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La voie étroite des révolutionnaires, entre opportunisme et sectarisme ? - Matière et Révolution
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La voie étroite des révolutionnaires, entre opportunisme et sectarisme ?

jeudi 14 juin 2012, par Robert Paris

Non, telle n’est pas notre vision du rôle des révolutionnaires, rester isolés, détenteurs de vérités absolues incontestables et immuables, coupés du reste du monde, enserrés entre deux abîmes effroyables, apeurés à l’idée de chuter d’un côté ou d’un autre, et pourtant la recherche de la voie révolutionnaire n’est pas un long fleuve tranquille, car les révolutionnaires, capables de remises en question, sont aussi capables de remettre en cause des éléments essentiels du programme communiste révolutionnaire, comme nous allons le montrer. Ils peuvent ainsi lui faire bien plus de mal que la société bourgeoisie et son Etat ne pourraient en faire, et ce n’est pas pour trahir mais par désir de réussir...

La voie étroite des révolutionnaires, entre opportunisme et sectarisme ?

Il y a de la diversité dans les groupes révolutionnaires. Les uns prétendent s’adapter à ce qu’ils estiment le niveau de conscience des travailleurs. Les autres n’en tiennent aucun compte. Les uns refusent toute revendication économique. Les autres en font la base de toute politique des révolutionnaires dans la classe ouvrière. Les uns refusent toute participation aux syndicats et aux élections. Les autres s’y vautrent. Les uns refusent tout débat avec d’autres courants révolutionnaires, les autres ouvrent toutes grandes les portes de leur organisation à n’importe quel courant pseudo radical. Les uns s’abstiennent de toute activité revendicative. Les autres s’en tiennent à ce syndicalisme pur. Pour les uns, seule compte la théorie, pour les autres seule la pratique. Les uns sont de véritables laboratoires théoriques mais restent des savants en chambre. Les autres refusent toute élaboration théorique. Les sectaires et les opportunistes se croient diamétralement opposés et pourtant ils sont deux pendants inséparables d’une même faiblesse politique, celle du courant révolutionnaire. Faiblesse politique ne signifie pas faiblesse en nombre, en influence, en intervention, mais manque de courage politique pour affronter les situations et assumer l’isolement, parfois, du point de vue vraiment révolutionnaire, parmi les militants eux-mêmes et dans la classe ouvrière.

Eh oui, pour les révolutionnaires, la voie est étroite et le chemin escarpé. Il ne s’agit nullement de prendre des pentes faciles, des chemins aisément reconnaissables, de suivre les masses à la trace, en se contentant de rester deux pas en avant. Parfois, il faut être même en arrière et parfois, ou sur certains points, cent pas devant. Jamais il ne faut remplacer les masses prolétariennes par d’autres forces, syndicales, électorales, forces armées ou désarmées… Les choix des révolutionnaires n’ont rien de simple et nécessitent d’abord une analyse de la situation mondiale du capitalisme, une philosophie de la rupture révolutionnaire et une étude de la politique des classes dirigeantes dans le cadre de la crise systémique.

Le premier principe d’une politique révolutionnaire dans la classe ouvrière est de ne pas cacher le sens de la situation : la situation objective de l’économie mondiale est révolutionnaire ; on n’en sortira pas avec des réformes. Ou la classe dirigeante en sortira broyée ou c’est la classe ouvrière et les milieux populaires qui seront broyés. Il ne s’agira pas d’une simple lutte économique. Il ne faut pas croire qu’on va faire pression, qu’on va faire reculer. Il ne faut pas illusionner les masses. Le monde n’est plus le même et les perspectives changent. Ne pas être compris des travailleurs aujourd’hui est moins grave que de contribuer à les aveugler.

Bien des groupes partent, au contraire, d’autres principes. Ceux-ci sont fondés sur l’idée – juste par ailleurs – qu’il faut construire le parti révolutionnaire. Leur raisonnement peut être ainsi résumé :

- nous sommes l’embryon du futur parti

- nous devons gagner les masses

- pour cela, il faut partir des revendications concrètes de celles-ci et les transformer en revendications transitoires qui amèneront les luttes à déborder le réformisme des appareils. Ces luttes nous donneront alors la direction de ces luttes et permettront à la fois de renforcer la classe opprimée et sa direction politique, le parti. Cela leur semble à la fois plus facile et plus réaliste que de développer nos analyses de la situation et de défendre directement les perspectives communistes révolutionnaires.

A priori, on ne voit aucune erreur dans ce raisonnement. Une remarque cependant, nous ne pouvons pas partir des besoins, même politiques, des travailleurs ou des révolutionnaires. Nous pouvons encore moins partir des intérêts du groupe qui s’intitule communiste révolutionnaire. Nous ne pouvons pas non plus limiter la discussion sur ce qui est nécessaire aux luttes au simple énoncé de quelques revendications que, trotskysme oblige, nous intitulerions de « transitoires » par opposition à la fois aux revendications réformistes et au programme de la prise du pouvoir par le prolétariat.

Mais, me direz-vous, c’est Trotsky, lui-même, qui a mis en avant cette conception dans son fameux « programme de transition ». C’est même lui qui a énoncé l’idée que la crise est celle de la direction révolutionnaire. En somme, Trotsky aurait bel et bien expliqué que l’essentiel est de construire le parti et que la manière d’y parvenir au travers de la crise consiste à mettre en avant des revendications transitoires.

Nous allons essayer de lire autrement le point de vue de Trotsky et, aussi, celui qui nous est nécessaire aujourd’hui.

Et, tout d’abord, ramener le programme de transition à de simples revendications dites transitoires suppose que des revendications puissent être, en soi, plus transitoires ou plus révolutionnaires que d’autres. Aucune revendication n’est en soi révolutionnaire ou transitoire, insoutenable, dans aucune circonstance, même par calcul, par des réformistes.

