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L’Etat ne veut pas réformer hôpital public et SNCF, il veut les détruire en tant que services publics

vendredi 28 mars 2014, par Robert Paris

EDITO DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS

L’Etat ne veut pas réformer hôpital public et SNCF, il veut les détruire en tant que services publics

Démonstration a été faite récemment qu’on peut aisément mourir dans les transports comme à l’hôpital public sans que l’Etat ne nous permette de comprendre véritablement comment ces faits ont pu se produire accidentellement. Les exemples de la SNCF de Brétigny, comme ceux de la mort à la maternité de Port-Royal, de la mort de patients de gériatrie ou de celle des urgences de Cochin sont encore dans toutes les mémoires. Tous ces morts ont servi la campagne contre le service public.

Même si le gouvernement a fait semblant de le défendre mollement, il a eu l’air de couvrir des prétendues responsabilités des agents (ce qui est quasiment une manière de les désigner du doigt comme coupables) puisqu’il n’expliquait PAS quelle politique anti service public avait mené là. Rien d’étonnant, cette politique n’est pas seulement celle de la droite mais c’est celle des classes dirigeantes, et cela ne dépend nullement du changement des équipes gouvernementales. Et quand on ne sait pas ce qui ne va pas aux urgences ou à la maintenance ferroviaire, on va faire vite d’accuser le lampiste !

Rien n’a été fait pour soigner les vraies causes de ces décès. Il faut toujours plus de temps pour qu’un malade entrant aux urgences soit vu par un médecin. Il faut toujours diminuent le nombre d’hôpitaux, les effectifs du personnel et le nombre d’urgences. Il faut toujours que les gouvernants diminuent les effectifs de la maintenance et des technicentres de la SNCF, fassent rouler des trains de plus en plus en mauvais état et non remplacés. Il faut tout rentabiliser. La gauche gouvernementale s’est bien gardée de revenir sur deux points essentiels mis en place par la droite : la rentabilisation de la santé avec notamment la tarification à l’activité et l’aide au développement de la santé privée au détriment de la santé publique. Elle a maintenu l’objectif de la privatisation du service public du rail qui progresse avant même d’avoir été discutée et votée.

Tous les mois, des hôpitaux de proximité ferment, des lignes de train locales ferment. La courbe du nombre de cheminots suit exactement celle du nombre d’infirmières et d’aides soignants ou de personnels non soignants des hôpitaux. Alors que le gouvernement dit faire sa priorité de la lutte contre le chômage, il ne cesse de supprimer des emplois publics qui sont pourtant indispensables et peu couteux en termes de budget public. A l’inverse, il utilise les fonds publics d’une manière massive pour aider le secteur privé, que ce soit en faisant partout des travaux de bâtiment, que ce soit en aidant les trusts privés du médicament, que ce soit en aidant le secteur privé de santé, etc...

Dans le même temps, la SNCF découpe le service public du ferroviaire en entités plus petites capables d’être absorbées à terme par des investisseurs privés. Les gares ne font plus partie du même ensemble que les voies, la maintenance est à part, des tronçons de rail qui peuvent l’être sont gérés séparément. La SERNAM a été le premier exemple d’un secteur d’activité de la SNCF livré au privé. A chaque fois, tout est fait pour convaincre l’usager que tout va tellement mal dans le service public en question qu’il n’y aurait rien à perdre, ni pour les agents, ni pour les usagers. Même les morts font partie de la démonstration qu’il n’y aurait rien de pire que le public, rien de pire que de financer sur fonds publics la paie des fonctionnaires.

Et les gouvernements le justifient en prétendant que les problèmes de la dette de l’Etat proviendraient d’un trop plein de dettes de chaque service public alors qu’en réalité, c’est exactement l’inverse : c’est la crise du secteur privé capitaliste qui entraîne la dette publique. Par exemple, l’essentiel de la dette des hôpitaux provient des multiples coulages de la banque Dexia, qui détient une grande partie des prêts au secteur de santé publique. Ce sont les sommes colossales fournies par l’Etat aux banques, aux assurances, aux bourses, aux trusts automobiles ou du bâtiment, par exemple, qui ont ponctionné depuis 2007 et ponctionnent encore les fonds publics.

