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Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des révolutionnaires ? - Matière et Révolution
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Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des révolutionnaires ?

samedi 27 juillet 2013, par Robert Paris

"Sous sa forme rationnelle, la dialectique n’est, aux yeux de la bourgeoisie et de ses théoriciens, que scandale et horreur, parce que, outre la compréhension positive de ce qui existe, elle englobe également la compréhension de la négation, de la disparition inévitable de l’état des choses existant ; parce qu’elle considère toute forme sous l’aspect du mouvement, par conséquent aussi sous son aspect transitoire ; parce qu’elle ne s’incline devant rien et qu’elle est, par son essence, critique et révolutionnaire."

Karl Marx

Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des révolutionnaires ?

On a souvent vu des révolutionnaire ironiser sur la philosophie dialectique, affirmant qu’elle servait à justifier tout et son contraire pour faire passer en douce des trahisons, ou encore que plus on parlait de dialectique moins on l’appliquait, que la dialectique matérialiste n’avait plus besoin d’être discutée mais seulement d’être pratiquée, que l’on avait assez philosophé sur le monde et désormais qu’il fallait seulement le transformer, etc, etc…

Et, dès qu’on cherche à discuter de philosophie dialectique, on se heurte dans les courants d’extrême gauche à deux sortes de non-dialecticiens que l’on pourrait qualifier de non-dialecticiens de gauche et de non-dialecticiens de droite. Dans les deux cas, nous voulons parler ici de militants qui se revendiquent de l’extrême gauche. Les non dialecticiens de gauche s’intitulent gauche communistes ou maximalistes. Les autres, les non dialecticiens de droite, sont des pragmatistes, des opportunistes de l’extrême gauche.

Ce qui ne peut être compris du non-dialecticien, c’est qu’une situation, du coup qu’une politique, puisse se changer en son contraire. Le non-dialecticien de gauche réclame une politique toujours radicale sans alliance et sans compromis, faite d’avancées et jamais de reculs. Le non-dialecticien de droite réclame une politique toujours faite d’alliances et de compromis, toujours prête aux reculs tactiques.

L’un déclarera que l’on ne peut jamais accepter de participer à des activités syndicales. L’autre affirmera que l’on doit toujours le faire. Idem pour l’activité politique au parlement bourgeois. Idem pour l’unité face à un ennemi dangereux. Idem pour les revendications petites bourgeoises et même bourgeoises, que la société s’est révélée incapable de satisfaire.

Ce qui caractérise l’un est de répondre « toujours oui » quand l’autre répond « toujours non » et inversement.

L’un propose toujours de mettre la classe ouvrière en défense et l’autre veut toujours proposer l’offensive.

L’un a toujours peur que la majorité ne suive pas quand l’autre affirme que la minorité révolutionnaire ne doit jamais reculer devant la propagande et les tâches révolutionnaires.

Que les deux ne s’opposent pas mais se composent, se transforment l’un dans l’autre échappe à l’un et à l’autre.

Les deux ne sont bien sûr pas symétriques car le non-dialecticien de droite, s’il est conséquent, est un adversaire et le non-dialecticien de gauche est un camarade révolutionnaire qui refuse de voir la nécessité de discuter, de convaincre par l’expérience la majorité de sa classe.

Avons-nous des exemples de ces fameuses situations où une chose se change en son contraire, une situation, une classe, un rapport de forces des classes, une politique, une organisation même ? Nous n’en avons pas une, nous en avons cent. Les périodes de crise ne présentent que cela : des situations où il suffit de peu de jours pour renverser complètement le cours des choses. Dans ces conditions, une classe exploitée pleine d’illusions réformistes devient brutalement révolutionnaire, un prolétariat respectueux du pouvoir d’Etat et le prenant pour une forme démocratique au service de la population devient une classe attaquant violemment cet Etat, une bonne action défensive de classe se transforme en action offensive, une lutte pour des buts réformistes se transforme en lutte pour des buts révolutionnaires. La situation, la classe, le pays changent brutalement en leur contraire.

