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Quelle est la validité scientifique des thèses du « Dessein intelligent » ou intelligent design ? - Matière et Révolution
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Quelle est la validité scientifique des thèses du « Dessein intelligent » ou intelligent design ?

samedi 20 juin 2020, par Robert Paris

Quelle est la validité scientifique des thèses du « Dessein intelligent » ou intelligent design ?

L’Univers obéit-il à un but imposé par une intelligence, qu’elle soit ou pas supramatérielle, voilà la question posée par les tenants de la thèse du « Dessein intelligent » que ses détracteurs appellent « la main de Dieu ». Il va de soi en effet que supposer que toute l’histoire de l’Univers soit piloté nécessite un pilote supérieurement intelligent, que l’on l’appelle dieu ou diable. La thèse n’est pas en soi nouvelle puisque de nombreuses religions créationnistes l’ont défendu, à commencer par l’Ancien Testament et le Nouveau. Toutes les croyances humaines n’ont pas soutenu une telle thèse puisque les premières formes de religion ont été animistes et ne croyaient ni en une création originelle ni en un dieu fondateur.

Ce que les adeptes du Dessein intelligent essaient de démolir, c’est l’idée que l’homme serait un produit du hasard, que son apparition ne serait qu’un produit aléatoire de lois physiques, chimiques et biologiques. Le darwinisme est leur principale cible mais aussi le marxisme, ou même tout matérialisme.

Ce qu’il y a de nouveau dans la forme actuelle de cette thèse, c’est qu’elle prétend s’appuyer sur les avancées les plus modernes des sciences pour prouver que le moindre petit changement dans les constantes qui déterminent la matière à sa plus petite échelle aurait empêché la formation de la Vie et de l’Homme !

Et ils prétendent que cette affirmation, si elle se vérifie, prouverait qu’il a fallu un esprit fondateur pour régler aussi précisément les constantes universelles de la matière, esprit qui avait préconçu la formation de la Terre, de la Vie et de l’Homme !

Et il faut reconnaitre que nombre de penseurs, y compris des scientifiques, optent pour cette thèse !

Tout d’abord qu’est-ce qui peut nous étonner au fait que, dans des lois physiques, chaque tout petit changement des conditions initiales entraîne un changement complet des situations au bout d’un temps un peu long ? Rien puisque c’est le cas dans la plupart des lois de la physique qui appartiennent à ce que l’on appelle le « chaos déterministe ».

En physique du non-linéaire, cette propriété est générale et se nomme « sensibilité aux conditions initiales ». Rien d’étonnant qu’on la retrouve en cosmologie (ou étude de l’Univers) puisque cela fait partie de la physique non-linéaire.

Ce type de situation se produit dès qu’on a des interactions avec trois corps et plus, c’est-à-dire quasiment toujours, y compris dans la « simple » gravitation. Trois dimensions (trois paramètres) suffisent à engendrer des situations obéissant à des lois mais qui ressemblent à s’y méprendre à du pur hasard alors que ce sont seulement des lois fondées sur l’aléatoire.

Il n’est en effet pas besoin de raisonner sur l’Univers dans son ensemble pour trouver des situations dans lesquelles le moindre petit changement dans les conditions de départ provoquent des changements radicaux un peu plus loin ! Citons-en des exemples bien connus.

Les planètes du système solaire ont très probablement toutes la même origine, donc la même composition de départ et elles sont actuellement toutes différentes dans leur composition et leur comportement. Elles ont donc divergé du fait de conditions initiales différentes (taille, proximité du soleil, etc).

Un autre exemple : brisons un vase d’une manière donnée. Puis brisons un autre vase à peu près identique en le faisant à peu près de la même manière. Jamais on ne va retrouver exactement les mêmes brisures du vase car toute petite différence de structure des deux vases entrainera des ruptures qui vont diverger.

Prenons maintenant le raisonnement qui consiste à dire que tout le passé aurait eu pour but de construire le monde présent. Soulignons ce « pour but ». Cela signifie que les toutes petites différences entre les deux vases étaient préprogrammées en vue de la rupture du vase et pour faire en sorte que les deux vases ne se cassent pas de manière identique. Curieuse conception des fabricants de vases de prendre de telles précautions de laisser des différences infimes dans le seul but de les casser différemment !!!

Imaginons un dessein intelligent qui aurait conçu d’avance toutes les évolutions divergentes à venir du monde tel qu’elles ont existé et notamment toutes les disparitions et apparitions de structures de la matière et d’espèces vivantes.

Pour installer l’homme sur une planète tournant autour d’une étoile, il aura été nécessaire de construire la pluralité des planètes, des étoiles, des amas d’étoiles, des galaxies, des amas de galaxies et des amas d’amas ?!!!

Pour produire la vie « à dessein », il aura fallu développer la mort en masse ? En effet, le Vivant, dans son fonctionnement fondamental et indispensable, ne cesse de détruire l’essentiel de toutes les structures qu’il produit. C’est au point que l’une des fonctions essentielles de la cellule vivante est l’autodestruction !

Tout d’abord, il faut remarquer que l’on n’a pas à choisir entre le pur hasard et la main du dessein intelligent. Entre les deux, il y a les lois de l’auto-organisation de la matière fondées sur une dialectique de l’ordre et du désordre, comme on la constate dans les cristaux. C’est le mouvement aléatoire des atomes qui, agissant sous l’égide des lois des interactions entre atomes, donne la structure géométrique ordonnée des cristaux. Il en va de même au sein du Vivant où le désordre moléculaire est guidé par les lois des macromolécules.

Autre point : il n’est pas exact que la Vie soit en rupture complète avec les lois de la matière, au point qu’il s’agisse du mystère d’une « pure création ». L’image ancienne d’une matière inerte est totalement inadéquate et n’est pas celle qui ressort de la science contemporaine.

Rajoutons que les notions modernes d’émergence ne laissent aucune place aux conceptions de « préformation » ou de « création ex nihilo » des religieux et des fans du « dessein intelligent ».

Dans aucun des domaines où l’on observe des formations de structures, matérielles comme vivantes, celles-ci ne sont préformées. Elles sont fabriquées, progressivement ou brutalement, au cours de leur histoire par augmentation de l’ordre au sein du désordre. L’exemple typique est le passage de l’œuf fécondé à l’embryon puis de ce dernier au nouveau-né, par exemple chez les mammifères et chez les humains. Il y a émergence de structures mais pas création ex nihilo. Il y a un ordre issu du désordre. Il n’y a pas un plan préétabli mais des lois qui se mettent en action successivement en se lançant les unes les autres et en reproduisant à chaque fois de manière nouvelle les modes d’organisation qu’incluent leurs structures.

L’exemple de l’œil, avec un gène homéotique lançant la création, qui est le même pour toutes les espèces produisant des yeux, est typique du mode de formation des structures, à la fois communes aux diverses espèces ayant des ancêtres communs possédant un œil, et très diverses dans leurs résultats suivant ces espèces. On voit bien que c’est une évolution au hasard mais pilotée par des lois qui agit et pas une création préétablie par un esprit supérieur qui a par avance pensé le monde.

Darwin dans son « Autobiographie » :

« Bien que je n’aie pas beaucoup réfléchi au sujet de l’existence d’un Dieu personnel jusqu’à une période de ma vie considérablement plus tardive, je donnerai ici les vagues conclusions auxquelles j’ai été conduit. Le vieil argument du dessein dans la nature, tel que l’avance Paley, qui autrefois me semblait si concluant, s’est effondré, à présent que la loi de Sélection Naturelle a été découverte. Nous ne pouvons plus désormais faire valoir que, par exemple, la superbe charnière d’un bivalve a dû être fabriquée par un être intelligent, comme la charnière d’une porte l’est par l’homme. Il semble qu’il n’y ait pas plus de dessein dans la variabilité d’un être organique et dans l’action de la Sélection naturelle qu’il n’y en a dans le sens où souffle le vent. »

Le duc d’Argyll à Darwin : « J’ai dit à M. Darwin, en référence à certains de ses travaux remarquables sur la « Fertilisation des orchidées », sur « Les vers de terre » et de nombreuses autres observations qu’il fit sur des inventions merveilleuses en faveur d’un dessein intelligent dans la nature – j’ai dit qu’il était impossible de regarder ces choses sans considérer qu’elles étaient l’effet et l’expression de l’esprit. Je n’oublierai jamais la réponse de Darwin. Il me regarda très durement et dit « Eh bien, cette impression m’a souvent traversé l’esprit avec une force irrésistible » et, en secouant la tête confusément, il ajouta : « elle semble s’en être allée. »

