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La bourgeoisie européenne a déjà été attirée par le fascisme – deuxième partie l'Italie 1970-1980 : Quand la bourgeoisie italienne, l’appareil d’Etat, la loge maçonnique et la papauté tournaient au fascisme - Matière et Révolution
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La bourgeoisie européenne a déjà été attirée par le fascisme – deuxième partie l’Italie 1970-1980 : Quand la bourgeoisie italienne, l’appareil d’Etat, la loge maçonnique et la papauté tournaient au fascisme

lundi 22 juillet 2013, par Robert Paris

La bourgeoisie européenne a déjà été attirée par le fascisme – première partie

Avec à la tête Licio Gelli, un riche industriel

Le chef fasciste Gelli

Gelli avec le président du Conseil Andréotti

Un attentat meurtrier de l’extrême droite pour l’attribuer à l’extrême gauche et au parti communiste, déstabiliser et justifier une dérive fasciste de l’Etat

La loge maçonnique d’Italie

La participation financière de Berlusconi

Participants de l’appareil d’Etat

Des généraux

Le chef des services secrets

Et de la papauté

Le banquier du Vatican

La bourgeoisie européenne a déjà été attirée par le fascisme – deuxième partie : l’Italie 1970 - 1980

Quand la bourgeoisie italienne, l’appareil d’Etat, la loge maçonnique et la papauté tournaient au fascisme

Au cours des cinquante ans qui suivirent la guerre mondiale où les impérialismes anglo-américain avaient prétendu combattre le fascisme, ils se sont appuyés dans le monde entier sur d’anciens fascistes fraichement reconvertis ou des dirigeants ouvertement fascistes comme en Espagne, Portugal ou Autriche. L’Italie fut gouvernée par le système démocrate-chrétien qui tenait en otage l’ensemble du « peuple de gauche » sous le chantage permanent d’un coup d’État… décrété par Washington. Nous savons aujourd’hui que les différentes tentatives de coup d’État qui eurent lieu en Italie depuis 1964 avaient un seul commanditaire : les États-Unis d’Amérique. Leurs relais dans la Péninsule s’incarnaient dans le réseau clandestin de l’OTAN, Gladio, dans la Mafia et dans la loge maçonnique occulte P2.

Cette dernière organisation, secrète et illégale, était un véritable État dans l’État. Elle comptait parmi ses membres tous les responsables des services secrets, 12 généraux des carabiniers, 5 généraux de la Guardia di finanza, 22 généraux de l’armée de terre, 4 généraux de l’armée de l’air, 8 amiraux de la marine nationale… sans oublier l’actuel président du conseil, Silvio Berlusconi ! À sa tête le vénérable maître Licio Gelli… Un homme au carrefour des réseaux occultes des pouvoirs : politiques, économiques, militaires…et mafieux...."

C’étaient en Italie les années de plomb

En 1980, 85 morts à la gare de Bologne

Discréditaient à jamais les révolutionnaires

La presse, la télé, dénonçaient les anarchistes

Qui commettaient ces attentats pour faire monter la peur

Le pays fut livré aux services secrets, le SID, la CIA,

La police partout cherchait des terroristes

Elle était dirigée en personne par le Premier Ministre

La loge P2 conspirait alors un coup d’État fasciste

Pour casser les grèves à répétition des années 70

Pour casser les grèves à répétition des années 70

La loge P2 conspirait alors un coup d’État fasciste

Elle était dirigée en personne par le Premier Ministre

La police partout cherchait des terroristes

Le pays fut livré aux services secrets, le SID, la CIA,

Qui commettaient ces attentats pour faire monter la peur

La presse, la télé, dénonçaient les anarchistes

Discréditaient à jamais les révolutionnaires

En 1980, 85 morts à la gare de Bologne

C’étaient en Italie les années de plomb

Gérard Amate

Gelli et son projet fasciste

Licio Gelli était un riche industriel lié à toute une noria de patrons, de banquiers, de responsables de l’appareil répressif qui a mis en place un réseau clandestin de renversement de la démocratie et de mise en place du fascisme en Italie à la faveur d’attentats sanglants qu’il voulait faire attribuer à la gauche et à l’extrême gauche.

C’était le produit des réactions de la bourgeoisie à une montée de luttes ouvrières et des contestations en Italie après 1968. Depuis la fin des années 1960, la tension sociale s’avive dans l’usine Fiat de Turin. Mais la collaboration des syndicats permet au patronat de contenir les désirs insurrectionnels. En novembre 1967, en Italie, l’occupation des universités de Trente et de Turin, s’étend à d’autres villes. En mars 1968, dans l’occupation des facultés des Beaux-Arts, les Gardes rouges de Turin exigent l’élection des professeurs. Le mouvement de contestation touche le monde, les USA et l’Allemagne étant en tête ainsi que le Mexique. En Italie, l’agitation s’étend à Pise, Milan, Florence, Rome, Naples, Venise, Catane, Palerme et Trente. Les évènements en France à partir du 13 mai 1968 vont doper le mouvement international. Le 29 mai 1968, à Rome, les barricades sont construites avec des voitures renversées. Le rectorat est occupé à Bruxelles. Les occupations se multiplient en Grande Bretagne en novembre. Le 24 janvier 1969 à Madrid la crise universitaire conduit à la proclamation de l’état d’urgence.

Le théâtre européen n’est pas le seul en cause. Le Mexique va occuper une place importante.

Dans ce contexte, une révolte ouvrière devient une lutte sociale et politique contre la production et l’État. En 1969, une lutte majeure éclate à la Fiat avec une victoire qui démontre que les ouvriers peuvent former une puissance collective capable de déstabiliser le puissant patronat italien. En 1973, lorsque les ouvriers se rencontrent sans les bureaucrates syndicalistes, ils échangent leurs idées et leurs pratiques. Grève sauvage, sabotage, blocage de l’usine : de nouvelles formes de lutte émergent.

