassées par le manque de droits démocratiques, la dégradation des conditions de vie et la répression policière. Les manifestations s’étaient sérieusement intensifiées après la démission en juillet du dirigeant de la junte, le général Ne Win, et son remplacement par Sein Lwin qui est tristement célèbre pour ses méthodes répressives. Avant de procéder à une importante manifestation nationale le 8 août, il y avait eu une série de protestations plus petites, la formation de comités de grève et un appel à une grève générale.

La junte avait réagi aux vastes protestations du 8 août en tirant sur la foule, tuant des centaines de personnes mais, la grève générale fut décidée, et les manifestations se poursuivirent. Des débrayages à Rangoon, Mandalay et dans d’autres villes avaient impliqué des fonctionnaires du gouvernement, des travailleurs du secteur pétrolier, des cheminots, des dockers et d’autres travailleurs qui avaient paralysé les transports et l’activité économique. A Rangoon, des quartiers entiers étaient contrôlés par des comités de résistance. A la campagne, les agriculteurs avaient commencé à protester pour soutenir leurs revendications.

Pendant plus d’un mois, la junte avait été paralysée. Le 12 août, Lwin quittait ses fonctions sans donner d’explications pour être remplacé par Maung Maung, un partisan civil de la junte qui paraissait être conciliant. Il leva la loi martiale et décida d’organiser un référendum sur le multipartisme. Des soldats et des policiers agirent plus prudemment ce qui incita les gens à rejoindre l’opposition. Le 22 août, des centaines de milliers de personnes participèrent à de nouvelles manifestations nationales.

Ce ne fut que le 26 août que Suu Kyi ainsi que d’autres figures bourgeoises de l’opposition y adhérèrent – pour agir comme un frein sur le mouvement de masse, constitué surtout de travailleurs, qui avait poussé la junte au bord de l’effondrement. S’adressant ce jour-là à une foule évaluée à 500.000 personnes, elle demanda instamment aux gens d’« essayer d’oublier ce qui s’était passé. » Elle fit appel aux manifestant « de ne pas perdre leur affection envers l’armée » et de gagner leurs revendications par « des moyens pacifiques. »

L’intervention de Suu Kyi donna à la junte le temps de se ressaisir qui lui manquait désespérément. Tout en rejetant les propositions de Maung pour un référendum, Suu Kyi créa l’illusion fatale que les revendications des travailleurs pouvaient être obtenues par une élection. Jusqu’au moment même de la répression militaire du 18 septembre, les dirigeants de l’opposition demandaient aux gens d’être « patients » en disant qu’ils étaient sûrs que Maung transmettrait le pouvoir à un gouvernement intérimaire et autoriserait des élections libres.

Au lieu de cela, le général Saw Maung dissout le gouvernement, établit le Conseil d’Etat pour la restauration de la loi et de l’ordre (State Law and Restoration Council, SLRC) et donna l’ordre aux troupes d’écraser les protestations. Trois mille personnes au moins furent tuées rien qu’à Rangoon et bien plus à Mandalay et dans d’autres régions. Des milliers furent arrêtés. D’autres fuirent le pays ou se réfugièrent à la campagne.

Suu Kyi condamna la répression mais demanda aux gens d’attendre les élections que le régime avait promises. Tandis que son parti, la Ligue nationale pour la Démocratie (National League for Democracy, NLD), remportait une victoire électorale écrasante en 1990, la junte, après s’être assuré le contrôle du pays, rejeta les résultats. Les généraux assignèrent Suu Kyi à la résidence, emprisonnèrent d’autres personnalités de la NLD et ignorèrent les sanctions imposées par les Etats-Unis et leurs alliés européens.

Suu Kyi et la NLD jouèrent un rôle identique en 2007 lorsque de vastes manifestations contre la junte éclatèrent, déclenchées tout d’abord par les protestations des moines. Dès le début, Suu Kyi insista pour dire que le mouvement ne devait pas défier les généraux. « Il ne devrait pas y avoir d’agitation pour renverser le régime militaire. Cela rendra les gens beaucoup plus méfiants à l’égard d’une réaction militaire et les gens rechigneront à rejoindre le mouvement, » avait-elle dit.

La conclusion que Suu Kyi a cherché à inculquer depuis le soulèvement politique de 1988 est que les protestations sont allées trop loin, qu’elles ont provoqué la répression de l’armée et qu’elles ne devraient jamais se répéter. En fait, C’est tout le contraire. Le mouvement d’opposition est resté sous la domination de figures comme Suu Kyi qui l’a retenu au moment précis où les généraux étaient le plus vulnérables. La classe ouvrière qui avait joué le rôle majeur en mettant à genoux la junte a manqué de la direction nécessaire pour défier la NLD et pour exiger la mise en place d’un gouvernement ouvrier et paysan fondé sur une politique socialiste.

Qui est Aung San Suu Kyi ?

Elle est la fille du chef de la dictature nationaliste qui s’est mise en place à l’indépendance en 1948, le général Aung San, chef militaire birman pendant la seconde guerre mondiale, son assassinat en juillet 1947 allait laisser la place libre au pouvoir à d’autres dirigeants nationalistes. Comme dans toute l’Asie, la chute du Japon face aux USA a laissé un vide du pouvoir et la fin de la guerre mondiale se transforme en révolution dans toute l’Asie. Ce sont les groupes armés birmans qui ont rempli le vide du pouvoir avec l’accord de toutes les grandes puissances qui craignaient la révolution sociale...Si un gouvernement civil a d’abord caché cette réalité, en 1962, le général Ne Win prend le pouvoir au nom de « la voie birmane vers le socialisme »... avec parti unique, syndicat unique, et va être le dictateur de la Birmanie jusqu’en 1991, quand les manifestations populaires et les grèves vont le faire chuter... Ne Win gouverne par la dictature et des méthodes expéditives, quasi fascistes contraignant les ressortissants indiens à fuir en masse le pays. Désormais la dictature militaire ne cessera plus jusqu’à nos jours, et cela d’abord parce que les classes dirigeantes ne sont pas capables de gouverner sans écraser les mouvements populaires.

En 1988, c’est cela qui réapparaît. Un recul économique frappe alors le pays et les travailleurs protestent. Les étudiants s’engouffrent dans la brèche et transforment la lutte sociale en lutte pour la démocratie, contre la dictature militaire, avec le soutien des jeunes étudiants en religion, les moines bouddhistes. Le mouvement monte jusqu’au 8 août 1988, manifestation monstre réprimée dans le sang par plus de mille morts.

Aung San Suu Kyi est une dirigeante de la lutte qui propose de ne pas aller au soulèvement général, de temporiser dans la mobilisation et d’en rester à des manifestations pacifiques. En 1991, elle semble avoir gagné : Ne Win quitte le pouvoir et des élections générales sont roganisées, gagnées par Aung San. Les classes dirigeantes du monde lui sont reconnaissantes d’avoir calmé un soulèvement à potentialités révolutionnaires et lui attribuent le prix Noble de la paix... Mais la dictature militaire est toujours là et les militaires annulent l’élection, Aung San est en résidence surveillée, les travailleurs et les jeunes sont assassinés. Celle qui a empêché que le mouvement révolutionnaire triomphe, et qui a contribué à effacer sa couleur sociale, apparaît dès lors come la victime de la dictature et sa seule alternative...

Quelle histoire passée ?

La Birmanie, gros producteur et exportateur de riz dans les années 50, est devenue aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres de la planète. Les conditions de vie du prolétariat se sont extraordinairement, fortement et rapidement détériorées. Le revenu annuel par habitant était de 690 $ en 1960. Il est aujourd’hui de 190 $ et est donc plus faible que celui de la Chine !

Dans la région, la Birmanie est cependant un pays un peu "à part". Au début des années ’50, la bourgeoisie y applique une politique social-démocrate, pseudo anti-impérialiste et stalinienne, avec nationa1isation et parti unique (le PPSB). Le leader U Nu met en avant une politique de nationalisme virulent. Il participe d’ailleurs à la lutte contre les Anglais durant la colonisation. Pendant la courte période où il reste au gouvernement, U Nu met en avant une sorte de synthèse entre "marxisme" et bouddhisme. Il va d’ailleurs être le premier traducteur de Marx en Birman.