Darwin :

« Supposez que l’unité de type n’incarne pas un plan d’organisation mystérieux issu d’une création spéciale, mais représente seulement la morphologie réelle, conservée par l’hérédité, qu’avait l’ancêtre commun fondateur d’un buissonnement phylogénétique donné ? Alors les homologies peuvent être expliquées de façon simple, comme des traits retenus passivement dans la lignée généalogique diversifiée des descendants : elles ne correspondent pas à un archétype agencé par un dessein intelligent, mais représentent seulement la marque de l’histoire. »

La paléontologie n’a identifié rigoureusement ‘aucune finalité’, ni aucun ‘dessein intelligent’, seulement des canalisations résultant de contraintes du développement et de la sélection naturelle. Une interprétation en termes de finalité et de dessein intelligent pour expliquer la complexité du vivant ne relève pas de la science, mais de la philosophie ou de la religion. D’ailleurs, s’il y avait finalité et dessein intelligent, y aurait-il eu des « extinctions massives » liées à la « contingence » de l’histoire de la Terre ? Y aurait-il des « anomalies du développement abominables, comme les anencéphalies, les aniridia (enfants sans les yeux) ou des phocomélies » résultant de mutations au hasard ? et une sélection naturelle, l’implacable et impitoyable loi du plus fort ?

Le refus de tout ce qui est aléatoire est systématique dans les penseurs du dessein intelligent, alors que toute la physique et la chimie contemporaine, y compris aux fondements de celles-ci avec la quantique mais aussi la biologie, la génétique, le développement et l’évolution, est fondée sur des lois pilotant l’aléatoire. La physique du chaos déterministe indique de nombreuses manières de construire des dialectiques du hasard et de la nécessité. Il y a belle lurette que les savants ont remarqué cette dialectique dans la biologie du vivant comme dans l’évolution des espèces, notamment celle de l’homme.

Les théories de la « préformation » ne décrivent aucun phénomène physique, qu’il soit cosmologique, quantique ou macrosocopique. Elles ne décrivent pas non plus la formation et l’évolution du vivant.

Bien sûr, les thèses du « dessein intelligent », même si elles prétendent s’appuyer sur les connaissances scientifiques actuelles, utilisent plus ce que l’on ne sait pas que ce que l’on sait. Ainsi, leurs principaux arguments consistent à dire que l’on ne sait pas comment l’Univers s’est formé, que l’on ne sait pas comment fonctionne la matière de l’Univers, que l’on ne sait pas ce qu’est l’expansion de l’Univers, que l’on ne sait pas s’il y a d’autres vies ailleurs que sur Terre, que l’on ne sait pas comment la vie est née sur Terre, que l’on ne sait pas…

Mais on ne peut pas réellement fonder sérieusement une théorie prétendument scientifique uniquement sur le fait que la science n’a pas tout expliqué et exploré…

Le concept de « dessein intelligent » ou de « principe anthropique », version moderne du jardin d’Eden – l’univers construit pour l’homme – en somme la croyance en un créateur divin, prête à la nature un but préétabli et une action bien dirigée. « Le « principe anthropique », énoncé en 1974 par B. Carter de l’Observatoire de Meudon, affirme que les constantes fondamentales ont la valeur qu’elles ont pour permettre l’apparition de l’homme. C’est dire que l’Univers aurait été produit POUR l’Homme. Et pourquoi le monde y compris l’homme, ne serait-il pas un jardin prévu pour le cafard ou pour la bactérie ? Cela signifie que les constantes qui déterminent les fondements de la physique ont été déterminées il y a des milliards d’années avec une précision extraordinaire uniquement pour permettre la vie consciente bien plus tard. Et où cette volonté préexistante de construire la pensée consciente aurait-elle été inscrite ? Voilà une question qui reste sans réponse. On a là une version ancienne du déterminisme et, en même temps, un accommodement avec la conception religieuse, créationniste, de l’histoire. Qui dit « créé POUR » dit un créateur, même si une partie des partisans du principe anthropique se défendent de rouler pour les religions. Et, surtout, concevoir les lois de la nature comme des règles POUR arriver à un but, c’est renoncer à la démarche scientifique qui consiste à étudier COMMENT fonctionne la nature et non à lui prêter une volonté. L’apparition de la conscience humaine a toujours été une énigme et les premières idéologies étaient des animismes prêtant une volonté à la nature. Les premières religions prétendaient que chaque acte de la nature avait un but. La foudre tombait sur une maison pour punir ses habitants. Aujourd’hui, avec notre connaissance des multiples bifurcations et catastrophes de l’histoire de l’univers (des milliards de milliards), il faudrait croire que chacune d’elles serait orientée pour bâtir, bien plus tard, une espèce sur une poussière de l’univers : la terre ! Et il est affligeant de constater qu’un grand nombre d’astrophysiciens croient à cette thèse ! Comme on le voit, il existe encore bien des scientifiques qui ont tendance à retourner à l’anthropocentrisme. Cela signifie qu’ils continuent (ou recommencent) à placer la conscience humaine comme le centre de l’Univers et comme son but et non comme un des aléas historiques de la dynamique du changement. Le fait de parler des "constantes" de l’Univers comme d’une création en témoigne. Les dissertations sur la valeur précise des constantes universelles sous-entend que ces constantes auraient été choisies par une force surnaturelle pour permettre que se constitue le monde actuel. Mais, même si les auteurs qui mettent en avant ce principe dit anthropique, c’est-à-dire une volonté avant le Big Bang d’en tirer l’Homme (sic !), on peut se permettre de trouver bien compliqué les volontés de cet esprit supérieur qui fait attendre autant de temps et dépendre aussi de tant de hasards (comme la disparition des dinosaures) la création d’un être conscient qu’il aurait prétenduement voulu créer dès le « début ».

Loin de donner davantage raison aux créationnistes, les connaissances scientifiques dont nous disposons nous en dispensent. Et d’abord parce que de multiples domaines des sciences montrent l’absence de but dans les transformations de la matière. C’est en agissant en tous sens que les transformations acquièrent un sens, un ordre, une organisation. L’exemple le plus frappant est celui du cerveau fondé la multiplication de cellules, les neurones, de manière désordonnée et sur la connexion de tous les neurones entre eux, sans recherche préalable d’un quelconque schéma, d’un programme préétabli. C’est la destruction par apoptose de toutes les liaisons et de toutes les cellules qui ne sont pas connectées au corps qui permet au corps de fabriquer le cerveau dont il a besoin. Les autres cellules et liaisons sont systématiquement autodétruites. Le plan se construit par lui-même et pas par un créateur et c’est le désordre qui mène à l’ordre et pas un ordonnateur supérieur qui introduit l’ordre dans le chaos préalable, contrairement à la vision biblique. Les termes de « création naturelle », ou d’« organisation spontanée », (production brutale d’une structure qui n’était pas précédemment conçue) ne doivent pas prêter à confusion. En physique, les termes d’auto-organisation, de création naturelle ou d’énergence, font donc référence à un processus dans lequel l’organisation interne d’un système, habituellement un système hors équilibre, augmente automatiquement sans être dirigée par une source extérieure. Typiquement, les systèmes auto-organisées ont des propriétés émergentes. Cela n’a rien à voir avec l’idée d’un pouvoir créateur, métaphysique ou extra physique. Il ne ramène ni à la notion religieuse de « dessein intelligent » ni à celle, plus hypocrite, de « principe anthropique », selon laquelle la nature a été conçue pour l’homme. Le biologiste François Jacob rappelle dans « La logique du vivant » : « Ce qu’a démontré la biologie, c’est qu’il n’existe pas d’entité métaphysique qui se cache derrière le mot de vie. Le pouvoir de s’assembler, de se reproduire même appartient aux éléments qui composent la matière. » Et le physicien Cohen-Tannoudji rajoute dans son ouvrage « Matière-espace-temps » que « Notre dialogue avec la nature est bien mené à l’intérieur de la nature et ici la nature ne répond positivement qu’à ceux qui explicitement reconnaissent qu’ils lui appartiennent. » Les notions d’émergence et de transition n’apportent nullement de l’eau au moulin du créationnisme. Au contraire, la religion, tentative imaginaire de recréer de la continuité dans les discontinuités naturelles les plus évidentes (mort, naissance, choc), est particulièrement remise en question par la découverte scientifique du caractère fondamental de la discontinuité dans la nature (le quanta, le saut d’un état à un autre, le gène, la transformation génétique, etc). La métaphysique créationniste est battue en brèche par la découverte de l’ « auto-organisation de la matière », de l’« émergence des structures dissipatives », de la source génétique de l’ « horloge biologique de l’hominisation » et du lien entre cerveau physique et conscience. L’une des conséquences cruciales de ces nouvelles connaissances est qu’il n’y a plus d’opposition entre la conscience (mécanisme donnant du sens aux événements réels), la vie (mécanisme extrayant une commande de production des interactions moléculaires en désordre) et la matière (définie comme le mécanisme donnant de l’ordre transitoire au désordre du vide).

