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Economie et philosophie : Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l’économie ? - Matière et Révolution
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Economie et philosophie : Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l’économie ?

lundi 16 août 2010, par Robert Paris

Le capitalisme est une dynamique auto-organisée qui est fondée sur des contradictions et les structure en sautant successivement d’une forme d’interaction de ces contradictions à une autre. Le capital agit de manière contradictoire parce qu’en se transformant de capital en capital plus plus-value, il doit d’abord se détruire comme capital en s’investissant dans la production. La destruction est indispensable à la construction. La monopolisation des moyens de production entre les mains de quelques possesseurs de capitaux signifie que la propriété des moyens de production de quelques uns repose sur l’absence totale de propriété des moyens de production pour le plus grand nombre, les artisans chutant dans le prolétariat. Ensuite, la production sans connaître d’avance la production des autres propriétaires entraine périodiquement des surproductions et rééquilibrages par des crises : la destruction est indispensable au progrès même du capitalisme. Le capitalisme en se développant ne cesse de développer en même temps ses contradictions. Il développe d’abord son ennemi, la classe ouvrière. Il développe une opposition objective irréconciliable entre les deux pôles de la société. En développant la concurrence, il développe son opposé : la monopolisation. En recherchant l’exploitation la plus poussée, il développe le machinisme qui mène à la baisse tendancielle du taux de profit.

Il n’y a pas plus dialectique que l’exploitation capitaliste.

Le capitalisme ne peut pas s’arrêter, ni même freiner. Il ne peut que grimper sans cesse. Mais même les gratte-ciel de Shangaï, nouvelle capitale du système, ne peuvent monter jusqu’au ciel...

C’est dans la Postface du Capital, que Marx pose pour la première fois l’idée de dialectique comme objective : « Quelles sont les « lois » qui déterminent la « forme fondamentale de toute dialectique ? »

« Il s’agit de saisir toute forme faite dans le flux du mouvement et donc aussi sous son aspect périssable. » écrit Karl Marx dans « Le Capital » Livre I.

Karl Marx écrit, dans sa lettre du 14 janvier 1858 par laquelle il rend compte de son travail préparatoire à la rédaction du « Capital » : "Dans la méthode d’élaboration du sujet, quelque chose m’a rendu grand service. J’avais refeuilleté, et pas par hasard, la « Logique » de Hegel. (…) Si jamais j’ai un jour du temps, j’aurais grande envie de rendre en un ou deux grands placards d’imprimerie accessible aux hommes de sens commun le fond rationnel de la méthode que Hegel a découverte, et en même temps mystifié."

"Sous sa forme rationnelle, la dialectique n’est, aux yeux de la bourgeoisie et de ses théoriciens, que scandale et horreur, parce que, outre la compréhension positive de ce qui existe, elle englobe également la compréhension de la négation, de la disparition inévitable de l’état des choses existant ; parce qu’elle considère toute forme sous l’aspect du mouvement, par conséquent aussi sous son aspect transitoire ; parce qu’elle ne s’incline devant rien et qu’elle est, par son essence, critique et révolutionnaire."

Ne citons qu’une réflexion de Marx tirée de la postface à l’édition allemande du livre I du Capital du 24 janvier 1873. Il y explique que sa dialectique matérialiste, contrairement à celle de Hegel, c’est « la vie de la matière se réfléchissant dès lors idéellement (...) l’idéel n’est rien d’autre que le matériel transposé (...) Elle (la dialectique) saisit toute forme fait dans le flux du mouvement. »

« Dans la conception positive des choses existantes, la dialectique inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire, parce que, saisissant le mouvement même dont toute forme faite n’est qu’une configuration transitoire, rien ne saurait lui en imposer ; parce qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire. »

Karl Marx

"L’économie politique qui tient les rapports de propriété privée pour des rapports humains et rationnels se trouve en contradiction permanente avec son hypothèse de base : la propriété privée."

