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La dialectique de Hegel, peu connue en France, est-elle toujours d'actualité pour la pensée scientifique ? - Matière et Révolution
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La dialectique de Hegel, peu connue en France, est-elle toujours d’actualité pour la pensée scientifique ?

lundi 8 décembre 2014, par Robert Paris

La dialectique de Hegel, peu connue en France, est-elle toujours d’actualité pour la pensée scientifique ?

La science a inéluctablement besoin d’une philosophie et, de préférence, que cette philosophie soit aussi pesée, réfléchie, raisonnée que l’est cette science. Il n’existe pas de domaine de la pensée – et les sciences appartiennent à la pensée autant qu’à l’observation – qui puisse se passer de philosophie. Examinons d’abord pourquoi ce besoin.

Tout d’abord, en observant la nature, on ne se contente pas de voir, on compare, on généralise, on construit des concepts, on bâtit des paramètres, des lois, on soupçonne des régularités et on tente de les vérifier. Tout cela est une activité intellectuelle et nécessite une méthode, une manière de généraliser, de comparer, de théoriser, en somme une philosophie.

Bien sûr, la plupart des auteurs de différents domaines des sciences peuvent nous répondre : non, personnellement, j’ai fait de la biologie sans avoir eu besoin d’une philosophie, j’ai fait de l’astrophysique « simplement » en étudiant les données d’observations de ce domaine et en les comparant aux modèles qui peuvent être proposés. C’est une illusion intellectuelle qui est très couramment partagée, y compris par les meilleurs des scientifiques. C’est dû au mode de pensée actuel. A l’époque d’Einstein, Planck, Schrödinger ou Heisenberg, les scientifiques ne pensaient pas cela. Darwin ne pensait pas cela. Leibniz ne pensait pas cela. C’est l’état de la société qui dicte l’idéologie d’une époque et celle de notre époque prétend éviter les idéologies. Tant pis, ce que l’on va dire ici n’ira pas dans le sens du courant. On est habitués…

Nous allons affirmer que ceux qui prétendent ne pas avoir une philosophie en ont une, même s’ils n’en n’ont pas conscience.

Quelle est cette philosophie qui leur vient apparemment d’elle-même ? C’est celle du raisonnement dit formel. Elle est en gros la même que celle des religions, de la métaphysique, du bon sens de la plupart des gens, des conceptions sociales et politiques conservatrices et correspond à un besoin psychologique de l’homme dont nous expliquerons un peu plus avant la signification.

Que leur dit en gros cette philosophie et à quoi leur sert-elle ?

Une philosophie, d’une manière générale, sert à répondre à un problème précis : trouver une attitude face à ce que l’on ignore.

Or, quoique nous fassions, nous nous heurtons sans cesse à des choses que nous ignorons, à commencer par ce qui va se passer après. Nous ne savons pas bien de quoi est fait le monde, comment il fonctionne, ce que nous pouvons ni ne devons y faire, et si c’est une bonne idée de le faire. Nous ne savons pas vraiment qui nous sommes, de quoi nous sommes capables, ce que nous devrions penser et faire. Et, plus encore, nous ignorons ce qui se passerait si nous faisions ou pensions autrement. Et, à toutes ces interrogations auxquelles la simple observation du passé ou du présent ne peut entièrement répondre, notre philosophie donne par contre des réponses, qu’elles nous satisfassent ou pas. A certains hommes, c’est la religion qui la leur fournit. A d’autres ou aux mêmes, c’est leur morale personnelle. A d’autre encore, c’est leur logique. A d’autres, c’est la conception sociale, collective et individuelle, plus ou moins imposée ou choisie.

Ces philosophies sont des guides de la pensée et de l’action, absolument indispensables à tous les hommes, que cela leur plaise ou pas.

Et absolument indispensables aussi aux hommes de sciences dans leur vie personnelle comme dans leurs travaux, qu’ils le sachent ou pas, qu’ils y aient réfléchi ou non.

A une époque donnée, dans une société donnée, dans un milieu social donné, il y a une philosophie dominante déterminée pour l’essentiel par l’histoire et les besoins de la classe dirigeante.

Il y a de nombreux courants philosophiques qui ont de grandes différences entre eux et se combattent. Matérialismes contre idéalismes, logique formelle ou métaphysique contre logique dialectique, philosophies déterministes contre philosophies indéterministes, philosophies historiques contre philosophies a-historiques, philosophies du continuum ou du discontinu, du holisme ou du réductionnisme, etc…

Dans ce texte, nous ne discuterons que la question de la philosophie dialectique et son contraire, la philosophie métaphysique dite du oui ou non exclusif, du vrai ou faux, du noir ou blanc (exclusif signifiant que ce sont les seules propositions possibles et qu’elles ne peuvent coexister) ou dite encore celle du tiers exclus. Ce « tiers exclus » signifie que dans une opposition, on exclue un cas intermédiaire ou combiné. C’est ou noir ou blanc, ou vrai ou faux, ou bon ou mauvais, ou le diable ou le bon dieu…

Mais, direz-vous, si vous répondez qu’il faut choisir la philosophie dialectique plutôt que la philosophie de la logique formelle, vous-mêmes ne rompez-vous pas avec la conception dialectique en opposant diamétralement les deux. Eh bien, pas nécessairement, car la logique formelle est incluse, dans certains cas, au sein de la logique dialectique, au même sens où l’arithmétique fait partie de l’algèbre et où la photo appartient au domaine du film. Nous ne disons pas, comme vous le verrez, que la logique formelle soit entièrement fausse, inutile et la logique dialectique sans cesse la seule indispensable.

Ce que nous allons essayer de montrer, c’est que, si le monde obéissait seulement à une logique formelle, l’univers serait non-dynamique et n’aurait aucune histoire, serait donc comme rien car seuls les changements ont un sens. Ce qui ne change pas, ou trop régulièrement, est comme rien en physique comme en psychologie ou en sciences sociales. Rappelons-nous que notre regard ne remarque que ce qui bouge, que la matière ne connaît que ce qui change et que ce qui bouge avec accélération. Le reste n’interagit pas et ne peut pas être remarqué.

Si le oui ne peut jamais se changer en non, alors on a d’un côté le oui et d’un autre le non et rien ne changera puisqu’il n’existerait aucun mécanisme d’interaction ni de transformation.

La logique formelle, celle du tiers exclus, du tout identique à la somme des parties, de l’identité, de l’incompatibilité des contraires ne peut que nier l’émergence de structures, de propriétés et de paramètres. Ces derniers doivent préexister et avoir toujours existé. Mais alors comment pourrait-il y avoir une histoire de l’Univers ?

Ou la matière existe ou elle n’existe pas, en raisonner ainsi on est contraint de dire que, si elle existe aujourd’hui, c’est qu’elle existera toujours mais aussi c’est qu’elle a toujours existé. Or, les scientifiques pensent le contraire.

Si une espèce existe, ce serait parce qu’elle a toujours existé. Eh bien non ! Si l’espèce est toujours identique à elle-même, comment pourrait-elle évoluer vers une autre espèce ?

Si la matière est toujours matière et la lumière est toujours lumière et si les deux sont des réalités qui ne s’interpénètrent pas, comment l’atome pourrait-il tirer spontanément de son sein un photon lumineux ? Comment deux matières qui se choquent violemment pourraient-elles se transformer entièrement en lumière ?

Si la vie était le contraire formel de la mort, comment se ferait-il que les spécialistes affirment que l’essentiel des propriétés de la cellule vivante serait de se tuer elle-même par apoptose ou suicide cellulaire en faisant agir gène et protéines de la mort ?

Ce n’est pas un apriori philosophique qui nous pousse à vouloir à toute force introduire la dialectique au sein des sciences physiques, biologiques, évolutionnistes, humaines, psychologiques, sociales et politiques. Nous n’avons pas besoin d’ailleurs de l’introduire mais seulement de l’y observer.

Si nous refusions d’accepter l’existence de contraires, de pôles, qui s’interchangent, qui s’interpénètrent, qui s’associent dans une unité, qui se secondent, qui interagissent entre niveaux hiérarchiques de structures, qui s’accordent, se complexifient mutuellement, c’est là que nous resterions sans réponse face à nos observations.

Si nous voulons absolument que la matière soit ou onde ou corpuscule que nous restons bouche bée devant l’observation quantique ! C’est là que nous en restons à nos aprioris.

Si nous tenons à penser qu’il y a d’un côté la matière et de l’autre le vide, c’est là que nous sommes bouche bée devant la remarque d’Einstein selon laquelle la matière courbe le vide, ou celle de la physique quantique selon laquelle la propriété de masse de la matière saute d’une particule virtuelle du vide à une autre. La matière est un passage d’un vide à un autre vide et ne peut donc être diamétralement opposée au vide, pas plus que la vie ne peut être diamétralement opposée à la mort, ni le mouvement à l’immobilité, ni la détermination à l’indétermination. Rappelons que la physique quantique a remarqué que, plus on détermine exactement un paramètre d’un système, plus on indétermine un autre paramètre du système…

Ce n’est pas une faiblesse de la science de l’homme que l’on révèle ainsi mais une marque du fonctionnement du monde qui fait que ce monde est animé, historique, dynamique, se transformant spontanément sans intervention extérieure.

Un monde qui est ainsi en permanente transformation, sans cesse sujet de contradictions en lutte, ne peut être décrit par des propos éternels, inébranlables, toujours vrais, jamais contredits. Il n’y a pas, dans la réalité, de proposition qui n’ait aucun contre-exemple dans une circonstance ou une autre.

Prenons, par exemple, une proposition simple des sciences : la cellule vivante de l’être humain contient toujours de l’ADN. Et nous avons tout de suite une exception : le globule rouge est une cellule sanguine qui ne contient pas d’ADN. En effet, elle est dépourvue du noyau cellulaire qui doit contenir normalement cet ADN… et elle ne subit pas de dédoublement, contrairement aux autres cellules. Pourtant, elle est issue d’une spécialisation de cellules non spécialisées qui possédaient un noyau et se dédoublaient. Si on voulait opposer la possession d’un ADN à sa non possession ou la possession d’un noyau à sa non possession, on est sûr de ne pas avoir une opposition diamétrale. Une cellule mère avec noyau et ADN peut en effet avoir une cellule fille sans noyau et sans ADN… Renversant non ? C’est un peu comme si on nous disait que les pommiers donnent des poires, non pas exceptionnellement mais tout le temps, tous les jours, comme toutes les fois qu’on produit un globule rouge, il est issu de cellules non spécialisées avec noyau et ADN ! C’est la transformation d’un élément caractéristique en son contraire…

Vous pouvez me répondre que j’ai reconnu moi-même que c’est une exception. Certes, mais en logique formelle, un énoncé qui a une seule exception est un énoncé entièrement faux vu que, pour cette philosophie, il doit être entièrement vrai ou il est faux !

Cela ne fait rien : un exemple et même un contre-exemple ne vaut pas une démonstration formelle, me direz-vous. Démontrez-moi la non validité de la logique formelle par rapport à la réalité.

Je vais répondre à votre argument par une affirmation : il ne vous est pas possible d’énoncé une seule proposition qui soit formellement vraie, c’est-à-dire vraie en toutes circonstances et dans tous ses sens…

C’est ce que vous prétendez, me direz-vous, mais ce n’est pas prouvé. Ne peut-on trouver un énoncé qui ne puisse pas être contredit dans telle ou telle observation, dans tel cas, dans telles conditions, à telle ou telle époque. Eh bien non, que ce soit dans les sciences physiques, biologiques, du vivant, de l’inerte, du social, de l’humain ou de l’animal, comme vous voudrez.

Je vais vous prendre un adage que je devrais défendre comme la prunelle de mes yeux et vous montrer qu’il n’est valable qu’en un sens et complètement faux dans un autre. Vous serez d’accord pour dire que c’est certainement un point qui semble le moins discutable de mon point de vue.

C’est le suivant : le prolétariat est une classe révolutionnaire. Cela vous étonnera sans doute, adepte de la philosophie formelle, mais même cette affirmation peut aisément être contredite historiquement à des moments donnés. Elle n’est pas immanente, éternelle, non contredite. Lorsque Marx l’affirme dans le « Manifeste communiste », il entend par là que la classe qui n’est pas possesseur de ses moyens de production est la nouvelle classe potentiellement porteuse d’un nouveau mode de production capable d’offrir un monde nouveau à l’humanité, un monde débarrassé de tout mode de production lié à la propriété privée des moyens de production et donc à l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais Marx sait parfaitement bien, par expérience, que le prolétariat n’est pas révolutionnaire en permanence, qu’il n’a ni sans cesse conscience de son rôle, n’a pas sans cesse envie de jouer ce rôle, n’a pas sans cesse des circonstances favorables pour le faire, n’est pas sans cesse organisé dans ce but. Au contraire, ces diverses conditions, reliées à celle de la crise de la domination des classes dirigeantes, n’existent qu’exceptionnellement… Ce qui fait qu’en temps normal, le prolétariat n’est pas révolutionnaire !

J’ai donc développé la contradiction de l’affirmation la plus fondamentale de ma conception historique, politique et sociale… et j’ai montré qu’elle pouvait également être vraie.

L’une des propositions est même la cause de la proposition contraire. En effet, si le prolétariat connaît, rarement, des explosions révolutionnaires contre le système, c’est justement parce que la plupart du temps il ne veut pas du tout s’en prendre au système d’exploitation et va attendre jusqu’à la limite extrême pour entrer en lutte. Les deux propositions inverses se produisent donc mutuellement.