Mais les ouvriers décident de bloquer non seulement leur usine, mais aussi toute la ville, pour s’approprier le territoire. Ce blocage total dure trois jours mais marque durablement les pratiques du mouvement ouvrier qui sort de l’usine pour occuper l’ensemble de l’espace urbain. Mais le blocage de la production renvoie également au refus du travail, pour vivre enfin pleinement. « Bloquer la production signifiait laisser libre cours aux flux du désir », résume Marcello Tari. Cantines illégales, squats, « marchés rouges » : de nouvelles pratiques, par la construction d’espaces autonomes et autogérés, se répandent depuis l’usine de Mirafiori de Turin pour embrasser l’ensemble du territoire métropolitain.

Entre 1973 et 1975, des collectifs autonomes déclenchent des luttes dans les quartiers populaires romains à partir des problèmes liés au logement. Ses conflits semblent massifs avec 3000 logements occupés et 25 000 auto réductions qui concernent l’électricité, le gaz, l’eau, le téléphone. A Turin, des auto réductions s’organisent dans les transports en commun. A Milan des expropriations se déroulent dans les supermarchés. En 1974, des groupes tentent d’entrer gratuitement dans des concerts de rock. Ses diverses piques se répandent et traduisent le mot d’ordre issu des luttes ouvrières : de la revendication à l’appropriation.

En mars 1973, à Bologne, l’Autonomie ouvrière organisée réunit les assemblés et comités ouvriers de différentes villes.

De 1974 à 1976, Milan devient le lieu de convergences de multiples luttes et expériences autonomes. La contestation sociale s’étend au-delà du mouvement ouvrier et des usines de Turin. « Prenons la ville ! » devient le slogan de l’organisation Lotta Continua et de tout un mouvement. L’Autonomie forme alors « une constellation de collectifs, de revues, de comités, de singularités qui se reconnaissent dans ce paradigme de la subversion » selon Marcello Tari.

Des actions directes sont organisées. Mais le mouvement autonome se distingue des groupes clandestins, comme les Brigades rouges, qui fétichisent la violence pour prendre le pouvoir et non pour le détruire. L’action violente doit exprimer le désir du mouvement et non être planifier par une avant-garde qui se vit comme une « délégation prolétarienne ». Les exploités, ouvriers mais aussi employés, critiquent l’assujettissement au travail, à l’image de la caissière obligée de sourire. Les chômeurs, les étudiants, les femmes et les minorités sexuelles, composent la « plèbe » selon l’expression de Foucault, et deviennent des nouveaux sujets révolutionnaires.

Des journaux, comme Rosso, et autres revues permettent d’exprimer une subjectivité radicale, avec une critique de la culture, de l’intellectuel et toute forme de médiation. « La théorie de la révolution veut dire une pratique directe de la lutte de classes » affirme Mario Tronti. Les rues et les places deviennent des « territoires libérés » pour permettre une convergence des désirs. Le Mouvement transforme le quotidien en ouvrant des espaces de rencontres. « C’était un autre monde, oui, tout autre que les places désertifiées, plastifiées et hypersurveillées des métropoles européennes aujourd’hui » souligne Marcello Tari.

Les lycéens s’opposent à « l’organisation capitaliste des études ». La « société de répression », contre les drogues et l’homosexualité, est critiquée y compris au sein des organisations politiques.

Bologne devient l’épicentre du mouvement de 1977. Cette ville, administrée par le PCI concilie communisme et consumérisme. Dans cette ville étudiante, le mouvement privilégie la contre-culture, l’extranéité et les pratiques de réappropriation comme les autoréductions. Mais, avec le durcissement de la répression, le Mouvement bolognais ne peut plus échapper à la confrontation directe avec l’État. Malgré la violence des affrontements, les autonomes sont soutenus par des personnes qui ne participent pas au Mouvement. « Ne pas séparer la subversion contre l’État de celle contre le quotidien, la déstabilisation du capital-État de la déstructuration de la société » explique le succès du Mouvement à Bologne selon Marcello Tari. « L’arme qu’utilise le mouvement est la plus terrible, celle de la transformation du quotidien » résume un collectif de Bologne. Le 12 mars, les barricades sont dégagées et le PCI pense que le mouvement est terminé. Mais de nouveaux cortèges sillonnent la ville. Une émeute éclate dans une prison qui enferme des manifestants. Mais, le lendemain, les chars occupent la ville.

« Nous n’appartenons plus à votre civilisation ! » scandent les manifestants à Rome. A partir du 12 mars, le mouvement de contestation prend une ampleur nationale. Un défilé de plus de 100 000 personnes sillonne la capitale. Malgré des scènes de guérilla urbaine, avec des fusillades et des bâtiments incendiés, l’insurrection ne fait aucun mort. Milan apparaît également comme un autre foyer de contestation. Mais les petites villes semblent les plus actives. Dans le sud de l’Italie, le mouvement autonome pallie l’absence d’État. Cependant, la répression s’accentue. Des attaques et des explosions visent surtout des cibles symboliques. Mais aucune action ne permet de bloquer durablement l’économie. Les premiers morts, dans un contexte de répression féroce, génèrent un délitement progressif du mouvement. Acculés à l’illégalisme par l’État policier, les autonomes peuvent difficilement rester liés aux luttes légales importantes, comme celle pour les transports gratuits.

Italie : de 1960 à 1968

Les années 70 en Italie – Une chronologie

Le 10 septembre 1998 a été arrêté à Cannes Licio Gelli, "Maître Vénérable" de la loge P2. L’homme du pouvoir occulte de quarante ans d’actions de services secrets, histoires de financements illicites, tentatives de coups d’Etats, rapports avec la mafia, implications d’hommes politiques et de pouvoir avait disparu le 22 avril. Jour où la Cour de cassation a confirmé sa peine à 8 ans et demi de réclusion pour l’affaire de la banqueroute frauduleuse du Banco Ambrosiano. La pricipale banque privée italienne aux capitaux du Vatican. Curieusement, le Maître Vénérable était jusque là simplement soumis à se presenter une fois par semaine (sic !) au commissariat d’Arezzo, ville de Toscane où il possède sa "Villa Wanda"....