Karl Marx, dans "La sainte famille"

Lénine rappelait dans « Ce que sont les amis du peuple » : " En se fixant comme objectif d’étudier de ce point de vue l’organisation de l’économie capitaliste, Marx formule du même coup avec une rigueur scientifique le but qui doit être celui de toute étude exacte de la vie économique. La valeur scientifique d’une telle étude tient à ce qu’elle dégage des lois historiques particulières qui régissent la naissance, la vie, le développement et la mort d’un organisme social donné et son remplacement par un autre qui lui est supérieur. Telle est la méthode dialectique de Marx dans Le Capital."

Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l’économie ?

Les caractères fondamentaux de l’économie capitaliste sont :

-  l’ordre issu du désordre
- 
-  l’économie fondée sur les contradictions
- 
-  le fondement de l’économie est la construction et la destruction permanente
- 
-  les crises qui résultent du caractère historique, avec des sauts, de l’économie.

Ces affirmations peuvent sembler étonnantes et il faut donc les illustrer d’exemples.

Le capitalisme est issu du désordre, émergent, dynamique et contradictoire ?

Effectivement, ce système n’a pas été établi par une institution, un pouvoir, un ordre établi. Il s’est formé en émergeant des contradictions de la société féodale d’Europe de l’Ouest.

Il n’a pas été mis en place sur la base d’une constitution, d’un décret ou de lois. Les participants eux-mêmes ont été amenés à le découvrir progressivement, à l’étudier, comme on étudie un système naturel. « Le Capital » de Karl Marx a pour objet cette étude scientifique. Les économistes bourgeois avaient eux aussi l’objectif de comprendre le capitalisme. En effet, il ne suffit pas de l’observer pour en comprendre les fondements.

Il y a bel et bien des structures dans le capitalisme mais elles sont émergentes, un ordre issu du désordre. Les lois ne sont pas du type de lois d’état mais du même type que les lois de la matière. Cela ne doit pas être mal interprété. Nous ne voulons pas dire que l’exploitation capitaliste ait un caractère naturel mais que ses lois ne sont pas issues des gouvernants ni de la simple volonté des capitalistes eux-mêmes mais des interactions désordonnées entre les capitalistes et la population, en particulier les travailleurs. Le désordre, c’est à la fois la concurrence des capitalistes et la lutte des classes entre exploiteurs et exploités.

Les contradictions ne sont pas des défauts du système qui pourraient être corrigés mais des fondements même du système.

Le premier fondement est la contradiction sociale entre possédants des moyens de production et une majorité qui ne les possède pas. Sans cette contradiction, l’existence d’une classe de prolétaire serait impossible. Les changements qu’a connu le capitalisme – et il a bien changé depuis ses débuts – n’ont rien changé à ce point fondamental : les prolétaires peuvent être propriétaires de leur maison, de leur auto et même d’actions mais ils ne sont jamais propriétaires de moyens de production. S’ils ont quelques capitaux, parfois, ce n’est pas de quoi vivre des profits modiques qu’ils pourraient en tirer.

Le fondement même du capitalisme est la circulation du capital qui fait que de l’argent est transformé en marchandises puis retransformé en argent. Ce mécanisme, lui-même contradictoire puisqu’il ramène à la forme de départ, a ses propres contradictions. Il a pour objectif et pour force l’augmentation de la masse d’argent. Mais il est marqué par le fait que la masse de capitaux possibles dans une société donnée n’est pas infinie. Il a ses limites. Les arbres ne montent pas au ciel et les capitaux ne peuvent pas y monter non plus. Le système social ne permet pas d’augmenter sans limite la masse des capitaux, les investissements ne pouvant augmenter à l’infini. D’où, des crises de suraccumulation, comme actuellement.

Contrairement aux affirmations des contradicteurs, Marx considérait que les contradictions donnaient un caractère dynamique au système et n’étaient pas seulement une cause de rupture… C’est ainsi que le capitalisme, en déstabilisant sans cesse les profits, les sociétés, les techniques, les pays, les peuples mais aussi les classes dirigeantes, contraignait le système à une fuite en avant perpétuelle, cause de transformations sociales permanentes elles aussi.

Le développement capitaliste lui-même contient des contradictions de manière inéluctable. Les différents éléments du capital se développent de manière disproportionnée, causant des distorsions inévitables, par exemple entre capital constant et capital variable.

