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Quand la Suisse était à l’avant-garde de la révolution anti-féodale en Europe - Matière et Révolution
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Quand la Suisse était à l’avant-garde de la révolution anti-féodale en Europe

dimanche 30 décembre 2012, par Robert Paris

La stratégie dite du hérisson permettait à des hommes en armes à pied de battre des armées de cavaliers en les tenant à distance par des lances et en les faisant tomber de leurs chevaux avant de les tuer. Pour la première fois, le paysan-soldat d’infanterie allait vaincre militairement les armées de cavaliers nobles. Les comtes de Habsbourg ont essayé d’atteindre leurs buts par la force militaire mais ont été battus à plusieurs reprises (Morgarten 1315, Sempach 1386, Näfels 1388) et devaient quitter finalement leur château natal en Suisse.

Quand la Suisse était à l’avant-garde de la révolution anti-féodale en Europe

Au cours du Moyen-Age, la Suisse va être l’une des premières régions à secouer le poids des seigneuries féodales en Europe. Ils vont bénéficier du fait qu’ils sont isolés durant des mois d’hiver et aussi de leur rôle indispensable de col de passage entre Allemagne et Hollande d’un côté et l’Italie de l’autre.

On a du mal à imaginer que pendant deux cent ans les Suisses ont été le symbole de la guerre des petites gens alliés à la bourgeoisie contre la noblesse. Les peuples vont y faire référence à chaque fois qu’ils vont se révolter, que ce soit en Allemagne, en France, en Belgique ou en Hollande.

La Suisse a été véritablement à l’avant-garde pour l’alliance de la bourgeoisie et de la paysannerie, pour la guerre contre la noblesse et l’empire, pour la formation de la première république bourgeoise, pour la lutte contre la christianisme féodal, etc…

Par contre, l’histoire de la Suisse telle qu’elle a été ensuite écrite pour ses habitant est parfaitement légendaire et ne correspond nullement à la vraie histoire. Selon cette histoire contée, il y a avait dans un bourg du canton d’Uri un représentant de l’empereur, le bailli Hermann Gessler, qui terrorisait la population. Un jour, il exigeât que tous les habitants saluent son chapeau hissé sur la place publique d’Altdorf. Toute la population obéit sauf un homme, un montagnard. Un matin, il passa devant le chapeau, son arbalète à la main, accompagné de son fils de 10 ans, sans se découvrir. C’était Guillaume Tell.... Pas de Guillaume Tell dans les traces historiques, ce faux héros national suisse. Aucune trace historique d’un tel personnage ni d’un attentat contre un bailli en Suisse centrale avant la chronique blanche écrite en 1470 à Sarnen (Obwalden) et d’une ballade qu’on date après les guerres contre le duc Charles de Bourgogne (1476/77). Pendant que Jean-François Bergier est incliné a croire, que la légende est basée au moins partiellement sur des événements historiques, d’autres comme Denis de Rougemont réfutent l’historicité de la légende complètement. Mais sans doute la légende elle-même est devenue un fait historique qui a beaucoup influencé l’histoire de la Suisse entre 1500 et 1945.

1240, une première révolte

L’omniprésence et la main-mise des Habsbourg doublés par leur volonté d’étendre leur domination et de s’emparer des richesses des petits duchés et comtés suisses inquiètent la petite noblesse locale qui n’est pas de taille à s’opposer à leur puissance et n’a d’autre choix que de servir ces « étrangers » pour vivre. De leur côté, les paysans pauvres supportent de plus en plus mal les lourdes redevances qu’ils doivent acquitter pour le seul profit d’une aristocratie étrangère qui leur impose des lois au mépris des anciennes coutumes. Les Waldstätten des hautes vallées du lac des Quatre Cantons ont bien essayé en 1240 de s’opposer par la révolte à cette menace mais ils échouent et sont durement réprimés de même que les villes de Berne, et surtout Zurich qui se voit presque ruinée.