Cette ligne bouddhisto-socia1- démocrate et pseudo anti-impérialiste amorce alors un fort renforcement de "l’Etat national indépendant", et permet l’écrasement du prolétariat au nom de la nation et de la démocratie (méthode mondialement employée des Philippines au Nicaragua, en passant par l’Europe, la Chine, etc). U Nu, renversé par le général Ne Win en 1962, s’exile, puis revient finalement au pays pour y diriger "l’opposition démocratique" . La situation économique, qui n’a fait que se détériorer, est aujourd’hui vraiment catastrophique. Le salaire moyen d’une personne, pour une famille qui en compte trois, équivaut à une tasse de thé par jour. Le marché noir est le seul moyen pour survivre. De plus, en septembre 1987, le gouvernement va retirer, sans avertissement ni compensation, 70% des billets en circulation, ce qui signifie que tous ceux qui possédaient quelques billets vont se retrouver du jour au lendemain sans un sou. Pourtant, le prolétariat en Birmanie ne vit pas dans des conditions de misère aussi extrêmes que nos frères du Bengladesh ou des Indes. La concentration rapide de capital, de l’exploitation y ont, en effet, déterminé un développement du prolétariat et de ses luttes ; même si celles-ci s’y sont trouvées contrôlées et réprimées par une union nationale de type stalinienne.

De là découlent à la fois un prolétariat "éduqué", "syndiqué", mais aussi des traditions de lutte plus importantes que dans les autres pays voisins. Ceci explique aussi que l’explosion de colère du prolétariat va être plus brutale et plus profonde. En Birmanie, la religion n’a que peu de poids. Mais il est intéressant et caractéristique de constater que, comme en URSS par exemple, la fraction au gouvernement entretient la religion (ici le bouddhisme) alors que son influence idéologique sur le prolétariat reste faible (ce qui n’est par exemple pas le cas aux Indes).

La religion constitue donc une carte de réserve pour la bourgeoisie. Pendant les derniers mois du soulèvement, les moines bouddhistes vont remplir la tâche à laquelle les destine la bourgeoisie : pacifier le mouvement, imposer le drapeau de la non-violence et de la démocratie en combattant (parfois physiquement) les manifestations violentes du prolétariat. La lente recrudescence de la militance ouvrière de ces dernières années (qui s’exprime violemment notamment dans les années ’70) a été déterminée par la rapide dégradation des conditions de vie.

Face à cela, la bourgeoisie s’est vue contrainte de développer une variété croissante de fractions rivales, avec leurs idéologies propres, et avec comme but, la canalisation, l’enrôlement des prolétaires dans des luttes étrangères à leurs besoins. Les plus efficaces jusqu’ici ont été les différents mouvements de guérillas, groupes nationalistes prochinois, pro-indien, pro-anglais ou pro-russe,.. . (1). Et pendant 20 ans, ces groupes vont suffire pour encadrer le mécontentement des prolétaires, et les tuer lentement dans des combats entre groupes autonomistes et armée gouvernementale.

Mais au sein de cette dernière commence alors à se développer un mécontentement croissant du fait de la dégradation des conditions de vie, de la lassitude, de l’usure dans ces combats sans fin. L’équilibre précaire en Birmanie qu’exprimait une relative stabilité de la paix sociale avec, d’une part, des combats continuels cantonnés dans les montagnes et le long des frontières et, d’autre part, l’imposition violente de la paix du travail dans la majorité du pays et plus particulièrement dans les grandes villes ; cet équilibre précaire donc, ne va continuer à se maintenir que grâce à (et dans) un contexte de relative stabilité économique.

Mais avec l’approfondissement de la crise mondiale dans les années ’70, les problèmes commencent à se développer. La compétition s’accroît entre les différents groupes capitalistes, l’exploitation augmente rapidement alors que les prix subissent de soudaines et violentes hausses. En Birmanie, la fraction dirigeante est alors coincée dans un dilemne : s’adapter aux changements des conditions internationales, tout en faisant face à la réelle menace que constitue la classe ouvrière. Ce phénomène devient de plus aigu du fait que face au développement de la colère ouvrière, la bourgeoisie a déjà été contrainte de mettre en avant sa fraction radicale.

Or, si d’un côté, le réformisme stalinien (présenté comme violant "les normes générales du capitalisme" ) est nécessaire pour lutter contre la classe ouvrière, d’un autre côté, la présence de staliniens, comme fraction dirigeante du pouvoir bourgeois est une carte importante que la bourgeoisie brûle, la rendant ainsi inutilisable pour la suite. Les gouvernements staliniens sont donc particulièrement coincés quand il s’agit, pour faire face à la crise mondiale, d’envisager des réformes. Ils sont contraints de bouleverser quelque peu le statu quo rigide dans lequel ils se complaisent pour éviter l’affaiblissement de leur pays dans la compétition internationale. Mais ils savent d’expérience que bousculer leur forme de gouvernement extrêmement statique et monolithique risque toujours d’entraîner des troubles plus grands encore, car le prolétariat peut y voir une brèche et s’y engouffrer. La bourgeoisie n’est pas prête d’oublier l’exemple de la "déstalinisation" en Russie d’où résultèrent des "débordements" dont elle se serait bien passée !

Les forces "conservatrices" qui respectent à la lettre le dogme stalinien, refusent toute réforme (considérée comme "détournement du socialisme", "compromission avec le capitalisme" ) car leur peur du prolétariat est supérieure au poids de la nécessité de rendre le pays compétitif sur le marché mondial (cfr. Brejnev, Ceaucescu,.. .) ; les "réformistes" choisissent plutôt une réforme générale des structures économiques, et donc politiques, penchant toujours vers une "occidentalisation" (cfr. Yeltsin, Poszgay...). Finalement, c’est le plus souvent la fraction pragmatique qui l’emporte (cfr. Gorbatchev, Grozs, Ne Win,...), entreprenant les réformes sans conviction tout en essayant de conserver l’essence de l’ancienne version. Bien sûr, ce n’est pas une question de choix entre une "meilleure" et une "pire" solution ; c’est une question d’urgence dans le contexte d’approfondissement de la crise mondiale. Une des expressions de tout ceci est le mouvement de balancier, le mouvement d’oscillation à "gauche" puis à "droite" ; le mouvement de pendule entre l’application de mesures, de réformes, puis leur retrait ; le pas dans le sens de "l’occidentalisatio n de la politique économique", puis au contraire le pas vers le renforcement du contrôle central ; la mise en place de mesures visant à changer les structures politiques et ensuite (sous forme de "contre réformes" ou parfois de coup militaire) la mise en place d’autres mesures, opposées (dans le sens mais non dans l’essence, bien sûr !), pour consolider les anciennes structures. Dans les années ’70, ce mouvement de balancier était caractéristique en Birmanie : politique d’ouverture avec emprunt sur le marché financier international, ouverture du commerce, encouragement à apprendre l’anglais,.. . et ensuite, retrait isolationniste avec efforts décuplés pour rembourser la dette, contrôle central accru de la vie politique, interdiction des cours d’anglais dans les écoles,...

Mais tout ceci n’a pu empêcher les effets locaux de la crise mondiale et la dégradation de la situation sociale. La bourgeoisie, quelle que soit son idéologie, doit nécessairement diminuer le salaire social, augmenter l’exploitation, détériorer les conditions de travail, augmenter les prix directement ou indirectement (pénuries), renforcer la terreur d’Etat au nom de la démocratie (réformes) ou de la "démocratie populaire" (nommée "dictature du prolétariat" par les staliniens). Rappelons que la situation de classe est tendue en Birmanie depuis les années ’50, ce qui entraîne, dès avant l’approfondissement de la crise mondiale, l’accentuation de la militarisation locale du pouvoir et de l’économie. Pour la bourgeoisie, la détérioration de la situation sociale signifie l’accumulation de problèmes dans la production industrielle et agricole (c’est en 1987 que celles-ci vont diminuer le plus fortement, et les exportations se limiter au minimum à cause des tensions dans le pays), le poids de la dette,...