Les hôpitaux dans le rouge, comme la SNCF qui prétend faire un calcul prouvant que le TGV perd de l’argent (en dévalorisant le capital correspondant aux matériels des trains et en surévaluant le coût d’utilisation des lignes notamment) servent à prouver au grand public que l’on ne peut plus s’offrir des services publics de santé et de transport à la fois trop coûteux et trop peu efficaces. Il est extraordinaire qu’on veuille nous faire croire que le TGV serait moins rentable aujourd’hui que les lignes sont là et le matériel aussi et qu’elles l’étaient davantage quand il fallait les construire ! Le calcul de la direction de la SNCF qui souligne un déficit du secteur TGV est fondé sur des dépenses de la SNCF vis-à-vis du RFF qui sont tout ce qu’il y a d’arbitraire et sont d’autant plus absurdes que RFF et SNCF viennent de refusionner. L’autre élément qui fonde cette plus faible rentabilité prétendue est un autre calcul arbitraire : une modification de la valeur attribuée aux matériels roulants. Enfin, la SNCF pointe un moindre nombre de voyageurs. Or celui-ci est directement lié au choix de la SNCF de pratiquer des tarifs de plus en plus élevés, des prix dont l’augmentation n’est camouflée que par les tarifs à géométrie variable qui changent d’heure en heure et de jour en jour. Il n’est même plus possible de comparer le prix d’un trajet à celui qu’il coûtait autrefois, étant donné qu’il n’existe plus un prix de trajet TGV pour un parcours donné.

La démonstration est faite successivement par tous les gouvernements, de droite comme de gauche que le service public se dégrade sans qu’on voie clairement que ce sont les gouvernements qui pratiquent consciemment et volontairement une politique en vue de le dégrader. En effet, cette dégradation leur est nécessaire pour justifier d’aller vers la privatisation. La Santé et la SNCF étaient deux services publics particulièrement populaires auprès de la population dans un passé pas bien lointain et qui semble pourtant être d’une autre époque. Qui a vécu le temps des trains fonctionnant mieux qu’une horloge précise et de la Santé considérée comme la plus fiable au monde ?

Il est clair que ces gouvernants veulent du coup préparer l’opinion : ils ne voient pas fermer de but en blanc le service public, comme a été fermé le service public de télévision en Grèce, et qu’ils veulent préparer d’abord l’opinion. C’est ce que préconise un rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental rédigé par Le Paon (devenu depuis secrétaire général de la CGT) : éviter de provoquer trop directement l’opinion publique favorable au maintien du service public du rail comme de celui de la santé. On sait que les gouvernements successifs ont été capables de privatiser de nombreux services publics ou de les privatiser à demi comme l’EDF, GDF, les Telecom, La Poste, etc. Mais les plus importants des services publics pour les usagers comme en termes d’effectifs du personnel et de réactivité sociale potentielle sont la SNCF et l’hôpital public.

On a donc commencé par casser l’image, dans l’opinion publique, des cheminots : au plus haut en 1995 et au plus bas aujourd’hui en faisant notamment croire que tous les disfonctionnements et ruptures du service public provenaient des grèves ou de la mauvaise volonté des agents. Une véritable campagne publique anti-cheminots a même été ouvertement déclenchée à l’occasion d’une grève dans la gare Saint-Lazare.

Les gouvernants font même courir des bruits que les cheminots feraient exprès de nuire à la régularité du service pour freiner des réformes nécessaires, afin de défendre leurs avantages catégoriels. Et périodiquement ces avantages catégoriels sont pointés et présentés comme scandaleux par des organismes officiels comme la Cour des Comptes, par les média ou par le gouvernement. On voudrait faire croire que ce sont les cheminots qui plomberaient les comptes de l’Etat qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Et, inversement, les gouvernements jouent le jeu suivant ; ils négocient avec les syndicats en leur disant en substance : vous laissez passer de petites réformes dans le sens de la privatisation et on ne touche pas aux avantages catégoriels… Ce chantage est généralement accepté par les centrales qui peuvent ainsi faire croire qu’elles ont sauvé les cheminots. Mais elles n’ont rien sauvé du tout : les salaires de base chutent inexorablement, les effectifs aussi, les conditions de travail se dégradent. Il en va de même dans le service public de santé où tous les personnels ressentent très durement la dégradation dans tous les domaines, dans tous les secteurs.