Non, les revendications justes -qui ne sont pas nécessairement les plus radicales - ne le sont (justes) qu’en fonction d’une politique révolutionnaire se fondant sur des organisations prolétariennes de masse, les comités, les conseils, les soviets en somme. Et les soviets, ce n’est pas une revendication. Le parti, et a fortiori les syndicats, ne remplacent pas les soviets. Les revendications sont transitoires si elles permettent aux travailleurs de faire franchir la transition à… leur conscience de classe.

Car, notre problème numéro un, c’est justement la conscience des prolétaires qu’en période de crise systémique, même des revendications simples comme de préserver leur emploi, leur salaire, leur logement, leur famille, nécessitent de renverser le pouvoir bourgeois.

Le programme de transition est « de transition » parce qu’il indique dès maintenant qu’il va falloir aller au renversement de l’Etat bourgeois, la destruction des parlements, des administrations, de la justice, de l’armée et de la police de la bourgeoisie. Quiconque, au travers de n’importe quelles revendications, cache cela, même s’il dénonce la social-démocratie ou le réformisme, n’a en rien un programme de transition. Un programme de transition est un programme révolutionnaire qui n’attend pas la situation révolutionnaire, celle où les masses sont déjà révolutionnaires, celle où la classe dirigeante ne peut plus gouverner, pour présenter une perspective révolutionnaire socialiste. Le caractère défensif de la lutte n’empêche nullement de présenter aux masses la perspective révolutionnaire, tel est le sens profond de la notion de programme de transition. Car il s’agit de situations où la situation économique et politique ainsi que l’état d’esprit des masses peuvent changer du tout au tout en un temps relativement court.

Désolé de rappeler des idées aussi simples, mais il semble que certains « trotskystes » l’aient oublié ou cherchent à l’oublier.

Aucune situation, même très défensive, ne justifie de transformer des ennemis de classe en prétendus alliés conjoncturels. Ce type de calculs qui est fréquent chez les groupes d’extrême gauche, trotskystes ou pas, sous prétexte de programme de transition ou pas, est une politique opportuniste.

L’opportunisme n’a pas besoin d’être un calcul de se vendre consciemment à la bourgeoisie. Il lui suffit de vouloir "s’adapter à la réalité" en prétendant ainsi réussir plus vite... Jamais l’opportunisme n’a débuté par une trahison directe consistant à se vendre aux intérêts capitalistes. Le développement des situations, des organisations, des classes ne signifie pas que leurs participants avaient l’intention d’arriver à ces fins. C’est faire abstraction du caractère objectif du développement. Ne sont pas réformistes seulement ceux qui se disent réformistes. Non, généralement les partis qui se disent réformistes sont simplement des agents directs de l’impérialisme et non des courants situés entre deux classes sans avoir choisi d’être clairement dans un camp.

Il ne suffit pas de se dire révolutionnaire pour l’être. Cela ne signifie pas que nous ayons l’intention de distribuer des bons ou des mauvais points aux divers groupes existants. Nous voulons seulement que chacun se dote de critères de jugement politique pour ne pas être ensuite complètement déboussolés par les développements des situations qui découleront de la crise du système.

Il y a ceux qui nous disent : unissons-nous, nous sommes tous des gens qui nous revendiquons de la révolution et du prolétariat communiste, nous sommes d’accord pour des revendications transitoires qui mènent de la défensive à l’offensive, organisons-nous ensemble.

Est-ce que le fait de refuser cette proposition serait du sectarisme ?

Cela peut l’être. Cela dépend des raisons de ce refus. Cela dépend si c’est un refus de discuter entre groupes qui se réclament de la révolution.

Et cela dépend si ces propositions sont le début d’un débat entre révolutionnaires ou un moyen d’éviter ce débat.

On pourrait croire que le sectarisme et l’opportunisme se combattent. Certains groupes cultivent cette illusion. Ils croient se défendre de l’opportunisme par des cloisons organisationnelles. Ils prétendent lutter contre le sectarisme par l’absence de principes.

Pourquoi l’opportunisme et le sectarisme sont-ils inséparables dans les groupes d’extrême gauche ? Le sectarisme signifie qu’on remplace complètement la conscience révolutionnaire des masses par les décisions de la direction politique du groupe. Le groupe "sait" ce qui est bon ou mauvais en lieu et place du prolétariat, ce qui n’est nullement une vision trotskyste ni léniniste. Or le pendant de cette manière de voir n’est pas seulement que l’on va former les militants sans les débats avec les autres courants. Non, l’essentiel est que l’on croie que l’intérêt du groupe est identique avec la construction du parti révolutionnaire et avec les intérêts historiques du prolétariat révolutionnaire. C’est faux. Et le résultat est qu’au fur et à mesure des choix politiques que cela les amènera à faire, l’intérêt du groupe sera privilégié et deviendra de l’opportunisme. Par exemple, le groupe sectaire justifiera tout ce qui favorise ses positions au sein des syndicats indépendamment de la justesse de la politique qui y est défendu. Ainsi, il deviendra progressivement opportuniste, même s’il ne le souhaitait pas et était persuadé que cela suffisait pour que cela ne lui arrive pas.

Quant au groupe révolutionnaire opportuniste, il deviendra aussi sectaire. En effet, il ne supportera pas que l’on dévoile son opportunisme.

Les deux travers ne sont deux positions opposées qu’il faut fuir. Ce sont les deux pendants d’un même travers qui consiste à développer l’organisation comme un but en soi.