Alors que la fragile stabilité disparaît du fait de l’augmentation des prix, de l’accroissement de la pression du capital sur la classe ouvrière, la situation de cette dernière en devient insupportable. Pour le prolétariat, la vie est de plus en plus chère et les salaires insuffisants pour nourrir les familles, ce qui force les ouvriers à travailler toujours plus pour ramener du riz. Pour donner un exemple : officiellement, en août 1988, un dollar vaut 6 à 7 kyats (monnaie birmane) tandis que sur le marché noir, il s’échange contre 40 kyats. Sur l’année ’88, le prix du riz augmente de 400% et l’on peut alors imaginer la situation du prolétariat dont le salaire moyen est de 10 kyats alors qu’il en faut 50 pour nourrir une famille ! De plus, tous les commerces d’Etat se mettent à vendre leurs marchandises au prix du marché noir, c’est à dire 6 fois plus cher à peu près. Bref, pour le prolétariat, il est devenu impossible d’éviter l’approfondissement de la pauvreté ; même les magouilles et les heures supplémentaires ne suffisent plus.

Du point de vue de l’ordre capitaliste, la solution de toujours pour sortir de la crise est la destruction massive de marchandises (dont principalement les prolétaires, parce que la plus dangereuse). C’est cette destruction qui permet ensuite, comme une goulée d’air frais, de réinvestir, reconstruire, donner du travail,... Il lui fallait donc, à cet ordre capitaliste, massacrer les prolétaires : "pacifiquement" , par la faim si possible, sinon, en les tuant rapidement et efficacement dans des guerres internes ou contre un pseudo-ennemi extérieur. En Birmanie, le salaire est donc passé très en dessous du niveau nécessaire à la survie quotidienne et cette situation, constante en Inde et au Bengladesh, provoque ici un réel choc. Le décalage entre aujourd’hui et il y a 20 ans est d’autant moins supportable que tout espoir de redressement de la situation s’est peu à peu affaissé. D’autre part, la situation des prolétaires sous l’uniforme suit évidemment les mêmes chemins : problème de nourriture, guerre permanente contre les autonomistes, familles ruinées par la crise et au bord de la famine, etc.

Ces éléments vont d’ailleurs conditionner les désertions et le refus de tirer sur les manifestants. Les luttes En février et mars 1987, plus de 200 officiers de Rangoon (la capitale) et de Mandalay (la deuxième ville) sont mis aux arrêts pour avoir critiqué, dans le mess des casernes, la politique économique du "bol de riz vide" de Ne Win (détournement ironique des déclarations et des objectifs du général Ne Win qui prétendait donner un bol de riz à chaque citoyen). Puis, en mars 1988, éclatent des émeutes suite au meurtre d’un étudiant par la police lors d’une manifestation violemment réprimée. Les affrontements durent plus d’une semaine et les motifs initiaux des émeutes se transforment en une protestation contre la décision gouvernementale de retirer de la circulation tous les billets supérieurs à 15 kyats (pour lutter contre le marché noir).

Cette drastique mesure d’austérité a déjà souvent été appliquée et laisse, à chaque fois, le prolétariat exsangue. Les émeutiers incendient alors des magasins et attaquent ceux qu’ils considèrent comme riches et pillent leurs biens. En mai et Juin ’88 : nouvelles grèves et manifestations, nouveaux pillages. Le général Ne Win impose la loi martiale et le couvre-feu. Comme cela se passe souvent, le mouvement social a démarré en Birmanie dans le secteur "étudiant", ce qui n’est pas étonnant au vu de la minceur des espoirs de trouver du travail et de la noirceur du futur qui attend ces prolétaires pas encore lancés dans l’arène de l’emploi. Mais l’aggravation de la situation économique amène rapidement des milliers de personnes à descendre dans la rue, aux côtés des jeunes prolétaires "étudiants".

Le général Ne Win mobilise alors ses troupes d’élites dans la capitale. Au fil des mois, le nombre d’émeutiers augmente. En août ’88, on parle de millions de manifestants, de plusieurs postes de police tombés entre leurs mains et pillés. La bourgeoisie birmane réagit par un mélange bien connu de promesses et de répression. Elle promet d’introduire de grandes réformes dans l’économie et, comme c’est l’habitude dans les pays à gouvernement stalinien, met l’accent sur "l’occidentalisatio n" qui "apportera le bien-être au peuple". Simultanément, la police et l’armée tirent sur les foules, tuant plusieurs manifestants. Depuis juillet, les prolétaires sont passés à l’offensive. De plus en plus fréquemment à Rangoon, mais aussi dans d’autres grandes villes telle Mandalay, les émeutiers mènent une bataille active contre l’Etat et la propriété privée. Ils se battent avec des matraques en fer, des rayons de roues de vélo aiguisés, des couteaux et des épées, des machettes,.. .

Ils décapitent des militaires et des policiers, pillent des magasins, attaquent les villas de certains membres du gouvernement etc. Dans le port de Rangoon, les bateaux restent chargés à cause des grèves. Ceux qui contiennent de la nourriture sont attaqués et pillés. La poussée insurrectionnelle est telle que le général Ne Win démissionne le 23 juillet ’88 et est remplacé par le général Sein Lwin, dit "le Boucher de Rangoon", l’homme responsable de la répression sanglante des émeutes de mars. Il avait alors ordonné à ses soldats : "Frappez pour tuer, tirez pour tuer". En cette fin juillet, Sein Lwin promet une totale remise en question de l’économie et l’introduction du multipartitisme en Birmanie. "La réputation de brutalité du général Sein Lwin a été, ces dernières semaines, contrebalancé e (sic) par un show de pragmatisme dans la promotion de réformes" dira "The Guardian". Bien que la presse essaye (et essayera toujours) de sous-estimer les éléments insurrectionnels des manifestations, soulignant (comme elle le fera toujours) les aspects démocratiques de la lutte, celle-ci atteint, fin août, une violence telle, que la presse n’en parle plus du tout. Seules quelques lignes filtrent ça et là, comme par exemple le fait que les maisons de 36 ministres et députés ont été incendiées par des manifestants en colère. Le mois d’août est un mois d’émeutes ininterrompues.

Le prolétariat prend le pouvoir dans différentes villes. Dans le port de Kowsong, les habitants prennent d’assaut les bâtiments officiels et menacent d’y mettre le feu. Ils chassent les fonctionnaires et les forces de l’ordre. A Pegu, les soldats se joignent aux insurgés et empêchent l’arrivée des renforts militaires venant de la capitale. Ici aussi les autorités s’enfuient. A Prome, les soldats refusent de tirer sur la foule. A Toungoo, un officier aurait même été tué par ses soldats qui refusaient eux aussi de tirer. A Rangoon même, différentes unités de soldats, exprimant l’affrontement social au sein de l’armée, se tirent dessus et tous les accès à la ville sont fermés pour empêcher les habitants d’autres villes de venir en aide aux insurgés de la capitale. Le clergé bouddhiste intervient et en appelle au gouvernement pour qu’il cède aux revendications et améliore les conditions de vie de la classe ouvrière. Le 10 août, fait révélateur de la profondeur et de l’ampleur de l’affrontement social, un avion lâche sur la capitale des tracts menaçant la population de bombarder la ville si elle continue à résister à l’armée. Le 14 août, un diplomate en poste à Rangoon dit : "C’est la faim qui est le moteur du soulèvement, la démocratie vient après", et "Libération", le 30 de ce même mois, d’ajouter : "La Birmanie est à la dérive.

L’insurrection qui a gagné l’ensemble du pays est aux portes de la capitale..." . Il est significatif que le gouvernement accuse (et donc reconnaisse l’existence de) "un réseau d’organisation clandestine qui alimente et coordonne le mouvement". "L’instabilité actuelle, dit-il, est due à l’organisation et à l’intervention de ces fauteurs de troubles" (Libération le 14/8/88). "Le mouvement est structuré en cellules très compartimenté es, ne rassemblant que quelques individus se connaissant et se faisant confiance" (idem). Des contacts ont été pris avec d’anciens étudiants qui ont participé aux mouvements des années ’70 en Birmanie, et ’73 en Thaïlande (mouvements qui s’inscrivent directement dans la vague de lutte mondiale "1967-1973").

