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Pourquoi nous divergeons avec l’organisation française Lutte Ouvrière - Matière et Révolution
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Pourquoi nous divergeons avec l’organisation française Lutte Ouvrière

mercredi 27 juin 2012, par Robert Paris

Débat organisé par Lutte Ouvrière lors de sa fête à Presles, alors que cette organisation reconnaît ne pas vouloir débattre devant les travailleurs avec les autres courants politiques se réclamant des idées révolutionnaires car c’est, selon elle, perdre du temps qu’il faudrait consacrer au travail en direction des entreprises... Opposer la clarification politique et le travail ouvrier, voilà qui caractérise Lutte Ouvrière. Lire sur ce point les numéros du journal Lutte Ouvrière du 12 mai 1995 et du 28 avril 1995 sur la manière dont cette organisation conçoit le parti ! Citons l’un de ces articles écrit par l’ancien dirigeant Hardy : "Ces discussions durent depuis des années et nous ne voulons pas être paralysés par ce genre de polémique." Loin de vouloir discuter avec d’autres courants militants, Hardy développait l’idée qu’il s’agissait seulement d’organiser les sympathies pour la candidature présidentielle d’Arlette Laguiller...

Pourquoi nous divergeons avec l’organisation française Lutte Ouvrière

Un lecteur nous interpelle de la manière suivante (j’espère ne pas trahir sa pensée en la résumant ainsi) :

LO se revendique du trotskysme contrairement aux autres organisations d’extrême gauche. Elle dénonce les politiciens de gauche et le réformisme. Elle se bat publiquement au nom du communisme. Elle n’a pas donné le nom de communiste aux dictatures de l’Est, d’Asie ou de Cuba. LO prône le renversement du capitalisme et, dans l’intervalle, une radicalisation des luttes ouvrières pour faire reculer les patrons et l’Etat. Vous défendez la même version du léninisme, pour la construction d’un parti de militants professionnels, pour une formation marxiste stricte, pour le principe de la participation aux élections et aux syndicats sans compromissions. D’autre part, LO est une organisation de taille conséquente alors que vous n’êtes qu’un petit groupe. Est-il nécessaire que vous restiez indépendants ce qui affaiblit nécessairement le courant révolutionnaire ?

Réponse de Robert Paris :

- Tout d’abord nous faisons partie d’une série de militants qui ont été exclus de Lutte Ouvrière et les raisons disciplinaires de cette exclusion cachent difficilement des divergences politiques. D’ailleurs, pour ma part, j’estime qu’en m’excluant Lutte Ouvrière n’a fait que rompre un fil qui devait l’être et ce pour des raisons politiques. Le cirque mis à part - et il y en a eu dans cette exclusion plus que dans d’autres -, la nécessité de la rupture politique m’apparaît aujourd’hui évidente et cela me semble une séparation voulue de part et d’autre. Chacun a repris sa liberté qui est toujours celle de militants par rapport à une organisation. Je ne partage pas avec la Fraction de Lutte Ouvrière le désir de continuer à se revendiquer de LO, ce qui est bien sûr parfaitement leur droit. Ce que je ne partage pas avec Lutte Ouvrière dans cette exclusion, c’est le refus de discuter politiquement des divergences, refus qu’elle a manifesté ainsi une nouvelle fois – car ce n’était nullement la première fois ! Lutte Ouvrière a ainsi exclus ceux qui estimaient que la nature de la Russie avait changé et ceux qui estimaient qu’on pouvait aller franchement vers un parti plus ouvert...

- La faiblesse du courant révolutionnaire est certes un problème mais la vraie question n’est pas l’existence de groupes séparés les uns des autres. S’il s’avère qu’ils convergent, ils sauront le constater. Mais pour converger, encore faut-il mettre ses choix en discussion avec d’autres militants, courants, groupes, cercles ou partis et ce n’est pas le cas de l’organisation Lutte Ouvrière qui estime franchement ne pas vouloir y consacrer du temps et des préoccupations.

