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Chronologie de l’Apartheid en Afrique du Sud et du combat pour le renverser - Matière et Révolution
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Chronologie de l’Apartheid en Afrique du Sud et du combat pour le renverser

mardi 4 février 2014, par Robert Paris

Chronologie de l’Apartheid en Afrique du Sud et du combat pour le renverser

L’Apartheid, ce régime fasciste de séparation selon la couleur de la peau qui fait des Noirs des étrangers sur le sol de l’Afrique du sud blanche, n’est nullement né en même temps que la domination blanche en Afrique du sud et ne date que de 1948. Il n’est donc pas venu simplement du racisme des Blancs (jusqu’en 1950, il y avait même un grand nombre de mariages entre Noirs et Blancs) et il n’est pas tombé du fait d’une prise de conscience, ni celle des Noirs ni celle des Blancs, ni d’une conscience de la possibilité d’un « vivre ensemble », conçu par Mandela et l’ANC. Cette chronologie vise à montrer que tout cela est un mythe mensonger. On ne peut pas comprendre l’histoire du racisme d’Etat en Afrique du sud sans comprendre aussi les problèmes posés aux classes dirigeantes par le développement du mouvement ouvrier. C’est la lutte des classes qui explique aussi bien la mise en place de l’Apartheid que sa fin…

L’occupation des Blancs néerlandophones date de 1652 (premier établissement blanc au Cap) et celle des Anglais de 1797 (avec en 1820 la première migration importante de Britanniques en Afrique du sud). La guerre entre les deux ou « guerre des Boers » a lieu de 1877 à 1902. C’est officiellement dans le but de supprimer l’esclavage des Noirs que les Anglais écrasent militairement les Boers dans une véritable guerre volontairement génocidaire utilisant des méthodes d’une violence encore jamais connue avec des camps d’extermination… des blancs néerlandophones, les Afrikaners ou Boers (33.000 morts sur 250.000 boers !).

Bien entendu, que les "Blancs" se fassent la guerre entre eux n’efface nullement les multiples combats des Anglais et des Boers contre les Noirs mais cela rappelle que les "Blancs" ne sont pas que des races, qu’ils défendent des intérêts de bourgeoisies concurrentes et que le racisme lui-même ne le leur fait pas oublier. Le racisme n’est nullement plus fort que les intérêts de classe et c’est toute l’histoire de l’Afrique du sud qui le rappelle.

C’est en 1912 que naît le Congrès National des Natifs Sud-Africains (SANNC), ancêtre de l’ANC (que certains croient créé par Mandela qui, lui, est né en 1918 !) Le SANNC, qui prendra en 1923 le nom de congrès national africain (ANC), est alors la première organisation à représenter au niveau national les Noirs en prenant le relais des divers groupes et mouvements ethniques ou régionaux qui s’étaient multipliés durant le quart de siècle écoulé. Organisé sous la forme d’un parti politique britannique bourgeois avec son cabinet fantôme, on y trouve surtout des intellectuels, des éducateurs, des juristes et des journalistes tels Sol Plaatje, le premier secrétaire général, Pixley Ka Isaka Seme, le premier trésorier général, John Dube, son premier président ou encore Alfred Mangena, le premier procureur noir du pays.

Alors que l’unité des travailleurs noirs et boer est la principale crainte du pouvoir blanc, celle-ci ne sera jamais mise en avant par l’ANC, laissant place à l’influence des nationalistes racistes sur les ouvriers boers. En 1918, l’Afrikaner Broederbond (Ligue des frères afrikaners) est fondée à Johannesburg avec pour objectif de défendre et promouvoir les Afrikaners, ce qui suppose de s’opposer à toute promotion des Noirs.

L’ IWA de Johannesbourg lance en 1919 parmi les dockers une grève commune avec deux syndicats locaux, l’Industrial and Commercial Union et un syndicat d’ouvriers des chemins de fer et de dockers blancs. La grève est suivie par plus de 2 000 ouvriers qui exigent de meilleurs salaires et s’opposent aux exportations de nourriture, suspectées de faire croître le taux d’inflation déjà élevé du pays. Bien que la grève ne soit pas une victoire, elle jette les bases d’une nouvelle solidarité parmi les travailleurs des docks : quelques années plus tard, les IWA, l’Industrial and Commercial Union et plusieurs autres syndicats de travailleurs de couleur fusionnent pour former l’Industrial and Commercial Workers Union (ICU). Ce syndicat grossit énormément à partir de 1924 et connaît un pic de 100 000 membres en 1927, ce qui en fait la plus grosse organisation d’Africains jusqu’à l’ANC des années 1950. Dans les années 1930, l’ICU établit même des sections en Namibie, en Zambie et au Zimbabwe avant de décliner progressivement. En 1920, un mouvement de la classe ouvrière, unie par de là les races, les couleurs et les ethnies, avait démontré que le danger de l’unité de classe malgré les divisions raciales existait bel et bien pour les classes dirigeantes. voir ici

Un mouvement des mineurs noirs devait aussi démontrer que la division avec les mineurs blancs était un facteur certain d’échec. En effet, le 17 février 1920, plus de 71.000 mineurs noirs des mines du Rand se mirent en grève. 22 mines étaient touchées. Les mineurs noirs en grève spontanée ne reçurent absolument aucun soutien des syndicats blancs. La grève fut écrasée et plusieurs ouvriers furent fusillés. Les travailleurs blancs avaient été employés comme briseurs de grève. Deux ans plus tard, les mêmes mineurs blancs, eux aussi en grève, n’obtinrent aucun soutien des mineurs noirs…