De nombreuses fois, au sein des notions de révolution on trouve des propositions contraires qui se nourrissent mutuellement. C’est au plus durs moments de réaction nationaliste, en pleine guerre mondiale, au sein du prolétariat, qu’ont eu lieu les moments les plus grands moments internationalistes de ce même prolétariat. C’est le cas durant la Commune de Paris de 1871 comme lors de la révolution russe de 1917.

Et je peux en prendre d’autres très notions importantes, tirées aussi de mes conceptions, et les contredire moi-même une fois encore.

Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas de contradictions du raisonnement : dans l’histoire des sociétés humaines comme dans celle de la matière ou de la vie, il s’agit de contradictions intrinsèques des processus de transformation dynamique. La contradiction interne est le moteur même de la dynamique du changement comme du non-changement.

Par exemple, au début des révolutions, ce n’est pas l’aile révolutionnaire mais l’aile réformiste qui est massivement favorisée par les prolétaires en mouvement qui redécouvrent la participation directe à la politique.

Un autre mouvement contradictoire des révolutions ; au moment même où les masses viennent de renverser par la radicalité de la lutte des classes le symbole même de la dictature passée, celui qui se tenait à la tête de l’Etat, c’est justement le moment où elles sont le plus disposées à croire à l’alliance des classes, à l’entente de « tout le peuple » pour gouverner et font même la plus grande pression sur l’aile révolutionnaire pour qu’elle se fonde dans cette alliance.

C’est également au moment où le mouvement monte vers la révolution qu’un autre mouvement monte également vers la contre-révolution et inversement.

Parce que la société, dans sa longue phase de stabilité apparente, connaissait également une lutte de classe, plus discrète mais tout aussi présente, dans laquelle les extrêmes étaient moins réchauffées et qui ressemblait à s’y méprendre à une entente des classes. Ce n’était qu’une illusion des périodes calmes.

Encore une fois, toutes ces remarques ne concernent pas spécialement l’histoire des hommes, ou celle de la matière ou de la vie, mais tous les domaines de la réalité.

Par exemple, quand l’eau bout à 100°, on commence à constater que visuellement que l’eau liquide peut susciter en son sein des bulles qui remontent la surface et nourrissent des vapeurs d’eau, transformation d’état de la matière. Nul ne découvre ici ce fonctionnement. Mais l’eau liquide à une température bien inférieure à 100°, celle que nous observons tous les jours par exemple à la surface d’une mer ou d’un lac, n’est qu’un équilibre beaucoup moins apparent entre deux états de la matière : liquide et gaz, car le fait que des molécules s’échappent sans cesse de sa surface n’est pas visible. Le combat entre les phases liquides et gaz est général et n’attend pas les 100°. Le gaz de l’air pénètre d’ailleurs bien plus à l’intérieur de l’eau et l’eau pénètre bien plus à l’intérieur de l’air que l’image de la surface ne nous le laisserait croire. Ce qui semble une surface, c’est-à-dire une forme presque immobile, est même le lieu d’un échange dynamique incroyablement animé. Cet apparent équilibre n’est qu’une illusion et l’eau n’a pas cette surface comme véritable frontière puisque ses molécules s’élèvent au-dessus et même très au-dessus dans le nuage… L’air, lui aussi, pénètre sans cesse le liquide et s’en échappe.

Les classes sociales sont également ainsi. Il y a énormément d’interpénétration à l’interface de deux classes antagonistes et elles peuvent sembler se partager tranquillement l’espace, mais ce n’est qu’au seuil d’un changement brutal que cela devient parfaitement visible.

Mais, même dans sa phase calme, le fonctionnement des processus dynamiques repose sur des contradictions internes. Elles coexistent parce qu’elles sont parvenues à construire une structure sur la base même de ces contradictions. Elles ont trouvé dans leur opposition un mode de fonctionnement apparemment tranquille et qui peut durer assez longtemps. Il n’est dévoilé que par la situation de changement brutal.

C’est le cas, par exemple, pour une espèce vivante. Tant qu’elle n’est pas remise en question par des changements brutaux du milieu, l’espèce peut sembler complètement inchangée, sans cesse produisant de nouvelles générations mais ces dernières quasiment pas transformées dans leur fonctionnement par rapport aux générations précédentes. Cette apparente stabilité est pourtant fondée sur un processus contradictoire : le même mécanisme génétique, le même ADN pourrait produire des protéines différentes et même un processus de développement, avec un mode d’organisation différent des actions des gènes homéotiques qui pilotent la construction du corps vivant et cela sans même changer le contenu biochimique de l’ADN. Car la dynamique qui produit l’être vivant n’est pas seulement un processus de mémorisation et de reproduction à l’identique, de conservation génétique, mais en même temps un processus de diversification à tous les niveaux. Si les conditions externes changent brutalement, déstabilisent le fonctionnement de l’espèce, ce sont ces processus internes de diversification qui vont être un peu plus favorisés alors que précédemment c’était au contraire les processus dits chaperons de conservation qui l’étaient.

Revenons donc aux affirmations justes et dont le contraire est juste aussi, du moins dans certaines circonstances et dans un certain sens. Par exemple, contredisons une affirmation de Marx.

La Commune de Paris en 1871 a été une révolution ouvrière qui a mis en place le premier Etat ouvrier de l’Histoire. Comment pourrait-on prétendre le contraire puisque c’est Marx qui l’a affirmé dans son ouvrage fameux « La guerre civile en France » ? Nous ne faisons pas de Marx une religion et nous allons examiner la contradiction.

Eh bien, justement montrons que cette proposition de Marx peut parfaitement, et de manière juste aussi, être contredite.

En 1871, tout d’abord les prolétaires parisiens, c’étaient plutôt des artisans que des ouvriers et il y avait nombre de petits bourgeois révolutionnaires aussi. Sociologiquement, c’est exact. Politiquement, Marx a raison en termes historiques. Est-ce que les révolutionnaires de la Commune avaient conscience de construire un Etat ouvrier ? Pas tout à fait ! Pas toujours ! Etait-ce vraiment une action entièrement organisée consciemment de la part d’un prolétariat développant ses propres perspectives ou bien est-ce la bourgeoisie et le gouvernement qui ont acculé Paris à la révolution ? La remarque est juste. Etc, etc… Le monde est plus complexe que la plus juste des affirmations. La philosophie du ui ou non est bien incapable de décrire la réalité à toutes les échelles, toutes les époques, dans tous les sens…

Prenons une affirmation scientifique apparemment tout ce qu’il y a de simple : l’univers est matériel.

Ah bon ! Et la lumière ? Il y a quand même un petit peu d’antimatière dans ce monde. D’ailleurs, il semble qu’il y avait presque autant d’antimatière que de matière auparavant et que ce tout petit peu de différence par rapport à une situation entièrement symétrique a complètement changé la suite.

Pas tout à fait de symétrie entre les contraires, voilà quelque chose qui semble général.

Presque autant d’hommes que de femmes. La loi de l’action et de la réaction : presque égales et opposées. Si elles étaient tout à fait égales, il ne se passerait rien…

Presque autant de notre matériel génétique vient de notre père que de notre mère. Et même autant le plus souvent. Sauf pour l’ADN mitochondrial, l’exception, qui, lui, vient exclusivement de la mère…

L’homme est différent de l’animal. Oui, et il est difficile de chercher en quoi car c’est en tout. Dans tous les domaines, l’intervention de cerveau a lieu et modifie les comportements conscients et même les comportements inconscients. Pourtant, en tout aussi, l’homme est également un animal et ce serait une grosse erreur de le nier. Il n’y a pas un domaine où l’homme ne soit différent et pas un domaine où l’homme ne soit quand même un animal. Appelez ce genre de situation comme vous voulez : moi, j’appellerai toujours cela de la dialectique !

Ce n’est pas une remarque particulière à l’espèce humaine mais générale à toutes les espèces. Elle sont toutes à la fois seulement de leur espèce et aussi appartenant à l’ensemble du vivant. A la fois différentes des autres espèces et identiques aux autres. Bien sûr, chacun sait que le pommier donnera toujours des pommes qui donneront encore des pommiers et ainsi de suite. Que la poule donnera des œufs de poule qui redonneront des poules. Et en même temps, le contraire est également vrai. Eh oui ! Sinon, il n’y aurait pas de possibilité d’évolution des espèces vivantes… Il faut bien que certaines espèces aient cessé de maintenir la reproduction à l’identique et laissé s’échapper la contradiction interne qui existait déjà : celle allant vers la diversité et non vers la reproduction à l’identique !

Identiques ou différentes, s’opposant ou faisant partie d’un même ensemble, ayant des molécules agissant les unes sur les autres ou pas, les espèces ne sont pas d’une sorte sans être le contraire. Désolé, mais on ne peut pas dire autrement.

Et ne croyez pas que cela signifie que l’on ne peut rien dire, que l’on ne peut pas trancher dans la réalité. Non, cela signifie qu’à chaque fois qu’on tranche, on a choisi une part seulement de la réalité qui, elle, contient les contraires. Par exemple, si on effectue une expérience sur une particule, si on choisit une expérience qui mesure des ondes et on trouvera uniquement des ondes et si on choisit une expérience qui mesure des corpuscules, on trouvera uniquement des corpuscules. Cela ne veut pas dire que les expériences se trompent ni que l’homme ne parvient pas à pénétrer la réalité. C’est que la logique formelle de l’homme cherche quelque chose qui n’existe pas et qui est entièrement corpusculaire ou entièrement ondulatoire. Ondes et corpuscules sont effectivement deux images contradictoires. L’un occupe le volume, l’autre est localisé, l’un contourne les obstacles, l’autre les traverse, etc… Et pourtant, ce n’est qu’à eux deux que l’on décrit la réalité de la matière et de la lumière. Pourquoi cela nous dérange-t-il ? Parce que nous ignorons la dialectique ! Parce que nous n’avons pas pris le temps d’y penser.

Pourquoi est-ce si dérangeant ? Parce que cela perturbe notre tranquillité qu’une chose puisse être d’une sorte et, en même temps, de son contraire.

Qu’y a-t-il de si perturbant ? Est-ce au plan intellectuel, idéologique, sentimental, psychologique ou inconscient que nous rejetons ce qui n’est pas la thèse de l’identité, la thèse du tiers exclus, que nous refusons ainsi la dialectique en notre fort intérieur ?

Remarquons d’abord que la petite enfance ne l’exclue pas et les premières civilisations non plus, que nos rêves ne l’excluent pas et notre inconscient non plus. Par contre, le type de conscience que nous avons bâtie dans la civilisation occidentale actuelle l’exclue.

La possibilité d’être en deux endroits en même temps est rejetée par la physique à notre échelle mais pas par la physique quantique dans certains cas. Elle n’est pas rejetée par toutes les philosophies dans sociétés antiques. Elle n’est pas rejetée par notre inconscient. C’est notre logique formelle qui la récuse.

Cette logique là, nous n’en héritons pas en naissant. La petite enfance a une logique différente, que nous oublions ensuite. Par exemple, l’adulte sait qu’un individu qui se cache derrière sa main va réapparaitre ensuite en enlevant sa main. Au début, le petit enfant ne le sait pas. C’est ce type de construction intellectuelle qui va fonder sa logique formelle et dont il n’hérite pas à la naissance.

Pourquoi fonderait-il plutôt une logique formelle qu’une logique dialectique puisque nous avons dit que le monde est spontanément dialectique ? Parce qu’il est affolé et a besoin de se rassurer.

Nous sommes des humains qui avons cherché à nous libérer des entraves de toutes sortes, de l’espèce, du mammifère, du vivant, du social, de l’obéissance, mais la contrepartie, c’est que nous sommes affolés par la nécessité de savoir quoi faire devant un monde qui ne nous donne pas toutes les indications nécessaires.

Du coup, étant petits, nous préférons nous donner des assurances fixes, des garanties du genre : je suis le même, si je dors, je me réveillerais le même, je retrouverais mes parents, mon logis, mes jouets et ils seront inchangés. Et notre éducation va prendre justement ce chemin car tel est le choix de la société où nous vivons. Si nous étions des individus vivant dans une très ancienne société de chasseurs-cueilleurs, nous ne penserions pas ainsi. Nous ne dirions pas ou un homme ou un animal, nous ne penserions pas que le monde matériel s’oppose au monde spirituel mais que les deux sont contradictoires et interpénétrés. Nous sommes bien plus intelligents que ces chasseurs-cueilleurs et ce ne sont certainement pas eux qui peuvent avoir raison. Pas si sûr ! Nous les dépassons par nos sciences et nos technologies ! Mettons un individu du monde actuel dans la même situation que nos chasseurs-cueilleurs et nous verrons bien… Nous n’y survivrions pas et nous serions terrorisés. Parce que nos manières de nous rassurer actuelles elles-mêmes ne fonctionnent dans notre monde économique et social et pas dans n’importe quel autre monde de n’importe quelle époque.

Nous fabriquons des mensonges sur le monde pour pouvoir l’affronter, le supporter. C’est à la fois une réponse normale mais une réponse de faiblesse. Nous ne voulons bien sûr pas admettre que notre logique est là pour nous mentir et nous rassurer. Nous ne voulons pas nous dire que le monde peut s’effondrer parce qu’il contient des contradictions explosives. Nous ne voulons pas nous dire la même chose sur notre vie personnelle. Nous bâtissons des constructions logiques sur nous, notre famille, nos amis, notre société afin de nous tranquilliser. Nous avons peur en fait de savoir la vérité et, en même temps, elle nous attire.