Bien sûr, nous ne sommes pas anarchistes et nous ne considérons pas que la fuite face à toute forme d’organisation soit une solution politique. Cependant, si nous ne sommes pas aveugles, nous n’ignorons pas que toutes les formes organisationnelles posent problème. Il y a bien sûr l’Etat qui est un instrument des classes sociales et qui est donc une conséquence de la barbarie sociale. Participer à l’Etat bourgeois est bien sûr incompatible avec tout point de vue révolutionnaire. Mais construire un Etat ouvrier n’est pas le choix qui sauve de tous les problèmes. Les révolutionnaires Lénine et Trotsky n’ont cessé de rappeler que l’Etat ouvrier reste la barbarie et reste même, en partie, un Etat bourgeois. Cela peut paraître contradictoire mais cela l’est dialectiquement. Les contradictions sont inséparables. Celui qui ne veut pas raisonner dialectiquement s’écarte de la réalité qui est dialectique. Celui qui sépare les contraires par une barrière infranchissable se contente de s’interdire de comprendre la réalité.

Les groupes révolutionnaire sont-ils ou non révolutionnaires ? Oui et non. Celui qui croit qu’il est facile de dire oui ou de dire non se trompe. Les groupes sont comme le reste du monde : ils sont contradictoires. Ils peuvent se dire révolutionnaires et payer cher, par leur petitesse par exemple, le fait de défendre cela, il n’empêche qu’ils peuvent cultiver un conservatisme. Ils peuvent cultiver la confiance en une direction comme remplacement de la formation politique des révolutionnaires. Ils peuvent cultiver l’activisme comme remplacement d’une politique révolutionnaire. Ils peuvent cultiver la croyance que les militants ou les dirigeants savent ce qui est bon pour les travailleurs à la place des travailleurs eux-mêmes. Et, dans ce cas, le groupe qui se voudrait et qui se croirait le meilleur groupe révolutionnaire deviendrait ainsi un facteur conservateur.

Bien sûr, ces groupes peuvent vouloir renverser la bourgeoisie ou penser qu’ils agiront pour cela si l’occasion s’en présente. Cela ne signifie pas qu’ils préparent vraiment les militants à ce type de tâche et de politique.

De quoi ont besoin aujourd’hui les militants communistes révolutionnaires pour progresser ?

Il faut qu’ils étudient la politique et il faut aussi qu’ils s’activent. Et pas l’un sans l’autre ni l’un séparément de l’autre.

Il faut qu’ils participent de l’activité quotidienne de la lutte des classes et, en même temps, qu’ils apprennent la science philosophique de la révolution. Et pas l’un sans l’autre ni l’un séparément de l’autre. Ils ne sont ni des « pragmatiques » ni des activistes ni des docteurs en chambre, des prétendus spécialistes. Il faut qu’ils ne s’isolent pas de la réalité, du niveau de la lutte et de la conscience de classe là où ils militent mais il ne faut pas qu’ils s’adaptent à ce niveau de lutte ou de conscience. Il ne faut pas qu’ils prétendent que le niveau bas de la lutte des classes ou de la conscience de classe justifierait de cacher qui sont les amis et les ennemis des travailleurs, en particulier quand il s’agit des directions syndicales. Est-ce que l’essentiel est d’unir les groupes révolutionnaires qui rejetteraient à la fois le sectarisme et l’opportunisme pour mener une propagande collective ou pour constituer un groupe un peu plus grand. Cela peut arriver bien sûr mais ce n’est pas un but en soi et cela ne doit pas être le but des discussions entre groupes. Poser comme un principe que les discussions entre groupes doivent viser à s’unir dans un même groupe, dans un même tract, dans un même journal, ce n’est pas vraiment discuter.

De quoi devraient discuter entre eux les révolutionnaires ? Pas d’abord des choix tactiques. Pas d’abord des choix de revendications, de méthodes syndicales ou de tactiques électorales.

Il faut d’abord qu’ils discutent de l’état de la société bourgeoise, de ses problèmes, de ses perspectives mondiales. Ils doivent mesurer le rapport des forces entre bourgeoisie capitaliste et prolétariat, des deux principales forces de la société en fonction des buts actuels des classes dirigeantes. On ne peut en effet apprécier les succès ou insuccès de la bourgeoisie par rapport au prolétariat sans répondre à la question : qu’est-ce qui va être nécessaire dans la période qui vient aux classes dirigeantes vue la crise mondiale systémique ?

C’est seulement ensuite que nous pouvons poser les autres questions comme celle des luttes prolétariennes nécessaires et des perspectives à développer pour celles-ci.

Comment pourrions-nous estimer de la justesse des perspectives de lutte sans accord sur la situation mondiale et les perspectives du capitalisme, sur les tâches ?

Ensuite, il faut discuter de la philosophie des révolutionnaires et, en la matière, la difficulté provient que nombre de groupes négligent complètement la discussion philosophique ou l’isole totalement du reste des méthodes politiques. Or ces méthodes sont profondément philosophiques. La méthode dialectique n’a rien de spontanée, d’évident et ne ressemble nullement au bons sens. Pourtant, sans la méthode dialectique, aucune politique révolutionnaire n’est possible.

Voilà ce qui nous semble des discussions indispensables entre groupes révolutionnaires.

Bien sûr, certains peuvent prétendre qu’il est plus urgent de nous unir contre les attaques anti-sociales qui menacent les travailleurs.

Il y aura toujours des raisons pour les adeptes du pragmatisme politique, pour les défenseurs de la logique de groupe, afin refuser de poser d’abord les questions de fond, mais cela ne doit pas nous faire reculer à plus tard les débats fondamentaux. On ne construit pas – ni le parti révolutionnaire ni le rapport de forces des prolétaires - sur du sable. C’est construire sur du sable que de ne pas discuter des choix de fond. Il ne faut pas renoncer à débattre des questions de philosophie, de sciences, d’économie car cela fonde nos choix politiques. Où voyons nous des questions philosophiques à se poser dans les problèmes politiques cruciaux de l’heure ?

