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Le matriarcat, ses causes et sa fin sous les coups de la guerre sociale - Matière et Révolution
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Le matriarcat, ses causes et sa fin sous les coups de la guerre sociale

jeudi 26 avril 2012, par Robert Paris

Les femmes n’ont pas été dominées depuis toujours. Au contraire, de très nombreuses populations anciennes (pour ne pas dire primitives) ont connu une société où la place de la femme était plus importante au plan des moeurs, au plan social comme au plan politique et symbolique que celle de l’homme. Le matriarcat n’est pas une invention de théoriciens puisqu’on le retrouve à la fois dans les cas suivants : celtes, basques, ligures, vikings, burgondes, touaregs, trobriandais, inuits, iroquois, comores, kerala, moso, mosuo, khasi, minagkabau, jaintia, juifs, berbères, karens, jivaros, boschimans, malikus, naxis, garos, marshallais, bunts, filipinos, navajos, hopis, sirayas, nubiens, bamendas, bateks, … On retrouve de nombreuses fois le matriarcat aux origines des peuples. Et cela sur tous les continents et dans toutes sortes de peuples. Même les peuples devenus patriarcaux ont souvent conservé des anciennes traditions matriarcales. La culture celte regorge de restes d’un ancien matriarcat. Même la culture juive si patriarcale a conservé l’appartenance à l’ethnie par voie maternelle. Dans la légende viking, Beowulf tue une déesse-mère de l’ère matriarcale ... Dans la Grèce antique, les dieux ont supplanté les déesses.

Bien des auteurs ne veulent pas admettre l’existence d’une société matriarcale comme ils ont du mal à admettre que l’humanité se soit longtemps passée de classes sociales, de l’exploitation économique et même des armées et d’un Etat. A la limite, ils admettraient éventuellement cela d’un état presque animalesque de l’humanité. Eh bien, ils se trompent lourdement. C’est d’une durée plus grande que celle de l’époque de l’Etat qu’il s’agit et d’une période qui a marqué le monde malgré toute l’époque que nous vivons de domination masculine. Non seulement il en reste de multiples traces archéologiques dans le monde entier mais le caractère violent de certaines formes d’expression du patriarcat et des religions est dû au combat historique qu’a mené le patriarcat contre le matriarcat.

Dans la plupart des cas, ce combat s’est déroulé il y a trop longtemps et sans qu’on dispose d’écrits pour en témoigner. Pourtant, certaines sociétés ont connu ce combat suffisamment récemment pour que les témoignages existent. On sait, par exemple, que le matriarcat était dominant en Crête antique alors que l’époque de la Grèce classique connaît à l’inverse une hostilité virulente à l’idée de la participation des femmes au pouvoir politique, idée qui n’apparaît nullement absurde à l’époque de Socrate. Ce combat était encore dans les esprits, même si Socrate ne l’avait pas connu de son vivant.

L’expression matriarcat, symétrique du terme patriarcat, peut faire penser à une inversion des relations de pouvoir alors que c’est souvent une relation où le caractère du pouvoir est très différent. Cela recouvre d’ailleurs de situations très diverses qui ont en commun que la femme est considérée comme la base de la société. L’idée de pouvoir féminin – souvent confondue avec le fait de laisser gouverner une femme - est fausse car elle suppose déjà le pouvoir d’Etat alors qu’au contraire, en général, il n’y a pas d’Etat. C’est le stade familial d’organisation dit « société gentilice », celui de la "gens" forme familiale d’organisation sociale, qui précède la Grèce ou la Rome antiques. On le rencontre par exemple chez les Etrusques. La relation hommes/femmes n’est pas encore déterminée par la propriété privée des moyens de production car ceux-ci n’ont pas encore été modifiés par un amoncellement de biens essentiellement liés à l’élevage. L’affrontement entre matriarcat et patriarcat sera d’autant plus violent chez les éleveurs. Il y a des traces de ce combat dans nombre de légendes qui ont été communiquées malgré l’absence de l’écriture. Certaines traces sont aussi dues à des interprétations des objets : par exemple l’habitat peut être divisé ce qui montre quel sexe détient les objets de la maison. Le plus marquant apparaît avec le développement de l’agriculture : le mégalithisme. Les pierres sont du domaine des hommes, alors que les objets en bois appartenaient aux femmes. La présence d’un groupe humain est alors représentée par un sexe masculin dressé : le "menhir". La division en classes sociales a déjà commencé à apparaitre... et elle se perçoit dans les tombeaux, les "dolmens" avec les objets précieux enfouis, notamment.

Le matriarcat, ses causes et sa fin sous les coups de la guerre sociale

Les déesses du paléolithique et du néolithique

L’un des signes les plus marquants d’anciennes civilisations fondées sur le matriarcat, la suprématie féminine, est l’existence d’anciens dieux exclusivement féminins, des déesses, qui semble représenter la fécondité de la terre : des déesses-mères.

Dans son « histoire des croyances et des idées religieuses », Mircéa Eliade écrit :

« La découverte des figurations féminines dans la dernière période glaciaire a posé des problèmes qu’on continue à discuter. Leurs distribution est assez étendue, du sud-ouest de la France jusqu’au lac Baïkal, en Sibérie, et de l’Italie du nord jusqu’au Rhin. (…) On les a appelées assez improprement des « Vénus », les plus célèbres étant les Vénus de Lespuges, de Willendorff et de Laussel. Cependant, grâce surtout à la précision des fouilles, plus instructives sont les pièces découvertes à Gagarino et Mezine, en Ukraïne. Elles proviennent des niveaux d’habitation, par conséquent semblent être en rapport avec la religion domestique. A Gagarino, on a trouvé, auprès des parois de l’habitation, six figurines sculptées en os de mammouth. Elles sont sommairement taillées, avec un abdomen de proportions exagérées et la tête dépourvue de traits. Les pièces découvertes à Mezine sont fortement stylisées ; certaines peuvent être interprétées comme des formes féminines réduites à des éléments géométriques (ce type est attesté ailleurs en Europe centrale) (…) Pour expliquer leur éventuelle fonction religieuse, Hançar a rappelé que certaines tribus de chasseurs de l’Asie septentrionale fabriquent de petites sculptures anthropomorphes en bois, appelées « dzuli ». Dans les tribus où les dzulis sont féminines, ces « idoles » représentent l’Aïeule mythique de laquelle sont présumés descendre tous les membres : elles protègent les familles et les habitations, et au retour des grandes chasses on leur présente des offrandes de gruau et de graisse.

Plus significative encore est la découverte faite par Gerasimov à Mal’ta en Sibérie. Il s’agit d’un « village » dont les maisons rectangulaires étaient divisées en deux moitiés, celle de droite réservée aux hommes et celle de gauche appartenant aux femmes ; les statuettes féminines proviennent exclusivement de cette section. Leurs homologues dans le quartier masculin représentent des oiseaux, mais certains ont été interprétés comme des phallus.

Il est impossible de préciser la fonction religieuse de ces figurines. On peut présumer qu’elles représentent en quelque sorte la sacralité féminine, et par conséquent les puissances magico-religieuses des déesses. Le mystère constitué par le mode d’existence spécifique aux femmes a joué un rôle important dans nombre de religions, primitives aussi bien qu’historiques. C’est le mérite de Leroi-Gourhan d’avoir mis en lumière la fonction centrale de la polarité masculin/féminin dans l’ensemble de l’art paléolithique, i.e. peintures et reliefs rupestres, statuettes ou plaquettes de pierre. (…) La première, et peut-être la plus importante conséquence de la découverte de l’agriculture, suscite une crise dans les valeurs des chasseurs paléolithiques : les relations d’ordre religieux avec le monde animal sont supplantées par ce qu’on peut appeler « la solidarité mystique entre l’homme et la végétation. » Si l’os et le sang représentaient jusqu’alors l’essence et la sacralité de la vie, dorénavant ce sont le sperme et le sang qui les incarnent. En outre, la femme et la sacralité féminine sont promues au premier rang. Puisque les femmes ont joué un rôle décisif dans la domestication des plantes, elles deviennent les propriétaires des champs cultivés, ce qui rehausse leur position sociale et crée des institutions caractéristiques, comme par exemple la matrilocation, le mari étant obligé d’habiter la maison de son épouse. La fertilité de la terre est solidaire de la fécondité féminine ; par conséquent, les femmes deviennent responsables de l’abondance des récoltes, car elles connaissent le « mystère » de la création. Il s’agit d’un mystère religieux, parce qu’il gouverne l’origine de la vie, la nourriture et la mort. La glèbe est assimilée à la femme. Plus tard, après la découverte de la charrue, le travail agraire est assimilé à l’acte sexuel. Mais pendant des millénaires la Terre-Mère enfantait toute seule, par parthénogenèse. Le souvenir de ce « mystère » survivait encore dans la mythologie olympique (Héra conçoit toute seule et donne naissance à Héphaistos, à Arès) et se laisse déchiffrer dans de nombreux mythes et croyances populaires sur la naissance des hommes de la Terre, l’accouchement sur le sol, le dépôt du nouveau-né sur la terre, etc… Certes, la sacralité féminine et maternelle n’était pas ignorée au paléolithique, mais la découverte de l’agriculture en augmente sensiblement la puissance. La sacralité de la vie sexuelle, en premier lieu la sexualité féminine, se confond avec l’énigme miraculeuse de la création. (…) Le culte de la fertilité et le culte des morts semblent solidaires (cultures de Hacilar et Çatal Huyuk en Anatolie et culture pré-céramique de Jéricho, par exemple). (…) Des reliefs de la déesse, parfois hauts de deux mètres, modelés en platre, en bois ou en argile et des têtes de taureaux étaient fixés aux murs. (…) A Hacilar, daté de – 5.700, la déesse est montrée assise sur un léopard ou debout tenant le petit d’un léopard. »

Olivier Pelon écrit :

"Une importante iconographie féminine

Aucun sanctuaire ni aucun lieu de culte n’ont été identifiés dans le secteur fouillé, contrairement aux indications fournies à Çatal Hüyük. Au lieu de pièces ornées de motifs peints ou en relief de caractère symbolique ou rituel, on n’observe que des murs sans décor et des installations à destination purement domestique. Il existe cependant un lien entre les deux sites : la présence de figurines de terre cuite ou crue qui ont dû jouer un rôle dans les pratiques religieuses. À Hacilar, c’est tout un monde de représentations féminines qui a été mis au jour, dont J. Mellaart a pu dire qu’elles figuraient les différents aspects de la population féminine de l’époque vus par les yeux d’un artiste mâle, et qu’il décrit ainsi de façon très suggestive :

« Les jeunes filles, aux traits fins, leur chevelure brune ou noire portée en queue de cheval ou en boucles sur le sommet de la tête, affichant avec coquetterie leurs corps splendides à petits seins, vêtus uniquement d’un caleçon en étoffe de laine ou en peau d’animal ou jouant avec leurs léopards familiers, rapportés par les chasseurs des forêts de pin et de genévrier qui entouraient la vallée. Ailleurs […] les femmes plus âgées, mères ou futures mères, de formes mûres et sans aucun doute nues ou vêtues de tabliers ou de jupes ficelle, leur chevelure nouée en chignon à l’arrière de la tête, comme le voulait leur statut de femme mariée. Ici une jeune femme jouait avec son enfant assis sur sa poitrine ou la tétant ; près de là […] une femme aux cheveux sombres se reposant à l’ombre tandis que son jeune enfant se penche vers elle et murmure dans son oreille, ou les ébats d’un enfant sur le dos de sa mère qui s’accroupit avec difficulté en raison de son évidente grossesse… »

Les motifs choisis ont cependant une valeur symbolique manifeste, sans doute identique à Hacilar et à Çatal Hüyük : un personnage féminin en est le centre, volontiers associé dans les deux cas à un animal, le léopard, qu’on ne peut simplement considérer comme un animal familier. Et si, à Hacilar, les formes féminines sont parfois graciles et sveltes, on a plus souvent des figurations de femmes stéatopyges aux seins lourds qui incarnent une idée de maternité féconde. La nudité même, totale ou partielle, qui est une des constantes de ces représentations est significative du désir de l’artisan de mettre particulièrement en valeur tous les aspects du corps féminin ; le geste – que l’on constate dans plusieurs cas – des mains ramenées sur les seins qu’elles paraissent cacher, bien loin d’être celui de la Vénus pudique (Venus pudica) dont il est pourtant l’archétype, n’est destiné qu’à mieux mettre en évidence cet élément essentiel de la fécondité féminine. Si aucune des figurines d’Hacilar n’atteint à la majesté de la « déesse » aux léopards de Çatal Hüyük représentée en train d’accoucher, il existe cependant une filiation probable entre celle-ci et celles des femmes d’Hacilar associées à un jeune félin."

Y a-t-il eu des ouvrages récents ayant mené des études là-dessus.

On peut citer en effet Bronislaw Malinovsky, Marija Gimbutas, Evelyn Reed, Robert Briffault, Maurice Godelier, Cai Hua, Elizabeth Barber, Judith Lorber, Sherry Otner, Harry Ignatius, R.T Gurdon, Judith Buber, Andrés Ortiz-Osés, José María Satrustegi, P S Nsugbe, E Friedl, K Sacks, Cheikh Anta Diop, Jean Malaurie, Leroi-Gourhan, Claudine Vallas, Stella Georgoudi ; Roger Lemelin, Margaret Mead, Ruth Benedict, Meyer Fortes, Esther Resta, Alain Testart, Peggie Reeves Sanday et Edward E. Evans-Pritchard.…

D’où vient la thèse du matriarcat ?

L’hypothèse d’un matriarcat originel ayant précédé le patriarcat est apparue en Europe au XIXe siècle. Elle a été explorée et développée par le sociologue suisse Johann Jakob Bachoffen puis par Lewis Henry Morgan. Cela ne signifie bien sûr pas que ceux qui ont découvert cette idée d’une époque et d’un niveau du matriarcat, comme Morgan et Bachofen, l’ait exprimée d’une manière exacte d’emblée. Et il y aura sans doute encore bien des corrections à apporter à l’image que nous pouvons nous faire actuellement. Il y a encore très certainement bien des points qui restent obscurs et qui seront développés par de nouveaux chercheurs. On peut cependant redresser déjà quelques erreurs. On a commencé par considérer que le patriarcat était général à l’image de ce qu’affirmaient les religions juive, chrétienne, bouddhiste et islamique. Puis des chercheurs ont pensé avoir trouvé une étape précédente de la société humaine, le matriarcat, en imaginant qu’elle était absolument générale et indispensable. Enfin, on est passés par une étape où on pris le tour inverse, en exagérant dans l’autre sens, faisant passer l’idée de matriarcat pour une lubie.

On a longtemps cru que tous les peuples étaient passés par les mêmes étapes dans le type de société et de mœurs et c’est faux. Certains historiens considèrent que le Royaume de Méroé fut un matriarcat, d’autres moins nombreux vont aller jusqu’à dire la même chose de l’Egypte antique.

L’Egypte antique

La place faite à la femme dans l’Égypte antique (pré-hellénistique) peut paraître surprenante de « modernité » si on la compare à celle qu’elle occupa dans une majorité de sociétés contemporaines et postérieures. Bien qu’homme et femme aient traditionnellement des prérogatives bien distinctes dans la société, il semble qu’il n’y ait pas eu de barrière infranchissable en face de celles qui désiraient s’éloigner de ce schéma.

La société égyptienne reconnaît à la femme, non seulement son égalité à l’homme, mais son indispensable complémentarité qui s’exprime notamment dans l’acte créateur. Ce respect s’exprime clairement dans la morale et la théologie égyptienne, mais il est certes assez difficile de déterminer son degré d’application dans la vie quotidienne des Égyptiens. On est loin de la société de la Grèce antique où la femme était considérée comme « une éternelle mineure ». Dans l’état actuel de nos connaissances, il semble que la femme égyptienne soit l’égale de l’homme au regard de la loi (contrairement aux femmes gréco-romaines). C’est ainsi qu’elle peut gérer son propre patrimoine ou même se trouver à la tête d’une « entreprise » (comme, par exemple, la dame Nénofèr au Nouvel Empire) ; elle peut aussi être médecin comme la dame Pésèshèt à la IVe dynastie. Elle peut divorcer, intenter un procès pour récupérer les biens du ménage et gagner ce procès, ce qui ne l’empêche pas de se remarier, ainsi que le montrent les papyri araméens d’Éléphantine.

En se mariant, la femme égyptienne garde son nom, au plus ajoute-t-on « épouse de X » ; cela est d’autant plus naturel que le mariage semble ne pas se traduire par une manifestation administrative, ni par une manifestation religieuse ; il concrétise souvent la volonté d’un homme et d’une femme de vivre ensemble, ce qui n’empêche pas, et c’est d’ailleurs souvent le cas, l’existence éventuelle d’un contrat de mariage au plan matériel. Comme le souligne Christiane Desroches Noblecourt : « le mariage et éventuellement le divorce sont des événements sanctionnés uniquement dans l’atmosphère familiale par la seule volonté des époux, sans aucune intervention de l’Administration » ; les futurs époux prononcent les phrases : « je t’ai faite ma femme », « tu m’as faite ta femme ».

Il n’était pas rare de voir dans l’Égypte antique des femmes prendre le trône, comme l’a fait Hatchepsout, qui prit la place de son neveu Thoutmôsis III, ou les Cléopâtre, dont la plus célèbre Cléopâtre VII (-69 à -30), célèbre pour sa beauté et ses amours avec César puis Antoine, les chefs dont dépendait alors son trône.

Parmi les femmes pharaons les plus certaines et les plus connues on peut citer :

Nitokris (VIe dynastie), Néférousébek (XIIe dynastie), Hatchepsout (XVIIIe dynastie), Ânkh-Khéperourê (XVIIIe dynastie), Taousert (XIXe dynastie).

Il faut aussi avoir à l’esprit le rôle considérable, y compris politique et diplomatique, de plusieurs grandes épouses royales :

Tiyi auprès d’Amenhotep III, Néfertiti auprès d’Amenhotep IV (Akhénaton), Nofrétari auprès de Ramsès II.

Le patriarcat des monothéismes

A la même époque, les Hébreux sont déjà patriarcaux de manière caricaturale. « Merci, Mon Dieu de ne pas m’avoir fait naître femme… ». Ainsi débute la prière juive du matin. En Inde dans les célébrations de mariage, on souhaite rituellement à la jeune mariée de nombreux fils… mais pas de filles. Plus bucolique enfin, mais niant toujours l’existence des filles pour le salut des parents, le psaume 127 de l’Evangile selon Saint Paul : «  Heureux es-tu, ta femme est une vigne généreuse au fond de ta maison, et tes fils, des plans d’olivier autour de ta table ».

Corinthiens 11:8-9 "Car l’homme ne procède (litt. : n’est) pas de la femme, mais la femme de l’homme ; car aussi l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme."

Timothée 2:15 "La femme est tombée dans la transgression, mais elle sera sauvée en devenant mère (ou : en enfantant)"

Genèse 3:16 nous rapporte le rôle de la femme vis-à-vis de l’homme : "Ton désir sera [tourné] vers ton mari".

Genèse 3:16 "Je rendrai très grandes tes souffrances et ta grossesse..."

Genèse 2:18 "...Je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis."

Genèse 3:16 "...il dominera sur toi !"
- Elle s’occupait des troupeaux :

Gen 29:6 ; Ex 2:16...
- Elle filait la laine et faisait des vêtements pour la famille :

Ex 35:26 ; Prov 31:19 ; 1 Sam 2:19...

- Elle tissait et cousait de façon à augmenter les revenus du foyer (il y avait déjà des fins de mois difficiles ! Remarquons que la femme est, ici, "une aide"), et à aider les malheureux :

Prov 31:13,24...- Elle puisait de l’eau :

Gen 24:13...
- Elle pétrissait la pâte : Ex 12:34 ;

Deut 28:5...
- Elle préparait les repas :

Gen 18:6 ; 2 Sam 13:8...
- Elle élevait et instruisait les enfants

Qu’en déduire ?

Les étapes des changements de mode de vie et de société ont été historiques, uniques à chaque fois et différentes d’un peuple à un autre. Les mœurs sont particulièrement originales, encore plus que les relations sociales. Même si chaque peuple a dû conquérir des moyens de production, des techniques, développer certains types de relations sociales qui y correspondent, il n’y a pas un modèle unique et une progression unique par laquelle tous les peuples seraient passés. Dans les relations hommes/femmes, il en va de même. Certains peuples ont longtemps ignoré le rôle de l’homme dans la procréation, on ainsi développé des relations matrilinéaires, parfois également la sédentarisation s’est faite par voix féminine et également la propriété des outils, de la maison, des graines et terres a pu commencer par voix d’héritage matrilinéaire. Mais il existe des peuples qui n’ont nullement atteint cette étape, qui en étaient encore au stade de la cueillette par exemple, et qui avaient déjà un patriarcat très développé car il avaient très tôt compris que l’homme jouait un rôle dans la procréation, connaissance qui n’était certainement pas une évidence plus chez les peuples antiques que chez les animaux.

Maurice Godelier rapporte que les Barruyas, qui ont été coupés des autres hommes jusqu’en 1951, qui n’ont pas de notion de classe, d’Etat ni de hiérarchie complexe, ont cependant positionné l’homme très au dessus de la femme. Pour eux tout est fondé sur le sperme masculin, les êtres humains étant un mélange de sperme masculin et de rayons du soleil !!! La femme n’y est qu’un réceptacle. Le mélange est considéré comme réussi s’il donne un mâle et échoué s’il donne une femme.

Nous voyons au travers de cet exemple qu’il n’y a pas de schéma unique du développement des sociétés. Cela ne signifie du tout que l’ensemble des études qui envisageaient des sociétés matriarcales ayant précédé les sociétés patriarcales soit complètement caduque. D’ailleurs, bien des éléments subsistent qui le suggèrent comme le maintien de la matrilinéarité chez des peuples très très patriarcaux comme les Juifs. Ensuite l’existence de déesses alors qu’il n’y a eu ensuite que des dieux. Il y a enfin de nombreuses légendes du combat des hommes pour dominer les femmes.

Peut-on affirmer, comme l’ont fait Bachofen et Morgan suivis par Engels, que les femmes ont eu d’abord le pouvoir puis l’ont perdu à la faveur de guerres civiles ? Ce qui est certain c’est que les sociétés très anciennes ont souvent été matrilinéaires et même matriarcales, l’homme allant par exemple vivre dans la maison de la femme qu’il épousait. Ce qui est certain aussi, c’est qu’à un certain stade de développement économique ce matriarcat s’est heurté au développement de la propriété privée des moyens de production agricoles. C’est alors qu’il y a eu confrontation violente entre matriarcat, là où il existait encore, et patriarcat.

Ceux qui ont commencé à étudier cette question sont des Européens et ils ont examiné l’évolution des relations hommes/femmes chez les Celtes, les Francs, les Germains. Chez les Celtes la place sociale des femmes était forte. Chez les Francs la loi salique originelle organisait les héritages des femmes et des hommes. Elles pouvaient disposer des biens familiaux. Il y eut de nombreuses reines dans les royaumes européens comme en Espagne et en Angleterre, la France devenant elle de plus en plus masculine dans la transmission de la couronne.

Bachoffen s’est donc intéressé à l’hypothèse d’un matriarcat originel, soit une transmission des biens et du nom de famille par les mères. Pour cela il a étudié les sociétés pré-hellénistiques comme les Lyciens, les Arcadiens et autres. Dans ces groupes les individus ou les clans étaient fréquemment représentés par des animaux ou en prenaient le nom. Lyciens signifiait d’ailleurs « loups ». Ces sociétés étaient largement de culture spirituelle chamanique, culture dans laquelle la femme est prêtresse et socialement puissante. Les mythes grecs font état d’animaux côtoyant les dieux comme des égaux. Les religions sémitiques ont pour leur part subordonné les animaux aux humains et chassé le chamanisme de leurs terres.

D’après l’étude à la fois des mythes considérés comme des traces des formes sociales en vigueur dans une lointaine antiquité, et les traces mémorielles de ces sociétés, Bachoffen conclut que le matriarcat a été originellement la forme d’organisation sociale dominante. Il va plus loin en supposant que ces gynécocraties se sont montrées violentes et guerrières.

Est-ce réel, ou seulement plausible ? Réel, on n’en sait encore rien. Il n’y a pas de trace écrite laissées par ces sociétés. On sait par contre que dans les tombes datant de la préhistoire les femmes et les hommes étaient enterrés avec les mêmes honneurs, signe d’une forme d’égalité de reconnaissance dans les clans d’alors. La répartition des rôles existait-elle comme cela s’est produit par la suite ? Les membres des clans étaient-ils répartis en hommes chasseurs de gros gibier (puis guerriers) et femmes cueilleuses et chasseuses de petit gibier ? Une forme de répartition est certaine puisqu’elle tient à la différence biologique fondamentale des sexes : les femmes portaient les petits, accouchaient et en principe les nourrissaient.

Une telle activité est-elle compatible avec un matriarcat guerrier ? Disons que cela ne l’empêche pas : il y a eu des femmes guerrières et des reines cheffes de guerre. Mais cela ne s’est jamais installé durablement. Pourquoi pas ? L’hypothèse la plus probable est le risque encouru par l’espèce. Si les femmes meurent à la guerre la reproduction s’achève. Il y a moins besoin d’hommes pour se reproduire quantitativement que de femmes. Un homme peut féconder des dizaines de femmes dans l’année alors que la femme n’accouche que d’un enfant. N’était la consanguinité un seul mâle suffirait à féconder un clan de femelles.

Cette différence biologique (sexuelle) fondamentale a possiblement marqué et préparé les rôles sociaux et la définition des genres, lesquels sont comme le versant culturel du biologique, ou l’étape éducative de la réalité psycho-corporelle. Le sexe construit le genre, puis le genre fait évoluer la fonction sociale du sexe.

S’il y a un matriarcat à l’origine de nos sociétés on peut se demander pourquoi il a disparu. Les quelques organisations matriarcales actuelles, comme les Mosuo en Chine, ne laissent aucune vraie place aux hommes. Ceux-ci sont exclus de tout héritage et même de l’espace familial. L’homme géniteur n’y est qu’une réserve de sperme interchangeable sans place ni rôle dans la communauté puisqu’il n’y a pas de notion de père. Mais les hommes y adhèrent, c’est donc aussi leur choix, de même que les femmes ont longtemps adhéré à la forme patrilinéaire d’organisation sociale.

On peut comprendre que la société choisisse des formes qui lui conviennent et qui assurent au mieux d’abord sa pérennité et ensuite la satisfaction de ses membres. Quelle qu’elle soit une société a besoin d’une organisation. La différenciation, puis la spécialisation et la répartition des fonctions, font partie de toute forme d’organisation familiale, sociale, économique. Dans son aspect le plus basique la différenciation concerne la reproduction sexuelle. Dans les sociétés humaines elle est plus complexe.

Dans tout domaine la spécialisation est destinée à améliorer les prestations d’une personne ou d’un groupe de personnes. Dans une entreprise les activités spécifiques sont cloisonnées afin de permettre à chacun de prendre sa responsabilité et d’éviter les mélanges d’activité nuisibles à la bonne marche professionnelle. Dans n’importe quel groupe les activités sont cloisonnées. L’informaticien qui crée un programme d’aide au pilotage d’un avion n’est pas en même temps pilote. Il faut s’y faire : le temps n’est pas aux esprits multi-tâches et aux compétences additionnées.

Mais dans la société humaine, en particulier dans la famille, un cloisonnement strict des spécialisations n’est pas souhaitable. Si la spécialisation des rôles donne à chaque parent un espace de pouvoir où il règne et est reconnu de manière spécifique, des circonstances (maladie, guerre, décès) peuvent imposer un décloisonnement au parent survivant. De plus des compétences peuvent être associées à un groupe particulier - par exemple les hommes ont plus de force physique et sont attachés aux travaux pénibles - mais pas systématiquement.

La question de l’organisation sociale matriarcale ou patriarcale est à considérer d’abord sous l’angle d’une différenciation et spécialisation utile au développement du groupe social et de l’espèce. Son évolution est liée aux conditions historiques, économiques et culturelles. Ainsi après la Renaissance pendant laquelle les femmes ont perdu du pouvoir, le XVIIe siècle a vu une importante féminisation de la société, avec des hommes à perruques, poudrés et en habits moins virils. Puis la Révolution et le XIXe siècles auraient dû être une période favorable aux femmes. Ce ne fut pas le cas. Etrangement toute période féminisée de la société est suivie par une autre période plus virilisée, et vice-versa. Les excès dans un sens déclenchent une réaction dans l’autre sens.

Dans la promiscuité de la horde primitive, seule la filiation maternelle pouvait être prouvée. Les premiers humains n’avaient d’ailleurs pas conscience des fonctions des deux sexes dans la procréation, et la maternité était perçue par les primitifs comme parthénogenèse relevant du surnaturel dont le corps de la femme était dépositaire. Le fait de la certitude de la filiation maternelle est ce qui va déterminer l’émergence du matriarcat et sa fonction civilisatrice, et c’est par voie matrilinéaire que va se transmettre la civilisation.

À partir de cette donnée irréfutable de la certitude de la filiation maternelle, deux théories tentent d’expliquer les modalités selon lesquelles le système matriarcal s’est instauré ; elles ne s’opposent pas mais sont plutôt concomitantes.

L’une, à la suite de Lewis Henry Morgan, se base sur le système de parenté à partir du totem engendrant le tabou, comme le fait remarquer Evelyn Reed, permettant à la horde structurée en clan maternel de se concevoir comme "humain" par rapport aux autres hordes considérées comme "animaux" (qu’on pouvait éventuellement chasser et manger) et donc limiter le cannibalisme en élevant la barrière de l’interdit concernant les membres du clan, puis les membres des autres clans structurés selon le même système avec lesquels se créent des échanges, jusqu’à ne devenir que rituel et être ainsi jugulé.