La première des contradictions interne est, en effet, en nous. Nous ne sommes pas seulement celui que nous prétendons, au plan social, psychologique, personnel, relationnel mais aussi le contraire. Il suffit que quelque chose nous repousse pour qu’elle nous attire aussi. Il suffit que nous nous l’interdisions pour que nous commencions à souhaiter nous l’autoriser, ne serait-ce que fictivement, virtuellement, imaginairement, dans nos rêves ou dans notre inconscient. Nous sommes donc contradictoires au sens dialectique.

Et nous avons un besoin, personnel et humain mais aussi social, de nier le maintien des contradictions dialectiques, mais aussi nous avons besoin de la connaître, de la reconnaître, de l’étudier, de l’accepter.

Nous n’en aurons donc pas fini de sitôt avec la logique formelle et pas non plus avec son redoutable adversaire : la logique dialectique !

En tout cas, si la logique formelle est indispensable à tous les conservatismes, qu’ils soient psychologiques, personnels ou collectifs, religieux, sociaux, scientifiques et politiques, les transformations personnelles, idéologiques, sociales et politiques ont vitalement besoin de la dialectique.

Pour de nombreux scientifiques, philosophes et auteurs de toutes sortes, la philosophie dialectique est une lubie qui mérite autant de considération idéologique que le stalinisme, c’est-à-dire aucune et ils la voient comme un moyen de défendre tout et son contraire, c’est-à-dire de mêler sciemment le vrai et le faux.

Il importait de montrer que des scientifiques déterminants dans leur domaine d’étude ne pensaient pas ainsi.

Pour ceux qui jugeraient à la fois arbitraire et purement idéologique ce choix d’étudier le réel scientifiquement en faisant appel à une conception philosophique qui ne cache pas son nom (le matérialisme dialectique), je prend à témoin quelques « autorités » en matière de sciences : le physicien-chimiste Prigogine, le géologue et paléontologue Gould, l’immunologue Ameisen, les physiciens Rosenfeld, Cohen-Tannoudji, Lévy-Leblond, Klein et Langevin, le psychiatre Meire et les biologistes Atlan, Levins et Lewontin. Et la liste est loin d’être exhaustive.

« Toutes les grandes théories de la spéciation s’accordent à reconnaître que la divergence s’effectue rapidement au sein de populations très réduites. (...) Le processus (de spéciation) peut prendre des centaines voir des milliers d’années. (...) Mais mille ans, ce n’est qu’un infime pourcentage de la durée moyenne d’existence des espèces invertébrées. (...) Eldredge et moi faisons référence à ce mécanisme sous le nom de système des équilibres ponctués. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pensée occidentale qu’un phénomène de nature, il nous faut alors étudier d’autres philosophies du changement pour élargir le champ de nos préjugés. Les fameuses lois de la dialectique reformulées par Engels à partir de la philosophie de Hegel, font explicitement référence à cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de ‘’ la transformation de la quantité en qualité ‘’ La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un système résiste jusqu’au moment où il atteint le point de rupture. (...) Le modèle ponctué peut refléter les rythmes du changement biologique (...) ne serait-ce qu’à cause du nombre et de l’importance des résistances au changement dans les systèmes complexes à l’état stable. (...) « L’histoire de n’importe quelle région de la terre est comme la vie d’un soldat. Elle consiste en de longues périodes d’ennui entrecoupées de courtes périodes d’effroi. »

Le géologue et évolutionniste Stephen Jay Gould dans « Le pouce du panda »

« La déconstruction du corps, à mesure qu’il se construit, est une des composantes essentielles de l’élaboration de la complexité. (...) L’embryon procède d’une manière similaire (à l’attitude de l’architecture du Moyen Age) : un tissu de soutien relie les deux parois qui se rapprochent, puis, une fois la voûte achevée, la mort fait disparaître le soutènement. »

L’immunologue Jean Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant »

« Deux courants convergents ont conduit à se représenter aujourd’hui l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction ; l’un d’ordonnancement et de régularités, l’autre de perturbations aléatoires et de diversité ; l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible. »

Henri Atlan dans « Entre le cristal et la fumée »

« Dans l’étude des mécanismes du vivant (...) les interactions entre le hasard et la nécessité rendent compte de la dialectique entre invariance et nouveauté. (...) André Pichot dans Eléments pour une théorie de la biologie) souligne que la vie n’est donc pas un état inhérent à une organisation physico-chimique (comme le postule la biologie analytique) mais un phénomène bipolaire, un rapport dialectique dans lequel se définissent deux termes, le vivant et son milieu extérieur. Il distingue donc le vivant (la matière vivante) et la vie qui est le rapport dialectique entre cette unité et son milieu. (...) Selon Pichot, ’’L’existence du vivant requiert non seulement la cohérence interne mais aussi la cohérence externe, c’est-à-dire un déterminisme circulaire avec un milieu extérieur qui est défini de la sorte. (...) Ce qui est énigmatique, c’est ce mouvement particulier de la matière vers le déterminisme circulaire installant ce rapport dialectique qu’est la vie. (...) Pour Pichot, l’individu biologique émerge dans le rapport dialectique entre le pôle subjectif et son milieu. L’individu émerge d’une scission entre deux pôles qui sont à la fois reliés et distincts. »

Philippe Meire - article « Biologie et subjectivité en psychiatrie » dans l’ouvrage collectif « Auto-organisation et émergence dans les sciences de la vie »

« On soumettra à la question les grandes dichotomies : vrai/faux, droit/courbe, continu/discontinu, fini/infini, global/local, élémentaire/ composé, déterminé /aléatoire, formel/intuitif, réel/fictif (...) contigu/discret, plein/vide, absolu/relatif, mobile /immobile, objectif/subjectif, certain/incertain, précis/imprécis (...) avant/après, abstrait/concret, quantitatif/qualitatif (...) On se souviendra que c’est précisément en ébranlant d’anciennes dualités que la physique est entrée dans la modernité. (...) On pressent qu’il va falloir transcender le dualisme onde/particule et penser le rapport continu /discret sur un mode plus dialectique que dichotomique. (...) L’univers entier comme sa moindre particule, soumis à la question : ‘’l’un ou l’autre’’ répondent le plus souvent : ‘’ni l’un ni l’autre ! ’’ – s’ils veulent bien répondre. »

Le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond dans « Aux contraires »

« Les équations de la relativité générale s’expriment dans un espace-temps dont la métrique, variant de pont en point, peut être représentée par un champ … le champ gravitationnel produit par la matière ! Il est tout à fait remarquable que cette dialectique de la symétrie et de la dynamique fonctionne aussi pour toutes les autres interactions fondamentales, dans le cadre de la théorie quantique des champs. (...) Quant au mécanisme de brisure spontanée de symétrie que j’ai évoqué à propos de la théorie électrofaible, il semble bien qu’il relève lui aussi d’une dialectique de portée réellement universelle. (...) C’est d’elle que relève l’émergence d’ordre à l’échelle macroscopique en physique de la matière condensée (...) Dans le rapprochement actuel de la cosmologie et de la physique des particules, c’est le phénomène de brisure spontanée de symétrie qui rend compte de la structuration de l’univers. »

Le physicien Gilles Cohen-Tannoudji dans l’article « le réel à l’horizon de la dialectique » tiré d’un ouvrage collectif de Lucien Sève « Sciences et dialectique de la nature »

« Toute sa vie, Einstein poursuivit le rêve d’une théorie unifiée qui inclurait toutes les interactions. Nous arrivons à une conclusion inattendue (…) L’unification implique une conception « dialectique » de la nature. »

Le physicien-chimiste Ilya Prigogine dans "La fin des certitudes"

« Un photon de lumière aiguë vient frôler un atome de matière. Fugace télescopage au fin fond du réel. En surgissent deux électrons, un de chaque signe, vifs et rapides comme l’éclair, enfin presque ; ils ralentissent, courbent leur trajectoire, lancent des photons ; s’ils se rencontrent à nouveau, ils fusionnent l’un dans l’autre puis disparaissent en remettant, comme leur dernier soupir, deux furtifs grains de lumière. »

Le physicien Etienne Klein dans « Sous l’atome, les particules »

« Jusqu’à un certain point, on peut trouver une analogie entre le conflit entre la physique newtonienne et les nouvelles idées en physique et celles qui sont issues du matérialisme dialectique. L’idée d’une histoire de la nature partie intégrante du matérialisme fut développée par Marx, puis plus en détails par Engels. Des développements contemporains en physique, la découverte du rôle constructif joué par l’irréversibilité, ont fait réapparaître dans les sciences naturelles une question qui avait été posée par les matérialistes. Pour eux, comprendre la nature signifiait expliquer comment elle était capable de produire l’homme et ses sociétés. De plus, au moment où Engels écrivait sa « Dialectique de la nature », les sciences physiques semblaient rejeter les conceptions mécanistes et se rapprocher de l’idée du développement historique de la nature. Engels mentionne trois découvertes fondamentales : l’énergie et les lois gouvernant ses transformations qualitatives, la cellule comme base matérielle de la vie et la découverte de l’évolution des espèces par Darwin. »

Le physicien Ilya Prigogine et la philosophe Isabelle Stengers dans « Order out of chaos » (l’ordre issu du désordre)

« Les particules ne sont pas des objets identifiables. (...) Elles pourraient être considérées comme des événements de nature explosive (...) On ne peut pas arriver – ni dans le cas de la lumière ni dans celui des rayons cathodiques - à comprendre ces phénomènes au moyen du concept de corpuscule isolé, individuel doué d’une existence permanente. (...) La meilleure connaissance possible d’un ensemble n’inclut pas nécessairement la meilleure connaissance possible de chacune de ses parties. (...) Selon la vieille conception leur individualité (des particules et des atomes) était basée sur l’identité des matériaux dont elles sont faites. (...) Dans la nouvelle conception, ce qui est permanent dans ces particules élémentaire sous ces petits agrégats, c’est leur forme ou leur organisation. »

Le physicien Erwin Schrödinger dans « Physique quantique et représentation du monde »

« L’approche philosophique et culturelle des problèmes de la mécanique quantique devait tout naturellement privilégier les discussions sur le déterminisme… Alors qu’au fil des années 1930, Bohr tend à minimiser de plus en plus le côté contradictoire, paradoxale, de la complémentarité des aspects ondulatoire et corpusculaire, Louis de Broglie, au contraire, le souligne de plus en plus. Il parle de contradiction, d’exclusion, de conflit, mais rarement de complémentarité. Le conflit se généralise peu à peu pour devenir le conflit de la cinématique et de la dynamique. De Broglie l’illustre en réactualisant le paradoxe de Zénon : « Dans le macroscopique, Zénon paraît avoir tort, poussant trop loin les exigences d’une critique trop aiguë, mais dans le microscopique, à l’échelle des atomes, sa perspicacité triomphe et la flèche, si elle est animée d’un mouvement bien défini, ne peut être en aucun point de sa trajectoire. Or, c’est le microscopique qui est la réalité profonde, car il sous-tend le macroscopique. »

Le physicien Maurice Jacob dans « Au cœur de la matière »

« Ce qui caractérise le monde dialectique sous tous ses aspects est qu’il est constamment en mouvement. Les constantes deviennent des variables, les causes deviennent des effets, et les systèmes se développent, détruisant les conditions qui leur ont donné naissance. Même les éléments qui apparaissent stables sont des forces en état d’équilibre dynamique qui peuvent soudain se déséquilibrer, comme lorsqu’un morceau de métal tristement gris d’une taille critique devient une boule de feu plus aveuglante qu’un millier de Soleils. (…) Le développement des systèmes à travers le temps apparaît comme la conséquence de forces et de mouvements en opposition les uns aux autres. Cette figuration de forces opposées a donné naissance à l’idée la plus discutée et la plus difficile, et cependant la plus centrale dans la pensée dialectique : le principe de contradiction. (…) Les contradictions entre forces sont partout dans la nature, et non seulement dans les institutions humaines. Cette tradition de la dialectique remonte à Engels (1880) qui écrivait dans « Dialectique de la nature » que les enchaînements dialectiques ne doivent en aucune manière « être introduits dans les faits par construction mais découverts en partant d’eux » et élaborés de même. (…) Des forces opposées se trouvent à la base du monde physique et biologique en évolution. Les choses changent à cause de l’action sur elle de forces opposées, et elles sont ce qu’elles sont à cause de l’équilibre temporaire de forces opposées. »

Extraits de « Sciences et dialectiques de la nature » (ouvrage collectif – La Dispute) Article « Le biologiste dialecticien » de Richard Levins et Richard Lewontin

« j’ai conscience de n’avoir bien compris l’histoire de la physique qu’à partir du moment où j’ai eu connaissance des idées fondamentales du matérialisme historique. »

Paul Langevin dans « La pensée et l’action »

« La façon dialectique de voir insiste sur le fait que la permanence et l’équilibre ne sont pas l’état naturel des choses mais requiert une explication qui doit être cherchée dans l’action de forces opposées. (...) Les forces opposées sont considérées comme contradictoires en ce sens que, prises à part, elles auraient des effets contraires, et que leur action conjointe peut être différente du résultat auquel aboutirait leur action séparée. (...) Les processus opposés peuvent alors apparaître comme une part de l’autorégulation et du développement de l’objet qui (...) apparaît comme un système de rétroactions positives et négatives. »

Richard Levins et Richard Lewontin dans l’article « Le biologiste dialecticien » tiré d’un ouvrage collectif de Lucien Sève « Sciences et dialectique de la nature »

« Il nous faut comprendre au sein d’un tout les propriétés naissantes qui résultent de l’interpénétration inextricable des gènes et de l’environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes américaines récusent, en y dénonçant une rhétorique à usage politique. La pensée dialectique devrait être prise plus au sérieux par les savants occidentaux, et non être écartée sous prétexte que certaines nations de l’autre partie du monde en ont adopté une version figée pour asseoir leur dogme. (…) Lorsqu’elles se présentent comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des « contraires qui s’interpénètrent » témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la « transformation de la quantité en qualité » défend une vision systémique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changements d’état ; et la « négation de la négation » décrit la direction donnée à l’histoire, car les systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »

Le géologue et paléontologue Stephen Jay Gould Dans « Un hérisson dans la tempête »

« Si la dialectique est susceptible de répondre aux interrogations théoriques des sciences les plus récentes, c’est qu’elle dépasse l’optique de la logique formelle. (...) Elle renvoie à une dialecticité de la matière. »

Janine Guespin-Michel et Camille Ripoll dans l’article « La logique dialectique peut-elle éclairer l’émergence ? » du dossier « L’énigme de l’émergence » de la revue « Science et Avenir » de juillet 2005.