Eh bien, la question de savoir comment la structure auto-organisée du capitalisme peut s’effondrer est une question philosophique. La notion de mort d’un système émergent l’est aussi. Le fonctionnement du capitalisme est dialectique et nécessite la dialectique pour sa compréhension. Les crises classiques et périodiques avaient un rôle à la fois destructeur et constructeur en nettoyant le système de ce que le caractère aveugle du système ne permettait pas de balayer. Ceux qui croient que, du moment qu’il y a du profit, du moment qu’il y a des exploiteurs et des exploités, le système se porte bien, raisonnent différemment de nous. Les crises, aussi destructrices puissent-elles être, étaient les modes de régulation inévitable du capitalisme incapable de se réguler par avance. Le fait que le système ne puisse plus actuellement laisser la crise détruire les entreprises non rentables, le fait que les crises soient bloquées par des entrées en masse de capitaux d’Etat, loin de prouver que le grand capital parvient à éviter les crises, montre qu’il a quitté son fonctionnement capitaliste. La béquille étatique lui est devenue indispensable parce que les capitaux privés ne s’investissent plus pour créer de la plus-value. C’est un système mort.

Bien sûr, une telle philosophie est contraire au bon sens : le capitalisme est toujours devant nous, entend-on. Les énoncés scientifiques ont toujours été contraires au bon sens. Ce dernier nous dit qu’un objet qu’on ne touche pas (auquel on ne fournit pas de l’énergie de l’extérieur) est immobile et c’est faux. Ce bon sens nous dit qu’il y a égalité de l’action et de la réaction et c’est faux. Il nous dit qu’il y a une loi de cause à effet, entre une cause première et un effet second, et c’est faux. Il nous dit qu’une particule doit exister ou ne pas exister. De même pour une onde. Il nous dit qu’un phénomène est ou onde ou particule. Et c’est faux. Et on en passe.

Il en va de même en politique, dans l’étude de la lutte des classes. Le bon sens est trompeur. La dialectique des contraires est indispensable et elle est loin d’être connue de ceux qui en ont le plus besoin : des révolutionnaires. N’a-t-on pas vu des groupes trotskystes négliger l’étude de la dialectique alors que Trotsky faisaient mille fois remarquer sa nécessité pour comprendre la crise, pour comprendre la nature de l’Etat russe, pour comprendre l’histoire et la politique.

Alors, camarades, la première des choses qui nous manque n’est pas d’agir ensemble mais de discuter ensemble de toutes ces questions. Si, comme nous, vous pensez que le temps presse, alors pressons-nous de le faire…

LIRE AUSSI :

Les tâches fondamentales des communistes révolutionnaires

Le programme révolutionnaire de notre époque

Discussion sur le programme de transition

17 Messages de forum

  • Léon Trotsky

    Programme minimum et programme de transition

    La tâche stratégique de la prochaine période - période pré-révolutionnaire d’agitation, de propagande et d’organisation - consiste à surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde (désarroi et découragement de la vieille génération, manque d’expérience de la jeune). Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat.

    La social-démocratie classique, qui développa son action à l’époque où le capitalisme était progressiste, divisait son programme en deux parties indépendantes l’une de l’autre : le programme minimum, qui se limitait à des réformes dans le cadre de la société bourgeoise, et le programme maximum, qui promettait pour un avenir indéterminé le remplacement du capitalisme par le socialisme. Entre le programme minimum et le programme maximum, il n’y avait aucun pont. La social-démocratie n’a pas besoin de ce pont, car de socialisme, elle ne parle que les jours de fête.

    L’Internationale communiste est entrée dans la voie de la social-démocratie à l’époque du capitalisme pourrissant, alors qu’il ne peut plus être question de réformes sociales systématiques ni de l’élévation du niveau de vie des masses ; alors que la bourgeoisie reprend chaque fois de la main droite le double de ce qu’elle a donné de la main gauche (impôts, droits de douane, inflation, "déflation", vie chère, chômage, réglementation policière des grèves, etc.) ; alors que chaque revendication sérieuse du prolétariat et même chaque revendication progressive de la petite bourgeoisie conduisent inévitablement au-delà des limites de la propriété capitaliste et de l’État bourgeois.

    La tâche stratégique de la IV° Internationale ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l’expropriation de la bourgeoisie. Cependant, l’accomplissement de cette tâche stratégique est inconcevable sans que soit portée la plus grande attention à toutes les questions de tactique, mêmes petites et partielles.

    Toutes les fractions du prolétariat, toutes ses couches, professions et groupes doivent être entraînés dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui distingue l’époque actuelle, ce n’est pas qu’elle affranchit le parti révolutionnaire du travail prosaïque de tous les jours, mais qu’elle permet de mener cette lutte en liaison indissoluble avec les tâches de la révolution.

    La IV° Internationale ne repousse pas les revendications du vieux programme "minimum", dans la mesure où elles ont conservé quelque force de vie. Elle défend inlassablement les droits démocratiques des ouvriers et leurs conquêtes sociales. Mais elle mène ce travail de tous les jours dans le cadre d’une perspective correcte, réelle, c’est-à-dire révolutionnaire. Dans la mesure où les vieilles revendications partielles "minimum" des masses se heurtent aux tendances destructives et dégradantes du capitalisme décadent - et cela se produit à chaque pas -, la IV° Internationale met en avant un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES dont le sens est de se diriger de plus en plus ouvertement et résolument contre les bases mêmes du régime bourgeois. Le vieux "programme minimum" est constamment dépassé par le PROGRAMME DE TRANSITION dont la tâche consiste en une mobilisation systématique des masses pour la révolution prolétarienne.

