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La science moderne n’est pas débarrassée de l’animisme, de la conception magique - Matière et Révolution
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La science moderne n’est pas débarrassée de l’animisme, de la conception magique

lundi 25 mars 2013, par Robert Paris

La science moderne n’est pas débarrassée de l’animisme, de la conception magique

L’animisme consiste à prêter une âme, une volonté, un but aux êtres vivants non humains, aux objets matériels…. Les hommes modernes pensent avoir depuis longtemps cessé de projeter leurs conceptions sur leurs observations. Ils croient que c’est réservé aux enfants et aux anciennes civilisations… Ils se croient très loin des anciennes conceptions animistes mais ne pas projeter son monde, humain et social, historique, sur ses observations n’est pas aussi simple qu’il y paraît…

L’expression « le Soleil attire la Terre » ou « la Terre attire la Lune » n’est certainement pas moins animiste que de parler du visage de la lune car le phénomène n’est certainement pas du type ‘une action positive dirigée de l’un des objets vers l’autre, contrairement à ce que l’on croyait autrefois. L’image en est cependant restée comme lorsqu’on dit que le proton attire l’électron.

Le simple fait de dire tel objet fait ceci n’est plus possible en physique quantique car séparer matière et mouvement devient impossible…mais ce n’est pas nécessaire d’atteindre le niveau quantique pour que ce soit faux et animiste.

Dans ce dernier cas, l’expression est particulièrement mal adaptée à la description de la réalité car la particule simple objet n’a pas de sens et son simple déplacement sans interaction avec l’espace, illusion déjà à l’échelle macroscopique, est totalement inefficace comme image au niveau quantique. On s’y aperçoit d’ailleurs que nous avons des images philosophiques du monde et pas une « simple observation » de la « réalité matérielle »…

D’ailleurs l’expression « attirer » est bien plus issue de l’animisme que de la science…. Même le fait de dire que la balle tombe « par gravitation » ou que le nuage monte parce qu’il est plus léger que l’air sont des modes d’expression inadéquats qui transforment la matière en choses indépendantes avant de les remettre en relation, les transforment en immobiles avant de les mettre en action par des « forces » qui elles-mêmes ont ce caractère métaphysique des « choses ». Or, en physique, nous sommes très loin d’être capables de décrire autrement qu’avec des « choses » et des « forces » et nous pensons que c’est très scientifique comme dans l’expression « les pôles nord et sud des aimants s’attirent »…

Voyons par exemple l’expression « le paratonnerre attire la foudre », « le noir attire la chaleur », etc…

La manière de dire que l’objet agit (dans laquelle on a séparé l’objet et l’action comme deux éléments indépendants) lui donne déjà une espèce d’identité indépendante et il n’y a pas loin à lui prêter une volonté. Par exemple, « la lune tourne sur elle-même », « la lune présente toujours la même face à la terre »…

Et ce n’est pas le seul problème dans lequel nos images animistes infectent notre manière d’exprimer et donc de penser le monde. Ainsi nous disons « toute matière a une masse », croyant ainsi dire quelque chose de parfaitement scientifique. Il faudrait, pour que cela soit juste, dire que toute matière possédant une masse inerte a reçu cette propriété d’un boson du vide. Cela signifie justement exactement le contraire de « la matière a une masse » car cette phrase signifie que la masse lui est un attribut permanent et essentiel.

La plupart des phrase selon les quelles « la nature » fait ceci ou fit cela sont tout aussi animistes et fausses, comme « la nature a horreur du vide » ou « la nature protège la biodiversité » ou encore « la nature ne fait pas de sauts »…

Mais ce n’est pas le seul cas. On peut citer aussi les phrases du style « l’Homme est comme ceci ou comme cela » ou quasiment toutes les phrases sur l’homme et l’animal.

La plupart des expressions sur la santé de l’homme sont fréquemment animistes : « la grippe fait des ravages », « le virus a fait cinq victimes », « le paludisme fait son grand retour », « la tuberculose fait de la résistance », « la chaleur a fait un mort », etc…

L’expression création a eu une même signification créationniste pendant si longtemps qu’elle n’est pas conçue autrement et que sa signification émergentiste ou d’auto-organisation n’a pas atteint l’expression, la connaissance ni la pensée du plus grand nombre pour qui toute création est nécessairement le fait d’une puissance supérieure. Même quand on dit « la nouvelle a créé l’effroi », on donne un peu une existence à une chose que serait « la nouvelle », chose qui se met à agir presque selon une volonté propre… Même lorsque la signification scientifique en a complètement changé, la science a conservé les expressions issues de l’animisme : forces, affinité chimique, énergie, attraction, répulsion, action, puissance, résistance, vitalité, état, ordre,, etc… Tout ce qui sépare la matière de son élément dynamique est nécessairement de l’animisme car elle suppose que la mise en mouvement vienne de l’extérieur, d’une espèce de volonté spirituelle animée…

Contrairement à ce que l’on croit souvent, ce mode de pensée animiste n’a pas disparu au cours du Moyen-Age pour laisser la place à la pensée rationaliste et scientifique. Ou plus exactement, c’est partiellement vrai car la pensée animiste a pénétré la science inversement ! Les processus de ce phénomène ont été multiples :