« Il est clair désormais que l’articulation entre la physico-chimie et la biologie ne passera pas par une « physicalisation » de la vie, mais par une « historicisation » de la physico-chimie, par la découverte des possibilités d’histoire physico-chimique de la matière. (...) Peut-être sommes-nous ici proches de ce qui fût à la base l’idée de la « dialectique de la nature », tout en étant aussi loin que possible de la vision dogmatique qu’elle suscita. »

Ilya Prigogine et Isabelle Stengers dans « Entre le temps et l’éternité ».

« L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique mais un processus de désorganisation permanente suivie de réorganisation. La mort du système fait partie de la vie. Sans perturbation, sans désorganisation, pas de réorganisation adaptatrice au nouveau. Sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie. (...) L’opposition entre organisé et aléatoire peut être remplacé par une (...) coopération où inévitablement (ces concepts) acquièrent de nouveaux contenus. (...) La mort du système fait partie de la vie (...) sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie. »

Henri Atlan dans « Entre le cristal et la fumée »

« Le champ de la physique s’élargit sans cesse, obligeant son paysage à se reconfigurer. (...) Sa dynamique met donc en acte la dialectique de l’un et du multiple, dialectique qui ne neutralise pas nécessairement les deux termes opposés. » (dans un chapitre intitulé « Une dialectique de l’unité » de son livre « l’atome au pied du mur ») « Cette description des particules, entremêlant les propriétés des ondes et celles des corpuscules, est révolutionnaire. (...) De ce constat est venue l’intuition que les deux faces de la dualité onde-corpuscule sont « complémentaires ». (...) L’idée de complémentarité fait une place d’honneur à l’antithèse. (...) Car dans la bouche de Niels Bohr, le mot complémentaire n’est pas à prendre dans son sens usuel. La complémentarité ne signifie nullement pour lui quelque chose comme « collaboration » ou « association ». (...) Elle inclut toujours au contraire l’exclusion mutuelle et la disjonction des éléments qu’elle met en vis-à-vis. (...) Pour lui, la complémentarité est proche du concept de contradiction, sa conception étant qu’il faut utiliser dans l’analyse des éléments qui se contredisent mutuellement. (...) Contradiction, voilà le mot fétiche de Bohr. »

Etienne Klein dans « la complémentarité quantique », article de l’ouvrage collectif « Dictionnaire de l’ignorance »

Les explications dialectiques cherchent à rendre compte de l’univers matériel d’une façon cohérente, unitaire, mais non réductionniste. Pour la dialectique, l’univers est unitaire, mais en changement constant ; les phénomènes observables à tout instant font partie de processus, processus qui ont une histoire et un futur, dont les voies ne sont pas uniquement déterminés par leurs unités constitutives. Les "touts" sont composés d’unités dont on peut décrire les propriétés, mais l’interaction de ces unités, lors de la constitution des "touts", engendre des complexités qui font que les produits obtenus sont qualitativement différents des parties constitutives.

Nous ne sommes pas programmés, Richard C. Lewontin, Steven Rose, Léon J. Kamin

« Rien – ou presque – de ce qui émerge au cours de la longue histoire du vivant n’est de nature définitive. L’ évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant et reconstruisant, sans cesse, faisant naître de la nouveauté. (…) Essayons d’imaginer des accidents qui auraient pour effet de délivrer une bactérie infectée (par une toxine) de l’étreinte d’un plasmide qui l’asservit, et de permettre à la bactérie de survivre. (…) Les informations génétiques du plasmide permettent à la bactérie de fabriquer en permanence l’antidote et de contrer ainsi l’effet de la toxine. (…) L’efficacité du module (toxine/antidote) de dépendance repose sur un mécanisme d’une merveilleuse simplicité : l’existence d’une différence de stabilité dans le temps entre l’exécuteur – la toxine -, capable de détruire la bactérie, et l’antidote – le protecteur -, capable de neutraliser l’effet de la toxine. La raison pour laquelle l’antidote disparaît plus vite que la toxine est que la protéine antidote est rapidement dégradée, découpée en morceaux, par une enzyme, une protéase, un « ciseau » moléculaire. (…) Le « programme » qui condamne la bactérie et le plasmide à l’interdépendance est un programme interactif (…) qui dépend des modalités du dialogue – des interactions – entre les protéines à l’intérieur de la cellule. (…) Il existe une circonstance qui permettrait à une bactérie de se libérer du plasmide. Elle ne correspondrait pas, pour la bactérie qui guérirait, à une véritable victoire, à un véritable retour en arrière, au temps « avant l’infection ». Elle correspondrait à une plongée dans la nouveauté. Toute bactérie qui par hasard capturerait dans son chromosome les gènes plasmidiques du module toxine/antidote pourrait désormais se défaire du plasmide et survivre à sa disparition. (…) Au cœur du mystère du vivant, ce que nous commençons à entrevoir, c’est l’intrication profonde, l’interchangeabilité et l’interdépendance, entre les outils de construction et les outils de destruction. Et nous avons vu se brouiller les frontières qui séparent les notions apparemment antagonistes de vie et de mort, de « bâtisseur » et d’ « exécuteur », de « suicide » et de « meurtre ». »

L’immunologue Jean Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice »

Pourtant, le mépris des chercheurs occidentaux n’est pas rationnellement justifiable. Les phénomènes étudiés hurlent littéralement qu’ils ont lieu non pas en vertu de préceptes politiques, mais selon des lois objectives que l’on qualifiait naguère de dialectiques. On y trouve la lutte des contraires, la division de l’uni et la polarisation des parties, la transformation de phénomène en leur opposé et leur retour, à un nouveau niveau, à leur état ("négation de la négation"), le passage de changements quantitatifs en qualitatifs, etc. Mais les chercheurs, craignant qu’on ne leur reproche de la vénération pour la dialectique font tout ce qu’ils peuvent pour ne pas la remarquer dans leurs objets d’étude. À la place, ils pondent des platitudes saturées de classifications et de définitions "bureaucratiques".

La méthode de pensée dialectique ne se réduit pas aux "lois de la dialectique" connues. Elle inclut un certain nombre de procédés d’expérimentation mentale que Hegel et Marx appelaient la méthode d’ascension de l’abstrait vers le concret. (...) Je suis persuadé que cette méthode pourrait-être très utile à la description de l’occidentisme, mais, à ce jour, Le Capital de Marx reste l’exemple unique de son application.

L’Occidentisme - essai sur le triomphe d’une idéologie, Alexandre Zinoviev

"Heisenberg écrivait ainsi dans « Physique et philosophie » : « Les atomes, ou les particules élémentaires elles-mêmes, ne sont pas réels ; ils constituent un monde de potentialités ou de possibilités plutôt qu’un monde de choses ou de faits. » Heisenberg découvre ici un germe de dialectique mais, en même temps et surtout, il s’efforce de justifier une négation de la dialectique objective, quand il parle de la possibilité d’une réalité et, encore plus, quand il rejette toute idée d’une réalité objective. (…) La dichotomie introduite par Heisenberg est conforme à la contradiction formelle entre le potentiel et le réel. (…) Heisenberg a développé systématiquement des conceptions idéalistes et platoniciennes, et ses idées ont eu une grande influence sur ses contemporains. Parlant des conséquences extrêmes de ces idées, A. Landé a dit : « Il n’est pas étonnant que Sir James Jeans, après avoir étudié Bohr et Heisenberg, soit arrivé à la conclusion triomphale que la matière consiste ondes de connaissance, ou en absence de connaissance dans notre esprit. » (…) La pensée mécaniste sépare l’objet des conditions de son existence. La pensée positiviste (mécaniste d’un point de vue diamétralement opposé) prend la position inverse, quand elle affirme que « l’objet n’existe pas avant l’interaction avec l’instrument » et que « la réalité est création de nos moyens d’observation ». Mais la pensée positiviste contient dans ce cas un germe de vérité. En réalité, l’objet n’a pas d’existence en dehors de conditions concrètes, en dehors de son milieu et de ses relations concrètes avec ce milieu. De ce point de vue, l’instrument d’observation « crée » la particule. Mais il ne la crée pas du néant, il la transforme, et d’un être initial donné, dans des conditions concrètes, il crée divers êtres, selon la nature de la particule initiale et les conditions de l’expérience. Les interactions de la particule avec le milieu, ou avec l’appareil de la mesure, transforment certains de ses éléments de réalité en des éléments différents. Ainsi la particule passe d’un état à un autre, ou se transforme en autre chose. Ce dynamisme interne de la matière a été considéré comme une preuve de non existence !

Au niveau quantique, les transformations des particules sont plutôt une donnée qu’un processus explicable d’une manière satisfaisante. Il y a bien sûr les symétries, les lois de conservation et les règles de sélection qui en découlent et, sur cette base, on peut prévoir la possibilité pour une transformation et exclure une autre. On peut aussi, dans plusieurs cas, calculer les rapports des probabilités des différentes possibilités, mais l’explication de ces phénomènes n’est pas « complète ». Il y a des physiciens qui affirment qu’à un niveau plus profond d’organisation de la matière les processus aléatoires du niveau quantique peuvent être expliqués dans un contexte de liaisons inconnues aujourd’hui. Mais, pour le moment, il ne s’agit que d’hypothèses. (…)

C’est dans la région des hautes énergies que la mobilité de la matière se manifeste le plus clairement, avec des multiples transformations. (…) Cette mobilité et cette fécondité indiquent que les particules dites élémentaires sont en réalité des êtres complexes, qu’on ne peut envisager la structure en dehors des interactions de la particule avec le milieu. De plus, cela indique que la notion de structure est liée à la notion de « virtuel ». Donc le concept de structure doit être un concept dynamique. (…) Les états stationnaires de la physique sont en réalité des états d’équilibre dynamique : d’unité des contraires. Mais une perturbation peut détruire la symétrie existante et la dissymétrie momentanée conduit à un ou plusieurs nouveaux états. Ainsi un atome émet du rayonnement chaque fois qu’il est excité par le quantum de rayonnement électromagnétique. Un neutron peut détruire l’équilibre d’un noyau : le résultat est la désintégration du noyau initial, et la formation de nouveaux noyaux à partir de l’ancien. Et cela, car le noyau est une totalité contradictoire et sa cohérence est assurée par le jeu d’échanges des différents champs physiques, surtout du champ fort et du champ électromagnétique. Ainsi, une perturbation extérieure peut provoquer la rupture de cet équilibre dynamique et conduire à une désintégration ou transmutation.

Deux particules forment pendant une collision une totalité momentanée et contradictoire, qui donne naissance à d’autres particules. Ainsi, les anciennes formes, à travers un processus de fusion et de séparation, donnent naissance à d’autres formes. L’état intermédiaire est la négation de l’état initial. La négation de la négation est l’émergence de nouvelles formes. (…)

Au niveau de la microphysique on peut imaginer le mouvement simple dans l’espace comme disparition de la particule en un point et réapparition en un autre point voisin. (…) Le mouvement est ainsi analysé en une série de recréations et de destructions dont le résultat total est le changement continu de la particule dans l’espace. (…)"

Physique et matérialisme de E. Bitsakis

« Plus d’un auteur de la révolution quantique avait rêvé d’éliminer les contradictions en subsumant un aspect sous l’autre. Schrödinger espérait que sa « mécanique quantique avait dissous les « sauts » supposés des électrons d’une orbite atomique à l’autre en un processus continu de changement énergétique (...) Les pionniers réticents de cette révolution, notamment Planck et Einstein, poussèrent un soupir de soulagement, mais c’était en vain. (...) Les physiciens pourraient-ils s’accommoder de la contradiction permanente ? (...) Une « superposition exhaustive de descriptions divergentes qui intègrent des notions en apparence contradictoires » (Bolton, 1970) (...) tel était le principe de « complémentarité de Bohr. »

L’historien Eric J. Hobsbawm Dans « L’Age des extrêmes »

« Les particules élémentaires sont divisées en deux grandes familles, les fermions et les bosons. Pourtant il n’y a pas de dichotomie entre les deux familles. Il y a unité dans la différence, qui se manifeste par les transformations mutuelles de fermions en bosons et vice-versa. Une autre grande division est celle entre particules et antiparticules. (...) Dans ce cas aussi, l’opposition est dialectique : l’unité ontique se manifeste pendant la fusion des contraires, pour donner naissance à d’autres particules. (...) Une autre opposition formelle de la physique pré-relativiste était celle entre la matière et le champ. (...) Or le photon se transforme en particules massives. (...) L’unité ontique des particules dites élémentaires se manifeste aussi via deux types de lois, les lois de transformation et les lois de conservation. Les deux types de lois, d’ailleurs, sont intrinsèquement corrélés, étant donné que la conservation d’un élément de réalité se manifeste pendant une transformation. »

Le physicien et philosophe Eftichios Bitzakis dans « Microphysique : pour un monisme de la matière », article de l’ouvrage collectif « Les matérialismes (et leurs détracteurs) »

« Le mécanisme de fonctionnement de l’esprit humain a besoin d’une dialectique : sans contradictions, il n’avance pas. »

Le physicien Etienne Klein Dans « Conversations avec le sphinx »

La dynamique est fondée sur les contradictions dialectiques. Ordre et désordre, stabilité et instabilité, matière et énergie, structure et mouvement ne sont pas seulement opposés ; ils sont complémentaires et complètement imbriqués. Ils se produisent mutuellement autant qu’ils se détruisent. L’état du système connaît des bifurcations irréversibles correspondant à des crises (cascade de bifurcations). Les mécanismes de production et de destruction nous ont longtemps échappé, notamment parce qu’ils sont très rapides, relativement à la phase où la structure semble stable. En fait, l’agitation à un niveau produit une structure globalement stable au niveau d’organisation supérieur tout en étant fondée sur des produits toujours changeants tirés du niveau inférieur. « La stabilité des formes naturelles ne doit pas prêter à malentendu. (...) Elle n’est jamais acquise définitivement. Elle se développe sur le fond d’une instabilité primordiale qui la menace en permanence. Elle n’est jamais garantie une fois pour toutes mais demeure toujours sujette à caution. (...) Les structures dissipatives cessent d’être stables lorsque les paramètres qui les gouvernent franchissent certains seuils. »

Le philosophe des sciences Alain Boutot dans « L’invention des formes ».

