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Qui était l’anarchiste Emma Goldman ? - Matière et Révolution
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Qui était l’anarchiste Emma Goldman ?

lundi 15 avril 2013, par Robert Paris

Qui était l’anarchiste Emma Goldman ?

Le contexte

« L’année 1892 fut marquée par des grèves dans tout le pays. Outre la grève générale de La Nouvelle Orléans et celle des mineurs de charbon du Tennessee, les aiguilleurs se mirent en grève à Buffalo (Etat de New York) ainsi que les mineurs de cuivre de Cœur d’Alene (Idaho). Cette grève fut marquée par des combats armés entre grévistes et briseurs de grève qui firent de nombreux morts… La garde nationale, appelée par le gouvernement, reçut le renfort des troupes fédérales. Six cents mineurs furent encerclés et enfermés dans des enclos à bestiaux. Les « jaunes » furent réintégrés, les mineurs licenciés et la grève brisée. Début 1892, pendant que Carnegie était en Europe, l’aciérie Carnegie de Homestead (Pennsylvanie), aux environs de Pittsburgh, était dirigée par Henry Clay Frick. Ce dernier décida de réduire les salaires et d’éliminer les syndicats. (c’était le syndicat Amalgamated Association of Iron and Steel Workers fort de 25.000 membres, à l’époque l’organisation syndicale la plus puissante de tout le mouvement ouvrier américain – note M et R). Il fit élever une clôture de cinq kilomètres cinquante de haut surmontée de barbelés et trouée de meurtrières pour permettre le passage des fusils. Lorsque les ouvriers refusèrent les diminutions de salaire, Frick licencia tout le monde et loua les services de l’agence Pinkerton pour défendre les briseurs de grève. Bien que sept cent cinquante seulement des trois mille huit cent quatre-vingt huit ouvriers de Homestead aient été syndiqués, trois mille d’entre eux votèrent massivement la grève. L’usine était située sur la Monongahela River et un millier de grévistes formèrent un piquet de grève pour en surveiller les abords. Un comité de grévistes s’empara de l’administration de la ville. Le shérif tenta vainement de constituer un groupe de citoyens pour s’y opposer. Dans la soirée du 5 juillet 1892, des centaines d’employés de l’agence Pinkerton s’embarquèrent sur des barges en aval de l’usine où les attendaient dix mille grévistes (ils avaient pu être prévenus par avance de l’attaque et s’étaient armés comme ils avaient pu – note M et R) et leurs partisans. La foule interdit aux équipages des barges de débarquer. Un gréviste qui avait sauté sur la passerelle tira sur un garde de Pinkerton qui tentait de l’écarter. Au cours de la lutte qui s’ensuivit, sept ouvriers trouvèrent la mort. Les « Pinkerton » durent rembarquer. Attaqués de tous côtés, ils décidèrent de se rendre. La foule en furie les roua de coups. Il y eut des morts dans les deux camps. Les jours suivants, les grévistes gardèrent le contrôle des environs. L’Etat finit par s’en mêler : le gouverneur dépêcha la milice, équipée des armes les plus récentes, pour protéger l’arrivée des briseurs de grève. Les principaux responsables de la grève furent accusés de meurtre. Cent soixante autres grévistes furent jugés pour divers crimes. Tous furent acquittés par des jurys compréhensifs. On arrêta alors l’ensemble du Comité de grève pour trahison envers l’Etat, mais aucun jury ne voulut les condamner. La grève dura encore quatre mois, mais l’usine continuait à produire de l’acier grâce aux briseurs de grève qu’on avait le plus souvent acheminés sur place dans des wagons blindés et qui ignoraient pour la plupart leur destination. Les grévistes, sans ressources, acceptèrent de retourner au travail et les meneurs furent mis sur liste noire…

