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Les romans de Didier Daeninckx - Matière et Révolution
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Les romans de Didier Daeninckx

mercredi 29 février 2012, par Robert Paris

Les romans de Didier Daeninckx

Issu d’une famille modeste, Didier Daeninckx prend résolument le parti d’orienter son œuvre vers une critique sociale et politique au travers de laquelle il aborde certains dossiers du moment (la politique des charters, le révisionnisme, etc.) et d’autres d’un passé parfois oublié (le massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961). Cette enquête historique le conduit parfois à quitter le domaine policier pour un réalisme social.

À 17 ans, il devient ouvrier imprimeur, puis animateur culturel et enfin journaliste local. C’est au cours d’une période de chômage qu’il écrit un premier roman qui passe complètement inaperçu, Mort au premier tour (1982), où l’on voit apparaître le personnage névrosé de l’inspecteur Cadin. Le second, Meurtres pour mémoire (1984) qui, bien avant le procès Papon, place sous les feux de la rampe la dérive sanglante de la manifestation FLN du 17 octobre 1961, est en revanche bien accueilli. Cet ouvrage publié dans la Série noire lui ouvre les portes de la notoriété1.

Suivent la même année le Géant inachevé, toujours avec Cadin, dans lequel il s’attaque à la corruption du milieu politique, et Le der des der, dédié à son grand-père anarchiste et déserteur en 1917, où il dénonce la pratique du fusillé pour l’exemple. Dans Lumière noire (1987), où Cadin apparaît peu, il prend pour cible la politique de reconduction par charters des Maliens expulsés hors des frontières.

Au travers de ses nouvelles (En marge, Zapping), il trace une chronique douce-amère du monde contemporain, « un regard de localier » plus habitué des événements qui ne font pas la une des journaux, mais remplissent les colonnes de faits divers, quand ils ne passent pas complètement inaperçus (Yvonne, la madone de la Plaine).

Avec Le chat de Tigali (1988) il publie son premier livre pour la jeunesse, une histoire dénonçant le racisme.

Dans La mort n’oublie personne (1988), considéré comme son ouvrage le plus abouti, il s’éloigne du roman policier et raconte l’histoire tragique d’un jeune résistant condamné pour meurtre après la guerre. En 1990, Cadin est à bout de souffle et il se suicide dans Le Facteur fatal.

Le prix Paul Féval de Littérature populaire lui est attribué en 1994 pour l’ensemble de son œuvre. Ses romans sont aujourd’hui traduits dans une vingtaine de langues.

Avec Cannibale (1998), il réveille le souvenir des « zoos humains » de la IIIe République, en racontant l’histoire des Kanaks exposés comme des animaux dans un zoo lors de l’exposition coloniale de 1931. Il dit s’être intéressé à la Nouvelle-Calédonie à la mort du leader indépendantiste Eloi Machoro. Il revient sur ce thème avec Le Retour d’Ataï (2002) qui évoque la revendication du peuple kanak de voir revenir au pays la tête du grand chef Ataï.

