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1967-68 et les Palestiniens - Matière et Révolution
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1967-68 et les Palestiniens

jeudi 28 février 2013, par Robert Paris

1967 : nouvel exode palestinien

Ammam (Jordanie) 1970

1967-68 et la montée des mouvements de fedayins Palestiniens

Le peuple palestinien n’a pas commencé son combat en 1967 mais celui-ci a pris un tour nouveau avec la guerre de six jours. Les armées arabes ont été balayées et plus de 300.000 Palestiniens chassés de Cisjordanie et de Gaza. La région de la vallée du Jourdain, en particulier, limitrophe de la Jordanie, se vide pratiquement de toute sa population.

Une nouvelle guerre, une nouvelle occupation du territoire, une nouvelle preuve de l’incapacité des bourgeoisies arabes, un nouvel exode avec des Palestiniens exilés dans les pays voisins et vivant dans des camps de tente vont changer la donne, créant le mouvement de masse palestinien.

En six jours les armées égyptienne, syrienne et jordanienne s’effondrèrent. L’Égypte perdit la bande de Gaza, qu’elle avait annexée en 1948, et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan, et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Les dirigeants arabes perdirent tout crédit aux yeux des masses arabes et des populations palestiniennes.

Celles-ci se tournèrent vers les organisations nationalistes comme le Fatah de Yasser Arafat ou le FPLP de Georges Habache qui affirmaient leur volonté de ne pas baisser les armes, et de continuer la lutte armée.Le militantisme radical et gauchiste palestinien est né et va durer plusieurs années.

Les camps palestiniens sont le lieu d’une agitation sociale et politique que les groupes politiques tournent uniquement dans le sens de formation de groupes armés. Le mouvement mis en place par les Etats arabes, l’OLP de 1964, tente de conserver son rôle dirigeant malgré cette radicalisation politique et sociale.

L’OLP s’installe à Amman, et les camps palestiniens servent au recrutement des combattants. C’est surtout le Fatah qui parvient à attirer le plus de candidats à l’action armée et devindra majoritaire au sein de l’OLP. Ces combattants mènent des attaques armées contre Israël, qui riposte par des représailles contre la Jordanie. L’OLP va être vite débordée par des formations palestiniennes gauchistes comme le FPLP maoïste qui va devenir prépondérante en Jordanie au point d’être à un doigt de renverser le pouvoir en 1971.

D’un discours radical et marxisant, le FPLP est lié à l’Etat syrien et développe une stratégie purement anti-israélienne. Il refuse la révolution contre la dictature jordanienne et renonce à la révolution de 1971 qui se termine dans un bain de sang ordonné par le roi Hussein.

Ce qui caractérise la totalité des organisations palestiniennes est la mise en arrière de la question sociale derrière la question nationale et la seule perspective est la "lutte armée contre Israël" alors que les Etats arabes représentent eux aussi des adversaires des Palestiniens.

L’émergence d’un mouvement palestinien puissant, bénéficiant d’une grande popularité dans l’ensemble du monde arabe, et échappant à leur contrôle, fut perçue comme une menace par les régimes arabes. Et cela même si les dirigeants palestiniens, derrière Yasser Arafat, n’avaient pourtant à aucun moment cherché à tirer parti contre eux du soutien des masses arabes et avaient donné de multiples gages de leur volonté de ne pas s’ingérer dans leurs affaires intérieures.

Les dirigeants arabes, se méfiaient néanmoins des organisations palestiniennes, et de la capacité de leurs dirigeants à maîtriser le mouvement de masse qui les portait. Même à leur corps défendant, les fedayins pouvaient devenir un point de ralliement et un ferment révolutionnaire pour tous les opprimés de la région et en tout cas un facteur d’instabilité pour tous les régimes du Moyen-Orient.

La guerre des ... six jours

La guerre des Six Jours est la guerre qui opposa, du lundi 5 au samedi 10 juin 1967, Israël à l’Égypte, la Jordanie, la Syrie. Cette guerre fut déclenchée comme une « attaque préventive » d’Israël contre ses voisins arabes, à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Égypte le 23 mai 1967 (les Israéliens avaient préalablement annoncé qu’ils considéreraient cet acte comme un casus belli)1. Le soir de la première journée de guerre, la moitié de l’aviation arabe était détruite ; le soir du sixième jour, les armées égyptiennes, syriennes et jordaniennes étaient défaites. Les chars de Tsahal bousculèrent leurs adversaires sur tous les fronts. En moins d’une semaine, l’État hébreu tripla sa superficie : l’Égypte perdit la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau de Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

Plus symbolique encore que la défaite arabe fut la prise de la vieille ville de Jérusalem. La cité des trois religions du Livre devint dès lors la capitale d’Israël, sans la reconnaissance de la plus grande partie de la communauté internationale.