La presse, parle d’au moins 6 groupes clandestins agissant de concert, ou encore, de 30 dirigeants secrets agissant au travers du syndicat étudiant créé le 17 mars 1988 et immédiatement interdit. Et là où parfois la bourgeoisie met en avant spectaculairement des aspects d’organisation et de direction de la lutte qui n’existent pas forcément, mais qui soutiennent alors une campagne de presse visant à faire peur aux citoyens (cfr. l’article sur l’Argentine dans cette même revue), ici, il est clair que ce même type de campagne se repose sur de réels aspects d’organisation et de direction de notre classe. En ce mois d’août ’88, des centaines de manifestants sont massacrés par l’armée. On parle de 3000 morts en une semaine. Le général Sein Lwin démissionne, incapable, malgré ses promesses et ses massacres, de calmer les affrontements. Le 12 août, lui succède l’avocat Maung Maung. La bourgeoisie tente de calmer les affrontements en plaçant à la tête du gouvernement, une marionnette dénuée de galons.

Aussitôt, ce dernier en appelle à la paix et à la tranquillité, condition sine qua non de la reprise économique. Il supprime la loi martiale pour preuve de sa volonté de pacification (bien que l’armée évidemment continue à tirer dans les manifestations et rassemblements) . Maung Maung est soutenu, dans sa lutte contre le prolétariat, par une partie de "l’opposition démocratique" , dont le général Aung Gyu, militaire réformiste qui avait accusé les précédents gouvernements de corruption et avait été arrêté en juillet pour "attaque contre l’Etat". Fort de la "bonne image" que lui vaut son passé "d’opprimé du régime", ce général prône alors le respect de la non violence tant du côté militaire que populaire "pour éviter l’anarchie et que plus de sang ne soit versé", dit-il. Maung Maung amnistie des centaines de prisonniers dont la majorité (mais cela resta secret) sont des membres des fractions bourgeoises bâillonnées par le régime militaire : des démocrates, des nationalistes, des libéraux,... Des centaines de prolétaires restent par contre en taule, ce qui va mener plus tard au plus gros massacre de cette période en Birmanie.

Il est important de souligner que les efforts communs du gouvernement (promesses de réformes, amnisties et terreur policière) et de l’opposition (discours contre l’anarchie, participation à des manifs "pour la non violence et le respect de la propriété privée") vont être incapables, à ce moment-là, de calmer, pacifier, ou d’écraser le mouvement de résistance et de refus qui menace de s’élargir en une insurrection générale. L’opposition soutient le gouvernement et coopère avec l’armée en soulignant toujours plus fortement l’importance de "protestations pacifiques contre la dictature" et la nécessité d’éviter le chaos. Les moines aussi participent à leur manière à la lutte contre la subversion en appelant l’armée pour défendre une usine attaquée par "un gang de plus de 500 criminels". Ils se chargent ensuite d’organiser un "système alternatif" autogestionnaire clamant haut et fort leur soumission aux intérêts des émeutiers !

Une autre figure de l’opposition entre alors en scène : Daw Aung San Kyi, surnommée par les médias la Cory Aquino birmane, la fille du leader du mouvement d’indépendance du pays qui fut tué en 1947 par une fraction birmane rivale. Auréolée de ce prestige, elle lutte pour la démocratie et le multipartitisme avec toute la bonne conscience des humanistes bourgeois, bourreaux de la classe ouvrière en lutte. Fin août, l’insurrection gagne du terrain dans l’armée et dans d’autres institutions capitalistes. Les défections sont de plus en plus massives, les soldats se retournent contre leurs officiers. Au même moment, dans plusieurs prisons du pays, les prolétaires se révoltent. Certains parviennent à s’évader mais d’autres, par centaines, sont massacrés. A 13 Km de la capitale, dans la prison d’Insein encerclée par l’armée, les émeutiers mettent le feu aux bâtiments et tentent de percer le cordon militaire pour s’évader. Entre 200 et 600 réussissent, les autres, au moins 1000, sont tués par la fusillade ininterrompue de l’armée qui les empêche d’échapper aux flammes.

Suite à ces émeutes, le gouvernement accorde une nouvelle amnistie et libère le reste des prisonniers. Ce qui reste encore des prisons,... les ruines, devient de toutes façons inutilisable et incontrôlable. En août et septembre, de plus en plus de soldats sont vus aux côtés d’autres prolétaires ; en plus, des fusils font leur apparition dans "l’arsenal" des émeutiers, bien que les machettes restent l’arme la plus commune, et la décapitation, la façon la plus courante de tuer les bourgeois. A ce stade-ci, il est important de parler plus en détail des différentes fractions bourgeoises, et de la façon dont la presse internationale va rapporter les événements. Deux sortes de pacifismes, de discours non violents, émergèrent : 1/ Le premier va consister en la traditionnelle propagande pour la non-violence : "Nous manifestons pacifiquement, nous demandons des réformes, des droits, l’amnistie, le changement de gouvernement, et cela, d’une façon toute pacifique" (même les nonnes et les curés catholiques en septembre finissent par se joindre aux manifestations, avec comme slogan : "Jésus aime la démocratie" ; le suprême patriarche bouddhiste, quant à lui, appelle à la modération pendant que les troupes poursuivent les manifestants jusque dans les hôpitaux, tirant sur tout le monde). Mais très vite, les événements vont dépasser cette sorte de propagande. Les prolétaires ont résisté très longtemps aux massacres et aux tentatives de dévoyer leur lutte.

C’est pourquoi l’opposition bourgeoise au gouvernement commence à se radicaliser et à accepter, et même à encourager, la violence contre la fraction dominante, poussée en cela par la nécessité de rester crédible. La propagande précédente, les discours pour l’absolue non violence, ont fait maintenant place à une propagande pour une "violence différenciée". 2/ "L’autre" pacifisme va se vouloir plus... violent ! "On peut décapiter des soldats et des policiers défendant ce gouvernement car ce dernier n’a pas le droit d’exister ; le terrorisme d’accord, mais uniquement comme moyen d’instaurer une démocratie pluraliste. Par contre, voler dans les magasins et les bureaux, piller les maisons des riches, etc, sont des activités ’contre-révolutionna ires’. Les ’criminels’ qui prennent des biens ne leur appartenant pas seront exécutés". Voilà, en résumé, le discours et l’idéologie de ces démocrates "radicaux". Dans certaines villes où le pouvoir de l’Etat central a été chassé par les insurgés, des forces démocratiques locales, appuyées par la bourgeoisie commerciale, les intellectuels et les moines, organisent l’autogestion des structures pour maintenir le fonctionnement de la production et du marché, et la défense de la propriété privée, dévoyant de la sorte, vers les intérêts bourgeois, les tentatives de direction prolétarienne. Pourtant, le prolétariat n’est pas encore battu et conserve une force de lutte marquée notamment, par la constitution de milices d’auto-défense et d’organisations prolétariennes dans les quartiers ouvriers des banlieues et même dans des viles entières. Les deux stars de l’opposition, Daw Saung San Kyi et le général Aung Gyi, lancent alors un appel pour la création d’un "gouvernement provisoire" afin de "donner la démocratie au peuple". L’appel reste sans effet, les pillages ne cessent de s’étendre et dans la plupart des cas les cibles sont les sources de nourriture (le riz principalement) . Pour parvenir à bout de la résistance prolétarienne, la bourgeoisie recourt aux massacres, aux bains de sang.

Tensions sociales dans l’armée Au sein de l’armée, réputée pour être l’une des plus disciplinée d’Asie, les dissensions sont de plus en plus vives. Les conditions de vie des soldats, tout en étant meilleures que celles des autres prolétaires, sont loin d’être bonnes. Le service militaire obligatoire est long et pénible, la solde est maigre, la cantine rationnée, la discipline de fer, le copinage et la corruption, monnaies courantes. De plus, l’armée est en guerre permanente contre les différents groupes de guérilla. Cette situation entraîne un mécontentement croissant. La tension est si grande qu’en août ’88 "des éléments de l’armée viennent retirer de la Banque Nationale de Commerce, sous la menace de leurs armes, une somme de 600 millions de kyats (=600 millions de FF) pour distribuer aux soldats" (Libération du 9/9/88). Le mécontentement et la résistance des prolétaires sous l’uniforme croît de jour en Jour. Des soldats participent aux pillages. Des mutineries éclatent dans différentes bases militaires.