Œuvres

1982 : Mort au premier tour, Librairie Des Champs-Elysées / Le Masque N° 1692 (réédition chez Gallimard en 1998 (ISBN 2-07-040566-4)) ;
1984 : Meurtres pour mémoire, roman (Gallimard, coll. "Série noire") - (rééd. Gallimard en 1998 (ISBN 2-07-040828-0)) ; Grand prix de littérature policière 1985 ; Prix Paul Vaillant Couturier 1984 ; Télévision : Meurtres pour mémoire. Réalisation Laurent Heynemann, TF1/Hamster (1985) ; Bande dessinée : Meurtres pour mémoire dessins de Jeanne Puchol, Futuropolis ; Radio : Meurtres pour mémoire (200 min), France Culture 2003 ;
1984 : Le Géant inachevé, roman (Gallimard, coll. "Série noire" n° 1956) ; Trophées 813 du Meilleur roman 1984 ; Prix du Roman Noir 1985 ; Adaptation radio : Le Géant inachevé (90 min), France Culture (1986) ;
1985 : Le Der des ders, roman (Gallimard, folio) - (réédition en 1999 (ISBN 2-07-040806-X)) ; Bande dessinée : illustrations de Jacques Tardi, Casterman (1997) ;
1985 : Métropolice, roman (Gallimard, folio) (réédition en 1999 (ISBN 2-07-040828-0)) ; Adaptation radio : Métropolice (90 min), France Culture (1987) ; 1986 : Play-Back (Gallimard, folio) ; Prix Mystère de la Critique 1987 ;
1986 : Le Bourreau et son double, roman (Gallimard, folio) ; Adaptation radio : Le Bourreau et son double (90 min), France Culture (1991) ;
1986 : La Fête des mères, illustré par Pym, (Syros) ;
1987 : Lumière Noire, roman (Gallimard, folio) ;
cinéma : Lumière Noire. Mise en scène Med Hondo (1994) ;
1988 : Le Chat de Tigali, roman illustré par Juillard, Syros - (réédition en 1997 (ISBN 2-84146-405-9)) ; Prix Polar Jeunes 1988 ; Théâtre : Le Chat de Tigali, mise en scène Didier Kerckaert (Cie Théâtre octobre) (2000) ;
1989 : La mort n’oublie personne, roman (Denoël et Gallimard, folio) - (ISBN 2070408078) ;
1990 : Le Facteur fatal (Denoël et Gallimard, folio) - (ISBN 2-207-23748-6) ; Prix Populiste 1990
1990 : Arcadius Cadin. Bande dessinée (scénario) dessins de Jean-Pierre Coureuil (Encrage, Amiens) ;
1991 : À louer sans commission (Gallimard) ;
1992 : Hors-limites (Julliard et Gallimard, folio) - (réédition en 2001 (ISBN 2-84230-081-5)) ;
1992 : Zapping, nouvelles (Denoël et Gallimard, folio) - (ISBN 2-07-038845-X) ; Prix Louis Guilloux 1993 Adaptation radio : La Place du mort (15 min), France Culture (1998) ;
1993 : Autres lieux - Verdier ;
1993 : La Page cornée. Bande dessinée (scénario) dessins de Mako, L’Hebdo (Lens) ; réédition en volume, éditions Bérénice, 2000 1994 : En Marge, nouvelles (Denoël et Gallimard, folio) - (ISBN 2-84146-405-9) ; Théâtre : Yvonne, la madone de la Plaine, mise en scène Jean-Marc Culiersi, Studio Théâtre de Saint-Denis ;
1994 : Un Château en Bohême, roman (Denoël et Gallimard, folio) : une enquête de Novacek - (ISBN 9782207242728) ;
1994 : Jirinovski, le Russe qui fait trembler le monde. Essai, en collaboration avec Pierre Drachline, Cherche-Midi éditeur -(ISBN 2862743259) ;
1994 : Main courante, Lagrasse : Verdier - (ISBN 2-86432-219-6) ;
1995 : Les Figurants, illustré par Mako (Verdier) - (ISBN 2864322196) ;
1996 : Nazis dans le métro, roman (Baleine, coll. Le Poulpe n°7 puis Librio) - (ISBN 978-2290348468) ; 1996 : À nous la vie, photos de Willy Ronis (Hoëbeke) ; 1997 : Le Goût de la vérité, essai (Verdier) - (ISBN 978-2864322771) ;