L’aménagement du col du Saint-Gothard avec l’aide des Walsers récemment immigrés et experts en construction de bisses, au début du XIIIe siècle, a des conséquences importantes : le col du Grand-Saint-Bernard en Valais perd de son importance dans le trafic international, entraînant une crise économique de deux siècles dans la vallée du Haut-Rhône. En récompense pour ce travail, Uri obtient pour « services rendus à l’empereur » l’immédiateté impériale qui l’affranchit de la dépendance des Habsbourg tout en s’enrichissant par les péages et la vente des services (guides et auberges), ce qui attise évidemment les convoitises des Habsbourg.

Un pacte défensif en 1291

En avril 1291, Rodolphe de Habsbourg, premier membre de la famille à devenir empereur, rachète les droits sur Lucerne, à l’extrémité du Lac des Quatre Cantons, dans le but de rétablir l’autorité de sa famille dans la région. Après sa mort survenue le 15 juillet 1291 et en prévision d’éventuels troubles de succession, les hommes libres des vallées d’Uri, de Schwytz et de Nidwald renouvellent au début du mois d’août un pacte d’alliance juridique et défensive éternelle.

« Que chacun sache donc que, considérant la malice des temps et pour être mieux à même de défendre et maintenir dans leur intégrité leurs vies et leurs biens, les gens de la vallée d’Uri, la Landsgemeinde de la vallée de Schwytz et celle des gens de la vallée inférieure d’Unterwald se sont engagés, sous serment pris en toute bonne foi, à se prêter les uns aux autres n’importe quels secours, appui et assistance, de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, sans ménager ni leurs vies ni leurs biens, dans leurs vallées et au dehors, contre celui et contre tous ceux qui, par n’importe quel acte hostile, attenteraient à leurs personnes ou à leurs biens (ou à un seul d’entre eux), les attaqueraient ou leur causeraient quelque dommage. Quoi qu’il arrive, chacune des communautés promet à l’autre d’accourir à son secours en cas de nécessité, à ses propres frais, et de l’aider autant qu’il le faudra pour résister à l’agression des méchants et imposer réparation du tort commis. »

Le pacte affirme donc la nécessité de défendre les droits des personnes et leurs propriétés.

Le pacte a pour buts explicites de défendre la sûreté et la propriété de chacun. Il prend la forme d’un serment et non d’une déclaration. Il refuse tout juge achetant sa charge ou étant étranger.

Il affirme la validité de la peine de mort pour meurtre, la confiscation des biens coupables d’un vol, la saisie des biens d’un débiteur que sous autorisation d’un juge (principe d’état de droit). « Chacun doit obéir à son juge ». C’est le pendant de l’article 7 de la déclaration des droits qui affirme que nul homme ne peut faire l’objet de punition arbitraire.

En cas de guerre, les signataires se prêtent aide et assistance.

Il semble que ce soit la mort de Rodolphe Ier de Habsbourg le 15 juillet 1291 qui ait été à l’origine de cette alliance.

De tels pactes défensifs n’étaient pas rares à cette époque. Sur le territoire de la confédération, le plus ancien cas de populations s’alliant contre leur prince date de 1182 où, lors du Patto di Torre, les communautés du Val Blenio et de la Léventine, dans le Tessin actuel, se sont alliées pour lutter contre les seigneurs di Torre.

On peut également signaler d’autres confédérations qui sont apparues au XIIIe siècle sur le territoire de la Suisse actuelle : la plus connue est la « confédération bourguignonne », centrée sur Berne, qui regroupe une bonne partie de la Suisse occidentale dans un réseau d’alliances hétérogènes et non-perpétuelles (Fribourg, Soleure, Neuchâtel, le Pays de Vaud, le Valais, etc).

Cette alliance des trois cantons, contrôlant la route du col du Saint-Gothard, nouvellement aménagée : Uri, Schwytz, qui donnera plus tard son nom au pays, et Unterwald sera mise en œuvre quinze ans plus tard. Ces cantons confirmèrent leurs envies de liberté lors de la bataille de Morgarten, le 15 novembre 1315, au sud de Zurich, où quelques 1 500 montagnards suisses repoussèrent les troupes (entre 3 000 et 5 000 soldats professionnels) du duc Léopold Ier d’Autriche, seigneur de Habsbourg.