Le but de capital est d’augmenter la part des profits par rapport aux investissements or il a sans cesse tendance à faire le contraire, ce qui entraîne la baisse tendancielle du taux de profit alors que son objectif serait plutôt l’augmentation permanente de ce taux…

Pourquoi le refus de la dialectique empêche de comprendre le capitalisme

Les contre-sens sur le capitalisme sont légion.

La crise serait une maladie à combattre pour le système. Pas du tout : elle est sa respiration. Crise et prospérité sont indispensables l’un à l’autre dans ce système.

Le libéralisme et l’étatisme s’opposeraient diamétralement. Absolument pas. Ils se complètent de manière inséparable.

L’exploitation proviendrait d’un échange inégal entre salariés et capitalistes. Pas du tout. Elle provient de l’achat à sa valeur de la force de travail. Exploitation ne s’oppose pas à « un prix juste de la force de travail ». C’est en vendant au juste prix sa force de travail que le salarié maintient son exploitation.

La base de l’économie est la loi de l’offre et de la demande de marchandises qui mène à un équilibre qu’est le prix. Pas du tout. C’est l’offre et la vente des capitaux et le prix n’est nullement un équilibre. Toutes les structures capitalistes sont des structures issues du déséquilibre.

"L’équilibre capitaliste est un phénomène très complexe ; le régime capitaliste construit cet équilibre, le rompt, le reconstruit et le rompt de nouveau en élargissant en même temps les cadres de sa domination. Dans le domaine économique, les crises et les recrudescences d’activité constituent les ruptures et les rétablissements de l’équilibre. Dans le domaine des relations entre les classes, la rupture d’équilibre consiste en grèves, en lock-outs, en lutte révolutionnaire."

Léon Trotsky

dans "Nouvelle étape"

« Le Capital est contradiction en acte : il tend à réduire au minimum le temps de travail, tout en en faisant l’unique source et la mesure de la richesse. Aussi le diminue-t-il dans sa forme nécessaire pour l’augmenter dans sa forme inutile, faisant du temps de travail superflu la condition – question de vie ou de mort – du temps de travail nécessaire. D’un côté, le capital met en branle toutes les forces de la science et de la nature, il stimule la coopération et le commerce sociaux pour libérer (relativement) la création de la richesse du temps de travail ; d’un autre côté, il entend mesurer en temps de travail les immenses forces sociales ainsi créées, de sorte qu’il en contient, immobilise et limite les acquis. Forces productives et relations sociales – double principe du développement de l’individu – ne sont et ne signifient pour le capital que de simples moyens pour se maintenir sur sa propre base étroite. En réalité, ce sont là les conditions matérielles qui feront éclater les fondements du capital. (…) Ce qu’il y a de nouveau dans le capital, c’est qu’il augmente le temps de surtravail des masses par tous les moyens de l’art et de la science, puisque aussi bien il a pour but immédiat non la valeur d’usage mais la valeur en soi, qu’il ne peut réaliser sans l’appropriation directe du temps de surtravail, qui constitue sa richesse. Ainsi, réduisant à son minimum le temps de travail, le capital contribue malgré lui à créer du temps social disponible au service de tous, pour l’épanouissement de chacun. Mais, tout en créant du temps disponible, il tend à le transformer en surtravail. Plus il réussit dans cette tâche, plus il souffre de surproduction ; et sitôt qu’il n’est pas en mesure d’exploiter du surtravail, le capital arrête le travail nécessaire. Plus cette contradiction s’aggrave, plus on s’aperçoit que l’accroissement des forces productives doit dépendre de l’appropriation du surtravail non par autrui mais par la masse ouvrière elle-même. (…) La vraie richesse étant la pleine puissance productive de tous les individus, l’étalon de mesure en sera non pas le temps de travail, mais le temps disponible. Adopter le temps de travail comme étalon de la richesse, c’est fonder celle-ci sur la pauvreté, c’est vouloir que le loisir n’existe que dans et par l’opposition au temps de surtravail ; c’est réduire le temps tout entier au seul temps de travail et dégrader l’individu au rôle exclusif d’ouvrier, d’instrument de travail. C’est pourquoi le machinisme le plus perfectionné force l’ouvrier à consacrer plus de temps au travail que ne l’a jamais fait le sauvage de la brousse ou l’artisan avec ses outils simples et grossiers. (…) Le travail ne peut pas devenir un jeu, comme le veut Fourier, qui eut le grand mérite d’avoir proclamé comme fin ultime le dépassement, dans une forme supérieure, non point du mode de distribution mais de production. (…) De même que le système de l’économie bourgeoise se développe peu à peu, de même, aboutissement ultime de ce système, se développe peu à peu sa propre négation. »