- transformation de la description des phénomènes en propriétés de « choses »

- description de phénomènes dynamiques comme le produit d’une série de phénomènes non dynamiques

- croyance dans le caractère inerte de la matière qu’une volonté extérieure seule mettrait en mouvement

- séparation imaginaire du corps et de l’esprit de l’homme

- oppositions diamétrales entre ordre et désordre, entre matière et vide, entre vie et mort, entre unité et diversité, etc, etc, etc…

Toute la manière dire que le phénomène « obéit à telle loi » laisse entendre que la loi serait un esprit supérieur à la matière… Le simple fait d’introduire le terme d’ « obéir » dans les lois rappelle que l’expression de « loi » comme celle d’ « ordre » provient d’une pensée dans laquelle l’homme se sent dominé par « la nature ». On dit ainsi que « la matière obéit à la loi de la pesanteur », « la nature obéit à des lois mathématiques », etc…

Un autre domaine où la science en reste à l’animisme est la recherche des causes. Le grand public croit en effet que la science serait à la recherche de l’explication « de cause à effet ». Le commun des mortels considère comme très scientifique l’adage selon lequel « tout phénomène a une cause et la même cause produit toujours le même effet. » (Voir ici la notion de cause en sciences)

Cela provient de la compréhension en termes d’objets isolés et isolés de leur mouvement, de leur dynamique propre, l’énergie séparée de la matière, la structure de sa transformation, l’état de son changement. Toute pensée non dialectique tend à l’animisme… voir ici

Ainsi, le scientifique non philosophe s’imagine que la démarche de la science est positive alors que c’est l’inverse. Les seules règles en sciences consistent à dire « ne peut pas », comme la prétendue « loi de conservation de l’énergie » dit seulement qu’au cours d’un phénomène, la matière possédant une masse inerte ne peut pas produire de l’énergie ni en perdre. Mais le scientifique non philosophe ignore le statut dialectique de la négation…

Contrairement à ce qu’elle croit, en refusant la discussion sur ses concepts scientifiques, la science ne peut que rester subordonnée à la métaphysique…

La science moderne croit s’être détachée depuis longtemps des ténèbres du religieux mais il n’en est rien… On peut étudier l’atome de manière aussi religieuse qu’autrefois on disait que « la nature de l’air chaud est de monter »…

La science n’a pas plus d’accès direct à quelque chose qui s’appellerait « la réalité » et en être inconscient est déjà nuisible à toute démarche scientifique.

L’atome ou la particule, la matière, ont une réalité mais ce n’est pas celle d’un objet ni de plusieurs, car, venant contredire cette chosification, il est toujours nécessaire d’interactions entre ces prétendus objets et l’interaction, pour agir, doit elle aussi faire partie du phénomène « objet »… Sans quoi l’interaction est très vite comprise comme l’âme de la matière, comme une force abstraite… voir ici la science et la notion d’objet

On peut très bien se croire très matérialiste et vouer un culte à la science et même prêter une âme à la matière sans en avoir conscience….

Le fait que bien des sciences aient tendance à retourner à l’anthropocentrisme le montre clairement. Cela signifie que l’on continue à placer la conscience humaine comme le centre de l’Univers et comme son but et non comme un des aléas historiques de la dynamique du changement. Le fait de parler des "constantes" de l’Univers comme d’une création en témoigne.

Un travail récent de Sébastien Giguère a encore rappelé ce point de vue anthropique :