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  • « Regarder la réalité en face ; ne pas chercher la ligne de moindre résistance ; appeler les choses par leur nom ; dire la vérité aux masses, quelque amère qu’elle soit ; ne pas craindre les obstacles ; être rigoureux dans les petites choses comme dans les grandes ; oser, quand vient l’heure de l’action. »

    Trotsky - Le programme de transition

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  • « La prostration politique du sectarisme ne fait que compléter, comme son ombre, la prostration de l’opportunisme, sans ouvrir de perspectives révolutionnaires. Dans la politique pratique, les sectaires s’unissent à chaque pas aux opportunistes, surtout aux centristes, pour lutter contre le marxisme. »

    Trotsky - Le programme de transition

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  • « Comment harmoniser les diverses revendications et formes de lutte, ne fût-ce que dans les limites d’une seule ville ? L’histoire a déjà répondu à cette question : grâce aux soviets, qui réunissent les représentants de tous les groupes en lutte. Personne n’a proposé, jusqu’à maintenant, aucune autre forme d’organisation, et il est douteux qu’on puisse en inventer une. Les soviets ne sont liés par aucun programme a priori. Ils ouvrent leurs portes à tous les exploités. Par cette porte passent les représentants de toutes les couches qui sont entraînées dans le torrent général de la lutte. L’organisation s’étend avec le mouvement et y puise continuellement son renouveau. Toutes les tendances politiques du prolétariat peuvent lutter pour la direction des soviets sur la base de la plus large démocratie. C’est pourquoi le mot d’ordre des soviets est le couronnement du programme des revendications transitoires. »

    Trotsky - Le programme de transition

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  • Léon Trotsky

    Les comités d’usine

    Le mouvement ouvrier de l’époque de transition n’a pas un caractère régulier et égal, mais fiévreux et explosif. Les mots d’ordre, de même que les formes d’organisation, doivent être subordonnés à ce caractère du mouvement. Rejetant la routine comme la peste, la direction doit prêter attentivement l’oreille à l’initiative des masses elles-mêmes.

    Les grèves avec occupation des usines, une des plus récentes manifestations de cette initiative, sortent des limites du régime capitaliste "normal". Indépendamment des revendications des grévistes, l’occupation temporaire des entreprises porte un coup à l’idole de la propriété capitaliste. Toute grève avec occupation pose dans la pratique la question de savoir qui est le maître dans l’usine : le capitalisme ou les ouvriers.

    Si la grève avec occupation soulève cette question épisodiquement, le COMITÉ D’USINE donne à cette même question une expression organisée. Élu par tous les ouvriers et employés de l’entreprise, le Comité d’usine crée d’un coup un contrepoids à la volonté de l’administration.

    A la critique que les réformistes font des patrons de l’ancien type, ceux qu’on appelle les "patrons de droit divin", du genre de Ford, en face des "bons" exploiteurs "démocratiques", nous opposons le mot d’ordre des comités d’usine comme centres de lutte contre les uns et les autres.

    Les bureaucrates des syndicats s’opposeront, en règle générale, à la création de comités d’usine, de même qu’ils s’opposeront à tout pas hardi dans la voie de la mobilisation des masses. Il sera, cependant, d’autant plus facile de briser leur opposition que le mouvement aura plus d’ampleur. Là où les ouvriers de l’entreprise, dans les périodes "calmes", appartiennent déjà tous aux syndicats (closed shop), le comité coïncidera formellement avec l’organe du syndicat, mais il en renouvellera la composition et en élargira les fonctions. Cependant, la principale signification des comités est de devenir des états-majors de combat pour les couches ouvrières que le syndicat n’est, en général, pas capable d’atteindre. C’est d’ailleurs précisément de ces couches les plus exploitées que sortiront les détachements les plus dévoués à la révolution.

    Dès que le comité fait son apparition, il s’établit en fait une DUALITÉ DE POUVOIR dans l’usine. Par son essence même, cette dualité de pouvoir est quelque chose de transitoire, car elle renferme en elle-même deux régimes inconciliables : le régime capitaliste et le régime prolétarien. L’importance principale des comités d’usine consiste précisément en ce qu’ils ouvrent, sinon une période directement révolutionnaire, du moins une période pré-révolutionnaire, entre le régime bourgeois et le régime prolétarien. Que la propagande pour les comités d’usine ne soit ni prématurée ni artificielle, c’est ce que démontrent amplement les vagues d’occupations d’usines qui ont déferlé sur un certain nombre de pays. De nouvelles vagues de ce genre sont inévitables dans un prochain avenir. Il est nécessaire d’ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d’usine pour ne pas se trouver pris à l’improviste.

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  • « Les syndicats, même les plus puissants, n’embrassent pas plus de 20 à 25 % de la classe ouvrière et, d’ailleurs, ses couches les plus qualifiées et les mieux payées. La majorité la plus opprimée de la classe ouvrière n’est entraînée dans la lutte qu’épisodiquement, dans les périodes d’essor exceptionnel du mouvement ouvrier. A ces moments là, il est nécessaire de créer des organisations ad hoc, qui embrassent toute la masse en lutte : les COMITÉS DE GREVE, les COMITÉS D’USINES, et, enfin, les SOVIETS.