N’a-t-on pas vu au cours des révolutions russe, italienne ou espagnole pour ne citer que celles-là des situations contre-révolutionnaires se changer du jour au lendemain en situations révolutionnaires ou l’inverse si l’occasion révolutionnaire n’a pu être saisie à temps ?

Ceux qui opposent diamétralement la situation révolutionnaire et la situation contre-révolutionnaire peuvent-ils comprendre la rapidité des changements brutaux au cours des révolutions ? Peuvent-ils proposer les changements rapides de stratégie et de tactique nécessaires au prolétariat ?

Pour les uns, il faut toujours tenir compte des syndicats. Pour les autres jamais. Les uns ne connaissent que la marche avant. Les autres que le recul…

Pourtant, au cours des révolutions, à quoi assiste-t-on sinon à la capacité de la classe des prolétaires de passer d’un état relativement passif et soumis à un état qui ne l’est plus du tout au moins pour une part considérable de la classe ? Et il arrive également que cette situation se renverse à nouveau si la révolution n’a pu atteindre assez vite un certain niveau de ses objectifs, en cas d’isolement de la fraction révolutionnaire. Les prolétaires devenus révolutionnaires peuvent alors revenir dans l’ancienne ornière.

Ces changements sont brutaux et radicaux dans les périodes révolutionnaires, étonnant en premier les participants eux-mêmes. Majorités et minorités s’échangent alors parfois en quelques jours…

Un autre changement dialectique est celui qui concerne les classes dirigeantes. Autrefois, elles n’avaient aucune difficulté à avoir confiance en elles-mêmes pour diriger la société, pour faire fonctionner l’économie, l’Etat, les relations avec les autres classes sociales. Brusquement, elles se transforment en classes pleutres, méfiantes, divisées, ne croyant plus dans leur propre avenir, n’ayant plus aucune sympathie dans leurs dirigeants traditionnels, s’affolent, ne savent plus à quel sein se vouer…

Et les classes ou couches intermédiaires ? Elles, plus que tout autre, peuvent changer d’état d’esprit du jour au lendemain, passant de la confiance à la méfiance, de la tranquillité (qui stabilise les régimes) à la haine et à la violence. Elles peuvent brutalement passer du soutien aux classes dirigeantes qu’elles avaient toujours respecté et appuyé à la haine violente à leur égard et même à une attirance pour les travailleurs. Mais elles peuvent aussi rebasculer brutalement en sens inverse si elles n’ont pas confiance dans la capacité des prolétaires de faire face à la crise de la domination de la bourgeoisie. En quelques jours, ces masses intermédiaires changeantes peuvent passer d’un parti à un autre complètement opposé : de la démocratie bourgeoise au fascisme ou au communisme.

Ne peut étudier les révolutions celui qui ne comprend pas ce type de changement en son contraire est le plus fréquent dans ces situations. La potentialité existe alors que la classe dirigeante ne soit plus capable de diriger, que la classe exploitée prenne confiance dans ses capacités de diriger toute la société et entraîne avec elle une classe moyenne habituée à se ranger du côté de la bourgeoisie.

Ainsi, la couche moyenne qui sert habituellement de pilier de la société d’exploitation devient par son affolement, par son retournement, le principal facteur de l’effondrement du système. Elle s’est donc bel et bien transformée d’un facteur d’ordre en son contraire.

Le changement d’un élément en son contraire concerne également les politiques menées et leurs effets, qu’il s’agisse de la politique des classes dirigeantes ou de celle des exploités. Le même facteur, la même politique, le même mode d’organisation, la même propagande peut alors avoir l’effet inverse de celui de la veille.

Un compromis qui suffisait autrefois à arrêter une lutte provoque cette fois une prise de conscience du rapport de forces et une exacerbation de la lutte. Une répression qui la veille entraînait l’affolement des exploités, provoque maintenant la révolution. Là encore, un facteur se change en son contraire.

