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La science n’est pas la technologie ! - Matière et Révolution
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La science n’est pas la technologie !

mardi 16 avril 2013, par Robert Paris

La science n’est pas la technologie !

Bien des gens, scientifiques compris, croient ou font semblant de croire que le progrès technique est équivalent à la science. Mais trouver des choses qui fonctionnent et comprendre pourquoi elles fonctionnent, ce n’est pas identique. Quand la société est en plein progrès social, les deux peuvent parfaitement marcher de pair. Autrement, ce n’est pas le cas et la recherche du profit rapide risque aisément de nuire à la recherche de la compréhension. Bien souvent, les efforts technologiques et scientifiques sont concurrents, en termes de moyens et d’efforts et il est fréquent que des progrès technologiques rapides drainent toutes les finances et activités des équipes en défaveur des recherches sur la compréhension scientifique. On l’a constaté dans de nombreux domaines. Ainsi, à un moment la recherche en matière de supraconductivité hautes températures était surtout une recherche de compréhension poussée par le fait qu’on estimait avoir trouvé avec la théorie BCS l’explication de la supraconductivité aux très basses températures. Par la suite, l’essentiel des recherches a consisté à fabriquer des alliages présentant cette supraconductivité haute température et les efforts d’interprétation se sont découragés et ont perdu des soutiens financiers. Plus on a eu de chance de trouver des nouveaux matériaux supra, moins a cherché à comprendre le pourquoi. Dans un tout autre domaine, celui de l’assistance à la procréation, plus on a eu de technicité en AMP (insémination artificielle, fécondation in vitro et inoculation de sperme ICSI) et moins on a cherché à comprendre les fondements scientifiques de la procréation humaine. Voici ce qu’en dit le spécialiste Jacques Testart dans « L’œuf transparent » :

« Non seulement la demande sociale d’AMP court-circuite certaines connaissances mais il arrive même que le savoir-faire déjà acquis serve à justifier l’inutilité du savoir… Ainsi, la performance de l’ICSI a réduit l’intérêt des recherches cognitives sur la fécondation, au point où il n’existe plus aujourd’hui un seul laboratoire de l’INSERM cherchant à comprendre comment chacun de nous fut conçu… »

La recherche du succès technologique oriente la science vers ce qui va pouvoir avoir un effet économique et d’innovation industrielle relativement immédiat, ce qui n’est pas le cas en recherche dite fondamentale.

« La science c’est comme faire l’amour : c’est parfois quelque chose d’utile en sort, mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous le faisons. » explique le physicien Richard Feynman. « La connaissance isolée qu’a obtenue un groupe de spécialistes dans un champ étroit n’a en elle-même aucune valeur d’aucune sorte ; elle n’a de valeur que dans la synthèse qui la réunit à tout le reste de la connaissance et seulement dans la mesure où elle contribue réellement, dans cette synthèse, à répondre à la question : qui sommes-nous ? (…) Non pas que nous puissions absolument éviter la spécialisation. Cependant nous avons de plus en plus conscience que la spécialisation , n’est pas une vertu mais un mal inévitable, qu’une recherche spécialisée n’a de valeur réelle que dans le contexte de la totalité intégrée du savoir. De moins en moins, on accuse de dilettantisme ceux qui osent réfléchir, parler et écrire sur des questions qui requièrent plus que l’entraînement spécial pour lequel ils sont « patentés » ou « qualifiés ». (…) Beaucoup s’imaginent – dans leur complète ignorance de ce qu’est réellement la science – qu’elle a pour tâche principale la mission auxiliaire d’inventer, ou d’aider à inventer, de nouvelles machines qui amélioreront nos conditions de vie. Ils sont prêts à abandonner cette tâche aux spécialistes, exactement comme ils laissent au plombier le soin de réparer leurs tuyaux. (…) Il y a, bien entendu, des raisons historiques qui expliquent pourquoi cette attitude prévaut encore à l’heure actuelle. » écrit Erwin Schrödinger dans « Physique quantique et représentation du monde ».