Dans trois villes au moins, les soldats passent aux côtés des émeutiers. Des manifestants chantent l’hymne de l’armée devant les soldats venus les réprimer, et les interpellent : "Tirez, grands frères !". Mais même avec tout ela, l’armée ne se décompose pas ; elle reste toujours maître du terrain et, malgré les désertions et les mutineries, le prolétariat ne parvient pas à émerger en-dehors et contre cette structure de l’Etat bourgeois. Le pouvoir a besoin de l’opposition La nécessité vitale, pour la bourgeoisie, de nier l’affrontement de classe qui se joue en Birmanie, s’exprime de différentes manières. Pour les uns, il s’agit uniquement de "manifestations étudiantes" ou de "groupes de gens" défendant "leurs intérêts spécifiques" ; pour d’autres, c’est la défense des "intérêts généraux du peuple", c’est la "démocratisation" , qui est revendiquée. Pourtant, durant l’été ’88, la difficulté à cacher la "tendance" du prolétariat à "l’anarchie" (2) pousse les médias à se centrer non plus sur les événements mais sur les "aspects politiques".

Les rengaines sur le danger du chaos et de l’anarchie cèdent progressivement la place aux discours et déclarations des fractions de l’opposition, des filles de héros de 1’indépendance et autres généraux à la retraite. Début septembre, le gouvernement rejette l’appel à un "gouvernement d’intérim". Le président Maung Maung comprend l’intérêt prépondérant, primordial de sa classe : préserver, soigneusement à l’écart du gouvernement, une opposition dont l’influence sur le mouvement commence à se faire sentir. Ni le Capital mondial, ni ses managers locaux n’ont intérêt à détruire (en lui ouvrant l’accès au gouvernement) la crédibilité naissante de l’opposition. De surcroît, il est plus que vraisemblable que cette ouverture prématurée n’aurait pas suffit à canaliser le mouvement, alors même qu’elle risquait d’affaiblir la bourgeoisie locale, la désorganisant dans un moment clef. Loin de cette compréhension, Daw Aung San et son copain le vieux général, de même que Thant, le fils de l’ex-secrétaire général des Nations Unies, de même que d’autres démocrates, sont prêts à perdre leur influence en échange du pouvoir.

Mais pour la bourgeoisie dans sa globalité, c’eût été une réelle stupidité de laisser les choses se dérouler ainsi. Il est beaucoup plus utile que la grève générale, qui paralyse plusieurs villes et qui continue toujours à Rangoon, reste une "action de protestation" revendiquée par ces "forces démocratiques" qui viennent de sauter dans le train en marche. U Nu, leader anti-fasciste des années ’60, forme alors un "anti-gouvernement de transition" avec son groupe "Ligue pour la Paix et la Démocratie", rejoignant ainsi Daw Aung San pour tenter de canaliser le mécontentement général vers la revendication d’un système multipartiste, de la démocratie et des droits de l’Homme, des droits du bon citoyen, patriote fidèle, bon ouvrier, bon père de famille ! A ce stade, le capitalisme mondial a déjà commencé à préparer les futurs arrangements et les luttes inter-imperia1istes qui suivront le massacre de l’insurrection prolétarienne. Depuis longtemps déjà plusieurs pays, dont le Japon et l’Angleterre, se sont disputés le territoire entouré par les frontières birmanes et restent toujours intéressés par les possibilités d’y implanter des bases militaires le long de l’océan Indien.

L’opposition s’unit pour se débarrasser du gouvernement Alors que des émeutes continuent dans plusieurs endroits du pays, les démocrates s’activent pour reprendre les choses en mains. Pendant ce temps, l’armée protège le ministère de la défense, la station de radio, les principaux ponts de chemins de fer, les quartiers résidentiels, ... Peu à peu tout est mis en place pour le "dernier" massacre de prolétaires, tant militaire qu’idéologique. Avant de passer à l’action, la bourgeoisie achève les derniers préparatifs pour diviser le prolétariat en "criminels" d’un côté, et "démocrates" de l’autre. Le 11 septembre, le parlement décide de ratifier la promesse d’élections libres et d’établir un système multipartiste (3).

Le New York Times rapporte (le 13/9/88) que les manifestants ne suivent pas la ligne de démocratisation officielle ni les groupes d’opposition, lesquels ne peuvent "offrir aucune direction ni organisation immédiate" acceptables pour les insurgés. U Nu, le "self made leader" du "gouvernement rival" semble avoir été ignoré par les manifestants. U Tin Do, précédent ministre de la défense, maintenant transfuge du PPSB (parti au gouvernement) , Daw Aung San Kyi et Aung Gyi en appellent à la patience des manifestants, soutenant que "le peuple doit continuer les manifestations pacifiques, en utilisant l’arme du courage moral…" !!

Vers la mi-septembre, ainsi que le Times l’écrit, la Birmanie se trouve "au bord de l’anarchie" car bien que "le gouvernement ait accepté des élections, les manifestations continuent". Pendant ce court laps de temps, le rapport de force entre bourgeoisie et prolétariat semble suspendu, la lutte semble être à un moment clé où tout acte importe et pèse sur le cours futur des événements. L’armée ne cesse de renforcer ses positions. Le gouvernement fait des promesses, les fractions d’oppositions prêchent la démocratie et la tolérance ainsi que la nécessité d’éviter l’anarchie. Arrive alors l’appel à la grève générale "pour réclamer la démocratie immédiatement" : tentative désespérée de récupérer au moins le contrôle apparent des événements qui, dans les faits, évoluent vers le refus général du travail.

Ce qui se joue alors en Birmanie est semblable à la situation sociale de la Pologne en 1981 : Solidarnosc, pour protéger l’Etat et canaliser la radicalisation des luttes, est acculé à menacer le gouvernement de déclencher la grève générale. Cette menace produit une vaste opération de répression militaire : le coup d’Etat. En Pologne comme en Birmanie, la déclaration de grève générale suit un mouvement qui, dans ses actes, a déjà depuis longtemps refusé le travail et organisé les grèves. L’opposition tente donc de récupérer la lutte et de la transformer. Mais le calme ne revient pas dans les villes, les habitants refusent de rentrer chez eux, et les prolétaires de retourner sagement au boulot.

La bourgeoisie se tourne alors vers son alternative. Après l’échec des tentatives de récupération par la "douceur", le balancier du pendule s’en va vers l’autre pôle, l’autre face de la médaille : après la carotte, le bâton ! Le 18 septembre a lieu le coup d’Etat du général Saw Maung qui impose le couvre-feu. La veille, un groupe d’insurgés s’est affronté à l’armée en face du ministère du Commerce. Les prolétaires ont capturé des soldats qui avaient tiré dans la foule. Ils voulaient les tuer, mais des leaders de l’opposition sont intervenus et ont plaidé pour la paix. Les soldats ont eu la vie sauve.

La voix de l’opposition est de plus en plus écoutée au sein des prolétaires. Rien de pacifique par contre dans les méthodes de l’armée qui a alors plus d’une raison de pratiquer la plus dure des répressions : d’une part, il est de l’intérêt général de la bourgeoisie d’en finir avec l’état insurrectionnel du pays (sans doute en partie à cause des répercussions et des contagions possibles dans les régions voisines, voire dans d’autres endroits du monde où les prolétaires peuvent facilement identifier leur situation à celle de leurs frères birmans) ; et d’autre part, compris dans cet intérêt général, il est impératif pour l’armée, d’arrêter les défections en son sein. Selon la presse, dans la seule semaine précédant le coup d’Etat, quelques 6000 soldats de l’armée de l’air, de mer et de terre ont rejoint le camp de insurgés. D’autres facteurs entrent également en ligne de compte et poussent la bourgeoisie à adopter la méthode "forte" : la colère des vieux généraux face au refus de collaboration des fractions d’opposition ; ainsi que la nécessité de mettre le holà à la violence qui se déchaîne contre l’armée, la police et tous les signes de richesses. A partir du coup d’Etat (véritable carnage, est-ce nécessaire de le préciser ?), les grèves et les manifestations sont interdites. Le coup d’Etat, de même qu’en Pologne et ailleurs, n’est pas un réel changement de gouvernement (au sens de remplacement d’une fraction par une autre) mais seulement une purification de l’Etat, poussé par la nécessité d’aller droit à l’essentiel : se protéger du désordre et de l’anarchie. Le général Saw Maung, chef du comité militaire, qui a déjà été ministre de la défense antérieurement (gouvernement de Ne Win, poste qu’il retrouvera plus tard), s’engage rapidement, exactement comme le fit Jaruzelski 8 ans avant lui, "à poursuivre" les réformes, la démocratisation, ...

