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Le stalinisme en portrait / Quel rapport avec la politique de Lénine ? - Matière et Révolution
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Le stalinisme en portrait / Quel rapport avec la politique de Lénine ?

mercredi 6 juillet 2011, par Robert Paris

Pourquoi Staline aussi content et songeur ? Lénine est mort !

Des dessins de situations qui n’ont pas existé

Des photos trafiquées

Les personnages éliminés disparaissent des photos....

De l’autoglorification d’un dictateur

Une "internationale" au service du nationalisme stalinien

L’assassin de toute la direction de la révolution d’Octobre

Le meilleur ami des impérialismes

En quoi la politique de Lénine était l’opposée de celle de Staline ? En tout !

"Camarades, nous sommes, nous bolchevicks, tous des négateurs ; il est non seulement normal mais indispensable que nous ne soyons jamais d’accord sur tout : C’est pourquoi le droit de tendances dans notre parti est imprescriptible, c’est le centralisme démocratique qui se résume par -liberté totale d’expression au sein du parti, unité totale dans l’action en dehors du parti- ". Lénine

Il écrit en 1922 : "je déclare une guerre à mort au chauvinisme de grande puissance" ( de la Russie vis-à-vis des nationalités anciennement opprimées par l’empire tsariste).

Il ne croit nullement aux vertus du nouvel appareil d’Etat : "N’est-ce pas de ce même appareil de Russie, que, comme je l’ai déjà dit dans un numéro précédent de mon journal, nous avons emprunté au tsarisme en nous bornant à le badigeonner légèrement d’un vernis soviétique ? (...) nous appelons nôtre un appareil qui, de fait, nous est encore foncièrement étranger et représente un salmigondis de survivances bourgeoises et tsaristes"

Au nationalisme d’Etat de Staline dans lequel le prolétariat international est tout au plus une monnaie d’échange diplomatique s’oppose la conception révolutionnaire internationaliste de Lénine et Trotsky.

Lénine déclarait : "La révolution russe n’est qu’un détachement de l’armée socialiste mondiale, et le succès et le triomphe de la révolution que nous avons accomplie dépendent de l’action de cette armée. C’est un fait que personne parmi nous n’oublie (...). Le prolétariat russe a conscience de son isolement révolutionnaire, et il voit clairement que sa victoire a pour condition indispensable et prémisse fondamentale, l’intervention unie des ouvriers du monde entier." ("Rapport à la Conférence des comités d’usines de la province de Moscou", 23 juillet 1918).

Le stalinisme affirme que le Parti est tout, et en même temps il vide le Parti de tout contenu politique, social, moral...

"Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d’ailleurs, les révolutionnaires en général qui ont mené à bien le début d’une grande révolution), c’est de se figurer que la révolution peut être accomplie par les mains des seuls révolutionnaires. Or, pour assurer le succès de toute action révolutionnaire sérieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l’idée que les révolutionnaires ne peuvent jouer un rôle que comme avant‑garde de la classe réellement avancée et viable. L’avant‑garde ne remplit sa mission que lorsqu’elle sait ne pas se détacher de la masse qu’elle dirige, lorsqu’elle sait véritablement faire progresser toute la masse. Sans l’alliance avec les non‑communistes dans les domaines d’activité les plus divers, il ne saurait être question d’aucun succès en matière de construction de la société communiste." écrit Lénine dans "Le matérialisme militant".