Nous divergeons complètement sur ce point. Discuter avec d’autres militants et courants, ce n’est nullement perdre du temps dans la direction d’un parti révolutionnaire. Bien sûr, l’activité en direction du prolétariat nécessite du temps, mais peut-on dire que boire nécessite du temps et que, du coup, on ne va pas manger ? Est-ce que nos prédécesseurs Marx, Engels, Lénine ou Trotsky pour ne citer que ceux-là ont négligé les débats avec d’autres courants ou groupes ? Pas du tout ! Leur particularité politique a été essentiellement connue par ces polémiques. L’attitude de LO consistant à dire qu’on s’adresse au milieu des entreprises touché par notre propagande et qu’on n’a pas le temps de discuter avec les autres courants ne peut, selon nous, être celle qui mène au parti. Cela mène à des grands groupes politiques mais, ensuite, il y a blocage et déclin inévitable.

Des années et des années d’une telle pratique ne peuvent que mener à des dérives de toutes sortes. Et c’est ce que nous allons tenter de montrer dans ce texte.

- Mais commençons par rappeler que nous n’avons aucune animosité vis-à-vis des dirigeants et des militants de LO. Nous ne voulons pas simplement dénoncer leurs dérives. Nous ne nous plaçons pas sur le terrain de la morale mais sur le terrain des choix politiques. Nous voulons discuter de leurs conceptions, non pour réformer les leurs, mais pour définir ce qui nous semble indispensable aux révolutionnaires et qui leur semble parfaitement accessoire. Il ne s’agit donc pas de simples divergences, de désaccords de formulations, de coupages de cheveux en quatre servant simplement à exister séparément. Nous pensons militer dans des buts très différents. C’est ce que nous allons donc expliquer dans ce texte.

- Qu’attendre d’un groupe, d’un cercle ou d’un parti révolutionnaire, telle est la divergence. Pourquoi construire une organisation de ce type dans un pays où, dans l’immédiat, la révolution sociale n’a pas encore pointé son nez. Quel intérêt de préparer à l’avance une telle organisation alors que le prolétariat révolutionnaire n’est pas en pleine action, en est à peine à se poser péniblement la question de se défendre, n’est pas encore conscient de ses tâches, ne s’est pas auto-organisé spontanément et n’est pas en situation de le faire massivement dans l’immédiat ? On pourrait se dire qu’entretenir de telles organisations en dehors de situations où elles peuvent jouer un rôle indispensable est superflu, voire nuisible car elles peuvent dériver en s’adaptant à la situation. Et c’est exactement ce qui se produit avec l’extrême gauche en France, et pas seulement en France !

Et pourtant… Pourtant, si on attend la fameuse situation révolutionnaire, nous ne serons en rien prêts à jouer le rôle qui est celui des militants révolutionnaires. En effet, nous n’aurons ni les liens avec des militants ouvriers, avec la classe ouvrière elle-même et, surtout, nous ne saurons nullement gagner sa confiance. Mais ce n’est encore pas l’essentiel : nous n’aurons ni l’analyse de la situation, ni la compétence pour définir une politique permettant d’y faire face. Les situations révolutionnaires se développent en quelques années et même mois. On ne forme pas politiquement des militants révolutionnaires en un temps aussi court. Et surtout on ne les forme pas en dehors d’une participation réelle et immédiate aux luttes de classes, quel qu’en soit le niveau.

- Donc la question que nous voulons poser est la suivante : est-ce que l’activité telle que la conçoit Lutte Ouvrière va former les militants révolutionnaires dont il y aura besoin demain. C’est de cette question que découlera tout le reste, l’analyse que nous pouvons faire de son rôle plus ou moins positif.

Effectivement, on n’attend pas qu’arrivent de nouveaux virus pour former des gens capables d’étudier les virus. Comment se forment les biologistes, les médecins, les physiciens, les astronomes ? Ils étudient et ils pratiquent. C’est de la même manière que se forment les révolutionnaires : ils étudient et ils pratiquent. Mais on n’a pas encore tout dit bien sûr car il y a bien des manières d’étudier et bien des manières de pratiquer.