Ce fut l’une des rares occasions, au Moyen Âge, où l’on put voir des communautés paysannes parvenir à s’émanciper de leur suzerain féodal. La victoire de Morgarten renforça la cohésion des trois cantons alpins, qui resserrèrent leur alliance le 9 décembre 1315 par l’adoption du Pacte de Brunnen, rédigé cette fois en allemand. Elle leur rallia les cantons environnants et surtout les villes de Zurich, Bâle et Berne.

Les prédécesseurs de Rodolphe Ier avaient déjà accordé une franchise aux Waldstätten, chose rare car plus souvent accordée à une seigneurerie, mais le but était de s’allier une population gardienne de l’axe du Gothard. En tant qu’empereur, Rodolphe avait été obligé de confirmer les privilèges d’immédiateté octroyés par ses prédécesseurs aux cantons d’Uri et Schwyz, ce qui assurait aux habitants une très large autonomie, mais il n’en cherchait pas moins à renforcer son contrôle sur ses "protégés" par l’intermédiaire de ses agents, les baillis étrangers à la région. Les baillis impériaux n’hésitaient pas à intervenir dans les affaires de ces communautés d’hommes libres, jaloux de leur indépendance, à leur imposer de nouvelles charges ou redevances, et à empiéter sur leurs privilèges. Cette intervention permanente des baillis suscita de la part des habitants de vives résistances qui éclatèrent au grand jour au lendemain même de la mort de l’empereur.

Une victoire militaire en 1315

La situation se détériore entre les Waldstätten et les Habsbourg durant l’interrègne qui suit le décès d’Henri VII de Luxembourg en 1313. En réponse à l’attaque de Schwytz contre le couvent d’Einsiedeln survenue le 6 janvier 1314, le marché de Lucerne est interdit aux Waldstätten qui prennent fait et cause pour Louis de Bavière contre le Habsbourg Frédéric le Bel après la double élection du Wittelsbach (25 novembre 1314).

En 1315, le duc d’Autriche Léopold, frère cadet de Frédéric, lance une double attaque contre 1 500 montagnards qui prennent d’assaut la première colonne composée de 3 000 à 5 000 soldats lors de la bataille de Morgarten, le 15 novembre, où les Autrichiens subissent une véritable déroute. La deuxième colonne, qui se dirigeait vers Unterwald, se retire alors sans combattre.

C’est la première grande bataille opposant des hommes manants à pied et des chevaliers en armure et dans laquelle les paysans aient eu gain de cause, ayant conduit les troupes de la noblesse dans un col où elles ont été entièrement massacrées.

Le conflit avait lieu entre les Schwytzois et les Habsbourg. En outre, plusieurs tentatives d’arbitrage ne parvinrent pas à calmer le conflit opposant, à propos de droits d’usage dans des alpages et forêts, l’abbaye d’Einsiedeln, dont les Habsbourg détenaient l’avouerie, et les Schwytzois ; ceux-ci furent frappés d’excommunication et, ulcérés, attaquèrent le couvent pendant la nuit des Rois de 1314 (Marchenstreit).

Le frère de Frederic, Léopold Ier d’Autriche avait avec lui une armée complète (3 000 à 5 000 hommes armés, un tiers étant des cavaliers). Ils prévoyaient une attaque surprise contre Schwytz par le sud, aux alentours du Lac d’Ägeri et du passage de Morgarten. Ils s’attendaient à une victoire totale et aisée sur ces simples paysans qui défiaient les Habsbourg. Mais les Schwytzois, ayant été prévenus, attendirent l’ennemi en embuscade, à un passage étroit de la route, entre la pente et le lac.

Le rassemblement eut lieu à Zoug et l’armée des Habsbourg partit la nuit, alors que le ciel était clair et que la lune donnait une bonne visibilité. Le chemin le long du lac est un chemin étroit entre le talus et les rives marécageuses du Lac d’Ägeri. Elle se dirigea ensuite vers un ravin du Figlenfluh en direction de Sattel.