Pour celui qui ne connait que les notions diamétrales, ou oui ou non, ou bien la classe ouvrière est révolutionnaire (elle l’est toujours) ou elle ne l’est pas (elle ne l’est jamais et ne doit que revendiquer des améliorations et ne pas viser à renverser le système). Ou bien les couches moyennes sont réactionnaires, pour ses non-dialecticiens, ou bien elles sont progressistes. L’un ou l’autre mais certainement pas les deux.

Même les formes de la domination des classes dirigeantes peuvent changer brutalement en leur contraire. Le non-dialecticien de gauche dira que changer la forme de domination c’est ne rien changer du tout. Le non-dialecticien de droite dira que c’est essentiel. Pour le premier, fascisme, dictature militaire, démocratie, c’est tout en un pour le prolétariat puisque tous sont des dictatures des exploiteurs. Pour l’autre, on peut sacrifier les intérêts prolétariens, les perspectives futures, aux possibilités de conserver la démocratie face à la dictature ou au fascisme.

Pour le non-dialecticien, de droite comme de gauche, il faut disjoindre la question du socialisme, du communisme, de la révolution de celles de la démocratie, de la dictature, du fascisme, mais aussi d’autres questions de type démocratique, comme l’oppression des minorités, des peuples coloniaux ou néo-coloniaux, des couches opprimées pour des raisons de nationalités, de races, de religions, de régions, de couleur, de sexe, de genre, des questions paysannes, des questions de la guerre et de la paix.

L’un, le non-dialecticien de gauche, considère que ces questions sont dépassées et que la révolution prolétarienne communiste n’a pas à les prendre en charge.

L’autre, le non-dialecticien de droite, affirme que ces questions sont primordiales et qu’elles nécessitent de se placer entièrement sur le terrain démocratique, c’est-à-dire bourgeois.

Ni l’un ni l’autre ne conçoit que, de manière dialectiquement contradictoire, cela puisse être le prolétariat qui prenne la tête des questions démocratiques bien que ces questions aient effectivement un caractère bourgeois et petit bourgeois. Et, encore moins, ils ne comprennent ni les uns ni les autres qu’en agissant ainsi le prolétariat change le caractère social des luttes en question, ne pouvant se contenter, pour des raisons tenant au caractère de classe de son action vis-à-vis de l’ensemble de la société bourgeoise, de la propriété, de l’Etat.

Une révolution bourgeoise change ainsi en son contraire, comme c’est le cas de la révolution russe qui est à la fois, et contradictoirement, une révolution bourgeoise par ses tâches et une révolution prolétarienne par le rôle de direction du prolétariat et par sa liaison avec la vague révolutionnaire prolétarienne en Europe.

Bien entendu, cette contradiction de la révolution bourgeoise/prolétarienne qui a un caractère objectif dans les tâches de la révolution d’une part et dans ses acteurs d’autre part, peut aussi se tourner en son contraire si la vague révolutionnaire échoue en Europe.

Si le prolétariat est affaibli, démoralisé, isolé dans un seul pays, le caractère contradictoire de la révolution se retourne contre ses auteurs. Autant le prolétariat offensif a pu prendre la tête des paysans et des nationalités opprimées, autant le prolétariat isolé, très minoritaire, d’un pays arriéré, détruit, isolé se retrouve face aux masses paysannes et petites bourgeoises des villes qui se retournent alors contre lui, le tout dans un encerclement impérialiste hostile, ne peut que mener la révolution vers le fossé.

Ce qui était la principale avancée historique du prolétariat mondial se retourne alors en son contraire dialectique : en la principale force contre-révolutionnaire internationale, le stalinisme, capable à l’égal du fascisme de détruire toute forme autonome d’organisation prolétarienne, en Russie comme dans des pays où sonnent l’heure de la révolution, comme en Espagne…

A ce moment, le non-dialecticien de droite dira : vous voyez bien, il ne fallait pas faire de révolution communiste et le non-dialecticien de gauche affirmera qu’il ne fallait pas faire de compromis avec les forces petites bourgeoises et avec les partis réformistes.