    En tant qu’organisation des couches supérieures du prolétariat, les syndicats, comme en témoigne toute l’expérience historique, y compris l’expérience toute fraîche des syndicats anarcho-syndicalistes d’Espagne, développent de puissantes tendances à la conciliation avec le régime démocratique bourgeois. Dans les périodes de luttes de classes aiguës, les appareils dirigeants des syndicats s’efforcent de se rendre maîtres du mouvement des masses pour le neutraliser. Cela se produit déjà lors de simples grèves, surtout lors des grèves de masse avec occupation des usines, qui ébranlent les principes de la propriété bourgeoise. En temps de guerre ou de révolution, quand la situation de la bourgeoisie devient particulièrement difficile, les dirigeants syndicaux deviennent ordinairement des ministres bourgeois. »

    Trotsky - Le programme de transition

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  • Trotsky y rappelait que les révolutionnaires "doivent constamment s’efforcer, non seulement de renouveler l’appareil des syndicats, en proposant hardiment et résolument dans les moments critiques de nouveaux leaders prêts à la lutte à la place des fonctionnaires routiniers et des carriéristes, mais encore de créer, dans tous les cas où c’est possible, des organisations de combat autonomes qui répondent mieux aux tâches de la lutte des masses contre la société bourgeoise, sans même s’arrêter, si c’est nécessaire, devant une rupture ouverte avec l’appareil conservateur des syndicats. S’il est criminel de tourner le dos aux organisations de masse pour se contenter de fictions sectaires, il n’est pas moins criminel de tolérer passivement la subordination du mouvement révolutionnaire des masses au contrôle de cliques bureaucratiques ouvertement réactionnaires ou conservatrices masquées ("progressistes"). Le syndicat n’est pas une fin en soi, mais seulement un des moyens dans la marche à la révolution prolétarienne."

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  • « Lorsque les grèves se propagent largement parmi les ouvriers, certains d’entre eux (et quelques socialistes) en viennent à s’imaginer que la classe ouvrière peut se borner à faire grève, à organiser des caisses et des associations pour les grèves, et que ces dernières à elles seules suffisent à la classe ouvrière pour arracher une amélioration sérieuse de sa situation, voire son émancipation. Voyant la force que représentent l’union des ouvriers et leurs grèves, même de faible envergure, certains pensent qu’il suffirait aux ouvriers d’organiser une grève générale s’étendant à l’ensemble du pays pour obtenir des capitalistes et du gouvernement tout ce qu’ils désirent. Cette opinion a été également celle d’ouvriers d’autres pays, lorsque le mouvement ouvrier n’en était qu’à ses débuts et manquait tout à fait d’expérience. Mais cette opinion est fausse. Les grèves sont un des moyens de lutte de la classe ouvrière pour son affranchissement mais non le seul ; et si les ouvriers ne portent pas leur attention sur les autres moyens de lutte, ils ralentiront par là la croissance et les progrès de la classe ouvrière. En effet, pour assurer le succès des grèves, il faut des caisses afin de faire vivre les ouvriers pendant la durée du mouvement. Ces caisses, les ouvriers en organisent dans tous les pays (généralement dans le cadre d’une industrie donnée, d’une profession ou d’un atelier) ; mais chez nous, en Russie, la chose est extrêmement difficile car la police les traque, confisque l’argent et emprisonne les ouvriers. Il va de soi que les ouvriers savent aussi déjouer la police, que la création de ces caisses est utile et nous n’entendons pas la déconseiller aux ouvriers. Mais on ne peut espérer que ces caisses ouvrières, interdites par la loi, puissent attirer beaucoup de membres ; or, avec un nombre restreint d’adhérents, elles ne seront pas d’une très grande utilité. Ensuite, même dans les pays où les associations ouvrières existent librement et disposent de fonds très importants, même dans ces pays la classe ouvrière ne saurait se borner à lutter uniquement par des grèves. Il suffit d’un arrêt des affaires dans l’industrie (d’une crise comme celle qui se dessine actuellement en Russie) pour que les patrons des fabriques provoquent eux-mêmes des grèves, parce qu’ils ont parfois intérêt à faire cesser momentanément le travail, à ruiner les caisses ouvrières. Aussi les ouvriers ne peuvent-ils se borner exclusivement aux grèves et aux formes d’organisation qu’elles impliquent. En deuxième lieu, les grèves n’aboutissent que là où les ouvriers sont déjà assez conscients, où ils savent choisir le moment propice, formuler leurs revendications, où ils sont en liaison avec les socialistes pour se procurer ainsi des tracts et des brochures. Or ces ouvriers sont encore peu nombreux en Russie et il est indispensable de tout faire pour en augmenter le nombre, pour initier la masse des ouvriers à la cause ouvrière, pour les initier au socialisme et à la lutte ouvrière. Cette tâche doit être assumée en commun par les socialistes et les ouvriers conscients, qui forment à cet effet un parti ouvrier socialiste. En troisième lieu, les grèves montrent aux ouvriers, nous l’avons vu, que le gouvernement est leur ennemi, qu’il faut lutter contre lui. Et, dans tous les pays, les grèves ont en effet appris progressivement à la classe ouvrière à lutter contre les gouvernements pour les droits des ouvriers et du peuple tout entier. Ainsi que nous venons de le dire, seul un parti ouvrier socialiste peut mener cette lutte, en diffusant parmi les ouvriers des notions justes sur le gouvernement et sur la cause ouvrière. Nous parlerons plus spécialement une autre fois de la façon dont les grèves sont menées chez nous, en Russie, et de l’usage que doivent en faire les ouvriers conscients. Pour le moment, il nous faut souligner que les grèves, comme on l’a dit ci-dessus, sont "l’école de guerre" et non la guerre elle-même, qu’elles sont seulement un des moyens de la lutte, une des formes du mouvement ouvrier. Des grèves isolées les ouvriers peuvent et doivent passer et passent effectivement dans tous les pays à la lutte de la classe ouvrière tout entière pour l’émancipation de tous les travailleurs. Lorsque tous les ouvriers conscients deviennent des socialistes, c’est-à-dire aspirent à cette émancipation, lorsqu’ils s’unissent à travers tout le pays pour propager le socialisme parmi les ouvriers, pour enseigner aux ouvriers tous les procédés de lutte contre leurs ennemis, lorsqu’ils forment un parti ouvrier socialiste luttant pour libérer tout le peuple du joug du gouvernement et pour libérer tous les travailleurs du joug du capital, alors seulement la classe ouvrière adhère sans réserve au grand mouvement des ouvriers de tous les pays, qui rassemble tous les ouvriers et arbore le drapeau rouge avec ces mots : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !" »