À Schafstetten, les Schwytzois s’étaient mis avec leurs alliés, les gens d’Uri, en embuscade. L’attaque eut lieu seulement lorsque la colonne de cavaliers fut piégée sur une distance de près de deux kilomètres le long du lac d’Ägeri et dans le ravin après que la tête de colonne se fut arrêtée au barrage de Schafstetten. Du côté des collines, la colonne de cavalerie fut arrêtée par des arbres abattus en divers endroits. Recevant des pierres de la taille d’un poing, les chevaux furent effrayés puis les cavaliers furent attaqués à la hallebarde. Les cavaliers avaient peu de place pour leur défense, et la bataille se termina par une défaite écrasante des Habsbourg. Au cours de la confusion occasionnée par les cavaliers en déroute et la masse de l’infanterie qui s’avançait toujours, beaucoup furent poussés dans le lac et les marais et furent récupérés et tués. L’infanterie n’intervint pas dans les combats. Le duc Léopold réussit à s’échapper grâce à la connaissance des lieux de son accompagnateur.

Il y eut alors un grand massacre des alliés des Habsbourg qui étaient de provenance de Zoug, Lucerne, Zurich, etc. et qui ne pouvaient se défendre correctement du fait de la grande confusion dans leurs rangs, et parce qu’ils étaient aveuglés par le soleil qui se levait. En effet, l’avant-garde se battait pour rompre les lignes sans avoir l’appui de l’arrière-garde qui s’enfuyait, la confusion étant telle qu’aucun ordre n’était respecté. De plus, les montagnards n’ayant aucun intérêt à faire des prisonniers, ils assommèrent les blessés et les dépouillèrent complètement. De plus certains cavaliers tentèrent de fuir par le lac mais la plupart se noyèrent à cause du poids des armures.

Ceci participa concrètement à fonder la réputation de révolutionnaires des Confédérés et à leur donner une notoriété qui devait les protéger des attaques.

Suite à cette victoire, les confédérés renouvellent leur alliance lors du pacte de Brunnen du 9 décembre 1315. Rédigé en allemand, ce texte est le premier dans lequel le terme de Eidgenossen (« Confédérés », soit littéralement « compagnons liés par un serment ») est utilisé. Il détaille également l’interdiction faite aux signataires de se lier avec des puissances étrangères. Cette dernière clause ne sera abrogée qu’à la fondation de la République helvétique en 1798.

Dans l’imagerie populaire, le cercle originel des trois membres fondateurs s’étend progressivement pour accueillir de nouveaux membres. Dans la réalité, les trois entités vont conclure, soit globalement soit individuellement, un véritable réseau d’alliances défensives en l’espace de quarante ans tout d’abord avec Lucerne en 1332 et Zurich en 1351.

La ville de Zoug puis la vallée de Glaris concluent à leur tour une alliance en 1352, bien que cette dernière n’ait pas un statut d’égalité avec les autres membres. Toutefois, quelques semaines après avoir signé ces accords, les confédérés doivent rendre ces deux territoires aux Habsbourg. Ils ne les récupèrent finalement qu’en 1365 pour Zoug et 1388 pour Glaris. En 1353, c’est au tour de Berne de signer une alliance qui a également pour but d’empêcher toute revendication obwaldienne sur l’Oberland bernois, arrière-pays rural et sujet de la ville.

Alors que les huit petits États, reliés par ce réseau d’alliances, sont groupés sous le nom générique de « Confédération des VIII cantons », c’est en 1359 qu’apparaissent pour la première fois les deux bandes croisées blanches sur fond rouge comme signe de reconnaissance sur les champs de bataille. Bien plus tard, en 1815, la croix blanche à branches égales sur fond rouge sera définie comme les armoiries officielles du pays. En 1370, un nouveau pacte, appelé Pfaffenbrief (« Charte des prêtres » en allemand), est signé entre tous les cantons contrôlant le passage du Gothard, à savoir tous les cantons à l’exception de Glaris et Berne. Ce document unifie le droit existant et rend chaque homme, noble ou roturier, laïc ou religieux, égal devant la justice qui est rendue par des juges locaux.

Les Habsbourg ne renoncent toutefois pas à leurs prétentions. Par deux fois, ils tentent vainement de vaincre les cantons : la première fois en 1386, lors de la bataille de Sempach, la seconde en 1388, lors de la bataille de Näfels. Dans les deux cas, des montagnards inférieurs en nombre battent des soldats expérimentés, gagnant ainsi une réputation de guerriers intrépides mais également peu respectueux des coutumes guerrières. Cette double victoire consolide l’alliance des huit communautés qui signent en 1393 la première charte commune aux huit cantons, appelé le convenant de Sempach, qui définit des règles militaires de comportement pendant et après les combats ainsi que la manière d’engager un conflit, qui ne peut l’être qu’après une délibération commune.