1997 : Mort au premier tour3 (Denoël et Gallimard, folio) - (ISBN 9782207245484)
1997 : Didier Daeninckx, Écrire en contre. Entretiens avec Christiane Cadet, Robert Deleuse et Philippe Videlier, suivis de L’écriture des abattoirs (Paroles d’Aube) ;
1997 : Négationnistes, les chiffonniers de l’Histoire, essai (ouvrage collectif), (Golias-Syllepse) - (ISBN 2911453182) ;
1997 : Paroles à la bouche du présent, essai (ouvrage collectif), (Al Dante) - (ISBN 2911073061) ;
1997 : Le jeune poulpe contre la Vieille Taupe, essai (Bérénice-Valmont) - (ISBN 2911232054) ;
1998 : La Couleur du noir, roman jeunesse (Gallimard, Page Blanche) ;
1998 : Passages d’enfer (Denoël) (ISBN 2207247759) ;
1998 : Cannibale, roman sur une histoire kanak (Verdier) (ISBN 978-2070408832) ; Adaptation radio : Des Kanak à Paris (50 min), France Culture (1998) ; Bande dessinée : illustrations d’Emmanuel Reuzé, Heurpé éditions 2009 ;
1998 : Au nom de la loi, essai en collaboration avec Valère Staraselski (Bérénice-Paroles d’Aube) - (ISBN 978-2843840142) ;
1998 : La Papillonne de toutes les couleurs. Jeunesse (Flammarion) ; Prix Goncourt du Livre de Jeunesse
1998 : Varlot Soldat, bande dessinée (scénario), dessins de Jacques Tardi, (L’Association) (ISBN 2-84414-010-6) ;
1999 : Belleville Ménilmontant, photos de Willy Ronis, (Hoëbeke) - (ISBN 2-84230-081-5) ;
1999 : Banlieue nord (Cadex) ;
1999 : La Repentie (Verdier) - (ISBN 2864323125) ;
1999 : La Péniche aux enfants. Jeunesse (éditions Grandir) ;
1999 : Carton jaune !, bande dessinée (scénario), dessins de Assaf Hanuka, (Hachette) ;
2000 : Éthique en toc, roman (Baleine, Le Poulpe n°185) - (ISBN 2-84219-250-8) ;
2000 : Le Dernier Guérillero (Verdier) - (ISBN 2864323206) ;
2001 : 12, rue Meckert (Gallimard) - (ISBN 978-2070420889) ;
2001 : Ceinture rouge (Eden Productions) - (ISBN 978-2913245396) ;
2001 : La mort en dédicace (Verdier) - (ISBN 978-2864323358) ;
2001 : Hors limite, bande dessinée (scénario), dessins de Assaf Hanuka, (Hors Collection) ;
2002 : Le Retour d’Ataï, roman (Verdier) - (ISBN 2864323583) ;
2002 : Corvée de bois, dessins de Tignous, (Liber Niger) - (ISBN 2845960530) ;
2002 : Les trois secrets d’Alexandra : Il faut désobéir (tome 1). Jeunesse, illustrations de Pef (Rue du Monde) - (ISBN 2912084342) ;
2003 : Les Corps râlent (Eden Productions) - (ISBN 978-2913245594) ;
2003 : Raconteur d’histoires (Gallimard) - (ISBN 2070702103) ;
2003 : La Route du rom (Baleine Le Poulpe n°247 en 2003, puis Le Seuil) - (ISBN 978-2842194086) ;
2003 : Je tue il, roman (Gallimard Série noire) - (ISBN 207030471X) ; 2003 : Le Train des oubliés. Bande dessinée (scénario) dessins de Mako (EP Éditions) - (ISBN 9782848100302) ;
2004 : Les trois secrets d’Alexandra : Un violon dans la nuit (tome 2) - illustrations de Pef (Rue du Monde) - (ISBN 978-2912084859) ;
2004 : Le crime de Sainte-Adresse (Terre de Brumes) - (ISBN 978-2843622212) ;
2004 : Bravado tome 1 L’origine du Nouveau Monde, dessins de Mako (EP éditions) ;
2004 : Onze fois l’OM : Le Tacle et la plume, Éditions L’Écailler du Sud (ISBN 9782914264501). Textes de Marie Desplechin, Jean-Bernard Pouy, Frédéric H. Fajardie, Didier Daeninckx, Cyril Marasque, René Frégni, Jean-Paul Delfino, Serge Scotto, Jean-Christophe Duchon-Doris, Xavier-Marie Bonnot, et François Thomazeau