Au premier, nous n’aurons rien de spécial à répondre car le réformiste n’est pas davantage pour la révolution quand elle triomphe et celui qui agit consciemment veut même l’assassiner.

Au second, nous devons demander quelle aurait été cette révolution qu’il prétend soutenir en Russie si elle avait agi comme il le préconise : sans s’appuyer sur les paysans et les nationalités opprimées. Comment alors la révolution prolétarienne n’aurait pas été isolée dès le début ? Qui aurait défendu la révolution contre les armées blanches et impérialistes ? L’infime minorité de prolétaires ?

Quelle révolution russe auraient pu soutenir les gauches si on s’était détournés des soviets de paysans, des soviets de soldats, des peuples des nationalités opprimées, sous prétexte que ces mouvements étaient bourgeois et non prolétariens ?

Ne pas participer à une quelconque alliance avec les réformistes et les forces petites bourgeoises ? Mais les soviets eux-mêmes étaient exactement une alliance de ce type ! Ils n’étaient nullement purement prolétariens ! Les réformistes y étaient largement majoritaires et même hégémoniques au début. Il aurait alors fallu, du point de vue du non-dialecticien de gauche, se détourner des soviets pour cause de réformisme avéré. Et, effectivement, c’était un problème tel qu’à un moment Lénine avait envisagé faire appel aux conseils d’usine !

Loin de s’en tenir à l’opposition diamétrale entre réforme et révolution, la politique prolétarienne s’adresse aux masses qui sont gangrénées par le réformisme et leur propose une politique qui leur permette, au travers de leurs expériences collectives de lutte, de prendre conscience du rôle criminel du réformisme. C’est très différent de proposer simplement de s’isoler complètement de toute organisation de type réformiste comme les syndicats, comme les parlements, mais aussi comme les soviets…

Les soviets sont la forme la plus révolutionnaire de front unique ouvrier. Les gauches cultivent volontiers cette forme d’organisation mais n’entendent pas du tout qu’elle soit une alliance sur des bases de classe.

S’il en était autrement, les soviets ne pourraient, aux débuts des révolutions, embrasser les larges masses alors que celles-ci sont encore loin de s’être séparés des illusions et des partis réformistes bourgeois.

Tout ce qui est bourgeois et petit bourgeois dit le non-dialecticien de gauche. Tout ce qui est bourgeois et petit bourgeois est bon dit le non-dalecticien de droite, du moment que cela va dans le sens de la démocratie.

L’impossibilité, aux yeux des deux non-dialecticiens, des retournements dialectiques les empêche de voir que la lutte pour la démocratie peut se transformer en lutte révolutionnaire mais aussi peut transformer la démocratie bourgeoise en dictature violente.

La grève ouvrière elle-même est une alliance avec des réformistes, des syndicalistes, avec des travailleurs qui acceptent l’ordre bourgeois, qui défendent l’entreprise, qui ont des illusions bourgeoises, corporatistes, etc… Le comité de grève n’exclue pas les réformistes, les syndicalistes mais les révolutionnaires doivent les combattre en son sein, ce qui est très différent.

D’un côté des révolutionnaire puristes qui affirment qu’il ne faut jamais s’allier et de l’autre des opportunistes nuisibles à la révolution qui proposent de ne jamais manquer une occasion… de mettre son drapeau dans sa poche, nous ne dressons bien sûr pas un signe égal entre les deux !

Par contre, notre combat révolutionnaire contre l’opportunisme ne nous mène pas aux oppositions diamétrales car elles désarment le prolétariat, l’empêche de tirer parti des contradictions de l’ennemi, des situations de crise sociale et politique dans lesquelles les conditions ne sont pas encore entièrement mures et que la politique révolutionnaire permet justement de faire basculer dans le sens révolutionnaire plutôt que contre-révolutionnaire.