Un travail récent de Sébastien Giguère a encore rappelé ce point de vue anthropique : « Si l’apparence d’une connexion profonde entre la possibilité de la conscience humaine et les paramètres physiques fondamentaux de l’Univers étonne aujourd’hui plusieurs hommes de science, c’est en grande partie parce que le mode de connaissance propre à la rationalité physiciste moderne a habitué le scientifique à considérer le monde physique "objectivement", comme s’il lui était extérieur, et à y faire abstraction de la présence de l’esprit. (…) Le dualisme de I’esprit philosophique moderne, problème auquel tant de penseurs se sont consacrés depuis quatre siècles, plonge ses racines au coeur de cette rationalité physiciste qui, aspirant à mathématiser la totalité du réel, a dû se résoudre, pour le dire simplement, soit à apercevoir dans la vie ou l’esprit des phénomènes dont l’essence diffère radicalement de celle du monde physique, soit à tenter de réduire ces phénomènes au niveau des régularités physiques mathématisables. Ainsi, lorsqu’elle envisage la diversité des lois mathématiques qui régissent le monde physique, la pensée scientifique moderne le fait habituellement sans tenir compte de la présence de l’esprit au sein de cette totalité objectivée. C’est donc pour elle un fait déconcertant de découvrir aujourd’hui que sa propre existence dépende si étroitement de l’ajustement de l’ensemble de ces lois physiques. (…) Dans une telle perspective, il parait s’installer une continuité inattendue entre la matière, la vie et l’esprit. (…) Dans un tel tableau, comme nous l’évoquions, la matière, la vie et l’esprit paraissent s’inscrire dans une étonnante continuité. Tous apparaissent réunis dans une même trame et semblent participer du même mouvement. (…) Les versions les plus controversées du principe anthropique aspirent justement à apporter une solution au problème de la valeur des constantes et des lois. Cette solution consiste à animer que les présences de l’être humain, de la vie et, plus généralement, de la complexité dans l’univers, par l’ampleur des contraintes qu’elles imposent à I’évolution et à la structure du cosmos, permettent d’expliquer la valeur de ces paramètres et de leur donner un sens. C’est là bien sûr opérer un renversement de la logique scientifique traditionnelle et faire appel à un processus téléologique. C’est dire : "c’est en vue de permettre l’évolution de la complexité, de la vie ou de l’être humain que les lois sont ce qu’elles sont". (…) Ensuite, puisque les différentes positions dans cette discussion se définissent selon l’attitude adoptée envers 1"’ajustement précis" des paramètres fondamentaux, nous progresserons à partir de ce premier point selon un schéma arborescent correspondant aux diverses attitudes possibles face à lui. (…) Mais habituellement, dans les discussions sur le principe anthropique, l’ensemble des paramètres fondamentaux est envisagé dans sa relation à la possibilité de l’émergence de la vie. Ainsi, dans les pages qui suivent, lorsqu’il sera question de la vie ou de l’intelligence, ce sera la plupart du temps en les envisageant à partir du plus lointain passé de l’Univers, alors que ni elles ni les étoiles et les atomes qui leur sont nécessaires n’existaient encore. De ce point de vue, ce sont bien les paramètres fondamentaux de l’univers qui sont adaptés à la vie telle que nous la connaissons. » Comme on le constate, ce type de raisonnement opère plusieurs renversements de raisonnements pour parvenir à ses fins. C’est un peu comme si on disait : c’est fabuleux que ce soit toujours à 100 degrés que l’eau bout et que, dans ma casserole, l’eau ait bouilli aussi à 100° prouve que j’étais prédestiné à faire bouillir l’eau…. Dire que les paramètres de la matière ont permis la formation de la conscience n’est même pas valable car il leur a fallu de multiples transformations, de véritables révolutions, pour y parvenir et ces paramètres ne suffisaient nullement à donner la conscience humaine. On saute ainsi allègrement des millions de sauts historiques pour prétendre aller du « début » (alors qu’on ne constate aucun véritable début) à la fin alors que rien ne prouve que la conscience soit une fin… Par contre, on nie en même temps les dynamiques qui ont permis ces multiples sauts historiques. Par exemple, la formation des éléments lourds dans les supernovæ n’est pas un simple produit des paramètres de départ… Les conditions d’existence sur Terre ne proviennent pas simplement des constantes de la physique puisque les planètes n’ont que rarement ce type de conditions météorologiques. « Les avancées scientifiques du dernier siècle ont permis de faire voir à quel point la structure des différents systèmes physiques de l’Univers, qu’ils soient macroscopiques ou microscopiques, repose sur un nombre relativement faible de constantes physiques. Une des causes motrices du débat réside donc dans la question hypothétique suivante : que ce serait-il passé si ces constantes avaient eu des valeurs différentes ? » Cette question est posée par tous les partisans de la thèse anthropique qui affirment qu’au moindre changement des constantes, nous n’existerions pas. Mais pourquoi seulement nous ? Ce n’est pas l’homme seul et la conscience qui n’existerait pas mais l’ensemble de notre monde et nous sommes incapables de dire quel type de monde existerait. Par contre, nous aurions très bien pu ne pas exister même en conservant exactement les mêmes constantes. Et cela, aucun partisan de cette thèse ne souhaite le dire car cela les gêne pour affirmer que les constantes dites universelles supposaient d’avance la création de l’homme conscient ! Le fait que les thèses anthropiques ramènent la science à dieu est tout à fait évident. On le trouve dans bien des travaux dont celui cité plus haut. Le fait aussi que bien des scientifiques continuent à croire en dieu influence considérablement les développements de la science. C’est une conséquence du fait que l’homme ne s’est pas débarrassé de ses dépendances vis-à-vis de ses fatalismes sociaux et donc pas non plus de ses fatalismes idéologiques. Ce n’est pas le niveau des connaissances scientifiques qui peut suffire à faire passer la philosophie de l’animisme à la conception scientifique de la dialectique des nécessités.

Stephen Hawking explique dans « Une brève histoire du temps » pourquoi il faudrait croire à cette conception cosmologique, du Big Bang aux trous noirs et aux cordes ou supercordes, « Ce que l’on connaît comme le principe anthropique peut être résumé par la phrase : ‘’c’est parce que nous existons que nous voyons l’univers tel qu’il est.’’. (..) Le principe anthropique faible pose que dans un univers qui est grand et infini dans l’espace et/ou dans le temps, les conditions nécessaires au développement de la vie intelligente ne se rencontreront que dans certaines régions limitées dans l’espace et dans le temps. Les êtres intelligents de ces régions devraient donc ne pas être étonnés que leur voisinage dans l’univers remplisse les conditions qui sont nécessaires pour leur existence. Un peu comme une personne riche vivant dans un environnement riche sans jamais voir de pauvreté. Un exemple, de l’utilisation de ce principe anthropique faible est d’ « expliquer » pourquoi le Big bang est apparu il y a dix milliards d’années de cela : il a fallu tout ce temps aux êtres intelligents pour évoluer. (..) Peu de personnes devraient contester la validité ou l’utilité du principe anthropique faible. (..) A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (..) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie.(..) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (..) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. »

Pour résumer la thèse de Hawking, l’univers a été créé pour l’homme, l’homme intelligent créé pour trouver la théorie cosmologique de Hawking et la théorie cosmologique créée pour permettre à l’homme détenteur de cette théorie de mieux réussir dans cet univers et, du coup, d’imposer sa théorie (CQFD !). Est-il nécessaire de discuter une telle thèse caricaturale ?

D’autres scientifiques répondent autrement : pour eux, on ne peut faire aucune déduction sur la nature du monde à partir des lois de la physique. Ils sont agnostiques !