Les cantons suisses ont alors plus ou moins assuré leur indépendance vis-à-vis des seigneurs locaux, tout en restant des sujets du Saint-Empire romain germanique. Le XVe siècle voit une phase d’expansion des Confédérés qui conquirent les territoires avoisinants et conclurent des alliances avec de nombreuses régions des alentours (Appenzell, le Valais et Saint-Gall). En 1415, les Confédérés planifient et exécutent en commun, aux dépens des Habsbourg et avec la bénédiction de l’empereur, la conquête de l’Argovie dont une partie est gérée sous la forme d’un bailliage commun. L’envie d’expansion ne va pas sans heurts : à la mort du comte Frédéric VII de Toggenbourg ne laissant aucun successeur, les confédérés, particulièrement Schwytz et Zurich, vont s’entre-déchirer pour se répartir le Toggenbourg pendant l’ancienne guerre de Zurich qui dure de 1436 à 1450 et voit la victoire des Schwytzois. Enfin, la Thurgovie est conquise en 1460 et également transformée en bailliage commun.

Inquiets de la puissance croissante de leurs voisins occidentaux, les États bourguignons, les confédérés, Berne en tête, s’allient au roi Louis XI de France et déclarent, en 1474, la guerre à Charles le Téméraire. Les Suisses sont victorieux successivement lors des batailles de Grandson et de Morat, puis lors de la bataille de Nancy en 1477 qui met fin à la guerre. À la grande déception de Berne, seuls la région d’Aigle lui est attribuée après la guerre et seulement en tant que bailliage commun avec Fribourg qui rejoint peu de temps après la Confédération en compagnie de Soleure dans ce qui va devenir la Confédération des XIII cantons.

À la fin de la guerre de Bourgogne, deux nouveaux cantons, Fribourg et Soleure, frappent à la porte de la Confédération. Cependant, les cantons sont divisés sur ces demandes d’adhésion et la guerre civile menace entre les cantons campagnards qui craignent de perdre leur majorité et les cantons urbains. C’est finalement l’ermite Nicolas de Flue qui propose en 1481 un compromis acceptable, le convenant de Stans : Fribourg et Soleure sont admis dans la Confédération.

Suite à la défaite des Bourguignons, l’empereur Maximilien réorganise le Saint-Empire romain germanique en instaurant un tribunal impérial et un nouvel impôt, le centime impérial, en 1495. Les confédérés refusent de s’y soumettre et vont vaincre les troupes impériales ainsi qu’une coalition de villes du sud de l’actuelle Allemagne lors de la guerre de Souabe s’étendant de décembre 1498 à septembre 1499. Le traité de Bâle du 22 septembre 1499 marque l’indépendance de facto des cantons suisses vis-à-vis de l’empire qui renonce à ses droits. Il faut toutefois attendre 1648 et les traités de Westphalie pour que cette indépendance soit reconnue de jure. Les villes de Bâle et Schaffhouse, déjà alliées, deviennent des cantons en 1501, suivies par Appenzell en 1513. La Confédération des XIII cantons est née et dure jusqu’en 1798.

Le XVIe siècle voit la Réforme protestante apparaître à Zurich suite à la prédication et à l’influence d’Ulrich Zwingli. Elle gagne bientôt une grande partie de la Confédération qui va se déchirer lors de quatre guerres de religions : les première (dont l’épisode de la soupe au lait deviendra célèbre) et deuxième guerres de Kappel qui voient, en 1531, la défaite des protestants et la mort de Zwingli, sont suivies par les deux guerres de Villmergen en 1656 et 1712. La Diète fédérale se retrouve alors divisée entre sept cantons catholiques, deux mixtes et quatre réformés, moins nombreux mais plus peuplés. Cette division va encore s’accentuer avec la Contre-Réforme menée en particulier par les jésuites qui provoque notamment, la division en 1597 du canton d’Appenzell en deux demi-cantons : Appenzell Rhodes-Extérieures protestant et Appenzell Rhodes-Intérieures catholique.