Les mineurs blancs en lutte sans et même contre les mineurs noirs allait faire aussi la démonstration que cela menait à l’échec… En mars 1922, l’armée était envoyée pour faire cesser la grève insurrectionnelle des ouvriers afrikaners des mines d’or du Witwatersrand. Les mineurs afrikaners s’étaient mis en grève pour protester contre le recours accru aux travailleurs noirs, main-d’œuvre abondante et moins bien payée, par le patronat du secteur minier. Pour les mineurs afrikaners, le patronat remettait en cause le Colour Bar et les emplois réservés des mines. Le conflit avait commencé dans les mines de charbon, soutenu par les nationalistes de Tielman Roos et les communistes de Bill Andrews, puis s’était répandu à travers tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. La grève s’était ensuite transformée en insurrection, avec la proclamation de soviets alors que des affrontements violents ensanglantaient la région. Quelques jours après le déclenchement de la grève générale, le premier ministre Jan Smuts mena une sanglante répression (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 africains tués par les grévistes) tandis que 5 000 mineurs étaient emprisonnés. 30 000 mineurs blancs luttèrent contre la diminution de leur salaire au prix de 200 morts et de milliers d’arrestations. Mais ils furent défaits car un nombre important de mineurs noirs travaillèrent pendant la durée de la grève, sans que les syndicats blancs ne cherchent à les y entraîner. L’échec du mouvement ouvrier conduisit à une mobilisation rassemblant travaillistes, socialistes, communistes, des mouvements politiques de couleurs derrière les nationalistes du parti national qui remportèrent en 1924 les élections législatives. On voit là à quel point le succès du pouvoir raciste est lié à l’échec du mouvement ouvrier, lui-même lié à sa division, chaque fraction de la classe ouvrière étant sous l’influence des dirigeants ethniques bourgeois et petits bourgeois.

Naissance de l’Apartheid

C’est la grande grève des mineurs africains de 1946 qui a convaincu la grande bourgeoisie de mettre en place le régime de l’Apartheid comme le rappelle Claude Jacquin dans « Une gauche syndicale en Afrique du sud (1978-1993) » :

« Le danger d’une nouvelle résistance des ouvriers noirs avait été démontré par la grève des mineurs africains de 1946. Bien que cette grève ait été défaite et que les tentatives de solidarité parmi les travailleurs urbains aient échoué, l’Etat avait besoin de trouver une solution à long terme au problème du contrôle social…. La victoire électorale du Parti national en 1948 sanctionna la victoire de la seconde option, ouvrant une nouvelle période de l’histoire sud-africaine, jusqu’à ce que ce choix s’épuise progressivement au cours des années soixante-dix. »

N’oublions pas que la même période (1947-1950) où la bourgeoisie sud-africaine décide la mise en place de l’Apartheid par crainte du prolétariat, les bourgeoisies coloniales craignent la révolte ouvrière dans toute l’Afrique. En 1947, ce sont les travailleurs de Madagascar qui se révoltent. Au Cameroun, en 1948, ce sont encore les travailleurs que l’impérialisme français doit écraser. Ce sont encore les ouvriers qui, en 1947-48, bloquent toute l’Afrique de l’ouest « française », du Sénégal à la Haute Volta, du mali à la Guinée, en passant par la Côte d’Ivoire, en se mobilisant autour de la grève générale des chemins de fer. Travailleurs des docks, petits boulots des villes, chômeurs, femmes sont mobilisés avec les cheminots et les travailleurs des ports. Dans cette même période, toute l’Afrique noire connaît une vaste mobilisation qui entraîne des grèves, remplit brutalement les syndicats, menace l’ordre colonial. La radicalité des travailleurs tranche avec la modération des dirigeants de la petite bourgeoisie noire. Les grèves de cheminots se multiplient dans toute l’Afrique : en 1945, de Matadi à Léopoldville, en Afrique centrale, en 1945-46 à Douala (Cameroun) et en 1947 au Zaïre. On atteint alors le sommet de la mobilisation, avec à la fois la grève générale de 11 jours au Kenya, la mobilisation de 15.000 ouvriers à Mombasa, celle de 10.000 cheminots soudanais, celle des cheminots et mineurs de Gold Coast, avec une émeute populaire à Abidjan, en Côte d’Ivoire, luttes qui se déroulent en pleine grève générale des cheminots de la ligne du Dakar-Niger. Cette mobilisation ouvrière dure jusque dans les années 1950 dans toute l’Afrique, entraînant un développement syndical jusque là inconnu. Des grèves générales la marquent : 1950 à Nairobi, 1955 au Nigeria et 1956 à Abidjan. Souvent l’armée réprime violemment faisant des dizaines de morts. Les organisations ouvrières sont détruites. La révolte des pauvres noirs du Kenya date également de 1948-1950 et elle fut écrasée dans le sang par le pouvoir colonial anglais. La classe ouvrière y avait tenu un rôle à ses débuts. Après une nouvelle grève à Mombasa en 1947, grève générale cette fois à laquelle participaient 15 000 Africains et qui a eu un succès retentissant. Son organisateur, Chege Kibachia, a en effet fondé le premier syndicat africain, la « Africain Workers Federation ». Considérée avec méfiance par le gouvernement, cette organisation a été de courte durée ; elle s’est progressivement dissoute après l’arrestation de son président en août 1947. L’action de Chege Kibachia a cependant été à l’origine d’un mouvement syndical qui comptait en 1952, 27.588 membres en 13 syndicats ; à la même époque, il y aurait eu au Tanganika un seul syndicat avec 381 membres et en Ouganda trois organisations ouvrières avec 259 membres. Cette activité syndicale fait partie intégrante du cadre dans lequel il convient de situer la révolte mau-mau.