En voici un exemple :

« Pourquoi les lois fondamentales de la physique paraissent-elles ajustées pour permettre la vie et la conscience ? Jean Paul Baquiast 11/07/07 Mots clefs : lois fondamentales bio-friendly, principe anthropique, multivers, quantum post-selection, flexi-laws, darwinisme quantique, décohérence. Résumé. Une série d’articles publiés indépendamment les uns des autres par la revue NewScientist du mois de juin 2007 signale des recherches récentes permettant d’entrevoir quelques pistes en réponse à la question fondamentale posée par le principe anthropique : pourquoi les lois de la physique paraissent-elles favorables à la vie (telle que nous la connaissons) ? Ces pistes font appel aux interprétations de la physique quantique selon lesquelles - pour simplifier - c’est l’observateur macroscopique qui crée l’univers observé à partir d’un indéterminisme quantique primordial. La plus fructueuse, en termes scientifiques comme philosophiques, a été baptisé le ” Darwinisme quantique “. On sait que la question qui donne son titre à cet article est posée aujourd’hui avec de plus en plus d’insistance. Par lois fondamentales, on entend les lois, découvertes progressivement par les physiciens, qui définissent les conditions nécessaires à la construction des particules matérielles. Elles régulent l’organisation de la matière aussi bien en vastes structures cosmologiques qu’en organismes vivants de type terrestre, y compris ceux qui, comme nous, dotés de conscience, peuvent se donner des représentations d’eux-mêmes dans l’univers et modifier l’ordonnancement de cet univers en faisant appel à la science. On dit que les lois fondamentales sont « bio-friendly ». Elles sont réglées à quelques millièmes d’unités près (fine-tuned) d’une façon telle qu’elles sont compatibles les unes avec les autres et, finalement, avec la vie telle que nous la connaissons sur Terre. Ainsi, si le proton était plus lourd que le neutron de 0,1%, tous les protons produits dans les suites du Big bang n’auraient pu acquérir de charge électrique et auraient dégénéré en neutrons. De ce fait les atomes n’auraient pas existé et la chimie aurait été rendue impossible. Cette propriété des lois fondamentales a été exploitée par les tenants du principe anthropique fort qui en déduisent que l’univers aurait pu, dès le début, avoir été conçu par une super-intelligence voulant faire apparaître la vie et l’homme. Inutile de dire que cette hypothèse d’une super-intelligence n’a aucun intérêt scientifique puisqu’elle n’est pas démontrable. Elle permet seulement aux spiritualistes de justifier la création telle que racontée dans les Ecritures. Le principe anthropique faible est plus modeste. Il se borne à constater que, dans l’univers tel qu’il est défini par les lois de la physique, des organismes vivants tels que nous ont pu se développer. Il n’exclut d’ailleurs pas que dans d’autres cantons de l’univers, à partir des mêmes lois fondamentales, d’autres formes de vie et de conscience soient possibles. Mais là encore, le principe anthropique faible n’a guère d’intérêt scientifique. Il n’ouvre pas de pistes pour rechercher derrière l’ensemble des lois fondamentales de la physique un principe explicatif unique qui permettrait de comprendre pourquoi ces lois sont ce qu’elles sont et grâce auquel la science, le cas échéant, pourrait imaginer ou construire des univers différents. Faut-il alors que les scientifiques matérialistes – ceux qui excluent le recours à la divinité comme principe explicatif - ne puissent faire autre chose que constater l’existence des lois fondamentales, aux origines inexpliquées, flottant si l’on peut dire comme autant de principes organisateurs au-delà (ou au dessus) du monde matériel et du monde biologique. On retrouverait là une sorte d’idéalisme ou réalisme des essences, de type platonicien, qui inspire aujourd’hui encore, dans un domaine voisin, beaucoup de mathématiciens. Pour certains de ces derniers, les lois mathématiques constituent un univers situé en dehors du nôtre, qu’ils découvrent peu à peu et dont d’ailleurs ils retrouvent les grandes règles logiques à l’œuvre dans les lois de la physique. Au contraire, pour d’autres mathématiciens, que nous qualifierions d’évolutionnaires ou darwinistes, les lois mathématiques sont des produits de l’architecture des cerveaux. Ceux-ci auraient progressivement acquis, dès le règne animal, la capacité de qualifier et quantifier des « objets » à partir d’un continuum de signaux physiques émanant du monde extérieur. Une variante du principe anthropique faible vise à expliquer pourquoi nous nous trouvons dans un univers favorable à la vie, sans faire appel à la simple lapalissade selon laquelle si nous sommes là, c’est parce que nous sommes là. Il s’agit de l’hypothèse bien connue du multivers. Selon cette dernière, le monde quantique fondamental générerait en permanence des bulles d’univers qui s’organiseraient en évoluant selon des modes différents, intégrant plus ou moins de complexité. Le monde quantique n’étant pas limité par des facteurs temporels ni par le nombre des combinaisons que peut produire l’émergence de particules physiques à partir des entités quantiques, un nombre infini d’univers, présentant un nombre infini d’organisations différentes, pourrait résulter des fluctuations quantiques produites par la supposée énergie du vide. De cette infinité de tirages de la loterie quantique, rien n’interdit de penser qu’un bon numéro, celui d’un univers permettant la vie, ait pu apparaître. Mais à nouveau cette explication n’est pas satisfaisante. Non seulement parce qu’il n’a pas été à ce jour possible de prouver l’existence d’univers multiples, mais surtout parce que les lois primordiales ou méta-lois, autrement dit le mécanisme générateur permettant aux multi-univers d’apparaître, y compris en comportant de « bons numéros » favorables à la vie, ne sont pas plus connaissables ni explicables, dans cette hypothèse, que dans les précédentes. Cependant, aujourd’hui, une série d’articles publiés indépendamment les uns des autres par la revue NewScientist du mois de juin 2007 permettent d’entrevoir quelques réponses à la question fondamentale posée par le principe anthropique : pourquoi les lois de la physique paraissent-elles favorables à la vie (telle que nous la connaissons) ? Ces réponses font appel, comme l’on pouvait s’en douter, aux interprétations de la physique quantique selon lesquelles - pour simplifier - c’est l’observateur macroscopique qui crée l’univers observé à partir d’un indéterminisme quantique primordial. La post-sélection quantique Une première de ces réponses) a été baptisée du terme de post-sélection quantique ( quantum post-selection). Elle repose sur une expérience proposée il y a une vingtaine d’années par le physicien John Wheeler reprenant le fameux dispositif des fentes de Young. Cependant la création du réel par l’observateur, dans l’expérience de Wheeler, ne concerne pas le réel d’aujourd’hui, mais celui du passé. On sait que dans le système de Young classique, le fait de placer un détecteur derrière une des fentes détruit la nature quantique des micro-états (par exemple des photons) envoyés sur ces fentes. Autrement dit, au lieu de se comporter en onde et de générer des franges d’interférences sur un écran, les photons se comportent en particules et génèrent des points d’impacts ponctuels. On dit aussi que l’observation réduit leur fonction d’onde ou les oblige à décohérer. Dans l’expérience de Wheeler, des télescopes placés derrière l’écran et observant les photons une fois qu’ils ont interféré et produit des franges sur l’écran détruit ces franges. Autrement dit, l’observation remonte dans le temps et modifie rétroactivement le résultat de l’expérience. Stephen Hawking et Thomas Hertog en ont conclu, dans un article de février 2006 ») que « l’histoire de l’univers – autrement dit (c’est nous qui le disons) les phénomènes par lesquels cette histoire se manifeste – dépend des questions qu’on lui pose ». L’existence des observateurs et de la vie aujourd’hui a un effet sur le passé. En formulant la chose autrement, avec un peu d’extrapolation, on pourrait dire que si les lois de la physique nous paraissent favorables à la vie, c’est parce que ce sont des êtres vivants qui observent le monde quantique primordial et y ont vu, ou plutôt créé, des lois favorables à la vie. Les lois de la physique seraient donc flexibles. Elles dépendent des observateurs. On parle de « flexi-laws ». Paul Davies, auteur de l’article, et des collègues tentent actuellement de donner une base mathématique cohérente au concept de lois flexibles et de sélection post quantique. Il faut en effet tenter d’expliquer pourquoi le processus ainsi décrit produit des résultats déterminés au lieu de générer un désordre total. La question est encore à l’étude.) Le darwinisme quantique L’hypothèse selon laquelle l’observateur d’aujourd’hui définirait ce qu’était l’univers avant lui parait cependant assez « tirée par les cheveux », si l’on peut employer cette expression. Une hypothèse plus simple est présentée dans ce même numéro du NewScientist). Elle fait appel au principe bien connu de la superposition, selon lequel une particule ne peut être décrite que par sa fonction d’onde, tant du moins que celle-ci n’a pas été réduite par un observateur. La particule, de quantique et indéterminée, devient alors, une fois observée, physique (on dit aussi macroscopique) et sujette aux lois physiques que nous connaissons. Mais qui observe ? S’agit-il seulement d’un physicien armé d’un instrument adéquat ? Les chercheurs Robin Blume-Kohout et Wojciech