« Il nous faut comprendre au sein d’un tout les propriétés naissantes qui résultent de l’interpénétration inextricable des gènes et de l’environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes américaines récusent, en y dénonçant une rhétorique à usage politique. La pensée dialectique devrait être prise plus au sérieux par les savants occidentaux, et non être écartée sous prétexte que certaines nations de l’autre partie du monde en ont adopté une version figée pour asseoir leur dogme. (…) Lorsqu’elles se présentent comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des « contraires qui s’interpénètrent » témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la « transformation de la quantité en qualité » défend une vision systémique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changements d’état ; et la « négation de la négation » décrit la direction donnée à l’histoire, car les systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »

Le géologue et paléontologue Stephen Jay Gould Dans « Un hérisson dans la tempête »

« Ce qu’expriment la plupart des phénomènes physiques, c’est simplement la tendance naturelle des populations de molécules à passer de l’ordre au chaos. »

La "Logique du vivant" de François Jacob

« L’autre condition nécessaire à la possibilité même d’une évolution, c’est la mort. Non pas la mort venue du dehors comme conséquence de quelque accident. Mais la mort imposée du dedans, comme une nécessité prescrite, dès l’œuf, par le programme génétique même. »

Le biologiste François Jacob dans « La logique du vivant »

« L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique (...) mais un processus de désorganisation permanente suivi de réorganisation. (...) La mort du système fait partie de la vie, on seulement sous la forme d’une potentialité dialectique, mais comme une partie intrinsèque de son fonctionnement et de son évolution ; sans perturbation (...), sans désorganisation, pas de réorganisation adaptatrice au nouveau, sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie. »

Le biologiste Henri Atlan dans « Entre le cristal et la fumée »

« Cette description des particules, entremêlant les propriétés des ondes et celles des corpuscules, est révolutionnaire. Elle met en relation des images que notre esprit isole dans des catégories distinctes, voire opposées. L’étrangeté de la chose vient de ce que toutes les particules, qu’elles soient de lumière ou de matière, nous apparaissent soit comme des ondes (elles peuvent interférer – l’interférence est une addition qui est inhibitrice) soit comme des corpuscules (elles semblent ponctuelles quand on détecte leur position), mais elles ne sont ni des ondes ni des corpuscules. (…) Puisque les concepts d’onde et de corpuscule apparaissent mutuellement exclusifs en même temps qu’indissociables, il n’existe aucune possibilité de définir leur sens au moye, d’une seule expérience. On ne peut pas les combiner en une seule image. Néanmoins, ils sont nécessaires l’un à l’autre pour épuiser tous les types d’information que nous pouvons obtenir sur un objet quantique à l’aide des divers appareils de mesure. (…) Dans la bouche de Niels Bohr, le mot complémentarité n’est pas à prendre dans son sens usuel. La complémentarité ne signifie nullement pour lui quelque chose comme « collaboration » ou « association ». La dualité n’est pas un duo, l’association de l’onde et du corpuscule n’est pas une synthèse. Elle incluse toujours au contraire l’exclusion mutuelle et la disjonction des éléments qu’elle met en vis-à-vis. Il faut la voir comme une sorte de paradoxe irréductible qui lie un concept à sa négation. (…) Comme nous dit John Bell, dans la bouche de Niels Bohr, (…) la complémentarité est proche du concept de contradiction (…) Contradiction est le mot fétiche de Bohr, comme l’ont fait remarquer Wootters et Zurek dans un article de 1979. »

Etienne Klein dans « Dictionnaire de l’ignorance »

« Deux courants convergents ont conduit à se représenter aujourd’hui l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction ; l’un d’ordonnancement et de régularités, l’autre de perturbations aléatoires et de diversité ; l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible. »

Henri Atlan dans « Entre le cristal et la fumée »

« Rien – ou presque – de ce qui émerge au cours de la longue histoire du vivant n’est de nature définitive. L’ évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant et reconstruisant, sans cesse, faisant naître de la nouveauté. (…) Essayons d’imaginer des accidents qui auraient pour effet de délivrer une bactérie infectée (par une toxine) de l’étreinte d’un plasmide qui l’asservit, et de permettre à la bactérie de survivre. (…) Les informations génétiques du plasmide permettent à la bactérie de fabriquer en permanence l’antidote et de contrer ainsi l’effet de la toxine. (…) L’efficacité du module (toxine/antidote) de dépendance repose sur un mécanisme d’une merveilleuse simplicité : l’existence d’une différence de stabilité dans le temps entre l’exécuteur – la toxine -, capable de détruire la bactérie, et l’antidote – le protecteur -, capable de neutraliser l’effet de la toxine. La raison pour laquelle l’antidote disparaît plus vite que la toxine est que la protéine antidote est rapidement dégradée, découpée en morceaux, par une enzyme, une protéase, un « ciseau » moléculaire. (…) Le « programme » qui condamne la bactérie et le plasmide à l’interdépendance est un programme interactif (…) qui dépend des modalités du dialogue – des interactions – entre les protéines à l’intérieur de la cellule. (…) Il existe une circonstance qui permettrait à une bactérie de se libérer du plasmide. Elle ne correspondrait pas, pour la bactérie qui guérirait, à une véritable victoire, à un véritable retour en arrière, au temps « avant l’infection ». Elle correspondrait à une plongée dans la nouveauté. Toute bactérie qui par hasard capturerait dans son chromosome les gènes plasmidiques du module toxine/antidote pourrait désormais se défaire du plasmide et survivre à sa disparition. (…) Au cœur du mystère du vivant, ce que nous commençons à entrevoir, c’est l’intrication profonde, l’interchangeabilité et l’interdépendance, entre les outils de construction et les outils de destruction. Et nous avons vu se brouiller les frontières qui séparent les notions apparemment antagonistes de vie et de mort, de « bâtisseur » et d’ « exécuteur », de « suicide » et de « meurtre ». »

L’immunologue Jean Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice »

« En présence d’une semblable idée prévalente (…) renforcée par l’inconscient (…) on se dit qu’elle ne peut être résolue par le travail intellectuel, soit qu’elle-même s’étende avec sa racine jusqu’au matériel inconscient refoulé, soit qu’une pensée inconsciente se cache derrière elle. Cette pensée inconsciente lui est la plupart du temps directement opposée. Les pensées opposées, contraires, sont toujours étroitement liées les unes aux autres et souvent accouplées de façon à ce que l’une d’entre elles soit très intensément consciente, tandis que son antagoniste demeure refoulée et inconsciente. Cette corrélation est le résultat du processus de refoulement. Le refoulement, en effet, a souvent été effectué de telle sorte que la pensée opposée à celle qui doit être refoulée a été renforcée à l’excès. (…) On ne peut jamais calculer dans quel sens penchera la décision dans un conflit de mobiles, si c’est dans le sens de la levée ou du renforcement du refoulement. »

Dans « Cinq psychanalyses », (chapitre sur la psychanalyse de Dora), Freud

« Cette diversité (du vivant) n’est rendue possible que par la présence dans tous les mécanismes physiques connus d’interrupteurs (aux noms évocateurs dans le domaine : brisure de symétrie, paramètres critiques, seuils de bifurcation, variables essentielles, bifurcations sous-critiques ou surcritiques, bandes d’instabilité, cascade sous-harmonique, transition rugueuse, etc… qui autorisent le foisonnement, le passage d’un type de forme à un autre. »

Vincent Fleury dans « Des pieds et des mains »

« L’économie de l’univers du vivant ne fait pas exception à l’économie de l’univers de la matière. (...) Tout accroissement du degré d’organisation et de complexité ne peut se faire que dans un contexte de diminution du degré d’organisation et de complexité. (...) Vieillissement et la mort prématurée des cellules mères donnant naissance à des cellules jeunes et fécondes, autodestruction d’une partie des cellules au profit de la collectivité (...) de la reconstruction permanente de soi comme modalité de pérennité.(...) le pouvoir de se reconstruire est lié au pouvoir de s’autodétruire. »

Le spécialiste de l’apoptose (suicide cellulaire) Jean-Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant » ou « La mort créatrice »

« La dialectique de la domination et de la servitude vulgairement connue par dialectique du maître et de l’esclave (A. Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, 1947), est et reste d’actualité. Elle est valable en tout temps pour que l’homme soit homme, dira Abel Jeannière (Anthropologie sociale et politique, 1989, p.102). C’est dans ce sens qu’elle peut s’appliquer au passage de la nature à la culture, mieux de l’animalité à l’humanité. Ceci a suscité en nous une question qui est au fondement de l’histoire humaine : comment l’homme émerge-t-il actuellement, comment a-t-il toujours émergé de la nature pour s’inscrire à la culture et par-là même accède à l’humanité ?

La recherche de réponse à cette question nous fait poser le problème du rapport dialectique entre deux consciences. Le noeud de ce problème est le conflit. Celui-ci implique les libertés, car il s’agit de la conquête de l’humanité s’exprimant à un double niveau spirituel et historique. Et dans cet affrontement nécessaire des libertés, peut-on dépasser l’antagonisme pour accéder à une certaine forme d’identité caractérisée par le dialogue, l’ouverture à l’autre, l’accueil de l’altérité ?

L’essai de solution que nous nous proposons s’inscrit à l’intérieur du processus de la reconnaissance mutuelle des parties en conflit. Hegel pour le faire va dépasser le premier niveau qui est purement gnoséologique. Il nous fait arriver à un second niveau qui est la considération de `’l’individu universel, l’esprit conscient de soi dans son processus de culture’’ (Phénoménologie de l’esprit, 1941, T. 1, p.25).

Nous avons divisé ce travail en trois parties :

Dans la première, nous restituons ce que Hegel lui-même prescrit `’pour parvenir au savoir proprement dit ou engendrer l’élément de la science qui est son pur concept, le savoir doit parcourir laborieusement un long chemin’’ (Préface de la phénoménologie de l’esprit, 1966, p.69). Ce chemin est celui qui va de la conscience à l’autoconscience.

Comment s’effectue ce passage ?

C’est le désir qui permet de passer réellement de la conscience à l’autoconscience. Quand deux consciences se rencontrent, elles tendent à entrer en conflit pour se faire reconnaître. Et tandis que le maître accepte le risque de la mort, l’esclave reste attache à la vie. C’est en risquant sa vie que l’on parvient à la conscience authentique de soi-même. Telle est cette négativité hégélienne, pensée et assomption de la mort qui donne sens a la vie.

La seconde partie est le développement de la relation du maître et de l’esclave. Il s’agit de restituer la relation humaine dans son principe et en ressortir le thème majeur qui est celui de la reconnaissance. Le chemin que nous montre Hegel est constitué de trois moments fondamentaux qui sont aussi trois impasses. Il y a le stoïcisme où l’on se contente d’une liberté abstraite et indépendante du monde. Le scepticisme où la liberté demeure encore illusoire et intérieure. La conscience malheureuse qui ne peut connaître l’apaisement et le repos. Cette conscience est malheureuse parce qu’elle se découvre elle-même comme déchirée. D’où sa douleur. Ici, la dialectique hégélienne trouve sa véritable expression tragique et existentielle. La négativité est le mouvement même d’un esprit allant au-delà de lui-même et souffrant. Ainsi donc, la conscience malheureuse nous fait accéder non seulement au déséquilibre profond de l’âme humaine, mais aussi celui de toute l’humanité. Au-delà de ces figures, Hegel en vient à une synthèse de la conscience et de la conscience de soi au moyen de la raison.

La troisième partie concerne notre apport personnel en qualité de limites et contributions à la dialectique de Hegel. A travers Abel Jeannière et Francis Fukuyama, nous avons montré que le travail est source de libération. On accède à l’humanité par le travail et la culture. Ainsi, l’esclave qui a cesse d’être mu par les désirs accède à l’humanité. `’Il devient homme de façon plus radicale que le maître, qui suivant les mots de Kojève, n’aura été que le catalyseur indispensable de l’humanité. Il apprend une sagesse que le maître ignore’’ (A. Jeannière, Anthropologie sociale et politique, 1989, p.112).