Karl Marx dans « Principes de la critique de l’économie politique »

C’est là que l’on arrive à une autre contradiction fondamentale, irréductible, du système : celle entre le capital et le travail...

13 Messages de forum

  • “ La loi qui toujours équilibre le progrès de’accumulation du capital et celui de la surpopulation relative ou de l’armée de réserve industrielle rive le travailleur au capital plus solidement que les coins de Vulcain ne rivaient Prométhée à son rocher. C’est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l’accumulation du capital et l’accumulation de la misère, de telle sorte qu’accumulation de richesse à un pôle égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale d’esclavage au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même”. (Marx Le Capital, p. 671 [3].) Quant à attendre du mode de production capitaliste une autre répartition des produits, ce serait demander aux électrodes d’une batterie qu’elles ne décomposent pas l’eau et qu’elles ne développent pas de l’oxygène au pôle positif et de l’hydrogène au pôle négatif alors qu’elles sont branchées sur la batterie

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  • La crise serait une maladie à combattre pour le système. Pas du tout : elle est sa respiration. Crise et prospérité sont ndispensables l’un à l’autre dans ce système.

    Sa respiration et aussi son dernier souffle, si quelque chose empeche cette crise.

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  • Ce qu’il y a de nouveau dans le capital, c’est qu’il augmente le temps de surtravail des masses par tous les moyens de l’art et de la science, puisque aussi bien il a pour but immédiat non la valeur d’usage mais la valeur en soi, qu’il ne peut réaliser sans l’appropriation directe du temps de surtravail, qui constitue sa richesse. Ainsi, réduisant à son minimum le temps de travail, le capital contribue malgré lui à créer du temps social disponible au service de tous, pour l’épanouissement de chacun. Mais, tout en créant du temps disponible, il tend à le transformer en surtravail. Plus il réussit dans cette tâche, plus il souffre de surproduction ; et sitôt qu’il n’est pas en mesure d’exploiter du surtravail, le capital arrête le travail nécessaire. Plus cette contradiction s’aggrave, plus on s’aperçoit que l’accroissement des forces productives doit dépendre de l’appropriation du surtravail non par autrui mais par la masse ouvrière elle-même. (…) La vraie richesse étant la pleine puissance productive de tous les individus, l’étalon de mesure en sera non pas le temps de travail, mais le temps disponible.

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  • Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l’économie ?

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  • Demain samedi emission radio france culture 93.5 a paris, sur la vie de Marx : 16h00 17h00.

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  • Je n’ai pas compris en quel sens Marx estimait que l’économie capitaliste était dialectique ?

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    • Au sens où la valeur des marchandises, la valeur de la force de travail, la plus value, le profit, le taux de profit n’étaient pas des données numériques fixes mais étaient issues d’un combat entre des forces opposés, remettant sans cesse en cause sa valeur dans un sens ou dans l’autre, avec pour résultat la construction ou la destruction d’immenses richesses matérielles. Ainsi, tout secteur dont le taux de profit descendrait en dessous d’un seuil serait irrémédiablement condamné.