Né à Pistoia, Toscane, en 1919, il a été volontaire avec les "chemises noires" en Espagne dans les troupes de Franco. Rentré en Italie, il a été fasciste, puis enrôlé par les Américains dans les services qui auront donné naissance à la CIA et à l’organisation "Gladio". Parti en Argentine, il entretient des relations avec Peron. Au même temps il neglige pas ses amitiés dans des cercles d’extrême droite.

Rentré en Italie, il s’inscrit en 1963 à la Maçonnerie, et entre en 1966 dans une loge "couverte" du Grand Orient d’Italie, existante depuis le siècle dernier, "Propagande 2", la P2. Il en devient Grand Maître en 1975. A partir de là il organise les activités de cette loge dans un sens global de liaison avec les services secrets italiens et américains (Gladio), tentatives de coups d’Etats en Italie, terrorisme fasciste, (il a été enquiété et condamné au procès pour l’attentat de la gare de Bologne), milieux affairistes (Roberto Calvi et le Banco Ambrosiano), la mafia pour échanges de services.

Le 17 mars 1981, suite aux enquêtes sur le cas Sindona, est perquisitionnée sa villa, où on trouve des documents qui portent à la découverte d’une liste de 926 noms d’hommes politiques, journalistes et directeurs de journaux, magistrats, officiers de l’armée, des services de renseignements et des forces de police, banquiers et hommes d’affaires inscrits à la P2. Le point clé de son programme politique est le "Plan de Renaissance Démocratique" pour "refonder" l’Etat.

Le Plan de renaissance démocratique de Gelli est un plan soi-disant pour "revitaliser" le système à travers la "sollicitation" des organes de l’Etat, la magistrature, les partis, la presse, les syndicats...

En fait, il vise à "refonder" l’Etat italien dans une direction autoritaire à travers l’infiltration secrète, en passant par les individus, soit par conviction, soit par des forts moyens financiers, des organes cités.

Pour poursuivre ses buts, il se propose entre autres :

- de sélectionner les hommes politiques : par exemple, Mancini, Mariani et Craxi pour le Parti Socialiste ; Visentini et Bandiera pour le Parti Républicain ; Orlandi et Amidei pour les Socio-démocrates ; Andreotti, Piccoli, Forlani, Gullotti et Bisaglia pour la Démocratie Chrétienne ; Cottone et Quilleri pour les Libéraux ; (eventuellement) Covelli pour la Droite Nationale.

- d’infiltrer la presse, individuellement par 2 ou 3 journalistes par quotidien ou périodique, de façon que l’un ne connaisse pas l’engagement de l’autre.

- d’acquerir des hebdomadaires.

- de faire dissoudre la RAI et de créer plusieurs chaînes câblées.

- de faire éclater les syndacats majoritaires, et appuyer la fusion de leurs restes avec les syndacats autonomes.

- finalement, d’effectuer quelques "retouches" à la Constitution...

Selon Tina Anselmi, présidente de la commission parlementaire d’enquête sur la P2, dans une interview de 1992 au quotidien "Il Giorno", "Ce qui a caractérisé la P2 c’est qu’elle ne visait pas à un coup d’Etat, mais qu’elle se glissait avec ses hommes... dans les parties vitales de l’Etat. Les sommets militaires, politiques, les journalistes étaient chargés de seconder et orienter la réalisation des buts prévus."

... ça ne l’a pas empêché d’appuyer les coups d’Etat des autres...

Déjà depuis 1947 les Etats-Unis commencèrent à construire en Italie une structure clandestine qui serait devenue active dans le cas d’une "insurrection" ou d’une victoire électorale communiste.

Elargie presque à l’Europe entière, cette structure, sous commandement américain et anglais, devint particulièrement puissante en Italie, où elle devint le plan "Gladio" (glaive) en 1956, avec une base d’entraînement, nombreuses caches d’armes, et près d’un millier de cadres prêts à effectuer d’ultérieurs recrutements et des opérations de guerrilla. La structure était connue uniquement par certaines hautes personnalités politiques et des services secrets italiens, ces mêmes services étant contrôlés et financés par la CIA.

On attribue à Gladio une participation importante dans les campagnes de terrorisme noir des années 60 jusqu’à 80 et dans les tentatives de coup d’Etat, notamment celui de Valerio Borghese en décembre 1970.

Dans les années 70, Gelli aurait été présenté par le responsable de la CIA à Rome, Ted Shackleton, au général Alexandre Haigh, devenu commandant en chef de l’OTAN de 74 à 79.

Grace à son plan de "Renaissance démocratique", la loge P2 était considérée comme une structure capable de prendre en main le gouvernement de l’Italie dans une hypotèse d’extrême droite.

Attentat meurtrier de Bologne

L’attentat de la gare de Bologne (connu en Italie comme la strage di Bologna, soit le massacre de Bologne) est « l’une des plus importantes attaques terroristes que l’Europe a eu à subir au cours du XXe siècle » et la plus meurtrière des années de plomb italiennes. L’attentat fit 85 morts et blessa plus de 200 personnes dans la gare de Bologne le 2 août 1980, à 10 h 25. Des membres d’un groupe d’extrême droite, le grand-maître de la loge maçonnique Propaganda Due, et deux officiers des services secrets militaires italiens furent condamnés pour l’attentat.

Le général Pietro Musumeci, n°2 du SISMI, dont il est révélé en 1981 être un membre de la loge maçonnique Propaganda Due (P2), est accusé d’avoir créé des preuves falsifiées pour charger Roberto Fiore (en) et Gabriele Andinolfi (en), deux leaders de Terza Posizione (en), un groupe nationaliste, qui avaient fui en exil à Londres. Les deux leaders de Terza Posizione affirmaient que Musumeci tentait de détourner l’attention de Licio Gelli, le chef de la P2.