On pourrait se dire qu’il est normal que les scientifiques aient suffisamment de sens pratique pour se préoccuper d’emblée des retombées intéressantes de leur recherche mais rien ne prouve qu’on puisse prédire d’avance quels effets auront les découvertes en question. Personne n’avait imaginé que la bombe atomique et l’énergie nucléaire découleraient de la physique quantique.

« J’avais raison de ne pas me soucier des applications [de mon théorème] : elles vinrent plus tard. » déclarait le mathématicien Jacques Hadamard.

La technologie a envahi nos vies personnelles mais pas la science, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. La pensée commune n’est nullement plus scientifique de siècles en siècles.

La plupart des vulgarisateurs présentent l’affaire dans les termes « la science et la technologie » pour laisser entendre que les deux progressent toujours ensemble alors que c’est loin d’être le cas. Les labos de recherche sont poussés à utiliser les machines les plus perfectionnées, même si cela n’est pas nécessaire. On va vous pousser à changer sans cesse de logiciel, d’ordinateur et de machine mais leur perfectionnement de plus en plus grand vous pousse à passer beaucoup de temps pour vous adapter à ces changements techniques, temps qui est pris sur celui de la réflexion de fond sur votre thème. Et, bien souvent, le changement technique en question ne fait en rien progresser la compréhension. On a effectué ce changement technique sur un apriori selon lequel dès qu’il y a un changement technique, il faudrait absolument s’y adapter.

Dans son ouvrage récent intitulé « Les grandes idées de la Physique », le physicien Jean Perdijan, souligne le danger de faire de la science l’apanage des seuls scientifiques : « Faire de la physique, c’est se comporter à l’égard de l’Univers comme si rien n’allait de soi. (...) A notre époque de technologie avancée, on ne s’émerveille même pas quand apparaît sur l’écran une image transmise par satellite, mais on ne cherche pas plus à comprendre : on dit simplement que c’est étudié pour. Voilà pourquoi on peut se demander si le progrès des connaissances, en obligeant à la spécialisation, ne risque pas de conduire à un nouvel obscurantisme généralisé, où le spécialiste ignorerait tout ce qui ne concerne pas sa discipline, alors que le non-spécialiste renoncerait par avance à toute possibilité de réfléchir sur le monde. » Le physicien Etienne Klein dans « Sous l’atome, les particules » affirme, lui aussi, son souci de conceptualisation : « Penser la science. La science n’est pas la technique. (...) On peut craindre que la volonté d’obtenir toujours plus de résultats expérimentaux n’étouffe la dimension réflexive du métier de physicien. Etre physicien (...) c’est aussi réfléchir, méditer les concepts, en créer de nouveaux, saisir leur portée, envisager leur sens. Il ne suffit pas d’avoir rendu la science prédictive pour en épuiser le contenu. » Dans « Prédire n’est pas expliquer », René Thom le dit avec des mots qui feront grincer des dents : « Si l’on réduit la science à n’être qu’un ensemble de recettes qui marchent, on n’est pas dans une situation supérieure à celle du rat qui sait que lorsqu’il appuie sur un levier, la nourriture va tomber dans son écuelle. » Nombre de scientifiques insistent sur la nécessité de « penser le réel ». Dans ce sens, le physicien David Ritz Finkelstein écrit dans l’ouvrage collectif de sciences et de philosophie intitulé « Le vide » : « Nous avons peut-être besoin d’imagination plus que d’investissement en matériel. »

Le physicien Etienne Klein répond, dans « Sous l’atome les particules », « On a trop souvent négligé de penser la science sous prétexte que « c’est déjà bien difficile de la faire avancer ». Les conséquences d’un tel abandon sont lourdes, aussi lourdes que la science du même nom : le jour où la science ne sera rien d’autre qu’un « faire », le jour où elle aura perdu tout contact avec ses valeurs spéculatives et philosophiques, elle sera, sinon complètement tarie, du moins définitivement coupée de la tradition qui l’a portée à son niveau d’aujourd’hui ; la seule pensée technicienne envahira comme un gaz toute la pensée savante, et c’en sera fini de l’authentique esprit scientifique. Il émane déjà de nos sociétés techniques un signal inquiétant (...) On confond la science avec l’ensemble de ses retombées pratiques. »

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