Par la suite, le général déclarera qu’il n’aurait agi de la sorte que "dans le but d’arrêter le chaos social birman et d’assurer que des élections seraient organisées". Les fractions d’opposition protestent mollement, puis réclament des pourparlers avec Saw Maung. Elles repoussent les offres de soutien de la part des groupes autonomistes. Les moines bouddhistes mettent également la main à la pâte en publiant un texte appelant "au dialogue" (cfr. le rôle de l’église en Pologne). Au même moment, la capitale est investie et quadrillée par les blindés et les patrouilles tirent sans avertissement sur tout rassemblement de plus de 5 personnes. Pourtant, le prolétariat de plus en plus affaibli, ne se déclare toujours pas vaincu. Le 20 septembre, la banlieue de Rangoon est toujours l’un des bastions de résistance les plus solides des insurgés. L’armée ne parvient pas à y pénétrer, pas plus qu’elle ne réussit à démanteler "les barricades faites de tuyaux de canalisation et d’arbres coupés. Ces positions sont défendues à l’aide de lances en bois, de bouteilles d’acide mélangé à du gravier, de cocktail molotov et de ’jinglees’ (catapultes à fléchette)." - Libération du 20/09/88. Le lendemain du coup d’Etat, des groupes de prolétaires pillent des postes de police de Rangoon, volent armes et munitions. La radio parle même d’une mobilisation rassemblant 1000 personnes qui ont attaqué les forces de l’ordre et tué 7 policiers dont 2 commandants.