Stoppée progressivement par la Contre-Réforme dans la partie alémanique du pays, la Réforme se propage en revanche à l’ouest, en particulier sous l’action du Français Guillaume Farel qui prêche et convertit la plus grande partie du pays de Vaud, de Neuchâtel et de Genève avant de l’emporter à Lausanne dans un débat public (connu par la suite sous le nom de « Dispute de Lausanne ») avec l’aide de Jean Calvin et Pierre Viret contre les catholiques. En 1533, l’évêque de Genève s’enfuit et la ville devient une république libre puis, en 1541, une théocratie sous l’influence radicale de Calvin qui transforme la cité en « Rome protestante ».

Entre-temps, le duché de Savoie, qui échoue en 1536 à s’emparer de Genève, est chassé du pays de Vaud par les Bernois, les Fribourgeois et les Valaisans. Toutefois, certains des territoires conquis à cette occasion, tels que le Chablais français et la rive sud du lac Léman sont rendus par la suite, fixant ainsi les frontières du pays.

Le XVIIIe siècle marque une période de prospérité scientifique et économique avec l’évolution de l’agriculture et l’apport des huguenots français. C’est de cette période que date le concept de nation suisse, développé avec la création de chaires d’histoire nationale dans les universités du pays, qui gomme les différences confessionnelles, politiques, économiques et sociales pour faire place à une Suisse « unie et paisible » alors que l’arrivée de voyageurs étrangers marque les débuts du tourisme en Suisse. Cependant, durant cette période, plusieurs soulèvements se produisent qu’ils soient le fait de paysans comme à Berne en 1653 et Lucerne, de pays sujets comme la « conjuration Henzi » contre le patriciat bernois en 1749, le « soulèvement Livin » contre Uri en 1755 ou le « soulèvement Chenaux » en 1781 contre Fribourg, ou de « libérateurs » comme dans la Léventine ou dans le pays de Vaud avec le major Abraham Davel en 1755.

Le pacte des confédérés en 1663

4 Messages de forum

  • Quand Rodolphe fut empereur, quelques seigneurs de châteaux accusèrent juridiquement les cantons de Schwitz, d’Uri, et d’Underwald, de s’être soustraits à leur domination féodale. Rodolphe, qui avait autrefois combattu ces petits tyrans, jugea en faveur des citoyens. Albert d’Autriche, son fils, étant parvenu à l’empire, voulut faire de la Suisse une principauté pour un de ses enfants. Une partie des terres du pays était de son domaine, comme Lucerne, Zurich, et Glaris. Des gouverneurs sévères furent envoyés, qui abusèrent de leur pouvoir.

    Les fondateurs de la liberté helvétienne se nommaient Melchtal, Stauffacher, et Walther Furst. La difficulté de prononcer des noms si respectables nuit à leur célébrité. Ces trois paysans furent les premiers conjurés ; chacun d’eux en attira trois autres. Ces neuf gagnèrent les trois cantons de Schwitz, d’Uri, et d’Underwald. Jamais peuple n’a plus longtemps ni mieux combattu pour sa liberté que les Suisses ; ils l’ont gagnée par plus de soixante combats contre les Autrichiens ; et il est à croire qu’ils la conserveront longtemps.

    Voltaire dans son Essai sur les moeurs

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  • Le Pacte fédéral est le document le plus connu de l’histoire suisse du Moyen Age. Il entre dans l’inconscient collectif à partir de 1891, passant pour le document qui scelle le serment des Trois Suisses sur la prairie du Grütli. Son importance dans les temps modernes contraste avec celle qu’il avait au moment de sa réalisation. Nommé une première fois vers 1530, on ne retrouve sa trace qu’en 1724. Le texte pourrait avoir été rédigé en 1309, recopiant et adaptant une version de 1291. Il ne parle ni de liberté, ni de résistance.