Avec la dialectique de Hegel, nous découvrons que les choses changent, et non pas seulement d’un changement calme et paisible, mais en opposition et rupture. Ainsi, tout progrès de la connaissance exige le niveau logique précédent pour se constituer comme objet. Ce n’est qu’après cela que la connaissance est possible. Nous constatons aussi que la supériorité de la dialectique n’est pas dans son épistémologie historiciste, mais son enseignement moral et politique. C’est le processus par lequel le positif jaillit de la négation de la négation. »

Extrait de La dialectique de la reconnaissance chez Hegel

par Dominique Mvogo Mvogo

"Plus que tout autre penseur, Hegel demeure présent, du début du XIXe siècle à ces premières décennies du XXIe siècle, au coeur du débat, non seulement stricto sensu philosophant, mais plus largement culturel, presque partout, dans un lieu ou l’autre de l’Ancien monde et du Nouveau monde. Il y est présent exécré ou encensé, simultanément ou alternativement, suivant les vicissitudes d’une actualité mondaine à laquelle on le lie pour l’infirmer ou le confirmer. Cela, il faut le dire, à juste titre, puisque lui-même a lié intimement sa pensée, même en sa dimension transmondaine ou, pour employer le terme traditionnel, métaphysique, à cette actualité qu’il thématisa – après Aristote, mais à travers tout son champ sublunaire, c’est-à-dire historique – comme un nouvel objet philosophique, mieux : comme l’objet philosophique total. La philosophie ne peut pas ne pas être, même malgré elle, elle doit donc s’accomplir, en sa systématisation concrète pleinement assumée, comme le grand discours sur l’état du monde. Mais cette actualité, cet état du monde est à saisir d’abord, tout en ne s’y réduisant pas dans un aplatissement dispersant, dans l’immédiateté de sa présence, de son présent : au faîte de sa spéculation, après la publication en 1807 de la Phénoménologie de l’esprit, Hegel entre lui-même en journalisme et fait sa « prière du matin réaliste » – sans oublier l’autre – comme directeur, pendant plusieurs mois, de la Gazette de Bamberg. Il justifie de la sorte, par une telle théorie et pratique de la philosophie, qu’on pose, au sujet de celle-ci, la question de sa vérité, et de sa vérité proprement hégélienne, sous la forme objective, écartant le subjectivisme qu’il abhorrait, de son actualité.

... la seule et simple question de l’actualité de Hegel me paraît témoigner déjà de l’actualité même de la chose en question et elle m’engage alors sur la voie d’une réponse positive : oui Hegel est actuel, sans doute plus que tout autre et peut-être plus que jamais.

Bernard Bourgeois dans une communication donnée à l’Académie des sciences morales et politiques lundi 7 novembre 2011

La relation dialectique de la vie et de la mort

La matière/lumière/vide : dialectique du positif et du négatif

Dialectique de la matière et du vide

La dialectique, c’est la vie. Penser le monde sans la dynamique des contradictions, c’est la mort....

Logique formelle et logique dialectique ou le tiers exclus

Physique, matérialisme et dialectique

Le tout est-il la somme des parties et …. du rien ?

Encore et à nouveau sur la pensée dialectique de Friedrich Hegel

Thèses sur la dialectique

Dialogue de la discontinuité, du déterminisme et de la dialectique

Qu’est-ce que la dialectique ?

Qu’est-ce qu’une contradiction dialectique

La dialectique de Lénine

L’ABC de la dialectique de Trotsky

Dialectique naturelle et sociale

Introduction à la dialectique de la nature

Dialectique de la nature selon Engels

Dialectique et métaphysique

Contradictions dynamiques

Philosophie de la nature chez Hegel

Gradualité et bonds chez Hegel

Les paradoxes dialectiques de Zénon d’Élée

Socrate, dialecticien et communiste

Lectures diverses sur la dialectique

La "nature" et les illusions du "bon sens" non dialectique

Les illusions non dialectiques, une vision erronée de notre cerveau héritée de nos limites liées à notre éducation infantile

33 Messages de forum

  • Nous ne sommes pas programmés, Richard C. Lewontin, Steven Rose, Léon J. Kamin

    « Rien – ou presque – de ce qui émerge au cours de la longue histoire du vivant n’est de nature définitive. L’ évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant et reconstruisant, sans cesse, faisant naître de la nouveauté.

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  • Pourquoi la philosophie dialectique est indispensable au raisonnement scientifique, historique, social et politique ?

    1°) Parce qu’il faut une philosophie capable de concevoir le changement qualitatif et brutal sans intervention externe

    2°) Parce que le vrai et le faux sont inséparables et interchangeables au sein du discours scientifique : ce qui est vrai dans un cadre donné devient faux dans un autre

    3°) Parce que le rationnel et l’irrationnel sont indispensables l’un à l’autre et s’interpénètrent

    4°) Parce que le réel et le virtuel sont en même temps indispensables et indissociables

    5°) Parce que il n’y pas de processus du vivant sans un processus permanent de mort

    6°) Parce que la matière nécessite l’anti-matière, l’apparition de particule nécessite sa disparition et le plein est issu du vide et y retourne

    7°) Parce que le lent et le rapide étant interconnectés, il n’y a pas de continuité stricte ni de causalité linéaire

    8°) Parce qu’il n’y a pas d’humanité sans animalité

    9°) Parce que la loi est issue du désordre, que l’ordre et le désordre sont mêlés à l’extrême

    10°) Parce qu’il n’y a pas de vivant sans l’inerte

    11°) Il n’y a pas davantage de dynamique sans contradictions dialectiques

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  • Est-ce que votre philosophie dialectique ne ressemblerait pas à de l’indécision, ce qui mènerait à l’inaction ?

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  • De nombreuses questions sociales et politiques mènent à des impasses en l’absence d’une conception dialectique. Il y a de nombreuses questions auxquelles il faut répondre par le « à la fois oui et non avec le oui se changeant en non et réciproquement » plutôt que par « ou oui ou non, avec l’un des deux exclusivement ».

    Je citerais la question de l’Etat. Sa nature, son rôle de classe. L’Etat de Louis XVI était-il déjà un Etat bourgeois ? Oui et non ! L’Etat des soviets de l’époque de Lénine et Trotsky était-il un Etat ouvrier ? Oui et non ! L’Etat de la Commune de Paris était-il un Etat ouvrier ? Oui et non !

    Le capitalisme est-il déjà un collectivisme ? Oui et non ! Le syndicat est-il un instrument des travailleurs ? Oui et non ! Faut-il y nécessairement participer ? Oui et non ! Les élections dans le cadre bourgeois sont-ils une simple tromperie ? Oui et non !

    La science n’échappe pas à cette question. Les espèces sont-elles distinctes et indépendantes ? Oui et non ! La matière se distingue-t-elle du vide ? Oui et non ! La matière est-elle corpusculaire ? Oui et non ! Le corps distingue-t-il le soi du non-soi ? Oui et non ! Le mouvement des corps est-il réel ? Oui et non !

    Le bon sens, la logique formelle, la métaphysique des catégories figées verront toujours dans de telles affirmations des simples bêtises, des jeux paradoxaux pour esprits torturés, des philosophies qui nous mènent à ne répondre à aucune question et à devenir comme l’âne de Buridan, à mourir en restant indécis entre le picotin d’avoine et l’eau !

    Ils ont tort. Le monde est intrinsèquement contradictoire et ne peut être saisi que par une philosophie qui intègre les contradictions au sein d’une même unité.

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  • Alexandre Zinoviev :

    "Pourtant, le mépris des chercheurs occidentaux n’est pas rationnellement justifiable. Les phénomènes étudiés hurlent littéralement qu’ils ont lieu non pas en vertu de préceptes politiques, mais selon des lois objectives que l’on qualifiait naguère de dialectiques. On y trouve la lutte des contraires, la division de l’uni et la polarisation des parties, la transformation de phénomène en leur opposé et leur retour, à un nouveau niveau, à leur état ("négation de la négation"), le passage de changements quantitatifs en qualitatifs, etc. Mais les chercheurs, craignant qu’on ne leur reproche de la vénération pour la dialectique font tout ce qu’ils peuvent pour ne pas la remarquer dans leurs objets d’étude. À la place, ils pondent des platitudes saturées de classifications et de définitions "bureaucratiques".

    La méthode de pensée dialectique ne se réduit pas aux "lois de la dialectique" connues. Elle inclut un certain nombre de procédés d’expérimentation mentale que Hegel et Marx appelaient la méthode d’ascension de l’abstrait vers le concret. (...) Je suis persuadé que cette méthode pourrait-être très utile à la description de l’occidentisme, mais, à ce jour, Le Capital de Marx reste l’exemple unique de son application."

    -> Alexandre Zinoviev, L’Occidentisme - essai sur le triomphe d’une idéologie, éd. Plon, 1996 (ISBN 978-2259-183-178), partie L’idéologie, chap. Antidialectisme de l’idéologie de l’occidentisme, p. 208

    Ce livre d’AZ est très rare.

    Il est aussi extrêmement dommageable pour la connaissance que son roman sociologique sur la société occidentiste, roman équivalent de son primé "Les hauteurs béantes", n’ait jamais été publié ou traduit (censure ?!) en Français bien qu’il eût été commandé par les éditions Plon : Глобальный человейник (néologisme de Fourmilière et Homme globale => fourmité globale / l’humanilière globale.

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  • Pourquoi la philosophie dialectique est indispensable au raisonnement scientifique, historique, social et politique ?

    1°) Parce qu’il faut une philosophie capable de concevoir le changement qualitatif et brutal sans intervention externe

    2°) Parce que le vrai et le faux sont inséparables et interchangeables au sein du discours scientifique : ce qui est vrai dans un cadre donné devient faux dans un autre

    3°) Parce que le rationnel et l’irrationnel sont indispensables l’un à l’autre et s’interpénètrent

    4°) Parce que le réel et le virtuel sont en même temps indispensables et indissociables

    5°) Parce que il n’y pas de processus du vivant sans un processus permanent de mort

    6°) Parce que la matière nécessite l’anti-matière, l’apparition de particule nécessite sa disparition et le plein est issu du vide et y retourne

    7°) Parce que le lent et le rapide étant interconnectés, il n’y a pas de continuité stricte ni de causalité linéaire

    8°) Parce qu’il n’y a pas d’humanité sans animalité

    9°) Parce que la loi est issue du désordre, que l’ordre et le désordre sont mêlés à l’extrême

    10°) Parce qu’il n’y a pas de vivant sans l’inerte

    11°) Il n’y a pas davantage de dynamique sans contradictions dialectiques

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  • « Ce qui constitue le mouvement dialectique, c’est la coexistence des deux côtés contradictoires, leur lutte et leur fusion en une catégorie nouvelle. Rien qu’à se poser le problème d’enlever le mauvais côté, on coupe court au mouvement dialectique. » remarque Marx, par opposition à Proudhon, dans « Misère de la philosophie ».

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  • Voilà pourquoi la philosophie de Hegel pouvait parfaitement être transformée en un matérialisme : il est tout à fait scientifique.

    Lire ici

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  • Dans la Postface de 1873 du Livre I du Capital, Marx écrivait que la dialectique,
    « Dans sa configuration rationnelle, elle est un scandale et une abomination pour les bourgeois et leurs porte-doctrinaires, parce que dans l’intelligence positive de l’état de choses existant elle inclut du même coup l’intelligence de sa négation, de sa destruction nécessaire, parce qu’elle sait toute forme faite dans le flux du mouvement et donc aussi sous son aspect périssable, parce que rien ne peut lui en imposer, parce qu’elle est, dans son essence, critique et révolutionnaire. »

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  • Quatre émissions sur HEGEL à la radio, en réécoute ou podcast pour tous les curieux.‏ : émissions des 29, 30 avril, 1er et 2 mai : http://www.franceculture.fr/emissio...

    pour compléter :

    Hegel et la science : www.matierevolution.org/spip...

    Concernant la dialectique de Hegel : http://www.matierevolution.org/spip...

    Hegel en ligne en français : http://www.matierevolution.fr/spip....

    Et pour savoir ce que Marx et Engels disaient du vieil Hegel :

    Biographie et doctrine de KM : http://www.matierevolution.fr/spip....

    correspondance : http://www.matierevolution.org/spip...

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  • Peux-tu donner par exemple un cas de dialectique dans le domaine de nos sens où le sens en question est l’unité des contraires ?

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  • Il n’y a pas un exemple mais tous les sens possibles :

    la vue est l’unité des visions des deux yeux
    l’audition l’unité des réceptions des deux oreilles
    l’odorat l’unité des perceptions des deux narines

    Même la réflexion du cerveau est l’unité des réflexion des deux hémisphères...