Une immense fouille est organisée pour retrouver les coupables mais l’armée ne réussit pas "à déloger les extrémistes". Pourtant le 21 septembre (3 jours après le coup d’Etat), "les barricades de la banlieue ouvrière d’Okkalapa, un des bastions de la résistance, sont tombées". Les exécutions sommaires sont innombrables et les crématoriums du pays fonctionnent à plein rendement pour effacer au plus vite les traces du massacre. Ce qui se passa par la suite, nous n’en avons jamais plus eu le détail. Le blocus des médias devint impénétrable. Mais malgré ce silence, nous savons que la violence s’est encore accrue contre notre classe ; nous savons que la bourgeoisie, flairant l’affaiblissement, enivrée par l’odeur du sang et de la victoire toute proche, a redoublé de cruauté et de vigueur. Qu’en est-il aujourd’hui ? Nous ne pouvons le dire mais nous craignons le pire. En guise de conclusion temporaire La presse bourgeoise a rempli sa fonction : à la fois cacher, transformer la réalité du mouvement social, (qui de révolutionnaire devint "étudiant", puis démocratique, etc.) pour ensuite simplement cacher la réalité de la terreur bourgeoise. Mais au-delà de l’horreur, au-delà du cannibalisme de la contre-révolution, ce que la presse a essayé de cacher, c’est la force de la révolution : la bourgeoisie a eu énormément de mal à faire quitter au prolétariat en Birmanie son terrain de lutte. La force du prolétariat a déterminé l’ampleur des moyens mis en place par la bourgeoisie mondiale pour la répression. La difficulté de la bourgeoisie à écraser le prolétariat montre, plus clairement que tout discours, le fait que le prolétariat ne luttait pas pour "plus de démocratie", "pour changer de fraction au pouvoir" (changer de bourreaux, en fait), mais bel et bien pour la défense de ses intérêts exclusifs de classe. Face à cela, la bourgeoisie a répondu, et répondra toujours, par un déluge de feu et de sang, le tout enrobé de grands discours sur les "nécessaires réformes". Le refus clair du prolétariat en Birmanie a contraint la bourgeoisie au développement immédiat d’une répression très large. Mais il ne lui a pas été possible d’isoler les avant-gardes les plus combatives et radicales grâce à "l’octroi" de réformes et d’acquis sociaux. Cette solution aurait permis l’isolement de cette avant-garde pour la massacrer, et écraser ainsi politiquement le prolétariat pour, une fois ces conditions remplies, massacrer, réprimer, torturer massivement. Cette solution comporte l’avantage, pour la bourgeoisie, d’opposer une frange du prolétariat contre d’autres, d’imposer ses leçons, d’essayer de faire croire que la répression, occasionnée par un secteur particulier de la bourgeoisie (armée, fascistes... ), a été causée par les excès d’une minorité de prolétaires irresponsables (voyous, "terroristes" , agents à la solde de l’ennemi, provocateurs, ...). Cet échec partiel est très encourageant pour notre classe et ses luttes futures. Il donne à penser que des leçons de ce mouvement restent présentes pour bon nombre de prolétaires. Et si c’est le cas, ces leçons permettront aux luttes de repartir d’emblée, ou d’accéder beaucoup plus vite à un plus grand niveau de force (centralisation, clarté politique, refus des divisions et des réformes, connaissance des méthodes de l’ennemi et des nécessités de la lutte révolutionnaire, etc.). De plus, il est possible, voire probable, que certaines des structures (clandestines) que le prolétariat a mises sur pied durant ces 7 mois d’affrontement, soient passées au travers des mailles de la répression et qu’elles travaillent au maintien de l’indispensable continuité entre les différents moments de l’affrontement social qui ne peut que se développer. La force du prolétariat, qui n’a pas été suffisante pour empêcher la répression (et ne pouvait être suffisante dans un seul pays), l’a été probablement suffisamment pour qu’en vendant chèrement leurs peaux, les prolétaires aient ralenti, diminué celle-ci. La situation dans laquelle la bourgeoisie peut développer SANS LIMITE sa répression est précisément la situation dans laquelle le prolétariat a perdu toute capacité de résistance. La bourgeoisie, face à un mouvement de cette ampleur, est obligée de ramener la paix sociale au moyen de la répression. Mais lorsque le prolétariat reste fort, précisément pour empêcher que le mouvement ne reparte contre la répression, elle est obligée de moduler celle-ci, voire de la limiter. La situation en Birmanie reste très explosive. L’économie, qui fut totalement paralysée des mois durant, après les moments forts de la lutte, et même après la répression, reste instable. Carburant et électricité font totalement défaut, et pour cette raison aussi, nombreux sont ceux qui ne sont pas retournés travailler ou qui furent licenciés, arrêtés pour leur participation aux grèves. L’ensemble de ces facteurs et la profondeur de la crise économique et sociale empêche que les prolétaires, pour survivre, puissent même respecter les lois. "De toute façon, les paies sont dérisoires, les magasins d’Etat vides, et le prix des denrées, sur le marché libre, exorbitants. Les rues de Rangoon sont envahies par les mendiants et l’armée continue de tirer sur des pillards qui bravent même le couvre-feu nocturne pour voler un sac de riz ou une plaque de tôle ondulée" ("Le Monde" du 22/10/88). L’importance de cette lutte dans une région qui, à différents titres, peut être considérée comme cruciale dans le développement des affrontements interclassistes (concentration de prolétaires, proximité de la Chine et donc, point de contagion possible des luttes d’un bloc à l’autre,...) , nous détermine à en dire et à en répéter l’importance. Elle clame bien fort ce qu’à de multiples reprises nous avons exprimé : IL N’EXISTE PAS UN CENTRE DE LA REVOLUTION, lequel devrait, soit servir de référence pour les luttes des prolétaires de tous les pays, soit servir de direction, de guide. Ces conceptions (divisions entre pays "développés" et pays "sous-développé s", "socialistes" ou non, "agresseurs" et "moins agresseurs", "progressistes" , etc.) sont moralistes, progressistes et racistes. Elles servent uniquement à diviser le prolétariat mondial et à ralentir sa lutte. Comme des dizaines de fois en d’autres temps et d’autres lieux, le prolétariat en Birmanie a prouvé qu’il n’existe qu’une seule classe ouvrière et une seule voie pour faire triompher le projet révolutionnaire de notre classe ; il tire sa force, non pas des donneurs de leçons, ou de l’expérience du "prolétariat évolué" de telle ou telle zone, mais bien de sa lutte pratique contre la bourgeoisie, pour se réapproprier toute sa propre histoire. Plutôt que de chercher des zones privilégiées et ainsi introduire des séparations au sein de notre classe, il est beaucoup plus valide de saisir que l’émergence pratique de notre classe et de son avant-garde partout dans le monde, est historiquement et mondialement déterminée par l’antagonisme bourgeoisie/ prolétariat. Le développement de l’affrontement social, lorsqu’il prend un caractère aigu comme ce fut le cas en Birmanie, tend à prendre comme axe de gravitation la question de l’affrontement armé. Mais autant cette question est essentielle pour le prolétariat, dans la mesure où il est contraint de transformer les armes de la critique en critique par les armes (ne serait-ce que pour empêcher le cannibalisme de la contre-révolution) , autant cela présente le danger de la transformation de l’affrontement social en affrontement militariste interbourgeois. Dans sa lutte, le prolétariat en Birmanie, poussé par les nécessités, a su assumer la contrainte de la riposte armée à la bourgeoisie et cela tant pour satisfaire ses besoins que pour se défendre. De façon de plus en plus générale et globale, il a assumé l’affrontement militaire et sa préparation contre les forces de l’ordre. C’est ainsi que se sont créées des structures organisées et armées pour l’auto-défense des quartiers ouvriers, pour l’attaque de bâtiments de l’Etat, pour les pillages et les réappropriations. Il est important de souligner les nombreuses tentatives d’organisation du prolétariat en Birmanie. A travers l’ensemble des informations qui ont filtré, il semble clair que des structures organisatives multiformes ont surgi. Si, conformément à sa vision machiavélique de l’histoire, la bourgeoisie parle toujours d’un centre unique de la subversion, il semble au contraire (et nous ne pouvons que le regretter tout en le comprenant) que ces structures soient restées fortement décentralisées. Si cela s’explique notamment par la volonté de résister par le cloisonnement à une répression extrêmement violente, il n’empêche cependant que cela disperse le prolétariat, et ralentit ou entrave sa constitution tendancielle en une seule force centralisée. Ainsi, n’ayant pas perdu de vue les leçons du passé, le prolétariat en Birmanie a très rapidement pratiquement mis en avant la nécessité de s’organiser et de se protéger. Mais cette vigilance contre la répression, qui exprime un certain niveau de compréhension de la nature réelle de l’antagonisme, la réalité de la bourgeoisie, doit être dépassée en structurant différents niveaux de contacts, de centralisations qui permettent de renforcer la lutte en la centralisant, en tendant à lui donner une direction unique. Si au départ, c’est principalement l’homogénéité des conditions de vie, la famine et l’horreur qui ont déterminé le développement rapide et l’extension des luttes ; très rapidement aussi des tentatives de généralisation, des prises de contacts entre différentes villes, sont apparues. Il est plus que probable que ces différentes structures ont aussi participé au refus des solutions proposées par la bourgeoisie. Des dizaines de structures se sont mises en places, des militants ont été demander conseil sur les nécessités de la lutte à des militants des vagues précédentes de lutte. Et bon nombre d’ organisations ainsi créées se sont opposées à la Chine, aux USA, à Cuba, à l’URSS,... les mettant tous sur le même pied, où ils se trouvent de fait, même si ce fut malheureusement parfois, pour leur opposer "la volonté d’indépendance du peuple birman" (4). Lors des violentes explosions de rage ouvrière qui se sont succédées ces derniers temps (Algérie, Venezuela, Maroc, Tunisie, Mexique,...) , le prolétariat affrontait les forces de répression bourgeoises armées de mitrailleuses et munies d’autos blindées avec, comme seules armes, des cailloux, des couteaux ou des bouts de bois. En Birmanie, ce ne fut pas le cas. Notamment grâce à la continuité qu’il a donné à ses luttes, le prolétariat a su tirer des leçons et a refusé de se faire massacrer, désarmé. Les prolétaires en lutte se sont d’abord servis d’armes dérisoires, puis, dans le développement du mouvement, ils ont montré qu’il ne s’agissait pas pour la bourgeoisie de massacrer des moutons bêlant mais bien des prolétaires en lutte, décidés à défendre leurs luttes les armes à la main. C’est notamment cette détermination, et les morts dans l’armée bourgeoise, qui ont poussé de plus en plus de prolétaires sous l’uniforme, à refuser d’assassiner leurs frères de classe, à déserter, à passer à la lutte ouverte contre l’Etat. Cela permettait de la sorte aux prolétaires de se procurer des armes, mais cela accentuait aussi la déstabi1istation de l’Etat. Cependant, il est clair que la lutte de classe en Birmanie a déstabilisé l’armée, au point que des militaires (prolétaires sous l’uniforme) s’affrontent à d’autres militaires, il n’en reste pas moins vrai que cette déstabilisation ne fut jamais assez profonde que pour réellement mettre l’Etat en danger. Pour imposer un changement de cette situation, il faut que la lutte dépasse aussi un ensemble d’autres limites et, par exemple, qu’elle s’internationalise pratiquement et directement, bousculant de la sorte un ensemble d’idéologies, telles la "mauvaise gestion", la fausse opposition entre "socialisme" et capitalisme, les problèmes "spécifiquement nationaux", etc. D’autre part, dans sa lutte contre l’Etat et sa répression, le prolétariat en Birmanie n’a pas seulement refusé de s’affronter les mains nues à l’Etat ; il a, dans un premier temps, choisi ses cibles en fonction de ses besoins : les besoins de sa lutte. Il a refusé d’aller systématiquement au devant des mitrailleuses de l’armée, où toutes les forces de l’opposition, des anciens membres du régime aux moines, l’appelaient. Cette organisation de la lutte, exprime le passage de la réaction contre la misère à l’action organisée contre l’ensemble de la société et ses mécanismes (un de ces "mécanismes" est le massacre des prolétaires insurgés !), et manifeste indéniablement un pas important en avant pour le prolétariat. Mais c’est un pas auquel il est d’autant plus difficile de donner une continuité que l’isolement du prolétariat en Birmanie est profond. C’est pourquoi, s’est ouverte pour la bourgeoisie la possibilité de transformer l’affrontement social en affrontement purement militariste interbourgeois, appareil contre appareil, terrain sur lequel la bourgeoisie reste aujourd’hui évidemment largement dominante. Dans un développement de ce genre-là, ce sont, petit à petit, des "spécialistes militaires" (groupes armés de libération nationale, guérilleristes) qui reprennent la direction du mouvement contre ses intérêts propres. * Décembre 1988 * Notes 1. Il y a en Birmanie plusieurs minorités ethniques qui luttent pour l’indépendance de leur lopin de terre. Ces groupes autonomistes sont généralement basés le long des frontières et mènent une guerre de guérilla au gouvernement central depuis plus de 20 ans, tout en se faisant perpétuellement la guerre. Les plus nombreux sont les "communistes" du PCB lequel s’est fait particulièrement discret pendant les luttes. Ensuite viennent les Karens, véritable Etat dans l’Etat avec son armée bien sûr, mais aussi un service militaire obligatoire, des flics, des universités, des lois propres, des avocats, un réseau de production et d’échange très développé, etc. Ils occupent plus ou moins 600 km de territoire le long de la frontière thaïlandaise et sont à peu près 2 millions dont 4.000 en permanence en armes. Ils constituent la deuxième force de guérilla après le "PC" qui, lui, est basé le long de la frontière chinoise. Leurs principaux revenus proviennent de la contrebande de toutes marchandises, excepté la drogue (le "triangle d’or" est tout proche) qui est prohibée tant pour le commerce que pour la consommation. Celle-ci, ainsi que l’adultère, sont punis de mort ! Dès le début du mouvement, les Karens auraient tenté de tisser des liens avec les insurgés et de former des "activistes" au combat. Pourtant, alors qu’à la suite du coup d’Etat, 5.000 à 10.000 jeunes rejoignaient les Karens pour se former au maniement des armes à feu, à aucun moment de la lutte n’apparurent de revendications autonomistes ou soutenant tel groupe contre tel autre. Il y a au moins 9 groupes différents sensés être unis au sein du Front National Démocratique rassemblant plus ou moins 30.000 combattants armés, mais qui s’entredéchirent. 2. Derrière ces "tendances à l’anarchie", nous entendons l’irrespect envers la propriété privée, la loi, etc. Nous entendons l’irrespect des valeurs bourgeoises et de ceux qui les enseignent et les défendent et nous soutenons cette anarchie-là et la revendiquons comme lutte de notre classe pour la satisfaction de nos besoins. 3. Ces déclarations n’ont eu que peu d’effet sur les manifestants. Aucune trace d’apaisement, de contentement ou de satisfaction ne s’exprima. 4. Il est quasiment certain que, tout comme les campagnes de l’opposition et les massacres sanglants du gouvernement, les groupes autonomistes et guérilléristes ont participé à l’écrasement du mouvement, en récupérant en leur sein les militants qui avaient pu échapper à la répression. Ainsi encadrés, ces militants détournent leur haine de la bourgeoisie en haine de la fraction au gouvernement, et entrent en guerre contre elle. Les groupes séparatistes dévoient ainsi la lutte armée de notre classe en lutte militariste interbourgeoise pour l’autonomie nationale de tel ou tel territoire.