L’enquête dura presque quinze ans et c’est seulement grâce à l’action des familles des victimes, que le procès put aller à son terme. Le 23 novembre 1995, la Cour de cassation a publié les sentences suivantes :

• les exécuteurs matériels de l’attentat (le néo-fasciste Valerio Fioravanti (en) et son épouse Francesca Mambro qui ont toujours maintenu leur innocence, membres des Nuclei Armati Rivoluzionari (NAR)), sont condamnés à la prison à perpétuité ;

• la condamnation pour obstruction à l’enquête pour Licio Gelli, grand-maître de la loge maçonnique Propaganda Due (P2), Francesco Pazienza et deux officiers du SISMI : le général Pietro Musumeci et le colonel Giuseppe Belmonte.

Pazienza, chef du Super-SISMI en 1980, était notamment accusé, avec le général Musumeci, d’avoir placé, en janvier 1981, une valise d’explosifs dans le train Taranto-Milan du même type que celle utilisée dans la gare de Bologne, afin d’égarer les pistes.

Dans son arrêt du 23 novembre 1995, la Cour de cassation révèle : « l’existence d’une vaste association subversive composée, d’une part, par des éléments provenant des mouvements néo-fascistes dissous, tels Paolo Signorelli, Massimiliano Fachini, Stefano Delle Chiaie, Adriano Tilgher, Maurizio Giorgi, Marco Ballan, (...) et d’autre part, par Licio Gelli, le chef de la loge P2, Francesco Pazienza, le collaborateur du directeur général du service de renseignement militaire SISMI, et deux autres officiers du service, le général Pietro Musumeci et le colonel Giuseppe Belmonte. On leur attribuait (...) d’un côté de vouloir subvertir les équilibres politiques constitutionnels, pour consolider les forces hostiles à la démocratie, et de l’autre (...) de favoriser les auteurs d’entreprises terroristes qui pouvaient s’inscrire dans leurs plans. »

Le 9 juin 2000, la Cour d’assises de Bologne a émis de nouvelles condamnation : 9 ans de prison pour Massimo Carminati, extrémiste de droite, et quatre ans et demi pour Federigo Mannucci Benincasa, ancien directeur du SISMI à Florence, et Ivano Bongiovanni criminel de droit commun lié à la droite extra-parlementaire. Le dernier accusé est Luigi Ciavardini, condamné à 30 ans, confirmant la condamnation de 2007. Il continue aussi à plaider non coupable.

Le néofasciste italien Vincenzo Vinciguerra a déclaré au juge Felice Casson que l’attentat de la Piazza Fontana devait inciter l’État italien à proclamer l’état d’urgence et à se tourner vers des solutions plus autoritaires. On considère généralement que l’attentat de la gare de Bologne, en 1980, marque le dernier grand massacre des années de plomb, lui aussi commis par des terroristes néofascistes. On a d’abord attribué la totalité des attentats aux groupes dits gauchistes, avant de se raviser dans les années 1980, lorsque les enquêtes judiciaires en Italie accusaient certains de ces attentats d’avoir été des attaques false flag, c’est-à-dire menées sous le couvert du « drapeau adverse ». Pierre Milza précise : « sur les 4 384 actes de violence politique recensés entre 1969 et 1975, 83 % furent le fait des organisations de l’utra-droite nationaliste et néofasciste, et que celles-ci ont eu à leur actif 83 homicides politiques sur 92 ». Ainsi, la piste du « terrorisme noir » (ou néofasciste) fut explorée. L’existence d’une stratégie de la tension mise en place par Washington afin d’empêcher le PCI et, dans une moindre mesure, le PSI, d’accéder au pouvoir exécutif, expliquerait l’utilisation du réseau Gladio. Celui-ci, en lien avec certains milieux néofascistes ainsi qu’avec la loge maçonnique Propaganda Due (P2) dirigée par Licio Gelli aurait participé aux actions terroristes. Ailleurs en Europe, cette stratégie aurait débouché sur l’instauration de dictatures, notamment dans le cas du régime des colonels installé en Grèce par le coup d’État de 1967, ou par le soutien récurrent au militarisme turc et à l’organisation des Loups gris.

Le 2 août est considéré en Italie comme la journée de la mémoire de tous les massacres terroristes. La reconstruction de la gare a préservé le trou causé par l’explosion dans la salle d’attente et même l’horloge, qui indique encore 10 h 25.

Dans les actes de la Cour de cassation, audience du 23/11/95, pour l’attentat de la gare de Bologne :

"Suite aux enquêtes sur l’attentat à la gare de Bologne le 2 août 1980, quand l’explosion d’une bombe a provoqué la mort de 85 personnes et plus de 150 blessés, les enquêteurs ont retenu que l’événement devait s’inscrire dans une complexe stratégie terroriste, mûrie dans les milieux de la droite subversive.

(...) Après la dissolution d’"Ordre Nouveau", en 1973, et "Avangarde Nationale", en 1976 (...), est née une nouvelle, complexe structure organisative (...) qui avait pour but une stratégie terroriste plus radicale : la lutte contre l’Etat (...) qui agissait à travers le besoin de diffuser la terreur parmi les masses (...) pour créer un climat d’acceptation d’un gouvernement plus autoritaire, non plus sensible aux aspirations démocratiques.