Dans cette montée des revendications d’indépendance en Afrique liées à la montée du mouvement ouvrier, l’Afrique du sud apparaissait aux classes dirigeantes comme un vrai baril de poudre, du fait d’importance du prolétariat noir, bien plus grande qu’ailleurs. D’où la nécessité d’opposer prolétariat noir et prolétariat blanc de manière fasciste en faisant de la population blanche la gardienne de camp de concentration de la population noire. D’où la politique de l’Apartheid.

L’Apartheid d’Afrique du sud a été une politique de la bourgeoisie, sud-africaine et impérialiste, face à la lutte de classe exacerbée par la guerre. En Afrique du sud, la lutte de la classe ouvrière s’est développée en pleine deuxième guerre mondiale. En 1940 et 1941, les travailleurs ont mené des grèves dures malgré les mesures gouvernementales déclarant illégale toute grève d’Africains « en toute circonstance ». En août 1943, à Alexandra près de Johannesburg, un vaste mouvement de boycott eut lieu contre la hausse des tarifs des transports. En même temps, la classe ouvrière prenait conscience de sa force. Le syndicat des mineurs se reconstituait. En 1946, éclatait une grande grève spontanée des mineurs et la répression eut un mal considérable à faire reprendre le travail. La bourgeoisie sud-africaine, consciente du danger que représentaient désormais les grèves des Africains, mit en place l’Apartheid en 1948.

La « Charte de la Liberté », en fait le programme politique de l’ANC, adopté en 1955 au cours d’un congrès d’organisations noires, indiennes, métisses et blanches, et affirme un certain nombre d’objectifs démocratiques très modérés et très bourgeois. Cela ne correspond nullement à la situation mais seulement aux limites sociales et politiques des dirigeants bourgeois noirs. L’ANC est loin d’être le seul mouvement de lutte des Noirs et surtout d’être le seul mouvement nationaliste. Il est contesté sur sa gauche et même sur son radicalisme noir à la fois par le mouvement de la conscience noire, par le PAC et par bien des organisations de lutte locales.

La révolte contre l’Apartheid prend un caractère explosif dans les milieux populaires, dans la jeunesse…

En 1960, c’est le massacre de Sharpeville qui met le feu aux poudres. Le mouvement des Noirs de Sharpeville n’était pas organisé par l’ANC mais par le PAC (mouvement créé en avril 1959 par la fraction du mouvement noir qui ne croyait pas à un accord avec les Blancs). Le 18 mars 1960, Robert Sobukwe, président du Congrès panafricain (PAC), appelle pour le 21 mars à des manifestations non-violentes dans tout le pays afin de protester contre les « pass » (passeport intérieur), demander leur abrogation ainsi que l’augmentation de la rémunération de base de la journée de travail. Les manifestants sont appelés à se réunir devant les postes de police et se porter volontaires à l’arrestation pour « non port du pass ». Le but est que tous les postes de police soient rapidement débordés et incapables de procéder aux arrestations et aux emprisonnements. Le 21 mars, les militants du PAC s’activèrent dans tout le pays (Soweto où Sobukwe est arrêté et emprisonné, Langa et Marcha au Cap, la région du Vaal notamment Boipatong et Bophelong). Près de Vereeniging, dans le township de Sharpeville, les militants du PAC immobilisèrent les transports en commun bloquant les banlieusards dans leur township. Ces derniers furent alors nombreux à venir manifester pacifiquement leur colère devant le commissariat pour y brûler leurs documents d’identités controversé.

La répression violente à Sharpeville, avec 69 protestataires pacifiques tués par la police et 178 blessés, entraîna une explosion de colère de la population noire d’Afrique du sud et des blancs libéraux. Pour riposter, le gouvernement fait interdire la plupart des mouvements de libération comme l’ANC ou le Congrès panafricain PAC. Pour le PAC, ils sont « l’expression des prémices de la révolution populaire en lutte contre la barbarie du régime ». Pour l’ANC, ils montrent que le mouvement populaire pose effectivement des problèmes révolutionnaires et qu’il vaut mieux séparer les militants de l’ANC de se mouvement en les faisant passer dans la clandestinité dans les pays limitrophes et en les limitant à l’action militaire plutôt que l’action populaire de masse… Leurs dirigeants entrent alors dans la clandestinité. Nelson Mandela fonde alors une aile militaire de l’ANC, appelé Umkhonto we Sizwe, ce qui signifie la Lance de la Nation et qui se lance dans des actions terroristes de sabotage des infrastructures industrielles, civiles ou militaires

En juin 1976, l’explosion de la jeunesse de Soweto ouvre une des périodes les plus explosives sur le terrain social et politique qu’ait connu l’Afrique du sud. Dix mille écoliers noirs défilent dans Soweto pour protester contre l’enseignement obligatoire en afrikaans, la langue du colonisateur hollandais. La police tire sur les manifestants et tue un adolescent de treize ans. Ce meurtre déclenche la colère des jeunes écoliers auxquels se sont joints des chômeurs de ce ghetto le plus peuplé d’Afrique du sud (un million cinq cent mille habitants). Contre des hommes casqués qui tirent dans le cas, les émeutiers dressent des barricades, mettent le feu aux bâtiments administratifs, à tout ce qui symbolise le pouvoir blanc. A l’exemple de Soweto, dans presque toutes les villes noires, autour de Johannesburg, puis de Pretoria, la jeunesse descend dans la rue.