Lénine dans "Discours au onzième congrès du parti bolchevik de mars-avril 1922 :

"Vous, communistes, vous, ouvriers, vous, partie consciente du prolétariat, qui vous êtes chargés de gouverner l’Etat, saurez- vous faire en sorte que l’Etat, dont vous avez assumé la charge, fonctionne comme vous l’entendez ? Nous avons vécu une année, l’Etat est entre nos mains ; eh bien, sur le plan de la nouvelle politique économique, a-t-il fonctionné comme nous l’entendions ? Non. Nous ne voulons pas l’avouer : l’Etat n’a pas fonctionné comme nous l’entendions. Et comment a-t-il fonctionné ? La voiture n’obéit pas : un homme est bien assis au volant, qui semble la diriger, mais la voiture ne roule pas dans la direction voulue ; elle va où la pousse une autre force - force illégale, force illicite, force venant d’on ne sait où -, où la poussent les spéculateurs, ou peut-être les capitalistes privés, ou peut-être les uns et les autres, - mais la voiture ne roule pas tout à fait, et, bien souvent, pas du tout comme se l’imagine celui qui est au volant. (...) Et il faut poser nettement cette question : qu’est-ce qui fait notre force et qu’est-ce qui nous manque ? Le pouvoir politique, nous en avons autant qu’il faut. Il ne se trouvera probablement personne ici pour dire qu’à l’endroit de telle ou telle question pratique, dans telle ou telle institution, les communistes, le Parti communiste n’ont pas suffisamment de pouvoir. Il y a des gens qui ont constamment cette pensée en tête, mais ce sont des gens tournés désespérément vers le passé, qui ne comprennent pas qu’il faut se tourner vers l’avenir. La force économique essentielle est entre nos mains. Toutes les grandes entreprises clés, les chemins de fer, etc., sont entre nos mains. Le bail, si largement qu’il soit pratiqué en certains lieux, ne joue, dans l’ensemble, qu’un rôle minime. C’est, dans l’ensemble, une part tout à fait insignifiante. La force économique dont dispose l’Etat prolétarien de Russie est tout à fait suffisante pour assurer le passage au communisme. Qu’est-ce donc qui manque ? C’est clair : ce qui manque, c’est la culture chez les communistes dirigeants. De fait, si nous considérons Moscou - 4700 communistes responsables - et si nous considérons la machine bureaucratique, cette masse énorme, qui donc mène et qui est mené ? Je doute fort qu’on puisse dire que les communistes mènent. A dire vrai ce ne sont pas eux qui mènent. C’est eux qui sont menés. Il s’est passé là quelque chose de pareil à ce qu’on nous racontait dans notre enfance, aux leçons d’histoire. Il arrive, nous enseignait-on, qu’un peuple en subjugue un autre, et alors le peuple qui a subjugué est un peuple conquérant, et celui qui a été subjugué est un peuple vaincu. Voilà qui est simple et compréhensible pour chacun. Mais qu’advient-il de la culture de ces peuples ? Cela n’est pas si simple. Si le peuple conquérant est plus cultivé que le peuple vaincu, il lui impose sa culture. Dans le cas contraire, il arrive que c’est le vaincu qui impose sa culture au conquérant. Ne s’est-il pas produit quelque chose de pareil dans la capitale de la R.S.F.S.R. et n’est-il pas arrivé ici que 4700 communistes (presque toute une division, et des meilleurs) ont été soumis à une culture étrangère ? Il est vrai qu’on pourrait, ici, avoir l’impression d’un niveau culturel élevé chez les vaincus. Erreur. Leur culture est misérable, insignifiante. Mais, tout de même, elle est supérieure à la nôtre. Si piètre, si misérable qu’elle soit, elle surpasse celle de nos communistes responsables, parce que ceux-ci ne savent pas suffisamment diriger. Les communistes qui se mettent à la tête des institutions - parfois des saboteurs les y poussent habilement, à dessein, pour se faire une enseigne -, se trouvent souvent dupés. Aveu très désagréable. Ou, tout au moins, pas très agréable. Mais il faut le faire, me semble-t-il, car c’est là, à présent, le nœud de la question. C’est à cela que se ramène, selon moi, la leçon politique de l’année, et c’est sous ce signe que la lutte se déroulera en 1922.