Au beau milieu de la grève de Homestead, alors qu’elle était montante et populaire et le patron très impopulaire dans l’opinion, un acte complètement extérieur à la grève la sapa dans l’opinion, transforma le patron en victime et renversa le point de vue du public : Alexander Berkman, un jeune anarchiste de New York nullement en contact avec les ouvriers en lutte, décida en accord avec quelques anarchistes, dont sa maîtresse Emma Goldman, de se rendre à Pittsburgh. Résolu à abattre Henry Clay Frick, il réussit à pénétrer dans son bureau. Mais il ne fit que le blesser. Berkman fut capturé, emprisonné et finalement jugé pour tentative de meurtre. Il passa quatorze ans au pénitencier de l’Etat. Son ouvrage « Mémoires de prison d’un anarchiste » offrent une description détaillée de sa tentative de meurtre et de ses années d’emprisonnement, au cours desquelles il changea d’opinion sur l’utilité du meurtre tout en restant résolument révolutionnaire. L’autobiographie d’Emma Goldman, Vivant ma vie, illustre parfaitement cette colère (purement individuelle et volontairement individualiste) et ce désir d’une vie différente qui habitaient les jeunes radicaux de cette époque. (note M et R : ces radicaux se retrouvaient les seuls révolutionnaires face aux réformistes socialistes et syndicalistes, ils faisaient de la politique, étaient marqués par les luttes ouvrières mais se refusaient, par refus général et théorique de toute organisation, à organiser politiquement une classe ouvrière pourtant en pleine montée insurrectionnelle.) L’année 1893 fut marquée par la plus importante crise économique de l’histoire du pays… Six cent quarante deux banques firent faillite et seize mille entreprises fermèrent leurs portes. Sur quinze millions de travailleurs, trois millions se retrouvèrent au chômage. Aucune législature d’Etat ne vota de mesures particulières, mais des manifestations gigantesques à travers tout le pays obligèrent les municipalités à organiser des soupes populaires et à offrir des emplois publics. Lors d’un important rassemblement de chômeurs à l’Union Square de New York, Emma Goldman invita ceux dont les enfants mouraient de faim à se servir directement dans les magasins. Elle fut arrêtée pour « incitation à la violence » et condamnée à deux ans d’emprisonnement… La crise dura plusieurs années et entraîna une véritable déferlante de grèves. La plus importante d’entre elles, la grève générale des cheminots, éclata en 1894 dans les usines de Pullman, aux environs de Chicago… Les années 1880 et 1890 virent l’explosion d’insurrections ouvrières mieux organisées que les grèves spontanées de 1877. Les mouvements révolutionnaires guidaient les luttes ouvrières et les idées socialistes influençaient la plupart des leaders ouvriers. » (tiré de « Une histoire populaire des Etats-Unis » de Howard Zinn). Cependant ces manifestations de la force collective de la classe ouvrière n’avaient pas convaincu les militants radicaux, attirés par l’anarchisme et persuadés de la supériorité de l’élan individuel vers la liberté, de construire un parti ouvrier révolutionnaire et l’occasion fut manquée…. Des syndicats radicaux naquirent partout mais pas d’organisation politique révolutionnaire parce que cela n’entre pas dans les possibilités spontanées du prolétariat et n’a jamais été une capacité spontanée nulle part. Le maximum sera le syndicalisme révolutionnaire avec les IWW…

Emma Goldman sera l’une des dirigeantes anarchistes américaines qui aura une notoriété nationale, pourra mener des campagnes politiques et sociales d’envergure, défendra les travailleurs, les militants, les femmes et les enfants, mais ne cherchera jamais à organiser de manière politiquement autonome le prolétariat pourtant en plein combats de grande ampleur…

Un récit :