Le 11 août 1976, une grande grève des travailleurs noirs paralyse la moitié des activités de Johannesburg et, deux jours plus tard, une émeute se déclenche au Cap. Malgré les morts et les emprisonnés, le mouvement gagne l’ensemble du pays, ce qui ne s’était jamais encore produit. On était loin du pont de départ : une contestation de l’enseignement en afrikaans par les seuls étudiants. Ce sont les collégiens, encore adolescents, qui ont animé et dirigé le mouvement, appelant à plusieurs reprises et avec succès les travailleurs à la grève générale.

Les émeutes gagnent les zones industrielles et la répression aussi : au 25 septembre, on compte plus de 1100 morts…

Steve Biko, fondateur en 1968 du Mouvement de Conscience noire et de la Saso (syndicat d’étudiants noirs), très critique contre les Noirs qui collaborent et contre la politique de l’ANC, est arrêté par la police le 18 août 1977, est assassiné le 11 septembre 1977 après avoir été torturé. L’année d’après, la SASO et la BPC fusionnèrent pour former l’AZAPO, parti politique noir.

La jeunesse n’a pas cessé de développer sa lutte. Le nombre d’enfants détenus en témoigne : 9 en 1982 et 1984 et 2000 en 1985 !

De septembre 1984 à décembre 1986, la répression a fait 2600 morts.

Si la répression a décapité pour quelques années le mouvement, les militants étant morts, emprisonnés ou exilés, la classe ouvrière avait commencé à reprendre confiance dans ses propres forces.

… et dans la classe ouvrière

1973 avait vu une première grande vague de grèves défier le régime de l’apartheid. Si ces grèves portaient sur les salaires (ceux des mineurs quadruplèrent entre 1972 et 1975) elles prenaient aussitôt un caractère politique, les syndicats noirs indépendants étant illégaux et tout mouvement étant du coup dirigé contre la dictature. Les luttes se multiplièrent pour imposer la reconnaissance des syndicats noirs indépendants.

Claude Jacquin dans « Une gauche syndicale en Afrique du sud (1978-1993) » : « Durant les années soixante-dix, plusieurs courants syndicaux se sont développés et se sont progressivement différenciés sur fond de reprise des conflits sociaux. (…) Le premier s’est constitué autour de la tradition syndicale du South African Congress Trade Union (SACTU) et de son lien à l’African National Congress (ANC). Le second s’est formé à partir de la mouvance Black Consciousness (Mouvement de la Conscience noire). Il formera notamment le Council of Unions of South Africa (CUSA), un certain nombre de dirigeants du CUSA étant liés à l’organisation politique Azanian People’s Organization (AZAPO). Le dernier, enfin, est apparu de manière originale, sans lien apparent avec un courant politique connu. Il a donné naissance, en 1979, à la Federation of South African Trade Unions (FOSATU), la nouvelle fédération unitaire. (…) Ce courant a donné naissance aux principaux syndicats de l’industrie (hormis celui des mines) c’est-à-dire, entre autres, de l’automobile, de la métallurgie, de la chimie, du textile. Il a développé au début des années quatre-vingt un projet syndical original et ce, à partir d’une conception explicitement indépendante des principales forces politiques. Des soixante syndicats non enregistrés qui existaient en 1961, trente-six avaient été affiliés au South African Congress of Trade Unions (le SACTU lié à l’ANC) et seize à la Federation of Free African Trade Union of South Africa (la FOFATUSA liée au PAC qui s’éteint en 1966). (…) L’essentiel des cadres du SACTU quittèrent le pays pour l’exil malgré le fait que le SACTU ne fut jamais interdit. (…) Ce fut le tournant de l’ANC vers une « stratégie de lutte armée » à partir d’un état-major en exil. En tout cas, au début des années soixante-dix, l’influence de l’ANC dans le mouvement syndical est fortement affaiblie et ne passe plus par une structure spécifique comme cela avait pu l’être avec le SACTU. (…) Avec les grèves du Natal en 1973. (…) D. du Toit écrit (…) Les travailleurs africains qui avaient peur de rejoindre des syndicats jusqu’à la fin des années soixante ne craignaient plus quelques années plus tard de participer ) des grèves illégales. » (…) 69 grèves en 1971 pour 4.196 grévistes, 71 grèves en 1972 avec 8.814 participants, 370 conflits du travail en 1973 avec 98.029 grévistes et, en 1974, 384 grèves engageant 58.975 travailleurs. (d’après Darcy du Toit) (…) Darcy du Toit écrit : « Les militants radicaux sur le terrain syndical n’avaient pas grand-chose à faire avec leurs homologues du mouvement de la Conscience noire. Alors même qu’en un sens les activités des intellectuels noirs et blancs étaient parallèles, elles demeuraient séparées du fait même de l’idéologie de la Conscience noire. Ironiquement ce furent les intellectuels blancs qui furent les plus capables d’approcher les ouvriers africains sur la base des intérêts de classe. Le Mouvement de la Conscience noire, en général, a minimisé ces intérêts et a approché des travailleurs noirs non pas comme des ouvriers mais comme des Noirs. » (dans « Capital et Travail en Afrique du sud, luttes de classe des années 70 »). (…) Les événements de Soweto, de juin 1976, allaient confirmer le changement politique en cours dans le pays. La révolte des jeunes du Transvaal s’ajouta à la renaissance du mouvement ouvrier noir pour déboucher sur les grands mouvements sociaux et politiques des années quatre-vingt. »