Les communistes responsables de la R.S.F.S.R. et du Parti communiste de Russie sauront-ils comprendre qu’ils ne savent pas diriger ? Qu’ils s’imaginent mener les autres, alors qu’en réalité c’est eux qu’on mène ? S’ils arrivent à le comprendre, ils apprendront certainement à diriger, car c’est possible. Mais, pour cela, il faut étudier, or, chez nous, on n’étudie pas. On lance à tour de bras ordres et décrets, et le résultat n’est pas du tout celui que l’on souhaite. (...)

Bâtir la société communiste par les mains des communistes est une idée puérile s’il en fut. Les communistes sont une goutte dans l’océan, une goutte dans l’océan populaire. Ils ne sauront conduire le peuple dans leur voie qu’à la condition de la tracer d’une façon juste non pas seulement du point de vue de l’orientation historique mondiale. "

Et voici des extraits de son discours, le 27 mars 1922, au onzième congrès du Parti bolchevik :

« Les communistes qui se mettent à la tête des institutions, - parfois des saboteurs les y poussent habilement, à dessein pour se faire une enseigne, - se trouvent souvent dupés. Aveu très désagréable. Ou, tout au moins, pas très agréable. Mais il faut le faire, me semble-t-il, car c’est là, à présent, le nœud de la question. C’est à cela que se ramène, selon moi, la leçon politique de l’année, et c’est sous ce signe que la lutte se déroulera en 1922. Les communistes responsables de la RSFSR et du parti communiste de Russie sauront-ils comprendre qu’ils ne savent pas diriger ? Qu’ils s’imaginent mener les autres, alors qu’en réalité, c’est eux qu’on mène ? S’ils arrivent à le comprendre, ils apprendront certainement à diriger, car c’est possible. Mais, pour cela il faut étudier, or, chez nous on n’étudie pas. On lance à tour de bras ordres et décrets, et le résultat n’est pas du tout celui que l’on souhaite. (…) Bâtir la société communiste par les mains des seuls communistes est une idée puérile s’il en fut. Les communistes sont une goutte d’eau dans l’océan, une goutte d’eau dans l’océan populaire. (…) La partie la moins difficile consistait à mettre l’exploiteur hors d’état de nuire (…) la deuxième partie de la victoire, - pour bâtir le communisme par des mains non communistes (…) consiste à satisfaire le paysan (…) C’est là qu’il y a nécessité de faire travailler avec nous les sans-parti. »

Et il écrivait en notes le 31 décembre 1922 :

« La question des nationalités ou de l’« autonomie »

"J’ai déjà écrit dans mes ouvrages sur la question nationale qu’il est tout à fait vain de poser dans l’abstrait la question du nationalisme en général. Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprimée, entre le nationalisme d’une grande nation et celui d’une petite nation.

Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d’une grande nation, nous nous rendons presque toujours coupables, à travers l’histoire, d’une infinité de violences, et même plus, nous commettons une infinité d’injustices et d’exactions sans nous en apercevoir. Il n’est que d’évoquer mes souvenirs de la Volga sur la façon dont on traite chez nous les allogènes : le Polonais, le Tatar, l’Ukrainien, le Géorgien et les autres allogènes du Caucase ne s’entendent appeler respectivement que par des sobriquets péjoratifs, tels « Poliatchichka », « Kniaz », « Khokhol », « Kapkazski tchélovek ». Aussi l’internationalisme du côté de la nation qui opprime ou de la nation dite « grande » (encore qu’elle ne soit grande que par ses violences, grande simplement comme l’est, par exemple, l’argousin) doit-il consister non seulement dans le respect de l’égalité formelle des nations, mais encore dans une inégalité compensant de la part de la nation qui opprime, de la grande nation, l’inégalité qui se manifeste pratiquement dans la vie. Quiconque n’a pas compris cela n’a pas compris non plus ce qu’est l’attitude vraiment prolétarienne à l’égard de la question nationale : celui-là s’en tient, au fond, au point de vue petit-bourgeois et, par suite, ne peut que glisser à chaque instant vers les positions de la bourgeoisie.