« Je suppose que le nom d’Alexandre Berkman ne signifie rien pour vous… Lorsque Berkman et moi avions une vingtaine d’années, nous étions à la fois amants et révolutionnaires. Il y avait une grève à Pittsburgh. A l’aciérie de M. Carnegie. Et M. Carnegie décida de briser le syndicat. Il fila donc prendre des vacances en Europe et laissa son âme damnée, cette larve infâme de Henry Clay Frick, s’en charger. Frick fit venir toute une armée d’employés de l’agence Pinkerton. Les ouvriers étaient en grève pour protester contre la diminution des salaires. L’usine est située au bord de la rivière Monongahela et Frick amena ses Pinkerton par bateau et les fit débarquer devant l’usine. Il y eut une bataille rangée. C’était une véritable guerre. Lorsque ce fut terminé, il y avait dix morts et des douzaines et des douzaines de blessés. Les Pinkerton furent repoussés. Frick réussit alors à obtenir l’appui du gouvernement et la milice d’Etat fut envoyée pour cerner les ouvriers. Ce fut alors que Berkman et moi décidâmes notre « attentat ». Nous allions donner du courage aux ouvriers assiégés. Nous allions conférer à leur lutte un caractère révolutionnaire. Nous allions tuer Frick.

Nous étions à New York et n’avions pas d’argent. Nous en avions besoin pour acheter un billet de chemin de fer et un revolver. C’est alors que je mis des dessous brodés et fis le trottoir de la Quatorzième Rue. Un vieil homme me donna dix dollars et le dit de rentrer chez moi. J’empruntai le reste. Mais je l’aurai fait, la putain, au besoin, pour l’ « attentat ». C’était pour Berkman et la révolution. A la gare, je l’étreignis dans mes bras. Il projetait d’abattre Frick et de se suicider lors de son procès. Je courus le long du train qui s’éloignait. Nous n’avions d’argent que pour un seul billet. Il disait que ce travail ne nécessitait qu’une seule personne.

Il fit irruption dans le bureau de Frick à Pittsburgh et tira trois balles sur cette crapule. Dans le cou, dans l’épaule. Il y eut du sang. Frick s’écroula. Des hommes accoururent. Ils prirent le revolver. Il avait un couteau. Il poignarda Frick à la jambe. On lui prit le couteau. Il glissa quelque chose dans sa bouche. Ils le plaquèrent au sol. Ils lui ouvrirent de force les mâchoires. C’était une capsule de fulminate de mercure. Il lui aurait suffi de refermer les dents sur cette capsule et la pièce aurait sauté ainsi que tous ceux qui s’y trouvaient. Ils lui renversèrent la tête en arrière. Ils enlevèrent la capsule. Ils l’assommèrent de coups…

Berkman a passé dix-huit ans en prison, dont la plupart en réclusion, au cachot… Et cette canaille de Frick s’en est tiré, la presse a fait de lui un héros, le public s’est retourné contre les travailleurs et la grève a été brisée.

On nous a dit que nous avions fait reculer le mouvement ouvrier en Amérique de quarante ans.

Il y avait un autre anarchiste, Most, un homme plus âgé que je vénérais. Il nous attaqua, Berkman et moi, dans son journal. Lorsque je revis Most à une autre réunion, j’étais prête. J’avais acheté une cravache. Je le cravachai devant tout le monde, puis je brisai la cravache et la lui jetai à la figure.

Berkman est sorti de prison. Il a perdu ses cheveux. Son visage est couleur de parchemin. Le jeune homme que je chérissais marche le dos courbé. Ses yeux sont comme des puits noirs. Nous ne sommes plus amis qu’en principe. Nos cœurs ne battent plus à l’unisson. Ce qu’il a enduré en prison, on a peine à l’imaginer. Vivant dans l’obscurité et l’humidité, attaché, contraint de coucher dans ses propres déjections…

Le meeting de l’Association des Artistes socialistes du Lower East Side, ainsi que de sept autres organisations, était un événement d’importance. L’orateur n’était autre que Emma Goldman… En dépit de leur opposition totale à Goldman – elle était anarchiste et eux socialistes – ils éprouvaient le plus grand respect pour son courage et sa sincérité personnels. Ils avaient donc admis l’opportunité d’un accord provisoire entre socialistes et anarchistes, ne fût-ce qu’une soirée, car les fonds recueillis à cette occasion serviraient à aider les ouvriers d’une fabrique de chemisiers, alors en grève, et ceux d’une aciérie de McKeesport en Pennsylvannie, également en grève, et l’anarchiste Francisco Ferrer, qui allait être condamné et exécuté par le gouvernement espagnol pour avoir fomenté une grève générale en Espagne…