Statistiques des grèves :

1978 : 106 grèves 14160 grévistes

1979 : 101 grèves 22803 grévistes

1980 : 207 grèves 61785 grévistes

1981 : 342 grèves 92842 grévistes

1982 : 281 grèves 189022 grévistes

Ce n’est pas tant le nombre de grèves mais le nombre de grévistes qui augmente considérablement ce qui signifie plus de grèves générales de masse et non des grèves corporatistes locales…

A partir de 1981-82, il y a une recrudescence des affrontements en Afrique du sud. La crise économique entraîne grèves, manifestations, luttes dans les entreprises et dans les townships. La police et l’armée interviennent violemment mais, cette fois, ils s’avèrent incapables de venir à bout de la révolte. Des milliers de jeunes, des écoliers aux jeunes chômeurs, ne craignent plus de s’affronter aux forces de l’ordre et ces combats sont quotidiens. Malgré l’intervention des cars blindés de l’armée qui enlèvent les manifestants, la révolte s’installe en permanence dans les townships et crée un climat insurrectionnel qui va bientôt être complété par la montée du militantisme et de la mobilisation dans la classe ouvrière, puis par le développement de luttes ouvrières d’ampleur.

Dès 1983, le patronat des mines lui-même, en toute illégalité, se résolut à organiser une rencontre avec les dirigeants du NUM, le syndicat noir des mines. 740000 travailleurs noirs étaient alors syndiqués. Il y a eu par la suite plusieurs vagues de grèves générales, de 1984 à 1986.

Cependant, les grèves continuent de se multiplier. L’une des plus grandes est la grève générale de la région du Triangle de Vaal, en novembre 1984, dans laquelle 150.000 travailleurs sont soutenus par 250.000 élèves et étudiants. Les mots d’ordre sont : départ des forces de répression des cités noires, suppression des augmentations de loyers, des tarifs de l’eau et de l’électricité, abolition de taxes pour les habitants, amélioration du système éducatif pour les noirs.

En 1984, 45 000 mineurs commencèrent une grève qui se prolongea en grève générale de deux jours dans toute la région du Transvaal. Et une semaine plus tard eu lieu une autre grève générale de deux jours à Port-Elizabeth. La contestation avait de multiples revendications : le droit de vote, l’abolition du pass, un réel accès à l’éducation, le gel ou la baisse des loyers, l’augmentation des salaires…

Au début de 1986, plus de 54 townships du pays sont ainsi en guerre ouverte contre le gouvernement et sa politique d’apartheid, deux millions d’étudiant sont en grève et plus de 2 millions de salariés font grève au début du mois de mai.

Un commentateur (voir ici) écrit :

« Ainsi, l’année 1986 semble être celle d’un syndicalisme noir renaissant, puissant et organisé, au meilleur de sa forme depuis l’explosion de mécontentement de 1973, à Durban, le grand port de l’océan Indien, qui s’était soldée par une vague de grèves sans précédent. Pour s’en convaincre, quelques chiffres suffisent : 1,5 million de travailleurs en grève dans tous les secteurs de l’économie le 1“‘ mai dernier, à l’appel des syndicats et des mouvements anti-apartheid… La tragédie de la mine d‘or de Kinross, dans l’est du Transvaal, en septembre 1986, où 177 mineurs ont perdu la vie, asphyxiés, a donné lieu à la grève la plus significative des cent ans d’existence de l’industrie des mines d’or sud-africaines : une journée de deuil) à l’appel du NUM auquel ont répondu 300.000 travailleurs. »

Et effectivement, en 1986 débute la plus grande grève des mineurs que le pays ait connu qui est dirigé par le syndicat NUM…

Le militantisme ouvrier monte en flèche et se radicalise. Les syndicats d’ouvriers noirs, qui ne comptaient que 16.000 adhérents en 1969, passent de 223.000 en 1980 à 741.000 en 1983. Les nouveaux syndicats de travailleurs noirs se séparent de la fédération TUSCA contrôlée par les syndicats blancs. En 1979, est apparu notamment le FOSATU, importante fédération de syndicats noirs organisés par branche industrielle et qui va rapidement se radicaliser et se politiser. Le syndicalisme ouvrier passe très rapidement du corporatisme à la contestation politique et sociale du régime. Il est remarquable que, vers le milieu des années 80, la plupart des directions des plus grands syndicats ouvriers noirs soit formée de militants trotskystes. Cela souligne la montée du radicalisme ouvrier en même temps que l’absence de l’ANC dans la classe ouvrière des entreprises, même si l’ANC a commencé à apparaître dans la jeunesse mobilisée des townships et dans les organisations de la petite bourgeoisie noire. La fraction militante de la classe ouvrière se distingue des jeunes radicaux dans le sens d’une conscience de classe affirmée. Par exemple, l’immense majorité des syndicats refuse d’adhérer à l’UDF, front ouvertement bourgeois. Seul le SACTU, dirigé par l’ANC, y participe. Le FOSATU vote coup sur coup des résolutions contre la collaboration de classe prônée par l’ANC et l’UDF.

