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Le discours dominant : tout est de la faute de « l’étranger » ! - Matière et Révolution
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Le discours dominant : tout est de la faute de « l’étranger » !

dimanche 25 novembre 2012, par Robert Paris

Le discours dominant (des gouvernants, des classes dirigeantes, de l’Etat, des média, des partis politiques de tous bords, des dirigeants syndicaux) : tout est de la faute de « l’étranger » !

Le dernier avatar de la crise européenne est la menace de l’Angleterre de sortir de l’Europe si son budget n’est pas sérieusement réduit. Du coup, on entend dire partout que l’Angleterre est la cause d’une nouvelle catastrophe. Ce n’est que le dernier en date d’une longue série. On a successivement accusé la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie d’avoir vécu au dessus de leurs moyens et de plomber l’Europe. On a accusé l’Allemagne de rompre le tandem France-Allemagne présenté en France comme la locomotive de l’Europe. On a accusé la Pologne… etc, etc…

Vraiment, c’est fou ce que tous les pays d’Europe peuvent faire du mal à la pauvre France. Et ne parlons pas des pays hors de l’Europe !

C’est une manière de présenter les patrons français comme des victimes de l’environnement international agressif comme s’ils ne participaient pas même de cette agressivité, comme si salariés, état et patrons étaient du même bord, celui de « la France » face à « l’étranger »… Ce seraient les autres européens qui plomberaient l’Europe, l’Europe qui plomberait la France, les pays émergents qui nous voleraient nos emplois par des salaires trop bas et de pires conditions de travail. Si cela suffisait à expliquer hémorragie des emplois, cela signifierait que les pays émergents ne seraient pas eux-mêmes en crise et aussi que depuis des décennies les capitalistes auraient cessé d’implanter des usines en Europe occidentale, aux USA et au Japon, ce qui n’est pas le cas.

Cette thèse n’explique en rien la crise actuelle, son épisode de 2007-2008. La crise est mondiale et touche tous les pays. Elle a heurté de plein fouet l’Inde, la Russie et commence à toucher la Chine. Elle touche maintenant l’Allemagne et n’a cessé de frapper les USA et le Japon. Elle ne profite à aucun pays et, par conséquent, n’est nullement due à une exacerbation de la concurrence, même si elle va inévitablement provoquer cette exacerbation, mais comme conséquence de l’effondrement et non comme sa cause… On nous dit que le manque de compétitivité – traduisez le prétendu niveau trop bas de l’exploitation des travailleurs français et le prétendu niveau trop élevé de la taxation du capital par l’Etat – serait la cause en France des pertes d’emplois industriels. Si cela était vrai, les PSA, Renault, Bouygues et autres trusts mettraient leur argent, retiré de la production en France, dans des emplois industriels à l’étranger. Placer leur argent partout dans le monde dans l’industrie et le commerce, ils l’avaient fait bien avant la crise de 2007 et ils le font au contraire beaucoup moins actuellement. Ils ne veulent pas investir. Ils veulent du cash. Ils veulent jouer leur argent au jour le jour sur les marchés financiers. Ils transforment leurs entreprises en banques, en organismes de crédit. Ils spéculent massivement, jouent sur les dettes des Etats, sur des titrisations des dettes, et sur mille autre sortes de titres pourris, dangereux mais qui rapportent des revenus bien plus copieux que l’investissement productif.

Cela, on se garde de nous le dire et on préfère nous présenter le problème de la société capitaliste comme un affrontement entre pays, entre régions, entre peuples…

Du coup, on nous propose, soi-disant pour défendre l’emploi dans le pays, de donner des milliards aux capitalistes nationaux. Ce n’est pas propre à un pays. C’est la politique menée par tous les Etats de tous les pays. Obama n’a-t-il pas appelé son dernier plan d’aide aux capitalistes « le plan de défense de l’emploi » ?