    La bataille de Morgarten, dans les projections qui en sont faites, est la démonstration de l’esprit de résistance de cette jeune pousse qu’est la Confédération. Le duc Léopold de Habsbourg, accompagné de 3000 à 5000 hommes, veut remettre au pas ces insurgés. Dans un défilé entre Zoug et Schwyz, la troupe autrichienne se fait décimer par une poignée de Confédérés. Elle n’est toutefois pas la bataille capitale décrite par la légende, et n’a eu que peu d’écho dans le reste de l’Europe. Selon Roger Sablonier, la venue de Léopold est due plutôt à des problèmes avec le couvent d’Einsiedeln. Les mercenaires schwyzois, rompus aux techniques du guet-apens, se sont mobilisés en prévision du butin. La Charte de Brunnen, censée renouveler le Pacte de 1291, a été rédigée beaucoup plus tard. Elle prévoit avant tout un soutien mutuel en cas de représailles.

    La bataille de Sempach, et la mort de Léopold 3 de Habsbourg ont été perçues comme un événement dans toute l’Europe. Selon Jean-Daniel Morerod, la Suisse commence à exister à partir de ce moment-là. Son déroulement est décrit par plusieurs sources. Dans l’imagerie suisse, elle est restée célèbre à cause de l’acte héroïque du Nidwaldien Arnold Winkelried qui a ouvert la voie en rassemblant toutes les lances sur son corps. Son nom n’apparaît toutefois que bien plus tard dans les chroniques."

    Catherine COSSY, Le Temps, 31 juillet 2008

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  • Le centre des formations militaires suisses consistait en hommes armés légèrement, équipés de haches longues ou courtes et de petites épées. Ils étaient entourés de plusieurs rangées de piquiers, dont le rôle était de battre en brèche les lignes des attaquants. Les arbalètes et, plus tard, les armes à feu jouaient un rôle mineur, car les Suisses cherchaient à engager aussi vite que possible un corps à corps avec l’ennemi : pour cela, il est évident que les hommes armés d’épées, de piques et de haches jouissaient d’un grand avantage. L’excellente coordination de leurs armes de combat rapproché conférait aux Suisses, sur le champ de bataille, la vigueur et la fermeté qui avaient toujours fait défaut aux troupes à pied de l’armée féodale au cours des siècles précédents. Face à une formation suisse, les cavaliers ennemis étaient arrêtés par les piques, et cela suffisait à empêcher ceux qui se trouvaient derrière eux d’avancer. Ceux que les chevaliers du Moyen Age appelaient avec mépris les "valets" (en Italie i fanti, d’où découle le mot "fantassin") constituèrent, avec la stratégie suisse, une "infanterie" à part entière, et celle-ci devint une "arme" aussi importante que les autres sur tous les champs de bataille d’Europe.

    C’est grâce à elle que les Suisses affirmèrent leur indépendance. En 1231 et 1240, l’empereur Frédéric II exempta de toute charge féodale (sauf celles qui étaient dues directement à la couronne impériale) les cantons d’Uri et de Schwyz. Ceux-ci, rejoints par Unterwald, signèrent en 1291 au Grütli "l’alliance éternelle" par laquelle ils juraient de se soutenir mutuellement. Après la fin de la dynastie des Hohenstaufen, qui fut suivie d’un interrègne marqué par un certain désordre, Rodolphe de Habsbourg se fit élire roi d’Allemagne et ceignit la couronne du Saint Empire romain germanique. Cette ascension des Habsbourg représentait pour les Suisses une menace formidable. En 1315, ils réussirent à attirer dans une embuscade le duc Léopold de Habsbourg : celui-ci se trouva pris avec son armée féodale dans un étroit défilé surmonté des deux côtés par des rochers abrupts, à Morgarten, près du lac d’Aegeri et non loin du lac des Quatre-Cantons. Les Suisses déversèrent sur les forces des Habsbourg une avalanche de rochers ; Léopold avait eu l’imprudence de ne pas se faire précéder par une avant-garde et il tomba dans le piège. Une fois que les éboulements eurent joué leur rôle meurtrier, les Suisses descendirent et massacrèrent tous les survivants.