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  • « Il est cependant impossible de traiter le problème de la dialectique. concrète et historique, sans étudier de plus près le fondateur de cette méthode, Hegel, et ses rapports avec Marx. L’avertissement de Marx de ne pas traiter Hegel comme un « chien crevé » est resté lettre morte, même pour beaucoup de bons marxistes. (Les efforts de Engels et de Plékhanov, eux aussi ont eu trop peu de résultats.) Pourtant Marx souligne souvent ’avec acuité ce danger ; ainsi écrit-il à propos de Dietzgen : « C’est une malchance pour lui qu’il n’ait précisément pas étudié Hegel » (Lettre à Engels, 7-11-1868). Et dans une autre lettre (11-1-1868) : « Ces messieurs en Allemagne... croient que la dialectique de Hegel est un c chien crevé ». Feuerbach en a lourd sur la conscience de ce point de vue », Marx souligne (14-1-1858) les « grands services » qu’a rendus la Logique de Hegel, qu’il a feuilletée à nouveau, à la méthode de son travail sur la critique de l’économie politique. Il ne s’agit cependant pas ici de l’aspect philologique des relations de Marx avec Hegel : il ne s’agit pas des idées de Marx sur l’importance de la dialectique hegelienne pour sa propre méthode, mais de ce que cette méthode signifie en fait pour le marxisme. Ces déclarations, qui pourraient être multipliées à volonté, n’ont été citées que parce que le passage connu de la Préface du Capital, où Marx s’est expliqué en dernier lieu sur ses rapports avec Hegel, a beaucoup contribué à faire sousestimer l’importance effective de ces rapports, même par des marxistes. Je ne vise nullement la caractérisation effective de ces rapports, avec laquelle je suis entièrement d’accord et que j’ai essayé de concrétiser méthodologiquement dans ces pages. Je vise uniquement le mot « coquetterie » avec le « mode d’expression » de Hegel. Cela a souvent induit à considérer la dialectique chez Marx comme un ajout stylistique superficiel qui, dans l’intérêt du caractère « scientifique », devrait être éliminé le plus énergiquement possible de la méthode du matérialisme historique. Si bien que même des chercheurs par ailleurs consciencieux, comme par exemple le Professeur Vorländer, s’imaginèrent constater exactement que Marx n’avait été « en coquetterie » avec des concepts hegeliens c que dans deux passages à proprement parler », et puis encore dans un « troisième passage », sans remarquer que toute une série de catégories décisives continuellement employées viennent directement de la logique de Hegel. Puisque même l’origine hegelienne et l’importance méthodologique effective d’une distinction aussi fondamentale pour Marx que celle entre immédiateté et médiation ont pu passer inaperçues, on peut malheureusement dire à bon droit, aujourd’hui encore, que Hegel (bien qu’il soit de nouveau « reçu à l’Université » et soit presqu’à la mode) est toujours traité comme un « chien crevé ». Car que dirait le Professeur Vorländer d’un historien de la philosophie qui ne s’apercevrait pas, chez un continuateur de la méthode kantienne, aussi original et critique soit-il, que par exemple l’ « unité synthétique de l’aperception » vient de la Critique de la raison pure ?

    L’auteur de ces pages voudrait rompre avec de telles conceptions. Il croit qu’aujourd’hui aussi il est pratiquement important de revenir, à cet égard, aux traditions de l’interprétation de Marx donnée par Engels (qui considérait « le mouvement ouvrier allemand » comme l’ « héritier de la philosophie classique allemande ») et par Plékhanov. Il croit que tous les bons marxistes devraient, selon le mot de Lénine, constituer c une sorte de société des amis matérialistes de la dialectique hegelienne ».

    La situation de Hegel est cependant aujourd’hui tout à fait inverse de celle de Marx lui-même. Il s’agit, dans ce dernier cas, de comprendre le système et la méthode - tels qu’ils nous sont donnés - dans leur unité cohérente et de préserver cette unité. Dans le premier cas, au contraire, la tâche consiste à procéder à une discrimination entre les tendances multiples qui s’entrecroisent et qui, en partie, se contredisent violemment, et de sauver, en tant que puissance intellectuelle vivante pour le présent, ce qu’il y a de méthodologiquement fécond dans sa pensée. Cette fécondité et cette puissance sont bien plus grandes que beaucoup ne le croient. Et il me semble que plus nous serons en mesure de concrétiser énergiquement cette question, ce qui exige évidemment la connaissance des écrits de Hegel (c’est une honte qu’il faille le dire explicitement, mais il faut pourtant le faire), et plus aussi cette fécondité et cette puissance apparaîtront clairement. A vrai dire, ce ne sera plus sous la forme d’un système clos. Le système de Hegel, tel qu’il nous est donné, est un fait historique. Et même là, une critique réellement pénétrante serait, à mon avis, contrainte de constater qu’il ne s’agit pas d’un système ayant une véritable unité intérieure, mais de plusieurs systèmes imbriqués l’un dans l’autre. (Les contradictions de méthode entre la phénoménologie et le système lui-même ne sont qu’un exemple de ces déviations.) Si donc Hegel ne doit plus être traité comme un « chien crevé », il faut que l’architecture morte du système historiquement donné soit démantelée, afin que les tendances encore extrêmement actuelles de sa pensée puissent redevenir efficaces et vivantes.

    Il est universellement connu que Marx nourrissait le projet ,d’écrire une dialectique. « Les justes lois de la dialectique, écrivait-il à Dietzgen, sont déjà contenues dans Hegel ; sous une forme mystique, il est vrai. Il s’agit de les dépouiller de cette forme ». - Ces pages n’ont pas un instant la prétention - et j’espère qu’il n’est pas besoin d’y insister particulièrement - d’offrir ne fût-ce que l’esquisse d’une telle dialectique. Mais C’est bien leur intention de susciter une discussion dans cette direction ; de remettre méthodologiquement cette question à l’ordre du jour. C’est pourquoi toutes les occasions ont été utilisées pour attirer l’attention sur ces connexions méthodologiques, pour pouvoir indiquer le plus concrètement possible les points où les catégories de la méthode hegelienne sont devenues décisives pour le matérialisme historique ainsi que ceux où les voies de Hegel et de Marx se séparent nettement, afin de fournir ainsi un matériel et, si possible, une orientation à la nécessaire discussion de cette question. C’est en partie cette intention qui a conduit à traiter en détail de la philosophie classique dans la seconde partie de l’essai sur la réification. (En partie seulement, car il m’a également paru nécessaire d’étudier les contradictions de la pensée bourgeoise là où cette pensée a trouvé sa plus haute expression philosophique.)

    Des développements du genre de ceux de ces pages ont l’inévitable défaut de ne pas répondre à l’exigence - justifiée - d’être scientifiquement complets et systématiques, sans faire pour autant en échange de la vulgarisation. Je suis parfaitement conscient de ce défaut. Mais la description de la façon dont ces essais sont nés et de ce qu’ils visent ne doit pas tant servir d’excuse qu’inciter, ce qui est le but réel de ces travaux, à faire de la question de la méthode dialectique - en tant que question vivante et actuelle - l’objet d’une discussion. Si ces essais fournissent le commencement, ou même seulement l’occasion, d’une discussion réellement fructueuse de la méthode dialectique, d’une discussion qui fasse à nouveau prendre universellement conscience de l’essence de cette méthode, ils auront entièrement accompli leur tâche.

    Puisqu’il est fait mention de tels défauts, que l’attention du lecteur non habitué à la dialectique soit seulement attirée encore sur une difficulté inévitable, inhérente à l’essence de la méthode dialectique. Il s’agît de la question de la définition des concepts et de la terminologie. Il est de l’essence de la méthode dialectique qu’en elle les concepts faux dans leur unilatéralité abstraite soient dépassés. Pourtant ce processus de dépassement oblige en même temps à opérer constamment avec ces concepts unilatéraux, abstraits et faux, à donner aux concepts leur signification correcte, moins par une définition que par la fonction méthodologique qu’ils remplissent dans la totalité en tant que moments dépassés. Il est cependant encore moins facile de fixer terminologiquement cette transformation des signi-fica-tions dans la dialectique corrigée par Marx que dans la dialectique hegelienne elle-même. Car si les concepts ne sont que les figures en pensée (gedankliche Gestalten) de réalités historiques, leur figure unilatérale, abstraite et fausse fait aussi partie, en tant que moment de l’unité vraie, de cette unité vraie. Les développements de Hegel sur cette difficulté de terminologie dans la Préface à la Phénoménologie sont donc encore plus justes qu’Hegel lui-même ne le pense, quand il dit : « De la même façon les expressions : unité du sujet et de l’objet, du fini et de l’infini, de l’être et de la pensée, etc., présentent cet inconvénient que les termes d’objet et de sujet, etc., désignent ce qu’ils sont en dehors de leur unité ; dans leur unité ils, n’ont plus le sens que leur expression énonce ; c’est justement ainsi que le faux n’est plus en tant que faux un moment de la vérité ». Dans la pure historicisation de la dialectique, cette constatation se dialectise encore une fois : le « faux » est un moment du « vrai » à la fois en tant que « faux » et en tant que « non-faux ». Quand donc ceux qui font profession de « dépasser Marx » parlent d’un « manque de précision conceptuelle », chez Marx, de simples « images » tenant lieu de « définitions », etc., ils offrent un spectacle aussi désolant que la « critique de Hegel » par Schopenhauer et la tentative pour faire apparaître chez Hegel des « bévues logiques » : le spectacle de leur incapacité totale à comprendre ne fût-ce que l’a b c de la méthode dialectique. Mais un dialecticien conséquent n’apercevra pas tant dans cette incapacité l’opposition entre des méthodes scientifiques différentes, qu’un phénomène social qu’il a dialectiquement réfuté et dépassé, tout en le comprenant comme phénomène social et historique. »

    Lukacs, Histoire et conscience de classe

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  • Comme le relevait Engels dans la Préface à l’ « Anti-Dühring » : « C’est la dialectique qui est aujourd’hui la forme de pensée la plus importante pour la science de la nature, puisqu’elle est la seule à offrir l’élément d’analogie et, par suite, la méthode d’explication pour les processus évolutifs qu’on rencontre dans la nature, pour les liaisons d’ensemble, pour les passages d’un domaine de recherche à un autre. »

    « Mais comme jusqu’ici on peut compter les savants qui ont appris à penser dialectiquement, le conflit entre les résultats découverts et le mode de pensée traditionnel explique l’énorme confusion qui règne actuellement dans la théorie des sciences de la nature. » écrit Engels dans « Socialisme scientifique et socialisme utopique ».

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  • « Pour le métaphysicien, les choses et leurs reflets dans la pensée, les concepts, sont des objets d’étude isolés, à considérer l’un après l’autre et l’un sans l’autre, fixes, rigides, donnés une fois pour toutes. Il ne pense que par antithèses sans moyen terme : il dit oui, oui, non, non ; ce qui va au-delà ne vaut rien. Pour lui, ou bien une chose existe, ou bien elle n’existe pas ; une chose ne peut pas non plus être à la fois elle-même et une autre. Le positif et le négatif s’excluent absolument ; la cause et l’effet s’opposent de façon tout aussi rigide. Si ce mode de penser nous paraît au premier abord tout à fait plausible, c’est qu’il est celui de ce qu’on appelle le bon sens. Mais si respectable que soit ce compagnon tant qu’il reste cantonné dans le domaine prosaïque de ses quatre murs, le bon sens connaît des aventures tout à fait étonnantes dès qu’il se risque dans le vaste monde de la recherche, et la manière de voir métaphysique, si justifiée et si nécessaire soit-elle dans de vastes domaines dont l’étendue varie selon la nature de l’objet, se heurte toujours, tôt ou tard, à une barrière au-delà de laquelle elle devient étroite, bornée, abstraite, et se perd en contradictions insolubles : la raison en est que, devant les objets singuliers, elle oublie leur enchaînement ; devant leur être, leur devenir et leur périr ; devant leur repos, leur mouvement ; les arbres l’empêchent de voir la forêt. Pour les besoins de tous les jours, nous savons, par exemple, et nous pouvons dire avec certitude, si un animal existe ou non ; mais une étude plus précise nous fait trouver que ce problème est parfois des plus embrouillés, et les juristes le savent très bien, qui se sont évertués en vain à découvrir la limite rationnelle à partir de laquelle tuer un enfant dans le sein de sa mère est un meurtre ; et il est tout aussi impossible de constater le moment de la mort, car la physiologie démontre que la mort n’est pas un événement unique et instantané, mais un processus de très longue durée. Pareillement, tout être organique est, à chaque instant, le même et non le même ; à chaque instant, il assimile des matières étrangères et en élimine d’autres, à chaque instant des cellules de son corps dépérissent et d’autres se forment ; au bout d’un temps plus ou moins long, la substance de ce corps s’est totalement renouvelée, elle a été remplacée par d’autres atomes de matière, de sorte que tout être organisé est constamment le même et cependant un autre. A considérer les choses d’un peu près, nous trouvons encore que les deux pôles d’une contradiction, comme positif et négatif, sont tout aussi inséparables qu’opposés et qu’en dépit de toute leur valeur d’antithèse, ils se pénètrent mutuellement ; pareillement, que cause et effet sont des représentations qui ne valent comme telles qu’appliquées à un cas particulier, mais que, dès que nous considérons ce cas particulier dans sa connexion générale avec l’ensemble du monde, elles se fondent, elles se résolvent dans la vue de l’action réciproque universelle, où causes et effets permutent continuellement, où ce qui était effet maintenant ou ici, devient cause ailleurs ou ensuite, et vice versa.

    Tous ces processus, toutes ces méthodes de pensée n’entrent pas dans le cadre de la pensée métaphysique. Pour la dialectique, par contre, qui appréhende les choses et leurs reflets conceptuels essentiellement dans leur connexion, leur enchaînement, leur mouvement, leur naissance et leur fin, les processus mentionnés plus haut sont autant de vérifications du comportement qui lui est propre. La nature est le banc d’essai de la dialectique et nous devons dire à l’honneur de la science moderne de la nature qu’elle a fourni pour ce banc d’essai une riche moisson de faits qui s’accroît tous les jours, en prouvant ainsi que dans la nature les choses se passent, en dernière analyse, dialectiquement et non métaphysiquement, que la nature ne se meut pas dans l’éternelle monotonie d’un cycle sans cesse répété, mais parcourt une histoire effective. Avant tout autre, il faut citer ici Darwin, qui a porté le coup le plus puissant à la conception métaphysique de la nature en démontrant que toute la nature organique actuelle, les plantes, les animaux et, par conséquent, l’homme aussi, est le produit d’un processus d’évolution qui s’est poursuivi pendant des millions d’années. Mais comme jusqu’ici on peut compter les savants qui ont appris à penser dialectiquement, le conflit entre les résultats découverts et le mode de pensée traditionnel explique l’énorme confusion qui règne actuellement dans la théorie des sciences de la nature et qui met au désespoir maîtres et élèves, auteurs et lecteurs.