Le mouvement ouvrier semble donc se radicaliser vers des positions révolutionnaires prolétariennes et non vers un soutien à des partis noirs bourgeois comme ANC ou vers l’alliance démocratique type UDF.

En juin 1986, la situation a tellement empiré que le gouvernement Botha est contraint de décréter l’Etat d’urgence. La répression qui s’abat alors est massive et féroce. Des organisations d’opposition jusque là tolérées sont interdites, leurs membres arrêtés, torturés, tués.

Depuis 1986 on compte 40 000 personnes qui ont été internés sans jugement. La profondeur de la contestation à tous les niveaux de la société se constate par le fait qu’un très grand nombre de jeunes furent enfermés, le plus jeune d’entre eux a été arrêté à l’age de 11 ans.

Mais la répression ne fait que cacher les négociations. Le 21 février 1986, un groupe de sept membres éminents formé par le Commonwealth rencontre des ministres sud-africains et Nelson Mandela, pour élaborer une solution négociée. Leur proposition : Nelson Mandela serait libéré et l’ANC autorisé, en échange de la « suspension » des violences pendant les négociations. Espoirs aussitôt douchés : des raids aériens de l’Afrique du Sud sont lancés le même jour sur des sites de l’ANC à l’étranger. Paradoxalement, le tournant de l’ANC en 1986 est celui de la négociation avec le pouvoir raciste sud-africain et la grande bourgeoisie blanche… En 1986, l’ANC renonce à la lutte armée et accepte de négocier une nouvelle constitution sur le modèle des accords de Lancaster House pour la Rhodésie du Sud. Parallèlement, des représentants des plus grandes entreprises sud-africaines rencontrent des membres de l’ANC à Lusaka en Zambie. La petite et la moyenne bourgeoisie noire tentent aussi d’influencer la montée militante et de lui donner un cadre. En août 1983, 700 associations, liées aux partis nationalistes et réformistes et aux églises et appuyés par la « libéraux » blancs, se sont fédérées au sein de l’UDF, au nom de la lutte contre la réforme constitutionnelle de Botha. C’est une tentative pour l’ANC pour que le mouvement social qui se développe se fasse en liaison avec la bourgeoisie et pas contre elle. En effet, l’ANC a fait le choix de la « lutte armée », ce qui signifie que la majorité de ses militants sont dans des maquis à l’extérieur du pays et sont coupés des milieux populaires en lutte. La montée sociale a lieu sans que les militants de l’ANC eux-mêmes puissent y jouer véritablement un rôle au début. En particulier, la montée militante dans la classe ouvrière n’est pas dirigée par le courant de l’ANC, ni par celui de la « conscience noire », les courants du nationalisme noir s’étant détournés de la classe ouvrière considérée comme seulement capable de luttes économiques.

Mais en 1985, la situation a bien changé pour l’ANC : grâce à l’appui du parti communiste sud-africain, il parvient avec la COSATU (et l’éclatement du syndicalisme ouvrier indépendant de la FOSATU) à mettre la main sur le mouvement ouvrier. L’ANC peut alors se dire le chef du mouvement ouvrier, puisque la NUM, syndicat des mineurs (qui ne lui était pas liée) adhère à l’alliance sous la pression des patrons et du régime d’Apartheid. L’ANC peut alors négocier la sortie de crise avec la bourgeoisie et l’Etat.

La grande bourgeoisie bascule en faveur de la suppression négociée, c’est-à-dire du changement de forme du régime, à condition de ne pas toucher au fond, à la dictature des possesseurs blancs des moyens de production de l’Afrique du sud…

Les négociations de la grande bourgeoisie blanche sud africaine avec l’ANC débutent en 1985. Le 18 septembre 1985, une délégation d’hommes d’affaire blancs sud africains se rend en Zambie pour rencontrer la direction de l’ANC. L’un d’entre eux est Oppenheimer, principal actionnaire de la De Beer, premier producteur de diamant qui contrôle les deux tiers de la production mondiale de diamant. Il affirme qu’il va falloir rapidement supprimer l’apartheid.

De 1985 à 1990, les « civics », groupes issus des associations de jeunesse et de la population déclassée, créées au départ contre les hausses de loyers, sont devenues un instrument pour que les nationalistes de l’ANC et la bourgeoisie de l’UDF reprennent le dessus sur les milieux populaires afin d’imposer un accord avec la grande bourgeoisie blanche et l’impérialisme en écrasant le mouvement ouvrier indépendant. Ils s’appuient sur la population des townships, des zones d’habitation informelles, des camps de squatters et des hostels pour constituer des milices qui vont intervenir violemment contre les ouvriers organisés syndicalement. Ils deviennent une force paramilitaire noire reconnue par le pouvoir de De Klerk alors que les syndicats ouvriers sont encore violemment combattus. Leur but est la mise en place d’autorités locales noires reconnues de toute la communauté noire quitte à les imposer au mouvement ouvrier organisé. La partie de ce mouvement qui s’y refusera sera violemment dénoncée et éliminée… Un analyste disait « ces communautés de base ont pressenti les dangers d’une situation explosive ». (voir ici) La « situation explosive » dangereuse, pour eux, ce n’était pas les exploiteurs, les racistes, mais la classe ouvrière ! Et les associations « civiques » se sont immédiatement groupées derrière la bourgeoisie de l’UDF qui organise parmi les principales the Port Elisabeth Black Civic Organisation (PEBCO-Eastern Cape), the Cape Areas Housing Action Committee (CAHAC - Western Cape), the Soweto Civic Association et the Vaal Civic Association (PWV), the Border Civic Association, the Durban Housing Action Committee et the Joint Resident’s Action Committee (Natal).