2004 : Les trois secrets d’Alexandra : Viva la liberté, 1939 à 1945, la Résistance (tome 3) - illustrations de Pef (Rue du Monde) - (ISBN 2915569096) ;
2004 : L’enfant du zoo (Rue du Monde) - (ISBN 978-2912084996) ; Prix Amerigo Vespucci
2005 : Chut plus de bruit (France Culture) ;
2005 : Cités perdues (Verdier) - (ISBN 2864324350) ;
2005 : Air conditionné, dessins de Mako (Nuit myrtide) - (ISBN 2913192378) ;
2006 : Itinéraire d’un salaud ordinaire (Gallimard) - (ISBN 9782070779888) ;
2006 : On achève bien les disc-jockeys (Éditions La Branche, site) - (ISBN 9782353060009) ;
2007 : Histoire et faux-semblants (Verdier) - (ISBN 978-2864324911) ; 2007 : Levée d’écrou, dessins de Mako (Imbroglio) - (ISBN 978-2914966177) ;
2008 : Baraques du Globe, dessins de Didier Collobert (Terre de Brume) - (ISBN 978-2843623684) ;
2008 : Camarades de classe, (Gallimard, collection Blanche) - (ISBN 207039851X) ;
2008 : Petit éloge des faits divers (Gallimard) ;
2008 : La mémoire longue, textes et images 1986-2008 le cherche-midi ;
2009 : Jaurès : non à la guerre !, (Actes Sud) ;
2009 : Missak, l’enfant de l’Affiche rouge, dessins de Laurent Corvaisier, (Rue du Monde)- (ISBN 978-2355040801) ; Prix de la Presse des jeunes, du Salon du livre et de la presse jeunesse et du Syndicat de la presse des jeunes, Salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil, 2009
2009 : Nos ancêtres les Pygmées, dessins de Jacques Ferrandez, (Rue du Monde)- (ISBN 2355040796) ;
2009 : La rumeur d’Aubervilliers, (Le Temps des Noyaux) ;
2009 : L’Affranchie du périphérique, Éditions de l’Atelier - (ISBN 2708240676) ;
2009 : Debussy, éditions BD-Musik, dessins de Joe Pinelli - (ISBN 978-2-84907-381-0)
2010 : Rue des Degrés - édition Verdier - (ISBN 978-2-86432-602-1) ;
2010 : Galadio - édition Gallimard - (ISBN 978-2-07-012953-9) ;
2010 : Le maître est un clandestin, dessins de Jacques Ferrandez, édition Rue du Monde - (ISBN 9782355041181) ;
2010 : Dernière station avant autoroute adaptation du livre de Hugues Pagan, dessins de Mako, éditions Casterman-Rivages noirs / Prix Polar 2010 du Meilleur One Shot décerné au Festival Polar de Cognac / 15/10/2010 ;
2010 : Avec le groupe Manouchian : Les étrangers dans la Résistance - éditions Oskar - (ISBN 978-2350005874) ;
2010 : Gens du rail, photos de Georges Bartoli, éditions Privat - (ISBN 978-2708917613).
2010 : Mémoire noire - éditions Gallimard, collection Omnibus - intégrale des romans avec l’inspecteur Cadin.
2011 : Texas Exil, dessins de Mako, EP éditions
2011 : À louer sans commission, Mauvais Genres, Publie.net
2011 : Octobre noir, dessins de Mako, préface de Benjamin Stora, Ad Libris éditions
2011 : Bagnoles, tires et caisses, Jérôme Millon éditeur
2011 : Weepers Circus, N’importe où, hors du monde (2011). Il s’agit d’un livre-disque dans lequel participe une quarantaine d’invités aux titres d’auteurs ou d’interprètes : Didier Daeninckx y signe un texte inédit (non mis en musique) consacré à sa propre interprétation de ce titre énigmatique de "N’importe où, hors du monde".
2012 : La Prisonnière du djebel, éditions Oskar - (ISBN 978-2-357-54086-6)
2012 : L’Espoir en contrebande, Le Cherche midi éditeur - (ISBN 978-2-7491-2431-5)
2012 : Le Banquet des affamés, éditions Gallimard - (ISBN 978-2-07-013787-9)