Par exemple, on peut étudier les connaissances de manière métaphysique, comme si les connaissances tombaient du ciel, étaient indiscutables, immuables, éternelles, ne devaient jamais être remises en question. Cela peut servir à des savants en chambre mais cela ne peut pas être le mode de fonctionnement d’une vraie science et en particulier pas le monde de formation d’une pensée révolutionnaire.

On n’imagine pas des scientifiques qui ne seraient pas sans cesse en train de remettre en question tout, y compris les acquis fondamentaux. Ce qui suppose bien entendu s’en emparer pour les acquérir et pas les remettre en question parce qu’on ne les a pas étudiés bien entendu. Mais, pour des révolutionnaires, on ne peut étudier les leçons du passé qu’en les rediscutant à la lueur du présent et on ne peut discuter le présent qu’à la lueur de l’histoire. Cela suppose qu’on considère le monde comme une histoire et non comme un monde figé.

Tout cela est certainement nécessaire au militant révolutionnaire car le simple fait de dire ce qui se passe en ce moment n’est pas une évidence. La réalité n’est nullement ce qui s’impose aux yeux et pour lequel il suffirait de regarder pour comprendre !

- Ces préambules nous disent déjà qu’avec Lutte Ouvrière nous avons une organisation qui lit de nombreux ouvrages mais qui demande surtout à ses militants s’ils admettent les leçons qui sont dans ces livres ou s’ils ne les admettent pas. Ensuite, cette organisation a un point de vue qu’elle fait lire et demande au sympathisant s’il est d’accord ou pas. Mais elle ne lui dit pas : fais connaissance avec tous les autres points de vue et discute-en, car nous aussi nous continuons à discuter avec eux. Elle ne l’entraîne pas à se confronter fraternellement avec les autres courants révolutionnaires. Il ne s’agit pas de discuter avec ces courants dans le but exclusif de les gagner. Il s’agit d’estimer qu’on ne peut développer un point de vue révolutionnaire en dehors de la confrontation et non en cercle fermé.

En cela, nous divergeons totalement de LO. Pour cette organisation, il y a le juste et le faux, le bien et le mal, le révolutionnaire et celui qui ne l’est pas, la position de l’organisation et celui qu’elle ne convainc pas, et rien entre les deux. Il n’y a pas un point de vue vivant et dynamique qui se discute, qui se construit au sein du groupe, en voie de se former, des désaccords en permanence se développant et se réglant… ou pas. Il n’y a pas nécessairement séparation parce qu’on est en désaccord. On ne perd pas de temps parce qu’on discute en extérieur et en intérieur. On n’a pas besoin de présenter vers l’extérieur un visage uni si on a des désaccords à l’intérieur. Le militant révolutionnaire ne doit défendre que des points de vue dont il est convaincu, quitte à expliquer à l’extérieur deux points de vue, le sien et celui du groupe.

L’organisation révolutionnaire n’est pas une citadelle assiégée au point qu’il faille que les extérieurs ne soient pas informés des discussions en son sein. Celui qui est en désaccord n’est pas en train d’affaiblir l’organisation. Pour le révolutionnaire, discuter n’est pas un droit, c’est une tâche indispensable. Les idées, le programme, la stratégie, l’analyse de la situation, des rapports de force de classe se discutent sans la moindre clandestinité, sans la moindre réserve ni gène, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est ainsi qu’ont pratiqué les révolutionnaires dans des pays et des situations bien plus difficiles et même des situations critiques. Ce sont nos adversaires de classe, sociaux-démocrates, bureaucrates syndicaux et staliniens qui ont instauré l’idée que discuter, critiquer, ce serait diviser et affaiblir, quand ce n’est pas favoriser le camp d’en face… Notre principe est inverse : une critique incisive vaut mille fois tous les accords factices et les flatteries superficielles et mensongères. Nous sommes donc aux antipodes sur ce plan de la position de Lutte Ouvrière qui estime perdre son temps dans les débats avec d’autres courants. Nous pensons qu’une politique juste ne peut naître que de tels débats, qu’un militant révolutionnaire ne peut se former qu’en y combattant pour ses idées personnelles – qui ne sont pas nécessairement ni intégralement celles du groupe -, qu’un groupe révolutionnaire, qu’une direction révolutionnaire, et a fortiori qu’un parti révolutionnaire ne peut provenir que des combats de ce type avec les autres courants. Même les bolcheviks après avoir réussi la révolution d’Octobre estimaient devoir convaincre les autres courants et ne pensaient pas perdre leur temps en débats avec eux…