Le sujet de la conférence de Emma Goldman était le grand dramaturge Ibsen dont l’œuvre, disait-elle, contenait tous les instruments permettant une dissection radicale de la société. Petite, épaisse de taille, avec un visage masculin à la mâchoire lourde, ce n’était pas une femme au physique imposant. Elle portait des lunettes à monture d’écaille qui lui agrandissaient les yeux, donnant l’impression qu’elle était perpétuellement offensée par tout ce qui s’offrait à sa vue. Elle dégageait une immense vitalité, sa voix était sonore…

La police avait posté des hommes bien en vue aux portes et, à un certain moment, un sergent de police tenta d’arrêter la harangue de Goldman, prétendant qu’elle était censée parler du théâtre d’Ibsen mais parlait en fait de lui. Des lazzis et des coups de sifflet le chassèrent de la salle. Goldman, néanmoins, ne se joignit pas aux rieurs, sachant par expérience comment réagit inévitablement la police quand elle est provoquée. Elle se mit à parler avec un débit extrêmement rapide et son regard parcourait nerveusement l’assistance…. L’amour dans la liberté ! criait Goldman. Celles qui comme Mme Alving ont payé de leur sang et de leurs larmes leur éveil spirituel répudient le mariage qu’elles considèrent comme une contrainte, une mascarade vide et creuse. Certains socialistes dans l’assistance hurlèrent : Non, non ! Mes camarades, mes frères, dit Goldman, pouvez-vous, vous autres socialistes, ignorer la double servitude d’une moitié de la race humaine ? Croyez-vous que la société qui exploite votre labeur ne s’intéresse pas à la façon dont on vous demande de vivre avec les femmes ? Non pas dans la liberté, mais dans l’esclavage ? Tous vos réformateurs de nos jours parlent du problème de la traite des Blanches. Mais si la traite des Blanches pose problème, pourquoi pas le mariage ? N’y a-t-il aucun rapport entre l’institution du mariage et l’institution du bordel ? A l’énoncé de ces mots, des cris s’élevèrent dans la salle… C’est une honte ! une honte ! Un homme se leva et vociféra. Goldman leva les mains pour obtenir le silence. Camarades, nous pouvons ne pas être d’accord, bien entendu, mais pas en perdant notre dignité au point que la police y voie une excuse pour nous interrompre ! Les gens se tournant sur leur siège virent effectivement une douzaine de policiers qui s’étaient maintenant mêlés à la foule à proximité des portes.

La vérité, poursuivit vivement Goldman, c’est que les femmes ne peuvent pas voter, elles ne peuvent pas aimer qui elles veulent, elles ne peuvent pas cultiver leur esprit et leur intelligence, elles ne peuvent pas vouer leur existence à l’aventure spirituelle de la vie, elles ne peuvent pas, camarades ! Et pourquoi ? Notre génie se milite-t-il à nos entrailles ? Ne pouvons-nous pas écrire des livres, faire des études approfondies, jouer de la musique, offrir des modèles philosophiques pour faire progresser l’humanité ? Sommes-nous destinées à jouer un rôle purement physique ?...

Et brusquement toute la salle était en effervescence. Une phalange d’uniformes bleus faisait irruption par les portes. Il y eut un cri. C’était la conclusion typique d’un discours d’Emma Goldman. Les policiers s’engouffraient dans l’allée centrale. L’anarchiste, debout derrière sa table, remit tranquillement ses papiers dans son porte-documents. » (extraits de « Ragtime » de E.L. Doctorow)


Emma Goldman est née dans une famille juive à Kowno en Lituanie où sa famille tenait une petite auberge. Durant une période de répression politique à la suite de l’assassinat d’Alexandre II, elle déménagea avec sa famille à Saint-Pétersbourg, dans la capitale, à l’âge de 13 ans. Là, à cause de la crise économique, elle fut forcée de quitter l’école pour travailler dans une usine. C’est là qu’elle sera initiée aux idées révolutionnaires ; elle obtint aussi une copie de Que faire ? de Tchernychevsky qui sema les graines de ses idées anarchistes et de son attitude indépendante.