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  • Marx, Le Capital :

    « La loi de l’appropriation qui repose sur la production et la circulation des marchandises, ou loi de la propriété privée, se convertit par l’effet inévitable de sa propre dialectique interne en son contraire : l’échange d’équivalents ; celui-ci, qui apparaissait comme l’opération primitive, a tourné de telle sorte qu’on n’échange plus qu’en apparence, du fait que, premièrement, la portion du capital échangée contre de la force de travail n’est elle-même qu’une partie de l’appropriation sans équivalent du produit du travail d’autrui et que, deuxièmement, elle ne doit pas seulement être remplacée par son producteur, l’ouvrier, niais doit être remplacée avec un nouveau surplus... Primitivement, la propriété nous apparaissait fondée sur le travail personnel ... La propriété apparaît maintenant du côté du capitaliste comme le droit de s’approprier le travail d’autrui sans le payer, du côté de l’ouvrier comme l’impossibilité de s’approprier son propre produit. La séparation entre la propriété et le travail devient la conséquence nécessaire d’une loi qui, apparemment, partait de leur identité. »

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  • Marx dit :

    “ C’est la négation de la négation. Elle rétablit non la propriété privée du travailleur, mais sa propriété individuelle, fondée sur les acquêts de l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol. Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste qui, de fait, repose déjà sur un mode de production collectif. ”

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  • Quel rôle joue chez Marx la négation de la négation ? A la page 791 et sq., il rassemble les conclusions de l’étude économique et historique de l’accumulation dite primitive du capital, étude qui occupe les 50 pages précédentes. Avant l’ère capitaliste existait, en Angleterre tout au moins, la petite entreprise, ayant pour base la propriété privée de l’ouvrier sur ses moyens de production. L’accumulation dite primitive du capital a consisté ici dans l’expropriation de ces producteurs immédiats, c’est-à-dire dans la dissolution de la propriété privée reposant sur le travail personnel. Si cela fut possible, c’est que la petite entreprise en question n’est compatible qu’avec des limites naturelles et étroites de la production et de la société et que donc, à un certain niveau, elle met au monde les moyens matériels de son propre anéantissement. Cet anéantissement, la transformation des moyens de production individuels et dispersés en moyens concentrés socialement, forme la préhistoire du capital. Dès que les ouvriers sont transformés en prolétaires et leurs conditions de travail en capital, dès que le mode de production capitaliste tient debout, la socialisation ultérieure du travail et la transformation ultérieure de la terre et autres moyens de production, donc l’expropriation ultérieure des propriétaires privés, prennent une forme nouvelle.

    “ Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés. Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. Corrélativement à cette concentration, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage en commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste. A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.”

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  • « La production du capitalisme engendre, avec l’inexorabilité d’une loi de la nature, sa propre négation. »

    Le Capital (1867) de Karl Marx

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  • En 1867, Marx écrit dans le premier volume du « Capital » (Chapitre 15, Section 1) :

    « Darwin a attiré l’attention sur l’histoire de la technologie naturelle, c’est-à-dire sur la formation des organes des plantes et des animaux considérés comme moyens de production pour leur vie. L’histoire des organes productifs de l’homme social, base matérielle de toute organisation sociale, ne serait-elle pas digne de semblables recherches ? Et ne serait-il pas plus facile de mener cette entreprise à bonne fin, puisque, comme dit Vico, l’histoire de l’homme se distingue de l’histoire de la nature en ce que nous avons fait celle-là et non celle-ci ? La technologie met à nu le mode d’action de l’homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de sa vie matérielle, et, par conséquent, l’origine des rapports sociaux et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent. L’histoire de la religion elle-même, si l’on fait abstraction de cette base matérielle, manque de critérium. Il est en effet bien plus facile de trouver par l’analyse, le contenu, le noyau terrestre des conceptions nuageuses des religions, que de faire voir par une voie inverse comment les conditions de la vie réelle revêtent peu à peu une forme éthérée. C’est là la seule méthode matérialiste, par conséquent scientifique. Pour ce qui est du matérialisme abstrait des sciences naturelles, qui ne fait aucun cas du développement historique, ses défauts éclatent dans la manière de voir abstraite et idéologique de ses porte-parole, dès qu’ils se hasardent à faire un pas hors de leur spécialité. »

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  • « … le passage de la propriété foncière au travail salarié constitue un véritable mouvement dialectique en tant que processus historique accompli puisque le dernier produit de la propriété foncière moderne est bien l’instauration généralisée du travail salarié qui, ensuite, apparaît comme la base de toute la merde contemporaine ».

    Marx à Engels, 2 avril 1858

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