Dans de telles situations révolutionnaires (et aussi contre-révolutionnaires) ou pré-révolutionnaires, celles qui devraient intéresser particulièrement les militants d’extrême gauche, les conditions changent parfois de jour en jour et se renversent plusieurs fois, en fonction des événements. Etre prêt à mener la politique révolutionnaire nécessaire au prolétariat ne consiste certainement pas à décider par avance que tel geste est toujours nuisible ou toujours positif. S’interdire toute alliance avec les réformistes, les forces qui ne sont pas exclusivement prolétariennes, comme se donner d’avance la règle inverse, c’est s’interdire de répondre à la situation.

Il y a bien sûr des principes intangibles qui consistent à préserver l’indépendance politique du prolétariat, ce qui signifie plusieurs choses :

- que le prolétariat dispose d’organisations politiques et d’organisations de masse soviétiques, éventuellement de milices, toutes organisations qui ne soient pas dépendantes des classes bourgeoises

- que la politique que les révolutionnaires proposent à leur classe ne consiste pas à se mettre à la remorque des buts d’autres classes sociales

- que toute alliance soit conditionnée par la possibilité d’une critique sociale claire des buts des partis, classes ou groupes sociaux appartenant à l’alliance. Alliance momentanée ne veut pas dire compromissions ni mise en cause du rôle d’avenir du prolétariat

- que les intérêts généraux du prolétariat soient toujours le souci numéro défendu et pas les intérêts locaux ni momentanés du prolétariat et encore moins les intérêts d’autres couches, alliées momentanément du prolétariat

Raisonner dialectiquement sur toutes ces questions consiste à rechercher sans cesse les éléments contradictoires au sein de chaque situation, de chaque rapport de forces, de chaque politique menée.

Se refuser à avoir une politique rendant compte du caractère sans cesse contradictoire de la réalité, c’est comme refuser de marcher en tenant compte des reliefs de la géographie. On a le droit de contourner un arbre ou une montagne sans qu’on vous dise que vous refusez de suivre la ligne droite de la politique prolétarienne !

Par contre, quand la politique proposée tourne le dos aux intérêts prolétariens, il est non seulement du droit mais du devoir des militants révolutionnaires de combattre cette politique même si elle est proposée par les dirigeants les plus reconnus.

Il n’y a pas de voie tracée d’avance pour la politique révolutionnaire. Ceux qui prétendent le contraire ne peuvent que nous envoyer dans le mur car les chemins de la réalité ne sont pas en ligne droite.

On ne peut pas suivre ceux qui, à la moindre occasion, jettent le programme communiste aux fourrés mais on ne peut pas non plus suivre ceux qui se contentent de la pureté du programme révolutionnaire.

Comment reconnaitre la politique révolutionnaire de celle qui n’est pas dialectique ? L’opportuniste se reconnait par le fait qu’au cours des alliances qu’il contracte, il refuse de faire la critique des forces qui ne sont que des alliés momentanés du prolétariat. Le communiste de gauche, lui, refuse avec horreur toute alliance, condamnant la force prolétarienne à ne devoir compter que sur elle-même, condamnant surtout la minorité révolutionnaire à être coupée de la majorité de sa classe au moment même où une politique juste lui permettrait de la gagner.

Encore une fois, nous sommes infiniment plus proches du communiste de gauche dans les buts que de l’opportuniste, réformiste caché, mais nous sommes obligés de mener aussi le combat contre l’anti-dialecticien de gauche car il ne peut que vouloir empêcher les stratégies prolétariennes permettant aux travailleurs de devenir la classe dominante en prenant la tête de toutes les couches en lutte.

Les opportunistes sont nos ennemis politiques et les gauches communistes des adversaires politiques que nous devons tenter de gagner.

Il est extrêmement étonnant que ceux-ci, très attachés à Karl Marx, n’aient vu dans ses thèses philosophiques, que la nécessité de passer de la théorie à la pratique et pas la nécessité absolue d’une politique fondée sur l’analyse dialectique de la réalité économique, sociale, historique.