Elle s’enfuit aux États-Unis avec une demi-sœur après avoir refusé de permettre à son père de la marier à 15 ans. La pendaison de quatre anarchistes après l’émeute de Haymarket amena la jeune Emma Goldman à rejoindre le mouvement anarchiste. À 20 ans, elle décide de devenir révolutionnaire. Elle fut mariée à un immigrant juif de Russie pendant dix mois. Le mariage ne fonctionnant pas, elle quitta son époux et partit pour New York. Ils restèrent légalement mariés et ainsi elle conserva sa citoyenneté américaine.

À New York, elle rencontra Alexandre Berkman, avec qui elle a vécu et a été la principale meneuse du mouvement anarchiste aux États-Unis à cette époque. Son soutien de la tentative d’assassinat de Berkman sur Henry Clay Frick la rendit encore plus impopulaire auprès des autorités. Berkman fut emprisonné pendant plusieurs années.

Elle fut emprisonnée en 1893 au pénitencier de l’île Blackwell pour avoir publiquement encouragé des chômeurs à se révolter : « Demandez du travail, s’ils ne vous donnent pas de travail, demandez du pain, s’ils ne vous donnent ni du pain ni du travail, prenez le pain ». Cette citation est un résumé du principe d’expropriation préconisé par les anarcho-communistes comme Kropotkine. Voltairine de Cleyre donna une conférence pour la défense d’Emma Goldman (In defense of Emma Goldman) en réponse à cet emprisonnement. Pendant qu’elle purgeait sa peine d’un an d’emprisonnement, elle développa un vif intérêt pour l’éducation des enfants, ce qui devint plus tard sa principale source d’engagement.

Elle fut arrêtée, avec neuf autres personnes le 10 septembre 1901 pour participation à un complot d’assassinat contre le président William McKinley. L’un de ses partisans, Leon Czolgosz, avait tiré sur le président quelques jours plus tôt. Elle n’avait rencontré Czolgosz qu’une seule fois, brièvement et plusieurs semaines plus tôt. Elle disait à propos de lui : « Léon Czolgosz et les hommes de son espèce ne sont pas des créatures dépravées animées par de bas instincts, mais au contraire des êtres hypersensibles qui ne supportent plus le poids des contraintes sociales. C’est parce qu’ils ne peuvent plus être les témoins inactifs de la souffrance et de la misère de leur semblables qu’ils en viennent, parfois au prix de leur vie, à ces actes de violence. Et ces actes devraient être retournés à leur envoyeurs véritables, les responsables de l’injustice et de l’inhumanité qui règnent sur le monde » (extrait : L’Épopée d’une anarchiste).

Le 11 février 1916, elle est arrêtée et emprisonnée de nouveau pour la distribution de littérature sur la contraception.

Durant plusieurs années, elle s’attendait à être arrêtée à chaque fois qu’elle donnait un discours. Elle portait donc toujours un livre quand elle montait sur l’estrade. La presse la surnommait « Emma la Rouge ».