« Si l’apparence d’une connexion profonde entre la possibilité de la conscience humaine et les paramètres physiques fondamentaux de l’Univers étonne aujourd’hui plusieurs hommes de science, c’est en grande partie parce que le mode de connaissance propre à la rationalité physiciste moderne a habitué le scientifique à considérer le monde physique "objectivement", comme s’il lui était extérieur, et à y faire abstraction de la présence de l’esprit. (…) Le dualisme de I’esprit philosophique moderne, problème auquel tant de penseurs se sont consacrés depuis quatre siècles, plonge ses racines au coeur de cette rationalité physiciste qui, aspirant à mathématiser la totalité du réel, a dû se résoudre, pour le dire simplement, soit à apercevoir dans la vie ou l’esprit des phénomènes dont l’essence diffère radicalement de celle du monde physique, soit à tenter de réduire ces phénomènes au niveau des régularités physiques mathématisables. Ainsi, lorsqu’elle envisage la diversité des lois mathématiques qui régissent le monde physique, la pensée scientifique moderne le fait habituellement sans tenir compte de la présence de l’esprit au sein de cette totalité objectivée. C’est donc pour elle un fait déconcertant de découvrir aujourd’hui que sa propre existence dépende si étroitement de l’ajustement de l’ensemble de ces lois physiques. (…) Dans une telle perspective, il parait s’installer une continuité inattendue entre la matière, la vie et l’esprit. (…) Dans un tel tableau, comme nous l’évoquions, la matière, la vie et l’esprit paraissent s’inscrire dans une étonnante continuité. Tous apparaissent réunis dans une même trame et semblent participer du même mouvement. (…) Les versions les plus controversées du principe anthropique aspirent justement à apporter une solution au problème de la valeur des constantes et des lois. Cette solution consiste à animer que les présences de l’être humain, de la vie et, plus généralement, de la complexité dans l’univers, par l’ampleur des contraintes qu’elles imposent à I’évolution et à la structure du cosmos, permettent d’expliquer la valeur de ces paramètres et de leur donner un sens. C’est là bien sûr opérer un renversement de la logique scientifique traditionnelle et faire appel à un processus téléologique. C’est dire : "c’est en vue de permettre l’évolution de la complexité, de la vie ou de l’être humain que les lois sont ce qu’elles sont". (…) Ensuite, puisque les différentes positions dans cette discussion se définissent selon l’attitude adoptée envers 1"’ajustement précis" des paramètres fondamentaux, nous progresserons à partir de ce premier point selon un schéma arborescent correspondant aux diverses attitudes possibles face à lui. (…) Mais habituellement, dans les discussions sur le principe anthropique, l’ensemble des paramètres fondamentaux est envisagé dans sa relation à la possibilité de l’émergence de la vie. Ainsi, dans les pages qui suivent, lorsqu’il sera question de la vie ou de l’intelligence, ce sera la plupart du temps en les envisageant à partir du plus lointain passé de l’Univers, alors que ni elles ni les étoiles et les atomes qui leur sont nécessaires n’existaient encore. De ce point de vue, ce sont bien les paramètres fondamentaux de l’univers qui sont adaptés à la vie telle que nous la connaissons. »

Comme on le constate, ce type de raisonnement opère plusieurs renversements de raisonnements pour parvenir à ses fins. C’est un peu comme si on disait : c’est fabuleux que ce soit toujours à 100 degrés que l’eau bout et que, dans ma casserole, l’eau ait bouilli aussi à 100° prouve que j’étais prédestiné à faire bouillir l’eau….

Dire que les paramètres de la matière ont permis la formation de la conscience n’est même pas valable car il leur a fallu de multiples transformations, de véritables révolutions, pour y parvenir et ces paramètres ne suffisaient nullement à donner la conscience humaine. On saute ainsi allègrement des millions de sauts historiques pour prétendre aller du « début » (alors qu’on ne constate aucun véritable début) à la fin alors que rien ne prouve que la conscience soit une fin… Par contre, on nie en même temps les dynamiques qui ont permis ces multiples sauts historiques. Par exemple, la formation des éléments lourds dans les supernovæ n’est pas un simple produit des paramètres de départ… Les conditions d’existence sur Terre ne proviennent pas simplement des constantes de la physique puisque les planètes n’ont que rarement ce type de conditions météorologiques.

« Les avancées scientifiques du dernier siècle ont permis de faire voir à quel point la structure des différents systèmes physiques de l’Univers, qu’ils soient macroscopiques ou microscopiques, repose sur un nombre relativement faible de constantes physiques. Une des causes motrices du débat réside donc dans la question hypothétique suivante : que ce serait-il passé si ces constantes avaient eu des valeurs différentes ? »

Cette question est posée par tous les partisans de la thèse anthropique qui affirment qu’au moindre changement des constantes, nous n’existerions pas. Mais pourquoi seulement nous ? Ce n’est pas l’homme seul et la conscience qui n’existerait pas mais l’ensemble de notre monde et nous sommes incapables de dire quel type de monde existerait. Par contre, nous aurions très bien pu ne pas exister même en conservant exactement les mêmes constantes. Et cela, aucun partisan de cette thèse ne souhaite le dire car cela les gêne pour affirmer que les constantes dites universelles supposaient d’avance la création de l’homme conscient !

Le fait que les thèses anthropiques ramènent la science à dieu est tout à fait évident. On le trouve dans bien des travaux dont celui cité plus haut.

Le fait aussi que bien des scientifiques continuent à croire en dieu influence considérablement les développements de la science. C’est une conséquence du fait que l’homme ne s’est pas débarrassé de ses dépendances vis-à-vis de ses fatalismes sociaux et donc pas non plus de ses fatalismes idéologiques. Ce n’est pas le niveau des connaissances scientifiques qui peut suffire à faire passer la philosophie de l’animisme à la conception scientifique de la dialectique des nécessités.

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  • Contrairement à ce que l’on croit souvent, ce mode de pensée animiste n’a pas disparu au cours du Moyen-Age pour laisser la place à la pensée rationaliste et scientifique. Ou plus exactement, c’est partiellement vrai car la pensée animiste a pénétré la science inversement ! Les processus de ce phénomène ont été multiples :

    transformation de la description des phénomènes en propriétés de « choses »

    description de phénomènes dynamiques comme le produit d’une série de phénomènes non dynamiques

    croyance dans le caractère inerte de la matière qu’une volonté extérieure seule mettrait en mouvement

    séparation imaginaire du corps et de l’esprit de l’homme

    oppositions diamétrales entre ordre et désordre, entre matière et vide, entre vie et mort, entre unité et diversité, etc, etc, etc

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