On ne doit pas demander à quiconque de faire confiance sur parole en une quelconque direction politique. La confiance a son importance au sein du courant révolutionnaire comme ailleurs, pour construire un groupe révolutionnaire comme dans d’autres domaines de la vie. Mais l’accord politique, lui, ne repose pas sur la confiance. Bien des fois, la majorité des bolcheviks n’était pas du côté de Lénine, ce qui semblerait incroyable dans l’organisation Lutte Ouvrière, en tout cas vis-à-vis de son ancien dirigeant Hardy qui était loin d’être un Lénine, comme il le disait lui-même.

- Donc l’élaboration politique, la rédaction politique, la formation, le recrutement de militants révolutionnaires, la lutte politique et sociale, tout cela a besoin de libres débats entre militants et pas avec d’un côté une direction auto-proclamée et, de l’autre, ses élèves les militants et sympathisants. Sans parler de la masse des travailleurs. Il n’y a pas d’un côté ceux qui savent et de l’autre ceux qui n’ont qu’à apprendre. La meilleure direction au monde est à l’école des travailleurs les plus simples car c’est d’eux que viendront les signes des changements politiques et pas de la direction. C’est seulement si cette direction accepte d’être remise en question, si elle doit s’expliquer, convaincre et non être crue sur parole, si elle discute en son sein, qu’elle peut apprendre son travail de direction politique et organisationnelle et peut un jour être capable de diriger une révolution. Si elle demande à être suivie par confiance et à ne pas se contester ni au sein de la direction ni par les militants, elle n’a aucune chance de préparer ni les militants ni la direction prétendue au rôle en question. Car le événements révolutionnaires devront être analysés avec une grande capacité de réactivité, avec une absence totale de conformisme et de conservatisme, et aucun enfermement intellectuel organisationnel même s’il s’agit d’une grande organisation ou d’un parti. Les révolutions sont des situations changeantes parfois toutes les heures. Les masses changent à toute vitesse et il faut avoir appris à réagir, à raisonner de manière dynamique c’est-à-dire dialectique.

Une direction qui n’a en rien une conception dialectique ne peut nullement se préparer à de tels événements. Une organisation politique qui classe les choses en noir et blanc (période de progression et période de recul, par exemple) ne risque pas de distinguer les nuances changeantes et contradictoires des périodes agitées ni de savoir y adapter des méthodes et des perspectives elles aussi changeantes et contradictoires.

- Etre capable de faire face à ces situations de changement brutal n’a rien d’évident car, alors, les centrales syndicales et forces réformistes ont une grande force de frappe et ne restent pas l’arme au pied. Croire que, si la situation sociale se radicalise, cela ouvrira un boulevard aux révolutionnaires, c’est s’illusionner. Avant que les masses perdent toutes leurs illusions dans les directions réformistes, il peut passer de l’eau sous les ponts, s’il n’y a pas eu une direction révolutionnaire ayant une analyse juste. J’ai bien dit une analyse et pas seulement des forces militantes importantes. Parce que des forces militantes sans une perspective claire, ce n’est rien. Par contre, des forces peu importantes avec une politique juste, cela peut compter.

Lutte Ouvrière est éduquée complètement de manière diamétralement opposée à tout ce que je viens de développer. Le nombre l’impressionne. Les forces en nombre de militants lui semblent l’essentiel. La force politique, la capacité de sentir des créneaux d’intervention ne la préoccupe pas.