En 1917, elle est emprisonnée pour la troisième fois. Goldman avait milité contre l’appel des soldats sous les drapeaux pendant la Première Guerre mondiale. Berkman et Goldman étaient tous deux engagés dans la No Conscription League et ils organisaient des réunions contre la guerre. Elle fut emprisonnée deux ans puis expulsée en Russie. Durant l’audience de son expulsion, J. Edgar Hoover, qui présidait l’audience, l’appela « l’une des femmes les plus dangereuses d’Amérique »

Cet exil signifiait pour Goldman et Berkman qu’ils pourraient être des témoins directs de la Révolution russe. À son arrivée en Russie, elle était prête à soutenir les Bolcheviks en dépit de la division entre les anarchistes et les communistes étatistes qui se produisit durant la Première Internationale. Mais la répression politique, la bureaucratie et le travail forcé en Russie bolchévique amenèrent Goldman à écrire Mon désenchantement en Russie (My Disillusionment in Russia) et Mon autre désenchantement en Russie (My Further Disillusionment in Russia). Goldman était amie avec des camarades communistes marxistes et new-yorkais : John Reed et Louise Bryant, qui étaient aussi en Russie (durant cette période, il était impossible de quitter le pays). Ils auraient même partagé un appartement ensemble1.

Son expérience en Russie l’aida à changer ses idées sur la manière d’utiliser la violence. Après que l’Armée rouge eut été utilisée contre des grévistes, Goldman commença à rejeter la violence à l’exception de l’auto-défense.

En 1936, Emma Goldman se rendit en Espagne pour soutenir la révolution espagnole et pour combattre les nationalistes de Franco durant la Guerre d’Espagne. Elle écrivit un éditorial sur l’anarchiste espagnol Buenaventura Durruti dans un texte en prose intitulé Durruti is Dead, Yet Living.

Emma Goldman meurt à Toronto en 1940 et est enterrée à Chicago.

L’historien et politologue américain Howard Zinn lui a consacré une pièce de théâtre, Emma.

Le point de vue de Léon Trotsky : dans son "Journal d’exil" :

« Etendu au grand air, j’ai feuilleté un recueil d’anciens articles de l’anarchiste Emma Goldman, avec une courte biographie d’elle, et maintenant je lis l’autobiographie de " Mother Jones ". Toutes deux sont sorties du rang des ouvrières américaines. Mais quelle différence ! Goldman est une individualiste avec une toute petite philosophie " héroïque ", concoction des idées de Kropotkine, de Nietzsche et d’Ibsen. Jones - une héroïque prolétaire américaine, sans complexes ni phrases, mais aussi sans philosophie. Goldman se fixe des buts révolutionnaires, mais y va par des chemins qui n’ont rien de révolutionnaire. Mother Jones se fixe à chaque fois les buts les plus modérés : more pay and less hours [" davantage de salaire et moins d’heures de travail "], et elle y va par de hardis chemins révolutionnaires. Toutes deux reflètent l’Amérique, chacune à sa manière : Goldman par son rationalisme primitif, Jones par son non moins primitif empirisme. Mais Jones marque un magnifique jalon dans l’histoire de sa classe, tandis que Goldman personnifie l’abandon de sa classe pour le non-être individualiste. Je n’ai pas pu venir à bout des articles de Goldman : phraséologie raisonneuse et sans vie qui, malgré toute sa sincérité, sent la rhétorique. L’autobiographie de Jones, je la lis avec délectation. Dans ses descriptions de luttes ouvrières, condensées et dépouillées de toute prétention littéraire, Jones dévoile au passage un effrayant tableau des dessous du capitalisme américain et de sa démocratie. On ne peut pas sans frémir et maudire lire ses récits de l’exploitation et de la mutilation des petits enfants dans les fabriques ! »

Fini de lire l’autobiographie de Mother Jones. Il y a longtemps qu’une lecture ne m’a autant intéressé et ému. Un livre épique ! Quel indéfectible dévouement aux travailleurs, quel élémentaire mépris des traîtres et des arrivistes qu’on trouve parmi les " chefs " ouvriers ! Ayant quatre-vingt-onze ans de vie derrière elle, cette femme montrait la Russie soviétique en exemple au congrès ouvrier pan-américain. A. quatre-vingt-treize ans elle adhérait au parti des ouvriers et farmers. Mais le principal contenu de son livre, c’est sa participation aux grèves ouvrières, qui. en Amérique plus souvent que n’importe où ailleurs, tournaient en guerre civile...

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