La lettre de Marx aux militants de la Ligue des communistes suite aux événements des révolutions de 1848 est l’un des exemples marquants de la méthode de Marx que ces militants auraient dû méditer. Elle développe des principes, une stratégie et une tactique qui utilise la dialectique des relations entre les classes qui peut être appelée une conception de révolution permanente et qui n’est ni réformiste ni de type maximaliste.

« Leçon de la révolution de 1848 : l’indépendance indispensable du prolétariat « (...) Tandis que les petits bourgeois démocratiques veulent terminer la révolution au plus vite (...), il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu’à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays régnants du monde l’association des prolétaires ait fait assez de progrès pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prolétaires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives décisives. Il ne peut s’agir pour nous de transformer la propriété privée, mais Seulement de 1’anéantir ; ni de masquer les antagonismes de classes, mais d’abolir les classes ; ni d’améliorer la société existante, mais d’en fonder une nouvelle. (...) « Leurs efforts doivent tendre à ce que l’effervescence révolutionnaire directe ne soit pas une nouvelle fois réprimée aussitôt après la victoire. Il faut, au contraire, qu’ils la maintiennent le plus longtemps possible. Bien loin de s’opposer aux prétendus excès, aux exemples de vengeance populaire contre des individus haïs ou des édifices publics auxquels ne se rattachent que des souvenirs odieux, il faut non seulement tolérer ces exemples, mais encore en assumer soi-même la direction. Pendant et après la lutte, les ouvriers doivent en toute occasion formuler leurs propres revendications à côté de celles des démocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les ouvriers, dès que les bourgeois démocratiques se disposent à prendre le gouvernement en main. Il faut au besoin qu’ils obtiennent ces garanties de haute lutte et s’arrangent en somme pour obliger les nouveaux gouvernants à toutes les concessions et promesses possibles ; c’est le plus sûr moyen de les compromettre. Il faut qu’ils s’efforcent, par tous les moyens et autant que faire se peut, de contenir la jubilation suscitée par le nouvel état de choses et l’état d’ivresse, conséquence de toute victoire remportée dans une bataille de rue, en jugeant avec calme et sang-froid la situation et en affectant à l’égard du nouveau gouvernement une méfiance non déguisée. Il faut qu’à côté des nouveaux gouvernements officiels ils établissent aussitôt leurs propres gouvernements ouvriers révolutionnaires, soit sous forme d’autonomies administratives locales ou de conseils municipaux, soit sous forme de clubs ou comités ouvriers, de façon que les gouvernements démocratiques bourgeois non seulement s’aliènent aussitôt l’appui des ouvriers, mais se voient, dès le début, surveillés et menacés par des autorités qui ont derrière elles toute la masse des ouvriers. En un mot, dès les premiers instants de la victoire, on ne doit plus tant se défier des partis réactionnaires vaincus que des anciens alliés des ouvriers, que du parti qui cherche à exploiter la victoire pour lui seul. (...) » « Les ouvriers doivent se placer non sous la tutelle de l’autorité de l’Etat mais sous celle des conseils révolutionnaires de communautés que les ouvriers auront pu faire adopter. Les armes et les munitions ne devront être rendues sous aucun prétexte. (...) » « Ils doivent pousser à l’extrême les propositions des démocrates qui, en tout cas, ne se montreront pas révolutionnaires, mais simplement réformistes, et transformer ces propositions en attaques directes contre la propriété privée. Si, par exemple, les petits bourgeois proposent de racheter les chemins de fer et les usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement et sans indemnité confisqués par l’Etat en tant que propriété de réactionnaires. Si les démocrates proposent l’impôt proportionnel, les ouvriers réclament l’impôt progressif. Si les démocrates proposent eux-mêmes un impôt progressif modéré, les ouvriers exigent un impôt dont les échelons montent assez vite pour que le gros capital s’en trouve compromis. Si les démocrates réclament la régularisation de la dette publique, les ouvriers réclament la faillite de l’Etat. Les revendications des ouvriers devront donc se régler partout sur les concessions et les mesures des démocrates. » « Ils (les ouvriers) contribueront eux-mêmes à leur victoire définitive bien plus par le fait qu’ils prendront conscience de leurs intérêts de classe, se poseront dès que possible en parti indépendant et ne se laisseront pas un instant détourner—par les phrases hypocrites des petits bourgeois démocratiques—de l’organisation autonome du parti du prolétariat. Leur cri de guerre doit être : La révolution en permanence ! »