    Lénine - A propos des grèves

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  • « S’il est criminel de tourner le dos aux organisations de masse pour se contenter de fictions sectaires, il n’est pas moins criminel de tolérer passivement la subordination du mouvement révolutionnaire des masses au contrôle de cliques bureaucratiques ouvertement réactionnaires ou conservatrices masquées ("progressistes"). »

    « Le syndicat n’est pas une fin en soi, mais seulement un des moyens dans la marche à la révolution prolétarienne. »

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  • « Dans les périodes de luttes de classes aiguës, les appareils dirigeants des syndicats s’efforcent de se rendre maîtres du mouvement des masses pour le neutraliser. »

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  • La voie étroite des révolutionnaires, entre opportunisme et sectarisme ?
    Il y a de la diversité dans les groupes révolutionnaires. Les uns prétendent s’adapter à ce qu’ils estiment le niveau de conscience des travailleurs. Les autres n’en tiennent aucun compte. Les uns refusent toute revendication économique. Les autres en font la base de toute politique des révolutionnaires dans la classe ouvrière. Les uns refusent toute participation aux syndicats et aux élections. Les autres s’y vautrent. Les uns refusent tout débat avec d’autres courants révolutionnaires, les autres ouvrent toutes grandes les portes de leur organisation à n’importe quel courant pseudo radical. Les uns s’abstiennent de toute activité revendicative. Les autres s’en tiennent à ce syndicalisme pur. Les uns sont de véritables laboratoires théoriques mais restent des savants en chambre. Les autres refusent toute élaboration théorique. Les sectaires et les opportunistes se croient diamétralement opposés et pourtant ils sont deux pendants inséparables d’une même faiblesse politique, celle du courant révolutionnaire.

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  • Non, telle n’est pas notre vision du rôle des révolutionnaires, rester isolés, détenteurs de vérités absolues incontestables et immuables, coupés du reste du monde, enserrés entre deux abîmes effroyables, apeurés à l’idée de chuter d’un côté ou d’un autre, et pourtant la recherche de la voie révolutionnaire n’est pas un long fleuve tranquille, car les révolutionnaires, capables de remises en question, sont aussi capables de remettre en cause des éléments essentiels du programme communiste révolutionnaire, comme nous allons le montrer, et ce n’est pas pour trahir mais par désir de réussir...

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  • « Appréciant à sa juste valeur l’emploi des moyens légaux de lutte en période de stagnation politique et de domination de la légalité bourgeoise, Marx condamna très vigoureusement en 1877-1878, après la promulgation de la loi d’exception contre les socialistes, la "phrase révolutionnaire" d’un Most, mais il blâma avec autant d’énergie, sinon davantage, l’opportunisme qui s’était alors emparé momentanément du Parti social-démocrate officiel, lequel n’avait pas su faire aussitôt preuve de fermeté, de ténacité, d’esprit révolutionnaire et de la volonté, en réponse à la loi d’exception, de passer à la lutte illégale (Correspondance, tome IV, pp. 397, 404, 418, 422, 424. Voir également les lettres de Marx à Sorge). »

    Lénine - article "Karl Marx" de l’Encyclopédie

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  • « Petit groupe compact, nous suivons une voie escarpée et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts nous sommes entourés d’ennemis, et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. Nous nous sommes unis en vertu d’une décision librement consentie, précisément afin de combattre l’ennemi et de ne pas tomber dans le marais d’à côté, dont les hôtes, dès le début, nous ont blâmés d’avoir constitué un groupe à part, et préféré la voie de la lutte à la voie de la conciliation. Et certains d’entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu’on leur fait honte, ils répliquent : Quels gens arriérés vous êtes ! N’avez-vous pas honte de nous dénier la liberté de vous inviter à suivre une voie meilleure ! Oh ! oui, Messieurs, vous êtes libres non seulement d’inviter, mais d’aller où bon vous semble, fût-ce dans le marais ; nous trouvons même que votre véritable place est précisément dans le marais, et nous sommes prêts, dans la mesure de nos forces, à vous aider à y transporter vos pénates. Mais alors lâchez-nous la main, ne vous accrochez pas à nous et ne souillez pas le grand mot de liberté, parce que, nous aussi, nous sommes "libres" d’aller où bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s’y dirigent ! »

    Lénine - Que Faire ?

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  • Sur l’action politique de la classe ouvrière

    Il est absolument impossible de s’abstenir des affaires politiques. Même les journaux qui ne font pas de politique ne manquent pas, à l’occasion, d’attaquer le gouvernement, et se mêlent donc de politique. La seule chose dont il s’agit, c’est de savoir quelle politique on pratique et avec quels moyens ? Au demeurant, pour nous, l’abstention est impossible. Le parti ouvrier existe déjà comme parti politique dans la plupart des pays. Ce n’est certes pas à nous de le ruiner en prêchant l’abstention. La pratique de la vie réelle et l’oppression politique que les gouvernements en place font subir aux ouvriers à des fins politiques, aussi bien que sociales contraignent les ouvriers à faire de la politique, qu’ils le veuillent ou non. Leur prêcher l’abstention en matière politique reviendrait à les pousser dans les bras de la politique bourgeoise. Plus que jamais après la Commune de Paris, qui a mis à l’ordre du jour l’action politique du prolétariat, l’abstention politique est tout à fait impossible.