Dans les actes de la Cour de cassation, audience du 23/11/95, pour l’attentat de la gare de Bologne :

"(...) l’existence d’une vaste association subversive composée, d’une part par des éléments provenant des mouvements néo-fascistes dissous, tels Paolo Signorelli, Massimiliano Fachini, Stefano Delle Chiaie, Adriano Tilgher, Maurizio Giorgi, Marco Ballan, et d’autre part par Licio Gelli, le chef de la loge P2, Francesco Pazienza, le collaborateur du directeur général du service de renseignement militaire SISMI, et deux autres officiers du service, le général Pietro Musumeci et le colonel Giuseppe Belmonte. On leur attribuait (...) d’un côté de vouloir subvertir les équilibres politiques constitutionnels, pour consolider les forces hostiles à la démocratie, et de l’autre (...) de favoriser les auteurs d’entreprises terroristes qui pouvaient s’inscrire dans leurs plans."

Ces quatre derniers ont été accusés, et finalement condamnés, pour "calomnie" (sic !), pour avoir détourné les enquêtes, jusqu’à "faire retrouver" dans un train, en janvier 1981, le même explosif que celui de l’attentat, avec des armes et des billets d’avion au nom de citoyens étrangers.

La villa de Gelli, Villa Wanda, déjà fouillée plusieurs fois (le 11 mai on aurait trouvé dans un coffre des livrets d’épargne au nom de Gabriela Vasile), aurait révélé le 11 septembre environ 170 kg d’or cachés dans les pots de fleurs, provenants peût-être de Suisse, peut-être des pays de l’est, probablement l’ex-Yougoslavie...

Dans les précédentes perquisitions de la villa, de son appartement à Arezzo et sur un compte à Genève on aurait trouvé en total plus de 12 milliards de lires (ca. 36 millions de Francs), en plus de nombreux documents notamment sur le Banco Ambrosiano et à propos de ses cessions de ses avoirs et dettes aux membres de sa famille et à sa compagne roumaine Gabriela Vasile.

La villa a été perquisitionnée le 23 septembre 1998, pour la 37e fois ! Selon certains documents déjà en main des inquêteurs, elle contiendrait encore bien des richesses cachées.

La loge maçonnique P2

Propaganda Due (prononciation italienne : [propaɡanda due]) ou P2 était une loge maçonnique dépendant du Grand Orient d’Italie de 1945 à 1976, puis une loge pseudo-maçonnique (également qualifiée de loge « noire » ou loge « clandestine ») dont l’existence était illégale (au regard de la constitution italienne interdisant les loges secrètes et l’appartenance de représentants de l’Etat à des organisations secrètes) de 1976 à 1981.

Durant les années pendant lesquelles la loge était dirigée par Licio Gelli, P2 a été impliquée dans plusieurs affaires criminelles italiennes, dont la faillite de la banque Ambrosiano étroitement liée au Vatican, les assassinats du journaliste Mino Pecorelli et du banquier Roberto Calvi, et des affaires de corruption reliées au scandale des pots de vin de Tangentopoli. Les agissements troubles dans le cadre de la P2 ont commencé à être révélés au début des années 1980, avec les enquêtes sur la faillite de l’empire financier de Michele Sindona, un banquier lié à la Mafia et au Vatican.

La P2 a parfois été qualifiée d’« Etat dans l’Etat », ou de « gouvernement de l’ombre ». La loge comprenait parmi ses membres des journalistes influents, des élus parlementaires, des industriels, et des officiers militaires de haut rang. On pouvait par exemple y croiser Silvio Berlusconi, l’héritier du trône d’Italie et les chefs des trois branches des services secrets italiens.

En perquisitionnant dans la villa de Licio Gelli, la police a trouvé un document baptisé « Plan de la Renaissance Démocratique », qui en appelait à la concentration des médias, à la suppression des syndicats et à la réécriture de la Constitution de la République italienne. En dehors de l’Italie, la P2 a également été active en Amérique latine pendant la période de la Guerre sale.

En 1971, Lino Salvini, le Grand Maître du Grand Orient d’Italie, la principale obédience maçonnique du pays, a confié à Licio Gelli la mission de réorganiser la loge P2.

Gelli a récupéré une liste de « membres dormants », des membres qui n’étaient plus invités à prendre part aux rituels maçonniques, car la franc-maçonnerie italienne était sous la surveillance étroite des démocrates-chrétiens au pouvoir. À partir de ces connexions réactivées, Gelli a pu étendre son réseau à travers à tous les niveaux de l’establishment italien.

Le Grand Orient d’Italie a prétendument radié la loge P2 en 1976. En 1974, il avait été proposé en interne d’effacer la P2 de la liste des loges maçonniques du Grand Orient, et cette décision a été acceptée à une écrasante majorité. Cependant, en 1975, le Grand Maître a émis un mandat pour une nouvelle loge P2. Le Grand Orient a suspendu, et non radié, la loge à la demande de Gelli en 1976. Gelli était toujours actif dans les instances nationales du Grand Orient deux ans plus tard, finançant l’élection du Grand Maître. En 1981, un tribunal maçonnique a décidé que le vote de 1974 signifiait que la P2 avait cessé d’exister et que la loge de Gelli était depuis tout ce temps illégale.

La loge P2 a été découverte par les procureurs enquêtant sur le banquier Michele Sindona, sur la faillite de sa banque et ses liens avec la Mafia. Une liste de membres de la loge a été découverte dans la villa de Gelli à Arezzo lors d’une perquisition en mars 1981, et contenait 962 noms, parmi lesquels d’importants représentants de l’Etat, plusieurs grands officiers militaires dont les chefs des trois branches des services secrets italiens. Le futur Président du Conseil Silvio Berlusconi, qui n’était pas encore entré en politique, était sur cette liste. Victor Emmanuel, le fils du dernier roi d’Italie, y figurait également.

Le Président du Conseil Arnaldo Forlani (dont le chef de cabinet était lui-même un membre de la P2) a nommé une commission d’enquête parlementaire présidée par la démocrate-chrétienne indépendante Tina Anselmi. Néanmoins, en mai 1981, Forlani a été obligé de démissionner, le scandale ayant causé la chute de son gouvernement en éclaboussant plusieurs membres des partis au pouvoir, dont Démocratie Chrétienne et le Parti socialiste italien (PSI).