Karl Marx et Friedrich Engels

dans « Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes »

(1850)

2 Messages de forum

  • Le courant libertaire se méfie de la dialectique :

    « La dialectique marxiste révolutionnaire échouera encore parce qu’il s’agit de l’instrumentalisation d’une figure logique abstraite afin de contrôler la pratique concrète et collective : découpant arbitrairement le temps en phases, érigé en dogme comme une nouvelle trinité ne supportant pas le blasphème, ce concept produit des résultats catastrophiques. Il faut alors élaborer autre chose (qui ne résulte pas de l’application ex nihilo d’une abstraction logique au champ social-historique), qui reste criticable en permanence dans ses variations concrètes mais survive, au niveau des principes, à l’évolution sociale et à la stratégie pratique.
    Ou alors l’anarchisme se condamne à la pragmatique avec "la dialectique révolutionnaire" comme parapluie troué au-dessus de sa tête.
    Ce qui veut dire, sinon rompre, du moins mettre une véritable distance avec cette référence. Il faut s’interroger sur l’aspect de "parole révélée" du concept marxiste de dialectique révolutionnaire dans la plupart des théories de la révolution et sa sacralisation comme vérité intouchable, ce qui a coupé le marxisme de la réalité vécue de l’histoire, et sans qu’il ait réalisé son objectif. Et il faut par ailleurs réexaminer franchement, en regard de l’évolution mondiale actuelle, son utilité même.
    En quoi peut-il répondre à l’attente et à la réalité de l’anarcho-syndicalisme-révolutionnaire ? Puisque, par la perversion du "découpage" temporel qu’il instaure (le contrôle par l’élite des trois phases de la dialectique révolutionnaire avec pour horizon la fin de l’Histoire), il met l’autonomie en contradiction avec elle-même : or, si pour Hegel la dialectique était le dynamisme logique de l’autonomie, le grand souci d’Engels, en revanche, était de liquider celle-ci. »

    Anne Vernet

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  • Lénine dans « La portée du matérialisme militant » :

    "Nous devons comprendre qu’à défaut d’un solide fondement philosophique, il n’est point de science de la valeur, point de matérialisme qui pussent soutenir la lutte contre les pressions des idées bourgeoises et la restauration de la conception bourgeoise du monde. Pour soutenir cette lutte et la mener à terme avec un entier succès, le spécialiste des sciences de la nature doit être un matérialiste moderne, un partisan conscient du matérialisme tel que l’a présenté Marx, c’est-à-dire que son matérialisme doit être dialectique. (...) Nous pouvons et devons élaborer cette dialectique dans tous ses aspects, publier des extraits des principales œuvres de Hegel, les interpréter dans un esprit matérialiste. (...) Les spécialistes modernes des sciences de la nature trouveront (s’ils cherchent et si nous apprenons à les aider) dans la dialectique de Hegel interprétée de manière matérialiste un bon nombre de réponses aux questions philosophiques que pose la révolution dans la science. Faute de cela, les grands savants seront aussi souvent que par le passé impuissants dans leurs conclusions et généralisations philosophiques. Car les sciences de la nature progressent si vite, traversent une période de bouleversements révolutionnaires dans tous les domaines si profonde, qu’elles ne pourront se passer en aucun cas de conclusions philosophiques."

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