Qu’est-ce qui est important pour le prolétaire ? Il est important, mais aussi essentiel et indispensable, qu’on lui assure dans la lutte de classe prolétarienne le maximum de confiance de la part des allogènes. Que faut-il pour cela ? Pour cela il ne faut pas seulement l’égalité formelle, il faut aussi compenser d’une façon ou d’une autre, par son comportement ou les concessions à l’allogène, la défiance, le soupçon, les griefs qui, au fil de l’histoire, ont été engendrés chez lui par le gouvernement de la nation « impérialiste ».

La thèse du "socialisme en un seul pays" constitue une véritable trahison des principes de base de la lutte prolétarienne et de la révolution communiste, trahison contre laquelle ceux qui continuent de défendre le programme prolétarien, tel Trotsky dans le parti communiste d’Union soviétique, engagent un combat sans merci. En particulier, cette thèse, présentée par Staline comme un des "principes du léninisme", constitue l’exact contraire de la position de Lénine :

"La révolution russe n’est qu’un détachement de l’armée socialiste mondiale, et le succès et le triomphe de la révolution que nous avons accomplie dépendent de l’action de cette armée. C’est un fait que personne parmi nous n’oublie (...). Le prolétariat russe a conscience de son isolement révolutionnaire, et il voit clairement que sa victoire a pour condition indispensable et prémisse fondamentale, l’intervention unie des ouvriers du monde entier." ("Rapport à la Conférence des comités d’usines de la province de Moscou", 23 juillet 1918). Lénine, défenseur exemplaire de l’Internationalisme Prolétarien.

Staline est justement le représentant le plus éminent de cette couche de bureaucrates dont le pouvoir et les privilèges naissants entrent en opposition avec la révolution à l’échelle mondiale. C’est pour cela qu’il se fait le porte-drapeau du "socialisme en un seul pays" : il ne s’agit plus de faire de l’URSS un levier de la révolution internationale, mais de se replier sur le renforcement de l’économie nationale et de son Etat. Et dans un monde dominé par le capitalisme, l’une et l’autre se développent nécessairement sur le terrain capitaliste.

La défaite internationale du prolétariat ne pouvait conduire qu’à la contre-révolution bourgeoise en Russie-même. Staline et sa clique se sont faits les agents de cette contre-révolution. Et si, en Russie, celle-ci a pris les formes les plus barbares qu’on puisse imaginer : la terreur policière, les déportations massives, les "procès de Moscou" contre les anciens dirigeants du parti, l’extermination de toute la génération de 1917, c’est justement qu’il fallait extirper jusqu’à la moindre trace tout ce qui pouvait rappeler l’esprit et la grandeur d’Octobre.

Lénine n’a jamais favorisé l’idée d’une collectivisation forcée dans les campagnes : « Notre politique à l’égard des paysans (…) ne doit aucunement être comprise en ce sens que nous devrions tout de suite porter dans les campagnes des idées communistes pures et simples. Tant que nous n’avons pas de base matérielle pour le communisme au village, ce serait peut-on dire, faire œuvre nuisible, œuvre néfaste pour le communisme. »

Lénine et Staline s’opposent sur le monopole du commerce extérieur, sur la justice, sur la démocratie, sur le parti, sur l’internationale, sur... tout !