Birmanie : la force capable de se battre contre la dictature militaire n’est pas l’opposition démocratique et libérale (par exemple, celle d’Aung San Suu Kyi), mais la classe ouvrière

C’est le peuple travailleur qui avait, en 1991, abattu la dictature de Ne Win et pas l’opposition bourgeoise et petite bourgeoise. Aujourd’hui encore, alors que cette opposition est bloquée par la dictature et sans perspective, hormis faire appel en vain à la communauté internationale, les travailleurs de battent...

Le gouvernement militaire birman a envoyé plusieurs centaines de policiers anti-émeute devant deux usines où plus de 2.000 ouvriers sont en grève pour réclamer des hausses de salaires.

Une cinquantaine de camions des forces de l’ordre transportant des hommes armés de boucliers et de fusils d’assaut ont été déployés pour bloquer les accès à la zone industrielle de Hlaingtharyar, à une dizaine de kilomètres de Rangoun, la capitale économique du pays, rapporte un journaliste de Reuters.

Les ouvriers de l’usine de chaussures de Taiyi et de l’usine textile Opal 2 ont cessé le travail lundi, a précisé un haut responsable de la fédération des chambres de commerce et d’industrie, selon qui un accord semble avoir été conclu entre la direction et les employés de l’usine Taiyi.

Les mouvements sociaux sont rares en Birmanie, mais des petits rassemblements contre la hausse des prix du carburant s’étaient transformés en 2007 en manifestations nationales menées par des moines bouddhistes. Le mouvement avait fini par être réprimé dans le sang, au moins 31 personnes ayant péri face aux forces de l’ordre. Les analystes et diplomates soulignent que la junte militaire au pouvoir est particulièrement sensible au risque de troubles sociaux à l’approche des élections qu’elle compte organiser à l’automne. Un responsable gouvernemental, demandant à rester anonyme, a déclaré que le ministère du Travail avait dépêché des émissaires pour résoudre le conflit.

La Birmanie compte environ 130 usines de confection appartenant à des sociétés birmanes ou étrangères et employant quelque 45.000 personnes.

Les exportations de vêtements birmans se sont élevées à 292 millions de dollars durant l’année fiscale 2008-2009, contre 282 millions en 2007-2008, selon les statistiques officielles.

Le pays est en concurrence sur ce secteur avec d’autres pays de la région comme le Cambodge, le Bangladesh, le Vietnam et la Thaïlande. Une vague de grèves importantes ont éclaté récemment dans l’industrie textile birmane. Les travailleurs ont résisté à la réaction brutale du régime militaire.

Pendant les dernières semaines plus de 3.800 travailleurs, la plupart des femmes, dans la zone industrielle de Hlaing Tharyar à la périphérie de Rangoon sont en grève pour exiger une augmentation de salaire Kyat 10,000 (US $ 10) et une réduction des heures de travail. Ce fut la première grande grève dans la ville pendant près de vingt ans. Les usines touchées sont celles des coréens appartenant à une usine de confection Opal 2 et la mode Mya. Les travailleurs de l’usine Lay vêtement Kya et Tauyee usine de chaussures sont également en grève.

La réponse de la junte militaire qui dirige le pays a été rapide et décisive : les polices anti-émeute et militaire ont été rapidement déployées et ont bouclé les usines touchées par la grève. Une offre de la direction de l’usine Opale 2, offrant le paiement de 10.000 Kyat, a été rejetée par les travailleurs. Réponse claire et audacieuse par les travailleurs qu’ils demandent un salaire réel et du niveau de vie décent.

Malgré le fait que la Constitution permet aux syndicats et que la Birmanie a ratifié plusieurs conventions de l’OIT, la Fédération indépendante des syndicats de Birmanie (FTUB) est toujours interdit et plusieurs de ses dirigeants sont actuellement emprisonnés.

Les protestations des travailleurs et la lutte contre la junte militaire de 2007 sont souvent désignées comme « révolution safran" en raison des robes associées avec les moines bouddhistes qui ont été au premier plan des manifestations. Toutefois, cette une révolte sociale et la cause réelle de ces manifestations a été la forte augmentation des prix des produits de base et la suppression des subventions aux carburants. Cela a conduit des centaines de milliers à manifester pendant le mois de septembre 2007 et c’est une répression violente et le manque d’organisation qui ont conduit à la extinction de la protestation.

Bien que les États-Unis et l’Union européenne ont appliqué les sanctions au cours des manifestations, leurs représentants au sein du FMI et la Banque mondiale a été mise sous pression du régime pour éliminer toutes les subventions des années. Ils sont maintenant en train de négocier avec le gouvernement sur la privatisation de grandes parties du industries appartenant au gouvernement.

Cela montre clairement que le peuple birman ne peut que faire confiance à leurs propres forces. Il est clair que la FSB et autres organisations de travailleurs ont besoin de lier les luttes pour des salaires décents à la lutte contre la junte militaire. Bien que l’édition 2007 des protestations ont été courageuses, elles ne se sont pas transformées en une grève générale qui pouvait bloquer le pays. Cela a permis à la junte militaire de prendre le dessus après les premières semaines de manifestations de masse et ils ont réussi à briser le mouvement de masse.

Il est clair que les puissances impérialistes ne sont pas un point d’appui dans la lutte du peuple birman pur sa libération, mais au contraire son ennemi. Tout ce qui les intéresse est d’avoir un régime stable avec une paix sociale permettant d’exploiter tranquillement et à bas prix la main d’oeuvre afin que des produits bon marché puissent être produits, comme chez tant de ses voisins. C’est pourquoi les révolutionnaires socialistes doivent, en Birmanie comme ailleurs, insister pour que les protestations contre le régime prennent des distances vis-à-vis des nombreuses ONG, think-tanks et les organisations religieuses qui veulent faire chuter la junte militaire et la remplacer par un régime bourgeois, soi-disant démocratique, fidèle à des puissances impérialistes. Un véritable mouvement pour la fin de l’oppression, de l’exploitation et pour une transformation sociale véritable ne peut se construire uniquement sur la base des luttes économiques. Le prolétariat doit prendre la tête des luttes politiques et des autres couches sociales opprimées.

L’un des principaux obstacles à l’unification de la classe ouvrière et les nombreux agriculteurs pauvres est la question ethnique qui est utilisé pour construire des tensions qui divisent l’opposition. Une organisation des travailleurs révolutionnaires doit inclure tous les groupes ethniques et de mettre fin au « diviser pour régner » utilisé par la junte militaire.

La Birmanie est un exemple horrible de brutalité militaire et capitaliste, et les seuls qui peuvent mettre un terme à la misère sont les travailleurs de la Birmanie, en se plaçant à la tête de toutes les couches opprimées de la société. La lutte indépendante du prolétariat peut unir tous les groupes ethniques en un mouvement de masse. La dernière vague de grève est un exemple clair de ce qui peut être atteint.

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