L’autre, à la suite de Bachofen, que les femmes se libérèrent de la tyrannie des caprices sexuels masculins par le biais du pouvoir de la religion, utilisant le "mystère" de la maternité pour organiser la horde aux fins de favoriser la survie et la continuité de l’espèce humaine. La maternité, dans une telle perspective, développa l’imagination de la femme, qui devint la première artisane, inventant la poterie pour la conservation des aliments, et le tressage pour la confection tant de paniers pour le transport de ces denrées que d’abris de fortune, tressage dont sortira par la suite le tissage.

Dépositaire de la religion, gardiennes et représentantes du totem du clan qui substitue la horde, elles sont les premières artistes en créant les statuettes votives, "Vénus" symbolisant la fécondité. Ce sont également elles qui, par le lien symbiotique qui les lie à l’enfant, lui permettent la survie extra-utérine dans les premiers mois de la vie, fixent les premières formes du langage articulé et le transmettent.

Ces sociétés matriarcales, de nature pacifique, furent les premières à développer l’agriculture et à se sédentariser pour former les premiers bourgs, les premières cités d’au moins - 10 000, et dont l’archéologie à retrouvé les traces -dont Çatal Hüyük est l’exemple le plus connu- dans toute l’Europe méridionale, de la péninsule ibérique aux Balkans et en Afrique du nord. C’est ce que plusieurs archéologues ont pu mettre en évidence à la suite de Marija Gimbutas. Les civilisations méditerranéennes dites des "hypogées" relèvent également de ce type de société. Toutes furent détruites par le saccage et la violence vers -3 500 ; des traces d’incendies et de violences diverses ont pu être mises en évidence par les fouilles. Des isolats ont ensuite perduré jusqu’à nous dans plusieurs régions du monde.

Il semble que les sociétés pastorales de nomades d’Eurasie dans lesquelles le patriarcat semble s’être formé aient été également des sociétés matriarcales ; c’est du moins ce qu’il ressort des fouilles menées entre 1992 et 1995 par Jeannine Davis-Kimball, directrice du Centre de Recherches de la Civilisation Nomade Eurasiatique à l’université de Berkeley en Californie, où ce sont en fait davantage des squelettes féminins qui ont été retrouvés dans les Kourganes. Celle-ci a pu noter que dans tous les musées d’Eurasie qu’elle a systématiquement visités pour en connaître les artefacts conservés, se retrouvent les traces de prêtresses, femmes-chamanes, et curieusement, à partir de -4000 environ, guerrières, ce qui n’a pas manqué d’être mis en relation avec le mythe des Amazones. La thèse de J.Davis-Kimball a été appuyée par Sarah Nelson, anthropologue de l’université de Denver.

Ceci tendrait à prouver que dans la société matriarcale les rapports entre femmes et hommes étaient assez égaux même si la prépondérance était accordée au féminin en raison de la religiosité qui entourait la maternité. Le matriarcat ne dut probablement jamais maltraiter les hommes, et le passage au patriarcat dut se faire dans une relative égalité des sexes jusqu’à ce que pour des raisons qui restent à étudier celui-ci s’instaure définitivement dans la violence et par la discrimination. Peut-être que cette même violence et suprématie physique masculine que les femmes avaient réussi à neutraliser par le biais de la religion des millénaires auparavant en sortant l’humanité de l’animalité ressurgit-elle quand ceux-ci s’emparèrent de la religion. La plupart des humains vivent actuellement dans une société de type patriarcal, qui montre cependant des signes de changement dans les sociétés post-industrielles occidentales.

La "Théorie de l’Échange" (Voir : Théorie de l’alliance selon Françoise Héritier) prévoyant la "circulation des femmes" jugulant l’inceste n’est cependant pas condition sine qua non du patriarcat de même qu’elle n’entraîne pas automatiquement la monogamie. Dans les sociétés d’Amazonie par exemple, si l’homme peut avoir simultanément plusieurs femmes, c’est la femme qui change plus facilement de partenaire, n’ayant en revanche qu’une seule relation à la fois. On pense que cela est dû au fait qu’elle reste momentanément avec le père de l’enfant né de sa relation. Les enfants, quels que soient les pères, restent d’ailleurs avec la mère jusqu’à l’âge où la puberté les rend adultes et autonomes.

Si l’éventualité du matriarcat reste une hypothèse aux yeux de certains, bien que l’évidence de caractéristiques ne relevant pas du patriarcat émerge du résultat des fouilles archéologiques relatives au néolithique en Asie et dans le bassin méditerranéen, il reste que cette idée a remis en question le patriarcat comme seule et unique forme d’organisation sociale possible.

Une véritable société matriarcale a subsisté jusqu’à nos jours dans des vallées reculées du Yunnan, en Chine, chez les Na. Ignorant l’institution du mariage et la notion même de paternité, pratiquant une sexualité infiniment plus libre que celle de toutes les sociétés patriarcales et consacrant en conséquence plus de temps à l’amour qu’au travail, les Na sont parvenus à résister à la bureaucratie céleste des dynasties impériales et au confucianisme ainsi qu’aux injonctions puritaines de la période maoïste. Mais à partir des années 1990, le contact avec la marchandise moderne et le tourisme de masse est parvenu en quelques années à ruiner les fondements millénaires de leur société et à généraliser dans les jeunes générations le modèle de la famille nucléaire et du couple monogamique. Une remarquable étude anthropologique de la société Na, établie sur le terrain par le docteur Cai Hua, chargé de recherche à l’académie des sciences sociales du Yunnan, puis chercheur associé au CNRS à Paris, a été publiée en 1997 aux Presses universitaires de France (Une société sans père ni mari. Les Na de Chine). Cette étude capitale, qui remet en cause à la fois le dogme de l’universalité du complexe d’Œdipe et le postulat de l’inexistence du matriarcat, donne un fondement historique aux mythes de l’âge d’or et prétend ouvrir, du même coup, une perspective d’émancipation pour toute l’humanité.

Pourquoi et comment le patriarcat s’y serait substitué pour s’imposer avec l’invention de l’agriculture, entre -5000 et -3000

ou la guerre des hommes contre les femmes

Voici ce qu’en dit Kollontaï dans ses conférences :

La situation de la femme dans le communisme primitif

Nous débuterons aujourd’hui par une série de conférences traitant les questions suivantes : la situation de la femme selon le développement des différentes formes économiques de sociétés ; la situation de la femme dans la société déterminant sa position dans la famille. On retrouve cette relation étroite et indissoluble à tous les stades intermédiaires du développement socio-économique. Comme votre futur travail consiste à gagner les femmes des ouvriers et des paysans à la cause de la nouvelle société où elles sont appelées à vivre, vous devez comprendre cette relation. L’objection la plus fréquente que vous allez rencontrer sera la suivante : il est impossible de ne rien changer à la situation de la femme et à ses conditions de vie. Celles-ci seraient déterminées par les particularités de son sexe. Si vous vous en prenez à l’oppression des femmes, si vous cherchez à vouloir les libérer du joug de la vie de famille, si vous réclamez une plus grande égalité des droits entre les sexes, on va vous servir les arguments les plus éculés : « L’absence des droits de la femme et son inégalité par rapport à l’homme s’expliquent par l’histoire et ne peuvent donc être éliminés. La dépendance de la femme, sa position subordonnée à l’homme ont existé de tout temps, il n’y a donc rien à y changer. Nos ancêtres ont vécu ainsi et il en ira de même pour nos enfants et nos petits-enfants. » Nous rétorquerons à de tels arguments par l’histoire elle-même : l’histoire du développement de la société humaine, la connaissance du passé et de la manière dont les rapports se sont véritablement noués alors. Dès que nous aurons pris connaissance des conditions de vie telles qu’elles existaient il y a plusieurs milliers d’années, vous ne tarderez pas à être profondément persuadées que l’absence de droits de la femme par rapport à l’homme, que sa soumission d’esclave n’ont pas existé depuis toujours. Il y a eu des périodes où l’homme et la femme ont eu des droits absolument égaux. Et il y a même eu des périodes où l’homme, dans une certaine mesure, attribuait à la femme une position dirigeante.

Si nous examinons plus attentivement la situation de la femme en mutation constante au cours des différentes phases du développement social, vous reconnaîtrez aisément que l’absence actuelle des droits de la femme, son manque d’autonomie, ses prérogatives limitées au sein de la famille et de la société ne sont nullement des qualités innées propres à la « nature » féminine. Il n’est pas vrai non plus que les femmes sont moins intelligentes que les hommes. Non, la situation dépendante de la femme et son manque d’émancipation ne sont pas explicables par de quelconques qualités « naturelles », mais par le caractère du travail qui leur a été attribué dans une société donnée. Je vous demande de bien vouloir lire attentivement les premiers chapitres du livre de Bebel : la Femme et le Socialisme. Bebel démontre la thèse suivante - dont nous nous servirons tout au long de notre entretien - selon laquelle il existe une correspondance particulièrement étroite et organique entre la participation de la femme dans la production et sa situation dans la société. Bref, il s’agit là d’une sorte de loi socio-économique qu’il ne vous faudra désormais plus perdre de vue. Il vous sera ainsi plus facile de comprendre les problèmes de la libération universelle de la femme et de ses rapports avec le travail. D’aucuns croient que la femme, en ces temps reculés où l’humanité plongeait encore dans la barbarie, était dans une situation encore pire que celle d’aujourd’hui, qu’elle menait quasiment une vie d’esclave. Ce qui est faux. Il serait erroné de croire que la libération de la femme dépendrait du développement de la culture et de la science, que la liberté des femmes serait fonction de la civilisation d’un peuple. Seuls des représentants de la science bourgeoise peuvent affirmer de telles choses. Cependant, nous savons que ce ne sont ni la culture ni la science qui peuvent affranchir les femmes, mais un système économique où la femme peut réaliser un travail utile et productif pour la société. Le communisme est un système économique de ce type.

La situation de la femme est toujours une conséquence du type de travail qu’elle fournit à un moment précis de l’évolution d’un système économique particulier. A l’époque du communisme primitif - il en a été question dans les conférences précédentes traitant de l’évolution sociale et économique de la société -, à une période donc si reculée qu’il nous est difficile de l’imaginer, où la propriété privée était inconnue et où les hommes erraient par petits groupes, il n’y avait aucune différence entre la situation de l’homme et celle de la femme. Les hommes se nourrissaient des produits de la chasse et de la cueillette. Au cours de cette période de développement des hommes primitifs, il y a de cela plusieurs dizaines, que dis-je, plusieurs centaines de milliers d’années, les devoirs et les tâches de l’homme et de la femme étaient sensiblement les mêmes. Les recherches des anthropologues ont prouvé qu’à l’aube du développement de l’humanité, c’est-à-dire au stade de la chasse et de la cueillette, il n’y avait pas de grandes différences entre les qualités corporelles de l’homme et de la femme, qu’ils possédaient une force et une souplesse à peu près équivalentes, ce qui est tout de même un fait intéressant et important à noter. De nombreux traits caractéristiques des femmes, tels que grosse poitrine, taille fine, formes arrondies du corps et faible musculature, ne se développèrent que bien plus tard, à partir du moment où la femme dut remplir son rôle de « pondeuse » et assurer, génération après génération, la reproduction sexuée.

Parmi les peuples primitifs actuels, la femme ne se distingue pas de l’homme de façon notable, ses seins restant peu développés, son bassin étroit et ses muscles solides et bien formés. II en allait de même à l’époque du communisme primitif, lorsque la femme ressemblait physiquement à l’homme et jouissait d’une force et d’une endurance pratiquement égales.

La naissance des enfants n’entraînait qu’une brève interruption de ses occupations habituelles, c’est-à-dire la chasse et la cueillette des fruits avec les autres membres de cette première collectivité que fut la tribu. La femme était obligée de repousser les attaques de l’ennemi le plus redouté à cette époque, l’animal carnassier, au même titre que les autres membres de la tribu, frères et sœurs, enfants et parents.

Il n’existait pas de dépendance de la femme par rapport à l’homme, ni même de droits distincts. Les conditions pour cela faisaient défaut, car, en ce temps-là, la loi, le droit et le partage de la propriété étaient encore choses inconnues. La femme ne dépendait pas unilatéralement de l’homme, car lui-même avait entièrement besoin de la collectivité, c’est-à-dire de la tribu. En effet, la tribu prenait toutes les décisions. Quiconque refusait de se plier à la volonté de la collectivité périssait, mourait de faim ou était dévoré par les animaux. Ce n’est que par une étroite solidarité au sein de la collectivité que l’homme était en mesure de se protéger de l’ennemi le plus puissant et le plus terrible de cette époque. Plus une tribu était solidement soudée et plus les individus se soumettaient à sa volonté. Ils pouvaient opposer un front plus uni à l’ennemi commun, ainsi l’issue du combat était plus sûre et la tribu s’en trouvait renforcée. L’égalité et la solidarité naturelles, si elles assuraient la cohésion de la tribu, étaient les meilleures armes d’autodéfense. C’est pour cette raison que, lors de la toute première période du développement économique de l’humanité, il était impossible qu’un membre de la tribu soit subordonné à un autre ou dépendant unilatéralement de celui-ci. A l’époque du communisme primitif, la femme ne connaissait ni esclavage, ni dépendance sociale, ni oppression. L’humanité ignorait tout des classes, de l’exploitation du travail ou de la propriété privée. Et elle vécut ainsi des milliers d’années, voire des centaines de milliers d’années.

Le tableau se modifia au cours des phases suivantes du développement de l’humanité. Les premières ébauches du travail productif et de l’organisation économique furent le résultat d’un processus de longue haleine. Pour des raisons climatiques et géographiques, selon qu’elle se trouvait dans une région boisée ou dans une steppe, la tribu se sédentarisait ou pratiquait l’élevage. Elle atteignit alors un stade plus évolué que celui de la première collectivité reposant sur la chasse et la cueillette. Parallèlement à ces nouvelles formes d’organisation économique apparurent de nouvelles formes de communauté sociale.

Nous examinerons maintenant la situation de la femme dans deux tribus qui, vivant à la même époque, connurent cependant des formes d’organisation différentes. Les membres de la première tribu s’établirent dans une région boisée entrecoupée de petits champs et devinrent des paysans sédentaires. Quant aux seconds, ils vécurent dans des régions de steppe avec leurs grands troupeaux de buffles, de chevaux et de chèvres et se convertirent à l’élevage. Ces deux tribus demeuraient cependant toujours dans le communisme primitif, ignorant la propriété privée. Or, la situation de la femme au sein de ces deux tribus se différenciait déjà. Dans la tribu pratiquant l’agriculture, la femme jouissait non seulement d’une pleine égalité de droits, mais elle occupait même parfois une position dominante. En revanche, chez les éleveurs nomades, la situation à la fois subordonnée, dépendante et opprimée de la femme s’accentuait à vue d’œil.

La recherche portant sur l’histoire économique fut longtemps dominée par cette conception que l’humanité devait nécessairement passer par toutes les étapes, tous les stades du développement économique : chaque tribu se serait d’abord consacrée à la chasse, puis à l’élevage, enfin à I’agriculture et, en dernier lieu seulement, à l’artisanat et au commerce. Cependant, les plus récentes recherches sociologiques montrent que les tribus passèrent souvent directement du stade primitif de la chasse et de la cueillette à l’agriculture, omettant ainsi le stade de l’élevage. Les conditions géographiques et naturelles étaient en fait déterminantes.

En clair, cela signifie qu’à la même époque et sous des conditions naturelles différentes se développèrent deux formes d’organisation économique fondamentalement dissemblables, c’est-à-dire l’agriculture st l’élevage. Les femmes des tribus pratiquant l’agriculture jouissaient d’un état sensiblement plus élevé. Certaines tribus paysannes possédaient même un système matriarcal (matriarcat est un mot grec qui désigne la prédominance de la femme - c’est la mère qui perpétue la tribu). En revanche, le patriarcat, c’est-à-dire la prédominance des droits du père - la position dominante du plus ancien de la tribu -, se développa chez les peuples éleveurs et nomades. Pourquoi cela et qu’est-ce que cela nous prouve ? La raison de cette différence tient évidemment au rôle de la femme dans l’économie. Chez les peuples d’agriculteurs, la femme était la principale productrice. Il existe de nombreuses preuves que ce fut elle qui, la première, eut l’idée de l’agriculture, qu’elle fut même « le premier travailleur agricole ». L’ouvrage de Marianne Weber, Das Mutterrecht (« les droits de la mère »), rend compte d’une foule de faits intéressants concernant le rôle de la femme au sein des premières formes d’organisation économique. L’auteur n’est pas communiste. Son livre donne cependant beaucoup d’informations. Malheureusement, il n’est accessible qu’en allemand.

C’est de la façon suivante que la femme conçut l’idée de l’agriculture : au moment de la chasse, les mères et leurs nourrissons furent laissés à l’arrière parce qu’ils étaient incapables de suivre le rythme des autres membres de la tribu et entravaient la poursuite du gibier.

Il n’était alors guère facile de se procurer d’autres nourritures et la femme attendait souvent longtemps. Elle se vit contrainte de se procurer des aliments pour elle et ses enfants. Les chercheurs en ont tiré la conclusion que c’est très probablement la femme qui a commencé à travailler la terre. Quand les provisions s’épuisèrent à l’endroit où elle attendait le retour la tribu, elle se mit à la recherche d’herbes contenant des graines comestibles. Elle mangea ces graines et en nourrit ses enfants. Mais alors qu’elle les broyait entre ses dents - les premières meules - une partie des graines tomba sur le sol. Et quand la femme revint au bout de quelque temps au même endroit, elle découvrit que les graines avaient germé. Elle savait maintenant qu’il lui serait avantageux de revenir quand les herbes auraient repoussé et que la recherche d’une nourriture plus abondante lui coûterait moins d’efforts. C’est ainsi que les hommes apprirent que les graines tombant sur le sol se mettent à pousser.

L’expérience leur enseigna aussi que la récolte était meilleure quand ils avaient remué la terre au préalable. Cependant, cette expérience tomba encore souvent dans l’oubli, car le savoir individuel ne put devenir propriété de la tribu qu’à partir du moment où il fut communiqué à la collectivité. Il fallait qu’il soit transmis aux générations suivantes. Or, l’humanité dut fournir un travail de réflexion inimaginable avant de parvenir à saisir et à assimiler des choses apparemment si simples. Ce savoir ne s’ancra dans la conscience de la collectivité que lorsqu’il se traduisit par une pratique quotidienne.

La femme avait intérêt à ce que le clan ou la tribu revint à l’ancienne halte où poussait l’herbe qu’elle avait semée. Mais elle n’était pas en mesure de convaincre ses compagnons de la justesse de son plan d’organisation économique. Elle ne pouvait les convaincre verbalement. Au lieu de cela, elle favorisa certaines règles, habitudes et idées servant ses propres projets. C’est ainsi qu’apparut la coutume suivante, qui eut bientôt force de loi : si le clan avait laissé les mères et les enfants dans un terrain près d’un ruisseau pendant la pleine lune, les dieux ordonnaient à ses membres de retourner à ce même lieu quelques mois plus tard. Quiconque ne respectait pas cette loi était puni par les esprits. La tribu découvrant que les enfants mouraient plus vite lorsque cette règle n’était pas respectée, c’est-à-dire lorsqu’on ne revenait pas à « l’endroit où l’herbe pousse », en vint à respecter strictement ces coutumes et à croire à la « sagesse » des femmes. Comme la femme recherchait une production maximale pour un minimum de travail, elle fit bientôt la constatation suivante : plus le sol où elle semait était poreux, meilleure était la récolte. Accroupie, elle grava à l’aide de branches, de pointes et de pierres des sillons dans le premier champ. Une telle découverte se révéla fructueuse, car elle offrit à l’homme une plus grande sécurité que lors de ses incessantes pérégrinations à travers la forêt où il s’exposait constamment au danger d’être dévoré par les animaux.

Du fait de sa maternité, la femme occupa une position particulière parmi les membres de la tribu. C’est à la femme que l’humanité doit la découverte de l’agriculture, découverte extrêmement importante pour son évolution économique. Et ce fut cette découverte-là qui, pour une longue période, détermina le rôle de la femme dans la société et dans l’économie, la plaçant au sommet des peuplades pratiquant l’agriculture. De nombreux chercheurs attribuent également à la femme l’utilisation du feu comme outil économique.

Chaque fois que la tribu partait à la chasse ou à la guerre, les mères et leurs enfants étaient laissés à l’arrière et furent obligés de se protéger des animaux carnassiers. Les jeunes filles et les femmes sans enfant partaient avec les autres membres de la tribu. C’est par sa propre expérience que l’homme primitif sut que le feu offrait la meilleure protection contre les carnassiers. En taillant les pierres pour fabriquer les armes ou les premiers outils domestiques, on avait appris à faire du feu. Pour assurer la protection des enfants et de leurs mères, on alluma donc un feu avant le départ de la tribu pour la chasse. Pour les mères, c’était un devoir sacré de conserver ce feu destiné à éloigner les animaux. Pour les hommes, le feu était une force effrayante, insaisissable et sacrée. Pour les femmes qui s’en occupaient en permanence, les propriétés du feu leur devinrent familières, et elles purent ainsi l’utiliser pour faciliter et économiser leur propre travail. La femme apprit à cuire ses récipients en terre pour les rendre plus résistants et à rôtir la viande qu’elle pouvait ainsi mieux conserver. La femme, liée au foyer par sa maternité, dompta le feu et en fit son serviteur. Mais les lois de l’évolution économique modifièrent par la suite cette relation, et la flamme du premier foyer réduisit la femme en esclavage, la dépouillant de tous ses droits et l’attachant pour longtemps à ses fourneaux.

La supposition que les premières huttes furent construites par des femmes pour se protéger avec leurs enfants des intempéries n’est sans doute pas injustifiée. Mais non seulement les femmes élevaient des huttes et cultivaient la terre dont elles récoltaient les céréales, etc., elles furent également les premières à pratiquer l’artisanat. Le filage, le tissage et la poterie furent des découvertes féminines. Et les lignes qu’elles traçaient sur les vases de terre furent les premières tentatives artistiques de l’humanité, le stade préliminaire de l’art. Les femmes ramassaient des herbes et apprirent à connaître leurs propriétés : les ancêtres de nos mères furent les premiers médecins. Cette histoire-là, notre préhistoire, est restée conservée dans les vieilles légendes et dans les croyances populaires. Dans la culture grecque, qui était à son apogée il y a deux mille ans, ce ne fut pas le dieu Asclépios (Esculape), mais sa mère, Coronis, qu’on considéra comme le premier médecin. Elle supplanta Hécate et Diane qui avaient été les premières déesses de l’art de guérir. Chez les anciens Vikings, c’était la déesse Eir. De nos jours, nous rencontrons encore fréquemment dans les villages de vieilles femmes qui passent pour être particulièrement intelligentes et à qui l’on attribue des pouvoirs magiques. Le savoir des ancêtres de nos mères était étranger à leurs compagnons qui partaient souvent à la chasse ou à la guerre ou se consacraient à d’autres activités exigeant des forces musculaires particulières. Ils n’avaient tout simplement pas le temps de se livrer à la réflexion ou à l’observation attentive. Il ne leur était donc pas possible de réunir et de transmettre de précieuses expériences sur la nature des choses. Le terme « Vedunja », la magicienne, est formé sur le mot « Vedatj », le savoir. Le savoir a donc été de tout temps un apanage de la femme, que l’homme craignait et respectait. C’est pour cela que la femme, à la période du communisme primitif - l’aube de l’humanité -, n’était pas seulement à égalité avec l’homme, mais, à cause d’une série de trouvailles et de découvertes utiles au genre humain et qui contribuèrent à son évolution économique et sociale, elle alla même jusqu’à le surpasser. Donc, à des périodes précises de l’histoire de l’humanité, la femme joua un rôle nettement plus important pour le développement des sciences et de la culture que celui que la science bourgeoise, bardée de préjugés, lui a attribué jusque-là. Les anthropologues, par exemple, spécialistes de l’étude sur l’origine de l’humanité, ont passé sous silence le rôle de la femelle au cours de l’évolution de nos ancêtres simiesques vers les hominiens. Car la station verticale si caractéristique de l’être humain a été essentiellement une conquête de la femme. Dans les situations où notre ancêtre à quatre pattes devait se défendre contre les attaques ennemies, elle apprit à se protéger d’un seul bras, tandis que de l’autre elle tenait fermement son petit contre elle, qui s’agrippait à son cou. Elle ne put cependant réaliser cette prouesse qu’en se redressant à demi, ce qui développa par ailleurs la masse de son cerveau. Les femmes payèrent chèrement cette évolution, car le corps féminin n’était pas fait pour la station verticale. Chez nos cousins à quatre pattes, les singes, les douleurs de l’enfantement demeurent totalement inconnues. L’histoire d’Eve, qui cueillit le fruit de l’arbre de la connaissance et qui, pour cela dut enfanter dans la douleur, possède donc un arrière-plan historique.

Mais nous analyserons tout d’abord le rôle de la femme dans l’économie des tribus d’agriculteurs. A l’origine, les produits agricoles ne suffisaient pas à nourrir la population, c’est pourquoi l’on continua à pratiquer la chasse. Cette évolution amena une division naturelle du travail. La partie sédentaire de la tribu, les femmes donc, organisèrent l’agriculture, tandis que les hommes continuèrent à partir à la chasse ou à la guerre, c’est-à-dire en expéditions de pillage contre les tribus voisines. Mais comme l’agriculture était nettement plus rentable et que les membres de la tribu préféraient les produits de, la moisson à ceux si dangereusement acquis par la chasse ou le pillage, elle devint bientôt le fondement économique du clan. Et qui était alors le producteur principal de cette économie basée sur l’agriculture ? La femme ! II était donc tout naturel que le clan respectât la femme et estimât hautement la valeur de son travail. De nos jours> il existe toujours une tribu d’agriculteurs en Afrique centrale, les Balondas, où la femme est le membre de la communauté le plus « apprécié ». L’explorateur anglais bien connu, David Livingstone, rapporte ce qui suit : « Les femmes sont représentées au Conseil des Anciens. Les futurs maris doivent rejoindre le village de leurs futures épouses et vivre auprès d’elles après la consommation du mariage. L’homme s’engage à entretenir sa belle-mère jusqu’à sa mort. Seule, la femme a le droit de demander une séparation, après quoi tous ses enfants demeurent auprès d’elle. Sans l’autorisation de l’épouse, l’homme ne doit contracter aucune obligation vis-à-vis d’un tiers, aussi anodine soit-elle. » Les hommes mariés n’opposent aucune résistance et sont résignés à leur situation. Leurs épouses administrent à leurs hommes récalcitrants des coups ou des gifles ou les privent de nourriture. Tous les membres de la communauté du village sont obligés d’obéir à celles qui jouissent de l’estime générale. Livingstone pense que, chez les Balondas, ce sont les femmes qui exercent le pouvoir. Or, cette tribu n’est nullement une exception. D’autres chercheurs affirment que, dans les tribus africaines où les femmes labourent et sèment, construisent les huttes et mènent une vie active, celles-ci ne sont pas seulement totalement indépendantes, mais intellectuellement supérieures aux hommes. Les hommes de ces tribus se laissent entretenir par le travail de leurs femmes, deviennent « féminins et mous ». « Ils traient les vaches et bavardent », si l’on en croit les comptes rendus de nombreux chercheurs.

Les temps préhistoriques nous offrent des exemples suffisants de la domination des femmes. Chez une partie des tribus pratiquant l’agriculture, la filiation ne se fait pas par le père, mais par la mère. Et là oh est apparue la propriété privée, ce sont les filles qui héritent et non pas les fils. Nous rencontrons encore aujourd’hui des survivances de ce système de droits chez certains peuples montagnards du Caucase.

L’autorité de la femme auprès des peuplades agricoles augmentait sans cesse. C’était elle qui conservait et protégeait les traditions et les coutumes, ce qui signifie que c’était elle principalement qui dictait les lois. Le respect de ces traditions et de ces coutumes était une nécessité vitale absolue. Sans elle, il eût été terriblement difficile d’amener les membres du clan à obéir aux règles découlant des tâches économiques. Les hommes de cette époque n’étaient pas capables d’expliquer logiquement et scientifiquement pourquoi il leur fallait semer et récolter à des périodes données. De ce fait, il était nettement plus simple de dire : « Chez nous existe cette coutume, établie par nos ancêtres, c’est pourquoi nous devons faire cela. Celui qui s’y oppose est un criminel. » Le maintien de ces traditions et de ces coutumes était assuré par les anciennes du village, les femmes et les mères, sages et expérimentées.

La division du travail des tribus pratiquant à la fois la chasse et l’agriculture a entraîné les faits suivants : les femmes, responsables de la production et de l’organisation des lieux d’habitation, ont davantage développé leurs capacités de raisonnement et d’observation, tandis que les hommes, à cause de leurs activités de chasse et de guerre, ont plutôt développé leur musculature, leur adresse corporelle et leur force. A ce stade de l’évolution, la femme était intellectuellement supérieure à l’homme. Et, au sein de la collectivité, elle occupait, bien entendu, la position dominante, c’est-à-dire celle du matriarcat.

Nous ne devons pas oublier qu’à cette époque les hommes étaient incapables de faire des réserves. C’est pourquoi, les mains travailleuses représentaient la « force vive » de travail et la source de prospérité. La population n’augmentait que lentement, le taux de natalité était bas. La maternité était très hautement prisée, et la femme-mère occupa dans les tribus primitives une place d’honneur. Le faible taux des naissances est partiellement explicable par l’inceste et les mariages entre proches parents. Et il a été prouvé que ces mariages consanguins étaient responsables de fausses couches, freinant par là l’évolution normale de la famille.