On nous a présenté la crise en Grèce comme le produit d’un peuple qui aurait vécu au dessus de ses moyens, comme si ce n’étaient pas nos banquiers français qui avaient profité des dépenses incroyables de l’Etat et des classes dirigeantes grecques, et même la crise de 2007 comme celle d’un peuple américain vivant à crédit comme si les subprimes étaient de simples dettes et non des titrisations sur des sociétés de crédit et du capital financier joué sur les marchés boursiers…

A entendre les commentaires des partis politiques, des média, des classes dirigeantes, tout le monde semble se liguer pour faire plonger la pauvre France qui se débattrait, patrons et salariés étant dans le même bateau qui tangue !! Quel beau mensonge !

Et ce discours se retrouve dans les autres pays, en changeant seulement les noms. L’Allemagne se plaint de la France et de l’Angleterre. L’Angleterre se plaint de la France et de l’Allemagne. Les USA se plaignent de l’Europe et de la Chine….

Tous ces discours nationalistes ont pour but de piéger les classes ouvrières et les peuples dans une perspective mensongère et dangereuse : défendons notre pays qui ne peut, avec l’effondrement en cours, que mener au « défendons les armes à la main notre pays contre l’étranger »…

L’agression économique, l’agression politique, l’agression militaire, la destruction sociale, le terrorisme montant, tout cela est attribué à « l’étranger ».

La France, elle, est une terre de paix, de démocratie, de droit, de liberté et c’est le reste du monde qui la détruit alors que la France n’intervient dans le monde que pour la démocratie, la liberté et contre le terrorisme…

Si la France fait des guerres dans le monde, c’est dans l’intérêt des peuples. C’est la démocratie que la France a défendu en Libye en intervenant militairement de manière directe contre Kadhaffi qu’elle soutenait auparavant et pas des intérêts pétroliers bien sûr. Pas pour y mettre une nouvelle dictature choisie par elle ? La démocratie qui règne maintenant en Libye ? C’est la démocratie que la France a militairement défendu en Côte d’Ivoire, démocratie qui règne maintenant ? C’est parce qu’elle était directement menacée par la Yougoslavie que la France a bombardé la capitale yougoslave après avoir laissé pendant des années le dictature écraser le peuple ? C’est pour se défendre que la France intervient en permanence militairement au Tchad ? C’est parce que la Côte d’Ivoire menaçait la sécurité de la France que l’armée française y est intervenue, changeant un dictateur pour un autre qui n’a rien de mieux pour le peuple ivoirien ? Et, en Afghanistan, c’est pour remettre au pouvoir les Talibans, comme c’est actuellement prévu par tous les impérialismes qui y ont fait une guerre meurtrière pour les civils et destructrice, que la France y a maintenu une intervention guerrière dont elle se dit fière tout en retirant ses troupes ?

Non ! Si la France a conservé son poids dans les institutions internationales, si elle reste un des pays les plus riches du monde, c’est parce qu’elle pille la partie du monde qui est sous son contrôle et qui continue à comprendre une partie importante de l’Afrique. A la direction du FMI, de la banque mondiale ou d’autres organismes internationaux, la France c’est bel et bien la mafia de la Françafrique, des bandes armées et des trusts qui pillent le Niger, le Mali, le Tchad, la Côte d’ivoire et bien d’autres pays !

La France n’est pas une victime de l’étranger mais une puissance impérialiste qui pille le monde, y maintient des dictatures, détruit des masses incroyables de richesses aux quatre coins de la planète par ses trusts, les Total, les Bouygues, les Bolloré, les Areva et bien d’autres… C’est la France qui supprime des emplois dans les pays de l’Est, de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique latine sans jamais que les média français ou les hommes politiques, sans que les partis et les syndicats ne s’en indignent jamais ni n’en informent la population. Le peuple français n’a toujours pas été véritablement informé que le génocide rwandais n’est pas seulement rwandais mais a été dirigé par l’Etat français… Aucun parti politique français ne risque jamais d’en informer la population car tous jusqu’au parti communiste ont signé un rapport parlementaire qui conclue que la France n’est pas coupable…

Quant aux classes dirigeantes, elles se soucient de la nation uniquement quand il s’agit de la plumer. Les trusts dits français, comme les banques et autres capitalistes, ne se gênent pas pour extraire leurs profits afin de ne pas payer d’impôts et se rappellent qu’ils sont français pour demander des aides à l’Etat. Le nationalisme n’est là que pour piéger les travailleurs et les classes populaires. Il ne piège pas les possesseurs de capitaux qui se moquent des nations comme d’une guigne quand il s’agit de gérer leurs profits et de les investir y compris dans la destruction de leur propre monnaie, de leur propre région, de ce qu’ils prétendent être leur pays, au cas où une telle destruction leur rapporterait pour des raisons spéculatives. Le nationalisme ne piège pas ceux qui en tiennent le discours mais seulement ceux qui y croient, c’est-à-dire l’immense majorité des travailleurs et des peuples !