Bien sûr, le gouvernement de gauche a prétendu faire sien l’objectif d’un service public de santé mais il poursuit exactement la même politique que ses prédécesseurs qui consiste à fermer des hôpitaux, à fermer des maternités, à fermer des urgences, à diminuer tous les effectifs, à mettre les hôpitaux sous pression en se servant des comptes dans le rouge, à imposer l’intérêt des trusts pharmaceutiques à l’hôpital , à imposer l’intérêt des trusts de machines médicales, à imposer l’intérêt du secteur de bâtiment, en imposant partout des travaux, à imposer l’intérêt du secteur privé de santé, etc, etc…

C’est ainsi que les intérêts privés des médecins libéraux se développent au sein même de l’hôpital public et aux dépens de celui-ci, en se servant de son matériel , de ses locaux, de ses personnels et lui faisant payer les charges, tout en payant des salaires aux médecins libéraux. C’est ainsi que les lobbys du médicament ont porte ouverte au sein de l’hôpital public, y tissent leur toile et transforment la santé publique en dépendance du profit des labos pharmaceutiques privés. L’Etat dérembourse massivement les médicaments, impose des génériques qui n’ont eu ni à faire de recherche ni à prouver la viabilité de leurs médicaments, tout cela pour faire mieux profiter les labos.

Parmi les mille et une manières d’introduire le privé au sein du public, on trouve le partenariat public-privé. La loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure du 29 août 2002 a utilisé ce mode contractuel en autorisant l’État à confier au secteur privé la construction et la maintenance d’immeubles utilisés par la police, la gendarmerie ou la défense nationale. La justice et le secteur hospitalier ont été les secteurs publics les plus utilisateurs de ce mode de financement. Le plan Hôpital 2007 a poursuivi cette tendance et, sur 24 opérations réalisées sous la forme d’un bail emphytéotique hospitalier, 4 opérations portent sur la réalisation d’un hôpital entièrement construit sous cette nouvelle procédure (on peut citer comme exemples l’hôpital sud-francilien à Evry, la cité sanitaire de Saint-Nazaire, l’hôpital Alpes-Leman à Annemasse, l’hôpital Pierre Oudot à Bourgoin Jailleu). Mais l’hôpital d’Evry est une belle démonstration de la catastrophe que ces partenariats représentent pour le public ! L’Etat est contraint de renoncer à ce partenariat et va devoir payer des lourdes de sommes pour s’en retirer après avoir perdu des sommes colossales du fait de cette arnaque….

Quand le public est commandé par des dirigeants au service du privé, cela signifie que ce sont les patrons eux-mêmes du secteur qui cassent leur propre outil de travail. Le patron de la SNCF, Pépi, lorsqu’il a obtenu le renouvellement de son mandat, n’a-t-il pas affirmé vouloir mettre les bouchées doubles pour aller vers la privatisation ? C’est quand même un comble que le chef d’un service public affiche ouvertement vouloir le casser !

Bien entendu, les salariés du public ne peuvent pas être les seuls à se battre pour la défense du service qui concerne toute la population travailleuse. Le rail et la santé ne sont pas les seuls concernés par l’attaque. Tous les services publics sont attaqués dont la recherche, l’enseignement, les crèches, les bibliothèques et on en passe. En même temps, La Poste poursuit sa destruction du service public postal, en supprimant un grand nombre de bureaux de poste, en les remplaçant par de simples relais ou en confiant des tâches postales à des commerces ou des gares.

La lutte pour la défense du service public est une partie d’une lutte plus vaste pour la défense de la sécurité sociale, des retraites, contre la dégradation du code du travail, contre les baisses de salaires, contre les licenciements, contre les fermetures, contre les expulsions, contre les exclusions des plus démunis des comptes en banque, des accès à l’énergie, à la santé, au logement, pour le droit aux papiers pour tous. Seule une lutte d’ensemble comme celle de 1936 ou 1968 peut donner une réponse à une telle attaque et à condition qu’elle ne soit pas dirigée par les appareils syndicaux qui ont négocié tous ces reculs mais par les travailleurs eux-mêmes, par des comités de grève, coordonnés à l’échelle du pays.

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