    Si Morgarten fut un éclatant succès, ce n’était pas encore une véritable bataille d’infanterie ; mais le triomphe fut suffisant pour que Zurich, Zoug, Glaris, Berne et Lucerne adhérassent à la ligue. Systématiquement, les huit cantons entreprirent alors d’expulser les Habsbourg. Un autre Léopold, neveu de celui qui avait été défait à Morgarten, décida de prendre une revanche. Avec une armée de 4.000 hommes, il partit en guerre contre l’armée suisse, qui comptait alors quelque 6.000 soldats. Au lieu de se diriger, comme on s’y attendait, vers Zurich ou Lucerne, il avança le 9 juillet 1386 dans la direction de Sempach, une petite ville située à quelques kilomètres au nord de Lucerne, qui avait autrefois appartenu aux Habsbourg mais s’était jointe à la Confédération en même temps que Lucerne elle- même. Léopold de Habsbourg rassembla ses troupes près du lac de Sempach et mit le siège devant la ville, puis il alla à la rencontre des Suisses, qui apparurent, venant d’un sommet d’un monticule abrupt. Les chevaliers autrichiens mirent pied à terre et essayèrent de gravir la colline tandis que leurs arbalétriers tiraient sur les Suisses et leur causaient beaucoup de pertes. Le duc Léopold se lança lui-même dans la bataille, car il s’imaginait avoir en face de lui le gros des troupes suisses et il voulait en finir vite ; mais il ne s’agissait que d’une avant-garde, et le gros des forces suisses apparut soudain au nord, avançant rapidement et pénétrant dans le flanc de l’armée autrichienne. Le nom d’Arnold de Winkelried, qui dirigeait ce contingent et est censé s’être sacrifié pour ouvrir une brèche, est légendaire. Les chevaliers autrichiens qui avaient pied à terre furent littéralement balayés par la violence de l’attaque suisse ; Léopold et une grande partie de ses soldats furent tués sur-le-champ. Ainsi Sempach confirma ce que Courtrai avait démontré : l’infanterie pouvait vaincre la cavalerie féodale. Entre-temps, la bataille de Laupen (1339) avait prouvé que les formations en carré des Suisses pouvaient avoir raison de chevaliers. Embuscade meurtrière à Morgarten, victoire des fantassins sur les cavaliers à Laupen, victoire en terrain découvert sur une armée de chevalier à Sempach : les jours de la chevalerie médiévale étaient comptés.

    Ayant ramené les Autrichiens à la raison, les Suisses reprirent l’offensive contre la Souabe et démontrèrent à nouveau que leur infanterie était invincible. Ce fut un moment décisif dans l’histoire militaire du Moyen-Age. Les Suisses reçurent une foule de propositions de la part des diverses puissances qui voulaient louer les services de leur soldats. La première levée de troupes qui eut lieu en Suisse pour répondre à une telle demande se fit en 1424 : la république de Florence offrait de payer 8.000 florins rhénans en échange des services de 10.000 hommes pendant trois mois. A la fin du siècle, le montant des offres s’était élevé à tel point que toute l’armée suisse se transforma en troupes mercenaires. Mais, à la différence des autres, les contingents suisses n’étaient pas composés de soldats de fortune ; ils venaient en droite ligne de leurs cantons et de leurs commune. A longue échéance, la saignée que représentait ce service pour les Suisses devint trop forte et la Confédération ne fut plus en mesure de la supporter.

    Néanmoins, elle conserva la suprématie sur les champs de bataille de l’Italie septentrionale et de la Bourgogne pendant plus d’un siècle. Mais les Suisses négligèrent les nouveaux développements en matière d’armements et de méthodes de combat ; par exemple, ils remarquèrent à peine l’avènement de la cavalerie légère, l’amélioration des mousquets et la mobilité accrue de l’artillerie de campagne.

    Ils s’en tenaient obstinément à leurs anciennes méthodes. Avec 10.000 ou 15.000 piquiers, ils étaient prêts à attaquer n’importe quel effectif de cavalerie ; et ils y réussirent en effet jusqu’au jour où ils se heurtèrent aux lansquenets, qui, eux, avaient fait la synthèse des techniques suisses et des récents développements militaires que les Suisses avaient ignorés. Les lansquenets, par exemple, n’avaient aucune objection contre la guerre d’usure que pratiquaient leurs commandants et que les Suisses refusaient de mener. Lors des combats entre Charles Quint et François ler pour la possession de la Lombardie, les Suisses abandonnèrent purement et simplement le champ de bataille parce qu’ils étaient las des manœuvres perpétuelles des deux armées conformément à leur tradition, ils attendaient un engagement décisif pour en finir ; celui-ci ne se produisant pas, ils quittèrent la partie.

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