En juillet 1982, de nouveaux documents ont été découverts caché dans le double-fond d’une mallette appartenant à la fille de Gelli, à l’aéroport de Rome-Fiumicino. Les deux documents étaient intitulés « Memorandum sulla situazione italiana » (Memorandum sur la situation italienne) et « Piano di rinascita democratica » (Plan de renaissance démocratique), et ont été considéré comme le programme politique de la P2. Selon ces documents, les principaux ennemis de l’Italie étaient le Parti communiste italien (PCI), second parti politique italien en nombre de voix, et les syndicats. Ils devaient être isolés, et la coopération avec les communistes, qui avait été proposée dans le « compromis historique » d’Aldo Moro (assassiné par les Brigades rouges en 1978) devait être empêché.

L’objectif de Gelli était de former une nouvelle élite politique et économique pour diriger l’Italie, dans une forme de démocratie de droite et autoritaire, guidée par une préoccupation anticommuniste. La P2 défendait un programme de vaste corruption politique : « Les partis politiques, les journaux et les syndicats peuvent être les objets d’éventuelles sollicitations qui pourraient prendre la forme de manœuvres économiques et financières. La mise à disposition de sommes n’excédant pas 30 à 40 milliards de lires devrait être suffisante pour permettre à des hommes soigneusement choisis, agissant de bonne foi, de conquérir des positions clés pour un contrôle global. »

En 1977, la P2 a pris le contrôle du Corriere della Sera, le plus important quotidien italien. À l’époque, le journal était dans une période de difficultés financières et n’arrivait pas à se faire prêter de l’argent par les banques, car son rédacteur en chef, Piero Ottone, était considéré comme hostile au parti Démocratie Chrétienne au pouvoir. Le propriétaire du journal, la maison d’édition Rizzoli a conclu un accord avec Gelli. Ce dernier a procuré les fonds nécessaires au redressement du quotidien, via la Banque du Vatican dirigée par Paul Marcinkus. Ottone a été licencié et la ligne éditoriale du Corriere a viré à droite.

Le journal a publié une longue interview de Licio Gelli en 1980. L’entretien a été mené par l’animateur de talk show Maurizio Costanzo, dont l’appartenance à la P2 a été découverte plus tard. Gelli a affirmé à cette occasion qu’il était favorable à la réécriture de la constitution italienne en s’inspirant du système présidentiel de la Cinquième République française. Quand Costanzo lui demande ce qu’il avait toujours voulu être, il répond : « Un marionnettiste. » La P2 a été accusée d’avoir participé, aux côtés du réseau Gladio, à la « stratégie de la tension » visant à « empêcher », selon les termes d’un rapport parlementaire rédigé en 2000 par la coalition de L’Ulivo, « le Parti communiste italien et, dans une moindre mesure, le Parti socialiste italien, d’accéder au pouvoir exécutif ».

Les membres de la P2 Licio Gelli et le chef des services secrets Pietro Musumeci ont été condamné en dernière instance en 1995 pour avoir tenté d’entraver l’enquête de police sur l’attentat de la gare de Bologne, qui a tué 85 personnes et en a blessé plus de 200 le 2 août 1980. Selon le journaliste Fabrizio Calvi, « après l’enlèvement et l’assassinat du président de la démocratie chrétienne Aldo Moro, Licio Gelli rédige lui-même les rapports signés par le chef du SISDE, le général Grassini, et oriente l’enquête de ses services secrets. De même, il lance les services secrets sur les traces d’une fantomatique organisation internationale après l’attentat qui a fait 85 morts à la gare de Bologne le 2 août 1980. »

Toujours selon Fabrizio Calvi, l’acte fondateur de Licio Gelli a été l’obtention des archives du SISMI, les services secrets militaire. Il serait ensuite devenu le « véritable chef occulte » des services de renseignement italiens, obtenant notamment la nomination du général Vito Miceli à la direction du SID au début des années 1970, et ceci grâce à l’aide de deux membres de P2, le secrétaire et le frère du ministre de la Défense Mario Tanassi. En 1978, tant le général Grassini, chef du SISDE (services secrets du ministère de l’Intérieur), que Santovito, chef du SISMI, ou le préfet Pelosi, chef du CESIS qui coordonne les deux services, sont membres de la loge. Gelli aurait disposé d’un pouvoir tel qu’il aurait pu décider de promotion et des nominations à l’intérieur du SISMI et du SISDE. Il aurait ainsi nommé le général Pietro Musumeci comme chef du bureau de contrôle et de sécurité du SISMI, malgré le fait que bien d’autres pouvaient prétendre à ce poste.

La loge P2 est devenue la cible d’une attention particulière dans le cadre de la faillite de Banco Ambrosiano (l’une des principales banques de Milan, possédée en partie par la Banque du Vatican) et de la mort suspecte en 1982 de son président Roberto Calvi à Londres, qui a d’abord été considérée comme un suicide avant qu’il soit établi qu’il s’agissait en fait d’un assassinat maquillé. Certains journalistes ont suggéré qu’une partie des fonds issus de la banque a été récupérée par des membres de P2.

L’un des documents retrouvés en 1981 chez Gelli mentionnait un numéro de compte bancaire, baptisé « Protezione » (Protection), enregistré à la banque suisse UBS à Lugano. Il décrivait un paiement de 7 millions de dollars de la part du président de la compagnie pétrolière ENI, Florio Fiorini, via Roberto Calvi, au dirigeant du PSI Claudio Martelli, pour le compte de Bettino Craxi, Président du Conseil socialiste de 1983 à 1987.