Le même analyste relevait que « certaines structures étatiques et le milieu des affaires ont commencé à entrer en négociation avec eux. Ainsi plusieurs municipalités blanches dont Port Alfred et East London ont proposé aux associations civiques locales de cogérer administrativement les townships. »

Le 27 septembre 1985, 90 des plus grands noms du monde des affaires et de la haute finance, appartenant essentiellement à la communauté anglophone, signaient un document réclamant la fin de l’apartheid. (…) L’évêque Desmond Tutu et le leader de l’Inkhata Buthelezi soutinrent ce document. Parmi les signataires se trouvaient les patrons de la Nedbank, de Toyota, de la banque Barclays, de l’Anglo American (dont H.F.Oppenheimer), d’IBM, de Data, de Coca-Cola, du groupe de presse Argus, de Colgate, de Volkswagen, de General Motors… (…) Le congrès du COSATU, le South African Trade Union Congress, eut lieu du 29 novembre au 1er décembre 1985, à Durban. (…) Le rapport de forces interne réel va être déterminé par le syndicat des mines, la NUM. Celui-ci avait été créé en 1982 et avait adhéré au CUSA. Mais il avait rompu avec ce dernier et basculé dans le camp de ceux qui formeront le COSATU. Sa direction vient donc majoritairement de la Conscience noire mais, très vite, son principal dirigeant, Cyril Ramaphosa, s’affiche comme le plus chaud partisan du courant chartiste à la tête du plus gros syndicat de la nouvelle fédération. (…) Les relations internes allaient demeurer très tendues jusqu’en 1987. De forts doutes naîtront chez les anciens de la FOSATU sur la viabilité de l’unité. Les attaques des partisans de l’ANC seront incessantes. (…) Des personnalités libérales (…) vont rencontrer les dirigeants de la COSATU. Un premier contact se fait à Harare avec Jay Naidoo, son secrétaire général, fin 1985, puis les 5 et 6 mars 1986, une réunion se tient à Lusaka avec des délégations du COSATU, de l’ANC et de la SACTU. (…) La mise en forme concrète de cette « alliance » se fit, de manière privilégiée, entre le COSATU et le South African Youth Congress (SAYCO). (…) L’axe COSATU-SAYCO est présenté comme un axe usines-townships et comme un moyen de régler pacifiquement le passif entre syndicalistes et jeunes activistes des civics. (…) Le courant chartiste avait progressivement présenté l’alliance COSATU-UDF et COSATU-SAYCO comme étant fondée sur la Charte de la Liberté. La préparation du congrès de 1987 sera l’occasion de pousser l’avantage et de réclamer que chaque syndicat fasse du programme de l’ANC sa propre référence. (…) Pour la NUM, la Charte était alors « un guide pour la lutte contre l’oppression nationale ». (…) Le Parti communiste, pour sa part et sans surprise, donne son aval aux positions de la NUM : « L’adoption de la Charte de la Liberté par le récent congrès de la NUM reflète correctement le sentiment et la compréhension des masses populaires. C’est un signe donné au mouvement syndical pour un lien plus réaliste, dans la période actuelle, entre lutte économique et lutte politique. »