1967 : mouvement fedayin et mouvement populaire en Egypte

En juin 1967, la défaite des armées arabes contre Israël, défaite militaire cuisante en seulement six jours qui a discrédité les régimes réactionnaires comme celui de Jordanie autant que les régimes nationalistes radicaux comme celui d’Egypte, a été le déclencheur du mouvement fedayin, c’est-à-dire d’une organisation clandestine de combattants organisant des actes terroristes contre les Israéliens. Il y a un nouvel exil des Palestiniens (250 000) chassés des territoires occupés mais surtout une nouvelle conscience que seule la lutte des Palestiniens eux-mêmes peut changer la situation et quand qu’il ne faut pas compter sur les Etats arabes. Ces derniers brutalement discrédités et désavoués par leur propre population (Nasser lui-même a dû menacer de démissionner pour relancer sa popularité sérieusement mise à mal) ont dû pour la première fois soutenir ces mouvements. Dès août 1967, Nasser fait appel à Yasser Arafat dont il ignorait jusque là le petit mouvement. Le harcèlement des forces d’occupation israéliennes dans les territoires occupés est organisée et financée. Cependant le territoire ne se prêtant pas à une guérilla, les forces palestiniennes du Fatah de Yasser Arafat s’installent en Jordanie, des deux côtés des rives du Jourdain, profitant de l’affaiblissement du régime du roi Hussein, son armée étant déstabilisée par la honte de la défaire cuisante contre Israël. En 1967, une scission du MNA, à l’origine pro-Nasser se radicalise et fonde le FPLP. Une grande part des fedayin sont des étudiants plus ou moins guévaristes ou maoïstes qui lisent Marx, Lénine et Mao. Ce qui encourage ces militants clandestins qui doivent vivre coupés de la population, c’est que celle-ci se manifeste en 1967 par des grèves, sit-in et manifestations contre l’occupation israélienne. Un épisode de confrontation entre l’armée israélienne et les fedayin amène l’armée jordanienne à intervenir et se solde par une défaite israélienne. Ce seul combat de Karameh servira à la mystique du mouvement, afin de laver la honte des Etats arabes. Le roi Hussein ira jusqu’à déclarer devant les journalistes : « nous sommes tous des fedayin ! » L’OLP affirmait se satisfaire du soutien hypocrite et peu réel des Etats arabe et déclarait dans sa Charte de 1968 : « l’OLP coopère avec tous les gouvernements arabes selon les possibilités de chacun et ne s’ingère pas dans les affaires intérieures d’aucun Etat arabe. » C’est sous la pression de la radicalisation de la révolution palestinienne que le septième conseil national palestinien est amené à donner à la lutte nationale mais pour nombre de ses leaders il s’agit juste de phrases radicales qui doivent en rester au stade de la déclaration. C’est compter sans l’influence réelle que la révolution palestinienne va entraîner dans les pays arabes, d’abord en Egypte puis en Jordanie, enfin au Liban.

En Egypte c’est dès 1967 que la situation explose, .comme le raconte Mahmoud Hussein dans son ouvrage « La lutte des classes en Egypte ». Si, après l’annonce de la démission de Nasser après l’échec militaire de 1967, les masses sont dans la rue les 9 et 10 juin pour demander à Nasser de revenir au pouvoir, le mécontentement est grand et tout particulièrement dans les milieux populaires et ouvriers. La première étincelle part de la banlieue ouvrière de Hélouan, siège de grandes usines modernes qui manifestent en dénonçant l’armée égyptiennes et y rajoutent : « pas de socialisme sans liberté ! ». Un barrage policier est balayé par les ouvriers qui prennent d’assaut le poste de police. Les ouvriers d’Hélouan veulent se rendre au Caire mais le ministère bloque les chemins de fer. Mais les ouvriers de Choubra, dans la banlieue du Caire, prennent le relais, déclenchant grèves et manifestations en solidarité. Sur la route d’Heliopolis, dix mille manifestants s’opposent violemment aux forces de police. Les jeunes des quartiers pauvres se sont joints aux ouvriers et aux étudiants. Le président de l’assemblée nationale, Sadate, est contraint de recevoir une délégation des manifestants. Autour de l’assemblée des milliers de manifestants réclament les droits démocratiques en Egypte. Dans plusieurs quartiers populaires des barricades sont élevées. Le gouvernement annonce que toutes manifestation est désormais interdite. Du coup, une immense manifestation se forme place El Tahrir au Caire formée d’étudiants, de jeunes ouvriers et de chômeurs. Après une bataille rangée avec la police, l’armée intervient en tirant dans la foule. La réponse vient des jeunes de quatorze à dix-sept ans qui attaquent massivement les forces de l’ordre, armés de pierres et de bâtons.

D’autres étapes allaient suivre et notamment celle de novembre 1972 commencée par des manifestations universitaires le20 novembre où l’armée fait tirer sur les étudiants et où les quartiers populaires prennent partie pour ceux-ci. A partir de là il va y avoir en Egypte de nombreux mouvements dans la classe ouvrière. Les villes ouvrières du delta comme El Khom et Benha font grève sur le tas. Une émeute a lieu à Abou Kébir. Une usine militaire d’Hélouan, en grève, séquestre la direction. Cette fois, toute l’Egypte va suivre le mouvement. Les ouvriers s’adressent aux autres ouvriers d’Helouan, de Choubra, Mehalla et Alexandrie. L’armée encercle l’usine d’où est parti le mouvement mais c’est trop tard ; devant la montée ouvrière, le pouvoir recule et les grévistes obtiennent la totalité de leurs revendications.

Une fois encore les mouvements sociaux avaient un lien avec la situation en Palestine. La haine des milieux populaires vis à vis du régime avaient été exacerbées par la signature par l’Egypte du plan américain Rogers pour la paix avec Israël.

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