2 Messages de forum

  • « Le stalinisme est un produit de la vieille société. La Russie a fait dans l’histoire le bond en avant le plus grandiose : les forces les plus progressistes du pays ont fourni cet effort. Dans la réaction actuelle, dont l’ampleur est proportionnée à celle de la révolution, l’inertie prend sa revanche. Cette réaction, le stalinisme en est devenu l’incarnation. La barbarie de la vieille histoire de Russie, resurgie sur de nouvelles bases sociales, parait plus écœurante encore, car elle doit user d’une hypocrisie telle que l’histoire n’en connut jamais jusqu’ici. Les libéraux et les sociaux-démocrates d’Occident, que la révolution d’Octobre fit douter de leurs idées surannées, ont senti des forces leur revenir. La gangrène morale de la bureaucratie soviétique leur parait réhabiliter le libéralisme. On les voit sortir de vieux aphorismes éculés de ce genre : "Toute dictature porte en elle-même les germes de sa propre dissolution" ; "la démocratie, seule, assure le développement de la personnalité" et cætera. L’opposition de la démocratie à la dictature, impliquant en l’occurrence la condamnation du socialisme au nom du régime bourgeois, étonne, considérée sous l’angle de la théorie, par l’ignorance et la mauvaise foi dont elle procède. L’infection du stalinisme, réalité historique, est mise en comparaison avec la démocratie, abstraction supra-historique. La démocratie a pourtant eu une histoire, elle aussi, et dans laquelle les abominations n’ont point manqué. Pour définir la bureaucratie soviétique, nous empruntons à l’histoire de la démocratie bourgeoise les termes de "Thermidor" et "bonapartisme", car — que les doctrinaires attardés du libéralisme en prennent note — la démocratie ne s’est pas établie par des méthodes démocratiques, loin de là. Les cuistres seuls peuvent se contenter des raisonnements sur le bonapartisme "fils légitime" du jacobinisme, châtiment historique des atteintes portées à la démocratie, etc. Sans la destruction de la féodalité par les méthodes jacobines, la démocratie bourgeoise eût été inconcevable. Il est aussi faux d’opposer aux étapes historiques réelles : jacobinisme, thermidor, bonapartisme, l’abstraction "démocratie" que d’opposer aux douleurs de l’enfantement le calme du nouveau-né. Le stalinisme n’est pas, lui non plus, une "dictature" abstraite, c’est une vaste réaction bureaucratique contre la dictature prolétarienne dans un pays arriéré et isolé. La révolution d’Octobre a aboli les privilèges, déclaré la guerre à l’inégalité sociale, substitué à la bureaucratie le gouvernement des travailleurs par les travailleurs, supprimé la diplomatie secrète ; elle s’est efforcée de donner aux rapports sociaux une transparence complète. Le stalinisme a restauré les formes les plus offensantes du privilège, donné à l’inégalité un caractère provocant, étouffé au moyen de l’absolutisme policier l’activité spontanée des masses, fait de l’administration le monopole de l’oligarchie du Kremlin, rendu la vie au fétichisme du pouvoir sous des aspects dont la monarchie absolue n’eût pas osé rêver. La réaction sociale, quelle qu’elle soit, est tenue de masquer ses fins véritables. Plus la transition de la révolution à la réaction est brutale, plus la réaction dépend des traditions de la révolution, — en d’autres termes plus elle craint les masses et plus elle est obligée de recourir au mensonge et à l’imposture dans sa lutte contre les tenants de la révolution. Les impostures staliniennes ne sont pas le fruit de l’amoralisme "bolchevik" ; comme tous les événements importants de l’histoire, ce sont les produits d’une lutte sociale concrète et de la plus perfide et cruelle qui soit : celle d’une nouvelle aristocratie contre les masses qui l’ont portée au pouvoir. Il faut, en vérité, une totale indigence intellectuelle et morale pour identifier la morale réactionnaire et policière du stalinisme avec la morale révolutionnaire des bolcheviks. Le parti de Lénine a cessé d’exister depuis longtemps ; les difficultés intérieures et l’impérialisme mondial l’ont brisé. La bureaucratie stalinienne lui a succédé et c’est un appareil de transmission de l’impérialisme. En politique mondial, la bureaucratie a substitué la collaboration des classes à la lutte des classes, le social-patriotisme à l’internationalisme. Afin d’adapter le parti gouvernant aux besognes de la réaction, la bureaucratie en a "renouvelé" le personnel par l’extermination des révolutionnaires et le recrutement des arrivistes. Toute réaction ressuscite, nourrit, renforce les éléments du passé historique que la révolution a frappés sans réussir à les anéantir. Les méthodes staliniennes achèvent, portent à la plus haute tension, et aussi à l’absurde, tous les procédés de mensonge, de cruauté et d’avilissement qui constituent le mécanisme du pouvoir dans toute société divisée en classes, sans en exclure la démocratie. Le stalinisme est un conglomérat des monstruosités de l’Etat tel que l’histoire l’a fait ; c’en est aussi la funeste caricature et la répugnante grimace. Quand les représentants de la vieille société opposent sentencieusement à la gangrène du stalinisme une abstraction démocratique stérilisée, nous avons bien le droit de leur recommander, comme à toute la vieille société, de s’admirer eux-mêmes dans le miroir déformant du Thermidor soviétique. Il est vrai que, par la franchise de ses crimes, le Guépéou dépasse de loin tous les autres régimes. C’est par suite de l’ampleur grandiose des événements qui ont bouleversé la Russie dans la démoralisation de l’ère impérialiste. »