Lors de la période de chasse et de cueillette, l’importance du réservoir de la force du travail d’une tribu ne jouait aucun rôle. Bien au contraire, dès que la tribu prenait trop d’ampleur l’approvisionnement devenait plus difficile. Aussi longtemps que l’humanité se nourrissait exclusivement des produits aléatoires de la cueillette et de la chasse, la maternité de la femme n’était pas particulièrement appréciée.

Les enfants et les vieillards étaient un lourd fardeau pour la tribu. On essayait de s’en débarrasser d’une manière ou d’une autre, et il arrivait même qu’on les mangeât. Mais les tribus qui assuraient leur entretien grâce à un travail productif, c’est-à-dire les tribus d’agriculteurs, avaient besoin de travailleurs. Chez eux, la femme acquit une nouvelle signification, en l’occurrence celle de produire de nouvelles forces de travail, les enfants. La maternité fut vénérée religieusement. Dans de nombreuses religions païennes, le dieu principal est le sexe féminin, par exemple la déesse Isis en Egypte, Gaïa en Grèce, c’est-à-dire la Terre qui, à l’époque primitive, représentait la source de toute vie.

Bachofen, connu pour ses recherches sur le matriarcat, a prouvé que le féminin, dans les religions primitives, prédominait sur le masculin, ce qui en dit long sur la signification de la femme chez ces peuples. La terre et la femme étaient les sources premières et essentielles de toute richesse. Les propriétés de la terre et de la femme se confondirent. Terre et femme créaient et perpétuaient la vie. Quiconque blessait une femme, blessait aussi la terre. Et aucun crime ne fut plus mal vu que celui dirigé contre une mère. Les premiers prêtres, c’est-à-dire les premiers serviteurs des dieux païens, étaient des femmes. C’étaient les mères qui décidaient pour leurs enfants, et non pas les pères, comme dans d’autres systèmes de production. Nous trouvons des survivances de cette domination des femmes dans les légendes et les coutumes des peuples tant de l’Orient que de l’Occident. Ce n’était pourtant pas sa signification de mère qui mit la femme dans cette position dominante auprès des tribus agricoles, mais bien plutôt son rôle de producteur principal dans l’économie du village. Aussi longtemps que la division du travail amena l’homme à ne s’occuper que de la chasse, considérée comme activité secondaire, tandis que la femme cultivait les champs - l’activité la plus importante de cette époque -, sa soumission et sa dépendance à l’égard de l’homme étaient inconcevables.

C’est donc le rôle de la femme dans l’économie qui détermine ses droits dans le mariage et la société. Cela apparaît encore plus clairement lorsque nous comparons la situation de la femme d’une tribu d’agriculteurs avec la situation de la femme d’une tribu d’éleveurs nomades. Vous remarquerez qu’un même phénomène, comme la maternité, c’est-à-dire une propriété naturelle de la femme, peut avoir des conséquences radicalement opposées dans des conditions économiques différentes.

Tacite nous donne une description de la vie des anciens Germains. C’était une saine, vigoureuse et combative tribu d’agriculteurs. Ils tenaient leurs femmes en haute estime et écoutaient leur avis. Chez les Germains, les femmes avaient toute la responsabilité du travail des champs. Les femmes des tribus tchèques pratiquant l’agriculture jouissaient de la même estime. La légende qui nous a été transmise sur la sagesse de la princesse Libussa rapporte que l’une des sœurs de Libussa s’occupait de l’art de guérir, tandis que l’autre bâtissait des villes nouvelles. Quand Libussa arriva au pouvoir, elle choisit comme conseillères deux jeunes filles particulièrement versées dans les questions de droit. Cette princesse gouvernait de façon démocratique et consultait son peuple pour toutes les décisions importantes. Libussa fut détrônée plus tard par ses frères. Cette légende témoigne assez bien de la manière dont les peuples ont conservé la mémoire de la domination de la femme. Le matriarcat devint dans la légende populaire une époque particulièrement heureuse et bénie puisque la tribu menait encore une vie collective.

Quelle était maintenant la situation de la femme dans une tribu de pasteurs ? Une tribu de chasseurs se transformait en tribu de pasteurs lorsque les conditions naturelles étaient favorables (grands espaces de steppe, herbe abondante, troupeaux de bovins ou de chevaux sauvages) et lorsque l’on disposait d’un nombre suffisant de chasseurs forts, adroits et intrépides, capables non seulement de tuer leur proie, mais aussi de la capturer vivante. C’était surtout les hommes qui possédaient ces qualités corporelles. Les femmes ne pouvaient s’y consacrer que temporairement, lorsqu’elles n’étaient pas absorbées par les tâches maternelles. La maternité les reléguait dans une position particulière et fut à l’origine d’une division du travail reposant sur la différence des sexes. Quand l’homme partait à la chasse accompagné des femmes célibataires, la femme-mère était laissée à l’arrière pour surveiller le troupeau capturé. Elle devait aussi assurer la domestication des animaux. Mais cette tâche économique ne revêtait qu’une signification de second ordre, elle était subordonnée. Réfléchissez vous-même. Qui, selon un point de vue strictement économique, sera plus favorisé par le clan, l’homme qui capture la femelle du buffle ou la femme qui trait celle-ci ? Naturellement l’homme ! Comme la richesse de la tribu reposait sur le nombre des animaux capturés, c’était logiquement celui qui pouvait accroître le troupeau qui fut considéré comme producteur principal et source de prospérité pour la tribu.

Le rôle économique de la femme dans les tribus de bergers était toujours secondaire. Comme la femme, d’un point de vue économique, avait moins de valeur et que son travail était moins productif, c’est-à-dire qu’il ne contribuait pas autant à la prospérité de la tribu, la conception selon laquelle la femme n’était pas non plus l’égale de l’homme se fit jour. II est important de remarquer ce qui suit : les femmes de ces tribus n’avaient pas, lors de l’exécution de leur travail subordonné à la garde du troupeau, à satisfaire les mêmes exigences et les mêmes besoins, c’est-à-dire à développer des habitudes régulières de travail, comme c’était le cas pour les femmes des tribus d’agriculteurs. Le fait que les femmes ne souffraient jamais du manque de provisions lorsqu’elles demeuraient seules sur les lieux d’habitation fut particulièrement déterminant. En effet, le bétail qu’elles gardaient pouvait, à tout moment, être abattu. Les femmes des tribus de pasteurs n’étaient donc pas obligées d’inventer d’autres méthodes de subsistance, comme les femmes des tribus pratiquant aussi bien la chasse que l’agriculture. Par ailleurs, la garde du bétail nécessitait moins d’intelligence que le travail compliqué de la terre.

Les femmes des tribus de bergers ne pouvaient pas se mesurer intellectuellement aux hommes et, d’un point de vue strictement corporel, elles leur étaient, par la force et la souplesse, totalement inférieures. Ce qui renforça naturellement la représentation de la femme comme une créature inférieure. Avec l’augmentation du cheptel de la tribu, la condition de servante de la femme se renforçait - elle valait moins que les animaux - de même que s’élargissait la faille entre les sexes. Les peuples nomades et pasteurs se transformèrent d’ailleurs plus facilement en hordes guerrières et pillardes que les peuples tirant leur subsistance de l’agriculture. La richesse des paysans reposait sur un travail plus paisible que celui des éleveurs et des nomades, pour qui le pillage était une source évidente d’enrichissement. Au commencement, ils ne volèrent que des bêtes, puis ils pillèrent et ruinèrent progressivement les tribus avoisinantes, brûlant leurs réserves et faisant parmi eux des prisonniers, qui devinrent les premiers esclaves.

Mariages forcés et rapts de femmes des tribus voisines étaient surtout pratiqués par les tribus nomades et guerrières. Le mariage forcé a fortement marqué l’histoire de l’humanité. Il a incontestablement contribué à renforcer l’oppression de la femme. Après avoir été arrachée contre son gré à sa propre tribu, la femme se sentait particulièrement sans défense. Elle était totalement livrée à ceux qui l’avaient enlevée ou capturée. Avec l’avènement de la propriété privée, le mariage forcé amena le vaillant guerrier à renoncer à sa part de butin sous forme de vaches, de chevaux ou de moutons pour exiger la possession absolue d’une femme, c’est-à-dire le droit de disposer entièrement de sa force de travail. « Je n’ai nul besoin de bovins, de chevaux ou d’animaux à longs poils, accorde-moi seulement le droit de posséder la femme que j’ai capturée de mes propres mains ». Il est bien évident que la capture et l’enlèvement par une tribu étrangère signifièrent pour la femme la suppression de toute égalité de droits. Elle se trouva ainsi dans une position subordonnée et dépourvue de droits à l’égard de tout le clan, mais en particulier vis-à-vis de celui qui la captura, c’est-à-dire de son mari. Malgré cela, les chercheurs attribuant la non-émancipation de la femme au mariage ont tort : ce n’était pas l’institution du mariage mais avant tout le rôle économique de la femme qui fut la cause de son absence de liberté parmi les peuples de pasteurs nomades. Le mariage forcé, s’il se rencontrait parmi certaines tribus d’agriculteurs ne portait pas atteinte aux droits de la femme, solidement enracinés alors dans ces tribus. L’histoire nous apprend que les anciens Romains enlevèrent les femmes des Sabins. Or les Romains étaient un peuple agraire. Et, tant que ce système économique prédomina, les Romains respectèrent profondément leurs femmes, même s’ils les avaient arrachées par la force aux tribus voisines. Le langage actuel, pour traduire la considération dont jouit une femme de la part de sa famille et de son entourage, la compare à une « matrone romaine », ce qui est manifestement une survivance de cet état de fait. Avec le temps, cependant, la position de la femme romaine se dégrada, elle aussi.

Les peuples bergers n’ont aucun respect de la femme. C’est l’homme qui règne, et cette domination, le patriarcat, existe encore de nos jours. II suffit d’examiner plus attentivement les tribus de pasteurs et de nomades des Républiques fédérales de l’URSS : les Bachkirs, les Kirghizes et les Kalmouks. La situation de la femme dans ces tribus est particulièrement désolante. Elle est la propriété du mari qui la traite comme du bétail. Il l’achète tout comme il achèterait un mouton. II la transforme en bête de somme et en esclave obligé d’assouvir tous ses désirs. Inutile d’ajouter que la femme kalmouk ou kirghize n’a pas droit à l’amour. Le bédouin nomade, avant de conclure le marché, met un fer rouge dans la main de sa future femme pour mesurer sa résistance. Si la femme qu’il s’est procurée tombe malade, il la chasse de chez lui, persuadé qu’il a fait une mauvaise affaire. Aux îles Fidji, l’homme avait encore, jusqu’à un passé récent, le droit de consommer sa femme. Chez les Kalmouks, l’homme pouvait légalement tuer sa femme, si elle le trompait. Par contre, si c’était elle qui tuait le mari, on lui arrachait le nez et les oreilles.

Dans de nombreuses tribus sauvages de la préhistoire, les femmes étaient considérées à tel point comme propriété de leur mari qu’elles étaient obligées de le suivre jusque dans la mort. Les veuves devaient monter sur le bûcher préparé pour l’incinération et y être brûlées. Cette coutume barbare lut longtemps pratiquée chez les Indiens d’Amérique et de l’Inde ainsi que dans les tribus africaines, chez les anciens Norvégiens et les nomades slaves de l’ancienne Russie. Dans toute une série de peuples africains et asiatiques, il y a des prix fixes pour l’achat des femmes, comme pour l’achat des moutons, de la laine ou des fruits. Il n’est pas difficile d’imaginer la vie de ces femmes.

Si un homme est riche, il peut s’acheter plusieurs épouses. Celles-ci lui fournissent gratuitement leurs forces de travail et lui assurent une diversité dans ses ébats sexuels. En Orient, tandis que l’homme pauvre doit se contenter d’une seule femme, les membres de la classe dominante rivalisent à l’envi avec le nombre de leurs esclaves domestiques. Le roi de la tribu primitive des Aschantis possède à lui seul trois cents femmes. Les roitelets indiens font étalage de plusieurs centaines de femmes. Il en va de même en Turquie et en Perse, où les malheureuses femmes passent leur vie entière enfermées derrière les murs des harems. En Orient, cette situation s’est perpétuée jusqu à nos jours. L’ancien système économique est resté inchangé, commandant les femmes à la captivité et à l’esclavage. Mais cette situation n’est pas à attribuer uniquement à l’institution du mariage.

Quelle due soit la forme du mariage, elle dépend toujours du système économique et social et du rôle de la femme à l’intérieur de celui-ci. Nous reviendrons sur ce sujet de façon plus approfondie dans une autre série de conférences. En attendant, nous la résumons comme suit : tous les droits de la femme, tant marital que politique et social, sont déterminés uniquement par son rôle dans le système économique.

Je vais vous donner un exemple actuel. Il est pénible de voir combien la femme est dépourvue de droits chez les Bachkirs, les Kirghizes et les Tatars. Mais dès qu’un Bachkir ou un Tatar s’installe en ville et que sa femme réussit à y gagner sa propre vie, le pouvoir de l’homme sur sa femme s’en trouve sérieusement affaibli.

Pour résumer la conférence d’aujourd’hui : nous avons vu que la situation de la femme, lors des toutes premières étapes de l’évolution humaine, se différenciait selon les différents types d’organisation économique. Là où la femme était la principale productrice du système économique, elle était honorée et avait des droits importants. Mais si son travail pour le système économique revêtait une importance et une signification moindres, elle occupait bientôt une position dépendante et sans droits et devenait la servante et même l’esclave de l’homme.

Grâce à l’augmentation de la productivité du travail humain et à l’accumulation des richesses, le système économique se. compliqua avec le temps. Ce fut alors la fin du communisme primitif et de la vie en tribus renfermées sur elles-mêmes. Le communisme primitif fut remplacé par un système économique basé sur la propriété privée et l’échange croissant, c’est-à-dire le commerce. La société se divisait désormais en classes.

Le communisme primitif a existé pendant des millénaires. Cette période a duré considérablement plus longtemps que la suivante, qui vit apparaître la propriété privée. La femme fut respectée et estimée pendant des milliers d’années en raison du rôle qu’elle jouait dans le système économique des peuplades paisibles pratiquant l’agriculture.

Le matriarcat a régné pendant de longues périodes. Les légendes et les vieux contes populaires témoignent de la haute estime dont jouissaient les femmes de ce temps, ainsi qu’il apparaît dans les récits qui ont pour thème les exploits des Amazones, en provenance, entre autres, de la Grèce, des pays baltiques, d’Afrique et de Bohême. L’un de ces récits parle de 20 000 cavalières, un autre fait allusion à une armée d’Amazones qui aurait constitué une menace permanente pour le puissant empire égyptien. Il y a deux mille ans, les femmes d’une tribu germanique de paysans guerriers prirent une part active aux combats lors d’une attaque romaine et dispersèrent l’ennemi. Encore à l’heure actuelle, la garde du corps princière d’une certaine tribu du Dahomey est composée de femmes armées. Chez les Kurdes, peuple du Caucase, les femmes sont célèbres pour leur bravoure et prennent une part active à tous les combats.

Tout cela prouve sans ambiguïté que, lors de certaines phases du développement socio-économique, la femme pouvait être non seulement producteur, mais soldat. La mobilisation de toutes les forces disponibles par une communauté encore faible, pour assurer sa défense, était alors une nécessité absolue. Lors de la dernière conférence, nous avons constaté que la femme de ce temps-là et dans les tribus d’agriculteurs jouissait du plus grand prestige qu’elle devait à sa qualité de producteur principal. Pourtant, à la même époque, la situation de la femme dans les tribus de pasteurs était tout autre.

Des siècles s’écoulèrent avant que l’asservissement de la femme ne se généralise et que le règne de la femme appartienne définitivement au domaine de la légende.

La suprématie de l’homme, c’est-à-dire du patriarcat et du droit patriarcal, n’est pas née du jour au lendemain. Les vieux contes populaires témoignent d’une lutte de plusieurs siècles entre matriarcat et patriarcat. Les mythes païens en sont une bonne illustration. Une légende grecque, relatant les aventures du demi-dieu Hercule, décrit son voyage dans un pays dominé par une tribu d’Amazones guerrières : le voyageur décide d’en finir avec la domination des femmes et de libérer les hommes. Une autre légende raconte comment les dieux d’Athènes déchurent les femmes de leurs droits, car elles avaient utilisé leur droit de vote pour nommer leur ville " Athéna ", en l’honneur de la déesse, au lieu de la baptiser du nom de dieu Poséidon.

Les légendes germaniques que nous connaissons, par exemple la Chanson des Nibelungen, décrit avec force détails les combats de preux guerriers contre de belles femmes non moins belliqueuses, avant que celles-ci ne se soumettent pour devenir leurs épouses. La belle Brunehilde ne fut vaincue par son prétendant Gunther que par la ruse. Cependant, au cours de la nuit de noces, non seulement elle ne se rendit point, mais elle continua à combattre et vainquit son héros qu’elle suspendit au toit par la ceinture avant d’aller se coucher en toute quiétude. Les chants folkloriques russes montrent aussi la liberté et l’égalité dont jouissaient les femmes non seulement dans la vie économique, mais aussi sur le champ de bataille. Citons, par exemple, le héros Dobrynja Nikititsch affrontant à découvert un « chevalier errant, femme », représentante sans doute d’une tribu où dominait toujours le matriarcat. Dobrynja commence à combattre avec elle. Elle le saisit par sa chevelure bouclée, le "fourre" dans un "sac", et lui explique qu’elle ne consentira au mariage que si cela lui "chante".

Ces chants et ces contes sont une mine d’or et autant de témoignages de la lutte séculaire entre patriarcat et matriarcat. cela se traduit également par les transformations des conceptions religieuses. L’homme des cavernes vénérait la Terre, mère originelle toute puissante et source de vie. Cette croyance se perpétua jusqu’au jour où l’homme, plus expérimenté, comprit que la fertilité de la terre dépendait aussi du ciel. La terre, à elle seule, ne pouvait produire une bonne récolte, si le ciel ne dispensait pas soleil et pluie en quantité suffisante. De même que la femme reste stérile dans la semence du mâle, la terre ne peut verdoyer et porter de fruits sans chaleur et humidité. C’est ainsi que la vénération de la Terre, comme déité unique, céda la place à l’adoration du Soleil, aux dieux Osiris et Apollon et au dieu russe Jarilo.

La suprématie de la femme - le matriarcat - se perpétua aussi longtemps que la communauté resta liée par des intérêts communs et que la femme constitua le principal producteur de l’économie primitive. Le patriarcat s’imposa avec l’apparition de la propriété privée et les conflits d’intérêts qu’elle engendra entre les membres de la tribu. Il fallait empêcher l’éclatement de la tribu, non seulement en raison d’une solidarité instinctive, née autour du foyer domestique où régnait la mère commune, mais en raison de l’autorité du plus fort.

Quelles conséquences entraîna l’apparition de la propriété privée pour le statut social de la femme ? Beaucoup croient que le servage et la dépendance de la femme sont apparus en même temps que la propriété privée. C’est faux. Il est vrai que la propriété privée a contribué à faire déchoir la femme de ses droits, mais seulement là où celle-ci avait déjà perdu de son importance comme élément producteur, en raison de la division du travail. La femme cessa d’être respectée dès que le système économique primitif s’effondra sous la pression de l’accumulation des biens et de la croissante division du travail.

A côté de l’agriculture, se développèrent, à des stades précis de l’évolution, différents métiers comme potier, tanneur, tisserand, soldat, sacrificateur, etc., c’est-à-dire spécialisés dans différents domaines. Avec le développement et l’épanouissement de l’artisanat, le travail du paysan perdit peu à peu de sa fonction et ne fut plus seul à assurer la survie du clan. L’apparition des métiers entraîna nécessairement avec elle celle du commerce d’échange, autrement dit, la recherche du profit. Le potier qui fabriquait une cruche en terre ne voulait pas renoncer au produit de son travail et risquer ainsi de perdre à l’échange. Le paysan cherchait de son côté à acquérir le produit du potier à moindre frais. Il n’était plus question, comme à l’époque du communisme primitif, de satisfaire seulement les besoins et la subsistance du clan. La chasse au profit devint véritablement le moteur de l’économie.

A cette période, le travail du potier, du tanneur ou du tisserand a acquis plus de valeur que celui du paysan. Le travail de ce dernier s’est déprécié progressivement. Et cela, non pas parce que l’agriculture n’occupait plus une place essentielle dans l’économie, mais parce qu’elle exigeait un plus grand investissement de main-d’œuvre. Dès que l’artisanat a atteint un niveau de développement élevé au sein d’une tribu, le travail de la terre a été confié aux esclaves capturés à la guerre.

Quelle était la situation de la femme dans un pareil système économique ? Continuait-elle à jouir des mêmes honneurs qu’autrefois alors que le travail agricole avait considérablement perdu de sa valeur et qu’il était devenu juste bon pour les esclaves ? Voici un exemple tiré de l’histoire : l’Egypte, pays riche et puissant s’il en fut, conserva longtemps des survivances de la domination des femmes, du matriarcat. Alors que partout ailleurs à la même époque, dans des pays culturellement très évolués comme la Grèce et la Rome antique, les femmes étaient dépendantes et privées de droits, en Egypte, elles vivaient relativement libres et à égalité avec les hommes.

Comment cela s’explique-t-il ? Sur les bords fertiles du Nil, l’agriculture florissait comme nulle part ailleurs. La tribu qui s’était établie en Egypte était un peuple de paysans. Nous savons maintenant qu’à une phase reculée de l’évolution historique, les femmes des tribus d’agriculteurs ont été les principaux producteurs. La femme égyptienne conserva ce rôle avec les attributs et les privilèges qui s’y attachèrent pendant des siècles, en dépit de l’apparition de la propriété privée et du régime des castes. Lorsque le commerce et l’artisanat connurent un développement plus important, les commerçants et artisans supplantèrent les paysans et créèrent un nouveau mode de vie. Pourquoi ? Les métiers de commerçant et d’artisan étaient plus rentables, puisqu’ils rapportaient un gain plus important que le travail du paysan. Dès que la propriété privée réussit à s’imposer, la chasse au profit remplaça le travail dans l’intérêt de la communauté. Une conséquence logique de cette nouvelle évolution fut que la femme, en perdant sa place comme producteur principal du système économique, perdit en même temps sa position privilégiée. Les femmes appartenant à des tribus et à des castes très estimées furent les seules à pouvoir conserver leurs droits. Mais les femmes des autres catégories sociales (à l’exclusion bien sûr des femmes esclaves) perdirent leurs droits et furent opprimées comme les femmes des autres pays.

Nous nous sommes volontairement attardées sur l’Egypte et sa culture pour illustrer combien les droits de la femme dépendent de son importance économique. Nous pouvons en conclure également que la femme réussit à conserver ses droits nettement plus longtemps chez les peuples où elle avait occupé autrefois une position de producteur principal. Cet état de fait se perpétua même lorsque le communisme primitif fut remplacé par un système socio-économique fondé sur la propriété privée.

La propriété privée n’aurait pas conduit à l’asservissement de la femme si celle-ci n’avait pas déjà perdu son importance comme principale responsable de l’entretien de la tribu. Mais la propriété privée et la division de la société en classes formèrent et conduisirent l’évolution économique de telle sorte que le rôle de la femme dans la production fut pratiquement réduit à zéro.

L’oppression de la femme se rattache à la division du travail reposant sur la différence de sexes et où l’homme s’est accaparé tout le travail productif, tandis que la femme se chargeait des tâches secondaires.

A mesure que cette division du travail se perfectionna, la dépendance de la femme se renforça jusqu’à la précipiter définitivement dans l’esclavage.

Formellement, l’introduction de la propriété privée accéléra le processus au cours duquel la femme fut coupée du travail productif. Cette évolution avait néanmoins déjà été entamée à l’époque du communisme primitif (par exemple chez les tribus d’éleveurs). Mais, même si la propriété privée ne peut être tenue pour seule responsable de cette situation d’inégalité entre les sexes, elle contribua fortement à consolider celle-ci par la dépendance et l’oppression de la femme.

Une conséquence importante de l’introduction de la propriété privée fut que l’économie domestique se détacha bientôt de l’économie homogène et communautaire qui avait été jusque là celle de la tribu. L’existence de ces organisations économiques autonomes entraîna un type de famille de plus en plus fermée et repliée sur elle-même. A l’intérieur de cette économie familiale isolée et individuelle, on assista de surcroît au renforcement de la division du travail. Les travaux productifs à l’extérieur furent réservés aux membres masculins de la famille, tandis que la femme fut reléguée à ses fourneaux.

La propriété privée familiale donc, qui permit l’économie domestique, contribua par le travail limité et improductif à domicile à l’asservissement de la femme. D’un point de vue économique, le travail de la femme perdit de son importance, et elle ne tarda pas à être considérée comme une créature dépourvue de valeur et totalement superflue par rapport au représentant des valeurs nouvelles, c’est-à-dire l’homme.

La pelle et la meule, qui avaient été autrefois des découvertes de la femme, lui furent retirées au profit de l’homme. Les champs eux-mêmes cessèrent d’être le domaine de la femme. Son existence libre, et sans entraves prit fin également. Elle fut confinée pour des siècles entre les quatre murs de sa maison et exclue de tout travail productif. Dorénavant, elle ne veillait plus sur le feu en tant que figure maternelle collective et dans l’intérêt de tout le clan, mais seulement en tant qu’épouse et servante de son mari. Elle avait à filer et à tisser, à confectionner des vêtements et à préparer la nourriture de la famille. Bien que la fabrication du lin et du chanvre soit restée jusqu’à nos jours et dans les campagnes une activité féminine, la femme n’occupa plus dans l’organisation économique paysanne qu’une position secondaire.

J’espère que, dans l’ensemble, vous vous souvenez encore de la dernière conférence. Nous passons maintenant à l’analyse de la situation de la femme dans le stade suivant du développement économique et nous nous trouvons donc deux mille cinq cents ans en arrière, c’est-à-dire dans l’Antiquité pré-chrétienne. Nous n’avons plus affaire maintenant à des peuplades sauvages et peu civilisées, mais à des États hautement développés, disposant d’armées puissantes et où existaient la propriété privée, de grandes différences de classes, un artisanat et un commerce florissants. Leur système économique était fondé sur le travail servile, une forme transitoire de l’économie naturelle et un commerce d’échange plus développé. Nous voyons apparaître pour la première fois une accumulation du capital sous sa forme la plus élémentaire.

Quel était le rôle de la femme à ce stade de l’évolution ? Quels droits avait-elle dans les républiques païennes de Grèce, de Rome et dans la ville libre de Carthage ?

Il n’est alors plus guère possible de parler du rôle de la femme dans la production sans déterminer auparavant son appartenance de classe. Lorsque le système social de cette époque culmina sur le plan économique, il se subdivisa en deux classes nettement distinctes : les citoyens libres et les esclaves. Seul le travail des citoyens libres était reconnu, même si les esclaves étaient responsables de la fabrication du pain et de tous les autres produits de première nécessité. L’estime dont jouissait un citoyen dépendait des services qu’il rendait à l’État organisé. Les hommes d’État, capables de discipliner la collectivité et de faire respecter l’ordre et la loi dans la vie sociale, jouissaient du plus grand prestige. Les guerriers venaient tout de suite après. En revanche, les commerçants et les artisans n’avaient que des droits limités, et les esclaves, véritables producteurs de la prospérité de tous, n’en avaient absolument aucun. Comment cela était-il possible ? Pourquoi les membres les plus utiles à la collectivité, qui auraient occupé indubitablement la première place à la période du communisme primitif, étaient-ils les plus méprisés ?

Le principe fondamental de l’inviolabilité de la propriété privée et du commerce fut essentiellement responsable de cet état de choses. Lorsqu’un propriétaire terrien pouvait organiser effectivement ses esclaves, leur imposer une discipline et les obliger à fabriquer les produits nécessaires à la population, il jouissait de l’estime et de la considération de ses contemporains. On ne reconnaissait donc que le gain de l’esclavagiste. Dans des États aussi développés culturellement que les États grecs et romains, la femme était totalement dépourvue de droits, quasi esclave. Mais, même en Grèce, la situation de, la femme n’avait pas toujours été ainsi. Elle était différente lorsque la population vivait encore regroupée en petites tribus et ne connaissait ni propriété privée ni pouvoir étatique. A l’origine, les Grecs étaient un peuple d’agriculteurs et de bergers. Mais pour des raisons à la fois climatique et géographique, ils furent obligés très tôt d’évoluer vers une forme d’économie plus complexe. Les femmes ne travaillaient pas seulement la terre, elles furent employées également à la garde et aux soins des immenses troupeaux, elles filaient et tissaient.

A l’époque d’Homère - ses récits poétiques rendent compte de la vie des anciens Grecs - les femmes prirent aux côtés des hommes une part active à la production. Elles n’étaient pas totalement égales en droits, mais cependant relativement libres. Il semble difficile d’établir avec certitude l’existence du matriarcat en Grèce. En tout cas, comme la population grecque connut précocement une forme économique mitigée, nous pouvons supposer que le matriarcat n’était pas, de loin, aussi répandu en Grèce qu’en Egypte ou chez d’autres peuples plus spécifiquement agricoles. Si l’on en croit leurs religions, la femme joua cependant un rôle important chez les anciens Grecs. Ils honoraient Déméter, déesse de la fécondité et non pas seulement à la terre, comme ce fut le cas à des périodes plus reculées de l’histoire de l’humanité. A travers la déesse Athéna, les Grecs vénéraient la sagesse féminine. Les hommes doivent à Athéna - mais en réalité aux femmes de leurs ancêtres - les arts du filage et du tissage, de même que l’invention des poids et mesures et la culture de l’olivier. D’autres religions reflétèrent la position de la femme dans les systèmes économiques d’autrefois : les anciens Norvégiens, par exemple, vénéraient la déesse Idun comme protectrice et jardinière du pommier.