Rien de tout cela ne devrait nous empêcher de discuter avec Lutte Ouvrière, sa direction et ses militants si l’organisation n’éduquait ceux-ci en leur disant : c’est perdre son temps !

Un autre point empêche toute discussion : le fait qu’on peut difficilement attraper la véritable politique de Lutte Ouvrière tant cette organisation est politiquement à géométrie variable suivant le niveau auquel elle s’adresse. Il y a au moins un triple discours suivant que les textes visent le milieu militant, le milieu sympathisant et le milieu extérieur, le grand public. Il y a également un discours différent suivant que le militant agit en membre de LO ou en délégué ou responsable syndical ou encore conseiller municipal. Ces discours divers de LO peuvent être complètement opposés entre eux sous prétexte de se faire comprendre des travailleurs, de ne pas les démoraliser, de tenir compte de leur niveau de conscience et de leur mobilisation faible ou forte. Les militants se convainquent que tout cela n’est pas contradictoire et que c’est la manière de faire preuve de réalisme mais ils ont tort. Cela leur fait perdre à eux-mêmes plus que ces calculs ne peuvent le faire gagner de crédit dans quelque milieu que ce soit.

- A la racine de cette évolution vers l’opportunisme, il y a le désir de réussir à construire une organisation qui devienne importante et reconnue dans la classe ouvrière, désir qui n’est pas nuisible en soi bien entendu. Mais cultiver l’illusion qu’on va construire l’organisation en développant surtout des participations aux élections et aux syndicats, c’est parfaitement absurde pour des révolutionnaires ! Bien sûr, chacun sait que Lénine a combattu les gauchistes qui estimaient que, par principe, ce serait trahir que de participer aux syndicats et aux élections. De là à estimer que cela suffit pour former les militants et construire le parti, il y a de la marge. De là à accepter de prendre des positions plus qu’ambigües sur les trahisons des dirigeants des centrales… il n’y a malheureusement pas un si long chemin. Et lorsque ces centrales envoient dans le mur le mouvement des retraites, Lutte Ouvrière va estimer publiquement que les travailleurs ne l’avaient pas suivi assez massivement au lieu de dire que les travailleurs n’auraient pas du suivre les traîtres aux intérêts ouvriers.

Cela signifie que, publiquement du moins, lors des mouvements sociaux, Lutte Ouvrière a cessé de mettre en avant les comités de grève. De même, dans la campagne électorale, la perspective communiste que Lutte Ouvrière a prétendu incarner a totalement et volontairement omis d’évoquer les comités de travailleurs comme perspective politique d’avenir face à l’effondrement du système capitaliste. Pourtant, la seule solution face à l’Etat de la bourgeoisie n’est-elle pas pour des communistes révolutionnaires : l’Etat des conseils ouvriers ? Face à une crise systémique, n’est-il pas nécessaire d’entamer une propagande systématique en faveur de ces conseils de travailleurs en s’appuyant sur les leçons des luttes passées qui montrent combien cette auto-organisation y a fait défaut ?