    Léon Trotsky, « Leur morale et la nôtre »

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  • Léon Trotsky dans La Révolution trahie :

    Le socialisme est le régime de la production planifiée pour la satisfaction la meilleure des besoins de l’homme, faute de quoi il ne mérite pas son nom. Si les vaches sont déclarées propriété collective, mais s’il y en a trop peu ou si leurs pis sont trop maigres, des conflits commencent par suite du manque de lait : entre la ville et les campagnes. entre les kolkhozes et les cultivateurs indépendants, entre les diverses couches du prolétariat, entre la bureaucratie et l’ensemble des travailleurs. C’est précisément la socialisation des vaches qui les fit abattre en masses par les paysans. Les conflits sociaux engendrés par l’indigence peuvent à leur tour amener le retour à "tout l’ancien fatras". Telle fut notre réponse.

    Dans sa résolution du 20 août 1935, le VIIe congrès de l’Internationale communiste certifie solennellement que "la victoire définitive et irrévocable du socialisme et l’affermissement à tous égards de l’Etat de la dictature du prolétariat" sont en U.R.S.S. les résultats des succès de l’industrie nationalisée, de l’élimination des éléments capitalistes et de la liquidation des koulaks en tant que classe. En dépit de son apparence catégorique, l’attestation de l’Internationale communiste est profondément contradictoire : si le socialisme a vaincu "définitivement et irrévocablement", non comme principe, mais comme vivante organisation sociale, le nouvel "affermissement" de la dictature est une absurdité évidente. Et, inversement, si l’affermissement de la dictature répond aux besoins réels du régime, c’est que nous sommes encore loin de la victoire du socialisme. Tout politique réaliste, pour ne pas dire marxiste, doit comprendre que la nécessité même d’"affermir" la dictature, c’est-à-dire la contrainte gouvernementale, prouve non le triomphe d’une harmonie sociale sans classes, mais la croissance de nouveaux antagonismes sociaux. Quelle est leur base ? La pénurie des moyens d’existence, qui est le résultat du bas rendement du travail.

    Lénine donna un jour du socialisme la définition suivante : "le pouvoir des soviets, plus l’électrification". Cette définition en forme d’épigramme, dont l’étroitesse répondait à des fins de propagande, supposait en tout cas, comme point de départ minimum, le niveau capitaliste de l’électrification. Mais aujourd’hui encore l’U.R.S.S. dispose, par tête d’habitant, de trois fois moins d’énergie électrique que les pays capitalistes avancés. Tenant compte du fait que les soviets ont entre-temps cédé la place à un appareil indépendant des masses, il ne reste à l’Internationale communiste qu’à proclamer que le socialisme c’est "le pouvoir de la bureaucratie, plus le tiers de l’électrification capitaliste". Cette définition sera d’une exactitude photographique, mais le socialisme y tiendra peu de place.

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