Zurek ont proposé récemment d’admettre que ce serait l’environnement de la particule qui jouerait le rôle d’observateur. Ils ont nommé ce phénomène le darwinisme quantique. Les physiciens quantiques, quand ils isolent des bits quantiques, pour faire notamment de la cryptologie quantique, les maintiennent à l’abri de l’environnement, composé de particules macroscopiques, car celles-ci provoqueraient la décohérence des q.bits. Mais au lieu de considérer l’environnement comme exerçant un effet négatif, les auteurs proposent de voir dans celui-ci un agent de sélection permettant de stabiliser dans un sens favorable à la « survie » de cet environnement les propriétés quantiques des particules avec lesquelles il interfère. Ainsi, progressivement, les produits de ces interactions, c’est-à-dire des particules quantiques décohérées (dont la fonction d’onde aura été réduite), seront intégrés aux systèmes macroscopiques et copiés en grand nombre, avec leurs nouvelles caractéristiques physiques et chimiques, s’ils sont favorables à la survie de ces systèmes. Les auteurs de l’hypothèse ont construit un dispositif expérimental utilisant un objet quantique oscillant interagissant avec son environnement, que nous ne décrirons pas ici en détail et qui illustre ce processus) . On voit le grand intérêt de cette approche. Si nous nous appuyons sur elle, nous n’aurions plus à nous étonner du fait que l’univers physique tel qu’il nous apparaît (au niveau des lois macroscopiques que nous y observons) soit favorable à la vie et à la pensée, puisque c’est cet univers qui, à partir des multiples possibilités permises depuis son origine par l’interaction avec le réservoir infini de possibles propre au monde quantique, a provoqué la décohérence dans le sens favorable à sa croissance des particules quantiques avec lesquelles il interagissait (qu’il « observait »). Nos lecteurs se souviennent peut-être que le biologiste quantique John MacFadden avait suggéré une hypothèse voisine pour expliquer l’introduction d’une variation orientée dans les mutations, à l’occasion d’interaction entre des particules quantiques et les atomes du génome). Bien évidemment, une telle approche est strictement darwinienne. Elle exclue tout finalisme. Elle postule seulement que les systèmes macroscopiques, qu’ils soient physiques, biologiques ou mentaux, se construisent par des variations au hasard résultant des décohérences favorables à la survie qu’ils provoquent en interagissant avec le monde quantique. Ne sont conservées que les variations physiques, chimiques …et biologiques…favorables au développement de ces systèmes. Mais les auteurs de l’hypothèse du darwinisme quantique ne semblent pas encore s’être posée la question des origines tout à fait première de la construction de l’univers macroscopique et des lois que nous y observons. Pour cela, il faudrait remonter au niveau de la première des particules quantiques décohérée à partir de laquelle le Big Bang se serait déchaîné. Pourquoi cette particule primitive supposée a-t-elle adopté tel état macroscopique et non tel autre, alors qu’aucun “observateur” ne l’observait. On peut penser qu’il s’est agi d’un simple hasard, parmi de nombreux autres choix surgissant en permanence du vide quantique - et pouvant donner naissance à d’autres bulles d’univers que nous ne connaîtront jamais. Pour comprendre cela, il semble que les hypothèses proposées par Seth Lloyd concernant les origines de l’univers à partir du vide quantique peuvent alors être appelées à la rescousse). Le postulat retenu par Seth Lloyd, qui ne se distingue pas en ceci de la grande majorité des cosmologistes contemporains, est que notre univers serait né, au sein d’une infinité d’autres, d’une fluctuation dans l’énergie du vide quantique (ou énergie de point zéro). Ce terme d’énergie du vide désigne un univers sous-jacent à tous les univers possibles, notamment à notre univers. Il est dénué de temps, d’espace et de masse. Son entropie est maximum (infinie ?) dans la mesure où il est impossible de donner la moindre information concernant ce qui s’y trouve. Mais cet univers sous-jacent se manifeste en permanence au niveau de notre univers. D’abord par l’existence des trous noirs, si on conserve l’hypothèse de l’existence de ceux-ci. Mais aussi simplement parce que toutes les particules matérielles qu’étudie notre physique doivent être considérées comme résultant de la décohérence de processus ondes-particules quantiques appartenant au monde quantique. Selon certaines hypothèses de la physique quantique, l’énergie du vide n’est pas statique. Elle est bouillonnante. A grande échelle, elle manifeste des fluctuations imprévisibles (création de paires particules-anti-particules). En permanence, des particules ou bouffées d’énergie sont créées et d’autres annihilées. Autrement dit, des « bulles d’univers », dotées de temps et d’espace locaux, sont aléatoirement créées. Certaines sont annihilées, d’autres se développent. On peut faire l’hypothèse que notre univers a été le produit d’une de ces fluctuations. Une particule quantique aurait vu sa fonction d’onde réduite et se serait retrouvée sous la forme d’une particule matérielle ou macroscopique dont les propriétés auraient été favorables à la création de particules plus complexes par « observation » du monde quantique environnant. Des décohérences et des computations en chaîne en auraient résulté, d’où seraient sortis le monde que nous connaissons et les lois d’organisation des objets physiques, biologiques et même mentaux qui régulent son développement. L’apport de Seth Lloyd à ce schéma est que l’univers primordial se serait comporté comme un ordinateur quantique et aurait calculé son propre développement, ce qui expliquerait la vitesse avec laquelle il aurait exploré toutes les possibilités physiques, chimiques puis biologiques macroscopiques offertes par la décohérence de la particule initiale. L’observateur crée-t-il la réalité ? Peut-on déduire de ce qui précède que l’observateur crée la réalité et que le monde n’a pas d’existence en dehors de lui ?) Nous pensons qu’il faut distinguer selon les temps de l’ “observation”. Les objets du monde macroscopique, ceux avec lesquels nous sommes en contact tous les jours, n’ont pas été créés en premier lieu par des observateurs humains. Dans l’hypothèse de la décohérence en chaîne à partir d’une particule quantique matérialisée, l’ « observation » a été provoquée par les ensembles macroscopiques apparus progressivement. Il s’agissait d’abord de systèmes matériels, puis, sur Terre, de systèmes biologiques et d’objets mentaux. Ce sont tous ces systèmes qui ont créé le monde matériel et ses lois par interactions et sélections croisées. Aujourd’hui cependant, au moins sur Terre, le processus se poursuit et s’amplifie du fait de l’apparition d’observateurs humains qui observent aussi bien les objets macroscopiques que le monde quantique. On notera là une intéressante boucle étrange (pour reprendre le terme de Douglas Hofstadter (voir un article précédent) puisque ces observateurs sont les produits d’un processus physique d’observation antérieur et qu’ils se retournent sur ce processsus pour l’étudier. Ceci notamment dans le cadre de la recherche scientifique expérimentale. Nous avons indiqué à d’autres occasions, dans cette revue, qu’il s’agit d’un mécanisme constructiviste. La science, les technologies, les idées créent de la complexité dans le monde macroscopique, à partir de leurs activités quotidiennes. Cette complexité, comme l’on sait, n’est d’ailleurs pas toujours intelligible par cette même science. Il nous semble que Miora Mugur-Schächter ne dise pas autre chose lorsqu’elle analyse la façon dont l’observateur humain isole et qualifie de micro-états quantiques afin d’en faire des réalités matérielles). Mais peut-on pour autant dire que l’interaction des particules quantiques avec des particules matérielles et à plus forte raison des observateurs humains puisse créer le monde quantique ? Ceci supposerait que notre univers matériel et plus précisément que les observateurs humains qui s’y trouvent, soient capables d’imposer leurs lois au monde quantique. Il s’agirait évidemment d’une erreur. Tout au plus peuvent-ils constater quelques régularités dans le monde quantique, exploitées dans les technologies récentes. Mais ils ne créent pas d’hypothétiques lois quantiques fondamentales, à supposer qu’il en existe. Ou tout au moins ils n’en sont pas encore capables. Aujourd’hui la physique, qu’elle soit simplement quantique ou qu’elle s’inspire des hypothèses nouvelles de la gravitation quantique, ne peut produire des hypothèses testables relativement à de telles lois. Les expériences actuelles sur l’intrication, notamment, ne permettent pas de comprendre ce qui se cache derrière les phénomènes observés). L’esprit humain y arrivera-t-il un jour ? Beaucoup de physiciens sont confiants et pensent que la physique fondamentale est aujourd’hui à un tournant. Elle devrait enregistrer tôt ou tard un changement important de paradigme. Certains comptent sur ce que révélera le Large Hadron Collider du Cern quand il entrera en service, mais pour le moment il s’agit de simples vœux de leur part. Il n’est pas exclu non plus, autre possibilité, qu’une illumination vienne un jour d’une direction totalement inattendue. Quand on dit que la science ne fait pas rêver… »

Le « principe anthropique » est un retour, au sein des sciences et des philosophies, de l’idéalisme, du finalisme, du mysticisme, de la métaphysique, des parasciences, de la magie, du créationnisme et des religions du même type que le « dessein intelligent ».