- Car cette politique (construire le parti par l’activité dans les syndicats et les élections) entraîne d’autres dérives. Et cela touche le cœur même de la position fondamentale des révolutionnaires : celle concernant l’Etat. Certes Lutte Ouvrière n’a pas franchi le pas décisif : celui qui consisterait à admettre que, dans certaines circonstances de crise sociale, il pourrait participer à un gouvernement populaire, qui resterait en fait un gouvernement bourgeois puisque l’appareil d’Etat n’aurait pas été détruit. Mais, cette organisation a franchi un pas politique : celui de cesser de défendre publiquement la nécessité de détruire l’Etat bourgeois, ses parlements, ses administrations, sa police, son armée, sa justice, ses prisons, tout son appareil au service des classes dirigeantes. Tout le travail légal de l’organisation Lutte Ouvrière, justement parce qu’il a un peu marché, a pesé de tout son poids dans ce sens. Lutte Ouvrière en est venu à demander plus de « police de proximité », à accepter des alliances avec les maires de gauche, y compris à fermer les yeux sur certaines politiques inacceptables de ceux-ci, à accepter le référendums sur des constitutions alors que cette organisation avait expliqué une position diamétralement opposée sur le plan des principes. Asseyez-vous sur vos principes et, si vous commencez à peser de quelque poids, ils finiront bien par céder, disent toujours les opportunistes. Jusqu’où peut aller l’opportunisme de Lutte Ouvrière, nous n’en savons rien et ce n’est pas à nous de le dire. Il nous suffit de constater que cette organisation ne sert nullement de boussole, ni aux luttes, ni à la conscience de classe, ni à la compréhension de la nature de l’Etat bourgeois. Il ne suffit pas de stipendier les politiciens et d’écrire à longueur de colonnes qu’on ne changera pas la société par les élections si… on le dit surtout aux élections !

- Pour Marx ou Lénine, l’importance de l’organisation politique prolétarienne provenait du fait que le prolétariat ne pouvait prendre conscience de son rôle que s’il le voyait, non d’un simple point de vue économique et revendicatif, mais du point de vue politique, en tant que perspective nouvelle pour toute la société. Dans ce sens là, Lutte Ouvrière n’est nullement en train de bâtir une telle perspective communiste prolétarienne comme elle le prétend. Les seules campagnes politiques d’ampleur de Lutte Ouvrière sont électorales sous le prétexte que c’est le moment où les gens s’intéresseraient à la politique. Quitte à s’adapter « aux gens », il vaudrait mieux alors que LO constitue une équipe géniale de foot, ils auraient carrément un succès mondial !!!

la suite ...

8 Messages de forum

  • « Marx condamne catégoriquement l’éclectisme dans l’énoncé des principes. Si vraiment il est nécessaire de s’unir, écrivait Marx aux chefs du parti, passez des accords en vue d’atteindre les buts pratiques, du mouvement, mais n’allez pas jusqu’à faire commerce des principes, ne faites pas de "concessions" théoriques. Telle était la pensée de Marx, et voilà qu’il se trouve parmi nous des gens qui, en son nom, essayent de diminuer l’importance de la théorie !

    Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire On ne saurait trop insister sur cette idée à une époque où l’engouement pour les formes les plus étroites de l’action pratique va de pair avec la propagande à la mode de l’opportunisme. Pour la social-démocratie russe en particulier, la théorie acquiert une importance encore plus grande pour trois raisons trop souvent oubliées, savoir : tout d’abord, notre parti ne fait encore que se constituer, qu’élaborer sa physionomie et il est loin d’en avoir fini avec les autres tendances de la pensée révolutionnaire, qui menacent de détourner le mouvement du droit chemin. Ces tout derniers temps justement, nous assistons, au contraire (comme Axelrod l’avait prédit depuis longtemps aux économistes), à une recrudescence des tendances révolutionnaires non social-démocrates. Dans ces conditions, une erreur "sans importance" à première vue, peut entraîner les plus déplorables conséquences, et il faut être myope pour considérer comme inopportunes ou superflues les discussions de fraction et la délimitation rigoureuse des nuances. De la consolidation de telle ou telle "nuance" peut dépendre l’avenir de la social-démocratie russe pour de longues, très longues années. »

    Lénine - Que faire ?