Et cette croyance est particulièrement catastrophique dans la période actuelle, celle de l’effondrement du système… Elle leur fait prendre les travailleurs des autres pays pour des adversaires et leurs ennemis nationaux pour des alliés ! Elle peut pousser le monde dans des horreurs et elle amène déjà les plus fortement frappés par l’écroulement économique et social à être attirés par des courants nationalistes et fascistes. Or, même des courants de gauche comme le PCF et le Front de gauche peuvent cultiver les illusions nationalistes , même des syndicats comme la CGT le font.

La réalité est tout autre : travailleurs et peuples votre ennemi principal est dans votre propre pays, c’est votre classe dirigeante. Ceux qui vous licencient ne s’appellent ni Mohamed ni Mamadou mais Peugeot, Renault, Bouygues, Société Générale, Bettencourt, Dassault… Ton ennemi principal, c’est aussi l’Etat national qui prétend ne faire que « défendre le pays » face au reste du monde, détournant ainsi la colère des masses populaires.

Dans les mois et années qui viennent, le risque est grand que les classes dirigeantes soufflent sur les braises des haines nationales, raciales, religieuses, des divisions d’âge, de sexe, d’origine, de genre, de religion pour opposer entre elles des fractions des classes laborieuses. L’opposition entre Français et « étrangers » sera un moyen essentiel de cette politique. Tout courant politique qui laisse entendre que les licenciements sont des délocalisations, qu’il faut aider l’économie nationale, qu’il faut soutenir les entreprises qui travaillent dans le pays, qu’il faut combattre les investissements à l’extérieur, ne fera que renforcer nos pires ennemis et nous faire tomber demain dans leurs filets. Le plus petit opportunisme vis-à-vis du nationalisme devient, du fait de la situation d’un capitalisme parvenu à ses limites, un véritable crime politique. La pression pour défendre ce type de positions va grandir au sein du mouvement ouvrier comme ailleurs, dans les syndicats et partis, y compris d’extrême gauche. Il faut en être conscient pour la combattre dès qu’elle pointe son nez. Tout courant réformiste va nécessairement se mettre à défendre le pays, c’est-à-dire à nous enfermer dans un piège mortel.

« Les travailleurs n’ont pas de patrie et ne pas leur ôter ce qu’ils n’ont jamais eu. » et « Travailleurs de tous les pays unissez vous » de Karl Marx sont des orientations plus que jamais d’actualité, à l’époque où les bourgeoisies japonaises et chinoises poussent leurs peuples violemment l’un contre l’autre, à l’époque où les régimes occidentaux poussent leurs peuples contre les peuples du monde musulman, à l’époque où les guerres se multiplient aux quatre coins du monde pour cacher la signification de la crise mondiale : le bout du monde atteint par le système qui a longtemps dominé le monde.

Le capitalisme est affaibli par son incapacité à continuer sa marche, à poursuivre ses investissements productifs, ceux qui augmentent son capital, mais il est toujours au pouvoir. Le prolétariat, au moment même où il se croit le plus faible du fait des suppressions d’emplois, est relativement plus fort que jamais pour renverser l’ancien système mondial d’exploitation.

Aux militants révolutionnaires d’en prendre conscience et de ne pas hésiter à défendre ces positions contre-intuitives auprès des travailleurs…

Car seule la classe ouvrière est capable d’offrir un autre avenir que celui des peuples s’entredéchirant dans de nouvelles guerres mondiales dans lesquelles chaque peuple prétendra défendre "ses intérêts" !

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