    Nous voulons abolir les classes. Par quel moyen y parviendrons-nous ? Par la domination politique du prolétariat. Or, maintenant que tout le monde est d’accord sur ce point, on nous demande de ne pas nous mêler de politique ! Tous les abstentionnistes se nomment des révolutionnaires, et même des révolutionnaires par excellence. Mais la révolution n’est-elle pas l’acte suprême en matière politique ? Or, qui veut la fin doit vouloir aussi les moyens l’action politique qui prépare la révolution, éduque l’ouvrier et, sans elle, le prolétariat sera toujours frustré et dupé le lendemain de la bataille par les Favre et Pyat.

    Cependant, la politique qu’il faut faire doit être celle du prolétariat : le parti ouvrier ne doit pas être la queue de quelque parti bourgeois que ce soit, mais doit toujours se constituer en parti autonome, ayant sa propre politique et poursuivant son propre but.

    Les libertés politiques, le droit de réunion et d’association, la liberté de la presse telles sont nos armes. Et nous devrions accepter de limiter cet armement en faisant de l’abstention, au moment même où on essaie de nous en priver ?

    On prétend que toute action politique signifie reconnaître l’ordre existant. Or, si ce qui existe nous donne les moyens pour protester contre l’état existant, dès lors l’utilisation de ces moyens n’est pas une reconnaissance de l’ordre établi. (…)

    Il ne faut pas croire que ce soit d’une mince importance d’avoir des ouvriers dans les parlements. Si l’on étouffe leur voix, comme c’est le cas pour De Potter et Castiau, ou si on les expulse comme Manuel, l’effet de ces rigueurs et de cette intolérance est profond sur les masses. Si, au contraire, comme Bebel et Liebknecht, ils peuvent parler de cette tribune, c’est le monde entier qui les entend. D’une manière comme d’une autre, c’est une grande publicité pour nos principes. (…)

    Nous devons déclarer aux gouvernements : nous savons que vous êtes la force armée contre les prolétaires. Nous agirons pacifiquement contre vous là où cela nous sera possible, et par les armes quand cela sera nécessaire.

    (F. Engels et K. Marx, Sur l’action politique de la classe ouvrière, 1871, dans Le parti de classe, vol. 3, François Maspéro, 1973 http://marxists.catbull.com/francai...)

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  • Une réponse à ceux qui pensent que toute participation au parlement bourgeois et toute participation aux syndicats entraînent immanquablement trahison de la révolution. Celle de Trotsky :

    « N’avons-nous pas connu Karl Liebknecht ? Lui aussi était membre du parlement. La canaille social-patriote étouffait sa voix. Mais quelques paroles d’accusation et d’appel qu’il put lancer pardessus la tête des tortionnaires du peuple allemand ébranlèrent les sentiments et la conscience de centaines de milliers d’ouvriers allemands. Karl Liebknecht descendit du Parlement sur la place de Potsdam pour appeler les masses prolétariennes à la lutte. Il quitta la place pour le bagne, et le bagne pour les barricades de la révolution. Lui, l’ardent partisan des soviets et de la dictature du prolétariat, il estima ensuite qu’il était nécessaire de participer aux élections de l’Assemblée constituante allemande. En même temps, il organisait les soldats communistes. Il est tombé à son poste. (…) Il a pénétré dans le parlement pour servir là aussi la cause qu’aux autres heures de la journée il servait dans les organisations clandestines. »

    Une réponse à ceux qui pensent que le syndicalisme, bien dirigé par des révolutionnaires, peut être le moyen principal d’action des révolutionnaires dans la classe ouvrière, le même Trotsky :

    « Les syndicats qui groupent les ouvriers par branches d’industrie ne peuvent pas devenir les organes de la domination révolutionnaire du prolétariat. La minorité d’initiative – le parti communiste – ne peut trouver un tel appareil que dans les soviets, qui groupent les ouvriers de toutes les branches d’industrie, de toutes les professions et, par là même, mettent au premier plan es intérêts fondamentaux communs, c’est-à-dire les intérêts socialistes-révolutionnaires du prolétariat. »

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  • "On prendra peut-être pour un paradoxe l’affirmation qui consisterait à dire que le trait psychologique dominant de l’opportunisme, c’est son incapacité d’attendre. Il en est pourtant ainsi. Dans les périodes où les forces sociales alliées et adversaires, par leur antagonisme comme par leurs réactions mutuelles amènent en politique un calme plat ; où le travail moléculaire de développement économique, renforçant encore les contradictions, au lieu de rompre l’équilibre politique, semble plutôt l’affermir provisoirement et lui assurer une sorte de pérennité, l’opportunisme, dévoré d’impatience, cherche autour de lui de "nouvelles" voies, de "nouveaux" moyens de réaliser des succès. Il s’épuise en plaintes sur l’insuffisance et l’incertitude de ses propres forces et il recherche des "alliés". Il se jette avidement sur le fumier du libéralisme. Il le conjure. Il l’appelle. Il invente, à l’usage du libéralisme, des formules spéciales d’action. Mais le fumier n’exhale que son odeur de décomposition politique. L’opportunisme picore alors dans le tas de fumier quelques perles de démocratie. Il a besoin d’alliés. Il court à droite, à gauche, et tache de les retenir par le pan de leur habit à tous les carrefours. Il s’adresse à ses "fidèles" et les exhorte à montrer la plus grande prévenance à l’égard de tout allié possible. "Du tact, encore du tact et toujours du tact !" Il souffre d’une certaine maladie qui est la manie de la prudence à l’égard du libéralisme, la rage du tact, et, dans sa fureur, il administre des soufflets et porte des blessures aux gens de son propre parti".

    Trotsky, "1905"

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