L’oeuvre de Daeninckx est très intéressante, elle est politique et sociale. Mais, bien entendu elle reste marquée par le fait que l’auteur est un compagnon de route du PCF.

1 Message

  • Les romans de Didier Daeninckx 8 mai 2013 19:40

    Là où d’autres auraient fui vers les beaux quartiers, l’écrivain Didier Daeninckx a décidé de rester fidèle à la banlieue rouge de son enfance. A Aubervilliers, la ville de la petite ceinture parisienne où il a grandi. Même s’il est sans doute l’un des plus célèbres auteurs de roman noir français, Didier Daeninckx a décidé de rester ancré à sa terre d’origine. Avant de gagner sa demeure située au cœur de la ville, il faut sortir du métro à la station Quatre chemins. Toutes les nationalités et les origines s’y croisent : des Maghrébins, des Africains, des Asiatiques. Là, des jeunes vendeurs à la sauvette vantent au grand jour les mérites de leurs cigarettes de contrebande. La maison de Didier Daeninckx est des plus simples, à quelques encablures du centre de la ville. Cette banlieue, Daeninckx l’a sillonnée. Il en a humé tous les parfums, partagé tous les drames.

    Ecrire Meurtre pour mémoire, un ouvrage consacré à la répression féroce des mouvements pro-algériens de 1961 et de 1962, cette idée ne lui est pas venue par hasard. « L’une de mes voisines, une amie de ma mère, Suzanne Martorell n’est jamais revenue de la manifestation. C’était une femme, mariée à un républicain espagnol chez qui je regardais la télévision. Je ne voulais pas qu’elle reste une anonyme. Elle a un nom, j’étais avec ses enfants à l’école. Un jour l’homme responsable de cette répression, Maurice Papon est devenu ministre des Finances. Il m’envoyait des lettres m’invitant à payer mes impôts et à me comporter en bon citoyen, là je n’ai plus supporté », explique l’éternel indigné.

    Ecrire sur ces « drames oubliés »

    Ses œuvres sont fréquemment inspirées par ses révoltes. Alors que le débat sur l’identité nationale battait son plein, il a décidé de sortir de l’oubli en 2010 l’histoire totalement méconnue des métis nés en Allemagne pendant l’occupation française des années vingt. « Un millier de métis ont alors vu le jour. A partir de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le régime a voulu les stériliser. Hitler était obsédé par l’idée que les Français voulaient détruire la race aryenne en y apportant du « sang noir ». Pour comprendre cette époque, je me suis forcé à lire Mein Kampf. Toutes les dix pages, Hitler écrit sur les noirs qui restent pour lui une véritable obsession », explique Didier Daeninckx.

    Dans son roman, le héros métis, Galadio Diallo évite la stérilisation forcée grâce à une infirmière, amie de sa mère. Il échappe aussi à la mort en devenant acteur dans un film de propagande allemande tourné en Guinée Bissau, colonie du Portugal, dirigée par le général Salazar, pays alors allié de l’Allemagne nazie. Galadio s’évade, rejoint le Sénégal, s’engage dans les Forces françaises libres et participe à la libération de Paris. Daeninckx a toujours aimé les pieds de nez de l’histoire. Cette histoire coloniale que l’on hésite encore trop souvent à regarder en face.

    Ainsi avec Cannibale, il fut le premier à raconter celle de ces Kanaks exposés comme des bêtes sauvages lors de l’exposition coloniale de 1931. Le directeur de l’exposition décide de les échanger contre des crocodiles exposés en Allemagne. Parmi eux l’arrière-grand-père de Christian Karembeu. « Il est devenu champion du monde à quelques centaines de mètres de chez moi, au stade de France. Quand il a lu mon manuscrit il m’a dit : vous avez raison, mon arrière-grand-père était bien là-bas ».

    Didier Daeninckx a découvert ce drame « oublié » lors de ses nombreuses pérégrinations en Nouvelle-Calédonie. « Là-bas, beaucoup de gens étaient au courant. Les écrivains m’ont avoué : Bien sûr, que nous savions. Mais si on avait écrit là-dessus, nous aurions dû prendre le bateau le lendemain. Le sujet était tabou » explique-t-il en rappelant qu’à la fin des années quatre- vingts le climat était très tendu en Nouvelle-Calédonie. Ce texte avait été écrit pour le 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, célébré en 1998.

    Redonner une histoire

    Preuve que cette histoire sombre coloniale intéresse, Cannibale s’est vendu à plus de 700 000 exemplaires. Plus récemment, Didier Daeninckx est revenu à ses fantômes algériens. Il a redonné un visage et un nom à Fatima Bédar, une jeune fille tuée pendant la répression du 17 octobre 1961. Même sa propre famille ignorait qu’elle avait été assassinée. La thèse officielle relayée par la police affirmait que Fatima s’était suicidée. Mais il n’en était rien. Cette jeune Kabyle de quinze ans avait été battue à mort. Ses parents ignoraient qu’elle s’était jointe à la manifestation. La famille a découvert la vérité grâce au travail de Didier Daeninckx.

    En postface d’Octobre noir, la bande dessinée qu’il signe avec Mako, ce maître du roman noir écrit un bel hommage à cette jeune fille, « Fatima pour mémoire ». « Comme elle était considérée comme suicidée, sa famille n’évoquait même plus son prénom, elle avait été effacée » se désole l’écrivain. Didier Daeninckx, lui a redonné un prénom, un nom, un visage. Accompagné d’une photo qui figure dans l’album. Celui d’une belle jeune fille qui porte de longues tresses. Un visage radieux qui ne vieillira jamais. Un visage pour l’éternité. Le plus beau des hommages.

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