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  • Le parti, ce n’est pas d’abord un appareil de militants ni une masse d’adhérents, ce n’est pas d’abord des structures organisationnelles. Ce n’est pas seulement une direction mais surtout une orientation, des analyses, des perspectives et une politique. Ces dernières ne doivent pas avoir comme critère la sauvegarde du groupe, mais d’abord les intérêts de classe. Les communistes n’ont pas d’intérêts particuliers de leur groupe à défendre, disait Marx dans « Le Manifeste Communiste ». Etre communiste, ce n’est s’isoler du reste du mouvement ouvrier mais ce n’est pas non plus mettre son drapeau dans sa poche dès qu’il y a des affrontements entre perspectives opposées. La perspective communiste est celle qui n’oublie jamais la perspective du renversement total, mondial et définitif du capitalisme, même dans une période où ce changement pourrait sembler très éloigné, même si les travailleurs eux-mêmes semblent loin d’être sensibles à cette perspective. Les communistes révolutionnaires ne se servent pas de leur particularité pour se détourner du mouvement ouvrier réel et se mettre en retrait. Mais ils ne pratiquent pas non plus l’opportunisme consistant à s’adapter pour avoir plus de succès. En somme, ni sectarisme, ni opportunisme : le chemin est étroit. La confiance en l’avenir communiste ne résulte pas de la confiance dans des leaders suprêmes mais dans les capacités que les prolétaires ont déjà montré dans l’Histoire et dans la connaissance des lois de la lutte des classes. Dans le passé, ce sont les groupes et partis révolutionnaires qui se sont souvent fait bien plus de mal que la bourgeoisie ne leur en a fait. Ce n’est pas dans les prisons, dans les tortures, face aux pelotons d’exécutions que des groupes révolutionnaires ont théorisé leurs reculs, leurs capitulations, leurs dérives ou leurs renoncements. Au contraire, c’est au plus haut sommet de leurs succès qu’ils ont cédé à la pression de la réussite. Même le parti bolchevique. C’est lorsqu’ils étaient en situation de jouer un rôle important et même décisif que les groupes communistes révolutionnaires (en tout cas qui se revendiquaient de cette perspective) ont reculé politiquement. Il ne suffit pas de dénoncer ces renonciations. Il faut aussi les analyser. Elles ne concernent pas que leurs auteurs mais tous les militants révolutionnaires. Sur ce terrain aussi, qui ne tire pas des leçons du passé sera rattrapé par lui. La première des leçons est que le sectarisme et l’opportunisme sont des frères jumeaux. La deuxième est que ceux qui placent l’organisation (ou sa direction) au dessus des perspectives, ceux qui renoncent à l’analyse théorique, se préparent des lendemains difficiles. Il ne suffit pas de prétendre faire d’un groupe un corps homogène, prétendument imperméable aux influences extérieures (surtout celle des autres groupes révolutionnaires) pour bâtir une cohésion politique. Il faut étudier, d’abord étudier et encore étudier… Etudier les luttes passées, les conditions des révolutions, les modes de fonctionnement de la société et de la nature. Celui qui continue à apprendre du monde en changement permanent n’est pas sujet à la maladie de l’auto-centrage. Le monde ne tourne pas autour de notre nombril. Le fixer avec admiration ou avec fascination ne peut pas être une politique. Se gargariser du mot de construction du parti n’est en rien une recette pour le construire. S’approprier la conscience des fonctionnements du monde y rapproche bien plus et permet bien plus aussi de rejoindre un jour un autre mouvement de la conscience : celui d’un prolétariat qui tirera les leçons de ses propres expériences. Les autres raccourcis ou prétendus tels mènent dans le mur…

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    • Le monde ne tourne pas autour de notre nombril. Le fixer avec admiration ou avec fascination ne peut pas être une politique. Se gargariser du mot de construction du parti n’est en rien une recette pour le construire. S’approprier la conscience des fonctionnements du monde y rapproche bien plus et permet bien plus aussi de rejoindre un jour un autre mouvement de la conscience : celui d’un prolétariat qui tirera les leçons de ses propres expériences. Les autres raccourcis ou prétendus tels mènent dans le mur

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  • « Nous ne pensons pas que ce qui manque au mouvement ouvrier, c’est-à-dire aux militants syndicalistes, à ceux du Parti Communiste ou du Parti Socialiste, ce soit une « alternative » sous la forme d’idées, de plans, de mots d’ordre, etc... Ceux qui recherchent quelque chose recherchent une force à laquelle se rallier, et pas des idées. »