Chez les Grecs, la justice n’était pas représentée sous la figure d’un homme, mais sous celle d’une femme, la déesse Théznis, tenant les deux plateaux de la balance. Ce qui prouve assez que, dans la période préclassique de la Grèce, la femme avait occupé une position dominante et que c’était elle qui réglait les conflits intervenant dans la famille.

La découverte du feu fut attribuée à la déesse Hestia (Vesta). De jeunes vierges (les vestales) étaient les gardiennes du feu sacré. La mythologie grecque nous offre aussi quantité d’exemples relatant la lutte entre le droit maternel et paternel. Ce qui tend à prouver qu’il devait y avoir eu une période au cours de laquelle la femme comme mère, dirigeait le système économique de la tribu.

A l’époque d’Homère, la femme assistait aux banquets et était aimée et respectée comme épouse. Les hommes étaient déférents et attentifs à son égard. Mais il ne s’agissait nullement d’un système matriarcal. Homère nous rapporte comment Pénélope, modèle de la parfaite épouse> sut attendre le retour de son mari disparu. Pénélope, au cours d’une fête, fut d’avis que sa belle-mère n’avait pas sa place parmi les invités, qu’elle ferait mieux de retourner à ses appartements et de s’occuper des travaux domestiques.

Ce fut justement à l’époque d’Homère que s’imposèrent le mariage, la propriété privée et l’économie familiale individuelle. Il ne faut donc pas s’étonner qu’à cette période économique, les Grecs commencèrent à prêcher aux femmes les « vertus familiales », tout en les incitant à se montrer indulgentes envers les frasques extraconjugales de leur mari. Ce qui permettait non seulement de réduire le nombre des membres de la famille, mais également d’éviter au maître de maison d’avoir à nourrir des bouches inutiles. La femme du roi Priam, Hécube, se plaignait amèrement de sa sujétion et disait qu’elle se sentait attachée à la porte de son époux, comme un « chien à sa niche ».

Il importe maintenant d’examiner la situation de la femme à l’époque où l’État grec reposait sur la propriété et le travail des esclaves. Tandis que s’épanouissait la culture grecque, que furent construits des temples superbes, que les sculpteurs créaient les impérissables statues d’Apollon et de Vénus et que les villes grecques devinrent les métropoles du commerce international, où l’artisanat était florissant et où s’ouvraient des écoles philosophiques réputées, berceaux de la science moderne, à cette même période donc, la femme dut renoncer à la totalité de ses anciens droits et privilèges et devint l’esclave domestique de son seigneur et maître, bref, de son mari.

L’égalité des sexes n’existait alors que chez les esclaves. Mais de quelle égalité s’agissait-il ? Ils étaient également sans droits, privés de toute liberté et opprimés, exécutaient les mêmes travaux harassants et souffraient pareillement de la faim et de toutes sortes de maux. Les conditions de vie des esclaves sont explicables par leur position sans droits en étroite liaison avec leur statut social. Mais le fait que les Grecques, libres citoyennes d’une république culturellement extrêmement développée, étaient aussi privées de leurs droits et opprimées exige une autre explication.

Naturellement, comparées aux esclaves, les femmes d’Athènes et de Sparte étaient des citoyennes ayant des droits et même des privilèges. Mais ceux-ci, elles les devaient à la position de leur mari et non pas à leurs propres mérites. Par elles-mêmes, elles n’avaient aucune valeur - comme êtres humains et comme citoyennes - et ne furent considérées finalement que comme compléments de leur mari. Leur vie entière était placée sous tutelle, d’abord sous celle du père, puis sous celle du mari. Elles n’avaient pas le droit d’assister aux fêtes qui marquaient la vie publique en Grèce. Les citoyennes de la Grèce libre, de Carthage et de Rome ne connaissaient rien d’autre que l’univers étriqué du foyer. Elles étaient entièrement occupées à filer, à tisser, à cuisiner et à surveiller les domestiques et les esclaves de la maison. Les femmes les plus riches étaient aussi dispensées de ces tâches. Leur existence se déroulait dans les appartements qui leur étaient réservés. Coupées et isolées de toute forme d’activité, elles menaient dans une atmosphère étouffante une vie d’ermite, très peu éloignée de celle à laquelle seront condamnées les femmes et les filles de l’aristocratie russe, de nombreux siècles plus tard. Le satirique auteur Aristophane décrit avec ironie la vie des femmes riches : « Elle porte des vêtements safran, se couvre de fards, chausse des sandales à la mode, vit du travail de son mari et de ses esclaves et demeure au reste un parasite. » Il n’est donc pas étonnant si, du point de vue de l’homme, la tâche de la femme finit par se réduire à l’enfantement. Elle était élevée en fonction du « foyer ». Elle avait à être « vertueuse », c’est-à-dire désintéressée et bête. Les femmes les plus appréciées étaient celles à qui l’on ne trouvait rien à redire, ni en bien ni en mal. D’un côté, l’homme pouvait vendre la femme adultère comme esclave ; de l’autre, il pouvait se procurer une maîtresse lorsque sa vertueuse femme commençait à l’ennuyer. En dehors du mariage monogamique légal, la polygamie, illégale, n’en était pas moins généralement acceptée et très répandue en Grèce : « Comme procréatrice et ménagère, une épouse officielle, une esclave pour l’assouvissement des besoins de la chair et, pour la satisfaction de la vie intellectuelle et affective, une hétaïre. »

Dans les républiques grecque et romaine si fières de leurs cultures et de leurs richesses, la femme du citoyen libre était tout aussi dépendante et dépourvue de droits que les serviteurs et les esclaves qu’elle régentait au nom de son mari. Les femmes de la tribu des Balondas vivaient peut-être dans une hutte en bambou, mais elles étaient nettement plus libres et égales de l’homme que leurs compagnes de l’époque grecque ou romaine qui habitaient les palaces de marbre.

Comment cela était-il possible ? Comment peut-on expliquer cette absence de droits pour les femmes, alors que les sociétés dont elles faisaient partie bénéficiaient parallèlement d’un prodigieux essor économique et culturel ? Il ne devrait pas être difficile de le deviner, camarades. Je vois à vos visages que vous avez compris. Les femmes de la tribu africaine des Balondas exécutaient un travail productif pour la collectivité, tandis que les Grecques, si tant est qu’elles faisaient quelque chose, n’étaient occupées que de travaux domestiques dans le cadre limité de la famille. A un stade très précoce du développement social, la Grecque avait été également une force productrice importante pour la collectivité. Pourtant, avec l’avènement de la propriété privée, et depuis que la production reposait sur le travail des esclaves, elle s’était transformée peu à peu en instrument de procréation. Rappelez-vous donc, camarades, que dans une société aussi éclairée que la Grèce, ou encore à Rome, avec ses innombrables colonies, et dans la ville libre de Carthage, même les femmes des classes dominantes ne bénéficiaient d’aucun droit ni d’aucun privilège. Toutefois, nous devons tenir compte du fait qu’en Grèce le matriarcat n’avait été que très peu développé, que le patriarcat a pu ainsi s’imposer très tôt et que la femme tomba rapidement dans une grande dépendance. En revanche, dans la république romaine, il y avait encore des survivances du matriarcat alors que Rome était déjà le pays le plus puissant du monde. Même à l’époque où la propriété privée était protégée par la loi et où les esclaves exécutaient le travail productif, la matrone romaine jouissait toujours de l’estime et du respect de tous. Dans la rue, les citoyens libres s’écartaient sur son passage pour lui céder la place. A la maison, son autorité restait incontestée et c’était la mère qui élevait les enfants.

A quoi est due cette différence ? Le royaume romain fut fondé par une tribu d’agriculteurs. C’est pourquoi le matriarcat était profondément ancré dans le passé de cette société et continua à influencer celle-ci à des stades d’évolution ultérieurs.

A côté des femmes dépendantes, des vertueuses épouses, il existait également en Grèce un groupe autonome de femmes indépendantes, les hétaïres. Elles étaient les maîtresses des grands hommes de Grèce. Les hétaïres étaient soit des citoyennes libres, soit des esclaves affranchies, qui transgressaient courageusement les lois morales du mariage. De nombreuses hétaïres sont entrées dans l’histoire, comme Aspasie, l’amie du célèbre homme d’État Périclès, Laïs, Phryné ou Lamia. Ces femmes étaient très cultivées et s’intéressaient à la science et à la philosophie. Elles étaient politiquement actives et influençaient les affaires de l’État. Les épouses respectueuses et vertueuses les fuyaient. Les hommes, cependant, appréciaient leur compagnie. Il arrivait que les philosophes et les penseurs de l’époque furent inspirés par les idées et les pensées nouvelles de ces hétaïres cultivées. Des contemporains ont témoigné de l’amitié entre le célèbre philosophe Socrate et Aspasie, ainsi que des brillants discours politiques de cette dernière. Phryné inspira le célèbre sculpteur Praxitèle, et Lamia, qui vivait au V° siècle avant notre ère, joua un rôle déterminant dans une conspiration contre deux tyrans qui s’étaient accaparés tout le pouvoir dans la république. Elle fut, ainsi que ses compagnons qui avaient lutté pour la liberté, jetée en prison et cruellement torturée. Pour ne pas trahir, elle se coupa la langue d’un coup de dents et la cracha au visage du juge.

L’existence des hétaïres est la preuve que la femme cherchait alors à se libérer de l’étouffante prison qui lui avait été attribuée et qui signifiait sa dépendance. Il manquait pourtant aux hétaïres une condition essentielle et capitale à leur réussite : elles n’exécutaient aucun travail productif. Pour l’économie nationale, elles n’avaient pas plus de valeur que les épouses incultes et bornées des hommes grecs et romains. Les libertés et les privilèges qu’elles avaient conquis étaient construits sur du sable ; d’un point de vue matériel, elles dépendaient des hommes, après comme avant.

En Grèce, il y avait aussi des femmes isolées qui apportèrent une contribution importante à la science, à l’art et à la philosophie. La poétesse grecque Sapho, par exemple, fonda une école pour ses amies. Aguidique, la première femme médecin, s’était déguisée en homme pour pouvoir suivre des études, après quoi elle entreprit de soigner les malades. A Alexandrie vivait une femme professeur et philosophe, extrêmement cultivée et très belle femme de surcroît. Autour d’elle se rassembla un cercle d’érudits et de curieux venus du monde entier. Néanmoins, cette femme trouva une mort tragique. Elle fut littéralement dépecée par une foule aveugle et déchaînée, soulevée contre elle par des prêtres jaloux. Cela se passait au début du christianisme. Ces belles et puissantes figures de femmes témoignent de ce dont la femme était capable lorsque sa raison, son cœur et son âme n’étaient pas détruits par une existence avilissante entre les quatre murs de son foyer. Malheureusement, ces rares femmes courageuses n’avaient aucun pouvoir réel sur l’atmosphère générale de l’époque, marquée par le parasitisme et l’oisiveté des femmes. Elles étaient des exceptions et, pour cette raison, incapables de rien changer aux conditions de vie féminine, n’occupant dans l’économie qu’un rôle insignifiant. Certes, beaucoup de femmes souffraient de leur situation sans droits et quelques-unes tentèrent de suivre leur propre voie, mais la plupart persévéraient dans leur rôle d’esclave du foyer, de l’homme et de la famille. Les femmes sentaient instinctivement que l’économie domestique, la propriété privée et le mariage légal étaient les principaux obstacles à leur libération. Dans l’Assemblée des femmes, comédie du célèbre auteur grec Aristophane, elles sont ridiculisées parce qu’elles veulent introduire un ordre nouveau et prendre elles-mêmes en main le destin de l’État. Il est surtout intéressant de noter que l’héroïne de cette comédie, Praxagora, préconise la propriété commune. « Je demande, dit Praxagora, que tout devienne commun, que tout appartienne à tous, qu’il n’y ait plus ni riches ni pauvres. Cela ne peut plus durer, que certaines personnes règnent sur des champs immenses, tandis que la petite parcelle de terre que possèdent les autres suffit tout juste pour l’emplacement de leur tombe. La femme doit être la propriété de tous. Chacun doit avoir le droit de faire des enfants avec qui il veut. » C’est ainsi que les femmes protestaient contre la propriété privée, le mariage forcé et la dépendance, en 400 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire il y a environ deux mille trois cents ans. Le rêve d’une organisation communiste, qui aurait pu délivrer la femme de sa tutelle, devait être si généralement répandu que le célèbre Aristophane put le transposer dans ses comédies extrêmement connues et accessibles à tous. Les femmes voyaient dans un système d’organisation communiste la possibilité de se libérer de leur situation, c’est probablement aussi parce que le langage populaire rappelait leur passé heureux à l’époque du communisme primitif. Quoi qu’il en soit, les Grecques avaient entièrement raison de penser qu’il était impossible de rien changer au rôle de la femme sans un bouleversement radical de la société grecque tout entière, reposant sur la division des classes et le travail des esclaves. Les tentatives de femmes isolées pour arracher la grande masse des femmes à leur esclavage corporel et mental devaient donc totalement échouer. II s’est écoulé plus de vingt siècles avant que le rêve de Praxagora ne devint réalité. La Russie actuelle est cependant la preuve vivante que Praxagora avait raison lorsqu’elle croyait que l’affranchissement de la femme n’était possible que par le communisme. (...)

Des siècles s’écoulèrent avant que l’asservissement de la femme ne se généralise et que le règne de la femme appartienne définitivement au domaine de la légende.

La suprématie de l’homme, c’est-à-dire du patriarcat et du droit patriarcal, n’est pas née du jour au lendemain. Les vieux contes populaires témoignent d’une lutte de plusieurs siècles entre matriarcat et patriarcat. Les mythes païens en sont une bonne illustration. Une légende grecque, relatant les aventures du demi-dieu Hercule, décrit son voyage dans un pays dominé par une tribu d’Amazones guerrières : le voyageur décide d’en finir avec la domination des femmes et de libérer les hommes. Une autre légende raconte comment les dieux d’Athènes déchurent les femmes de leurs droits, car elles avaient utilisé leur droit de vote pour nommer leur ville " Athéna ", en l’honneur de la déesse, au lieu de la baptiser du nom de dieu Poséidon.

Les légendes germaniques que nous connaissons, par exemple la Chanson des Nibelungen, décrit avec force détails les combats de preux guerriers contre de belles femmes non moins belliqueuses, avant que celles-ci ne se soumettent pour devenir leurs épouses. La belle Brunehilde ne fut vaincue par son prétendant Gunther que par la ruse. Cependant, au cours de la nuit de noces, non seulement elle ne se rendit point, mais elle continua à combattre et vainquit son héros qu’elle suspendit au toit par la ceinture avant d’aller se coucher en toute quiétude. Les chants folkloriques russes montrent aussi la liberté et l’égalité dont jouissaient les femmes non seulement dans la vie économique, mais aussi sur le champ de bataille. Citons, par exemple, le héros Dobrynja Nikititsch affrontant à découvert un « chevalier errant, femme », représentante sans doute d’une tribu où dominait toujours le matriarcat. Dobrynja commence à combattre avec elle. Elle le saisit par sa chevelure bouclée, le "fourre" dans un "sac", et lui explique qu’elle ne consentira au mariage que si cela lui "chante".

Ces chants et ces contes sont une mine d’or et autant de témoignages de la lutte séculaire entre patriarcat et matriarcat. cela se traduit également par les transformations des conceptions religieuses. L’homme des cavernes vénérait la Terre, mère originelle toute puissante et source de vie. Cette croyance se perpétua jusqu’au jour où l’homme, plus expérimenté, comprit que la fertilité de la terre dépendait aussi du ciel. La terre, à elle seule, ne pouvait produire une bonne récolte, si le ciel ne dispensait pas soleil et pluie en quantité suffisante. De même que la femme reste stérile dans la semence du mâle, la terre ne peut verdoyer et porter de fruits sans chaleur et humidité. C’est ainsi que la vénération de la Terre, comme déité unique, céda la place à l’adoration du Soleil, aux dieux Osiris et Apollon et au dieu russe Jarilo.

La suprématie de la femme - le matriarcat - se perpétua aussi longtemps que la communauté resta liée par des intérêts communs et que la femme constitua le principal producteur de l’économie primitive. Le patriarcat s’imposa avec l’apparition de la propriété privée et les conflits d’intérêts qu’elle engendra entre les membres de la tribu. Il fallait empêcher l’éclatement de la tribu, non seulement en raison d’une solidarité instinctive, née autour du foyer domestique où régnait la mère commune, mais en raison de l’autorité du plus fort.

Quelles conséquences entraîna l’apparition de la propriété privée pour le statut social de la femme ? Beaucoup croient que le servage et la dépendance de la femme sont apparus en même temps que la propriété privée. C’est faux. Il est vrai que la propriété privée a contribué à faire déchoir la femme de ses droits, mais seulement là où celle-ci avait déjà perdu de son importance comme élément producteur, en raison de la division du travail. La femme cessa d’être respectée dès que le système économique primitif s’effondra sous la pression de l’accumulation des biens et de la croissante division du travail.

A côté de l’agriculture, se développèrent, à des stades précis de l’évolution, différents métiers comme potier, tanneur, tisserand, soldat, sacrificateur, etc., c’est-à-dire spécialisés dans différents domaines. Avec le développement et l’épanouissement de l’artisanat, le travail du paysan perdit peu à peu de sa fonction et ne fut plus seul à assurer la survie du clan. L’apparition des métiers entraîna nécessairement avec elle celle du commerce d’échange, autrement dit, la recherche du profit. Le potier qui fabriquait une cruche en terre ne voulait pas renoncer au produit de son travail et risquer ainsi de perdre à l’échange. Le paysan cherchait de son côté à acquérir le produit du potier à moindre frais. Il n’était plus question, comme à l’époque du communisme primitif, de satisfaire seulement les besoins et la subsistance du clan. La chasse au profit devint véritablement le moteur de l’économie.

A cette période, le travail du potier, du tanneur ou du tisserand a acquis plus de valeur que celui du paysan. Le travail de ce dernier s’est déprécié progressivement. Et cela, non pas parce que l’agriculture n’occupait plus une place essentielle dans l’économie, mais parce qu’elle exigeait un plus grand investissement de main-d’œuvre. Dès que l’artisanat a atteint un niveau de développement élevé au sein d’une tribu, le travail de la terre a été confié aux esclaves capturés à la guerre.

Quelle était la situation de la femme dans un pareil système économique ? Continuait-elle à jouir des mêmes honneurs qu’autrefois alors que le travail agricole avait considérablement perdu de sa valeur et qu’il était devenu juste bon pour les esclaves ? Voici un exemple tiré de l’histoire : l’Egypte, pays riche et puissant s’il en fut, conserva longtemps des survivances de la domination des femmes, du matriarcat. Alors que partout ailleurs à la même époque, dans des pays culturellement très évolués comme la Grèce et la Rome antique, les femmes étaient dépendantes et privées de droits, en Egypte, elles vivaient relativement libres et à égalité avec les hommes.

Comment cela s’explique-t-il ? Sur les bords fertiles du Nil, l’agriculture florissait comme nulle part ailleurs. La tribu qui s’était établie en Egypte était un peuple de paysans. Nous savons maintenant qu’à une phase reculée de l’évolution historique, les femmes des tribus d’agriculteurs ont été les principaux producteurs. La femme égyptienne conserva ce rôle avec les attributs et les privilèges qui s’y attachèrent pendant des siècles, en dépit de l’apparition de la propriété privée et du régime des castes. Lorsque le commerce et l’artisanat connurent un développement plus important, les commerçants et artisans supplantèrent les paysans et créèrent un nouveau mode de vie. Pourquoi ? Les métiers de commerçant et d’artisan étaient plus rentables, puisqu’ils rapportaient un gain plus important que le travail du paysan. Dès que la propriété privée réussit à s’imposer, la chasse au profit remplaça le travail dans l’intérêt de la communauté. Une conséquence logique de cette nouvelle évolution fut que la femme, en perdant sa place comme producteur principal du système économique, perdit en même temps sa position privilégiée. Les femmes appartenant à des tribus et à des castes très estimées furent les seules à pouvoir conserver leurs droits. Mais les femmes des autres catégories sociales (à l’exclusion bien sûr des femmes esclaves) perdirent leurs droits et furent opprimées comme les femmes des autres pays.

Nous nous sommes volontairement attardées sur l’Egypte et sa culture pour illustrer combien les droits de la femme dépendent de son importance économique. Nous pouvons en conclure également que la femme réussit à conserver ses droits nettement plus longtemps chez les peuples où elle avait occupé autrefois une position de producteur principal. Cet état de fait se perpétua même lorsque le communisme primitif fut remplacé par un système socio-économique fondé sur la propriété privée.

La propriété privée n’aurait pas conduit à l’asservissement de la femme si celle-ci n’avait pas déjà perdu son importance comme principale responsable de l’entretien de la tribu. Mais la propriété privée et la division de la société en classes formèrent et conduisirent l’évolution économique de telle sorte que le rôle de la femme dans la production fut pratiquement réduit à zéro.

L’oppression de la femme se rattache à la division du travail reposant sur la différence de sexes et où l’homme s’est accaparé tout le travail productif, tandis que la femme se chargeait des tâches secondaires.

A mesure que cette division du travail se perfectionna, la dépendance de la femme se renforça jusqu’à la précipiter définitivement dans l’esclavage.

Formellement, l’introduction de la propriété privée accéléra le processus au cours duquel la femme fut coupée du travail productif. Cette évolution avait néanmoins déjà été entamée à l’époque du communisme primitif (par exemple chez les tribus d’éleveurs). Mais, même si la propriété privée ne peut être tenue pour seule responsable de cette situation d’inégalité entre les sexes, elle contribua fortement à consolider celle-ci par la dépendance et l’oppression de la femme.

Une conséquence importante de l’introduction de la propriété privée fut que l’économie domestique se détacha bientôt de l’économie homogène et communautaire qui avait été jusque là celle de la tribu. L’existence de ces organisations économiques autonomes entraîna un type de famille de plus en plus fermée et repliée sur elle-même. A l’intérieur de cette économie familiale isolée et individuelle, on assista de surcroît au renforcement de la division du travail. Les travaux productifs à l’extérieur furent réservés aux membres masculins de la famille, tandis que la femme fut reléguée à ses fourneaux.

La propriété privée familiale donc, qui permit l’économie domestique, contribua par le travail limité et improductif à domicile à l’asservissement de la femme. D’un point de vue économique, le travail de la femme perdit de son importance, et elle ne tarda pas à être considérée comme une créature dépourvue de valeur et totalement superflue par rapport au représentant des valeurs nouvelles, c’est-à-dire l’homme.

La pelle et la meule, qui avaient été autrefois des découvertes de la femme, lui furent retirées au profit de l’homme. Les champs eux-mêmes cessèrent d’être le domaine de la femme. Son existence libre, et sans entraves prit fin également. Elle fut confinée pour des siècles entre les quatre murs de sa maison et exclue de tout travail productif. Dorénavant, elle ne veillait plus sur le feu en tant que figure maternelle collective et dans l’intérêt de tout le clan, mais seulement en tant qu’épouse et servante de son mari. Elle avait à filer et à tisser, à confectionner des vêtements et à préparer la nourriture de la famille. Bien que la fabrication du lin et du chanvre soit restée jusqu’à nos jours et dans les campagnes une activité féminine, la femme n’occupa plus dans l’organisation économique paysanne qu’une position secondaire.

J’espère que, dans l’ensemble, vous vous souvenez encore de la dernière conférence. Nous passons maintenant à l’analyse de la situation de la femme dans le stade suivant du développement économique et nous nous trouvons donc deux mille cinq cents ans en arrière, c’est-à-dire dans l’Antiquité pré-chrétienne. Nous n’avons plus affaire maintenant à des peuplades sauvages et peu civilisées, mais à des États hautement développés, disposant d’armées puissantes et où existaient la propriété privée, de grandes différences de classes, un artisanat et un commerce florissants. Leur système économique était fondé sur le travail servile, une forme transitoire de l’économie naturelle et un commerce d’échange plus développé. Nous voyons apparaître pour la première fois une accumulation du capital sous sa forme la plus élémentaire.

Quel était le rôle de la femme à ce stade de l’évolution ? Quels droits avait-elle dans les républiques païennes de Grèce, de Rome et dans la ville libre de Carthage ?

Il n’est alors plus guère possible de parler du rôle de la femme dans la production sans déterminer auparavant son appartenance de classe. Lorsque le système social de cette époque culmina sur le plan économique, il se subdivisa en deux classes nettement distinctes : les citoyens libres et les esclaves. Seul le travail des citoyens libres était reconnu, même si les esclaves étaient responsables de la fabrication du pain et de tous les autres produits de première nécessité. L’estime dont jouissait un citoyen dépendait des services qu’il rendait à l’État organisé. Les hommes d’État, capables de discipliner la collectivité et de faire respecter l’ordre et la loi dans la vie sociale, jouissaient du plus grand prestige. Les guerriers venaient tout de suite après. En revanche, les commerçants et les artisans n’avaient que des droits limités, et les esclaves, véritables producteurs de la prospérité de tous, n’en avaient absolument aucun. Comment cela était-il possible ? Pourquoi les membres les plus utiles à la collectivité, qui auraient occupé indubitablement la première place à la période du communisme primitif, étaient-ils les plus méprisés ?

Le principe fondamental de l’inviolabilité de la propriété privée et du commerce fut essentiellement responsable de cet état de choses. Lorsqu’un propriétaire terrien pouvait organiser effectivement ses esclaves, leur imposer une discipline et les obliger à fabriquer les produits nécessaires à la population, il jouissait de l’estime et de la considération de ses contemporains. On ne reconnaissait donc que le gain de l’esclavagiste. Dans des États aussi développés culturellement que les États grecs et romains, la femme était totalement dépourvue de droits, quasi esclave. Mais, même en Grèce, la situation de, la femme n’avait pas toujours été ainsi. Elle était différente lorsque la population vivait encore regroupée en petites tribus et ne connaissait ni propriété privée ni pouvoir étatique. A l’origine, les Grecs étaient un peuple d’agriculteurs et de bergers. Mais pour des raisons à la fois climatique et géographique, ils furent obligés très tôt d’évoluer vers une forme d’économie plus complexe. Les femmes ne travaillaient pas seulement la terre, elles furent employées également à la garde et aux soins des immenses troupeaux, elles filaient et tissaient.

A l’époque d’Homère - ses récits poétiques rendent compte de la vie des anciens Grecs - les femmes prirent aux côtés des hommes une part active à la production. Elles n’étaient pas totalement égales en droits, mais cependant relativement libres. Il semble difficile d’établir avec certitude l’existence du matriarcat en Grèce. En tout cas, comme la population grecque connut précocement une forme économique mitigée, nous pouvons supposer que le matriarcat n’était pas, de loin, aussi répandu en Grèce qu’en Egypte ou chez d’autres peuples plus spécifiquement agricoles. Si l’on en croit leurs religions, la femme joua cependant un rôle important chez les anciens Grecs. Ils honoraient Déméter, déesse de la fécondité et non pas seulement à la terre, comme ce fut le cas à des périodes plus reculées de l’histoire de l’humanité. A travers la déesse Athéna, les Grecs vénéraient la sagesse féminine. Les hommes doivent à Athéna - mais en réalité aux femmes de leurs ancêtres - les arts du filage et du tissage, de même que l’invention des poids et mesures et la culture de l’olivier. D’autres religions reflétèrent la position de la femme dans les systèmes économiques d’autrefois : les anciens Norvégiens, par exemple, vénéraient la déesse Idun comme protectrice et jardinière du pommier.

Chez les Grecs, la justice n’était pas représentée sous la figure d’un homme, mais sous celle d’une femme, la déesse Théznis, tenant les deux plateaux de la balance. Ce qui prouve assez que, dans la période préclassique de la Grèce, la femme avait occupé une position dominante et que c’était elle qui réglait les conflits intervenant dans la famille.

La découverte du feu fut attribuée à la déesse Hestia (Vesta). De jeunes vierges (les vestales) étaient les gardiennes du feu sacré. La mythologie grecque nous offre aussi quantité d’exemples relatant la lutte entre le droit maternel et paternel. Ce qui tend à prouver qu’il devait y avoir eu une période au cours de laquelle la femme comme mère, dirigeait le système économique de la tribu.

A l’époque d’Homère, la femme assistait aux banquets et était aimée et respectée comme épouse. Les hommes étaient déférents et attentifs à son égard. Mais il ne s’agissait nullement d’un système matriarcal. Homère nous rapporte comment Pénélope, modèle de la parfaite épouse> sut attendre le retour de son mari disparu. Pénélope, au cours d’une fête, fut d’avis que sa belle-mère n’avait pas sa place parmi les invités, qu’elle ferait mieux de retourner à ses appartements et de s’occuper des travaux domestiques.

Ce fut justement à l’époque d’Homère que s’imposèrent le mariage, la propriété privée et l’économie familiale individuelle. Il ne faut donc pas s’étonner qu’à cette période économique, les Grecs commencèrent à prêcher aux femmes les « vertus familiales », tout en les incitant à se montrer indulgentes envers les frasques extraconjugales de leur mari. Ce qui permettait non seulement de réduire le nombre des membres de la famille, mais également d’éviter au maître de maison d’avoir à nourrir des bouches inutiles. La femme du roi Priam, Hécube, se plaignait amèrement de sa sujétion et disait qu’elle se sentait attachée à la porte de son époux, comme un « chien à sa niche ».

Il importe maintenant d’examiner la situation de la femme à l’époque où l’État grec reposait sur la propriété et le travail des esclaves. Tandis que s’épanouissait la culture grecque, que furent construits des temples superbes, que les sculpteurs créaient les impérissables statues d’Apollon et de Vénus et que les villes grecques devinrent les métropoles du commerce international, où l’artisanat était florissant et où s’ouvraient des écoles philosophiques réputées, berceaux de la science moderne, à cette même période donc, la femme dut renoncer à la totalité de ses anciens droits et privilèges et devint l’esclave domestique de son seigneur et maître, bref, de son mari.