    Une représentation exacte de l’univers, de son évolution et de celle de l’humanité, ainsi que du reflet de cette évolution dans le cerveau des hommes, ne peut donc se faire que par voie dialectique, en tenant constamment compte des actions réciproques universelles du devenir et du finir, des changements progressifs et régressifs. Et c’est dans ce sens que s’est immédiatement affirmée la philosophie allemande moderne. Kant a commencé sa carrière en résolvant le système solaire stable de Newton et sa durée éternelle - une fois donné le fameux choc initial - en un processus historique : la naissance du soleil et de toutes les planètes à partir d’une masse nébuleuse en rotation. Et il en tirait déjà cette conclusion qu’étant donné qu’il était né, le système solaire devait nécessairement mourir un jour. Cette vue, un demi-siècle plus tard, a été confirmée mathématiquement par Laplace et, un siècle après, le spectroscope a démontré l’existence dans l’univers de semblables masses gazeuses incandescentes à différents degrés de condensation. »

    Friedrich Engels, Anti-Dühring

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  • Hegel et la matière : le philosophe allemand a-t-il encore quelque chose à nous dire ?
    Lire ici

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  • Socrate à Glaucon dans « La République » de Platon :

    « Seule la dialectique a cette puissance d’atteindre l’ultime réalité »

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  • G.W.F Hegel, dans sa préface à la « Phénoménologie de l’esprit » :

    « Ce qui se meut, c’est la contradiction. (...) C’est uniquement parce que le concret se suicide qu’il est ce qui se meut. »

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  • Pouvez-vous donner quelques citations de Hegel qui vus paraissent être remarquables et particulièrement utiles pour comprendre le monde actuel ?

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  • « La loi ne va pas au-delà du phénomène. Au contraire, le royaume des lois est l’image "calme" du monde existant ou émergeant. »

    « Le fonds de la chose n’est pas épuisé dans la fin, mais dans tout son accomplissement. Le "résultat" atteint n’est pas le tout concret ; il ne l’est qu’avec le processus dont il est le terme. La fin prise indépendamment du reste est l’universel mort, tout comme la tendance n’est qu’un simple effort, encore privé de réalisation ; et le résultat nu est le cadavre que la tendance a laissé derrière elle. (...) Saisir la chose, c’est l’exposer dans son développement. (...) Le phénomène est un processus d’avènement et de disparition, qui lui-même n’advient ni ne disparaît, mais est en soi et constitue l’actualité et le mouvement de la vérité vivante. »

    « Ce qui se meut, c’est la contradiction. (...) C’est uniquement parce que le concret se suicide qu’il est ce qui se meut. »

    « Plusieurs choses sont en interaction par leurs propriétés. (...) Le phénomène est dans l’unité de l’apparence et de l’existence. Cette unité est la loi du phénomène. La loi est donc le positif dans la médiation de ce qui apparaît. C’est le reflet du phénomène dans son identité avec lui-même. Cette identité, le fondement du phénomène qui constitue la loi, est un moment propre du phénomène... La loi est donc non au-delà du phénomène, mais présente en lui immédiatement. Le royaume des lois est le reflet tranquille du monde existant ou phénoménal. »

    « Ce qui se contredit ne se résout pas en zéro, en néant abstrait, mais essentiellement en la négation de son contenu particulier ; autrement dit encore, une telle négation n’est pas complète négation, mais négation de la chose déterminée (...) le résultant, la négation, étant négation déterminée, a un contenu. (...) Elle s’est enrichie de sa négation, (...) elle est l’unité d’elle-même et de son opposé. » « Une chose n’est donc vivante que pour autant qu’elle renferme une contradiction et possède la force de la saisir et de la soutenir. Mais, lorsqu’un existant est incapable, dans sa détermination positive, de passer à la détermination négative et de les conserver l’une dans l’autre, autrement dit lorsqu’il est incapable de supporter à l’intérieur de lui-même la contradiction, il n’est pas une unité vivante, ... mais s’effondre et succombe à la contradiction. (...) Il résulte de l’examen de la nature de la contradiction que lorsqu’on dit d’une chose qu’elle renferme une contradiction, on ne signifie pas par là qu’elle est endommagée, défectueuse ou fautive. Toute détermination, tout concret, tout concept constituent essentiellement une unité des moments différents et différenciables, qui deviennent contradictoires par la différence déterminée essentielle qui les sépare. »

    « L’on accordera sans difficulté que l’esprit trouve des contradictions dans le monde phénoménal, c’est-à-dire que l’esprit trouve des contradictions dans le monde phénoménal, c’est-à-dire dans le monde tel qu’il apparaît à la pensée subjective, à la sensibilité et à l’entendement… On peut établir comme fait que toute connaissance et tout principe immédiat contient une médiation, et la doctrine de la science immédiate demanderait en vain des objections à l’entendement pour la détruire. C’est, en effet, le propre de l’entendement vulgaire de séparer l’élément immédiat et l’élément médiat de la connaissance, et de leur attribuer à chacun une existence indépendante et absolue, ce qui fait qu’il se trouve en présence d’une difficulté insurmontable lorsqu’il veut les unir…. »

    « La loi n’est pas au-delà du phénomène, mais présente en lui directement ; le domaine des lois est le reflet tranquille du monde existant ou phénoménal. Mieux, les deux sont une totalité, et le monde existant est lui-même le domaine des lois qui, en tant qu’être posé ou dans l’indépendance qui se résout elle-même de l’existence. L’existence retourne dans la loi, en tant que son fondement ; le phénomène contient les deux, la raison simple et le processus dissolvant de l’univers phénoménal, dont le fondement est l’essentialité… Le domaine des lois est, il est vrai, la vérité de l’entendement, vérité dont le contenu est la distinction qui se trouve dans la loi ; mais le domaine des lois n’est en même temps que sa première vérité, et elle n’épuise pas le phénomène... La loi du phénomène est son reflet tranquille, général. Elle est un rapport médiateur des déterminations générales permanentes dont les distinctions sont extérieures à la loi. La généralité et la permanence de ce rapport médiateur conduisent à la nécessité de la loi ; mais sans que la distinction soit déterminée en elle-même ou en interne, de façon qu’une détermination soit immédiatement dans le concept de l’autre. »

    Friedrich Hegel

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  • « La thèse fondamentale de la dialectique marxiste est que toutes les limites dans la nature et dans la société sont conventionnelles et mobiles, qu’il n’y a aucun phénomène qui ne puisse, dans certaines conditions, se transformer en son contraire. »

    À propos de la brochure de Junius, Lénine, Juillet 1916

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  • Hegel dans son introduction de son cours de Heidelberg sur l’histoire de la philosophie :


    « Je ne réclame rien sinon que vous m’apportiez la confiance en la science et la confiance en vous-mêmes. La première condition de la philosophie c’est le courage de la vérité et la foi en la puissance de l’esprit humain. (…) Les actes de la pensée paraissent tout d’abord, étant historiques, être l’affaire du passé et se trouver au-delà de notre réalité. Mais en fait, ce que nous sommes, nous le sommes aussi historiquement ou plus exactement : comme dans ce domaine, l’histoire de la pensée, le passé n’est qu’un des aspects, de même que dans nous sommes, l’élément impérissable commun à tous est lié indissolublement à ce que historiquement nous sommes. Le trésor de raison consciente d’elle-même qui nous appartient, qui appartient à l’époque contemporaine, ne s’est pas produit de manière immédiate, n’est pas sorti du sol du temps présent, mais pour lui c’est essentiellement un héritage, plus précisément le résultat du travail et, à vrai dire, du travail de toutes les générations antérieures du genre humain. (…) Or, cette tradition n’est pas seulement une ménagère qui se contente de garder fidèlement ce qu’elle a reçu et le transmet sans changement aux successeurs ; elle n’est pas une immobile statue de pierre, mais elle est vivante et grossit comme un fleuve puissant qui s’amplifie à mesure qu’il s’éloigne de sa source. (…) L’esprit universel ne sombre pas dans un calme indifférent. Sa vie est action. L’action présume une matière existante qui est son objet ; non seulement elle l’amplifie, l’agrandit en y ajoutant de la matière, mais essentiellement elle l’élabore et la transforme. (…) Notre position et notre activité – et celles de tous les temps - consiste à appréhender la science existante, à se former par elle et en elle-même, continuer à la former et à la faire s’élever plus haut. En nous l’appropriant, nous en faisons quelque chose qui nous appartient et qui s’oppose à ce qu’elle était précédemment. »

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  • Lénine dans « Karl Marx » :

    "La grande idée fondamentale, écrit Engels, selon laquelle le monde ne doit pas être considéré comme un complexe de choses achevées, mais comme un complexe de processus où les choses, en apparence stables, tout autant que leurs reflets intellectuels dans notre cerveau, les idées, passent par un changement ininterrompu de devenir et dépérissement - cette grande idée fondamentale a, notamment depuis Hegel, pénétré si profondément dans la conscience courante qu’elle ne trouve, sous cette forme générale, presque plus de contradiction. Mais la reconnaître en paroles et l’appliquer dans la réalité, en détail, à chaque domaine soumis à l’investigation, sont deux choses différentes." "Il n’y a rien de définitif, d’absolu, de sacré devant elle [la philosophie dialectique] ; elle montre la caducité de toutes choses et en toutes choses, et rien n’existe pour elle que le processus ininterrompu du devenir et du transitoire, de l’ascension sans fin de l’inférieur au supérieur, dont elle n’est elle-même que le reflet dans le cerveau pensant." Donc, selon Marx, la dialectique est "la science des lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine".

    C’est cet aspect révolutionnaire de la philosophie de Hegel que Marx adopta et développa. Le matérialisme dialectique "n’a que faire d’une philosophie placée au-dessus des autres sciences". La partie de l’ancienne philosophie qui subsiste, c’est "la doctrine de la pensée et de ses lois - la logique formelle et la dialectique". Or, dans la conception de Marx, comme dans celle de Hegel, la dialectique inclut ce que l’on appelle aujourd’hui la théorie de la connaissance ou gnoséologie, qui doit considérer son objet également au point de vue historique, en étudiant et en généralisant l’origine et le développement de la connaissance, le passage de l’ignorance à la connaissance.

    A notre époque, l’idée du développement, de l’évolution, a pénétré presque entièrement la conscience sociale, mais par d’autres voies que la philosophie de Hegel. Cependant, cette idée, telle que l’ont formulée Marx et Engels en s’appuyant sur Hegel, est beaucoup plus vaste et plus riche de contenu que l’idée courante de l’évolution. Un développement qui semble reproduire des stades déjà connus, mais sous une autre forme, à un degré plus élevé ("négation de la négations") ; un développement pour ainsi dire en spirale et non en ligne droite ; un développement par bonds, par catastrophes, par révolutions, "par solutions de continuités" ; la transformation de la quantité en qualité ; les impulsions internes du développement, provoquées par la contradiction, le choc des forces et tendances diverses agissant sur un corps donné, dans le cadre d’un phénomène donné ou au sein d’une société donnée ; l’interdépendance et la liaison étroite, indissoluble, de tous les aspects de chaque phénomène (et ces aspects, l’histoire en fait apparaître sans cesse de nouveaux), liaison qui détermine le processus universel du mouvement, processus unique, régi par des lois, tels sont certains des traits de la dialectique, en tarit que doctrine de l’évolution plus riche de contenu (que la doctrine usuelle). (Voir la lettre de Marx à Engels en date du 8 janvier 1868, où il se moque des "trichotomies rigides" de Stein, qu’il serait absurde de confondre avec la dialectique matérialiste.)

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  • « La dialectique dite objective règne dans toute la nature, et la dialectique dite subjective, la pensée dialectique, ne fait que refléter le règne, dans la nature entière, du mouvement par opposition des contraires qui, par leur conflit constant et leur conversion finale l’un en l’autre ou en des formes supérieures, conditionnent précisément la vie de la nature. »

    Friedrich Engels, 1883

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  • « Le pouvoir de se reconstruire est lié au pouvoir de s’autodétruire. »

    Jean-Claude Ameisen dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice »

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  • Pascal Picq :

    « La science est un mode d’interrogation matérialiste et rationnel du monde. »

    Il lui manque cependant, comme à bien des scientifiques, la capacité de penser dialectiquement sur un monde qui fonctionne de fait dialectiquement….

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  • Un exemple du caractère dialectique du rapport de l’homme à la nature…

    Francis Bacon :

    « On ne vainc la nature qu’en lui obéissant. »

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  • Engels, introduction à la « Dialectique de la nature » :

    « C’est le mérite de Marx, face à « la tribu des épigones chagrine, prétentieuse et médiocre, qui tient en ce moment en Allemagne le haut du pavé », d’avoir le premier remis en valeur la méthode dialectique oubliée, sa liaison avec la dialectique hégélienne comme sa différence d’avec elle et d’avoir en même temps appliqué cette méthode, dans le Capital, aux faits d’une science empirique, l’économie politique. Et avec ce résultat que, même en Allemagne, l’école économique nouvelle ne s’élève au-dessus du libre-échangisme vulgaire qu’en copiant Marx (souvent d’une façon assez fausse) sous prétexte de le critiquer. Chez Hegel, il règne dans la dialectique le même renversement de tout enchaînement réel que dans toutes les autres ramifications de son système. Mais, comme dit Marx :

    « Bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a, le premier, exposé le mouvement d’ensemble. Chez lui, elle marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. »

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