L’ampleur exacte des paiements est devenue claire douze ans plus tard, en 1993, avec les enquêtes de l’opération Mani pulite (Mains propres) dévoilant un immense système de corruption politique. L’argent était censé être un renvoi d’ascenseur pour un prêt que les dirigeants socialistes avaient arrangé pour renflouer Banco Ambrosiano. Des rumeurs selon lesquelles le ministre de la Justice Claudio Martelli était lié à ce compte bancaire avaient circulé dès l’apparition de la P2 dans les dossiers d’instruction. Il avait toujours fermement démenti ces allégations. Cependant, quand l’existence de ce lien a été formellement rendue publique, il a dû démissionner. En dehors de l’Italie, la P2 était également très active en Uruguay, au Brésil, et en Argentine, pendant la période de la Guerre sale. Licio Gelli insinuait fréquemment qu’il était un ami proche de Juan Perón. Raúl Alberto Lastiri, président par intérim de l’Argentine en 1973, était un membre de la loge, de même qu’Emilio Massera, membre de la junte militaire argentine dirigée par le général Videla de 1976 à 1978, ainsi que José López Rega, ministre des Affaires sociales dans le gouvernement de Perón et fondateur de l’Alliance anticommuniste argentine, et le général Guillermo Suárez Mason.

La commission d’enquête parlementaire présidée par Tina Anselmi a conclu que la loge P2 était une organisation criminelle secrète. Des allégations de relations internationales clandestines ont été en partie confirmées. Il s’agissait principalement de relations avec l’Argentine et certaines personnes suspectées d’être liées à la CIA.

Mais rapidement, un débat politique a pris le pas sur la partie judiciaire de l’analyse. Le rapport majoritaire indique que les activités de la P2 résultaient de « la pollution de la vie publique de la nation. Elles visaient à altérer, souvent d’une façon décisive, le fonctionnement correct des institutions du pays, en fonction d’un projet qui avait pour but de saper notre démocratie. » Un rapport majoritaire rédigé par l’universitaire Massimo Teodori conclut que la P2 n’était pas seulement une excroissance anormale d’un système globalement en bonne santé, comme le supposait le rapport de la majorité, mais un symptôme inhérent au système lui-même. La liste découverte dans la villa de Licio Gelli le 17 mars 1981 est censée être une compilation de membres de la P2 et le contenu du carnet d’adresse Rolodex de Gelli. Beaucoup de ceux qui figurent sur cette liste n’ont apparemment jamais été sollicités pour faire partie de la P2, et il n’est pas possible de connaître le nombre exact de personnes sur la liste formellement initiées. Depuis 1981, certains d’entre eux ont pu faire valoir à la Justice italienne qu’ils se sont tenus à l’écart de la P2.

Le 21 mai 1981, le gouvernement italien d’Arnaldo Forlani a publié cette liste, ce qui a provoqué le suicide d’un colonel et la tentative de suicide d’un dirigeant démocrate-chrétien, la destitution des chefs des services de renseignement, la retraite anticipée de dizaines de banquiers et d’industriels, le licenciement de cinq directeurs de grands journaux et des centaines d’enquêtes de police portant sur des fonctionnaires. La commission d’enquête parlementaire présidée par Tina Anselmi a considéré que cette liste était fiable et authentique. Elle a décidé de publier cette liste dans son rapport final intitulé Relazione della Commissione parlamentare d’inchiesta sulla Loggia massonica P2.

La liste compte 962 noms dont celui de Gelli. Certains exégètes ont prétendu qu’au moins 1000 noms étaient gardés secrets, car la numérotation des membres commençait avec le nombre 1600, ce qui pouvait laisser croire que la liste complète n’avait pas été trouvée. La liste comprend tous les chefs des services secrets italiens, 195 officiers des différentes armes militaires (12 généraux des carabinieri, 5 de la Guardia di Finanza, 22 de l’armée de terre, 4 de l’armée de l’air et 8 amiraux), ainsi que 44 députés ou sénateurs, 3 ministres, un secrétaire de parti politique, des magistrats, quelques préfets et commissaires, des banquiers et des hommes d’affaires, des hauts-fonctionnaires, des dirigeants de la presse et de chaînes de télévision, et un dirigeant de la Banca di Roma (troisième banque du pays) ancien directeur général de la Banca Nazionale del Lavora (la plus grande).

Parmi les personnalités notables figurant sur la liste et ayant préparé le coup d’Etat fasciste et les attentats :

• Federico Carlos Bartffeld, futur ambassadeur d’Argentine en Yougoslavie, déchu en 2003 de son poste au gouvernement de Nestor Kirchner suite à des accusations d’implication dans la Guerre sale.

• Silvio Berlusconi, homme d’affaires, futur Président du Conseil.

• Roberto Calvi, surnommé le « banquier de Dieu », assassiné par la Mafia.

• Fabrizio Cicchitto, député du Parti socialiste italien (PSI), futur transfuge dans le parti Forza Italia de Berlusconi. • • Maurizio Costanzo, animateur de télévision populaire sur les chaînes de télévision de Berlusconi.

• Franco Di Bella, directeur du Corriere della Sera, commanditaire de l’interview de Licio Gelli.

• Publio Fiori, membre de Démocratie Chrétienne, cible d’un attentat des Brigades rouges, futur ministre du parti Alliance nationale dans le gouvernement Berlusconi.

• Orazio Giannini, général commandant la Guardia di Finanza de 1980 à 1981, qui, le jour de la découverte de la liste, aurait téléphoné au responsable policier de l’opération pour lui dire (selon le témoignage du responsable en question devant la commission d’enquête parlementaire) : « Vous devriez savoir que vous avez trouvé des listes. Je suis sur ces listes. Faites attention, car il en est de même aux échelons les plus élevés. Prenez garde, vous allez être dépassés par tout cela. »

• Raffaele Giudice, général commandant la police financière (Guardia di Finanza) de 1974 à 1978, nommé par Giulio Andreotti, coupable de complicité de fraude fiscale pour un montant de 2,2 milliards de dollars avec le magnat du pétrole Bruno Musselli.