L’égalité des sexes n’existait alors que chez les esclaves. Mais de quelle égalité s’agissait-il ? Ils étaient également sans droits, privés de toute liberté et opprimés, exécutaient les mêmes travaux harassants et souffraient pareillement de la faim et de toutes sortes de maux. Les conditions de vie des esclaves sont explicables par leur position sans droits en étroite liaison avec leur statut social. Mais le fait que les Grecques, libres citoyennes d’une république culturellement extrêmement développée, étaient aussi privées de leurs droits et opprimées exige une autre explication.

Naturellement, comparées aux esclaves, les femmes d’Athènes et de Sparte étaient des citoyennes ayant des droits et même des privilèges. Mais ceux-ci, elles les devaient à la position de leur mari et non pas à leurs propres mérites. Par elles-mêmes, elles n’avaient aucune valeur - comme êtres humains et comme citoyennes - et ne furent considérées finalement que comme compléments de leur mari. Leur vie entière était placée sous tutelle, d’abord sous celle du père, puis sous celle du mari. Elles n’avaient pas le droit d’assister aux fêtes qui marquaient la vie publique en Grèce. Les citoyennes de la Grèce libre, de Carthage et de Rome ne connaissaient rien d’autre que l’univers étriqué du foyer. Elles étaient entièrement occupées à filer, à tisser, à cuisiner et à surveiller les domestiques et les esclaves de la maison. Les femmes les plus riches étaient aussi dispensées de ces tâches. Leur existence se déroulait dans les appartements qui leur étaient réservés. Coupées et isolées de toute forme d’activité, elles menaient dans une atmosphère étouffante une vie d’ermite, très peu éloignée de celle à laquelle seront condamnées les femmes et les filles de l’aristocratie russe, de nombreux siècles plus tard. Le satirique auteur Aristophane décrit avec ironie la vie des femmes riches : « Elle porte des vêtements safran, se couvre de fards, chausse des sandales à la mode, vit du travail de son mari et de ses esclaves et demeure au reste un parasite. » Il n’est donc pas étonnant si, du point de vue de l’homme, la tâche de la femme finit par se réduire à l’enfantement. Elle était élevée en fonction du « foyer ». Elle avait à être « vertueuse », c’est-à-dire désintéressée et bête. Les femmes les plus appréciées étaient celles à qui l’on ne trouvait rien à redire, ni en bien ni en mal. D’un côté, l’homme pouvait vendre la femme adultère comme esclave ; de l’autre, il pouvait se procurer une maîtresse lorsque sa vertueuse femme commençait à l’ennuyer. En dehors du mariage monogamique légal, la polygamie, illégale, n’en était pas moins généralement acceptée et très répandue en Grèce : « Comme procréatrice et ménagère, une épouse officielle, une esclave pour l’assouvissement des besoins de la chair et, pour la satisfaction de la vie intellectuelle et affective, une hétaïre. »

Dans les républiques grecque et romaine si fières de leurs cultures et de leurs richesses, la femme du citoyen libre était tout aussi dépendante et dépourvue de droits que les serviteurs et les esclaves qu’elle régentait au nom de son mari. Les femmes de la tribu des Balondas vivaient peut-être dans une hutte en bambou, mais elles étaient nettement plus libres et égales de l’homme que leurs compagnes de l’époque grecque ou romaine qui habitaient les palaces de marbre.

Comment cela était-il possible ? Comment peut-on expliquer cette absence de droits pour les femmes, alors que les sociétés dont elles faisaient partie bénéficiaient parallèlement d’un prodigieux essor économique et culturel ? Il ne devrait pas être difficile de le deviner, camarades. Je vois à vos visages que vous avez compris. Les femmes de la tribu africaine des Balondas exécutaient un travail productif pour la collectivité, tandis que les Grecques, si tant est qu’elles faisaient quelque chose, n’étaient occupées que de travaux domestiques dans le cadre limité de la famille. A un stade très précoce du développement social, la Grecque avait été également une force productrice importante pour la collectivité. Pourtant, avec l’avènement de la propriété privée, et depuis que la production reposait sur le travail des esclaves, elle s’était transformée peu à peu en instrument de procréation. Rappelez-vous donc, camarades, que dans une société aussi éclairée que la Grèce, ou encore à Rome, avec ses innombrables colonies, et dans la ville libre de Carthage, même les femmes des classes dominantes ne bénéficiaient d’aucun droit ni d’aucun privilège. Toutefois, nous devons tenir compte du fait qu’en Grèce le matriarcat n’avait été que très peu développé, que le patriarcat a pu ainsi s’imposer très tôt et que la femme tomba rapidement dans une grande dépendance. En revanche, dans la république romaine, il y avait encore des survivances du matriarcat alors que Rome était déjà le pays le plus puissant du monde. Même à l’époque où la propriété privée était protégée par la loi et où les esclaves exécutaient le travail productif, la matrone romaine jouissait toujours de l’estime et du respect de tous. Dans la rue, les citoyens libres s’écartaient sur son passage pour lui céder la place. A la maison, son autorité restait incontestée et c’était la mère qui élevait les enfants.

A quoi est due cette différence ? Le royaume romain fut fondé par une tribu d’agriculteurs. C’est pourquoi le matriarcat était profondément ancré dans le passé de cette société et continua à influencer celle-ci à des stades d’évolution ultérieurs.

A côté des femmes dépendantes, des vertueuses épouses, il existait également en Grèce un groupe autonome de femmes indépendantes, les hétaïres. Elles étaient les maîtresses des grands hommes de Grèce. Les hétaïres étaient soit des citoyennes libres, soit des esclaves affranchies, qui transgressaient courageusement les lois morales du mariage. De nombreuses hétaïres sont entrées dans l’histoire, comme Aspasie, l’amie du célèbre homme d’État Périclès, Laïs, Phryné ou Lamia. Ces femmes étaient très cultivées et s’intéressaient à la science et à la philosophie. Elles étaient politiquement actives et influençaient les affaires de l’État. Les épouses respectueuses et vertueuses les fuyaient. Les hommes, cependant, appréciaient leur compagnie. Il arrivait que les philosophes et les penseurs de l’époque furent inspirés par les idées et les pensées nouvelles de ces hétaïres cultivées. Des contemporains ont témoigné de l’amitié entre le célèbre philosophe Socrate et Aspasie, ainsi que des brillants discours politiques de cette dernière. Phryné inspira le célèbre sculpteur Praxitèle, et Lamia, qui vivait au V° siècle avant notre ère, joua un rôle déterminant dans une conspiration contre deux tyrans qui s’étaient accaparés tout le pouvoir dans la république. Elle fut, ainsi que ses compagnons qui avaient lutté pour la liberté, jetée en prison et cruellement torturée. Pour ne pas trahir, elle se coupa la langue d’un coup de dents et la cracha au visage du juge.

La conférence de Kollontaï

Comment le matriarcat a disparu ?

La thèse de Morgan (en anglais)

Matriarcat : le point de vue de Peggie Reeves Sanday

Le point de vue d’Evelyn Reed

Lettre de Engels à Joseph Bloch

Le point de vue d’Engels

La gens iroquoise

Le point de vue de Lafargue

Les grandes religions monothéistes témoignent d’un ancien combat contre les femmes

Le bouddhisme et les femmes

Le matriarcat basque

Le matriarcat des Mosuos

Matriarcat en Afrique noire

Matriarcat des Peuls

Religions néolithiques et matriarcat

Libérer les femmes au Burkina Faso

A LIRE

57 Messages de forum

  • Le matriarcat n’est pas une invention de théoriciens puisqu’on le retrouve à la fois dans les cas suivants : celtes, basques, ligures, vikings, burgondes, touaregs, trobriandais, inuits, iroquois, comores, kerala, moso, mosuo, khasi, minagkabau, jaintia, juifs, berbères, karens, jivaros, boschimans, malikus, naxis, garos, marshallais, bunts, filipinos, navajos, hopis, sirayas, nubiens, bamendas, bateks, … On retrouve de nombreuses fois le matriarcat aux origines des peuples. Et cela sur tous les continents et dans toutes sortes de peuples.

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  • "Des siècles s’écoulèrent avant que l’asservissement de la femme ne se généralise et que le règne de la femme appartienne définitivement au domaine de la légende.

    La suprématie de l’homme, c’est-à-dire du patriarcat et du droit patriarcal, n’est pas née du jour au lendemain. Les vieux contes populaires témoignent d’une lutte de plusieurs siècles entre matriarcat et patriarcat".....

    La suite en lisant cet article (ci dessus) qui ébranle les préjugés les mieux scellés par l éducation de nos pères (famille, état, religion) et défendus par les sciences acceptables de cette société du 21éme siècle ...patriarcale.

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  • "Une véritable société matriarcale a subsisté jusqu’à nos jours dans des vallées reculées du Yunnan, en Chine, chez les Na. .....publiée en 1997 aux Presses universitaires de France (Une société sans père ni mari. Les Na de Chine). Cette étude capitale, qui remet en cause à la fois le dogme de l’universalité du complexe d’Œdipe et le postulat de l’inexistence du matriarcat, donne un fondement historique aux mythes de l’âge d’or et prétend ouvrir, du même coup, une perspective d’émancipation pour toute l’humanité."

    Une liste d’ouvrages ici.

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  • J’ai lu que des mythes et légendes rapportent des guerres entre matriarcat et patriarcat, entre hommes et femmes, dans l’antiquité. Pouvez-vous m’en donner une référence, par exemple dans la mythologie grecque ?

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  • La légende grecque indique le combat entre le matriarcat et le patriarcat dans le combat de Poséidon pour conquérir l’Olympe. La légende veut que la déesse Athéna aurait défendu le matriarcat et Poseïdon, dieu des mers, aurait imposé le patriarcat à Athènes en spécifiant cette demande pour arrêter d’assaillir la ville d’Athènes par les hautes lames de la mer. Les femmes, selon la légende, ont alors perdu leur droit de vote et les enfants ont cessé de porter le nom de la mère. Zeus intervint, dit la légende, pour éviter que le combat entre Athéna et Poseïdon ne mène à une guerre civile durable. Cela montre que la conquête des hommes est reliée à la formation de l’Etat puisque c’est la prise de l’Olympe par Zeus, qui symbolise la naissance de l’Etat grec, qui est reliée à la venue dans l’Olympe des dieux du frère de Zeus, Poseïdon. On a appelé ‘époque avant l’Etat de « règne de Chronos » et la légende annonce que les hommes travaillaient alors seulement pour subvenir à leurs propres besoins et ne s’exploitaient pas mutuellement. Il est à remarquer que la légende raconte que c’est encore Poseïdon qui ravagea la ville de Troie ce qui sous-entend aussi que la ville de Troie avait conservé le matriarcat alors qu’il avait déjà été éradiqué dans le reste de la Grèce. Cela irait dans le même sens que les légendes selon lesquelles des armées de femmes sont accourues défendre Troie quand la Grèce s’est unie pour combattre et écraser cette ville et le fait que les Troyennes ont été particulièrement mal traitées après cette guerre et livrées en esclavage. Le plus impressionnant, c’est que la légende des « travaux d’Hercule » explique que l’une des tâche du « héros » a consisté à combattre les régiments de femmes appelées les Amazones, les unes venues d’Afrique du nord et les autres des bords du fleuve Thermodon, dans la région du Caucase. Ces deux armées s’appuyaient sur des sociétés matriarcales. Elles auraient participé, toujours selon la légende car cette époque dispose seulement de légendes, à la guerre de Troie aux côtés des Troyens (Troyennes ?). Thèsée aurait personnellement combattu les régiments de femmes sous les ordres de la reine Penthésilée devant Troie. La légende rajoute que cette reine aurait été tuée par Achille dans un combat singulier. Les Grecs comme Socrate ou Platon considèrent que le passé peu lointain comprenait des régiments de femmes. On retrouve des armées strictement féminines dans les armées des Cimmériens et des Scythes. Les Romains en ont combattu certaines comme les Namnètes de l’Ile de Sein, ou les Samnites vivant près du Vésuve. Le nord de l’Iran a eu encore longtemps des sociétés matriarcales qui subsistent dans quelques bourgades.

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    • Bien des éléments nous prouvent cette ancienne religion féminine. Par exemple, on constate que souvent les religions qui prônent la domination masculine ont conservé des religieux costumés en femmes, avec des robes. On constate aussi des cultes qui mettent en avant la femme à l’enfant, qui mettent en avant une femme qui enfante sans mettre en avant le rôle procréateur de l’homme c’est-à-dire qui montrent une femme, Marie par exemple dans la religion chrétienne qui a enfanté sans mari. Ensuite, ces religions ressentent le besoin de condamner les femmes pour avoir essayé de diriger les hommes comme l’a fait Eve avec Adam dans le jardin d’Eden et pour prétendre que c’est cette tentative des femmes de diriger qui a causé la perte de l’humanité.
      On trouve également comme preuve du combat contre les cultes féminins tous les procès en sorcellerie. Dès qu’une femme avait une influence religieuse, elle était accusée de sorcellerie, qualifiée de « vierge noire ». Pourquoi le qualificatif de « vierge » pour ces religieuses ? Parce que, dans la religion des femmes, le rôle de l’homme dans l’enfantement été passé sous silence. Dans les anciens cultes de la fécondité, on remarque qu’il n’y a jamais de présence de l’homme dans l’enfantement. On remarque également que les cycles féminins sont reliés aux cycles des saisons et des plantes. Parmi les mythes grecs qui mentionnent l’époque féminine de la Grèce antique, on peut également citer celui dit « des âges ». Sous l’âge d’Or, ils ont vécu sous le règne de Gaïa, déesse-terre. L’âge d’argent est symbolisé par une femme maniant la charrue et arborant une gerbe de blé. C’est l’âge de la fécondité. C’est Zeus, dieu masculin, qui a anéanti cet âge pour inaugurer l’âge de bronze, celui des hommes guerriers. La femme avait encore une influence cependant, marquée par une femme casquée et adossée à un bouclier. Prométhée créa ensuite l’âge de fer qui est un âge violent où on représente encore une femme mais menaçante et coiffée d’une tête de loup. Zeus anéanti alors l’humanité entière, laissant seulement un couple de justes qui survécut au déluge. On constate en Grèce de nombreuses déesses et même des déesses menaçantes comme le sphinx.

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  • Chez les Hurons, la propriété du sol était essentiellement collective. Gabriel Sagard, missionnaire catholique français, en a décrit les bases. Les Hurons, « ayant autant de terre comme il leur [était] nécessaire17 », pouvaient en attribuer une part à chaque famille et disposer encore d’un large surplus possédé en commun. Tout Huron était libre de défricher la terre et de l’ensemencer. Il en avait la possession aussi longtemps qu’il continuait de la cultiver et de s’en servir. Une fois abandonnée, elle revenait à la propriété commune et tout un chacun pouvait la reprendre pour lui-même17. Bien que les Hurons aient apparemment détenu des terres à titre individuel, la portée de cette possession personnelle paraît avoir été toute relative : l’emplacement central des récipients à grain, dans les « maisons longues » qui abritaient les multiples familles d’un même groupe de parenté, suggère que les occupants d’une maison donnée mettaient toute la production en commun18.
    Les Iroquois avaient un système similaire de distribution des terres. La tribu possédait toutes les terres, mais attribuait des territoires aux différents clans qui les répartissaient à leur tour entre les ménages pour les cultiver. Le terrain était régulièrement redistribué entre les ménages, au bout de quelques années. Un clan pouvait demander une réaffectation des territoires lors des réunions du Conseil des Mères de clan19. Les clans coupables d’abus de terrain ou de négliger celui qui leur était alloué, recevaient un avertissement du Conseil des Mères. La pire punition était l’attribution de leur territoire à un autre clan20. La propriété de la terre était l’affaire des femmes, de même que la culture du sol pour la nourriture était leur travail19.
    Le Conseil des Mères réservait aussi certaines portions de terrain pour être travaillées en commun par les femmes de tous les clans. La nourriture produite sur ces terres, appelée kěndiǔ"gwǎ’ge’ hodi’yěn’tho, était consommée lors des fêtes et des grands rassemblements20.
    La division du travail reflétait le clivage dualiste caractéristique de la culture iroquoise, où les dieux jumeaux Hahgwehdiyu, Jeune Arbre (Est) et Hahgwehdaetgah, Silex (Ouest) personnifiaient la séparation fondamentale entre deux moitiés complémentaires. Le dualisme appliqué au travail attribuait à chaque sexe un rôle clairement défini qui complétait celui de l’autre. Les femmes accomplissaient les tâches liées aux champs et les hommes, celles attachées à la forêt, y compris le défrichement et le travail du bois21. Les hommes se chargeaient principalement de la chasse, de la pêche, du commerce et du combat, alors que les femmes s’occupaient de l’agriculture, de la cueillette et des tâches ménagères. Les activités artisanales étaient réparties également entre les sexes. Les hommes réalisaient les constructions et l’essentiel des équipements, y compris les outils utilisés par les femmes pour les travaux des champs, tandis que les femmes assuraient la fabrication du petit matériel de piégeage, des poteries et de la plus grande part des ustensiles ménagers, de l’ameublement, des articles textiles et des vêtements22. Cette spécialisation par sexe était la principale façon de diviser le travail dans la société iroquoise23. À l’époque de la rencontre avec les Européens, les Iroquoises produisaient environ 65% des biens et les hommes 35%24. En combinant des productions alimentaires différentes et réparties sur presque toute l’année, ce système mixte réduisait les risques de disette et de famine. Selon Bruce Johansen (1999), les premiers colons européens ont souvent envié les performances de la production vivrière iroquoise24.
    L’organisation du travail des Iroquois était cohérente avec leur système de propriété du sol : à propriété commune, travail en commun. Pour les tâches difficiles, les femmes constituaient de grands groupes et allaient de champ en champ en s’entraidant pour travailler leurs terres. Pour les semailles menées en commun, une « maîtresse des champs » distribuait à chacune une quantité donnée de semence25. Dans chaque groupe, les Iroquoises confiaient à l’une d’entre elles, ancienne, mais active, le rôle de chef des travaux pour l’année à venir, et s’engageaient à suivre ses directives. Les femmes coopéraient aussi en d’autres occasions. Ainsi, elles coupaient elles-mêmes leur bois, mais leur chef en supervisait le transport collectif jusqu’au village26. Les clans de femmes assuraient encore de nombreuses tâches et selon Mary Jemison, une blanche qui s’était assimilée à la société indienne, l’effort collectif évitait « toute jalousie entre celles qui en auraient fait plus ou moins que les autres26 ».
    17• ↑ a et b Gabriel Sagard, Le Grand Voyage du pays des Hurons, Denys Moreau, Paris, 1632, en ligne [archive] sur Gallica, p. 133.
    18• ↑ (en) Bruce G. Trigger, The Huron Farmers of the North, Holt, Rinehart and Winston, New York, 1969, ISBN 978-0-03-079550-3, p. 28.
    19• ↑ a et b Sara Henry Stites, op. cit., pp. 71-72.
    20• ↑ a et b (en) Bruce E. Johansen (éd.), The Encyclopedia of Native American Economic History, Greenwood Press, Westport (CT), 1999, ISBN 978-0-313-30623-5, p. 123.
    21• ↑ Ibid., pp. 120-121.
    22• ↑ Sara Henry Stites, op. cit., pp. 27-31.
    23• ↑ (en) James Axtell (éd.), The Indian Peoples of Eastern America : A Documentary History of the Sexes, Oxford University Press, New York, 1981, ISBN 978-0-19-502741-9, p. 103.
    24• ↑ a et b Bruce E. Johansen, op. cit., p. 122.
    25• ↑ James Axtell, op. cit., pp. 124-125.
    26• ↑ a et b Sara Henry Stites, op. cit., p. 32.

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  • Julius Evola :

    Maîtrisant parfaitement toutes les connaissances de l’archéologie et de la philologie de son temps, Bachofen s’est consacré à une interprétation originale des symboles, des mythes, des cultes et des formes juridiques des temps les plus reculés, interprétations particulièrement importantes par la quantité des thèmes et des référence qu’elle offre à quiconque entend s’ouvrir à une dimension quasiment insoupçonnée du monde des origines — au point d’apparaître comme une espèce d’histoire spirituelle secrète des civilisations antiques que masque l’histoire officielle, pourtant considérée par l’historiographie dite “critique” comme l’instance suprême.

    Le fait que, par ailleurs, chez Bachofen, certaines déductions et certains points de détail soient inexacts, que quelques rapprochements pèchent par excès de simplification et qu’après lui, les historiens de l’Antiquité aient recueilli bien d’autres matériaux — tout ceci ne remet pas en question l’essentiel et n’autorise aucun de nos contemporains à juger “dépassées” ses œuvres maîtresses, fruits d’études approfondies et complexes et d’heureuses intuitions. De nos jours, Bachofen est aussi peu “dépassé” qu’un Fustel de Coulanges, un Max Muller ou un Schelling. Par rapport à ces auteurs, le moins que l’on puisse dire, c’est que ceux qui sont venus après auraient bien besoin de se mettre à la page ; car si leurs lunettes — c’est-à-dire leurs instruments critiques et analytiques — sont indubitablement plus perfectionnés, intérieurement, leur vue semble avoir singulièrement baissé. Quant à leurs recherches, qui sombrent si fréquemment dans une spécialisation opaque et sans âme, elles ne reflètent plus rien du pouvoir de synthèse et de la sûreté d’intuition de certains maîtres de jadis.

    Ce qui est particulièrement digne d’intérêt chez Bachofen, c’est avant tout la MÉTHODE. Cette méthode est novatrice, révolutionnaire par rapport à la façon habituelle scolastique et académique, de considérer les anciennes civilisations, leurs cultes et leurs mythes, pour la simple raison qu’elle est “traditionnelle”, au sens supérieur de ce terme. Nous voulons dire par là que la manière dont l’homme de toute civilisation traditionnelle, c’est-à-dire anti-individualiste et antirationaliste, affrontait le monde de la religion, des mythes et des symboles, est, dans ses grandes lignes, identique à celle adoptée par Bachofen pour tenter de découvrir le secret du monde des origines.

    La prémisse fondamentale de l’œuvre de Bachofen, c’est que le symbole et le mythe sont des témoignages dont toute recherche historique doit tenir sûrement compte. Ce ne sont pas des créations arbitraires, des projections fantaisistes de l’imagination poétique : ce sont, au contraire, des “représentations des expériences d’une race à la lumière de sa religiosité”, lesquelles obéissent à une logique et à une loi bien déterminées. Par ailleurs, symboles, traditions et légendes ne doivent pas être considérés et mis en valeur en fonction de leur “historicité”, au sens le plus étroit du terme : c’est précisément ici que réside le malentendu qui a empêché l’acquisition de connaissances précieuses. Ce n’est pas leur problématique signification historique, mais leur signification réelle de “faits spirituels” qu’il faut considérer.

    À chaque fois que l’événement dûment enregistré et que le document “positif” cessent de nous parler, le mythe, le symbole et la légende s’offrent à nous, prêts à nous faire pénétrer une réalité plus profonde, secrète et essentielle : une réalité dont les traits extérieurs, historiques et tangibles des sociétés, des races et des civilisations passées ne sont qu’une conséquence. Dans cette optique, ceux-ci représentent assez fréquemment les seuls documents positifs que le passé a conservés. Bachofen observe très justement que l’on ne peut jamais se fier aveuglément à l’histoire : un événement peut, certes, laisser des traces, mais sa signification interne se perd, elle est emportée par le courant du temps au point d’être insaisissable et incompréhensible chaque fois que la tradition et le mythe ne l’ont pas fixée.

    Dans les développements, les modifications, les oppositions et même les contradictions des divers symboles, mythes et traditions, nous pouvons en effet déceler les forces plus profondes, les “éléments premiers”, spirituels et métaphysiques, qui agirent dans le cadre des cycles de civilisation primordiaux et dont ils déterminèrent les bouleversements les plus décisifs. C’est ainsi que s’ouvre devant nous la voie d’une MÉTAPHYSIQUE DE L’HISTOIRE qui, par la suite, n’est autre que l’histoire intégrale, où la dimension la plus importante — la troisième dimension — est précisément mise en exergue. L’interprétation de l’histoire interne de Rome à laquelle se livre Bachofen, sur la base, justement, des mythes et des légendes de la romanité, est l’un des exemples les plus convaincants de la portée et de la fécondité d’une telle méthode.

    En second lieu, l’œuvre de Bachofen revêt une importance toute particulière sur le plan aussi bien d’une “mythologie de la civilisation” que d’une “typologie” et une “science des races de l’esprit”. Se fondant sur les diverses formes que revêtirent jadis les rapports entre les sexes, les recherches de Bachofen mettent à jour l’existence de certaines formes, typiques et distinctes, de civilisation qui ramènent à autant d’idées centrales — liées, à leur tour, à des attitudes générales, attestées par autant de conceptions du monde, du destin, de l’au-delà, du droit, de la société. De telles idées ont quasiment valeur d’“archétypes”, au sens platonicien : ce sont des forces formatrices riches de rapports analogiques avec les grandes forces des choses. Par la suite, elles se manifestent, chez les individus, sous la forme de divers modes d’être, de divers “styles” de l’âme : dans la façon de sentir, d’agir et de réagir.

    C’est à ce type bien particulier de science que Bachofen ouvre la voie. Toutefois, il n’a pas su s’émanciper totalement du préjugé “évolutionniste” qui prévalait de son temps. C’est ainsi qu’il a été amené à croire que les diverses formes mises en évidence par lui, dans la direction indiquée plus haut, pouvaient se ranger dans une espèce de succession de stades liée à un “progrès” de la civilisation humaine en général. Si, sur le plan morphologique et typologique, la signification supérieure de ses recherches ne doit pas être remise en cause, une pareille limitation doit, bien entendu, être écartée.

    Essentiellement, le monde analysé par Bachofen est celui des antiques civilisations méditerranéennes. La multiplicité chaotique des cultes, des mythes, des symboles, des formes juridiques, des coutumes, etc., qu’elles nous proposent, se reconstitue dans les ouvrages de Bachofen pour faire finalement apparaître la permanence, sous des formes variées, de 2 idées fondamentales antithétiques : l’idée OLYMPIANO-VIRILE et l’idée TELLURICO-FÉMININE. Une telle polarité peut également s’exprimer à travers les oppositions suivantes : civilisation des Héros et civilisation des Mères ; idée solaire et idée chtonico-lunaire ; droit patriarcal et matriarcat ; éthique aristocratique de la différence et promiscuité orgiastico-communautaire ; idéal olympien du “supramonde” et mysticisme panthéiste ; droit positif de l’IMPERIUM et droit naturel.

    Bachofen a mis à jour l’ère gynécocratique, c’est-à-dire l’ère en laquelle le principe féminin est souverain, et à laquelle correspond un stade archaïque de la civilisation méditerranéenne, lié aux populations pélasgiques [= préhelléniques] ainsi qu’à un ensemble d’ethnies du bassin sud-oriental et asiatique de la Méditerranée. Bachofen a très justement relevé qu’aux origines, un ensemble d’éléments, divers mais concordants, renvoie chez ces peuples à l’idée centrale selon laquelle, à la source et à l’apex de toute chose, se tiendrait un principe féminin, une Déesse ou Femme divine incarnant les suprêmes valeurs de l’esprit. En face d’elle, ce n’est pas seulement le principe masculin mais également celui de la personnalité et de la différence qui apparaîtraient secondaires et contingents, soumis à la loi du devenir et de la déchéance — par opposition à l’éternité et à l’immutabilité propres à la Grande Matrice cosmique, à la Mère de la Vie.

    Cette Mère est parfois la Terre, parfois la loi naturelle conçue comme un fait auquel les dieux eux-mêmes sont assujettis. Sous d’autres aspects (auxquels nous verrons que correspondent diverses différenciations), celle-ci est aussi bien Déméter, en tant que déesse de l’agriculture et de la terre mise en ordre, qu’Aphrodite-Astarté, en tant que principe d’extases orgiastiques, d’abandons dionysiaques, de dérèglement hétaïrique dont la correspondance analogique est la flore sauvage des marais. Le caractère spécifique de ce cycle de civilisation consiste principalement dans le fait qu’il cantonne au domaine naturaliste et matérialiste tout ce qui est personnalité, virilité, différence : dans le fait, inversement, de mettre sous le signe féminin (féminin au sens le plus large) le domaine spirituel, au point d’en faire souvent, justement, un synonyme de promiscuité panthéiste et l’antithèse de tout ce qui est forme, droit positif, vocation héroïque d’une virilité au sens non matériel.

    Extérieurement, l’expression la plus concrète de ce type de civilisation est le matriarcat et, de façon plus générale, la gynécocratie. La gynécocratie, c’est-à-dire la souveraineté de la femme, reflète la valeur mystique qu’une telle conception du monde lui attribue. Celle-ci peut cependant avoir pour contrepartie (en ses formes les plus basses) l’égalitarisme du droit naturel, l’universalisme et le communisme. Le peu de cas fait de tout ce qui est différencié, l’égalité de tous les individus devant la Matrice cosmique, principe maternel et “tellurique” (de tellus, terre) de la nature dont toute chose et tout être proviennent et en lequel ils se disséminent à nouveau au terme d’une existence éphémère, c’est cela que l’on trouve à la base de la promiscuité communautaire comme de celle, orgiastique, des fêtes lors desquelles on célébrait précisément, jadis, le retour à la Mère et à l’état naturel, et où toutes les distinctions sociales se voyaient temporairement abolies.

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  • 1890 Une lettre d’Engels précisant ce qu’est la conception matérialiste de l’histoire face aux conceptions mécanistes qui avaient cours. Publiée pour la première fois dans le Sozialistische Akademiker, 1895. Berlin, pp. 351-353.