    Lutte ouvrière - 1984

    Pour nous, le mouvement ouvrier, ce n’est pas seulement les syndicats et ce qui manque c’est une conception révolutionnaire vivante, c’est des idées, des femmes et des hommes engagés pour... des idées

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  • Léon Trotsky dans « Pour une nouvelle internationale » (17 août 1933) :

    « Un révolutionnaire ne peut s’éduquer que dans l’atmosphère de la critique de ce qui est, y compris dans sa propre organisation. Une discipline inébranlable ne s’acquiert qu’avec une confiance consciente dans sa direction. Cette confiance ne se gagne pas seulement par une politique juste, mais aussi par une attitude de scrupuleuse honnêteté vis-à-vis de ses propres fautes. La question du régime du parti revêt donc à nos yeux une exceptionnelle importance. Il faut donc donner aux ouvriers avancés la possibilité de prendre part, consciemment et en toute indépendance, à la construction du parti et à la direction de l’ensemble de sa politique. Il faut donner à la jeunesse ouvrière la possibilité de penser, de critiquer, de faire des erreurs et de les corriger. 

    Il est par ailleurs clair qu’un régime interne démocratique ne conduira à la conscience d’une armée bien trempée et unanime de combattants prolétariens que si nos organisations, s’appuyant sur les principes inébranlables du marxisme, sont déterminées à combattre, de façon intransigeante, mais avec des méthodes démocratiques, toutes les influences opportunistes, centristes et aventuristes. »

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  • J.P.Mercier est porte parole de N.Arthaud qui s’est présenté au élection présidientielle en France de 2012 pour Lutte ouvrière.

    Mercier est aussi militant ouvrier à l’usine PSA Aulnay proche de Paris, ou il est actuellement permanent syndical CGT, délégué central adjoint, et délégué au CE d’Aulnay.

    Extrait d’une interview en juillet 2011 pour un magazine spécialisé pour les comités d’entreprise.

    Comment devient-on délégué syndical chez PSA ?

    Mercier:J’avais dans mon équipe des militants et des élus CGT. Six mois avant les élections de 1999, où j’ai été élu pour première fois, je suis allé voir les militants pour faire acte de candidature. On m’a mis sur les listes des délégués du personnel et ça a été mon premier mandat.
    Comment avez-vous vécu ce mandat de délégué du personnel ?

    Mercier :C’est le mandat qui permet d’intervenir sur tous les sujets dans les ateliers. Avec celui de membre de CHSCT, c’est le mandat qui est le plus proche des salariés : j’ai appris à discuter avec eux, à connaître leurs problèmes, à intervenir. Les années passant, j’ai ensuite été élu au CE puis en 2002 je suis devenu délégué syndical central adjoint car il fallait prendre la place des anciens qui partaient. C’est un mandat très différent : comme délégué syndical central (DSC), on milite au niveau du groupe.

    Qu’aimez-vous le plus dans ce mandat de DSC ?

    Mercier : Ce que je préfère, c’est le contact avec tous les militants du groupe, c’est tenter de les aider, notamment en période électorale. Connaître les militants des autres sites, c’est aussi prendre conscience qu’on partage avec eux les mêmes problèmes, et que nous ne pouvons pas nous en sortir sur un seul site. Il faut une lutte de l’ensemble des sites pour aboutir sur les augmentations de salaires, les embauches d’intérimaires, les retraites anticipées. Pour sauver le site d’Aulnay, seule une lutte d’ensemble peut infléchir la famille Peugeot.

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  • Arthaud déclare que les élections européennes sont « utiles pour dire la colère des travailleurs contre le gouvernement ». Pas contre les patrons ? Bizarre ! Mais est-ce qu’on demande aux travailleurs de voter en tant que travailleurs ? Pas même Arthaud puisqu’elle leur demande de voter contre le gouvernement, pas contre les patrons !

    En tout cas, la tromperie électorale pseudo-démocratique de la bourgeoisie, Lutte Ouvrière la trouve utile aux travailleurs !

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