• Giulio Grassini, chef des services secrets dépendant du ministère de l’Intérieur (Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Democratica).

• Pietro Longo, secrétaire national du Parti socialiste démocratique italien (PSDI).

• Guillermo Suárez Mason, général argentin condamné pour des crimes (tortures, enlèvements) commis pendant la Guerre sale. • • Emilio Massera, membre de la junte militaire argentine dirigée par Jorge Videla de 1976 à 1978.

• Pietro Musumeci, directeur adjoint du Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare (SISMI).

• Vito Miceli, chef des services secrets de l’armée (Servizio Informazioni Operative e Situazione), arrêté en 1975 pour conspiration contre l’Etat dans le cadre de la stratégie de la tension, futur membre du MSI, parti néofasciste.

• Carmine Pecorelli, journaliste controversé, proche des services secrets et maître-chanteur, assassiné le 20 mars 1979, qui avait établi des connexions, entre les lignes, dans un article de mai 1978, entre l’enlèvement et assassinat d’Aldo Moro et l’opération Gladio.

• José López Rega, ministre argentin des Affaires sociales de 1973 à 1976 et fondateur de l’Alliance anticommuniste argentine.

• Angelo Rizzoli, propriétaire du Corriere della Sera devenu producteur de cinéma.

• Giuseppe Santovito, chef des services de renseignement de l’armée (SISMI).

• Michele Sindona, banquier lié à la Mafia empoisonné en prison.

• Bruno Tassan Din, directeur général du Corriere della Sera.

Le Gladio et l’impérialisme américain à l’oeuvre

Les services américains de l’Otan ont créé, dans les linéaments de la guerre froide, un réseau souterrain d’agents, destiné à stopper le gars avec le couteau entre les dents tout en recyclant d’anciennes crapules fascistes. L’Italie offre l’exemple le plus flagrant de cette guerre clandestine : pendant plus de quarante ans, l’État italien, avec sa police, son armée et son extrême droite, a caché en son sein le Gladio (« glaive »), une officine secrète employant tous les coups tordus de la déstabilisation pour contrer les mouvements sociaux et renforcer l’appareil répressif (loi Reale, loi Cossiga), y compris en préparant la possibilité d’un coup d’État autoritaire. Les « gladiateurs » étaient recrutés parmi des types qui feraient passer les phalanges de l’Ordre noir pour des enfants de choeur : jusqu’auboutistes de la République de Saló, activistes néonazis, ultras de l’armée et des carabinieri.

Le secret fut bien gardé jusqu’à ce que le président italien Andreotti rende un rapport officiel (1990) sur l’existence de cette structure, tout en cherchant à la dédouaner, et à se dédouaner, de ses actes les plus nauséabonds. En janvier 2006, le département d’État US admettait à son tour l’existence de l’Excalibur italienne tout en niant son implication dans des opérations false flag, c’est-à-dire des actions « sous faux pavillon » imputées perfidement à la gauche extraparlementaire. Pourtant, selon l’aveu du colonel Oswald Le Winter, ancien officier traitant du Gladio au sein de la CIA, les protocoles de l’Otan stipulaient clairement l’impunité pour les agissements des barbouzes fascistes. Otan qui prodiguait aussi financements, salaires, entraînements à la guerre révolutionnaire, armes dans un plan général de maintien de l’hégémonie américaine et de stratégie antisubversive. Qui va manipuler qui ? Les activistes néonazis vont donner l’impression d’agir comme des marionnettes autonomes alors qu’elles sont enchevillées avec les services secrets italiens,euxmêmes en liaison constante avec les services ricains. Sans entrer dans des détails d’intrigues qui pourraient alimenter des dizaines de thrillers politiques, les opérations liées au Gladio furent les plus sanglantes et spectaculaires de la guerre contre-insurrectionnelle des années 70.

Le premier acte terroriste d’envergure intervint après l’« automne chaud » de 1969, durant lequel de grandes grèves ouvrières touchèrent les villes du Nord de l’Italie. À Turin, les ouvriers de la Fiat menaient depuis le mois de mai des grèves « articulées » entre secteurs et « tournantes » entre les ateliers afin de maintenir la pression la plus forte sur le patronat. Ces grèves sauvages, autonomes des bureaucraties syndicales et des appareils de gauche, développaient également des pratiques d’autoréduction et d’appropriation directe de marchandises et de services, comme les transports en commun et les loyers. C’est dans ce climat que la bombe de la Piazza Fontana va éclater. Le 12 décembre, le hall de la Banque de l’Agriculture à Milan explose. Bilan 18 morts et 80 blessés. Aussitôt l’enquête est réorientée des militants néonazis vers la piste anarchiste après traficotage des preuves les plus évidentes par les services secrets. Dans un tract (« Le Reichstag brûle-t-il ? ») distribué sept jours plus tard,des situationnistes italiens analysent les enjeux de cet imbroglio. Selon eux, ces attentats fournissent un prétexte commode « pour instaurer l’état de siège sur toute la société » et de dénoncer clairement la tentative d’« impliquer les anarchistes dans un scénario policier ». L’anarchiste Pinelli est défénestré des locaux de la police et son camarade Valpreda, désigné comme coupable par délation, fera trois ans de prison avant d’être définitivement innocenté en… 1985.

Près de trente ans après cette période, le traumatisme du « terrorisme rouge » permet toujours à l’État italien de s’interdire l’amnistie de ces années-là. Pourtant – de la tentative de coup d’État fasciste du prince noir Borghese au massacre de la gare de Bologne (86 morts)–,en passant par la révélation de l’existence de la loge P2, vrai centre occulte du pouvoir en Italie et principal auxiliaire de la CIA, sans parler des questionnements sur l’Affaire Moro –, les deux tiers des violences « illégales » commises de 69 à 80 furent imputables à l’extrême droite, c’est-à-dire aux services secrets, sous la tutelle du pacte atlantique.

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