    Lettre à Joseph Bloch
    F. Engels
    21-22 septembre 1890

    Cher Monsieur,
    Votre lettre du 3 de ce mois m’a suivi à Folkestone, mais comme je n’avais pas le livre en question, je n’ai pu y répondre. Rentré chez moi le 12, j’y ai trouvé un tel amoncellement de travail pressant que j’en viens seulement aujourd’hui à vous écrire quelques lignes. Cela pour vous expliquer mon retard en vous priant de m’excuser.
    En ce qui concerne le point I. Vous verrez tout d’abord à la page 19 de L’Origine [1] que le processus de développement de la famille punaluenne y est représenté comme si lent qu’à Hawaï, en ce siècle même, il y eut dans la famille royale des mariages entre frère et sœur (nés d’une même mère). Et dans toute l’Antiquité, nous trouvons des exemples de mariages entre frères et soeurs, par exemple chez les Ptoléméens. Mais il faut ensuite faire la différence entre frères et soeurs par leur mère ou seulement par leur père ; le grec “ adelphos ”, “ adelphè [2] ” " vient de " delphos, utérus, et signifie donc à l’origine seulement frères et soeurs utérins. Et, de la période du matriarcat, s’est maintenu longtemps encore le sentiment que les enfants d’une même mère, même de pères différents, étaient plus proches parents que les enfants d’un même père, mais de mères différentes. La forme de la famille punaluenne exclut seulement les mariages entre les premiers, mais pas du tout entre ces derniers, qui selon les représentations d’alors ne sont même pas parents du tout (puisque c’est le droit maternel qui règne). Il est exact, autant que je sache, que les cas de mariage entre frères et soeurs qui apparaissent dans l’antiquité grecque se limitent, ou bien à des cas où les personnes ont des mères différentes, ou bien encore à des cas où ce fait n’est pas connu et n’est donc pas exclu non plus, et qui ne contredisent donc absolument pas l’usage punaluen. Ce que vous avez précisément omis de considérer, c’est qu’entre l’époque punaluenne et la monogamie grecque, il y a le saut du matriarcat au patriarcat qui transforme la chose de façon importante.
    D’après les Antiquités helléniques de Wachsmuth [3], il n’y a à l’époque héroïque de la Grèce “ pas trace de scrupules concernant une parenté trop étroite des époux, à l’exception des rapports entre parents et enfants ” (II° partie, p. 157). “ Un mariage avec sa propre sœur n’était pas choquant en Crète ” (Ib., p. 170). Cette dernière affirmation selon Strabon, livre X, mais je ne peux, pour l’instant, retrouver le passage par suite de la mauvaise division en chapitres [4]. Par propre sœur, j’entends jusqu’à preuve du contraire des sœurs par le père.
    D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant dans l’histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu’un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la forme. Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré.
    Nous faisons notre histoire nous-mêmes, mais, tout d’abord, avec des prémisses et dans des conditions très déterminées. Entre toutes, ce sont les conditions économiques qui sont finalement déterminantes. Mais les conditions politiques, etc., voire même la tradition qui hante les cerveaux des hommes, jouent également un rôle, bien que non décisif. Ce sont des causes historiques et, en dernière instance, économiques, qui ont formé également l’Etat prussien et qui ont continué à le développer. Mais on pourra difficilement prétendre sans pédanterie que, parmi les nombreux petits Etats de l’Allemagne du Nord, c’était précisément le Brandebourg qui était destiné par la nécessité économique et non par d’autres facteurs encore (avant tout par cette circonstance que, grâce à la possession de la Prusse, le Brandebourg était entraîné dans les affaires polonaises et par elles impliqué dans les relations politiques internationales qui sont décisives également dans la formation de la puissance de la Maison d’Autriche) à devenir la grande puissance où s’est incarnée la différence dans l’économie, dans la langue et aussi, depuis la Réforme, dans la religion entre le Nord et le Sud. On parviendra difficilement à expliquer économiquement, sans se rendre ridicule, l’existence de chaque petit Etat allemand du passé et du présent ou encore l’origine de la mutation consonnantique du haut allemand qui a élargi la ligne de partage géographique constituée par les chaînes de montagnes des Sudètes jusqu’au Taunus, jusqu’à en faire une véritable faille traversant toute l’Allemagne.
    Mais, deuxièmement, l’histoire se fait de telle façon que le résultat final se dégage toujours des conflits d’un grand nombre de volontés individuelles, dont chacune à son tour est faite telle qu’elle est par une foule de conditions particulières d’existence ; il y a donc là d’innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement, un groupe infini de parallélogrammes de forces, d’où ressort une résultante – l’événement historique – qui peut être regardée elle-même, à son tour, comme le produit d’une force agissant comme un tout, de façon inconsciente et aveugle. Car, ce que veut chaque individu est empêché par chaque autre et ce qui s’en dégage est quelque chose que personne n’a voulu. C’est ainsi que l’histoire jusqu’à nos jours se déroule à la façon d’un processus de la nature et est soumise aussi, en substance, aux mêmes lois de mouvement qu’elle. Mais de ce que les diverses volontés – dont chacune veut ce à quoi la poussent sa constitution physique et les circonstances extérieures, économiques en dernière instance (ou ses propres circonstances personnelles ou les circonstances sociales générales) – n’arrivent pas à ce qu’elles veulent, mais se fondent en une moyenne générale, en une résultante commune, on n’a pas le droit de conclure qu’elles sont égales à zéro. Au contraire, chacune contribue à la résultante et, à ce titre, est incluse en elle. Je voudrais, en outre, vous prier d’étudier cette théorie aux sources originales et non point de seconde main, c’est vraiment beaucoup plus facile. Marx a rarement écrit quelque chose où elle ne joue son rôle. Mais, en particulier, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte est un exemple tout à fait excellent de son application. Dans Le Capital, on y renvoie souvent. Ensuite, je me permets de vous renvoyer également à mes ouvrages Monsieur E. Dühring bouleverse la science et Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, où j’ai donné l’exposé le plus détaillé du matérialisme historique qui existe à ma connaissance. C’est Marx et moi-même, partiellement, qui devons porter la responsabilité du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu’il ne lui est dû au côté économique. Face à nos adversaires, il nous fallait souligner le principe essentiel nié par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l’occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent à l’action réciproque. Mais dès qu’il s’agissait de présenter une tranche d’histoire, c’est-à-dire de passer à l’application pratique, la chose changeait et il n’y avait pas d’erreur possible. Mais, malheureusement, il n’arrive que trop fréquemment que l’on croie avoir parfaitement compris une nouvelle théorie et pouvoir la manier sans difficulté, dès qu’on s’en est approprié les principes essentiels, et cela n’est pas toujours exact. Je ne puis tenir quitte de ce reproche plus d’un de nos récents “ marxistes ”, et il faut dire aussi qu’on a fait des choses singulières.
    En ce qui concerne le point 1, j’ai trouvé hier (j’écrit ceci le 22 sept.) encore le passage suivant, décisif, et qui confirme le tableau que je viens de faire, dans SCHOEMANN : Antiquités grecques, Berlin 1835, “ mais il est connu que les mariages entre demi-frères et sœurs nés de mères différentes ne passaient pas pour inceste ultérieurement en Grèce ”.
    J’espère que les épouvantables enchevêtrements qui sont venus sous ma plume parce que je voulais être bref ne vous feront pas trop reculer et je reste votre dévoué.
    F. ENGELS.

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  • Hau Mitaku Oyapi (Bonjour à ma famille du monde entier),

    Quelques commentaires sur le patriarcat en opposition au matriarcat : beaucoup de personnes pensent que le matriarcat et le revers de la même pièce que le patriarcat (ainsi générant la peur chez les patriarques) ; mais en réalité, le matriarcat est un type de société hautement complexe, très équilibrée dont il faudrait un livre pour en expliquer les rouages et les tenants.

    Je vais essayer ici d’en faire une explication simple à titre d’introduction. Mais avant de faire cela, je dois ici expliquer pourquoi, moi, un homme, essaie d’expliquer ce qu’est une société matriarcale. Le matriarcat fut le mode d’existence sociétaire pendant des éons et c’est pourquoi c’est une société complexe. La très grande majorité des peuples indigènes demeurant sur cette planète suivent toujours de nos jours un système matriarcal de société. Pour chaque exception existant, ne fait que confirmer la règle. Mon peuple, les Lakotas, aussi connu sous le nom d’indiens Sioux, est un peuple d’obédience matriarcale. J’ai été élevé dans une maison régit par le matriarcat (NdT : Russel Means a aujourd’hui 72 ans) et quand je me suis marié, je me suis marié dans des maisons matriarques. Je connais mon histoire, je connais mon peuple, ainsi je peux donc parler en connaissance de cause des valeurs du matriarcat.

    Le matriarcat est une société équilibrée. Maintenant, lisez attentivement ce qui va suivre et essayez d’avoir à l’esprit une image panoramique de la situation. Dans notre société matriarcale, tous les sexes célèbrent nos forces. Nous sommes une société totalement devouée à ne pas faire de mal ou de blesser les sentiments d’autrui, que ce soit un insecte, un arbre, une grand-mère, la Terre, ou quiconque de vivant. Nous comprenons que toute vie vient d’une seule mère et que c’est notre devoir de respecter notre famille. Une autre explication simple : essayez d’imaginer d’éduquer un enfant sans le mot “non”. Essayez de comprendre comment ces sociétés matriarcales bâtissent des systèmes de clan qui évite l’inceste à tous les niveaux et donnent la possibilité de résoudre des conflits quasiment instantanément.

    Les femmes vivent plus vieux que les hommes et peuvent endurer plus de douleur. Elles sont par là-même plus endurantes que les hommes. C’est une loi naturelle que de bâtir votre système de clan en se basant sur la lignée des femmes. Ajouté à ces forces évidentes, la femelle de l’être humain est la seule créature de toute la vie sur terre qui est purifiée naturellement tous les 28 jours. Toute femme sait que si elle vit en proximité rapprochée d’une autre femme, leur cycle de purification respectif va se synchroniser. Quand elles vivent dans un petit village, elles sont ainsi non seulement synchrone l’une avec l’autre, mais également avec l’univers, qui se manifeste par le biais de la pleine lune. Quand l’empire catholique roman conquît les barbares du nord, une des façons avec laquelle ils instituèrent le patriarcat, fut avec la création d’Halloween. En d’autres termes, quand les femmes se soustrayaient à la vie commune pour honorer leur cycle de purification, et se réjouissaient entr’elles pendant environ quatre jours, les hommes étaient laissés non seulement avec leurs tâches habituelles, mais aussi avec celles de leurs femmes ; ainsi les catholiques romans l’épée dans une main et la bible dans l’autre s’en vinrent pour dire aux hommes que les femmes étaient parties pour pratiquer la sorcellerie et concocter des sorts diaboliques pour rendres les hommes obéissant. Le reste est de l’histoire…

    L’évidence maintenant ; le patriarcat est une société basée sur la peur où l’homme règne seul. Ainsi cette société est déséquilibrée. Le patriarcat leva sa tête hideuse il y a environ 6000 ans, en même temps que la place économique devenait son outil. Le patriarcat et le système de marché ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. Le marché engendre la veûlerie qui engendre les empires. Quand on étudie l’histoire de tous les empires patriarcaux, nous voyons qu’ils font tous la même erreur, encore, et encore et encore et toujours. De la dynastie des Ming, à Kubilaï Kahn en passant par l’Egypte, la Grèce et la Rome antiques, du “soleil qui ne se couche jamais sur l’empire britannique”, à l’Union Soviétique et à aujourd’hui l’empire oppresseur et tortionnaire américain. Rien n’a jamais changé pour le patriarcart, avant ou après Jesus Christ, avant ou après Mahommet, avant ou après le Bouddha etc…

    Les patriarques ont peur de tout. Mais de quoi ont t’ils le plus peur ? De la femme. C’est pourquoi depuis près de 6000 ans, ils l’ont diabolisé, déshumanisé, dominé, terrorisé et contrôlé. Dans le patriarcat, y a t’il une seule chose qui ne fait pas peur au patriarque ?

    Mon ancêtre Luther Ours Debout écrivit vers les années 1900 : “Quand un homme a peur de la forêt, il voudra contrôler la forêt, et ce qu’il ne peut contrôler, il voudra le détruire.”

    Russel Means


    Russel Means est un activiste membre de la Nation Sioux. Il fut un des tous premiers activistes de l’American Indian Movement (A.I.M) et fut un des instigateurs de la révolte de Wounded Knee (Dakota du Sud) en 1973, ou 200 militants natifs prirent la petite ville de Wounded Knee dans la réserve indienne de Pine Ridge en désaccord avec les mesures du gouvernement américain à l’encontre des natifs et de la corruption qui règnait en maîtresse absolue au sein de la bureaucratie étatique du Bureau des Affaires Indiennes.

    Les activistes tinrent le siège contre la garde nationale, le FBI et les Marshalls pendant 71 jours qui aboutirent à certains accords. Des combats eurent lieu qui coûtèrent la vie à deux militants de l’A.I.M et les jambes à un agent du FBI. Means fut arrêté et jugé avec un autre responsable de l’A.I.M. Devant les vices de forme éhontés de la procédure et les exactions du FBI pour monter artificiellement le cas contre les deux chefs activistes, le juge fédéral prononça un non-lieu (ce qui était possible en 1973 ne le serait plus aujourd’hui).

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  • Dans la mythologie celtique irlandaise, une Bansidh (prononcer bannshi) est une femme du Sidh, c’est-à-dire de l’« Autre Monde », une messagère des dieux. Si la documentation nous provient essentiellement de la littérature irlandaise médiévale, cette déité est pan-celtique ; on la retrouve notamment au Moyen Âge sous le nom de banshee et en Bretagne sous le nom de Marie Morgane, dans une forme altérée par le folklore. Ne pouvant survivre en tant que telle à la christianisation, la Bansidh deviendra au niveau du folklore, une fée, une sorcière ou une guérisseuse. Les fées sont des incarnations de la Déesse-Mère ou des druidesses.
    Tacite mentionne également l’existence de plusieurs femmes Druides qui vivaient sur l’île de Mona (ou Anglesey au Pays de Galles) en compagnie de guerriers celtes : ”Sur la plage, une troupe de soldats etaient cernés par un groupe de Druides qui criaient des formules et des maledictions. Les Druidesses participaient à ce rituel magique destiné à les maudire.”
    Velléda fut une Druidesse-prophétesse de la tribu des Bructères (tribu d’origine teutonique) qui vécue à l’époque de l’empereur Vespasien (69-79 après J.C). Elle dominait un vaste territoire et était l’objet d’une profonde vénération. Son rôle oraculaire était si important que son influence s’étendait jusqu’à la sphère politique.
    Selon le géographe latin Pomponuis Mela (1er sc aps J.C) les Druidesses de l’île de Sein au large des côtes d’Armorique avaient le pouvoir de “commander les flots a travers leurs chants, de se transformer en animal, de soigner les maladies les plus insidieuses et de prédire l’avenir aux gens qui leur rendaient visite”. Des documents romains témoignent de l’habileté des Druidesses, “ces femmes à la fois pretresses et prophétesses maîtrisant la magie sur les éléments”.
    A l’origine, les tribus Celtes vénéraient de nombreuses divinités féminines, et des femmes étaient au service de leur culte. Enfin, à l’avènement du patriarcat, les hommes se sont attribués leurs fonctions rituelles, et ont crées la grande caste sacerdotale. Mais jamais les femmes n’abandonnèrent leur cultes, et continuèrent à servir les Déesses Celtes.

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  • Lors du synode d’Alexandrie en 430 et du concile d’Ephèse en 431 commença la marche triomphale de la Vierge Marie. Ephèse n’est pas un hasard, là-bas, à l’ère paléochrétienne, il y avait encore un culte suprême de la déesse Artémis. La ‘grande Artémis des Ephésiens’, comme on l’appelait autrefois, se transforma alors en la ‘grande, auguste et glorieuse Marie, Mère de Dieu’ du Christianisme, en l’occurrence, la célèbre Vierge Noire. En se métamorphosant de la sorte, l’ancienne déesse ne changea pas seulement de nom, mais aussi de nature. Marie obtint en effet immédiatement le statut d’une image divine et sublime qui l’éleva au dessus de tout ce qui était humain, mais, en même temps, elle resta strictement sous la tutelle du dieu de la trinité. La Reine du Ciel du Christianisme demeura aussi après son apothéose la « Servante du Seigneur ».
    Le Christianisme, après qu’il eût conquis Rome et la Méditerranée, ne réussit pas à exterminer définitivement la déesse méditerranéenne. Son souvenir survécut des siècles durant. C’est la raison pour laquelle les pères de l’église et les évêques trouvèrent un substitut féminin qui ne portait pas préjudice à leurs intérêts de domination et qui, en même temps, était en mesure de combler la nostalgie profonde des hommes d’une divinité féminine et maternelle. Ils y réussirent avec une adresse remarquable du moment qu’ils redécouvrirent la Mère de Jésus et la mythifièrent en tant que Vierge Marie qui a donné naissance à Dieu et en tant que salvatrice. Les chrétiens des premiers siècles, en faisant des dieux du paganisme des démons malfaisants, répétaient sans le savoir les patriarcaux, adorateurs de Zeus, qui avaient métamorphosé en êtres horribles et terrifiants les Erynnies (justice matriarcale), que cependant les masses démocratiques continuaient à nommer, comme auparavant, les déesses bienfaisantes et vénérables.

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  • Artémis fut à l’origine une déesse-mère matriarcale pré-aryenne. Avec les invasions patriarcales aryennes (proto-grecs : mycéniens, achéens, ioniens, doriens…), elle fut transformée en vierge farouche (non mariée), chasseresse qui tue de ses flèches les hommes qui osent la surprendre nue baignant dans les lacs des bois.
    D’après certains mythologues, Artémis d’Éphèse est une divinité libyenne que l’on peut rattacher aux Amazones de Libye. Cette déesse symbolise la fertilité comme ce fut le cas pour le palmier ; alors on suspendait des grosses dattes en or sur la statue de la déesse et que l’on prenait pour des seins.
    Callimaque, dans son Hymne à Artémis, attribue l’origine de lieu de culte aux Amazones : Callimaque , Hymnes III à Artémis v. 237-250. « Les belliqueuses Amazones t’élevèrent, jadis une statue, sur le rivage d’Éphèse, au pied du tronc d’un hêtre ; Hippô accomplit les rites et les Amazones, reine Oupis, autour de ton image dansèrent d’abord la danse armée, la danse des boucliers, puis développèrent en cercle leur ample chœur ; [...] Autour de cette statue, plus tard, on construisit un vaste sanctuaire ; la lumière du jour jamais n’en éclaira de plus digne des dieux ni de plus opulent […] »

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  • La crise sociale qui aboutit à l’établissement du patriarcat a revêtu en Grèce une forme religieuse. Les hommes restés fidèles à l’ordre matriarcal refusant de reconnaître et d’honorer les dieux nouveaux, on été selon Hésiode, exterminés par Zeus pour faire cesser le culte des antiques déesses (Gaïa, Rhea, Demeter, les Erynnies, les Keres, etc…). Les persécutions ne parvinrent pas à le supprimer, mais il dut s’entourer d’ombre et de mystère.

    Les mystères d’Éleusis faisaient partie d’un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis (à 20 km au sud-ouest d’Athènes). Ils sont consacrés aux déesses Déméter (terre) et sa fille Perséphone (enfer). Ce culte agraire rendu à la déesse grecque de l’agriculture, s’étendra à toute la Grèce et, à l’époque romaine, à tout l’Empire romain. Les déesses mère et fille d’Éleusis ont probablement des racines préhelléniques, ceci étant suggéré par la relation entre leur légende et la culture des céréales, introduite en Grèce longtemps avant l’arrivée des Grecs. Selon le mythe, Déméter dévoila aux hommes ses mystères et la maîtrise de l’agriculture.

    Le poète Eschyle (Ve siècle avant JC), citoyen d’Eleusis et initié aux Mystères de Déméter, fut accusé de les avoir révélé. Il connaissait les souvenirs de l’époque matriarcale que les prêtresses conservaient et expliquaient aux initiés. L’explorateur Pausanias (I, 38) rapporte que, dans les temps préhistoriques, les habitants d’Eleusis durent défendre par les armes le culte de Déméter, que les Athéniens voulaient abolir. Le culte des déesses matriarcales, pour échapper aux persécutions, dut donc s’entourer d’ombre et de mystère.

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  • Camille Jullian désigne les XVe et XVIe siècles comme le début de la période à laquelle le catholicisme s’est imposé au Pays basque. Le personnage principal de la mythologie basque est Mari, divinité féminine, qui représente “la nature”. Un autre personnage fondamental de la mythologie est Amalur “Mère Terre”. Amalur est souvent assimilée à Mari, mais elle est parfois considérée comme sa fille. Dans la mythologie basque on considère la terre Lur comme étant la mère du soleil (Eguzki) et de la lune (Ilargi Amandre), elles aussi féminines, et surnommées ”grands mères”. Lorsque la lune monte à l’orient, on lui dit : “Ilargi amandrea, zeruan ze berri ?” “Lune grand-mère, quoi de neuf dans le ciel ?”. La Sorgina étaient à l’origine une sorte de shaman, de femme-médecine. Dans la nuit du vendredi dans l’Akelarre, les sorgiñak célébraient des rites magico-érotiques. Les cohortes de sorcières vénéraient un bouc noir (akerbeltz), auquel le christianisme a associé le culte de Satan…Cela témoigne de la survivance de la dimension matriarcale de la culture basque dont les racines sont antérieures à la christianisation. Lire aussi notre dossier sur le Matriarcat Basque.

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  • On retrouve aussi au Ghana la présence du matriarcat particulièrement chez les ashanti dont Radcliffe- BROWN et FORDE dans leur livre : Systèmes familiaux et matrimoniaux en Afrique nous donnent les détails suivants :

    - Les ashanti considèrent le lien entre mère et enfant comme la clef de voûte de toutes les relations sociales...Ils le considèrent comme une parenté morale absolument obligatoire. Une femme Ashanti ne lésine pas sur le travail ou sur les sacrifices pour le bien de ses enfants...

    - Chez les Bantous de l’Afrique centrale, le mariage appelé matrilocal détermine la filiation matrilinéaire plutôt que patrilinéaire.

    La plupart des peuplades bantou de l’Afrique Centrale déterminent la filiation selon la ligne matrilinéaire plutôt que patrilinéaire et beaucoup d’entre elles pratiquent une certaine forme de ce que l’on connaît habituellement sous le nom de mariage matrilocal.

    En fait, c’est ce caractère matrilinéaire de l’organisation familiale qui les distingue si clairement des Bantou de l’Afrique de l’Est et du Sud et c’est pour cette raison que le territoire s’étendant des districts de l’Ouest et du Centre du Congo belge jusqu’au plateau nord-est de la Rhodésie septentrionale et des monts de Nyassaland est parfois mentionné comme la "Ceinture matrilinéaire" de Radcliffe-BROWN et Cheikh ANTA DIOP dans l’unité culturelle de l’Afrique Noire
    Nous constatons l’évidence similitude de ces peuples avec l’Égypte à travers leurs us et coutumes. Le Matriarcat disparaît en parti avec l’arrivé de l’islam et du Christianisme en Afrique noire, il est remplacé par un régime patriarcal pur et dur qui laisse peu de place à l’épanouissement de la femme noire.

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  • L’ancien matriarcat se retrouve aussi dans les mythes de l’immaculée conception comme le relève Lafargue :

    « Tout d’abord il faut se demander si le christianisme est la seule religion qui possède le mythe de l’immaculée conception.

    On retrouve ce mythe dans les religions des principaux peuples du bassin méditerranéen, et on pourrait peut-être ajouter de tous les peuples.

    Trois déesses grecques, Junon, Minerve et Diane, portaient l’épithète de partheneia, virginale [1] Cependant Junon eut plusieurs enfants et Minerve, la vierge par excellence, fut plusieurs fois mère. D’après Cicéron et Aristote, elle avait mis au monde Apollon patrôos (protecteur des pères) ; Vulcain, en cette circonstance, avait été son mari, ou plutôt son violateur, ce qui ne l’empêchait pas de partager avec elle son temple sur l’acropole d’Athènes ; les fêtes des lampadephories étaient célébrées en l’honneur de Minerve et de Vulcain. — Neptune, en sa qualité de dieu marin, se permit un grand nombre de viols, la déesse athénienne fut une de ses victimes ; mais la Terre fut assez complaisante pour porter dans son sein le fils de Minerve et de Neptune, Erichthonius. Malgré ces enfants, la déesse continuait à recevoir l’épithète de vierge ; et son temple sur l’acropole, l’Erechtheum, était consacré à Minerve métro-parthenos, la vierge-mère. Elle était même une déesse tutélaire des femmes violées, fort nombreuses dans les tribus primitives de la Grèce, comme dans les tribus australiennes. Aethra, violée par Neptune dans l’île de Sphérie, éleva un temple à Minerve apaturia (décevante) ; quand Hercule eut triomphé de la reine des Amazones, il lui consacra la ceinture qu’il lui avait enlevée ; le jour de leur mariage, les fiancées de Trézenne faisaient hommage à Minerve de leurs ceintures.

    Dans la tête des Grecs, l’idée de virginité et de maternité ne s’excluaient pas. Nous verrons tout à l’heure que vierge-mère signifiait mère sans le concours de l’homme, comme c’est le cas pour la vierge-mère Marie : mais dans les temps primitifs cela voulait dire mère sans être mariée. C’est ce qui explique ce passage des Euménides d’Eschyle, dans lequel Minerve dit que " quoique l’homme a tout son coeur, elle n’a jamais consenti à accepter le joug du mariage ". En Grèce, on appelait fils de vierge (parthenias), le fils d’une fille non mariée. La femme était censée vierge tant qu’elle n’était pas mariée.

    La Grande Mère des dieux, dont le culte, répandu dans l’Asie antérieure, pénétra en Italie dans le cours du II° siècle avant Jésus-Christ, était également une vierge-mère, comme Minerve. " La mère des dieux, dit l’empereur Julien, est la déesse qui enfante et qui a commerce avec le grand Jupiter, qui engendre et organise les êtres avec le père de tous ; cette vierge sans mère s’assied à côté de Jupiter, parce qu’elle est réellement la mère de tous les dieux. " Ainsi qu’on le verra plus loin, le grand Jupiter tenait une position très humble vis-à-vis d’elle ; il n’était pas son époux, mais son Joseph. La mère des dieux restait toujours vierge, malgré sa nombreuse progéniture, parce qu’elle n’était pas mariée.

    Assurément, l’idée de vierge-mère devait avoir pris naissance à l’époque où le mariage par couple, par paire, dit Morgan, remplaçait le mariage par groupe ou par clans : une femme alors restait vierge quoique mère, tant qu’elle n’avait pas été liée par une union monogamique. Minerve et la Mère des dieux, qui appartiennent à la plus antique génération divine, devaient être les divinités des Grecs et des Phrygiens alors qu’ils avaient des moeurs maritales analogues à celles des peuplades polynésiennes.

    Plus tard, sans doute, le mot de vierge-mère prit un autre sens et signifia mère sans l’intervention de l’homme. Junon se glorifiait d’avoir eu Mars et Hébé, sans le secours d’aucun mâle , c’était sa manière de répondre à Jupiter qui se targuait d’avoir donné naissance à Minerve. Isis, la grande déesse d’Egypte, inscrivait fièrement sur ses temples : Je suis la mère du roi Horus et personne n’a relevé ma robe.

    Si des bords de la Méditerranée, nous passons à l’extrême Nord, en Finlande, nous retrouvons le même mythe. Dans le Kalevala, le poème national des Finnois, il est parlé de trois vierges qui sont fécondées par l’air. lsnatar, la " belle vierge ", chante : " Je suis la plus ancienne des femmes, je suis la première mère des humains, j’ai été cinq fois épouse et six fois fiancée, " mais elle restait toujours vierge, elle n’avait qu’à divorcer pour redevenir vierge. Les Argiens prétendaient que leur déesse poliade (protectrice de ville), Junon, allait tous les ans se baigner à la fontaine Canathos, à Nauplie, pour recouvrer sa virginité. Peut-être que les femmes d’ Argos se baignaient à la fontaine Canathos pour divorcer.

    Ce qui prouve bien que, comme toujours, les dieux ne faisaient que reproduire les moeurs des humains, c’est que les mortels avaient également le privilège des conceptions immaculées. Le vieux barde du Kalevala, Wänamoinen, est le fils de la viierge Luounotar, fille d’Ilna mère des héros, qui a été fécondée par la mer. Une inscription de Sargon, un des plus anciens rois de la Chaldée, que Lenormand fait remonter à 3.800 avant Jésus-Christ, dit : " Sargon, roi puissant, roi d’Agadé, moi ! — ma mère me conçut sans la participation de mon père. "

    Les femelles des animaux possédaient aussi le privilège des conceptions immaculées. Les juments de Rhésus, " plus blanches que la neige et plus rapides que l’air ", étaient fécondées par l e zéphyr, au bord de la mer. Borée, le vent du nord, remplissait cette fonction pour les cavales d’Erichthonius. Les juments de Cappadoce, du Tage, et d’autres lieux, procréaient de cette curieuse façon. »

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  • Paul Lafargue :

    « Le mythe de l’immaculée conception n’est donc pas une invention du premier siècle du christianisme, mais un mythe des plus antiques : il a dû être élaboré alors que l’homme, pour s’emparer des biens et de l’autorité de la femme dans la famille matriarcale, réduisait son rôle dans la procréation, et que la femme répondait à ces attentats contre ses droits et sa fonction en prétendant qu’elle n’avait pas besoin de l’intervention de l’homme pour concevoir.