Le point commun de tous ces auteurs est de « trouver fou qu’un univers ait produit une conscience capable de l’étudier. » C’est la conscience humaine qui leur paraît de l’ordre du fantastique et, loin de partir de la matière pour comprendre la conscience humaine, ils en tirent comme conclusion qu’il doit y avoir une origine surnaturelle !!!!

Idéalisme et dualisme caractérisent la pensée fondamentale de Brandon Carter, à l’origine de toutes les versions du principe anthropique : « Nous pensons donc l’univers est. »

Stéphane Greenblatt dans « Quatrocento » : « Le poème « De la nature » de Lucrèce énonce les principes clés d’une compréhension moderne du monde. L’Univers, selon Lucrèce, se compose d’innombrables atomes qui se déplacent au hasard dans l’espace, pareils à des pellicules de poussière dans un rayon de soleil ; ces atomes s’entrechoquent, s’accrochant les uns aux autres pour former des structures complexes, puis se séparent en un processus sans fin de création et de destruction. Il n’y a pas moyen d’y échapper. Lorsque nous contemplons le ciel nocturne et que, profondément émus, nous ne voyons pas l’ouvrage des dieux ni une sphère cristalline indépendante de notre monde transitoire. Nous voyons ce même monde matériel dont nous faisons partie et dont les éléments nous constituent. Il n’existe pas de plan ni d’architectes divins, pas de dessein intelligent. Toute chose, dont l’espèce à laquelle nous appartenons, évolue au fil du temps. Cette évolution est aléatoire, même si, dans le cas des organismes vivants, un principe de sélection est à l’œuvre. C’est-à-dire que des espèces aptes à survivre et à se reproduire avec succès se perpétuent, du moins pour une certaine période ; celles qui ne sont pas aussi bien adaptées ne tardent pas à disparaître. Rien – ni notre propre espèce, ni la planète sur laquelle nous vivons, ni le soleil qui nous éclaire – ne dure éternellement. Seuls les atomes sont immortels. Dans un univers ainsi constitué, affirmait Lucrèce, il n’y a pas de raison de croire que la Terre ou ses habitants occupent une place centrale, pas de raison de séparer les humains des autres animaux, pas d’espoir de suborner ni d’apaiser les dieux, pas de place pour le fanatisme religieux… »

Citons quelques physiciens défenseurs du principe anthropique et du dessein intelligent :