Le 2 mai 1990, le gouvernement et l’ANC tiennent leur première série de discussions directes au Cap : ils s’engagent à " lutter contre la violence et l’intimidation, d’où qu’elles viennent ". Le 15 octobre 1989, huit dirigeants nationalistes, dont Walter Sisulu, compagnon de Nelson Mandela, sont libérés après vingt cinq ans passés en prison. Les sept membres de l’ANC libérés participent, le 29, au premier rassemblement autorisé par le régime depuis 1960, qui réunit soixante mille personnes dans le stade de Soweto. Le 2 février 1990, le président sud africain Frederik De Klerk annonce devant le Parlement la légalisation des mouvements nationalistes noirs, dont le Congrès national africain (ANC), interdit depuis 1960, la libération des prisonniers politiques qui n’ont pas commis de violences, la fin de la censure et la suspension des exécutions capitales. Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré après vingt sept ans de captivité. Le 13 février 1990, parlant devant plus de cent mille personnes au stade de Soweto, à Johannesburg, Nelson Mandela multiplie les appels " au calme et à la discipline ". Le16 février 1990, le comité exécutif de l’ANC, réuni depuis le 14 à Lusaka (Zambie) en l’absence de Nelson Mandela, accepte de rencontrer Frederik De Klerk. Le 4 mars 1990, Lennox Sebe, " président à vie " du bantoustan du Ciskei, est renversé par un coup d’Etat militaire dirigé par le général Josh Gqozo. Le nouveau pouvoir réclame la réintégration du Ciskei au sein de l’Afrique du Sud. Le 2 mai 1990, le gouvernement et l’ANC tiennent leur première série de discussions directes au Cap : ils s’engagent à " lutter contre la violence et l’intimidation, d’où qu’elles viennent ". Le 7 juin 1990, l’état d’urgence, instauré le 12 juin 1986, est levé, sauf dans la province du Natal, où se poursuivent des affrontements entre factions rivales dans les cités noires. Le 19, la loi abolissant, à partir du 15 octobre, la ségrégation raciale dans les lieux publics est votée par les députés. Le 6 août 1990, le gouvernement et l’ANC tiennent, à Pretoria, leur deuxième série de pourparlers préalables à des négociations sur une nouvelle Constitution. Dans l’accord signé après quinze heures de discussions, l’ANC annonce qu’elle suspend la lutte armée, tandis que le gouvernement s’engage à libérer tous les prisonniers politiques et à autoriser le retour des exilés avant la fin de l’année. Le 13, éclatent de très violents affrontements entre partisans de l’ANC et partisans du mouvement zoulou Inkatha dans les cités noires autour de Johannesburg. Le 18 octobre 1990, l’état d’urgence est levé au Natal, seule région où il était encore en vigueur en raison des affrontements entre membres de l’Inkatha et militants de l’ANC, qui ont fait plus de quatre mille morts en quatre ans. Le 27 juin 1991, après le vote du Parlement, le président Frederik De Klerk signe l’abrogation des trois dernières lois qui régissaient l’apartheid. Le 14 septembre 1991, le président De Klerk et une vingtaine d’organisations politiques, syndicales et religieuses, dont l’ANC et le Parti Inkatha à dominante zouloue, signent un accord de paix destiné à mettre fin aux violences entre factions noires rivales, qui ont fait près de dix mille morts depuis 1984. Le 20 décembre 1991, dix neuf partis et organisations participent, près de Johannesburg, à la première réunion de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique, chargée d’élaborer une nouvelle Constitution, qui consacrera la fin de l’apartheid. Le 17 mars 1992, le succès massif du " oui " (68,7 % des 3,29 millions d’électeurs blancs) au référendum sur la politique de réformes, demandé par le président Frederik De Klerk, ouvre la voie à l’accélération de la politique de partage du pouvoir entre les Blancs et les Noirs. Les 26-29 avril 1994, les premières élections multiraciales mettent fin au régime de l’apartheid. Le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela recueille 62,65 % des voix, soit 252 sièges sur 400, contre 20,39 % (82 sièges) au Parti national (PN) du président sortant, Frederik De Klerk, et 10,54 % (43 sièges) à l’Inkatha de Mangosuthu Buthelezi. Le 10 mai 1994, élu le 9 à la présidence de l’Etat par le Parlement, Nelson Mandela, est investi en présence de quarante-deux chefs d’Etat ou de gouvernement. Le 25, le Conseil de sécurité de l’ONU vote la levée de l’embargo imposé à l’Afrique du Sud.

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2 Messages de forum

  • La police sud-africaine a indiqué avoir utilisé mardi matin grenades assourdissantes et balles en caoutchouc pour disperser quelque 3.000 grévistes "violents" qui bloquaient une route menant à une mine de platine du numéro un mondial du secteur Amplats près de Rustenburg (nord).

    Les mineurs brandissaient "des armes dangereuses comme des cannes traditionnelles et des bâtons (ce qui est désormais interdit, ndlr), bloquaient la route et menaçaient de déloger les travailleurs non grévistes à la mine", a dit la police dans un communiqué, précisant que l’incident s’était produit vers 08H00 (06H00 GMT devant un puits de la mine de Khuseleka.

    La police a selon elle tenté de négocier avec des permanents du syndicat Amcu, organisateur du mouvement, pour leur rappeler les règles à respecter en cas de grève, qui prévoient notamment le libre accès au lieu de travail des non-grévistes. Elle a finalement dispersé les manifestants, dont certains menaçaient ses agents avec des pierres.

    Deux personnes ont été arrêtées et devront comparaître devant la justice pour violence publique.

    Il s’agit du premier incident sérieux depuis le début d’une grève qui a été jusqu’à présent relativement pacifique, bien loin des violences de la vague de grèves sauvages qui avaient secoué les mines sud-africaines en 2012.

    Anglo American Platinum (Amplats) est très affecté depuis le 23 janvier, de même que ses concurrents Impala Platinum (Implats) et Lonmin, par un conflit sur les salaires mené par le syndicat radical Amcu.

    Des négociations ont repris mardi pour tenter de régler cette grève, alors que les ouvriers des raffineries et des fonderies sud-africaines du groupe ont emboîté le pas aux mineurs et cessé le travail depuis lundi.

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  • Le gouvernement sud-africain, cible de nombreuses critiques des suites de l’apartheid puisque le prétendu succès de Mandela n’a nullement été suivi d’une situation économique et sociale meilleur pour les noirs, essaie de manier des arguments démagogiques, prétend rendre des terres aux noirs et maintenant il affirme qu’il va faire en sorte qu’une petite partie (25%) des bénéfices des mines profite à des noirs alors que, depuis la fin de l’apartheid, les richesses du sous-sol comme bien d’autres richesses industrielles ou commerciales, touristiques ou autres, ne bénéficient toujours qu’aux trusts détenus par des blancs ! Les propriétaires des mines hurlent comme des chacals qu’on voudrait empêcher de dépecer leurs proies avant même de connaître le projet de loi minière !!!!

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