    La renaissance du mythe de l’immaculée conception se produisait au moment où la société antique chancelait sur ses bases : la famille patriarcale s’écroulait et la femme du monde gréco-latin s’émancipait du lourd joug marital qui pesait sur elle depuis des siècles. Les religions féminines de l’époque matriarcale, dans lesquelles les déesses dominaient les dieux, qui s’étaient perpétuées en Egypte et en Asie Mineure, s’introduisaient et se répandaient dans les nations, où même depuis longtemps les dieux masculins avaient dépossédé les déesses de leurs antiques prérogatives. C’était la revanche, annoncée par Prométhée, qui devait " dépouiller Jupiter de son sceptre et de ses honneurs " (Eschyle)

    Mais le triomphe fut de courte durée. Les femmes perdirent de nouveau les droits qu’elles commençaient à reconquérir. La religion chrétienne qui, reprenant et mettant en grand honneur le mythe de la vierge-mère, semblait devoir aider les femmes dans leur émancipation, se transforma et devint un instrument d’oppression. On ne disputa plus à la femme son rôle dans la procréation, mais on fit plus, on essaya de la dépouiller de sa qualité d’être humain. Un concile s’assembla pour discuter si la femme n’était pas un animal inférieur, privée d’âme ; et c’est seulement à la majorité d’une voix que l’Eglise chrétienne, fondée sur l’antique mythe féminin de l’immaculée conception, décida que la femme avait une âme tout comme l’homme. »

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  • Il est généralement admis que la situation des femmes se dégrade au cours du temps dans le Proche-Orient ancien. En Mésopotamie, les Sumériens ne paraissent pas trop favoriser les hommes par rapport aux femmes. Cela se voit aussi dans leur mythologie, qui fait plus de place aux déesses que celle des périodes plus tardives. Par la suite, une société patriarcale se met véritablement en place, comme on le voit dans les codes de lois du IIe millénaire, le Code d’Hammurabi et surtout les Lois assyriennes. On met de plus en plus en avant les qualités viriles de l’homme, la maternité, et on cherche à les protéger. Dans les sociétés du Ier millénaire, telle celle des Hébreux décrite dans l’Ancien Testament, la place de la femme est encore plus réduite, jusqu’à sa propre sexualité qui n’est plus conçue qu’au profit de l’homme (pour les besoins de la reproduction).

    Quelle explication donner à ce phénomène ? On a parfois voulu y voir une influence des peuples sémites, chez qui la place de la femme serait peu enviable. Il faut pourtant se méfier de ce type de raisonnement, influencé par la place de la femme dans les sociétés des peuples sémites du Proche-Orient actuel. On a aussi pu avancer l’existence d’un phénomène de militarisation de la société mésopotamienne à partir du début du IIe millénaire, qui aurait marginalisé les femmes. Le rapport entre les sexes varie d’ailleurs d’une région, d’un peuple à un autre.

    En poussant plus loin le fait que la place de la femme se réduit au profit de celle de l’homme au cours du temps, on a pu chercher à repérer jusque dans les sociétés néolithiques (avec notamment la figure de la déesse-mère attestée entre autres à Çatal Höyük) la trace d’un ancien matriarcat, qui aurait finalement disparu au profit du patriarcat de l’époque historique. Les preuves d’un hypothétique matriarcat originel sont en fait très ténues.

    La question de l’évolution de la différenciation sexuelle des activités est assez peu travaillée, et souvent difficile à étudier dans la mesure où la documentation archéologique disponible pour cela est rarement explicite. Il paraît évident que le processus de néolithisation a dû entraîner des évolutions dans la répartition des tâches en fonction des sexes, mais cela reste difficile à appréhender par l’archéologie. Même aux périodes précédant la pratique de l’agriculture, il n’est pas acquis que les hommes aient été les seuls à chasser et les femmes (et vieillards) les seules à pratiquer la cueillette comme on le pense souvent, par exemple. Quoi qu’il en soit, la résidence en tant qu’espace privé s’élabore progressivement au cours des millénaires, et aux périodes historiques elle est clairement l’espace de vie féminin par excellence. Il est impossible de voir qui travaillait sur les espaces de travail en plein air des premiers villages. Est-ce qu’il faut considérer que les espaces et activités étaient déjà répartis de façon très distincte entre hommes et femmes dès la fin du paléolithique, et que la néolithisation n’a fait qu’en changer les modalités, ou bien la néolithisation a-t-elle entraîné une différenciation croissante des tâches en fonction du sexe ? Cette dernière hypothèse a notamment été avancée dans une étude récente, portant sur les changements dans les activités depuis la période natoufienne (c. 12500-10000 av. J.-C.) jusqu’au VIe millénaire, en étudiant divers squelettes.

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  • Pourquoi le sexisme existe-t-il ? Est-ce une fatalité ? Pourquoi y a-t-il encore aujourd’hui, dans nos sociétés soi-disant si modernes, si évoluées technologiquement et intellectuellement, des inégalités entre les hommes et les femmes ? Questions qui pourraient nous entraîner dans de longs et épineux débats sur la nature humaine, la définition de l’homme et de la femme, de leurs différences ou particularités respectives : femme rime avec famille et homme avec travail, à la première les qualités de douceur, au second celles de force. Et d’ailleurs on n’y peut rien que l’homme soit supérieur : ça date d’Adam et Eve...

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  • On peut maintenant se demander pourquoi les femmes étaient majoritairement soupçonnées de sorcellerie. Tout d’abord, les femmes étaient réputées pour être des guérisseuses. Lors de veillées, elles s’échangeaient des recettes, des façons d’influencer le sort, etc. Ce sont les femmes qui transmettaient les croyances païennes et les superstitions. De plus, étant donné la rareté des écoles, ce sont les femmes qui transmettaient la culture populaire en enseignant les rudiments de l’écriture à leurs enfants. Par le fait même, elles sont devenues des concurrentes pour certains. Par ses conseils et son savoir, la sorcière rassurait la population et occupait une place importante dans la société, ce qui avait pour effet de réduire l’influence des prêtres sur leurs ouailles. Par son rôle de sage femme, elle remplaçait les médecins coûteux et rares à la campagne. On peut donc facilement comprendre pourquoi les médecins et les prêtres s’acharnèrent tant à dévaluer les croyances païennes.

    De plus, la présence d’un antiféminisme virulent dans le discours de l’Église a poussé les élites à identifier la femme comme un agent de Satan. Par sa nature faible et débile, elle est plus sujette à se laisser duper par Satan, croyait-on. En plus, la femme était perçue comme une insatiable qui est prête à tout pour assouvir ses besoins les plus pervers, ce qui n’était sûrement pas à son avantage dans une période de répression sexuelle. D’ailleurs, on constate l’importance de la sexualité dans les procès de sorcellerie, car on insistait pour faire décrire aux accusés les détails des scènes de copulation satanique.

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  • L’anthropologue Maurice Godelier écrit dans la Recherche – novembre-décembre 2002 :

    « Chez les Baruyas, selon le mythe originel, les femmes auraient inventé les arcs, les flèches, etc, mais elles les auraient utilisé sans mesure. Leur puissance était créatrice de désordre (disent les hommes qui ont construit ce mythe), leur créativité était désorganisatrice… C’est pourquoi les hommes ont dû (disent-ils) les déposséder de tout cela. Pour que le monde tourne bien. Les femmes avaient aussi inventé les flûtes. Or, le nom secret des flûtes, c’est « vagin ». C’est-à-dire le pouvoir de donner la vie. Les premiers hommes (selon le mythe) se sont emparés des flûtes (…) Si les hommes ne tenaient pas les flûtes cachées des femmes, le pouvoir de donner la vie et de façonner des garçons repartirait chez les femmes. (…) En somme, les hommes vivent toujours menacés d’un désordre créé par les femmes. C’est pourquoi ils ne desserrent jamais leur étau… »

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  • Sur le matriarcat, un reportage sur les MOSUO.

    Un village au sud de la CHINE.

    Le reportage peut être revu sur le site de l’émission d’hier soir dimanche.

    Il faut aller à 55 minutes après le début de l’émission.

    Environ 27 à 28 minutes sur une émission de plus d’une heure et demie.

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  • Les Moso (mosuo, ou mossuo) sont un peuple du sud de la Chine,
    Entre le Sichuan, le Yunnan et la frontière Tibétaine.
    C’est le "royaume des femmes".
    Leur système familial est MATRIARCAL :

    - pas de mariage : les enfants restent vivre chez leur mère toute leur vie.
    - pas de paternité : les enfants sont élevés par les oncles.
    - tout passe par la mère : nom, propriété...
    - la sexualité est libre : chacun est libre d’avoir (en secret) autant d’amours qu’il le désire, et de changer quand il veut.
    - ils vivent en communisme familial : la propriété appartient à tout le clan familial, il n’y a pas d’héritage.

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  • Dans l’Egypte antique, de nombreuses traces de l’émancipation des femmes sont bien marquées : non seulement des femmes reines qui gouvernent mais aussi des femmes médecin et scientifique comme Merit-Ptah. La place faite à la femme dans l’Égypte antique (pré-hellénistique) peut paraître surprenante de « modernité » si on la compare à celle qu’elle occupa dans une majorité de sociétés contemporaines et postérieures. Bien qu’homme et femme aient traditionnellement des prérogatives bien distinctes dans la société, il semble qu’il n’y ait pas eu de barrière infranchissable en face de celles qui désiraient s’éloigner de ce schéma. La société égyptienne reconnaît à la femme, non seulement son égalité à l’homme, mais son indispensable complémentarité qui s’exprime notamment dans l’acte créateur. Ce respect s’exprime clairement dans la morale et la théologie égyptienne, mais il est certes assez difficile de déterminer son degré d’application dans la vie quotidienne des Égyptiens. On est loin de la société de la Grèce antique où la femme était considérée comme « une éternelle mineure ». Les attitudes violentes à l’égard des femmes étaient particulièrement mal considérées au point que les cas de viols sont extrêmement rares et cités comme les pire crimes châtiés de la mort.

    La démocratie bourgeoise essaie souvent de nous faire croire que les sociétés qui se sont succédé ont été dans le sens du progrès et que la bourgeoisie représenterait le summum du bien être pour les femmes. C’est archi faux. Bien des évolutions sociales ont représenté des régressions remarquables pour les femmes, à commencer par l’élevage et l’agriculture.

    Quant à la société actuelle où le corps des femmes est une des marchandises payées très cher, il est évident que l’esclavage capitaliste est loin d’épargner les relations hommes/femmes. Les femmes y sont plus que jamais un marché important d’esclaves...

    La situation, loin de s’améliorer, s’empire partout dans le monde avec l’effondrement capitaliste. La seule limite de cette aggravation sera la révolution sociale et, en son sein, la révolution des femmes !

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  • Alain Daniélou dans « Histoire de l’Inde » écrit :

    « Le régime social des anciennes populations de l’Inde est le matriarcat. C’est la vieille femme qui commande et gouverne. Nous retrouvons ce type d’organisation dans certaines cultures évoluées comme celle du Kerala au sud de l’Inde. La polyandrie, très répandue, découle du système matriarcal ; soit qu’elle prenne la forme d’un libre choix, soit que la femme épouse un homme et ses frères (comme c’est le cas chez les Khasa). Cette forme de polyandrie est commune également au Tibet. Elle est mentionnée dans le grand poème épique, le Mahãbhãrala, dont les principaux héros sont cinq frères, les Pãndavas, et leur épouse commune Draupadi. Bien que les Pãndavas appartiennent probablement à une deuxième couche de civilisation, la civilisation dravidienne, on peut y voir l’influence, comme c’est toujours le cas, de la plus ancienne culture du pays sur les institutions des civilisations ultérieures. Nous pouvons retrouver de telles survivances jusque dans les civilisations les plus modernes de l’Europe et de l’Asie. Ces premiers habitants dont il existe encore des survivants non assimilés dans l’Inde parlaient et parlent encore des langues munda… Ils sont directement apparentés aux plus anciennes couches de la population de la Birmanie, de la Malaisie, de l’Indochine, aux Vãddas de Ceylan, aux Talas des Célèbes, aux Batins de Sumatra, ainsi qu’aux anciennes populations d’Australie. Le groupe des langues munda est le plus largement diffusé sur la terre. On en retrouve la trace, de l’ïle de Pâques, près des côtes de l’Amérique du sud à l’est, jusqu’à Madagascar à l’ouest, et de la Nouvelle Zélande au sud jusqu’au Panjab au nord…. Les groupes ethniques qui, dans l’Inde, ont maintenu les caractères sociaux de ces anciens peuples et les langues munda sont nombreux. Les principaux sont les Santals, qui sont environ aujourd’hui trois millions, puis les Gonds, les Bhils…et les populations de l’Inde centrale, enfin les populations de l’île de Nicobar dans le golfe du Bengale, et les Khasis de l’Assam.

    Les langues munda… ne font pas de distinction entre le masculin et le féminin…
    Cette civilisation indienne a été suivie de celle des dravidiens (civilisation dite de l’Indus). Les femmes occupaient une place importante dans la société dravidienne et particulièrement activement à la vie littéraire et artistique. Le système matriarcal, où toute la propriété familiale appartient à la femme, et où c’est la fille qui hérite de la mère, reste encore aujourd’hui le système pratiqué au Kerala. Même dans les familles royales, le trône passe de mère en fille, et le roi n’est qu’un consort. Cette pratique est considérée comme la seule manière efficace d’assurer la transmission du sang royal. Selon l’ancien dicton indien, « Quand un père dit, voici mon fils, c’est la foi ; quand une mère le dit, c’est la connaissance. » ; or les institutions sociales doivent reposer sur des réalités et non sur des croyances. »

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  • Femmes iroquoiennes et algonquiennes

    L’article qui suit, traite de la différence des tâches entre les femmes iroquoiennes et algonquiennes. Pour les femmes iroquoiennes, il sera montré leur histoire, les tâches associées à la vie quotidienne, l’habitation, les valeurs fondamentales et le statut politique des femmes. Pour ce qui est des femmes algonquiennes, il sera question de leur histoire, leur habitation et leur statut politique seront expliqués dans cet article.

    Vers 1500, chez les femmes iroquoises, près de 25 nations iroquoiennes vivaient sur les basses terres du St-Laurent à l’est des Grands Lacs. C’est l’explorateur Jacques Cartier qui rencontra les Iroquois du St-Laurent lorsqu’il a visité Hochelaga en 1535. Les Iroquois du St-Laurent sont un peuple très cultivateur, puisqu’il reste une dizaine d’années sur le même territoire.

    La société sédentaire vie grâce à la culture du maïs, des haricots, des courges, du tabac et les fruits sauvages. Ceux-ci se cueillaient surtout à l’automne. Cultiver et cueillir étaient réservé aux femmes et aux enfants qui ramassaient de grandes quantités de nourriture destinées au clan pour se nourrir. À la suite de la grande découverte de Champlain, lors de son expédition de la côte atlantique : « le lendemain le sieur de Mons fut à terre pour veoir leur labourage sur le bort de la riviere, & moy avec luy, & vismes leur bleds qui sont bleds d’Inde, qu’ils font en jardinages, semant trois ou quatre grains en un lieu, après ils assemblent tout autour avec des escailles du susdit signoc quantité de terre : Puis à trois pieds delà en sement encore autant ; & ainsi consecutivement. Parmy ce bled à chasque touffeau elles plantent 3. Ou 4. Febves du Bresil, qui vienent de diverses couleurs. ». »

    Champlain montre ici, les tâches effectuées par les femmes iroquoiennes lors de la période de l’agriculture. Elles sont responsables de l’aménagement des clairières, de l’entretien et l’ensemencement des champs. Pour la confection de vêtements, les femmes effectuent cette lourde tâche. Leurs vêtements sont confectionnés en peaux d’animaux. Les femmes confectionnent différents vêtements pour les différentes saisons de l’année. En hiver, les vêtements sont beaucoup plus longs que durant l’été. Les femmes recherchaient aussi les coquillages pour confectionner différents modèles de colliers. Plusieurs marchandises, par exemple les colliers et vêtements faisaient l’objet de ventes pour recevoir de la nourriture ou des outils pour aller à la guerre. Après une longue journée de travail, les femmes doivent préparer le repas afin de nourrir leur famille.

    Concernant les habitations des Iroquois, les maisons longues sont construites par les hommes, afin de procurer un toit à la famille. Il s’agit d’une maison longue pouvant aller de 20 à 30 mètres de long, tandis que sa largeur peut aller de 5 à 7 mètres. Cette maison peut acquérir plusieurs familles, puisqu’elles sont construites pour être des habitations unifamiliales. Ces maisons continuent de servir pour des lieux d’assemblées politiques et de cérémonies.

    Les femmes ont aussi la responsabilité de l’éducation des enfants. La mère donne ainsi une identité sociale aux enfants. Elles transmettent les valeurs fondamentales de leur clan en émettant la transmission des valeurs à leurs enfants. Les principales valeurs transmises sont le respect, le loyaliste et l’entraide entre les différentes personnes de la tribu.

    Les femmes constituent le pivot de l’organisation sociale. Il s’agit d’une société matriarcale, c’est cela qui fait la différence concernant la position des femmes iroquoiennes à Algonquiennes, à propos de la politique. Dans le clan iroquois, la position sociale des femmes leur permettait de participer activement à la vie politique. Ce sont les femmes iroquoises qui ont le pouvoir de nommer les chefs civils et même de les destituer s’il y a lieu. La société matriarcale donne le pouvoir aux femmes dans cette tribu, elles jouaient un rôle actif dans les périodes de guerre. Ce rôle leur donnait même le pouvoir d’inciter les chefs de guerre à organiser des expéditions pour venger la mort des membres de leur famille ou de la même lignée

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  • Il semble que les sociétés pastorales de nomades d’Eurasie dans lesquelles le patriarcat semble s’être formé aient été précédemment des sociétés matriarcales ; c’est du moins ce qu’il ressort des fouilles menées entre 1992 et 1995 par Jeannine Davis-Kimball, directrice du Centre de Recherches de la Civilisation Nomade Eurasiatique à l’université de Berkeley en Californie, où ce sont en fait davantage des squelettes féminins qui ont été retrouvés dans les Kourganes. Celle-ci a pu noter que dans tous les musées d’Eurasie qu’elle a systématiquement visités pour en connaître les artéfacts conservés, se retrouvent les traces de prêtresses, femmes-chamanes, et curieusement, à partir de -4000 environ, guerrières, ce qui n’a pas manqué d’être mis en relation avec le mythe des Amazones. La thèse de J.Davis-Kimball a été appuyée par Sarah Nelson, anthropologue de l’université de Denver.

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  • Une véritable société matriarcale a subsisté jusqu’à nos jours dans des vallées reculées du Yunnan, en Chine, chez les Na. Ignorant l’institution du mariage et la notion même de paternité, pratiquant une sexualité infiniment plus libre que celle de toutes les sociétés patriarcales et consacrant en conséquence plus de temps à l’amour qu’au travail, les Na sont parvenus à résister à la bureaucratie céleste des dynasties impériales et au confucianisme ainsi qu’aux injonctions puritaines de la période maoïste.

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  • On nous dit souvent que le patriarcat est naturel au règne animal...

    Le mode social des bonobos, un de nos proches cousins, est matriarcal.

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  • A lire matriarcat et patriarcat en Nouvelle Calédonie : ici

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  • « L’économie domestique communiste, où les femmes appartiennent pour la plupart, sinon toutes, à une seule et même gens, tandis que les hommes se divisent en gentes différentes, est la base concrète de cette prédominance des femmes universellement répandue dans les temps primitifs, et dont c’est le troisième mérite de Bachofen que d’en avoir fait la découverte. J’ajoute encore que les récits des voyageurs et des missionnaires sur le travail excessif qui incombe aux femmes chez les sauvages et les barbares ne contredisent nullement ce qui précède. La division du travail entre les deux sexes est conditionnée par des raisons tout autres que la position de la femme dans la société. Des peuples chez lesquels les femmes doivent travailler beaucoup plus qu’il ne conviendrait selon nos idées ont souvent pour les femmes beaucoup plus de considération véritable que nos Européens. La « dame » de la civilisation, entourée d’hommages simulés et devenue étrangère à tout travail véritable, a une position sociale de beaucoup inférieure à celle de la femme barbare, qui travaillait dur, qui comptait dans son peuple pour une véritable dame (lady, frowa, Frau : domina), et qui d’ailleurs en était une, de par son caractère. »

    Friedrich Engels dans « L’origine de la famille, de la propriété privé et de l’Etat »

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  • « Depuis environ trois décennies, des travaux conjugués d’ethnologie et de préhistoire ont remis en cause les a priori jusque là régnants sur l’inanité du rôle économique et culturel des femmes dans les sociétés paléolithiques. Les recherches des ethnologues sur les Bushmen d’Afrique du sud ont ouvert de nouvelles voies pour la compréhension des modes de vie et de subsistance, des structures familiales et de la division du travail chez les peuples chasseurs cueilleurs. Dans ces groupes nomades, les femmes, loin d’être passives, vouées à des tâches subalternes, immobilisées par la nécessité d’élever les enfants, et dépendantes des hommes pour l’acquisition de leur subsistance, jouent au contraire un rôle actif à la recherche de nourriture, cueillant, chassant à l’occasion, utilisant des outils, portant leurs enfants avec elles jusqu’à l’âge de quatre ans et pratiquant certaines techniques de contrôle des naissances (telles que l’allaitement prolongé). Ces études ont conduit les préhistoriens à repenser l’existence des Homo sapiens du paléolithique supérieur, à récuser les modèles qui situaient la chasse (activité exclusivement masculine) à l’origine de formes de la vie sociale, et à élaborer des scénarios plus complexes et nuancés, mettant en scène la possibilité de collaborations variées entre hommes et femmes pour la survie du groupe. La figure de Man the Hunter, le héros chasseur poursuivant indéfiniment le gros gibier a vécu. Il faut désormais lui adjoindre celle de Woman the gatherer, la femme collectrice (de plantes, de fruits, de coquillages). L’archéologue américain Lewis Binford est allé plus loin en insistant sur l’importance au paléolithique des activités, non de chasse, mais de charognage, de dépeçage, de transport et de consommation de carcasses d’animaux morts, tués par d’autres prédateurs… Il se peut que, contrairement aux idées reçues, les femmes aient été très tôt techniciennes, fabricatrices d’outils – qu’elles se soient livrées par exemple à la taille des fines industries sur éclats qui abondent à toutes les époques du paléolithique -, qu’elles aient inventé il y a quelques 20.000 ans la corde et l’art du tissage des fibres végétales… »

    Claudine Cohen dans « De l’homme (et de la femme) préhistorique », conférence pour l’Université de tous les savoirs

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  • Les Naxi de la région du Lijiang, les Mo-suo du lac Lugu, ou Pays des femmes », ont une civilisation antique fondée sur la communauté indépendante de femmes qui ne sont jamais mariées à un homme. Ils forment une société matrilinéaire (les enfants sont rattachés au groupe parental maternel, qui les élève, leur transmet le nom et l’héritage), matrilocale (les femmes sont au centre de leur famille et ne la quittent pas pour rejoindre leur conjoint après une union) et avunculaire (la paternité des enfants est exercée par leur oncle maternel). On peut parler de société matriarcale, au sens familial du terme (tel qu’il fut utilisé par Edward Tylor, ou encore Alfred Radcliffe-Brown. La société matrilinéaire des Moso a été étudiée et révélée en Occident par l’explorateur austro-américain Joseph Rock en 1924. Par la suite, des recherches sur le terrain ont été entreprises par l’anthropologue Wang Shu Wu en 1954 et l’ethnologue Yan Ruxian en 1980. Enfin, une expédition au pays des Moso a été organisée en 1993 par l’ethnologue allemande Heide Goettner-Abendroth, de l’International Academy for Modern Matriarchal Studies and Matriarchal Spirituality. Les familles sont constituée de fratries, frères et sœurs de plusieurs générations vivent ensemble et forment une famille. Les amoureux ne vivent pas en couple mais chacun dans sa fratrie d’origine. Les enfants sont rattachés à la fratrie de la mère pour y être élevés par les hommes et les femmes qui la compose (la mère et ses frères et sœurs : oncles et tantes ; la grand-mère et ses frères et sœurs : grands-oncles et grandes-tantes).
    L’homme élève donc les enfants de sa sœur, avec qui il partage foyer, nom, héritage et ancêtres communs, mais n’élève pas ses enfants biologiques. L’organisation familiale fait qu’un enfant sera proche de son oncle maternel et éprouvera à son égard le même type d’affection qu’il aurait envers son père dans d’autres types de société6.
    La naissance d’une fille est cruciale car elle permet la continuité de la lignée. Si une famille n’a que des descendants de sexe masculin, les enfants de ces derniers habiteront la maison de leur mère et la lignée s’éteindra. La naissance d’un garçon est aussi importante car il exercera plus tard la paternité des enfants de sa sœur. Le bon fonctionnement d’une famille passe donc par la présence des deux sexes. Le statut de minorité ethnique des Moso permet à chaque femme d’avoir autant d’enfants qu’elle souhaite, indépendamment de la politique de contrôle de la population du gouvernement chinois.
    Si malgré tout, une famille n’a pas de descendance d’un sexe, elle peut avoir recours à l’adoption. L’enfant ou l’adulte adopté sera alors considéré comme un membre à part entière de sa nouvelle famille, avec l’ensemble des droits et devoirs qui en découlent.

    Les Mosuos jouissent d’une grande liberté amoureuse et sexuelle. Hommes et femmes sont libres d’avoir autant de partenaires qu’ils le désirent. Comme les familles sont acquises de naissance et ne dépendent pas d’un conjoint, les ruptures ne sont pas un problème : se séparer revient simplement à effacer le lien entre deux membres de deux familles distinctes qui resteront intactes. Les enfants étant élevés par le clan maternel, leur cadre social ne s’en retrouve pas altéré et il n’y a pas de conflits conjugaux concernant la garde. Les amours se font et se défont sans contraintes et sans instabilité familiale. Seul l’inceste est interdit. les relations s’effectuent généralement selon le principe de la « visite furtive » : chaque fille Moso bénéficie à 13 ans d’une chambre individuelle avec accès direct appelée « babahuago » (ou chambre des fleurs) où elle est libre d’accueillir les garçons qu’elle souhaite. A la nuit tombée, les hommes quittent leur domicile familial pour rejoindre la chambre d’une amante, et repartent chez eux tôt le matin.
    Les relations demeurent généralement secrètes, à tel point qu’il est parfois difficile de savoir qui fréquente qui. Sans vie de couple, en toute liberté et discrétion, ce système exclut si radicalement la possession que la jalousie en devient honteuse. Malgré les efforts du gouvernement chinois pour diffuser le modèle familial conjugal, de nombreux Mosos restent attachés à leurs traditions. Certaines femmes estiment ne vivre avec leur compagnon que des moments d’amour et de sentiments partagés sans que les questions pratiques ne s’immiscent dans cette relation. Les aspects matériels, les questions de propriété, de l’éducation des enfants, tous les sujets dont débattent nécessairement les couples qui vivent ensemble, n’ont qu’une importance secondaire dans la relation entre amants du peuple Moso. Il n’y a pas de relations arrangées ou forcées, ils se sont choisis et lorsque l’homme se languit d’une compagne, il va la voir.

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  • Albert Meynard écrit dans « Le sexe du cerveau » :

    « Les déesses mères ont précédé les totems phalliques et les amazones, les preux guerriers. Le passage de la chasse à l’élevage et de la cueillette à l’agriculture au cours du néolithique, en instaurant la sédentarisation, a certainement joué un rôle fondamental dans la place respective qu’occuperont désormais les cultes et les femmes dans la société. »

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  • Le matriarcat au Québec selon Jules Verne : commentaire

    Lire le roman : cliquer ici

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  • Les voitures conduites par ou transportant des femmes mal ou non voilées à Téhéran seront confisquées, a annoncé le chef de la police routière de la capitale iranienne.

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  • Dans l’ancienne Irlande, les femmes occupaient une place unique, jouissaient de droits et de protections, pouvaient aspirer à toutes les fonctions à égalité avec les hommes. Dirigeants politiques, guerriers à la tête des troupes dans les batailles, elles exerçaient aussi les professions de médecin, de magistrat, de juriste, de poète et d’artisan. Par exemple, dans les années 650, Brig Briugaid, Aine Ingine Iugaire et Dari étaient des femmes juges d’Irlande. Dari était même l’auteur d’un texte de loi particulièrement remarquable du VIe siècle. Les femmes étaient protégées par la loi contre le harcèlement sexuel, la discrimination et le viol. Concernant le divorce, elles jouissaient des mêmes droits que les hommes et pouvaient exiger une part des biens de leurs maris. Elles héritaient en leur nom propre des propriétés leur venant de leur famille.

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  • Les femmes pour Fillon, juste bonnes « à prendre » ?!!!

    En effet, il a déclaré que la France n’est pas « un pays à prendre », ce n’est « pas comme une femme ». A vous d’en déduire ce qu’il pense des femmes !!!

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  • De l’évidente animalité de l’espèce humaine 13 mars 2016 01:12, par Frédéric Monnet

    La phrase : « Peut-être que cette même violence et suprématie physique masculine que les femmes avaient réussi à neutraliser par le biais de la religion des millénaires auparavant en sortant l’humanité de l’animalité resurgit-elle quand ceux-ci s’emparèrent de la religion », est un total non-sens. L’homme est un animal et le restera toujours : seule une conscience accrue de lui-même le différencie des autres espèces mais ne l’en désolidarise pas. Et ce n’est pas la religion qui « neutralise » la violence mais la pratique libre et fréquente du sexe qui diminue les tensions accumulées du fait des frustrations multiples. Ce n’est pas non plus la religion seule qui « neutralise » la suprématie masculine, c’est l’ignorance du phénomène de la fécondation qui attribue à la femme seule l’énorme pouvoir de la perpétuation de l’espèce et qui est à la base de cette religion. Parions que la connaissance de ce phénomène qui ne pouvait être connu tant que la sexualité était libre, a été découvert lorsque l’homme a commencé à pratiquer l’élevage : l’attention qu’il a porté au troupeau a pu lui faire comprendre ou lui a confirmé une certaine régularité du phénomène. Cette découverte donnant plus de pouvoir à l’homme, il en a profité et s’est appuyé sur ce savoir lorsqu’il a voulu prendre le pouvoir. Faisons l’hypothèse que cette prise de pouvoir a pu se faire à l’apparition dans un groupe d’un psychopathe du type pervers narcissique profitant d’une faiblesse économique et psychologique, fut-elle momentanée, de ce groupe : il suffit de peu de choses pour que l’équilibre des relations à l’intérieur d’un groupe soit perturbé.