Brandon Carter : « En gros, le principe anthropique dit que tout raisonnement scientique dans lequel un observateur est impliqué doit tenir compte de l’existence d’observateurs… » « Ce que nous pouvons nous attendre à observer doit être compatible avec les conditions nécessaires à notre présence en tant qu’observateurs. » « L’Univers (et donc les paramètres fondamentaux dont celui-ci dépend) doit être tel qu’il permette la naissance d’observateurs en son sein, à un certain stade de son développement. » « La présence d’observateurs dans l’Univers impose des contraintes, non seulement sur l’âge de l’Univers à partir duquel ces observateurs peuvent apparaître, mais aussi sur l’ensemble de ses propriétés et des paramètres fondamentaux de la physique qui le caractérise. » « Le principe anthropique prédit, par exemple, que la survie de notre espèce à travers les siècles est très improbable. » « L’énergie du Big Bang ne peut pas varier de plus de 10^-120 en relatif pour que l’univers puisse accueillir la vie. » John Wheeler : « L’univers donne naissance à des participants qui communiquent entre eux. Les participants en communication donnent un sens à l’univers. » « Les observateurs sont nécessaires pour amener l’Univers à l’existence. » Joe Rosen : « Le principe anthropique représente le principe le plus fondamental dont nous disposions, vu que les explications physiques qu’il fournit sont basées sur le phénomène physique le plus solide que nous connaissions, à savoir notre propre existence. Le principe anthropique est, je crois, ce que nous aruons jamais de plus proche d’une explication ultime. » Freeman Dyson : « Tout semble s’être passé comme si l’Univers devait, en quelque sorte, savoir que nous avions à apparaître. » « La Nature est superbement ajustée à la possibilité de la vie sur la planète Terre, si la force gravitationnelle avait été réduite ou augmentée de 1%. L’univers ne serait pas formé, s’il y avait un petit changement dans la force électromagnétique, les molécules organiques ne se seraient pas formées comme des phrases enchaînant les mots. Il semble que l’univers savait que nous venions. L’univers n’est pas comme une offre de données aléatoires. Il semble tout simplement résolu. Nous voyons l’univers tel qu’il est parce que s’il en était autrement, nous ne serions pas ici pour le voir. » « Je ne me sens pas étranger dans l’Univers, plus je l’examine et étudie en détail son architecture, plus je découvre de preuves qu’il attendait sans doute notre venue. » Michael Denton : « Si l’on conclut en faveur du dessein, c’est en constatant que le cosmos est adapté à la vie non pas à un certain point, mais optimalement, de sorte que tous les constituants de la cellule et toutes les lois de la nature sont idéalement et spécifiquement façonnés dans ce but. » Robert Dicke : « Il n’y a un seul grand nombre sans dimension qui soit aléatoire à l’origine. C’est le nombre de particules dans l’univers. L’âge de l’univers ‘maintenant’ n’est pas aléatoire mais est conditionné par des facteurs biologiques. Le taux de radiation d’une étoile varie comme ε-7 et pour des valeurs de ε bien plus importantes que la valeur présente, toutes les étoiles seraient froides. Celà ne permettrait pas à l’homme d’exister et d’étudier ce problème. » Max Tegmark : « Imaginons donc ce mégavers comme un vaste océan mouvant, sur lequel se formerait spontanément de l’écume. Dans chaque bulle de cette écume, les lois physiques s’agenceraient différemment et les constantes fondamentales pourraient endosser des valeurs différentes de celles qui, dans notre univers, ont mené miraculeusement à l’émergence de la vie. Mais il aurait suffi, par exemple, que la constante de structure fine ait une valeur légèrement plus grande pour que les noyaux des atomes ne puissent se former. Cet univers-là serait entièrement composé d’un brouillard épais de particules fondamentales. » John Barrow : « L’univers doit contenir la vie. « Depuis ces premières prises de conscience qu’il y a des propriétés de l’Univers nécessaires à la vie, on a porté un intérêt croissant à ce que l’on a appelé le « principe anthropique ». Un large débat s’est engagé parmi les axtronomes, les physiciens et les philosophes sur son utilité et sa signification dernière. Et cela en raison notamment de la découverte que les valeurs des constantes de la Nature rendaient la vie possible dans l’Univers de plusieurs façons. Plus encore, elles le font parfois de justesse. Nous pouvons facilement imaginer des mondes dans lesquels les constantes de la Nature prendraient des valeurs numériques légèrement différentes et où l’existence d’êtres vivants comme nous ne serait pas possible. Donnez à la constante de structure fine une valeur plus grande et il ne peut y avoir d’atomes ; donnez à la gravité une force plus élevée et les étoiles épuisent très vite leur combustible ; réduisez la force des interactions nucléaires et il ne peut y avoir de biochimie, et ainsi de suite… Dans beaucoup de cas, les changements concevables excluent toute forme de vie imaginable… Dirac ne comprit pas que la coïncidence des Grands Nombres était une conséquence nécessaire du fait d’être observateur de l’Univers à un moment égal au temps exigé, en gros, pour que les étoiles fassent les éléments chimiques requis pour une évolution spontanée de la vie… Dicke a montré que bien qu’une telle coïncidence puisse paraître a priori improbable, c’était en fait une caractéristique nécessaire d’un univers contenant des observateurs comme nous… Une fois que nous connaissons une caractéristique de l’Univers qui est nécessaire à l’existence de la complexité chimique, il est souvent possible de montrer que d’autres traits qui n’ont rien à voir avec la vie dérivent forcément de la condition « nécessaire ». Par exemple, l’argument de Dicke nous dit que l’Univers doit avoir des milliards d’années pour que les éléments de base de la vie aient le temps d’être fabriqués au sein des étoiles. Mais les lois de la gravitation nous disent que l’âge de l’Univers est directement en rapport avec d’autres propriétés, comme sa densité, sa température et l’éclat du ciel. Comme l’Univers a dû s’étendre pendant des millions d’années, il doit avoir une étendue visible de plusieurs milliards d’années-lumière. Comme sa température et sa densité diminuent aec son expansion, il devient froid et désolé… Autrefois, losrque l’Univers était beaucoup plus jeunes, âgé de moins d’une centaine de milliers d’années, le ciel entier était brillant, au point qu’aucune étoile ou atome ou molécule ne pouvaient exister, Et aucun observateur n’aurait pu être là pour le voir… D’autres principes anthropiques ont été suggérés. John Wheeler, le scientifique de Pinceton qui a forgé le terme « trou noir » et joué un rôle majeur dans leur recherche, a proposé ce qu’il appelait le « Principe Anthropique de Participation ». Il n’est pas spécialement en rapport avec les constantes de la Nature mais motivé par la précision des coïncidences qui permettent à la vie d’exister dans le cosmos. Peut-être, se demande Wheeler, que la vie est d’une certaine manière essentielle à la cohérence de l’Univers ? Mais est-il sûr que nous ne soyons d’aucune conséquence pour les lointaines galaxies et pour l’existence de l’Univers dans son lointain passé antérieur à l’apparition de la vie ? Wheeler se demandait si l’importance des observateurs pour amener à l’existence la réalité quantique pouvait signifier que des « observateurs », convenablement définis, étaient en quelque sorte nécessaires à l’existence de l’Univers… Un quatrième Principe Anthropique, introduit par Frank Tipler et moi-même, est quelque peu différent. Il s’agit juste d’une hypothèse que l’on pourrait vérifier en utilisant les lois de la physique et l’état de l’Univers tel que nous l’observons. Il s’appelle « le Principe Anthropique Final » et propose qu’une fois que la vie a émergé dans l’Univers elle ne disparaîtra plus… » Frank Tipler : « L’univers est suffisamment bienveillant pour que, une fois que l’intelligence a pu s’y développer, les lois de la physique permettent qu’elle continue à s’y exercer à jamais. » Jean Staune : « L’hypothèse d’un créateur est scientifique. » « Tout commence avec un principe appelé anthropique (d’anthropos, l’« homme » en grec). Les scientifiques se sont rendu compte que si l’on change quoi que ce soit dans les constantes fondamentales de l’Univers, aucune forme de vie et encore moins de conscience ne peut s’y développer. Face à cette découverte, que personne ne conteste, il n’y a que les trois solutions que je vous ai décrites avec mon histoire. Première solution, il existe des milliards d’univers parallèles et statistiquement l’un d’entre eux a pu « gagner au loto », créer la vie en ayant juste la bonne vitesse d’expansion, la bonne gravitation, la bonne masse du proton, etc. La deuxième solution, c’est celle du complot où l’on a payé un à un les tireurs pour qu’ils ratent leur cible : un principe créateur a effectué un réglage fin de toutes les constantes fondamentales de notre Univers pour qu’il soit ce qu’il est. Enfin, la troisième solution, c’est qu’il existe une théorie d’unification expliquant la valeur de toutes les constantes fondamentales de l’Univers (ce qui correspond à l’hypothèse des balles à blanc : il y a une cause commune à l’échec des tireurs)... Stephen Hawking défend les première et troisième options. Dans Une brève histoire du temps, Stephen Hawking reconnaissait que s’il existait une théorie du Tout, le problème se poserait de savoir « ce qui a insufflé le feu aux équations », c’est-à-dire qui a mis les balles à blanc dans l’armurerie ? L’existence éventuelle d’une théorie de grande unification ne suffit pas à éliminer la question d’un créateur. Par contre, s’il y a une infinité d’univers parallèles, alors oui, l’hypothèse d’un créateur n’est plus utile. Il y a une autre contradiction chez Hawking : il dit qu’une théorie scientifique doit être confrontée à la réalité, or, l’existence d’univers parallèles, qu’il soutient, ne peut jamais être testée puisque nous ne voyons, par définition, que notre univers. Stephen Hawking évoque une création spontanée de ces univers. Mais sans en apporter la moindre preuve. De plus, la théorie d’unification qu’il défend (la M-Théorie) est très, très loin d’être vérifiée. Lee Smolin a écrit un livre à ce sujet, Rien ne va plus en physique ! (Editions Dunod). Pour lui, la M-Théorie n’existe pas encore vraiment. Et si elle existe un jour, rien ne dit que nous pourrons la tester. Ces réponses sont donc à la fois contradictoires et insuffisantes. C’est la science elle-même et non la théologie qui pose la question de l’existence d’un créateur. Comme elle n’impose aucune des trois réponses que nous avons décrites ici, il est antiscientifique d’affirmer que la science permet de se passer d’un créateur. » George Coyne : « Je crois que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant à la recherche en cosmologie, mais qu’il fournit aussi un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur "être humain" qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. » Trinh Xuan Thuan : « On s’est aperçu que si l’on variait un tant soit peu ces conditions physiques, l’Univers ne pourrait pas fabriquer d’étoiles. Sans étoiles, pas d’éléments lourds, parce que le big-bang ne fabrique que l’hydrogène et l’hélium - éléments trop simples pour construire la chimie nécessaire aux chaînes d’ADN qui portent nos gènes, ou pour former les neurones qui sont le support de notre conscience. L’Univers a été réglé de façon extrêmement précise pour que nous soyons ici. Tout se joue sur un équilibre très délicat. La densité initiale de l’Univers doit être réglée avec une précision de 1060, comparable à celle dont devrait être capable un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’Univers, à une distance de 15 milliards d’années-lumière ! Un changement infime entraînerait la stérilité de l’Univers. Nous voici donc intimement liés au cosmos. Et nous sommes là pour lui donner du sens. » « L’univers a été réglé avec une précision infinie pour que la vie apparaisse. ... On s’est aperçu que les constantes physiques ont été réglées d’une façon extrêmement précise pour que la vie apparaisse. ... Sur la probabilité que la vie apparaisse. La densité de l’univers par exemple, doit être réglée à une précision de 10 puissance moins 60, donc qui est égale à la précision qu’un archer doit exercer s’il voulait planter une flèche dans une cible de 1 cm carré, mais qui serait placé au bord de l’univers à 14 milliards d’années. Une précision extrême. D’où la question, est-ce qu’il y a un principe créateur, quelque chose qui règle les choses dès le début, ou, c’est le pur hasard ? Mais le pur hasard quand il y a une probabilité si faible pour que cela aboutisse il faut faire l’hypothèse qu’il y a une infinité d’univers. ... Donc, j’appelle ça mon pari pascalien, et bien sûr je pense qu’il y a un principe créateur qui a réglé tout cela dès le début, et je pense qu’il y a un univers unique, c’est mon intuition. ... C’est difficile de croire quand je vois toute cette beauté, cette harmonie, cette organisation, de croire que tout est hasard, que rien n’a de sens, que nous sommes là par hasard, que toute cette architecture cosmique est faite par hasard. » Stephen Hawking : « A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (...) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie. (...) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (...) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. » R. Morris dans « Comment l’univers finira et pourquoi ? » : « Pour être favorable à la vie, l’univers doit être très particulier. La véritable question que nous posons est la suivante : « Pourquoi l’univers est-il si particulier ? […] C’est comme si l’univers avait été consciemment modelé de manière à ce que la vie soit inévitable. Les scientifiques des époques précédentes n’auraient pas hésité à conclure que ces considérations prouvaient l’existence du Créateur […] Un moyen très évident de contourner la difficulté consiste à imaginer qu’il y a un nombre infini d’univers. Les univers qui ne possèdent pas le caractère particulier du nôtre existent aussi, mais ils n’abritent aucune vie. La raison pour laquelle notre univers à certaines propriétés spéciales est que, s’il ne les avait pas il n’y aurait personne pour s’en rendre compte. Il faut bien préciser que l’hypothèse selon laquelle il existerait un nombre infini d’univers n’est absolument pas une théorie scientifique reconnue. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait éviter cette conclusion. Il n’y a tout simplement pas d’autres solutions raisonnables. »