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    • De l’évidente animalité de l’espèce humaine 13 mars 2016 07:04, par Robert Paris

      Sur le fond, je n’ai pas de divergence avec ce que tu dis. L’hypothèse que les anciennes religions de l’époque du matriarcat aient essayé d’empêcher le changement vers le patriarcat n’a cependant rien d’absurde. Le rôle des religions est la conservation.

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  • Comme le remarque Frans de Waal dans « Le bonobo, dieu et nous », les bonobos sont matriarcaux, pacifiques et portés sur la sexualité plutôt que sur la guerre, ce qui a gêné les primatologues qui les ont découverts. En effet, on était en pleine thèse dominante selon laquelle l’homme était sorti d’une animalité violente et patriarcale où l’homme des cavernes tirait sa femme par les cheveux ! Certains primatologues auraient été jusqu’à dire qu’il suffisait de faire silence sur ces bonobos qui étaient en voie de disparition et rester centrés sur les chimpanzés agressifs, querelleurs et guerriers pour montrer d’où était sorti l’humanité !!!

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  • Matriarcat des bonnobos ?

    L’hégémonie des femelles caractérise les bonobos sauvages, explique Furuichi, dans « Les bonobos » :

    « Quand des femelles s’approchaient de mâles en train de manger à un endroit privilégié d’un site d’alimentation, les mâles cédaient la place aux femelles arrivées plus tard. De plus, habituellement, les mâles attendaient à la périphérie du site que les femelles aient fini de manger. Quand éclatait un conflit ouvert, des femelles alliées pourchassaient parfois des mâles, mais les mâles ne constituaient jamais d’alliance contre les femelles. Même le mâle alpha pouvait se retirer à l’approche de femelles de rang moyen ou inférieur. »

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  • Une nouvelle preuve du matriarcat antique !!!

    Le disque crétois de Phaitos contenait une prière à la déesse-mère !!! En 1908, un mystérieux disque, vieux de 4000 ans a été découvert en Crète dans le palais de la ville aujourd’hui disparue de Phaistos. Cent ans plus tard, personne n’avait encore réussi à traduire le mystérieux langage écrit sur le disque datant de 1700 avant Jésus-Christ. Deux spécialistes du langage pensent avoir enfin résolu l’énigme.

    Selon les conclusions des deux chercheurs, ce disque serait en fait un texte de prière à la déesse mère, une figure capitale du panthéon minoen. Prudence cependant, comme le rappelle le site spécialisé Archeology News Network, de nombreuses interprétations ont été avancées concernant ce disque. Le problème : il n’y a que 241 signes gravés sur les deux faces, "ce qui représente un très court texte et donc empêche de pouvoir infirmer ou confirmer toute proposition". De plus, le disque de Phaistos donne à voir un système d’écriture jamais encore retrouvé dans les fouilles des sites minoens, ni même ailleurs.

    Selon l’interprétation des deux linguistes, un mot revient à plusieurs reprises sur les deux faces, celui de "mère". La première face du disque parle d’une femme attendant un enfant, la seconde rendrait hommage à une femme qui vient d’être mère. Gareth Owens et John Coleman se sont en fait appuyés sur des études précédentes sur les hiéroglyphes crétois ainsi que sur le linéaire A, un système d’écriture minoen et sur le linéaire B, un système d’écriture mycénien pour pouvoir le décrypter.

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  • Pouvez-vous me citer un exemple d’une grande société prospère dont on sache qu’elle était matriarcale et dont on ait la preuve qu’elle se situait avant l’Etat ?

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  • L’exemple le plus fameux est celui de la civilisation de l’Indus, vaste société urbaine commerçante qui n’avait ni palais ni temples ni rois ni armée ni police, mais des immenses villes et qui est reconnue par tous les historiens comme matriarcale.

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  • Dans les peintures qui ornent les rochers sahariens, l’image de la femme est particulièrement spécifique. Sa corpulence est différente à celle de la femme occidentale. Le corps de la saharienne est fort, robuste, musclé et ses formes sont parfois inexistantes. Par exemple, on retrouve des peintures où la femme est mise dans des scènes de chasse, et sans cette nouvelle approche l’erreur est quasi assurée. Sachant que dans les anciennes bibliographies la chasse et la danse sont des activités qui étaient attribuées exclusivement à l’homme.

    Or, des femmes étaient bien présentes sur ces peintures. « On y trouve aussi des scènes de différentes positions d’accouchement chez les femmes sahariennes — proto-Berbères installés au Sahara il y a de cela 3000 ans dans le Tassili et le Hoggar. Les dessins nous permettent également de connaître le rôle de la femme dans la vie politique, dans les relations sociales ainsi que dans la vie religieuse de l’époque préhistorique », précise Mme Safrioun. Elle explique par ailleurs que même si la recherche archéologique a donné l’occasion aux chercheurs de reconstituer la vie matérielle des sociétés du temps passé, il est par contre impossible de déterminer leurs tâches quotidiennes.

    C’est pourquoi l’art rupestre avec ses différentes techniques de peintures et de gravures est considéré comme étant une fenêtre ouverte sur le passé social, politique, spirituel et rituel de ces populations. « Seul l’art rupestre nous permettra de relater le vécu de ces sociétés. C’est le Hollywood de la préhistoire », ajoute-elle. Une fois que le chercheur arrive à établir la distinction entre l’image de la femme et celle de l’homme, il entame alors son enquête sur le rôle de ces figures minutieusement tracées sur les rochers du grand Sahara. « Lorsqu’on arrive à déterminer les images de la femme saharienne, on aura donc la possibilité d’attribuer avec fiabilité son rôle dans sa société.

    A ce moment-là, surgira une foule de questions restées longtemps sans réponses : est-ce que la femme saharienne pratiquait la chasse ? Jouait-elle un rôle dans la vie politique ou pas ? Quelle était sa place dans la société ? La culture matriarcale qui existait un peu partout dans le monde dans la période néolithique est-elle arrivée dans la région saharienne ? Et le matriarcat qui domine actuellement la société targuie est-il un héritage de la préhistoire ? L’art rupestre répondra certainement à toutes ces questions », soutient Mme Safrioun.

    Par ailleurs, la chercheure indique que l’art rupestre saharien est passé par quatre périodes différentes datant de 10 000 ans à 1500 ans : la première période est celle des têtes rondes. On remarque dans ces représentations que la tête des êtres humains est symbolisée par un cercle. Ensuite vient la période bovidienne caractérisée par des scènes de troupeaux de bœufs, des scènes de chasse et l’émergence de l’activité pastorale. La période caballine, quant à elle, est marquée par le l’abondance des images de chars tirés par des chevaux.

    A cette époque, la région a connu un changement climatique important : la désertification. Et, enfin, la période des camélidés caractérisée par des représentations de chameaux. « La femme est présente dans l’art rupestre appartenant aux quatre périodes. Sa physionomie, sa place, son rôle et même ses habits diffèrent d’une période à l’autre. La femme occupait-elle une place importante dans son environnement ? C’est ce que je tente de savoir à travers cette étude basée sur une approche scientifique en conjuguant des spécialités différentes pour briser enfin le mystère de l’art rupestre saharien », conclut la chercheure. Dans ce type de recherches, ce sont les sciences humaines qui sollicitent les sciences exactes.

    Aujourd’hui, les sciences humaines font appel à divers domaines de la science dite technique pour acquérir plus de précision et de rigueur dans l’interprétation des choses. Aussi, elles s’appuient sur des outils informatiques pour faciliter l’accès à toutes les données indispensables à la recherche. Et cela pourra permettre aux chercheurs de déconstruire ce présupposé qui assigne à la femme des tâches limitées seulement aux soins des foyers et des enfants, alors que depuis l’antiquité la femme était déjà l’égale de l’homme.

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  • Les chasseurs lapons obéissaient à un paganisme matriarcal.

    Akka (en langue saami : Áhkká) est un esprit féminin du chamanisme saami, présent également dans la mythologie finnoise. Le culte d’Akka était très généralisé et célébré sous forme de sacrifices, d’incantations et autres rituels. Certains Saamis croyaient qu’Akka vivait sous leur tente. Dans la mythologie finnoise Akka est l’épouse de Ukko et est la déesse de la fertilité. Elle est identifiée à la partie féminine de la nature, Maaemonen la mère Terre, fertilisée par Ukko.

    Maderakka, appelée également Máttaráhkká est la première Akka, la déesse primordiale, la créatrice du corps humain, la déesse des femmes et des enfants. Les femmes et les enfants lui appartiennent (les garçons jusqu’à leur puberté). Le nom, remontant à la mythologie saami, réfère à la déesse de la sagesse et de la beauté, ce qui explique qu’ akka a pu être utilisé en langue saami pour désigner « grand-mère » ou « femme sage ». Maderakka est populaire parmi les féministes Saami. Jabme-Akka (l’Akka de la mort) est la déesse du monde souterrain. Elle apaise et rassure les âmes des enfants disparus.

    • Sáráhkká, appelée également Sarakka, est la déesse de la fertilité, de la grossesse et de la naissance. Elle assure la protection du fœtus. Une association saami féministe créée en 1988 porte le nom The Sarahkka en son honneur.

    • Juokshkká, appelée également Juksakka, dont le nom signifie l’Akka à la flèche est la déesse protectrice des enfants.

    • Uksáhkká, dont le nom signifie femme de la porte, est la déesse protégeant la maisonnée. C’est elle qui façonne le fœtus dans le ventre de la mère et détermine le sexe de l’enfant.

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  • Dans la conception des Sami de Laponie, chaque chose dans la nature a une âme, comme chaque phénomène naturel.

    Les déesses des Lapons se trouvent généralement par trois : celle qui recueille l’âme transmise par la mère, celle qui permet à l’âme de devenir un fœtus, celle qui garde la tente où il y a un âtre et où la femme accouche. La déesse principale est la femme qui détient l’âme et qui permet que se forment les enfants. Les enfants naissent tous comme des femmes et deviennent seulement ensuite soit des femmes soit des hommes.

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  • Laponie, ancienne terre matriarcale
    Pohjola est un lieu mythique dans la mythologie finnoise. Étymologiquement, le mot est dérivé de Pohja, le Nord et fait référence à l’ensemble des régions polaires. Dans le Kalevala, le Pohjola est le pays des Saami (lapons). Le Pohjola peut également être considéré comme un lieu purement mythique, la source du mal. Le froid et les maladies viendraient de ce Pohjola. Selon la mythologie finlandaise, les fondations du monde — les racines de l’arbre du monde — se trouvent dans le pays Pohjola. Dans la mythologie, Louhi, une puissante sorcière règne sur le Pohjola.

    Louhi a dans la mythologie finlandaise la double fonction de sorcière des glaces et de reine d’un pays connu sous le nom de Pohjola. Elle est décrite comme une sorcière puissante ayant la possibilité de changer de forme à son bon vouloir ainsi que la faculté d’exécuter de puissants enchantements. Elle est également la principale adversaire de Väinämöinen et de ses comparses dans lutte pour la possession du Sampo.

    Louhi avait également la capacité d’enfermer la lune et le soleil dans une caverne ainsi que d’envoyer le froid sur un pays entier. Elle se servit de son don de se transformer à souhait, pour se métamorphoser fréquemment en griffon. Ce fut sous cette forme qu’elle attaqua le bateau qui emportait le Sampo.

    Dans le Kalevala, elle a aussi bon nombre de filles magnifiques, qu’Ilmarinen, Lemminkäinen et autres héros essayent de conquérir dans diverses légendes. Les tâches à accomplir pour ce faire étaient si ardues que finalement peu arrivaient à les accomplir, et le cas échéant, elle intervenait elle-même pour faire échouer leur projet. Seul Ilmarinenaura su combler ses attentes, sans pour autant conquérir une fille de Louhi, cette dernière refusant de quitter son pays d’origine. Väinämöinen et Ilmarinen furent les seuls à l’avoir tenue en défaut.

    Des personnages du Kalevala cherchent à obtenir la main de la fille de Pohjola. Louhi leur demande de réaliser des miracles comme forger le mystérieux Sampo de prospérité. Väinämöinen est le personnage principal des récits concernant le Sampo, objet rappelant une fabrique miraculeuse qui crée céréale, sel et or. Väinämöinen part à Pohjola pour y épouser la fille de Pohjola. La maîtresse de Pohjola impose au prétendant qu’il forge le Sampo. Väinämöinen n’y parvient pas et il repart déçu. Cependant, il envoie le forgeron Ilmarinen forger le Sampo de Pohjola. Toutefois la maîtresse de Pohjola ne donne pas sa fille à Ilmarinen, mais lui impose de réaliser de nouvelles tâches. Quand il a réalisé toutes les tâches, la fille de Pohjola lui est donnée comme épouse. Celle-ci est tuée et dans sa douleur Imarinen part à Pohjola épouser la seconde fille de Louhi.

    Dans la mythologie finnoise, le sampo (corne d’abondance ?) est un objet magique souvent associé à Pohjola et qui assure la fortune à son propriétaire. Ayant remarqué combien le peuple de Pohjola est heureux grâce au Sampo, il se fâche et le raconte à Väinämöinen et à Lemminkäinen. Ces derniers se fâchent à leur tour et partent vers Pohjola avec une armée pour y dérober le Sampo. Le Sampo est volé, mais sur le chemin du retour, la maîtresse de Pohjola attaque et dans les combats le Sampo est détruit. Des morceaux du Sampo échouent sur une plage et développent l’agriculture.

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  • Les Mosos sont une ethnie qui habite principalement au Sud-Ouest de la Chine, entre les provinces de Sichuan et de Yunnan. Cette ethnie n’est pas reconnue pas les autorités chinoises comme une minorité nationale, qui a reconnu la moitié du peuple, qui réside au Sichuan, comme des Mongols, et l’autre moitié, qui réside au Yunnan, comme des Naxis. En réalité, du moins culturellement, les Mosos sont des descendants des Naxis et partagent la même langue avec les précédents. Cependant, ils sont un peuple unique en Chine pour des raisons précises, et forment un groupe éthique doté de leur propre système culturel très particulier.

    Traditionnellement, l’ordre social des Mosos est un matriarcat, ils sont « matrilinéaire (les enfants sont rattachés au groupe parental maternel, qui les élève, leur transmet le nom et l’héritage), matrilocale (les femmes sont au centre de leur famille et ne la quittent pas pour rejoindre leur conjoint après une union) et avunculaire (la paternité des enfants est excercée par leur oncle maternel) »1 Néanmoins, la tradition la plus connue des Mosos en Chine reste le 走婚 (la visite furtive ou le mariage ambulant). Les femmes Mosos ne se marient jamais, elles auront plusieurs amants pendant leur vie, et la pratique du sexe est extrêmement libérale : les jeunes hommes marchent entre les maisons des jeunes filles le soir selon leur désir, mais ils habitent jamais chez la femme ; souvent, l’identité du père d’enfant est connu, mais le père est très peu présent.

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  • Sur la petite île de Kihnu (Estonie), ce sont les femmes qui veillent sur les fermes, les champs, les récoltes, le bétail, les enfants, mais aussi et surtout, sur les traditions et l’artisanat.

    Pêcheurs ou navigateurs de pères en fils, ils s’exilent de longs mois en mer. Alors, les femmes ont appris à se débrouiller seules. Depuis le milieu du XIXe siècle, elles régissent ainsi les affaires de la communauté de cinq cents habitants et gardent l’île. Ce sont elles qui veillent sur les fermes, les champs, les récoltes, le bétail, les enfants, mais aussi et surtout, sur les traditions et l’artisanat. Un héritage culturel séculaire que l’isolement leur a permis de préserver malgré l’emballement du reste du monde.

    Brochures et guides touristiques ne peuvent s’empêcher de vendre Kihnu comme l’« île aux femmes », s’extasiant devant ce modèle de société matriarcale unique en Europe.

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  • Difficile d’imaginer que l’essentiel des générations humaines a ignoré le rôle de la graine du mâle dans procréation et que la plupart n’a pas connu le mystère de l’enfantement et de la naissance, pour la simple raison que c’était la communauté des femmes, soustraite au regard des hommes, qui enlevait la femme pendant les mois précédant la naissance dans toutes les plus vieilles sociétés humaines. Au point qu’il en reste quelque chose dans la conscience des hommes modernes qui sont gênés d’apprendre des choses sur les règles de la femme et sur le fonctionnement du mécanisme de la procréation...

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  • Le matriarcat des Mosuo

    Les Mosuo sont une minorité ethnique non chinoise, dans la région du Yunnan. Cette société matrilinéaire et matrilocale se situe dans la vallée Gun Mu ( « La déesse mère », la déesse protectrice) à 3 000 mètres d’altitude à côté du lac Lugu qu’ils appellent Shinami ( « le lac Mère »).
    Les Mosuo habitent en clan/maison. Toutes les personnes habitant ce clan sont de la même famille et portent toutes le même nom : celui de la mère.
    Chaque mère porte le nom d’un animal ou d’un végétal : « la mère arbre », « la mère serpent »...
    Un clan est constitué de la mère et de ses enfants (garçons et filles).
    La plus ancienne des femmes « La dabu » (âgée de 60 à 80 ans) est la seule à ne pas habiter le clan. Elle s’occupe des défunts et des Déesses. La Dabu salue , parle et entretient les repas des ancêtres. En retour des graines et de la farine, les ancêtres bénissent les membres vivants du clan.
    Au sein même du clan, les femmes agées de 40 à 60 ans constituent la deuxième génération.
    Au sein d’un même clan de soeur, une seule femme est choisie par le clan pour devenir la matriarche.
    Elle s’occupe des affaires sociales, économiques, de la maison et du clan. Elle administre la maison, les champs, les animaux, la nourriture. Toutes les récoltes lui sont données. Elle distribue les marchandises, s’occupe du bien-être des membres de la famille. Elle programme tous les travaux agricoles.
    La troisième génération est celle des femmes âgées de 13 à 40 ans. Ces femmes travaillent sur le domaine et dans les jardins. Leurs activités sont essentiellement tournées vers l’amour, la grossesse et la maternité.
    A l’âge de 13 ans, les femmes Mosuo célèbrent leur passage de membre à part entière du clan.
    Ces femmes ont la clef de leur propre chambre.
    Une fois par an, lors du pèlerinage sur la déesse mère, hommes et femmes se rejoignent. Les femmes choisissent alors un homme Mosuo. Il n’y a pas de mariage. La possession est exclue de la tradition Mosuo. La jalousie est vécue comme une honte.
    Quand une femme Mosuo a choisit un homme, celui-ci vient dans la chambrée de la femme pour la nuit puis repart la journée. Les enfants sont élevés par les femmes du clan et par leurs oncles. Le père de l’enfant vient lui rendre visite mais n’a aucun pouvoir décisionnaire sur l’éducation de l’enfant.
    Les lamas ont envahi la contrée des Mosuo essayant ainsi d’imposer leurs rites bouddhistes.
    Mais les Mosuo prient toujours la montagne et le lac. Le Matriarcat est aujourd’hui toujours d’actualité.
    Chez les Mosuo, il y a la famille mais il n’y a pas de mariage ; conception dont la compréhension est presque impossible aux yeux des gens modernes.
    On explique le système social et la vie des Mosuo en disant que ce système matriarcal des Mosuo a été légué par l’histoire. C’est un cas spécial et donc précieux. On pourrait considérer ce système comme « un fossile vivant » de société. Il est certain que ce système a évolué au cours des siècles, mais les recherches sur la vie actuelle des Mosuo revêtent tout de même une grande signification.
    Dans un sens général, ce n’est qu’un aspect de la vie de l’humanité, dans un sens spécifique, ce sont des traces historiques et sociales qui nouent le monde actuel à son passé. D’après Mme Yan, les codes éthiques de l’humanité sont passés par trois étapes.
    La première étape a été l’époque historique du matriarcat : pendant plus de 90 % de ses trois
    millions d’années d’histoire, l’humanité a vécu dans ce système. Cela a laissé une profonde influence sur l’humanité. Beaucoup de bonnes morales traditionnelles viennent de là, même si les gens ne s’en rendent pas complètement compte.
    La deuxième étape a été l’époque de la désintégration du système du matriarcat et de l’apparition de sociétés patriarcales, et ce jusqu’au tout début de la société capitaliste.
    La troisième étape est l’époque de l’individualisme qui est née avec le système du
    capitalisme.
    Le système matriarcal des Mosuo vient directement de la première étape.
    On a rendu visite aux Mosuo. La plus vieille génération est composée de quatre
    sœurs.
    Elles ont une dizaine de fils et filles et beaucoup de petits enfants. Elles sont les descendantes d’une seule grand-mère. Les membres de la première génération sont les mères et les oncles des membres de la deuxième génération.
    Chaque enfant est protégé. L’amour des mères est devenu une puissante force centripète.
    Dans la famille, les membres font ce qu’ils peuvent faire et la famille pratique une distribution égale de biens et des tâches. Bien sûr, ce n’est pas l’égalitarisme absolu.
    Les personnes âgées sont respectées, les jeunes sont joliment vêtus et les enfants sont les mieux nourris. Les Musuo mènent une vie harmonieuse et heureuse. Il est fréquent de voir plusieurs générations vivant sous un même toit. Les querelles et conflits d’intérêt nés entre des membres de deux groupes sanguins différents n’existent pas.
    Chez les Mosuo, égalité entre l’homme et la femme, respect des personnes âgées, amour des enfants, relations de bon voisinage, etc. se sont codifiés selon une morale stricte, ce sont une coutume, un mode de vie.
    Les phénomènes comme l’abandon des personnes âgées, infanticide féminin, conflits entre voisins, politique du plus fort, etc. sont pratiquement inexistants.
    Quelles sont les conditions de vie chez les Mosuo ?
    Les Mosuo ne sont ni arriérés, ni primitifs comme on pourrait l’imaginer. Leur morale
    traditionnelle est leur règle de vie. Tout le monde se sent en sécurité et est traité
    équitablement. Les Mosuo sont parvenus à une assez haute productivité. Leur niveau de vie est relativement élevé par rapport à celui des minorités nationales des environs. Ils mettent des céréales dans des granges en bois.
    Ils mettent d’abord de côté les semences et les céréales pour la nourriture. Avec le reste, ils en font des boissons et des alcools.
    En 1995, chaque personne a récolté en moyenne plus de 1 000 kg de céréales et chaque famille possède en moyenne une dizaine de cochons. De plus, le tourisme commence à se développer chez eux. Là-bas, le paysage naturel est pittoresque et les gens sont beaux.
    Beaucoup de femmes mesurent 1,70 m de haut et beaucoup d’hommes 1,80 m. Ils sont d’une bonne qualité esthétique. Les hommes savent apprécier les belles robes des femmes, leur belle manière de marcher, voire de manger. Quant aux femmes, elles aiment l’humour, le sourire clair et la grande taille robuste des hommes.
    Comme il n’y a pas de mariage, il n’existe donc pas de famille avec un mari et une femme.
    Comment donc s’établissent les relations entre un homme et une femme ?
    Comment procèdent-ils à des rencontres ? Quelles en sont les contraintes ?
    Un tout petit nombre de personnes se marient. Ceux qui ne se marient pas suivent la tradition dite du Zouhun. C’est-à-dire qu’à l’âge de 13 ans, les filles doivent participer à la cérémonie du port de la jupe et les garçons à celle du port du pantalon. Après cela, ils peuvent se lancer dans des activités sociales. Quand ils atteignent leur maturité sexuelle, ils commencent à chercher des amis du sexe opposé.

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  • Chez les Mosuo, le mot « ami » a aussi le sens de partenaire sexuel ou amant. Ils appellent ça « Axia » .
    « Ami », au sens ordinaire, est prononcé « Azhu » chez les Mosuo. Dans des lieux publics, Azhu peut aussi signifier amant. Ni la famille, ni la société ne met de bâton dans les roues de la libre recherche d’un Axia par les hommes et femmes adultes. Ce que doivent faire les mères, c’est préparer une chambre appelée chambre des hôtes pour leur fille. Les filles et garçons sont complètement libres et maîtres de leur choix dans leur recherche d’amis et de partenaires sexuels.
    Si un garçon et une fille se plaisent, le garçon peut aller passer la nuit chez la fille le jour même de leur rencontre. La mère peut donner des conseils à la fille mais ne peut pas l’obliger de faire telle ou telle chose, parce que dans une famille matriarcale, les relations entre les membres sont détendus et paisibles.
    On se respecte, on peut discuter de n’importe quel problème et la discussion est démocratique.
    On y voit rarement des disputes ou des bagarres. Ce n’est pas comme dans une société patriarcale où les enfants doivent obéir à la volonté des parents. Si les deux partenaires ne s’entendent plus très bien ou si l’un des deux ne veut plus continuer ce genre de relations, ils peuvent se quitter sans autre difficulté. Aucun des deux ne va déranger, contraindre ou posséder l’autre sans son accord.
    Selon une enquête effectuée dans les années 60, certains Mosuo n’avaient qu’un Axia au cours de leur vie, d’autres en avaient 100.
    Celui qui n’en a qu’un n’est pas considéré comme ascète, et celui qui en a beaucoup n’attire pas plus l’attention ou les commentaires des autres, car ce sont des décisions personnelles. Les amoureux gardent l’habitude d’échanger des cadeaux, mais leur nombre est limité, souvent le garçon offre à la fille le produit de son travail, des tissus, du thé, voire de l’argent. La fille donne au garçon des pantalons, des ceintures ou autres articles artisanaux.
    Les Mosuo mettent l’accent sur les sentiments.
    Les Axia passent la nuit ensemble. Dans la journée, le garçon rentre chez lui pour travailler.
    Si un homme est incapable de trouver une amie, personne d’autre ne l’aide.
    La nuit, il est obligé de dormir avec son oncle. Car conformément aux règles matriarcales, un jeune homme doit passer la nuit chez son amie, il n’a donc pas sa propre chambre. La fille est la maîtresse de la maison, le garçon n’est toujours que de passage : si tu veux nouer des relations avec moi, j’accepte, si tu me déplais, on se dira au revoir. Donc l’homme ne maltraite pas la femme et celle-ci n’opprime pas l’homme.
    Les relations sexuelles sont libres, si plusieurs garçons aiment une même fille, c’est à la fille de choisir. Les phénomènes de la société patriarcale comme la chasteté avant le mariage, l’amour extra-conjugal, le divorce, etc. n’existent absolument pas chez les Mosuo.
    La jalousie est rare chez eux. C’est un sentiment négatif né avec le système de la propriété privée.
    Il y a un adage chez les Mosuo ; « Je passe devant ce village-ci, il y a certaines de mes connaissances, je passe devant un autre village, il y a aussi certaines de mes connaissances ».
    C’est-à-dire que partout il y a des filles et des garçons.
    Le système matriarcal des Mosuo a continué jusqu’à nos jours. Ce qui laisse entrevoir la puissante force vitale de ce système. Dans les premiers jours de la fondation de la Chine nouvelle en 1949, certains Mosuo se sont mariés, créant ainsi quelques familles patriarcales.
    Actuellement, les Mosuo se rendent compte de l’importance de leurs traditions et caractéristiques. La plupart des familles pratiquent la tradition du Zouhun. Les familles patriarcales sont toujours peu nombreuses. D’ailleurs, ces familles ne sont pas comme ce que nous croyons. Par exemple, avant la libération, un tusi avait choisi un fils de noble pour le marier à sa fille. La fille, n’aimant pas son « mari », est rentrée chez sa propre famille. Elle a épousé un esclave et a eu des enfants avec lui. Son père ne pouvait pas l’empêcher, car un Mosuo peut librement chercher des partenaires dans toute la région. Même un tusi ne pouvait pas décider du mariage de sa fille. Influence de l’économie de marché, les Mosuo sont depuis longtemps entrés dans la société divisée en classes. Les biens des familles sont privés.
    Mais les familles suivent une série de critères moraux et de règles traditionnelles propres au système matriarcal, comme l’appartenance des biens à tous les membres, l’égalité des sexes, l’union et l’harmonie, l’amitié et l’entraide réciproque, etc.
    Et on peut généraliser cette attitude au voisinage, au village, voire à tout le groupe ethnique. Citons encore un exemple : pour développer le tourisme, chaque famille n’a droit qu’à un seul petit bateau, les riches ne peuvent pas en acheter plus d’un et on donne de l’argent aux pauvres pour qu’ils puissent s’en fabriquer un. C’est le principe des chances égales pour tout le monde et de l’enrichissement commun.
    Une fois, il s’est produit un glissement de terrain dans la montagne. Les maisons des habitants de la minorité Yi ont été complètement détruites. Ils furent obligés de descendre de la montagne. Les Mosuo les ont accueillis et leur ont volontairement cédé une partie de leurs terres cultivables. Les Mosuo ne repoussent pas les autres nationalités, au contraire, ils les embrassent les bras ouverts. Les gens d’autres nationalités (Han, Lisu, Yi, etc.) ont été influencés petit à petit et ont fini par adopter cette attitude, et ce volontairement. Cependant, on ne peut pas négliger l’influence de l’économie de marché. Avec l’ouverture à l’extérieur de la région des Mosuo et avec l’augmentation des populations instables, toutes sortes de nouvelles conceptions, d’informations font irruption dans cette région.
    Les Mosuo font face à ces épreuves. Par exemple, certains jeunes oncles ne veulent pas travailler activement.

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