Quelques physiciens ont combattu contre cette thèse :

Heinz Pagels : « Contrairement aux principes de la physique conventionnelle, le principe anthropique n’est sujet à aucune vérification expérimentale - le signe sûr qu’il ne s’agit pas d’un principe scientifique. L’influence du principe anthropique sur le développement des modèles cosmologiques contemporains a été stérile... » George Smoot : « Stephen Hawking apporte malheureusement sa caution à ce « principe anthropique », d’autant plus principiel qu’il n’est pas scientifique, dans « Une brève histoire du temps », affirmant : « Ce que l’on connaît comme le principe anthropique peut être résumé par la phrase : « c’est parce que nous existons que nous voyons l’univers tel qu’il est. » (...) Le principe anthropique faible pose que dans un univers qui est grand et infini dans l’espace et/ou dans le temps, les conditions nécessaires au développement de la vie intelligente ne se rencontreront que dans certaines régions limitées dans l’espace et dans le temps. Les êtres intelligents de ces régions devraient donc ne pas être étonnés que leur voisinage dans l’univers remplisse les conditions qui sont nécessaires pour leur existence. Un peu comme une personne riche vivant dans un environnement riche sans jamais voir de pauvreté. Un exemple, de l’utilisation de ce principe anthropique faible est d’ « expliquer » pourquoi le Big bang est apparu il y a dix milliards d’années de cela : il a fallu tout ce temps aux êtres intelligents pour évoluer. (...) Peu de personnes devraient contester la validité ou l’utilité du principe anthropique faible. (...) A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (...) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie. (...) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (...) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. » André Brahic : « Certains n’hésitent pas à introduire dans leurs modèles des idées anthropiques : l’Homme serait le symbole, voire la finalité de cette réussite et notre existence de toute façon déterminerait le « bon » modèle cosmologique. En replaçant l’Homme au centre de l’Univers, ils ne sont apparemment pas guéris des folies du géocentrisme. » Bernard D’Espagnat : « Supposons (ce qui est peut-être vrai, je n’en sais rien : je dis donc « supposons ») que l’existence de cristaux de neige aussi étonnants — en variété, en complexité, en beauté etc. — que ceux qui se forment sous nos yeux ne soit concevable que moyennant un réglage extrêmement fin, donc, à première vue, fort improbable, des constantes, niveaux d’énergie etc. qui interviennent dans la structure de l’eau. Si la chose était prouvée, dirions-nous pour autant qu’il y a un « principe cristallique » ? Émettrions-nous la conjecture que l’Univers a été créé peu ou prou dans le but que les cristaux de neige soient aussi complexes et beaux qu’ils le sont ? «  Hervé Zwirn : « L’argument consistant à envisager qu’une très faible différence entre la charge électrique de l’électron et celle du proton conduirait les objets qui nous entourent à exploser, n’est pas réellement recevable. En effet, qu’est ce que la physique ? C’est une explication plus ou moins précise du réel matériel qui nous entoure. Les lois, élaborées par les physiciens, qui fondent notre modèle explicatif de cette réalité, sont admises lorsque tout au moins, leurs prédictions théoriques sont en accord avec les mesures objectives, expérimentales ou observationnelles, que nous sommes capables de réaliser. Une fois que les lois physiques sont établies, si un désaccord évident apparaît entre la réalité expérimentale ou observationnelle et les prédictions théoriques, comme la non-stabilité des objets environnants, cela signifie, que c’est la loi qui est en cause et qui doit être corrigée, et non que la réalité physique est particulièrement singulière. Dans l’exemple qui nous intéresse, ce n’est pas la différence éventuelle entre la charge de l’électron et du proton qu’il faudrait questionner, mais notre capacité, le cas échéant si cette différence existait, à expliquer alors la stabilité des objets qui nous entoure. Nous aboutirions dans ce cas, fort probablement à de tout autres lois physiques que celles que nous connaissons aujourd’hui. De plus, les lois physiques sont élaborées de façon cohérente, non seulement avec la réalité expérimentale et observationnelle, mais également entre-elles. C’est pourquoi l’observation d’un évènement aussi “ étrange ” qu’une différence entre la charge de l’électron et celle du proton mettrait en difficulté non pas une loi physique particulière ayant trait à cet événement mais des pans entiers de notre compréhension physique du monde. » « J’ai dit mon scepticisme sur les raisonnements du type : " si telle constante n’avait pas exactement telle valeur, il se passerait ceci". En fait, un tel raisonnement est ce qu’on appelle un contre factuel. On se dit si les choses avaient été comme ceci, alors aujourd’hui il se passerait cela. Or, il ne se passe pas cela, on le constate, donc c’est qu’il ne s’est pas passé ceci avant. Ce type de raisonnement est la base même du principe anthropique, au moins le principe faible. Il consiste à dire que si telle ou telle constante avait été différente, en utilisant les lois de la physique on en conclurait que les choses devraient être différentes de celles qu’on observe. Un raisonnement par l’absurde permet alors d’en conclure que l’hypothèse (à savoir la valeur différente de telle ou telle constante) est fausse. Mais dans ce cas, on raisonne toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire qu’on fait des simulations numériques qui permettent de prédire ce qu’on observerait si la seule chose qui changeait, était, par exemple, la valeur de la masse du proton ou le rapport entre la charge du proton et la charge de l’électron mais que tout le reste (par exemple les lois physiques) ne changeait pas. Or ceci me paraît contestable car on pourrait penser que si la masse du proton change alors telle ou telle loi de la nature pourrait changer aussi et permettre ainsi de rétablir ce qu’on observe. Si en changeant à la fois la masse du proton et une loi physique on peut rétablir la concordance avec ce qu’on observe alors rien ne nous permet de déduire que la masse du proton doit nécessairement avoir sa valeur constatée pour que l’univers soit tel que nous l’observons. » Jean-Pierre Petit : « On pourrait dire que la nature, en donnant une telle valeur à la longueur de réabsorption du neutron par l’uranium, avait en quelque sorte programmé l’autodestruction de cette humanité au bout de quelques milliards d’années de cette pénible évolution. Si la vie avait été une chose nécessaire, inévitable, incluse dans le programme de l’Univers sur certaines planètes, il se pourrait que la mort le fût aussi. » Malcolm Sim Longair : « Je déteste profondément la théorie du principe anthropique et la considère comme un dernier recours absolu au cas où tous les arguments physiques échoueraient... »

François Jacob :

« Il y a deux niveaux d’explication, bien distincts mais trop souvent confondus, pour rendre compte de l’apparente finalité dans le monde vivant. Le premier correspond à l’individu, à l’organisme dont la plupart des propriétés, tant de structure que de fonctions ou de comportement, semblent bien dirigées vers un but. C’est le cas, par exemple, des différentes phases de la reproduction, du développement embryonnaire, de la respiration, de la digestion, de la recherche de nourriture, de la faite devant le prédateur, de la migration, etc. Ce genre de dessein préétabli, qui se manifeste dans chaque être vivant, ne se retrouve pas dans le monde inanimé. D’où, pendant longtemps, le recours à un agent particulier, à une force vitale échappant aux lois de la physique. C’est seulement au cours de ce siècle qu’a disparu l’opposition entre, d’un côté, l’interprétation mécaniste donnée aux activités d’un être vivant et, de l’autre, ses propriétés et son comportement. En particulier, le paradoxe s’est résolu quand la biologie moléculaire a emprunté à la théorie de l’information le concept et le terme de programme pour désigner l’information génétique d’un organisme. Selon cette manière de voir, les chromosomes d’un oeuf fécondé contiennent, inscrits dans l’ADN, les plans qui régissent le développement du futur organisme, ses activités, son comportement. »

Concluons avec Diderot et d’Alembert dans l’Encyclopédie, article athéisme :

« On ne peut regarder comme véritable athée que celui qui rejette l’idée d’une intelligence qui gouverne avec un certain dessein. Quelque idée qu’il se fasse de cette intelligence ; la supposât-il matérielle, limitée à certains égards, &c. tout cela n’est point encore l’athéisme. L’athéisme ne se borne pas à défigurer l’idée de Dieu, mais il la détruit entièrement. J’ai ajouté ces mots, auteur du monde, parce qu’il ne suffit pas d’adopter dans son système le mot de Dieu, pour n’être pas athée. »

La nature (et notamment la vie) n’a pas de but, pas de plan, pas de dessein

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